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Liste
201
p. 202-227
Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Début :
Je viens à l'Article que je vous ay promis du Carnaval [...]
Mots clefs :
Monseigneur le Dauphin, Mademoiselle , Marquis, Avocat, Mascarade, Duc de Bourbon, Carnaval, Habits, Cour, Prince, Trompettes, Timbales, Course, Comte, Divertissement, Quadrille, Opéra, Bal, Comédie, Madame la Dauphine, Déguisements, Richesse, Mademoiselle , Armes, Cortège, Couleur, Foire
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texteReconnaissance textuelle : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Je viens à l'Article que je
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
vous ay promis du Carnaval
de la Cour , pendant les mois
GALANT. 203.
de Janvier & de Fevrier. Les
Divertiffemens n'y ont point
ceffé. L'Opera de Roland y
a efté repreſenté une fois cha
que Semaine , & il y avoit al
ternativement Bal , Comedie
& Opera. Toute la Cour a
maſqué ſept fois , & auroit
continué à fe donner ce plaifir
, fi la mort du Roy d'Angleterre
n'euft interrompu
pour quelques jours tous les
Divertiffemens. Chaque jour
de Maſcarade , Monſeigneur
le Dauphin changeoit quatre
ou cinq fois d'habits , où l'on
n'oublioit rien pour empef
204 MERCURE
cher qu'il ne fuft reconnu. I
furprit toute l'Affemblée dans
la premiere Mafcarade , avec
un habit de Chauve fouris ..
La magnificence & l'invention
ont paru dans tous les
déguiſemens de Monſieur le
Duc. Les habits de fa Troupe.
eſtoient à cette premiereMafcarade
de grandes Robes , de
differentes couleurs , diverfement
& richement chamarées
, d'où fortoit un Col qui
s'élevoit fort haut , & s'abaiſ
foit , & fur lequel paroiffoit
une tefte d'Animal , coeffée
en Chauve fouris. Monfieur
GALANT. 205
le Duc de Bourbon , qui étoit
fous l'une de ces Machines,
avoit un habit de Femme de
Strasbourg. Mademoiſelle de
Bourbon , qui eftoit ſous une
autre , en avoit un de Magicienne,
& les Filles d'honneur
de Madame la Dauphine,
qui en rempliffoient d'autres,
eftoient diverſement vétuës .
Je ne dois pas oublier icy à
vous dire , que Monfieur le
Duc de Bourbon n'avoit encor
fait de fejour à la Cour,
que pendant ce Carnaval , &
qu'il y a paru au fortir de fes
Etudes , avec un air , des ma
206 MERCURE
nieres , & un eſprit auffi libre
que s'il y euft paffé fes premieres
années , & qu'il cust
eu un âge plus avancé . Le
fecond jour qu'on maſqua,
la Maſcarade
de Monſeigneur
le Dauphin repreſentoit toute
la Troupe Italienne . Ce Prin
ce eftoit veſtu en Docteur.
Ceux qui formoient cette
Mafcarade , eftoient Monfieur
le Prince de Conty,
Monfieur le Prince de la
Roche-fur-Yon , M' le Prince
de Turenne , M' le Duc de
Roquelaure , Miles Marquis
de Bellefonds
, d'Alincour
,
GALANT. 207
& de Liancour. Madame la
Dauphine , fit ce jour là une
Mafcarade de Perroquets
,
Monfieur le Duc de Bourbon
parut avec un riche habit
de Seigneur Hongrois , &
Mademoiſelle de Bourbon,
avec un habit de Païfane,
d'une proprieté furprenante.
Monfieur le Duc du Maine,
fe fit admirer le mefme jour,
avec une Maſcarade de petits
vieillards & de petites vieilles.
Rien n'a paru plus beau , &
l'on ne pouvoit ſe laſſer de
les regarder. Ceux qui compofoient
cette Mafcarade ་་
208 MERCURE
eftoient , Monfieur le Duc
du Mayne , Monfieur le
Comte de Thoulouſe , M' de
Manfini , Mi le Marquis de
la Vrilliere , Mademoiſelle de
Nantes , Mademoiſelle de
Blois , & Mademoiſelle de
Château - neuf.
Dans la troifiéme Maſcarade
, Monſeigneur le Dauphin
parut d'abort déguisé
avec quatre vifages. Enfuite,
prit un habit de Flamande
avec un Mafque de Perroquet
, & changea à fon ordinaire
quatre ou cinq fois
d'habit. Monfieur le Duc de
GALANT. 209
Bourbon , parut ce foir là..
avec un habit de Noble Venitien
, & Mademoiſelle de :
Bourbon s'y fit remarquer
par la propreté , & la richeffe
d'un habit magnifique. Toute
la Cour maſqua ce foir là ,,
& le mélange des habits gro
tefques , & fuperbes , eftant
fort agréable à la vuë , divertit
beaucoup.
Le quatrième jour qu'on
mafqua , Monfeigneur le
Dauphin mit pour premier:
habit celuy d'un Operateur,
& tirant feulement un petit
cordon , il parut en un inftant
Mars 1685, Si
210 MERCURE
vétu en grand Seigneur Chinois
. Des changemens auffi
furprenans le firent paroiftre
encore le mefme foir avec
deux autres habits . Monfieur
le Duc de Bourbon mit ce
foir-là un habit de Païfan,
auffi riche que bien entendu .
Monfieur le Duc de Mortemar
, qui fe diftingue en tout
ce qu'il fait , vint à l'Affemblée
du mefme jour avec un
habit tout formé de Manchons
jufqu'à la coëffure. Ils
étoient de differentes couleurs
. Il avoit une Palatine
pour Cravate , & un Mafque
GALANT. 211
qui imitoit le vifage d'un
homme tout tranfi de froid .
Sa barbe paroiffoit toute ge
lée , & les glaçons y pen
doient . Il euft eſté impoflibie
de le reconnoiftre s'il ne te
fuft pas découvert luy- même.
Neuf Quilles & la Boulle fe
trouverent dans le Balle jour
de la cinquiéme Affemblée;
c'eftoit la Mafcarade de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux
qui reprefentoient ces Quilles.
eftoient affis deffous , & de
petites feneftres leur donnoient
de l'air ; jugez par la
de leur contour , & de leur
Sij
212 MERCURE
hauteur ; elles eftoient peintes
de diverfes couleurs . Monſeigneur
le Dauphin fit paroiftrebeaucoup
d'agilité dans quelques-
uns des habits qu'il prit
le refte de la Soirée , les uns,
n'en demandant pas tant que:
les autres . Monfieur le Comte
de Thouloufe fe fit adinirer
en Scaramouche, & l'on n'au
roit pas eu de peine à le pren
dre pour un Amour déguiſé.
Monfieur le Duc de Bourbon
, Mademoiſelle de Bourbon
ne maſquerent ce foir- là
qu'en Avocats , mais ce fut
avec une propreté qui faifoit
GALANT 213
affez connoiftre que les Robes
de ces Avocats - là n'avoient
jamais effuyé la pouf
frere du Palais .
La Mafcarade des Cris de
Paris fut la fixiéme de Monfeigneur
le Dauphin. Ceux,
qui accompagnoient ce Prince,
étoient Monfieur le Prince.
de Conty, Monfieur le Prince:
de la Roche-fur-Yon , M' le
Grand Prieur, M' le Prince de
Türenne , M le Comte de
Brienne , M' le Prince de
Thingry, M' le Marquis d'Alincourt
, M' le Marquis de:
Courtenyau M de la Roche214
MERCURE
guion , M' de Liencourt, M
de Grignan , & M ' du S.
Efteve. Selon les Meftiers
qu'ils
reprefentoient , ils por
toient ce qu'il y avoit de plus
delicat à boire & à manger, &
quelques uns portoient jufqu'à
des Boutiques garnies.
de ce qui regardoit leur Perfonage
. Monfieur le Duc de
Bourbon , & Mademoiſelle
de Bourbon vinrent ce foirlà
au Bal avec une Troupe de
huit Perfonnnes , dont les ha
bits reprefentoient des Pavil
lons . La Mafcarade de Monfieur
le Duc du Mayne , qui
GALANT. 215
Voicy
parut le mefme foir , étoit de
dix Seigneurs Chinois , & de
cinq Dames Chinoiſes , avec
des habits auſſi magnifiques
,
que bien imaginez .
les Noms de ceux qui compofoient
cette Mafcarade ;
Monfieur le Duc du Mayne,
Monfieur le Comte de Thouloufe
M' de Mancini , M' le
Comte de Cruffol , M de Duras,
M ' de Sully , M' de Gri
gnan , M' le Marquis de la
Vrilliere , M' de Soyecourt,
M' Bontemps, Mademoiſelle
de Nantes , Mademoiſelle de
Blois , Mademoiſelle d'Ufez ,
216 MERCURE
Mademoiſelle de Senneterre,
Mademoiſelle de Chafteauneuf.
Quelques jours avant la
fin du Carnaval Monfeigneur
le Dauphin ayant refolu de
faire une Courſe de Teftes
en maniere de petit Carouſel,
avec des Quadriles , on cher
cha un Sujet, on imagina des
Habits, on les fit, on s'exerça,
& l'on courut enfin fix
jours apres qu'on cut refolu
ce divertiffement . La France
feule eft capable d'executer
des chofes de cette nature en
fi peu de temps . Vous en ſe-.
rez furpriſe , quand vous au
rezz
GALANT. 217
rez ſçeu ce que j'ay à vous en
dire . Le Dimanche de Fevrier,
le
4.
Roy,Madame la Dauphine,
& toute la Cour fe ren-,
dirent à trois heures apres
midy fur les Amphitheatres
du Manege découvert de
Verfailles. La Quadrille de
Monfeigneur le Dauphin entra
auffi- toft dans la Carriere,
au fon des Timbales & des
Trompettes , les Armes de
cette Quadrille eftoient noir
& or , les habits de deffous
noirs & brodez d'or , & toutes
les plumes tant des Hom
mes que des Chevaux étoient
Mars 1685.
T
218 MERCURE
blanches , & les garnitures de
mefme. M le Marquis de
Dangeau , fous le nom de
Charlemagne , entra le premier
comme luge du Camp.
Monfeigneur le Dauphin,
eftoit fous le nom de Zerbin;
Mr le Prince de Tingry, fous
celuy de Renaud ; M' de la
Roche Guyon , fous celuy
d'Aquilan le noir , M' le
Marquis de Liancour , fous
celuy de Grifon le blanc ;
& M' le Marquis d'Antin ,
fous celuy de Roland. La feconde
Quadrille entra auffitoft
apres , précedée de fes
GALANT. 219
Trompettes , & de ſes Timbales
. Les couleurs de cette
Quadrille eftoient or & vert,
avec des plumes blanches, &
mouchetées de vert . M' le
Duc de Gramont eftoit Juge
du Camp. Il entra le premier
fous le nom d'Agra
mant . Monfieur le Prince de
la Roche-fur-Yon , avoit celuy
de Mandricard; M le Duc
de Vandofme , celuy de Gradaffe
, M' le Prince de Turenne
, celuy de Roger ; M' le
Comte de Briône , celuy de
Rodomont
; & M' le Marquis
d'Alincour , celuy de Sacri-
Tij
220 MERCURE
"
pant. On ne peut avoir plus
de fatisfaction
que cette
Courſe en donna aux Spectateurs
, ny meriter plus d'aplaudiffemens
que Monfeigneur
le Dauphin , qui eft le
Prince du Monde , qui a la
meilleure grace les Armes à
la main. Apres une fort
longue difpute , le Prix de
meura à la feconde Quadrille,
& ceux qui la compofoient
le difputerent long - temps entr'eux
; mais enfin , M' le
Prince de Turenne l'emporta
, & reçut de la main du
Roy , au fon des Timbales,
GALANT. 221
& des Trompettes , une Epée
d'or avec de riches Boucles .
Mr du Mont Ecuyer de Monfeigneur
le Dauphin , montoit
un Cheval nud qu'il gouvernoit
, comme auroit pû
faire le plus habile Ecuyer à
qui rien n'auroit manqué,
pour bien manier un Cheval,
fur lequel il auroit eſtémonté.
Je croy que vous fçavez
de quelle maniere fe fait cette
Courſe de teftes. Il faut .
d'abord enemporter une avec
la Lance ; puis on en darde
une autre , on ſe retourne en
faite vers la Meduſe que l'on
T iij
222 MERCURE
darde auffi , apres quoy on
emporte
à l'épée la derniere
tefte , qui eft plus baffe que
les autres. Ie vous
envoyeray
le mois prochain
les Devife's
de tous ceux qui eftoient
de
cette Courſe. Le lendemain
on reprefenta
l'Opera
d'Amadis
à Verſailles . Le Roy
ne l'avoit point encore veu ,
parce que cet Opera
avoit
paru dans l'année de la mort
de la Reyne , & vous fçavez
que pendant
ce temps , le
Roy n'a pris aucun divertiſ
fement. Le jour ſuivant
qui
eftoit le dernier du Carnaval,
GALANT. 223
la Mafcarade deMonfeigneur
le Dauphin , eftoit d'un Marquis
de Mafcarille porté en
Chaife , avec un équipage
convenable à fon fracas d'ajuſtement,
Monfieur le Comte
de Thoulouſe maſqua ce
foir là avec un habit de Perfan,
& charma toute la Cour.
Parmy les Maſcarades qui ont
le plus diverty , il y en a cu
une de Suiffes , qui a donué
un fort grand plaifir , & dont
l'invention caufa beaucoup
de furprife. Toutes les fois
que Madame la Dauphine a
dancé , pendant les jours de-
T iiij
224 MERCURE
ftinez aux Mafcarades , fa
bonne grace & la jufteſſe de
fon oreille ont toûjours paru ."
Madame la Princeffe de Conty
s'y eft fouvent fait admirer
fous plufieurs habits , mais
fur tout avec un habit Grec,
dont on fut tellement charmé
, que plufieurs en firent
faire de femblables pour les
Bals fuivans . Mes Dames les
Marquifes de Richelieu & de
Bellefonds, fe font fort diftinguées
par divers habits auffi
riches que bien entendus , &
Madame la Marquiſe de Seignelay
a auffi brillé de la mef
1
GALANT. 229
me forte , & fur tout avec un
habit à la Hongroiſe . Je ferois
trop long fi j'entrois dans le
detail de toutes celles qui en
ont eu de tres riches en maf
quant. Quoy que ces habits
n'euffent le Caractere d'aucune
Nation , ils n'en eftoient
ny moins beaux , ny moins
magnifiques , ny moins bien
entendus , & n'en paroient
pas moins les Dames qui les
portoient. Il y a eu encore
un divertiffement , qui pour
n'avoir pas efté du nombre
des Mafcarades qui fe
font faites chez le Roy , n'a
226 MERCURE
pas laiffé d'eftre un des plus
agréables , dont on ayt ja
mais entendu parler. Le Roy
eftant entré un foir chez Madame
de Montefpan , fut furpris
de voir
partement repreſentoit la
Foire de S. Germain. Ce n'étoit
par tout que Boutiques.
remplies de Marchands , &
l'on voyoit mefme des Compagnies
entieres de Perfon
nes qui fe promenoient dans
cette Foire , & qui faifoient
converſation , ou entr'elles,
ou avec les Marchands & les
Marchandes. Enfin , tout ce
que tout fon apGALANT
227
que l'on a couftume de voir
à la Foire, y paroiffoit dépeint
au naturel. C'est ainsi qu'on
doit furprendre pour bien divertir
, & tous ces fortes de
divertiffemens font de bon
gouft.
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Résumé : Description entiere du Carnaval de la Cour, & de la Course des Testes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les divertissements de la cour pendant les mois de janvier et février, marqués par une série de mascarades et de spectacles. Chaque semaine, l'opéra de Roland était représenté, alternant avec des bals, des comédies et des opéras. La cour a participé à sept mascarades, brièvement interrompues par la mort du roi d'Angleterre. Le Dauphin a changé plusieurs fois d'habits lors de chaque mascarade, se déguisant notamment en docteur, en Flamande et en opérateur. Le Duc de Bourbon et Mademoiselle de Bourbon ont également participé avec des déguisements variés, tels que des habits de magicienne, de seigneur hongrois et de païfane. Les thèmes des mascarades incluaient la troupe italienne, les perroquets et les petits vieillards. Le Duc du Maine a impressionné avec une mascarade de petits vieillards et vieilles. Ces événements étaient caractérisés par une grande magnificence et inventivité dans les déguisements. Le Carnaval s'est conclu par une course de têtes, un spectacle équestre où le Dauphin et d'autres nobles ont participé, déguisés en personnages célèbres. Cette course a été suivie par une représentation de l'opéra d'Amadis à Versailles. D'autres divertissements incluaient une mascarade de Suisses et une représentation de la foire de Saint-Germain chez Madame de Montespan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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202
p. 227-229
« L'Opera de Roland qui avoit esté fait pour le Roy, [...] »
Début :
L'Opera de Roland qui avoit esté fait pour le Roy, [...]
Mots clefs :
Opéra, Divertissement, Paris, Public, Machines, Décorations, Déguisements, Acteurs, Troupe italienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Opera de Roland qui avoit esté fait pour le Roy, [...] »
L'Opera de Roland qui
avoit efté fait pour le Roy,
n'ayant pû eftre reprefenté à
Paris , avant que les divertif
femens de Verfailles euffent.
ceffé , fut donné pour la premiere
fois au Public , le huitiéme
de ce mois , accompagné
des Machines & des Décorations
qui n'avoient pû
228 MERCURE
luy fervir d'ornement à la
Cour , parce que le fuperbe
Théatre où ces grands fpe-
&tacles doivent paroiftre, n'ef
pas encore achevé . Ces Dé.
corations & ces Machines,
ont donné un nouvel éclat à
cet Opera. Ils font de M ' Berrin
, auffi bien que les deffeins
des habits des Maſcarades
& du Carouſel , dont je
viens de vous parler. La .
Troupe Italienne eît augmentée
d'un Acteur nouveau
, qui attire les applaudiffemens
de tout Paris , &
qui n'a pas moins plû à la
GALANT. 229
3 Cour qu'à la Ville . Il a une
agilité de corps furprenante,
& feconde admirablement
l'incomparable Arlequin.
avoit efté fait pour le Roy,
n'ayant pû eftre reprefenté à
Paris , avant que les divertif
femens de Verfailles euffent.
ceffé , fut donné pour la premiere
fois au Public , le huitiéme
de ce mois , accompagné
des Machines & des Décorations
qui n'avoient pû
228 MERCURE
luy fervir d'ornement à la
Cour , parce que le fuperbe
Théatre où ces grands fpe-
&tacles doivent paroiftre, n'ef
pas encore achevé . Ces Dé.
corations & ces Machines,
ont donné un nouvel éclat à
cet Opera. Ils font de M ' Berrin
, auffi bien que les deffeins
des habits des Maſcarades
& du Carouſel , dont je
viens de vous parler. La .
Troupe Italienne eît augmentée
d'un Acteur nouveau
, qui attire les applaudiffemens
de tout Paris , &
qui n'a pas moins plû à la
GALANT. 229
3 Cour qu'à la Ville . Il a une
agilité de corps furprenante,
& feconde admirablement
l'incomparable Arlequin.
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Résumé : « L'Opera de Roland qui avoit esté fait pour le Roy, [...] »
L'Opéra de Roland, initialement prévu pour le roi, a été représenté à Paris après les divertissements de Versailles. La première a eu lieu le huitième jour du mois, avec des machines et des décorations inédites conçues par Monsieur Berrin. La troupe italienne a été renforcée par un nouvel acteur acclamé pour son rôle d'Arlequin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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203
p. 304
Autres conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le 22. de ce mois, Madame de Boisguillaume, d'une [...]
Mots clefs :
Conversions, Hérésie, Madame, Évêque, Abjuration, Calvin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres conversions, [titre d'après la table]
Le
22. de
ce
mois
, Madame
de
Boifguillaume
, d'une
des
meilleures
Maifons
du
Païs
du
Maine
Madame la
Marquife de Soucelles fa Fille
, qui demeure en Anjou , &
M' Tadourneau , firent Abjuration
de l'Herefie de Calvin
, entre les mains de M
T'Evefque d'Angers , au Château
de Soucelles , ou ce Prefat
fit un Difcours trés éloquent
fur ce fujet.
22. de
ce
mois
, Madame
de
Boifguillaume
, d'une
des
meilleures
Maifons
du
Païs
du
Maine
Madame la
Marquife de Soucelles fa Fille
, qui demeure en Anjou , &
M' Tadourneau , firent Abjuration
de l'Herefie de Calvin
, entre les mains de M
T'Evefque d'Angers , au Château
de Soucelles , ou ce Prefat
fit un Difcours trés éloquent
fur ce fujet.
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204
p. 305-307
Fables Nouvelles, [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye les Fables Nouvelles en Vers, dont je [...]
Mots clefs :
Fables, Vers, Auteurs, Lecture, Succès, Recueil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fables Nouvelles, [titre d'après la table]
Je vous envoye les Fables:
Nouvelles en Vers , dont je:
vous ay déja parlé une fois..
Il y a huit ou dix jours quee
Mars 1685,
Ca
30% MERCURE
A
les ficurs de Luynes , Blageard
& Girard , ont commencé
les debiter. Elles font fort approuvées
, & je puis répondre
du plaifir que vous donnera
cette lecture , puis que vous
en avez déja veu quelques.
unes dans mes Lettres, & que
le tour agréable que vous leur
avez trouvé , vous a obligée
fouvent àvous plaindre de ce
que l'Autheur avoit ceffé de
me faire de pareils prefens . Il
ne laiffoit pas de travailler,
mais il amafloit dequoy fournir
le Recueil qu'il a donné
au Public. Ce genre d'écrire
GALANT 307
luy eft extrémement naturel ,
& il faudroit eftre d'un gouft
difficile pour n'eftre pas fatis
fait , & de fes penſées , & de
fes expreffions.
Nouvelles en Vers , dont je:
vous ay déja parlé une fois..
Il y a huit ou dix jours quee
Mars 1685,
Ca
30% MERCURE
A
les ficurs de Luynes , Blageard
& Girard , ont commencé
les debiter. Elles font fort approuvées
, & je puis répondre
du plaifir que vous donnera
cette lecture , puis que vous
en avez déja veu quelques.
unes dans mes Lettres, & que
le tour agréable que vous leur
avez trouvé , vous a obligée
fouvent àvous plaindre de ce
que l'Autheur avoit ceffé de
me faire de pareils prefens . Il
ne laiffoit pas de travailler,
mais il amafloit dequoy fournir
le Recueil qu'il a donné
au Public. Ce genre d'écrire
GALANT 307
luy eft extrémement naturel ,
& il faudroit eftre d'un gouft
difficile pour n'eftre pas fatis
fait , & de fes penſées , & de
fes expreffions.
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Résumé : Fables Nouvelles, [titre d'après la table]
En mars 1685, l'auteur annonce la publication des Fables, disponibles chez les libraires de Luynes, Blageard et Girard. Ces œuvres, écrites avec assiduité, rencontrent un succès notable. L'auteur garantit un plaisir de lecture, soulignant la qualité des pensées et des expressions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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205
p. 307-308
Divertissemens, [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous dis rien de la maniere dont on a passé le [...]
Mots clefs :
Carnaval, Paris, Divertissements, Bals, Masques, Dames
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens, [titre d'après la table]
Je ne vous dis rien de la .
manière dont on a paffé le
Carnaval à Paris. C'eft une
deſcription que l'on auroit
peine à faire . Only a pris tous
les Divertiffemens
qui fe peu ·
vent prendre dans une Ville,
où les Plaifirs fe trouvent en
abondance . Il y a eu force:
Bals , & force Mafques , &:
entr'autres Affemblées , celle :
quiſe fit en ce temps -là chez
Cc. ij
3c8 MERCURE
M' le Marquis de Pommereuil
, Maréchal de Camp, &
Gouverneur de Douay , eft
tres remarquable ; il donna
un fort grand Bal , où étoient
quantité de Dames , de la
premiere qualité. Il fut fuivy
d'une Collation des plus magnifiques
.
manière dont on a paffé le
Carnaval à Paris. C'eft une
deſcription que l'on auroit
peine à faire . Only a pris tous
les Divertiffemens
qui fe peu ·
vent prendre dans une Ville,
où les Plaifirs fe trouvent en
abondance . Il y a eu force:
Bals , & force Mafques , &:
entr'autres Affemblées , celle :
quiſe fit en ce temps -là chez
Cc. ij
3c8 MERCURE
M' le Marquis de Pommereuil
, Maréchal de Camp, &
Gouverneur de Douay , eft
tres remarquable ; il donna
un fort grand Bal , où étoient
quantité de Dames , de la
premiere qualité. Il fut fuivy
d'une Collation des plus magnifiques
.
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Résumé : Divertissemens, [titre d'après la table]
Le texte relate les festivités du Carnaval à Paris, avec divers divertissements. Plusieurs bals et mascarades ont eu lieu, dont un grand bal chez le Marquis de Pommereuil, Maréchal de Camp et Gouverneur de Douay. Cet événement a réuni de nombreuses dames de haute qualité, suivi d'une collation somptueuse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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206
p. 22-48
LETTRE.
Début :
Un Particulier ayant fait divers Ouvrages sur les dernieres Actions / Je me souviens, Monsieur, que vous avez voulu me persuader [...]
Mots clefs :
Approbation, Louis, Univers, Sentiments, Roi, Combats, Grandeur, Lois, Héros, Fortune, Monarque, Sage, Ennemis, Ambassadeur, Mérite, Guerre, Éloge, Honneur, Campagne militaire, Espagne, Vainqueur, Prudence, Courage, États, Audace, Sentiments, Conquérant, Trêve, Souverain, Armes, Peuple, Bonheur, Devise, Éclat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE.
Un Particulier ayant fait
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
divers Ouvrages ſur les dernieres
Actions de cet auguſte
Monarque , les a ramaffez
comme en un Recueil dans
cetteLettre qu'il m'aadreſſée.
5555 5552 55255522
LETTRE.
TE me souviens , Monfieur.
que vous avez voulu me perfuader
que j'avois merité quel
GALANT. 23
que approbation des bons Connoiffeurs
, lors que je dis ily a
quelques années.
On faitmal ce qu'on fait , onne
fait qu'une affaire,
Mais LOUIS partagé dans cent
emplois divers,
ةو
Sedonnant tout à tout , fait voir
al'Univers,
Et qu'il fait ce qu'il faut, &qu'il
ſçait bien le faire.
Vous avez mesme prétendu
que j'avois expliqué les fentimens
de tout ce qu'il y a d'hon .
nestesGens au monde en difant,
Que tous les noms des Grands
cedent au nom duRoy,
24 MERCURE
Les Cefars, les Cyrus, les Hectors,
les Achilles,
Ont eu moins de merite &donné
moins d'effroy,
Par cent Combats rendus, par
cent priſes de Villes .
Je vous ferois bien obligé , fi
vous vouliezfairesçavoir aupublic,
que je défie toute la Terrede
me difputer la verité de ceque je
vais dire.
SONNET
SVR LA GRANDEVR DV ROY.
L
OUIS eſt grand en tout ; il
regle les Finances,
Ilreforme les Loix, il fait fleurir
esArts , :
Mille
GALANT. 25
Mille Vaiſſeaux flottans,mille orguilleux
Rampars
Partagent tous les jours ſes ſoins,
& les dépenſes ;
Dans le particulier,dans les réjoüifſſances
Il eſt autant Heros , que dans le
champ deMars,
Findans leGabinet , ferme dans
leshazars,
Il fait plier ſous ſoy les plushautes
Puiſſances;
S2
Sa fortune répond par tout à
ſa valeur,
Par tout ſes grands exploits répondent
à fon coeur,
Ainſi que l'ont fait voir cent conqueſtes
de marque ;
Mars1685. C
1
26 MERCURE
52
Enfinnos Ennemis connoiffent
commemoy,
Que ſi tout 1 Univers ne vouloit
qu'unMonarque
Tout l'Univers devroit n'avoir
que luy pour Roy.
:
Je ſens bien que ce que je dis
là n'est rien de bon , mais il me
ſemble que c'est l'explication fincere
des pensées , qui doivent venir
naturellement à tous les Sages
qui ſont ſans paffion , & qui ont
du bon goust.
Ne croyez donc pas , Monſieur
, que ce soit une pure conje-
Eture ouseulement un effet de l'at(
GALANT: 27
tache desſentimens que j'ay pour
jeRoy qui m'afait dire :
Enfin nos Ennemis connoiffent
al commemoys, &c.
Vous en jugerez par une pefire
avanture que je vais vous
racontertelle qu'elle m'est arrivée
Je me rrauvay fur la route de
M'Ambassadeur d'Espagne
lors qu'ilse retiroit de France à
-pas comptez tant il marquoit
d'envie de n'en point fortir. Férois
chez une Perſonne de qualité
de merite , àl'heure qu'il luy
envoyaun de ses Gentilshommes
poursçavoir si elle se trouveroit
Cij
28 MERCURE
enétat de recevoirfa viſite. Com
me je vis par laréponse, queM
'Ambassadeur alloit venir , je
voulus luy faire place , mais la
Perſonne chez qui j'estois me
déclara , qu'elle vouloit abfo
lument que j'eusse part à cette
conversation , qui dura bien prés
de quatre heures. Vousne pouvezpas
douter, Monfieur, qu'on
neparlastd'Affaires d'Etat avec
un Ambassadeur,&que fa retraite
, & laGuerre qui nous menaçoitalors,
nefourniffent à l'en
tretien. Il nous dit cent chofes,qui
nous firent affezcomprendre qu'il
asust pas en de peine d'avoüer
1
GALANT. 29
nettement que le Roy estoit le plus
grand & le plus puiſſant Prince
du monde,s'il eustpu oublier qu'il
avoit un Maistre , &fe défaire
des préjugez Espagnols.
On doit neanmoins cette juſtice
à M l'Ambassadeur , que
fonbon sens &sa raiſon ne furentpoint
obscurcis par ces enteſtemens,
qui ſontſi ordinaires à ceux
deſa Nation. Il fu l'Eloge de la
France,des François, du Roy,
d'un air fort élevé, &qui marquoit
beaucoup de fincerité dans
ce qu'il diſoir ; mais dans les
loüanges qu'il donna àsa Ma
jesté , iln'oublia ny ce qu'il estoit
C iij
30 MERCURE
ny ce qu'il devoit à fon Prince.
Pretendant faire une galanterie
aux Dames , il dit qu'il vouloit
leur faire voir quelque chose de
fort beau.Il tira enfuite une riche
qui renfermoit Boëte, , diſoit-il,
lePortraitddee fa A
Ja MMaaiîttrreeffffee,qu'il
emporioit de France , & c'estoit
celuy du Roy , dont ſa Majesté
l'avoit honoré, & dont ilsefaifoit
en effet ungrandbonneur. La
Perſonne chez qui nous estions,
qui est fortfpirituelle,luy dit qu'il
devoit bien conferver ce gage,
qu'il fe feroit bien- toft en luy
une metamorphose furprenante,
parce qu'il estoit à croire que le
GALANT. 31
Portrait deSa Majesté ſe changeroit
en celuy de fon Maistre.
Aces paroles Ml'Ambassadeur
parut Espagnol , comme ſon devoir
l'y obligeoit. L'entretien
roula enfuite fur différentes matieres,
&fut longue & curieufe.
Je vous avovë , Monfieur,
que pendant tous les évenemens
de la derniere Campagne ,je me
ſuis toûjours ſouvenu des entretiens
de cét Ambaſſadeur. Ilnous
dit pofuivement qu'il y auroitdu
fang répandu; qu'il feroit difficile
d'arreſter les deſſeins du Roys
que ſes Ennemis ne pouvoient
C iiij
32 MERCURE
rien efperer que de l'inconstance
de la fortune ; & que l'Empire
&l'Espagne ne cherchoient qu'à
mettre leur bonneur à couvert,
en ne cedant pas sans avoir combattu.
Voila la Prophétie accomplie,&
nous en voyans la
té dans la diſpoſition des chofes
qui ſeſont paſſées la derniere année.
SONNET
Sur l'état des Affaires aprés la derniere
Campagne de France.
A
Lger encor fumat des Foudres
de la Guerre,
Vient ſe jetter aux pieds de fon
noble Vainqueur;
GALANT. 33
Et Gennes la ſuperbe eſt tremblante
de peur
Sous les éclats vengeurs de fon
bruyant tonnerre :
52
Luxembourg voit tomber ſes
hauts Ramparts par terre ,
Capd- e-Quiers attaqué ſe trouve
ſans vigueur;
La Hollande en Partis ralentit
fon ardeur
N'ayant pû ſoûlever les Peuples
d'Angleterre;
Se
Le Danemark amyreçoit nos
Etendars,
L'Empire ſe ménage & craint
tous les hazars,
L'Eſpagne plaint fes Forts qu'on
pille ou qu'on enleve;
34 MERCURE
52
Liége & Tréves foûmis ſçavent
faire leur Cour,
L'Europe attend la Paix en rece
vant laTréve,
Tout cedeau Grand LOUIS par
force ou par amour.
Je vois dans cette peinture tour
ce que l'Ambassadeur d'Espagne
craignoit , & tout ce que sa politique
luy faisoit prévoiravecchagrin.
Avoüez aprés cela , Monſieur,
que lafortune de LOUIS
le Grand doit eſtre bien conſtante
pour faire avec tant de bonheur
des choses fi admirables , puis que
tant de Heros , & tant de ſages
Monarques n'ont pu s'empescher
GALANT. 35
d'en eſtre abandonnez. Mais
avoüez aussi à mesme temps que
La prudence of le courage du Roy
font extraordinaires , puis qu'il
ſemble avoir réduit la Fortune
ſous les règles ,&s'estrefait une
methode de réüfſſiren tout.
Nepeut- on pas compter entre
fes bonnes fortunes la fecondité
de la Maiſon Royale ? Ce Fils
unique que le Ciel luy avoit laif-
Sé comme son premier don , plus
Il est grand , plus il nous faifoit
craindre. Vous voulûtes bien,
Monfieur, que mes pensées fufſent
celles de tous les honneſtes
Gensà la naiſſance de Monfei36
MERCURE
gneur le Duc de Bourgongne. Fo
voudrois à cette heure que vous
les engageaffiez à dire fur ta
naiſſance de Monseigneur leDuc
d'Anjou.
;
R
AURΟΥ.
SONNET.
Ecevez un Héros qui naiſt
de voſtre Race,
Grand LOUIS, deſormais le Ciel
veut tous les ans
Enrichir vos Etats de ſemblables
Préfens ,
Qui pourront mériter de remplir
voſtre place.
Se
Nous verrons de nos jours l'Allemagne
& la Thrace
GALANT 37
Ployer ſous les efforts du Pere&
des Enfans
Par tout dignes de Vous , & par
tour triomphans,
Detous nos Ennemis ils dompte.
-ront l'audace.
Se
t
Formez-les ſeulement dans l'Art
qui fait les Roys ,
Ils en apprendront plus par vos
nares Exploits, 29)
Qu'en lifant ce qu'ont fait lesFameux
de l'Histoire ;
22
'Et comme ils vous verront toujours
au- deffus d'eux ,
Chacun d'eux tâchera d'ateindre
àvoſtre gloire;
Mais nul n'y parviendra parmy
tous vos Neveux.
38 MERCURE
Ces ſentimens quifurentconceus
dans la joye qu'avoit toute
la France en celte rencontre
د. Se
produisent fort tard , mais ils ſeront
toûjours deſaiſon , ſi vous
voulez que ce foient des marques
éternelles de mon respect envers ce
Prince. Fay auſſi laissé paſſer le
temps où ces Bouts rimez estoient
àla mode. Cependant ce qu'ils
m'ont fait dire ne vieillira jamais
dans la memoire des Hommes,
puis que LOUIS le Grand aura
toûjours des admirateurs , qui
tomberont d'accord avecmoy de la
verité de mespensées.
GALANT. 39
CI
1.71.
I jamais Conquérant marcha
droit à la Glovre,
Sijamais Souverain mérita d'être
Roy,
- Si jamais Politique aux autres fit
la loy,
Sur tous les Concurrens LOUIS
ala victoire.
Se
Ses Faits feront paſſer pour Fable
fon Histoire, at
Apeine croira- t- on qu'ils foient
dignes defoy;
Les Siècles àvenir en ferontdans
L'effrey, pens
Et tout retentira du bruit de ſa
Mémoire,
52
رد
Lorsqu'on voudra former unHé.
ros achevé,
1
40 MERCURE
On en prendra les traits ſur ſon air
élevé,
Sur ſes Combats divers , ſur ſon
coeur intrépide.
Autrefois on l'eût mis au rang des
Immortels;
Et comme ſes hauts Faits effacent
ceux d'Alcide,
Alcideà fon Vainqueur euſt cedé
ſes Autels.
Vous trouverezpeut-estre quel
que conformité entre ce Sonnet,
un autre que vous avez publié.
Elle auroit efté plus grande
fi je ne l'avoisjamais veu. Je ne
fçay si l'autre a esté fait plûtoft
que le mien , mais je fuisſeur
3
GALANT. 41
que le mien n'a point esté fait fur
celuy-là. Ces Bouts rimeznauront
pas perdu tout- à-fait lagrace
de la nouveauté. Vous avez
dit il n'y a pas long-temps , qu'ils
estoient àla mode ,&lesujet n'en
est pas trop vieux.
SUR LA TREVE
que le Roy a faite.
Ο
N diſoit autrefois, Non licet
omnibus,
J'ofe le dire encore, & qui voudra
nolis'enfaches an và 120. "
LOUIS, de qui l'eſprit travaille
fans relâche,
Vient de faire luy feul quodnon
licet tribus .
Avril 1685, D
42 MERCURE
52
Nul d'entr'eux ne sçauroit parer
aux coups qu'il lache,
Parmy les Souverains il paroiſt un
Phoebus;
Il commande la Tréve , & vous
ſçavez quibus;
Tout ce qu'elle a de durpar avace
illeur mache.
Ils l'avalent enfin avec tous ſes
Item
Dans un profondreſpect ils chantent
Tuautem ,
Ravis de prévenir les effets de ſon
ire.
S&
Sidans le temps préſent ilsn'ont
pû dire amo,.
D
GALANT. 43
Peut- eftre qu'au futur ils auront
peine à lire
Ce qu'il leur fit figner currente
calamo.
Il n'y a point de Rimes ſi bi--
zarres &fi Burlesques, quon-nc
puiſſe remplir de quelque chose de
grandſur leſujet du Roy. Ilme:
femble donc qu'on pourroit bien
donner à celles- là encore un autre
tour presque fur la mesme ma
tiere..
SVR L'ENREGISTREMENT,,
&la Publication de la Tréve.
L
OUIS. le Conquérant fair
ſçavoir omnibus,
4
Qu'il annonce une Tréve, & qui
plaiſt,& qui fache;
C
Dij
44 MERCURE
Jamais de fes deſſeins en rien il ne
relâche,
Le coup qui le deſarme a fait la
loytribus.
52
Que s'il fuit les Combats , il ne
fuit point en Lache,
Dans le Meſtier de Mars il n'eſt
point E- Phoebus;
Ila du coeur,desGens,desArmes,
du quibus,
Et quand il faut donner, point la
Cire il ne mache.
52
Cependant il s'arreſte , il ſe modére,
item,
Sçachant bien comme il faut venir
au Tu autem,
Pour le bonheur public il com
mande àfon ire,
GALANT. 45
Se
Conjuguons- luy par coeur dans
tous les temps amo;
Et nos Neveux diront , lifant ce
qu'on va lire,
Que ce qu'il fit du Fer, il l'a fait
calamo.
Enfin , Monsieur, ily a treslong-
tempsquej'ayfait uneDevi
fepour le Roy ,furun deffein qui
aesté ſuſpendu. Si elle avoir esté
publiée dés ce temps-là, elle pourroit
paſſer à preſentpour une efpece
de Prophetie. Cesera pour
le moins une expreſſion allegorique
de ce que nous voyons. Le
corps de la Deviſe , c'eſtun Soleil
46 MERCURE
dansſon Zodiaque;l' Ame, cefont
ces paroles , Curro , fed tacito
motu. Si je ne craignois de choquer
les Maistres de l'Art, j'a
joûterois des Aſtronomes de toutes
lesNations , qui obferventle Søleil
avectoutes les fortes d'Inſtru--
mens dont on uſe pourcela. Ils ne
répondroient pas malà l'applica
tion que tous les Politiques de la
Terre donnent à penétrer la conduite
du Roy. Voicy l'explication :
de ma Deviſe.
'Univers attentif regarde ma
carriere,
Les eſprits appliquez à mefurer
moncours ,
! GALANT. 47
Obſervent avec ſoin mes tours&
mes détours :
Mais nul oeil ne peut voir ma rou.
te toute entiere ;.
८८
Mon éclat plus aux fiers fait
baiffer la paupiere ;
Mes differens afpects font les
nuits & les jour,
Tout languiroit fans moy , tour
attend mon fecours,
t
Etje porte par tout mes biens&
ma lumiere.
SS
Mille divers emplois partagent
mes momens,
Je ſuis toûjours reglé dans tous
mes mouvemens ,
On connoiſt mon pouvoir fur la
Terre & fur l'Onde.aranov
48 MERCURE
1
Jeme haſte; je cours; rien n'arreſtemes
pas,
J'acheveray bien-toſt le tour en
tier du Monde,
Ma démarche eſt cachée & l'on
ſçait où je vas .
Ilya affezlong-temps, Monfieur
, que je vous entretiens pour
me haſter de vous dire que je suis
vostre tres ,&c.
F. F. D. C. R. G.
Fermer
Résumé : LETTRE.
Une lettre décrit les actions récentes du roi Louis XIV, mettant en avant ses mérites dans la gestion des finances, la réforme des lois et le soutien aux arts. Le roi est présenté comme un héros tant dans les affaires publiques que privées, capable de soumettre les plus grandes puissances. L'ambassadeur d'Espagne, lors de son départ de France, a reconnu la grandeur du roi tout en restant loyal à son propre maître. La lettre souligne les succès militaires français, avec la soumission de villes et territoires, confirmant la prophétie de l'ambassadeur sur la difficulté des ennemis à résister au roi. Le texte célèbre les exploits et la sagesse de Louis XIV, surnommé 'Louis le Grand', en évoquant ses succès militaires et diplomatiques, notamment la soumission de Liège et Trèves. La naissance du duc d'Anjou est perçue comme un signe de futurs héros. La trêve récemment conclue par Louis XIV démontre sa maîtrise et son contrôle. Le roi est comparé à un conquérant sans égal, dont les faits seront légendaires. La devise allégorique du texte compare le roi au Soleil, avec les paroles 'Curro, fed tacito motu'. Le Soleil, symbole de la conduite du roi, est observé par des astronomes de diverses nations. La devise se développe autour de l'idée que le Soleil, régulier et puissant, distribue ses bienfaits et sa lumière partout. Le texte se conclut par une comparaison avec Mercure et une déclaration d'attachement à une personne désignée par 'vostre tres,&c. F. F. D. C. R. G.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
207
p. 48-68
DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
Début :
L'Autheur du Dialogue que vous avez veu sur les choses / BELOROND. LAMBRET. BELOROND. Vous me trouvez en lisant chez Aulu-Gelle [...]
Mots clefs :
Nature, Peuples, Larcins, Opinions, Larron, Peines, Royaume, Capitaine, Plantes, Curiosité, Voyage, Croyance, Province, Amérique, Bourreau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
L'Autheur du Dialogue:
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
que vous avez veufur les choſes
difficiles à croire , m'en a
envoyé un ſecond , dont je
vous fais part. Quoy qu'il
GALANT. 49
ſoit une ſuite du premier , la
matiere eſt differente, & cette
diverſité doit eftre agreable
aux Curieux , qui ſont
bien-aiſes d'apprendre beaucoup
, & de s'épargner la
peine des longues lectures.
- 255-22222 2522-2222
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOG VE SECOND.
BELOROND. LAMBRET.
V
BELOROND.
Ous me trouvez en li
ſant chez Aulu - Gelle
Avril 1685. E
۲۰ MERCURE
une verité qui paſſeroit pour
difficile à croire , fi elle n'étoit
miſeicy en pratique auf
ſi ſouvent qu'ailleurs ; c'eſt
quand il dit , que l'on punit
les petits Larrons , & qu'on
porte honneur aux grands :
Fures privatorum furtorum in
nervo atque compedibus ætatem
gerunt,fures publici in auro &
in purpura.
LAMBRET .
Un autre a dit encore que
les petits crimes ſont punis ,
& que les grands font portez
en triomphe : Sacrilegia minuta
puniuntur , magna in trium-
1
GALANT. 51
phis feruntur. Nous aurions
bbiieennddeesscchhoofſees à dire ſur cette
matiere , ſi nous voulions
nous ériger en Satyriques ;
mais croyez -moy, parlons du
larcin d'une autre maniereCe
n'eſt pas icy ſeulement qu'il
y a beaucoup de Larrons , &
que la plus- part ſont comblez
d'honneurs. Au Royaume
de Tangeo il y a un païs
appellé des Larrons , où l'on
tient à ſi grand honneur d'avoir
eu des Parens pendus
pour des vols commis, qu'on
s'y reproche comme une ef
pece d'infamie, ſi l'on n'en a
E ij
52 MERCURE
pointeu d'Executez en Juſti
ce pour une ſi belle cauſe.
Chez les Lacedemoniens le
larcin eſtoit permis , pourvû
qu'on ne fuſt point ſurpris
en le commettant. C'eſtoit
afin d'accoutumer ces Peuples
à chercher des artifices
& des ſtratagêmes , dont ils
ſe ſervoient ſouvent dans les
guerres qu'ils avoient avec
leurs ennemis. Un jeune Enfant
Lacedemonien fut fi fi
dele à executer cette Loy ,
qu'ayant dérobé un Renard ,
&l'ayant mis dans ſon ſein
pour le cacher aux yeux de
GALANT. 53
ceux qui le cherchoient , il
aima mieux ſe laiffer ronger
le ventre par cet animal, que
de découvrir ſon larcin .
BELOROND.
J'aurois de la peine à croire
ce que vous venez de me
dire , ſi je ne me ſouvenois
d'avoir lû chez Cefar l. 6. de
bello Gall. que les anciens
Allemans permettoient à la
Jeuneſſe de dérober, afin d'é.
viter l'oiſiveté ; dans Arrien
in Epict. 1. 3. c. 7. qu'Epicure
avoüoit bien que c'eſtoitune
grande faute de ſe laiffer furprendre
en dérobant ; mais
E iij
54 MERCURE
qu'il ne croyoit pas que hors
de cette furpriſe il y euft du
mal dans l'action ; & chez
Suetone in Ner. art. 16. que
les Romains avoient des Feſtes
& des Jeux : Quadrigariorum
lufus , qui leur permettoient
de prendre tout ce
qu'ils pouvoient. L'Empereur
Neron fut le premierqui condamna
cet injuſte uſage.Diodore
nous apprend que les
Egyptiens avoient un Prince
des Larrons , à qui l'on s'adreſſoit
, comme autrefois à
Paris au Capitaine des Coupeurs
de bourſe , pour recou
GALANT. 55
vrer ce qu'on avoit perdu ,
en donnant le quart du prix.
LAMBRET.
Vous avez apparemment
auſſi lû chez François Alvarez
, qu'il y a un Officier de la
Cour du Préte-Jan , qui n'a
que cette qualité de Capitaine
des Voleurs pour gages
de ſon Office , dont les fon-
Ctions confiftent à faire lever
&accommoder les tentes du
Roy.
BELORO ND .
Si l'eſtime que quelques
Peuples ont eue pour le larcin
paroiſt incroyable, la pei
E iij
56 MERCURE
ne que d'autres Peuples faifoient
fouffrir aux Larrons, ne
le-paroiſtra pas moins , comme
chez les Americains , au
rapport d'Oviedo 1. 5. hift.
c. 3. & l. 17. c. 4. qui les empaloient
vifs ; & chez ceux de
Carinthie, qui estoient fi animez
contre les Voleurs, que
ſur le ſeul ſoupçon ils les pendoient
, & puis faiſoient le
procés au Mort, ſe contentant
d'enſevelir honorable.
ment ceux contre leſquels
ils n'avoient point trouvé de
preuves ſuffiſantes pour les
condamner à la mort. C'eſt
GALANT. 57
Mercator qui nous l'apprend
dans ſon hiſtoire 1. 7. c. 13.
LAMBRET .
Ceux du Royaume de Lao
n'eſtoient pas ſi ſeveres dans
les châtimens des Larrons ,
puis qu'ils les puniffoient ſeulement
en leur faiſant couper
fur le corps , ſelon la qualité
du vol , une certaine portion
de chair , avec cette clauſe ,
que ſi le Bourreau en coupoit
trop , il eſtoit permis au
voleur de dérober aprés impunement
pour autant que
pouvoit valoir ce qu'on luy
avoit ôté de trop.
58 MERCURE
-
BELOROND.
à
Ce que vous venez de di
re me fait ſouvenir d'une coûtume
de Moſcovie , qui n'eſt
pas moins déraisonnable,puis
qu'elle veut qu'on donne la
Queſtion premierement
P'Accuſateur , pour voir s'il
perſiſtera dans ſon accufation
, & puis à l'Accuſe, ſi la
choſe en queſtion eſt demeurée
douteuſe. C'eſt Olearius
qui le tapporte 1. 3. Y a-t- il
rien de plus impertinent , ſelon
nous , que ces uſages ?
Et cependant ceux de Mofcovie
& de Lao s'imaginent
GALANT
queleurs Coûtumes font auſſi
raiſonnables qu'elles nous paroiſſent
ridicules & extravagantes
, tant il eſt vray que
chacun abonde en ſon ſens ,
& qu'on ne peut établir un
fondement certain ſur l'ef
prit ou plutoſt ſur les opinions
des hommes . Avoüons
de bonne foy que les Pyrrho .
niens n'eftoient pas les plus
mechans Philoſophes, quand
ils n'aſſuroient rien que par
leur, peut - eftre , cela ſe peut
Jaire
faire. Si l'enteſtement, la préſomption
, l'obſtination &
l'amour propre ne s'eſtoient
60 MERCURE
pas emparez de l'eſprit de la
plus -part des hommes , je ne
doute point qu'on ne leur
euſt rendu plus de justice ,
aprés avoir pourtant employé
laCirconciſion dont parle un
Pere de l'Egliſe , c'eſt à dire
aprés avoir retranché de leurs
opinions ce qui peut eſtre
contraire aux Veritez certai
nes & infaillibles de noſtre
Religion.
LAMBRET .
Devons-nous eſtre ſurpris
de voir les hommes ſi bizarres
dans leurs opinions &
dans leurs coûtumes , puis
GALANT. 61
que leur mere commune , je
veux dire la Nature, l'eſt encore
davantage dans ſes productions
. C'eſt dans la confideration
de la bizarrerie
qu'elle y fait paroître, que je
puis vous rapporter beaucoup
de choſes qui paroiſtront incroyables
à ceux qui ne mefurent
la puiſſance de la Nature
, que parce qu'ils ont vû
ou entendu . En effet un
,
homme qui n'a pas perdu ſon
clocher de veuë , peut - il ſe
réfoudre à croire qu'il y ait
en Ethiopie un Lac , comme
le rapporte Diodore deSicile,
62 MERCURE
Bibl.hift.l.2.c.5- dont les eaux
troublent tellement l'eſprit
de ceux qui en boivent, qu'ils
ne peuvent rien cacher de ce
qu'ils ſçavent ; en l'Amerique
une Plante qui repreſente diſtinctement
en ſa fleur tous
les inſtrumens de la Paſſion
du Fils de Dieu , au rapport
de Duval dans ſon Monde ;
en la vallée Baaras , qui eſt au
levant du Iourdain , une autre
Plante qui paroiſtcomme
un flambeau allumé pendant
la nuit ; en la Province des
Pudifetanaux , Indes Orientales
, un Arbre appellé l'ArGALANT.
63
bre de la Honte , dont les
feüülles s'étendent ou ſe re
tirent ſelon qu'on s'en éloi.
gne , ou que l'on s'en approche!
Enfin, pourra-t- il fſeeppeerr--
ſuader que le Boranetz quiſe
trouve au païs des Tartares
Zavolhans , qui eſt fait en
forme d'agneau dont il porte
le nom en leur Langue , eft
une Plante attachée à ſa racine
qui mange toute l'herbe
qui ſe trouve autour d'elle ,&
puis ſe ſeche quand il n'y en
a plus ; & ne démentira- t- il
pas Ariftote , ce genie de la
nature, quand il dit au l.s. des
64 MERCURE
Animaux,que le Fleuve Hypanis
prés du Boſphore Cimmerien,
porte en Eſté de petites
feüilles de la longueur
d'un gros grain de raiſin ,
d'où fortent des Oyſeaux à
quatre pieds appellez Ephemeres
, qui vivent , & volent
depuis le matin juſques à
midy , puis ſur le ſoir commencent
à défaillir , & enfin
meurent au Soleil couchant?
Je ſçay bien qu'il ſe peut faire
qu'il y ait des Auteurs tellement
paffionnez pour les
choſes extraordinaires , qu'ils
nous rapportent quelquefois
GALANT. 65
effrontémentdes fables qu'ils
prétendent faire paffer pour
des veritez ; mais quand je
fais réflexion qu'il ſe preſente
tous les jours à mes yeux
des prodiges qui ne demanderoient
pas moins d'admi
ration que le Boranetz , &
les Ephemeres , fi nous ne
bornions noſtre croyance par
la ſphere de noftre veuë , je
ne puis me réſoudre à donner
un démenty à tant de
grands hommes , qui aprés.
avoir étudié ſerieuſement la
Nature , ont bien voulu nous.
faire part de leurs connoiffan
Auril 168
66 MERCURE
ces & de leurs remarques, en
nous apprenant ſes prodi.
gieuſes merveilles.
BELOROND.
Ce n'eſt pas ſeulement à
cauſe que l'on ne voit pas les
choſes extraordinaires qui ſe
liſent dans les Voyages &
chez les Naturaliſtes que
l'on ne veut pas les croire ;
c'eſt encore parce que l'on.
ne comprend pas comment
elles ſe peuvent faire. Pour
moy , quand je ne puis penetrer
les cauſes des merveilles
de la Nature , je ne m'imagine
pas pour cela , qu'elles
GALANT. 67
2
ne foient pas en effet , mais
je conſole mon ignorance &
borne ma curiofité par un ,
Hac Deus mirari voluit , fcire
noluit. Je me dis à moy - même
, que Dieu veut que nous
les admirions , & non pas
que nous les connoiffions,
comme s'il avoit voulu humilier
noſtre eſprit dans l'é
tude de la Nature auſſi bien
que de la Religion, par une
experience continuelle de
fon ignorance & de ſa for
bleffe.
1 LAMBRET.
Separons- nous, je vous
Eij
68 MERCURE
prie , avec une ſi judicieuſe
réflexion. Elle ne ſervira pas.
peu à nous exciter à remarquer
encore des choſes plus
merveilleuſes que celles dont
nous venons de parler , pour
nous ſervir de matiere dans
noſtre premier Entretien,
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Résumé : DES CHOSES DIFFICLES A CROIRE. DIALOGUE SECOND.
En avril 1685, Belorond et Lambret discutent des pratiques variées concernant le vol et la punition des voleurs à travers différentes cultures. Belorond observe que les petits voleurs sont souvent punis, tandis que les grands voleurs sont parfois honorés. Lambret renchérit en affirmant que les petits crimes sont punis, alors que les grands sont souvent célébrés. Ils citent des exemples comme le royaume de Tangeo, où les familles se vantent d'ancêtres pendus pour vol, et Sparte, où le vol était encouragé pour développer la ruse. Belorond mentionne des pratiques anciennes chez les Germains, les Romains et les Égyptiens. Lambret parle d'un officier au service du Prêtre Jean chargé de voler pour le roi. Belorond évoque des peines sévères chez les Amérindiens et en Carinthie, contrastées avec des punitions plus légères au Laos et en Moscovie. Leur dialogue se conclut par une réflexion sur la diversité des coutumes humaines, chaque culture trouvant ses pratiques raisonnables même si elles semblent ridicules à d'autres. Le texte aborde également la diversité et les étrangetés observées dans la nature et chez les hommes. Lambret souligne que les hommes sont souvent surpris par les bizarreries des coutumes et des opinions humaines, mais que la nature est encore plus surprenante. Il cite plusieurs exemples extraordinaires, tels qu'un lac en Éthiopie révélant les secrets de ceux qui en boivent, une plante en Amérique représentant les instruments de la Passion du Christ, une plante lumineuse en vallée Baaras, un arbre aux feuilles sensibles en Inde, et une plante carnivore chez les Tartares Zavolhans. Il mentionne aussi des oiseaux éphémères décrits par Aristote. Lambret reconnaît que certains auteurs peuvent exagérer ou inventer des récits, mais affirme que les observations de grands naturalistes méritent crédibilité. Belorond ajoute que l'incrédulité face à ces phénomènes vient souvent de l'incompréhension de leurs mécanismes. Il conclut en acceptant l'ignorance humaine devant les merveilles de la nature et de la religion, citant 'Hac Deus mirari voluit, scire noluit'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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208
p. 111-127
DE LA GENERATION.
Début :
Comme vous avez dans vostre Province quantité d'Amis Sçavans, je / C'est un principe tiré d'Aristote, qu'il n'y a point de genèration [...]
Mots clefs :
Corruption, Plantes, Graines, Feuilles, Nature, Coquille, Pourriture, Génération, Fève, Noix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE LA GENERATION.
Comme vous avez dans
voſtre Province quantité
d'Amis Sçavans , je ne doute
112 MERCURE
point que vous ne ſoyez bienaiſe
de leur faire voir ce qu'un
Particulier a écrit contre une
Maxime affez genéralement
receuë en Philoſophie. Come
ce Traité eſt court , il peut
trouver place dás cetteLettre.
52-5252-5252 525252
DE LA GENERATION.
C'est un principe tiré d'Ariſtote
,qu'il nn''yy aappooint degeneration
fans corruption , &que
la corruption d'une choſe eſt la
generation d'une autre. Depuis
que ce Philoſophe a dit cela , per-
Sonne que je fçache ne s'est avisé
GALANT. 113
d'obferver ce quiſe paſſe dans les
generations. On ne s'abaiſſe point
à regarder comment une graine
germe dans laTerre ; cela esttrop
bas. Onsefait honneurde lire
Aristote of tous les Phyſiciens
qui l'ont ſuivy , mais on trouve
abjet de contempler les effets de
la Nature en elle mesme , & de
tâcher de découvrir les voyes qu'-
elle tientpour engendrerune Plante
d'une autre Plante..
Pour moy , fans aller chercher
autre chose que les graines par lefquelles
il est viſible que toutes cho
ſes s'engendrent , je vay faire
voir qu'une veritable genération
Avril 1685. K
114 MERCURE
priſe dans sa vraye fignification
ne vient pointde corruption , mais
qu'elle est une continuelle produ-
Etion.
Cette ſeule propoſition décou
vre tout dun coup ma pensée.
Pour luy donner encore plus de
jour, il nefautpasfimplement lire
Ariftote ; mais ilfautſemelire des
graines , les voir germer , lever,
&pouffer leurs tiges , épanoüir
leurs feüilles , éclorre leurs fleurs,
voir tomber les feilles de ces
fleurs, ſurles tiges demeurerdes
bourſes dans lesquellessont enfermées
les graines , qui dans leurs
temps ſe reſſemeront comme les
GALANT. 115
premieres , dont tout l'effet de ces
Plantes que je viens de décrire
s'estensivy.
Avant que d'expliquer commentse
fait la genération , il
faut que je demande à ceux qui
me pourront contredire fi lors que
l'on feme une Feve , & qu'elle
leve de terre , qu'elle estend ses
branches ,qu'elle produitfesfleurs,
enfin ſes gouffes , ſes Fefin
les
ves qui ſervirontà avoir depareilles
Plantes l'année d'aprés
( Spes altera gentis , ) il faut,,
dis je , que je leur demande s'ils
trouvent qu'il y ait de la corru..
ptiondans tout cela ou en quel د
Kij
116 MERCURE
qu'une de ces parties , or en quel
temps. Si Ariftote a trouvé làde
la corruption , qu'on me diſe , s'il
yanoyen , quelle corruption on
apperçoit quand une branche s'allonge
, quand elle groffit , quand
une feüille devient plus large&
plus grande. La même choſeſedoit
dire des fleurs (4) des graines furvenantes
aux flours. Que si on
n'y en apperçoit pas , comme visi
blement il n'y en a point, n'y
ayant rien de ſi incorrompu que
ce qui est actuellement vivant &
bien composé en toutes ses parties,
pourquoy dire que la genération
ſefait par lacorruption ? Onvoiمtد
GALANT. 117
bien de la genération , puis que
des fleurs s'engendrent , & fur
une Plante comme je le viens de
dépeindre , &fur un Arbre qui
fleurit auſſi bien que les Plantes,
& on ne voitpasseulement l'ombre
ou l'apparence de la moindre
corruption , au contraire tout se
perfectionne en ſe groffiſſant , en
s'agrandiſſant , en s'eftalant , t
en s'éparpillant.
Je croy qu'on ne pourra me
dire autre chose , finon que ce n'est
pas là le temps & l'endroit de
cette corruption qui est principe de
generation. Alor je demande en
quel temps &en quel endroit de
-
18 MERCURE
la Plante arrive cette corruption.
Si on me dit , comme on le dit or
dinairement , que c'est lors que
P'on met la graine en terre ,
qu'elle germe , pourveu que je
faſſe voirque mesme en ce tempslà,
& en cette partie de laPlan.
te ; ( car la graine est une partie
de la Plante , bien qu'elle en foit
alors détachée , ) elle estde mesme
nature que la Plante , & qu'il
n'arrive rien autre choseàlagraineſemée
en terre, que ce qui arrive
en toutes les parties de la
Plante quand elle est enfon entier,
je croy qu'on ne pourra pas
me contester que ce que j'ayavan
GALANT. 119
cê ne foit veritable. Puis que le
germe qui fort de la graine n'est
autre chose que labranche quifort
de fon tronc , la feüille qui fortde
la branche , &les fleurs des feüilles
, ou des boutons entre lesfeüil
les , il eſt plus clair que le jour
qu'il n'y a point de corruption à
tout cela; donc il n'y en a point
du tout non plus dans la genération
de la Plante , qui n'estqu'-
une continuation de production de
mesme nature que la croiffance
l'épanoüiffement de la Plante.
Pour en venir au détail , il
faut qu'on m'avoue qu'aprésqu'une
Féve a esté quelque temps
120 MERCURE
dans terre , l'on en voit fortir
deux demy Féves , car la Féve
qui estoit contenuë dans une pel.
licule, comme un oeufdans sa coquille
, la rompt , &l'abandonne
à la corruption & à la pourritu.
re. C'est là qu'il en faut reconnoiſtre
comme je fais . Elle est en
core plus ſenſible aux fruits qui
ont des noyaux , comme la Noix,
IAbricot , la Peſche. Il'est vist
ble que la coquillede la Noix se
pourrit quand la Noix germe;
ainſi du noyau de l' Abricot , ex
de la Peſche , & la coquille de
cetteNoix & les noyaux de cét
Abricot , & de cette Pefcbe fe
pourriffent
GALANT. 121
peurriffent &se corrompent effe-
Etivement. Auſſi ne s'en engendre.
il rien que de la terre noire,
qui peut - estre est fort propre
à la nourriture des Plantesfutures.
Ces deux moitiez de Féve,
bien loin de fe corrompre , reverdiffent
, &deviennent comme les
deux premieres feüilles de la
Plante qui doit naiſtre , c'est à
dire qui ſe va développer
agrandir à la faveurde l'humidi
té de la chaleur de la terre.
Cette petiteparrie appellée leger
,que l'on peut encore mieux
voir avec des Microscopes , est
Avril 1685.
me
L
122 MERCURE
déja une Plante , &fait en ellemesme
ce qu'elle auroit peut- eftre
pû faire fur la Plante d'où elle
a estétirée. Je puis montrer par
un exemple , que cela arrive à
quelques graines d' Arbres , qui
commencentàdevenirArbres c'est
àdire à avoir racine , tige
feüilles fur leur Arbre mesme,
car cela arrive à la grainedes Sicomores
, & d'autres Arbres en_
core.
Onm'a déja ,je croy , accordé
qu'il n'y a point de corruptionfur
une Plante quand fes feüilles deviennent
plus grandes , et qu'el
les s'estendent , &je fais comGALANT.
123
prendre parla ſimple veuë, qui'l
n'arrive rien à la graine que ce
qui arrive à ces feüilles ; doncon
ne peut pas dire qu'ily ait de la
corruption à la pouffée d'une tige
qui fort de la boette defa graine:
carqu'onyprenne bien garde,tou
tes les grainesfont enfermées dans
des boettes qui nefervent à rien
du tout qu'à les conferver juſques
au temps de leur plantage, &les
amandes que l'on caffe font bien
voir que leur noyau on coquille ne
fertde rien pour lesfairegermer.
Ce que j'ay dit de la corruption
de la pourriture de la
pelliculede la Féve , &de la co-
Lij
124 MERCURE
quille de la Noix , peut faire connoiſtre
tres- clairement ce que c'eff
veritablement que corruption
pourriture. La coquille de Noix
pourrit , &ilne s'enproduit rien.
Si le germe de la Noix pourriffoit
de mesme , il ne naiſtroit
point de Noyer. Quand on seme
des graines , quand on plante des
Noix , du Gland , des Chaftaignes
, il n'en leve quelquefois
pas la moitié. D'où vient cela?
C'est que la graine la Noix , le
Pepin eftant maleficié , corrompu,
pourry , il ne peut produire ce
qu'il auroit produit s'il euft esté
bien conditionné &dansson entier.
GALANT. 125
L'idée de la Corruption n'et
donc pas fi difficile à avoir, il n'y
a qu'à confiderer que dés qu'une
graine est brizée , que dés qu'elle
eft deffechée outre mesure , que dés
qu'elle eft exceſſivement remplie
ou engloutie d'humidité , elle ne
peut plus fairefis fonctions ,
pouſſerfelonſa vertu &ſa force
naturelle une nouvelle Plante:
Ainsi dans une Horloge , déran
gez le moins du monde plusieurs
ou une feule de ſes roües , vous
ruinez tout le mouvement
du moins vous le pervertiſfez,
l'Horloge au lieu de marquer
Septheures en marquera dix
د
Ou
ara
Lij
126 MERCURE
Lieu de fonnerquatre heures , elle
en fonnera douze. Voila un leger,
&tres-foible exemple de ce
qui arrive en la nature , la corru
ption n'est autre chose qu'un defordre
, qu'un dérangement , qu'une
diffipation. Que tout foit dans
l'ordre , que tout foit bien arrangé,
que tout soit bien ramaffé
afſſemblé , il ne manquerajamais
d'y avoir une bonne production,
c'est à dire une veritable genération.
On s'est donc bien trompé en
fuivant Aristote , & tant d'autres
qui l'en ont crufurSaparole,
quand on a dit que la corruption
1
GALANT. 127
estoit cause de genération ; car
je pense avoirfait voir, à n'en
pouvoirjamais douter, que la corruption
de pourriture est l'ennemie
capitale de toute generation,
& que nous ne verrions que perir
les choses dans le monde, fi elles
fe corrompoient.
voſtre Province quantité
d'Amis Sçavans , je ne doute
112 MERCURE
point que vous ne ſoyez bienaiſe
de leur faire voir ce qu'un
Particulier a écrit contre une
Maxime affez genéralement
receuë en Philoſophie. Come
ce Traité eſt court , il peut
trouver place dás cetteLettre.
52-5252-5252 525252
DE LA GENERATION.
C'est un principe tiré d'Ariſtote
,qu'il nn''yy aappooint degeneration
fans corruption , &que
la corruption d'une choſe eſt la
generation d'une autre. Depuis
que ce Philoſophe a dit cela , per-
Sonne que je fçache ne s'est avisé
GALANT. 113
d'obferver ce quiſe paſſe dans les
generations. On ne s'abaiſſe point
à regarder comment une graine
germe dans laTerre ; cela esttrop
bas. Onsefait honneurde lire
Aristote of tous les Phyſiciens
qui l'ont ſuivy , mais on trouve
abjet de contempler les effets de
la Nature en elle mesme , & de
tâcher de découvrir les voyes qu'-
elle tientpour engendrerune Plante
d'une autre Plante..
Pour moy , fans aller chercher
autre chose que les graines par lefquelles
il est viſible que toutes cho
ſes s'engendrent , je vay faire
voir qu'une veritable genération
Avril 1685. K
114 MERCURE
priſe dans sa vraye fignification
ne vient pointde corruption , mais
qu'elle est une continuelle produ-
Etion.
Cette ſeule propoſition décou
vre tout dun coup ma pensée.
Pour luy donner encore plus de
jour, il nefautpasfimplement lire
Ariftote ; mais ilfautſemelire des
graines , les voir germer , lever,
&pouffer leurs tiges , épanoüir
leurs feüilles , éclorre leurs fleurs,
voir tomber les feilles de ces
fleurs, ſurles tiges demeurerdes
bourſes dans lesquellessont enfermées
les graines , qui dans leurs
temps ſe reſſemeront comme les
GALANT. 115
premieres , dont tout l'effet de ces
Plantes que je viens de décrire
s'estensivy.
Avant que d'expliquer commentse
fait la genération , il
faut que je demande à ceux qui
me pourront contredire fi lors que
l'on feme une Feve , & qu'elle
leve de terre , qu'elle estend ses
branches ,qu'elle produitfesfleurs,
enfin ſes gouffes , ſes Fefin
les
ves qui ſervirontà avoir depareilles
Plantes l'année d'aprés
( Spes altera gentis , ) il faut,,
dis je , que je leur demande s'ils
trouvent qu'il y ait de la corru..
ptiondans tout cela ou en quel د
Kij
116 MERCURE
qu'une de ces parties , or en quel
temps. Si Ariftote a trouvé làde
la corruption , qu'on me diſe , s'il
yanoyen , quelle corruption on
apperçoit quand une branche s'allonge
, quand elle groffit , quand
une feüille devient plus large&
plus grande. La même choſeſedoit
dire des fleurs (4) des graines furvenantes
aux flours. Que si on
n'y en apperçoit pas , comme visi
blement il n'y en a point, n'y
ayant rien de ſi incorrompu que
ce qui est actuellement vivant &
bien composé en toutes ses parties,
pourquoy dire que la genération
ſefait par lacorruption ? Onvoiمtد
GALANT. 117
bien de la genération , puis que
des fleurs s'engendrent , & fur
une Plante comme je le viens de
dépeindre , &fur un Arbre qui
fleurit auſſi bien que les Plantes,
& on ne voitpasseulement l'ombre
ou l'apparence de la moindre
corruption , au contraire tout se
perfectionne en ſe groffiſſant , en
s'agrandiſſant , en s'eftalant , t
en s'éparpillant.
Je croy qu'on ne pourra me
dire autre chose , finon que ce n'est
pas là le temps & l'endroit de
cette corruption qui est principe de
generation. Alor je demande en
quel temps &en quel endroit de
-
18 MERCURE
la Plante arrive cette corruption.
Si on me dit , comme on le dit or
dinairement , que c'est lors que
P'on met la graine en terre ,
qu'elle germe , pourveu que je
faſſe voirque mesme en ce tempslà,
& en cette partie de laPlan.
te ; ( car la graine est une partie
de la Plante , bien qu'elle en foit
alors détachée , ) elle estde mesme
nature que la Plante , & qu'il
n'arrive rien autre choseàlagraineſemée
en terre, que ce qui arrive
en toutes les parties de la
Plante quand elle est enfon entier,
je croy qu'on ne pourra pas
me contester que ce que j'ayavan
GALANT. 119
cê ne foit veritable. Puis que le
germe qui fort de la graine n'est
autre chose que labranche quifort
de fon tronc , la feüille qui fortde
la branche , &les fleurs des feüilles
, ou des boutons entre lesfeüil
les , il eſt plus clair que le jour
qu'il n'y a point de corruption à
tout cela; donc il n'y en a point
du tout non plus dans la genération
de la Plante , qui n'estqu'-
une continuation de production de
mesme nature que la croiffance
l'épanoüiffement de la Plante.
Pour en venir au détail , il
faut qu'on m'avoue qu'aprésqu'une
Féve a esté quelque temps
120 MERCURE
dans terre , l'on en voit fortir
deux demy Féves , car la Féve
qui estoit contenuë dans une pel.
licule, comme un oeufdans sa coquille
, la rompt , &l'abandonne
à la corruption & à la pourritu.
re. C'est là qu'il en faut reconnoiſtre
comme je fais . Elle est en
core plus ſenſible aux fruits qui
ont des noyaux , comme la Noix,
IAbricot , la Peſche. Il'est vist
ble que la coquillede la Noix se
pourrit quand la Noix germe;
ainſi du noyau de l' Abricot , ex
de la Peſche , & la coquille de
cetteNoix & les noyaux de cét
Abricot , & de cette Pefcbe fe
pourriffent
GALANT. 121
peurriffent &se corrompent effe-
Etivement. Auſſi ne s'en engendre.
il rien que de la terre noire,
qui peut - estre est fort propre
à la nourriture des Plantesfutures.
Ces deux moitiez de Féve,
bien loin de fe corrompre , reverdiffent
, &deviennent comme les
deux premieres feüilles de la
Plante qui doit naiſtre , c'est à
dire qui ſe va développer
agrandir à la faveurde l'humidi
té de la chaleur de la terre.
Cette petiteparrie appellée leger
,que l'on peut encore mieux
voir avec des Microscopes , est
Avril 1685.
me
L
122 MERCURE
déja une Plante , &fait en ellemesme
ce qu'elle auroit peut- eftre
pû faire fur la Plante d'où elle
a estétirée. Je puis montrer par
un exemple , que cela arrive à
quelques graines d' Arbres , qui
commencentàdevenirArbres c'est
àdire à avoir racine , tige
feüilles fur leur Arbre mesme,
car cela arrive à la grainedes Sicomores
, & d'autres Arbres en_
core.
Onm'a déja ,je croy , accordé
qu'il n'y a point de corruptionfur
une Plante quand fes feüilles deviennent
plus grandes , et qu'el
les s'estendent , &je fais comGALANT.
123
prendre parla ſimple veuë, qui'l
n'arrive rien à la graine que ce
qui arrive à ces feüilles ; doncon
ne peut pas dire qu'ily ait de la
corruption à la pouffée d'une tige
qui fort de la boette defa graine:
carqu'onyprenne bien garde,tou
tes les grainesfont enfermées dans
des boettes qui nefervent à rien
du tout qu'à les conferver juſques
au temps de leur plantage, &les
amandes que l'on caffe font bien
voir que leur noyau on coquille ne
fertde rien pour lesfairegermer.
Ce que j'ay dit de la corruption
de la pourriture de la
pelliculede la Féve , &de la co-
Lij
124 MERCURE
quille de la Noix , peut faire connoiſtre
tres- clairement ce que c'eff
veritablement que corruption
pourriture. La coquille de Noix
pourrit , &ilne s'enproduit rien.
Si le germe de la Noix pourriffoit
de mesme , il ne naiſtroit
point de Noyer. Quand on seme
des graines , quand on plante des
Noix , du Gland , des Chaftaignes
, il n'en leve quelquefois
pas la moitié. D'où vient cela?
C'est que la graine la Noix , le
Pepin eftant maleficié , corrompu,
pourry , il ne peut produire ce
qu'il auroit produit s'il euft esté
bien conditionné &dansson entier.
GALANT. 125
L'idée de la Corruption n'et
donc pas fi difficile à avoir, il n'y
a qu'à confiderer que dés qu'une
graine est brizée , que dés qu'elle
eft deffechée outre mesure , que dés
qu'elle eft exceſſivement remplie
ou engloutie d'humidité , elle ne
peut plus fairefis fonctions ,
pouſſerfelonſa vertu &ſa force
naturelle une nouvelle Plante:
Ainsi dans une Horloge , déran
gez le moins du monde plusieurs
ou une feule de ſes roües , vous
ruinez tout le mouvement
du moins vous le pervertiſfez,
l'Horloge au lieu de marquer
Septheures en marquera dix
د
Ou
ara
Lij
126 MERCURE
Lieu de fonnerquatre heures , elle
en fonnera douze. Voila un leger,
&tres-foible exemple de ce
qui arrive en la nature , la corru
ption n'est autre chose qu'un defordre
, qu'un dérangement , qu'une
diffipation. Que tout foit dans
l'ordre , que tout foit bien arrangé,
que tout soit bien ramaffé
afſſemblé , il ne manquerajamais
d'y avoir une bonne production,
c'est à dire une veritable genération.
On s'est donc bien trompé en
fuivant Aristote , & tant d'autres
qui l'en ont crufurSaparole,
quand on a dit que la corruption
1
GALANT. 127
estoit cause de genération ; car
je pense avoirfait voir, à n'en
pouvoirjamais douter, que la corruption
de pourriture est l'ennemie
capitale de toute generation,
& que nous ne verrions que perir
les choses dans le monde, fi elles
fe corrompoient.
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Résumé : DE LA GENERATION.
La lettre traite de la génération des plantes et conteste une maxime philosophique d'Aristote selon laquelle toute génération implique une corruption. L'auteur critique les philosophes pour leur manque d'observation directe des processus naturels, préférant se référer à Aristote plutôt que d'étudier la germination des graines. Il affirme que la génération est une production continue et non une corruption. L'auteur décrit le processus de germination des graines, comme celles des fèves ou des noix, où la coquille se corrompt mais le germe se développe en une nouvelle plante. Il soutient que la corruption est en réalité un désordre ou un dérangement, contraire à la génération. La lettre vise à démontrer que la corruption n'est pas le principe de la génération, mais plutôt son ennemie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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209
p. 127-131
« Vous ne me demanderez plus pourquoy Mr d'Ambruis aprés s'estre [...] »
Début :
Vous ne me demanderez plus pourquoy Mr d'Ambruis aprés s'estre [...]
Mots clefs :
Mr d'Ambruis, Réputation, Airs, Recueil, Couplets, Voix, Public, Basse, Chanter, Livres, Cadence, Mr Lambert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous ne me demanderez plus pourquoy Mr d'Ambruis aprés s'estre [...] »
Vous ne me demanderez
plus pourquoy M' d'Ambruis
aprés s'eftre acquis
tant de réputation par fes
beaux Airs , a negligé d'en
faire part au Public. Il vient
d'en donner un Recueil avec
leurs ornemens dans la me--
Eiij !
128 MERCURE
4
fure , & les ſeconds coupless
en diminution
,
meſurez
auſſi ſur la Baſſe continuë ,&
tres- propres pour ceux qui
veulent ſe perfectionner dans
l'Art de bien chanter , ou tou
cher ſur la partie pour l'accompagnement
de la voix
feule. Il a cru devoir cette fatisfaction
au Public , qui le
preſſoit depuis fort longtemps
de faire imprimer
quelques- uns de ſes Airs qui
couroient dans le monde fort
imparfaits , & fans leurs Baf
ſes naturelles. Ce Recueil
en contient beaucoup qui
GALANT. 129 .
ont merité une eſtime gené
rale . Mª d'Ambruis y en a
joint d'autres qui n'ont point
encore paru , & il les a accompagnez
de leurs ſeconds.
couplets en diminution , mefurez
pareillement ſur la Baſſe
continue. Il a mis à la fin un
Dialogue pour une Hautecontre
, un Deſſus , & une
Baſſe continue. On pourra
chaanntteerrlaBaſſe- contre quand
on voudra , & en ce cas on
pourra aufli chanter le Def
fus enTaille. Ceux qui fou.
haiteront ſe perfectionner
dans l'Art du Chant trou
130 MERCURE
veront de la fatisfaction dans
ce Livre , & fi l'on veut confulter
ce celebre Maiſtre , on
découvrira des facilitez qui
ne peuvent s'exprimer ſur le
papier. Il s'eſt ſervy en quelques
endroits de marques
particulieres au lieu de No.
res , pour les Ports de Voix,
Cadences épuisées , Cadences
en l'air , doubles Cadences
, flatemens , accens , ou
plaintes. Il promet dans peu
un autre Livre d'Airs à trois
parties chantantes , & d'au
tres Ouvrages. Ila dédié ce
luy- cy à l'Illuftre M Lam
GALANT. 131
,
bert , Maiſtre de Muſique de
la Chambre du Roy. Il en
fait l'éloge & avoue que
c'eſt dans la méditation de fes
Ouvrages , qu'il a puiſé les
connoiſſances qui l'ont fait
travailler fi heureuſement. Il
eſt aſſez rare qu'un habile
Homme veüille ceder à un
autre de meſme profeſſion,
& c'eſt ce qui fera eſtimerM
d'Ambruis autant que fes
beaux Airs , & ce qui luy a
peut- eſtre attiré ce Sonnet.
plus pourquoy M' d'Ambruis
aprés s'eftre acquis
tant de réputation par fes
beaux Airs , a negligé d'en
faire part au Public. Il vient
d'en donner un Recueil avec
leurs ornemens dans la me--
Eiij !
128 MERCURE
4
fure , & les ſeconds coupless
en diminution
,
meſurez
auſſi ſur la Baſſe continuë ,&
tres- propres pour ceux qui
veulent ſe perfectionner dans
l'Art de bien chanter , ou tou
cher ſur la partie pour l'accompagnement
de la voix
feule. Il a cru devoir cette fatisfaction
au Public , qui le
preſſoit depuis fort longtemps
de faire imprimer
quelques- uns de ſes Airs qui
couroient dans le monde fort
imparfaits , & fans leurs Baf
ſes naturelles. Ce Recueil
en contient beaucoup qui
GALANT. 129 .
ont merité une eſtime gené
rale . Mª d'Ambruis y en a
joint d'autres qui n'ont point
encore paru , & il les a accompagnez
de leurs ſeconds.
couplets en diminution , mefurez
pareillement ſur la Baſſe
continue. Il a mis à la fin un
Dialogue pour une Hautecontre
, un Deſſus , & une
Baſſe continue. On pourra
chaanntteerrlaBaſſe- contre quand
on voudra , & en ce cas on
pourra aufli chanter le Def
fus enTaille. Ceux qui fou.
haiteront ſe perfectionner
dans l'Art du Chant trou
130 MERCURE
veront de la fatisfaction dans
ce Livre , & fi l'on veut confulter
ce celebre Maiſtre , on
découvrira des facilitez qui
ne peuvent s'exprimer ſur le
papier. Il s'eſt ſervy en quelques
endroits de marques
particulieres au lieu de No.
res , pour les Ports de Voix,
Cadences épuisées , Cadences
en l'air , doubles Cadences
, flatemens , accens , ou
plaintes. Il promet dans peu
un autre Livre d'Airs à trois
parties chantantes , & d'au
tres Ouvrages. Ila dédié ce
luy- cy à l'Illuftre M Lam
GALANT. 131
,
bert , Maiſtre de Muſique de
la Chambre du Roy. Il en
fait l'éloge & avoue que
c'eſt dans la méditation de fes
Ouvrages , qu'il a puiſé les
connoiſſances qui l'ont fait
travailler fi heureuſement. Il
eſt aſſez rare qu'un habile
Homme veüille ceder à un
autre de meſme profeſſion,
& c'eſt ce qui fera eſtimerM
d'Ambruis autant que fes
beaux Airs , & ce qui luy a
peut- eſtre attiré ce Sonnet.
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Résumé : « Vous ne me demanderez plus pourquoy Mr d'Ambruis aprés s'estre [...] »
Le texte présente la publication d'un recueil d'airs par M. d'Ambruis, compositeur reconnu, incluant ornements et seconds couplets en diminution mesurés sur la basse continue. Ce recueil vise à aider ceux qui souhaitent se perfectionner dans le chant ou l'accompagnement vocal. Il répond à une demande publique pour des versions plus parfaites des airs. Le recueil comprend des œuvres déjà populaires et des pièces inédites, et se termine par un dialogue pour haute-contre, dessus et basse continue. Des marques spécifiques indiquent les ports de voix et les cadences. M. d'Ambruis prévoit d'autres publications, notamment un recueil d'airs à trois parties chantantes. L'ouvrage est dédié à M. Lambert, Maître de Musique de la Chambre du Roi, dont les œuvres ont influencé M. d'Ambruis. Un sonnet célèbre la générosité de M. d'Ambruis envers un collègue.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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210
p. 162-181
Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Comme tout ce qui regarde la santé est toûjours fort bien receu, [...]
Mots clefs :
Santé, Thériaque, Avantages, Mr Rouvière, Discours, Médecins, Faculté de médecine de Paris, Galien, Admiration, Ouvrages, Magistrats, Monarques, Traité, Antidote, Sciences, Remède, Pharmacie, Charlatans, Gloire, Professeurs, Critiques, Drogues, Doyen, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Comme tout ce quiregarde
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
la ſanté eſt toûjours fort
bien receu , & qu'il n'y a rien
qui ſoit écouté plus volontiers
je ne m'étonne pas fi
د
ce que je vous
ay mandé
dans ma derniere Lettre touchant
la Theriaque , vous a
donné autant de plaifir qu'à
GALANT. 163
quantité de Perſonnes qui
l'ont leu , puis qu'outre la fatisfaction
d'apprendre ce qui
peut contribuer à la choſe du
monde qui nous doit eſtre la
plus prétieuſe , on a encore
eu l'avantage de ſe voir inſtruit
de pluſieurs circonſtances
curieuſes , dont on
n'avoit peut- eſtre jamais en
tendu parler ,& qu'on n'aappriſes
qu'avec des morceaux
d'Hiſtoire qui les rendent remarquables
, & qui font connoiftre
, non ſeuleme les.
grandes merveilles de la
S Theriaque , mais encore l'e-
Oij
164 MERCURE
flime que l'on en doit faire
Le ſuccez qu'elle aleti ,
parmy le Public, & dans ma
derniere Lettre a eſté cauſe
que je me ſuis informé avec
plus de ſoin de tout ce qui
s'eſt paffé à Paris , à l'égard
de cétancien & grand reme
de. J'ay trouvé que le dif
cours deM' de Rouviere quia
une approbasion fi genérale,
& que je vous ay envoyé,
n'avoit pas eſté le ſeul que
l'on euft fait fur cette matie
re,& qu'un autre avoit efte
auſſi prononcé en préſence
de M'de la Reynie &deM
GALANT 165
Robert Procureur du Roy,
par Mi Lienard Medecin or
dinaire deSaMajesté,Docteur
&ancien Doyen de laFaculté
de Medecine de Paris , à pré
fent Profeffeuren Pharmacie
de lameſme Faculté Com
me il manqueroit quelque
choſe à l'Histoire de la The
riaque faire en cette grande
Ville , fi ce Diſcours qui en
quisen
eft une des plus confidéras
bles parties ne tenoit ſa placa
dans ma Lettre de ce mois,
je vous l'envoye,parce que je
fçais qu'il vous plaira , & que
je le vois d'ailleurs, fouhaité
166 MERCURE
par tout ce qu'il y a icy deCurieux.
En voicy les termes.
MESSIEURS,
Si Galien dans le Traité de
La Thériaque qu'il adreſſe à Pi-
Son , eſtime cét Illustre Romain fi
digne de toute fon admiration
des grands éloges qquu''iill lluuyy donne
Taddee ce que se relâchant un peu des
grandes occupations dont il eſtoit
chargé pour le ſalut de la Republique,
il lisoit avec tant d'atrention
le petit Ouvrage qu'Andromachus
fort celebre Medecin,
en avait fait autrefois , & s'ilfe
1
GALANT. 167
Louë endes termes fi pompeux
fi magnifiques de la bonnefortune
de fon fiecle de ce qu'il voyoit
ce grand Homme fi attaché aux
chofes qui regardoientparticulierement
la santé de fes Concitoyens
, avec combien plus de jaſtice
de raison devons-nous
aujourd'huy honorer de nos. éloges
less plus forts , les deux grands
Magiftrats que nous voyons pour
quatrième fois en moins de fix
moisse dérober aux emplois les plus
augustes les plus honorables où
Les Conſeils importans de noftre
incomparable Monarque les appel-
Jem ordinairement auprès de lays
La
T
168 MERCURE
ς
pour vacquer , non pas comme ce
Romain àla lecture moins utile
que curieuse d'un fimple Traité
de la Thériaque , mais à l'affaire
laplus ſerieuse&la plus digre
de la Police qu'ils exercent dans
leRoyaume , qui est la composttion
exacte & fidelle de ce Remede
de cét Antidote par excellense
, puis qu'elle regarde le
falut general particulier de
tous les Sujets du Roy. Disos donc,
&nous écrions avec Galien au
fujer de ces deux vigilans Magi-
Strats , comme il faisoit autrefois
àRome àl'égard de Pifon. Satisne
magnas poffumus ha
bere
GALANT. 169
bere noſtri temporis fortunæ
gratias , quòd vos , ô ſummi
Magiftratus, ufque adeo Medicinæ
ac Theriacæ ſtudioſos
confpiciamus ? En effet , Meffieurs
,quel plus grand bonheur
que celuy de nostre fiecle de vi
vre fous un Prince , dont l'application
incroyable aux plus petits
comme aux plus confiderables be.
foins de fes Sujets , réveille dans
tous les Arts & dans toutes les
-Sciences l'étude l'industrie de
ceux qui les profeſſent , pour les
- pouffer à leur souveraine perfection.
C'est donc l'exemple mefme
du Roy , le plus laborieux
Avril 1685. P
170 MERCURE
Prince qui fut jamais , qui porte
aujourd ' buy les Profeffeurs de la
Medecine de la Pharmacie de
Paris, àfaire fous LOUISle
Grand, plus grandque les Antoi
nes,que les Antonins, &que tous
les Cefars ensemble, pourqui l'on
faisoit fifolemnellement ce Remede
à Rome, dans la Capitale du
Royaume auffi celebre que cette
Superbe Ville lefut autrefois , à la
veuë &en la présence de l'IlluftreM
Daquin premier Medecin
de Sa Majesté , qui ne cede
en rien aux Andromachus premiers
Medecins de ces Princes
de ces Empereurs , avec lesecours
1
GALANT. 171
des meilleurs &des plus experi
mentez Artistes de la France,
les Geoffroy , * les fofon , les
Bolduc,les Rouviere , auffiéclai
rez que l'estoient anciennement
les Critons & les Damocrate,
premiers Pharmaciens de leurfiecle
; àfaire, dis-je,fous LOUIS
le Grand, une Thériaque dont on
n'entreprenoit jamais la compofition
à Rome , que ſous les aufpices
de ſes Empereurs , ſans la
leur voüer & consacrer comme
la choſe du monde la plus im
portante la plus falutaire à
** Ce font les quatre Apoticaires qui depuis
fix mois ont fait à leurs frais la Thériaque à
Paris.
Pij
172 MERCURE
1
leurs Etats. Prenons donc,Mes
fieurs , pour noftre Devise , celle
qui devroit l'eftre aujourd'huy de
toute la France. Ludovico Magno
felicitas parta. Réjoüif
fons- nous de ce que nous voyons,
pour ainſi dire , guerir dans Paris
la letargie des fiecles paſſez , qui
par une indolence ou une indiffe
rence condamnable , pour ne pas
dire quelque chose de pis, ontjuf
ques icy presque toûjours deu , ou
àdes Nations étrangeres , comme
à Rome & à Venise , ou à des
Provinces éloignées د
comme à
Montpellier , la composition d'un
Remededontils ne devoient avoir
تم
GALANT. 173
obligation qu'à eux- mesmes , &
àleur propre Patrie , & qui ont
presque toûjours emprunté d'au.
truy ce qu'ils ne devoient avoir
ny tenir que de leur riche fonds,
de leur induſtrieuse capacité ,
de leurhabileté laborieuse.
Loñons nous , Meffieurs , de
noſtre bonheur , de ce que le
Royaume joüira doreſnavant
par la vigilance de nos Magiſtrats
de Police , appliquez
attentifs à toutes choses , d'une
Panacée veritable ,fans fraude,
Sans alteration , &fans le rifque
d'en voir deformais debiter
enFrance aucune ny vicieuse ny
Piij
174 MERCURE
falfifiée,telle queGalien ſe plai
gnoit dés le temps qu'il estoit à
Rome , que plusieurs Impoſteurs ,
Charlatans, Monteurs de Thea
tre
د Vendeurs de Mithridat,
Cr
veritables Triacleurs en di
ſtribuoient contre l'intention des
Magistrats publics à grand prix
d'argent er fort cherement , auffi
bien qu'à la ruine e au détriment
de la fantédes Peuples ignorants
& crédules pour l'ordinai
en ces fortes de matieres qui
regardent la Medecine , & les
Remedes qu'on voile ſouvent de
nomsſpécieux de Secrets , afin de
les mieuxtromper. Multæ quipre
GALANT: 175
pe fiunt , écrit- il , ab Impoftoribus
hac etiam in re frau
des , vulgufque ſolaTheriace
famâ deceptum, abiftis, qui,
bus ars eft Mercenaria , non
recte compofitam Antido
tum multâ pecuniâ redimit
Loüons-nous encore unefois
Meffieurs , de ce que par lesfoins
bienfaiſans de ces meſmes Magi
ftrats, nous joüiffons aujourd'huy,
à la faveur de nostre veritable
Thériaque , ſous l'empire de
LOUIS le Grand , du mesme.
bien & du mesme avantage dont
les Empereurs gratifioient autre
fois leursſujets à Rome. Qui l
Piij
176 MERCURE
benter, ditle mefme Galien,in
univerfos omnia bona , deos
imitati , conferunt , tantum
que gaudium concipiunt,
quantò populi majorem fuerint
incolumitatem ab ipfis
confecuti , maximam impe
ran di partem arbitrantes,
communis falutis procurationem
; quæ res me magis
in ipforum admirationem traxit.
Ce ſontſes propres termes .
C'est lesujet , Meſſieurs , qui
m'a aujourd'huy engagé, en qualitéde
Profeſſeur en Pharmacie
de la Faculté de Medecine de
Paris , à vous faire ce petitDifGALANT.
177
rs
cours ,pour un témoignage affuré
de reconnoiſſance publique &
particuliere envers Ms nosMagiftrats
, pour une marqueſenſible
de l'obligation que nous avons à
M le premier Medecin , de vou
loir bien honorerdeſa préſence la
compoſition d'un Remede qui en tirera
afſurément beaucoup de gloire
, de credit &d'authorité , &
pour un préjugéſouhaitable de ta
confervation en ſon entier de la
bonne Medecine de Paris , & du
parfait rétabliſſementde la meil
leure Pharmacieà l'avenir, con
tre les vains efforts & les tentatives
inutiles des envieux ou des
2
178 MERCURE
ennemis de l'une de l'autre,
& de tous ceux qui voudroient
temérairement dans lafuite s'yopposer
, & les troubler dans leur
exercice dans leur ancienne
poffeffion.
Ce Diſcours fut prononcé
le 12. de Mars , & le Lundy
prononce
ſuivant , M² de Rouviere s'attacha
particulierement au 1 .
poids des Drogues dont il
avoit fait auparavant un juſte
choix pour la compoſition
de ſon Ouvrage, & qu'ilavoit
expoſées au Public , feur que
leur beauté& leur bonne qualité
le défendroient contre les
GALANT. 179
Critiques & les Envieux. Il fit
ce jour là un fort beau Dif
cours ſur la Vipere , & fur la
nature de la Theriaque , & il
expliqua fi bien la maniere
dont les fermentations ſe
font, qu'il fut genéralement
applaudy. Il peſa enſuite ſes
ر
Drogues en préſence de M
le Doyen de la Faculté , de
Mrs les Profeffeurs en Pharmacie
, & de M'Boudin , l'un
des premiers Apoticaires
du Roy. Toutes ces Dro
gues furent brifées , & mêlées
enſemble confufément
devant toute l'Aſſemblée qui
180 MERCURE
n'eſtoit pas moins nombreuſe
qu'elle avoit eſté les autres
jours. Il en falut huit entiers
pour les pulverifer , aprés
quoy les Curieux revinrent
au meſme lieu , pour
eſtre témoins du mélange
qu'on appelle Mixtion , ce
qui fit donner de nouvelles
loüanges à M' de Rouviere.
Ce fut alors que M² Pilon,
Doyen de la Faculté , & qui
dés ſa plus grande jeuneſſe a
ſceu s'acquerir le nom d'Orateur
, fit un Diſcours tresdigne
de luv, pour fermer ce
grand Ouvrage. La crainte
r
GALANT. 181
de vous entretenir trop longtemps
ſur vne meſme matiere,
m'oblige à ne vous enrien
dire de plus aujourd'huy.
Vous voudrez bien cepen.
dant que j'ajoûte , en faveur
de la Theriaque , que lors
que l'on en fait à Veniſe , le
Senaty aſſiſte en Corps , &
que dans tous les lieux où l'on
ſe donne la peine de rechercher
tout ce qu'il faut pour
cette fameuse compoſition,
elle ſe fait avec le meſme
eclat , &en préſence des Souverains
Magiſtrats .
Fermer
Résumé : Suite de ce qui s'est fait à Paris touchant la Thériaque ; avec les discours qui ont esté prononcez sur ce sujet, [titre d'après la table]
Le texte traite de la réception favorable d'une lettre précédente concernant la thériaque, un remède médical, qui a suscité un grand intérêt. Cette lettre contenait des informations historiques et curieuses sur la préparation de la thériaque. Les discours de M. de Rouvière, approuvés par M. de la Reynie et M. Galant, ainsi que celui de M. Liénard, médecin du roi et professeur de pharmacie à la Faculté de Médecine de Paris, sont mis en avant comme essentiels pour l'histoire de la thériaque à Paris. Le texte compare l'attention des grands magistrats français à celle de l'empereur romain Galien, louant leurs efforts pour une composition exacte et fidèle du remède. Le roi Louis XIV est particulièrement salué pour son engagement envers ses sujets, inspirant les professeurs à atteindre l'excellence dans la préparation de la thériaque. À Paris, quatre apothicaires préparent ce remède, marquant une renaissance de cet art. La vigilance des magistrats de police assure la qualité et l'authenticité de la thériaque, protégée contre les falsifications. Le professeur de pharmacie de la Faculté de Médecine de Paris exprime sa reconnaissance et met en garde contre les perturbations possibles. Le 12 mars, M. de Rouvière présente les drogues utilisées pour la thériaque devant une assemblée nombreuse, et M. Pilon, doyen de la Faculté, conclut avec un discours élogieux. La préparation de la thériaque à Venise, en présence du Sénat, est également mentionnée pour souligner son importance et sa solennité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
211
p. 181-182
« Je vous tiens parole, en vous envoyant les Devises que les [...] »
Début :
Je vous tiens parole, en vous envoyant les Devises que les [...]
Mots clefs :
Devises, Chevaliers, Écus, Course, Versailles, Gravure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous tiens parole, en vous envoyant les Devises que les [...] »
Je vous tiens parole , en
182 MERCURE
vous envoyant les Deviſes
que les Chevaliers portoient
fur leurs Ecus à la Courſe des
Teſtes qu'on fità Verſailles le
dernier Dimanche du Carnaval.
Vous les trouverez gravées
dans cette planche , ou
j'ay tres - peu obſervé les
rangs , les ayant fait graver
a meſure qu'elles me font
tombées entre les mains .
182 MERCURE
vous envoyant les Deviſes
que les Chevaliers portoient
fur leurs Ecus à la Courſe des
Teſtes qu'on fità Verſailles le
dernier Dimanche du Carnaval.
Vous les trouverez gravées
dans cette planche , ou
j'ay tres - peu obſervé les
rangs , les ayant fait graver
a meſure qu'elles me font
tombées entre les mains .
Fermer
212
p. 246-256
Noms de ceux qui doivent estre du Carousel de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye seulement les noms de ceux qui doivent [...]
Mots clefs :
Carrousels, Monseigneur le Dauphin, Personnes distinguées, Choix, Duc de S. Aignan, Divertissements, Officiers généraux, Pages, Maréchaux, Marquis, Écuyer, Seigneurs, Duc, Chevalier, Princes, Comte, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui doivent estre du Carousel de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Je vous envoye ſeulement
les noms de ceux qui doivent
compofer leCarousel deMonſeigneur
le Dauphin. J'aurois
fatisfait plûtoft voſtre curiofré
fur cet article , mais entre
un fi grand nombre de Perfonnes
diftinguées , il eſt dif
ficile de fixer un choix . Les
maladies , & divers autres accidens
y peuvent d'ailleurs
apporter du changement , &
je ne vous répons pas qu'iln'y
en arrive point juſqu'au jour
de ce Carouſel , qui eſt remis
GALANT. 247
!
au commencement de Juin .
Me le Duc de S. Aignan qui
entend parfaitement bien ces
fortes deDivertiſſemensguerriers
, & qui ordinairement
en eſt l'Inventeur , a donné
le ſujet de celuy- cy. Il l'a tiré
des Guerres Civiles de Grenade
, & en a reglé beaucoup
de choſes comme il avoit
faità la grande Feſte de Verfailles
qui avoit pour tître, Le
Palais d'Alcine , ou Les Plaifirs
de l'Isle enchantée. Elle
eſtoit entiérement de ſon invention
, & dura trois jours,
avec diférens Spectacles. Ily
Xinj
248 MERCURE
aura huit Quadrilles dans le
Carouſel qui va paroiſtre.
Elles feront diviſées en deux
Partys. Voicy les noms des
Officiers Genéraux.
M. le Duc de Saint A
gnan Maréchal de CampGe
nérales
Il ſera ſuivy de quatre Pages
, & de quatre Eltafiers ,&
aura deux Trompettes & un
Timbalier.
a
- Les Maréchaux deCampsót
M. le Duc de Gramont.
M. le Duc d'Uzés .
M. le Marquis de Tilladen.
M.le Marquis deDangeau.
GALANT. 249
Ils auront chacun trois Pages
& trois Eſtafiers .
Monſeigneur le Dauphin
feraà la teſte de la premiere
Quadrille de ſon Party , qui
repreſentera les Abencerrages.
Sescouleurs ferontOr&
Noir, il aura quatre Eſcuyers
qui font:
M. du Mont.
M. de la Neuville.
M. du Gaſt.
M. de Caſau.
Il ſera ſuivyde vingt Pages,
& de vingt Eſtafiers, & il aura
huit Trompettes & deux
Timbaliers.
4
250 MERCURE
Vous allez lire les noms
des jeunes Seigneurs qui ſeront
de ſon Party. Souvenez.
vous , s'il vous plaiſt , Mada
me , que je mets ces noms
ſans marquer les rangs que la
naiſſance doit donner à cha
cund'eux.
M. le Marquisde Crequy.
M. le Marquis de Nangis.
M. le Comte de Brione.
M. leDucde la Trimoüille.
M.le Grand- Prieur.
M.deMailly
M. de la Roche-Guyon.
M. le Princed'Elbeuf.
M. le Duc de Vandoſime..
M. le Comtede Fieſque..
GALANT. 251
LES ALMORADY,
Dont les Couleurs feront Argent
& Couleur de Few .
M. le Chevalier Colbert..
M. de Coedelette .
M. de Plumartin.
M. de Buflolle .
M. de Mirepoix.
M. de Roully.
M.de Thiange.
M.de Caftres.
M. de la Fayette..
M. de Palavicin.
LES ALABASES,
Dont les Couleurs feront Grifdelin ,
&Argent.
M. de Hautefort.
M. de la Chaſtre.
M. le Chevalier de Broille.
M. le Marquis d'Antin.
252 MERCURE
M. le Marquis de Treſnel .
VM. de Villacerf
M. le Marquis deLivryanno
M. de Médavid .
M. de Liſtenay.
:
M. de Braffaccion M
LES GAZULES,
Qui auront pour Couleursle Violet
'Argent..
M. le Prince de Furſtemberg..
M. le Prince Camille.
M. de Chamarante.
M. le Marquis de Bellefonds.
M. de Nefle.
M.de Coniſmark.
M. de Rohan .
M le Duc de Roquelaure.
M. le Prince de Tingry .
M. de Rochefort.
Ils auront tous chacun
deux Pages , & deux Efta
fiers.
GALANT. 253
Monfieur le Duc de Bourbon
commandera le Party
contraire . Ses Ecuyers ſeront
M. de la Nouë.
M. de la Vergne. ている
Il aura dix Pages , & dix
Eſtafiers , fix Trompetes , &
deux Timballierson
LES VANEGUES,
Qui aurent pour Couleurs l'or &
l'Argent 、煤
M. deQuerouël .
M. le Marquis de Soyecourt.
M. de Villequier.
M. Milly Bouligneux .
M. le Comte d'Oſtel .
4.1 M. le Comte Danau
ail
254 MERCURE
M. de Carpéighe.
M. de Nogaret.
M. de Villars,
1.
M. le Comte de Gondrin.
LES ZEGRI,
Qui porteront Verd & or.
M. de Blanzac .
M. deValentinois.
M. le Duc de la Ferté,
M. leMarquisd'Alincourt.
M. le Chevalier de Sully.
M. de Sainte Frique .
M. d'Artagnan.
M. de Vervins.
M. le Prince de Harcourt.
M. de Liancourt.
LES MASSES,
Qui auront pour Couleurs Feuillemorte
& Argent.
M. de Vaubecourt.
M. de Surville.
GALANT. 255
M. de Murſé .
M. deQuelus.
M. de Molac.
M. de Froulé.
M. deMoüy.
M. de Baiſemaux .
M. de Bournonville.
M. d'Ancenis- Charoft.
LES GOMELES,
Dont les Couleurs feront Cramoisy
& Argent.
M.deCoffé.
M. de Vieuxbourg .
M. de Montchevreüil.
M. de Ferdinand.
M. de Bouligneux .
M. le Chevalier de Soyecourt.
M. de Vibraye.
M. de Novion .
M. le Ducd'Atris .
M. deChemerault.
:
256 MERCURE
ار Ils sauront tous chacun
deux Pages, &deux Ecuyers,
de meſme que ceux du premier
Party
les noms de ceux qui doivent
compofer leCarousel deMonſeigneur
le Dauphin. J'aurois
fatisfait plûtoft voſtre curiofré
fur cet article , mais entre
un fi grand nombre de Perfonnes
diftinguées , il eſt dif
ficile de fixer un choix . Les
maladies , & divers autres accidens
y peuvent d'ailleurs
apporter du changement , &
je ne vous répons pas qu'iln'y
en arrive point juſqu'au jour
de ce Carouſel , qui eſt remis
GALANT. 247
!
au commencement de Juin .
Me le Duc de S. Aignan qui
entend parfaitement bien ces
fortes deDivertiſſemensguerriers
, & qui ordinairement
en eſt l'Inventeur , a donné
le ſujet de celuy- cy. Il l'a tiré
des Guerres Civiles de Grenade
, & en a reglé beaucoup
de choſes comme il avoit
faità la grande Feſte de Verfailles
qui avoit pour tître, Le
Palais d'Alcine , ou Les Plaifirs
de l'Isle enchantée. Elle
eſtoit entiérement de ſon invention
, & dura trois jours,
avec diférens Spectacles. Ily
Xinj
248 MERCURE
aura huit Quadrilles dans le
Carouſel qui va paroiſtre.
Elles feront diviſées en deux
Partys. Voicy les noms des
Officiers Genéraux.
M. le Duc de Saint A
gnan Maréchal de CampGe
nérales
Il ſera ſuivy de quatre Pages
, & de quatre Eltafiers ,&
aura deux Trompettes & un
Timbalier.
a
- Les Maréchaux deCampsót
M. le Duc de Gramont.
M. le Duc d'Uzés .
M. le Marquis de Tilladen.
M.le Marquis deDangeau.
GALANT. 249
Ils auront chacun trois Pages
& trois Eſtafiers .
Monſeigneur le Dauphin
feraà la teſte de la premiere
Quadrille de ſon Party , qui
repreſentera les Abencerrages.
Sescouleurs ferontOr&
Noir, il aura quatre Eſcuyers
qui font:
M. du Mont.
M. de la Neuville.
M. du Gaſt.
M. de Caſau.
Il ſera ſuivyde vingt Pages,
& de vingt Eſtafiers, & il aura
huit Trompettes & deux
Timbaliers.
4
250 MERCURE
Vous allez lire les noms
des jeunes Seigneurs qui ſeront
de ſon Party. Souvenez.
vous , s'il vous plaiſt , Mada
me , que je mets ces noms
ſans marquer les rangs que la
naiſſance doit donner à cha
cund'eux.
M. le Marquisde Crequy.
M. le Marquis de Nangis.
M. le Comte de Brione.
M. leDucde la Trimoüille.
M.le Grand- Prieur.
M.deMailly
M. de la Roche-Guyon.
M. le Princed'Elbeuf.
M. le Duc de Vandoſime..
M. le Comtede Fieſque..
GALANT. 251
LES ALMORADY,
Dont les Couleurs feront Argent
& Couleur de Few .
M. le Chevalier Colbert..
M. de Coedelette .
M. de Plumartin.
M. de Buflolle .
M. de Mirepoix.
M. de Roully.
M.de Thiange.
M.de Caftres.
M. de la Fayette..
M. de Palavicin.
LES ALABASES,
Dont les Couleurs feront Grifdelin ,
&Argent.
M. de Hautefort.
M. de la Chaſtre.
M. le Chevalier de Broille.
M. le Marquis d'Antin.
252 MERCURE
M. le Marquis de Treſnel .
VM. de Villacerf
M. le Marquis deLivryanno
M. de Médavid .
M. de Liſtenay.
:
M. de Braffaccion M
LES GAZULES,
Qui auront pour Couleursle Violet
'Argent..
M. le Prince de Furſtemberg..
M. le Prince Camille.
M. de Chamarante.
M. le Marquis de Bellefonds.
M. de Nefle.
M.de Coniſmark.
M. de Rohan .
M le Duc de Roquelaure.
M. le Prince de Tingry .
M. de Rochefort.
Ils auront tous chacun
deux Pages , & deux Efta
fiers.
GALANT. 253
Monfieur le Duc de Bourbon
commandera le Party
contraire . Ses Ecuyers ſeront
M. de la Nouë.
M. de la Vergne. ている
Il aura dix Pages , & dix
Eſtafiers , fix Trompetes , &
deux Timballierson
LES VANEGUES,
Qui aurent pour Couleurs l'or &
l'Argent 、煤
M. deQuerouël .
M. le Marquis de Soyecourt.
M. de Villequier.
M. Milly Bouligneux .
M. le Comte d'Oſtel .
4.1 M. le Comte Danau
ail
254 MERCURE
M. de Carpéighe.
M. de Nogaret.
M. de Villars,
1.
M. le Comte de Gondrin.
LES ZEGRI,
Qui porteront Verd & or.
M. de Blanzac .
M. deValentinois.
M. le Duc de la Ferté,
M. leMarquisd'Alincourt.
M. le Chevalier de Sully.
M. de Sainte Frique .
M. d'Artagnan.
M. de Vervins.
M. le Prince de Harcourt.
M. de Liancourt.
LES MASSES,
Qui auront pour Couleurs Feuillemorte
& Argent.
M. de Vaubecourt.
M. de Surville.
GALANT. 255
M. de Murſé .
M. deQuelus.
M. de Molac.
M. de Froulé.
M. deMoüy.
M. de Baiſemaux .
M. de Bournonville.
M. d'Ancenis- Charoft.
LES GOMELES,
Dont les Couleurs feront Cramoisy
& Argent.
M.deCoffé.
M. de Vieuxbourg .
M. de Montchevreüil.
M. de Ferdinand.
M. de Bouligneux .
M. le Chevalier de Soyecourt.
M. de Vibraye.
M. de Novion .
M. le Ducd'Atris .
M. deChemerault.
:
256 MERCURE
ار Ils sauront tous chacun
deux Pages, &deux Ecuyers,
de meſme que ceux du premier
Party
Fermer
Résumé : Noms de ceux qui doivent estre du Carousel de Monseigneur le Dauphin, [titre d'après la table]
Le texte relate la préparation d'un carrousel en l'honneur de Monseigneur le Dauphin, prévu pour le début du mois de juin. Ce spectacle, conçu par le Duc de Saint Aignan, s'inspire de la fête de Versailles intitulée 'Le Palais d'Alcine, ou Les Plaisirs de l'Isle enchantée' et met en scène les guerres civiles de Grenade. Le carrousel est structuré en huit quadrilles, chacun divisé en deux parties. Les officiers généraux désignés pour l'événement sont le Duc de Saint Aignan, le Duc de Gramont, le Duc d'Uzès, le Marquis de Tilladen et le Marquis de Dangeau. Monseigneur le Dauphin dirigera la première quadrille, représentant les Abencerrages, avec des couleurs or et noir. Il sera accompagné de vingt pages, vingt estafiers, huit trompettes et deux timbaliers. Les autres quadrilles représentent différents groupes : les Almoraides (argent et couleur de feu), les Alabastes (gris-de-lin et argent), les Gazules (violet et argent), les Vanègues (or et argent), les Zegri (vert et or), les Masses (feuille morte et argent) et les Gomèles (cramoisi et argent). Chaque participant dans ces quadrilles aura deux pages et deux estafiers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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213
p. 256-272
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
On m'a conté une chose fort particuliere, arrivée icy sur [...]
Mots clefs :
Carnaval, Déguisements, Cavalier, Dame, Filles, Richesse, Honnêteté, Soeurs, Coeur, Charme, Belle, Correspondance, Mariage, Passion, Comédie, Galanterie, Bal, Assemblée, Amour, Divertissement, Amants, Hasard, Masques, Attaque, Diamant, Bourse, Mémoire, Jugement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
On m'a conté une choſe
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
fort particuliere , arrivée icy
ſur la fin du Carnaval. C'eſt
la ſaiſon des Déguiſemens , &
par conféquent des Avantures.
Un Cavalier d'une Province
éloignée, eſlant venu à
Paris pour y acquerir d'air de
liberté & de politeffe qui diftingue
ceux qui ont veu le
monde , prit habitude chez
uneDame tres ſpirituelle, qui
cultiva cette connoiſſance
GALANT. 297
Voit
avec tout le ſoin qu'elle de-
Elle avoit deux Filles,
toutes deuxbien faites , & la
fortune ne luy ayant pascité
favorable , il eſtoit de l'inte
reſt de l'une & de l'autre que
ſa politique ménageaft ceux
que desviſites un peu affidues
pouvoient engager à prendre
feu Le Cavalier eſtoit
tiche , & cette ſeule raifon
euſtportéla Dame àtous les
égards qu'elle avoit pour luy,
quand mesme il n'auroit efte
confiderable par aucun merite.
Il n'eut pendant quel
que temps que des complai
Avril 1685. Y
258 MERCURE
fances genérales que l'hon
neſteté oblige d'avoir pour
toutes les Dames. On le recevoit
agréablement ,& les
deux Soeurs a l'envy luy faifoient
paroiſtre toute l'eſtime
que la bien ſéance leur pou
voit permettre , fans qu'aucunempreſſement
particulier
pour l'une ou pour l'autremarquaft
le choix de ſon coeur,
mais enfin il s'attacha à l'Aînée,&
l'égalité d'humeur qu'il
luy trouva fut pour luy un fi
grand charme qu'il mit
tous ſes foins à s'en faire
,
aimer. Vous jugez bien qu'il
GALANT. 259
n'eut pas de peine à y reüf
fir. La Belle eſtoit dans des
dipoſitions qui avoient en
quelque forte prévenu fess
voeux , & la Mere authori--
ſant la correſpondance que le
Cavalier luy demandoit, il cute
le plaifir de ſe voir aimé dés
qu'il ſe fut déclaré Amant.
Oneuſtbien voulu qu'il euſt
arreſté le Mariage , mais ill
eſtoit dangereux de l'en pref
fer , & on jugea à propos
d'attendre que fa paflion
mieux affermie l'euft mis en
état de ne point examiner les
peu d'avantage qu'il devoit
2
Yij
260 MERCURE
tirer de cette alliance. 10Gefie
pendant ce ne furent plus
que des Parties de plaifire Le
Cavalier voulant divertir das
belle Maiſtreſſe , la menoit
ſouvent à la Comédie ou à
l'Opera , & cherchoit d'ail
leurs tout ce qui pouvoit
contribuer à luy donner de la
joye. Le temps de la Foire
eſtant venu , ils yallérent
pluſieurs fois enſemble ,& ild
luy faifoir toûjours quelque
Preſent. La Mere avoit part
à ſes liberalitez , & comme il
aidoit à entretenir le Jeu chez
elle, ſes viſites affiduës luy
GALANT.261
eſtoient utiles de bien des
manieres. La fin du Carna
val approchoit , & la Belle
ayant un jour témoigné qu'
elle avoit envie de courir le
Bal , le Cavalier ſongea aufh
toftà la fatisfaire. Il alla cher ) {
cher des habits fort riches,
les fit porter chez la Dame,
& chacun choifit ce qu'il
voulut. Les deux Filles s'habillerenten
Hommes à la
Françoiſe avec des écharpes
magnifiques ,& les autres ornemens
qui pouvoient ſervin
à leur donner de l'éclat &
a. Mere & le Cavalier ſe dé262
MERCURE
guiférenten Arméniens. La
galanterie eſtoit jointe, à la
propreté & cette petite
Troupe meritoit bien qu'on
la regardaft. Le Cavalier
qui aimoit le jeu , ayant
accoûtumé de porter beaucoup
d'argent , la Belle vouloit
qu'il laiſſaſt ſa bourſe.
La Mere dit là deſſus , que
puis qu'on croyoit qu'il n'y
euſt pas feureté entiere à ſe
trouver le foir dans lesRuës,
elle aimoit mieux rompre la
Partie , que de s'expoſer
à une mauvaiſe rencontre...
Le Cavalier ne manqua pas
GALANT. 263
de répondre , qu'elle estoit fi
peu à craindre , par le bon
ordre que les Magittrats y
avoient mis , que quand il
auroit mille piſtoles , il iroit
luy ſeul par tout Paris , aufli
ſeurement que s'il eſtoit efcorté
de tous les Archersdu
Guet. En meſme temps il
donna à la Belle un Diamant
qui estoit de prix , pour tenir
fon Maſque , & ils montérent
tous en Carroffe, pour
aller dans le Fauxbourg Saint
Germain , où ils apprirent
qu'il y avoit une tres - belle
Affemblée. L'affluence des
264 MERCURE
Maſques leur permit à peine
d'y entrer , mais enfin le Ca
valier s'eſtant fait jour dans
la foule , ils arrivérent juſqu'à
la Salle du Bal. Les Luftres
dont elle eſtoit éclairée , relevoient
merveilleuſement la
beautéde leurs Habits. Toute
Affemblée les remarqua, &
cela fut cauſe qu'on les fic
d'abord dancer. Ils s'en aqui
térent avec une grace qui leur
attira de grandes honnettetez
du Maistre de la Mifon...
Il leur fit donner des ſiéges,
& le Cavalier prit place au
prés de la Belle. Tandis que
l'Amour
GALANT 265
!
l'Amour leur fourniffoit le
ſujetd'un entretien agréable,
la Mere & la Soeur n'estoient
occupées qu'à regarder ; &
s'ennuyant d'eftre toûjours
dans le meſme endroit , elles
ſe firent un divertiſſement
d'aller dans toute la Salle
nouer converſation avec les
Maſques qu'elles y trouvé
rent. On en voyoit fans cefle
entrer de nouveaux ,
confufiony devint fi grande,
qu'onfut enfin obligé de faire
ceffer les Violons. Les deux
Amans ſe leverent , & aprés
avoir cherché inutilement la
Avril1685. Z
&
266MERCURE
1
T
Mere & la Soeur , ils defoendirent
en bas , croyant les y
rencontrer. Ils n'y furent pas
plûtoſt qu'ils les apperceu
rent. Le Cavalier prit la Mere
par la main & fit paſſer
les deux Sceoeurs devant. On
ne fongea qu'à fe hater de
fortir , & ils monterent tous
quatre en Carroſſe, ſans ſe
dire rien . Le Cocher , qui
en partant du Logis avoit cu
ordre de les mener à un ſecond
Bal , en prit le chemin.
Apeine avoit il fait deux cens
pas , que le Cavalier ofta fon
maſque , pour demander à
}
GALANT. 267
7
la Mere fi elle s'estoit un peu
divertie. Cette Mere préten
düe fut fort ſurpriſe d'enten
dre une voix qu'elle ne cong
noiffoit point. Elle cria au
Cocher qu'il arreſtaſt ; & le
Cavalier & fa Maiſtreſſe ne fu
rent pas moins étonnez que
les deux autres, d'une mépriſe
qui les mettoit tous dans un
parcil embarras. Le hazard
avoit voulu qu'unHomme di
ſtingué dans la Robe, s'eſtoir
déguisé avec ſa Femme , ſa
Soeur, & fa Fille, delamesmo
forte que le Cavalier & lesq
trois Femmes dont il s'eſtoit
Zij
268 MERCURE
fait le Conducteur , c'eſt à
dire , deux en Arméniens,
&deux en habits à la Françoife.
Ils s'eſtoiem perdus
parmy la foule des Maſques,
&dans la confufion la Femme
& la Fille de l'Homme
de Robe , avoient pris le Cat
valier & la Belle pour les
deux Perſonnes qu'elles cherchoient.
Il fut queſtion de
retourner à ce premier Bal,
pour tirer de peine ceux qu'-
on y avoit laiſſez ; & lon
prenoit deja cette route , lors
que dix Hommes maſquez
approchérent duCarroffe. Ils
10
GALANT 269
forcérent le Cocher à quiter
le ſiege , & l'un d'eux s'y
eftant mis , conduiſit le Cavalier
& les trois Dames aſſez
loin dans le Fauxbourg. Le
Carroſſe s'eſtant enfin arrefté,
ceux qui l'eſcortoient leur
dirent qu'il y alloit de leur
vie s'ils faifoient du bruit , &
qu'on n'en vouloit qu'à leurs
Habits . La réſiſtance auroit
efté inutile. Ainſi le meilleur
Party qu'ils virent à prendre,
fut de defcendre fort paifiblement
, & d'entrer dans
une Maiſon de peu d'apparence,
qui leur fut ouverte
•
Z iij
270 MURCURE
Lalces Maſques un peu trop
officielux prirent la peine de
les décharger de tous d'équi
page qui avoit ſervy ales dé
guifer , & les revétirentà peu
de frais ,&feulementpourles
garantir du froid Quredes
Habits la Belle laiſſa fon Dia,
mant, de Cavalier fa bourfe,
&une fort belle Montre , &&
les deux Dames , ce qu'elles
avoient qui valoin la peine
d'eſtregardé. Apres les avoin
ainſi dépoüillez , ces Voleurs
leur demandérent où ils vou
loient qu'onlesreménaſt. Le
Cavalier & laDame ſe nom
上
GALANIM 271
mérent,&on les remit chez
eux. L'Homme de Robe ayat
retrouvé la Femmes, felper
ſuada que le Cavalier n'avoir
imité fon déguisement que
pour faire réüffir le vol qui
venoit d'eſtre commis ,& ne
doutant point qu'il n'euft
efté d'intelligence avec les
Voleurs , il commença con
tre luy des procédures qui
apparemment auront de la
fuires De l'autre coſtéle Cab
valier touché de fa perre, ſe
mit dans l'efprit que la Mere
della Belle n'avoit témoigné
vouloir rompre la partic
•
272MERCURE
€
quand on luy avoit propoſe
de laiſſer ſabourſe , que pour
Fobliger à la porter , &s'ima
ginant qu'elle s'eftoit cachée
àdeſſein parmy les Maſques
pour l'engager à fortir fans
elle, il la crut complice de
fon avanture. Ainfi fon chagrin
ayant étouffé l'amour , il
fait contr'elle les mefmes
pourſuites que fait contre luy
PHomme de Robe. L'acharnement
eft grand à plaider
de part & d'autre. Voila,
Madame , ce que portemon
Memoire.On m'aſſeure qu'il
eft vray dans toutes les cir
conſtances.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
À Paris, à la fin du Carnaval, un cavalier provincial rencontre une dame spirituelle et ses deux filles. Il développe une attirance pour l'aînée, et leurs sentiments sont réciproques. Ensemble, ils participent à divers divertissements, dont un bal masqué. Lors de cet événement, une méprise survient : un homme distingué de la robe et sa famille se retrouvent impliqués avec le cavalier et les trois femmes. Cette confusion les amène à quitter le bal ensemble, mais ils sont ensuite attaqués par des voleurs qui les dépossèdent de leurs biens. De retour chez eux, l'homme de robe accuse le cavalier de complicité dans l'attaque. En parallèle, le cavalier, blessé par la mère de la jeune femme, la soupçonne de complicité avec les voleurs. Ces accusations mutuelles conduisent les deux parties à engager des poursuites judiciaires l'une contre l'autre.
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214
p. 282-285
Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes, [titre d'après la table]
Début :
La premiere Enigme du dernier mois, dont le mot estoit [...]
Mots clefs :
Énigme, Orange, Mot, Réponses, Liste de noms, Monsieur, Madame, Perruque
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texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes, [titre d'après la table]
La premiere Enigme da
dernier mois?, dont le mot
eſtoit l'Orange , a efté expli
quée dans ſon vray ſens par
Ms Terrier de Chapouval;
Picard de Noblan , du Collé
ge de Preſle ; l'Olivier de Peronne
, & L. Boucher, ancien
ASA
GALANT 283
Curé de Nogent le Roy , ce
dernieren Versioύς
SD
Ceux qui ont expliqué la
ſeconde fur la Perruque , qui
en eſtoit le vray ſens , font
M'Leger de la Verbiffonne;
Comiers; Cherpy , Prieur de
la Rigaudiere de Nantes,
Etienne , Préſident à Senlis
; La Giraudiere, de la Ruë
Maubue ce dernier en
Vers; Tamiriſte de la Ruë de
la Ceriſave ; Liſis de la Ruë
Saint Martin ; J. R. le Com
plaiſant de la Cour du Palais ,
Mademoiſelle Nanon Chef
feret de la vieille Ruë di
•
Aa ij
284 MERCURE
:
1
Temple , en Vers ; la Petite
Tonton Jamar de Sens ; la
Blonde Loüifon ; la Migna-
Ture du Cloitre Sainte Geneviefve;
la Petite Marote du
Tertre de la Rue du Four ; la
Jeune Marchande des Sciences
du Quay des Auguſtins;
la Charmante Picarde du
mefme Quay , & l'Eveillée
Parifienne du meſme lieu.
Voicy les noms de ceux
qui ont trouvé le vray Sens
de l'une & de l'autre . Mademoiſelle
de la Bertoche de
Doullans ; & Mrs de l'Hôpi
tal, Lieutenant au Grenier à
GALANT 285
Sel,& de Fleffel de Vermol
letde Doullans En Vers. Mademoiselle
de Launay ; Buret
de Vitré , M'l'Epiney-Buret;
C. Hutuge d'Orleans , & le
Rival du Charbonnier de
Rheims
dernier mois?, dont le mot
eſtoit l'Orange , a efté expli
quée dans ſon vray ſens par
Ms Terrier de Chapouval;
Picard de Noblan , du Collé
ge de Preſle ; l'Olivier de Peronne
, & L. Boucher, ancien
ASA
GALANT 283
Curé de Nogent le Roy , ce
dernieren Versioύς
SD
Ceux qui ont expliqué la
ſeconde fur la Perruque , qui
en eſtoit le vray ſens , font
M'Leger de la Verbiffonne;
Comiers; Cherpy , Prieur de
la Rigaudiere de Nantes,
Etienne , Préſident à Senlis
; La Giraudiere, de la Ruë
Maubue ce dernier en
Vers; Tamiriſte de la Ruë de
la Ceriſave ; Liſis de la Ruë
Saint Martin ; J. R. le Com
plaiſant de la Cour du Palais ,
Mademoiſelle Nanon Chef
feret de la vieille Ruë di
•
Aa ij
284 MERCURE
:
1
Temple , en Vers ; la Petite
Tonton Jamar de Sens ; la
Blonde Loüifon ; la Migna-
Ture du Cloitre Sainte Geneviefve;
la Petite Marote du
Tertre de la Rue du Four ; la
Jeune Marchande des Sciences
du Quay des Auguſtins;
la Charmante Picarde du
mefme Quay , & l'Eveillée
Parifienne du meſme lieu.
Voicy les noms de ceux
qui ont trouvé le vray Sens
de l'une & de l'autre . Mademoiſelle
de la Bertoche de
Doullans ; & Mrs de l'Hôpi
tal, Lieutenant au Grenier à
GALANT 285
Sel,& de Fleffel de Vermol
letde Doullans En Vers. Mademoiselle
de Launay ; Buret
de Vitré , M'l'Epiney-Buret;
C. Hutuge d'Orleans , & le
Rival du Charbonnier de
Rheims
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Résumé : Noms de ceux qui ont deviné les Enigmes, [titre d'après la table]
Le texte décrit les solutions apportées à deux énigmes. La première énigme, dont le mot était 'Orange', a été résolue par plusieurs personnes, notamment Ms Terrier de Chapouval, Picard de Noblan, l'Olivier de Peronne, et L. Boucher, Curé de Nogent le Roy. La seconde énigme, dont le mot était 'Perruque', a été expliquée par M. Leger de la Verbiffonne, Comiers, Cherpy, Prieur de la Rigaudiere de Nantes, Etienne, Président à Senlis, ainsi que d'autres individus listés dans le texte. Parmi eux, certains ont exprimé leurs solutions en vers, comme Tamiriste de la Rue de la Cerisave, J. R. le Complaisant de la Cour du Palais, et la Petite Tonton Jamar de Sens. Le texte mentionne également des personnes ayant trouvé le vrai sens des deux énigmes, telles que Mademoiselle de la Bertoche de Doullans, Mrs de l'Hôpital, et Mademoiselle de Launay.
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215
p. 288-295
Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
Début :
La Comédie estant plus à la mode qu'elle n'a jamais [...]
Mots clefs :
Comédie, Divertissement, Cour, Public, Troupes, Plaisir, Acteurs, Troupe de Molière, Décès, Applaudissements, Distinction, Actrices, Campagne
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texteReconnaissance textuelle : Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
La Comédie eftant plus à
la mode qu'elle n'a jamais.
eſté , & faifant depuis quel
que temps pluſieurs fois chaque
ſemaine le divertiſſe
ment de la Cour,& tous les
jours
4
GALANT. 289
jours celuy du Public depuis
la jonction nction ddeessTroupes Françoiſes,
je croy que je doisvous
que je doisvous
en parler comme d'un plaifir
recherché de tout le monde,
& que l'on voit genéralement
aimé. Je vous diray
donc que ce divertiſſement
qui a ceſſe ſelon la coûtume
pendant la quinzaine de Paf
ques, va recommencer , mais
avec des changemens confiderables
du coſte desActeurs .
Il n'y a pas lieu d'en eſtre ſurpris.
Les Comédiens qui occupoient
l'Hoſtel de Bourgogne
, ceux qui joüoient au
Avril 1685. Bb
•
290 MERCURE
PalaisRoyal,&ſous le nomde
LaTrouuppee ddeo MMoliere , & celle
quirepreſentoit au Marais,ne
compoſant àpreſent qu'une
ſeule Troupe qu'on appellede
Guenegaut,àcauſe qu'elle a fon
Théatre au bout de la Ruë
qui porte ce nom: ces trois
Troupes , dis-je , formant un
Corps tres-nombreux , &
tous les grands Corps cftant
ſujets à de fréquens change
mens , iill eſt difficile qu'iln'en
arrive ſouvent à celuy dont je
vous parle. La mort a em
porté des Acteurs qui avoient
fait bruit dans le monde.
GALANTM 29F
y en a d'autres qui font fortist
de la Troupe avec leporacal
commodemens qui leur onp
efté propoſez , &M Habere
a demandé à fe gretireroll
eſtoit l'Original de pluſieurs
Roles qu'il repreſentoit dans
les Pieces de Moliereg &
comme il eſtoit entré dans le
fens de ce fameux Autheur
par qui il avoit efté inftruit,
il y réüffiffoit parfaitement.
Jamais Acteur n'a porté filoin
les Roles d'Homme en Fem
me. Celuy qu'il reprefentoit
dans les Femmes Sçavantes,
Madame Jourdain dans le
•
Bb ij
292 MERCURE
e
G
C
Bourgeois Gentilhomme , &
Madame Jobin dans la Devinereſſe
, luy ont attiré l'applaudiſſement
de tout Paris .
Il s'eſt fait auſſi admirer dans
le Role du Vicomte de l'Inconnu
, ainſi que dans ceux
de Medecins & de Marquis
Ridicules. Il eſt fort
avantageux d'avoir excellé
dansles choſes pour leſquelles
on s'eſt ſenty du Talent.
C'eſt ce que M' Poiſſon a fait
avec une grande diſtinction.
AuſficétActeur ſurprit fort ſes
Camarades lors qu'il leur déclara
qu'il vouloit quitter la
Comédie. Ils le prierent avec
GALANT. 293
de grandes inſtances d'aban.
donner ce deffein , mais illes
a preſſez fi fortement pendant
pluſieurs jours de luy
permettre de ſe retirer, qu'ils
ont eſté enfin obligez d'y
conſentir. Il y a vingt- cinq
ans que le Roy ayant pris
plaiſir à le voir joüer dans.
une Troupe de Campagne,
le mit à l'Hoſtel de Bourgogne.
Son grand naturel ne le
fit pas ſeulement réuſlir comme
Acteur mais meſme
comme Autheur ; & le recit
que le Baron de la Craffe fair
de la Cour , parut extreme--
,
294 MERCURE
ment bien touché. Il a fait
pluſieurs Pieces de Theatre,
& l'on peut dire que c'eſt la
nature qui parle dans toutes.
Lors qu'il a quitté la Comédie
, ſes Camarades luy ont
donné des marques de leur
eſtime & de leur regret. Ily
a eu encore d'autres changemens
dans cette Troupe,
mais comme ils ſont trop
éclatans pour eſtre ignorez ,
je n'ay rien à vous en dire. It
y eſt entré des Acteurs nou
veaux & des Actrices nouvelles
, qui onttous eſté choifis
parmy ce qu'ilya de meil
eur entre les Comédiens
GALANT. 295
quijoüent à la Campagne.
la mode qu'elle n'a jamais.
eſté , & faifant depuis quel
que temps pluſieurs fois chaque
ſemaine le divertiſſe
ment de la Cour,& tous les
jours
4
GALANT. 289
jours celuy du Public depuis
la jonction nction ddeessTroupes Françoiſes,
je croy que je doisvous
que je doisvous
en parler comme d'un plaifir
recherché de tout le monde,
& que l'on voit genéralement
aimé. Je vous diray
donc que ce divertiſſement
qui a ceſſe ſelon la coûtume
pendant la quinzaine de Paf
ques, va recommencer , mais
avec des changemens confiderables
du coſte desActeurs .
Il n'y a pas lieu d'en eſtre ſurpris.
Les Comédiens qui occupoient
l'Hoſtel de Bourgogne
, ceux qui joüoient au
Avril 1685. Bb
•
290 MERCURE
PalaisRoyal,&ſous le nomde
LaTrouuppee ddeo MMoliere , & celle
quirepreſentoit au Marais,ne
compoſant àpreſent qu'une
ſeule Troupe qu'on appellede
Guenegaut,àcauſe qu'elle a fon
Théatre au bout de la Ruë
qui porte ce nom: ces trois
Troupes , dis-je , formant un
Corps tres-nombreux , &
tous les grands Corps cftant
ſujets à de fréquens change
mens , iill eſt difficile qu'iln'en
arrive ſouvent à celuy dont je
vous parle. La mort a em
porté des Acteurs qui avoient
fait bruit dans le monde.
GALANTM 29F
y en a d'autres qui font fortist
de la Troupe avec leporacal
commodemens qui leur onp
efté propoſez , &M Habere
a demandé à fe gretireroll
eſtoit l'Original de pluſieurs
Roles qu'il repreſentoit dans
les Pieces de Moliereg &
comme il eſtoit entré dans le
fens de ce fameux Autheur
par qui il avoit efté inftruit,
il y réüffiffoit parfaitement.
Jamais Acteur n'a porté filoin
les Roles d'Homme en Fem
me. Celuy qu'il reprefentoit
dans les Femmes Sçavantes,
Madame Jourdain dans le
•
Bb ij
292 MERCURE
e
G
C
Bourgeois Gentilhomme , &
Madame Jobin dans la Devinereſſe
, luy ont attiré l'applaudiſſement
de tout Paris .
Il s'eſt fait auſſi admirer dans
le Role du Vicomte de l'Inconnu
, ainſi que dans ceux
de Medecins & de Marquis
Ridicules. Il eſt fort
avantageux d'avoir excellé
dansles choſes pour leſquelles
on s'eſt ſenty du Talent.
C'eſt ce que M' Poiſſon a fait
avec une grande diſtinction.
AuſficétActeur ſurprit fort ſes
Camarades lors qu'il leur déclara
qu'il vouloit quitter la
Comédie. Ils le prierent avec
GALANT. 293
de grandes inſtances d'aban.
donner ce deffein , mais illes
a preſſez fi fortement pendant
pluſieurs jours de luy
permettre de ſe retirer, qu'ils
ont eſté enfin obligez d'y
conſentir. Il y a vingt- cinq
ans que le Roy ayant pris
plaiſir à le voir joüer dans.
une Troupe de Campagne,
le mit à l'Hoſtel de Bourgogne.
Son grand naturel ne le
fit pas ſeulement réuſlir comme
Acteur mais meſme
comme Autheur ; & le recit
que le Baron de la Craffe fair
de la Cour , parut extreme--
,
294 MERCURE
ment bien touché. Il a fait
pluſieurs Pieces de Theatre,
& l'on peut dire que c'eſt la
nature qui parle dans toutes.
Lors qu'il a quitté la Comédie
, ſes Camarades luy ont
donné des marques de leur
eſtime & de leur regret. Ily
a eu encore d'autres changemens
dans cette Troupe,
mais comme ils ſont trop
éclatans pour eſtre ignorez ,
je n'ay rien à vous en dire. It
y eſt entré des Acteurs nou
veaux & des Actrices nouvelles
, qui onttous eſté choifis
parmy ce qu'ilya de meil
eur entre les Comédiens
GALANT. 295
quijoüent à la Campagne.
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Résumé : Changement arrivé dans la Troupe des Comédiens François, [titre d'après la table]
En France, la comédie gagne en popularité avec des représentations fréquentes à la cour et quotidiennes pour le public depuis la fusion des troupes françaises. La troupe, désormais nommée 'Troupe de Guénégaud', regroupe celles de l'Hôtel de Bourgogne, du Palais-Royal et du Marais. Plusieurs acteurs ont quitté la troupe, notamment Monsieur Habert, célèbre pour ses rôles féminins dans des pièces de Molière telles que 'Les Femmes savantes', 'Le Bourgeois gentilhomme' et 'La Devineresse', ainsi que pour ses interprétations dans 'Le Vicomte de l'Inconnu', 'Les Médecins' et 'Les Marquis ridicules'. Monsieur Poisson, après vingt-cinq ans de service, a également quitté la troupe, laissant derrière lui des œuvres marquantes comme 'La Cour' du Baron de la Craffe. La troupe a intégré de nouveaux acteurs et actrices, choisis parmi les meilleurs comédiens de province.
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216
p. 295
Nouveaux Acteurs dans la Troupe des Comédiens Italiens, [titre d'après la table]
Début :
Les Italiens qui ont déjà paru ce Caresme avec un Acteur [...]
Mots clefs :
Comédiens italiens, Acteurs, Troupe
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texteReconnaissance textuelle : Nouveaux Acteurs dans la Troupe des Comédiens Italiens, [titre d'après la table]
Les Italiens qui ont déja
paru ce Careſme avec un Ateur
nouveau , vont encore
fortifier leur Troupe de deux
autres qui leur viennent d'Italie.
C'eſt un Amant , &
un Polichinelle. S'ils plaiſent
autant que Paſquarel , leur
Sale fe trouvera trop petite •
pour les Aſſemblées qu'ils attireront.
J'ay cru pouvoirm'étendre
autant que j'ay fait fur
ce qui regarde des Troupes
dont les premieres Perſonnes
de la Terre veulent bien
prendre la peine de ſe mêler..
paru ce Careſme avec un Ateur
nouveau , vont encore
fortifier leur Troupe de deux
autres qui leur viennent d'Italie.
C'eſt un Amant , &
un Polichinelle. S'ils plaiſent
autant que Paſquarel , leur
Sale fe trouvera trop petite •
pour les Aſſemblées qu'ils attireront.
J'ay cru pouvoirm'étendre
autant que j'ay fait fur
ce qui regarde des Troupes
dont les premieres Perſonnes
de la Terre veulent bien
prendre la peine de ſe mêler..
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217
p. 320-322
Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Début :
Quelques jours aprés Mrs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres [...]
Mots clefs :
Ministres luthériens, Abjuration, Erreurs, Abbé Ratabon, Église, Peuple, Controverse, Conversion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Quelques no
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
jours aprés M Pistorius & 19
Stachs , ſçavans Miniſtres up
Lutheriens, firent Abjuration
de leurs erreurs , cefunde
GALANTM32
meſme Abbé de Ratabon
qui la receut. Elle ſe fit dans
l'Egliſe Cathédrale deNoftre
Dame , en prefence des Perſonnes
les plus qualifiées de
laVille ,&d'une foule extra
ordinaire de Peuple. Le Pere ! 1
Dez Jésuite, Recteur du Séns
minaire , fit la Controverfe
aprés laquelle ces deuxMiniſtres
déclarerent les Motifs
qui les avoient portez à co
changement , & ils le firent
en des termes ff touchans,
qu'on ne doute point, quer
cette Converfionin'aiende? I
tres heureuſes ſuites. L'Eglife
323 MERCURE
1
Cathédrale de Strasbourg
dont je viens de vous parler
eſt digne d'eſtre admirée,
non ſeulement par la grandeur
& la magnificence de
fon Bâtiment , & par ſes Portes
d'Airain , mais encore par
le travail & la hauteur de ſa
( Tour qui eft pyramidale. Elle
a cinq cens foixante & quatorze
pieds de haut , 1
& lt
d'un ouvrage tout à jour ,
n'y en a aucun dans la Chré
tienté qu'on eſtime tant
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Résumé : Abjuration faite par Messieurs Pistorius & Stachs, sçavans Ministres Luthériens, entre les mains de M. l'Abbé de Ratabon, en l'Église Cathédrale de Nostre-Dame de Strasbourg, [titre d'après la table]
Le texte décrit la conversion de deux savants ministres luthériens, M. Pistorius et Stachs, qui renoncèrent à leurs erreurs et furent accueillis par l'abbé de Ratabon dans l'église cathédrale Notre-Dame de Strasbourg. La cérémonie eut lieu en présence de notables locaux et d'une grande foule. Le père Dez, jésuite et recteur du séminaire, supervisa la controverse précédant leur déclaration de conversion. Les paroles des convertis furent si émouvantes que leur conversion fut jugée très réussie. L'église cathédrale de Strasbourg est également louée pour sa grandeur, sa magnificence, ses portes d'airain et la hauteur de sa tour pyramidale, mesurant cinq cent soixante-quatorze pieds. Cette tour, entièrement visible, est considérée comme l'une des plus admirables de la chrétienté.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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218
p. 14-115
SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Début :
Il faut maintenant parler des Corps qu'on bruloit. Cette coûtume [...]
Mots clefs :
Sépulture, Tombeaux, Corps, Inhumation, Décès, Tradition, Grecs, Romains, Coutumes, Rois, Ensevelissement, Indiens , Présents mortuaires, Parfums, Gaulois, Richesses, Funérailles, Vêtements d'apparat, Cérémonies, Urnes, Linceul, Cendres, Bûcher, Autels, Pleureuses, Virgile, Homère, Peuples, Alexandre le Grand, Lois, Égyptiens, Juifs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
E LA SEPULTURE
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
ET DES TOMBEAUX. IL faut maintenant parler des
Corps qu'on bruloit. Cette coûtume,s''"ob-s-ervoi- tc-h1-e--zd-i%v*e---r--
ses Nations. SelonlaFable,Pluton
a estélepremier quiait inhumé
les Corps; & MerealeA
esté aussi le premier qui les ait
brulez,comme dit Alexandre
Sardus, liv. I. chapitre dernier.
Argius,Fils de Licmius, a estéle
premier des Grecs dont le corps aitesté réduit encendre, ayant
r-esié tué en la guerre que ce
Peupleavoit contre Laomedon
Roy deTroye.Quoy cette que coûtume foit tres-ancienne,
elle ne laisse pas d'estre descenreduuërsjusqu'au
temps des Empe-
Romains; mais elle nese
pratiquoit presque que pour les
Personnes deconsidération.
Quand le Roy des Scythes
venoit àmourir
,
ils en vuidoient
lesentrailles,&remplissoient
le Corps de benjoin, d'encens,
de cinamome, & d'autres parfums
broyez avec de la graine
d'ache &. d'anis
,
& enduisoient
tous les membres de cire,puis
l'ayant mis dans un Chariot, ils le
portoient dans toutes les Provinces
de la Scythie,&enfin, comme
rapporte Herodote liv. 4. ils luy
donnoientlasépulture. Les Sepulcres
des Roys de cette Nation
estoient proche de l'embouchure
du Boristene, où ilcommence
àestre navigable, fort peu loin
du Païs des Gerches. Ceux qui
recevoient le Corps du Prince,
estoient obligez d'en faire autant
que faisoient ses Courtisans& [es.-
Domestiques, c'est à dire, de se
couper une oreille,de tondre leurs
cheveux en rond, de se taillader
les bras, de se déchirer avec les
ongles le nez &le front, & de
se percer la main gauche de fié-?
ches; ce qui se reïtéroit encore
au bout de l'année. Mais ce qui
^paflè toute humanité, on étrangloit
sa Concubine qu'ilavoit
chérie le plus ,
pour,l'ensevelir
dans le mesmeTombeau. De
plus, tous ceuxquiavoientesté
au serviceduPrince, ne faisoient
pas de difficulté de se donner la
mort pour l'acompagner,comme
son Echanson,ses Estafiers \,k<:
autres.C'est aussice que raporte
Zuingerus , sur la Pompe des'
Funéraillesdeces Roys.
Les Indiens avoient la coutume
de bruler les Corps de leurs Princes
,& dans le mesme Bucher
on mettoit celuy dela Femme
qu'ilsavoient le plus aimée, quoy
que les Brachmanes quiessaient
leurs Prestres, inhumassentles
Corps de leurs semblables.
t Les Thraces & les Géresgar..,z--
doientcettemesmecoûtume, de
mettre dans Je mêmeSepulcre la
Femmede leurs Princes la plus
chérie, & c'estoient les Parens les
plus proches qui luy donnoient le
coup mortel,afin qu'elle lesaccompagnast
en la mort, comme
elle avoir fait en leur viè.n
Les Ethiopiens obfervoient à
peu prés la mesmecoutume, èc
mettoient avec le Corps dans le
Bucher quantité de parfums,
,
d'herbes odoriférantes, & d'encens
, pour en rendre la flame
plus agreable à l'odorat. Autant
en faisoient les anciens Allemans,
mais sans odeurs.
Les Gaulois, avant qu'ils eussentesté
vaincus par Césarquand
il vint dans les Gaules, avoient
atîiTi la coutume de bruler les
Corps, en mettant au mesme
Bûcher ce que le Défuntavoit eu - de plus cher & de plus précieux.
Le Peuple commun chez les
, Thracesavoitunecoutumeopofée
à la plùpart des autres Na-
- tions, car on solemnisoit les Fu-
- nérailles desDéfunts avec grande - joye, des Banquets Íomprueux
& l'harmonie des Instrumens,&
ils pleuroientle jourde leurnaissance,
parce, disoient-ils, qu'ils
- estoient délivrez des travaux ôc
des périls de la vie en mourant. ,
La coutume de brûler les
Corps & de les inhumer, eftoic:
presque égale chez les Romains-:
mais la premiere s'observoit le
plus souvent pour les grands Se
lesPrincipaux;&la seconde pour; lQ..Populace. Macrobe en ses Si-.
turnales remarque que celle de
réduire les Corps en cendresa
duré jusqu'au temps des Princes
Chrétiens, c'est àdire fous l'Empereur
Theodose le jeune, à sçavoir
408 ans de la Naissance du
Sauveur.Toutefois lesFunérailles
de Poppée, comme nous avons
dit, se firent avec grande pompe
à Rome. C'est au liv. 7. chap. 7-
& Eusebe liv. 9. chap.8.
L'on trouve que Numa Pompilius
,
qui sur le second Roy de
Rome ,
donna la charge de la
Sépulture & des Funéraillesdes
Romains au Grand Pontife, ôc
qu'il fut luy-mesme inhumé prés
de l'Autel de la Fontaine Egerie,
qui estoit la Déesse qu'on dit
qu'il confultoic la nuit sur le Gouvernement
de Rome. La Lignée
des Cornéliens fut inhumée jusqu'au
temps de Sylla Dictateur,
qui fut le premier dont on reduisit
le Corps en cendres à Rome,
quoyqu'il fustde la mesme Race.
LeCorpsdu grand Pompée,
qui fut vaincu en la guerre de
PharGde., & qui dans sa retraite
en Alexandrie fut perfidement
tué, parPhotin &Achillas, Satellites
de Prolemée, & par son
ordre, fut brulé sans honneur &.
sans pompe sur le Rivage d'Alexandrie
par unancien Romain
nommé Codrus, & Cornelie son
Epouse en alla recüeillir les cendres
avec beaucoup de douleur
& d'amertnme.
Suetone
, en la vie de Jules
César, nous fait une peinture
aitteZ: lugubre de la mort de cet
Empereur; car apres avoir esté
assassinédansle Senat, son Corps
fut porté dans le Champ deMars,
pour y estre réduit en cendres,
& les cendres enfermées dansune
Urne, comme c'estoit la coutume
, & de là estre portées dans
le Monument qui devoit estre
préparé. Mais la confusion fut
si grande, que les Senateurs ne
purent tenir aucun ordre en ses
Funérailles jusque-là mêmeque
la Populace animée alla rompre
les Bancs du Sénat, pour en
apporter les débris au Bucher où
le Corps alloit estre consumé,
Virgile, livre 6. de ttEneIde;
nous fait une autre peinture d«
tout ce que l'on observoit en cette
forte de Funérailles, qyatid il
fait la description de ce qui foc
t pratiqué en celles de Mifenus,
¡ qui estoit un Trompette d'Enée,
t£c qui fut noyé. On luydressa un grand Bucher, & l'on mit
autour des Cyprés liezde Bandelettes
noires ou bleuës, avec
les Armes donc le Défunt s'étoit
servy en guerre. Apres que
le Corps glit esté lavé &. oingr,
on le mit dans un Lit, couvert
de ses Vestemens de pourpre, &
il fut porté de cette maniere au
Bucher.Selonla coutume des
Anciens, on portoit en arriere
des Flambeaux allumez, pour
mettre le feu au Bucher.
fuhj,e&awmortparentum
Avertitenuerefacçm*
Pwis08 jetta -dans le enefroeBûcher,
de l'encens;de l'huile,d. viandes, &desodeurssuaves.
Thureadom, dapes, fuso craterer
olivo.
Le Corpsestant consumé, on
arrofoitles os & les cendres de
vin noir,comme dit Tibul.liv.3.
Elégie 2.&on les enfermoit dans
une Urne,pourestremise au
Tombeau.
Le mêmeVirgile, liv.4.faitune
ample Se magnifique représentationde
tout ce qui fut observé
aux Funérailles de Didon,Reyne
de Carthage, qui s'estantdonné
elle-mesme la mort, monta sur
leBucher pouryexpirer, y ayant
fait porter lesVestemens précieuxqu'Enée
luy avoit laissez,
pour y estre consumez avec elle.
Voicy encore une autre marque
spécieuse decesAntiquités.
Cyrus, Roy des Médes & des
,
Perses,
Perses,ayant vaincu Crésus Roy
de Lydie, & l'ayant réduit en
l'état d'un misérable Esclave, ne
lefit-il pasexposer surun Bucher,
sans aucuns ornemens Royaux,
pour y estre brulé vif? Ce fut
alors que ce Roy se souvint des
paroles que le PhilosopheSolon
luy avoit tant de fois repétées
en son Palais mesme, J>h£aucun
Mortel ne se peut estimer heureux
avant lamort. Mais lors iiie ce
Roy alloit estreréduit en cendres
au milieudes flames,leCiel,
comme s'il eust estétouché du
malheureux estac de ce Prince,
permit qu'il s'élevast un si prompt
orage, qu'il éteignit le feu de
ce Bucher, & Cyrus dont le coeur
fut attendry
,
fit délivrer Cresus,
qu'il renvoya en son Royaume
dont il l'avoit dépoüillé. C'est
ce qui est rapporté par justin.
Dans un ancien Tombeau, qui
estoit celuy de Ciceron, plusieurs
siécles apres que ses cendresy
avoient esté ensevelies, on trouva
deux Urnes, dont l'une estoit
pleine des cendres de son Corps,
,& c'estoit la plus grande; &. dans
la plus petite ce n'estoit que de
l'eau, que l'on tient avoir esté
les larmes de ses Amis qui avoient
assisté à sesFunérailles. Ce Monument
est dans l'Isle deZante,
autrefois Zacynthe, dansl'Etat
des Venitiens, & futouvertl'année
1544. aux Calendes de Décembre
, comme leremarque le
Livre en Figures desMonumens
des Personnages illustres,imprimé
àUtrech. Ces mots font gravez
sur son Sepulcre, M. Tulii
Cicere, have, &tuTeptia Antonia.
Mais voicy une remarque digne
de consideration, sur la reduêè:
on des Corps des Roys des
Indes en cendres. Les anciens
Roys de ces Regions faisoient
cüeillir une espece de lin qui re..
siste au feu, & que l'on appelle
Incombustible& l'on s'en servoit
à faire des Suaires. Ces Suaires
estoient d'un prix inestimable, &
n'estoientemployez que pour les
Testes couronnées. Ce Lin se
nommoitLinum Asbestinum, Lin
inextinguible. Solinen parle;&
Pline liv.19.chap.1. dit qu'il ne
croissoit que dans les Deserts, en
des lieux extrêmement chauds,
&où les Serpens frequentent;
ainsi c'estoitla difficulté de le
trouver, & d'en cueillir. On
couchoit les Corps de ces Princes
dans des Toiles faites de ce
Lin, & on les en envelopoit, de
1arre que les cendres du Bucher
ne se pouvoientmesler avec celles
des Corps;& comme ces Suaires
neseconsumoient point dans
le feu, au contraire ils en sortoient
plus purs, il estoit facile
d'en tirer les cendres & lesossemenspour
les mettre en des Urnes
d'or ou d'autre métal precieux,
pour estre ensuite portées
dans les Mausolées deces Princes.
On donne la meqme vertu à
la Pierre Amianthos, dont on tire
une espece de Coton a pres l'avoir
batuë 5cfroifljee
; tk on s'en
1ère pareillement pour faire des
Suaires, £c des lumignons de
Lampes, dont le coton ne se
consume point au feu.
Sur cette antiquité de bruler
les Corps, on remarque plusieurs
choses
; & il en arriva une étonnante
dans le Bûcher d'Etheocle
& de Polynice,Freres & Fils,
d'OEdipe. Ces deux Princes eurent
guerre ensemble pour la
Couronne deThebes. Etheocle,
commeaîné, devoit regner la,
premiere année, & Polynice la
feconde
; mais le plaisir de regner
sembla si doux à cet Aîné,
qu'il ne voulut pas que son Frere
regnastà son tour. C'estde là
ques'éleva cette sanglante guerre
entre les Thebains& les Grecs,
car Polynice avoit épousé Arie"
Fille d'Adraste Roy d' Argos.
Cette guerre fut si funeste;
que tous les Princes Grecs furent
tuez dans la Bataille, à l'exception
d'Adrafte ; & commeelle
ne se pouvoit terminer, Etheocle
& Polynice furent contraints
d'en venir aux mains l'un contre
l'autre, & se tuerent tous deux,
leur haine n'ayant pû s'appaiser
par les larmes de Jocaste leur
Mere, non plus que par celles
d'Antigone & d'Ismene leurs
Soeurs. On leur prepara un Bucher
commun pour réduire leurs
Corps en cendres, à la veuë de
Thebes & des deux Armées;
mais tous les Assistans furent furpris
de voir la flame se separer
en deux, pour marquer que la
haine de ces deux Princes duroit
encore a pres leur mort. C'estce
quia fait triompher sur leTheatreces
sçavantes Plumes qui ont
donné la Thebaïde,l'Antigone,
l'oEdipe, & les Freres Ennemis.
On jettoitaussidans le Bucher
ce que le Défunt avoir chery le
plus, ouce qu'il avoit de plus
precieux; comme on le voit aux-1
Funérailles de Patrocle, liv. 17.
de l'Iliade d'Homere
, car pii
précipita dans le feu quatre de
les plus beaux Chevaux, avec
douze des plus nobles Troyens
égorgez pour Victimes.
Cette barbare manie d'égor--
ger des Hommes aux Funerailles
des Roys, des Princes, ou des
principaux Chefs d'Armée tuez
en guerre, efloit usitée chez les
Grecs & chez les Troyens. C'étoit
quelquefois de braves Capi.
taines, ou d'autres Prisonniers
de guerre,qu'on immoloit de
cette forte auxManes de ces Princes.
C'est ce que represente Virgile
liv. XI. de l'Eneïde, aux Funérailles
du jeune Prince Pallas,
Fils d'Evandre Roy du Latium.
Vinzerat &pett terg* maum, qws
mlttcret umhrû
Inferioé, cdfo fparfuros fanguine
lfnmmds.
On jettoir non feulement ces
Victimes dans le Bucher, mais
mesme les Armes dont le Mort
avoir pû dépoüiller ses Ennemis.
On y ajoûtoit les Vestemens les
plusriches&les plussomptueux;
comme Enée fie en celuy-cy,
ayant vestu le Corps de Pallas
d'un habit de pourpre enrichy
d'or,& l'ayant couvert d'un autre
sur le Bucher. Ces Vestemens
estoient ceux mesmes qui avoient
esté faits des mains de la Reyne
Didon, & qu'ilavoit emportez
avec luy
,
quand il l'abandonna
pour venir de Carthage en Italie.
Outre cela, une Toile pretieuse
estoit encore l'ouvrage de cette
Reyne, pour ensevelir le Corps
de ce Prince.
Tum gemmas vesses,oftroque arnaque
rigentes^
ExtulitJEtHas, quoes itli UtaUbïrum
Jpfafuù quondam manihut Sidonia,-
Did&
Fecerat>drtenuitelatdifcrcverat
aura.
De plus, on portoit les Trophées
d'Armes, & tout le riche
Butin que le Défunt pouvoit
avoir faitsur l'Ennemy
, avec les
noms des Nations qu'ilavoit prises
; & mesme on portoir les Armes
renversées, comme dit Stace
liv. 6. de sa Thebaïde. C'est ce
qu'on observeencore aux Funerailles
de nos illustres Guerriers,
en lescouvrant de Crespe. Vie*
gileau mesme liv.
¡ Indntofquc juhet truncos hojlilibm
armu
Jpfosf -rreducesy immicaquenomina
fiÉ-j.
,<5 Cette pompe estant achevée,
on disoit le dernier adieu aux
Manes du Défunt, ce qui se repétoit
trois fois; & ce que l'on
observe encore aujourd'huy aux
Funerailles des Roys & des
Reynes.
Salve jternam, mi maximeFalla,,
JEttrntWjHe vale.
L'année estant expirée, les
Parens & les Amis venoient offrir
leurs Presens sur des Autels dresfez
prés duSepulchre, & les Ensans
honoroient les Manes de
leurs Peres comme des Divinitez,
& les renoient pour tels, comme
dit Plutarque en ses Questions
Romaines, & Cornelius Nepos
en l'Oraison de Cornelie aux
Graques.
Theophraste dit, que souvent
au lieu de mettre le Corps au
milieu du Bucher, on le mettotc
dans une Pierre circulaire & creuse,
pouren conserver les cendres
sans aucun meslange de celles du
bois; mais cette circon stance ne
change point la coutume ny la
nature de la chose.
On n'égorgeoitaucuns Prison.
niers deguerre, ou Esclaves, aux
Funerailles des Princes ou des
Chefs qui estoient morts chez
eux, comme l'on voiten la mort
de Didon, dont on
-
vient de
parler. Pour ce qui est des devoirs
que les Anciens rendoient apres
la mort, c'estoit que ceux de
la Famille du Défunt, se rasoient
la teste, & jectoient leurs
cheveuxdans le Bucher avec le
Corps, ou les mettoient dans le
Sepulcre avec le mesme. On
menoit ensuite un grand deüil.
On répandoitaussi des larmes
dans les mesmesTombeaux. C'est
ce que remarque Homere, liv. 4
de son Odyssée; 6c Eurypide en
son Iphigenie.Cet office de pleurs
continuoit trois jours avantles
derniers devoirs que l'onrendoit
aux Défunts, comme témoigne
Apollonius, livre 2. des Argonautes.
, Nous voyons de plus, que
pour augmenterledeüil on loüoit
desFemmes àprix d'argent,qu'on
appelloit Pleureuses,( Tr&fieoe.)
C'est ce que dit Virgile, liv.3.
de l'Eneïde, aux Funerailles de
Polydore, que la Reyne Hecube
luyfait faire apres avoir esté tué
en Thrace par Polymnestor son
Oncle, qui vouloitusurper les
richesses qui luy avoient este
données en dépost durant la
guerre de Troye ; & les Troyens
appelloientcesPleureuses Iliades,
du mot Grec d'Homere. Elles
avoient les cheveux épars, &
jettoient de longs soûpirs, en
s'arrachant les cheveux 6c levisageavec
les ongles.
Etcircum Iliades crincm de mercfiluræ.
On prenoit aussi des Hommes
à gage pour le mesme effet, &
qui en faisoient autant que ces
Pleureuses ; mais cettecoûtume
fut défenduë aux Egyptiens par
Moïse
, comme il est marqué au
Levitique
, 19. & au Deuteronome,
14. Solon la défenditaux
Atheniens. Lamesme futdéfendue
aux Juifs
,
& les Decemvirs
la défendirent aux Romains. On
se servoit aussi auxFunerailles,
d'Instrumens lugubres ,comme
TdeFalutmes, bdeoHauutrbosis., 6c de
Cetre coutume de loüer des
Pleureux :&- des Pleureuses, a
esté fort usitée chez les Romains,
&c a duré long-temps.Il en a passé
mesme uncertain usage jusque
dans nostre siécle, que l'on prenoit
à prixd'argent desHommes
qu'on revestoit degrandes Robes
noires traînantes douze ou quinze
pieds derriere, ayant en la teste
de longs Capuçons en forme de
tuyau pendans surlevisage. Ce
font ceux qu'on employoit aux
Funéraillesdes Personnesdequalité,
quelquefois au nombre de
douze ou vingten deux rangs,
& quelquefois plus, avec un autre
qui marchoit (ènl au milieu sur le
derriere, traînant une pluslongue
queuë que les autres. Ce font ces
Hommes que l'onappelloit Babeloux
; mais à la fin cette coutume
s'est éteinte.
Tertullien au liv. 13. de la Resurrection
, tire la coutume de
bruler les Corps, de l'exemple
du Phénix, qui se prépare un
Buscher de bois aromatique,
d'Encens, de Baume,&d'autres
odeurs suaves
,
& se donne la
nort luy mesme
, pour s'y consumerensuite,
ressusciter &serajeunir;
les Hommes, dit-il, devant
un jour renaistre& revivre
comme cét Oyseau. Lactance
parle ainsi du Phenix à la fin de
ses Ouvrages.
Confinâtindefibifeunidum.si'vefipulcrumi
Nampéritutvivat,(e tamenif»fa créât.
fuccos
, o drre;î divite
IVAcdores fjlvây
JVuoslegis Ajfyrlm, quos opultn*-
TH4 Arahl.
T-unc inter variosanimam commendatodores,
Dcpojîti tanti nec timet illajidem.
Aprés avoir mis les cendres
dans le Sepulchre
, on y
mettoitles marques de (a Prosession
, fussent Hommes de
Guerre, ouqui eussent excellé en
quelque Art, comme dit Homère
d'Elpenor en son Odyssée,
quireceut d'Ohne en son Tombeau
un Aviron en espece de trophée
, pour avoir esté Homme
decoeur , &c avoir servy ce Roy
sur Mer. Autant en dit Virgile
liv. 6. en faveur de Mifénus ,à
qui Enée faitdresserunMonument
surune Montagne,qui depuis
a porté lenomdeMiséne,
oùilluy donna une Trompettes
&. une Rame,pour marquer qu'il
avoiresté dèÍon tempsexcellent
Trompette e,,,, Rameur.
Ingentimole Jcpulcrum
Jmponit,fuacjucarmaviro,remum..
que tuliâmefue.
Archimede qui avoir une parfaire
connoissance de la Geometrie
& de la Sphere
, comme dit
Ciceron
, au liv. 5. de ses Tuscu-
Janes, obtint de ses Amis d'avoir
sur sa Sepulture, pour marque de
sa profonde science, une Sphere
avec un Cylindre & un Compas.
C'estceque Plutarque confirme
aussi en la vie de Marcellius.
On tient pour asseuré que les
Romains ont appris des Juifs 6c
des Chrétiens à ne plusbrulerles
corps, comme ils avoient fait
long-temps auparavant. C'est
EusebequileditauPassagecité.
Quand on faisoit les Obséques
pour ceux qui estoient morts
en des Pays étrangers, on leur
dressoit des Tombeaux au lieu
d'Autels, au pied desquels on leur
presentoit du Vin & du fang des
Vi&imes, & quelquefois du Vin
mêlé avec le sang, &on invitoit
leurs Manes pour en venir boire.
C'est , ce que fait Andromaque
Femmed'Hector, qui avoit esté - tué par Achille à Troye. Elle
quiestoitalors remariée à Helenus,
qui regnoit en Epire, ne fait
que les simples solemnitez que
l'on rend auxMorts dont on est
beaucoupéloigné.
Les coutumes d'inhumer ou
<îebrûler les corps estoient differenteschez
diverses Nations, &-,
cda (c pratiq uent en des lieux
éloignezc'.esVilles. A Athenes
on porto*tles Corpshors laPorte
sacréej2c la mesme Loy qui
estoit observée chez les Athéniens
,
l'estoit aussi chez les Sicyoniens,
comme rapporte Plutarqueen
lavied'Aratus.
Les Habitansde l'Islede Delos
estoient encore plus religieux
en cela, & leursuperstitionestoit
telle, qu'ils tenoient que la Déesse
Latone ayant accouché d'Apollon
& de Diane en cette Isle,
il n'estoit alors licite qu'aucun
mortel yfust inhumé, ny qu'on
y
souffrist aucune Sepulture.
Aussi faisoit-on porter les Corps
des Défuntsen des Islesvoisines
pour y estre ensevelis
, tant la
superstitionavoit de pouvoir
sur l'esprit de ces Peuples.
Les Nosamons Peuples de la
Lybie
,
ayoient tant deveneration
pour les Sepulchres, & pour
ceux qui y estoient, que quand il
falloit jurer pour quelque chose
dedouteux,ils mettoient la main
surces Monumens, &faisoient
leur Serment; ou- s'il y avoit
quelque chose àdeviner,ils seretiroient
vers la nuit aux Tonru
beaux de leurs Ancestres
,
& s'y
estant endormis, comme ditTertullien
au liv.de l'Ame chap.57.ils
tenoient pour un Oracledivin le
Songe qu'ils y avoient eu endormant.
Les Celtes anciens Habitans
d'une partiedes Gaules, & proches
voisins de l'Espagne
,
n'en
faisoient pas moins, 6c se retiroient
prés des Tombeaux pour
y passer la nuit, ôcettre certains
de ce dont ils estoient en doute;
se persuadant que les esprits des
Défunts qui y residoient,les viendroient
tirerde perplexité.
Les Augiles habitans d'autour
de Cyrene
,
consultoient les Manes
des Morts de cette maniere.
Ils se couchoient sur les Sepulchres,
&aprés y avoir fait leurs
prieres,& s'y estre endormis,ils
tenoient pour réponses les visions
ou les songesqu'ils y avoient
eus.
Les Athéniens & les Megariens
ensevelissoientles corps de
diverse maniere
,
& ordinairement
les faisoient porter en l'ine
de Salamine pour les y inhumer.
Mais ces deuxPeuples estant
tombez en dispute pour la proprieté
de cette IHeJe sujet en fut
rapportéàSolon, qui n'en pût regler
la possession que par la pluralité
des Corps enterrez, disant
que les Athéniens enterroient les
cadavres des leurs le visage tourné
vers l'Occident
,
& les Mégariens
vers l'Orient, & que le
plus grand nombre devoit l'emporter.
Les Mégariens au contraire
répondirent que leur coûtume
estoit de mettre deux, trois
& quatre Corps ensemble en un
mesme Tombeau. MaisDiogéne
Laertius dit tout autrement,
& que les Athéniens enterroient
les corps la face tournée vers
l'Orient, & les Mégariens vers
l'Occident
,
& qu'il s'en falloit
rapporter à ce que Thucydide en
asvoitt éicriot pounr rés.oudre la que- Les Cariens avoient une méthode
particuliere d'ensevelir IC5
Corps de leursCompatriotes, en
laquelle ils ne sepouvoienttromper
,
si on en venoit à la dispute;
car chacun affectionnoit ceux
deson Pays, & avoitsa coutume
particuliere.
On trouve aussiquechez les
Perses, chez les Grecs, & chez
d'autres Nations, les Capitaines
aprés le Combat, prenoient soin
de renvoyer les Corpsde leur
Ennemis tuez dans la bataille,
pour leur donner la Sépulture
C'est ce que fit Pausanias chez
les Grecs envers ceux des Perses,
qui estoient demeurez sur la place
, quoy queMardonius leur
Capitaine
Capitaine n'eust pas rendu la pareille
aux corps des Grecs qui
avoient esté tuez dans le combat.
Autant en fit Philippe, Pere
d'Alexandre le Grand , envers les
Grecs, qui avoient elfcé vaincus
prés de Cheronée
, aux corps
desquels il rendit les honneurs funébres,
& les renvoya à Athénes.
Alexandre le Grand se comporta
de la mesme maniere que
son Pcre envers les Soldats de
Darius, Se envers la Mere de ce
Roy, à laquelle il permit de rendre
les derniers devoirs à ceux à
quiellevoudroit selon la coutume
des Perses, ainsi qu'il les rendit
luy mesme à SisygambisMerede
Darius aprés sa mort.
Homére Iliade2. dit la mesme
chosedes Grecs;car Nestorperfuade
auxChefs de faire recherche
des cadavres des leurs, pour
les bru!er &enensevelirles cen-
:'
dres dans un mesmeTombeau:
ce qui fut aussi la coutume des
Troyens, aussi bien que des A- théniens, de rapporter les ossemens
de leurs Mortsen leur Patrie,
comme ditThucydide Jiv.I.
>£c mesme on dressoitdesMonumens
communs aux Soldats
qlii avoient perdu la vie au sujet
de leur Pays; oùl'on ecrivoit
leurs noms ..& la Tribudont ils
estoient.
Les Romains obfervoient encore
laLoy desXII. Tables, par
laquelle il estoitpermis d'aller
chercher les -corpsdes Soldats
tuez pour lesrapporter chez
eux, afin d'y estre ensevelis ou
brulez
, comme remarque Appian
liv.1. desGuerresciviles.
Olaus Magnus Archevesque
d'Upsal liv. 6. Chap. 45. de la
Violationdes Sepulchres ,rapporte
diverses Observations,entr'autres
,
qu'Hannibal ayant
vaincu Marcellus, il en fit orner
le corps avec beaucoup de magnificence
, avant que de le reduireen
cendres; puis ilenvoya
ces mesmes cendres à son Fils,
dans une Urne d'argent, y ayant
fait ajoûter uneCouronne d'or,
pour avoir remarqué une gerérosité
merveilleuleen ce grand
Capitaine.Parlàonvoitqueles
Carthaginoisreduisoient en cendres
les corpsaprès leur mort.
MaisSyllaAgit bien d'une autre,
maniere envers le Corps de
Marius, dit le mesme Olaus, car
après une cruauté épouvantable
,
il nese contenta pas d'in-
J'i.11cer ceux qu'ilavoit vaincus,
mais il en fit arracherles os des
Tombeaux& les jetter en la
Mer. Cefut avec la mesme barbarie
qu'il traita le corps de ce
grandPersonnage, quis'estoitsignalé
en tant de batailles par ses
faitshéroïques. Mais luy mesme
, comme ditPlutarque, craignantde
servir de joüet à ses Ennemis
a près sa mort, ilordonna
par son Testament queson corps
Jufl- brulé, si tostqu'il auroirren-
>dui^me. Ce fut le premier des
Romainsdont lecorps ait entré
4ans le bucher.
Antoine se comporta avec
beaucoup de clemence envers
Brutus; car après avoir remporté
la victoire sur luy
,
il en fie envelopper
le corps dans une Cotte
d'armes de pourpre, & après l'avoir
fait consumer dans le feu, il
prit foin d'en envoyer les cendres
à Servilie sa Mere & à Porcie
son Epouse.
Solon entre ses belles Loix
, y
encomprend une ,par laquelle
il estoit défendu de faire aucune
injure auxTombeaux,aux corps
ou aux cendres, que l'on y avoit
enfermées,disantque c'estoit un
crime qui ne se pouvoit aucune- :
ment expier.
Alexandre le Grand, a prés
avoir vaincu Darius, s'envint en-
Perse, oùil fitmettreà mort un
Genéral d'Armée, pour avoir
osé ouvrir le Tombeau de Cyrus
; ayant esté touché de beaucoupde
ressentiment de ce qu.Jil
avoit leu en une Epigramme
Grecque, qui estoit sur le Monument
de ce Roy,& qui en expliquoit
les actions & lafortune,
voulant punir le crime de ce Genéral
,
Déécfvuangner lets .M.anes du Pyrrhus Roy d'Epire ne van..
gea-t-il pas avec beaucoup de justice
la mored'un Voyageur,
qu'il trouva tué dans une Campagne
êc sans sepulture, le Cadavre
en estant gardé depuis trois
jours par un Chien, hurlant incessamment
& sans manger. Ce
Roy fit donner d'abord la Scpulture
au corps, & ayant amenéce
Chien en son Camp., cé<,
animal ayant reconnu les Autheurs
du meurtre se jetta sur
eux, Be les déchiroir. Pyrrhus
averty de cela les fit prendre
&punir du supplice qu'ils merif
toient;
On voit donc, pour revenir
au principe de la Sepulture
, que
ce droit ne peut estre refusé à
qui que ce foit sans une extrême
barbarie, & sans mesme en excepter
les Ennemis. Les Philiftins
permirent aux Parens de
r
Samson d'enlever son Corps, &
de luy donner la Sepulture. Les
HabitansdeJabes de Galaad furent
loüez beaucoup,pour avoir
au peril de leur vie enlevé le
Corps de Saul & de Jonathan,
pour les porter dans les Tombeaux
des Roys leurs Ancestres.
Tobie se faisoit un devoir de
pieté d'ensevelirlesCorps, &les
retiroit mesme chez luy, quittant
le plusfouventfon repas pour les
mettredans la Sépulture , & instruisantson
Fils àce mesme de-.
voir.
Les Corps mesme de ceux qui
avoient esté crucifiez, devoient
estre inhumez avant le coucher
duSoleil. L'Ecritureenl'Eccle-
- siaste 6.3. Jerémie 36.30. avec le
cha p.22. 19.&2. Roys9.10. envisage
le défaut de Sepulture
comme une peine & comme une
malediction; & là-mesme eXiÎge.
re l'inhumanité des Chaldéens.
en ce qu'aprés la prise de JeruGw
lem, ilsn'accorderent pas. la Sepulture
àceux qu'ils avoientmassacrez.
Et Josephe liv, 4,chap.
14. déplore la misere de ceux de
la mesmeVille
,
d'estre privez de
laSepulture
,
6c d'estre exposez
aux Corbeaux & aux Bestes fau-
-
vages. Les Payens mesmes. qui
consideroient le droit de Sepulture,
comme undroit&uneloy
de la nature, disoient que l'empescher
estoit une barbarie & unefureur.
La Fable ne nous dit-elle pas
que l'on souhaitoit passionnément
que les Corps su(Ten& inhumez
,
puis que les Ombres ou
les Manesdes Défunts n'estoient
pas receus, pour aller aux
Champs Elisees
,
à moins qu'ils
n'eussent erré cent années le
long des rives du Styx,avant
que de le parler dans la Barque:
de Charon ? Encore faUQU-il.por-.
terl'argent pour le passage,qu'on
mettoit en la bouche du Mort,
& qu'on appelloit Naulus, coitime
dit Lucien en ses Dialogues
des Morts,&Virgile liv.6. del'Eneïde..
li*comnu IPltt", cernùinops, inhu*
matâqueturbaest;
Portitor ille Chilronj hiques vekit
unda, fèpulti.
Et le mesme Virgile ailleurs;
1 Nttdmin
il
ignetk. Palinurejacebis
axena.
C'estoitlacourtimedesouhaiter
que la Terre ou le Sablefust
léger,qu'on mettoit surles Corps
desDéfunts; quoy queMartial
s'enrailleen l'Epigramme30. du
liv.9. Sittibi temlevis,mollique ttgdris
IIrtlltl.,
-
Ive tUIt fif). pêjjint erucrt ossi
CAlltf
L'on, remarque encore que
ceux qui entreprenoient des
Voyages par Mar, avoient cou..
:uO'e dés leur embarquement
de pendre à leur col quelque piece
d'or ou d'argent pour le prix
de leur Sepulture, dans la crainte
de n'estre pas inhumez s'ils faisoient
naufrage ,comme dit Properce
liv. 30 Eleg. 5. Homere
Iliade 8. remarque lamesmechose.
Aussiestoitceun grandmalheur
que l'on fouhaicoit à une
personne
,
& c'est l'imprecation
queThyestefaitàAtrée.
On privoit de la Sepulture les
Corps des Parricides, comme n'y,
ayant point de punition plus rigoureuse
que de n'en pas joüir.
Chez les anciens Romains &;
chez les Gaulois on les cousoit
nuds dans des Sacs de cuir avec
un Aspic,un Chien & un Coq.
D'autres y ajoûtent un Renard,
pour estre ensuite précipitez à
Rome du Tibre dàns la Mer, &
dans le Rhosnechez les Gaulois,
comme s'ils n'estoient pas dignes
detoucher la Terre.
C'eftoir la coutume en la Loy
de Moyse, d'inhumer les instrumens
avec lesquels les Malfaifaicteurs
avoient esté punis de
mort, soit le Bois, les Pierres, le
Glaive, le Cordeau, ou quelque
autre instrumens que ce fust
afin qu'il n'en restastplus aucune
marque, comme rapporte Rabbi
Mosesd'Egypre, pour preuve
dela coutume desjuifs.,—
Le desir & l'affection d'estre
enfevely avec ses Peres & ses Ancestres
est encore, une chose iî -
naturlle, qu'on l'exprime dans
le Livre des Roysendiverses manieres.
En voila quelques-unes.
Jls'ejl-râjifmblcavecfisPères. Ouil
est retournéàfm Petiple. Ouil4
dormy avecses Peres,
L'exemple de Berfellaus est
d'une grande authorité pour marquer
ce desir; car comme il est
-dit au 2 des Royschapir. 19.
quoy qu'il fun: estimé ultime amy
de David, apres la mort d'Absalonson
Fils, àla poursuiteduquel
il avoit esté envoyé, il ne
pût estre retenu dans le Palais de
ce Roy
, ny pour e repos la seureté
,
les honneurs, ny pour les
richesses
4 ou les autres plaisirs
que David luy Offl-Olr; maisestinlatitquela
Sepulturede sesPeresestoitàpréfererà
tout cela.,il
ne fit point d'autre réponse au
Roy que celle-cy. le riay *ucm
besoin de toutesces choses; maisseulement
que je retourneen ma Cité
que il meure ,
pourestreensevely
prés du Tombeau de mon Pere. Davidfut
obligé de le laisser aller
avec beaucoup de regret de sa
Personne.
La mesmechose arriva à ceux
de Jerusalem, quand sous l'EmpereurTitus
cette Ville eut esté
"Inifeà feu 6c àsang: car lapsuspart
trouvoient la mort plus douce&
plusagréabledansleur Pays
natal, esperant joüir du Tombeau
de leurs Peres
, que de se
sauverailleurs, commechezks
Romains, comme ils pouvoient
facilement le faire. C'estceque
josephe liv. 5. chap. 2. de la
Guerre desjuifs, & Hegesippe
remarquent. Cette affectionnaturelle
se voit en l'Epitaphe de
Leonidas de Tarente. Proculab
Itala jaceo terra, Atyu TarCfilo-Patyia,
hoc veromihi acerbiusmorte.
Les Grecs & plusieurs autres
Nations ne recevoient pas les
Corps de leurs Ennemis dans
leurs Tombeaux. Sophocle le
rapporte en la vie d'Ajax, où
Teucer son Ennemy prie for-t
'Umie qu'il ne messe pas ses cendres
avec celles d'Ajax
,
à cause
de leurs anciennes inimitiez: car
ilstenoient queleur haine duroit
aprés lamort, comme on aveu
cy devantau Bucherd'Etheocle
dePolynice.
Selon l'ancienne coutume des
Hebreux, comme disent Rabbi
Jacob, & Rabbi Moses, dans
lesFunerailles les Hommes prenoient
foin des Hommes, & les
Femmes des Femmes. Le Fils
oule présomptif héritierfermoit
Ja bouche& les yeux à son Pere
ou à son Parent, & recevoit fou
dernier soupir. On coupoit les
cheveux aux Défunts
, on leur
lavoit le Corps;on les oignoit&
on les parfumoit d'odeurs. On
les envelopoit de linceuls & on
les ferroit de bandes, & en cét
étatilsestoient portez au Sepulchre.
La mesme coutumeapassé
ch,-zlesGrecs,l)ch,,--z les Juifs,
poftérieurc-nietit chez les Romains.
C'estd'où En Ni dit du
Roy Tarquin.
TarquiniicorpUJ bonafxmina lavit
& unxit.
Les Tyriens & les Sidoniens
se servoient de Pourpreau lieu de':;
linceuls. C'est pourquoi ordinairementonappelloit
les Suaires
Sindones, ou Sidones, du norn-ï
de la Ville de Sidon..,-&, delà..
Pourprequiyestoitenusage.
Comme les Gentils vestoient.
le plus souvent les Corps dCSti
Défunts, pourles porter auBucher,
couchez sur des lits [om.
ptueux, & préparez, ou dansle
Sepulchre; oùceluy qui avoirle
plus grandnombre de lits estoit
estimé le plusmagniifque,cornrrteHii
arrivaauCorps deSylla
qui en avoit 60, lesRomains .&:
après eux les Chrétiens. prirerrt.-;
la mefrne coutumed'ensevelirles
Corps avec leursvestemens. Bo-,
siusen parle amplement, & me£
me à l'égard des Martyrs, puis
qu'à Romeonatrouvé le Corps
de Sainte Cecile, avec seshabits
enrichis d'or, long-temps après
son Martyre.
Saint, Chrysostome reprend
cette pompe Ôcceccedcpetife
excessive dans les Funerailles, à
moinsque ce ne foie- pour les
Pontifes , les Empereurs , les
Roys &les Princes,ou du moins
pour des Personnesillustres de
l'un & de l'autre Sexe.
Cette coutume d'inhumer les
Corps avec leurs vestemens PontificauxdansleSacerdoce,
a esté
toutefoisobservéedans l'ancienneLoy,
commeon le remarque
dansleLevirique chap. 10. parlantdeNadab
&. d'Abiu
,
qui
faisoient la sonction du Sacerdoce,
commedeLyra l'a expliqué.
La mesme coutume s'observe
aussien la nouvelle
,
puis qu'on
laisseaux Evesques, outre leurs
vestemens Pontificaux, leur
Anneau Episcopal. C'est ce qui
se voit dans les Actesd'Arnulphe
Evesquede Soissons;car comme
Everulphe son Fiere avoit oublié
à luy mettreson Anneau Episcopal
audoigt
,
ayantdisposé le
Corpsdasl'état qu'il devoitestre
portéàlaSepulture, il se souvint
de cetAnneau,& par une merveille
surprenante
,
la main du
Mort
, quoy que les doigts en lasussentrétrecis & resserrezvers
paulme,s'estendit Scpresenta le
doist. annulaire
, &ayant recelL.
l'Anneau, parlamesme merveille)
se reserra comme elle estoit
auparavant Cela arriva aux yeux
de tous ceuxqui estoientau Convoy.
Les Egyptiens
,
les, Hebreux,
& ensuite lesjuifs&les Romains,
se servoient de Toile cle Lin, qui.
quelquefois pour ornementavoit
des filets d'or, ou decouleur de
pourpre êç.,dtazur aux exrrémitez
, pour ensevelir les Corps.
Nous en ayons rapporté des.
exemples au Corps du jeune
Prince Pallas.
Nous dirons que les Juifs ont
eni toujours curieux, de faire.
mettre les Corps deleurs Défunts
en des terres neuves,& de
n'inhumer pas plusieurs Corps
ensemble
,
prefentemeptils.
ont encore la mesme Religion &.
coutume ,
qu'ilsn'ontpoint,
changée ;ils ajoutent de petits
Sacsremplisd'odeurs souslateste
du Morten les portant au Tombeau.
Mais nous voilà venus à un
Suaire le plus précieuxde tout lemonde,
qui se garde encore en
la Ville de Turin en Savoye.
C'estceluy ou le Corpssacré du-
Sauveur sur estendu te ensevely
a près sa mort, & misdans le:
SaintSepulchre. On y voit l'étendue
duSaint Corpsimprimée
avec lesStigmatesde sesPlayes.
Ilesten grande venération en
cetteVille-là,& àcertaines Festes
de l'année onl'èxpose à la veutt
duPeupleyqui y vient de toutes,
lfo parties dela Savoye & du.
Piedmont, comme aussi déplufleursautres
Provinces. Ilestoit
auparavanten la VilledeChamberry,
en la Chapelledu Château
, lors queparaccident le feu
ayant pris en ce lieu l'an 1631le
4.de Decembre,tout y futconfumé
parles Harnes, &que les
Barreaux & les GrillesdeFer ne
purentrésister à la violence du
feu. La Chaslemesme d'argent
oùestoitleSacréTresor,surfonduë,
& leboisbrûle ; mais Dieu
permit quecesacréLinceulne
receust aucune atteinte ny dommage
,
&que l'Image du Sauveur
formée de son précieux
Sang, & qui estimprimée au
milieu du Suaire demeuraft: en son
entier. Philibertos Pingoniusde
Savoye témoinoculaire,Al-
-
phonfus Paieotus Archevesque
de Boulogne;Daniel Mallonius
ThéologienDominicain,l'Evesque
de Vultubia.
,
Chifletius &:
Simon Majole
, rapportent ce
grand Miracle, en leurs Livres
Latins.
Les Juifsont emprunté des
Egyptiens la coutume d'oindre
les Corps, & de les parfumer
d'aromars ôc debonnes odeurs,
commela Genese leditchap. 50.
Enlasepulture, des anciens Patriarches5&
dans l'Eglise nais-,: fante cette coutume s'estobservée
àl'égard des Martyrs &
d'autres, comme lesActes 8.
desApostres le remarquent, Se.
Baronius en ses Annalestom. i.,
an. 69. mais Cleraent Alexan-
DRIN 1IV.Ï..feirvoir que l'excès
de ces parfums & de ces onctions;
aecté blâmé chez les Chrétiens,
& principalement du temps des
premiers, parce que les derniers
ont beaucoup retranché de la,
coutume des Hebreux, des Egyptiens&
desJuifs. Ceux quis'employoient
au Ministere de ces
Onctions
,..
Boress'ap.pelloient Pollin-
Cette mesme coutume estreprise
par lesLoix des XII. Tablés
chezles Romains, aussi bien
que la coutume de boire en la
sepulture des Morts, & sur tour
en inhumant
-
les Esclaves. 'ElIc"
Je dit en ces plfohs',Vtiflrvilis,
un6itir*,omnisque compotatiotêl—
latur.
Cettemême Loy avouluqu'on
re&raneha(1raujdL cette magni6-
cence
oene«e?xceffiveycesparsumSjprécieux,
& ces liqueurs deMyrrhe,
aux Funérailles des PC'r[lc libres,
ne fumptuojïnitnirum rfjfflïj-ve
jkretj tffCfHt)my^rbat^yotio*-mjfrtuo
Mcretur.:rÇar:comme en ipliumantouen
brulantles Corps,
on pbrerV'Qiîii,eeBtecoutumede
jiiptçre dans les Tombeaux, ou
de jetter dans le Rucher ces bonnesodeurs,
on en voit par tout
des exemples, titu dans les Sacrez
que dans, les, P roi-mes. Ho-
2re enTon Iliade6. Virgileliv.6. del'Enéide.
Lucien au chapitre du Dcrif,
-diflours 120. parlant de Stobée,
fait mentionde cetre coutume.
Apulée en son Traité de la Se*
P dtwrc ; &. Perse, satyre 3. se raille
d'unHéritieroffensede ne trouverpasune
ample succession,&
dit ainsî,
;liIt"næ
'Offk^inodora dabït**
Nicephore'",liv..IO chap 46,
ditqu'outre les enctions on employoit
le miel, foit qu'il ait quelque
qualitéparticulièrepourempescher
lacorruption,où la rriaul
vaideodeur. Maffée, en desNarrations
historiques, raportequ'on
se servoit dechauxdans les Indes,
au lieu d'aromars,& que
cettechaux a une vertu toute
contraire à celle des autres Recrions
, carelle preserveles Corps
jdc la putréfactionailleurs elle
jesconfumeen raelnoe temps. Le
mesmeAutheur dit que la chaux
s'tîimp.lo.ye en la Sepulture des
Corps cians leParisdeCorosnandti.
•
Turfellin rapporte aussi, que la
coutume des Chinois est de vêtir
les Corps de leurs habits, Be
d'y mettre de la chaux dans le
Cercueil; que ce foin yest donné
aux Pontifes & aux Prestres de
leur Loy, & souvent aux Personnes
de pieté
; & que la plùpart
des Corps y estoient ensevelis
debout, le visage tourné
vers l'Orient, ainsi qu'on faisoit
à RomeauxVestales, qu'on enfoüissoittoutes
vives debotit,potit
avoirlaissééteindre le Feu sacré.
Corippus l'Africain, décrivant
la Pompe & les Funerailles de
l'Empereur Justinien
, rapporte
la diversité d'Onctions & d'Odeurs
aromatiques qui y furent
employées.
Pour ce qui en: des Chrestiens,
on lavoit leurs Corps apres leur
mort. Saint Luc raconte dans le
chap. 7. des Actes des Apostres,
que l'on en usa ainsi envers Tabitha.
Denis Evesqued'Alexandrie,
dans Eusebe liv. 7. chap. 22.
japporce la même coutume. Gregoire
de Tours, en son histoire
xr hap. 104. de la gloire des Confesseurs,
apprend que cette couxume
s'observoit en France de
[onrcrilps ,c'est à dire, dans le
sixiéme siécle; on en voit des
exemples dans la vie de Gregoire
I, dans les Dialogues, 8c
<tans l'Homelie38. sur les Evangiles.
Apres qu'on avoit lavé le
Corps, on le laissoit quelque
tempsexposéà la veuë de ceux
quivouloientlevoir. Celaestoit
accompagné de pleurs &. delamentations
sur les Morts; comme
on fit sur S. Etienne, aura poro
de S. Luc ch. 7. des Actes.De
là vient que Saint Paul, dans 1cchap.
4. de l'Epître aux Tessaloniciens,
console ceux qui pieu-*
rent sur les morts, par l'espérance
de la Resurrection & de
l'Immortalité.
L'Autheur des Commentaires
deJob, parmyles Ouvrages d'Origene,
fait mention dans le livre
7. des sept jours & des [cpt.
nuits de Deüil. S. Cyprien ne
l'oublie pasdans le Traité de la
Mortalité, où il tâche de le moderer.
S. Chrysostome,dans*
l'homel. 61. sur S. Jean, ne condamne
pas en ces occasions les
larmes & les pleurs, mais seulement
ce grand excez. Ilen use
dans le discours3 sur lesPhilistins,
de la mesmemaniere.Il reprend
surtoutfortementla coutume qui
s'éstoit introduitede son tem ps,
&quis'estoit enracinée, de prendre
des Femmes à prix d'argent
pour pleurer&lamenter aux Funerailles.
Ce sont celles donc
nous avons cy-devant parlé.
LemesmeS. Cyprienne menace-
t-il pas dans la 4.homelie sur
l'Epistre aux Hebreux, d'en excommunier
les Autheurs
,
s'ils
n'arrestent le cours de cette dangereuse
pratique? Gregoire de
Tours dans le chap. 34. liv.5.de
son histoire
,
& Alcuin sur le
chap. 12. del'Ecclesiaste,en parlent
de la mesme maniere que les
autres.
Comme l'excez de la pompe
& de la magnificence,s'estoit
beaucoup augmenté pour la Seu
pulture,Prudencetitre 8. de la,
Bibliothéque des Peres,le dé
critdans son Hymne des Funerailles,
àc parce que le plus souventilalloitàune
dépense eX-t
cessive, Saint Augustin dans le
chap. 12. du Livre de la Cité de
Dieu, blâmecettesuperfluité.
Gregoire I. défend de couvrir
de quoyquece soit le Cercueil
duPontife, &Íd rien recevoir
pour la Sepulture desMortsliv.4.
Epiffcre4.6c44.
Du temps desApostresil yavoit
de jeunes Gensdestinez pour la
Sepulturedes Corps. Cesont
ceux que les Romains appelloientVespi
, ouVefpillones. Ils
avoientfoiad^toutrce quidevoit
estre observé, & de l'ordre que
l'on y devoit tenir.L'histoire
d'Ananias &deSaphyra nous ef\
fait mention. Dans les temps
suivans les Personnes les plugcoil.,
siderables
,
& les plus pieuses,
faisoient gloire de.s'employer- à
ce devoir charitable, & dignede
pietei— -•
-
Gregoire de Nazianzeremarque
dans l'Oraison Funèbre-is'.
de Saint Basile,qu'il fut porté
en Terre par les mains de quefà
quesSaints Personnages,&qu'alorson
avoirestably uncertain
nombre dePersonnes pour porter
les Corpsau Tombeau.
Les Flambeaux & les Torches
ont esté mis en usage de tout
temps, comme on le remarque
.du temps des Grecs& des
Troyens C'estce quis'estpratiqué
aux Funérailles de MlfënUS"
dé du Prince Pallas,commenous
avons dir; & dans le temps des
Chrétiens Saint Cyprienfutinhumé
de cette maniere
, comme
cm levoit danslesActes de son
Martyre,dont PoncesonDiacre
fait mention ensaVie. <
M1 Rigaut & Mr Lambert expliquantlemot
Grec d'Origénè
Svcol'fel-ê]Ju:r;quilpeeutnestrte chez les: que ce
terme signifie des Joncs
, ou des
cordes de
Genest
torses
,
qui
estoientcouvertes de Cire tant audedansqu'audehors
, pour y servirdeFlambeaux.Euseb. liv.
4. de la vie de Constantin le
Grand chp. 66. y employe des
Flambeaux,avec des Cantiques
comme dit Saint Chrysostome.
Gregoire de Tours liv. 3. chap.
18. parle du son des Cloche;
Beda dans l'histoire Ecclesiastique
d'Angleterre liv. 4. chap.23.
en parlede la mesmesorte.
On faisoit des Oraisons Eupe-o
bres le jour des,F-aiiérailles-j- odrç
quelques jours après -comme1^
coûtume s'en observe encore
pour les Roys ,pour les Princes.
ou autresPersonnesdehautrang.
&; de menrer.deL'un^-de-Hau^
tre Sexe.Gregoire de Nazianze
fit celle de son Frere Cefa-,
rius, de Gergonie sa Soeur, & cte)
Saint BasilesonAmy. Gregoire
de Nysseprononça celle de Me- letiusEvesqued'Antioche.
Mais pource quiest des Qrai*
sons Funebres ou Panégyrique
&de leurantiquité, on tient que;
Valerius Publicola , qui fut dé:
claréle premier Consul de R.o*
me , pour en avoir chasse leSt
Roys par le secours que Brutus
luy presta, a esté le premier qlli
les aitinstituées après la mort dUi
mesme Brutus. Quelques-uns.
font d'opinion que dés les premiers
Roys de Rome, ces Pané.
gyriques avoient esté introduits,
puis que Romulus mesme qui en)
estoitle premier, faisant une
Harangue publique en pleine
Assemblée du Senat, & de tous
les Grands de Rome
,
& venant à
s'emporter avec excez contr'eux,
fut déchiréen pieces. Florusen
parle ainsi. Les Romains ontesté
les premiers qui ont commencé
cette Cérémonie, & les Grecs
à leur imitation s'en sont servis
apjcs eux. Il cft toutefois con.
stant que dans les Guerres des-)
Grecs, on voit Uliiîe & Ajax,
dans leurs Haranguesen la dispute
desarmes d'Achille,faireune
grande énumeration des
hautsfaits de ce Prince
,
& des
hautes qualitez desa Race, en la.
présence du Roy Agammenon,
lx des autres Princes de la Grece
,
& qu*inM les Romains ne
pouvoient pasestre les prcnliersi
Autheurs deces Panégyriques.
Mais d'autres sontde ce sentinlcnr,
que le Philosophe Selon,
qui vivoit du tempsde Tarquin
l'ancien,institua les OraisonsFunébres
ou Panégyriques.C'est
ce que die Anaximénes. Quelques-
uns en donnent l'origine i.
Thesée
,
& croyent que les Athéniens
commencerent à loüer publiquement
ceux qui avoientesté
tuez en la Bataille de Salamine,
de Marathon, ou en celledu Peloponese.
Ilestcertaincomeonvoit dans
Suetone,& en d'autres Autheurs,
que les Romains n'ont passeulementloüé
les Illustres Personnagestuez
enG uerre,maisaussi ceux
quiestoientmortsenPaix,& mek
me rllffi les Femmes d'une qualiré
éminente; commefit Jules
Cesarâeé de Il ans aux Obséques
de sa Tante du cossé de son
Pere, devant les Sénateurs ôc
dans le Barreau, & pareillement
son Epouse. Tibere en fit autant
aux Funeraillesde son Pere;
te Mutius Scevola loüa en publicaussisaMere.
Nous avons dit que les Funéraillesestoient
accompagnées de
Cantiques. Chez les Grecs on
appelloit ces Chants Nxm* ÔC
Epicedia. Les Latins les appelloientPlanctusouLamenta.
Ilest
certain que les Hebreux & les
Juifs s'en font servis dans leurs
temps, ce qui est remarqué dans
l'Ecriture Sainte, & que le Roy
David lesa employez enla mort,
de Saul & d'Abner. Les Romains
ont voulu éteindre ces excez
de Lamentations par leur
Loy des XII. Tables qui le dit
ainsi
,
Mulicrcs ne gaiM radunto,
parce que, comme nous avons dit,lesFemmess'arrachoient les
cheveux & lesjouës.
De plus, on farsoit des dinri..
butions d'aumônes
,
de Pains &
de Viandes, comme disent Oriigcne
6c Saint Hierôrne en la
Lettre26à Pammachius, pour
le consoler de ht mort de Pauline
dfo'EBpeimstmree6,4&àSaint Augustin en CarthAuraeleEgvesqeued.e
1 On faisoit pareillement des
Banquetsprés des Tombeaux
des Défunts, qui s'appelloient
Agapes, comme par une dilection
fraternelle.C'est dont parle Saint
Cyprien, ,-z Tertulien en son Apologetique
chap.39. où les
Pauvres estoient admis. Mais
ayant remarqué que l'abus s'y
estoit glissé
,
il les reprit aigrement
, ainsi que Saint Gregoire
de Nazianze. Ces Agapes sefaisoient
allffi bien en la naissance
qu'aux mariages. Ilsemble que
la coutume de faire des Banquets
soitvenue ds Gentils: car c'étoit
leurordinaire de préparerde
grands Festins aux Funérailles
en faveur des Manes des Défunts,
ausquelsils se persuadoient
qu'ils venoient assister ,& prendre
un grand pjaiur) ou quedu
rnojnsils se repaissoient de la su-
-mée des Viatid-esiiLifif -clcfto-It
la coûtume de les y inviter, en
criant à haute voix dans le Sepulelire.
£
Les Grecs appeloient ces Banquets
Firidipnd, & les Romains
Parentalia.On1aiiTo11 {owvcnt ces
Viandes préparées sur les Tomjleaux
, ou on les consumoit au
feu. Homere&Virgileen font
menton, 5c ce dernier au liv.
del'Eneïde.
Libavitque dapes.
Lucien en ses Dialogues,dit quecette
superstition s'estoit estenduë
chez plusieursNations, jusqu'au
temps de Saint Augustin,
comme ce Saint Personnage le
rapporte au Discours 15. & il la
reprend bien à propos en ces termes.
-Ztioy ? l'esprit ou lesames Ititsontdhachée
s des liens de leurs Corps,
ont- elles besoin de ces fomptueuxr
Banquets ? Mais la pieté des anciens
Patriarches estoit bien éloignée
delaGentilité &dessuperstitions
des Anciens; car ils employoient
ces Viandes presentées
surles Tombeauxà la nourrituredesNécessiteux;&
cette coûtumes'estreligieusement
observée
du temps des Israëlites, comme
on le peut voiren la Sainte Ecris
tureTobie3. 17.où le Pere lare,.
commandefôiemnellemcnc au.
jeune Tobie: selon que l'ont remarqué
Lyranus & Turrianus.
Du temps des premiers Romains
Numa. Pompilius leur
Roy,voulut que le grand Pontife
eust le foin de rendre les honneursaux
Di.ux.Mânes, ôc principalement
à la Déesse Libitina*
qu'ils tenoient présider à la nJor[;
d'oùvient que l'onappelloit ceux
qui estoient employez à ces. devoirs
Libitinarrii. Il y avoitaussi
à Rome la Porte Libitinensis,
prochel'AmphithéâtredeStatilius
, par laquelle on porroit Ice,
Corps des Gladiateurs dans le
lieu de leur Sepulture. C'est dcquoy
parle Plutarque.
Les Jeux Funébres se celç
broient aussi en la Ville de Rome.
Celuy des Gladiateurs y estoit
employéen l'ivonueur des priacipaux
Rjomains/,pembm que
leurs Corpsestoient dansleBucher
j,&delà les Gladiateurs qui
y combattoientestoient appellez
jtujfaarii. Marcus&DéciusFils
de Jimtas Brutusfurent lei.p'r-t..
miers qui en célebrerenten faveur
de leurPere. CesJeux fureur
empruntez des Grecsi &: dds.,
_Troyen&vcommeoolàybied&tîs
Je Ity. 5de l'Encide
,
oir'Enéten;
J^hontxcùn,de;fan Pere Anchise
e,nff\aitRrep.re0sen'tfer decinqfortes déxSidtevdù
lsontPère eftoir>uVtaia^rc,:ce^jui se t€<Q~apwéailÀh. finy.
ExPectata dies aderat:-,twnamquâv
A : firwk
sîttroram Phaetonttstquijam lute
firtbant.
Les Cyprez seplantoient ordinairement
anx Funerailles des
Princes&des grands Seigneurs,
autour de leurs Sepultures, & de
leurs Tombeaux, & i-nest-nede-
Tvant la par te deleurs maisons.
C'cft uneespeced'Arbre fiiiieste,
& qui est pris pour lamort,
car estant coupé il ne renaist ja-
Olis.., L'Ache servoit auxSépultures
dela, Populace auliude
cet Arbre. C'fist ce que reprecseentDe
Ailscitaitqenusees.vEm"blêmespar
:JF'IIndr-a. rèjt rbort ProcetiumMomi- :. monta CUpsiJfUJ T • aleApiumpiebisprotrîfrefrondefolct.
-1 De plus, on nettoyoit la Maison
du Mort avec une espece de
Balay particuliere ;&ceuxqui
avoient ce foin s'appelloient £-
verrancdtûres'.i:
•' Chez les Anciens on couvroft
de guirlandes deFleurs la telle des
Vierges, avant que de les mettre
du Tombeau; on yen jettoit
ausside blanchesen faveur de leur
Virginité, comme Damascéne
& Nyssénus le remarquent.
Chez les Romains quand une
Veuvemouroit, quin'avoiteu
qu'un seul Mt.TY
, on la portoit
au Tombeau de son Epoux,avec
une Couronne de pudicité. On
a souvent envoyéles Corps des
Défuntsvétus de blanc dans le
lieu de leur Sepulture. LesFemmes
mcfmedes Personnes de
qualité
,
dansles Funerailles de
leurs Epoux se vétoient d.l: meftiiecouleur.,
La mesme coûtume s'observe
encore en Angleterre, deseservir
de Fleurs blanches & de vétir
les Corps des Défunts d'habits
blancs. Celasepratiquoit
autrefoisen France en la mort
d'un Roy* & la Reyne se vétoit
deblanc, c'est d'oùest venu le
nom de la Reyne Blanche, comme
Alexandre Surdus l'a remarqué
,&PoLydore \fJgleij (t.
chap.7
On avoit aussicoûtume quelquefois
aprèsles Obsç..ques.detré.,.
pandre diverses El^utsP/irfiarns-,
,for les Sepu^cbrps te Peuple Romain sur celuy d-up
,des Sçipioiis-- si c'estoisun Giierrier^on,aaackûitauro^•
Monument son Bouclier, son
Casque, son Epée & divers au..
tres Ornemens. Cette coûtumen'est
pas encore efteinte presentement,
comme on peutvoir
dans nosTemples,oùsont les,
Drapeaux& les Armesde nos
Genérauxd'Armée,arrachez
aux Voutes, C'est ce qȣ;dit
fort propos Virgile Iiv. 9. de l'Ete,
neïde. 1> Sufvcndi've-Thala,autfatmadftuy
/iigid-Jixi.
On mettoit des feüilles, de
Laurier, de Marthe, ou de quel
ques autres Arbresqui gardent
leur verdure
,
dans les Tombeaux,
fous les Corpsdes Défunca
; ce que Duranres remarqueestre
un Symbole mysté- r:Íde:l'immortalité,enfaveur
de ceux que l'on croit ne prendre
qu'un doux sommeil, pourrevivre
un jour mieux qu'auparavant.
Il yavoit de plus les Lampes
sepulcrales que l'on mettoit dans
les Mausolées. Ces Lampes
avoient une vertu particulière
qu'ellesne s'esteignoient aucunement
, tant qu'elles n'avoient
point d'air; foit que cette vertu
vinst du Lumignon qui pouvoir
estre fait du Lin Asbestos, ou de
la Pierre Amianthos dont nous
avons parlé, ou que cela procès
dast delamatiere ou de l'Huile
qui yestoit employée. Nous
avons Saint Augustin pour témoin
,
de cette vérité. Il dit
en sa Ciré de Dieuliv. 1. chap. 6,.
qu'en foüillant dans les ruines
d'un
;'¿'un ancien Monument
, on y
trouva une Lampe d'or, qui se-
Ion son inscription y avoit demeuré
allumée prés de deux mille
ans, & que quand l'air y eut entré,
elles'esteignit. Il est encore
certain que dans Rome on trouveassez
souvent de ces Lampes
dans les Catacombes & en d'autres
lieux. Roma subterranea. en
peut fournir des exemples.
Quoy que nous ayons dit un
mot des Epitaphes & de leur origine,
en parlant de la Sepulture
d'Abel,ilest à proposdeles distinguerdesinscriptions.
Lesinscriptionsmarquent
sur des Pierres,
Airain ou autre Matier,certains
ou Tombeaux appartiennent, &
d'ordinaire les mots en estoient en
abrégé, commeon le peut voir
en ces Lettres Sepulchrales. H.
M. N.H.S. qui veulent dire, hoc
monumentum non hæredessquitur.
Mais les Epitaphescomprenoient
ordinairement les noms, les dignirez
& les vertus, ou les hautes
actions de ceux qui estoient en
ces Monumens. On remarque
que les plus anciennes avoient un
style particulier,&uneagréable
varietédans leurs termes, quoy
que quelques-unes fussent simples
& naïves; & comme elles ne
sentoient ny les Vers ny laProse;
il y avoit un art ou une cadence
dans les mots donton les formoic
qu'on appelle Art Lapidairey &
qu'manuel Thesaurus de Sa.,
voyea fait revivre en la vie de ses
Patriarches. Ce sçavant Personnage
a fait des Peintures
achevées de toutes les Personnes
qu'il a écritesenson Livre, &on
ne les lit qu'avec admiration. Son
Livrea esté imprimé depuis
quelque temps à Rome avec
deux fois autant d'augmentation
sur d'autressujets curieux & sçavans.
La pluspart des Epitaphes se
faisoient aussi en Vers; & pour
voir les Eloges que l'on donnoit
au merite
,
à la dignité & aux
vertus des Personnes
,
le Livre
intitulé Rome Souterraine, en fournit
un grand dombre tant parinscriptions
que par Epitaphes,
creant recueillies de divers Autheurs.
Plusieurs ont écrit leurs Epitaphes
de leur vivant, comme Je
CardinalBaronius le rapporte de
Cassius,Evesque de Narnie.
Pierre leDiacre a fait un excellentTraité
des Epiraphes &
des Inscriptions, & mesme des
marques Hierogliphiques ou Caracteres
Romains
,
qui setrouvoient
sur les anciens Tombeaux
ou Sepulchres. Bossus est aussi.
un Autheur fort curieux de ces
antiquitez
,
de mesme queJean
Severanus&PaulAringhus.
Vvolphangus traitant cette
matiere liv.3. chapitre dernier,
rapporte tant sur Rome, sur
Naples, que surle Portugal, &
autres lieux, plusieurs Epitaphes
& Inscriptions fort ancien-
¡,Des & dit qu'on a trouvé plusieurs
vaisseaux d'or, d'argent,
d'Airain ou d'autre matiere dans
les Sepulchres, dans lesque's les
ossemens & les cendres des Corps
estoient encore enfermées,& il en
marque souvent les temps.
Pausaniasen ses Atriques mir,
que de quel temps les Epitaphes
ont commencé
,
6c dit aussi que
l'on érigeoir des Autels à la Milicequiavoiresté
tuéepour la désensedela
Patrie, & qu'on luy
rendoit des honneurs annuels; ce
que Lycurgue ordonna aussi d'être
observé.
Pour ce qui est d'inhumer les
Corps couchez sur le dos, la teste
vers le Couchant, & les pieds
vers l'Orient,c'est ce que Quailard
a remarqué dans ses Voyages
de la Terre Sainte, & ce qui se
pratique encore aujourd'huy. Le
Concile de Maçon,Canon 17.
défend d'inhumer les Corps les
uns sur les autres) mais on doit
les mettre à costé. Ille dit ainlÏ.
Non licet mortuum filer mortuum
mitti.
Les Instituts de l'Empereur
Justinienne permettent pas d'ensevelir
aucun dans le Tombeau
d'aurruy
,
sans sonconsentement.
Non licct inferre mortuum in tumutum
alienum invitodomino.
Les Romains eurent leur temps
limité pour regretter les morts;,
car Numaajouta aux Sacrifices
qu'il avoit établis, ceux que l'on,
devoit faire aux Dieux Mânes.
Il défendit de regretter aucun
enfant au déssous de trois mois,
& ne jugea pas à propos qu'un
plus âgé sust regretté plus de
mois qu'il n'avoit vécu d'années.
Pour les Personnes mariées, le
terme estoit fixé à dix mois au'
plus. Mais si quelque Femme
se remarioit avant ce temps, elle
eneaoitreprise
,
& c'estoit une
honte pour elle, selon le Code Be
l'Ordonnance de ce Roy.
Il n'en alla pas de mesme de
cette Veuve de la Ville de Lyon,
qui sans garder les temps preferitspar
l'Ordonnance, épousa
vingt trois Maris, & dont le dernier
l'ayant mise au Tombeau,
fut couronné de Fleurs, ayant
une branche de Laurier en la
main, en marque de victoire &
de triomphe, & accompagna le
Cercueilen cette maniéré, avec
toute la jeunesse de la Ville, qui
pour honorer les Funerailles yfit.
venir les Violons, & les Hautbois,
qui joüerent par concerts
&.avecmélodie, comme sic'eust
esté une nopce au lieu d'un convoydemort.
Plutarque dit en ses Problèmes
que les Veuves mettoient bas
leur Pourpre
,
leurs Anneaux,
leurs Bracelets,& qu'elles se vétoient
de blanc;mais que le temps
du deüil estantexpiré, elles reprenoient
leurs vétemens fomptueuxavec
leurs Bijoux;comme leditTite Live.
Chez les Juifs le deuil,estoit
de trente jours, & les Anglois
observent la mefoiecoutume à
Rome, selon Horace en ses Epodes,
on faisoit un Sacrifice le 9.
jour d'aprés la Sepulture; & les.
eux commençoient le mesme
ouraussi.
Novendiales dissiparepulveres.
Il y avoic une coutume chez
les Rojmains,qui sentoit fort son
antiquiré
, comme le fait voir S.
Augustinen la Cité de Dieu liv.
4. chap. 11. par laquelle cette
Nation faisoit mettre à terre les
Enfans nouveau-nez par les mains
des Sagefemmes, êt les Peres les
relevoient , pour se remettre en
memoire que toutes choses doivent
retourner en leur principe.
De là estoit pris le nom de l'adresse
Levana , que les Gentils
adoroienr.
Ona veu des Sepulchres miraculeusement
construits en peu
de temps. Sous l'Empereur
Trajan, Saint Clement I. Pontise
Romain de son nom , ayant
esté précipité une Ancre au col,
les Eaux se retirant à Tes prieres,
les Anges luy érigerent un Monument
au fond de la Mer, afin
de luy donner la Sepulture en ce
lieu. Céc Elément par une merveille
surprenante, se retiroittous
les ans la veille de saFeste en
forte que tout le monde pouvoit
allervisiter ce Sepulchre que la
Mer reconvroit après le jour expiré.
C'estoù un Enfant demeura
endormy pandant un an par
miracle.
Les Iafiensérigerentun magnifique
Mausolée à un jeune Enfant
&à un Dauphin, pour l'amour
qu'ils avoient contracté
ensemble. Ce Poisson avoir
coutume de porter cet Enfant
surla Mer en se joüant, & de le
rapporter au rivage; maisayant
filé piqué d'unedesépinesde
son dos, il en mourut; ce qu.
ayant apperceu le Dauphin ,il en
mourut de regret. Leurs Corps
estant trouvez sur le Sable, ils furent
portez en ce Monument.
Lesmesmesérigèrent une Statue
de Marbre en leur honneur, representant
un Dauphin qui portoit
un Enfant sur son dos, avec
cette belle Devise.
Non ponaasamori.
Ils fabriquerent mesme des
Médailles d'argenr qui representoient
leurs Images, & laisserent
à la postérité l'histoire de leur
amour. Les Romains se vantent
qu'il en est autant arrivé au Lac
Lucrin, prés de leur Ville.
Ilsetrouve des animaux qui se
rendent ce devoir les uns aux autres.
Les Gruës
, comme dit Elian
livre2.. cha pitre 1. partant de
Thrace pour passer en Egypter
afin d'y trouver un Climat plus
temperé
,
si quelqu'une de leur
compagnie meurt en chemin, elles
s'assemblent autour, la couvrent
de Sable, & continuent
leur route, après luy avoir rendu
ce dernier devoir.
Les Abeilles, comme dit Virgîle
liv. 4 des Georgiqnes,nese
rendent-elles pas ce dernier de.
voir en leurs Funerailles
, avec
beaucoup de foin & deregret?
Tum corpçra Luce carentum
Exportant tefîis, & tristia funert
dueunt.
Mais voila une merveilleuse
surprise qui arriva aux yeux des
principaux Romains. Drufilla
Epouse del'Empereur Caligula
estant morte, comme on en
brûloit le Corps avec la pompe
& la magnificence accoûtumée,
une Aigle qu'elle avoit élevée ôc
nourrie de sa main,& qui la fuivoit
en quelque part qu'elle allast
en volantd'Arbre en autre,
voyant que l'onmettoitle Corps
de cette Impératricedans le Bu.
cher, s'y précipita d'elle mesme
& s'y consuma à même temps;
canc la passion de cet Oyseau
estoit grande.
Avant que l'on mhumast dans
les Villes & dans les Temples, on
mettoit les Corps en des Grottes
souterraines, ou dans lesChamps
en des lieux que l'on appelloit Mress
comme il estdit de Saint Cyprien
,qui sur inhumé dans l'Aire
d'un Procureur nommé Candide.
Souvent on élevait, des
Monumensdes Sepulchres sur
les lieux où les Martyrs avoient
esté ensèvelis. Les Caracombes
à Romenousdonnentun témoignage
de ces Sepultures.
La Loy des XII. Tables défendoit
de brûler ou d'inhumer
aucun dans l'enceinte de Rome
,& elle portoit ces mots, Iin
urbene fepelito, neveurito. Dans
ce tempslà il y avoit beaucoup
de Monumens ou Tombeaux autour
de cette Ville, tant vers la
Porte Capene, au chemin d'Appie,
que vers la Porte Nomentane.
Les plus considerables
estoientdans le Champ de Mars,
comme asseure Clemenc Alexandrin
liv. i. des Guerres Civiles.
Mais ensuite de ces premiers
temps, on a inhumé les Corps à
la porte des Temples, & en leur
circuit, & l'une a pris exemple
sur Vautre. L'Empereur Constantin
le Grand fut enseveli à
Constantinople dans le Portique
du Temple des Apostres; Clovis
à Paris enceluy de Saint Pierre
Saint Paul, aujourd'huy Sainte
Geneviéve; Clotaire dans celuy
de Saint Germain des prez;Charlemagneà
Aix laChapelle dans
le Temple de Sainte Marie.
Enfin la coûtume se relâcha
de n'inhumer pas dans les Villes,
ny prés de leurs enceintes&l'on
permit à Kome ,&principalement
à ceux qui avoient mérité
le Triomphe
,
d'avoir leurs Sepulchres
dans la Ville, comme
aussià ceux qui par leur race ou
par leurs vertus estoient illustres.
Delà ca venuë la Ruë Patricienne,
où il y au pied du Mont VL:
minal & Quirinal
,
quanrité de ;
Mausolées pour cesPersonnes
considerées.Enfin l'usage s'en est
introduit par tout, & l'on n'a plus
eu d'égard aux Loix qui ledéfendoientauparavant.
Mais avant que de finir ce discours
,nous dirons que les Turcs,
estant prests de mettre au Tombeau
les Corps des leurs, lesrasent
& les lavent, & que leurs
Sepulchres font sur le bord des
chemins , 6c qu'il ya eu des Roys
&desPrinces qui faisoient porter
Jeurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mort devant leurs yeux, ôc pour
ne la pas redouter dans les combats
; comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant ,est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
quatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
de lesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part.
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeaude leur Prophete.
Quoy queles 8c les Mau[ol¿Ci",
leurs Tombeaux au front de leur
Armée, pour avoir l'image de la
Mortdevant leurs yeux, & pour
ne la pas redouter dans les combats;
comme dit Calcondyle livre
3. Le Tombeau de Mahomet
quiestàlaMéque, &que quelques
Autheurs disent estre de
Fer, & soutenu en l'air par la vertu
de l'Aimant, est visité tous les
ans par de grandes Caravanes de
qatre-vingt & cent mille Personnes,
pour estre en asseurance
contre les Arabes qui ont coutume
delesdétrousser sur le che.
min, & où l'on porte un magnifique
& riche Pavillon de la part
du Grand Seigneur, pour en
couvrir le Tombeau de leur Pro-
Pl-icte.- (II
Quoy queles & les Mausolées
magnifiques Sepulchres donc
nous avons parlé, ayent esté pour
les Roys & pour les Princes,
voicy qu'un accident fait qu'une
Fourmy est plus noblement ensevelie
queCleopatre Reyne d'Egypte.
CetteEpigramme ledit,
parce que ce petit animal fut enfermé
dans de l'Ambre transparent
,
& cette Reyne dans du
Marbre.
Ilm'Vis mygdemojaccat Cleopatra
flpulcro,
Use Formica iacetnobilioreleco.
Nous finirons parleSepulchre
de Timon
,
dit le Misantrope
,
qui
avoit esté construit surle bordde
la Mer, & que cét Element avoit
tellement en horreur, qu'il vomissoit
continuellement ses Flots
contre ,
&: avec le remps le repoussa
fort loin; car comme il
avoit eu en haine les Hommes,
leMer n'en eut pas moins de son
: Corps 6cde son Tombeau.Voila
l'Epitaphe qu'ils'estoit fait luy
mesme, & que l'onvoyoit.
Hicfrm possvitam miferdmque ¡no.., ftraquefepultwi ..-
Nomcn non quaras, dii Icélor,tt
maieperdant,
Fermer
Résumé : SUITE DU TRAITE DE LA SEPULTURE ET DES TOMBEAUX.
Le texte explore les pratiques funéraires anciennes, en se concentrant particulièrement sur la crémation. Pluton est associé à la première inhumation, tandis que Méraos est crédité d'avoir introduit la crémation. Cette méthode était répandue chez plusieurs peuples, tels que les Grecs, les Romains, les Scythes, les Indiens, les Thraces, les Gètes, et les Éthiopiens. Souvent, ces cérémonies incluaient des sacrifices humains ou animaux. Les Gaulois brûlaient les corps avec les biens précieux du défunt. Les Thraces célébraient les funérailles avec des banquets joyeux. À Rome, la crémation était courante pour les personnes de haut rang, tandis que l'inhumation était plus fréquente pour le peuple. Les rites funéraires romains comprenaient le lavage, l'oignement, et l'habillage des corps en pourpre avant leur placement sur un bûcher. Les os et cendres étaient ensuite recueillis et placés dans une urne. Les Romains suivaient la loi des Douze Tables pour rapatrier les corps des soldats. Les Égyptiens, Hébreux, Juifs et Romains utilisaient de la toile de lin pour ensevelir les corps. Les Juifs préféraient les terres neuves pour les inhumations et ajoutaient des sacs d'odeurs sous la tête du défunt. Les Chinois ensevelissaient les corps debout, face à l'Orient, et utilisaient des onctions aromatiques. Les chrétiens lavaient les corps après la mort. Les inscriptions et épitaphes marquaient les tombeaux et les vertus des défunts. Les Romains avaient des règles strictes concernant les inhumations et les deuils. Les empereurs et rois étaient souvent inhumés dans ou près des temples. Les Turcs rasaient et lavaient les morts avant l'enterrement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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219
p. 121-180
DIXIEME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathématiques à Paris.
Début :
Nous avons demontré dans le dernier Mercure Extraordinaire, l'ancienneté des [...]
Mots clefs :
Verres, Binocles, Constructions, Lunettes, Objets, Vision, Axes, Convexe, Inventions, Savants, Yeux, Binocles astropiques, Observation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIXIEME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathématiques à Paris.
DIXIEME PARTIE
DU TRAITE'
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par Mr Comiers d'embrun,
Prevofl de Ternant, Profejjeur
és Mathematiques a Paris. NOus avons demontré dans
le dernier Mercure Extraordinaire
,l'ancienneté des Binocles,
&avons donné leur sacile
Construction, de leur premier
Inventeur DanielChorez, qui
les présenta au Royen l'année
1625.Nousavonsaussidemontré
que le R. P. Antoine Maria de
Kluyîn, ce savant Religieux Capucin
Alleman, avoit donné la
derniere perfection aux Binocles,
composantde deux verres convexes
chaque Lunete du Binocle
Astropique, pour contempler les
Astres, & mettant quatreverres
convexes, un objectif & trois
oculaires à chaque Lunere du
Binocle, pour voir les objets
terrestres.C'est de ces Binocles
du P. Reyta, dont toute l'Europe
a admiré le surprenant effet depuis
1642.ausquels on en fit de
semblables en plusieurs Villes de
l'Europe, dez lors que ce grand
Homme en eut publié la Construction,
dans son docte Livre
intitulé oculusEnoch d" Elioe im
primé à Anvers en l'année1645.
Mais parce que plusieurs doctes
Allemans se plaignent contre un - nouvelAutheur grand Adioptricien
, & avec les termes de Mr de
Balzac dans sa 26. Lettre à Hydaspe,
disent, Que la maladiequi
se prend. au bout des doigts,ayant
frapéuneteste,pours'attribuer l'invention
des Binocles,acomposéplusieurs
volumes de Visions, où il n'y a
pas unepensée raisonnable. Ils ne
s'étonnent pas ( ajoûtent ils avec
Mrde Balzac)qui'lyaitdesHommes
qui donnent de la réputation à
des Sots, puis qu'ils ontfait des voeux
&brulédel'encens à desSinges. Je
dois justifier tous les Sçavans de
nostre Nation, qui n'ont jamais
hésité à reconnoistre le 'J'rand
merité & sçavoir du R. P. de
Rtyta,& l'admirable effet de ces
Binocles.
Pour faire le panegyrique du
P. de Reyta, celuy de son Livre
&de ses Binocles, il me suffitde
choisir & rapporter quelques témoignagestres-
authentiques.
Fabius Chisius, grand Astronome,
NonceApostolique & Légat à
Cologne, &depuis Pape AlexandreVII.
apres avoir tres- souvent
admiré le grand effet des Binocles
du P. Reyta, & examiné en
manuserit son Livre Oculus Enoch
&Elioe luy écrivit du 17. May
1642. Dignum existimo ut typis tradatur,
&c. Vous trouverez cette
Lettre dans la Préface dudit liv.
imprimé en 1645.
Jean Caramuel ce grand Evêque
Mathématicien, qui seul a
compose autant de livres qu'il en
faut pour faire une Bibliotheque
choisie, écrivant au mesme Legat
Fabiuschisius, dans sa Lettre
datée deLouvain 103.Juillet 1645.
que vous trouverez au long dans
la 1605. page de sonMathesisNova,
imprimé à Lyon en 1670. parle
en ces termes.
ILLVSTRISSIME DOMINE,
Fir omni exceptionemajor, Rater
jintoniusReyta, sanguine, ut audioy
KôbiliJJimus; cldrijJimm, ut video,
yitâ& Moribu* s ditavitAjtrono-'
miam, Geomttriam
,
Aritbmeticam,
PhyficAm novà invelltú
, Europe
adpriirationempromeritw,patridiri&
Ordincmilluftrat. Innumerosfautores
epatronosadeptu4, in hecprl/Jens;
qaod te Moecenalcmeleeerit, in boaf+.
lix ffub'J!-sub umbroe tu£patrocinium
adcptiufii. De ipfiiisiuftrumétk vari*
funt Aiitàtiomoinmopiniones, varia
de ipfms obflïVdtis judiciii;Jeclquia
tu i/Ùz cxatfa( voila une preuve
palpable de la bonté des Binocles
du P.Rheyra.) h.ufoelices aijudicast
vulgm Ajlronomorvm non moreitur,
quis enimpojjet 'V"'K,nibu.J ingeniis
fatkfaccYc?Amevirum & vemror,
crudea multis impetito opem non tuli,
IjuodcrcdercmmtzJorem oemuUs Udi
non poffe.
Le R. P. Gaspar Schotth, de la
Compagnie deJesus,au premier
Tome de son Magia ZJni'uerfalis
Naturæ & Artis, imprimé en l'année
1657. dans le liv. x. c. ii. De
Telescopii Astronomici tam Monoculi
quàm Binoculi,Origine ejusque Au- )dans la page 494. parle en
cesrennes. AnîhoninsigiturMaria
deRfJttl vÎræquè religiosus ac doffus,
mihiquefamiliariternotm. Neque
hoc Monoculo tubocontcntu<fuit,fcd
alterum focium Oculum si adjunxit,
& tjfJidem foelicijjlmo atifù, ftlicioriquefucçcjfu
, ut mecum fatcriceguntur
quôtquet hajus rei expcrimentum
fumpfirunt. Talisquille inter
hune &priorem effdiffirentitt, qualis
ejje communitersolet inter Mtnoculum
&Bineculum hominem. EXlerimtfJtum
secs in tubo Binoculo ab ipfoauthore
elaborato, atque hoc Binoculo
tubo Jperat Rheyta multa adhuc tati.
tmiid in coelo afel/na deteëtum iri.
Lemesme R. P. Schotc,dans
le mefmeVolume cap. 3. De infignibuiboctempore
Telefcopiorum Ar-.
tifeibus, dans la page 496. dit,
Tertius ce IoannesVuifiL
,
Augufix
Vindclicorum infiniEtus a Reytd,sàtis
tubos tam Monoculos ejuaw Binoculos.
Jjhtaniîm adde Patr, m Autonium de
Reyta, qui non tanlum in ta arte exccllit,
eamque ifriptts tradidit, fed
& alios ctiaminflruxit, & cùm hu..
manifflmus fit,nonpaucisfun (pm..
mumcavit. te "1() LeR.P.MilletDechales,aussi
JesuÎte, dans le 27Tome de son
Mundus Mathtmaticus ,imprimé à
Lyon, en l'année 1674. au TheorémeTelescopium
Binoculum, page
672. dit, Fiant dlloTelcfiopia omnino
jimi/ia, que conjungantur ita utsint
fibi inviccmparalle/a; & dissentcâdem
quâ oculidistantia,, ut uterque
eculus objellilm tamen videat. Expcrtus
fum in Telescopio duorum pe- c-cmpnrabceilrittuemr&emsiajduijsï&wcviiicuisniinu-s
9bjeffumapparere, ô* quod mirum
fsi, non duo Telefcopii gemini flraminavidebantur,
Jedunicum. Etil
ajoûte, Pater ReitainsigneTeIeÎcopum
Binoculum circumferebat, erat
autcm decem circiter palmorum cjus.
Ingitudo.
Comme à travers les artifices
étudiez de ceux qui veulent étoufer
la verité
,
elle s'y montre du
moins en quelqu'une de sesparties
, & verifie le dire du Prophete
Roy xxvi. ii. L'Autheur Adioptricien
de la Vision parfaite de
l'année 1677. y laissa échaper les
termes suivans dans la 47. page.
Le P. Reyta se contentoit, dit-il, de
faire voir tellement quellement des
deux yeux quelques objets du Ciel,
comme la Lune. Tous les Gens de
probité ont leu encore avec indignation
les termes suivans dans
la 7. page de l'Epitre dedicatoire
de laVision Parfaite de 1681. Il
estoit avant moy (l(oll/mcr¡t inoüy,
que l'onpuUebfirvcr tous les objets,
Soit de laTerresoitdu Ciel des deux
jeux conjointement. Etles semblables
termes à la fin de la 6. page
de la Préface.J'effectuë, dit cet
Autheur
, avecautant d'ouverture
d'(/prit que de bonheur, le Binocle,
qui atoûjours reellement esté inconnu.
Enfin on demandecomment il
a osé écrire dans les termes suivans
dans les pages 190. & 191.
de la Vision Parfaite de 1681.
Que toutes les Nations étrangeres
n'ontjamaispûfaire de Binocle, n'y
en ayantjamais paru aucunjusques à
l'impression du Livre de la Vision
Parfaitede1677. danslequel,ajoute-
t-il,j'en auois donnél'invention.
Il faut donc que mille Sçavans.
qui ont admiré tant d'années auparavant
l'année 1677. les prodigieux
effets des Binocles de chorez,,
de Reya, de Vuisil, & du
; Pere Dechales
,
de Monsieur de
Cassini, & mille autres Scavans,
nayent rien veu qu'en songeant,
& n'ayent écritdu Binocle qu'en
dormant.
Lors que je travaillois au Journal
des Sçavans, je rendisjustice
au R. P. de Reyta, que j'avois
connu particuliérement en l'année
1654. dans le grand Convent
des Capucins à Lyon, où avec
Mr de Regnaud & cent autres
Sçavans, nous avions admiré le
surprenant effet deson grand Binocle
pour les objets terrestres.
J'en parlay donc dans le Journal
du 2. Décembre 1677. page 249.
en ces termes. Le P. chérubin donne
un nouveaujour au Binocle ou double
Lunette
,
dont le P. Reyta aparlé
Amplement dans son Livre Oculus
Enoch&Eliæ, en 1645. Le nom
du P. Reyta & deses Binocles a
produit à son Emule le mesme
effet que la Canicule à un Autheur
Cinique contre le Journal
dès Sçavans, bien que tout cequ'il
en dit dans la Préface de la
VisionParfaite de1681,depuis la
25. ligne de la 11. page, & dans
les trois pénultiémes articles de
la Table des Matieres, en Ja Lettre
I, concerne Tinterest & l'avantage
de la Republique des
Lettres; c'est la seule chose qui
merite d'estre bien leuë, & nleu.
rement examinée. Revenons à
nostre sujet.
LA CONSTRVCTION
des 'Binocles du 'Z P. deRejeta
Capucin Allemand, immée
en 164.5. dans son Livre
Oculus Enoch, & Eliæ.
J E rapporteray icy les termes
de cet Autheur si estimé parmy
tous les Sçavans de l'Europe,
& feray en quelques endroits les
remarques necessaires, comme
celle-cy
, que leP. Reyta parlant
en sçavant Homme & sans verbiage,
ne s'est pas arresté à déduire
plusieurs petites particularitez, que
la pratique enseigne mieux a l*Arti~
ste que lesparoles
,
&queson induftrteluyfournitabondamment.
Personnen'y
peut trouver à dire, puis
que leGraculus de ce grand Homme,
le R P. Cherubin d'Orleans
a employé les mesmes termes en
l'année 1671. en parlantde l'Oculaire
double, dans le commencement
dela 208. pagede sa Dioptrique
oculaire.
Dans le iv. livre qui a pour Titre,
Oculus Astropicus Binoculus, le
R. P. de Reyta rend raison du
Titre genéral
,
hujus oculi
,
dit-il
dans la 336. page, Enoch& Eliæ
Binoculum Telescopium, quod fjtlS
praxi & ope magnalia Dei &si remotissimèin
coelo à nobis elongata%
non ampliussemicæco ,sed novo modo
tlmbcbuJ oculis
,
à travers deux
Telescopes assemblez physiquement
paralelles, la distance des
centres des verres estant phisiquement
égale à ladistãce des centres
des Prunelles pour voir les A stres,
pourvoir les objets terrestresqui
sont fort éloignez. Ce quenous
démontrerons, quasi inspectanda
inducamur
,
& dans la page 338. ilajoûte ,neque hoc monoculo Tubo
contenti fuimus, verum&alterum
sociumoculum, un autre Tube monocule
ou Lunette, que P. Cherubin
luy mesme appelle un oculaire
, adjunximus, & quidem foelici'iftmo
AUCU. Igitur,ajoute-il dans
la page 339. praxim utriusquejam
dicti Telefcopitfacillimam
,
& quidtm
non nisi propriâ. experientiâ tradituri
,
benevolum leUorcm rogatum
volumus, nescilicet nobis vitio vertas,
si quoedam arcana ,
quasi quibusdam
oenigmaticis nodis ob graviores
quasdam causas,ccrtafque confiderationesatque
respictus usque ad
suum timpHs ligata tradantuy, semble-
t'il pas que le P. de Reyta
avoit préveu que32. années après
quelquesinge luy voudroit ravir
l'honneur de l'invention des Binocles
ou assemblage de deux Lunettes
en toutsemblabler,dont les deux
axes concourent à un mesmepoint de
l'objet,puis que dans la ig.llç,.de la
5. page de la Préface des visions
parfaites de 1677. l'Autheuraosé
dire, je l'ay inventé moyle Binocle,
& dans la 27. page avec un coeur
conforme à sa vignette dit j'a.
voÍÙ que mon génie se plaist à L'invention
des belles chosès. Ses termes&
sa vignctte font peu conformes
à l'esprit de Saint Paul aux
Philippiens chap. 4. vers 5. Modcftia
vcfha nota fit omnibm bominibus.
L'Autheurdes Visions nepeut
blâmer le P. Reyta, d'avoir adverty
qu'il avoit fait quelques réservesen
donnant la conftru&ion
des Binocles, puis que luy mefme
en a toûjours usé lors qu'il
proteftoit de n'en user pas, par
exemple,en l'année 1671. dans
la 137. page de sa Dioptrique
oculaire, ilprotefte de donnerfincerement
& sans reticence aucunes
son Telegraphe qui est le mien
qu'il rendit faux, l'ayant déguse
pour s'en dire l'Inventeur, néanmoins
en l'année 1677. dans la
144.page de ses Visions parfaites,
il afleure d'y suppléer librement
les reticences dontsavois, ditil
,
parlant de soy-mesme
, été
contraint etuferen itiji. en imprimait
la Dioptrique. Qui n'auroit
hazardé de le croire cette feconde
foisj lors qu'il dédioit (es Vi.
fions au plus Augultcdes Monarquesdela
terre, c'auroiteftéun
crime de croire qu'il eut voulu faire
quelquereserve. Neanmoins
après avoir obtenu de moyde nouvelles
connoissances,illes publia
fous Ion nom dans ses Visions de
1681. & pour pouvoir s'attribuer
l'invention des nouvelles lumières
qu'il avoic obtenu de moy
par l'importunité de ses applications
, & dit sans scrupule dans
la 9, page de la Préface, j'ay efti
obligé iïufer de quelque précaution
dans le Volume de la Vision parfaite
addrejfée au Roy en l'année 1677*
C'cû pourquoy dans la page2.01.
il fait unefiction dejùpplément de
ce qu'il dit avoir reservé en 1677.
au lieude parler juste, & dire de
ce qu'il avoit depuis appris de
moy ,
enfin dans la page 116.
Voila, dit-il, tout le secret sans titicane
reserve. Cependant il ne sceut
bienemployer ce que j'avois eu
la bonté de luy communiquer, 66
il commit encore des fautes tresessentielles
que j'ay démontré
dans la 333. page du xxii. Tome
du Mercure Extraordinaire.
Je conclus donc que le P. Che*
rubin s'en doit prendre à foy.
mesme, s'il n'a peu comprendre
la bonne & facile confirudion
des Binocles duP. de Reyta, &
suppléer à quelques mots de scai
Discours
, comme ont fait tantr.
de flmples Ouvriers aufquelsDieu
n'a pas donné un esprit si suJ
blime, mais plus humble, que
celuy de son grand genie
,
qui se
plaist à l'invention des belles
choses,& qu'il adépeintdanssa
Vignette, & expliqué en la Ta,,
ble des Matieres dans l'article pénultième
de la Lettre N. par ces
mots, le nom exprime la réalité de
la chose, j'en crois plutostS. Paul
2. aux Corinthiens chapitre xi.
verf. 14. Necmirum ipse enim S.
Voyons maintenant dequoy il
s'agit.
Le R. P. de Reyta dans Ton
Oculus Enech & Elioe
,
imprimé en
1645. au Livre oculus Astropicus
Binoculus, page 354. parle en ces
termes.
Prdceptumvit.
Cuntfa qnoe kattends, &c.
Fiat canalàfgnr& obienge, un
tuyau prismere&angle oblong.
Le P. Chérubin en 1671. pour
déguiser dans sa Dioptrique oculaire
le nom de Binocle, l'appelle
oculairedouble, & dans la Planche
21. page108. donne la figure Elliptique
à ce tuyau; ce qu'il explique
en la page 109. mais luy
ayant depuis fait connoistre que
ce tuyau exterieur ne pouvoit
estre Elliptique ou ovalaire, &
qu'il valoit mieux passer à plomb
sur un plan les deux Lunettes,
dont l'une foit mobile, comme
sont encore tous les Binocles de
Daniel Choyez, donc vous avez veu
la construction & la figure dans
le dernier Mercure Extraordinaire.
Voicy une particulière Machine,
Figure I. que Chorez fit
en cuivre doré pour feu Mr de
Monmaur, Maistre des RequeC
tcs., où il mit les Armes, & que
j'eus depuis de sa libéralité ; &
enfin) qu'il fuffifoic que les deux
Lunettes des plus longs Telefcopes
fussent mises sur lesbranches
de ma simple Machine, de laquelle
vous avez veu laFigure13.
dansla3. Planche du XXI. Tome
du Mercure Extraordinaire; 6c
que pour orner & cacher le mi.
ilere de la construction du Binocle,
il faloit enfermer comme le
P. Reyta les deux Lunetes dans
un tuyau parallelipipede rectangle
oblong, ou qui fust du moins
sur un plan horizontal, la forme
superieure estant indiférente. Le
P. Cherubin profitade mes avis,
car dans la page 66. de sa Vision
Parfaite de 1677. il dit, ion voit
dans la premtere t igure de cetteTable,
que fayfait le tuyau extérieur
de nofire Binocle de la forme d'un
Prismerectangle oblong;iexpérience,
à ce qu'il dit, m'ayant fait voir
quesafgxre ejlant de laforte trèsreguliere
& facile a.faire, elle contribuolt
beaucoup à faciliter toute la
conftruclionmécanique de cet oculaire,
donnant une ftuationfcure&juste
aux deux verres qui le compofenty
sans laquelle l.A'rlijÙ intelligent (xperimentera
qu'il eB impossible d'en obtenir
la perfection. D'où je conclus,
que puis qu'en 1671.ilvouloir
que les Ouvriers donnassent
la figure Elliptique au tuyau extérieur
du Binocle, il n'en avoir
encore point fait faire, outre
<iuen l'année 16gi,dairs la 191.
page de ses Visions il dit, n'ayant
jamais paru aucun de ses Binocles,
jusquesàl'impression du Livre de la
Visionparfaite de1677. Cela est si
vray ,que par sa Lettre du 2. Decembre
1676. écrite au St Guerreau
Me Lunetier, aux trois Croissans,
sur le Quay de l'Horloge,
il parle en ces termes. Lundy Sa
Majefié me commanda de luyfaire un
Binocle. Je meserois trouvéenpeine
pourfatùfaire au commandement de
Sa Majesté, y ayant plu* de vingt
ans que jaydeflfié de travailler au
Verre; mais je me fuis soulagé ¡-e¡:.-
prit ausujetdecetravail ,surl'estime
quejefais du vostre ; ceHpourquoy
je vousprie de me faire la grace de
mefaire les verres pour les oculaires
que le Roy desire
,
qui sont un Oculaire
Binocle, &un autre pourdefsiner..
finer. Esperant cette grâce de vomy
je demeure avecaffectionsincere, Votre,&
c. Ilestdonc par luy-nlème
constant, qu'il n'a jamais fait de
Binocles, ny les Verres, ny les
Etuys; & néanmoins dans la 38.
ligne de la ici. page de ses Visions
de1681.il dithardiment, Ilnese
trouveaucunBinodleau !-rionde,avant
ceux que fay faits, depuis l'impressiondu
Livre de mes rifons de l'année
rÔ77,7.
Le R. P. de Reyra parloir plus
sincerement en 1645. Verey ces
termes dans la 339, page de son
OcuioeEnoch&Li,.oe%Praxitnfacilimam
& quidem non nesipropria
experientia trad~tturi. Benevolum
lectoremrogatum voiumua
, ne scilicet
nebts vitto vtrta* si quoedam
quasi quibusdam nodis
,
eb araves
quasdam eausa&conjîderationes,
nfyue ad suum umpw ligata
tradantur, neque etiam tempora cuncta
wdiffçrtnur pirmittunt, qffoa si
ingenium applicueris satis foeliceni
adipisceris.N'avoit-il pas juste
raison de ne s'expliquer fufîîfàm-,
ment qu'aux Sçavants
,
puis qyt:
^celuy qui 31. années après s'est
voulu attribuer l'honneur de l'invention
des Binocles
, a dit dans
la 9. page de la Préface 4efesVi,
sions de 168I. I'ayestéobligépeurce
sujet d'useren1677.deprécaution,ex-
/tiquantUconftruttionptfitive di
£oculaireBinocle> encore, dit-H,quejç
myfoisfujfifemwemexpliquépour
lafaire concevoirà des Personnes trèsintelligentes.
Revenons aux termes du P. de
eeyta, Fiétcmdisjigm^ eblwgs.
i(4 ut oculis, applicatus ambos oblonge
tegat, ex cujwarijicHsuperioris margineoenlisadmûvenda
, tantusarcut
excindatar,utfrmtew captas,infernè
verbsimiliter
, ex mediomarginis
particula excavetur, pro nasiéminentiâ
inmittandâ. Le P. Cherubin
quia par tout copié le P. de Reyta,
dit dans la nj. page, lefond de
la Boette immediate du tuyau exte-
rieur dtt Sinecle, doit avoiraumoins
U# demy pouletd'épaisseur
,
à cause
qu'il doitporter une entaille profondt
pour recevoir le nez, ,
ér estre me/me
entaillé doucement par le haut pour
placer Cémincncc dufront, afin qlliÚ
uempefebent lesyeux d'approcher des
Verresimmédiats ,pourvoir commodémentparle
Binocle. Itaut hoc modo,
oculi, dit le P. Reyta
; mais le P.
Cherubin a adroitement transl
porté la Virgule pour la mettre
a prés le Plot respect qui suit,
afin de rendre lesens inexplicable,
respectuconvexorumocularium,
fin que les deux Lunettes du Binocle
estant disposées à l'usage
d'une Personne, pour voir le mesme
objetimmobile, ou du moins
toujours dans unmesme éloignement
-) perpetuofirmum ifatum&
situmsuum retineant,quod omnino
fierinecesse erit;afin que les axes
visuels qui sontles axes des deux
radiations, qui dumesme point
principal de l'objet couvrent la
surface du Verreobjectifdes
deux Lunettes, tombantàplomb
sur les centres des surfaces de tous
les Verres,comme aussi surles
centres des prunelles du regardant,
par la pointe des pinceaux
'Opriilfs des leurs radiations renversées
par les loix de la refraction
, a prèsavoir penetré l'humeur
cristallin concouvrent êc
s'unissent pour la peinturedu mesme
point de l'objet sur le fond
de chaque Retine, & la peinture:
des autres points en des endroits
semblables,afin que l'objet estant
veu en unmesmeendroitpar les
deux yeux, il ne paroisse qu'un,
&non pas double,ce qui arrive
lors qu'il paroist en differens
lieux, estans peint en differens
endroitssur les Rennes
,
lors que
lesdeux axes visuelsayant suivy
les axes des deux Lunettes, ne
vont pas concourir sur un mesme
point-de l'objet, mais qu'ils croi.
fent & s'entrecoupent, au deà"
ou plus loin que l'objet.
Comme le P. Reyta écrivoit
peur les Sçavans
,
il n'avoir pas
cru devoir faire tout ce détail:
Car les Intcîligcns, comme a fort
bien reconnu le P. Cherubin en
l'année 1679. à la fin de la 397.
page du livre de sacontiguité des
corps, trouvant mauvais que
dans les pages 249. & 150. du
Journal des Sç;mns du 20. De
cembre 1677. j'eusse trop bien
& trop au long expliqué lelrenlo
ciel de la Gonstruction du Biilo*
cle, n'ontpa* besoin qu'on leur ex*
fliqa:
, que ces deux oculaires Lunettes
y sont ajttfkz, à la distance
des centres des ouvertures des deux
Jeflx) de celuy qui regarde par le Bi-
nocle,oupour lequel il est prépaye, ny
que ces deux axes concourent en u*.
seulpoint.
Suivons donc le P. Reyta. Mu-
niatur deinde tubiquilibet canélisdû
chacune des deux Lunettes ,sue
Ajjhrio, msupra in tubo wonoculojie*
ri debere dctlimUJ, qtiibmfiélu*
cefc cfi te hahen duo convcxa ebje-*
ÏÏiva, in eadempatina elaborata enu
ninotjnfdtmdqualitatis, longitudinis
de foyer solaire
,
accrassitiei &-
alix duooculariaprorsus æqtudiaJ Ilt-
Itie in iisdemfenteHù parata. Comme
le P. Reyta ne parle icy
,
suivant
le titre, que de son otahu
Afirepiciu Bwôcuim ,ilne met que
deux Verres convexes à chaque
Lunette de ce Binocle Astropique.
Queitain canalemdisponantur)
chaque Verre oculaire dans
le tuyau particulier desa Lunette,
utsapra
,
avoit-il déja dit, in
tnbû monoculo peri debere dotwim#s.
Vtocularium vitrorum centra,pupiUil:
ccîdi tuisemperdiametraliter. dire.
ctement &à plomb respiciant. Le
P. Cherubin parle de mesme en
la 54.pagedes Visions de 1677.
que les Verres immédiats estant centrakmentajufiez,
aux pupiles des
yeuxy quiestl'essenciel de la cenfiru*
ction parfaite du Binocle.
Hoc est, comme la distancedes
centresdesoculaires pour les objets,
est moindre que celle des
centres desPrunelles,qui est pour
lesobjets éloignez ordinairement
au plus de deux pouces &demy,
& leur diamettre de trois lignes,il
faut d'abord que,tantumocularium
centra ab invicemdilfcntqtsaîum una.
oculi tuipupilla ah alterarànotll est,
de deux pouces & demy an plus
pour les objets les plus éloignez,
& cela afin de donner ensuite
tres facilement la distance requise
descentrsedes Verres oculaires,
en écartant peu à peu les Lunettes
au plus de trois lignes, afin
que les cécres des oculaires soient
vis à vis des centres des prunelles,
par le moyen d'une petite rouë
qui en grainant dans les avances
des deux diafragmes entraînent
latéralement sur un mesme plan,
& contournent les Lunettes,
dont les extrémitez font passees
dans des anneaux de Cuivre ou
de Leton verticalement mobiles,
dans les quatre trous un peu hori-
[onr,denlent elliptiques de ces
diafragmes latéralement mobiles
, 6c dont les ouvertures répondent
aux quatre ouvertures
faites aux fonds du tuyau exterieur
du Binocle. Voyez le tout
dans laDigureII,car parce moyen
elles se contournent pour faire
concourir les axes visuels à un
mesme point de l'objet, ce que
j'ay pratiqué à Lyon en l'année
1654. me servant du Binocle du
P. de Reyta, dont chaqueLunette
estoit composée de quatre
Verresconnexes pour voir les objets
terrestres dansleur scituation
naturelle.
Il est necessaire de remarquer
icy qu'aux Binocles Microscopiques,
& aux Binocles Telescopiques
, que j'ay enseignéen 1665.
de faire servir de Miscrocope, en
allongeantfsffisamment les
tuyaux, suivant que le foyer ou
image aërienne de l'objet plus
proche se forme plus loin auderdere
du Verre objectif, dont j'en
ty donné en 1683. les regles ai*
long dans les pages121. & suivantes
du xxi. Tome du Mercure Extraordinaire
,
la distance des
centres des Verresoculaires, doit
estre fort sensiblement moindre
que la distance des centres des
prunelles, Iî démonstration en.
est facile. Voyez la Figure III.
car puis que les axes des deux radiations
du point~+principal de
l'objet, doivent en ligne droite
traversersanssouffrir aucune restraction
, tous les centres des
Verres & les centres des prunelles
, la distance des centres des
Verres oculairess c. D est moindre
que la distance des centres
des prunelles des deux yeux A. S.
bien que tout cela soit tres-evident
parla seule inspection; neanmoins
le P. Cherubin a écrit lecontraire
en termes tres formels
dans la 73.paee de ses Visions de
1677. L'on ajoutera premièrement
les centres des Verresimmediats,exactement
à la mesureàlaquelle l'on dllra
observé les centres despupiles desyeux,
tournant ou détournant la vis
de la conduite immédiate avec saclef,
jusques a ce que les points correspondent
perpendiculairement aux centres
des ouvertures des piunulcs des deux
Verres immédiats, quel'on aura marqué
sur leur bord inférieur
,
soient
exactement posez avec le compas a
cette distance l'un de l'autre, il dit la
mesmechose dans la 204 page
desesVisionsde1681 Voicyces
termes. l'ajuftay les Verres immediats
par le moyen de la vis de leur
onduite; enforte que la dfiance de
eurs centres convintparfaitement
weecelle de mes deux yeux puis
j'ajufiay la partie objective de ces
ieux oculaires, avec la vis de leur
onduitepropre, à la difiame que i'expérience
me fist con/faifire
, pour réunir
parfaitement les deux ejjues
d'un mejmeobjet, que je regardois
des deuxyeuxensemble
, par les deux
oculairesappuyez, sur la table de la
machine. Voila toute la niefme
pratique du P. de Reytahorfmis
que ce dernier Autheur die, que la
difiance des centres des Verres oculaires
,
doit efire égale à la di(lance des
centres des prunelles
, ce qu'il die
encore tres formellementdans la
205. Vojcy lestermes. Mes deux
oculaires efiant difPo/èz de la forte
potlr voir des objets éloignez,,j'en
voulusregarderd'autres objetsfucctfjîvement
jusques à ejtre notablement
tropproches, (j*je reconnuspeu apeu y~~f~<' quitte salut
premièrement allonger également les
tuyaux de mes deux oculaires ds.nsia
proportionrequise, pour voir de (haclin
separément ces objets proches> é*
flcolldtment approcher doucement les
verres immédiats) par le moyen de
la viz de leur conduite,pour égaler
4la difiance de leurs centre entre eux, celle des centres des ouvertures dç
mes yeux conjointement cDnt(}lIrtJe
sur cet objetproche,
- SuivonsleP.deReyta.am
qui'demditfantiam, des centres des
prunelles, benefeio circini &fpeculi
habere poteris
, avant que le Perg
Chérubin [efuit avisédefeprô^
ner l'Inventeur des Binocles il se
Faisoit que copier le P. Reyra.
C'est pourquoy dans la 104. page
desaDioptrique oculaire de1671.
il diroit, En cette manièrejemefuis
trouvé les centres do deuxouvertures
dç l'ZJuceaJJezjprécisément diftms de
2pouces 6' demy.SuivonsReyta.
vitra ver, duo ibjtctivafaulo
fmtfibi iciniira , frout objeefumlongitu,
aut propius difiabit 4 vi*
dentis loco
, qua magis (Nim remetum
fuerit
,
eo magis oportet )'111' dicta
objeffiva convexa ,
in tubo tffi ad
invicem deducla & remota j & quo
minus, tanto magis etiam neccffiefi
(a fibimutuoappropinqtiâre,Voyez
la Figure IV. Hoc autem, cet approçhement
des centres des verres
objectifs, aussi bien que des
verres oculaires des deux Lunetes
du Binocle, adommmobjccïi diJt&
ïtiam reôïius & cemmodinsset,
uiïkâtotulâdéniâtk, interutrumquc
vitrumtta artifîciose collocanda
, ut
detesipjiusftiperne,alteriU6 verà affirii
mobilts proram feu prominentiam
denlilfam inftrne, modo contrahan*,
modo dtnuo didltcant ; quo modo convexa,
passez &.suspendus au travers
des quatre anneaux verticalement
mobilesdans les ouvertures
des quatre diafragmes, difîis
assariis, aut auricbdco, aut atiafilidiorimuteriafabricandjsinflxA.
Fig.
V. & VI.facillimefirocttjufcumque
ebjecti distantÏA.ma^isab invicem di.
moveri, aut contrahipQterunt.Ainsi
Ijs verres de chaque Lunete se
contourneront en forte que les
deux axes visuels iront aboutirà
un mesme point de l'objet, qui
fera ensuite le centre du cercleou
baze du cone visuel.
La construction des conduites
des parties obje£hves"£c oculaires
desBinocles du P. Reyra estnaturelle
&très-facile; le Pere
Cherubin l'a renduë trèscomposée
en la déguisant pour s'en
attribuer l'Invention. Nous demontrerons
le Physique paralle-
Lisme des axes de deux Lunettes
du Binocle Astropique,commeaussi.-
duBinocle Telescopique, pour voir
les objets terrestres qui sont fort
éloignez. C'est pourquoy favertis
que pour ces deux Binocles il]
suffitd'enchasser les quatreverres.
du Binocle Astropique, comme
estoient dans celuy que le
P. K-ycadécric icy dansles quatre
planchettes de leur conduite.
Que si les LunettesduBinocle
pour voir les objets terreilt-es qui
sont fort éloignez, sont compofées
de quatre verres convexes,
comme estoient celles du Binocle
Telescopique du P. Reyta
,
qui
faisoit voir les objets terrestres
dans leur situation naturelle, il
Suffit que le tuyau qui porte le
verre oculaire, estant attaché à
la longue regle, FigureVII. patte
dans l'anneau verticalement mobile
, comme dans la Fig. VI.
Il n'est donc pas necessàire
d'enfermer les verres dans des
tuyaux,lesquels parleurassemblage
n'en forment qu'un seul tuyau
particulier, c'est dequoy j'avois
donnéavis dans les 498.& 499-
pages de mon Traité des grandes
Lunettes a quatre verres convexes,
imprimé à Lyon en l'année 1665;.
avec mon Livre de la Nature &
prêsage des Cametes, ce que j'ay
depuis encore explique dans les
pages 127. & 128. du XXI. Tome
du Mercure Extraordin. Quartier
de Janvier1683.
Mr de CaHim, ce sçavant 8G
infatigableAstronome, a déja.
reconnu la route des cinq Satellites
de Saturne, sans employer
depuis quelques mois les tuyaux
des Lunettes, s'estant servy du
verre ob*elllif de 76 pieds de
Foyer solaire
,
travaillé par Mr
Borelly de l'Academie Royale
des Sciences, & du depuis, du
Verre de 136 pieds, travaillé par
Mr Campani Romain. II arreste
fixement le verreobjectifsur l'ou
Verture ronde d'une Lame de
cuivre. La piece qui porte cette
lame, est meuë par le mouvement
d'une Horloge à ressort,
comme l'aiguille de la Montre,
sur le plan de l'Equateur ou du
Parallele, en forte que la surface
du verre objectifregarde toujours
à plomb le Planete, que l'on fuit
& que l'on voit, se tenant à
travers le verre oculaire mis dans
un tuyau de cuivre d'environ
quatre pouces de longueur, à
la distance d'environ le Foyer
solaire du verreobjectif.
Toute la Machine qui fait contourner
le verre objectif, n'a
qu'un peu plus d'un pied de hauteur.
Lors que la Tour de Bois
deMarly, quiservoit pour l'é-
Jevarion des Eaux de la Seine
pour Versailles, fera a pportée à
l'Observatoire Royal, tous les
Sçavans feront ravis de contempler
les Astres, sans l'embarras
des tuyaux si difficiles pour les
très-longues Lunettes.
On trouvera encore à Lyon à SJosephMaison Professe des
RR. PP.Jésuîtes, deux fortlongs
& larges tuyaux prismes rettangulaires,
chacun formé de quatre
planches, que je fis faire en
1654 pourexaminervecleR.P.
François de S. Rigaud, l'un des
plus grands Théologiens & Mathématiciens
du siécle, si mes Binocles
seroient aussi bons que
ceux du P. Reyta. 1 Au lieu de monter les quatre
verres de chaque Lunette dans
un tuyau particulier, je fis faire
plusieurs réglés d'un pied & demy
de longueur. J'en formois deux
longues régles, queje rendois fort
longues & fermes par le moyen
d'une nouvelle espece de char,
niere. Voyez-en Ja construction
dans la figureVII. & dans la FigureFIII.
voyez lamonture solidement
ferme des verres. La mon
ture de chacun des objectifs doit
couler le long de la réglé, afin
d'être suivant l'éloignement de
l'objet, dans la deuë distancedu
tuyau qui porte les trois verres
oculaires toujours (stables à l'autre
extremité des régles.
Le Pere Reyta m'avoüa qu'il
s'en servoit de mesme avec deux
simpleslongues régles., pour s'épargner
les ports des tuyaux de
Lunettes, ou leur construction,
dans le lieu où il ne faisoit pas
long sèjour
y
& qu'ainsi par les
deux petites Roues dentées donc
il avoit parlé dans son Livre, qui
engrenoient dans les quatre avances
de montures objectives &
oculaires passéesdans lesanneaux
verticalement mobiles, il contournoit
toujours conjointement
les verres oculaires avec leurs objectifs
, pour faire concourir leurs
axes à un point de l'objet cerrestre..
Le tres R. P. Chérubin, qui
n'ayant peu achever ses Etudes
de Logique, se contenta du degré
de Baloche
, a dit en l'année
1671.danslapage208.desaDioptrique
oculaire, J9uefins lesob--
jets de lit Terre sont proches
,
il eil
necejjînire d'approcherLATERALEMENT
les Ferres objectifs a proportion
pour les voir, Il a repeté son
LATERALEMENT dans la 81. page
de ses Visions de l'année 1677. ÔC
dans la derniere ligne dela 206
page deses Visions de 1681. dit,
En approchant ou en éloignant LATERALEMENT
les Verres l'un de
l'autre. C'est donc contre la bonne
Logique qu'ilaccuse &- blâme le
P. de Reyta de ne donner qu'un
mouvement, lateral aux Verres
oculairede sonBinocle AJlrpitJtI,
puis que le P. de Reyta, n'a jamais
employé le terme lateraliter.
Le P. de Reyta en 1645. dans
la 339. page de son LivreBinoculus
Astropicus, avoitprié ses Lecteurs
de ne trouver pas mauvais, Siquoedam
arcana ob gravionscausas, certafqueconfîd-
crationesatcjuer<Jpcttus,
adsuum tempm ligatatradantur Et ilajoûtoit immédiatement, .23/d
si
fiingcniumapplicuerisJatis foelictm
adipifcerû. C'est pourquoy il ne
donne pas les figures de toutes
les parues de ses Binocles, pas
mesme des deux Lunettes. Le
P. Chérubin n'a pas dû se plaindre
si..l P. Rheita,qui n'écrivoic
que pour les Sçavans, luy a esté
inintelligible par le manque de
figures & d'explication, puisque
luy- mesme qui s'est transformé
en Apollon dansles Culs de Lampe
des pages 75. 131. & 168. de
ses Visions de 1677. avec l'Anagramme
de son nom CHERUBINUS
AURELIANENSIS.
UNA IN VERIS HABERIS
LUCENSJe suis le seul veritable
Sçavant, pour démontrer qu'il
estoit d'un rang pardessus les autres
hommes, autant relevé que
son nom CHERUBIN. C'éfl:
pourquoy dans la Table des Matièresde
ses Visions de1681. en
l'article penultiéme de la lettre
N. il asseure que le Nom exprime
souvent la Realité de la
chose. Enfincomme ila jugédes
autres par sa manière d'agir,ayant
usurpé l'Invention des Binocles de
chorez& de Rheita,& l'Invention
de mon Telegraphe, forcé par
la verité, a reconnu dans la 99.
page, le peu de seureté que l'on a,
auprès de luy, de produire des chesesnouvelles.
M'ayant, ajoute-t-il,
obligé à prévenir la diligence de
ceux qui ont, comme luy
,
iljJèz
d'adresse pour intercepter les InveNtions
d'autruy; r"yejlécontraint,
dit-il, pour cesujet d'user par précaution
de quelque reserve dans la
Bioptriquede iéyi. il en devoit du
moins avertir son lecteur, comme
fars, ajouté-t-il, quej'ay donné, à
ce qu'il dit^l'intention,pour deffi.
iMmeerrddrel«liiinn-aavveecc.Ol'Occaltaidreàirt.Dioptriqui,
n'enayant representiéU Machiné
dans les Tables 28 & 2p que fermée
, sans l'ocuitire. En voicy
la veritable raison
,
il ne pouvoir ladonner Autrement, puisqu'il
n'avoiet pour lors pu apprendre
demoy la maniere d'ajuster au
foyer du verre objectif de la lunete,
la pointe de l'Index derpon,
Telesgraphe, qu'ayant vouludéguiferiladonné
fauxen 1677. Et
nel'ayant sceu corriger es années
1678. &dansfesVisionsparsaites.
l'a rendutrès- composé,&
avec: cela faux, ou inutile. Ce que ja"y démontrédans la 333 page du
22Tome du Mercure Extraordinaire,
voyez-en les Figures & les
Démontrations dans les deux
Planchesdumesme Mercure.
Tous les Savans ont toujours
veu & reconnu que les Binocles
du P. Reyta pour lesobjets de la
terre, elloienrcompofezdedeux
l'unettes chacune dans sontuyau
particulier. Ilsuffit de rapporter
les termes suivans d'une Lettre du
R. P. Balthasar conrard Jesuite,
écrite de Glacid7. Ianuar. anni
.rlftfl. Dedistantiis objectorumme*
rtendis ,
sinedubio Rhelia Capucines
id njôlmt tentareper TVBVM.
DVPLICATVM.Voco eum, per
quem uterque 4culm bomiais simul
simeltranspicere patee,LeR.P.
Gaspar Scbott,apubliccetteLettre
dans la,857 page de [on'TE
CHNICA CVRIOSA,impriméen
1664.Ilestdoncconfiantque les
Binocles pour les objets terrestres,
tantdechorez, que de Rheita,»
-dloient composez de deux lunettes,
& que le Pere Rheita s'en servoit
pour mesurer la distance des
objets de la terre, lorsque leur
distance estoit simediocre,qu'il
pouvoir remarquer la différente
distance d'entre, les centres des.
verres objectis,&c. ainsilil faisoit
en 1645. ses binoclesMicrofio-*
piql/es, de mesme que Chorez; en,
162y
Poursuivonsavec les termes du
P. de Reyta, Et forte ctiam boc modeûbjefforum
ab oculo, fortpeuéloi-.
gnez,dstantiænon ineptedimetirentur,
par les differens angles.
que les deux axes visuelsferoient
par leur concours au principal
point de l'objet, qu'on poutroit
reconnoistre par la différentedistance
d'entre les centres des ver-"
res objectifs, à la distance d'entre
liesmcentmres deés dverriesaoctuslai.res':
b:aq'fte oportet in hanc Binoettlttm
ifibam ita convexa 'Cftltlt!lrJr;car il
parle icy suivant Ton ticre, Oculm
Ajîropkm BitiôCHlu&iJt*ve etinm duv
cvncava
,
tr dao conîtèxa ,modo or.
dinario, dans les deuxtuyaux par..
ticuliers
, pro tcYYcflribîu objettU
confpiciendis difponcrc: ita ut uterque
tonusvïfortm ptr islavitra,
éibàbjcëto utïinque.Ah ccnlo immit-- tthd extra Hubum, in unum dm.
piumcmum,&fcfnmen lumimftim
cùltigatnr '(j-Jit cunffa objictipnn-
&asabocùlûi nôn cfoplitawf'ftdmita
confpiciantur, haudaliter acfcrfpiciliis
ordinarilsifierisolet.
Le P. Chérubin, qui n'a jamaisbien
rencontré, que lorsqu'ilne
s'est pas écarté du sens du Pere
Reyra, a parléjusteen 1681. dans
la 104. pagede les Visions, parlestermes
luivans:l'ajustay les centres
des verres objectifs, é" les centres
des verres oculaires, à la distance
que l'expérience mesit emmiftre•
pour réunirparfaitement ces deux
especesd'unmesme objet éloigné
, ,
que je regardois cles deux yeux en-
Jcmble
, par les deux oculaires appuyez,
sur la Table de la machine,
dr qu'ils ne me lesissent voir
, que
par une seule ouverture, non croisée
l'unesur l'autre, maisparfaitement
ronde~&unforme.Voilà-t-il pas
la pure verion du dire du Pere ;
Reyta
,
& ce que Chorés avoir
publié dans son Ecrit en \6ij.
Il a encore, suivant le P. Reyta,
bien rencontré en 1677. dans la
74. page de ses Visions
, en avoüancque
cette épreuve estlaplus
certaine demonstration pesitive que
l'oculaireBinocle ejt monté dansJA
derniere perfetction, toutes les autres
n'estant que des consequences de celle-
cy.
Le P. Chérubin 31 ans après le
P. Reyta
,
s'cil voulu attribuer
l'invention des Binocles; c'est
pourquoy il a,sans sceru pule, dans
ce qu'il rapporte du Livre du P.
Reyta, dans la48. page de sa Vision
parfaite de 1677. il ena, dis.
je,religieusement tronqué les termes
suivans, Tali profecto tubo Binoculo
ànohis conficto,disoit le P.
Reyta en 1645 objecta duplo, Ii-.
plo,imocjuadruplo majora lucidiora
aîqnc clariora compeximus , quam
per tubum monoculum & certe nijî
ipsimet expertifniJftmM(jH& seribimtu,
utiqite seribere puderet qUit ad
praxim redacta non subsisterent.
C'est parler en veritable homme
d'honneur 6cen bon Religieux.
Enfin, tous les Curieux & tous
les Sçavans de l'Europe, ne reconnoissent
pour l'Inventeur des
Binocles que banïel chorez, en
France, dés l'année 1625.&le R.
P. de R,)'ta en Allemagne, depuis
l'année1645. à cause qu'il composa
les lunettes de ses Binocles
terrestres, de quatre verres convexes,
& celles de ses Binocles
A tropiques de deux verres conllcxes,
telles qu'il les a cy-dessus
décrit. Nous démontrerons que
les Biîwcles Atropiques ont les axes
des verres oculaires avec leurs objeébfs,
toujours Phisiquement
paralleles, à cause du grand éloignementdesobjets
celestes, puis
mesme que les axes des deux lunettes
de trois pieds de longueur du
Binocle du très R. P. Chérubin,
telqu'il la décrit enl'année 1678.
dans la 66. page de Ces parfaires
VisionsLarinifées avec augmentation
, par les termes suivans.
Tetum Binoculinofiri extiriorctn
'rUb,!rtJ triumdumUXât Pedum,quot
Jcilicet Binoculi hltjus îtibia ejJè ve.
hit, qui ufm commodioris
,
&nihilêminusadterrejlria
jingularis effu
Ûxsfunt. Porr',ajoûte-t-il,Binoculum
hune tres tantum pedes len.
gum; ctÙfm diftinftum, adfcx Lcocarum,
lieuës communes de France,
intervallam,objectum preberè,cu
tiofm quihbcî artista poierit txptri
ri. Les deux axes, dis-je, de ce
Binocle, forment un angle tresinsensible,
puisqu'il n'est au plus
que la 6884 partie d'un degre,&
quela distance d'entre les centres
des verresobjectifs des lunettes de
ce Binocle Figure XI.n'estpasla
913. partie d'une ligne moindre
dqeuse ladistance d'entre les centres
verres oculaires immediats.
AucuneMachine ne peut donner
cettepetite difference, quiestinfiniment
moindre pour les objets
terrestres tres éloignez
,
& en..
cores infiniment moindre pour la
Lune&les autres Planettes. C'est
pourquoy je soûtiens que pour
IcsBill"Iej Astropiques, il sufIst.
d'enchasser fixement les quatre
verres, deux objectifs & deux
oculaires convexes dans les quatre
P lanchettesseulement mobiles
lateralement. Voyez les Figures
I. & II. car lorsqu'il estnecessaire,
la nature supplée facilement
àces pré visions, en y conformant
lesveux,
CO MIERS.
DU TRAITE'
DES LUNETES,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DUC DE BOURGOGNE
Par Mr Comiers d'embrun,
Prevofl de Ternant, Profejjeur
és Mathematiques a Paris. NOus avons demontré dans
le dernier Mercure Extraordinaire
,l'ancienneté des Binocles,
&avons donné leur sacile
Construction, de leur premier
Inventeur DanielChorez, qui
les présenta au Royen l'année
1625.Nousavonsaussidemontré
que le R. P. Antoine Maria de
Kluyîn, ce savant Religieux Capucin
Alleman, avoit donné la
derniere perfection aux Binocles,
composantde deux verres convexes
chaque Lunete du Binocle
Astropique, pour contempler les
Astres, & mettant quatreverres
convexes, un objectif & trois
oculaires à chaque Lunere du
Binocle, pour voir les objets
terrestres.C'est de ces Binocles
du P. Reyta, dont toute l'Europe
a admiré le surprenant effet depuis
1642.ausquels on en fit de
semblables en plusieurs Villes de
l'Europe, dez lors que ce grand
Homme en eut publié la Construction,
dans son docte Livre
intitulé oculusEnoch d" Elioe im
primé à Anvers en l'année1645.
Mais parce que plusieurs doctes
Allemans se plaignent contre un - nouvelAutheur grand Adioptricien
, & avec les termes de Mr de
Balzac dans sa 26. Lettre à Hydaspe,
disent, Que la maladiequi
se prend. au bout des doigts,ayant
frapéuneteste,pours'attribuer l'invention
des Binocles,acomposéplusieurs
volumes de Visions, où il n'y a
pas unepensée raisonnable. Ils ne
s'étonnent pas ( ajoûtent ils avec
Mrde Balzac)qui'lyaitdesHommes
qui donnent de la réputation à
des Sots, puis qu'ils ontfait des voeux
&brulédel'encens à desSinges. Je
dois justifier tous les Sçavans de
nostre Nation, qui n'ont jamais
hésité à reconnoistre le 'J'rand
merité & sçavoir du R. P. de
Rtyta,& l'admirable effet de ces
Binocles.
Pour faire le panegyrique du
P. de Reyta, celuy de son Livre
&de ses Binocles, il me suffitde
choisir & rapporter quelques témoignagestres-
authentiques.
Fabius Chisius, grand Astronome,
NonceApostolique & Légat à
Cologne, &depuis Pape AlexandreVII.
apres avoir tres- souvent
admiré le grand effet des Binocles
du P. Reyta, & examiné en
manuserit son Livre Oculus Enoch
&Elioe luy écrivit du 17. May
1642. Dignum existimo ut typis tradatur,
&c. Vous trouverez cette
Lettre dans la Préface dudit liv.
imprimé en 1645.
Jean Caramuel ce grand Evêque
Mathématicien, qui seul a
compose autant de livres qu'il en
faut pour faire une Bibliotheque
choisie, écrivant au mesme Legat
Fabiuschisius, dans sa Lettre
datée deLouvain 103.Juillet 1645.
que vous trouverez au long dans
la 1605. page de sonMathesisNova,
imprimé à Lyon en 1670. parle
en ces termes.
ILLVSTRISSIME DOMINE,
Fir omni exceptionemajor, Rater
jintoniusReyta, sanguine, ut audioy
KôbiliJJimus; cldrijJimm, ut video,
yitâ& Moribu* s ditavitAjtrono-'
miam, Geomttriam
,
Aritbmeticam,
PhyficAm novà invelltú
, Europe
adpriirationempromeritw,patridiri&
Ordincmilluftrat. Innumerosfautores
epatronosadeptu4, in hecprl/Jens;
qaod te Moecenalcmeleeerit, in boaf+.
lix ffub'J!-sub umbroe tu£patrocinium
adcptiufii. De ipfiiisiuftrumétk vari*
funt Aiitàtiomoinmopiniones, varia
de ipfms obflïVdtis judiciii;Jeclquia
tu i/Ùz cxatfa( voila une preuve
palpable de la bonté des Binocles
du P.Rheyra.) h.ufoelices aijudicast
vulgm Ajlronomorvm non moreitur,
quis enimpojjet 'V"'K,nibu.J ingeniis
fatkfaccYc?Amevirum & vemror,
crudea multis impetito opem non tuli,
IjuodcrcdercmmtzJorem oemuUs Udi
non poffe.
Le R. P. Gaspar Schotth, de la
Compagnie deJesus,au premier
Tome de son Magia ZJni'uerfalis
Naturæ & Artis, imprimé en l'année
1657. dans le liv. x. c. ii. De
Telescopii Astronomici tam Monoculi
quàm Binoculi,Origine ejusque Au- )dans la page 494. parle en
cesrennes. AnîhoninsigiturMaria
deRfJttl vÎræquè religiosus ac doffus,
mihiquefamiliariternotm. Neque
hoc Monoculo tubocontcntu<fuit,fcd
alterum focium Oculum si adjunxit,
& tjfJidem foelicijjlmo atifù, ftlicioriquefucçcjfu
, ut mecum fatcriceguntur
quôtquet hajus rei expcrimentum
fumpfirunt. Talisquille inter
hune &priorem effdiffirentitt, qualis
ejje communitersolet inter Mtnoculum
&Bineculum hominem. EXlerimtfJtum
secs in tubo Binoculo ab ipfoauthore
elaborato, atque hoc Binoculo
tubo Jperat Rheyta multa adhuc tati.
tmiid in coelo afel/na deteëtum iri.
Lemesme R. P. Schotc,dans
le mefmeVolume cap. 3. De infignibuiboctempore
Telefcopiorum Ar-.
tifeibus, dans la page 496. dit,
Tertius ce IoannesVuifiL
,
Augufix
Vindclicorum infiniEtus a Reytd,sàtis
tubos tam Monoculos ejuaw Binoculos.
Jjhtaniîm adde Patr, m Autonium de
Reyta, qui non tanlum in ta arte exccllit,
eamque ifriptts tradidit, fed
& alios ctiaminflruxit, & cùm hu..
manifflmus fit,nonpaucisfun (pm..
mumcavit. te "1() LeR.P.MilletDechales,aussi
JesuÎte, dans le 27Tome de son
Mundus Mathtmaticus ,imprimé à
Lyon, en l'année 1674. au TheorémeTelescopium
Binoculum, page
672. dit, Fiant dlloTelcfiopia omnino
jimi/ia, que conjungantur ita utsint
fibi inviccmparalle/a; & dissentcâdem
quâ oculidistantia,, ut uterque
eculus objellilm tamen videat. Expcrtus
fum in Telescopio duorum pe- c-cmpnrabceilrittuemr&emsiajduijsï&wcviiicuisniinu-s
9bjeffumapparere, ô* quod mirum
fsi, non duo Telefcopii gemini flraminavidebantur,
Jedunicum. Etil
ajoûte, Pater ReitainsigneTeIeÎcopum
Binoculum circumferebat, erat
autcm decem circiter palmorum cjus.
Ingitudo.
Comme à travers les artifices
étudiez de ceux qui veulent étoufer
la verité
,
elle s'y montre du
moins en quelqu'une de sesparties
, & verifie le dire du Prophete
Roy xxvi. ii. L'Autheur Adioptricien
de la Vision parfaite de
l'année 1677. y laissa échaper les
termes suivans dans la 47. page.
Le P. Reyta se contentoit, dit-il, de
faire voir tellement quellement des
deux yeux quelques objets du Ciel,
comme la Lune. Tous les Gens de
probité ont leu encore avec indignation
les termes suivans dans
la 7. page de l'Epitre dedicatoire
de laVision Parfaite de 1681. Il
estoit avant moy (l(oll/mcr¡t inoüy,
que l'onpuUebfirvcr tous les objets,
Soit de laTerresoitdu Ciel des deux
jeux conjointement. Etles semblables
termes à la fin de la 6. page
de la Préface.J'effectuë, dit cet
Autheur
, avecautant d'ouverture
d'(/prit que de bonheur, le Binocle,
qui atoûjours reellement esté inconnu.
Enfin on demandecomment il
a osé écrire dans les termes suivans
dans les pages 190. & 191.
de la Vision Parfaite de 1681.
Que toutes les Nations étrangeres
n'ontjamaispûfaire de Binocle, n'y
en ayantjamais paru aucunjusques à
l'impression du Livre de la Vision
Parfaitede1677. danslequel,ajoute-
t-il,j'en auois donnél'invention.
Il faut donc que mille Sçavans.
qui ont admiré tant d'années auparavant
l'année 1677. les prodigieux
effets des Binocles de chorez,,
de Reya, de Vuisil, & du
; Pere Dechales
,
de Monsieur de
Cassini, & mille autres Scavans,
nayent rien veu qu'en songeant,
& n'ayent écritdu Binocle qu'en
dormant.
Lors que je travaillois au Journal
des Sçavans, je rendisjustice
au R. P. de Reyta, que j'avois
connu particuliérement en l'année
1654. dans le grand Convent
des Capucins à Lyon, où avec
Mr de Regnaud & cent autres
Sçavans, nous avions admiré le
surprenant effet deson grand Binocle
pour les objets terrestres.
J'en parlay donc dans le Journal
du 2. Décembre 1677. page 249.
en ces termes. Le P. chérubin donne
un nouveaujour au Binocle ou double
Lunette
,
dont le P. Reyta aparlé
Amplement dans son Livre Oculus
Enoch&Eliæ, en 1645. Le nom
du P. Reyta & deses Binocles a
produit à son Emule le mesme
effet que la Canicule à un Autheur
Cinique contre le Journal
dès Sçavans, bien que tout cequ'il
en dit dans la Préface de la
VisionParfaite de1681,depuis la
25. ligne de la 11. page, & dans
les trois pénultiémes articles de
la Table des Matieres, en Ja Lettre
I, concerne Tinterest & l'avantage
de la Republique des
Lettres; c'est la seule chose qui
merite d'estre bien leuë, & nleu.
rement examinée. Revenons à
nostre sujet.
LA CONSTRVCTION
des 'Binocles du 'Z P. deRejeta
Capucin Allemand, immée
en 164.5. dans son Livre
Oculus Enoch, & Eliæ.
J E rapporteray icy les termes
de cet Autheur si estimé parmy
tous les Sçavans de l'Europe,
& feray en quelques endroits les
remarques necessaires, comme
celle-cy
, que leP. Reyta parlant
en sçavant Homme & sans verbiage,
ne s'est pas arresté à déduire
plusieurs petites particularitez, que
la pratique enseigne mieux a l*Arti~
ste que lesparoles
,
&queson induftrteluyfournitabondamment.
Personnen'y
peut trouver à dire, puis
que leGraculus de ce grand Homme,
le R P. Cherubin d'Orleans
a employé les mesmes termes en
l'année 1671. en parlantde l'Oculaire
double, dans le commencement
dela 208. pagede sa Dioptrique
oculaire.
Dans le iv. livre qui a pour Titre,
Oculus Astropicus Binoculus, le
R. P. de Reyta rend raison du
Titre genéral
,
hujus oculi
,
dit-il
dans la 336. page, Enoch& Eliæ
Binoculum Telescopium, quod fjtlS
praxi & ope magnalia Dei &si remotissimèin
coelo à nobis elongata%
non ampliussemicæco ,sed novo modo
tlmbcbuJ oculis
,
à travers deux
Telescopes assemblez physiquement
paralelles, la distance des
centres des verres estant phisiquement
égale à ladistãce des centres
des Prunelles pour voir les A stres,
pourvoir les objets terrestresqui
sont fort éloignez. Ce quenous
démontrerons, quasi inspectanda
inducamur
,
& dans la page 338. ilajoûte ,neque hoc monoculo Tubo
contenti fuimus, verum&alterum
sociumoculum, un autre Tube monocule
ou Lunette, que P. Cherubin
luy mesme appelle un oculaire
, adjunximus, & quidem foelici'iftmo
AUCU. Igitur,ajoute-il dans
la page 339. praxim utriusquejam
dicti Telefcopitfacillimam
,
& quidtm
non nisi propriâ. experientiâ tradituri
,
benevolum leUorcm rogatum
volumus, nescilicet nobis vitio vertas,
si quoedam arcana ,
quasi quibusdam
oenigmaticis nodis ob graviores
quasdam causas,ccrtafque confiderationesatque
respictus usque ad
suum timpHs ligata tradantuy, semble-
t'il pas que le P. de Reyta
avoit préveu que32. années après
quelquesinge luy voudroit ravir
l'honneur de l'invention des Binocles
ou assemblage de deux Lunettes
en toutsemblabler,dont les deux
axes concourent à un mesmepoint de
l'objet,puis que dans la ig.llç,.de la
5. page de la Préface des visions
parfaites de 1677. l'Autheuraosé
dire, je l'ay inventé moyle Binocle,
& dans la 27. page avec un coeur
conforme à sa vignette dit j'a.
voÍÙ que mon génie se plaist à L'invention
des belles chosès. Ses termes&
sa vignctte font peu conformes
à l'esprit de Saint Paul aux
Philippiens chap. 4. vers 5. Modcftia
vcfha nota fit omnibm bominibus.
L'Autheurdes Visions nepeut
blâmer le P. Reyta, d'avoir adverty
qu'il avoit fait quelques réservesen
donnant la conftru&ion
des Binocles, puis que luy mefme
en a toûjours usé lors qu'il
proteftoit de n'en user pas, par
exemple,en l'année 1671. dans
la 137. page de sa Dioptrique
oculaire, ilprotefte de donnerfincerement
& sans reticence aucunes
son Telegraphe qui est le mien
qu'il rendit faux, l'ayant déguse
pour s'en dire l'Inventeur, néanmoins
en l'année 1677. dans la
144.page de ses Visions parfaites,
il afleure d'y suppléer librement
les reticences dontsavois, ditil
,
parlant de soy-mesme
, été
contraint etuferen itiji. en imprimait
la Dioptrique. Qui n'auroit
hazardé de le croire cette feconde
foisj lors qu'il dédioit (es Vi.
fions au plus Augultcdes Monarquesdela
terre, c'auroiteftéun
crime de croire qu'il eut voulu faire
quelquereserve. Neanmoins
après avoir obtenu de moyde nouvelles
connoissances,illes publia
fous Ion nom dans ses Visions de
1681. & pour pouvoir s'attribuer
l'invention des nouvelles lumières
qu'il avoic obtenu de moy
par l'importunité de ses applications
, & dit sans scrupule dans
la 9, page de la Préface, j'ay efti
obligé iïufer de quelque précaution
dans le Volume de la Vision parfaite
addrejfée au Roy en l'année 1677*
C'cû pourquoy dans la page2.01.
il fait unefiction dejùpplément de
ce qu'il dit avoir reservé en 1677.
au lieude parler juste, & dire de
ce qu'il avoit depuis appris de
moy ,
enfin dans la page 116.
Voila, dit-il, tout le secret sans titicane
reserve. Cependant il ne sceut
bienemployer ce que j'avois eu
la bonté de luy communiquer, 66
il commit encore des fautes tresessentielles
que j'ay démontré
dans la 333. page du xxii. Tome
du Mercure Extraordinaire.
Je conclus donc que le P. Che*
rubin s'en doit prendre à foy.
mesme, s'il n'a peu comprendre
la bonne & facile confirudion
des Binocles duP. de Reyta, &
suppléer à quelques mots de scai
Discours
, comme ont fait tantr.
de flmples Ouvriers aufquelsDieu
n'a pas donné un esprit si suJ
blime, mais plus humble, que
celuy de son grand genie
,
qui se
plaist à l'invention des belles
choses,& qu'il adépeintdanssa
Vignette, & expliqué en la Ta,,
ble des Matieres dans l'article pénultième
de la Lettre N. par ces
mots, le nom exprime la réalité de
la chose, j'en crois plutostS. Paul
2. aux Corinthiens chapitre xi.
verf. 14. Necmirum ipse enim S.
Voyons maintenant dequoy il
s'agit.
Le R. P. de Reyta dans Ton
Oculus Enech & Elioe
,
imprimé en
1645. au Livre oculus Astropicus
Binoculus, page 354. parle en ces
termes.
Prdceptumvit.
Cuntfa qnoe kattends, &c.
Fiat canalàfgnr& obienge, un
tuyau prismere&angle oblong.
Le P. Chérubin en 1671. pour
déguiser dans sa Dioptrique oculaire
le nom de Binocle, l'appelle
oculairedouble, & dans la Planche
21. page108. donne la figure Elliptique
à ce tuyau; ce qu'il explique
en la page 109. mais luy
ayant depuis fait connoistre que
ce tuyau exterieur ne pouvoit
estre Elliptique ou ovalaire, &
qu'il valoit mieux passer à plomb
sur un plan les deux Lunettes,
dont l'une foit mobile, comme
sont encore tous les Binocles de
Daniel Choyez, donc vous avez veu
la construction & la figure dans
le dernier Mercure Extraordinaire.
Voicy une particulière Machine,
Figure I. que Chorez fit
en cuivre doré pour feu Mr de
Monmaur, Maistre des RequeC
tcs., où il mit les Armes, & que
j'eus depuis de sa libéralité ; &
enfin) qu'il fuffifoic que les deux
Lunettes des plus longs Telefcopes
fussent mises sur lesbranches
de ma simple Machine, de laquelle
vous avez veu laFigure13.
dansla3. Planche du XXI. Tome
du Mercure Extraordinaire; 6c
que pour orner & cacher le mi.
ilere de la construction du Binocle,
il faloit enfermer comme le
P. Reyta les deux Lunetes dans
un tuyau parallelipipede rectangle
oblong, ou qui fust du moins
sur un plan horizontal, la forme
superieure estant indiférente. Le
P. Cherubin profitade mes avis,
car dans la page 66. de sa Vision
Parfaite de 1677. il dit, ion voit
dans la premtere t igure de cetteTable,
que fayfait le tuyau extérieur
de nofire Binocle de la forme d'un
Prismerectangle oblong;iexpérience,
à ce qu'il dit, m'ayant fait voir
quesafgxre ejlant de laforte trèsreguliere
& facile a.faire, elle contribuolt
beaucoup à faciliter toute la
conftruclionmécanique de cet oculaire,
donnant une ftuationfcure&juste
aux deux verres qui le compofenty
sans laquelle l.A'rlijÙ intelligent (xperimentera
qu'il eB impossible d'en obtenir
la perfection. D'où je conclus,
que puis qu'en 1671.ilvouloir
que les Ouvriers donnassent
la figure Elliptique au tuyau extérieur
du Binocle, il n'en avoir
encore point fait faire, outre
<iuen l'année 16gi,dairs la 191.
page de ses Visions il dit, n'ayant
jamais paru aucun de ses Binocles,
jusquesàl'impression du Livre de la
Visionparfaite de1677. Cela est si
vray ,que par sa Lettre du 2. Decembre
1676. écrite au St Guerreau
Me Lunetier, aux trois Croissans,
sur le Quay de l'Horloge,
il parle en ces termes. Lundy Sa
Majefié me commanda de luyfaire un
Binocle. Je meserois trouvéenpeine
pourfatùfaire au commandement de
Sa Majesté, y ayant plu* de vingt
ans que jaydeflfié de travailler au
Verre; mais je me fuis soulagé ¡-e¡:.-
prit ausujetdecetravail ,surl'estime
quejefais du vostre ; ceHpourquoy
je vousprie de me faire la grace de
mefaire les verres pour les oculaires
que le Roy desire
,
qui sont un Oculaire
Binocle, &un autre pourdefsiner..
finer. Esperant cette grâce de vomy
je demeure avecaffectionsincere, Votre,&
c. Ilestdonc par luy-nlème
constant, qu'il n'a jamais fait de
Binocles, ny les Verres, ny les
Etuys; & néanmoins dans la 38.
ligne de la ici. page de ses Visions
de1681.il dithardiment, Ilnese
trouveaucunBinodleau !-rionde,avant
ceux que fay faits, depuis l'impressiondu
Livre de mes rifons de l'année
rÔ77,7.
Le R. P. de Reyra parloir plus
sincerement en 1645. Verey ces
termes dans la 339, page de son
OcuioeEnoch&Li,.oe%Praxitnfacilimam
& quidem non nesipropria
experientia trad~tturi. Benevolum
lectoremrogatum voiumua
, ne scilicet
nebts vitto vtrta* si quoedam
quasi quibusdam nodis
,
eb araves
quasdam eausa&conjîderationes,
nfyue ad suum umpw ligata
tradantur, neque etiam tempora cuncta
wdiffçrtnur pirmittunt, qffoa si
ingenium applicueris satis foeliceni
adipisceris.N'avoit-il pas juste
raison de ne s'expliquer fufîîfàm-,
ment qu'aux Sçavants
,
puis qyt:
^celuy qui 31. années après s'est
voulu attribuer l'honneur de l'invention
des Binocles
, a dit dans
la 9. page de la Préface 4efesVi,
sions de 168I. I'ayestéobligépeurce
sujet d'useren1677.deprécaution,ex-
/tiquantUconftruttionptfitive di
£oculaireBinocle> encore, dit-H,quejç
myfoisfujfifemwemexpliquépour
lafaire concevoirà des Personnes trèsintelligentes.
Revenons aux termes du P. de
eeyta, Fiétcmdisjigm^ eblwgs.
i(4 ut oculis, applicatus ambos oblonge
tegat, ex cujwarijicHsuperioris margineoenlisadmûvenda
, tantusarcut
excindatar,utfrmtew captas,infernè
verbsimiliter
, ex mediomarginis
particula excavetur, pro nasiéminentiâ
inmittandâ. Le P. Cherubin
quia par tout copié le P. de Reyta,
dit dans la nj. page, lefond de
la Boette immediate du tuyau exte-
rieur dtt Sinecle, doit avoiraumoins
U# demy pouletd'épaisseur
,
à cause
qu'il doitporter une entaille profondt
pour recevoir le nez, ,
ér estre me/me
entaillé doucement par le haut pour
placer Cémincncc dufront, afin qlliÚ
uempefebent lesyeux d'approcher des
Verresimmédiats ,pourvoir commodémentparle
Binocle. Itaut hoc modo,
oculi, dit le P. Reyta
; mais le P.
Cherubin a adroitement transl
porté la Virgule pour la mettre
a prés le Plot respect qui suit,
afin de rendre lesens inexplicable,
respectuconvexorumocularium,
fin que les deux Lunettes du Binocle
estant disposées à l'usage
d'une Personne, pour voir le mesme
objetimmobile, ou du moins
toujours dans unmesme éloignement
-) perpetuofirmum ifatum&
situmsuum retineant,quod omnino
fierinecesse erit;afin que les axes
visuels qui sontles axes des deux
radiations, qui dumesme point
principal de l'objet couvrent la
surface du Verreobjectifdes
deux Lunettes, tombantàplomb
sur les centres des surfaces de tous
les Verres,comme aussi surles
centres des prunelles du regardant,
par la pointe des pinceaux
'Opriilfs des leurs radiations renversées
par les loix de la refraction
, a prèsavoir penetré l'humeur
cristallin concouvrent êc
s'unissent pour la peinturedu mesme
point de l'objet sur le fond
de chaque Retine, & la peinture:
des autres points en des endroits
semblables,afin que l'objet estant
veu en unmesmeendroitpar les
deux yeux, il ne paroisse qu'un,
&non pas double,ce qui arrive
lors qu'il paroist en differens
lieux, estans peint en differens
endroitssur les Rennes
,
lors que
lesdeux axes visuelsayant suivy
les axes des deux Lunettes, ne
vont pas concourir sur un mesme
point-de l'objet, mais qu'ils croi.
fent & s'entrecoupent, au deà"
ou plus loin que l'objet.
Comme le P. Reyta écrivoit
peur les Sçavans
,
il n'avoir pas
cru devoir faire tout ce détail:
Car les Intcîligcns, comme a fort
bien reconnu le P. Cherubin en
l'année 1679. à la fin de la 397.
page du livre de sacontiguité des
corps, trouvant mauvais que
dans les pages 249. & 150. du
Journal des Sç;mns du 20. De
cembre 1677. j'eusse trop bien
& trop au long expliqué lelrenlo
ciel de la Gonstruction du Biilo*
cle, n'ontpa* besoin qu'on leur ex*
fliqa:
, que ces deux oculaires Lunettes
y sont ajttfkz, à la distance
des centres des ouvertures des deux
Jeflx) de celuy qui regarde par le Bi-
nocle,oupour lequel il est prépaye, ny
que ces deux axes concourent en u*.
seulpoint.
Suivons donc le P. Reyta. Mu-
niatur deinde tubiquilibet canélisdû
chacune des deux Lunettes ,sue
Ajjhrio, msupra in tubo wonoculojie*
ri debere dctlimUJ, qtiibmfiélu*
cefc cfi te hahen duo convcxa ebje-*
ÏÏiva, in eadempatina elaborata enu
ninotjnfdtmdqualitatis, longitudinis
de foyer solaire
,
accrassitiei &-
alix duooculariaprorsus æqtudiaJ Ilt-
Itie in iisdemfenteHù parata. Comme
le P. Reyta ne parle icy
,
suivant
le titre, que de son otahu
Afirepiciu Bwôcuim ,ilne met que
deux Verres convexes à chaque
Lunette de ce Binocle Astropique.
Queitain canalemdisponantur)
chaque Verre oculaire dans
le tuyau particulier desa Lunette,
utsapra
,
avoit-il déja dit, in
tnbû monoculo peri debere dotwim#s.
Vtocularium vitrorum centra,pupiUil:
ccîdi tuisemperdiametraliter. dire.
ctement &à plomb respiciant. Le
P. Cherubin parle de mesme en
la 54.pagedes Visions de 1677.
que les Verres immédiats estant centrakmentajufiez,
aux pupiles des
yeuxy quiestl'essenciel de la cenfiru*
ction parfaite du Binocle.
Hoc est, comme la distancedes
centresdesoculaires pour les objets,
est moindre que celle des
centres desPrunelles,qui est pour
lesobjets éloignez ordinairement
au plus de deux pouces &demy,
& leur diamettre de trois lignes,il
faut d'abord que,tantumocularium
centra ab invicemdilfcntqtsaîum una.
oculi tuipupilla ah alterarànotll est,
de deux pouces & demy an plus
pour les objets les plus éloignez,
& cela afin de donner ensuite
tres facilement la distance requise
descentrsedes Verres oculaires,
en écartant peu à peu les Lunettes
au plus de trois lignes, afin
que les cécres des oculaires soient
vis à vis des centres des prunelles,
par le moyen d'une petite rouë
qui en grainant dans les avances
des deux diafragmes entraînent
latéralement sur un mesme plan,
& contournent les Lunettes,
dont les extrémitez font passees
dans des anneaux de Cuivre ou
de Leton verticalement mobiles,
dans les quatre trous un peu hori-
[onr,denlent elliptiques de ces
diafragmes latéralement mobiles
, 6c dont les ouvertures répondent
aux quatre ouvertures
faites aux fonds du tuyau exterieur
du Binocle. Voyez le tout
dans laDigureII,car parce moyen
elles se contournent pour faire
concourir les axes visuels à un
mesme point de l'objet, ce que
j'ay pratiqué à Lyon en l'année
1654. me servant du Binocle du
P. de Reyta, dont chaqueLunette
estoit composée de quatre
Verresconnexes pour voir les objets
terrestres dansleur scituation
naturelle.
Il est necessaire de remarquer
icy qu'aux Binocles Microscopiques,
& aux Binocles Telescopiques
, que j'ay enseignéen 1665.
de faire servir de Miscrocope, en
allongeantfsffisamment les
tuyaux, suivant que le foyer ou
image aërienne de l'objet plus
proche se forme plus loin auderdere
du Verre objectif, dont j'en
ty donné en 1683. les regles ai*
long dans les pages121. & suivantes
du xxi. Tome du Mercure Extraordinaire
,
la distance des
centres des Verresoculaires, doit
estre fort sensiblement moindre
que la distance des centres des
prunelles, Iî démonstration en.
est facile. Voyez la Figure III.
car puis que les axes des deux radiations
du point~+principal de
l'objet, doivent en ligne droite
traversersanssouffrir aucune restraction
, tous les centres des
Verres & les centres des prunelles
, la distance des centres des
Verres oculairess c. D est moindre
que la distance des centres
des prunelles des deux yeux A. S.
bien que tout cela soit tres-evident
parla seule inspection; neanmoins
le P. Cherubin a écrit lecontraire
en termes tres formels
dans la 73.paee de ses Visions de
1677. L'on ajoutera premièrement
les centres des Verresimmediats,exactement
à la mesureàlaquelle l'on dllra
observé les centres despupiles desyeux,
tournant ou détournant la vis
de la conduite immédiate avec saclef,
jusques a ce que les points correspondent
perpendiculairement aux centres
des ouvertures des piunulcs des deux
Verres immédiats, quel'on aura marqué
sur leur bord inférieur
,
soient
exactement posez avec le compas a
cette distance l'un de l'autre, il dit la
mesmechose dans la 204 page
desesVisionsde1681 Voicyces
termes. l'ajuftay les Verres immediats
par le moyen de la vis de leur
onduite; enforte que la dfiance de
eurs centres convintparfaitement
weecelle de mes deux yeux puis
j'ajufiay la partie objective de ces
ieux oculaires, avec la vis de leur
onduitepropre, à la difiame que i'expérience
me fist con/faifire
, pour réunir
parfaitement les deux ejjues
d'un mejmeobjet, que je regardois
des deuxyeuxensemble
, par les deux
oculairesappuyez, sur la table de la
machine. Voila toute la niefme
pratique du P. de Reytahorfmis
que ce dernier Autheur die, que la
difiance des centres des Verres oculaires
,
doit efire égale à la di(lance des
centres des prunelles
, ce qu'il die
encore tres formellementdans la
205. Vojcy lestermes. Mes deux
oculaires efiant difPo/èz de la forte
potlr voir des objets éloignez,,j'en
voulusregarderd'autres objetsfucctfjîvement
jusques à ejtre notablement
tropproches, (j*je reconnuspeu apeu y~~f~<' quitte salut
premièrement allonger également les
tuyaux de mes deux oculaires ds.nsia
proportionrequise, pour voir de (haclin
separément ces objets proches> é*
flcolldtment approcher doucement les
verres immédiats) par le moyen de
la viz de leur conduite,pour égaler
4la difiance de leurs centre entre eux, celle des centres des ouvertures dç
mes yeux conjointement cDnt(}lIrtJe
sur cet objetproche,
- SuivonsleP.deReyta.am
qui'demditfantiam, des centres des
prunelles, benefeio circini &fpeculi
habere poteris
, avant que le Perg
Chérubin [efuit avisédefeprô^
ner l'Inventeur des Binocles il se
Faisoit que copier le P. Reyra.
C'est pourquoy dans la 104. page
desaDioptrique oculaire de1671.
il diroit, En cette manièrejemefuis
trouvé les centres do deuxouvertures
dç l'ZJuceaJJezjprécisément diftms de
2pouces 6' demy.SuivonsReyta.
vitra ver, duo ibjtctivafaulo
fmtfibi iciniira , frout objeefumlongitu,
aut propius difiabit 4 vi*
dentis loco
, qua magis (Nim remetum
fuerit
,
eo magis oportet )'111' dicta
objeffiva convexa ,
in tubo tffi ad
invicem deducla & remota j & quo
minus, tanto magis etiam neccffiefi
(a fibimutuoappropinqtiâre,Voyez
la Figure IV. Hoc autem, cet approçhement
des centres des verres
objectifs, aussi bien que des
verres oculaires des deux Lunetes
du Binocle, adommmobjccïi diJt&
ïtiam reôïius & cemmodinsset,
uiïkâtotulâdéniâtk, interutrumquc
vitrumtta artifîciose collocanda
, ut
detesipjiusftiperne,alteriU6 verà affirii
mobilts proram feu prominentiam
denlilfam inftrne, modo contrahan*,
modo dtnuo didltcant ; quo modo convexa,
passez &.suspendus au travers
des quatre anneaux verticalement
mobilesdans les ouvertures
des quatre diafragmes, difîis
assariis, aut auricbdco, aut atiafilidiorimuteriafabricandjsinflxA.
Fig.
V. & VI.facillimefirocttjufcumque
ebjecti distantÏA.ma^isab invicem di.
moveri, aut contrahipQterunt.Ainsi
Ijs verres de chaque Lunete se
contourneront en forte que les
deux axes visuels iront aboutirà
un mesme point de l'objet, qui
fera ensuite le centre du cercleou
baze du cone visuel.
La construction des conduites
des parties obje£hves"£c oculaires
desBinocles du P. Reyra estnaturelle
&très-facile; le Pere
Cherubin l'a renduë trèscomposée
en la déguisant pour s'en
attribuer l'Invention. Nous demontrerons
le Physique paralle-
Lisme des axes de deux Lunettes
du Binocle Astropique,commeaussi.-
duBinocle Telescopique, pour voir
les objets terrestres qui sont fort
éloignez. C'est pourquoy favertis
que pour ces deux Binocles il]
suffitd'enchasser les quatreverres.
du Binocle Astropique, comme
estoient dans celuy que le
P. K-ycadécric icy dansles quatre
planchettes de leur conduite.
Que si les LunettesduBinocle
pour voir les objets terreilt-es qui
sont fort éloignez, sont compofées
de quatre verres convexes,
comme estoient celles du Binocle
Telescopique du P. Reyta
,
qui
faisoit voir les objets terrestres
dans leur situation naturelle, il
Suffit que le tuyau qui porte le
verre oculaire, estant attaché à
la longue regle, FigureVII. patte
dans l'anneau verticalement mobile
, comme dans la Fig. VI.
Il n'est donc pas necessàire
d'enfermer les verres dans des
tuyaux,lesquels parleurassemblage
n'en forment qu'un seul tuyau
particulier, c'est dequoy j'avois
donnéavis dans les 498.& 499-
pages de mon Traité des grandes
Lunettes a quatre verres convexes,
imprimé à Lyon en l'année 1665;.
avec mon Livre de la Nature &
prêsage des Cametes, ce que j'ay
depuis encore explique dans les
pages 127. & 128. du XXI. Tome
du Mercure Extraordin. Quartier
de Janvier1683.
Mr de CaHim, ce sçavant 8G
infatigableAstronome, a déja.
reconnu la route des cinq Satellites
de Saturne, sans employer
depuis quelques mois les tuyaux
des Lunettes, s'estant servy du
verre ob*elllif de 76 pieds de
Foyer solaire
,
travaillé par Mr
Borelly de l'Academie Royale
des Sciences, & du depuis, du
Verre de 136 pieds, travaillé par
Mr Campani Romain. II arreste
fixement le verreobjectifsur l'ou
Verture ronde d'une Lame de
cuivre. La piece qui porte cette
lame, est meuë par le mouvement
d'une Horloge à ressort,
comme l'aiguille de la Montre,
sur le plan de l'Equateur ou du
Parallele, en forte que la surface
du verre objectifregarde toujours
à plomb le Planete, que l'on fuit
& que l'on voit, se tenant à
travers le verre oculaire mis dans
un tuyau de cuivre d'environ
quatre pouces de longueur, à
la distance d'environ le Foyer
solaire du verreobjectif.
Toute la Machine qui fait contourner
le verre objectif, n'a
qu'un peu plus d'un pied de hauteur.
Lors que la Tour de Bois
deMarly, quiservoit pour l'é-
Jevarion des Eaux de la Seine
pour Versailles, fera a pportée à
l'Observatoire Royal, tous les
Sçavans feront ravis de contempler
les Astres, sans l'embarras
des tuyaux si difficiles pour les
très-longues Lunettes.
On trouvera encore à Lyon à SJosephMaison Professe des
RR. PP.Jésuîtes, deux fortlongs
& larges tuyaux prismes rettangulaires,
chacun formé de quatre
planches, que je fis faire en
1654 pourexaminervecleR.P.
François de S. Rigaud, l'un des
plus grands Théologiens & Mathématiciens
du siécle, si mes Binocles
seroient aussi bons que
ceux du P. Reyta. 1 Au lieu de monter les quatre
verres de chaque Lunette dans
un tuyau particulier, je fis faire
plusieurs réglés d'un pied & demy
de longueur. J'en formois deux
longues régles, queje rendois fort
longues & fermes par le moyen
d'une nouvelle espece de char,
niere. Voyez-en Ja construction
dans la figureVII. & dans la FigureFIII.
voyez lamonture solidement
ferme des verres. La mon
ture de chacun des objectifs doit
couler le long de la réglé, afin
d'être suivant l'éloignement de
l'objet, dans la deuë distancedu
tuyau qui porte les trois verres
oculaires toujours (stables à l'autre
extremité des régles.
Le Pere Reyta m'avoüa qu'il
s'en servoit de mesme avec deux
simpleslongues régles., pour s'épargner
les ports des tuyaux de
Lunettes, ou leur construction,
dans le lieu où il ne faisoit pas
long sèjour
y
& qu'ainsi par les
deux petites Roues dentées donc
il avoit parlé dans son Livre, qui
engrenoient dans les quatre avances
de montures objectives &
oculaires passéesdans lesanneaux
verticalement mobiles, il contournoit
toujours conjointement
les verres oculaires avec leurs objectifs
, pour faire concourir leurs
axes à un point de l'objet cerrestre..
Le tres R. P. Chérubin, qui
n'ayant peu achever ses Etudes
de Logique, se contenta du degré
de Baloche
, a dit en l'année
1671.danslapage208.desaDioptrique
oculaire, J9uefins lesob--
jets de lit Terre sont proches
,
il eil
necejjînire d'approcherLATERALEMENT
les Ferres objectifs a proportion
pour les voir, Il a repeté son
LATERALEMENT dans la 81. page
de ses Visions de l'année 1677. ÔC
dans la derniere ligne dela 206
page deses Visions de 1681. dit,
En approchant ou en éloignant LATERALEMENT
les Verres l'un de
l'autre. C'est donc contre la bonne
Logique qu'ilaccuse &- blâme le
P. de Reyta de ne donner qu'un
mouvement, lateral aux Verres
oculairede sonBinocle AJlrpitJtI,
puis que le P. de Reyta, n'a jamais
employé le terme lateraliter.
Le P. de Reyta en 1645. dans
la 339. page de son LivreBinoculus
Astropicus, avoitprié ses Lecteurs
de ne trouver pas mauvais, Siquoedam
arcana ob gravionscausas, certafqueconfîd-
crationesatcjuer<Jpcttus,
adsuum tempm ligatatradantur Et ilajoûtoit immédiatement, .23/d
si
fiingcniumapplicuerisJatis foelictm
adipifcerû. C'est pourquoy il ne
donne pas les figures de toutes
les parues de ses Binocles, pas
mesme des deux Lunettes. Le
P. Chérubin n'a pas dû se plaindre
si..l P. Rheita,qui n'écrivoic
que pour les Sçavans, luy a esté
inintelligible par le manque de
figures & d'explication, puisque
luy- mesme qui s'est transformé
en Apollon dansles Culs de Lampe
des pages 75. 131. & 168. de
ses Visions de 1677. avec l'Anagramme
de son nom CHERUBINUS
AURELIANENSIS.
UNA IN VERIS HABERIS
LUCENSJe suis le seul veritable
Sçavant, pour démontrer qu'il
estoit d'un rang pardessus les autres
hommes, autant relevé que
son nom CHERUBIN. C'éfl:
pourquoy dans la Table des Matièresde
ses Visions de1681. en
l'article penultiéme de la lettre
N. il asseure que le Nom exprime
souvent la Realité de la
chose. Enfincomme ila jugédes
autres par sa manière d'agir,ayant
usurpé l'Invention des Binocles de
chorez& de Rheita,& l'Invention
de mon Telegraphe, forcé par
la verité, a reconnu dans la 99.
page, le peu de seureté que l'on a,
auprès de luy, de produire des chesesnouvelles.
M'ayant, ajoute-t-il,
obligé à prévenir la diligence de
ceux qui ont, comme luy
,
iljJèz
d'adresse pour intercepter les InveNtions
d'autruy; r"yejlécontraint,
dit-il, pour cesujet d'user par précaution
de quelque reserve dans la
Bioptriquede iéyi. il en devoit du
moins avertir son lecteur, comme
fars, ajouté-t-il, quej'ay donné, à
ce qu'il dit^l'intention,pour deffi.
iMmeerrddrel«liiinn-aavveecc.Ol'Occaltaidreàirt.Dioptriqui,
n'enayant representiéU Machiné
dans les Tables 28 & 2p que fermée
, sans l'ocuitire. En voicy
la veritable raison
,
il ne pouvoir ladonner Autrement, puisqu'il
n'avoiet pour lors pu apprendre
demoy la maniere d'ajuster au
foyer du verre objectif de la lunete,
la pointe de l'Index derpon,
Telesgraphe, qu'ayant vouludéguiferiladonné
fauxen 1677. Et
nel'ayant sceu corriger es années
1678. &dansfesVisionsparsaites.
l'a rendutrès- composé,&
avec: cela faux, ou inutile. Ce que ja"y démontrédans la 333 page du
22Tome du Mercure Extraordinaire,
voyez-en les Figures & les
Démontrations dans les deux
Planchesdumesme Mercure.
Tous les Savans ont toujours
veu & reconnu que les Binocles
du P. Reyta pour lesobjets de la
terre, elloienrcompofezdedeux
l'unettes chacune dans sontuyau
particulier. Ilsuffit de rapporter
les termes suivans d'une Lettre du
R. P. Balthasar conrard Jesuite,
écrite de Glacid7. Ianuar. anni
.rlftfl. Dedistantiis objectorumme*
rtendis ,
sinedubio Rhelia Capucines
id njôlmt tentareper TVBVM.
DVPLICATVM.Voco eum, per
quem uterque 4culm bomiais simul
simeltranspicere patee,LeR.P.
Gaspar Scbott,apubliccetteLettre
dans la,857 page de [on'TE
CHNICA CVRIOSA,impriméen
1664.Ilestdoncconfiantque les
Binocles pour les objets terrestres,
tantdechorez, que de Rheita,»
-dloient composez de deux lunettes,
& que le Pere Rheita s'en servoit
pour mesurer la distance des
objets de la terre, lorsque leur
distance estoit simediocre,qu'il
pouvoir remarquer la différente
distance d'entre, les centres des.
verres objectis,&c. ainsilil faisoit
en 1645. ses binoclesMicrofio-*
piql/es, de mesme que Chorez; en,
162y
Poursuivonsavec les termes du
P. de Reyta, Et forte ctiam boc modeûbjefforum
ab oculo, fortpeuéloi-.
gnez,dstantiænon ineptedimetirentur,
par les differens angles.
que les deux axes visuelsferoient
par leur concours au principal
point de l'objet, qu'on poutroit
reconnoistre par la différentedistance
d'entre les centres des ver-"
res objectifs, à la distance d'entre
liesmcentmres deés dverriesaoctuslai.res':
b:aq'fte oportet in hanc Binoettlttm
ifibam ita convexa 'Cftltlt!lrJr;car il
parle icy suivant Ton ticre, Oculm
Ajîropkm BitiôCHlu&iJt*ve etinm duv
cvncava
,
tr dao conîtèxa ,modo or.
dinario, dans les deuxtuyaux par..
ticuliers
, pro tcYYcflribîu objettU
confpiciendis difponcrc: ita ut uterque
tonusvïfortm ptr islavitra,
éibàbjcëto utïinque.Ah ccnlo immit-- tthd extra Hubum, in unum dm.
piumcmum,&fcfnmen lumimftim
cùltigatnr '(j-Jit cunffa objictipnn-
&asabocùlûi nôn cfoplitawf'ftdmita
confpiciantur, haudaliter acfcrfpiciliis
ordinarilsifierisolet.
Le P. Chérubin, qui n'a jamaisbien
rencontré, que lorsqu'ilne
s'est pas écarté du sens du Pere
Reyra, a parléjusteen 1681. dans
la 104. pagede les Visions, parlestermes
luivans:l'ajustay les centres
des verres objectifs, é" les centres
des verres oculaires, à la distance
que l'expérience mesit emmiftre•
pour réunirparfaitement ces deux
especesd'unmesme objet éloigné
, ,
que je regardois cles deux yeux en-
Jcmble
, par les deux oculaires appuyez,
sur la Table de la machine,
dr qu'ils ne me lesissent voir
, que
par une seule ouverture, non croisée
l'unesur l'autre, maisparfaitement
ronde~&unforme.Voilà-t-il pas
la pure verion du dire du Pere ;
Reyta
,
& ce que Chorés avoir
publié dans son Ecrit en \6ij.
Il a encore, suivant le P. Reyta,
bien rencontré en 1677. dans la
74. page de ses Visions
, en avoüancque
cette épreuve estlaplus
certaine demonstration pesitive que
l'oculaireBinocle ejt monté dansJA
derniere perfetction, toutes les autres
n'estant que des consequences de celle-
cy.
Le P. Chérubin 31 ans après le
P. Reyta
,
s'cil voulu attribuer
l'invention des Binocles; c'est
pourquoy il a,sans sceru pule, dans
ce qu'il rapporte du Livre du P.
Reyta, dans la48. page de sa Vision
parfaite de 1677. il ena, dis.
je,religieusement tronqué les termes
suivans, Tali profecto tubo Binoculo
ànohis conficto,disoit le P.
Reyta en 1645 objecta duplo, Ii-.
plo,imocjuadruplo majora lucidiora
aîqnc clariora compeximus , quam
per tubum monoculum & certe nijî
ipsimet expertifniJftmM(jH& seribimtu,
utiqite seribere puderet qUit ad
praxim redacta non subsisterent.
C'est parler en veritable homme
d'honneur 6cen bon Religieux.
Enfin, tous les Curieux & tous
les Sçavans de l'Europe, ne reconnoissent
pour l'Inventeur des
Binocles que banïel chorez, en
France, dés l'année 1625.&le R.
P. de R,)'ta en Allemagne, depuis
l'année1645. à cause qu'il composa
les lunettes de ses Binocles
terrestres, de quatre verres convexes,
& celles de ses Binocles
A tropiques de deux verres conllcxes,
telles qu'il les a cy-dessus
décrit. Nous démontrerons que
les Biîwcles Atropiques ont les axes
des verres oculaires avec leurs objeébfs,
toujours Phisiquement
paralleles, à cause du grand éloignementdesobjets
celestes, puis
mesme que les axes des deux lunettes
de trois pieds de longueur du
Binocle du très R. P. Chérubin,
telqu'il la décrit enl'année 1678.
dans la 66. page de Ces parfaires
VisionsLarinifées avec augmentation
, par les termes suivans.
Tetum Binoculinofiri extiriorctn
'rUb,!rtJ triumdumUXât Pedum,quot
Jcilicet Binoculi hltjus îtibia ejJè ve.
hit, qui ufm commodioris
,
&nihilêminusadterrejlria
jingularis effu
Ûxsfunt. Porr',ajoûte-t-il,Binoculum
hune tres tantum pedes len.
gum; ctÙfm diftinftum, adfcx Lcocarum,
lieuës communes de France,
intervallam,objectum preberè,cu
tiofm quihbcî artista poierit txptri
ri. Les deux axes, dis-je, de ce
Binocle, forment un angle tresinsensible,
puisqu'il n'est au plus
que la 6884 partie d'un degre,&
quela distance d'entre les centres
des verresobjectifs des lunettes de
ce Binocle Figure XI.n'estpasla
913. partie d'une ligne moindre
dqeuse ladistance d'entre les centres
verres oculaires immediats.
AucuneMachine ne peut donner
cettepetite difference, quiestinfiniment
moindre pour les objets
terrestres tres éloignez
,
& en..
cores infiniment moindre pour la
Lune&les autres Planettes. C'est
pourquoy je soûtiens que pour
IcsBill"Iej Astropiques, il sufIst.
d'enchasser fixement les quatre
verres, deux objectifs & deux
oculaires convexes dans les quatre
P lanchettesseulement mobiles
lateralement. Voyez les Figures
I. & II. car lorsqu'il estnecessaire,
la nature supplée facilement
àces pré visions, en y conformant
lesveux,
CO MIERS.
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Résumé : DIXIEME PARTIE DU TRAITÉ DES LUNETES, DEDIÉ A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE Par Mr COMIERS d'Ambrun, Prevost de Ternant, Professeur és Mathématiques à Paris.
Le texte explore l'histoire des lunettes, en se concentrant particulièrement sur les binocles et les contributions du Père Antoine Maria de Kluyîn, un religieux capucin allemand. En 1625, Daniel Chorez présenta les premières lunettes au roi. Le Père Kluyîn améliora ces dispositifs en utilisant deux verres convexes pour chaque lunette astronomique et quatre pour les objets terrestres. Ses innovations furent décrites dans son livre 'Oculus Enoch et Eliae', publié en 1645, et admirées en Europe dès 1642. Plusieurs personnalités, comme Fabius Chisius, devenu pape sous le nom d'Alexandre VII, et Jean Caramuel, témoignèrent de l'efficacité des binocles du Père Kluyîn. Le texte aborde également les controverses et critiques, notamment de certains savants allemands, tout en défendant les contributions du Père Kluyîn. La construction des binocles est détaillée, soulignant l'importance de l'alignement des axes visuels pour éviter la vision double. Chaque lunette doit être munie de deux verres convexes, centrés précisément par rapport aux pupilles des yeux. Pour les binocles microscopiques et télescopiques, la distance entre les centres des verres oculaires doit être réduite. Le Père Reyta, dans son ouvrage 'Binoculus Astropicus' de 1645, demanda à ses lecteurs de comprendre certaines confidences réservées aux savants, expliquant ainsi l'absence de figures détaillées de ses binocles. Le Père Chérubin, malgré ses prétentions de supériorité, reconnut la nécessité de réserve dans ses publications pour éviter l'interception des inventions d'autrui. Les binocles du Père Reyta étaient utilisés pour mesurer les distances des objets terrestres, comme le confirma une lettre du Père Balthasar Conrad publiée en 1664. La controverse autour de l'invention des binocles est mentionnée, citant plusieurs figures historiques et leurs contributions. Le Père Chérubin, en 1681, discuta des binocles en ajustant les centres des verres objectifs et oculaires pour une observation binoculaire. Il tenta de s'attribuer l'invention en modifiant les termes du Père Reyra, qui en 1677 avait déjà décrit des binocles terrestres avec quatre verres convexes et des binocles astronomiques avec deux verres convexes. Les binocles astronomiques ont leurs axes parallèles en raison de la distance des objets célestes. Les savants européens reconnaissent Jean Chorez en France (1625) et le Père Reyra en Allemagne (1645) comme inventeurs des binocles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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220
p. 204-231
Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Début :
Voicy, Madame, une nouvelle Lettre de Mr de Vienne / Ce n'a pas esté sans raison, Monsieur, que j'ay differé [...]
Mots clefs :
Écriture, Mystère, Promesse, Abréviation, Réflexions, Dictionnaires, Grammaire, Expressions, Verbes, Adjectifs, Adverbe, Langue, Discours, Écrivain, Terminaisons, Déclinaisons, Élocution, Nations, Capitales, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Voicy
,
Madame, une nouvelle
Lettre de M*deVienne Plancy sur
£Ecriture univcrfelle.
cAEau-Cleranton le4. luin1685. E n'a pas esté sans raison,
Monsieur, que j'ay differé
si long-temps à m'acquitter de
ce quejevousay promis à la fin
de ma derniere Lettre, sur mes
projers d'Ecrirure universelle,
rapportée dans le 23 Extraordinaire.
Dispensez moy neanmoins
de vous apprendre aujourd'huy
la cause de ce retardement;
c'est un mystere qui sera
plus propre à estre éclaircy
uneautrefois. La promesse que
je vous en ay faite a deux parties.
La premiere, m'engageà donner
du jour à mes deux Lettres précedentes
; & la seconde, à fournir
des moyens d'abréviation
pour ces fortes d'Ecriture. Le
jour que je leur puis donner, ne
se tire quedesreflexions qu'il est
à propos de faire sur leur composition
, sur l'enchaînement genéral
& naturel de leurs Djébonnaires;
sur le grand nombre de
mots simples, dont je les ay enrichies
; sur l'exacte distribution
de leurs Chiffres en neuf & en
trois, pour le rapport particulier
rieces mots; sur la faciledistin-
.cion des manieres differentes,
dont elles marquent les neuf parties
du discours, sur la réduction
de leurs noms à une feule façon
de les décliner, & de leurs verbes
à une feule façon aussi de les conjuguer;
&: enfin sur la regle d'équité
que j'ay observée partour
autant que j'ay pû, qui veut qu'on
traite ~égalemenc les choses égales.
Moyens qui ont pour fondemens
la nature, la raison & l'ordre; &
qui parconsequent ne sçauroient
manquer de rendre ces Ecritures
trespropres à s'imprimer dans
l'esprir,&ày conserver sans embarras
le souvenir de leurs caracteres,
tantà l'égard de l'expression
, que de la signification;
mais comme il suffit de proposer
aux Personnes intelligentes les
sujets sur lesquels elles doivent
refléchir,pour les leur faire a pprofondir
,
6c y voir clair, sans
qu'il foit besoin de leséterdre
,
je
laisseray, Monsieur vostre penetration
l'accroissement des lu.
mieres que j'ay données, & je ne
vous en diray rien davantage.
Quant aux moyens d'abreviation
, vous sçavez que toute Ecriture
, comme toute Langue, consiste
dans son Dictionnaire &
dans sa Grammaire ; & qu'il est
impossible dans le fonds, d'abreger
le Dictionnaire
, parce qu'il
doit contenir les expressions de
tous les estres
,
& de tous leurs
accompagnemens;foir qu'on les
détaille directement, commej'ay
fait par un grand cmiloy de
Chiffres primitifs, dans celuy
que j'ay dressé,suivantlamethode
commune; soit qu'on en marque
une partie directement
,
&
l'autre indirectement, en rapportant
les choses subalternes aux
principales, comme j'ay fait par lesecoursdesChiffres auxiliaires,
dans celuy que j'ay proposé selon
la methode particuliere.
Il n'en est pas de mesme de la
Grammaire; on peut abreger les
expressions qui en dépendent,
j'entends les variations de ses
mots. Nostre langue & ses voilîties
réduisent par exemple,
toutes les déclinaisons
,
à celles'
de l'article définy, ou de l'indéfiny
, & ne leur attribuent que
deux genres,&quatre cas. Elles
expriment les degrez de comparaison
,par des adverbes; ceux
de diminution & d'augmentation,
par des adjectifs; les verbes
passifs, par le verbe substantif
avec un participe; &les verbes
meslez ,par la jonctiond'un
pronom personnel, au verbe aébf-
&au passif.
On peut imiter ces abreviations
,
& mesme encherir sur ellis
,
puis qu'on peut reduire les
deux articles àun seul
,
tel que
l'article general de ma methode
particuliere
;
marquer parluy,
le singulier & le plurieldetout
ce qui sedécline ,**aufïîbienque
les genres & les cas, comme je
l'ay déjaproposédanscette Méthode
; joindre dans sa déclinaison
le vocatifau nominatif;commejel'ay
pratiqué dansmaMevÇjwdpÇpmmun.
e ; employerles
aJverbçs plus & moinsleplus Be
Jemoinsà exprimerles degrez de
-
diminution ,ècd/augmçntation,
Auih.bie# que ceux qecomparai.
'JRl1 i:j& former les verbes actifs
par, le verbesubstantifavec leur
participedu temps present, comme
nous composons les verbes
paOEf.çpr.hlY) avec leur participedutemps
passé, selonma premiere
idée, expliquée dans m.t
Lettre de vostre19. Extraordinaire
p. 304&dire parex. jefuis
tyrnant, tuesaimant, il estaimant;
j'ay jil aimant jefiray aimant,
&c.aulieu dedire,j'aime, tuaimes,
il aime,j'ay aiméj'aimerçiy,
&c.
<-. Op peutajoûterd'autresabreviationsà
ceilesrlà* & parex. ne
point donner devariations aux
genres desadjectifs& dtVpàrtU
cipes, commeenont beauIle7
apprùchtnjtlbiitppYockiifftèTmaisles
Craiter comme sage\brave'lessàtrt,
tymt, dont les genresne sont
point distincts ; reduirelaconjugaifon
,
aussi b~in que ladéclinaison
,&à cet effetnelacomposer
que de trois moeufs & modes
à l'imitation de l Hebreu,
sçavoir, de l'infinitif, de l'imperarif,
Be del'indicatif; qui fera
aussi subjonctif&optatifmoyennant
quelques prépositions dont
on l'accompagnera au besoin telles
que sontsi quand, àJmme,flNft
à Dieu quey&c ne luy laisser que
les trois temps principaux, &exprimer
les autres, pardesAdverbes,
comme autrefois, dernitrement
,l'autrejour, recemment, &c..
ny distinguerles Personnes
, que
par les pronoms personnelscomme
on fait en nostre Langue, lors,
qu'on dit,j'aime, tu aime, il aime,
& comme on feroit si l'on y disoit
usm aimons
, vom aimons, ils aimons
& exprimer mesme sans
variation lesingulier & le pluriel
des personnes
,
& en marquer
feulement les nombres par le
moyen des mesmes Pronoms personnels,
à qui on lesattribuera,
commej'ay dit qu'on les pouvoit
attribuer àl'article,pour marquer
ceux des Noms.
On peut enfin à l'imitation de
la Longue Franque bannir mesme
l'arcicle; reduire ladéclinaisonàun
seul Cas commun, & la
conjuguaisonau seul Infinitif, &
en representer encore les temps
principaux par lesAdverbes déja,
presentement,tantost,hier, AUjourd'huy
,
demain,&c. & dire comme
elle par ex. Ji vous vouloir pre..
sentement aimer moy , moy donner
d/ifjitoj?vom mil écus (Ir, au lieu
dedire, sisousme voulez, aimer,
je vota donne)ay mille écus a'or.
Je ne vous-propose pas de mettre
les conjonctions 6c les préposicionsau
rang des Adverbes,
comme les Grecs font à l'égard
des interjections;d'unir les participes
avec les adjectifs, fous le titre
de noms, fie de necompter
ainsiquecinq parties dudiscours;
au lieu de neuf, sçavoir l'article,
le pronom,le nom,le verbe &
l'adverbe. Cette réduction ne
feroit rien à l'abréviation de l'Ecricureny
de la Langue,rpar,ce.qure1
les Caractères ny les mots n'en
feroient pas en moindre quantité,
quoy qu'ils fussentdistribuez
en moins de Classes ,estant tous
également nécellaires pour l'expression
du discours .,;'& devant
par consequent estre distinguez
en quelque sorce l'unde l'autre.
D'ailleurs j'ay marqué dans mes
deux Ecritures, les parties invariables,
par une barre sur elles,
les déclinables par une barre inserée
& droite; & celles qui se
conjuguent par une barre inserée
& courbe: & c'est avoir réduit
toutesles parties du discoursen
trois Classes au lieu de cinq ;mais
il nes'agit pasdecela,comme:je
viens de dire. d 1:)uHôr'rn,(ri
ï,Le; retranchementdes, Car
âcres& des mots ne peut proceder
que des moyensprécedens,
&. je n'en vois point d'autres
que ceux que je viens de
rapporter. On peutlesemployer,
le champ est libre, l'interprete
en échapera. J'aylaide au choix
de l' Ecrivain, dans le cours de
mesLettres
,
l'usage de la pluspart
de ces moyens,& j'en ayexpliqué
mon sentiment
,
mais à
examiner la chose à fonds, ils
font plutost à rejetter qu'à mettre
en pratique. La nature donne
trois genres aux Eftres, 6c
les separe ; pourquoy quitter foa
exemple, 6c mettre en un, le
Masculin 6c leNeutre? La raison
nous montre que leVerbe a six
maniérés d'influersur le nom, 6c
cinqdetémoigner son aéhon;
Pourquoy donc confondre les
Cas & les Modes qui les distinguent?
Estceuneaffaireàlameémoired'apprendre
trois genres
aulieu dedeux,six Cas&cinq-
Modes aulieu d'un plus petit
nombre? Non sans doute, un
quart d'heure de plus, est plus de
temps qu'il ne faut pour s'instruire
pleinement detoutes ces choses;
On dira peut-estre, que si les
mots simples font l'abondance SC-1'
la richessedesLangues.,ils en
augmententaussila peine,au lieu
que les phrases la diminuent;
qu'ainsisçachant en nostre Langue
déclinerl'article, on en sçait
décliner tous les noms ,
puis
qu'on n'a qu'à placer cet article
devanteux,pour en marquer les
Cas;
Cas; que fçachant^ quatre ou
cinq adverbes de comparaison,
on sçaic composer tous les comparatifs
& tous les superlatifs,
puis qu'on n'a qu'à associer ces
Adverbes avec les Adjedifs,
pour les former; que sçachant
conjuguer le Verbe estre
, on
sçait conjuguer tous les Verbes
passifs, puisqu'on n'a qu'à joindre
leur participe passé àcette conjuguaifon
, pour avoir toutes les
autres.
Je réponds à cela, que je remarque
plus d'éclaircissement
que de verité
,
dans l'opinion
qu'on a que ces fortes d'usages
abregent plus l'instruction d'une
Langue, que ceux que j'ay pro.
posez dans mes deux dernieres
Lettres. J'y fais décliner tous les
Noms, tous les Pronoms, & tous
les Participes d'une mesme maniere,
puis que je leur donne à
tous les mesmesterminaisons, 8c
j'en use ainsi à l'égard des Verbes;
& je maintiens que routes
ces déclinaisons & toutes ces
conjuguaifons ne font pas plus
difficiles à retenir, que la déclinaison
du seul article, & que la
conjuguaifon du seul Verbe fubftatftifj
parce qu'on ne sçait pas
plûtost décliner un Nom & conjuguer
un Verbe, qu'on sçait décliner'tous
les autres Noms, ôc
conjuguer tous les autres Verbes.
, -
,
Il en est demesmedelacomposition
de degrez de comparai-
-
son, dediminution, &d'augmentation.
Qui en sçaitformer un,
sçait former tous les autres; 6c
ces compositions ne sont pas
moins aisées que les associations
des Adverbes pour leurs expressions.
C'est le fruit & l'avantagedesrégies
générales,&desrégles
d'équité, que j'ay suivies par
tout le plus exactement qu'il m'a
estépossible. L'un revient donc à
l'autre, mais ce qui résulte de
mon usage me semble bien important;
c'est qu'il me fait exprimer
les choses par la simplicité
des mots, au lieu qu'on tombe
presque à tout momentpar l'autre
maniere dans l'embarras des phrases;
car enfin je ne croy pasm'être
trompé d'avoir préferé jusqu'icy
les mots simples aux phrases
,
5c
par ex. YZJtbs Rema des Latins, à
la VilledeRome des François; l'e
mtllllY; à il est aimé; le deambulavimus
,
à nosu nom femmespromenez,;
le doctior illo, à f>lu&Jfavant
que tuy, &c. Je me fuis fondé sur
l'exemple delanature, qui n'employe
jamais les lignes courbes,
lors qu'elle peut venir à ses fins,
par les lignes droites; & sur la
Sentence des Sages, qui témoignent
qu'en vain on fait avec
beaucoup, cequ'on peut faire
avec peu. Ces raisons m'ont sceu
persuader qu'il falloit éviter les
détours&les longueurs dans l'E.
criture&dansla Langueuniverfelle
, autant qu'ilestoit possible.
Ondira peutestreencore,que
l'Article, le Verbesubstantif,les
Adverbes
,
les comparatifs, &c.
desquels se forment les petites
phrases ou constructions allongées,
font des marques quiaident
à juger de ce qui les suit; mais j'ay
à répondre que les terminaisons,
ou les Chiffres auxiliaires de mes
Caracteres, sont des si;nes qui
aident aussi à juger de ce qui les
précede, &:qu'ainG l'un revient
encore à l'autre
-,
si bien que le
mot simple cftuu: plus au goust
de la nature tk de la sagesse que
la phrase , il est ce me semble à
préferer à elle dans cette occafioti.-
Mais encore une fois, j'en
laisse lechamp libre, commeje
l'ay laissé dans tout le cours de
mes lettres,en y donnantaux Nations
le choix de toutes ces différentes
manieres de s'exprimer; je
ne prétens les obliger qu'à ce
qu'elles trouveront deplus commode
; une élocunon allongée,
quoyqu'ennuyeu se,nelaisse pas
d'estre intelligible. La concordance
l'il: arbitraire, & bien que
Je defaut de ses a gréables rapports
oste beaucoup de la grace
6cde la perfection du stile
,
il ne
luy fait pas perdre toute sa clarté.
Le soinnéccessaire en de prendre
garde seulement qu'il ne se glisse
point d'équivoque dans cét -La barbarie Cepeutsouffrir
mais l'équivoqueest insupportable
;
elle rend le senspropre à décevoir,
& le met quelquefois hors
d'inrel:iTence.
, Voib, Monsieur
, ce que je
pensedes moyens d'abréviation.
Pour peu que vous les exa-
111inicz,vousJuerez1vec moy,
qu'ils sont plus propres à ébloüir,
comme j'aydit, qu'à servir; 6c
que le meilleur partyest de s'en
tenir aux bornes que j'ay données
à l'Ecriture universelle dans
mes deux dernieres Lettres, sans y
innover aucune chose.
Je n'aurois plus rien à vous dire
decette Ecriture, sans la singularité
que jeluyay attribuée
,
dans
ma Lettre de vostre 14. Extraord.
p.345. où j'ay avance qu'elle nétoit
pm sujette à équivoque, & que
mesme on ne luy en causeroit ¡dl,
quand-on en figureroitUsCd)acftns
sans separation,tant ils estointaisez.
adémejlcr. Vous sçavez,Monsieur,
que par ce nlnt de Caractere, je
n'entens pas un Chiffre seul, mais
un Chiffre ou plusieursavec une
enseigne, comme je l'ayexpliqué
dans ma Lettre de vostre 19. Extraord.
p. 323. & c'est de la maniere
dont cette enses gne est faite,&
de l'endroit où elle est mise
, que résulte ce facile démeslement.
Il vous seraaisedereconnoiftre
cetteveriré
,
sans que je
m'étende dans son explication
& le débutdu Textesacré que
j'ay exprimé par l'une & par l'autre
de mes Ecritures, servira à
vous Ll montrer, sans que je m'en
mesle, pour peu que vous preniez
garde aux principes que j'ay établis
en parlant de l'enseigne.
D'autres Thémes vous produiront
aussi cette connoissance, si
vous vous donnez la peine d'en
faire, je vous demanderois volontiers
quelques momens d'application
pour cela,afin que vous
vissiez en mesme temps la grace &
acilité de ces Ecritures, dans
r pratique.
e iii'ciloisperfutadéjusqu'i
sent, qu'on donnoit à nos
chiffresordinaires le nom d)A-
\ques
,
à cause qu'ils devoient
origineàl'industriedes Ara-
; mais je viens d'e stredesabule
cette opinion,par un de mes sAmis de Paris, tres éclairé
toutes sortes de Sciences. Il
mande que cesPeuples qui ha-
,nt le milieu de l'ancien monn'ont
fait que communiquer
Figures, & la maniere de les
ployeràl'occident; & qu'ils
bnt tirées de l'Orient, non pas
la Chine, mais des Indes où
ÎS onteste inventées; &: que
LIT cette raison les Turcs
,
les;
rfes
, 6c les autres Orientaux
appellent ces Chiffres, chiffres
Indiens" Il ajoûte qu'à la verité,
il ya un peu de diffé rence entre
quelques-unes de leurs Figures,
& quelquesunesdecelles dont
nous nous servons
,
toutesfois si
peu considerable
,
qu'on voie
bien que les nostres sont issuës
des leurs, & qu'au restela maniere
de les employer est toute
semblable. Il me cite làdessus,
outre les Relations Orientales,
un AutheurAngloisnommé Bre-
- veredge, dont son Livre imprimé
à Londres en 1669. intitulé
Instutionum Chronologicarum libri
duo, unà cllm totidem Arithmetices
Chronoligicælibellis.Cetteorigine
de nos Chiffres est encore un
grandavantage pourune Ecriture
qui est fondée sur eux, & iln'y a
pas lieu de douter qu'éstant venuJ.
des Indes jusqu'à nous, ils n'ayent
aussi passé jusqu'à la Chine, Se
auxautresEtats les plus avancez
dans l'Orient. Grand acheminement
pour y faire recevoir la
nouvel!C,si"nifiation que j'ay ccc.
trepris de leur donner, pour la
communication des Nations, &
pour la commodité du Commerce.
Car enfin, Monsieur, legrand
& le facile servicequ'on en peut
tirer, doit faire avoüer aux 1plus
opiniâtres
, que les Peuples qui
écrivent à la Chinoise, & les
Chinois mesmes tÎ sonttant les
sages
, ne le seroient glleres s'ils
en avoient la connoissance
,
6c
qu'ils en refusassent l'usage. Je
prierois vojontiers,par vostre entremise,
le sçavant Mr Comiers
Ji\:n faire l'ouverture au jeunè,
Chinois, qui est le sujet de sa Lettre
inserée dans vostre Mercure
de Septembre dernier, si cetEtranger
est encore à Paris,comtne ilyalieudelejuger,parle temps
qu'il faut pour voir les beautez
de cerreincomparableVille, qui
seroit sans doute plus grande que
les deux Capitales de son Pays,,
si les Maisons qu'elle peuple
avoient leurs étages à leurs côfez,
au lieu de les avoir l'un sur
l'autre comme elles,
La façon d'écrire de ceux qui
parlent la Latigue-Latine, la
Grecque, la Teutonique,Se
l' Esclavone
quatreLangues
Meres qui ont pour Filles toutes
les Langues de l'Europe, excepté
la Turque,
est de conduire
leur Plume du costé gauche au
cofté droit; celle desHebreux,
fiede leurs branches est de la mener-
du costé droit au costé gauche,
& celle des Chinois est de la
tirer du haut en bas. Peut-estre
qued'autres Peuples la font aller
debas en haut, tant l'art allffi
bien que la nature se plaist à la
diversité. Mesdeux sortes d' Ecriture
se peuvent marquer de
toutes ces manieres , sans aucun
desordre; & la situation de leurs
Caracteres leur est indifferente.
Il est vray qu'à y bien penser, cét
avantage est commun à toute autre
Ecriture ou Langue, puis qu'il
ne dépend que du capricedes Ecrivains.
Ce qui est à souhaiter pour
l'employ des miennes, c'est qu'il
se trouve quelque Personne assez
charitableenvers le Public, pour
vouloir bien prendre la peine
d'en mettre les deux Dictionnaires
universels dans toutes leurs
étendues
,
afin que les Nations
n'ayant plus qu'à dresser leurs
Dictionnaires particuliers sur l'un
ou sur l'autre de ces universels
à leur choix, elles soient excitées
à y travailler, & à s'en servir. Il
me suffit d'en avoir tracéle plan,
il faut laisser quelque choseà faire
aux autres, comme dit Sorel,
dans l'endroit de sa Science universelle,
où il traite de ce grand
secrer. L'utilité de l'Ouvrage y
doit porter les interessez dans
le Commerce, &la Chambre
Royale qui prend tant de foin
d'étendre le nostre par toute la
terre, peut l'ordonner à quelqu'un
d'eux, avec la récompense
qui luy ensera deuë.
Vous concevez assez,Monsieur
l'avantage que les Peuples en tire.
roient,sans que je m'en explique.
Je serois pourtant bierfaÜe de
sçavoir de vous, qui de l'Ecriture
universelle
, ou de la Langue
de mesme nature, vous sembleroit
d'un plus grand service pour
les Nations? Je vous ay découvert
toutes mes pensées sur le
premier moyen de communicacation
,reste à vous entretenir du
fecond. Le Quartier d'Octobre
ne se passera pas que je n'aye cet
honneur. Je m'y engage, &je
fuis vostre, &c.
DE VIENNE PLANCY.
,
Madame, une nouvelle
Lettre de M*deVienne Plancy sur
£Ecriture univcrfelle.
cAEau-Cleranton le4. luin1685. E n'a pas esté sans raison,
Monsieur, que j'ay differé
si long-temps à m'acquitter de
ce quejevousay promis à la fin
de ma derniere Lettre, sur mes
projers d'Ecrirure universelle,
rapportée dans le 23 Extraordinaire.
Dispensez moy neanmoins
de vous apprendre aujourd'huy
la cause de ce retardement;
c'est un mystere qui sera
plus propre à estre éclaircy
uneautrefois. La promesse que
je vous en ay faite a deux parties.
La premiere, m'engageà donner
du jour à mes deux Lettres précedentes
; & la seconde, à fournir
des moyens d'abréviation
pour ces fortes d'Ecriture. Le
jour que je leur puis donner, ne
se tire quedesreflexions qu'il est
à propos de faire sur leur composition
, sur l'enchaînement genéral
& naturel de leurs Djébonnaires;
sur le grand nombre de
mots simples, dont je les ay enrichies
; sur l'exacte distribution
de leurs Chiffres en neuf & en
trois, pour le rapport particulier
rieces mots; sur la faciledistin-
.cion des manieres differentes,
dont elles marquent les neuf parties
du discours, sur la réduction
de leurs noms à une feule façon
de les décliner, & de leurs verbes
à une feule façon aussi de les conjuguer;
&: enfin sur la regle d'équité
que j'ay observée partour
autant que j'ay pû, qui veut qu'on
traite ~égalemenc les choses égales.
Moyens qui ont pour fondemens
la nature, la raison & l'ordre; &
qui parconsequent ne sçauroient
manquer de rendre ces Ecritures
trespropres à s'imprimer dans
l'esprir,&ày conserver sans embarras
le souvenir de leurs caracteres,
tantà l'égard de l'expression
, que de la signification;
mais comme il suffit de proposer
aux Personnes intelligentes les
sujets sur lesquels elles doivent
refléchir,pour les leur faire a pprofondir
,
6c y voir clair, sans
qu'il foit besoin de leséterdre
,
je
laisseray, Monsieur vostre penetration
l'accroissement des lu.
mieres que j'ay données, & je ne
vous en diray rien davantage.
Quant aux moyens d'abreviation
, vous sçavez que toute Ecriture
, comme toute Langue, consiste
dans son Dictionnaire &
dans sa Grammaire ; & qu'il est
impossible dans le fonds, d'abreger
le Dictionnaire
, parce qu'il
doit contenir les expressions de
tous les estres
,
& de tous leurs
accompagnemens;foir qu'on les
détaille directement, commej'ay
fait par un grand cmiloy de
Chiffres primitifs, dans celuy
que j'ay dressé,suivantlamethode
commune; soit qu'on en marque
une partie directement
,
&
l'autre indirectement, en rapportant
les choses subalternes aux
principales, comme j'ay fait par lesecoursdesChiffres auxiliaires,
dans celuy que j'ay proposé selon
la methode particuliere.
Il n'en est pas de mesme de la
Grammaire; on peut abreger les
expressions qui en dépendent,
j'entends les variations de ses
mots. Nostre langue & ses voilîties
réduisent par exemple,
toutes les déclinaisons
,
à celles'
de l'article définy, ou de l'indéfiny
, & ne leur attribuent que
deux genres,&quatre cas. Elles
expriment les degrez de comparaison
,par des adverbes; ceux
de diminution & d'augmentation,
par des adjectifs; les verbes
passifs, par le verbe substantif
avec un participe; &les verbes
meslez ,par la jonctiond'un
pronom personnel, au verbe aébf-
&au passif.
On peut imiter ces abreviations
,
& mesme encherir sur ellis
,
puis qu'on peut reduire les
deux articles àun seul
,
tel que
l'article general de ma methode
particuliere
;
marquer parluy,
le singulier & le plurieldetout
ce qui sedécline ,**aufïîbienque
les genres & les cas, comme je
l'ay déjaproposédanscette Méthode
; joindre dans sa déclinaison
le vocatifau nominatif;commejel'ay
pratiqué dansmaMevÇjwdpÇpmmun.
e ; employerles
aJverbçs plus & moinsleplus Be
Jemoinsà exprimerles degrez de
-
diminution ,ècd/augmçntation,
Auih.bie# que ceux qecomparai.
'JRl1 i:j& former les verbes actifs
par, le verbesubstantifavec leur
participedu temps present, comme
nous composons les verbes
paOEf.çpr.hlY) avec leur participedutemps
passé, selonma premiere
idée, expliquée dans m.t
Lettre de vostre19. Extraordinaire
p. 304&dire parex. jefuis
tyrnant, tuesaimant, il estaimant;
j'ay jil aimant jefiray aimant,
&c.aulieu dedire,j'aime, tuaimes,
il aime,j'ay aiméj'aimerçiy,
&c.
<-. Op peutajoûterd'autresabreviationsà
ceilesrlà* & parex. ne
point donner devariations aux
genres desadjectifs& dtVpàrtU
cipes, commeenont beauIle7
apprùchtnjtlbiitppYockiifftèTmaisles
Craiter comme sage\brave'lessàtrt,
tymt, dont les genresne sont
point distincts ; reduirelaconjugaifon
,
aussi b~in que ladéclinaison
,&à cet effetnelacomposer
que de trois moeufs & modes
à l'imitation de l Hebreu,
sçavoir, de l'infinitif, de l'imperarif,
Be del'indicatif; qui fera
aussi subjonctif&optatifmoyennant
quelques prépositions dont
on l'accompagnera au besoin telles
que sontsi quand, àJmme,flNft
à Dieu quey&c ne luy laisser que
les trois temps principaux, &exprimer
les autres, pardesAdverbes,
comme autrefois, dernitrement
,l'autrejour, recemment, &c..
ny distinguerles Personnes
, que
par les pronoms personnelscomme
on fait en nostre Langue, lors,
qu'on dit,j'aime, tu aime, il aime,
& comme on feroit si l'on y disoit
usm aimons
, vom aimons, ils aimons
& exprimer mesme sans
variation lesingulier & le pluriel
des personnes
,
& en marquer
feulement les nombres par le
moyen des mesmes Pronoms personnels,
à qui on lesattribuera,
commej'ay dit qu'on les pouvoit
attribuer àl'article,pour marquer
ceux des Noms.
On peut enfin à l'imitation de
la Longue Franque bannir mesme
l'arcicle; reduire ladéclinaisonàun
seul Cas commun, & la
conjuguaisonau seul Infinitif, &
en representer encore les temps
principaux par lesAdverbes déja,
presentement,tantost,hier, AUjourd'huy
,
demain,&c. & dire comme
elle par ex. Ji vous vouloir pre..
sentement aimer moy , moy donner
d/ifjitoj?vom mil écus (Ir, au lieu
dedire, sisousme voulez, aimer,
je vota donne)ay mille écus a'or.
Je ne vous-propose pas de mettre
les conjonctions 6c les préposicionsau
rang des Adverbes,
comme les Grecs font à l'égard
des interjections;d'unir les participes
avec les adjectifs, fous le titre
de noms, fie de necompter
ainsiquecinq parties dudiscours;
au lieu de neuf, sçavoir l'article,
le pronom,le nom,le verbe &
l'adverbe. Cette réduction ne
feroit rien à l'abréviation de l'Ecricureny
de la Langue,rpar,ce.qure1
les Caractères ny les mots n'en
feroient pas en moindre quantité,
quoy qu'ils fussentdistribuez
en moins de Classes ,estant tous
également nécellaires pour l'expression
du discours .,;'& devant
par consequent estre distinguez
en quelque sorce l'unde l'autre.
D'ailleurs j'ay marqué dans mes
deux Ecritures, les parties invariables,
par une barre sur elles,
les déclinables par une barre inserée
& droite; & celles qui se
conjuguent par une barre inserée
& courbe: & c'est avoir réduit
toutesles parties du discoursen
trois Classes au lieu de cinq ;mais
il nes'agit pasdecela,comme:je
viens de dire. d 1:)uHôr'rn,(ri
ï,Le; retranchementdes, Car
âcres& des mots ne peut proceder
que des moyensprécedens,
&. je n'en vois point d'autres
que ceux que je viens de
rapporter. On peutlesemployer,
le champ est libre, l'interprete
en échapera. J'aylaide au choix
de l' Ecrivain, dans le cours de
mesLettres
,
l'usage de la pluspart
de ces moyens,& j'en ayexpliqué
mon sentiment
,
mais à
examiner la chose à fonds, ils
font plutost à rejetter qu'à mettre
en pratique. La nature donne
trois genres aux Eftres, 6c
les separe ; pourquoy quitter foa
exemple, 6c mettre en un, le
Masculin 6c leNeutre? La raison
nous montre que leVerbe a six
maniérés d'influersur le nom, 6c
cinqdetémoigner son aéhon;
Pourquoy donc confondre les
Cas & les Modes qui les distinguent?
Estceuneaffaireàlameémoired'apprendre
trois genres
aulieu dedeux,six Cas&cinq-
Modes aulieu d'un plus petit
nombre? Non sans doute, un
quart d'heure de plus, est plus de
temps qu'il ne faut pour s'instruire
pleinement detoutes ces choses;
On dira peut-estre, que si les
mots simples font l'abondance SC-1'
la richessedesLangues.,ils en
augmententaussila peine,au lieu
que les phrases la diminuent;
qu'ainsisçachant en nostre Langue
déclinerl'article, on en sçait
décliner tous les noms ,
puis
qu'on n'a qu'à placer cet article
devanteux,pour en marquer les
Cas;
Cas; que fçachant^ quatre ou
cinq adverbes de comparaison,
on sçaic composer tous les comparatifs
& tous les superlatifs,
puis qu'on n'a qu'à associer ces
Adverbes avec les Adjedifs,
pour les former; que sçachant
conjuguer le Verbe estre
, on
sçait conjuguer tous les Verbes
passifs, puisqu'on n'a qu'à joindre
leur participe passé àcette conjuguaifon
, pour avoir toutes les
autres.
Je réponds à cela, que je remarque
plus d'éclaircissement
que de verité
,
dans l'opinion
qu'on a que ces fortes d'usages
abregent plus l'instruction d'une
Langue, que ceux que j'ay pro.
posez dans mes deux dernieres
Lettres. J'y fais décliner tous les
Noms, tous les Pronoms, & tous
les Participes d'une mesme maniere,
puis que je leur donne à
tous les mesmesterminaisons, 8c
j'en use ainsi à l'égard des Verbes;
& je maintiens que routes
ces déclinaisons & toutes ces
conjuguaifons ne font pas plus
difficiles à retenir, que la déclinaison
du seul article, & que la
conjuguaifon du seul Verbe fubftatftifj
parce qu'on ne sçait pas
plûtost décliner un Nom & conjuguer
un Verbe, qu'on sçait décliner'tous
les autres Noms, ôc
conjuguer tous les autres Verbes.
, -
,
Il en est demesmedelacomposition
de degrez de comparai-
-
son, dediminution, &d'augmentation.
Qui en sçaitformer un,
sçait former tous les autres; 6c
ces compositions ne sont pas
moins aisées que les associations
des Adverbes pour leurs expressions.
C'est le fruit & l'avantagedesrégies
générales,&desrégles
d'équité, que j'ay suivies par
tout le plus exactement qu'il m'a
estépossible. L'un revient donc à
l'autre, mais ce qui résulte de
mon usage me semble bien important;
c'est qu'il me fait exprimer
les choses par la simplicité
des mots, au lieu qu'on tombe
presque à tout momentpar l'autre
maniere dans l'embarras des phrases;
car enfin je ne croy pasm'être
trompé d'avoir préferé jusqu'icy
les mots simples aux phrases
,
5c
par ex. YZJtbs Rema des Latins, à
la VilledeRome des François; l'e
mtllllY; à il est aimé; le deambulavimus
,
à nosu nom femmespromenez,;
le doctior illo, à f>lu&Jfavant
que tuy, &c. Je me fuis fondé sur
l'exemple delanature, qui n'employe
jamais les lignes courbes,
lors qu'elle peut venir à ses fins,
par les lignes droites; & sur la
Sentence des Sages, qui témoignent
qu'en vain on fait avec
beaucoup, cequ'on peut faire
avec peu. Ces raisons m'ont sceu
persuader qu'il falloit éviter les
détours&les longueurs dans l'E.
criture&dansla Langueuniverfelle
, autant qu'ilestoit possible.
Ondira peutestreencore,que
l'Article, le Verbesubstantif,les
Adverbes
,
les comparatifs, &c.
desquels se forment les petites
phrases ou constructions allongées,
font des marques quiaident
à juger de ce qui les suit; mais j'ay
à répondre que les terminaisons,
ou les Chiffres auxiliaires de mes
Caracteres, sont des si;nes qui
aident aussi à juger de ce qui les
précede, &:qu'ainG l'un revient
encore à l'autre
-,
si bien que le
mot simple cftuu: plus au goust
de la nature tk de la sagesse que
la phrase , il est ce me semble à
préferer à elle dans cette occafioti.-
Mais encore une fois, j'en
laisse lechamp libre, commeje
l'ay laissé dans tout le cours de
mes lettres,en y donnantaux Nations
le choix de toutes ces différentes
manieres de s'exprimer; je
ne prétens les obliger qu'à ce
qu'elles trouveront deplus commode
; une élocunon allongée,
quoyqu'ennuyeu se,nelaisse pas
d'estre intelligible. La concordance
l'il: arbitraire, & bien que
Je defaut de ses a gréables rapports
oste beaucoup de la grace
6cde la perfection du stile
,
il ne
luy fait pas perdre toute sa clarté.
Le soinnéccessaire en de prendre
garde seulement qu'il ne se glisse
point d'équivoque dans cét -La barbarie Cepeutsouffrir
mais l'équivoqueest insupportable
;
elle rend le senspropre à décevoir,
& le met quelquefois hors
d'inrel:iTence.
, Voib, Monsieur
, ce que je
pensedes moyens d'abréviation.
Pour peu que vous les exa-
111inicz,vousJuerez1vec moy,
qu'ils sont plus propres à ébloüir,
comme j'aydit, qu'à servir; 6c
que le meilleur partyest de s'en
tenir aux bornes que j'ay données
à l'Ecriture universelle dans
mes deux dernieres Lettres, sans y
innover aucune chose.
Je n'aurois plus rien à vous dire
decette Ecriture, sans la singularité
que jeluyay attribuée
,
dans
ma Lettre de vostre 14. Extraord.
p.345. où j'ay avance qu'elle nétoit
pm sujette à équivoque, & que
mesme on ne luy en causeroit ¡dl,
quand-on en figureroitUsCd)acftns
sans separation,tant ils estointaisez.
adémejlcr. Vous sçavez,Monsieur,
que par ce nlnt de Caractere, je
n'entens pas un Chiffre seul, mais
un Chiffre ou plusieursavec une
enseigne, comme je l'ayexpliqué
dans ma Lettre de vostre 19. Extraord.
p. 323. & c'est de la maniere
dont cette enses gne est faite,&
de l'endroit où elle est mise
, que résulte ce facile démeslement.
Il vous seraaisedereconnoiftre
cetteveriré
,
sans que je
m'étende dans son explication
& le débutdu Textesacré que
j'ay exprimé par l'une & par l'autre
de mes Ecritures, servira à
vous Ll montrer, sans que je m'en
mesle, pour peu que vous preniez
garde aux principes que j'ay établis
en parlant de l'enseigne.
D'autres Thémes vous produiront
aussi cette connoissance, si
vous vous donnez la peine d'en
faire, je vous demanderois volontiers
quelques momens d'application
pour cela,afin que vous
vissiez en mesme temps la grace &
acilité de ces Ecritures, dans
r pratique.
e iii'ciloisperfutadéjusqu'i
sent, qu'on donnoit à nos
chiffresordinaires le nom d)A-
\ques
,
à cause qu'ils devoient
origineàl'industriedes Ara-
; mais je viens d'e stredesabule
cette opinion,par un de mes sAmis de Paris, tres éclairé
toutes sortes de Sciences. Il
mande que cesPeuples qui ha-
,nt le milieu de l'ancien monn'ont
fait que communiquer
Figures, & la maniere de les
ployeràl'occident; & qu'ils
bnt tirées de l'Orient, non pas
la Chine, mais des Indes où
ÎS onteste inventées; &: que
LIT cette raison les Turcs
,
les;
rfes
, 6c les autres Orientaux
appellent ces Chiffres, chiffres
Indiens" Il ajoûte qu'à la verité,
il ya un peu de diffé rence entre
quelques-unes de leurs Figures,
& quelquesunesdecelles dont
nous nous servons
,
toutesfois si
peu considerable
,
qu'on voie
bien que les nostres sont issuës
des leurs, & qu'au restela maniere
de les employer est toute
semblable. Il me cite làdessus,
outre les Relations Orientales,
un AutheurAngloisnommé Bre-
- veredge, dont son Livre imprimé
à Londres en 1669. intitulé
Instutionum Chronologicarum libri
duo, unà cllm totidem Arithmetices
Chronoligicælibellis.Cetteorigine
de nos Chiffres est encore un
grandavantage pourune Ecriture
qui est fondée sur eux, & iln'y a
pas lieu de douter qu'éstant venuJ.
des Indes jusqu'à nous, ils n'ayent
aussi passé jusqu'à la Chine, Se
auxautresEtats les plus avancez
dans l'Orient. Grand acheminement
pour y faire recevoir la
nouvel!C,si"nifiation que j'ay ccc.
trepris de leur donner, pour la
communication des Nations, &
pour la commodité du Commerce.
Car enfin, Monsieur, legrand
& le facile servicequ'on en peut
tirer, doit faire avoüer aux 1plus
opiniâtres
, que les Peuples qui
écrivent à la Chinoise, & les
Chinois mesmes tÎ sonttant les
sages
, ne le seroient glleres s'ils
en avoient la connoissance
,
6c
qu'ils en refusassent l'usage. Je
prierois vojontiers,par vostre entremise,
le sçavant Mr Comiers
Ji\:n faire l'ouverture au jeunè,
Chinois, qui est le sujet de sa Lettre
inserée dans vostre Mercure
de Septembre dernier, si cetEtranger
est encore à Paris,comtne ilyalieudelejuger,parle temps
qu'il faut pour voir les beautez
de cerreincomparableVille, qui
seroit sans doute plus grande que
les deux Capitales de son Pays,,
si les Maisons qu'elle peuple
avoient leurs étages à leurs côfez,
au lieu de les avoir l'un sur
l'autre comme elles,
La façon d'écrire de ceux qui
parlent la Latigue-Latine, la
Grecque, la Teutonique,Se
l' Esclavone
quatreLangues
Meres qui ont pour Filles toutes
les Langues de l'Europe, excepté
la Turque,
est de conduire
leur Plume du costé gauche au
cofté droit; celle desHebreux,
fiede leurs branches est de la mener-
du costé droit au costé gauche,
& celle des Chinois est de la
tirer du haut en bas. Peut-estre
qued'autres Peuples la font aller
debas en haut, tant l'art allffi
bien que la nature se plaist à la
diversité. Mesdeux sortes d' Ecriture
se peuvent marquer de
toutes ces manieres , sans aucun
desordre; & la situation de leurs
Caracteres leur est indifferente.
Il est vray qu'à y bien penser, cét
avantage est commun à toute autre
Ecriture ou Langue, puis qu'il
ne dépend que du capricedes Ecrivains.
Ce qui est à souhaiter pour
l'employ des miennes, c'est qu'il
se trouve quelque Personne assez
charitableenvers le Public, pour
vouloir bien prendre la peine
d'en mettre les deux Dictionnaires
universels dans toutes leurs
étendues
,
afin que les Nations
n'ayant plus qu'à dresser leurs
Dictionnaires particuliers sur l'un
ou sur l'autre de ces universels
à leur choix, elles soient excitées
à y travailler, & à s'en servir. Il
me suffit d'en avoir tracéle plan,
il faut laisser quelque choseà faire
aux autres, comme dit Sorel,
dans l'endroit de sa Science universelle,
où il traite de ce grand
secrer. L'utilité de l'Ouvrage y
doit porter les interessez dans
le Commerce, &la Chambre
Royale qui prend tant de foin
d'étendre le nostre par toute la
terre, peut l'ordonner à quelqu'un
d'eux, avec la récompense
qui luy ensera deuë.
Vous concevez assez,Monsieur
l'avantage que les Peuples en tire.
roient,sans que je m'en explique.
Je serois pourtant bierfaÜe de
sçavoir de vous, qui de l'Ecriture
universelle
, ou de la Langue
de mesme nature, vous sembleroit
d'un plus grand service pour
les Nations? Je vous ay découvert
toutes mes pensées sur le
premier moyen de communicacation
,reste à vous entretenir du
fecond. Le Quartier d'Octobre
ne se passera pas que je n'aye cet
honneur. Je m'y engage, &je
fuis vostre, &c.
DE VIENNE PLANCY.
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Résumé : Lettre de Mr de Vienne Plancy, sur l'Ecriture universelle. [titre d'après la table]
Dans une lettre du 4 juin 1685, M. de Vienne Plancy présente ses projets concernant une écriture universelle. Il divise son projet en deux parties : l'illustration de ses lettres précédentes et les moyens d'abréviation pour cette écriture. Il aborde plusieurs aspects nécessaires à la compréhension de cette écriture, tels que la composition, l'enchaînement des idées, le nombre de mots simples, la distribution des chiffres, et la distinction des parties du discours. L'auteur souligne que toute écriture repose sur un dictionnaire et une grammaire. Bien que le dictionnaire ne puisse être abrégé, la grammaire peut l'être en réduisant les variations des mots. Il propose de limiter les déclinaisons et les degrés de comparaison, et de simplifier les articles, pronoms, et temps verbaux. Il suggère de réduire les parties du discours à cinq : l'article, le pronom, le nom, le verbe et l'adverbe, et de les classer en trois catégories selon leur invariabilité. M. de Vienne Plancy discute également de la nature des genres et des cas grammaticaux, affirmant que la simplification des genres et des modes ne rendrait pas l'apprentissage plus difficile. Il préfère les mots simples aux phrases complexes et insiste sur la clarté et l'absence d'ambiguïté dans l'écriture. Il aborde la question des chiffres, soulignant leur origine indienne, et mentionne diverses directions d'écriture selon les langues. Enfin, il propose la création de dictionnaires universels pour faciliter la communication entre les nations, laissant aux autres le soin de les développer. Il espère que la Chambre Royale encouragera cette initiative et demande l'avis de son interlocuteur sur la préférence entre une écriture universelle ou une langue de même nature.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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221
p. 232-241
SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Début :
Si un Mary qui découvre que la Personne qu'il a épousée, [...]
Mots clefs :
Époux, Passion, Femme, Amant, Mariage, Malheur, Amour, Destin, Coeur, Aimer, Liberté, Voeux, Fidélité, Bonheur, Douleur, Tombeaux, Histoire antique, Obsèques, Architecture, Défunts, Sépulture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
SENTIMENS
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
SUR TOUTES LES QUESTIONS
-DU XXVII.,
EXTRAORDINAIRE.
Si un Mary qui découvre que la
Personne qu'il a épousée,estoit
prévenuedepassion pour un
autre en l'épousant,a plus sujet
de se plaindre d'elle, qu'un
autre Maryn'ena de seplaindre
de sa Femme, lors qu'il
s'apperçoit que depuis son mariageelle
est devenue sensible
auxsoins d'unAmant.
pA- les termes exprès de cette Quession,
Je conclus que le mariage
Malgré toute précaution,
Eflundangereux esclavage
Et bien sujet à1caution.
C'est un rnalhertrinévitable,
Tofl ou tard, une Femme ilimablè"
Trouvequelqueplaijïràsenfaire conten-
Etle joug qu'un Galant nom aidea porter,
Devient un [ouf'infupportaMe. d'
Mats jenesçay lequelefl le plus malheureux,
Deceluy qui découvreen épousantfa-
Femme,
Quavecunautre Amantelleavoit dattii
son ame,
Vn engagement amfJUrCHX::
,OH. celuy qui Jepuù) voitsaFemme
delle
MAlgré l'amourqu'ilapourelle,
Abandonnerson coeur-Àd"impudsq*ueslfQtx>*-$
0
Cependant quand je confidere
De ces deux Maris, la misere,
Avec un peu d'attention:
Je trouve dufécond, le dessin ordinaire,
Et j'ay pour le premier, plus de compaf-
/ion.
W3
Tous deux ont sujet defeplaindre,
Maifils avoienttous deux également a craindre:*• -
EpouferuneBelle &quin'eustpointaime,.
Neferort-ce pas un miracle?
Et dans le Sacrement un coeuraccoutume
PeHto.il àbsonfalmaoucr troluever?un grand
Lequel est le plus facile de n'avoir
jamais d'amour, ou de n'en
avoir qu'une seule fois en toute sa
vie. IL estrare, belle Sylvie,
De n'avoir jAmllü dans la vie»
Mais lors que de ïamour on afuby les--
¡oix *
Heflplus rare encor de riaimerquune
foù. es
VOUSvoirobjlinéeanejamais armer
Peut estre osez.-vous pré urner,
De pouvoir aisement éviter dans la vieiy.
L'amour &[es plus doue:sloix:
Mais apprenez,, belle Sylvie.
S^ue 1 on efl obligé d'aimer tous Unefois!.
80
Quandde ee Dieula tendre violence
VoussoumettrafmssapuiJfllnce;
Quand le moment feravenu,
Moment qui vous efl inconnu
Mais qui vientsans que ton y pcnfe
jPJecroyez. pas d'amoursuivre les douceis
loix
Unefeulefois dans lavie;
Car apprenez., belleSylvie,
onmpeut toeujoufrs lloimerquiandson aÎ.mf':
S'il estplus cruelde ne pouvoir
réüssir à sefaire aimer d'une Personne,
pour qui on sent unetresforte
inclination
, que de la voir
infidele a près qu'on en a receules
plus engageantes marques d'amour.
TVsçais, mon cher Damtn, fiqHclauautre
que moy Doit plusserécrierfu* , un manque defoy.
J'aimais,j'estois aimé d'une jeune Bérgere,
Dontje croyois le coeur &sidette & sincere.
Cependant la volageaprèsmilleferment,
M'abandDnne, mefuit, cherched'autres
Amans, * la confiance est pourelleune chose inconnue,
Et etunnouvel amourson lime
estpre'venue,
Olry, je n'en puis douter ; un rival trop
heureux,
Jouit en liberté de l'objet de mes voeux,- -
Et moy, mIn' cher Damon, je nay de ma
conflance
J^iteletr'fte regret pourtoute recompettfe.
Elle avoit, je£avoué,écoutémesfoupirs»
Et de quelques faveurscontentémes
drfirs;
Maiscefl en celamesmeOH je fuisplus «-
plaindre,
Lors que de monamourje navoisriens
craindret
jQue tout me répondoit de sa ideiité
L'ingrate metrahiti quiltnferoit duté?
Toy-mesme qui cannois jusquou va d'sa
ne Femme,
'Le changement d'humeur, Cinégalité
cEamc>
Tu rnas dit millefois,ravy de mon bonheur,
Que jeferoistoujours lemaifire defort
coeur.
Ctpendant aujourd'hui tu vois bien le
contraire:
Juge dema douleur, jugede macetera
Et tu confie[feras qu'unpareil traitement,
Efl le plus granddes maux que l'onfoujfre
en aimant.
QU'ELLE EST L'ORIGINE
DES TOMBEAUX.
pOur I"Origine des TombeAux,
Superbes, magnifiques, beaux,
Et telsque les Htfloires GrecqueSt
Dififnt qu'on dreffoit aux Obséques
Des Heros de tantiqHité;
LesEgyptiens ont eslé
Les prlmeeru/ui parla druBure
D'HWsuperbe architeElure,
bâtirent magnifiquement, ji leurs Défuntsunmonument.
En des lieuxsecs & non humides.
Dans l Egypte on voitPyramides-
Obelisques, Arcstriomphaux,
Et tout celttfont des TombeAux;
Onvoitaujjidans UJudée3
La Palestine,&l'idumée,
DesSepulchres tes (omptueHX
Où fontenterrez* les Hebreux,
Car ce Peuple a dure cervelle, (C'efl ainsi que le Juif s'appelle,
Chez, sonfameux Legislateur)
Portoit aux Aiorts un grand honneur»
MaisChonneur de la Sépulture,
Ef/oit dans la Loy de Nature,
Pratiqué bien auparavant,
Par tous les Peuplesdu Levant.
Puis quAbrahamfor son vieilâge
Voulut avoir en héritage,
Pourluy ,sa Femme, & tous lesftenii
Vn. Tombeau chez, les Hhhiens,
Lesquels avoient, dit £Ecriture,
Vn qrandfoin de la Sépulture,
Detous ceux de leur Nation:
Chacun danssa condition,
jivo'tun Tombeau domestique,
scunsuperbe
,
l'antre rustique;
Mais tousces divers Monumens;
Ne manquoient larnais <£o*nemettSiuibrahamdoncaleurexemple,
Trfte, menarttnn deuil très amples
Desa chere EpouseS-ara,
Pourl'enterrer-Iekrdemanda,
Non pas cdmmcune récompense,-
JvJais?noyentrant grojfefinanûe, * -
Fourcetemps*la, cela&èntend,
QHilleur délivratout compta)ik*"
Leunfrmdndtt, dis-se,Uneplacé,
Pourinhumertoutesa race,
Dans un certain Champ retiré,
Qui*egardoitdeversÀfembré»
«*
Maisce Peupleàcettesemonce,
Luy fit une honnefle rtponre.
Pniiez., dit-il, de nosTombeaux
Les plus exquis, & lesfins beauxt
Il rieflaucun qui nefefajfè
Ungrand honneurde cette grâce*
uibraham pourcecompliment,
Ne changea pointdefenùment.
Demandant toujours la Caverne,
Le Champ) avecque la Citerne
Quiregardoitdevers Membré.
- Ainsi qu'ilCavoitdejîré,
La chose luyfut accardit. , Et
Et depuis, toute[alignée
Tprit un éternél repos.
Juffue la mesme que les os
De Jacob
, avec grande fuite,
Tfurentapportez, d*Egypte;
Selon qu'il l'avaitsoubassé.
Farsa derniere volonté;
D"où jeconclusparcetteHistoires
Qui mest venue en la mémoire,
Que les PeuplesOrientaux
Ont eu des premiers des TomheAux;
Et qu'enfuitecettecoutume,
EftPa(fëeenplusgrosvolume,
Chez, les Grecs, & chez, les Romains,
Et delà chez, tous les Humains,
DE LA F.lUP.EllIE.
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Résumé : SENTIMENS SUR TOUTES LES QUESTIONS DU XXVII. EXTRAORDINAIRE.
Le texte explore deux thèmes principaux : la fidélité conjugale et l'origine des tombeaux. En ce qui concerne la fidélité conjugale, il compare deux situations : celle d'un mari apprenant une passion passée de son épouse pour un autre homme avant le mariage, et celle d'un mari découvrant l'infidélité de son épouse après le mariage. Le texte conclut que le premier mari est plus à plaindre, bien que les deux soient malheureux. Il souligne également la nature inévitable de l'amour et de l'infidélité, affirmant que l'amour peut survenir à tout moment et que l'infidélité cause une douleur profonde. Sur le plan historique, le texte traite de l'origine des tombeaux. Il attribue aux Égyptiens l'invention des monuments funéraires magnifiques, tels que les pyramides et les obélisques. Il mentionne aussi les sépulcres des Hébreux en Judée, en Palestine et en Idumée. Les Égyptiens accordaient une grande importance à la sépulture, comme en témoigne l'exemple d'Abraham, qui demanda un tombeau pour lui-même, sa femme Sara et sa descendance. Cette pratique fut ensuite adoptée par d'autres peuples, y compris les Grecs et les Romains, et se répandit parmi tous les humains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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222
p. 247
« Ceux qui ont trouvé ce mesme mot sont Messieurs l'Agneau [...] »
Début :
Ceux qui ont trouvé ce mesme mot sont Messieurs l'Agneau [...]
Mots clefs :
Liste de noms, Réponses, Énigmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ceux qui ont trouvé ce mesme mot sont Messieurs l'Agneau [...] »
Ceuxiini ont trouvé ce mflinPfnct , J" font McJJleurs PAgneau de Fere en
Tertenois ë dé -S-enlt~ ; Lieu- ; Eftienhedé Senlis; Lieutondde,
BrignollejT. T. le Çhevalitr
de Montans de Dormans> C. MachottddelaRué
des cinq Diamans;
dT/kon d*Amiens;C. H. d,;4bbfi/.
le,Mcfdemoifdles M.Provais i Nanon
Chajferet de U Vieille Rue du
Temfki1. du:Pa1rc d1e la"Rue Saint Honoré ile Maifire à Mirette ; Pa.fri
UJfan;l*Habitantde UMassin Grillée
du coin delallüe aux OursAmazone
de la Riie des Poulies; la CharmtltePricdfidi
chtfiie; la Prjn.
essè de la Forefid*Afcléon; de /4
Grand- posse; Leger de Verbijjonne
; £Indiffèrent enjoué, de l'arts..
Tertenois ë dé -S-enlt~ ; Lieu- ; Eftienhedé Senlis; Lieutondde,
BrignollejT. T. le Çhevalitr
de Montans de Dormans> C. MachottddelaRué
des cinq Diamans;
dT/kon d*Amiens;C. H. d,;4bbfi/.
le,Mcfdemoifdles M.Provais i Nanon
Chajferet de U Vieille Rue du
Temfki1. du:Pa1rc d1e la"Rue Saint Honoré ile Maifire à Mirette ; Pa.fri
UJfan;l*Habitantde UMassin Grillée
du coin delallüe aux OursAmazone
de la Riie des Poulies; la CharmtltePricdfidi
chtfiie; la Prjn.
essè de la Forefid*Afcléon; de /4
Grand- posse; Leger de Verbijjonne
; £Indiffèrent enjoué, de l'arts..
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Résumé : « Ceux qui ont trouvé ce mesme mot sont Messieurs l'Agneau [...] »
Le texte énumère des personnes et des lieux. Les individus incluent le chevalier de Montans de Dormans, C. Machot de la Rue des Cinq Diamants, C. H. d'Abbéville, le marquis de Provais, et Nanon Chajferet de la Vieille Rue. Les lieux mentionnés sont Senlis, Brignolles, Amiens, la Rue Saint-Honoré, Mirette, Massin Grillée, la Rue aux Ours, et la Rue des Poulies. Des titres comme 'le Chevalier' et 'le Marquis' apparaissent, ainsi que des descriptions telles que 'l'Indifférent enjoué, de l'art'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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223
p. 251-252
« Ces deux Enigmes ont esté aussi expliquées dans leur vray [...] »
Début :
Ces deux Enigmes ont esté aussi expliquées dans leur vray [...]
Mots clefs :
Énigmes, Réponses, Liste de noms, Découverte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Ces deux Enigmes ont esté aussi expliquées dans leur vray [...] »
Ces deux Enigmes ont ellé tfujfl
expliquées dans leur vray fins par
Mijifeurs F.Carrier de Roueni Guét'in
d'Annonay Medecin de t'Hofpipital,
Lieutenat au Greniera Sel de
Paris; de la £>uilie de la Rue Beaubourg
; D C. deBeauvaù ; duMef.
nil>•lespetits Thtangeaux du Phrygien
; CAmant qui J)Lrfevere de U
fethe Ruedes P. I Avocat de Fere
en Tartenoà i le brave Marais &si"
Ajjociésle fohVLraiu Arbitre del'HôteldesZJrfîns.
expliquées dans leur vray fins par
Mijifeurs F.Carrier de Roueni Guét'in
d'Annonay Medecin de t'Hofpipital,
Lieutenat au Greniera Sel de
Paris; de la £>uilie de la Rue Beaubourg
; D C. deBeauvaù ; duMef.
nil>•lespetits Thtangeaux du Phrygien
; CAmant qui J)Lrfevere de U
fethe Ruedes P. I Avocat de Fere
en Tartenoà i le brave Marais &si"
Ajjociésle fohVLraiu Arbitre del'HôteldesZJrfîns.
Fermer
224
p. 252-285
ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Début :
Il seroit difficile que l'Ouvrage qui suit ne vous plust pas, / Je voy bien, Monsieur, que vous m'écrivez, non seulement pour m'apprendre [...]
Mots clefs :
Grand, Corneille, Poète, Gloire, Horace, Roi, Ouvrage, Théâtre, Vieillesse, Pièces, Éclat, Louanges, Sentiments, Divertissements, Beauté, Esprit, Agréable, Mort, Excellence, Déclin, Éloge funèbre, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
isseroitdifficile que fOuvrage qui
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
fuitne t'eus plaflpàs,puùqu'ilefi de
M. de laFevrtrie
,
&fait à la gloire
du fameux M.deCorneille, àla mort
duquelveuiavez, donnédeslarmes»
ELOGE
DU GRAND CORNEILLE
A MONSIEURL'ABBE
DES VIVIERS AUMOSNIER.
du Roy, Chanoine de Constance,
Protonotaire du Saint
Siege. jE voy bien, Monsieur, que
vous m'écrivez, non feulement
- - pour mapprendre la mort de
l'incomparable Monsieur Corneille,
mais encore pour m'engagerà
faire son Oraison Funèbre,
comme si un Panégyrique de ma
façon
,
pouvoit contribuer quelque
chose à sa mémoire ; mais
enfin il ne tiendra pas à*vous,5c àmoy
,
quetoutle monde no
l'admire, &; que ses Envieux, 6c
ses Ennemis, ne soient contraints
de reconnoistre son mérite.Mélons
donc nos larmes avec celles
du Parnasse, &de tous les beaux
esprits qui pleurent la mort de
cet Illustre, ouplutost mélons
nos voix parmy celles de toute la
France, qui chante si hautement
ses louanges. Que dis-je, toute
la France? Rome & l'Italie. entiere
ne luy refuseront pas à sa
mort, des applaudissemens qu'-
elles luy accorderent pendant sa
vie, lors qu'un grand Pape en fit
les éloges ; car enfin, Monsieur.
qui n'est pas convaincu du prix
& de l'excellence de l'admirable
Corneille?Et ne pouvons-nous
pasdirede luy,ceque Virgilea
ditautrefois de son Héros, ou du
moins de ion Daphnis?
Bine ufqm adfydera moins.
Le plus excellent Critique de
nostre Siecle
,
& qu'on pourroit
justement appeller le Génie de la
Satyre,a reconnu leméritédece
grand Homme. Il a remarqué
des défautsdans les plus celébré-
Aurheursj il a fait la guerre
genéralementà tous nos Poëtes,
& par sa delicatesse
,
& par ion
,discernement
,
il les a presque
tous mis au desespoir. Cependant
il a toûjours excepté de sa
cenfute l'Illustre Mr Corneille,
.& mesme ill'a toujours proposé
comme un grand Maistre de
FAit; digne de leiintnattalité., Zc
- de la donner aux autres. Voicy
comme il en parle au Roy.
Etparmy tant£Autbeurs,jtveux
bien£avouer,
Apollon en connoiifqui te peuvent
-
louer.
oiji,j*efcay quentre ceux qui t'adrèssent
leursveilles,
Parmy les Pelletiers,eonn ccoommpittee des
corneilles.
Et dans sa Poëtique, où il désigne
quatre Poëtes qui doivent
travailler à la gloire&au divertissementdu
Rov. eCornâUe pourtoyrallumantfo»
audace,
Soit encor le Corneille, & du Cid &
£Horace.
I.
Il sembleroit d'abord que M.
Despreaux feroit du sentiment
de ceux dont M. Corneille se
plaint dans cette belle Epistre
qu'il adressa au Roy, il y aquelquesannées.
;
J'affaiblis, ou dumoins ilssi le jermaient.
Et qu'il n'arien faitdepuis Horace
&.. le Çid,deUÉorcede ces
deux Pièces ; mais si l'on y fait
un peu de reflexion,on verra
que M. Boisleau est d'un sentimenttout
contraire. Illuytrouve
encore la mesme vigueur, &
le juge capable plus quejamais de
travailler au divertissement du
plus grand, Roy du monde. Ce
feu estoit encore sous la cendre,
il n'estoit pas encore éteint ,il
n'estoit feulement qu'assoupy, &
on levoyoit avec lemefme éclat
& la mesme ardeurquand il en
estoitbesoin. Estcequ'ilneparoissoit
pas dans Sertorius, dans
Oedipe& dans Rhodogune?Eftce
que ces Ouvrages estoientsans
force & languissans
, &que luy
mesme ait eu raison de dire au
Roy?
1
-
Cefont desmalheureux élouffiZJ AU
Berceau, jqL Jjhtunfiul de tes regards peut tirer
du Tomkedu.
Non, non, M. Corneillea
toujours eu le mesmefeu &Ilde
mcÍme génie que dans Horace
,& dans le Cid. Les regards de
sa Majesté pouvoient, je l'avoue,
donner un nouveau lustreàses
Pieces; mais elles meritoient bien
aussi ses regards favorables ; car
il n'y en a aucune qui manque
de grace& de beauté, ôc il a pû
dire hardiment de ses Ouvrages.
Achevé, les derniers rient rien qttï
dégénéré,
Rienqui lesfajfecroire enfansdut*
autrepere.
Il faut donc avouer que M,
Corneille n'a point vieilly,&n'a
point dégeneré. Cependant
l'Autheur des Nouvelles nouvelles,
ditqu'il a pris un vol 1J
haut, que l'âge l'oblige malgré
luy de descendre. Si cet Autheur
a dit cela en parlant de Sophonisbe,
qu'a-t'il pû dire depuis
Mais enfin si les Pieces du grand
Corneille n'ont pas toutes la mesme
vigueur,&la mesme beauté,,
est-ce une raison de l'acculerde
vieillesse, &de s'écrier foy-meC.
we? • Pour bien écrire encorjay trop long*
tempsécrity1l -'r,.
MUls rides dufient passent jufq$ta*
l'esprit
Les Poëtes ont cela de commun
avec les belles Femmes,
qu'iln'y a rienqu'ils a pprehendent
tant que de vieillir
, ou di*
moins de paroistre vieux; & pour
ce sujet, ils font à leurs écrits,
tout ce que lesautres font à leurs
visages. Il semble que les Mufes
leur ayent inspiré cette inclinanation.
Comme elles font toujours
vierges & belles
,
ils,! voudraient
ettre toujours jeunes&
vigonreux Il n'y a rien qu'ils
ne faisent pour conserver cet
agrément,& cette fleur de jeunesse
quifait tout l'êclat, &tout
le brillant de leurs Ouvrages,
Horaceestoitdece sentiment;il
nesouhaitoit ny les honneurs, ny
les richesses
;
il secontentoitd'une
viefrugale & tranquille. Mais ildemandoit au grand Apollon,
d'estre toujourscet Horace
agréable& charmant, cet Horace
plein d'esprit & de feu, cet
Horace les délices de Mecenas ôc
d'Auguste.
Frui parâtù dr validomt'hi
LatoedûRtsxc?precorintégra
Cllm ment*:ntc turptm fencttam
Degere, ueccythata camtim.
Vous voyezcomme il appréhende
la vieillesse, & qu'il l'appelle
la honte & l'infamie des
Poëtes.UnCommentateurd'Horace
, dit sur ces paroles,Nec turpcm
Sencctam. Non delirentem, vel
inhonoratam ferutttutrn,fed lauda
hiltvt
,
dr jucundam. En effet,
Horace & tous les Poëtes doivent
craindre ces deux choses.
Le bon sens & la faveur ne les accompagnent
pas toujours.L'oserây-
je dire, en vous parlant de
M. Corneille? Les Poëtes ontun
grand panchant à la folie;& le
déclin de leur âge est bien souvent
le déclin de leur fortune. Il
faut donc sacrifieràApollon,pour
obtenir comme Horace cette
vieillesse agréable & glorieuse
toutenfemble.
Mais les voeux de Virgile sontà
mon gré bien plus nobles, &bien
plusgenéreux. Horacenecherche
icy que sa [atisFaébon- particuliere.
Unedemandequeleplaisir
&lajoye;&il craintautant
que sa vieillessene soit privée de laMusique, que de l'honneur &
dela gloire. Il ne demande pas
une longue vie, ny une vieillesse
heureuse pour loüer Auguste, &
Mecenas ; mais feulement pour
vivre long-temps,& pour vivre
agréablement:.Virgile au contraire
ne souhaite de longues années
& d'heureux jours, que
pour loüer dignementPollion,
& pour chanter sa gloire.
Omwitamlonge marnâtpars ultimA
vit*,
Spiritut,&\quantumfat erittua di.
cercfaté.
M.Corneille faitles mêmes fou*
haits,& il est bien plus fasché d'être
vieux, que de ce qu'on croit
qu'il a vieilly.Cependant il confa.
creau Roy ce qui luy reste de vie,
& veut finir comme il a commencé
, en travaillant toujours
à la gloire de son Prince, mais il
veut que le Roy profice du temps,
8c fc haste de luy commander
quelque chose. Car
L'offreriejipasbicngranâe, &le
moindre moment,
Teut dispenser mes voeux de l'accomplissement.
Préviens ce dur moment par des ordres
propices,
Compte tous mes desirs pourautant de
x, Jervices. Et laraisonqui l'obligeà parler
dela sorte, c'est que
Cesilluflresbien-tofiriauront plus
- rienàcraindre,
C'estledernier édat d'un feu prefA
s'éteindre,
Sur le pointd'expirer il ta"cbee--
blouir,
Etnefrappt les yeux queiosrs'éva
nüir.
Ou
Oucommeil aditailleurs:
IJ^uipq7rcujtaiJulcc'oambetrftoeusilanmotr,t Jetteun plus viféclat,& tout£uii
coup séteint. ,,,,",,,,, w
»"* Mais,Monsieur
, ce quifaifoit
sa crainte, n'estoit pas la perte
d'une si belle vie, de cette vie
de l'esprit qui le rendra immortel
àla Posterité, & dont lesderniersmomensont
jetté tant d'éclat
& de lumieres; ill'a toujours
possedée sans interruption & sans
foiblesse, & il pouvoit direaussi
iustementque Malherbe.
Je fuù vaincu du temps,jecede kses
outrages,
Mon cjprii feulementexemptdesi "- rigueur9-' Adequoy témoignerenCes derniers
Ouvrages,
SApremierevigueur.
LuJuiJJànüs faveurs dont Pllrnaf/è
m'honore.
Non loin de mon Berceau commencèrent
leur cours,
Je les pojfedayjeune, & les possede
encore,
AUfin de mes jonrs.
Il n'y -avoit queles foiblesses
du corps ,
qui pouvoient allarmer
Mr Corneille,&luy faire dira
en parlant de Sophocle.
le niraypassiloin, d" si mes quinzeluflres,
Fontencor quelque peineaux Modernesillujlres.
S'il en eft^defâcheuxjujqu'a s'en chagriner,
lenauraypou long-tempsA lesimportuner.
Cependant un peu de j-al-ousie
femblefe mêleràsa viei llesse, &
luy faire regarder la reputatiort
de nos jeunes Poëtes, avecquelque
sorte d'émulation; mais pouvoit-
il estre fâché de voir briller
ses Disciples de l'éclat de ses
rayons, & qu'ils empruntaient
quelques lumieres de cette gloire
qui l'environnoit?N'étoit-il point
assez remply de cette éclatante
renommée qu'il s'était acquise,&
que personne ne luy avoit disputée?
Ilest vray que l'honneur est
quelque chose de plus cher, èc
de plus prétieux que la vie. Il
est vray que la vieillesse est ordinairement
avare, mais quelqu'un
a-t-ilpilléoucritiquéses Ouvrages?
On les fuit, on les imite, en
cela feulement où ils ne font pas
inimitables
; car c'est encoreun
avantage qui luy est particulier.
Il a ouvert la Carriere, mais qui
a pû courre avec luy ? Y at'il encor
quelque chose à remporter
au delà du prix qui luy estoit deu?
Nos Poëtes modernes ont prétendu
feulement envisager le but
qu'il avoit touché, & de quelques
loüanges qu'ils soient dignes
, & quelques récompenses
qu'ils reçoivent de la Posterité,
le grand Corneilleaura toûjours
l'avantage de les avoir devancez
en gloire aussi bien qu'en mérite.
Pour 010Y ,
s'il m'est permis de
dire mon sentiment des Ouvrages
de M[ Corneille,je trouve
que trois choses l'ontmisau det:
fus de tous les Autheurs qui ont
paru en ce genre d'écrire; & ces
trois choses l'ont rendu avec justice
digne de la réputation & de
l'immortalité qu'il s'est acquise.
Personne n'a mieux appliquéce
qu'il a pris des Anciens que luy.
Personne n'a mieux entendu le
Théeatre que luy. Personne enfin
n'a écrit en ce genre,d'unemaniére
plus solide& plus durable.Voila,
Monsieur, de la maniere que je
comprens le grand Corneille,&
cequifaitàmonavis,qu'on luy a
donné tant de loüanges.
Si le Théâtre doit en France
toute sa gloire & tout son appuy
au grand Cardinal de Richelieu,il
doit toute sa beauté, & tous ses
ornemens à l'incomparableCorneille.
Commeavant ceCardinal
Théatre estoit peu de chose, le
avant ce Poëtela Comédieavoit
peu d'estime. Les Pieces de Théatre
n'estoient que de grossieres
ébauchesaussi imparfaites quele
Théâtre mesme. Celuy icy n'avoit
point de Loix
,
celles-là n'avoient
point de Regles ; mais ce
grand Ministre faisant son divertissement
de Li Comédie, la Scene
vit alors le plus grand changement
qui eut jamais paru sur le
Théatre. La pudeurJ'honnesteté
,
la bienséance en chasserent
l'effronterie
,
l'impudence & le
libertinage. Enfin la presence
du Cardinal ne purifia pas seulementle
Théâtre
,
il devinr une
étude aussibienqu'unlieude divertissement.
Mais de tous les
Poëtes qui travaillerent à ce
grand Ouvrage, Mr Corneille
sur celuy qui remplir mieux l'idée
que ce Ministre en avoit
conceuë. En effet qui a porté
plus loin que luy l'excellence &
la majesté du Poëme Dramatique?
Qui en a mieux connu les
régles? Qui a eu plus de lumieres
sur ce sujet? Il a réprimé cette
colereimpétueuse, 8ccet amour
licentieux qui faisoient l'horreur
& la corruption de la Scene. Il
en a modéré toutes les passions,
& a joint l'utile, & l'agréable
dans <;es patrions. Il a suivy les
régles avec exactitude
,
mais il
s'en est détaché avec prudence,
& je ne sçay s'il est plus admirable
,
lors qu'illes fuit, que lors
qu'il s'en éloigne. Lors qu'il les
observe,ilsuit Aristote, Horace
& l'antiquité qui souvent n'est
pas sans défauts,&quis'oppose
presque toûjours à nos moeurs,
Seà nostre temps; mais lors qu'il
s'en écarte
,
c'eil: un grand génie
qui sçait ce qui nous plaist,&ce
qui nous déplaist; & pour lors les
regles qu'il tire de cette connoifs-- sance, bien qu'opposées à celles
d'Aristote,sont pourtant les plus
seures&les plus infaillibles. ,:.7 Quelques-uns jaloux de la
gloire de Mr Corneille, n'ont pû
souffrir qu'il ait porté la connois.
sance du Théâtre
,
plus loin que
la Poëtique d'Arsftore. Ils ont
critiquéses Pieces, & ont voulu
que les regles condamnasssent un desesOuvrages, qui avoitréüssi
sans les regles. On dit mesme
que le grand Cardinal estoit de
la partie; maisles beaux Ouvrages
font non seulement au dessüs
des regles, ils font encore au
dessus de lasuffisance&del'authorité.
En vain contre le Cidm Minijhefi"
ligue,
Tout Paris four cbimenea lesjeux
de Rodrigue.
&AcadémieenCerps a beau le cesurer,
Le Public révoltés'objlineal'admirer.
Le Cid fera donc toujours une
preuve immortelle de l'excellent
génie de Mr Corneille. Mairet,
des Marets, Scudery
,
&tant
d'autresont travaillé comme luy
au Poëme Dramatique
,
mais
qu'ont ilsfait devant ou après le
Cid, qui approche du merite de
cette Piece ? Scudcrv, tour appuyé
qu'il estoit d'Aristote,& du
grand Cardinal qui faisoit la for.
tune& la destinée des Ouvrages
de son temps, n'a jamais pu faire
en faveur de l'AmourTirannique,
ce que le Public a fait pour le
Cid. Mais si l'Illustre Corneille atriomphé en dépit d'Aristote,
quelsavantages n'ail point eus
lors qu'il a suivy cét excellent
Maistre de l'Art Poërique? Qjelles
Pieces approchent de la réhu,
laritéde celles qu'il a travaillées
sur ses Préceptes ? Arminius le
disputera-ila ~Ciuna? toineà Rodogune ? Les Vinonmiresà
Dom Sanche d'Aragon?"
Il faut donc demeurer d'accord
qu'il l'emporte en ce genre sur
tous les Poëtes qui l'ont précedé
, soit qu'il suive Aristote ou
qu'il s'en éloigne
; & comme il
dit quelque part luy mesme;si les
premiers qui ont travaillé pour
le Théâtre
, ont travaillé sans
exemple, n'auronsnous pas le
mesme privilege ? Les regles des
Anciens font bonnes, continuëil,
mais leur methode n'est pas
de nostre Siècle; &. qui s'attacheroit
à ne marcher que sur
leurs pas, feroit sans doute peu
de progrez, & divertiroit mal
sonAuditoire. C'estlàentendre
Aristore, mais c'est mieux entendre
le Théatre qu'Aristote. Il
faut lire les Anciens, il faut les
étudier,il fautconnoistre.
- -- vos exemplaria Groecs.
NoBumbvcrfate wauu ,
verfite
diurnâ.
Mais ilne faut pas toujours les
suivre, il faut s'en éloigner quelquefois.
C'estunArt,il faut le
perfectionner, & pour cela aller
plus loin que les Anciens, si l'on
veut découvrir quelque
-
chose.
Il faut. aller au delà des regles
pour en établir de meilleures.
.Nilintcntatum nostri liquere Poé't£t
Nccminimum mtruere decus, vejligia
Groeca
Aufidefcrere.
Il faut faire de nouvelles découvertes.
Il faut risquer quand
ce feroit à ses périls, comme il l'a
dit luy mesme
,
& c'est ce qu'il a
pratiqué si heureusement
,
qu'il
s'est acquis par là la réputation
du piusgrand MustreduThéâtre
qui ait jamaisesté.
Mais s'il a esté plus loin que
les Anciens
,
il a ponssé les Anciens
plus loin qu'ils ne croyoient
aller. Ilapenetréleurgenie,&
luya donné toute l'étenauë qu'il
pouvoit avoir. Ila rectifié, leurs
moeurs, & leurs sentimens, sans
les rendre semblables aux nôtres.
Il a fait les Anciens meilleurs
sans nous les faite ressembler,
ny parler comme nous, 8c
nous comme|eux. Enfin tous ces
Caractères ont esté plûtost des
Originaux que des Copies. Il a
embelly Rome&Athènes;mais
de Rome & d'Athènes, il n'en a
point fait Paris. Il a toujours distingue
l'Areopage & le Senar,
du Parlement, & du Chastelet;
& si LOÜIS LE GRAND ressembleà
Cesar, il distingue toujours
l'Empereur des François,du Conquerant
des Gaules. Voila pour
ce qui regarde les moeurs, & les
caracteres. Quedirons-nousdes
Piecesde Théatre des Anciens,
qu'il a traitées & donc il a soûtenu
le genie & l'invention? Telles
font OCdlpé, Medée, & les
autres qu'il a tirées des Grecs &
des Latins, dans lesquelles on
peut voir cette belle & délicate
imitation des Anciens. Il donne
un tour à tout ce qu'il prend
d'eux, qu'il accommode à son
genie, mais qui est toujours propre
à leur caractere. Ce n'est
point du Latin en François,encore
moins du François en Latin,
Vous m'entendez
,
Monsieur, il
rend les pcnÍees des Anciens naturelles
en nostre Langue, mais
ces pensées ne font point Françoises,
elles demeurent toujours
Grecques & Romaines. C'estoit
le défaut des Poëtes qui l'avoient
précedé
,
ils parloient toujours
comme les Anciens, & faisoient
toujours parler les Anciens comme
eux;c'est à dire que leurs sentimens
estoient François, & leurs
expressions Latines. Quelleconfusion!
quelle barbarie! Cependant
cette Science pedantesque
faisoit une partie de leur entousiasme.
Ils faisoient gloire des
Galimathias, & croyoient n'être
pas Poëtes, si leurs Ouvrages
ne ressembloient aux Oracles.
Pour moy je vous avoüe que je
reconnois la Poësie divine en
cela, de s'estre tirée d'une pareille
obscurité. !Ær Corneille est
un de ceux quia le plus travaillé
à luy donner cette élegance &
cette pureté, dans laquelle nous
la voyions aujourd'huy. Rien
n'est plus net, rien n'est plusno- -
ble que sa diction. Il a de la facilité,
de la.grâce ; il*le
beau tour ,
&. ce font lesqualitez
deson slilequilerendent à mon
avis si recommandable
, & qui
l'élevent au dessus des autres. Il
a écrit d'une maniere solide &
durable, & propre pour tous
les temps ; d'un stile égal, ny
trop vieux, ny trop nouveau.
Point d'affectation
,
point de
préciosité, s'il m'est permis d'user
de ce mot. Toutes ses expressions
font de mise & de bon aloy
,
& sa
Poësie est aussi chaste pour les
moeurs, que pour le stile, ce qui
rendra sa memoire immortelle,
& fera estimer ses Ouvrages dans
tous les Siecles.
Aprés cela, Monsieur
,
puisje
trouver à redire aux honneurs
qu'il a receus de nostre grand
Monarque
,
& luy refuser un
grain d'encens, lors qu'on luy
donne par toutmille loüanges?
Je souscris hautement à cette
grande réputation
,
& j'approuve
qu'il ait dit au Roy dans son remerciement.
Mais centre ces abtu que j'aurûts de
fiffrages
Situ donnois le tiena mes derniers
Ouvrages!
iz me souviens mesme avec
joye du renouvellement d'estime
qu'il plut à Sa Majesté de luy
marquer il y a quelques années,
& qu'Ellese soit Souvenuëdece
Vers.
Sire, un bon mot de grace an Pere de
la chaise.
On ne sçauroit trop payer le
fli vice des Muses, & sur toutle
travail de M. Corneille.
lefers depuàdix am, mais cefi pat
d'autres bras,
J>)ucje versepour toy dufangdans
noscombats,
lepleureciicoreunFils & trembleray
pour l'autre,
Tant que Mtirstroublera Un repos é*
le fJofJre.
Jamais Virgile ne sur plus à
plaindre,quandil décritles maux
que la Guerreluy avoit faits.
Barbarmhasfeçetes?
Mig jamais aussiVirgilenefut
mieux récompensé d'Auguste,
que Mr Corneille l'a esté de nôtre
Grand Monarque. Ilest certain
que tout ce qu'Alexandre a
fait pour Homere, tout ce qu'-
Augusteafait pour Virgile, tout
qu Henry III. a fait pour des
Portes, n'approche point de l'estime
que le Roy a toujours euë
pourcetexcellent Poëte.
Il en connoissoit le merite, &
son rare discernement rendra
toujours sa glorie solide & durable.
Ainsi il pouvoit dire dans
un autre sens que Virgile.
- - - -- Sedcarminatantum
Ncflra valent,
Mais pour joüir d'uneréputatation
aussi longue & aussi glorieuse
que celle de Sophocle, auquel
il a ressemblé en tant de
choses
,
& jusqu'à son vieil âge,
il a toujours eu en veüe lesActions
éclatantes du Roy,& ena iaiffe
une éternelle image dans tous ses
écrits. Le Théatre en effet, ne
peur mieux estre employé qu'à
representerlesvertus du Prince,
& le Prince ne peut ailleurs recevoir
de plus dignes loüanges.
Sa gloire y paroist sans flaterie.
Il y remarque sa Personne & sa
conduite. Il y voit ce qu'il a fait
& ce qu'il doit faire. Enfin quand
le Poëte est habile, le Poëme
Dramatique est un miroir,où le
Prince se voit, & où les Sujets
voyentlePrince.Quinereconnoift
dans Attila nostre invincible
Monarque
,
fous le nom de
Meroüée? Ce n'est point là Celà..
ou Alexandre, c'est L o ii i s
LE GRAND.Ce n'est pointaussi
Aristophane ou Virgile qui en
ont fait le Portraie, c'est l'incomparable
Corneille qui pouvoir
direen mourant quis caneret
Nympk,is, ou plutost quis canerct
Ktccs ? Car si Appelles seul estoit
digne de peindre Alexandre,Corneille.
seul étoit digne depeindre
Loiiis LEGRAND. C'est ce que
j'ay toujourspensédecetillustre
Poëte, & ce que j'ay crudevoir
vous écrire pour vostre Msraction,
& la mienne. Je fuis, &c.
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Résumé : ELOGE DU GRAND CORNEILLE A MONSIEUR L'ABBÉ DES VIVIERS AUMOSNIER du Roy, Chanoine de Constance, Protonotaire du Saint Siege.
Pierre Corneille, dramaturge français, est renommé pour son génie et son mérite exceptionnel, même reconnu par des critiques rigoureux comme Nicolas Boileau. Contrairement à l'idée d'un déclin avec l'âge, ses œuvres tardives telles que 'Sertorius', 'Œdipe' et 'Rodogune' montrent une vigueur constante. Corneille aspirait à rester productif jusqu'à la fin de sa vie, redoutant surtout la perte de sa capacité créative. Il a profondément influencé le théâtre français en élevant le niveau de la comédie et en introduisant des règles et une moralité sur scène. Avant Richelieu et Corneille, le théâtre était grossier et dépourvu de règles. Corneille a su modérer les passions et allier l'utile à l'agréable dans ses œuvres, respectant les règles classiques tout en sachant s'en affranchir avec prudence. Ses pièces, comme 'Le Cid', ont toujours rencontré un succès populaire incontestable. Son style est décrit comme solide, durable, clair, noble, facile et gracieux, exempt d'affectation et de préciosité. La reconnaissance royale envers Corneille est comparée aux honneurs accordés à Homère, Virgile et autres grands poètes. Le théâtre, selon le texte, permet de représenter les vertus du prince et de montrer au prince sa propre image et celle de ses sujets. Corneille est ainsi considéré comme le seul digne de peindre Louis le Grand.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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225
p. 14-23
Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Début :
Entre tous ceux qui employent les talens où ils excellent, [...]
Mots clefs :
Talents, Mr. Vander Meulen, Actions du Roi, Portraits, Combats, Sièges, Pinceau, Gloire, Gravure, Estampes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Entre tous ceux qui employent
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
les talens où ils
excellent , pour immortaliſer
les actions de Sa Majesté,
M ' Vander Meulen avec fon
Pinceau , fi bien imité par le
Burin , a fans doute merité d
un des premiers rangs. Il eſt
fi fort pour ce qu'il veut exprimer
, que l'imagination eft
auffi toft remplie de ce qu'il
reprefente , & il ne faut qu'un
coup d'oeil pour concevoir
ce qu'on auroit de la peine à
bien comprendre aprés la le-
Aure de plufieurs Volumes.
Si nous avons des Peintres faGALANT.
15
meux pour les Portraits,
comme M's Mignard , de
Troyes , de Larfiliere , Ferdi
dinand , & Rigaut , on peut
dire qu'il eft prefque l'unique
pour la reffemblance des
actions confuſes , telles que
font les Combats , les Sieges,
les Entrées publiques , & genéralement
pour les Portraits
des grandes & éclatantes
actions. Quoy qu'il foit per
mis aux Peintres auffi bien
d'inventer qu'aux Poëtes
beaucoup de chofes , M'Vander
Meulen n'a aucun befoin
de fiction
pour fes
Ouvrages.
16 MERCURE
Ce qui part de fon Pinceau,
ne reprefente jamais que la
verité , & l'on reconnoit au
premier coup d'oeil ce qu'il a
deffein de faire voir. C'eft
par là qu'on l'a choify pour
peindre les glorieufes conqueftes
de Sa Majesté . Outre
les Tableaux qu'il a faits en
fi grand nombre , qu'ils peuvent
remplir plufieurs appartemens
dans les Palais les
plus fomptueux , une grande
partie eftant déja placée au
Chafteau de Marly , où ils
font l'admiration des Cu¬
rieux , il a pris encore le foin
GALANT.
17
de faire graver fes deffeinspar
de tres habiles Graveurs,
afin que les Etrangers puilfent
avoir
l'avantage d'en
joüir comme ils ont fait dans
les années
précedentes . Vois
cy les dernieres Eſtampes qui
ont paru de luy depuis un
mois.
L'Arrivée du Roy- devant
Douay , que Sa Majefté fait
inveftir par la
Cavalerie en
1667.
L'Entrée de la Reyne dans :
Arras en l'année 1667 :
La Veuë de la Ville , & du:
Siege
d'Oudenarde où le Roy
May 1685, B
18 MERCURE
commandoit en perſonne en
l'année 1667.
La Veuë de Courtray , du
coſté du vieux Chaſteau, avec
la marche de l'Armée en l'année
1667.
La Veuë de l'Armée du
Roy campée devant Douay
du cofté de la Porte Noftre
Dame , en la mefme année.
La Prife de Dole dans la
premiere conqueſte que le
Roy a faite de la Franche-
Comté en 1668 .
L'Arrivée du Roy au Camp
de devant Maſtric en l'année
1673.
GALANT. 19
La veuë de Tournay du côté
du vieux Chafteau.
La veuë de la Ville de Gray
en Franche -Comté .
La veuë de la Ville & du
Port de Calais du cofté de la.
Terre.
La veuë de la Ville de l'Ifle:
du cofté du Prieuré de Fives,
& l'Armée du Roy devant la
Place .
Laveuë de Saint Omer du
cofté du Fort de Bournonville,
affiégé , & pris par l'Armée:
du Roy , fous le commandement
de Son Alteffe Royale:
en Avril 1667. defſigné fur les
B. ij
20 MERCURE
lieux , & peint dans un des
coltez du grand Eſcalier du
Chasteau de Versailles .
L'Armée du Prince d'Orange
défaite devant Moncaffel
par l'Armée du Roy,
commandée encore parMonfieur
en 1678. Ce Tableau eft
deffigné fur le naturel , &
peint dans le grand Eſcalier
de Verſailles .
La Veuë de la Ville & Citadelle
de Cambray , affiegées,
& prifes par le Roy au mois
d'Avrilde la même année,deffignées
fur les lieux , & peintes
pour le Roy dans un des côGALANT.
21
rez du grand Eſcalier du Château
de Versailles .
La veuë de la Ville d'Ardres
du cofté de Calais , deffignée
ſur le naturel pour le
Roy.
Toutes ces Eftampes fe
diftribuent à Paris par l'Autheur
, en l'Hoftel des Manufactures
Royales des Gobelins
, & dans la Rue Saint
Jacques , & je ne croy pas
qu'il foit poffible de voir rien
de plus beau de cette nature .
Elle font mefme tres gran
des , & peuvent avec des
Bordures fervir à orner des
22 MERCURE
Galeries , & de grandes Sales.
M' de Vander Meulen pro
met d'en donner de temps
en temps de nouvelles , juf
qu'à ce qu'il ait remply tout
le grand nombre des Conqueftes
de Sa Majefté , & des
Maifons Royales de France;
ce qui pourra former un des
plus grands , & des plus
beaux Volumes qu'on ait jamais
veus & qui marquera
le mieux les avantages du
Regne du Roy , fur les Regnes
precedens. Je n'entreprends
pas de décrire la beauté
de tanc d'éclatantes Pieces,
>
GALANT. 23
où l'exactitude de la forme
des Baftimens , l'ordonnance
des Figures, leurs touchantes
expreffions, les grands effets
des lumieres & des ombres,
& la merveilleufe conduite
du tout enſemble , font un
effet fi fenfible , que la veuë
en eft auffi toft charmée que
frappée. Puis que ces Ou
vrages font devenus pu
blics , je laiffe au Public à en
juger.
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Résumé : Ouvrage de M. Vander Meulen [titre d'après la table]
Le texte met en avant les talents exceptionnels de M. Vander Meulen, un peintre renommé pour sa capacité à représenter avec précision les actions militaires et les événements publics. À la différence de nombreux artistes célèbres pour leurs portraits, Vander Meulen se distingue par son aptitude à dépeindre des scènes complexes telles que les combats, les sièges et les entrées publiques. Ses œuvres sont appréciées pour leur exactitude et leur réalisme, sans recourir à la fiction. Il a été sélectionné pour immortaliser les conquêtes du roi, dont plusieurs tableaux sont exposés dans des palais prestigieux comme Marly et Versailles. De plus, il a fait graver ses dessins par des graveurs compétents afin de permettre aux étrangers d'en bénéficier également. Le texte mentionne diverses œuvres récentes de Vander Meulen, incluant des vues de villes et de batailles, telles que l'arrivée du roi devant Douai, l'entrée de la reine à Arras, et la prise de Dole. Ces estampes, disponibles à Paris, sont louées pour leur beauté et leur grandeur, convenant parfaitement à l'ornementation de galeries et de grandes salles. Vander Meulen prévoit de poursuivre la production de nouvelles œuvres pour documenter les conquêtes du roi et enrichir les maisons royales de France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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226
p. 23-27
Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Début :
Si par ces Estampes on voit ce que le Roy a fait [...]
Mots clefs :
Agrandissement, Embellissement, Paris, Ouvrage, Description, Édifices, Beauté, Remparts, Éloges, Bonté
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
Si par ces Eftampes on
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
voit ce que le Roy a fait
pour l'agrandiffement &
pour l'embelliſſement de fon
24 MERCURE
1
Royaume , on apprend ce que
Paris luy doit dans un Livre
qui fe vend depuis peu de
jours chez le Sieur Girard à
l'Enſeigne de l'Envie au Palais
. Il eft divifé en trois Volumes
, & porce pour Titre
Paris Ancien & Nouveau.
On y voit la fondation , les ac
croiffemens , le nombre dés Habitans
, des Maifons de cette
grande Ville , avec une Defcription
nouvelle de ce qu'il y a de
plus remarquable dans toutes les
Eglifes , Communautez & Colléges
, dans les Palais , Hoftels
Maifons des Particuliers,
dans
GALANT. 25
dans les Rues & dans les Places
publiques , & ce qu'il y a de
furprenant , c'eft qu'il s'eft
fait plus d'Edifices nouveaux,
& plus d'embelliſſemens à
Paris , depuis le glorieux Regne
de Sa Majefté , qu'il ne
s'y en eftoit fait auparavant en
plufieurs Siecles . Les grandes
actions de ce Monarque ont
eſté cauſe qu'on a rebâty pref
que toutes les Portes de cette
fuperbe Ville , afin de les y
marquer , & la beauté de ces
Portes a donné lieu de travailler
à l'embelliffement
, des
Ramparts , & à élargiffe,
May 1685.
C
26 MERCURE
ment des Ruës. On a fait
en mefme temps des Fontaines
nouvelles , & l'on a relevé
des Quays . On a fait des
Hôpitaux pour les Pauvres
Mandians , & le Roy a pris le
foin de tout ce qui a regardé
le logement & la ſubſiſtance
des Invalides . Tout cela fe
voit dans ces trois Volumes,
qui font un éloge d'autant
plus grand de ce Prince , fans
luy donner pourtant aucune
loüange , que les chofes par
lefquelles on auroit pû le
louer parlent elles- mefmes,
& n'ont pas befoin que
GALANT. 27
·
l'on ajoûte qu'elles font autant
d'effets de fa bonté pour
ſes Peuples , & de fa magnificence.
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Résumé : Paris ancien & nouveau, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Paris Ancien & Nouveau' publié chez le Sieur Girard décrit la fondation, les agrandissements et la population de Paris. Il est structuré en trois volumes et présente les églises, communautés, collèges, palais, hôtels, maisons particulières, rues et places notables de la ville. Le livre met en avant les nombreux travaux réalisés sous le règne du roi, tels que la reconstruction des portes de la ville, l'embellissement des remparts, l'élargissement des rues, la création de nouvelles fontaines, la construction de quais, et l'établissement d'hôpitaux pour les pauvres et les mendiants. Le souverain a également veillé au logement et à la subsistance des invalides. Les transformations urbaines illustrent la bienveillance et la grandeur du roi envers ses sujets.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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227
p. 37-53
LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Début :
Le mesme Mr Allard m'a fait encore l'honneur de m'adresser / Monsieur, Toute la Terre admireroit la facilité que vous avez [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Pronostic, Henry IV, Sr de la Riviere, Illustre monarque, Destinée , M. de Sully, Mémoires, Disparition de l'hérésie, Louis le Grand, Prince, Naissance, Science, Religion romaine, Grandes actions, Futur, Difficultés, Temples, Conversions, Huguenots, Erreur, Horoscope, Constellations, Prophéties
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
Le mefme M' Allard m'a
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
fait encore l'honneur de m'adreffer
la Lettre fuivante , &
la Copie que j'en ay receuë
eftoit auffi imprimée.
38 MERCURE
SE :SSSESES S22SSSS
LETTRE
SUR LE PRONOSTIC
du S' de la Riviere , Medecin
du Roy Henry IV.
touchant la Religion Proteftante
en France.
A Grenoble le 28. d'Avril 1685,
MONSIEUR,
Toute la Terre admireroit la
facilité que vous avez à louer
inceffamment , & toujours diféremment
noftre augufte MonarGALANT.
39
les vaftes fuque
, fice grand Roy ne renouvelloit
tous les jours parfes belles
genéreuses actions , par les
marques de fa Justice & par les
temoignages de fa Pieté , les amples
matieres
jets par lesquels il remplit fi dignement
tous les
Panegyriques
que l'on fait de luy. Il est fans
doute bien aife de le louer de
-cette maniere ; mais quand on l'a
voulu faire avant fa naiſſance,
qu'on a voulu penétrer l'aveque
le. Ciel
nir , il a falu alors
s'en foit meflé, & que les heureufes
deftinées de Sa Majesté
ayent prévenu fes Faits héror40
MERCURE
I
ques & pieux , pour les publier
avant qu'ils fuffent arrivez.
Vous avez fans doute lû les
Mémoires de M de Sully ; mais
je ne fçay fi vous avez remarqué
le Pronofticfait par le Sª de la Řiviere,
Médecin duRoyHenry IV.
lors de la naiffance du feu Roy,
où prévoyant la fin de la Reli
gion Proteftante en France , il
Tattribue aux foins & à l'application
de LOUIS le Grand.
Il est dans le fecond Volume imprimé
à Amfterdam in fol . ch . s.
pag. 36. en ces termes.
Mais retournant à la fuite
de nos narrations, de laquelle
GALANT. 41
le
nos déplaiſirs de voir toutes
chofes aller , ce nous femble-
t-il , en depériffant , nous
avoient tirez , nous vous ramentevons
pour achever ces
Mémoires de l'année 1601..
comme le Roy & la Reyne
receurent une extréme joye
27. de Septembre par la .
naiffance d'un Dauphin que
Dieu leur envoya , à laquelle
allegreffe participa toute la
France , & vous notamment,
tant les profpéritez du Roy,
& de l'Etat vous eftoient fenfibles
, chacun espérant que
d'un Prince tant genereux,,
May 1685...
D
42 MERCURE
debonnaire & prudent , il
viendroit des Enfans à luy
femblables , ce que le Roy
confirmoit par les projets de
le nourrir comme il avoit efté ,
& de n'obmettre nul foin
pour effayer à luy faire prendre
fon exemple pour regle
de fa conduite ;. & comme
il s'eft fort peu veu de grandes
joyes & lieffes qui ayent
efté entiérement épurées de
tous foucis & follicitudes ,
voire n'ayent efté entremêlées
ou fuivies de déplaifirs
& traverſes , auffi arriva- t- il
ors , qu'une curiofité pon
}
GALANT. 43
neceffaire diminua en quel
que forte l'extréme contentement
du Roy , dont la caufe
fut telle. Sa Majesté ayant
un premier Médecin nommé
la Riviere , lequel n'avoit pas
grande Religion , mais neanmoins
inclinoit plus à la Reformée
qu'à la Romaine , &
qui fe mefloit de faire des
Nativitez , en quoy il avoit
fouvent bien rencontré, Elle:
luy commanda lors qu'Elle
vir la Reyne fa Femme en
travail , de mettre une Mon ..
tre bien ajustée fur la Table,.
pour connoître certainement
#
Dij
44 MERCURE
l'heure & la minute que l'Enfant
viendroit au monde ; que
fi c'eftoit un Fils , d'en tirer
une Heure natale , ce qu'il
promit de faire , & neanmoins
fut quinze jours fans
en parler , dequoy Sa Majeſté
fe reffouvenant lors que vous
luy parlâtes de la Broffe , au
trefois voftre Précepteur, qui
fe mefloit auffi de prédire,
il appella ledit S ' de la Riviere
, & l'ayant tiré à part,
luy dit devant vous , Mais à
propos, M ' de la Riviere , vous
ne me dites rien fur la naif
fance de mon Fils le DauGALANT.
45
phin.Qu'en avez -vous trouvé?
SIRE, répondit il , j'en avois
commencé quelque chofe,
mais j'ay tout laiffé là , ne me
voulant plus amufer à cette
Science , que j'ay en partie
oubliée , l'ayant toûjours reconnue
grandement fautive.
O dit le Roy , je vois bien
que ce n'eft pas là où il vous
tient , car vous n'eftes pas
de ces tant fcrupuleux , mais
c'eft en effet que vous ne
m'en voulez rien dire, crainte
de mentir ou de me fâcher;
mais quoy qu'il y ait , je le
yeux fçavoir, voire vous com
!
46 MERCURE
mande, fur peine de m'offenfer,
de m'en parler librement.
Sur quoy les de la Riviere
voyant preffé , apres trois
ou quatre autres refus , fina
lement comme tout en colere
, luy dit. SIRE , voftre
Fils vivra âge d'Homme , regnera
plus que vous ; mais
vous & luy ferez tous diférens
en inclinations & hu
meurs . Il aimera ſes opinions
& fantaifies , & quelquefois.
celles d'autruy , plus penfer
que dire fera de faifon , de
folations menacent vos an
ciennes affiftances ; vos mé
GALANT. 47
&
apres
nagemens feront déménagez
, il exécutera choles grandes
; fera fort heureux en fes
deffeins , & fera fort parler
de luy dans la Chreftienté ;
toûjours Paix & Guerre ; de
lignée , il en aura ,
luy les chofes empireront
;
qui eft tout ce que vous en
fçaurez de moy , & plus que
je ne m'eftois refolu de vous
en dire . Sur quoy le Roy
s'eftant mis à refver , affez
mélancolique , il luy dit . Vous
entendez
les Huguenots
, je
le vois bien , mais vous dites
cela parce que vous en te48
MERCURE
nez . Sire , dit M ' de la Ri
viere , j'entens tout ce qu'il
vous plaira , mais vous n'en
fçaurez pas davantage de
moy ; & comme tout mutiné
fe retira. Puis le Roy vous .
ayant pris par la main , vous
mena dans le creux d'une Fe
neftre , où il vous entretint
affez long- temps fur ce fujet,
comme nous l'avons entendu
de vous- mefme , fans neanmoins
en avoir rien fceu davantage
, ce que vous fuppléerez
quand il vous plaira .
Des quatre Autheurs qui ont
recüeilly les Mémoires de "M" de
Sully
GALANT. 49
Sully , quelques- uns témoignent
enplufieurs endroits, qu'ils eftoient
de la R.P.R. Cependant ils partent
de ce Pronoftic fort naturellement.
M' de Sully l'eftoit auffi,
le Livre a efté imprimé en une
Ville Proteftante , & par confequent
il en doit paroiftre moinsfufpect.
Que dites- vous, Monfieur,
de celuy qui l'a fait ? Trouvez-
-vous qu'il ait deviné ? Ces affiftances
données par Henry IV.
aux Huguenots , ont- elles efté de
quelque confidération fous fon
Succeffeur ? Na-t-on pas veu
que Louis XIII. a bien fceu dé
ménager les ménagemens de fon
May 1685.
E
50 MERCURE
·Pere , & par
l'abatement
d'un
nombre
infiny de Temples
, par
des Converfions
continuelles
, &
par la décadence
des Affaires
des Huguenots
? Le St de la Riviére
n'a-t- il pas bien jugé que
LOUIS
XIV. en feroit plus
que fon Prédeceffeur
, & que
fous la lignée
de celuy- cy les chofes
des Huguenots
empireroient
.
Nos Prétendus
auront
beau chercher
quelque
détour & quelque
explication
à cet Entretien
, qui
leur foit
favorable
; je croy qu'ils
y reüffiront
auffi mal , qu'ils ont
reiffy
à trouver
dans la Sainte
Ecriture
leurs Dogmes
& leurs
GALANT.
51
Erreurs. Il y a apparence que fi
le S de la Riviere avoit voulu
s'expliquer , il auroit prédit de
grands événemens là- deffus ; mais
comme il eftoit mutiné de ce que
fafcience luy en avoit trop apris,
& qu'il lifoit trop bien dans l'avenir
que la ruine de fa Religion
eftoit refervée aux pieux
deffeins du Roy , il aima mieux
fe taire , que de fe trouver oblige
de dire des chofes qui le chagri
noient , qui auroient étonné ceux
de fon temps , & préparé tout le
monde à voirreüffir ce qu'il avoit
préven. Je voudrois bien, Monficur
, que nos Sçavans vouluſ-
E ij
52 MERCURE
que
fent un peu raifonnerfur la Science
des Horofcopes , & apprendre au
Public par vostre moyen , fi elle
est affeurée
ou non. Je fuis perfuadé
avec bien des Gens ,
les Conftellations qui réguent au
temps des naifances , peuvent infpirer
des inclinations particulie
res , former la bonne ou la
mauvaife fortune ; mais que fur
des Figures tracées , quefur l'exa
men d'une Etoile , que fur l'influence
d'un Signe , on puiffe fon
der quelque certitude pour les
actions futures des Enfins de
celuy qui naist , c'est ce qui me
paffe. Cependant le S de la RiGALANT.
53
viere , enfaisant l'Horoscope de
Louis le Juste , a fait connoistre
ce que Louis LE GRAND fon
Fils devoit faire apres luy n
non content d'avoir appris à
Henry IV. que fon Fils attaqueroit
l'Heréfie , il a fait connoistre
qu'elle feroit aux abois
fous le Régne de fon Petit-fils.
Pour moy , je crois que pour tout
autre que pour le Roy , de fem
blables Propheties feroient im
poffibles ; mais il faut que pour
un Prince extraordinaire , tout
ce qui le regarde foit extraordi_
naire. Jefuis , &c.
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Résumé : LETTRE SUR LE PRONOSTIC du Sr de la Riviere, Medecin du Roy Henry IV touchant la Religion Protestante en France.
La lettre du 28 avril 1685 discute du pronostic du sieur de la Rivière, médecin du roi Henri IV, concernant l'avenir de la religion protestante en France. Elle souligne la facilité avec laquelle le destinataire loue le monarque pour ses actions justes et pieuses. Les mémoires de Maximilien de Béthune, duc de Sully, incluent un pronostic de la Rivière prédisant la fin de la religion protestante sous Louis XIV, publié dans le second volume des mémoires imprimé à Amsterdam. La lettre mentionne la naissance du dauphin en 1601 et la curiosité du roi Henri IV concernant ce pronostic. La Rivière révèle que le dauphin vivrait plus longtemps que son père mais soutiendrait les huguenots. Henri IV, comprenant que la Rivière était protestant, met fin à la conversation. La lettre note que plusieurs auteurs des mémoires de Sully étaient protestants, ce qui rend le pronostic moins suspect. Elle évoque également la publication d'un livre dans une ville protestante et les assurances données par Henri IV aux Huguenots, se demandant si elles ont été respectées sous Louis XIII. Louis XIII a réduit le nombre de temples protestants et favorisé les conversions, entraînant la décadence des affaires des Huguenots. La Rivière avait prédit que Louis XIV agirait plus sévèrement envers les huguenots. Le texte critique les tentatives des réformés de trouver des explications favorables à cet entretien et suggère que la Rivière aurait pu prédire de grands événements mais a préféré se taire. Il aborde aussi la question de la science des horoscopes, exprimant des doutes sur leur capacité à prédire les actions futures. La Rivière avait tracé l'horoscope de Louis XIV, prédisant sa répression de l'hérésie et la situation sous le règne de son petit-fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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228
p. 91-98
Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay parlé il y a déja quelques années de divers Jeux [...]
Mots clefs :
Jeux, Villes, Jeux floraux, Jeunesse, Poésie, Mémoire, Fleur, Prix, Vers
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texteReconnaissance textuelle : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Je vous ay parlé il y a déja
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
quelques années de divers
Jeux qui fe font en plufieus
Villes le premier jour de ce
.mois. Ceux qu'on nomme
Hij
92 MERCURE
Floreaux ou Floraux , font de
'ce nombre. Ils fe font dans.
la Ville de Thouloufe Capi
tale de Languedoc , & tirent
leur origine de ce qu'autre
fois au commencement de
ce mefme mois de May , toute
la Jeuneſſe du Pays & des
Provinces voifines s'y affembloit
, dans un certain lieu
choily , où l'on recitoit toute
forte de Poëfies , Odes , Madrigaux
, Stances , Elegies,
Sonnets , & fur tour des
Chants Royaux. Cela fe faifoit
pendant trois jours , lef
quels eftant expirez , les An
GALANT 93
ciens recueilloient les voix
pour donner le prix . Celuy
qu'on enjugeoit digne , re
cevoit une Couronne de
Laurier , & on l'appelloit
l'Amant Fidelle de la Courd'A
mourally avoit mefme des
Dames qui compofoient ain
fique les Hommes , mais
afin qu'on ne creuft pas que
la complaifande engageaft les.
Juges à leur eftre favorables,
elles renonçoient au prix.
Enfin aprés un fort grand
ɛnombre d'années , une Fer
me de qualité appellée Clemencé
, entraînée par de
1
94 MERCURE
panchant qu'elle avoit pour
la Poefie , forma le deffein
d'éternifer fa memoire en inftituant
une Fefte remarquable
, qu'on nomma les Jeux
Fleureaux , & qu'elle voulut
zeftre celebrée le premiers &
troifiéme jour de May. Elle
laiffa pour cela la plus grande
partie de fon bien à M's de
Ville à condition que tous
elesans ils feroient faire quatre
Fleurs de Vermeil qui feroient
l'Eglantine , le Soucy;
la Violettes & FOcilled. Les
-Trois premieres qui valent au
moins quinze Piſtoles chaGALANT
95
Gens
cune , font pour les jeunes
que l'on trouve dignes
de les remporter par le me
mitè de leurs Ouvrages. Elles
-font d'une coudée de hauteur
, & reprefentent la Fleur
dont elles portent de nom,
avec un pied de Vermeil , ouì
les Armesde la Ville font gravées
La quatrieme qui eſt
plus petite que les autres , eſt
pour les petits Enfans , & fe
donne par faveur. L'Hoftel
de Ville qui eft tres beau,
très grand & tres - fpacieux,
eftoit la maison de cette Dame.
Elle la donna pour y ce706
MERCURE
Febrer eek Jeux] , ainſi que la
Place du Marché que l'on appelle
La Pierre. C'eſt un lieu
couvert , où quantitéidoMar
chands étalent leurs marchandifes.
On commence
ceftè cérémonie tous les as
le premier jour du mois où
nous femmes , par une Moffe
folemnelle qu'on chante
en Müfique
à laquelle
Tout le Corps de Villelathe .
Pendant tout ce jour chacun
recre les Vers qu'il a compo
fez &le troified du mefme
mois, on convie quantitéfèe
Perlonnes des plus confiderables
GALANT. 97
bles de Thouloufe à un dilné
magnifique , aprés lequel on
examine tous les Ouvrages
qui ont efté recitez , & chacun
donne la voix pour les
Prix . Il s'y trouve toûjours
un Préfident au Mortier , &
quatre Confeillers au Parlement.
Cependant on enferme
dans une grande Sale
tous ceux qui afpirent aux
Prix , & chacun y travaille en
particulier à ce qu'on appelle
I'Effay. C'eſt un Sonnet qu'ils
font fur un Vers qui leur eft
donné , & par lequel ils font
obligez de le finir. La der-
May 1685.
1
98 MERCURE
niere fois qu'on diítribua les
Prix , voicy le Vers que l'on
donna pour l'Effay.
Quiconque efpere enDieu n'estjamais
confondu.
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Résumé : Jeux Floreaux, & leur origine, avec plusieurs Piéces faites sur ce sujet, [titre d'après la table]
Les Jeux Floraux sont une tradition toulousaine célébrée au début du mois de mai. Ils consistent en des récitations de poèmes variés sur trois jours, suivies d'un vote pour couronner le meilleur poète avec une couronne de laurier. Les femmes peuvent participer mais ne reçoivent pas de prix pour éviter le favoritisme. Clémence, une dame de qualité, institua les Jeux Fleureaux les 1er et 3 mai, léguant des biens à Toulouse pour créer quatre fleurs de vermeil : l'églantine, le souci, la violette et l'œillet. Ces prix, valant quinze pistoles chacun, récompensent les jeunes poètes et les enfants. La cérémonie inclut une messe solennelle et un dîner pour les notables. Les œuvres sont jugées par un président et quatre conseillers du parlement. Les participants doivent écrire un essai et un sonnet se terminant par un vers imposé, comme 'Quiconque espère en Dieu n'est jamais confondu'.
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229
p. 104-108
« Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...] »
Début :
Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...]
Mots clefs :
Jeux floraux, Essais, Juges, Prix, Fleurs, Assemblée, Cérémonie, Pièces
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texteReconnaissance textuelle : « Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...] »
Ces divers Effays à la fin
defquels chaque Autheur
écrit fon nom , fervent à déterminer
les Juges qui ont
à prononcer fur les prix .
Aprés qu'ils ont décidé de
tout , on
on leur
apporte une
collation fort magnifique , &
l'on en fert une autre feparément
à la Jeuneffe qui a reci
té des Vers. On fe rend enfuite
dans la grande Sale , où
eft la Statuë de Dame Clemence
dans uneNiche contre
la Muraille. Elle eft de Marbre
blanc , couronnée de Fleurs,
& ceinte auffi d'une Ceinture
GALANT. 105
de Fleurs qui va jufqu'en bas.
Les Capitouls au nombre de
huit fe mettent fur leurs Siéges
ordinaires , & M² du Parlement
prennent leurs Places
de l'autre cofté. M' le
Préfident fait fa Harangue ,
aprés quoy un Huiffier de
Ville appelle tout haut celuy
qui a merité le prix de l'Eglantine.
Il vient le recevoir
de la main du Chef du Confiftoire
de la Ville , qui eft
celuy qui préfide aux Jeux .
Toute l'Affemblée fait de
grandes acclamations , qui
font fuivies des fanfares des
A
106 MERCURE
Trompettes . Les Hautbois
& les Violons qui leur répon
dent , font retentir le triom
phe du Vainqueur . Toute
cette Simphonie le mene.
chez luy accompagné
de
tous fes Amis , & de quantité
de Gardes de l'Hoftel de
Ville avec leurs Cafaques &
leurs Halebardes. C'eft un
Huiffier qui porte fa Fleur.
On rend les mefmes honneurs
à ceux qui ont remporté
les Prix de la Violette
& du Soucy . Chacun d'eux
traite fes Amis le jour de la
Trinité , & fe promene l'aGALANT.
107
preſdinée par la Ville avec une
longue fuite de Carroſſes . Les
Capitouls de Thoulouſe ont
deux Robes , l'une ordinaire,
& l'autre de cerémonie. L'or.
dinaire eft my- partie d'Ecar
late & Noir. L'Habit de ce
rémonie eft un long Manteau
tour d'Ecarlate , doublé
de Satin blanc avec des
Hermines fur les deux épaules
; chaque cofté eft de fix
bandes , trois d'Hermines , &
trois de Nates d'Or,& chaque
bande large de trois doigts.
Les Maiftres aux Jeux Fleureaux
font ceux qui ont eu les
108 MERCURE
trois Fleurs . Ils ont droit d'af
fifter tous les ans aux Affemblées
qu'on fait pour cesJeux ,
de donner leurs voix pour
les Prix , & d'eftre de toutes
les Festes de cette nature .
Ceux qui prétendent aux
Prix font diverſes Pieces ,
parmy lefquelles il y a tou
jours un Chant Royal . Voi
cy quelques-unes de celles
qui ont fervy à les faire rem
porter.
defquels chaque Autheur
écrit fon nom , fervent à déterminer
les Juges qui ont
à prononcer fur les prix .
Aprés qu'ils ont décidé de
tout , on
on leur
apporte une
collation fort magnifique , &
l'on en fert une autre feparément
à la Jeuneffe qui a reci
té des Vers. On fe rend enfuite
dans la grande Sale , où
eft la Statuë de Dame Clemence
dans uneNiche contre
la Muraille. Elle eft de Marbre
blanc , couronnée de Fleurs,
& ceinte auffi d'une Ceinture
GALANT. 105
de Fleurs qui va jufqu'en bas.
Les Capitouls au nombre de
huit fe mettent fur leurs Siéges
ordinaires , & M² du Parlement
prennent leurs Places
de l'autre cofté. M' le
Préfident fait fa Harangue ,
aprés quoy un Huiffier de
Ville appelle tout haut celuy
qui a merité le prix de l'Eglantine.
Il vient le recevoir
de la main du Chef du Confiftoire
de la Ville , qui eft
celuy qui préfide aux Jeux .
Toute l'Affemblée fait de
grandes acclamations , qui
font fuivies des fanfares des
A
106 MERCURE
Trompettes . Les Hautbois
& les Violons qui leur répon
dent , font retentir le triom
phe du Vainqueur . Toute
cette Simphonie le mene.
chez luy accompagné
de
tous fes Amis , & de quantité
de Gardes de l'Hoftel de
Ville avec leurs Cafaques &
leurs Halebardes. C'eft un
Huiffier qui porte fa Fleur.
On rend les mefmes honneurs
à ceux qui ont remporté
les Prix de la Violette
& du Soucy . Chacun d'eux
traite fes Amis le jour de la
Trinité , & fe promene l'aGALANT.
107
preſdinée par la Ville avec une
longue fuite de Carroſſes . Les
Capitouls de Thoulouſe ont
deux Robes , l'une ordinaire,
& l'autre de cerémonie. L'or.
dinaire eft my- partie d'Ecar
late & Noir. L'Habit de ce
rémonie eft un long Manteau
tour d'Ecarlate , doublé
de Satin blanc avec des
Hermines fur les deux épaules
; chaque cofté eft de fix
bandes , trois d'Hermines , &
trois de Nates d'Or,& chaque
bande large de trois doigts.
Les Maiftres aux Jeux Fleureaux
font ceux qui ont eu les
108 MERCURE
trois Fleurs . Ils ont droit d'af
fifter tous les ans aux Affemblées
qu'on fait pour cesJeux ,
de donner leurs voix pour
les Prix , & d'eftre de toutes
les Festes de cette nature .
Ceux qui prétendent aux
Prix font diverſes Pieces ,
parmy lefquelles il y a tou
jours un Chant Royal . Voi
cy quelques-unes de celles
qui ont fervy à les faire rem
porter.
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Résumé : « Ces divers Essays à la fin desquels chaque Autheur écrit [...] »
Le texte relate une cérémonie littéraire où des auteurs présentent des essais pour des prix. Après la délibération des juges, une collation est offerte aux juges et aux jeunes ayant reçu des vers. La cérémonie se poursuit dans une grande salle avec une statue de marbre blanc de Dame Clemence. Les Capitouls et des membres du Parlement prennent place, et le président prononce une harangue. Un huissier appelle ensuite le lauréat du prix de l'Églantine, qui reçoit sa récompense des mains du chef du consistoire de la ville, accompagné d'acclamations et de fanfares. Le vainqueur est ensuite escorté chez lui par ses amis et des gardes de l'hôtel de ville. Les lauréats des prix de la Violette et du Souci reçoivent également des honneurs similaires et organisent un banquet pour leurs amis le jour de la Trinité, se promenant en carrosse avec une suite fournie par la ville. Les Capitouls de Toulouse portent des robes spécifiques pour l'occasion. Les maîtres aux Jeux Fleureaux, ayant obtenu les trois fleurs, peuvent participer aux assemblées et voter pour les prix. Les candidats présentent diverses pièces, dont un Chant Royal.
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230
p. 161-194
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
Début :
Voicy un troisiéme Entretien de Mr B. Vous y trouverez tant / Depuis nostre dernier entretien, j'ay pris un plaisir singulier [...]
Mots clefs :
Lambert, Belorond, Dialogue, Relations, Morale, Philosophie, Philosophes, Sciences, Réflexions, Pythagore, Peuples, Esprit, Indes, Curiosité, Médecine, Géométrie, Silence, Arithmétique
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
Voicy un troifiéme Entre
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
tien de M B. Vous y trou
verez tant de chofes curieufes
, que je fuis feur qu'il ne
vous plaira pas moins que
les deux premiers que vouss
avez veus.
Mday 1685.
162 MERCURE
525252 ·52525: 25255
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGVE TROISIE'ME.
BELOROND , LAMBRET .
BELOROND .
Depuis
noftre
dernier
entretien,
j'ay pris un plai-
~
fir fingulier à lire quelques
Relations , de la verité def
quelles je ne doute point,
parce que ceux qui ont bien
voulu les donner au Public,
GALANT. 163
& qui nous affeurent avoir
efté témoins de ce qu'ils y
rapportent , font trop obligez
à ne la point trahir , tant
par leur eſprit que par leur
état , puis qu'ils font une profeffion
particuliere
de la foûtenir
jufques aux extrémitez:
du monde .
LAMBRET.
C'est un auffi grand dé
faut d'ajoûter foy avec trop ,
de facilité à toutes fortes de :
Relations , que de ne riem
croire de ce qu'elles contien
nent.
O ij
164 MERCURE
BELORO ND ,
Je l'avouë ; mais avoiiez
auffi qu'il faut concevoir
comme un Axiôme certain ,
que ceux qui tiennent pour
Fables tout ce qui fe dit des
coûtumes differentes des nôdes
effets extraordinai
tres ,
res , & des merveilles de la
Nature, fe rendent enfin euxmefmes
la Fable des Gens
d'efprit , qui connoiſſent
mieux qu'eux les changemens
& les varietez dont l'ef
prit humain eft capable , & le
pouvoir de cette Nature dont
il nous eft impoffible
de pene
5
GALANT. 165
trer ny de meſurer toute l'étendue.
Quand on lit , par
exemple , dans de certains.
Autheurs , qu'il y a eu des
Hommes qui ont vécu des
mois & mefme des années
> fans
manger un
ignorant
qui
veut
paffer
pour
efprit
fort
, traitera
de Fables
ces
fortes
d'Histoires
, pendant
qu'un
Pomponace
, ce grand
Sectateur
d'Ariftote
, & d'autres
Philofophes
ne s'en
étonneront
pas , à caufe
de cette
réflexion
, que
tout ce qui le
voit
au refte
des Animaux
la
Nature
fe plaift
à le réaliſer
166 MERCURE
1
en quelque Homme . C'eft
pourquoy ils ne font pas fur- f
pris quand ils apprennent
qu'il y a eu des Hommes qui
ont vécu long- temps fans
manger , puis que l'étude
qu'ils ont fait de la Nature,
leur a appris que non feule
ment les Serpens , les Mouches
, les Marmottes & les
Hirondelles , mais encore les
Ours mefmes , & les Crocodiles
, tous grands qu'ils font,
paffent une partie de l'année
fans manger
.
LAMBRET :
Vous voulez bien qu'à ce
GALANT. 167
propos j'interrompe
le recit.
de ce que vous avez leu dans
les Relations
dont vous venez
de parler , en vous diſant
ce que j'ay appris ils n'y a pas
long- temps , de quelques
Perfonnes
qui ont vécu plufieurs
jours , & mefme plufieurs
années fans manger
.
BELOROND .
Parlez , me voila preft à,
yous écouter.
LAMBRE T.
Alexandre Beneicus Me.
decin , écrit qu'un Vénitien
demeura quarante jours fans
boire ny manger. On ap
168 MERCURE
prend dans noftre Mercure
François , que la Fille d'un
Maréchal de Confolent en
Angoumois appellée Jeanne
Belon , a vécu plus de dixhuit
mois de fuite , fans prendre
aucune nourrirure. Tout
ce qu'elle faifoit c'eftoit
d'ouvrir au matin les Fenêtres
de fa Chambre , & de fe
tenir à l'air. Hermolaus Barbarus
dit que du temps de
Leon X. un Preftre a vécu
quarante ans à Rome de la
refpiration de l'air , ce que ce
Pape verifia en préfence de
plufieurs Princes. Albert le
Grand
GALANT. 169
"
Grand affeure avoir veu dans
laVille de Cologne un Fol qui
paffa fept femaines fans rien
manger , beuvant feulement
quelquefois de l'eau . Du
temps de Gregoire XI. un
jeune Ecolier qui étudioit à
Lubech , fe retira en un lieu
fecret pour dormir , & là il
dormit pendant fept ans, tout
le monde croyant qu'il s'étoit
retiré hors de la Ville.
Krentz. Vandal . 1. 8. c . 36 .
Pontanus nous affeure auffi
avoir veu un Homme qui ne
bût jamais en ſa vie ny Eau
ny Vin. Je puis mettre dans
May 1685.
P
170 MERCURE
le mefme rang ce que nous
apprend lamblique c. 3. De
Vita Pyth. quand il dit que
Pythagore demeura trois
jours & deux nuits dans une
mefme poſture fans boire,
fans manger & fans dormir,
ce que je crois facilement
quand je fais reflexion aux
fréquentes abftractions
&
aux élevations d'efprit de ce
Philofophe .
BELOROND .
Tous ces Gens - là n'avoient
pas apparemment
.
mangé d'un certain Animal
qui fe trouve en Suede appelGALANT
171
lé Filfros ou Rofomach , c'eſt à
dire le Goulu , au rapport de
Cardan , & du Medecin
Lombard Megabenus. Ils difent
que cet animal a toûjours
faim fans fe jamais raf
fafier , avec cette proprieté,
fi l'on fe couvre de fa que
peau, l'on a auffi toûjours envie
de boire & de manger
,
fans qu'on puiffe eftre raffafié.
LAMBRET.
Il faut plûtoft croire qu'ils
fe feroient fervis , s'ils l'avoient
fceu , du fruit nommé
Coca ou Cocos , femblable
Pij
172 MERCURE
à un Melon , qui ſe trouve au
Perou en l'Ifle Zebut , parce
qu'il a toutes fortes de goufts
fans en avoir aucun , & que
ceux qui le portent dans leur
bouche ne font fujets à avoir
ny faim ny foif ; ce qui me
fait reffouvenir d'un autre
Fruit nomé Peci , qui fe cueille
à la Chine , & dont parle le
Pere Martini. Il dit avoir fait
plufieurs fois l'experience
qu'en le mettant dans la bouche
avec une Monnoye de
cuivre , les dents la rompent
avec la mefme facilité que ce
Fruit , réduisant le tout en une
1
GALANT. 173
fubftance bonne à manger.
Les Malabares , Peuples des
Indes Orientales, paffent bien
tout le jour fans manger , en
prenant deux grains d'une
Pafte qu'ils appellent Anfian,
& qu'ils font venir de Cambaye
; mais ils font obligez
de continuer cette nourriture
car fi une fois ils l'avoient
quitée , ils ne pourroient
pas vivre quatre jours,
quand mefme ils uferoient
d'autres viandes . Mais cela
fuffit fur cette matiere . Venons
, je vous prie , à ce que
Vous avez remarqué dans
Piij
174 MERCURE
les Relations que vous avez
leuës.
BELOROND.
Ces Relations font celle
d'un Pere Jéfuîte touchant ce
qui s'eft paffé en Canada aux
années 1657. & 1658. & celle
de Mandello. Voicy ce que
j'ay trouvé de plus curieux
dans la premiere . Chez les
Peuples qui habitent ce Païs,
on fe cicatrife & on fe bar
bouille le vifage, pour le rendre
plus agreable. Les cheveux
noirs , roides , & luifans
de graiffe , font estimez les
plus beaux. Au lieu de pouGALANT.
175
dre de Chipre , on fe fert
pour les poudrer , de duvet
ou de petites plumes
d'Oyfeaux . Le Mufc put à
Le petit Oyfeau kur
nez .
qui fe trouve dans les oeufs
que nous appellons couvis ,
leur eft de tres- bon gouft.
Ils hument l'écume du pot ,
& boivent la graiſſe avec volupté
Le potage s'y fert le
dernier
. Le pain fe mange
feparément fans le mefler avec
les autres viandes , & on n'y
boit qu'apres le repas. La
chemile fe met pardeffus
I habit.
C'eft une galanterie chez
Piiij
176 MERCURE
eux , que d'avoir les ongles
tres -grands. Lors qu'ils dancent,
ils fe tiennent fort cour
bez afin d'avoir bonne grace.
Ils enterrent leurs Morts avec
plufieurs hardes , s'imaginant
qu'ils s'en ferviront en l'autre
Monde , & en les enterrant
ils leur font garder dans
la foffe où ils les mettent , la
mefme poſture & affiette
qu'ils tenoient dans le ventre
de leur Mere. Ces coûtumes
font à préſent la plûpart
détruites , comme le raportent
ceux qui reviennent -
de ces Pais- là , parce qu'el
GALANT. 177
les font trop oppofées à celles
des François qui y habi.
tent, & qui n'ont pas cu moins
de foin de policer ces Peuples,
que de les inftruire dans
la veritable Religion . Jay
remarqué dans la feconde
Relation , que la main gau
che eft reputée la plus hono
rable chez les Japonnois ;
que les Filles Banianes des
Indes Orientales fe marient
dés l'âge de fept ou huit
parce que celles qui en ont
douze , font reputées furannées
; qu'elles font gloire d'a
voir les dents noires , & que
ans,
178 MERCURE
tout le Clergé de l'Ifle Formoſe
eft féminin , n'y ayant
que ce Sexe qui fe mefle de
la Religion . Ne m'obligez
pas , je vous prie , à vous
faire un plus long recit de
toutes ces bizarreries , parce
que je ne puis refifter plus
long- temps à la curiofité d'aprendre
quelque chofe de la
vie & des opinions de Pytagore
, que je me fuis toujours
repréſenté comme un
Homme extraordinaire . Ce
que vous m'avez déja dit de
ce Philofophe , me donne
fujet de croire qu'il vous fera
GALANT. 179
aifé de m'inftruire de ce que
j'ay envie de fçavoir .
LAMBRET.
Je le feray volontiers , autant
que je pourray rappeller
dans ma mémoire ce que
j'en ay leu chez Diogénes
Laërce, Iamblique , Diodore
de Sicile , Ciceron , T. Live,
Jofephe, Plutarque, Clement
Alexandrin , S. Ambroife ,
Eufebe , Philoftrate , S. Tho
mas , & Voffius.
Pytagore eftoit de Samos,
& vivoit du temps de Tuldius
Hoftilius , felon T Live,
& de Tarquin le Superbe,
180 MERCURE
felon Ciceron & Aulugelle.
S. Ambroise prétend qu'il
eftoit Juif d'extraction , &
Clement Alexandrin dit qu'il
s'eftoit laiffé circoncire par
les Preftres d'Egypte , pour
eftre inftruit en leur Philofophie,
qu'ils tenoient des Juifs ;
& c'est à propos de cette Circoncifion
, qu'il rapporte
pinion de ceux qui l'ont mef
me pris pour le Prophete Ezéchiel.
Jofephe luy donne le
premier rang entre tous les
Philofophes , & veut qu'il ait
tiré les plus beaux traits de
La Philofophie , de la Synago
l'oGALANT.
181
E
gue
des Hébreux . Il fit plufieurs
Voyages , pour s'infruire
de tout ce qu'il y avoit
de plus curieux de fon temps
dans toutes les Sciences , & il
reüffit fi heureuſement dans
cette avidité de fçavoir, qu'il
fe rendit extrémement habile
dans la Morale , la Politique,
la Phyſique , la Medecine,
les Méchaniques , l'Aftrolo
gie , la Geographie , la Mufique
, l'Arithmétique , la
Geométrie, & en tout ce qu'il
ya de plus rare dans les Mathematiques.
Voicy les preuves
que nous donne fon Hif
.
182 MERCURE
toire de fon habileté dans
toutes ces Sciences .
Pour la Morale,il ne faut que
faire reflexion fur les beaux ·
Préceptes & fur les Symboles
énigmatiques qu'il en a
donnez , & entre autres fur
ceux- cy.
Ou taiſez- vous , ou dites
quelque chofe qui foit meilleur
que le filence , pour
faire connoiftre
qu'on doit prendre
garde à ne parler que bien
à propos.
Ne foyez pas moins fidelle à
garder le dépost d'un Secret , que
celuy d'un Tréfor. Cet avis n'eft
GALANT. 183
pas de moindre importance
que le premier pour
civile .
la vie
Touchez la Terre , quand il
tonne , pour faire entendre
le befoin que nous avons de
nous humilier devant le Ciel,
autant de fois qu'il nous marque
fa colere par les adverſitez
dont ils nous afflige.
B
Ne combatez jamais pour
obtenir la victoire , parce qu'on
ne fçauroit éviter avec trop
de foin l'envie qui la fuit.
Ne cheminez pas dans les
grands Chemins. C'eſt à dire,
ne fuivez pas les fottes opinions
du Vulgaire.
184 MERCURE
table ,
Ne vous affejez jamais à
que
le Sel n'y ait efté
mis auparavant. C'est à dire,
faites provifion de juſtice &
de fageffe avant que de vous
mettre à manger , parce que
c'eft dans ce temps qu'on en
a le plus de befoin.
Toutes chefes doivent estre communes
entre les Amis , parce
qu'un Amy doit regarder fon
Amy comme un autre foymefme.
Regardez les Loix comme les
des Villes , aufquel.
Couronnes des Villes ,
les on ne peut toucher fans
crime.
GALANT. 185
Ne frapez pas dans la main
de toutes Perfonnes indiférem
ment , c'eſt à dire , ne proſtituez
pas voſtre amitié.
Ne foufrez point d'Hyrondelles
fur le toit , pour montrer
que nous devons nous
défier de ceux qui ne nous
font des careffes que dans .
la profpérité
.
A
GoisAbftenez- vous des Ferves . 11
vouloit enſeigner par ce Pré--
cepte , qu'il ne faut pas rechercher
les Magiftratures,
parce qu'elles fe donnoient
par des fufrages dont les Fé
ves eftoient les marques.
May 1685.
Q
186 MERCURE
Ne mangez point de Poiffons
, pour faire voir combien
ceux qui aimoient le filence
luy eftoient chers .
Ne mangez jamais de la
main gauche. Ses Difciples
ont entendu par ce Précepte
prohibitif, qu'il ne faloit jamais
tirer fa fubſiſtance d'un
gain illegitime , ny d'actions
qui fuffent contre la juſtice
& l'équité.
Gratez le dedans de vostre
tefte en fortant du Logis , & le
derriere quand vous y entrez-
L'une & l'autre action fignifioit
felon ma penſée , qu'il
GALANT. 187
faut le matin , lors qu'on va
dehors ,longer attentivement
à ce qu'on doit faire , & le
foir en fe retirant , faire ré
flection fur les actions de la
journée , pour remédier à
celles qui auroient efté obmifes.
Ne fortez jamais d'un Carroffe
les pieds joints. C'eſt à
caufe que cette pofture oblige
à une defcente précipitée, &
qui s'exécute tout d'un coup.
Il vouloit apprendre par là
à ceux qui changent de réfolution
, & qui quitent un
deffein , ou un employ pour
Q "
188 MERCURE
en prendre un autre , qu'ils
doivent exécuter ce changement
petit à petit , & pref.
que infenfiblement , afin d'éviter
par cette prudence &
cette circonfpection tout ce
qu'on y peut trouver de furprenant,
Si l'on a veu Pytagore exceller
dans la Morale , les au
tres Sciences n'ont pas moins
contribué à rendre fon nom
fameux.
Diogenes raporte
que la Médecine luy doit
beaucoup. On ne peut douter
de fon habileté dans la
Politique , puis qu'il eut part
GALANT. 189
au Gouvernement des Villes
de Crotone , de Metapont,
& de Tarente où il demeuroit
ordinairement . Dans la
Phyfique , il prédit un tremblement
de terre par la faveur
de l'eau d'un Puits dont
il avoit beu. Dans les Mecaniques
; Ariftoxénus a écrit
que les Grecs tenoient de
luy leurs Poids & leurs Mefures.
Dans l'Aftrologie ; il
s'aperceut le premier , que
Vefper, & Phoſphore ou Lucifer
n'eftoient qu'une même
Etoile. Dans la Geographie
;
il affura qu'il y avoit des An190
MERCURE
tipodes. Dans la Muſique ;
il la faifoit fervir pour la Morale
, adouciffant les plus violentes
paffions de l'ame par
la mélodie ; témoin ce jeune
Homme defefperé d'amour,
qu'il remit dans fon bon fens
avec un Air Spondaïque ou
Sacrifical. Dans l'Arithmétique
, il en inventa de nouvelles
Régles. Dans la Geométrie
; il la mit en fa perfection
, lors qu'elle n'avoit
que les premiers élémens
qu'un certain Mæris avoit
donnez . C'eft luy qui a trouvé
cebeau Theoréme qui le voir
GALANT. 191
C
dans la 47 Proportion du premier
Livre des Elémens d'Eu
clide.
Ce grand Homme , tout
profond & univerfel qu'il étoit
dans les Sciences , eut pourtant
affez d'humilité pour
eftre le premier qui refufa le
nom de Sage , difant que ce
Titre n'appartenoit qu'à Dieu
feul. Il fe contenta de celuy
de Philofophe , c'eft à dire
d'Amy de la Sageffe ,
fe faifant pour ainfi dire , le
Parrain de la Philofophie.
Quoy qu'il ait affez bien penſé
de Dieu , que ce foit le pre192
MERCURE
*
mier des Philofophes qui ait
foûtenu l'Immortalité
de l'Ame
, & que Saint Thomas le
reconnoifle avecSocrate pour
les deux plus vertueux Hommes
qu'ait eu le Paganiſme,
il ne laiffe pas d'eftre tres-
• digne de cenfure , à caufe de
Métempficofe
, ou Tranf
migration des Ames. On l'a
accufé de Magie , mais les
contes dont on s'eft fervy
pour authoriſer cette accufa
tion , font fi ridicules , qu'ils
ne méritent pas la peine d'étre
refutez ; fi on veut pourtant
avoir cette fatisfaction,
fa
on
GALANT. 193
on n'a qu'à lire la fçavanté
Apologie de M Naudé. Les
Gnoftiques & une certaine
Marcelline adoroient fon
Image au rapport de Saint
Irenée & de Saint Auguftin.
Juftin dit que ceux de Metapont
l'adorerent comme un
Dieu. On ne fçait point
certainement de quelle maniere
il eft mort. Quelquesuns
difent qu'ilfut affafliné
fur le bord d'un Champ fené
de Féves , parce quil n'ofoit
y mettre le pied ; mais cette
Hiftoire eft fi indigne de ce
grand Homme , que je ne la
May 1685.
R
194 MERCURE
regarde que comme un Conte
fair à plaifir par fes Ennemis.
D'autres difent qu'il perit
de faim & de miferes
aprés quarante jours de prifon.
Il y en a enfin qui affeurent
qu'un Homme à qui il
n'avoit pas voulu enfeigner
fa Philofophie , le brûla avec
fes Diſciples dans la maiſon
où ils eftoient. La fin de la
vie de ce Philofophe , fera
s'il vous plaiſt , celle de noſtre
converſation .
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Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE TROISIEME.
En mai 1685, Belorond et Lambret débattent de récits extraordinaires rapportés dans diverses relations. Belorond affirme leur véracité, citant des exemples de personnes ayant survécu sans manger, comme Alexandre Beneicus et un prêtre à Rome. Lambret, bien qu'il mette en garde contre la crédulité excessive, reconnaît la nécessité de ne pas rejeter systématiquement ces récits. Ils évoquent des explications possibles, telles que l'évitement d'un animal suédois ou la consommation de fruits spécifiques. Un autre texte décrit des coutumes observées chez les peuples du Canada en 1657 et 1658, incluant la cicatrisation et la peinture du visage, l'esthétique des cheveux, et les habitudes alimentaires. Ces pratiques sont en déclin en raison de l'influence française. Le texte mentionne également des pratiques culturelles variées, comme l'importance de la main gauche chez les Japonais, les mariages précoces des filles en Inde, et la prédominance féminine dans le clergé à Formose. Le texte se concentre également sur Pythagore, philosophe de Samos, connu pour ses vastes connaissances en morale, politique, physique, médecine, mécanique, astrologie, géographie, musique, arithmétique et géométrie. Pythagore est décrit comme un homme érudit, ayant voyagé pour acquérir des connaissances. Il a contribué à divers domaines scientifiques et philosophiques, notamment en médecine, physique, mécanique, astrologie, géographie, musique, arithmétique et géométrie. Malgré ses contributions, il refusa le titre de sage, se contentant de celui de philosophe.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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231
p. 196-197
« Je vous ay tant de fois parlé de la Venus d'Arles, [...] »
Début :
Je vous ay tant de fois parlé de la Venus d'Arles, [...]
Mots clefs :
Statue de Vénus, Arles, Représentation, Figure
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texteReconnaissance textuelle : « Je vous ay tant de fois parlé de la Venus d'Arles, [...] »
Je vous ay tant de fois parlé
de la Venus d'Arles , qu'il
eft difficile que vous n'ayez
fouhaité d'en voir la Figure .
Je vous l'envoye , mais feulement
telle qu'elle a efté faite
fur fa Statuë quand on
l'a trouvée , c'est à dire avec
le bras gauche feulement.
Une autrefois je vous envoyeray
la mefme Figure de
GALANT. 197
la maniere que M' Girardon
reftaurée .
de la Venus d'Arles , qu'il
eft difficile que vous n'ayez
fouhaité d'en voir la Figure .
Je vous l'envoye , mais feulement
telle qu'elle a efté faite
fur fa Statuë quand on
l'a trouvée , c'est à dire avec
le bras gauche feulement.
Une autrefois je vous envoyeray
la mefme Figure de
GALANT. 197
la maniere que M' Girardon
reftaurée .
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232
p. 373-376
Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. [titre d'après la table]
Début :
La Quenoüille estoit le vray mot de la premiere des deux [...]
Mots clefs :
Énigme, Liste de noms, Réponses, Quenouille, Écrevisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. [titre d'après la table]
La Quenouille eftoit le vray mot
de la premiere des deux Enigmes
du dernier mois. Voicy les noms
de ceux qu'ont expliquée.
Meffieurs de Lhofpital , Boilleau
374 MERCURE
at
le Cadet de la Rue de Richelieu,
Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné , P. Carrier , de
Rouen , l'Abbé H ; Leger de la
Verbiffonne , Sorbiere ,de la Rue
des cinq Diamans ; Vallée , de
Dinan en Bretagne ;
Guerin &
Dannony , Legros Campagnard
d'auprés S. Merry , Le Capitaine
de Forefts , Mefdemoifelles Angelique
Mortier ; La Princeffe
d'Atipata de la Foreft d'Alcleon,
Nanon Chefferet de la vieille
Rue du Temple , Anne Dannonville,
Madelon Prouais ; L'A
mant affligé de la petite ... En
Vers, Meffieurs Rault , de Rouen ;
L. Boucher, ancien Curé de Nogent-
le- Roy, Coqueley . Sainge.
vin , Eleuà Bar-fur -Seine . L'Ar.
change de Lyon , Amant d'A-
>
"
GALANT. 375
rianne , Alcidor & Gyges , du
Havre , Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz , Mefdemoifef
les la Favorite de l'Hermité du
Vaudadon , Sylvie La petite
Affemblée A , La petite Affemblée
G , & la Belle Nourriture,
du Havre.
La feconde a efté expliquée
fur l'Ecreviffe , qui en eftoit le
vray mot , par Meffieurs Jeanfon
de Berné , Promoteur & ancien
Chanoine de Troyes , Taffu de
Couldreau , Ecolier au Mans ,
De la Faye , L'aimable la Chapelle
Poitevine , Le beau Colin,
de la Rue de la Harpe , La Femme
fans regret . En Vers , Meffieurs
Diéreville , Ichon , de la Rue de
la Harpe , L'Arcange , de Bourbon-
l'Archambault , Le Berger
376 MERCURE
de Breffoles, & le Rival du Char
bonnier de Rheims.
6 Les melmes ont auffi trouvé le
vray fens de la premiere.
de la premiere des deux Enigmes
du dernier mois. Voicy les noms
de ceux qu'ont expliquée.
Meffieurs de Lhofpital , Boilleau
374 MERCURE
at
le Cadet de la Rue de Richelieu,
Ageron , Avocat au Parlement
de Dauphiné , P. Carrier , de
Rouen , l'Abbé H ; Leger de la
Verbiffonne , Sorbiere ,de la Rue
des cinq Diamans ; Vallée , de
Dinan en Bretagne ;
Guerin &
Dannony , Legros Campagnard
d'auprés S. Merry , Le Capitaine
de Forefts , Mefdemoifelles Angelique
Mortier ; La Princeffe
d'Atipata de la Foreft d'Alcleon,
Nanon Chefferet de la vieille
Rue du Temple , Anne Dannonville,
Madelon Prouais ; L'A
mant affligé de la petite ... En
Vers, Meffieurs Rault , de Rouen ;
L. Boucher, ancien Curé de Nogent-
le- Roy, Coqueley . Sainge.
vin , Eleuà Bar-fur -Seine . L'Ar.
change de Lyon , Amant d'A-
>
"
GALANT. 375
rianne , Alcidor & Gyges , du
Havre , Hutuge d'Orleans , demeurant
à Metz , Mefdemoifef
les la Favorite de l'Hermité du
Vaudadon , Sylvie La petite
Affemblée A , La petite Affemblée
G , & la Belle Nourriture,
du Havre.
La feconde a efté expliquée
fur l'Ecreviffe , qui en eftoit le
vray mot , par Meffieurs Jeanfon
de Berné , Promoteur & ancien
Chanoine de Troyes , Taffu de
Couldreau , Ecolier au Mans ,
De la Faye , L'aimable la Chapelle
Poitevine , Le beau Colin,
de la Rue de la Harpe , La Femme
fans regret . En Vers , Meffieurs
Diéreville , Ichon , de la Rue de
la Harpe , L'Arcange , de Bourbon-
l'Archambault , Le Berger
376 MERCURE
de Breffoles, & le Rival du Char
bonnier de Rheims.
6 Les melmes ont auffi trouvé le
vray fens de la premiere.
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Résumé : Noms de ceux qui ont expliqué les Enig. [titre d'après la table]
Le texte décrit les solutions apportées à deux énigmes publiées dans la revue 'Mercure'. La première énigme, dont le mot était 'Quenouille', a été résolue par plusieurs individus, incluant Messieurs de Lhôpital, Boileau, le Cadet de la Rue de Richelieu, Ageron, et P. Carrier de Rouen, ainsi que divers autres messieurs et demoiselles tels que l'Abbé H. Leger de la Verbiffonne, Sorbiere, Vallée de Dinan, Guerin, Dannony, Legros Campagnard, le Capitaine de Forêts, et plusieurs autres. La seconde énigme, avec le mot 'Écrevisse', a été résolue par Messieurs Jeanfon de Berné, Promoteur et ancien Chanoine de Troyes, Tassu de Couldreau, Écolier au Mans, De la Faye, l'Aimable la Chapelle Poitevine, le Beau Colin de la Rue de la Harpe, et la Femme sans Regret en Vers.
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233
p. 378-380
Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous ay point encore parlé d'un Sermon extraordinaire [...]
Mots clefs :
Sermon, Pèlerins, Messe, Enfants, Abbé, Assemblée, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Je ne vous ay point encore parlé
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
d'un Sermon extraordinaire qui
fe fait tous les ans aux Cordeliers
'le Dimanche de Quasimodo. La
Confrairie des Pelerins de Jérufalem,
établie dans l'Eglife de ces
Peres , y fait dire ce jour- là une
grande Meffe
que l'on chante en
Grec , au milieu de laquelle on
prefche en la même Langue . L'u
fage eft depuis long - temps de
choifir pour cet employ de jeunes
Ecoliers de qualité , diftins
guez par le progrés qu'ils ont fait
dans leurs Etudes . Ils montent
en Chaire , reveftus d'habits Ec
cléfiaftiques , & font un Sermon
dans les formes. Meffieurs de La..
moignon & Talon l'ont fait dans
GALANT. 379
leurs temps ; & M ' l'Abbé Ba
rentin , Fils de M' Barentin Pre ,
mier Préſident du Grand Con
feil , a efté choify cette année
pour ce mefine employ . On ne
peut s'en acquiter avec plus de
grace qu'il a fait , foit pour le gefte
& les flexions de voix , foit pour
les autres talens qui font propres
à la Chaire . Il y avoit une tres ,
nombreuſe Affemblée de Gens
de marque, qui en fortirent charmez.
M' de Barentin fon aîné ,qui
n'a encore que quatorze ans , ré ,
pondit la mefme femaine de fa
premiere année de Philofophie
au College d'Harcourt , & fit
voir qu'il fuffit d'eftre de cette
Famille pour s'acquiren tres.
parfaitement de toutes chofes,.
Pour vous , Madame Madame , vous on.
380 MERCURE
ferez moins furpriſe qu'un autre,
car je vous ay fouvent entendu
dire , qu'un Pere & une Mere
auffi fpirituels & auffi polis que
M' & Madame de Barentin , ne
pouvoient avoir que des Enfans
tres parfaits.
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Résumé : Sermon en Grec par M. l'Abbé Barentin [titre d'après la table]
Le texte relate un sermon annuel exceptionnel organisé par la confrérie des Pèlerins de Jérusalem, qui se déroule le dimanche de Quasimodo à l'église des Cordeliers. Cet événement comprend une grande messe chantée en grec, suivie d'un sermon également en grec, prononcé par un jeune écolier distingué pour ses progrès académiques. Parmi les précédents orateurs figurent Messieurs de Lamogion et Talon. Cette année, l'abbé Barentin, fils de Monsieur Barentin, Premier Président du Grand Conseil, a été choisi. Son sermon a été salué pour sa grâce et ses talents oratoires. Une nombreuse assemblée de personnes de marque était présente et en a été charmée. De plus, le fils aîné de Monsieur de Barentin, âgé de quatorze ans, a brillamment répondu lors de sa première année de philosophie au Collège d'Harcourt, illustrant ainsi les qualités exceptionnelles de la famille.
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234
p. 23-59
LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
Début :
Mr Gilbert, Gentilhomme de Die en Dauphiné, apres avoir fait plusieurs / MONSIEUR MON CHER FRERE, Je croy que vous ne serez [...]
Mots clefs :
Conversions, Prétendus réformés, Dauphiné, Die, Abjuration, Ministre, Religion catholique, Difficulté, Réformateurs, Protestants, Erreurs, Unité de l'Église, Autorité, Confession, Calvin, Luther, Dieu, Culte, Désolation, Écriture, Concile, Secte, Controverse, Sacrements, Martyrs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
FM Gilbert, Gentilhomme
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
de Die en Dauphiné
, apres
S avoir fait plufieurs années la
fonction de Miniftre, a connu
enfin qu'il ne marchoit pas
dans la bonne voye. Il a fait
fon Abjuration depuis quel
e que temps entre les mains de
M' l'Archevefque de Paris;
& comme il n'a pas changé
de Religion , fans eftre for24
MERCURE
tement perfuadé des veritez
de la noſtre , il a voulu faire
part à M¹ de Salieres , Commiffaire
Ordinaire de l'Artillerie
, fon Frere aîné , des raifons
qui l'ont porté à ce changement.
Elles font fi fortes
& fi convaincantes
, que fi
les Prétendus Reformez les
veulent examiner fans prévention
, je ne doute point
qu'ils ne fe fentent preffez
d'y deférer , & de fuivre fon
exemple.
****
LETTRE
I
GALANT 25
525:22222 2522 2222
LETTRE
DE M' GILBERT,
CY - DEVANT MINISTRE,
Touchant les raiſons qui l'ont
engagé à fe convertir.
A Paris le 18. May 1685 .
MONSIEUR
MON
CHER FRERE,
Je croy que vous ne ferez
pas furpris de la Nouvelle que
je vay vous apprendre de ma
reünion à l'Eglife. Vous fçavez
Juin 1685.
C
26 MERCURE
que lors que j'eftois à Die , mes
fentimens meportoient à embraffer
la Religion Catholique . Il
est vray que craignant de rece .
voir des illufions des fantô
mes pour des veritez , j'ay longtemps
balancé fur le party que je
devois prendre , mais j'ay enfin
reconnu que toute la difficulté que
j'avois à me fixer , ne venoit
que des préjugez de ma naiſſan
ce , fortifiez de mon éducation ,
qui n'ont peu eftre furmontez tout
d'un coup , & defquels jay enfin
parfaitement triomphé , reconnoiffant
queje nepouvois refter
plus long-temps dans le Schifme,
GALANT. 27
fans commettre , fuivant le fen
timent de S. Auguftin , le plus
grand de tous les crimes . L'examen
de ce feul Article pourroit
fuffire à un homme qui ne feroit
point préoccupé pour l'obliger,
= fans defcendre dans aucun détail,
à rentrer dans cette Route que
tous les Chreftiens tenoient arvant
Et les premiers Reformateurs , pour
aller au Ciel.
En verité,mon cher Frere,peuton
bien s'imaginer que tous ceux
1. qui ont vécuavant Calvinfous le
- Miniftere Latin, n'ayent pûfaire
leurfalut? Nul Proteftant n'a en
« core ofé le dire; & s'ils ont obtenu
Cij
28 MERCURE
le Salut dans une Communion
tes
que
où ces Erreurs & ces faux Culvous
reprochez à l'Eglife
eftoient en vogue , la Pofterité
n'auroit- elle pas pú marcher en
feureté fur leurs traces ? De quel
nom peut- on appeller voftre ſeparation
, que de celuy de Schifme,
puis que mefme felon M™ Daillé,
le Schifme est une feparation injuste
, & qu'il avoue qu'elle est
telle , lors qu'elle n'est pas indif
penfable Si je pouvois me don
ner le loifir dans une Lettre , de
vous demontrer que vostre Fait
est en ce point conforme à celuy
des Donatiftes , vous verriez que
GALANT. 29
3
les reproches des Catholiques du
temps de Donat à ces Sectaires,
i font les mefmes que nous vous
i faifons aujourd buy , comme leurs
défenfesfont les voftres . Où trouverez-
vous un exemple depuis
l'origine de l'Eglife , d'un femblable
attentat? Lors que du temps
d'Elie l'Idolatrie avoit infecté le
Peuple d'Ifraël , ces fept mille
hommes fi vantez parmy vous,
I formerent- ilsd'abord une nouvelle
Societé ? Drefferent - ils de nouveaux
Autels ? Ne fe contenterent-
ils pas de cette feparation
qu'on appelle négative , en n'adherant
point à l'Idolatrie , fans
1.
1
C iij
30 MERCURE
faire des Affemblées à part, &
l'Unité de l'Eglife ; &
le Sauveur du Monde
rompre
fors
que
s'est manifefté en Chair , quelque
extréme qquuee ffuusstt la corrup
tion de l'Eglife Judaïque, n'a -t-il
pas voulu qu'en vertu de la Succeffion
on écoutast les Scribes &
les Pharifiens , parcè , dit - il,
qu'ils font affis dans la Chaire
de Moïfe? Iln'afalurien moins
l'authorité du Fils de Dieu,
& une authorité éclatante
glorieufe par fes Miracles , pour
former une nouuelle Eglife ,
vous voulez qu'on fuive des Fondateurs
d'une nouvelle Eglife,
•que
GALANT. 30
0.
A
C
qui n'ont rien en eux qui les
doivefairefuivre , fans Miffion,
fans Miracles , & qui font au
contraire accompagnez de tant de
circonftances rebutantes , qu'ilfaut
eftre bien aveuglé pour s'y laiffer
entraîner. Le Sauveur du Monde
dit des Juifs , qu'ils auroient
efté fans peché pour ne pas
e croire en luy , fans les Signes.
qu'il faifoit ; & vous voulez.
qu'on croye vos Reformateurs far
leur parole , comme fi leur autho
rité eftoit plus grande que celle
du Fils de Dieu. On voit des
Gens , qui des qu'ils paroiffent
dans le monde ,
s'entrequerellent
C iiij
32 MERCURE
avec une rage furieufe , qui fe
traitent de Diables d'Enragez,
& qui comme des Beftes
farouches font prefts àfe déchirer.
Ils veulent , difent- ils , redonner
à l'Eglife fon ancienne pureté ,
mais les fentimens de leur efprit
font auffi oppofez que ceux de
leur coeur , & Dieu par un jufte
Jugement permet , pour confondre
leur entreprife , qu'ils parlent
d'auffi diférens langages que ceux
qui batiffoient la Tour de Babel .
Ce font des Gens qui aboliſſent
d'abord , fous prétexte de la liberté
Chrétienne , ce qui pouvoit
fervir de bride à nos Paſſions , &
L
GALANT. 33
de reméde à noftre corruption.
L'Ecriture , & apres elle les Saints
Peres , ont recommandé l'Abftinence
& le Celibat ; cependant
ils ont aboly l'un & l'autre . Il
I a peu de Proteftans à qui je
n'aye oy louer la Confeffion.
Quelle est donc cette Reformation
, qui ne tend qu'à détruire
ce que les Gens d'entre vous qui
ont de la bonne fòy , reconno :ſſent
falutaire ? Faites un peu
flexion fur la perfonne , fur la
conduite , fur les motifs qui ont
fait agir Calvin , fur les maux
qu'il a caufez dans le Monde,
vous m'avouerez qu'il n'y a
de re34
MERCURE
rien de divin dans fon entreprise,
comme vous le prétendez ; que
c'est cette paffion orgueilleuse qui
paroist fi vifiblement dans fes
Ecrits , qui a efté le grand reffort
de fa Reformation . Luther
fe vante d'avoir eu la pensée
de reformer l'Eglife , apres une
converfation qu'il eut avec le
Diable , qui l'avertit de fes Erreurs.
Informez- vous du Fait, fi
vous en doutez. Je vous laiffe
faire aprés la deffus les reflexions
d'un Homme de bon fens. Que
peut- on attendre de tels Docteurs,
qui d'abord font paroiſtre ſi peu
de respect & d'amour pour une
GALANT. 35
:
Eglife à laquelle ils devoient leur
renaiffance fpirituelle, qui dés leur
premiere demarche , ouvrent les
Cloitres , dévoilent les Vierges ,
permettent tout ce que
l'ancienne
Difcipline defend ; & qu'est- ce
qu'on peut en croire , fi ce n'est
que le plaifir de fe voir Chef de
Party, d'immortalifer leur mé
moire par une fifameuse revolte,
mettant lefeudans l'Eglife , com
I me autrefois Eroftrate dans le
Temple de Diane , pour la gloire
• faire parler d'eux , a esté le motif
de leur prétendue Reformation,
plûtost que l'intéreft de la Verité?
Vous dites que l'Eglife eftoit dans
36 MERCURE
de grands defordres ; que
la
corruption
l'ignorance avoient
infecté les Paſteurs & les Peuples
, & que le grand relâchement
des premiers avoit laiffé
dégenerer plufieurs faintes Inftitutions
en fuperftition. On pourroit
vous accorder qu'ily en avoit
dans la pratique ; mais je dis
qu'il faloit le dire à l'Eglife fui
vant l'ordre du Sauveur ,
attendre les remédes que
Dien
y
apporteroit parfon miniftere ,fans
ufurper un droit que nul ne peut
s'attribuer fans y eftre appelle de
Dieu . Mais aujourd'huy que les
Paſteurs ont repris leur zéle &
GALANT. 37
t
t
7
j
leur vigilance , e que l'Eglife
a ufé de fon authorité pour retrancher
ce qu'il pouvoit y avoir
de fuperflu dans le zéle trop indifcret
des Pemples ; aujourd'huy
qu'on voit l'Eglife formée fur le
modelle de celle des premiers fiécles
, ne faut- il pas eftre bien
opiniâtre , pour refufer de vous
remettre dans le fein d'une Mere
qui vous rappelle d'une maniere
fiforte & fi tendre ? Neferoit- il
S pas temps defermer une playe qui
a faignéfilong- temps , & apres
tant de divifions & de haines, de
s'étudier enfin à garder l'unité
par le lien de la Paix ? Me di28
MERCURE
38
rez- vous encore , que vous rifque
riez voftre Salut , fi vous aviez
Communion avec une Societé qui
enfeigne des Erreurs mortelles ,
qui pratique des cultes damnables?
A cela je vous répons , que vous
eftes obligé de vous reünir à l'E
glife , avant que d'entrer dans
cet examen. Cependant ſi par un
paffedroit nous nous appliquons à
rechercher fi elle est auffi coupa
Les Miniftres vous le
ble
que
font croire , pourrez - vous bien
vous imaginer que l'Eglife à qui
J. C. a fait une fi expreffe &
fi glorieuse promeffe , lors qu'il
que les portes
a dit
portes
d'Enfer
GALANT. 39
ne prévaudroient point contre
elle , puiffe eftre tombée dans
cette ruine cette defolation
prétendue ? Cette Colomne de la
Verité , comme l'appelle S. Paul,
fera- t - elle devenue la Colomne
de l'Erreur & du Menfonge ?
Quelle auroit efté la bonté de
Dieu envers l'Epoufe defon Fils,
de la laiffer dans un fi deplorable
état durant tant de fiecles ,
• qui s'imaginera jamais qu'il ait
efté feulement poffible que cette
extréme corruption fe foit fi univerfellement
répanduë' , qu'il n'y
ait au moins eu quelque Eglife
particuliere qui ait confervé la
40 MERCURE
pureté du fervice de Dieu , &
le précieux depost de fa Verité ?
Nefremiffez- vous point lors que
cöfiderez que vous êtes d'uneSecte
qui ne peut fe vanter d'avoir eu
communion avec aucune qui l'ait
precedée, & qui n'ofe reconnoiftre
pour fes Predeceffeurs que quelques
miferables difperfez , qui
outre les fentimens qu'ils avoient
communs avec vous , ont efté coupables
de pluſieurs déteftables Herefies
que vous abhorrez comme
nous , t), à qui on auroit toûjours
pú faire la demande que n us
vous faifons , Qui eftes -vous,
& d'où eftes-vous venus ? Où
GALANT. 41
T
L
#
eft l'endroit de l'Ecriture qui
ait prédit voftre Reformation?
Auroit- elle manqué de circonftancier
un Evenement auffi renarquable
? Mais je ne sçaurois ny
preffer les matieres , ny
les parcourir
dans une Lettre que je
vous écris à la hâte . Je vous
prie feulement , mon cher Frere,
de faire un peu de reflexion fur
ces deux importans Articles , d'où
dépend la decifion des autres. Le
premier est , qu'il y a toûjours eu
un Tribunal fubfiftant pour la de
cifion des diferens qui naiftroient
dans la Religion . Vous dites que
c'est Ecriture. Nous reconnoif
Juin 1685 .
D
42 MERCURE
fons avec vous , qu'elle est une
Loy fouveraine par laquelle il
faut juger ; mais l'interpretation
en appartient à l'Eglife . C'est
de fa bouche que nous devons en
apprendre le veritable fens, plûtost
que
de celle d'un Particulier.
Car comment par l'Ecriture feule
pourrez- vous vous affurer que
Veritéfe trouve dans votre Party?
Tous les Heretiques du Monde
ne viennent ils pas la Bible à la
main ? Ne confrontent- ils pas les
Paffages comme vous ? Ne prétendent-
ils pas d'avoir le S. Ef
la
n'obſervent pritcomme vous
ils pas à leur compte les moyens
GALANT. 43
1
¿
e
1
3
de bien interpreter ? Quel avan
tage aurez - vous fur eux , &
qu'est- ce que vous direz en faveurde
vostre Caufe, qu'ils n'al
léguent pour la leur ? Avoüez.
donc
que Dieu auroit manqué au:
bien de fon Eglife , s'il n'avoit
étably un moyenfeur pour regler.
fa Foy. Croyez- moy , mon cher-
Frere , il vaut bien mieux n'eftre
point fage en fog mesme , comme:
dit l'Ecritare , d'en trop pré--
que
fumer; &fur cette maximefon
damentale du Chriftianifme , je
vous demande fi Calvin ne devoit
pas fe foumettre à la voix
de l'Eglife , plûrost qu'aux lu
Dij
44 MERCURE
mieres prétendues de fon efprit
particulier , & fi ceux qui fuivirent
fes nouveautez, n'auroient
pas efté plus fages d'écouter l'Eglife
qu'un Particulier ? Vous- même
en feuilletant la Bible , avezvous
reconnu, que ce que vous
faites profeffion de croire dans les
Symboles , y est conforme , ou fi
c'eft quelque authorité qui vous
l'a fait croire avant cette lecture?
Je fçay que vous avez beaucoup
de difcernement , & que le Livre
de l'Ecriture Sainte vous eft affez
familier ; mais je vous demande
en confcience,fi avant qu'on vous
la donnaft à lire , vous n'euffiez
GALANT: 45
déja efté inftruit de ce que vous
devez croire fur les Mysteres de
t la Trinité , de la Generation du
Fils , de la Proceffion du S. Ef-
E pris , de l'Incarnation de la Seconde
Perfonne , euffiez- vous pû
faire par vospropres lumieres une
s Confeffion orthodoxe ? Croyezvous
que vous euffiez pû recon_
noiftre le Livre de l'Ecclefiafte
pour un Livre divin ? Qu'on en
faffe l'expérience tant qu'on voudra
, je fuis perfuadé que fi on
n'enſeigne à celuy qui l'entreprendra
, quel est le fentiment de l'Eglife
, il n'y reüffira jamais. Qui
l'affurera que le Paffage de Saint
46 MERCURE
2
Jean qui dit qu'il y en a trois
au Ciel , n'a pas efté ajoûté comme
le prétendent les Arriens , on
que celuy- cy Le Pere eft plus
grand que moy
ne marque
pas une fuperiorité à l'égard de
l'Effence ? A quel defefpoir ne
feroit pas reduit un Homme qui
nepourroit trouver la Verité, qu'en
lifant la Bible avec autant d'exactitude
qu'il faudroit , ne ſçachant
mefme fi la traduction feroit
fidelle , fi Dieu n'y avoit
pourven en établiſſantfon Eglife
pour Interpretefouveraine & infaillible
defa volonté , de la bouche
de qui on peut apprendre la
GALANT. 47
A
6
Verité fans erreur , puis qu'il a
-imprimé en elle tant de marques
de fa Divinité , qu'il est impoffible
de la méconnoiftre ? Vous me
ferez fans doute icy de grandes
difficultez. Vous me demanderez
1 qui pourra vous declarer les fentimens
de l'Eglife , puis que les
Docteurs & les Conciles font fi
fouuent oppofez ? A cela je vous
dis , que vous les devez chercher
dans le confentement uniuerfel de
l'Eglife , dont les Conciles fontla
Bouche. Ils ne font jamais oppo-
Jeg fur les matieres de Foy . Lors
donc que Dous verrez un fensi
| ment receu par l'Eglife univer
9
48 MERCURE
felle , conforme par confequent
aux faints Conciles oecuméniques
vous ne pouvez pas refufer
de vous y foumettre ; &
la plus grande marque
de la validité
d'un Concile , c'est lors que
l'Eglife universelle s'y affujettit,
fur tout lors qu'elle y perfe
vere durant plufieurs ficcles fans
changement, comme nous le voyons
à l'égard du Concile de Trente.
Peut- eftre que vous m'objecterez
encore , que vous ne fçavez pas
fi c'est l'Eglife Romaine qui poffede
justement ce Titre , ou quel
qu'une de ces autres Societez qui
Je l'attribuent comme elle ; mais
<
je
GALANT.
49
que
Calvin
je dis qu'ilfuffit que vous reconnoiffiez
la neceffité du Tribunal
de l'Eglife , car apres cela vous
ne pouvez pas dire
fa Secte ait eu ce privilége
lors qu'il fe rebella contre elle,
puis que vous eftes contraints d'a
voir recours à la chimere d'une
Eglife invifible , à qui on n'au
roit pas pu s'adreffer pour avoir
La décifion des
Controverfes , Laif
Sez après cela à l'Eglife Romaine
le foin de debatre fes droits contre
les .Societez
Schifmatiques . Si
j'avois du temps , je vous convaincrois
par voftre propre expérience
, que vous eftes contraint
Juin 1685 ..
E
16
50 MERCURE
dans la pratiques de reconnoiftre
une Eglife pour Fugefouverain
de vos diférens , quoy que dans
la Theorie vous foutenez unprincipe
contraire ; mais j'aime mieux
paffer à l'autre veritéfur laquelle
vous devezfaire reflexion. C'est
qu'ilfaut recevoir les Traditions
Apoftoliques. Outre que S. Paul
veut qu'on garde les Traditions,
non feulement celles qui estoient
écrites , mais encore celles qu'il
avoit données de vive voix, Saint
Jean nous avertit que J. C. avoit
fait tant de Signes qui n'eftoient
pas écrits , que tout le Monde
enfemble ne pourroit pas les por
GALANT.
51
ter ; & vous eftes contraints comme
nous , de recevoir plufieurs importantes
veritez que vous ne tede
la Tradition. Où trou
nez que
verez- vous dans la Bible l'ordre
de folemnifer
le Dimanche
plûtoft
que le Sabath
? Et fans entaffer
beaucoup
d'exemples
, vous
fçavez
que J. C. a inftitué
le
Baptefme
par l'Immerſion
. Trouvez-
vous que ce foit la mesme
Cerémonie
que
l'Asperfion ? Qui
vous a dit
que
Dieu ait
promis
fa grace
à l'une
comme
à l'au
tre ? Il ne s'agit pas là d'une
affaire
de petite
importance
, puis qu'il
s'agit
de la validité
d'un des plus
E ij
52 MERCURE
auguftes Sacremens de l'Eglife.
Cependant vous n'en pouvez eftre
affeuré que par la voye de la
Tradition. Lors donc que vous
ne trouverez pas plufieurs pratiques
clairement établies dans l'Ecriture
,fouvenez- vous qu'ilfuffit
que vous les ayés reçues de l'Eglife
univerfelle, pour croire que c'eft de
Dieu que vous les tenez, puis qu'il
promis d'eftre avec elle jusques à
la fin du Monde, Si une fois vous
avez conceu l'idée que vous devez
avoir de fon authorité , vous
prendrez cet efprit de foumiffion
qui eft fi neceffaire au Chrétien,
do vous ne raifonnerez plus conGALANT.
53
S
tre fes Arrefts , quelque contraires
qu'ils paroiffent à vos interprétationsparticulieres
. Ilmefou
vient qu'eftant à Die , ce qui vous
faifoit le plus de peine , c'eftoit
le retranchement de la Coupe.
Apprenez d'icy que les raisons de
Eglife ont efté bonnes , puis qu'
elle l'a ainfi determiné. Mais
J.C.a inftitué le Sacrement fous
les deux efpeces ; l'Eglife Primitive
l'a ainfi pratiqué.Je vous
dis de mefme que J. C. a inftitué
le Baptefme par l'Immersion ;
que fi l'Eglife a eu de fuffifan
tes raifons pour le reduire à l'Afperfion
, elle a auffi pú établir la
E iij
54 MERCURE
Communionfous unefeule eſpece.
On les retient toutes deux dans
la celébration du Miftere , pour
faire commemoration defa Mort,
mais on vous dit
que
la Communion
fous les deux especes eft un
point de Difcipline , que l'Eglife
peut établir comme il luy plaift,
fuivant les diferentes raisons que
luy fourniffent les circonstances où
elle fe trouve. L'Eglife ne l'a
pas ainfi ordonné pour aucun mépris
de l'Inftitution du Sauveur,
& elle est en liberté de la redonner
à fes Enfans , quand elle
Le trouverabon. Je n'ay plus qu'à
vous conjurer de faire un paralGALANT.
55
ои
lele general des deux Religions ,
laquelle merite d'eftre preferée ,
celle qui a encore le Miniftere que
J. C. a eftably , & qui l'a confervé
par une fucceffion perpetuelle
, ou celle qui en a ufurpé
un nouveau ; celle qui s'eft maintenuë
durant tous les fiecles ,
contre le venin de l'Herefie , &
contre la fureur des Tyrans , contre
qui les portes d'Enfer n'ont
point prévalu , ou celle qui voit
fa deftruction en moins de deux
fiecles , comme toutes les autres
Sectes ; celle qui fuivant toutes
les Prédictions eft fi illuftre par
la multitude de fes Peuples en
E iiij
56 MERCURE
a
comparaifon des Sectes , ou celle
qui a des limites bien plus étroites
; laquelle eft l'Eglife deJ. C.
ou celle qui fuivant. l'ordre du
Maiftrefait prefcherfon Evangile
à toute la Terre, ou la Calviniſte
qui ne s'en met guere en
peine ; ou la Catholique qui a
produit , & qui produit encore
tant de Martyrs & de Confeffeurs
, ou la Proteftante qui voit
~~tous les jours que fes Martyrs
font des Seditieux ou la nostre
qui enfeigne àfervir Dieu d'une
maniere augufte , conforme à fa
Majefté , où la vostre qui n'a
aucun fel dans fes Devotions ? Ie
+
GALANT: 57
n'aurois jamais fait , fi je vou
lois étaler les avantages de l'Eglife
fur voftre Secte. Ie vous
laiffe le foin de les confiderer vousmesme
, & de confulter les bons
Livres qui peuvent vous y aider.
Ie vous prie pour la fin de ne
point negliger une auffi importante
affaire, & de ne vous point
laiffer entefter par les confiderations
de nos Parens & de nos
Amis. C'eft avoir affez demeuré
bors de fon centre. C'eſt ſeule.
que
l'on
peut
ment en y rentrant
trouver le veritable repos . Ie fuis
perfuadé queMadame vôtreFemme
eft dans defort bonsfentimens;
58
MERCURE
les
je vous prie de l'affeurer de mes
respects & de mon amitié. Dieu
veüille que nous nous voyions
tous un jour dans une mefme Famille
ſpirituelle , auffi- bien que
dans la temporelle.
Diminuez autant
qu'il dépendra de vous ,
chagrins que cette Nouvelle pourra
caufer à ma Mere. Ie crainsfort
de m'eftre attiréfon inimitié , mais
j'efpere que Dieu luy touchera le
coeur, & qu'enfin elle ne trouvera
mauvais que j'aye farisfait à ma
confcience. La Profeffion où je
me trouvois
malheureuſement en .
gagé , fera peut- eftre ce qui luy
donnera plus
d'horreur ; pour moy
GALANT. 59
Fd
1.
je m'abandonne
à la Providence
.
Examinez
bien s'il vous eft permis
de croire que vous ne puiffiez
faire vostre falut dans une Communion
, ou ceux qui ont devancé
Calvin l'ontfait , dans laquelle
tantde Martyrs , de Roys , de Do-
Eteurs,& degrands Saints,ont vécu,
& fontmorts. Ie prie Dieu
qu'il vousconfeille luy mesme,&
qu'il vous infpire vostre bien.
Adieu , mon cher Frere , ne ceffez
de m'aimer, de croire que
pas
je fuis toujours , Vôtre , & c .
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Résumé : LETTRE DE Mr GILBERT, CY-DEVANT MINISTRE, Touchant les raisons qui l'ont engagé à se convertir.
François-Michel Gilbert, ancien ministre protestant de Die en Dauphiné, relate sa conversion au catholicisme après une longue réflexion. Dans une lettre à son frère aîné, M. de Salieres, il explique que ses sentiments l'orientaient déjà vers le catholicisme, mais qu'il avait hésité en raison de ses préjugés et de son éducation protestante. Gilbert critique la Réforme protestante, jugeant la séparation des protestants injustifiée et les comparant aux donatistes. Il reproche aux réformateurs protestants l'absence de mission divine et de miracles, ainsi que leurs divisions et violences internes. Il dénonce également l'abolition de pratiques recommandées par l'Écriture et les saints Pères, comme l'abstinence et le célibat. Gilbert critique Martin Luther et ses successeurs, les accusant d'être motivés par l'orgueil et la vanité plutôt que par un véritable désir de réforme spirituelle. Il reproche aux réformateurs leur manque de respect envers l'Église catholique, qu'ils devraient considérer comme leur mère spirituelle, et leur ouverture des cloîtres pour satisfaire leur désir de leadership. Bien qu'il reconnaisse la corruption et l'ignorance de l'Église, il affirme que les réformateurs auraient dû attendre les remèdes divins sans usurper un droit divin. Il souligne que l'Église s'est réformée selon le modèle des premiers siècles et invite les protestants à revenir dans son sein. Le texte pose des questions rhétoriques sur la résistance de l'Église aux portes de l'enfer et critique les protestants pour leur manque de continuité historique et leur association avec des hérétiques. Il insiste sur l'importance de l'interprétation des Écritures par l'Église, considérée comme infaillible et souveraine. Gilbert mentionne également la nécessité de soumettre ses interprétations personnelles aux décisions de l'Église et aborde des questions de discipline ecclésiastique, comme la communion sous les deux espèces. Enfin, il exhorte son interlocuteur à réfléchir sérieusement à ces questions et à consulter des livres pour mieux comprendre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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235
p. 66-67
Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Début :
Ce fut dans une pareille occasion que Mr le Procureur [...]
Mots clefs :
Procureur général, Discours, Sa Majesté, Charme, Louanges infinies, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Ce fut dans une pareille
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
occafion
que M' le Procureur
Genéral en faifant la derniere
Mercuriale , fit un excellent
Difcours à l'avantage
de Sa Majesté. Tous fes Auditeurs
en furent charmez , &
on demeura
d'accord tout
GALANT. 67
J
1
1
d'une voix qu'on n'avoit ja
mais entendu rien de plus
beau fur cette matiere . Si tout
ce que le Roy a fait de grand
ne meritoit pas des loüanges
infinies , Mile Procureur Genéral
que la verité feule fait
parler , s'attacheroit aux fujets
naturels des Difcours pu
blics aufquels fa Charge l'engage
, & ne les répliroit point
d'éloges qu'un Homme de
fon Caractere , de fa probité,
& de fon merite , ne doit don
ner que tres-juftement .
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Résumé : Eloges du Roy, dans les discours publics. [titre d'après la table]
Le Procureur Général a prononcé un discours excellent, louant les mérites du Roi. Sa voix exceptionnelle captiva l'audience. Il souligna les grandes actions royales dignes de louanges infinies. Il s'engagea à traiter des sujets appropriés, évitant les éloges excessifs. Il affirma que seuls les hommes de caractère, de probité et de mérite peuvent distribuer des éloges justifiés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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236
p. 67-69
Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Début :
Lors que les Particuliers font éclater le zele qu'ils ont [...]
Mots clefs :
Zèle, Monarque, Panégyriques , Gloire, Assemblée, Vérité, Acclamations, Prince, Grandeur, Statues
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Lors que les Particuliers
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
font éclater le zele qu'ils ont
Fij
68 MERCURE
pour ce grand Monarque, par
les Panégyriques publics.
qu'ils prononcent à fa gloiré
dans les plus auguftes Affemblées
où préfide la Juſtice,
& dans les Chaires où l'on ne
doit dire que la verité , les
Peuples entiers qui ne fe contentent
pas de marquer par
leurs acclamations
& par
leurs voeux ce qu'ils fentent
pour un Prince fi digne de
leur admiration , veulent encore
y ajoûter des Statues qui
inftruiſent la pofterité du ref
pect & de l'amour que fa grádeur
leur infpire. C'est à quoy
GALANT. 69
la Ville de Grenoble donne
prefentemet tous les foins.Ses
Echevins ont efté chargez de
fupplier tres - humblement Sa
Majefté , de vouloir bien leur
permettre
d'élever dans la
principale de leurs Places publiques
, une Statuë qui la re-
1
prefente , & le Roy agréant
leur zele a eu la bonté d'y confentir.
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Résumé : Zelle de Messieurs de Ville de Grenoble, pour ériger une Statuë du Roy dans la principale de leurs Places publiques. [titre d'après la table]
Les populations expriment leur enthousiasme pour un grand monarque via des panégyriques et des acclamations. Elles souhaitent ériger des statues pour témoigner de leur respect. À Grenoble, les échevins demandent au roi la permission de construire une statue dans la principale place publique. Le roi accepte, approuvant ainsi l'ardeur des habitants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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237
p. 120-126
« Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...] »
Début :
Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...]
Mots clefs :
Air, Compositeurs, Dispute, Langue française, Art de chanter, Critiques, Syllabes, Observations, Mots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...] »
Je vous envoye un Air
que vous trouverez fort:
agréable , fi vous confiderez
feulement le chant. Cepen
dant comme il n'eft pas tous
GALANT. 121
à fait régulier pour ce qui regarde
les paroles dans lef
quelles il faut obferver la
quantité , ce que ne font pas
beaucoup de Compofiteurs .
Cela a donné fujet à deux
Perfonnes de la Profeffion
d'en venir à une difpute , qui
pourra fervir d'inftruction
pour les autres. Aprés que
l'un d'eux eut chanté cét Air
felon l'intention de celuy qui
l'a compofé , l'autre mieux
inftruit des obſervations de
la Langue Françoiſe à l'égard
du chant , par le moyen du
Livre de l'Art de chanter de
Juin 1685.
L
122 MERCURE
M' de Bacilly qu'il a leu à
fond , ne manqua pas d'en
faire plufieurs Critiques fur
divers endroits. La premiere
eft fur le mot Finit , où l'Autheur
de l'Air a marqué expreffément
une maniere de
chanter qui rend la derniere
fyllabe de ce mot longue , &
elle le feroit en effet fans le
monofyllabe fuivant qui
joint au mot précedent , en
renverſe la quantité , de forte
que ce qui eftoit long devient
bref.C'eft ce que M' de
Bacilly a expliquéclairement
Page 24. de la Réponſe à la
GALANT. 123
2
Critique de fon Traité de l'Art
de bien chanter. En effet , il
n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finift au fubjonctif,
& celuy de Finit à l'indicatif.
La feconde Critique
eft fur ces mots Fait languir
dont celuy de Fair fe jette fur
la premiere fyllabe de languir
fans la féparation néceffaire
de ces deux mots . Ainfi
· l'on trouve Fait lan comme con
fi c'eftoit le mefme mor : ce
qui eft une obfervation tresdélicate
, & dont le melme M
de Bacilly a donné plufieurs
exemples page 17 de la Ré-
L. ij.
124 MERCURE
ponſe à la Critique . La trojfiéme
eft fur ce Vers Fentrouveray
plus fur fon teint , dont
la cheute eft mal obſervée en
ce que le mot de Trouveray
paroift féparé du mot de
-Plus , ce quifait un méchant
effet , & la derniere eft la répetition
de ces mots , Que le
Printemps , laquelle arreftant
le fens des paroles fuivantes,
femble fe rapporter aux précedentes
, & faire entendre,
'en trouveray plus que le Prin
temps n'en trouve . Outre que
cette répetition eft inutile,
& fans au cune néceffité , ce
Fen
GALANT. 125
(
qui eft contre la regle quit
vent , que l'on ne répete
rien que fort à propos dans
les paroles qu'on chante.
Cette difpute le fit en preſence
de plufieurs Perfonnes
qui n'eftant pas de la Profef
fron , ny par confequent af
fez inftruits de ce qui regat ,
dele chant François , ne
fcetrent que décider , quoy
qu'ils euffent affez de lumic
re naturelle pour goûter les
raifons de celuy qui faifoit
cette Critique. Il fut réfolu
que M Lambert en feroit le
comme celuy qui Juge
L iij
126 MERCURE
poffe de fouverainement ce
bel Art , & de qui les Airs .
font à couvert de toute cenla
grande habitude:
fure
par
qu'il
a de
traiter
la
Langue
Françoife
, à laquelle
il fçait
donner
avec
une
entiere
jufteffe
le
chant
qui
luy
eſt
propre
felon
les
differens
mots
qu'il
doit
employer
. La
correction
de
cét
Air
eft
au
bas
,
&
l'on
pourra
voir
par
là ,
quel
des
deux
a raiſon
,
En
voicy
les
paroles
,
que vous trouverez fort:
agréable , fi vous confiderez
feulement le chant. Cepen
dant comme il n'eft pas tous
GALANT. 121
à fait régulier pour ce qui regarde
les paroles dans lef
quelles il faut obferver la
quantité , ce que ne font pas
beaucoup de Compofiteurs .
Cela a donné fujet à deux
Perfonnes de la Profeffion
d'en venir à une difpute , qui
pourra fervir d'inftruction
pour les autres. Aprés que
l'un d'eux eut chanté cét Air
felon l'intention de celuy qui
l'a compofé , l'autre mieux
inftruit des obſervations de
la Langue Françoiſe à l'égard
du chant , par le moyen du
Livre de l'Art de chanter de
Juin 1685.
L
122 MERCURE
M' de Bacilly qu'il a leu à
fond , ne manqua pas d'en
faire plufieurs Critiques fur
divers endroits. La premiere
eft fur le mot Finit , où l'Autheur
de l'Air a marqué expreffément
une maniere de
chanter qui rend la derniere
fyllabe de ce mot longue , &
elle le feroit en effet fans le
monofyllabe fuivant qui
joint au mot précedent , en
renverſe la quantité , de forte
que ce qui eftoit long devient
bref.C'eft ce que M' de
Bacilly a expliquéclairement
Page 24. de la Réponſe à la
GALANT. 123
2
Critique de fon Traité de l'Art
de bien chanter. En effet , il
n'y auroit pas de difference
entre le mot de Finift au fubjonctif,
& celuy de Finit à l'indicatif.
La feconde Critique
eft fur ces mots Fait languir
dont celuy de Fair fe jette fur
la premiere fyllabe de languir
fans la féparation néceffaire
de ces deux mots . Ainfi
· l'on trouve Fait lan comme con
fi c'eftoit le mefme mor : ce
qui eft une obfervation tresdélicate
, & dont le melme M
de Bacilly a donné plufieurs
exemples page 17 de la Ré-
L. ij.
124 MERCURE
ponſe à la Critique . La trojfiéme
eft fur ce Vers Fentrouveray
plus fur fon teint , dont
la cheute eft mal obſervée en
ce que le mot de Trouveray
paroift féparé du mot de
-Plus , ce quifait un méchant
effet , & la derniere eft la répetition
de ces mots , Que le
Printemps , laquelle arreftant
le fens des paroles fuivantes,
femble fe rapporter aux précedentes
, & faire entendre,
'en trouveray plus que le Prin
temps n'en trouve . Outre que
cette répetition eft inutile,
& fans au cune néceffité , ce
Fen
GALANT. 125
(
qui eft contre la regle quit
vent , que l'on ne répete
rien que fort à propos dans
les paroles qu'on chante.
Cette difpute le fit en preſence
de plufieurs Perfonnes
qui n'eftant pas de la Profef
fron , ny par confequent af
fez inftruits de ce qui regat ,
dele chant François , ne
fcetrent que décider , quoy
qu'ils euffent affez de lumic
re naturelle pour goûter les
raifons de celuy qui faifoit
cette Critique. Il fut réfolu
que M Lambert en feroit le
comme celuy qui Juge
L iij
126 MERCURE
poffe de fouverainement ce
bel Art , & de qui les Airs .
font à couvert de toute cenla
grande habitude:
fure
par
qu'il
a de
traiter
la
Langue
Françoife
, à laquelle
il fçait
donner
avec
une
entiere
jufteffe
le
chant
qui
luy
eſt
propre
felon
les
differens
mots
qu'il
doit
employer
. La
correction
de
cét
Air
eft
au
bas
,
&
l'on
pourra
voir
par
là ,
quel
des
deux
a raiſon
,
En
voicy
les
paroles
,
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Résumé : « Je vous envoye un Air que vous trouverez fort agréable, [...] »
Un désaccord oppose deux compositeurs au sujet d'un air musical. Le premier compositeur a composé un air apprécié mais présentant des irrégularités dans la quantité des syllabes des paroles. Monsieur de Bacilly critique cet air en se référant à l'Art de chanter, publié en 1685. Il relève plusieurs erreurs : la prononciation incorrecte du mot 'Finit', la mauvaise séparation des mots 'Fait languir', la mauvaise chute du vers 'Sentrouveray plus sur son teint', et la répétition inutile des mots 'Que le Printemps'. Cette dispute se déroule devant des non-spécialistes, qui reconnaissent la validité des arguments de Bacilly. Il est décidé que Monsieur Lambert, expert en chant et en langue française, évaluera l'air. Une version corrigée de l'air est fournie pour permettre de déterminer lequel des deux compositeurs a raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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238
p. 169-181
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
Il s'est fait depuis peu de temps un Mariage, par [...]
Mots clefs :
Mariage, Sexagénaire, Demoiselle, Fortune, Passion, Présents, Dégoût, Ornements, Froideur, Vengeance, Amant, Coeur, Noces, Modération, Église, Refus, Vieillard, Belle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
Il s'eft fait depuis peu de
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
temps un Mariage , par un
motif qui vous furprendra.
Un Homme tout au moins
Sexagenaire, s'eftant aviſé dé
devenir amoureux d'une jeu
ne Demoiſelle, plus confide.
rable par fon agrément que
par fa fortune, ne pût refifter
à fa paffion. Aprés luy avoir
rendu pluſieurs viſites , il
parla de l'époufer , & la
pofition qu'il en fit,fut receuë
de fes Parens d'une maniere
affez agreable. Il ne falloit
plus que gagner la Belle, que
T'inégalité de l'âge n'ac-
Juin 1685.
P
pro170
MERCURE
*
commodoit pas. Elle eut de
la peine à fe refoudre à pren .
dre un mary fi vieux . Ce,
pendant comme fa jeuneffe
& fa beauté faifoient preſque
tout fon bien , elle crût devoir
fonger au folide . Ainfi fes
Amis luy confeillant de ne
pas laiffer échaper l'occaſion ,
elle confentit à ce qu'on voulut.
On dreffa le Contrat de
Mariage , dont le bon Homme
regla les conditions biên
moins à fon avantage qu'elle
n'avoit efperé. Cette conduite
luy donna quelque dégoût.
Elle voulut éprouver en d'aua
GALANT. 171
tres chofes fi elle avoit du
pouvoir fur luy. Il luy fit quel
ques prefens de peu de valeur
, & ces prefens luy don- & c
nerent ouverture à s'expliquer
fur un fil de Perles qu'-
elle fouhaitoit. Elle le pria
d'y vouloir bien mettre juf
qu'à mille écus , afin qu'en
luy fervant d'ornement , il luy
pût auffi fervir de reffources
dans l'occafion . Le Vieillard
promit, mais il n'exécuta pas.
Il remit de jour en jour à la
fatisfaire ; & la Belle aprés
s'eftre plainte plufieurs fois
de fon peu d'exactitude ,
re-
Pij
172 MERCURE
folut enfin de ne luy en plus
parler. Il eft vray qu'elle luy
marqua de la froideur , & le
bon Homme qui en devina
la caufe , vit bien qu'il ne la
feroit ceffer qu'en luy appor
tant un fil de Perles . Aprés
avoir combatu plus de trois
femaines , il fit effort fur fon
avarice , & acheta ce que fa
Maiftreffe avoit demandé.
Cependant la Belle qui ne
s'y attendoit plus , ſe fit un
plaifir de fe vanger de fon
vieil Amant. Elle crût ne
pouvoir mieux executer fon
deffein qu'en augmentant
GALANT. 173
pour
le
fon amour. Elle affecta
cela les manieres les plus engageantes
& les plus flateufes
qui puiffent marquer un
coeur veritablement touché
& elle commença
à les prendre
le jour mefme que
Vieillard vint la voir , chargé
du prefent qu'il luy vouloit
faire. Il fut agreablement
furpris
d'un changement
fi peu
attendu , & il en eut d'autant
plus de joye , que n'ayant
plus aucune froideur à ef
fuyer , il pouvoit fe diſpenſer
de donner le fil de Perles.
Cette referve fatisfaifant fon
P iij
174 MERCURE
humeur avare , il le rempor
ta , fans faire connoiftre qu'h
l'eût acheté. C'eftoit un meu
ble , dont à peu de chofe prés
il luy devoit eftre aiſé de retirer
fon argent. Il ne voulut
pas pourtant fe hafter de s'en
défaire. La Belle pouvoit retomber
dans fes froideurs, &
le prefent de fes Perles eftoit
un moyen certain pour l'en
garentir. La complaifance
qu'elle eut pour fon vieil Amant
pendant plus d'an
mois l'ayant rendu éper
duëment amoureux , il pref
fa fi fort la conclufion de fon
GALANT. 175
3
Mariage , qu'on fut enfin
obligé de prendre jour. Ce
qui l'étonna , c'eft que la
Belle ne voulut point qu'on
perdift de temps à aucun appreft
de Nopces , non pas
mefme à luy faire faire des
habirs , dont elle pria qu'on
remift le choix quand on
n'auroit plus d'autres foins à
prendre. Cette moderation
dans une jeune Perfonne qui
devoit eftre fenfible à toutes
les chofes de cette nature ,
eut pour le Vieillard un char
me incroyable . Il s'imagina
qu'elle partageoit les impa
P iii
176 MERCURE
"
tiences que luy donnoit fon
amour , & ne foupçonnanto
& ne
rien moins que le vray motifa
qui la faifoit agir de la forte,
il concerta avec elle qu'ils feu
marieroient de fort grandst
matin , & qu'elle feroit ens
fimple deshabillé . Ils alle
rent à l'Eglife , & le bom
Homme qui avoit fi fort fouhaité
cét heureux jour , s'y
rendit avec la plus vive joye
que peut caufer un bonheurs
parfait. Elle brilloit dans fes
yeux , & jamais perſonne ne
fut fi content qu'il le
Mais un revers auffi cruel
parutu
GALANT. 177
qu'impréveu , troubla bientoft
cette joye. Il fallut donner
fon confentement devant
le Prêtre , & fa Maiftreffe
dit non au lieu du oüy
favorable qu'il en avoit at
tendu . Comme on fe perfuada
qu'elle avoit dit un mot
pour un autre , on luy de
manda jufqu'à trois fois fi
elle vouloit le Vieillard pour
fon Mary ; & d'une voix tresintelligible
, elle repeta
meſme non juſques à trois fois.
Tous les Affiftans furent en
tumulte. On voulut fçavoir
quelle eſtoit la cauſe de ce
Ic
"
178 MERCURE
changement. Elle dit d'a
bord, qu'une fecrette inſpiration
qu'elle avoit eue lors
qu'elle eftoit entrée à l'Eglife
, l'avoit dégoûtée du Ma
riage , & le bon Homme
defefperé de cette réponſe,
la preffa fi bien de s'expliquer
mieux , qu'elle dit enfin tout
haut que fe voyant fur le
•
point de s'engager pour toujours
, elle s'eftoit fouvenue
d'un fil de Perles qu'il luy
avoit promis plufieurs fois ,
fans fe mettre en peine de
dégager fa parole , & qu'elle
ne pouvoit s'imaginer qu'un
GALANT 179
fon-
Homme qui n'eftant que fon
F Amant , manquoit de complaifance
pour elle
geaft à la rendre heureuſe
quand il feroit fon Mary. Le
bon Homme qui depuis l'at
Echat des Perles les avoit toû
jours portées fur luy pour
s'en fervir en cas de beſoin,
fe remit un peu de fa frayeur.
Il dit à la Belle qu'elle fe plaignoit
de luy fort injuftement
, qu'il ne chercheroit
jamais qu'à luy plaire en toutes
chofes , & qu'ayant ache
té le Fil de Perlés fi - toft qu'
elle luy avoit marqué quel180
MERCURE
un , if
que envie d'en avoir un
avoit creu à propos
de ne luy
en faire prefent
qu'aprés
qu'-
elle l'auroit
époufé
, afin qu
elle fuft perfuadée
qu'il ne le
faifoit par aucune
honneſteté
d'Amant
complaifant
, mais
par le feul plaifir qu'il trouvoit
à la convaincre
qu'il la
rendroit
en tout temps Maiftreffe
abfolue
de fes volontez
. En achevant
ces paroles
,
il tira le fil de Perles
, & la
conjura
de l'accepter
. L'excufe
eftoit affez bien tournée
, & les Parens
de la Belle
prirent
avec tant d'ardeur
les
६९
GALANT. 181
iterefts du Vieillard , qu'elle
ne pût fe défendre de rece.
voir fon prefent. Elle prononça
enfuite le terrible mot
dont fi peu de Gens examinent
l'importance . Ainfi l'on
peut dire
que ce Mariage
seft fat pour des Perles. Il
ne laiffe pas d'eftre fort heureux
. La Belle a étudié l'humeur
de fon vieux Mary , &
elle s'y eft accommodée avec
tant d'adreffe , qu'il ne fait
rien que par elle , & veut
toûjours tout ce qu'elle veut.
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Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Le texte relate deux histoires distinctes impliquant un mariage entre un homme âgé et une jeune femme. Dans la première histoire, un homme sexagénaire souhaite épouser une jeune femme et obtient l'accord de ses parents. Cependant, la jeune femme hésite en raison de la différence d'âge. Convaincue par ses amis, elle accepte. Le contrat de mariage est rédigé, mais la jeune femme est déçue par les conditions. Elle demande un collier de perles pour tester son influence. Bien que le vieillard promette de l'acheter, il tarde à le faire, ce qui provoque une froideur chez elle. Après trois semaines, il finit par acheter le collier. La jeune femme feint alors de l'aimer davantage, mais refuse de dire 'oui' lors de la cérémonie, invoquant la promesse non tenue. Malgré les explications du vieillard, elle révèle la véritable raison de son comportement. Dans la seconde histoire, un vieillard surnomme la jeune femme 'la Belle' et lui offre un collier de perles. Il affirme que son geste n'est pas motivé par l'amour, mais par le désir de domination. Convaincue par les arguments du vieillard, la Belle accepte le présent et prononce un engagement formel. Leur mariage, conclu pour des perles, se révèle heureux. La Belle adapte son comportement à celui de son mari, influençant toutes ses décisions et obtenant tous ses désirs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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239
p. 181-182
« Mr d'Escorbiac de Blanc, a esté nommé depuis peu à [...] »
Début :
Mr d'Escorbiac de Blanc, a esté nommé depuis peu à [...]
Mots clefs :
Nomination, Abbaye, Religion prétendue réformée, Abjuration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Mr d'Escorbiac de Blanc, a esté nommé depuis peu à [...] »
M' d'Efcorbiac de Blanc,
efté nommé depuis peu à
A
182 MERCURE
2
l'Abbaye de Marfillac. Il
eftoit né de la Religion Prétendue
Reformée, & il en fit
abjuration
il y a quatre ou
cinq ans entre les mains de
feu M l'Abbé de Lioncel ,
Diocefe de Valence ,
efté nommé depuis peu à
A
182 MERCURE
2
l'Abbaye de Marfillac. Il
eftoit né de la Religion Prétendue
Reformée, & il en fit
abjuration
il y a quatre ou
cinq ans entre les mains de
feu M l'Abbé de Lioncel ,
Diocefe de Valence ,
Fermer
240
p. 263-266
Conversion. [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudy 7 de ce mois, ce Prelat receut l'Abjuration du Fils [...]
Mots clefs :
Abjuration, Gentilhomme, Famille, Profession de foi, Clergé, Nouveau converti, Conversions, Religion prétendue réformée, Prélat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion. [titre d'après la table]
Le Jeudy 7. de ce mois , ce
Prelat receut l'Abjuration du
Fils de M. de Fontaine Veille
de Coignée , dans la Chapelle
du Roy , à faint Germain .
Ce jeune Gentilhomme , âgé
feulement de vingt ans , eft
d'une des plus anciennes Familles
de la Province du Maine
, & Neveu de M's les Marquis
de Coignée , de Thou ,
& de Thouars. Sa Profeffion
de Foy fut d'autant plus folennelle
, qu'il la fit devant
tout le Clergé affemblé en ce
lieu-là pour les affaires de l'Eglife,
comme je viens de vous
264 MERCURE
le marquer
. M l'Archevel
que ayant embraffé
ce nouveau
Converty
, avec de grandes
marques
de joye de ce
qu'il avoit renoncé à fes erreurs
,
7
Mr les autres Prelats
firent tous la mefme chofe.
On parla de cette converfion
au Roy , & ce Monarque témoigna
beaucoup de fatisfa .
Єtion , d'apprendre qu'elle
s'eftoit faite par les foins de
M. des Chefnes , Lieutenant
general des Eaux & Forefts du
Bailliage d'Alençon . Sa Ma
jefté loua fort fon zele , fe fou
venant que le mefme M. des
Chefnes
GALANT. 265
Chefnes luy avoit prefenté le
dernier mois M. Larpent, мiniftre
converty de la Ville de
Séez .
M. l'Evefque de S. Brieu ,
continuant avec fa vigilance
ordinaire à procurer le falut
de ceux de ſon Dioceſe , entre
autres abjurations qu'il a
fait faire depuis peu de temps,
a receu celle de Mademoiſel
le de Breilmeneu , de forte
qu'il ne reste plus que quatre
Familles de la Religion Pretendue
Reformée dans tour le
Dioceſe de S. Brieu , du grand
nombre qu'il y en avoit lorf-
Juin 1685
Ꮓ
266 MERCURE
que ce Prelat en prit poffef
fiongngis
Prelat receut l'Abjuration du
Fils de M. de Fontaine Veille
de Coignée , dans la Chapelle
du Roy , à faint Germain .
Ce jeune Gentilhomme , âgé
feulement de vingt ans , eft
d'une des plus anciennes Familles
de la Province du Maine
, & Neveu de M's les Marquis
de Coignée , de Thou ,
& de Thouars. Sa Profeffion
de Foy fut d'autant plus folennelle
, qu'il la fit devant
tout le Clergé affemblé en ce
lieu-là pour les affaires de l'Eglife,
comme je viens de vous
264 MERCURE
le marquer
. M l'Archevel
que ayant embraffé
ce nouveau
Converty
, avec de grandes
marques
de joye de ce
qu'il avoit renoncé à fes erreurs
,
7
Mr les autres Prelats
firent tous la mefme chofe.
On parla de cette converfion
au Roy , & ce Monarque témoigna
beaucoup de fatisfa .
Єtion , d'apprendre qu'elle
s'eftoit faite par les foins de
M. des Chefnes , Lieutenant
general des Eaux & Forefts du
Bailliage d'Alençon . Sa Ma
jefté loua fort fon zele , fe fou
venant que le mefme M. des
Chefnes
GALANT. 265
Chefnes luy avoit prefenté le
dernier mois M. Larpent, мiniftre
converty de la Ville de
Séez .
M. l'Evefque de S. Brieu ,
continuant avec fa vigilance
ordinaire à procurer le falut
de ceux de ſon Dioceſe , entre
autres abjurations qu'il a
fait faire depuis peu de temps,
a receu celle de Mademoiſel
le de Breilmeneu , de forte
qu'il ne reste plus que quatre
Familles de la Religion Pretendue
Reformée dans tour le
Dioceſe de S. Brieu , du grand
nombre qu'il y en avoit lorf-
Juin 1685
Ꮓ
266 MERCURE
que ce Prelat en prit poffef
fiongngis
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Résumé : Conversion. [titre d'après la table]
Le 7 juin 1685, un jeune gentilhomme de vingt ans, fils de M. de Fontaine Veillé de Coignée et neveu des marquis de Coignée, de Thou et de Thouars, a prononcé son abjuration dans la chapelle du Roi à Saint-Germain. Cette conversion, qualifiée de solennelle, s'est déroulée devant l'ensemble du clergé réuni pour les affaires de l'Église. L'archevêque et les autres prélats ont exprimé leur joie face à cette décision. Le roi a également manifesté sa satisfaction, soulignant le zèle de M. des Chefnes, lieutenant général des Eaux et Forêts du bailliage d'Alençon, qui avait précédemment présenté au roi M. Larpent, ministre converti de la ville de Sées. Par ailleurs, l'évêque de Saint-Brieuc a obtenu l'abjuration de Mademoiselle de Breilmeneu, réduisant ainsi à quatre le nombre de familles de la religion prétendue réformée dans son diocèse, alors qu'elles étaient nombreuses en juin 1685.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
241
p. 273-277
Action extraordinaire. [titre d'après la table]
Début :
Il arrive de temps en temps des choses si extraordinaires, [...]
Mots clefs :
Choses extraordinaires, Mystère, Jeune fille, Intendant, Toulouse, Dévotion, Mutilation, Poitrine, Rasoir, Pansements et bandages, Médecin, Indolore
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Action extraordinaire. [titre d'après la table]
Il arrive de temps en temps
des chofes fi extraordinaires,
qu'il eft difficile de ne pas
croire qu'elles le font par des
infpirations
fecretés , dont
nous tâcherions
inutilement
de pénetrer le myftere. Telle
eft l'action d'une jeune per
fonne de dix - fept ans , Fille
de M. Olivier , Intendant du
274 MERCURE
grand Prieur de Saint Jean ,
qui a caufé un étonnement
inconcevable à toute la Ville
de Toulouſe , où s'eft paffé
ce que je vay vous en dire.
On l'a toujours veue dans
de fort grandes pratiques de
devotion ; & comme elle
avoit fouvent entendu pref
cher contre les Femmes qui
n'ont pas foin de cacher leur
gorge , elle refolut de fe met
tre hors d'eftat de montrer
jamais la fienne. Elle appref
ta deux compreffes trempées
dans du vin , du fucre , & de
l'huile ; & avec un rafoir don't
t
K
GALANT 275
elle s'eftoit munie , elle fe
coupa le cofté gauche du
fein jufqu'à la poitrine. Pendant
qu'elle s'appliquoit l'u
ne des compreffes , fa Mere
l'appella pour quelque foin
domeftique. Elle fortit de fa
chambre , & aprés s'eftre acquittée
des commiffions qu'
on luy donna , elle retourna
au mefme lieu ; & toujours
également ferme dans fa refolution
, elle porta le rafoir
fur le cofté droit qui luy reftoit
à couper. Elle fe fervit
de l'autre compreffe ; mais
elle ne put fi bien l'appli
276 MERCURE
quer , qu'on ne s'apperceuſt
du fang qui couloit . Sa Mere
effrayée , envoya chercher
M. la Piriere , Chirurgien Ju
ré de la Ville , pour la panfer ,
& l'on eut beaucoup
beaucoup de pei
ne à obtenir d'elle , qu'elle
laiffaft voir le mal qu'elle s'é
toit fait, Ce que je vous dis
eft arrivé le Jeudy 31. de May .
On pourroit croire qu'il y auroit
eu de l'égarement d'ef
prit ; mais on affeure que
cette jeune Perfonne a tou
jours efté dans fon bon fens.
Elle a protefté que cette fanglante
operation ne luy avoit
GALANT 277
caufé aucune douleur , &
2
qu'elle s'y eftoit reſoluë par
le motif que je vous ay dit,
J'ay veu une Lettre du 6. de
ce mois , qui porte qu'elle
n'avoit point de fiévre
que fa vie ne couroit aucun
danger.
des chofes fi extraordinaires,
qu'il eft difficile de ne pas
croire qu'elles le font par des
infpirations
fecretés , dont
nous tâcherions
inutilement
de pénetrer le myftere. Telle
eft l'action d'une jeune per
fonne de dix - fept ans , Fille
de M. Olivier , Intendant du
274 MERCURE
grand Prieur de Saint Jean ,
qui a caufé un étonnement
inconcevable à toute la Ville
de Toulouſe , où s'eft paffé
ce que je vay vous en dire.
On l'a toujours veue dans
de fort grandes pratiques de
devotion ; & comme elle
avoit fouvent entendu pref
cher contre les Femmes qui
n'ont pas foin de cacher leur
gorge , elle refolut de fe met
tre hors d'eftat de montrer
jamais la fienne. Elle appref
ta deux compreffes trempées
dans du vin , du fucre , & de
l'huile ; & avec un rafoir don't
t
K
GALANT 275
elle s'eftoit munie , elle fe
coupa le cofté gauche du
fein jufqu'à la poitrine. Pendant
qu'elle s'appliquoit l'u
ne des compreffes , fa Mere
l'appella pour quelque foin
domeftique. Elle fortit de fa
chambre , & aprés s'eftre acquittée
des commiffions qu'
on luy donna , elle retourna
au mefme lieu ; & toujours
également ferme dans fa refolution
, elle porta le rafoir
fur le cofté droit qui luy reftoit
à couper. Elle fe fervit
de l'autre compreffe ; mais
elle ne put fi bien l'appli
276 MERCURE
quer , qu'on ne s'apperceuſt
du fang qui couloit . Sa Mere
effrayée , envoya chercher
M. la Piriere , Chirurgien Ju
ré de la Ville , pour la panfer ,
& l'on eut beaucoup
beaucoup de pei
ne à obtenir d'elle , qu'elle
laiffaft voir le mal qu'elle s'é
toit fait, Ce que je vous dis
eft arrivé le Jeudy 31. de May .
On pourroit croire qu'il y auroit
eu de l'égarement d'ef
prit ; mais on affeure que
cette jeune Perfonne a tou
jours efté dans fon bon fens.
Elle a protefté que cette fanglante
operation ne luy avoit
GALANT 277
caufé aucune douleur , &
2
qu'elle s'y eftoit reſoluë par
le motif que je vous ay dit,
J'ay veu une Lettre du 6. de
ce mois , qui porte qu'elle
n'avoit point de fiévre
que fa vie ne couroit aucun
danger.
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Résumé : Action extraordinaire. [titre d'après la table]
À Toulouse, une jeune fille de dix-sept ans, fille de M. Olivier, Intendant du grand Prieur de Saint Jean, se mutila après avoir entendu des prêches condamnant les femmes qui ne cachent pas leur poitrine. Elle se coupa le côté gauche de la poitrine avec un rasoir et appliqua une compresse imbibée de vin, de sucre et d'huile. Interrompue par sa mère pour une tâche domestique, elle revint couper le côté droit. Alarmée par le sang, la mère appela un chirurgien. L'incident se produisit le jeudi 31 mai. Malgré la gravité de ses blessures, la jeune fille ne ressentit aucune douleur et resta lucide. Une lettre du 6 juin confirma qu'elle n'avait pas de fièvre et que sa vie n'était pas en danger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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242
p. 321-326
Présent fait par le Roy à Mr le Duc de Saint Aignan, qui est recueu en mesme temps Academissien dans l'Academie de Padouë, nommé Ricourati. [titre d'après la table]
Début :
Le Sabre dont je viens de vous parler, & qui estoit parmy [...]
Mots clefs :
Sabre, Présents, Roi de France, Duc de Saint-Aignan, Diamants, Roi de Pologne, Épée, M. Morel, Distique latin, Sonnet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Présent fait par le Roy à Mr le Duc de Saint Aignan, qui est recueu en mesme temps Academissien dans l'Academie de Padouë, nommé Ricourati. [titre d'après la table]
Le Sabre dont je viens de vous
parler , & qui eftoit parmy les
Prefens que les Ambaffadeurs
Mofcovites ont faits au Roy , a
efté donné par Sa Majefté à M.
le Duc de Saint Aignan . Il eft
garny de Diamans, d'Emeraudes,
de Rubis, & de Saphirs. Sa Ma-.
jefté dit à ce Duc en le luy don.
nant , qu Elle ne pouvoit le remettre
en de meilleures mains.
Vous vous fouvenez que le Roy
de Pologne luy envoya , il y a quel
que temps , celuy du feu Grand
322 MERCURE
Vifir , de
de forte que deux grands
Rois luy ont fait chacun un prefent
femblable. Ce Duc avoit
donné quelque temps auparavant
June Epée d'or à M. Moret
de la Mufique du Roy , & Valet
de Chambre de Madame la Dauphine.
M. Morel fit fur ce fujet
le Diftique Latin que je vous envoye.
Je prie vos Amies de vouloir
bien me le pardonner.
me felicem ! O carum mihi pignus
honoris !
Majus enim gladio quid dare
Mars poterat ?
Le mefme fit l'Impromptu que
vous allez voir, dans le temps que
M. le Duc de Saint Aignan parut
le jour du Carroufel, à la tefte
de tous les Chevaliers.
1
GALANT. 323
Lluftre Saint Aignan qui menés
ces Guerriers
Dans le Champ des Plaifirs moif-
"Afonner des lauriers ,
Que ton abord pour nous a d'attraits
& de charmes !
Mais que tes Ennemis le trouveroient
affreux
Si tu les conduifois à la gloire des
Armes
Comme tu les conduis à la gloire
des feux!
Le Sonnet qui fuit , eft encore
de M. Morel. C'est une traduction
de quatorze Vers Latins qu'il
avoit faits , dans laquelle il s'eft
affujetty aux Boûts - rimez , moitié
Latins, & moitié François, qui
ont fait tant de bruit l'Hyver dernier.
324 MERCURE
Gan
Rand Duc , qu'on doit ainfi
nommerin omnibus,
Trop heureux qui te fcrt , malheur
à qui te fache.
Senfible à tous les deux, tu le rends
relâche,
Et c'est un jeu pour toy de refifans
fter
Se હેડ એ
tribus..
Ton exemple aguerrit jufqu'au
coeur le plus lâche
,
Phoebus ;
Tu fais voir le Dicu Mars fous
l'éclat de
Tu conferves toujours ces faculicz
Jusbnoquibus
,
On fait tout à vingt ans auffibien
que l'on
maſche.
3038
Svo fois
Qui compte tes vertus , dit mille
Main Abruka 3 ! Item.
GALANT. 325
C
Je les chante par tout , vaillant
Tu autem
,
Duc ,
En revanche apprens moy ce que
je ne puis
S&
dire.
combien de Beautez as tu fait
dire
Camo ?
Mais l'amour moins difcret dans
Gates yeux me fait
Tout ce qu'il y traça Veneris
lire
Calamo.
Pendant que ce Duc reçoit
des liberalitez du Roy , qui marquent
une grande diftinction
pendant qu'il fait des prefens ,
qu'il conduit quatre - vingt Chevali
rs dans le Champ de la gloife
, & que les Mufes le couronnent
, l'Accademie de Padouë
nommée RICOURATI
femble extraordinairement, le res'af.
326 MERCURE
"
çoit dans fon Corps avec des E
loges éclatans , & toutes les ceremonies
qu'elle obferve pour les
Princes , & en fait imprimer des
Patentes qu'elle luy envoye fcel
lées de fon sau de forte que
ce Duc fe voit en mefme temps
de deux Academies, en France &
en Italie , & Protecteur d'une autre
, ce qui n'eft peut- eftre jamais
arrivé à perfonne , pas mefine a
ceux qui ne font profeffion que
de lettres.
parler , & qui eftoit parmy les
Prefens que les Ambaffadeurs
Mofcovites ont faits au Roy , a
efté donné par Sa Majefté à M.
le Duc de Saint Aignan . Il eft
garny de Diamans, d'Emeraudes,
de Rubis, & de Saphirs. Sa Ma-.
jefté dit à ce Duc en le luy don.
nant , qu Elle ne pouvoit le remettre
en de meilleures mains.
Vous vous fouvenez que le Roy
de Pologne luy envoya , il y a quel
que temps , celuy du feu Grand
322 MERCURE
Vifir , de
de forte que deux grands
Rois luy ont fait chacun un prefent
femblable. Ce Duc avoit
donné quelque temps auparavant
June Epée d'or à M. Moret
de la Mufique du Roy , & Valet
de Chambre de Madame la Dauphine.
M. Morel fit fur ce fujet
le Diftique Latin que je vous envoye.
Je prie vos Amies de vouloir
bien me le pardonner.
me felicem ! O carum mihi pignus
honoris !
Majus enim gladio quid dare
Mars poterat ?
Le mefme fit l'Impromptu que
vous allez voir, dans le temps que
M. le Duc de Saint Aignan parut
le jour du Carroufel, à la tefte
de tous les Chevaliers.
1
GALANT. 323
Lluftre Saint Aignan qui menés
ces Guerriers
Dans le Champ des Plaifirs moif-
"Afonner des lauriers ,
Que ton abord pour nous a d'attraits
& de charmes !
Mais que tes Ennemis le trouveroient
affreux
Si tu les conduifois à la gloire des
Armes
Comme tu les conduis à la gloire
des feux!
Le Sonnet qui fuit , eft encore
de M. Morel. C'est une traduction
de quatorze Vers Latins qu'il
avoit faits , dans laquelle il s'eft
affujetty aux Boûts - rimez , moitié
Latins, & moitié François, qui
ont fait tant de bruit l'Hyver dernier.
324 MERCURE
Gan
Rand Duc , qu'on doit ainfi
nommerin omnibus,
Trop heureux qui te fcrt , malheur
à qui te fache.
Senfible à tous les deux, tu le rends
relâche,
Et c'est un jeu pour toy de refifans
fter
Se હેડ એ
tribus..
Ton exemple aguerrit jufqu'au
coeur le plus lâche
,
Phoebus ;
Tu fais voir le Dicu Mars fous
l'éclat de
Tu conferves toujours ces faculicz
Jusbnoquibus
,
On fait tout à vingt ans auffibien
que l'on
maſche.
3038
Svo fois
Qui compte tes vertus , dit mille
Main Abruka 3 ! Item.
GALANT. 325
C
Je les chante par tout , vaillant
Tu autem
,
Duc ,
En revanche apprens moy ce que
je ne puis
S&
dire.
combien de Beautez as tu fait
dire
Camo ?
Mais l'amour moins difcret dans
Gates yeux me fait
Tout ce qu'il y traça Veneris
lire
Calamo.
Pendant que ce Duc reçoit
des liberalitez du Roy , qui marquent
une grande diftinction
pendant qu'il fait des prefens ,
qu'il conduit quatre - vingt Chevali
rs dans le Champ de la gloife
, & que les Mufes le couronnent
, l'Accademie de Padouë
nommée RICOURATI
femble extraordinairement, le res'af.
326 MERCURE
"
çoit dans fon Corps avec des E
loges éclatans , & toutes les ceremonies
qu'elle obferve pour les
Princes , & en fait imprimer des
Patentes qu'elle luy envoye fcel
lées de fon sau de forte que
ce Duc fe voit en mefme temps
de deux Academies, en France &
en Italie , & Protecteur d'une autre
, ce qui n'eft peut- eftre jamais
arrivé à perfonne , pas mefine a
ceux qui ne font profeffion que
de lettres.
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Résumé : Présent fait par le Roy à Mr le Duc de Saint Aignan, qui est recueu en mesme temps Academissien dans l'Academie de Padouë, nommé Ricourati. [titre d'après la table]
Le roi a remis un sabre précieux au Duc de Saint Aignan, orné de diamants, émeraudes, rubis et saphirs, affirmant que ce présent ne pouvait être mieux placé. Précédemment, le Duc avait offert une épée d'or à Monsieur Moret, musicien du roi et valet de chambre de la Dauphine. Moret avait alors composé un distique latin et un impromptu en l'honneur du Duc. Ce dernier est également reconnu pour avoir conduit quatre-vingts chevaliers lors d'un événement notable. L'Académie de Padoue, nommée Ricourati, l'a accueilli parmi ses membres avec des honneurs réservés aux princes, le désignant ainsi protecteur de deux académies, en France et en Italie, une distinction rare.
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243
p. 331-334
« J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Début :
J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...]
Mots clefs :
Peintre, Ouvrage, Portraits, Graveur, Mr Mignard, Hommes, Réputation, Tableaux, Beauté, Devises, Poésie, Estampes, Pinceau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
Pay à vous parler de trois Illus
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
ftres das un feul article . Un Peintre
fameux a fait le Portrait d'un ho
me tres-celebre par les Ouvrages,
& ce Portrait a efté gravé par
un tres- habile Graveur . Le Peint
tre eft M Mignard , fils de feu
M' Mignard d'Avignon , & Neveu
de M¹ Mignard , qui n'a be
foin que d'eftre nommé pour eftre :
connu. Jugezi celuy dont je
yous parle eftant digne fils & neveu
de deux hommes fi illuftres,
ne merite pas luy- même ce titre .
Feu M Mignard fon pere , quia a
peint de fi belles chofes dans le
Palais des Thuileries , pouvoit
Ee ij
332 MERCURE
difputer dans l'Art dont il fe mêloit
avec les plus fameux de fon
temps. Il ne faut pas s'étonners'il
a laiffé un fils qui luy faccede
dans fa reputation , & qui ne fe
fait pas moins eftimer par la force
que par la delicateffe de fon pin
ceau. Quand les Portraits qu'il
fait ne feroient pas auffi reffem.
blans qu'ils font , ils pourroient
paffer pour de bons Tableaux , &
le vendre fur ce pied là ce qui
eft affez rare , les Peintres qui tra
vaillent aux Portraits s'attachant
ordinairement beaucoup moinsà
la bonne Peinture qu'à la reffemblance
, qui eft ce que l'on cher
che le plus dans un Portrait. .
Quoy que j'en aye veu plufieurs
de M Mignard , & tous égale
ment beaux , je ne m'en fie ny à
GALANT 333:
·
mes yeux ny à mes lumieres , &
je parle fur la foy des plus habiles
connoiffeurs , & des perfonnes
dusmeilleur gouft . Le Portrait
que cét Illuftre a fait au naturel,
eft de M de Luffy. Ila efté gra
vé par M Rouler , Eleve de M
Poilly , qui aprés avoir apris fon
métier fous un fi grand Maiſtre ,
s'eft perfectionné pendant douze
ans en Italie . Les Devifes qui fervent
d'ornement à ce Portrait,
font de Mil'Abbé Tallemant le
jeune , dont les Ouvrages n'ont
point befoin d'éloges pour eftre.
eftimez. Comme la Poëfie con .
vient bien aux Peintres , parce
que les Peintres & les Poëtes doivent
fouvent travailler d'imagi
nation, M' Mignard ne s'eft pas
contenté de faire connoiftre M
334 MERCURE
de Luffy par fon pinceau , il a auffi
voulu le peindre dans les vers qui
font au bas de l'Estampe de fon
Portrait. Cette Eftampe fe vend
chez celuy qui l'a gravée , ruë
S. Honoré , proche les baftons
Royaux
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Résumé : « J'ay à vous parler de trois Illustres dans un seul article. [...] »
L'article traite de Pierre Mignard, un peintre renommé, fils de Nicolas Mignard et neveu de Paul Mignard, tous deux peintres célèbres. Pierre Mignard est particulièrement connu pour ses portraits, dont celui de Monsieur de Lussy, gravé par Jean Rouer, élève de Pierre-Paul Poilly. Rouer a affiné son art en Italie durant douze ans. Les devises accompagnant le portrait ont été rédigées par l'Abbé Tallemant le Jeune. Mignard a également composé des vers pour décrire Monsieur de Lussy, illustrant ainsi la complémentarité entre la poésie et la peinture. L'estampe du portrait est disponible chez le graveur, situé rue Saint-Honoré, près des bastons Royaux.
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244
p. 49-50
Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
Début :
On a eu avis de Rome, que les Capucins y tinrent leur [...]
Mots clefs :
Rome, Capucins, Père, Procureur, Chapitre, Assemblée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
On a eu avis de Rome, que
les Capucins y tinrent leur
Chapitre general le 8. du
dernier mois . Le Pere Char
les Marie de Macerate , Ita-
Juillet 1685.
E
5 MERCURE
lien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre
, & le fecond, Procureur
general ; & le Pere Louis de
Jully , Provincial des Capucins
de la Province de Paris ,
fut choify une feconde fois
pour eftre Definiteur general
. Son grand merite , qui
le fait toujours diſtinguer
par tout , & dont je vous ay
parlé plufieurs fois, attira en
mefme temps les yeux & les
fuffrages de tous ceux qui
compofoient l'Aſſemblée .
les Capucins y tinrent leur
Chapitre general le 8. du
dernier mois . Le Pere Char
les Marie de Macerate , Ita-
Juillet 1685.
E
5 MERCURE
lien , & le Pere Bonaventure
de Recanati y furent éleus ;
le premier , General de l'Ordre
, & le fecond, Procureur
general ; & le Pere Louis de
Jully , Provincial des Capucins
de la Province de Paris ,
fut choify une feconde fois
pour eftre Definiteur general
. Son grand merite , qui
le fait toujours diſtinguer
par tout , & dont je vous ay
parlé plufieurs fois, attira en
mefme temps les yeux & les
fuffrages de tous ceux qui
compofoient l'Aſſemblée .
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Résumé : Chapitre general des Capucins, tenu à Rome. [titre d'après la table]
En juillet 1685, le chapitre général des Capucins à Rome a élu le Père Charles-Marie de Macerate comme Général de l'Ordre et le Père Bonaventure de Recanati comme Procureur général. Le Père Louis de Jully a été réélu Définiteur général, reconnu pour son mérite exceptionnel.
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245
p. 50-69
DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Début :
Je vous envoye un Discours, qui a esté prononcé depuis / L'Eloquence Chrétienne dont je fais mon unique étude, ne me permet [...]
Mots clefs :
Discours, Académie, Turin, Applaudissement, Docteur de Sorbonne, Sénateur, Fils, Gentilhomme, Abbé, Louanges, Éloquence chrétienne, Maximes, Religion, Parole de Dieu, Vérité, Orateur, Panégyrique, Hyperbole, Courtisans, Ami, Fausse sagesse, Fidélité, Mensonge, Disciples, Juifs, Morale chrétienne, Impies, Coupable, Héros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
Je vous envoye un Dif
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
GALANT. 51
cours , qui a eſté prononcé
depuis peu de temps à l'Academie
de Turin par M. l'Abbé
Deville . On l'a receu dans
ce Corps avec de tres grands
applaudiſſemens , & l'on n'a
fait en cela que rendre juftice
à fon merite. Quoy qu'il
n'ait encore que vingt- fix
ans , il eft Docteur de Sorbonne,
& a paffé dans fa Licence
à la tefte de cent autres.
Il eſt Fils d'un des plus
anciens Senateurs de Savoye
, & il compte parmy
fes Ançeftres des Advocats
Generaux dans le Senat &
E ij
52 MERCURE
& didans
la Chambre des Comptes
. Son Ayeul eftoit Gentilhomme
de la Chambre de
fon Alteffe Royale , dont il
eft Sujet , & fa Famille s'eft
fignalée dans l'Epée & dans
la Robe . Il a de grands talens
pour la Chaire
vers Sermons qu'il a prefchez
devant toute la Cour
de Savoye , luy ont acquis
une grande gloire . Quant au
Difcours que je vous envoye
, le Directeur de l'Academie
de Turin luy en
donna le fujet , & le lendemain
ce jeune Abbé le luy
GALANT. 53
envoya tout compofé. Vous
pouvez juger des louanges
qu'il receut fur cette facilité
d'écrire fi nettement
& fi
poliment en toutes fortes
de matieres.
-SZ522222 2522: 2222
DISCOVRS
ACADEMIQUE .
S'il faut toujours dire la Verité.
L'
Eloquence Chrétienne
dont
je fais mon unique étude
ne me permet pas de traiter problematiquement
une Maxime
E iij
54 MERCURE
qui eft le Principe fondamental
de la Religion du Sauveur du
Monde. Sans doute , Meffieurs ,
il faut toujours dire la verité,
ma bouche n'anonceroit plus avec
confiance la Parole du Seigneur,
fi ma plume avoit donné lieu de
douter un moment de l'horreur
fincere que j'ay pour le menſonge.
Mais pour foutenir dignement
les interefts de la verité , il
faudroit eftre doué de cette Eloquence
noble
dont ceux qui compofert cette celebre
Academie , ont donné tant
de fois des marques publiques &
éclatantes. Ie crains , Meffieurs ,
>
grave & folide ,
GALANT. 55
de détruire en voulant édifier ; de
ruiner en voulant élever; de nuique
re à cette verité que j'entreprens
de defendre
, parce que je fçay que
l'on peut faire tort à la bonne caufe
en la defendant
mal , 1'0-
rateur qui nefoûtient
pas la dignité
de fon fujet , l'affoiblit
; &
que fouvent
il ne fuffit pas de
propofer
des maximes
certaines
,
fi on ne les établit avec cette netteté,
cetteforce , cette folidité
, cette
jufteffe, cette éloquence
que j'ad
mire en vous , & que je n'ay pas.
Du moins onfçaura
que vous pou
vezfupléer
à ce que j'auray
ômis,
que la Verité a pù trouver
en vous
E
iiij
56 MERCURE
des Defenfeursplus dignes d'elle;
& que fi j'ayfoutenu foiblement
fes interefts , plufieurs illuftres &
doctes Academiciens peuvent les
foutenir avec plus de lumieres ,
de force & de folidité.
La Verité eft de tous les Etats.
L'Orateur , le Courtisan , l'Amy
fidelle , le Chreftien , ne peu
vent jamais s'en écarter. Ilfaut
toujours dire vray , lors meſme
qu'on fe méle d'éloquence ; & je
ne puis fouffrir ces Orateurs peu
judicieux , qui donnent les mesmes
louanges à tous ceux dont ils
font le Panegyrique . Tous les
Princes dont ils celebrent les ver-
L
GALANT. 57
tus , ont la Prudence d'un Neftor,
I Adreffe d'un Uliffe , la Valeur
d'un Alexandre & d'un Cefar,
la Bonte d'un Augufte & d'un
Vefpafien. Ils ont des lieux communs
qui rempliffent tous leurs
Difcours , & des hyperboles qui
élevent fans mefure tous leurs
Heros. Fofe dire que de tels Panegyriftes
meriteroient qu'on leur
impofaft des peines , puis qu'ils
deshonorent la folide veritable
Eloquence , qui embellit le ſujet,
mais qui ne le transforme pass
quifait conferver à chaque chofe
fon caractere particulier ; qui ajou
te le coloris , mais qui fuppofe la
58 MERCURE
reffemblance des traits : & ilfe
roit à fouhaiter que les Princes
les traitaffent comme Alexandre
le Macedonien traita Ariftobule ,
dont il jetta le Livre confacré à
celebrer fes victoires dans l'Hy
dafpe , le menaçant de l'y jetter
luy mefme , parce qu'il luy avoit
donné des louanges outrées , &
qui ne luy convenoient pas.
Le Courtifan mefme doit toujours
dire la verité. Hé ! qu'il
eft aisé , Meffieurs , de la dire ,
quand on a le bon- heur de vivre
fous le gouvernement d'un Prince
tel que le nostre , qui aime la
verité, qui cherche à la connoître,
L
GALANT. 59
qui detefte la flaterie ! C'eft
ce pofon mortel qui corrompt les
plus grands Princes. Malheur à
ceux-là , dit le Prophete Osée, qui
ont réjoüy le Roy dans fa malice,
c'est à dire qui ont applaudy àfes
defauts !
L'Amy doit parler avec toute
forte de fincerité à fon Amy. Ah
Meffieurs pourquoy faut - il
que l'ufage de la parfaite amitié ,
fi connu parmy les Anciens , foit
aboly parmy nous ? Le Cbriftianifme
condamne til le plus honnefte
de voir de la vie Civile ?
Nonfans doute , puifque nous lifons
que les premiers Fideles n'a60
MERCURE
voient qu'un coeur& qu'une ame.
Credentium erat cor unum ,
& anima una. D'où vient donc
que nous ne voyons plus des Atticus
unis par les liens de la plus
exacte vertu , quife parlent coeur
à coeur , & qui ne diffimulent jamais
la verité? Sans doute cette
fauffe fageffe par laquelle nous
croyons nous élever an deffus de
la fidelle cordialité de nos Peres ,
en diffimulant les defauts de nos
Amis , ne vient de la corruption
de noftre coeur. L'homme
méchant , dit le Sage , flatte fon
amy, & le fait marcher dans une
voye fatale qui le conduit à la
mort.
que
GALANT. 61
Mais le Chreftien quifaitprofeffion
d'eftre Difciple de celuy
qui eft venu dans le monde pour
détruire le menfonge , & pour
rendre témoignage à la Verité, le
Chreftien , dis-je , ne peut jamais
parler contrefa confcience & trahir
la verité; car l'intereft mefme
de la Religion entiere ne pourroit
authorifer le menfonge le plus leger
; & c'eft fur ce principe que
Saint Auguftin établit admirablement
la confiance que nous devons
avoir dans la fidelité de ceux qui
nous ont annoncé l'Evangile. En
effet , fi le déguisement
en matiere
de Religion , que Saint Hièrô62
MERCURE
me , aprés Origene , & plufieurs
Peres Grecs , a confondu avec ce
fage ménagement qui obligea les
Apoftres d'obferver la Circoncifion
, de peur de fcandalifer les
Juifs , & pour enfevelir la Synagogue
avec honneur ; fi ce déguisement
eftoit permis , nous
pourrions apprehender que quelques
- uns d'entre les Difciples ,
emportez par le zele d'établir le
Chriftianifme , n'euffent meflé
des faufletez avantageuſes à la
Foy, pourfaire recevoirplus facilement
les veritez faintes qu'ils
annonçoient. Mais la Morale
Chreftienne n'a jamais permis
GALANT. 63
d'établir la verité
que par
la verité
mefme , fuivant ce Principe
de Saint Paul fondé fur le bon
fens, & fur la droite raifon, qu'il
n'eft jamais permis de faire du
mal afin qu'il en arrive du bien.
O Ciel ! pourquoy ceux qui ont
écrit dans lafuite des tems, n'ontils
pas efté auffi fidelles ? Pourquoy
faut - il que les fages Critiques
rencontrent dans tous les fiecles
des Impofteurs zelez , qui ont
remply le monde de fables
vifions , par lesquelles les Impies
entreprennent de combattre aujourd'huy
les veritez les mieux
établies & les plus folides ?
de
64 MERCURE
Fe ne pense pas qu'il foit- neceffaire
de combattre avec Saint
Auguftin ces détours , ces reftrictions
mentales , ces équivoques, ces
menfonges palliez , dont l'invention
n'eft pas nouvelle, quoy qu'ils
ayent efté plus ufitez dans noftre
temps. Ceux qui connoiffent les
noms venerables d'honnefteté , de
droiture , de probité , de fidelité,
de fincerité, "deteftent fans peine
ces duplicitez honteufes qui ruinent
lafocieté & le commerce,
qui nous reduſent à nous défier
de ceux- là mefmes qui n'ont pas
renoncé à l'étude de lafageffe, &
à l'amour de la vertu . Si quelqueGALANT
65
fois on pouvoit employer fans cri
me cet art de mentir avec adreſſe,
l'Evefque Firmus , dont parle
Saint Auguſtin , s'en feroit fervy
avantageufement dans une occafion
où la charité paroiffoit intereßée.
Un Empereur Payen luy
commandoit de livrer un Homici
de qui eftoit caché dans fa maifon
, ou du moins de découvrir
le lieu où le Coupable s'estoit retiré.
Il ajoûta les tourmens aux
menaces ; mais lefaint Evefque
ne voulant nylivrer le Criminel,
ny déguifer la verité, ne répondit
que ces deux mots, nec prodam,
nec mentiar , ny je ne le dé-
Juillet 1685.
F
66 MERCURE
couvriray , ny je ne mentiray..
L'Empereur admirant bien plus
l'amour que ce Prelat avoit pour
la verité que l'étendue de fa charité,
accorda , la liberté de
l'Evefque Firmus , & la grace
de l'Homicide.
Mais eft- il donc neceffaire de
dire toûjours tout ce qu'on penſe ?
Non fans doute , mais il n'eſt jamais
permis de dire ce qu'on ne
penfe pas. On peut quelquefois
taire la verité, mais c'est toujours
un crime de parler contre la verité.
L'Orateur n'eft pas obligé de
découvrir les endroits foibles de
fon Heros ; mais il ne peut jamais
GALANT. 67
comluy
attribuer les vertus qui ne luy
conviennent pas. Le Courtisan ne
doit pas reprendre les vices de fon
Prince ; mais il ne peut jamais les
lower. L'Amy peut quelquefois
ménager lafoibleffe de fon Amy,
en ne l'avertiffant qu'aprés que le
feu defa paffion fera éteint ; mais
il ne doit jamais avoir de la
plaifance pour fon defordre . Le
Chrestien peut & doit fouvent
taire devant les Peuples , lesgrands
mifteres de la Religion , tels
font ceux de la Grace & de la
Prédeftination, comme le Sauveur
du monde ne difoit pas àfes Difciples
plufieurs chofes qu'ils ne
que
Fij
68 MERCURE
pouvoient entendre pour lors; mais
il ne peutfans crime rien avancer
qui détruife les Decrets eternels
de la Mifericorde à l'égard des
Eleus , & de la Justice à l'égard
des Enfans de colere de perdition.
Concluons doncqu'il faut toujours
dire la verité. Elevons nos
voix avec ces Peuples dont parle
Efdras, difons hautement avec
eux , que la Verité eft grande , &
qu'elledoit regnerfurtous les hommes.
C'est à Vous , ô mon Dieu!
qui eftes la Verité mefme , le Pere
des lumieres , & celuy làfeul duquel
nous devons attendre ce Don
GALANT. 69
celefte , de nous donner la connoiffance
& l'amour de la Verité; la
connoiffancepournepas nous trom
per, & l'amour pour ne pas tromper
les autres. Diffipez nos ténebres
, éclairez nos efprits , rempliffez
- nous de vos connoiffances,
rendez- nous dignes de voir
& de contempler vostre Effence
divine , qui eft le Principe , la
Source , l'Abime des lumieres &
de la Verité.
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Résumé : DISCOURS ACADEMIQUE. S'il faut toûjours dire la Verité.
L'abbé Deville, jeune docteur de Sorbonne âgé de vingt-six ans et issu d'une famille noble savoyarde, a prononcé un discours acclamé à l'Académie de Turin. Reconnu pour ses talents oratoires, il a traité du principe fondamental de la vérité dans la religion chrétienne. Deville a critiqué les hyperboles excessives et la flatterie, soulignant l'importance de la sincérité dans les relations politiques, amicales et religieuses. Il a déploré la perte de l'amitié sincère et condamné la flatterie, qui corrompt les relations humaines et les gouvernements. Selon lui, le chrétien, disciple de la vérité, ne peut jamais mentir, même au nom de la religion. Le discours aborde également la fidélité et l'importance de la vérité dans la transmission de l'Évangile. Saint Augustin est cité pour souligner la confiance due aux apôtres qui ont annoncé l'Évangile sans recourir à des mensonges. Le texte critique les pratiques de dissimulation et de mensonge, même pour des raisons apparentes de bien, en se basant sur le principe de Saint Paul. Il dénonce les imposteurs qui propagent des fables pour contester les vérités établies. Deville condamne les duplicités et les mensonges, citant l'exemple de l'évêque Firmus, qui préféra dire la vérité plutôt que de trahir un criminel. Le discours conclut en insistant sur la nécessité de toujours dire la vérité, tout en reconnaissant qu'il est parfois permis de taire certaines choses. Il appelle à proclamer la vérité et prie Dieu de guider les esprits vers la connaissance et l'amour de la vérité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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246
p. 81-85
Montre à eau. [titre d'après la table]
Début :
Je vous parlay dans ma Lettre du mois de Mars 1678 [...]
Mots clefs :
Muse, Mathématique, Parnasse, Montre, Ouvrage, Invention , Eau, Aiguilles, Cadran, Étui, Décors, Saisons, Pyramide, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Montre à eau. [titre d'après la table]
Je vous parlay dans ma Lettre
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
du mois de Mars 1678.d'une
dixiéme Muſe qui fe trouvoit
au Parnaffe de Sainte
Geneviefve , & vous appris
par celle du mois de Juillet
de la mefme année , qu'elle
avoit un Fils qui fans avoir
jamais appris les Mathematiques
, avoit fait une Montre
qui alloit un an entier,
fans qu'on fuft obligé de la
remonter , & qu'il eſtoit venu
à bout de ce merveilleux
Ouvrage , par les feules lu82
MERCURE
le
mieres que luy avoit prefte
la Nature . Il a fait une autre
Montre d'une invention
toute nouvelle . Elle eft à
Eau , & il n'en faut qu'une
chopine pour en entretenir
mouvement pendant
vingt fix heures . Ce n'eſt
que la pefanteur de l'air , &
la quantité de fes Colomnes
qui la font fortir de fon
refervoir jufqu'à la derniere
goute , & par un mouve
ment jufte & imperceptible
, cette Eau fait tourner
l'Aiguille du Cadran. Sa
Figure eft pyramidale , dans
GALANT. 83
l'efpace d'un pied en quarré.
L'Etuy , qui eft d'une Architecture
d'ordre Ionique , eft
enrichy de Coquillages de
differente groffeur , qui luy
fervent d'ornement avec
quelques Portraits & Païfages.
Aux quatre coins
font les quatre Saifons de
l'année
, qui partagent
le
temps par quatre Figures
d'émail. La premiere tient
une Fleur qui fignifie le
Printemps
; la feconde
,
une Gerbe de bled qui marque
l'Efté , la troifiéme un
Raifin , qui fait connoiſtre
1
84 MERCURE
l'Automne , & la derniere
un Fagot , pour faire entendre
l'Hyver. Plus haut font
les cinq Sens de Nature,
dont la veuë qui eſt le dernier
& le plus noble , tient
une Lunette dans fa main ,
& termine la Pyramide . Au
deffous on lit ce paffage du
fecond Livre des Roys , Si
cut aquæ dilabimur. Plufieurs
Sçavans dans les Mathematiques
Hidrauliques , ſont
venus voir ce Chef d'oeuvre
pour tâcher d'en découvrir
le fecret ; mais ils
n'ont pû en venir à bout ,
,
GALANT. 85
& ont efté obligez de fe contenter
de l'admirer.
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Résumé : Montre à eau. [titre d'après la table]
Le texte décrit deux inventions horlogères remarquables. La première montre, mentionnée en mars et juillet 1678, fonctionne sans remontage pendant un an grâce à des principes naturels. La seconde invention est une montre à eau, alimentée par une chopine d'eau, capable de fonctionner pendant vingt-six heures. L'eau, mue par la pression atmosphérique et la gravité, fait tourner l'aiguille de manière fluide et imperceptible. Cette montre a une forme pyramidale, mesure un pied carré, et son étui ionique est décoré de coquillages, portraits et paysages. Les quatre saisons sont représentées par des figures d'émail aux coins, chacune tenant un symbole approprié : une fleur pour le printemps, une gerbe de blé pour l'été, un raisin pour l'automne et un fagot pour l'hiver. Au sommet, les cinq sens sont illustrés, avec la vue tenant une lunette. Une inscription latine, 'Si cut aquæ dilabimur', figure à la base. Plusieurs experts en mathématiques hydrauliques ont admiré cette montre sans réussir à en percer le secret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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247
p. 85-88
« Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...] »
Début :
Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...]
Mots clefs :
Invention , Horloge, Cadran, Grecs, Romains, Douze tables, Guerre punique, Aiguille, Scipion Nasica
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...] »
Je croy , Madame , vous
pouvoir dire icy en paffant,
qu'on ne fçait point avec
certitude , qui a inventé les
Horloges. Anaximenes fut
le premier qui donna aux
Lacedemoniens un Cadran
Solaire. Ainfi les Grecs devancerent
les Romains en
cet Art comme aux Sciences
; car il ne fut en uſage à
que long - temps Rome que
aprés. Les douzes Tables
ne parlent que du matin &
du foir. Les Cadrans So86
MERCURE
laires qui n'y parurent que
dans le temps de la premiere
Guerre Punique , ne furent
pas d'un fort grand fecours
, puis qu'ils dépendoient
du Soleil qui ne luit
pas toûjours pour marquer
l'heure par l'ombre de l'Aiguille
; de forte
fe paffa toûjours fans nulle
mefure jufqu'au temps de
Scipion Nafica , qui inventa
les Clepfidres , ou Montres
à Eau , en obſervant
quel eſpace du Tonneau ſe
pouvoit remplir dans une
heure par les goutes d'eau ,
que la nuit
GALANT. 87
qui tomboient du Robinet
attaché à un Reſervoir fupe
rieur. Cette invention eftoit
groffiere. Cependant en
confideration de la nouveauté
& de l'utilité de cette
Clepfidre , Scipion la confacra
l'an
$75. de la fonda
tion de Rome . Si celle dont
je viens de vous parler cuſt
efté veué à Rome en ce
temps là , ily a grande apparence
qu'on auroit mis
fon Autheur au nombre
des Dieux qu'on y réveroit.
On fe fervit dès
Clepfidres
pour rendre juftice chez les
88 MERCURE
Grecs & les Romains ; &
c'eft d'où eft venu le Proverbe
, ad Clepfidram dicere.
On partageoit l'Audience
en trois heures , l'une pour
l'Accuſateur , l'autre pour
la défenſe de l'Accufé , & la
derniere pour déliberer.
pouvoir dire icy en paffant,
qu'on ne fçait point avec
certitude , qui a inventé les
Horloges. Anaximenes fut
le premier qui donna aux
Lacedemoniens un Cadran
Solaire. Ainfi les Grecs devancerent
les Romains en
cet Art comme aux Sciences
; car il ne fut en uſage à
que long - temps Rome que
aprés. Les douzes Tables
ne parlent que du matin &
du foir. Les Cadrans So86
MERCURE
laires qui n'y parurent que
dans le temps de la premiere
Guerre Punique , ne furent
pas d'un fort grand fecours
, puis qu'ils dépendoient
du Soleil qui ne luit
pas toûjours pour marquer
l'heure par l'ombre de l'Aiguille
; de forte
fe paffa toûjours fans nulle
mefure jufqu'au temps de
Scipion Nafica , qui inventa
les Clepfidres , ou Montres
à Eau , en obſervant
quel eſpace du Tonneau ſe
pouvoit remplir dans une
heure par les goutes d'eau ,
que la nuit
GALANT. 87
qui tomboient du Robinet
attaché à un Reſervoir fupe
rieur. Cette invention eftoit
groffiere. Cependant en
confideration de la nouveauté
& de l'utilité de cette
Clepfidre , Scipion la confacra
l'an
$75. de la fonda
tion de Rome . Si celle dont
je viens de vous parler cuſt
efté veué à Rome en ce
temps là , ily a grande apparence
qu'on auroit mis
fon Autheur au nombre
des Dieux qu'on y réveroit.
On fe fervit dès
Clepfidres
pour rendre juftice chez les
88 MERCURE
Grecs & les Romains ; &
c'eft d'où eft venu le Proverbe
, ad Clepfidram dicere.
On partageoit l'Audience
en trois heures , l'une pour
l'Accuſateur , l'autre pour
la défenſe de l'Accufé , & la
derniere pour déliberer.
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Résumé : « Je croy, Madame, vous pouvoir dire icy en passant, qu'on [...] »
Le texte aborde l'histoire des horloges et des méthodes de mesure du temps. L'invention des horloges reste incertaine, mais Anaximène est crédité d'avoir introduit le premier cadran solaire à Sparte. Les Grecs ont ainsi devancé les Romains dans cet domaine. À Rome, les Douze Tables ne mentionnaient que le matin et le soir. Les cadrans solaires, apparus durant la première guerre punique, étaient imprécis car dépendants du soleil. La mesure du temps sans instruments précis a persisté jusqu'à Scipion Nasica, qui a inventé les clepsydres ou montres à eau. Ces dispositifs mesuraient le temps via l'écoulement de l'eau d'un réservoir sur une heure. Cette innovation, bien que rudimentaire, a été adoptée en l'an 575 de la fondation de Rome. Les clepsydres structuraient les audiences judiciaires en trois heures : une pour l'accusateur, une pour la défense et une pour la délibération, donnant naissance au proverbe 'ad clepsydram dicere'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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248
p. 92-140
DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
Début :
J'ay découvert qui estoit l'Autheur des Dialogues que / Je n'ay pas ublié que vous m'avez promis de [...]
Mots clefs :
Dieux, Adoration, Peuples, Esprit, Volupté, Nature, Souverain, Extravagance, Politique, Coeur, Chagrin
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texteReconnaissance textuelle : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
J'ay découvert qui eftoit
l'Autheur desDialogues que
yous trouvez depuis quatre
GALANT. 93
inois dans toutes mes Lettres
. Il eft de Bourges , &
s'appelle M. Bordelon . En
voicy un cinquiéme , qui eſt
une digne fuite de ceux que
vous avez déja veus de luy .
S$25525 SS SSSSSS
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE QUATRIE' ME.
BELOROND, LAMBRET.
BELORO N D.
JE n'ay pas ubliéque vous
m'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des ju94
MERCURE
dicieux fentimens de ceux
dont je vous rapportay les
opinions fur le fouverain
Bien, la derniere fois que je
Vous vis .
LAMBRE T.
Il eft vray que je vous
ay fait cette promeſſe ; mais
la matiere eft fi grande ,
qu'il faudroit, ou n'en point
parler , ou en parler dans
toute l'étenduë qu'elle merite
. Ainfi , je vous prie dé
me permettre d'eftre voftre
Diogenes Laerce , c'eſt à
dire de vous rapporter chaque
jour deftiné pour nos
GALANT. 95
Entretiens , un Abregé de la
vie & des opinions d'un des
anciens Philofophes , & autres
grands Hommes qui fe
font rendus recommandables
dans les Sciences , ou
dans la Politique , & meſme
dans les Armes. Je fuis affuré
que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'euxautant que le tems
me le permettra , que fi je
parlois de tous en general
dans une feule converfation
.
BELORON D.
J'efpere tirer de grands
96 MERCURE
avantages
de ce deffein ; &
je vous prie inftamment
de
le reduire
en pratique
.
LAMBRET.
Je commenceray avec
beaucoup de plaifir , la
premiere fois que nous nous
verrons ; car vous voulez
bien que l'Entretien d'aujourd'huy
foit employé à
une reflexion que m'ont
fourny les opinions bizarres
que vous me rapportaſtes:
fur le fouverain Bien , dans
noftre derniere converfation.
Je me fuis étonné comme
d'une chofe qui paroift
tresGALANT.
97
tres - difficile à croire , que
tant de grands Hommes eftant
convaincus , comme il
n'en faut point douter , de
l'Existence de quelque Divinité
, & par confequent de
fes eminentes perfections ,
ils n'en ayent pas fait le fouverain
Bien de tous les hommes
; puis qu'en concevant
un Dieu , on conçoit ce qu'il
y a de plus parfait, & en mefme
temps ce qui feul peut
remplir la capacité du coeur
humain , car l'étude de la
Nature , & de tout ce qu'elle
contient, qui avoit efté leur
Juillet 1685.
1
I ¹
98 MERCURE
ordinaire occupation, ne devoit-
elle pas avoir appris la
fragilité de laNature, & que
par confequent ny les vangeances
, ny les navigations
heureuſes , my les amitiez ,
ny les Batailles gagnées , ny
les louanges receues , ny les
fuperbes Edifices , ny les voluptez,
ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence
, ny les Parens illuftres
, ny les biens temporels
, ny les grands trefors ,
ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comGALANT.
99
me vous m'aſſeuraſtes que
les
Anacharfis ,les Crates ,les
Simonides , les Architas , les
Gorgias , les Chryfippes, les
Epicures , les Antifthenes ,
les
Sophocles , les Euripides,
les Palemons , les Themiſtocles
, les Ariftides, & les Heraclides
fe
l'eftoient imaginé.
N'avoient-ils pas experimenté
eux- mefmes , ou veu
experimenter par d'autres ,
que tout ce que ce monde
promet , n'eft que fourbe ,
tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté, comme
dans les
grandeurs , on
I ij
100 MERCURE
n'y trouve qu'embarras &
efclavage ; que là où il promet
la paix , comme dans les
folitudes les plus retirées, on
n'y trouve que des inquietudes
; que là où il promet
de la joye , comme dans les
voluptez , on n'y trouve que
des amertumes ? Ne fçavoient
- ils pas que les
plus
tendres
amitiez
finiffent, que
les honneurs
font des titres
fpecieux que
le temps effales
plaiſirs ne font
ce , que
que des amuſemens
accompagnez
de chagrins
, que les
richeffes
font
enlevées
par la
GALANT. 101
violence des hommes , ou
échappent par leur propre
fragilité, que les grandeurs
tombent d'elles- mefmes , &
que la gloire & la reputation
fe perdent enfin dans les
abyfines de l'oubly ? Ne ſentoient-
ils pas eux - mefines ,
ou ne voyoient-ils pas fentir
par les autres qu'il n'y a rien
dans toutes les creatures qui
puiffe rendre l'homme heureux
, parce qu'il n'y a rien
qui puiffe remplir la capacité
de fon coeur ; qu'elles font
trop petites en elles - mef
mes , & trop foibles en leur
I iij
102 MERCURE
pouvoir ; qu'il eft vray que
d'abord leur beauté donne
dans les yeux , leurs loüanflatent
l'oreille ,leur douceur
contente le gouft,leurs
richeffes accommodent le
ges
corps , mais que pas une ne
fatisfait pleinement l'efprit ;
qu'elles peuvent bien occuper
& embarraffer le coeur
humain , mais qu'elles ne
peuvent pas le fatisfaire, parce
que ce ne font des
que
faux biens , des illufions &
des ombres , ou plûtoft des
maux veritables , qui rendent
l'homine plus méchant , &
GALANT. 103
d'eftre
ne l'empefchent pas
malheureux , comme remarque
judicieuſement
un Autheur
de nos jours ? Enfin ,
les refus que quelques - uns
faifoient de la faveur des
Princes , ne devoient -ils pas
venir du mépris de leurs
grandeurs , comme d'un effet
de leurs reflexions qui
leur devoient avoir appris
que la fortune la plus éclatante,
eft non feulement vaine
& fragile, mais onereuſe ,
mais pleine d'amertumes
&
de chagrins, & que l'on foûpire
fur le Thrône auffi - bien
I iiij
104 MERCURE
que dans les fers ? Voilà les
penfées qu'ils pouvoient avoir
touchant les chofes du
monde , puis qu'ils eftoient
capables d'en avoir de bien
plus élevées , & de bien plus
abftraites , comme j'efpere
vous le faire voir dans l'hif
toire de leurs vies , que je
vous promets. Avoüez que
ces grands Hommes eſtant
capables de ces fentimens
fur les chofes humaines , &
les ayant en effet , comme
leurs Sentences judicieufes
le témoignent , il y a lieu de
s'étonner qu'ils ayent mis
GALANT. 105
le fouverain Bien de l'homme
dans les chofes d'icybas
, fans fonger à la poffeffion
& à l'amour du moins
de quelque eftre plus parfait
, comme de leurs fauffes.
Divinitez , s'ils ne connoif
foient pas la veritable , puis
qu'il eft conftant qu'ils reconnoiffoient
quelque Divinité.
Car s'il eft vray que
nous avons une impreffion
naturelle d'un Eftre divin ,
felon Ciceron , Omnes duce
naturá eo vehimur ut Deos effe
dicamus ; ou felon Ariftote ,
Omnes homines de dijs exiftima106
MERCURE
tionem habent ; & qu'il n'y a
aucune Nation , fi barbare
qu'elle foit , qui ne croye
quelques Dieux , felon Seneque
, Nulla quippe gens ufquam
eft adeo extra leges morefque projecta
, ut non aliquos Deos credat
; nous ne devons pas refufer
cette impreſſion
à tous
ces grands Genies qui en
eftoient affeurément les plus
capables , & qui l'avoient
renduë plus profonde par
leurs études & leurs meditations.
BELORO ND .
Voftre reflexion eft extreGALANT.
107
mement judicieuſe. Je vous
diray cependant que cette
impreffion naturelle de la
Divinité qu'Ariftote, Ciceró
& Seneque attribuent à tous
les Hommes,me ſemble une
chofe difficile à croire , fi
nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs
qui nous apprennent le
contraire. En effet , Strabon
dit , que quelques Peuples
de la Zone Torride , ne
reconnoiffent aucuns Dieux,
ex ijs qui Torridam habitant nonnulli
funt qui deos effe non credunt.
Jean Leon nous en dit
108 MERCURE
autant des Peuples qui habitent
le Royaume de Borno
en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il
parle de quelques Indiens
Occidentaux , qui n'avoient
pas feulement le nom appellatif
de Dieu . Champlain
le confirme de quelques
Peuples de laNouvelle France
, & les Lettres des Jefuites
de l'an 1626. de quelques
Peuples qui font fur le Gange
. Non feulement des
Peuples Barbares font dans
ce déplorable état ; mais encore
des Hommes tres éclai
GALANT. 109
réz en toute autre matiere,
comme un Petrone qui s'imagine
que les merveilles de
la Nature , les Eclypfes des
Aftres, les Tremblemens de
Terre , le bruit des Tonnerres
& chofes femblables
font les caufes qui intimidant
le vulgaire , l'ont perfuadé
de l'Exiſtance d'un
Dieu.
,
Primus in orbe deos fecit timor,
ardua coelo
Fulmina dum caderent.
Comme un Sextus qui
rapporte cette impreffion
dont vous me parlez , aux
-
110 MERCURE
Vifions prodigieufes que
nous fournit noſtre imagination
pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figurer
que l'opinion de l'Exiftence
d'un Dieu , eftoit un
effet de la Politique des Legiflateurs
, pour retenir les
Peuples , & les mener à leur :
fantaiſie. C'est ce que Jofeph
Acoſta ſemble confirmer
, quand il nous reprefente
les Mandarins qui
gouvernent la Chine , & qui
retiennent le Peuple dans la
Religion du Pays , quoy
qu'eux-mefmes ne croyent
GALANT. HI
point d'autre Dieu que la
Nature , point d'autre vie.
que celle-cy , point d'autre
Enfer que la Prifon , ny
d'autre Paradis , que d'avoir
un Office de Mandarin.
LAMBRE T..
Cette impreffion naturelle
de la Divinité , demande
pour paroiſtre au dehors
une raiſon parfaite dans celuy
qui doit la faire voir , &
c'eft cette perfection qui
manquoit à ces Peuples Barbares
dont parlent Strabon,
Jean Leon , Acoſta , Champlain
, & les Peres Jefuites,
112 MERCURE
s'il eft vray qu'ils ayent efté
dans une ignorance fi grof
fiere , ce que j'ay de la peine
à croire . L'Ecriture Sainte
me fournit ce raiſonnement
, quand elle nous apprend
que c'eft le fol ,l'Homme
fans raifon , qui dit qu'il
n'y a point Dieu ; Dixit infi
piens in corde fuo non eft Deus.
C'eft encore la perfection
de cette mefme raiſon qui
manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à caufe que cette raifon
eftoit corrompue par les
voluptez , ou par la prefomGALANT.
113
>
que
ption , autre eſpece de folie..
Ce font des efprits fuperbes
qui ne veulent pas croire ce
qu'ils ne connoiffent pas ..
Chofe étonnante
l'Homme qui eft fi foible
de fa nature
fi fterile en
fon pouvoir , fi limité dans
fes connoiffances
, foit ce
pendant affez aveugle, pour
fe perfuader qu'il eft capable
de penetrer l'effence de
toutes chofes , & que pouffé
par cét aveuglement
il pretend
tout fçavoir ! L'expe
rience a beau luy apprendre
tous les jours par l'ignoran--
Juillet 1685.
K
114 MERCURE
ce qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles fes connoiffances
ne peuvent arriver , combien
fes lumieres font foibles
, l'orgueil qui le domine
, ne laiffe pas de luy faire .
croire qu'il n'a qu'à vouloir
pour connoiftre ce qu'il defire
, & que fi d'un coſté la
maffe de fon corps luy eft un
grand obftacle à cette avidité
qu'il a de tout fçavoir,
d'un autre cofté , il a un eſprit
qui par fa promptitude
& fa fubtilité peut Télever
au deffus de tous les
GALANT. 115
obftacles que fa prifon luy
veut oppofer. C'eſt à caufe
de ce raifonnement de l'orgueil
, que l'Homme dans
noftre Religion a tant de
peine à captiver fon eſprit
fous la Foy , & que ces fçavans
Athées tâchent de ne
pas croire qu'il y ait un
Dieu. Leur prefomption ne
leur permet pas de faire reflexion
, que ce Dieu fur l'Exiftence
duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eft
un abîme où fe perd la raifon
humaine , un Ocean où
toute la Sageffe du monde
Kij
116 MERCURE
eft fubmergée , Sapientia corum
devorata eft. En effet,
quelle folie, de vouloir connoiftre
l'effence d'un Dieu !
Ces grands Hommes raiſonnent-
ils ? Ne doivent- ils pas
eftre perfuadez , quand tout
les convainc , qu'il eft un
Dieu , qu'il faut que ce Dieu
foit un Eftre incomprehenfible,
en mefme temps qu'il
comprend tout , invifible en
mefme temps qu'il voit tout,
inacceffible en mefine temps.
qu'il eft dás tout.Encore une
fois ne doivent- ils pas eftre
perfuadez qu'il faut que ce
GALANT. 117
4
Dieu foit un eftre , grand
fans quantité , bon fans qualité
, infiny fans nombre ,
étendu fans mefure , & par
confequent impénetrable
aux raifonnemens humains ?
Cependant il s'eft trouvé
dans le quatriéme Siecle de
Eglife , un Herefiarque
nommé Eunomius de Galatie
, & non pas de Capadoce
, comme l'a écrit Sozo
mene , qui fe vantoit avec
fes Sectateurs , de connoiftre
Dieu auffi bien que Dieu
fe connoiffoit luy mefme ;
tant il eft vray que la pre18
MERCURE
·
la
fomption de l'Homme n'a
point de limites. Mais fi la
prefomption produit des Athées
, il faut avouer que
corruption que les voluptez
engendrent dans l'efprit,
n'eft pas une des moindres
caufes de l'Atheïſme. Un
efprit voluptueux ne croit
pas volontiers l'Existence
d'un Dieu , qu'on ne peut
connoiftre fans eftre obligé
de l'adorer & de l'aimer , &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , fans
renoncer aux plaiſirs & aux
voluptez criminelles . Pour
GALANT. 119
croire volontiers un Dieu,
il faut fouhaiter qu'il foit,
& pour fouhaiter qu'il foit ,
il faut en attendre des faveurs
& des liberalitez , &
c'eft ce que les Hommes
charnels fçavent bien qu'ils
n'ont aucun fujet d'efperer.
BELORON D.
,
Je croy avec vous que
c'eſt l'ignorance ou la prefomption
, ou la corruption
qui a introduit l'Atheiſme
dans le monde , s'il eft vray
qu'il y ait de veritables Athées
, & ce font apparem120
MERCURE
mét les mêmescaufes qui ont
produit l'Idolatrie, comme il
eft conftant qu'il y en a eu, &
qu'il yena encore à prefent.
Il n'y a aucune chofe fur la
quelle lesHommes devoient
eftre plus raiſonnables , que
fur l'obligation indiſpenſable
de reconnoiftre une Di
vinité , & cependant il n'y
a aucun fujet fur lequel ils
ayent fait voir plus d'extravagance
que fur céluy - là.
On ne le pourroit croire , fi
nous n'en avions des témoi
gnages qu'on ne sçauroit
démentir. L'occaſion eſt
trop
GALANT. 121
trop favorable pour ne pas
entrer dans le détail de ces
extravagances. Je vais vous
faire un recit abregé à la
confufion de l'efprit humain
, de toutes les chofes
(fans parler desHommes)qui
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point
d'autre ordre que celuy
que ma memoire me fournira.
Ceux de la Province de
Cardandan adorent le plus
vieux de la Maiſon , au rapport
de Marc Paul . Bouldefelle
raconte en fes Voyages
de l'an 1326. que ceux
Juillet 1685.
L
126 MERCURE
qui portoient la qualité de
grand Cham du Cathay ,
prenoient garde le premier
Jour de l'An , au fortir du lit,
à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu
toute l'année ; de forte que
fi c'eftoit un Rat ou un
Chien , ils datoient leurs
Expeditions de l'an du Rat
ou du Chien . Gaguin dit
dans fa Sarmatie , que des
Lithuaniens adorent les plus
grands Arbres de leurs Forefts.
Le Roy de Bellegat
avoit pour fon Dieu une
GALANT. 127
dent de Guenon
;
c'eſt
Pigafetta qui nous apprend
cette ridicule Divinité. Des
Calicutois adorent le Diable
, fe perfuadant qu'aprés
la Création du monde , Dieu
l'a laiffé fous fa conduite.
L'Hiftoire des Incas affeute
que dans une Vallée du Perou
on adoroit une Emeraude
prefque auffi groffe qu'un
oeuf d'Auftruche. Les Tunquinois
rendent leurs adorations
aux Ames de ceux
qui font morts faute de
nourriture , & leur offrent
du Ris au premier des jours
Lij
128 MERCURE
de chaque Lune. Une Secte
de Perfans n'admettoit point
d'autre Dieu que les
quatre
Elemens . Olearius dit que
les Tartares Ceremiffes adorent
tout ce qu'ils fe font
reprefentez la nuit en fonge.
Y a-t-il rien de pareil à
l'extravagance des Egyptiens
qui adoroient des Oignons
, des Chats , & les
plus abjectes Créatures?
C'eft en fe mocquant d'eux
que Juvenal dit agréeablement,
Sat. 15.
O fortunati quibus hæc nafcuntur
in hortis
Numina!
1
GALANT. 129
O qu'ils font heureux,
puis que les Dieux naiffent ,
& font produits dans leurs
Jardins! Les Lacédemoniens
n'ont-ils pas efté affez fous
pour élever des Autels à la
Mort , quelque implacable
qu'elle foit ; les Romains a
la Crainte , à la Pafleur , à la
Fiévre , & les Atheniens à
l'Impudence ? Empedocles
regardoit les Cieux comme
autant de Dieux , les Pythagoriciens
les Aftres . Il y a
des Tartares qui adorent la
Lune. Des Africains de Lybie
& de Numidie font des
Li
130 MERCURE
Sacrifices aux Planettes . Si
nous en croyons Jean Leon,
les Habitans des Ifles fortunées
, les Maffagettes , & les
Gentils de la cofte des Malabares
adorent le Soleil , comme
fi ces paroles , Soli Deo
gloria , fe devoient honor
interpreter en faveur de ce
premier de tous les Aftres ; ce
qui me fait reffouvenir d'un
Portugais, qui s'eftant rendu
agréable par fes fervices au
Roy Henry III.luy demanda
dans Lyon par grace finguliere
, de ne contraindre
perfonne dás tous fes Etats ,
d'adorer d'autre Divinité
GALANT. 131
que celle du Soleil . Chez
Diogénes , Platon reconnoit
le Feu pour une Divinité,
Les Perfes chez Herodote
adorent les Fleuves avec
tant de devotion qu'ils n'ofent
feulement fe fervir de
leurs Eaux , pour en laver
leurs mains . Les Syriens alloient
foüiller jufques dans
la Mer pour y chercher les
Poiffons , & en faire leurs
Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola
rendoient leurs adorations
à l'Eau , les Theffaliens aux
Cicognes ; les Habitans du
L iiij
132 MERCURE
Mont Caffin aux Oyfeaux
Seleucides ; Les Affyriens
aux Colombes; les Habitans
de l'Empire du grand' Mogor
aux Vaches ; ceux de
Calicut aux Boeufs , les Tartares
que Jofeph Barbaro
appelle Moxij , à un Cheval
remply de Paille ; les
Gentils de Bengala & autres
Indiens à un Elephant
blanc ; les Samogiciens aux
Serpens , felon Sigifmond
de Herbeftin en fa Mofcovie.
De bonne foy , fi tous
ces Gens là avoient eu un
peu de raiſon , ne fe feroient-
د
GALANT. 133
1
ils pas mocquez d'eux-meſmes
, en confiderant leurs
extravagances
? & n'avoient-
ils pas fujet de dire
comme un certain, Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô
fols que nous fommes d'adorer
des Dieux qui ne le
font que parce que nous le
voulons ! Enfin pour derniere
preuve de l'extravagance
de l'efprit humain fur ce fujet
, il ne faut que ſe reſſouvenir
des adorations qu'on
rendoit à l'infame Priape.
Comme on ne peut pas
pouffer plus loin la folie , je
134 MERCURE
n'a
ne poufferay pas auffi plus
loin ce recit. Je me contenteray
d'ajoûter , qu'on
pas feulement erré dans
la qualité, mais encore dans
le nombre , puis qu'il y a fur
les Coftes des Indes Orientales
des Peuples qui font
monter celuy de leurs Dieux
jufqu'à trente millions , &
que Tales affeuroit que tout
cét Univers eftoit remply
d'une infinité de Dieux.
LAMBRET .
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avouë ; mais
je fuis encore plus furpris
GALANT. 135
de
de ce qu'il y en a eu , qui
ont ofé rendre leurs Dieux
favorables à leurs crimes,
ou les honorer par des infamies
, ou leur donner des
qualitez odieufes , & cela , à
la veuë de l'Univers avec
autant d'impunité que
hardieffe . Voyez , je vous
prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , fur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit
pris , rompu , & tue deux millions
& cent quatre- vingt
trois mille Hommes , pillé
ou ſubmergé 846. Navires ,
136 MERCURE
defolé 1538. Villes & Bourgades
, comme s'il euft voulu
honorer cette Déeffe , en
luy faifant le recit de toutes
fes cruautez . Lifez chez
Plutarque , comme chez les
Romains le jour de la Feſte
des Supercales , les plus nobles
, & beaucoup de Magiftrats
couroient tout nuds
par la Ville ainfi que des infenfez
, frappant avec des
courroyes les Perfonnes
qu'ils trouvoient en leur
chemin , avec cette fotte
fuperftition , que quantité
de Femmes de la plus hau
GALANT. 137
te condition venoient au devant
d'eux , leur prefentant
à deffein les mains , comme
les Enfans font icy à leurs
Maiftres dans les Colléges,
pour recevoir des coups de
•fouet , perfuadées que cela
avoit une grande vertu pour
faire accoucher plus aifément
celles qui eftoient enceintes
, & pour faire concevoir
celles qui eftoient
fteriles. Les Paphlagoniens
en Afie , difoient au rapport
de Daviſi , que Dieu eftoit
détenu prifonnier en Hyver
, mais qu'au Printemps
138 MERCURE
on le délioit , fi bien qu'il
commençoit à fe mouvoir.
Quelle impertinence ! Nous
lifons que dans la Ville de
Lynde en l'Ile de Rhodes,
on celébroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiffant ·
& déteftant. Quelle pieté !
Aux Indes Orientales il
y a
des Matrones notables qui
s'abandonnent aux premiers
venus dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y
adore , fans parler de celles
qui fe proftituoient en l'honneur
de Venus. Quelle pu-
>
·
GALANT. 139
reté de Religion Y a-t- il
rien encore de plus effronté,
que de prier une Divinité de
donner moyen
de tromper,
& en mefme temps de
roiſtre juſte & faint, comme
on lit chez Horace.
Pulchra Laverna,
ра-
Da mihifallere , da juftum ,fan-
Atumque videri.
Mais c'eft affez pour fai
re rougir , pour ainsi dire ,
l'efprit humain , en luy reprefentant
les extravagances
, & les folies dont il a efté
capable. Difons que ce qui
eft le plus conforme à ſa foi140
MERCURE
bleffe , c'eft de croire l'Exiftence
d'un Dieu , fans en
vouloir penétrer la nature,
& fans prolonger davantage
noftre converſation , qui
eft beaucoup plus longue
que les précedentes , retirons-
nous avec ce beau Paf
fage de Tacite , en nous fervant
pourtant de la Circoncifion
, dont nous avons par
' lé autrefois . Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentia Dei
credere quam fcire.
l'Autheur desDialogues que
yous trouvez depuis quatre
GALANT. 93
inois dans toutes mes Lettres
. Il eft de Bourges , &
s'appelle M. Bordelon . En
voicy un cinquiéme , qui eſt
une digne fuite de ceux que
vous avez déja veus de luy .
S$25525 SS SSSSSS
DES CHOSES
DIFFICILES A CROIRE.
DIALOGUE QUATRIE' ME.
BELOROND, LAMBRET.
BELORO N D.
JE n'ay pas ubliéque vous
m'avez promis de m'entretenir
aujourd'huy des ju94
MERCURE
dicieux fentimens de ceux
dont je vous rapportay les
opinions fur le fouverain
Bien, la derniere fois que je
Vous vis .
LAMBRE T.
Il eft vray que je vous
ay fait cette promeſſe ; mais
la matiere eft fi grande ,
qu'il faudroit, ou n'en point
parler , ou en parler dans
toute l'étenduë qu'elle merite
. Ainfi , je vous prie dé
me permettre d'eftre voftre
Diogenes Laerce , c'eſt à
dire de vous rapporter chaque
jour deftiné pour nos
GALANT. 95
Entretiens , un Abregé de la
vie & des opinions d'un des
anciens Philofophes , & autres
grands Hommes qui fe
font rendus recommandables
dans les Sciences , ou
dans la Politique , & meſme
dans les Armes. Je fuis affuré
que vous aurez plus de
plaiſir , ſi je m'étens fur chacun
d'euxautant que le tems
me le permettra , que fi je
parlois de tous en general
dans une feule converfation
.
BELORON D.
J'efpere tirer de grands
96 MERCURE
avantages
de ce deffein ; &
je vous prie inftamment
de
le reduire
en pratique
.
LAMBRET.
Je commenceray avec
beaucoup de plaifir , la
premiere fois que nous nous
verrons ; car vous voulez
bien que l'Entretien d'aujourd'huy
foit employé à
une reflexion que m'ont
fourny les opinions bizarres
que vous me rapportaſtes:
fur le fouverain Bien , dans
noftre derniere converfation.
Je me fuis étonné comme
d'une chofe qui paroift
tresGALANT.
97
tres - difficile à croire , que
tant de grands Hommes eftant
convaincus , comme il
n'en faut point douter , de
l'Existence de quelque Divinité
, & par confequent de
fes eminentes perfections ,
ils n'en ayent pas fait le fouverain
Bien de tous les hommes
; puis qu'en concevant
un Dieu , on conçoit ce qu'il
y a de plus parfait, & en mefme
temps ce qui feul peut
remplir la capacité du coeur
humain , car l'étude de la
Nature , & de tout ce qu'elle
contient, qui avoit efté leur
Juillet 1685.
1
I ¹
98 MERCURE
ordinaire occupation, ne devoit-
elle pas avoir appris la
fragilité de laNature, & que
par confequent ny les vangeances
, ny les navigations
heureuſes , my les amitiez ,
ny les Batailles gagnées , ny
les louanges receues , ny les
fuperbes Edifices , ny les voluptez,
ny la bonne renommée
, ny les Enfans , ny les
belles Femmes , ny l'Eloquence
, ny les Parens illuftres
, ny les biens temporels
, ny les grands trefors ,
ne pouvoient faire le veritable
bien de l'homme ; comGALANT.
99
me vous m'aſſeuraſtes que
les
Anacharfis ,les Crates ,les
Simonides , les Architas , les
Gorgias , les Chryfippes, les
Epicures , les Antifthenes ,
les
Sophocles , les Euripides,
les Palemons , les Themiſtocles
, les Ariftides, & les Heraclides
fe
l'eftoient imaginé.
N'avoient-ils pas experimenté
eux- mefmes , ou veu
experimenter par d'autres ,
que tout ce que ce monde
promet , n'eft que fourbe ,
tromperie ou vanité ? Que là
où il promet la liberté, comme
dans les
grandeurs , on
I ij
100 MERCURE
n'y trouve qu'embarras &
efclavage ; que là où il promet
la paix , comme dans les
folitudes les plus retirées, on
n'y trouve que des inquietudes
; que là où il promet
de la joye , comme dans les
voluptez , on n'y trouve que
des amertumes ? Ne fçavoient
- ils pas que les
plus
tendres
amitiez
finiffent, que
les honneurs
font des titres
fpecieux que
le temps effales
plaiſirs ne font
ce , que
que des amuſemens
accompagnez
de chagrins
, que les
richeffes
font
enlevées
par la
GALANT. 101
violence des hommes , ou
échappent par leur propre
fragilité, que les grandeurs
tombent d'elles- mefmes , &
que la gloire & la reputation
fe perdent enfin dans les
abyfines de l'oubly ? Ne ſentoient-
ils pas eux - mefines ,
ou ne voyoient-ils pas fentir
par les autres qu'il n'y a rien
dans toutes les creatures qui
puiffe rendre l'homme heureux
, parce qu'il n'y a rien
qui puiffe remplir la capacité
de fon coeur ; qu'elles font
trop petites en elles - mef
mes , & trop foibles en leur
I iij
102 MERCURE
pouvoir ; qu'il eft vray que
d'abord leur beauté donne
dans les yeux , leurs loüanflatent
l'oreille ,leur douceur
contente le gouft,leurs
richeffes accommodent le
ges
corps , mais que pas une ne
fatisfait pleinement l'efprit ;
qu'elles peuvent bien occuper
& embarraffer le coeur
humain , mais qu'elles ne
peuvent pas le fatisfaire, parce
que ce ne font des
que
faux biens , des illufions &
des ombres , ou plûtoft des
maux veritables , qui rendent
l'homine plus méchant , &
GALANT. 103
d'eftre
ne l'empefchent pas
malheureux , comme remarque
judicieuſement
un Autheur
de nos jours ? Enfin ,
les refus que quelques - uns
faifoient de la faveur des
Princes , ne devoient -ils pas
venir du mépris de leurs
grandeurs , comme d'un effet
de leurs reflexions qui
leur devoient avoir appris
que la fortune la plus éclatante,
eft non feulement vaine
& fragile, mais onereuſe ,
mais pleine d'amertumes
&
de chagrins, & que l'on foûpire
fur le Thrône auffi - bien
I iiij
104 MERCURE
que dans les fers ? Voilà les
penfées qu'ils pouvoient avoir
touchant les chofes du
monde , puis qu'ils eftoient
capables d'en avoir de bien
plus élevées , & de bien plus
abftraites , comme j'efpere
vous le faire voir dans l'hif
toire de leurs vies , que je
vous promets. Avoüez que
ces grands Hommes eſtant
capables de ces fentimens
fur les chofes humaines , &
les ayant en effet , comme
leurs Sentences judicieufes
le témoignent , il y a lieu de
s'étonner qu'ils ayent mis
GALANT. 105
le fouverain Bien de l'homme
dans les chofes d'icybas
, fans fonger à la poffeffion
& à l'amour du moins
de quelque eftre plus parfait
, comme de leurs fauffes.
Divinitez , s'ils ne connoif
foient pas la veritable , puis
qu'il eft conftant qu'ils reconnoiffoient
quelque Divinité.
Car s'il eft vray que
nous avons une impreffion
naturelle d'un Eftre divin ,
felon Ciceron , Omnes duce
naturá eo vehimur ut Deos effe
dicamus ; ou felon Ariftote ,
Omnes homines de dijs exiftima106
MERCURE
tionem habent ; & qu'il n'y a
aucune Nation , fi barbare
qu'elle foit , qui ne croye
quelques Dieux , felon Seneque
, Nulla quippe gens ufquam
eft adeo extra leges morefque projecta
, ut non aliquos Deos credat
; nous ne devons pas refufer
cette impreſſion
à tous
ces grands Genies qui en
eftoient affeurément les plus
capables , & qui l'avoient
renduë plus profonde par
leurs études & leurs meditations.
BELORO ND .
Voftre reflexion eft extreGALANT.
107
mement judicieuſe. Je vous
diray cependant que cette
impreffion naturelle de la
Divinité qu'Ariftote, Ciceró
& Seneque attribuent à tous
les Hommes,me ſemble une
chofe difficile à croire , fi
nous voulons nous en rapporter
à quelques Autheurs
qui nous apprennent le
contraire. En effet , Strabon
dit , que quelques Peuples
de la Zone Torride , ne
reconnoiffent aucuns Dieux,
ex ijs qui Torridam habitant nonnulli
funt qui deos effe non credunt.
Jean Leon nous en dit
108 MERCURE
autant des Peuples qui habitent
le Royaume de Borno
en Afrique. Acoſta va
encore plus loin , quand il
parle de quelques Indiens
Occidentaux , qui n'avoient
pas feulement le nom appellatif
de Dieu . Champlain
le confirme de quelques
Peuples de laNouvelle France
, & les Lettres des Jefuites
de l'an 1626. de quelques
Peuples qui font fur le Gange
. Non feulement des
Peuples Barbares font dans
ce déplorable état ; mais encore
des Hommes tres éclai
GALANT. 109
réz en toute autre matiere,
comme un Petrone qui s'imagine
que les merveilles de
la Nature , les Eclypfes des
Aftres, les Tremblemens de
Terre , le bruit des Tonnerres
& chofes femblables
font les caufes qui intimidant
le vulgaire , l'ont perfuadé
de l'Exiſtance d'un
Dieu.
,
Primus in orbe deos fecit timor,
ardua coelo
Fulmina dum caderent.
Comme un Sextus qui
rapporte cette impreffion
dont vous me parlez , aux
-
110 MERCURE
Vifions prodigieufes que
nous fournit noſtre imagination
pendant le Sommeil.
D'autres ont voulu ſe figurer
que l'opinion de l'Exiftence
d'un Dieu , eftoit un
effet de la Politique des Legiflateurs
, pour retenir les
Peuples , & les mener à leur :
fantaiſie. C'est ce que Jofeph
Acoſta ſemble confirmer
, quand il nous reprefente
les Mandarins qui
gouvernent la Chine , & qui
retiennent le Peuple dans la
Religion du Pays , quoy
qu'eux-mefmes ne croyent
GALANT. HI
point d'autre Dieu que la
Nature , point d'autre vie.
que celle-cy , point d'autre
Enfer que la Prifon , ny
d'autre Paradis , que d'avoir
un Office de Mandarin.
LAMBRE T..
Cette impreffion naturelle
de la Divinité , demande
pour paroiſtre au dehors
une raiſon parfaite dans celuy
qui doit la faire voir , &
c'eft cette perfection qui
manquoit à ces Peuples Barbares
dont parlent Strabon,
Jean Leon , Acoſta , Champlain
, & les Peres Jefuites,
112 MERCURE
s'il eft vray qu'ils ayent efté
dans une ignorance fi grof
fiere , ce que j'ay de la peine
à croire . L'Ecriture Sainte
me fournit ce raiſonnement
, quand elle nous apprend
que c'eft le fol ,l'Homme
fans raifon , qui dit qu'il
n'y a point Dieu ; Dixit infi
piens in corde fuo non eft Deus.
C'eft encore la perfection
de cette mefme raiſon qui
manquoit à ces habiles
Hommes , je veux dire que
c'eſt à caufe que cette raifon
eftoit corrompue par les
voluptez , ou par la prefomGALANT.
113
>
que
ption , autre eſpece de folie..
Ce font des efprits fuperbes
qui ne veulent pas croire ce
qu'ils ne connoiffent pas ..
Chofe étonnante
l'Homme qui eft fi foible
de fa nature
fi fterile en
fon pouvoir , fi limité dans
fes connoiffances
, foit ce
pendant affez aveugle, pour
fe perfuader qu'il eft capable
de penetrer l'effence de
toutes chofes , & que pouffé
par cét aveuglement
il pretend
tout fçavoir ! L'expe
rience a beau luy apprendre
tous les jours par l'ignoran--
Juillet 1685.
K
114 MERCURE
ce qu'il a de tant de choſes
qui font dans la Nature , &
auſquelles fes connoiffances
ne peuvent arriver , combien
fes lumieres font foibles
, l'orgueil qui le domine
, ne laiffe pas de luy faire .
croire qu'il n'a qu'à vouloir
pour connoiftre ce qu'il defire
, & que fi d'un coſté la
maffe de fon corps luy eft un
grand obftacle à cette avidité
qu'il a de tout fçavoir,
d'un autre cofté , il a un eſprit
qui par fa promptitude
& fa fubtilité peut Télever
au deffus de tous les
GALANT. 115
obftacles que fa prifon luy
veut oppofer. C'eſt à caufe
de ce raifonnement de l'orgueil
, que l'Homme dans
noftre Religion a tant de
peine à captiver fon eſprit
fous la Foy , & que ces fçavans
Athées tâchent de ne
pas croire qu'il y ait un
Dieu. Leur prefomption ne
leur permet pas de faire reflexion
, que ce Dieu fur l'Exiftence
duquel ils voudroient
bien s'aveugler , eft
un abîme où fe perd la raifon
humaine , un Ocean où
toute la Sageffe du monde
Kij
116 MERCURE
eft fubmergée , Sapientia corum
devorata eft. En effet,
quelle folie, de vouloir connoiftre
l'effence d'un Dieu !
Ces grands Hommes raiſonnent-
ils ? Ne doivent- ils pas
eftre perfuadez , quand tout
les convainc , qu'il eft un
Dieu , qu'il faut que ce Dieu
foit un Eftre incomprehenfible,
en mefme temps qu'il
comprend tout , invifible en
mefme temps qu'il voit tout,
inacceffible en mefine temps.
qu'il eft dás tout.Encore une
fois ne doivent- ils pas eftre
perfuadez qu'il faut que ce
GALANT. 117
4
Dieu foit un eftre , grand
fans quantité , bon fans qualité
, infiny fans nombre ,
étendu fans mefure , & par
confequent impénetrable
aux raifonnemens humains ?
Cependant il s'eft trouvé
dans le quatriéme Siecle de
Eglife , un Herefiarque
nommé Eunomius de Galatie
, & non pas de Capadoce
, comme l'a écrit Sozo
mene , qui fe vantoit avec
fes Sectateurs , de connoiftre
Dieu auffi bien que Dieu
fe connoiffoit luy mefme ;
tant il eft vray que la pre18
MERCURE
·
la
fomption de l'Homme n'a
point de limites. Mais fi la
prefomption produit des Athées
, il faut avouer que
corruption que les voluptez
engendrent dans l'efprit,
n'eft pas une des moindres
caufes de l'Atheïſme. Un
efprit voluptueux ne croit
pas volontiers l'Existence
d'un Dieu , qu'on ne peut
connoiftre fans eftre obligé
de l'adorer & de l'aimer , &
qu'on ne peut veritablement
adorer & aimer , fans
renoncer aux plaiſirs & aux
voluptez criminelles . Pour
GALANT. 119
croire volontiers un Dieu,
il faut fouhaiter qu'il foit,
& pour fouhaiter qu'il foit ,
il faut en attendre des faveurs
& des liberalitez , &
c'eft ce que les Hommes
charnels fçavent bien qu'ils
n'ont aucun fujet d'efperer.
BELORON D.
,
Je croy avec vous que
c'eſt l'ignorance ou la prefomption
, ou la corruption
qui a introduit l'Atheiſme
dans le monde , s'il eft vray
qu'il y ait de veritables Athées
, & ce font apparem120
MERCURE
mét les mêmescaufes qui ont
produit l'Idolatrie, comme il
eft conftant qu'il y en a eu, &
qu'il yena encore à prefent.
Il n'y a aucune chofe fur la
quelle lesHommes devoient
eftre plus raiſonnables , que
fur l'obligation indiſpenſable
de reconnoiftre une Di
vinité , & cependant il n'y
a aucun fujet fur lequel ils
ayent fait voir plus d'extravagance
que fur céluy - là.
On ne le pourroit croire , fi
nous n'en avions des témoi
gnages qu'on ne sçauroit
démentir. L'occaſion eſt
trop
GALANT. 121
trop favorable pour ne pas
entrer dans le détail de ces
extravagances. Je vais vous
faire un recit abregé à la
confufion de l'efprit humain
, de toutes les chofes
(fans parler desHommes)qui
ont été les objets de fon adoration.
Je ne garderay point
d'autre ordre que celuy
que ma memoire me fournira.
Ceux de la Province de
Cardandan adorent le plus
vieux de la Maiſon , au rapport
de Marc Paul . Bouldefelle
raconte en fes Voyages
de l'an 1326. que ceux
Juillet 1685.
L
126 MERCURE
qui portoient la qualité de
grand Cham du Cathay ,
prenoient garde le premier
Jour de l'An , au fortir du lit,
à ce qui leur venoit premierement
à la rencontre , afin
de le tenir pour leur Dieu
toute l'année ; de forte que
fi c'eftoit un Rat ou un
Chien , ils datoient leurs
Expeditions de l'an du Rat
ou du Chien . Gaguin dit
dans fa Sarmatie , que des
Lithuaniens adorent les plus
grands Arbres de leurs Forefts.
Le Roy de Bellegat
avoit pour fon Dieu une
GALANT. 127
dent de Guenon
;
c'eſt
Pigafetta qui nous apprend
cette ridicule Divinité. Des
Calicutois adorent le Diable
, fe perfuadant qu'aprés
la Création du monde , Dieu
l'a laiffé fous fa conduite.
L'Hiftoire des Incas affeute
que dans une Vallée du Perou
on adoroit une Emeraude
prefque auffi groffe qu'un
oeuf d'Auftruche. Les Tunquinois
rendent leurs adorations
aux Ames de ceux
qui font morts faute de
nourriture , & leur offrent
du Ris au premier des jours
Lij
128 MERCURE
de chaque Lune. Une Secte
de Perfans n'admettoit point
d'autre Dieu que les
quatre
Elemens . Olearius dit que
les Tartares Ceremiffes adorent
tout ce qu'ils fe font
reprefentez la nuit en fonge.
Y a-t-il rien de pareil à
l'extravagance des Egyptiens
qui adoroient des Oignons
, des Chats , & les
plus abjectes Créatures?
C'eft en fe mocquant d'eux
que Juvenal dit agréeablement,
Sat. 15.
O fortunati quibus hæc nafcuntur
in hortis
Numina!
1
GALANT. 129
O qu'ils font heureux,
puis que les Dieux naiffent ,
& font produits dans leurs
Jardins! Les Lacédemoniens
n'ont-ils pas efté affez fous
pour élever des Autels à la
Mort , quelque implacable
qu'elle foit ; les Romains a
la Crainte , à la Pafleur , à la
Fiévre , & les Atheniens à
l'Impudence ? Empedocles
regardoit les Cieux comme
autant de Dieux , les Pythagoriciens
les Aftres . Il y a
des Tartares qui adorent la
Lune. Des Africains de Lybie
& de Numidie font des
Li
130 MERCURE
Sacrifices aux Planettes . Si
nous en croyons Jean Leon,
les Habitans des Ifles fortunées
, les Maffagettes , & les
Gentils de la cofte des Malabares
adorent le Soleil , comme
fi ces paroles , Soli Deo
gloria , fe devoient honor
interpreter en faveur de ce
premier de tous les Aftres ; ce
qui me fait reffouvenir d'un
Portugais, qui s'eftant rendu
agréable par fes fervices au
Roy Henry III.luy demanda
dans Lyon par grace finguliere
, de ne contraindre
perfonne dás tous fes Etats ,
d'adorer d'autre Divinité
GALANT. 131
que celle du Soleil . Chez
Diogénes , Platon reconnoit
le Feu pour une Divinité,
Les Perfes chez Herodote
adorent les Fleuves avec
tant de devotion qu'ils n'ofent
feulement fe fervir de
leurs Eaux , pour en laver
leurs mains . Les Syriens alloient
foüiller jufques dans
la Mer pour y chercher les
Poiffons , & en faire leurs
Dieux. Les Americains Septentrionaux
de Cevola
rendoient leurs adorations
à l'Eau , les Theffaliens aux
Cicognes ; les Habitans du
L iiij
132 MERCURE
Mont Caffin aux Oyfeaux
Seleucides ; Les Affyriens
aux Colombes; les Habitans
de l'Empire du grand' Mogor
aux Vaches ; ceux de
Calicut aux Boeufs , les Tartares
que Jofeph Barbaro
appelle Moxij , à un Cheval
remply de Paille ; les
Gentils de Bengala & autres
Indiens à un Elephant
blanc ; les Samogiciens aux
Serpens , felon Sigifmond
de Herbeftin en fa Mofcovie.
De bonne foy , fi tous
ces Gens là avoient eu un
peu de raiſon , ne fe feroient-
د
GALANT. 133
1
ils pas mocquez d'eux-meſmes
, en confiderant leurs
extravagances
? & n'avoient-
ils pas fujet de dire
comme un certain, Stulte verebor
ipfe cum faciam Deos ; ô
fols que nous fommes d'adorer
des Dieux qui ne le
font que parce que nous le
voulons ! Enfin pour derniere
preuve de l'extravagance
de l'efprit humain fur ce fujet
, il ne faut que ſe reſſouvenir
des adorations qu'on
rendoit à l'infame Priape.
Comme on ne peut pas
pouffer plus loin la folie , je
134 MERCURE
n'a
ne poufferay pas auffi plus
loin ce recit. Je me contenteray
d'ajoûter , qu'on
pas feulement erré dans
la qualité, mais encore dans
le nombre , puis qu'il y a fur
les Coftes des Indes Orientales
des Peuples qui font
monter celuy de leurs Dieux
jufqu'à trente millions , &
que Tales affeuroit que tout
cét Univers eftoit remply
d'une infinité de Dieux.
LAMBRET .
Ces extravagances m'étonnent
, je l'avouë ; mais
je fuis encore plus furpris
GALANT. 135
de
de ce qu'il y en a eu , qui
ont ofé rendre leurs Dieux
favorables à leurs crimes,
ou les honorer par des infamies
, ou leur donner des
qualitez odieufes , & cela , à
la veuë de l'Univers avec
autant d'impunité que
hardieffe . Voyez , je vous
prie , chez Pline un Pompée
qui fit bâtir un Temple à
Minerve , fur le Portail duquel
il fit graver qu'il avoit
pris , rompu , & tue deux millions
& cent quatre- vingt
trois mille Hommes , pillé
ou ſubmergé 846. Navires ,
136 MERCURE
defolé 1538. Villes & Bourgades
, comme s'il euft voulu
honorer cette Déeffe , en
luy faifant le recit de toutes
fes cruautez . Lifez chez
Plutarque , comme chez les
Romains le jour de la Feſte
des Supercales , les plus nobles
, & beaucoup de Magiftrats
couroient tout nuds
par la Ville ainfi que des infenfez
, frappant avec des
courroyes les Perfonnes
qu'ils trouvoient en leur
chemin , avec cette fotte
fuperftition , que quantité
de Femmes de la plus hau
GALANT. 137
te condition venoient au devant
d'eux , leur prefentant
à deffein les mains , comme
les Enfans font icy à leurs
Maiftres dans les Colléges,
pour recevoir des coups de
•fouet , perfuadées que cela
avoit une grande vertu pour
faire accoucher plus aifément
celles qui eftoient enceintes
, & pour faire concevoir
celles qui eftoient
fteriles. Les Paphlagoniens
en Afie , difoient au rapport
de Daviſi , que Dieu eftoit
détenu prifonnier en Hyver
, mais qu'au Printemps
138 MERCURE
on le délioit , fi bien qu'il
commençoit à fe mouvoir.
Quelle impertinence ! Nous
lifons que dans la Ville de
Lynde en l'Ile de Rhodes,
on celébroit les Sacrifices
d'Hercule en maudiffant ·
& déteftant. Quelle pieté !
Aux Indes Orientales il
y a
des Matrones notables qui
s'abandonnent aux premiers
venus dans de certaines
Pagodes ou Chapelles au
profit des Idoles qu'on y
adore , fans parler de celles
qui fe proftituoient en l'honneur
de Venus. Quelle pu-
>
·
GALANT. 139
reté de Religion Y a-t- il
rien encore de plus effronté,
que de prier une Divinité de
donner moyen
de tromper,
& en mefme temps de
roiſtre juſte & faint, comme
on lit chez Horace.
Pulchra Laverna,
ра-
Da mihifallere , da juftum ,fan-
Atumque videri.
Mais c'eft affez pour fai
re rougir , pour ainsi dire ,
l'efprit humain , en luy reprefentant
les extravagances
, & les folies dont il a efté
capable. Difons que ce qui
eft le plus conforme à ſa foi140
MERCURE
bleffe , c'eft de croire l'Exiftence
d'un Dieu , fans en
vouloir penétrer la nature,
& fans prolonger davantage
noftre converſation , qui
eft beaucoup plus longue
que les précedentes , retirons-
nous avec ce beau Paf
fage de Tacite , en nous fervant
pourtant de la Circoncifion
, dont nous avons par
' lé autrefois . Sanctius ac reverentius
videtur de Exiftentia Dei
credere quam fcire.
Fermer
Résumé : DES CHOSES DIFFICILES A CROIRE. DIALOGUE QUATRIÉME.
Belorond et Lambret discutent du souverain bien et de la croyance en une divinité. Lambret remarque que des philosophes anciens, tels qu'Anacharsis, Crates et Epicure, reconnaissaient l'éphémérité des plaisirs, honneurs, richesses et grandeurs, mais ne faisaient pas de la divinité le souverain bien. Leur échange explore la croyance universelle en une divinité, citant des auteurs comme Cicéron, Aristote et Sénèque. Cependant, des peuples incroyants sont mentionnés par Strabon et Champlain. La peur des phénomènes naturels ou la politique des législateurs pourrait expliquer cette croyance, tandis que l'ignorance ou la corruption de la raison pourrait expliquer l'incrédulité. Le texte aborde les causes de l'athéisme et de l'idolâtrie, les attribuant à l'ignorance, la présomption et la corruption morale. Eunomius de Galatie illustre cette présomption en prétendant connaître Dieu parfaitement. La volupté et les plaisirs peuvent également conduire à l'athéisme. Des exemples d'idolâtrie à travers différentes cultures sont listés, comme l'adoration d'animaux, d'objets inanimés ou d'éléments naturels. Les Égyptiens, Grecs et Romains avaient des pratiques idolâtres variées, critiquées comme absurdes. Le texte discute également des extravagances et folies humaines liées à l'adoration des dieux, mentionnant des croyances anciennes et des pratiques impies. Il conclut en affirmant que la croyance la plus sensée est de reconnaître l'existence de Dieu sans chercher à en comprendre la nature, citant Tacite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
249
p. 319-321
Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Début :
Le 19 de ce mois, Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle de Condé, Duc, Chapelle, Prince, Parrains et marraines, Soeur, Veuve, Princesse, Cérémonie de baptême, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19. de ce mois , Mademoiſelle
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
de Condé, troifiéme
Fille de M. le Duc , fut baptifée
par M. le Curé de
S. Sulpice , dans la Chapelle
de l'Hoftel de Condé. Monfieur
lePrince,grand- Pere de
cette Princeffe,fut le Parain,
& Madame la Ducheffe de
Brunfvvich , Soeur de Madame
la Ducheffe, & Veuve de
Jean Frideric Duc de Brunf
D d iiij
320 MERCURE
vvich Hanover , fut la Maraine
, & la nomma Loüife
Benedicte. Mefdames les
trois Princeffes de Hanover.
fes Filles,fe trouverent à cette
Ceremonie , & fe firent
admirer de tous ceux qui
les virent , tant par leur
beauté & leur bonne grace ,
que par un certain air modefte
& engageant qui accompagne
tout ce qu'elles font .:
C'eft un effet de la bonne
education que Madame la
Ducheffe de Brunfvvick.
prend foin de joindre aux
avantages de leur Naiffance..
GALANT. 321
Il fuffit qu'elles fe faſſent un
modelle de fes grandes qualitez
, pour acquerir tout ce
qui peut rendre des Princeffes
parfaitemet accomplies.
L'Aifnée , qui ne fait que de
fortir de fa quatorziéme année
, a une taille fine & aisée,
dont la beauté augmente de
jour en jour avec fon âge .
Elle a le teint vif, les yeux
bleus & doux, & tant de charmes
dans toute fa perfonne,
qu'on ne sçauroit fe laffer de
la tegarder
.
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Résumé : Baptesme de Mademoiselle de Condé, troisiéme Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 19 du mois, Mademoiselle de Condé, troisième fille du Duc de Condé, a été baptisée par le curé de Saint-Sulpice dans la chapelle de l'Hôtel de Condé. Le prince de Condé, grand-père de la princesse, a été le parrain, et Madame la Duchesse de Brunswick, sœur de la Duchesse et veuve de Jean Frédéric Duc de Brunswick-Hanover, a été la marraine. La princesse a reçu le nom de Louise Bénédicte. Les trois princesses de Hanovre, filles de la Duchesse de Brunswick, ont assisté à la cérémonie. Elles ont été remarquées pour leur beauté, grâce et modestie, témoignant de l'excellente éducation reçue de leur mère. L'aînée, âgée de quatorze ans, se distinguait par sa taille élégante, son teint vif, ses yeux bleus et doux, ainsi que par l'ensemble de ses charmes personnels.
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250
p. 321-322
Baptesme de Mademoiselle d'Anguien, seconde Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. la Ceremonie du Baptesme de Mademoiselle d'Anguien, seconde Fille [...]
Mots clefs :
Cérémonie de baptême, Mademoiselle d'Anguien, Fille, Chapelle, Monseigneur le Dauphin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Baptesme de Mademoiselle d'Anguien, seconde Fille de M. le Duc. [titre d'après la table]
Le 26. la Ceremonie du
Baptefme de Mademoiſelle
322 MERCURE
d'Anguien , feconde Fille de
Monfieur le Duc , fe fit dans
la Chapelle du Chafteau de
Verſailles
, par M. l'Evefque
d'Orleans
. Monfeigneur
le
Dauphin & Madame la Dauphine
, la nommerent Anne
Marie Victoire.
Baptefme de Mademoiſelle
322 MERCURE
d'Anguien , feconde Fille de
Monfieur le Duc , fe fit dans
la Chapelle du Chafteau de
Verſailles
, par M. l'Evefque
d'Orleans
. Monfeigneur
le
Dauphin & Madame la Dauphine
, la nommerent Anne
Marie Victoire.
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