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Liste
1
p. 94-98
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Début :
Monsieur, quoique peu Physicien, & encore moins naturaliste, j'ai cependant [...]
Mots clefs :
Coquilles fossiles, Coquilles, Couleurs, Fines substances, Décoloration, Fossiles
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texteReconnaissance textuelle : Lettre à l'Auteur du Mercure.
HISTOIRE NATURELLE.
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Onfieur , quoique peu Phyficien ;
& encore moins naturaliſte , j'ai cependant
fort goûté le fentiment de M.
Muffard fur la décoloration des coquilles
foffiles , expliquée dans fa lettre du 29°
Juin dernier , & inférée à la page 148 -
155 ° de votre Mercure du mois d'Août
fuivant. Je comprends très - bien comme
lui , que les fines fubftances qui compoſent
ces couleurs ont pû fe détacher des corps
durs & groffiers qui forment les coquilles
par
la corrofion des différens acides répandus
dans les terres où ils font dans une
fermentation continuelle. Je comprends
de plus comment ces fines fubftances peuvent
paffer du regne animal au regne minéral
; car il paroît très- probable que la
plupart des bancs de coquilles foffiles fe
trouvant dans une très - grande profon
MA I.. 1755.
95
ces ,
deur , ces fines fubftances ainfi détachées ,
font entraînées vers le centre de la terre pår
les eaux qui y coulent naturellement , ou
par celles qui peuvent y filtrer après des
pluies abondantes ; & rien n'empêche qu'elles
ne fervent à colorer d'autres fubftantelles
que les pierres précieuſes , &c.
en fe dépofant dans leurs matrices , s'atrachant
à leurs embrions , & s'incorporant
avec les fucs qui leur donnent l'accroiffement
, & les conduifent à leur perfection
; mais je ne crois pas que la conjecture
qu'il hazarde dans le Poftfcriptum de
cette lettre , faffe fortune. Le paffage de
ces mêmes fines fubftances dans le tegne
végétal , où elles formerpient ce magnifique
émail des fleurs & des fruits que
nous admirons , me paroît impoffible.
Ne peut-on pas en effet lui objecter
1 °. que les coquilles fofiles ne fe trouvant
que dans les terreins que la mer
quitte pour fe creufer de nouveaux abîmes
par fon mouvement d'orient en occident
, les fleurs qui croiffent fur ceux qui
n'ont jamais été fubmergés , ou qui l'ont
été depuis filong- tems qu'on peut foutenir
avec M. Muffard , que toute la partie colorante
de leurs coquilles a été diffoute &
entraînée vers le centre de la terre ; que
ces fleurs, dis-je , ou ne doivent avoir au
96 MERCURE DE FRANCE.
> cune couleur ou n'en peuvent avoir
qu'une uniforme, à quelques nuances près ?
or l'expérience étant contradictoire à cette
fuppofition , il faut avouer au moins que
les coquilles ne font pas l'unique palette
d'où le peintre de la nature tire fes couleurs
pour embellir les fleurs .
2°. Que les fines fubftances qui compofent
les couleurs des coquilles foffiles n'étant
ni inépuiſables , ni immuables dans
leurs nuances , les fleurs doivent retomber
dans le même inconvénient de n'avoir
plus de couleur , ou d'être réduites à une
uniformité de couleur infipide & faſtidieufe
, lorfque ces fines ſubſtances feront
réduites à rien par leur longue circulation.
3°. Que ces bancs de coquilles foffiles
ne font point univerfels ; qu'il y a des
endroits très-vaftes où il n'y en a jamais
eu , & que cependant les fleurs font partout
parées des mêmes couleurs , fans autres
altérations que celles qui vienent de
la différence des températures & des climats.
4°. Que ces bancs étant pour la plupart
dans une très-grande profondeur ,
il eft impoffible que ces fines fubftances pénetrent
d'immenfes épaifleurs de marbre ,
de pierre , de tuf , & d'autres minéraux ,
peutMA
I. 1755. 97
peut- être moins durs , mais auffi plus embarraffans
, tels que la terre glaife , pour
de là paffer dans la terre végétale , d'ou
les plantes les puiffent pomper.
50. Ne pourroit -on pas demander à M.
Muffard fi les fels contenus dans les végétaux
ne fervent qu'à volatilifer , pour
ainfi dire , ces fubftances colorantes qu'ils
ont diffous ? Tout le monde fçait combien
ils influent dans la nature fur la production
des couleurs quand ils font com
binés diverſement avec le phogiſtique ; fait
que M. Geoffroy le jeune a fi bien prouvé
dans fon travail fur l'huile de lin.
D'ailleurs fans aller recourir à des corps
étrangers , ne feroit- il pas plus naturel de
penfer que les fines fubftances qui fervent
de bafe aux couleurs des végétaux , fe
confervent dans la terre après la décompofition
de ces mêmes végétaux , & qu'elles
fervent à compofer l'émail des plantes
nouvelles qui croiffent dans le même endroit
, fi tant eft qu'elles y fervent ?
Au refte , Monfieur , ce n'eft point l'envie
de critiquer qui m'a fait prendre la
plume; je refpecte la ſcience & les travaux
de M. Muffard , mais je propofe quelques
objections pour engager ce naturalifte
à développer fon fentiment , & à
travailler fur un point d'hiftoire naturelle ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
qui eft encore bien obfcur , & fur lequel
nous n'avons gueres d'ouvrages fatisfai
fans. Je fuis , &c.
P. L. F. P. D. W. P.
De Paris , ce premier Mars 1755 .
Lettre à l'Auteur du Mercure.
Onfieur , quoique peu Phyficien ;
& encore moins naturaliſte , j'ai cependant
fort goûté le fentiment de M.
Muffard fur la décoloration des coquilles
foffiles , expliquée dans fa lettre du 29°
Juin dernier , & inférée à la page 148 -
155 ° de votre Mercure du mois d'Août
fuivant. Je comprends très - bien comme
lui , que les fines fubftances qui compoſent
ces couleurs ont pû fe détacher des corps
durs & groffiers qui forment les coquilles
par
la corrofion des différens acides répandus
dans les terres où ils font dans une
fermentation continuelle. Je comprends
de plus comment ces fines fubftances peuvent
paffer du regne animal au regne minéral
; car il paroît très- probable que la
plupart des bancs de coquilles foffiles fe
trouvant dans une très - grande profon
MA I.. 1755.
95
ces ,
deur , ces fines fubftances ainfi détachées ,
font entraînées vers le centre de la terre pår
les eaux qui y coulent naturellement , ou
par celles qui peuvent y filtrer après des
pluies abondantes ; & rien n'empêche qu'elles
ne fervent à colorer d'autres fubftantelles
que les pierres précieuſes , &c.
en fe dépofant dans leurs matrices , s'atrachant
à leurs embrions , & s'incorporant
avec les fucs qui leur donnent l'accroiffement
, & les conduifent à leur perfection
; mais je ne crois pas que la conjecture
qu'il hazarde dans le Poftfcriptum de
cette lettre , faffe fortune. Le paffage de
ces mêmes fines fubftances dans le tegne
végétal , où elles formerpient ce magnifique
émail des fleurs & des fruits que
nous admirons , me paroît impoffible.
Ne peut-on pas en effet lui objecter
1 °. que les coquilles fofiles ne fe trouvant
que dans les terreins que la mer
quitte pour fe creufer de nouveaux abîmes
par fon mouvement d'orient en occident
, les fleurs qui croiffent fur ceux qui
n'ont jamais été fubmergés , ou qui l'ont
été depuis filong- tems qu'on peut foutenir
avec M. Muffard , que toute la partie colorante
de leurs coquilles a été diffoute &
entraînée vers le centre de la terre ; que
ces fleurs, dis-je , ou ne doivent avoir au
96 MERCURE DE FRANCE.
> cune couleur ou n'en peuvent avoir
qu'une uniforme, à quelques nuances près ?
or l'expérience étant contradictoire à cette
fuppofition , il faut avouer au moins que
les coquilles ne font pas l'unique palette
d'où le peintre de la nature tire fes couleurs
pour embellir les fleurs .
2°. Que les fines fubftances qui compofent
les couleurs des coquilles foffiles n'étant
ni inépuiſables , ni immuables dans
leurs nuances , les fleurs doivent retomber
dans le même inconvénient de n'avoir
plus de couleur , ou d'être réduites à une
uniformité de couleur infipide & faſtidieufe
, lorfque ces fines ſubſtances feront
réduites à rien par leur longue circulation.
3°. Que ces bancs de coquilles foffiles
ne font point univerfels ; qu'il y a des
endroits très-vaftes où il n'y en a jamais
eu , & que cependant les fleurs font partout
parées des mêmes couleurs , fans autres
altérations que celles qui vienent de
la différence des températures & des climats.
4°. Que ces bancs étant pour la plupart
dans une très-grande profondeur ,
il eft impoffible que ces fines fubftances pénetrent
d'immenfes épaifleurs de marbre ,
de pierre , de tuf , & d'autres minéraux ,
peutMA
I. 1755. 97
peut- être moins durs , mais auffi plus embarraffans
, tels que la terre glaife , pour
de là paffer dans la terre végétale , d'ou
les plantes les puiffent pomper.
50. Ne pourroit -on pas demander à M.
Muffard fi les fels contenus dans les végétaux
ne fervent qu'à volatilifer , pour
ainfi dire , ces fubftances colorantes qu'ils
ont diffous ? Tout le monde fçait combien
ils influent dans la nature fur la production
des couleurs quand ils font com
binés diverſement avec le phogiſtique ; fait
que M. Geoffroy le jeune a fi bien prouvé
dans fon travail fur l'huile de lin.
D'ailleurs fans aller recourir à des corps
étrangers , ne feroit- il pas plus naturel de
penfer que les fines fubftances qui fervent
de bafe aux couleurs des végétaux , fe
confervent dans la terre après la décompofition
de ces mêmes végétaux , & qu'elles
fervent à compofer l'émail des plantes
nouvelles qui croiffent dans le même endroit
, fi tant eft qu'elles y fervent ?
Au refte , Monfieur , ce n'eft point l'envie
de critiquer qui m'a fait prendre la
plume; je refpecte la ſcience & les travaux
de M. Muffard , mais je propofe quelques
objections pour engager ce naturalifte
à développer fon fentiment , & à
travailler fur un point d'hiftoire naturelle ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
qui eft encore bien obfcur , & fur lequel
nous n'avons gueres d'ouvrages fatisfai
fans. Je fuis , &c.
P. L. F. P. D. W. P.
De Paris , ce premier Mars 1755 .
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Résumé : Lettre à l'Auteur du Mercure.
Dans une lettre adressée à l'auteur du Mercure, l'auteur exprime son admiration pour les explications de M. Mussard concernant la décoloration des coquilles fossiles. Il approuve la théorie selon laquelle les substances fines composant les couleurs des coquilles peuvent se détacher et passer du règne animal au règne minéral, étant entraînées par les eaux vers le centre de la terre. Cependant, il conteste l'idée de M. Mussard que ces substances pourraient également passer au règne végétal pour former les couleurs des fleurs et des fruits. L'auteur présente plusieurs objections : les coquilles fossiles ne se trouvent que dans certains terrains, les substances colorantes ne sont pas inépuisables, les bancs de coquilles ne sont pas universels, et leur grande profondeur rend improbable leur pénétration dans la terre végétale. Il suggère également que les sels contenus dans les végétaux pourraient volatiliser ces substances colorantes. Enfin, il propose que les substances colorantes se conservent dans la terre après la décomposition des végétaux pour servir aux nouvelles plantes. La lettre se conclut par un respect pour les travaux de M. Mussard et une invitation à approfondir ce sujet d'histoire naturelle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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2
p. 98-104
LETTRE de M. Mussard à M. Jallabert, Professeur en Philosophie expérimentale & en Mathématique, à Geneve .
Début :
Monsieur, tout me ramene au plaisir de vous entretenir quelquefois par [...]
Mots clefs :
Couleurs, Corps marins, Observations, Fossiles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Mussard à M. Jallabert, Professeur en Philosophie expérimentale & en Mathématique, à Geneve .
Depuis la lettre qui a donné lieu à ces
remarques , M. Muffard en a écrite une
nouvelle à M. Jallabert fur la même matiere
; elle peut donner plus de jour ou
d'étendue à fon fyftême , & doit trouver
ici fa place.
LETTRE de M. Muffard à M. Jallabert
, Profeffeur en Philofophie expérimentale
& en Mathématique , à Geneve .
M
Onfieur , tout me ramene au plaifir
de vous entretenir quelquefois par
mes lettres . Je fens que je puis trouver
dans un fi doux commerce , non feulement
de l'inftruction fur mille chofes que j'ignore
, mais encore de nouvelles lumières fur
celles que je crois fçavoir le mieux , & particulierement
fur les connoiffances que je
tâche d'acquerir par mes recherches.
Votre derniere réponfe me confirme dans
une partie de mes principes , il eft flateur
SRAM JAKI. 1735 .
VILLE
THE
LYJN
893
pour moi qu'ils foient adoptés par un ho
me tel que vous. J'aime , par exemple
vous voir déclarer que les pierres calcaires
vous paroiffent dûesjau genre animal , &
que fuivant vos propres obfervations elles
font formées d'un immenfe amas d'oeufs
de poiffons ; j'ajoûterois de coquilles &
de leurs détrimens . D'autres expériences
Monfieur , vous feront étendre infailliblement
cette idée beaucoup plus loin. Je në
fuis pas moins fatisfait pour la confirmation
des miennes , que ma remarque fur le plus
ou le moins de réfiftance des corps marins
à la décompofition vous paroiffe également
importante & certaine ; & je penſe
comme vous , que la qualité du diffolvant
eſt une autre raison qui peut hâter ou retarder
leurs changemens.
- A l'égard de mes idées fur les couleurs
je vous prie , Monfieur , de mettre beaucoup
de diftinction entre ce que j'ai cru
pouvoir avancer avec une forte vraiſemblance
qui approche pour moi de la certi
tude , & que j'ai propofé comme une fimple
conjecture , qui exige d'autres éclairciffemens
& d'autres preuves ; il me femble
même que je vous ai demandé grace
pour ma hardieffe. Que m'étois- je propofé
dans ma derniere lettre ? d'expliquer
fuivant mes foibles notions , d'où vien-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
f
nent les belles couleurs d'un grand nombre
de foffiles, J'en trouve la fource dans les
couleurs des corps marins , ou plutôt je
crois les reconnoître pour celles même de
ces corps , qui s'en détachant , comme ję
l'ai repréfentés, deviennent celles des au
tres corps aufquels elles fe joignent. Je
n'en excepte pas les mineraux ; & frappé
de voir que toutes mes expériences s'accordent
avec cette fuppofition , j'ajoûte qu'il
ne feroit pas furprenant pour moi qu'on
découvrit par d'autres obfervations que
les couleurs des végétaux vinſſent auffi de
la même fource : ce n'eft pas mettre au même
rang deux idées que je ne regarde
point encore du même oeil , & dont la feconde
n'est qu'une induction hazardée de
la premiere.
11
Mais permettez - moi , Monfieur , de remarquer
en premier lieu que vous ne
condamnez point celle qui regarde les
belles couleurs de certains foffiles & des
mineraux , & que votre filence du moins
me laiffe la liberté de conclure que vous
ne trouvez rien à combattre dans mon explication.
C'étoit particulierement
fur ce
point , tel que je l'ai expofé , que ma déférence
pour vos lumieres me faifoit fouhaiter
d'obtenir votre jugement,
2. Vos obfervations ne commencent
SOWA MEAL 1755 101
qu'à l'occafion des végétaux , lorfque donnant
plus d'étendue à mon explication que
je ne lui en donne moi-même , vous fuppofez
que je cherche auffi la fource de
leurs couleurs dans celles des corps marins.
Il ne vous paroît pas vraisemblable que
cette fource puiffe fuffire pour colorer tant
de fubftances , fur- tout les plantes dont les
couleurs fe renouvellent journellement ;
la feule verdure de l'herbe vous paroît
une difficulté invincible , &c. Que direzvous
de moi , Monfieur , fi je fais tourner
cette objection inême en ma faveur
en obfervant qu'elle ne nuit point au fond
de mon explication , puifqu'elle ne regarde
que le plus ou le moins d'extenſibilité
des parties colorifiques ? Il me deviendra
peut être affez indifférent jufqu'où elles
peuvent s'étendre , fi l'on m'accorde qu'elles
peuvent être tranfmifes , comme je le
crois , dans la fphere de leur extenſion
réelle , & je n'en aurai pas moins trouvé
d'où viennent les belles couleurs d'un grand
nombre de foffiles qui font dans cette fphere.
Mais le globe terreftre produit- il quel
"
>
que chofe qui n'y foit pas , lorfque fuivant
mes idées , il eft certain & régulierement
démontré les obfervations qu'il
n'y a point de couches connues qui ne
foient compofées de corps marins , ou de
སཎ
par
E iij
102 MERGURE DE FRANCE.
leurs détrimens fous d'autres formes p
23 Rappellez - vous , s'il vous plaîry
Monfieur , que je fonde uneipartie de mon
explication fur la parfaite reffemblance de
quelques- unes des belles couleurs des foffiles
avec celles des corps marins , & fur les
traces que je crois trouver de la même
origine dans celles où la reffemblance eft
moins parfaite : il s'enfuit que la tranfmiffion
que je fuppofe , n'eft pas égale , tan-
τότ parce que les parties colorifiques ne fe
détachent pas également des.corps marins ,
ou ne fe joignent pas également aux autres
corps , tantôt parce qu'elles reçoivent
le mêlange de diverfes autres parties qui
les alterent ou qui rompent leur continuin
té. Mais auffi long-tenis qu'elles ne chan
gent point de nature , elles doivent conferver
, fuivant mon explication , la couleur
qui leur eft propre ; & leur féparation
ou leur difperfion dans un tems n'empêche
point qu'elles ne puiffent fe rejoindre
dans un autre. Entraînées comme elles
font par les fucs qui les détachent , elles
circulent avec eux dans les différens lits
de la terre , jufqu'à ce qu'elles fe joignent
aux corps qui font capables de les arrêter' ;
& les corps aufquels il s'en joint le plus¹ ,
avec moins de mêlange , font ceux où les
couleurs qu'elles forment ont un plus patMA
I.
1755. 103
fait rapport à leur origine . Cette théorie
qui ne bleffe aucune vraisemblance , donne
un champ affez vafte à l'extenfion des parties
colorifiques , que j'ai fuppofées d'ailleurs
extrêmement minces , extrêmement
déliées , ductiles même , & fi l'on veut diviſibles
à l'infini ; celles qui s'y mêlent peuvent
être fulfureufes ou falines , & fervir à
varier les couleurs ; mais dans la fuppofition
conftante que notre globe n'a point de couches
connues qui ne foient compofées de
corps marins , d'où viennent les foufres &
les fels fi ce n'eft de cette matiere , dans
laquelle ils font renfermés ? & ne font-ils
pas mêlés eux - mêmes de parties colòrifiques
qui fortent de la même fource ?
Ce n'eft pas aujourd'hui , Monfieur , que
je veux faire ufage de ces principes , pour
en étendre les conféquences auffi loin
qu'elles peuvent l'être je n'ai penſé ici
qu'à jetter un peu de jour fur mes premieres
idées. Mais fi vous trouvez que je
n'ai pas mal élargi le champ pour la tranfmiffion
des couleurs du genre animal au
mineral , peut- être avancerai - je plus hardiment
dans la même carriere ; & je ne
defefpere pas du moins d'avoir bientôt
quelque chofe de raifonnable à vous écrire
fur ce qui peut fournir au renouvellement
continuel des couleurs dans les végétaux ,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
auffi -bien qu'à la verdure conftante de
l'herbe. Un voyage que je viens de faire
avec quelques amis éclairés , fournit une
nouvelle matiere à nos obfervations. J'en
foumettrai inceffamment les fruits à vos
lumieres : mais c'eft en comptant toujours
fur votre indulgence , comme je vous prie
de faire fonds fur les fentimens inviolables
avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
& c.
A Paffy, le 30 Novemb. 1754.
remarques , M. Muffard en a écrite une
nouvelle à M. Jallabert fur la même matiere
; elle peut donner plus de jour ou
d'étendue à fon fyftême , & doit trouver
ici fa place.
LETTRE de M. Muffard à M. Jallabert
, Profeffeur en Philofophie expérimentale
& en Mathématique , à Geneve .
M
Onfieur , tout me ramene au plaifir
de vous entretenir quelquefois par
mes lettres . Je fens que je puis trouver
dans un fi doux commerce , non feulement
de l'inftruction fur mille chofes que j'ignore
, mais encore de nouvelles lumières fur
celles que je crois fçavoir le mieux , & particulierement
fur les connoiffances que je
tâche d'acquerir par mes recherches.
Votre derniere réponfe me confirme dans
une partie de mes principes , il eft flateur
SRAM JAKI. 1735 .
VILLE
THE
LYJN
893
pour moi qu'ils foient adoptés par un ho
me tel que vous. J'aime , par exemple
vous voir déclarer que les pierres calcaires
vous paroiffent dûesjau genre animal , &
que fuivant vos propres obfervations elles
font formées d'un immenfe amas d'oeufs
de poiffons ; j'ajoûterois de coquilles &
de leurs détrimens . D'autres expériences
Monfieur , vous feront étendre infailliblement
cette idée beaucoup plus loin. Je në
fuis pas moins fatisfait pour la confirmation
des miennes , que ma remarque fur le plus
ou le moins de réfiftance des corps marins
à la décompofition vous paroiffe également
importante & certaine ; & je penſe
comme vous , que la qualité du diffolvant
eſt une autre raison qui peut hâter ou retarder
leurs changemens.
- A l'égard de mes idées fur les couleurs
je vous prie , Monfieur , de mettre beaucoup
de diftinction entre ce que j'ai cru
pouvoir avancer avec une forte vraiſemblance
qui approche pour moi de la certi
tude , & que j'ai propofé comme une fimple
conjecture , qui exige d'autres éclairciffemens
& d'autres preuves ; il me femble
même que je vous ai demandé grace
pour ma hardieffe. Que m'étois- je propofé
dans ma derniere lettre ? d'expliquer
fuivant mes foibles notions , d'où vien-
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
f
nent les belles couleurs d'un grand nombre
de foffiles, J'en trouve la fource dans les
couleurs des corps marins , ou plutôt je
crois les reconnoître pour celles même de
ces corps , qui s'en détachant , comme ję
l'ai repréfentés, deviennent celles des au
tres corps aufquels elles fe joignent. Je
n'en excepte pas les mineraux ; & frappé
de voir que toutes mes expériences s'accordent
avec cette fuppofition , j'ajoûte qu'il
ne feroit pas furprenant pour moi qu'on
découvrit par d'autres obfervations que
les couleurs des végétaux vinſſent auffi de
la même fource : ce n'eft pas mettre au même
rang deux idées que je ne regarde
point encore du même oeil , & dont la feconde
n'est qu'une induction hazardée de
la premiere.
11
Mais permettez - moi , Monfieur , de remarquer
en premier lieu que vous ne
condamnez point celle qui regarde les
belles couleurs de certains foffiles & des
mineraux , & que votre filence du moins
me laiffe la liberté de conclure que vous
ne trouvez rien à combattre dans mon explication.
C'étoit particulierement
fur ce
point , tel que je l'ai expofé , que ma déférence
pour vos lumieres me faifoit fouhaiter
d'obtenir votre jugement,
2. Vos obfervations ne commencent
SOWA MEAL 1755 101
qu'à l'occafion des végétaux , lorfque donnant
plus d'étendue à mon explication que
je ne lui en donne moi-même , vous fuppofez
que je cherche auffi la fource de
leurs couleurs dans celles des corps marins.
Il ne vous paroît pas vraisemblable que
cette fource puiffe fuffire pour colorer tant
de fubftances , fur- tout les plantes dont les
couleurs fe renouvellent journellement ;
la feule verdure de l'herbe vous paroît
une difficulté invincible , &c. Que direzvous
de moi , Monfieur , fi je fais tourner
cette objection inême en ma faveur
en obfervant qu'elle ne nuit point au fond
de mon explication , puifqu'elle ne regarde
que le plus ou le moins d'extenſibilité
des parties colorifiques ? Il me deviendra
peut être affez indifférent jufqu'où elles
peuvent s'étendre , fi l'on m'accorde qu'elles
peuvent être tranfmifes , comme je le
crois , dans la fphere de leur extenſion
réelle , & je n'en aurai pas moins trouvé
d'où viennent les belles couleurs d'un grand
nombre de foffiles qui font dans cette fphere.
Mais le globe terreftre produit- il quel
"
>
que chofe qui n'y foit pas , lorfque fuivant
mes idées , il eft certain & régulierement
démontré les obfervations qu'il
n'y a point de couches connues qui ne
foient compofées de corps marins , ou de
སཎ
par
E iij
102 MERGURE DE FRANCE.
leurs détrimens fous d'autres formes p
23 Rappellez - vous , s'il vous plaîry
Monfieur , que je fonde uneipartie de mon
explication fur la parfaite reffemblance de
quelques- unes des belles couleurs des foffiles
avec celles des corps marins , & fur les
traces que je crois trouver de la même
origine dans celles où la reffemblance eft
moins parfaite : il s'enfuit que la tranfmiffion
que je fuppofe , n'eft pas égale , tan-
τότ parce que les parties colorifiques ne fe
détachent pas également des.corps marins ,
ou ne fe joignent pas également aux autres
corps , tantôt parce qu'elles reçoivent
le mêlange de diverfes autres parties qui
les alterent ou qui rompent leur continuin
té. Mais auffi long-tenis qu'elles ne chan
gent point de nature , elles doivent conferver
, fuivant mon explication , la couleur
qui leur eft propre ; & leur féparation
ou leur difperfion dans un tems n'empêche
point qu'elles ne puiffent fe rejoindre
dans un autre. Entraînées comme elles
font par les fucs qui les détachent , elles
circulent avec eux dans les différens lits
de la terre , jufqu'à ce qu'elles fe joignent
aux corps qui font capables de les arrêter' ;
& les corps aufquels il s'en joint le plus¹ ,
avec moins de mêlange , font ceux où les
couleurs qu'elles forment ont un plus patMA
I.
1755. 103
fait rapport à leur origine . Cette théorie
qui ne bleffe aucune vraisemblance , donne
un champ affez vafte à l'extenfion des parties
colorifiques , que j'ai fuppofées d'ailleurs
extrêmement minces , extrêmement
déliées , ductiles même , & fi l'on veut diviſibles
à l'infini ; celles qui s'y mêlent peuvent
être fulfureufes ou falines , & fervir à
varier les couleurs ; mais dans la fuppofition
conftante que notre globe n'a point de couches
connues qui ne foient compofées de
corps marins , d'où viennent les foufres &
les fels fi ce n'eft de cette matiere , dans
laquelle ils font renfermés ? & ne font-ils
pas mêlés eux - mêmes de parties colòrifiques
qui fortent de la même fource ?
Ce n'eft pas aujourd'hui , Monfieur , que
je veux faire ufage de ces principes , pour
en étendre les conféquences auffi loin
qu'elles peuvent l'être je n'ai penſé ici
qu'à jetter un peu de jour fur mes premieres
idées. Mais fi vous trouvez que je
n'ai pas mal élargi le champ pour la tranfmiffion
des couleurs du genre animal au
mineral , peut- être avancerai - je plus hardiment
dans la même carriere ; & je ne
defefpere pas du moins d'avoir bientôt
quelque chofe de raifonnable à vous écrire
fur ce qui peut fournir au renouvellement
continuel des couleurs dans les végétaux ,
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
auffi -bien qu'à la verdure conftante de
l'herbe. Un voyage que je viens de faire
avec quelques amis éclairés , fournit une
nouvelle matiere à nos obfervations. J'en
foumettrai inceffamment les fruits à vos
lumieres : mais c'eft en comptant toujours
fur votre indulgence , comme je vous prie
de faire fonds fur les fentimens inviolables
avec lesquels j'ai l'honneur d'être ,
& c.
A Paffy, le 30 Novemb. 1754.
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Résumé : LETTRE de M. Mussard à M. Jallabert, Professeur en Philosophie expérimentale & en Mathématique, à Geneve .
M. Muffard adresse une lettre à M. Jallabert, professeur en philosophie expérimentale et en mathématiques à Genève, pour discuter de ses recherches et théories. Muffard exprime son plaisir de correspondre avec Jallabert et espère obtenir des instructions et des éclaircissements sur divers sujets. Il apprécie la confirmation par Jallabert de certains de ses principes, notamment l'idée que les pierres calcaires proviennent du genre animal et sont formées d'un immense amas d'œufs de poissons, auxquels Muffard ajoute des coquilles et leurs débris. Muffard est également satisfait que Jallabert trouve importante et certaine sa remarque sur la résistance des corps marins à la décomposition. Concernant les couleurs, Muffard distingue entre ses avancées avec une forte vraisemblance et ses conjectures nécessitant des éclaircissements supplémentaires. Il explique que les couleurs des fossiles et des minéraux proviennent des corps marins et suppose que les couleurs des végétaux pourraient également avoir cette origine. Muffard note que Jallabert ne condamne pas son explication sur les couleurs des fossiles et des minéraux, et il espère obtenir le jugement de Jallabert sur ce point. Il aborde également la question de l'étendue de son explication aux végétaux, reconnaissant les difficultés mais affirmant que son explication reste valable. Muffard conclut en mentionnant un voyage récent qui a fourni de nouvelles matières d'observation, qu'il soumettra bientôt à Jallabert.
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