Résultats : 14637 texte(s)
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4155
p. 185
AUTRE.
Début :
Mon corps est fort solide, ainsi qu'on le peut voir ; [...]
Mots clefs :
Moulin à vent
4156
p. 114-115
ENIGME.
Début :
Je ne suis, ni corps, ni matiere ; [...]
Mots clefs :
Ombre d'un cadran
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM' E.
E ne fuis , ni corps , ni matiere ;
Je ne fuis efprit , ni lumiere .
Que fuis-je donc ? je ne [çai pas.
Si quelqu'un pouvoit me l'apprendre ,
DE NOVEMBRE.
715
J'aurois des graces à lui rendre ;
Il me tireroit d'embaras.
Eh ! comment me pouvoir connoistre ž
Puifque celui qui me fait maitre
Sans aucun fentiment d'amour ,
Dans l'instant me ravit le jour.
Je fuis rien , comme on dit , ou du moins peu de
chofe ,
Et je ne puis le contefter :
Cependant , fouvent , pour cause ,
Les plus habiles gens viennent me conſulter«
E ne fuis , ni corps , ni matiere ;
Je ne fuis efprit , ni lumiere .
Que fuis-je donc ? je ne [çai pas.
Si quelqu'un pouvoit me l'apprendre ,
DE NOVEMBRE.
715
J'aurois des graces à lui rendre ;
Il me tireroit d'embaras.
Eh ! comment me pouvoir connoistre ž
Puifque celui qui me fait maitre
Sans aucun fentiment d'amour ,
Dans l'instant me ravit le jour.
Je fuis rien , comme on dit , ou du moins peu de
chofe ,
Et je ne puis le contefter :
Cependant , fouvent , pour cause ,
Les plus habiles gens viennent me conſulter«
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4157
p. 115-116
AUTRE.
Début :
Vous, qui meprisés ma figure, [...]
Mots clefs :
Flambeau de poix résine
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ous , qui meprifés mafigure ,
Et qui de me plonger dans un fleuve de feu,
Par la téte & les pieds ne vous faites qu'unjeu
Apprenés quelle eft ma nature.
Mon origine eft noble & belle :
Dans fa demeure naturelle ,
Mon pere menaçoit jadis le Firmament :
De la terre & des airs il faifoit l'ornement
Et d'une verdure immortelle
Il portoit dans l'hyver le brillant vêtement.
Telfuton premier (ort : quand une main cruelle
Vint l'arracher impitoi ablement
Du fein d'une mere fidele ,
Pour le faire fervir fur un autre élement.
Aprés avoir brillé fur la terre & fur l'onde ,
On déchira fon corps pour me donner lejour :
Vil objet du mepris du monde
Souvent le plus fçavant vient mefaire la Cour.
Lefoir le matin je fuis aux gens d'affaire ,
D'un fecours nompareil ;
>
Par l'un & l'autre bout je chaje les tenebres ,
Comme un fecond soleil.
Ainfi Lecteur , finit mon fort ;
Tous les quatre Elemens entrent dans morbifolres
Kij
116 LE MERCURE
Mais malgré mon éclat, magrandeur & magloire,
Je ne fuis que cendre à ma mort.
Ous , qui meprifés mafigure ,
Et qui de me plonger dans un fleuve de feu,
Par la téte & les pieds ne vous faites qu'unjeu
Apprenés quelle eft ma nature.
Mon origine eft noble & belle :
Dans fa demeure naturelle ,
Mon pere menaçoit jadis le Firmament :
De la terre & des airs il faifoit l'ornement
Et d'une verdure immortelle
Il portoit dans l'hyver le brillant vêtement.
Telfuton premier (ort : quand une main cruelle
Vint l'arracher impitoi ablement
Du fein d'une mere fidele ,
Pour le faire fervir fur un autre élement.
Aprés avoir brillé fur la terre & fur l'onde ,
On déchira fon corps pour me donner lejour :
Vil objet du mepris du monde
Souvent le plus fçavant vient mefaire la Cour.
Lefoir le matin je fuis aux gens d'affaire ,
D'un fecours nompareil ;
>
Par l'un & l'autre bout je chaje les tenebres ,
Comme un fecond soleil.
Ainfi Lecteur , finit mon fort ;
Tous les quatre Elemens entrent dans morbifolres
Kij
116 LE MERCURE
Mais malgré mon éclat, magrandeur & magloire,
Je ne fuis que cendre à ma mort.
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4160
p. 162
ENIGME.
Début :
Je parois en tous lieux ; sous la même figure, [...]
Mots clefs :
Mouchettes
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
E parois en tous lieux ; fous la même figure ,
Sous differens metaux : je n'ay qu'unſeul employ ;
Je fers égallement le Sujet le Roy,
C Et voici quelle eſt ma nature .
Je fuis en apparence un bizarre animal';
Fay le nez long , & fait d'une telle maniere ,
(
Qu'il ne ressemble pas trop mal
A l'Eperon d'une Gallere.
Au milieu de mon corps s'éleve une éminence
Par où je prens mon aliment ;
Je me nourris de feu , & le fier élement
Dans mon fein perd fa violence .
Par un deftin capricieux ,
Au bout de mes deux pieds je porté mes deux yeux :
Etfaite exprés pour la lumiere ,
Ce n'est que pour la nuit que je fuis neceffaire.
E parois en tous lieux ; fous la même figure ,
Sous differens metaux : je n'ay qu'unſeul employ ;
Je fers égallement le Sujet le Roy,
C Et voici quelle eſt ma nature .
Je fuis en apparence un bizarre animal';
Fay le nez long , & fait d'une telle maniere ,
(
Qu'il ne ressemble pas trop mal
A l'Eperon d'une Gallere.
Au milieu de mon corps s'éleve une éminence
Par où je prens mon aliment ;
Je me nourris de feu , & le fier élement
Dans mon fein perd fa violence .
Par un deftin capricieux ,
Au bout de mes deux pieds je porté mes deux yeux :
Etfaite exprés pour la lumiere ,
Ce n'est que pour la nuit que je fuis neceffaire.
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4161
p. 162-163
AUTRE.
Début :
Je nais dans une ingratte terre, [...]
Mots clefs :
Grès
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E nais dans une ingratte terre,
Où d'impitoiables marteaux ,
Qui me font une injufte guerre ,
Mettent mon corps en cent morceaux.
Bien plus , cette race inhumaine →
DE JANVIER. 163
Aſſemble mes membres épars ,
Les envoye de toutes parts ,
Afin de prolonger ma peine.
On les livre à des gens encor plus inhumains
Qui frapentfur mes os avec plus de furie s
Et pour comble de barbarie ,
Profanent de leurs pieds l'ouvrage de leurs mains.
E nais dans une ingratte terre,
Où d'impitoiables marteaux ,
Qui me font une injufte guerre ,
Mettent mon corps en cent morceaux.
Bien plus , cette race inhumaine →
DE JANVIER. 163
Aſſemble mes membres épars ,
Les envoye de toutes parts ,
Afin de prolonger ma peine.
On les livre à des gens encor plus inhumains
Qui frapentfur mes os avec plus de furie s
Et pour comble de barbarie ,
Profanent de leurs pieds l'ouvrage de leurs mains.
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4162
p. 161
ENIGME.
Début :
Je nâquis dans les eaux, de très-vile matiere, [...]
Mots clefs :
Papier
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME .
Je naquis dansles eaux , de très- vile matiere
Et ne puis , fans peril , toucher cet element.
Le feu de fon côté , peut dans unfeul moment
Par un fort opfofé , me reduire en pouſſiere.
Rien n'est içi bas de plus commun que moi ;
Neceffaire au Public , mais plus utile au Roi.
Mon corps mince leger dans les effets contraire,
Eft du bien & du mal le für Depofitaire .
Quoique des Cabinets l'ornement le plus beau ,
Souvent les lieux infects me fervent de tombeau.
Je naquis dansles eaux , de très- vile matiere
Et ne puis , fans peril , toucher cet element.
Le feu de fon côté , peut dans unfeul moment
Par un fort opfofé , me reduire en pouſſiere.
Rien n'est içi bas de plus commun que moi ;
Neceffaire au Public , mais plus utile au Roi.
Mon corps mince leger dans les effets contraire,
Eft du bien & du mal le für Depofitaire .
Quoique des Cabinets l'ornement le plus beau ,
Souvent les lieux infects me fervent de tombeau.
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4163
p. 162
AUTRE.
Début :
Mon dos & large, & plat, est aussi vert qu'un pré, [...]
Mots clefs :
Billard
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE,
ON dos large , & plat, eſt auſſi vers,
qu'un pré ,
Et ce tapis de riante verdure
N'aprehende point la froidure .
De murs, ainsi qu'un Parc , on le voit entouré »
On découvre à l'entour plus d'un creux precipice.
où l'on évite avec foin de tomber :
Mais l'on employe tout , l'adresse & l'artifice ,
Afin qu'un Rivaly periße ,
Quifouvent avec lui nous yfait fuccomber.
Ony voit d'un côtéfe lever un portique.
Où l'on ne peut entrer que par Mathematique :
Deux Concurrens jaloux empreſſés d'y paſſer ,
Les armes à la main s'en diſputent la glòire ,
Al'envy tour à tour on les voit s'en chaſſer.
Plus loin l'on découvre un Clocher
Par où finit toute l'Hiftoire ,
Le point d'honneur est d'y toucher ,
Quand on entend carillonner
Auffi-tôt l'un des deux remporte la Victoire.
ON dos large , & plat, eſt auſſi vers,
qu'un pré ,
Et ce tapis de riante verdure
N'aprehende point la froidure .
De murs, ainsi qu'un Parc , on le voit entouré »
On découvre à l'entour plus d'un creux precipice.
où l'on évite avec foin de tomber :
Mais l'on employe tout , l'adresse & l'artifice ,
Afin qu'un Rivaly periße ,
Quifouvent avec lui nous yfait fuccomber.
Ony voit d'un côtéfe lever un portique.
Où l'on ne peut entrer que par Mathematique :
Deux Concurrens jaloux empreſſés d'y paſſer ,
Les armes à la main s'en diſputent la glòire ,
Al'envy tour à tour on les voit s'en chaſſer.
Plus loin l'on découvre un Clocher
Par où finit toute l'Hiftoire ,
Le point d'honneur est d'y toucher ,
Quand on entend carillonner
Auffi-tôt l'un des deux remporte la Victoire.
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4164
p. 149
ENIGME.
Début :
Quoique je sois l'amour des Peuples & des Rois, [...]
Mots clefs :
Or
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
voique je fois l'amour des Peuple: & des Rois ,
Que pour me poffeder , il n'est rien qu'on nefaſſe ,
Que mon creditfouventfuffe taire les Loix ,
Il est cependant une Race
Qui ne connoit point d'autre bien ,
Que je ne fois preſques à rien.
On me frape d'une main forte :
On me reduit de telle forte ,
Que je n'ofe le plus souvent
Me prefenter au moindre vent.
voique je fois l'amour des Peuple: & des Rois ,
Que pour me poffeder , il n'est rien qu'on nefaſſe ,
Que mon creditfouventfuffe taire les Loix ,
Il est cependant une Race
Qui ne connoit point d'autre bien ,
Que je ne fois preſques à rien.
On me frape d'une main forte :
On me reduit de telle forte ,
Que je n'ofe le plus souvent
Me prefenter au moindre vent.
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4165
p. 150
AUTRE.
Début :
Mon nom, Latin, François, est pourtant en usage [...]
Mots clefs :
Placet
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Mon nom,Latin, François, eft pourtant en ufage
Parmi les Partiſans du plus poli langage :
Sans audace , &fans honte , étant devant les Rois,
Je leur parle fans bouche, ils m'entendentfans voix.
Infenfible au rebut , infenfible à l'injúre ,
Si je fuis mal reçû , jamais je ne murmure :
Mon pere profitant de mes hûreux fuccès ,
Si je fuis malhureux , s'afflige des mauvais.
Mon nom,Latin, François, eft pourtant en ufage
Parmi les Partiſans du plus poli langage :
Sans audace , &fans honte , étant devant les Rois,
Je leur parle fans bouche, ils m'entendentfans voix.
Infenfible au rebut , infenfible à l'injúre ,
Si je fuis mal reçû , jamais je ne murmure :
Mon pere profitant de mes hûreux fuccès ,
Si je fuis malhureux , s'afflige des mauvais.
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4168
p. 170
ENIGME.
Début :
Que j'ay bien changé de nature ! [...]
Mots clefs :
Portefeuille
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Qvej'ay bien changé de nature !
F'étois jadis poli , plein d'efprit , amoureux ,
F'étois plaisant , mais j'étois gueux.
Maintenant fot , je fais une groffe figure ,
Et fçais rendre mon Maître heureux.
Dans une aimable compagnie
Si par hazard on me trouvoit ,
La converfation s'animoit ,
Et de rires malins étoit fouvent remplie.
Mon Maître qui me cheriſſoit ,
De ma perte tizoit une gloire infinie .
Auffi par vanité souvent il me perdoit :
Maintenant il hazarde ſa vie
Pour me conferver cherement ;
Tant il est vray , qu'un Sot utile
Eft preferable à l'homme habile ,
Quelque rempli qu'il soit d'esprit & d'agrémens ;
Cependant admirés cette bifarerie.
Ny Pomone ny Flore , aucun bien ne me fie ;
Je ne porte nyfleurs ny fruit dans le Printems
Mais bien des feuilles en tout tems .
Qvej'ay bien changé de nature !
F'étois jadis poli , plein d'efprit , amoureux ,
F'étois plaisant , mais j'étois gueux.
Maintenant fot , je fais une groffe figure ,
Et fçais rendre mon Maître heureux.
Dans une aimable compagnie
Si par hazard on me trouvoit ,
La converfation s'animoit ,
Et de rires malins étoit fouvent remplie.
Mon Maître qui me cheriſſoit ,
De ma perte tizoit une gloire infinie .
Auffi par vanité souvent il me perdoit :
Maintenant il hazarde ſa vie
Pour me conferver cherement ;
Tant il est vray , qu'un Sot utile
Eft preferable à l'homme habile ,
Quelque rempli qu'il soit d'esprit & d'agrémens ;
Cependant admirés cette bifarerie.
Ny Pomone ny Flore , aucun bien ne me fie ;
Je ne porte nyfleurs ny fruit dans le Printems
Mais bien des feuilles en tout tems .
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4169
p. 171
AUTRE.
Début :
Je suis fils de celui de qui je fus le pere ; [...]
Mots clefs :
Oeuf
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fuis fils de celui de qui je fus le pere ;
J'ay donné la vie à ma mere.
Sans efprit , fans fçavoir fi jefais bien ou mal ,
Inanimé , je forme un parfait animal.
Mafraîcheur peu durable, eft par le goût qui l'aime
D'une delicateſſe extrême.
Celui qui la goûte le mieux ,
Me rebute auffi-tôt que je lui parois vieux .
Quoique maigre , avec moi peu degens font carême;
Dans Paris & par tout où l'uſage eſt de même.
Mon corps doux & poli n'eft pas fort degagé ;
Cependant je figure affez bien à la table ,
Où fouvent un ragoût qui paroît delectable ,
Sans moipar les friands ne feroit pas mangé.
E fuis fils de celui de qui je fus le pere ;
J'ay donné la vie à ma mere.
Sans efprit , fans fçavoir fi jefais bien ou mal ,
Inanimé , je forme un parfait animal.
Mafraîcheur peu durable, eft par le goût qui l'aime
D'une delicateſſe extrême.
Celui qui la goûte le mieux ,
Me rebute auffi-tôt que je lui parois vieux .
Quoique maigre , avec moi peu degens font carême;
Dans Paris & par tout où l'uſage eſt de même.
Mon corps doux & poli n'eft pas fort degagé ;
Cependant je figure affez bien à la table ,
Où fouvent un ragoût qui paroît delectable ,
Sans moipar les friands ne feroit pas mangé.
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4170
p. 176
ENIGME.
Début :
Le Ciel, la terre & l'eau m'ont donné la naissance, [...]
Mots clefs :
Sel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM.E.
E Ciel , la terre & l'eau m'ont donné la naiffance
,
Ce dernier élementfans ceffe me détruit ;
Dans les Coffres du Roy j'augmente lafinance :
Mais il y faut veiller & le jour & la nuit.
Je répands en tous lieux une odeur agréable ;
Chacun eft convaincu de mon utilité;
C'eftpourquoi tous les jours fans incivilité ,
Je me trouve placé des premiers à la table.
E Ciel , la terre & l'eau m'ont donné la naiffance
,
Ce dernier élementfans ceffe me détruit ;
Dans les Coffres du Roy j'augmente lafinance :
Mais il y faut veiller & le jour & la nuit.
Je répands en tous lieux une odeur agréable ;
Chacun eft convaincu de mon utilité;
C'eftpourquoi tous les jours fans incivilité ,
Je me trouve placé des premiers à la table.
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4171
p. 176
AUTRE[.]
Début :
Je suis presque toujours sous les yeux de mon Maistre ; [...]
Mots clefs :
Épée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE[.]
AUTRE,
E fuis prefque toujours fous les yeux de mon
Maistre ;
S'il eft d'un certain goût , prête à luifaire honneur
par
malheur >
Mais s'il n'eft pas tel
Il ne doit pas fonger à mefaire paroître.
Selon le tems , ou fon humeur ,
On le voit me choisir de taille differente ;
Et je fuis toujours excellente .
;
Dés que je puis pouffer ma pointe jusqu'au coeur :
Je porte affezfouvent les couleurs de fa Belle ;
Et fi quelque Rival traverse fon amour ,
F'entre dans fa querelle ,
Et fouvent je lui fais un affez mauvais tour.
E fuis prefque toujours fous les yeux de mon
Maistre ;
S'il eft d'un certain goût , prête à luifaire honneur
par
malheur >
Mais s'il n'eft pas tel
Il ne doit pas fonger à mefaire paroître.
Selon le tems , ou fon humeur ,
On le voit me choisir de taille differente ;
Et je fuis toujours excellente .
;
Dés que je puis pouffer ma pointe jusqu'au coeur :
Je porte affezfouvent les couleurs de fa Belle ;
Et fi quelque Rival traverse fon amour ,
F'entre dans fa querelle ,
Et fouvent je lui fais un affez mauvais tour.
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4172
p. 152-153
ENIGME.
Début :
Une fois on m'a vû du soleil éclairé : [...]
Mots clefs :
Passage de la mer Rouge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Ne fois 'on m'a vû du ſoleil éclairé :
Alors contraire aux uns , aux autres favorable,
On mit ordre , dit- on , qu'unfait fi memorable
Fút tranfmis à jamais à la poſterité.
Voyagez ici-bas fur la terre & fur l'onde ,
Vos Joins pour me trouver, font des foinsfuperflus
F'étois dans ce tems - là ce que je ne fuis plus ,
Et fuis ce que j'étois dès l'enfance du monde.
Ne fois 'on m'a vû du ſoleil éclairé :
Alors contraire aux uns , aux autres favorable,
On mit ordre , dit- on , qu'unfait fi memorable
Fút tranfmis à jamais à la poſterité.
Voyagez ici-bas fur la terre & fur l'onde ,
Vos Joins pour me trouver, font des foinsfuperflus
F'étois dans ce tems - là ce que je ne fuis plus ,
Et fuis ce que j'étois dès l'enfance du monde.
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4173
p. 152-153
AUTRE.
Début :
Je voy le jour, & n'ûs jamais de pere ; [...]
Mots clefs :
Respiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E voy le jour, & n'ûs jamais de peres
Je n'habitay jamais la terre :
Je ne fuis point né dans les eaux ;
Et je ne fus jamais du nombre des oiſeaux
BIBLIO
FILE
DE
LYON
*
18934
Coupons , , mettons -nous en tra
x53
che.
M
C
T
THE
ช
S
wre
P
F
7
Fi
V
V
YOGA ADE
Ο
j
F
Fo
E.1
LIIVTE NES VIJENN
DE
SEPTEMBRE.
iss
Chacun , comme il veut , me fait naître ;
Mais auffi-tôt je ceffe d'être :
Et le moment qui voit mon fort ,
Voit prefque en même temps ma mort.
F'ay pour retraite un fort étroit paſſage ;
Je fers à bien plus d'un uſage :
L'Artifan me poffede , ainsi que le plus riche,
Je fuis au liberal , tout ainsi qu'au plus chiche.
E voy le jour, & n'ûs jamais de peres
Je n'habitay jamais la terre :
Je ne fuis point né dans les eaux ;
Et je ne fus jamais du nombre des oiſeaux
BIBLIO
FILE
DE
LYON
*
18934
Coupons , , mettons -nous en tra
x53
che.
M
C
T
THE
ช
S
wre
P
F
7
Fi
V
V
YOGA ADE
Ο
j
F
Fo
E.1
LIIVTE NES VIJENN
DE
SEPTEMBRE.
iss
Chacun , comme il veut , me fait naître ;
Mais auffi-tôt je ceffe d'être :
Et le moment qui voit mon fort ,
Voit prefque en même temps ma mort.
F'ay pour retraite un fort étroit paſſage ;
Je fers à bien plus d'un uſage :
L'Artifan me poffede , ainsi que le plus riche,
Je fuis au liberal , tout ainsi qu'au plus chiche.
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4174
p. 103
ENIGME.
Début :
Je suis femelle, connuë en tout lieu [...]
Mots clefs :
Chatte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
E fuis femelle , connue en tout lien
Pour gourmande pour laronneffe ;
Mais lardez moi par le milieu
• Du commencement de fageffe ,
Vous m'allez voir d'abord , en depit des amours?
Une merveille de nos jours
Des plus rares dans mon efpece .
E fuis femelle , connue en tout lien
Pour gourmande pour laronneffe ;
Mais lardez moi par le milieu
• Du commencement de fageffe ,
Vous m'allez voir d'abord , en depit des amours?
Une merveille de nos jours
Des plus rares dans mon efpece .
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4175
p. 180-181
ENIGME.
Début :
Dans un Canton de la vaste Amerique, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Dans un Canton de la vaſte Amerique ,
Mififfity nommé vulgairement ,
DE NOVEMBRE
181
S'eft introduit certaine Arithmetique ,
Qui pour Barême eft du haut Allemand;
Quatorze & buit que l'on fuppute enſemble ,
Ny font que douze ; onze ajoutez à trois
Produifent neuf. Lecteurs que vous en femble ?
Trouvez-vous pas ce calcul Iroquois ?
Dans un Canton de la vaſte Amerique ,
Mififfity nommé vulgairement ,
DE NOVEMBRE
181
S'eft introduit certaine Arithmetique ,
Qui pour Barême eft du haut Allemand;
Quatorze & buit que l'on fuppute enſemble ,
Ny font que douze ; onze ajoutez à trois
Produifent neuf. Lecteurs que vous en femble ?
Trouvez-vous pas ce calcul Iroquois ?
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4176
p. 181
AUTRE
Début :
Je suis d'une étrange figure, [...]
Mots clefs :
Écrevisse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE
AUTRE
E fuis d'une étrange figure,
Je marche tout à l'avanture ,
Et recule en marchant , quand il faut avancer ;
Car jamais l'on ne m'a fait apprendre à danser ,
Pas même la moindre cadence ;
Mais belas ! belle confequence ,
Quand mes Parens l'auroient voulu
Pauvre fotte ! l'aurois -je pû ?
>
Quoi qu'il en fuit , beau Paon avec votreplumage
Serin avec votre ramage ,
Et vous , Margot la Pie avec un leger pied ,
Qui femblez en fautant danfer le Paffepied ,
Si je ne flatte point l'oreille ni la vue ,
Etant de vos dons dépourvûe ,
Ne vous moquez point tant de moi ,
Je puis à peu de frais flatter le goût d'un Roy.
E fuis d'une étrange figure,
Je marche tout à l'avanture ,
Et recule en marchant , quand il faut avancer ;
Car jamais l'on ne m'a fait apprendre à danser ,
Pas même la moindre cadence ;
Mais belas ! belle confequence ,
Quand mes Parens l'auroient voulu
Pauvre fotte ! l'aurois -je pû ?
>
Quoi qu'il en fuit , beau Paon avec votreplumage
Serin avec votre ramage ,
Et vous , Margot la Pie avec un leger pied ,
Qui femblez en fautant danfer le Paffepied ,
Si je ne flatte point l'oreille ni la vue ,
Etant de vos dons dépourvûe ,
Ne vous moquez point tant de moi ,
Je puis à peu de frais flatter le goût d'un Roy.
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4177
p. 156
ENIGME.
Début :
La matiere me forme, & ne suis point matiere ! [...]
Mots clefs :
Fièvre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
LA matiere meforme , & ne fuis point matiere !
Auffi fuis -je invisible à la façon des Dieux :
Mais onfent les effets de ma puiſſance altiere ,
Dès l'inftant que je prends naiſſancefous les cieux.
"
Comme je fuisfans corps , je n'ay point de ftature ,
Je fuis pourtant petite , j'ay de la grandeur ;
Non humeur eft auſſi de diverſe nature ,
Tantôt lente , tantôt d'une tres vive ardeur.
Je n'ayjamais apris la façon de combattre ,
Etfouvent devant moy l'on tremble à mon abord,
Le plus vaillant Heros ſe voit lui- même abbattre ,
Sijevis avec lui deux jours , quoique d'accord.
Je m'en vais quelque tems, je reviens fur ma trace;
De là , l'on double , triple , & quadruple mon nom ;
On le dit continu , quand je demeure en place :
Quoi qu'ilenfait , jamais je ne fais rien de bon.
Très rarement je fors de l'endroit que j'habite ;
Sans avoir vû couler beaucoup de fang & d'eau ,
Ingratte que je fuis , quelquefois je m'irrite ,
Jusqu'àfaire tomber mon fourien au tombeau.
LA matiere meforme , & ne fuis point matiere !
Auffi fuis -je invisible à la façon des Dieux :
Mais onfent les effets de ma puiſſance altiere ,
Dès l'inftant que je prends naiſſancefous les cieux.
"
Comme je fuisfans corps , je n'ay point de ftature ,
Je fuis pourtant petite , j'ay de la grandeur ;
Non humeur eft auſſi de diverſe nature ,
Tantôt lente , tantôt d'une tres vive ardeur.
Je n'ayjamais apris la façon de combattre ,
Etfouvent devant moy l'on tremble à mon abord,
Le plus vaillant Heros ſe voit lui- même abbattre ,
Sijevis avec lui deux jours , quoique d'accord.
Je m'en vais quelque tems, je reviens fur ma trace;
De là , l'on double , triple , & quadruple mon nom ;
On le dit continu , quand je demeure en place :
Quoi qu'ilenfait , jamais je ne fais rien de bon.
Très rarement je fors de l'endroit que j'habite ;
Sans avoir vû couler beaucoup de fang & d'eau ,
Ingratte que je fuis , quelquefois je m'irrite ,
Jusqu'àfaire tomber mon fourien au tombeau.
Fermer
4178
p. 157
AUTRE.
Début :
Au midy d'un grand fleuve en païs éloigné, [...]
Mots clefs :
Cacaoyer
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Av midy d'un grand fleuve en païs éloigné ,
Je nais d'une figure affezfoible & fort tendre :
( Or , ccfleuve a le nom d'un Saint martyrisë,
A ce mot , Voyageur , tupeux affez m'entendre )
Mon fruit eft precieux ; on s'empreffe à le prendre ;
Le metal le plus beau , près de lui n'est que cendre
En certain lieu. De plus la coquette beauté
En luy trouve de quoy masquer fon teint uſé :
Il fournit au galant qui hante les ruelles
Dequoy raffafier l'appetit de fes belles .
Av midy d'un grand fleuve en païs éloigné ,
Je nais d'une figure affezfoible & fort tendre :
( Or , ccfleuve a le nom d'un Saint martyrisë,
A ce mot , Voyageur , tupeux affez m'entendre )
Mon fruit eft precieux ; on s'empreffe à le prendre ;
Le metal le plus beau , près de lui n'est que cendre
En certain lieu. De plus la coquette beauté
En luy trouve de quoy masquer fon teint uſé :
Il fournit au galant qui hante les ruelles
Dequoy raffafier l'appetit de fes belles .
Fermer
4181
p. 135-136
ENIGME.
Début :
C'est à vous, belle Iris, que je dois ma naissance, [...]
Mots clefs :
Poulet ou billet doux
4182
p. 136-137
AUTRE.
Début :
Nous sommes deux, ensemble nous tenant, [...]
Mots clefs :
Deux aiguilles du cadran
4183
p. 3-23
SUITE DU SONGE d'Alcibiade.
Début :
Un doux penchant, un parterre émaillé de mille fleurs, me [...]
Mots clefs :
Socrate, Hommes, Vertu, Table, Mars, Dieux, Bien, Alcibiade, Temps, Passions, Peine, Fous, Femme, Fortune, Richesses, Différence, Crimes, Vice, Volupté, Âme, Théâtre, Excès, Bonheur, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE DU SONGE d'Alcibiade.
SUITE DU SONGE
d'Alcibiade.
Ndouxpenchant, unparterre
émaillé de mille fleurs , me
conduifirent dans un lieu fi
rempli de merveilles , que je
mecrus tranfporté par enchantement dans
le fejour des Divinitez ; mes yeux ne me
fuffifoient pas pour tant debeautez , &
je devorois avec rapidité tous les objets
qui fe prefentoient , fans me donner le
tems de les démêler. J'arrivai au milieu
de quatre allées ; une fouleprodigieufe de
peuple accouroit de toutes parts : Lefpe
tacle devint tragique , après m'avoir
d'abord agreable. Les uns paffoient fur le
pary
ventre des autres pour y arriver les pre
.
A ij
LE MERCURE
4
miers ; je voyois des morts & des mourans
àdroite & àgauche, qui avoient le vifage
Fourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir puyarriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fiter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de fa gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous medemandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques, je vous dirai que les hommes
l'appellentla Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée fur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne, avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant: mais
Bupalus a voulu nous marquer que le-monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eſt naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeffes , fans
les en pouvoir raffafier; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils fe frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes, ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'efpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe, bonne, dorée ; mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur efperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanouir au même moment : ce n'eſt
A j
LE MERCURE
4
miers; je voyois des morts & des mourans
à droite & àgauche, qui avoient le vifage
tourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie, fans avoir puy arriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fi ter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle ,
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de la gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vousmedemandez fon
nom, qui n'apas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
Pappellent la Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée ſur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulezfçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs,
les richeffes , & les autres biens quiexer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne, & pourlefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eft naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeſſes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils le frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'eſpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne : će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne, dorée , mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur eſperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanoüir au même moment : ce n'eſt
A ij
LE MERCURE
qu'un verre fragile ou une mer calme,
fur laquelle les Navires fejoient , & qui,
l'inſtant après , ouvre des gouffres affreux
pour les engloutir.
Cette femme feroit moins dangereufe
à fuivre, fi elle n'étoit à craindre que par
fa legereté; car ce n'eft pas la faute fi les
hommes lui donnent trop de confiance.
Ce qu'on voit de plus condamnable en
elle , c'eft le peu de choix avec lequel
elle difpenfefes faveurs , c'eft parce qu'elle
eft aveugle. Ainfi, vous voyez les méchans
comblez de biens , quine font dûs qu'aux
Bons , & acquerir par des crimes les hon
neurs qu'elle refuſe à la vertu.
Onméprife , on abhorre le vice , & on
le couronne. On loue , on eftimela vertu ,
& on la laiffe dans l'indigence. C'eft ce
qui a donné lieu à quelques-uns de dire,
que les Dieux ne fe mettent point en
peine des chofes d'ici bas, puifque les
bons étoient prefque toujours neceffiteux ,
pendant que les méchans fe voyoient com
blez de profperitez mais ces impies ne
fçavent pas que ces mêmes profperitez
font les boureaux des méchans; ils igno
rent que les Ethiopiens , faute de fer ,
accablent de chaînes d'or leurs criminels :
en font-ils plus heureux ces captifs , qui
ne deviennent plus riches qu'à meſure
qu'ils deviennent plus coupables ? & la
liberté eft-elle moins à regretter fous le
DE MARS. A
poids de l'or que fous celui dufer? Il en
eft de même de ceux que la fortune pre
fere aux gens de bien: Nous nous imagi
nons quec'eftune grace , & cen'eft qu'un
artifice cruel, pour les rendre plus mife
rables ; car la poffeffion des richeffes jette
les hommes dans l'immoderation , & les
defirs qui viennentde l'immoderation , les
agitentbien plus que ceux qui naiffent des
fimples befoins.
Les appas quecette Déeffe prefente , cou
vrent un hameçon dont la bleffure eft
mortelle ; c'eft avec cet hameçon qu'elle
furprend ceux qui ne font pas fur leurs
gardes fes faveurs font encore plus dan
gereufes que le Thirle de Bachus , dont
les feuilles vertes cachent la pointe cruelle.
Le poifon ne fe prefentepas dans l'argile,
il n'eft à craindre que dans les vales pre
cieux, & quand il eft mêlé avec le vin
de Thaze.
Mais pourquoi, lui demandai-je , tous
ceux qui viennent de quitter la fortune,
ne s'en retournent-ils pas par le même
chemin?Qu'importe , me répondit Socra
te , ils courent également à leur perte,
c'eft-à-dire à la volupté, & c'eft leur
mauvais genie qui les y conduit par diver
Les voyes.
Le penchant au mal embraffe plufieurs
fentimens , & ces fentimens font expri
Aiiij
LE MERCURE
3.
mez par les differens fentiers que prennent
ceux que la fortune a comblez de fes fa
veurs. Chaque route que ce penchant fait
fuivre , aboutit à un précipice : Ceux qui y
marchent , y tombent inévitablement. Il
n'en eſt pas ainſi du bien ; un feul vice
nousconduitànotre perte ; unefeule vertu
ne nous mene point à notre felicité. Il
n'eft pas neceffaire , pour eftre condamné
par les Juges qui pefent aux enfers les
vertus & les vices des mortels , d'être cou
pable de tous les crimes ; mais on nepeut
parvenir au fouverain bien, qu'en prati
quant toutes lesvertus. Un feul vicefuffit
pour nous perdre , il porte avec lui , en
quelqueforte, le poifon de tous ceux dont
nous fommes innocens. Une feule vertu
que nous n'avons pas , nous éloigne de
notre bonheur , & nous ôte le merite de
toutes celles quenous avons. Il faut donc,
Alcibiade, eftre exemt de defauts pour
eftre uni au fouverain bien, qui eft le
centre de notre ame; car comme lefou
verain bien eſt un eftre pur & l'exclufion
abfoluë de toute imperfection , nous ne
fçaurions y atteindre & le poffeder , fi nous
ne devenons purscommeluipar l'habitude
de toutes les vertus & par la feparation
abfoluë de tous les vices. Toute union
fuppofe des rapports & des proportions
neceffaires , & il ne peut y avoir de rap
DE MAR S.
port ni de proportion entre cet Etre par
fait & nous, tant qu'il y aura dans une
ame un affemblage debien & de mal , un
cahos & une confufion monftrueuſe de
vertu & de corruption.
Nedoutezpoint que tous ceuxque vous
voyez s'écarter en tant de differens ent
•
droits , ne courent à leur.perte certaine :
Suivons-les , vous ferez témoins de l'ulage
qu'ils vont faire de leur nouvelle profpe
rité, & vous verrez que lepremier fruit
qu'ils en retirent , c'eft d'être méchans im
punément, & de jouir à force d'argent des
avantages de la vertu, en perfiftant tou
jours dans le vice.
L'allée dans laquelle nous étions , abou
tiffoit à un édifice magnifique ; on l'au
roit cruélevépar les Dieux ; onn'y voyoit
partout que des chefs-d'œuvre de l'art.
Quel fuperbe portique fur la gauche , &
quel ample theatre s'offroit fur la droite !
Tout le marbre de sparte & du montHy
mete, fembloit y avoir été tranfporté: Le
frontifpice étoit fi haut , que les figures
qui l'ornoient , fe perdoient prefque dans
les nuës , comme pour approcherdu fejour
des Divinitez le maître de ce Palais , ou
pour l'y faire adorer avec plus de magni
ficence que ne le font les Dieux mêmes
dans leurs Temples.
Ciel , ô Ciel, s'écria Socrate ! quelle
LE MERCURE
RO
folie , quel ridicule foin deshommes ! les
uns bâtiffent , comme s'ils étoient furs de
Pimmortalité ; les autres font des amas
pour leurs feftins , comme s'ils devoient
mangeraux Enfers. C'eft l'ambitionfeule.
& nonle méprisdes richeffes qui leur fait
fouler aux pieds l'or & les pierreries:
Leurs plafonds dorez , leursmursincruftez
de marbre, leurs pavez de pierres rappor
rées, & de tant de couleurs afforties , ne
edent point aux tableaux des plus excel
lens Peintres.
Après avoir parcouru toutes les merveil
les de cet édifice , nous paffames dans une
gallerie que foutenoient des colonnes de
marbre d'une hauteur & d'une beauté ex
traordinaire; des ftatues y étoient placées
d'efpace en efpace ; les noms des celebres
Sculpteurs , Phidias & Praxiteles, qui
étoient gravez fur les bazes, montroient
l'excellence de l'ouvrage. Dès que Socrate
les apperçut , fes yeux & fon vifagechan
gerent fi promtement, qu'on l'auroit cru
agité du méme efprit que la Sibylle Del
phique.
Enfin , dit il , enfin! voilà le vice dans
fon dernier excès , & la pofterité n'y pourra
plus rien ajouter : c'étoit peu pour les fu
jets de la volupté que leurs honteux dé
bordemens , ilfalloit encore que leurs an
eêtres , ces grands perfonnages , en fuffenc
DE MAR'S. !
les témoins, & en paruffent les approbas
teurs. Leurs neveux dans les fiecles à venir
n'auront-ils pas lieu de croire que tous les
crimes leurferont permis,& que ces grands
hommesétoient complices de ceux deleur
famille, quand ils verront leurs ftatues
placées dans le même ordre que celles qui
la pourpre , ne fe
reprefentent les débauches deleurs enfans?
Quelle difference , cher Alcibiade, entre
celui qui né obfcurément , brille parlefeut
éclat de fes actions, & celui qui forti de
ne fe pare que de la nobleffe
de fes Ayeux! A quoi fert d'épuifer vos
foins pour chercher fi vos ancêtres vous.
font defcendre d'Hercules, & fi vous pou
yez monter fans interruption jufqu'à Ju
piter même? A quoi cette folle curiolité
vous mene-t'elle, qu'à fignaler votre va
nité, & qu'à montrerque vous eftes digne
de mépris, fi vousne leur reffemblez pas,
& fi de tout ce qu'ils ont été, il ne vous
refte queleur nom que vous deshonnorez,
& que le peuple vous donne à regret? La
gloire de vos Ancêtres fait l'éclat de votre
naiffance ; mais la gloire de vos actions.
doit faire l'éclat de votre vie. L'admiration
& Pimmortalité qu'ils le font acquifes ,
ne ferviront qu'à vous rabaiffer, fi vous
ne marchez fur leurstraces , & leur repu
tation vous accablera de honte , fi loin de
nous donner occafion de comparer votre
LE MERCURE'
12
gloire avec la leur, vous nous obligez au
contraire de comparer vos vices avec leurs
vertus. Vous vivez dans la plus floriffante
partie de l'Univers , la nobleffe & la gloire
de vos ayeux ne vous y laiffent rien à
defirer , & la route que vousdevez ſuivre,
eft toute frayée.
Dans le tems que Socrate me parloit,
une troupe de domeftiques plioit fous le
poids des baffins qu'ils portoient. Un
Trompette qui avertiffoit de l'heure du
repas , marchoit à leur tête. Le bruit avoit
interrompu Socrate , c'eft pour ne pas per
dre un inftant de chaque journée , reprit-il,
que cet homme avertit de chaque plaifir.
Entrons dans ce falon avant que les con
viez arrivent.
Des lits de pourpre étoient rangez au
tour d'une table de cedre , admirable par
le bizarte mêlange des couleurs & des vei
nes differentes dont elle étoit fouettée:
elle étoit foutenue par des dents d'Ele
phant, où l'on voyoit enbas relief le feſtin
des Dieux après la defaite des Geans , &
les nôces de Thetis & de Pelée; cet ou
vrage étoit le chef-d'œuvre de l'Afrique.
A droite, s'élevoit un Buffet fuperbe ,
Mentor en avoit gravé tous les verres,
& Mios s'étoit furpaffé dans les bas reliefs
qui paroiffoient fur les coupes de criſtal.
L'on voyoit fur ce Buffet peu de vales
DE MARS.
d'or
13
la porcelaine & le criftal en fai
foient tout l'ornement , & leur fragilité,
tout leur prix. C'est là , me dit Socrate,
le veritable luxe , que de le faire conſiſter
en des chofes que l'on puiffe perdre tout
d'un coup & fans reffource. Ne diroit-on
pas à voir cette profufion de vafes , que
le nectar n'eft delicieux quedans l'émerau
de, & qu'il perd fon prix dans l'argile ?
Mesyeux étoient occupez à cefpectacle,
& mes oreilles au difcours de Socrate ,
quand un bruit confus me fit comprendre
que les conviez arrivoient. Deux femmes
venoient les premieres , l'une étoit d'un
embonpoint extrême ; elle avoit la peau
blanche, le vifage gay, le teint frais &
vermeil ; l'autre avoit les cheveux épars ,
elle fembloit plutôt traîner que porterfa
robe qu'elle n'avoit qu'à moitié mife : Son
air étoit lent , fa démarche negligen
te; le fommeil étoit encore répandu fur
fon vifage. A peine fes yeux pouvoient
fupporter l'éclat du jour ; fa tête étoit
chancelante fur fes épaules ; elle avoit
pourtant de la beauté. Connoiffez-vous
ces deux femmes , demandai-je à Socrate?
Quy, dit-il, leur figure m'apprend ce
qu'elles font celle que vousvoyezla pre
miere, fenomme l'Intemperance; elle vient
de faire un repas en fecret, qu'elle n'a
quitté que pour le mettre à cettetable.
LE MERCURE.
14
L'autre qui fe frotte les yeux , qu'elle
n'ouvre qu'à peine , eft nommée par les
femmes qui s'aiment, le Repos; mais fon
veritable nom eft la Pareffe. Elle fort de
fon lit, & va le recoucher fur celui que
Nous voyez , la tête encore remplie des
vapeurs du fouper du jour precedent.
Après ces Dames, on vit paroître le
refte des convięz. On leur prefenta de
l'eau de neige pour fe laver les mains ,
puis dans des vales d'Onix , des parfums
pour les cheveux qu'ils ceignirent enfuite
de couronnes de fieurs de differentes eſpe
ces, &tousfecoucherent. Quej'approuve
leur précaution! dit Socrate , ils embau
ment le cadavre , de peur qu'il ne fente
mauvais mais qu'ils y font peu de refle
xion, & quelle difference ils feroient des
foins qu'ils doivent à leur ame, d'avec
ceux qu'ils donnent à leurs corps, fi l'idée
de fon immortalité leur étoit prefente , &
fi la brieveté des fleurs dont ils ornent
leurs têtes , les pouvoir faire fouvenir de
la brieveté de leurs jours!
Quellequantité de mets accable les va
lers, & quel poids il faut que cette table
foutienne elle tremblefous les piramides
de viandes que l'on fert , moins pour le
goût que pour le luxe & la profufion.
Les oifeaux de Colchos n'y paroiffent ex
cellens que par les difficultez qu'il faut
furmonter pour les avoir. Les poiflons ne
-DE MARS. T AS
font exquis qu'à proportion que les mers
où l'onles pêche, font éloignées ou ora
geufes. Tout ce qui n'eft pas d'un autre
climat , eft rejetté. Que leur luxe eft in
genieux ! il leur fait trouver des ragoûts
dont un feul coûte leur patrimoine, &
fouvent celui qui les donne , s'acheteroit à
plus bas prix. Mais ce n'eft pas tout, leur
vaniténe feroit pas fatisfaite , fi vous igno
riez les lieux d'oùviennent leursvins. Les
cruches bouchées de poix &demaſtic ont
chacune leurécriteau, où l'âge & lepais du
vin eft marqué. Quelques Lettres reftées
fur cesvieux flacons , montrent qu'ils font
pleins de vinde Lesbos & de Leucade. D'au
tres écriteaux leur annoncent les vins de
Thaze & deCoos; rien n'eftoublié nipour
la delicateffe ni pour leluxe de la table.
La falle du feftin retentiffoit des chants
& des ris des conviez , lorfque tout à
coup nous vîmes entrer une troupe de
Morions: l'un d'eux vêtu de pourpre, te
nant une lyre àla main, s'approcha de la
C
table , & mêlant l'harmonie de fon inftru
ment à la beauté de fa voix, impoſa ſi
lence à toute l'affemblée. Je fus fi charmé
de tout ce que j'entendois, que tout ce
qu'on m'avoit dit d'Arion & d'Orphée ,
meparut vrai-femblable.
Après avoir étéapplaudi de tout le mon->
de, onlui fit recommencer l'air qu'il avoit
chanté, dont voici les paroles.
LE MERCURE
Arendre la vie agreable
sans seffe occupons noftre esprit ,
Fuyons l'ufage méprisable
Que le groffier vulgaire fuit :
Amis, paffons la nuit à table,
Et confumons le jour au lit.
Dès qu'il eut achevé , il parut un Panto
mime, qui frapant un tambourde cuivre,
imitoit la danſedes Corybantes ; une fem
melefuivoit ; ils danferent enſemble avec .
mille poſtures lafcives , l'adultere de Mars
& de Venus.- Quels affaifonnemens pour un repas ,
s'écria Socrate ! N'eft-ce pas là plûtôt ra
nimer les paffions mourantes que fecourir
la fain? Quelle difference de ces mœurs
à celles des Sages , qui n'allongent leurs
repas , que pour s'entretenir de l'immor
talité de l'ame , & pours'inftruire entr'eux
des chofes les plus cachées de la Nature !
Mais ces Emportés que vous voyés , font
indignes de goûter de pareilles douceurs.
En voulant fatisfaire à toutes leurs paf
fions àla fois, ils n'en contentent aucune.
Les odeurs exquifes leur deviennent fades ,
les mets les plus delicieux leur paroiffent
infipides ; leurs yeux ne font plus furprisi
des fpectacles les plus merveilleux , & leurs
oreilles s'endurciffent auxfons les plus tou
chans ;
;
DE MAR S.
17
chans ;l'excès des plaifirs, Alcibiade, en ête
tout le prix.
Qu'ils feroient heureux , Alcibiade , s'ils
en pouvoient demeurer-là ! Mais vous les
allés voir paffer fans interruption , du luxẹ
à l'excès , de la table & de l'excès de la
table , aujeu ; ilsfont aufli avares du tems,
qu'ils le devroient être , s'ils confacroient
à la Vertu les momens qu'ils donnent à
leurs plaifirs.
Je metournai , & jevis des valets apro
cher des tables preparées pour touteforte
de jeux de hazard ; les autres ne les tou
chent point , parce qu'on n'y perd pas
affez , ni affez tôt. Il étoit aifé de juger
par l'émotion des uns & par lapâleurdes
autres , qu'un coup de Dez decidoit de
leur defefpoir ou de leur bonheur. Re
marquez vous, me dit Socrate ,la frayeur
qu'ils ont d'amener le Chien, & les vœux
qu'ils font pour amener Venus :ilne man
quoit à leurs mœurs que de mettre le
bonheur fous le fimbole d'une femmeauffi
perdue que celle-là.
Palamede auroit-il jamais crû que ce
qu'il avoit inventé pendant le Siége de
Troye , pourRamufement & l'inftruction
des gens de Guerre , deviendroit le fujet
de laruine des familles , & des diffenfions
domeftiques ? Mais c'est un effet du dere
glement des hommes de tourner à malce
B
C
LE MERCURE
18
qui ne feur a été donné que pour leur
ufage & pour leur utilité.
¿ Quefaifons-nous ici, continuaSocrate?
ces infenfés vont paffer là toute la nuit ,
& l'Aurore les trouvera les.yeux attachés
fur cette table : c'eft leur coutumede ren
verfer l'ordre de la Nature ,& d'employer
à fatisfaire leurs paffions le tems qu'elle
a donné aux hommes pourle repos. Pen
dant que le jour nous éclaire , portons
notre curiofité par tout, & voyons fi les.
plaifirs que donne la volupté , font d'un
fi grand prix , que l'on doive tout quitter
pour elle.
Voici l'heure que le fpectacle va com
mencer. Dans ce Theâtre où vous voyez
que cette foule s'empreffe d'entrer
les
Acteurs font payés par ceux qui les vont
entendre, pour les entretenir de ladouceur
des plaifirs , & pour amolir leurs cœurs'
par des fons lafcifs , & par des maximes:
voluptueufes. Nous étions à peine hors du
falon, quelebruit des inftrumens qui pre
ludoit , frapa nos oreilles : nous arrivâmes
à la porte du Theatre ;ily avoit unhom
me qui exigeoit de l'argent de tous ceux
qui fe prefentoient. C'eft donc ici , comme
aux Enfers, medir Socrate , il faut payer
pouralleraux fuplices. Serions nous affez
foux d'acheter un repentir , & de donner
notre argentpour uneextravagance ?Nous
ર
DE MAR S.
19
retournions fur nos pas, quandle Portier
s'écria : Entrés , entrés ; les Etrangers ni
les Philofophes ne payent point ici; cette
loy n'eft faite que pour ceux qui n'eftime
roient pas les plaifirs , ils ne coûtoient
cher à obtenir. Nous entrâmes , & nous
primes les places les moins recherchées.
Enun momentla fouley fut fi prodi-·
gicule , que l'on auroit crûque touteune
grande Ville s'étoit épuifée pour former
cette affemblée. Les Dames & les jeunes
filles de qualiré brilloient dans des Loges
fuperbes les unes portoient leurs regards
avides fur lesBalcons & dans l'Amphiteâtre,
pour y chercher leurs Amans : les autres
s'entretenoient d'amour avec les jeunes
hommes qui étoientavecelles. Quelques
unes avoient leur vue attachée fur les coins.
du Theâtre , pour s'annoncer à des Acteurs
qui devoient ce jour-là porter les faveurs
qu'ils avoient reçûes d'elles. Quelques-au
tres s'empreffoient pour de jeunesEtrangers.
dontla figure les avoit frapées,& qu'elles fe
difputoientdéja avantquede les connoître.
C'est ici , me dit Socrate , queles vices
s'infinuent dans l'ame , àla faveur d'une
morale pernicieufe. A peine croyons-nous
être frapés , que nous fommes vaincus ;
la Volupté attaque ici la jeuneffe partous
Les endroits par le fpectacle qui charme
les fens ,par le langage qui féduit l'efprit,,
Bij.
20
LE MERCURE
& par les fentimens qui flatent le cœur.
Qui peut être affez en garde contre les
mouvemens qui portent au vice, pour re
fifter à leurs pointes au milieu de tant de
dangers? & fi l'on élude ce charme , qui
peut refifter à une foule d'exemples ? I
n'y a point de milieu , Alcibiade ; il faut
éviter les gens vicieux, ou le devenir avec
eux : l'exemple eft plus fort que le mal
même; il acheve presque toujours ce que
la Voluptén'afait qu'ébaucher.
Qu'eft-il befoin de fpectacles pour fe
rendre plus mauvais ? Ne l'eft on pas affez
par la Nature , fans emprunter le fecours
de l'art ? Dans ce monde les uns fervent
de fpectacle aux autres , & chacun à foi
même;maiscesfpectacles font d'ungrand
ufage à qui veut les mettre à profit.
Le fpectacle que nous offrent les gens.
vicieux , nous doit donner de l'horreur
pourleurconduite , & nous faireaimer de
plus enplus la vertu. Celui que leur don
nent à leur tour les gens de bien , doit leur,
faire envier les jours fereins & les nuits
tranquilles que l'on paffe , quand on eſt
fous les Loixde la Sageffe , quine trompe
jamais ceux qui s'attachent àelle: & celui
que l'on fe doit àfoi-même, eft unaffem-.
blage d'actions vertueules , dont la vûe
doit nous exciter à enfaire de nouvelles..
Mais pourcelui-ci,ondoit leregarder com
rue l'aprenuffage des vices. Aufli vous
DE MARS.
21
voyés que les meres y menent leurs filles ,
comme fi les exemplesdomestiques qu'elles
leur donnent , ne fuffifoient pas , fans le
fecours des exemples publics , pour lesren
dre femblables à elles.
On fit l'ouverture , & la toile ſe leva.
Caramallus & Phabaton danferent ; l'un ,
Leda; l'autre , Semele ; mais avec different
fuccès. Caramallus fut applaudi, & Phaba
ton fifflé. Quelle hardieffe, s'écria Socrate,
d'expofer fur le Theatre les fautes des
Dieux , & d'aplaudir par des poftures laf
cives, à des crimes que l'on ne peut avoir
trop enhorreur! Je nepretendspoint defa
prouver la danfe. Les Lacedemoniens , qui
font , aprés les Atheniens , lesplus fages de
la Grece , ont fait tant de cas decet Art,
qu'ils tenoient de Caftor & de Pollux,qu'ils
avoienttoujours accoutumé d'allerau com
bat en danfant. Pyrrhus même étant de
vant Troye, inventa une forte de danfe ,
que l'on nomma Pyrrique de fon nom , &
dans laquelle il exerçoit la Jeuneffe pour
la rendre plus agile à laGuerre. Mais ceux
qui renouvellent les crimes des Dieux dans
leurs Danfes , meritent d'être punis publi
quement, tant pour l'exemple qu'ils don
nent aux hommes, que pour leur audace
envers les Dieux. La Danfe finit , & la
Piece commença; c'étoit Atys & Galatée.
Elle fut mal reprefentée : onauroitpris
LE MERCURE
2,2
le premier Acteur qui parut , plutôt pour
un des Ilotes de Sparte , que l'on expofe
dans les Places publiques , après les avoir
enyvrés , pour détourner la Jeuneffe de
l'excès du vin, que pour l'Amant de la
Nymphe Galathée ...... Remarqués , dir
Socrate , comme l'onrit de l'yvreffe de cet
Acteur ; rien ne vous doit prouver davan
tage la corruption de ce lieu , que de voir
que l'on s'y fait un plaifir des choſes mê
mes que l'on doitabhorrer.
Confiderez les mouvemens voluptueux
de toutes ces femmes qui danfent ; c'eſt
dans ces mouvemens que l'on fait confifter
Ta perfection de cet Art. Celles à qui vous.
voyez que l'onaplaudit, font celles qui les
fçavent nieux exprimer ; ce font ces mê
mes femmes que l'onpaye pour corrompre
la Jeuneffe.
Je demandai à Socrate quel étoit un
nouveau Spectacle, où tout le monde fe
preffoit d'aller.... Il nous faudroit bien
du temps , medit-il , pourparcourir toutes
les chofes par lefquelles la volupté , fous
Lapparence du bonheur, arrête ici ceux
qui fefont livrés à elle : elle a plusde peine
quevous ne pensez, à affermir ſon Empire.
Comme il n'a riende folide en lui-même,
elle tâche de le rendre agréable par la va
rjeté c'eft pourquoi elle établit des prix
pourceux quiinvententde nouveauxplai
DE MAR S.
firs: il faut qu'ils fe fuccedent inceffam
ment, afin qu'on n'ait pas le temps de re
fléchir fur leur peu de folidité ; c'eſt d'où
dépend la grandeur de fon Empire. Si elle
les fufpend quelquefois , c'eft pour irriter
adroitement les defirs de ceux qui pour
roient s'en dégoûter par un trop frequent
ufage. C'eſt ainfi qu'en les laiffant libres
en apparence, elle refferre leurs chaînes.
Ondonneralafin dumême Songe le mois
prochain.
d'Alcibiade.
Ndouxpenchant, unparterre
émaillé de mille fleurs , me
conduifirent dans un lieu fi
rempli de merveilles , que je
mecrus tranfporté par enchantement dans
le fejour des Divinitez ; mes yeux ne me
fuffifoient pas pour tant debeautez , &
je devorois avec rapidité tous les objets
qui fe prefentoient , fans me donner le
tems de les démêler. J'arrivai au milieu
de quatre allées ; une fouleprodigieufe de
peuple accouroit de toutes parts : Lefpe
tacle devint tragique , après m'avoir
d'abord agreable. Les uns paffoient fur le
pary
ventre des autres pour y arriver les pre
.
A ij
LE MERCURE
4
miers ; je voyois des morts & des mourans
àdroite & àgauche, qui avoient le vifage
Fourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie , fans avoir puyarriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fiter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de fa gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vous medemandez fon
nom , qui n'a pas été connu dans les tems
heroïques, je vous dirai que les hommes
l'appellentla Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée fur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne, avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant: mais
Bupalus a voulu nous marquer que le-monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulez fçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs ,
les richeffes , & les autres biens qui exer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne , & pour lefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eſt naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeffes , fans
les en pouvoir raffafier; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils fe frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes, ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'efpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne: će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe, bonne, dorée ; mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur efperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanouir au même moment : ce n'eſt
A j
LE MERCURE
4
miers; je voyois des morts & des mourans
à droite & àgauche, qui avoient le vifage
tourné de notre côté, comme pour té
moigner le regret qu'ils avoient de quitter
la vie, fans avoir puy arriver. Je deman
dai à Socrate la raifon d'une fcene fi ter
rible ; ce font, dit-il , des furieux , dès
foux, des ambitieux, qui facrifient indiffe
remment leurs amis & leurs ennemis àleur
interêt & à leurs paffions.
Cette grande femme aîlée, aveugle ,
qui a unpied appuyé fur un globe , qui
tient de fa main droite un gouvernail au
près d'une roue, & de la gauche une
corned'abondance, eft celle pour qui cette
foule s'empreffe. Si vousmedemandez fon
nom, qui n'apas été connu dans les tems
heroïques , je vous dirai que les hommes
Pappellent la Fortune; ils veulent qu'elle re
giffe le monde ; c'eft pour cela que vous
la voyez appuyée ſur cette boule avec un
gouvernail à fa main. Le fameux Bupalus
en a fait une ftatuë de pareille figure ,
qu'il leur a confacrée dans le Temple de
Smyrne , avec cette difference pourtant
qu'elle porte fur fa tête le monde que
vous voyez qui la porte maintenant : mais
Bupalus a voulu nous marquer que le
monde ne fe gouverne que par elle.
Tous les mortels fe plaignent de cette
femme, & tous cependant l'implorent.
DE MARS.
Si vous voulezfçavoir ce qui fort de cette
corne d'abondance , ce font les honneurs,
les richeffes , & les autres biens quiexer
cent les paffions des humains , vers lefquels
leur fureur les entraîne, & pourlefquels
ils forment des vœux & offrent fans ceffe
des facrifices. Cette rouë qui vous paroît
auprès d'elle , marque l'inconftance qui lui
eft naturelle ; elle n'éleve quelqu'un au
fommet des dignitez, que pour les écrafer
plus ailément par leur chute : elle accable
d'autres d'honneurs & de richeſſes , fans
les en pouvoir raffafier ; & malgré le foin
qu'elle prend pour affouvir leur avidité,
ils envient encore jufqu'à l'air que les au
tres refpirent. Ceux qu'elle a trompés, n'ont
pourrecompenfe que ledefefpoir de s'être
attachez à elle; ils le frappent la poitrine,
ils s'arrachent les cheveux ; nous les appel
lons Epimetes , ils ne font fages qu'après
l'épreuve des maux.
Elle en abufe d'autres d'une maniere
differente ; elle les attire par l'eſpoir de la
felicité ; elle la leur fait entrevoir prochai
ne : će font ceux que vous voyez qui lui
rendent les mains , qui lui rendent graces ,
commes'ilsjoüiffoient déja ; qui l'appellent
heureuſe , bonne, dorée , mais qu'ils atten
dent encore, ils verront leur eſperance ,
ainfi qu'un éclair de la Canicule , briller
& s'évanoüir au même moment : ce n'eſt
A ij
LE MERCURE
qu'un verre fragile ou une mer calme,
fur laquelle les Navires fejoient , & qui,
l'inſtant après , ouvre des gouffres affreux
pour les engloutir.
Cette femme feroit moins dangereufe
à fuivre, fi elle n'étoit à craindre que par
fa legereté; car ce n'eft pas la faute fi les
hommes lui donnent trop de confiance.
Ce qu'on voit de plus condamnable en
elle , c'eft le peu de choix avec lequel
elle difpenfefes faveurs , c'eft parce qu'elle
eft aveugle. Ainfi, vous voyez les méchans
comblez de biens , quine font dûs qu'aux
Bons , & acquerir par des crimes les hon
neurs qu'elle refuſe à la vertu.
Onméprife , on abhorre le vice , & on
le couronne. On loue , on eftimela vertu ,
& on la laiffe dans l'indigence. C'eft ce
qui a donné lieu à quelques-uns de dire,
que les Dieux ne fe mettent point en
peine des chofes d'ici bas, puifque les
bons étoient prefque toujours neceffiteux ,
pendant que les méchans fe voyoient com
blez de profperitez mais ces impies ne
fçavent pas que ces mêmes profperitez
font les boureaux des méchans; ils igno
rent que les Ethiopiens , faute de fer ,
accablent de chaînes d'or leurs criminels :
en font-ils plus heureux ces captifs , qui
ne deviennent plus riches qu'à meſure
qu'ils deviennent plus coupables ? & la
liberté eft-elle moins à regretter fous le
DE MARS. A
poids de l'or que fous celui dufer? Il en
eft de même de ceux que la fortune pre
fere aux gens de bien: Nous nous imagi
nons quec'eftune grace , & cen'eft qu'un
artifice cruel, pour les rendre plus mife
rables ; car la poffeffion des richeffes jette
les hommes dans l'immoderation , & les
defirs qui viennentde l'immoderation , les
agitentbien plus que ceux qui naiffent des
fimples befoins.
Les appas quecette Déeffe prefente , cou
vrent un hameçon dont la bleffure eft
mortelle ; c'eft avec cet hameçon qu'elle
furprend ceux qui ne font pas fur leurs
gardes fes faveurs font encore plus dan
gereufes que le Thirle de Bachus , dont
les feuilles vertes cachent la pointe cruelle.
Le poifon ne fe prefentepas dans l'argile,
il n'eft à craindre que dans les vales pre
cieux, & quand il eft mêlé avec le vin
de Thaze.
Mais pourquoi, lui demandai-je , tous
ceux qui viennent de quitter la fortune,
ne s'en retournent-ils pas par le même
chemin?Qu'importe , me répondit Socra
te , ils courent également à leur perte,
c'eft-à-dire à la volupté, & c'eft leur
mauvais genie qui les y conduit par diver
Les voyes.
Le penchant au mal embraffe plufieurs
fentimens , & ces fentimens font expri
Aiiij
LE MERCURE
3.
mez par les differens fentiers que prennent
ceux que la fortune a comblez de fes fa
veurs. Chaque route que ce penchant fait
fuivre , aboutit à un précipice : Ceux qui y
marchent , y tombent inévitablement. Il
n'en eſt pas ainſi du bien ; un feul vice
nousconduitànotre perte ; unefeule vertu
ne nous mene point à notre felicité. Il
n'eft pas neceffaire , pour eftre condamné
par les Juges qui pefent aux enfers les
vertus & les vices des mortels , d'être cou
pable de tous les crimes ; mais on nepeut
parvenir au fouverain bien, qu'en prati
quant toutes lesvertus. Un feul vicefuffit
pour nous perdre , il porte avec lui , en
quelqueforte, le poifon de tous ceux dont
nous fommes innocens. Une feule vertu
que nous n'avons pas , nous éloigne de
notre bonheur , & nous ôte le merite de
toutes celles quenous avons. Il faut donc,
Alcibiade, eftre exemt de defauts pour
eftre uni au fouverain bien, qui eft le
centre de notre ame; car comme lefou
verain bien eſt un eftre pur & l'exclufion
abfoluë de toute imperfection , nous ne
fçaurions y atteindre & le poffeder , fi nous
ne devenons purscommeluipar l'habitude
de toutes les vertus & par la feparation
abfoluë de tous les vices. Toute union
fuppofe des rapports & des proportions
neceffaires , & il ne peut y avoir de rap
DE MAR S.
port ni de proportion entre cet Etre par
fait & nous, tant qu'il y aura dans une
ame un affemblage debien & de mal , un
cahos & une confufion monftrueuſe de
vertu & de corruption.
Nedoutezpoint que tous ceuxque vous
voyez s'écarter en tant de differens ent
•
droits , ne courent à leur.perte certaine :
Suivons-les , vous ferez témoins de l'ulage
qu'ils vont faire de leur nouvelle profpe
rité, & vous verrez que lepremier fruit
qu'ils en retirent , c'eft d'être méchans im
punément, & de jouir à force d'argent des
avantages de la vertu, en perfiftant tou
jours dans le vice.
L'allée dans laquelle nous étions , abou
tiffoit à un édifice magnifique ; on l'au
roit cruélevépar les Dieux ; onn'y voyoit
partout que des chefs-d'œuvre de l'art.
Quel fuperbe portique fur la gauche , &
quel ample theatre s'offroit fur la droite !
Tout le marbre de sparte & du montHy
mete, fembloit y avoir été tranfporté: Le
frontifpice étoit fi haut , que les figures
qui l'ornoient , fe perdoient prefque dans
les nuës , comme pour approcherdu fejour
des Divinitez le maître de ce Palais , ou
pour l'y faire adorer avec plus de magni
ficence que ne le font les Dieux mêmes
dans leurs Temples.
Ciel , ô Ciel, s'écria Socrate ! quelle
LE MERCURE
RO
folie , quel ridicule foin deshommes ! les
uns bâtiffent , comme s'ils étoient furs de
Pimmortalité ; les autres font des amas
pour leurs feftins , comme s'ils devoient
mangeraux Enfers. C'eft l'ambitionfeule.
& nonle méprisdes richeffes qui leur fait
fouler aux pieds l'or & les pierreries:
Leurs plafonds dorez , leursmursincruftez
de marbre, leurs pavez de pierres rappor
rées, & de tant de couleurs afforties , ne
edent point aux tableaux des plus excel
lens Peintres.
Après avoir parcouru toutes les merveil
les de cet édifice , nous paffames dans une
gallerie que foutenoient des colonnes de
marbre d'une hauteur & d'une beauté ex
traordinaire; des ftatues y étoient placées
d'efpace en efpace ; les noms des celebres
Sculpteurs , Phidias & Praxiteles, qui
étoient gravez fur les bazes, montroient
l'excellence de l'ouvrage. Dès que Socrate
les apperçut , fes yeux & fon vifagechan
gerent fi promtement, qu'on l'auroit cru
agité du méme efprit que la Sibylle Del
phique.
Enfin , dit il , enfin! voilà le vice dans
fon dernier excès , & la pofterité n'y pourra
plus rien ajouter : c'étoit peu pour les fu
jets de la volupté que leurs honteux dé
bordemens , ilfalloit encore que leurs an
eêtres , ces grands perfonnages , en fuffenc
DE MAR'S. !
les témoins, & en paruffent les approbas
teurs. Leurs neveux dans les fiecles à venir
n'auront-ils pas lieu de croire que tous les
crimes leurferont permis,& que ces grands
hommesétoient complices de ceux deleur
famille, quand ils verront leurs ftatues
placées dans le même ordre que celles qui
la pourpre , ne fe
reprefentent les débauches deleurs enfans?
Quelle difference , cher Alcibiade, entre
celui qui né obfcurément , brille parlefeut
éclat de fes actions, & celui qui forti de
ne fe pare que de la nobleffe
de fes Ayeux! A quoi fert d'épuifer vos
foins pour chercher fi vos ancêtres vous.
font defcendre d'Hercules, & fi vous pou
yez monter fans interruption jufqu'à Ju
piter même? A quoi cette folle curiolité
vous mene-t'elle, qu'à fignaler votre va
nité, & qu'à montrerque vous eftes digne
de mépris, fi vousne leur reffemblez pas,
& fi de tout ce qu'ils ont été, il ne vous
refte queleur nom que vous deshonnorez,
& que le peuple vous donne à regret? La
gloire de vos Ancêtres fait l'éclat de votre
naiffance ; mais la gloire de vos actions.
doit faire l'éclat de votre vie. L'admiration
& Pimmortalité qu'ils le font acquifes ,
ne ferviront qu'à vous rabaiffer, fi vous
ne marchez fur leurstraces , & leur repu
tation vous accablera de honte , fi loin de
nous donner occafion de comparer votre
LE MERCURE'
12
gloire avec la leur, vous nous obligez au
contraire de comparer vos vices avec leurs
vertus. Vous vivez dans la plus floriffante
partie de l'Univers , la nobleffe & la gloire
de vos ayeux ne vous y laiffent rien à
defirer , & la route que vousdevez ſuivre,
eft toute frayée.
Dans le tems que Socrate me parloit,
une troupe de domeftiques plioit fous le
poids des baffins qu'ils portoient. Un
Trompette qui avertiffoit de l'heure du
repas , marchoit à leur tête. Le bruit avoit
interrompu Socrate , c'eft pour ne pas per
dre un inftant de chaque journée , reprit-il,
que cet homme avertit de chaque plaifir.
Entrons dans ce falon avant que les con
viez arrivent.
Des lits de pourpre étoient rangez au
tour d'une table de cedre , admirable par
le bizarte mêlange des couleurs & des vei
nes differentes dont elle étoit fouettée:
elle étoit foutenue par des dents d'Ele
phant, où l'on voyoit enbas relief le feſtin
des Dieux après la defaite des Geans , &
les nôces de Thetis & de Pelée; cet ou
vrage étoit le chef-d'œuvre de l'Afrique.
A droite, s'élevoit un Buffet fuperbe ,
Mentor en avoit gravé tous les verres,
& Mios s'étoit furpaffé dans les bas reliefs
qui paroiffoient fur les coupes de criſtal.
L'on voyoit fur ce Buffet peu de vales
DE MARS.
d'or
13
la porcelaine & le criftal en fai
foient tout l'ornement , & leur fragilité,
tout leur prix. C'est là , me dit Socrate,
le veritable luxe , que de le faire conſiſter
en des chofes que l'on puiffe perdre tout
d'un coup & fans reffource. Ne diroit-on
pas à voir cette profufion de vafes , que
le nectar n'eft delicieux quedans l'émerau
de, & qu'il perd fon prix dans l'argile ?
Mesyeux étoient occupez à cefpectacle,
& mes oreilles au difcours de Socrate ,
quand un bruit confus me fit comprendre
que les conviez arrivoient. Deux femmes
venoient les premieres , l'une étoit d'un
embonpoint extrême ; elle avoit la peau
blanche, le vifage gay, le teint frais &
vermeil ; l'autre avoit les cheveux épars ,
elle fembloit plutôt traîner que porterfa
robe qu'elle n'avoit qu'à moitié mife : Son
air étoit lent , fa démarche negligen
te; le fommeil étoit encore répandu fur
fon vifage. A peine fes yeux pouvoient
fupporter l'éclat du jour ; fa tête étoit
chancelante fur fes épaules ; elle avoit
pourtant de la beauté. Connoiffez-vous
ces deux femmes , demandai-je à Socrate?
Quy, dit-il, leur figure m'apprend ce
qu'elles font celle que vousvoyezla pre
miere, fenomme l'Intemperance; elle vient
de faire un repas en fecret, qu'elle n'a
quitté que pour le mettre à cettetable.
LE MERCURE.
14
L'autre qui fe frotte les yeux , qu'elle
n'ouvre qu'à peine , eft nommée par les
femmes qui s'aiment, le Repos; mais fon
veritable nom eft la Pareffe. Elle fort de
fon lit, & va le recoucher fur celui que
Nous voyez , la tête encore remplie des
vapeurs du fouper du jour precedent.
Après ces Dames, on vit paroître le
refte des convięz. On leur prefenta de
l'eau de neige pour fe laver les mains ,
puis dans des vales d'Onix , des parfums
pour les cheveux qu'ils ceignirent enfuite
de couronnes de fieurs de differentes eſpe
ces, &tousfecoucherent. Quej'approuve
leur précaution! dit Socrate , ils embau
ment le cadavre , de peur qu'il ne fente
mauvais mais qu'ils y font peu de refle
xion, & quelle difference ils feroient des
foins qu'ils doivent à leur ame, d'avec
ceux qu'ils donnent à leurs corps, fi l'idée
de fon immortalité leur étoit prefente , &
fi la brieveté des fleurs dont ils ornent
leurs têtes , les pouvoir faire fouvenir de
la brieveté de leurs jours!
Quellequantité de mets accable les va
lers, & quel poids il faut que cette table
foutienne elle tremblefous les piramides
de viandes que l'on fert , moins pour le
goût que pour le luxe & la profufion.
Les oifeaux de Colchos n'y paroiffent ex
cellens que par les difficultez qu'il faut
furmonter pour les avoir. Les poiflons ne
-DE MARS. T AS
font exquis qu'à proportion que les mers
où l'onles pêche, font éloignées ou ora
geufes. Tout ce qui n'eft pas d'un autre
climat , eft rejetté. Que leur luxe eft in
genieux ! il leur fait trouver des ragoûts
dont un feul coûte leur patrimoine, &
fouvent celui qui les donne , s'acheteroit à
plus bas prix. Mais ce n'eft pas tout, leur
vaniténe feroit pas fatisfaite , fi vous igno
riez les lieux d'oùviennent leursvins. Les
cruches bouchées de poix &demaſtic ont
chacune leurécriteau, où l'âge & lepais du
vin eft marqué. Quelques Lettres reftées
fur cesvieux flacons , montrent qu'ils font
pleins de vinde Lesbos & de Leucade. D'au
tres écriteaux leur annoncent les vins de
Thaze & deCoos; rien n'eftoublié nipour
la delicateffe ni pour leluxe de la table.
La falle du feftin retentiffoit des chants
& des ris des conviez , lorfque tout à
coup nous vîmes entrer une troupe de
Morions: l'un d'eux vêtu de pourpre, te
nant une lyre àla main, s'approcha de la
C
table , & mêlant l'harmonie de fon inftru
ment à la beauté de fa voix, impoſa ſi
lence à toute l'affemblée. Je fus fi charmé
de tout ce que j'entendois, que tout ce
qu'on m'avoit dit d'Arion & d'Orphée ,
meparut vrai-femblable.
Après avoir étéapplaudi de tout le mon->
de, onlui fit recommencer l'air qu'il avoit
chanté, dont voici les paroles.
LE MERCURE
Arendre la vie agreable
sans seffe occupons noftre esprit ,
Fuyons l'ufage méprisable
Que le groffier vulgaire fuit :
Amis, paffons la nuit à table,
Et confumons le jour au lit.
Dès qu'il eut achevé , il parut un Panto
mime, qui frapant un tambourde cuivre,
imitoit la danſedes Corybantes ; une fem
melefuivoit ; ils danferent enſemble avec .
mille poſtures lafcives , l'adultere de Mars
& de Venus.- Quels affaifonnemens pour un repas ,
s'écria Socrate ! N'eft-ce pas là plûtôt ra
nimer les paffions mourantes que fecourir
la fain? Quelle difference de ces mœurs
à celles des Sages , qui n'allongent leurs
repas , que pour s'entretenir de l'immor
talité de l'ame , & pours'inftruire entr'eux
des chofes les plus cachées de la Nature !
Mais ces Emportés que vous voyés , font
indignes de goûter de pareilles douceurs.
En voulant fatisfaire à toutes leurs paf
fions àla fois, ils n'en contentent aucune.
Les odeurs exquifes leur deviennent fades ,
les mets les plus delicieux leur paroiffent
infipides ; leurs yeux ne font plus furprisi
des fpectacles les plus merveilleux , & leurs
oreilles s'endurciffent auxfons les plus tou
chans ;
;
DE MAR S.
17
chans ;l'excès des plaifirs, Alcibiade, en ête
tout le prix.
Qu'ils feroient heureux , Alcibiade , s'ils
en pouvoient demeurer-là ! Mais vous les
allés voir paffer fans interruption , du luxẹ
à l'excès , de la table & de l'excès de la
table , aujeu ; ilsfont aufli avares du tems,
qu'ils le devroient être , s'ils confacroient
à la Vertu les momens qu'ils donnent à
leurs plaifirs.
Je metournai , & jevis des valets apro
cher des tables preparées pour touteforte
de jeux de hazard ; les autres ne les tou
chent point , parce qu'on n'y perd pas
affez , ni affez tôt. Il étoit aifé de juger
par l'émotion des uns & par lapâleurdes
autres , qu'un coup de Dez decidoit de
leur defefpoir ou de leur bonheur. Re
marquez vous, me dit Socrate ,la frayeur
qu'ils ont d'amener le Chien, & les vœux
qu'ils font pour amener Venus :ilne man
quoit à leurs mœurs que de mettre le
bonheur fous le fimbole d'une femmeauffi
perdue que celle-là.
Palamede auroit-il jamais crû que ce
qu'il avoit inventé pendant le Siége de
Troye , pourRamufement & l'inftruction
des gens de Guerre , deviendroit le fujet
de laruine des familles , & des diffenfions
domeftiques ? Mais c'est un effet du dere
glement des hommes de tourner à malce
B
C
LE MERCURE
18
qui ne feur a été donné que pour leur
ufage & pour leur utilité.
¿ Quefaifons-nous ici, continuaSocrate?
ces infenfés vont paffer là toute la nuit ,
& l'Aurore les trouvera les.yeux attachés
fur cette table : c'eft leur coutumede ren
verfer l'ordre de la Nature ,& d'employer
à fatisfaire leurs paffions le tems qu'elle
a donné aux hommes pourle repos. Pen
dant que le jour nous éclaire , portons
notre curiofité par tout, & voyons fi les.
plaifirs que donne la volupté , font d'un
fi grand prix , que l'on doive tout quitter
pour elle.
Voici l'heure que le fpectacle va com
mencer. Dans ce Theâtre où vous voyez
que cette foule s'empreffe d'entrer
les
Acteurs font payés par ceux qui les vont
entendre, pour les entretenir de ladouceur
des plaifirs , & pour amolir leurs cœurs'
par des fons lafcifs , & par des maximes:
voluptueufes. Nous étions à peine hors du
falon, quelebruit des inftrumens qui pre
ludoit , frapa nos oreilles : nous arrivâmes
à la porte du Theatre ;ily avoit unhom
me qui exigeoit de l'argent de tous ceux
qui fe prefentoient. C'eft donc ici , comme
aux Enfers, medir Socrate , il faut payer
pouralleraux fuplices. Serions nous affez
foux d'acheter un repentir , & de donner
notre argentpour uneextravagance ?Nous
ર
DE MAR S.
19
retournions fur nos pas, quandle Portier
s'écria : Entrés , entrés ; les Etrangers ni
les Philofophes ne payent point ici; cette
loy n'eft faite que pour ceux qui n'eftime
roient pas les plaifirs , ils ne coûtoient
cher à obtenir. Nous entrâmes , & nous
primes les places les moins recherchées.
Enun momentla fouley fut fi prodi-·
gicule , que l'on auroit crûque touteune
grande Ville s'étoit épuifée pour former
cette affemblée. Les Dames & les jeunes
filles de qualiré brilloient dans des Loges
fuperbes les unes portoient leurs regards
avides fur lesBalcons & dans l'Amphiteâtre,
pour y chercher leurs Amans : les autres
s'entretenoient d'amour avec les jeunes
hommes qui étoientavecelles. Quelques
unes avoient leur vue attachée fur les coins.
du Theâtre , pour s'annoncer à des Acteurs
qui devoient ce jour-là porter les faveurs
qu'ils avoient reçûes d'elles. Quelques-au
tres s'empreffoient pour de jeunesEtrangers.
dontla figure les avoit frapées,& qu'elles fe
difputoientdéja avantquede les connoître.
C'est ici , me dit Socrate , queles vices
s'infinuent dans l'ame , àla faveur d'une
morale pernicieufe. A peine croyons-nous
être frapés , que nous fommes vaincus ;
la Volupté attaque ici la jeuneffe partous
Les endroits par le fpectacle qui charme
les fens ,par le langage qui féduit l'efprit,,
Bij.
20
LE MERCURE
& par les fentimens qui flatent le cœur.
Qui peut être affez en garde contre les
mouvemens qui portent au vice, pour re
fifter à leurs pointes au milieu de tant de
dangers? & fi l'on élude ce charme , qui
peut refifter à une foule d'exemples ? I
n'y a point de milieu , Alcibiade ; il faut
éviter les gens vicieux, ou le devenir avec
eux : l'exemple eft plus fort que le mal
même; il acheve presque toujours ce que
la Voluptén'afait qu'ébaucher.
Qu'eft-il befoin de fpectacles pour fe
rendre plus mauvais ? Ne l'eft on pas affez
par la Nature , fans emprunter le fecours
de l'art ? Dans ce monde les uns fervent
de fpectacle aux autres , & chacun à foi
même;maiscesfpectacles font d'ungrand
ufage à qui veut les mettre à profit.
Le fpectacle que nous offrent les gens.
vicieux , nous doit donner de l'horreur
pourleurconduite , & nous faireaimer de
plus enplus la vertu. Celui que leur don
nent à leur tour les gens de bien , doit leur,
faire envier les jours fereins & les nuits
tranquilles que l'on paffe , quand on eſt
fous les Loixde la Sageffe , quine trompe
jamais ceux qui s'attachent àelle: & celui
que l'on fe doit àfoi-même, eft unaffem-.
blage d'actions vertueules , dont la vûe
doit nous exciter à enfaire de nouvelles..
Mais pourcelui-ci,ondoit leregarder com
rue l'aprenuffage des vices. Aufli vous
DE MARS.
21
voyés que les meres y menent leurs filles ,
comme fi les exemplesdomestiques qu'elles
leur donnent , ne fuffifoient pas , fans le
fecours des exemples publics , pour lesren
dre femblables à elles.
On fit l'ouverture , & la toile ſe leva.
Caramallus & Phabaton danferent ; l'un ,
Leda; l'autre , Semele ; mais avec different
fuccès. Caramallus fut applaudi, & Phaba
ton fifflé. Quelle hardieffe, s'écria Socrate,
d'expofer fur le Theatre les fautes des
Dieux , & d'aplaudir par des poftures laf
cives, à des crimes que l'on ne peut avoir
trop enhorreur! Je nepretendspoint defa
prouver la danfe. Les Lacedemoniens , qui
font , aprés les Atheniens , lesplus fages de
la Grece , ont fait tant de cas decet Art,
qu'ils tenoient de Caftor & de Pollux,qu'ils
avoienttoujours accoutumé d'allerau com
bat en danfant. Pyrrhus même étant de
vant Troye, inventa une forte de danfe ,
que l'on nomma Pyrrique de fon nom , &
dans laquelle il exerçoit la Jeuneffe pour
la rendre plus agile à laGuerre. Mais ceux
qui renouvellent les crimes des Dieux dans
leurs Danfes , meritent d'être punis publi
quement, tant pour l'exemple qu'ils don
nent aux hommes, que pour leur audace
envers les Dieux. La Danfe finit , & la
Piece commença; c'étoit Atys & Galatée.
Elle fut mal reprefentée : onauroitpris
LE MERCURE
2,2
le premier Acteur qui parut , plutôt pour
un des Ilotes de Sparte , que l'on expofe
dans les Places publiques , après les avoir
enyvrés , pour détourner la Jeuneffe de
l'excès du vin, que pour l'Amant de la
Nymphe Galathée ...... Remarqués , dir
Socrate , comme l'onrit de l'yvreffe de cet
Acteur ; rien ne vous doit prouver davan
tage la corruption de ce lieu , que de voir
que l'on s'y fait un plaifir des choſes mê
mes que l'on doitabhorrer.
Confiderez les mouvemens voluptueux
de toutes ces femmes qui danfent ; c'eſt
dans ces mouvemens que l'on fait confifter
Ta perfection de cet Art. Celles à qui vous.
voyez que l'onaplaudit, font celles qui les
fçavent nieux exprimer ; ce font ces mê
mes femmes que l'onpaye pour corrompre
la Jeuneffe.
Je demandai à Socrate quel étoit un
nouveau Spectacle, où tout le monde fe
preffoit d'aller.... Il nous faudroit bien
du temps , medit-il , pourparcourir toutes
les chofes par lefquelles la volupté , fous
Lapparence du bonheur, arrête ici ceux
qui fefont livrés à elle : elle a plusde peine
quevous ne pensez, à affermir ſon Empire.
Comme il n'a riende folide en lui-même,
elle tâche de le rendre agréable par la va
rjeté c'eft pourquoi elle établit des prix
pourceux quiinvententde nouveauxplai
DE MAR S.
firs: il faut qu'ils fe fuccedent inceffam
ment, afin qu'on n'ait pas le temps de re
fléchir fur leur peu de folidité ; c'eſt d'où
dépend la grandeur de fon Empire. Si elle
les fufpend quelquefois , c'eft pour irriter
adroitement les defirs de ceux qui pour
roient s'en dégoûter par un trop frequent
ufage. C'eſt ainfi qu'en les laiffant libres
en apparence, elle refferre leurs chaînes.
Ondonneralafin dumême Songe le mois
prochain.
Fermer
4184
p. 172
ENIGME.
Début :
De la neige & des lys j'imite la candeur. [...]
Mots clefs :
Bougie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
DE la neige & des lys p'imite la candeur,
Jeune , vieille , je fuis agreable à la vúë :
Chacun peut me toucher , & me voir toute nuë ,
Sans craindre de bleffer les loix de la pudeur :
Quoique Vierge innocente , on me condamne aux
flames ,
Mesfreres & mes feurs n'ont pas un meilleur fort,
Quand Hecate paroît , Vulcainfaifit nos ames ;
Mais Zephirefouvent differe notre mort.
DE la neige & des lys p'imite la candeur,
Jeune , vieille , je fuis agreable à la vúë :
Chacun peut me toucher , & me voir toute nuë ,
Sans craindre de bleffer les loix de la pudeur :
Quoique Vierge innocente , on me condamne aux
flames ,
Mesfreres & mes feurs n'ont pas un meilleur fort,
Quand Hecate paroît , Vulcainfaifit nos ames ;
Mais Zephirefouvent differe notre mort.
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4185
p. 172
AUTRE.
Début :
Sans avoir rien appris, j'instruis les plus sçavans, [...]
Mots clefs :
Ombre du cadran
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Sans avoir rien appris , j'inftruis les plus çavans,
Ainsi que j'inftruirois tous les plus ignorans :
Je dois me promener dès que je viens au monde ;
Mon pas eft bien reglé , ma promenade eft ronde,
Je fuis toujours mon pere , il ne m'ajamais vi,
Je
mourrois auffi-tôt qu'il m'aureit apperçu ;
Il est pourtant toujours prefent à ma naiſſance,
Sans qu'il puiffe me voir dès ma plus tendre enfance.
S'il vient àfe coucher , alors je difparois ,
Et pérts , fans ceffer d'eftre ce que j'étois.
Lin mere de concert s'opposant à mon pere ,
Dès qu'il me met au jour , m'enleve à la lumiere:
Nefoyez pas furpris d'un fi bizarre fort v
Car je viens à la vie , ainsi qu'un autre enfort.
Sans avoir rien appris , j'inftruis les plus çavans,
Ainsi que j'inftruirois tous les plus ignorans :
Je dois me promener dès que je viens au monde ;
Mon pas eft bien reglé , ma promenade eft ronde,
Je fuis toujours mon pere , il ne m'ajamais vi,
Je
mourrois auffi-tôt qu'il m'aureit apperçu ;
Il est pourtant toujours prefent à ma naiſſance,
Sans qu'il puiffe me voir dès ma plus tendre enfance.
S'il vient àfe coucher , alors je difparois ,
Et pérts , fans ceffer d'eftre ce que j'étois.
Lin mere de concert s'opposant à mon pere ,
Dès qu'il me met au jour , m'enleve à la lumiere:
Nefoyez pas furpris d'un fi bizarre fort v
Car je viens à la vie , ainsi qu'un autre enfort.
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4186
p. 155
ENIGME.
Début :
N'en déplaise à qui dit que cela ne peut être, [...]
Mots clefs :
Canne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
N'En déplaiſe à qui dit que cela ne peut être ,
Je donne ce queje n'aypas ;
Quand le Deftin m'afait un Maître,
Je quitte rarement fes pas.
L'on me recherche aux Champs encor plus qu'à la
Ville ,
Aux uns très -neceffaire , aux autres inutile ,
Selon le Maitre que je fers
Mes ajustemens font divers.
L'un m'accorde toujours quelque faveur nouvelle ,
L'autre moins attentif n'est pas fi genereux ;
N'importe , je les fers également tous deux ,
Jusqu'à fouvent épouser leur querelle.
Qui mieux que moy fit jamais fan devoir?
Pour finir , j'ai des yeux , & je ne sçaurois voir.
N'En déplaiſe à qui dit que cela ne peut être ,
Je donne ce queje n'aypas ;
Quand le Deftin m'afait un Maître,
Je quitte rarement fes pas.
L'on me recherche aux Champs encor plus qu'à la
Ville ,
Aux uns très -neceffaire , aux autres inutile ,
Selon le Maitre que je fers
Mes ajustemens font divers.
L'un m'accorde toujours quelque faveur nouvelle ,
L'autre moins attentif n'est pas fi genereux ;
N'importe , je les fers également tous deux ,
Jusqu'à fouvent épouser leur querelle.
Qui mieux que moy fit jamais fan devoir?
Pour finir , j'ai des yeux , & je ne sçaurois voir.
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4187
p. 155-156
AUTRE.
Début :
J'ay part à ces exploits qui ravagent la Terre, [...]
Mots clefs :
Pierre à fusil
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
F.Ay part à ces exploits qui ravagent la Terre ,
Comme aux amuſemens , images de la Guerre.
Par fois , & même affés fouvent ,
Le Solitaire , le Sçavant
Me veulent auprès d'eux , m'approchent de leur couche
;
Mais qu'on ne craigne rien four moy ,
I56
LE MERCURE
1
Seule avec eux la nuit , j'y fuis comme une
Et n'en ay ༣ pas le moindre effroy.
Souch
Aleur empreſſement je ſçay ne pas répondre ,
Ils onttous beau me tourmenter ,
Je trompe leurs defirs jufqu'à les dépiter
Plusje les vois après moy fe morfondre.
L'avare dans fon coffrefort
Ne ferre pas fi bien écus , fols & piftole ,
Que je cache , deffens le bien que l'on me vole-3
Mais à la fin je cede à leur effort.
Ce qu'on m'enleve eft un bienfecourable ;
Quoique communil est pourtani fi precienx ,
Que fi l'on veut croire la Fable ,
La Terre le ravit aux Cieux.
F.Ay part à ces exploits qui ravagent la Terre ,
Comme aux amuſemens , images de la Guerre.
Par fois , & même affés fouvent ,
Le Solitaire , le Sçavant
Me veulent auprès d'eux , m'approchent de leur couche
;
Mais qu'on ne craigne rien four moy ,
I56
LE MERCURE
1
Seule avec eux la nuit , j'y fuis comme une
Et n'en ay ༣ pas le moindre effroy.
Souch
Aleur empreſſement je ſçay ne pas répondre ,
Ils onttous beau me tourmenter ,
Je trompe leurs defirs jufqu'à les dépiter
Plusje les vois après moy fe morfondre.
L'avare dans fon coffrefort
Ne ferre pas fi bien écus , fols & piftole ,
Que je cache , deffens le bien que l'on me vole-3
Mais à la fin je cede à leur effort.
Ce qu'on m'enleve eft un bienfecourable ;
Quoique communil est pourtani fi precienx ,
Que fi l'on veut croire la Fable ,
La Terre le ravit aux Cieux.
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4188
p. 133
ENIGME.
Début :
Presqu'aussitôt que je suis née, [...]
Mots clefs :
Vérité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
PReſqu'anſſitôt que je ſuis née ,
Je cours le monde me vois deftinée
A paffer ma jeuneffe entre les mains d'autrui.
Pour m'y faire valoir , j'ai votre fçavoirfaire ,
Coquettes , qu'on voit aujourd'hui
1
Si fçavantes en l'art d'amuser & de plaire.
Je cours à l'artifice, & m'en pare fi bien ,
Quefous ce faux dehors , & piquante & jolie,
Je fuis de mille gens , comme vous , accueillie ;
Mais pour moi tous ces gens nefentiroient plus rien ,
Le croirés-vous , fi toute nue
Je m'offrois feulement un inflant à leur vue,
PReſqu'anſſitôt que je ſuis née ,
Je cours le monde me vois deftinée
A paffer ma jeuneffe entre les mains d'autrui.
Pour m'y faire valoir , j'ai votre fçavoirfaire ,
Coquettes , qu'on voit aujourd'hui
1
Si fçavantes en l'art d'amuser & de plaire.
Je cours à l'artifice, & m'en pare fi bien ,
Quefous ce faux dehors , & piquante & jolie,
Je fuis de mille gens , comme vous , accueillie ;
Mais pour moi tous ces gens nefentiroient plus rien ,
Le croirés-vous , fi toute nue
Je m'offrois feulement un inflant à leur vue,
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4189
p. 133-134
AUTRE.
Début :
J'ay de mon nom plusieurs parens, [...]
Mots clefs :
Canon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
FAy de mon nom plufieurs parens ,
Mais nos emplois font differens :
134.
LE MERCURE
Ici ma voix égale à celle du tonnerre
Effraye au réjouit la terre.
Là
pour
donner à la beauté
la santé . Et la fraicheur
D'un infinuant petit frere
F'emprunte le doux miniftere:
Pour l'embellir , ou pour sa guérison,
alfaut que le rafé la prenne en trahison .
Autrefois j'étois à la mode ;
Il n'étoit ni Baron , ni Cemte , ni Marquis
.
Qui fans moi put être bien mis ,
Mais on m'a planté là comme trop incommode.
Lorfque les buveurs font en train ,
Dans un repas mon bachique refrain
Celebre les faveurs du charmant Dieu du vin :
Mais changeant de ton & de mode ,
5 Et de maxime & de méthode ,
Je deviens grave & férieux ,
Et c'eft de mes emplois tout le plus glorieux .
FAy de mon nom plufieurs parens ,
Mais nos emplois font differens :
134.
LE MERCURE
Ici ma voix égale à celle du tonnerre
Effraye au réjouit la terre.
Là
pour
donner à la beauté
la santé . Et la fraicheur
D'un infinuant petit frere
F'emprunte le doux miniftere:
Pour l'embellir , ou pour sa guérison,
alfaut que le rafé la prenne en trahison .
Autrefois j'étois à la mode ;
Il n'étoit ni Baron , ni Cemte , ni Marquis
.
Qui fans moi put être bien mis ,
Mais on m'a planté là comme trop incommode.
Lorfque les buveurs font en train ,
Dans un repas mon bachique refrain
Celebre les faveurs du charmant Dieu du vin :
Mais changeant de ton & de mode ,
5 Et de maxime & de méthode ,
Je deviens grave & férieux ,
Et c'eft de mes emplois tout le plus glorieux .
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4190
p. 74
ENIGME.
Début :
Si vous n'entendés par mon nom [...]
Mots clefs :
Balance
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Si vous n'enténdés par mon nom
Que ce que les Sçavans m'ont fait par leur caprice;
Quoique je fois une maison ,
Je ne fuis pas un édifice.
Si par mon nom vous entendez ,
Ce que je fuis par ma nature ,
Quoique fans tête, j'ai , bras, mains de bon augure:
Atelpour qui par l'or mes cordeaux font bandés,
Si vous n'enténdés par mon nom
Que ce que les Sçavans m'ont fait par leur caprice;
Quoique je fois une maison ,
Je ne fuis pas un édifice.
Si par mon nom vous entendez ,
Ce que je fuis par ma nature ,
Quoique fans tête, j'ai , bras, mains de bon augure:
Atelpour qui par l'or mes cordeaux font bandés,
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4191
p. 74
AUTRE ENIGME.
Début :
De Cerés & Thetis je prens ma nourriture, [...]
Mots clefs :
Hermine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
DE Ceres &Thetis je prens ma nourriture ,
J'étale mes trésors dans le fein de la Cour ,
Mais je ne puis entrer dans ce pompeux fejour
Qu'en payant le tribut qu'on doit à la nature.
Si je tiens un haut rang la mort me le procure ,
Infenfible j'infpire & la crainte & l'amour ,
Je nais dans la baffeffe & je regne à mon tour ,
Je monte fur le Trône après ma fepulture.
La vertu la plus belle a pour moi tant d'appas ,
Que pour la conferver je cherche le trépas ,
Sans qu'un noble martyre honnore ma conftance.
Je cheris tendrement l'ombre qui l'obscurcit ,
J'en couronne ma gloire , & ma pure innocence
Niclate jamais mieux que quand on la noircit.
DE Ceres &Thetis je prens ma nourriture ,
J'étale mes trésors dans le fein de la Cour ,
Mais je ne puis entrer dans ce pompeux fejour
Qu'en payant le tribut qu'on doit à la nature.
Si je tiens un haut rang la mort me le procure ,
Infenfible j'infpire & la crainte & l'amour ,
Je nais dans la baffeffe & je regne à mon tour ,
Je monte fur le Trône après ma fepulture.
La vertu la plus belle a pour moi tant d'appas ,
Que pour la conferver je cherche le trépas ,
Sans qu'un noble martyre honnore ma conftance.
Je cheris tendrement l'ombre qui l'obscurcit ,
J'en couronne ma gloire , & ma pure innocence
Niclate jamais mieux que quand on la noircit.
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4192
p. 54
PREMIERE ENIGME.
Début :
D'un pere lumineux je suis la fille obscure, [...]
Mots clefs :
Fumée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME..
Un pere lumineux je fuis la fille obfcure ,
Incertaine dans mon allure
Je m'élève pourtant fur la route des Cieux ;
Souvent aimé , par fois haï dans la Nature
Mon pere réjouit les yeux
2
Quand je les bleffe moi. Dès que je me dévoye
De mon trifte chemin
Je fais pleurer ceux qui font dans la jõje.
Si l'on me fent dans un feftin ,
Je gueris de l'intemperance .
Un des quatre Elemens ne va jamais fans moy>
Dans fon Palais le plus grand Roy
Peut jufques dansfachambre éprouver ma puil
fance.
Un pere lumineux je fuis la fille obfcure ,
Incertaine dans mon allure
Je m'élève pourtant fur la route des Cieux ;
Souvent aimé , par fois haï dans la Nature
Mon pere réjouit les yeux
2
Quand je les bleffe moi. Dès que je me dévoye
De mon trifte chemin
Je fais pleurer ceux qui font dans la jõje.
Si l'on me fent dans un feftin ,
Je gueris de l'intemperance .
Un des quatre Elemens ne va jamais fans moy>
Dans fon Palais le plus grand Roy
Peut jufques dansfachambre éprouver ma puil
fance.
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4193
p. 54-55
SECONDE ENIGME.
Début :
Nous devons la naissance & le merite aux Dames [...]
Mots clefs :
Noeuds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGM E.
Ous devons la naiffance & le merite aux
Dames
Prefque jumeaux dans un ſeul jour ,
Mille frères pareils fe montrent à leur tour :
Quelquesfois les plus laides femmes
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Gracieusement.
Air
a
Boire
3
Verses
du v
οι
son Ne craignés pas qu'il me
9:*
NEW
YORK
LIC
LIBRARY
.
STOR
, LENOX
AND
LDEN
FOUNDATIONS
..
D'AOUST.
Nous font très beaux : nous n'avons point de
foeeurs,
Mâles , nous n'avons point de peres
Et cependant bien de nos meres
Ont des maris. Nos teints font de toutes couleurs
;
Mais ce qu'on ne voit gueres
Dans les autres enfans
Notre mere eft fouvent par nous mêmes parée,
Et plus fouvent encor nous parons fes galans.
Nous vivons peu. Notre durée
Eft de trois mois au plus : dès qu'on fent les frimats,
Ainfi que les jardins , nous perdons nos appas
Ous devons la naiffance & le merite aux
Dames
Prefque jumeaux dans un ſeul jour ,
Mille frères pareils fe montrent à leur tour :
Quelquesfois les plus laides femmes
THE NEW YORK
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ASTOR, LENOX AND
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D'AOUST.
Nous font très beaux : nous n'avons point de
foeeurs,
Mâles , nous n'avons point de peres
Et cependant bien de nos meres
Ont des maris. Nos teints font de toutes couleurs
;
Mais ce qu'on ne voit gueres
Dans les autres enfans
Notre mere eft fouvent par nous mêmes parée,
Et plus fouvent encor nous parons fes galans.
Nous vivons peu. Notre durée
Eft de trois mois au plus : dès qu'on fent les frimats,
Ainfi que les jardins , nous perdons nos appas
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4194
p. 174-208
JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
Début :
On a cru devoir assembler dans un seul article tout ce qui concerne [...]
Mots clefs :
Roi, Louis XV, Duc, Feu, Te Deum, Musique, Feu d'artifice, Chambre, Ville, Chanter, François de Neufville de Villeroy, Soir, Fête, Église, Fleur, Majesté, Palais, Santé, Messe, Zèle, Août, Joie, Duc d'Orléans, Paris, Cour, Louvre, Fusées, Peuple, Rétablissement, Médecin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : JOURNAL De la maladie du Roy & de toutes les fêtes qu'on a celebrées à l'occasion du rétablissement de sa santé.
JOURNAL
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
De lamaladie du Roy & de toutes les
fêtes qu'on acelebrées à l'occafion
durétablissement defafanté.
Nacru devoir affembler dans
un feul article tout ce qui con
O
.
cerne un fait auffi intereffant
que la maladie du Roy , les fê
tes innombrables qui ont fuivi le réta
bliffement defafanté, prouvent clairement
qu'il eft impoffible de peindre la douleur
qui les a precedées : Ainſi qu'onne s'atten
de pas à de longs détails, ce feroit une
temerité inexcufable de tenter la peinture
:
des tranfports François dans cette occa
fion: lesfentimens vifs ne peuvent jamais
êtreexprimezqu'imparfaitement ; le cœur
parle toujours infiniment mieux que l'é
loquencemême, elle n'eft que fon écoliere.
Le Jeudy 31de Juillet , jour de la fête
de faint Germain l'Auxerrois , Parroiffe
du Louvre, le Roy entendant`la Meffe
dans fa Chapelle , fe fentit incommodé;
on fit ceffer la Mufique pour abreger
l'Office Divin , que Sa Majefté ne voulut
point quitter. Dès qu'Ellefut rentrée dans
D'A OU ST. 7475
fon cabinet , elle demanda du feu, qui
fut allumé dans le moment.
M. le Maréchal de Villeroy, & M. le
Duc de Mortemart, premier Gentilhomme
de laChambre, envoyerent dire aux Offi
ciers de la Bouche & du Gobelet , que le
Roy ne dîneroit point à fon grand cou
vert : Sa Majefté fe coucha fur les trois
heures après midy, attaquée d'un grand
friffon , fuivi d'une fiévre affez forte qui
augmenta pendant la nuit. On mandala
maladie du Roy à M. leDucde Bourbon,
qui étoit à Chantilly , auffi-tôt il fut au
Louvre, & paffa la nuit dans la chambre
de Sa Majefté avec M. le Maréchal de
Villeroy qui y couche ordinairement; M.
*
1
le Duc de Mortemart & M. le Duc dela
Rocheguion Grand Maître de la Garde
robbe y refterent auffi , M. Dodart pre
mier Medecin, & M. Bachelier premier
ValerdeChambre, veillerent pareillement
le Roy, accompagnés de deux Garçons de
la Chambre.
Le Vendredi matinpremier Aouft, M.
Dodard premier Medecin , M. Boudin ,
Medecinordinaire du Roy, M. Helvetius,
Survivancier de M. Boudin , M. Thevet
Medecin du Roy& de Madame, & M.
Falconet le pere delibererent dans une con
fultation quel'on faigneroit le Roy à qua
tre heures & demiedu foir, M. Marechal
P iiij
LE MERCURE
176
premierChirurgiende Sa Majeſté , fit cette
opérationavec l'habileté qu'on lui connoit,
&tira deux petites paletes de fang, qui
ne diminuerent que très peu la fievre. Ce
malheureux fuccès obligea M. les Mede
cins àfe raffembler fur les dix heures du
foir dans la Galerie , en prefence de M.
le Duc de Bourbon , deM. le Marechal
de Villeroy & de Madamela Ducheffe de
1
(
Ventadour ; M. Marechal premier Chirur
giendu Roy, & M. dela Peronie Survi
t
vancier de M. Marechal, affifterent à la
confultation. Cette favante affemblée où
préfidoit le zele circonfpect mais actif,
opina fagement qu'il falloit faigner au plû
tôt le Roydu pied pour arrêter l'embaras
qui fe formoit dans la tête. Cette ordon
nance fut executéé une heure après par
M. Marechal. L'effet de cette feconde
•
faignée fut prompt , heureux, & promit
au Royunenuit plus tranquile que la pre
cedente: la promeffe nefut pas vaine ; M.
le Princede Turennegrand Chambelan en
.
furvivance de M. le Duc d'Albret fon pere,
M.deMaillebois Maîtrede la Garderobe ,
M. Bachelier premier Valet de chambre,
M.le premier Medecin accompagné d'un
⚫autreMedecin& d'un Apoticaireont gardé
le Roypendant cette feconde nuit.
Le Samedi 2 Aouft,la ficvres'appaifa,
⚫ le Roy fut extrémement foulagé , & la
D'AOUST.
177
joye rappellée à la Cour & dans la Ville
en bannit les funeftes allarmes qui dechi
roient tous les cœurs. Onfit une troifié
me confultation plus nombreuſe , & auffi
éclairée que les deux premieres. On joi
gnit à Meffieurs les Medecins du Roy ap
pellez , M. Burlet Gendre de M. Dodart,
& Medecin de Madame la Princeffe de
Conti Douairieré , M. Falconerle fils , M..
du Moulin& M. Silva. Il fut réfolu qu'on
feroit prendre une medecine au Roy; fur
les huit heures du matin, on lui donna de la
manne , & quelquetems après deux grains
de Tartré émetique. Ceremederéuflit au-- tant qu'on le fouhaitoit , & plusinfiniment
qu'on ne l'avoit efperé. A fept heures du
foir le pouls du Royfetrouva très-calme.
Cependant comme une fanté fi préticule
& chere ne fauroit exigertrop defoins
& de précautions , les Medecins conful
tans furent affemblés dans la Galerie pour
la quatrième fois ; M. leDuc de Bourbon,-M.le Princede Conti, M.le Marechalde
Villeroy & Madamela Ducheffe de Ven
tadour furent preſens à cette confultation ;
ony détermina les alimens & la boiffon
du Roypendant le refte de la maladie. La
nuit fuivante fut parfaitement bonne , le
Roy dormit depuis neuf heures du foir
jufqu'au lendemain cinq heures du matin ,
qu'il prit un bouillon.
178
LeDimanche 3 Aouft, fafantés'affermit,
fonpouls eut un mouvementreglé& tran
quile; M. le Duc de Mortemart premier
LE MERCURE
Gentilhomme de la Chambre fit entrer
plufieurs perfonnes de diftinction qui eu
rent l'honneur de voir Sa Majefté. Sur les
onze heures , M. le Premier Prefident &
Meffieurs du Parlement vinrent voir le
Roy, & entendirent la Meffe dans fa
chambre. Lajournée fe paffa tres-heureuſe
ment. M. le Duc deBourbon, M.leComte
de Clermont, M. leComte de Toulouſe,
M.le Prince de Turenne, & M. de Maille
bois affis autour du lit de Sa Majesté l'a
muferent par des tours de cartes. La nuit
qui fuivit cette heureuſejournée , encon
firma les agréables préfages ; le Roydor
tuit paisiblement depuis neuf heures du
foir jufqu'à fix heures du matin.
LeLundi 4 Aouft, il prit une ſeconde
medecine fi bien ordonnée & fifalutaire,
que l'après-midi Sa Majesté fut en état de
recevoir les felicitations des Cours Supe
rieures fur le rétabliffement de fa fanté.
M.le Duc d'Orleans a vu regulierement
le Roytous lesjours pendant la maladie ,
& a couchéau Louvredansl'appartement
de Madame la Ducheffe , oùil doit à pre
fent demeurer. Tous les Princes & toutes
les Princeffes de la Maifon deBourbon ont
eu le même empreffement & la même
D'A O UST. 6179
exactitude. M.le Duc de Bourbon qui n'a
pas quitté le Roi un feul inſtant , avoit or
donné une table foir & matin dans la Ga
leriepour les Medecins , le premier Valet
de chambre & les Apoticaires de quartier.
Voiciles noms des perfonnes qui pendant
la maladie de Sa Majefté n'ont pas aban
donné fa chambre. M. le Comte de Sau
mery& M.le Marquis de Ruffé, Sous
Gouverneurs du Roy, M. de Saumery le
fils , Madame la Nourrice, les quatre pre
miers Valets de Chambre , quifont Mef
fieurs Bontemps , deNiert , de Chanſenay,
& Bachelier actuellement en quartier , les
quatre Apoticaires , Meffieurs Biette , de
la Serre, Boldue & Boulogne; & enfin
les fix Garçons de la Chambre. Les Offi
ciers dela Bouche & du Gobelet ontpaffé
les nuits chacun à leur tourdansla Galerie.
LeRoyafoutenufonmalavecune fermeté
qui honoreroit même un Prince d'unâge
plus avancé l'impatience & la crainte
n'ont pas augmenté fes douleurs , & l'on
n'a pu en connoître la nature que par les
fymptomes, que la patience & le courage
ne fauroient cacher à la penetration & à
l'experience de la Medecine.
Tandis que les Grands & lepeupletrem
bloient pour le Roy, l'Eglife imploroit
pour lui le fecours du Ciel. M.le Cardi-
nal de Noailles ordonna le 2 Aquft lcs
LE MERCURE
180
Prieres de Quarante heures, qui furent
commencées à Notre-Dame: & le Parle
ment imitant le zele & lapieté defon Pre
'lat , rendit un Arreſt pour découvrir pen
dant neuf jours la Châffe de Sainte Ge
nevieve. L'Abbé de cette Communauté
donna fon Mandement en confequence.
L'Arreft & le Mandement furent executez
à la vue d'unconcours prodigieuxde peu
pleinquiet pour la fantéde fon Prince. La
grande Meffe & les Vêpres furent celebrées
folennellement pendant la Neuvaine , &
&ilyeutjour& nuit dans le Chœur deux
Chanoines Réguliers de Sainte Genevieve
enprieres pour le rétabliſſement de la fanté
A
du Roy. I eftimpoffiblede détailler tous
les vœux que l'on fit pour Sa Majeſtć.
M. le Prince de Conti fut des premiers à
Sainte Genevieve, & entendit-le Dimanche
3 Aouft une Meffe baffe , quifut ditepar
M. l'Abbé de Roquette..
Lemême jour leCuré de S. Germain
l'Auxerrois Paroiffe du Roy, publia au
Prone que Sa Majefté fe portoit mieux,
& fit une prière.pour en rendre gracesà
Dieu.
M. le Marechal de Villeroy accompa
gné de M. le Duc de Villeroy fon fils , du
MarquisdeVilleroy & du Marquis d'Alin
court fes petits-fils , entendit pendant les
Prieres de Quaranteheures le Salut à No
D'AOUS T.
181
tre-Dame , où M.le Cardinal deNoailles.
officia chaque jour.
M. le Marquis de Tonay Charente fils
de M. le Duc deMortemart, dès le pre
mier indice de la convaleſcence du Royfi
gnala fa joye par un feu d'artifice , que- conduifit M. leFevre, Intendant des me
nus plaifirs de Sa Majesté.
Les,les Ambaffadeurs & Miniftres.
étrangers eurent l'honneur de faluer le
Roy, quijouiffant le fix d'une fanté par
faite, fe leva & s'habilla à l'ordinaire. Lá
joye du rétabliffement de cette précieuſe
fanté fut univerfelle, & on ne peut que
la peindre mal: cette joye fi fincere n'eft- pas affoiblie par la longueur de fa durée
& elle conferve encore toute la vivacité
de fon premier mouvement.
Ne parlons plus de cet évenement fu
nefte, & que les fêtes qui l'ont fuivi le
rapellent feules dans la mémoire des peu
ples. Dès que le Roy fe trouvagueri , fa
premiere penſéefut d'en remercier le Con
fervateur de lesjours. Il en écrivit à M.le
Cardinal de Noailles Archevêque de Paris,
&voici ſa Lettre dictée par la pieté & la
reconnoiffance.
MON COUSIN,
Je viens de recevoir une nouvelle
marque de la protection de Dien dans la
LE MERCURE
*82
maladie courte mais dangereuse , dont fa
providence m'a tiré , j'aifenti dans cette
occafion & fon pouvoir & fa bonté : l'un
&l'autre m'engagent à lui témoigner ma
foumiffion & ma reconnoiffance ; c'est par
d'humbles actions de graces que je dois
m'acquitter de ces juftes devoirs; & les
tendres, témoignages que j'ai reçus de l'a
mour de mes Sujets , m'aſſurant qu'ilsſe
conderont avec zele mes fentimens : Je vous
fais cette Lettre de l'avis de mon Oncle le
Duc d'Orleans Regent , pour vous dire de
faire chanter le Te Deum dans l'Eglife
Metropolitaine de ma bonne Ville de Paris
aujour & àl'heure que le Grand-Maître
onle Maître des Ceremonies vous dira de
ma part ; je lui ordonne d'y convier mes
Cours & ceux qui ont coutume d'y affifter.
Sur ce je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin, en fa faintegarde. Ecrit à Paris
le 4 Aouft 1721. Signé LOUIS. Etplus
bas PHELYPEAUX.
Le 6. le Te Deum ordonné par cette
Lettre fut chanté dans l'Eglife Metropo
litaine , en Mufique de la compofition du
fieur de l'Alouette
>
illuftre Maître de'
Mufique de cette Eglife ; le Cardinal de
Noailles y officia Pontificalement : Mon
fieur le Duc d'Orleans , le Ducde Bour
bon, le Comte de Charolois , le Prince
D'AQUS T.
183
de Conti & le Comte de Touloufe s'y
rendirent avec unefuite diftinguée & nom
breuſe : le Chancelier de France y parut ›
accompagné d'un très-grand nombre de
Confeillers d'Etat & de Maiftres des Re
queftes. Le fieur des Granges invita à ce
TeDeum leClergé, le Parlement, la Cham
bre des Comptes , la Courdes Aydes &
le Corps de Ville quiavoient déja prévenu
ces Actions de graces publiques enfaifant
dès le 4 chanter des Te Deum tant à la
Sainte Chapelle , où l'Abbé de Cham
pigny Treforier officia Pontificalement
qu'à l'Hopital duSaint-Efprit. Le Grand
Confeil fit chanter le 5 un Te Deumdans
fa Chapelle , & les Treforiers de France
firent éclater leur zéle le même jour àla
Sainte Chapelle.
Les Officiers de la Maifon du Roy ont
·
fçu faire diftinguer leur joye particuliere
malgré le jufte excès des réjouiffances pu
bliques ; fur tout le zéle ingenieux de
Meffieurs les premiers Gentilshommes de
la Chambre a fort diverti le Roy. Ils fi
rent tirer un feu d'artifice dans le par
terre des Tuilleries , qui fut des plus bril
lans ; deux chaloupes peintes & decorées
endragons combatirentfurle grand baffin,
& vomiffant par une gueule enflamée des
torrens de ferpenteaux réjouirent très
long- temps la vue des fpectateurs. La
184
. LE MERCURE
nuit qui fe trouvoit heureufement fans
Lune, rehauffoit par fon ombrel'éclat de
ce tableau.
Le jour du Te Deum public , ily eur
des feux allumés devant toutes les portes,
& des illuminations fur toutes les fenê
tres. Monfieur le Duc d'Orleans fit éclai
rer-en flambeaux de cire blanche la façade
du Palais Royal. Tousles Princes & tou
tes les Princeffes du Sang donnerent de
magnifiques fêtes dans leurs Palais , les
lampions difpofés avec fimetrie imitoient
& découvroient tous les morceaux d'ar
chitecture où ils étoient arrangés. Le vin
fut prodigué auPeuple , qui n'ajamais bû
copieufementavecplus de juftice que dans
ces fêtes, où il s'alteroit fans ceffe à force
de crier , Vive le Roy.
Les Poiffonnieres de la Halle fe font
fignalées par le prefent qu'elles ont fait
au RoyleVendredy 8 Aouft , d'un Eftur
geon de fept pieds quatre pouces delong
& pefant trois cens cinquante livres. Ce
rare poiffon leur avoit coûté cent piſtoles,
on l'avoit amené d'Elbeuf , & il n'étoit
mort qu'à dix-huit lieues de Paris. On
l'avoit orné de rubans bleus , & on lui
ayoit preparé une trés-belle couronne de
fleurs d'orange. Ces genereufes Poiffon
nieres refuferent l'argent qu'on voulut leur
donner de la part du Roy; les douze prin
cipales
D'A OUST-2851
cipales eurent l'honneur de lui baifer la
main , elles pleurerent en la baifant , ce
fur làleur harangue. Madame la Ducheffe
de Ventadour aplaudir à leur zéle , quel
éloge? & M.le Maréchal de Villeroy les
régala de liqueurs dans fon apartement.
Depuis le Te Deumchanté à la Metro
politaine , toutes les Eglifes & Couvens ,
toutes les Communautés Laïques , tous
les Corps de Metiers , toutes les Confre
ries
>
enfin toutes les Compagnies dans
P'Epée , dans la Robe & dans la Finance
ont fait chanter auffi des Te Deum & des
Grandes Meffes pour l'heureux rétabliffe
ment de la fanté du Roy; le Clergé , la
Nobleffe & le Tiers Etat feparés par leur
naiffance & leurs employs fe font trouvés
confondus par leurs fentimens , & quel
quesfois par les hommagesde leur zéle.
Il faut obferver qu'à chacune de ces
Actionsde graces non-feulement les Egli
fes où onlesrendoit , mais encoreles mai
fons de tous les Particuliers de la Com
munauté qui donnoît la fête étoient libe
ralement illuminées. Chacun ſenſible àla
felicité publique oublioit fes propresmal
heurs
dés qu'il s'eft agi de dépenfer
pour marquer la joye de l'heureux réta
bliffement de la fanté du Roy , ilne s'eft
plus trouvé de pauvres. Il eft impoffibie
de décrire icy tous les divertiffemens qu'a
186 LE MERCURE
occafionnés cette heureufe convalefcence:
les tranfports de la Nation produifoient
à tout moment de nouveaux fpectacles
dans Paris.
Les Aouft fur les huit heures du foir,
on vit des fenêtres du Louvrefur la Ri
viere unfeudejoye fort fingulier : il étoit
allumé au milieu d'un grand batteau ; des
Blanchiffeurs & Blanchiffeufes danfoient
autour aufonde quelquesinftrumens affis
1
à la poupe du bateau; ce bâtimentfui
voit le fil de l'eau , il paffa le Pont Royal,
& alla difparoître du côté d'Auteuil.
Les Bouquetieres habillées de blanc &
'couvertes de fleurs fefont promenéesdans
la Ville avec des violons : oneutdit d'une
fête de Flore.. Ainfi le Peuple divifé par
troupes parées de rubans & portant les
fimboles de leur métier ornés de même
parcouroit les rues , precedé par des tam
bours , des hautbois , destrompettes & dès.
timbales on a vu reparoître le Bœuf
gras , fon cortege & fa fimphonie ; enfin.
on aformé dans la Canicule un fecond
Carnaval.
La plus grande partie des Te Deums'eſt
chantée en Mufique de la compofition des
meilleurs Maîtres. Le fieur de la Lande
Surintendant de la Mufique du Roy , a
fait executer le fien dans la Chapelle du
Louvre. Le fieur Gervais Intendant de la
D'AOUST.i
187
Mufique de Monfieur le Duc d'Orleans
a fait chanter un Te Deum pour les Di
recteurs de la Manufacture des Gobelins
dans l'Eglife de Saint Hippolite leur Pa
roiffe.
Le fieur du Bouffet Compofiteur de
Mufique de l'Academie. Françoife , de
celles des Belles Lettres & des Sciences,
a fait fentir la grace de fes chants dans
les fêtes que ces celebres & 1çavantes So
cietés ont données pour marquer leur zéle
à leur augufte Protecteur.
L'Academie de Peinture & Sculpture,
la Sorbonne & l'Univerfité ont fait écla
ter les mêmes démonſtrations dejoye.
" Le fieur Campra Maître de Mufique
du College de Louis le Grand a donné
plus de fix fois en differentes Eglifes de
la Mufique qui ne peut être trop repetée ;
le 11 Aouft fon Te Deum fut chanté au
College de Louis le Grand , &fuivi de
l'Exaudiat ; le foir on tira dansla grande
cour un feu d'artifice , qui dura long
>
tems & futfort beau ; la cour fut en
tierement illuminée, toute vafte qu'elle eſt,
ainfi que toute la façade du bâtiment qui
donne fur la Rue S. Jacques , qui eft
d'une grande étendue. Aufondde la cour
•
on lifoit diftinctement en lettres d'or fur
une toile tranſparente cette infcription ::
Reftitutam falutens publicam Ludovico de
Qij
188
LE MERCURE
/
cimo quinto gratulatur Collegium Ludovici
Magni. On diftribua au Peuple du Vin
entrès-grandeabondance. Plufieurs jeunes
Seigneurs Penfionnaires du College fefont
diftingués par des illuminations qu'ils ont
faites à leurs fenêtres , fur tout M.de Ton
nay-Charente , de Vaffé , de Nicolai, de
Rochechouard & de Leon.
Deux jours avant les réjouiffances qui
ont étéfaites au College deLouisle Grand,
où étudie M.. le Duc de la Tremoille
Premier. Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ce jeune Seigneur chagrin de
ne pas rencontrer chés les Artificiers ce
qu'il fouhaittoit pour exprimer la joye
extréme dont il a été penetré à 1heureux
retour de la fanté du Roy , écrivit du
College une Lettre à M. le Maréchal de
Villeroy fur la rareté des artifices , &
joignit à cette Lettre ces Vers également
naïfs & fins.
AU ROY.
LA
APoudre eft plus rareà prefent.
Millefois que l'or & l'argent':
Pourfaire feu joyeux & mainte petarade,
J'ay couru tour Paris en cherchant pots à feu,
Trompes, gerbes , foleils , j'en ay rouvébien
peu,
•
Et fuis très fatigué de cette promenade ;
Eh! de grace , LOUIS,nefoyés plus malade.
D'AOUS T.
1.89
Cette plainte parut mal fondée le jour
du feu d'artifice qu'il fit tirer dans la cour
du College fur un échafaut élevéde trois
pieds. Sur cet échafaut trois colones de
feuillage portoient un fronton auffi de
feuillage , le tout bien garni de fufées &
de fauciffons. Sur la colone du milieu
paroiffoient les armes de M. le Ducde la
Tremoille , aux deux côtés du feu il y
avoit deux tonneauxde vin qui étoit verfé
au Peuple avec de grandes cueilleres par
deux hommes vétus en Satires , qui ne
s'oublioient pas eux-mêmes dans cette
diſtribution. Aux fenêtres de la Chambre
de ce jeune Duc fix hautbois , des trom
pettes & des timballes tous excellens
jonerentles airs lesplus gais pendanttoute
la fête; on fervit dans cette chambre un
ambigu accompagné de toutes fortes de
vins & de liqueurs.
Des Lettres de Guyenne nous appren
nent que le 11 Août le Parlement de
Bordeauxfit chanter au Palais un Te Deum
enMufique ; toutes les Chambres y affifte
rent en Robes Rouges. Le foir il y eut
dans toute la Ville des feux & des illumi
nations.
Le 12 Août Madame d'Orleans, pre
miere Princeffedu Sang, Abbeffe & Dame
de Chelles, a fait chanter le Te Deum
tant à l'Abbaye quedans lesdeux Parroiffe
LE MERCURE
rgo
du Bourg de Chelles ; le clocher & le
jardin de l'Abbaye furent illuminez avec
goût. On voyoit de tous côtezdes fleurs
de lys& des Vive le Roy enlampions. Le
feu d'artifice fe tira dans le jardin , qui
fut ouvert à tout le monde , auffi bien
que toutes les cours de l'Abbaye ; le peu
ple danfa au fen des inftrumens , le vin
lui fut prodigué , & des concerts de Mu
fique celebrerent & embellirent cette
agreable journée.
Le Lundy 11 M. le Marquis de Nefle
eut l'honneur d'avoir le Roy même pour
témoin de la fête qu'il luiconfacra. L'Hô
tel de Mailly où loge ce Seigneur , eft
heureufement fituéaubout du Pont Royal,
én face du Pavillon des Tuilleries. Lors
que le Roy parut dans l'appartement de
M. l'Evêque de Frejus , l'artifice com
mença :toute la Terraffe du Jardin de M.
le Marquis de Nefle étoit ornée d'une co
lonade de lumiere compofée de quinze
arcades brillantes ; celle du milieu plus
haute que les autres , étoit remplie de
rrois fleurs de lys illuminées ; fur cette
lumineufe arcade , un très grand foleil
répandoit une vive clarté. Sous les autres
arcades on avoit pofé alternativement des
luftres de cristal & des pyramides delam
pions. Aux deux bouts de la Terraffe let
vin couloit & ne tomboitpoint àterre,
D'AOUS T.
191
Le même jour le College des Quatre
Nations, peuéloigné de l'Hôtel de Mailly,
& fitué fur le même Quay, augmenta
les plaifirs de ce quartier-là par fes fulées
& fes illuminations.
Dans ce jour confacré par plus d'une
fête , ainsi que tous ceux qui l'avoient
precedé, & tous ceux qui le fuivirent , les.
Fermiers Generaux firent celebrer une
Meffe folemnelle & chanter un Te Deum
dans l'Eglife des Jacobins de laruë faint
"
Honoré, &le 13 au foir les Receveurs.
Generaux des Finances firent pareillement
chanter le Te Deum dans l'Eglife de la
MaiſonProfeffedes Jéfuites , fuperbement
illuminée par les foins du fieur Berrin
Deffinateur ordinaire du Roy ; le portail
de cetteEglife, qui eft fort haut & fort
chargé d'architecture , étoit auffi magni
fiquement illuminé. Le Cardinal de Po
lignac, & plus de vingt Evêques, le Ma
réchal de Villeroy , Madame la Ducheffe
de Ventadour, M. de la Houffaye Con- *
trolleur general des Finances , & plus de
cent perfonnes de diftinction affifterent à
cette ceremonie. Le Bureau de la Caiffe.
communeruëfaint Antoine,fut auffi illu
miné.
Le 14veillede l'Affomptionde la fainte
Vierge , le Roy entendit les premieres
Vêpres chantées
par
fa. Mufique dans la
LE MERCURE
192
Chapelle des Tuileries.
Le 15 jour de la fête le Roy entendit
la Meffe , aprèss'être confeffé à M. l'Abbé
Fleury fon Confeffeur ; l'après midy Sa
Majefté affifta aux Vêpres & à la Procef
fion.
Le Samedy. 16 Août le Roy fur fur
les onze heures du matin à l'Eglife Mé
tropolitaine rendre à Dieu de publiques
actions de graces du parfait rétabliſſement
de fa fanté. Il fortit du Louvre dans un
carroffe à deux chevaux chargédevant &
derriere des Pages de la grande & de la
petite Ecurie, c'est l'ufage du grand cere
monial. Sa Majefté étoit accompagnée de
Monfieur le Duc d'Orleans , du Duc de
Chartres, du Duc de Bourbon , du Cointe
de Clermont , du Prince deConti, & du
Maréchal Duc de Villeroy fon Gouver
*
neur. Les Gardes de la Prevôté & les
Cent Suiffes leur étendard deployé &
tambour battant , commandez par lefieur
de Bogue Lieutenant François de cette
Compagnie, précedoient le carroffe qui
étoit entouré par les Gardes du Corps à
pied & leurs Officiers. Le Roy fur reçû
par le Chapitre , & le Cardinal de Noailles
qui étoit àla têtecomplimenta Sa Majeſté,
qui enfuite s'alla placer fur un Prie-Dieu
devant la Chapelle,de la Sainte Vierge ;
l'Abbé Châtelain , Chapelain du Roy de
quartier
D'A O UST.
193
quartier y ditla Meffe , & ony, chanta un
Motet, executé par la Mufiquede Notre
Dame, & compofé par le feur de Lal
louette, Maître de Mufique du Chapitre.
Dès que la Meffe fut achevée, le Roy
entra dans le Chœur, y fit fá priere, fut
enfin reconduit comme il avoit été reçû
&lesacclamations dupriple le fuivirent
jufqu'au Louvre.
Le 18 le Parlement , la Chambre des
Comptes, la Cour des Aydes, la Cour
des Monnoyes,* & le Corpsde Ville , ha
ranguerent le Royfur fon heureufe conva
lefcence. Sa Majefté leur donna audience
dans la gallerie, affife fur fon fauteuil
environnée par Monfieur le Duc d'Or
leans , le Duc de Chartres, le Duc de
Bourbon , le Prince de Conti , le Maré
chal de Villeroy , le Duc de Mortemart
premierGentilhomme de la Chambre, le
Marquis de Maillebois Maître de la Gar
de robe , & autres Seigneurs de fa Cour.
Lelendemain le Grand Confeil & l'Acade
mie Françoife s'acquitterent de ce devoir
ainsi que l'Univerfité, conduite par le
fieur Gibert fon Recteur, Profeffeur de
Rhétorique au College Mazarin, & Au
teur de laContinuation des Jugemens des
Sçavans de M. Baillet. Le même jour le
fieur Maboul Avocat Generaldes Requê
res del'Hôtel ,vint avec le Corps de Ville
R
&
匣
LE MERCURE
194
prefenter le ferutin au Roy, & les fieurs
Rouffel & Sautereau nouveaux Echevins,
prêterent entre les mains de Sa Majefté,
enprefence de Monfieur le Duc d'Orleans,
de ferment de fidelité ordinaire. Toutes ces
Compagnies furent préfentées au Roy par
le Comte de Maurepas Secretaire d'Etat ,
& conduits parlefieur Defgranges Maître
des Ceremonies,
Le 19 le fieur Danchet de l'Academie
Françoife , eut l'honneur de reciter auRoy
Idille qu'il a compofée fur le retour de
fa fanté, ouvrage qui avoit été fort aplaudi
de jour dela reception de M. l'Evêquede
Soiffons à l'Academie, parune Affemblée
très capable de juger compétemment fur
toutes les matieres de la Litterature,
Le même jour les Pages de la grande
Ecurie firent chanter unTe Deum aux Ca
pucins de la rue faint Honoré , fuivi d'une
décharge de boettes. Le foir ils firent tirer
unfeu d'artifice dans le manége découvert,
qui étoit illuminé. Grand bruit de boët
tes ayant le feu, & grand bruit de boëttes
après , égal du moins par les cris du peu
ple qui vuidoit avec empreffement un gros
tonneaudevin livré à fà foif éternelle, par
nos Pages zelez. Sur les onze heures un
Bal fort bien ordonné commença, dont
cette brillante jeuneffe fit très poliment
les honneurs ; on y fetvit une collation
D'AQUS T. 195
variée avec goût , & les liqueurs n'y fu
rent pas menagées.
Le 20 M. l'Evêque de Beauvais official
dans l'Eglife des Auguftins Déchauffez de
la Place des Victoires , qui firent chanter
un Te Deum & un Exaudiat par plus de
cent Muficiens choifis , & donnerent le
foir au Public le régal dedeux décharges.
de boëttes, & d'un beau feu d'artifice
dreffé dans leur cour. La cérémonie com
mença par unconcert en Dialoguedefim
phonie meflé de Trompettes, Hautbois,
Flutes & Violons. Dès qu'elle fut terminée
le fieur Campra qui donnoit cette Mufique
fans retribution , crut ne pouvoir mieux
couronner une fi belle fête qu'en rendant
au fameux Lulli , enterré dans l'Eglife où
on la celebroit, un faint hommage que
lui doivent tous les habiles Compofiteurs
de Mufique ; il fit chanter un Deprofue
dis, fuivi de l'abfoute fur le tombeau de
cet Orphée moderne , genie heureux ,
Maître de l'Art & Difciple dela Nature,
qui tiroit fes Notes du fonds du cœur
quand il faifoit chanter les paffions.
Le Roy partit le même jour après la
Meffe pour aller dîner à la Muette ; le
Comte de Clermont & le Maréchal de
Villeroyl'yaccompagnerent. L'aprés midy
Sa Majesté alla chaffer, & tua près de
trente pieces de gibier. Au retour de la
Rij
LE MERCURE
196
chaffe le Roy trouva dans la plaine des
Sablons les deux Regimens des Gardes
Françoiſes & Suiffes, qui pour exprimer
leur joye de la convalefcence de Sa Ma
jefté, firent trois falves de Moufqueterie.
Avant l'arrivée du Roy ces Troupes
avoient fait chanter le Te Deum fous une
&
tente par l'Abbéle Comte , Aumônier des
Gardes Françoiles.
LeVendredy 22, le Roy partit à dix
heures du matin pour aller entendre la
Meffe à Sainte Genevieve, en nouvelles
actions de graces du rétabliffement parfait
de fa fanté. Il fe mit dans un Caroffe à
huit chevaux, avec M.leDuc d'Orleans
le Comte de Clermont, & le Maréchal
de Villeroy. Sa Garde lefuivit. Toutes les
rues defon paffage étoient bordées de Sol
dats du Regiment des Gardes Françoiles
& Suiffes. l'Abbé de Sainte-Genevieve
avec la Croix & tous fes Chanoines Re
guliers reçut le Roy à la porte de l'Eglife,
&lui fit un difcours pieux & touchantfur
l'évenement qui l'amenoit aux pieds des
Autels ; enfuite il conduifit Sa Majeſté
dans leChœur, où on avoit préparé un
Prie-Dieu devant le grand Autel. La
Châffe de la fainte Patrone de Paris étoit
entierement découverte & environnée
d'une trés-grande quantité de cierges.
Après la Meffe quifut dite par l'Abbé de
D'AOUS T
397
Varennes Chapelain du Roy, dequartier,
SaMajefté fut reconduite jufqu'à laporte
de l'Eglife par l'Abbé & les Chanoines
Reguliers de Sainte Genevieve , & s'en
retourna au Louvre avec les mêmesaccla
mations de Vive le Roy qu'il avoit en
tendues lejour qu'il revint de l'Eglife Me
tropolitaine.
Tandis que tout Paris rétentiffoit des
feftes qu'on y celebroit chaque jour, les
Villes , Bourgs & Villages de la Banlieue
marchoient fidellement fur les traces de la
Capitale du Royaume.
Le 18 aufoir, M. le Duc de Noailles
Gouverneur de Saint-Germain en Laye
fit chanter un Te Deum dans la Paroifle
Royalle; une grandepartiede la Mufique
du Roy s'y trouva; la compofitionduTe
Deum étoit du Sieur Bernier favant Com
pofiteur de Mufique de la Sainte Chapelle
du Palais. M. le Duc de Noailles fut ac
compagnédans cettepieufe ceremonie par
tourefa famille & ungrandnombred'Offi
ciers du Roy. Après le Te Deum l'Artille
rie, les boëttes & le feu d'artificefurent
tirez ; onavoit poftéle canon fur lagrande
Terraffe ; l'illumination fut très belle : il
y eut bien des tables & bien fervies , &
des fontaines de vin pour le peuple.
MadamelaDucheffe d'Orleans Regente
regala tout Bagnolet un Dimanche les
Riij
198
LE MERCURE
Païfans rencontroientpar tout des fources
devin, & on ydiftribua de la viande con
meauxnôces de Gamache , fi vantées
par
Sancho Panfa, & le foir,il y eur de l'arti
fice avec la même profufion.
M. le Marquis de Bellefonds Gouver
neurde Vincennes , fit auffi une fortbelle:
fête, que l'on ne décrira point ici pour
éviter la monotonie.
Les Provinces ont fuivi de près l'exemi
ple de la Capitale. La Ville de Lyon , qui
a pour Gouverneur le Gouverneur même
du Roy, guidée par un zele ardent quife
foutient toujours , a répondu parfaitement
aux defirs de M. le Maréchal de Villeroy
danslestémoignages éclatans qu'elle donna
de fa joye , lors qu'elle fut informée du
rétabliffement de la fanté du Roy. Cette
heureufe nouvelle fut bien-tôt divulguée
& aplaudie par les acclamations du Peu
ple. M. Cholier, digne Prevôt des Mar
chands d'une Ville fi fidelle , alla trouver
M. l'Archevêque de Lyon, qui charméde
reconnoître dans tous les cœurs les fenti
mens qui animoient le fien , refolut avec
lui de fatisfaire le vif empreffement du
peuple , & dehâter lejour des réjouiffan
ces publiques. Les fêtes brufquement pre
parées font toujours les plus finceres. Le
10toutes les cloches annoncerent dès le
matin le commencement de la fête : l'ar
D'A OUST.
199
tillerie les feconda auffi bien que la mouf
queterie des Compagnies de la Ville ran
gécs fous les armes dans les differentes
Places avec une partie des Pennonages.
L'Archevêques'étantrendufur les fix heu
res du foir à la Cathedrale , y officiapon
tificalement au Te Deum qui fut chanté
folemnellement ; tous les Corps de la Ville
y affifterent en habits de ceremonie : Par
tillerie & les acclamations de Vive le Roy
retentiffoient continuellement pendant ces
Adions de graces. Le Prevôt des Mar
chands qui a dans cette occafion fignalé
extremément fon zele & fongoût , avoit
fait préparer unfeu d'artifice fur le Pont
de pierre, & dans les Places publiques
toutes illuminées , ainfi que toutes les
rues & les montagnes. M. Poulletier In
tendant de Lyon a fait paroître les mê
mes marques de fon attachement refpec
tueux pour la perfonne de Sa Majesté.
Le vincouloit de toutes parts , & lepeu
ple le payoit par des Vive le Roy re
doublez , monnoye très chere à ceux
qui ouvroient leurs tonneaux. On n'a
pas pû douter dans ce jour-là que le
Gouvernement & le Palais Archiepif
copal ne fuffent des demeures des Ville
roys.
Le lendemain le Château de Neuville
illuminé par les ordres de M. l'Archevê
Riiij
LE MERCURE
200
que de Lyon, repeta dans la Campagne
les plaifirs de la Ville.
La petite Ville de Montéreau- Faut
Yonne s'eft acquitée galamment de ce que
fon zéle devoit au Roy. Après un Te Deum
folemnellement chanté, il y a eu un feu
de joye allumé par Madame Chineau
femmeduLieutenant General, & Madame
Je Breton fenime du Maire , qui toutes
deux vêtues & armées en Amazones &
parées de Cocardes uniformes conduifoient
une troupes d'Habitans Nobles & Bour
geois tant de la Ville quede laCampagne,
proprement habillés. Après cettejoyeuſe
ceremonie
>
nos deux Commandantes
marcherent avec leur fuite vers le Pont
au bruit des tambours & destrompettes,
& là il fut danfé & chanté une Chanfon
compofée par cesdeux Dames à l'honneur
de l'aimable Prince pour qui fe faifoit une
i jolie fête.
On referve pour le mois prochain la
continuation du détail des Réjouiffances
faites au fujet de la Convalefcence du
Roy. On va finir ce Journal par un ar
ticle de Paris, que les Provinces deman
deroient icy s'il y manquoit ; c'eft la def
cription du Feu d'artifice tirédans le Jar
din des Tuilleries le 25 jour de la Fête de
Saint Louis , Ayeul & Patron de Sa Ma
jesté.
[
D'AOUST.
Lof
L'Academie Royale de Mufique eft en
poffeffion depuis long-temps de donner
chaque année au Roy pour Bouquet un
Concert d'inftrumens executé dans le Jar
din des Thuilleries : les vingt-quatre vio
lons de Sa Majefté , les trompettes & les
timbales de fa Chambre s'uniffent pour
cette Fête aux fimphonies de l'Academie
de Mufique. Cet affemblage compofe le
plus nombreux & leplus parfait orcheſtre
qu'il y ait en Europe.
Depuis que le Roy habite le Louvre
ce Concert annuel eſtſuivi d'un Feu d'ar
vifice; mais jamais on n'en a tiré un pa
reil à celui que l'on va décrire. Ce Feu
fuperbe ordonné par M. le Ducde Mor
remart Premier Gentilhommede la Cham
bre du Roy, & conduit par M.le Févre
Intendant des Menus Plaifirs de Sa Ma
jefté , offrit au Public un des plus nobles
& des plusbrillans Spectacles qui l'ait ja
mois occupé. L'édifice élevé de cent pieds
fur unelargeur proportionnée & fitué en
tre le baffin du Parterre & la grandeAl
lée , regardoit le veftibule du Château.
Sa décoration reprefentoit le Palais de
Vulcain bâti fur des roches. Ce grand
morceau d'Architecture d'un goût nou?
veau, fingulier & parfaitement caracterifé
eft de l'invention du fieur deVaffé. L'exe
cution a répondu audeffein. Lefieur Per
LE MERCURE
202
Fot excellent Peintre de l'Academie pour
le Theatre & la perſpective, a raffemblé
dans cet ouvrage la précifion & la verité.
Ce Palais du Forgeron des Dieux ouvert
par cinq Portiques qui fe repetoient dans
la face opofée laiffoit voir l'horifon de tou
tes parts. Les trois arcades dumilieu pré
fentoient un avant-corps fur un plan cir
culaire en forme de rotonde. Aux deux
aîles de ce bâtiment deux cavernes très
brutes fembloient s'y communiquer par
deux portes. Ces cavernes pratiquées dans
desrochers efcarpés & fteriles , & fermées
par des grilles de fer , paroiffoient plutôt
ébauchées par le caprice de la Nature ',
que conftruites par les régles de l'Art.
Atravers de leurs grilles de fer on dé
couvroit huit Ciclopes naturels qui fra
poient l'enclume dans ces ateliers rufti
ques. L'avant-corps du Palais étoit decoré
par un ordre Tolcan ; huit grands canons
de bronze couplés y fervans de colones ,
avoient pour piedeftaux des mortiers à
bombes , & foutenoient un entablement
du même ordre.. Les quatre colones qui
accompagnoientlaprincipaleentréeétoient
couronnées par un fronton , qui aumilieu
étoit orné d'un trophée chargé d'une tête
de Médule. Le DieuMars affisfur cefron
ton occupoit la droite du trophée , & la
Déeffe Pallas en occupoit la gauche dans
D'A OUST.
203
la même pofture. L'interieur du Palais
éclatoit du feu & des étincelles des For
ges, la fuméeenfortoit par le portique
?
& c'étoit à travers de ces flames & de
cette fumée qu'on remarquoit quatre ci
clopes autour d'une enclume où ils entaf
foient confufément des carquois , des arcs,
des filets & des fléches à mesure qu'ils
étoient fabriqués. Sur le devant du por
tique Vulcain tenant fon marteau & la
tête haute écoutoit Diane , qui deſcen
dant à fa droite fur un nuage venoit lui
commander des arines de chaffe pour le
Roy. L'idée du feu d'artifice fe renfermoit
dans ce tableau. On a voulu celebrer le
goût naiffant que SaMajeftémontre pour
la chaffe , pénible jeu , vive image de la
Guerre.
Surcet avant-corps d'ordre Tofcan s'é
levoit un grand dôme auffi percé àjour,
& decoré par des pilaftres couplés ou
Cariatides,figurant desCiclopes debronze..
Ces Thermes portoient l'entablement &
foutenoient la coupole du dôme terminé
en vafe d'amortiffement par un globefer
vant de baze à un Jupiter armé dufou
dre.
Al'entréede la nuit l'amphithéatredreffé
+
pour la Mufique & adoffefuivant la cou
tume contre la principale Porte du Châ-
teau du Louvredans le Jardin, fut éclairé
$04 LE MERCURE
infiniment mieux qu'à l'ordinaire par unle
belle illumination ingenieufement ordon
née: aumilieudufond decetamphithéatre
quarré , dont les coins étoient marqués
par quatre piramides , regnoît le Chiffre
du Roy , furmonté d'une Couronne &
accompagné d'autres ornemens , le tout
,
figuré par des lampions qui garniffoient
auffi les quatre côtés de l'amphithéatre , &
formoient une bordure éclatante à ce ta
bleau lumineux. Les croifées des deux ter
raffes étoient éclairées par des flambeaux
›
de cire blanche & toutes ces lumieres
reflechiffant fur les pierreries des Dames
qui rempliffoient les terraffes & les fenê◄
tres du Château , procuroient aux innom
brables Spectateurs répandus dans le Jar
din le plus brillant point de vue qu'on
puiffe imaginer.
Après le fouper du Roy, Sa Majesté
vint fur laterraffe voifine de fon Aparte
ment , & fe plaça fous un dais magni
fique ; d'abord qu'elle parut , mille cris
redoublez de Vive le Roy celebrerent fa
prefence.
La Mufiqueramena lecalme , on debuta
par l'ouverture du Triomphedel'Amour,
qui fut fuivie par un des Choeurs chantez
l'hiver pafféau Ballet du Roy. On executa
auffi le fecond Chœur de l'Opera d'Ama
dis, Que le Ciel annonce à la terre &
D'AOUST.
& le troifiéme de l'Opera d'Atis , Que
devant vous tout s'abaiſſe& tout tremble
205
&c. D'excellentes fimphonies continuerent
le Concert, qui fut interrompu par les
falves des Boëtes & du Canon; le Canon
pointé vers la Riviere fur le Quay de la
Conference étoit rangé près du Corpsde
Garde lelong du parapet, & les Boëtes
étoient alignées furle même Quay aupied
de la grande Terraffedu Jardin des Tuil
leries.
Lefignal pour tirer le feu d'artifice fut
donné par unegerbe allumée à la Garde
robe du Roy. Dans cemoment uneDiane
éclatante parut en l'air du côtéde la Seine,
& fetranfporta depuis la cime des Maro
niers d'Inde de lagrande Terraffejufqu'au
Palais de Vulcain , oùì àfon arrivée le tra
vail des Ciclopes fe fit entendre. Toutes
les forges peintes parurent de veritables
forges ; un artifice continuel y copioit naï
vement lesflammes diverſement colorées
que produit le charbon de terre. Onfera
curieux de fçavoir quelle machine a voi
turé Diane dans les airs. C'étoitune corde
attachée par un bout aux arbres de la
grande Terraffe, & par l'autre à la char
pente du feu; & l'éclat de la Déeffe ve--
noit d'une toile tranfparente , fur quoion
l'avoit peinte , qui étoit illuminée par
derriere , & qui de plus étoit chargéede
deux cens lançes à feu,
LE MERCURE
206
Aprèslevolde Diane, quatredouzaines
de groffes fufées volantes appellées fufées
d'honneur , préparerent le public au plus
brillant artifice qu'on ait jamais executé : il
partoit à la fois des quarante douzaines
de fufées qui envoyoient au Ciel de nou
velles étoiles.
Voici en quoy confiftoit l'artifice du
Palais de Vulcain. 250 douzaines de
fufées nommées doubles Marquifes par les
gens du métier , rempliffoient so Caiffes
difpofées au pied del'Edifice ; cinquante
douzaines plus groffes que ces premieres
étoient difperfées fur le même terrain.
Le premier plancherportoit trois Caiffes
de cent fufées chacune. Quatre Caifles
contenant chacune cent trente, fufées,
garniffoient le troifiéme plancher. On
avoit diftribué de toutes parts quatre
mille pots à feu de differentes grandeurs,
pleins de Lardons , Fougades , Dauphins &
autres efpeces d'artifices. Ce feu fuperbe
fut terminéparun grad Soleil fixe qui ra
mena le jour pendant unedemi-heure; ce
Soleil étoit placé fur la principale entrée
du Palais de Vulcain.
On vit furle Baflin le combat amufant
de deux Dragons d'une grandeur déme
furée. Ces deux monftres que la rage pa
roiffoit infpirer , avançoient l'un contre
l'autre , & vomiffoient de leur gueule
D'AQUS T.
207
énorme des torrens de flâmes. Ces deux
terribles Dragons étoient deux chaloupes
décorées qui manoeuvrant avecagilité imi
toient tous les mouvemens d'un combat.
Cesmonftres peints étoient couverts de
trois mille lances à feuqui leur formoient
des écailles refplendiffantes. Il fortit de
leur gueule béante 30 Caiffes d'artifice ,
300 pors à feu , 20 Balons d'eau, feux
Gregeois qui plongeoient en ferpentant
dans l'eau du Baffin , & enfortoient fans
s'éteindre; 20 gerbes ou Aigrettes jettanţ
le feu de 25 pieds au loin fervoient de
langues ferpentines aux deux Dragons
combattans.
Le Concert de fimphonie & de chant
recommença après le feu d'artifice. Le
Royfe retira de la Terraffe d'où il avoit
vû tout Paris dans fon Jardin. Les accla
mations retentirent longtems même après
fon départ , & l'on fortit des Tuilleries
fans confufion & fans peril , tant les or-.
dres avoient été fagement donnez aux
Corps de-Gardes & aux Sentinelles con
fignez pour empêcher le tumulte.
Depuis cettefefte celebre , les Bâteliers
de la Seine en differentes troupes & à
differens jours ont eu l'honneur de tirer
l'Oye en prefence du Roy. Le Dimanche
31 Aouft, Sa Majesté placée au petit Pa
villon fitué à l'extremité de la Galerie ,
I
208
LE MERCURE
après le dernier Guichet , vit les Joûtes
des conducteurs de petits bateaux qui paf
fent du Quay du Louvre à celui du Col
lege Mazarin. Cesjeuxfurent fingulariſez
par des amuſemens nouveaux fur la Ri
viere. On y vit des Danfeurs de corde&
des Voltigeurs exercer leurs perilleux ta
lens. La corde pour la danſe étoit tendue
fur ungrandbatteau de Rouen, & la corde
à voltiger étoit attachée aux mats de deux
batteaux. Avantde tirer l'Oye , on jetta
dans l'eau des canards liez avec des chats;
les chats pour ne fe pas noyer fe crampo
noient fur le dos des canards ; & les ca
nards pour fe tirer de leur griffes plon
geoient & forçoient les chatsde fe mouil
ler. D'autres canards lâchez dans la Seine
ètoient pourfuivis par une trentaine de pe
tits nageurs, & divertirent le Roypar cette
chaffebadine.
Fermer
4195
p. 61
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis le plus grand corps qui soit dans l'Univers, [...]
Mots clefs :
Mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME.
E fuis le plus grand corps qui foit dans l'Uni-
JE vers ;
Mon Empire s'étend en cent climats divers ,
Vous chercherez en vain ma grandeur , ma naiffance
,
Mon âge , mon pays , & par quelle puiffance ,
Sans fortir d'où je fuis , vous me voyez mouvoir.
Aucun des Elemens n'a fur moy de pouvoir ,
Le temps même , le temps fatal à la nature ,
Refpectera toujours mon être & ma figure ;
Je ne changerai point ; pour avoir mes trefors ,
Les hommes tous les jours font de nouveaux
efforts ;
L'entrée en mes Etats à chacun eft ouverte ;
Tel croit de s'enrichir , qui vient chercher fa
perte :
Je porte dans mon fein l'épouvante & l'horreur ;
Le moindre de mes bras , quand je fuis en fureur,
Des hommes les plus fiers fait pâlir le vifage :
Il n'eft contre mes coups ni force ni courage ;
De tout l'effort humain je m'embaraffe peu , }
Et je ne crains enfin ni le fer ni le feu .
E fuis le plus grand corps qui foit dans l'Uni-
JE vers ;
Mon Empire s'étend en cent climats divers ,
Vous chercherez en vain ma grandeur , ma naiffance
,
Mon âge , mon pays , & par quelle puiffance ,
Sans fortir d'où je fuis , vous me voyez mouvoir.
Aucun des Elemens n'a fur moy de pouvoir ,
Le temps même , le temps fatal à la nature ,
Refpectera toujours mon être & ma figure ;
Je ne changerai point ; pour avoir mes trefors ,
Les hommes tous les jours font de nouveaux
efforts ;
L'entrée en mes Etats à chacun eft ouverte ;
Tel croit de s'enrichir , qui vient chercher fa
perte :
Je porte dans mon fein l'épouvante & l'horreur ;
Le moindre de mes bras , quand je fuis en fureur,
Des hommes les plus fiers fait pâlir le vifage :
Il n'eft contre mes coups ni force ni courage ;
De tout l'effort humain je m'embaraffe peu , }
Et je ne crains enfin ni le fer ni le feu .
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4196
p. 61-62
SECONDE ENIGME.
Début :
Des plantes que l'on voit en cent climats divers, [...]
Mots clefs :
Plante des pieds
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGME.
D
Es plantes que l'on voit en cent climats divers
,
Je fuis la plus connue & la plus neceffaire ;
04
62 LE MERCURE
On me trouve en deça comme en delà des mers ;
Pline n'en a rien dit : quel eft donc le myftere ?
Le Fabricateur fouverain ,
Pour accomplir fon grand deffein ,
En me formant fit deux jumelles ,
Qu'on ne peut feparer , fans des douleurs mortelles
.
D
Es plantes que l'on voit en cent climats divers
,
Je fuis la plus connue & la plus neceffaire ;
04
62 LE MERCURE
On me trouve en deça comme en delà des mers ;
Pline n'en a rien dit : quel eft donc le myftere ?
Le Fabricateur fouverain ,
Pour accomplir fon grand deffein ,
En me formant fit deux jumelles ,
Qu'on ne peut feparer , fans des douleurs mortelles
.
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4197
p. 86-87
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je suis materiel, triangulaire & rond, [...]
Mots clefs :
Chapeau
4198
p. 87-88
SECONDE ENIGME.
Début :
On me trouve deux pieds si je suis animée, [...]
Mots clefs :
Canne
4199
p. 49-50
PREMIERE ENIGME.
Début :
Je ne suis point esprit, ni substance, ni corps, [...]
Mots clefs :
Temps
4200
p. 50
SECONDE ENIGME.
Début :
Assez sot pour servir de modele en bêtise, [...]
Mots clefs :
Oie