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51
p. 131-175
ETAT contenant les noms des Officiers de la Maison du Roy LOUIS XV. à present regnant ; ceux de Madame, Fille de France Duchesse de Berry, de Madame, de M. le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, & de Madame la Duchesse d'Orleans.
Début :
La Chapelle du Roy est composée du grand Aumônier de France. [...]
Mots clefs :
Louis XV, Duc d'Orléans, Régent du Royaume, Duchesse de Berry, Officiers de la Maison du roi Louis XV, Officiers de la Maison du roi, Roi, Abbé, Marquis, Chanoine, Chapelle, Aumônier, Chevalier, Écuyers, Gouverneur, Gentilshommes, Prince, Clercs, Chapelain, Écurie, Marquise , Duchesse, Chirurgien, Médecin
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texteReconnaissance textuelle : ETAT contenant les noms des Officiers de la Maison du Roy LOUIS XV. à present regnant ; ceux de Madame, Fille de France Duchesse de Berry, de Madame, de M. le Duc d'Orleans, Regent du Royaume, & de Madame la Duchesse d'Orleans.
ETAT contenant les noms
des Officiers de la Maiſon
du Roy Louis XV. à
preſent regnant ; ceux de
Madame , Fille de France
Ducheffe de Berry , de Madame
, de M. le Duc d'Orleans,
Regentdu Royaume,
&de Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
La Chapelle du Roy est compofée
-du grandAumônier de France.
M. le Cardinal de Rohan
Commandeur né des Ordres
du Roy , Evêque &Prince de
Strasbourg.
132 MERCURE
Du premier Aumônier , &
autres Aumôniers de quartier.
Le premier Aumonier.
M.le Duc de Coiflin, Evêque
&Prince de Metz , Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit ,
Le Maistre del'Oratoire.
M. l'Evêque de S Omer.
Le Confeffeur duRoy.
: Ily a buit Aumoniers , deux
àchaque Quartier.
M. l'Abbé Morel , Chanoi
ne de l'Eglise de Paris &Confeiller
au Parlement......
Mal'Abbé de Maulevrier,
Chanoine& Comte de Lyon.
pandane
GALANT
M'Abbéd Entragues ,
Abbé de Valence, couro sb
M.l'Abbé du Cambour,
M. l'Abbé d'Argentre, Abbéde
Sainte CROIXIM
M. l'Abbé de Choiſeul
M. l'Abbé de Rochebonne,
Grand Vicaire de Lyon
M. l'Abbé de Froulay ,
Grand Vicairede Toulouſe.
Ily a huit Chapelains dequartier
un ordinaire .
M Salomongod of M
M. Henrion.
M. Fauvel ; Chanoine de S.
Quentin& Abbé deClairfay.
M. de la Croix , Docteur
deSorbonne.
134 MERCURE
M. de Varcanes Docteur
de Sorbonne.
M. Traboüiller , Chanoine
deMeaux.I
M. Poiffon ,Abbé deBournet
.
MGoüault.
Un Chapelain ordinaire
&Sacristain.
M. Archon , Abbé de S.
Gilbert.
Ily a huit Clercs deChapelle.
M. Pothonier , Docteur en
Theologie
M. Pelliffier .
M. Buffon, Chanoined'Or-
Jeansd
:
1
GALANT. 135
M. Pernoſt , Prieur d'Ef-
い
pointed
2010
Ob MoHazon J.M
M. Bezançon, Chanoine de
Methonian M
M. Maupoint.
M. Johor 1 1
Le Maistre de la Chapelle-
Musique.
M. leCardinal de Polignac.
Cette Chapelle est composée des
Chapelains pour les grandes Meffes,
quifont:
M. Jouilhac
Dubais . 2.
NG
136 MERCURE
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Bourgain ,Chanoine de
Reims papa sud.M
M. Caillet , Principal du
College des Craffins.
M. Tiſſu , Chanoine de S.
Nicolas du Louvre.
M. Poitevin Chanoine de
Reims.
Un Clerc ordinaire.
1
M. Favart , Chanoine de
Reims.
Cette Chapelle comprend tous
les Muſiciens & Symphonistes ,
quifont en tres-grand nombre.
Du
1
GALANT. 137
DuGrandMaistre de laMaiſon
du Roy
M. le Duc, Princedu Sang.
Surintendant à l'éducation
du Roy.
M. le Duc du Maine , Prince
Souverain de Dombes .
Le Gouverneur du Roy
M. le Maréchal de Villeroy.
Le Sous-Gouverneur.
M. le Comte de Ruffey.
Trois. Gentilshommes de la
Manche.
M. Dauffi .
M. Darcis .
M. de Pezé.
Decembre 1715. M
٤
138 MERCURE
4 Une Gouvernante...
Me la Ducheffe de Ventadour.
2
Une Sous-Gouvernante.
Me de la Lande .
7
Le premier Maistre d'Hostel.
M. le Marquis de Livry.
900
Douze Maistres d'Hostelfervantsparquartiers
, unMaiftre
d'Hoftel ordinaire. Mol 24
M. leComte d'Igny.
M.Dappoigny.
M. de la Godiniere.20
M. de Francine.
Mde laMeſangere.
M.Dumans.
M. Darzilliers.
GALANT 139
MadeMalegre M
Maade Cambraya
Ma de Montman l
-M.D'Herouvillo
N.... andmed
VaAdaifore d'Hostelordinaire.
M. de Vauvré , Intendant,
&du Conſeil de laRegence.
Du grand RannetierANT
-Mille Duc de Briffac.
Trente fix Gentilshommes
Servants / T
LG Le grandChambellan )
M. le Duc d'Albret
Quatre premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Duc de Threſmes.
4
Mij
140 MERCURE
M. le Duc d'Aumohrl
M. le Duc delaTremoille-
M. le DucdeMordemalt.
Quatre premiers Valers-de-
Chambre.....
M leMarquis deGambais,
Gouverneur de LimogesM
M.Bontemps
Mile Marquis de Chance-
?
Trente - deux Valets - de-
Chambre , fervans hoit par
quartierend Ahsulot M
Grand Maistre de la Garde-robe
M. lo Duc de la Rochefoucaatmida
ob sul sl .M
M
GALANT. 141
Deux Mailtresde la Garderobe:
salepМ М
M. le Marquis de la Salle
M. le Marquis de Mailleboisparovi
of of M
1 Premier Medecin.IM
M. Poirier. 71023
Huit Medecins fervans par
quartiersbou
Sous PremierChirurgien.
M. Maréchal.
M
M
Huit Chirurgiens forvans
par quartier, ashxis
Un Apotiquaire & quatre
aides , mob M
Un Directeur General des Ba
timensupig
M. le DuodAntid...
142 MERCURE
Le grand Maréchal des Logis.
M. le Marquis de Cany
Quatre Capitaines des Gardes
du Corps.
M. le Duc de Noaillesand
M. le Maréchal Duc d'Harcourt
.
M. le Duc de Villeroy.
4
M. le Duc de Charroft
M.fonFils reccuen ſurvivance.
Un Major. 11
MDavignono H
DeuxAydes Majorso q
CM. deBruzac.iroga att
M. de Parıfontaine.
12. Lieutenants fervants
par quartier.
12. Enfeignos
GALANT. 143
Capitaine des Cent- Suiffes .
M. le Marquis de Courtanvaux.
MO
Le Capitaine des Gardes
dela Porde
M. leMarquis de laChaife.
Le Capitaine des Gardos de la
Prevofté de l'Hostel.
M.leComtede Montſoreaus
Le Capitaine- Lieutenanti11
desGendarmes.
M. le Prince deRohana
Le Capitaine Litutenam
des Chevaux- Legers
M le Duc deChaulnes.
T
-LeColoneldesGardes Françoises.
M. le Duc de Guiche.
...11
144 MERCURE
Le Colonel General des Suiffes.
M.leDucduMaine,Prince
Souverain de Dombes.v
Le Colonel du Regiment
des Gardes Swiffes .
Mide Raynold.
Le GrandEcuyer.
M. le Comte d'Armagnac,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Efpritai
Trois Ecuyers Cavalcadours.
Mode Vaux
M.de Romance.DA
M. de la Magdelaine.
Frois Ordinaires . LI
M. de Neuville.
MdAvricourt.1 M
Ν... Le
GALANT 145
Le Premier Ecuyer.
M. de Beringhen ,Chevalier
de l'Ordre du Roy.
Vingt Ecuyers ſervants par
quartier.
د. Ilyagrand nombre desPages
de la grande&petite Ecurie
, fans compter ceux de la
Chambre.
AMLe Grand Fauconnier.
Male Comte des Marets,
Le Grand Louvetier.
M. leMarquisd'Heudicourt.
LeJuge de la Cour.
LeGrand Prevoſt de France.
LeGrand-Maître desCeremonies.
M. le Marquis de Dreux.
Decembre 1715. N
146 MERCURE
Un Maître desCeremonies.
M. Deſgranges. " sh.M
Deux Introducteurs des Ambaf
Sadeurs .
M.le Marquis de Magni .
M. le Chevalier deSanctor,
MAISON DE MADAME ,
Fille de France , Duchéſſe
de Berry.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'AbbédeCaſtriez,Abbé
deValmagne ,& deMonaftier.
GALANT . 147
i
Quatre Aumoniers.
M. l'Abbé de Berny.
M. l'Abbé de Rouget ,
GrandVicaire d'Alby.
M. l'Abbé du Tremblay.
• M. l'Abbé Danglade.
Un Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé d'Avejan, Prieur
du Vigan.
Quatre Chapelains.
M. Dupleffis , Chanoine de
S. Quentin.
M. Levouë , Chanoine du
Mans .
M. Girard , Chanoine de
Clermont.
Nij
148 MERCURE
M. Rafy , Chanoine d'Auxerre.
Un Chapelain ordinaire.
M. Capet.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Rabeuf , Principal du
Prin
College de Preſſes.
M. Francfort,
M Lucas .
M. Guinot , Chanoine de
Beaun
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Bayo.
The Un Copfefleur. L
Ν...
Un Confeffeur du commun.
M. Avenel.
८
GALANT. 149
Un Sommier de Chapelle.
M. Dupuis.
CHAMBRE.
DAMES.
Une Dame d'Honneur.
Me la Duchefſſe de S. Simon.
Une Dame d'Atour.
Me la Marquifede Pons
S. Maurice.
131 Dames du Palais
&
MelaMarquiſe de Brancas.
Me la Comteſſe de Clermont.
Me la Marquiſe d'Armen
tieres.
Niij
150 MERCURE
Me la Marquiſe deBeauvau.
Une premiere Femme de
Chambre.
Mlic. Davaiſe... d
Douze Femmes de Chambre.
Quatre Huifiers de la
Chambre.
Un ordinaire .
Quatre Huiffiers du Cabinet.
Quatre Huiffiers de l'Antichambres
HUuDp M.M
Huit Valets deChambre.
Unordinaire.
Officiers de Santé.
Un premier Medecinis
M. Douté.
GALANT 151
Un Chirurgien du Corps .
M. Lardy.
Un Apoticaire du Corps.
M. Imbert.
Garderobe.
Quatre Valets de Garde-
Qua
robe.
Un ordinaire.
UnPorte- Manteau .
M. Jolly.
Chambre aux Deniers.
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Goëtenfao
, Lieutenant general des
Armées du Roy...M
Un premier Maistre d'Hostel.
M. le Comte de Saumery.
Niij
152 MERCURE
QuatreMaistres d'Hostel.
M. de la Marc..
M. Tourole. BRO
M. Juffan . admi.M
M. de la Valette.
1
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Bertin.
Doux Controlleurs generaux.
M. Levesque.
IN
M. le Baſtier.T.M
Huit Gentilshommesfervants.
M. Champion.S
M.Pingré.
Mol M
MdeCourcelles.pilo
M. Deſenelos.chsmA
M.de Bertun.
M.Larconcau.M
GALANT. 153
M. Porot.
M. de la Girardiere.
Un Gentilhomme ſervant
simordinaire M
M. deLaverdina LŨ
Un Controlleur Clercd'Office.
M. Pezier.
QuatreControlleursClercs
2000
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Chevalier d'Hautefort
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy.
ໂຄວ
Quatre Ecuyers.
M. de Makan
M. Boubée , Capitaine de
Cavalcric.
154 MERCURE
2 M. de Suzanges .
M. du Faure.05.11
Un Ecuyer Cavalcadour.
M. de la Vaſſorerie .
Un Maréchal des Logis
Un Fourier.RODU
Un Controlleur generaldes
Un Secretaire des Commandemens,
Maison, Finances.
M. deMontgelas
Un Surintendant des Maiſons
Finances, 1101 t
M. de Maynon.
Un Intendant des Maiſons
Finances. M
th Mi Paulmier, deng.M
A
رک
GALANT. ISS
Six Secretaires de Finances.
Un Secretaire ordinaire.
Un Treforier General de la
maison.
M. de Merandon .
UnGouverneur & un ſous-
Gouverneur des Pages.
Un Chapelain & Precepteur.
M. Stephanel , Chanoine
dePignetol.
Do Gardes duCorps François.
M. de Roye,Marquis dela
Rochefoucault, Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Capitaine LieutenantdesGen
darmes Flamands.
156 MERCURE
:
Vn Lieutenant.
M. le Comte de Rion.
Vn Enseigne.
M. le Chevalier deCourtemer.
DeuxExempts.
M. le Marquis de Sabran.
M. le Marquis deBriquemaure.
Doux Maréchaux de Logis.
M. du Coudray.
N.
Un Officier des Gardes du
Corps Suiffes.ов М
CinquanteGardesduCorps.
UnTrompette.
Un Tymbalieriσμο
Vn Treforier
M. de S. Bonet.
GALANT. 157
********
MAISON DE MADAME ,
Ducheffe d Orleans .
Un premier Aumônier,
M. l'Abbé de Magnas.
Quatre Aumonters, M
M. l'Abbé Berthet , Prieur
de S. Leonard de Dreux!
M.I Abbé de Verthamont,
Grand Vicaire de Nantes.
A M. l'Abbé de Belle Fontaine.
M. l'Abbé Dubuc
Un Aumônier ordinaire.
M ! Abbé de Lagors,Chanoine
de Metz. ;
158 MERCURE
Quaire Chapelains..
M. Mouchet.
M Cornuo.
M. Roblattre.
Ν....
Un Chapelain ordinaire.
M. Refſeguier.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. de Lamothe Vilbray.
M. de Maumonet.
M. Bloüin .
M. de S. Martin , Archidiacre
de S. Brieuc.
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Maillard.
Confeßeur ordinaire.
Le R. P. de Linieres,Jeſuite.
GALANT 139
- Un Aumômerdu Commun.
M Coſtel , Chanoine de
SainteOpportuni
Un Confeßeur du Commun.
M.Morlet .
Un Sommier de Chapelle.
M Prevons dou
CHAMBRE.
DA ME
Dame d'Honneur
Madame la Ducheffe de
- Brancas.
Dame d'Atour.
Madame de Chaſteautiers.
12. Femmes de Chambre.
160 MERCURE)
Premier Medecin.
MoTered biob M
Un Chirurgien du Corps.2
M. Carrere.
Vn Apoticairedu Corps.M
M. Bolduc. eine 2
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Soliers.
DeuxpremiersMaistres d'Hôtel.
M. de Collins,Seigneur de
Lucante.
M. Leauthier ,Capitaine de
Vaificau .
Quatre Maistres d'Hostel
M. Boüillerot.
M. Chapotin.
M. Aubert.
Μ.
1
GALANT. 161
M. Dazy.
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Hardy.
Deux Controlleurs Generaux.
M. de la Fonſtiere.
M. Le Grand..
Huit Gentilshommes fervants.
Quatre Controlleurs.
Un Controlleur ordinaire.
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Comte de Simianes.
Quatres Ecuyers..
M. le Roy
M. de Leſcure.
Decembre 17.15.
:
A
162 MERCURE
M. Moët.
N. !
Vn Ecuyer ordinaire.
M. de Balenne.
Deux Ecuyers Cavalcadours.
M. de Vaux..
- M. Sevin.
Un Secretaire des Comman
licdemens.
M. de Baudry , Maître des
Requeſtes , & du Conſeil de
Regence.
Vn Treforier de la maison.
MidaPigisaree of M
Vn Gouverneur des Pages.
M. de Grandchamp.
Vn Precepteur &Aumônier.
M. Baſtide.
GALANT. 163
MAISON DE MONSIEUR
le Duc d'Orleans , Petit Fils
de France , Regent du
Royaume.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'Abbé de Treſſan ,
Comte de Lyon , Abbé de
Longpont & de Lepau.
Le R. P. Confeffeur.
Le R. P. du Trevou, Jeſuite.
Vn Maistre de l'Oratoire,
M. l'Abbé de Simiane.
Vn Maistre de la Chapelle &
Mufique.
M. l'Abbé Pajot. Oij
164 MERCURE
Quatre Aumôniers.
M. Abbé Mallet
M. l'Abbé Dionis .......
M. l'Abbé Sonning , Abbé
deBaugency.
M'Abbé de Ruaudě.
Vn Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé de Rabines, Abbé
de S. Jean en Vallée &
Chanoine du Mans
Quatre Chapelains.nod
M. Larcher , Chanoine de
Clery.c
4
M. de Bremond
M. Caper.
M. Bayo.
AM
Quatre Clercs de Chapelle.
M.Domino.CATM
GALANT. 165
M. Gervais , Chanoine de
Clery.
Ν. Ν.
Vn Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Harcourt! TO
Vn Aumônier & Confeffeur de
laMaison.
* M. Seiguenor.
LaChambre.
Deux premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Marquis d'Armentieres.
M. le Marquis de Simiane.
Quatre Chambellans.
M. le Marquis de la Guierthe
intent o
166 MERCURE
M. Cabre.
M. Fargis.
M. Maſparo.
Vn Chambellan ordinaire.
M. de Turmenyes.
Plufieurs Gentilshommes
de la Chambre.
Vn Introducteur des Ambaſladeurs
.
M Marpre scars Cl
Vn Gouverneur des Pages.
لا
Officiers de Santé.
.201
Vn premier Medecin .
M. de Chirac , Profeſſeur
en l'Univerſité de Montpellier
& de l'Académie des
Sciences.
د
GALANT. 167
Quatre Medecins.
M. Helvetius.
M. Vignon.
M. Seignette.
M Imbert .
Vn premier Chirurgien.
M. Hardy.
Quatre Chirurgiens.
M.Batıffier.
M. Franchet.
M. Lemoine.
M. Creſpin.
2
Vn Chirurgien ordinaire.
M. Dumont...
QuatrepremiersValetsde-Chambres
ordinaires...
M. Coche.
168 MERCURE
M. de S. Leger.
M. Imbert.
M. Deſnots.
Pluſieurs Huiffiers pour la
Chambre ,, anti Chambre &
Cabinet.
Huit Valetsde Chambre.
Un ordinaire..
Garderobe.
10
Deux Maistres de la Garderobe..
M. le Marquis de Pluvaut.
M. le Comte deBreauté.
Vn premier Maistre d'Hoſtel.
M. de Matarel. JM
Quatre Maistres d'Hostel
' M. Gaillard.
M. lc Febvre.
M
GALANT .. 169
M. Maupoint.
M. Coufin
Deux Controlleurs Generaux.
M. de Lurel.
M. de Freſquiere. M
Huit Gentilshommesfervans.
Ecurie.
1
Un premier Ecuyer.
M. leMarquis Deffiat, Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit.
Quatre Ecuyers.
M. le Caron.
M. Dombrer.de
M. Duchefne.
Ν. TM
Decembre 1715 . P
170 MERCURE
Un Capitaine des Gardes de la
Porte.
A
M. de Longeville.
Un Lieutenant.
M. Torfe. A
Gens du Confeil.
Un Chancelier & garde des
Sceaux.
M. Terat , Marquis de
Chantôme , Officier de l'Ordre
du S. Eíprit.
Deux Secretaires des Commandemens.
M. l'Abbé de Theſut .
M. Doublet.
Un Sur- Intendant des Finances.
M. Terat.
GALANT. 171
Deux Intendans.
M. de S. Jorry.
M. Baille.
Un Aumônier pour l'Ecurie.
M. Boüillerot
Un premier Veneur.
M. le Marquis d'Effiar .
Gardes du Corps Francois.
Deux Capitaines.
M. le Marquis d'Etampes ,
Chevalier de l'Ordre du S.
Eſprit .
M. le Marquis de la Fare.
Deux Lieutenans.
M. de Lagni .
M. de Marolles.
Pij
172 MERCURE
Deux Enseignes .
M. de S. Germain,
M. de la Bachelerie.
Gardes du Corps Suißes.
Un Capitaine .
M. le Marquis de Nancré.
Deux Lieutenans.
M. de Chevry.
M. de Filtz .
Un Sur-Intendant des Bastimens.
M. de Terat...
Un Intendant.
M. Girard.
GALANT. 173
********
MAISON DE MADAME
la Ducheſſe d'Orleans .
Officiers Ecclefiaftiques.
M. l'Abbé Genais de l'Académie
Françoiſe .
M. l'Abbé Boulanger.
Un Chapelain.
M. le Page.
-Un Clerc de Chapelle .
M. le Page.
DAMES .
La Dame d'Honneur.
Madame la Maréchale de
Rochefort.
Piij
174 MERCURE
La Dame d'Atour.
Madame la Marquiſe de
Caftriez .
1
Dames du Palais.
Madame la Marquiſe de
Conflans . :
Madame la Comteffe de
Tonnerre.
Madame la Comteſſe de
Poitiers .
Madame la Marquiſe d'Epinay.
Premiere Femme de Chambre.
Madame Imbert .
Onze Femmes de Chambre.
•Le Chevalier d'Honneur.
M le Marquis deCaſtriez.
GALANT. 175
e
Maistres d'Hostel.c
Un ControlleurGeneral.
11
M. Fronton de Vaugelas.
ном за Есuries DO 2109
Premier Ecuyer
1: Male Comte de S. Pierre.
Dlux Ecuyers.
Ma de la Serre Panat
MaGirautis
Eruyers Cavalcadours.
Made Buffe
LM.xDurand vanaiol !
Un Secretaire des Commande;
ios mensol sh 1
M. de S. Preſtros
des Officiers de la Maiſon
du Roy Louis XV. à
preſent regnant ; ceux de
Madame , Fille de France
Ducheffe de Berry , de Madame
, de M. le Duc d'Orleans,
Regentdu Royaume,
&de Madame la Ducheſſe
d'Orleans.
La Chapelle du Roy est compofée
-du grandAumônier de France.
M. le Cardinal de Rohan
Commandeur né des Ordres
du Roy , Evêque &Prince de
Strasbourg.
132 MERCURE
Du premier Aumônier , &
autres Aumôniers de quartier.
Le premier Aumonier.
M.le Duc de Coiflin, Evêque
&Prince de Metz , Commandeur
de l'Ordre du S. Efprit ,
Le Maistre del'Oratoire.
M. l'Evêque de S Omer.
Le Confeffeur duRoy.
: Ily a buit Aumoniers , deux
àchaque Quartier.
M. l'Abbé Morel , Chanoi
ne de l'Eglise de Paris &Confeiller
au Parlement......
Mal'Abbé de Maulevrier,
Chanoine& Comte de Lyon.
pandane
GALANT
M'Abbéd Entragues ,
Abbé de Valence, couro sb
M.l'Abbé du Cambour,
M. l'Abbé d'Argentre, Abbéde
Sainte CROIXIM
M. l'Abbé de Choiſeul
M. l'Abbé de Rochebonne,
Grand Vicaire de Lyon
M. l'Abbé de Froulay ,
Grand Vicairede Toulouſe.
Ily a huit Chapelains dequartier
un ordinaire .
M Salomongod of M
M. Henrion.
M. Fauvel ; Chanoine de S.
Quentin& Abbé deClairfay.
M. de la Croix , Docteur
deSorbonne.
134 MERCURE
M. de Varcanes Docteur
de Sorbonne.
M. Traboüiller , Chanoine
deMeaux.I
M. Poiffon ,Abbé deBournet
.
MGoüault.
Un Chapelain ordinaire
&Sacristain.
M. Archon , Abbé de S.
Gilbert.
Ily a huit Clercs deChapelle.
M. Pothonier , Docteur en
Theologie
M. Pelliffier .
M. Buffon, Chanoined'Or-
Jeansd
:
1
GALANT. 135
M. Pernoſt , Prieur d'Ef-
い
pointed
2010
Ob MoHazon J.M
M. Bezançon, Chanoine de
Methonian M
M. Maupoint.
M. Johor 1 1
Le Maistre de la Chapelle-
Musique.
M. leCardinal de Polignac.
Cette Chapelle est composée des
Chapelains pour les grandes Meffes,
quifont:
M. Jouilhac
Dubais . 2.
NG
136 MERCURE
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Bourgain ,Chanoine de
Reims papa sud.M
M. Caillet , Principal du
College des Craffins.
M. Tiſſu , Chanoine de S.
Nicolas du Louvre.
M. Poitevin Chanoine de
Reims.
Un Clerc ordinaire.
1
M. Favart , Chanoine de
Reims.
Cette Chapelle comprend tous
les Muſiciens & Symphonistes ,
quifont en tres-grand nombre.
Du
1
GALANT. 137
DuGrandMaistre de laMaiſon
du Roy
M. le Duc, Princedu Sang.
Surintendant à l'éducation
du Roy.
M. le Duc du Maine , Prince
Souverain de Dombes .
Le Gouverneur du Roy
M. le Maréchal de Villeroy.
Le Sous-Gouverneur.
M. le Comte de Ruffey.
Trois. Gentilshommes de la
Manche.
M. Dauffi .
M. Darcis .
M. de Pezé.
Decembre 1715. M
٤
138 MERCURE
4 Une Gouvernante...
Me la Ducheffe de Ventadour.
2
Une Sous-Gouvernante.
Me de la Lande .
7
Le premier Maistre d'Hostel.
M. le Marquis de Livry.
900
Douze Maistres d'Hostelfervantsparquartiers
, unMaiftre
d'Hoftel ordinaire. Mol 24
M. leComte d'Igny.
M.Dappoigny.
M. de la Godiniere.20
M. de Francine.
Mde laMeſangere.
M.Dumans.
M. Darzilliers.
GALANT 139
MadeMalegre M
Maade Cambraya
Ma de Montman l
-M.D'Herouvillo
N.... andmed
VaAdaifore d'Hostelordinaire.
M. de Vauvré , Intendant,
&du Conſeil de laRegence.
Du grand RannetierANT
-Mille Duc de Briffac.
Trente fix Gentilshommes
Servants / T
LG Le grandChambellan )
M. le Duc d'Albret
Quatre premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Duc de Threſmes.
4
Mij
140 MERCURE
M. le Duc d'Aumohrl
M. le Duc delaTremoille-
M. le DucdeMordemalt.
Quatre premiers Valers-de-
Chambre.....
M leMarquis deGambais,
Gouverneur de LimogesM
M.Bontemps
Mile Marquis de Chance-
?
Trente - deux Valets - de-
Chambre , fervans hoit par
quartierend Ahsulot M
Grand Maistre de la Garde-robe
M. lo Duc de la Rochefoucaatmida
ob sul sl .M
M
GALANT. 141
Deux Mailtresde la Garderobe:
salepМ М
M. le Marquis de la Salle
M. le Marquis de Mailleboisparovi
of of M
1 Premier Medecin.IM
M. Poirier. 71023
Huit Medecins fervans par
quartiersbou
Sous PremierChirurgien.
M. Maréchal.
M
M
Huit Chirurgiens forvans
par quartier, ashxis
Un Apotiquaire & quatre
aides , mob M
Un Directeur General des Ba
timensupig
M. le DuodAntid...
142 MERCURE
Le grand Maréchal des Logis.
M. le Marquis de Cany
Quatre Capitaines des Gardes
du Corps.
M. le Duc de Noaillesand
M. le Maréchal Duc d'Harcourt
.
M. le Duc de Villeroy.
4
M. le Duc de Charroft
M.fonFils reccuen ſurvivance.
Un Major. 11
MDavignono H
DeuxAydes Majorso q
CM. deBruzac.iroga att
M. de Parıfontaine.
12. Lieutenants fervants
par quartier.
12. Enfeignos
GALANT. 143
Capitaine des Cent- Suiffes .
M. le Marquis de Courtanvaux.
MO
Le Capitaine des Gardes
dela Porde
M. leMarquis de laChaife.
Le Capitaine des Gardos de la
Prevofté de l'Hostel.
M.leComtede Montſoreaus
Le Capitaine- Lieutenanti11
desGendarmes.
M. le Prince deRohana
Le Capitaine Litutenam
des Chevaux- Legers
M le Duc deChaulnes.
T
-LeColoneldesGardes Françoises.
M. le Duc de Guiche.
...11
144 MERCURE
Le Colonel General des Suiffes.
M.leDucduMaine,Prince
Souverain de Dombes.v
Le Colonel du Regiment
des Gardes Swiffes .
Mide Raynold.
Le GrandEcuyer.
M. le Comte d'Armagnac,
Chevalier de l'Ordre du Saint
Efpritai
Trois Ecuyers Cavalcadours.
Mode Vaux
M.de Romance.DA
M. de la Magdelaine.
Frois Ordinaires . LI
M. de Neuville.
MdAvricourt.1 M
Ν... Le
GALANT 145
Le Premier Ecuyer.
M. de Beringhen ,Chevalier
de l'Ordre du Roy.
Vingt Ecuyers ſervants par
quartier.
د. Ilyagrand nombre desPages
de la grande&petite Ecurie
, fans compter ceux de la
Chambre.
AMLe Grand Fauconnier.
Male Comte des Marets,
Le Grand Louvetier.
M. leMarquisd'Heudicourt.
LeJuge de la Cour.
LeGrand Prevoſt de France.
LeGrand-Maître desCeremonies.
M. le Marquis de Dreux.
Decembre 1715. N
146 MERCURE
Un Maître desCeremonies.
M. Deſgranges. " sh.M
Deux Introducteurs des Ambaf
Sadeurs .
M.le Marquis de Magni .
M. le Chevalier deSanctor,
MAISON DE MADAME ,
Fille de France , Duchéſſe
de Berry.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'AbbédeCaſtriez,Abbé
deValmagne ,& deMonaftier.
GALANT . 147
i
Quatre Aumoniers.
M. l'Abbé de Berny.
M. l'Abbé de Rouget ,
GrandVicaire d'Alby.
M. l'Abbé du Tremblay.
• M. l'Abbé Danglade.
Un Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé d'Avejan, Prieur
du Vigan.
Quatre Chapelains.
M. Dupleffis , Chanoine de
S. Quentin.
M. Levouë , Chanoine du
Mans .
M. Girard , Chanoine de
Clermont.
Nij
148 MERCURE
M. Rafy , Chanoine d'Auxerre.
Un Chapelain ordinaire.
M. Capet.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. Rabeuf , Principal du
Prin
College de Preſſes.
M. Francfort,
M Lucas .
M. Guinot , Chanoine de
Beaun
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Bayo.
The Un Copfefleur. L
Ν...
Un Confeffeur du commun.
M. Avenel.
८
GALANT. 149
Un Sommier de Chapelle.
M. Dupuis.
CHAMBRE.
DAMES.
Une Dame d'Honneur.
Me la Duchefſſe de S. Simon.
Une Dame d'Atour.
Me la Marquifede Pons
S. Maurice.
131 Dames du Palais
&
MelaMarquiſe de Brancas.
Me la Comteſſe de Clermont.
Me la Marquiſe d'Armen
tieres.
Niij
150 MERCURE
Me la Marquiſe deBeauvau.
Une premiere Femme de
Chambre.
Mlic. Davaiſe... d
Douze Femmes de Chambre.
Quatre Huifiers de la
Chambre.
Un ordinaire .
Quatre Huiffiers du Cabinet.
Quatre Huiffiers de l'Antichambres
HUuDp M.M
Huit Valets deChambre.
Unordinaire.
Officiers de Santé.
Un premier Medecinis
M. Douté.
GALANT 151
Un Chirurgien du Corps .
M. Lardy.
Un Apoticaire du Corps.
M. Imbert.
Garderobe.
Quatre Valets de Garde-
Qua
robe.
Un ordinaire.
UnPorte- Manteau .
M. Jolly.
Chambre aux Deniers.
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Goëtenfao
, Lieutenant general des
Armées du Roy...M
Un premier Maistre d'Hostel.
M. le Comte de Saumery.
Niij
152 MERCURE
QuatreMaistres d'Hostel.
M. de la Marc..
M. Tourole. BRO
M. Juffan . admi.M
M. de la Valette.
1
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Bertin.
Doux Controlleurs generaux.
M. Levesque.
IN
M. le Baſtier.T.M
Huit Gentilshommesfervants.
M. Champion.S
M.Pingré.
Mol M
MdeCourcelles.pilo
M. Deſenelos.chsmA
M.de Bertun.
M.Larconcau.M
GALANT. 153
M. Porot.
M. de la Girardiere.
Un Gentilhomme ſervant
simordinaire M
M. deLaverdina LŨ
Un Controlleur Clercd'Office.
M. Pezier.
QuatreControlleursClercs
2000
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Chevalier d'Hautefort
, Maréchal des Camps &
Armées du Roy.
ໂຄວ
Quatre Ecuyers.
M. de Makan
M. Boubée , Capitaine de
Cavalcric.
154 MERCURE
2 M. de Suzanges .
M. du Faure.05.11
Un Ecuyer Cavalcadour.
M. de la Vaſſorerie .
Un Maréchal des Logis
Un Fourier.RODU
Un Controlleur generaldes
Un Secretaire des Commandemens,
Maison, Finances.
M. deMontgelas
Un Surintendant des Maiſons
Finances, 1101 t
M. de Maynon.
Un Intendant des Maiſons
Finances. M
th Mi Paulmier, deng.M
A
رک
GALANT. ISS
Six Secretaires de Finances.
Un Secretaire ordinaire.
Un Treforier General de la
maison.
M. de Merandon .
UnGouverneur & un ſous-
Gouverneur des Pages.
Un Chapelain & Precepteur.
M. Stephanel , Chanoine
dePignetol.
Do Gardes duCorps François.
M. de Roye,Marquis dela
Rochefoucault, Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Capitaine LieutenantdesGen
darmes Flamands.
156 MERCURE
:
Vn Lieutenant.
M. le Comte de Rion.
Vn Enseigne.
M. le Chevalier deCourtemer.
DeuxExempts.
M. le Marquis de Sabran.
M. le Marquis deBriquemaure.
Doux Maréchaux de Logis.
M. du Coudray.
N.
Un Officier des Gardes du
Corps Suiffes.ов М
CinquanteGardesduCorps.
UnTrompette.
Un Tymbalieriσμο
Vn Treforier
M. de S. Bonet.
GALANT. 157
********
MAISON DE MADAME ,
Ducheffe d Orleans .
Un premier Aumônier,
M. l'Abbé de Magnas.
Quatre Aumonters, M
M. l'Abbé Berthet , Prieur
de S. Leonard de Dreux!
M.I Abbé de Verthamont,
Grand Vicaire de Nantes.
A M. l'Abbé de Belle Fontaine.
M. l'Abbé Dubuc
Un Aumônier ordinaire.
M ! Abbé de Lagors,Chanoine
de Metz. ;
158 MERCURE
Quaire Chapelains..
M. Mouchet.
M Cornuo.
M. Roblattre.
Ν....
Un Chapelain ordinaire.
M. Refſeguier.
Quatre Clercs de Chapelle.
M. de Lamothe Vilbray.
M. de Maumonet.
M. Bloüin .
M. de S. Martin , Archidiacre
de S. Brieuc.
Un Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Maillard.
Confeßeur ordinaire.
Le R. P. de Linieres,Jeſuite.
GALANT 139
- Un Aumômerdu Commun.
M Coſtel , Chanoine de
SainteOpportuni
Un Confeßeur du Commun.
M.Morlet .
Un Sommier de Chapelle.
M Prevons dou
CHAMBRE.
DA ME
Dame d'Honneur
Madame la Ducheffe de
- Brancas.
Dame d'Atour.
Madame de Chaſteautiers.
12. Femmes de Chambre.
160 MERCURE)
Premier Medecin.
MoTered biob M
Un Chirurgien du Corps.2
M. Carrere.
Vn Apoticairedu Corps.M
M. Bolduc. eine 2
Un Chevalier d'Honneur.
M. le Marquis de Soliers.
DeuxpremiersMaistres d'Hôtel.
M. de Collins,Seigneur de
Lucante.
M. Leauthier ,Capitaine de
Vaificau .
Quatre Maistres d'Hostel
M. Boüillerot.
M. Chapotin.
M. Aubert.
Μ.
1
GALANT. 161
M. Dazy.
Un Maistre d'Hostel ordinaire.
M. Hardy.
Deux Controlleurs Generaux.
M. de la Fonſtiere.
M. Le Grand..
Huit Gentilshommes fervants.
Quatre Controlleurs.
Un Controlleur ordinaire.
Ecurie.
Un premier Ecuyer.
M. le Comte de Simianes.
Quatres Ecuyers..
M. le Roy
M. de Leſcure.
Decembre 17.15.
:
A
162 MERCURE
M. Moët.
N. !
Vn Ecuyer ordinaire.
M. de Balenne.
Deux Ecuyers Cavalcadours.
M. de Vaux..
- M. Sevin.
Un Secretaire des Comman
licdemens.
M. de Baudry , Maître des
Requeſtes , & du Conſeil de
Regence.
Vn Treforier de la maison.
MidaPigisaree of M
Vn Gouverneur des Pages.
M. de Grandchamp.
Vn Precepteur &Aumônier.
M. Baſtide.
GALANT. 163
MAISON DE MONSIEUR
le Duc d'Orleans , Petit Fils
de France , Regent du
Royaume.
Officiers Ecclefiaftiques.
Un premier Aumônier.
M. l'Abbé de Treſſan ,
Comte de Lyon , Abbé de
Longpont & de Lepau.
Le R. P. Confeffeur.
Le R. P. du Trevou, Jeſuite.
Vn Maistre de l'Oratoire,
M. l'Abbé de Simiane.
Vn Maistre de la Chapelle &
Mufique.
M. l'Abbé Pajot. Oij
164 MERCURE
Quatre Aumôniers.
M. Abbé Mallet
M. l'Abbé Dionis .......
M. l'Abbé Sonning , Abbé
deBaugency.
M'Abbé de Ruaudě.
Vn Aumônier ordinaire.
M. l'Abbé de Rabines, Abbé
de S. Jean en Vallée &
Chanoine du Mans
Quatre Chapelains.nod
M. Larcher , Chanoine de
Clery.c
4
M. de Bremond
M. Caper.
M. Bayo.
AM
Quatre Clercs de Chapelle.
M.Domino.CATM
GALANT. 165
M. Gervais , Chanoine de
Clery.
Ν. Ν.
Vn Clerc de Chapelle ordinaire.
M. Harcourt! TO
Vn Aumônier & Confeffeur de
laMaison.
* M. Seiguenor.
LaChambre.
Deux premiers Gentilshommes
de la Chambre.
M. le Marquis d'Armentieres.
M. le Marquis de Simiane.
Quatre Chambellans.
M. le Marquis de la Guierthe
intent o
166 MERCURE
M. Cabre.
M. Fargis.
M. Maſparo.
Vn Chambellan ordinaire.
M. de Turmenyes.
Plufieurs Gentilshommes
de la Chambre.
Vn Introducteur des Ambaſladeurs
.
M Marpre scars Cl
Vn Gouverneur des Pages.
لا
Officiers de Santé.
.201
Vn premier Medecin .
M. de Chirac , Profeſſeur
en l'Univerſité de Montpellier
& de l'Académie des
Sciences.
د
GALANT. 167
Quatre Medecins.
M. Helvetius.
M. Vignon.
M. Seignette.
M Imbert .
Vn premier Chirurgien.
M. Hardy.
Quatre Chirurgiens.
M.Batıffier.
M. Franchet.
M. Lemoine.
M. Creſpin.
2
Vn Chirurgien ordinaire.
M. Dumont...
QuatrepremiersValetsde-Chambres
ordinaires...
M. Coche.
168 MERCURE
M. de S. Leger.
M. Imbert.
M. Deſnots.
Pluſieurs Huiffiers pour la
Chambre ,, anti Chambre &
Cabinet.
Huit Valetsde Chambre.
Un ordinaire..
Garderobe.
10
Deux Maistres de la Garderobe..
M. le Marquis de Pluvaut.
M. le Comte deBreauté.
Vn premier Maistre d'Hoſtel.
M. de Matarel. JM
Quatre Maistres d'Hostel
' M. Gaillard.
M. lc Febvre.
M
GALANT .. 169
M. Maupoint.
M. Coufin
Deux Controlleurs Generaux.
M. de Lurel.
M. de Freſquiere. M
Huit Gentilshommesfervans.
Ecurie.
1
Un premier Ecuyer.
M. leMarquis Deffiat, Chevalier
de l'Ordre du S. Eſprit.
Quatre Ecuyers.
M. le Caron.
M. Dombrer.de
M. Duchefne.
Ν. TM
Decembre 1715 . P
170 MERCURE
Un Capitaine des Gardes de la
Porte.
A
M. de Longeville.
Un Lieutenant.
M. Torfe. A
Gens du Confeil.
Un Chancelier & garde des
Sceaux.
M. Terat , Marquis de
Chantôme , Officier de l'Ordre
du S. Eíprit.
Deux Secretaires des Commandemens.
M. l'Abbé de Theſut .
M. Doublet.
Un Sur- Intendant des Finances.
M. Terat.
GALANT. 171
Deux Intendans.
M. de S. Jorry.
M. Baille.
Un Aumônier pour l'Ecurie.
M. Boüillerot
Un premier Veneur.
M. le Marquis d'Effiar .
Gardes du Corps Francois.
Deux Capitaines.
M. le Marquis d'Etampes ,
Chevalier de l'Ordre du S.
Eſprit .
M. le Marquis de la Fare.
Deux Lieutenans.
M. de Lagni .
M. de Marolles.
Pij
172 MERCURE
Deux Enseignes .
M. de S. Germain,
M. de la Bachelerie.
Gardes du Corps Suißes.
Un Capitaine .
M. le Marquis de Nancré.
Deux Lieutenans.
M. de Chevry.
M. de Filtz .
Un Sur-Intendant des Bastimens.
M. de Terat...
Un Intendant.
M. Girard.
GALANT. 173
********
MAISON DE MADAME
la Ducheſſe d'Orleans .
Officiers Ecclefiaftiques.
M. l'Abbé Genais de l'Académie
Françoiſe .
M. l'Abbé Boulanger.
Un Chapelain.
M. le Page.
-Un Clerc de Chapelle .
M. le Page.
DAMES .
La Dame d'Honneur.
Madame la Maréchale de
Rochefort.
Piij
174 MERCURE
La Dame d'Atour.
Madame la Marquiſe de
Caftriez .
1
Dames du Palais.
Madame la Marquiſe de
Conflans . :
Madame la Comteffe de
Tonnerre.
Madame la Comteſſe de
Poitiers .
Madame la Marquiſe d'Epinay.
Premiere Femme de Chambre.
Madame Imbert .
Onze Femmes de Chambre.
•Le Chevalier d'Honneur.
M le Marquis deCaſtriez.
GALANT. 175
e
Maistres d'Hostel.c
Un ControlleurGeneral.
11
M. Fronton de Vaugelas.
ном за Есuries DO 2109
Premier Ecuyer
1: Male Comte de S. Pierre.
Dlux Ecuyers.
Ma de la Serre Panat
MaGirautis
Eruyers Cavalcadours.
Made Buffe
LM.xDurand vanaiol !
Un Secretaire des Commande;
ios mensol sh 1
M. de S. Preſtros
Fermer
52
p. 93-104
De Paris.
Début :
Le 24. du mois passé, veille de Noël, Madame la Duchesse [...]
Mots clefs :
Abbé, Duc d'Orléans, Corps, Marquis, Gouverneur, Chevalier, Roi, Palais, Province, Église
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texteReconnaissance textuelle : De Paris.
De Paris.
Le 24. du mois paffé , veille
de Noël , Madame laDucheſſe
de Berry ſe rendit à l'Egliſe
de S. Sulpice , fa- Paroiffe , pour
y entendre les Matines & la
grand Meffe. On avoit placé
ſon Prie- Dieu au milieu du
Choeur , où 40. de ſes Gardes
du Corps eſtoient rangez en
94 MERCURE
haye : au devantdu Prié Dieu
fur la droite eſtoient M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouger , M.l'Abbé du Tremblay
, & M. l'Abbéd'Avejan ,
ſes Aumôniers, tous en rochet:
derriere ſon fauteüil eſtoit M.
le Marquis de la Rochefoucault
ſonCapitaine desGardes
du Corps: à la droite Madame
la Duchefſe de S. Simon ſa Dame
d'Honneur avec M. le
Chevalier d'Hautefort fon
premier Ecuyer: fur la gauche
M. le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'Honneur , &
Madame la Marquiſe de Pons
,
1
GALANT.
1
:
ſa Dame d'Atour ; Madame la
ComteſſedeClermont,&Madame
la Comteſſe de Beauvau
ſes Dames du Palais.CettePrinceſſe
alla à l'Offrande & donna
dix loüis d'or . Madame la Princeffe
fit rendre à cette Meſſe de
minuit les Pains Benits qui furent
portez avec beaucoup de
folemnité : M. de Harlay,Conſeiller
d'Etat , premier Marguillier
,preſenta un de ces
Pains à Madame la Ducheſſe
de Berry. La Grand Mefle &
Laudes finies , cette Princeſſe
s'en retourna à fon Palais du
Luxembourg , eſcortée de ſes
7
6 MERCURE
Gardes du Corps & de fes
Gardes Suifles . Cette Princeſſe
allale jour de Noel entendre
Vefpres &leSalut auxCarmelites
de la rue de Grenelle. Le
meſme jour Mr le Duc d'Orleans
alla entendre Matines ,
&les trois Meſſes aux Peres de
l'Oratoire de la rue S. Honoré
, accompagné de Mr. l'Abbé
de Treffan , fon premier
Aumônier en Rochet , deMr.
le Marquis de la Fare ſonCapitaine
des Gardes , de Mr. le
Marquis de Nancré Capitaine
de ſes Gardes Suiffes , &du
reſte de ſa Maiſon : ce Prince
fe
1
1
GALANT. 97
ſe rendit le jour de Noel à
l'Egliſe de Saint Eustache ſa
Parouffe pour y entendre la
grand' Meffe ; Madame l'y entendit
auffi , y ayant communié
auparavant par les mains
de M. l'Abbé de Magnas ſon
premierAumônier. Le meſme
jour ce Prince avec Madame,
allerent auſſi à la meſme Egliſe
y entendre les Complies &
le Salut..
Le 30, le Roy arriva icy de
incennes, accompagné deM.
le Duc d'Orleans , qui le condurfit
au Palais des Tuilleries.
S. M. eſtoit eſcortée par les
Janvier 1716.
I
, MERCURE
Gendarmes , les Chevaux- legers
deſa Garde,trois Officiers
àleur tefte , par ſes Gardes
du Corps , & par les deux
Compagnies des Moufquetaires
, & par les Regiments
aux Gardes Françoiſes& Suifſes.
Le Roy fut complimenté
enarrivant par le Prevôt des
Marchands, à la teſte des Officiers
de la Ville. Le lendemain
par M. l'Abbé Bignon à la
teſte duClergé de ſaint Germain
l'Auxerrois , & le premier
de l'an par leParlement,
laChambre des Comptes , le
GrandConfeil,Cour desAyGALANT.
وو
des & les autres Corps ,
ayant à leur teſte M. le Marquis
de Dreux Grand Maiſtre
des Ceremonies , & M. Def.
granges Maiſtre desCeremo
nies: tous ces mêmes Corps
allerent ſouhaiter une heureuſe
année à Madame la Ducheffe
de Berry , au Palais du
Luxembourg , & au Palais
Royal à Madame , à M. le
Duc d'Orleans & à Madame
la Ducheſſe d'Orleans .
Le premier de l'an , M. le
Duc d'Orleans nomma M.
l'Abbé Dubois , cy devant
fon Precepteur , à la Charge
I ij
100 MERCURE
de Conſeiller d'Eſtar, vacante
par la mort de M. l'Archeveſque
de Sens. Le s . de ce
mois le premier Preſident du
Parlement de Toulouſe , à la
teſte des Deputez dumeſme
Corps ,harangua Sa Majefté ,
il fur preſenté par M. le Duc
du Maine Gouverneur de la
Province : le meſme jour M.
le premier Preſident de laCour
des Monnoyes de Lyon harangua
aufli Sa Majesté , il fut
preſenté par M. le Marechal
de Villeroy Gouverneur de la
Province. Le 6. l'Envoyé de
l'Electeur Palatin eut audiance
1.
GALANT . 101
du Roy , eſtant conduit par
M. le Chevalier de Saintot ,
& rendit à Sa Majeſté une
Lettre de l'Electeur Palatin
fon Maiſtre .
Le dernier du mois paffé,
M. l'Envoyé de Dannemark
apprit la nouvelle de la priſe
de Stralzund , & qu'on avoit
accordé à mille Suedois denationde
ſe retiter avec leurs armes
où ils voudroient : on
ſqut auſſi que le Roi de Suede
eſtoit paffé à Stokolm , ce Miniftre
fit part de cette nouvelle
au Regent le premier de
l'an .
I iij
102 MERCURE
Le 12. le premier Prefident
de la Cour des Aydes deMontauban
, complimenta Sa Majeſté
à la teſte des Deputez de
fon Corps , il fut preſentépar
M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province. 1
Je manquay le mois paflfé
àvousdire que le onzedumême
mois les Députez du Parlement
de Rouen , compli
menterent le Roy ſur ſon ave.
nement àlaCouronne , ayant
le premier Preſident à leur tête,
ils furent conduits par leMarquis
de Dreux , Grand Maître
GALANT . 103
des Ceremonies;& par le Sieur
Deſgranges Maître des Ceremonics
; ils furent preſentez
parM. le Duc de Luxembourg
Gouverneur de la Province.
M. de S. Olon a vendu ſa
Charge de Gentilhomme ordinaire
du Roy à M. Lombard
Vicomte d'Ermenonville, fon
neveu , S. A. R. Monſeigneur
le Ducd'Orleans, luy en avoit
donné l'agrément l'annéederniere,
Si les differens emplois que
le feu Roya confiez à M. de
S. Olon , & dont il s'eſt toûjours
tres dignement acquitté,
I iiij
104 MERCURE
le font regretter dans fon
Corps , les preuves que M.
d'Ermenonville a données de
ſa capacité en pluſieurs occaſions
donnent lieu d'eſperer
qu'il le remplacera avec ſuccés.
Le 24. du mois paffé , veille
de Noël , Madame laDucheſſe
de Berry ſe rendit à l'Egliſe
de S. Sulpice , fa- Paroiffe , pour
y entendre les Matines & la
grand Meffe. On avoit placé
ſon Prie- Dieu au milieu du
Choeur , où 40. de ſes Gardes
du Corps eſtoient rangez en
94 MERCURE
haye : au devantdu Prié Dieu
fur la droite eſtoient M. l'Abbé
de Caſtres , M. l'Abbé de
Rouger , M.l'Abbé du Tremblay
, & M. l'Abbéd'Avejan ,
ſes Aumôniers, tous en rochet:
derriere ſon fauteüil eſtoit M.
le Marquis de la Rochefoucault
ſonCapitaine desGardes
du Corps: à la droite Madame
la Duchefſe de S. Simon ſa Dame
d'Honneur avec M. le
Chevalier d'Hautefort fon
premier Ecuyer: fur la gauche
M. le Marquis de Coëtenfao
fon Chevalier d'Honneur , &
Madame la Marquiſe de Pons
,
1
GALANT.
1
:
ſa Dame d'Atour ; Madame la
ComteſſedeClermont,&Madame
la Comteſſe de Beauvau
ſes Dames du Palais.CettePrinceſſe
alla à l'Offrande & donna
dix loüis d'or . Madame la Princeffe
fit rendre à cette Meſſe de
minuit les Pains Benits qui furent
portez avec beaucoup de
folemnité : M. de Harlay,Conſeiller
d'Etat , premier Marguillier
,preſenta un de ces
Pains à Madame la Ducheſſe
de Berry. La Grand Mefle &
Laudes finies , cette Princeſſe
s'en retourna à fon Palais du
Luxembourg , eſcortée de ſes
7
6 MERCURE
Gardes du Corps & de fes
Gardes Suifles . Cette Princeſſe
allale jour de Noel entendre
Vefpres &leSalut auxCarmelites
de la rue de Grenelle. Le
meſme jour Mr le Duc d'Orleans
alla entendre Matines ,
&les trois Meſſes aux Peres de
l'Oratoire de la rue S. Honoré
, accompagné de Mr. l'Abbé
de Treffan , fon premier
Aumônier en Rochet , deMr.
le Marquis de la Fare ſonCapitaine
des Gardes , de Mr. le
Marquis de Nancré Capitaine
de ſes Gardes Suiffes , &du
reſte de ſa Maiſon : ce Prince
fe
1
1
GALANT. 97
ſe rendit le jour de Noel à
l'Egliſe de Saint Eustache ſa
Parouffe pour y entendre la
grand' Meffe ; Madame l'y entendit
auffi , y ayant communié
auparavant par les mains
de M. l'Abbé de Magnas ſon
premierAumônier. Le meſme
jour ce Prince avec Madame,
allerent auſſi à la meſme Egliſe
y entendre les Complies &
le Salut..
Le 30, le Roy arriva icy de
incennes, accompagné deM.
le Duc d'Orleans , qui le condurfit
au Palais des Tuilleries.
S. M. eſtoit eſcortée par les
Janvier 1716.
I
, MERCURE
Gendarmes , les Chevaux- legers
deſa Garde,trois Officiers
àleur tefte , par ſes Gardes
du Corps , & par les deux
Compagnies des Moufquetaires
, & par les Regiments
aux Gardes Françoiſes& Suifſes.
Le Roy fut complimenté
enarrivant par le Prevôt des
Marchands, à la teſte des Officiers
de la Ville. Le lendemain
par M. l'Abbé Bignon à la
teſte duClergé de ſaint Germain
l'Auxerrois , & le premier
de l'an par leParlement,
laChambre des Comptes , le
GrandConfeil,Cour desAyGALANT.
وو
des & les autres Corps ,
ayant à leur teſte M. le Marquis
de Dreux Grand Maiſtre
des Ceremonies , & M. Def.
granges Maiſtre desCeremo
nies: tous ces mêmes Corps
allerent ſouhaiter une heureuſe
année à Madame la Ducheffe
de Berry , au Palais du
Luxembourg , & au Palais
Royal à Madame , à M. le
Duc d'Orleans & à Madame
la Ducheſſe d'Orleans .
Le premier de l'an , M. le
Duc d'Orleans nomma M.
l'Abbé Dubois , cy devant
fon Precepteur , à la Charge
I ij
100 MERCURE
de Conſeiller d'Eſtar, vacante
par la mort de M. l'Archeveſque
de Sens. Le s . de ce
mois le premier Preſident du
Parlement de Toulouſe , à la
teſte des Deputez dumeſme
Corps ,harangua Sa Majefté ,
il fur preſenté par M. le Duc
du Maine Gouverneur de la
Province : le meſme jour M.
le premier Preſident de laCour
des Monnoyes de Lyon harangua
aufli Sa Majesté , il fut
preſenté par M. le Marechal
de Villeroy Gouverneur de la
Province. Le 6. l'Envoyé de
l'Electeur Palatin eut audiance
1.
GALANT . 101
du Roy , eſtant conduit par
M. le Chevalier de Saintot ,
& rendit à Sa Majeſté une
Lettre de l'Electeur Palatin
fon Maiſtre .
Le dernier du mois paffé,
M. l'Envoyé de Dannemark
apprit la nouvelle de la priſe
de Stralzund , & qu'on avoit
accordé à mille Suedois denationde
ſe retiter avec leurs armes
où ils voudroient : on
ſqut auſſi que le Roi de Suede
eſtoit paffé à Stokolm , ce Miniftre
fit part de cette nouvelle
au Regent le premier de
l'an .
I iij
102 MERCURE
Le 12. le premier Prefident
de la Cour des Aydes deMontauban
, complimenta Sa Majeſté
à la teſte des Deputez de
fon Corps , il fut preſentépar
M. le Comte d'Eu , Gouverneur
de la Province. 1
Je manquay le mois paflfé
àvousdire que le onzedumême
mois les Députez du Parlement
de Rouen , compli
menterent le Roy ſur ſon ave.
nement àlaCouronne , ayant
le premier Preſident à leur tête,
ils furent conduits par leMarquis
de Dreux , Grand Maître
GALANT . 103
des Ceremonies;& par le Sieur
Deſgranges Maître des Ceremonics
; ils furent preſentez
parM. le Duc de Luxembourg
Gouverneur de la Province.
M. de S. Olon a vendu ſa
Charge de Gentilhomme ordinaire
du Roy à M. Lombard
Vicomte d'Ermenonville, fon
neveu , S. A. R. Monſeigneur
le Ducd'Orleans, luy en avoit
donné l'agrément l'annéederniere,
Si les differens emplois que
le feu Roya confiez à M. de
S. Olon , & dont il s'eſt toûjours
tres dignement acquitté,
I iiij
104 MERCURE
le font regretter dans fon
Corps , les preuves que M.
d'Ermenonville a données de
ſa capacité en pluſieurs occaſions
donnent lieu d'eſperer
qu'il le remplacera avec ſuccés.
Fermer
53
p. 163-176
De Paris. COPIE DE LA FEUILLE des Benefices & Pensions, signée par Monseigneur le Duc d'Orleans, le 20. Janvier 1716.
Début :
Cambray à M. l'Abbé d'Estrées, à 20000. livres [...]
Mots clefs :
Abbé, Chevalier, Roi, Pension, Abbaye, Aumônier, Duc d'Orléans, Bénéfices, Pensions
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texteReconnaissance textuelle : De Paris. COPIE DE LA FEUILLE des Benefices & Pensions, signée par Monseigneur le Duc d'Orleans, le 20. Janvier 1716.
De Paris.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
COPIE DE LA FEUILLE
desBénéfices & Pcnfions,
signée par Monseigneur le
Duc d'Orleans
,
le zo.
Janvier 1716.
Cambray à M. rAbbé
d'Eftrécs, à 2.0000. livres
de Pension.Sçavoir, à
M. leComte de LainaIk
,
GOGO*liv.
M. l'Abbé TartJifict,
4000 liv.
M. l'Abbé de Magnas,
Premier Aumônier de -Madame,
3000. liv.
M. l'Abbé de Fenelon,
1000. liv,
M. l'Abbé Doifi.,Comte
de Tournay, 2.000, liv.
M. l'Abbé de Rouvroy,
1000. liv.
M l'Abbé de Boifgibaulr,
Aumônier de Madame la Da.
chessede Lorraine,1000.liv.
Sens à M. l'Evcfque de
Troycs, àchargede8000.liv.
- dePension Sçavoir, à
M.l'Abbé Genest, Aumônier
de Madame la Duchcflc
d'Orléans, 3000.liv.
M.l'AbbéDavaife, 1000.1.
M. le Chevalier de Gercy,
1000. liv.
M.labbéDubos, 2.000.1.
Bayeux à M le Cardinalde
la Trimoille.) à charge de
loooo 1. de Pension. Sçavoir,à
Mde Montmorency,Che",
valier de S Lazare, 2.000. liv.
M. le Chevalier de Lhôpital,
1500.liv.
M. le Chevalier de S. Valier,
1500.liv.
M. de Manieu,Capitaine
au Régiment de la Couronne,
1000. liv.
M. le Chevalier de Rcths,
1500. liv.
M. le Comte- de Polignac
1joo.liv.
M. l'Abbé de Fenelon le
cadet, 1000. liv.
LTvcfche de Xaintcs a M.
l'Abbé de Beaumonc.
L'Evesché de Clermont, à
M.l'Abbé d'Entragues, Aumônier
duRoy.
-L'Abbaye-deS.ViétacJ:au
Cardinal Gualtieri,àcharge de
2000.l. dePenflon. Sçavoir,à
- -
M. l'Abbé Tamifi^
,
2000. liv.
L'Abbaye de S. Paul de
Verdun, au Cardiruî Ottoboni,
àcharge de 3000. liv.
de Pension. Savoir, à
M Biece, Diacre, 800.liv.
M Beaume, Prestre,700. L
M Mihony, Prêtre,700.1.
M. Deftival
,
ClercTonforé,
500. liv.
M. Gaflin, Clerc Tonsuré,
400. liv.
L'Abbaye de S. Ouin, a M.
l'Abbé de S.AlbinJà charge de
6000. L de Pension.Sçavoir, à
Mde Marcillac, 1000.îiv.
M. Timolcon de Choisy,
zooo. liv.
**M.l'AbbeduBella,1500.1.
M. Scuguenois,300. 1.
*
L'Abbaye de Moiflfac, à M.
de Biron, à charge de 4000. 1.
de Peufion. Savoir, à
Madame de Rochec houarr,
Abbesse de Fontcvraud,
4000. liv.
L'Abbaye de Jumicgcs, à
M. l'Abbé de S. Simon, à
charge de 3000. liv. dePenfion.
Sçavoir,à
M. l'Abbé Vertoi, rJoo. L
M. l'AbbéBitaud,icoo.l.
L'Abbaye
L'Abbaye du Mont S,
Eloy, au Pere la Couifferc,
Prieur de ladite Mailon
,
à
charge de 11000.1.de Pcnfion.
Sçavoir, à
M. le Chevalier de Clermonr,
1000. liv.
* M. le Chevalicr de Trefle- manes,2000.1.
«
M. le Chevalier de Pezeux,
1000. liv.
M. le Chevalier de Mondain
, 1000. liv.
LUnivçrficé de Douay ,
3000. liv.
L'Abbaye de Vigogne, au
Pere Bertin, a charge de 7000.
livres de Pension.Sçavoir, à
M. le Chevalier de Velleron,
2000. liv.
M. le Chevalier de S. André,
1000. Ilv.
M. le Chevalier de Confions,
2000. liv.
Le Séminaire d' Arras ,
1000. liv.
L'AbbayedeS,Basle,àM.
l'Abbé deS.Poin.
L'Abbaye de S Mclainc, à
M. l'Abbé de la Roche, Chanoine
de Nostre Dame.
LAbbaye de S. Marrin de
Pontoi[c>àM.l'Abbé dcTczu.
L'Abbaye de Cellcroin à M. rAbbé de Cbavigni de Blo.
-
L'Abbaye de S. Vincent du
Bourg,àM.l'AbbédeLiflagafay.
L'Abbaye de la Chastre, à
M. l'Abbé Bcrthcr, Aumônier
de Madame. ? ;
L'Abbaye de Lure, à M.
FAbbe Monteils.
v r
Le Prieuré le Mont aux Maladcs,
à M. l'Abbé Perot, Insticutcur
du Roy.**
M. deChivac, Ancicn Professeur
en Médecine de l'Univerficé
de Montpellier, & Premier
Medecm de S. A. R.
Monseigneur le Duc d'Orleans,
Regenc du Royaume,
sur reçu à l' Academie Royale
des Sciences le ig. Janvier.
Le 10. de ce mois ,
le Roy
allaauPalaisRoyal,& vifha
Madame, M. le Duc dOrleans
,
& Madame laDuchefTe*
d'Orléans.
Le iS. du mois pasle on
celebra dans l'Eglise Merropoliraine
d'Alby
, un Service
pour le feu Roy, M. l'Abbé
Angeard Chanoine^Théologal
de la même Êglise prononça
l'Oraison Funèbre.
ACifteron lEYêqueofïcia
pomificarlementpour le même
fujtt.
Le18. du mois dernier
l'Academie Royale de Bor.
deaux fit celebrer un Service
solemnel pour le fcu Royt,
dansla Chapelle du College
de Guienne de cette Ville ; la
Messe y fut chantée par la mu-
6que de l'Academie, & Ioraison
Funèbre prononcé par
leoPercnMaria Jcruite. fit la même ceremoiiie
dans TEglife dcTouJ
,
ou M. de l'Anuz Théologal
prononça lOraifon Funcbre.
DeraêroeàVienneen Dauphiné
ou l'Archevêque officia
,& ou 1Oraison funèbre
sur prononcée par le Perc Félon
Jvfuitc.
A Melun le Chapitre Royal
deNoHre Dame,le Pere Monier
Carme fie l'Eloge du Roy.
A IlToudun en Bcrry, dans
l'Eglise Collégiale deS.Cyr,
le PercPintarc prononça 1Oraison
Funèbre
, comme il
avoic fjit à Bourges.
Dins l'Eglise de Noftrc-
Dane Montpellier,1'Archevelque
de N'f bonne, Prefidcnt
des Ecjrs
,
officia pour le
mesme sujet, & les Evcfqucs
d'Agde
J
de Bczicrs, de Montauban
,
& d'Alais, firent les
abCoutcs) le Pcre Scnault Jefuice
prononça rOraifon funcbre.
A Toulouse l'Académie
des Jeux Floraux fit faire un
Service folcmnel pour le feu
Roy,dans lEglise desCarmes,
le foir IJCompJgnies'acrembla
extraordinaircmenc à l'Hôtel
de Ville dans la Salle de l'Académic
,
où le sieur Mariottc
l'un des Académiciens, prononça)
Etogc du Roy.
Le ij. de ce mois, le Roy
tint sur les Fonds dans la Chapelle
des Thuillcries
, avec
Madamela Duchcfle de Vantadour
,
sa Gouvernante,le
fils de M. le Duc de Talard ,
& petit fils du Maréchal,qui
fut baptisé par leCardinal de
RohanJGrand Aumofnicr de
France & nommé Louis Charles.
Fermer
54
p. 174-179
Dons du Roy, [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a donné l'Evêché de Troyes à M. l'Abbé Bossuet, [...]
Mots clefs :
Roi, Cérémonies, Marquis, Abbé, Gardes du corps
55
p. 135-139
De Londres le 12 Février
Début :
Il est arrivé une affaire importante qui fait beaucoup de [...]
Mots clefs :
Colonel, Capitaine des gardes, Ministre, Visite, Arrêts, Gouvernement, Négociation, Abbé, Tsar, Saint-Petersbourg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres le 12 Février
NOUVELLES
ETRANGERES
De Londres le 12 Février
Left arrivé une affaire imporqui
beaucoup
Mardi au foir affez tard , le Colonel
Blackney Capitaine aux Gardes , alla
avec un détachement de foixante
hommes alla fe pofter au tour de la
Maifon du Comte de Gyllembourg
Envoyé de Suede ; une heure aprés le
Major G. Wade alla fraper à la porte
de ce Miniftre ; eftant entré dáns fa
maifon avec le Colonel , il le trouva
écrivant des Dépeches , & luy ayant
expliqué le fujet de fa vifite , il fe faifit
des papiers qu'il trouva fur fa table
, & mit le Scellé fur les calfetes
où il y avoit d'autres papiers qu'il
fit tranfporter ; enfuite de quoy
Mij
136 LE NOUVEAU
ayant pris congé de ce Miniftre , il
laiffa dans fa maifon la Garde qu'on y
avoit mife , qui fut relevée le lendemain
Mercredy par vingt Grenadiers ;
ce jour là on arrêta le Chevalier Jacob
Bank Suedois de Nation & autre
fois membre du Parlement , de même
que M. Cefar ci-devant Tréforier
de la Marine , comme il n'y a
que le Roy & fon Confeil qui fçachent
le fecret de cette affaire , on
n'en parle jufqu'ici dans le Public, que
par des conjectures ; mais comme
fon apprend que quelques Miniftres
étrangers ont prefentés un Memoire
pour eftre informez des motifs de
l'arêtde cetEnvoyé, & que l'on ditque
la Cour leur en doit aujourd'hui faire
fçavoir les raifons ; on ne tardera pas
d'en eftre éclairci. Cependant il y a
diverfes circonstances qui font juger
que cette affaire eft des plus graves &
des plus importantes , plufieurs Meſfagers
d'Etat & autres Officiers font
en campagne pour arrêter diverles
perfonnes
; on a envoyé
des Ordres pour faire fermer les
Ports . On preffe l'équipement.de
MERCURE 137
l'Efcadre pour la Mer Baltique , &
pour trouver plus promptement des
Matelots . On a mis un Embargo
fur tous les Vaiffeaux ; on dit auffi
que M. Jakfon Refident de S. M. à
la Cour de Suede, a efté rappellé quelque
tems avant que cette affaire ait
éclaté.
Les papiers qu'on a faifi chez le
Miniftre de Suede , ont efté portez
au Bureau du premier Secretaire d'Etat
, où on travaille actuellement
à les examiner. Le bruit eft generalement
répandu , qu'on a fair des
découvertes de la derniere confequence,
qui n'interreflent pas moins
la Nation que le Gouvernement , &
on en dit tant de chofes & de fi furprenantes,
que tout le Public eft dans
L'impatience de voir ce qui fera publié
de la part de S. M. & communiqué
à Meffieurs les Miniftres touchant
cette affaire.
On vient d'apprendre que le
Comte de Gyllembourg a efté examiné
aujourd'hui , & que la Cour a
fait fçavoir aux Miniftres étrangers
Miij
38 LE
NOUVEAU
les raifons de fon arreft & de la faifie
de fes papiers . S. M. a auffi envoyé
Ordre à fes Miniftres dans les
Cours étrangeres d'en faire une pareille
notification.
On écrit de Peterbourg que le
21 & le 22 Novembre dernier , il
s'éleva un orage fi furieux à Revel.
en Livonie , que non feulement la
plus grande partie de la Flote Mofcovite
en avoit efté fort endommagée
, mais que le Port même avoit
efté prefque entierement detruit ; on
ne l'avoit mis à fa perfection que
Pan paflé, avec des dépenfes exceffives
.
Les Vaiffeaux , Antoine & la Fortune
, da premier rang ont coulez à
fond , fept autres du premier & du
fecond rang , fçavoir la Caterine
le Pultova , le Rafaël , le Gabriel ,.
le Michel , le Saladiel & la Perle
ont efté fracaffés ; cet accident mettoit
la Flotte du Czar hors d'état .
de fortirjen Met de long- tems , on
fait monter cette perte à plufieurs
millions.
MERCURE. 1399
M. l'Abbé Dubois eft de retour de
Hollande à Paris L. H. P.luy avoient
remis avant fon départ de la Haye
une Lettre de récreance pour le
Roytrés Chrétien , par laquelle on
temoigne l'extreme fatisfaction que:
L. H. P. ont eus de la conduite de ce
Miniftre dans tout le cours de fa negociation.
ETRANGERES
De Londres le 12 Février
Left arrivé une affaire imporqui
beaucoup
Mardi au foir affez tard , le Colonel
Blackney Capitaine aux Gardes , alla
avec un détachement de foixante
hommes alla fe pofter au tour de la
Maifon du Comte de Gyllembourg
Envoyé de Suede ; une heure aprés le
Major G. Wade alla fraper à la porte
de ce Miniftre ; eftant entré dáns fa
maifon avec le Colonel , il le trouva
écrivant des Dépeches , & luy ayant
expliqué le fujet de fa vifite , il fe faifit
des papiers qu'il trouva fur fa table
, & mit le Scellé fur les calfetes
où il y avoit d'autres papiers qu'il
fit tranfporter ; enfuite de quoy
Mij
136 LE NOUVEAU
ayant pris congé de ce Miniftre , il
laiffa dans fa maifon la Garde qu'on y
avoit mife , qui fut relevée le lendemain
Mercredy par vingt Grenadiers ;
ce jour là on arrêta le Chevalier Jacob
Bank Suedois de Nation & autre
fois membre du Parlement , de même
que M. Cefar ci-devant Tréforier
de la Marine , comme il n'y a
que le Roy & fon Confeil qui fçachent
le fecret de cette affaire , on
n'en parle jufqu'ici dans le Public, que
par des conjectures ; mais comme
fon apprend que quelques Miniftres
étrangers ont prefentés un Memoire
pour eftre informez des motifs de
l'arêtde cetEnvoyé, & que l'on ditque
la Cour leur en doit aujourd'hui faire
fçavoir les raifons ; on ne tardera pas
d'en eftre éclairci. Cependant il y a
diverfes circonstances qui font juger
que cette affaire eft des plus graves &
des plus importantes , plufieurs Meſfagers
d'Etat & autres Officiers font
en campagne pour arrêter diverles
perfonnes
; on a envoyé
des Ordres pour faire fermer les
Ports . On preffe l'équipement.de
MERCURE 137
l'Efcadre pour la Mer Baltique , &
pour trouver plus promptement des
Matelots . On a mis un Embargo
fur tous les Vaiffeaux ; on dit auffi
que M. Jakfon Refident de S. M. à
la Cour de Suede, a efté rappellé quelque
tems avant que cette affaire ait
éclaté.
Les papiers qu'on a faifi chez le
Miniftre de Suede , ont efté portez
au Bureau du premier Secretaire d'Etat
, où on travaille actuellement
à les examiner. Le bruit eft generalement
répandu , qu'on a fair des
découvertes de la derniere confequence,
qui n'interreflent pas moins
la Nation que le Gouvernement , &
on en dit tant de chofes & de fi furprenantes,
que tout le Public eft dans
L'impatience de voir ce qui fera publié
de la part de S. M. & communiqué
à Meffieurs les Miniftres touchant
cette affaire.
On vient d'apprendre que le
Comte de Gyllembourg a efté examiné
aujourd'hui , & que la Cour a
fait fçavoir aux Miniftres étrangers
Miij
38 LE
NOUVEAU
les raifons de fon arreft & de la faifie
de fes papiers . S. M. a auffi envoyé
Ordre à fes Miniftres dans les
Cours étrangeres d'en faire une pareille
notification.
On écrit de Peterbourg que le
21 & le 22 Novembre dernier , il
s'éleva un orage fi furieux à Revel.
en Livonie , que non feulement la
plus grande partie de la Flote Mofcovite
en avoit efté fort endommagée
, mais que le Port même avoit
efté prefque entierement detruit ; on
ne l'avoit mis à fa perfection que
Pan paflé, avec des dépenfes exceffives
.
Les Vaiffeaux , Antoine & la Fortune
, da premier rang ont coulez à
fond , fept autres du premier & du
fecond rang , fçavoir la Caterine
le Pultova , le Rafaël , le Gabriel ,.
le Michel , le Saladiel & la Perle
ont efté fracaffés ; cet accident mettoit
la Flotte du Czar hors d'état .
de fortirjen Met de long- tems , on
fait monter cette perte à plufieurs
millions.
MERCURE. 1399
M. l'Abbé Dubois eft de retour de
Hollande à Paris L. H. P.luy avoient
remis avant fon départ de la Haye
une Lettre de récreance pour le
Roytrés Chrétien , par laquelle on
temoigne l'extreme fatisfaction que:
L. H. P. ont eus de la conduite de ce
Miniftre dans tout le cours de fa negociation.
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56
p. 48-50
A MADAME DE GONDRIN EPITRE DE Mr AROUET. Sur le péril qu'elle avoit couru en traversant la Loire.
Début :
Savez-vous, gentille Doüairiere, [...]
Mots clefs :
Esprit malin, Abbé, Oraison, Ministres, Duc, Voyage, Prince régent, Gloire, Auguste
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE GONDRIN EPITRE DE Mr AROUET. Sur le péril qu'elle avoit couru en traversant la Loire.
A MADAME DE GONDRIN
EPITRE DE M AROUet.
Sur le péril qu'elle avoit couru en
traverfant la Loire.
SAvez- vous , gentille Douairiere,
Ce que dans SULLY l'on faifoit,
Lorfqu'E OLE vous conduisoit ,
D'une fi terrible maniere.
Certain efprit malin rioit ,
Et pour vous déja preparoit
Une Epitaphe familiere ;
Difant qu'on vous repêcheroit
Inceffament dans la riviere.
Cependant L'ESPAR , la VALIERE ,
GUICHE , SULLY , tout foupiroit ,
ROUSSI comme un Diable juroit
Et l'Abbé COURTIN qui pleuroit ,
En voyant vôtre heure derniere ,
Adrefloit à Dieu ſa priere ,
Et tout bas pour vous marmotoit
Quelque Oraifon de fon Breviaire.
Mais quel fpectacle ! J'enviſage
Les Amours , qui de tous côtez ,
Miniftres
MERCURE. 49
Miniftres de vos volontez ,
S'oppofoient à l'affreufe rage
Des vents contre vous irritez :
Je les vois , ils font à la nage ,
Et plongez jufqu'au cou dans l'eau ,
Ils conduifent vôtre bateau ,
Et vous voilà fur le rivage.
GONDRIN , fongez à faire ufage
Des jours qu'Amour a confervez.
C'est pour lui qu'il les a fauvez ,
En faut- il dire davantage ?
Daignez pour moi vous employer ,
Prés de ce DUC aimable & fage .
Qui fit avec vous ce voyage ,,
Où vous penfàtes vous noyer ;
Et que vôtre bonté l'engage ,
A conjurer un peu l'orage ,
Qui fur moi gronde maintenant ,
Et qu'enfin au PRINCE REGENT
Il tienne à peu près ce langage .
PRINCE , dont la vertu va changer
nos deftins ,
Toi , qui par tes bienfaits ſignales ta
puiffance ,
Toi , qui fais ton plaifir du bonheur
des humains ,
PHILIPPE , il est pourtant um
E
50 LE NOUVEAU
malheureux en France
. Du Dieu des vers un fils infortuné
,
Depuis un temps fut par
condamné
toi
A fuir loin de ces bords qu'embellit
ta préfence ,
Songes que d'Apollon fouvent les
favoris
D'un Prince affurent la memoire
;
PHILIPPE, quand tu les
bannis ,
Souviens - toi que tu te ravis
Autant de témoins de ta gloire
:
Jâdis le tendre OVIDE eût un pareil
deftin >
AUGUSTE l'éxila dans l'affreufe
SCYTHIE .
Auguite eft un Heros , mais ce n'est
pas enfin,
Le plus bel endroit de fa vie.
GRAND PRINCE puiffe - tu
devenir aujourd'huy ,
Et plus clement qu'AUGUSTE ,
plus heureux que lui.
EPITRE DE M AROUet.
Sur le péril qu'elle avoit couru en
traverfant la Loire.
SAvez- vous , gentille Douairiere,
Ce que dans SULLY l'on faifoit,
Lorfqu'E OLE vous conduisoit ,
D'une fi terrible maniere.
Certain efprit malin rioit ,
Et pour vous déja preparoit
Une Epitaphe familiere ;
Difant qu'on vous repêcheroit
Inceffament dans la riviere.
Cependant L'ESPAR , la VALIERE ,
GUICHE , SULLY , tout foupiroit ,
ROUSSI comme un Diable juroit
Et l'Abbé COURTIN qui pleuroit ,
En voyant vôtre heure derniere ,
Adrefloit à Dieu ſa priere ,
Et tout bas pour vous marmotoit
Quelque Oraifon de fon Breviaire.
Mais quel fpectacle ! J'enviſage
Les Amours , qui de tous côtez ,
Miniftres
MERCURE. 49
Miniftres de vos volontez ,
S'oppofoient à l'affreufe rage
Des vents contre vous irritez :
Je les vois , ils font à la nage ,
Et plongez jufqu'au cou dans l'eau ,
Ils conduifent vôtre bateau ,
Et vous voilà fur le rivage.
GONDRIN , fongez à faire ufage
Des jours qu'Amour a confervez.
C'est pour lui qu'il les a fauvez ,
En faut- il dire davantage ?
Daignez pour moi vous employer ,
Prés de ce DUC aimable & fage .
Qui fit avec vous ce voyage ,,
Où vous penfàtes vous noyer ;
Et que vôtre bonté l'engage ,
A conjurer un peu l'orage ,
Qui fur moi gronde maintenant ,
Et qu'enfin au PRINCE REGENT
Il tienne à peu près ce langage .
PRINCE , dont la vertu va changer
nos deftins ,
Toi , qui par tes bienfaits ſignales ta
puiffance ,
Toi , qui fais ton plaifir du bonheur
des humains ,
PHILIPPE , il est pourtant um
E
50 LE NOUVEAU
malheureux en France
. Du Dieu des vers un fils infortuné
,
Depuis un temps fut par
condamné
toi
A fuir loin de ces bords qu'embellit
ta préfence ,
Songes que d'Apollon fouvent les
favoris
D'un Prince affurent la memoire
;
PHILIPPE, quand tu les
bannis ,
Souviens - toi que tu te ravis
Autant de témoins de ta gloire
:
Jâdis le tendre OVIDE eût un pareil
deftin >
AUGUSTE l'éxila dans l'affreufe
SCYTHIE .
Auguite eft un Heros , mais ce n'est
pas enfin,
Le plus bel endroit de fa vie.
GRAND PRINCE puiffe - tu
devenir aujourd'huy ,
Et plus clement qu'AUGUSTE ,
plus heureux que lui.
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57
p. 184-200
RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
Début :
Le Mardy 6. l'Académie des Inscriptions & de belles Lettres s'étant [...]
Mots clefs :
Académie des inscriptions et belles-lettres, Éloge, Grammairien , Abbé, Assemblée, Dissertation sur le paganisme, Académie des sciences, Physique, Mémoire, Aimant, Auteur ancien, Nature, Philosophie, Fables, Vertus, Temples, Statues, Mahomet, Historiens, Plutarque, Expériences, Charette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RENTRÉE DES ACADEMIES DES SCIENCES ET DES BELLES LETTRES.
RENTREE DES ACADEMIES
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
DES SCIENCES ET DES BELLES
LETTRES .
Le Mardy 6. l'Académie des Infcriptions
& des belles1.ettres s'étant
raffemblée , Mr de Boze Sécrétaire
perpetuel lût l'Eloge de feu M
Kufter Affocié : Il entra dans un
grand détail fur les differens Ouvrages
que ce célébre Grammairien
Allemand a donné au Public.
Mr l'Abbé Anfelme fit enſuite
D'AVRI L. 185
part à l'affemblée d'une Differtation
fort étenduë fur les faux Miracles
du Paganifme. Il échapa peu
de traits curieux à cet illuftre
Académicien , j'aurois été fort tenté
d'en donner l'Extrait , mais dominé
par la quantité de matiere qui
me refte , je fuis contraint de m'en
tenir à l'annonce feule.
Mr Falconer le Fils lût enfuite une
differtation hiſtorique & critique ,
fur ce que le Anciens ont crû de
l'Aimant. La circonstance de l'hifto- .
rique & du critique met dans le
reffort de l'Académie des belles
Lettres , une matiere qui appartient
par le Phyfique à l'Academie des
Sciences . Les explications Phyfiques,
foit anciennes , foit modernes
entrent elles - mêmes , comme des
faits dans le Mémoire de M. Falconet
; mais on y voit fur tout un tableau
fçavant & curieux de l'ignorance
& de l'incertitude des premiers
Naturaliftes , auffi- bien que de
la credulité & de la prévention des
anciens peuples. M. Falconet par-
1 Qiij
136 LEMERCURE
court d'abord les noms qu'a eû
l'Aimant dans le cours des fiecles , à
proportion qu'il devenoit plus connu
& plus fameux. Le premier de ces
noms qui eft MAGNETES , fe trouve
dans les Poëfies du faux Orphée, ou
d'Onomacrite : Hippocrate l'a appellé
PIERRE MAGNESIE , Sophocle
PIERRE DE LYDIE , Platon PIERRE
D'HERACLE'E. Ces trois noms vien.
nent de la même fource , c'eft à dire
de la Ville de Magnefie , appellée
auffi Heraclée , fous le mont Sypille
enLydie; ce qui découvre en paffant
la méprife de ceux qui ont appellé
l'Aimant PIERRE D'HERCULE paral
lufion,à la force duHeros de ce nom,
au lieu de l'appeller Pierre d'Heraclée
; conformément à l'origine de
l'Aimant. Arifto e lui a fait plus
d'honneur que tous les autres , en le
nommant PIERRE par excellence :
Cependant le mot MAGNES , qui
n'a pas été le plus ufité chez les
Grecs, a paffé feul chez les Latins.
La proprieté qu'a l'Aimant d'attirer
le fer, paroît avoir été connue de
D'A VRI L. 137
tout tems , & l'onnevoit pas fa naiffan .
ce.Mais celle de repouffer lefer,felon
la difference de fes pôles , eft- beaucoup
moins répandue dans les Auteurs
unpeu anciens. Cependant Plutarque
rapporte que les Egyptiens ſe
reprefentoient l'accord ou le combat
des parties élementaires , fous
le fymbole de l'Aimant , qui tantôt
attire & tantô: repoutle le fer. Marcellus
Empyricus Medecin du grand
Theodofe Auteur peu celebre
d'ailleurs, fait mention auffi de cette
double proprieté , & ces deux paffages
font uniques chez les Anciens
pour ce fait-là ; car tous les autres
Auteurs parlent de l'Aimant qui
attire le fer, & de l'Aimant qui le
répouffe , comme de deux pierres
differentes , dont l'une s'appelloit
MAGNES , & l'autre THEAMEDES .
,
Cependant ces mêmes Anciens
avoient obfervé des Circonstances
affés fines de la vertu de l'Aimant ,
par exemple la communication de
cette vertu au fer même. L'experience
des Anneaux de fer licz
188 LE MERCURË
invifiblement les uns aux autres ,
eft décrite dans Platon. Lucrece ,
Pline , Galien , Nemefius & Saint
Auguftin en parlent . Lucrece & Saint
Auguftin ont allegué de plus la
tranfmiffion des efprits Magnetiques
à travers des Corps étrangers , comme
d'autres metaux & d'autres
pierres, & ils fçavoient l'experience
de la limaille de fer fur une plaque
de cuivre , fans la porter néanmoins
à l'exactitude que nous lui donnons .
Alexandre , Aphrodifée & Claudien
ont dit que l'Aimant & le fer fe
vivifioient mutuellement . C'est de
là que nous avons imaginé les armures
des Aimants pour les fortifier .
L'Illuftre M. Puget à Lion en
avoit un qui par ce fecours étoit en
état de foûtenir 168 fois fon propre
poids. Voilà où fe termine la connoiffance
réelle ou vraye que les
Anciens avoient de l'Aimant ; fa
vertu directrice d'où eft née la
Bouffole ne leur appartenoit point;
ainfi elle n'eit pas de ce memoire :
mais, comme nous l'avons déja dit ,
D'AVRIL. 189
l'Hiftoire des explications Phyfiques
tentées par les Anciens fur les effets
alors connus , entrent dans le deffein
préfent de M Falconet. Thales le
plus ancienPhilofophe de la Grèce ,
appelloit Ame , le Principe de la
Vertu attractive dé l'Aimant. Les
Autheurs d'imagination fe font
longtems contentez de cette idée
Poëtique . Mais l'Ecole de Pythagore
fe rendit plus difficile ; & c'eft
dans fon fein que les Leucippes , les
Philolaus , les Démocrites & les
Timées puiferent les grandes vûes
du Mécanifme. Platon qui n'a
voit à lui aucun fyftême Phyfique ,
avoit emprunté d'eux & en particulier
d'un Livre de Philolaus , l'éxplication
qu'il donne de l'Aimant
dans fon Timée ; Lucrece l'a'traitée
enfuite fur les principes particuliers
de Démocrite : mais Plutarque
l'a mife enfin dans tout fon
jour. La voici. ,, Il n'y a aucune
,, attraction dans la Nature , il s'é
lance de l'Aimant vers le fer
des Corpufcules qui rarefient
و د
190 LE MERCURE
,, l'Air : l'Air rarefié chaffe l'Air
,, voisin , qui revenant par derriere
le fer , le pouffe vers l'ai-
» mant , comme à l'endroit où il
,, y a une espece de vuide . Plutarque
ajoûte que l'Aimant n'agît que
fur le fer , parce qu'il eft le feul
des Métaux dont les pores ayent
une configuration proportionée aux
émanations de la Pierre . Les Ennemis
de la nouvelle Philofophie
combattirent d'abord l'explication
de Defcartes , comme chimerique .
Mais des qu'ils en apperçûrent des
traces dans les vieux Philofophes ,
ils la trouverent excellente & voulurent
faire paffer Descartes pour un
Plagiaire . Platon le feroit autant
que lui mais il y a cette difference
entre les vols de l'un & de l'autre,
que la Phyfique de Platon n'eft qu'-
un amas de differentes Piéces qu'on
ne fçauroit joindre , au lieu que
Descartes a fi bien lié les parties de
fa Phifique , qu'elles paroiffent toutes
de lui. Cela eft vray fur tout de
l'explication de l'Aimant , qui non
D'AVRIL. 191
feulement fatisfait chez lui & à la
Vertu attractive connuedes Anciens,
& à la directrice à laquelle ils ne
penfoient pas , mais qui de plus
entre dans le Systême du monde entier.
Mr Falconet paflant.aux Fables
qu'on a débitées fur l'Aimant , en
diftingue de deux fortes : les unes
ont quelque fondement dans la
Nature ; & les autres n'en ont
aucun. Pour commencer par les
premieres: le BergerMagnes fe fenrit
attaché à l'Aimant par les clous
de fes fouliers , en menant fes Trou.
peaux fur une Montagne fi la
Ville de Magnefie , vraye Patrie de
l'Aimant , n'indiquoit fuffifamment
l'Origine de cette Fable , nous la
refuterions par raiſon Phifique , en
difant que l'Aimant expofé à l'air &
à la pluye fur la fuperficie de la Terre,
perd bien- tôt toute fa Vertu . Cependant
Pline raconte allez ferieufement
qu'auprés du Fleuve Indus
il y a deux Montagnes , dont l'une
arrête & l'autre repouffe ceux qui
192 LE MERCURE
y vont avec
des fouliers garnis
de clous. Ce font , comme l'on
voit, les deux Poles de l'Aimant &
mal entendus & portés à un effet
outré. Les faux miracles de cette
Pierre ont été encore plus grands
dans les Villes. Le fameux Prolemée
avoit entrepris de faire revetir
d'Aimant la Voûte du Temple
d'Arfinoé , pour y fufpendre la Statue
de cette Princeffe. Pline dit que
l'Ouvrage commencé fut interrompu
par la mort de l'Architecte Dinocares
: Aufone nous donne pourtant.
la chofe comme faite. On a conté
la même merveille de la Statuë
du Soleil dans le Temple de Sera
pis à Alexandrie . Rufin qui en a
parlé le premier , ne dit point que la
Statue fut en l'air ; mais Saint Au
guftin avoit oui dire qu'elle étoit
fufpendue entre les Aimants de la
Voûte & ceux du pavé accroiffement
or.linaire du merveilleux.
Maimonides cité par Kircher ,
allégue une autre Statue du Soleil
dans la même pofition fous la voute
du
D'AVRIL 193
du Temple de Belus à Babilone ,
fans parler des Veaux de Jeroboam
fufpendus ainfi , felon le Talmud ;
ce qui fut une des principales caufes
de l'Idolatrie des Ifraëlites .
Quand les Rabbins ne feroient pas
auffi décrédités qu'ils le font en
fait d'Hiftoire , on fait d'ailleurs
qu'on n'est jamais parvenu à faire
tenir une aiguille en équilibre entre
deux Aimants , cependant il regne
encore aujourd'huy une pareille
opinion à l'égard du Tombeau de
Mahomet . Les Turcs mêmes , dit
Bernier , fe mocquent des crédules
Etrangers qui leur en parlent ;
mais Gabriel Bremond dans un
-Voyage curieux écrit en Italien ,
nous donne fur ce fait un dénoûment
qu'on peut appliquer à peu
près à tous les faits femblables de
Ï'Antiquité. ,, Au deffus duTombeau
de Mahomet , dit -il , qui eſt à
""
ر د
terre , comme il convient à un
,, Tombeau , il y a une Pierre d'Aimant
longue & large de deux
» pieds & épaiffe de trois doigts ,
Avril 17170
"
R
194 LE MERCURE
,, à laquelle eft fufpendu un Croif.
و د
,, fant d'or , enrichi de Pierreries ,
par
د د
moyen
le
eft au milieu. Voilà le merveilleux
réduit au vrai.
d'un gros clou qui
""
Les prodiges des Hiftoriens n'ont
point égalé ceux des Géographes . Il
ne coute rien à Ptolomée & aux Ara.
bes Auteurs de la Géographie Nu
bienne de faire arrêter les Vaiffeaux
dans leurs courfes par des rochers
d'Aimant qui en attiroient les cloux.
Auffi , ajoutent-ils , les Habitans des
Indes corrigez par cette expérience
n'emploient dans la conftruction de
leurs Vaiffeaux que des chevilles
de bois le fait eft vrai , mais il
vient de la rareté du fer en ce Païslà.
La vertu directrice de l'Aimant
découverte en ces derniers fiècles ,
fit imaginer à des Géographes une
grande montagne au milieu des
Mers , prés du Pôle qui attiroit
les Vaifleaux vers elle . L'on trouve
cette montagne imaginaire dans
des Cartes qui n'ont gueres plus
de cent ans. C'eft - là que nous pou.
:
D'AVRIL.
195
vons
commencer le fabuleux qui n'a
aucun fondement , & dont le détail
très abregé terminera cet Extrait.
Plutarque a dit que l'Ail émouffoit
la vertu attractive de l'Aimant,
& Pline a cru que l'Aimant n'ofoit
rien attirer en préfence du Diamant
qui attiroit le fer encore mieux
que lui.
L'Aimant ne connoît aujourd'hui
d'autres
Adverfaires , que
la roüille & le feu . La
prétendue
vertu attractive du Diamant , dont
perfonne au monde n'a vu un feul
exemple , a néanmoins été crue fi
long- tems , que la confufion que l'on
a faite du
Diamant & de l'Aimant
à cet égard , a procuré à chacun
d'eux un nom François , qui a pour
étimologie commune ce feul mot
Latin Adamas .
L'exemple de la vertu de l'Aimant
a produit dans
l'imagination
des
Naturaliftes les
differentes vertus
de la Sagde qui attiroit le
bois , de
l'Amphitane qui attiroit
l'or , mais furtout de la Pantarbe
qui fe faifoit rendre hommage par
Rij
196 LE MERCURE
routes les pierres , & qui les attiroit
toutes. On a attribué à l'Aimant
lui-même une vertu attractive
,
générale
ou univerfele
. Albert le
Grand lui fait attirer la chair , les
poiffons , l'huile , le vinaigre & c .
pas à conféquence
:
cela ne tire
Mais Mr Hughens faifoit mouvoir
une régle de cuivre avec un Aimant .
Le R. P. Gouie prétend que des
Bouffoles
où il entre du cuivre ,
détournent
l'aiguille Aimantée . Le
fameux Boyle a vû des Aimans qui
attiroient
foiblement
de petits Diamans
: Il en dit une raifon qui doit
fervir à tous les exemples. Ces
corps contiennent
des parties de
fer ,feul métail reconnu aujourd'hui
à être attiré
propre
par l'Aimant.
Le Mémoire
de M Falconet
finit
proprement
ici ; car il daigne à
peine citer , dans l'ordre même des
erreurs , les propriétez
furnaturelles
de l'Aimant , comme de lier l'amitié
fraternelle
felon le faux Orphée ,
& l'union Conjugale
felon le Medecin
Petrus Hifpanus , depuis Pape
D'AVRIL
197
fous le nom de Jean XXII , de faire
parler les femmes infidelles pendant
le fommeil , felon Marbodeus , ou
de fervir à la Magie , felon les
Gloffes Latriques , citées par
par du
Cange . Ces opinions autrefois pernicieufes
pour les Philofophes les
plus graves , font utiles aujourd'hui
pour divertir toutes fortes de
Lecteurs.
>>
"
و د
Mr l'Abbé Sevin finit la Séance.
par un Difcours intitulé. ,, Recherche
fur l'Hiftoire de la Vie &
des Ouvrages de JUBA le jeune
Roy de Mauritanie. On fçait que
ce Prince fils de Juba I. fut enlevé,
encore enfant par les Romains , &
fervit à orner le Triomphe de Jules
Cefar l'an 708. de Rome. Auguite
ayant pris foin de fon éducation , il
fe rendit fi recommandable par fa
fcience & les talents de l'efprit ,
que Pline ne craint pas de dire , qu'il
étoit encore plus illuftre par cet
avantage que par celui que la Couronne
lui donnoit. On en pourra
juger par la lifte de ſes Ouvrages ci-
Riij
198 LE MERCURE
tés par M. l'Abbé Sevin , qui confiftoient
dans une Hiftoire d'Arabie ,
d'Affirie , de Libye , de l'Empire
Romain , des Théatres , de la Peinture
, des Peintres , outre un Traité
de la Corruption , de la Diction , &
la Defcription d'une Plante, nommée
Euphorbion , qui avoit la proprieté
d'éclaircir laveuë, de garantir de la
morfure des Serpens , & d'empêcher
l'effet de toutes fortes de poifons.
Augufte lui fit époufer Cléopatre
la jeune , fille d'Antoine & de la
belle Cléopatre : c'eft de ce mariage
que nâquit Ptolomée que Caligula
fit mourir. Selon Jofeph , il
ût pour femme Glaphyra veuve
d'un des fils d'Hérode mais cet
Hiftorien s'eft trompé.
Le Mercretly 7. l'Académie des
Sciences fe raſſembla.
Monfieur Delifle le jeune ouvrit
la Séance par la lecture d'un morceau
fort curieux de Phyfique ,
fur une nouvelle proprieté qu'il a
D'AVRIL. 199
remarquée dans les rayons de la
Lumiere. On mettra le Lecteur
en état d'en juger par l'extrait que
l'on en donnera le mois prochain .
M. Venflou lût enfuite un Me.
moire d'Anatomie fur la découverte
qu'il a faite d'une Valvule dans la
Veine Cave defcendente . Il prétend
par le moyen de cette Valvule faire
finir la fameufe Difpute du trou
ovale qui a agité fi lon -tems deux
des plus célébres Anatomiſtes de
ce fiécle , Mrs du Verney & Mery .
Mr Defcamus fit quelques Ex.
périences pour prouver que les
petites roues des caroffes & des
chariots doivent être abandonnées ,
ilfubftituë en leur place des roues
auffi grandes que celles de derriere.
Il montre qu'il faut une force bien
plus petite pour tirer un caroffe ,
ou un chariot dont les quatre rouës
font égales , que lorfque celles de
devant font plus petites . Il démontre
auffi , qu'une charette à quatre roues
égales eft préférable à une charette
à deux rouës.
200 LE MERCURE
Mr de Refton finit la feance par
un Mémoire fur le Salpêtre , qui
fe tire de quantité de Plantes, comme
la Bourache , la Poirée , le
Pourpier. &c.
Fermer
58
p. 150-160
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 14, le Roi donna un Arrêt, pour empêcher la Noblesse [...]
Mots clefs :
Arrêt, Noblesse, Ducs, Droits, Requête, Maximes, Requêtes, Conseil, Dispute, Prince, Discours, Baron, Officiers, Contrat de mariage, Abbé, Décès, Procession, Duc d'Orléans, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DU JOURNAL
de - Paris.
L
E 14 , le Roi donna un Arrêt ,
pour empêcher la Nobleffe de
s'affembler ; par lequel il lui deffend
de figner la Requête projettée
contre les Ducs & Pairs . Nous le
rapportons ici tel qu'il a été publié.
Le Roi étant informé qu'à l'occafion
de quelques Mémoires , Publiés
l'année derniere , où plufieurs
perfonnes d'une Naiffance
diftinguée ont prétendu que les
Droits de la Nobleffe étoient intereffés
, il a été dreffé pour deffendre
ces Droits , une Requête , que
l'on veut faire figner à un grandno
da
Et
de
&
CO
Era
Et
qui
Nol
elle
don
nore
plus
tes
une
IST
vis
a fa
DE MAY. Ist
nombre de Gentils -hommes , tant
dans Paris que dans les Provinces :
Et comme la Nobleffe , quoiqu'un
des premiers Ordres du Royaume ,
& celui que Sa Majesté regarde
comme la principalle force de fon
Etat , ne peut , ni faire Corps , ni
figner des Requêtes en commun,
fans la permiffion expreffe du Roy ,
Et qu'ainfi une telle tentative ne
fçauroit être autorifée , fans bleffer
les premieres maximes de l'ordre ,
public , outre qu'elle feroit inutile
& prématurée dans une occafion
où il ne s'agit que de Mémoires
qui n'ont point été faits contre la
Nobleffe , Er à l'égard defquels
elle peut fe repofer fur l'affection
dont Sa Majesté l'a toujours ho-- .
norée , & qui eft pour elle un Titre.
plus affuré que toutes les Requêtes
qu'elle pourroit préfenter , fi
Elle étoit en état de le faire dans'
une forme réguliere . SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , de l'Avis
de M. le Duc d'Orleans Regent,
a fait trés-expreffes inhibitions &
募
162 LE MERCURE
deffenfes à tous les Nobles de fon
Royaume , de quelque Naiffance ,
Rang & Dignité qu'ils foient , de
figner ladite prétendue Requête ,
à peine de défobéïſſance , juſqu'à
ce qu'autrement par Sa Majesté en
ait été ordonné, fuivant les formes
obfervées dans le Royaume , fans
néantmoins que le préfent Arreſt
puiffe nuire ni préjudicier aux
Droits , Priviléges & prérogatives
légitimes de la Nobleffe , auxquels
S. M. n'entend donner aucune
atteinte , Et qu'elle maintiendra
toujours , à l'exemple des
Rois les prédéceffeurs , fuivant les
régles de la Juftice & de l'ordre
public.
La difpute qui s'eft élevée entre
M. de S. Eugene Maistre d'Hoftel
ordinaire du Roy , & les Maiftres
d'Hoftel de quartier , a été remiſe
à la décifion de Msr le Duc. Le.
Premier prétend , qu'il eft de
fa Charge de fervir toutes les Têtes
Couronnées Etrangeres qui
viennent en France , & les autres
DE MAY... 155
lui conteftent ce droit.
Le 16. le Roy a affitté le jour de
la Pentecôte , à la Grand-Meffe ,
precedée par un Veni Creator ; elle
fut celebrée par fa Grande Chapelle
; M. l'Abbé de Joüilhac officiant
, comme premier des Chantres
du Roy. L'aprés midy S. M.
entendit la Prédication du Pere
Chanan , le premier des Religieux
de S. Antoine qui ait prêché à la
Cour ; fon Difcours fuivi & ferré a
été goûté , & fon Compliment a
été bien reçû. Aprés Vêpres, le Roy,
fe promena dans le Jardin des
Tuileries. ..
7.
On a eû des nouvelles du de
Bonn Electorat de Cologne , que
Mgr . le Comte de Charolois étoit
arrivé le 6. dans cette Ville , fort
fatigué. Ce Prince fut obligé à
Namur de prendre la Barque , au
deffaut des chevaux de pofte ,
pour defcendre la Meufe jufqu'à
Liege. Il coucha en chemin fur la
Paille , ne mangea que du Pain bis,
& ne but que de la Biere , ng
Kexce
de
que
compa
hom
tuit, d
prés la
ant de
percé
pee , o
dan re
ron d'A
154 LE MERCURE
trouvant rien de plus . Ayant gagné
Liege, M. de Billy qui l'accompagne,
emprunta deux chemiſes d'un
de fes Amis ; il en donna une au
Prince , & garda l'autre pour lui ;
ils en partirent le matin par une
mauvaiſe voiture, pour fe rendre à
Bonn , où l'Electeur de Cologne
le reçût à bras ouverts . Ms. le
Comte de Charolois demanda cependant
la permiffion à S. A. E.
de loger chez M. le Comte de S.
Maurice où il fe repofa ; toutes les
Lingeres de Bonn furent employées
à lui faire diligemment le linge
le plus neceffaire , & le 8. il fe remit
en route par les facilitez que
lui donna l'Electeur , pour fe rendre
en diligence à Munick.
mem
coups,
fuperieu
Le Baron de Schemetavu Allemand,
trés-riche heritier , âgé de 22
ans , fut tué la nuit du 16. au 17. il
avoit foupé dans un Cabaret du
Fauxbourg S. Germain, avec Mrs. le
Marquis de Gatinara , le Baron d'Alberg
& plufieurs Gentils - Hommes
Etrangers qui s'étoient retirez , à
que l'o
vers la
dansle
teache
Serantfa
i
fauva
grandep
du
front.
e deM
de
l'Emp
pée
anchan
garde, fa
DE MAY
ISS
་
l'exception du Baron d'Alberg &
de quelques domeftiques qui l'accompagnoient
: Il fut attaqué par
5 hommes à trois heures aprés mi
nuit, dans la Rue des Boucheries,
prés la Barriere des Sergents : S'étant
deffendu quelque tems ; il fut
percé mortellement d'un coup d'épée
, outre deux coftes coupées
d'un revers d'efpadon. M. le Baron
d'Alberg fut bleffé prefque dans
le même moment de deux autres
coups , dont l'un lui diviſa la lévre
fupérieure en deux ; de maniere
que l'on comptoits dents à travers
la playe , & l'autre fut porté
dans le bas ventre , il auroit même
été achevé , fans fon laquais , qui
s'étant faifi de l'épée de ce Baron ,
lui fauva la vie aux dépens d'une
grande playe qui pénétra dans l'os
du front. Le Valet de la Garderobe
de M. de Kinigfeg Ambaffadeur
de l'Empereur , qui avoit mis auffi
l'épée à la main , fut atteint d'un
tranchant d'Efpadon qui coupa fa
garde, fa poignée , & lui abatic
•
186 LE MERCURE
prefque le pouce , que le Chirur
gien a été obligé d'amputer. Aprés
-cette expedition , comme, les Attaquans
fe fauvoient , ils rencon
trerent le Marquis de Gathara qui
s'étoit feparé quelques inftans , avant
que ce malheur arrivât à les
Amis ; il en fut attaqué , mais
ayant eu le bonheur de pater & d'en
bleffer même quelques- uns , ils
l'abandonnerent
. Quelque perqui
fition que l'on ait pu faire jufqu'à
préfent , pour en découvrir les Af-
Taillans , on n'a pu y parvenir. On
a arrefté feulement un des laquais
du Baron Schemetavy
Le 17. au matin les derniers Of
ficiers de M. le Comte de Charo-.
lois font partis pour joindre ce Prince
à Vienne.
M. le Grand , quoi qu'incommodé
, a donné cependant un dîner
magnifique à 60 Perfonnes de la
Parenté de M. le Comte d'Armagnac
.
Le 19. M. l'Abbé de la Rochefoucault
Aîné de la famille , a reDE
MAY. 157
sur un Bref du Pape , avec permiffion
de jouir des Revenus de fes
Abbayes ; fous la condition qu'i a
propofée de prendre l'épée , & d'aller
fervir en Hongrie contre les Infidéles.
2 .
Le 20 au matin M. le Blanc
Maitre des Requeftes Honoraire ,
Confeiller au Confeil de Guerre
at l'honeur de faire figner par S. M.
le Contrat de Mariage de Mlle fa
fille avec M. le Marquisde Trefnel
, Enfeigne des Gendarmes.
Le 21 les Confeils fe font raffemblez,
ayant été en vacance, depuis
le Mardy d'avant la Pentecôte
jufqu'à cejour.
Le 22.il eft arrivé un Courier
en 7 jours de Roine , apportant la
difpenfe pour le Mariage de M. le
Marquis d'Harcour avec Madenoifelle
de Louvois.
• Le 23. M. l'Abbé de la Rochefoucault
partit en habit de Cavalier
pourla Hongrie.
Le 25. M. Talon le plus ancien
des Lieutenants aux Gardes , a ob158
LE MERCURE
tenu de droit la Compagnie de M.
de Montpezat Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Maréchal
de Camp & Gouverneur de
Sommieres , qui eft mort en Languedoc
le 15, de ce mois . M. Har-.
lin a été gratifié du Gouvernement
de Sommieres , qui vaut 8000 livres
de rentes; les appointemens en
font payez fur les Etats de Languedoc.
Le 27. Fête du Saint Sacrement,
la Proceffion de Saint Germain
l'Auxerrois , Paroiffe du Louvre ,
vint à la Chapelle des Tuileries .
Le Roy la reçût au milieu de la
Cour & l'accompagna avec une pié
té exemplaire jufqu'à la Chapelle;
on chanta unMotet, aprés lequel
S. M. reconduifit le S. Sacrement
jufqu'à la derniere Porte du Lou-
VEC.
Mgr le Duc d'Orleans fe rendit à
l'Eglife de S. Euftache fa Paroiffe ,
avec Madame la Ducheffe d'Orleans
, & Mer le Duc de Chartres;ils
affifterent à la Proceffion du S. SaDE
MAY. 159
crement & à la Grand- Meffe.
Mgr le Prince & Mde la Princeffe de
Conti accompagnerent la Proceffion
du S. Sacrement à S. Sulpice
Par des lettres du 15. de Munik,
on a été informé que Mer le Comte
de Charolois y étoit arrivé la veille
, à 9 heures du foir , en parfaite
fanté. L'Electeur de Baviere , fur
l'avis qu'il avoit reçû de l'Electeur
de Cologne , que ce Prince avoit
paffé par Bonn , dépêcha au
devant de lui un de fes Gentilshommes,
jufqu'à Donavert. Le lendemain
de fon arrivée , toute la
Cour qui étoit fort nombreuſe , ſe
trouva au lever de M. le Comte.
L'Electeur lui donna le grand Appartement
vis-à-vis celui qu'il occupe
, & l'y conduifit. Le quinze
S. A. E. le mena chez l'Electrice
, & lui fit offre d'argent
de chevaux , de vaiffelles , d'équipages
& de tout ce qui pouvoit lui
manquer. M. le Comte à écrit une
lettre en Allemand à M. le Marquis
de Gefvres , & une en Latin
a
O ij
160 LE MERCURE
•
à M. l'Abbé Mongin fon Precepteur.
L'Impératrice accoucha le 13. de
ce mois d'une Archi - Ducheffe .
Les Fermiers Generaux fortans ,
font ,
Meffieurs Brunet de Rancy , Caquet
, Chartraires , Daverly , de
Boulogne , d'Elpeche , Dupuy , Henault
de Cantorbe , le Riche, Ménon
, du Tronchet , Terriffe , Pellart
, Romanet .
Les quatre Rentrans , font ,
Meffieurs Le Normant , d'Azy ,
·Bartet de Bonneval , de Duchy.
La Penfion de feu M. Jouvenet
a été donnée à M. Boullogne qui
a auffi rempli la Place de Recteur
de l'Academie Royale de Peintuture.
J'ai donc été mal informé,
lorfque j'ai avancé à la p. 102. du
Mercure d'Avril que M. Coepel avoit
été gratifié de toutes les prérogatives
accordées à feu M. Jouvenet
; je devois dire feulement
qu'il avoit obtenu la penfion de
feu M. de la Foffe , il y a même
plus de 6 mois.
de - Paris.
L
E 14 , le Roi donna un Arrêt ,
pour empêcher la Nobleffe de
s'affembler ; par lequel il lui deffend
de figner la Requête projettée
contre les Ducs & Pairs . Nous le
rapportons ici tel qu'il a été publié.
Le Roi étant informé qu'à l'occafion
de quelques Mémoires , Publiés
l'année derniere , où plufieurs
perfonnes d'une Naiffance
diftinguée ont prétendu que les
Droits de la Nobleffe étoient intereffés
, il a été dreffé pour deffendre
ces Droits , une Requête , que
l'on veut faire figner à un grandno
da
Et
de
&
CO
Era
Et
qui
Nol
elle
don
nore
plus
tes
une
IST
vis
a fa
DE MAY. Ist
nombre de Gentils -hommes , tant
dans Paris que dans les Provinces :
Et comme la Nobleffe , quoiqu'un
des premiers Ordres du Royaume ,
& celui que Sa Majesté regarde
comme la principalle force de fon
Etat , ne peut , ni faire Corps , ni
figner des Requêtes en commun,
fans la permiffion expreffe du Roy ,
Et qu'ainfi une telle tentative ne
fçauroit être autorifée , fans bleffer
les premieres maximes de l'ordre ,
public , outre qu'elle feroit inutile
& prématurée dans une occafion
où il ne s'agit que de Mémoires
qui n'ont point été faits contre la
Nobleffe , Er à l'égard defquels
elle peut fe repofer fur l'affection
dont Sa Majesté l'a toujours ho-- .
norée , & qui eft pour elle un Titre.
plus affuré que toutes les Requêtes
qu'elle pourroit préfenter , fi
Elle étoit en état de le faire dans'
une forme réguliere . SA MAJESTE'
ESTANT EN SON CONSEIL , de l'Avis
de M. le Duc d'Orleans Regent,
a fait trés-expreffes inhibitions &
募
162 LE MERCURE
deffenfes à tous les Nobles de fon
Royaume , de quelque Naiffance ,
Rang & Dignité qu'ils foient , de
figner ladite prétendue Requête ,
à peine de défobéïſſance , juſqu'à
ce qu'autrement par Sa Majesté en
ait été ordonné, fuivant les formes
obfervées dans le Royaume , fans
néantmoins que le préfent Arreſt
puiffe nuire ni préjudicier aux
Droits , Priviléges & prérogatives
légitimes de la Nobleffe , auxquels
S. M. n'entend donner aucune
atteinte , Et qu'elle maintiendra
toujours , à l'exemple des
Rois les prédéceffeurs , fuivant les
régles de la Juftice & de l'ordre
public.
La difpute qui s'eft élevée entre
M. de S. Eugene Maistre d'Hoftel
ordinaire du Roy , & les Maiftres
d'Hoftel de quartier , a été remiſe
à la décifion de Msr le Duc. Le.
Premier prétend , qu'il eft de
fa Charge de fervir toutes les Têtes
Couronnées Etrangeres qui
viennent en France , & les autres
DE MAY... 155
lui conteftent ce droit.
Le 16. le Roy a affitté le jour de
la Pentecôte , à la Grand-Meffe ,
precedée par un Veni Creator ; elle
fut celebrée par fa Grande Chapelle
; M. l'Abbé de Joüilhac officiant
, comme premier des Chantres
du Roy. L'aprés midy S. M.
entendit la Prédication du Pere
Chanan , le premier des Religieux
de S. Antoine qui ait prêché à la
Cour ; fon Difcours fuivi & ferré a
été goûté , & fon Compliment a
été bien reçû. Aprés Vêpres, le Roy,
fe promena dans le Jardin des
Tuileries. ..
7.
On a eû des nouvelles du de
Bonn Electorat de Cologne , que
Mgr . le Comte de Charolois étoit
arrivé le 6. dans cette Ville , fort
fatigué. Ce Prince fut obligé à
Namur de prendre la Barque , au
deffaut des chevaux de pofte ,
pour defcendre la Meufe jufqu'à
Liege. Il coucha en chemin fur la
Paille , ne mangea que du Pain bis,
& ne but que de la Biere , ng
Kexce
de
que
compa
hom
tuit, d
prés la
ant de
percé
pee , o
dan re
ron d'A
154 LE MERCURE
trouvant rien de plus . Ayant gagné
Liege, M. de Billy qui l'accompagne,
emprunta deux chemiſes d'un
de fes Amis ; il en donna une au
Prince , & garda l'autre pour lui ;
ils en partirent le matin par une
mauvaiſe voiture, pour fe rendre à
Bonn , où l'Electeur de Cologne
le reçût à bras ouverts . Ms. le
Comte de Charolois demanda cependant
la permiffion à S. A. E.
de loger chez M. le Comte de S.
Maurice où il fe repofa ; toutes les
Lingeres de Bonn furent employées
à lui faire diligemment le linge
le plus neceffaire , & le 8. il fe remit
en route par les facilitez que
lui donna l'Electeur , pour fe rendre
en diligence à Munick.
mem
coups,
fuperieu
Le Baron de Schemetavu Allemand,
trés-riche heritier , âgé de 22
ans , fut tué la nuit du 16. au 17. il
avoit foupé dans un Cabaret du
Fauxbourg S. Germain, avec Mrs. le
Marquis de Gatinara , le Baron d'Alberg
& plufieurs Gentils - Hommes
Etrangers qui s'étoient retirez , à
que l'o
vers la
dansle
teache
Serantfa
i
fauva
grandep
du
front.
e deM
de
l'Emp
pée
anchan
garde, fa
DE MAY
ISS
་
l'exception du Baron d'Alberg &
de quelques domeftiques qui l'accompagnoient
: Il fut attaqué par
5 hommes à trois heures aprés mi
nuit, dans la Rue des Boucheries,
prés la Barriere des Sergents : S'étant
deffendu quelque tems ; il fut
percé mortellement d'un coup d'épée
, outre deux coftes coupées
d'un revers d'efpadon. M. le Baron
d'Alberg fut bleffé prefque dans
le même moment de deux autres
coups , dont l'un lui diviſa la lévre
fupérieure en deux ; de maniere
que l'on comptoits dents à travers
la playe , & l'autre fut porté
dans le bas ventre , il auroit même
été achevé , fans fon laquais , qui
s'étant faifi de l'épée de ce Baron ,
lui fauva la vie aux dépens d'une
grande playe qui pénétra dans l'os
du front. Le Valet de la Garderobe
de M. de Kinigfeg Ambaffadeur
de l'Empereur , qui avoit mis auffi
l'épée à la main , fut atteint d'un
tranchant d'Efpadon qui coupa fa
garde, fa poignée , & lui abatic
•
186 LE MERCURE
prefque le pouce , que le Chirur
gien a été obligé d'amputer. Aprés
-cette expedition , comme, les Attaquans
fe fauvoient , ils rencon
trerent le Marquis de Gathara qui
s'étoit feparé quelques inftans , avant
que ce malheur arrivât à les
Amis ; il en fut attaqué , mais
ayant eu le bonheur de pater & d'en
bleffer même quelques- uns , ils
l'abandonnerent
. Quelque perqui
fition que l'on ait pu faire jufqu'à
préfent , pour en découvrir les Af-
Taillans , on n'a pu y parvenir. On
a arrefté feulement un des laquais
du Baron Schemetavy
Le 17. au matin les derniers Of
ficiers de M. le Comte de Charo-.
lois font partis pour joindre ce Prince
à Vienne.
M. le Grand , quoi qu'incommodé
, a donné cependant un dîner
magnifique à 60 Perfonnes de la
Parenté de M. le Comte d'Armagnac
.
Le 19. M. l'Abbé de la Rochefoucault
Aîné de la famille , a reDE
MAY. 157
sur un Bref du Pape , avec permiffion
de jouir des Revenus de fes
Abbayes ; fous la condition qu'i a
propofée de prendre l'épée , & d'aller
fervir en Hongrie contre les Infidéles.
2 .
Le 20 au matin M. le Blanc
Maitre des Requeftes Honoraire ,
Confeiller au Confeil de Guerre
at l'honeur de faire figner par S. M.
le Contrat de Mariage de Mlle fa
fille avec M. le Marquisde Trefnel
, Enfeigne des Gendarmes.
Le 21 les Confeils fe font raffemblez,
ayant été en vacance, depuis
le Mardy d'avant la Pentecôte
jufqu'à cejour.
Le 22.il eft arrivé un Courier
en 7 jours de Roine , apportant la
difpenfe pour le Mariage de M. le
Marquis d'Harcour avec Madenoifelle
de Louvois.
• Le 23. M. l'Abbé de la Rochefoucault
partit en habit de Cavalier
pourla Hongrie.
Le 25. M. Talon le plus ancien
des Lieutenants aux Gardes , a ob158
LE MERCURE
tenu de droit la Compagnie de M.
de Montpezat Capitaine au Regiment
des Gardes Françoiſes , Maréchal
de Camp & Gouverneur de
Sommieres , qui eft mort en Languedoc
le 15, de ce mois . M. Har-.
lin a été gratifié du Gouvernement
de Sommieres , qui vaut 8000 livres
de rentes; les appointemens en
font payez fur les Etats de Languedoc.
Le 27. Fête du Saint Sacrement,
la Proceffion de Saint Germain
l'Auxerrois , Paroiffe du Louvre ,
vint à la Chapelle des Tuileries .
Le Roy la reçût au milieu de la
Cour & l'accompagna avec une pié
té exemplaire jufqu'à la Chapelle;
on chanta unMotet, aprés lequel
S. M. reconduifit le S. Sacrement
jufqu'à la derniere Porte du Lou-
VEC.
Mgr le Duc d'Orleans fe rendit à
l'Eglife de S. Euftache fa Paroiffe ,
avec Madame la Ducheffe d'Orleans
, & Mer le Duc de Chartres;ils
affifterent à la Proceffion du S. SaDE
MAY. 159
crement & à la Grand- Meffe.
Mgr le Prince & Mde la Princeffe de
Conti accompagnerent la Proceffion
du S. Sacrement à S. Sulpice
Par des lettres du 15. de Munik,
on a été informé que Mer le Comte
de Charolois y étoit arrivé la veille
, à 9 heures du foir , en parfaite
fanté. L'Electeur de Baviere , fur
l'avis qu'il avoit reçû de l'Electeur
de Cologne , que ce Prince avoit
paffé par Bonn , dépêcha au
devant de lui un de fes Gentilshommes,
jufqu'à Donavert. Le lendemain
de fon arrivée , toute la
Cour qui étoit fort nombreuſe , ſe
trouva au lever de M. le Comte.
L'Electeur lui donna le grand Appartement
vis-à-vis celui qu'il occupe
, & l'y conduifit. Le quinze
S. A. E. le mena chez l'Electrice
, & lui fit offre d'argent
de chevaux , de vaiffelles , d'équipages
& de tout ce qui pouvoit lui
manquer. M. le Comte à écrit une
lettre en Allemand à M. le Marquis
de Gefvres , & une en Latin
a
O ij
160 LE MERCURE
•
à M. l'Abbé Mongin fon Precepteur.
L'Impératrice accoucha le 13. de
ce mois d'une Archi - Ducheffe .
Les Fermiers Generaux fortans ,
font ,
Meffieurs Brunet de Rancy , Caquet
, Chartraires , Daverly , de
Boulogne , d'Elpeche , Dupuy , Henault
de Cantorbe , le Riche, Ménon
, du Tronchet , Terriffe , Pellart
, Romanet .
Les quatre Rentrans , font ,
Meffieurs Le Normant , d'Azy ,
·Bartet de Bonneval , de Duchy.
La Penfion de feu M. Jouvenet
a été donnée à M. Boullogne qui
a auffi rempli la Place de Recteur
de l'Academie Royale de Peintuture.
J'ai donc été mal informé,
lorfque j'ai avancé à la p. 102. du
Mercure d'Avril que M. Coepel avoit
été gratifié de toutes les prérogatives
accordées à feu M. Jouvenet
; je devois dire feulement
qu'il avoit obtenu la penfion de
feu M. de la Foffe , il y a même
plus de 6 mois.
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59
p. 124-127
A Paris le ... 1717.
Début :
Madame de Châteautiers disoit avant hier au Regent chez [...]
Mots clefs :
Régent, Abbé, Duchesse, Billet, Ignorance, Injustice, Défauts, Historiens, Louanges
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texteReconnaissance textuelle : A Paris le ... 1717.
AParis le ...
1717.
Madame de Châteautiers diſoit
avanthier au Regent chez MADAME
, combien Madame la Duchefſe
de Vantadour ſe loüoit de lui :
Jefais , luit dit le régent , tous les
plaisirs queje puis, &je ne laiſſepas
de faire beaucoup deMécontens ; Μ.
l'Abbé de Saint Pierre , qui étoit
préſent , dit , que Titus étoit dans
le même cas : Je ſçail'Histoire de
Titus , auſſibien que vous , dit le
Regent , &je n'ai vû nulle parts .
que personneſeſoit jamais plaint de
eet Empereur. Madame la Du-
CHESSE arriva , & l'affaire de Titus
en demeura là ; Mais le lendemain
M. l'Abbé de Saint Pierre
écrivit à Madame de Châteautiers
le Billet ſuivant .
Titus aimé des Bons,fut hai des Injustes.
DE JUILLET.
125
Ne conviendrez-vous pás , Madame
, que la pluſpart des hommes
ignorent le nombre& la grandeur
de leurs déffauts , le nombre .
&la grandeur des bonnes qualitez
des autres; qu ils ignorent une partie
de ce qu'ils doivent , & qu'ils
demandent plus qu'il ne leur eſt
dû..
Or , il eſt impoſſible que cette
ignorance fi commune , ne faffe
dans leMonde une quantité prodigieuſede
perſonnes injustes, c'eſt
laNature de l'homme : Et comme
la Nature eſt la même dans tous
les Païs & dans tous les Tems ,
pourriez -vous douter , Madame ,
qu'il n'yût autant de Gens injuſtes
à Rome du tems de-Titus , qu'il y
en a préfentement à Paris.
८
Ne conviendrez -vous pas encore
, Madame , qu'il eſt impoſſible
de contenter tous les jours beaucoup
d'Injuſtes , ſans faire tous les
joursbeaucoup d'Injustices ; & qu'il
eſt de même impoffible de faire
justice , en leur faifant rendre cese
Liij
126 LE MERCURE
qu'ils refuſent , ou en leur refuſant -
ce qu'ils demandent,ſans les rendre
mécontens.
Je ſoûtiensdonc toûjours , Madame,
que ſi Titus a été auſſi bon
&auſſi juſte qu'on le dit , il eſt
impoſſible qu'il n'ait été hai de tous
les Injuſtes qui avoient à faire à
lui . Or, je vous ſupplie , Madame,
ai je beſoin du témoignage desHiftoriens
, pour prouver une choſe
qui ne peut pas avoir été autrement
? Ai -je beſoin du témoignage
de Suetone , pour perfuader que
Titus étoit quelques fois trompé
par ſes Miniſtres ? Je dirai plus:Titus
feroit, fort mal loüé , ſi l'on
pouvoit dire de lui , qu'il fût aimé
des Injuſtes; cette loiüange n'apartient
qu'à Noron : Le mécontentement
des injuftes fait la gloire
d'un bonPrince : Ainſi , je ferois
fort affligé , ſi le Regent ne faiſoit
pas un aſſes grand nombrede nécontens
; & j'efpere bien que la
Poſterité dira un jour de lui, ce que
je vous diſois hier de Titus ...
DE JUILLET. 127
Philippe aimédes Bons, fut hai des
Injustes.
27. Fevrier 17170 .
1717.
Madame de Châteautiers diſoit
avanthier au Regent chez MADAME
, combien Madame la Duchefſe
de Vantadour ſe loüoit de lui :
Jefais , luit dit le régent , tous les
plaisirs queje puis, &je ne laiſſepas
de faire beaucoup deMécontens ; Μ.
l'Abbé de Saint Pierre , qui étoit
préſent , dit , que Titus étoit dans
le même cas : Je ſçail'Histoire de
Titus , auſſibien que vous , dit le
Regent , &je n'ai vû nulle parts .
que personneſeſoit jamais plaint de
eet Empereur. Madame la Du-
CHESSE arriva , & l'affaire de Titus
en demeura là ; Mais le lendemain
M. l'Abbé de Saint Pierre
écrivit à Madame de Châteautiers
le Billet ſuivant .
Titus aimé des Bons,fut hai des Injustes.
DE JUILLET.
125
Ne conviendrez-vous pás , Madame
, que la pluſpart des hommes
ignorent le nombre& la grandeur
de leurs déffauts , le nombre .
&la grandeur des bonnes qualitez
des autres; qu ils ignorent une partie
de ce qu'ils doivent , & qu'ils
demandent plus qu'il ne leur eſt
dû..
Or , il eſt impoſſible que cette
ignorance fi commune , ne faffe
dans leMonde une quantité prodigieuſede
perſonnes injustes, c'eſt
laNature de l'homme : Et comme
la Nature eſt la même dans tous
les Païs & dans tous les Tems ,
pourriez -vous douter , Madame ,
qu'il n'yût autant de Gens injuſtes
à Rome du tems de-Titus , qu'il y
en a préfentement à Paris.
८
Ne conviendrez -vous pas encore
, Madame , qu'il eſt impoſſible
de contenter tous les jours beaucoup
d'Injuſtes , ſans faire tous les
joursbeaucoup d'Injustices ; & qu'il
eſt de même impoffible de faire
justice , en leur faifant rendre cese
Liij
126 LE MERCURE
qu'ils refuſent , ou en leur refuſant -
ce qu'ils demandent,ſans les rendre
mécontens.
Je ſoûtiensdonc toûjours , Madame,
que ſi Titus a été auſſi bon
&auſſi juſte qu'on le dit , il eſt
impoſſible qu'il n'ait été hai de tous
les Injuſtes qui avoient à faire à
lui . Or, je vous ſupplie , Madame,
ai je beſoin du témoignage desHiftoriens
, pour prouver une choſe
qui ne peut pas avoir été autrement
? Ai -je beſoin du témoignage
de Suetone , pour perfuader que
Titus étoit quelques fois trompé
par ſes Miniſtres ? Je dirai plus:Titus
feroit, fort mal loüé , ſi l'on
pouvoit dire de lui , qu'il fût aimé
des Injuſtes; cette loiüange n'apartient
qu'à Noron : Le mécontentement
des injuftes fait la gloire
d'un bonPrince : Ainſi , je ferois
fort affligé , ſi le Regent ne faiſoit
pas un aſſes grand nombrede nécontens
; & j'efpere bien que la
Poſterité dira un jour de lui, ce que
je vous diſois hier de Titus ...
DE JUILLET. 127
Philippe aimédes Bons, fut hai des
Injustes.
27. Fevrier 17170 .
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60
p. 195-200
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. S. A. Royale a donné le Château de Chasville, auprès [...]
Mots clefs :
Château, Prince, Abbé, Gentilhommes, Régent, Seigneur, Duc d'Orléans, Tragédie, Pape, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUITE DUJOURNAL
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
de Paris
Le 16. S. A. Royale a donné
le Château de Chaſville , auprès
du Parc de Meudon , à M. le
Princede Talmont , qui en aura
feulement la jouiſſance pendant
ſavie , fans être tenu d'entretenir
la Maiſon , ni les Jardins.
Le 17. M. l'Abbé du Cambou Aumônier
du Roy , ci-devant Agent
du Clergé , a été nommé à l'Evêché
de Tarbes vaquant depuis
le moisde Décembre. 1715. Il vaut
18à 20000 livres de rentes.
,
Le 18. les fix Gentils -hommes
Rij
وک LE MERCURE
qui avoient été arrétés par ordre
de la Cour, & conduits à la Baſtille&
à Vincennes , en font ſortis ce
matin. Ils ont été accompagnés
par M. le Premier , chez Mgr le
Duc de Chartres. M. de Chiverny
les fit entrer dans l'Appartement.
de ce Prince qui les reçût fort gracieuſement
, & les conduiſit dans
le Cabinet de Mst le Regent.
Lorſqu'ils ûrent fait leur réverense
, Mar le Duc de Chartres pria
S. A. R. d'oublier leurs fautes.
Mgr le Duc d'Orleans lui ayant
accordé cette grace , il ſe tourna
du côté des fix Gentils-hommes ,
leur dit qu'il étoit perfuadé
qu'ils n'avoient pas ûs de mauvaiſes
intentions , & leur ayant
recommandé d'être plus prudens
⚫ à l'avenir : Il rentra dans ſon petit
Cabinet . Les Gentils-hommes fortirent
auffitôt avec Mst le Duc de
Chartres.
On a û nouvelle,que M. le Marquisd'Alincour,
qui étoit reſté dangereuſement
malade à Vienne eſt
tout à fait rétabli. Ce jeune Sei
DE JUILLET .
4
197
gneur a déja monte à Cheval , &
ſe prépare à partir le 20. de ce mois
pour l'Armée de Hongrie.
Le 19. M. le Maréchal de Mone
refquiou , eſt revenu de Bretagne
, où tout eſt dans une grande
tranquillité.
Les Balorsde M. de la Feuillade
ontété portez à la Doiiane &plombeziceDuc
ſe difpoſe à ſe metne en
Route les premiers jours d'Août ,
pour fon Ambaflade de Rome.
Le 20. Mgr le Duc d'Orleans alla
au Conſeil des Finances , où il
inſtalla M. de Fourqueux le Fils :
M. de Fourqueux le Pere rentra
hier dans les fonctions de ſa Charge
de Procureur General de la
Chambre des Compres , à laquelle
il prêta un nouveau Serment.
Le 22. on reprefenta fur le
Théatre de l'Opera , la Tragédie
de Semiramis qui fut honorée de
la prefence de MADAME . La
Piece fut fort applaudie.
Le 23. Mrs le Regent nomma
M. le Duc de Saint Simon , pour ſe
joindre aux Commiſſaires qui tra-
Riij
193 LE MERCURE
vaillent ſur les Projets de M. le
Duc de Noailles , afin de donner
aux Finances une nouvelle Forme ,
qui aille au bien des Peuples.
M. le Chevalier de Gagnieres ,
qui avoit ramaffé avec beaucoup
de ſoin &de dépenſe , une ſuite
trés curieuſe d'Eſtampes & de
Portraits de tous les Rois , Princes
& autres Perſonnes I luſtres dans
toute forte de Genre , a laiſſé en
mourant ſon Cabinet au Roy : Entre
les Pieces les plus remarquables
, on y voit le Portrait du Roy
JEAN , faitde ſon vivant : C'eſt le
plus ancien Tableau qui nous foit
refté en France.
LePape a témoigné à M. l'Abbé
d'Auvergne , la fatisfaction qu'il
avoit de ce qui s'eſt pafflé auChapitre
General de Cluny , où il préfidoit
, en lui envoyant un magnifique
Préfent ; fçavoir une Croix
Pectorale d'Or,une Bague montée
d'une fort belle Emeraude , une
Croffe , un Bougeoir deVermeil&
deux Mitres en broderie d'Or &
d'Argent , enrichies de Pierreries
DE JUILLET. دوو
uneChape ſuperbe,desBrodequins,
&enfin tous les autres Ornemens
pour officier Pontificalement.
Le 24. M. de Cely Intendant de
Metz & M. de Saillant Gouverneur
de la même Ville , ſe ſont reconciliez
; ils s'embraſſerent en
préſencede Mgr le Regent ; & s'en
retournent reprendre les fonctions
de leurs Charges..
La Place de Conſeiller d'Etat
Ordinaire que poſſedoit feu M. de
Harlay, a été donnée à M. Fleuriau
d'Armenonville , Conſeiller
d'Etat de Semeſtre ; & celle de M.
d'Armenonville a été accordée à
M. de Guerchois , Me des Requêtes,
Intendant de la Franche-Comté
, qui a épousé la Scoeur de M. le
Chancelier.
Le25. M. de Guerchois futpréſenté
auRoy, le matin , par Mit le
Regent & par M. le Chancelier.
Le 27. Madame la Ducheſſe de
Berry vintde la Meute , pour voir
l'Opera de Tancrede , qui eſttonjour's
ſuivi avec empreſſement.
M. le Marechal de Villeroy, par
200 LE MERCURE
ordre de S. M. a fait mettre en
Pention auCollege de Beauvais, le
Petit Tourville , connu à laCour ,
ſous le nom du Petit Officier du
Roy. C'eſt une recompense que
méritoit le des-intereſſement deM.
de Tourville Perede ce jeune Enfant
, par le réfus qu'il a fait des
avantages confiderables que le
Czar lui offroit pour emmener fon
Fils dans ſesEtats.
Il ya û dans le Comtéde Namur.
un Orage fi furieux , qu'il y eſt
tombé des grains de Grêle, péſans
cing à fix livres . Un Regiment de
Dragons paflant pour lors en révûé
dans la Campagne , en a été
fort maltraité, puiſque l'on compte
pluſieurs Soldats & Chevaux tuez
ou bleſſez , outre beaucoup d'Hommes
& de Eeftiaux répardus aux
Environs, qui ont us lemême fort
Fermer
61
p. 5-45
Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
Début :
Le Pape Innoncent (X) qui étoit un grand Homme, avoit û une [...]
Mots clefs :
Pape, Innocent X, Cardinaux, Couronne, Princesse, Nonce extraordinaire, Ambassadeur, Déclaration, Conclave, Reconnaissance, Négociation, Vérité, Théâtre, Ennemis, Maximes, Pontificat, Escadron, Abbé, Espagne, Marquis, Duchesse, Morale, Créatures, Conscience, Nomination, Alexandre VII
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire du Conclave dans lequel fut Elû Alexandre VII. [titre d'après la table]
E Pape Innocent ( X) qui
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
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C
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H
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D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
étoit un grand Homme ,
avoit û une application
particulière au choix qu'il
avoit fait des Sujets , pour les Promotions
des Cardinaux ; & il eſt conftant
qu'il ne s'y étoitque fort peu trompé.
La Signora Olimpia le força en
quelque façon , par l'aſcendant qu'elle
avoit fur fon eſprit , à honorer de cette
Dignité Maldachin ſon neven , qui
n'étoit encore qu'un enfant : Mais on
peut dire , qu'à la réſervede celui-là ,
tous les autres choix furent ou bons ,
ou foûtenus par des conſidérations qui
les juſtifiérent : Il eſt même vrai qu'en
la plupart , le Mérite & la Nalffance
concoururent à les rendre illuftres."
Aij i
6 LE MERCURE
Ceux de ce nombre , qui ne ſe trouvérent
pas attachez aux Couronnes par
la nomination , ou la Faction , ſe trouvérent
tout-à-fait libres à la mort du
Pape;parcequeleCardinalPamphilefon
neveu ayant remis ſon Chapeau , pour
épouſer Mde la Princeſſe de Rofſſane;
il n'y avoit perſonne qui pût ſe mettre
à la tête de cette Faction dans le Conclave
: Ceux qui ſe rencontrérent en
cet état , que l'on peut appeller de
Liberté , étoient Mrs les Cardinaux
Chigi , Lomelin , Ottoboni , Imperiali,
Aquaviva , Pio , Borromeo , Albizzi ,
Gualtieri , Azolini , Omodei , Cibo
Odescalchi , Aldobrandin . Dix de
ceux-là ,qui furent Lomelin,Ottobon ,
Imperiale , Borromée , Aquaviva, Pio ,
Gualtieri , Albizzi , Omodei , Azolini ,
ſe mirent dans l'eſprit de ſe ſervir de
leur liberté , pour affranchir le SACRE
COLLEGE de cette coûtume qui affujettit
à la reconnoiſſance , des Voix
qui ne devroient reconnoître que les
mouvemens du S. ESPRIT . Ils réſolurent
de ne s'attacher qu'à leur devoir ,
&de faire une profeſſion publique , en
entrant dans le Conclave , de toute
forte d'Indépendance, de Faction& de
D'AOUST. 7
Couronne : Comme celle d'Eſpagne
étoit en ce tems-làla plus forte à Rome,
& par le nombre des Cardinaux , &
par la jonction des Sujets qui étoient
aſſujettis à la Maiſon de Medicis ; ce
fut celle auffi qui éclata le plus contre
cette indépendance de l'Escadron
Volant ; c'eſt le nom que l'on donna
à ces dix Cardinaux que je viens de
vous nommer ; & je pris le moment
de l'éclat que le Cardinal Jean-Charles
deMedicis fit au nomde l'Eſpagne contre
cette union , pour entrer moi-même
dans leur Corps , à quoi je mis toutefois
, le préalable qui étoit néceſſaireà
l'égardde la France ; car , je priai Mgor
Scotti qui avoit été Nonce Extraordi
naire , &qui étoit agréable à la Cour ,
d'aller chez tous les Cardinaux de la
Faction , leur dire que je les ſuppliois
de me marquer ce que j'avois à faire
pour le ſerviceduRoi:Que je nedemandois
pas le ſecret , & qu'il me ſuffifoit
que l'on me dit jour à jour mon devoir.
M le C. Grimaldi fit une réponſe
fort civile , & même fort obligeante
à Mgnor Scotti ; mais Mrsles C.
d'Eſt , Bichi & Urfin me traitérent de
haut enbas , &même avec mépris. Je
$ LE MERCURE
déclarai publiquement dés le lende
main , que come on ne me vouloit donner
aucun moyende ſervir laFrance; je
croyois que je ne pouvois rien faire de
mieuxque de me mettre au moins,dans
la faction la plus indépendante de celle
d'Eſpagne : J'y fus reçû avec toutes
les honnêtetez imaginables ; & l'événement
fit voir que j'avois cu raiſon.
Jen'en eu pas tant dans la conduite
que j'eû au même moment avec M.
de Lionne : Il s'étoit raccommodé avec
M. le C. Mazarin , qui l'envoya à
Rome pour agir contre moi , & qui ,
pour l'y tenir avec plus de dignité , lui
donna la qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire
vers les Princes d'Italie :
Comme il étoit affez ami de Montréfor
, il le vit devant qu'il partit ,
il le pria de m'écrire qu'il n'oublieroit
rien pour adoucir les chofes , & que je
connoîtrois par les effets , qu'il parloit
fincérement. Son intention pour moi
étoit bonne , je n'y répondis pas comme
je devois , & cette faute n'eſt pas la
moindre de celles que j'ai commifes
durant ma vie. Je reviens au Conclave.
Lepremier pas que fit l'Eſcadron volant
, dans l'intervale des neuf jours
&
D'AQUST.
qui font employez aux Obſeques du
Pape , fut de s'unir avec le C. Barberin
, qui avoit dans l'eſprit de porter
au Pontificat le C. Sachetti , Homme
d'une répréſentation ſemblable à celle
du feu Préſident Bailleul , de qui
Ménage diſoit , qu'il n'étoit bon qu'à
peindre. Le C. Sachetti n'avoit effecti
vement qu'un médiocre talent , mais ,
comme il étoit Créature du Pape Urbain
,& qu'il avoit été fidellement attaché
à ſa Maiſon , Barberin l'avoit en
rête , avec d'autant plus de fermeté ,
que ſon exaltation paroiſſoit impoffi
ble. M. le Card. Barberin , dont la
vie eft Angelique , a un travers dans
l'humeur qui le rend , comme ils difent
en Italie, Inamorato del' impoffibilo.
Il ne s'en falloit guéres que l'exaltation
de Sachetti ne fut de ce genre :
L'amitié étroite entre lui & le C. Mazarin
qui avoit éré autrefois commenſal
de mon frere , n'étoit pas
une bonne récommandation pour lui
vers l'Eſpagne ; mais , ce qui l'éloignoit
encore plus de la Chaire de
S. PIERRE , étoit la déclaration publique
que la Maiſon de Medicis , qui
étoit d'ailleurs à la tête de la faction
10 LE MERCURE
tous
d'Eſpagne , avoit faite contre lui dés
le précédent Conclave. Ceux de l'Ef
cadron qui avoient en vûë de faire Pape,
le Card. Chigi , crûrent que l'unique
moyen pour engager M. le C.
Barberin à le ſervir , ſeroit de l'y engager
par réconnoiffance , & de faire
fancérement & de bonne foy
leurs efforts,pour porter au Pontificat
Sachetti , voyans qu'ils ſeroient pour
tant inutiles par l'événement , ou du
moins qu'ils ne ſeroient utiles qu'à les
lier ſi étroitement , & fi intimément
avec le Card. Barberin , qu'il ne pourroit
s'empêcher lui-même de concou
rir dans la ſuite à ce qu'ils déſiroient.
Voilà l'unique ſécret du Conclave ,
fur lequel tous ceux à qui il a plû d'en
écrire,ont dit mille&mille impertinen .
ces ,je ſoûtiens que le raiſonnementde
l'Eſcadron étoit fort jufte : Le voici .
Nous fommes perfuadez queChigi eft
le Sujet du plus grand mérite qui foit
dans le College , & nous ne le ſommes
pas moins , qu'on ne le peut faireFape,
qu'en faiſan: tous nos efforts pour réüffir
à Sachetti. Le pis du pis eſt que
nous réüſſiffions à Sachetti qui n'eſt pas
tropbon , mais qui eſt toûjours undes
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D'AOUST. 11
moins mauvais. Selon toutes les apparencesdu
mondenous n'y réuſſirons
pas, auquel cas nous ferons tomberBarberin
à Chigi , par réconnoiffance &
par l'intereſt de nous conferver : Nous
yferons venir l'Eſpagne & Medicis ,
par l'appréhenſion que nous n'empor.
tions à la fin, le plus de voix pour Sachetti
;& la France , par l'impoffibilité
où elle ſe trouvéra de l'empêcher.
Ce raiſonnement beau & profond , auquel
il faut avoüer que M. le Cardinal
Azolini cût plus de part que perſonne,
fut aprouvé tout d'une voix dans la
Tranſpontine , où l'Eſcadron volant
s'affembla dans les premiers jours des
Obfeques , aprés même que l'on y ût
éxaminé mûrement les difficultez de
cePlan, qui euffent paruës inſurmontables
àdes eſprits médiocres. Les grands
Noms font toûjours de grandesRaiſons
aux petits Génies. FRANCE ,
ESPAGNE , EMPIRE
TOSCANE , étoient des mots tour
propres à épouvanter les gens. Il
n'y avoit aucune apparence que leCardinal
Mazarin pût agréer Chigi
qui avoit été Nonce à Munſter , dans
Je tems de la Négociation de la Paix ,
1
12 LE MERCURE
& qui s'étoit déclaré ouvertement en
plus d'une occafion, contre Servien qui
y étoit Plénipotentiaire de France. Il
n'y avoit pas de vrai- ſemblance que
l'Eſpagne lui dût être favorable. Le C.
Trivulce le plus capable Sujet de ſa
faction , & peut-être de tout le Sacré
College , déclamoit publiquement
contre lui ,,comme contre un Bigot ,
& il appréhendoit dans le fond, extremément
ſon exaltation, par la crainte
qu'il avoit de ſa ſévérité peu propre
à ſouffrir la licence de ſes débauches
, qui à la vérité , étoient ſcandaleuſes
: Il n'étoit pas croyable que le
C. Jean- Charles de Medicis pût être
bien intentionné pour lui , & par la
même raiſon & par celle de la naifſance
; car il étoit Siennois , & connu
pour aimer paffionément ſa Patrie,
qui eſt pareillement connue pour n'aimer
pas la domination de Florence.
Toutes ces Conſidérations furent examinées,
l'on peſa l'Apparent le Douteux
&le Poffible , & l'on ſe fixa à la ré
ſolution que je viens de vous marquer,
avec une ſageſſe qui est d'autant plus
profonde, qu'elle paroiſſoit hazardeuſe.
Il faut avoüer qu'il n'y a peut-être
jamais
D'AOUST.
-13
jamais eu de concert , où l'harmonie
ait été ſi juſte qu'en celui-ci , & il
ſembloit que tous ceux-ci qui y entrerent
, ne fuſſent nés que pour agir
les uns avec les autres. L'activité
d'Imperiali y étoit temperée par le
Aegme de Lomelin;la profondeur d'Ottobon
ſe ſervoit utilement de la hauteur
d'Aquaviva ; la candeur d'Omodei , &
la froideur de Gualtieri y couvroient,
quand il étoit néceſſaire,l'impétuoſité
de Pio , & la duplicité d'Albizzi.
Azolin qui eſt un des plus beaux & des
plus faciles eſprits du monde , veilloit
avec une application continuelle ,
au mouvement de ces différens Refforts
; & l'inclination que Mrs les Ca
de Medicis & Barberin Chefs desdeux
Factions les plus oppoſées , prirent
pour moi d'abord , fuppléa dans les
rencontres en ma perſonne , au défaut
des qualirez qui m'étoient néceſſaires
pour y tenir mon coin. Tous les Acteurs
firent bien , le Theatre fut toûjours
rempli , les Scénes ne furent pas
beaucoup diverfifiées , mais la Piéce
fut belle ,&d'autant plus , qu'elle fut
ſimple. Quoi qu'ayent écrit les Compilateurs
de ce Conclave , il n'y eut
Aoust 1717. B
14 LE MERCURE
de myſtere que celui que je vous ai
expliqué ci -devant. Il eſt vrai que les
Epiſodes en furent curieuſes : Je m'explique.
د
Če Conclave fut, ſi je ne me trompe,
de 80. jours . Nous donnions tous les
matins & toutes les après-dínés, 32 ou
33 voix à Sachetti ; & les voix étoient
celles de la Faction de France des
Créatures du Pape Urbain , Oncle de
Mr le C. Barberin & de l'Eſcadron
volant : Celles des Espagnols , des
Allemands , & des Medicis , ſe répandoient
fur différents Sujets dans tous
les Scrutins ; & ils affectoient d'en
ufer ainſi pour donner à leur
conduite , un air plus Eccleſiaſtique ,
&plus épuré d'Intrigue & de Cabale,
que le notre n'avoit. Ils ne réüffirent
pas dans leur Projet , parce que les
Moeurs très déréglées de M. le Card.
Jean-Charles de Medicis & de M. le
C. Trivulce , qui étoient proprement
les ames de leur Faction , donnoient
plus de luftre à la piété exemplaire
de M. le C. Barberin , qu'ils ne lui en
pouvoient ôter par leur artifice. Et le
C. Ceſy Penſionnaire d'Eſpagne , &
'Homme le plus finge , en tout ſens ,
D'AOUST . 15
que j'aye jamais connu , me diſoit un
jour à ce propos , fort plaiſamment .
Vous nous batterez à la fin , car, nous
nous décréditons , en ce que nous voulons
nous faire paſſer pour Gens de bien .
Cela paroît ridicule , & cela eſt pourtant
vrai. Le faux trompe quelquefois
; mais il ne trompe pas long-tems ,
quand ileſt relevé par d'habiles gens :
Leur Faction perdit en peu de jours
le Concetto,qu'ils appellent en ce Païs
là,de vouloir le bien. Nous gagnâmes
de bonne-heure cette réputation , &
parce que dans la verité Sachetti ,
qui étoit aimé à cauſe de ſa douceur ,
paffoit pour Homme de bonne &
droite intention ; & parce que le ménagement
que la Maiſon de Medicis
étoit obligé d'avoir pour le C. Capponi
, quoi qu'elle ne l'ût pas vou
lu en effet pour Pape , nous donna lieu
de faire croire dans le monde, qu'elle
vouloit inſtaler dans la Chaire de S.
Pierre , la Volpé ; c'eſt ainſi que l'on
appelloit le C. Capponi , parce qu'il
paſſoit pour un fourbe : Ces difpofitions
jointes à pluſieurs autres,qui ſeroient
trop longues à déduire , firent
que la Faction d'Eſpagne s'apperçût
Bij
16 LE MERCURE
qu'elle perdoit du terrain ; & quoique
cette perte n'allât pas juſqu'à lui
faire croire , que nous penſions faire
le Pape ſans elle , elle ne laiſſa pas
d'appréhender que ſon parti ayant
beaucoup de Vieillards , & le nôtre,
beaucoup deJeunes gens;le tems ne pût
être facilement pour nous. Nous furprímes
une Lettre de l'Ambaſladeur
d'Eſpagne au C. Sforze , qui faiſoit
voir cette crainte en termes exprés ;
& nous comprimes même par l'air
de cette Lettre , encore plus que par
les paroles , que cet Ambaffadeur n'étoit
pas trop content de la maniére
d'agir des Medicis. Je ſuis trompé, ou
ce fût Mgnor Febei qui ſurprit cette
Lettre. Cette Sémence fut cultivée
avec beaucoup de ſoin, dés qu'elle cut
paru ; & l'Efcadron , qui par le canal
de Borromée Milanois , &d'Aquaviva
Napolitain , gardoit toujours beaucoup
de meſures & d'honnêtetez avec
l'Ambaſledeur d'Eſpagne n'oublia
pas de lui faire pénétrer qu'il étoit
du ſervice du Roy fon maître , & de
fon interrêt particulier de lui Ambaffadeur
, de ne ſe pas fi fort abandonner
aux Florentins , qu'il aſſujétît à
,
D'AOUST... 17
leurs Maximes & à leurs Caprices ,
la conduite d'une grande Couronne ,
pour laquelle tout le monde avoit
du reſpect. Cette poudre s'échauffa
peu à peu , & elle prit feu dans ſon
tems. Je vous ai déja dit que la Faction
de France donnoit de toute ſa
force à Sachetti avec nous ; la différence
eſt,qu'elle y donnoit à l'aveugle
, croyant qu'elle y pourroit réüffit
, & que nous y donnions avec une
lumiere preſque certaine , que nous
ne le pourrions pas emporter ; ce qui
faifoit ,qu'elle ne prenoit pointde mefures
pathétiques , ſi l'on peut parler
ainſi ; c'est - à-dire , qu'elle ne fongeoit
pas à ſe réſoudre , quel parti elle
prendroit , en cas qu'elle ne pût réüffir
à Sachetti : Comine le nôtre étoit
pris ſelon cette diſpoſition que nous
tenions preſque pour conſtante , nous
nous appliquions par avance à affoiblir
celle de France , pour le tems dans
lequel nous jugions qu'elle nous feroit
oppoſée. Je donnai , par un hazard
l'ouverture à Jean-Charles , de débaucher
le C. Urfin, qu'il eut à bon marché
: Ainfi , dans le moment que la
Faction d'Eſpagne ne fongeoit qu'à fe
د
<
Biij
LE MERCURE
défendre de Sachetti , & que celle
de France ne penſoit qu'à le porter ;
nous travaillions pour une fin , fur laquelle
ni l'un ni l'autre ne faiſoit aucune
réflexion , à diviſer Celle - là ,&
affoiblir Celle - ci . L'avantage de ſe
trouver en cet état eſt grand , mais
il eſt rare ; il falloit pour cela une
rencontre pareille à celle dans laquelle
nous étions , qui ne ſe verra peutêtre
pas en dix mille ans. Nous voulions
Chigi , & nous ne le pouvions
avoir , qu'en faiſant tout ce qui étoit
en nôtre pouvoir , pour l'éxaltation de
Sachetti qui ne pouvoir réiffir : De
forte que la bonne conduite nous portoit
à ce à quoi nous étions obligés par
labonnefoi. Cette utilité n'étoit pas la
feule ; nôtre Manoeuvre couvroit notre
marche , & nos Ennemis tiroient à
faux, parcequ'ils viſoient toûjours , où
nous n'étions pas. Vous verrez le ſuccés
de cette conduite , aprés que je
vous aurai expliqué celle de Chigi , &
la raiſon pour laquelle nous avions
jettésles yeux ſur lui .
Il étoit Créaturedu Pape Innocent ,
& le troifiéme de la Promotion , de
Jaquelle j'avois éré le premier. Il avoit
D'AOUST.
19
été Inquifiteur à Malte , & Nonce à
Munſter ; & il avoit acquis en tous ces
lieux,la réputation d'une Intégrité ſans
tache. Ses moeurs avoient été fans reproche
dés ſon enfance. Il ſçavoit
aſſes d'Humanités pour faire paroître
au moins une teinture ſuffifante des
autres Sciences. Sa Sévérité paroiſſoit
douce, ſes Maximes paroiſſoient droites
; il ſe communiquoit peu , mais ce
peuqu'il ſe communiquoit , étoit mefuré
& ſage. Tous les dehors d'une
piété ſolide & véritable rélevoient
imerveilleuſement toutes ces qualités ,
ou plûtôt toutes ces apparences : Ce
qui leur donnoit un corps au moins fantaſtique
, c'étoit ce qui s'étoit paflé à
Munſter, entre N. & Lui. Celui-là
qui étoit connu & reconnu pour le
Démon exterminateur de la Paix , s'y
étoit cruellement broüillé avec le
Contarin Ambaſſadeur de Veniſe,
Homme ſage & de probitè . Chigi ſe
ſignala pour le Contarin , ſçachant
qu'il faiſoit fort bien ſa Cour à
Innocent. L'oppoſition de N.....
qui étoit dans l'éxécration des peuples
lui concilia l'amour public , & lui
donna de l'éclat. La conduite qu'il
..
20 LE MERCURE
garda avec le Card. Mazarin , lorſqu'il
ſe trouva à Aix la Chapelle , où à
Bruxelles , en revenant de Munſter
plût à ſa Sainteté: Elle le rapella à
Rome , & le fit Sécrétaire d'Etat &
Card. On ne le connoiſſoit que par
les endroits que je vous viens de marquer.
Comme Innocent étoit un génie
fort & perçant , il découvrit bientôt
que le fondde celui de Chigi n'ètoit
ni bon,ni ſi profond qu'il ſe l'étoit ima -
giné ; mais , cette pénétration du Pape
ne nuiſit pas à la fortune de Chigi ,
qui,par la même raiſon , ne craignoit le
Pape que médiocrement. Il ſe fit un
honneur de ſe faire paſſer dans le monde
pour un Homme d'une Vertu inébranlable,
& d'une Rigidité infléxible.
Il ne faiſoit point ſa Cour à la Signora
Olimpia , qui étoit abhorrée dans Rome;
il blamoit affez ouvertement tout
ce que le Public n'approuvoit pas de
cette Cour- là ; & tout le monde qui
eſt & qui feraéternellement duppe,
en ce qui flatte ſon averſion , admiroit
ſa fermeté& ſa vertu , ſur un Sujet fur
lequel on ne devoit tout au plus,loüer
que ſon bon ſens , qui lui faiſoit voir
qu'il ſemoit de la gloire & de la graine
D'AOUST. 21
pour le Pontificat futur , dans un
champ où il n'avoit plus rien àciüeillir
pour le préſent. Le Card. Azolin qui
avoit été Sécrétaire des Brefs , dans le
même tems que l'autre avoit été Sécrétaire
d'Etat , avoit remarqué dans
fes manieres de certaines finoteries
qui n'avoient pas de raport à la Candeur
, de laquelle il faiſoit profeſſion.
Ilme le dit avant que d'entrer dans
leConclave; mais il ajouta , en me le
diſant , que ſur le Tout , il n'en voyoir
point de meilleur , & que de plus , fa
réputation étoit ſi bien établie , même
dans l'eſprit de nos amis de l'Eſcadron ,
que ce qu'il leur en pouvoit dire , ne
paſſeroit auprès d'eux,que comme un
reſte dequelques petits démeſlez qu'ils
avoient eus enſemble , par la compétance
de leurs Charges. Je fis d'autant
moins de réflexion à ce qu'Azolin me
diſoit,que j'étois moi-même tout-à- fait
préoccupé en faveur de Chigi. Il avoit
ménagé avec ſoin l'Abbé Charier dans
le tems de ma prifon : Il lui avoit
fait croire qu'il faifoit des efforts incroyables
pour moi auprès du Pape .
Il étoit contre lui avec l'Abbé Charier,
& avec plus d'emportement même
22 LE MERCURE
د
que l'Abbé Charier de ce qu'il ne
pouſſoit pas avec affés de vigueur le
C. Mazarin ſur mon ſujet. L'Abbé
avoit chez lui toutes les entrées , comme
s'il avoit été ſon domeſtique , & il
étoit perfuadé qu'il étoit mieux intentionné
& plus échauffé pour moi , que
moi - même. Je n'û pas ſujet d'en
douter dans tout le cours du Conclave.
J'étois aſſis au Scrutin, immédiatement
audeſſus de lui , & tant qu'il duroit
j'avois licu de l'entretenir. Ce fut ,
je crois , par cette raifon , qu'il affecta
de ne vouloir écouter que moi,
fur ce qui régardoit fon Pontificat. II
répondit à quelques - uns de ceux de
l'Eſcadron qui s'ouvrirent à lui de
leur deſſein , d'une maniere fi def- intereſſée
, qu'il les édifia. Il ne ſe trouvoit
ni aux Fenêtres où on va prendre
l'air , ni dans les Corridors où on
ſe promene enſemble. Il eſtoit toûjours
enfermé dans ſa Celule
il ne recevoit même aucune viſite ; il
recevoit de moi quelques avis que je
lui donnois au Scrutin ; mais il les recevoit
toujours d'une maniere fi éloignée
du défir de la Thiare, qu'il attiroit
mon admiration, ou tout au moins
où
۱
D'AOUST. 23
avec des circonstances ſi remplies de
l'eſprit Eccleſiaſtique , que la malignité
la plus noire n'eut pas pu s'imaginer
d'autres déſirs , que celui dont
parle Saint Paul , quand il dit que :
Qui Epifcopatum defiderat,bonum opus
defiderat. Tous les diſcours qu'il me
faiſoit,n'étoient pleins que de zele pour
l'Eglife, & de regret , de ce qu'à Rome
onn'étudioit pas aflés l'Ecriture , les
Conciles , & la Tradition. Il ne pouvoit
ſe laffer de m'entendre parler des
Maximes de la Sorbonne. Comme
l'on ne ſe peut jamais ſi bien contraindre,
qu'il n'échape quelque choſe
du naturel , il ne put fi bien ſe couvrir
, que je ne m'apperçûtſe qu'il
étoit homme de minuties ; ce qui eſt
toûjours ſigne, non pas feulement d'un
petit génie , mais encore d'une ame
bafle. Il me parloit un jour des Etudes
de fa jeuneſſe,&il me diſoit qu'il avoit
été deux ans, à écrire d'une même plume.
Cela n'est qu'une bagatelle ; mais,
comme j'ai remarqué plus d'une
fois , que les plus petites choſes ſont
ſouvent de meilleures marques que
les plus grandes cela ne me
plût pas. Je le dis à l'Abbé Charier
د
24 LE MERCURE
5
qui étoit unde mes Conclaviſtes ; Je
me ſouviens qu'il m'en gronda , en me
diſant que j'étois un Maudit qui ne
ſçavoit pas eſtimer la ſimplicité Chrêtienne.
Pour abréger , Chigi fit fi bien
par ſa diffimulation profonde , que
nonobſtant ſa petiteſſe qu'il ne pouvoit
cacher, à l'égard de beaucoup de petites
chofes , ſa phiſionomie qui étoit baffe
& fa mine qui tenoit beaucoup du
Medecin quoi qu'il fut de bonne
Naiſſance, il fit fi bien , dis-je,que nous
crûmes que nous renouvellerions en ſa
perſonne , ſi nous le pouvions porter
au Pontificat , la gloire , & la vertu
des Sts Gregoires & des Sts Leons.
Nous nous trompâmes dans cette efpérance
: Nous réiüffîmes à l'égard de
fon Exaltation,parce que les Eſpagnols
appréhendérent par les raiſons que je
vous ai marquées ci-deſſus , que l'opiniatreté
des Jeunes ne l'emportât à
Ia fin fur celle des Vieux ;& que Barberin
nedéſeſpérât à la finde pouvoir réüffir
pour Sachetti ; veu l'engagement
& la déclaration publique des Eſpagnols
& des Medicis. Nous noustélolûmes
de prendre, quand il ſeroit rems,
cedéfautpour infinuer aux deux Partis,
l'avantage
D'AOUST.
25
l'avantage que ce leur ſeroit à l'un
& à l'autre , de penser à Chigi. Nous
fîmes état que Borromée feroit voir
aux Eſpagnols , qu'ils ne pouvoient
mieux faire;veu l'averſion que la France
avoit pour lui ;&que je ferois voir à
M. leC. Barberin , que n'ayant perſonne
dans ſes Créatures qu'il lui fut
poſſible de porter au Pontificat , il
acquéreroit un mérite infini envers
toute l'Eglife , de le faire tomber
fans aucune apparence d'intereſt , au
meilleur Sujet . Nous crûmes que nous
trouvérions du ſecours pour notre
deſſein ,dans les diſpoſitions des Particuliers
des Factions ; & voici ſurquoi
nous nous fondions . Le C. Montalte
qui étoit de celle d'Eſpagne , Homme
d'un petit talent , mais bon , de grande
dépenſe,&qui avoit un airde fort grand
Seigneur, avoit une grande frayeur
que le C. Fiorenzola Jacobin& eſprit
vigoureux , ne fut proposé par M. le
C. Grimaldi , qui étoit ſon ami intime
&dont les travers avoient affés de
rapport à ceux de Fiorenzola. Nous
réſolumes de nous ſervir de l'oppolition
de Montalte pour lui donner prefqu'inſenſiblementde
l'inclination pour
Aoust 1717. C
26 LE MERCURE
Chigi ; & le vieux C. de Medicis ,
qui étoit l'eſprit du monde le plus
doux , étoit la moitié du jour fatigué
, & de la longueur du Conclave,
& de l'impétuoſité du C. Jean-Charles
ſon Neveu,qui ne l'épargnoit pas quelquefois
lui - même. J'étois très -bien
avec lui , & au point de donner même
de la jaloufie à M. le C. Jean-Charles :
Ce qui m'avoit particulierement procuré
l'honneur de ſon amitié , étoit
ſa Candeur naturelle qui avoit fait ,
qu'il avoit pris plaifir à ma maniére
d'agir avec lui. Je faifois profeſſion
publique de l'honorer , & je lui rendois
même avec ſoin mes devoirs ;
mais je n'avois pas laiſſe de m'expliquer
clairement avec lui, ſur mes engagemens
avec M. le C. Barberin &
avec l'Efcadron: Ma Sincérité lui avoit
plû , & il ſe trouva par l'événement ,
qu'elle me futplus utile que ne m'euft
été l'Artifice. Je ménageai avec application
fon eſprit , & je jugeai que je
me trouvérois bien en état de le difpoſer
peu à peu , à ſe radoucir pour
M. le C. Barberin qui étoit brouillé
avec toute ſa Maiſon , & à ne pas regarder
M. le C. Chigi , comine us
D'AOUST .
27
Homme auffi dangereux que l'on lui
avoit voulu faire croire. L'on ne s'endormit
pas , comme vous voyez , à
l'égard de l'Eſpagne & de la Toscane ,
quoiqu'on y parut àelles-mêmes ſans
action ; parce qu'il n'étoit pas encore
tems de ſe découvrir. L'on n'ût
pas moins d'attention vers la France,
dont l'oppoſition à Chigi étoit encore
plus publique & plusdéclarée que celle
des autres . M.de Lionne Neveu de
M. Servien en parloit , à qui le vouloit
entendre , comme d'un Pédant , & il
ne préfumoit pas que l'on le pût ſeulement
mettre fur les rangs. M. le C.
Grimaldi , qui dans le tems de leur
Prélature , avoit û , je ne ſçai quel
mal - entendu avec lui , diſoit publiquement
qu'il n'avoit qu'un mérite
d'imagination : Il ne ſe pouvoit que
M. le C. d'Eit n'appréhenda , comme
frere du Duc de Modéne , l'Exaltation
d'un Sujet dés-intereſle & ferme ,
qui font les deux qualitez , que les
Princes d'Italie craignent uniquement
dans un Pape .
Vous avez vû ci-devant , qu'il y
avoit eu même du perfonnel entre lui
-&M.deCard. Mazarin,en Allemagne ;
Cij
29 LE MERCURE
& nous jugeâmes , qu'il étoit à propos
par toutes ces confidérations ,d'adoucir
les choſes, autant que nous le pourtions
de ce côté-là , qui , quoique foibles
, nous pourroient peut- être , faire '
obſtacle: Je dis quoique foibles &peutétre;
parce que dans la vérité,la Faction
de France ne faifoit pas une figure fi
conſidérable dans ce Conclave , que
nous ne puſtions prétendre,&que nous
ne prétendiſſions en effet , de pouvoir
faire un Pape malgré elle. Ce n'est pas
qu'elle manquât de Sujets , & même
capables . Eft qui étoit Protecteur, ſuppleoit
par ſa qualité , par ſa dépendance&
par fonccoourage, àceque l'obfcuritéde
ſon eſprit & l'ambiguité de fes
expreffions diminuoient de ſa conGdération.
Grimaldi joignoit à la réputation
de rigueur qu'il a toujours cuë ,
un air de fupériorité aux maniéres ferviles
des autres Cardinaux de ſa Faction
; & il élevoit par là au-deſſus
d'eux ſa réputation. Bichi habile &
rompu dans les affaires , y devoit tenir
naturellement un grand poſte. M.
le Card. Antoine brilloit par ſa libéralité
, &M. le Card. Urfin par fon nom.
Voilà bien des Circonstances qui deD'AQUST.
29
voient faire qu'une Faction ne fut pas
méprifable. Il s'en falloit fort peu que
celle de France ne le fut avec toutes
ces circonstances , parce qu'elles ſe
trouvérent compliquées avec d'autres
qui les empoifonnérent. Grimaldi qui
haïffoit Mazarin aurant qu'il en étoit
haï , n'agiſſoit preſqu'en rien , d'autant
moins qu'il croyoit , & avec raifon
, que Lionne qui avoit au déhors
le ſecret de la Cour , ne le lui confioit
pas. Eft , qui trembloit avec tout
foncourage, parce que le Marquis de
Caracene entra juſtement en ce temslàdansleModénois,
avec toute l'Armée
des Milanois , faifoit qu'il n'oſoit s'étendre
de toute ſa force contre l'Efpagne.
t
Je vous ai déja dit que les Medicis
n'étoient point broüillez avec Urfin.
Antoine n'étoit ni intelligent , ni actif;
&deplus l'on n'ignoroit pas que dans
le fond du coeur , & à coup près , le
C. Barberin , qui étoit très mal à la
Courde France,ne l'emportât : Lionne
ne pouvoit pas y prendre une entiere
confiance , parce qu'il ne ſe pouvoit
pas affûrer que le C. Barberin , qui
vouloit aujourd'huy Sachetti qui étoit
Ciij
30
LE MERCURE
agréable à la France , n'en voulût pas
demain un autre qui lui fut dés-agreable
: Cette même conſidération diminuoit
encore beaucoup la confiance
que Lionne eut pû prendre au Card.
d'Eit ; parce que l'on ſçavoit qu'il
gardoit toujours beaucoup d'égards
avec le C. Barberin,& par l'amitié qui
avoit été depuis long-tems entr'eux ,
&par la raiſon de la Ducheſſe de
Modéne qui étoit ſa Niece. Bichi
n'étoit pas felon le coeur de Mazarin,
qui le croyoit trop fin & trés mal difpoſé
pour lui , comme il étoit vray.
Voilà, comme vous voyez , un détail
qui vous peut empêcher de vous étonner,
de ce que la Faction d'une Couronne
puiffante & heureuſe , n'étoit
pas auſſi conſiderée qu'elle le devoit
être dans une conjoncture pareille.
Vous en ferez encore moins ſurpris ,
quand il vous plaira de aire réflexion,
fur le premier mobile qui donnoit le
mouvement à des reſſorts auſſi mal
aſſortis , ou plûtôt auſſi dérangez que
ceux que je viens de vous montrer.
n'étoit connu à Rome Ν. ... ..
que pour un petit Sécrétaire de M. le
C. Mazarin ; on l'y avoit vû dans le
D'AOUST.
31
tems du Miniſtére de M. le C. de
Richelieu , Particulier d'un aſſes bas
étage & de plus , Brélandier& Concubinaire
public. Il eut depuis ,
quelque eſpèce d'emploi en Italie
touchant les affaires de Parme ;
mais cet Emploi n'avoir pas été aflés
grand,pour le devoir porter d'un ſaut,à
celui de Rome ; ni ſon Expérience afſez
conſommée,pour lui confier ladirection
d'un Conclave , qui est inconreſtablement
de toutes les affaires , la
plus aiguë . Les fautes de ce genre ,
font affez communes dans les Etats
qui font dans la proſpérité , parce que
P'incapacité de ceux qu'ils employent,
s'y trouve ſouvent ſupplée par le refpect
que l'on a pour les Maîtres.
Jamais Royaume ne s'eſt plus confié
en ce reſpect que la France , dans le
tems du Miniſtére de M. le C. Mazarin
; ce n'eſt pas jeu ſeur ; il l'éprouva
dans l'occaſion dont il s'agit.
M. de N.... n'y eut ni aſſés de dignité,
ni affés de capacité , pour renir
l'équilibre entre tous ces refforts .
Nous le reconnûmes en peu de jours,
&nous nous en ſervîmes trés utilement
pour notre fin. Je vous ai déja
32 LE MERCURE
encore
dit , ce me ſemble , qu'ayant étéaverti
, que N.... avoit mécontentéM.
le Card. des Urſins , ſur unreſte de
penſion qui n'étoitque de mille écus ,
j'en informai M. le C. de Medicis
affez à tems , pour lui donner lieu de
le gagner à une condition fi petite,que
pour l'honneur de la Pourpre je
crois que je ferai mieux de ne
la point dire. Vous verrez dans la ſuite
quenous nous ſervîmes encore avec
plus de fruit,de l'indiſpoſition que M.
le C. Bichy avoit pour lui , pour diviſer
& pour déconcerter
la Faction de France , plus qu'elle
ne létoit. Mais , comme ce n'étoit
pas celle que nous appréhendions le
plus , quoique ce fut celle qui nous
fut la plus oppoſée , nous n'avancions
nôtre travaildu côté qui la regardoit,
que fubordinément aux progrés que
nous faiſionsdes deux autres, d'où
nous craignions & avec raiſon , de
trouver plus dedifficultés. Vons avez
déja vû les Raiſons pour lesquelles
nous ne pouvions pas ignorer , que
l'Eſpagne & les Me licis donnéroient
mal-aifément leurs voix à Chigi ; &
vous avez außi vû la Manoeuvre que
D'AOUST.
33
nous faiſions pour lever peu à peu ,
&même imperceptiblement, cette difficulté.
Ce fut là nôtre plus grand embaras
; car , fi Barberin ſe fut ſeulement ,
apperçu lemoins dumonde , que nous
eullions û la moindre vûë pour
Chigi , il nous auroit échappé infailliblement
; parce qu'avec toute la
vertu imaginable , il a tout le caprice
poſſible ; & qu'on ne l'eût jamais
empêché de s'imaginer , que nous le
trompions ſur le ſujet de Sachetti.
Ce fut proprement en cet endroit où
j'admirai la bonne-foi , la prévoyan
ce, la pénétration , & l'activité de
l'Eſcadron , & particulierement d'Azolin
, qui fut celui qui ſe donna le
plus de mouvement. Il ne ſe fit pas
un pas à l'égard de Barberin , qui
n'eût pû être avoüé par l'homme de
la Morale du monde la plus ſévére.
Comme l'on voyoit clairement que
tout ce que l'on faiſoit pour lui , feroit
inutile par l'événement , on n'oublia
aucunes démarches,de celles que
l'on jugea être utiles à lever les indiſpoſitions
, que l'on prévoyoit ſe devoir
trouver de la part de France ..
d'Eſpagne , de Florence , & même
34 LE MERCURE
de Barberin , à l'exaltation de Chigi ,
lorſqu'elle ſeroit en état d'être propoſée.
Comme l'on ne pouvoit donter
, que pour peu que Barberin s'apperçût
de nôtre deſſein , il n'entrât en
défiancede nous mêmes , nous couvrîmes
avecune application ſi grande & fi
hûreuſe , nôtre marche , qu'il ne la
connût lui - même , que par nous , &
quand nous crûmes qu'il étoit néceffaire
qu'il la connût ; ce qui étoit de
plus embarraſſant pour nous , étoit que
comme nous avions plus beſoin
encore de lui que des autres , parce
qu'enfin nous en tirions nôtre principale
force ; il falloit que préalablement
même à tout le reſte , nous travaillaſſions
à lever des obſtacles que
nous prévoyons même très grands à
nôtre deſſein , dans la Faction. Nous
ſcavions que l'unique & journaliere
application des vieux Cardinaux qui
en étoient , & qui voyoient , comme
nous , l'impoffibilité de réſiſſir à l'éxaltation
de Sachetti , étoit de faire
comprendre à Barberin qu'il lui
ſeroit d'une extrême honte que l'on
prit un Pape qui ne fut pas de ſes
Créatures. Chacun prétendoit de ſe
د
D'AOUST. 35
l'appliquer en ſon particulier. Ginetti
ne doutoit pas que l'attachement qu'il
avoit û de tout tems à ſa Maiſon,ne lui
eût dû donner la préférence. Licchini
étoit perfuadé qu'elle étoit dûë à ſon
mérite. Rapacioli , qui n'avoit pourtant
que 46. ans,ou un peu plus , je ne m'en
reſſouviens pas précisément , s'imaginoit
que ſa piété ,ſa capacité &ſon peu
de ſanté l'y pouvoient porter , même
avec facilité. Fiorenzola ſe laiſſoit
chatoüiller par les imaginations de
Grimaldi , dont le naturel eſt de croire
aifément tout ce qu'il défire. Ceux qui
n'ont pas vû les Conclaves ne fe
peuvent figurer les illuſions des Hommes
, en ce qui regarde la Papauté.
Cette illufion toutefois,étoit toute propre
à nous faire manquer notre coup ;
parceque la clameur de toute la Faction
du Pape Urbain , étoit toute propre
àfaire appréhender à Barberin, de perdre
enunmoment toutes ſes Créatures,
s'il choiſiſſoit un Pape hors d'elle. Cet
inconvénient , comme vous voyez ,
étoit fort grand ; mais nous trouvâmes
le remededansle même lieu d'où nous
appréhendions le mal ; car , la jaloufie
qui étoit entr'eux , les obligea par
د
36 LE MERCURE
avance,à faire tant depas les uns contre
les autres , qu'ils facherent Barberin ;
parce qu'ils n'ûrent pas la même circonſpection
que nous , à cacher leur
ſentiment, ſur l'impoſſibilité de l'Exaltation
de Sachetti. Il crutqu'il feignoit
cette impoſſibilité pour leur propre interêt:
Il les conſidera au commencement
, comme des Ingrats & comme
des Ambitieux ; & cette indiſpoſition
fit que , quand il vint lui-même à connoître
qu'il ne pouvoit en effet réüffir
à Sachetti , il ſe reſolut plus facilement
à fortir de ſa Faction ,& à ſe perfuader
qu'il hazarderoit moins de perdre
ſes Créatures , en leur faiſant voir
qu'il étoit emporté dans une autre par
les Alliez , que de l'aiguir toute entiere
parla préférence de l'une à l'autre; car ,
il faut remarquer qu'elles cédoient
routes à Sachetti , à cauſe de ſon âge
&de ſes maniéres , qui dans la vérité,
étoient aimables. Ce n'eſt pas qu'à
mon opinion , il n'eut été de lui , comme
de Galba , digne de l'Empire , s'il
n'eut point été Empereur. Mais enfin ,
l'on n'en étoit pas là ; les autres Créatures
de Barberin s'étoient réglées ſur
cepoint ; mais, comme ils ne croyoient
pas
D'AOUST.
37
pas ſon Exaltation poffible , cette déference
ne faifoit qu'augmenter la ja
louſie enragée qu'ils avoient par avance,
les uns contre les autres. Le vieux
Spada rompu & corrompu dans les
affaires , ſe déclara contre Rapacioli ,
juſqu'à faire un Libelle contre lui ,
par lequel il l'accuſoit d'avoir cru, que
le Diable pouvoit être recû à pénitence.
Montalte dit publiquement, qu'il avoit
de quoi s'oppoſer en forme à l'Exaltationde
Fiorenzola . Ceſi fit une Def
cription affez plaiſante de la beauté
du Carnaval , que la Signora Bafti ,
belle & galante , Niéce de Serafini ,
donneroit au Public , fi fon Oncle étoit
Pape. Toutes ces aigreurs , toutes ces
1 iaiſeties , peu dignes à la vérité
d'un Conclave , déplúrent au der
nier point à Barberin , eſprit pieux
&ferieux; & ne nuifirent pas à notre
deſſeindans la ſuite, comme vous Tallez
voir.
Il me ſemble que je vous ai déja dit
que ceConclave dura 30 jours , un peu
plus, ou un peu moins. Il y en eut plus
des deux tiers'employez , comme je
vous l'ai déja dit ci-devant; parce que
M. le Card. Barberin ne ſe pouvoit
Aoust 1717. D
38 LE MERCURE
ôrer de l'eſprit, que nous emporterions
enfin Sachetti par notre opiniatreré.
Nous pouvions moins que perſonne , le
deſabuſer par la raiſon que vous avez
déja vûë ;& je ne ſçai , ſi la choſe n'ût
pas eſté encore bien plus loin , fi Sachetti
même , qui ſe laſſoit deſe voir
balotté réglément quatre fois par jour ,
ſans aucune apparence de réiffir , ne
lui eut lui-même ouvert les yeux : Ce
ne fut pas toutefois fans beaucoup
de peine. Il y reüflit enfin , & après
que nous eûmes obfervé toutes les
Bréves& les Longues, pour ne lui laifſer
aucun lieu de ſoupçonner que nous
cûffions part à cette démarche de
Sachetti , à la quelle dans le vrai ,
nous n'en avons aucune , Nous difcutâmes
avez lui la poſſibilité des
Sujets de la Faction. Nous nous
apperçûmes d'abord qu'il s'y trouvoit
lui-même fort embarrafle , & même
avec beaucoup de raiſon. Nous n'en
fumes pas fâchez , parce que cet en
baras nous donnant lieu de tomber
fur les Sujets des autres Factions
nous porta inſenſiblement juſqu'à
Chig: M. le C. Barberin qui a dés
fon enfance , aimé juſqu'à la paffion
.la Piété , & qui eftimoit beaucoup
د
,
,
D'AOUST.
39
,
celle qu'il croyoit en Chigi , ſe ren.
dit avec affez de facilite , & il n'y eût
à vrai dire , qu'un ſcrupule qui fut
que Chigi , qui étoit fort ami des Jeſuites
, pourroit peut - être donner atteinte
à la Doctrine de S. Augustin ,
pour laquelle Barberin a plus de refpect
que de connoiſlance. Je fus chargé
de m'en éclaircir avec lui , & je
m'acquittai de ma commiſſion d'une
manière qui ne bleſla ni mon devoir,
ni la prétenduë tendreſſe deConſcience
de Chigi. Comme dans les grandes
Converſations que j'avois euës avec
lui dans les Scrutins , il m'avoit pénétré
, ce qui lui étoit fort aiſé , parce
que je ne me couvrois pas auprès de
lui ; il avoit connu que je n'approuvois
pas qu'on s'entêrat pour les perfonnes
, & qu'il ſuffiſoit d'éclaircir
la vérité ; il me témoigna entrer luiméme
dans ces ſentimens & jû
ſujer de croire qu'il étoit tout propre
par ces Maximes , à rendre la Paix
àl'Eglife. Il s'en expliquá à lui-même
affez publiquement & raifonnablement
; car Albizzi Penſionnaire des
Jeſuites , s'étant emporté méme avec
brutalité , contre l'extrémité , ( ce di-
Dij
40 LE MERCURE
foit - il , ) de l'Eſprit de S. Auguſtin,
Chigi prit la parole avec vigueur ,
& il parla , comme le reſpect que l'on
doit au Docteur de la Grace , le requiert
. Cette rencontre aflüra abfolument
Barberin & beaucoup plus encore
, que tout ce queje lui en avois
dit. Dès qu'il eut pris fon parti , nous
commençâmes à mettre en oeuvre les
Matériaux , que nous n'avions fait jufques-
là que diſpoſer. Nous agîmes
chacun de nôtre côté , ſelon que nous
l'avions projettés. Nous nous expliquâmes
de ce que nous avions le plus
fouvent caché avec foin , ou que nous
n'avions tout au plus qu'infinué. Borromée
& Aquaviva ſe développérent
plus pleinement vers l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne ; Azolin brilla dans les diverſes
Factions avec plus de liberté.
Je m'étendis de toute ma force auprès
du Cardinal Doyen; il prit confiance
en moi , ſur le déſir qu'il avoit
d'adoucir le grand Duc pour les Barberins
. Le C. Barberin l'y eut toute
entiere par la joye qu'il en avoit.
Azolin ou Lomelin , je ne me fouviens
pas précisément lequel ce fut
découvrit que Bichi , qui étoit Allié
D'AOUST.
41
,
de Chigi , étoit très bien intentionné
pour lui dans le fond. Il entra dans
ce Commerce habilement & adroitement
, & fi bien , que Bichi , qui ne
crût pas que le Mazarin cut affez de
confiance en lui , pour concourir ſur ſa
parole , à l'exaltation de Chigi , employa
pour le perfuader Sachetti
qui lafle , comme il me ſemble que
je vous l'ai déja dit , de ſe voir balotté
inutillement tous les ſoirs & tous
les matins , lui dépêcha un Courier
pour l'avertir , que Chigi ſeroit Pape
endépitde la France, ſi elle faiſoittant
que de lui donner l'exclufion , comme
l'on diſoit : car , auſſitôt qu'on le vit
fur les Rangs , tous les Subalternes,ſelon
le ſtile de la Nation , publiérent
que le Roy ne le ſouffriroit jamais .
Mazarin ne fut pas de leur ſentiment ,
& il renvoya par le même Courier,
ordre à Lionne de ne le point exclure.
Il ût raiſon , car je ſuis perfuadé ,
que ſi l'excluſion fat arrivée , Chigi
ût été Pape ,trois jours plûtôt qu'il ne
le fût. Les Couronnes ne doivent jamais
hazarder facilement les Exclufions
: Il y a des Conclaves , où elles
peuvent réüffir ; il y en a d'autres où
Diij
42 LE MERCURE
le ſuccès en ſeroit impoſſible : Celuilà
étoit du nombre. Le Sacré College
étoit fort , & de plus , il ſentoit
fa force . Les choſes étant enl'état que
je viens de poſer , Mrs les Cardinaux
de Medicis & Barberin qui avoient
pris & reçû par moi , leur parole , me
chargérent fur les neuf heures du foir ,
d'en aller porter la nouvelle à Mr le
C. Chigi. Je le trouvai au lit , je lui
baifai la main , il m'entendit , & il
il me dit en m'embraflant ecco l'effetto
della buona viananza.
,
Je vous ai déja dit que j'étois au
Scrutin auprès de lui. Tout le College
yaccourut enfuite ; il m'envoya chercher
ſur les onze heures , aprés que
tout le monde fut forti de ſa Celulle ;
&je ne vous puis exprimer les bonrez
avec leſquelles il me traita. Nous l'allâmes
tous prendre , le lendemain au
matin dans ſa Cellule , & nous l'accompagnâmes
à la Chapelle du Seru--
tin , où il eur, ceme ſemble , toutes
les Voix , à la reſerve d'une ou tout au
plus deux. Le foupçon tomba fur le
vieux Spada , Grimaldi & Rofferti ,
leſquels à la vérité, furent les ſeuls , qui
improuvérent au moins publiquement,
D'AOUST. 43
fonExaltation. Grimaldi me dit àmoimême
, que j'avois fait un choix dont
je me repentirois en mon particulier ,
&il fe trouva par l'évenement , qu'il
eut raiſon . J'attribuai fon diſcours à fon
Travers, l'Averfion de Spada ,à l'Envie
qui lui étoit naturelle , & celle deRofſetti,
à l'Appréhenſion qu'il avoit de la
féverité de Chigi. Je crois encore que
jene me trompois pas dans ce jugement
; quoique j'avoie qu'ils ne ſe
trompoient pas eux-mêmes pour le
fond. Ce qui est conſtant , eſt que jamais
Election de Pape n'a été plus univerſellement
applaudie. Il ne ſe défaillit
pas à lui-même dans les premiers
moments , qui , par une imper--
fection afſés bizarre de la Nature humaine
, ſurprennent d'avantage les
Gens qui les attendent avec le plus
d'impatience. La ſuite a fait voir qu'-
il n'étoit pas aſſes homme de bien ,
pour n'en avoir pas eu beaucoup en
ce rencontre. Il fut fi éloigné d'en donner
aucune marque , que nous ûmes
Sujet de croire qu'il en avoit même,de
la douleur. Il pleura amérement , au
moment que l'on réliſoit le Scrutin
qui le faifoit Pape :Et comme il vit que
44 LEMERCURE
je le remarquois , il m'embraſſa d'un
bras , & prit de l'autre Lomelin , qui
étoit au-deſſus de lui. Il nous dit à
l'un & à l'autre : Pardonnez cette foibleſſe
à unhomme qui a toûjours aimé
ſes Proches avec tendrefle , & qui s'en
voit ſéparé pour jamais. Nous defcendîmes
aprés les Cérémonies accoûtumées
, à Saint Pierre : Il affecta de ne
s'affleoir que ſur le Coin de l'Autel ;
quoique les Maiſtres des Cérémonies
lui diffent , que la Coutume étoit que
les Papes ſe miſſent justement fur le
milieu . Il y reçeut l'Adoration du Sacré
Collége, avec beaucoup plus de modeftie
que de grandeur, avecbeaucoup plus
d'abaiffement que de joye ; & lorſque
je m'aprochai àmon tour. pour lui bai.
fer les Pieds, il me dit en m'embraffant
, fi haut que les Ambaſfadeurs
d'Eſpagne , & de Venise , & le Connêtable
Colonne l'entendirent , Signor
Cardinal de Retz : Ecce opus manuum
tuarum. Vous pouvez juger de l'effer
que fit cette parole; les Ambaſfadeurs
la dirent à ceux qui étoient auprés
d'eux: Elle ſe répandit en moins de
rien dans toute l'Eglife. Morangis
frere de Barillon , qu'on appelloit en
1
D'AOUST.
45
ce tems-là , Chatillon , me la rédit une
heure aprés , en me rencontrant ,
commeje ſortois ; & je retournai chez
moi,accompagné de plus de fix vingt
Caroſſes qui étoient pleins de gens
trés perfuadez que j'allois gouverner
le Pontificat.
Cet Extrait ne ferapas sans doute ,
moins souhaiter l'Edition complette de
ces Mémoires , que les précédens.
Fermer
62
p. 157-165
SUITE DU JOURNAL de Paris.
Début :
Le 16. Mrs les Aumoniers du Roy ont fait leur plainte, pour [...]
Mots clefs :
Aumônier du roi, Plainte, Cérémonies, Procession, Nominations, Abbé, Marquis, Ambassadrice, Députés, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU JOURNAL de Paris.
SUÍTE
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
DUJOURNAL
de Paris.
IE16. Mieles Aumoniers du Roy
ont fait leur plainte,pour n'avoir
pas été invité par M. Deſgranges Me
des Ceremonies , à la Proceſſion de
Aoust 1717.
158
LE MERCURE
Notre-Dame. M. le Grand Prevêt a
fait de ſon côté une Proteftation dans
les formes , pour le même ſujer , &
l'a envoyée ſignifier au Me des Céré.
monies. Nous avons déjà dit que M.
le Duc Regent y répreſenta la Perſonne
du Roy ;ce n'eſt pas le premier
exemple où un Prince du Sang
aété traité en Roy, en pareille occa-,
fion. Ily en a un entr'autres ſous Charles
I X. tout ſemblable , en 1570. Ce;
Monarque étant à Monceaux &ne .
pouvant revenir pour ſe trouver à cette,
même Proceffion , y envoya le Duc
de Montpenſier, pour y tenir la place
&y recevoir tous les honneurs dûs
àlaM. R.
Le 17. M. de Fontanieux qui a l'In
tendance des Meubles de la Couronne
, a obtenu pour fon fils la ſurvivance
de cette Charge.
Le 18. M.l'Abbé de Simiane d'Arouere
eſt venu remercier S. A. R. pour
l'Evéché de Saint Paul 3-Châteaux,
auquel il a été nommé par le Roy.
Le 19. M. le Marquis de Mailly
achette le Regiment d'Iſenghien vacant
par la mort de M le Marquis
deMonteſquiou:Ilen a obtenu l'agré
ment.
D'AOUST..
159
:
i
*
Le 20. Mgr le Duc donne une Fête
fuperbe à Chantilly , dont les divertiſſemens
doivent ſe ſuccéder pendant
15.jours : Il s'y eſt rendu un grand
nombre de Seigneurs & de Dames
de la premiere diſtinction.
Le Roy ſe fit tirer le 21. deux
Dents,&il fouffrit conſtamment cette
opération.
M. de S. Aulaire vient de prendre
poſſeſſion du Bailliage de Lyon ,
par un accommodement fait avec M.
de Junnillac ; ce qui détruit tous les
bruits auſquels une Lettre anonime
inferte dans le Mercure d'Octobre
17:56, avoit donné lieu.
Madame l'Ambaſſadrice de Portugal
accoucha le 12 de ce mois dans
fon Hôtel d'un fils qui ſe porte
bien , de même que Madame ſa
mere.
د
Le même jour , les NouveauxEchevins
vinrent apporter le Scrutin au
Roy & lui préterent le ſerment de
fideliré. :
Le 22. ily ût un mouvement dans
les Intendances. M. de Baſville Intendant
de Languedoc , ne pouvant
plus s'appliquer aux affaires à cauſe de
O ij
160 LE MERCURE
:
fon grand âge , a demandé àſe repoſer.
-On envoye en ſa place M. Bouynd'Angervilliers
Intendant de Strasbourg :
Et M. de Harlay de Cely Intendant
de Metz , doit être ſubſtitué à ce dernier
qui ſeraremplacé par M. de Bernages
Intendant d'Amiens : On ne fait
pas encore qui occupera ce dernier
Porte.
MADAME vint le même jour à Paris ;
elle alla l'aprés midi aux Carmelites ;
elle vit la repreſentation de l'Opera
de Venus & d'Adonis, qu'on a remis au
Theâtre depuis huit jours. Les Comédien:
s François qui avoient annoncé
une nouvelle Piece, ne joierent point ;
parce que le feu ayant pris furlesquaite
heures&demie à une maiſon qui
joint leur Hôtel , les épouventa fi fort,
qu'ils ne fongerent qu'à ſe ſauver aufſi
promtement que ceux qui estoient déja
placez , dont l'empreſſement pour
fortir fut fi grand ,qu'il y eut pluſieurs
perſonnes qui coururent riſque d'eſtre
écraſées: Le feu ne dura pas longtems ,
parce que le ſecours des pompes arriva
fort à propos. L'Hôtel des
Comédiens n'a point eſté endommagé
D'AOUST. 161
La Noce de M. Bernard fils de M.
Samuel Bernard , ſe fit le 22 , avec une
magnificence ſurprenante : Il a épousé
Mile de S. Chamant fille du Lieutenant
Général de ce nom , & Niéce de
M. de la Briffe .
Le 23. les Députez des Etats de Languedoc
qui font M. l'Evêque de Commenges
pour le Clergé , M. le Marquis
de S. Suplie pour la Noblefle ,
&M. Rével pour leTiers- Erat , ûrent
à une heure , Audiance du Roy á qui
ils préſenterent le Cahier. Mgt le Ditc
du Maine Gouverneur de la Province ,
& M. le Marquis de la Vrilliere Secretaire
de la même Province , les preſenterent
au Roy. M. l'Evêque de
Commenges porta la parole & fon
difcours fut trés applaudi .
Le 25 , la Fête de S. Loüis , a eſté
célébrée dans la Chapelle, par une
Meſſe baffe & une grande Meſſe enfuite.
Les Peres Carmes , ſuivant la
coûtume,vinrent enProceſſion avec plufieurs
Pains benis : Elle estoit précédée
par 30 des Cent-Suiſſes avec un
Fourier & 30 Gardes du Corps avec
unExempt. La Cour fut trés nombreuſe
te jour là : Les Ambaſſadeurs , Cardi
O iij
162 LE MERCURE
raux & Grands Seigneurs ûrent l'honneur
de ſe preſenter devant le Roy.
Il y ût grande ſimphonie le matin &
àdîner : Sur le ſoir , le Concert annuel
que donne l'Opera pour la Fête du
Roy , fur exécuté dans le jardin des
Tuilleries , avec une grande illumination.
Sur les huit heures & demie du
foir , on tira à l'entrée de la grande
Allée ,un très beau Feu d'Artifice qui
dura prés de trois quarts d'heures ;
le Roy en voyoit l'effet de la Terraſſe,
ſous un Dais.
Le matin , M. l'Abbé Prevoſt Aumonier
de M. le Cardinal de- Noailles
, prêcha au Louvre dans la Chajelle
de l'Académie Françoiſe : II
fatisfit pleinement ſon Auditoire; aprés
quoy l'Academie des Sciences & celle
des Belles - Lettres célébrerent la même
Fête, dans l'Egliſe de l'Oratoire de
S. Honoré : L'aprés midi , l'Académie
Françoiſe fit la diſtribution des Prix
ordinaires : Celui de Proſe fut donné
à M. l'Abbé Colin & celui de Poëfie
à M. Gacon qui avoit preparé un remerciement
en Vers ; mais M. l'Abbé
:de Choiſi le pria de la part de la Compagnie
,de s'en diſpenſer , parce que
رط
D'AOUST.
163
ces ſortes de remerciemens ſont d'un
uſage nouveau que l'on ne veut pas
continuer : On lut enſuite un Diſours
fur l'utilité des Sciences , compofé
par M. de Charé Directeur de l'Académie
de Soiffons, laquelle eſt obligée par
ſes Statuts, d'envoyer aux 40 un tribut
annuel de quelque piece d'éloquence.
L'Inépuiſable M. de la Motte ( felon
l'expreſſion de M. l'Abbé de Choifi)
régala l'Aſſemblée du recit de trois fables
nouvelles , qui furent ſuivies des
applaudiſſemens qu'il s'attire , toutes
les fois qu'il y parle.
Le même jour M. l'Abbé le Vaſſeur
prononça en Latin dans l'Egliſe des
Quinze - Vingts , le Panégerique de S.
Loüis : Il ût pluſieurs Evêques pour
Auditeurs.
Le28 , l'Ouverture du Prix de l'Arquebuze
ſe fit à Meaux Capitale de
la Brie; la Ville de Laon lui ayant
préſenté le Bouquet , il y a cent
ans , jour pour jour. Monfieur de la
Nouë de Rutel Gentil - homme &
Maire de la Ville , eſt Capitaine de
la Compagnie de Meaux , autrement
laColonelle:Elle est compoſée d'environ
120 Chevaliers avec les Offi-
د
164 LE MERCURE -
ciers. Ils font tous en Habits uniformes,
d'un gris blanc bordé d'argent & les
boutonnieres de même ; leurs chapeaux
relevez de Plumets blancs &
de Caucardes de la même couleur.
Ily a auſſi 20 autres Compagnies de
Chevaliers des Villes circonvoifines ,
en Habit d'Ordonnance , chacune étant
diftinguée par une couleur différente.
Meſſieurs de Meaux ont envoyé
des Députez au devant de chaque
Compagnie , pour les complimenter&
leur marquer les Logemens qui
leur ſont deſtinez. La Compagnie Colonelle
leur a préſenté toutes fortes de
rafraichiſſemens & le Vin n'y a pas
été épargné. Le 29 , toutes les Compagnies
ſe trouvérent ſous les Armes ,
pour aller en Cérémonie entendre la
Meſſe , où M. le Cardinal de Biffi officiera
Solémnellement. M. le Prince de
Soubize ſera à leur Têre , le fils deM.
Bignon Intendant de Paris commandera
la Colonelle & M. le Chevalierde
Bavière celle de Compiegne :
Enſortant de la Métropole , ils feront
un tour de Ville & ſe rendront au
Jeu d'Arquebuze , où M. le Prince de
Soubize tirera le premier coup. ComD'AO
UST.
165
:
me les Prix conſiſtent en pluſieurs
belles Piéces d'argenterie & que le
nombre des Chevaliers eſt conſidérable
, on compte qu'il s'écoulera au
moins quinze jours , avant que d'avoir
emporté le dernier : Il s'y rend de
routes parts une infinité de Curieux &
furtout de Paris . Cette affluence a en.
gagé beaucoup de Marchands étrangers
à loiier des Maiſons, pour y étaller
leur Quincaillerie. Il y aura Comédie
, Bal , Simphonie &c. M. de
la Nouë & ſon Lieutenant - Major
tiendront Tables ouvertes , tant que
durera cette Fête • ... L'Auteur
daMercure prie quelqu'un de Mefſieurs
les Chevaliers, d'avoir la bonté
de lui envo envoyer un Journal de ce qui
s'y ſera palle , avec le nom des Compagnies
qui auront gagné le Prix , & il
ſe fera un plaiſir de l'inférer dans le
mois prochain.
Fermer
63
p. 173-178
Suite du Journal de Paris.
Début :
Le 9 au soir, le Roy soupa chez Madame la Duchesse de [...]
Mots clefs :
Duchesse, Feu d'artifice, Comte, Armes, Audience, Abbé, Charge, Prince, Compagnies, Gouvernement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite du Journal de Paris.
Suite duJournalde Paris.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
E au foir , le Roy ſoupa chez
Madame la Ducheſſe de Vantadour
; aprés le ſoupé, il eut le divertif
ſementd'un feu d'Artifice. On abandonna
ungros Chien qui courant aprés
toutes les fuſées, les ſaiſiſſoit malgré la
violence du feu ,& en foutenoit l'effet
fans les lâcher, ce qui réjouit beaucoup
SM.
M. le Comte de Kinigſegk Ambaſfadeur
de l'Empereur,adonné pluſieurs
fêtes magnifiques , à l'occaſion de la
Victoire remportée par les Armes Impériales
ſur les Infidéles.
Le 14 , cet Ambaffadeur ût Audian
Piij
174 LE MERCURE
ee particuliere du Roy , dans laquelle
il donna part à S. M. de la Victoire
remportée ſur les Turcs &de la Reddition
de Belgrade.
Le 17 , le Roy nomma à l'Evêché de
Nantes qui vaut 30000 liv. de rentes,
M. l'Abbé de Treſſans premier Aumônier
de M. le Duc d'Orleans : Il avoit
été nommé cy-deyant à l'Evêché de
Vannes, vacant par la mort de Meffire
Gilles de Beauveau Abbé de Tréport ,
qui arriva le 6 de ce mois.
M. l'Abbé de Caumartin Abbé de
Buzay , Doyen de la Cathédrale de
Tours , & un des Grands Vicaires du
Siége vacant , a eſté nommé à l'Evêché
de Vannes.
M. l'Abbé du Bois Conſeiller d'Etat
ordinaire , eit parti en poſte pour Londres
, où il va exécuter quelques Commiffions
de la part de S. M. Il ne prendra
point de Caractére.
Mat le Prince de Dombes , après
avoir donné des preuves d'une valeur
&d'une conduite fupérieure à ſon âge ,
arriva le 20 de l'Armée de Hongrie à
Paris.
Il eſt encore incertain quand MBT le
Comte de Charolois ſe rendra ici :
DE SEPTEMBRE . 175
une Lettre écrite de Vienne à Paris ,
en parle en ces termes. On a raiſon
d'avoir efté dans de grandes inquiétudes
de M. le Comte de Charolois ; car,
la Renommée qui dit merveilles de lui ,
a trouvé à redire qu'il s'exposât par
trop : & tous ceux qui ont passé du
Camp à Vienne , ont rapporté que le
Prince Généraliſſime , avoit eſté obligé
de ſe ſervir de toute son autorite pour
arrêter l'ardeur de ce jeune Héros . On
ne sçait pas si en s'en retournant en
France , il restera du tems à Vienne ;
mais , il est sûr qu'il y est bien désiré.
Le Prince de Pons , M. le Chevalier
de Lorraine fon frere , & prefque
tous les Volontaires de France
font de retour de la Campagne de
Hongrie.
M. le Marquisd'Alincourt petit fils de
M. le Maréchal de Villeroy,avec quelques
autres Seigneurs , reviendra en
France par l'Italie.
On a eſté informé que M. le Marquis
de Langallerie qui a demeuré
16 jours à ce que l'on prétend ſans
manger, mais non fans boire, étoit mort
dans ſa Priſon à Vienne , le 7 de ce
mois.
176 LE MERCURE
M. l'Abbéde Brancas frere du Marquis
de ce nom , a eu l'ag ément pour
occuper la place d'Aumonier du Roy
qu'avoit M. l'Abbé du Cambout.
Mgr le Regent a donné le Prieuré
de Morţault de l'Ordre de Cluny qui
vaut 8000 livres de rentes au fils de
M. le Comte de Rouſſi ; d'un autre
côté , M. l'Abbé d'Auvergne qui
s'en prétend le Titulaire a nommé
M. l'Abbé de Tavannes Neveu de M.
le Chancelier .
Le 255 Madame Ducheffe de Berry
a choifi Madame la Marquiſe de
Béthune pour Dame du Palais , à la
place de feiie Madame la Comtefle
d'Aydie.
L'Archevêché de Befançon vient d'être
donné à M. l'Abbé de Mornay
Ambaſſadeur en Portugal.
L'Abbaye de Quimperlay raportant
8000 livres de rentes , a eſté donnée à
M. de Sanzay Evêque de Rennes.
Les Sous-Bauxdes Aydes avant eſté
réfiliés par Arrêt du Confeil , il en a
été fait de nouveaux pour les quatre
années qui reſtent; à commencer au
premier Octobre de cette année 1717 .
Letout a eſté donné à 3 Compagnies . 1
DE SEPTEMBRE. 177
La premiere, a les Généralités de Paris
, Roüen , Amiens , Soiflons , Cha-
• lons , Orleans avec la marque des
fers & marques d'or & d'argent da
Royaume.
Elle est compoſée de Meſſieurs
Teiffier , Chalmette , de Beaufort , de
la Haye , de Durdent , Meulan , Albert
, Savalette , Monpellier , Villemûre
, Perrinet , Thoinard.
a
Le Bureau , rue des Petits- Champs.
- La deuxième , de Meſſieurs Maugras
, Colin , Roblaſtre , l'Huillier ,
Souchet , Thevenin de Verneüil , Huë,
Dauffeur , Michaut .
Elle a Caën , Poitiers , la Rochelle
& Lyon .
Bureau , rue Porte- Foin .
La troiſieme , de Meſſieurs de S.
Leon ,Rafle fi's , Daugny , le Texier ,
de Jean , Hatte de Chevremont , Charliere
, Hauffroy , des Hayes , Lantage
fils.
Elle a Tours , Alençon , Bourges &
Moulin.
Le Bureau , ruë Royale.
178 LE MERCURE
Le Roy a donné le Gouvernement
deLourde enBigorre , àM. le Comte
de Cardeillac d'une Nobleſſe diſtin- .
guée dans ce Païs-là.
Il paroît un Arreſt du Conſeil d'EtatduRoy
,du 12 Septembre 1717 ,
qui ordonne que tous les Officiers
Comptables , Fermiers Soûfermiers
, Receveurs , Commis , & generalement
tous ceux qui ont le manîment
des deniers de Sa Majestédans
la Ville& Fauxbourgs de Paris , ſeront
tenus de faire leurs Recettes &
Payemens enBilletsde la Banque Géacrale.
Fermer
64
p. 129-133
A Rome le 5 Octobre 1717.
Début :
La Princesse Scavolino, autrement la Princesse Carpeigne a quitté Rome, [...]
Mots clefs :
Princesse, Justice, Assemblée, Comte, Gentilhomme, Chevalier, Seigneur, Pape, Abbé, Cardinal, Victoire, Feu d'artifice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Rome le 5 Octobre 1717.
A Rome le Octobre 1717 .
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
S
A Princeffe Scavolina , autrement
la Princeffe Carpeigne a quitté Rome
, pour paffer , à ce que l'on prétend ,
en France , où elle efpere qu'on luy fe130
LE MERCURE
ra juftice & qu'on aura égard à fes demandes
Sa politeffe & fes manieres
engageantes la font regretter de tous
ceux qui l'ont connue . Sa maifon étoit
le rendez - vous de tout ce qu'il y avoit
de plus choifi dans cette Ville ; & c'étoit
fans contredit l'Affemblée , ou pour
me fervir de l'expreffion du Pays , la
converfation la mieux affortie & la plus
commode de tout Rome .
·
Le Comte de Peterborong étant arrivé
le 7 de Septembre à Boulogne , il fue
arrêté le 11 avec fon Secretaire & un autre
Domestique : On faifit tous les papiers
, aprés quoy il fut conduit au Fort
Urbain. Il n'y a que s ou 6 mois que ce
Milord quitta Rome pour s'en retourner
à Londres , d'où étant reparti en poíte
pour ce Pays , il fut fuivi par un Gentil-
Homme du parti du Chevalier de S.
Georges , qui l'ayant perdu dans les
Montagnes , ne fit qu'augmenter par fon
retour, les foupçons que cette Cour avoit
conçus de ce Seigneur. Comme il gardoit
l'incognito à Boulogne , & qu'il ne
fortoit que de nuit , on fe crut en droit
de s'en faifir : On ne luy trouva d'abord.
que 10000 fterlins en billers & en efpéces
, mais depuis , on a voulu infinuer
D'OCTOBRE.
131
qu'il avoit des remifes pour plus de
100000 autres livres fterlins ; c'eſt ce
que l'on a peine à croire. Il faut aparemment
qu'il ne foit pas ficoupable
qu'on le difoit ; puifque , quand on luy
a offert la liberté de fortir, il l'a refufée ,
attendant des ordres du Roy Georges
pour prendre fon parti . Le Pape a envoyé
quelques Troupes pour la garde
du Prince..
M. l'Abbé Chevalier & le Pere la
Borde de l'Oratoire,partirent d'ici le 29
du paffé pour s'en retourner en France.
Le Courier extraordinaire qu'on avoit
dépêché pour l'Indult de l'Archevêché
de Besançon , n'a emporté autre choſe
qu'un refus honnête du Saint Pere , qui
fufpend cette grace jufqu'à ce que la
grande affaire foit terminée .
La Coadjutorerie du Prieuré de Saint
Martin des Champs , en faveur de M.
l'Abbé de Saint Albin , a cependant été
expediée en datterie : Le Courier s'en eft
retourné en France pour en porter la
Nouvelle .
Le Pape n'a pas témoigné beaucoup
de joye de la naiſſance de fon petit Neveu
: On n'a pas manqué d'impofer aux
autres noms du nouveau Né , ceux en132
LE MERCURE
core des Mages , c'est un ufage de co
Pays fondé fur une fuperftition trés accréditée
, & le tout pour préferver l'enfant
des maléfices des Sorciers , & en
même temps les Peres & Meres des
reproches qu'on leur feroit, s'il lui arrivoit
malheur.
Le 28 Septembre mourut le Cardinal
Francefco Martelli Fiorentino , né le 19
Janvier 1634. Par cette mort , il vaquoit
un fecond Chapeau , & c'étoit de quoy
faire compenfation entre l'Empereur &
le Roy de France ; mais , le Saint Pere
ne l'a faite qu'en faveur du premier.
Le Vendredy premier Octobre, le Pape
tint confiftoire & propofa Eméricus
Cziaacki Senpulenfis Archevêque de Co.
lors , & Evêque de Varadin né en 1672 ;
Il a donc efté fait Cardinal plenis votis.
Le Cardinal Ptolomei en fit l'Eloge en
plein Confiftoire , comme d'un Šujer
trés digre & dont il pouvoit répondre..
L'Empereur avoit donné l'option à S. S.
ou de cette nouvelle Eminence , ou de
M. Stella Napolitain .
Le le 3 S. Pere fit chanter le Te
Deum en Action de Graces de laVictoire
remportée , fuivi de la prife de Belgrade
par les Chrétiens fur les Infidéles , on
D'OCTO BRE. 133
ira un magnifique Feu d'Artifice au
Château S. Ange.
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65
p. 175-196
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Le R. P. Surian Prêtre de l'Oratoire & Prédicateur célébre, ayant été [...]
Mots clefs :
Duchesse, Abbé, Comte, Duc, Marquis, Seigneur, Princesse, Discours, Honneur, Cérémonie, Académie, Ambassadeur, Oratoire, Étrangers, Charges, Église, Gratification, Rentes, Roi, Baptême, Académie de l'Histoire & des Belles Lettres, Abbé, Auditeur, Cardinal
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
JOURNAL DE PARIS.
Le
ER.P.Surian Prêtre de l'Oratoire
& Prédicateur célébre , ayant été
nommé pour prêcher devant le Roy ,
l'Avent où nous entrons , ouvrit ſa Station
par le Sermon de la Touffaints.
Il avoit pris pour Texte , ces paroles
de l'Apôtre. Hac eft voluntas
Dei , fanctificatio veftra. La volonté
de Dieu eft que vous foyez faint.
L'interprétation de ce Paffage lui
ayant fourni un très beau Difcours , le
iiiij
175 LE MERCURE
conduifit encore trés hûreufement à
cette conclufion qu'il adreffa au Roy.
Mais , ce que l'Efprit- Saint adreffe aujourdhui
à tous les hommes , SIRE ,
il femble le dire d'avantage à VÔTRE
MAJESTE ' , & d'une manière plus propre
& plus perfonélle. Car , où la volonté
de Dieu de fanctifier un Roy ,
fut- elle jamais plus fenfible ? Rappellés
ici dans votre coeur tout ce que Dieu
a fait pour vous. Il vous a conduit au
Thrône par des événemens fi inoüis ,
´qu'
'ils ont attendri fur nous le reſte du
Monde. Lorfque vosjours eux- mêmes
furent menacez , il daigna vous conferver
à nous , par les foins de la Gardienne
Illuftre de Vôtre Enfance , qui
fe croit plus hûreufe encore de vous
avoir infpiré la Vertu , que de vous
avoir fauvé la vie. Pour imprimer plus
profondément dans votre Ame le
néant du Monde , la crainte de Dieu ,
l'amour de vos Peuples , il vous a rendu
Spectateur de la mort fi héroïque
fi chrêtienne de vôtre Bis- Ayeul : Ec
les leçons qu'il vous fit en ce trifte
êtat , furent fi belles , fi touchantes ,
que vous ne les oublierez jamais . Ne
mettant à fes faveurs , ny mefure , ny
>
DE NOVEMBRE. 177
›
"
bornes , il vous a donné un de ces Naturels
hûreux , qui font faits pour la
Vertu ; un coeur droit , bon , fincére
généreux , docile pour le bien , timide
fur le mal , tendre pour les malhûreux ,
fenfible & reconnoiffant pour tous ceux
qui vous approchent , un Eſprit pénétrant
, une Ame grande , des fentimens
élevez , des inclinations nobles , un
fecret éloignement pour tous les amufemens
puériles . Ce qui eft encore de
vôtre âge , n'eft déja plus de vôtre goût,
& déja Maître de vous- mefme, vous aimés
à eftre tout ce qu'il faut que vous
foiez ; plein de dignité dans le maintien
& dans les paroles , fçachant repréfenter
& vous contraindre , ou plûtôt
ne vous contraignant jamais , dans
ce que la Raifon & la Bien-féance demandent
; nous offrant des Vertus dans
un âge , où l'on ne laiffe voir encore
que des efpérances ; furtout , Religieux
envers Dieu ; enforte que dans la jeuneffe
la plus tendre , non feulement
vous etes Roy , mais encore , ROY
TRE'S - CHRESTIEN, qui eft le plus
beau de vos Titres.
Des Graces fi rares , ne font- elles pas ,
SIRE , des engagemens heureux à
178* LE MERCURE
la fainteté ? Non , Dieu n'a pas raffemblé
fur VÔTRE MAJESTE tant
de genres de Prodiges , pour faire de
vous , précisément un Roy , mais pour
en faire unbon Roy , un grand Roy , un
faint Roy ; & il vous eft dit d'en haut ,
plus expreffément qu'à nul autre : La
volonté de Dieu est que vous foiez faint-
Il y a plus , SIRE : Ne pas vous fantifier
, ce feroit dégénérer de vôtre
Augufte Naiffance : Car , j'ofe dire
fans crainte d'eftre démenti , que vous
eftes le Fils d'un Saint. Ah ! S'il eft encore
fenfible aux chofes d'ici bas , ce
Prince
qui vécut affez pour fon bonheur
, & trop peu pour le nôtre ; qu'il'
eft tranfporté de joye , en voyant ce
que nous voyons ! Je crois l'entendre
qui s'écrie avec ce Pere attendri dans
l'Ecriture Quale gaudium mihi !
Quelle confolation pour moi ! Credo
equidem quod Angelus Dei bonus conducat
Filium meum. En regardant chacun
de ceux qui préfident ou qui concourent
à une éducation fi chere , il met
femble que Dieu lui- même a envoyé du
Ciel un guide fidéle , pour conduire
mon fils. Tout ce qui fe paffe au tour de
lui , fe fait avec fageffe & avec ordre :
T
DE NOVEMBRE. 179
Et bene omnia aguntur qua circa eum
fiunt . Cette joye puiffe - t - elle croître
chaque jour dans fon coeur. Et vous ,
mon Dieu ! Si la France vous eft encore
chere , confervez - lui un Thréfor
fiprécieux ; vous vous appellez le Pere
de l'Orphelin : En eft - il un dans l'Univers
plus digne qu'un Dieu l'adopte ?
Veillez fur fes jours , veillez fur fes Vertus
naiffantes : Verfez ſur cet Objet de
nôtre Amour, vos Bénédictions les plus
faintes. Difpofés- le par vôtre Efptit à
gouverner un jour ce grand Empire ,
avec la même prudence , la mefme juftice
, la mefme bonté , que le gouverne
aujourd'hui le Régent Augufte ,
à qui vous l'avez confié ; afin qu'aprés
avoir porté faintement la plus belle
Couronne de l'Univers , il mérite d'en
recevoir une éternelle dans le Ciel.
M. le Maréchal de Villeroy joüiffoit
depuis 19 ans , d'une gratification de,
50000 l . de rentes, que le feu Roy lui
avoit accordée fur les Octrois de la
Ville de Lyon , dont le bail ſe renouvelle
tous les 6 ans : Comme le terme
expiroit , ce Seigneur ayant demandé
la même grace à S. A. R. Elle fe fir
un plaifir de la lui continuer. A peine
180 LE MERCURE.
l'eut -il obtenue, qu'il la remit fur le
champ avec la générofité ordinaire , à
S. A. R. , difant qu'il n'avoit fongé en
la follicitant , qu'à l'honneur de l'obtenir
, & que ce feroit abufer des bontez
du Roy , furtout dans un tems où
tant d'Officiers de mérite avoient plus
befoin que lui , des largeffes de S. M.
On travaille depuis quelque tems à
la grande livrée de M. le Duc de Lorraine.
Les Habits au nombre de prés
de 100 , tant pour les Valets de pied,
que pour les gens d'Ecurie,font d'écarlatte
avec de fort beaux Galons ; ils
font doublés d'une Etoffe de couleur
de Jonquille . Il y a de plus , 20 Habits
pour les Pages avec les manches de
Velours ou de Bracelets . Les 7. Trompettes
des plaifirs de ce Prince ; les 12.
Trompettes & Timbaliers de la Gendarmerie
; les 2 Tambours & Fiffres
des Suiffes de fa garde auront des
Cafaques de la grande livrée gallonées
en plein , avec les pareméns de Velours
deJonquille. On ne fait pas encore précifément
, quand M. le Duc & Mde la
Ducheffe de Lorraine fe rendront à
Paris .
M. l'Abbé Chevalier , & le P. de
DE NOVEMBRE. 181
la Borde de l'Oratoire , font de retour
de Rome où ils êtoient allés il y a
plus d'un an , pour les affaires de la
Conftitution . M. le Cardinal de Noaïlles
a offert au premier , dans l'Eglife
de Paris , un Canonicat vacant qu'il
n'a pas accepté.
"
M. le Comte de Ryons a achetté
de M. de S. Vians qui eit fort âgé , le
Gouvernement de la Ville de Coignac ;
il rapporte 1200o liv. de rentes ; il n'oblige
point à refidence.
Les Acquereurs des 120000 liv . de
rentes viageres , à raifon du dénier feize,
pour parvenir à l'extinction d'une
partie des Billets de l'Etat , pouront
les conftituer fous le nom de telle perfonne
qu'ils voudront choifir , tant Sujets
du Roy , qu'Etrangers non naturalifés
, ou demeurans hors du Royaume
, pour en joüir tant par eux , que par
ceux qu'ils nommeront fur leurs quittances
, pendant la vie de la perfonne
qu'ils auront nommée.
Le Roy a commis M. Defnoyers de
Lorme , intereffé en la ferme des Domaines
duRoyaume, pour recevoir tou
tes les fommes qui proviendront de la
vente des dits Domaines , en Billets de
182 LEMERCURE
·
l'Etat ; & S. M. remet à fes Sujets les
2 f. pour livre du prix de leurs acquifitions.
M. le Grand- Prieur a donné fon confentement
, pour faire M. le Chevalier
d'Orleans Coadjuteur du Grand- Prieuré
de France. Mér le Duc Regent a donné
M. de Cauverel pour Gouverneur ,
à ce Chevalier qui fait fes exercices
à l'Académie de Long- pré.
M. de Caumartin a efté nommé avec
5. autres Confeillers d'Etat & 12 Mres
des Requêtes, pour examiner les Compres
de tous les Traitans . M. d'Ombreval
Avocat général de la Cour des
Aydes , eft Procureur général de cette
commiffion.
Le 4. fête de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , M. le Comte de
Kinigfech Ambaffadeur de S. M. I. donna
dans fon hôtel , un repas fuperbe,
qui fut precedé & fuivi d'une fête magnifique
où il ny avoit rien à defirer.
Le 9. du mois , l'Académie Royale
de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Camille Reine des Volfques ,
Tragédie dont le Poëme eft de M.
Danchet , & la Mufique du fieur Campra
: Cet Opera fut parfaitement bien
DE NOVEMBRE. 18;
reçû du Public. J'entend dire aux Mres
de l'Art , que la Mufique en eft continûment
belle : Ces Mis en cette occafion
, fe déclarent en faveur de leur Emule
, avec un zele généreux qui tient
du prodige. M. Danchet n'eft pas f
bien fervi de la part des Poëtes les
Rivaux : Cela eft dans l'ordre.
M. de Bafville revient de Languedoc
, & M. de Bernages Intendant
d'Artois , eft nommé pour le remplacer.
M. d'Angervilliers à qui eftoit deftinée
cette Intendance , a mieux aimé
refter dans celle d'Alface , & M . de Meliand
Intendant de Lyon , paffera à celle
de Picardie & d'Artois ; M. Poulletier
qui a efté Intendant des Finances
, va relever ce dernier.
Il eft arrivé fur le Vaiffeau du Roy
le Paon, deux jeunes Sauvageffes de la
Nation des Chetimacha , fituée fur le
fleuve de la Loüifiane : Ces Peuples
font toûjours en guerre avec leurs voifins.
Lorfqu'ils tombent entre les mains
de leurs Énnemis , & reciproquement
' ceux- ci , entre les leurs , la mort eft
prefqu'inévitable , à moins qu'ils ne
trouvent à vendre leurs Prifonniers aux
François . Ceux ci , pour leur fauver la
184 LE MERCURE
vie,& les inftruire dans la Réligion Ch.
font comme forcés , de les acheter, quoique
le Roy n'ait point permis jufqu'à
prefent qu'on en fit des Efclaves. Madame
la Ducheffe de Noaillés les a
retirées d'un Paffager venant du
Miffiffipi : Elles n'ont rien de trop remarquable
, fi non qu'elles ont le teint
de couleur olivatre ; fans compter
les parures de leur Païs , qui confiftent
à avoir des bouquets de plumes fur
la tête , & beaucoup de Verroteries au
tour du Col.
Le Roy a donné à M. le Marquis
de la Carte , la Lieutenance générale
du Bas- Poitou , vacante par la démiffion
volontaire qu'en a faite , M: le
Marquis Deffiat qui en ettoit pourvû :
Les provifions de M. de la Carte font.
dattées du 7 Novembre 1717.
Le 11. Fête de S. Martin , Madame ,
Ducheffe de Berry tint Toilette , où le
trouvérent plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour : Mr le Maréchal de
Villars , de même que Mlle de Bouillon
& Mde la Comteffe d'Evreux , y affiftérent
; cette Princeffe donna le mênie
jour Audiance à l'Envoyé d'Heffe-Caffel
Le Dimanche 14 , Mile Nonce,Mr le
Comte
DE NOVEMBRE.
185
Comte de Kinigfech Ambaffadeur de
l'Empereur , avec les autres Miniftres
étrangers , fe trouvérent à la Toilette
de cette Princeffe , de même que Mrs
les Archevêques de Cambrai, de Tours
&M l'Evêque de Gap : Après la Meffe ,
cette Princeffe alla dîner à la Meute.
Le 15 , jour deſtiné pour le Baptême
de Mr le Comte de Clermont *, dont
le Roy eftoit parain , & Madame Ducheffe
de Berry, Maraine : Cette Princeffe
fe rendit à 6. heures du foir au
Palais des Tuileries , accompagnée de
Madame Ducheffe de S. Simon fa
Dame d'Honneur , de Meſdames les
Marquifes de Pons , de Mouchy , fes
Dames d'Atours , de Mefdames les
Marquifes d'Armenters , de Braffac &
d'Arpajon , fes Dames du Palais ; de
M. le Marquis de Coëtenfao fon Chevalier
d'Honneur : Le Roy accompagné
de Madame la Ducheffe de Berry , de
Mgr le Duc d'Orleans , de Mgr le Duc
de Chartres , de Mgr le Duc , de Mar le
Prince de Conty , de Me la Ducheffe,
de Miles de Charolois & de Clermont,
le rendit à fa Chapelle , où aprés avoir
fait fa priere , on fit avancer Mr le
* Il est âgé de ans,
dehy
Novembre
1717•
186 LE MERCURE
uA Comte de Clermont , qui portoit un
Habit d'un drap blanc galonné d'argent
, un Chapeau , un Plumer , une
Epée , des Bas , & des Souliers , le tout
blanc. M. l'Abbé Milon Aumônier du
Roy, fit la Cérémonie , affifté des Officiers
de la Chapelle, & de Mrsles Curez
de S. Sulpice &de S. Germain de l'Auxerrois:
Ce jeune Prince fe mit trois fois
à genoux, pendant cette Cérémonie, le
Roy lui fit arffi trois fois le Signe de la
Croix fur le front. Sa Majefté avoit à
fà droite , M. l'Abbé de la Vieuville , &
M. l'Abbé de Caulet fes Aumôniers ;
derriere , M. le Maréchal de Villeroy
& M. l'Evêque de Frejus . Madame Ducheffe
de Berry avoit de fon côté
M. l'Archevêque de Tours fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget
& M.l'Abbé duTremblayfesAumôniers:
M. le Marquis de Coetenfao & Madame
la Ducheffe de S. Simon , eftoient
placés derriere , avec les Dames du
Palais Audeffous du Roy , eftoient
Monfeigneur le Duc d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , M. leDuc , M. lePrince
de Conty, Madame la Ducheffe & Mile
de Charollois , avec grand nombre de
Seigneurs Mr. de Gondrin , Mrs les
:
DE NOVEMBRE. 187
S
Marquis de Rupelmonde , de Torcy
& d'autres jeunes Seigneurs de l'âge
du Roy, y étoient,portans tous la Croix
de l'Ordre du Pavillon * ; M. le Comte
de Clermont avoit à fa droite M.l'Abbé
de Guijon fon Précepteur, & M.l'Abbé
des Forges fon fous- Précepteur : M. le
Chevalier de Dampierre Premier Gentil-
homme de la Chambre de M.leDuc,
faifoit la fonction de Gouverneur ; &
en cette qualité , il mit le Bandeau des
Adultes far la tête de ce Prince. *Ala
fin de la Cérémonie , M. l'Abbé Milon
préfenta la plume au Roy , enfuite à
Madame Ducheffe de Berry , & à Madame
la Ducheffe , pour figner fur les
Regiftres On diftribua quantité de
boëtes pleines de dragées aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Le Roy
* L'Ordre du Pavillon a efté inftitué
depuis peu par Sa Majesté , pour les
jeunes Seigneurs qui lui font la Cour :
Les Croix font d'Or émaillées : Sur le
milieu , on voit d'un côté un Pavillon ,
& de l'autre , c'est un Aneau tournant
qui eft le jeu du Roy. Le Cordon auquel
eft attachée la Croix , eft rayé de blanc &
de bleu ; S. M. le porte Elle - même
fous le Cordon bleu.
Il fut nommé Louis .
Qij
138 LE MERCURE
1
portoit un Habit de velours noir garni
de Diamans , un plumet & un ruban
couleur de feu à la cravate . Madame
Ducheffe de Berry, avoit un Habit d'un
drap d'or , dont l'étofe feule avoit couté
9000 liv . Les Perles & les Pierreries
en faifoient la broderie , & fa coëfure
en êtoit toute brillante ; tou
tes les Dames de la Cour eſtoient magnifiques
: Comme la Cérémonie fe fit
à fix heures & demie du foir , les lumieres
de la Chapelle en augmentoient
encore l'éclat. La Tribune
du Roy & celle de la Mufique .,
eftoient remplies de Dames ou de Seigneurs,
parmi lesquels, il y avoit un trés
grand nombre d'Etrangers que la curiofité
y avoit attirés.
Lorfque le Roy tient des Princes du
du Sang , & qu'ils font encore entre
les mains des femmes , S. M. a coutume
d'envoyer dix mille francs pour ,
celles qui ont foin de l'Enfant. Comme
le cas eftoit différent , par raport à M.
lle Comte de Clermont , le Roy a fait
'honneur d'envoyer par M. le Febvre
Intendant de fes Plaifirs , à M. l'Abbé
de Guijon Précepteur de M. le Comte ,
un Diamant du prix de 1000 écus , & à
DE NOVEMBRE 189
>
M. l'Abbé des Forges fous- Précepteur
un autre de la valeur de 2000 livres.
Doluet Beg.ci-devant l'un des Pages
de l'Ambaffadeur de Perfe , converti
& inftruit par M. Gauderau , Curé du
Château Royal d'Amboife , fut batife
dans l'Eglife des Miffions Etrangères
le douze de ce mois. Son Parrain fut
M. l'Archevefque de Tours, premier
Aumônier de Madame la Ducheffe de
Berry , & Miniitre du Confeil de Confcience
; & fa Marraine , Madame la
Ducheffe de Saint Simon , Dame
d'Honneur de cette Princeffe
M. l'Abbé de Louvois ayant efté
nommé à l'Evefché de Clermont , n'en
ût pas plûtôt efté informé , qu'il revint
auffitôt de la Campagne , pour prier
Mgr le Duc Régent de permettre qu'il
ne l'acceptât pas ; s'excufant fur fa
mauvaife fanté ,qui le mettroit hors d'êtat
de donner à ce Diocéze , tout le tems
que fon êtenduë prodigieufe , & le peu
d'ordre qu'il y avoit , demandoient.
Mgr le Duc d'Orleans approuva fes
raifons , & lui donna fatisfaction ; ce
Prince ayant auffi - tôt deftiné cet Evef
ché au R. P. Maffilion de l'Oratoire ,
chargea M. le Cardinal de Noailles
190 LE MERCURE
de le lui propofer . Ce célébre Prédicateur
s'en deffendit d'abord le prix
confidérable des Bulles ne fut pas une
des moindres raifons qu'il allégua :-
Mais enfin , il fe laiffa perfuader ; ce
qui fut fuivi de fon acceptation qui , a
fait plaifir à tout Paris.
- en qua-
On a û avis par la voye des Miffions
êtrangéres de Perfe , que Méhémet
Beg qui eftoit venu
lité d'Ambaffadeur du Sophy , eftoit
enfin arrivé à Hifpahan avec une jeune
Françoife trés ainiable , à laquelle il s'êtoit
fortement attaché à Paris. Cette
fille s'en eftant cependant dégoutée ,
avoit formé le deffein à Dantzick de
fortir de l'esclavage où il la tenoit , &
de s'en revenir dans fa Patrie . Pour y
réuffir , elle avoit trouvé le moyen de
fe fauver heureufement dans la maifon
d'un François établi dans cette Ville
Anféatique. Méhémet ayant découvert
fa retraite , y eftoit entré le fabre à la
main , fuivi de quelques- uns de fes
gens , & avoit tellement êtonné par les
emportemens , le Particulier chez qui
elle eftoit cachée , que celui- ci avoit
efté forcé de la lui remettre . Elle
ne fut pas plûtôt en fon pouvoir "
DE NOVEMBRE. 19 B
qu'il lui mit les fers aux mains ,
quoique fort avancée en groffeffe . Par
la fuite , eftant accouchée en chemin
d'un garçon , elle avoit efté obligée de
le nourrir elle- mefme,pendant toute la
route qui a efté fort longue & fort pénible.
Ces Lettres ajoutent qu'il avoit
êté fort bien reçû du Roi de Perfe à qui
il a rendu compte de fon Ambaffade .
L'Ouverture du Parlement ſe fit le
lendemain de la S. Martin, en la maniére
accoutumée ; c'eſt- à-dire que , Meffieurs
les préfidens en Robes Rouges
& Fourures , tenans leur Mortier , Meffleurs
les Confeillers en Robes Rouges.
& Chaperons Fourés , & Meffieurs les
Gens du Roy, affitérent à la Meſſe du
Saint Efprit , célébrée dans la Chapelle
de la Grand - Saile du Palais ;.
aprés laquelle, M. de Mefmes Premier
Préfident donna un Dîner magnifique
à tous ces Meffieurs.
Le mefme jour , l'Académie de l'Hif
toire & des Belles Lettres , recommença
fes Affemblées. M. de Boze qui en
eft le Sécretaire perpétuel , lût les Eloges'de
M. l'Abbé Pinart , du célébre
M. Cuper Hollandois , & de M. Bourdelin
.
192 LE
MERCURE
M. l'Abbé Banniere régala enfuite
l'Auditoire , d'une
Differtation fur le
Culte d'Adonis , & M. l'Abbé Mahudel
s'étendit fort fur le Lotos des Anciens
, qu'il croit eftre une des espéces
de nôtre
Nénuphar aquatique .
Le 13 , l'Ouverture de l'Académie
Royale des Sciences fe fit à l'ordinaire.
M. de Fontenelle ayant partagé la le-
&ture de l'éloge de M. Leibnits , à cauſe
de fa longueur qui nous empêche même
d'en donner l'Extrait ; M. Caffini ,
remplit cet intervalle par un trés
beau Difcours , fur la grandeur des Etoiles
fixes , & fur leur diftance de la.
Terre. Il épargna aux Auditeurs l'embarras
& le travail des calculs ; & il ne
leur préfenta que le réfultat , ou l'expofé
toujours brillant des Découvertes
Aftronomiques. Pour faire fentir les
grands progrés que l'on a fait dans cette
Science , il prit les Etoiles fixes au
tems où l'on ne les croyoit guéres plus
grandes qu'elles ne le paroiffent, ni plus
élevées que les Montagnes qu'on difoit
foûtenir le Ciel ; & il les conduifit
de dégrez en dégrez , &de démonftrations
en
démonftrations , jufqu'à eftre
un million de millions de fois plus
groffes
DE NOVEMBRE. 193
tes fur
groffes que la Terre , & à en eftre éloignées
de plus d'un million de millions
de lieuës. Ces fupputations ont efté faiuneEtoileparticuliére
qu'on apelle
Sirius, dans la Conftellation du grand
Chien , & qui eft de la premiére grandeur
: Ainfi , s'il eftoit vrai que toutes
les Etoiles fuffent égales , & que les
unes ne paruffent plus petites que les
autres , que par un plus grand éloignement
; on peut juger à quelle diſtance
énorme doivent eftre celles qu'on ne
découvre qu'à peine , avec les plus longues
& les plus excellentes lunettes.
·M. Caffini inféra à cette occafion
dans fon Difcours , une détermination
trés belle de la Paralaxe de l'Orbe annuel
de la Terre . Il ne faut pas s'ef
frayer de ces termės ; on entendra aifément
la chofe mefme . Si la Terre
tourne autour du Soleil , felon le Syſtéme
de Copernic affez généralement
reçû par les Aftronomes , & que les E-.
toiles demeurent parfaitement immobiles
; on concoit bien que la Terre ſe
trouve , à l'égard d'une Etoile particuliére
qu'on choifira , dans des diſtances
prodigieufement différentes en différens
points de fa révolution annuelle. Cette
Novembre 1717.-
R.
194
LE MERCURE
diftance différente doit produire une
certaine différence d'afpect qu'on appelle
Paralaxe. Cependant , on n'avoit
point encore pû remarquer cette différence
d'une maniére affez fenfible ; ce
qui formoit une difficulté confidérable
contre le Systéme , de Copernic : M.
Caffini l'a enfin levée , en déterminant
cette Paralaxe qui fait la démonftration
du Systéme. En effet , on pourroit ne
point voir de Paralaxe , fans que le Syftéme
de Copernic fût faux , en fuppofant
que l'Orbe annuel de la Terre ,
quelque grand qu'il foit , n'eft qu'un
point , en comparaifon de l'éloignement
des Etoiles : Mais, la Paralaxe ne
fçauroit paroître , que le Syftéme ne
foit vrai puifque , malgré un éloignement
connu fi grand d'ailleurs , on ne
laiffe pas d'appercevoir en différens
tems de l'année , une différence d'afpect.
ز
Le mefme jour , M le Marquis des
Marets prêta Serment entre les mains
du Roy , pour la Charge de Grand Fauconier
de France , à laquelle il a efté
reçû , en furvivance de M. le Comte des
Marets fon pere .
M. de Verneüil , Neveu de M. l'Abbé
Renaudot , a cité pourvû de la CharDE
NOVEMBRE
195
ge
de Sécretaire du Cabinet , vacante
la démiflion volontaire de M. le
Prefident du Red.
par
Le Roy qui avoit eſté un peu indifpofé
, fe porte beaucoup mieux , depuis
qu'il a rendu un ver affez long qui l'incommodoit.
Le 19 , M. le Marquis de Pluvaut
a vendu la Charge de Me de la Garde-
Robe de S. A. R. à M. de Crécy Capitaine
des Gendarmes de Berry , qui
en a prêté Serment ce matin .
Le 20 , la Cour prit le Deüil de Madame
la Comteffe de Soiffons qui ,
mourut le 14 dans le Couvent de Belle-
Chaffe , où elle s'étoit retirée depuis
quelques années . Le Roy ne le
que huit jours.
portera
L'allarme qu'on avoit û pour la fanté
de Madame Ducheffe de Berry , qui
fe trouva mal à l'Opéra 4 jours auparavant
, eft ceffée ; cette indifpofition
n'a û aucune fuite fâcheufe .
Le 21, Madame , dont la fanté eft
continûment bonne , revint de S.Cloud,
pour n'y plus retourner que dans la
beile faifon .
Le 23 , le Rov alla rendre visite à
Madame Ducheffe de Berry , au Pa-
Rij
196 LE MERCURE
lais du Luxembourg , où il trouva cette
Princeffe entieremeut rétablie .
M. le Marquis de la Fare ayant êté
gratifié du Regiment de Normandie ,
Le Roy a donné une penfion de 1000
écus à M. le Chevalier de Belle- Ifle.
M. de la Fare & M. le Duc de S. Aignan
, ont efté faits Brigadiers des Armées
du Roy.
M. Dacier fi connu dans l'Empire
des Belles- Lettres, a obtenu un Brevet
de retenue de30000 liv. fur fa Charge
de Bibliotécaire du Cabinet.
Le 26 , à 4 quatre heures du foir ,
M. le Comte de Clermont fut confirmé
& tonfuré par M. le Cardinal Archevêque
, dans la petite chapelle de
l'Archevêché. Ce jeune Prince parût
fort attentif pendant tout ce tems. M.
le Cardinallui dit , en finiffant cette
Cérémonie : Monfieur ,fouvenez- vous
que vous êtes préfentement engage an
Service de l'Eglife ; que vous la devés édifier
par vos moeurs & par votre exemple
, la proteger de toute l'autorité
que vôtre illuftre naiffance & vôtre rang
vous donne ,
Le
ER.P.Surian Prêtre de l'Oratoire
& Prédicateur célébre , ayant été
nommé pour prêcher devant le Roy ,
l'Avent où nous entrons , ouvrit ſa Station
par le Sermon de la Touffaints.
Il avoit pris pour Texte , ces paroles
de l'Apôtre. Hac eft voluntas
Dei , fanctificatio veftra. La volonté
de Dieu eft que vous foyez faint.
L'interprétation de ce Paffage lui
ayant fourni un très beau Difcours , le
iiiij
175 LE MERCURE
conduifit encore trés hûreufement à
cette conclufion qu'il adreffa au Roy.
Mais , ce que l'Efprit- Saint adreffe aujourdhui
à tous les hommes , SIRE ,
il femble le dire d'avantage à VÔTRE
MAJESTE ' , & d'une manière plus propre
& plus perfonélle. Car , où la volonté
de Dieu de fanctifier un Roy ,
fut- elle jamais plus fenfible ? Rappellés
ici dans votre coeur tout ce que Dieu
a fait pour vous. Il vous a conduit au
Thrône par des événemens fi inoüis ,
´qu'
'ils ont attendri fur nous le reſte du
Monde. Lorfque vosjours eux- mêmes
furent menacez , il daigna vous conferver
à nous , par les foins de la Gardienne
Illuftre de Vôtre Enfance , qui
fe croit plus hûreufe encore de vous
avoir infpiré la Vertu , que de vous
avoir fauvé la vie. Pour imprimer plus
profondément dans votre Ame le
néant du Monde , la crainte de Dieu ,
l'amour de vos Peuples , il vous a rendu
Spectateur de la mort fi héroïque
fi chrêtienne de vôtre Bis- Ayeul : Ec
les leçons qu'il vous fit en ce trifte
êtat , furent fi belles , fi touchantes ,
que vous ne les oublierez jamais . Ne
mettant à fes faveurs , ny mefure , ny
>
DE NOVEMBRE. 177
›
"
bornes , il vous a donné un de ces Naturels
hûreux , qui font faits pour la
Vertu ; un coeur droit , bon , fincére
généreux , docile pour le bien , timide
fur le mal , tendre pour les malhûreux ,
fenfible & reconnoiffant pour tous ceux
qui vous approchent , un Eſprit pénétrant
, une Ame grande , des fentimens
élevez , des inclinations nobles , un
fecret éloignement pour tous les amufemens
puériles . Ce qui eft encore de
vôtre âge , n'eft déja plus de vôtre goût,
& déja Maître de vous- mefme, vous aimés
à eftre tout ce qu'il faut que vous
foiez ; plein de dignité dans le maintien
& dans les paroles , fçachant repréfenter
& vous contraindre , ou plûtôt
ne vous contraignant jamais , dans
ce que la Raifon & la Bien-féance demandent
; nous offrant des Vertus dans
un âge , où l'on ne laiffe voir encore
que des efpérances ; furtout , Religieux
envers Dieu ; enforte que dans la jeuneffe
la plus tendre , non feulement
vous etes Roy , mais encore , ROY
TRE'S - CHRESTIEN, qui eft le plus
beau de vos Titres.
Des Graces fi rares , ne font- elles pas ,
SIRE , des engagemens heureux à
178* LE MERCURE
la fainteté ? Non , Dieu n'a pas raffemblé
fur VÔTRE MAJESTE tant
de genres de Prodiges , pour faire de
vous , précisément un Roy , mais pour
en faire unbon Roy , un grand Roy , un
faint Roy ; & il vous eft dit d'en haut ,
plus expreffément qu'à nul autre : La
volonté de Dieu est que vous foiez faint-
Il y a plus , SIRE : Ne pas vous fantifier
, ce feroit dégénérer de vôtre
Augufte Naiffance : Car , j'ofe dire
fans crainte d'eftre démenti , que vous
eftes le Fils d'un Saint. Ah ! S'il eft encore
fenfible aux chofes d'ici bas , ce
Prince
qui vécut affez pour fon bonheur
, & trop peu pour le nôtre ; qu'il'
eft tranfporté de joye , en voyant ce
que nous voyons ! Je crois l'entendre
qui s'écrie avec ce Pere attendri dans
l'Ecriture Quale gaudium mihi !
Quelle confolation pour moi ! Credo
equidem quod Angelus Dei bonus conducat
Filium meum. En regardant chacun
de ceux qui préfident ou qui concourent
à une éducation fi chere , il met
femble que Dieu lui- même a envoyé du
Ciel un guide fidéle , pour conduire
mon fils. Tout ce qui fe paffe au tour de
lui , fe fait avec fageffe & avec ordre :
T
DE NOVEMBRE. 179
Et bene omnia aguntur qua circa eum
fiunt . Cette joye puiffe - t - elle croître
chaque jour dans fon coeur. Et vous ,
mon Dieu ! Si la France vous eft encore
chere , confervez - lui un Thréfor
fiprécieux ; vous vous appellez le Pere
de l'Orphelin : En eft - il un dans l'Univers
plus digne qu'un Dieu l'adopte ?
Veillez fur fes jours , veillez fur fes Vertus
naiffantes : Verfez ſur cet Objet de
nôtre Amour, vos Bénédictions les plus
faintes. Difpofés- le par vôtre Efptit à
gouverner un jour ce grand Empire ,
avec la même prudence , la mefme juftice
, la mefme bonté , que le gouverne
aujourd'hui le Régent Augufte ,
à qui vous l'avez confié ; afin qu'aprés
avoir porté faintement la plus belle
Couronne de l'Univers , il mérite d'en
recevoir une éternelle dans le Ciel.
M. le Maréchal de Villeroy joüiffoit
depuis 19 ans , d'une gratification de,
50000 l . de rentes, que le feu Roy lui
avoit accordée fur les Octrois de la
Ville de Lyon , dont le bail ſe renouvelle
tous les 6 ans : Comme le terme
expiroit , ce Seigneur ayant demandé
la même grace à S. A. R. Elle fe fir
un plaifir de la lui continuer. A peine
180 LE MERCURE.
l'eut -il obtenue, qu'il la remit fur le
champ avec la générofité ordinaire , à
S. A. R. , difant qu'il n'avoit fongé en
la follicitant , qu'à l'honneur de l'obtenir
, & que ce feroit abufer des bontez
du Roy , furtout dans un tems où
tant d'Officiers de mérite avoient plus
befoin que lui , des largeffes de S. M.
On travaille depuis quelque tems à
la grande livrée de M. le Duc de Lorraine.
Les Habits au nombre de prés
de 100 , tant pour les Valets de pied,
que pour les gens d'Ecurie,font d'écarlatte
avec de fort beaux Galons ; ils
font doublés d'une Etoffe de couleur
de Jonquille . Il y a de plus , 20 Habits
pour les Pages avec les manches de
Velours ou de Bracelets . Les 7. Trompettes
des plaifirs de ce Prince ; les 12.
Trompettes & Timbaliers de la Gendarmerie
; les 2 Tambours & Fiffres
des Suiffes de fa garde auront des
Cafaques de la grande livrée gallonées
en plein , avec les pareméns de Velours
deJonquille. On ne fait pas encore précifément
, quand M. le Duc & Mde la
Ducheffe de Lorraine fe rendront à
Paris .
M. l'Abbé Chevalier , & le P. de
DE NOVEMBRE. 181
la Borde de l'Oratoire , font de retour
de Rome où ils êtoient allés il y a
plus d'un an , pour les affaires de la
Conftitution . M. le Cardinal de Noaïlles
a offert au premier , dans l'Eglife
de Paris , un Canonicat vacant qu'il
n'a pas accepté.
"
M. le Comte de Ryons a achetté
de M. de S. Vians qui eit fort âgé , le
Gouvernement de la Ville de Coignac ;
il rapporte 1200o liv. de rentes ; il n'oblige
point à refidence.
Les Acquereurs des 120000 liv . de
rentes viageres , à raifon du dénier feize,
pour parvenir à l'extinction d'une
partie des Billets de l'Etat , pouront
les conftituer fous le nom de telle perfonne
qu'ils voudront choifir , tant Sujets
du Roy , qu'Etrangers non naturalifés
, ou demeurans hors du Royaume
, pour en joüir tant par eux , que par
ceux qu'ils nommeront fur leurs quittances
, pendant la vie de la perfonne
qu'ils auront nommée.
Le Roy a commis M. Defnoyers de
Lorme , intereffé en la ferme des Domaines
duRoyaume, pour recevoir tou
tes les fommes qui proviendront de la
vente des dits Domaines , en Billets de
182 LEMERCURE
·
l'Etat ; & S. M. remet à fes Sujets les
2 f. pour livre du prix de leurs acquifitions.
M. le Grand- Prieur a donné fon confentement
, pour faire M. le Chevalier
d'Orleans Coadjuteur du Grand- Prieuré
de France. Mér le Duc Regent a donné
M. de Cauverel pour Gouverneur ,
à ce Chevalier qui fait fes exercices
à l'Académie de Long- pré.
M. de Caumartin a efté nommé avec
5. autres Confeillers d'Etat & 12 Mres
des Requêtes, pour examiner les Compres
de tous les Traitans . M. d'Ombreval
Avocat général de la Cour des
Aydes , eft Procureur général de cette
commiffion.
Le 4. fête de S. Charles , dont l'Empereur
porte le nom , M. le Comte de
Kinigfech Ambaffadeur de S. M. I. donna
dans fon hôtel , un repas fuperbe,
qui fut precedé & fuivi d'une fête magnifique
où il ny avoit rien à defirer.
Le 9. du mois , l'Académie Royale
de Mufique reprefenta pour la premiere
fois , Camille Reine des Volfques ,
Tragédie dont le Poëme eft de M.
Danchet , & la Mufique du fieur Campra
: Cet Opera fut parfaitement bien
DE NOVEMBRE. 18;
reçû du Public. J'entend dire aux Mres
de l'Art , que la Mufique en eft continûment
belle : Ces Mis en cette occafion
, fe déclarent en faveur de leur Emule
, avec un zele généreux qui tient
du prodige. M. Danchet n'eft pas f
bien fervi de la part des Poëtes les
Rivaux : Cela eft dans l'ordre.
M. de Bafville revient de Languedoc
, & M. de Bernages Intendant
d'Artois , eft nommé pour le remplacer.
M. d'Angervilliers à qui eftoit deftinée
cette Intendance , a mieux aimé
refter dans celle d'Alface , & M . de Meliand
Intendant de Lyon , paffera à celle
de Picardie & d'Artois ; M. Poulletier
qui a efté Intendant des Finances
, va relever ce dernier.
Il eft arrivé fur le Vaiffeau du Roy
le Paon, deux jeunes Sauvageffes de la
Nation des Chetimacha , fituée fur le
fleuve de la Loüifiane : Ces Peuples
font toûjours en guerre avec leurs voifins.
Lorfqu'ils tombent entre les mains
de leurs Énnemis , & reciproquement
' ceux- ci , entre les leurs , la mort eft
prefqu'inévitable , à moins qu'ils ne
trouvent à vendre leurs Prifonniers aux
François . Ceux ci , pour leur fauver la
184 LE MERCURE
vie,& les inftruire dans la Réligion Ch.
font comme forcés , de les acheter, quoique
le Roy n'ait point permis jufqu'à
prefent qu'on en fit des Efclaves. Madame
la Ducheffe de Noaillés les a
retirées d'un Paffager venant du
Miffiffipi : Elles n'ont rien de trop remarquable
, fi non qu'elles ont le teint
de couleur olivatre ; fans compter
les parures de leur Païs , qui confiftent
à avoir des bouquets de plumes fur
la tête , & beaucoup de Verroteries au
tour du Col.
Le Roy a donné à M. le Marquis
de la Carte , la Lieutenance générale
du Bas- Poitou , vacante par la démiffion
volontaire qu'en a faite , M: le
Marquis Deffiat qui en ettoit pourvû :
Les provifions de M. de la Carte font.
dattées du 7 Novembre 1717.
Le 11. Fête de S. Martin , Madame ,
Ducheffe de Berry tint Toilette , où le
trouvérent plufieurs Seigneurs & Dames
de la Cour : Mr le Maréchal de
Villars , de même que Mlle de Bouillon
& Mde la Comteffe d'Evreux , y affiftérent
; cette Princeffe donna le mênie
jour Audiance à l'Envoyé d'Heffe-Caffel
Le Dimanche 14 , Mile Nonce,Mr le
Comte
DE NOVEMBRE.
185
Comte de Kinigfech Ambaffadeur de
l'Empereur , avec les autres Miniftres
étrangers , fe trouvérent à la Toilette
de cette Princeffe , de même que Mrs
les Archevêques de Cambrai, de Tours
&M l'Evêque de Gap : Après la Meffe ,
cette Princeffe alla dîner à la Meute.
Le 15 , jour deſtiné pour le Baptême
de Mr le Comte de Clermont *, dont
le Roy eftoit parain , & Madame Ducheffe
de Berry, Maraine : Cette Princeffe
fe rendit à 6. heures du foir au
Palais des Tuileries , accompagnée de
Madame Ducheffe de S. Simon fa
Dame d'Honneur , de Meſdames les
Marquifes de Pons , de Mouchy , fes
Dames d'Atours , de Mefdames les
Marquifes d'Armenters , de Braffac &
d'Arpajon , fes Dames du Palais ; de
M. le Marquis de Coëtenfao fon Chevalier
d'Honneur : Le Roy accompagné
de Madame la Ducheffe de Berry , de
Mgr le Duc d'Orleans , de Mgr le Duc
de Chartres , de Mgr le Duc , de Mar le
Prince de Conty , de Me la Ducheffe,
de Miles de Charolois & de Clermont,
le rendit à fa Chapelle , où aprés avoir
fait fa priere , on fit avancer Mr le
* Il est âgé de ans,
dehy
Novembre
1717•
186 LE MERCURE
uA Comte de Clermont , qui portoit un
Habit d'un drap blanc galonné d'argent
, un Chapeau , un Plumer , une
Epée , des Bas , & des Souliers , le tout
blanc. M. l'Abbé Milon Aumônier du
Roy, fit la Cérémonie , affifté des Officiers
de la Chapelle, & de Mrsles Curez
de S. Sulpice &de S. Germain de l'Auxerrois:
Ce jeune Prince fe mit trois fois
à genoux, pendant cette Cérémonie, le
Roy lui fit arffi trois fois le Signe de la
Croix fur le front. Sa Majefté avoit à
fà droite , M. l'Abbé de la Vieuville , &
M. l'Abbé de Caulet fes Aumôniers ;
derriere , M. le Maréchal de Villeroy
& M. l'Evêque de Frejus . Madame Ducheffe
de Berry avoit de fon côté
M. l'Archevêque de Tours fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget
& M.l'Abbé duTremblayfesAumôniers:
M. le Marquis de Coetenfao & Madame
la Ducheffe de S. Simon , eftoient
placés derriere , avec les Dames du
Palais Audeffous du Roy , eftoient
Monfeigneur le Duc d'Orleans , M. le
Duc de Chartres , M. leDuc , M. lePrince
de Conty, Madame la Ducheffe & Mile
de Charollois , avec grand nombre de
Seigneurs Mr. de Gondrin , Mrs les
:
DE NOVEMBRE. 187
S
Marquis de Rupelmonde , de Torcy
& d'autres jeunes Seigneurs de l'âge
du Roy, y étoient,portans tous la Croix
de l'Ordre du Pavillon * ; M. le Comte
de Clermont avoit à fa droite M.l'Abbé
de Guijon fon Précepteur, & M.l'Abbé
des Forges fon fous- Précepteur : M. le
Chevalier de Dampierre Premier Gentil-
homme de la Chambre de M.leDuc,
faifoit la fonction de Gouverneur ; &
en cette qualité , il mit le Bandeau des
Adultes far la tête de ce Prince. *Ala
fin de la Cérémonie , M. l'Abbé Milon
préfenta la plume au Roy , enfuite à
Madame Ducheffe de Berry , & à Madame
la Ducheffe , pour figner fur les
Regiftres On diftribua quantité de
boëtes pleines de dragées aux Seigneurs
& Dames de la Cour. Le Roy
* L'Ordre du Pavillon a efté inftitué
depuis peu par Sa Majesté , pour les
jeunes Seigneurs qui lui font la Cour :
Les Croix font d'Or émaillées : Sur le
milieu , on voit d'un côté un Pavillon ,
& de l'autre , c'est un Aneau tournant
qui eft le jeu du Roy. Le Cordon auquel
eft attachée la Croix , eft rayé de blanc &
de bleu ; S. M. le porte Elle - même
fous le Cordon bleu.
Il fut nommé Louis .
Qij
138 LE MERCURE
1
portoit un Habit de velours noir garni
de Diamans , un plumet & un ruban
couleur de feu à la cravate . Madame
Ducheffe de Berry, avoit un Habit d'un
drap d'or , dont l'étofe feule avoit couté
9000 liv . Les Perles & les Pierreries
en faifoient la broderie , & fa coëfure
en êtoit toute brillante ; tou
tes les Dames de la Cour eſtoient magnifiques
: Comme la Cérémonie fe fit
à fix heures & demie du foir , les lumieres
de la Chapelle en augmentoient
encore l'éclat. La Tribune
du Roy & celle de la Mufique .,
eftoient remplies de Dames ou de Seigneurs,
parmi lesquels, il y avoit un trés
grand nombre d'Etrangers que la curiofité
y avoit attirés.
Lorfque le Roy tient des Princes du
du Sang , & qu'ils font encore entre
les mains des femmes , S. M. a coutume
d'envoyer dix mille francs pour ,
celles qui ont foin de l'Enfant. Comme
le cas eftoit différent , par raport à M.
lle Comte de Clermont , le Roy a fait
'honneur d'envoyer par M. le Febvre
Intendant de fes Plaifirs , à M. l'Abbé
de Guijon Précepteur de M. le Comte ,
un Diamant du prix de 1000 écus , & à
DE NOVEMBRE 189
>
M. l'Abbé des Forges fous- Précepteur
un autre de la valeur de 2000 livres.
Doluet Beg.ci-devant l'un des Pages
de l'Ambaffadeur de Perfe , converti
& inftruit par M. Gauderau , Curé du
Château Royal d'Amboife , fut batife
dans l'Eglife des Miffions Etrangères
le douze de ce mois. Son Parrain fut
M. l'Archevefque de Tours, premier
Aumônier de Madame la Ducheffe de
Berry , & Miniitre du Confeil de Confcience
; & fa Marraine , Madame la
Ducheffe de Saint Simon , Dame
d'Honneur de cette Princeffe
M. l'Abbé de Louvois ayant efté
nommé à l'Evefché de Clermont , n'en
ût pas plûtôt efté informé , qu'il revint
auffitôt de la Campagne , pour prier
Mgr le Duc Régent de permettre qu'il
ne l'acceptât pas ; s'excufant fur fa
mauvaife fanté ,qui le mettroit hors d'êtat
de donner à ce Diocéze , tout le tems
que fon êtenduë prodigieufe , & le peu
d'ordre qu'il y avoit , demandoient.
Mgr le Duc d'Orleans approuva fes
raifons , & lui donna fatisfaction ; ce
Prince ayant auffi - tôt deftiné cet Evef
ché au R. P. Maffilion de l'Oratoire ,
chargea M. le Cardinal de Noailles
190 LE MERCURE
de le lui propofer . Ce célébre Prédicateur
s'en deffendit d'abord le prix
confidérable des Bulles ne fut pas une
des moindres raifons qu'il allégua :-
Mais enfin , il fe laiffa perfuader ; ce
qui fut fuivi de fon acceptation qui , a
fait plaifir à tout Paris.
- en qua-
On a û avis par la voye des Miffions
êtrangéres de Perfe , que Méhémet
Beg qui eftoit venu
lité d'Ambaffadeur du Sophy , eftoit
enfin arrivé à Hifpahan avec une jeune
Françoife trés ainiable , à laquelle il s'êtoit
fortement attaché à Paris. Cette
fille s'en eftant cependant dégoutée ,
avoit formé le deffein à Dantzick de
fortir de l'esclavage où il la tenoit , &
de s'en revenir dans fa Patrie . Pour y
réuffir , elle avoit trouvé le moyen de
fe fauver heureufement dans la maifon
d'un François établi dans cette Ville
Anféatique. Méhémet ayant découvert
fa retraite , y eftoit entré le fabre à la
main , fuivi de quelques- uns de fes
gens , & avoit tellement êtonné par les
emportemens , le Particulier chez qui
elle eftoit cachée , que celui- ci avoit
efté forcé de la lui remettre . Elle
ne fut pas plûtôt en fon pouvoir "
DE NOVEMBRE. 19 B
qu'il lui mit les fers aux mains ,
quoique fort avancée en groffeffe . Par
la fuite , eftant accouchée en chemin
d'un garçon , elle avoit efté obligée de
le nourrir elle- mefme,pendant toute la
route qui a efté fort longue & fort pénible.
Ces Lettres ajoutent qu'il avoit
êté fort bien reçû du Roi de Perfe à qui
il a rendu compte de fon Ambaffade .
L'Ouverture du Parlement ſe fit le
lendemain de la S. Martin, en la maniére
accoutumée ; c'eſt- à-dire que , Meffieurs
les préfidens en Robes Rouges
& Fourures , tenans leur Mortier , Meffleurs
les Confeillers en Robes Rouges.
& Chaperons Fourés , & Meffieurs les
Gens du Roy, affitérent à la Meſſe du
Saint Efprit , célébrée dans la Chapelle
de la Grand - Saile du Palais ;.
aprés laquelle, M. de Mefmes Premier
Préfident donna un Dîner magnifique
à tous ces Meffieurs.
Le mefme jour , l'Académie de l'Hif
toire & des Belles Lettres , recommença
fes Affemblées. M. de Boze qui en
eft le Sécretaire perpétuel , lût les Eloges'de
M. l'Abbé Pinart , du célébre
M. Cuper Hollandois , & de M. Bourdelin
.
192 LE
MERCURE
M. l'Abbé Banniere régala enfuite
l'Auditoire , d'une
Differtation fur le
Culte d'Adonis , & M. l'Abbé Mahudel
s'étendit fort fur le Lotos des Anciens
, qu'il croit eftre une des espéces
de nôtre
Nénuphar aquatique .
Le 13 , l'Ouverture de l'Académie
Royale des Sciences fe fit à l'ordinaire.
M. de Fontenelle ayant partagé la le-
&ture de l'éloge de M. Leibnits , à cauſe
de fa longueur qui nous empêche même
d'en donner l'Extrait ; M. Caffini ,
remplit cet intervalle par un trés
beau Difcours , fur la grandeur des Etoiles
fixes , & fur leur diftance de la.
Terre. Il épargna aux Auditeurs l'embarras
& le travail des calculs ; & il ne
leur préfenta que le réfultat , ou l'expofé
toujours brillant des Découvertes
Aftronomiques. Pour faire fentir les
grands progrés que l'on a fait dans cette
Science , il prit les Etoiles fixes au
tems où l'on ne les croyoit guéres plus
grandes qu'elles ne le paroiffent, ni plus
élevées que les Montagnes qu'on difoit
foûtenir le Ciel ; & il les conduifit
de dégrez en dégrez , &de démonftrations
en
démonftrations , jufqu'à eftre
un million de millions de fois plus
groffes
DE NOVEMBRE. 193
tes fur
groffes que la Terre , & à en eftre éloignées
de plus d'un million de millions
de lieuës. Ces fupputations ont efté faiuneEtoileparticuliére
qu'on apelle
Sirius, dans la Conftellation du grand
Chien , & qui eft de la premiére grandeur
: Ainfi , s'il eftoit vrai que toutes
les Etoiles fuffent égales , & que les
unes ne paruffent plus petites que les
autres , que par un plus grand éloignement
; on peut juger à quelle diſtance
énorme doivent eftre celles qu'on ne
découvre qu'à peine , avec les plus longues
& les plus excellentes lunettes.
·M. Caffini inféra à cette occafion
dans fon Difcours , une détermination
trés belle de la Paralaxe de l'Orbe annuel
de la Terre . Il ne faut pas s'ef
frayer de ces termės ; on entendra aifément
la chofe mefme . Si la Terre
tourne autour du Soleil , felon le Syſtéme
de Copernic affez généralement
reçû par les Aftronomes , & que les E-.
toiles demeurent parfaitement immobiles
; on concoit bien que la Terre ſe
trouve , à l'égard d'une Etoile particuliére
qu'on choifira , dans des diſtances
prodigieufement différentes en différens
points de fa révolution annuelle. Cette
Novembre 1717.-
R.
194
LE MERCURE
diftance différente doit produire une
certaine différence d'afpect qu'on appelle
Paralaxe. Cependant , on n'avoit
point encore pû remarquer cette différence
d'une maniére affez fenfible ; ce
qui formoit une difficulté confidérable
contre le Systéme , de Copernic : M.
Caffini l'a enfin levée , en déterminant
cette Paralaxe qui fait la démonftration
du Systéme. En effet , on pourroit ne
point voir de Paralaxe , fans que le Syftéme
de Copernic fût faux , en fuppofant
que l'Orbe annuel de la Terre ,
quelque grand qu'il foit , n'eft qu'un
point , en comparaifon de l'éloignement
des Etoiles : Mais, la Paralaxe ne
fçauroit paroître , que le Syftéme ne
foit vrai puifque , malgré un éloignement
connu fi grand d'ailleurs , on ne
laiffe pas d'appercevoir en différens
tems de l'année , une différence d'afpect.
ز
Le mefme jour , M le Marquis des
Marets prêta Serment entre les mains
du Roy , pour la Charge de Grand Fauconier
de France , à laquelle il a efté
reçû , en furvivance de M. le Comte des
Marets fon pere .
M. de Verneüil , Neveu de M. l'Abbé
Renaudot , a cité pourvû de la CharDE
NOVEMBRE
195
ge
de Sécretaire du Cabinet , vacante
la démiflion volontaire de M. le
Prefident du Red.
par
Le Roy qui avoit eſté un peu indifpofé
, fe porte beaucoup mieux , depuis
qu'il a rendu un ver affez long qui l'incommodoit.
Le 19 , M. le Marquis de Pluvaut
a vendu la Charge de Me de la Garde-
Robe de S. A. R. à M. de Crécy Capitaine
des Gendarmes de Berry , qui
en a prêté Serment ce matin .
Le 20 , la Cour prit le Deüil de Madame
la Comteffe de Soiffons qui ,
mourut le 14 dans le Couvent de Belle-
Chaffe , où elle s'étoit retirée depuis
quelques années . Le Roy ne le
que huit jours.
portera
L'allarme qu'on avoit û pour la fanté
de Madame Ducheffe de Berry , qui
fe trouva mal à l'Opéra 4 jours auparavant
, eft ceffée ; cette indifpofition
n'a û aucune fuite fâcheufe .
Le 21, Madame , dont la fanté eft
continûment bonne , revint de S.Cloud,
pour n'y plus retourner que dans la
beile faifon .
Le 23 , le Rov alla rendre visite à
Madame Ducheffe de Berry , au Pa-
Rij
196 LE MERCURE
lais du Luxembourg , où il trouva cette
Princeffe entieremeut rétablie .
M. le Marquis de la Fare ayant êté
gratifié du Regiment de Normandie ,
Le Roy a donné une penfion de 1000
écus à M. le Chevalier de Belle- Ifle.
M. de la Fare & M. le Duc de S. Aignan
, ont efté faits Brigadiers des Armées
du Roy.
M. Dacier fi connu dans l'Empire
des Belles- Lettres, a obtenu un Brevet
de retenue de30000 liv. fur fa Charge
de Bibliotécaire du Cabinet.
Le 26 , à 4 quatre heures du foir ,
M. le Comte de Clermont fut confirmé
& tonfuré par M. le Cardinal Archevêque
, dans la petite chapelle de
l'Archevêché. Ce jeune Prince parût
fort attentif pendant tout ce tems. M.
le Cardinallui dit , en finiffant cette
Cérémonie : Monfieur ,fouvenez- vous
que vous êtes préfentement engage an
Service de l'Eglife ; que vous la devés édifier
par vos moeurs & par votre exemple
, la proteger de toute l'autorité
que vôtre illuftre naiffance & vôtre rang
vous donne ,
Fermer
66
p. 147-152
De Londres, le 15 Décembre.
Début :
On ressent avec chagrin à nôtre Cour, le changement de Réligion du [...]
Mots clefs :
Chagrin, Prince électoral, Trône, Roi de Suède, Roi de Prusse, Tsar, Empereur, Vaisseaux de guerre, Parlement, Abbé, Compagnie, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 15 Décembre.
De Londres , le 15 Décembre .
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
N reffent avec chagrin à nôtre
Cour , le changement de Réligion
du Prince Electoral de Saxe : On
eft fort étonné que le Roy Auguite y
ait donné fon confentement ; fur tout
dans un tems , où il paroiffoit avoir
le plus befoin de notre Roy , pour fe
maintenir fur le Trône de Pologne ;
avec d'autant plus de fondement , que
nous avons des avis , que les Roys de
Suéde & de Pruffe ont deffein , con-
Nij
148 LE MERCURE
jointement avec le Czar , de réméttre
Staniflas fur le Trône ; fans laquelle
condition , S. M. Suédoife refufe de
faire fa paix avec les deux autres
Puiffances.
M. de Bentenrieder Envoyé de
l'Empereur , follicite ici fortement 12
Vaiffeaux de guerre ; pour agir contre
l'Espagne en Italie , & pour remettre
S. M. I. en poffeffion du Royaume
de Sardaigne . Quoique nôtre Cour
cherche avec un empreffement extraordinaire
, l'amitié de S. M. I. , dans
la vue que le Roy d'Angleterre , comme
Electeur de Hannovre , puiſſe obtenir
les deux Duchés de Brémen &
de werten , on doute fort cependant
, que le Parlement approuve ,
qu'on fe déclare en faveur de l'Empereur
contre le Roy d'Efpagne , à
caufe du préjudice qu'en recevroit
la Nation ; puifqu'une telle rupture
entraîneroit infalliblement la
ruine d'une des plus importantes
branches de nôtre commerce . On
fouhaiteroit donc , qu'à l'exemple de
la France & des Etats généraux , on
tachât par toute forte de moyens , de
pacifier le différent qu'il y a préfenteDE
DECEMBRE 149
> ment entre ces 2 Puiffances & de
porter ces deux Princes , à exécuter
le traité de Paix d'Utrecht , & celui
de la Neutralité d'Italie. Comme S.
M. B. n'a pas fait part jufqu'à préfent
à fon Parlement , de fon alliance avec
S. M. I. , on ne croit pas que la Cour
donne une réponſe pofitive à M. de
Bentenrieder , avant que de l'avoir
communiquée aux 2 Chambres : Il y a
cependant , des ordres expediés , pour
équiper deux Efcadres ; l'une pour la
Mediteranée , & l'autre , pour la Mer
Baltique.
Le départ inopiné de M. l'Abbé
Dubois pour la Cour de France, ( d'où
Pon affure qu'il fera de retour dans peu
de jours ) fournit matiére à nos Politiques.
Come l'affaire dont il eſt chargé,
doit être,fuivant toutes les apparences ,
dela plus haute importance , elle doit
être auffi par conféquent du dernier fé-
-cret ; c'eft ce qui a obligé cet Abbé , de
ne pas confier les dépêches à un Expres
, & d'aller lui-même la communiquer
à M. le Regent de France .
On continue à réformer 20 hommes
par Compagnie des Regimens des Gardes.
Les Colonels de Cavalerie &
N iij
IFO
LEMERCURE
d'infanterie , qui ont leurs quartiers
dans les Provinces , font partis pour le
même fujet , conformément aux ordres
du Roy.
Le Parlement s'affembla le 2 de ce
mpis , fuivant la derniere prorogation.'
On renvoye aux Gazettes le Difcours
que S. M. B. fit aux deux Chambres ,&
& les adreffes de remerciement qu'elles
préfentérent à ce Prince ,
On mande de Devizes , dans le Comté
de wiltz , que le 8 de ce mois , un
Gentil - homme fut attaqué à trois mille
de cette Ville , par trois perfonnes
mafquées , qui , aprés l'avoir dépouilé
& fort maltraité , ûrent encore la barbarie
de lui tirer la langue avec violence
, & de la lui couper jufques à la
racine ; aprés quoi , ils le renvoyerent
dans ce pitoyable eftat . Cet homme
ût encore le courage de regagner la
Ville, où il entra nud , & perdant tout
fon fang. C'eftoit un ſpectacle effrayant
On efpére cependant , qu'il
en reviendra . Quelques perquifitions
qu'on ait faites jufques à préfent , pour
découvrir les Auteurs de cette cruauté ,
on n'a pu encore y parvenir.
:
Toute l'Europe eft informée, que le
DE DECEMBRE. ret
1
Roy de Danemarck a fait arrêter fur
la Rade , tous les Navires Hollandois
qui ont voulu repaffer le Sund ; fous
prétexte , que L. H. P. refufent de lui
payer les arrerages des fubfides de la
derniere Guerre , pour les Troupes .
qui ont fervi en Brabant. Sur cela ,
L. E. G. ont écrit à leur Envoyé qui
réfide en certe Cour , de déclarer à S.
M. D. que fi elle ne les faifoit pas relâcher
inceffamment , ils prendroient
des mefures convenables , pour affürer
leur Navigation , & repouffer la force
par la force.
Quoique les Hollandois ayent efté.
fortement follicités par la Cour de la
Grande Bretagne , pour joindre feulement
quatre Vaiffeaux à l'Efcadre Angloife
, deftinée contre le Roy de Suéde,
& autant , pour envoyer dans la Méditérannée
; il n'a pas efté poffible de
les engager à cette confédération. Il
paroît par ce refus , que cette République
veut profiter des avantages de la
Paix , & qu'elle fe contentera d'employer
fes bons offices , auprés des
Parties qui font en guerre.
On croit entrevoir par la conduite du
Marquis de Prié , que le différent de la
N iiij
152 LE MERCURE
Barriere ne finira pas fitôt ; & que S.
M. I. n'acceptera pas la médiation de
Leurs Hautes Puiffances , pour pacifier
les troubles de l'Italie.
Fermer
67
p. 165-166
De Lindau ce 30 Décembre 1717.
Début :
L'Abbé de saint Galle, aprés être relevé d'une grosse maladie, fut [...]
Mots clefs :
Abbé, Maladie, Apoplexie, Décès, Abbayes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Lindau ce 30 Décembre 1717.
De Lindance 30 Décembre 17175 .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
'Abbé de faint Galle , aprés être
relevé d'une groffe maladie , fut
attaqué fubitement le 28du paffé , d'une »
Apoplexie , dont il mourut le lende
166 LE MERCURE
main : Il étoit âgé de 78 ans , & en
avoit regné 22. Pour avoir voulu introduire
des nouveautés , & violé les concordats
avec les fujets , dont les Cantons
de Zurik & de Bêrne font les Garants
, il s'êtoit attiré ces 2 Puiffances
qui l'avoient enfin depoffedé de fon
Abbaye & de fes dependances, qu'elles
gardoient en fequeftre depuis 5 ans .
Fermer
68
p. 185-216
JOURNAL DE PARIS.
Début :
Nous nous contentâmes le mois dernier d'annoncer la mort de M. Santerre. / Jean Baptiste Santerre naquit d'honêtes Parens à Magni, près de Pontoise, [...]
Mots clefs :
Conseil, Finances, Régent, M. Santerre, Décès, Prince, Nature, Peinture, Ennemis, Ouvrages, Parlement, Cardinal, Princesse, Empereur, Duchesse, Abbé, Charges, Invention , Ordonnance, Dons du roi, Négociations, Assassinat, Comédiens, Fable, Pièce
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL DE PARIS.
Nous nous contentames le mois dernier
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
d'annoncer la mort de M. Santerre.
Depuis ce tems- là , un de fes Amis particuliers,
curieux d'ailleurs , bon connoiffeur
, m'a communiquécet Eloge, dont je
crois que la lecture fatisfera le Public.
JOURNAL DE PARIS.
Ban Baptifte Santerre naquit d'ho
nêtes Parens à Magni , près de Pontoife
, au mois de Mars de l'année ISSIO
Il perdit fon pere & fa mere dés fa
plus tendre enfance . I hérita d'eux
avec un peu de bien , beaucoup de
candeur & de probité .
.
Ses autres Parens incertains de la
profeffion dans laquelle ils engageroient
cet enfant , fe déterminérent
par le penchant de l'enfant même.
Q
185 LE MERCURE
Ils furent en cela plus faciles & plus
fages que les Parens ordinaires , qui
bornant opiniatrément leur vûë à l'état
où ils fe trouvent , contrarient &
étouffent fouvent dans leurs enfans ,
les difpofitions les plus hûreufes &
les talens les plus marquez . L'ardeur
& le goût que celui - ci montroit pour
le deffin , fit prendre le parti de le
livrer à la Peinture , & de l'amener à
Paris .
M. Santerre eft peut - être l'exemple
le plus fenfible , de ce que peut la feule
Nature en un Sujet qu'elle favoriſe.
Dans l'âge , & au centre des diffipations
, abandonné à lui-même , il ne
palla pas un jour fans faire quelque
êtude quieût raport à fon Art.
Malgré la modeftie & la docilité qui
le caractérifoient ec tous les Eléves,
´il ne put jamais s'empêcher de cher- .
cher la perfection de la Peinture , pardes
routes oppofées à celles qui lui
eltoient indiquées , & qui estoient fuivies
par fes Maîtres . Ils l'en reprenoient
fouvent ; on ne peut les en blamer : Ils
n'eftoient pas obligez de fçavoir , que
la Nature elle - même conduifoit ces.
Eléve pas à pas..
DE DECEMBRE. 187
Le jeune Santerre comprit de bonneheure
, que la feule Nature eftoit un
guide infaillible , & il réfolut de ne
s'attacher qu'à elle .
Il eft vrai, que par une grande méfiance
de foi-même ( qualité néceffaire
& peu commune à fon âge ) il quitta
quelquefois la route ordinaire, & chercha
à imiter les Maîtres les plus eftimés
de fon tems ; mais , il ne tarda gué
res à reconnoitre fon erreur. Averti
par deux perfonnes diftinguées
qui frapées de fes premiers fuccez
lui confeillérent alors de perdre de vûë
tous les Maîtres & de fuivre la feule
Nature , il fe livra à elle fans retour ;
il ne difcontinua plus de la chercher ,
& l'imita fidélement jufqu'au tombeau
.
L'événement juftifia fon choix : Sa
maniere de peindre fut fi différente de
celle de tous les Maîtres connus ,
qu'un jour , Monfeigneur le Régent ,
Prince auffi eftimable par fon grand
goût pour les Sciences & les Arts , que
refpectable par fon Augufle Naiffance
* M. le Marquis de Villarfean &
M. Defpreaux
1
185 LEMERCURE
ayant demandé à M. Santerre , & ayant
appris de lui , quels avoient efté les
Maîtres ; il lui fit l'honneur de lui répondre
: Vous avez bien fait de me.
les nommer ; car je ne les aurois jamais
devinez .
Ce grand Prince l'honoroit de fon
eitime : Il lui en a donné de fréquens témoignages
, il a eu la bonté de venir le
voir travailler plufieurs fois chez lui ;
depuis même que le poids de la
Régence lui laiffe fi peu de moments
libres. Un Suffrage fi éclairé fait feul
Féloge de M. Santerre Le Public
connoiffeur ne m'en défavoüera pas.
Ainfi , moins pour la gloire de cet
illuftre Peintre , que pour la fatisfa
&tion de ceux qui , comme lui , cherchent
le vrai , j'expoferai quelques
principes,& quelques maximes, dont il
a fouvent dit qu'il s'êtoit bien trouvé.J'y
joindrai quelques faits & quelques remarques,
qui acheveront fon caractére .
M. Santerre fit de bonne- heure des
études profondes fur l'Anatomie . Il
fe trouvoit fréquemment aux diffetions
; il en faifoit fouvent chez lui ;
& en parlant de cette Science , il difeit
que dans fon Art, il en fall favoir
DE DECEMBRE: 189
beaucoup , pour en laiffer voir un peu..
Son Principe, pour éviter d'eftre maniéré,
altoit d'imiter en tout la feuleNa--
ture ; parce que la Nature ne fe répétant
prefque jamais , & variant à l'infini
,le Peintre qui ne cherche qu'elle ,,
varie comme elle.
Il difoit fouvent , qu'il avoit apris ce
qu'il fçavoit , avec deux fortes de perfonnes
: La Méchanique de fon Art
dans les Académies & chez les Maitres;
tout le refte, avec les gens d'efprit .
C'est peut-être au commerce de ces
derniers qu'il doit ces penfées & ces
expreffions fines que l'on voit dans fes
Tableaux d'idée , & l'art de porter
ces fineffes de penfées & d'expreffions
jufques dans les Portraits .
Raportant tout la feule Nature
qu'il étudioit fans rélache , il trouvoit
des défauts dans l'antique même , &
dans les plus grands Peintres d'Italie ,
qu'il n'imitoit pas en tout : Il trouvoit
auffi des beautés dans les Modernes &
dans fes Contemporains. Il n'eftimoir
pas outrément les uns ; il rendoit justice
aux autres .
Quand les Connoiffeurs ou fes
Amis le follicitoient de fe faire une
190 LE MERCURE
1
maniére plus expéditive , & de ne pas
fondre fi parfaitement fes ouvrages ;
il leur répondoit deux chofes : La
premiére ; mes ouvrages , il eft vrai ,
font fondus avec un grand foin ; mais
la Nature l'eft encore davantage , &
je cherche à l'imiter : La feconde ; les
meilleurs Tableaux de Raphaél , du
Corege, du Titien & des autres grands
Maîtres font du moins auffi fondus
que les miens . Ainfi , la Nature m'ordonne
, & les exemples des grands
Maîtres me perfuadent de continuer ,..
comme j'ai commencé.
Il n'eft point de foins qu'il ne fe
foit donnés , pour rendre fes ouvrages -
durables , & pour ainfi dire , inaltera
bles : Il obfervoit jufqu'aux enfeignes
des boutiques ; il y remarquoit les couleurs
que le tems & le grand air detruifent
, & celles qu'ils laiffent dans
leur force. Enfin , aprés de mûres réflexions
fur cette partie de fon Art ,
il s'êtoit fait une regle , de n'employer
que des Terres au nombre de 4 ou 5 ,
dont le mélange lui fourniffoit toutes
fes reintes. Comme ces Terres font
fortes & entiéres , le mélange & lunion
en êtoit difficile ; il en venoir à
DE DECEMBRE.
19
boût par une longue patience ; il repeignoit
jufqu'à trois & quatre fois la
même choſe ; & fans le fecours des
laques & des ftils de grain dont il ne
fe fervoit prefque jamais , parce que
le tems les altere ,la patience fecondée
d'un grand jugement donnoit à
fes ouvrages le fondu , la fraicheur ,
& l'union que l'on y remarque. Cette
maniéré lui a fi bien reuffi que l'on
voit de lui des Portraits peints , il y a
vingt , ,trente , & quarante années,
prefque auffi frais que le premier jour .
L'empreffement que le Public avoit
pour les Ouvrages de ce Peintre célébre
, & le prix qu'il y mettoit , n'ont
jamais diminué fa modeſtle , je dirai
même fa timidité : Elle paroiffoit par
tout , excepté dans fes Ouvrages.
Cette difpofition de l'Ame • qu'on
regarde comme une foibleffe , il la
chérifloit & fe la croyoit néceffaire :
Ma timidité , difoit il , m'empefche de
trop préfumer de mes forces , fur les
applaudiſſemens dont le Public m'honore.
Parce que je fuis timide , je veille .
& j'eftudie toûjours , & je me dis fouvent
à moi-mefme , que pour mériter:
une folide réputation , il faut toujours.
•
A
192 LE MERCURE
ignorer qu'elle eft acquife.
•
Par tout ce qui précéde , on comprendra
quel eftoit le caractére de M.-
Santerre. Je me contenterai d'ajouter
ici , pour en donner une idée plus
complete qu'un extérieur fimple
& naturel , eftoit toûjours chez lui
une marque certaine du fonds de fon
Ame. Qui jamais en effet le trouva
différent de ce qu'il paroiffoit eftre ?:
Sa converfation eftoit remplie de fertimens
d'honneur , d'équité , & de mc--
dération. Il aimoit la réputation & la
gloire ; c'eft pour elle feule qu'il a
travaillé toute fa vie , avec tant de .
foins & de peines. Jamais l'intereft nefui
a fait paffer la moindre faute dans
fes Ouvrages , ni emprunter la main
d'autrui , pour hâter fon gain . Il aimoit
le Public , il aimoit ceux qui
travaillent à lui plaire. Senfible à l'a .
mitié , il préféroit le plaifir de travailler
pour fes amis , aux avantages qui
lui eftoient offerts tous les jours par les
Grands & par les Riches. Et pour exprimer
en deux mots , le mérite du Peintre
& celui de l'homme fociable ; if
avoit des Envieux , mais il n'eut jamais
un Ennemi..
Un
DE DECEMBRE. 193
Un caractére fi fage & fi raiſonnable,
ne pouvoit pas fe démentir dans
l'occafion la plus importante. Apeine
fe crut-il menacé de la mort , qu'il remplît
avec une grande préfence d'efprit ,
tous les devoirs d'un bon Chrêtien ; &
aprés une maladie de fept jours , il
mourut enfin , pleuré de fes amis &.
regretté de tout le monde , le 21 de
Novembre , aux Galleries du Louvre ,
où le Roy lui avoit donné un logement
avec une penſion.
Ses principaux Ouvrages , font détaillés
dans le Dictionaire de Morery
de la derniere édition . Il a fait depuis,
entre autres Tableaux , & fuivant
l'ordre des tems , le Portrait de S.
A. S. Mlle de Clermont : Un Tableau
de huit ou neuf pieds de hauteur , réprefentant
les cinq fens , fous les Pottraits
de M. Périchon Notaire , de fa
Femme , & de leurs trois Enfans , to s
cinq de grandeur naturelle & en pie ".
Le Portrait de Mer le Régent auffi
enpied , & grand comme Nature , a .
compagné d'une Minerve & des autributs
de la Régence. Enfin, il a fini peu
de jours avant fa mort , un Tableau e
fept pieds de haut , réprefentant Adam
Décembre 1717. R
194 LE MERCURE
& Eve au Paradis Terreftre , avec un
grand Païfage , & quelques Animaux.
M. Santerre a fouvent dit › que dans
aucun de fes Ouvrages , il n'avoit
pouffé fi loin , felon lui , l'élegance &
la correction du deffin , la finelle de
l'expreffion , & la verité du coloris .
C'eſt par ces côtés qu'il le regardoit,
comme fon chef- d'oeuvre ; le Public
paroît confirmer de jugement , & la
Pofterité en dira peut- être davantage.
Comme il s'étoit répandu depuis
quelques jours dans cette Capitale ,
plufieurs Exemplaires d'un Ecrit qui
a pour Titre : Acte d'Appel de S. E.
M. le Cardinalde Noailles Archevêque
de Paris du 3 Avril 1717 , au Pape
mieux confeillé , & au futur Concile
Général , de la Conftitution de N. S. P.
le Pape Clément XI. du 8 Septembre
1717 , imprimé fans l'aveu & la parsicipation
de ce Prélat. Le Parlement s'affembla
le premier de ce mois & la Cour
faifant droit fur les Conclufions du
Procureur Général du Roy , ordonna
que les Exemplaires dudit Imprimé ,
feroient & demeureroient fupprimez ,
a fait deffenfes à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs & autres , d'en
DE DECORE. 196
-imprimer , vendre , débiter , ou autrement
diftribuer , fous les peines portées
par la Déclaration du 7 Octobre denier
, qui fufpend toutes les Difputes
& les Conteftations formées dans le
Royaume , à l'occafion de la derniere
Conſtitution du Pape .
Madame la Princeffe de Soubize
eft accouchée d'un garçon
Mademoiſelle de Duras , qui a époufé
M le Comte d'Egmont , prit le
29 du mois paffé , le Tabouret, pour la
premiere fois chez le Roy .
Le 2 , Madame permit à Me la
Ducheffe d'Aremberg , qui eft depuis
quelques tems à Paris , de l'aller voir.
Elle a anffi trouvé bon , que Mde la
Comteffè de Kinigfek Epoule de l'Am-
: baffadeur de l'Empereur , ût le même
honneur ; mais , comme ce Seigneur
n'a pas fait fon Entrée publique ,
cetre Dame ne peut pas encore être
reçûë en cérémonie.
Le 3 , on ût des nouvelles certaines
que la fanté du Roy d'Eſpagne fe rétabliffoit
de jour, en jour.
Le même jour , le Parlement fir
brûler par la main du Boureau, un Ecrit
imprimé à 2 colonnes : L'une conté
Rij
196 LE MERCURE
nant la Déclaration du Roy du 7 0-
tobre dernier , & l'autre , une Tra
duction en françois du Type de l'Em
pereur Conftant , qui deffend toutes les
difputes , conteftations & différens formés
dans fon Empire à l'occafion de la
Queſtion* d'une ou de deux volontés en
J. C. Au bas de cet Ecrit,fe trouve une
autre Traduction , intitulée : Le jugement
du Concile de Latran , fur le Type.
On reconnoit aifément , à la vûë de
ce Libelle , quelle a êté l'intention de
ceux qui l'ont répandu dans le Public ;
puifque le Parallele qu'ils font duType
de l'Empereur Conftant & de la Déclaration
du Roy , fait affez entendre ,
que comme le Concile de Latran a condamné
l'un , ils portent le même jugement
fur l'autre : De forte que fuivant
leur opinion , la derniére Déclaration
du Roy porte le caractére d'une Loy
injufte , laquelle ne doit point avoir
d'exécution . Comme cet efprit de
Critique , & en même tems de révolte
, eft un attentat contre l'Autorité
* Héréfie des Monothélites , qui fu
rent ainfi appellez ; parce qu'ils n'admettoient
qu'uneseule volonté en en]. C.
DE DECEMBRE. 197
Royale , la Cour ne pouvoit févir trop
rigoureufement contre un pareil Ecrit
& contre fon Auteur .
Le
Le4 ,les Etats d'Artois affemblez à Arras
, accordérent àS.M. d'un confentement
unanime , le don gratuit ordinaire .
5 , M. de Paris- Fontaine Ayde-
Major Général unique des Gardes du
Corps , fut gratifié par S. M. de la
Brigade -Lieutenance de feu M. de la
Boulaye
Madame Ducheffe de Berry , tine
Toilette , à laquelle fe trouvérent tous
les Miniftres Errangers , avec un grand
nombre de Courtifans.
On fut informé à la Cour , que M.
le Marquis d'Alincourt petit - fils de M.
le Maréchal de Villeroy , s'êtoit rendu
d'Allemagne à Venife , où il arriva le
12 Novembre ; aprés un féjour de
dix jours , il en eft parti pour Rome.
Le 7 , M. l'Abbé Dubois qui, par
ordre de la Cour , êtoit paffé à Londres
depuis quelques femaines , arriva ici
le 7 Décembre , pour rendre compte
à S. A. R. de fa Commiffion ; il deyoit
retourner dans peu .
y
M. de laBellarderie ancien Exempt ,
& Ayde-Major de la Compagnie de
Riij
198 LE MERCURE
Charôt , eft monté à l'Aide- Majorité
de Paris- Fontaine, à condition qu'on
ne le fépareroit pas de fes Camarades,
avec lefquels il avoit coûtume de fervir
M les Aydes- Majors feront le
fervice pour lui , quand il ne poura pas
s'y trouver.
Mgr le Duc s'eft abfenté des Confeils
, Samedy , Dimanche & Lundy ,
à caufe de la petite vérole de Malle de
Charolois , dont cette belle Princeffe
a êté attaquée ; on eſpére qu'elle n'en
fera point marquée.
Depuis que Mer le Duc eft Grand-
Maître des Miniéres de France , on
s'empreffe à lui envoyer plufieurs effais
de Mines d'or & d'argent , tirées des
différentes parties du Royaume ; dans
l'efpérance que ce Prince contribuëra
de tout fon pouvoir , à faire des épreuves
qui puiffent être avantageufes à
l'Etat .
Un Particulier a compofé un nouveau
métal , qui approche tellement de l'argent
, qu'il en a le poids , la couleur &
la dureté. L'Inventeur en follicite le
Privilége , & s'engage de le donner à
so fols la livre ; mais , on ne doute pas
que les Orfèvres & les Poitiers d'étain
DE DECEMBRE. 199
ne s'y oppofent pour empêcher qu'on
ne le mette en oeuvre .
M. le Comte de Clermont paroît
préfentement à la Cour en habit
´d Abbé .
Le 10 , il parut une Ordonnance du
Roy , portant réglement au fujet des
départemens du Confeil des Finances .
Elle est énoncée , comme il s'enfuit . "
→
A MAJESTE, par l'Article dernier
de fon Ordonnance du 14 .
Novembre 1715. fervant de Réglement
pour le Confeil de Finances
ayant ordonné que Monfieur le Duc
d'Orleans fon Oncle Regent , auroit
la faculté de changer tous les ans
ainfi qu'il jugeroit à propos , les Departemens
des membres dudit Confeil
: Eftant d'ailleurs convenable , de
former des Departemens pour les perfonnes
qui y ont efté appellées de.
puis ledit jour 14. Novembre 1715 .
& de faire une nouvelle diftribution,
à ceux qui eftoient chargez de dif
ferentes affaires qui ne fubfiftent plus ;
afin qu'ils puiffent tous travailler pour
le bien de l'Eftat. SA MAJESTE'
s'eftant fait reprefenter ladite Ordonnance
& celle du 24. Novembre
200 LE MERCURE
dernier , de l'avis de Monfieur le Duc
d'Orleans Regent , a Ordonné & Ordonne
que les Departemens particuliers
dudit Confeil , feront reglez à
l'avenir de la maniere fuivante.
LE REGENT , en qualité d'Ordonnateur
, aura feul la Signature de
toures les Ordonnances concernant
les Dépenfès comptables & les Comptans
; tant pour Dépenfes fecrettes ,
Remifes , Interests , qu'autres de toute
nature , ainfi & de la même maniere
que faifoit le feu Roy , conformément
a la Declaration du 23. Septembre
1-715.
,'
LB REGENT aura pareillement
le Trefor Royal & les Parties Cafuelles
fuivant qu'il eft porté par
l'Ordonnance, fervant de Reglement
pour le Confeil de Finances du 14 .
Novembre 1715. & il a commis le
Sr. LE COUSTURIER , pour tenir
feul fous fes ordres , les Regiftres du
Roy , luy rendre compte directement
des Placets qui feront préfentez , pour
demander des Payemens ; Enfemble
pour expédier les Eftats de diftribution
& ordres neceffaires.
LADITE Ordonnance du 14.
:
DE DECEMBRE. 201
Novembre 1715. fervant de Reglement
pour ledit Confeil de Finances ,
fera executée fuivant fa forme & teen
ce qui concerne le Chef dudit
Confeil , le Prefident & le Vice-
Prefident .
neur ,
A l'égard des Départemens.
LE ST. DUC DE LA FORCE Vice-
Prefident , aura les Eftats des Finan--
ces des Généralitez de Toulouſe &
Montpellier , & ceux des Provinces
de Bretagne , Bourgogne , Artois .,
Bearn , Bigorre & Navarre , & les
Cahiers des Eftats defdites Provinces.
LE ST. AMELOT aura Entrée ,
Séance & Voix deliberative audit Confeil
, tant par rapport aux affaires .
du Commerce , qu'aux differens Bu-:
reaux des Finances dont il eft chargé.
LE Sr. LE PELLETIER DESFORTS
aura les Domaines , les Eftats des
Domaines , la Capitation , les Impofitions
des Provinces de Flandres
& de Franche Comté , les Eftats des.
Finances de Provence , & le Cahier
de l'Affemblée des Communautéz
dudit Pays.
LE Sr. ROULLIE' DU COUDRAY aura
202 LE MERCURE
•
l'infpection du Controlle des Quittances
du Tréfor Royal , des Parties
Cafuelles , & autres dependantes du
Controlle General des Finances ; les
Rentes , les grandes & petites Gabelles
, les Etats des Fermes , & les
Cinq Groffes Fermes .
>
LE Sr. LE PELLETIER DE LA
HOUSSAYE aura le Clergé , les
Monnoyes , les Impofitions d'Alface
& de Metz , les Fonds & Eftats au
vray de l'Extraordinaire des Guerres ,
Pain de Munition , Vivres , Artillerie,
des Baftimens & Maifons Royales ,
& de la Marine du Levant & du
Ponant.
LE Sr. FAGON aura les Eaux & Forefts
, les Eftats des Bois , les Chambres
des Compres du Royaume , les
debets & toute autre nature de deniers
& revenans- bons , à la pourfuite & diligence
du Controlleur des Reftes &
autres.
LE Sr. D'ORMESSON aura la Ferme
du Tabac , la Ferme des Poudres
& Salpêtres , les Eftats au vray des
Comptes à rendre du Dixième.
LE Sr. GILBERT DE VOYSINS aura
les Generalitez des Pays d'Elections ,
DE DECEMBRE. 204
pour la Taille , le Taillon , & les
Eftats des Finances defdites Généralitez
.
LE Sr. DE GAUMONT aura les Aydes
& Papier timbré , les Otroys
des Villes & dettes des Communautez .
LE ST . DE BAUDRY aura tous les
Eftats de dépenfe de la Maifon de Sa
Majefté , les Penfions , les Eftats de
dépenfes des Maifons de Madame lat
Ducheffe de Berry , de Madame , du
Regent , & de Madame la Ducheffe
d'Orleans ; les Ponts & Chauffées
Turcies & levées , Barrage & Pavé
de Paris : En ce qui eft de Finance ,
les petites Chancelleries , les Ligues
Suilles .
Le St Dodun aura les Parlemens &
Cours Superieures , la Ferme des Greffes
, Amortiffemens , Franc - Fiefs &
nouveaux Acquets , celle du Contrôlle
& des Infinuations , la Ferme des
Huiles & les Etapes .
Le St de Fourqueux aura le Domaine
d'Occident , le Grand'Confeil , les
Bureaux des Finances.
Il fera établi un Bureau chez le Sr
Amelot Confeiller d'Etat , auquel affilteront
les Srs le Pelletier Desforts ,
>
234 LE MERCURE
•
de la Houffaye Confeillers d'Etat , les
Srs d'Ormeffon , Gilbert de Voyfins &
de Gaumont Maiftres des Requeſtes ;
pour travailler à l'Exécution de l'Art.
IX de l'Edit du mois d'Aouft dernier,
concernant toutes les différentes parties
employées dans tous les Etats qui
s'arrêtent au Confeil.
Il fera pareillement tenu un Bureau
chez le Sr Roüillé du Coudray , auquel
affifteront les Srs Fagon Confeiller
d'Etat , de Baudry , Dodun & de
Fourqueux ; pour travailler en exécution
de l'Article X dudit Etat du mois .
d'Aouft dernier , à dreffer un Etat Général
diftingué par Chapitres de toutes
les Finances des Offices & Droits fupprimez
; afin de pourvoir au payement
des interefts defdites Finances , & au
Remboursement des Capitaux.
Les Traitez ou Négociations , qui
auront paffé par les mains de ceux du
Confeil qui ont des Départemens Particuliers
, feront toujours propofez &
rédigez de concert avec les Chef &
Préfident dudit Confeil , qui recevront
les ordres du Régent,fur ce qui devra
eftre propofé audit Confeil ; & lorfqu'il
s'agira d'écrire des Lettres , &
DEDECEMBRE . 205
de donner ou d'envoyer des ordres
concernant les affaires générales , lefdites
Lettres feront écrites , & les ordres
fignez & envoyez par le Chef
ou par le Préſident dudit Confeil .
LES Fonctions qui appartiennent aux
Chef & Prefident dudit Confeil , fuivant
le préfent Reglement , & l'Ordonnance
du 14. Novembre 17 15.feront
exercées par le Vice- Prefident ,
en cas d'abſence ou maladie des Chef
& Prefident , qui ne leur permettront
pas d'y vacquer ; ce qui aura lieu
pareillement pour l'ancien dudit Confeil
en cas d'abſence , maladie ou empefchement
dudit Vice Preſident .
ORDON NE au furplus Sa Majefté,
que ladite Ordonnance , en forme de
Reglement du 14. Novembre 1715.
feraExecutée fe'on fa forme & teneur,
en tout ce qui n'eft point contraire au
prefent Reglement.
.
On a publié enLorraine , une Bulle
du Pape , par laquelle le S. P. accorde
à S. A. R. la permiffion de lever pendant
3 ans , le vingtiéme denier , fur les
revenus des biens Eccléfiaftiques de
fes Etats , même fur le cafuel des Carez
; en confidération des dépenses
-206
LE MERCURE
que ce Prince fait pour fecourir l'Empire
contre les Infidèles . Les particu-
Iters , dont lesBénéfices font fitués dans
le Barois , principalement ceux de
Ligni qui font du reffort de Paris , fe
difpofent d'appeller comme d'abus , à
ce dernier Tribunal , d'une Bulle qui
n'y a pas êté enregistrée .
Le onze , on publia une Ordonnance
de S. M. , qui deffend expreffément
à toutes perfonnes , de quelque qualité
& condition qu'elle foit , de tenir aucune
afféniblée de Jeux , même dans
les Maifons qui ont pour Infcription .
fur les Portes , les noms des Princes &
Princeffes du Sang Royal . Cette Ordonnance
à û un tel effet , que le lendemain
toutes les Académies de Jeux
ont êté fermées , perfonne n'ayant ofé
y contrevenir.
On a remarqué que M. le Prince
de Cellemaré Ambaffadeur d'Espagne,
n'a jamais voulu permettre qu'on fe
fervit de fon nom ni de fon droit ,
pour ces fortes d'Affemblées Les Fêtes
cependant , n'en ont pas êté moins fréquentes
dans fon Hôtel , où tout s'eft
toûjours paffé avec la derniére magnificence
.
DE DECEMBRE 207
Le 14 , Mst le Duc Regent fe fit
appliquer une feconde fois fur fon oeil ,
le remede Topique de M. Mouffart .
Le même jour , M. le Cardinal de
Rohan arriva ici de Strasbourg par
ordre de la Cour. Le16 , cette Eminence
alla voir Mer le Duc Régent ; & le
lendemain, M. le Cardinal de Noailles .
Le 18 , le Cardinal Archevêque alla
rendre fa vifire à M. de Strasbourg.
Ces deux Eminences paroiffent fort
contentes l'une de l'autre .
Le 15 au matin , on trouva M.
l'Abbé de Bonneuil affaffiné dans fon
Appartement avec fon Valet . Sur le
rapport des Chirurgiens , on a reconnu
qu'ils avoient û latête écrafée à coups
de bâtons de cotret , que les Auteurs
de ce meurtre avoient laiffés dans la
Chambre teins de leur fang ; & que le
Domestique avoit êté tué entre dix &
onze du foir , plus d'une heure avant
fon Maître . Comme l'Abbé étoit allé
fouper en Ville & qu'il ne rentroit ordinairement
que fort tard ils crurentqu'ils
auroient tout le temsde foüillerpar tout ,
& de faire leur main , avant fon retour ;
mais êtant revenu fur le minuit ,
beaucoup plûtôt qu'ils ne l'attendoient
>
208 LE MERCURE
avec fes Porteurs qu'il renvoya malhûreufement
, fans les faire monter
avec lui ; ces Scélérats ne fçachant
comment s'échaper, fans être apperçus
ou rencontrés , piirent fur le champ , le
parti de lui faire éprouver le même
fort qu'à fon Laquais ; ce qu'ils exécutérent
auffi facilement . Ce qui paroît
fort étonnant , c'eſt qu'on ait ôté la vie
à deux hommes ,fans que les Locataires
de la Maifon qui êtoient au deffus ,
au deffous, & à côté de l'endroit où cerse
action Tragique s'eft paffée , n'ayent
rien entendu de tous ces mouvemens.
Outre les coups fur la tête , dont ces
victimes infortunées ont êté affommées
, on a encore remarqué cinq bieflures
poftiches dans le corps du Maître , &
fept dans celui du Valet , faites felon
toutes les apparences , avec un gros
ftilet ; mais on prétend , que ni l'un ,
ny l'autre n'avoit déja plus de vie ,
lorfqu'on leur a porté ces nouveaux
coups ; & que ces Affaffin ; n'en ont
ufé ainfi , que pour mieux s'affûrer de
leur mort. Car , pour l'épée du Valet ,
& un couteau de chaffe du Maître , qui
êtoient auprés des deux cadavres , il n'y
a prefque pointde doute qu'ils n'y ayent
efté
DE DECEMBRE. 209
été mis exprés , pour faire croire qu'ils
s'êtoient battus enfemble . Quoique
M. Mariet Commiffaire , ait trouvé fur
l'Abbé , cinq louis neufs & deux loüis
vieux , fans compter un baffin à barbe
avec l'étuy à favonnere d'argent, il n'y a
prefque point de doute qu'on n'ait enle
vé quelque fomme confidérable.
Le 15 , Madame alla dîner à l'Abbaye
de Chelles , pour y voir Mademoifelle
, qui continue toûjours avec
ferveur fon Noviciar.
"
t
Le 17 , les Comédiens ordinaires da
Roy repréfentérent pour la premiere
fois fur leur Théatre , une Piéce en 3
Actes , en Vers , intitulée : La Métamorphofe
des Dieux , ou les Dieux
Comédiens . Elle eft de la compofition
du fieur Dancourt , & la Mufique des
Intermédes , de M. Mourer.
Le fond ou fujet de la Fable , n'eſt
autre que Jupiter , qui galand , à fon
ordinaire , defcend du Ciel pour cul
tiver , ou plûtôt pour féduire le coeur
d'une jeune Bergere , nommée Corine ,
dont il et éperduement amoureux . Il
amène à fuire les Divinitez , qui peuvent:
contribuer aux plaifirs de fa nonvelle:
Maiwelfactes qu
LE MERCURE
-
Bachus , Faunus &c. Le Maître des
Dieux à qui les déguifemens coutoient
fi peu fe traveftit en Homme d'affaires :
Par malheur pour lui , fa Maîtreffe
n'êtoit point du fiécle , & fon goût n'êtoit
point à la mode. Elle aime un
fimple Berger ; fon nom eft Philene ,
dont le coeur naïf & tendre lui tient
hieu de tout & fair fa félicité . Jupiter
joüoitd'un grand malheur ;car ,peut-être
cette fille eftoit- elle un Phénix unique
en fon efpéce. La fatalité de l'amour
du Dieu ne finit pas là ; Junon eft avertie
de la fortie galante de fon perfide
Epoux Pour la traverfer , elle
prend à fon tour, la figure de la Tante
de la Bergere ; & fous ce déguifement
confeille à ce coeur innocent , de fe referver
tout entiere à fon Perger , & de
tenir ferme contre la fortune & les préfens
du Dieu Partifan. Junon revole
aux Cieux Aprés ceeetite fupercherie
qui fortifie la petite fille dans
fes projets de conftance , la vraie Tante
paroit on la reconnoit par le relâchement
de fa Morale auprès de fa niéce .
Ce relâchement eft d'ufage : M. Dancourt
a faifi le vrai des moeurs de pareilles
Tutrices. Il feroit à fouhaiter
DE DECEMBRE. 211
que les images de ce vrai , n'emportaffent
pas avec elle certain caractére
trop peu ménagé qui en diminuë le
prix. On ne peut critiquer l'Auteur
que fur le choix de fon vrai , non fur
Fexpofition qu'il en a donné , qui n'eſt
que trop en ufage . Jupiter , qui en bon
mary, craint le reffentiment de fa femme
, & qu'elle ne foit affés magicienne ,
pour lui enlever la Corine , charge
Bachus d'un Anneau conftellé, pour en
faire préfent à fa Maîtreffe. Après
bien des façons , elle l'accepte , ayant
reconnu par expérience qu'il avoit la
vertu de rendre invifible quiconque
le porteroit au doigt. La jeune fille fe
fert de la bague contre le Dieu même.
Bien plus , elle fe fouftrait & fait
fouftraire Philéne par fa lumiére magique
aux yeux des Argus qu'il avoit
placé auprés d'elle ; à plus forte taifən
de la Tante moyénenfe , & par fon fecours,
elle a le plaifir de fe livrer à fon
Amant. Jupiter s'emporte contre les
Amours qui l'avoient fi mal fervi : Il·les
accufe du mauvais fuccés de fon in
trigue . Effectivement , ces Dieux fri
Pons s'êtoient piêtez aux deffeins ja
Joux de Junon. Le Maître du Tonnerre
Sij
212
LE MERCURE
voulant s'en vanger , les condamne
dans fa colere, à mourir comme les autres
homines ; & pour rendre fon Arrêt
irrévocable , il en jure par les eaux du
Stix . Devenu plux doux enfuite , par
un nouvel attachement & par les priéres
de Vénus , il adhère à l'adouciffement
que l'Inconftance lui propofe de
mettre à l'effet de fon ferment, qui eft,
que , puifqu'il ne peut plus empêcher
que les Amours ne meurent, il les laiffe
renaître auffitôt dans d'autres coeurs.
Voilà ce qui fonde la Métempficofe des
Amours.
Cette Piéce eft bien êcrite , & remplie
de traits d'efprit variés ; de façon
qu'onperd de vue les fautes principales,
s'il y en a. Jupiter à la vérité n'y eft
pas délicat ; mais , il y eft Partifan'; &
fous certe figure , il y donne les exemples
d'infidélité conjugale , que fourniffent
fouvent les originaux dont il
eft copie.
Il faut convenir que fi cette Comédie
a de quoi plaire , elle tire une partie
de fon agrement des Feftes que Jupiter
ordonne , pour amufer fa chere
Corine dans des Jardins enchantez ,
ù elle est renfermée. La, Mufique
·
DE DECEMBRE. 213
des Intermédes en eft aisée • enjoüée
, bien caractérisée & tout
à fait chantante ; auffi eft- elle de l'Auteur
des Festes de Thalie
Le 18 , les deux Batons d'Exempt
dans la Compagnie de Charôt eftant
vacants , ils ont efté donnés , l'un à
M. d'Augé fils du Comte , Major Génér
ral de la Gendarmerie
efté retiré de ce corps , & l'autre , à M.
d'Anault ,ancien Brigadier de ce Corps
qui avoit
Le 19 , Madame Ducheffe de Berry
tint Toilette , où fe trouvérent tous
les Ambaffadeurs & Miniftres , avec
un grand nombre de Seigneurs & de
Dames qui formoient un cercle magnifique
.
Le 11 , il arriva un Courier de
Bretagne qui a rapporté , que par ordre
du Roy , les Etats de cette Province
avoient esté fufpendus.
Le même jour , Mgr le Duc déclara
aux Maîtres d'Hotel du Roy , que
leur différent avec les premiers Gentils-
hommes de la Chambre , avoit êté
réglé , que fur leurs rémontrances & l'éxamen
de leurs Titres , touchant ce
qui fe pratiquoit du tems de Louis
XIV. Ils avoient êté mantenus en pof214
LE MERCURE
feffion de paroître chez le Roy , avec
leur Bâton de cérémonie , & d'avertir
eux -mêmes S. M. dans fa Chambre ,
dans fon grand Cabinet , chez M. le
Maréchal de Villeroy & chez Madame
la Ducheffe de Vantadour , que la
viande êtoit fervie ; mais , qu'ils n'entreroient
point dans le Cabinet particulier
, le Roy pouvant s'y être enfermé
pour des affaires particuliéres ;
que dans ce cas , ils fe contenteroient
d'avertir l'Huiffier que la viande eft
fur la Table.
2
M. le Comte de Kiniffegg Ambaffa
deur de l'Empereur ayant efté attaqué
en même tems de la goute & d'une
douleur très violente au fondement ;
après avoir êté agité de maux infupportables
pendant 15 jours , M. Anėl
Chirurgien de S. E. jugea à propos de
lui faire l'Opération de la fiftule à
Panus , parce qu'il y remarqua une eſpéce
de dureré fans tumeur fituée entre
le coxix & l'anus , qui fut fuivie
peu de tems après , d'une élévation à
la peau ; c'est ce qui détermina d'abord
ce Chirurgien à plonger fa lancette
de l'épaiffeur d'un pouce , avant
que d'arriver à la matiére qu'il fit écou
•
DE DECEMBRE.
215
•
ler , à la faveur de laquelle il fit le
lendemain 18 la grande Opération ,
en préſence de M. Helvetius le fils ,
Médecin , de M. le Dran le pere , de
M. Maliffain & Tartanfon , trois fameux
Chirurgiens de cette Ville , M.
Dubois célébre Apoticaire , y fut auffi
appellé. Si M. Anel n'avoit pas ouvert
cet abcés auffi ponctuellement ,'
il y avoit à craindre que S. Ex . n'en
ût êtéincommodée le reite de ſa vie
Voilà la deuxième fois que M. Anel
a fait hûreufement 2 cures très périlleufes
à ce Seigneur ; l'une en Italie ,
où il lui tira avec toute la dextérité
imaginable , une bale perdue dans les
chairs ; & l'autre , en cette derniére
occafion , fans qu'il luy foit furvenu le
moindre accident , & fans qu'il ait
û de fiévre : Tous les panfemens ont
êté fuportables & deviennent tous les
jours moins douloureux ; on juge qu'-
il ne faut que cinq femaines pour fon
parfait rétab iffement .
M. l'Abbé Bignon a reçu une Lettre
de M. Arefkin Général Ajudant &
Chambellan , du Czar , êcrite de Peterbourg
le 7 Novembre , dont voici
la fubftance ; il lui marque : Que S.
216 LE MERCURE
"
M. CZ. eft très fatisfaite que l'il'uftre.
Corpsde l'Academie des Sciences veüille
bien l'a gréger au nombre des Membres
qui le composent , en lui offrant fes nobles
travaux * depuis l'année 1699
jufqu'à préfent , comme un Tribut appartenant
de droit à chaque Académicien
; quefon Maître cherchera les occafions
d'en marquer fa reconno : fance ;
& que par la recherche exacte de toutes
les curiofitez les nouveautez que S.
M. pouradécouvrir dans fes Etats , elle
tâchera en les communiquant , de mé
riter le nom d'un bon Membre de cette
illuftre Académie.
du
S. M. approuve fort vôtre pensée ,
Monfieur, qu'en fait de Science , la difinition
fe tire moins du rang , que dis
génie , des talents & de l'application.
Pour ce qui vous concerne , elle est très
fenfible à votre manière d'agir envers
elle , pendant fon féjour en France , &
fouhaite des occafions de vous témoigner
toute l'amitiéqu'elle a confervéepourpous .
Pource qui eft de moi , M,je ne perdrai
jamais le précieux fouvenir de vôt , baute
capacité & decette extréme politeffe qui
• vous attirel'eftime la vénération de tous
les honêtes gens.
Fermer
69
p. 286-296
Suplément au Journal de Paris.
Début :
Le Roy, aprés avoir assisté à tout l'Office de Noël, [...]
Mots clefs :
Orateur, Sermon, Abbé, Courtisan, Duchesse, Officiers, Duc d'Orléans, Princesse, Marquis, Hommes, Opéra, Libraires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suplément au Journal de Paris.
Suplément au Journal de Paris.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
LoyedeNo , entendit le beau
E Roy, aprés avoir affifté à tout
,
Sermon du P. Surian de l'Oratoire ,
dont le compliment à S. M. fut trés
applaudi. Cet Orateur Evangélique lui
*
DE DECEMBRE. 287
appliqua hûreufement ces paroles de
Şalomon : Parvulus ego fum , afpice in
me , fecifti me regnare pro patre meo .
Le Roy pendant le Sermon êtoit affis
fur un fauteuil , ayant à fa droite M.
le Card. de Rohan Grand -Aumônier ,
Mrs les Abbez de la Vieuville , Milon
, Maulevrier , d'Argentré & Caulet
fes Aumôniers ; à fa gauche Mgr le
Duc du Maine , & derriere , M. le Duc
de Villeroy & M. de Frejus fon précepteur.
M. le Prince de Cellamaré
Ambaffadeur d'Efpagne étoit vis- àvis
S. M. , & M. le Card . de Polignac
fur la gauche du Prie- Dieu . Toute la
la Chapelle étoit remplie d'un grand
nombre de Courtifans. Madame la
Comteffe d'Egmont fit la quête , pendant
qu'on chantoit le Magnificat à
Vêpres.
>
Le 24 du même mois , veille de Noël ,
Madame , Ducheffe de Berry , fe rendit
à l'Eglife de Saint Sulpice fa
Paroiffe pour y entendre la
Grand'Meffe Elle y arriva à onze
heures & demie , & n'en fortit qu'à
deux : On avoit placé fon Prie- Dieu
au milieu du Chour ; où quarante de
fes Gardes étoient rangez en haye , le
288 * LE MERCURE
4
moufquet fur l'épaule : Au - devant du
prie- Dieu , fur la droite , êtoient M.
I'Archevêque de Tours , fon premier
Aumônier , M. l'Abbé de Rouget , M.
l'Abbé du Tremblé , M. l'Abbé d'Avejan
, & M. l'Abbé d'Anglade fes Aumôniers
, tous en Rochet. A la droite
de fon fauteuil , êtoit Madame la Ducheffe
de Saint Simon fa Dame d'honneur
, Meſdames les Marquifes de
Pons & de Mouchi , fes Dames datours ;
fur fa gauche , M. le Marquis de Cotenfao
fon Chevalier d'honneur , Mrs
le Chevalier d'Hautefort & Comte de
Rions fes premiers Ecuyers : Entre le
fauteuil & le prie Dieu , êtoient fur la
droite , Meldames les Marquifes d'Armentiers
& de Braffac ; fur la gauche,
Mefdames les Marquifes de Laval &
d'Arpajou , fes Dames du Palais : Derriere
fon fauteuil , êtot M. le Marquis
de la Rochefoucault fon Capitaine des
Gardes , & les autres Officiers de fa
Maifon Cette Princeffe alla à l'Offrande
, & donna dix Louis : Elle fit
de grandes libéralitez aux Quêteufes :
Madame de Courtemer y fit la quêre,
& M. le Duc de la Force y rendit les
Pains benits , qui furent portez avec
-
beaucoup
DE DECEMBRE. 289
beaucoup de folennité , accompagnez
de huit Haubois , fix Trompettes &
Timbales. La Grand'Meffe & Laudes
finies , cette Princeffe s'en retourna à
fon Pa'ais du Luxembourg ; efcortée
de fes Gardes du Corps , & de fes cent
Suiffes , dont le Tambour batit aux
champs , en entrant & fortant de l'Eglife
: Cette Princeffe alla le jour de
Noël entendre les Vêpres & le Salut
aux Carmelites de la rue Grenelle.
Le mêmejour Mer le Duc d'Orleans
alla entendre Matines & les trois Meffes
aux Peres de l'Oratoire de la rue
S. Honoré , précedé de M. l'Abbé Saucroix
fon Aumônier en quartier & du
reite de fa Chapelle accompagné
de M's les Marquis de la Fare, d'Etampes
, Capitaine des Gardes ; de M.
le Marquis de Simiane fon premier
Gentilhomme , & du refte de fa Maifon
Ce Prince fe rendit le jour de
Noël à l'Eglife de S. Eustache fa Pa-
Toiffe pour y entendre la grande Meſſe,
MADAME s'y rendit auffi , ayant communié
par les mains de M. de Magnas
fon premier Aumônier : Cette Princeffe
avoit à fa droite M. l'Abbé de Belle-
Fontaine , M. l'Abbé de Verthamon
& M. l'Abbé de la Gerle fes Aumôniers
en Rochet . Madame la Ducheſſe de
D.cembre 1717.
Bb
:
290 LE MERCURE
Brancas fa Dame d'honneurs , Madame
de Chateautiers fa Dame d'atour , M.
le Comte de Mortagne fon Chevalier
d'honneur , & M. le Comte de Simiane
fon premier Ecuyer. Le même
jour , ce Prince & Madame allérent à
1'Eglife entendre les Vêpres & le
Salut.
Le 25. Madame la Ducheffe de
Berry a fait M. le Marquis de Jars la
Roche- Chouart , Major dans fes Gardes
; cette Princeffe a fait aufli donner
un Jufte- au-corps de Brévet d'entrée
chez le Roy, à M. le Marquis de Ryons
Lieutenant de fes Gardes , & Gouverneur
de Cognac.
Toute la Nobleffe de Bretagne fe
conforme aux ordres dn Roy : Elle
envoye deux Députez à S. M. pour
lui faire fes foûmiffions.
On a appris que les Etats de Languedoc
voulant témoigner leur zele
& leur empreffement pour le fervice
du Roy , & fubvenir aux befoins de
l'Etat. , avoient accordé le 14 de ce
'mois d'un commun confentement , le
don gratuit ordinaire. Ils fupplioient
en même tems S. M. de leur conferver
M. de Bafville qui leur eft fort cher ,
& tout à fait néceffaire par fa pru
dence , & par la connoiffance qu'il a
DE DECEMBRE. 291
des affaires de la Province .
· M. l'Abbé Dubois eft reparti depuis
quelques jours pour l'Angleterre.
La Cour a envoyé des Lettres circulaires
aux Infpecteurs des Troupes ,
pour qu'ils ûffent à envoyers leur avis
par écrit , fur la réfolution où l'on eſt
d'augmenter l'Infanterie de Jo hommes
par Compagnie , & la Cavalerie
de Maîtres .
S
M. d'Ofier célébre Généalogifte , a
cédé tous fes Livres & fes Manufcrits
à la Biblioteque du Roy ; ' moyennant
une Penfion de 2000 livres, fa vie du
rant.
On va commencer inceffament l'Im
preffion des Vies des hommes illuftres
de Plutarque , revûës fur le manufcrit ,
& traduites en françois avec des remarques
hiftoriques & critiques , & le
Suplément des comparaifons qui ont
êté perdues . On décorera cet Ouvrage
des Têtes gravées d'aprés les Anti -
ques du Cabinet du Roy , ou autres
Monumens anciens , avec un indice
général de toutes les matiéres , par M.
Dacier de l'Académie Royale des Infcriptions
& belles Lettres , Sécrétaire
perpétuel de l'Académie Françoife ,
& Garde des Livres du Cabinet du
Roy , en VIII . Vol . In quarto , Ou-
B bij
192 LEMERCURE
vrage propofé , par foufcription.
On s'adreffera pour les foufcriptions
anx Libraires ici défignés : A Rome
chez J. B. Andreoli , à Leipfix ,
chez Thomas Fritch , à Londres , chez
Paul Vaillant ; à Léïde , chez P. Vander
Aa ; à la Haye , chez Henry du
Sauzer ; à Bruxelles ; chez F. Foppens;
à Lyon , chez Antoine Boudet ; à
Renres , chez Joſeph Vatart à Tou-
Joufe , chez Jean Tenne ; & à Paris ,
•hez Antoine Urbain Coutelier
Il y a quelques jours que l'on apprit 11
que le Courier revenant d'Espagne
avoit êté arrêté ; qu'on avoit enlevé de
la male deux paquets de Lettres , l'un
pour la Cour , & l'autre , pour l'Italie ,
& qu'on n'avoit point touché aux Lettres
des particuliers.
Les Lettres de Cadix du 7 , portent
que le Vaiffeau l'Hermione étoit entré
dans ce Port , avec prés de 40 millions,
dont 20 en lingois , & le refte en
Cochenilles & en differentes marchandifes
de prix. Ellesajoutent que la Flote
des Indes êroit abordée à la Havanne .
& qu'elle devoit arriver inceffament à
Cadix fort richement chargée.
Madame Ducheffe de Berry , ayant
dans fa Maifon une Charge de Maître
de fa Garde- Robe , qui n'avoit pas
DE DECEMBRE..: 293
efté remplie jufqu'alors , vient d'en
gratifier M. de Bonnivet Capitaine
dans le Régiment de Cavalerie de la
Tremoille Certe Princeffe y a attribué
peu de fonctions ; mais , des appointemens
affez confidérables ; &
cela , en confidération de la naiffance
illuftre de M. Gouffier , Marquis de
Bonnivet , forri de l'une des plus an
ciennes Maifons de Poitou , fi féconde
en grands hommes. -
Le 26 , Madame du Guefclin Cha-.-
noineffe de Miremont , manqua d'être
affaffinée par un Laquais qui la fervoir ..
Il s'êtoit caché fous fon lit , & dans le
tems qu'il la crut endormie , il eftoit
prêt à la percer d'un coup d'épée , lorfque
cette Dame ayant fenti une maint
qui la touchoit , elle fe leva précipi
tament farfon féant , & ayant préfenté
fes mains au devant , elle ûr le bon- :
heur d'empoigner l'épée , & en ayant
gagné le fort,elle ût l'adreffe de def
armer ce fripon , & aïant crié auffitor
aufecours ; elle ût encore la bonté de
kui dire de fe fauver . On prétend que
fa fille de Chambre & ce malhûreux
êtoient d'intelligence pour lui ôter la
vie , & enfuite la voler ; ils font l'un
& l'autre en prifon.
On commence à avoir des indices .
B biij
294 LE MERCURE
-
"
prefque certains de l'Auteur de la
mort de M. l'Abbé de Bonneuil & de
fon Valet. On ne doute plus préfentement
que ce ne foit un nommé Ruelle
, ci- devanr Soldat au Garde , qui
feul a commis ce meurtre. Il eft conf
tant qu'il n'en vouloit qu'au Domeftique
duquel il eftoit ami ; & croyant
avoir le tems, aprés s'en eftre défait, de
faire fa main; mais , comme je l'ai déja
remarqué , l'Abbé eftant arrivé plûtor:
que ce Scélérat n'avoit compté, il fe déermina
fur le champ de le tuer ; & en
teffet , il y a toute apparence que le
Maître eftant entré fans aucune défiance,
il lui affena un coup de lévier fur la
tête dont il l'étourdit , & l'acheva enfuite
: Aprés quoy,il fe retira avec un fac
de 1000 l , une Tabatiere & une Montre
d'or , qu'il remit le lendemain matin
aprés bien des allées & venues à l'Epoufe
du Valet qu'il avoit affaffiné ::
On a des preuves certaines de ce faits,
la femme eft en prifon , & l'on vient
d'apprendre queRuele eftant fur le point
d'eftre arrefté par deux Exempts qui:
l'avoient fuivi à Bar- le- Duc , s'eftoit
plongé un Poignard dans le coeur dont
il est mort. Le fcellé que l'on avoit
d'abord appofé fur toutes les Armoires
& Commodes de M. l'Abbé de BonDE
DECEMBR.E. 195
neuil a efté levé ; on y a encore trouvé
1400 liv . en espéces.
Le 29. l'Opera ouvrit pour la premiere
fois le Bal, tel qu'il s'eft donné
les années précedentes , il continuera
à l'ordinaire. M. Dancourt prépare une
petite Comédie , fous le titre de la Déroute
du Pharaon .
On s'eft mépris dans le Mercure de:
Novembre , lorsqu'on a avancé , que le
Roy d'Espagne avoit exilé le Duc de Linarés
; c'eſt le Duc d'Eſcalona , Grand
Maître de la Maifon du Roy , Chevalier
de la Toifon d'Or , & ci- devant
Vice- Roy de Naples : Il paffe pour un
des plus fçavans hommes de l'Efpagne ;
comme fon exil ne provenoit que de
quelques formalitez du Palais touchant
fa Charge , il ne faut pas être furpris,
fi S. M. C. la rapellé bien- tôt , & fi elle
l'a comblé d'honneurs & de careffes à
fon arrivée , auffi bien que le Comte de
Montijo , qui avoit êté éloigné de la
Cour , pour avoir toleré quelques - uns
de fes Domeftiques furpris en contrebande
.
Feu M. le Noble aïant compofé plufieurs
ouvrages qu'il a fait imprimer
par differents Libraires ; ce qui les rend
trés-rares ; M.. Ribou a crû faire plaifir
au Public de les ramaffer enſemble , &
296
DE
DECEMBRE
d'en donner une nouvelle Edition , fans
aucun retranchement, que de quelques
piéces qui ont paru fous fon nom avant
fa mort , & qui ne font pas de lui.
Fermer
70
p. 138-139
Italie.
Début :
Le 20. du mois passé le Pape tint un Consistoire, dans lequel S. S. proposa [...]
Mots clefs :
Abbé, Évêque, Cardinal, Pape, Consistoire, Évêché, Archevêché
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Italie.
Italie.
LE 2p. du mois pafle le Pape tint mt
Consistoire , dans lequel S. S. pro
posa l'Archevêché de Camhray pour l'Êvêque
de Laon ; le Cardinal Ottoboni ,
Protecteur des affaires de France, pro
posa l'Evêché d* Autun , pour l'Abbé de
Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire
de Besançon. il préconisa ensuite l'Evêque
de Nantes, Premier Aumônier de
feu Monsieur le Duc d'Orleans , pouf
l'Archevêché de Rouen j l'Evêque de
S. Papoul , pour .1'Eyêché de Mende ;
l'Abbé de Froulay , Comte de Lion , 8c
Aumônier du Roy , pour l'Evêché du;
Mans; l'Abbé Boucaud, pour l'Evêché
d'AIet i l'Abbé de Bussi.Rabutin , pour
celui de LuçonJ l'Evêque d'Alais , pour
l'Abbaye de Montebourg ; l'Abbé d'Harcourt
Beuvron, peur celle de Signi, 8c
l'Abbé d'Alegre , pour celle de Bourgueil.
A la fin du Consistoire , le Pape de
clara au Sacré College, qu'ayant fait
exami7
A N V I E R í7i4. 15,
examiner l'a'íFaire du Cardinal Alberoni,
. elle avoic donné un Bref pour fa déchar
ge. Le Cardinal Oli vieri rida lecture de
ce Bref, qui fut generalement approuve-
Le 16. de l'autre mois ie feu prit à
Milan, au Bureau de la Secretairerie de
la Guerre , lequel fut entierement con
sumé , ainsi que la íalle d'audience des
Ministres Etrangers , & quelques autres
appartenons du <Palais Ducal. Trois
hommes ont peri dans cet incendie r 8c
plusieursautres períonnesont étébleííées.
la Comtesse de Colloredo fut contrainte
de se sauver chez laPrincelIè Triv,ulce,
avec ses pierreries, & tout ce qu'elle
.avoit de plus précieux.
L'Ambassadeur de Venise , M. Pierre
.Capello fit íòn entrée publique à Rome
.1e 28. du mois passé , accompagné de plus
de cent carosses. Le Cardinal Ottoboni
;le conduisit à l'audience du Pape ayec
les ceremonies accoutumées.
Le jour de Noël le Pape fit la ceremo
nie ordinaire de benir l'Estoc & l'Epée
que les Pontifes ont coutume d'envoyer
au x Princes qui font la guerre contre les
infideles.
LE 2p. du mois pafle le Pape tint mt
Consistoire , dans lequel S. S. pro
posa l'Archevêché de Camhray pour l'Êvêque
de Laon ; le Cardinal Ottoboni ,
Protecteur des affaires de France, pro
posa l'Evêché d* Autun , pour l'Abbé de
Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire
de Besançon. il préconisa ensuite l'Evêque
de Nantes, Premier Aumônier de
feu Monsieur le Duc d'Orleans , pouf
l'Archevêché de Rouen j l'Evêque de
S. Papoul , pour .1'Eyêché de Mende ;
l'Abbé de Froulay , Comte de Lion , 8c
Aumônier du Roy , pour l'Evêché du;
Mans; l'Abbé Boucaud, pour l'Evêché
d'AIet i l'Abbé de Bussi.Rabutin , pour
celui de LuçonJ l'Evêque d'Alais , pour
l'Abbaye de Montebourg ; l'Abbé d'Harcourt
Beuvron, peur celle de Signi, 8c
l'Abbé d'Alegre , pour celle de Bourgueil.
A la fin du Consistoire , le Pape de
clara au Sacré College, qu'ayant fait
exami7
A N V I E R í7i4. 15,
examiner l'a'íFaire du Cardinal Alberoni,
. elle avoic donné un Bref pour fa déchar
ge. Le Cardinal Oli vieri rida lecture de
ce Bref, qui fut generalement approuve-
Le 16. de l'autre mois ie feu prit à
Milan, au Bureau de la Secretairerie de
la Guerre , lequel fut entierement con
sumé , ainsi que la íalle d'audience des
Ministres Etrangers , & quelques autres
appartenons du <Palais Ducal. Trois
hommes ont peri dans cet incendie r 8c
plusieursautres períonnesont étébleííées.
la Comtesse de Colloredo fut contrainte
de se sauver chez laPrincelIè Triv,ulce,
avec ses pierreries, & tout ce qu'elle
.avoit de plus précieux.
L'Ambassadeur de Venise , M. Pierre
.Capello fit íòn entrée publique à Rome
.1e 28. du mois passé , accompagné de plus
de cent carosses. Le Cardinal Ottoboni
;le conduisit à l'audience du Pape ayec
les ceremonies accoutumées.
Le jour de Noël le Pape fit la ceremo
nie ordinaire de benir l'Estoc & l'Epée
que les Pontifes ont coutume d'envoyer
au x Princes qui font la guerre contre les
infideles.
Fermer
Résumé : Italie.
En Italie, le 2 du mois, le Pape organisa un consistoire au cours duquel plusieurs nominations ecclésiastiques furent proposées. Le Cardinal Ottoboni suggéra l'Évêché d'Autun pour l'Abbé de Blitersvich de Moncley, Grand Vicaire de Besançon. D'autres nominations inclurent l'Archevêché de Rouen pour l'Évêque de Nantes et l'Évêché de Mende pour l'Évêque de S. Papoul, ainsi que plusieurs autres postes en France. Le Pape annonça également qu'il avait examiné l'affaire du Cardinal Alberoni et émis un bref pour sa décharge, approuvé par le Cardinal Olivieri. Le 16 du mois suivant, un incendie à Milan détruisit le Bureau de la Secretairerie de la Guerre et d'autres parties du Palais Ducal, causant trois morts et plusieurs blessés. La Comtesse de Colloredo dut se réfugier chez la Princesse Trivulce. Le 28 du mois précédent, l'Ambassadeur de Venise, M. Pierre Capello, fit une entrée publique à Rome, accompagné de plus de cent carrosses et conduit à l'audience du Pape par le Cardinal Ottoboni. Le jour de Noël, le Pape bénit l'Estoc et l'Épée destinés aux Princes combattant les infidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
71
p. 1618-1619
These en Sorbonne, [titre d'après la table]
Début :
Le 6 de ce mois, M. l'Abbé de Pont-Chartrain, (Charles-Henry Phelippeaux), [...]
Mots clefs :
Thèse, Soutenance de thèse, Abbé, Question théologique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : These en Sorbonne, [titre d'après la table]
Le 6 de ce mois , M. l'Abbé de Pont-
Chartrain , Charles-Henry Phel ppeaux ),
frere
JUILLET. 1730. 1619
frere de M. le Comte de Maurepas , Miniftre
& Secretaire d'Etat , foûtint en Sorbonne
une Thele : Pro Minore Ordina
ria ; à laquelle préfida Monfieur Frederic-
Jerôme de Roye de la Rochefoucault
Archevêque de Bourges , Primat d'Aquitaine
, Docteur de Sorbonne , fon oncle,
L'Affemblée , à laquelle M. l'Archevêque
de Paris , ainfi qu'un grand nombre d'autres
Prélats , & plufieurs perfonnes de diftinction
de la Cour & de la Ville affifterent
, fut des plus brillantes .
La Question Theologique de cette Thefe
étoit fur les Sacremens , & priſe de la
feconde Epitre aux Corinthiens , ch.1.v.22 ,
Qua funt pignora Spiritus in Cordibus noftris
? L'Illuftre Répondant y fit paroître
beaucoup d'efprit & d'érudition , & cet
Acte fut fort applaudi.
Toute la Thele étoit gravée au bas d'une
tres-belle Eftampe , reprefentant le Sauveur
dans le Temple , au milieu des Docteur
, à l'âge de 12 ans , d'après un Tableau
de Michel Corneille , avec ce Titre :
MATREM AD ALTIORA REVOCANTI.
Chartrain , Charles-Henry Phel ppeaux ),
frere
JUILLET. 1730. 1619
frere de M. le Comte de Maurepas , Miniftre
& Secretaire d'Etat , foûtint en Sorbonne
une Thele : Pro Minore Ordina
ria ; à laquelle préfida Monfieur Frederic-
Jerôme de Roye de la Rochefoucault
Archevêque de Bourges , Primat d'Aquitaine
, Docteur de Sorbonne , fon oncle,
L'Affemblée , à laquelle M. l'Archevêque
de Paris , ainfi qu'un grand nombre d'autres
Prélats , & plufieurs perfonnes de diftinction
de la Cour & de la Ville affifterent
, fut des plus brillantes .
La Question Theologique de cette Thefe
étoit fur les Sacremens , & priſe de la
feconde Epitre aux Corinthiens , ch.1.v.22 ,
Qua funt pignora Spiritus in Cordibus noftris
? L'Illuftre Répondant y fit paroître
beaucoup d'efprit & d'érudition , & cet
Acte fut fort applaudi.
Toute la Thele étoit gravée au bas d'une
tres-belle Eftampe , reprefentant le Sauveur
dans le Temple , au milieu des Docteur
, à l'âge de 12 ans , d'après un Tableau
de Michel Corneille , avec ce Titre :
MATREM AD ALTIORA REVOCANTI.
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Résumé : These en Sorbonne, [titre d'après la table]
Le 6 juillet 1730, Charles-Henry Phelppeaux, abbé de Pontchartrain et frère du comte de Maurepas, ministre et secrétaire d'État, soutint une thèse en Sorbonne. La cérémonie fut dirigée par Frédéric-Jérôme de Roye de La Rochefoucault, archevêque de Bourges, primat d'Aquitaine et docteur de Sorbonne, oncle de l'abbé de Pontchartrain. L'événement rassembla l'archevêque de Paris, plusieurs prélats et des personnalités distinguées de la cour et de la ville. La thèse portait sur les sacrements, basée sur la seconde épître aux Corinthiens, chapitre 1, verset 22 : 'Quæ sunt pignora Spiritus in cordibus nostris ?' Le répondant démontra une grande érudition et fut vivement applaudi. La thèse était illustrée par une estampe représentant le Sauveur dans le Temple, entouré des docteurs à l'âge de 12 ans, d'après un tableau de Michel Corneille, intitulée 'MATREM AD ALTIORA REVOCANTI'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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72
p. 2961-2963
ITALIE.
Début :
Le 30. Novembre les Peres de la Compagnie de Jesus élurent pour leur General le Pere [...]
Mots clefs :
Cardinal, Abbé, Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
E 30. Novembre les Peres de la Compagnie
de Jefus élurent pour leur General le Pere
François Res , du Royaume de Bohéme , âgé de
54. ans ; il exerçoit la Charge de Vicaire Genéral
de leur Ordre depuis la mort de leur préce
dent General.
On a affiché un ordre du Pape , figné par le
Cardinal Secretaire d'Etat , par lequel M. Cofcia,
Evêque Titulaire de Targa , eft cité à comparoître
dans un mois aux pieds de S. S à peine de
fufpenfion à divinis , de l'entrée de l'Eglife &
de faifie de tous fes revenus Ecclefiaftiques ; fi
dans le fecond mois il n'a pas encore company ,
}
19
II. Vol. Loij tous
2962 MERCURE DE FRANCE
tous les Benefices feront impetrables , & s'il continue
ae defobéir jufqu'au troifiéme mois , il encourera
l'excommunication majeure , & fera privé
de la Dignité Epifcopale.
Le Cardinal de Polignac eft allé à Orviette tenir
fur les Fonts de Baptême , au nom du Roi
T. Ch. le fils du Marquis Gualterio , & il doit
remettre à la Mere de l'enfant un portrait de
$. M. T. Ch . enrichi de diamans .
Le 11. Decembre , il y eut dans l'Antichambre
du Pape un Confiftoire fecret , dans lequel
S. S. propofa fix nouveaux Evêques , après quoi
elle nomma le Cardinal Aldobrandini à la Lega.
tion de Bologne ; le Cardinal Grimaldi à celle
de Ferrare & le Cardinal Maffei à celle de la
Romagne.
L'affaire du Grand - Prieur de Rome a été décidée
en faveur du Cardinal Cibo , mais le Pape
ayant voulu charger ce Prieuré d'une penfion
confiderable , affectée à l'entretien des Galeres
de Malte , ce Cardinal s'en eſt démis entre les
mains de S. S. qui l'a donné au Cardinal Rufpoli
, à la charge d'une penfion pour le Cardinal
Cibo.
Dans le Confiftoire du 11. de ce mois le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France
, propofa l'Evêché de Mirepoix pour le Pere
Boyer , Théatin , l'Abbaye de S. Etienne de Bal
fac Ordre de S. Benoît , Diocèle de Saintes
pour l'Abbé de la Vigerie ; il préconifa enfuite
' Abbé de Vaugirauld , pour l'Evêché d'Angers,
dont il étoit Grand- Vicaire.
Dans le Confiftoire du 18. le même Cardinal
propofa Evêché de Carcaffonne & l'Abbaye
de la Graffe dans le même Diocèfe , pour l'Abbé
de Bezons , & l'ivêché d'Angers pour l'Abbé
de Vaugirauld. Il préconifa l'Abbé de Forbin
,
11. Vol
d'Oppede
DECEMBRE. 1730. 2963
d'Oppede , Aumônier du Roi T. Ch. pour l'Abbaye
de S. Florent- lez - Saumur , Diocèſe d'An
gers.
On a appris que le peuple de Benevent s'étoit
attroupé , & que malgré les défenſes il avoit arraché
du Portail du Palais Archiepifcopal les
Armes du Cardinal Coſcia. On mande de Rome
que ce Cardinal n'offrant fa démiffion de l'Archevêché
de Benevent qu'à condition de retenir
deffus une penfion de 3000. écus , & de conferver
la collation des Benefices qui en dépendent,
fa démiffion n'a point été acceptée. Le bruit
court qu'en cas que ce Cardinal foit forcé de
fe demettre fans referve de cet Archevêché , il
fera donné au Cardinal Grimaldi.
On mande de Genes que M. Jerôme Venerofo
qui étoit allé dans l'Ile de Corfe en qualité
de Commiffaire de la République , eft revenu
à Genes avec les deux Galeres qui l'avoient
accompagné , & l'on croit que M. Camille Doria
ira en fa place dans cette Ifle , d'où l'on
mande que les Revoltés des Montagnes s'étoient
retirés dans leurs habitations , après avoir
remis leurs armes dans des Magazins publics
E 30. Novembre les Peres de la Compagnie
de Jefus élurent pour leur General le Pere
François Res , du Royaume de Bohéme , âgé de
54. ans ; il exerçoit la Charge de Vicaire Genéral
de leur Ordre depuis la mort de leur préce
dent General.
On a affiché un ordre du Pape , figné par le
Cardinal Secretaire d'Etat , par lequel M. Cofcia,
Evêque Titulaire de Targa , eft cité à comparoître
dans un mois aux pieds de S. S à peine de
fufpenfion à divinis , de l'entrée de l'Eglife &
de faifie de tous fes revenus Ecclefiaftiques ; fi
dans le fecond mois il n'a pas encore company ,
}
19
II. Vol. Loij tous
2962 MERCURE DE FRANCE
tous les Benefices feront impetrables , & s'il continue
ae defobéir jufqu'au troifiéme mois , il encourera
l'excommunication majeure , & fera privé
de la Dignité Epifcopale.
Le Cardinal de Polignac eft allé à Orviette tenir
fur les Fonts de Baptême , au nom du Roi
T. Ch. le fils du Marquis Gualterio , & il doit
remettre à la Mere de l'enfant un portrait de
$. M. T. Ch . enrichi de diamans .
Le 11. Decembre , il y eut dans l'Antichambre
du Pape un Confiftoire fecret , dans lequel
S. S. propofa fix nouveaux Evêques , après quoi
elle nomma le Cardinal Aldobrandini à la Lega.
tion de Bologne ; le Cardinal Grimaldi à celle
de Ferrare & le Cardinal Maffei à celle de la
Romagne.
L'affaire du Grand - Prieur de Rome a été décidée
en faveur du Cardinal Cibo , mais le Pape
ayant voulu charger ce Prieuré d'une penfion
confiderable , affectée à l'entretien des Galeres
de Malte , ce Cardinal s'en eſt démis entre les
mains de S. S. qui l'a donné au Cardinal Rufpoli
, à la charge d'une penfion pour le Cardinal
Cibo.
Dans le Confiftoire du 11. de ce mois le Cardinal
Ottoboni , Protecteur des affaires de France
, propofa l'Evêché de Mirepoix pour le Pere
Boyer , Théatin , l'Abbaye de S. Etienne de Bal
fac Ordre de S. Benoît , Diocèle de Saintes
pour l'Abbé de la Vigerie ; il préconifa enfuite
' Abbé de Vaugirauld , pour l'Evêché d'Angers,
dont il étoit Grand- Vicaire.
Dans le Confiftoire du 18. le même Cardinal
propofa Evêché de Carcaffonne & l'Abbaye
de la Graffe dans le même Diocèfe , pour l'Abbé
de Bezons , & l'ivêché d'Angers pour l'Abbé
de Vaugirauld. Il préconifa l'Abbé de Forbin
,
11. Vol
d'Oppede
DECEMBRE. 1730. 2963
d'Oppede , Aumônier du Roi T. Ch. pour l'Abbaye
de S. Florent- lez - Saumur , Diocèſe d'An
gers.
On a appris que le peuple de Benevent s'étoit
attroupé , & que malgré les défenſes il avoit arraché
du Portail du Palais Archiepifcopal les
Armes du Cardinal Coſcia. On mande de Rome
que ce Cardinal n'offrant fa démiffion de l'Archevêché
de Benevent qu'à condition de retenir
deffus une penfion de 3000. écus , & de conferver
la collation des Benefices qui en dépendent,
fa démiffion n'a point été acceptée. Le bruit
court qu'en cas que ce Cardinal foit forcé de
fe demettre fans referve de cet Archevêché , il
fera donné au Cardinal Grimaldi.
On mande de Genes que M. Jerôme Venerofo
qui étoit allé dans l'Ile de Corfe en qualité
de Commiffaire de la République , eft revenu
à Genes avec les deux Galeres qui l'avoient
accompagné , & l'on croit que M. Camille Doria
ira en fa place dans cette Ifle , d'où l'on
mande que les Revoltés des Montagnes s'étoient
retirés dans leurs habitations , après avoir
remis leurs armes dans des Magazins publics
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Résumé : ITALIE.
Le 30 novembre, les Jésuites élurent François Res comme nouveau Général. Le Cardinal Secrétaire d'État convoqua Mgr Coscia, Évêque de Targa, à comparaître devant le Pape sous peine de suspension et d'excommunication. Le Cardinal de Polignac baptisa le fils du Marquis Gualterio et remit un portrait du Roi à la mère. Le 11 décembre, un consistoire secret nomma les Cardinaux Aldobrandini, Grimaldi et Maffei aux légations de Bologne, Ferrare et Romagne. L'affaire du Grand-Prieuré de Rome fut résolue en faveur du Cardinal Cibo, qui transmit ensuite cette charge au Cardinal Ruspoli. Le Cardinal Ottoboni proposa plusieurs postes ecclésiastiques, dont l'évêché de Mirepoix, l'abbaye de Saint-Étienne de Baulge, et l'évêché d'Angers. Lors du consistoire du 18 décembre, il proposa l'évêché de Carcassonne, l'abbaye de la Grave, et l'abbaye de Saint-Florent-lez-Saumur. À Benevent, la population enleva les armes du Cardinal Coscia du portail du Palais Archépiscopal. On murmurait que l'archevêché pourrait être donné au Cardinal Grimaldi si Coscia démissionnait. À Gênes, Jérôme Veneroso revint de Corse avec deux galères, et Camille Doria était attendu pour le remplacer. Les rebelles des montagnes avaient remis leurs armes dans des magasins publics.
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73
p. 798-803
Entré du Nonce, son Audience, et description des Langes, [titre d'après la table]
Début :
Le 8 Avril, l'Abbé Lanti, Nonce Extraordinaire du Pape [...]
Mots clefs :
Abbé, Officiers, Nonce, Duc, Duchesse, Audience, Langes bénits, Damas bleu, Syndics, Loterie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Entré du Nonce, son Audience, et description des Langes, [titre d'après la table]
Le 8 Avril , l'Abbé Lanti , Nonce Extraordinaire
du Pape , fit son Entrée publique
à Paris. Le Prince de Guise , et
M. Hebert , Introducteur des Ambassa→
deurs , allerent le prendre dans les Carosses
du Roi et de la Reine , au Convent de
Picpus , d'où la marche se fit en cet ordre :
Le Caroffe de l'Introducteur , ceux du
Prince de Guise , précedez de son Ecuyer
et de ses Pages à cheval ; un Suiffe du Nonce
à cheval ; les Estafiers du Nonce à
pied quatre Officiers , l'Ecuyer et quatre
Pages à cheval ; le Carosse du Roi , à
côté duquel marchoient la Livrée du Prince
, et celle de M. Hebert ; le Caroffe de
la Reine et celui de Madame la Duchessed'Orleans
, Douairiere , ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Princesse
de Conty , seconde Doüairiere , de
la Princesse de Conty , troisiéme Douairierc
>
9.
AVRIL 1731 799
riere , du Prince de Conty , du Duc et de
la Duchesse du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte et de
la Comtesse de Toulouse et celui de
M. Chauvelin , Garde des Sceaux ; Ministre
et Secretaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangeres : et à une
distance de 30 à 40 pas , les quatre Caros-
.ses du Nonce.
Après qu'il fut arrivé à son Hôtel , il
fut complimenté de la part du Roy par le
Duc de Tresmes , Premier Gentilhomme
de la Chambre ; de la de la Reine ,
part
par le Marquis de Villacerf , son premier
Maître d'Hôtel , et de la part de Madame
la Duchesse d'Orleans le Marquis
de Crevecoeur , son premier Ecuyer.
2
, par
Le 10 , le Prince de Guise et M. Hebert ,
allerent prendre le Nonce Extraordinaire
du Pape en son Hôtel , et le conduisirent
dans les Carosses du Roi et de la Reine à
Versailles où il eut sa premiere Audience
publique du Roi. Il trouva à son
passage , dans l'avant- cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses , en haye et sous les armes , les
Tambours appellant , et dans la Cour , les
Gardes de la Porte et ceux de la Prévôté
aussi en haye et sous les armes , à leurs
postes ordinaires. Il fut reçû au bas de l'escalier
par le Grand- Maître et le Maître
Hii des
800 MERCURE DE FRANCE
des Cérémonies ; les cent Suisses étant sur
l'escalier en habit de cérémonie , la Hallebarde
à la main , et à la porte et en dedans
de la Salle des Gardes , par le Duc
de Bethune , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye et sous les
armes.
Après l'Audience , le Roi passa dans
son Cabinet , où il fut suivi par le Nonce,
et S. M. vit les langes benits par le Pape ,
pour Monseigneur le Dauphin , qui sont
très- riches , et dont l'ouvrage est d'une
grande beauté. Ces Langes consistent en
trois langes , dont deux sont de drap écarlate
, brodez d'or en plein des deux côtez
, avec des fleurs de Lys , des Couronnes
et des Dauphins ; le troisième est de
Moire bleue et argent , brodé d'or , et
doublé de drap d'or : la bande est de même
étoffe , et brodée d'or avec des perles :
Les Chemises , Mouchoirs , &c. sont par
douzaines , et garnis des plus belles dantelles
d'Angleterre et de Malines , avec
une grande Couverture de Moire bleu et
argent , brodée d'or , avec des Trophées
et Attributs de l'Eglise : la Couverture
pour mettre sur le Berceau est de pareille
étoffe ; et brodée de même , ainsi que deux
grands oreillers de satin bleu brodé , dont
les glands sont d'or trait : la Corbeille dans
laquelle étoit le linge , est faite en forme
de
·
AVRIL. 1731. 801 ·
de Châsse , doublée de Damas bleu , brodé
d'or , et le tout enfermé dans deux
grands coffres de velours cramoisi , brodé
à galons d'or , dont les pieds , les ances et
les fermetures sont d'argent massif.
Le Nonce fut conduit à l'Audience de
la Reine , avec les mêmes cérémonies.
S. M. s'étant rendue chez Monseigneur
le Dauphin , le Nonce y alla , et dans
Audience qu'il eut de Monseigneur le
Dauphin , il lui présenta de la
part da
Pape , les Langes bénits par S. S. Après
avoir été traité par les Officiers du Roi ,
il fut reconduit à son Hôtel par M. Hebert
, dans les Carosses de L. M. avec les
cérémonies accoûtumées.
Le 20. les Députez des Etats de Bourgogne
eurent Audience du Roi , étant conduits
en la maniere accoûtumée par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies , et par M. Desgranges , Maî
tre des Cérémonies. Ils furent présentez
à S. M. par le Duc de Bourbon ; Gouverneur
de la Province , et par le Comte de
Florentin , Secretaire d'Etat. La Députation
étoit composée de l'Abbé Moreau.
Doyen du Chapitre de l'Eglise Cathedrale
d'Auxerre pour le Clergé , qui porta
la
parole ; du Comte de Guitaud pour la
Noblesse et de M. Barrault , Maire de
Hy la
802 MERCURE DE FRANCE.
rs.
la Ville d'Autun , pour le Tiers Etat ; de
M. de Blancey , Secretaire de M. de Montigny
, Trésorier , et de M Ribou et Baron
, Syndics des Provinces de Bresse et
de Pugey. Ils furent conduits ensuite à
l'Audience de la Reine , et à celle de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le
Duc d'Anjou , et de Mesdames de France.
>
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée
, à l'Hôtel de la Compagnie . La Liste
des Numero gagnans des Actions et dixiémes
d'Actions qui doivent être remboursées
, a été rendue publique , faisant
en tout le nombre de 294 Actions ..
,
La Loterie établie par Arrêt du Conseil
du 29 Août dernier , pour le remboursement
des dettes de la Province de Languedoc
, fut tirée à Nismes dans la Grande
Salle des Etats , en présence des Commissaires
de S. M. et de l'Assemblée desdits
Etats les 9. 11 et 13 Janvier dernier..
Les arrérages ont été payez pour les trois.
premiers mois de cette année , avec le
remboursement des Capitaux à Bureau
ouvert , à Paris , à Toulouse , et à Monpellier.
On a imprimé ici la Liste des remboursemens
qui ont été faits par le Tré-
"
sorier
AVRIL. 1731. 803
sorier des Etats de ladite Province , suivant
les Numero gagnans de la Loterie.
Il paroît par cette Liste que la totalité
des Billets qui ont été tirez dans les trois
Séances est de 814. pour le remboursement
de 800932 livres 12 sols , huit deniers
, sur laquelle somme il a été retenu
12 pour cent , conformément à l'Arrêt
du 29 Août 1730.
M. Jeard , Premier Secretaire du Marquis
de Villeneuve , Ambassadeur de
France à Constantinople , après avoir
abordé à Toulon , et y avoir fait quarantaine
, arriva à Versailles au commencement
de ce mois , chargé d'une Lettre
du Grand Seigneur , dans laquelle Sa
Hautesse donne part au Roi de son Avenement
au Trône de ses Ancêtres , et d'une
Lettre du Grand Visir pour S. M. Il
fut présenté au Roi par le Cardinal de
Fleury , et il en fut reçû avec beaucoup
de bonté , après avoir rendu à Son Eminence
, une Lettre du Grand Visir.
du Pape , fit son Entrée publique
à Paris. Le Prince de Guise , et
M. Hebert , Introducteur des Ambassa→
deurs , allerent le prendre dans les Carosses
du Roi et de la Reine , au Convent de
Picpus , d'où la marche se fit en cet ordre :
Le Caroffe de l'Introducteur , ceux du
Prince de Guise , précedez de son Ecuyer
et de ses Pages à cheval ; un Suiffe du Nonce
à cheval ; les Estafiers du Nonce à
pied quatre Officiers , l'Ecuyer et quatre
Pages à cheval ; le Carosse du Roi , à
côté duquel marchoient la Livrée du Prince
, et celle de M. Hebert ; le Caroffe de
la Reine et celui de Madame la Duchessed'Orleans
, Douairiere , ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Princesse
de Conty , seconde Doüairiere , de
la Princesse de Conty , troisiéme Douairierc
>
9.
AVRIL 1731 799
riere , du Prince de Conty , du Duc et de
la Duchesse du Maine , du Prince de Dombes
, du Comte d'Eu , du Comte et de
la Comtesse de Toulouse et celui de
M. Chauvelin , Garde des Sceaux ; Ministre
et Secretaire d'Etat , ayant le département
des Affaires Etrangeres : et à une
distance de 30 à 40 pas , les quatre Caros-
.ses du Nonce.
Après qu'il fut arrivé à son Hôtel , il
fut complimenté de la part du Roy par le
Duc de Tresmes , Premier Gentilhomme
de la Chambre ; de la de la Reine ,
part
par le Marquis de Villacerf , son premier
Maître d'Hôtel , et de la part de Madame
la Duchesse d'Orleans le Marquis
de Crevecoeur , son premier Ecuyer.
2
, par
Le 10 , le Prince de Guise et M. Hebert ,
allerent prendre le Nonce Extraordinaire
du Pape en son Hôtel , et le conduisirent
dans les Carosses du Roi et de la Reine à
Versailles où il eut sa premiere Audience
publique du Roi. Il trouva à son
passage , dans l'avant- cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses , en haye et sous les armes , les
Tambours appellant , et dans la Cour , les
Gardes de la Porte et ceux de la Prévôté
aussi en haye et sous les armes , à leurs
postes ordinaires. Il fut reçû au bas de l'escalier
par le Grand- Maître et le Maître
Hii des
800 MERCURE DE FRANCE
des Cérémonies ; les cent Suisses étant sur
l'escalier en habit de cérémonie , la Hallebarde
à la main , et à la porte et en dedans
de la Salle des Gardes , par le Duc
de Bethune , Capitaine des Gardes du
Corps , qui étoient en haye et sous les
armes.
Après l'Audience , le Roi passa dans
son Cabinet , où il fut suivi par le Nonce,
et S. M. vit les langes benits par le Pape ,
pour Monseigneur le Dauphin , qui sont
très- riches , et dont l'ouvrage est d'une
grande beauté. Ces Langes consistent en
trois langes , dont deux sont de drap écarlate
, brodez d'or en plein des deux côtez
, avec des fleurs de Lys , des Couronnes
et des Dauphins ; le troisième est de
Moire bleue et argent , brodé d'or , et
doublé de drap d'or : la bande est de même
étoffe , et brodée d'or avec des perles :
Les Chemises , Mouchoirs , &c. sont par
douzaines , et garnis des plus belles dantelles
d'Angleterre et de Malines , avec
une grande Couverture de Moire bleu et
argent , brodée d'or , avec des Trophées
et Attributs de l'Eglise : la Couverture
pour mettre sur le Berceau est de pareille
étoffe ; et brodée de même , ainsi que deux
grands oreillers de satin bleu brodé , dont
les glands sont d'or trait : la Corbeille dans
laquelle étoit le linge , est faite en forme
de
·
AVRIL. 1731. 801 ·
de Châsse , doublée de Damas bleu , brodé
d'or , et le tout enfermé dans deux
grands coffres de velours cramoisi , brodé
à galons d'or , dont les pieds , les ances et
les fermetures sont d'argent massif.
Le Nonce fut conduit à l'Audience de
la Reine , avec les mêmes cérémonies.
S. M. s'étant rendue chez Monseigneur
le Dauphin , le Nonce y alla , et dans
Audience qu'il eut de Monseigneur le
Dauphin , il lui présenta de la
part da
Pape , les Langes bénits par S. S. Après
avoir été traité par les Officiers du Roi ,
il fut reconduit à son Hôtel par M. Hebert
, dans les Carosses de L. M. avec les
cérémonies accoûtumées.
Le 20. les Députez des Etats de Bourgogne
eurent Audience du Roi , étant conduits
en la maniere accoûtumée par le
Marquis de Dreux , Grand-Maître des
Cérémonies , et par M. Desgranges , Maî
tre des Cérémonies. Ils furent présentez
à S. M. par le Duc de Bourbon ; Gouverneur
de la Province , et par le Comte de
Florentin , Secretaire d'Etat. La Députation
étoit composée de l'Abbé Moreau.
Doyen du Chapitre de l'Eglise Cathedrale
d'Auxerre pour le Clergé , qui porta
la
parole ; du Comte de Guitaud pour la
Noblesse et de M. Barrault , Maire de
Hy la
802 MERCURE DE FRANCE.
rs.
la Ville d'Autun , pour le Tiers Etat ; de
M. de Blancey , Secretaire de M. de Montigny
, Trésorier , et de M Ribou et Baron
, Syndics des Provinces de Bresse et
de Pugey. Ils furent conduits ensuite à
l'Audience de la Reine , et à celle de Monseigneur
le Dauphin , de Monseigneur le
Duc d'Anjou , et de Mesdames de France.
>
Le 25. la Loterie de la Compagnie des
Indes , pour le remboursement des Actions
, fut tirée en la maniere accoûtumée
, à l'Hôtel de la Compagnie . La Liste
des Numero gagnans des Actions et dixiémes
d'Actions qui doivent être remboursées
, a été rendue publique , faisant
en tout le nombre de 294 Actions ..
,
La Loterie établie par Arrêt du Conseil
du 29 Août dernier , pour le remboursement
des dettes de la Province de Languedoc
, fut tirée à Nismes dans la Grande
Salle des Etats , en présence des Commissaires
de S. M. et de l'Assemblée desdits
Etats les 9. 11 et 13 Janvier dernier..
Les arrérages ont été payez pour les trois.
premiers mois de cette année , avec le
remboursement des Capitaux à Bureau
ouvert , à Paris , à Toulouse , et à Monpellier.
On a imprimé ici la Liste des remboursemens
qui ont été faits par le Tré-
"
sorier
AVRIL. 1731. 803
sorier des Etats de ladite Province , suivant
les Numero gagnans de la Loterie.
Il paroît par cette Liste que la totalité
des Billets qui ont été tirez dans les trois
Séances est de 814. pour le remboursement
de 800932 livres 12 sols , huit deniers
, sur laquelle somme il a été retenu
12 pour cent , conformément à l'Arrêt
du 29 Août 1730.
M. Jeard , Premier Secretaire du Marquis
de Villeneuve , Ambassadeur de
France à Constantinople , après avoir
abordé à Toulon , et y avoir fait quarantaine
, arriva à Versailles au commencement
de ce mois , chargé d'une Lettre
du Grand Seigneur , dans laquelle Sa
Hautesse donne part au Roi de son Avenement
au Trône de ses Ancêtres , et d'une
Lettre du Grand Visir pour S. M. Il
fut présenté au Roi par le Cardinal de
Fleury , et il en fut reçû avec beaucoup
de bonté , après avoir rendu à Son Eminence
, une Lettre du Grand Visir.
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Résumé : Entré du Nonce, son Audience, et description des Langes, [titre d'après la table]
Le 8 avril 1731, l'Abbé Lanti, Nonce Extraordinaire du Pape, fit son entrée publique à Paris. Il fut accueilli par le Prince de Guise et M. Hebert, Introducteur des Ambassadeurs, et transporté dans les carrosses du Roi et de la Reine depuis le couvent de Picpus. La procession comprenait divers carrosses de la famille royale, des nobles et du Nonce. À son arrivée à son hôtel, il fut complimenté par des représentants du Roi, de la Reine et de la Duchesse d'Orléans. Le 10 avril, le Prince de Guise et M. Hebert conduisirent le Nonce à Versailles pour sa première audience publique avec le Roi. À son passage dans l'avant-cour du château, il fut accueilli par les Compagnies des Gardes Françaises et Suisses en armes. Après l'audience, le Roi montra au Nonce les langes bénits par le Pape pour le Dauphin, richement ornés et brodés. Le Nonce fut ensuite conduit à l'audience de la Reine et du Dauphin, où il présenta les langes bénits. Le 20 avril, les députés des États de Bourgogne eurent audience du Roi, conduits par le Marquis de Dreux et M. Desgranges. Ils furent présentés par le Duc de Bourbon et le Comte de Florentin. La délégation comprenait des représentants du clergé, de la noblesse et du tiers état. Ils furent ensuite conduits aux audiences de la Reine, du Dauphin, du Duc d'Anjou et de Mesdames de France. Le 25 avril, la loterie de la Compagnie des Indes pour le remboursement des actions fut tirée à l'Hôtel de la Compagnie. La liste des numéros gagnants fut rendue publique, totalisant 294 actions. La loterie pour le remboursement des dettes de la Province de Languedoc fut également tirée à Nîmes en janvier. Les arrérages pour les trois premiers mois de l'année furent payés, ainsi que le remboursement des capitaux à Paris, Toulouse et Montpellier. M. Jeard, Premier Secrétaire du Marquis de Villeneuve, Ambassadeur de France à Constantinople, arriva à Versailles au début du mois. Il apportait des lettres du Grand Seigneur et du Grand Visir, annonçant l'accession au trône du Grand Seigneur. Il fut présenté au Roi par le Cardinal de Fleury et reçut une lettre du Grand Visir.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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74
p. 1162-1167
ITALIE.
Début :
Le Pape a nommé une Congrégation particuliere, composée de quatre Cardinaux et de [...]
Mots clefs :
Pape, Congrégation, Jeux, Loteries de Gênes, Rome, Abbé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Lier
E Pape a nommé une Congrégation particuliere
, composée de quatre Cardinanx et de
quelques Prélats , pour examiner quelics ont été ,
les raisons qui ont déterminé le fou Pape a défendre
les Jeux ou Lotteries de Génes , et a fait
publier une Bulle d'excommunication contre ceux
qui prendroient interêt à ces Lotteries, ou qui en
distribueroient des Billets , et le bruit court que
ces Lotteries pourront être rétablies au profit de
la Chambre Apostolique , et que l'excommuni-
'cation ne subsistera que contre ceux qui se serviront
des moyens superstitieux , détendus par les
Canons , dans l'esperance de faire un choix plus
sûr des Numeros qui doivent leur faire gagner
des Lots.
Sur les grandes contestations du Chap, general
des Carmes Déchaussez , assemblé à Rome, le Pape
Bomma le 10 Avril , le Cardinal Impériali pour
y assister de sa part ; et le 14. ces Religieux élurent
en sa présence le Pere Robert de sainte Anne
pour Général de toute la Congrégation d'Italie.
Ce Religieux qui est né à Bruxelles , où il se
nommoit Arroud de Roy , avant que d'entrer
dans cet Ordre , étoit actuellement Définiteur
Général , et il avoit été auparavant Provincial
de la Province des Pais - Bas.
On mande de Rome qu'on y avoit reçu des dépêches
de M.Guillelmi , que le Pape avoit envoyé
à Turin , portant , qu'étant arrivé à Alexandrie,
il y avoit d'abord été reçu avec beaucoup de dis
tinction , et traité magnifiquement à dîner par le
Gouyer
M A Y. 1731. 1763
Gouverneur, qui, après le repas, lui dit qu'il avoit
ordre du Roy de le faire ressortir de ses Etats, et
de lui donner des Gardes pour le conduire jusques
sur les Frontieres ; ce qui avoit été exécuté .
Dins le Consistoire secret , du 9 Avril , le Pape
proposa l'érection de l'Evêché de Dijon , et les
Bulles de cet Evêché , pour l'Abbé Bouhier.
Le Cardinal Cibo , qu'on croyoit être allé à
Massa, pour y passer quelque temps, s'est rendu
à Gaete , dans le dessein de finir ses jours dans
P'Hermitage de Castellone , aux environs de cette
• Ville ; mais le Pape qui l'aime beaucoup , l'a rapellé
, il est arrivé à Pérouse , où S. S. lui a permis
de passer quelque temps.
Le bruit court que la Congrégation de l'Immunité
a reçu ordre d'agir contre le Cardinal
Fini , qu'on accuse d'être le premier auteur de
tous les différends du S. Siége , avec le Roy de
Sardaigne. On a appris depuis que ce Cardinal a
reçu ordre du Pape de se présenter devant cette
Congrégation , composée des trois Cardinaux ,
Chefs d'Ordres , de M. Fiorelli , et d'un Notaire,
Ces Cardinaux auront des Fauteuils à bras avec
des tapis de pied ; et le Cardinal Fini , une simple
Chaise à dos , sans tapis.
-
Le Monitoire qui a été affiché contre le Cardinal
Coscia , contient un ordre du Pape à ce
Cardinal,de se représenter dans six semaines , et
en cas qu'il refuse de s'y soumettre , on le menace
de le traiter comme rebelle et désobéissant au
S.Siége, et de le condamner par contumace . Le 4.
Avril le Card. Coscia arriva à Naples , er alla descendre
chez M. Martino , son parent. On a appris
depuis que le Nonce du Pape ayant fait citer
devant le Tribunal de la Nonciature , les voitu
riers qui avoient conduit ce Cardinal , et les voi-
Hij
sins
1164 MERCURE DE FRANCE
sins de la maison de M. Martino , il les fit - interroger
par M. d'Asti , Ministre de ce Tribunal
mais le Conseil collatéral en ayant été instruit
députa au Nonce , pour se plaindre de cette procedure
; et le Nonce répondit qu'elle ne devoit
pas être regardée comme un Acte de Jurisdiction ,
puisqu'il n'avoit fait faire serment à aucun
des interrogez , ne les ayant fait citer que pour
satisfaire aux Ordres du Pape , qui vouloit être
"informé de certaines circonstances de la fuite dua
Cardinal Coscia .
pas
On a appris de Naples , que le tremblement de
Terre, du o Mars , qui renversa la Ville de Foggia
, située dans la Province de la Capitanatte ,
sar la Riviere de Cervaro , à quatre lieues de
Manfredonia , n'a épargné aucune des Eglises de
la Ville , de sorte que les habitans, qui se sont
sauvez , ont été obligez d'élever en pleine Campagne
un Autel sur lequel ils ont placé une Image
miraculeuse de la Vierge , qui n'a point été
endommagée , et on y célébré une Messe tous
les jours.
Les Religieuses , dont tous les Monasteres ont
été détruits , se sont rassemblées dans le Cloître
de saint Pascal,où elles n'ont,pour se mettre à l'abri
des injures de l'air , que de méchantes Cabanes
, construites de Planches , ramassées à la
hâte.
La plupart des Religieux se sont dispersez
dans les Campagnes pour chercher de quoi vivre.
Les autres habitans sont dans une misére affreuse
, n'ayant ni vivres , ni moulins , ni fours ; plusieurs
d'entr'eux ont perdu la vue par les vapeurs
malignes,sorties des ouvertures de la terre,
pendant le tremblement.
Les Travailleurs n'ont pû encore retirer que
8:
MAY. 1731. 1165
8 à 900 corps morts , et il leur est presque impossible
de donner du soulagement à ceux qu'ils
entendent sous les décombres , demander du secours
et crier miséricorde,parce qu'ils courroient
risque eux -mêmes d'être écrasez sous les ruines ,
par la chute imprévue des murailles , dont tous
Ies fondemens sont ébranlez .
Dom Vincent del Pezzo , Auditeur Royal de
Foggia , qui ne fut retiré que le 23. de dessous
les décombres de sa maison , où il vivoit encore,
mourut le 24 au soir,et tout le reste de sa famille
a péri.
On a remarqué , avec étonnement , que l'eau
des Puits et des Citernes s'est élevée de plusieurs
pieds au dessus de la surface de la terre, et qu'elle
a inondé les jardins et les vignes des environs.
Le même tremblement de terre s'est fait sentir
à Barletta avec la même violence , mais il n'y a
pas causé tant de dommage. La seule Eglise des
Carmes a souffert en quelques endroits , et l'une
des Portes de la Ville est tombée.
A Cérignola, presque toutes les Eglises ont été
renversées , et la plupart des Maisons à demi rui-
* nées par les 25 secousses de tremblement de terre
qu'on y a ressenties , mais il n'y a péri que sept
personnes .
Les Villes de Canosa et d'Andria ont beaucoup
souffert ; à Molfetta il n'y a eu que trois Maisons
renversées et trois personnes tuées . A Bari , les
secousses ont été presque continuelles , depuis le
20 jusqu'au 21, mais elles y ont seulement endommagé
quelques murailles, et entr'autres celles
de l'Eglise de S.Nicolas ; quelques Bâtimens de la
Chartreuse voisine de Manfredonia ont été abbatus
, et le P.Tarno , Procureur de la Maison , a
péri avec vingt autres personnes.
H iiij
La
1166 MERCURE DE FRANCE
La Foire de Foggia se tiendra pourtant cette
année comme à l'ordinaire , malgré la destruction
de cette Ville, et les Ministres de l'Empereur
y font construire des Baraques de bois pour la
commodité des Marchands. S. M. Imp. a accordé
aux habitans de cette malheureuse Ville , qui
ont pû échaper , une exemption de tous droits
taxes et impôts pendant dix années ; et elle leur
fait fournir une certaine quantité de matériaux
pour les aider à rétablir leurs maisons. On travaille
encore à démolir , le reste des maisons de
>
Foggia , parce que les fondemens de celles que le
tremblement de terre n'a point renversées , sont
entierement ébranlez. Le nombre des morts , ensevelis
sous les ruines , monte à 3600 ,y compris
les enfans , les vieillards et les malades.
Le 11 Avril, on fit à Naples une Procession solemnelle
, dans laquelle on porta le Chef de saint
Janvier. Toute la Noblesse y assista en habits
noirs , sans domestiques et sans épées .
On mande d'Aversa , qu'un Religieux Minime
, qui a prêché le Carême dernier dans l'une
des Paroisses dépendante des Terres du Prince
d'Avelino , y avoit été assassiné par un Particu
lier , au desespoir de ce que les Sermons de ce
Pere avoient déterminé à la pénitence une Courtisanne
à laquelle cet Assassin étoit attaché . On
ajoûte qu'il a été arrêté.
On a appris qu'il est arrivé au commencement
du mois dernier dans le port d'Alger , un
Vaisseau de Guerre Suedois et deux autres Bâtimens
de transport , chargez du Present que le
Roi de Suede devoit envoyer à la Régence , conformément
au dernier Traité conclu avec le Dey,
Ce Présent consistoit en 8co. Barils de Poudre ,
8. gros Cables d'Ancre , so. Mats , 800. Fusils ,
800.
MAY. 173T. 1167
800. Sabres , 40. Canons, dont 12. sont de douze
livres de bales , 14. de 18. livres, 14. de
6000. Boulets.
24.et
Les Lettres de Genes portent que plusieurs
Familles de la Bastia , Capitale de l'Isle de Corse,
s'étoient sauvées dans l'Ile de Capraia avec leurs
meilleurs Effers ,pour se soustraire à a fureur des
Rebelles, qui ayant repris les armes , s'étoient emparez
de Feringoli , Poste avantageux , situé près
de la Bastia ; qu'ils avoient brulé le Bourg d'Araliola
, qu'ils avoient surpris la petite Ville de
San Fiorenzo , et menacé le Commandant de la
Tour de cette Ville , de faire mourir sa mere et
sa niece , arrêtées dans la Ville , s'il ne se rendoit
dans un certain temps.
On écrit de Turin , que le Roi de Sardaigne
a fait arrêter et conduire au Chateau de Miolans,
le Comte de Sales , qu'on accuse d'avoir parle
trop indiscretement des differends de la Cour avec
le Saint Siege.
Lier
E Pape a nommé une Congrégation particuliere
, composée de quatre Cardinanx et de
quelques Prélats , pour examiner quelics ont été ,
les raisons qui ont déterminé le fou Pape a défendre
les Jeux ou Lotteries de Génes , et a fait
publier une Bulle d'excommunication contre ceux
qui prendroient interêt à ces Lotteries, ou qui en
distribueroient des Billets , et le bruit court que
ces Lotteries pourront être rétablies au profit de
la Chambre Apostolique , et que l'excommuni-
'cation ne subsistera que contre ceux qui se serviront
des moyens superstitieux , détendus par les
Canons , dans l'esperance de faire un choix plus
sûr des Numeros qui doivent leur faire gagner
des Lots.
Sur les grandes contestations du Chap, general
des Carmes Déchaussez , assemblé à Rome, le Pape
Bomma le 10 Avril , le Cardinal Impériali pour
y assister de sa part ; et le 14. ces Religieux élurent
en sa présence le Pere Robert de sainte Anne
pour Général de toute la Congrégation d'Italie.
Ce Religieux qui est né à Bruxelles , où il se
nommoit Arroud de Roy , avant que d'entrer
dans cet Ordre , étoit actuellement Définiteur
Général , et il avoit été auparavant Provincial
de la Province des Pais - Bas.
On mande de Rome qu'on y avoit reçu des dépêches
de M.Guillelmi , que le Pape avoit envoyé
à Turin , portant , qu'étant arrivé à Alexandrie,
il y avoit d'abord été reçu avec beaucoup de dis
tinction , et traité magnifiquement à dîner par le
Gouyer
M A Y. 1731. 1763
Gouverneur, qui, après le repas, lui dit qu'il avoit
ordre du Roy de le faire ressortir de ses Etats, et
de lui donner des Gardes pour le conduire jusques
sur les Frontieres ; ce qui avoit été exécuté .
Dins le Consistoire secret , du 9 Avril , le Pape
proposa l'érection de l'Evêché de Dijon , et les
Bulles de cet Evêché , pour l'Abbé Bouhier.
Le Cardinal Cibo , qu'on croyoit être allé à
Massa, pour y passer quelque temps, s'est rendu
à Gaete , dans le dessein de finir ses jours dans
P'Hermitage de Castellone , aux environs de cette
• Ville ; mais le Pape qui l'aime beaucoup , l'a rapellé
, il est arrivé à Pérouse , où S. S. lui a permis
de passer quelque temps.
Le bruit court que la Congrégation de l'Immunité
a reçu ordre d'agir contre le Cardinal
Fini , qu'on accuse d'être le premier auteur de
tous les différends du S. Siége , avec le Roy de
Sardaigne. On a appris depuis que ce Cardinal a
reçu ordre du Pape de se présenter devant cette
Congrégation , composée des trois Cardinaux ,
Chefs d'Ordres , de M. Fiorelli , et d'un Notaire,
Ces Cardinaux auront des Fauteuils à bras avec
des tapis de pied ; et le Cardinal Fini , une simple
Chaise à dos , sans tapis.
-
Le Monitoire qui a été affiché contre le Cardinal
Coscia , contient un ordre du Pape à ce
Cardinal,de se représenter dans six semaines , et
en cas qu'il refuse de s'y soumettre , on le menace
de le traiter comme rebelle et désobéissant au
S.Siége, et de le condamner par contumace . Le 4.
Avril le Card. Coscia arriva à Naples , er alla descendre
chez M. Martino , son parent. On a appris
depuis que le Nonce du Pape ayant fait citer
devant le Tribunal de la Nonciature , les voitu
riers qui avoient conduit ce Cardinal , et les voi-
Hij
sins
1164 MERCURE DE FRANCE
sins de la maison de M. Martino , il les fit - interroger
par M. d'Asti , Ministre de ce Tribunal
mais le Conseil collatéral en ayant été instruit
députa au Nonce , pour se plaindre de cette procedure
; et le Nonce répondit qu'elle ne devoit
pas être regardée comme un Acte de Jurisdiction ,
puisqu'il n'avoit fait faire serment à aucun
des interrogez , ne les ayant fait citer que pour
satisfaire aux Ordres du Pape , qui vouloit être
"informé de certaines circonstances de la fuite dua
Cardinal Coscia .
pas
On a appris de Naples , que le tremblement de
Terre, du o Mars , qui renversa la Ville de Foggia
, située dans la Province de la Capitanatte ,
sar la Riviere de Cervaro , à quatre lieues de
Manfredonia , n'a épargné aucune des Eglises de
la Ville , de sorte que les habitans, qui se sont
sauvez , ont été obligez d'élever en pleine Campagne
un Autel sur lequel ils ont placé une Image
miraculeuse de la Vierge , qui n'a point été
endommagée , et on y célébré une Messe tous
les jours.
Les Religieuses , dont tous les Monasteres ont
été détruits , se sont rassemblées dans le Cloître
de saint Pascal,où elles n'ont,pour se mettre à l'abri
des injures de l'air , que de méchantes Cabanes
, construites de Planches , ramassées à la
hâte.
La plupart des Religieux se sont dispersez
dans les Campagnes pour chercher de quoi vivre.
Les autres habitans sont dans une misére affreuse
, n'ayant ni vivres , ni moulins , ni fours ; plusieurs
d'entr'eux ont perdu la vue par les vapeurs
malignes,sorties des ouvertures de la terre,
pendant le tremblement.
Les Travailleurs n'ont pû encore retirer que
8:
MAY. 1731. 1165
8 à 900 corps morts , et il leur est presque impossible
de donner du soulagement à ceux qu'ils
entendent sous les décombres , demander du secours
et crier miséricorde,parce qu'ils courroient
risque eux -mêmes d'être écrasez sous les ruines ,
par la chute imprévue des murailles , dont tous
Ies fondemens sont ébranlez .
Dom Vincent del Pezzo , Auditeur Royal de
Foggia , qui ne fut retiré que le 23. de dessous
les décombres de sa maison , où il vivoit encore,
mourut le 24 au soir,et tout le reste de sa famille
a péri.
On a remarqué , avec étonnement , que l'eau
des Puits et des Citernes s'est élevée de plusieurs
pieds au dessus de la surface de la terre, et qu'elle
a inondé les jardins et les vignes des environs.
Le même tremblement de terre s'est fait sentir
à Barletta avec la même violence , mais il n'y a
pas causé tant de dommage. La seule Eglise des
Carmes a souffert en quelques endroits , et l'une
des Portes de la Ville est tombée.
A Cérignola, presque toutes les Eglises ont été
renversées , et la plupart des Maisons à demi rui-
* nées par les 25 secousses de tremblement de terre
qu'on y a ressenties , mais il n'y a péri que sept
personnes .
Les Villes de Canosa et d'Andria ont beaucoup
souffert ; à Molfetta il n'y a eu que trois Maisons
renversées et trois personnes tuées . A Bari , les
secousses ont été presque continuelles , depuis le
20 jusqu'au 21, mais elles y ont seulement endommagé
quelques murailles, et entr'autres celles
de l'Eglise de S.Nicolas ; quelques Bâtimens de la
Chartreuse voisine de Manfredonia ont été abbatus
, et le P.Tarno , Procureur de la Maison , a
péri avec vingt autres personnes.
H iiij
La
1166 MERCURE DE FRANCE
La Foire de Foggia se tiendra pourtant cette
année comme à l'ordinaire , malgré la destruction
de cette Ville, et les Ministres de l'Empereur
y font construire des Baraques de bois pour la
commodité des Marchands. S. M. Imp. a accordé
aux habitans de cette malheureuse Ville , qui
ont pû échaper , une exemption de tous droits
taxes et impôts pendant dix années ; et elle leur
fait fournir une certaine quantité de matériaux
pour les aider à rétablir leurs maisons. On travaille
encore à démolir , le reste des maisons de
>
Foggia , parce que les fondemens de celles que le
tremblement de terre n'a point renversées , sont
entierement ébranlez. Le nombre des morts , ensevelis
sous les ruines , monte à 3600 ,y compris
les enfans , les vieillards et les malades.
Le 11 Avril, on fit à Naples une Procession solemnelle
, dans laquelle on porta le Chef de saint
Janvier. Toute la Noblesse y assista en habits
noirs , sans domestiques et sans épées .
On mande d'Aversa , qu'un Religieux Minime
, qui a prêché le Carême dernier dans l'une
des Paroisses dépendante des Terres du Prince
d'Avelino , y avoit été assassiné par un Particu
lier , au desespoir de ce que les Sermons de ce
Pere avoient déterminé à la pénitence une Courtisanne
à laquelle cet Assassin étoit attaché . On
ajoûte qu'il a été arrêté.
On a appris qu'il est arrivé au commencement
du mois dernier dans le port d'Alger , un
Vaisseau de Guerre Suedois et deux autres Bâtimens
de transport , chargez du Present que le
Roi de Suede devoit envoyer à la Régence , conformément
au dernier Traité conclu avec le Dey,
Ce Présent consistoit en 8co. Barils de Poudre ,
8. gros Cables d'Ancre , so. Mats , 800. Fusils ,
800.
MAY. 173T. 1167
800. Sabres , 40. Canons, dont 12. sont de douze
livres de bales , 14. de 18. livres, 14. de
6000. Boulets.
24.et
Les Lettres de Genes portent que plusieurs
Familles de la Bastia , Capitale de l'Isle de Corse,
s'étoient sauvées dans l'Ile de Capraia avec leurs
meilleurs Effers ,pour se soustraire à a fureur des
Rebelles, qui ayant repris les armes , s'étoient emparez
de Feringoli , Poste avantageux , situé près
de la Bastia ; qu'ils avoient brulé le Bourg d'Araliola
, qu'ils avoient surpris la petite Ville de
San Fiorenzo , et menacé le Commandant de la
Tour de cette Ville , de faire mourir sa mere et
sa niece , arrêtées dans la Ville , s'il ne se rendoit
dans un certain temps.
On écrit de Turin , que le Roi de Sardaigne
a fait arrêter et conduire au Chateau de Miolans,
le Comte de Sales , qu'on accuse d'avoir parle
trop indiscretement des differends de la Cour avec
le Saint Siege.
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Résumé : ITALIE.
En 1731, plusieurs événements marquants ont eu lieu en Italie et dans les régions voisines. Le Pape a créé une congrégation pour examiner les raisons de la défense des lotteries de Gênes et a publié une bulle d'excommunication contre ceux qui s'y impliquent. Il a été suggéré que ces lotteries pourraient être rétablies au profit de la Chambre Apostolique, avec une excommunication limitée à ceux utilisant des moyens superstitieux. Le Pape a nommé le Cardinal Impériali pour assister au Chapitre général des Carmes Déchaussés à Rome, où le Père Robert de Sainte-Anne, né à Bruxelles et ancien Provincial des Pays-Bas, a été élu Général. Des dépêches de M. Guillelmi, envoyé à Turin, rapportent son expulsion des États du Roi de Sardaigne après avoir été reçu avec distinction à Alexandrie. Dans un consistoire secret, le Pape a proposé l'érection de l'évêché de Dijon pour l'Abbé Bouhier. Le Cardinal Cibo, initialement destiné à passer ses derniers jours à Castellone, a été rappelé par le Pape. Des rumeurs indiquent que la Congrégation de l'Immunité agit contre le Cardinal Fini, accusé d'être à l'origine des différends entre le Saint-Siège et le Roi de Sardaigne. Le Cardinal Coscia, menacé d'excommunication, a été cité par le Nonce du Pape à Naples. Un tremblement de terre à Foggia a causé des destructions massives, tuant environ 3600 personnes et endommageant gravement les infrastructures. Les habitants de Foggia ont été exemptés de droits et taxes pendant dix ans, et des mesures sont prises pour reconstruire la ville. Des secousses similaires ont été ressenties à Barletta, Cérignola, Canosa, Andria, Molfetta, Bari et Manfredonia, avec des dégâts variés. À Naples, une procession solennelle a eu lieu avec le Chef de saint Janvier. Un religieux Minime a été assassiné à Aversa pour avoir déterminé une courtisanne à la pénitence. Enfin, des vaisseaux suédois ont livré des présents militaires à Alger, et des familles corses se sont réfugiées à Capraia pour échapper aux rebelles. Le Roi de Sardaigne a fait arrêter le Comte de Sales pour des propos indiscrets sur les différends avec le Saint-Siège.
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75
p. 2620-2622
Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
Début :
M. le Curé de S. Nicolas des Champs, étant décedé au mois de May dernier [...]
Mots clefs :
Curé, Abbé, Épitaphe, Dictionnaire héraldique
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texteReconnaissance textuelle : Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
M. le Curé de S. Nicolas des Champs ,
étant décedé au mois de May dernier
M. l'Abbé de Laval a composé l'Epitaphe
qui suit , pour être mise sur son Tom
beau , dans la même Eglise.
D. O. M.
Hic jacet
Philippus - Michael Bonnet , Presbiter
Parisinus , sacræ Facultatis Doctor
Theologus , socius
>
Sorbonicus , hujus Ecclesiæ vigilantissi
mus, beneficentissimusque Pastor ,
Nicolai æmulator,
Suâ super involutos pauperiè , cautè et
abundè intelligens ,
Orphanorum adjutor
Viduarum solatium et patronus ,
Providens puellis nuptias :
Gregis
NOVEMBRE 2628
1731 .
Gregis sibi commissi forma factus
ex animo ,
Assiduus rigidusque à teneris annis ad
ultimum usque diem eximia
pietatis cultor.
Vir simplex et rectus ,
Cultu modestus
Pacis amantissimus :
Orationi manè semper primus instans ,
Sollicitudine pastorali non piger :
Hospitium sacerdotibus dedit
victumque supplevit.
Majori decentiorique pompâ divinum
officium decantari curavit.
Ità dilexit decorem Domus Domini ut
si oblivioni dederint komines
lapides meminerint .
Plenus dierum bonorumque operum obdormivit
in Domino die XXIII . Maii
Anno ætatis LXXVII
Anno verò reparatæ salutis
M. DCC. XXXI .
Huic Parochiæ præfuit An . XXXI.
Mens. VI. dieb. XXIV.
Memor judiciorum ejus qui justitias ju
dicat, obitum perennem fundavit.
Suig
2322 MERCURE DE FRANCE
Suis precibus vobis vivens profuit , vestris
nunc mortuo memores favete.
Hujus Ecclesiæ Administri grato animo
monumentum hoc posuêre.
vre ,
>
>
,
Le Sieur Chevillard , l'aîné , qui a déja donné
au Public le Dictionnaire Heraldique , et
le Livre ou Carte des Armes de la Noblesse des
Provinces de Bourgogne Bresse , Bugey et
Gex , vient de publier et mettre en vente une
nouvelle Carte , qui peut aussi se réduire en Licontenant
les armes >
noms et qualitez des
Gouverneurs , Capitaines , et Lieutenans - Generaux
de la Ville de Paris , suivant l'Ordre Chronologique.
Il continue ce même genre de travall
, et donnera incessamment au Public , un
Livre in- folio , contenant les Armes de tous les
Nobles du Gouvernement de l'Isle de France
et Soissonnois , suivant les Arrêts de maintenuë
des dernieres recherches de la Noblesse, Il demeure
toujours sur le petit Pont , vis - à- vis la
Rue Neuve Nôtre - Dame , à l'Enseigne du
Bras d'Or. Le prix de la nouvelle Carte est de
2. 1. en feuilles . "
,
Mr. Tardieu , Graveur du Roy , ruë Sair .
Jacques , chez Mr. Villette Fils Libraire ,
S. Bernard , vient de graver un St. Charles
d'après un Tableau de Mr. Dulin , imprimé s
la demi- feuille du grand Aigle qu'il vend tro
livres . C'est un morceau que les Curieux reche
cheront avec empressement. Le Prix et de s
sels.
étant décedé au mois de May dernier
M. l'Abbé de Laval a composé l'Epitaphe
qui suit , pour être mise sur son Tom
beau , dans la même Eglise.
D. O. M.
Hic jacet
Philippus - Michael Bonnet , Presbiter
Parisinus , sacræ Facultatis Doctor
Theologus , socius
>
Sorbonicus , hujus Ecclesiæ vigilantissi
mus, beneficentissimusque Pastor ,
Nicolai æmulator,
Suâ super involutos pauperiè , cautè et
abundè intelligens ,
Orphanorum adjutor
Viduarum solatium et patronus ,
Providens puellis nuptias :
Gregis
NOVEMBRE 2628
1731 .
Gregis sibi commissi forma factus
ex animo ,
Assiduus rigidusque à teneris annis ad
ultimum usque diem eximia
pietatis cultor.
Vir simplex et rectus ,
Cultu modestus
Pacis amantissimus :
Orationi manè semper primus instans ,
Sollicitudine pastorali non piger :
Hospitium sacerdotibus dedit
victumque supplevit.
Majori decentiorique pompâ divinum
officium decantari curavit.
Ità dilexit decorem Domus Domini ut
si oblivioni dederint komines
lapides meminerint .
Plenus dierum bonorumque operum obdormivit
in Domino die XXIII . Maii
Anno ætatis LXXVII
Anno verò reparatæ salutis
M. DCC. XXXI .
Huic Parochiæ præfuit An . XXXI.
Mens. VI. dieb. XXIV.
Memor judiciorum ejus qui justitias ju
dicat, obitum perennem fundavit.
Suig
2322 MERCURE DE FRANCE
Suis precibus vobis vivens profuit , vestris
nunc mortuo memores favete.
Hujus Ecclesiæ Administri grato animo
monumentum hoc posuêre.
vre ,
>
>
,
Le Sieur Chevillard , l'aîné , qui a déja donné
au Public le Dictionnaire Heraldique , et
le Livre ou Carte des Armes de la Noblesse des
Provinces de Bourgogne Bresse , Bugey et
Gex , vient de publier et mettre en vente une
nouvelle Carte , qui peut aussi se réduire en Licontenant
les armes >
noms et qualitez des
Gouverneurs , Capitaines , et Lieutenans - Generaux
de la Ville de Paris , suivant l'Ordre Chronologique.
Il continue ce même genre de travall
, et donnera incessamment au Public , un
Livre in- folio , contenant les Armes de tous les
Nobles du Gouvernement de l'Isle de France
et Soissonnois , suivant les Arrêts de maintenuë
des dernieres recherches de la Noblesse, Il demeure
toujours sur le petit Pont , vis - à- vis la
Rue Neuve Nôtre - Dame , à l'Enseigne du
Bras d'Or. Le prix de la nouvelle Carte est de
2. 1. en feuilles . "
,
Mr. Tardieu , Graveur du Roy , ruë Sair .
Jacques , chez Mr. Villette Fils Libraire ,
S. Bernard , vient de graver un St. Charles
d'après un Tableau de Mr. Dulin , imprimé s
la demi- feuille du grand Aigle qu'il vend tro
livres . C'est un morceau que les Curieux reche
cheront avec empressement. Le Prix et de s
sels.
Fermer
Résumé : Epitaphe du Curé de S. Nicolas, [titre d'après la table]
En mai 1731, Philippe-Michel Bonnet, docteur en théologie et curé de Saint-Nicolas-des-Champs, est décédé à l'âge de 77 ans après 31 ans de service. L'Abbé de Laval a composé une épitaphe en latin pour honorer Bonnet, le décrivant comme un pasteur dévoué aux pauvres, orphelins, veuves et jeunes filles, ainsi qu'un homme simple, droit, modeste et amoureux de la paix. L'épitaphe invite à se souvenir de ses jugements justes. Par ailleurs, le Sieur Chevillard a publié une nouvelle carte des armes, noms et qualités des gouverneurs et capitaines de Paris, vendue 2 livres. Il prévoit également un livre sur les armes des nobles de l'Île-de-France et du Soissonnais. Enfin, Jacques, graveur du roi, a gravé un Saint-Charles d'après un tableau de M. Dulin, vendu 3 livres, destiné aux amateurs d'art.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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76
p. 2666-2672
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
La veille de la Fête de tous les Saints le Roy, revêtu du grand Colier de [...]
Mots clefs :
Fête de tous les Saints, Ambassadeur extraordinaire, Abbé, Comte, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , & c:
A veille de la Fête de tous les Saints
le Roy , revêtu du grand Colier de
l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle
du Château de Versailles , où S. M.
entendit la Messe , et communia par les
mains de l'Abbé de Brissac , son Aumônier
en quartier : ensuite le Roy toucha
un grand nombre de Malades. La Reine ,
après avoir entendu la Messe , communia
par les mains du Cardinal de Fleury
son grand Aumônier.
Le jour de la Fête , r. de ce mois , le
Roy et la Reine entendirent la grande-
Messe
,
celeb će pontificalement par l'Evêque
de Leictoure, et l'après midi L. M..
assisterent aux secondes Vêpres , chantées
par la Musique , où le même Prélat
officia , aux Vêpres des Morts , et au Ser.
mon
NOVEMBRE 1731 2667
1
mon du Pere Boursault , Superieur des
Théatins , qui prêcha , selon sa coutume
, avec cette éloquence sublime d'un
grand Maître de la parole , et avec l'applaudissement
unanime de toute la Cour.
Son compliment , sur- tout , qui ne fut
qu'une Instruction noble et Chrétienne ,
frappa tous les Auditeurs , et fit sur eux
cette vive et subite impression , que ne
manquent jamais de faire les pensées neuves
et hardies.
Le Roy a nommé le Marquis de Vau-
Ambassadeur Extraordinaire à
crenant ,
la Cour de Turin .
L'Abbé Couturier a été élû Superieur
General du Seminaire de S. Sulpice , et
des autres Seminaires qui en dépendent
à la place du feu Abbé le Pelletier.
Le Roy a accordé à M. Nicolai , Premier
Président de la Chambre des Comp
tés , la survivance de cette Charge pour
son Fils aîné , Conseiller au Parlement
qui sera le neuvième de son nom qui en
aura été
pourvu.
Le Comte et la Comtesse du Roure arrivent
de Languedoc , où ils ont vû le
Comte du Roure , leur Pere , chez qui
ils ont passé quelque temps et dont ils
2
ont
2663 MERCURE DE FRANCE
ont été très-bien reçus . Ils ont été aussi
au S. Esprit , leur Gouvernement , où on
leur a rendu les honneurs accoutumez .
Le 6. de ce mois , les Comédiens François
representerent à la Cour la Tragedie ,
du Comte d'Essex , et la Petite Piece du
Mari curieux. Le 8 , là Comedie de la
Reconciliation Normande et Attendezmoi
sous l'Orme.
>
Le 13 , les Horaces et la Réunion des
Amours. La jeune Dlle Dangeville qui y
joue un des principaux Rôles , se presenta
ensuite au souper de la Reine , où
elle reçut bien des marques de la bonté
de S. M.
. Le 12. de ce mois , l'ouverture du Parlement
se fit avec les céremonies accoutumées
, par une Messe solemnelle célébrée
pontificalement dans la grande Salle
du Palais , par l'Evêque de Nevers
laquelle M. Portail , Premier Président ,
et les Chambres assisterent.
› à
Le premier Novembre , Fête de la
Toussaints , il y eût Concert spirituel au
Château des Thuilleries. M. Mouret fit
chanter le Benedictus et Dominus regnavit,
Motet de M. de la Lande et le Dili-
د
gam
NOVEMBRE. 1731. 2669
gam te , ancien Motet de feu M. Gilles :
Le tout fut parfaitement bien exécuté
et suivi de plusieurs excellentes Pieces de
Symphonie , et de deux Cantatilles nouvelles
, chantées par les Dlles Erremans
et Petitpas , de l'Académie Royale de
Musique , et par la Dlle Lenner , de la
Musique du Roy.
Le 26 , la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement
des Actions , fut tirée en la maniere
accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
La Liste des Numeros gagnans des Actions
et Dixièmes d'Actions qui doivent
être remboursées a été rendue publique
faisant en tout le nombre de 3. cent neuf
Actions .
Le Roy a donné l'Abbaye de Madieu
Ordre de S. Benoît , Diocèse de Saintes ,
à l'Abbé Bastarot ,Grand-Vicaire de l'Archevêché
de Bordeaux.
Celle de la Joye d'Hennebon , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Vannes à la
Dame de Langle , Prieure de cette Abbaye.
Le Roy a donné l'Abbaye de Vauluisant
, Ordre de Citeaux Diocèse de
Sens , à l'Archevêque de Besançon.
›
Celle
2670 MERCURE DE FRANCE
Celle de la Honce , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Bayonne , à l'Evêque de
Bayonne.
Celle de S. Jean des Prez , Ordre de
S. Augustin , Diocèse de S. Malo à
l'Abbé de Brilhac.
J
Celle de Sellieres , Ordre de Citeaux'.
Diocèse de Troyes , à l'Abbé de la Motte
Grand-Vicaire de l'Evêché de Senez .
par
COPIE d'une Lettre écrite de Touraine ,
le Comte de Blannes , à l'Abbé de
Rouget , Abbé d'Aubepierre , contenant
la Relation de la Fête que Madame la
Princesse de Conti a donnée au sujet de
son mariage avec Mademoiselle de la
Rochefoucault de Nuilly.
MAbbé, d'avoir passé les premiers
E pardonnerez- vous , mon cher
jours de mon mariage sans vous en avoir
donné des nouvelles et vous en avoir remercié.
Si vous sçaviez ce que c'est que
d'être auprès d'une aimable femme qu'on
aime,vous conviendriez qu'il est pardonnable
de manquer à ses amis pour quelques
jours. Je profite enfin du moment
que je dérobe aux plaisirs qu'on goute ici,
pour vous faire part des circonstances heureuses
qui l'ont précédé et suivi. J'arrivai
à
NOVEMBRE . 1731. 2671
å Veret le 8 Octobre. Me la Princesse de
Conti me combla de toutes les politesses
imaginables ; je vous avoue que c'est
la Princesse du monde la plus accomplie.
Mademoiselle de Neuilly parut peu de
temps après. Je vous laisse à penser l'étonnement
où se trouvent deux personnes
qui ne se sont jamais vues , et qui doivent
se marier dans deux jours. La plaisanterie
fut mon unique ressource ; je
trouvai la Demoiselle encore plus aimable
qu'on ne me l'avoit dépeinte ; elle est
d'un caractere aussi parfait que je pouvois
le désirer. La nuit du 10 au 11 , fut celle
de mon mariage ; nous allâmes souper
dans une Isle , vis-à- vis le Château , devant
lequel regne une Terrasse de 33༠0༠0
toises , illuminée d'un bout à l'autre ,
aussi bien que le Château. Au delà de la
Terrasse on appercevoit une allée toute
illuminée , avec des Lustres au milieu . Le
grand Escalier formoit une couronne parfaite
par l'illumination ; au bout de la
Terrasse on voyoit une Nape d'eau et
deux grandes Statues aux côtez.
Rien ne fut plus beau et plus galant
que cette Fête. Avant le souper on nous
chanta dans l'Isle une Epithalame , dont
l'Abbé de Grécour avoit fait les Vers , qui
fut tres-bien exécutée tant de la part des
Mu2672
MERCURE DE FRANCE
>
Musiciens que des Voix. On nous servit
ensuite un souper , où la délicatesse et la
profusion étoient jointes ensemble. Le
souper fini , nous dansames dans la Prairie
et à la danse succeda une promenade
dans des Caléches , pendant laquelle on
tira un tres beau Feu d'artifice ; ensuite
nous allames à l'Eglise ; la Rampe qui
nous y conduisit étoit toute illuminée .Ce
fut M. l'Archevêque de Tours qui nous
donna la Benediction Nuptiale ; après la
quelle nous retournâmes au Château au
son des Instrumens qui avoient joué pendant
la Messe.
·
La Princesse donna la Chemise à mon
Epouse ; le Prince voulut me la donner ,
mais dans la foule , je lui en épargnai la
peine.
Depuis cet heureux jour les plaisirs
n'ont pas discontinué icy ; je suis le plus
content des hommes ; j'ai rencontré la
plus aimable personne et la plus accomplie
qui fut jamais. Je vous aurai toujours
l'obligation de ce bonheur , et j'ose
vous assurer qu'elle vous en aura une pareille
, par mon attention à lui plaire.
A Veret le 15 Octobre 1731 .
A veille de la Fête de tous les Saints
le Roy , revêtu du grand Colier de
l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la Chapelle
du Château de Versailles , où S. M.
entendit la Messe , et communia par les
mains de l'Abbé de Brissac , son Aumônier
en quartier : ensuite le Roy toucha
un grand nombre de Malades. La Reine ,
après avoir entendu la Messe , communia
par les mains du Cardinal de Fleury
son grand Aumônier.
Le jour de la Fête , r. de ce mois , le
Roy et la Reine entendirent la grande-
Messe
,
celeb će pontificalement par l'Evêque
de Leictoure, et l'après midi L. M..
assisterent aux secondes Vêpres , chantées
par la Musique , où le même Prélat
officia , aux Vêpres des Morts , et au Ser.
mon
NOVEMBRE 1731 2667
1
mon du Pere Boursault , Superieur des
Théatins , qui prêcha , selon sa coutume
, avec cette éloquence sublime d'un
grand Maître de la parole , et avec l'applaudissement
unanime de toute la Cour.
Son compliment , sur- tout , qui ne fut
qu'une Instruction noble et Chrétienne ,
frappa tous les Auditeurs , et fit sur eux
cette vive et subite impression , que ne
manquent jamais de faire les pensées neuves
et hardies.
Le Roy a nommé le Marquis de Vau-
Ambassadeur Extraordinaire à
crenant ,
la Cour de Turin .
L'Abbé Couturier a été élû Superieur
General du Seminaire de S. Sulpice , et
des autres Seminaires qui en dépendent
à la place du feu Abbé le Pelletier.
Le Roy a accordé à M. Nicolai , Premier
Président de la Chambre des Comp
tés , la survivance de cette Charge pour
son Fils aîné , Conseiller au Parlement
qui sera le neuvième de son nom qui en
aura été
pourvu.
Le Comte et la Comtesse du Roure arrivent
de Languedoc , où ils ont vû le
Comte du Roure , leur Pere , chez qui
ils ont passé quelque temps et dont ils
2
ont
2663 MERCURE DE FRANCE
ont été très-bien reçus . Ils ont été aussi
au S. Esprit , leur Gouvernement , où on
leur a rendu les honneurs accoutumez .
Le 6. de ce mois , les Comédiens François
representerent à la Cour la Tragedie ,
du Comte d'Essex , et la Petite Piece du
Mari curieux. Le 8 , là Comedie de la
Reconciliation Normande et Attendezmoi
sous l'Orme.
>
Le 13 , les Horaces et la Réunion des
Amours. La jeune Dlle Dangeville qui y
joue un des principaux Rôles , se presenta
ensuite au souper de la Reine , où
elle reçut bien des marques de la bonté
de S. M.
. Le 12. de ce mois , l'ouverture du Parlement
se fit avec les céremonies accoutumées
, par une Messe solemnelle célébrée
pontificalement dans la grande Salle
du Palais , par l'Evêque de Nevers
laquelle M. Portail , Premier Président ,
et les Chambres assisterent.
› à
Le premier Novembre , Fête de la
Toussaints , il y eût Concert spirituel au
Château des Thuilleries. M. Mouret fit
chanter le Benedictus et Dominus regnavit,
Motet de M. de la Lande et le Dili-
د
gam
NOVEMBRE. 1731. 2669
gam te , ancien Motet de feu M. Gilles :
Le tout fut parfaitement bien exécuté
et suivi de plusieurs excellentes Pieces de
Symphonie , et de deux Cantatilles nouvelles
, chantées par les Dlles Erremans
et Petitpas , de l'Académie Royale de
Musique , et par la Dlle Lenner , de la
Musique du Roy.
Le 26 , la Lotterie de la Compagnie
des Indes , établie pour le remboursement
des Actions , fut tirée en la maniere
accoutumée à l'Hôtel de la Compagnie.
La Liste des Numeros gagnans des Actions
et Dixièmes d'Actions qui doivent
être remboursées a été rendue publique
faisant en tout le nombre de 3. cent neuf
Actions .
Le Roy a donné l'Abbaye de Madieu
Ordre de S. Benoît , Diocèse de Saintes ,
à l'Abbé Bastarot ,Grand-Vicaire de l'Archevêché
de Bordeaux.
Celle de la Joye d'Hennebon , Ordre
de Citeaux , Diocèse de Vannes à la
Dame de Langle , Prieure de cette Abbaye.
Le Roy a donné l'Abbaye de Vauluisant
, Ordre de Citeaux Diocèse de
Sens , à l'Archevêque de Besançon.
›
Celle
2670 MERCURE DE FRANCE
Celle de la Honce , Ordre de Prémontré
, Diocèse de Bayonne , à l'Evêque de
Bayonne.
Celle de S. Jean des Prez , Ordre de
S. Augustin , Diocèse de S. Malo à
l'Abbé de Brilhac.
J
Celle de Sellieres , Ordre de Citeaux'.
Diocèse de Troyes , à l'Abbé de la Motte
Grand-Vicaire de l'Evêché de Senez .
par
COPIE d'une Lettre écrite de Touraine ,
le Comte de Blannes , à l'Abbé de
Rouget , Abbé d'Aubepierre , contenant
la Relation de la Fête que Madame la
Princesse de Conti a donnée au sujet de
son mariage avec Mademoiselle de la
Rochefoucault de Nuilly.
MAbbé, d'avoir passé les premiers
E pardonnerez- vous , mon cher
jours de mon mariage sans vous en avoir
donné des nouvelles et vous en avoir remercié.
Si vous sçaviez ce que c'est que
d'être auprès d'une aimable femme qu'on
aime,vous conviendriez qu'il est pardonnable
de manquer à ses amis pour quelques
jours. Je profite enfin du moment
que je dérobe aux plaisirs qu'on goute ici,
pour vous faire part des circonstances heureuses
qui l'ont précédé et suivi. J'arrivai
à
NOVEMBRE . 1731. 2671
å Veret le 8 Octobre. Me la Princesse de
Conti me combla de toutes les politesses
imaginables ; je vous avoue que c'est
la Princesse du monde la plus accomplie.
Mademoiselle de Neuilly parut peu de
temps après. Je vous laisse à penser l'étonnement
où se trouvent deux personnes
qui ne se sont jamais vues , et qui doivent
se marier dans deux jours. La plaisanterie
fut mon unique ressource ; je
trouvai la Demoiselle encore plus aimable
qu'on ne me l'avoit dépeinte ; elle est
d'un caractere aussi parfait que je pouvois
le désirer. La nuit du 10 au 11 , fut celle
de mon mariage ; nous allâmes souper
dans une Isle , vis-à- vis le Château , devant
lequel regne une Terrasse de 33༠0༠0
toises , illuminée d'un bout à l'autre ,
aussi bien que le Château. Au delà de la
Terrasse on appercevoit une allée toute
illuminée , avec des Lustres au milieu . Le
grand Escalier formoit une couronne parfaite
par l'illumination ; au bout de la
Terrasse on voyoit une Nape d'eau et
deux grandes Statues aux côtez.
Rien ne fut plus beau et plus galant
que cette Fête. Avant le souper on nous
chanta dans l'Isle une Epithalame , dont
l'Abbé de Grécour avoit fait les Vers , qui
fut tres-bien exécutée tant de la part des
Mu2672
MERCURE DE FRANCE
>
Musiciens que des Voix. On nous servit
ensuite un souper , où la délicatesse et la
profusion étoient jointes ensemble. Le
souper fini , nous dansames dans la Prairie
et à la danse succeda une promenade
dans des Caléches , pendant laquelle on
tira un tres beau Feu d'artifice ; ensuite
nous allames à l'Eglise ; la Rampe qui
nous y conduisit étoit toute illuminée .Ce
fut M. l'Archevêque de Tours qui nous
donna la Benediction Nuptiale ; après la
quelle nous retournâmes au Château au
son des Instrumens qui avoient joué pendant
la Messe.
·
La Princesse donna la Chemise à mon
Epouse ; le Prince voulut me la donner ,
mais dans la foule , je lui en épargnai la
peine.
Depuis cet heureux jour les plaisirs
n'ont pas discontinué icy ; je suis le plus
content des hommes ; j'ai rencontré la
plus aimable personne et la plus accomplie
qui fut jamais. Je vous aurai toujours
l'obligation de ce bonheur , et j'ose
vous assurer qu'elle vous en aura une pareille
, par mon attention à lui plaire.
A Veret le 15 Octobre 1731 .
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Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En novembre 1731, plusieurs événements marquants se déroulèrent à la cour de France. À la veille de la Toussaint, le roi, portant le grand collier de l'Ordre du Saint-Esprit, se rendit à la chapelle du Château de Versailles pour assister à la messe et communier. La reine fit de même, communiant par les mains du Cardinal de Fleury. Le jour de la fête de la Toussaint, le roi et la reine assistèrent à la grand-messe célébrée par l'évêque de Lectoure et aux vêpres chantées par la musique, avec un sermon du Père Boursault, supérieur des Théatins. Le roi procéda à plusieurs nominations et attributions. Il nomma le Marquis de Vau-cremant ambassadeur extraordinaire à la cour de Turin. L'Abbé Couturier fut élu supérieur général du Séminaire de Saint-Sulpice. Le roi accorda également la survivance de la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes à M. Nicolai pour son fils aîné. Le Comte et la Comtesse du Roure arrivèrent de Languedoc et furent reçus avec honneurs au Saint-Esprit, leur gouvernement. Des représentations théâtrales eurent lieu à la cour, notamment 'Le Comte d'Essex' et 'La Reconciliation Normande'. Le 12 novembre, l'ouverture du Parlement se fit par une messe solennelle célébrée par l'évêque de Nevers. Le 1er novembre, un concert spirituel fut donné aux Tuileries, avec des œuvres de M. Mouret et de M. de la Lande. Le 26 novembre, la lotterie de la Compagnie des Indes fut tirée, remboursant 309 actions. Le roi attribua plusieurs abbayes à divers ecclésiastiques, dont l'Abbaye de Madieu à l'Abbé Bastarot et l'Abbaye de Vauluisant à l'archevêque de Besançon. Une lettre du Comte de Blannes décrivit la fête donnée par la Princesse de Conti à l'occasion de son mariage avec Mademoiselle de la Rochefoucault de Nuilly. Cette fête inclut un souper illuminé, une épithalame chantée, un feu d'artifice et une bénédiction nuptiale par l'archevêque de Tours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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77
p. 2874-2877
ITALIE.
Début :
Le Pere Colloredo, Religieux du Convent, dit de l'Eglise Neave, qui avoit d'abord [...]
Mots clefs :
Pape, Promotion de Cardinaux, Abbé, Forteresse, Rebelles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Pere Colloredo , Religieux du Convent ;
Ldit de l'Eglise Neave , qui avoit d'abord
refusé l'Archevêché de Lucques , auquel le Pape
Favoit nommé , s'est déterminé à l'accepter
par soumission aux Ordres de S. S. Elle lui a
accordé depuis une pension de 1500. Ecus sur
l'Evêché vacant de Plaisance .
Le Courier qu'on avoit dépêché de Rome à
Lisbonne › pour y porter la nouvelle de la derniere
promotion de Cardinaux , en est revenu
avec des Lettres par lesquelles on apprend que
le Roy de Portugal avoit levé l'interdiction publiée
en 1728 ; qu'on y avoit rouvert le Tribunal
de la Nonciature au bruit de cinq décharges
de Boëtes , et que le soir la Place du Palais du
Nonce avoit été magnifiquement illuminée. Le
I. Vol. CarDECEMBRE
1731. 2875
Cardinal Cienfuegos , auquel ces Lettres étoient
adressées , alla le soir les communiquer au Pape ,
qui en parût très- satisfait.
La Congregation du bon Gouvernement s'est
Encore assemblée au sujet de la proposition qui
a été faite au Pape , de rendre le Port d'Ancone
un Port franc .
2 Dans le Consistoire du 19 Novembre le
Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché de
Lyon pour l'Evêque de Noyon , PÉvêché d'Orange
pour l'Abbé de Tilly , l'Abbaye de S. Jean
d'Angely , dans le Diocèse de Xaintes , pour
l'Abbé de Pezé , celle de Saint Pierre de Chezi
dans le Diocèse de Soissons , pour l'Abbé Joly
de Fleury , Chanoine de l'Église Métropolitaine
de Paris et celle de Saint Pierre de Lesterp ,
Diocèse de Limoges , pour l'Abbé de Maillé de
la Tour Landry. I préconisa ensuite l'Abbé
Salomon pour celle de S. Gervais et S. Protais
d'Essey , Diocèse d'Agen ; l'Abbé de Bernon
de Charand , pour celle de S. Pierre de Vierson ,
Diocèse de Bourges , et l'Abbé Neret pour celle
-de S. Etienne de Vaux , Diocèse de Xaintes,
>
On mande de la Bastia en Corse , que depuis la
- réduction de la Forteresse de San Pelegrino , on
étoit convenu de part et d'autre d'une suspension
d'armes pour trois mois , et que pendant ce temps
les Rebelles auroient la liberté de se retirer dans
leurs maisons , sans pouvoir y être inquietés en
aucune manière.
On a appris depuis que les Troupes de la République
de Genes et les Troupes Auxiliaires de
P'Empereur qui sont dans l'Isle de Corse , ont
abandonné le Poste de San Pelegrino , parce qu'il
est trop exposé , et que ces Troupes étoient trop
éloignées de la Bastia , pour en recevoir du sé-
Cours , si les Rebelles les avoient attaqués.
I. Vol.
Оя
2876 MERCURE DE FRANCE
On a appris en dernier lieu de la Bastia , que
les hostilités y avoient entierement cessé depuis
la suspension d'Armes , et que le General Wach,
rendonc avoit dépêché un Courier à Vienne ,
pour y porter le résultat des dernieres confe
rences qu'il a eues avec les Chefs des Rebelles ,
qui se sont plaint de ce que les Troupes de la
République s'étoient retranchées dans le Poste
de San Pelegrino , quoiqu'on cût stipulé le con
traire dans l'Acte de suspension d'Armes.
,
Le 1. Novembre , le Comte de Charni , qui
commande les Troupes du Roy d'Espagne en
Italie , a prêté Serment au Grand Duc entre
les mains du General Capponi , Gouverneur de
Livourne , au nom des Troupes de S. M. Cath. -
qui resteront dant la Toscane. Ce Serment est
conçu en ces termes ::
I
i
Je Emanuel d'Orleans , Comte de Charni , &c.
promets , jure et m'engage , tant pour moi que
les Officiers et Soldats de S. M. Cath. que
pour
j'observerai toûjours inviolablement la plus réligieuse
fidelité et obéissance aux Ordres du Sere
nissime Jean- Gaston , Grand Duc de Toscane,, .
comme légitime et unique Souverain des Etats
de Toscane ; que chacun de nous , en entrant
au service de S. A. R , s'employera à défendre
sa personne , sa souveraineté , son authorité , ses
Etats , Biens et Sujets , et tout ce qui peut lui
appartenir , pourvû qu'il n'y ait rien de contraire
à la succession immediate du Serenissime
Prince et Infant Don Carlos , que nous devons
défendre et soûtenir conjointement avec les forces
de Toscane , que nous ne ferons rien qui
puisse empêcher ou retarder l'éxecution des ordres
des Gouverneurs et Ministres de S. A. R ,
conformément aux Reglemens faits à ce sujet ,
La Volo décla→ -
DECEMBRË. 1731. 1731 . 2877
déclarant en outre que nous serons toûjours
prêts à leur donner assistance à la premiere sommation
et à leur fournir tous les sécours nécessaires
& c.
>
2
Les Officiers de distinction qui sont arrivés
à Livourne avec l'Escadre du Roy d'Espagne ,
sont le Marquis de Mari , qui la commande
le Comte Don Fernand de Nunnez , Comman◄
dant sous le Marquis de Mari ; Don Joseph
de los Bosquos , Commandant des Galeres , le
Comte de Charni , le Marquis de Châteaufort ,
le Marquis del Pozzo - Blanco , le Marquis de
Torre Mayor , le Duc de Castro Pinnano , Don
Joseph de Flor de Viola , Commissaire General
des Guerres , Don François Utigers , et Don
Joseph Univars , Inspecteur , et le Colonel du
Regiment de Castille,
On a preparé dans la Maison Professe des Jesuites
de Livourne un Appartement pour le Car
dinal Belluga , qui doit venir y recevoir l'Infant
Don Carlos , accompagné d'un grand nom
bre de Gentilshommes Romains
La Garnison de Livourne est composée presentement
de 2200. Espagnols et de 1100. Toscans,
ces derniers sont commandez par le Colonel
Velluti. Il y aura à Porto Ferraïo 800.
Espagnols sous le commandement du Colonel
Ferreti , et à Pişe un Détachement d'Infanterie
Espagnole avec 400. hommes de Cavalerie de la
même Nation .
Les dernieres Lettres de Livourne portent , que
les Troupes destinées à la Garnison de cette Ville,
étoient composées les deux tiers d'Espagnols
et le tiers de Toscans ; et que le service des uns
et des autres étoit si bien concerté et reglé , qu'il
ne pouvoit survenir aucun sujet de dispute entre
les deux Nations.
E Pere Colloredo , Religieux du Convent ;
Ldit de l'Eglise Neave , qui avoit d'abord
refusé l'Archevêché de Lucques , auquel le Pape
Favoit nommé , s'est déterminé à l'accepter
par soumission aux Ordres de S. S. Elle lui a
accordé depuis une pension de 1500. Ecus sur
l'Evêché vacant de Plaisance .
Le Courier qu'on avoit dépêché de Rome à
Lisbonne › pour y porter la nouvelle de la derniere
promotion de Cardinaux , en est revenu
avec des Lettres par lesquelles on apprend que
le Roy de Portugal avoit levé l'interdiction publiée
en 1728 ; qu'on y avoit rouvert le Tribunal
de la Nonciature au bruit de cinq décharges
de Boëtes , et que le soir la Place du Palais du
Nonce avoit été magnifiquement illuminée. Le
I. Vol. CarDECEMBRE
1731. 2875
Cardinal Cienfuegos , auquel ces Lettres étoient
adressées , alla le soir les communiquer au Pape ,
qui en parût très- satisfait.
La Congregation du bon Gouvernement s'est
Encore assemblée au sujet de la proposition qui
a été faite au Pape , de rendre le Port d'Ancone
un Port franc .
2 Dans le Consistoire du 19 Novembre le
Cardinal Ottoboni proposa l'Archevêché de
Lyon pour l'Evêque de Noyon , PÉvêché d'Orange
pour l'Abbé de Tilly , l'Abbaye de S. Jean
d'Angely , dans le Diocèse de Xaintes , pour
l'Abbé de Pezé , celle de Saint Pierre de Chezi
dans le Diocèse de Soissons , pour l'Abbé Joly
de Fleury , Chanoine de l'Église Métropolitaine
de Paris et celle de Saint Pierre de Lesterp ,
Diocèse de Limoges , pour l'Abbé de Maillé de
la Tour Landry. I préconisa ensuite l'Abbé
Salomon pour celle de S. Gervais et S. Protais
d'Essey , Diocèse d'Agen ; l'Abbé de Bernon
de Charand , pour celle de S. Pierre de Vierson ,
Diocèse de Bourges , et l'Abbé Neret pour celle
-de S. Etienne de Vaux , Diocèse de Xaintes,
>
On mande de la Bastia en Corse , que depuis la
- réduction de la Forteresse de San Pelegrino , on
étoit convenu de part et d'autre d'une suspension
d'armes pour trois mois , et que pendant ce temps
les Rebelles auroient la liberté de se retirer dans
leurs maisons , sans pouvoir y être inquietés en
aucune manière.
On a appris depuis que les Troupes de la République
de Genes et les Troupes Auxiliaires de
P'Empereur qui sont dans l'Isle de Corse , ont
abandonné le Poste de San Pelegrino , parce qu'il
est trop exposé , et que ces Troupes étoient trop
éloignées de la Bastia , pour en recevoir du sé-
Cours , si les Rebelles les avoient attaqués.
I. Vol.
Оя
2876 MERCURE DE FRANCE
On a appris en dernier lieu de la Bastia , que
les hostilités y avoient entierement cessé depuis
la suspension d'Armes , et que le General Wach,
rendonc avoit dépêché un Courier à Vienne ,
pour y porter le résultat des dernieres confe
rences qu'il a eues avec les Chefs des Rebelles ,
qui se sont plaint de ce que les Troupes de la
République s'étoient retranchées dans le Poste
de San Pelegrino , quoiqu'on cût stipulé le con
traire dans l'Acte de suspension d'Armes.
,
Le 1. Novembre , le Comte de Charni , qui
commande les Troupes du Roy d'Espagne en
Italie , a prêté Serment au Grand Duc entre
les mains du General Capponi , Gouverneur de
Livourne , au nom des Troupes de S. M. Cath. -
qui resteront dant la Toscane. Ce Serment est
conçu en ces termes ::
I
i
Je Emanuel d'Orleans , Comte de Charni , &c.
promets , jure et m'engage , tant pour moi que
les Officiers et Soldats de S. M. Cath. que
pour
j'observerai toûjours inviolablement la plus réligieuse
fidelité et obéissance aux Ordres du Sere
nissime Jean- Gaston , Grand Duc de Toscane,, .
comme légitime et unique Souverain des Etats
de Toscane ; que chacun de nous , en entrant
au service de S. A. R , s'employera à défendre
sa personne , sa souveraineté , son authorité , ses
Etats , Biens et Sujets , et tout ce qui peut lui
appartenir , pourvû qu'il n'y ait rien de contraire
à la succession immediate du Serenissime
Prince et Infant Don Carlos , que nous devons
défendre et soûtenir conjointement avec les forces
de Toscane , que nous ne ferons rien qui
puisse empêcher ou retarder l'éxecution des ordres
des Gouverneurs et Ministres de S. A. R ,
conformément aux Reglemens faits à ce sujet ,
La Volo décla→ -
DECEMBRË. 1731. 1731 . 2877
déclarant en outre que nous serons toûjours
prêts à leur donner assistance à la premiere sommation
et à leur fournir tous les sécours nécessaires
& c.
>
2
Les Officiers de distinction qui sont arrivés
à Livourne avec l'Escadre du Roy d'Espagne ,
sont le Marquis de Mari , qui la commande
le Comte Don Fernand de Nunnez , Comman◄
dant sous le Marquis de Mari ; Don Joseph
de los Bosquos , Commandant des Galeres , le
Comte de Charni , le Marquis de Châteaufort ,
le Marquis del Pozzo - Blanco , le Marquis de
Torre Mayor , le Duc de Castro Pinnano , Don
Joseph de Flor de Viola , Commissaire General
des Guerres , Don François Utigers , et Don
Joseph Univars , Inspecteur , et le Colonel du
Regiment de Castille,
On a preparé dans la Maison Professe des Jesuites
de Livourne un Appartement pour le Car
dinal Belluga , qui doit venir y recevoir l'Infant
Don Carlos , accompagné d'un grand nom
bre de Gentilshommes Romains
La Garnison de Livourne est composée presentement
de 2200. Espagnols et de 1100. Toscans,
ces derniers sont commandez par le Colonel
Velluti. Il y aura à Porto Ferraïo 800.
Espagnols sous le commandement du Colonel
Ferreti , et à Pişe un Détachement d'Infanterie
Espagnole avec 400. hommes de Cavalerie de la
même Nation .
Les dernieres Lettres de Livourne portent , que
les Troupes destinées à la Garnison de cette Ville,
étoient composées les deux tiers d'Espagnols
et le tiers de Toscans ; et que le service des uns
et des autres étoit si bien concerté et reglé , qu'il
ne pouvoit survenir aucun sujet de dispute entre
les deux Nations.
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Résumé : ITALIE.
En décembre 1731, plusieurs événements politiques et militaires ont marqué l'Italie et la Corse. En Italie, le religieux Pere Colloredo a accepté l'Archevêché de Lucques après avoir reçu une pension de 1500 écus du Pape. Le Roi de Portugal a levé l'interdiction de 1728, permettant la réouverture du Tribunal de la Nonciature à Lisbonne, ce qui a satisfait le Pape. La Congrégation du bon Gouvernement a examiné la proposition de transformer le Port d'Ancone en Port franc. Lors du Consistoire du 19 novembre, diverses nominations ecclésiastiques ont été proposées, notamment pour les archevêchés de Lyon et les abbayes de Saint-Jean-d'Angély et Saint-Pierre de Chezi. En Corse, une suspension d'armes de trois mois a été conclue après la réduction de la forteresse de San Pellegrino, permettant aux rebelles de se retirer chez eux sans être inquiétés. Les troupes de la République de Gênes et les troupes auxiliaires de l'Empereur ont abandonné le poste de San Pellegrino en raison de son exposition. Les hostilités ont cessé à Bastia, et le général Wach a envoyé un courrier à Vienne pour rapporter les résultats des conférences avec les chefs rebelles. Le Comte de Charni, commandant des troupes espagnoles en Italie, a prêté serment au Grand-Duc de Toscane, affirmant fidélité et obéissance aux ordres du Grand-Duc et à la succession du Prince Don Carlos. Plusieurs officiers espagnols de distinction sont arrivés à Livourne avec l'escadre du Roi d'Espagne. La garnison de Livourne est composée de 2200 Espagnols et 1100 Toscans, avec des détachements à Porto Ferraio et Pise. Un appartement a été préparé pour le Cardinal Belluga à Livourne, où il doit recevoir l'Infant Don Carlos.
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78
p. 3056-3057
Vers Latins sur le Portrait de *** [titre d'après la table]
Début :
On sçait assès l'étroite liaison d'amitié qui est, depuis long- temps, entre l'Abbé [...]
Mots clefs :
Abbé, Amitié
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers Latins sur le Portrait de *** [titre d'après la table]
On sçait assès l'étroite liaison d'amitié
qui est , depuis long- temps , entre l'Abbé
de Pompone et l'Abbé de Fourcy , liaison
qu'ils ont cultivée dès leur enfance ,
dont ils avoient pris les Principes chez
Mrs leurs Peres , qui s'aimoiert et s'estimoient
infiniment. L'Abbé de Pomponne
ayant achetté depuis peu une très - jolie
Maison à Nogent sur Marne , où il a
destiné un Appartement à l'Abbé de
11. Vol.
Fourcy
·
DECEMBRE 1731. 3057
Fourcy , il lui demanda son Portrait pour
mettre dans cet Appartement : l'Abbé de
Fourcy , qui en a un fort beau , peint par
Mr. Rigault , il y a 2 ans , et qu'on a
fait graver , en a fait faire une copie ,
qu'il a envoyée à M. l'Abbé de Pomponne,
avec une très- belle bordure
compagnée des Vers suivans :
et il l'a ac-
Hæc sit amicitiæ gratum tibi pignus , amice
Hæc sit et obsequii missa tabella mei .
Illa tibi vultus referat quos semper amasti ,
i
Aut referat potius cur placuere tibi .
Dicat qui fuerit noster , qualisque parentum
•
Vix memori spatio , consociatus amor.
Dicat , et assiduè renovandum dicat , et annos
Qui superent qui jam præteriere , petat.
qui est , depuis long- temps , entre l'Abbé
de Pompone et l'Abbé de Fourcy , liaison
qu'ils ont cultivée dès leur enfance ,
dont ils avoient pris les Principes chez
Mrs leurs Peres , qui s'aimoiert et s'estimoient
infiniment. L'Abbé de Pomponne
ayant achetté depuis peu une très - jolie
Maison à Nogent sur Marne , où il a
destiné un Appartement à l'Abbé de
11. Vol.
Fourcy
·
DECEMBRE 1731. 3057
Fourcy , il lui demanda son Portrait pour
mettre dans cet Appartement : l'Abbé de
Fourcy , qui en a un fort beau , peint par
Mr. Rigault , il y a 2 ans , et qu'on a
fait graver , en a fait faire une copie ,
qu'il a envoyée à M. l'Abbé de Pomponne,
avec une très- belle bordure
compagnée des Vers suivans :
et il l'a ac-
Hæc sit amicitiæ gratum tibi pignus , amice
Hæc sit et obsequii missa tabella mei .
Illa tibi vultus referat quos semper amasti ,
i
Aut referat potius cur placuere tibi .
Dicat qui fuerit noster , qualisque parentum
•
Vix memori spatio , consociatus amor.
Dicat , et assiduè renovandum dicat , et annos
Qui superent qui jam præteriere , petat.
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Résumé : Vers Latins sur le Portrait de *** [titre d'après la table]
Le texte relate l'amitié profonde et durable entre l'Abbé de Pompone et l'Abbé de Fourcy, nourrie depuis leur enfance grâce à l'affection mutuelle de leurs pères. Récemment, l'Abbé de Pompone a acquis une maison à Nogent-sur-Marne et y a réservé un appartement pour l'Abbé de Fourcy. Pour décorer cet appartement, l'Abbé de Pompone a demandé un portrait de l'Abbé de Fourcy. Ce dernier, possédant un portrait peint par Monsieur Rigault et gravé deux ans plus tôt, en a fait réaliser une copie qu'il a envoyée à l'Abbé de Pompone. La copie était accompagnée d'une belle bordure et de vers latins célébrant leur amitié et leur respect mutuel. Ces vers soulignent la valeur de cette amitié et rappellent les liens familiaux et l'affection partagée entre les deux abbés.
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79
p. 1413-1415
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet d'un nouveau Journal, &c.
Début :
Vous voulez absolument que je vous donne des nouvelles de ce Pays-cy, [...]
Mots clefs :
Français, Suisse, Abbé, Mercure suisse, Muralt, Lettres sur les Anglais et les Français, France, Nouvelles littéraires, Bon sens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet d'un nouveau Journal, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de
Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet
d'un nouveau Journal , & c.
V
Ous voulez absolument que je vous
donne des nouvelles de ce Pays- cy,
et sur tout des Nouvelles Litteraires ;
vous ne pensez donc pas comme beaucoup
de gens de votre Pays , qui s'imaginent
qu'en Suisse la Litterature est toutà
- fait négligée ; d'autres en outrant les
choses , nous disputent encore la poli- .
tesse , le bon sens et presque la raison.
On a eu le même préjugé à l'égard des
Orientaux en general , et à l'égard des
Turcs en particulier ; mais ceux- cy se
trouvent pleinement justifiez sur leur
ignorance prétendue , dans une Piece
nous avons lûe avec plaisir dans le Mercure
de France du mois dernier . Nous.
ne serons pas surpris que quelque Apologiste
prenne aussi un jour notre deffense
en main et désabuse du moins un
certain Public , de la mauvaise prévention
dont le vulgaire est rempli contre
la Nation Suisse.
que
En attendant , et pour commencer en
quelque façon cette Apologie , je vous
dirai qu'on imprime ici depuis le mois de
II. Vol.
Dé1414
MERCURE DE FRANCE
Décembre 1732. un Mercure Suisse , ou
Recueil de Nouvelles Historiques , Politi
ques , Litteraires et Curieuses , dont on paroît
assez content. Voici un petit Extrait
de celui du mois de Mars dernier ,
que
j'ai estimé digne de votre curiosité.
» En l'année 1726. l'Abbé D ... publia
» une Critique des Lettres de M. de Mu-
» ralt , sur les Moeurs des François et des
»
Anglois , sous ce titre : Apologie du ca-
» ractere des Anglois et des François , ou
Observations sur le Livre intitulé , Lettre
» sur les Anglois et les François , et sur les
»Voyages ; avec la deffense de la sixième
» Satyre de M. Despreaux , et la justificantion
du bel esprit François .
» Cet Abbé commence peu poliment
son Livre par ces mots : Dès que les
» Lettres sur les Anglois et les François
» et sur les Voyages , parurent , je les lûs
» avec une attention curieuse , et je fus bien
» aise de voir un Suisse penser. C'étoit loüer
le judicieux Auteur de ces Lettres , ( qui
» est Suisse ) d'une maniere peu convena-
» ble , et faire en même-temps insulte à
» toute sa Nation . Pour venger les Suis-
» ses , un d'entre eux , aussi peu poli que
» cet Abbé , et ami de M. de Muralt ,
»composa les Vers suivans. On nous prie
» de les inserer ici , parce qu'on ne les
II. Vol. >> a.
JUIN. 1733. 1415
a point encore vûs dans aucun Recueil,
mais on avertit que l'on n'y a nullement
en vûë tous les Auteurs François
en general. On sçait distinguer en Suisse
, tout comme ailleurs , le petit nombre
de bons Ecrivains , de la foule immense
des mauvais.Cette Epigramme ne
regarde donc aucun autre François que
les Auteurs de la classe de l'Abbé D ...
etit Abbé , le sçavoir vivre ,
'est point chez vous en lieu natal
t votre orgueil n'enfante un Livre ,
Que pour lancer un trait brutal .
ous pensiez donc , froid Satirique ,
Qu'avant Muralt , tout Helvetique ,
Ne pensoit point , ou pensoit mal ;
Et vous pensiez comme un cheval .
François , quittez vos fiers caprices ,
Connoissez mieux vos bons voisins .
Si vous pensiez , esprits trop vains ,
Autant , aussi bien que maints Suisses ;
Au lieu de vos tas d'Ecrivains ,
Pour la plupart fades Narcisses ,
La France auroit plus d'Esprits sains
Et qui pourvûs en hommes sages ,
Du bon sens des Treize Cantons ,
Ne produiroient que peu d'Ouvrages ;
Mais ces Ouvrages seroient bons.
Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet
d'un nouveau Journal , & c.
V
Ous voulez absolument que je vous
donne des nouvelles de ce Pays- cy,
et sur tout des Nouvelles Litteraires ;
vous ne pensez donc pas comme beaucoup
de gens de votre Pays , qui s'imaginent
qu'en Suisse la Litterature est toutà
- fait négligée ; d'autres en outrant les
choses , nous disputent encore la poli- .
tesse , le bon sens et presque la raison.
On a eu le même préjugé à l'égard des
Orientaux en general , et à l'égard des
Turcs en particulier ; mais ceux- cy se
trouvent pleinement justifiez sur leur
ignorance prétendue , dans une Piece
nous avons lûe avec plaisir dans le Mercure
de France du mois dernier . Nous.
ne serons pas surpris que quelque Apologiste
prenne aussi un jour notre deffense
en main et désabuse du moins un
certain Public , de la mauvaise prévention
dont le vulgaire est rempli contre
la Nation Suisse.
que
En attendant , et pour commencer en
quelque façon cette Apologie , je vous
dirai qu'on imprime ici depuis le mois de
II. Vol.
Dé1414
MERCURE DE FRANCE
Décembre 1732. un Mercure Suisse , ou
Recueil de Nouvelles Historiques , Politi
ques , Litteraires et Curieuses , dont on paroît
assez content. Voici un petit Extrait
de celui du mois de Mars dernier ,
que
j'ai estimé digne de votre curiosité.
» En l'année 1726. l'Abbé D ... publia
» une Critique des Lettres de M. de Mu-
» ralt , sur les Moeurs des François et des
»
Anglois , sous ce titre : Apologie du ca-
» ractere des Anglois et des François , ou
Observations sur le Livre intitulé , Lettre
» sur les Anglois et les François , et sur les
»Voyages ; avec la deffense de la sixième
» Satyre de M. Despreaux , et la justificantion
du bel esprit François .
» Cet Abbé commence peu poliment
son Livre par ces mots : Dès que les
» Lettres sur les Anglois et les François
» et sur les Voyages , parurent , je les lûs
» avec une attention curieuse , et je fus bien
» aise de voir un Suisse penser. C'étoit loüer
le judicieux Auteur de ces Lettres , ( qui
» est Suisse ) d'une maniere peu convena-
» ble , et faire en même-temps insulte à
» toute sa Nation . Pour venger les Suis-
» ses , un d'entre eux , aussi peu poli que
» cet Abbé , et ami de M. de Muralt ,
»composa les Vers suivans. On nous prie
» de les inserer ici , parce qu'on ne les
II. Vol. >> a.
JUIN. 1733. 1415
a point encore vûs dans aucun Recueil,
mais on avertit que l'on n'y a nullement
en vûë tous les Auteurs François
en general. On sçait distinguer en Suisse
, tout comme ailleurs , le petit nombre
de bons Ecrivains , de la foule immense
des mauvais.Cette Epigramme ne
regarde donc aucun autre François que
les Auteurs de la classe de l'Abbé D ...
etit Abbé , le sçavoir vivre ,
'est point chez vous en lieu natal
t votre orgueil n'enfante un Livre ,
Que pour lancer un trait brutal .
ous pensiez donc , froid Satirique ,
Qu'avant Muralt , tout Helvetique ,
Ne pensoit point , ou pensoit mal ;
Et vous pensiez comme un cheval .
François , quittez vos fiers caprices ,
Connoissez mieux vos bons voisins .
Si vous pensiez , esprits trop vains ,
Autant , aussi bien que maints Suisses ;
Au lieu de vos tas d'Ecrivains ,
Pour la plupart fades Narcisses ,
La France auroit plus d'Esprits sains
Et qui pourvûs en hommes sages ,
Du bon sens des Treize Cantons ,
Ne produiroient que peu d'Ouvrages ;
Mais ces Ouvrages seroient bons.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Neufchâtel le 4. May 1733. au sujet d'un nouveau Journal, &c.
En mai 1733, un correspondant de Neufchâtel réfute les préjugés selon lesquels la littérature suisse serait négligée ou inférieure. Il compare ces préjugés à ceux existant envers les Orientaux et les Turcs, justifiés par une œuvre publiée dans le Mercure de France. Il espère qu'un jour, un apologiste défendra la Suisse contre ces mauvaises préventions. L'auteur mentionne la publication, depuis décembre 1732, du journal 'Mercure Suisse', contenant des nouvelles historiques, politiques, littéraires et curieuses. Il partage un extrait du Mercure Suisse de mars 1733, relatant une controverse littéraire de 1726. L'Abbé D... avait critiqué les 'Lettres de M. de Muralt' sur les mœurs des Français et des Anglais de manière impolie. Un Suisse, ami de M. de Muralt, avait répondu par une épigramme. L'auteur précise que cette épigramme ne vise pas tous les auteurs français, mais seulement ceux de la classe de l'Abbé D..., et que les Suisses savent distinguer les bons écrivains des mauvais.
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80
p. 1658-1660
ITALIE.
Début :
Dans le Consistoire secret que le Pape tint le 12 Juin, le Cardinal Otthoboni proposa [...]
Mots clefs :
Conseil collatéral, Comte, Venise, Vice-roi, Pape, Abbé, Église ducale de Saint-Marc, Doge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint le
12 Juin , le Cardinal Otthoboni proposa
PAbbare de S. Serge d'Angers, pour l'Abbe de la
Rochechouart , et preconisa l'Abbé Dandigné
pour l'Evêché d'Acqs , et l'Abbé de Toyal de
Donnery , pour l'Abbaie de N. D. de Mirval ,
Diocèse de Tou !.
Le Pape a nommé M. Ariozzi , Auditeur de la
Nonciature d'Avignon , à la place de M. Cervia
fait depuis peu Recteur de l'Eglise
ni ,
S. S que
de Carpentras.
On mande de Venise que le 25 du mois dernier
, Fête de l'Apparition de S.Marc , le Doge,
accompagné de toute la Seigneurie , assista au
Service Divin , dans l'Eglise Ducale de S. Marc ,
où l'on avoit exposé à la vénération du public ,
le Doigt de ce Saint , et l'Evangile écrit de sa
propre main , transporté d'Aquilée en 1420.
à Venise.
?
On a appris de Venise , de Milan et de plusieurs
autres Endroits que les Pluyes continuelles
qui regnent en Italie depuis près de deux mois ,
font craindre que la récolte du bled sur tout, ne
soit tres - mauvaise . On écrit en dernier lieu de
Turin , que l'aboudance des Pluies a tellemeng
grossi la Doire , que cette Riviere a inondé une
partie des Campagnes qu'elle arrose et qu'elle a
renversé le Pont qui conduisoit à la Venerie.
[ ... QA
JUILLET . 1733 . 1659
On écrit de Naples que le 11 Juin , le Comte
d'Arrach , cy-devant Viceroi de ce Royaume ,
revint de la Barra, et prit congé du Conseil Col
latéral et des autres Tribunaux , avec les cérémonis
accoutumées; l'après midi , accompagné
d'un grand nombre de Seigneurs et d'Officiers
de distinction , et suivi de plusieurs Carosses à
six Chevaux , il alla à B. itto, sur le chemin d'A–
verse , à la rencontre du Comte Jules Visconti ;
qui y arriva vers les six heures du soir , escorté
de Compagnies de Cuirassiers , qu'on avoit envoyées
audevant de lui sur la Frontiere.
Après avoir complimenté le nouveau Viceroi
sur son heureuse arrivée , il le fit monter dans
son Carosse avec le Comte Figuerola , Duc de
Mayera , General des Postes du Royaume, Don
Thomas Scarano , Maître des Couriers, et Don
François Martellone , Commissaire de la Campagne
à leur Entrée dans Naples ils furent salucz
de plusieurs décharges generales de l'Artillerie
des Remparts et de ja Citadelle , et des Canons
des Vaisseaux du Port ; et s'étant rendus
au Palais au bruit des acclamations du Peuple
qui bordoit les rues de leur passage , ils furent
feçûs au bas de l'Escalier par le Conseil Collateral
et par les autres Tribunaux , le Comte d'Artach
ayant conduit le nouveau Viceroi en son
appartement , alla à la Salle du Conseil , où il
déposa le dement
entre les mains du
Président; il partit ensuite avec la Comitesse son
épouse , pour retourner à la Cour de Vienne.
Le lendemain au matin le Conseil Collateral
sassembla de nouveau , et il distribua , selon l'usage,
quelques graces , comme étant dépositairede
l'authorité souveraine , jusqu'à l'installation
du Viceioi. Vers les dix heures , le Comte Vis-
I ij comti
2221
1660 MERCURE DE FRANCE
comti , se rendit au Conseil , et après les formalitez
ordinaires , il y grit possession de la Vice-
Royauté et du commandement des Troupes.
Un Armateur Gênois ayant pris dans les Croi
sieres , un Vaisseau Turc , et l'ayant conduit à
Malte , n'a pu obtenir que le Grand- Maître déclarât
la prise bonne , parce qu'il se trouvoit à
bord de ce Bâtiment quelques Passagers Grecs ,
munis d'un Passeport de l'Empereur . Cet Armateur
s'est rendu à Gênes avec sa Prise , qui est
fort considerable.
Voicy l'Amnistic accordée par la République
de Gênes à ses Sujets de l'Ile de Corse , &c.
Ans le Consistoire secret que le Pape tint le
12 Juin , le Cardinal Otthoboni proposa
PAbbare de S. Serge d'Angers, pour l'Abbe de la
Rochechouart , et preconisa l'Abbé Dandigné
pour l'Evêché d'Acqs , et l'Abbé de Toyal de
Donnery , pour l'Abbaie de N. D. de Mirval ,
Diocèse de Tou !.
Le Pape a nommé M. Ariozzi , Auditeur de la
Nonciature d'Avignon , à la place de M. Cervia
fait depuis peu Recteur de l'Eglise
ni ,
S. S que
de Carpentras.
On mande de Venise que le 25 du mois dernier
, Fête de l'Apparition de S.Marc , le Doge,
accompagné de toute la Seigneurie , assista au
Service Divin , dans l'Eglise Ducale de S. Marc ,
où l'on avoit exposé à la vénération du public ,
le Doigt de ce Saint , et l'Evangile écrit de sa
propre main , transporté d'Aquilée en 1420.
à Venise.
?
On a appris de Venise , de Milan et de plusieurs
autres Endroits que les Pluyes continuelles
qui regnent en Italie depuis près de deux mois ,
font craindre que la récolte du bled sur tout, ne
soit tres - mauvaise . On écrit en dernier lieu de
Turin , que l'aboudance des Pluies a tellemeng
grossi la Doire , que cette Riviere a inondé une
partie des Campagnes qu'elle arrose et qu'elle a
renversé le Pont qui conduisoit à la Venerie.
[ ... QA
JUILLET . 1733 . 1659
On écrit de Naples que le 11 Juin , le Comte
d'Arrach , cy-devant Viceroi de ce Royaume ,
revint de la Barra, et prit congé du Conseil Col
latéral et des autres Tribunaux , avec les cérémonis
accoutumées; l'après midi , accompagné
d'un grand nombre de Seigneurs et d'Officiers
de distinction , et suivi de plusieurs Carosses à
six Chevaux , il alla à B. itto, sur le chemin d'A–
verse , à la rencontre du Comte Jules Visconti ;
qui y arriva vers les six heures du soir , escorté
de Compagnies de Cuirassiers , qu'on avoit envoyées
audevant de lui sur la Frontiere.
Après avoir complimenté le nouveau Viceroi
sur son heureuse arrivée , il le fit monter dans
son Carosse avec le Comte Figuerola , Duc de
Mayera , General des Postes du Royaume, Don
Thomas Scarano , Maître des Couriers, et Don
François Martellone , Commissaire de la Campagne
à leur Entrée dans Naples ils furent salucz
de plusieurs décharges generales de l'Artillerie
des Remparts et de ja Citadelle , et des Canons
des Vaisseaux du Port ; et s'étant rendus
au Palais au bruit des acclamations du Peuple
qui bordoit les rues de leur passage , ils furent
feçûs au bas de l'Escalier par le Conseil Collateral
et par les autres Tribunaux , le Comte d'Artach
ayant conduit le nouveau Viceroi en son
appartement , alla à la Salle du Conseil , où il
déposa le dement
entre les mains du
Président; il partit ensuite avec la Comitesse son
épouse , pour retourner à la Cour de Vienne.
Le lendemain au matin le Conseil Collateral
sassembla de nouveau , et il distribua , selon l'usage,
quelques graces , comme étant dépositairede
l'authorité souveraine , jusqu'à l'installation
du Viceioi. Vers les dix heures , le Comte Vis-
I ij comti
2221
1660 MERCURE DE FRANCE
comti , se rendit au Conseil , et après les formalitez
ordinaires , il y grit possession de la Vice-
Royauté et du commandement des Troupes.
Un Armateur Gênois ayant pris dans les Croi
sieres , un Vaisseau Turc , et l'ayant conduit à
Malte , n'a pu obtenir que le Grand- Maître déclarât
la prise bonne , parce qu'il se trouvoit à
bord de ce Bâtiment quelques Passagers Grecs ,
munis d'un Passeport de l'Empereur . Cet Armateur
s'est rendu à Gênes avec sa Prise , qui est
fort considerable.
Voicy l'Amnistic accordée par la République
de Gênes à ses Sujets de l'Ile de Corse , &c.
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Résumé : ITALIE.
Le 12 juin, le Pape tint un Consistoire secret où le Cardinal Otthoboni proposa plusieurs nominations : l'Abbé de S. Serge d'Angers pour l'Abbaye de la Rochechouart, l'Abbé Dandigné pour l'Évêché d'Acqs, et l'Abbé de Toyal de Donnery pour l'Abbaye de N. D. de Mirval dans le Diocèse de Toul. Le Pape nomma également M. Ariozzi pour remplacer M. Cervia à Carpentras. À Venise, le 25 mai, le Doge et la Seigneurie assistèrent à un service divin où étaient exposés le Doigt de Saint Marc et un Évangile écrit de sa main. En Italie, des pluies continues depuis deux mois menacent les récoltes, notamment de blé, et ont causé des inondations à Turin. À Naples, le 11 juin, le Comte d'Arrach, ancien Vice-roi, remit ses pouvoirs au Comte Jules Visconti, nouveau Vice-roi, avant de quitter Naples pour Vienne. Un armateur génois, ayant capturé un vaisseau turc, n'a pas pu valider sa prise à Malte en raison de la présence de passagers grecs munis d'un passeport impérial et est retourné à Gênes avec sa prise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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81
p. 2053
VAUDEVILLE.
Début :
L'Hymen a quelquefois des charmes, [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Abbé
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texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE.
VAUDEVILLE.
L'Hymen a quelquefois des charmes ,
Quand l'Amour lui préte ses Armes ;
Sous son Empire tout nous rit ;
Mais souvent l'Amour fait retraire
Tâtez- en tourelourirette ,
Si le coeur vous en dit.
*
Un Abbé dans une ruelle ,
En secret amuse une Belle ,
Un Petit Maître l'étourdit ;
De. l'Abbé je ferois emplette ;
Tâtez-en , & c.
M
18
;
Si cette Piece à sçû vous plaire',
Pour l'Auteur , quel plus doux salaire !'
Votre suffrage lui suffit ;
La voila telle qu'elle est faite ,
Tâtez en , tourelourirette ',,
Si le coeur vous en dit.-
L'Hymen a quelquefois des charmes ,
Quand l'Amour lui préte ses Armes ;
Sous son Empire tout nous rit ;
Mais souvent l'Amour fait retraire
Tâtez- en tourelourirette ,
Si le coeur vous en dit.
*
Un Abbé dans une ruelle ,
En secret amuse une Belle ,
Un Petit Maître l'étourdit ;
De. l'Abbé je ferois emplette ;
Tâtez-en , & c.
M
18
;
Si cette Piece à sçû vous plaire',
Pour l'Auteur , quel plus doux salaire !'
Votre suffrage lui suffit ;
La voila telle qu'elle est faite ,
Tâtez en , tourelourirette ',,
Si le coeur vous en dit.-
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Résumé : VAUDEVILLE.
Le texte est un extrait de vaudeville sur l'amour et le mariage. Il souligne que l'amour peut rendre le mariage agréable mais peut aussi se retirer. Une scène montre un abbé et un jeune homme courtisant une femme. L'auteur préfère l'abbé mais laisse le jugement au lecteur. Il invite le public à apprécier la pièce et à décider s'il l'aime.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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82
p. 244-250
ELOGE Historique de M. l'Abbé le Grand ; par le R. Pere Bougerel, Prêtre de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge.
Début :
Joachim le Grand, nâquit à Saint Lo, Diocèse de Coutances, en Basse Normandie, [...]
Mots clefs :
Histoire, Joachim Legrand, Oratoire, Éloge, Abbé, Roi, Paris, Docteur, Succession, Espagne, Mort
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE Historique de M. l'Abbé le Grand ; par le R. Pere Bougerel, Prêtre de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge.
ELOGE Historique de M. l'Abbé le
Grand ; par le R. Per: Bougerel , Prêtre
de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge .
Ji
Oachim le Grand, nâquit à Saint Lo ,
Diocèse de Coutances , en Basse Normandie
, le 6 Février 1653. Il étudia la
Philo- [
FEVRIER. 1734. 245
Philosophie à Caen , sous le celebre Pierre
Cailly, et eut pour condisciple Pierre-
François de la Tour , mort depuis peu
General de l'Oratoire ; leur union a duré
autant que leur vie.
Il entra dans cette Congrégation en
1671. Il y étudia les Belles-Lettres et la
Théologie. Il en sortit en 1676. et s'attacha
à l'étude de l'Histoire par le conseil
du Pere le Cointe , et par la facilité
qu'il eut de consulter les Manuscrits
de la Bibliotheque du Roy, dont M.Thevenot
avoit alors la garde .
Le P. le Cointe étant décédé en 1681 .
il fit son Eloge , et ensuite celui de l'Abbé
de Maroles. Ces Eloges parurent dans
le Journal des Sçavans , Février et Avril
de la même année. L'Abbé le Grand fut
ensuite chargé successivement de l'éducation
du Marquis de Vins , et de celle
du Duc d'Etrées , sans aucun dérangement
dans le Plan de ses études d'Histoire
et de Critique.
Il eut en 1685. une conférence avec le
Docteur Burnet , depuis Evêque de Salisburi
, qui étoit venu à Paris , au sujet
de son Histoire de la Reformation d'Angletere
; dans laquelle l'Abbé le Grand
fit paroître beaucoup de capacité et beaucoup
d'amour pour la verité . Cette ma-
C tie246
MERCURE DE FRANCE
tiere l'engagea depuis à composer un
Ouvrage considérable sous ce titre : Histoire
du Divorce d'Henry VIII. Roy d'Angleterre
, et de Catherine d'Aragon ; la Def
fense de Sanderus , et la Réfutation des deux
premiers Livres de l'Histoire de la Réforma
tion de M. Burnet , et les Preuves. 3. vol
in 12.Paris , chez Martin et Boudot, 1688 .
Le Docteur Burnet ayant fait une courte
Critique en forme de Lettre de cette
Histoire, mais peu mesurée , par rapport
à son Auteur , l'Abbé le Grand se contenta
de publier de nouveau cette Lettre
avec un Avertissement à la tête , et quelques
Remarques au bas des pages .
L'année suivante 1689. le même Docteur
B... publia une Critique de l'Histoire
des Variations,ce qui donna lieu à l'Abbé
le Grand de lui adresser trois Lettres ,
sur les Variations , sur la Réformation et sur
l'Histoire du Divorce , lesquelles furent
imprimées à Paris en 1691. précédées
d'une Préface remplie d'Observations.
sur l'Histoire des Eglises Réformées , de
M. Basnage .
L'année suivante l'Abbé d'Estrées ayant
été nommé Ambassadeur en Portugal , il
choisit l'Abbé le Grand pour Secretairede
l'Ambassade . Celui- cy profita de l'occasion
pour acquerir de grandes connoissanFEVRIER.
1734. 247
sances sur les vastes Païs que les Portugais
appellent leurs Conquêtes.
De retour en France en 1697. il fit un
voyage en Bourgogne et en Dauphiné ,
pour recueillir les Memoires necessaires à
la composition de l'Histoire de ces Provinces.
Il fit imprimer en 1701. sa Traduction
de l'Histoire de l'Isle de Ceylan , du Capitaine
Jean de Ribeyro , à laquelle il ajouta
beaucoup de choses de son propre fonds:
Ouvrage qu'il dédia à la Comtesse d'Ericeyra.
En 1702 , 1703 et 1794 , notre Sçavant
fut encore employé en qualité de Secre
taire d'Ambassade , sous celles du Cardinal
et de l'Abbé d'Estrées en Espagne.Sur
la fin de la même année 1704. il fut choisi
pour être Secretaire general des Ducs et
Pairs de France , Emploi qui n'avoit point
été rempli depuis la mort de M. le Laboureur
, arrivée en 1675.
Sa profonde capacité dans l'Histoire et
dans le Droit Public , la justesse et la solidité
de ses vûës , dont il avoit donné .
des preuves en différentes occasions , déterminerent
M. le Marquis de Torcy , Ministre
d'Etat , de l'attacher au travail des
Affaires Etrangeres , dès l'année 1705. en
quoi il réussit si - bien que pendant les 10
Cij ang
248 MERCURE DE FRANCE .
années qui s'écoulerent jusqu'à la mort
du feu Roy , il n'y eut point d'Affaires
de conséquence , ausquelles l'Abbé le
Grand n'ait eu part , et sur lesquelles il
n'ait écrit. Voici les titres de quelquesuns
de ces Ecrits qui ont paru dans le
public.
Memoire , touchant la succession à la
Couronne d'Espagne . 1711. Reflexions sur
la Lettre à un Milord , sur la necessité et la
justice de l'entiere restitution de la Monarchie
d'Espagne , &c. 1711. Discours sur ce
qui s'est passé dans l'Empire , au sujet de
la succession d'Espagne . L'Allemagne menacée
d'être bientôt réduite en Monarchie
absoluë. Lettre de M. D. à M. le Docteur
M. touchant le Royaume de Bohéme.
Les autres Ouvrages sur ces matieres ;
qui n'ont pas été imprimez , concernent
Les Assemblées des Etats Generaux. Les
Régences. L'habileté à succeder à la Couronne;
et toutes les grandes Questions que
les Evenemens du dedans et du dehors du
Royaume lui ont donné lieu d'examiner
pendant plus de trente ans.
Il fut choisi en 172c . pour travailler à
l'Inventaire du Trésor des Chartres , travail
lié naturellement avec ses Etudes , et
auquel il se livra avec tout le zele possible
, ce qui ne l'empêcha pas de mettre
la
FEVRIER. 1734. 249
la derniere main à l'Histoire de Louis
XI. son Ouvrage favori ; il est intitulé :
Histoire et Vie de Louis XI.Roy de France,
avec les Preuves , et est resté Manuscrit
tout approuvé.
Il publia en 1728. la Relation Historique
d' Abissinie , du R. P. Jérôme Lobo , de
la Compagnie de Jesus , traduite du Portugais
en François , &c. 1. vol . 4. Paris ,chez
la veuve Coutelier . Il y en a un fort bel
Extrait dans le Journal des Sçavans , des
mois de Septembre et d'Octobre de la
même année 1728. ce qui dispense d'entrer
là - dessus dans aucun détail .
Il publia presque en même temps un
autre Ouvrage , qui a pour titre : De la
Succession à la Couronne de France , pour
les Agnats , ( c'est- à dire , pour la succession
Masculine directe. ) vol . 12. Paris ,
chez Martin et Guérin.
Le Marquis de Vins étant mort au mois
de Février 1732. l'Abbé le Grand , qui
lui étoit particulierement attaché , et qui
connoissoit son mérite , fit imprimer son
éloge dans le Mercure du mois de Mars
suivant.Il ne lui survécut pas long- tems ;
une seconde attaque d'Apoplexie l'enleva
le 1 de May 1733. chez Mrs Clairambault
, Généalogistes des Ordres du
Roy , ses anciens Amis et ses Exécuteurs
C iij tes250
MERCURE DE FRANCE
testamentaires. Il étoit âgé de 80 ans et 3
mois. Il fut inhumé simplement et sans
cérémonie , dans le Cimetiere de S. Joseph
, Paroisse de S. Eustache , ainsi qu'il
l'avoit ordonné .
Tous ceux qui l'ont particulierement
connu , conviennent que c'étoit un Homme
plein d'honneur , de probité , et de
religion , et des plus habiles du Royaume
sur le Droit Public, d'une vaste érudition
et d'une sagacité admirable.
Grand ; par le R. Per: Bougerel , Prêtre
de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge .
Ji
Oachim le Grand, nâquit à Saint Lo ,
Diocèse de Coutances , en Basse Normandie
, le 6 Février 1653. Il étudia la
Philo- [
FEVRIER. 1734. 245
Philosophie à Caen , sous le celebre Pierre
Cailly, et eut pour condisciple Pierre-
François de la Tour , mort depuis peu
General de l'Oratoire ; leur union a duré
autant que leur vie.
Il entra dans cette Congrégation en
1671. Il y étudia les Belles-Lettres et la
Théologie. Il en sortit en 1676. et s'attacha
à l'étude de l'Histoire par le conseil
du Pere le Cointe , et par la facilité
qu'il eut de consulter les Manuscrits
de la Bibliotheque du Roy, dont M.Thevenot
avoit alors la garde .
Le P. le Cointe étant décédé en 1681 .
il fit son Eloge , et ensuite celui de l'Abbé
de Maroles. Ces Eloges parurent dans
le Journal des Sçavans , Février et Avril
de la même année. L'Abbé le Grand fut
ensuite chargé successivement de l'éducation
du Marquis de Vins , et de celle
du Duc d'Etrées , sans aucun dérangement
dans le Plan de ses études d'Histoire
et de Critique.
Il eut en 1685. une conférence avec le
Docteur Burnet , depuis Evêque de Salisburi
, qui étoit venu à Paris , au sujet
de son Histoire de la Reformation d'Angletere
; dans laquelle l'Abbé le Grand
fit paroître beaucoup de capacité et beaucoup
d'amour pour la verité . Cette ma-
C tie246
MERCURE DE FRANCE
tiere l'engagea depuis à composer un
Ouvrage considérable sous ce titre : Histoire
du Divorce d'Henry VIII. Roy d'Angleterre
, et de Catherine d'Aragon ; la Def
fense de Sanderus , et la Réfutation des deux
premiers Livres de l'Histoire de la Réforma
tion de M. Burnet , et les Preuves. 3. vol
in 12.Paris , chez Martin et Boudot, 1688 .
Le Docteur Burnet ayant fait une courte
Critique en forme de Lettre de cette
Histoire, mais peu mesurée , par rapport
à son Auteur , l'Abbé le Grand se contenta
de publier de nouveau cette Lettre
avec un Avertissement à la tête , et quelques
Remarques au bas des pages .
L'année suivante 1689. le même Docteur
B... publia une Critique de l'Histoire
des Variations,ce qui donna lieu à l'Abbé
le Grand de lui adresser trois Lettres ,
sur les Variations , sur la Réformation et sur
l'Histoire du Divorce , lesquelles furent
imprimées à Paris en 1691. précédées
d'une Préface remplie d'Observations.
sur l'Histoire des Eglises Réformées , de
M. Basnage .
L'année suivante l'Abbé d'Estrées ayant
été nommé Ambassadeur en Portugal , il
choisit l'Abbé le Grand pour Secretairede
l'Ambassade . Celui- cy profita de l'occasion
pour acquerir de grandes connoissanFEVRIER.
1734. 247
sances sur les vastes Païs que les Portugais
appellent leurs Conquêtes.
De retour en France en 1697. il fit un
voyage en Bourgogne et en Dauphiné ,
pour recueillir les Memoires necessaires à
la composition de l'Histoire de ces Provinces.
Il fit imprimer en 1701. sa Traduction
de l'Histoire de l'Isle de Ceylan , du Capitaine
Jean de Ribeyro , à laquelle il ajouta
beaucoup de choses de son propre fonds:
Ouvrage qu'il dédia à la Comtesse d'Ericeyra.
En 1702 , 1703 et 1794 , notre Sçavant
fut encore employé en qualité de Secre
taire d'Ambassade , sous celles du Cardinal
et de l'Abbé d'Estrées en Espagne.Sur
la fin de la même année 1704. il fut choisi
pour être Secretaire general des Ducs et
Pairs de France , Emploi qui n'avoit point
été rempli depuis la mort de M. le Laboureur
, arrivée en 1675.
Sa profonde capacité dans l'Histoire et
dans le Droit Public , la justesse et la solidité
de ses vûës , dont il avoit donné .
des preuves en différentes occasions , déterminerent
M. le Marquis de Torcy , Ministre
d'Etat , de l'attacher au travail des
Affaires Etrangeres , dès l'année 1705. en
quoi il réussit si - bien que pendant les 10
Cij ang
248 MERCURE DE FRANCE .
années qui s'écoulerent jusqu'à la mort
du feu Roy , il n'y eut point d'Affaires
de conséquence , ausquelles l'Abbé le
Grand n'ait eu part , et sur lesquelles il
n'ait écrit. Voici les titres de quelquesuns
de ces Ecrits qui ont paru dans le
public.
Memoire , touchant la succession à la
Couronne d'Espagne . 1711. Reflexions sur
la Lettre à un Milord , sur la necessité et la
justice de l'entiere restitution de la Monarchie
d'Espagne , &c. 1711. Discours sur ce
qui s'est passé dans l'Empire , au sujet de
la succession d'Espagne . L'Allemagne menacée
d'être bientôt réduite en Monarchie
absoluë. Lettre de M. D. à M. le Docteur
M. touchant le Royaume de Bohéme.
Les autres Ouvrages sur ces matieres ;
qui n'ont pas été imprimez , concernent
Les Assemblées des Etats Generaux. Les
Régences. L'habileté à succeder à la Couronne;
et toutes les grandes Questions que
les Evenemens du dedans et du dehors du
Royaume lui ont donné lieu d'examiner
pendant plus de trente ans.
Il fut choisi en 172c . pour travailler à
l'Inventaire du Trésor des Chartres , travail
lié naturellement avec ses Etudes , et
auquel il se livra avec tout le zele possible
, ce qui ne l'empêcha pas de mettre
la
FEVRIER. 1734. 249
la derniere main à l'Histoire de Louis
XI. son Ouvrage favori ; il est intitulé :
Histoire et Vie de Louis XI.Roy de France,
avec les Preuves , et est resté Manuscrit
tout approuvé.
Il publia en 1728. la Relation Historique
d' Abissinie , du R. P. Jérôme Lobo , de
la Compagnie de Jesus , traduite du Portugais
en François , &c. 1. vol . 4. Paris ,chez
la veuve Coutelier . Il y en a un fort bel
Extrait dans le Journal des Sçavans , des
mois de Septembre et d'Octobre de la
même année 1728. ce qui dispense d'entrer
là - dessus dans aucun détail .
Il publia presque en même temps un
autre Ouvrage , qui a pour titre : De la
Succession à la Couronne de France , pour
les Agnats , ( c'est- à dire , pour la succession
Masculine directe. ) vol . 12. Paris ,
chez Martin et Guérin.
Le Marquis de Vins étant mort au mois
de Février 1732. l'Abbé le Grand , qui
lui étoit particulierement attaché , et qui
connoissoit son mérite , fit imprimer son
éloge dans le Mercure du mois de Mars
suivant.Il ne lui survécut pas long- tems ;
une seconde attaque d'Apoplexie l'enleva
le 1 de May 1733. chez Mrs Clairambault
, Généalogistes des Ordres du
Roy , ses anciens Amis et ses Exécuteurs
C iij tes250
MERCURE DE FRANCE
testamentaires. Il étoit âgé de 80 ans et 3
mois. Il fut inhumé simplement et sans
cérémonie , dans le Cimetiere de S. Joseph
, Paroisse de S. Eustache , ainsi qu'il
l'avoit ordonné .
Tous ceux qui l'ont particulierement
connu , conviennent que c'étoit un Homme
plein d'honneur , de probité , et de
religion , et des plus habiles du Royaume
sur le Droit Public, d'une vaste érudition
et d'une sagacité admirable.
Fermer
Résumé : ELOGE Historique de M. l'Abbé le Grand ; par le R. Pere Bougerel, Prêtre de l'Oratoire. Abregé de cet Eloge.
L'abbé Joachim le Grand naquit à Saint-Lô, en Basse-Normandie, le 6 février 1653. Il étudia la philosophie à Caen sous la direction de Pierre Cailly et entra dans la Congrégation de l'Oratoire en 1671. Après des études en Belles-Lettres et en Théologie, il se consacra à l'histoire grâce au conseil du Père le Cointe et à l'accès aux manuscrits de la Bibliothèque du Roi. En 1681, il écrivit des éloges pour le Père le Cointe et l'abbé de Maroles, publiés dans le *Journal des Sçavans*. Il fut ensuite chargé de l'éducation du Marquis de Vins et du Duc d'Etrées, tout en poursuivant ses recherches historiques. En 1685, il eut une conférence avec le Docteur Burnet sur l'*Histoire de la Réformation d'Angleterre*, ce qui le conduisit à écrire *Histoire du Divorce d'Henry VIII*. En 1689, il publia trois lettres en réponse aux critiques de Burnet sur son ouvrage. En 1690, il devint secrétaire de l'ambassade en Portugal, puis en Espagne de 1702 à 1704. De retour en France, il fut nommé secrétaire général des Ducs et Pairs de France et travailla aux Affaires Étrangères à partir de 1705. Ses écrits incluent des mémoires sur la succession à la Couronne d'Espagne et des réflexions sur la monarchie. En 1726, il travailla à l'inventaire du Trésor des Chartes et acheva l'*Histoire de Louis XI*. Il publia également des traductions et des ouvrages sur la succession à la Couronne de France. L'abbé le Grand mourut le 1er mai 1733 à l'âge de 80 ans et fut inhumé simplement au cimetière de Saint-Joseph. Il était reconnu pour son honneur, sa probité, sa religion et son érudition en droit public.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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83
p. 279-283
ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
Début :
Louis du Four de Longueruë nâquit à Charleville en 1652. de Pierre du [...]
Mots clefs :
Louis Dufour de Longuerue, Ouvrage, Abbé, Réputation, Paris, Charleville, Annales, Histoire, Instruction, Normandie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
ELOGE de M. l'Abbé de Longuernë.
Ouis du Four de Longueruë nâquit
La Charleville en 1692. de Pierre du
n'a-
Four , Se gneur de Longuerue et de Goisel
, Gentilhomme de Normandie , Lieutenant
pour le Roy au Gouvernement de
Charleville et de Montolimpe , et de Dame
Barbe le Blanc de Clois. Son
pere
voit rien épargné pour son éducation , il
lui donna Richelet pour Précepteur ; et
Perrot d'Ablancourt , si connu dans le
monde litteraire , lequel étoit son parent ;
voulut aussi contribuer à l'instruction
d'un Enfant qui étoit un prodige à l'âge de
quatre ans. La réputation de cet Enfant
Dvj étoit
204
étoit si grande , que le feu Roy passant à
Charleville demanda à le voir , et le jeune
Longuerue présenté à S. M. augmenta
encore par ses réponses aux diverses questions
qui lui furent faites , la grande idée
qu'on avoit déja de lui.
Son ardeur pour l'étude dès l'âge de
quinze ans , étoit si grande qu'à peine se
donnoit- il le temps de manger et de dormir.
Il ne connois oit d'autre recréation
que le changement de travail ; aussi fit - il
des progrès si surprenans , qu'il se trouva
bien- tôt en état d'être consulté par
tous les Sçavans , et en tout genre de Littérature
.
•
Il étudia à fond les Langues , tant
les mortes que les vivantes , et il n'y
en a eu aucune qu'il n'ait sçu parfaitement.
Avec ce secours il avoit penetré
dans l'Histoire de tous les Peuples , et de
tous les siecles . Il étoit si heureusement
servi par sa Memoire , que rarement il se
méprenoit d'une date , il ne confondoit
presque jamais un fait avec un autre.
L'Histoire étoit la partie de la Litterature
à laquelle il s'étoit le plus particulierement
appliqué , mais il n'avoit pas négligé
pour cela la Theologie , la Philosophie
ancienne et moderne , la Geographie,
la Chronologie , les Antiquitez et les Bel-
Lettres. Cette
FEVRIER. 1734. 281
Cette vaste étenduë de connoissance ne
l'énorgueillissoit point. Il étoit extrêmement
communicatif , et son sçavoir étoit
sans ostentation . Il est vrai qu'il n'aimoit
point à être contredit , et que son amour
pour la verité ne le rendoit pas toûjours
maître de ses expressions dans la chaleur
de la dispute ; mais quand on étoit accoutumé
à lui , sa franchise n'avoit plus rien
de rebutant , et on ne lui sçavoit aucun
mauvais gré de ses vivacitez.
Il a composé une infinité d'ouvrages qui
n'ont point été imprimez . Il avoit extrêmement
aidé le R. P. Pagi dans sa Critique
des Annales de Baronius Il a com-
Folé un grand nombre de Dissertations
tant sur l'Histoire Ecclesiastique que suz
celles de France , d'Espagne , des Arabes
& c.
Le seul Ouvrage qu'il a donné sous son
nom est la Description Historique et
Geographique de la France ancienne et
moderne , en deux Parties , imprimée à
Paris chez Jacques- Henry Praflard en
1719. Ce Livre , qui dans sa premiere
destination n'avoit été fait que pour l'instruction
d'un de ses amis , n'avoit pas acquis,
quand il fut rendu public , le dégré
de perfection que la réputation de son
Auteur sembloit exiger, L'Abbé de Longuerue
282 MERCURE DE FRANCE
gueruë n'avoit pû résister aux pressantes
sollicitations de gens plus occupez de leur
propre interêt , que de ce qui pouvoit
contribuer ou nuire à la réputation de ce
sçavant Homme. La complaisance qu'il
cût de livrer trop tôt son Ouvrage , lui a
causé des chagrins qu'il a ressentis jusqu'à
la fin de sa vie .
Le Journal des Sçavans du mois de Jan-
» vier 1733 m'apprend page 61. » Que M.
» Schoepflin a publié à Strasbourg chez
» Doulssecker , pere ; une édition in - 4°..
» ds Annales des Arsacides dont M.
» l'Abbé de Longueruë est , ( dit le Jour-
» nal ) l'Auteur , Annales Arsacidarum
» Auctore Ludovico du Four de Longueruë ,
"
Abbate S. Joann . de Jardo , & c. 1732 .
» On ajoute que cette Edition est préfera-
» ble à celle du même Ouvrage qui a été
imprimé à Paris il y a long -temps , en
» ce que M. Schoepflin l'a donné sur
» un Exemplaire corrigé et augmenté par
l'Illustre Aureur , qui a bien voulu le
» lui communiquer et en permettre l'im-
» pression. C'est tout ce que je puis dire
ici de cet Ouvrage , que je ne connoîs
point d'ailleurs.
>
Mais l'amour de la verité , et la reconnoissance
m'engagent à profiter de cette
occasion , pour déclarer qu'un autre Ou.
vrage
FEVREK 1734. 203
vrage rempli de Recherches historiques , et
d'une solide érudition , dont j'ai enrichi
ma dixiéme et onzième Lettre du Voyage
de Normandie , inserées dans le Mercure
de France des mois d'Avril et May
derniers , que cet Ouvrage , dis je , est
tout entier du sçavant Abbé de Longueruë.
Il joüissoit pour tout bien de deux Abbayes
, sçavoir Sept Fontaines , Diocèse
de Kheims depuis 1674. et le Jard ,-Diocèse
de Sens , depuis 1684. cependant
avec un revenu mediocre , il avoit sçû
former une Bibliotheque très - bien choisie,
qui seroit fâcheux de voir disperser,
L'Abbé de Longuerue mourut à Paris
le 22. Novembre 1733. laissant un Frere
qui est Mestre de Camp de Cavalerie , et
Chevalier de Saint Louis . Il avoit eu un
autre Frere qui fut tué à la Bataille de
Ramilliez le 23. May 1796. et qui étoit
Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp , et Chevalier de Saint
Loüis.
Ouis du Four de Longueruë nâquit
La Charleville en 1692. de Pierre du
n'a-
Four , Se gneur de Longuerue et de Goisel
, Gentilhomme de Normandie , Lieutenant
pour le Roy au Gouvernement de
Charleville et de Montolimpe , et de Dame
Barbe le Blanc de Clois. Son
pere
voit rien épargné pour son éducation , il
lui donna Richelet pour Précepteur ; et
Perrot d'Ablancourt , si connu dans le
monde litteraire , lequel étoit son parent ;
voulut aussi contribuer à l'instruction
d'un Enfant qui étoit un prodige à l'âge de
quatre ans. La réputation de cet Enfant
Dvj étoit
204
étoit si grande , que le feu Roy passant à
Charleville demanda à le voir , et le jeune
Longuerue présenté à S. M. augmenta
encore par ses réponses aux diverses questions
qui lui furent faites , la grande idée
qu'on avoit déja de lui.
Son ardeur pour l'étude dès l'âge de
quinze ans , étoit si grande qu'à peine se
donnoit- il le temps de manger et de dormir.
Il ne connois oit d'autre recréation
que le changement de travail ; aussi fit - il
des progrès si surprenans , qu'il se trouva
bien- tôt en état d'être consulté par
tous les Sçavans , et en tout genre de Littérature
.
•
Il étudia à fond les Langues , tant
les mortes que les vivantes , et il n'y
en a eu aucune qu'il n'ait sçu parfaitement.
Avec ce secours il avoit penetré
dans l'Histoire de tous les Peuples , et de
tous les siecles . Il étoit si heureusement
servi par sa Memoire , que rarement il se
méprenoit d'une date , il ne confondoit
presque jamais un fait avec un autre.
L'Histoire étoit la partie de la Litterature
à laquelle il s'étoit le plus particulierement
appliqué , mais il n'avoit pas négligé
pour cela la Theologie , la Philosophie
ancienne et moderne , la Geographie,
la Chronologie , les Antiquitez et les Bel-
Lettres. Cette
FEVRIER. 1734. 281
Cette vaste étenduë de connoissance ne
l'énorgueillissoit point. Il étoit extrêmement
communicatif , et son sçavoir étoit
sans ostentation . Il est vrai qu'il n'aimoit
point à être contredit , et que son amour
pour la verité ne le rendoit pas toûjours
maître de ses expressions dans la chaleur
de la dispute ; mais quand on étoit accoutumé
à lui , sa franchise n'avoit plus rien
de rebutant , et on ne lui sçavoit aucun
mauvais gré de ses vivacitez.
Il a composé une infinité d'ouvrages qui
n'ont point été imprimez . Il avoit extrêmement
aidé le R. P. Pagi dans sa Critique
des Annales de Baronius Il a com-
Folé un grand nombre de Dissertations
tant sur l'Histoire Ecclesiastique que suz
celles de France , d'Espagne , des Arabes
& c.
Le seul Ouvrage qu'il a donné sous son
nom est la Description Historique et
Geographique de la France ancienne et
moderne , en deux Parties , imprimée à
Paris chez Jacques- Henry Praflard en
1719. Ce Livre , qui dans sa premiere
destination n'avoit été fait que pour l'instruction
d'un de ses amis , n'avoit pas acquis,
quand il fut rendu public , le dégré
de perfection que la réputation de son
Auteur sembloit exiger, L'Abbé de Longuerue
282 MERCURE DE FRANCE
gueruë n'avoit pû résister aux pressantes
sollicitations de gens plus occupez de leur
propre interêt , que de ce qui pouvoit
contribuer ou nuire à la réputation de ce
sçavant Homme. La complaisance qu'il
cût de livrer trop tôt son Ouvrage , lui a
causé des chagrins qu'il a ressentis jusqu'à
la fin de sa vie .
Le Journal des Sçavans du mois de Jan-
» vier 1733 m'apprend page 61. » Que M.
» Schoepflin a publié à Strasbourg chez
» Doulssecker , pere ; une édition in - 4°..
» ds Annales des Arsacides dont M.
» l'Abbé de Longueruë est , ( dit le Jour-
» nal ) l'Auteur , Annales Arsacidarum
» Auctore Ludovico du Four de Longueruë ,
"
Abbate S. Joann . de Jardo , & c. 1732 .
» On ajoute que cette Edition est préfera-
» ble à celle du même Ouvrage qui a été
imprimé à Paris il y a long -temps , en
» ce que M. Schoepflin l'a donné sur
» un Exemplaire corrigé et augmenté par
l'Illustre Aureur , qui a bien voulu le
» lui communiquer et en permettre l'im-
» pression. C'est tout ce que je puis dire
ici de cet Ouvrage , que je ne connoîs
point d'ailleurs.
>
Mais l'amour de la verité , et la reconnoissance
m'engagent à profiter de cette
occasion , pour déclarer qu'un autre Ou.
vrage
FEVREK 1734. 203
vrage rempli de Recherches historiques , et
d'une solide érudition , dont j'ai enrichi
ma dixiéme et onzième Lettre du Voyage
de Normandie , inserées dans le Mercure
de France des mois d'Avril et May
derniers , que cet Ouvrage , dis je , est
tout entier du sçavant Abbé de Longueruë.
Il joüissoit pour tout bien de deux Abbayes
, sçavoir Sept Fontaines , Diocèse
de Kheims depuis 1674. et le Jard ,-Diocèse
de Sens , depuis 1684. cependant
avec un revenu mediocre , il avoit sçû
former une Bibliotheque très - bien choisie,
qui seroit fâcheux de voir disperser,
L'Abbé de Longuerue mourut à Paris
le 22. Novembre 1733. laissant un Frere
qui est Mestre de Camp de Cavalerie , et
Chevalier de Saint Louis . Il avoit eu un
autre Frere qui fut tué à la Bataille de
Ramilliez le 23. May 1796. et qui étoit
Lieutenant des Gardes du Corps , Maréchal
de Camp , et Chevalier de Saint
Loüis.
Fermer
Résumé : ELOGE de M. l'Abbé de Longueruë.
L'abbé de Longuerue, né en 1692 à Charleville, était le fils de Pierre du Four, seigneur de Longuerue et de Goisel, et de Dame Barbe le Blanc de Clois. Son éducation fut soutenue par son père et son parent Perrot d'Ablancourt, et le roi remarqua son prodige à l'âge de quatre ans. À quinze ans, Longuerue démontra une passion exceptionnelle pour l'étude, maîtrisant rapidement diverses disciplines littéraires telles que les langues mortes et vivantes, l'histoire, la théologie, la philosophie, la géographie, la chronologie, les antiquités et les belles-lettres. Sa mémoire était remarquable, lui permettant de ne presque jamais se tromper sur les dates ou les faits historiques. Longuerue était connu pour partager ses connaissances sans ostentation, bien qu'il puisse être franc et vif dans les disputes. Il composa de nombreux ouvrages non imprimés et aida le père Pagi dans sa critique des Annales de Baronius. Son unique ouvrage publié est la 'Description Historique et Géographique de la France ancienne et moderne' (1719), publié malgré ses réticences. Il possédait deux abbayes et avait constitué une bibliothèque bien choisie. Longuerue mourut à Paris le 22 novembre 1733. Il laissait un frère, maître de camp de cavalerie et chevalier de Saint-Louis, et un autre frère mort à la bataille de Ramillies en 1706.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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84
p. 670-686
LETTRE de M..... au sujet de la nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son Eminence M. le Cardinal de Fleury, Abbé de Tournus.
Début :
Ce ne sont pas toujours les Villes Episcopales qui sont en état de fournir [...]
Mots clefs :
Abbaye Saint-Philibert de Tournus, Tournus, Abbé, Auteur, Abbaye, Monastère, Religieux, Saint Philibert, Comte de Chalon, Église, Moines, Évêque, Cour, Saint Valérien, Roi, Anciens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M..... au sujet de la nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son Eminence M. le Cardinal de Fleury, Abbé de Tournus.
LETTRE de M..... au sujet de la
nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye
de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son
Eminence M. le Cardinal de Fleury ;
Abbé de Tournus .
CE
E ne sont pas toujours les Villes
Episcopales qui sont en état de fournir
une matiere suffisante pour composer
de gros volumes d'Histoire . Souvent
en recherchant ce qu'il y a à dire d'une
Ville qui n'a commencé que par un simple
Château , et où dans la suite il s'est
étaAVRIL.
1734.
671
établi un Monastere , on trouve une plus
ample moisson qu'on ne croyoit , et enfin
de quoi former un volume complet.
C'est ce qui est arrivé à la Ville de Tournus
en Bourgogne , dont un Chanoine
vient de publier l'Histoire.
L'Auteur remonte jusqu'à l'origine de
la Ville , pour donner une connoissance
entiere du sujet qu'il traite. Tournus
étoit du Païs des Eduens ; c'étoit une
espece de Grenier ou de Magazin , qui
est appellé , Horreum Castrense , dans les
Actes de S. Valerien . Le martyre de ce
Saint rendit ce lieu encore plus célébre.
Il est nommé Tinurtium , Tenurcium , Ternocium
, Trinorcium , dans des Auteurs du
4. 5. et 6e siécles , et souvent avec le substantif
castrum.
On ne sçait pas bien en quel temps it
commença à y avoir un Monastere sur
le Tombeau de S. Valérien ; mais il étoit
déja ancien au 1x. siecle , lorsque l'Abbé
des Moines de Nermoutier , refugiez en
Auvergne , passant par Tournus , trouva
l'endroit si agréable , qu'il prit tous les
moyens de persuader aux anciens Religieux
de permettre que ses Moines vinssent
demeurer avec eux , pour ne faire
tous ensemble qu'une même Communauté.
De là vint l'accroissement de cette
Cij Ab-
·
672 MERCURE DE FRANCE
Abbaye , puisqu'alors elle augmenta en
biens comme en Religieux. Charles le
Chauve confirma la réunion de tous les
Prieurez de Nermoutier et autres dépendences
, à l'Eglise de Tournus , et il y
ajouta d'autres biens tres - considérables;
Apparemment le nom de la Sainte Vier-
. ge , et celui de S. Valerien , anciens Patrons
du lieu , commencerent alors à être
éclypsez par celui de S. Filibert , dont la
' nouvelle Colonie venoit d'y apporter les
Reliques .
C'est depuis ce temps - là que M.Juenin ,
Auteur de cette Histoire , donne une Liste
très -curieuse des Abbez de ce Monastere
; ceux des siècles précédens étant restez
inconnus . Géilon , auteur de la réünion
des deux Maisons , est le premier
dont il parle. Il rapporte à son temps , la
donation d'un Privilége accordé par le
Pape Jean VIII. au Concile de Troyes ,
et deux de Louis le Begue , de l'an 878 .
Cet Abbé étoit doté d'un si grand mérite
qu'il fut fait Evêque de Langres après
la mort d'Isaac. On croit que ce fut lui
qui tira de Tournus les Corps de S. Vétérin
et de S. Léonard , pour les donner
au Monastere de Corbigny.Sous Gautier,
second Abbé , est une suite de donations.
Le troisième , nommé Blitgaire , obtint
du
AVRIL . 1734 673
du Prince Eudes , le droit de faire battre
Monnoye.
L'Auteur représente icy deux sortes de
ces Monnoyes battuës à Tournus. A l'une
on lit d'un côté : scs VALERIANVS , et de
l'autre côté : TORNVCIO CASTRO . L'autre
Monnoye ne paroît pas si ancienne. Le
nom de S. Filibert y est écrit d'une maniere
corrompuë , puisqu'on y lit , S. PHILIBERTI
MONETA , comme si un nom purement
Teutonique pouvoit venir du
Grec. Ce fut aussi de son tems qu'on
croît qu'Adalger, Evêque d'Autun , mourut
à Tournus ; mais s'il n'y mourut pas,
il est certain qu'il y fut inhumé , à moins
que la Pierre où on lit Adalgerius hic
quiescit Episcopus , n'eût été apportée
d'ailleurs. La mort de cet Evêque avoit
fait du bruit : Un Moine de Flavigny
soupçonné d'en être l'Auteur , fut obligé
de se purger par la reception de la sainte
Eucharistie.La Communauté de Tournus
grossit encore sous Hervé , quatriéme
Abbé. Les Moines de S. Florent le vieux ,
en Anjou , craignant les courses des Normans
, vinrent se refugier chez eux avec
le Corps de leur S. Patron . Il est vrai
qu'ils n'y firent pas une longue réſidence
, mais ils furent toujours obligez de
laisser à Tournus leurs Reliques , et ils
Ciij ne
674 MERCURE DE FRANCE
ne purent les t'avoir que vers l'an 946.
par un effet de la subtilité de l'un d'entr'eux
.
Quoique la Ville eut été brûlée en
937. par des Barbares venus de Scythie
le Monastere qui étoit dans le Château
ne se ressentit pas beaucoup de ce malheur.
Il ne falloit pas alors des sommes
considérables pour la nourriture des Religieux
, puisque dans uue donation que
leur fit l'Archevêque de Besançon en 945 ,
il est dit que les Serviteurs de Dieu s'occupoient
à cultiver la terre. L'Abbaye préservée
de l'incendie , fut fatiguée vers le
même temps , par les poursuites de Gilbert,
Comte de Châllon ; ce qui fit que
les Moines prirent la résolution de quitter
le Lieu et de s'en aller avec le Corps
de S.Filibert et leurs autres Reliques , jusqu'à
S. Pourçain en Auvergne. Plusieurs
Evêques s'assemblérent à Tournus en
949. pour chercher les moyens de faire
revenir cés sacrez trésors ; ils revinrent en
effet , et quatre Evêques allerent audevant
jusqu'à un quart de lieuë de la ville.
De -là l'origine de plusieurs Processions
qui venoient autrefois à Tournus après
l'Ascension , des Diocèses de Besançon ,
de Mâcon, de Châllon et d'Autun . Il peut
paroître surprenant que les Evêques n'eussent
AVRIL. 1734.
675
sent pas songé à dédommager la Ville de
Tournus de la perte du Corps de S. Filibert,
par celui de S. Valerien . Il étoit toujours
resté dans un Cercueil de Pierre ,
dont ils auroient pû le tirer . Mais il ne le
fut que par l'Abbé Etienne. La cérémonie
est icy tres-bien détaillée , et l'Historien
la fixe au Dimanche 26 Janvier 76.
L'Abbaye de Tournus fut brûlée le 16
Octobre de l'an 1006.par un accident im
prévu ; et l'Eglise réparée de nouveau fut
consacrée l'an 1019. Hugues , Evêque
d'Auxerre , qui étoit Comte de Châllon ,
fit aux Moines des donations considérables
à l'occasion de cette cérémonie , et en
reconnoissance ils lui prétêrent la Banniere
de S Filibert , dont il avoit besoin
dans les Guerres qu'il soûtenoit pour lcs
intérêts du Roy Robert.L'Auteur en parlant
de S Ardaing qui est compté pour
13 Abbé de Tournus , attribue à S. Odilon
de Cluni , ce que M. Chastelain dans
son Martyrologe ( I Bémestre, 11 Février,
page 6 24. ) dit de S. Ardaing. L'un assure
que c'est à S. Odilon que l'Empereur
S. Henry envoya sa Couronne ; l'autre
écrit , que ce fut à l'Abbé de Tournus . Il
paroît que M. Juenin , qui n'oublie rien
de ce qui concerne le culte des Saints de
son Abbaye , n'a pas été informé qu'il est
C iiij ho676
MERCURE DE FRANCE
honoré, particulierement dans le Prieuré
de S. Syphorien d'Autun , qu'il y a en
cette Eglise une Chapelle de son nom ,
avec des Reliques , et un Puits proche de
l'Eglise , où on lit autour du bord : LE
PUITS SAINTARDAN.La politesse de l'Abbé
Guillaume de Jaligny fut poussée jusqu'au
point qu'il ne pouvoit souffrir que
les Bourgeois ou Bourgeoises de Tournus
se présentassent devant lui avec des habits.
négligez ; il leur en faisoit des reproches ,
et si c'étoit par indigence , il les secouroit.
Pierre , le 16 ° Abbé, reçut en 1105 ,
une Bulle qui lui permettoit de dire à la
Messe le Gloria in excelsis, le jour de l'Annonciation
, sans doute , parce que cette
Fête tombe le plus souvent en Carême
où alors ce Cantique ne se disoit pas aux
Fêtes , quoiqu'il n'y en eut que fort peu ,
dans le temps du grand jeûne .
Depuis le 12 siècle , l'Histoire est plei .
ne d'Actes de donations, accords , transactions
, échanges , confirmations de
droits , concessions de nouveaux droits ,
aux Habitans de Tournus. On y remarque
, pag. 132. que le Roy Loüis le Jeune
fut obligé de venir à Tournus pour accorder
les habitans avec l'Abbé, quoique
les contestations n'eussent pas été poussées
au point que l'avoient été celles de
l'Abbé
AVRIL 1734. 677
, 1245 . V
Ï'Abbé de Vezelay , contre ses habitans .
Outre les deux incendies dont il a été
parlé plus haut , il en survint un troisiéme
vers l'an On eut besoin des
aumônes des Fideles , pour la réparation
des dégats qu'il avoit causés. Les Moines
de Tournus se servirent de toutes les
voyes imaginables pour en attirer . Ils obtinrent
même de l'Abbé Général de Citeaux
des Lettres de recommandation ,
par lesquelles il promettoit à tous ceux
qui leur feroient quelque aumône, d'avoir
part aux suffrages de son Ordre. Ces quêtes
faites par des Moines , jointes à la séparation
de leur Mense , d'avec la Mense
Abbatiale , ne contribuerent pas peu à
introduire le relâchement parmi eux ,
aussi bien que l'érection des Offices
Claustraux en titre. Cependant ces Religieux
n'avoient encore alors par repas ,
qu'une portion de Fromage et trois Oeufs
où du poisson à l'équivalent ; cette simplicité
dans la nourriture dura jusqu'à ce
Î'Abbé Renaud augmenta la pitance en
1253. et permit d'augmenter la portion
de viande des malades de l'Infirmerie.
L'Auteur nous apprend qu'en blanchissant
dans ces derniers temps l'Eglise de
Tournus , on a effacé quelques monumens
des Abbez du 13siccle , et d'un
-
C v Sei68
MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Montbelet . C'est une chose
que les Supérieurs des Lieux devroient
soigneusement empêcher. On rompt , on
brise , on efface , on détruit tout , et souvent
personne ne se plaint. Ceux qui aiment
à détruire , devroient au moins retenir
des copies figurées des anciens Monumens
avant que de les livrer au bras séculier.
C'est une réfléxion que M. Juenin
nous a laissé à faire.
En 1318 , l'Abbé fit avec Eudes IV.Duc
de Bourgogne un Traité , qu'on peut
voir à la page 176.Les droits du Maréchal
de l'Abbaye en 1334. sont curieux à lire.
Le premier Dimanche du Carême n'y est
pas nommé Brandonum , mais Bordarum ;
l'Auteur n'oublie point , lorsqu'il en est
au temps du Roy Jean , de dire que ce
Prince vint à Tournus en 1362. et qu'il y
confirma aux Religieux le droit de Pêche
dans la Rivire de Saone. Le reste de ce
qui se passa à Tournus au 14° siecle , finit
par un fait plus interessant. C'est l'érection
d'une Commune que les Bourgeois
tenterent encore, comme ils l'avoient fait
au 12 ° siècle, mais ils succomberent encore
cette fois ; l'Arrêt est de l'an 1399. La
Ville fut prise et pillée en 1422. par les
Troupes du Dauphin de France que l'on
nommoit les Armagnacs , et cette prise occaAVRIL.
1734. 679
casionna , dit l'Auteur , un mal qui n'est
pas encore entierement cessé. Il veut parler
de certains procès au sujet des usages
d'un Village voisin nommé Arbigny . On
voit aux années 1447 et aux suivantes , les
différens qui furent mus alors entre l'Evêque
diocésain , qui est celui de Châllon
et les Abbez de Tournus , touchant la
Jurisdiction .
?
Les Abbez Commandataires eurent lieu
à Tournus comme ailleurs , au commencement
du 16 siécle ; le premier fut Robert
de Lénoncourt, mort Archevêque de
Reims , lequel fit du bien à l'Abbaye. En
1501. Jean de Châllon , Prince d'Orange,
vint avec sa femme en dévotion à Tournus
, promettant à Dieu , que s'il leur
accordoit un fils ,ils le nommeroient Filbert.
Cet Enfant obtenu dans l'année- même
fut depuis le fameux Philibert , Prince
d'Orange , Vice Roy de Naples , pour
Charles- Quint , lequel quitta la France
pour une raison , rapportée par Gollut *.
Charles III. Duc de Savoye , ayant imité
en 1527 , la piété de Jean de Châllon , obtint
aussi du ciel , par l'intercession de
* Selon cet Auteur , dans ses Mémoires , sur la
Franche- Comté,ilfut cho qué étant à Fontainebleau,
qu'ont l'eutfait sortir de son logis ponrfaire place à
un Nonce du Pape.
C vj
S.
1
680 MERCURE DE FRANCE
Ş. Filibert , un fils qui porta le nom de
ce Saint. Cette dévotion des Princes ne
peut servir qu'à condamner les Auteurs
de quelques nouveaux Bréviaires ,qui ont
supprimé tout à fait du Calendrier le
nom de S. Filibert.
·
Une remarque curieuse que M. Juenin
insére dans son Histoire , quoiqu'elle regarde
plus naturellement l'Histoire de
Mâcon , est qu'en 1518 , le Pont de Mâcon
menaçant ruine , l'Evêque ne donna
permission de faire gras le Lundy et
Mardy qui précedent le jour des Cendres
et d'user de laitages pendant le Carême ,
qu'à ceux qui contribueroient aux réparations
de ce Port. Il faut entendre l'Auteur
rapporter lui - même un fait qu'il a
tiré des preuves des libertez de l'Eglise
Gallicane.Ce fait est de l'an 1530. » Frere
» Jean de Trappes , dit de la Graverote
» Moine de Tournus mais Aumônier
» de Pairie en Bourgogne , fut trouvé le
de Juin à Paris , en la Salle du Pa-
» lais , vétu d'une maniere un peu extra-
» vagante pour un Moine. Il avoit un
» Pourpoint de Satin , une Robbe dou-
» blée de damas et un Froc de serge de
» soye. Il fut arrêté par des Huissiers de
» la Cour , et mené au Parquet des Gens
» du Roy. Ayant été mandé en ladite
»
27
,
>> Cour
AVRIL 1734 681
» Cour , après qu'il y eut été interrogé ;
» et que les Gens du Roy eurent été oüis,
» la Cour lui enjoignit de se conformer
» dans son habit aux autres Religieux
» de S. Benoît , lui fit inhibitions et dé
>> fenses sur peine de mille livres d'a-
» mende , de plus paroître au Palais avec
» un habit , tel que celui dans lequel il
» avoit été arrêté , ou avec tel autre ha-
>> bit qui ne conviendroit point à un Religieux
de son Ordre. La Cour ordonna
» outre cela qu'il fut mené au Monastere
» de S. Martin des Champs , pour y de-
» meurer ce jour-là , et y être admonesté
» de bien vivre. Le lendemain il présenta
» Requête à la Cour , pour qu'il lui fut
33
33
permis de se retirer en fon Abbaye de
>> Tournus ; sur quoi la Cour ordonna
» que le Prieur de S. Martin des Champs
» le feroit habiller selon son état ; que
»pour cet effet , il feroit vendre les ha-
» bits dont il étoit vêtu , et que le surplus
de l'argent seroit distribué aux
» pauvres ; après quoi il seroit mis hors
» du Monastere .
>>
M. Juenin dit qu'il ne connoît point
le Monastere de Pairie,dont ce Religieux
étoit Aumônier. Il y a grande apparence
que c'est celui de Paroy ou Parey , dont
le nom aura été mal orthographié. C'est
un
682 MERCURE DE FRANCE
un Prieuré de l'Ordre de Cluny , au
Diocèse d'Autun.
A l'occasion du différend qui s'éleva¸
sur la Pêche , sous le Cardinal de Tournon
, on fit à Tournus des recherches
des Bornes anciennes dans la Riviere de
Saone. On y trouva en 1548. une Pierre
longue de quatre pieds , et large de deux ,
sur laquelle étoient figurez deux personnages
que l'Historien de Tournus a fait
graver. La premiere figure qui est à droite
de l'autre , représente , à ce qu'il prétend
, un Religieux . Il a un Oyseau sur
le poing de la main droite , et il paroît
tenir de la main gauche une espece de
Corbeille ; l'autre figure paroît représenter
un jeune Seigneur. L'Auteur est persuadé
que cette Pierre avoit servi à marquer
les limites du droit de Pêche que
Hugues de Châllon , Evêque d'Auxerre,
avoit donné à ce Monastere au 11 siècle ,
et il croit que la Corbeille ovale , qui a
un manche semblable à celui d'une Raquette
, est pour figurer celle qui renfermoit
le titre de cette donation . Mais comme
l'Oyseau de la main droite démontre
surement le droit de Chasse , il s'ensuit
aussi que l'instrument d'Ozier , placé
dans l'autre main , est plutôt une espece
d'Engin destiné pour la Pêche ; et qu'ainså
AVRIL 1734 683'
si la figure de ce Moine représente le droit
de Chasse et de Pêche réunis ensemble.
C'est à quoi il y a d'autant plus d'apparence
, que la Pierre a dû être placée sur
le bord de la Riviere , avant que la rapidité
des Eaux eût entraîné les terres qui
la soutenoient.
Je ne suivrai point cet Auteur dans
ce qu'il rapporte de la guerre des Huguenots
et de celle de la Ligue , relativement
à Tournus . Il s'étend aussi beaucoup
à raconter l'Histoire de la sécularization
de cette Abbaye , qui fut faite
il y a environ cenr dix ans , à l'exemple
de celle de S. Etienne de Dijon et
de S. Pierre de Vienne. Cette nouvelle
Collégiale reçut en 1632. des Statuts
de M. de Neufchese , Evêque de Challon.
On fait remarquer parmi les Eyenemens
singuliers de ia Ville de Tournus
, que la peste y ayant été comme
ailleurs en 1630. ou environ , les Ha-,
bitans se voüerent à S. Charles , Archevêque
de Milan , à l'exemple de ceux
de Challon , et qu'on y fit voeu de chommer
sa Fête. C'est ce qui fait voir que
quelquefois les Saints nouveaux préjudicient
aux anciens , comme l'a dit Nicolas
de Clamengis , puisque presque partout
ailleurs les voeux faits à l'occasion
de
384 MERCURE DE FRANCE
de la peste se réunissoient dans l'augmentation
du culte de Saint Sebastien et
dans celui de. S. Roch.
que
Le reste de cette Histoire n'est qu'un
narré des changemens arrivez dans le
Pays , et autres Evenemens peu interessants
, tels la réunion de l'Aumônerie
de l'Abbaye à l'Hôpital du lieu ;
la dérogation qui fut faite aux droits de
l'Abbé par la création des Maire , Assesseurs
, &c. de Tournus ; differentes
décorations de l'Eglise , passages extraordinaires
, comme celui des Religieux de
la Trappe qui alloient s'établir en Toscane.
Ce fait est de l'an 1705. Le Lecteur
peut cependant y voir avec édification
, l'endroit où M. Juenin marque
la bonne réception que leur fir le Cardinal
de Bouillon , Abbé de Tournus ;
et comment les Chanoines , entez sur
les anciens Moines , parurent les regarder
comme une espece de Confreres.
Tout ce qu'il raconte depuis ce tempsrécent
pour nous y arrêter.
là est trop
Comme l'Auteur a mis à la tête de
son Ouvrage un Plan et un Profil de
la Ville et de l'Abbaye de Tournus , il
donne aussi à la fin des Pieces du même
genre. On y voit aussi un plan géométral
de l'Eglise de S.Filibert et de l'Eglise
AVRIL. 1734.
685
glise souterraine. Il ne croit pas cellecy
si ancienne que l'a crû Dom Martenne
, et il peut avoir raison. Il n'a
pas oublié non plus de donner dans le
corps de l'Ouvrage le dessein d'un Eventail
de vélin très ancien , qui servoit dans
les Saints Mysteres pour chasser les Mouches
qui auroient incommodé le Prêtre.
Ce meuble aisé à transporter , venoit ,
sans doute , du Monastere de Nermoutier
en Bretagne , selon qu'il est aisé d'en
juger par le nom de S. Philibert et de
S. Martin de Vertou , qui s'y lisent, pendant
que celui de S. Valerien n'y paroît
en aucun endroit . On voit parmi les
Pieces justificatives de cette Histoire ,
qui sont en 339. pages , les Vies de saint
Valerien , de S. Marcel Martyr de Challon
une Chronique de Tournus , qui
n'a jamais été publiée ; une Description
curieuse conservée dans l'Eglise de saint
Marcel de Cayret , au Diocèse d'Uzés .
On y trouve aussi la Vie , les Tranflations
et les Miracles de S. Filibert , où
l'on ne trouve point le trait fabuleux
qui a tant décrié la Légende de ce Saint.
>
Il est à souhaiter que l'exemple de
l'Historien de Tournus soit suivi , et que
dans chacune des Eglises Collegiales qui
ont succedé à d'anciens Monasteres , if
Se
686 MERCURE DE FRANCE
se trouve un Sujet aussi zelé que le paroît
M. Juenin , pour faire connoître la
celebrité des Lieux , et pour en conserver
à la posterité tous les monumens
qui sont dignes d'attention . Je suis , &c.
A A .... le 10. Octobre 1733.
nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye
de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son
Eminence M. le Cardinal de Fleury ;
Abbé de Tournus .
CE
E ne sont pas toujours les Villes
Episcopales qui sont en état de fournir
une matiere suffisante pour composer
de gros volumes d'Histoire . Souvent
en recherchant ce qu'il y a à dire d'une
Ville qui n'a commencé que par un simple
Château , et où dans la suite il s'est
étaAVRIL.
1734.
671
établi un Monastere , on trouve une plus
ample moisson qu'on ne croyoit , et enfin
de quoi former un volume complet.
C'est ce qui est arrivé à la Ville de Tournus
en Bourgogne , dont un Chanoine
vient de publier l'Histoire.
L'Auteur remonte jusqu'à l'origine de
la Ville , pour donner une connoissance
entiere du sujet qu'il traite. Tournus
étoit du Païs des Eduens ; c'étoit une
espece de Grenier ou de Magazin , qui
est appellé , Horreum Castrense , dans les
Actes de S. Valerien . Le martyre de ce
Saint rendit ce lieu encore plus célébre.
Il est nommé Tinurtium , Tenurcium , Ternocium
, Trinorcium , dans des Auteurs du
4. 5. et 6e siécles , et souvent avec le substantif
castrum.
On ne sçait pas bien en quel temps it
commença à y avoir un Monastere sur
le Tombeau de S. Valérien ; mais il étoit
déja ancien au 1x. siecle , lorsque l'Abbé
des Moines de Nermoutier , refugiez en
Auvergne , passant par Tournus , trouva
l'endroit si agréable , qu'il prit tous les
moyens de persuader aux anciens Religieux
de permettre que ses Moines vinssent
demeurer avec eux , pour ne faire
tous ensemble qu'une même Communauté.
De là vint l'accroissement de cette
Cij Ab-
·
672 MERCURE DE FRANCE
Abbaye , puisqu'alors elle augmenta en
biens comme en Religieux. Charles le
Chauve confirma la réunion de tous les
Prieurez de Nermoutier et autres dépendences
, à l'Eglise de Tournus , et il y
ajouta d'autres biens tres - considérables;
Apparemment le nom de la Sainte Vier-
. ge , et celui de S. Valerien , anciens Patrons
du lieu , commencerent alors à être
éclypsez par celui de S. Filibert , dont la
' nouvelle Colonie venoit d'y apporter les
Reliques .
C'est depuis ce temps - là que M.Juenin ,
Auteur de cette Histoire , donne une Liste
très -curieuse des Abbez de ce Monastere
; ceux des siècles précédens étant restez
inconnus . Géilon , auteur de la réünion
des deux Maisons , est le premier
dont il parle. Il rapporte à son temps , la
donation d'un Privilége accordé par le
Pape Jean VIII. au Concile de Troyes ,
et deux de Louis le Begue , de l'an 878 .
Cet Abbé étoit doté d'un si grand mérite
qu'il fut fait Evêque de Langres après
la mort d'Isaac. On croit que ce fut lui
qui tira de Tournus les Corps de S. Vétérin
et de S. Léonard , pour les donner
au Monastere de Corbigny.Sous Gautier,
second Abbé , est une suite de donations.
Le troisième , nommé Blitgaire , obtint
du
AVRIL . 1734 673
du Prince Eudes , le droit de faire battre
Monnoye.
L'Auteur représente icy deux sortes de
ces Monnoyes battuës à Tournus. A l'une
on lit d'un côté : scs VALERIANVS , et de
l'autre côté : TORNVCIO CASTRO . L'autre
Monnoye ne paroît pas si ancienne. Le
nom de S. Filibert y est écrit d'une maniere
corrompuë , puisqu'on y lit , S. PHILIBERTI
MONETA , comme si un nom purement
Teutonique pouvoit venir du
Grec. Ce fut aussi de son tems qu'on
croît qu'Adalger, Evêque d'Autun , mourut
à Tournus ; mais s'il n'y mourut pas,
il est certain qu'il y fut inhumé , à moins
que la Pierre où on lit Adalgerius hic
quiescit Episcopus , n'eût été apportée
d'ailleurs. La mort de cet Evêque avoit
fait du bruit : Un Moine de Flavigny
soupçonné d'en être l'Auteur , fut obligé
de se purger par la reception de la sainte
Eucharistie.La Communauté de Tournus
grossit encore sous Hervé , quatriéme
Abbé. Les Moines de S. Florent le vieux ,
en Anjou , craignant les courses des Normans
, vinrent se refugier chez eux avec
le Corps de leur S. Patron . Il est vrai
qu'ils n'y firent pas une longue réſidence
, mais ils furent toujours obligez de
laisser à Tournus leurs Reliques , et ils
Ciij ne
674 MERCURE DE FRANCE
ne purent les t'avoir que vers l'an 946.
par un effet de la subtilité de l'un d'entr'eux
.
Quoique la Ville eut été brûlée en
937. par des Barbares venus de Scythie
le Monastere qui étoit dans le Château
ne se ressentit pas beaucoup de ce malheur.
Il ne falloit pas alors des sommes
considérables pour la nourriture des Religieux
, puisque dans uue donation que
leur fit l'Archevêque de Besançon en 945 ,
il est dit que les Serviteurs de Dieu s'occupoient
à cultiver la terre. L'Abbaye préservée
de l'incendie , fut fatiguée vers le
même temps , par les poursuites de Gilbert,
Comte de Châllon ; ce qui fit que
les Moines prirent la résolution de quitter
le Lieu et de s'en aller avec le Corps
de S.Filibert et leurs autres Reliques , jusqu'à
S. Pourçain en Auvergne. Plusieurs
Evêques s'assemblérent à Tournus en
949. pour chercher les moyens de faire
revenir cés sacrez trésors ; ils revinrent en
effet , et quatre Evêques allerent audevant
jusqu'à un quart de lieuë de la ville.
De -là l'origine de plusieurs Processions
qui venoient autrefois à Tournus après
l'Ascension , des Diocèses de Besançon ,
de Mâcon, de Châllon et d'Autun . Il peut
paroître surprenant que les Evêques n'eussent
AVRIL. 1734.
675
sent pas songé à dédommager la Ville de
Tournus de la perte du Corps de S. Filibert,
par celui de S. Valerien . Il étoit toujours
resté dans un Cercueil de Pierre ,
dont ils auroient pû le tirer . Mais il ne le
fut que par l'Abbé Etienne. La cérémonie
est icy tres-bien détaillée , et l'Historien
la fixe au Dimanche 26 Janvier 76.
L'Abbaye de Tournus fut brûlée le 16
Octobre de l'an 1006.par un accident im
prévu ; et l'Eglise réparée de nouveau fut
consacrée l'an 1019. Hugues , Evêque
d'Auxerre , qui étoit Comte de Châllon ,
fit aux Moines des donations considérables
à l'occasion de cette cérémonie , et en
reconnoissance ils lui prétêrent la Banniere
de S Filibert , dont il avoit besoin
dans les Guerres qu'il soûtenoit pour lcs
intérêts du Roy Robert.L'Auteur en parlant
de S Ardaing qui est compté pour
13 Abbé de Tournus , attribue à S. Odilon
de Cluni , ce que M. Chastelain dans
son Martyrologe ( I Bémestre, 11 Février,
page 6 24. ) dit de S. Ardaing. L'un assure
que c'est à S. Odilon que l'Empereur
S. Henry envoya sa Couronne ; l'autre
écrit , que ce fut à l'Abbé de Tournus . Il
paroît que M. Juenin , qui n'oublie rien
de ce qui concerne le culte des Saints de
son Abbaye , n'a pas été informé qu'il est
C iiij ho676
MERCURE DE FRANCE
honoré, particulierement dans le Prieuré
de S. Syphorien d'Autun , qu'il y a en
cette Eglise une Chapelle de son nom ,
avec des Reliques , et un Puits proche de
l'Eglise , où on lit autour du bord : LE
PUITS SAINTARDAN.La politesse de l'Abbé
Guillaume de Jaligny fut poussée jusqu'au
point qu'il ne pouvoit souffrir que
les Bourgeois ou Bourgeoises de Tournus
se présentassent devant lui avec des habits.
négligez ; il leur en faisoit des reproches ,
et si c'étoit par indigence , il les secouroit.
Pierre , le 16 ° Abbé, reçut en 1105 ,
une Bulle qui lui permettoit de dire à la
Messe le Gloria in excelsis, le jour de l'Annonciation
, sans doute , parce que cette
Fête tombe le plus souvent en Carême
où alors ce Cantique ne se disoit pas aux
Fêtes , quoiqu'il n'y en eut que fort peu ,
dans le temps du grand jeûne .
Depuis le 12 siècle , l'Histoire est plei .
ne d'Actes de donations, accords , transactions
, échanges , confirmations de
droits , concessions de nouveaux droits ,
aux Habitans de Tournus. On y remarque
, pag. 132. que le Roy Loüis le Jeune
fut obligé de venir à Tournus pour accorder
les habitans avec l'Abbé, quoique
les contestations n'eussent pas été poussées
au point que l'avoient été celles de
l'Abbé
AVRIL 1734. 677
, 1245 . V
Ï'Abbé de Vezelay , contre ses habitans .
Outre les deux incendies dont il a été
parlé plus haut , il en survint un troisiéme
vers l'an On eut besoin des
aumônes des Fideles , pour la réparation
des dégats qu'il avoit causés. Les Moines
de Tournus se servirent de toutes les
voyes imaginables pour en attirer . Ils obtinrent
même de l'Abbé Général de Citeaux
des Lettres de recommandation ,
par lesquelles il promettoit à tous ceux
qui leur feroient quelque aumône, d'avoir
part aux suffrages de son Ordre. Ces quêtes
faites par des Moines , jointes à la séparation
de leur Mense , d'avec la Mense
Abbatiale , ne contribuerent pas peu à
introduire le relâchement parmi eux ,
aussi bien que l'érection des Offices
Claustraux en titre. Cependant ces Religieux
n'avoient encore alors par repas ,
qu'une portion de Fromage et trois Oeufs
où du poisson à l'équivalent ; cette simplicité
dans la nourriture dura jusqu'à ce
Î'Abbé Renaud augmenta la pitance en
1253. et permit d'augmenter la portion
de viande des malades de l'Infirmerie.
L'Auteur nous apprend qu'en blanchissant
dans ces derniers temps l'Eglise de
Tournus , on a effacé quelques monumens
des Abbez du 13siccle , et d'un
-
C v Sei68
MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Montbelet . C'est une chose
que les Supérieurs des Lieux devroient
soigneusement empêcher. On rompt , on
brise , on efface , on détruit tout , et souvent
personne ne se plaint. Ceux qui aiment
à détruire , devroient au moins retenir
des copies figurées des anciens Monumens
avant que de les livrer au bras séculier.
C'est une réfléxion que M. Juenin
nous a laissé à faire.
En 1318 , l'Abbé fit avec Eudes IV.Duc
de Bourgogne un Traité , qu'on peut
voir à la page 176.Les droits du Maréchal
de l'Abbaye en 1334. sont curieux à lire.
Le premier Dimanche du Carême n'y est
pas nommé Brandonum , mais Bordarum ;
l'Auteur n'oublie point , lorsqu'il en est
au temps du Roy Jean , de dire que ce
Prince vint à Tournus en 1362. et qu'il y
confirma aux Religieux le droit de Pêche
dans la Rivire de Saone. Le reste de ce
qui se passa à Tournus au 14° siecle , finit
par un fait plus interessant. C'est l'érection
d'une Commune que les Bourgeois
tenterent encore, comme ils l'avoient fait
au 12 ° siècle, mais ils succomberent encore
cette fois ; l'Arrêt est de l'an 1399. La
Ville fut prise et pillée en 1422. par les
Troupes du Dauphin de France que l'on
nommoit les Armagnacs , et cette prise occaAVRIL.
1734. 679
casionna , dit l'Auteur , un mal qui n'est
pas encore entierement cessé. Il veut parler
de certains procès au sujet des usages
d'un Village voisin nommé Arbigny . On
voit aux années 1447 et aux suivantes , les
différens qui furent mus alors entre l'Evêque
diocésain , qui est celui de Châllon
et les Abbez de Tournus , touchant la
Jurisdiction .
?
Les Abbez Commandataires eurent lieu
à Tournus comme ailleurs , au commencement
du 16 siécle ; le premier fut Robert
de Lénoncourt, mort Archevêque de
Reims , lequel fit du bien à l'Abbaye. En
1501. Jean de Châllon , Prince d'Orange,
vint avec sa femme en dévotion à Tournus
, promettant à Dieu , que s'il leur
accordoit un fils ,ils le nommeroient Filbert.
Cet Enfant obtenu dans l'année- même
fut depuis le fameux Philibert , Prince
d'Orange , Vice Roy de Naples , pour
Charles- Quint , lequel quitta la France
pour une raison , rapportée par Gollut *.
Charles III. Duc de Savoye , ayant imité
en 1527 , la piété de Jean de Châllon , obtint
aussi du ciel , par l'intercession de
* Selon cet Auteur , dans ses Mémoires , sur la
Franche- Comté,ilfut cho qué étant à Fontainebleau,
qu'ont l'eutfait sortir de son logis ponrfaire place à
un Nonce du Pape.
C vj
S.
1
680 MERCURE DE FRANCE
Ş. Filibert , un fils qui porta le nom de
ce Saint. Cette dévotion des Princes ne
peut servir qu'à condamner les Auteurs
de quelques nouveaux Bréviaires ,qui ont
supprimé tout à fait du Calendrier le
nom de S. Filibert.
·
Une remarque curieuse que M. Juenin
insére dans son Histoire , quoiqu'elle regarde
plus naturellement l'Histoire de
Mâcon , est qu'en 1518 , le Pont de Mâcon
menaçant ruine , l'Evêque ne donna
permission de faire gras le Lundy et
Mardy qui précedent le jour des Cendres
et d'user de laitages pendant le Carême ,
qu'à ceux qui contribueroient aux réparations
de ce Port. Il faut entendre l'Auteur
rapporter lui - même un fait qu'il a
tiré des preuves des libertez de l'Eglise
Gallicane.Ce fait est de l'an 1530. » Frere
» Jean de Trappes , dit de la Graverote
» Moine de Tournus mais Aumônier
» de Pairie en Bourgogne , fut trouvé le
de Juin à Paris , en la Salle du Pa-
» lais , vétu d'une maniere un peu extra-
» vagante pour un Moine. Il avoit un
» Pourpoint de Satin , une Robbe dou-
» blée de damas et un Froc de serge de
» soye. Il fut arrêté par des Huissiers de
» la Cour , et mené au Parquet des Gens
» du Roy. Ayant été mandé en ladite
»
27
,
>> Cour
AVRIL 1734 681
» Cour , après qu'il y eut été interrogé ;
» et que les Gens du Roy eurent été oüis,
» la Cour lui enjoignit de se conformer
» dans son habit aux autres Religieux
» de S. Benoît , lui fit inhibitions et dé
>> fenses sur peine de mille livres d'a-
» mende , de plus paroître au Palais avec
» un habit , tel que celui dans lequel il
» avoit été arrêté , ou avec tel autre ha-
>> bit qui ne conviendroit point à un Religieux
de son Ordre. La Cour ordonna
» outre cela qu'il fut mené au Monastere
» de S. Martin des Champs , pour y de-
» meurer ce jour-là , et y être admonesté
» de bien vivre. Le lendemain il présenta
» Requête à la Cour , pour qu'il lui fut
33
33
permis de se retirer en fon Abbaye de
>> Tournus ; sur quoi la Cour ordonna
» que le Prieur de S. Martin des Champs
» le feroit habiller selon son état ; que
»pour cet effet , il feroit vendre les ha-
» bits dont il étoit vêtu , et que le surplus
de l'argent seroit distribué aux
» pauvres ; après quoi il seroit mis hors
» du Monastere .
>>
M. Juenin dit qu'il ne connoît point
le Monastere de Pairie,dont ce Religieux
étoit Aumônier. Il y a grande apparence
que c'est celui de Paroy ou Parey , dont
le nom aura été mal orthographié. C'est
un
682 MERCURE DE FRANCE
un Prieuré de l'Ordre de Cluny , au
Diocèse d'Autun.
A l'occasion du différend qui s'éleva¸
sur la Pêche , sous le Cardinal de Tournon
, on fit à Tournus des recherches
des Bornes anciennes dans la Riviere de
Saone. On y trouva en 1548. une Pierre
longue de quatre pieds , et large de deux ,
sur laquelle étoient figurez deux personnages
que l'Historien de Tournus a fait
graver. La premiere figure qui est à droite
de l'autre , représente , à ce qu'il prétend
, un Religieux . Il a un Oyseau sur
le poing de la main droite , et il paroît
tenir de la main gauche une espece de
Corbeille ; l'autre figure paroît représenter
un jeune Seigneur. L'Auteur est persuadé
que cette Pierre avoit servi à marquer
les limites du droit de Pêche que
Hugues de Châllon , Evêque d'Auxerre,
avoit donné à ce Monastere au 11 siècle ,
et il croit que la Corbeille ovale , qui a
un manche semblable à celui d'une Raquette
, est pour figurer celle qui renfermoit
le titre de cette donation . Mais comme
l'Oyseau de la main droite démontre
surement le droit de Chasse , il s'ensuit
aussi que l'instrument d'Ozier , placé
dans l'autre main , est plutôt une espece
d'Engin destiné pour la Pêche ; et qu'ainså
AVRIL 1734 683'
si la figure de ce Moine représente le droit
de Chasse et de Pêche réunis ensemble.
C'est à quoi il y a d'autant plus d'apparence
, que la Pierre a dû être placée sur
le bord de la Riviere , avant que la rapidité
des Eaux eût entraîné les terres qui
la soutenoient.
Je ne suivrai point cet Auteur dans
ce qu'il rapporte de la guerre des Huguenots
et de celle de la Ligue , relativement
à Tournus . Il s'étend aussi beaucoup
à raconter l'Histoire de la sécularization
de cette Abbaye , qui fut faite
il y a environ cenr dix ans , à l'exemple
de celle de S. Etienne de Dijon et
de S. Pierre de Vienne. Cette nouvelle
Collégiale reçut en 1632. des Statuts
de M. de Neufchese , Evêque de Challon.
On fait remarquer parmi les Eyenemens
singuliers de ia Ville de Tournus
, que la peste y ayant été comme
ailleurs en 1630. ou environ , les Ha-,
bitans se voüerent à S. Charles , Archevêque
de Milan , à l'exemple de ceux
de Challon , et qu'on y fit voeu de chommer
sa Fête. C'est ce qui fait voir que
quelquefois les Saints nouveaux préjudicient
aux anciens , comme l'a dit Nicolas
de Clamengis , puisque presque partout
ailleurs les voeux faits à l'occasion
de
384 MERCURE DE FRANCE
de la peste se réunissoient dans l'augmentation
du culte de Saint Sebastien et
dans celui de. S. Roch.
que
Le reste de cette Histoire n'est qu'un
narré des changemens arrivez dans le
Pays , et autres Evenemens peu interessants
, tels la réunion de l'Aumônerie
de l'Abbaye à l'Hôpital du lieu ;
la dérogation qui fut faite aux droits de
l'Abbé par la création des Maire , Assesseurs
, &c. de Tournus ; differentes
décorations de l'Eglise , passages extraordinaires
, comme celui des Religieux de
la Trappe qui alloient s'établir en Toscane.
Ce fait est de l'an 1705. Le Lecteur
peut cependant y voir avec édification
, l'endroit où M. Juenin marque
la bonne réception que leur fir le Cardinal
de Bouillon , Abbé de Tournus ;
et comment les Chanoines , entez sur
les anciens Moines , parurent les regarder
comme une espece de Confreres.
Tout ce qu'il raconte depuis ce tempsrécent
pour nous y arrêter.
là est trop
Comme l'Auteur a mis à la tête de
son Ouvrage un Plan et un Profil de
la Ville et de l'Abbaye de Tournus , il
donne aussi à la fin des Pieces du même
genre. On y voit aussi un plan géométral
de l'Eglise de S.Filibert et de l'Eglise
AVRIL. 1734.
685
glise souterraine. Il ne croit pas cellecy
si ancienne que l'a crû Dom Martenne
, et il peut avoir raison. Il n'a
pas oublié non plus de donner dans le
corps de l'Ouvrage le dessein d'un Eventail
de vélin très ancien , qui servoit dans
les Saints Mysteres pour chasser les Mouches
qui auroient incommodé le Prêtre.
Ce meuble aisé à transporter , venoit ,
sans doute , du Monastere de Nermoutier
en Bretagne , selon qu'il est aisé d'en
juger par le nom de S. Philibert et de
S. Martin de Vertou , qui s'y lisent, pendant
que celui de S. Valerien n'y paroît
en aucun endroit . On voit parmi les
Pieces justificatives de cette Histoire ,
qui sont en 339. pages , les Vies de saint
Valerien , de S. Marcel Martyr de Challon
une Chronique de Tournus , qui
n'a jamais été publiée ; une Description
curieuse conservée dans l'Eglise de saint
Marcel de Cayret , au Diocèse d'Uzés .
On y trouve aussi la Vie , les Tranflations
et les Miracles de S. Filibert , où
l'on ne trouve point le trait fabuleux
qui a tant décrié la Légende de ce Saint.
>
Il est à souhaiter que l'exemple de
l'Historien de Tournus soit suivi , et que
dans chacune des Eglises Collegiales qui
ont succedé à d'anciens Monasteres , if
Se
686 MERCURE DE FRANCE
se trouve un Sujet aussi zelé que le paroît
M. Juenin , pour faire connoître la
celebrité des Lieux , et pour en conserver
à la posterité tous les monumens
qui sont dignes d'attention . Je suis , &c.
A A .... le 10. Octobre 1733.
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Résumé : LETTRE de M..... au sujet de la nouvelle Histoire de la Ville et Abbaye de S. Filibert de Tournus ; dédiée à son Eminence M. le Cardinal de Fleury, Abbé de Tournus.
La lettre traite de l'histoire de la ville et de l'abbaye de Saint-Filibert de Tournus, dédiée au Cardinal de Fleury. L'auteur met en avant la richesse historique des villes non épiscopales comme Tournus. L'histoire de la ville remonte à l'époque des Éduens, avec des mentions dans divers textes anciens. Le martyre de Saint-Valérien a rendu le lieu célèbre, conduisant à l'établissement d'un monastère sur son tombeau. Au IXe siècle, des moines de Nermoutier ont rejoint la communauté, augmentant ainsi les biens et les religieux de l'abbaye. Charles le Chauve a confirmé cette union et ajouté des biens considérables. L'histoire de l'abbaye est marquée par des donations, des privilèges et des événements marquants, tels que des incendies et des conflits avec les comtes et les évêques. Plusieurs abbés notables sont mentionnés, ainsi que des faits historiques comme des processions et des donations royales. La lettre critique également la destruction de monuments anciens lors de rénovations et mentionne des événements du XVIe siècle, comme la visite de Jean de Châlon et la dévotion des princes pour Saint-Filibert. Par ailleurs, un religieux fut arrêté et conduit au monastère de Saint-Martin-des-Champs pour y être admonesté. Il demanda ensuite à être transféré à l'abbaye de Tournus, ce que la Cour accepta. Le monastère de Pairie, dont ce religieux était aumônier, est identifié comme étant probablement celui de Paroy ou Parey, un prieuré de l'Ordre de Cluny dans le diocèse d'Autun. En 1548, des recherches sur les bornes anciennes dans la rivière Saône à Tournus révélèrent une pierre gravée représentant un religieux et un jeune seigneur. Cette pierre marquait les limites du droit de pêche accordé au monastère par Hugues de Châllon, évêque d'Auxerre, au XIe siècle. Elle figurait également le droit de chasse et de pêche réunis. Le texte mentionne également des événements historiques à Tournus, comme la peste de 1630 et les vœux faits à saint Charles, archevêque de Milan. Il évoque la sécularisation de l'abbaye de Tournus, qui reçut des statuts en 1632. Divers changements et événements mineurs sont également relatés, comme la réunion de l'aumônerie de l'abbaye à l'hôpital local et la création de maires et d'assesseurs à Tournus. L'auteur de l'ouvrage sur l'histoire de Tournus inclut des plans et des profils de la ville et de l'abbaye, ainsi que des pièces justificatives telles que des vies de saints, des chroniques et des descriptions curieuses. Il est souhaité que d'autres historiens suivent l'exemple de M. Juenin pour conserver et faire connaître les monuments dignes d'attention.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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85
p. 1006-1007
BENEFICES DONNEZ par le Roy, le 23. Mai.
Début :
L'Evêché de Langres à M. de Montmorin de Saint Herem, Evêque [...]
Mots clefs :
Diocèse, Abbé, Ordre de Cîteaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ par le Roy, le 23. Mai.
BENEFICES DONNEZ
par le Roy , le 23. Mai.
L'
'Evêché de Langres à M. de Montmorin
de Saint Herem Evêque
d'Aire.
,
L'Evêché de Blois à l'Abbé de Pontchartrain
, Grand- Vicaire de Bourges .
L'Evêché de Die à l'Abbé Cosnac ,
Grand-Vicaire de Paris , et Maître de
l'Oratoire du Roi .
L'Abbaye de Saint Benoit sur Loire,
Ordre de S. Benoit , Diocèse d'Orleans,
au même Abbé de Cosnac.
Celle de Lyre , Diocèse d'Evreux , Ordre
de S. Benoit , au Frince Constantin
de Rohan .
Celle de Long- Pont , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Soissons , à l'Abbé de Rosset
de Rocozel.
Celle de Conques Seculiere , Diocèse
de
MAY. 1734. 1007
de Rodez , à l'Abbé de Durefort d'Eyme.
Celle de Bonrepos , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Quimper,à l'Abbé de Menou ,
Grand- Vicaire de Nantes.
L'Abbaye d'Aiguebelle , Ordre de Citeaux
, Diocèse de S. Paul- Trois Châteaux
, àl'Abbé Gallet de Coulanges ,
Grand Vicaire de ce Diocèse .
>
, Celle de Candeil , Ordre de Citeaux
Diocèse d'Alby , à l'Abbé de Toulouze
de Lautrec.
Celle de S. Thiers de Laon , Ordre de
S. Augustin , Diocèse de Valence à
l'Abbé de Castelane , Chanoine de Grignan
Celle de Font, Douce , Ordre de S. Be-.
noit , Diocèse de Xaintes , à l'Abbé de
Bonyoust.
›
Celle de la Caze- Dieu , Ordre de Prémontré,
Diocèse d'Auch , à l'Abbé Palerne
, Chanoine de S. Just de Lyon.
,
Celle de Fenieres , Ordre de S. Benoit,
Diocèse de Poitiers , à l'Abbé de Montaigu.
L'Abbaye Reguliere de la Charmoye ,
Ordre de Cîteaux , Diocèse de Châlons
sur Marne , à Dom le Masson , Prieur
de Tyronneau.
par le Roy , le 23. Mai.
L'
'Evêché de Langres à M. de Montmorin
de Saint Herem Evêque
d'Aire.
,
L'Evêché de Blois à l'Abbé de Pontchartrain
, Grand- Vicaire de Bourges .
L'Evêché de Die à l'Abbé Cosnac ,
Grand-Vicaire de Paris , et Maître de
l'Oratoire du Roi .
L'Abbaye de Saint Benoit sur Loire,
Ordre de S. Benoit , Diocèse d'Orleans,
au même Abbé de Cosnac.
Celle de Lyre , Diocèse d'Evreux , Ordre
de S. Benoit , au Frince Constantin
de Rohan .
Celle de Long- Pont , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Soissons , à l'Abbé de Rosset
de Rocozel.
Celle de Conques Seculiere , Diocèse
de
MAY. 1734. 1007
de Rodez , à l'Abbé de Durefort d'Eyme.
Celle de Bonrepos , Ordre de Cîteaux ,
Diocèse de Quimper,à l'Abbé de Menou ,
Grand- Vicaire de Nantes.
L'Abbaye d'Aiguebelle , Ordre de Citeaux
, Diocèse de S. Paul- Trois Châteaux
, àl'Abbé Gallet de Coulanges ,
Grand Vicaire de ce Diocèse .
>
, Celle de Candeil , Ordre de Citeaux
Diocèse d'Alby , à l'Abbé de Toulouze
de Lautrec.
Celle de S. Thiers de Laon , Ordre de
S. Augustin , Diocèse de Valence à
l'Abbé de Castelane , Chanoine de Grignan
Celle de Font, Douce , Ordre de S. Be-.
noit , Diocèse de Xaintes , à l'Abbé de
Bonyoust.
›
Celle de la Caze- Dieu , Ordre de Prémontré,
Diocèse d'Auch , à l'Abbé Palerne
, Chanoine de S. Just de Lyon.
,
Celle de Fenieres , Ordre de S. Benoit,
Diocèse de Poitiers , à l'Abbé de Montaigu.
L'Abbaye Reguliere de la Charmoye ,
Ordre de Cîteaux , Diocèse de Châlons
sur Marne , à Dom le Masson , Prieur
de Tyronneau.
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Résumé : BENEFICES DONNEZ par le Roy, le 23. Mai.
Le 23 mai 1734, le roi a attribué plusieurs bénéfices ecclésiastiques. L'Évêché de Langres a été attribué à M. de Montmorin Saint-Herem, Évêque d'Aire. L'Évêché de Blois a été donné à l'Abbé de Pontchartrain, Grand-Vicaire de Bourges. L'Évêché de Die a été attribué à l'Abbé Cosnac, Grand-Vicaire de Paris et Maître de l'Oratoire du Roi. Plusieurs abbayes ont également été attribuées : l'Abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire à l'Abbé de Cosnac, celle de Lyre à Constantin de Rohan, celle de Long-Pont à l'Abbé de Rosset de Rocozel, celle de Conques à l'Abbé de Durefort d'Eyme, celle de Bonrepos à l'Abbé de Menou, celle d'Aiguebelle à l'Abbé Gallet de Coulanges, celle de Candeil à l'Abbé de Toulouze de Lautrec, celle de Saint-Thiers de Laon à l'Abbé de Castelane, celle de Font-Douce à l'Abbé de Bonyoust, celle de la Caze-Dieu à l'Abbé Palerne, celle de Fenieres à l'Abbé de Montaigu, et l'Abbaye Régulière de la Charmoye à Dom le Masson.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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86
p. 79-86
LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
Début :
Votre Lettre à Mlle. de Brissac, est très-bien écrite, Monsieur, & je l'ai lûë [...]
Mots clefs :
Méthode, Lettre, Abbé, Pierre Pipoulain-Delaunay, Livre, Langue, Figures, Syllabe, Abbé Danguy
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. de Launay, Auteur d'un Livre qui trace une route nouvelle très-facile, pour apprendre à lire promptement, à M. l'Abbé Berthault, Auteur du Quadrille des Enfans, qui paroît depuis quelques mois.
LETTRE de M, de Launay, Auteur d'un
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
Livre qui trace une route nouvelle très-facile
, pour apprendre à lire promptement
à M. l'Abbé Berthault , Auteur du Quadrille
des Enfans , qui paroît depuis quelques
mois, ·
Otre Lettre à Mlle. de Briffac, eft très-
V bien écrite , Monfieur , & je l'ai lûë
avec d'autant plus de plaifir , que vous y
* Ce Livre a pour titre : Méthode pour apprendre à
lire le François le Latin , par un Systême si aifé &
fi naturel, qu'on y fait plus de progrès en trois mois
qu'en trois ans par la Méthode ancienne & ordinaire.
Contenant auffi un Abbregé des fons exacts de la Langue
Françoife , les differentes dénominations & variations
des Lettres & leurs ufages. Un Traité des Accens
adoptés
80 MERCURE DE FRANCE.
adoptés ouvertement la Méthode de feu
mon Pere; Méthode que j'ai étendue & perfectionnée
: je dis , Monfieur , que vous y
adoptés la Méthode de mon Pere , & en
voici la preuve :
Je remarque cinq circonftances , qui diftinguent
la Méthode que vous propofés ,
d'avec celle dont on fe fert communément,
Premiére circonftance : Vous faites prononcer
, be , ce , de , non , bé , cé , dé : Seconde
circonftance , vous faites prononcer la
filabe en un feui fon & d'une feule voix , au
lieu defaire épeller en particulier chaque lettre
qui compofe la filabe , felon la méthode vul
gaire. Troifiéme circonftance , vous réduifes
à 160 tous les fons de notre Langue. Quatriéme
circonftance , vous combinés & arrangés
vos filabes , d'une maniére differente de toutes
les Méthodes , qui ont paru jufqu'à préfent.
Cinquiéme circonftance , vous faites graver
des figuresfur desfiches , au dos , ou au bas defde
la Ponctuation. La définition des neuf parties
d Oraifon qui compofent le Difcours , avec un exemple des
Déclinaisons des Conjugaisons , &c. Ouvrage utile
à tous ceux qui veulent parler & écrire cette Langue
correctement , fans être obligés defaire une longue étude
, avec des refléxions fur la théorie & fur la pratique
de la Méthode du Bureau Typographique ; & un
Plan nouveau d'une Ortographe facile , abbregée &
réguliere.A Paris, chés Robinot l'aîné, Libraire, Quai
des grands Auguftins , attenant l'Eglife.
quelles
JANVIER. 81 1744.
quelles fe trouve la filabe , qui entre dans le
mot qui exprime la figure gravée , pour fixer ,
dites vous , l'imagination des enfans.
J'ofe vous affurer , Monfieur , que cette
Méthode eft précisément celle de feu mon
Pere : lifés fon ouvrage imprimé en 1719.
1º. Vous y verrés à la premiére page de
fon troifiéme Livre : Qu'il fait prononcer ,
be , ce , de , au lieu de bé , cé , dé. 2°. Vous
y verrés même Livre , pages 3. 4. 5.6.7.8.
9. & 10. Qu'il fait prononcer d'un feul ſon &
d'une feule voix , chaque filabe . 3° . Vous y
verrés dans les mêmes pages : Que les fons de
notre Langue , font réduits à peu près au même
nombre qué chés vous. 4º . Vous y verrés dans
les mêmes pages , Que l'arrangement & les
combinaifons des lettres & des filabes font les
mêmes que chés vous. 5. Vous verrés enfin
dans le Mémoire contre vous de feu M.
l'Abbé Danguy , pag. 5. Qu'il y a plus de 25
ans, que le Sr. de Launay, mon Pere , fe fervoit
de figures , pour apprendre à lire aux Enfans.
J'avoue que je n'ai pas foufcrit au ſyſtême
de mon Pere , dans cette derniére partie ,
parce que l'expérience m'a appris qu'avec
les enfans, il faut fimplifier les chofes autant
qu'il eft poffible , & que c'eft les fatiguer
mal-à-propos , que de les obliger à mettre
dans leur tête deux idées en même tems ;
fçavoir celle de la figure & celle de la fi
labe ,
82 MERCURE DE FRANCE.
be , tandis que celle de la fillabe feule
fuffit.
Par ce que je viens d'avoir l'honneur de
vous dire, Monfieur , vous voyés que fi vous
ne vous rencontrés pas tout à fait avec moi
vous vous rencontrés de point en point
avec mon Pére. Je conviens que mon Pére
mettoit fes figures fur des cartes , au lieu que
vous mettés les vôtres fur des fiches d'os.
Je conviens encore que fon ortographe étoit
differente de la vôtre, & qu'il n'écrivoit pas
fang , comme vous faites , cen. Il n'écrivoit
pas , Daugue , pour , Dogue , &c. comme le
remarque feu M. l'Abbé Danguy , dans la
quatrième page de fon Mémoire . Je conviens
encore , que fes figures ne reffembloient
en rien à celles que vous employés ,
ainfipour peindre le fon de la filabe qui entre
dans le mot , goëtre , il n'auroit jamais
imaginé , une bouteille attachée à la joue d'une
femme, & pour peindre le fon de la filabe ,
ex, qui eft à la tête du mot , extraordinaire ,
il ne lui feroit jamais venu dans la penſée,
de faire tracer fur fa carte , un boeufavec des
ailes ; mais à cela près , & vous ne fçauriés
en difconvenir , le fyftême de feu mon Pére
& le vôtre , c'eft la même chofe , & toute
la difference qui fe trouve entre l'un &
l'autre , confifte uniquement dans la difference
des figures que vous avés imaginées ,
&
JANVIER. 1744. 83
& dans la matiére fur laquelle ces figures
font tracées.
Puifque vos principes font les mêmes que
ceux de mon Pere & les miens , on doit
être étonné de ce que dans votre lettre , vous
n'avés pas daigné faire mention ni de mon
Pere , ni de moi. Et l'on en doit être d'autant
plus étonné , que vous avés avoué à feu
M. l'Abbé Danguy , que ma Méthode , qui
dans le fond n'eft que celle de mon Pere
étoit la vôtre , & que fi vous l'aviés embelli
de vos figures & de vos fiches , ç'avoit été
uniquement pour lui donner un air de nouveauté
, ce que M. l'Abbé Danguy a répété
d'après vous , à Monfieur Maboul , Intendant
de la Libraire , & qu'il a répété en ma
préfence à Monfieur Joly de Fleury , Avocat
Général , à Meffieurs les Abbés de Fleury
.& de Côte , Chanoines de Nôtre-Dame..
Le même Abbé Danguy a fait voir à ces
Meffieurs , votre Quadrille à la main , que
vous ne colliés fur vos fiches , que les mêmes
lettres ou filabes qui font contenues dans les
8 leçons qui font partie de la Méthode que
j'ai donnée au Public , & ce , lettre par lettre
& filabe par filabe : tous ceux qui ont
acheté vos fiches , font en état de vérifier ce
fait , en parcourant les pages , 3,4,5,6 ,
7,8,9 , 10 , 11 , 12 , 13 , 14 & 15 , de la
feconde partie de mon Livre.
1. Vol. E On
84 MERCURE DE FRANCÉ.
On doit être étonné encore qu'une pareille
découverte vous ait tant coûté , comme
vous le dites dans votre lettre , & comme
vous l'annoncés dans plufieurs Mercures. Je
n'ai garde de vous taxer ici de Plagiat : la
manière dont vous en avés ufé avec feu M.
l'Abbé Danguy , prouve d'une manière inconteftable
, que vous abhorés tout ce qui
fent le Plagiaire ; d'ailleurs , ceux qui font
ce métier , prennent des précautions que
vous avez méprifées : ils ont attention de
déguifer leurs larcins , foit en donnant
dans la Langue du Pays , des Ouvrages écrits
en des Langues étrangères , foit en mettant
fous leur nom , ou des Ouvrages , dont les
exemplaires font uniques , ou des Ouvrages
dont le laps de tems a fait perdre le fouvenir.
Vous n'êtes point dans le cas , Mr ; ce
que vous donnés aujourd'hui en François ,
mon Pere l'avoit donné en la même Langue
en 1719 , & moi en 1741. Les exemplaires
de ces Ouvrages font communs , font récens
, ainfi vous voilà à couvert du foupçon
même de Plagiat.
Je n'ai garde non plus de croire , que
mettant fous votre nom le fyftême dont il
s'agit , vous ayés prétendu en affurer la réputation
, du caractére dont vous êtes , ce
n'a pû être votre deffein. Chacun fçait
comment vous penfés fur votre compte ,
comme
JANVIER . 1744.
comme vous vous rendés affés de juftice ,
pour être perfuadé que votre nom ne fçauroit
donner un nouveau luftre à un Ouvrage
connu & accrédité , encore moins lui fervir
d'Egide contre la Cenfure, s'il la méritoit.
Je croirai encore moins , que par les Eloges
que vous donnés au fyftême en queſtion ,
vous ayés voulu enchérit fur ceux qu'il a.
déja reçûs de nos Sçavans . Car , qu'auriésvous
pû ajoûter , à ce que dit M. l'Abbé de la
Serre , Chanoine de l'Eglife de Langres , dans
fa lettre inférée dans le Mercure de France du
mois de Janvier 1742 ? Qu'auriés- vous pû.
ajoûter à ce que dit le Journal des Sçavans ? à
ce que dit le fournal de Trévoux ? à ce que dit
Le Journal de Verdun ? à ce que dit le Mercure
de France ? Qu'auriés - vous pû ajoûter
, à ce que dit M. l'Abbé Goujet , Auteur
de la Bibliotéque Françoife , dans les additions
& corrections qui font à la tête de fon
troifiéme Volume ? à ce qu'en a dit M. l'Abbé
Bignon ? à ce qu'en a dit le célébre M. Rolin ?
Qu'auriés- vous pû ajoûter fur-tout aux
Eloges que M. l'Abbé des Fontaines lui a donnés
, & directement & indirectement. Directement
, lorfque dans fes Obfervations fur mon
Livre , il s'écrie comme dans un espéce d'enthoufiafme
: FAUT-IL QUE CE TRESOR AIT
E'TE' CACHE' SI LONG- TEMS ? Indirectement
Lorfque dans fes remarques fnr votre lettre , il
Eij ram
> >
86 MERCURE DE FRANCE.
raconte les merveilles qu'a opérées la Méthode
que vous adoptés.
>
Après avoir bien réfléchi fur le filence
exact que vous gardez dans votre lettre
fur le compte de mon Pere & fur le mien ,
je n'en vois point d'autre motif , que
la
crainte que vous avez eue , d'ouvrir une
carriére trop vafte à ma vanité ; mais
permettés - moi de vous le dire , Mr
vous n'avés réuffi dans votre projet. Je pas
me fens infiniment flaté, qu'un homme qui a
eû une Ecoliére du rang de Mademoiſelle de
Briffac:qu'un homme qui s'eft annoncé dans
le Public par une lettre très -bien écrite
lettre dont il y a une grande quantité d'exemplaires
de diftribués : Je fuis , je le ré .
péte , jefuis infiniment flaté , qu'un homme
tel que vous , ait adopté ma Méthode , l'ait
exaltée , l'ait préconisée . oui , Mr , le Panégirifte
d'un Ouvrage que j'ai mis dans un
nouveau jour me donne une idée trèsavantageufe
de ce que je puis valoir .
Je fuis , & c.
,
Ce 15 Décembre 1743 .
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87
p. 63-77
« LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
Début :
LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...]
Mots clefs :
Lettre, Lettres, Abbé, Prophétie, Israël, Ecriture Sainte
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texteReconnaissance textuelle : « LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES
ÊLEVES . A Paris , chez Claude Hériſſant ,
rue neuve Notre-Dante , à la Croix d'or &
aux trois Vertus , fecond volume. in- 1 z.
•
On a rendu compte dans le Mercure
de .... 1752 , du premier volume de ces
lettres imprimées à Paris en 1751 ; chez
la veuve Colombat.
L'auteur avoit promis feize lettres . Le
premier volume en contient dix , & le fe
cond préfente les fix dernieres , dont l'ob
jet eft de prouver l'existence des termes
énigmatiques & généraux dans les ouvra
ges prophétiques , & de faire fentir qué
leur intelligence eft néceffaire pour entendre
parfaitement le fens littéral hiſtorique
des Prophetes , des Pfeaumes , de Job , des
Cantiques , & de quelques autres prophé
ties répandues dans l'Ecriture Sainte .
Ainfi la premiere lettre de ce fecond
volume , qui eft la X I dans l'ordre des
feize , eft employée à parler du ftyle prophétique
& des raifons de fon obfcurité ;
& depuis la page so jufqu'à la page 70 ,
où finit la lettre XI , l'auteur commence
à faire un effai fur une partie des termes
énigmatiques qu'il doit traiter dans la lettre
fuivante.
La XII lettre entre tout-à -fait en
matiere ; on y voit quantité de paffages
64 MERCURE DE FRANCE.
с
des livres prophétiques , développés relativement
au fens littéral exigé par l'hiſtoire ;
mais l'auteur ne fe contente pas de morceaux
détachés , qui pourroient ne pas
fatisfaire , faute de liaifon avec ce qui précede
& ce qui fuit. Il prend donc une
prophétie entiere , l'une des plus difficiles
qu'il ait pu choifir. C'eft le chapitre 14
d'Ifaïe , depuis le premier jufqu'au 22
verfet inclufivement. Cette lettre étoit
trop longue pour ne la pas divifer en deux
parties. La premiere contient deux avertif
femens ; l'un traite des quatre termes énigmatiques
, dont l'intelligence eft abfolument
effentielle à la lettre hiftorique de
cette prophétie d'lfaïe. Le fecond avertif
fement contient fept remarques grammaticales
, fuivies d'une obfervation fur l'u
fage de la profopopée dans les faints Livres.
Après les deux avertiffemens on trouve le
précis de la prophétie : elle regarde , dans
le premier fens littéral , la chute de l'empire
de Babylone ; on paffe enfuite à une
double verfion latine , dont la premiere
conferve fes termes énigmatiques , & la
feconde les développe : une verfion françoiſe
dans le même goût fuccede à la latine.
L'Auteur termine cette premiere parrie
par quelques remarques fur le peu d'ordre
avec lequel on a traité jufqu'ici ces
MAR S. 1755. 65
vingt-deux premiers verfets du chap. XIV
d'Ifaïe.
La feconde partie de la XII lettre comprend
les notes indifpenfables à l'intelligence
d'une pièce auffi difficile , quant au
fens littéral de l'ancien Ifraël ; mais afin
qu'on ne croye pas que cette explication
puiffe nuire au fens de l'Eglife chrétienne
attaché néceffairement à ce texte d'Ifaïe ,
l'auteur préfente d'autres notes relatives
au nouvel Ifraël ; elles font fuivies d'une
double verſion françoiſe , mife au - deſſous
de la verfion littérale relative à l'ancien
Ifraël. Cette lettre finit par une courte
réflexion fur la ſurpriſe que pourra cauſer
à quelques perfonnes l'établiffement d'un
double fens littéral , dont cependant les
preuves font dans les Peres , les Théologiens
, & les plus habiles commentateurs.
La XIII lettre roule fur les termes gé
néraux ou indéterminés , qu'il faut reftreindre
aux fignifications particulieres
exigées par les vues du Prophéte . On donne
en preuve les deux petits Cantiques
contenus dans le XII chapitre d'Ifaïe . Deux
fimples notes de l'auteur développent en
très- peu de mots le double fens de cette
prophétie , quant à l'ancien & quant au
nouvel Ifraël . On trouve enfuite l'examen
de plufieurs termes généraux du Pleaume
66 MERCURE DE FRANCE.
XXXVI . Heb. XXXVII , Noli amulari , &
d'un affez grand nombre d'autres , & furtout
des mots mifericorde & vérité qui ,
reftreints à leur vraie & exacte fignifica
tion , jettent un grand jour fur les paſſages
où ils fe rencontrent.
La lettre XIV eft une fuite du traité des
termes généraux .L'auteur apporte en preuve
le Pf. 1. Beatus vir , &c. qu'il regarde comme
un tiffu de termes indéterminés qui
reftreints au fens exigé par le Prophéte
s'entendent d'abord des Apoftats du tems
de la captivité de Babylone , & enfuite
de ceux de l'Eglife chrétienne ; des notes
étendues fuivent le texte , & nous paroiffent
comme démonftratives.
La X Ve lettre eft uniquement occupée
à prouver que les termes énigmatiques &
généraux qui font en ufage dans les li
vres prophétiques , entrent auffi dans la
compofition des Cantiques du N. T. On
en donne pour exemple le cantique Bene
dictus Dominus , Deus Ifraël.
La XVI ne contient point le Pf. LXVII .
Heb. LXVIII . Exurgat , Deus , promis dans
le volume I. Ce chef-d'oeuvre de la poëfie
des Hébreux , accompagné de notes , eût
donné trop d'étendue à ce fecond volume.
L'auteur à donc prié quelques - uns des
éleves qu'il a formés , de fe charger de
MARS. 1755. 67
"
l'édition de ce Pfeaame . Mais pour mieux
entendre tout ce que ceci veut dire , il eſt
néceffaire de fçavoir que depuis plus de
dix ans , il fe forme parmi les RR. PP.
Capucins de la rue faint Honoré , un petit
nombre de gens de lettres qui fe font
confacrés à l'étude du double fens litteral
de l'Ecriture Sainte . L'auteur de ces lettres
a tellement goûté leur maniere de travailler
, qu'il leur confie non-feulement fon
Exurgat , mais auffi Pexécution entiere de
fon plan , dont on lit l'efquiffe aux pages
454 & 455 de ce volume. On voit dans
cette X V I lettre , les avis qu'un pere ,
non-feulement tendre , mais éclairé , donne
à des enfans pleins d'un amour inaltérable
pour l'Ecriture Sainte , d'un courage à
toute épreuve & d'un travail infatigable.
Ils vont feconder dans peu les vûes de
leur maître , puifqu'ils donnent inceffamment
quatre volumes in- 12. pour commencer
l'exécution du travail qu'il leur
remet entre les mains .
Tel eft l'extrait du fecond volume des
lettres de M. l'Abbé de *** à fes éleves.
Quoique le mérite de cet ouvrage ne puiffe
être apprécié dans toute fa valeur que par
ceux qui ont fuivi & qui fuivent encore
fes leçons publiques ou particulieres , toujours
gratuites , il eft cependant aifé de
68 MERCURE DE FRANCE .
fentir que fon plan eft établi fur les folides
principes qu'il a puifés dans les premieres
fources pendant près de cinquante
ans d'étude.
ODES D'HORACE traduites par feu M.
l'Abbé Desfontaines , in - 12 . petit format ,
1754. A Paris , chez Chaubert , quai des
Auguftins ; avec approbation & privilege
du Roi. Nous avons vû des exemplaires de
cet ouvrage , qui au lieu de Paris portent
le nom de Berlin ; mais ils font f
femblables la forme & les caracteres ,
pour
que nous ne doutons point qu'ils ne fortent
de la même preffe ; la feule différence
que nous y avons remarquée eft que
dans les exemplaires de Paris on a retranché
les odes qui ne fe lifent point dans les
Colléges , & qu'elles fe trouvent dans ceux
de Berlin , au frontifpice defquels on lit
une épigraphe qui fait honneur aux fentimens
du Libraire qui diftribue les uns &
les autres , & à laquelle nous foufcrivons
volontiers.
Quis defideriofit pudor aut modus ,
Tam cari capitis. Hor. Od. XXIV. 1. I.
BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE ET CRITI
QUE DU POITOU , contenant les vies des
MARS.
1755. 69
fçavans de cette province depuis le troifiéme
fiécle jufqu'à prefent ; une notice
de leurs ouvrages , avec des obfervations
pour en juger , &c . A Paris , chez Ganneau
, Libraire , rue Saint Severin , à S.
Louis & aux armes de Dombes. 1754 .
Cinq gros vol. in- 12 .
:
Il y a déja du tems que cet ouvrage a
paru cependant comme les Mercures précédens
n'en ont point parlé , nous nous
faifons un devoir de l'annoncer aujour
d'hui. Il feroit inutile d'entrer dans aucun
détail fur la forme que l'auteur a jugé
à propos de lui donner , ni fur la façon
dont il s'y eft pris pour le traiter. Le
compte exact qu'on en a rendu dans la
plupart des Journaux doit fuppléer fuffifamment
à notre filence. Nous obferverons
feulement que fi dans le nombre des
fçavans qui trouvent leur place dans cette
bibliotheque , il y en a qui fe font fait un
nom fameux dans la république des lettres ,
il s'en rencontre beaucoup auffi dont la
réputation ne paffe point les limites du
Poitou .
LA VIE DES PEINTRES FLAMANDS , ALLEMANDS
ET HOLLANDOIS , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs ouvrages , & des réflexions
70 MERCURE DE FRANCE.
fur leurs différentes manieres. Par M. J. B.
Defcamps , Peintre , membre de l'Académie
royale des Sciences , Belles- Lettres &
Arts de Rouen , & Profeffeur de l'Ecole
du deffein de la même ville . A Paris ,
chez Defaint & Saillant , rue Saint Jean de
Beauvais ; Piffot , quai de Conti ; Durand
, rue du Foin , en entrant par la rue
Saint Jacques , la premiere porte cochere.
1754. Tome fecond , gros in-8 ° . Il y a
lieu d'efpérer que le public ne fera pas
un accueil moins favorable à ce volume
qu'à celui qui l'a précédé.
LE CALENDRIER DES LABOUREURS ET
DES FERMIERS , contenant les inftructions
néceffaires la conduite & pour le
pour
maniement d'une ferme dans tous les mois
de l'année ouvrage néceffaire aux per
fonnes qui vivent à la campagne , & à celles
qui font valoir leur bien. Traduit de
l'Anglois , fur la fixième édition de M.
R. Bradeley de la Société royale de
Londres , & Profeffeur de Botanique dans
l'Univerfité de Cambridge . A Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la Science. 1755 , vol. in- 12.-
ANALYSE DES DISSERTATIONS SUR PLUSIEURS
MATIÈRES MEDICO - PHYSIQUES . Par
MARS. 1755. 71
M. Olivier de Villeneuve , Docteur de la
Faculté de Médecine de Montpellier ,
Doyen des Médecins de la ville de Boulogne-
fur-mer. A Utrecht , 1754 , petit in-
12. 100 pages.
. DEMONSTRATION DE LA QUADRATURE
DU CERCLE ; par M. le Chevalier de Caufans
, ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Conti . A Paris , chez Delaguette
, rue Saint Jacques , à l'Olivier ;
·in-4°. 22. pages.
On a toujours été jufqu'ici perfuadé
& non fans raifon , de l'inutilité des efforts
que l'on voudroit employer pour parvenir
à la découverte de la Quadrature du
cercle . On s'eft réuni à en regarder la démonftration
, non feulement comme impoffible
, mais comme impliquant les contradictions
les plus évidentes en géométrie .
Il n'eft donc pas aifé de détruire un préjugé
qui paroît fi bien fondé. Cependant
M. le Chevalier de Caufans, fans s'effrayér
des difficultés qu'on peut lui oppofer , n'a
pas laiffé de tenter la chofe en queftion .
Un grand nombre de perfonnes qui ont de
la peine à s'imaginer qu'elle foit traitée
férieufement, n'auroient pas manqué d'imputer
les tentatives de M. le Chevalier à
un pur jeu d'efprit.; il a pris la fage pré72
MERCURE DE FRANCE.
caution de leur ôter cette penfée , en propofant
la foufcription de la fomme de dix
mille livres à quiconque prouvera géométriquement
un paralogifme dans fa prétendue
quadrature du cercle qu'il s'efforce
de démontrer dans le petit ouvrage que
nous annonçons. Le prix confidérable attaché
à fa réfutation devoit néceffairement
attirer fur les bras de M. de Caufans
de puiffans adverfaires , qui fe difputaffent
à l'envi le mérite ( fi toutefois c'en eſt un )
de ruiner les conféquences fur lefquelles
il l'a bâtie ; mais il ne s'étoit peut- être pas
attendu à voir dans la foule des concur
rens entrer en lice une perfonne d'un ſexe ,
qui femble moins faite pour fe livrer à des
études épineufes & abftraites que pour
s'occuper des matieres d'agrément. Mlle
Le Mire , choquée de l'injufte prévention
où l'on eft contre les femmes , a été ja
loufe de l'honneur de les juftifier , en montrant
que leur efprit eft capable d'atteindre
aux vérités géométriques , fur lefquelles
il leur arrive de raifonner plus conféquemment
que bien des hommes. Elle a
donc jugé à propos de fe mettre fur les
rangs ; & pour cet effet elle a cru devoir
rendre public le fruit de fon travail , qui
paroît fous ce titre Le Quadricide , ou Paralogismes
prouvés géométriquement dans la
Quadrature
MARS. 1755 .
73
Quadrature de M. de Caufans. Par Mile
L.A. Le Mire , veuve J ... in- 4° . 28 pag.
chez Delaguette , & c.
Le long féjour que M. Galland a fait
dans les Etats du Grand Seigneur en qualité
d'Interpréte du Roi pour les Langues
orientales , l'a mis à portée de travailler
pour l'inftruction du public , en lui apprenant
ce qu'il a eu occafion d'y voir de plus
curieux. Comme il s'en eft rendu les langues
familieres , il n'a pas cru inutile de
commencer par la traduction de trois petites
pieces écrites par divers auteurs Mu
fulmans , dont les deux premieres tendent
à donner une idée des rits & c'es cérémonies
qui fe pratiquent au pélerinage de la
Mecque , des points fondamentaux de la
religion mahométane , & des obfervances
qu'elle impofe. On fe propofe dans la troifieme
de faire connoître la maniere dont
les Turcs cultivent les fciences. Cet ou
vrage de M. Galland eft compofé de cinq
morceaux différens , qui forment un recueil
qu'il difpofe en cet ordre. 1 ° . Rits & cérémonies
du pélerinage de la Mecque , fuivant
lafelle de l'Imam on Docteur Chafei ;
traduit de l'Arabe du Cheitch el Imam el
Aalim , & c . 2° . Catéchisme Muſulman , traduit
de l'Arabe du Cheitch on Docteur Aly
D
74 MERCURE DE FRANCE.
fils d'Iaakoub. 3. Traduction d'une differtation
de Zebny Effendi fur les fciences des
Turcs , & fur l'ordre qu'ils gardent dans le
cours de leurs études . 4° . Relation de l'ifle
de Chio , faite fur le lieu par l'auteur. 5º.
Autre relation de la Marche de la Sultane
Efma , fille de Sultan Ahmed , lorfqu'on la
conduifit à fon époux Iaakoub Pacha , grand
Maréchal de la Cour de Sultan Mahmoud ,
le 27 Février 1743. Cette relation termine
ce livre , qui fe vend à Paris , chez
Defaint & Saillant. 1754 , in- 12 . 214
pages.
COLLECTION DE DÉCISIONS NOUVELLES
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente ; par M. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris . A Paris , chez Savoye
, rue S. Jacques , à l'Eſpérance , audeffus
de la Fontaine de S. Severin ; & Le
Clerc , grande Salle du Palais , au fecond
pilier , 1754.
L'Auteur nous apprend dans la préface ,
que cet ouvrage fera compofé de cinq ou fix
volumes , dont il vient de mettre les deux
premiers au jour. Nous lui fouhaitons tout
le fuccès que l'importance de fon travail
paroît mériter. Nous ne pouvons même
nous empêcher de dire que M. Denifart
eft digne d'éloge , en ce qu'il a pris foin
MARS. 1755. 75
de développer aux yeux du public cette ingénuité
de caractere qui fied aux auteurs
libres de préjugés. On doit lui fçavoir
quelque gré de ne pas témoigner les effets
de la prévention outrée qu'on a d'ordinaire
en faveur de l'état qu'on exerce.
Il avoue que les maximes renfermées dans
le recueil qu'il publie , n'étant annoncées
que par un fimple Procureur du Châtelet
perdent beaucoup par là de la confiance qu'el
les méritent. Ce font les propres paroles de
M. Denifart , aufquelles il ne nous appartient
pas de répliquer , puifque c'eft une
perfonne de la profeffion qui fait cet aveu .
Nous ajoûterons feulement que fon exemple
eft une preuve qu'il fe trouve des Procureurs
qui ont fincerement en vûe le bien
-public.
ORAISONS CHOISIES DE CICERON ,
traduction nouvelle , avec le latin à côté ,
fur l'édition latine de Grævius , & des notes.
A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la fontaine S. Benoît , aux
Cigognes. 1754 , avec privilege du Roi.
2 vol . in- 12.
A juger en général de cette nouvelle
traduction , elle paroît avoir le mérite de
la fidélité. C'eft le côté par où il faut apprécier
le travail de l'auteur , puifque c'eſt
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
particulierement le but qu'il a cru devoir
fe propofer dans l'exécution ; il a pris la
précaution de nous avertir qu'il n'a eu
d'autre deffein que de travailler pour de
jeunes écoliers de troifieme , d'humanité ,
ou tout au plus de rhétorique.
C'eft pourquoi il s'eft attaché à rendre
mot pour mot le fens de l'Orateur latin.
On peut dire que le traducteur qui avoue
s'être borné à cet unique foin , a rempli
fon objet . Il a joint à fa verfion françoile
quelques notes dans les endroits où elles
lui ont paru néceffaires.
TRAITÉ DE LA POESIE FRANÇOISE ,
par le Pere Mourgues , Jéfuite. Nouvelle
édition , revûe , corrigée & augmentée ,
avec plufieurs obfervations fur chaque efpece
de poëfie. A Paris , chez Jofeph Barbou
, rue S. Jacques , près la fontaine faint
Benoît , aux Cigognes . 1755 , avec approbation
& privilege du Roi . in- 12 .
Livres que le fieur Barbon , Libraire &
Imprimeur , rue S. Jacques , aux Cigognes,
vient de recevoir de Hollande.
Aufonius , cum notis interpretatione
J. B. Souchay , ad ufum Delphini , in- 4°.
Homeri Ilias & Odiffea Grac . 18. 2 vol.
Recentiores Poëta Latini & Graci feletti
MARS 1785. 77
quinque , curis Jofephi Oliveti collecti ac
editi ; editio auctior & emendatior , in- 8 ° .
Pervigilium Veneris , cum notis Jufti Lipfii
, & Aufonii cupido cruci adfixus . in- 8 ° .
Théologie des Infectes , traduit de l'Al-
· lemand de M. Leffer , avec des remarques
de M. P. Lyonnet , 2 vol. in- 8 °.
Les Euvres de Machiavel , nouvelle
édition , augmentée de l'Anti- Machiavel ,
in- 12 . 6 vol.
L'Efpion Turc dans les Cours des Princes
chrétiens , in- 12 . 7 vol.
Les OEuvres de Rabelais , in - 12 . 6 Volumes.
Sermons de Caillart , in- 1 2. 2 vol .
Rob. Stephani Thefaurus lingua latine ;
in-fol. 4 vol.
Nouvelles difficultés propofées par un
Péripateticien à l'auteur du Voyage du
monde de Descartes , in- 12
ÊLEVES . A Paris , chez Claude Hériſſant ,
rue neuve Notre-Dante , à la Croix d'or &
aux trois Vertus , fecond volume. in- 1 z.
•
On a rendu compte dans le Mercure
de .... 1752 , du premier volume de ces
lettres imprimées à Paris en 1751 ; chez
la veuve Colombat.
L'auteur avoit promis feize lettres . Le
premier volume en contient dix , & le fe
cond préfente les fix dernieres , dont l'ob
jet eft de prouver l'existence des termes
énigmatiques & généraux dans les ouvra
ges prophétiques , & de faire fentir qué
leur intelligence eft néceffaire pour entendre
parfaitement le fens littéral hiſtorique
des Prophetes , des Pfeaumes , de Job , des
Cantiques , & de quelques autres prophé
ties répandues dans l'Ecriture Sainte .
Ainfi la premiere lettre de ce fecond
volume , qui eft la X I dans l'ordre des
feize , eft employée à parler du ftyle prophétique
& des raifons de fon obfcurité ;
& depuis la page so jufqu'à la page 70 ,
où finit la lettre XI , l'auteur commence
à faire un effai fur une partie des termes
énigmatiques qu'il doit traiter dans la lettre
fuivante.
La XII lettre entre tout-à -fait en
matiere ; on y voit quantité de paffages
64 MERCURE DE FRANCE.
с
des livres prophétiques , développés relativement
au fens littéral exigé par l'hiſtoire ;
mais l'auteur ne fe contente pas de morceaux
détachés , qui pourroient ne pas
fatisfaire , faute de liaifon avec ce qui précede
& ce qui fuit. Il prend donc une
prophétie entiere , l'une des plus difficiles
qu'il ait pu choifir. C'eft le chapitre 14
d'Ifaïe , depuis le premier jufqu'au 22
verfet inclufivement. Cette lettre étoit
trop longue pour ne la pas divifer en deux
parties. La premiere contient deux avertif
femens ; l'un traite des quatre termes énigmatiques
, dont l'intelligence eft abfolument
effentielle à la lettre hiftorique de
cette prophétie d'lfaïe. Le fecond avertif
fement contient fept remarques grammaticales
, fuivies d'une obfervation fur l'u
fage de la profopopée dans les faints Livres.
Après les deux avertiffemens on trouve le
précis de la prophétie : elle regarde , dans
le premier fens littéral , la chute de l'empire
de Babylone ; on paffe enfuite à une
double verfion latine , dont la premiere
conferve fes termes énigmatiques , & la
feconde les développe : une verfion françoiſe
dans le même goût fuccede à la latine.
L'Auteur termine cette premiere parrie
par quelques remarques fur le peu d'ordre
avec lequel on a traité jufqu'ici ces
MAR S. 1755. 65
vingt-deux premiers verfets du chap. XIV
d'Ifaïe.
La feconde partie de la XII lettre comprend
les notes indifpenfables à l'intelligence
d'une pièce auffi difficile , quant au
fens littéral de l'ancien Ifraël ; mais afin
qu'on ne croye pas que cette explication
puiffe nuire au fens de l'Eglife chrétienne
attaché néceffairement à ce texte d'Ifaïe ,
l'auteur préfente d'autres notes relatives
au nouvel Ifraël ; elles font fuivies d'une
double verſion françoiſe , mife au - deſſous
de la verfion littérale relative à l'ancien
Ifraël. Cette lettre finit par une courte
réflexion fur la ſurpriſe que pourra cauſer
à quelques perfonnes l'établiffement d'un
double fens littéral , dont cependant les
preuves font dans les Peres , les Théologiens
, & les plus habiles commentateurs.
La XIII lettre roule fur les termes gé
néraux ou indéterminés , qu'il faut reftreindre
aux fignifications particulieres
exigées par les vues du Prophéte . On donne
en preuve les deux petits Cantiques
contenus dans le XII chapitre d'Ifaïe . Deux
fimples notes de l'auteur développent en
très- peu de mots le double fens de cette
prophétie , quant à l'ancien & quant au
nouvel Ifraël . On trouve enfuite l'examen
de plufieurs termes généraux du Pleaume
66 MERCURE DE FRANCE.
XXXVI . Heb. XXXVII , Noli amulari , &
d'un affez grand nombre d'autres , & furtout
des mots mifericorde & vérité qui ,
reftreints à leur vraie & exacte fignifica
tion , jettent un grand jour fur les paſſages
où ils fe rencontrent.
La lettre XIV eft une fuite du traité des
termes généraux .L'auteur apporte en preuve
le Pf. 1. Beatus vir , &c. qu'il regarde comme
un tiffu de termes indéterminés qui
reftreints au fens exigé par le Prophéte
s'entendent d'abord des Apoftats du tems
de la captivité de Babylone , & enfuite
de ceux de l'Eglife chrétienne ; des notes
étendues fuivent le texte , & nous paroiffent
comme démonftratives.
La X Ve lettre eft uniquement occupée
à prouver que les termes énigmatiques &
généraux qui font en ufage dans les li
vres prophétiques , entrent auffi dans la
compofition des Cantiques du N. T. On
en donne pour exemple le cantique Bene
dictus Dominus , Deus Ifraël.
La XVI ne contient point le Pf. LXVII .
Heb. LXVIII . Exurgat , Deus , promis dans
le volume I. Ce chef-d'oeuvre de la poëfie
des Hébreux , accompagné de notes , eût
donné trop d'étendue à ce fecond volume.
L'auteur à donc prié quelques - uns des
éleves qu'il a formés , de fe charger de
MARS. 1755. 67
"
l'édition de ce Pfeaame . Mais pour mieux
entendre tout ce que ceci veut dire , il eſt
néceffaire de fçavoir que depuis plus de
dix ans , il fe forme parmi les RR. PP.
Capucins de la rue faint Honoré , un petit
nombre de gens de lettres qui fe font
confacrés à l'étude du double fens litteral
de l'Ecriture Sainte . L'auteur de ces lettres
a tellement goûté leur maniere de travailler
, qu'il leur confie non-feulement fon
Exurgat , mais auffi Pexécution entiere de
fon plan , dont on lit l'efquiffe aux pages
454 & 455 de ce volume. On voit dans
cette X V I lettre , les avis qu'un pere ,
non-feulement tendre , mais éclairé , donne
à des enfans pleins d'un amour inaltérable
pour l'Ecriture Sainte , d'un courage à
toute épreuve & d'un travail infatigable.
Ils vont feconder dans peu les vûes de
leur maître , puifqu'ils donnent inceffamment
quatre volumes in- 12. pour commencer
l'exécution du travail qu'il leur
remet entre les mains .
Tel eft l'extrait du fecond volume des
lettres de M. l'Abbé de *** à fes éleves.
Quoique le mérite de cet ouvrage ne puiffe
être apprécié dans toute fa valeur que par
ceux qui ont fuivi & qui fuivent encore
fes leçons publiques ou particulieres , toujours
gratuites , il eft cependant aifé de
68 MERCURE DE FRANCE .
fentir que fon plan eft établi fur les folides
principes qu'il a puifés dans les premieres
fources pendant près de cinquante
ans d'étude.
ODES D'HORACE traduites par feu M.
l'Abbé Desfontaines , in - 12 . petit format ,
1754. A Paris , chez Chaubert , quai des
Auguftins ; avec approbation & privilege
du Roi. Nous avons vû des exemplaires de
cet ouvrage , qui au lieu de Paris portent
le nom de Berlin ; mais ils font f
femblables la forme & les caracteres ,
pour
que nous ne doutons point qu'ils ne fortent
de la même preffe ; la feule différence
que nous y avons remarquée eft que
dans les exemplaires de Paris on a retranché
les odes qui ne fe lifent point dans les
Colléges , & qu'elles fe trouvent dans ceux
de Berlin , au frontifpice defquels on lit
une épigraphe qui fait honneur aux fentimens
du Libraire qui diftribue les uns &
les autres , & à laquelle nous foufcrivons
volontiers.
Quis defideriofit pudor aut modus ,
Tam cari capitis. Hor. Od. XXIV. 1. I.
BIBLIOTHEQUE HISTORIQUE ET CRITI
QUE DU POITOU , contenant les vies des
MARS.
1755. 69
fçavans de cette province depuis le troifiéme
fiécle jufqu'à prefent ; une notice
de leurs ouvrages , avec des obfervations
pour en juger , &c . A Paris , chez Ganneau
, Libraire , rue Saint Severin , à S.
Louis & aux armes de Dombes. 1754 .
Cinq gros vol. in- 12 .
:
Il y a déja du tems que cet ouvrage a
paru cependant comme les Mercures précédens
n'en ont point parlé , nous nous
faifons un devoir de l'annoncer aujour
d'hui. Il feroit inutile d'entrer dans aucun
détail fur la forme que l'auteur a jugé
à propos de lui donner , ni fur la façon
dont il s'y eft pris pour le traiter. Le
compte exact qu'on en a rendu dans la
plupart des Journaux doit fuppléer fuffifamment
à notre filence. Nous obferverons
feulement que fi dans le nombre des
fçavans qui trouvent leur place dans cette
bibliotheque , il y en a qui fe font fait un
nom fameux dans la république des lettres ,
il s'en rencontre beaucoup auffi dont la
réputation ne paffe point les limites du
Poitou .
LA VIE DES PEINTRES FLAMANDS , ALLEMANDS
ET HOLLANDOIS , avec des portraits
gravés en taille-douce , une indication
de leurs ouvrages , & des réflexions
70 MERCURE DE FRANCE.
fur leurs différentes manieres. Par M. J. B.
Defcamps , Peintre , membre de l'Académie
royale des Sciences , Belles- Lettres &
Arts de Rouen , & Profeffeur de l'Ecole
du deffein de la même ville . A Paris ,
chez Defaint & Saillant , rue Saint Jean de
Beauvais ; Piffot , quai de Conti ; Durand
, rue du Foin , en entrant par la rue
Saint Jacques , la premiere porte cochere.
1754. Tome fecond , gros in-8 ° . Il y a
lieu d'efpérer que le public ne fera pas
un accueil moins favorable à ce volume
qu'à celui qui l'a précédé.
LE CALENDRIER DES LABOUREURS ET
DES FERMIERS , contenant les inftructions
néceffaires la conduite & pour le
pour
maniement d'une ferme dans tous les mois
de l'année ouvrage néceffaire aux per
fonnes qui vivent à la campagne , & à celles
qui font valoir leur bien. Traduit de
l'Anglois , fur la fixième édition de M.
R. Bradeley de la Société royale de
Londres , & Profeffeur de Botanique dans
l'Univerfité de Cambridge . A Paris , chez
Briaffon , Libraire , rue Saint Jacques , à
la Science. 1755 , vol. in- 12.-
ANALYSE DES DISSERTATIONS SUR PLUSIEURS
MATIÈRES MEDICO - PHYSIQUES . Par
MARS. 1755. 71
M. Olivier de Villeneuve , Docteur de la
Faculté de Médecine de Montpellier ,
Doyen des Médecins de la ville de Boulogne-
fur-mer. A Utrecht , 1754 , petit in-
12. 100 pages.
. DEMONSTRATION DE LA QUADRATURE
DU CERCLE ; par M. le Chevalier de Caufans
, ci - devant Colonel du Régiment
d'Infanterie de Conti . A Paris , chez Delaguette
, rue Saint Jacques , à l'Olivier ;
·in-4°. 22. pages.
On a toujours été jufqu'ici perfuadé
& non fans raifon , de l'inutilité des efforts
que l'on voudroit employer pour parvenir
à la découverte de la Quadrature du
cercle . On s'eft réuni à en regarder la démonftration
, non feulement comme impoffible
, mais comme impliquant les contradictions
les plus évidentes en géométrie .
Il n'eft donc pas aifé de détruire un préjugé
qui paroît fi bien fondé. Cependant
M. le Chevalier de Caufans, fans s'effrayér
des difficultés qu'on peut lui oppofer , n'a
pas laiffé de tenter la chofe en queftion .
Un grand nombre de perfonnes qui ont de
la peine à s'imaginer qu'elle foit traitée
férieufement, n'auroient pas manqué d'imputer
les tentatives de M. le Chevalier à
un pur jeu d'efprit.; il a pris la fage pré72
MERCURE DE FRANCE.
caution de leur ôter cette penfée , en propofant
la foufcription de la fomme de dix
mille livres à quiconque prouvera géométriquement
un paralogifme dans fa prétendue
quadrature du cercle qu'il s'efforce
de démontrer dans le petit ouvrage que
nous annonçons. Le prix confidérable attaché
à fa réfutation devoit néceffairement
attirer fur les bras de M. de Caufans
de puiffans adverfaires , qui fe difputaffent
à l'envi le mérite ( fi toutefois c'en eſt un )
de ruiner les conféquences fur lefquelles
il l'a bâtie ; mais il ne s'étoit peut- être pas
attendu à voir dans la foule des concur
rens entrer en lice une perfonne d'un ſexe ,
qui femble moins faite pour fe livrer à des
études épineufes & abftraites que pour
s'occuper des matieres d'agrément. Mlle
Le Mire , choquée de l'injufte prévention
où l'on eft contre les femmes , a été ja
loufe de l'honneur de les juftifier , en montrant
que leur efprit eft capable d'atteindre
aux vérités géométriques , fur lefquelles
il leur arrive de raifonner plus conféquemment
que bien des hommes. Elle a
donc jugé à propos de fe mettre fur les
rangs ; & pour cet effet elle a cru devoir
rendre public le fruit de fon travail , qui
paroît fous ce titre Le Quadricide , ou Paralogismes
prouvés géométriquement dans la
Quadrature
MARS. 1755 .
73
Quadrature de M. de Caufans. Par Mile
L.A. Le Mire , veuve J ... in- 4° . 28 pag.
chez Delaguette , & c.
Le long féjour que M. Galland a fait
dans les Etats du Grand Seigneur en qualité
d'Interpréte du Roi pour les Langues
orientales , l'a mis à portée de travailler
pour l'inftruction du public , en lui apprenant
ce qu'il a eu occafion d'y voir de plus
curieux. Comme il s'en eft rendu les langues
familieres , il n'a pas cru inutile de
commencer par la traduction de trois petites
pieces écrites par divers auteurs Mu
fulmans , dont les deux premieres tendent
à donner une idée des rits & c'es cérémonies
qui fe pratiquent au pélerinage de la
Mecque , des points fondamentaux de la
religion mahométane , & des obfervances
qu'elle impofe. On fe propofe dans la troifieme
de faire connoître la maniere dont
les Turcs cultivent les fciences. Cet ou
vrage de M. Galland eft compofé de cinq
morceaux différens , qui forment un recueil
qu'il difpofe en cet ordre. 1 ° . Rits & cérémonies
du pélerinage de la Mecque , fuivant
lafelle de l'Imam on Docteur Chafei ;
traduit de l'Arabe du Cheitch el Imam el
Aalim , & c . 2° . Catéchisme Muſulman , traduit
de l'Arabe du Cheitch on Docteur Aly
D
74 MERCURE DE FRANCE.
fils d'Iaakoub. 3. Traduction d'une differtation
de Zebny Effendi fur les fciences des
Turcs , & fur l'ordre qu'ils gardent dans le
cours de leurs études . 4° . Relation de l'ifle
de Chio , faite fur le lieu par l'auteur. 5º.
Autre relation de la Marche de la Sultane
Efma , fille de Sultan Ahmed , lorfqu'on la
conduifit à fon époux Iaakoub Pacha , grand
Maréchal de la Cour de Sultan Mahmoud ,
le 27 Février 1743. Cette relation termine
ce livre , qui fe vend à Paris , chez
Defaint & Saillant. 1754 , in- 12 . 214
pages.
COLLECTION DE DÉCISIONS NOUVELLES
& de notions relatives à la Jurifprudence
préfente ; par M. Denifart , Procureur
au Châtelet de Paris . A Paris , chez Savoye
, rue S. Jacques , à l'Eſpérance , audeffus
de la Fontaine de S. Severin ; & Le
Clerc , grande Salle du Palais , au fecond
pilier , 1754.
L'Auteur nous apprend dans la préface ,
que cet ouvrage fera compofé de cinq ou fix
volumes , dont il vient de mettre les deux
premiers au jour. Nous lui fouhaitons tout
le fuccès que l'importance de fon travail
paroît mériter. Nous ne pouvons même
nous empêcher de dire que M. Denifart
eft digne d'éloge , en ce qu'il a pris foin
MARS. 1755. 75
de développer aux yeux du public cette ingénuité
de caractere qui fied aux auteurs
libres de préjugés. On doit lui fçavoir
quelque gré de ne pas témoigner les effets
de la prévention outrée qu'on a d'ordinaire
en faveur de l'état qu'on exerce.
Il avoue que les maximes renfermées dans
le recueil qu'il publie , n'étant annoncées
que par un fimple Procureur du Châtelet
perdent beaucoup par là de la confiance qu'el
les méritent. Ce font les propres paroles de
M. Denifart , aufquelles il ne nous appartient
pas de répliquer , puifque c'eft une
perfonne de la profeffion qui fait cet aveu .
Nous ajoûterons feulement que fon exemple
eft une preuve qu'il fe trouve des Procureurs
qui ont fincerement en vûe le bien
-public.
ORAISONS CHOISIES DE CICERON ,
traduction nouvelle , avec le latin à côté ,
fur l'édition latine de Grævius , & des notes.
A Paris , chez Jofeph Barbou , rue S.
Jacques , près la fontaine S. Benoît , aux
Cigognes. 1754 , avec privilege du Roi.
2 vol . in- 12.
A juger en général de cette nouvelle
traduction , elle paroît avoir le mérite de
la fidélité. C'eft le côté par où il faut apprécier
le travail de l'auteur , puifque c'eſt
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
particulierement le but qu'il a cru devoir
fe propofer dans l'exécution ; il a pris la
précaution de nous avertir qu'il n'a eu
d'autre deffein que de travailler pour de
jeunes écoliers de troifieme , d'humanité ,
ou tout au plus de rhétorique.
C'eft pourquoi il s'eft attaché à rendre
mot pour mot le fens de l'Orateur latin.
On peut dire que le traducteur qui avoue
s'être borné à cet unique foin , a rempli
fon objet . Il a joint à fa verfion françoile
quelques notes dans les endroits où elles
lui ont paru néceffaires.
TRAITÉ DE LA POESIE FRANÇOISE ,
par le Pere Mourgues , Jéfuite. Nouvelle
édition , revûe , corrigée & augmentée ,
avec plufieurs obfervations fur chaque efpece
de poëfie. A Paris , chez Jofeph Barbou
, rue S. Jacques , près la fontaine faint
Benoît , aux Cigognes . 1755 , avec approbation
& privilege du Roi . in- 12 .
Livres que le fieur Barbon , Libraire &
Imprimeur , rue S. Jacques , aux Cigognes,
vient de recevoir de Hollande.
Aufonius , cum notis interpretatione
J. B. Souchay , ad ufum Delphini , in- 4°.
Homeri Ilias & Odiffea Grac . 18. 2 vol.
Recentiores Poëta Latini & Graci feletti
MARS 1785. 77
quinque , curis Jofephi Oliveti collecti ac
editi ; editio auctior & emendatior , in- 8 ° .
Pervigilium Veneris , cum notis Jufti Lipfii
, & Aufonii cupido cruci adfixus . in- 8 ° .
Théologie des Infectes , traduit de l'Al-
· lemand de M. Leffer , avec des remarques
de M. P. Lyonnet , 2 vol. in- 8 °.
Les Euvres de Machiavel , nouvelle
édition , augmentée de l'Anti- Machiavel ,
in- 12 . 6 vol.
L'Efpion Turc dans les Cours des Princes
chrétiens , in- 12 . 7 vol.
Les OEuvres de Rabelais , in - 12 . 6 Volumes.
Sermons de Caillart , in- 1 2. 2 vol .
Rob. Stephani Thefaurus lingua latine ;
in-fol. 4 vol.
Nouvelles difficultés propofées par un
Péripateticien à l'auteur du Voyage du
monde de Descartes , in- 12
Fermer
Résumé : « LETTRES DE M. L'ABBÉ DE *** A SES ELEVES. A Paris, chez Claude Hérissant, [...] »
Le texte présente un compte rendu du second volume des 'Lettres de M. l'Abbé de *** à ses élèves', publié à Paris en 1755. Ce volume comprend six lettres supplémentaires, portant le total à douze, et se concentre sur l'interprétation des termes énigmatiques et généraux dans les œuvres prophétiques. L'objectif est de démontrer la nécessité de comprendre ces termes pour interpréter correctement le sens littéral historique des Prophètes, des Psaumes, de Job, des Cantiques et d'autres prophéties bibliques. La onzième lettre traite du style prophétique et de son obscurité. La douzième lettre analyse en détail le chapitre 14 d'Isaïe, expliquant les termes énigmatiques et fournissant des versions latines et françaises. La treizième lettre aborde les termes généraux ou indéterminés en utilisant les Cantiques du chapitre 12 d'Isaïe comme exemple. La quatorzième lettre continue l'étude des termes généraux en se basant sur le Psaume 1. La quinzième lettre prouve que ces termes sont également présents dans les Cantiques du Nouveau Testament. La seizième lettre, initialement prévue pour inclure le Psaume 67, a été modifiée pour laisser cette tâche à des élèves de l'abbé, qui travaillent sur le double sens littéral de l'Écriture Sainte. Le texte mentionne également plusieurs autres publications, telles que les 'Odes d'Horace' traduites par l'abbé Desfontaines, la 'Bibliothèque historique et critique du Poitou', la 'Vie des peintres flamands, allemands et hollandais' par M. J. B. Descamps, le 'Calendrier des laboureurs et des fermiers', l''Analyse des dissertations sur plusieurs matières médico-physiques' par M. Olivier de Villeneuve, et la 'Démonstration de la quadrature du cercle' par le chevalier de Caufans, ainsi qu'une réfutation par Mlle Le Mire. M. Galland a traduit des textes musulmans pour instruire le public sur les rites et cérémonies de la religion mahométane. Parmi les autres ouvrages et traductions publiés en 1754 et 1755, on trouve des traductions de textes musulmans, notamment le 'Pélerinage de la Mecque' selon la loi de l'Imam Chafei, traduit par Cheitch el Imam el Aalim, et un 'Catéchisme Musulman' traduit par Aly D. Le texte mentionne également une 'Traduction d'une dissertation de Zebny Effendi' sur les sciences des Turcs et une 'Relation de l'île de Chio'. Une autre relation décrit la marche de la Sultane Esma, fille de Sultan Ahmed, lors de son déplacement vers son époux, Iaakoub Pacha, en février 1743. Le texte évoque également une 'Collection de Décisions Nouvelles' par M. Denifart, Procureur au Châtelet de Paris, qui vise à développer des notions relatives à la jurisprudence. Denifart exprime son désir de présenter des maximes sans préjugés et reconnaît que son statut de Procureur peut limiter la confiance accordée à son ouvrage. Une nouvelle traduction des 'Oraisons Choisies de Cicéron' est publiée, destinée aux jeunes écoliers, avec le texte latin à côté et des notes explicatives. Le 'Traité de la Poésie Française' du Père Mourgues, Jésuite, est également mentionné, avec une nouvelle édition revue et augmentée. Enfin, le texte liste plusieurs ouvrages reçus par le sieur Barbon, libraire et imprimeur, incluant des œuvres d'Ausonius, Homère, des poètes latins et grecs, des textes théologiques, les œuvres de Machiavel, Rabelais, et des sermons de Caillart.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
88
p. 109-115
LETTRE DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
Début :
Le nom que vous vous faites dans les Lettres, Monsieur, plus encore que le remerciment [...]
Mots clefs :
Régale, Couronne, Abbé, Roi, Églises, Bénéfices, Suzerain
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
LETTRE DE M. LE P. H.
A M. L'A B BE' V.
LE
E nom que vous vous faites dans les Lettres
, Monfieur , plus encore que le re
merciment que je vous dois de l'extrême politeffe
que vous me marquez dans votre ouvrage
, mérite bien que je me défende fur un article
où nous penfons tous deux differemment ,
c'est la Régale *. Si ma nouvelle édition n'étoit
pas trop avancée , j'y aurois inferé cente
réponse ; pour y fuppléer , je vous l'adreſſe à
vous-même,, & je me fais l'honneur d'en
prendre le public pour témoin : j'efpere que
* Je prie ceux qui liront cette réponſe, de jetter
les yeuxfur ce que j'ai écrit à l'année 511 .
110 MERCURE DE FRANCE.
cela me vaudra quelque nouvelle obfervation
de votre part , & ce genre de combat littéraire
, quand les armes font en des mains
auffi polies que les vôtres , fert merveillenfement
à éclaircir la vérité . Nous femmes d'ailleurs
tropfouvent d'accord fur des faits auſſi
curieux qu'importans , pour que l'on doive
êtrefurpris fi nous différons quelquefois.
M. l'Abbé Velly prétend que l'on ne
doit chercher l'origine de la Régale que
dans le droit féodal ; & moi , je crois qu'elle
eft antérieure aux fiefs : les fiefs , fuivant
moi , tels que nous les connoiffons aujourd'hui
, n'ont commencé qu'avec l'ufurpation
des fujers , vers le regne de Charles
le Simple . La Régale , auffi ancienne que la
couronne , eft donc plus ancienne que les
fiefs , dont elle ne vient pas . Pinfon , dans
fon traité de la Régale , la compare au Nil ,
dont la fource eft inconnue. Celle des fiefs
l'eft-elle ? Les Gens du Roi , dans un difcours
du 24 Juillet 1633 , difent que la
Régale eft auffi ancienne que la Couronne :
peut-on en dire autant des fiefs ? les Francs
les ont- ils apportés , ou les ont-ils trouvés
dans les Gaules ? Les feuls Rois de Francè
ont le droit de Régale , & les fiefs font de
tous les pays : les fiefs n'ont donc pas produit
la Régale ? Les fiefs , dit M. l'Abbé
Velly,fe nommoient Regalia , dont ils ont,
MARS 1755 : III
moi je
felon lui , donné ce nom à la Régale ; &
dis que les fiefs ont pris en France
le nom de Regalia , qui n'appartenoit alors
qu'à la Régale , parce que la Régale eſt le
plus noble droit de la Couronne . C'étoit
bien ainfi que s'exprimoit Philippe de Valois
en 1334. La collation des prében-
» des en régale nous appartient , à cauſe
» de la nobleffe de la Couronne de Fran-
» ce « . Enfin , & c'eſt là la grande objection
, j'ai dit que les vrais principes de la
Régale fe trouvoient dans le concile d'Orléans
( canon VII . ) , car je n'ai pas dit
que le canon d'Orléans foit le titre qui ait
conféré la Régale à nos Rois , à Dieu ne
plaife : c'eût été faire dépendre ce droit
d'une autorité dont il ne dépend pas . Mais
je dis qu'à la maniere dont les Evêques
reconnoiffent dans ce Concile que l'Eglife
poffède les biens temporels , qui n'eft
qu'un fimple ufufruit , iis caractériſent la
nature de ces biens , qui ne font que viagers
, de même qu'ils reconnoiffent le droit
de celui qui les confere , & qui par la
force de la dureté les réunit à chaque vacance
, ce qui n'eft autre chofe que la Ré
gale : auffi les Juges laïcs en font ils feuls
les juges. Baronius avoit bien fenti la force
de ce canon , puifqu'il ne trouve d'autre
moyen de l'éluder qu'en le changeant , &
112 MERCURE DE FRANCE.
ود
qu'au lieu de lire quicquid in fructibus , il a
écrit quicquid in faventibus : ce qui donne
une nouvelle force au véritable texte . Mais
enfin , dit M. l'Abbé Velly , il y avoit des
Eglifes qui ne vaquoient point en Régale :
quelle en peut être la raiſon , finon que
ces Eglifes ne tenoient aucun fief du Roi ?
Voici la réponſe par où je termine cet article.
Les Gens du Roi , dans leur avis au
Parlement , figné Mollé , en 1633 , que j'ai
déja cité , difent » qu'il doit être tenu
» pour conftant que la Régale eft univer-
» felle , & a lieu dans toutes les Eglifes
du royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais aufli uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec
» elle «. C'eſt ce qu'on trouve encore dans
le fameux plaidoyer, de Jerôme Bignon ,
de 1638. Aucun cas d'exemption n'eſt donc
prévu , aucune Eglife n'en eft exceptée.
Celles qui prétendent cette exception ne la
peuvent donc jamais prétendre par la nature
des biens qu'elles poffèdent , mais feulement
par des conceffions particulieres ,
qui n'étant que des exceptions , confirment
la regle. Pour achever de fe convaincre ,
il n'y a qu'à lire la troifiéme partie du livre
III. du Traité de l'origine de la Régale , par
M. Audoul. Cet ouvrage parut en 1708
MARS. 1755. 113
fous les yeux de M. Dagueffeau , auquel
ce célebre Avocat étoit attaché ; & voici
l'extrait de l'approbation donnée par M.-
Ifali , cet oracle du barreau. » M. Audoul
» a fait voir que ce droit éminent de la
» Régale tire fa fource du canon VII . du
» concile I. d'Orléans , ce qu'il a prouvé
"par des faits fi certains , & par de fi bons
» principes , qu'il n'eft pas poffible d'y ré-
» fifter . Voilà d'après qui j'ai écrit .
Il refulte de ce qui vient d'être dit , que
nous différons , M. l'Abbé Velly & moi ,
non feulement fur la Régale , mais même
fur l'origine des fiefs , puifque les fiefs
fuivant moi , tels qu'ils font ajourd'hui ,
ne remontent pas plus haut que le tems
de Charles le Simple , & que la Régale étant
auffi ancienne que la monarchie , j'ai eu
raifon de conclure que la Régale ne pouvoit
pas venir des fiefs . Mais cette preuve ,
qui eft fans replique fuivant mes principes
, ne fatisfera point M. l'Abbé V. puifqu'il
fait commencer les fiefs avec la monarchie
; auffi n'eft- ce qu'une des preuves
que j'ai alléguées : refte donc la queftion
de l'ancienneté des fiefs , & on fent dans
quelle difcuffion cela nous entraîneroit ,
Une des preuves qu'en rapporte M. l'Abbé
V. qui eft l'inveftiture de la Seigneurie de
Melun , pourroit être contredite , & l'auto114
MERCURE DE FRANCE.
auparavant.
torité d'Aimoin , écrivain du onzième fiécle
, ne feroit pas d'un grand poids , quand
il dépofe d'un fait arrivé au fixiéme . D'ail
leurs il faut avoir de bons yeux pour reconnoître
les fiefs dans les bénéfices mili
taires . On trouve , à la vérité , dès la premiere
race , des exemples de bénéfices accordés
fous de certaines redevances , dont
la principale devoit être le fervice militaire
; mais font-ce bien là des fiefs ? ces béné
fices étoient viagers , & ont continué de
l'être jufqu'au tems de l'ufurpation , &
alors , en effet , ils peuvent être devenus
des fiefs , fans qu'ils le fuffent
On pourroit ajouter que les bénéfices ont
été inftitués d'après les terres faliques ,
fans courir le rifque que l'on en tirât des
conféquences pour les fiefs. Le Seigneur
de fief avoit un fuzerain , le bénéficier
n'avoit qu'un fouverain . Le feigneur de
fief avoit des vaffaux , dont il étoit à fon
tour le fuzerain ; mot , dit Loifeau , qui
eft auffi étranger que cette efpéce de Seigneurie
eft abfurde ( ce qui prouve en
paffant qu'il ne regardoit le fief que comme
une innovation ) . Quelle fimilitude ,
en effet , peut-on trouver entre ces deux
qualités de bénéficier & de fuzerain ? Mais
abandonnons cette queftion qui a fait le
tourment de tant d'écrivains. Le fentiment
MARS. 1755.
de M. l'Abbé V. peut fort bien fe foutenir
fans que, felon moi , il influe fur la queftion
de la Régale , où j'aurois plus de peine
à me rendre.
Voilà , Monfieur , ce que je me fuis fait un
devoir de vous expofer , pour répondre à l'ef
time que vous avez bien voulu me témoigner ,
& en même tems pour faire connoître les fentimens
avec lesquelsj'ai l'honneur d'être , &c.
A M. L'A B BE' V.
LE
E nom que vous vous faites dans les Lettres
, Monfieur , plus encore que le re
merciment que je vous dois de l'extrême politeffe
que vous me marquez dans votre ouvrage
, mérite bien que je me défende fur un article
où nous penfons tous deux differemment ,
c'est la Régale *. Si ma nouvelle édition n'étoit
pas trop avancée , j'y aurois inferé cente
réponse ; pour y fuppléer , je vous l'adreſſe à
vous-même,, & je me fais l'honneur d'en
prendre le public pour témoin : j'efpere que
* Je prie ceux qui liront cette réponſe, de jetter
les yeuxfur ce que j'ai écrit à l'année 511 .
110 MERCURE DE FRANCE.
cela me vaudra quelque nouvelle obfervation
de votre part , & ce genre de combat littéraire
, quand les armes font en des mains
auffi polies que les vôtres , fert merveillenfement
à éclaircir la vérité . Nous femmes d'ailleurs
tropfouvent d'accord fur des faits auſſi
curieux qu'importans , pour que l'on doive
êtrefurpris fi nous différons quelquefois.
M. l'Abbé Velly prétend que l'on ne
doit chercher l'origine de la Régale que
dans le droit féodal ; & moi , je crois qu'elle
eft antérieure aux fiefs : les fiefs , fuivant
moi , tels que nous les connoiffons aujourd'hui
, n'ont commencé qu'avec l'ufurpation
des fujers , vers le regne de Charles
le Simple . La Régale , auffi ancienne que la
couronne , eft donc plus ancienne que les
fiefs , dont elle ne vient pas . Pinfon , dans
fon traité de la Régale , la compare au Nil ,
dont la fource eft inconnue. Celle des fiefs
l'eft-elle ? Les Gens du Roi , dans un difcours
du 24 Juillet 1633 , difent que la
Régale eft auffi ancienne que la Couronne :
peut-on en dire autant des fiefs ? les Francs
les ont- ils apportés , ou les ont-ils trouvés
dans les Gaules ? Les feuls Rois de Francè
ont le droit de Régale , & les fiefs font de
tous les pays : les fiefs n'ont donc pas produit
la Régale ? Les fiefs , dit M. l'Abbé
Velly,fe nommoient Regalia , dont ils ont,
MARS 1755 : III
moi je
felon lui , donné ce nom à la Régale ; &
dis que les fiefs ont pris en France
le nom de Regalia , qui n'appartenoit alors
qu'à la Régale , parce que la Régale eſt le
plus noble droit de la Couronne . C'étoit
bien ainfi que s'exprimoit Philippe de Valois
en 1334. La collation des prében-
» des en régale nous appartient , à cauſe
» de la nobleffe de la Couronne de Fran-
» ce « . Enfin , & c'eſt là la grande objection
, j'ai dit que les vrais principes de la
Régale fe trouvoient dans le concile d'Orléans
( canon VII . ) , car je n'ai pas dit
que le canon d'Orléans foit le titre qui ait
conféré la Régale à nos Rois , à Dieu ne
plaife : c'eût été faire dépendre ce droit
d'une autorité dont il ne dépend pas . Mais
je dis qu'à la maniere dont les Evêques
reconnoiffent dans ce Concile que l'Eglife
poffède les biens temporels , qui n'eft
qu'un fimple ufufruit , iis caractériſent la
nature de ces biens , qui ne font que viagers
, de même qu'ils reconnoiffent le droit
de celui qui les confere , & qui par la
force de la dureté les réunit à chaque vacance
, ce qui n'eft autre chofe que la Ré
gale : auffi les Juges laïcs en font ils feuls
les juges. Baronius avoit bien fenti la force
de ce canon , puifqu'il ne trouve d'autre
moyen de l'éluder qu'en le changeant , &
112 MERCURE DE FRANCE.
ود
qu'au lieu de lire quicquid in fructibus , il a
écrit quicquid in faventibus : ce qui donne
une nouvelle force au véritable texte . Mais
enfin , dit M. l'Abbé Velly , il y avoit des
Eglifes qui ne vaquoient point en Régale :
quelle en peut être la raiſon , finon que
ces Eglifes ne tenoient aucun fief du Roi ?
Voici la réponſe par où je termine cet article.
Les Gens du Roi , dans leur avis au
Parlement , figné Mollé , en 1633 , que j'ai
déja cité , difent » qu'il doit être tenu
» pour conftant que la Régale eft univer-
» felle , & a lieu dans toutes les Eglifes
du royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais aufli uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec
» elle «. C'eſt ce qu'on trouve encore dans
le fameux plaidoyer, de Jerôme Bignon ,
de 1638. Aucun cas d'exemption n'eſt donc
prévu , aucune Eglife n'en eft exceptée.
Celles qui prétendent cette exception ne la
peuvent donc jamais prétendre par la nature
des biens qu'elles poffèdent , mais feulement
par des conceffions particulieres ,
qui n'étant que des exceptions , confirment
la regle. Pour achever de fe convaincre ,
il n'y a qu'à lire la troifiéme partie du livre
III. du Traité de l'origine de la Régale , par
M. Audoul. Cet ouvrage parut en 1708
MARS. 1755. 113
fous les yeux de M. Dagueffeau , auquel
ce célebre Avocat étoit attaché ; & voici
l'extrait de l'approbation donnée par M.-
Ifali , cet oracle du barreau. » M. Audoul
» a fait voir que ce droit éminent de la
» Régale tire fa fource du canon VII . du
» concile I. d'Orléans , ce qu'il a prouvé
"par des faits fi certains , & par de fi bons
» principes , qu'il n'eft pas poffible d'y ré-
» fifter . Voilà d'après qui j'ai écrit .
Il refulte de ce qui vient d'être dit , que
nous différons , M. l'Abbé Velly & moi ,
non feulement fur la Régale , mais même
fur l'origine des fiefs , puifque les fiefs
fuivant moi , tels qu'ils font ajourd'hui ,
ne remontent pas plus haut que le tems
de Charles le Simple , & que la Régale étant
auffi ancienne que la monarchie , j'ai eu
raifon de conclure que la Régale ne pouvoit
pas venir des fiefs . Mais cette preuve ,
qui eft fans replique fuivant mes principes
, ne fatisfera point M. l'Abbé V. puifqu'il
fait commencer les fiefs avec la monarchie
; auffi n'eft- ce qu'une des preuves
que j'ai alléguées : refte donc la queftion
de l'ancienneté des fiefs , & on fent dans
quelle difcuffion cela nous entraîneroit ,
Une des preuves qu'en rapporte M. l'Abbé
V. qui eft l'inveftiture de la Seigneurie de
Melun , pourroit être contredite , & l'auto114
MERCURE DE FRANCE.
auparavant.
torité d'Aimoin , écrivain du onzième fiécle
, ne feroit pas d'un grand poids , quand
il dépofe d'un fait arrivé au fixiéme . D'ail
leurs il faut avoir de bons yeux pour reconnoître
les fiefs dans les bénéfices mili
taires . On trouve , à la vérité , dès la premiere
race , des exemples de bénéfices accordés
fous de certaines redevances , dont
la principale devoit être le fervice militaire
; mais font-ce bien là des fiefs ? ces béné
fices étoient viagers , & ont continué de
l'être jufqu'au tems de l'ufurpation , &
alors , en effet , ils peuvent être devenus
des fiefs , fans qu'ils le fuffent
On pourroit ajouter que les bénéfices ont
été inftitués d'après les terres faliques ,
fans courir le rifque que l'on en tirât des
conféquences pour les fiefs. Le Seigneur
de fief avoit un fuzerain , le bénéficier
n'avoit qu'un fouverain . Le feigneur de
fief avoit des vaffaux , dont il étoit à fon
tour le fuzerain ; mot , dit Loifeau , qui
eft auffi étranger que cette efpéce de Seigneurie
eft abfurde ( ce qui prouve en
paffant qu'il ne regardoit le fief que comme
une innovation ) . Quelle fimilitude ,
en effet , peut-on trouver entre ces deux
qualités de bénéficier & de fuzerain ? Mais
abandonnons cette queftion qui a fait le
tourment de tant d'écrivains. Le fentiment
MARS. 1755.
de M. l'Abbé V. peut fort bien fe foutenir
fans que, felon moi , il influe fur la queftion
de la Régale , où j'aurois plus de peine
à me rendre.
Voilà , Monfieur , ce que je me fuis fait un
devoir de vous expofer , pour répondre à l'ef
time que vous avez bien voulu me témoigner ,
& en même tems pour faire connoître les fentimens
avec lesquelsj'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
La lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé Velly traite de la Régale, un droit royal. M. le P. H. conteste l'origine féodale de la Régale, affirmant qu'elle est antérieure aux fiefs. Selon lui, les fiefs ont commencé avec l'usurpation des suzerains sous le règne de Charles le Simple. Il soutient que la Régale est aussi ancienne que la couronne et ne provient pas des fiefs. M. l'Abbé Velly, en revanche, pense que la Régale trouve son origine dans le droit féodal. Pour appuyer son argumentation, M. le P. H. cite divers documents historiques, tels que le discours des Gens du Roi en 1633 et le traité de Pinfon. Il mentionne également le concile d'Orléans et le canon VII, qui reconnaissent la nature temporelle des biens de l'Église et le droit royal de la Régale. M. le P. H. conclut en affirmant que la Régale est un droit universel et inhérent à la couronne, indépendamment des biens possédés par les églises.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
89
p. 111-117
LETTRE* DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
Début :
Le nom que vous vous faites dans les Lettres, Monsieur, plus encore que le remercîment [...]
Mots clefs :
Seigneuries, Droit de Régale, Bénéfices, Abbé, Roi, Militaires
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE* DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
29-ins 291 mol el amo .
D
LETTRE DE M. LE P. H.
A M. L'AB BE V.
noop nog insbe
Lures ,
E nom que vous vous faites dans les Let
Atnes, Monfieur plus encore que le re,
merciment que je vous dois de l'extrême politelle
que vous me marquez dans votre ouvrag
ge , mérite bien que je me défendefur un article
où nous penfons tous deux differemment ,
c'eft la Régale ** , Sima nouvelle édition n'étoit
pas trop avancée , j'y aurois inféré cette
réponse pour y Suppléer , je vous l'adreſſe
sast
a vous-même, & je me fais honneur d'en
prendre le public pour témoin : j'espere que
cela me vaudra quelque nouvelle obfervation
e votre part, ce genre de combat litté
en des mains
aufli polies que les vôtres , fert merveillenfe
de
?
raire
quand le
armes s
* Nous redonnons cette Lettre , où il s'étoit gliffé
plufieurs fautes d'impreffion dans le dernier Mer
cure, pour que l'on puiffe mieux juger de la réponſe.
** Je prie ceux qui liront cette réponſe , de jet
ter les yeux fur ce que j'ai écrit à l'année $ 11.
112 MERCURE DE FRANCE.
f
ment à éclaircir la vérité . Nousfommes d'ailleurs
trop fouvent d'accord fur des faits auffi
curieux qu'importans , pour que l'on doive
être furprisfi nous différons quelquefois.
M. l'Abbé Velly prétend que l'on ne
doit chercher l'origine de la Régale
que
dans le droit féodal ; &82mmooii je crois
qu'elle eft antérieure aux fiefs . Les fiefs ,
fuivant moi , tels que nous les connoiſſons
aujourd'hui , n'ont commencé qu'avec l'ufurpation
des fujets , vers le regne de
Charles le Simple. La Régale , auffi ancienne
que la Couronne , eft donnccplusancienne
que les fiefs. Pinfon , dans fon
traité de la Régale , la compare au Nil ,
dont la fource eft inconnue celle des
fiefs l'eft- elle ? Les Gens du Roi , dans un
difcours du 24 Juillet 1633 , difent que la
Régale eft auffi ancienne que la Couronne :
peut-on en dire autant des fiefs ? les Francs
les ont - ils apportés , ou les ont - ils trouvés
établis dans les Gaules ? Les Rois de
France feuls ont le droit de Régale , & les
fiefs font de tous les pays : les fiefs n'ont
donc pas produit la Régale ? Les fiefs , dit
M. l'Abbé Velly , fe nommoient Regalia :
donc ils ont , felon lui , donné ce nom à
la Régale ; & moi je
dis ar
que les fiefs ont
pris en France le nom de Regalia , qui n'ap
partenoit alors qu'à la Régale , parce que
A VRI L. 1755. 113
»
sendes
300 98 119
"
la Régale eft le plus noble droit de la Couronne
: c'étoit bien ainfi
en ainfi que s'exprimoit
Philippe de Valois en 1334. La colla-
>> tion des en régale nous appartient
, à caufe de la nobleffe de la
Couronne de France » . Enfin , & c'eſt là
rancen .
la grande objection , j'ai dit que llees vrais
principes de la Régale fe trouvoient dans
Cache, 209 25, 2007 anon
VTT) ; car je
n'ai pas dir que le canon d'Orléans foit le
titre qui ait conféré la Régale à nos Rois ,
à Dieu ne plaife : c'eût été faire dépendre
ce droit d'une autorité dont il ne dépend
pas. Mais je dis qu'à la maniere dont les
Evêques reconnoillent dans ce Concile que
l'Eglife poffede les biens temporels , qui
n'eft qu'un fimple ufufruit , ils caracterifent
la nature de ces biens, qui ne font que
viagers , de même qu'ils reconnoiffent le
droit de celui qui les confere , & qui par
la force de la directe les réunit à chaque
vacance , ce qui n'eft autre chofe que la
Régale : auffi les Juges laics en font- ils feuls
les juges. bien fenti la forcé
Baronius avoir
de ce canon , puifqu'il ne trouve d'autre
moyen de l'éluder qu'en le changeant , &
qu'au lieu de lire quicquid in fructibus , il a
écrit quicquid in faventibus : ce qui donne
une nouvelle force au véritable texte. Mais
enfin , dit M. l'Abbé Velly , il y avoit des
170
114 MERCURE DE FRANCE.
30
Eglifes qui ne vaquoient point en Régale :
quelle en peut être la raifon , finon que
ces Eglifes ne tenoient aucun fief du Roi ?
Voici la réponſe par où je termine cet ar
ticle. Les Gens du Roi , dans leur avis au
Parlement , figné Malé en 1633 , que j'ai
déja cité , difent qu'il doit être tenu
pour conftant que la Régale eft univer-
» felle , & a lieu dans toutes les Eglifes
» du royaume , comme étant un droit non
» feulement inhérent à la perfonne facrée
» de nos Rois , mais auffi unin& incor-
» poré à la Couronne , né établi avec
» elle » . C'est ce qu'on trouve encore dans
le fameux plaidoyer de Jerôme Bignon ,
de 1638. Aucun cas d'exemption n'est donc
prévû , aucune Eglife n'en eft exceptée.
Celles qui prétendent cette exception ne la
peuvent donc jamais prétendre par la na
ture des biens qu'elles poffédent , mais feulement
par des conceffions particulieres ,
qui n'étant que des exceptions , confirment
la regle. Pour achever de fe convaincre ,
il n'y a qu'à lire la troifième partie du livre
III. du Traité de l'origine de la Régale , par
M. Audoul. Cet ouvrage parut en 1708
fous les yeux de M. Dagueffeau , auquel
ce célebre Avocat étoit attaché ; & voici
l'extrait de l'approbation donnée par M.
Ifali , cet oracle du barreau . » M. Audoui
AVRIL 1755. 115
a fait voir que ce droit éminent de la
» Régale tire fa fource du canon VII..du
» concile I.td'Orléans ; ce qu'il a prouvé
" par de faits fi certains & par de fi bons
principes , qu'il n'eft pas poffible d'y ré
99
fifter " . Voilà d'après qui j'ai écrit , fans
aller cependant anffi loin que M. Ifali ,
puifque je ne trouve dans le concile d'Orléans
que la preuve d'un droit déja établi .
Il réfulte de ce qui vient d'être dit , que
nous différons , M. l'Abbé Velly & moi ,
non feulement fur la Régale , mais même
fur l'origine des fiefs , puifque, les fiefs ,
fuivant moi , tels qu'ils font aujourd'hui
neremontent pas plus haut que le tems
de Charles le Simple , & quela Régale étant
auffiqancienne que la monarchie , j'ai eu
raifon de conclure que la Régale ne pouvoit
pas venir des fiefs. Mais cette preuve ,
qui efti fans replique , fuivant mes principes
, ne fatisfera point M. l'Abbé V. puifqu'il
fait commencer les fiefs avec la mo
narchie ; auffi n'eft- ce qu'une des preuves
que
que j'ai alléguées . Refte donc la queftion
de l'ancienneté des fiefs , & on fent dans
quelle difcuffion scela nous entraîneroir.
Une des preuves qu'en rapporte M. l'Abbé
V. qui eft l'inveftiture de la Seigneurie de
Melun , pourroit être contredite , & l'autorité
d'Aimoin , écrivain du onzieme fié116
MERCURE DE FRANCE.
cle , ne feroit pas d'un grand poids , quand
il dépofe d'un fait arrivé au fixieme. D'ailleurs
il faut avoir de bons yeux pour reconnoître
les fiefs dans les bénéfices militaires
. On trouve , à la vérité , dès la premiere
race , des exemples de bénéfices accordés
fous de certaines redevancés , dont
la principale devoit être le fervice militaire
; mais font- ce bien là des fiefs ? cès bénéfices
étoient viagers , & ont continué de
l'être jufqu'au tems de Pufurpation , &
alors , en effet , ils peuvent être devenus
des fiefs , fans qu'ils le fuffent auparavant.
On pourroit ajouter que les bénéfices ont
été inftitués d'après les terrés faliques ,
fans courir le rifque que l'on en tirât des
conféquences pour les fiefs. Le Seigneur
de fief avoit un fuzerain' , le bénéficier
n'avoit qu'un fouverain . Le feigneur de
fief avoit des vallaux , dont il étoit à fon
tour le fuzerain ; mot , dit Loiſeau , qui
eft auffi étrange que cette efpece de Seigneurie
eft abfurde ce qui prouve en
paffant qu'il ne regardoit le fief que comme
une innovation ) . Quelle fimilitude ,
en effet , peut -on trouver entre ces deux
qualités de bénéficier & de fuzerain ? Le
fief eft une Seigneurie , & affûrement les
bénéfices militaires n'en étoient pas . Ils
-peuvent avoir donné la naiffance aux fiefs ,
3
AVRI L. 1755. 117
3
comme les partages faits par nos Rois entre
leurs enfans ont donné lieu aux appanages
, avec cette différence que les fiefs
ont été l'abus des bénéfices militaires , au
lieu que les appanages ont été la réforme
des partages. Le Seigneur de fief faifoit la
guerre au Roi , & fes vaffaux étoient obligés
de l'y fuivre , les bénéficiers militaires
eurent- ils jamais une femblable prétention
2 Mais abandonnons cette queſtion
qui a fait le tourment de tant d'Ecrivains.
Le fentiment de M. l'Abbé V. peut fort
bien fe foutenir fans que , felon moi , il
influe fur la queftion de la Régale , où
j'aurois plus de peine à me rendre.
Voilà , Monfieur , ce que je mefuis fait un
devoir de vous expofer , pour répondre à l'eftime
que vous avez bien voulu me témoigner ,
&
en même tems pour faire connoître lesfenmens
avec lesquels j'ai l'honneur d'être , &c.
D
LETTRE DE M. LE P. H.
A M. L'AB BE V.
noop nog insbe
Lures ,
E nom que vous vous faites dans les Let
Atnes, Monfieur plus encore que le re,
merciment que je vous dois de l'extrême politelle
que vous me marquez dans votre ouvrag
ge , mérite bien que je me défendefur un article
où nous penfons tous deux differemment ,
c'eft la Régale ** , Sima nouvelle édition n'étoit
pas trop avancée , j'y aurois inféré cette
réponse pour y Suppléer , je vous l'adreſſe
sast
a vous-même, & je me fais honneur d'en
prendre le public pour témoin : j'espere que
cela me vaudra quelque nouvelle obfervation
e votre part, ce genre de combat litté
en des mains
aufli polies que les vôtres , fert merveillenfe
de
?
raire
quand le
armes s
* Nous redonnons cette Lettre , où il s'étoit gliffé
plufieurs fautes d'impreffion dans le dernier Mer
cure, pour que l'on puiffe mieux juger de la réponſe.
** Je prie ceux qui liront cette réponſe , de jet
ter les yeux fur ce que j'ai écrit à l'année $ 11.
112 MERCURE DE FRANCE.
f
ment à éclaircir la vérité . Nousfommes d'ailleurs
trop fouvent d'accord fur des faits auffi
curieux qu'importans , pour que l'on doive
être furprisfi nous différons quelquefois.
M. l'Abbé Velly prétend que l'on ne
doit chercher l'origine de la Régale
que
dans le droit féodal ; &82mmooii je crois
qu'elle eft antérieure aux fiefs . Les fiefs ,
fuivant moi , tels que nous les connoiſſons
aujourd'hui , n'ont commencé qu'avec l'ufurpation
des fujets , vers le regne de
Charles le Simple. La Régale , auffi ancienne
que la Couronne , eft donnccplusancienne
que les fiefs. Pinfon , dans fon
traité de la Régale , la compare au Nil ,
dont la fource eft inconnue celle des
fiefs l'eft- elle ? Les Gens du Roi , dans un
difcours du 24 Juillet 1633 , difent que la
Régale eft auffi ancienne que la Couronne :
peut-on en dire autant des fiefs ? les Francs
les ont - ils apportés , ou les ont - ils trouvés
établis dans les Gaules ? Les Rois de
France feuls ont le droit de Régale , & les
fiefs font de tous les pays : les fiefs n'ont
donc pas produit la Régale ? Les fiefs , dit
M. l'Abbé Velly , fe nommoient Regalia :
donc ils ont , felon lui , donné ce nom à
la Régale ; & moi je
dis ar
que les fiefs ont
pris en France le nom de Regalia , qui n'ap
partenoit alors qu'à la Régale , parce que
A VRI L. 1755. 113
»
sendes
300 98 119
"
la Régale eft le plus noble droit de la Couronne
: c'étoit bien ainfi
en ainfi que s'exprimoit
Philippe de Valois en 1334. La colla-
>> tion des en régale nous appartient
, à caufe de la nobleffe de la
Couronne de France » . Enfin , & c'eſt là
rancen .
la grande objection , j'ai dit que llees vrais
principes de la Régale fe trouvoient dans
Cache, 209 25, 2007 anon
VTT) ; car je
n'ai pas dir que le canon d'Orléans foit le
titre qui ait conféré la Régale à nos Rois ,
à Dieu ne plaife : c'eût été faire dépendre
ce droit d'une autorité dont il ne dépend
pas. Mais je dis qu'à la maniere dont les
Evêques reconnoillent dans ce Concile que
l'Eglife poffede les biens temporels , qui
n'eft qu'un fimple ufufruit , ils caracterifent
la nature de ces biens, qui ne font que
viagers , de même qu'ils reconnoiffent le
droit de celui qui les confere , & qui par
la force de la directe les réunit à chaque
vacance , ce qui n'eft autre chofe que la
Régale : auffi les Juges laics en font- ils feuls
les juges. bien fenti la forcé
Baronius avoir
de ce canon , puifqu'il ne trouve d'autre
moyen de l'éluder qu'en le changeant , &
qu'au lieu de lire quicquid in fructibus , il a
écrit quicquid in faventibus : ce qui donne
une nouvelle force au véritable texte. Mais
enfin , dit M. l'Abbé Velly , il y avoit des
170
114 MERCURE DE FRANCE.
30
Eglifes qui ne vaquoient point en Régale :
quelle en peut être la raifon , finon que
ces Eglifes ne tenoient aucun fief du Roi ?
Voici la réponſe par où je termine cet ar
ticle. Les Gens du Roi , dans leur avis au
Parlement , figné Malé en 1633 , que j'ai
déja cité , difent qu'il doit être tenu
pour conftant que la Régale eft univer-
» felle , & a lieu dans toutes les Eglifes
» du royaume , comme étant un droit non
» feulement inhérent à la perfonne facrée
» de nos Rois , mais auffi unin& incor-
» poré à la Couronne , né établi avec
» elle » . C'est ce qu'on trouve encore dans
le fameux plaidoyer de Jerôme Bignon ,
de 1638. Aucun cas d'exemption n'est donc
prévû , aucune Eglife n'en eft exceptée.
Celles qui prétendent cette exception ne la
peuvent donc jamais prétendre par la na
ture des biens qu'elles poffédent , mais feulement
par des conceffions particulieres ,
qui n'étant que des exceptions , confirment
la regle. Pour achever de fe convaincre ,
il n'y a qu'à lire la troifième partie du livre
III. du Traité de l'origine de la Régale , par
M. Audoul. Cet ouvrage parut en 1708
fous les yeux de M. Dagueffeau , auquel
ce célebre Avocat étoit attaché ; & voici
l'extrait de l'approbation donnée par M.
Ifali , cet oracle du barreau . » M. Audoui
AVRIL 1755. 115
a fait voir que ce droit éminent de la
» Régale tire fa fource du canon VII..du
» concile I.td'Orléans ; ce qu'il a prouvé
" par de faits fi certains & par de fi bons
principes , qu'il n'eft pas poffible d'y ré
99
fifter " . Voilà d'après qui j'ai écrit , fans
aller cependant anffi loin que M. Ifali ,
puifque je ne trouve dans le concile d'Orléans
que la preuve d'un droit déja établi .
Il réfulte de ce qui vient d'être dit , que
nous différons , M. l'Abbé Velly & moi ,
non feulement fur la Régale , mais même
fur l'origine des fiefs , puifque, les fiefs ,
fuivant moi , tels qu'ils font aujourd'hui
neremontent pas plus haut que le tems
de Charles le Simple , & quela Régale étant
auffiqancienne que la monarchie , j'ai eu
raifon de conclure que la Régale ne pouvoit
pas venir des fiefs. Mais cette preuve ,
qui efti fans replique , fuivant mes principes
, ne fatisfera point M. l'Abbé V. puifqu'il
fait commencer les fiefs avec la mo
narchie ; auffi n'eft- ce qu'une des preuves
que
que j'ai alléguées . Refte donc la queftion
de l'ancienneté des fiefs , & on fent dans
quelle difcuffion scela nous entraîneroir.
Une des preuves qu'en rapporte M. l'Abbé
V. qui eft l'inveftiture de la Seigneurie de
Melun , pourroit être contredite , & l'autorité
d'Aimoin , écrivain du onzieme fié116
MERCURE DE FRANCE.
cle , ne feroit pas d'un grand poids , quand
il dépofe d'un fait arrivé au fixieme. D'ailleurs
il faut avoir de bons yeux pour reconnoître
les fiefs dans les bénéfices militaires
. On trouve , à la vérité , dès la premiere
race , des exemples de bénéfices accordés
fous de certaines redevancés , dont
la principale devoit être le fervice militaire
; mais font- ce bien là des fiefs ? cès bénéfices
étoient viagers , & ont continué de
l'être jufqu'au tems de Pufurpation , &
alors , en effet , ils peuvent être devenus
des fiefs , fans qu'ils le fuffent auparavant.
On pourroit ajouter que les bénéfices ont
été inftitués d'après les terrés faliques ,
fans courir le rifque que l'on en tirât des
conféquences pour les fiefs. Le Seigneur
de fief avoit un fuzerain' , le bénéficier
n'avoit qu'un fouverain . Le feigneur de
fief avoit des vallaux , dont il étoit à fon
tour le fuzerain ; mot , dit Loiſeau , qui
eft auffi étrange que cette efpece de Seigneurie
eft abfurde ce qui prouve en
paffant qu'il ne regardoit le fief que comme
une innovation ) . Quelle fimilitude ,
en effet , peut -on trouver entre ces deux
qualités de bénéficier & de fuzerain ? Le
fief eft une Seigneurie , & affûrement les
bénéfices militaires n'en étoient pas . Ils
-peuvent avoir donné la naiffance aux fiefs ,
3
AVRI L. 1755. 117
3
comme les partages faits par nos Rois entre
leurs enfans ont donné lieu aux appanages
, avec cette différence que les fiefs
ont été l'abus des bénéfices militaires , au
lieu que les appanages ont été la réforme
des partages. Le Seigneur de fief faifoit la
guerre au Roi , & fes vaffaux étoient obligés
de l'y fuivre , les bénéficiers militaires
eurent- ils jamais une femblable prétention
2 Mais abandonnons cette queſtion
qui a fait le tourment de tant d'Ecrivains.
Le fentiment de M. l'Abbé V. peut fort
bien fe foutenir fans que , felon moi , il
influe fur la queftion de la Régale , où
j'aurois plus de peine à me rendre.
Voilà , Monfieur , ce que je mefuis fait un
devoir de vous expofer , pour répondre à l'eftime
que vous avez bien voulu me témoigner ,
&
en même tems pour faire connoître lesfenmens
avec lesquels j'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE* DE M. LE P. H. A M. L'ABBÉ V.
La lettre de M. le P. H. à M. l'Abbé Velly aborde la controverse sur l'origine de la Régale. M. le P. H. commence par exprimer sa gratitude pour la politesse de l'Abbé Velly dans son ouvrage et souhaite clarifier un désaccord concernant la Régale. Il affirme que la Régale est antérieure aux fiefs, qui n'ont commencé qu'avec l'usurpation des sujets sous Charles le Simple. En revanche, la Régale est aussi ancienne que la Couronne. M. le P. H. soutient que les fiefs n'ont pas produit la Régale, car les Rois de France seuls possèdent ce droit, contrairement aux fiefs qui existent dans tous les pays. Pour appuyer son argumentation, il cite des sources historiques, notamment le discours des Gens du Roi en 1633 et le traité de Pinfon. L'Abbé Velly, quant à lui, pense que la Régale trouve son origine dans le droit féodal. La lettre se conclut par une invitation à poursuivre la discussion pour éclaircir la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
90
p. 118-129
REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
Début :
Le suffrage d'un homme comme vous, Monsieur, a quelque chose de si séduisant [...]
Mots clefs :
Droit de Régale, Abbé, Églises, Fiefs, Bénéfices, Seigneur, Maître, Terres, Rois
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
REPONSE DE M. L'ABBÉ V.
A M. LE P. H.
e
E fuffrage d'un homme comme vous ,
Monfieur , & quelque chofe de fi féduifant
, qu'à da lecture de la lettre dont
vous m'honorez , j'ai prefque été tenté de
me croire un perfonnage . Mais je me connois
, & cette connoiffance ne m'a laiffé
appercevoir dans vos politeffes qu'un excès
de bonté qui veut encourager un novice
, plus recommendable par fa bonne
volonté que par fes talens. Vous me permettez
de vous faire quelques nouvelles
obfervations fur le point qui nous divife :
j'ufe de la permiffion , moins cependant
pour difputer que pour chercher le vrai ,
qui feul doit être notre guide . C'eſt unt
écolier qui confulte fon maître ; & quel
maître ? Un nouveau Sallufte , mais plus
clair dans fa briéveté fententieufe , un au- -
tre Velleius Paterculus plus inftructif &
auffi délicat dans fes portraits , le digne
éleve enfin du goût , & le favori des graces.
L'Abbé Velly ne fait point remonter
l'origine des fiefs , ftrictement dit , jufqu'aux
premiers fiécles de la monarchie :
il convient avec l'illuftre auteur du nouvel
AVRIL. 1755. 119
abrégé chronologique de notre hiftoire
que ce n'eft que fous le foible regne de
Charles le Simple qu'on les voit tels qu'ils
font aujourd'hui. Charles le Chauve les
avoit , pour ainfi dire , préparés par le fameux
capitulaire (a ) qui ordonne que
fi après la mort quelqu'un de fes fideles
veut renoncerau monde , il pourra
laiffer tous fes emplois à fon fils , ou à ce
lui de fes parens qu'il voudra choisir pour
fon fucceffeurs ce qui étoit établir une.
efpece d'hérédité dans les offices , & les
rendre en quelque forte propres & patri
moniaux. sidst 201 160 2000
Mais en même tems qu'il abandonne ce
point , qui demanderoit pour être éclairci
plus de tems & plus de connoiffances , il fe
croit sautorifé à foutenir qu'il y avoit fous
la premiere race des efpeces de poffeffions
qui tenoient beaucoup de la nature féodale
, quelque nom qu'on veuille leur don
ner , terres , feigneuries , bénéfices ou fiefs.
Pafquier ( b) les appelle Bénéfices , & cite
pour exemple Clovis , qui inveftit le Com
te Auréliens de la feigneurie de Melun.
Loifeau ( a ) ne craint point de les nommer
( a ) Capitul . 10. apud Duch . tom. 2. p. 463 .
( b ) Recherch. de la France , tom. 1. c. liv. 2
16. p. 130.
(c) Loyf. des Offices feod. ch. z . p. 99.
120 MERCURE DE FRANCE:
»
fiefs , & les fait auffi anciens que la monarchie
: voici fes propres termes. » Ce
peuple victorieux ( les Francs ) partagea
& diftribua les terres de fa conquête ; il
» les attribua à titre & condition de fief à
» fes Capitaines , tant pour récompenfe de
leur mérite , que pour tenir deformais
» lieu de gages à leur office , attendu que
» ces Capitaines étoient leurs uniques Ma-
» giftrats. Ceux- ci , ajoute- t-il , baillerent
»à leurs foldats certaines terres à même
»titre de fief , c'est- à- dire , à la charge de
» les affifter toujours en guerre ; & ces fe-
"conds fiefs finiffoient du commencement,
» ainfi que les premiers , par la mort du
» vaffal . Mais comme toutes chofes ten-
» dent & s'établiſſent enfin à la propriété
» à fucceffion de tems on vint à confidé-
» rer que c'étoit une cruauté d'ôter le fief
» aux enfans d'un pauvre foldat bien méri
» té , qui ne leur avoit laiffé aucun autre
»bien , & partant on s'accoutuma à les re
و د
bailler par pitié à l'un defdits enfans ,
» tel qu'il plaifoit au feigneur d'en grati-
» fier . Puis ce fut un droit commun que
les enfans mâles fuccéderoient tous en-
» femble au fief du pere. Mais les filles &
» les collatéraux n'y fuccédoient point ...
» Nous avons à la fin admis indiftincte-
» ment les fucceffions collatérales des fiefs,
même
AVRIL. 1755. 121
>
même au profit des filles en défaut
» toutefois de mâle en pareil dégré il
» nous eft cependant refté quelque chofe
» de notre ancienne rigueur , à fçavoir
qu'à toutes mutations de fiefs , il eft dit
» ouvert & fans homme , c'est - à- dire va-
» cant au refpect du Seigneur , lequel ſe
»peut remettre dans icelui & en jouir com-
» me réuni à fon domaine , jufqu'à ce qu'il
» ſe préſente un fucceffeur qui vienne le
» couvrir & relever , & fe déclarer hom-
» me & vaffal du Seigneur ; & quand il
» tombe en fucceffion collatérale , ou en
❤aliénation , quelle qu'elle foit , il le faut
racheter du Seigneur par certains droits
» qu'on lui paye.
Ce paffage un peu long , mais effentiel.
à la juftification du fyftême attaqué , n'eſt
rien autre chofe qu'une paraphrafe du premier
titre des fiefs : Antiquiffimo tempore poterat
Dominus auferre rem infeudum datam :
deinde obfervatum eft , ut ad vitam fidelis
produceretur produceretur. Il en réfulte deux chofes ,
la premiere qu'il n'eft point de l'effence du
fief d'être héréditaire & patrimonial , mais
d'être tenu fous certaine redevance ; la feconde
, que l'Abbé Velly en tirant l'origine
de la Régale de la nature du droit
féodal , lui donne la même antiquité qu'à
la Monarchie : antiquiffimo tempore. Nous
F
122 MERCURE DE FRANCE.
avons d'ailleurs plufieurs monumens qui
prouvent que même avant le regne de
Charles le Simple , les Evêques ( fans dou
te ceux qui étoient foumis à la Régale )
fe reconnoiffoient hommes , tenanciers ,
feudataires , ou bénéficiers du Prince. On
lit dans un poëme manufcrit de Philippe
Mouskes , intitulé : Hiftoire des François ,
& cité par Ducange ( d )',
Et caskuns Veſques premerains ( e ) ,
Dou Roi de France , joint ſes mains
Prent fon Régale por droiture ,
Et fes hom eft de teneure,
On remarquera
que l'historien
poete
parle de la coutume obfervée fous Chilpéric.
Nous voyons encore quelque choſe de
plus marqué dans une formule de ferment
prêté fous Charles le Chauve
(f) » Moi
" Hincmar
, Evêque de Laon , promets
d'être à jamais fidele & obéillant
, felon
le devoir de mon miniftere
, à Charles ,
» mon maître & mon Seigneur
, comme
» un homme doit l'être à fon Seigneur , &
( d ) Au mot Regalia.
(e ) C'est -à-dire premiers , principaux , fans
doute par
les fiefs qu'ils tenoient de la Couronne. On difoit autrefois Prematie au lieu de Primatię,
(ƒ) Continúat. Aimoin . 1. 5 : c. 21 .
AVRIL 1755. 123
un Evêque à fon Roi » . Ici l'homme &
l'Evêque font diftingués , de même que
le fuzerain & le Souverain : Sicut homo fue
feniori , & Epifcopus fuo Regi.
On objecte que les fiefs font de tous les
pays , & que les feuls Rois de France ont
droit de Régale ; mais l'objection tombe
d'elle-même , s'il eft vrai que les autres
Souverains en ont joui anciennement. On
lit dans Orderic Vital ( g ) , » qu'à la mort
» des Prélats & des Archimandrites , les
» Satellites du Roi d'Angleterre s'empa-
>> roient des terres de leur Eglife , qu'ils
» réuniffoient au domaine pour trois ans ,
quelquefois plus d'où il arrivoit que
» le troupeau , deftitué de Paſteur , étoit
expofé à la morfure des loups » . Qu'on
life l'hiftoire des divifions du facerdoce
& de l'Empire ( b ) , on y verra ces juftes
plaintes mille fois répétées. Les Empereurs
& les Rois d'Angleterre avoient donc anciennement
droit de mettre en leur main
le temporel des Prélatures vacantes par
mort : ce qui n'eft autre chofe que le droit
de Régale. Pourquoi ne l'ont-ils plus ? &
comment ont- ils laiffé perdre une fi glorieufe
prérogative ? c'eft ce qui n'eft point
de notre fujer. La gloire de nos Rois eft
( g ) Liv. 10. p. 763.
(h) Arnold. Lubec. 1. 3. c. 16..!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
d'avoir eu en même tems , & affez de fermeté
pour fe maintenir dans la poffeffion
d'un privilege né & établi avec la Monarchie
, & affez de religion pour n'en point
abufer.
Mais , dira t- on , M. Audoul , célébré
Avocat , dans fon traité de la Régale , tire
l'origine de cette noble prérogative , du
canon VII du premier concile d'Orléans
& M. Ifali , autre oracle du barreau ,
dans l'approbation qu'il a donnée à cet
ouvrage , affure que ce fyftême eft prouvé
par des faits fi certains , qu'il n'eft pas
poffible d'y refifter. L'Abbé Velly honore
affurément ces deux grandes lumieres :
mais il les admire encore plus , & confeſſe
ingénument qu'il n'a pas d'affez bons
yeux pour voir ce qu'ils ont vû. Il tient
actuellement en main le Concile d'Or
léans , il lit le feptiéme canon ( b ) , & n'y
apperçoit qu'une défenfe aux Abbés , aux
Prêtres , aux Clercs , & aux Religieux
d'aller en Cour , fans la permiffion & la
recommendation de l'Evêque , pour obrenir
des bénéfices. Abbatibus , Prefbiteris ,
omnique Clero , vel in religionis profeffione
viventibus , fine difcuffione vel commendatione
Epifcoporum , pro pretendis Beneficiis ¿
(h ) Concil. tom. 4. p. 1406,
AVRIL. · 17.55. 125
ad domnos venire non liceat. Quodfi quifquam
prafumpferit , tam diu fui honore &
communione privetur , donec per pænitentiam
plenam ejus fatisfactionem facerdos accipiat.
Il recommence donc une lecture
déja refléchie de tout le Concile , & trouve
enfin dans de cinquième canon ces mots
qu'on prétend facramentaux , quidquid in
fructibus. Voici comme ce decret eft conçu :
( i ) De oblationibus vel agris quos domnus
Rex Ecclefiis fuo munere conferre dignatus
eft , vel adhuc , non habentibus , Deo infpirante
, contulerit , ipforum agrorum vel Ecclefiarum
immunitate conceffa , id effe juftif
fimum definimus , ut in reparationibus Ecclefiarum
alimoniis facerdotum & pauperum
, vel redemptionibus captivorum , quidquid
Deus in fructibus dare dignatusfuerit ,
expendatur , & Clerici in adjutorium Ecclefiaftici
operis conftringantur. Quod fi aliquis
facerdotum ad hanc curam minus follicius
ac devotus extiterit , publicè à comprovincialibus
Epifcopis confundatur. Quod fi nec tali
confufione correxerit , donec emendet errorem,
communione fratrum habeatur indignus . Il
faut avouer que c'eft
peu communes
que avoir des lumieres
de trouver les vrais
principes de la Régale dans ce ftatut plus
( i ) Ibid. Can. V. p. 1405 , 1406.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
}
religieux qué politique. M. Fleury & tous
les hiftoriens eccléfiaftiques n'y découvrent
qu'une fage attention de l'Eglife à prévemir
fes miniftres , que les biens qu'ils tiennent
de la libéralité de nos Rois ne leur
ont point été donnés pour en faire l'ufage
qu'il leur plairoit ; mais qu'ils doivent employer
tout ce que Dieu leur donne audelà
du néceffaire , à la reparation des
Eglifes , à l'entretien des Prêtres & des
pauvres , ou enfin au rachat des captifs.
L'Abbé Velly pourroit même en tirer une
induction favorable à fon fyftême . Les
conceffions de nos Rois en faveur du Clergé
étoient donc , ou conditionnelles , ou
pures & fimples , c'eft- à - dire , ou affujet
ties à certaines redevances , ou affranchies
de toure fervitude : de là cette diftinction
des Eglifes qui vaquoient ou ne vaquoient
point en Régale.
On répond que les Gens du Roi , M.
Molé & M. Bignon , dans leur avis donné
en 1633 & en 1638 , difent qu'il doit être
tenu pour conftant , que la Régale eft univerfelle
, & a lieu dans toutes les Eglifes
du Royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais auffi uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec elle.
L'Abbé Velly fent toute l'importance de
AVRIL 1755 127
cette objection , & combien il eft délicat
d'avoir à fe défendre contre des autorités
toujours refpectables , & quelquefois terribles.
Auffi n'entreprendra- t- il pas d'y répondre
: c'eft Pafquier ( k ) qui plaidera fa
caufe , & parlera pour lui. Tous les
Archevêchés & Evêchés de France , dit
» ce célébre Jurifconfulte , ne font eftimés
" tomber en Régale , vacation d'iceux avenant
: ores que quelques- uns eftiment le
» contraire, Opinion de prime face plaufible
pour favorifer les droits du Roi ;
mais erronée , bien qu'elle ne foit deſtituée
de bons parrains. Car Maitre Jean
» le Bouteiller en fa fomme rurale , l'efti-
»ma ainfi & de notre tems , M. de Pibrac
, Avocat du Roi au Parlement , la
voulut faire paffer par Edict , mais il en
fur dedict . Il ne faut rien ôter à l'Eglife
pour le donner par une nouveauté à nos
» Rois , ni leur ôter pour le donner à l'Eglife.
Or que toutes les Eglifes Cathédrales
ne tombent en Régale , nous avons
plufieurs Ordonnances qui le nous enfeignent.
Celle de Philippe le Bel , en
" 1302 , porte entr'autres articles ( 4 ).
» Item , quantum ad Regalias quas nos 5
(k ) Recherch. de la France , tom . 1. 1. 3. chap.
37. p. 303 .
(1 ) Apud de Lauriere , tom. 1. Ordinat. p. 359.
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
» prædeceffores noftri , confuervimus percipere
in aliquibus Ecclefiis Regni noftri ,
quando eas vacare contigit : & Louis XII
dit expreffément dans fon édit de l'an
» 1499 , nous défendons à tous nos Officiers
»qu'ès Archevêchés , Abbayes , & autres bénéfices
de notre Royaume , efquels n'avons
droit de Régale , ils ne fe mettent dedans ni
» ès fortes places , finon ès bénéfices & fortes
» places qui feroient affifes ès pays
limitrophes
de notre Royaume. Bref, qui foutient
le contraire eft plutôt un flateur de Cour ,
qu'un Jurifconfulte François. sy b
+
P
On peut encore confulter les actes du
fecond Concile général de Lyon , qui autorife
la Régale dans les Eglifes où elle
étoit établie par la fondation ou par quelque
coutume ancienne ( m ) , mais qui dé,
fend de l'introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Quant aux Eglifes qui vaquoient,
ou ne vaquoient point en Régale ,
on en trouvera la lifte dans le Traité de
l'ufage des fiefs ( n ) , par M. Bruffel. Au
refte , le fentiment de M. le Préfident Hénaut
fur l'univerfalité de cette prérogative
unique de nos Rois , eft appuyée far de
grandes autorités , & pour me fervir des
termes de Pafquier , a de très bons parreins.
( m ) Tom. XI. Concil. Confid. 13. de Elect.
( a ) Tom. I. pag. 292 & 293.·
AVRIL. 1755 129
,
Le celebre auteur du nouvel abrégé chronologique
de notre hiftoire , mérite affurément
une place diftinguée parmi les plus
illuftres , tels que les Pibracs , les Molés :
les Bignons , noms confacrés à l'immortalité.
Voilà , Monfieur , fur quels fondemens
fai bâti mon fyftême de l'origine de la
Régale , & en même tems une partie des
faifons qui peuvent fervir à ma juſtification
. J'ai cru devoir vous les expofer , pour
répondre à la bienveillance dont vous
m'honorez je les foumers à vos lumieres ,
toujours prêt à rendre au plus judicieux &
au plus élégant de nos hiftoriens , l'hom
mage qu'un difciple doit à fon maître. Ik
ne me refte qu'à vous faire d'humbles re
mercimens de m'avoir procuré l'occafion
de faire paroître les fentimens , & c.
*
Medspaſt nad ubqkeretek VELLY.
A M. LE P. H.
e
E fuffrage d'un homme comme vous ,
Monfieur , & quelque chofe de fi féduifant
, qu'à da lecture de la lettre dont
vous m'honorez , j'ai prefque été tenté de
me croire un perfonnage . Mais je me connois
, & cette connoiffance ne m'a laiffé
appercevoir dans vos politeffes qu'un excès
de bonté qui veut encourager un novice
, plus recommendable par fa bonne
volonté que par fes talens. Vous me permettez
de vous faire quelques nouvelles
obfervations fur le point qui nous divife :
j'ufe de la permiffion , moins cependant
pour difputer que pour chercher le vrai ,
qui feul doit être notre guide . C'eſt unt
écolier qui confulte fon maître ; & quel
maître ? Un nouveau Sallufte , mais plus
clair dans fa briéveté fententieufe , un au- -
tre Velleius Paterculus plus inftructif &
auffi délicat dans fes portraits , le digne
éleve enfin du goût , & le favori des graces.
L'Abbé Velly ne fait point remonter
l'origine des fiefs , ftrictement dit , jufqu'aux
premiers fiécles de la monarchie :
il convient avec l'illuftre auteur du nouvel
AVRIL. 1755. 119
abrégé chronologique de notre hiftoire
que ce n'eft que fous le foible regne de
Charles le Simple qu'on les voit tels qu'ils
font aujourd'hui. Charles le Chauve les
avoit , pour ainfi dire , préparés par le fameux
capitulaire (a ) qui ordonne que
fi après la mort quelqu'un de fes fideles
veut renoncerau monde , il pourra
laiffer tous fes emplois à fon fils , ou à ce
lui de fes parens qu'il voudra choisir pour
fon fucceffeurs ce qui étoit établir une.
efpece d'hérédité dans les offices , & les
rendre en quelque forte propres & patri
moniaux. sidst 201 160 2000
Mais en même tems qu'il abandonne ce
point , qui demanderoit pour être éclairci
plus de tems & plus de connoiffances , il fe
croit sautorifé à foutenir qu'il y avoit fous
la premiere race des efpeces de poffeffions
qui tenoient beaucoup de la nature féodale
, quelque nom qu'on veuille leur don
ner , terres , feigneuries , bénéfices ou fiefs.
Pafquier ( b) les appelle Bénéfices , & cite
pour exemple Clovis , qui inveftit le Com
te Auréliens de la feigneurie de Melun.
Loifeau ( a ) ne craint point de les nommer
( a ) Capitul . 10. apud Duch . tom. 2. p. 463 .
( b ) Recherch. de la France , tom. 1. c. liv. 2
16. p. 130.
(c) Loyf. des Offices feod. ch. z . p. 99.
120 MERCURE DE FRANCE:
»
fiefs , & les fait auffi anciens que la monarchie
: voici fes propres termes. » Ce
peuple victorieux ( les Francs ) partagea
& diftribua les terres de fa conquête ; il
» les attribua à titre & condition de fief à
» fes Capitaines , tant pour récompenfe de
leur mérite , que pour tenir deformais
» lieu de gages à leur office , attendu que
» ces Capitaines étoient leurs uniques Ma-
» giftrats. Ceux- ci , ajoute- t-il , baillerent
»à leurs foldats certaines terres à même
»titre de fief , c'est- à- dire , à la charge de
» les affifter toujours en guerre ; & ces fe-
"conds fiefs finiffoient du commencement,
» ainfi que les premiers , par la mort du
» vaffal . Mais comme toutes chofes ten-
» dent & s'établiſſent enfin à la propriété
» à fucceffion de tems on vint à confidé-
» rer que c'étoit une cruauté d'ôter le fief
» aux enfans d'un pauvre foldat bien méri
» té , qui ne leur avoit laiffé aucun autre
»bien , & partant on s'accoutuma à les re
و د
bailler par pitié à l'un defdits enfans ,
» tel qu'il plaifoit au feigneur d'en grati-
» fier . Puis ce fut un droit commun que
les enfans mâles fuccéderoient tous en-
» femble au fief du pere. Mais les filles &
» les collatéraux n'y fuccédoient point ...
» Nous avons à la fin admis indiftincte-
» ment les fucceffions collatérales des fiefs,
même
AVRIL. 1755. 121
>
même au profit des filles en défaut
» toutefois de mâle en pareil dégré il
» nous eft cependant refté quelque chofe
» de notre ancienne rigueur , à fçavoir
qu'à toutes mutations de fiefs , il eft dit
» ouvert & fans homme , c'est - à- dire va-
» cant au refpect du Seigneur , lequel ſe
»peut remettre dans icelui & en jouir com-
» me réuni à fon domaine , jufqu'à ce qu'il
» ſe préſente un fucceffeur qui vienne le
» couvrir & relever , & fe déclarer hom-
» me & vaffal du Seigneur ; & quand il
» tombe en fucceffion collatérale , ou en
❤aliénation , quelle qu'elle foit , il le faut
racheter du Seigneur par certains droits
» qu'on lui paye.
Ce paffage un peu long , mais effentiel.
à la juftification du fyftême attaqué , n'eſt
rien autre chofe qu'une paraphrafe du premier
titre des fiefs : Antiquiffimo tempore poterat
Dominus auferre rem infeudum datam :
deinde obfervatum eft , ut ad vitam fidelis
produceretur produceretur. Il en réfulte deux chofes ,
la premiere qu'il n'eft point de l'effence du
fief d'être héréditaire & patrimonial , mais
d'être tenu fous certaine redevance ; la feconde
, que l'Abbé Velly en tirant l'origine
de la Régale de la nature du droit
féodal , lui donne la même antiquité qu'à
la Monarchie : antiquiffimo tempore. Nous
F
122 MERCURE DE FRANCE.
avons d'ailleurs plufieurs monumens qui
prouvent que même avant le regne de
Charles le Simple , les Evêques ( fans dou
te ceux qui étoient foumis à la Régale )
fe reconnoiffoient hommes , tenanciers ,
feudataires , ou bénéficiers du Prince. On
lit dans un poëme manufcrit de Philippe
Mouskes , intitulé : Hiftoire des François ,
& cité par Ducange ( d )',
Et caskuns Veſques premerains ( e ) ,
Dou Roi de France , joint ſes mains
Prent fon Régale por droiture ,
Et fes hom eft de teneure,
On remarquera
que l'historien
poete
parle de la coutume obfervée fous Chilpéric.
Nous voyons encore quelque choſe de
plus marqué dans une formule de ferment
prêté fous Charles le Chauve
(f) » Moi
" Hincmar
, Evêque de Laon , promets
d'être à jamais fidele & obéillant
, felon
le devoir de mon miniftere
, à Charles ,
» mon maître & mon Seigneur
, comme
» un homme doit l'être à fon Seigneur , &
( d ) Au mot Regalia.
(e ) C'est -à-dire premiers , principaux , fans
doute par
les fiefs qu'ils tenoient de la Couronne. On difoit autrefois Prematie au lieu de Primatię,
(ƒ) Continúat. Aimoin . 1. 5 : c. 21 .
AVRIL 1755. 123
un Evêque à fon Roi » . Ici l'homme &
l'Evêque font diftingués , de même que
le fuzerain & le Souverain : Sicut homo fue
feniori , & Epifcopus fuo Regi.
On objecte que les fiefs font de tous les
pays , & que les feuls Rois de France ont
droit de Régale ; mais l'objection tombe
d'elle-même , s'il eft vrai que les autres
Souverains en ont joui anciennement. On
lit dans Orderic Vital ( g ) , » qu'à la mort
» des Prélats & des Archimandrites , les
» Satellites du Roi d'Angleterre s'empa-
>> roient des terres de leur Eglife , qu'ils
» réuniffoient au domaine pour trois ans ,
quelquefois plus d'où il arrivoit que
» le troupeau , deftitué de Paſteur , étoit
expofé à la morfure des loups » . Qu'on
life l'hiftoire des divifions du facerdoce
& de l'Empire ( b ) , on y verra ces juftes
plaintes mille fois répétées. Les Empereurs
& les Rois d'Angleterre avoient donc anciennement
droit de mettre en leur main
le temporel des Prélatures vacantes par
mort : ce qui n'eft autre chofe que le droit
de Régale. Pourquoi ne l'ont-ils plus ? &
comment ont- ils laiffé perdre une fi glorieufe
prérogative ? c'eft ce qui n'eft point
de notre fujer. La gloire de nos Rois eft
( g ) Liv. 10. p. 763.
(h) Arnold. Lubec. 1. 3. c. 16..!
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
d'avoir eu en même tems , & affez de fermeté
pour fe maintenir dans la poffeffion
d'un privilege né & établi avec la Monarchie
, & affez de religion pour n'en point
abufer.
Mais , dira t- on , M. Audoul , célébré
Avocat , dans fon traité de la Régale , tire
l'origine de cette noble prérogative , du
canon VII du premier concile d'Orléans
& M. Ifali , autre oracle du barreau ,
dans l'approbation qu'il a donnée à cet
ouvrage , affure que ce fyftême eft prouvé
par des faits fi certains , qu'il n'eft pas
poffible d'y refifter. L'Abbé Velly honore
affurément ces deux grandes lumieres :
mais il les admire encore plus , & confeſſe
ingénument qu'il n'a pas d'affez bons
yeux pour voir ce qu'ils ont vû. Il tient
actuellement en main le Concile d'Or
léans , il lit le feptiéme canon ( b ) , & n'y
apperçoit qu'une défenfe aux Abbés , aux
Prêtres , aux Clercs , & aux Religieux
d'aller en Cour , fans la permiffion & la
recommendation de l'Evêque , pour obrenir
des bénéfices. Abbatibus , Prefbiteris ,
omnique Clero , vel in religionis profeffione
viventibus , fine difcuffione vel commendatione
Epifcoporum , pro pretendis Beneficiis ¿
(h ) Concil. tom. 4. p. 1406,
AVRIL. · 17.55. 125
ad domnos venire non liceat. Quodfi quifquam
prafumpferit , tam diu fui honore &
communione privetur , donec per pænitentiam
plenam ejus fatisfactionem facerdos accipiat.
Il recommence donc une lecture
déja refléchie de tout le Concile , & trouve
enfin dans de cinquième canon ces mots
qu'on prétend facramentaux , quidquid in
fructibus. Voici comme ce decret eft conçu :
( i ) De oblationibus vel agris quos domnus
Rex Ecclefiis fuo munere conferre dignatus
eft , vel adhuc , non habentibus , Deo infpirante
, contulerit , ipforum agrorum vel Ecclefiarum
immunitate conceffa , id effe juftif
fimum definimus , ut in reparationibus Ecclefiarum
alimoniis facerdotum & pauperum
, vel redemptionibus captivorum , quidquid
Deus in fructibus dare dignatusfuerit ,
expendatur , & Clerici in adjutorium Ecclefiaftici
operis conftringantur. Quod fi aliquis
facerdotum ad hanc curam minus follicius
ac devotus extiterit , publicè à comprovincialibus
Epifcopis confundatur. Quod fi nec tali
confufione correxerit , donec emendet errorem,
communione fratrum habeatur indignus . Il
faut avouer que c'eft
peu communes
que avoir des lumieres
de trouver les vrais
principes de la Régale dans ce ftatut plus
( i ) Ibid. Can. V. p. 1405 , 1406.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
}
religieux qué politique. M. Fleury & tous
les hiftoriens eccléfiaftiques n'y découvrent
qu'une fage attention de l'Eglife à prévemir
fes miniftres , que les biens qu'ils tiennent
de la libéralité de nos Rois ne leur
ont point été donnés pour en faire l'ufage
qu'il leur plairoit ; mais qu'ils doivent employer
tout ce que Dieu leur donne audelà
du néceffaire , à la reparation des
Eglifes , à l'entretien des Prêtres & des
pauvres , ou enfin au rachat des captifs.
L'Abbé Velly pourroit même en tirer une
induction favorable à fon fyftême . Les
conceffions de nos Rois en faveur du Clergé
étoient donc , ou conditionnelles , ou
pures & fimples , c'eft- à - dire , ou affujet
ties à certaines redevances , ou affranchies
de toure fervitude : de là cette diftinction
des Eglifes qui vaquoient ou ne vaquoient
point en Régale.
On répond que les Gens du Roi , M.
Molé & M. Bignon , dans leur avis donné
en 1633 & en 1638 , difent qu'il doit être
tenu pour conftant , que la Régale eft univerfelle
, & a lieu dans toutes les Eglifes
du Royaume , comme étant un droit non
feulement inhérent à la perfonne facrée
de nos Rois , mais auffi uni & incorporé
à la Couronne , né & établi avec elle.
L'Abbé Velly fent toute l'importance de
AVRIL 1755 127
cette objection , & combien il eft délicat
d'avoir à fe défendre contre des autorités
toujours refpectables , & quelquefois terribles.
Auffi n'entreprendra- t- il pas d'y répondre
: c'eft Pafquier ( k ) qui plaidera fa
caufe , & parlera pour lui. Tous les
Archevêchés & Evêchés de France , dit
» ce célébre Jurifconfulte , ne font eftimés
" tomber en Régale , vacation d'iceux avenant
: ores que quelques- uns eftiment le
» contraire, Opinion de prime face plaufible
pour favorifer les droits du Roi ;
mais erronée , bien qu'elle ne foit deſtituée
de bons parrains. Car Maitre Jean
» le Bouteiller en fa fomme rurale , l'efti-
»ma ainfi & de notre tems , M. de Pibrac
, Avocat du Roi au Parlement , la
voulut faire paffer par Edict , mais il en
fur dedict . Il ne faut rien ôter à l'Eglife
pour le donner par une nouveauté à nos
» Rois , ni leur ôter pour le donner à l'Eglife.
Or que toutes les Eglifes Cathédrales
ne tombent en Régale , nous avons
plufieurs Ordonnances qui le nous enfeignent.
Celle de Philippe le Bel , en
" 1302 , porte entr'autres articles ( 4 ).
» Item , quantum ad Regalias quas nos 5
(k ) Recherch. de la France , tom . 1. 1. 3. chap.
37. p. 303 .
(1 ) Apud de Lauriere , tom. 1. Ordinat. p. 359.
Fiv
18 MERCURE DE FRANCE.
» prædeceffores noftri , confuervimus percipere
in aliquibus Ecclefiis Regni noftri ,
quando eas vacare contigit : & Louis XII
dit expreffément dans fon édit de l'an
» 1499 , nous défendons à tous nos Officiers
»qu'ès Archevêchés , Abbayes , & autres bénéfices
de notre Royaume , efquels n'avons
droit de Régale , ils ne fe mettent dedans ni
» ès fortes places , finon ès bénéfices & fortes
» places qui feroient affifes ès pays
limitrophes
de notre Royaume. Bref, qui foutient
le contraire eft plutôt un flateur de Cour ,
qu'un Jurifconfulte François. sy b
+
P
On peut encore confulter les actes du
fecond Concile général de Lyon , qui autorife
la Régale dans les Eglifes où elle
étoit établie par la fondation ou par quelque
coutume ancienne ( m ) , mais qui dé,
fend de l'introduire dans celles où elle n'étoit
pas reçue. Quant aux Eglifes qui vaquoient,
ou ne vaquoient point en Régale ,
on en trouvera la lifte dans le Traité de
l'ufage des fiefs ( n ) , par M. Bruffel. Au
refte , le fentiment de M. le Préfident Hénaut
fur l'univerfalité de cette prérogative
unique de nos Rois , eft appuyée far de
grandes autorités , & pour me fervir des
termes de Pafquier , a de très bons parreins.
( m ) Tom. XI. Concil. Confid. 13. de Elect.
( a ) Tom. I. pag. 292 & 293.·
AVRIL. 1755 129
,
Le celebre auteur du nouvel abrégé chronologique
de notre hiftoire , mérite affurément
une place diftinguée parmi les plus
illuftres , tels que les Pibracs , les Molés :
les Bignons , noms confacrés à l'immortalité.
Voilà , Monfieur , fur quels fondemens
fai bâti mon fyftême de l'origine de la
Régale , & en même tems une partie des
faifons qui peuvent fervir à ma juſtification
. J'ai cru devoir vous les expofer , pour
répondre à la bienveillance dont vous
m'honorez je les foumers à vos lumieres ,
toujours prêt à rendre au plus judicieux &
au plus élégant de nos hiftoriens , l'hom
mage qu'un difciple doit à fon maître. Ik
ne me refte qu'à vous faire d'humbles re
mercimens de m'avoir procuré l'occafion
de faire paroître les fentimens , & c.
*
Medspaſt nad ubqkeretek VELLY.
Fermer
Résumé : REPONSE DE M. L'ABBÉ V. A M. LE P. H.
L'abbé V. répond à une lettre de M. le P. H., reconnaissant sa bonté mais affirmant être un novice. Il accepte de discuter du point qui les divise pour chercher la vérité et loue M. le P. H. en le comparant à des historiens célèbres comme Salluste et Velleius Paterculus. L'abbé V. aborde l'origine des fiefs, affirmant qu'ils n'apparaissent pas aux premiers siècles de la monarchie mais sous le règne de Charles le Simple. Charles le Chauve avait préparé leur établissement par un capitulaire permettant l'hérédité des offices. Cependant, il reconnaît l'existence de possessions féodales sous la première race, appelées bénéfices par Pasquier et fiefs par Loiseleur. Les Francs distribuaient les terres à titre de fief à leurs capitaines et soldats, avec la charge de les assister en guerre. Ces fiefs finissaient à la mort du vassal, mais sont devenus héréditaires par pitié pour les enfants des soldats méritants. Les successions collatérales et les filles ont été admises plus tard, mais certaines rigueurs anciennes subsistent, comme le droit du seigneur de récupérer le fief en l'absence d'héritier. L'abbé V. conclut que le fief n'est pas héréditaire par essence mais tenu sous redevance. Il cite des exemples historiques et des textes pour appuyer ses arguments, notamment des poèmes et des formules de serment d'évêques sous les rois francs. Le texte traite également de la coutume de la régale, une pratique ancienne qui ne doit pas être introduite dans les régions où elle n'était pas déjà établie. La liste des églises concernées par cette coutume peut être trouvée dans le traité de l'usage des fiefs par M. Bruffel. Le sentiment du Président Hénaut sur l'universalité de cette prérogative royale est soutenu par de grandes autorités, et les termes de Pasquier confirment cette opinion. En avril 1755, l'auteur rend hommage à un célèbre historien, auteur d'un abrégé chronologique de l'histoire de France, le plaçant parmi les illustres noms comme Pibrac, Molé et Bignon. L'auteur expose les fondements de son système sur l'origine de la régale et les raisons qui peuvent justifier sa position, exprimant sa gratitude pour la bienveillance et les lumières de son interlocuteur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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91
p. 211-219
« Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...] »
Début :
Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...]
Mots clefs :
Évêques, Archevêques, Roi, Cardinal, Messe, Chapelle, Abbé, Marquis, Chevalier, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...] »
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE vaiffeau le Bethune , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft entré le 10 Mai dans le port
de l'Orient. On a appris par ce bâtiment que M.
Dupleix étoit parti le 15 Octobre de Pondichery ,
& qu'il étoit arrivé le 25 Novembre à l'Ile de
France.
Le 16 de Mai , Fête de S. Jean Nepomucene ,
la Reine vint de Marly entendre le Sermon dans
l'égliſe des Recolets de Verſailles. Il fut pronon
cé par le P. Couterot , de la Congrégation des
Barnabites , & Prédicateur du Roi. Sa Majefté
affiſta enfuite au Salut , & retourna le foir à Marly.
Leurs Majeftés & Mefdames de France ſe rendirent
à Verfailles le jour fuivant pour y paffer les
Fêtes , & le 20 leurs Majeftés & Mefdames de
France retournent à Marly.
Le 17 , veille de la Fête de la Pentecôte , Monfeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine entendirent
à Marly dans la Chapelle du Château
les premieres Vêpres , aufquelles l'Archevêque de
Sens officia pontificalement , & qui furent chantées
par les Cordeliers de Noify.
212 MERCURE DE FRANCE.
Le 18 , jour de la Pentecôte , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint-
Efprit s'étant affemblés vers les onze heures du
du matin dans le cabinet du Roi , Sa Majefté
fortit de fon appartement pour aller à la Chapelle.
Le Roi , devant qui les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre par- deffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or . Sa Majesté
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin qui
étoit arrivé le matin , du Duc d'Orléans , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. L'Archevêque de Narbonne
Prélat , Commandeur de l'Ordre , célébra pontificalement
la grande Meffe , qui fut chantée par
la Mufique. Au fortir de la Chapelle le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée
.
>
La Reine & Meſdames de France entendirent
la grande Meffe dans la tribune.
Monfeigneur le Dauphin après la cérémonie ,
retourna joindre à Marly Madame la Dauphine ,
que des foupçons de groffeffe ont empêché de
quitter ce château.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mesdames ,
affifterent l'après - midi à la prédication de l'Abbé
Bertier , Vicaire Général de l'Evêché de Troyes ,
& Doyen du Chapitre de Vezelai . Après le Sermon
leurs Majeftés entendirent les Vêpres chantées
par la Mufique , aufquelles l'Abbé Gergoy
officia , & le Salut célébré par les Miffionnaires.
Ce même jour la Marquife de Montmorin
Saint Herem fut préſentée au Roi & à la Reine ;
& leurs Majeftés fignerent le contrat de mariage
JUI N. 1755. 213
du Marquis de Merinville avec Dlle de Lhôpital.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Marquis de Dreux , Maréchal de camp , & Grand
Maître des cérémonies de France , avec Dlle de
Pezé.
Le 19 , les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi . Ils furent préſentés à Sa Majesté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de cette
province & de celle de Picardie ; & par le Comte
d'Argenfon , Miniftre & Secrétaire d'Etat , qui en
a le département . Selon l'uſage , ils ont été con◄
duits par le Marquis de Dreux , Grand Maître
des cérémonies. La députation étoit compofée
de l'Evêque d'Arras pour le Clergé , du Comte
de Douchen pour la Nobleffe , & de M. Goffe ,
ancien Echevin des ville & cité d'Arras , pour le
Tiers Etat . L'Evêque d'Arras porta la parole.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvilain,
fils de Louis-Jean - Marie de Bourbon , Duc de Penthievre
; & de feue Marie - Therefe- Félicité d'Eft
Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris , âgé
de fix ans fix mois & deux jours. Le même jour
le Prince de Dombes annonça cette mort au Roi.
La Reine communia le 20 par les mains de
L'Evêque de Chartres , fon premier Aumônier.
Il paroît trois arrêts du Confeil d'Etat . Le
premier caffe un arrêt du Parlement de Toulouſe ,
du 25 Février , & ordonne l'exécution de celui de
la Cour des Monnoies de Lyon , dụ 4 du même
mois. Le fecond ordonne que les fujets qui juftifieront
d'un apprentiffage & compagnonage chez
les Maîtres d'une ville quelconque du Royaume ,
dans laquelle il y aura Jurande , feront admis à
la maîtrife de leur profeffion dans les Communautés
d'arts & métiers de telle autre ville du
goyaume qu'ils jugeront à propos de choisir ,
214 MERCURE DE FRANCE.
l'exception des villes de Paris , Lyon , Lille &
Rouen. Par le troiſieme arrêt , le Roi commet
M. Doyen , Notaire , pour faire la recette des
portions qui reviennent aux Abbés & Chanoines
Réguliers de Sainte Genevieve dans les produits
des trois lotteries de S. Sulpice , des Enfans-Trouvés
& des Communautés.
L'Académie royale de Chirurgie , outre le prix
qu'elle adjuge tous les ans , donnera deformais
chaque année une autre medaille d'or à celui des
Chirurgiens , étrangers ou regnicoles , qui l'aura
méritée par un ouvrage fur quelque matiere de
Chirurgie que ce foit , au choix de l'auteur. Ce
fecond prix , dont la valeur fera de deux cens
livres , fera nommé Prix d'émulation . L'Académie
diftribuera de plus tous les ans cinq médailles
d'or , de cent francs chacune , à cinq Chirurgiens,
foit Académiciens de la claffe des Libres , foit
fimplement regnicoles , qui auront fourni pendant.
le cours de l'année un mémoire , ou trois obfervations
intéreffantes.
Un bâtiment nommé le Sainte-Helene , de Saint-
Malo , venant de la Martinique , a péri la nuit du
sau 6 de Mai dans le Golfe de Fos , près de Martigues.
Le navire le Grand Saint- Paul , de Marfeille
, a découvert à l'oueft du Cap Saint - Vincent
trois chabecs algériens. Une pinque de Corron
a rencontré fur la Guillâtre un vaiffeau , un chabec
& une galiotte de la même nation. Deuxi
autres bâtimens barbarefques ont été apperçus à
quelque diftance de la côte de Sardaigne.
Le 24 , leurs Majeftés fignerent le contrat de
mariage du Marquis de Dreux , Grand Maître des
cérémonies de France . avec Dlle de Pezé..
Elles fignerent le 25 celui du Marquis de Beranger
, Colonel dans le Corps des Grenadiers de
JUIN. 1755. 215
France , avec Dlle de Saffenage , fille du Marquis
de ce nom , Chevalier des ordres du Roi , &
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine.
En confidération de ce mariage , le Marquis de
Beranger a obtenu la furvivance de la charge de
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine ,
dont il ne doit exercer les fonctions qu'à vingtcinq
ans.
Le Roi a accordé au Marquis d'Efpagne la
charge de Sénéchal & Gouverneur du Comté de
Nebouzan .
Les Prélats & les Députés du fecond Ordre qui
compofent l'Affemblée générale du Clergé de
France, s'affemblerent le 25 de Mai chez le Cardi
nal de la Rochefoucauld pour remettre leurs procurations.
Ils tinrent le 27 une feconde Affemblée,
dans laquelle les procurations furent admifes. Le
28 , l'ouverture folemnelle de l'Affemblée fe fit
dans l'églife des Grands Auguftins , par la Meffe
du Saint-Efprit. Le Cardinal de la Rochefoucauld
y officia pontificalement , & tous les Députés y
communierent. Le fermon fut prononcé par l'Evêque
du Puy. Les Députés font , pour la province
de Paris , les Evêques de Meaux & de Blois , &
les Abbés Guillot de Montjoye & d'Apchon . Pour
la province de Lyon , les Evêques de Langres &
d'Autun , l'Abbé de Montjouvant , Comte de
Lyon , & l'Abbé de la Croix. Pour celle de Rouen,
les Evêques de Bayeux & d'Evreux , & les Abbés
de Saint-Aulaire & de Belbeuf. Pour celle de
Sens , l'Archevêque de Sens , l'Evêque de Nevers ,
l'Abbé de Murat de Baing , & l'Abbé d'Oſmond
de Medavy , Comte de Lyon. Pour celle de Reims,
les Evêques d'Amiens & de Senlis , & les Abbés
de Trudaine & de Modene . Pour celle de Tours
PArchevêque de Tours , l'Evêque de Quimper
216 MERCURE DE FRANCE.
les Abbés de Monteclair & de Soulange . Pour
celle de Bourges , le Cardinal de la Rochefoucauld
, Archevêque de Bourges ; l'Evêque du Puy,
& les Abbés de Fretat de Sarra & de Molin de
Mons. Pour celle d'Alby , l'Archevêque d'Alby ,
l'Evêque de Rhodès , & les Abbés de Roquigny
de Bulonde & de Langlade. Pour celle de Bordeaux
, les Evêques de Saintes & de Sarlat , & les
Abbés de Montefquiou & Dudon . Pour celle
d'Auch , l'Archevêque d'Auch ; l'Evêque d'Oleron
, & les Abbés de Berthier & de Larbouft . Pour
celle de Narbonne , l'Archevêque de Narbonne ,
P'Evêque de Montpellier , & les Abbés de Roquefort
& de Boizay de Courcenay. Pour celle de
Toulouſe , l'Archevêque de Toulouſe , l'Evêque
de Lavaur , & les Abbés de Bruyeres de Chalabre
& de Bauteville. Pour celle d'Aix , les Evêques de
Riez & d'Apt , & les Abbés de Gadagne & de Canorgue.
Pour celle d'Embrun , l'Archevêque
d'Embrun , l'Evêque de Glandeve , & les Abbés du
Queylard & de Baumel. Pour celle de Vienne , les
Evêques de Grenoble & de Die , & les Abbés de
Gouvernet & de Breves. Pour celle d'Arles , l'Atchevêque
d'Arles , l'Evêque de Saint -Paul Troischâteaux
, & les Abbés de Chapt de Raftignac &
d'Almant de Château - neuf. L'Affemblée a élu
pour Préfidens le Cardinal de la Rochefoucauld ,
P'Archevêque de Narbonne , l'Archevêque d'Embrun
, l'Archevêque d'Auch , l'Evêque de Bayeux ,
'Evêque de Langres , l'Evêque de Grenoble &
P'Evêque de Montpellier. L'Abbé de Coriolis ,
ancien Agent général du Clergé , eft Promoteur ;
l'Abbé de Raftignac , Vice- Promoteur ; l'Abbé
de Caftries , ancien Agent général , Secrétaire ;
l'Abbé d'Ofmond , Vice-Secrétaire. Les nouveaux
Agens généraux font l'Abbé de Crillon & l'Abbé.
de Jumilhac Le
J
JUIN. 1755. 217
Le 27 , l'Archevêque de Paris bénit dans l'églife
des Religieufes Bénédictines de Conflans , les
Guidons des Gendarmes de la Garde de Sa Majefe
Le détachement étoit de cinquante Gendarmes
& le Prince de Soubife à leur tête affitta à la
cérémonie.
M. Jean Crochet , Chanoine honoraire de l'églife
Cathédrale de Noyon , eft mort le 21 en
cette derniere ville , âgé de quatre-vingt -douze
ans. Il avoit été nommé Chanoine le 31 Mars
1676 , & il a vû deux fois renouveller fon Chapitre.
Ce fut le feu Cardinal de Retz qui fit accorder
à cet Eccléfiaftique la difpenfe d'âge pour
être Chanoine d'une Cathédrale .
Woldemar , Comte de Lowendalh & du Saint
Empire , Maréchal de France , Chevalier des ordres
du Roi , & des ordres de Saint - Alexandre
Neuski & de Saint- Hubert , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie allemande de fon nom , un des
Académiciens honoraires de l'Académie royale
des Sciences , & ci - devant Général des armées de
l'Impératrice de Ruſſie , mourut à Paris le 27 de
ce mois. Lorsqu'il eſt entré au ſervice de Sa Ma◄
jefté , il étoit déja regardé comme un des plus
habiles Généraux de l'Europe. La priſe d'Oudenarde
, d'Oftende , de Nieuport & de Berg - opzoom
, & le fuccès de toutes les autres expéditions
dont il a été chargé , ont confirmé fa réputation.
Le Maréchal de Lowendalh étoit né à Hambourg
le 6 Avril 1700 , & il étoit fils de Woldemar , Baron
de Lowendalh , Chevalier des Ordres de l'Aigle-
blanc , de l'Elephant & de Danebrog , grand
Maréchal& Miniftre du Roi de Pologne , Electeur
de Saxe. Son grand - pere étoit Ulric Frederic ,
Gomte de Guldenloew , Chevalier de l'Ordre de
('Elephant , Maréchal Général des armées de Da
II. Vol. K
21S MERCURE DE FRANCE.
nemarck , Chancelier du même royaume & Viceroi
de Norwege , fils naturel de Frederic III ,
Roi de Danemarck. Au mois de Janvier 1747 , le
Maréchal de Lowendalh obtint des lettres de
naturalité pour lui, pour la Maréchale de Lowendalh
, & pour trois enfans qu'ils avoient eus en
pays étranger. Il a montré par fon zele pour la
gloire du Roi & pour les intérêts de la France ,
qu'en acquerant les priviléges des fujets nés dans
le Royaume , il avoit pris leurs fentimens .
Le 28 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix fept cens foixante livres : les billets
de la premiere lotterie royale à huit cens cinquante
, & ceux de la feconde lotterie à fept cens qua
rante-cinq.
Le même jour , leurs Majeftés & la Famille
royale revinrent de Marly.
Le 29 , Fête du Saint Sacrement , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
Adelaïde , & de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife s'eft rendu à l'Eglife de Notre-Dame. Sa
Majefté y a entendu la grande Meffe , après avoir
affifté à la Proceffion qui eft venue felon l'uſage
à la Chapelle du Château. La Reine & Madame
la Dauphine ont reçu dans la Chapelle la benédiction
du Saint Sacrement. Leurs Majeſtés & la
Famille royale ont affifté cet après-midi aux Vêpres
chantées par la Mufique , aufquelles l'Abbé
Gergoy a officié , & au Salut célébré par les Miffionnaires
, pendant lequel la Mufique a chanté
une élévation , de la compofition de M. Blanchard
, Maître de la Muſique de la Chapelle en
quartier.
Dans l'Evêché d'Acqs douze villages ou ha
meaux , diverfes mailons de campagne & un grand
nombre de Moulins ont été réduits en cendres .
JUIN 1755. 219
Plufieurs perfonnes & quantité de beftiaux ont
péri dans les flammes. On fait monter à plus d'un
million la perte caufée par cet incendie. L'Evêque
d'Acqs a reffenti auffi vivement que l'exigeoit de
lui fa qualité de Pafteur la défolation d'une partie
de fon diocefe. Voyant d'honnêtes familles réduites
à la derniere mifere , il en a pris les enfans
fous fa protection ; if les a placés à fes dépens
dans des penfions , & il les y fait élever ſuivant
leur état. La charité de ce Prélat s'eft étendue fur
tous les autres malheureux qui ont fouffert , & il
leur a fait diftribuer du bled & de l'argent.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
LE vaiffeau le Bethune , appartenant à la Compagnie
des Indes , eft entré le 10 Mai dans le port
de l'Orient. On a appris par ce bâtiment que M.
Dupleix étoit parti le 15 Octobre de Pondichery ,
& qu'il étoit arrivé le 25 Novembre à l'Ile de
France.
Le 16 de Mai , Fête de S. Jean Nepomucene ,
la Reine vint de Marly entendre le Sermon dans
l'égliſe des Recolets de Verſailles. Il fut pronon
cé par le P. Couterot , de la Congrégation des
Barnabites , & Prédicateur du Roi. Sa Majefté
affiſta enfuite au Salut , & retourna le foir à Marly.
Leurs Majeftés & Mefdames de France ſe rendirent
à Verfailles le jour fuivant pour y paffer les
Fêtes , & le 20 leurs Majeftés & Mefdames de
France retournent à Marly.
Le 17 , veille de la Fête de la Pentecôte , Monfeigneur
le Dauphin & Madame la Dauphine entendirent
à Marly dans la Chapelle du Château
les premieres Vêpres , aufquelles l'Archevêque de
Sens officia pontificalement , & qui furent chantées
par les Cordeliers de Noify.
212 MERCURE DE FRANCE.
Le 18 , jour de la Pentecôte , les Chevaliers ,
Commandeurs & Officiers de l'Ordre du Saint-
Efprit s'étant affemblés vers les onze heures du
du matin dans le cabinet du Roi , Sa Majefté
fortit de fon appartement pour aller à la Chapelle.
Le Roi , devant qui les deux Huiffiers de la
Chambre portoient leurs maffes , étoit en manteau
, le collier de l'Ordre par- deffus , ainfi que
celui de l'Ordre de la Toifon d'or . Sa Majesté
étoit précédée de Monfeigneur le Dauphin qui
étoit arrivé le matin , du Duc d'Orléans , du Prince
de Condé , du Comte de Clermont , du Prince
de Conty , du Comte de la Marche , du Comte
d'Eu , & des Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre. L'Archevêque de Narbonne
Prélat , Commandeur de l'Ordre , célébra pontificalement
la grande Meffe , qui fut chantée par
la Mufique. Au fortir de la Chapelle le Roi fut
reconduit à fon appartement en la maniere accoutumée
.
>
La Reine & Meſdames de France entendirent
la grande Meffe dans la tribune.
Monfeigneur le Dauphin après la cérémonie ,
retourna joindre à Marly Madame la Dauphine ,
que des foupçons de groffeffe ont empêché de
quitter ce château.
Le Roi & la Reine accompagnés de Mesdames ,
affifterent l'après - midi à la prédication de l'Abbé
Bertier , Vicaire Général de l'Evêché de Troyes ,
& Doyen du Chapitre de Vezelai . Après le Sermon
leurs Majeftés entendirent les Vêpres chantées
par la Mufique , aufquelles l'Abbé Gergoy
officia , & le Salut célébré par les Miffionnaires.
Ce même jour la Marquife de Montmorin
Saint Herem fut préſentée au Roi & à la Reine ;
& leurs Majeftés fignerent le contrat de mariage
JUI N. 1755. 213
du Marquis de Merinville avec Dlle de Lhôpital.
Le Roi a donné fon agrément au mariage du
Marquis de Dreux , Maréchal de camp , & Grand
Maître des cérémonies de France , avec Dlle de
Pezé.
Le 19 , les Députés des Etats d'Artois eurent
audience du Roi . Ils furent préſentés à Sa Majesté
par le Duc de Chaulnes , Gouverneur de cette
province & de celle de Picardie ; & par le Comte
d'Argenfon , Miniftre & Secrétaire d'Etat , qui en
a le département . Selon l'uſage , ils ont été con◄
duits par le Marquis de Dreux , Grand Maître
des cérémonies. La députation étoit compofée
de l'Evêque d'Arras pour le Clergé , du Comte
de Douchen pour la Nobleffe , & de M. Goffe ,
ancien Echevin des ville & cité d'Arras , pour le
Tiers Etat . L'Evêque d'Arras porta la parole.
Jean-Marie de Bourbon , Duc de Châteauvilain,
fils de Louis-Jean - Marie de Bourbon , Duc de Penthievre
; & de feue Marie - Therefe- Félicité d'Eft
Princeffe de Modene , mourut le 19 à Paris , âgé
de fix ans fix mois & deux jours. Le même jour
le Prince de Dombes annonça cette mort au Roi.
La Reine communia le 20 par les mains de
L'Evêque de Chartres , fon premier Aumônier.
Il paroît trois arrêts du Confeil d'Etat . Le
premier caffe un arrêt du Parlement de Toulouſe ,
du 25 Février , & ordonne l'exécution de celui de
la Cour des Monnoies de Lyon , dụ 4 du même
mois. Le fecond ordonne que les fujets qui juftifieront
d'un apprentiffage & compagnonage chez
les Maîtres d'une ville quelconque du Royaume ,
dans laquelle il y aura Jurande , feront admis à
la maîtrife de leur profeffion dans les Communautés
d'arts & métiers de telle autre ville du
goyaume qu'ils jugeront à propos de choisir ,
214 MERCURE DE FRANCE.
l'exception des villes de Paris , Lyon , Lille &
Rouen. Par le troiſieme arrêt , le Roi commet
M. Doyen , Notaire , pour faire la recette des
portions qui reviennent aux Abbés & Chanoines
Réguliers de Sainte Genevieve dans les produits
des trois lotteries de S. Sulpice , des Enfans-Trouvés
& des Communautés.
L'Académie royale de Chirurgie , outre le prix
qu'elle adjuge tous les ans , donnera deformais
chaque année une autre medaille d'or à celui des
Chirurgiens , étrangers ou regnicoles , qui l'aura
méritée par un ouvrage fur quelque matiere de
Chirurgie que ce foit , au choix de l'auteur. Ce
fecond prix , dont la valeur fera de deux cens
livres , fera nommé Prix d'émulation . L'Académie
diftribuera de plus tous les ans cinq médailles
d'or , de cent francs chacune , à cinq Chirurgiens,
foit Académiciens de la claffe des Libres , foit
fimplement regnicoles , qui auront fourni pendant.
le cours de l'année un mémoire , ou trois obfervations
intéreffantes.
Un bâtiment nommé le Sainte-Helene , de Saint-
Malo , venant de la Martinique , a péri la nuit du
sau 6 de Mai dans le Golfe de Fos , près de Martigues.
Le navire le Grand Saint- Paul , de Marfeille
, a découvert à l'oueft du Cap Saint - Vincent
trois chabecs algériens. Une pinque de Corron
a rencontré fur la Guillâtre un vaiffeau , un chabec
& une galiotte de la même nation. Deuxi
autres bâtimens barbarefques ont été apperçus à
quelque diftance de la côte de Sardaigne.
Le 24 , leurs Majeftés fignerent le contrat de
mariage du Marquis de Dreux , Grand Maître des
cérémonies de France . avec Dlle de Pezé..
Elles fignerent le 25 celui du Marquis de Beranger
, Colonel dans le Corps des Grenadiers de
JUIN. 1755. 215
France , avec Dlle de Saffenage , fille du Marquis
de ce nom , Chevalier des ordres du Roi , &
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine.
En confidération de ce mariage , le Marquis de
Beranger a obtenu la furvivance de la charge de
Chevalier d'honneur de Madame la Dauphine ,
dont il ne doit exercer les fonctions qu'à vingtcinq
ans.
Le Roi a accordé au Marquis d'Efpagne la
charge de Sénéchal & Gouverneur du Comté de
Nebouzan .
Les Prélats & les Députés du fecond Ordre qui
compofent l'Affemblée générale du Clergé de
France, s'affemblerent le 25 de Mai chez le Cardi
nal de la Rochefoucauld pour remettre leurs procurations.
Ils tinrent le 27 une feconde Affemblée,
dans laquelle les procurations furent admifes. Le
28 , l'ouverture folemnelle de l'Affemblée fe fit
dans l'églife des Grands Auguftins , par la Meffe
du Saint-Efprit. Le Cardinal de la Rochefoucauld
y officia pontificalement , & tous les Députés y
communierent. Le fermon fut prononcé par l'Evêque
du Puy. Les Députés font , pour la province
de Paris , les Evêques de Meaux & de Blois , &
les Abbés Guillot de Montjoye & d'Apchon . Pour
la province de Lyon , les Evêques de Langres &
d'Autun , l'Abbé de Montjouvant , Comte de
Lyon , & l'Abbé de la Croix. Pour celle de Rouen,
les Evêques de Bayeux & d'Evreux , & les Abbés
de Saint-Aulaire & de Belbeuf. Pour celle de
Sens , l'Archevêque de Sens , l'Evêque de Nevers ,
l'Abbé de Murat de Baing , & l'Abbé d'Oſmond
de Medavy , Comte de Lyon. Pour celle de Reims,
les Evêques d'Amiens & de Senlis , & les Abbés
de Trudaine & de Modene . Pour celle de Tours
PArchevêque de Tours , l'Evêque de Quimper
216 MERCURE DE FRANCE.
les Abbés de Monteclair & de Soulange . Pour
celle de Bourges , le Cardinal de la Rochefoucauld
, Archevêque de Bourges ; l'Evêque du Puy,
& les Abbés de Fretat de Sarra & de Molin de
Mons. Pour celle d'Alby , l'Archevêque d'Alby ,
l'Evêque de Rhodès , & les Abbés de Roquigny
de Bulonde & de Langlade. Pour celle de Bordeaux
, les Evêques de Saintes & de Sarlat , & les
Abbés de Montefquiou & Dudon . Pour celle
d'Auch , l'Archevêque d'Auch ; l'Evêque d'Oleron
, & les Abbés de Berthier & de Larbouft . Pour
celle de Narbonne , l'Archevêque de Narbonne ,
P'Evêque de Montpellier , & les Abbés de Roquefort
& de Boizay de Courcenay. Pour celle de
Toulouſe , l'Archevêque de Toulouſe , l'Evêque
de Lavaur , & les Abbés de Bruyeres de Chalabre
& de Bauteville. Pour celle d'Aix , les Evêques de
Riez & d'Apt , & les Abbés de Gadagne & de Canorgue.
Pour celle d'Embrun , l'Archevêque
d'Embrun , l'Evêque de Glandeve , & les Abbés du
Queylard & de Baumel. Pour celle de Vienne , les
Evêques de Grenoble & de Die , & les Abbés de
Gouvernet & de Breves. Pour celle d'Arles , l'Atchevêque
d'Arles , l'Evêque de Saint -Paul Troischâteaux
, & les Abbés de Chapt de Raftignac &
d'Almant de Château - neuf. L'Affemblée a élu
pour Préfidens le Cardinal de la Rochefoucauld ,
P'Archevêque de Narbonne , l'Archevêque d'Embrun
, l'Archevêque d'Auch , l'Evêque de Bayeux ,
'Evêque de Langres , l'Evêque de Grenoble &
P'Evêque de Montpellier. L'Abbé de Coriolis ,
ancien Agent général du Clergé , eft Promoteur ;
l'Abbé de Raftignac , Vice- Promoteur ; l'Abbé
de Caftries , ancien Agent général , Secrétaire ;
l'Abbé d'Ofmond , Vice-Secrétaire. Les nouveaux
Agens généraux font l'Abbé de Crillon & l'Abbé.
de Jumilhac Le
J
JUIN. 1755. 217
Le 27 , l'Archevêque de Paris bénit dans l'églife
des Religieufes Bénédictines de Conflans , les
Guidons des Gendarmes de la Garde de Sa Majefe
Le détachement étoit de cinquante Gendarmes
& le Prince de Soubife à leur tête affitta à la
cérémonie.
M. Jean Crochet , Chanoine honoraire de l'églife
Cathédrale de Noyon , eft mort le 21 en
cette derniere ville , âgé de quatre-vingt -douze
ans. Il avoit été nommé Chanoine le 31 Mars
1676 , & il a vû deux fois renouveller fon Chapitre.
Ce fut le feu Cardinal de Retz qui fit accorder
à cet Eccléfiaftique la difpenfe d'âge pour
être Chanoine d'une Cathédrale .
Woldemar , Comte de Lowendalh & du Saint
Empire , Maréchal de France , Chevalier des ordres
du Roi , & des ordres de Saint - Alexandre
Neuski & de Saint- Hubert , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie allemande de fon nom , un des
Académiciens honoraires de l'Académie royale
des Sciences , & ci - devant Général des armées de
l'Impératrice de Ruſſie , mourut à Paris le 27 de
ce mois. Lorsqu'il eſt entré au ſervice de Sa Ma◄
jefté , il étoit déja regardé comme un des plus
habiles Généraux de l'Europe. La priſe d'Oudenarde
, d'Oftende , de Nieuport & de Berg - opzoom
, & le fuccès de toutes les autres expéditions
dont il a été chargé , ont confirmé fa réputation.
Le Maréchal de Lowendalh étoit né à Hambourg
le 6 Avril 1700 , & il étoit fils de Woldemar , Baron
de Lowendalh , Chevalier des Ordres de l'Aigle-
blanc , de l'Elephant & de Danebrog , grand
Maréchal& Miniftre du Roi de Pologne , Electeur
de Saxe. Son grand - pere étoit Ulric Frederic ,
Gomte de Guldenloew , Chevalier de l'Ordre de
('Elephant , Maréchal Général des armées de Da
II. Vol. K
21S MERCURE DE FRANCE.
nemarck , Chancelier du même royaume & Viceroi
de Norwege , fils naturel de Frederic III ,
Roi de Danemarck. Au mois de Janvier 1747 , le
Maréchal de Lowendalh obtint des lettres de
naturalité pour lui, pour la Maréchale de Lowendalh
, & pour trois enfans qu'ils avoient eus en
pays étranger. Il a montré par fon zele pour la
gloire du Roi & pour les intérêts de la France ,
qu'en acquerant les priviléges des fujets nés dans
le Royaume , il avoit pris leurs fentimens .
Le 28 , les Actions de la Compagnie des Indes
étoient à dix fept cens foixante livres : les billets
de la premiere lotterie royale à huit cens cinquante
, & ceux de la feconde lotterie à fept cens qua
rante-cinq.
Le même jour , leurs Majeftés & la Famille
royale revinrent de Marly.
Le 29 , Fête du Saint Sacrement , le Roi accompagné
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
Adelaïde , & de Mefdames Victoire , Sophie
& Louife s'eft rendu à l'Eglife de Notre-Dame. Sa
Majefté y a entendu la grande Meffe , après avoir
affifté à la Proceffion qui eft venue felon l'uſage
à la Chapelle du Château. La Reine & Madame
la Dauphine ont reçu dans la Chapelle la benédiction
du Saint Sacrement. Leurs Majeſtés & la
Famille royale ont affifté cet après-midi aux Vêpres
chantées par la Mufique , aufquelles l'Abbé
Gergoy a officié , & au Salut célébré par les Miffionnaires
, pendant lequel la Mufique a chanté
une élévation , de la compofition de M. Blanchard
, Maître de la Muſique de la Chapelle en
quartier.
Dans l'Evêché d'Acqs douze villages ou ha
meaux , diverfes mailons de campagne & un grand
nombre de Moulins ont été réduits en cendres .
JUIN 1755. 219
Plufieurs perfonnes & quantité de beftiaux ont
péri dans les flammes. On fait monter à plus d'un
million la perte caufée par cet incendie. L'Evêque
d'Acqs a reffenti auffi vivement que l'exigeoit de
lui fa qualité de Pafteur la défolation d'une partie
de fon diocefe. Voyant d'honnêtes familles réduites
à la derniere mifere , il en a pris les enfans
fous fa protection ; if les a placés à fes dépens
dans des penfions , & il les y fait élever ſuivant
leur état. La charité de ce Prélat s'eft étendue fur
tous les autres malheureux qui ont fouffert , & il
leur a fait diftribuer du bled & de l'argent.
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Résumé : « Le vaisseau le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, [...] »
En mai 1755, plusieurs événements marquants ont eu lieu en France. Le 10 mai, le vaisseau Le Bethune, appartenant à la Compagnie des Indes, est arrivé au port de l'Orient. Il a rapporté que Dupleix avait quitté Pondichéry le 15 octobre et était arrivé à l'île de France le 25 novembre. Le 16 mai, la Reine a assisté à un sermon dans l'église des Recolets de Versailles pour la fête de Saint Jean Népomucène. Le 17 mai, le Dauphin et la Dauphine ont entendu les premières vêpres à Marly. Le 18 mai, jour de la Pentecôte, le Roi a assisté à la messe de l'Ordre du Saint-Esprit, accompagné de plusieurs dignitaires. La Reine et Mesdames de France ont écouté la messe dans la tribune. Le même jour, le Roi et la Reine ont assisté à un sermon et aux vêpres. Le 19 mai, les députés des États d'Artois ont eu audience auprès du Roi. Le Duc de Châteauvillain est décédé à Paris à l'âge de six ans et six mois. Le 20 mai, la Reine a communié. Plusieurs arrêts du Conseil d'État ont été publiés, concernant notamment les métiers et les lotteries. L'Académie royale de Chirurgie a annoncé de nouveaux prix pour les chirurgiens. Plusieurs incidents maritimes ont été signalés, incluant la perte du navire Sainte-Hélène près de Martigues et des rencontres avec des navires barbaresques. Le 24 mai, le Roi a signé le contrat de mariage du Marquis de Dreux. Le 25 mai, il a signé celui du Marquis de Béranger. Le Marquis d'Espagne a obtenu la charge de Sénéchal et Gouverneur du Comté de Nébouzan. L'Assemblée générale du Clergé de France s'est réunie à partir du 25 mai, avec la participation de nombreux prélats et députés. Le 27 mai, l'Archevêque de Paris a béni les guidons des Gendarmes de la Garde. Plusieurs décès notables ont été rapportés, dont celui du Chanoine Jean Crochet à Noyon et du Maréchal de Lowendahl à Paris. Le 28 mai, les actions de la Compagnie des Indes étaient à 1760 livres. Le 29 mai, pour la fête du Saint Sacrement, le Roi et la famille royale ont assisté à la messe et aux vêpres à Notre-Dame. Un incendie a détruit plusieurs villages et moulins dans l'évêché d'Acqs, causant des pertes évaluées à plus d'un million.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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92
p. 5-6
A M. L'ABBÉ DE *** Par Madame de ***.
Début :
Vous en répondrez devant Dieu [...]
Mots clefs :
Abbé, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A M. L'ABBÉ DE *** Par Madame de ***.
A M. L'ABBÉ DE ***
Par Madame de ***
Vous en répondrez devant Dies
De m'avoir trop ennorgueillie ;
Entre la Balourdife & l'efprit de faillie,
Javois pris un jufte milien :
Sans ofer me coëffer du poëtique liere ;
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
>
Contente de fçavoir , & penfer & fentir,
Abbé , je fourniffois ma modefte carriere
Et vous m'en avez fait fortir.
A de la profe mal rimée ,
Qui m'échappe à tort à travers
Je n'étois point accoutumée
A prodiguer le nom de vers :
Mais vaine de votre fuffrage •
J'ai dit: verfifions ....Il fe peut après tout ,
Que d'un talent en moi le germe fe dégage ,
J'en dois croire le Dieu du goût.
J'invoque vainement les Mufes & les graces ,
Vous feul donnez au bon le coloris du beau ;
Des Térences & des Horaces A
J'apperçois bien en vous l'affemblage nouveau ,
Mais tel modele à fuivre eft un pefant fardeau
Si vous m'appellez fur vos traces ,
Au moins de l'ignorance ôtez moi le bandeau."
Chaque habitant de la voûte azurée
Vient vous feconder à fon tour :
Moi par aucun je ne fuis infpirée.
Le Dieu qui difpenfe le jour ,
Momus , Minerve , Cithérée ,
Dans votre cabinet ont fixé leur fejour ,
Et votre plume fut tirée
D'une des aîles de l'amour.
Par Madame de ***
Vous en répondrez devant Dies
De m'avoir trop ennorgueillie ;
Entre la Balourdife & l'efprit de faillie,
Javois pris un jufte milien :
Sans ofer me coëffer du poëtique liere ;
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
>
Contente de fçavoir , & penfer & fentir,
Abbé , je fourniffois ma modefte carriere
Et vous m'en avez fait fortir.
A de la profe mal rimée ,
Qui m'échappe à tort à travers
Je n'étois point accoutumée
A prodiguer le nom de vers :
Mais vaine de votre fuffrage •
J'ai dit: verfifions ....Il fe peut après tout ,
Que d'un talent en moi le germe fe dégage ,
J'en dois croire le Dieu du goût.
J'invoque vainement les Mufes & les graces ,
Vous feul donnez au bon le coloris du beau ;
Des Térences & des Horaces A
J'apperçois bien en vous l'affemblage nouveau ,
Mais tel modele à fuivre eft un pefant fardeau
Si vous m'appellez fur vos traces ,
Au moins de l'ignorance ôtez moi le bandeau."
Chaque habitant de la voûte azurée
Vient vous feconder à fon tour :
Moi par aucun je ne fuis infpirée.
Le Dieu qui difpenfe le jour ,
Momus , Minerve , Cithérée ,
Dans votre cabinet ont fixé leur fejour ,
Et votre plume fut tirée
D'une des aîles de l'amour.
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Résumé : A M. L'ABBÉ DE *** Par Madame de ***.
Madame de *** adresse une lettre à un abbé, exprimant son regret d'avoir été trop orgueilleuse et reconnaissant avoir trouvé un juste milieu entre la balourdise et l'esprit de faiblesse. Elle avoue ne pas être habituée à écrire des vers, mais se sent encouragée par l'approbation de l'abbé. Elle invoque les Muses et les Grâces, tout en reconnaissant que seul l'abbé peut donner le coloris du beau. Elle admire en lui un mélange des talents de Térence et d'Horace, mais trouve ce modèle difficile à suivre. Elle demande à l'abbé de lui ôter le bandeau de l'ignorance. Elle constate que chaque divinité vient inspirer l'abbé, mais qu'elle-même ne reçoit aucune inspiration. Elle mentionne que l'abbé est inspiré par l'amour.
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93
p. 254
BENEFICES DONNÉS.
Début :
Le Roi a donné à l'Evêché de Dijon à l'Abbé [...]
Mots clefs :
Évêché, Dijon, Vicaire, Abbé, Diocèse, Église
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNÉS.
BENEFICES DONNÉS.
ERoi a donné l'Evêché de Dijon à l'Abbé d'Apchon
, Vicaire Général du même Diocèſe ;
l'Evêché de Glandeve à l'Abbé de Treffemannes ,
Chanoine de l'égliſe métropolitaine d'Aix ; l'Abbaye
de Fontaine- Daniel , Ordre de Câteaux , Diocèfe
du Mans , à l'Abbé de Galiffet , Vicaire Général
de l'Archevêché d'Aix , & le Prieuré de Pontarlier
, Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Langres
, à l'Abbé Bureau de Saint - Pierre , Confeil
ler-Clerc au Parlement de Dijon.
ERoi a donné l'Evêché de Dijon à l'Abbé d'Apchon
, Vicaire Général du même Diocèſe ;
l'Evêché de Glandeve à l'Abbé de Treffemannes ,
Chanoine de l'égliſe métropolitaine d'Aix ; l'Abbaye
de Fontaine- Daniel , Ordre de Câteaux , Diocèfe
du Mans , à l'Abbé de Galiffet , Vicaire Général
de l'Archevêché d'Aix , & le Prieuré de Pontarlier
, Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Langres
, à l'Abbé Bureau de Saint - Pierre , Confeil
ler-Clerc au Parlement de Dijon.
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94
p. 160-164
SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Début :
M. l'Abbé de Boismont ayant été élu par l'Académie Françoise à la place de feu [...]
Mots clefs :
Académie française, Discours, Nicolas Thyrel de Boismont, Esprit, Abbé
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texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
SEANCE PUBLIQUE
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
De l'Académie Françoife.
M. l'Abbé de Boifmont ayant été élu
par l'Académie Françoife à la place de feu
M. l'Evêque de Mirepoix , y prit féance le
25 Octobre. Le difcours qu'il prononça ,
fut trouvé très- éloquent , & nous ofons
affurer que l'impreffion ne lui a rien fair
perdre de fa beauté. Ceux qui ne l'ont ni
entendu ni lu , en jugeront par les traits
que j'en vais citer. Je les prendrai dans
l'apologie qu'il fait du caractere actuel
de l'éloquence de la chaire , à qui l'on rẹ-
proche d'être trop ornée , & de courir
trop après l'efprit . Pourquoi , dit-il , lorfqu'il
s'agit de commander aux paffions
des hommes , dédaigneroit-on le charme
le plus puiffant qui les foumette , & qui les
captive ? J'appelle ainfi cet heureux art
d'embellir la raifon , d'adoucir la rudeffe
de fes traits , de lui donner une teinture
vive & pénétrante , de la dépouiller de
DECEMBRE. 1755. 161
cette féchereffe qui révolte , de cette monotonie
qui dégoute , de cette pefanteur
qui attiédit , & qui fatigue. Que produitelle
fans le fecours de cet art ? une attention
morte , une conviction froide , un
hommage aride & inanimé ; quelquefois
la tentation de fe venger de l'ennui par
le doute , & toujours le dépit fecret de
fentir que ce qui peut laiffer encore quelques
nuages dans l'efprit , ne foit pas du
moins protégé par le fuffrage du coeur.
On regrette tous les jours , ajoute- t- il
plus bas , la majestueufe fimplicité des premiers
défenfeurs. On veut que dans ces
rems heureux tout pliât fous le poids de
la vérité feule , & que pour la rendre victorieufe
il ait fuffi de la montrer fans parure
& fans art ; mais que prétend- on par
cette fuppofition chagrine ? fe perfuade- ton
que les premiers panégyriftes de la foi
dédaignerent les teffources du génie , abandonnerent
la vérité à fon ' auftérité naturelle
, repoufferent d'une main fuperftitieuſe
tous les ornemens qu'elle avoue , &
qu'en un mot un zele brulant & impétueux
leur tint lieu de tout ? illufion démentie
par les précieux monumens qui nous refrent
de ces gran is hommes. Qu'on écoute
S. Paul foudroyant la raifon humaine au
milieu de l'Areopage ; quelle critique dé-
1
162 MERCURE DE FRANCE.
licate ! quelle philofophie fublime ! quel
tableau brillant de l'immenfité du premier
être ! Non , quels que fuffent alors les fuccès
de la foi , les moyens humains entrerent
, je ne dis pas dans la compofition ,
mais dans la propagation fucceffive de cette
oeuvre divine . Alors , comme de nos
jours les controverfes , les écrits , les dif
cours publics prirent la teinture du caractere
perfonnel de l'efprit dominant du
fiecle , & fi j'ofe m'exprimer ainfi de
l'impulsion générale des moeurs. Tertullien
fut févere & bouillant , S. Auguftin
profond & lumineux, S. Chryfoftome pompeux
& folide , S. Bernard fenfible & fieuri.
Leur zele ne porte nulle part l'empreinte
d'une raifon féche & décharnée ; ils
l'enrichiffent , ils la parent de tous les tréfors
de l'imagination , moins déliée peutêtre
, moins minutieufe que celle de nos
jours , parce que leur âge étant plus fimple
, les vices avoient , pour ainfi dire
plus de corps & de confiftance : la corrup
tion étoit moins adroite , moins myſtérieufe
; elle ne forçoit point par conféquent,
à ces détails , & à ces nuances qui reffemblent
quelquefois à un foin affecté de l'art,
& qui n'appartiennent cependant qu'à un
efprit d'exactitude & d'obfervation . Lorfque
le vice eft devenu ingénieux , il a failu
DECEMBRE. 1755. 163
le devenir avec lui , pour le combattre.
Cette maniere de juftifier la néceffité où
l'on eft aujourd'hui d'employer les armes
de l'efprit pour faire triompher la parole
de Dieu , eft elle- même auffi ingénieufe ,
qu'elle eft nouvelle & bien faifie.
Monfieur l'Abbé Alary répondit à mon
fieur l'Abbé de Boifmont. Son difcours
eut l'approbation génerale , & le mérite
à double titre. Il eft élégant & court.
Après avoir donné en peu de mots au Récipiendaire
la louange due à fon talent
pour la chaire , il fait ainfi l'éloge de M.
l'Evêque de Mirepoix .
Né dans le fein d'une famille entierement
confacrée à la Religion , il ne connut
de vrais devoirs que ceux qu'elle prefcrit.
Son exactitude à les remplir le fit
renoncer abfolument au monde ; mais
malgré fa retraite, il ne put être long- tems
ignoré. Il parut dans le public pour y annoncer
les vérités éternelles..... Il n'eut
de commerce avec les grands que dans le
tribunal de la pénitence , & ils fe firent
gloire , en devenant fes amis , d'être à fon
infçu les protecteurs. Ce furent là , Monfieur
, les deux feuls nroyens qui fervirent
à fon élévation . Il ne dut rien à la fortune
, tout fut l'ouvrage de la providence ,
dont les voies impénétrables le conduifi164
MERCURE DE FRANCE.
rent aux premiers honneurs de l'Eglife ;
mais à peine y fut- il parvenu qu'il fut forcé
de s'arracher à fes travaux apoftoliques
déja récompenfés par les fruits les plus
abondans.
Deſtiné à l'inftruction de l'héritier du
premier trône de l'univers , il ne changea
point de maximes ; la Religion fut toujours
la bafe de fa conduite. Il ne fut occupé
que d'infpirer à fon augufte Eleve
les fentimens d'une pieté folide & éclairée
, l'amour du devoir & le defir de s'inftruire
, qualités fi néceffaires aux Souverains,
qui veulent faire le bonheur de leurs
peuples. Nous fommes tous témoins du
fuccès de fes foins ; & pouvions - nous
moins attendre d'un Prince , qui , dès les
premiers momens qu'il a connu la raifon
a donné les preuves les plus brillantes de
la vivacité de fon efprit , les marques les
plus fures de la folidité de fon jugement ,
les indices les plus certains de la fenfibilité
de fon coeur , reffource fi défirable
pour tous les malheureux .
Fermer
Résumé : SEANCE PUBLIQUE De l'Académie Françoise.
Lors d'une séance publique de l'Académie Française, l'Abbé de Boifmont a été élu pour succéder à M. l'Évêque de Mirepoix. Le 25 octobre, il a prononcé un discours jugé très éloquent, dont la beauté n'a pas été altérée par l'impression. Dans ce discours, il a défendu l'éloquence de la chaire, souvent critiquée pour être trop ornée et trop spirituelle. Il a argumenté que l'art d'embellir la raison est nécessaire pour captiver et soumettre les passions humaines. Sans cet art, l'attention reste morte, la conviction froide, et l'audience peut être tentée de douter. Il a regretté la simplicité des premiers défenseurs de la foi, mais a souligné que même eux utilisaient des moyens humains pour propager leur message. Il a cité des exemples comme Saint Paul, Tertullien, Saint Augustin, Saint Chrysostome et Saint Bernard, qui enrichissaient leurs discours de trésors d'imagination. L'Abbé Alary a répondu à l'Abbé de Boifmont avec un discours élégant et court, louant le talent de ce dernier pour la chaire et rendant hommage à M. l'Évêque de Mirepoix. Ce dernier, né dans une famille dévouée à la religion, a consacré sa vie à ses devoirs religieux, annonçant les vérités éternelles et gagnant le respect des grands. Il a été choisi pour instruire l'héritier du trône, lui inspirant une piété solide et éclairée, l'amour du devoir et le désir de s'instruire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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95
p. 179-192
Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Début :
SOUVERAINS. Henri premier. 1033 & 1034. La famine se fait sentir à Paris (I), [...]
Mots clefs :
Ville de Paris, Paris, Abbaye, Roi, Église, Abbé, Évêques, Henri Ier, Philippe Ier, Louis VI, Pape, Monastère, Corps, Chanoines
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texteReconnaissance textuelle : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Suite de l'abrégé historique de la ville de
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
Paris ; par M. Poncet de la Grave , Avocat
au Parlement.
LA
SOUVERAINS .
Henri premier.
1033 & 1034 .
A famine fe fait fentir à Paris ( 1 ) ,
& on regarde comme une choſe
très- extraordinaire que le muid de bled
valut jufqu'à foixante fols. Un Auteur
contemporain a écrit qu'on exhumoit les
corps pour le nourrir . La pefte fut la ſuite
de ce fléau , & un incendie ( 2 ) confidérable
arrivé à Paris en 1034 , met le
comble aux malheurs des Parifiens.
1035 & 50-51-52.
Concile célebre contre Berenger ( 3 ) ;
tenu à Paris par ordre du Roi Henri I , où
fe trouverent plufieurs Evêques & grand
nombre de perfonnes qualifiées ; le Roi même
y affifta.
On y lut une lettre de Berenger , qui
( 1 ) Glab. Rod . hift. lib. 4. c. 4. ( 2 ) Fragm.
hift. Duch, to. 4. pag. 143. ( 3 ) Durand Troard,
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
contenoit le poifon de fon héréfie contre
l'Euchariftie toute l'affemblée en frémit
d'horreur , & condamna Berenger & fes
complices. Le livre de Jean Scot fut auf
compris dans la condamnation.
1053 & 1058.
On rapporte une chartre du Roi Henri
I , par laquelle il accorde à Imbert , Evêque
de Paris , & à fes Chanoines quatre
Églifes ( 1 ) , fituées dans les Fauxbourgs
de la ville , à condition qu'ils commenceront
à en jouir après la mort feulement du
nommé Giraud , Clerc , qui les poffedoit
alors. On affure que quelques- unes de ces
Eglifes qui fubfiftent encore aujourd'hui
appellées S. Etienne , S. Julien , S. Severin
& S. Bache , autrement S. Benoît ,
avoient été décorées du titre d'Abbaye.
La premiere de ces Eglifes , appellée S.
Etienne , n'eft pas , comme l'ont cru quelques
Hiftoriens ( 2 ) , S. Etienne de Grès ,
dans laquelle on prétend que fe tint le Concile
de Paris , de l'an 829 , mais S. Etienne
, près notre Dame , Eglife qui ne fubfifte
plus aujourd'hui . Ceux qui voudront
être inftruits de plufieurs particularités
concernant cette époque , peuvent avoir
( 1 ) Not. in capit. Reg. Franc. to. 2. p. 1112.
( 2 ) De Magduno.
DECEMBRE. 1755. 181
recours aux archives de cette premiere
Eglife , & ainfi des autres.
1059 .
Henri ( 1 ) fait facrer & couronner à
Rheims fon fils Philippe I , âgé de fept
ans , & lui nomme pour tuteur Baudouin
Comte de Flandres.
1060 & 1066.
Mort du Roi Henri , le 4 Août 1060 ;
âgé de cinquante cinq ans . Il avoit fondé
& doté la même année le célebre monaftere
de S. Martin des Champs , détruit
autrefois par les Normans. La chartre qui
eft le titre de la fondation , en date de
1060 , eft fignée non feulement par le Roi
Henri , par la Reine Anne fa feconde femme
, & par le Roi Philippe fon fils , mais
encore par deux Archevêques , par fix Evêques
, & par plufieurs des principaux Seigneurs
de la Cour.
Philippe premier.
Le Monaftere de S. Martin n'étoit
pas
encore fini , lorfque Henri I mourut. Le
Roi Philippe fit continuer les travaux , &
le bâtiment ne fut conduit à fa perfection
que fept ans après. La dédicace s'en fit
( 1 ) Duch. to . 4. p. 161 .
182 MERCURE DE FRANCE.
alors en préfence du Roi & d'un grand
nombre d'Evêques . Philippe , à cette occafion
, confirma la fondation du Roi fon
pere, & y ajouta plufieurs autres bienfaits ,
comme il paroît par une chartre datée de
Paris l'an 1067 , foufcrite par le Roi , par
Hugues fon frere , par Baudouin Comte de
Flandres , & par d'autres Seigneurs. Les Religieux
qui poffederent d'abord cette Abbaye
étoient tout-à- la-fois Chanoines
Réguliers & Moines , cependant fous la
regle de S. Auguftin ; ils y demeurerent
jufqu'en 1079 , que le Roi Philippe leur
fubftitua les Moines de Cluni . On ne ſçait
pas ce que devinrent les Chanoines ; mais,
il eft certain que ce changement fe fit de
leur confentement , puifqu'ils fignerent
au nombre de treize la chartre du Roi ,
donnée à S. Benoît de Fleuri l'an 1079 ,
en conféquence de laquelle cette Abbaye
paffa à l'Ordre de Cluni , & fut réduite
au titre de Prieuré , qui a le droit de nommer
à vingt- neuf Prieurés , à cinq Cures
dans Paris , qui font S. Jacques de la Boucherie,
S. Nicolas des Champs, S. Laurent,
S. Joffe & S. Leu S. Gilles * , outre vingt-
* S. Leu- S. Gilles n'eft pas la paroiffe fituée.
dans la rue S. Denis , mais une autre qui étoit
originairement dans S. Denis de la Chartre , &
qui a étéfupprimée.
DECEMBRE
1755. 184
cinq autres dans le Diocèfe de Paris , &
environ trente dans d'autres Diocèfes , fans
compter les Chapelles.
C'est au commencement du regne de
Philippe I , même à la fin de celui du Roi
Henri fon pere qu'on fixe l'origine des
Prévôts. Etienne fut le premier qui eut
cette qualité , lorfque le Comté de Paris
fut réuni à la Couronne après la mort
d'Othon , frere d'Hugues Capet , décédé
fans enfans en 1032. On rapporte un événement
remarquable arrivé à ce Prévôt ,
& qui dénote bien la méchanceté de fon
caractere . Voici le fait.
Etienne , Prévôt de Paris ( 1 ) , & qui
avoit toute la confiance de Philippe encore
jeune , perfuada à ce Prince d'enlever
toutes les Reliques de S. Germain de Prez
pour en faire des largeffes à fes Chevaliers.
Le Roi ( 2 ) fe tranfporta en effet dans
l'Abbaye , & le Prévôt qui exécutoit les
ordres du Prince ayant porté fa témérité
jufqu'à porter fa main facrilege fur une
croix très-riche , fut dans l'inftant privé de
la vue , qu'il ne recouvra jamais depuis.
Le Roi faifi de frayeur fe retira , & les
chofes ne furent pas plus avant.
Le Prévôt de Paris logeoit autrefois
( 1 ) Traité de la Poli . tom. 1. p. 30. ( 2 ) Sæc,
3. Bened. part . 2. p. 112,
184 MERCURE DE FRANCE.
7
dans le Châtelet , & Charles VII eft le
premier qui ( 1 ) permit à Robert Stouville
de fe loger ailleurs , & lui donna en outre
cent livres de rente fur le domaine de
la ville pour fon logement.
1067 & 1092 .
Concile tenu à Paris en 1092 ( 2 ) auquel
affifterent deux Archevêques & neuf
Evêques. Il ne nous refte rien de ce Concile
qu'un privilege , donné par le Roi
Philippe en faveur de l'Abbaye de S. Corneille
de Compiegne.
1093 & 1095.
Reforme de l'Abbaye S. Magloire, fituée
alors dans le même endroit où eft aujour
d'hui l'égliſe S. Barthelemi ( 3 ) dans l'ifle
du Palais.
1096-1097 & 1101 .
Guillaume , alors Evêque de Paris (4 ),
donna aux Chanoines de fa Cathédrale
l'églife de S. Chriftophe , fituée près Notre-
Dame , & détruite en 1746 , pour y conftruire
l'Hôpital des Enfans Trouvés . Il
donna aufli au Prieuré de S. Martin des
( 1 ) Traité de la Pol. tom . 1. p. 100. ( 2 ) Spicil.
tom. 2. p . 604. ( 3 ) Mab , ann . Bened, lib . 68,
a. 58. ( 4 ) Dubois , to . 1. p. 727
DECEMBRE . 1755 185
Champs le patronage de plufieurs Cures.
1104 & 1106.
Concile de Paris ( 1 ) , où préfida Lambert
, Evêque d'Arras , en qualité de Légat
du Pape. Le Roi Philippe fe préfenta à
I'Affemblée dans la pofture d'un pénitent
les pieds nuds , & renonça publiquement
à tout commerce fcandaleux avec Bertra
de, ( 2 ) qui jura la même chofe : alors il reçut
l'abfolution en préfence des Archevêques
, des Evêques ; & de plufieurs perfonnes
de la premiere diftinction .
On découvre dans l'Abbaye S. Germaindes
- Prez les corps des Sts Martyrs George
& Aurele (3 ) avec le chef de Ste Natalie ,
& Galon , Evêque de Paris , fut invité par
l'Abbé d'honorer par fa préfence la céré
monie qui fe fit pour leur tranflation .
1107.
L'Abbaye de S. Eloi , fondée du tems
du Roi Dagobert I , & dont Ste Aure fut
la premiere Abbeffe , étant devenue un
fujet de fcandale pour Paris , les Religieufes
( 4 ) en furent chaffées du confentement
du Roi , du Pape Paſcal II , & de
( 1 ) Conc tom. 1o . p . 742. ( 2 ) Spicil . to. 3 .
P. 129. ( 3 ) Mab. ann. Bened. 1. 72. n. 124. (4)
Dubois , to. 1. p. 734.
186 MERCURE DE FRANCE. •
tout le Clergé , & cette Abbaye fut donnée
à l'Abbé de S. Maur des Follés . Le Monaftere
, tel que les Hiftoriens nous le repréfentent,
avoit une étendue confiderable
& renfermoit les rues de la Calande , de
la Barillerie , de la vielle Draperie , de
Ste Croix , & de la Juiverie .
La fuppreffion de cette Abbaye ( 1 ) donna
lieu à l'érection de plufieurs paroiffes , qui
font S. Martial , S. Eloi , S. Pierre - des-
Arcis , S. Pierre- aux-Boeufs , & Ste Croix
de la Cité.
Le Pape Pafcal II vient en France
demander du fecours contre l'Empereur
Henri. Il arrive à Saint Denis , où l'Abbé
Adam le reçut avec de grands honneurs.
Le Roi Philippe & Louis fon fils qui portoit
auffi dès-lors le titre de Roi ( 2 ) , furent
le trouver à S. Denis , & lui promirent
de le fecourir. Ce Pape paffa enfuite
à Paris , où on le reçut magnifiquement ;
delà il partit pour Châlons , accompagné
de plufieurs Archevêques & Evêques.
1108.
Mort de Philippe I à Melun , le 29
Juillet 1108 , âgé de cinquante- cinq ans ,
après quarante- neuf de regne. Son corps
(1)Le Maire , to. 1. pag. 373. To. 2. p. 231 ,
&c. ( 2 ) Vita Lud. Grof.
DECEMBRE. 17. 187
ne fut point porté à S. Denis dans le tombeau
de fes peres. Il fut enterré à S. Benoît-
fur-Loire , où il avoit choifi le lieu de
fa fépulture. Son fils Louis VI , furnommé
le Gros , fut fon fucceffeur.
Louis VI.
1109 & 1113 .
Louis VI arrive à Paris , & donne une
chartre( )par laquelle il déclara que les ferfs
de l'églife de Paris auroient toute liberté
de témoigner en juftice contre qui que ce
pût être , libre ou ferf, & que quiconque
les appelleroit parjures , le prouveroit
par le duel , ou perdroit fa caufe , & ſeroit
déclaré calomniateur , fon témoignage
déformais nul , & obligé de fatisfaire
à l'injure faite à l'églife de Paris , fous peine
d'excommunication .
Plufieurs églifes de Paris qui avoient
dans ce tems - là des ( 2 ) hommes & femmes
de corps , ou de poefte de corpore &poteftate
, obtinrent le même privilege que
l'églife de Paris. Ces hommes & femmes
de corps des églifes étoient prefque efclaves.
Les églifes les échangoient à leur volonté,
les envoyoient à la guerre pour eux,
( 1 ) Baluz. Mifcell. tom. 2. p. 185. ( 2 ) Sauval
, mém, mf.
188 MERCURE DE FRANCE.
enfin exigeoient d'eux quantité de fervices
ou corvées , qui tenoient de l'ancien
efclavage . Ceux d'une églife ne pouvoient
fe marier avec ceux d'une autre fans la
permiffion de leur Seigneur , &c. Ceux
qui feront curieux , peuvent voir les mémoires
de Sauval à ce fujet .
L'Evêque de Paris , nommé Galon , reçoit
en préfent d'Anfeau , Chantre & Prêtre
du Saint Sépulchre de Jérufalem , une
portion confidérable de la vraie Croix
pour fa cathédrale ( 1 ) . Il fit dépofer la
Sainte Relique dans l'églife de St Cloud ,
fut la chercher avec tout le Clergé le Dimanche
d'après , & l'apporta avec beau
coup de cérémonie dans fon églife . On
conferve encore à Notre-Dame la relique
auffi bien que les actes authentiques envoyés
en même temps de Jérufalem. Les
écoles de Paris paroiffoient prendre un
accroiffement. Après Rofcelin , qu'on
regarde comme le premier Maître d'Abbelard
, on compte au nombre des grands
hommes Robert d'Arbriffel , Marbode
Ives de Chartres , & quantité d'autres ;
mais le plus fçavant de tous étoit , fans
contredit, Guillaume de Champeaux , fous
lequel étudia Abbelard , trop connu dans
( 1 ) Dubois , to . 2. pag. 16 & 18.
DECEMBRE. 1755. 189
le monde par fes difgraces , pour que je
le paffe fous filence dans cette Hiftoire. Il
étoit né dans l'évêché de Nantes , d'une
famille noble.
Fondation de l'Abbaye S. Victor , où
Guillaume de Champeaux fe retira après
avoir pris l'habit de Chanoine régulier .
Louis VI , au terme de l'épitaphe placé
dans S. Victor même , porte que ce
Roi fonda cette nouvelle Abbaye inceſsâ
veteri ; ce qui prouve évidemment qu'il
y avoit avant ce temps - là dans le même
endroit une petite Abbaye du même nom,
avec des Religieux .
Abbelard obtient une Chaire de Profeffeur
à Paris ; mais Champeaux vint
à bout de le fupplanter , & Abbelard retourna
à Melun où il avoit ouvert une école
l'année d'auparavant : il vint enfuite
s'établir à Paris fur la Montagne Sainte
Géneviève .
Louis VI , par une chartre donnée à
Châlons , qui paroît être celle de la fondation
de l'Abbaye S. Victor, déclare qu'il
a établi dans cette Abbaye des Chanoines
Réguliers occupés à prier Dieu pour lui
& pour fon Royaume ( 1 ) , & que pour
qu'ils puiffent vaquer aux exercices de pié
( 1 ) Vita Lud. Groffi.
190 MERCURE DE FRANCE.
té fans interruption, il dote l'Abbaye d'amples
revenus , & il y ajoute plufieurs privileges
.
1114 & 1118.
Gilduin eft nommé premier Abbé de S.
Victor , & Louis VI , à fa priere , donne la
Régale de plufieurs églifes ( 1 ) à cette Maifon.
L'Evêque de Paris en fit autant avec
l'agrément des Chanoines de fa Cathédrale
. Ces deux donations ( 2 ) font datées , la
premiere de 1125 , & la feconde de 1124 ,
& foufcrites par la Reine Adelaïde , par
Philippe leur fils , & par plufieurs Evêques
. Depuis ce temps - là cette Abbaye reçut
plufieurs autres marques de libéralité
du Roi & de l'Evêque de Paris , comme ,
par exemple , un Canonicat ( 3 ) à Notre-
Dame , où il y a encore un Chanoine de
cette Abbaye qui y va faire fon tour , un
à S. Germain - l'Auxerrois , à S. Marcel , &
ailleurs.
L'Abbaye S. Victor a fourni de grands
hommes à l'Eglife , tels que Hugues &
Ives , Cardinaux. L'eftime que leur fainteté
acquit à ce Monaftere , leur procura la
vifite de S. Bernard & de S. Thomas de
( 1 ) Annal. S. Victor , mf. vol . 1. fol. 12. ( 2 )
Dubois , tom. 2. p. 80. ( 3 ) Ann, S. Victor , mf.
fol. 13 & feq.
DECEMBRE. 1755 191
"Cantorberi qui s'y arrêterent en paffant à
Paris.
On y conferve encore la cape ou le manteau
de voyage du S. Abbé , qui eft de
couleur tannée ou noir naturel, & le cilice
du S. Archevêque . Cette Abbaye devint
dans la fuite une
congrégation , & comptoit
fous elle quarante Abbayes ( 1 ) , &
plus de cent Monafteres , comme il paroît
par le teftament du Roi Louis VIII , en
date de l'an 1225 ; mais la Congrégation
a été defunie , tant par le malheur des
tems que par le relâchement de la difcipline
monaftique.
Abbelard qui s'étoit retiré à Laon , revint
à Paris : n'y trouvant plus Guillaume
de Champeaux , fon ancien adverſaire , il
continua d'enfeigner la théologie avec liberté,
Son hiftoire avec Heloife , niece de
Fulbert , Chanoine de Paris , eft affez connue
pour me difpenfer de la rapporter ici.
Nous dirons feulement que fa doctrine
fur la Trinité ayant été condamnée dans
un Concile tenu à Soiffons , il fe réfugia
auprès de Thibaud , Comte de Champagne ,
qui lui donna un afyle près de Troyes ,
où il bâtit une Chapelle fous le titre du
Paraclet , fut enfuite Abbé de S. Gildas en
( 1 ) Apud Duch . to . 5. p. 325.
92 MERCURE DE FRANCE .
Bretagne , & céda fon hermitage du Paraclet
à Heloife , qui s'y retira avec quelques
Religieufes chaffées , comme elle ,
d'Argenteuil , & Bernard cita enfuite Abbelard
au Concile de Sens , où fa doctrine
fut de nouveau condamnée : néanmoins
il reçut l'abfolution du Pape Innocent II,
& fe retira à Cluni , d'où l'Abbé de ce
Monaftere l'envoya à Châlons-fur- Saone,
où il mourut le 21 Avril 1142 , âgé de
63 ans.
L'école qu'Abbelard avoit à Paris , étoit
près de la Cathédrale , & nous fçavons
qu'on s'y appliquoit beaucoup à l'intelligence
de l'Ecriture fainte , ce qui donna
lieu à la Théologie fcholaftique. L'hiſtoire
d'Abbelard nous apprend auffi qu'il y
avoit une autre école fur le mont appellé
Leucoritius , plus connu fous le nom de
Sainte Genevieve.
La fuite au prochain Mercure .
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Résumé : Suite de l'abrégé historique de la ville de Paris ; par M. Poncet de la Grave, Avocat au Parlement.
Le texte relate des événements historiques concernant Paris sous les règnes de Henri Ier et Philippe Ier, ainsi que des figures religieuses et monastiques notables. En 1033 et 1034, Paris est frappée par une famine sévère, où le prix du blé atteint soixante fois sa valeur normale. Cette crise entraîne une épidémie et un incendie majeur. En 1035, un concile se tient à Paris pour condamner Bérenger, accusé d'hérésie contre l'Eucharistie. Henri Ier accorde à l'évêque Imbert et à ses chanoines quatre églises situées dans les faubourgs de Paris. En 1059, Henri Ier fait sacrer et couronner son fils Philippe Ier à Reims, nommant Baudouin de Flandre comme tuteur. Henri Ier meurt en 1060 et fonde le monastère de Saint-Martin-des-Champs. Philippe Ier continue les travaux du monastère et le consacre en 1067. Sous son règne, les prévôts apparaissent, avec Étienne comme premier prévôt de Paris. En 1092, un concile se tient à Paris, et en 1093, l'abbaye Saint-Magloire est réformée. Guillaume, évêque de Paris, fait plusieurs donations aux chanoines et au prieuré de Saint-Martin-des-Champs. En 1104, un concile à Paris voit Philippe Ier renoncer publiquement à une relation scandaleuse. En 1107, l'abbaye Saint-Éloi est supprimée, et plusieurs paroisses sont créées à sa place. Philippe Ier meurt en 1108 et est enterré à Saint-Benoît-sur-Loire. Son fils Louis VI lui succède. Sous Louis VI, des chartes sont données pour protéger les serfs de l'église de Paris. L'évêque Galon reçoit une relique de la vraie Croix. Guillaume de Champeaux fonde l'abbaye Saint-Victor, où Abélard obtient une chaire de professeur. Louis VI dote l'abbaye de revenus et de privilèges. Gilduin devient le premier abbé de Saint-Victor, et l'abbaye reçoit plusieurs donations et privilèges. Le texte mentionne également des événements liés à des monastères et des figures religieuses. En décembre 1755, des voyageurs de Cantorbéry se sont arrêtés dans un monastère en se rendant à Paris. Ce monastère conservait des reliques, notamment la cape de voyage d'un saint abbé et le cilice d'un saint archevêque. L'abbaye est devenue une congrégation comptant quarante abbayes et plus de cent monastères, comme mentionné dans le testament du roi Louis VIII en 1225. Cependant, cette congrégation a été dissoute en raison des malheurs des temps et du relâchement de la discipline monastique. Le texte évoque également la vie d'Abbélard, un théologien qui enseignait à Paris. Sa relation avec Héloïse, nièce de Fulbert, chanoine de Paris, est bien connue. Condamné pour sa doctrine sur la Trinité lors d'un concile à Soissons, Abbélard a trouvé refuge auprès de Thibaud, Comte de Champagne. Il a construit une chapelle près de Troyes et est devenu abbé de Saint-Gildas en Bretagne. Il a ensuite cédé son ermitage du Paraclet à Héloïse, qui s'y est retirée avec des religieuses. Abbélard a été de nouveau condamné lors du concile de Sens, mais a reçu l'absolution du pape Innocent II. Il est mort à Châlons-sur-Saône le 21 avril 1142 à l'âge de 63 ans. L'école d'Abbélard à Paris, située près de la cathédrale, se concentrait sur l'étude des Écritures saintes, contribuant ainsi à l'émergence de la théologie scolastique.
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96
p. 233-236
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Messire Pierre, Marquis de Pons, fils de feu Messire Pierre, Comte de Pons, [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Marquis, Comtes, Abbé, Maison de Rochechouart
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
MEffire Pierre , Marquis de Pons , fils de feu
Meffire Pierre , Comte de Pons , & de Dame
Marie -Elifabeth d'Aurelle de Terneyre , fut masié
le 7 Février à Demoiſelle Claude- Renée de Noga.
ret , fille de Meffire Jean- Luc de Nogarét , Vicomte
de Trelans ; & de Dame Marie-Joſephe
du Puy Saint-Pierre de Belleveze. L'Evêque de
Quebec leur donna la Bénédiction nuptiale dans
l'églife Paroiffiale de Chaillot.
On nous mande de Befançon que Meffire
Charles - Marie - Jofeph Guillaume , Seigneur
de Gevigney , Mercey , Percée , & c. Maître
des Comptes en la Chancellerie de Dole , fils
de Meffire Léopold - Hugues - Jofeph - Alexandre
Guillaume , Préfident Honoraire à la Chambre
des Comptes de la même Chancellerie , Di234
MERCURE DE FRANCE.
recteur de l'Aumône générale de l'Hôpital Saint-
Jacques de Belançon , y époufa le 10 de Février,
Demoiſelle Thérete- Marie- Barbe Richer , fille de
Meffire Bonaventure Edouard Richer , ancien Capitaine
Suiffe au Régiment de Courten , Infanterie
, Chevalier de Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
dans l'églife Métropolitaine par l'Archevêque de
Befa çon . Leur contrat de mariage avoit éte ſigné
le 3 du même mois par le Duc de Randan , l'Archevêque
de Belançon , le Premier Préfident ,
l'Intendant, & tout ce qu'il y avoit de plus quali
fié dans la Ville.
Meffire Jofeph- Charles- Roch- Palamede de
Forbin- Maynier , Baron d'Oppede , Capitaine-
Lieutenant des Chevaux - Légers de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , époufa le 23 Février
Dame Marie- Françoile de Bauffan , veuve de Melfire
Alexandre de Bauffan , Maître des Requêtes ,
mort le 19 Janvier 1754. La Bénédiction nuptiale
leur fut donnée dans l'églife Paroiffiale de
S. Paul , par l'Abbé d'Oppede. Leur contrat de
mariage avoit été fignés par Leurs Majeftés , le is
du même mois.
Meffire Jean Jacques-Philippe- Jofeph Lefmerie
, Marquis d'Efchoify , époufa le 24 dans la
Chapelle du Palais Royal , Demoiſelle Claudine-
Céfarine de la Tour- Dupin- de- Montauban , fille
de Meffire Louis de la Tour - Dupin , Comte de
Montauban , Premier Ecuyer de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orleans , & de Dame Marie-
Olimpe de Vaulferre des Adrets. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée par l'Evêque d'Auxerre.
Leur contrat de mariage avoit été ſigné le IS
même mois par Leurs Majeftés.
du
Meffire Jean- Baptifte- Gabriel Caffart , Comie
A OUST 1756. 235
E
Elpiés , Brigadier de cavalerie , fut marié le
même jour à Demoifelle Marie - Géneviève de
Chambon d'Arbouville , ' fille de feu Meffire Pierre
de Chambon , Marquis d'Arbouville , Maréchal
des Camps & armées du Roi , & Gouverneur des
ville & Château de Sheleſtat , & de feu Dame Marie-
Anne- Françoife de Montmorin . L'Evêque Duc
de Langres leur donna la Bénédiction nuptiale
dans l'églife de S. Sulpice.
Meffire Célar-Augufte , Comte de Mafting
Fauconnier de Monfeigneur le Duc d'Orléans ,
veuf de N. de Boulainvilliers , a époufé en fecondes
nôces , le Février 1716 Demoiſelle Marie-
Magdeleine le Franc des Effarts , fille de feu Meffire
Louis le Franc des Eflarts , & de Damoifelle
N. Mignot , foeur de l'Abbé Mignot.
Jean-François- Gafton de Rochechouari-Fau
daas , Abbé de l'Abbaye de Bonnefont , Ordre de
Câteaux , Diocèfe de Comminges , eft mort le 27
Décembre , dans la quarante- cinquieme année de
fon âge.
L'Abbé de Rochechouart étoit fils de Charles
de Rochechouart , dit le Comte de Clermont , Vicomte
de Soulan , feigneur d'Aureville , & c . & de
Françoile de Montefquiou , fille de Jean Hyacinthe
, Baron de la Tour de France , & de Marie-
Anne de Roux- Montet. Il avoit pour freres ,
10. François- Charles , dit le Comte de Rochechouart
, Marquis de Faudoas , Baron des Etats
de Languedoc , &c. Lieutenant Général des Armées
du Roi , marié le 13 Décembre 17 8 , à
Marie-Françoife de Conflans - d'Armentieres , aujourd'hui
une des Dames de Madame la Dauphine
, dont un fils & deux filles , dont l'aînée a
époufé le Comte du Châtelet , Colonel du Régiment
de Querci , & Menin de Monſeigneur le
Dauphin.
236 MERCURE DE FRANCE..
2°. Jean-François -Jofeph de Rochechouart ;
Evêque , Duc de Laon , fecond Pair de France ,
Abbé de S. Remi de Rheims, &c , facré le 15 Octobre
1741 .
3. Jean- Louis-Roger de Rochechouart qui a
quitté l'Ordre de Malte en 1751 , appellé Marquis
de Rochechouart , Brigadier d'Infanterie , & Colonel
du Régiment d'Anjou , marié le 3 Juin 1751 .
à Charlotte- Françoife Faulcon de Rys , nommée
la même année Dame de Mefdames de France.
4. Pierre - Paul- Etienne , dit le Vicomte de
Rochechouart , Lieutenant de Vaiffeaux , né en
1723.
La Maifon de Rochechouart eft une des plas
illuftres du Royaume , puifqu'elle rapporte fon
origine aux anciens Vicomtes héréditaires de Limoges.
Elle eft partagée dès l'an 1245 , en deux
branches principales. De la cadette font fortis les
Ducs de Mortemart. Voyez fur cette Maiſon
l'hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
Tome IV .
&
Le Chevalier d'Aultry , Brigadier d'infanterie ,
eft mort le 2 Janvier , au Château de la Mivoye ,
âgé de 69 ans.
Meffire Louis - Antoine du Fos , Marquis de
Mery , eft mort le 12 au Château de la Taulle en
Picardie , dans la cinquante- fixieme année de fon
âge .
Meffire Louis-Jean -Jacques Touftain de Richebourg
, eft mort le 15 dans fon château de Malemains
en Normandie , âgé de 37 ans.
Meffire N. Elian , Abbé de l'Abbaye de Bellaigue
, y eft mort au commencement du mois de
Février dans la quatre- vingt- quatorzieme année
de fon âge. Il étoit Titulaire de cette Abbaye depuis
1677 , & le plus ancien des Abbés Commen
dataires de France.
MEffire Pierre , Marquis de Pons , fils de feu
Meffire Pierre , Comte de Pons , & de Dame
Marie -Elifabeth d'Aurelle de Terneyre , fut masié
le 7 Février à Demoiſelle Claude- Renée de Noga.
ret , fille de Meffire Jean- Luc de Nogarét , Vicomte
de Trelans ; & de Dame Marie-Joſephe
du Puy Saint-Pierre de Belleveze. L'Evêque de
Quebec leur donna la Bénédiction nuptiale dans
l'églife Paroiffiale de Chaillot.
On nous mande de Befançon que Meffire
Charles - Marie - Jofeph Guillaume , Seigneur
de Gevigney , Mercey , Percée , & c. Maître
des Comptes en la Chancellerie de Dole , fils
de Meffire Léopold - Hugues - Jofeph - Alexandre
Guillaume , Préfident Honoraire à la Chambre
des Comptes de la même Chancellerie , Di234
MERCURE DE FRANCE.
recteur de l'Aumône générale de l'Hôpital Saint-
Jacques de Belançon , y époufa le 10 de Février,
Demoiſelle Thérete- Marie- Barbe Richer , fille de
Meffire Bonaventure Edouard Richer , ancien Capitaine
Suiffe au Régiment de Courten , Infanterie
, Chevalier de Ordre Royal & Militaire de
S. Louis , La Bénédiction nuptiale leur fut donnée
dans l'églife Métropolitaine par l'Archevêque de
Befa çon . Leur contrat de mariage avoit éte ſigné
le 3 du même mois par le Duc de Randan , l'Archevêque
de Belançon , le Premier Préfident ,
l'Intendant, & tout ce qu'il y avoit de plus quali
fié dans la Ville.
Meffire Jofeph- Charles- Roch- Palamede de
Forbin- Maynier , Baron d'Oppede , Capitaine-
Lieutenant des Chevaux - Légers de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne , époufa le 23 Février
Dame Marie- Françoile de Bauffan , veuve de Melfire
Alexandre de Bauffan , Maître des Requêtes ,
mort le 19 Janvier 1754. La Bénédiction nuptiale
leur fut donnée dans l'églife Paroiffiale de
S. Paul , par l'Abbé d'Oppede. Leur contrat de
mariage avoit été fignés par Leurs Majeftés , le is
du même mois.
Meffire Jean Jacques-Philippe- Jofeph Lefmerie
, Marquis d'Efchoify , époufa le 24 dans la
Chapelle du Palais Royal , Demoiſelle Claudine-
Céfarine de la Tour- Dupin- de- Montauban , fille
de Meffire Louis de la Tour - Dupin , Comte de
Montauban , Premier Ecuyer de S. A. S. Monfeigneur
le Duc d'Orleans , & de Dame Marie-
Olimpe de Vaulferre des Adrets. La Bénédiction
nuptiale leur fut donnée par l'Evêque d'Auxerre.
Leur contrat de mariage avoit été ſigné le IS
même mois par Leurs Majeftés.
du
Meffire Jean- Baptifte- Gabriel Caffart , Comie
A OUST 1756. 235
E
Elpiés , Brigadier de cavalerie , fut marié le
même jour à Demoifelle Marie - Géneviève de
Chambon d'Arbouville , ' fille de feu Meffire Pierre
de Chambon , Marquis d'Arbouville , Maréchal
des Camps & armées du Roi , & Gouverneur des
ville & Château de Sheleſtat , & de feu Dame Marie-
Anne- Françoife de Montmorin . L'Evêque Duc
de Langres leur donna la Bénédiction nuptiale
dans l'églife de S. Sulpice.
Meffire Célar-Augufte , Comte de Mafting
Fauconnier de Monfeigneur le Duc d'Orléans ,
veuf de N. de Boulainvilliers , a époufé en fecondes
nôces , le Février 1716 Demoiſelle Marie-
Magdeleine le Franc des Effarts , fille de feu Meffire
Louis le Franc des Eflarts , & de Damoifelle
N. Mignot , foeur de l'Abbé Mignot.
Jean-François- Gafton de Rochechouari-Fau
daas , Abbé de l'Abbaye de Bonnefont , Ordre de
Câteaux , Diocèfe de Comminges , eft mort le 27
Décembre , dans la quarante- cinquieme année de
fon âge.
L'Abbé de Rochechouart étoit fils de Charles
de Rochechouart , dit le Comte de Clermont , Vicomte
de Soulan , feigneur d'Aureville , & c . & de
Françoile de Montefquiou , fille de Jean Hyacinthe
, Baron de la Tour de France , & de Marie-
Anne de Roux- Montet. Il avoit pour freres ,
10. François- Charles , dit le Comte de Rochechouart
, Marquis de Faudoas , Baron des Etats
de Languedoc , &c. Lieutenant Général des Armées
du Roi , marié le 13 Décembre 17 8 , à
Marie-Françoife de Conflans - d'Armentieres , aujourd'hui
une des Dames de Madame la Dauphine
, dont un fils & deux filles , dont l'aînée a
époufé le Comte du Châtelet , Colonel du Régiment
de Querci , & Menin de Monſeigneur le
Dauphin.
236 MERCURE DE FRANCE..
2°. Jean-François -Jofeph de Rochechouart ;
Evêque , Duc de Laon , fecond Pair de France ,
Abbé de S. Remi de Rheims, &c , facré le 15 Octobre
1741 .
3. Jean- Louis-Roger de Rochechouart qui a
quitté l'Ordre de Malte en 1751 , appellé Marquis
de Rochechouart , Brigadier d'Infanterie , & Colonel
du Régiment d'Anjou , marié le 3 Juin 1751 .
à Charlotte- Françoife Faulcon de Rys , nommée
la même année Dame de Mefdames de France.
4. Pierre - Paul- Etienne , dit le Vicomte de
Rochechouart , Lieutenant de Vaiffeaux , né en
1723.
La Maifon de Rochechouart eft une des plas
illuftres du Royaume , puifqu'elle rapporte fon
origine aux anciens Vicomtes héréditaires de Limoges.
Elle eft partagée dès l'an 1245 , en deux
branches principales. De la cadette font fortis les
Ducs de Mortemart. Voyez fur cette Maiſon
l'hiftoire des Grands Officiers de la Couronne ,
Tome IV .
&
Le Chevalier d'Aultry , Brigadier d'infanterie ,
eft mort le 2 Janvier , au Château de la Mivoye ,
âgé de 69 ans.
Meffire Louis - Antoine du Fos , Marquis de
Mery , eft mort le 12 au Château de la Taulle en
Picardie , dans la cinquante- fixieme année de fon
âge .
Meffire Louis-Jean -Jacques Touftain de Richebourg
, eft mort le 15 dans fon château de Malemains
en Normandie , âgé de 37 ans.
Meffire N. Elian , Abbé de l'Abbaye de Bellaigue
, y eft mort au commencement du mois de
Février dans la quatre- vingt- quatorzieme année
de fon âge. Il étoit Titulaire de cette Abbaye depuis
1677 , & le plus ancien des Abbés Commen
dataires de France.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements marquants de la noblesse au XVIIIe siècle, incluant des mariages et des décès. En février, plusieurs unions notables ont eu lieu. Le 7 février, Pierre, Marquis de Pons, épousa Claude-Renée de Nogarét à l'église paroissiale de Chaillot. Le 10 février, Charles-Marie-Joseph Guillaume, Seigneur de Gevigney, épousa Thérete-Marie-Barbe Richer à l'église métropolitaine de Besançon. Le 23 février, Joseph-Charles-Roch-Palamede de Forbin-Maynier, Baron d'Oppede, épousa Marie-Françoise de Bauffan à l'église paroissiale de Saint-Paul. Le 24 février, deux mariages furent célébrés : Jean-Jacques-Philippe-Joseph Lefmerie, Marquis d'Eschoify, épousa Claudine-Césarine de la Tour-Dupin-de-Montauban à la chapelle du Palais Royal, et Jean-Baptiste-Gabriel Caffart, Comte d'Espies, épousa Marie-Géneviève de Chambon d'Arbouville à l'église de Saint-Sulpice. Le texte mentionne également plusieurs décès de personnalités notables. Jean-François-Gaston de Rochechouart-Faudoas, Abbé de l'Abbaye de Bonnefont, mourut le 27 décembre à l'âge de quarante-cinq ans. Le Chevalier d'Aultry, Brigadier d'infanterie, décéda le 2 janvier à l'âge de soixante-neuf ans. Louis-Antoine du Fos, Marquis de Mery, mourut le 12 janvier à l'âge de cinquante-six ans. Louis-Jean-Jacques Touffain de Richebourg décéda le 15 janvier à l'âge de trente-sept ans. Enfin, l'Abbé de l'Abbaye de Bellaigue mourut au commencement du mois de février à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans.
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97
p. 227-228
MORTS.
Début :
Dame Marie-Marthe de Saint-Pierre de Saint-Julien, Epouse de Jean-Charles, [...]
Mots clefs :
Mort, Comte, Marquis, Archevêque, Abbé, Maison du Châtelet
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORT S.
DAME Marie-Marthe de Saint-Pierre de Saint.
Julien , Epouſe de Jean- Charles , Marquis de
Sennecterre , Chevalier des Ordres du Roi , &
Lieutenant Général des Armées de Sa Majesté ,
mourut à Paris le 17 Septembre , âgée de 75
ans.
Dame Anne-Victoire de Cambis -de Velleron ,
Epouſe de Meſſire François - Fortuné , Comte
d'Herbouville , Meſtre de Camp de Cavalerie , &
ſous-Lieutenant des Gendarmes d'Aquitaine , eſt
morte à Paris le 22 Septembre , âgée de 31 ans.
Meſſire Joſeph de Guyon de Crochans , Archevêque
d'Avignon , Evêque Aſſiſtant du Trône ,
& Abbé de l'Abbaye de Rocamador en Sicile
eſt mort le même jour à Avignon , dans la 83
année de ſon âge. Il avoit été nommé en 1709
à l'Evêché de Cavaillon , & en 1742 à l'Archevêché
d'Avignon.
,
Meſſire N ... de Geoffreville , Abbé de l'Ab
bayede la Chalade , Ordre de Citeaux , Diocèſe
de Verdun , efſt mort le 24 Septembre , âgé
de 80 ans.
Meſſire Ferdinand Florent , Marquis du Châtelet
, qui avoit dans les dernieres guerres un
Régiment de deux bataillons portant fon nom ,
*
228 MERCURE DE FRANCE .
eſt mort à Besançon le 6 Janvier 1757. Il étoit
l'aîné de la maison du Châtelet , & deſcendoit
en ligne directe de Frederic ou Ferri dit de Bitche
Duc de Lorraine , qui régna en 1205. Thierri
ouThéodoric ſecond fils de ce Prince né en 1175 ,
fit bâtir dans ſon appanage une fortereſſe , que
l'on appella Caftelletum , le Châtelet , & qui donna
ſon nom à la terre ou elle fut bâtie , & à
la pofterité de Thierri , qui fut la tige de la Maiſondu
Châtelet. Cette deſcendance eſt prouvée
par des titres authentiques tirés du tréſor des
Chartres de Lorraine , par les tombeaux , ſceaux ,
monnoies & autres anciens monumens publics ,
dont les témoignages ont été recueillis par le
ſçavant Dom Calmet , dans la généalogie de cette
Maiſon qu'il a compofée en 1741. M. le Marquis
du Châtelet avoit épousé Marie-Emanuelle
de Poitier , iſſue de la Maiſon Souveraine des
Comtes de Valentinois , & morte au mois de Janvier
1756. M. du Châtelet n'en a point eu d'enfans;
il laiſſe pour héritier M. le Marquis du
Châtelet, Lieutenant-Général des Armées du Roi,
Grand Croix de l'Ordre de Saint Louis , ſon frere
unique.
DAME Marie-Marthe de Saint-Pierre de Saint.
Julien , Epouſe de Jean- Charles , Marquis de
Sennecterre , Chevalier des Ordres du Roi , &
Lieutenant Général des Armées de Sa Majesté ,
mourut à Paris le 17 Septembre , âgée de 75
ans.
Dame Anne-Victoire de Cambis -de Velleron ,
Epouſe de Meſſire François - Fortuné , Comte
d'Herbouville , Meſtre de Camp de Cavalerie , &
ſous-Lieutenant des Gendarmes d'Aquitaine , eſt
morte à Paris le 22 Septembre , âgée de 31 ans.
Meſſire Joſeph de Guyon de Crochans , Archevêque
d'Avignon , Evêque Aſſiſtant du Trône ,
& Abbé de l'Abbaye de Rocamador en Sicile
eſt mort le même jour à Avignon , dans la 83
année de ſon âge. Il avoit été nommé en 1709
à l'Evêché de Cavaillon , & en 1742 à l'Archevêché
d'Avignon.
,
Meſſire N ... de Geoffreville , Abbé de l'Ab
bayede la Chalade , Ordre de Citeaux , Diocèſe
de Verdun , efſt mort le 24 Septembre , âgé
de 80 ans.
Meſſire Ferdinand Florent , Marquis du Châtelet
, qui avoit dans les dernieres guerres un
Régiment de deux bataillons portant fon nom ,
*
228 MERCURE DE FRANCE .
eſt mort à Besançon le 6 Janvier 1757. Il étoit
l'aîné de la maison du Châtelet , & deſcendoit
en ligne directe de Frederic ou Ferri dit de Bitche
Duc de Lorraine , qui régna en 1205. Thierri
ouThéodoric ſecond fils de ce Prince né en 1175 ,
fit bâtir dans ſon appanage une fortereſſe , que
l'on appella Caftelletum , le Châtelet , & qui donna
ſon nom à la terre ou elle fut bâtie , & à
la pofterité de Thierri , qui fut la tige de la Maiſondu
Châtelet. Cette deſcendance eſt prouvée
par des titres authentiques tirés du tréſor des
Chartres de Lorraine , par les tombeaux , ſceaux ,
monnoies & autres anciens monumens publics ,
dont les témoignages ont été recueillis par le
ſçavant Dom Calmet , dans la généalogie de cette
Maiſon qu'il a compofée en 1741. M. le Marquis
du Châtelet avoit épousé Marie-Emanuelle
de Poitier , iſſue de la Maiſon Souveraine des
Comtes de Valentinois , & morte au mois de Janvier
1756. M. du Châtelet n'en a point eu d'enfans;
il laiſſe pour héritier M. le Marquis du
Châtelet, Lieutenant-Général des Armées du Roi,
Grand Croix de l'Ordre de Saint Louis , ſon frere
unique.
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Résumé : MORTS.
Le texte relate les décès de plusieurs personnalités. Dame Marie-Marthe de Saint-Pierre de Saint-Julien, épouse du Marquis de Sennecterre et Lieutenant Général des Armées du Roi, est décédée à Paris le 17 septembre à l'âge de 75 ans. Dame Anne-Victoire de Cambis-de Velleron, épouse du Comte d'Herbouville et sous-Lieutenant des Gendarmes d'Aquitaine, est morte à Paris le 22 septembre à l'âge de 31 ans. Messire Joseph de Guyon de Crochans, Archevêque d'Avignon et Abbé de l'Abbaye de Rocamador en Sicile, est décédé le même jour à Avignon à l'âge de 83 ans. Il avait été nommé à l'Évêché de Cavaillon en 1709 et à l'Archevêché d'Avignon en 1742. Messire N... de Geoffreville, Abbé de l'Abbaye de la Chalade dans le Diocèse de Verdun, est mort le 24 septembre à l'âge de 80 ans. Messire Ferdinand Florent, Marquis du Châtelet, est décédé à Besançon le 6 janvier 1757. Il était l'aîné de la maison du Châtelet et descendait en ligne directe de Frédéric de Lorraine, Duc de Lorraine en 1205. Il avait épousé Marie-Emanuelle de Poitier, issue de la Maison Souveraine des Comtes de Valentinois, décédée en janvier 1756. Le Marquis du Châtelet n'a pas eu d'enfants et son frère unique, également Marquis du Châtelet, Lieutenant-Général des Armées du Roi et Grand Croix de l'Ordre de Saint Louis, est son héritier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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98
p. 189-197
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Il paroît une Ordonnance du Roi pour régler l'uniforme des Officiers de [...]
Mots clefs :
Habillement des soldats, Officier, Croix de Malte, Ducs, Maréchal de camp, Sceau, Ordonnances, Abbé, Chancelier, Chanoine, Nominations, Comte, Procès, Robert-François Damiens, Parricide, Suplice, Corsaires, Marchandises, Navires, Capitaines
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
L paroît une Ordonnance du Roi pour régler
P'uniforme des Officiers de l'Etat Major des Armées
de Sa Majeſté , & de ceux employés en qualité
d'Aides de Camp. Les uns & les autres porteront
des habits non croifés , de couleur vulgaire
ment appellée bleu de Roi , doublés d'une étoffe
de même couleur , lefquels habits feront garnis
de boutons de cuivre doré. Les Officiers de l'Etat
Major auront des boutonnieres en broderie de
fil d'or , huit de chaque côté jufqu'à la hauteur de
la poche , trois à chaque poche , & deux fur chaque
manche. Ceux de ces Officiers qui feront en
190 MERCURE DE FRANCE.
chef , pourront porter fur leurs habits un bordé
en borderie , dans le même goût que leurs boutonnieres.
S'ils font Officiers Généraux , ils
porteront
l'uniforme attaché à leur grade .
Le Grand Maître & le Confeil de l'Ordre de
Malte ont accordé à M. le Marquis & àMadame la
Marquife de Bauffrem.ont la permiffion de porter
la Croix de Malte. La Marquife de Bauffremont
tient des Ducs d'Atri , fes ancêtres maternels , de
la branche aînée defquels elle eft héritiere & repréfentante
, le droit de nommer une Commanderie
de l'Ordre dans la Tofcane , en qualité de Fondatrice.
Ce droit s'étend à fa poftérité de l'un &
Pautre fexe. र
M. de la Serre , Maréchal de Camp , Grand
Croix Honoraire de l'Ordre de Saint Louis , &
Gouverneur de l'Hôtel Royal des Invalides , a
obtenu la place d'Infpecteur Général de l'Infanterie
, qu'avoit le Maréchal de Thomond.
Le 18 Mars , le Roi tint le Sceau pour la feconde
fois , dans la même Piece de fon Appartement,
où Sa Majesté l'avoit déja tenu , & avec les mêmes
formalités qui avoient été obfervées le 4.
Il vient de fortir de deffous preffe trois nou
velles Ordonnances ; la premiere , portant création
d'un Régiment d'Infanterie Allemande , fous
le titre de Royal Deux Ponts ; la feconde , concernant
le ſervice du Corps Royal de l'Artillerie
& du Génie ; la troifieme , pour régler les équipages
& les tables dans les armées.
Le Roi a fait conftruire un Pavillon à l'extrê→
mité du Jardin du Château de la Meute , pour y
placer le Télescope de huit pieds , que le Pere
Noël , de la congrégation de Saint Maur , a fait
pour Sa Majesté fous les confeils du Duc de
Chaulnes. Sa Majesté y vit ce Télescope pour la
AVRIL. 1757.
191
premiere fois le 14 du mois de Décembre dernier.
Le 18 de ce mois , le Roi étant venu à ce
Château , le Pere Noel eut l'honneur de lui préfenter
une Machine Pneumatique
à deux corps
de pompe , d'une conftruction nouvelle . Sa Majefté
parut fatisfaite des expériences , que M. de
Lor fit avec cette Machine , & Elle prit auffi beaucoup
de plaifir à voir fouffler le verre, par M. Capidont
l'habileté dans cette partie eft reconnue de
tous les Phyficiens. M. de Fouchy , Secretaire
Perpétuel de l'Académie Royale des Sciences ,
traça en préſence du Roi une Meridienne,
M. l'Abbé de Breteuil a été nommé Chancelier-
Garde des Sceaux , Chef du Confeil , & Sur - Intendant
des Maiſon , Finances & Bâtimens du
Duc d'Orléans , à la place de M. de Silhouette ,
qui a donné ſa démiſſion.
"
M. l'Abbé de Foy , Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Maux a eu l'honneur de préfenter
au Roi le profpectus d'une defcription Hiftorique
, Géographique & Diplomatique , de la
France. M. le Comte de Saint- Florentin , Minif
tre & Secretaire d'Etat , qui conduifoit l'Auteur ,
rendit compte à Sa Majesté de l'état où eft cet
ouvrage important , dont feu M. Secouffe , penfionnaire
de l'Académie Royale des Belles- Lettres,
avoit conçu le projet, & que d'autres occupations
ont empêché cet Académicien d'entreprendre.
Encouragé par les exhortations de M. Secouffe.
M. l'Abbé de Foy s'eft chargé de l'exécution , en
adoptant pour la plus grande partie le plan de ce
Sçavant. La nouvelle defcription de la France fera
en fix Volumes in-folio. M. le Préfident Henault &
M. de Foncemagne ont confenti d'aider de leurs
confeils , l'Auteur dans fon travail. Peut-il être
mieux guidé?
1
C
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Duc d'Orléans , le Prince de Condé , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche, Princes du Sang, & les Ducs
& Pairs , fe font rendus le 12 , le r9 , le 26 Février
, le S le 9 , le 21 , le 23 , le 24 & le 26
Mars , à la Grande Chambre , pour affifter à l'inftruction
du procés de Robert- François Damiens.
Le 21 & le 23 Mars , ils s'y font affemblés le matin
& l'après- midi . Ils y fiégerent le 26 depuis
huit heures du matin jufqu'à fept heures du foir.
Ce même jour , le coupable fut jugé . La Cour ordonna
que ce déteftable affaffin feroit amende
honorable devant la principale porte de l'Eglife
Métropolitaine , où il feroit conduit dans un
tombereau , nu en chemiſe , tenant une torche
de cire ardente , du poids de deux livres ; que delà
il feroit mené dans le même tombereau à la Place
de Greve ; que , fur un échafaud , il y ferroit
tenaillé aux mammelles , aux bras , aux cuiffes
, & aux gras de jambes , tenant de la main
droite le couteau dont il a commis fon affreux parricide
; qu'on lui brûleroit cette main avec du feu
de foufre ; que fur les endroits où il auroit été
tenaillé , on jetteroit du plomb fondu , de l'huile
bouillante , de la poix réfine , avec de la cire &
du foufre fondus enfemble ; qu'enfuite il feroit
tiré à quatre chevaux & écartelé , & ſes membres
& corps jettés dans un bucher , pour y être
confumés par le feu , & fes cendres jettées au vent.
Le 28 du mois dernier au matin , ce malheureux
fut appliqué à la queſtion ordinaire & extraordinaire
, & on le tint plus de deux heures dans les
tortures. Sur les deux heures après-midi , on le
fit fortir de la Conciergerie , pour le conduire au
fupplice. Lorfqu'il fut arrivé à la Place de Gréve ,
il demanda de monter à l'Hôtel de Ville. Il y a
déclaré
AVRIL. 1757. 193
déclaré qu'il n'y avoit ni complots , ni complices .
Ce monftre a fubi enfuite la punition dûe à fon
exécrable forfait. Ses tourmens ont duré trois
heures. Il étoit encore en vie ayant deux cuiffes
& le bras droit féparés du corps ; & il n'eft mort
qu'après que fon bras gauche a été détaché. Il
étoit né le 9 Janvier 1715 , au lieu de Thieulloy ,
en la Paroiffe de Monchi -Breton dans l'Artois.
Sa famille eft auffi obfcure que pauvre , & il a
paflé la plus grande partie de fa vie dans la plus
baffe domefticité . Il avoit déja commis plufieurs
crimes , avant de former l'abominable deffein qui
a achevé de le rendre l'objet de l'exécration publique
, & il avoit été obligé de s'enfuir de Paris
pour éviter les pourfuites de la Juftice . La maifon
où il a reçu le jour doit être démolie , & l'on ne
pourra à l'avenir élever fur le terrein de cere
maiſon aucun autre bâtiment.
Nous nous fommes reftraints jufqu'ici
à ne rien inférer fur cet article que d'après
la Gazette de France . Nous prions en conféquence
les Auteurs de ne plus nous envoyer
de Pieces qui y foient relatives : nous
perfiftons conftamment à ne faire ufage
d'aucune. Nous nous conformons en cela
aux premieres intentions de la Cour , qui
nous avoit ordonné le filence . Eh ! plût au
Ciel qu'il pût être gardé partout avec le
même fcrupule, & que pour la gloire de la
Nation, un fi noir attentat fût à jamais exclu
de l'hiftoire comme de notre Recueil !
M. le Comte de Biffy , Brigadier de Cavalerie ,
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
& premier Enfeigne de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , ayant
donné fa démiffion , Sa Majefté a difpofé de la
Cornette vacante , en faveur de M. le Comte de
Monteynard , Sous - Lieutenant au Régiment d'Infanterie
du Roi.
C Le Corfaire le Bart , de Calais , commandé
par le Capitaine Etienne- François Potier , a rançonné
deux Bâtimens Anglois pour 594 guinées.
Des Lettres écrites de Dieppe marquent que le
Corfaire le Baftien , de Boulogne , s'eft rendu
maître du Navise Anglois le Dally & Nancy , de
200 tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec
un chargement qu'on eftime environ 300000 livres
, & qui confifte en 141 barriques de fucre ,
63 barriques de taffia , foo facs & 15 barriques
de poivre , 9 facs de coton , un fac de carret de
tortue , 570 cuirs , & 19 tonneaux de bois pour
teinture.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire la
Vengeance, de Saint - Malo , s'eft emparé d'un Senaw
Anglois, armé de 8 canons & de fix pierriers.
La Comteffe de Bentheim , autre Corfaire de
Saint Malo , a fait conduire à Breft le Paquebot
Anglois le Hanovre , armé de 14 canons , & de
62 hommes d'équipage , qui alloit de Falmouth à
Liſbonne.
Le Navire Anglois la Profpérité , de Darmouth
, a été pris & conduit dans la riviere de
Landerneau par le Corfaire le Cabriolet , du Conquet.
Il eft arrivé à la Rochelle un Brigantin Anglois
de 60 tonneaux , chargé de vin de Malaga , qui
a été pris par le Navire le Tavignon , de S. Malo .
Le Navire Anglois le Duc de Tofcane , de 300°
tonneaux , armé de 18 canons , de 4 pierriers 2
AVRIL. 1757. 195
& de 60 hommes d'équipage , a été pris par le
Corfaire le Grand Alexandre , de Marfeille ,
commandé par le Capitaine Martiche. La cargai
fon de ce Bâtiment , qui eft arrivé à Marſeille ,
confifte en 600 barrils de harengs , 500 quintaux
de plomb, 65 caiffes de tabac , &c .
La Marie défiée , autre Corfaire de Marſeille ,'
Capitaine le fieur Poulhariez , a conduit en ce
Port le Senaw Anglois l'Aventure , de 140 ton
neaux , chargé de morue & de faumon.
Le Capitaine Defbois , qui commande le Corfaire
le Puyzieulx , de Saint -Malo , s'eft emparé
des Navires Anglois le Howmiton , de 70 tonneaux
, chargé de charbon de terre ; & le Triwbreton
, de 100 tonneaux , chargé de mine de fer
Ces deux Bâtimens ont été conduits à Granville .
Le même Corfaire a fait conduire à Saint Malo
le Navire Anglois la Marie- Anne , de 80 tonneaux
, venant de la Caroline avec un chargement
d'indigo & de ris , & un Brigantin dont la cargaifon
confifte en oranges & en citrons.
On mande de Marſeille , que le Corſaire le
Roi Gafpard , de ce Port , dont eft Capitaine
François Roudeng , y a fait conduire le Senaw
Anglois la Catherine , n'ayant que fon left , & un
'Brigantin chargé d'huile & de limons.
Le Capitaine Sauvé , commandant le Corſaire
le Général Lally, de Boulogne , s'eft rendu maître
du Paquebot Anglois le Dauphin , armé de fix
' canons , de quatre pierriers & de vingt hommes
d'équipage. Outre plufieurs caiffes & coffres dont
ce Paquebot étoit chargé , on a trouvé à bord une
caiffe de lingots d'or pefant 238 livres . Cette
priſe a été conduite à Calais.
Le même Corſaire a rançonné fix Bâtimens Anglois
, pour la fomme de 975 guinées , & il en a
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
remis les ôtages dans le même Port.
Le Brigantin Anglois le Nancy, de 90 tonneaux,'
chargé de 90 barrils de graine de lin & de merrains
, a été pris par le Corfaire le Caincy , de
Dieppe , & eft arrivé à Dunkerque.
Le Capitaine Feray , qui commande le Corſaire
Le Comte d'Argenfon , de Dieppe , y a conduit un
Bâtiment dont le chargement eft composé de
canons , de boulets , de poudre , de fabres , de
chanvre , de toiles à voiles , & d'autres munitions
& marchandiſes.
Le Corfaire le Machault , de Granville , Capitaine
Magnonnet , a pris & conduit en ce Port le
Navire Anglois le Jean & Georges , de 300 tonneaux
, chargé de 1500 barrils de goudron , & de
2500 livres d'indigo.
Le Corfaire le Puyzieulx s'eft emparé des Navires
Anglois la Flore , de Bofton , de 90 tonneaux
, chargé d'huile de baleine & de goudron ,
& la Minerve , de Londres , de so tonneaux ,
armé de fix canons & quatre pierriers , dont la
cargaifon confifte en ris & en indigo. Ces deux
Bâtimens font arrivés à Saint-Malo .
Le Corfaire le Duc d'Aiguillon a fait conduire
en ce Port le Navire le Meffager de Bordeaux , de
60 tonneaux , chargé de vin & de fruits , & un
autre Bâtiment de 200 tonneaux , chargé de ris ,
d'indigo , de taffia , de bois de Campeche , &
d'autres marchandiſes .
11 eſt auſſi arrivé à Saint-Malo un autre Navire
Anglois de 150 tonneaux , appellé le Bofton- Galley,
de Bofton , qui a pour chargement 1300 barrils
de goudron , & 201 futailles d'indigo . Il a été
pris par le Corfaire la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire la Nouvelle Saxonne , de Bordeaux ,
y a conduit le Navire Anglois l'Ofgoot , venant de
AVRIL. 1757.
197
la Virginie , avec un chargement qui confifte en
250 boucauts de tabac , huit quarts d'indigo , 20
tonneaux de fer roulé , & autres marchandifes .
Le Navire Anglois le Duché de Beaufort , de
Bristol , chargé de fucre , de coton , de café , de
gingembre , & de bois de Campeche , a été pris
par le Corfaire la Repréfaille , de Bayonne.
La Cybelle , autre Corfaire de ce Port , y a fair
conduire le Navire le Molly , de Londres , de 300
tonneaux , ayant pour chargement 428 boucauts
de tabac , onze barrils & vingt- trois paquets de
pelleteries , & 25 barrils d'indigo.
Le Navire le Blackeney , de Londres , de roo
tonneaux , chargé de 208 barriques d'huile , &
autres marchandiſes , qui a été pris par le Corfaire
P'Espérance , de Bayonne , eft auffi arrivé en ce
Port.
On eftinformé que le Navire Anglois le Duc de
Scarborough , pris par le Navire la Marquise d'Amou
, de Bayonne , eft arrivé par relâche à Saint-
Ogne , & que fa cargaifon eft compofée de 600
barrils de faumon , vingt tonneaux de ftocfich
un boucaut d'indigo, une caiffe de caftors , & une
balle de toile.
L paroît une Ordonnance du Roi pour régler
P'uniforme des Officiers de l'Etat Major des Armées
de Sa Majeſté , & de ceux employés en qualité
d'Aides de Camp. Les uns & les autres porteront
des habits non croifés , de couleur vulgaire
ment appellée bleu de Roi , doublés d'une étoffe
de même couleur , lefquels habits feront garnis
de boutons de cuivre doré. Les Officiers de l'Etat
Major auront des boutonnieres en broderie de
fil d'or , huit de chaque côté jufqu'à la hauteur de
la poche , trois à chaque poche , & deux fur chaque
manche. Ceux de ces Officiers qui feront en
190 MERCURE DE FRANCE.
chef , pourront porter fur leurs habits un bordé
en borderie , dans le même goût que leurs boutonnieres.
S'ils font Officiers Généraux , ils
porteront
l'uniforme attaché à leur grade .
Le Grand Maître & le Confeil de l'Ordre de
Malte ont accordé à M. le Marquis & àMadame la
Marquife de Bauffrem.ont la permiffion de porter
la Croix de Malte. La Marquife de Bauffremont
tient des Ducs d'Atri , fes ancêtres maternels , de
la branche aînée defquels elle eft héritiere & repréfentante
, le droit de nommer une Commanderie
de l'Ordre dans la Tofcane , en qualité de Fondatrice.
Ce droit s'étend à fa poftérité de l'un &
Pautre fexe. र
M. de la Serre , Maréchal de Camp , Grand
Croix Honoraire de l'Ordre de Saint Louis , &
Gouverneur de l'Hôtel Royal des Invalides , a
obtenu la place d'Infpecteur Général de l'Infanterie
, qu'avoit le Maréchal de Thomond.
Le 18 Mars , le Roi tint le Sceau pour la feconde
fois , dans la même Piece de fon Appartement,
où Sa Majesté l'avoit déja tenu , & avec les mêmes
formalités qui avoient été obfervées le 4.
Il vient de fortir de deffous preffe trois nou
velles Ordonnances ; la premiere , portant création
d'un Régiment d'Infanterie Allemande , fous
le titre de Royal Deux Ponts ; la feconde , concernant
le ſervice du Corps Royal de l'Artillerie
& du Génie ; la troifieme , pour régler les équipages
& les tables dans les armées.
Le Roi a fait conftruire un Pavillon à l'extrê→
mité du Jardin du Château de la Meute , pour y
placer le Télescope de huit pieds , que le Pere
Noël , de la congrégation de Saint Maur , a fait
pour Sa Majesté fous les confeils du Duc de
Chaulnes. Sa Majesté y vit ce Télescope pour la
AVRIL. 1757.
191
premiere fois le 14 du mois de Décembre dernier.
Le 18 de ce mois , le Roi étant venu à ce
Château , le Pere Noel eut l'honneur de lui préfenter
une Machine Pneumatique
à deux corps
de pompe , d'une conftruction nouvelle . Sa Majefté
parut fatisfaite des expériences , que M. de
Lor fit avec cette Machine , & Elle prit auffi beaucoup
de plaifir à voir fouffler le verre, par M. Capidont
l'habileté dans cette partie eft reconnue de
tous les Phyficiens. M. de Fouchy , Secretaire
Perpétuel de l'Académie Royale des Sciences ,
traça en préſence du Roi une Meridienne,
M. l'Abbé de Breteuil a été nommé Chancelier-
Garde des Sceaux , Chef du Confeil , & Sur - Intendant
des Maiſon , Finances & Bâtimens du
Duc d'Orléans , à la place de M. de Silhouette ,
qui a donné ſa démiſſion.
"
M. l'Abbé de Foy , Chanoine de l'Eglife Cathédrale
de Maux a eu l'honneur de préfenter
au Roi le profpectus d'une defcription Hiftorique
, Géographique & Diplomatique , de la
France. M. le Comte de Saint- Florentin , Minif
tre & Secretaire d'Etat , qui conduifoit l'Auteur ,
rendit compte à Sa Majesté de l'état où eft cet
ouvrage important , dont feu M. Secouffe , penfionnaire
de l'Académie Royale des Belles- Lettres,
avoit conçu le projet, & que d'autres occupations
ont empêché cet Académicien d'entreprendre.
Encouragé par les exhortations de M. Secouffe.
M. l'Abbé de Foy s'eft chargé de l'exécution , en
adoptant pour la plus grande partie le plan de ce
Sçavant. La nouvelle defcription de la France fera
en fix Volumes in-folio. M. le Préfident Henault &
M. de Foncemagne ont confenti d'aider de leurs
confeils , l'Auteur dans fon travail. Peut-il être
mieux guidé?
1
C
192 MERCURE DE FRANCE.
Le Duc d'Orléans , le Prince de Condé , le
Comte de Clermont , le Prince de Conty , le
Comte de la Marche, Princes du Sang, & les Ducs
& Pairs , fe font rendus le 12 , le r9 , le 26 Février
, le S le 9 , le 21 , le 23 , le 24 & le 26
Mars , à la Grande Chambre , pour affifter à l'inftruction
du procés de Robert- François Damiens.
Le 21 & le 23 Mars , ils s'y font affemblés le matin
& l'après- midi . Ils y fiégerent le 26 depuis
huit heures du matin jufqu'à fept heures du foir.
Ce même jour , le coupable fut jugé . La Cour ordonna
que ce déteftable affaffin feroit amende
honorable devant la principale porte de l'Eglife
Métropolitaine , où il feroit conduit dans un
tombereau , nu en chemiſe , tenant une torche
de cire ardente , du poids de deux livres ; que delà
il feroit mené dans le même tombereau à la Place
de Greve ; que , fur un échafaud , il y ferroit
tenaillé aux mammelles , aux bras , aux cuiffes
, & aux gras de jambes , tenant de la main
droite le couteau dont il a commis fon affreux parricide
; qu'on lui brûleroit cette main avec du feu
de foufre ; que fur les endroits où il auroit été
tenaillé , on jetteroit du plomb fondu , de l'huile
bouillante , de la poix réfine , avec de la cire &
du foufre fondus enfemble ; qu'enfuite il feroit
tiré à quatre chevaux & écartelé , & ſes membres
& corps jettés dans un bucher , pour y être
confumés par le feu , & fes cendres jettées au vent.
Le 28 du mois dernier au matin , ce malheureux
fut appliqué à la queſtion ordinaire & extraordinaire
, & on le tint plus de deux heures dans les
tortures. Sur les deux heures après-midi , on le
fit fortir de la Conciergerie , pour le conduire au
fupplice. Lorfqu'il fut arrivé à la Place de Gréve ,
il demanda de monter à l'Hôtel de Ville. Il y a
déclaré
AVRIL. 1757. 193
déclaré qu'il n'y avoit ni complots , ni complices .
Ce monftre a fubi enfuite la punition dûe à fon
exécrable forfait. Ses tourmens ont duré trois
heures. Il étoit encore en vie ayant deux cuiffes
& le bras droit féparés du corps ; & il n'eft mort
qu'après que fon bras gauche a été détaché. Il
étoit né le 9 Janvier 1715 , au lieu de Thieulloy ,
en la Paroiffe de Monchi -Breton dans l'Artois.
Sa famille eft auffi obfcure que pauvre , & il a
paflé la plus grande partie de fa vie dans la plus
baffe domefticité . Il avoit déja commis plufieurs
crimes , avant de former l'abominable deffein qui
a achevé de le rendre l'objet de l'exécration publique
, & il avoit été obligé de s'enfuir de Paris
pour éviter les pourfuites de la Juftice . La maifon
où il a reçu le jour doit être démolie , & l'on ne
pourra à l'avenir élever fur le terrein de cere
maiſon aucun autre bâtiment.
Nous nous fommes reftraints jufqu'ici
à ne rien inférer fur cet article que d'après
la Gazette de France . Nous prions en conféquence
les Auteurs de ne plus nous envoyer
de Pieces qui y foient relatives : nous
perfiftons conftamment à ne faire ufage
d'aucune. Nous nous conformons en cela
aux premieres intentions de la Cour , qui
nous avoit ordonné le filence . Eh ! plût au
Ciel qu'il pût être gardé partout avec le
même fcrupule, & que pour la gloire de la
Nation, un fi noir attentat fût à jamais exclu
de l'hiftoire comme de notre Recueil !
M. le Comte de Biffy , Brigadier de Cavalerie ,
II. Vol. I
194 MERCURE DE FRANCE.
& premier Enfeigne de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi , ayant
donné fa démiffion , Sa Majefté a difpofé de la
Cornette vacante , en faveur de M. le Comte de
Monteynard , Sous - Lieutenant au Régiment d'Infanterie
du Roi.
C Le Corfaire le Bart , de Calais , commandé
par le Capitaine Etienne- François Potier , a rançonné
deux Bâtimens Anglois pour 594 guinées.
Des Lettres écrites de Dieppe marquent que le
Corfaire le Baftien , de Boulogne , s'eft rendu
maître du Navise Anglois le Dally & Nancy , de
200 tonneaux , qui revenoit de la Jamaïque avec
un chargement qu'on eftime environ 300000 livres
, & qui confifte en 141 barriques de fucre ,
63 barriques de taffia , foo facs & 15 barriques
de poivre , 9 facs de coton , un fac de carret de
tortue , 570 cuirs , & 19 tonneaux de bois pour
teinture.
Le fieur de Breville , commandant le Corfaire la
Vengeance, de Saint - Malo , s'eft emparé d'un Senaw
Anglois, armé de 8 canons & de fix pierriers.
La Comteffe de Bentheim , autre Corfaire de
Saint Malo , a fait conduire à Breft le Paquebot
Anglois le Hanovre , armé de 14 canons , & de
62 hommes d'équipage , qui alloit de Falmouth à
Liſbonne.
Le Navire Anglois la Profpérité , de Darmouth
, a été pris & conduit dans la riviere de
Landerneau par le Corfaire le Cabriolet , du Conquet.
Il eft arrivé à la Rochelle un Brigantin Anglois
de 60 tonneaux , chargé de vin de Malaga , qui
a été pris par le Navire le Tavignon , de S. Malo .
Le Navire Anglois le Duc de Tofcane , de 300°
tonneaux , armé de 18 canons , de 4 pierriers 2
AVRIL. 1757. 195
& de 60 hommes d'équipage , a été pris par le
Corfaire le Grand Alexandre , de Marfeille ,
commandé par le Capitaine Martiche. La cargai
fon de ce Bâtiment , qui eft arrivé à Marſeille ,
confifte en 600 barrils de harengs , 500 quintaux
de plomb, 65 caiffes de tabac , &c .
La Marie défiée , autre Corfaire de Marſeille ,'
Capitaine le fieur Poulhariez , a conduit en ce
Port le Senaw Anglois l'Aventure , de 140 ton
neaux , chargé de morue & de faumon.
Le Capitaine Defbois , qui commande le Corfaire
le Puyzieulx , de Saint -Malo , s'eft emparé
des Navires Anglois le Howmiton , de 70 tonneaux
, chargé de charbon de terre ; & le Triwbreton
, de 100 tonneaux , chargé de mine de fer
Ces deux Bâtimens ont été conduits à Granville .
Le même Corfaire a fait conduire à Saint Malo
le Navire Anglois la Marie- Anne , de 80 tonneaux
, venant de la Caroline avec un chargement
d'indigo & de ris , & un Brigantin dont la cargaifon
confifte en oranges & en citrons.
On mande de Marſeille , que le Corſaire le
Roi Gafpard , de ce Port , dont eft Capitaine
François Roudeng , y a fait conduire le Senaw
Anglois la Catherine , n'ayant que fon left , & un
'Brigantin chargé d'huile & de limons.
Le Capitaine Sauvé , commandant le Corſaire
le Général Lally, de Boulogne , s'eft rendu maître
du Paquebot Anglois le Dauphin , armé de fix
' canons , de quatre pierriers & de vingt hommes
d'équipage. Outre plufieurs caiffes & coffres dont
ce Paquebot étoit chargé , on a trouvé à bord une
caiffe de lingots d'or pefant 238 livres . Cette
priſe a été conduite à Calais.
Le même Corſaire a rançonné fix Bâtimens Anglois
, pour la fomme de 975 guinées , & il en a
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
remis les ôtages dans le même Port.
Le Brigantin Anglois le Nancy, de 90 tonneaux,'
chargé de 90 barrils de graine de lin & de merrains
, a été pris par le Corfaire le Caincy , de
Dieppe , & eft arrivé à Dunkerque.
Le Capitaine Feray , qui commande le Corſaire
Le Comte d'Argenfon , de Dieppe , y a conduit un
Bâtiment dont le chargement eft composé de
canons , de boulets , de poudre , de fabres , de
chanvre , de toiles à voiles , & d'autres munitions
& marchandiſes.
Le Corfaire le Machault , de Granville , Capitaine
Magnonnet , a pris & conduit en ce Port le
Navire Anglois le Jean & Georges , de 300 tonneaux
, chargé de 1500 barrils de goudron , & de
2500 livres d'indigo.
Le Corfaire le Puyzieulx s'eft emparé des Navires
Anglois la Flore , de Bofton , de 90 tonneaux
, chargé d'huile de baleine & de goudron ,
& la Minerve , de Londres , de so tonneaux ,
armé de fix canons & quatre pierriers , dont la
cargaifon confifte en ris & en indigo. Ces deux
Bâtimens font arrivés à Saint-Malo .
Le Corfaire le Duc d'Aiguillon a fait conduire
en ce Port le Navire le Meffager de Bordeaux , de
60 tonneaux , chargé de vin & de fruits , & un
autre Bâtiment de 200 tonneaux , chargé de ris ,
d'indigo , de taffia , de bois de Campeche , &
d'autres marchandiſes .
11 eſt auſſi arrivé à Saint-Malo un autre Navire
Anglois de 150 tonneaux , appellé le Bofton- Galley,
de Bofton , qui a pour chargement 1300 barrils
de goudron , & 201 futailles d'indigo . Il a été
pris par le Corfaire la Comteffe de Bentheim.
Le Corfaire la Nouvelle Saxonne , de Bordeaux ,
y a conduit le Navire Anglois l'Ofgoot , venant de
AVRIL. 1757.
197
la Virginie , avec un chargement qui confifte en
250 boucauts de tabac , huit quarts d'indigo , 20
tonneaux de fer roulé , & autres marchandifes .
Le Navire Anglois le Duché de Beaufort , de
Bristol , chargé de fucre , de coton , de café , de
gingembre , & de bois de Campeche , a été pris
par le Corfaire la Repréfaille , de Bayonne.
La Cybelle , autre Corfaire de ce Port , y a fair
conduire le Navire le Molly , de Londres , de 300
tonneaux , ayant pour chargement 428 boucauts
de tabac , onze barrils & vingt- trois paquets de
pelleteries , & 25 barrils d'indigo.
Le Navire le Blackeney , de Londres , de roo
tonneaux , chargé de 208 barriques d'huile , &
autres marchandiſes , qui a été pris par le Corfaire
P'Espérance , de Bayonne , eft auffi arrivé en ce
Port.
On eftinformé que le Navire Anglois le Duc de
Scarborough , pris par le Navire la Marquise d'Amou
, de Bayonne , eft arrivé par relâche à Saint-
Ogne , & que fa cargaifon eft compofée de 600
barrils de faumon , vingt tonneaux de ftocfich
un boucaut d'indigo, une caiffe de caftors , & une
balle de toile.
Fermer
Résumé : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
En 1757, plusieurs ordonnances royales et événements marquants ont été enregistrés en France. Une ordonnance royale a réglementé l'uniforme des officiers de l'État-Major et des aides-de-camp, qui devaient porter des habits bleus doublés de la même couleur, avec des boutons de cuivre doré et des broderies en fil d'or. Les officiers généraux devaient porter un uniforme correspondant à leur grade. Le Grand Maître et le Conseil de l'Ordre de Malte ont accordé au Marquis et à la Marquise de Bauffremont la permission de porter la Croix de Malte. La Marquise de Bauffremont, héritière des Ducs d'Atri, détenait le droit de nommer une commanderie de l'Ordre en Toscane. M. de la Serre, Maréchal de Camp et Grand Croix Honoraire de l'Ordre de Saint Louis, a été nommé Inspecteur Général de l'Infanterie. Le Roi a signé plusieurs ordonnances, dont la création d'un régiment d'infanterie allemande sous le titre de Royal Deux Ponts, et des règlements concernant le service de l'artillerie et du génie, ainsi que les équipages et les tables dans les armées. Le Roi a fait construire un pavillon pour y placer un télescope de huit pieds, présenté par le Père Noël. Il a également été satisfait des expériences réalisées avec une machine pneumatique et a assisté à la soufflerie du verre. L'Abbé de Breteuil a été nommé Chancelier-Garde des Sceaux et Chef du Conseil. L'Abbé de Foy a présenté au Roi un prospectus pour une description historique, géographique et diplomatique de la France, un projet initialement conçu par M. Secouffe. Plusieurs princes du sang et ducs ont assisté à l'instruction du procès de Robert-François Damiens, condamné pour avoir attenté à la vie du Roi. Damiens a été soumis à la question ordinaire et extraordinaire avant d'être exécuté par écartèlement. Des nouvelles de la marine rapportent plusieurs prises de navires anglais par des corsaires français, avec des cargaisons variées telles que du sucre, du tabac, du coton, et des bois de teinture. Le document décrit également la composition d'un navire nommé 'Ogne' et sa cargaison, qui se composait de 600 barils de saumon, 20 tonneaux de stockfish, un boucaut d'indigo, une caiffe de castors et une balle de toile.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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99
p. 35-67
SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
Début :
XII. LORSQUE dans les Mercures précédens, j'ai indiqué plusieurs morceaux de [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Voltaire, M. Rousseau, Bernard de La Monnoye, Lettre, Abbé, Ouvrage, Prix, Poète, Homme, Oracles, Lettres, Musique, Remarques, Recueil, Opéra, Critique, Paroles, Journal, Esprit, Vérité, Magie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
SUITE fur M. de Fontenelle ,• par
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
XII.
M.TAbbé Trublet.
LORSQUE
ORSQUE dans les Mercures précédens
, j'ai indiqué plufieurs morceaux de
M. de F. tant en profe qu'en vers , & tant
imprimés que manufcrits , qui ne fe trouvent
point dans la derniere édition de fes
Euvres , je ne les connoiffois pas encore
tous , & peut-être ne les connois- je pas
tous encore . Voici ceux qui font venus
depuis à ma connoiffance . Je commence
par les imprimés.
1º . J'ai parlé dans le premier volume
du Mercure d'Avril , page 76 , d'un Poëme
compofé par M. de F , pour le prix de l'Académie
Françoife en 1675 , par confé
quent lorfque l'Auteur n'avoit encore que
18 ans , & j'ai dit que le prix fut remporté
par M. de la Monnoye. Le fujet étoit : La
gloire des Armes & des Lettres fous Louis
XIV. On ne doute point que ce Poëme në
foit de M. de F , puifqu'il y mit fon nom ,
comme on peut le voir dans le Recueil de
l'Académie de ladite année .
Mais il n'eft pas moins fûr qu'il compo
fa encore , à la vérité en gardant l'anony
me , pour le prix de 1677. J'ai trouvé .
Bvj.
36 MERCURE DE FRANCE.
parmi fes papiers une copie de ce fecond
Poëme , apoftillée de fa main , & je me
fuis reffouvenu qu'il m'en avoit parlé.
Aufff l'a - t'on mis , avec plufieurs autres
pieces du même Auteur , dans le Recueil
périodique que j'ai indiqué premier volume
du Mercure d'Avril , p . 74 , & qui a
pour titre , Le petit Réfervoir , & c. Le fujer
de 1677 étoit , L'éducation de Monseigneur
le Dauphin. M. de F. fut encore vaincu par
M. de la Monnoye. ( 1 );
( 1 ) En 1714 , & ainfi au même âge de 20 ans
M. de Voltaire compofa pour le prix de l'Académie,
& fut vaincu par un homme bien inférieur
à M. de la Monnoye , par l'Abbé du Jarry, Le
Poëme couronné , au deffous du médiocre , du
côté de la poésie , étoit encore gâté par une méprife
qui fuppofoit dans le Poëte une ignorance
groffiere en matiere de phyfique & même de
fimple géographie. Un de fes vers commençoit
par Poles , glacés , brûlans , &c . Le Vainqueur fut
très-plaifanté dans le temps , furtout par le vaincu;
& comme de pareilles occafions de plaifanter
ne laiffent pas que d'être rares , M. de V. eft revenu
plufieurs fois à la charge. Cela n'a pas empêché
que le Poëme , imprimé d'abord avec fes
poles glacés & fes poles brûlans , dans le Recueil de
PAcadémie de 1714 , ne l'ait encore été de même:
dans celui de toutes les Pieces couronnées jufqu'en
1747. Cependant l'Abbé du Jarry avoit
Gorrigé fa méprife dès 1715 ; & dans le Recueil
qu'il donna alors de fes Poéfies , parmi lesquelles
Le trouve ſon Poëme , au lieu de poles , il mit ch
SEPTEMBRE. 1757: 37
Page 79 du même Mercure , j'ai indiqué
un autre Recueil contenant beaumats
. Ce dernier mot eft jufte ; mais l'autre étoit
plus poétique , parce qu'il eft moins commun ; &
voilà , fans doute , ce qui le fit préférer au Poëte.
Il feroit aifé de citer plufieurs autres exemples ,
à la vérité un peu moins forts , de la préférence
donnée par des Poëtes célebres fur le mot propre
& jufte , à un mot plus harmonieux , plus noble ,
moins ufité , & par- là , difent- ils , plus poétique ,
mais fouvent très -impropre , & fur cela voici une
petite anecdote affez plaifante.
Un jeune Poëte vint lire à feu M. Danchet des
vers , qu'il avoit faits fur la maîtreffe ; la piece
débutoit ainfi :
Maifon, qui renfermez l'objet de mon amour , &c.
Danchet interrompit le Lecteur avec vivacité.
Maiſon eft bas , lui dit-il , trop commun du moins ..
Il y en a tant d'autres à choisir . Mettez palais ,
beaux lieux , &c . Mais , repliqua le Poëte , c'est
une maison de force.
Pour revenir à l'Abbé du Jarry , dont je n'aurois
peut être jamais d'autre occafion de parler , fi
pourtant celle- ci en eft une , je dirai en paffant
que ce mauvais Poëte a fait quelques vers trèsheureux
; ceux- ci , par exemple , dans un Poëme
couronné par l'Académie en 1679. Le fujet étoit ::
Que la victoire a toujours rendu le Roi plus facile
à la paix. Après avoir dit que ceux des Princes
ligués contre S. M. que leur impuiffance avoit
prudemment engagés à fe foumettre , en avoient:
été épargnés , au lieu que ceux qui avoient cru
pouvoir lui réfifter , étoient tombés fous fes coups
38 MERCURE DE FRANCE .
coup de pieces de M. de F. & imprimé au
commencement de cette année , fous le
vengeurs , le Poëte ajoute cette comparaiſon à la
fois fi jufte & fi poétique :
Pareils à ces rofeaux qu'on voit baiſſant la tête ,
Réfifter par foibleffe aux coups de la tempête ,
Pendant quejusqu'aux cieux les cedres élevés ,
Satisfont par leur chûte aux vents qu'ils ont bravés.
Qu'on me permette de citer encore du même
Poëte deux autres beaux vers , mais d'un carac
tere différent . Ils fe trouvent dans une Epître ou
l'Auteur annonçoit à un ami qu'il alloit prendre
le parti d'une entiere retraite. Elle finit ainfi :
Caché dans ma retraite , & comme enfeveli ,
De quelques jours j'avance un éternel oubli.
L'Abbé du Jarry remporta encore le prix de
l'Académie en 1683 , ou du moins il le partagea
avec M. de la Monnoye . Les deux pieces ayant eu
un égal nombre de fuffrages , l'Académie fit frapper
deux Médailles , chacune valant moitié du
prix , & elles furent données aux deux Auteurs.
C'eft l'unique fois que ce partage eft arrivé .
L'Abbé du Jarry étoit Prédicateur , & il a fait
imprimer des Panégyriques & des Oraifons funebres
, qui , fans être du premier mérite , ont des
beautés , entr'autres l'Oraifon funebre de M. Fléchier.
N'eft il pas fingulier qu'un Orateur de profeffion
ait remporté des prix de Poésie , plutôt que
des prix d'Eloquence ? La même chofe eft arrivée
à M. l'Abbé Séguy , à Paris & à Toulouſe. Ce fait
dit bien des chofes , fi c'étoit ici le lieu de les
י
SEPTEMBRE. 1757. 39
titre de Porte-feuille , & c. On y trouve
(tom. 2 , p. 72 ) , après les deux Lettres de
Mademoiſelle de Launay & de M. de F.
dire , & pourroit être le fujet d'une bonne Differ
tation littéraire. Très - peu de Prédicateurs de réputation
ont remporté des prix d'Eloquence dans
les Académies. Je ne me rappelle même que le
P. Rainaud , de l'Oratoire (1 ) . Beaucoup de Poëtes
très-médiocres , pour ne pas dire davantage ,
ont remporté des prix de Poéfie . Je ne nommerai
que le Poëte Gacon . En général , la profe des
Recueils académiques eft fupérieure aux vers
qu'on y trouve , & la raiſon n'en eft pas feulement
que les vers font plus difficiles que la profe , &
que néanmoins le Lecteur y eft plus difficile auffi ;
c'eft encore parce que les meilleurs efprits font
plutôt profateurs que Poëtes. Cette propofition
paroîtra peut- être un paradoxe , même à de bons
efprits , & paroîtra certainement un blafphême à
la plupart des Poëtes. Je me flatte pourtant que
les plus eftimables feront de mon avis dans le
fonds de leur coeur , du moins ceux qui écrivent
auffi -bien en profe qu'en vers , & , par exemple ,
M. de Voltaire . J'ai toujours penfé , & en le penfant
j'ai cru lui faire honneur , qu'il n'étoit pas
auffi éloigné de l'opinion de M. de la Motte fur
les vers , qu'il l'a paru dans ce qu'il a écrit pour
la combattre , ou que du moins il s'en eft fort
rapproché depuis. Quant à M. de F , il feroit
fuperflu de dire qu'il en étoit abfolument , quoique
, comme M. de la Motte , il aimât auffi beaucoup
les vers , & peut- être même plus que la
poésie.
(1) Il eft forti cette année de cette Congrégation
40 MERCURE DE FRANCE .
fur l'aventure de Mlle Tétar , & avant
une Réponſe de M. de F. à une Lettre de
M. de Voltaire , écrite de Sully ( 1 ) , on y
trouve , dis je , mais fans nom d'Auteur ,
un Poëme fur Le foin que le Roi prend de
( 1 ) M. de V. a fait imprimer fa Lettre & une
partie de la Réponse de M. de F. dans plufieurs
éditions de fes OEuvres . Dans la derniere , où elle
eft en entier ( t. 2 , p. 238 ) , à un vers près , mais
le meilleur de la piece , il a ajouté cette note :
« Cette Réponse de M. de Fontenelle eft très-
» mauvaiſe ; il en fit une autre adreffée à Mada-
» me la Maréchale de Villars , qui vaut beaucoup
» mieux , & dans laquelle eft ce vers : Il faut des
» hochets pour tout âge. Mais nous n'avons pu
retrouver cette piece. »
On ne comprend rien à cette note.
r°. Le vers n'eft pas cité exactement
de V , & M. de F. avoit dit :
Il eft des hochets pour tout âge.
2º. Ce vers étoit après ceux- ci :
J'avouerai bien , & j'en enrage ,
Que le fçavoir & la raison
Ne font auffi qu'un badinage ,
Mais badinage de Grifon ;
Il eft des hochets pour tout âge.
par M..
3. On ne connoit point la Réponſe adreffée
à Madame la Maréchale de Villars.
4º. Celle à M. de V , la feule qui exiſte , eft
wès- défigurée dans l'édition de Geneve „ 1756,
SEPTEMBRE . 1757. 41
l'éducation de la Nobleffe dans fes Places &
dans S. Cyr. C'est le fujet que donna l'Académie
Françoiſe en 1687. Si je connoiffois
l'Editeur de ce Recueil , je lui demanderois
s'il croit ce Poëme de M. de F , &
fur quelles preuves il le croit ; car M. de
F. ne m'en a jamais rien dit. Quoi qu'il en
foit , l'Ouvrage ne me paroît pas indigne
de lui , & j'y trouve affez fa maniere. Cependant
le prix fut donné à une Ode de
Mlle Deshoulieres , fille de la célebre Dame
de ce nom. Comme celle - ci ne mourut
qu'en 1694 , & âgée feulement de 56 ans ;
elle cut peut- être grande part , du moins
par fes confeils , à la Piece couronnée , fi
même elle n'en eft pas l'unique & véritable
Auteur. L'Ode me paroît pourtant inférieure
au Poëme, & je doute que l'Académie de
1757 jugeât comme celle de 1687. Mais
peut-être que l'infériorité de l'Ode fut
excufée , ou même moins fentie , parce
que l'Auteur y déclaroit fon fexe , & qu'on
fçut qu'il ne trompoit point .
Dans un fuperbe enclos , où la fageffe habite ,
Où l'on fuit des vertus les fentiers épineux ,
D'un âge plein d'erreurs mon foible fexe évite
Les égaremens dangereux.
D'ailleurs, il ne faut qu'un très- mauvais
vers pour faire manquer le prix à une pie
142 MERCURE DE FRANCE.
ce meilleure , à tout prendre , que celle
-qu'on lui prefere . Or il y en a un trèsmauvais
dans le Poëme. L'Auteur parlant
des Compagnies de Cadets créées en 1682 ,
dit :
Tous ces jeunes Guerriers inftruits de ce qu'ils
doivent
Au bras qui les foutient , au fecours qu'ils reçoi
vent ;
Fiers de porter le nom d'éleves d'un Héros ,
Brûlent de quitter l'ombre & le fein du repos.
De fes nobles leçons qu'il leur demande compte,
Que fa justice excite une vengeance prompte ,
Ils partent , &c.
Voilà , je le répete , un bien mauvais
vers , & on fçait d'autant moins ce que
fignifie excite , qu'il paroît d'abord' fignifier
quelque chofe. Quelqu'un de mes Lecteur
dit fans doute que ce n'eft là qu'une
faute d'impreffion , une faute auffi aiſée à
corriger qu'à appercevoir , & qu'il faut
lire exige au lieu d'excite. Je le penfe auffi .
Cependant cette faute fe trouve , & dans
le Recueil de l'Académie , & dans le Portefeuille
, &c. N'étoit - elle donc point dans
le manufcrit même fur lequel la piece fut
jugée , & ainfi une faute , non du Poëte
fans doute , mais de fon Copifte , plutôt
que de l'Imprimeur
SEPTEMBRE . 1757. 43
Si ce Poëte eft M. de F , & qu'il eût
été couronné , il eût obtenu en 1687 la
double couronne des vers & de la profe ;
car il remporta le prix d'Eloquence par
fon Difcoursfur la patience. C'eft peut- être
une raifon de lui attribuer le Poëme. M.
de F. penfoit dès-lors à fe préfenter pour
l'Académie , & s'y préfenta en effet l'année
fuivante , quoique , comme on le fçait , il
n'ait été élu qu'en 1691. Or deux prix en
deux genres , remportés dans la même année
, auroient ajouté un titre à tous ceux
qu'il avoit déja ; & ce nouveau titre ,
quoique le plus foible , pouvoit bien paroître
le plus fort .
Je demande pardon d'un détail auffi
minutieux ; mais il intéreffe peut - être M.
de F.
2º. Lettre en réponſe à une autre , qui
contenoit une difficulté contre un endroit
de la pluralité des Mondes. J'ai les deux
Lettres.
3. Eclairciffemens fur la premiere partie
de l'extrait que les Auteurs du Journal
Littéraire avoient donné des Elémens de la
géométrie de l'Infini. Ces Eclairciffemens
font dans le tome 16 de ce Journal.
On voit par ces deux écrits , & par un
troifieme dont je parlerai plus bas , que
M. de F. n'étoit pas auffi décidé qu'on l'a
44 MERCURE DE FRANCE.
dit , à ne répondre à aucune critique ; il
auroit eu tort de l'être. Il l'étoit néanmoins
à l'égard des critiques d'ouvrages
de pur agrément. Quoique dans ce dernier
cas , une réponſe puiffe être fort
agréable , utile même par les principes de
goût qu'on y aura répandus , elle eft ordinairement
fuperflue ou inutile à l'ouvrage
critiqué. S'il eft bon , la critique ne lui a
pas fait grand mal , ou ne lui a fait qu'un
mal paffager. S'il eft mauvais ou médiocre
, une réponse à une critique qui l'a
prouvé tel , ne lui fera aucun bien. D'ail
leurs , les critiques de cette efpece d'ouvrages
ne font fouvent que des plaifanteries
, des railleries , & l'on n'y pourroit
guere répondre que par d'autres. Mais celles-
ci , fuffent -elles meilleures , & couvriffent-
elles l'agreffeur du ridicule qu'il a
voulu donner , il y auroit encore plus à
perdre qu'à gagner pour le fage. ( 1 )
( 1 ) Voir la Lettre à M. L. M. D. S. A. à la tête
du Jugement de Pluton fur les Dialogues des Morts.
Ce Jugement eft une véritable critique de ces
Dialogues , & M. de F. ne le donna point fous
fon nom . La Lettre que je cite eft fignée D. H.
J'ignore fi les lettres initiales de l'adreffe , indiquent
un nom & un homme réels . S'il s'agiffoit
d'un Ouvrage très - poftérieur au Jugement de
Pluton ( il parut en 1684 ) , je ne balancerois pas
à croire que la lettre qui le précede eft adreffée
SEPTEMBRE. 1757. $
>
45
Quant aux critiques d'ouvrages
de
fcience , il eft fouvent utile & même né- >
ceffaire d'y répondre
, lorfqu'on
eft en
état de le bien faire ; & on le doit à la vérité
, furtout fi c'eft une vérité importante
, autant qu'à fa propre réputation . Si
M. de F. ne repliqua point au P. Baltus
on en devine aifément les raifons . Feu M.
du Marfais avoit repliqué pour M. de F ,
non feulement fans y être invité
lui
, par
mais encore malgré lui . Le P. le Tellier empêcha
que fon livre ne fût imprimé . M. de
F. m'a conté que lifant la Réponse du P.
Baltus ( c'eft le titre de l'ouvrage
) , trouvant
à chaque page qu'une replique feroit
très-aifée , & l'envie de la faire devenant
de moment en moment plus forte ,
il avoit fermé le livre de peur de fuccomber
à la tentation , & pris la réfolution
de n'en pas achever la lecture. Il m'a
affuré qu'il l'avoit tenue , & qu'il n'avoit
jamais lu l'ouvrage en entier . En cette
matiere , comme en quelques
autres , la
fuite eft fouvent pour les plus forts l'unique
moyen de vaincre . ( 1 )
à M. le Marquis de Saint- Aulaire , fi lié depuis
avec M. de F. mais je doute qu'il le fût déjà en
1684 , puifque M. de F. ne s'étoit pas encore fixé
à Paris.
(1 ) Voici ce que M. de F. écrivit là deffus lo
46 MERCURE DE FRANCE.
Il y a plus encore , M. de F. n'avoit aucun
empreſſement pour lire ce qu'on écri-
3 Août 1707 au célebre M. le Clerc , qui dans la
Bibliotheque choisie ( t . 13 , 1707 ) avoit pris la
défenſe de l'Hiftoire des Oracles contre la Réponse
du P: Baltus.
€ « Je ne répondrai point au Jéfuite de Stras-
» bourg , quoique je ne croye pas l'entrepriſe im-
» poffible ; mais l'Hiftoire de l'Académie des Scien-
» ces me donne trop d'occupation , & tourne
>> toutes mes études fur des matieres trop diffé-
-rentes de celles - là . Ce feroit plutôt à M. Van-
» Dale à répondre qu'à moi ; je ne fuis que fon
» interprete , & il eft mon garant. Enfin je n'ai
» point du tout l'humeur polémique , & toutes les
querelles me déplaifent . J'aime mieux que le
» Diable ait été Prophete , puifque le P. Jéfuite
» le veut , & qu'il croit cela plus orthodoxe. ر د<<
Je ne crois pas que cette Lettre ait été imprimée.
Je la tiens de M. Boullier , qui l'a tirée de la
Bibliotheque des Remontrans à Amſterdam. Il
croit qu'on y en conferve encore quelques autres
de la même main ; je les lui ai demandées.
a pour
L'article de la Bibliotheque choisie auquel a
rapport la Lettre de M. de F. à M. le Clerc ,
titre : Remarques fur le démêlé qui eft entre M. de
Fontenelle , Auteur de l'Histoire des Oracles , &
le P. Baltus , Jéſuite , Auteur de la Réponse à
cette Hiftoire , &c. le Journaliſte donne ces remarques
comme l'ouvrage d'un autre ; je les crois de
lui- même , & on le foupçonneroit à la maniere
feule dont il en parle en les annonçant. Dailleurs,
fes autres Ouvrages y font cités plufieurs fois . Enfin ,
la plupart de ces Remarques font très- bonnes & trèsjudicieuſes.
Cet Auteur , quel qu'il foit, dit dès le
SEPTEMBRE . 1757. 47
voit contre lui ; il ne le lifoit que lorfque
le hazard le faifoit tomber entre fes mains,
α
commencement de fon écrit , « qu'ily a pu avoir des
>>- oracles véritablement rendus par desDémons, ou
» par des Intelligences qui font au deffus de la na-
» ture humaine , quoiqu'il ne doute point que des
>> hommes n'aient fouvent été les auteurs des ré-
» ponfes qu'on attribuoit à ces Intelligences . » Il en
conclur que M. de F. & le Pere B. font allés, chacun »
de fon côté, un peu trop loin. Mais quand il vient
au détail , il eft prefque toujours pour M. de F ,
& le défend prefque furtout contre le Pere B.
De plus , il ne parle jamais du premier qu'avec
beaucoup d'eftime , & peut- être ne ménage-t'il
affez le fecond . Mais M. le Clerc étoit Protef
tant. D'ailleurs le Pere B. avoit auffi trop peu
ménagé M. de F, & l'Auteur des Remarques l'en
blâme en plus d'un endroit . Je n'en citerai qu'un.
pas
* «
« Notre Auteur , dit celui des Remarques , qui
Ds'adreffe perpétuellement à M. de F , comme s'il
Dle fermonoit , & qui lui parle avec beaucoup
» d'autorité , gliffe en divers endroits des fuppofitions
, comme fi c'étoient des vérités claires
>>& fe met à le cenfurer avec gravité , comme fi
» le ton dont on dit les chofes , fervoit à les rendre
démonftratives . Je crois que M. de F. s'en
plaindra , au moins à fes amis , s'il ne le fait
» publiquement. Cet habile homme , &c . »
Cette louange d'habile hømme revient plus d'une
fois. Mais en voici une qui caractériſe encore plus
précisément M. de F. Le Pere B. ayant avancé qu'il
ne voyoit pas ce que l'Auteur de l'Hiftoire des Oracles
pourroit répondre à &c . celui des Remarques ,
dit : Je m'imagine qu'un homme d'un efprit auffi
v pénétrant & auffi éclairé que lui , ne manquera
a
110.
48 MERCURE DE FRANCE.
& ce hazard étoit affez rare . Traité avec
beaucoup d'égards dans les fociétés qu'il
» pas de replique , s'il veut fe donner la peine d'en
» chercher. Mais je répondrai pour lui , en atten :
» tendant , que , &c. »
Dans les nouvelles de la République des Lettres,
Mai 1687 , article premier , on trouve une Lettre
de M. Van- Dale à un de fes amis au fujet de
'Hiftoire des Oracles. En voici le début :"
« J'ai lu avec bien du plaifir l'Hiftoire des Ora-h
» cles faite par unAuteur François, où je fuis copié :
» fidélement. J'approuve la liberté qu'il s'eft don
» née de tourner ce que j'avois avancé dans mes
» deux Differtations fur ce fujet , au génie de fai
» Nation.
>> Celui de nos peuples eft un peu différent : ils
» fe défient furieufement du tour de l'efprit & dès
» graces du langage , & ne fe fatiguent point , en
» matiere de faits conteftés , du nombre des preu-
» ves , pourvu qu'elles foient folides & finceres.<
» Je fuis fort fatisfait que l'ingénieux Auteur des
» Dialogues des Morts ait jugé les miennes de cette
» nature , & qu'il ait eu la bonté de les appuyer
» de beaucoup des fiennes , qui font convain-
>> cantes & judicieuſes. Il eft vrai qu'il change
» & renverſe terriblement toute l'économie de
» mon Ouvrage , dont il témoigne dans la préface
avoir eu d'abord le deffein de fe rendre feule
» ment le Traducteur . »
Deftruit , adificat , mutat quadrata rotundis.
» Mais loin de le trouver mauvais , je le loue
» d'avoir facilité la connoiffance de cette impor-
» tante queſtion aux honnêtes gens de l'un & de
fréquentoit 2
SEPTEMBRE . 1757. 49
fréquentoit , égards qu'il s'attiroit autant
par ceux qu'il avoit lui -même , que par fa
>> l'autre fexe de fon pays , & j'avoue qu'il a eu
» raifon de les décharger de la peine de lire quan-
» tité de citations ennuyeuſes. Mais ce fçavant &
» galant homme me pardonnera fi je dis qu'il a
» oublié des chofes importantes , & qui pouvoient
» être plus décifives & moins ennuyeufes que
» d'autres , dont il a fait emploi dans fon Ouvra-
» ge. C'eft peut - être un malheur pour la cauſe
» qu'il foutient avec moi , qu'il ne foit pas dans
» un pays de liberté car je ne puis imputer à
>> une autre raiſon le filence qu'il a gardé , où les
» déguifemens qui femblent l'avoir commandé
» faits de conféquence. »>
M. Van-Dale explique enfuite en quoi confiftent
ce filence & ces déguisemens . « M. de F , dit-
» il , paffe l'éponge fur ce que j'avois écrit des
livres Sybillins.... Il n'a point voulu toucher
» à la vifite que Saül , troublé d'eſprit , rendit
» la prétendue Magicienne d'Endor . Ces deux
» faits de fi grand éclat où la fourberie une fois
» bien prouvée , porte un fi grand coup à toutes
» les autres que nous combattons , méritoient- ils
» d'être enfèvelis dans un fi profond filence par
» notre Auteur ? >>
M. Van-Dale examine de nouveau ces deux
faits , principalement le dernier.
Il dit plus bas : « Je fuis bien loin de mon
>> compte , fi notre Auteur a parlé fincérement
» lorsqu'il a dit dans fa Préface: Je déclare que fous
» le nom d'Oracles , je ne prétens point comprendre
» la magie , dont il eft indubitable que le Démon
» fe mêle. . . . En vérité cet habile homme a trop
» de lumieres pour ne pas voir que l'un n'eft pas
C
go MERCURE DE FRANCE.
grande réputation & la confidération dont
il jouiffoit , on n'alloit guere lui dire ,
» mieux fondé que l'autre. » C'eft- à- dire , la
magie que les Oracles.
Il cite enfuite plufieurs paffages des Anciens ,
par lefquels on voit qu'ils regardoient la magie
comme une fourberie. Il cite entr'autres Ciceron
& Pline.
« Après cela , continue M. Van-Dale , com-
» ment notre Auteur qui les avoit lus fans doute ,
» a-t'il écrit fi hardiment que les habiles Payens
» regardoient la magie d'un autre ceil que les
>> Oracles » ;
M. Van-Dale ne comprend pas que M. de F,
ait voulu prouver par l'autorité des Poëtes , furtout
de Lucain , que la magie s'exerçoit par
l'intervention du Diable . « Où en fera- t'on , dit-
>> il , fi l'on croit de bonne foi Virgile , lorfqu'il
» dit ( Eglogue 8 ) que les vers ou les charmes font
» defcendre la Lune des Cieux ? &c, »
Enfin M. Van-Dale dit nettement que fi on
laiffe la magie aux Démons , on ne peut pas leur
ôter les Oracles.
Mais fi le témoignage des Poëtes & des beaux
efprits n'eft d'aucun poids , lorfqu'ils paroiffent
croire aux Magiciens , aux Devins , & c. il n'en
eft pas de même , felon M. Van- Dale , lorfqu'ils
s'en moquent & de ceux qui y croient , furtout
s'ils le font publiquement , & avec la permiffion
du Magiftrat ; car il réfulte de- là non feulement
que l'opinion immolée à la rifée publique , n'eſt
qu'une fottife populaire ; mais encore que ceux
qui ont l'autorité en main , ont penſé qu'il étoit
utile d'en défabufer le peuple , quoiqu'il ne le fût
peut-être pas de lui ôter tous fes préjugés,
SEPTEMBRE. 1757 .
sr
quoiqu'on l'eût pu fans lui faire beaucoup
de peine , qu'il couroit une Epigramme
contre lui ; qu'il étoit malignement attaqué
dans une brochure , &c . & de fon côté
il ne faifoit guere de queftions relatives à
lui-même & à fes écrits. Il n'avoit point
cette curiofité , fi vive dans la plupart des
Auteurs , de fçavoir le mal qu'on dit de
M. Van-Dale cite donc avec complaifance le
Livre intitulé , le Comte de Gabalis & la Comédie
de la Devinereffe. « Je ne compte pas pour rien ,
» dit-il , ce qui a été joué publiquement , à Paris
» même , dans cette Comédie ; car j'y trouve une
» partie des fecrets de ces fourbes , affez agréa
» blement découverts. »
On fçait que le fçavant Pere Thomaffin ( & M.
de F. n'a pas manqué de le citer ) avoit déclaré en
termes formels dans la Méthode d'étudier & d'enfeigner
chrétiennement les Poetes : « Que les Ora-
» cles n'étoient que des impoftures où les hom-
» mes fe trompoient les uns les autres par des
» paroles obfcures & à double fens. »
Le Journal des Sçavans donna en 1707 un extrait
fort étendu du Livre du Pere Baltus. « On a laiffé
» jouir M. de F. pendant 20 ans, dit le Journaliſte ,
», de toute la gloire qu'il pouvoit recueillir d'un
>> Ouvrage où il occupoit agréablement le Pu-
» blic , fans prétendre le moins du monde inté
» reffer le Chriftianifme. Quel Ecrivain , après
» une fi longue poffeffion , ne croiroit fon fenti
» ment à couvert de la cenfure ? Voici pourtant
» un Adverfaire qui vient d'entrer en lice contre
» M. de F , au fujet des Oracles. Il traite l'affaire
» fur un ton fort férieux , &c . »
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
leurs Ouvrages ( car ils fçavent bien qu'on
en dit toujours ) , de le fçavoir exactement
& dans le plus grand détail , & furtout de
connoître ceux qui le difent. Auffi ignoroit-
il jufqu'à l'exiftence de plufieurs de
ces Epigrammes & de ces brochures ; & il
l'a quelquefois dit , mais fimplement & fans
malice, à leurs Auteurs mêmes, qui perfuadés
qu'il ne pouvoit ignorerqu'ils avoient
écrit contre lui , venoient lui en marquer
leur repentir vrai ou faux. J'en connois
un entr'autres qui fut très - fâché d'avoir été
apprendre à M. de F. ce qu'il n'auroit jamais
fçu fans lui , & bien plus piqué encore
qu'il ne le fçût pas.
4°. Deux lettres fur le Tutoiement parmi
celles de M. Vernet fur le même fujet.
en 1752. Ce recueil eft très connu , &
mérite de l'être . Il s'agiffoit de fçavoir
fi dans les traductions Françoifes de la bible
, il faut conferver le tutoiement de l'original
. M. de F. eſt pour l'affirmative , &
ainfi de l'avis de M. Vernet qui l'avoit confulté
( 1 ) . Comme les lettres de M. Vernet ,
imprimées à la Haye , ne font pas entre
les mains de tout le monde , je citerai un
morceau d'une de celles de M. de F.
(1 ) Bayle penfoit autrement. Voyez parmi fes
Lettres la 80 & la fuivante,
SEPTEMBRE . 1757. 53
و د
و ر
"Notre Vous étant undéfaut des Lan-
>> gues modernes , il ne faut point cho-
" quer la nature en général , & l'efprit de
l'ouvrage en particulier , pour fuivre ce
» défaut. Je crois que ces remarques au-
» roient lieu à l'égard de tout livre facré
» d'une Religion quelconque , comme l'Al-
» coran , les livres Religieux des Guebres ,
» &c. Comme la nature de ces livres , eft
» de devoir être refpectés , il fera toujours
bon de leur faire garder le caractere
original , & de ne leur jamais donner
des tours d'expreffion populaire. L'exemple
de nos traducteurs qui ont affecté
» le beau langage , ne doit pas plus être
fuivi que celui du Prédicateur du Specta-
» teur Anglois , qui difoit , que , s'il ne
craignoit pas de manquer à la politeffe, &
» aux égards qu'il devoit avoir pour fes
» Auditeurs , il prendroit la liberté de
» leur dire que leurs déportemens les méneroient
tout droit en enfer.
ور
ور
"
و د
و د
s
"
"3 "
M. de Montesquieu , confulté auffi par
M. Vernet , avoit répondu comme M. de
F , & s'étoit déclaré pour le Tutoiement.
Cet avis fut attaqué par des Proteftans même
, quoiqu'ils duffent plutôt en être que
des Catholiques , entr'autres par l'Auteur
de l'écrit intitulé , Remarques fur une dif
fertation qui traite de l'ufage du toi & du
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
vous dans une verfion de la bible . Cet écrit
très bien fait , eft daré de Geneve , premier
Juin 1752 , & fe trouve dans la Bibliotheque
impartiale ( 1 ) , même année , tome
fix , troifieme partie , page 307. L'Auteur
des Remarques n'avoit garde de ne pas
répondre à deux fuffrages d'auffi grand
poids que ceux de MM. de M. & de F. Le
premier ne l'embarraffe guere. L'Auteur des
Lettres Perfannes , dit-il , avec son goût
oriental , ne pouvoit manquer d'être pour le
toi.
M. de F. l'embarraffe davantage , & il
ne l'expédie pas ainfi en un mot. Je rapporterai
néanmoins le paffage en entier ,
quoi qu'un peu long , parce que M. de F.
y eft affez bien caractériſé ; j'ajoute , parce
qu'il y eft juſtement critiqué. J'ai déja
donné plus d'une preuve de fincérité fur
fon compte. Voici donc le paffage.
"
« Le fuffrage de M. de F. n'eft pas fi aifé
à expliquer. S'il avoit
paru s'échauffer
pour les anciens " on pourroit
croire
qu'il regarde
leur toi comme
quelque
chofe de facré qu'il falloit conferver
,
(1 ) C'est le titre d'un Journal imprimé en Hol-
Lande , & ainfi peu répandu en France. M. Formey
, Secretaire de l'Académie de Pruffe , étoit
d'abord feul à le faire . Il y travaille encore aujour
d'hui , mais il aplufi curs affociés,
;
SEPTEMBRE . 1757. 55
23
furtout dans nos verfions de la bible :
» mais dans la fameufe difpute des An-
» ciens & des Modernes , il ne parut point
» un admirateur outré de tout ce qui nous
» vient de l'antiquité. Je crois donc que fa
réponſe a été dictée par la politeffe ; elle
n'eft pas même fi décifive qu'on voudroit
» nous le perfuader. Celui qui l'avoit
» confulté , l'avoit averti , en lui propo-
» fant la queftion , que nous voulions gar-
» der le Tutoiement , foit quand Dieu parle
» à l'homme, foit quand l'homme s'adreſſe
» à Dieu. Qu'a donc fait M. de F ? Il a ex-
» cufé le vous des Catholiques , & approuvé
également notre Toi ; mais il
conclut que le mieux , feroit de s'en te-
» nir uniformément , ou à l'un ou à l'au-
»tre. On en a inféré que pour des gens
» réfolus à retenir le Tutoiement dans une
partie de la verfion , comme en parlant
, à Dieu , on doit le retenir partout , pour
» éviter la bigarrure .
D
"
"
» Il paroît dans cette réponſe de M. de
» F. qu'il a analiſé la queſtion en vrai Phi
» lofophe ; mais on n'y trouve pas tout-à-
» fait le bon critique. En voici un exemple.
Dans une traduction de l'Ecriture
» Sainte , dit-il , Dien ne dira jamais nous
» au lieu de je : il est trop effentiellement un
»feul ; c'est là ſa ſuprême élévation. Com-
23
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
" ment M. de F. veut- il donc qu'on tra-
» duife , faisons l'homme à notre image ? Et à
» l'occafion de la tour de Babel ; defcendons
» & confondons leur langage ( 1 ) . Mais s'il
ne s'eft pas bien fouvenu de fa Geneſe , en
écrivant fa réponſe , il paroît , comme je
l'ai déja remarqué , qu'il n'a pas oublié
»fa politeffe ordinaire.
»
»
30
و د
» Un homme d'efprit me difoit à l'occafion
de cette lettre , qu'on devoit faire
peu de fonds fur ces fuffrages mendiés ;
" que quand il lui importeroit d'en avoir
» des pays étrangers , il fe faifoit fort d'en
» être toujours bien pouryu ; que tout dépend
de la maniere de propofer le fenti-
» ment qu'on veut faire approuver . Dès
qu'on paroît s'y intéreffer beaucoup , le
fçavant que vous confultez , pour peu
» qu'il fçache vivre , fe gardera bien de
» vous contredire .
و ر
ود
ور
"
»
» Il s'agiroit donc de fçavoir fi on a confulté
M. de F. avec beaucoup de fang
» froid , ou fi on lui aura paru s'affection-
» ner beaucoup pour le Toi . C'eft fur quoi
» nous n'avons que des conjectures. Mais
» à en juger par les écrits que nous avons
» vus , l'Auteur s'étoit fort échauffé fur
» fon fujet. »
- ( 1 ) Gen. I , 26. XI , 7.
SEPTEMBRE. 1757. 57
5. Traductions en profe de plufieurs Cantates
& airs Italiens . Elles furent faites
pour le concert Italien qui fe tenoit en
1724 , chez M. Crozat , le cadet , & qui
fe tint depuis dans une falle du château des
Thuilleries. J'étois le bel efprit de ce concert,
difoit quelquefois , M. de F. Comme il
ne fut tiré que peu d'exemplaires du livre
qui contenoit ces traductions avec l'Italien
a côté; qu'il ne fut donné qu'aux afſociés ,
& qu'ainfi il eſt aujourd'hui très - rare , j'en
mettrai ici l'avertiffement qui eft trèscourt.
و د
« Ces Ariettes Italiennes ayant été déta-
" chées d'un grand nombre de différens
» opera , il faut fuppofer qu'elles avoient
" aux fujets & aux fituations des pieces ,
» un rapport qu'on ne découvre plus dans
» la plupart qu'affez imparfaitement.
"
" On n'a traduit ces paroles que pour
" faire mieux goûter les airs qui les expriment
, fouvent attachés aux mots ; &
» par cette raifon , on a rendu la tradue-
» tion la plus littérale qu'il fût poffible ,
quoiqu'elle puiffe en cet état n'être pas
>> affez avantageufe aux Poëtes.
"
Mais on fçait que le génie des deux
» langues , l'Italienne & la Françoiſe ,
» eft très différent , & que furtout en
matiere d'amour & de galanterie , dont
·
C v
58 MERCURE DE FRANCE.
il est principalement queſtion ici , leur
ftyle ne reffemble prefque point. »
"
En voici bien la preuve dans l'Ariette
fuivante :
Col raggio placido della speranza
Lamia cofianza
Lufinghi in me :
Cofi queft'anima di più non chiede ,
Che la fua fede ,
La fua mercè.
Tu flantes ma conftance de quelque doux
rayon d'espoir. Je ne demande rien de plus
pour récompenfe que ma fidelité même .
Ce n'est pas feulement en matiere d'amour
& de galanterie , que le génie des
deux langues ou plutôt des deux Nations
, eft différent ; c'eft en toute matiere.
Voici , par exemple , ce que dit
un Pere , qui après avoir perdu un fils
qui lui étoit très cher , avoit encore
éprouvé les plus cruels malheurs.
-
Vieni , o morte ; il fine è giunto
Del mortal mio grave efiglio ;
Non tardar , ch'è tempo omai.
Se nonfirfe , cifù in quel punto
Che uccidefti il caro figlio ;
Che d'aller non viſſi mai.
SEPTEMBRE. 1757. 59
Viens , ô mort , viens finir pour moi le
trifte exil de cette vie mortelle , ne differe pas ,
il est temps. Si ce n'eft que ce temps arriva
lorfque tu m'enlevas mon cherfils , je n'ai pas
vécu depuis ce moment.
Voici d'autres paroles qui feroient affez
françoifes , fi nous aimions autant les
comparaifons dans nos opera , que les Italiens
les aiment dans les leurs
, parce
qu'elles donnent lieu au muficien de peindre
& de briller.
Bramofo cacciatore
Seguendo và
La preda fugitiva ș
Alfin l'arriva ,
E ottien quel che bramò :
Ma quando fiegue un core
Crudel beltà ,
Ha innanzi ognor l'aspetto
Del caro oggetto ,
Ed ottener non può.
Un Chaffeur ardent pourfuit fa proie fugitive
; enfin il la joint , & obtient ce qu'il a
defiré mais quand on pourſuit une beauté
cruelle , on a à toute heure devant les yeux le
bien que
l'on defire avec ardeur , & on ne
Peut l'obtenir
.
Les Italiens préferent les images fortes
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
& terribles à celles qui font douces & gracieuſes.
C'est qu'ils aiment ce qu'ils appellent
Strepitofa mufica , une mufique
bruyante. Voici un morceau du premier
genre.
Le profonde vie dell' onde
Dammi , o ciel ! di rifolcar
El mio nome, e l'ardimento ,
Di Spavento
Empia ancora i liti , e'l mar ;
E farò ch' il fangue scorra ,
Frà quel liquido elemento ,
I miei torti à vendicar.
O ciel ! accorde moi de fillonner encore le
vafte fein des ondes. Que mon nom & mon
audace rempliffent encore d'épouvanto les rivages
& les mers ; & je vangerai mes injures
en faifant couler lefang fur ce liquide élement.
Au refte , le choix de ces airs ayant été
fait fur la beauté de la mufique , & non
fur celle des paroles , il ne feroit pas julte
d'en tirer une conféquence générale contre
les paroles des airs Italiens , furtout
contre celles des fcenes , & des poëmes
pris en leur entier , furtout encore contre
les poemes d'Apoftolo-zeno , & de l'Abbé
Metaftafio , les uns & les autres très- eſtimés
, principalement les derniersplus conSEPTEMBRE
. 1757 .
61
par la
nus ici que les premiers , du moins
belle traduction de M. Richelet. ( 1 ) Cependant
, en Italie comme en France , le Poëte
qui doit toujours tant de complaifance au
Muficien , lui doit des facrifices dans les
paroles des airs proprement dits , des grands
airs, & qu'ainfi ( pour le remarquer en paffant
) , nous appellons très- improprement
Ariettes . Il faut que ces paroles ne foient que
des mots bien lyriques ; & moins le fens
en fera fort de penfée & même de fentiment,
plus la mufique pourra en être forte ,
par une harmonie plus travaillée , une
mélodie plus variée , & une mefure plus
exacte dans l'exécution . Avec des mots qui
ne difent rien , la mufique vocale a toute
la liberté de l'inftrumentale.
M. de F. n'étoit point parvenu à goûter
la mufique Italienne autant que la Françoife
; mais il étoit affez porté à croire
qu'il avoit tort , & que la feule premiere
habitude lui faifoit prendre plus de plaifir
à la mufique Françoife qu'à l'Italienne . Il
( 1 ) Les Journaliſtes de Trévoux ont donné
Pextrait de quelques- uns des plus beaux Opera de
Metaftafio , non fur la traduction Françoife , mais.
fur l'original Italien . Ils ont même traduit en vers
les morceaux qu'ils ont cités. Voyez le premier
volume du Journal de Janvier , & ceux de Fevrier
& de Mars 175Z+
62 MERCURE DE FRANCE.
featoit d'une façon & jugeoit de l'autre :
peu de gens en ont la force. Il faut néan-.
moins l'avoir pour être Philofophe ; le
fentiment eft quelquefois auffi trompeur
que les fens.
La difpute fur les deux Mufiques avoir
commencé avec le fiecle , par un petit ouvrage
que l'Abbé Raguenet avoit compofé.
à fon retour d'Italie , & qu'il avoit intitulé
; Parallele des François & des Italiens an
fujet de la mufique & des opera M. de F.
en avoit été le Cenfeur ; & fon nom ne fûtil
pas au bas de l'approbation , on auroit
pu le reconnoître , ou du moins le foupçonner
, à la maniere dont elle eſt tournée.
Je crois , dit- il , que ce parallele fera
bien reçu du public , pourvu qu'il foit capable.
d'équité.
M. de Freneufe ( 1 ) écrivit contre l'ouvrage
, l'Auteur , l'Approbateur , & enfuite
contre M. Andry , qui d'abord favorable
au défenfeur de la mufique Françoife
dans le Journal des Sçavans , ceffa de
l'être lorfque l'Abbé Raguenet eut repondu,
& que M. de Frenenfe eut repliqué. Je ne
connois guere d'écrits plus vifs , plus
amers , & plus malins , que ceux que M.
(1 ) Jean- Laurent le Cerf de la Vieville-de Fre
neufe , Garde des Sceaux du Parlement de Noxmandie.
SEPTEMBRE. 1757. 63
de Frenenfe publia à cette occafion. Il n'étoit
pourtant qu'Amateur , & non Artiſte ;
mais il étoit amateur juſqu'à la paffion.
Extrême en tout , il aima l'étude avec la
même ardeur , & s'y livra avec le même
excès ; delà fa mort dans la fleur de fon
âge ( 1 ) . M. de F. qui l'avoit va à Rouen , &
depuis à Paris , m'a dit que fi quelqu'un ,
par une vivacité & une fenfibilité extrêmes,
avoit jamais mérité le nom de fou , de
fou complet , de fou par la tête & par le
coeur , c'étoit ce M. de Freneufe. Mais
comme la folie n'exclut que la raifon &
non l'efprit qu'elle fuppoferoit plutôt , M.
de Freneufe en avoit beaucoup , & même
tant , pour me fervir du mot de Sorbiere ,
qu'il n'avoit pas le fens commun. ( 2)
Sa comparaifon de la musique Italienne &
Françoife ( c'eſt le titre de fon Livre contre
celui de l'Abbé Raguenet ) iuftifie parfaite
ment le portrait que M. de F. m'a fait de
l'Auteur.
Cependant ce Livre eft curieux par un
grand nombre d'anecdores fur l'Opera
François , Acteurs & Actrices , Poëtes &
Muficiens , & c. On l'a réimprimé en Hollande
à la fuire de l'Ouvrage intitulé ,
( 1 ) Né en 1674 , il mourut en 1707 ,
33 ans.
(2) Sarberiana , page 97.
âgé de
64 MERCURE DE FRANCE .
Hiftoire de la Musique & de fes effets , en
2 vol. in- 12. Il commence à la moitié du
premier volume , & forme encore tout le
fecond. (1)
Je me fouviens qu'après la Lettre de M.
Rouffeau de Geneve fur la Mufique , dans le
fort de la difpute qu'elle renouvella , &
lorfqu'on préparoit l'Opera de Roland ,
rappellant à M. de F. l'approbation qu'il
avoit donnée au Parallele , & c. je lui
dis que cet Opera pourroit bien n'avoir pas
aujourd'hui autant de fuccès qu'il en avoit
eu autrefois , parce que les partiſans de la
muſique Italienne & des Bouffons , avoient
prédit qu'il tomberoit ; qu'ils mettoient
tout en oeuvre pour l'accompliffement de
leur prédiction ; qu'ils étoient en trèsgrand
nombre , peu adroits à la vérité, mais
très- ardens , en un mot de vrais Freneuſes ;
qu'enfin il y avoit parmi eux des gens de
beaucoup de réputation & de mérite , &
très-fupérieurs aux Raguenets ; qu'au refte
cet Abbé avoit eu aufli fon coin de folie ,
( 1 ) On trouvera de grands détails fur M. de
Freneuſe , & fur fa diſpute avec l'Abbé Raguenet
& M. Andry , dans une Lettre d'un Religieux Bémédictin
de la Congrégation de S. Maur , imprimée
dans le Mercure d'Avril 1726. Ce Bénédictin eſt
Dom Lecerf, frere de M. de Freneuse , & Auteur
de la Bibliotheque des Ecrivains de la Congréga
sion,
SEPTEMBRE. 1757. 69
ود
puifqu'il finit par fe couper la gorge, & c . ( 1 )
Eh bien , me dit M. de F , quand j'eus
tout dit , ( car il laiffoit volontiers tout dire,
& à moi- même. ) « J'applique mon approbation
du Paralelle à l'Opera de Ro-
» land. Il est très- beau , & je prédis à mon
» tour qu'il réuffira , pourvu que le public
»foit capable d'équité. » Il réuffit en effet ;
mais , foit habitude , foit équité dans le
public , l'une & l'autre furent bien fecondées
, à ce que j'ai entendu dire , par l'excellent
Acteur ( M. de Chaffé ) qui joua le
rôle de Roland.
ود
Du premier Juin.
J'en étois là , lorfque j'ai reçu l'autre
petit livre que j'avois demandé au Public
avec celui des Doutes fur les caufes occafionnelles
, je veux dire , le retour des pieces
choifies , &c. ( 2) J'y ai trouvé ce qui me
le faifoit defirer , de bonnes réflexions d'un
zélé Malebranchifte fur le livre des Doutes ,
&c. une réponse de M. de F. à ces Réflexions
, adreffée en forme de lettre à
leur Auteur , & enfin une replique de celui-
ci. Ces trois pieces font curieuſes , &
(1 ) On fçait qu'il fe la coupa avec fon rafoir.
Il étoit dans l'ufage de fe rafer lui- même .
(2) Premier volume du Mercure d'Avril , p . 65,
ligne derniere.
66 MERCURE DE FRANCE.
on les joindra au livre des Doutes , & c.
dans le fupplément des OEuvres de M. de F.
Le Malébranchifte fon adverfaire , le traite,
fans le connoître , avec toutes fortes d'égards
.
J'ai obligation du retour des pieces choifies
, &c. à M. Thierriat , dont je n'étois
point connu , non plus que de M. l'Abbé
Polonceau Recteur de l'Univerfité de
Rheims. M. T. enfeigne les humanités à
S. Florentin en Bourgogne ; & par la lettre
qu'il a bien voulu m'écrire en m'envoyant
le livre , il me paroît très- capable de les
bien enfeigner.
Jufqu'à préfent je ne connois pas d'autres
petits écrits imprimés de M. de F ,
qu'on puiffe réimprimer par fupplément
aux huit volumes de fes (Euvres. Dans le
Mercure prochain je parlerai des manuf
crits mais j'annonce d'avance que ce ne
font guere que des fragmens plus ou moins
confi lerables , des Ouvrages imparfaits , &
que prefque aucun n'eft entier , foit que
M. de F. ne les ait pas achevés , foit qu'il
en eût perdu quelques feuillets ; car c'eſt
quelquefois le commencement qui manque.
Je prie ceux qui pourroient en avoir
quelques uns , en tout ou en partie , de
vouloir bien me les remettre . Il m'a dit
plus d'une fois qu'il en avoit prêtés qu'on
SEPTEMBRE . 1757. 67
pas
ne lui avoit point rendus , & qu'il n'avoit
même redemandés . Auffi fenfible qu'un
autre , malgré toute fa philofophie , aufort
de fes Ouvrages imprimés , il étoit aſſez
indifférent à celui de fes manufcrits , du
moins lorfqu'ils étoient eux- mêmes indifférens
, & qu'ils ne traitoient pas de certaines
matieres délicates. Il m'a conté
qu'en ayant lu un de ce dernier genre à
feu M. le Régent , le Prince le lui demanda
pour le lire lui - même à tête reposée.
M. de F. refufa ; le Prince infifta , & promit
un fecret inviolable & une prompte
reftitution. M. de F. ne fe laiffant point
gagner , je vous le jure , dit Son Alteſſe
Royale. M. de F. fe taifoit , mais fon filence
étoit un refus .... Je vous le jure ,
foi de Prince.... Silence encore... Foi de
Gentilhomme. M. de F. céda , mais depuis
il redemanda en vain fon manufcrit. Il n'y
penfoit plus , lorfque long - temps après
étant allé faire fa cour à S. A. R , qu'il ne
trouva pas feule , elle le fit paffer dans
fon cabinet . M. de F. apperçut fon manuf
crit fur un bureau , le mit dans fa poche
& n'en dit rien au Prince . Il n'en fut plus
parlé.
La fuite pour un autre Mercure,
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Résumé : SUITE sur M. de Fontenelle, par M. l'Abbé Trublet.
L'abbé Trublet évoque les œuvres de Bernard le Bouyer de Fontenelle et divers concours académiques. En 1675 et 1677, Fontenelle participa à des concours de l'Académie française sans succès, battu par M. de la Monnoye. Voltaire, à 20 ans, perdit également un concours en 1714. L'abbé du Jarry, malgré une réputation de mauvais poète, remporta plusieurs prix. Les prédicateurs obtenaient souvent des prix de poésie plutôt que d'éloquence. En 1687, l'Académie française proposa un sujet sur l'éducation des jeunes filles, remporté par Mlle Deshoulières. Fontenelle, élu à l'Académie en 1691, évita les polémiques littéraires et exprima son désintérêt pour les querelles. Cependant, il fut impliqué dans une controverse littéraire avec l'auteur des 'Remarques'. Dans les 'Nouvelles de la République des Lettres', M. Van Dale commenta l''Histoire des Oracles' de Fontenelle, notant des omissions et des interprétations erronées. Van Dale critiqua Fontenelle pour avoir ignoré des preuves contre la magie et les oracles. En 1757, un texte aborda les attitudes de Fontenelle face aux critiques littéraires. Il ignorait souvent les critiques et appréciait des œuvres révélant des impostures. En 1752, une controverse sur le tutoiement dans les traductions françaises de la Bible opposa Fontenelle à d'autres intellectuels. Fontenelle défendait le maintien du tutoiement pour respecter l'original, une position contestée par des protestants. Le texte traite également d'une controverse linguistique sur l'usage du tutoiement et du vouvoiement dans les traductions de l'Écriture Sainte. Fontenelle proposa d'unifier l'usage pour éviter la confusion. Il mentionne aussi des traductions de cantates et d'airs italiens pour un concert en 1724 chez M. Crozat. Une autre partie du texte discute de la controverse entre la musique italienne et française au XVIIIe siècle. Fontenelle, bien qu'il préférait la musique française, reconnaissait la valeur de la musique italienne. La dispute débuta avec un ouvrage de l'Abbé Raguenet, critiqué par M. de Freneuil. Le texte évoque également le succès prédit de l'opéra 'Roland' et l'approbation de l'œuvre 'Parallèle à l'Opéra de Roland'.
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100
p. 220-221
BÉNÉFICES DONNÉS.
Début :
Sa Majesté a donné l'Abbaye de S. Eloi-Fontaine, Ordre de S. Augustin, Diocèse de [...]
Mots clefs :
Abbayes, Ordres, Abbé, Diocèses, Aumônier
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texteReconnaissance textuelle : BÉNÉFICES DONNÉS.
BÉNÉFICES DONNÉS.
A Majefté a donné l'Abbaye de S. Eloi -Fontaine ,
Ordre de S. Auguftin , Diocefe de Noyon , à M.
P'Abbé Tudert , Confeiller de Grand'Chambre au
Parlement de Paris ; celle de Livry, même Ordre ,
Dioceſe de Paris , à M. l'Abbé de Malherbe ; celle
de S. Acheuil , même Ordre , Dioceſe d'Amiens ,
à M. l'Abbé Girard , premier Aumonier de Mar
SEPTEMBRE . 1757. 221
dame Infante , Ducheffe de Parme ; l'Abbaye Réguliere
de Beaumont , Ordre de S. Benoît , Diocefe
de Clermont , à la Dame d'Uffel , Religieufe
du même Ordre ; & le Prieuré de Lanville , Ordre
de Saint Auguftin , Diocefe d'Angoulême , à M.
l'Abbé de la Rochefoucauld- de Momont ; l'Abbaye
de Saint Vandrille , Ordre de Saint Benoît ,
Dioceft de Rouen , à M. l'Evêque de Digne .
A Majefté a donné l'Abbaye de S. Eloi -Fontaine ,
Ordre de S. Auguftin , Diocefe de Noyon , à M.
P'Abbé Tudert , Confeiller de Grand'Chambre au
Parlement de Paris ; celle de Livry, même Ordre ,
Dioceſe de Paris , à M. l'Abbé de Malherbe ; celle
de S. Acheuil , même Ordre , Dioceſe d'Amiens ,
à M. l'Abbé Girard , premier Aumonier de Mar
SEPTEMBRE . 1757. 221
dame Infante , Ducheffe de Parme ; l'Abbaye Réguliere
de Beaumont , Ordre de S. Benoît , Diocefe
de Clermont , à la Dame d'Uffel , Religieufe
du même Ordre ; & le Prieuré de Lanville , Ordre
de Saint Auguftin , Diocefe d'Angoulême , à M.
l'Abbé de la Rochefoucauld- de Momont ; l'Abbaye
de Saint Vandrille , Ordre de Saint Benoît ,
Dioceft de Rouen , à M. l'Evêque de Digne .
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Résumé : BÉNÉFICES DONNÉS.
En septembre 1757, Sa Majesté a attribué plusieurs abbayes et prieurés. L'Abbaye de Saint-Éloi-Fontaine à M. l'Abbé Tudert, celle de Livry à M. l'Abbé de Malherbe, et celle de Saint-Acheuil à M. l'Abbé Girard. L'Abbaye de Beaumont à la Dame d'Uffel, le Prieuré de Lanville à M. l'Abbé de la Rochefoucauld-de Momont, et celle de Saint-Vandrille à M. l'Évêque de Digne.
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