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1
p. 25-44
Nouvelle These soutenuë en l'Ecole de Medecine, [titre d'après la table]
Début :
Le 22. de Fevrier il y eut aux Ecoles de Medecine [...]
Mots clefs :
Mère et enfant, Membrane, Sang, Grossesse, Foetus, Nourriture, Corps
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelle These soutenuë en l'Ecole de Medecine, [titre d'après la table]
Leuza de Ferrier il y
eut aux Ecoles de Medecine
de Paris une nouvelle The-
Se fur la nourriture du Foetus.
Mr Falconet le fils Medecin
ordinaire du Roy &
de Mr le Chancelier , qui eft
auteur de la Thefe , en eftoit
le Prefident , & Mr deFuf
fieu Bachelier de la Faculté :
Profeffeur Royal de Botanique
au Jardin du Roy en
eftoit le Soutenant inco
: De tout ce qui fe paffe
dans le corps humain il
n'y a rien de plus merveilleux
que la maniere
C Fevrier.
26 MERCURE
dont l'Enfant fe nourrit
dans le Sein de la Mere
Il femble d'abord qu'il n'y
ait d'autre liqueur que les
fang de la Mere , qui puif
fe fervir de nourriture ab
l'Enfant, Ge fentiment quih
fe prefente naturellement
à l'efprit , a efté celuy desi
la plufpair des Anciens.)
quelques Modernes l'ont
fuivi , & ont cru pouvoir
le confirmer par des obfervations
particulieres ) :
Mais la meilleure partiet,
des Phyficiens d'aujour
d'huy , ayant découvertv
GALANT. 27
qu'une liqueur laiteufe fe
féparoit du fang de la
Mere dans le lieu où
l'Enfant fe nourrit , ont
jugé qué cette liqueur ne
pouvoit eftre deſtinée qu'à
la nourriture de l'Enfant.
Une partie de ceux qui ont
embraffé ce dernier fentiment
, croient pourtant
encore qu'il y a entre le
fang de la Mere & celuy
de l'Enfant , quelque commerce
de circulation
tant il eft vray qu'il refter
toujours quelque chofe
des anciens préjugés, bang
Cij
28 MERCURE
Dans la Thefe dont- il
s'agit , on foutient non
feulement , que le fang de
la Mere ne fert pas d'aliment
à l'Enfant , mais encore
qu'il n'y a aucune
communication de l'un à
l'autre par les vaiſſeaux du
fang Voicy les principes
fur lefquels ce fentiment
cft appuyé.
On ne peut reconnoif
tre de liqueur pour veri
table nourriture de l'Enfant
que celle dont le
pallage de la Merc à l'Enfant
eft manifefte : il faut
1
GALANT. 29
*
de plus que cette liqueur
convienne au corps qui doit
en eſtre nourri ; & cette
convenance doit fe trou .
ver dans la qualité , dins la
quantité & dans le mouvement
.
Toutes ces conditions
fe trouvent dans la liqueur
laiteufe dont- il a etté parlé
, & ne fe trouvent point
dans le fang de la Mere.
Premiere ment , on eft affuré
de l'existence de cette
liqueur , & dans certains
Animaux , comme
ceux qui ruminent
OR
Ciij
30 MERCURE
C
l'exprime en abondance
lorfqu'on preffe les Cotyledons
on appelle ainfi
dans ces Animaux les petits
refervoirs où cette liqueur
samaffe . ) D'abord
les membranes
qui envelopent
l'infant s'imbibent
par des pores imperceptibles
de cette liqueur à mefure
qu'elle s'echape ; dans
la fuite la nourriture
que
les membranes ont ainfi
requë fert à leur faire pouffer
de petites racines , qui
- s'infiuuent dans les bouches
de ces refervoirs
, pour
CALANT . 31
immediatement y puifer
ile fuc nourricier : & c'cft
que
les
de cette maniere
membranes
de L'Enfant
s'attachent
à la Mere , par
le cofté qui regarde
le dedans
: dans ce costé qui eſt
plus charnu que le refte
des membranes
& qu'on
appelle
Placenta
, les vaiffeaux
du fang de l'Enfant
qui compofent
le cordon ,
fe divifenten
une infinité
de rameaux
: c'eſt dans les
rameaux
d'un de ces vaiffeaux
nommé
la vaine
umbilicale
qu'une
partie
Cij
13.2
MERCURE
•
· le
de la liqueur laiteufe eft
portée par les petites racines
qui l'ont fucée , pour
eftre diftribuée de là dans
corps de l'Enfant
, pendant
que l'autre partie eft
portée immediatement
dans la cavité des membranes
où l'Enfant eft contenu
, qui fe nourrit parla
bouche de cette liqueur
dans laquelle il nage , dés
qu'il a affez de force pour
fucer.
Venons au fang de la
Mere ; les routes par où
lon veut le conduire dans
GALANT .
33
•
le corps de l'Enfant font
abfolument inconnues
; car
du cofté de l'Enfant on ne
fcauroit reconnoiftre aucun
vaifléau ouvert dans la
furface du Placenta , & quelque
fortement qu'onpreffe
cette partie on ne peut en
faire fortir une goutte de
fang : du cofté de la Mere,
fi les vaiffeaux du fang
s'ouvroient pour fournir
- cette prétendue nourriture
, il y auroit toûjours des
pertes continuelles au commencement
des groffeffes ;
puifque dans le tems où les
34 MERCURE
Membranes ne font point
attachées , le fang devroit
s'épancher avant que de les
pénétrer , & cet epanchement
feroit marqué par
une perte encore plus confiderable
dans ces Animaux
qui portent leurs
Petits jufqu'au terme , fans
que les membranes foient
jamais attachées : mais bien
loin que les vaiffeaux du
fang foient difpofés à s'ouvrir
au commencement des
groffetles , il paroit au contraire
par la fuppreflion
qui arrive alors des eva-
49
GALANT. 35
cuations
periodiques , que
ces vaiffeaux font plus fermez
que jamais
& c'eft
par cette raifon que ces evacuations
manquent prefque
toujours
aux Nourrices.
En fecond lieu la convenance
du fuc laiteux avec
le corps qu'il doit nourrir
, eft parfaite dans les
trois chefs qu'on a propofés
; & il en eft tout le contraire
à l'égard du fang. Ce
fuc laiteux eft doux & balfamique:
le fang de la Mere
eft chargé de principes
36
MERCURE
trop
bouillans & trop actifs
; & feroit il raifonableque
l'Enfant fuft nourri de
ce lang , dans un tems où
il cft plus tendre & plus
delicat , que lorfque la nature
ne luy donen que du
lait pour aliment ? Ce fuc
abonde en fuffifante quantité
, parceque pendant la
groffeffe tout ce qu'il y a
de laiteux dans le fang de
la Mere eft déterminé vers
l'endroit où l'Enfant fe
nourrit , & il faut bien que
cette liqueur foit l'extrait
le plus pur de tout ce qu'il
GALANT. 37
ya . de nourricier dans le
fang de la Mere , puifque
l'Enfant depuis fon premier
point jufqu'à fa naiffance
croift dans le fein de
fa Mere dix mille fois plus,
qu'il ne croift depuis qu'il
elt né jufqu'à ce qu'il parviene
à fa jufte grandeur :
le fang au contraire , en
quelque quantité qu'il foir,
ne fçauroit fournir une
nourriture qui fuffife à un
accroiffement f prodigieux
, parce qu'à peine ſur
cent de parties s'en
trouve t-il une de nouiriciere.
es
38 MERCURE
Enfin le mouvement du
fuc laiteux eft tres lent &
de forte que cettres
doux ; de forte
te liqueur
s'infinue
dans
les vaiffeaux
delicats
de
l'Enfant fans les endomma--
ger : le fang au contraire
eft porté d'un mouvement
rapide qui forceroit
aifément
tous les refforts d'une
fi foible machine
; & par
cette mefme raifon le batement
du coeur de la Mere
prendroit
bien - toſt le
deffus fur celuy du coeur de
L'Enfant
.
Un ſcavant Anatomiſte
P
GALANT . 39
ayant trouvé un Enfant
fans aucune goutte de fang
dans une Femme groffe
morre d'hemorragie
, a cru
que le fang de l'Enfant s'é
toit écoulé avec celuy de
la Mere , & que cette obfervation
démontroit le
commerce de la Circulation
entre la Mere & l'Enfant
: mais on fait voir que
cet accident peut eftre rapporté
à d'autres cauſes qu'à
cette prétendue communication
par les vaiffeaux
du fang ; & pour mettre
la choſe hors de rout équi .
7
40. MERCURE
voque , on oppofe à cette
obfervation
une experience
qui décide fans laiffer
d'ambiguité . L'experience
confifte à tirer tout le fang
d'une Chienne pleine, dans
laquelle on trouve enfuite
les petits Chiens encore
en vielavec tout leur fang :
cette experience eſtant ai
fée à faire , on invite les
incredules à la réiterer , autant
de fois qu'il fera neneflaire
pour leur convi
aticn .
La caufe qui produit
l'accouchement & les accidents
GALANT . 41
dents qui le fuivent , fourniffent
encore de nouvelles
preuves contre l'opinion
de la communication du
fang de la Mere. On met
le comble à toutes ces preuves
par la comparaiſon que
l'on fait des Animaux qui
en produifent d'autres par
le moyen des oeufs , avec
les Animaux qui produifent
des Animaux vivants.
( on appelle les premiers
Ovipares & les feconds
Vivipares ) & comme dans
les Ovipares on voit manifeftement
que le fang de
Fevrier 1711,
D
42 MERCURE
;
la Mere n'a aucune part à
la
nourriture du
petitanimal
renfermé dans l'oeuf
' il eft tres raifonnable
de
penfer qu'il en eft de meſme
dans les Vivipares . ↓
Cette
comparaison qu'on
appelle Analogic , eftant
fondée fur uniformité
que la nature obferve dans
prefque tous les ouvrages
de la mefme efpece , for-
2 me toûjours un préjugé
qui ne peut eftre detruit
que par une demonſtration
du contraire. Au- refte detbte
analogie fert à lever une
GALANT 43
ne
du fien ;
90
difficulté qui fe préfente
fur l'origine du lang de
'Enfant ; cat on peut demander
d'où vient le fang
de l'Enfant , fi la Mere
communique à l'Enfant
aucune portion
qu
mais puiſque le lang de
l'Animal renfermé dans
l'oeuf fe forme fans le fe-
Cours de celuy de la Mere
pourquoy ne fe formeroit
il pas de mefme dans
les Vivipares ? Ce qui fait
voir que dans tous les Animaux
foit Vivipares , foit
Ovipares il faus neceflai
Dij
44 MERCURE
rement qu'il y ait une goutte
de fang primordiale ,
pour ainfi dire , qui ferve
comme de levain à tout le
fang qui fe forme dans la
fuite.
C'eſt ainfi
que l'on conl'exclut
par la raiſon, par
perience & par l'analogje
que le fang de la Mere ne
fert point de nourriture à
l'Enfant.
eut aux Ecoles de Medecine
de Paris une nouvelle The-
Se fur la nourriture du Foetus.
Mr Falconet le fils Medecin
ordinaire du Roy &
de Mr le Chancelier , qui eft
auteur de la Thefe , en eftoit
le Prefident , & Mr deFuf
fieu Bachelier de la Faculté :
Profeffeur Royal de Botanique
au Jardin du Roy en
eftoit le Soutenant inco
: De tout ce qui fe paffe
dans le corps humain il
n'y a rien de plus merveilleux
que la maniere
C Fevrier.
26 MERCURE
dont l'Enfant fe nourrit
dans le Sein de la Mere
Il femble d'abord qu'il n'y
ait d'autre liqueur que les
fang de la Mere , qui puif
fe fervir de nourriture ab
l'Enfant, Ge fentiment quih
fe prefente naturellement
à l'efprit , a efté celuy desi
la plufpair des Anciens.)
quelques Modernes l'ont
fuivi , & ont cru pouvoir
le confirmer par des obfervations
particulieres ) :
Mais la meilleure partiet,
des Phyficiens d'aujour
d'huy , ayant découvertv
GALANT. 27
qu'une liqueur laiteufe fe
féparoit du fang de la
Mere dans le lieu où
l'Enfant fe nourrit , ont
jugé qué cette liqueur ne
pouvoit eftre deſtinée qu'à
la nourriture de l'Enfant.
Une partie de ceux qui ont
embraffé ce dernier fentiment
, croient pourtant
encore qu'il y a entre le
fang de la Mere & celuy
de l'Enfant , quelque commerce
de circulation
tant il eft vray qu'il refter
toujours quelque chofe
des anciens préjugés, bang
Cij
28 MERCURE
Dans la Thefe dont- il
s'agit , on foutient non
feulement , que le fang de
la Mere ne fert pas d'aliment
à l'Enfant , mais encore
qu'il n'y a aucune
communication de l'un à
l'autre par les vaiſſeaux du
fang Voicy les principes
fur lefquels ce fentiment
cft appuyé.
On ne peut reconnoif
tre de liqueur pour veri
table nourriture de l'Enfant
que celle dont le
pallage de la Merc à l'Enfant
eft manifefte : il faut
1
GALANT. 29
*
de plus que cette liqueur
convienne au corps qui doit
en eſtre nourri ; & cette
convenance doit fe trou .
ver dans la qualité , dins la
quantité & dans le mouvement
.
Toutes ces conditions
fe trouvent dans la liqueur
laiteufe dont- il a etté parlé
, & ne fe trouvent point
dans le fang de la Mere.
Premiere ment , on eft affuré
de l'existence de cette
liqueur , & dans certains
Animaux , comme
ceux qui ruminent
OR
Ciij
30 MERCURE
C
l'exprime en abondance
lorfqu'on preffe les Cotyledons
on appelle ainfi
dans ces Animaux les petits
refervoirs où cette liqueur
samaffe . ) D'abord
les membranes
qui envelopent
l'infant s'imbibent
par des pores imperceptibles
de cette liqueur à mefure
qu'elle s'echape ; dans
la fuite la nourriture
que
les membranes ont ainfi
requë fert à leur faire pouffer
de petites racines , qui
- s'infiuuent dans les bouches
de ces refervoirs
, pour
CALANT . 31
immediatement y puifer
ile fuc nourricier : & c'cft
que
les
de cette maniere
membranes
de L'Enfant
s'attachent
à la Mere , par
le cofté qui regarde
le dedans
: dans ce costé qui eſt
plus charnu que le refte
des membranes
& qu'on
appelle
Placenta
, les vaiffeaux
du fang de l'Enfant
qui compofent
le cordon ,
fe divifenten
une infinité
de rameaux
: c'eſt dans les
rameaux
d'un de ces vaiffeaux
nommé
la vaine
umbilicale
qu'une
partie
Cij
13.2
MERCURE
•
· le
de la liqueur laiteufe eft
portée par les petites racines
qui l'ont fucée , pour
eftre diftribuée de là dans
corps de l'Enfant
, pendant
que l'autre partie eft
portée immediatement
dans la cavité des membranes
où l'Enfant eft contenu
, qui fe nourrit parla
bouche de cette liqueur
dans laquelle il nage , dés
qu'il a affez de force pour
fucer.
Venons au fang de la
Mere ; les routes par où
lon veut le conduire dans
GALANT .
33
•
le corps de l'Enfant font
abfolument inconnues
; car
du cofté de l'Enfant on ne
fcauroit reconnoiftre aucun
vaifléau ouvert dans la
furface du Placenta , & quelque
fortement qu'onpreffe
cette partie on ne peut en
faire fortir une goutte de
fang : du cofté de la Mere,
fi les vaiffeaux du fang
s'ouvroient pour fournir
- cette prétendue nourriture
, il y auroit toûjours des
pertes continuelles au commencement
des groffeffes ;
puifque dans le tems où les
34 MERCURE
Membranes ne font point
attachées , le fang devroit
s'épancher avant que de les
pénétrer , & cet epanchement
feroit marqué par
une perte encore plus confiderable
dans ces Animaux
qui portent leurs
Petits jufqu'au terme , fans
que les membranes foient
jamais attachées : mais bien
loin que les vaiffeaux du
fang foient difpofés à s'ouvrir
au commencement des
groffetles , il paroit au contraire
par la fuppreflion
qui arrive alors des eva-
49
GALANT. 35
cuations
periodiques , que
ces vaiffeaux font plus fermez
que jamais
& c'eft
par cette raifon que ces evacuations
manquent prefque
toujours
aux Nourrices.
En fecond lieu la convenance
du fuc laiteux avec
le corps qu'il doit nourrir
, eft parfaite dans les
trois chefs qu'on a propofés
; & il en eft tout le contraire
à l'égard du fang. Ce
fuc laiteux eft doux & balfamique:
le fang de la Mere
eft chargé de principes
36
MERCURE
trop
bouillans & trop actifs
; & feroit il raifonableque
l'Enfant fuft nourri de
ce lang , dans un tems où
il cft plus tendre & plus
delicat , que lorfque la nature
ne luy donen que du
lait pour aliment ? Ce fuc
abonde en fuffifante quantité
, parceque pendant la
groffeffe tout ce qu'il y a
de laiteux dans le fang de
la Mere eft déterminé vers
l'endroit où l'Enfant fe
nourrit , & il faut bien que
cette liqueur foit l'extrait
le plus pur de tout ce qu'il
GALANT. 37
ya . de nourricier dans le
fang de la Mere , puifque
l'Enfant depuis fon premier
point jufqu'à fa naiffance
croift dans le fein de
fa Mere dix mille fois plus,
qu'il ne croift depuis qu'il
elt né jufqu'à ce qu'il parviene
à fa jufte grandeur :
le fang au contraire , en
quelque quantité qu'il foir,
ne fçauroit fournir une
nourriture qui fuffife à un
accroiffement f prodigieux
, parce qu'à peine ſur
cent de parties s'en
trouve t-il une de nouiriciere.
es
38 MERCURE
Enfin le mouvement du
fuc laiteux eft tres lent &
de forte que cettres
doux ; de forte
te liqueur
s'infinue
dans
les vaiffeaux
delicats
de
l'Enfant fans les endomma--
ger : le fang au contraire
eft porté d'un mouvement
rapide qui forceroit
aifément
tous les refforts d'une
fi foible machine
; & par
cette mefme raifon le batement
du coeur de la Mere
prendroit
bien - toſt le
deffus fur celuy du coeur de
L'Enfant
.
Un ſcavant Anatomiſte
P
GALANT . 39
ayant trouvé un Enfant
fans aucune goutte de fang
dans une Femme groffe
morre d'hemorragie
, a cru
que le fang de l'Enfant s'é
toit écoulé avec celuy de
la Mere , & que cette obfervation
démontroit le
commerce de la Circulation
entre la Mere & l'Enfant
: mais on fait voir que
cet accident peut eftre rapporté
à d'autres cauſes qu'à
cette prétendue communication
par les vaiffeaux
du fang ; & pour mettre
la choſe hors de rout équi .
7
40. MERCURE
voque , on oppofe à cette
obfervation
une experience
qui décide fans laiffer
d'ambiguité . L'experience
confifte à tirer tout le fang
d'une Chienne pleine, dans
laquelle on trouve enfuite
les petits Chiens encore
en vielavec tout leur fang :
cette experience eſtant ai
fée à faire , on invite les
incredules à la réiterer , autant
de fois qu'il fera neneflaire
pour leur convi
aticn .
La caufe qui produit
l'accouchement & les accidents
GALANT . 41
dents qui le fuivent , fourniffent
encore de nouvelles
preuves contre l'opinion
de la communication du
fang de la Mere. On met
le comble à toutes ces preuves
par la comparaiſon que
l'on fait des Animaux qui
en produifent d'autres par
le moyen des oeufs , avec
les Animaux qui produifent
des Animaux vivants.
( on appelle les premiers
Ovipares & les feconds
Vivipares ) & comme dans
les Ovipares on voit manifeftement
que le fang de
Fevrier 1711,
D
42 MERCURE
;
la Mere n'a aucune part à
la
nourriture du
petitanimal
renfermé dans l'oeuf
' il eft tres raifonnable
de
penfer qu'il en eft de meſme
dans les Vivipares . ↓
Cette
comparaison qu'on
appelle Analogic , eftant
fondée fur uniformité
que la nature obferve dans
prefque tous les ouvrages
de la mefme efpece , for-
2 me toûjours un préjugé
qui ne peut eftre detruit
que par une demonſtration
du contraire. Au- refte detbte
analogie fert à lever une
GALANT 43
ne
du fien ;
90
difficulté qui fe préfente
fur l'origine du lang de
'Enfant ; cat on peut demander
d'où vient le fang
de l'Enfant , fi la Mere
communique à l'Enfant
aucune portion
qu
mais puiſque le lang de
l'Animal renfermé dans
l'oeuf fe forme fans le fe-
Cours de celuy de la Mere
pourquoy ne fe formeroit
il pas de mefme dans
les Vivipares ? Ce qui fait
voir que dans tous les Animaux
foit Vivipares , foit
Ovipares il faus neceflai
Dij
44 MERCURE
rement qu'il y ait une goutte
de fang primordiale ,
pour ainfi dire , qui ferve
comme de levain à tout le
fang qui fe forme dans la
fuite.
C'eſt ainfi
que l'on conl'exclut
par la raiſon, par
perience & par l'analogje
que le fang de la Mere ne
fert point de nourriture à
l'Enfant.
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Résumé : Nouvelle These soutenuë en l'Ecole de Medecine, [titre d'après la table]
Le texte présente une thèse soutenue par Leuza de Ferrier, avec le soutien de Mr Falconet et Mr de Fussieu, aux Écoles de Médecine de Paris. Cette thèse conteste l'idée que le fœtus se nourrit du sang de la mère. Les auteurs avancent que la véritable nourriture du fœtus est une liqueur laiteuse, distincte du sang maternel. Cette liqueur est décrite comme douce, abondante et se distribuant lentement, adaptée à la délicatesse du corps fœtal. En revanche, le sang maternel est jugé trop actif et bouillant pour convenir à la nutrition du fœtus. La thèse exclut toute communication vasculaire directe entre le sang maternel et le sang fœtal. Cette affirmation est appuyée par des observations et des expériences, notamment celle consistant à retirer tout le sang d'une chienne pleine sans affecter ses petits. De plus, la comparaison avec les animaux ovipares (qui pondent des œufs) renforce l'idée que le sang maternel n'alimente pas directement le fœtus. Ces éléments soutiennent la théorie selon laquelle le fœtus se nourrit par une liqueur spécifique et non par le sang maternel.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 51-59
DISCOURS, sur l'obligation qu'il y a pour les Femmes, de nourrir elles-mêmes leurs enfans.
Début :
LA Comtesse de *** étant heureusement accouchée d'un Garçon, [...]
Mots clefs :
Mère et enfant, Nourrir un enfant, Naissance, Lait, Sang, Nourrice, Lait de brebis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS, sur l'obligation qu'il y a pour les Femmes, de nourrir elles-mêmes leurs enfans.
DISCOURS, sur l'obligation qu'il y as
pour les Femmes, de nourrir elles- mêmes
leurs enfans.
LA
A Comtesse de *** étant heureuse
'ment accouchée d'un Garçon , M.
de *** son cousin germain en ayant
apris la nouvelle , monta aussi- tôt à
son appartement , après lui avoir fait
les complimens ordinaires , il se rendit
dans la Chambre où toute la famille
étoit assemblée pour la féciliter sur cette
agréable naissance : Je viens , dit - il , en
entrant , de laisser Madame dans une
tranquilité et une santé qui nous promet
les plus heureuses suites de son accouchement..
52 MERCURE DE FRANCE.
ment. Je ne doute point , ajouta - t - ik;
qu'elle ne nourrisse son fils de son propre lait.
Il alloit continuer , mais la mere de la
Comtesse qui se trouvoit présente , l'interrompit ; et d'un ton , mêlé de colere et
de raillerie , dit qu'elle se donneroit bien
de garde de suivre ses leçons ; qu'elle
sçauroit ménager la délicatesse de sa fille,
et donner promptement une Nourrice à
l'Enfant ; pour ne point ajouter aux tra
vaux de l'accouchement , l'étrange et pénible fonction de nourrir elle- même le
fils qu'elle venoit de mettre au monde.
De grace , Madame , repliqua M✶✶* * *
trouvez bon qu'elle ne soit pas mere à
demi ; car enfin quelle seroit cette espece de maternité imparfaite ; et si j'ose le
dire, manquée , d'enfanter un fils et de le
rejetter aussitôt loin d'elle , d'avoir
nourri dans ses entrailles du plus pur de
son sang je ne sçai quel enfant qu'elle
ne voyoit point , qu'elle ne connoissoit
point , et de cesser de le nourrir du lait
que la nature lui donne si liberalement à
ce dessein , dès qu'elle le voit né ,
dès
qu'il commence même à le demander par
ees cris touchants qui implorent si vivement le secours de sa mere. Eh quoi !
pensez - vous donc que ce ne soit que
pour
JANVIER. 1732. 53.
par
و
pour un vain ornement , ou pour l'art
dangereux de plaire , et non pour nourrir leurs enfans , que la nature ait donné
les mammelles aux femmes; et cependant
par un étrange renversement la pluspart
des meres s'empressent à tarir et à éteindre cette source sainte ; cette nourrice
précieuse du genre humain , aux hazards
des maux qu'un lait ainsi détourné , et
là corrompu , ne leur cause que trop
souvent. Aveugles de sacrifier à l'opinion et à une vaine délicatesse leurs interêts et
leurs devoirs les plus pressans? Leur faute est-elle donc bien differente du crime de
ces meres dénaturées , qui par de cruels
artifices , font avorter l'enfant que la nature a créé dans leur sein , de peur que
le poids de la grossesse , et le travail de
l'enfantement n'alterent la beauté et les
graces d'un corps dont elles sont idolâtres. Quesi c'est une action digne de l'éxécration publique d'aller chercher une
créature vivante et raisonnable pour lui
porter le coup de la mort , jusques dans
les mains même de la nature qui s'empressoit de l'animer et de la former, qu'il
s'en faut peu qu'il ne soit aussi criminel de
priver un enfant déja né, déja devenu son
propre fils , d'un aliment dont la nature
Pavoit mis en possession , qu'elle a fait
pour
54 MERCURE DE FRANCE
pour lui , et sur lequel il a des droits
qu'on ne peut lui ravir sans injustice et
sans cruauté !
Mais , dit - on , pourvû que l'enfant
vive et soit nourri , qu'importe de quel
lait il le soit. O vous , qui me faites cette
objection , si vous sçavez si peu démêler
les vrais sentimens de la niture ; croyezvous donc aussi , qu'il n'importe dans le
sein de quelle mere, et de quel sang un
enfant ait été engendré ; non sans doute.
Mais ce sang qui par l'action des esprits
et par une douce chaleur , a blanchi les
mammelles. N'est il pas toujours le même
qu'il étoit dans les entrailles de la mere ,
et c'est icy que l'adresse de la nature est
bien remarquable, car après que ce sang,
mis en œuvre par ses adroites mains , a
perfectionné le corps de l'enfant , lorsque
le temps de l'accouchement approche ,
n'ayant plus rien à faire en bas , il s'élevé
en haut, se filtre et se place dans les mam
melles , tout prêt d'y entretenir et de fortifier cette source de vie et de lumiere
que l'enfant reçoit en venant au monde
et de lui offrir une nourriture déja connuë et familiere.
st
C'est sur ce fondement que l'on penavec raison que la nature et les propriétez du lait ne contribuoient pis
moins
JANVIER. 173 2 . 35
moins à tracer et dans le corps et dans
l'esprit des enfans ces ressemblances .
avec leurs parens , si fortes et si frequentes , que la vertu même et l'impression
de la sémence.
.certain
L'experience nous montre cette vérité
non seulement dans les hommes , mais
encore dans les animaux ; car si , les Chevreaux sont allaitez de lait de Brebis , et
les Agneaux de celui de Chévre , il est
la laine de ceux - cy sera que
moins fine , et le poil de ceux - là plus
doux ; jusques dans les Plantes et les
Grains , l'on observe que les terres qui
les contiennent et les eaux qui les humectent ont plus de force et de puissance,
soit pour fortifier , soit pour alterer leurs
qualitez naturelles que la semence même;
et ne voyons- nous pas souvent des arbres
pleins de force et de vigueur , périr bientôt , lorsque transplantez , ils reçoivent
les tristes influences d'un súc étranger.
Quelle raison donc , grand Dieu , on
plutôt quel aveuglement de laisser alte-.
rer la pureté et la noblesse naturelle de
ce sang, qui coule dans les veines d'un
enfant nouveau né , par l'aliment souvent pernicieux , mais toujours étranger
d'un lait qui degeneres sur tout , si la
nourrice qu'on lui donne est de condi- tion
yo MERCURE DE FRANCE
tion servile et d'une naissance extrêmement basse , comme il arrive ordinairement si elle est laide ou méchante , si
elle aime le vin ou même la débauche
car pour comble de mal on prend presque toujours sans choix et sans discernement , celle qui se presente pour être
nourrice.
›
Exposerons-nous donc cet Enfant chéri , qui nous vient de naître , à être infecté d'une contagion si dangereuse , soufririons- nous que son ame et son corps
encore tendres reçoivent les esprits qui
forment et entretiennent la vie par les organes d'un corps souvent aussi vicieux
que l'ame qui l'habite.
C'est-là >, sans doute , la cause de ce que
nous voyons arriver tous les jours avec
surprise , que des femmes tres- vertueuses , ont des enfans qui leur ressemblent
si peu , et qui par leur temperamment
vicieux, semblent desavoüer leur origine.
Virgile qui n'étoit pas moins grand Philosophe que parfait Poëte , a bien senti
cette verité dans ces Vers , où la tendre
Didon reproche au trop vertueux Enée ,
qu'il ne pouvoit être le fils d'une Déesse,
et qu'il falloit , cruel comme il étoit, que
le Caucase l'eut engendré , dans ses affreuses Roches , car Didon ajoute incontinent
JANVIER. 1732. 57.
nent: Une Tigresse féroce t'a sans
doute allaité,
.... Hyrcanaque admorunt ubera
Tygrés.
Æneid. IV.
En effet , la nature du lait et le caractere de la nourrice , doivent avoir une
grande part dans la formation du tempe- famment et du caractere de l'Enfant. Ce
lait , n'en doutons point , empreint d'abord de la semence paternelle , figure
le naturel tendre de l'enfant qui le reçoit
des traits de l'esprit et du corps de la
'nourrice qui le donne. Mais quand tou
tes ces raisons manqueroient , devroiton compter pour rien , que les meres qui
abandonnent ainsi leurs enfans loin d'el
les et les donnent à nourrir d'un lait mercenaire, rompent, ou du moins relâchent extrêmement ces noeuds et ces ressorts
secrets dont la nature les avoit liez à eux;
car dès que la mere n'a plus devant ses
yeux l'Enfant emmené en nourrice, toute
la force et l'ardeur de l'amour maternelle
s'éteint insensiblement. Cette tendre inquiétude et ce doux soin qui en fait le
principal caractere , languit bien-tôt à un
tel point , qu'un fils relégué entre les
bras d'une nourrice , n'est gueres moins
oublié qu'un fils qui ne seroit plus ; l'EnD fant
MERCURE DE FRANCE
fant donne de son côté à sa nourrice toure
son affection , tout son attachement.C'est
le centre où se réunissent tous ses sentimens ; elle devient pour lui sa veritable
mere , tandis que celle qui devoit l'être ,
a laissé éteindre ses droits dans le cœur
de son enfant; et c'est ainsi que les plus
intimes et les premiers sentimens de l'amour filial étant perdus , tout l'amour
que des enfans peuvent concevoir dans la suite pour leurs parens , n'est point cet
amour naturel , qui seul dure toujours
mais un amour d'institution , un amour
arbitraire , aussi foible que le principe"
qui l'a produit.
Tel est à peu près le discours que j'entendis faire sur ce sujet à M. de ****
avec tout le feu et toute l'éloquence dont
il étoit capable.
Au reste,en le publiant , je ' ne me suis
pas flatté de réformer l'usage qui y est
combattu. Les hommes esclaves de l'opinion, se contentent d'ordinaire d'approuver spéculativement le parti le plus conforme à la raison ; lorsqu'on l'expose vi
vement à leurs yeux , et qu'on les force
par là de le reconnoître ; mais cette ap
probation stérile n'influë presque jamais
sur leur conduite , contre la tirannie de
Pusage.
J'avoue
JANVIER 1732. 5
J'avoue donc que j'ai senti que je ne
serois pas icy plus heureux , que lorsque
par la bouche de Pitagore et de Plutarque , j'ai tâché de montrer dans une Dissertation sur les Vers qu'Ovide met dans
la bouche de Pithagore, au liv . xiv. de ses
Métamorphoses , combien l'usage de tuer
et de manger les animaux est contraire
aux sentimens d'une raison pure et éclairées mais qu'importe , c'est toujours rendre à la vérité un hommage bien digne
de l'homme , que d'oser s'élever contre
des erreurs dominantes, et il est bon pour
l'honneur de la raison qu'il y ait toujours
des gens qui reclament en sa faveur
contre le préjugez , même sans esperancè de succès.
pour les Femmes, de nourrir elles- mêmes
leurs enfans.
LA
A Comtesse de *** étant heureuse
'ment accouchée d'un Garçon , M.
de *** son cousin germain en ayant
apris la nouvelle , monta aussi- tôt à
son appartement , après lui avoir fait
les complimens ordinaires , il se rendit
dans la Chambre où toute la famille
étoit assemblée pour la féciliter sur cette
agréable naissance : Je viens , dit - il , en
entrant , de laisser Madame dans une
tranquilité et une santé qui nous promet
les plus heureuses suites de son accouchement..
52 MERCURE DE FRANCE.
ment. Je ne doute point , ajouta - t - ik;
qu'elle ne nourrisse son fils de son propre lait.
Il alloit continuer , mais la mere de la
Comtesse qui se trouvoit présente , l'interrompit ; et d'un ton , mêlé de colere et
de raillerie , dit qu'elle se donneroit bien
de garde de suivre ses leçons ; qu'elle
sçauroit ménager la délicatesse de sa fille,
et donner promptement une Nourrice à
l'Enfant ; pour ne point ajouter aux tra
vaux de l'accouchement , l'étrange et pénible fonction de nourrir elle- même le
fils qu'elle venoit de mettre au monde.
De grace , Madame , repliqua M✶✶* * *
trouvez bon qu'elle ne soit pas mere à
demi ; car enfin quelle seroit cette espece de maternité imparfaite ; et si j'ose le
dire, manquée , d'enfanter un fils et de le
rejetter aussitôt loin d'elle , d'avoir
nourri dans ses entrailles du plus pur de
son sang je ne sçai quel enfant qu'elle
ne voyoit point , qu'elle ne connoissoit
point , et de cesser de le nourrir du lait
que la nature lui donne si liberalement à
ce dessein , dès qu'elle le voit né ,
dès
qu'il commence même à le demander par
ees cris touchants qui implorent si vivement le secours de sa mere. Eh quoi !
pensez - vous donc que ce ne soit que
pour
JANVIER. 1732. 53.
par
و
pour un vain ornement , ou pour l'art
dangereux de plaire , et non pour nourrir leurs enfans , que la nature ait donné
les mammelles aux femmes; et cependant
par un étrange renversement la pluspart
des meres s'empressent à tarir et à éteindre cette source sainte ; cette nourrice
précieuse du genre humain , aux hazards
des maux qu'un lait ainsi détourné , et
là corrompu , ne leur cause que trop
souvent. Aveugles de sacrifier à l'opinion et à une vaine délicatesse leurs interêts et
leurs devoirs les plus pressans? Leur faute est-elle donc bien differente du crime de
ces meres dénaturées , qui par de cruels
artifices , font avorter l'enfant que la nature a créé dans leur sein , de peur que
le poids de la grossesse , et le travail de
l'enfantement n'alterent la beauté et les
graces d'un corps dont elles sont idolâtres. Quesi c'est une action digne de l'éxécration publique d'aller chercher une
créature vivante et raisonnable pour lui
porter le coup de la mort , jusques dans
les mains même de la nature qui s'empressoit de l'animer et de la former, qu'il
s'en faut peu qu'il ne soit aussi criminel de
priver un enfant déja né, déja devenu son
propre fils , d'un aliment dont la nature
Pavoit mis en possession , qu'elle a fait
pour
54 MERCURE DE FRANCE
pour lui , et sur lequel il a des droits
qu'on ne peut lui ravir sans injustice et
sans cruauté !
Mais , dit - on , pourvû que l'enfant
vive et soit nourri , qu'importe de quel
lait il le soit. O vous , qui me faites cette
objection , si vous sçavez si peu démêler
les vrais sentimens de la niture ; croyezvous donc aussi , qu'il n'importe dans le
sein de quelle mere, et de quel sang un
enfant ait été engendré ; non sans doute.
Mais ce sang qui par l'action des esprits
et par une douce chaleur , a blanchi les
mammelles. N'est il pas toujours le même
qu'il étoit dans les entrailles de la mere ,
et c'est icy que l'adresse de la nature est
bien remarquable, car après que ce sang,
mis en œuvre par ses adroites mains , a
perfectionné le corps de l'enfant , lorsque
le temps de l'accouchement approche ,
n'ayant plus rien à faire en bas , il s'élevé
en haut, se filtre et se place dans les mam
melles , tout prêt d'y entretenir et de fortifier cette source de vie et de lumiere
que l'enfant reçoit en venant au monde
et de lui offrir une nourriture déja connuë et familiere.
st
C'est sur ce fondement que l'on penavec raison que la nature et les propriétez du lait ne contribuoient pis
moins
JANVIER. 173 2 . 35
moins à tracer et dans le corps et dans
l'esprit des enfans ces ressemblances .
avec leurs parens , si fortes et si frequentes , que la vertu même et l'impression
de la sémence.
.certain
L'experience nous montre cette vérité
non seulement dans les hommes , mais
encore dans les animaux ; car si , les Chevreaux sont allaitez de lait de Brebis , et
les Agneaux de celui de Chévre , il est
la laine de ceux - cy sera que
moins fine , et le poil de ceux - là plus
doux ; jusques dans les Plantes et les
Grains , l'on observe que les terres qui
les contiennent et les eaux qui les humectent ont plus de force et de puissance,
soit pour fortifier , soit pour alterer leurs
qualitez naturelles que la semence même;
et ne voyons- nous pas souvent des arbres
pleins de force et de vigueur , périr bientôt , lorsque transplantez , ils reçoivent
les tristes influences d'un súc étranger.
Quelle raison donc , grand Dieu , on
plutôt quel aveuglement de laisser alte-.
rer la pureté et la noblesse naturelle de
ce sang, qui coule dans les veines d'un
enfant nouveau né , par l'aliment souvent pernicieux , mais toujours étranger
d'un lait qui degeneres sur tout , si la
nourrice qu'on lui donne est de condi- tion
yo MERCURE DE FRANCE
tion servile et d'une naissance extrêmement basse , comme il arrive ordinairement si elle est laide ou méchante , si
elle aime le vin ou même la débauche
car pour comble de mal on prend presque toujours sans choix et sans discernement , celle qui se presente pour être
nourrice.
›
Exposerons-nous donc cet Enfant chéri , qui nous vient de naître , à être infecté d'une contagion si dangereuse , soufririons- nous que son ame et son corps
encore tendres reçoivent les esprits qui
forment et entretiennent la vie par les organes d'un corps souvent aussi vicieux
que l'ame qui l'habite.
C'est-là >, sans doute , la cause de ce que
nous voyons arriver tous les jours avec
surprise , que des femmes tres- vertueuses , ont des enfans qui leur ressemblent
si peu , et qui par leur temperamment
vicieux, semblent desavoüer leur origine.
Virgile qui n'étoit pas moins grand Philosophe que parfait Poëte , a bien senti
cette verité dans ces Vers , où la tendre
Didon reproche au trop vertueux Enée ,
qu'il ne pouvoit être le fils d'une Déesse,
et qu'il falloit , cruel comme il étoit, que
le Caucase l'eut engendré , dans ses affreuses Roches , car Didon ajoute incontinent
JANVIER. 1732. 57.
nent: Une Tigresse féroce t'a sans
doute allaité,
.... Hyrcanaque admorunt ubera
Tygrés.
Æneid. IV.
En effet , la nature du lait et le caractere de la nourrice , doivent avoir une
grande part dans la formation du tempe- famment et du caractere de l'Enfant. Ce
lait , n'en doutons point , empreint d'abord de la semence paternelle , figure
le naturel tendre de l'enfant qui le reçoit
des traits de l'esprit et du corps de la
'nourrice qui le donne. Mais quand tou
tes ces raisons manqueroient , devroiton compter pour rien , que les meres qui
abandonnent ainsi leurs enfans loin d'el
les et les donnent à nourrir d'un lait mercenaire, rompent, ou du moins relâchent extrêmement ces noeuds et ces ressorts
secrets dont la nature les avoit liez à eux;
car dès que la mere n'a plus devant ses
yeux l'Enfant emmené en nourrice, toute
la force et l'ardeur de l'amour maternelle
s'éteint insensiblement. Cette tendre inquiétude et ce doux soin qui en fait le
principal caractere , languit bien-tôt à un
tel point , qu'un fils relégué entre les
bras d'une nourrice , n'est gueres moins
oublié qu'un fils qui ne seroit plus ; l'EnD fant
MERCURE DE FRANCE
fant donne de son côté à sa nourrice toure
son affection , tout son attachement.C'est
le centre où se réunissent tous ses sentimens ; elle devient pour lui sa veritable
mere , tandis que celle qui devoit l'être ,
a laissé éteindre ses droits dans le cœur
de son enfant; et c'est ainsi que les plus
intimes et les premiers sentimens de l'amour filial étant perdus , tout l'amour
que des enfans peuvent concevoir dans la suite pour leurs parens , n'est point cet
amour naturel , qui seul dure toujours
mais un amour d'institution , un amour
arbitraire , aussi foible que le principe"
qui l'a produit.
Tel est à peu près le discours que j'entendis faire sur ce sujet à M. de ****
avec tout le feu et toute l'éloquence dont
il étoit capable.
Au reste,en le publiant , je ' ne me suis
pas flatté de réformer l'usage qui y est
combattu. Les hommes esclaves de l'opinion, se contentent d'ordinaire d'approuver spéculativement le parti le plus conforme à la raison ; lorsqu'on l'expose vi
vement à leurs yeux , et qu'on les force
par là de le reconnoître ; mais cette ap
probation stérile n'influë presque jamais
sur leur conduite , contre la tirannie de
Pusage.
J'avoue
JANVIER 1732. 5
J'avoue donc que j'ai senti que je ne
serois pas icy plus heureux , que lorsque
par la bouche de Pitagore et de Plutarque , j'ai tâché de montrer dans une Dissertation sur les Vers qu'Ovide met dans
la bouche de Pithagore, au liv . xiv. de ses
Métamorphoses , combien l'usage de tuer
et de manger les animaux est contraire
aux sentimens d'une raison pure et éclairées mais qu'importe , c'est toujours rendre à la vérité un hommage bien digne
de l'homme , que d'oser s'élever contre
des erreurs dominantes, et il est bon pour
l'honneur de la raison qu'il y ait toujours
des gens qui reclament en sa faveur
contre le préjugez , même sans esperancè de succès.
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Résumé : DISCOURS, sur l'obligation qu'il y a pour les Femmes, de nourrir elles-mêmes leurs enfans.
Le texte relate un discours prononcé par M. de *** à l'occasion de la naissance d'un garçon à la Comtesse de ***. M. de *** exprime son espoir que la Comtesse nourrisse elle-même son enfant, soulignant l'importance de la maternité complète. La mère de la Comtesse, présente, s'oppose à cette idée, préférant engager une nourrice pour éviter à sa fille les tracas de l'allaitement. M. de *** argue que nourrir son enfant est un devoir naturel et essentiel. Il critique les mères qui privilégient leur apparence et leur confort au détriment de la santé de leur enfant. Il compare cette pratique à l'avortement, qualifiant les deux actes de cruels et inhumains. Il insiste sur l'importance du lait maternel, qui est adapté aux besoins spécifiques de l'enfant, et sur les dangers des nourrices mercenaires, souvent de condition sociale basse ou de mauvaise moralité. Le discours met en avant les effets néfastes de l'allaitement par une nourrice sur le développement physique et moral de l'enfant. Il cite des exemples tirés de la nature et de la littérature pour illustrer ses propos. M. de *** conclut en soulignant que les mères qui abandonnent leurs enfants à des nourrices affaiblissent les liens maternels et filiaux. Le texte se termine par une réflexion sur la difficulté de réformer les usages sociaux, même lorsqu'ils sont contraires à la raison.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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