Résultats : 431 texte(s)
Détail
Liste
201
p. 66-71
L'ALLÉE DE SILVIE.
Début :
Qu'à m'égarer dans ces bocages [...]
Mots clefs :
Sylvie, Coeur, Âme, Aimable, Homme, Douce, Nom, Soins, Vertu, Passions, Coeurs, Malheur, Prévoyance , Désirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ALLÉE DE SILVIE.
L'ALLE'E DE SILVIE *.
Q U'à m'égarer dans ces bocages
Mon coeur goûte de voluptés !
Que je me plais fous ces ombrages !
Que j'aime ces flots argentés !
Douce & charmante rêverie ,
Solitude aimable & chérie ,
Puiffiez-vous toujours me charmer !
De ma trifte & lente carriere
* C'est le nom d'une promenade ſolitaire où ces vers
ont été composés.
: SEPTEMBRE . 1750. 67
Rien n'adouciroit la mifere ,
Si je ceffois de vous aimer:
Fuyez de cet heureux azile ,
Fuyez de mon ame tranquille ,
Vains & tumultueux projets ,
Vous pouvez promettre fans ceffe
Et le bonheur & la lagefle ,
Mais vous ne les donnez jamais.
Quoi ! l'homme ne pourra- t'il vivre ,
fon coeur ne le livre A moins
que
Aux foins d'un douteux avenir
Et fi le tems coule fi vite ,
Au lieu de retarder fa fuite ,
Faut-il encor la prévenir ?
Oh ! qu'avec moins de prévoyance ,
La vertu , la fimple innocence ,
Font des heureux à peu de frais !
Si peu de bien fuffit au fage ,
Qu'avec le plus léger partage
Tous les défirs font fatisfaits.
Tant de foins , tant de prévoyance ,
Sont moins des fruits de la prudence
Que des fruits de l'ambition :
L'homme content du néceffaire ,
Craint peu la fortune contraire ,
Quandfon coeur eft fans paffion.
Paffions , fources de délices ;
Paffions , fources de fupplices ,
Cruels tyrans , doux féducteurs ,
48 MERCURE DE FRANCE.
Sans vos fureurs impétueules ,
Sans vos amorces dangereuſes ,
La paix feroit dans tous les coeurs .
Malheur au mortel méprifable ,
Qui dans fon ame inſatiable ,
Nourrit l'ardente foif de l'or ;
Que du vil penchant qui l'entraîne ,
Chaque inftant il trouve la peine
Au fond même de fon tréfor.
Malheur à l'ame ambicieuſe ,
De qui l'infolence odieuſe
Veut affervir tous les humains ,
Qu'à fes rivaux toujours en butte
L'abîme apprêté pour la chûte ,
Soit creusé de fes propres mains .
Malheur à tout homme farouche ,
A tout mortel que rien ne touche
Que fa propre félicité ;
Qu'il éprouve dans fa mifere
De la part de fon propre frere
La même infenfibilité .
Sans doute , un coeur né pour le crime
Eft fait pour être la victime
De ces affreufes paffions ;
Mais jamais du Ciel condamnée ,
On ne vit une ame bien née
Céder à leurs féductions.
Il en eft de plus dangereuses ,
De qui les amorces flatteufes
1
SEPTEMBRE.
1750. 7 )
Déguifent bien mieux le poiſon ,
Et qui toujours dans un coeur tendre
Commencent à fe faire entendre
En faisant taire la raiſon ;
Mais du moins leurs leçons charmantes
N'impofent que d'aimables loix :
La haine & fes fureurs fanglantes ,
S'endorment à leur douce voix.
Des fentimens fi légitimes
Seront- ils toujours combattus ?
Nous les mettons au rang des crimes ;
Ils devroient être des vertus .
Pourquoi de ces penchans aimables
Le Ciel nous fait- il un tourment ?
Il en eft tant de plus coupables ,
Qu'il traite moins févérement.
O difcours trop rempli de charmes ,
Eft-ce à moi de vous écouter ?
Je fais avec mes propres armes
Les maux que je veux éviter .
Une langueur enchantereffe
Me pourſuit jufqu'en ce ſéjour ;
J'y veux moraliſer fans ceſſe ,
Et toujours j'y fonge à l'amour.
Je fens qu'une ame plus tranquille ,
Plus exempte de tendres foins ,
Plus libre , en ce charmant azile ,
Philofopheroit beaucoup moins,
Ainfi du feu qui me dévore
70 MERCURE DE FRANCE.
Tout fert à fomenter l'ardeur :
Hélas ! u'eft-il pas tems encore ,
Que la paix regne dans mon coeur t
Déja de mon ſeptiéme luftre
Je vois le terme s'avancer ,
Déja la jeuneffe & fon luftre ,
Chez moi commence à s'effacer.
La trifte & lévére ſagefle
Fera bientôt fuir les Amours,
Bientôt le pefante vieilleffe
Va fuccéder à mes beaux jours,
'Alors les ennuis de la vie ,
Chaffant l'aimable volupté ,
On verra la Philoſophie
Naître de la néceffité ;
On me verra , par jalouſe ,
Prêcher mes caduques vertus ,
Et fouvent blâmer par envie
Les plaifirs que je n'aurai plus.
Mais malgré les glaces de l'âge ,
Raifon , malgré ton vain effort ,
Le fage a fouvent fait naufrage ,
Quand il croyoit toucher au port✅
O fageffe aimable chimére !
Douce illufion de nos coeurs !
C'eftfous ton divin caractére
Que nous encenſons nos erreurs.
Chaque homme t'habille à fa mode ;
Sous le mafque le plus commode
SEPTEMBRE. 7 % 1750.
A leur propre félicité ,
Ils déguiſent tous leur foibleffe .
Et donnent le nom de fageffe
Au penchant qu'ils ont adopté.
Tel chez la jeuneſſe étourdie ,
Le vice inftruit par la folie ,
Et d'un faux titre revêtu ,
Sous le nom de Philofophie ,
Tend des piéges à la vertu.
Tel dans une route contraire ,
On voit le fanatique auftére
En guerre avec tous les défirs ,
Peignant Dieu toujours en colere ,
Et ne s'attachant pour lui plaire ,
Qu'à fuir la joye & les plaifirs.
Ah ! s'il exiftoit un vrai (age ,
Que different en fou langage ,
Et plus different en les moeurs ,
Ennemi des vils féducteurs ,
D'une fagefle plus aimable ,
D'une vertu plus fociable ,
Il joindroit le jufte milieu
A cet hommage pur & rendre ,
Que tous les coeurs auroient dû rendre
Aux grandeurs , aux bienfaits de Dieu.
Rouffeau , de Genéve.
Q U'à m'égarer dans ces bocages
Mon coeur goûte de voluptés !
Que je me plais fous ces ombrages !
Que j'aime ces flots argentés !
Douce & charmante rêverie ,
Solitude aimable & chérie ,
Puiffiez-vous toujours me charmer !
De ma trifte & lente carriere
* C'est le nom d'une promenade ſolitaire où ces vers
ont été composés.
: SEPTEMBRE . 1750. 67
Rien n'adouciroit la mifere ,
Si je ceffois de vous aimer:
Fuyez de cet heureux azile ,
Fuyez de mon ame tranquille ,
Vains & tumultueux projets ,
Vous pouvez promettre fans ceffe
Et le bonheur & la lagefle ,
Mais vous ne les donnez jamais.
Quoi ! l'homme ne pourra- t'il vivre ,
fon coeur ne le livre A moins
que
Aux foins d'un douteux avenir
Et fi le tems coule fi vite ,
Au lieu de retarder fa fuite ,
Faut-il encor la prévenir ?
Oh ! qu'avec moins de prévoyance ,
La vertu , la fimple innocence ,
Font des heureux à peu de frais !
Si peu de bien fuffit au fage ,
Qu'avec le plus léger partage
Tous les défirs font fatisfaits.
Tant de foins , tant de prévoyance ,
Sont moins des fruits de la prudence
Que des fruits de l'ambition :
L'homme content du néceffaire ,
Craint peu la fortune contraire ,
Quandfon coeur eft fans paffion.
Paffions , fources de délices ;
Paffions , fources de fupplices ,
Cruels tyrans , doux féducteurs ,
48 MERCURE DE FRANCE.
Sans vos fureurs impétueules ,
Sans vos amorces dangereuſes ,
La paix feroit dans tous les coeurs .
Malheur au mortel méprifable ,
Qui dans fon ame inſatiable ,
Nourrit l'ardente foif de l'or ;
Que du vil penchant qui l'entraîne ,
Chaque inftant il trouve la peine
Au fond même de fon tréfor.
Malheur à l'ame ambicieuſe ,
De qui l'infolence odieuſe
Veut affervir tous les humains ,
Qu'à fes rivaux toujours en butte
L'abîme apprêté pour la chûte ,
Soit creusé de fes propres mains .
Malheur à tout homme farouche ,
A tout mortel que rien ne touche
Que fa propre félicité ;
Qu'il éprouve dans fa mifere
De la part de fon propre frere
La même infenfibilité .
Sans doute , un coeur né pour le crime
Eft fait pour être la victime
De ces affreufes paffions ;
Mais jamais du Ciel condamnée ,
On ne vit une ame bien née
Céder à leurs féductions.
Il en eft de plus dangereuses ,
De qui les amorces flatteufes
1
SEPTEMBRE.
1750. 7 )
Déguifent bien mieux le poiſon ,
Et qui toujours dans un coeur tendre
Commencent à fe faire entendre
En faisant taire la raiſon ;
Mais du moins leurs leçons charmantes
N'impofent que d'aimables loix :
La haine & fes fureurs fanglantes ,
S'endorment à leur douce voix.
Des fentimens fi légitimes
Seront- ils toujours combattus ?
Nous les mettons au rang des crimes ;
Ils devroient être des vertus .
Pourquoi de ces penchans aimables
Le Ciel nous fait- il un tourment ?
Il en eft tant de plus coupables ,
Qu'il traite moins févérement.
O difcours trop rempli de charmes ,
Eft-ce à moi de vous écouter ?
Je fais avec mes propres armes
Les maux que je veux éviter .
Une langueur enchantereffe
Me pourſuit jufqu'en ce ſéjour ;
J'y veux moraliſer fans ceſſe ,
Et toujours j'y fonge à l'amour.
Je fens qu'une ame plus tranquille ,
Plus exempte de tendres foins ,
Plus libre , en ce charmant azile ,
Philofopheroit beaucoup moins,
Ainfi du feu qui me dévore
70 MERCURE DE FRANCE.
Tout fert à fomenter l'ardeur :
Hélas ! u'eft-il pas tems encore ,
Que la paix regne dans mon coeur t
Déja de mon ſeptiéme luftre
Je vois le terme s'avancer ,
Déja la jeuneffe & fon luftre ,
Chez moi commence à s'effacer.
La trifte & lévére ſagefle
Fera bientôt fuir les Amours,
Bientôt le pefante vieilleffe
Va fuccéder à mes beaux jours,
'Alors les ennuis de la vie ,
Chaffant l'aimable volupté ,
On verra la Philoſophie
Naître de la néceffité ;
On me verra , par jalouſe ,
Prêcher mes caduques vertus ,
Et fouvent blâmer par envie
Les plaifirs que je n'aurai plus.
Mais malgré les glaces de l'âge ,
Raifon , malgré ton vain effort ,
Le fage a fouvent fait naufrage ,
Quand il croyoit toucher au port✅
O fageffe aimable chimére !
Douce illufion de nos coeurs !
C'eftfous ton divin caractére
Que nous encenſons nos erreurs.
Chaque homme t'habille à fa mode ;
Sous le mafque le plus commode
SEPTEMBRE. 7 % 1750.
A leur propre félicité ,
Ils déguiſent tous leur foibleffe .
Et donnent le nom de fageffe
Au penchant qu'ils ont adopté.
Tel chez la jeuneſſe étourdie ,
Le vice inftruit par la folie ,
Et d'un faux titre revêtu ,
Sous le nom de Philofophie ,
Tend des piéges à la vertu.
Tel dans une route contraire ,
On voit le fanatique auftére
En guerre avec tous les défirs ,
Peignant Dieu toujours en colere ,
Et ne s'attachant pour lui plaire ,
Qu'à fuir la joye & les plaifirs.
Ah ! s'il exiftoit un vrai (age ,
Que different en fou langage ,
Et plus different en les moeurs ,
Ennemi des vils féducteurs ,
D'une fagefle plus aimable ,
D'une vertu plus fociable ,
Il joindroit le jufte milieu
A cet hommage pur & rendre ,
Que tous les coeurs auroient dû rendre
Aux grandeurs , aux bienfaits de Dieu.
Rouffeau , de Genéve.
Fermer
Résumé : L'ALLÉE DE SILVIE.
Le poème 'L'Alleée de Sylvie', écrit en septembre 1750, explore les sentiments de plaisir et de volupté que l'auteur éprouve lors de promenades solitaires dans la nature. Il souligne que la solitude et la rêverie sont essentielles pour apprécier pleinement ces moments. L'auteur affirme que l'amour est indispensable pour adoucir la misère humaine. Le texte critique les projets tumultueux et vains qui prétendent apporter le bonheur sans jamais le réaliser. Il met en garde contre les passions, sources à la fois de délices et de supplices, et dénonce l'ambition ainsi que la soif de richesse matérielle. L'auteur déplore également la méchanceté des hommes, insensibles aux souffrances des autres, et note que même les âmes tendres peuvent être séduites par des passions dangereuses. Il reconnaît ses propres contradictions, oscillant entre la moralisation et les sentiments amoureux. Le poème se conclut par une réflexion sur la sagesse, souvent masquée par les erreurs humaines, et sur la véritable philosophie, qui devrait représenter un juste milieu entre les extrêmes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
202
p. 174-178
LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Début :
Vous êtes bien aise, Monsieur, vous le Panégyriste & l'ami des Arts, de la tentative de [...]
Mots clefs :
Mode, Dominante, Charles-Henri de Blainville, Tonique, Gamme, Octave, Harmonie, Modes, Quarte, Raisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
LETTRE
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
De M. Rouffeau de Genève , à M. l'Abbé
Raynal , au fujet du nouveau Mode de
Mufique , inventé par M. Blainville, A
Paris , ce 30 Mai , au fortir du Concert.
V
Ous êtes bien aife , Monfieur , vous le Pané
gyrifte & l'ami des Arts , de la tentative de
M. Blainville pour l'introduction d'un nouveau
JUI N. 17517 175
Mode dans notre Mufique. Pour moi , comme mon
fentiment là-deffus ne fait rien à l'affaire , je pafle
immédiatement au jugement que vous me demandez
fur la découverte même.
Autant que j'ai pû faifir les idées de M. Blainville
durant la rapidité de l'exécution du morceau
que nous venons d'entendre , je trouve que le Mode
qu'il nous propofe n'a que deux cordes principales,
au lieu de trois qu'ont chacun des deux Modes
ufités ; l'une de ces deux cordes eft la tonique ,
l'autre eft la quarte au -deffus de cette tonique , &
cette quarte s'appellera , fi l'on veut , Dominante.
L'Auteur me paroît avoir eu de fort bonnes raifons
pour préférer ici la quarte à la quinte , & cel .
le de toues ces raifons qui fe préfente la premiere ,
en parcourant fa Gamme , eft le danger de tomber
dans les fauffes relations.
Cette Gamme eft ordonnée de la maniere fuivante
; il monte d'abord d'un femi- ton majeur de
la tonique fur la feconde note , puis d'un ton fur
la troifiéme , & montant encore d'un ton , il arrive à
fa Dominante , fur laquelle il établit le repos , ou ,
s'il m'eft permis de parler ainfi , l'hémiftiche du
Mode. Puis recommençant la marche un ton audeffus
de la Dominante , il monte enfuite d'un femi-
ton majeur , d'un ton , & encore d'un ton ,
l'octave eft parcourue felon cet ordre de notes ;
mi , fa, fol , la : fi , ut , re , mi. Il redefcend de
même fans aucune altération ,
&
Si vous procedez diatoniquement , foit en montant
, foit en defcendant de la Dominante d'un
mode mineur à l'octave de cette Dominante , fans
diefes ni bémols accidentels , vous aurez préciſément
la Gamme de M. Blainville . Par où l'on voit,
1°. que fa marche diatonique eft directement oppofée
à la nôtre , où partant de la tonique , on doit
Hij
176 MERCURE DEFRANCE.
monter d'un ton ou defcendre d'un femi ton. 2°.
Qu'il a fallu fubftituer une autre harmonie à l'ac
cord fenfible ufité dans nos Modes , & qui fe trouve
exclus du fien 3 , Trouver pour cette nouvelle
Gamme des accompagnemens differens de ceux
qu'on employe dans la régle de l'octave . 4° . Et
par conféquent d'autres progreffions de baffe fondamentale
que celles qui font admiſes.
La Gamme de fon Mode eft précisément ſemblable
au diagramme des Grecs , car fi l'on commence
par la corde Hypate , en montant , ou par la
note en defcendant , à parcourir diatoniquement
deux tetracordes disjoints , on aura préciſement la
nouvelle Gamme ; c'est notre ancien Mode Plagal
qui fubfifte encore dans le plein chant ;
c'eft proprement
un Mode mineur , dont le diapazon fe
prendroit , non d'une tonique à ſon octave en
paffant par la Dominante , mais d'une Dominante
à fon octave en paffant par la tonique ; & en effet
la tierce majeure que l'Auteur eft obligé de donner
à fa finale , jointe à la maniere d'y defcendre
par un femi ton , donne à cette tonique tout àfait
l'air d'une Dominante . Ainfi fi l'on pouvoit
de ce côté là difputer à M. Blainville le mérite de
l'invention , on ne pourroit du moins lui difputer
celui d'avoir ofé braver en quelque chofe la bonne
opinion que notre fiecle a de foi même ,& ſon mépris
pour tous les autres âges en matiére de fcience
& de goûr.
Mais ce qui paroît appartenir incontestablement
à M Blainville , c'eſt l'harmonie qu'il affecte à un
Mode inftitué , dans des tems où nous avons tout
lieu de croire qu'on ne connoiffoit point l'harmo
nie , dans le fens que nous donnons aujourd'hui à
ce mot Perfonne ne lui difputera ni la ſcience qui
lui a fuggeré de nouvelles progreffions fondamenJUI
N.
177
1751 .
tales,ni l'art avec lequel il les a fçû mettre en oeuvre
pour ménager nos oreilles bien plus délicates fur
les chofes nouvelles , que fur les mauvaiſes chofes,
Dès qu'on ne pourra plus lui reprocher de n'avoir
pas trouvé ce qu'il nous propofe , on lui reprochera
de l'avoir trouvé . On conviendra que fa
découverte eft bonne , s'il veut avouer qu'elle n'eft
pas de lui : s'il prouve qu'elle eft de lui , on lui
foutiendra qu'elle eft mauvaiſe , & il ne fera pas le
premier contre lequel les Artiftes auront argumen
té de la forte. On lui demandera fur quel fondement
il prétend déroger aux loix établies & en- introduire
d'autres de fon autorité. On lui reprochera
de vouloir ramener à l'arbitraire les régles
d'une fcience qu'on a tant fait d'efforts pour réduire
en principes ; d'enfreindre dans fes progref
fions la liaifon harmonique qui eft la loi la
plus générale & l'épreuve la plus fûre de toute
bonne harmonie On lui demandera ce qu'il prétend
fubftituer à l'accord fenfible dont fon Mode
n'eft nullement fufceptible , pour annoncer les
changemens de ton. Enfin on voudra fçavoir encore
pourquoi dans l'effai qu'il a donné au Public,
il a tellement entremêlé fon Mode avec les deux
autres , qu'il n'y a qu'un très- petit nombre de connoiffeurs
, dont l'oreille exercée & attentive ait
démêlé ce qui appartenoit en propre à fon nouveau
lyftême .
Ses réponſes , je crois les prévoir à une près.
Il trouvera aisément en fa faveur des analogies , du
moins auffi bonnes que celles dont nous avons la
bonté de nous contenter. Selon lui , le Mode mineur
n'aura pas de meilleurs fondemens que le
fien. Il nous foutiendra que l'oreille eft notre premier
Maître d'harmonie , & que pourvû que celuilà
foit content , la raifon doit fe borner à chercher
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
pourquoi il l'eft, & non à lui prouver qu'il a tort de
l'être.Qu'il ne cherche , ni à introduire dans les cho
fes l'arbitraire qui n'y eft point, ni à diffimuler celui
qu'il y trouve . Or cet arbitraire eft fi conftant ,
que même dans la régle de l'octave , il y a une
faute contre les régies ; remarque qui ne fera pas ,.
fi l'on veut , de M. Blainville , mais que je prends
fur mon compte . Il dira encore que cette liaiſon '
harmonique qu'on lui objecte , n'eft rien moins
qu'indifpenfable dans l'harmonie , & ne fera pas
embarraffé de le prouver. Il s'excufera d'avoir entremêlé
les trois Modes , fur ce que nous fommes
fans ceffe dans le même cas avec les deux nôtres ,'
fans compter que par ce mêlange adroit , il aura
eu le plaifir , diroit Montagne , de faire donner à
nos Modes des nazardes fur le nez du fien . Mais
quoiqu'il faffe , il faudra toujours qu'il ait tort , par
deux raifons fans réplique , l'une , qu'il eft inventeur
, l'autre, qu'il a affaire à des Muficiens .
Je fuis , & c.
Fermer
Résumé : LETTRE De M. Rousseau de Genève, à M. l'Abbé Raynal, au sujet du nouveau Mode de Musique, inventé par M. Blainville. A Paris, ce 30 Mai, au sortir du Concert.
Dans une lettre à l'Abbé Raynal, M. Rouffeau de Genève discute de la tentative de M. Blainville d'introduire un nouveau mode musical. Ce mode repose sur deux cordes principales : la tonique et la quarte, appelée dominante, visant à éviter les fausses relations. La gamme monte d'un demi-ton majeur sur la seconde note, d'un ton sur la troisième, et d'un autre ton pour atteindre la dominante, où elle établit un repos. En descendant, elle suit le même ordre sans altérations. Ce mode est comparé au diagramme des Grecs et au mode plagal ancien du plain-chant, décrit comme un mode mineur où le diapason passe de la dominante à son octave via la tonique. Blainville est reconnu pour cette innovation, bien que son originalité soit discutable. Son harmonie s'adapte à un mode ancien où l'harmonie moderne n'était pas connue. Les critiques soulignent l'absence de progrès fondamentaux, de liaison harmonique, et d'accord sensible pour annoncer les changements de ton. Blainville pourrait répondre en invoquant l'oreille comme maître d'harmonie et en soulignant l'arbitraire des règles musicales. Un débat musical oppose un individu non nommé à M. Blainville. L'auteur critique l'arbitraire et l'inconstance des choix musicaux de son interlocuteur, notamment concernant la règle de l'octave. Il reconnaît que cette critique pourrait ne pas être acceptée par M. Blainville, mais assume la responsabilité de cette remarque. L'auteur affirme que la liaison harmonique n'est pas indispensable en harmonie et se dit prêt à le démontrer. Blainville justifie l'entremêlement des trois modes en comparant cela à la pratique courante avec les deux modes utilisés par l'auteur. Ce dernier rétorque que, malgré les arguments de Blainville, il aura toujours tort car il est l'inventeur de ces idées et doit faire face à des musiciens.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
203
p. 94-101
LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur Madame la Comtesse de Vertillac.
Début :
Puisque les éloges que vous avez entendu faire partout de Madame la [...]
Mots clefs :
Marie-Madeleine-Angélique de La Brousse de Verteillac, Vertillac, Mérite, Esprit, Amis, Comtesse, Vie, Femme, Périgord, Gouverneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur Madame la Comtesse de Vertillac.
LETTRE
A l'Auteur du Mercure, sur Madame la
Comtesse de Vertillac.
Puisque les éloges que vous avez entendu
faire partout de Madame la
Comtesse de Vertillac, vous donnent la
curiosité de la connoître encore davan-
tage, j'ai l'honneur de vous en voyer cette
légere exquisse de ses vertus: il m'en
coutera des larmes pour vous satisfaire;
mais le souvenit du merite éminent de
ceux que l'on a aimé & respecté pendant
leur vie, est une espece de consolation
qui nous reste après leur mort. Je n'ai à
craindre qu'une chose, que ce que je vous
dirai ne soit fort au-dessous de l'idée,
qu'ont, de Madame de Vertillac, ceux qui
ont eu le bonheur de vivre dans la societé
de cette femme admirable, qui, de l'aveu
de tous ceux qui l'ont connue, réunissoit
un esprit élevé avec les qualités propres à
inspirer l'estime & la vénération.
Elle étoit née à Paris, mais elle étoit
originaire de Perigord, d'une ancienne &
illustre noblesse (a), alliée à tout ce qu'il y
(a) Voyez la vie du Bienheureux Theodore de
Celles, & l'Epstre Dédicatoire aux très-illus-
JANVIER. 1752.
93
a de meilleur dans la Province; elle étoit
sille umque de Messire Nicolas de la Brous-
se, Comie de Vertiliac, Maréchal des Campt
& Armées du Rri, Lieutenant dans sa Pro-
vince de Perigord, & Gouverneur de Mons
& du Hain.ini; lequel après avoir mis en fui-
ie les ennemis à la journee de Bossu, sous Val-
couri, y fut frappé de plusieurs coups mor-
tels (a).
L'éloge qu'un grand Roi, qui connois-
soit le mérite & qui sçavoit le récompen-
ser, sit de cet excellent Officier, est un
sûr garant, que s'il n'eût pas été enle vé de
ce monde à la fleur de son âge, il pouvoit
de flatter de parvenir aux plus grands hon-
neurs de la guerre. Louis XIV. dit à sa
veuve (b) qu il avoit perdu dans le Comte
de Vertillac, le meilleur Officier d'Infan-
terie qu'il cût aeu depuis le Maréchal de
Turonne.
Mademoiselle de Vertillac, orpheline
crès-joune, resta entre les mains d'une
mere d'un mérite distingué, qui lui don-
na la meilleure éducation; elle avoit reçum
tres & puissans Seigneurs Mossiours d'Athis & de
Vertillac.
(a) Ce sont les propres termes de l'Epitaphe de
de M. le Comte de Vertillac, telle qu'elle est dans
l'Eglise des Jesuites de Mons.
(6) Vie du Comte de Vertillac, imprimée à
Avignon en 1725 page 20.
00
ed by
96 MERCUREDE FRANCE.
de si heureuses dispositions de la nature,
qu'il fut fort aisé a ceux qui l'éleverent
d en faire quelque chose de surprenant.
Née avec un fond de curiosité inépuisable,
une netteté d'esprit & une profondeur
singuliere, elle crut que la connoissance
de toutes les sciences & de tous les arts
étoient du ressort de ceux qui se propo-
soient de cultiver leur esprit, aussi y avoit-
il peu de choses dont elle n'eût des idées
tres- exactes. Elle chercha toute sa vie à
faire connoissance avec les Artistes cele-
bres & les scavans illustres, & elle leur
donna plus d'une fois de l'étonnement de
l'étendue de ses connoissances. On en a vû
souvent convenir qu'elle leur avoit appris
des détails sur leur profession qu'ils avoient
ignorés jusqu'alors: plusieurs gens de Let-
tres lui ont lû leurs ouvrages avant que de
les donner au Public, & ont avoué qu'on
ne pouvoit pas faire des remarques plus
judicieuses. Mademoiselle Lheritier, con-
nue par plusieurs Livres, lui en a dédié
deux, les Caprices du destin en 1719, &
la traduction en vers François des Epstres
Héroiques d'Ovide en 1732. Les Epitres
dédicatoires de cette Fille scavante &
vertueuse nous apprennent que Madame
de Vertillac étoit son Héroine.
Aimable
zed by Goo
JANVIER.
1752.
97
Aimable Fille d'un Guerrier
Dont le frent fût cent fois couronné de laurier,
Si daus le champ de Mars il courut à la gloire,
Vous irez, pas les dons des Filles de mémoire.
Ou voit briller en vous avec tant d'agrément
La justesse d'esprit, l'heureux discernement;
Vous possedez si bien & la Fable & l'Histoire,
Vous pensez, vous parlez toujours si noblement
Et vous jugez si finement,
Qu'on ne voit point pour un Ouvrage
Un plus glorieux avantage
Que celui d'attirer votre applaudissement.
On ne sçait qui charme le plus
Ou vos sûres clartés, ou vos rares vertus.
Eh 1 quelle noble modestie,
A ce touchant mérite est encore assortie
Tant de charmes divers, qu'en vous le calme
a mis,
Vous donneront tonjours les plus parfaits amis
C'est ainsi qu'en 1719. parloit une per-
sonne illustre (a) connue pour avoit tou-
jours respecté la vérité & aimé la vertu:
elle ne sexprimoit pas avec moins d'ad-
mitation en 1732.
Aimable & sc. vante Comtesse,
Que vous auriez brillé dans Rome & dans la Grece,
Par ce godt sin & ce rate sçavoit
Qu'en tous les tems vous faites voir.
(a) Epitre dédicatoire das Capricos du Destin,
1. Vol.
Digsiras b 300
98 MERCUREDEFRANCE.
Athènes ni la Cour d'Auguste
N'ont jamais vs d'esprit plus éclaité, plus jucte
Et tous ces hommes excellens
Dont elles admuirroient les sublimes talens;
Eussent été chamés si vos doctes sussrages
Eussent couronné leurs Ouvrages (a)
Le célebre Marquis Maffei, la gloire de
Verone & un des principaux ornemens de
l'Italie, avec qui elle avoit fait une gran-
de liaison il y a 20 ans, lorsqu'il vint à Paris,
lui a dédic la belle édition de sa Mérope(6);
il a toûjours conservé pour Mme de Vertil-
lac, la plus parfaite estime; on lui a souvent
entendu dire que dans l'Italie entiere, où
il y a beaucoup de femmes de mérite, il
ny en avoit pas une qui pût être comparée
cette femme illustre.
Elle écrivoit avec la plus grande élégan-
ce; on en peut juger par cette lettre ingé-
nieuse que M. Remond de S. Mard a fait
imprimer, dans laquelle on voit qu'elle
avoit fait les réflexions les plus fines & les
plus délicates sur les nuances qui peuvent
le plus contribuer à l'agrément du stile.
Le Public seroit plus à portée de connoître
son mérite littéraire, si sa modestie n'eût
pas été supérieure même à ses talens.
Ja) Préface des Epitres héroiques
6) La Merope, imprimée à Verone l'an 1745
JANVIER. 1752.
99
Quelques uns de ses amis ont scû qu'elle
faisoit par occasion de très-jolis vers, mais
elle ne permetroit pas qu'on en prît des
copies, elle faisoit même tout ce qui dé-
pendoit d'elle, sans blesser ouvertement
la vérité, pour laister croire que ce n'é-
toit pas elle qui les avoit faits. On sçait
qu'elle a composé plusieurs petits Ouvra-
ges, écrits avec autant de solidité que d'a-
grément; mais elle ne les a fait voir qu'à
un très-petit nombre d'amis, & toujours
à condition que ce seroit un mystere pour
le Public. Son coeur n'étoit pas moins ad-
mirable que son esprit; on n'a jamais por-
té plus loin le désir d'obliger; elle n'étoit
occupée qu'à diminuer le mérite de la re-
connoissance, &, par cette raison même,
elle l'augmenton: elle regardoit le mon-
de entiet comme une societé de freres qui
ne devoient être occupés qu'à se rendre
service mutuellement, & elle agissoit en
consequence; jamais elle n'a differé une
occasion d'être utile, & l'on peut dire
d'elle, avec vérité, qu'elle n'a jamais per-
du un jour de sa vic. On ne pouvoit la
voir sans désirer d'avoir part à son amitié
aussi acqueroit. elle tous les jours de nou-
veaux amis; & ce qu'il y a de rate, ce n'é-
toit jamais aux dépens des anciennes ami-
tiés, que ces acquisitions se faisoient. Il
Eij
100 MERCURE DEFRANCE.
est surptenant combien, par ses avis &
par ses leçons les plus efficaces, elle a fa-
vorisé des talens naissans que sans elle l'in-
digence auroit étouffée; mais elle avoit
grand soin de prendre les plus grandes
précautions pour que ses bonnes actions
fussent ignorées: sa modestie a souvent été
trahie innocemment par la reconnoissance
de quelques uns qui ont mieux aimé être
indiscrets qu'ingrats.
Une égalité constante que l'on peut re-
garder comme le propre caractere de la
sagesse, rendoit sa société délicieuse; tou-
tes les fois que ses amis la revoyoient, elle
sentoit & leur communiquoit cette joie
douce & charmante qui auroit réchauffé
leurs sentimens, s'ils en eussent eu besoin,
ce n'étoit jamais qu'avec peine qu'on se
séparoit d'elle; on ne s'en consoloit que
dans l'espérance de la revoir avec un nou-
veau plaisir, parce qu'on étoit toujours
sût de trouver chez elle l'esprit uni avec
la vertu.
Une si digne femme devoit être pleurée
amerement de tous ses amis, aussi il n'en
est point qui n'ait dit du fond de son
cœeiis;
*
Quis desiderio sit pudor aus modus,
Tam rari capitis.
Quando ullum invenient parem. Horace.
JANVIER. 1752. 101
Une fièvre quarte, suivie d'une fiévre
maligne, la mit au tombeau à Dourdan
le 21 Octobre 1751 âgée d'environ soi-
xante ans.
Elle avoit épousé en 1727 M. le Comte
de Vertillac, Gouverneur & Grand Sene-
chal de Perigord, & Gouverneur de Dour-
dan, son cousin germain; elle en a eu un
fils, actuellement Gouverneur & Grand
Sénéchal de Perigord & Capitaine de Ca-
valerie dans le Régiment de Penthiévre.
Quoique j'aie été lié bien des années
avant vous, Monsieur, avec Madame la
Comtesse de Vertillac, vous l'avez assez
connue pour sçavoir qu'il n'y a rien d'exa-
géré dans le portrait que j'en ai fait. Je
me serois fait un scrupule d'emploier la
flatierie, & n'ême l'art, lorsqu'il est
question de vous parler d'une femme il-
lustre, dont la modestie faisoit un des
principaux ornemens, & qui aimoit la
vérité plus que toutes choses.
J'ai l'honneur, &c.
A Paris, ce premier Decembre 1751.
A l'Auteur du Mercure, sur Madame la
Comtesse de Vertillac.
Puisque les éloges que vous avez entendu
faire partout de Madame la
Comtesse de Vertillac, vous donnent la
curiosité de la connoître encore davan-
tage, j'ai l'honneur de vous en voyer cette
légere exquisse de ses vertus: il m'en
coutera des larmes pour vous satisfaire;
mais le souvenit du merite éminent de
ceux que l'on a aimé & respecté pendant
leur vie, est une espece de consolation
qui nous reste après leur mort. Je n'ai à
craindre qu'une chose, que ce que je vous
dirai ne soit fort au-dessous de l'idée,
qu'ont, de Madame de Vertillac, ceux qui
ont eu le bonheur de vivre dans la societé
de cette femme admirable, qui, de l'aveu
de tous ceux qui l'ont connue, réunissoit
un esprit élevé avec les qualités propres à
inspirer l'estime & la vénération.
Elle étoit née à Paris, mais elle étoit
originaire de Perigord, d'une ancienne &
illustre noblesse (a), alliée à tout ce qu'il y
(a) Voyez la vie du Bienheureux Theodore de
Celles, & l'Epstre Dédicatoire aux très-illus-
JANVIER. 1752.
93
a de meilleur dans la Province; elle étoit
sille umque de Messire Nicolas de la Brous-
se, Comie de Vertiliac, Maréchal des Campt
& Armées du Rri, Lieutenant dans sa Pro-
vince de Perigord, & Gouverneur de Mons
& du Hain.ini; lequel après avoir mis en fui-
ie les ennemis à la journee de Bossu, sous Val-
couri, y fut frappé de plusieurs coups mor-
tels (a).
L'éloge qu'un grand Roi, qui connois-
soit le mérite & qui sçavoit le récompen-
ser, sit de cet excellent Officier, est un
sûr garant, que s'il n'eût pas été enle vé de
ce monde à la fleur de son âge, il pouvoit
de flatter de parvenir aux plus grands hon-
neurs de la guerre. Louis XIV. dit à sa
veuve (b) qu il avoit perdu dans le Comte
de Vertillac, le meilleur Officier d'Infan-
terie qu'il cût aeu depuis le Maréchal de
Turonne.
Mademoiselle de Vertillac, orpheline
crès-joune, resta entre les mains d'une
mere d'un mérite distingué, qui lui don-
na la meilleure éducation; elle avoit reçum
tres & puissans Seigneurs Mossiours d'Athis & de
Vertillac.
(a) Ce sont les propres termes de l'Epitaphe de
de M. le Comte de Vertillac, telle qu'elle est dans
l'Eglise des Jesuites de Mons.
(6) Vie du Comte de Vertillac, imprimée à
Avignon en 1725 page 20.
00
ed by
96 MERCUREDE FRANCE.
de si heureuses dispositions de la nature,
qu'il fut fort aisé a ceux qui l'éleverent
d en faire quelque chose de surprenant.
Née avec un fond de curiosité inépuisable,
une netteté d'esprit & une profondeur
singuliere, elle crut que la connoissance
de toutes les sciences & de tous les arts
étoient du ressort de ceux qui se propo-
soient de cultiver leur esprit, aussi y avoit-
il peu de choses dont elle n'eût des idées
tres- exactes. Elle chercha toute sa vie à
faire connoissance avec les Artistes cele-
bres & les scavans illustres, & elle leur
donna plus d'une fois de l'étonnement de
l'étendue de ses connoissances. On en a vû
souvent convenir qu'elle leur avoit appris
des détails sur leur profession qu'ils avoient
ignorés jusqu'alors: plusieurs gens de Let-
tres lui ont lû leurs ouvrages avant que de
les donner au Public, & ont avoué qu'on
ne pouvoit pas faire des remarques plus
judicieuses. Mademoiselle Lheritier, con-
nue par plusieurs Livres, lui en a dédié
deux, les Caprices du destin en 1719, &
la traduction en vers François des Epstres
Héroiques d'Ovide en 1732. Les Epitres
dédicatoires de cette Fille scavante &
vertueuse nous apprennent que Madame
de Vertillac étoit son Héroine.
Aimable
zed by Goo
JANVIER.
1752.
97
Aimable Fille d'un Guerrier
Dont le frent fût cent fois couronné de laurier,
Si daus le champ de Mars il courut à la gloire,
Vous irez, pas les dons des Filles de mémoire.
Ou voit briller en vous avec tant d'agrément
La justesse d'esprit, l'heureux discernement;
Vous possedez si bien & la Fable & l'Histoire,
Vous pensez, vous parlez toujours si noblement
Et vous jugez si finement,
Qu'on ne voit point pour un Ouvrage
Un plus glorieux avantage
Que celui d'attirer votre applaudissement.
On ne sçait qui charme le plus
Ou vos sûres clartés, ou vos rares vertus.
Eh 1 quelle noble modestie,
A ce touchant mérite est encore assortie
Tant de charmes divers, qu'en vous le calme
a mis,
Vous donneront tonjours les plus parfaits amis
C'est ainsi qu'en 1719. parloit une per-
sonne illustre (a) connue pour avoit tou-
jours respecté la vérité & aimé la vertu:
elle ne sexprimoit pas avec moins d'ad-
mitation en 1732.
Aimable & sc. vante Comtesse,
Que vous auriez brillé dans Rome & dans la Grece,
Par ce godt sin & ce rate sçavoit
Qu'en tous les tems vous faites voir.
(a) Epitre dédicatoire das Capricos du Destin,
1. Vol.
Digsiras b 300
98 MERCUREDEFRANCE.
Athènes ni la Cour d'Auguste
N'ont jamais vs d'esprit plus éclaité, plus jucte
Et tous ces hommes excellens
Dont elles admuirroient les sublimes talens;
Eussent été chamés si vos doctes sussrages
Eussent couronné leurs Ouvrages (a)
Le célebre Marquis Maffei, la gloire de
Verone & un des principaux ornemens de
l'Italie, avec qui elle avoit fait une gran-
de liaison il y a 20 ans, lorsqu'il vint à Paris,
lui a dédic la belle édition de sa Mérope(6);
il a toûjours conservé pour Mme de Vertil-
lac, la plus parfaite estime; on lui a souvent
entendu dire que dans l'Italie entiere, où
il y a beaucoup de femmes de mérite, il
ny en avoit pas une qui pût être comparée
cette femme illustre.
Elle écrivoit avec la plus grande élégan-
ce; on en peut juger par cette lettre ingé-
nieuse que M. Remond de S. Mard a fait
imprimer, dans laquelle on voit qu'elle
avoit fait les réflexions les plus fines & les
plus délicates sur les nuances qui peuvent
le plus contribuer à l'agrément du stile.
Le Public seroit plus à portée de connoître
son mérite littéraire, si sa modestie n'eût
pas été supérieure même à ses talens.
Ja) Préface des Epitres héroiques
6) La Merope, imprimée à Verone l'an 1745
JANVIER. 1752.
99
Quelques uns de ses amis ont scû qu'elle
faisoit par occasion de très-jolis vers, mais
elle ne permetroit pas qu'on en prît des
copies, elle faisoit même tout ce qui dé-
pendoit d'elle, sans blesser ouvertement
la vérité, pour laister croire que ce n'é-
toit pas elle qui les avoit faits. On sçait
qu'elle a composé plusieurs petits Ouvra-
ges, écrits avec autant de solidité que d'a-
grément; mais elle ne les a fait voir qu'à
un très-petit nombre d'amis, & toujours
à condition que ce seroit un mystere pour
le Public. Son coeur n'étoit pas moins ad-
mirable que son esprit; on n'a jamais por-
té plus loin le désir d'obliger; elle n'étoit
occupée qu'à diminuer le mérite de la re-
connoissance, &, par cette raison même,
elle l'augmenton: elle regardoit le mon-
de entiet comme une societé de freres qui
ne devoient être occupés qu'à se rendre
service mutuellement, & elle agissoit en
consequence; jamais elle n'a differé une
occasion d'être utile, & l'on peut dire
d'elle, avec vérité, qu'elle n'a jamais per-
du un jour de sa vic. On ne pouvoit la
voir sans désirer d'avoir part à son amitié
aussi acqueroit. elle tous les jours de nou-
veaux amis; & ce qu'il y a de rate, ce n'é-
toit jamais aux dépens des anciennes ami-
tiés, que ces acquisitions se faisoient. Il
Eij
100 MERCURE DEFRANCE.
est surptenant combien, par ses avis &
par ses leçons les plus efficaces, elle a fa-
vorisé des talens naissans que sans elle l'in-
digence auroit étouffée; mais elle avoit
grand soin de prendre les plus grandes
précautions pour que ses bonnes actions
fussent ignorées: sa modestie a souvent été
trahie innocemment par la reconnoissance
de quelques uns qui ont mieux aimé être
indiscrets qu'ingrats.
Une égalité constante que l'on peut re-
garder comme le propre caractere de la
sagesse, rendoit sa société délicieuse; tou-
tes les fois que ses amis la revoyoient, elle
sentoit & leur communiquoit cette joie
douce & charmante qui auroit réchauffé
leurs sentimens, s'ils en eussent eu besoin,
ce n'étoit jamais qu'avec peine qu'on se
séparoit d'elle; on ne s'en consoloit que
dans l'espérance de la revoir avec un nou-
veau plaisir, parce qu'on étoit toujours
sût de trouver chez elle l'esprit uni avec
la vertu.
Une si digne femme devoit être pleurée
amerement de tous ses amis, aussi il n'en
est point qui n'ait dit du fond de son
cœeiis;
*
Quis desiderio sit pudor aus modus,
Tam rari capitis.
Quando ullum invenient parem. Horace.
JANVIER. 1752. 101
Une fièvre quarte, suivie d'une fiévre
maligne, la mit au tombeau à Dourdan
le 21 Octobre 1751 âgée d'environ soi-
xante ans.
Elle avoit épousé en 1727 M. le Comte
de Vertillac, Gouverneur & Grand Sene-
chal de Perigord, & Gouverneur de Dour-
dan, son cousin germain; elle en a eu un
fils, actuellement Gouverneur & Grand
Sénéchal de Perigord & Capitaine de Ca-
valerie dans le Régiment de Penthiévre.
Quoique j'aie été lié bien des années
avant vous, Monsieur, avec Madame la
Comtesse de Vertillac, vous l'avez assez
connue pour sçavoir qu'il n'y a rien d'exa-
géré dans le portrait que j'en ai fait. Je
me serois fait un scrupule d'emploier la
flatierie, & n'ême l'art, lorsqu'il est
question de vous parler d'une femme il-
lustre, dont la modestie faisoit un des
principaux ornemens, & qui aimoit la
vérité plus que toutes choses.
J'ai l'honneur, &c.
A Paris, ce premier Decembre 1751.
Fermer
Résumé : LETTRE A l'Auteur du Mercure, sur Madame la Comtesse de Vertillac.
Fermer
204
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier volume du Mercure de France, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le premier volume du Mercure de France,
du présent mois. A Paris, le 8 Janvier 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le premier volume du Mercure de France,
du présent mois. A Paris, le 8 Janvier 1752.
LAVIROTTE.
Fermer
205
s. p.
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier : le second volume du Mercure de France [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneut le Chancelier
lier : le second volume du Mercure de France
du présent mois. A Paris, le 26 Janvier 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneut le Chancelier
lier : le second volume du Mercure de France
du présent mois. A Paris, le 26 Janvier 1752.
LAVIROTTE.
Fermer
206
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de France du mois de Fevrier, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Fevrier,
A Paris, le 9 Février 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France du mois de Fevrier,
A Paris, le 9 Février 1752.
LAVIROTTE.
Fermer
207
p. 164-167
RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
Début :
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a pu vous porter à faire inserer dans le premier [...]
Mots clefs :
Pendule, Lettre, Projet, Invention , Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
RÉPONSE
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au
Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi,
fils aînè, inserée dans le premier Mercure
de Janvier. 1752.
Plus je réflechis, Monsieur, sur le motif qui a
pu vous porter à faire inserer dans le premier
Mercure de Janvier, la Lettre que j'y ai lie au
sujet de notre Pendule, moins je découvre quel
est en cela votre intérêt.
Comme vous avez eu soin de la qualifier la
vôtre dans certe Lettre, vous ne de vez donc pas
trouver mauvais que je l'appelle la nôtre à l'ave-
nir, ainsi que j'ai crû avoir droit de le faire jus-
qu'ici.
Je connois à la vérité votre répugnance à ce
que le public sçache, comme vous, la part que
j'y ai; mais entre vous & moi seulement, Mon-
sieur, & sans que ce public, à qui vous paroissez,
ce me semble, résolu de déguiser le vrai, soit in-
formé de quelques aveus que je me propose de
tirer de vous; refuserez-vous de m'accorder que
vous m'ayez l'obligation de l'état actuel de cette
Pendule ? Avec une aussi bonne mémoire que
vous l'avez, vous n'aurez pû oublier, que lors-
que vous vintes m'en communiquer le projet, il
y a un an, ce ne fut point avec le secours d'au-
cune description, ni d'aucun dessein, & que ce
que vous avez fait mettre daus le Mercure, a été
copié, comme je l'ai dit ailleurs, d'après les chan-
gemens que j'avois faits, ayant passé deus
ed by
OC
MARS.
1752.
165
mois entiers à tirer vos idées du cahos, & à chan-
ger toute la disposition de votre projet, qui,
vous en conviendrez, étoit avant cela imprati-
quable.
Si vous vous en fussiez tenu à l'exposition de ce
projet originaire, vous vous seriez épargné le dé-
plaisir que, malgré moi, je vous renouvelle ici;
& certainement vous ne m'auriez point pour
rival: mais comme ce sont mes opérations, & le
fruit de mes veilles & de mes dépenses, que vous
vous appropriez avec si peu d'égards, permettez-
moi, Monsieur, de les réclamer; vous m'y for-
cez.
Je conviens, que quand j'eus poussé l'entre-
prise au point de voir, à peu près à quoi nous en
tenir, je voulus bien, par l'Acte que nous fimes,
consentir à vous laisser la gloire de l'invention.
Mais vous ne pouvez pas non plus me nier, que
la premiere ébauche qui parut nous flatter, &
qu'accompagné de vous, j'eus l'honneur de pré-
senter à Sa Majesté, à Bellevue, n'ayant pas
réussi, je fus obligé de faire, sans aucun secours
de votre part, de nouvelles épreuves qui me coû-
terent beaucoup de recherches & de frais, pour
amener les choses au point de perfection où elles
sont aujourd'hui. Ce fut alors que je commençai
à sentit quelque peine de vous abandonner toute
l'invention: car enfin, Monsieur, que restoit- il
de votre projet? très-pen de chose, vous ne l'i-
gnorez pas, l'idée générale seulement, & c'est
tout.
J'ai dit que je produisis la Pendule à Bellevde.
Qui pourra s'imaginer que ce fut moi qui pré-
sentai cette piéce à Sa Majesté, aptès ce qui se
trouve dans le Mercure, & peut-être ailleurs en-
core? Mais entre nous, Monsicur, oseriez-vous
AuaduO
166 MERCUREDEFRANCE.
soutenit ce que vous avancez en public à ce sujet
Je ne le pense pas.
Pour ce qui regarde l'invention de la Pendule,
je vous ai déja fait observer qu'il fut un tems
où je souffrois avec répugnance de vous voir vous
décorer seul d'un honneur qui nous étoit tout au
moins commun. J'ajouterai ici, à votre louan-
ge, que vous vous en apperçûtes, & que vous
tûtes assez judieux pour m'accorder un nouvel ar-
rangement.
Suivant notre Acte, il vous étoit permis de
faire graver votre nom, avec le titre d'lnventeur
en tête de la Pendule: & moi, je pouvois simple-
ment m'annoncer l'Exécuteur de vos découvertes;
mais non pas sous vos yeux, comme vous affectez
de le publier, ainsi que je l'ai déja démontré évi-
demment dans la Lettre que j'ai fait imprimer le
17 de ce mois.
Si ce premier état étoit bien flatteur pour vous
il étoit par contre-coup bien humiliant pour moi;
aussi le théatre de votre gloire s'étant malheureu-
sement écroulé, je m'empressai d'autant plus
volontiers à chercher les moyens de le rétablir
que je compris que je pouvois par-là me réhabi-
liter dans mes droits. Le succès favorisa mes tra-
vaux. Alors nos avantages devinrent égaux, &
notre condition la même: vous souscrivites à la
loi qui me plaçoit à l'avenir sur une même ligne
avec vous, sans aucune attribution à l'un ni à
l'autre de l'invention. Telle est la Pendule que
nous avons livrée pour Constantinople.
Dans la suite vous trouvâtes plus convenable
de ne faire graver aucun nom d'une maniere ap-
parente, mais seulement en abregé sur la console
& toujours dans la même ligne; j'y consentis à
mon tout. Telles sont les Pendules du Roi, de
MARS. 1752.
167
Madame la Marquise de Pompadour, celle que
vous avez envoyée à Turin, & plusieurs autres.
Voilà où nous en étions, lorsque vous avez
jugé à propos de tenter de, me chagriner, & de
me ravit même un ouvrage qui m'a couté plus de
mille écus, pour lequel vous n'avez pas déboursé
un sol, & dont au contraire vous avez tiré quel-
que fruit. Je suis, &c.
Lepaute.
Paris, 19 Janvier 1752.
Fermer
Résumé : RÉPONSE Du Sieur Lepaute, Horloger du Roi au Luxembourg, à une Lettre du Sieur le Roi, fils aîné, inserée dans le premier Mercure de Janvier. 1752.
Fermer
208
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de France, du présent mois, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du présent mois,
A Paris, le 7 Mars 1752.
LAVIROTTE.
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier,
le Mercure de France, du présent mois,
A Paris, le 7 Mars 1752.
LAVIROTTE.
Fermer
211
p. 103
ENIGME.
Début :
La décence & la propreté [...]
Mots clefs :
Mouchoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
LA décence & la propreté
Sont cauſes de mon origine ; ¨
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au ſervice
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas-
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un grand que je ne nomme pas
Fort enclin aux tendres ébats ,
Je fers àdéfigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
Par M. M*****, de Paris.
LA décence & la propreté
Sont cauſes de mon origine ; ¨
Pourquoi faut- il qu'on me deftine
Si fouvent à la faleté ?
Pour m'approprier au ſervice
L'on me fait volontiers quarré ,
Et je fuis tenu très-ferré
Même pendant mon exercice.
On fait toujours de moi grand cas-
Quand je viens d'un lointain rivage ;
Et pour éclipfer les appas,
Philis emprunte mon ombrage.
D'un grand que je ne nomme pas
Fort enclin aux tendres ébats ,
Je fers àdéfigner l'hommage
Qu'il rend à celle qui l'engage.
Par M. M*****, de Paris.
Fermer
212
p. 91
ENIGME.
Début :
Je commence hardiment, Lecteur, réfléchis bien ; [...]
Mots clefs :
Lettre H
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E commence hardiment , Lecteur , réfléchis
-bien ;
L'homme a befoin de moi , mais la femme s'en'
paffe :
En cherchant , fous tes yeux , j'occupe double
place ;
Donc tu dois m'avouer utile au chat , au chien.
Tu me vois chez l'heureux , & parmi la richeffe ,
Paroître avec chagrin & fans être en triſteſſe .
Avec horreur lis-moi , je vais au malheureux ,
Je m'offre en inhumain ; ah : je le coupe en deux g
Après cet affreux trait , pour chaffer les allarmes ,
Je me joins à Philis , j'accompagne fes charmes ;
Je brille dans fa bouche & dans un air touchant ,
Sans m'unir à la voix j'accompagne fon chant.
Par M. M ***** de Paris.
E commence hardiment , Lecteur , réfléchis
-bien ;
L'homme a befoin de moi , mais la femme s'en'
paffe :
En cherchant , fous tes yeux , j'occupe double
place ;
Donc tu dois m'avouer utile au chat , au chien.
Tu me vois chez l'heureux , & parmi la richeffe ,
Paroître avec chagrin & fans être en triſteſſe .
Avec horreur lis-moi , je vais au malheureux ,
Je m'offre en inhumain ; ah : je le coupe en deux g
Après cet affreux trait , pour chaffer les allarmes ,
Je me joins à Philis , j'accompagne fes charmes ;
Je brille dans fa bouche & dans un air touchant ,
Sans m'unir à la voix j'accompagne fon chant.
Par M. M ***** de Paris.
Fermer
213
p. 219
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier volume du Mercure de Décembre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
' Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreflion. A Paris , ce 28 Novembre
GUIROY 3754
' Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreflion. A Paris , ce 28 Novembre
GUIROY 3754
Fermer
214
p. 218
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume du Mercure de Décembre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATIO N.
'A lû , par ordre de Monfeigneur le Chance .
lier , le fecond volume du Mercure de Décembre,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris, ce 16 Décembre
'A lû , par ordre de Monfeigneur le Chance .
lier , le fecond volume du Mercure de Décembre,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris, ce 16 Décembre
Fermer
215
p. 216
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Janvier, & je n'y ai rien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP
PROBATION.
J'ier, le Mercure de Janvier , & je n'y ai rien
' Ai lû , par ordre de Monſeigneur le Chancetrouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris
, ce 2 Janvier 1755 . GUIROY.
PROBATION.
J'ier, le Mercure de Janvier , & je n'y ai rien
' Ai lû , par ordre de Monſeigneur le Chancetrouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion. A Paris
, ce 2 Janvier 1755 . GUIROY.
Fermer
216
p. 215
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Fevrier, & je n'y ai rien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'fier , le Mercure de Fevrier , & je n'y ai rien
' Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
, ce 31 Janvier 1755. GUIROY,
J'fier , le Mercure de Fevrier , & je n'y ai rien
' Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
, ce 31 Janvier 1755. GUIROY,
Fermer
217
p. 213
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de Mars, & je n'y ai rien [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
" Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancetrouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
ce premier Mars 1755.
GUIROY.
" Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancetrouvé
qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
ce premier Mars 1755.
GUIROY.
Fermer
218
p. 212
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure d'Avril, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
' Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance-
• >
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
, ce 28 Mars 1755.
GUIROY.
' Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance-
• >
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A Paris
, ce 28 Mars 1755.
GUIROY.
Fermer
219
p. 58-59
LE FAGOT ET LA BUCHE. FABLE. Par MLLE ***
Début :
Le fagot & la buche en même cheminée [...]
Mots clefs :
Fagot, Bûche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE FAGOT ET LA BUCHE. FABLE. Par MLLE ***
LE FAGOT ET LA BUCHE.}
FABLE.
Par MLLE ***
LE fagot & la buche en même cheminée
S'entretenoient un jour , dit- on , tout en brûlant
Dans le fond du foyer l'une étoit confinée ,
Et l'autre occupoit le devant .
Vois , difoit le fagot à la buche étonnée ,
Combien je mérite mon rang ?
La moindre étincelle m'allume ,
Et je ſuis fi brillant du feu qui me confume
Que pour s'en garantir , l'homme prend un écran.
Mais toi , lourde & maſſive , avant qu'on te réduife
Au point de t'enflammer un peu ,
Il faut que le foufflet s'épuife ,
Et que l'homme s'enrhume à te donner dú feu.
Pour fe juftifier , la buche alloit répondre ,
Lorfque le fagot s'éteignit.
La buche , en brûlant , le plaignit ;
Mais un chenet pour le confondre ,
Lui dit ces mots , qu'il entendit encor :
Le clinquant éblouit , & ne vaut jamais l'or.
Au jugement cette buche reffemble ;
L'efprit a bien l'air du fagot :
[
MA I.
59 1755.
Fagot fans buche eft un fort mauvais lot ,
Buche & fagot , heureux qui vous raffemble !
Paris , le 8 Mars 1755.
FABLE.
Par MLLE ***
LE fagot & la buche en même cheminée
S'entretenoient un jour , dit- on , tout en brûlant
Dans le fond du foyer l'une étoit confinée ,
Et l'autre occupoit le devant .
Vois , difoit le fagot à la buche étonnée ,
Combien je mérite mon rang ?
La moindre étincelle m'allume ,
Et je ſuis fi brillant du feu qui me confume
Que pour s'en garantir , l'homme prend un écran.
Mais toi , lourde & maſſive , avant qu'on te réduife
Au point de t'enflammer un peu ,
Il faut que le foufflet s'épuife ,
Et que l'homme s'enrhume à te donner dú feu.
Pour fe juftifier , la buche alloit répondre ,
Lorfque le fagot s'éteignit.
La buche , en brûlant , le plaignit ;
Mais un chenet pour le confondre ,
Lui dit ces mots , qu'il entendit encor :
Le clinquant éblouit , & ne vaut jamais l'or.
Au jugement cette buche reffemble ;
L'efprit a bien l'air du fagot :
[
MA I.
59 1755.
Fagot fans buche eft un fort mauvais lot ,
Buche & fagot , heureux qui vous raffemble !
Paris , le 8 Mars 1755.
Fermer
Résumé : LE FAGOT ET LA BUCHE. FABLE. Par MLLE ***
La fable 'Le fagot et la buche' raconte une conversation entre un fagot et une buche dans une cheminée. Le fagot, situé au-devant du foyer, se vante de s'enflammer rapidement et de briller intensément, contrairement à la buche, qui nécessite plus de temps et d'efforts pour s'enflammer. Avant que la buche puisse répondre, le fagot s'éteint. La buche exprime alors sa tristesse, mais un chenet intervient pour condamner le fagot, affirmant que l'apparence brillante du fagot n'a pas la même valeur que la buche. La morale de la fable souligne que l'esprit superficiel ressemble au fagot, tandis que la sagesse profonde est comparée à la buche. La fable se conclut par une réflexion sur la complémentarité entre le fagot et la buche, soulignant que leur union est bénéfique. Le texte est daté du 8 mars 1755.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
220
p. 94-98
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, quoique peu Physicien, & encore moins naturaliste, j'ai cependant [...]
Mots clefs :
Coquilles fossiles, Coquilles, Couleurs, Fines substances, Décoloration, Fossiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Onfieur , quoique peu Phyficien ;
& encore moins naturaliſte , j'ai cependant
fort goûté le fentiment de M.
Muffard fur la décoloration des coquilles
foffiles , expliquée dans fa lettre du 29°
Juin dernier , & inférée à la page 148 -
155 ° de votre Mercure du mois d'Août
fuivant. Je comprends très - bien comme
lui , que les fines fubftances qui compoſent
ces couleurs ont pû fe détacher des corps
durs & groffiers qui forment les coquilles
par
la corrofion des différens acides répandus
dans les terres où ils font dans une
fermentation continuelle. Je comprends
de plus comment ces fines fubftances peuvent
paffer du regne animal au regne minéral
; car il paroît très- probable que la
plupart des bancs de coquilles foffiles fe
trouvant dans une très - grande profon
MA I.. 1755.
95
ces ,
deur , ces fines fubftances ainfi détachées ,
font entraînées vers le centre de la terre pår
les eaux qui y coulent naturellement , ou
par celles qui peuvent y filtrer après des
pluies abondantes ; & rien n'empêche qu'elles
ne fervent à colorer d'autres fubftantelles
que les pierres précieuſes , &c.
en fe dépofant dans leurs matrices , s'atrachant
à leurs embrions , & s'incorporant
avec les fucs qui leur donnent l'accroiffement
, & les conduifent à leur perfection
; mais je ne crois pas que la conjecture
qu'il hazarde dans le Poftfcriptum de
cette lettre , faffe fortune. Le paffage de
ces mêmes fines fubftances dans le tegne
végétal , où elles formerpient ce magnifique
émail des fleurs & des fruits que
nous admirons , me paroît impoffible.
Ne peut-on pas en effet lui objecter
1 °. que les coquilles fofiles ne fe trouvant
que dans les terreins que la mer
quitte pour fe creufer de nouveaux abîmes
par fon mouvement d'orient en occident
, les fleurs qui croiffent fur ceux qui
n'ont jamais été fubmergés , ou qui l'ont
été depuis filong- tems qu'on peut foutenir
avec M. Muffard , que toute la partie colorante
de leurs coquilles a été diffoute &
entraînée vers le centre de la terre ; que
ces fleurs, dis-je , ou ne doivent avoir au
96 MERCURE DE FRANCE.
> cune couleur ou n'en peuvent avoir
qu'une uniforme, à quelques nuances près ?
or l'expérience étant contradictoire à cette
fuppofition , il faut avouer au moins que
les coquilles ne font pas l'unique palette
d'où le peintre de la nature tire fes couleurs
pour embellir les fleurs .
2°. Que les fines fubftances qui compofent
les couleurs des coquilles foffiles n'étant
ni inépuiſables , ni immuables dans
leurs nuances , les fleurs doivent retomber
dans le même inconvénient de n'avoir
plus de couleur , ou d'être réduites à une
uniformité de couleur infipide & faſtidieufe
, lorfque ces fines ſubſtances feront
réduites à rien par leur longue circulation.
3°. Que ces bancs de coquilles foffiles
ne font point univerfels ; qu'il y a des
endroits très-vaftes où il n'y en a jamais
eu , & que cependant les fleurs font partout
parées des mêmes couleurs , fans autres
altérations que celles qui vienent de
la différence des températures & des climats.
4°. Que ces bancs étant pour la plupart
dans une très-grande profondeur ,
il eft impoffible que ces fines fubftances pénetrent
d'immenfes épaifleurs de marbre ,
de pierre , de tuf , & d'autres minéraux ,
peutMA
I. 1755. 97
peut- être moins durs , mais auffi plus embarraffans
, tels que la terre glaife , pour
de là paffer dans la terre végétale , d'ou
les plantes les puiffent pomper.
50. Ne pourroit -on pas demander à M.
Muffard fi les fels contenus dans les végétaux
ne fervent qu'à volatilifer , pour
ainfi dire , ces fubftances colorantes qu'ils
ont diffous ? Tout le monde fçait combien
ils influent dans la nature fur la production
des couleurs quand ils font com
binés diverſement avec le phogiſtique ; fait
que M. Geoffroy le jeune a fi bien prouvé
dans fon travail fur l'huile de lin.
D'ailleurs fans aller recourir à des corps
étrangers , ne feroit- il pas plus naturel de
penfer que les fines fubftances qui fervent
de bafe aux couleurs des végétaux , fe
confervent dans la terre après la décompofition
de ces mêmes végétaux , & qu'elles
fervent à compofer l'émail des plantes
nouvelles qui croiffent dans le même endroit
, fi tant eft qu'elles y fervent ?
Au refte , Monfieur , ce n'eft point l'envie
de critiquer qui m'a fait prendre la
plume; je refpecte la ſcience & les travaux
de M. Muffard , mais je propofe quelques
objections pour engager ce naturalifte
à développer fon fentiment , & à
travailler fur un point d'hiftoire naturelle ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
qui eft encore bien obfcur , & fur lequel
nous n'avons gueres d'ouvrages fatisfai
fans. Je fuis , &c.
P. L. F. P. D. W. P.
De Paris , ce premier Mars 1755 .
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Onfieur , quoique peu Phyficien ;
& encore moins naturaliſte , j'ai cependant
fort goûté le fentiment de M.
Muffard fur la décoloration des coquilles
foffiles , expliquée dans fa lettre du 29°
Juin dernier , & inférée à la page 148 -
155 ° de votre Mercure du mois d'Août
fuivant. Je comprends très - bien comme
lui , que les fines fubftances qui compoſent
ces couleurs ont pû fe détacher des corps
durs & groffiers qui forment les coquilles
par
la corrofion des différens acides répandus
dans les terres où ils font dans une
fermentation continuelle. Je comprends
de plus comment ces fines fubftances peuvent
paffer du regne animal au regne minéral
; car il paroît très- probable que la
plupart des bancs de coquilles foffiles fe
trouvant dans une très - grande profon
MA I.. 1755.
95
ces ,
deur , ces fines fubftances ainfi détachées ,
font entraînées vers le centre de la terre pår
les eaux qui y coulent naturellement , ou
par celles qui peuvent y filtrer après des
pluies abondantes ; & rien n'empêche qu'elles
ne fervent à colorer d'autres fubftantelles
que les pierres précieuſes , &c.
en fe dépofant dans leurs matrices , s'atrachant
à leurs embrions , & s'incorporant
avec les fucs qui leur donnent l'accroiffement
, & les conduifent à leur perfection
; mais je ne crois pas que la conjecture
qu'il hazarde dans le Poftfcriptum de
cette lettre , faffe fortune. Le paffage de
ces mêmes fines fubftances dans le tegne
végétal , où elles formerpient ce magnifique
émail des fleurs & des fruits que
nous admirons , me paroît impoffible.
Ne peut-on pas en effet lui objecter
1 °. que les coquilles fofiles ne fe trouvant
que dans les terreins que la mer
quitte pour fe creufer de nouveaux abîmes
par fon mouvement d'orient en occident
, les fleurs qui croiffent fur ceux qui
n'ont jamais été fubmergés , ou qui l'ont
été depuis filong- tems qu'on peut foutenir
avec M. Muffard , que toute la partie colorante
de leurs coquilles a été diffoute &
entraînée vers le centre de la terre ; que
ces fleurs, dis-je , ou ne doivent avoir au
96 MERCURE DE FRANCE.
> cune couleur ou n'en peuvent avoir
qu'une uniforme, à quelques nuances près ?
or l'expérience étant contradictoire à cette
fuppofition , il faut avouer au moins que
les coquilles ne font pas l'unique palette
d'où le peintre de la nature tire fes couleurs
pour embellir les fleurs .
2°. Que les fines fubftances qui compofent
les couleurs des coquilles foffiles n'étant
ni inépuiſables , ni immuables dans
leurs nuances , les fleurs doivent retomber
dans le même inconvénient de n'avoir
plus de couleur , ou d'être réduites à une
uniformité de couleur infipide & faſtidieufe
, lorfque ces fines ſubſtances feront
réduites à rien par leur longue circulation.
3°. Que ces bancs de coquilles foffiles
ne font point univerfels ; qu'il y a des
endroits très-vaftes où il n'y en a jamais
eu , & que cependant les fleurs font partout
parées des mêmes couleurs , fans autres
altérations que celles qui vienent de
la différence des températures & des climats.
4°. Que ces bancs étant pour la plupart
dans une très-grande profondeur ,
il eft impoffible que ces fines fubftances pénetrent
d'immenfes épaifleurs de marbre ,
de pierre , de tuf , & d'autres minéraux ,
peutMA
I. 1755. 97
peut- être moins durs , mais auffi plus embarraffans
, tels que la terre glaife , pour
de là paffer dans la terre végétale , d'ou
les plantes les puiffent pomper.
50. Ne pourroit -on pas demander à M.
Muffard fi les fels contenus dans les végétaux
ne fervent qu'à volatilifer , pour
ainfi dire , ces fubftances colorantes qu'ils
ont diffous ? Tout le monde fçait combien
ils influent dans la nature fur la production
des couleurs quand ils font com
binés diverſement avec le phogiſtique ; fait
que M. Geoffroy le jeune a fi bien prouvé
dans fon travail fur l'huile de lin.
D'ailleurs fans aller recourir à des corps
étrangers , ne feroit- il pas plus naturel de
penfer que les fines fubftances qui fervent
de bafe aux couleurs des végétaux , fe
confervent dans la terre après la décompofition
de ces mêmes végétaux , & qu'elles
fervent à compofer l'émail des plantes
nouvelles qui croiffent dans le même endroit
, fi tant eft qu'elles y fervent ?
Au refte , Monfieur , ce n'eft point l'envie
de critiquer qui m'a fait prendre la
plume; je refpecte la ſcience & les travaux
de M. Muffard , mais je propofe quelques
objections pour engager ce naturalifte
à développer fon fentiment , & à
travailler fur un point d'hiftoire naturelle ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
qui eft encore bien obfcur , & fur lequel
nous n'avons gueres d'ouvrages fatisfai
fans. Je fuis , &c.
P. L. F. P. D. W. P.
De Paris , ce premier Mars 1755 .
Fermer
Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre adressée à l'auteur du Mercure, l'auteur exprime son admiration pour les explications de M. Mussard concernant la décoloration des coquilles fossiles. Il approuve la théorie selon laquelle les substances fines composant les couleurs des coquilles peuvent se détacher et passer du règne animal au règne minéral, étant entraînées par les eaux vers le centre de la terre. Cependant, il conteste l'idée de M. Mussard que ces substances pourraient également passer au règne végétal pour former les couleurs des fleurs et des fruits. L'auteur présente plusieurs objections : les coquilles fossiles ne se trouvent que dans certains terrains, les substances colorantes ne sont pas inépuisables, les bancs de coquilles ne sont pas universels, et leur grande profondeur rend improbable leur pénétration dans la terre végétale. Il suggère également que les sels contenus dans les végétaux pourraient volatiliser ces substances colorantes. Enfin, il propose que les substances colorantes se conservent dans la terre après la décomposition des végétaux pour servir aux nouvelles plantes. La lettre se conclut par un respect pour les travaux de M. Mussard et une invitation à approfondir ce sujet d'histoire naturelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
221
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION
.
T'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de Mai , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion , A Pasis
, ce 30 Avril 1755.
GUIROY.
.
T'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de Mai , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion , A Pasis
, ce 30 Avril 1755.
GUIROY.
Fermer
222
p. 131-133
Solution du problême par M. G... dans le Mercure précédent. Par M. Bezout, Maître de Mathématiques.
Début :
Soient x, y, z, les nombres d'hommes dont les premier, second & troisieme [...]
Mots clefs :
Problème d'algèbre, Problème, Équation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Solution du problême par M. G... dans le Mercure précédent. Par M. Bezout, Maître de Mathématiques.
Solution du problème propofe par M.G ...
dans le Mercure précédent. Par M. Bezout
, Maître de Mathématiques.
Oient x , y , z , les nombres d'hommes,
dont les premier , fecond & troifieme
détachemens étoient compofés.
Tout le monde connoît la méthode de
trouver un nombre qui , divifé fucceffivement
par deux nombres donnés , laiffe deux
reftes donnés, v
Ainfi on trouvera en fuivant les art.
323, & prenant rs, pour repréfenter
des nombres entiers, pofitifs , on
trouvera dis-je ,.• * — 12 r + 1 }
2= 35·5 + oloros
3
-35 johns no 23631 + $ 9
L'art. 4 donne 12 + 11 631
22 ou 122 1634 acid 9 F79
+48705... ( 1)
F vj
32 MERGURE DE FRANCE .
S. le premier détachement de- Par l'art.
Vient
122 +20
Le fecond détachement
... 35 + 7
Le troifième détachement ... 632 + 540
Donc & par les art . 6 & 7 , on aus
827
20:35:57
:: 140 : 61 ; d'où
+ ·
4 -7
165 = 700s ... (2 ).
Par les articles, 6 & 8 , on a
63 +54
3
>
183r
127 20
:: 70 : SI ; d'où Sir 490, t
+335 ... (3 ).
Si au moyen des équations ( 1 ) .. ( 2 ) ..
( 3 ) , on cherche les valeurs de r , s , t , on
trouvera r = 45 , 5 = 12 t= 4 : fubftituant'ces
valeurs dans les équations , x
= ur +11 , &c. on trouvera
...
x = 551
y = 431 ༡
Z = 311
›
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire de
faire remarquer qu'il n'y a pas d'autres
hombres qui puiffent fatisfaire au problême.
On voit allez facilement que la queftion
fe réduit à déterminer r , s , t : or on
a pour cela trois équations différentes ,
donc le problême eft déterminé ; & comme
ces équations font toutes du premier dégré
, il ne peut avoir qu'unefolution.
1 paroît donc que les autres folutions
FOKMHUIN # 11985
propofées par l'Auteur du problème ne
peuvent avoir lieu , & doivent néceffairement
manquer à quelques- unes des conditions.
Au refte je ne finirai point fans
remarquer que l'article 7 auroit pû être
énoncé d'une façon plus exacte. Il eft vrai
que le c'est- à - dire qui lie les deux propofirenferme
cet article , fe trouve
juſte dans ce cas- ci , mais c'eft par hazard ,
& c'eft la découverte des nombres 551 ,
431 & 311 , qui a pû feule faire connoître
que ces propofitions étoient les mêmes.
tions que
>
Or dès que l'énoncé ne donne pas moyen
de connoître leur identité , on eft fondé à
les regarder comme deux conditions différentes
; mais alors le problême deviendroit
plus que déterminé , ce qui feroit bien
contraire aux idées de l'Auteur , qui a regardé
jufqu'ici le problême comme indéterminé.
Je crois donc qu'il fuffifoit &
étoit même néceffaire de n'énoncer que
l'une des deux.
A Paris , ce 5 Mai 1755.
Nota. En comparant les articles cités avec
ma folution , on doit à la page 93 du Mercure
précédent , lire fept au lieu de trois.
Comme l'Auteur m'a envoyé trop tard la
fuite de ce Probleme , elle ne pourra paroître
que dans le fecond Mercure de ce mois.
dans le Mercure précédent. Par M. Bezout
, Maître de Mathématiques.
Oient x , y , z , les nombres d'hommes,
dont les premier , fecond & troifieme
détachemens étoient compofés.
Tout le monde connoît la méthode de
trouver un nombre qui , divifé fucceffivement
par deux nombres donnés , laiffe deux
reftes donnés, v
Ainfi on trouvera en fuivant les art.
323, & prenant rs, pour repréfenter
des nombres entiers, pofitifs , on
trouvera dis-je ,.• * — 12 r + 1 }
2= 35·5 + oloros
3
-35 johns no 23631 + $ 9
L'art. 4 donne 12 + 11 631
22 ou 122 1634 acid 9 F79
+48705... ( 1)
F vj
32 MERGURE DE FRANCE .
S. le premier détachement de- Par l'art.
Vient
122 +20
Le fecond détachement
... 35 + 7
Le troifième détachement ... 632 + 540
Donc & par les art . 6 & 7 , on aus
827
20:35:57
:: 140 : 61 ; d'où
+ ·
4 -7
165 = 700s ... (2 ).
Par les articles, 6 & 8 , on a
63 +54
3
>
183r
127 20
:: 70 : SI ; d'où Sir 490, t
+335 ... (3 ).
Si au moyen des équations ( 1 ) .. ( 2 ) ..
( 3 ) , on cherche les valeurs de r , s , t , on
trouvera r = 45 , 5 = 12 t= 4 : fubftituant'ces
valeurs dans les équations , x
= ur +11 , &c. on trouvera
...
x = 551
y = 431 ༡
Z = 311
›
Je ne crois pas qu'il foit néceffaire de
faire remarquer qu'il n'y a pas d'autres
hombres qui puiffent fatisfaire au problême.
On voit allez facilement que la queftion
fe réduit à déterminer r , s , t : or on
a pour cela trois équations différentes ,
donc le problême eft déterminé ; & comme
ces équations font toutes du premier dégré
, il ne peut avoir qu'unefolution.
1 paroît donc que les autres folutions
FOKMHUIN # 11985
propofées par l'Auteur du problème ne
peuvent avoir lieu , & doivent néceffairement
manquer à quelques- unes des conditions.
Au refte je ne finirai point fans
remarquer que l'article 7 auroit pû être
énoncé d'une façon plus exacte. Il eft vrai
que le c'est- à - dire qui lie les deux propofirenferme
cet article , fe trouve
juſte dans ce cas- ci , mais c'eft par hazard ,
& c'eft la découverte des nombres 551 ,
431 & 311 , qui a pû feule faire connoître
que ces propofitions étoient les mêmes.
tions que
>
Or dès que l'énoncé ne donne pas moyen
de connoître leur identité , on eft fondé à
les regarder comme deux conditions différentes
; mais alors le problême deviendroit
plus que déterminé , ce qui feroit bien
contraire aux idées de l'Auteur , qui a regardé
jufqu'ici le problême comme indéterminé.
Je crois donc qu'il fuffifoit &
étoit même néceffaire de n'énoncer que
l'une des deux.
A Paris , ce 5 Mai 1755.
Nota. En comparant les articles cités avec
ma folution , on doit à la page 93 du Mercure
précédent , lire fept au lieu de trois.
Comme l'Auteur m'a envoyé trop tard la
fuite de ce Probleme , elle ne pourra paroître
que dans le fecond Mercure de ce mois.
Fermer
Résumé : Solution du problême par M. G... dans le Mercure précédent. Par M. Bezout, Maître de Mathématiques.
Le texte expose la solution mathématique d'un problème proposé par M. G. dans un précédent numéro du Mercure. L'auteur, M. Bezout, utilise des équations pour déterminer les nombres d'hommes dans trois détachements, représentés par les variables x, y et z. En se basant sur des articles spécifiques et des équations du premier degré, Bezout calcule les valeurs de r, s et t, respectivement 45, 12 et 4. En substituant ces valeurs, il obtient x = 551, y = 431 et z = 311. Bezout affirme qu'il n'existe pas d'autres solutions possibles et que le problème est déterminé. Il critique également l'énoncé de l'article 7, le jugeant imprécis. Le texte se conclut par une note signalant une correction à apporter dans le Mercure précédent.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
223
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
"'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Juin ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
Pimpreffion. A Paris , ce 30 Mai 1755.
GUIROY.
"'Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Juin ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
Pimpreffion. A Paris , ce 30 Mai 1755.
GUIROY.
Fermer
224
p. 120-123
LETTRE de M. Descastans a M. Dupuy, Maître en Chirurgie, Associé de l'Académie de Bordeaux, & Chirurgien-major de l'Hôpital S. André de ladite ville.
Début :
MONSIEUR, j'ai communiqué à mon oncle la lettre que vous m'avez fait [...]
Mots clefs :
Bordeaux, Remèdes, Traitement, Malade, Chirurgie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Descastans a M. Dupuy, Maître en Chirurgie, Associé de l'Académie de Bordeaux, & Chirurgien-major de l'Hôpital S. André de ladite ville.
-LETTRE de M. Defcaftans a M. Dupuy,
Maître en Chirurgie , Affocié de l'Acadé-.
mie de Bordeaux , & Chirurgien -major
de l'Hôpital S. André de ladite ville.
Monde la letreque vous m'avez fait
ONSIEUR, j'ai communiqué à mon
l'honneur de m'écrire . Il a été ført furpris
qu'il y ait des Chirurgiens & autres perfonnes
dans votre province qui prétendent
qu'il foit en relation avec eux & qu'il leur.
fourniffe fes remedes , leurs mauvais fuccès
fans doute doivent détruire cette impofture
; mais il est très-certain que vous êtes
le feul à Bordeaux & dans tout le pays
avec qui il ait des correfpondances. Il vous
fera très- facile de tirer d'erreur ceux qui
yous en parleront ; il ne s'agit que d'exiger
de ces prétendus correfpondans qu'ils montrent
les lettres de M. Daran , qui feules
peuvent certifier leur commerce avec lui ,
ou d'engager ceux qui foupçonneront cette
liaifon , de lui écrire à lui- même , & il ne
manquera pas de leur faire auffi- tôt une
réponſe qui levera tous leurs doutes . Vous
connoiffez la fignature , & il ne fera pas
aifé de vous en impofer . Ce n'eft pas feulement
à Bordeaux que l'on fuppofe ces
•¿ ¿ di armik od vcorrefpondances
JUIN. 1755. 121
correfpondances avec M. Daran . On employe
le même artifice non feulement dans,
toute la France , mais encore dans les pays
étrangers ; d'autres fans avoir recours à
cette rufe , qui leur paroît apparemment
inutile , publient que les remedes dont ils
fe fervent ont été pris chez lui , & c'eſt le
plus grand nombre : ils font répandus en
plufieurs endroits , même à Paris , & ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eft que des
gens qui jouiffent d'ailleurs de la plus
grande réputation , fe vantent auffi d'avoir
les mêmes remedes que lui , & ils le perfuadent
d'autant plus facilement , qu'ils fe
font acquis beaucoup de crédit & de confiance
dans le public toujours fi facile à
être trompé. Il eft vrai qu'on fe defabuſe
à la fin , mais c'eſt toujours à ſes dépens
après avoir reconnu par un traitement
long , douloureux & inutile , qu'on auroit
dû d'abord s'adreffer à M. Daran. Il m'eſt
arrivé fouvent en lifant les lettres qu'il
reçoit des malades , d'y trouver qu'ils s'étoient
confiés à des perfonnes qui difoient
tenir de M. Daran lui-même les fondes &
les bougies dont elles faifoient ufage. Ces
malades l'avoient cru bonnement , & le
confultoient fur leur état en lui demandant
ce qui pouvoit avoir empêché leur guérifon
, après qu'ils s'étoient fervis de fes
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE. ,
reniedes avec toute l'exactitude poffible &
le plus grand régime : mon oncle fe trouvoit
obligé de leur répondre qu'ils avoient
été trompés , & qu'il n'étoit point du tout
vrai qu'on eût pris les remedes chez lui.
Les malades de leur côté fe voyoient dans
la trifte néceffité de fe foumettre à un nouveau
traitement complet , trop heureux
encore d'en être quittes pour l'inutilité du
premier , & de n'avoir été qu'à demi les
victimes de cette contrebande fi funefte à
tant d'autres .
Mon oncle a reçu des plaintes de quan
tité de perfonnes à qui ces faux remedes
avoient caufé des accidens très - fâcheux.
J'ai cru devoir rendre cette lettre publique
, pour détromper les perfonnes qui ont
intérêt de l'être , & pour mettre un frein
à l'avidité de ceux qui fe croyent permis
d'abufer de la crédulité publique pour leur
profit particulier on fent bien quelles
font les fuites funeftes de cet artifice . Les
malades qui voyent leur état empirer , au
lieu de changer en mieux par l'ufage des
remedes qu'ils croyent de la compofition
de M. Daran , s'imaginent que leur mal
eft incurable , parce qu'il a réfifté aux fecours
qui font généralement reconnus
comme les plus propres pour le guérir , &
tombent dans un defefpoir auffi contraire
JUI N. 1735. 123
:
à leur rétabliſſement qu'affligeant pour
leur famille mais il leur fera facile de
s'épargner un fi cruel embarras , comme
auffi le defagrément d'un traitement repété
, s'ils veulent avant que de fe confier à
qui que ce foit , écrire à M. Daran , pour
fçavoir au jufte fi ceux qui ont entrepris de
les traiter , ont des correfpondances avec
lui . Ils recevront infailliblement une réponſe
qui éclaircira leurs doutes , & les
fauvera du danger où ils s'alloient peutêtre
expofer imprudemment.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESCASTANS.
A Paris , cè 8 Avril 1755•
Maître en Chirurgie , Affocié de l'Acadé-.
mie de Bordeaux , & Chirurgien -major
de l'Hôpital S. André de ladite ville.
Monde la letreque vous m'avez fait
ONSIEUR, j'ai communiqué à mon
l'honneur de m'écrire . Il a été ført furpris
qu'il y ait des Chirurgiens & autres perfonnes
dans votre province qui prétendent
qu'il foit en relation avec eux & qu'il leur.
fourniffe fes remedes , leurs mauvais fuccès
fans doute doivent détruire cette impofture
; mais il est très-certain que vous êtes
le feul à Bordeaux & dans tout le pays
avec qui il ait des correfpondances. Il vous
fera très- facile de tirer d'erreur ceux qui
yous en parleront ; il ne s'agit que d'exiger
de ces prétendus correfpondans qu'ils montrent
les lettres de M. Daran , qui feules
peuvent certifier leur commerce avec lui ,
ou d'engager ceux qui foupçonneront cette
liaifon , de lui écrire à lui- même , & il ne
manquera pas de leur faire auffi- tôt une
réponſe qui levera tous leurs doutes . Vous
connoiffez la fignature , & il ne fera pas
aifé de vous en impofer . Ce n'eft pas feulement
à Bordeaux que l'on fuppofe ces
•¿ ¿ di armik od vcorrefpondances
JUIN. 1755. 121
correfpondances avec M. Daran . On employe
le même artifice non feulement dans,
toute la France , mais encore dans les pays
étrangers ; d'autres fans avoir recours à
cette rufe , qui leur paroît apparemment
inutile , publient que les remedes dont ils
fe fervent ont été pris chez lui , & c'eſt le
plus grand nombre : ils font répandus en
plufieurs endroits , même à Paris , & ce
qu'il y a de plus étonnant , c'eft que des
gens qui jouiffent d'ailleurs de la plus
grande réputation , fe vantent auffi d'avoir
les mêmes remedes que lui , & ils le perfuadent
d'autant plus facilement , qu'ils fe
font acquis beaucoup de crédit & de confiance
dans le public toujours fi facile à
être trompé. Il eft vrai qu'on fe defabuſe
à la fin , mais c'eſt toujours à ſes dépens
après avoir reconnu par un traitement
long , douloureux & inutile , qu'on auroit
dû d'abord s'adreffer à M. Daran. Il m'eſt
arrivé fouvent en lifant les lettres qu'il
reçoit des malades , d'y trouver qu'ils s'étoient
confiés à des perfonnes qui difoient
tenir de M. Daran lui-même les fondes &
les bougies dont elles faifoient ufage. Ces
malades l'avoient cru bonnement , & le
confultoient fur leur état en lui demandant
ce qui pouvoit avoir empêché leur guérifon
, après qu'ils s'étoient fervis de fes
II. Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE. ,
reniedes avec toute l'exactitude poffible &
le plus grand régime : mon oncle fe trouvoit
obligé de leur répondre qu'ils avoient
été trompés , & qu'il n'étoit point du tout
vrai qu'on eût pris les remedes chez lui.
Les malades de leur côté fe voyoient dans
la trifte néceffité de fe foumettre à un nouveau
traitement complet , trop heureux
encore d'en être quittes pour l'inutilité du
premier , & de n'avoir été qu'à demi les
victimes de cette contrebande fi funefte à
tant d'autres .
Mon oncle a reçu des plaintes de quan
tité de perfonnes à qui ces faux remedes
avoient caufé des accidens très - fâcheux.
J'ai cru devoir rendre cette lettre publique
, pour détromper les perfonnes qui ont
intérêt de l'être , & pour mettre un frein
à l'avidité de ceux qui fe croyent permis
d'abufer de la crédulité publique pour leur
profit particulier on fent bien quelles
font les fuites funeftes de cet artifice . Les
malades qui voyent leur état empirer , au
lieu de changer en mieux par l'ufage des
remedes qu'ils croyent de la compofition
de M. Daran , s'imaginent que leur mal
eft incurable , parce qu'il a réfifté aux fecours
qui font généralement reconnus
comme les plus propres pour le guérir , &
tombent dans un defefpoir auffi contraire
JUI N. 1735. 123
:
à leur rétabliſſement qu'affligeant pour
leur famille mais il leur fera facile de
s'épargner un fi cruel embarras , comme
auffi le defagrément d'un traitement repété
, s'ils veulent avant que de fe confier à
qui que ce foit , écrire à M. Daran , pour
fçavoir au jufte fi ceux qui ont entrepris de
les traiter , ont des correfpondances avec
lui . Ils recevront infailliblement une réponſe
qui éclaircira leurs doutes , & les
fauvera du danger où ils s'alloient peutêtre
expofer imprudemment.
J'ai l'honneur d'être , &c.
DESCASTANS.
A Paris , cè 8 Avril 1755•
Fermer
Résumé : LETTRE de M. Descastans a M. Dupuy, Maître en Chirurgie, Associé de l'Académie de Bordeaux, & Chirurgien-major de l'Hôpital S. André de ladite ville.
La lettre de M. Descastans à M. Dupuy, maître en chirurgie et associé de l'Académie de Bordeaux, met en lumière une fraude concernant les remèdes attribués à M. Daran. Des individus prétendent correspondre avec M. Daran et fournissent des remèdes, mais leurs échecs révèlent leur imposture. M. Daran affirme que M. Dupuy est le seul interlocuteur avec qui il correspond à Bordeaux. Pour démasquer les imposteurs, il est recommandé de demander des lettres authentiques de M. Daran ou de lui écrire directement. Cette fraude ne se limite pas à Bordeaux mais se répand en France et à l'étranger. Des personnes, même réputées, se vantent de posséder les mêmes remèdes que M. Daran, trompant ainsi le public. Les malades, après des traitements inefficaces, se retrouvent souvent dans des situations désespérées. M. Descastans conseille aux malades de vérifier auprès de M. Daran avant de se confier à quiconque, afin d'éviter des traitements inutiles et dangereux. La lettre vise à détromper les personnes intéressées et à freiner l'avidité de ceux qui abusent de la crédulité publique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
225
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
"Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le fecond volume du Mercure de Juin ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 16 Juin 1755.
GUIROY.
"Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le fecond volume du Mercure de Juin ,
& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 16 Juin 1755.
GUIROY.
Fermer
226
p. 131-141
Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
Début :
C'est un époux, Monsieur, qui va vous entretenir ; c'est un militaire qui va [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malade, Opération, Douleurs, Guérison, Capitaine d'infanterie, Professeur en chirurgie, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
Lettre écrite à M. M ....
Chirurgie , par M. Boucher , Capitaine
d'Infanterie.
C
'Eft un époux , Monfieur , qui va vous
entretenir ; c'eſt un militaire qui va
vous écrire ; c'eſt affez vous en dire pour
mériter votre indulgence . Ce préambule
vous feroit inutile fi j'étois initié dans l'art
de la Chirurgie. Ecrivant à un maître tel
que vous , je n'aurois befoin que de m'énoncer
, vous m'entendriez clairement
mais il s'agit de vous parler une langue qui
m'eft étrangere , & de vous donner à deviner
le plus aiſement que je pourrai. Ce
fera donc , Monfieur , l'amour conjugal
qui fera mon interprête ; c'eſt lui qui m'engage
aujourd'hui à vous rendre compte
d'une maladie que j'ai d'autant mieux étu-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
diée qu'elle m'a tant effrayé pour les jours
de ma chere femme.
›
Vous ne rae remettez peut - être plus ,
Monfieur , & par conféquent il eft néceffaire
de vous dire qui je fuis. Mon nom
n'eft pas fuffifant pour vous remettre fur
la voie il faut vous dire qu'au mois de
Décembre dernier je vous invitai chez
moi , rue Poiffonniere , avec M. M ....
Chirurgien major de l'Hôtel - Dieu , pour
vous confulter für la maladie dont ma
femme étoit attaquée depuis treize ans.
Cette maladie , Monfieur , étoit la plus
terrible fiftule qu'on ait jamais eue Ma femme
eft créole , de l'ifle de Bourbon , & elle
attribue cette maladie à une chûte qu'elle
fit quelques années avant que je l'époufaffe
, d'une terraffe de vingt pieds de haut
pour le moins. Cette chûte ne lui caufa
que quelques douleurs & meurtriffures
qui fe diffiperen: en peu de tems , par les
fecours qu'on lui donna. Elle n'eût aucun.
fymptome de fiftule , mais un an après notre
mariage elle mit au monde un fils
foit effet de la groffefle ou de la couche ,
elle commença à fentir des douleurs à l'anus
, qui cefferent néanmoins lorfqu'elle
fut rélevée & rétablie de cette premiere
couche. Elle fut environ trois ans fans devenir
enceinte , pendant lequel tems elle
"
JUILLET . 1755. 133
ne fentit aucune douleur ; mais l'étant
devenue , fur le neuvieme meis de fa groffelle
il fe forma en neuf jours un dépot
ficonfidérable qu'elle fouffrit nuit & jour
Toutes les douleurs qu'un panari violent
peut occafionner . Les Chirurgiens de l'afle
peu au fait de leur métier , encore moins
de ces fortes de maladies , ne regarderent
ce dépôt que comme un abcès . Lorfque la
matiere fut bien formée la tumeur perça
d'elle- même , & vuida une quantité prodigieufe
de pûs . Cette évacuation foulagea
fubitement & totalement la malade
qui accoucha le lendemain d'une fille qui fe
porte très bien aujourd'hui. Nos Docteurs
laifferent fermer le fac de lui- même , &
fans doute le loup fut enfermé dans la bergerie
, puifqu'à une troifieme grofleffe.
l'abcès reparut. Pour lors d'autres Chirur
giens de vaiffeaux qui fe trouverent là ,
martyriferent la malade a grands coups de
biftouris , & s'efforcerent de cueillir un
fruit qui n'étoit pas mûr , & qu'ils ne connoilfoient
fans doute pas ; cependant elle
accoucha d'un garçon bien à terme , mais ,
mort par une peur qu'un incendie avoit
caufée à la mere chez elle . L'abcès diſparut
donc encore , & tant que ma femme ne
devenoit pas groffe elle ne fe fentoit de
rien. A la quatrieme groffeffe l'abcès re134
MERCURE DE FRANCE .
que cet
commença , à la cinquieme de même ; &
enfin à la fixieme qui eft arrivée l'année
derniere , il fe forma fur le dernier mois.
Mon épouſe fouffrit beaucoup , le Chirurgien
du logis qui avoit foin d'elle depuis
fon arrivée en Europe , me confia
abcès étoit fiftuleux , pour lors je lui
гар-
portai tout ce que je viens d'avoir l'honneur
de vous dire , & il la panfa en conféquence.
Elle étoit trop avancée dans fa
groffeffe pour entreprendre la guérifon
d'une pareille maladie ; mais loin de la
traiter comme on avoit fait aux Indes , au
contraire il eut grand foin de conferver
cet abcès ouvert , & de donner iffue à la
matiere qu'il fourniffoit journellement
illa panfoit deux fois par jour , & au terme
de neufmois elle accoucha d'une fille pleine
de fanté , & cela fans accident. Le
Chirurgien de la maifon continua à la
panſer exactement pendant deux mois depuis
fa couche , après lequel tems il me
confeilla lui-même de vous appeller au fecours
, me déclarant que la maladie étoit
une fiftule .
Voici , Monfieur , où la grande hiftoire
commence. Vous eûtes la bonté de vous
rendre chez moi avec M. M..... mon
Chirurgien y étoit , & on vous rendit
compte de tout ce que je viens de vous
JUILLET. 1755- 135
répéter. La malade étoit bien prévenue
qu'elle avoit une fiftule , mais elle n'étoit
point portée pour l'opération , parce que
quelques perfonnes lui avoient confeillé
les cauftiques. Vous fondâtes vous-même
le mal , & fuivant votre avis , ainfi que
celui de M. M. . . . vous jugeâtes que
c'étoit une fiftule borgne ; même , me
dites- vous alors , fans clapier & fans que
l'inteftin fût offenfé , car vous fuppofiez
encore une grande diſtance entre le vice &
l'inteftin. Eh bien , Monfieur , l'événement
a fait voir le contraire , & je m'en fuis
convaincu par ce que j'ai vû. Mais fuivez
moi , s'il vous plaît : vous jugeates donc
la fiftule borgne ordinaire , en un mot
point confidérable ; je vous demandai ce
qu'il y avoit à faire , vous me fites l'honneur
de me dire qu'il falloit faire l'opération
, que cela feroit peu de chofe , & que
ma femme n'avoit aucun rifque à courir ;
je vous dis que la malade ne s'y réfoudroit
jamais , & qu'elle préféreroit de fe faire
guérir par les cauftiques. M. Braffant
me dites - vous fur le champ , peut la
guérir ; mais je fuis furpris qu'on préfere
des fouffrances de cinq à fix mois à
une minute & demie. Cependant , continuates-
vous , je vous confeille de commencer
par lui guérir l'efprit. Elle préfere ce
>
136 MERCURE DE FRANCE.
remede , il faut le lui donner. Il détruir
par le feu ce que le nôtre détruit par le fer.
Ho! nous y voilà , Monfieur. Riez tant
qu'il vous ppllaaiirraa de mon extravagance ;
mais je ne veux point difputer avec vous .
Je prétens vous prouver que les événemens
dont je vous ai parlé , font feuls
capables de faire connoître les maladies.
De plus , je prétends vous démontrer que
la méthode des cauftiques eft préférable à
l'opération , fur- tout à de pareilles fiftulles .
Je vous vois déja me railler & me tourner
en ridicule : n'importe , je me hazarde , &
m'encourage ; c'eft que ma femme eft guérie.
Je commence.
La fiſtulle , Monfieur , me paroît à préfent
un terrier de lapin , lequel dans l'inté
rieur forme la figure de ziczac. Si je pouffe
un bâton par fon ouverture , il arrive que
je trouve bientôt une réſiſtance , mais ce
n'eſt pas le fond du terrier ; & quand j'em- -
porterois toute la furface , jufqu'à la profondeur
qui en a procuré la réfiſtance au
bâton , je n'aurois pas encore découvert le
fond de mon gîte. Or la fonde me paroît de
même dans une fiftulle à un pouce , deux
pouces , & plus , fi vous voulez ; elle peut
fentir un arrêt qui paroît être le fond , mais
Louvent ce n'eft que l'endroit où le finus
prend un détour, & qui s'étend encore à une
י
}
JUILLET. 1735 137
certaine profondeur , où il en prend encore
une autre. Comment la fonde peut- elle
nous dire tout cela ? Non , il est donc im- -
poffible de juger d'une fiftulle par la fonde
, & pour voir ce qu'il y a dans un vaſe ,
il faut le découvrir. Je fçais qu'avec l'inftrument
on emporte plus que moins , &
qu'enfuite les cifeaux fuppléent au beſoin ,
mais le fang accable & peut fort bien empêcher
de voir un malin finus qui pourſuit
fa route bien au- delà de ce qu'on s'imaginoit
; néanmoins l'opération guérit radicalement
la fiftulle , je le fçais , j'en conviens
; mais jamais elle n'eût guéri celle
de ma femme , puifque l'inftrument n'auroit
pû aller à la profondeur , & qu'encore
une fois on ne la croyoit pas confiderable .
Je fuis moralement sûr qu'elle eût été manquée
, elle n'auroit pas été la premiere ;
mais en outre quel rifque n'eut- elle point
couru ? les fouffrances des panfemens , les
douleurs de la garderobe , les rifques du
dévoiement , d'une fiévre , d'une hémoragie
, en un mot , un nombre de jours dans
un lit à fouffrir & à vivre fans manger.
Or par la méthode de M. Braffant avec fon
cauftique , il eft impoflible qu'il manque
une fiftulle , lorsqu'il la traitera lui -même,
& fon malade ne court aucun des rifques
que je viens de dire ; il eft vrai qu'on
138 MERCURE DE FRANCE.
fouffre le martyre. On dit qu'il en a guéri
& qu'il en a manqué : je foutiens qu'il n'en
a manqué aucun , à moins que ce foit des
gens aufquels les douleurs ont fait abandonner
le remede ; mais quand on voudra
les fouffrir , on eft sûr de la guérifon . Il
n'y a peut- être jamais eu perfonne que má
femme qui ait fouffert une quantité fi prodi
gieufe de cauftiques, puifqu'elle en a eu 33 ;
mais fi elle avoit abandonné au trentieme ,
sûrement elle n'eût point été guérie. J'appellai
donc M. Braffant le lendemain de votre
vifite. Je ne lui parlai point de la conful
tation qui avoit été faite la veille , je lui
dis fimplement que ma femme étoit atta
quée d'une fiftulle depuis 13 ans. Je lui fis
le détail de cette maladie tel que j'avois
eu l'honneur de vous le faire , & j'ajoûtai
que la malade ayant oui parler de fa méthode
la préféroit à l'opération . Il vit fon
mal & le confidera long- tems ; il tâta les
environs , & jugea que la fiftulle étoit con
fidérable , affurant que l'inteftin étoit of
fenfé ; mais qu'il étoit sûr de la guérifon
radicale , fi la malade vouloit avoir de la
confiance & du courage , parce que font
remede étoit violent : ma femme s'y livra
toute entiere , fur-tout efpérant de pouvoir
guérir fans opération . Elle lui demanda le
régime qu'elle avoit à fuivre ; mais quelle
JUILLET. 1755. 139
fut la joye & fa furpriſe lorfque M. Bralfant
lui dit qu'elle n'avoit qu'à vivre à ſon
ordinaire & conferver fon apétit.
Avouez , Monfieur , que voilà un régime
bien doux & bien différent de celui que
l'oppération exige. La malade avoit été
préparée , & deux mois s'étoient écoulés
depuis fa couche , ce qui fit que M. Braffant
la commença le lendemain 10 Décembre
1754. Il lui appliqua le premier cauftique
à 9 heures du matin , qui fit l'effet
qu'il en attendoit. La malade fouffrit la
douleur que ce remede lui caufa avec un
courage héroïque ; elle fouffroit , mais elle
difoit elle-même que c'étoit fupportable.
M. Braſſant vint la voir le foir , & il fut
furpris de trouver une femme fi courageufe.
Le lendemain matin il vint la panfer ,
les cauftiques avoient brûlé une quantité
de chairs qui commençoient à former un
efcard , ils avoient occafionné un gonfle→
ment confidérable dans toutes les parties
fpongieufes & vicieufes. Le troifieme jour
cet efcard tomba & occafionna une ouverture
affez confidérable , procura la facilité
à M. Braffant de voir différens finus renfermés
dans cette partie ; il les attaqua les
uns après les autres par fes cauftiques , &
plus il en détruifoit , plus l'ouverture s'agrandiffoit
& la profondeur paroiffoit.
140 MERCURE DE FRANCE.
Après que la malade cut fupporté dix a
douze cauftiques , pour lors M. Braffant vit
clairement toute l'étendue du mal ; il s'apperçut
que l'inteftin étoit percé , qu'un
finus fe pourfuivoit droit au gros boyau
il tint toujours ce finus découvert , & s'attachant
à détruire toutes les parties qui
l'environnoient & qui étoient offenfées ; it
y parvint par la fuite , & c'eft ce qui prolongea
la guérifon pour lors , il ne lui
refta plus que le finus principal , ou le fond
du fac qu'il attaqua avec tant de fuccès
que le 30 Avril il vit tout le vice détruit ,
& parvint à une guérifon radicale & certaine
. Voilà , Monfieur , tout le détail que
mon affiduité aux panfemens me permet
de vous faire ; mais vous ne pouvez vous
imaginer l'étendue de ce mal , & je crois
fermement que l'opération ne l'eût point
guéri , d'autant mieux qu'on ne jugeoit
point cette fiftulle fi confidérable. Remarquez
que par la méthode de M. Braffant ,
il n'y a point de fiévre à craindre , point
de dévoiement à appréhender , point de
régime à garder & point de douleurs en
allant à la garderobbe , en un mot point
de danger à courir pour le malade rout
cela , Monfieur , ne me feroit point balancer
à préferer cette méthode à l'opération
d'autant mieux encore qu'il eft impoffible
JUILLET. 1755- 141
qu'on laiffe la moindre chofe par cette fade
traiter une fiftulle.
çon
Il me reste encore à vous parler d'un
article auquel peu de Chirurgiens ajoûtent
foi , c'eft fur l'efpéce de cauftique dont
M. Braffant fe fert . Je crois réellement que
ce cauftique eft à lui feul & à fon fils , &
je ferois porté à croire qu'un autre que lui
qui voudroit traiter la fiftulle par ces cauftiques
y échoueroit , n'ayant ni la pratique
, ni le cauftique de M. Braffant : ne
feroit- ce pas cela qui auroit donné lieu de
croire au public que fi M. Braffant en a
guéri , il en a auffi manqué ? Cela fe
roit bien , Monfieur , & j'en ferois conyaincu
, fi quelqu'un me difoit avoir été
manqué par M. Braffant , pere ou fils.
pour-
Je fuis fâché , Monfieur , de vous avoir
diftrait & peut-être ennuyé par mon verbiage
; mais paffez- le moi en faveur de la
joye que me caufe la guérifon de ma femme
, & de la part que vous avez bien voulu
prendre à fa maladie .
J'ai l'honneur d'être , &c..
BOUCHER.
Paris , ce 2 Mai 1755 .
Chirurgie , par M. Boucher , Capitaine
d'Infanterie.
C
'Eft un époux , Monfieur , qui va vous
entretenir ; c'eſt un militaire qui va
vous écrire ; c'eſt affez vous en dire pour
mériter votre indulgence . Ce préambule
vous feroit inutile fi j'étois initié dans l'art
de la Chirurgie. Ecrivant à un maître tel
que vous , je n'aurois befoin que de m'énoncer
, vous m'entendriez clairement
mais il s'agit de vous parler une langue qui
m'eft étrangere , & de vous donner à deviner
le plus aiſement que je pourrai. Ce
fera donc , Monfieur , l'amour conjugal
qui fera mon interprête ; c'eſt lui qui m'engage
aujourd'hui à vous rendre compte
d'une maladie que j'ai d'autant mieux étu-
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
diée qu'elle m'a tant effrayé pour les jours
de ma chere femme.
›
Vous ne rae remettez peut - être plus ,
Monfieur , & par conféquent il eft néceffaire
de vous dire qui je fuis. Mon nom
n'eft pas fuffifant pour vous remettre fur
la voie il faut vous dire qu'au mois de
Décembre dernier je vous invitai chez
moi , rue Poiffonniere , avec M. M ....
Chirurgien major de l'Hôtel - Dieu , pour
vous confulter für la maladie dont ma
femme étoit attaquée depuis treize ans.
Cette maladie , Monfieur , étoit la plus
terrible fiftule qu'on ait jamais eue Ma femme
eft créole , de l'ifle de Bourbon , & elle
attribue cette maladie à une chûte qu'elle
fit quelques années avant que je l'époufaffe
, d'une terraffe de vingt pieds de haut
pour le moins. Cette chûte ne lui caufa
que quelques douleurs & meurtriffures
qui fe diffiperen: en peu de tems , par les
fecours qu'on lui donna. Elle n'eût aucun.
fymptome de fiftule , mais un an après notre
mariage elle mit au monde un fils
foit effet de la groffefle ou de la couche ,
elle commença à fentir des douleurs à l'anus
, qui cefferent néanmoins lorfqu'elle
fut rélevée & rétablie de cette premiere
couche. Elle fut environ trois ans fans devenir
enceinte , pendant lequel tems elle
"
JUILLET . 1755. 133
ne fentit aucune douleur ; mais l'étant
devenue , fur le neuvieme meis de fa groffelle
il fe forma en neuf jours un dépot
ficonfidérable qu'elle fouffrit nuit & jour
Toutes les douleurs qu'un panari violent
peut occafionner . Les Chirurgiens de l'afle
peu au fait de leur métier , encore moins
de ces fortes de maladies , ne regarderent
ce dépôt que comme un abcès . Lorfque la
matiere fut bien formée la tumeur perça
d'elle- même , & vuida une quantité prodigieufe
de pûs . Cette évacuation foulagea
fubitement & totalement la malade
qui accoucha le lendemain d'une fille qui fe
porte très bien aujourd'hui. Nos Docteurs
laifferent fermer le fac de lui- même , &
fans doute le loup fut enfermé dans la bergerie
, puifqu'à une troifieme grofleffe.
l'abcès reparut. Pour lors d'autres Chirur
giens de vaiffeaux qui fe trouverent là ,
martyriferent la malade a grands coups de
biftouris , & s'efforcerent de cueillir un
fruit qui n'étoit pas mûr , & qu'ils ne connoilfoient
fans doute pas ; cependant elle
accoucha d'un garçon bien à terme , mais ,
mort par une peur qu'un incendie avoit
caufée à la mere chez elle . L'abcès diſparut
donc encore , & tant que ma femme ne
devenoit pas groffe elle ne fe fentoit de
rien. A la quatrieme groffeffe l'abcès re134
MERCURE DE FRANCE .
que cet
commença , à la cinquieme de même ; &
enfin à la fixieme qui eft arrivée l'année
derniere , il fe forma fur le dernier mois.
Mon épouſe fouffrit beaucoup , le Chirurgien
du logis qui avoit foin d'elle depuis
fon arrivée en Europe , me confia
abcès étoit fiftuleux , pour lors je lui
гар-
portai tout ce que je viens d'avoir l'honneur
de vous dire , & il la panfa en conféquence.
Elle étoit trop avancée dans fa
groffeffe pour entreprendre la guérifon
d'une pareille maladie ; mais loin de la
traiter comme on avoit fait aux Indes , au
contraire il eut grand foin de conferver
cet abcès ouvert , & de donner iffue à la
matiere qu'il fourniffoit journellement
illa panfoit deux fois par jour , & au terme
de neufmois elle accoucha d'une fille pleine
de fanté , & cela fans accident. Le
Chirurgien de la maifon continua à la
panſer exactement pendant deux mois depuis
fa couche , après lequel tems il me
confeilla lui-même de vous appeller au fecours
, me déclarant que la maladie étoit
une fiftule .
Voici , Monfieur , où la grande hiftoire
commence. Vous eûtes la bonté de vous
rendre chez moi avec M. M..... mon
Chirurgien y étoit , & on vous rendit
compte de tout ce que je viens de vous
JUILLET. 1755- 135
répéter. La malade étoit bien prévenue
qu'elle avoit une fiftule , mais elle n'étoit
point portée pour l'opération , parce que
quelques perfonnes lui avoient confeillé
les cauftiques. Vous fondâtes vous-même
le mal , & fuivant votre avis , ainfi que
celui de M. M. . . . vous jugeâtes que
c'étoit une fiftule borgne ; même , me
dites- vous alors , fans clapier & fans que
l'inteftin fût offenfé , car vous fuppofiez
encore une grande diſtance entre le vice &
l'inteftin. Eh bien , Monfieur , l'événement
a fait voir le contraire , & je m'en fuis
convaincu par ce que j'ai vû. Mais fuivez
moi , s'il vous plaît : vous jugeates donc
la fiftule borgne ordinaire , en un mot
point confidérable ; je vous demandai ce
qu'il y avoit à faire , vous me fites l'honneur
de me dire qu'il falloit faire l'opération
, que cela feroit peu de chofe , & que
ma femme n'avoit aucun rifque à courir ;
je vous dis que la malade ne s'y réfoudroit
jamais , & qu'elle préféreroit de fe faire
guérir par les cauftiques. M. Braffant
me dites - vous fur le champ , peut la
guérir ; mais je fuis furpris qu'on préfere
des fouffrances de cinq à fix mois à
une minute & demie. Cependant , continuates-
vous , je vous confeille de commencer
par lui guérir l'efprit. Elle préfere ce
>
136 MERCURE DE FRANCE.
remede , il faut le lui donner. Il détruir
par le feu ce que le nôtre détruit par le fer.
Ho! nous y voilà , Monfieur. Riez tant
qu'il vous ppllaaiirraa de mon extravagance ;
mais je ne veux point difputer avec vous .
Je prétens vous prouver que les événemens
dont je vous ai parlé , font feuls
capables de faire connoître les maladies.
De plus , je prétends vous démontrer que
la méthode des cauftiques eft préférable à
l'opération , fur- tout à de pareilles fiftulles .
Je vous vois déja me railler & me tourner
en ridicule : n'importe , je me hazarde , &
m'encourage ; c'eft que ma femme eft guérie.
Je commence.
La fiſtulle , Monfieur , me paroît à préfent
un terrier de lapin , lequel dans l'inté
rieur forme la figure de ziczac. Si je pouffe
un bâton par fon ouverture , il arrive que
je trouve bientôt une réſiſtance , mais ce
n'eſt pas le fond du terrier ; & quand j'em- -
porterois toute la furface , jufqu'à la profondeur
qui en a procuré la réfiſtance au
bâton , je n'aurois pas encore découvert le
fond de mon gîte. Or la fonde me paroît de
même dans une fiftulle à un pouce , deux
pouces , & plus , fi vous voulez ; elle peut
fentir un arrêt qui paroît être le fond , mais
Louvent ce n'eft que l'endroit où le finus
prend un détour, & qui s'étend encore à une
י
}
JUILLET. 1735 137
certaine profondeur , où il en prend encore
une autre. Comment la fonde peut- elle
nous dire tout cela ? Non , il est donc im- -
poffible de juger d'une fiftulle par la fonde
, & pour voir ce qu'il y a dans un vaſe ,
il faut le découvrir. Je fçais qu'avec l'inftrument
on emporte plus que moins , &
qu'enfuite les cifeaux fuppléent au beſoin ,
mais le fang accable & peut fort bien empêcher
de voir un malin finus qui pourſuit
fa route bien au- delà de ce qu'on s'imaginoit
; néanmoins l'opération guérit radicalement
la fiftulle , je le fçais , j'en conviens
; mais jamais elle n'eût guéri celle
de ma femme , puifque l'inftrument n'auroit
pû aller à la profondeur , & qu'encore
une fois on ne la croyoit pas confiderable .
Je fuis moralement sûr qu'elle eût été manquée
, elle n'auroit pas été la premiere ;
mais en outre quel rifque n'eut- elle point
couru ? les fouffrances des panfemens , les
douleurs de la garderobe , les rifques du
dévoiement , d'une fiévre , d'une hémoragie
, en un mot , un nombre de jours dans
un lit à fouffrir & à vivre fans manger.
Or par la méthode de M. Braffant avec fon
cauftique , il eft impoflible qu'il manque
une fiftulle , lorsqu'il la traitera lui -même,
& fon malade ne court aucun des rifques
que je viens de dire ; il eft vrai qu'on
138 MERCURE DE FRANCE.
fouffre le martyre. On dit qu'il en a guéri
& qu'il en a manqué : je foutiens qu'il n'en
a manqué aucun , à moins que ce foit des
gens aufquels les douleurs ont fait abandonner
le remede ; mais quand on voudra
les fouffrir , on eft sûr de la guérifon . Il
n'y a peut- être jamais eu perfonne que má
femme qui ait fouffert une quantité fi prodi
gieufe de cauftiques, puifqu'elle en a eu 33 ;
mais fi elle avoit abandonné au trentieme ,
sûrement elle n'eût point été guérie. J'appellai
donc M. Braffant le lendemain de votre
vifite. Je ne lui parlai point de la conful
tation qui avoit été faite la veille , je lui
dis fimplement que ma femme étoit atta
quée d'une fiftulle depuis 13 ans. Je lui fis
le détail de cette maladie tel que j'avois
eu l'honneur de vous le faire , & j'ajoûtai
que la malade ayant oui parler de fa méthode
la préféroit à l'opération . Il vit fon
mal & le confidera long- tems ; il tâta les
environs , & jugea que la fiftulle étoit con
fidérable , affurant que l'inteftin étoit of
fenfé ; mais qu'il étoit sûr de la guérifon
radicale , fi la malade vouloit avoir de la
confiance & du courage , parce que font
remede étoit violent : ma femme s'y livra
toute entiere , fur-tout efpérant de pouvoir
guérir fans opération . Elle lui demanda le
régime qu'elle avoit à fuivre ; mais quelle
JUILLET. 1755. 139
fut la joye & fa furpriſe lorfque M. Bralfant
lui dit qu'elle n'avoit qu'à vivre à ſon
ordinaire & conferver fon apétit.
Avouez , Monfieur , que voilà un régime
bien doux & bien différent de celui que
l'oppération exige. La malade avoit été
préparée , & deux mois s'étoient écoulés
depuis fa couche , ce qui fit que M. Braffant
la commença le lendemain 10 Décembre
1754. Il lui appliqua le premier cauftique
à 9 heures du matin , qui fit l'effet
qu'il en attendoit. La malade fouffrit la
douleur que ce remede lui caufa avec un
courage héroïque ; elle fouffroit , mais elle
difoit elle-même que c'étoit fupportable.
M. Braſſant vint la voir le foir , & il fut
furpris de trouver une femme fi courageufe.
Le lendemain matin il vint la panfer ,
les cauftiques avoient brûlé une quantité
de chairs qui commençoient à former un
efcard , ils avoient occafionné un gonfle→
ment confidérable dans toutes les parties
fpongieufes & vicieufes. Le troifieme jour
cet efcard tomba & occafionna une ouverture
affez confidérable , procura la facilité
à M. Braffant de voir différens finus renfermés
dans cette partie ; il les attaqua les
uns après les autres par fes cauftiques , &
plus il en détruifoit , plus l'ouverture s'agrandiffoit
& la profondeur paroiffoit.
140 MERCURE DE FRANCE.
Après que la malade cut fupporté dix a
douze cauftiques , pour lors M. Braffant vit
clairement toute l'étendue du mal ; il s'apperçut
que l'inteftin étoit percé , qu'un
finus fe pourfuivoit droit au gros boyau
il tint toujours ce finus découvert , & s'attachant
à détruire toutes les parties qui
l'environnoient & qui étoient offenfées ; it
y parvint par la fuite , & c'eft ce qui prolongea
la guérifon pour lors , il ne lui
refta plus que le finus principal , ou le fond
du fac qu'il attaqua avec tant de fuccès
que le 30 Avril il vit tout le vice détruit ,
& parvint à une guérifon radicale & certaine
. Voilà , Monfieur , tout le détail que
mon affiduité aux panfemens me permet
de vous faire ; mais vous ne pouvez vous
imaginer l'étendue de ce mal , & je crois
fermement que l'opération ne l'eût point
guéri , d'autant mieux qu'on ne jugeoit
point cette fiftulle fi confidérable. Remarquez
que par la méthode de M. Braffant ,
il n'y a point de fiévre à craindre , point
de dévoiement à appréhender , point de
régime à garder & point de douleurs en
allant à la garderobbe , en un mot point
de danger à courir pour le malade rout
cela , Monfieur , ne me feroit point balancer
à préferer cette méthode à l'opération
d'autant mieux encore qu'il eft impoffible
JUILLET. 1755- 141
qu'on laiffe la moindre chofe par cette fade
traiter une fiftulle.
çon
Il me reste encore à vous parler d'un
article auquel peu de Chirurgiens ajoûtent
foi , c'eft fur l'efpéce de cauftique dont
M. Braffant fe fert . Je crois réellement que
ce cauftique eft à lui feul & à fon fils , &
je ferois porté à croire qu'un autre que lui
qui voudroit traiter la fiftulle par ces cauftiques
y échoueroit , n'ayant ni la pratique
, ni le cauftique de M. Braffant : ne
feroit- ce pas cela qui auroit donné lieu de
croire au public que fi M. Braffant en a
guéri , il en a auffi manqué ? Cela fe
roit bien , Monfieur , & j'en ferois conyaincu
, fi quelqu'un me difoit avoir été
manqué par M. Braffant , pere ou fils.
pour-
Je fuis fâché , Monfieur , de vous avoir
diftrait & peut-être ennuyé par mon verbiage
; mais paffez- le moi en faveur de la
joye que me caufe la guérifon de ma femme
, & de la part que vous avez bien voulu
prendre à fa maladie .
J'ai l'honneur d'être , &c..
BOUCHER.
Paris , ce 2 Mai 1755 .
Fermer
Résumé : Lettre écrite à M. M.... Professeur en Chirurgie, par M. Boucher, Capitaine d'Infanterie.
La lettre est rédigée par M. Boucher, capitaine d'infanterie, à un chirurgien de renom, M. M..., pour discuter de la maladie de son épouse. Cette dernière, une Créole de l'île de Bourbon, souffre d'une fistule anale depuis treize ans, causée par une chute avant leur mariage. La maladie s'est aggravée après chaque grossesse, entraînant des douleurs et des abcès. Plusieurs chirurgiens ont tenté de traiter la fistule sans succès durable. En décembre précédent, M. Boucher a consulté M. M... et un autre chirurgien pour évaluer la condition de sa femme. La fistule a été diagnostiquée comme borgne, sans clapet et sans atteinte de l'intestin. Cependant, il s'est avéré que l'intestin était bel et bien atteint. M. Boucher préfère les cautères à l'opération chirurgicale, estimant que cette méthode, pratiquée par M. Braffant, est moins risquée et plus efficace pour des fistules complexes. La femme de M. Boucher a subi 33 cautérisations, souffrant beaucoup mais sans les risques associés à l'opération chirurgicale. M. Braffant a réussi à détruire radicalement la fistule, confirmant que l'intestin était percé. M. Boucher conclut que la méthode des cautères est préférable pour traiter des fistules de cette nature, soulignant l'absence de fièvre, de déviation, de régime strict et de douleurs post-opératoires. Il exprime également sa confiance dans l'efficacité et l'unicité des cautères utilisés par M. Braffant. La lettre est datée du 2 mai 1755 et exprime la gratitude de M. Boucher pour la sollicitude manifestée à l'égard de la maladie de son épouse, désormais guérie. Il reconnaît que son interlocuteur pourrait être fatigué ou ennuyé par son discours, mais il le prie de l'excuser en raison de la joie qu'il éprouve face à la guérison de son épouse et de l'intérêt porté à sa santé. La lettre se conclut par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
227
p. 177-183
HORLOGERIE. Lettre du sieur Caron fils, Horloger du Roi, à l'Auteur du Mercure.
Début :
MONSIEUR, je suis un jeune artiste qui n'ai l'honneur d'être connu du [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, Horloger du roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HORLOGERIE. Lettre du sieur Caron fils, Horloger du Roi, à l'Auteur du Mercure.
HORLOGERI E.
Lettre du fieur Caron fils , Horloger du Roi ,
à l'Auteur du Mercure.
M
ONSIEUR , je fuis un jeune artiſte
qui n'ai l'honneur d'être connu du
public que par l'invention d'un nouvel
échappement à repos pour les montres , que
l'Académie a honoré de fon approbation
& dont les Journaux ont fait mention l'année
paffée. Ce fuccès me fixe à l'état d'horloger
, & je borne toute mon ambition à
acquerir la fcience de mon art ; je n'ai jamais
porté un oeil d'envie fur les productions
de mes confreres :( cette lettre le
prouve ) mais j'ai le malheur de fouffrir
fort impatiemment qu'on veuille m'enle- ver le peu de terrein que l'étude & le travail
m'ont fait défricher ; c'eſt cette chaleur
de fang dont je crains bien que l'âge
ne me corrige pas , qui m'a fait défendre
avec tant d'ardeur les juftes prétentions
que j'avois fur l'invention de mon échappement
, lorſqu'elle me fut conteſtée il y
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
,
a environ dix-huit mois. L'Académie des
Sciences , non feulement me déclara auteur
de cet échappement , mais elle jugea
qu'il étoit dans fon état actuel le plus parfait
qu'on eut encore adapté aux montres ;
cependant elle fçavoit , & je voyois bien
qu'il étoit fufceptible de quelques perfections
mais la néceffité de conftater
promptement mon titre , à laquelle mon
adverfaire me força en publiant fes fauffes
prétentions , m'empêcha de les y ajouter.
Alors devenu poffeffeur tranquille de mon
échappement , j'ai donné tous mes foins
à le rendre encore fupérieur à lui- même ,
& c'eft l'état où il eft maintenant ; mais
en même-tems trop bon citoyen pour en
faire un myftere , je l'ai rendu public autant
qu'il m'a été poffible. Les divers écrits
que cet échappement a occafionné & le
jugement que l'Académie en a porté , attirant
fur lui l'attention des Horlogers , il
devint l'objet des réflexions & des recherches
de quelques- uns des plus habiles d'entr'eux
: deforte que pendant que j'y ajoutois
les petites perfections qui lui manquoient
, M. de Romilly s'apperçut qu'effectivement
il en étoit fufceptible ; il y travailla
de fon côté , & préfenta à l'Académie
en Décembre 1754 le changement
qu'il y avoit fait ; le ſoir même de ſa préJUILLET.
1755. 179
fentation M. Le Roy m'en ayant apporté la
nouvelle , je demandai fur le champ à
l'Académie , qu'en faveur de ma qualité
d'Auteur , elle voulut bien examiner avant
tout l'état de perfection auquel j'avois moimême
porté mon échappement . Cette perfection
étoit des repos plus près du centre
& des arcs de vibrations plus étendus ,
elle y confentit , & l'examen qu'elle fit
des piéces que nous préfentâmes , l'un &
l'autre lui montra que M. Romilly avoit
atteint le même but que moi en travaillant
fur le même fujet : ainfi l'Académie
toujours équitable dans les jugemens , ne
voulant pas accorder plus d'avantage fur
cette perfection à ma qualité d'Auteur de
l'échappement qu'à l'antériorité de préfentation
de M. de Romilly , qui n'eft
effectivement que d'un feul jour , a dévré
à chacun de nous le certificat fuivant
, que je publie d'autant plus volontiers
que M. de Romilly qui a jugé mon
échappement digne de fes recherches , eft
un très - galant homme , & que j'eftime véritablement
d'ailleurs je ferois fâché que
cette petite concurrence entre lui & mor
pût être envisagée comme une difpute femblable
à la premiere ; l'émulation qui anime
les honnêtes gens mérite un nom plus
honorable. J'ai l'honneur d'être , & c.
Extrait des Regiftres de l'Académie royale
des Sciences , du 11 Juin 1755.
>
MM . de Mairan, de Montigni & Le Roi,
qui avoient été nommés pour examiner une
montre à fecondes , à laquelle eft adapté
l'échappement du fieur Caron fils , perfectionné
par le fieur Romilly , Horloger ,
citoyen de Genêve , & par lui préfentée
à l'Académie , avec un mémoire fur les
échappemens en général , en ayant fait
leur rapport , l'Académie a jugé que le
changement fait à cet échappement , &
qui permet d'en rendre le cylindre auffr
petit qu'on le juge à propos : de rapprocher
les points de repos du centre , & de
donner aux arcs du balancier plus de trois
cens dégrés d'étendue , étoit ingénieux &
utile , mais en même- tems elle ne peut douter
que le fieur Caron n'ait de fon côté
porté fon échappement au même dégré de
perfection ; puifque le jour même que M.
Le Roi , l'un des Commiffaires, lui en donna
connoiffance en Décembre 1754 , cet
Horloger lui fit voir un modele de fon
échappement qu'il avoit perfectionné , auquel
il travailloit alors, & dont la roue d'échappement
avoit les dents fouillées par
derriere , & étoit exactement femblable.
à la conftruction du fieur Romilly , dont
JUILLET. 1755. 181
il n'avoit cependant point eu de communication
; d'ailleurs dans la boîte de preuve
que le fieur Caron dépofa en Septembre
1753 au Secrétariat de l'Académie , &
qui eft jufques à préfent reftée entre les
mains de MM. les Commiffaires , il y a
plufieurs petits cylindres dont les repos
font très- près du centre , mais qu'il n'eut
pas alors le tems de perfectionner.
Ainfi le mérite d'avoir amené cette invention
au point de perfection dont elle
étoit fufceptible , appartient également au
fieur Romilly & au fieur Caron fon auteur
; mais le fieur Romilly en a préſenté
la premiere exécution : en foi de quoi j'ai
figné le préfent certificat . A Paris , ce 14
Juin 1715.
Grandjean de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie royale
des Sciences .
Je profite de cette occafion pour répondre
à quelques objections qu'on a faites fur
mon échappement dans divers écrits rendus
publics. En fe fervant de cet échappement
, a-t-on dit , on ne peut pas faire des
montres plates , ni même de petites montres.
Ce qui fuppofé vrai , rendroit le meilleur
échappement connu très-incommode , des
182 MERCURE DE FRANCE.
faits feront toute ma réponſe . Plufieurs
expériences m'ayaut démontré que mon
échappement corrigeoit par fa nature les
inégalités du grand reffort fans aucun befoin
d'un autre régulateur , j'ai fupprimé
de mes montres toutes les pièces qui exigeoient
de la hauteur au mouvement ,
comme la fufée , la chaîne , la potence ,
toute roue à couronne , fur- tout celles dont
l'axe eft parallele aux platines dans les
montres ordinaires , & toutes les piéces
que ces principales entraînoient à leur fuite.
Par ce moyen je fais des montres aufſi
plates qu'on le juge à propos , & plus plates
qu'on en ait encore faites , fans que
cette commodité diminue en rien de leur
bonté. La premiere de ces montres fimplifiées
eft entre les mains du Roi. Sa Majefté
la porte depuis un an , & en eft trèscontente.
Si des faits répondent à la premiere
objection , des faits répondent également
à la feconde . J'ai eu l'honneur de
préfenter à Mme de Pompadour ces jours
paffés une montre dans une bague, de cette
nouvelle conftruction fimplifiée , la plus
petite qui ait encore été faite ; elle n'a que
quatre lignes & demie de diametre , &
une ligne moins un tiers de hauteur entre
les platines . Pour rendre cette bague plus
commode , j'ai imaginé en place de clef
JUILLE T. 1755. 183
un cercle autour du cadran , portant un
petit crochet faillant ; en tirant ce crochet
avec l'ongle , environ les deux tiers
du tour du cadran , la bague eft remontée ,
& elle va trente heures. Avant que de la
porter à Mme de Pompadour , j'ai vû cette
bague fuivre exactement pendant cinq
jours ma pendule à fecondes , ainfi en
fe fervant de mon échappement & de ma
conftruction on peut donc faire d'excellentes
montres auffi plates:& auffi petites
qu'on le jugera à propos.
J'ai l'honneur d'être , &c.
CARON fils , Horloger du Roi.
Rue S. Denis , près celle de la Chanvererie.
A Paris , le 16 Juin 1755 .
Lettre du fieur Caron fils , Horloger du Roi ,
à l'Auteur du Mercure.
M
ONSIEUR , je fuis un jeune artiſte
qui n'ai l'honneur d'être connu du
public que par l'invention d'un nouvel
échappement à repos pour les montres , que
l'Académie a honoré de fon approbation
& dont les Journaux ont fait mention l'année
paffée. Ce fuccès me fixe à l'état d'horloger
, & je borne toute mon ambition à
acquerir la fcience de mon art ; je n'ai jamais
porté un oeil d'envie fur les productions
de mes confreres :( cette lettre le
prouve ) mais j'ai le malheur de fouffrir
fort impatiemment qu'on veuille m'enle- ver le peu de terrein que l'étude & le travail
m'ont fait défricher ; c'eſt cette chaleur
de fang dont je crains bien que l'âge
ne me corrige pas , qui m'a fait défendre
avec tant d'ardeur les juftes prétentions
que j'avois fur l'invention de mon échappement
, lorſqu'elle me fut conteſtée il y
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
,
a environ dix-huit mois. L'Académie des
Sciences , non feulement me déclara auteur
de cet échappement , mais elle jugea
qu'il étoit dans fon état actuel le plus parfait
qu'on eut encore adapté aux montres ;
cependant elle fçavoit , & je voyois bien
qu'il étoit fufceptible de quelques perfections
mais la néceffité de conftater
promptement mon titre , à laquelle mon
adverfaire me força en publiant fes fauffes
prétentions , m'empêcha de les y ajouter.
Alors devenu poffeffeur tranquille de mon
échappement , j'ai donné tous mes foins
à le rendre encore fupérieur à lui- même ,
& c'eft l'état où il eft maintenant ; mais
en même-tems trop bon citoyen pour en
faire un myftere , je l'ai rendu public autant
qu'il m'a été poffible. Les divers écrits
que cet échappement a occafionné & le
jugement que l'Académie en a porté , attirant
fur lui l'attention des Horlogers , il
devint l'objet des réflexions & des recherches
de quelques- uns des plus habiles d'entr'eux
: deforte que pendant que j'y ajoutois
les petites perfections qui lui manquoient
, M. de Romilly s'apperçut qu'effectivement
il en étoit fufceptible ; il y travailla
de fon côté , & préfenta à l'Académie
en Décembre 1754 le changement
qu'il y avoit fait ; le ſoir même de ſa préJUILLET.
1755. 179
fentation M. Le Roy m'en ayant apporté la
nouvelle , je demandai fur le champ à
l'Académie , qu'en faveur de ma qualité
d'Auteur , elle voulut bien examiner avant
tout l'état de perfection auquel j'avois moimême
porté mon échappement . Cette perfection
étoit des repos plus près du centre
& des arcs de vibrations plus étendus ,
elle y confentit , & l'examen qu'elle fit
des piéces que nous préfentâmes , l'un &
l'autre lui montra que M. Romilly avoit
atteint le même but que moi en travaillant
fur le même fujet : ainfi l'Académie
toujours équitable dans les jugemens , ne
voulant pas accorder plus d'avantage fur
cette perfection à ma qualité d'Auteur de
l'échappement qu'à l'antériorité de préfentation
de M. de Romilly , qui n'eft
effectivement que d'un feul jour , a dévré
à chacun de nous le certificat fuivant
, que je publie d'autant plus volontiers
que M. de Romilly qui a jugé mon
échappement digne de fes recherches , eft
un très - galant homme , & que j'eftime véritablement
d'ailleurs je ferois fâché que
cette petite concurrence entre lui & mor
pût être envisagée comme une difpute femblable
à la premiere ; l'émulation qui anime
les honnêtes gens mérite un nom plus
honorable. J'ai l'honneur d'être , & c.
Extrait des Regiftres de l'Académie royale
des Sciences , du 11 Juin 1755.
>
MM . de Mairan, de Montigni & Le Roi,
qui avoient été nommés pour examiner une
montre à fecondes , à laquelle eft adapté
l'échappement du fieur Caron fils , perfectionné
par le fieur Romilly , Horloger ,
citoyen de Genêve , & par lui préfentée
à l'Académie , avec un mémoire fur les
échappemens en général , en ayant fait
leur rapport , l'Académie a jugé que le
changement fait à cet échappement , &
qui permet d'en rendre le cylindre auffr
petit qu'on le juge à propos : de rapprocher
les points de repos du centre , & de
donner aux arcs du balancier plus de trois
cens dégrés d'étendue , étoit ingénieux &
utile , mais en même- tems elle ne peut douter
que le fieur Caron n'ait de fon côté
porté fon échappement au même dégré de
perfection ; puifque le jour même que M.
Le Roi , l'un des Commiffaires, lui en donna
connoiffance en Décembre 1754 , cet
Horloger lui fit voir un modele de fon
échappement qu'il avoit perfectionné , auquel
il travailloit alors, & dont la roue d'échappement
avoit les dents fouillées par
derriere , & étoit exactement femblable.
à la conftruction du fieur Romilly , dont
JUILLET. 1755. 181
il n'avoit cependant point eu de communication
; d'ailleurs dans la boîte de preuve
que le fieur Caron dépofa en Septembre
1753 au Secrétariat de l'Académie , &
qui eft jufques à préfent reftée entre les
mains de MM. les Commiffaires , il y a
plufieurs petits cylindres dont les repos
font très- près du centre , mais qu'il n'eut
pas alors le tems de perfectionner.
Ainfi le mérite d'avoir amené cette invention
au point de perfection dont elle
étoit fufceptible , appartient également au
fieur Romilly & au fieur Caron fon auteur
; mais le fieur Romilly en a préſenté
la premiere exécution : en foi de quoi j'ai
figné le préfent certificat . A Paris , ce 14
Juin 1715.
Grandjean de Fouchy , Secrétaire
perpétuel de l'Académie royale
des Sciences .
Je profite de cette occafion pour répondre
à quelques objections qu'on a faites fur
mon échappement dans divers écrits rendus
publics. En fe fervant de cet échappement
, a-t-on dit , on ne peut pas faire des
montres plates , ni même de petites montres.
Ce qui fuppofé vrai , rendroit le meilleur
échappement connu très-incommode , des
182 MERCURE DE FRANCE.
faits feront toute ma réponſe . Plufieurs
expériences m'ayaut démontré que mon
échappement corrigeoit par fa nature les
inégalités du grand reffort fans aucun befoin
d'un autre régulateur , j'ai fupprimé
de mes montres toutes les pièces qui exigeoient
de la hauteur au mouvement ,
comme la fufée , la chaîne , la potence ,
toute roue à couronne , fur- tout celles dont
l'axe eft parallele aux platines dans les
montres ordinaires , & toutes les piéces
que ces principales entraînoient à leur fuite.
Par ce moyen je fais des montres aufſi
plates qu'on le juge à propos , & plus plates
qu'on en ait encore faites , fans que
cette commodité diminue en rien de leur
bonté. La premiere de ces montres fimplifiées
eft entre les mains du Roi. Sa Majefté
la porte depuis un an , & en eft trèscontente.
Si des faits répondent à la premiere
objection , des faits répondent également
à la feconde . J'ai eu l'honneur de
préfenter à Mme de Pompadour ces jours
paffés une montre dans une bague, de cette
nouvelle conftruction fimplifiée , la plus
petite qui ait encore été faite ; elle n'a que
quatre lignes & demie de diametre , &
une ligne moins un tiers de hauteur entre
les platines . Pour rendre cette bague plus
commode , j'ai imaginé en place de clef
JUILLE T. 1755. 183
un cercle autour du cadran , portant un
petit crochet faillant ; en tirant ce crochet
avec l'ongle , environ les deux tiers
du tour du cadran , la bague eft remontée ,
& elle va trente heures. Avant que de la
porter à Mme de Pompadour , j'ai vû cette
bague fuivre exactement pendant cinq
jours ma pendule à fecondes , ainfi en
fe fervant de mon échappement & de ma
conftruction on peut donc faire d'excellentes
montres auffi plates:& auffi petites
qu'on le jugera à propos.
J'ai l'honneur d'être , &c.
CARON fils , Horloger du Roi.
Rue S. Denis , près celle de la Chanvererie.
A Paris , le 16 Juin 1755 .
Fermer
Résumé : HORLOGERIE. Lettre du sieur Caron fils, Horloger du Roi, à l'Auteur du Mercure.
Caron fils, horloger du Roi, adresse une lettre à l'auteur du Mercure pour présenter son nouvel échappement à repos pour montres, inventé et approuvé par l'Académie des Sciences. Il exprime son désir de se concentrer sur l'amélioration de son art sans envie envers ses confrères, mais défend ses inventions lorsqu'elles sont contestées. En 1754, l'Académie des Sciences a reconnu Caron fils comme l'auteur de cet échappement, le jugeant le plus parfait à l'époque, bien que susceptible de perfectionnements. Forcé de confirmer rapidement sa paternité, il n'a pas pu ajouter immédiatement ces améliorations. Par la suite, il a continué à perfectionner son échappement et l'a rendu public. L'échappement a attiré l'attention de plusieurs horlogers, dont M. de Romilly, qui a également apporté des améliorations. En décembre 1754, Romilly a présenté ses modifications à l'Académie. Caron fils a alors demandé à l'Académie d'examiner son propre échappement perfectionné. L'Académie a conclu que les deux horlogers avaient atteint un même niveau de perfection, et a délivré un certificat reconnaissant leurs contributions égales, tout en notant que Romilly avait présenté ses modifications en premier. Caron fils répond également à des objections sur son échappement, affirmant qu'il permet de fabriquer des montres plates et petites. Il mentionne que le Roi possède une montre simplifiée selon sa nouvelle construction et que Mme de Pompadour a reçu une montre-bague extrêmement petite et précise.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
228
p. 183-192
Remarques de M. de Lalande de l'Académie royale des Sciences sur un ouvrage d'Horlogerie.
Début :
Monsieur J.... ci-devant Horloger à Saint-Germain-en-laye vient de publier [...]
Mots clefs :
Horlogerie, Échappement, Académie royale des sciences, Montres, Roue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Remarques de M. de Lalande de l'Académie royale des Sciences sur un ouvrage d'Horlogerie.
Remarques de M. de Lalande de l'Académie
royale des Sciences fur un ouvrage d'Horlogerie.
M pu-
Onfieur J.... ci-devant Horloger à
Saint-Germain-en- laye vient de
blier ces jours paffés une addition à * fon
Traité des échappemens , dans laquelle il con-
*
Ce traité , ainfi que l'addition , fe trouve chez
Jombert , rue Dauphine.
184 MERCURE DE FRANCE.
tinue des confidérations fur le nouvel
échappement de M. Lepaute qu'il avoit
commencées en 1754. dans le fecond volume
du mercure de Juin . Depuis un an il
a eu le tems d'accroître fes prétentions ,
aufli ne fe contente- t-il plus comme auparavant
de reprocher à cet échappement en
montres des défauts qu'il n'a pas , il ofe
aujourd'hui s'en attribuer à lui-même les
perfections , & comme le feul juge du mérite
d'une nouvelle invention , il entreprend
de montrer les erreurs où il prétend que
l'Académie eft tombée .
Cependant M. J. ne fait que répéter ce
qu'il avoit déja dit fur les chûtes des chevilles
& fur l'inégalité des rayons de la
roue , j'ai fait voir dans une lettre inférée
au mercure du mois d'Août 1754 , qu'il étoit
abfolument faux que cet échappement ,
bien exécuté , eut aucune chûte , ou que
les rayons de la roue fuffent inégaux , la
difficulté ne peut donc venir que de ce que
M. J. n'a point encore conçu la véritable
difpofition de cet échappement.
Il faut mettre au même rang ce que dit
M. J. de l'impulfion de la roue fur les
plans au moment ou chaque cheville quitte
les arcs de repos ; rien n'empêche qu'on ne
donne à ces plans , tout comme aux courbes
de l'échappement à cylindre , une
JUILLET . 1755 185
courbure fuffifante pour imprimer peu de
force au balancier dans le commencement
de la pulfion . Cette courbure n'augmentera
point l'arc conftant ou la levée de l'échappement
au-delà de trente ou quarante
degrés , qui eft celle de toutes les bonnes
montres .
Il y a beaucoup de vaine gloire de la
part de M. J. à prétendre que les perfections
que j'ai fait valoir dans cet échappe
ment , étoient le fruit de ſes converſations ; la
prétention à cet égard eft auffi fauffe qu'injurieufe
; cet échappement fortit en 1753
des mains de M. Lepaute dans le même
état de perfection où il eft actuellement :
fi l'on eut eu befoin de fecours , les auroiton
demandé à M. J. qui non - feulement
n'entendoit point alors l'échappement , mais
qui prouve encore aujourd'hui par des objections
triviales que faute de s'y être exercé
lui-même , il ne l'a point entendu . M. J.
dit encore page 239 , qu'il a connoiffance
de la variété des montres où cet échappement
eft appliqué ; c'eft un fait fuppofé
dont le public d'ailleurs pourra juger fans
lui , & le jugement du public a été juſqu'à
préfent fort contraire à cette allégation
puifque le grand nombre de montres où il
a été appliqué , vont avec toute la préci-
Lon poffible.
186 MERCURE DE FRANCE.
Pour ce qui eft de la diffipation de l'huile
, l'expérience a prouvé qu'en en mettant
fur le cylindre ( qui eft un peu arrondi de
bas en haut , & qui ne touche point à la
roue ) elle s'y étendoit & s'y confervoit
fort long-temps. L'huile fait même ici
beaucoup mieux fon effet que dans l'échappement
à cylindre , où l'on voit très - fouvent
une rainure profonde faite dans le
cylindre par les pointes des dents , ce qui
ruine en peu de temps toute l'exactitude
d'une montre. Au refte , M. J. fait un raifonnement
( page 220 ) fur l'attraction ou
fur la direction des huiles qui tendroit à
prouver que l'huile ne fe conferve ja
mais dans une même place , ce qui eft
contraire à l'expérience ; il ne fuffit pas de
connoître la regle , il faut fçavoir en ménager
l'application .
Le prix des montres faites avec le nouvel
échappement , n'ôte rien , ce me femble
, à leur bonté ; il eſt bien fûr qu'elles
coûtent moins que les montres à cylindre
ne coûtoient dans les premiers tems qu'elles
parurent ; elles ne coûtent pas aujourd'hui
plus que les montres à cylindre les
plus parfaites ; au refte, cela ne dépend que
du nombre plus ou moins grand des artiſtes
qui y travaillent. Lorfque Charles V. fut
obligé d'appeller du fond de l'Allemagne
JUILLET. 1755. 187
Henri de Vic , pour faire à Paris une horloge
, elle coûta fans doute plus que
celles
qui fe font aujourd'hui beaucoup mieux
par les ouvriers de tourne- broches .
J'ai répondu dans la lettre que je viens
de citer , à toutes les autres difficultés que
M. J. avoit faites ; mais je ne fçai pourquoi
ce que j'ai dit des montres plattes lui paroît
fi éloigné des regles de la pratique ; quelque
foit fon avis là- deffus , on ne peut
s'empêcher de reconnoître avec tout le
monde dans les montres abfolument plates,
un reffort trop foible , une réſiſtance trop
grande de la part des frottemens ; des roues
trop nombrées par rapport à leurs pignons ,
qui par conféquent doivent produi.e
moins d'uniformité dans le rouage , le dófaut
des jours , la trop grande proximité
des pieces , qui caufe toujours au bout de
peu de temps des frottemens du barillet
contre la petite platine & fur la grande
roue moyenne , de la roue de longue tige
avec la platine des pilliers , une grande
variation dans l'engrénage de la roue de
champ , tout cela eft de théorie autant que
de pratique.
Ce que M. J. appelle théorie , n'eft
qu'un bon fens éclairé qu'il auroit grand
tort de rejetter , ce n'eft pas en exécutant
d'une maniere fupérieure qu'on perfection188
MERCURE DE FRANCE.
quant
nera l'horlogerie , c'eſt par la réflexion , le
raifonnement , l'examen , le calcul , la
combinaiſon des forces , des frottemens ;
à la difficulté d'exécution , c'est une
chofe affez arbitraire , qui dépend prefque
uniquement de l'habitude que plufieurs
perfonnes ont contractée , on fçait que ce
qui étoit d'abord très- difficile , peut devenir
fort aifé & fort commun ..
Après cela , j'imagine que
l'on trouvera
un peu de petiteffe & de ridicule dans le
confeil que me donne M. J. page 230 de
refter dans les bornes de la théorie jusqu'à
nouvel ordre , & de ne point raiſonner fur
les chofes de pratique ; faut-il avoir limé
pendant trente ans pour connoître la force
d'un reffort , le mauvais effet d'un frottement
, pour diftinguer un grand arc d'un
plus petit , & une forme rectiligne d'une
forme circulaire . Pour voir fi les aîles d'un
pignon font égales , faut-il en avoir travaillé
deux ou trois mille ; la juſteſſe de
l'oeil , l'ufage du compas ou des verres eftil
réſervé exclufivement aux horlogers ; je
demande enfin en quoi confiftent les principes
particuliers de l'art ( page 228 ) que
M. J. prétend me faire regarder comme
un miftère impénétrable pour moi , & fans
lequel je ne fçaurois juger du mécanifme
d'un échappement ; s'il ne me fuffit pas
JUILLET.
189
d'en avoir vû faire , d'en avoir examiné , 1755
d'en avoir fait , d'en avoir éprouvé plufieurs
, pour en connoître les
propriétés &
les défauts ;
j'attendrai avec plaifir qu'on
m'inftruife de ce j'ignore à cet égard.
J'avouerai
cependant que les
avantages
de cette grande
pratique qui forme l'entouſiaſme
de M. J. me
paroiffent bien méprifables
dans la
circonftance
préfente , en
voyant
malgré fa
fupériorité dans ce genre,
les
contradictions où il tombe toutes les
fois qu'il s'agit de
raifonner ou
d'approfondir
.
Il nous rappelle , par exemple , ( page
222 ) que dans fes premieres
confidérations
, il avoit
démontré les vices de la manivelle
qu'on
employe dans le nouvel
échappement ; il infifte encore fur la divifion
qu'elle apporte dans la grandeur des arcs,
L'espace qu'elle occupe
inutilement , le poids
dont elle charge les pivots , la prife qu'elle
donne à l'air , les défauts de
conftruction , les
difficultés
d'exécution , qui ne croiroit après
cela M. J. bien affermi dans fon préjugé
contre cette
manivelle ; on fe
tromperoit
cependant
beaucoup , puiſqu'à la page fuivante
223 , ligne 3 , il dit que l'obftacle de
la
manivelle eft plus dans
Pimagination que
dans la réalité furtout
relativement à la prife
qu'elle peut
donner à l'air.
190 MERCURE DE FRANCE.
Mais
pour
faire
voir
encore
mieux
combien
la grande
pratique
de M. J. eft aveugle
, stérile
, incertaine
& peu
propre
à le
faire
juger
fainement
d'une
nouvelle
invention
d'horlogerie
, je vais
montrer
en
comparant
deux
paffages
de fon livre
, qu'il
ne connoît
pas même
en véritable
artiſte
,
l'échappement
à cylindre
auquel
il travaille
depuis
quinze
ans .
M. J. nous dit page 103 de fon Traité
des échappemens , qu'il a enfin déterminé la
nature des courbes qui doivent être placées
à la circonférence de la roue , en leur donnant
cette propriété , qu'étant divisées en
parties égales , ces parties operent chacune des
quantités de levée égales , il employe pluheurs
pages pour apprendre à former cette
courbe , & il lui donne de grands éloges ;
on s'imagine d'abord que ces recherches
font le fruit d'une expérience confommée
& que fans aller plus loin , elles peuvent
fervir de regle à tout le monde. On doit
être fort étonné en lifant un autre chapitre
de trouver ( page 116 ) en parlant de la
même courbe , que s'étant attaché à cette
courbe , il n'en avoit pas été plus fatisfait
que d'une autre qui après une très- profonde
ſpéculation , lui avoit fait faire les plus
mauvais échappemens ; il ajoûte qu'il n'eft
d'aucune importance que chacune des par,
JUILLET. 1755. 191
ties de la courbe faffe décrire des arcs
égaux , & il démontre enfin qu'on doit rejetter
cette courbe . M. J. étoit-il moins éclairé,
lorfqu'il fit fa démonftration de la page.
103 , qu'en faifant celle de la page 116 ,
ou a-t-il mis vingt ans d'intervalle entre
ces deux chapitres ?
Il eft donc clair que pour bien faire
une piece d'horlogerie , il n'eft pas toujours
néceffaire de fçavoir ce que l'on fait , ni
pourquoi l'on opere ; le coup de main qui
eft la feule qualité effentielle dans la
tique n'apprend point à juger des effets que
doit avoir une machine , avant que de les
avoir éprouvé dans toutes les fituations &
dans toutes les circonftances .
pra-
Ainfi M. J. réduit lui-même à rien tout
ce qu'il a écrit là - deffus , & montre que
ce n'eft qu'au hazard qu'il nous a fatigué
jufqu'à préfent de fes réflexions fur ces
matieres : l'intérêt fut d'abord fon principal
motif , il ſe perfuada que venant demeurer
à Paris , & étant obligé de s'y faire
connoître, il falloit s'annoncer par un livre,
il prit pour fon fujet l'échappement à cylindre
, il apprit aux horlogers la maniere
dont il s'y prenoit pour le bien exécuter ;
il falloit s'en tenir- là ; l'adreſſe & le talent
d'une heureuſe exécution , ne pouvoient
ſe tranſmettre au public ; mais en voulant
192 MERCURE DE FRANCE .
approfondir il s'égara ; il a cru depuis être
obligé de défendre l'échappement qu'il
avoit adopté contre un nouvel échappement
qui lui eft fupérieur , & qui alloit
faire abandonner l'ufage du premier ; mais
fes idées fe font confondues en voulant
foutenir un jugement qu'il avoit d'abord
hafardé. Il l'a fait fans équité , fans connoiffances
, fans égards , & il a préfervé le
public par fes contradictions des erreurs
qu'il avoit entrepris de répandre.
A Paris , le 22 Juin 1755 .
royale des Sciences fur un ouvrage d'Horlogerie.
M pu-
Onfieur J.... ci-devant Horloger à
Saint-Germain-en- laye vient de
blier ces jours paffés une addition à * fon
Traité des échappemens , dans laquelle il con-
*
Ce traité , ainfi que l'addition , fe trouve chez
Jombert , rue Dauphine.
184 MERCURE DE FRANCE.
tinue des confidérations fur le nouvel
échappement de M. Lepaute qu'il avoit
commencées en 1754. dans le fecond volume
du mercure de Juin . Depuis un an il
a eu le tems d'accroître fes prétentions ,
aufli ne fe contente- t-il plus comme auparavant
de reprocher à cet échappement en
montres des défauts qu'il n'a pas , il ofe
aujourd'hui s'en attribuer à lui-même les
perfections , & comme le feul juge du mérite
d'une nouvelle invention , il entreprend
de montrer les erreurs où il prétend que
l'Académie eft tombée .
Cependant M. J. ne fait que répéter ce
qu'il avoit déja dit fur les chûtes des chevilles
& fur l'inégalité des rayons de la
roue , j'ai fait voir dans une lettre inférée
au mercure du mois d'Août 1754 , qu'il étoit
abfolument faux que cet échappement ,
bien exécuté , eut aucune chûte , ou que
les rayons de la roue fuffent inégaux , la
difficulté ne peut donc venir que de ce que
M. J. n'a point encore conçu la véritable
difpofition de cet échappement.
Il faut mettre au même rang ce que dit
M. J. de l'impulfion de la roue fur les
plans au moment ou chaque cheville quitte
les arcs de repos ; rien n'empêche qu'on ne
donne à ces plans , tout comme aux courbes
de l'échappement à cylindre , une
JUILLET . 1755 185
courbure fuffifante pour imprimer peu de
force au balancier dans le commencement
de la pulfion . Cette courbure n'augmentera
point l'arc conftant ou la levée de l'échappement
au-delà de trente ou quarante
degrés , qui eft celle de toutes les bonnes
montres .
Il y a beaucoup de vaine gloire de la
part de M. J. à prétendre que les perfections
que j'ai fait valoir dans cet échappe
ment , étoient le fruit de ſes converſations ; la
prétention à cet égard eft auffi fauffe qu'injurieufe
; cet échappement fortit en 1753
des mains de M. Lepaute dans le même
état de perfection où il eft actuellement :
fi l'on eut eu befoin de fecours , les auroiton
demandé à M. J. qui non - feulement
n'entendoit point alors l'échappement , mais
qui prouve encore aujourd'hui par des objections
triviales que faute de s'y être exercé
lui-même , il ne l'a point entendu . M. J.
dit encore page 239 , qu'il a connoiffance
de la variété des montres où cet échappement
eft appliqué ; c'eft un fait fuppofé
dont le public d'ailleurs pourra juger fans
lui , & le jugement du public a été juſqu'à
préfent fort contraire à cette allégation
puifque le grand nombre de montres où il
a été appliqué , vont avec toute la préci-
Lon poffible.
186 MERCURE DE FRANCE.
Pour ce qui eft de la diffipation de l'huile
, l'expérience a prouvé qu'en en mettant
fur le cylindre ( qui eft un peu arrondi de
bas en haut , & qui ne touche point à la
roue ) elle s'y étendoit & s'y confervoit
fort long-temps. L'huile fait même ici
beaucoup mieux fon effet que dans l'échappement
à cylindre , où l'on voit très - fouvent
une rainure profonde faite dans le
cylindre par les pointes des dents , ce qui
ruine en peu de temps toute l'exactitude
d'une montre. Au refte , M. J. fait un raifonnement
( page 220 ) fur l'attraction ou
fur la direction des huiles qui tendroit à
prouver que l'huile ne fe conferve ja
mais dans une même place , ce qui eft
contraire à l'expérience ; il ne fuffit pas de
connoître la regle , il faut fçavoir en ménager
l'application .
Le prix des montres faites avec le nouvel
échappement , n'ôte rien , ce me femble
, à leur bonté ; il eſt bien fûr qu'elles
coûtent moins que les montres à cylindre
ne coûtoient dans les premiers tems qu'elles
parurent ; elles ne coûtent pas aujourd'hui
plus que les montres à cylindre les
plus parfaites ; au refte, cela ne dépend que
du nombre plus ou moins grand des artiſtes
qui y travaillent. Lorfque Charles V. fut
obligé d'appeller du fond de l'Allemagne
JUILLET. 1755. 187
Henri de Vic , pour faire à Paris une horloge
, elle coûta fans doute plus que
celles
qui fe font aujourd'hui beaucoup mieux
par les ouvriers de tourne- broches .
J'ai répondu dans la lettre que je viens
de citer , à toutes les autres difficultés que
M. J. avoit faites ; mais je ne fçai pourquoi
ce que j'ai dit des montres plattes lui paroît
fi éloigné des regles de la pratique ; quelque
foit fon avis là- deffus , on ne peut
s'empêcher de reconnoître avec tout le
monde dans les montres abfolument plates,
un reffort trop foible , une réſiſtance trop
grande de la part des frottemens ; des roues
trop nombrées par rapport à leurs pignons ,
qui par conféquent doivent produi.e
moins d'uniformité dans le rouage , le dófaut
des jours , la trop grande proximité
des pieces , qui caufe toujours au bout de
peu de temps des frottemens du barillet
contre la petite platine & fur la grande
roue moyenne , de la roue de longue tige
avec la platine des pilliers , une grande
variation dans l'engrénage de la roue de
champ , tout cela eft de théorie autant que
de pratique.
Ce que M. J. appelle théorie , n'eft
qu'un bon fens éclairé qu'il auroit grand
tort de rejetter , ce n'eft pas en exécutant
d'une maniere fupérieure qu'on perfection188
MERCURE DE FRANCE.
quant
nera l'horlogerie , c'eſt par la réflexion , le
raifonnement , l'examen , le calcul , la
combinaiſon des forces , des frottemens ;
à la difficulté d'exécution , c'est une
chofe affez arbitraire , qui dépend prefque
uniquement de l'habitude que plufieurs
perfonnes ont contractée , on fçait que ce
qui étoit d'abord très- difficile , peut devenir
fort aifé & fort commun ..
Après cela , j'imagine que
l'on trouvera
un peu de petiteffe & de ridicule dans le
confeil que me donne M. J. page 230 de
refter dans les bornes de la théorie jusqu'à
nouvel ordre , & de ne point raiſonner fur
les chofes de pratique ; faut-il avoir limé
pendant trente ans pour connoître la force
d'un reffort , le mauvais effet d'un frottement
, pour diftinguer un grand arc d'un
plus petit , & une forme rectiligne d'une
forme circulaire . Pour voir fi les aîles d'un
pignon font égales , faut-il en avoir travaillé
deux ou trois mille ; la juſteſſe de
l'oeil , l'ufage du compas ou des verres eftil
réſervé exclufivement aux horlogers ; je
demande enfin en quoi confiftent les principes
particuliers de l'art ( page 228 ) que
M. J. prétend me faire regarder comme
un miftère impénétrable pour moi , & fans
lequel je ne fçaurois juger du mécanifme
d'un échappement ; s'il ne me fuffit pas
JUILLET.
189
d'en avoir vû faire , d'en avoir examiné , 1755
d'en avoir fait , d'en avoir éprouvé plufieurs
, pour en connoître les
propriétés &
les défauts ;
j'attendrai avec plaifir qu'on
m'inftruife de ce j'ignore à cet égard.
J'avouerai
cependant que les
avantages
de cette grande
pratique qui forme l'entouſiaſme
de M. J. me
paroiffent bien méprifables
dans la
circonftance
préfente , en
voyant
malgré fa
fupériorité dans ce genre,
les
contradictions où il tombe toutes les
fois qu'il s'agit de
raifonner ou
d'approfondir
.
Il nous rappelle , par exemple , ( page
222 ) que dans fes premieres
confidérations
, il avoit
démontré les vices de la manivelle
qu'on
employe dans le nouvel
échappement ; il infifte encore fur la divifion
qu'elle apporte dans la grandeur des arcs,
L'espace qu'elle occupe
inutilement , le poids
dont elle charge les pivots , la prife qu'elle
donne à l'air , les défauts de
conftruction , les
difficultés
d'exécution , qui ne croiroit après
cela M. J. bien affermi dans fon préjugé
contre cette
manivelle ; on fe
tromperoit
cependant
beaucoup , puiſqu'à la page fuivante
223 , ligne 3 , il dit que l'obftacle de
la
manivelle eft plus dans
Pimagination que
dans la réalité furtout
relativement à la prife
qu'elle peut
donner à l'air.
190 MERCURE DE FRANCE.
Mais
pour
faire
voir
encore
mieux
combien
la grande
pratique
de M. J. eft aveugle
, stérile
, incertaine
& peu
propre
à le
faire
juger
fainement
d'une
nouvelle
invention
d'horlogerie
, je vais
montrer
en
comparant
deux
paffages
de fon livre
, qu'il
ne connoît
pas même
en véritable
artiſte
,
l'échappement
à cylindre
auquel
il travaille
depuis
quinze
ans .
M. J. nous dit page 103 de fon Traité
des échappemens , qu'il a enfin déterminé la
nature des courbes qui doivent être placées
à la circonférence de la roue , en leur donnant
cette propriété , qu'étant divisées en
parties égales , ces parties operent chacune des
quantités de levée égales , il employe pluheurs
pages pour apprendre à former cette
courbe , & il lui donne de grands éloges ;
on s'imagine d'abord que ces recherches
font le fruit d'une expérience confommée
& que fans aller plus loin , elles peuvent
fervir de regle à tout le monde. On doit
être fort étonné en lifant un autre chapitre
de trouver ( page 116 ) en parlant de la
même courbe , que s'étant attaché à cette
courbe , il n'en avoit pas été plus fatisfait
que d'une autre qui après une très- profonde
ſpéculation , lui avoit fait faire les plus
mauvais échappemens ; il ajoûte qu'il n'eft
d'aucune importance que chacune des par,
JUILLET. 1755. 191
ties de la courbe faffe décrire des arcs
égaux , & il démontre enfin qu'on doit rejetter
cette courbe . M. J. étoit-il moins éclairé,
lorfqu'il fit fa démonftration de la page.
103 , qu'en faifant celle de la page 116 ,
ou a-t-il mis vingt ans d'intervalle entre
ces deux chapitres ?
Il eft donc clair que pour bien faire
une piece d'horlogerie , il n'eft pas toujours
néceffaire de fçavoir ce que l'on fait , ni
pourquoi l'on opere ; le coup de main qui
eft la feule qualité effentielle dans la
tique n'apprend point à juger des effets que
doit avoir une machine , avant que de les
avoir éprouvé dans toutes les fituations &
dans toutes les circonftances .
pra-
Ainfi M. J. réduit lui-même à rien tout
ce qu'il a écrit là - deffus , & montre que
ce n'eft qu'au hazard qu'il nous a fatigué
jufqu'à préfent de fes réflexions fur ces
matieres : l'intérêt fut d'abord fon principal
motif , il ſe perfuada que venant demeurer
à Paris , & étant obligé de s'y faire
connoître, il falloit s'annoncer par un livre,
il prit pour fon fujet l'échappement à cylindre
, il apprit aux horlogers la maniere
dont il s'y prenoit pour le bien exécuter ;
il falloit s'en tenir- là ; l'adreſſe & le talent
d'une heureuſe exécution , ne pouvoient
ſe tranſmettre au public ; mais en voulant
192 MERCURE DE FRANCE .
approfondir il s'égara ; il a cru depuis être
obligé de défendre l'échappement qu'il
avoit adopté contre un nouvel échappement
qui lui eft fupérieur , & qui alloit
faire abandonner l'ufage du premier ; mais
fes idées fe font confondues en voulant
foutenir un jugement qu'il avoit d'abord
hafardé. Il l'a fait fans équité , fans connoiffances
, fans égards , & il a préfervé le
public par fes contradictions des erreurs
qu'il avoit entrepris de répandre.
A Paris , le 22 Juin 1755 .
Fermer
Résumé : Remarques de M. de Lalande de l'Académie royale des Sciences sur un ouvrage d'Horlogerie.
Le document expose une critique de M. de Lalande à l'encontre d'un ouvrage d'horlogerie de M. J., ancien horloger à Saint-Germain-en-Laye. M. J. a publié une addition à son traité sur les échappements, dans laquelle il critique le nouvel échappement introduit par M. Lepaute en 1753. M. de Lalande conteste les affirmations de M. J., affirmant que les défauts reprochés à l'échappement de M. Lepaute sont infondés et que les prétentions de M. J. sont exagérées. Il souligne que M. J. répète des arguments déjà réfutés et ne comprend pas la véritable disposition de l'échappement de M. Lepaute. M. de Lalande défend la courbure des plans et l'efficacité de l'huile dans le nouvel échappement, tout en critiquant les contradictions et l'absence de fondement théorique dans les arguments de M. J. Il conclut que la pratique seule ne suffit pas pour juger une invention et que M. J. a été motivé par l'intérêt personnel plutôt que par la rigueur scientifique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
229
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
' Ai 10 , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de Juillet , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 30 Juin 1755 .
GUIROY.
' Ai 10 , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de Juillet , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 30 Juin 1755 .
GUIROY.
Fermer
230
p. 91-92
LOGOGRYPHE.
Début :
Plus solide cent fois que le marbre & l'airain, [...]
Mots clefs :
Livre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
PLus folide cent fois que le marbre & l'airain ;
Que la rigueur du tems vient à bout de détruire ,
Sur moi fes coups font faux , & fon pouvoir eft
vain ,
Je ris de ſes efforts , & brave fon empire.
Je fuis connu de tous , & j'habite en tous lieux :
A l'efprit des humains je dois mon origine ,
Mais elle eft fouvent fi divine,
Que l'on me croit forti des Dieux.
Je trace du fçavoir la route la plus fûre :
De rayons éclatans je remplis la nature.
92 MERCURE DE FRANCE,
Je réforme les moeurs , & j'affermis les loix,
J'unis en paroiffant fous différentes formes
De grandes vérités & des erreurs énormes.
Je fers à différens emplois.
Autrefois je coutois des travaux & des peines ;
Maintenant chaque jour me produit par centai
nes.
Je n'ai pas , il eft vrai , toujours même fuccès.
Et fouvent en naiffant on me fait mon procès.
A des traits fi frappans peut - on me méconnoître
Hé ! Lecteur , tu me tiens peut- être.
Cinq pieds forment mon tout , & je t'offre d'a
bord
Un lieu voifin de l'eau , fynonime de bord.
Cet inftrument vanté , dont la douce harmonię
Sçut attendrir Pluton , & du fein des enfers
Arracher Euridice , & lui rendre la vie ,
En brifant fes horribles fers.
Ce qu'à fe conferver chacun ici s'applique s
La tribu confacrée au fervice divin ;
L'effet que cauſe en nous l'affreux excès du vin;
Plus une note de mufique ;
'A plus d'un Carpillon ce qui donne la mort.
De l'ame dérangée un criminel tranſport.
Du peuple le plus bas l'Epithete ordinaire ;
Après le vin ce qui refte au tonneau ;
Un lieu tout environné d'eau ;
Mais j'apperçois , Lecteur , qu'il eft tems de me
taire,
Par T. P. de Paris.
PLus folide cent fois que le marbre & l'airain ;
Que la rigueur du tems vient à bout de détruire ,
Sur moi fes coups font faux , & fon pouvoir eft
vain ,
Je ris de ſes efforts , & brave fon empire.
Je fuis connu de tous , & j'habite en tous lieux :
A l'efprit des humains je dois mon origine ,
Mais elle eft fouvent fi divine,
Que l'on me croit forti des Dieux.
Je trace du fçavoir la route la plus fûre :
De rayons éclatans je remplis la nature.
92 MERCURE DE FRANCE,
Je réforme les moeurs , & j'affermis les loix,
J'unis en paroiffant fous différentes formes
De grandes vérités & des erreurs énormes.
Je fers à différens emplois.
Autrefois je coutois des travaux & des peines ;
Maintenant chaque jour me produit par centai
nes.
Je n'ai pas , il eft vrai , toujours même fuccès.
Et fouvent en naiffant on me fait mon procès.
A des traits fi frappans peut - on me méconnoître
Hé ! Lecteur , tu me tiens peut- être.
Cinq pieds forment mon tout , & je t'offre d'a
bord
Un lieu voifin de l'eau , fynonime de bord.
Cet inftrument vanté , dont la douce harmonię
Sçut attendrir Pluton , & du fein des enfers
Arracher Euridice , & lui rendre la vie ,
En brifant fes horribles fers.
Ce qu'à fe conferver chacun ici s'applique s
La tribu confacrée au fervice divin ;
L'effet que cauſe en nous l'affreux excès du vin;
Plus une note de mufique ;
'A plus d'un Carpillon ce qui donne la mort.
De l'ame dérangée un criminel tranſport.
Du peuple le plus bas l'Epithete ordinaire ;
Après le vin ce qui refte au tonneau ;
Un lieu tout environné d'eau ;
Mais j'apperçois , Lecteur , qu'il eft tems de me
taire,
Par T. P. de Paris.
Fermer
231
p. 182-206
REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Début :
MONSIEUR, j'avois déja vu la lettre du sieur Beranger, lorsque vous eûtes la [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Malades, Élève, Yeux, Cristallin, Public, Opération, Instrument, Louis Beranger, Oculiste , Certificats, Oeil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
CHIRURGIE.
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
REFLEXIONS critiques adreffées à M*** ,
Médecin à Lyon , fur une Lettre annoncée
fous le nom du fieur Beranger , Oculifte , par
M. Daviel le fils , Maître- ès Arts en l'Univerfite
de Paris.
En erit unquam
Ille dies , mihi cum liceat tua dicere facta ș
Virg. Bucolica
MONSIEUR , j'avois déja vu la lettre
du fieur Beranger , lorfque vous eûtes la
bonté de me l'envoyer ; je fuis cependant
fenfible autant qu'on le pent être à cette
marque d'attention de votre part ; j'ai été
fort furpris qu'elle eut déja parcouru vos,
contrées , me perfuadant que l'on fe feroit
contenté d'en informer feulement les aubergiftes
fur la route de Bordeaux à Paris :
mais je m'apperçois que l'on n'aura fait
A OUST. 1755. 183
grace à qui que ce foit , il auroit été jufte
cependant que l'auteur fauvât les ports de
lettres à ces perfonnes qui ne m'ont informé
de cette anecdote , que par les plaintes
ameres qu'elles témoignoient contre cet
opérateur , qui fembloit les mettre à contribution
, pour leur faire tenir un ouvrage
, dont la matiere ne les intéreffoit
nullement. Permettez moi cette digreffion,
elle peut fervir à vous fatisfaire fur l'explication
que vous me demandez de quelques
articles de cette lettre , & de la bonne foi
de l'auteur.
Perfuadez - vous , Monfieur , que quelques
fuccès que j'euffe pû me promettre
en faveur de la caufe que je défends ,
je n'aurois pu me réfoudre à refuter
un tel ouvrage ; je ne trouvois rien qui
put me fatter dans une pareille difcution
; d'ailleurs , que n'avois- je pas à ménager
, un public au fervice duquel je me
fuis dévoué pour la chirurgie , auquel j'aurois
voulu préfenter un effai bien différent
de mes travaux ; un pere auquel j'aurois
craint de déplaire en époufant fa querelle
dans une telle occurrence , perfuadé que
fon nom feul capable d'impofer un filence
refpectueux à l'auteur , fiffifoit pour me
prohiber toute voye deffenfive : vu ces raifons
, je m'étois condamné au filence , &
184 MERCURE DE FRANCE:
^
je le garderois encore fi plufieurs perſonnes
ne m'avoient fait rougir de mon indifférence
, à fouffrir qu'on put impunément
en impofer au public , & attaquer mon
pere par des propos indécens qui tendoient
à entamer la réputation dont il jouit à fi
jufte titre. J'ai cru devoir céder à des raifons
auffi plaufibles ; peut- être que ce même
public , juge integre dans tous les différends
, confidérera que c'eft un fils , qui
épargne à fon pere le déplaifir d'entrer en
lice avec un adverfaire fi peu digne de lui ;
vous connoiffez fa façon de penfer , Monfieur
, puifque vous avez été un de ceux
qui ont rendu publiquement hommage à
fes talens , & je me perfuade volontiers
qu'il n'eft perfonne qui ne porte fur la lettre
du fieur Béranger , le même jugement
de Démophon dans Térence ? Ipfum geflio
dari mi in confpectum avec d'autant plus de
raifon que l'on ne peut manquer de s'appercevoir
qu'il a péché par le fentiment le
plus noble , qui eft celui de la reconnoiffance
: comment n'a- t- il pu s'appercevoir.
qu'il s'abufoit en déchirant la réputation
d'une perfonne dont il devoit tirer tout
l'éclat voulant s'annoncer fon éleve . Mais
ce n'eft pas la feule faute que j'aurai à lui
reprocher dans fa lettre , je vais vous les
faire appercevoir.
A O UST. 1755. 185
Ne nous abuſe-t-il pas d'abord , lorfqu'il
veut nous perfuader que privant la capitale
de fa préfence , il eft allé parcourir les pays
étrangers pour s'y rendre utile & s'y perfectionner
dans fon art ; mais comment l'auroit-
il pû , agité tour à tour par le tracas
d'un voyage , occupé à compofer différens
perfonnages fuivant la différence des
moeurs de chaque pays ; avec de telles vûes
comment s'avancer dans un art qui exige.
une application fi exacte , des veilles fré
quentes , des lectures utiles & multipliées ,
dans lequel on ne peut qu'à l'abri d'un
féjour tranquille , pofer fes idées , les rédi
ger , parcourir fes obfervations , en tirer
des conféquences utiles à la perfection
de cet art, & au bien des malades : croiroiton
que c'eft-là l'occupation d'une perfonne
qui court bien des villes , qui paffe de
contrées en contrées , pour y voir des malades
, les opérer , & partir.
Cependant le fieur Beranger , bien loin
de convenir de cette allégation , foutient
au contraire que c'eft dans fes courfes
qu'il a pu s'illuftrer au point de mériter
qu'on lui déférat la primauté fur tous ceux
de fon état ; il a fçu trop bien manier la
nature à fon gré , difpofer des maladies ,
& des guérifons , jufques- là ( a) que mal-
(a) Voyez la gazette d'Amfterdam du mardi
1 Octobre 1753•
186 MERCURE DE FRANCE.
gré les maladies fecrettes dont la plupart des
malades en Espagne avoient été infectés , &
un fang tout- à-fait corrompu , il n'a pas en
encore , dit- il , le déplaifir d'entreprendre la
guérison d'un malade , qu'il ne foit parvenu
à le guérir radicalement. Mais , malgré des
fuccès auffi brillans , les Efpagnols ne lui
ont point applaudi , il fe plaint amèrement
dans fa lettre de leur mauvaiſe grace à lui
faire un procès fur ce qu'il avoit fait imprimer
la lifte des malades qu'il avoit guéri ;
ils ont eu grand tort en effet , de prohiber
un écrit dont les faits vérifiés fufpects ,
légitimoient leur conduite à fon égard ,
ils font très-blamables auffi , fi bien loin
d'accueillir & favorifer cet oculifte, ils l'ont
maltraité mais comme dans ces contrées ,
nous avons plus à redouter de la calomnie &
des effets de la jalousie , voilà fans doute la
caufe de fa difgrace dans ce pays , il fçait
bientôt après prendre noblement fon parti ,
& fe confoler de fa mauvaiſe fortune , déclarant
qu'il n'eſt pas auſſi jaloux d'une réputation
dans l'étranger qu'il le feroit de celle
qu'il peut mériter dans fa patrie. La défaite
eft étrange : & c'eft en quoi il differe de
bien des gens
gens de mérite , qui fçavent prifer
l'eftime des plus petits, que la moindre confiance
flate & fatisfait.
Un Oculiste auffi rare cependant devroit
AOUST. 1755. 187
être fatisfait , ce me femble , de fon haut
mérite , fans dérober ce qui fait celui des
autres , pour ajouter à fa gloire : pourquoi
fe montrer plagiaire des découvertes d'un
autre , quel avantage auffi peut- il fe promettre
en improuvant des faits dont tout
un public eft inftruit ? Si nous en croyons
fon écrit , l'ancienne opération étoit la
feule connue en 1753 ( qui eft à peu près
le tems du retour de fes courfes , ) mais
comment nous perfuader ce qu'il avance :
croirons- nous que nullement informé de
ce qui a été annoncé la- deffus , il fe foit
trompé : non ; ne devroit - il pas fçavoir
qu'en 1752 , M. Daviel avoit dépofé dans
les faftes de l'académie de Chirurgie , un
mémoire fur cette nouvelle méthode , par
lequel il démontre avoir pratiqué deux
fois l'extraction de la cataracte avec fuccès
en 1745 , & l'avoir adoptée entierement en
1750. Tous les gens de l'art ont lu fa lettre
à M. de Joyeuſe , celle de M. de Vermale ,
la vôtre même , Monfieur : defavoue - t- on
des faits auffi folidement conftatés ? ces
ouvrages ne feront fans doute pas échappés
à la vigilance du fieur Beranger. Ce n'eft
pas tout , ne veut- il pas auflì à l'inftar de
quelques critiques deſoeuvrés , lui dérober
la gloire d'avoir inventé cette opération
Ne feroit-ce pas dit- il , pour avoir ofé met188
MERCURE DE FRANCE.
tre en doute , qu'il fut l'invenieur de l'extras"
tion ; il a pû le fçavoir par des diſcours , mais
il en fera encore mieux inftruit , quand il
verra les preuves que j'en rapporte dans un
autre ouvrage , je dirai même qu'il paroît
s'en réferver la gloire , mais les reproches
amers que lui ont fait là- deffus la plupart
de Meffieurs les Chirurgiens de Bordeaux
auroient dû le défabufer d'une prétention
auffi mal fondée , qui tend , fi je ne me
trompe, à lui faire difputer le pas avec mon
pere. Mais par quelle voye fe promet - il de
l'atteindre ? eft- ce par la légereté defa main ?
comme fi avec une main légere on ne pou
voit pas faire habilement une mauvaife
opération ; eft- ce parce qu'il a réuffi dans
des cas aufquels il ne s'attendoit point ? N'afpire-
t-il pas à devenir fon émule , en ouvrant
ici des artères angulaires , puis à
grands coups de tenaillons , brifant les
os voisins d'une partie qu'il ignore (a ) ,
il fçait perfuader adtoitement , que c'eft
pour le bien du malade qu'il a manoeu
vré ainfi Seroit- ce parce qu'il faifit délicatement
le tarfe dans les trichaifes ,
d'où il reste un éraillement de la paupiere
fupérieure jufqu'au fourcil , telle eft une
dame que j'ai vifitée moi- même ( b) , tels
(4) Voyez la lettre de M. Larieux , ci -jointe.
(b) Madame Frefciné , bourgeoiſe de la même
ville , rue des Menus.
1
AOUST. 1755. 189
prafont
auffi deux malades à l'hôpital S. André
de Bordeaux , qu'il a opérés dans le même
goût. Ce reproche eft d'autant plus juſte
que de toutes les opérations que l'on
tique fur les yeux , celle- là eft la plus fimple
, & le tarfe eft la feule partie que l'on
doive craindre de toucher ; voilà fans doute
par quel chemin le fieur Beranger prétend
effacer mon pere , que ne peut- il ſe
perfuader que l'on n'eft pas opérateur pour
avoir vû opérer , il en feroit plus fage. Que
ne fe propofoit- il pour exemple nos meilleurs
auteurs , lefquels fe regardant comme
les artifans de la nature , ont travaillé
fans ceffe à la connoître pour fçavoir l'aider
à propos lorfqu'elle fe prête , la relever
lorfqu'elle manque ? ils lui euffent appris à
éviter les écueils où il a échoué , alors il
n'eut pas eu befoin de recourir à la prédeſtination
pour définir la caufe des accidens
: il étoit dit que ce malheureux ſouffriroit
des contre-tems. Combien le public
ne devroit-il point être circonfpect fur le
choix de ces oculiftes , qui font à leur gré
des opérations pour s'exercer à
s'exercer à porter un
inftrument avec vivacité , qui comptentfur
des guérifons par la légereté de leur main ,
qui ne fçavent ce que c'eft de mefurer leurs
pas à la délicateffe & à la fphere étroite
d'une partie ; depuis long- tems les vrais
190 MERCURE DE FRANCE.
praticiens ont abandonné aux empiriques
le brillant , le vif dans les opérations , pour
pouvoir avec toute fureté toucher , réflé
chir , combiner les parties qu'ils doivent
attaquer , celles qu'il faut éviter , les maux
qu'ils ont à entreprendre, d'où ils concluent
qu'une bonne & utile opération eft affeztôt
faite , lorfqu'elle eft bien faite. Cela
pofé , je crois qu'il a mauvaiſe grace à con
foler , par la légereté de fa main , M. de la
Faye , de la critique qu'un homme véritable
ment de l'art , afaite de fon inftrument ; où
eft donc cette critique ? Quel est donc ce
motif de confolation ? Mon pere , il eft
vrai connoiffant la bonté de fa méthode
par fes heureux fuccès , n'adopte pas pour
lui l'inftrument de M. de la Faye , & comment
ne peut-on , fans tomber dans cette
jaloufie , qui ne permet pas de voir avec plaifir
les progrès d'un art s'augmenter en d'autres
mains que dans les nôtres , garder ce que
l'on croit bon par pratique , fans le quitter
pour ce qui peut l'égaler . L'une & l'autre
méthode ont leurs avantages , l'une & l'au
tre ont leurs inconvéniens ; vu cette jufte
réflexion , notre oculiſte a tort , veut- il
femer la zizanie parmi ces deux artiſtes ,
lefquels foigneufement occupés du bien
public , & non par des motifs d'une fervile
jaloufie , fçavent fe contredire fans huAOUST.
1755. 191
faimeur
, fans préfomption , fe prêter leurs
avis , & fe céder mutuellement fans contrainte
, lorfque le mieux l'exige.-
Volontiers , le fieur Beranger , pour
re valoir l'inſtrument de M. de la Faye ,
exigeroit que la nature fe dérangeât dans
fon ordre , qu'un liquide qui n'eft plus
contenu , pût fe compofer , & refter en
place. Alors , dit - il , on éviteroit les accidens
auxquels cet inftrument eft fujet ; mais s'appercevant
bientôt du ridicule de cette idée ,
il engage l'opérateur à ne pas laiffer fortir
toute l'humeur aqueufe avant que l'incifion
de la cornée ne foit achevée. Ce précepte
eft purement imaginaire , & ne fuppofe
pas une grande notion du méchanifme
de l'oeil dans celui qui le donne : car il
eft moralement impoffible d'empêcher que
l'humeur aqueule contenue dans la chambre
antérieure , ne s'échappe auffi-tôt que
l'inftrument s'eft fait jour d'un angle à
l'autre . Cependant une main auffi légere que
la fienne peut en venir à bout , & l'on voit
bien que ce n'est ni la main , ni les yeux d'un
vieillard qui peuvent franchir ces obftacles.
( Je vous dirai , Monfieur , propos
de ce
nom de viellard par lequel cet opératenr
croit défigner mon pere , que parmi tous les
fecrets qu'il poffede , je ne lui connoiffois
pas encore celui de vieillir à fon gré des
à
192 MERCURE DE FRANCE.
perfonnes qui peuvent s'oppofer à fon
ambition dangereufe. Avec un peu moins
d'animofité il nous eut donné une critique
plus vraie & plus délicate . ) Pour ces opérations
, pourfuit- il , il faut une main exercée
au travail. Mais où font donc les travaux
du fieur Beranger par lefquels il a pu acquérir
cette habileté tant vantée ? où font les
hôpitaux qui l'ont élevé , quels font les maîtres
de l'art qui l'ont enfeigné ? Ne croirat-
on pas plutôt que les yeux & les mains de
la perfonne refpectable dont je prens la
deffenfe , qui ont vu & démontré l'anatomie
, pendant vingt- cinq ans , qui fe font
exercés fur dix mille cadavres à pratiquer
des opérations quelconques , fans détailler
ici ce qu'ils ont pratiqué fur les vivans ,
ne fçauroient être attaqués par les fades
railleries de cet oculifte. Reconnoîtrezvous
là , Monfieur , un éleve qui fe dit foumis,
refpectueux , lequel aux dépens même de
fa gloire éleve fon maître au- deffus de tous les
hommes de fa profeffion . Le fieur Beranger
ne fe décourage pas , & je ne puis parcourir
aucun article de fa lettre fans y trouver
des découvertes qu'il s'approprie . Je ne regarde
point , nous dit-il , la hernie de l'uvée
comme un accident , quoiqu'en difent les auteurs
, & même je la coupe fans rien craindre.
Maiscomment a-t- il pu fe promettre d'être
tranquille
A O UST . 1755. 193
tranquille poffeffeur d'un bien qu'il n'eut
pas été en lui d'acquérir , en impofa- t- on
jamais à un public inftruit de ce qu'a dit
mon pere fur cette matiere dans les Journaux
publics , dans les mémoires de l'Académie
(a) , longtems avant que le fieur Beranger
eut penfé aux maladies des yeux. Je
foufcrirai volontiers qu'il ait eu des idées
fur cette matiere lorfqu'il a coupé l'iris
avec un inftrument qui n'étoit pas des mieux
faits , ni affez tranchant . Et pourquoi fans
déférer à mon pere la gloire de l'avoir dit
le premier , donne-t -il à penfer que c'eſt à
lui feul à qui on doit fçavoir gré d'une découverte
auffi intéressante.
coup
par
Notre oculifte cependant s'effaye quelquefois
à donner du nouveau fur des matieres
fort épineufes , annonçant, qu'il fçait
fûr déterminer l'état des cataractes
leurs couleurs : cette découverte doit
vous paroître merveilleufe , mais je veux
vous démontrer , qu'elle eft fans fondement
. A le fuivre avec réflexion dans cet
amas confus de paroles avec lefquelles il
veut nous perfuader la validité de fon fyftême
, divifant au hazard dix efpeces de
( a ) Voyez la lettre de M. Daviel à M. de
Joyeuſe , fa réponſe à M. de Rouffilles , & les mémoires
de l'Académie royale de chirurgie . pag.
3.37. du II , vol ,
I
194 MERCURE DE FRANCE.
couleurs en deux claffes , dont huit annoncent
le tiffu du cristallin , relâché , & deux
où les couches de ce même corps font intimement
unies , il eſt aifé d'appercevoir
par les effets contraires de fon expérience
même , qu'il n'a point réfléchi avant de le
produire au jour. A l'hôtel de ville de Bordeaux
, il opéra un homme il y a trois mois
dont il avoit annoncé les deux cataractes
bonnes & folides , à peine la membrane criftalloïde
fut elle ouverte que l'idatide s'écoula
& furprit infiniment cet opérateur (a) . Il
n'eft pas plus fûr de fa nouvelle découverte
dans fa lettre , quoiqu'il la publie infaillible
, fes obfervations même le démentent .
Lorfque les couches fuperficielles du criſtallin
font plus étroitement unies , la cataracte a
plus de blancheur. Voilà la couleur & l'état
de folidité déterminés par l'auteur , & voici
fa contradiction. Deuxieme obfervation ,
Jean Trigeart étoit affligé de deux cataractes
dont la couleur étoit blanchâtre qui me parurent
bonnes à être opérées avec ſuccès , je vis
bientôt avec furpriſe qu'il ne fortit point de
criftallin , mais feulement une quantité de pus,
comment veut - il donc faire valoir fon fyf-
(a) J'étois préfent à cette opération avec M. de
la Montagne médecin , & M. Forcade fils , chirurgien
, qui s'apperçurent comme moi de fon
erreur.
AOUST. 1755. 195
par
tême le deffendant fi mal . Il ajoute que
l'humeur vitrée étoit abcédée , comme le crif
tallin. Je ne vois pas que cette défaite
puiffe lui être avantageufe en aucune façon.
Car il est évident que fi les yeux
avoient été abcédés , l'abcès fe feroit manifefté
en dehors des accidens quelconques
; delà avec un peu moins de routine ,
& plus de théorie , il eut prévu indubitablement
la diffolution de l'humeur vîtrée ;
par fon nouveau fyftême l'état de la cataracte
, & par une réflexion néceffaire , il
eut épargné au malade une opération &
des douleurs infructueuſes , & à lui le déplaifir
d'être tombé dans une faute auffi
groffiere ; il eut mieux valu avouer ingénuement
qu'ayant voulu extraire la membrane
du criftallin qui eft fort épaiffe &
adhérante pour l'ordinaire en pareil cas ,
il l'avoit trop tiraillée , qu'en conféquence
les membranes internes déchirées auffi , s'étoient
abcédées , & avoient entraînées la
perte de l'oeil ; ç'eut été alors un malheur
que perfonne n'auroit été en droit de lui
reprocher.
L'adhérance des cataractes par ancienneté
, ne me paroîtra pas plus certaine que fa
differtation fur les couleurs , je dirai même
qu'elle eft contraire à l'expérience , celle
qu'il fuppofe du criftallin avec fa mem-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
par
brane n'arrive jamais , je m'explique ; feu
lement dans les cataractes pierreufes ou
offeufes ; en un mot , je pense que fon idée
fur la maturité des cataractes eft fans fon-
- dement . En effet , je dis : 1 ° . qu'une cataracte
ne peut fe rendre adhérante à la partie
poftérieure de l'uvée que par inflammation
, & par coup d'inftrumens tranchans
ou piquans ( a) , cette adhérance même eft
contractée dès le principe de la maladie ,
je dis même que le criftallin defféché
fon ancienneté , tendroit plutôt à dégager
fa membrane de l'adhérance s'il s'en
trouvoit ; cet oculifte auroit dû s'en rapporter
au fentiment de feu M. Petit qu'il
rapporte lui -même. 2°. Le criftallin , vu la
diftinction donnée , ne peut pas contracter
une adhérance avec fa membrane , il ne
peut fe faire tout au plus qu'un collement
produit par le deffechement de l'humeur
de Morgagni , j'ai vérifié moi- même ce
que j'avance dans des cristallins de vieillards,
lorfque j'en ai trouvé de defféchés je
les ai toujours féparés avec beaucoup de
ménagement , il eft vrai , de leurs membranes
, ce que je n'aurois pû faire s'il
avoit eu adhérance. 3 ° . Il eft abfurde de
croire que nous devions juger de la matu-
(a ) Voyez la réponfe de M. Daviel à M. de
Rouffilles.
y
AOUST. 1755. 197
tité des cataractes par la facilité que nous
à
pouvons nous promettre
porter un inftrument
dans l'oeil . La perte de la vûe au
jour près , que le malade doit toujours appercevoir
, eft la feule maturité à obferver
, d'où je conclus que le fieur Berranger
s'eft lourdement trompé dans les trois
differtations que je viens de réfuter .
Cependant malgré les vérités que j'expofe
, il a trouvé des deffenfeurs qui lui
ont livré des certificats à l'abri defquels
il s'eft cru affez fort contre les reproches
que l'on pourroit lui faire ; mais quelque
foi que l'on doive ajouter aux certificats
, dont quelques uns font livrés
par des perfonnes non compétentes dans
l'art , on fçait bien qu'un empirique en
produit auffi , en eft - il cru plus habile ?
Les grands hommes font bien éloignés de
fe faire valoir par de pareils témoignages ,
c'est par leurs fuccès , c'eft par les éloges
que leur défere une fociété impartiale ,
c'eft enfin par les applaudiffemens , par les
honneurs qu'ils reçoivent de la république
des fçavans , voilà des certificats que la fupercherie
la plus rafinée ne peut furprendre
, que la mauvaiſe foi ne peut défavouer
, que l'ignorance même refpecte.
D'ailleurs comment fe deffendre de croire
que les certificats du Sr Beranger ne foient
な
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
fufpects s'ils fe démentent mutuellement .
Je vais , Monfieur , vous le faire appercevoir.
Le fieur Gouteyron certifie , comme
vous fçavez , que les foixante cataractes
opérées par le fieur Beranger à Bordeaux ,
ont toutes réuffi , cependant notre oculifte
avoue contre ce certificat , que fur fept il
en a manqué quatre , il eft aisé par proportion
de conclure du refte. Pour vous expliquer
des contradictions femblables dans
quelques-autres certificats , j'aurois befoin
d'un loifir qui me manque ; je vous dirai
cependant que de tous ceux qu'il a produits ,
aucun ne m'a paru plus modefte , plus vraifemblable
, que celui du célebre M. Seris,
Toujours prudent il donne à connoître
qu'il n'a pas voulu fe répentir d'avoir trop
fuccombé à Pillufion . Quant à celui de
M. de Laliman , je ne crois pas devoir lui
oppofer quelque chofe de plus valable ,
que ce qu'on m'écrit fur fon état. Vous y
verrez auffi Monfieur , comment le fieur
Beranger a bonne grace d'annoncer la guérifon
de tous les malades à Marmande."
(a) Les malheurs qui accompagnent les pauvres
malades que le fieurBeranger a opérés ici,
font des
preuves bien contraires au certificat
(a) Extrait d'une lettre écrite par M. Larieux
chirurgien , à Marmande , dattée du 13 Juin
1755.
A O UST. 1755 . 199
qu'il produit , je vais vous en faire le détail.
M. l'Abbé Laliman mérite toute votre
attention . Cet honnête homme eft affligé depuis
quinze ans d'un ulcere chancreux fitué à la
paupiere inférieure de l'oeil droit , l'oculifte
fe contenta de faire quelques mouchetures , &
appliqua un médicamment que je ne connus
point ; quelques tems après l'opération , je
m'apperçus que le rebord de la paupiere était
toujours calleux , rouge & renversé , je me
retirai voyant unfi mauvais fuccès . Quoiqu'il
eut promis de guérir le malade en trois femaines
, huit mois fe font écoulés fans tenir fa parole
, il étoit parti pour Bordeaux & avoit
laiffé fon malade fans emplâtre , mais celui- ci
a été obligé de le reprendre pour couvrir ſon
ulcere qui a récidivé avec plus de rigueur que
jamais , & j'ai obfervé que l'oeil eft moins fail
lant , la paupiere fupérieure gonflée & d'un
rouge brun.
Je paffe à la cure d'une goute ferene imparfaite
que le fieur Beranger fe vente d'avoir
guéric. Mlle Faget reçut un coup fur la tête
par la chute d'un deffus de porte , elle en reſta
aveugle . Par les foins de M. Dupuis , medeein
, fa vue s'est bien rétablie . Que penferezvous
, Monfieur , de ces fortes de miracles ,
par modeftie , fans doute , il n'a pas rempli ſa
lettre des obfervations de fiftules lacrymales
qu'il a opérées. Je veux à fon défaut vous en
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
faire le récit fidel. Le fils de M. Reand fut
opéré par le fieur Beranger l'année paffée ;
auquel il ouvrit l'artere angulaire , brifa les
os voifinsfoit fains , foit cariés , & paſſa une
meche dans le conduit. Ce traitement dura
quatre mois inutilement , la playe n'a jamais
été bien guérie , puifqu'il en fort toujours du
pus & des larmes ; les parens fe font plaints de
ce mauvais fuccês , cet oculifte a répondu qu'il
falloit faigner , purger le malade , le mettre à
l'ufage du lait de vache , appliquer des
compreffes graduées , j'ai fait tout cela fans.
aucun fruit.
Vous voyez , Monfieur , fa défaite ; car
que peuvent fervir ces remedes en pareil
fi ce n'eft à temporifer , jufqu'à ce
qu'il puiffe s'échapper à la fin de fon tricas
,
meſtre ?
Que dirai je ( continue- t -on ) de lafemme
de M. Lançon , Perruquier , qu'il a opere
de deux fiftules. L'état de cette malade eft pitoyable
, fes yeux font toujours chaffieux , lar
moyans , douloureux , l'endroit des incifions
gonflé ,, rouge , le pus en découle fans ceffe
en un mot, tous les malades qu'il a operes ici
excepté le Sr Baquay , fe plaignent fort de fa
conduite , &font livrés à des infirmités pires
que les premieres. On m'avoit mandé pour
aller voir une femme à laquelle le Sr Beranger
avoit ouvert une tumeur enkiſtée ſur un
暈
A O UST. 1755. 201
genou , le delabrement eft fi grand , les douleurs
fi vives qu'elle ne peut fe remuer .
J'ai vérifié par moi-même tout ce que
Pon m'annonce : J'avouerai cependant ,
malgré l'avantage que de pareils fuccès
me donnent fur mon adverfaire , que la
qualité d'honnêtes gens dans ces malades
infortunés, a émouffé le plaifir que j'aurois
eu à les publier ; car je fens qu'il eft bien
dur de ne pouvoir , fans infulter à leurs
malheurs, s'applaudir d'avoir en défendant
mon droit , rappellé des faits qui leur reprochent
leur aveugle confiance. Je vous
épargnerai le détail de quelques autres
opérations qu'il a faites , je le réſerve pour
une autre occafion qui me permettra de
vous inftruire du fuccès que j'ai eu dans
des cas femblables . Je ne veux pas qu'il
ait tant à fe plaindre des injuftices qu'il dit
lui être faites par des perfonnes envieuſes
de fon haut mérite , & par un cenfeur moderne
que fon âge rend incommode à lui-même
, & que fa jeuneffe incommode encore
plus.
ن م
Mais fondons un peu les raifons qui
l'engagentà murmurer ? ne feroient - elles
pas l'effet d'une pufillanimité qui le porte
à croire que l'on penfe de lui ce qu'il
ne fçauroit fe defavouer ? A l'entendre
mon pere eft la caufe de fon difcrédit ;
Ιν
202 MERCURE DE FRANCE.
mais où trouvera-t-il des témoignages qui
puiffent conftater que l'on ait travaillé
jamais à ternir fa réputation ? au contraire
, jufqu'ici mon pere étoit affez difpofé
à oublier fon nom même , fi le bruit de
fes fautes ne l'avoit entretenu dans fa
mémoire. Cette imputation peut- elle avoir
quelque poids , étant fufcitée , parce que
mon pere lui refufe la qualité de fon éle-
've ? İl eſt vrai qu'il n'a pas pris la peine
encore de le publier , mais il n'en eft pas
moins convaincu ; & les rapports que. l'on
a fait au fieur Beranger , font très - juftes ,
en cela mon pere ne croit pas porter aucune
atteinte au nom de cet Opérateur :
d'ailleurs , on fçait qu'il n'a jamais formé
d'autres éleves que fon fils . Comment
donc ? parce que le fieur Beranger l'aura
vu operer , aura même panfé quelques malades
, ce que l'on peut abandonner fans
crainte aux mains de l'homme le plus ordinaire
, il afpirera au titre d'éleve , ce
propos eft mal fondé , & la conféquence
eft injufte d'ailleurs , mon pere auroit - il
appris au fieur Beranger à en impofer au
public par des bulletins , que le charlatanifme
a dictés , que l'ignorance publie ; jugez-
eń , Monfieur , par ces paffages , qui
annoncent , 1º . * que l'on trouvera chez
:
* C'eft un billet qu'il a fait diftribuer à Sarra
goffe , dont voici la teneur .
A O UST. 1755. 203
Hui toutes fortes d'eaux qui fortifient la vûe,
la maintiennent & guériffent diverfes maladies.
2°. Qu'il guérit la teigne , la gale
avec une pommade. ** 3 ° . Les maux de
bouche , le fcorbut , & autres , avec des
gargarifmes , fera- t- on furpris après , s'il
guérit , fuivant le certificat de M. de Laliman
, l'afthme , les fievres lentes , les
coliques , & les rhumes de poitrine. Voilà
un homme qui paroît unique , Médecin ,
Chirurgien , Oculifte & Dentiſte , rien ne
décourage fa fcience profonde ; les maladies
mêmes que l'on regarderoit comme
incurables , cédent à fes fpécifiques : reconnoîtra-
t- on là les leçons de mon pere ,
bien loin après cela d'exiger le titre de fon
éleve , il devroit travailler à mériter du
moins de l'avoir été.
Voilà des preuves affez fuffifantes pour
conftater que le fieur Beranger n'eft point
éleve de mon pere , en dépit même des
lettres qui ne font pas à beaucoup près
En fu cafa fe encuentran todo genero de agnas,
que fortifican laviſta , la mantienen y curan
differendes enfermedades.
- 2º. Advierteſe , que con una pomada que tiene
, curara el mal de tina fin dolor alguno ,
en poco tiempo , y tambien la farna.
* Con varios gargarifmos que tiene excuifitos
curara qualesquiera infermedades de laboca como
efcorbuto , y otras.
Ivj
204 MERCURE DE FRANCE!
affez fuffifantes pour lui fervir de tro
phées , il croit trop vivement avoir gain
de caufe , parce que mon pere lui recommande
de voir fes malades ; mais pour
cela étoit- il néceffaire qu'on lui connut du
mérite , en ce cas mon pere auroit craint de
confier fes malades en d'autres mains , cependant
le premier venu remplit prefque
au premier jour les occupations du fieur
Beranger ; la troifiéme lettre le prouve.
Recommandez , y eft-il dit , à ce jeune homme
d'avoirfoin de mes malades ; croiroit- on
que ce jeune homme , depuis deux jours
qu'il étoit dans la maifon de mon pere ,
pût être fort verfé dans ce genre de maladie
2 auroit- il bonne grace auffi de s'annoncer
fon éleve ? mais dans la maladie
du Sr Beranger , mon pere le traitoit d'ami,
ce font là de petites attentions que
l'humanité prodigue en pareilles occurrences.
Rien en cela ne peut faire conclure
qu'il étoit fon éleve , la fufcription vague
des lettres qu'il produit le defavoue ; concevra-
t-on qu'il étoit chirurgient
que mon pere lui en a donné le titre dans
la fufcription de fes lettres ? Cette préten
tion ne feroit point fondée.
*
, parce
En vain fon petit amour propre veut- il
** Lifez à M. Beranger , Chirurgien , ou éleve
en Chirurgie , ou à M. Beranger fimplement.
AOUST. 1755
205
lui perfuader qu'on lui refufe le titre d'éleve
, » parce qu'il a travaillé lui feul aux
maladies des yeux , parce qu'il a traité des al
bugo , des ulceres à la cornée , en diffequant
fes lames, chofe qu'il ignore avoir été pratiquée
par M. Daviel. C'est ici où il en impofe
fans ménagement, étant perfuadé lui- même
du contraire ; il ne defavouera fans doute
pas d'avoir vû des yeux préparés, où mon
pere avoit féparé jufqu'à cinq lames de la
cornée j'ajouterai aufli que depuis fix
ans que je te fuis , de deux millè opérations
pratiquées pour la cure de ces maladies
, il n'en eft pas trois cens dans lefquelles
il n'ait diffequé les lames de la cornée
pour déterger le foyer de l'ulcere , & lui
procurer une cicatrice folide. Je rougis
d'être contraint de refuter d'auffi foibles
imputations qui doivent néceffairement
retomber fur celui qui les a avancées .
Vous voyez bien, Monfieur, que ce n'eft
pas avec de pareils faits qu'il peut fe promettre
de faire tomber les armes de fes
tremblantes mains , comme il le dit avec
affez peu de ménagement; au contraire ce
feroit un nouveau motif de les raffermir ,
s'il étoit néceffaire , ayant tant de fapériorité
fur fon prétendu concurrent . Ce trait
peu modefte demafque trop bien le fieur
Beranger , il eft même fipeu conforme à
206 MERCURE DE FRANCE.
.
la décence que je me fuis impofée, que je
ferai affez fatisfait de lui répondre avec
Cicéron par ces mots.
* Rumoribus mecum
pugnas , ego autem à te rationes requiro.
Telles ont été mes réflexions fur la lettre
du fieur Beranger. Vous voyez , Monfieur
que , quamvis homo fuerit , laudatus narratum
ejus non laudatum eft . Je crois avoir
fuffifamment fatisfait à une partie de vos
queftions. Quant à celle par où je conçois
que vous doutez de l'auteur , je ne
dois pas la réfoudre : Les motifs intéreffés
qui ont pû engager une plume vénale à fe
prêter aux intentions du fieur Beranger ,
ne fouffriroient pas volontiers le jour , je
fuis d'autant plus porté à garder le filence
là -deffus , que je puis fans flater beaucoup
cet oculite , fouffrir qu'il jouiffe du plaifir
d'avoir produit un ouvrage auffi médiocre .
Sije fçai , que de tous les fâcheux les
critiques font les plus incommodes , je ne
me fçai pas moins bon gré de l'avoir paru
dans une querelle , qui , quoique defagréable
, m'eft bien précieufe , ayant eu
pour motif le bien public & la défenfe
d'un pere : Je ne pouvois l'éviter , quelque
éloigné que je fus de la prévoir. J'ai l'honneur
d'être , &c. DAVIE L.
A Paris , le 18 Juillet 1755 .
* Cic. liv. 3. de natura Deorum .
Fermer
Résumé : REFLEXIONS critiques adressées à M***, Médecin à Lyon, sur une Lettre annoncée sous le nom du sieur Beranger, Oculiste, par M. Daviel le fils, Maître-ès Arts en l'Universite de Paris.
Le texte est une lettre critique adressée à un médecin de Lyon concernant une lettre attribuée à un certain sieur Béranger, oculiste, et envoyée par M. Daviel le fils. L'auteur exprime sa surprise que la lettre de Béranger ait circulé largement, alors qu'il pensait qu'elle serait seulement distribuée dans les auberges entre Bordeaux et Paris. Il critique Béranger pour avoir fait payer des personnes qui n'étaient pas intéressées par son ouvrage. L'auteur explique qu'il avait initialement choisi de ne pas répondre à cette lettre pour éviter de déplaire au public et à son père, mais il a été poussé à réagir en raison des attaques indécentes contre son père. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. L'auteur reproche à Béranger de se vanter de ses succès et de prétendre avoir parcouru des pays étrangers pour se perfectionner, alors que ses activités semblaient plus orientées vers la composition de personnages et la recherche de malades à opérer. Béranger est également accusé de plagiat et de vouloir s'attribuer la gloire d'une nouvelle méthode d'opération de la cataracte, déjà pratiquée par M. Daviel. L'auteur critique les méthodes chirurgicales de Béranger, le qualifiant d'empirique et manquant de délicatesse et de précision. Enfin, l'auteur dénonce l'attitude jalouse et présomptueuse de Béranger, qui cherche à discréditer les méthodes de son père et d'autres chirurgiens compétents. Il appelle à une collaboration respectueuse et constructive entre les praticiens pour le bien du public. L'auteur conteste les découvertes et les méthodes de Béranger, notamment concernant les opérations de la cataracte. Il affirme que Béranger s'approprie des découvertes déjà faites par d'autres, notamment par son père, et qu'il manque de rigueur scientifique. L'auteur cite plusieurs exemples d'erreurs commises par Béranger lors d'opérations, comme l'annonce incorrecte de la solidité des cataractes ou la mauvaise gestion des complications post-opératoires. Il mentionne également des certificats de succès produits par Béranger, qu'il juge suspects et contradictoires. L'auteur conclut en soulignant que les véritables mérites des grands hommes se mesurent par leurs succès et les éloges de la communauté scientifique, et non par des témoignages douteux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
232
p. 263
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
•
' Ai la , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure d'Août & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 30 Juillet 1755 .
GUIROY.
•
' Ai la , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le Mercure d'Août & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 30 Juillet 1755 .
GUIROY.
Fermer
233
p. 75-76
ENIGME.
Début :
Pur ouvrage de la nature, [...]
Mots clefs :
Cornes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
PUR ouvrage de la nature ,
Ou je fuis je fers d'ornement :
Mais quand quelque trifte aventure
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
M'a produit , je fuis différent :
Le vulgaire ne m'enviſage ,
Qu'avec une espece d'horreur.
Je ne fuis rien aux yeux du fage :
Le Courtifan me fait fervir à fa grandeur ,
Et quoiqu'à mes fujets , outre un dur esclavage ,
J'imprime un trait qui femble les fétrir ;
Chaque jour cependant j'aggrandis mon empire.
Tu demandes mon nom ? je n'ofe te le dire.
Je crains , lecteur , de te faire rougir.
ET
Par T. P. de Paris.
Fermer
234
p. 93-94
Lettre de M. le Chevalier de Causans à Milord Macclefield, Président de la Société royale de Londres.
Début :
MILORD, de bonnes raisons m'ont empêché de démontrer plutôt évidemment [...]
Mots clefs :
Société royale de Londres, Quadrature du cercle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. le Chevalier de Causans à Milord Macclefield, Président de la Société royale de Londres.
Lettre de M. le Chevalier de Caufans à Milord
Macclefield , Préfident de la Société
royale de Londres.
ILORD , de bonnes raifons m'ont
M'empêché de démontrer plutôt évidemment
, & géométriquement à l'Académie
royale des Siences de Paris, la quadra
ture du cercle , que j'avois annoncée . Je
m'empreffe , Milord , à vous en préfenter
les preuves ; & comme la vérité eft l'objet
94 MERCURE DE FRANCE.
de vos lumieres , & de celles de la Société
royale à laquelle vous préfidez , je
vous prie , Milord , de la découvrir dans
cette occafion. Si je me fuis trompé , je
ne demande aucune indulgence. Je fçai
que vous excluez des fciences tout refpect
humain ainfi , Milord , je me flatte
, que fi je fuis dans l'erreur , vous vous
fervirez de la voie la plus authentique
pour m'éclairer ; & que hi votre jugement
m'eft favorable , vous le direz formellement
, ce qui inftruira de votre ſentiment
pour ou contre. Rendez , je vous fupplie
, Milord , juftice à ma confiance , de
même qu'au refpect avec lequel j'ai l'honneur
d'être , Milord , &c.
A Paris , ce 10 Juilles 1755 .
Macclefield , Préfident de la Société
royale de Londres.
ILORD , de bonnes raifons m'ont
M'empêché de démontrer plutôt évidemment
, & géométriquement à l'Académie
royale des Siences de Paris, la quadra
ture du cercle , que j'avois annoncée . Je
m'empreffe , Milord , à vous en préfenter
les preuves ; & comme la vérité eft l'objet
94 MERCURE DE FRANCE.
de vos lumieres , & de celles de la Société
royale à laquelle vous préfidez , je
vous prie , Milord , de la découvrir dans
cette occafion. Si je me fuis trompé , je
ne demande aucune indulgence. Je fçai
que vous excluez des fciences tout refpect
humain ainfi , Milord , je me flatte
, que fi je fuis dans l'erreur , vous vous
fervirez de la voie la plus authentique
pour m'éclairer ; & que hi votre jugement
m'eft favorable , vous le direz formellement
, ce qui inftruira de votre ſentiment
pour ou contre. Rendez , je vous fupplie
, Milord , juftice à ma confiance , de
même qu'au refpect avec lequel j'ai l'honneur
d'être , Milord , &c.
A Paris , ce 10 Juilles 1755 .
Fermer
Résumé : Lettre de M. le Chevalier de Causans à Milord Macclefield, Président de la Société royale de Londres.
Le Chevalier de Caufans écrit à Milord Macclefield, Président de la Société royale de Londres, pour justifier son retard dans la présentation de la quadrature du cercle à l'Académie royale des Sciences de Paris. Il souhaite soumettre ses preuves à la Société royale et demande un jugement impartial sur ses travaux. Le Chevalier affirme que la vérité est l'objectif de Milord et de la Société royale. Il sollicite une clarification en cas d'erreur et une déclaration formelle en cas de validation de ses travaux. La lettre, datée du 10 juillet 1755, se termine par une expression de respect et de confiance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
235
p. 198
Lettre de M. de la Chapelle, Censeur royal à l'Auteur du Mercure.
Début :
Il vient de paroître, Monsieur, un Examen des dernieres observations de M. de Lalande, de l'Académie [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. de la Chapelle, Censeur royal à l'Auteur du Mercure.
Lettre de M. de la Chapelle , Cenfeur royal , à
l'Auteur du Mercure.
L vient de paroître , Monfieur , un Examen des
dernieres obfervations de M. de Lalande, de l'Académie
royale des Sciences , par M. Jodin , Horloger
, en date du 20 Juillet 1755 , chez Lambert , &
muni de mon approbation , du 4 Août . Au manufcrit
que j'ai paraphé , on en a ſubſtitué un autre
, qui paffe de beaucoup les bornes de la modération
& d'une défenſe légitime . L'honnêteté publique
y eft peu ménagée , & l'on y manque d'égards
pour le corps refpectable de l'Académie des
Sciences. Je n'ai donc aucune part à cette brochure
. L'Auteur en convient ; & c'eft pour cela ,
Monfieur › que je vous prie de rendre cette Lettre
publique. Je fuis , &c.
Nous ajoutons que
que la brochure eft
A Paris , ce 21 Août 1755 .
l'Avertiffement eft aufli faux
mefurée.
l'Auteur du Mercure.
L vient de paroître , Monfieur , un Examen des
dernieres obfervations de M. de Lalande, de l'Académie
royale des Sciences , par M. Jodin , Horloger
, en date du 20 Juillet 1755 , chez Lambert , &
muni de mon approbation , du 4 Août . Au manufcrit
que j'ai paraphé , on en a ſubſtitué un autre
, qui paffe de beaucoup les bornes de la modération
& d'une défenſe légitime . L'honnêteté publique
y eft peu ménagée , & l'on y manque d'égards
pour le corps refpectable de l'Académie des
Sciences. Je n'ai donc aucune part à cette brochure
. L'Auteur en convient ; & c'eft pour cela ,
Monfieur › que je vous prie de rendre cette Lettre
publique. Je fuis , &c.
Nous ajoutons que
que la brochure eft
A Paris , ce 21 Août 1755 .
l'Avertiffement eft aufli faux
mefurée.
Fermer
Résumé : Lettre de M. de la Chapelle, Censeur royal à l'Auteur du Mercure.
M. de la Chapelle, Censeur royal, a approuvé un manuscrit de M. Jodin sur les observations de M. de Lalande le 4 août 1755. Un texte substitué, irrespectueux envers l'Académie des Sciences, a été publié. M. de la Chapelle dénie toute responsabilité et demande la publication de sa lettre pour clarifier sa position. La lettre est datée du 21 août 1755 à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
236
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
" Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de Septembre, & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 30 Août 1755.
GUIROY.
" Ai lû , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure de Septembre, & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , ce 30 Août 1755.
GUIROY.
Fermer
237
p. 44-48
LETTRE A UN AMI, Sur la suite d'une discussion sur la nature du goût, imprimée dans le Mercure de Juillet 1755.
Début :
MONSIEUR, dans le Mercure de Juillet, j'ai lû entre plusieurs piéces [...]
Mots clefs :
Goût, Génie, Peuple, Mérite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A UN AMI, Sur la suite d'une discussion sur la nature du goût, imprimée dans le Mercure de Juillet 1755.
LETTRE
A UN
AMI ,
Sur la fuite d'une difcuffion fur la nature
du goût , imprimée dans le Mercure de
Juillet 1755 .
M ONSIEUR , dans le Mercure de
Juillet , j'ai lû entre plufieurs piéces
fugitives , un morceau qui m'a fait un
OCTOBRE. 1755 . 45
plaifir fingulier : c'est la fuite d'une difcuffion
fur la nature du goût , par M. Guiard de
Troyes : Je crois avoir compris toute la
folidité des réflexions de cet Ecrivain : cependant
je ne fuis pas tout-à- fait content
de moi . Il y a , pag. 96 , un paffage dont
je n'ai pas encore deviné le fens. Le voici.
S'il est vrai que la bonne température de
lair fait éclore le bon goût , le génie de l'Efpagnol
ne devroit - il pas porter l'empreinte
de l'excellence de fon terrein ? cependant
pourroit-on le définir fans tomber dans des
contradictions ? Ce peuple a droit de réaliſer
dans fa vie privée les peintures extravagantes
, dont le ridicule fait le principal mérite
de fes ouvrages
.
Je me veux un mal infini de ne pouvoir
atteindre la fublimité de ces penfées.
Vous fçavez qu'il n'y a pas long-tems que
je fuis de retour en ce pays- ci , & que j'ai
paffé dix-huit ans en Eſpagne. Seroit - il
bien poſſible , avec le goût décidé que j'ai
toujours eu pour la lecture , & le foin
que j'ai pris de m'entretenir dans le François
, que je n'entendiffe plus ma langue ,
ou le ftyle des beaux efprits d'aujourd'hui ,
eft il plus relevé que celui d'autrefois ?
Je vous protefte que je ne fuis pas homme
àme rebuter d'une premiere difficulté ;
je redouble d'attention dans les endroits
46 MERCURE DE FRANCE.
qui me paroiffent obfcurs . Pour que vous
en foyez bien perfuadé , je vais hazarder
mes conjectures ou mon commentaire ,
( car c'est tout un ) fur ces phrafes de M.
Guiard.
S'il eft vrai que la bonne température de
l'air faffe éclore le bon goût , le génie Efpagnol
ne devroit- il pas porter l'empreinte de
l'excellence de fon terrein ? cependant pourroit-
on le définir fans tomber dans des contradictions
?
Cette période à mon fens doit fignifier
qu'il n'y a pas eu encore en Eſpagne d'ex
cellent génie , ni d'homme de goût ; je
dis encore , parce M. Guiard , quelques
pages enfuite , ajoute :
›
Par tout où il y a des hommes il y a de la
raiſon , du fens , du jugement , & les fciencesy
peuvent être cultivées : il n'eft donc point
de régions inacceffibles au bon goût .
Voilà qui me raffure pour les Efpagnols
à venir. Je n'ofe même préfumer
que M. Guiard ait eu intention de marquer
tant de mépris pour ceux des fiécles
paffés , ni pour ceux d'à préfent : & quoique
ce peuple ait droit de réalifer dans fa
vie privée les peintures extravagantes , dont
le ridicule fait le principal mérite de fes onvrages
, j'aime mieux vous avouer trèsingénuement
que quelques efforts que je
OCTOBRE. 1755. 47
faffe ,je ne puis pénétrer la profondeur de
tant d'imagination.
Penfez- vous , Monfieur , que cela voudroit
dire au moins que M. Guiard feroit
prévenu contre les Efpagnols. Un homme
auffi inftruit qu'il paroît l'être , un Métaphyficien
fi exact abjure tous les préjugés,
& péfe tout au poids de la réalité. On laiffe
au commun du peuple d'avoir toujours fur
les yeux le bandeau de la prévention . Les
jugemens de ce dernier font de fi mince
conféquence , qu'il ne les affiche pas ; je
ne me figurerai pas plus volontiers que
M. Guiard air eu en vue quelques cantons
de Sauvages hors de notre hémifphere ,
ou qu'il n'ait lû que fon Don Quichotte en
François. Il n'eſt pas de ceux qui croiroient
que dans un voyage fur mer on a pû voir
tous les pays étrangers : Difons mieux
M. Guiard connoit auffi- bien que perfonne
le mérite d'une nation fi refpectable à
tous égards : j'oferois avancer qu'il eft
prêt à lui rendre juftice , & à s'expliquer
fans attendre de lettre apologétique , comme
celle du Gentilhomme Italien à M.
l'Abbé Prévôt * : car au fond ce n'eft pas
la faute des Espagnols , fi M. Guiard eft
né François.
* Cette lettre fe lit dans le Mercure du mois de
Juillet 1755.
48 MERCURE DE FRANCE.
J'ai l'honneur d'être , & c.
P. P. C. G. D. L. C. D. M.
A Paris , le 23 Juillet 1755.
A UN
AMI ,
Sur la fuite d'une difcuffion fur la nature
du goût , imprimée dans le Mercure de
Juillet 1755 .
M ONSIEUR , dans le Mercure de
Juillet , j'ai lû entre plufieurs piéces
fugitives , un morceau qui m'a fait un
OCTOBRE. 1755 . 45
plaifir fingulier : c'est la fuite d'une difcuffion
fur la nature du goût , par M. Guiard de
Troyes : Je crois avoir compris toute la
folidité des réflexions de cet Ecrivain : cependant
je ne fuis pas tout-à- fait content
de moi . Il y a , pag. 96 , un paffage dont
je n'ai pas encore deviné le fens. Le voici.
S'il est vrai que la bonne température de
lair fait éclore le bon goût , le génie de l'Efpagnol
ne devroit - il pas porter l'empreinte
de l'excellence de fon terrein ? cependant
pourroit-on le définir fans tomber dans des
contradictions ? Ce peuple a droit de réaliſer
dans fa vie privée les peintures extravagantes
, dont le ridicule fait le principal mérite
de fes ouvrages
.
Je me veux un mal infini de ne pouvoir
atteindre la fublimité de ces penfées.
Vous fçavez qu'il n'y a pas long-tems que
je fuis de retour en ce pays- ci , & que j'ai
paffé dix-huit ans en Eſpagne. Seroit - il
bien poſſible , avec le goût décidé que j'ai
toujours eu pour la lecture , & le foin
que j'ai pris de m'entretenir dans le François
, que je n'entendiffe plus ma langue ,
ou le ftyle des beaux efprits d'aujourd'hui ,
eft il plus relevé que celui d'autrefois ?
Je vous protefte que je ne fuis pas homme
àme rebuter d'une premiere difficulté ;
je redouble d'attention dans les endroits
46 MERCURE DE FRANCE.
qui me paroiffent obfcurs . Pour que vous
en foyez bien perfuadé , je vais hazarder
mes conjectures ou mon commentaire ,
( car c'est tout un ) fur ces phrafes de M.
Guiard.
S'il eft vrai que la bonne température de
l'air faffe éclore le bon goût , le génie Efpagnol
ne devroit- il pas porter l'empreinte de
l'excellence de fon terrein ? cependant pourroit-
on le définir fans tomber dans des contradictions
?
Cette période à mon fens doit fignifier
qu'il n'y a pas eu encore en Eſpagne d'ex
cellent génie , ni d'homme de goût ; je
dis encore , parce M. Guiard , quelques
pages enfuite , ajoute :
›
Par tout où il y a des hommes il y a de la
raiſon , du fens , du jugement , & les fciencesy
peuvent être cultivées : il n'eft donc point
de régions inacceffibles au bon goût .
Voilà qui me raffure pour les Efpagnols
à venir. Je n'ofe même préfumer
que M. Guiard ait eu intention de marquer
tant de mépris pour ceux des fiécles
paffés , ni pour ceux d'à préfent : & quoique
ce peuple ait droit de réalifer dans fa
vie privée les peintures extravagantes , dont
le ridicule fait le principal mérite de fes onvrages
, j'aime mieux vous avouer trèsingénuement
que quelques efforts que je
OCTOBRE. 1755. 47
faffe ,je ne puis pénétrer la profondeur de
tant d'imagination.
Penfez- vous , Monfieur , que cela voudroit
dire au moins que M. Guiard feroit
prévenu contre les Efpagnols. Un homme
auffi inftruit qu'il paroît l'être , un Métaphyficien
fi exact abjure tous les préjugés,
& péfe tout au poids de la réalité. On laiffe
au commun du peuple d'avoir toujours fur
les yeux le bandeau de la prévention . Les
jugemens de ce dernier font de fi mince
conféquence , qu'il ne les affiche pas ; je
ne me figurerai pas plus volontiers que
M. Guiard air eu en vue quelques cantons
de Sauvages hors de notre hémifphere ,
ou qu'il n'ait lû que fon Don Quichotte en
François. Il n'eſt pas de ceux qui croiroient
que dans un voyage fur mer on a pû voir
tous les pays étrangers : Difons mieux
M. Guiard connoit auffi- bien que perfonne
le mérite d'une nation fi refpectable à
tous égards : j'oferois avancer qu'il eft
prêt à lui rendre juftice , & à s'expliquer
fans attendre de lettre apologétique , comme
celle du Gentilhomme Italien à M.
l'Abbé Prévôt * : car au fond ce n'eft pas
la faute des Espagnols , fi M. Guiard eft
né François.
* Cette lettre fe lit dans le Mercure du mois de
Juillet 1755.
48 MERCURE DE FRANCE.
J'ai l'honneur d'être , & c.
P. P. C. G. D. L. C. D. M.
A Paris , le 23 Juillet 1755.
Fermer
Résumé : LETTRE A UN AMI, Sur la suite d'une discussion sur la nature du goût, imprimée dans le Mercure de Juillet 1755.
L'auteur écrit à un ami pour discuter d'une dissertation sur la nature du goût, publiée dans le Mercure de Juillet 1755 par M. Guiard de Troyes. Il exprime son admiration pour le texte mais avoue ne pas comprendre entièrement un passage spécifique. Ce passage interroge la relation entre la température de l'air et le développement du goût, en prenant l'exemple du génie espagnol. L'auteur se demande si le climat espagnol devrait favoriser un bon goût, mais note que les œuvres espagnoles sont souvent marquées par l'extravagance et le ridicule. L'auteur, récemment de retour en France après dix-huit ans en Espagne, s'interroge sur sa compréhension actuelle du style littéraire français. Il propose une interprétation du passage obscur, suggérant que M. Guiard pourrait indiquer l'absence d'excellents génies en Espagne jusqu'à présent, tout en espérant que cela changera. Il réfute l'idée que M. Guiard méprise les Espagnols, affirmant que ce dernier reconnaît le potentiel de toutes les nations pour cultiver le bon goût. L'auteur conclut en exprimant son respect pour la connaissance et l'ouverture d'esprit de M. Guiard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
238
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
J'hier,
" Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le Mercure d'Octobre , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , ce 30 Septembre 1755.
GUIROY.
J'hier,
" Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le Mercure d'Octobre , & je n'y ai rien
trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion. A
Paris , ce 30 Septembre 1755.
GUIROY.
Fermer
239
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
' Ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chance.
J'fier , le Mercure de Novembre , & je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 30 Octobre 1755 .
GUIROY.
' Ai lu , par ordre de Monſeigneur le Chance.
J'fier , le Mercure de Novembre , & je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreſſion.
A Paris , ce 30 Octobre 1755 .
GUIROY.
Fermer
240
p. 72-73
ENIGME.
Début :
Sous tes yeux, cher Lecteur, je commence à paroître, [...]
Mots clefs :
Lettre R
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
tes yeux , cher Lecteur , je commence à
paroître ,
Au caprice je dois & mon nom & mon être.
Je fuis utile aux Grands , aux Empereurs , aux
Rois ,
La République même eft foumife à mes loix.
Impoffible en Afie , ordinaire en Afrique ,
Dans l'Europe je regne ainfi qu'en Amérique.
Alexandre fans moi n'eût jamais exiſté.
Du menfonge ennemi , j'aime la vérité.
J'abandonne le Peuple & l'Eglife & le Pape ;
J'aime
DECEMBRE. 1755 . 73
J'aime les Cordeliers , je protege la Trappe ;
On me voit chez les Grecs , les Hébreux , les
François :
En fervant le repos , je me prête aux procès.
Je mépriſe la Fable , & protege l'Hiſtoire :
Je fuis toujours de près le meurtre & la victoire.
Je me trouve partout , au milieu des revers ,
Dans le fein du bonheur , & même dans ces vers .
Par Madame Ourfeau , chez Madame la
Ducheffe d'Ollone , à Paris .
Fermer
241
p. 251
APPROBATION.
Début :
J'ai lû, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
251
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 27 Novemb
1755.
GUIROY.
251
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le premier volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 27 Novemb
1755.
GUIROY.
Fermer
242
p. 7-17
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
Début :
Rappellez-vous, Monsieur, notre conversation sur les Mémoires de Madame [...]
Mots clefs :
Madame de Staal, Mémoires, Plaisir, Style, Comédies, Théâtre, Ministre, Homme, Hommes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
A L'AUTEUR DU MERCURE .
Sur les Mémoires de Madame DE STAAL ;
à Paris , 16 Octobre 1755.
Relationfur les Mémoires de Mada-
Appellez-vous , Monfieur , notre conme
de Staal. Il y avoit un tiers. Chacun y
dit fon fentiment . Je fis enfuite mes réflexions.
Je les ai écrites. Permettez - moi de .
vous les adreffer.
pas
Il y a peu de livres que j'aime autant
que les Mémoires ; je dis les Mémoires hiftoriques
, lorfque j'ai lieu de les croire
vrais , ou du moins finceres ; & je ne parle
feulement des Mémoires des hommes
d'Etat , Miniftres , Négociateurs , Généraux
d'armée , & c. en un mot , de ces
hommes qui , employées à de grandes cho-:
fes ; & , pour ainfi dire , Acteurs dans des
Tragédies , dans des Drames héroïques
ou du moins fpectateurs , & à portée de
bien voir , ont écrit ce qu'ils ont fait ou vu :
je parle des Mémoires de fimples particuliers
, hommes d'efprit , du moins de bon:
fens , hommes de réflexion , qui , fans emploi
conſidérable , Acteurs ou Spectateurs
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
de Comédies , de Drames Bourgeois , n'ont
joué ni vu jouer de rôle important & impofant
fur le Théâtre du monde. Mais il y
a fort
peu de ces Mémoires ; & j'en fuis
bien fâché.
Au refte , je ne fuis pas le feul ; &
M. l'Abbé Trublet formoit fans doute les
mêmes regrets , lorfqu'il a dit ( 1 ) à
l'occafion du reproche tant répété contre
Montaigne , d'avoir trop parlé de luimême
dans fes Effais , « Qu'il feroit à fouhaiter
qu'à l'exemple de Montaigne ,
» tant de grands Aureurs qui ont compofé
de fi beaux ouvrages , nous euffent laif-
» fé dans des Mémoires bien finceres , une
peinture fidelle de leur coeur & de leur
efprit. Il y a des Lecteurs Philofophes ,
» ajoute M. l'Abbé Trublet , qui feroient
» plus de cas de ces Mémoires que
de tous
"»leurs autres écrits ».
Philofophe ou non , je fuis de ces Lecteurs
là . Auffi ai - je lu avec le plus grand
plaifir les Mémoires de Madame de Staal.
Mais je fouhaite plus que M. l'Abbé Trublet.
Il n'invite que les grands Auteurs à écrire
des Mémoires ; j'en voudrois de tout homme
vrai & fenfé qui s'est bien connu luimême
, ne fût- il capable de les écrire que
( 1 ) Effais de Littérature & de Morale , tom. Ni
P. 77. de la derniere Edition.
DECEMBRE. 1755 9
du ftyle le plus médiocre ; & , par exemple
, je vous avoue que j'ai lu avec plaifir
jufqu'à ceux de l'Abbé de Marolles , cet
Ecrivain fi fameux par la multitude de fes
mauvaiſes traductions . On vient de réimprimer
fes Mémoires , & j'en fçais bon gré
à l'Editeur. Devenus rares , ils ne m'étoient
point tombés entre les mains ; & je
ne les connoiffois que pour en avoir entendu
parler , ou les avoir vu cités avec
éloge dans quelques livres .
Quelle idée prendrez- vous là - deſſus de
mon goût , Monfieur ? mais ne vous hâtez
pas d'en prendre une mauvaiſe ; car je vous
avertis qu'ayant avoué à plufieurs gens
d'efprit le plaifir que j'avois pris à lire ces
Mémoires de l'Abbé de Marolles , ils m'ont
fait de leur côté le même aveu ( 1 ) .
Mais puifque ces Mémoires ont plu il y
a environ cent ans , & plaiſent encore aujourd'hui
, quoique fi foiblement écrits
quels mémoires ne plairont pas , pourvu
qu'on y trouve du bon fens & de la fincérité
, fur-tout une fincérité naïve ? Mais
d'un autre côté , quels mémoires ne roulant
que fur les petits faits d'une vie pri-
( 1 ) On peut voir ce qu'en difent les Journaliftes
de Trévoux dans les Nouvelles Littéraires du
fecond tome du Journal d'Octobre 1755. page
2647.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
vée , plairont après ceux de Madame de
Staal , fi bien écrits , fi beaux & fi agréables
à la fois par l'union la plus parfaite de
l'élégance & de la fimplicité , du foigné &
du naturel , de l'efprit & du goût ? Si les
Mémoires de l'Abbé de Marolles peuvent
être un encouragement pour de fimples
particuliers qui voudroient écrire auffi
leur vie tout fimplement , ceux de Madame
de Staal doivent leur infpirer beaucoup
de crainte , d'autant plus qu'on a dit
affez généralement qu'ils ne plaifoient que
par le ftyle , & que fans cet agrément , on
ne pourroit en foutenir la lecture , tant ils
font vuides de chofes . Mais je crois qu'on
s'eft trompé en parlant ainfi . Je crois que
cas petites chofes , ces menus faits , ces
riens perfonnels ou domeftiques , en un
mot , toutes ces prétendues minuties fe
font lire avec autant & plus de plaifir que
de grands faits . Je crois que les Mémoires
de fimples particuliers , homme ou
femme , attacheroient autant & plus , à
mérite égal , du moins les Lecteurs fimples
particuliers auffi ( & c'eft le grand nombre
) que les Mémoires d'un Général d'armée
, d'un Miniftre d'Etat , & c . Tout homme
eft homme , mais tout homme n'eft pas
Général d'armée , Miniftre d'Etat ; ou plutôt
la plupart des hommes ne font rien
DECEMBRE. 1755. 1 I
>
d'aprochant . Donc , tout ce qui montrera
bien l'homme , attachera plus que ce qui
ne montrera que le Général , le Miniftre ,
le Négociateur , ou même le Sçavant &
l'Homme de lettres ; & la preuve en eſt ,
que dans les Mémoires même du Général;
du Miniftre , du Négociateur , du Sçavant ,
ou dans leur hiftoire , par exemple dans
les Vies de Plutarque , dans les Eloges de
M. de Fontenelle , ce qui plaît davantage ,
c'eft , non leurs exploits , leurs négociations
, leurs travaux fçavans , mais les détails
de leur vie privée , leurs qualités fociales
, bonnes & mauvaiſes . En un mot
on fe plaît à y voir l'Homme bien plus encore
que le Général , le Négociateur , le
Sçavant , & c . Et voilà pourquoi encore on
aime tant leurs lettres , leurs lettres les plus
familieres , les lettres de l'homme , indépendamment
des anecdotes militaires
politiques & littéraires qu'on y trouve .
Je crois donc que les Mémoires de Madame
de Staal plaifent par le fonds des chofes
, auffi bien que par le ftyle ; qu'ainfi ils
ne tomberont point , & d'autant moins ,
qu'ils feront foutenus par l'un & par
l'autre
à la fois ; car je conviens que l'agrément
du ftyle y ajoute beaucoup à celui des
chofes ; mais je foutiens qu'il n'y étoit pas
auffi néceffaire qu'on le dit , & même qu'on
>
A vj
MERCURE DE FRANCE.
le croit ; & qu'on en conviendra , fi on fe
confulte , fi on s'interroge foi - même de
bonne foi , fur les caufes du plaifir avec
lequel on a lu ces Mémoires.
Mais levons une équivoque. Il n'y a
point de chofes , dit on , dans les Mémoires
de Madame de Staal , ou du moins it
y en a peu.
Cela eft vrai , fi par chofes on entend de
grands faits , des faits relatifs aux évenemens
politiques & militaires ;
Res gefta Regumque Ducumque , & triflia
bella.
Mais des faits qui peignent , outre l'Auteur
, des perfonnes de tout état , condition
, & fexe , & qui les peignent d'autant
mieux que ces faits font plus petits ,
que ce ne font que des riens ; de pareils
faits , dis- je , font des chofes , & des chofes
très agréables , très utiles même , parce
que la plus utile & la plus agréable de toutes
les connoiffances , c'eft celle de l'homme
, & des hommes relativement à la fociété
que nous avons journellement avec
eux .
Tout livre qui fait dire au Lecteur : Voilà
les hommes ; voilà ce qu'ils font , ce qu'ils
difent , & pourquoi ils le difent & le font ;
voilà le jeu de leurs petites & miférables pafDECEMBRE
. 1755. 12
fions ; les voilà au vrai & au naturel ; je
crois les voir & les entendre ; bien plus , je
vois le fond de leur ame , le dedans de la
machine , les RESSORTS DU JEU ; Tout
livre pareil intéreffe , attache , de quelque
maniere qu'il foit écrit. C'eft fur tout
de cette forte d'hiftoire qu'eft vrai le mot
de Ciceron ; Hiftoria quoquo modo fcripta delectat
. En la lifant , on croit voir ce qu'on
voit tous les jours dans le monde ; on croit
y être. Mais retourné dans ce monde après
fa lecture , on y voit bien mieux tout ce
qu'on y avoit vu auparavant. Alors on fe
rappelle le livre , & par réflexion on le
trouve encore meilleur & plus vrai .
Mais revenons à Madame de Staal. Si
ſes avantures ne font pas grandes , elles
font affez fingulieres . Son caractere perfonnel
ne l'eft pas moins . C'eft un caractere
mêlé & compofé de qualités affez
oppofées ; il en eft plus pittorefque . De
cette double fingularité , celle du caractere
& celle des circonftances dans lefquelles
Madame de Staal s'eft trouvée dès
fon enfance , il a du réfulter une vie peu
ordinaire , & qui dès lors méritoit d'être
écrite.
Je ne lui pardonne pourtant point fes
amours , ni même de les avoir écrits , du
moins dans un fi grand détail. Tout Pla
14 MERCURE DE FRANCE.
toniques que je veuille les croire , ils n'en
font pas plus innocens aux yeux des vrais
fages , des vertueux , & n'en font peutêtre
que plus ridicules aux yeux d'un certain
monde. Ils aviliffent l'Amoureuſe , &
l'ouvrage en doit fouffrir . Tout ce qui
infpire du mépris pour un Ecrivain de
Mémoires diminue le plaifir qu'on prend
à les lire , ne fût- ce qu'en diminuant l'intérêt
qu'on prend à fa perfonne. Cependant
, car il faut tout dire , les Amours de
Madame de Staal , font un trait de plus à
fon caractere. Si je l'eftime moins , par - là
je la connois mieux ; je la connois toute
entiere. D'ailleurs , ce mêlange de raifon
& de foibleffe , de grandeur , à certains
égards , & de petiteffe à d'autres , eft piquant
par le contrafte , utile même à confidérer
, & peut faire faire de bonnes réflexions
. On dira : Qu'est ce donc
que l'ef
prit contre le coeur , fur - tout chez les femmes !
Paffez-moi , Monfieur , l'application de
cette morale . Votre Mercure n'est plus le
Mercure Galant.
Les Amours de Madame Staal eurent gran
de part aux chagrins de fa vie. Tantôt elle
aima fans êtreaimée ; tantôt elle fut aimée
fans aimer. En général , on apprend dans
l'hiftoire, fur-tout dans les Mémoires , & en
particulier dans ceux de Madame de Staal,
DECEMBRE . 1755 .
combien il y a de malheureux , même parmi
les prétendus heureux ; & cela confole.
On le voit tant d'égaux en infortune
même de fupérieurs ; & on dit :
J'en connois de plus miferables.
Mais on voit encore que la principale
fource du malheur eft dans les paffions ,
dans des fautes , dans des torts , & c. Le
malheureux fe reconnoît dans ce qu'il lit ,
& fe condamne. Il n'a que ce qu'il a mérité
, & il pouvoit ne le point mériter. Il
peut même ne le mériter plus ; il peut fe
corriger & être heureux.
gran-
Si l'Hiftoire & für-tout les Mémoires
des Grands Hommes , des Hommes à
des qualités , à grands talens , font pleins
de leurs malheurs , & de malheurs bien
mérités , c'eft que les grands Hommes ont
prefque toujours de fortes paffions , fouvent
de grands vices , rarement beaucoup
de fageffe & de conduite , hors de leur
métier.
Tel Général qui n'a jamais donné aucune
prife fur lui au Général de l'armée
ennemie , en a donné mille aux ennemis
qu'il avoit dans fon armée & à la Cour de
fon Maître .
Tel beau génie a forcé fes amis d'avouer
de fa perfonne plus de mal que
fes enne16
MERCURE DE FRANCE.
mis n'en difoient de fes ouvrages , & d'abandonner
l'homme en défendant l'Auteur.
Il s'en faut bien que tous les Héros &
tous les beaux efprits foient des Sages , des
Turenne , & des Fontenelle.
La poftérité qui ne connoît ces illuftres
malheureux que par ce qu'ils avoient d'admirable
, les plaint , & en les plaignant ,
les en admire encore davantage. Leur
fiecle qui les connoiffoit mieux , ne les
plaignoit point.
Mais finiffons une lettre qui feroit bientôt
un livre , autant par le ftyle que par fa
longueur , & difons encore un mot fur
Madame de Staal.
Elle étoit Auteur , & tout le monde le
fçavoit. On fçavoit en particulier qu'elle
avoit fait des Comédies. Beaucoup de
gens les connoiffoient , & en avoient parlé
avec éloge à ceux qui ne les connoiffoient
pas. On fçavoit moins généralement
qu'elle eût écrit des Mémoires. Le Public
défiroit donc beaucoup l'impreffion de ces
Comédies. C'eft par- là qu'il falloit commencer
, & annoncer en même- tems les
Mémoires. Elles les euffent fait encore
plus défirer qu'on ne les défiroit ellesmêmes.
J'ajoute que lues les premieres ,
elles l'auroient été avec plus de plaifir.
Elles ont été moins critiquées , on en a
DECEMBRE. 1755. 17
moins parlé , elles ont moins affecté , elles
ont moins plu que les Mémoires. Eft- ce
qu'elles font moins bonnes en leur genre ?
Je le crois je n'en fçais pourtant rien ; &
je me recufe là- deffus. Mais je fçais que
les Mémoires font un genre plus agréable ,
c'est-à- dire , plus piquant , plus attachant
que les Comédies , du moins fi on ne fait
que lire celles - ci . Dans les uns , c'eſt du
vrai réel , du vrai hiftorique , dans les autres
, ce n'eft que du vrai imité , du vrai
poétique , feulement un peu réalisé par
l'illufion du Théâtre. D'ailleurs j'ai trouvé
trop de charge dans les deux pieces de Madame
de Staal. Enfin , fi elle dialogue bien,
à mon avis elle raconte encore mieux .
Quant à ce qu'on appelle action , &
unité d'action , intrigue bien liée & bien
fuivie , dépendance néceffaire des évenemens
, &c. j'ai entendu dire que tout cela
manque aux deux pieces , & qu'ainfi elles
ne réuffiroient point au Théâtre , du
moins au Théâtre public. Mais encore une
fois , je me récufe ; je m'en rapporte aux
connoiffeurs , fur- tour à vous , Monfieur ,
qu'ils ont fi fouvent applaudi ; & je fuis
très-parfaitement , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. Sur les Mémoires de Madame de STAAL ; à Paris, 16 Octobre 1755.
La lettre datée du 16 octobre 1755 traite des Mémoires de Madame de Staal. L'auteur exprime son admiration pour les mémoires historiques sincères, en particulier ceux des hommes d'État, négociateurs et généraux. Il regrette le manque de mémoires de simples particuliers, bien que ceux-ci soient rares. L'abbé Trublet partage ce regret, souhaitant que des auteurs célèbres écrivent des mémoires sincères. L'auteur apprécie les Mémoires de Madame de Staal et souhaite que tout homme sincère et réfléchissant écrive ses mémoires, indépendamment de son style. Il cite les Mémoires de l'abbé de Marolles comme exemple de mémoires appréciés malgré un style médiocre. Il affirme que les mémoires de simples particuliers peuvent être aussi intéressants que ceux des grands hommes, car ils montrent l'homme dans sa vie quotidienne. L'auteur conteste l'idée que les Mémoires de Madame de Staal plaisent seulement par leur style. Il soutient que les petits faits de la vie privée sont tout aussi intéressants que les grands événements. Il admire le caractère unique de Madame de Staal et les circonstances de sa vie, bien qu'il critique ses amours détaillées dans les mémoires. La lettre se termine par une réflexion sur les malheurs des grands hommes et l'importance des mémoires pour comprendre la nature humaine. L'auteur suggère que les comédies de Madame de Staal auraient dû être publiées avant ses mémoires pour susciter plus d'intérêt. Il conclut en préférant le style narratif des mémoires à celui des comédies.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
243
p. 55-56
LOGOGRYPHE.
Début :
Peu de gens, cher Lecteur, conviennent de m'avoir, [...]
Mots clefs :
Peur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
PEu de gens , cher Lecteur , conviennent de
m'avoir ,
Et pourtant fur beaucoup j'exerce mon pouvoir,
Une fatalité préside à ma naiſſance ,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Rien ne détruit mon exiſtence.
Par ce petit début tu peux voir qui je fuis.
Mais pour te mieux aider , je vais faire paroître
Les membres de mon corps , épars & defunis ,
En les raſſemblant bien , tu trouveras peut-être ,
Ce qui de mon entier te donnera le tour ,
Et tu n'iras pas loin pour en trouver le bout.
Quatre pieds feulement compofent ma ftructure ,
Qui different entr'eux de forme & de figure :
En moi l'on voit d'abord l'opposé de beaucoup ;
Puis me décompofant , l'on trouve tout- à- coup
Un lieu très -fréquenté , fur tout dans cette ville ,
Mais qui dans tout pays eft toujours fort utile :
Ce qu'eft le vin qu'on boit , fans y mettre de l'eau
Un animal rampant , qui n'eſt ni bon ni beau,
De la virginité , le parfait fynonyme :
Ici , ma foi , l'Auteur abandonne la rime :
Mais non , il faut encor te donner un avis ,
Evite , cher Lecteur , d'être par moi furpris.
A Paris , par Madame la Baronne C ....
PEu de gens , cher Lecteur , conviennent de
m'avoir ,
Et pourtant fur beaucoup j'exerce mon pouvoir,
Une fatalité préside à ma naiſſance ,
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
Rien ne détruit mon exiſtence.
Par ce petit début tu peux voir qui je fuis.
Mais pour te mieux aider , je vais faire paroître
Les membres de mon corps , épars & defunis ,
En les raſſemblant bien , tu trouveras peut-être ,
Ce qui de mon entier te donnera le tour ,
Et tu n'iras pas loin pour en trouver le bout.
Quatre pieds feulement compofent ma ftructure ,
Qui different entr'eux de forme & de figure :
En moi l'on voit d'abord l'opposé de beaucoup ;
Puis me décompofant , l'on trouve tout- à- coup
Un lieu très -fréquenté , fur tout dans cette ville ,
Mais qui dans tout pays eft toujours fort utile :
Ce qu'eft le vin qu'on boit , fans y mettre de l'eau
Un animal rampant , qui n'eſt ni bon ni beau,
De la virginité , le parfait fynonyme :
Ici , ma foi , l'Auteur abandonne la rime :
Mais non , il faut encor te donner un avis ,
Evite , cher Lecteur , d'être par moi furpris.
A Paris , par Madame la Baronne C ....
Fermer
244
p. 239
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP
PROBATIO N.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le fecond volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 13 Décemb.
1755.
GUIROY.
PROBATIO N.
'Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier,
le fecond volume du Mercure de Décembre
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en
empêcher l'impreffion. A Paris , ce 13 Décemb.
1755.
GUIROY.
Fermer
245
p. 42-45
AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
Début :
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme datée du 28 Octobre dernier, qui, [...]
Mots clefs :
Écrit, Genève, Citoyens de Genève, Citoyen de Genève, Discours sur l'inégalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
AVIS
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
A un Anonyme , par J. J. Rouffean
J'ai reçu le 26 de ce mois une lettre anonyme
datée du 28 Octobre dernier , qui ,
JANVIER. 1756. 43
mal adreffée , après avoir été à Genève ,
m'eft revenue à Paris , franche de port. A
cette lettre étoit joint un écrit pour ma
défenfe que je ne puis donner au Mercure
comme l'Auteur le défire , par des raifons
qu'il doit fentir , s'il a réellement pour moi
Feftime qu'il m'y témoigne. Il peut donc
le faire retirer de mes mains au moyen
d'un billet de la même écriture , fans quoi
fa piece reftera fupprimée.
L'Auteur ne devoit pas croire fi facilement
, que celui qu'il refute , fût citoyen
de Genève , quoiqu'il fe donne pour tel ;
car il eſt aiſé de dater de ce pays-là : mais
tel fe vante d'en être qui dit le contraire
fans y penfer. Je n'ai ni la vanité ni la confolation
de croire que tous mes concitoyens
penfent comme moi ; mais je connois la
candeur de leurs procédés ; fi quelqu'un
d'eux m'attaque , ce fera hautement & fans
fe cacher ; ils m'eftimeront affez en me
combattant ou du moins s'eftimeront affez
eux-mêmes pour me rendre la franchiſe
dont j'ufe envers tout le monde . D'ailleurs
, eux pour qui cet ouvrage eſt écrit ,
eux à qui il eft dédié , eux qui l'ont honoré
de leur approbation ne me demanderont
point à quoi il eft utile : il ne m'objecteront
point , avec beaucoup d'autres ,
que quand tout cela feroit vrai , je n'au-
1
I
H
44
MERCURE DE FRANCE.
rois pas dû le dire , comme fi le bonheur
de la fociété n'étoit fondé que fur les erreurs
des hommes . Ils y verront , j'oſe le
croire , de fortes raifons d'aimer leur Gouvernement
, des moyens de le conſerver ,
& s'ils y trouvent les maximes qui conviennent
au bon & vertueux citoyen , ils
ne mépriferont point un écrit qui refpire
partout l'humanité , la liberté , l'amour
de la patrie , & l'obéiffance aux loix .
Quant aux habitans des autres pays , s'ils
ne trouvent dans cet ouvrage rien d'utile
ni d'amufant , il feroit mieux , ce me fem .
ble , de leur demander pourquoi ils le lifent
que de leur expliquer pourquoi il eft
écrit. Qu'un bel efprit de Bordeaux m'exhorte
gravement à laiffer les difcuffions.
politiques pour faire des Opéra , attendu
que lui , bel efprit , s'amufe beaucoup plus
a la repréfentation du Devin de village
qu'à la lecture du Difcours fur l'inégalité ,
il a raiſon fans doute , s'il eft vrai qu'en
écrivant aux Citoyens de Genève je fois
obligé d'amufer les Bourgeois de Bordeaux.
Quoiqu'il en foit , en témoignant ma
reconnoiffance à mon défenfeur , je le prie
de laiffer le champ libre à mes Adverfaires
, & j'ai bien du regret moi - même au
tems que perdois autrefois à leur répondre.
Quand la recherche de la verité dégénere
JANVIER. 1756. 45
en difputes & querelles perfonnelles , elle
ne tarde pas à prendre les armes du menfonge
; craignons de l'avilir ainfi . De quelque
prix que foit la fcience , la paix de
l'ame vaut encore mieux . Je ne veux point
d'autre défenſe pour mes écrits que la raifon
& la vérité , ni pour ma perfonne que
ma conduite & mes moeurs : fi ces appuis
me manquent , rien ne me foutiendra ; s'ils
me foutiennent , qu'ai-je à craindre ?
A Paris , le 29 Novembre 1755 .
Fermer
Résumé : AVIS A un Anonyme, par J. J. Rousseau
En janvier 1756, J. J. Rouffean publie un avis dans le Mercure de France concernant une lettre anonyme reçue le 28 octobre 1755. Cette lettre contenait un écrit de défense que Rouffean ne peut publier. L'auteur de la lettre peut récupérer son écrit en envoyant un billet de la même écriture. Rouffean exprime des doutes sur la nationalité genevoise de son détracteur, affirmant que ses concitoyens l'attaqueraient ouvertement. Il précise que son ouvrage est destiné aux Genevois, qui l'ont approuvé et y trouvent des raisons d'aimer leur gouvernement. Pour les habitants d'autres pays, il suggère de se questionner sur l'utilité de l'ouvrage plutôt que de le critiquer. Un critique de Bordeaux est mentionné, proposant à Rouffean d'écrire des opéras au lieu de discours politiques. Rouffean exprime sa gratitude à son défenseur mais préfère laisser ses adversaires s'exprimer librement. Il conclut en affirmant que sa défense repose sur la raison et la vérité, ainsi que sur sa conduite et ses mœurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
246
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le premier volume du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le premier volume du Mercure de Janvier
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion. A Paris , ce 27 Décemb. 1755 .
GUIROY.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le premier volume du Mercure de Janvier
, & je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreſſion. A Paris , ce 27 Décemb. 1755 .
GUIROY.
Fermer
247
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le second volume du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATIO N.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le fecond volume du Mercure de Janvier
,& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 13 Janvier 1756.
GUIROY.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
lier , le fecond volume du Mercure de Janvier
,& je n'y ai rien trouvé qui puiffe en empêcher
l'impreffion. A Paris , ce 13 Janvier 1756.
GUIROY.
Fermer
248
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
AP PROBATION.
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Février , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Janvier 1756.
GUIROY.
Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chancelier
, le Mercure du mois de Février , & je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 29 Janvier 1756.
GUIROY.
Fermer
249
p. 64
« Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Début :
Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...]
Mots clefs :
Public, Livre, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Je remercie très humblement M. de
Boiffy , de la bonté qu'il a eue de me communiquer
cette piéce. Elle me paroît agréa
blement écrite , affaifonnée de cette ironie
fine & plaifante , qu'on appelle , je
crois , de la politeffe , & je ne m'y trouve
nullement offenfé. Non feulement je confens
à fa publication , mais je défire même
qu'elle foit imprimée dans l'état où
elle eft , pour l'inftruction du Public & la
mienne. Si la morale de l'Auteur paroît
plus faine que fa logique , & fes avis meilleurs
que fes raifonnemens , ne feroit - ce
point que les défauts de ma perfonne ſe
voient bien mieux que les erreurs de mon
livre ? Au refte , toutes les horribles chofes
qu'il y trouve , lui montrent plus que
jamais , qu'il ne devroit pas perdre fon
tems à le lire.
ROUSSEAU,
A Paris , le 24 Janvier 1756.
Boiffy , de la bonté qu'il a eue de me communiquer
cette piéce. Elle me paroît agréa
blement écrite , affaifonnée de cette ironie
fine & plaifante , qu'on appelle , je
crois , de la politeffe , & je ne m'y trouve
nullement offenfé. Non feulement je confens
à fa publication , mais je défire même
qu'elle foit imprimée dans l'état où
elle eft , pour l'inftruction du Public & la
mienne. Si la morale de l'Auteur paroît
plus faine que fa logique , & fes avis meilleurs
que fes raifonnemens , ne feroit - ce
point que les défauts de ma perfonne ſe
voient bien mieux que les erreurs de mon
livre ? Au refte , toutes les horribles chofes
qu'il y trouve , lui montrent plus que
jamais , qu'il ne devroit pas perdre fon
tems à le lire.
ROUSSEAU,
A Paris , le 24 Janvier 1756.
Fermer
Résumé : « Je remercie très-humblement M. de Boissy, de la bonté qu'il a eue de me communiquer [...] »
Jean-Jacques Rousseau remercie M. de Boiffy pour une pièce littéraire partagée. Il admire son ironie subtile et accepte sa publication pour l'instruction publique. Rousseau trouve la morale de l'auteur plus saine que sa logique et compare les défauts personnels aux erreurs littéraires. Il conclut que M. de Boiffy ne devrait pas perdre son temps à lire cette pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
250
p. 238
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
J'lier , le Mercure du mois de Mars , & je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 28 Février 1756.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
GUIROY
J'lier , le Mercure du mois de Mars , & je n'y ai
rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 28 Février 1756.
' Ai lu , par ordre de Monfeigneur le Chance
GUIROY
Fermer