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3501
p. 95-96
SONNET.
Début :
C'est-là que d'Apollon méprisant l' . . attelage, [...]
Mots clefs :
Auteur, Apollon, Vers galant
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texteReconnaissance textuelle : SONNET.
SONNET.
c'tjl-/J que d'Apollonmtarifant
il attelage,
Bacchus à nos esprits flrvirlt. de 0-» parain>
Alors on nous verr4 d'un visare
fer.in
Fixer en bien buvant U fortune
volage.
VAuteurdu Vert Galantferamis
-
AU pillage,
Auxsottises du tems lID/U donnerons
un frain,
Et dussons-nous toujours chanter
meAme resfirain
Houdart sera paré d'unglorieux
: feuillage.
Des affaires des Grands nous ne farterons brin,
Le Turc & le Danois peuvent fie frendre au crin,
Nos coeurs nauront pour eux ni
cruauté,ni tendre.
Leplaifir avec nous n*irapas moins
fin train
jipresavoir flus bu que nrfume
un marin;
.Zuel charmesi l'Amour vient encorenous
surprendre.
-
Il me paroît que nous sympathiserions
afllz volontiers,
ce Monsieur & moy ,
& je ne
me scay en vérité pas mauvais
gré d'être du pieme goût que
luy.
c'tjl-/J que d'Apollonmtarifant
il attelage,
Bacchus à nos esprits flrvirlt. de 0-» parain>
Alors on nous verr4 d'un visare
fer.in
Fixer en bien buvant U fortune
volage.
VAuteurdu Vert Galantferamis
-
AU pillage,
Auxsottises du tems lID/U donnerons
un frain,
Et dussons-nous toujours chanter
meAme resfirain
Houdart sera paré d'unglorieux
: feuillage.
Des affaires des Grands nous ne farterons brin,
Le Turc & le Danois peuvent fie frendre au crin,
Nos coeurs nauront pour eux ni
cruauté,ni tendre.
Leplaifir avec nous n*irapas moins
fin train
jipresavoir flus bu que nrfume
un marin;
.Zuel charmesi l'Amour vient encorenous
surprendre.
-
Il me paroît que nous sympathiserions
afllz volontiers,
ce Monsieur & moy ,
& je ne
me scay en vérité pas mauvais
gré d'être du pieme goût que
luy.
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3503
p. 99-100
Autre Sonnet fort joly de M**.
Début :
Depuis que vous avez ce superbe . . . attelage, [...]
Mots clefs :
Femme, Voyage
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texteReconnaissance textuelle : Autre Sonnet fort joly de M**.
Autre Sonnet fort joly de M**.
Depuis que vom Avez, ce superbe
Je attelage,
riofe prcfque plut vous nommer
mon , parain,
VousriaveT^pltts four moy cet oeil
doux et serein,
Et vous êtes plus vain quune
femme volage.
piNs défait qu'un Goujat qui revient
du pillage,
.MorfoRdM,vous rongiez,autrefois
voflre frein,
»On vous voit à present
,
( mais
garre le refrain)
tlusfrais quunAdonis dormant'
fius m *
feiiillage.
Vous riayez,foyy ni loy, de conscience
brin;
Mais qui croit tenir bien telle fortuneau
crin,
Se trouve resserré quand il veut
trop s'etendre.
Croyez-moy
,
vostre Itftre
, en brisant
vostre train,
Vous fera faire un jour maint
voyage marin,
Cet avis,monparrain, ne doitpas
vous surprendre.
Depuis que vom Avez, ce superbe
Je attelage,
riofe prcfque plut vous nommer
mon , parain,
VousriaveT^pltts four moy cet oeil
doux et serein,
Et vous êtes plus vain quune
femme volage.
piNs défait qu'un Goujat qui revient
du pillage,
.MorfoRdM,vous rongiez,autrefois
voflre frein,
»On vous voit à present
,
( mais
garre le refrain)
tlusfrais quunAdonis dormant'
fius m *
feiiillage.
Vous riayez,foyy ni loy, de conscience
brin;
Mais qui croit tenir bien telle fortuneau
crin,
Se trouve resserré quand il veut
trop s'etendre.
Croyez-moy
,
vostre Itftre
, en brisant
vostre train,
Vous fera faire un jour maint
voyage marin,
Cet avis,monparrain, ne doitpas
vous surprendre.
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3504
p. 100-102
Autre du même Auteur.
Début :
Je n'ay point de regret d'être sans . . . attelage, [...]
Mots clefs :
Chevaux, Vendange
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre du même Auteur.
Autre du même Auteur.
Je n'aypoint de regretd'êtresans
attelage
Ni qu'un pauvre Artisan ait été
mon parain ;
Etje riauroispas moinsl'airtranquille
cf serein,
Jjhiand j'aurois comme un Autre)
unefemme volage:
Cesi elle qui se doit garantir du
pillage,
C'estpourleschevaux seulsqu'on
inventa le frein,
Pourrois-je la reduire à changer de
refrain,
J>)uand elle veut courrir de feuil- lageen feüillage.
Je mangerois de l'herbe en tout
tems brin à brin,
Au lieu de beaux cheveux je porterois
du crin,
Etdussai-je êtresourd à nepouvoir
en tendre;
Pourvu que la vendange aille toûjoursson
train,
Et que je puisse boire à segal d'un
marin,
Des malheurs d'ici bas nul ne me
peut surprendre.
Je n'aypoint de regretd'êtresans
attelage
Ni qu'un pauvre Artisan ait été
mon parain ;
Etje riauroispas moinsl'airtranquille
cf serein,
Jjhiand j'aurois comme un Autre)
unefemme volage:
Cesi elle qui se doit garantir du
pillage,
C'estpourleschevaux seulsqu'on
inventa le frein,
Pourrois-je la reduire à changer de
refrain,
J>)uand elle veut courrir de feuil- lageen feüillage.
Je mangerois de l'herbe en tout
tems brin à brin,
Au lieu de beaux cheveux je porterois
du crin,
Etdussai-je êtresourd à nepouvoir
en tendre;
Pourvu que la vendange aille toûjoursson
train,
Et que je puisse boire à segal d'un
marin,
Des malheurs d'ici bas nul ne me
peut surprendre.
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3505
p. 134-156
Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Début :
Le matin dudit jour 11. Juin on tira le coup de partance [...]
Mots clefs :
Majorque, Barcelone, Armée, Troupes, Chevalier, Guerre, Galères, Hommes, Marquis, Matin, Vaisseaux, Officiers, Débarquement, Transport, Grenadiers, Régiments, Cavalerie, Munitions, Empereur, Expédition, Roi d'Espagne, Navigation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Route de la Navigation faite par l'Armée Navale du Roy C. pour l'expedition de Maillorque, depuis qu'elle est partie de Barcelone, le 11 Juin 1715.
Route de la Navigation faite
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
par l'Armée Navale du Roy
C.pourl'expédition de Maillorque,
depuis qu'elle estpartie
de Barcelone, le Il Juin 171 5.
Le matin dudit jour JI.'
Juin on tira lecoup de partance
, &tous les Vaisseaux de
guerre se mirent à la voile restant
en panne & sur les bords
jusqu'au soir
,
auquel tems
tous les autres Bâtimens leverent
l'ancre, au nombre de
280. tant ceux de transport,
que de guerre ,avec les Galeres
; & l'on commença à faire
voyage vers le Sud avec un
vent Est Nord Està une lieuë
par heure, ce qui dura jusqu'à
minuit.
Le 12. nous nous trouvâmes
distans de 9. licuës de Barcelone,
que nous laissâmes au
Nord- Oiicttv , le vent
-
C'ii
trouvant Est Nord-Est tres-îj
favorable qui,) dura jusqu ?
midy. f;IN"
Sur le foir il yeût grande
variation de vents legers
, ce
quifutcause qu'on fit peu de^
chemin. La nuit du même
jour, nous trouvant 1av 14.
lieuës de Barcelone, le Ciel se
couvrit de nuages, & tôt aprés
il s'éleva une bourasque d'un
vent fort deNord-Oüest, avec
pluye,ce qui fit presqueperdre
toutes les Barquettes que,
l'on conduisoit pour facihtcl;
le débarquement. Cette nuitlà
làon fit peu de force devoiles,
>
pour donner le tems aux aures
Bâtimens de suivre,& se.
tenir autant qu'il étoit possi-
Weau Corps d'Armée.
Le 13. au matin à la diftatl*
ce de 17. lieuës de Barcelone,
lamer se maintenant grosse
d'un vent d'Est Nord Est, le
Giel toujours couvert, l'on
découvrit la Côte de Solaryen
Maillorque sur lemidy.
L'on navigea le reste ditjour
à force de voiles du côté
des Dragoneres,&l'on se détermina
àjetterl'ancre sur les
septheuresdu soir ,àlacalle
de saintePosee,&l'on se tint
en ce parage, jusques sur les
4. heures du foir du jour 14
Durant cetteintervallel'on
tintConseil de guerre,oùassistetent
les Officiers Généraux
seulement
, pour deliberer si
l'ony feroitle débarquement,
àJ'tff;;t de quoi l'on dépêcha
deux logenieurs dans uneChaloupe
, pour reconnoître la si.
tuation & le terrain:à l'approche
de la Chaloupe les Ennemis
tirerent quelques coups
de Canon de cinq Batteries;
on reconnut qu'ils étoient bien
retranchez avec bon nombre
dePaysans, ce quifit prendre
lâ resolutionde se mettre le
même jour à la voile, ce qui
né ffc pût faire que vers les 6.
heures du soir,& alors tous les
ni,:rments,:ilcverent l'ancre
avec unventSud Sud Est.Vers
lafitortÏOO. hommes du Regiment
de la Marine passerent
d'un petit Bâtiment François
qui faisoit beaucoup d'eau, sur
le Royal, & toute la nuit on fit
route au large pour éviter les
Côtes dont on a pAarlé. Le 15. nous nous trouvâmes
à deux lieuës de distance des
Dragoneres quinousrestoient
au Nord avec un vent fort de
SudSud Oüest,&grosseMer,
ce qui fit que les Galères&les
Vaisseaux de Meilleurs de la
Roche & de la Fayette , avec
quelques autres Bastiments de
transport arrivèrent sous le
vent des mêmesDragoneres,
&nous autres avec lereste de
l'Armée, navigâmes jusqu'a
cinq heures du fair, faisant
route par Sud-Est quart aiy
Sud, nous joignant pour donner
fond sur les CallesFerrera
& Longa
,
à une lieuë à 1Est
du Port Pedra, distant de terre
environ une portée de Canon;
-& d'abord on dépêcha une
Lance avec le ComtedeLecherene
pour reconnoître cc
Port.
Lequel ayant été trouvé fort
à propos, on commanda à
M. le Marquis de Cany,de
faire le débarquement , qu'il
commença avec huit Lances
& 150.Grenadiers des Regimens
de Gastille & de la Marine;
Ce qui se fitheureuse-
me'j[ & les autres troupes par
émulation se débarquèrent au
nombre de six mil Fantassins
& immédiatement on continua
de meure la Cavalerie à
Terre,des trois coltzdesdites
calles,où l'on pût entrer avec
tous les Bâtimens. Ce qui
acheva de s'execucer sur lesdix
heures du foir. M. le Marquis
de Cany executa ce commandementdonc
il étoitchargé
avec toute la valeur,
,
la prudence
& les précautionspossi-
bles;il merite des loüanges
infiniescar un vieux General
n'auroit pû mieux faire. Et le
16. du courant, on dépêcha
le Marquis de Mary,pour en
informer Sa Majesté,il arriva
à Aranjuez le 21 à neuf heures
du foir & eût encore 10i
temps de luy b.ure[ la maïa:
avant son coucher.
La Flote doit retourner
deux voyages,prendre lercHe;
des troupes ,
des équipages &
& munitions de Guerre & de
bouche,
Il y a pour cette entTprise
cent pieces de Canon. - - .,
Douze Mortiers.
Cinq mil Bombes.
QuarantequatreBataillons.
Trois Regimens de Cavalerie.
Trois Regimens de Dragons
démontez.
Pour cinq mois de munitions
, & tous les Officiers
payez.
L'Armée de S. M. C. efl;
composéede146.voiles ,tant
en Vaisseaux de guerre que de
transport, Fregates legeres,
Flottes, Barques, & Tartannes,
&sixGaleres. Elle efteonamandée
par Don Pedro de Los-
Rios, qui asous luy Don Jofeph
de Los Rios son frere
Commandant , des Galeres,les
Marquis de Gabaret&de Mary
Chefs d'Escadre.
Elle porte 24. Bataillons ;
sçavoir12 deFrançois,&12.
d'Espagnols,mil chevaux
,
avec
avecartillerie munitions de
guerre & de bouche pour faire
un siege.
Les Troupes de terre font
commandées par M. le Chevalier
d'Asfeld,qui a fous luy
M. leComtede Lecheraine,
M.le Marquis de Guerchois,
M.le Marquis de Caylus,&
M. Ribadeo
,
Espagnol, Maréchaux
de Camp.
o'
L'on a commencé le 8. Juin
à embarquer les Troupes
, & leonzeaumatin rout fut prêt
à marcher. Le même jour à
deux heures aprés midy, l'on
appareilla & tout fut sorti du
Port de Barcelone à sept heures
du foir : le douzeau matin
l'Armée (e trouvarassemblée,
les Galeres au vent ,
les Vais
seaux de guerre fous le vent,
& les Bastimens de transport
aumilieu.
,
La nuir du douze au treize
nous souffrîmes un grostems.
Le desseinétoit devenir mouiller
devant Alcudia, mais nous
ne pûmes pas doubler leCap
ce qui fit que nous continuâmes
nôtre route jusqu'à Santa
Ponfa
,
où M. de Los Ris
s'arrêta pour rassembler foç
Armée que le mauvais temps
avoit dispersée : nous nous
trouvâmes sur lestrois heures
après midy avec moins desoixante
Voiles& des Galeres qui
s'étoient mises à l'abri de Tlflç
deDragonnera;maisle lendemain
14. à midy tout joignit)
& il ne se trouva de plus qu'-
environ 50. Bateaux &une
- Tarranne.
- Santa Ponfa étoitunePlace
très propre à debarquer, mais
nous reconnûmes qu'elle étoit
coupée par un retranchement
au bout duquel, de chaque
côté, il y avoit une Tourayçç,
du canon , tous les Rebelles
noussaluërent aussitost qu'ils
nous virent mouiller. L'on découvrit
aussiquelque Cavalerie
avec de l'Infanterie,ce qui
sit juger que cet endroit étoit
trop bien gardé pour y pouvoir
descendreaussifacilement
que l'on pouvoit d'un autre
côté. Cela sir prendre le parti
a ncs Généraux de Mer & de
-
Terre de lever l'ancre & de
chercher du costé du Sud une
plage plus propre.
Le 14 à quatre heures du
soit toute l'Armée mit à la
Wlfc*, & sur les onze heures le
véht rafraîchit si fore) que le
quinze au matin nous nous
trouvâmes encore abandonné
desGaleres & de plus de quatre-
vingt voiles. Cependant
M.deLos Riosayant apperçû
sur les cinq heures du soir que
CM Ferrera & la Cala Loriot
prés le Porto Pedro étoient
commodes pour y jetter les
Troupes
,
d'autant plus qu'il
ne paroissoit personne pour
s'y opposer
,
il moüllaen cet
endroit, & M. le Chevalier
dAsfeld envoya M. le Comte
de Lecheraine avec 2 5. Grenadiers
du R giment de Castille
& de la Marine, qui se mirent
dans une Chaloupe, & furent
reconnoître le terrain; sur le
rapport que vint faire M. le
Comte de Lecheraine que l'on
pouvoit debarquer
,
& qu'il
n'y avoit point de tems à per.
dre
,
M. de Los Rios fit le signal
à toutes les Chaloupes,
Barques& Bateaux de venir à
son bord avec le plus de Soldats
qu'ils pourroient porter,
& de là furent envoyées incontinent
à CalaFerrera où
les Chaloupes & Canot del'A
miral avoient déja de fLendus
les Troupes qu'ils portoient
Le débarquement commença
à six heures dusoir,&fut fait
avec tant de diligence
,
qu'à
huit heures il y avoit à terre
deux mil hommes, & à rleu*
heures a prés minuit toute l'Infanterie
embarquée dans les
Bâtimens qui avoient suivi l'Affinai
se trouva à terre au nombre
de six mil hommes. :>u&
-
Le16. à la pointe du jour
l'on débarqua environ 500.
chevaux. '8
A mesure que les troupes
débarquoient, elles travaillerent
à se couvrir d'une ligne
de la hauteur de quatre pieds
faitede branches , d'ar bres &
de terre, seulement du costé
du Nord, car au Sud l'endroit
estoit couvert par la Mer, &
à l'Est ou Qücfi.) de deux
petits Golfes appellez Cala
Ferrera & Cala Longa.
Le 17 à quatre heures du
matin, M. leChevalier d'Asfeld
a fait marcher ses troupes
du coftéd'Alcudia ; &
nous autres avons mis à la
voile le mêmejour à dix heures
du matin.
- Le 20 au soir nous doublâmes
le Cap Farrax.
Le 21.nousennâmes dans
la BJYc d'Alcudia, où nous
moüillâmesàdemie portéede
Canon de Terre. r, - NousapprîmesqueM. d'Asfeld
étoit arrivé le 19. à une
lieue-d'Alcudia,qu'ilavoit fait
un détachement de Grenadiers
& de Cavalerie , pour
aller sommer la Place, &que
le lendemain 20 à huit heures
du matin, il y étoit entré,
ayant pris la Garnison au nombre
de 1300. hommes à discretion
dont la plus grande
parties'est engagée dans nos
troupes, & les Officiersdétenus
jusqu'à ce qu'ilsayent déclaré
le lieu où ilsveulent se
retirer, pourvcu que ce ne soit
point sur aucunes Terres dela
domination d'Espagne. Alcudia
est située à un quart de
lieuë de laMer
,
son terrain &
les environs sont des roches
,
ce qui auroitrendu la tranchée
difficile à faire au cas de
Siege) il a double murailles
quiontchacuneun fossede10.
à12 piedsdeprofondeur sur
8. de I.1rge
,
de la premiere
muraille torrent 8. Bastions
soutenus chacun de deux
petites tours saillantes de la
seconde muraille qui sont
àTrenaux.
L'on y a trouve 2. 2.. petites
pieces de Canon de fonte,&
30. de fer, pour 20. jours
de vivres &de poudre.
Le 11. M.le Chevalier d'Asfeld
fit marcher2000. hommes
à Palma qui est la Capitale
fous les ordres de M. le Marquisde
Guerchois ,il fut suivi
deM.leComte de Lecheraine
qui marcha avec un autre
détachement, pour le soutenir.
M. d'Asfeld ,après avoir
laissé un Bataillon Espagnol
dans AJcul.ia
,
marcha avec
le reste de son Armée;le 23.
tous le p.,ys jusqu'à àeux luuës
de Palma
,
rendit l'obéïssance
&tout yest fort tranquille.
Les six Galeres & plus de
60. voiles del'Armée Navale
,qtic le mauvais temps avoir séparée
du corps nous rejoignirent
le 11. & aussi tost l'on fit
débarquer 1liifanterle & la
Cavalerie qu'ils portoient:
l'Armée Navale leva l'ancre le
25. pouraller devant Palma.
Fermer
3506
p. 156-161
Suite des Nouvelles de Mayorque.
Début :
Un Courrier extraordinaire arrivé d'Espagne en six jours, six [...]
Mots clefs :
Chevalier, Roi, Empereur, Majorque
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite des Nouvelles de Mayorque.
Suite des Nouvelles
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
de Mayorque.
• Un Courrier extraordinaire
arrivé d'Espagne en six jours,
flX heures
, vient d'apporter
le détail de l'expédition de
Mayorque ,tel que levoicy.
Le Chevalier d'Asfeld a été
toujours devant Palma
,
le
Marquis de Ruby Commandant
les Troup s de 1 Empereur,&
les Anglois dans la
Place luy a aussitost envoyé
unTrompette pour luy témoigner
l'étonnement où il étoit
de se voir faire la Guerre, veu
qu'on étoit en négociation de
Paix. Le Chevalierd'Asfeld
luy envoya dire, qu'ilvenoit
luyen apprendre la rupture
& qu'il falloit. se soumettre
dans vingt- quatre heures Le
Marquis de Ruby luy fit répondre
sur le champ qu'il ne
demandoit qu'une Suspension
d'Armes defix semaines, pour
avoir réponse des deux Courriers
qu'il alloit dépêcher, l'un
à Vienneàl'Empereur,&l'autre
au Roy Georges en Angleterre
, pour en recevoir les
ordres. Le Chevalier d'Asfeld
luy répondit qu'il feroitce
qu'il voudroit ;mais qu'il falloit
absolument qu'il se rendit
dans vingt quatre heures.
Surces pressantes réponses
le Clergé, la Noblesse
, & les
Magistrats obligèrent le Marquis
de Ruby à prendre son
parti & luy dirent qu'il pouvoir
se retirer où bon luy sembleroit
; maisque poureux ils
étoient résolus de se soumettre
au Roy leur Maître; en
forte que la chose fut réglée
ainsi. Dans l'instant les Députez
l'étant venu témoignée*
au Chevalier d'Asfeld ,il confcntit
que le Marquis de Ruby
se retira en Sardaigne,& luy
fit donner des Bâtiments pour
embarquer ses troupes qui
avoient des Patentes de 1 Empereur
, & quelques Officiers,
Anglois qu'on eût retenu
Prisonniers de guerre sans
leurs Patentes. Le Chevalier
d'Asfeld entra ensuite dans la
Place aux acclamations du
peuple qui crioit, Vive Philippescinq,
& vive la Reine.
Les IfLs d'Yvica& deFormantiere
se sont soumises en
même tems.
Leurs Majestez font toûjours
à Aranjutz , où le Pere
Djubenton
,
Confesseur du
Roy, arriva le 14. Il baisa la
main à leurs Majestez
,
& aux
Princes, dont il fut receu tres
favorablement.
M.
M. de Monteil
,
Maréchal
des Logis de laCavalerie,aapporté
au Roy la nouvelle de la
descente faite en l'H] de
Mayorque,& M. le Marquis
de Cany celle de la réduction
de cette Isle,surquoyS.M.l'a
fort gratieusé.
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3507
p. 161
Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Par des nouvelles de Pologne on apprend que la Noblesse [...]
Mots clefs :
Roi Stanislas, Roi de Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Pologne. [titre d'après la table]
gne
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
on apprend que la Noblesse
est montée à cheval,
étant comme revol tée contre
le Roy Augufie en faveur du
Roy Stanislas
,
& du Roy de
Suede, ce qui met tout le
Royaume en allarme.
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3508
p. 162-167
De Londres, le 8. Juillet.
Début :
L'on accusa Jacques d'Ormont à la Chambre Basse, les [...]
Mots clefs :
Trahison, Duc d'Ormond, Chambre basse, Londres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres, le 8. Juillet.
De Londres,le 8. Juillet.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
L'on accusa Jacques d'Or.
mont à la Chambre Basse, les
débats des Partis furent vifs,
pendant onze heures, & durerent
depuis midy jusqu'à dix
heuresdu soir.PlusieursWighs
se déclarerent pour luy. Le General
Homlay en fit de grands
éloges, son discours roula sur
la valeur & les occasions où il
aétéblesse, & sur ses grandes
& magnifiques dépenses
,
&
bien d'autres firent son Panegytique,
sur tout le Chevalier
Portrait.
Le Chevalier Mer tourna
à l'avis contraire, le jugeant
criminel de haute trahison,
grandes altercations pour le
rabattre à haute malversation
ou non,la negative l'emporta
de 234. voix contre 187. &
l'on dressa les articles d'accusation
de haute trahison contre
Jacques d'Ormont.
Les Laquais burent hautement
pendant la séance à la
fanté du Ducd'Ormont & de
Georges, & non pas du Roy
Georges. On en prit quelquesuns.
Dans leComté de Lancastre
l'on y ruine routes les Eglises,
:& le peuple fait contribuer
par tout,& sur tout les Wighs
-que l'on saccage dés qu'ils ne
payent pas la contribution,
malgré quatre Regimens qu'-
on y a envoyez, sur tout à
Manchester. Qautre ou cinq
des Membres de la Chambre
allerent à Richemont donner
avis au Duc d'Ormont de ce
qui s'étoit passé dans la Chambre
Basse ,y étant un peu incommodé.
Konisec arriva peu de jours
a près Cadogan, pour ce qui
regarde laBarriere.
L'on opina le 3. sur l'accusarion
du Comte de Strafort,
accusé de haute trahison ou
de haute malver sation, la délibération
tournaen sa faveur, ileût268. voix pour luy contre
100. La ChambreBassea
remis les autres accusations à
huitaine, prétendantporter
celles de ces quatre , environ
ce tems là
,
à la Chambre des
Seigneurs.
La populace n'étoit point
assemblée pendant les séances
dernieres par le bon ordre
qu'on y avoit donné.
L'on a remis l'accusation du
Comte d'Oxford
, & du Vicomte
de BullinbrocK au 19.
Le parry de la Cour est fort
embarrassé sur les malheurs
qu'une telle poursuite peut
entraîner, n'ayant pas les pieces
originales pour pouvoir
faire le procès à ces Seigneurs
avec quelqu'apparence de justice,
de maniere qu'on seflatte
que le Roy Georges cherchera
à suspendre la fureur des
Wighs pour sa seuretéparticuliere
, & pour prévenir les
revolutions funestes qui tourneroient
contre luy si l'onvenoit
à couper des têtes si cbcà
res à tout le Royaume.
Le Duc d'Ormont est allé
dans un Château d'un de ses
parens prés de Wintford
,
il
tient toujours ferme malgré le
conseil de quelqu'uns de ses
amis qui le pressent des'absenter,
ce qu'il refuse de faire, disant
qu'il se declareroit coupable
par là, & fc sentant d'ailleurs
asseuré d'un grand parti
& de son innocence.
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3509
p. 167-176
A Malthe, ce 10. Juin.
Début :
Je vous dois compte, mon cher Monsieur, de tout ce qui [...]
Mots clefs :
Malte, Fortifications, Congrégation, Grand prieur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Malthe, ce 10. Juin.
A Maltb
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
, ce io. Juin.
Je vous dois compte, mon
cher Monsieur, de tout ce qui
se passe en ce païs cy. S. A. S.
Monseigneur le grand Prieur,
toujours attentif au bien de
l'Ordre de M-ilibeà la seureté
de l Isle,avoit envoyé des
Ingénieurs pour lever un plan
des Marines; cc Prince fut ensuite
visiter tous les endroits
qu'il falloit fortifierpourempêc
her qu'on ne fit des descentes
, & il drcflj un projet des
fortifications qu'il falloir faire,
& il communiqua le tout à la
Congrégation de guerre composéede
quatre Commissaires
quifont grands Croix, donc
deux furent d'un sentiment
conforme
conforme aux intentions de
S. A. qui étoit de faire travailler
incessamment aux fortifications
des Mannes, les deux
autres,quoiqu ils les jugeaffent
fort necessaires,renvoyerent
ce travail à l'année prochaine,
& insistoient à continuer
detravaillerauFortSainte
Marguerite.
Cette affaire fut portée le
lendemain au ConterdEfac
à la teste duquel se trouve le
le Grand Maître. Il est composé
, comme vous sçavez
de Monseigneur leGrand,
-
Prieur qui a la fécondé place,
comme Lieutenant de son
Eminence, de l'Evêque &
du Prieur de l'Egise ; & de
tous les grands Croix qui sont
assis par rang d'ancienneté ;
M Dalmeyda un des Commissaires
de la Congrégation
de guerre fit un rapport de ce
qui s'étoit passé le jour
auparavant à ladite Congregation
,
& il appuya fort son
sentiment qui étoit de continuer
àtravailleraufort Sainte
Marguerite. Le grand Maître
prit la parole avec beaucoup
de force& de dignité, il opina
en faveur des fortifications
de la Marine, il reprocha finement
à ces Meilleurs de la
Congregation que suivant l'esprit
de leur cabale
,
fait ils avoienc
dépenser bien de l'argent
mal-a-proposàl'Ordre,qu'ils
avoient suivi le projet d'un
Ingenieur ignorant, & qu'ils
s'opposoient toujours à ce qui
pouvoit estre avantageux au
public. Son Altesse parla enfuite
& entra dans des plus
grands détails. Ce Prince fit
,
voir que le fort Sainte Margueriteétoit
tres-inutile puisqu'il
ne couvroit pas entierementleBourg&
l'Isle ,&qu'il
étoit dominé par les haureurs
duCoradin & de~Bgny
,
qu'il
en coûteroit encore plus de
deux cens mille écus pour le
perfectionner
, au lieu que
pour quarante milleécus on
feroit fortifier toutes les Marines
; & que si le tresor n'avoit
pasdefonds,ils-obligeoit
d'en faire faire les avances ,
par des personnes qui ne demanderaient
le payement
qu'en trois années,faufintetêt.
Cette opinion fut applaudie
par tout le monde; & excira
le zele & la bonne volonté
de plusieurs
,
qui offrirent
genereusement de contribuée
aux frais qu'il falloit faire. Les
uns donnèrent mille écus>
les autres deux mille
,
son
Altesse quatre mille , si bien
que dans un moment de
tempsoneût des obligations
pour prés de la moitié de la
somme necessaire ,on a nommé
quatreCommissaires autres
que ceux de la Congrégation
,
pour recevoir les fonds, & faire
les payements ; ces Commissaires
rendront compte
en droiture à Son Altesse, &
&ce Prince à Son Eminence
3 onmettrala main à l'oeuvre,
pour le plus tard après la FeUc.
Dieu, de manière qu'on ne
craindra plus rien pour les
-
descentes; avec cette precautiononnefera
plus obligé,
à l'avenir,de faire des citations
générales
,
& les milices du
pays suffiront pour deffendre
tous les poRes) joint à cela
que le Roy de Sicile pour son
propre incerect, est toujours
disposé à leur donner du
secours.Quatreou cinq batail-
Ions suffiront avec les Milices,
pour mettre toute Tlfle en
seureté. Un Vaisseauarrivé
de Constantinople dans ce
Port depuis deux jours,arapporté
que l'Armée Navale
du Grand Seigneur, qui est de
30. Vaisseaux mal équipez &
mal armez,étoit à la Rade
devant cette grande Ville pr ête
à faire voile en Morée
que l'on a fait defiler les troupes
pour les transporter en ce
pays là. Les Galeres duPapc au
nombre de quatre arrivèrent
icy Vendredy dernier pour
prendre celles de la Religion,
& aller joindre l'Armée Navale
des Vénitiens. Voilà toutes
les nouve lles de Malthe les
plus essentielles; tous les Chevaliers
s'en retournent & ce
paysvaêtreunvraydefert.
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3510
p. 176-181
De Blois. [titre d'après la table]
Début :
Le 26. du mois de Juin la Reine Doüairiere de Pologne [...]
Mots clefs :
Dame, Sa Majesté, Reine de Pologne, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Blois. [titre d'après la table]
Le 26. du mois de Juin la
Reine Doüairiere de Pologne
residenteau Château deBlois,
déclara sa première Dame
d'Honneur Madame laComtesse
d'Arquian
,
femme de
Messire Paul
-
François de la
Grange, Comte d'Arquian,
Capitaine des Vasseaux du
Roy
,
Gouverneur de l'ïsle de
Sainte Croix & Commandant
au Cap François
,
côte de S.
Domingueenl'Amerique, petit
neveu de la Reine,&le seul
qui reste aujourd'huy de son
nom.
Le 7. de ce mois quatrième
Dimanche d'aprés la Pentecôte
,
la Dame Garnier fameuse
Calviniste,dont on arapporté
l'abjuration publique au 26.
de May
,
dans le Mercure de
Juin dernier, fit sa première
Communion dans 1tEgi1Ce de
S. Martin de Blois avec l'' edl6-
cation de tous les assistans.
Ellel'avoit differée à ce jour,
pour s'y mieux préparer par
de nouvelles instructions &
par la visite des per sonnes
pour qui elle avoit temoigne
plus d'opposition, lor(qu'elle
éroit dans l'heresie.
Sa Majesté Polonoife
,
dont
la pieté s'étend à toutes les
bonnes oeuvres, eût part à cetle
ci
, comme à l'abjuration.
Aussile sieurLabbé Prieur
de faine Mjrtin de Blois, qui a
souvent l'honneur dans son
Eglise de donner à cette Princelle
la Benediction du Très-
Saint Sacrement, crût ne la
pouvoir mieux haranguer,
lor fqu'elle yentrala première
fois, au sujet de la Dame Garnier
,
qu'en loüant sa pieté
Royale,en cestermes: ,;ti-.
MADAME,
LaParoisse de saint Martin
estsensibleà, l'honneurqu'elle
refoit en ce jour. Vôtre Majesté
entrant dans nôtre Eglise
, nous
rappellons avec plaisir ces tems
heureux, où nos Rois & les
Princes de leurSangRoyalyvenoient
rendre à Dieu leurs hommages
, offrirleursprieres au
grand Saint
, que nous avons,
pour Patron, que ce Pays reméré
comme un desesApôtres,
Vostre pieté,Madame, encore
plus éclatantequevostre Difldé.
me ,nous charme
, nous édifie ;
mais je l'ose dire
,
elle ne nous
surprendpoint. Connuëadmirée
par tout le monde Chrétien,
la réputation en étoit venuejusqu'à
nous, longtems avant que
nous eussions le bonheurde vous
pojpdcr dans cette Ville, Nous
sçavions déja ce que la renommée
a publié tant defois,que les victoires
&les conquêtes de l'invincible
Monarque Sobieski n'ont
pas été moins les excellens fruits
de vos prieres & de vos aumofnes,
que les effets merveilleux de
sasagesse c- de savaleur.
Aujourd'huy
,
Madame,que
nous voyons Vostre Majesté imiter
le bon Pasteur, enramenant au
bercailla Brebis égarée, nousfin..
tons croître en nous les justes sentimens
de nostre reconnoissance cde
nostre admiration. Heureux!
si nous pouvions aJf reconnoître
ce que nous ne fautions trop admirer.
Cette Harangue fut prononcée
avec beaucoup de dignité
& d'onction. Elle a reçû
de grands applaudissemens de
plusieurs personnes de bon
goût & d'esprit dans cette
Ville.
Reine Doüairiere de Pologne
residenteau Château deBlois,
déclara sa première Dame
d'Honneur Madame laComtesse
d'Arquian
,
femme de
Messire Paul
-
François de la
Grange, Comte d'Arquian,
Capitaine des Vasseaux du
Roy
,
Gouverneur de l'ïsle de
Sainte Croix & Commandant
au Cap François
,
côte de S.
Domingueenl'Amerique, petit
neveu de la Reine,&le seul
qui reste aujourd'huy de son
nom.
Le 7. de ce mois quatrième
Dimanche d'aprés la Pentecôte
,
la Dame Garnier fameuse
Calviniste,dont on arapporté
l'abjuration publique au 26.
de May
,
dans le Mercure de
Juin dernier, fit sa première
Communion dans 1tEgi1Ce de
S. Martin de Blois avec l'' edl6-
cation de tous les assistans.
Ellel'avoit differée à ce jour,
pour s'y mieux préparer par
de nouvelles instructions &
par la visite des per sonnes
pour qui elle avoit temoigne
plus d'opposition, lor(qu'elle
éroit dans l'heresie.
Sa Majesté Polonoife
,
dont
la pieté s'étend à toutes les
bonnes oeuvres, eût part à cetle
ci
, comme à l'abjuration.
Aussile sieurLabbé Prieur
de faine Mjrtin de Blois, qui a
souvent l'honneur dans son
Eglise de donner à cette Princelle
la Benediction du Très-
Saint Sacrement, crût ne la
pouvoir mieux haranguer,
lor fqu'elle yentrala première
fois, au sujet de la Dame Garnier
,
qu'en loüant sa pieté
Royale,en cestermes: ,;ti-.
MADAME,
LaParoisse de saint Martin
estsensibleà, l'honneurqu'elle
refoit en ce jour. Vôtre Majesté
entrant dans nôtre Eglise
, nous
rappellons avec plaisir ces tems
heureux, où nos Rois & les
Princes de leurSangRoyalyvenoient
rendre à Dieu leurs hommages
, offrirleursprieres au
grand Saint
, que nous avons,
pour Patron, que ce Pays reméré
comme un desesApôtres,
Vostre pieté,Madame, encore
plus éclatantequevostre Difldé.
me ,nous charme
, nous édifie ;
mais je l'ose dire
,
elle ne nous
surprendpoint. Connuëadmirée
par tout le monde Chrétien,
la réputation en étoit venuejusqu'à
nous, longtems avant que
nous eussions le bonheurde vous
pojpdcr dans cette Ville, Nous
sçavions déja ce que la renommée
a publié tant defois,que les victoires
&les conquêtes de l'invincible
Monarque Sobieski n'ont
pas été moins les excellens fruits
de vos prieres & de vos aumofnes,
que les effets merveilleux de
sasagesse c- de savaleur.
Aujourd'huy
,
Madame,que
nous voyons Vostre Majesté imiter
le bon Pasteur, enramenant au
bercailla Brebis égarée, nousfin..
tons croître en nous les justes sentimens
de nostre reconnoissance cde
nostre admiration. Heureux!
si nous pouvions aJf reconnoître
ce que nous ne fautions trop admirer.
Cette Harangue fut prononcée
avec beaucoup de dignité
& d'onction. Elle a reçû
de grands applaudissemens de
plusieurs personnes de bon
goût & d'esprit dans cette
Ville.
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3511
p. 182-184
Tous les Mercures Galants depuis 1677. jusqu'à 1710. où ils se vendent. [titre d'après la table]
Début :
On trouvera chez le sieur Saugrain, Libraire à Paris, Quay [...]
Mots clefs :
Libraire, Mercures, Campagnes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tous les Mercures Galants depuis 1677. jusqu'à 1710. où ils se vendent. [titre d'après la table]
On trouvera chez le sieur
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
Saugrain
,
Libraire à Paris,
Quay des Augustins à la Fleur
de Lis, tous les Mercures Galants
depuis 1677. qu'ils ont
commencez d'estre imprimez,
ju fques &compris le mois de
May 1710. soit de fuite, soit
par années, ou parmoisséparez.
Il vendra ceux reliez en
veau dix fois,ceux en parchemin
huit sois, & en feüilles
,
six fois. Il a aussi toutes les
Campagnes, Sieges, Journaux
extraordinaires &autres pieces
imprimés pendantles dernieres
guerres. Ceux quienontdéjà
trouveront parcetteoccasion,
le moyen de par faire cc qu'ils
ont, d'autres ne seront pas fâchez
de se faireà bon marché
Acs cabinets de Livres aussicurieux,
interessans & remplis de
bonnes pieces que le font les
Mercures. Le même Libraire
vend trois Livres nouveaux
jntirule';( Les Campagnes de
M le Duc de Vendosme, in
douze, cinquante fois; La Vie
de Dom Pierre leNain, ancien
Sous Prieur del'Abbaye dela
Trappe, où il est mort en
odeur de sainteté
,
aprés45.
années de la plus austere pcni
tence, in douze, quarantecinq
fois; & un nouveau Traité du
Commerce,très utileauxMarchands,
Banquiers, Agens d
Change, & Gens d\jffdires|
in douze, deux Volumes, quatre
livres dix fois.
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3512
p. 184-188
L'Apologie de l'ignorance, Livre nouveau. [titre d'après la table]
Début :
Il paroît depuis peu un Livre fort singulier, intitulé : [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Livre, Public, Ignorance, Rhétorique, Discours
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'Apologie de l'ignorance, Livre nouveau. [titre d'après la table]
Il paroît depuis peu un Livre
fortsingulier
,
intitulé:
jignoU amplissimoe magnificenttfjimacjue
oligomathum
, seu
Ignorantiæ illiteratorum Reginoe
Panegiricus
, avec la Traduction
en François qui ne cede
en rien à la beauté deson original.
Ilcontientdeux parties;
dans
dans la première l'Auteur fait
voir d'une maniereagreable
que l'ignorance n'est ni honteuse
,
ni préjudiciableà personne;
dans la séconde il montre
qu'elle est tres-avantageuse
& même tres-glorieuse à
ceux qui vivent fous ion empire.
Quoique cet Ouvrage
soit un vray paradoxe, néanmoins
il ca soûtenu de raisonnements
physiques & moraux,
d'autoritez & d'exemples tirez
de l'antiquité, qui lui donnent
une espece de probabilité
qu'on n'auroit pas attenduë.
Ce Livre est dans legoût
du fameux Panegytique de la
Folie composé par le sçavant
Erasme,&de plusieurs autres,
sur des sujets aussi extraordinaires.
OnattribuëcePanegyrique
de l'ignorance àun Professeur
de Rhétorique de l'Université
de Paris
,
qui ayant
quitté la Philosophie qu'il
avoit professé pendant plusieurs
années pour prendre la
Rhetorique,justifiason choix
par un beau discours qu'il fit
en public, où il prouva la
préeminence de l'éloquence
sur toutes lesautres disciplines.
Il paroist par son Epître
Dedicatoire qu'il auroit encore
prononcé ce discours si des
envieux ne l'en avoient empêché
; en quoyl'on peut dire
qu'ils ont eû grand tort,puisqu'outre
l'approbation d'un
des plus illustres Censeurs
nommé par Monseigneur le
Chancelier, il a encore celle
de tous ceux qui l'ont lû. En
effet cet Ouvrage est très- beau,
soit pour la pureté du stile#
foir pour la délicatesse des pensées,
ou enfin pour la rareté
de l'invention. Il se vend à
Paris, ruë S. Jacques,au Chef
S. Jean, chez Jean-Baptiste
Brocas Libraire proche S.
Benoist. Le bruit court que
l'Auteur va donner au public
de nouvelles Notes sur les
Odes d'Horace, avec une
interprétationLitterale : &on
espere que cet Ouvrage ne
sera pasmoins bien receu que
que celuy dont nous venons,
de parler.
fortsingulier
,
intitulé:
jignoU amplissimoe magnificenttfjimacjue
oligomathum
, seu
Ignorantiæ illiteratorum Reginoe
Panegiricus
, avec la Traduction
en François qui ne cede
en rien à la beauté deson original.
Ilcontientdeux parties;
dans
dans la première l'Auteur fait
voir d'une maniereagreable
que l'ignorance n'est ni honteuse
,
ni préjudiciableà personne;
dans la séconde il montre
qu'elle est tres-avantageuse
& même tres-glorieuse à
ceux qui vivent fous ion empire.
Quoique cet Ouvrage
soit un vray paradoxe, néanmoins
il ca soûtenu de raisonnements
physiques & moraux,
d'autoritez & d'exemples tirez
de l'antiquité, qui lui donnent
une espece de probabilité
qu'on n'auroit pas attenduë.
Ce Livre est dans legoût
du fameux Panegytique de la
Folie composé par le sçavant
Erasme,&de plusieurs autres,
sur des sujets aussi extraordinaires.
OnattribuëcePanegyrique
de l'ignorance àun Professeur
de Rhétorique de l'Université
de Paris
,
qui ayant
quitté la Philosophie qu'il
avoit professé pendant plusieurs
années pour prendre la
Rhetorique,justifiason choix
par un beau discours qu'il fit
en public, où il prouva la
préeminence de l'éloquence
sur toutes lesautres disciplines.
Il paroist par son Epître
Dedicatoire qu'il auroit encore
prononcé ce discours si des
envieux ne l'en avoient empêché
; en quoyl'on peut dire
qu'ils ont eû grand tort,puisqu'outre
l'approbation d'un
des plus illustres Censeurs
nommé par Monseigneur le
Chancelier, il a encore celle
de tous ceux qui l'ont lû. En
effet cet Ouvrage est très- beau,
soit pour la pureté du stile#
foir pour la délicatesse des pensées,
ou enfin pour la rareté
de l'invention. Il se vend à
Paris, ruë S. Jacques,au Chef
S. Jean, chez Jean-Baptiste
Brocas Libraire proche S.
Benoist. Le bruit court que
l'Auteur va donner au public
de nouvelles Notes sur les
Odes d'Horace, avec une
interprétationLitterale : &on
espere que cet Ouvrage ne
sera pasmoins bien receu que
que celuy dont nous venons,
de parler.
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3513
p. 188-198
Discours curieux sur le grand ouvrage de M. l'Abbé Terrasson contre Homere. [titre d'après la table]
Début :
Le grand Ouvrage de Monsieur l'Abbé Terrasson contre Homere [...]
Mots clefs :
Homère, Abbé Terrasson, Homère, Iliade, Critique, Ouvrages, M. de la Motte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours curieux sur le grand ouvrage de M. l'Abbé Terrasson contre Homere. [titre d'après la table]
Le grand Ouvrage de
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
Meneur l'Abbé Terrasson
contre Homere
,
annoncé par
Madame Dacier si inofficleusement
dans son Livre, de la
Corruption du Goust
, parut le
13. de cc mois, il a pour titre
Dissertation Critiquesurl'Iliade
d'Homere. le pere des Poëtes
y fubitun dur examen, Madame
Dacier & quelques autres
disciples zelezde l'accusé
font citez en jugement;&: je
vois sur leur compte bien des
choses dont le public aura
peine à les absoudre.
On trouvera peu de nouveaux
chefs d'accusation qui
soient échappez à M. de la
Motte, premier dénonciateur,
mais ils ont icy uneforme
systematique
,
chaque chef
est détaillé, circonstancié,
prouvé; & le tout avec un serieux
digne d'une matiere aussi
grave. Il ne s'agit pas moins
icy que de briser 1 Idole du
préjugé
,
il y va du bien des
Lettres de fixer le vray merite
d'Homere& de decelcr la
stupidité du peuple scoliaste
qui l'adore; c'est ce que M.
l'Abbé Terrasson se propose
dans la partie critique de son
Livre; & je luy fuis garand
d'un grand succés à cet
égard. M l'Abbé Terrasson
ne s'en tient pas-là. aprés
avoir decredité les Docteurs
du préjugé
,
il se croit comptable
à la jeunesse
,
d'une
poëtique dictée par la droite
raiton,il promeneson esprit
vrayement Philosophique sur
tous les genres de Pocfies successivement
,
& donne sur
chacun de ces genres des preceptes
excellens que nous discuterons
le mois prochain
dans un extraie étendu de son
Livre.
Quelques gens ont cité en
reproche contre M. l'Abbé
Terrasson la Preface de M. de
la Motte sur l'Itiade,où l'on
trouve le germe , pour ainsi
dire, de la nouvelle critique;
je suis caution à ces Messieurs,
que le dernier Censeur n'a
rien pris au premier, la ressemblance
qui se trouve entr'eux,
vient dece que les fautes d'Homere
sont si énormes qu'elles
ne peuvent échapper à personne
; livrez l'Iliade à vingt
critiques dévoüez,non au prejugé,
mais à la droite raison,
ils s'accorderont tous à condamner
lesmêmes fautes,&
ne differeront que par l'art de
les caracteriser en indiquant
les principes fixes
,
les regles
immuables contre lesquelles
l'Auteur a failli.
Je
Je ne crois donc pas qu'il y
ait moins d'injustice à accuser
M. l'AbbéTerrasson,d'avoir
copié M. de la Moue, qu'il
n'yen auroit d'accuser M.de
la Motte d'avoir copié Desmarest,
je crois la choseparfaitement
égale, M. de la Motte
asseure qu'il n'a jamais lû la
critique de Desmarest, on n'a
aucune peine à le croire, sans
doute que M.l'Abbé Terrasson
n'a point lû ce que M. de
laMotte a écrit sur Homere
il aura voulu prevenir le reproche
de larcin, il aura craint
mêmeces presents que lamemoire
fait souvent aux Auteurs
;&- dont ces mêmesAutcurs
ne manquent jamais de
rendre graces à leur propre genie. mais à quoy bon ,
me direz vous, faire cette bizarre
supposition,M. l'Abbé
Terrasson pourroit avoir lû
M de la Motte ; & n'être pas
équitablement soupçonné
d'en avoir rien emprunté?
cela est vray; & j'ay remarque
quela forme de son Livre
est si differente de celle que
M. dela Motte a donnée au
sien
,
qu'on peut dire que l'un
& l'autrequoyqu'un peu
ressemblans pour le fonds l
fontajucerequitablcment
a même point originaux. -
Ce n'est donc point pour
justifier M. l'Abbé Terrafloa
de larcin
, que je suppose
qu'il n'a point lû les ouvrages
de M. de la Motte sur Homere,
je previens un autre reproche,
dont il ne peut éethiper
qu'à la faveur de ma fuppefition.
M. l'AbbéTerrassonne
dit pas un mot dans tout fonLivre
decesouvragesquifontsi
fort dans sa matiere,luy qui ne
| manque aucune occasion de
loüer son Collegue sur des
ouvrages d'un autre genre ; si
M. l'Abbé Terrasson avoitlû
l'Iliade Françoise
,
il se seroit
applaudi& le seroit fait galamment
honneur d'un goust conforme
à celui de M. de laMotte,
qui dans son imitation hardie
supprime, corrige,adoucit
tout au gré de ses censures,
Je ne veux donc point croire
que M. l'Abbé Terrassor
ayant appliqué à l'examen du
Poëme François cetesprit Philosophique
qui l'a si bien servi
conrre Homere, il ait juge
que la feule maniere de bien
traiter le Poëme de M. de la
Motte ,fut de n'en point
parler, je croiray moins volontiers
encore qu'aprés avoir
senti le merite de cet ouvrage,
il ait eu assez peu de courage
-
pour n'oser le deffendre de
frontcontrel'aveugle prévention
de nos Scoliastes & la basse
jalousie de nos verfificateurs.
Quel moyrn donc de
(ouïr M. l'Abbé Terrasson
d'embarras ? quel moyen? il
n'avoit point lû, je vous jure,
les Ouvrages deM delaMotte
sur Homere pour les raisons
delicates que j'ay indiquées.
auparavant de travailler à l'extrait
du Livre, il estoit bon
d'éclaircirles questions étrangeres
au Livre même.L'Autcur
m'est encore plus cher
que son Ouvrage, tour excellent
qu'il est ,aussi cette discu
ssion preliminaire n'a-t- elle
queliy pour objet.
Fermer
3514
p. 201-235
HISTOIRE.
Début :
La belle Rose vint au monde il y a environ dix-neuf ans, [...]
Mots clefs :
Rose, Ville, Paris, Beauté, Secours, Coeur, Rose, Homme, Charmes, Esprit, Plaisir, Amour, Yeux, Homme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE.
La belleRose vint au monde
il y a environ dix-neufans,
dans une Ville que la Seinearrose
au moins autant que Paris,
Dés sa plus tendre jeunesse
elle se fit admirer par son esprit
& par sa beauté.L'éducation
que ses parents luy donnerent
a joûra tant d'éclat àses
charmes haissants, quelebruit
de ses appas se répandit bientôt
jusqu'aux environs des
lieux qui l'avoient vu naître.
Un Gentilhommevoisinde
la Ville où elle demeuroit, s'y
rendit un jour de dessein prémédité
,
attiré par le recit des
grâces & du mérité de Cette
belle fille. Illa vit, ill'aima,
& voulut s'en faire aimer. Ses
foins furent longtems mutiles,
il CI;) connut laraison,il parla
de mariage ,il fut écouté;mais
soit qu'il craignit d'engager sa
Noblesse & sa réputation en
contractant une alliance qui
pût mal à propos, lui paroître
inégale,soit qu'il eût de bonne
foy un autre but que celui
de se marier
, ou foit plustost
qu'd n'aimât pas parfaitement
une si aimable MJÎcreffc) il ne
lui eût pas plustost proposé
son mariage, qu'illuy demanda
du tems pour l'accomplir,
& la permission de lui faire (a
cour. Il étoit jeune, bien fait,
éloquent & rendre. Elle n'étoit
pas insensible;enfalloit
-
il
davantage pour la faire donner
dans tous les pieges du
monde.
L'esprit, quelque dose
qu'on en ait, deffend mal un
coeur contre les conseils de
l'amour, & la raison à beau
venir au secours de nos foiblesses
,
la feule image des plaisirs
dans un coeur tendre, coule
à fond la raison. On dispute
quelquefoisle terrain par mauvaise
humeur, & par rebellion,
mais on le cede tou jours par
reconnoissance. Enfin lorsqu'on
est aimé, & qu'on est
bien persuadé de Testre, il s'enfuit
de là qu'il faut qu'on aime.
La belle Rose enaimée,elle
en est sûre,elle aime à son tour,
cela est dans la regle; mais cette
passion se nourrit pendant six
mois dans son coeur, elle se repaîte
des plus doucesesperances
du monde, elle sent même avec
plaisir approcher le jour heureux
où son Hymen doit couronner
son amour. Il n'y a plus
qu'une nuit à passer: le lendemain
au pied des Autels, un
serment solemnel doit l'unir à
son amant. Mais pendant cette
même nuit,l'infidele qui s'est
fait sans doute, une peinture
affreuse du noeud oùil va s'engager,
prend des chevaux de
poste,& te rend à Paris. Le
saisissement, les larmes & le
desespoir sont les moindres effets
de cette horrible nouvelle.
Elle cherche dans l'esperance
de mourir, à se consoler de
son malheurextrême; mais
les jours se multiplient, &
l'amour qui ne peut s'éteindre
au moins sans le vanger,la flicte
du projet d'une vengeance
assurée.Elledissimuleadroitement
,elle revoit le monde,&
pendant quelques jours elle
affecte unecontenance siindifferente,
que sesmeilleuresamies
s'étonnent de sa legereré; mais
tous ceux qui l'éclairoient font
les dupes de sa dissimulation;
enfinelle se dérobe à ses parens
pour courir après son amant.
Elle arrive à Paris. Quelle
Ville, grand Dieu! pour une
jeune fille dont la beauté vienc
cflreTécucil des plus belles de
cette gr ande Ville Un* Auberge
Utd'abordPafyleeueîlè
cherche àse cacher Laprécaution
de ne se pas montrer; sa
rnodx stie
,
sa douleur &la fitriplicitéde
ses habits larassûrent
contre l'image des perils qu'elle
court. Cependant elle s'occupe
uniquement du foin de
trouver le traître donr elle se
voit si indignement abandonnée:
elle ne veut que le voir,
luy reprocher son horribleinfidelité,
pleurer, gemir & mourir
à ses pieds. Maiselle n'en
peut apprendre aucunes nouvelles,
on luy, dit seulement
que,d"autres lieujg qui luy sont
Ínconnu) & où elle n'a pas le
moyen.d'aller, le derobentencore
à, la tendresse de ses reproches.
Que peut-elle faire
déformais?estil quelqu'un de
mes Lecteurs qui ne tremble
maintenant pour elle?
:.
La pudeur & la vertu font
ordinairement les victimes de
l'indigence.
Je ne [ai point d'endroits
au monde où les charmes d'une
belle personne la dédommagent
gratis des frais oùses
beloinsl'engagent:Paris sur
tout
tout donne moins qu'aucune
autre Ville, de ces exemples de
generosité
,
la défiance regne
avec trop d'empire dans le
coeur de tous ses habitans : &
ce n'efl; maintenant que dans
les Romans qu'on trouve de
ces hospitalitez genereuses.
La triste Rose accablée dans
son humble retraite du poids
de son infortune, ne trouve
pas au fonds de son repentir,
de sa honte & de sa douleur,
des expedients poijr appaiser
la rigueur d'une Hôtesse impitoyable.
La sienne ne se paye
pas de ses larmes, à chaque
instant elle lui demande avec
tyrannie, une dettequ'ellene
peut alors acquitter sanscri-
me. Les mauvais conseils vien
nent au secours de la necessité.
Vous ces bien simple
,
lui
dit elle un jour, de vous allarmer
de vos besoins dans une
Ville comme celle ci
,
belle
comme vous êtes, Paris est le
seulendroit du mondeoù vous
devez vivre. La beauté y fait
toujours fortune. Lavôtreest
eblou ss ante ,& vous l'ensevelifT-
z : vôtre espritégale vôtre
beauté,&tous les deux vous
sontinutiles. Vousn'aurezpas
faitune démarchevers le monde,
que vous reconnaîtrez l'abus
où vousêtes. Vous serez
ici la maîtressede vôtre reputation
,
& l'étalage de vôtre
vertu ne recevra jamais aucune
atteinte, tant que la modestie
& la discretion qui vous
font naturelles feront les honneurs
de vostre conduite. Je
connois un galant homme sur
qui vous pouvez vous reposer
du foin de vous mettre à vôtre
aise. Il n'exigera jamais
rien de vous, je vous en réponds
, & contents de vôtre
politesse, & du plaisir de vous
voir , il fera infailliblement
toutes les avances de vôtre
fortune.Croyez-moi, ne soyez
pas assez ennemie de vous-même
, pour refuser le secours
que je vous offre. Je vous l'amenerai
ce soir, vous le verrez,
vous l'entendrez, & vous
jugerez à loisir du merite dela
conquête que je vous dessine.
On ne répond pas toujours cc
qu'on pense sur de pareilles
propositions. On a eu tout le
tems de s'examiner; mais la
pauvreté détermine, & un soupir
& un regard languissant
sont les interpretes d'un silence
qui marque que l'esprit
se prête assez à la force de ces
raisonnements.
Vers les six heures du foir
MadameAmynthe son hôtesse
introduit l'heureux Medor
dans la chambre de la belle &
timide Rose Il la saluë avec
unrespectinfini,il lui fait mille
compliments sur sateaute,
jamais rien de plus beau,rien
de plus parfait ne s'est offert à
sa vûë,& ses charmes ont un
éclat divin dont il s'enyvre. Il
est bien fait, jçune, il a de réf.
prit, dumerite, il est aimable.
Il parle,il attaque,il prenait
va bientôtséduire, enfinun
present considerable qu'il fait
à son hôtesse, & les dettes de
la belle Rose qu'il paye, determinent
Madame Amynthe
à prendre avec feu lesinterêts
d'un homme si genereux. rm-
,
Il retourne à la charge, on
l'écoute, on lui répond, on
luy promet mernc quelque
chose , peu à peu tous les obstacles
se levent
, & tout le
flatte bien-tost de l'espoir d'un
triomphe certain. Les ajustemens,
les spectacles 6cles plaisirs
font des batteries d'usage
qui font un ravage furieux
dans le coeur de cette belle fille.
L'infidele qui l'a trahie, est
à ses yeux un scelerat indigne
de la moindre des bontez qu'-
elle a euës pour lui rc'cft un
monstre rempli de tous les
vices du monde ,& Medora
toutes les belles qualitez imaginables.
Voilàde quoilaraisonla
fait convenir, & lecoeur
estenmême temps d'accord
avec la raison.
Quelques mois se passent
ainsi tres heureusement;mais
Medor a des parents fâcheux,
ils ont du bien dontilnejoüira
apparemment que lorsqu'ils
seront las d'en joüir. Cependant
il faut trouver tous les
jours les moyens de faire Cub:.
sister cette belle Amante sur
le pied oùon l'a mise. On
s'en est fait un point d'honneur
,aussi en estce un, &
l'on seraitavec raison au desespoir
d'en démordre. Mais
comment faire? le temps efl:
dur,&l'on est bien-tôt exposé
à se rencontrervis-à vis
de rien, dés qu'on est obligé
de travailler d'industrie, pour
trouver - des expediçww qui
en tretiennent des plaisirs. Le
monde ne preste pasvolontiers
son
son argent à ces sortes d'emplois.
L'usurier seul peut faire
cette affaire sur de bons gages;
c'estcequivanousarriver.
M. Sganarelle est un maître
homme en fait d'usure.
C'est un fesse Mathieu qui a
toutes les qualitez requi[cs.U11
petit abregé de sa vie, & son
portrait feront, si je ne me
trompe, une digression qui
n'aurarien d'ennu yeux.
M. Sganarelle originaire de,
jene fay quel pays, sorti du
plus bas lieu du monde,peut
avoir environ quarante ans.
Il est à peu prés comme le sot
Personnagc de l'Inconnu, grofit, grajpt, hebeté,il a la
jambeséche
, çy porte au vent. Il a été goujat
, garçon ganticr
,
Soldat, Dragon,Agioteur
,
& l'est encore. Sa chere
moitiévend des pommes dans
un coin de la terre, pendant
qu'il fait ici un fracas de diable
avec son portier,sesmeubles,
ses laquais, ses chevaux,&son
carrosse. Il a fait autant d'affaires
qu'il a voulu, Messieurs les
Juges Consuls lui en font autant
qu'ils peuvent. Il a des
dettes par dessus la tête
,
& il
se propose incessamment le
voyage d'outre-mer.
-
Medor qui connaissait malheureusement
M. Sganarelle,
jetta les yeux sur lui pour en
tirer quelques secours dans le
besoin pressant où il se trouvoit:
illui en parla en homme
qui craint plus que la mort,
de perdre ce qu'il aime. Montrezmoy,
lui dit il
,
le jour
qu'il luy fit sa proposition,
montrez moy cette belle personne.
Je veux vous donner à
souper à tous les deux:Nous
conviendrons ensuite de nos
fait<;. Medor n'eût pas de peine
à engager la belle Rose à acceprer
cette partie, où ils devoient
de concert pouffer une
botte vigoureuse à M. Sganarelle.
lis se rendirent chez luy à
l'heure du Couper, ils y furent
reçus & regalez à merveille;
il en coura encore plus cher à
leur Hôte qu'il ne le croyoit
luy même; il devint pendant
ce repas éperduëment amoureux.
Il annonça ses grands
biens au nouvel objet de ses
voeux, il luy en6c îjn. ample
détail, & luy en promit sa
bonne part, on l'écouta pour
raison, & pour raison on s'en
mocqua.
Le lendemain l'impatience
le prit,ilenvoyainviterMcdor
à diner chez luy, dés qu'il y
fut, il lepria d'y souper le Wême
jour avec sa Maitresse
Medor y consentit, après s être
reposé sur elle & sur sa prudence
dres interets de son
araou,r,:,
Avant le souper Sganarelle
trouva l'occasion de profiter
ïPurttêteàtêreavccl'aimable
Rose. Ill'entretintallez long,
temps du pouvoir souverain
de ses charmes,illuy compta
en véritable agioteur, le chcmin
que Ces yeux avoient fait
sur son coeur, il luy proposa
d'accepter une jolie maison
bien meublée à la porte de la
Ville, illuy offii^,une cuisiniere,
un équipagemagnifique
& des valets ;enfin illuy promit
de l'épouser, si elle vouloit
y consentir
,
&renoncer
pour l'amour de lui à soncher
Medor. Elle luy dit qu'elle seroit
Ces réflexions sur sa proposition
,
& que dans deux
jours ellelui en rendroit réponse.
Elle vouloit avant de
s'embarquer avec un tel homme,
con sul ter là dessusson
Amant; c'était bien la moindre
chose. Elle lui conta toutes
les circonstances de la declaration
deSganarelle. La proposition
leur parut avantageuse,
ilsy toperent:d'ailleurs ils
s'aimoient; mais ils n'avoient
nil'un ni l'autre, le moyen de
s'aimer, sans s'exposer à s'accabler
de dettes.
Deuxjoursaprès Sganarelle
allarendre vifiîe à sa charmante
Rôle: il lui jura qu'il étoit
toûjours dans les mêmes sentimencs
qu'il luy avoit marquez
,& lui protesta de n'ai:.
mer qu'elle le reste de sa vie.
Leurs conventions faites, & la
promesse de mariage donnée,
il l'emmena dans son carrosse à
sa maison de Campagne, où il
ordonna d'abord à tous ses
domestiques de la reconnoistre
& de la servir comme leur
Maitresse. Il l'instalaainsi avec
ceremonie dans son nouveau
domicile, mais elle n'y eut pas
resté huit jours qu'elle sentit
qu'elle estoit dans une belle
prison. Elle prit cependant
patience dans l'esperance de
voir les choses changer bientost
de face, & comptant sur
la parole de son furur époux.
Mais loin des'appercevoir des
effetsde ses belles promesses,
elle vit tous les jours augmenter
sa captivité. Alors elle écrivit
secretement à son cher
Medor,ellel'appella à son secours,
& le pria de la maniere
du monde la plus forte& la
plus tendre de la délivrer du
cruel esclavage où l'enchaînoit
ce vilain fesse Mathieu.
Medor plus amoureuxque
jamais, s'offrit à la fcrvir à son
gré. Il n'avoitrenoncé à la
voir, que parce qu'il avoit senti
la necessité où il eftoïc de
sacrifier son amour aux interefts
de sa Maistresse. Mais
cette raiton n'ayant plus de
lieu, il éclata en mut mures, en
injures, & forma mille projets
de vengeance contre Sganarelle
,
qu'heureusement une
douzaine de Sentences des
Consuls retenoit précieusement
dans sa Maison de Ville.
Il fut trouver Mercure qui en
son ami, illuy confia ses fôins,-
son amour, & sa douleur, il
le pria de se mesler de ses affaires,
de l'assister de ses conseils,
& de l'aider à tirer sa
màiflreffe des mains de son
indigne rival. Mercure qui ca
aussifertile en expedients & en
raifonncments qu'il luy convient
de l'estre, luy proposa
d'abord tous les moyens qui se
presenterent à son imaginanon
;enfin ils resolurent avant
de se separer, de s'y prendre
de la façon que vous allez lire.
Un Lundy 15. de ce mois,
Mercure se rendit chezMedor,
au lever de l'aurore, un tiers
de ses amis & son Ecuyer furent
de la partie, il fit à l'imftant
atteler un char chez un
loüeur de Carrosses dans le
voisinagedu Palais Royal,ils'y
precipira,& commanda en même
temps à son conducteur de
mener ses miserables coursiers
le plus vîce qu'il pourroit à la
Guinguette, où estoit le Château
de la Dame dont ils alloient
briser les chaînes, & qui
leur avoit tenu la veille le discours
suivant pour lesencourager
peut-estre,si tantest qu'-
ils eussent besoin de plusde
icourlage qu'ils n'en ont. sous le Cielune personneplusmalheureuseque
tnoy*\
quellefatale étoile s'obstineà rise
ersecuter! des principes de raifok
~0* de vertu forment le premiïr
attachement de ma vie
,
sa veifk
dujour destinépourmon hjmen,
mon perside Amant m'abandonne,
je le fuis
, & le perds pour jamais
:vostremain,moncherMedor
,vientessuyer mes larmes,
alors un rayon defelicitém'enyyre
; mais à peine ay-jeeuleloisir
d'envisager le bonheur dontje
meflatte
, que la fortune qui ne
vous traite pas mieux que mcry ,
nous precipite tous deux dans l'indigence.
Un infame usurier dont
le coeur est auJJi pourry , que ses
mains sont avides
,
se presente
sous le masque de la generosité
,
pour me rendre la mElïme de ses
desirscriminels
;
il me promet de
mépouser,& mepropose en même
tems de fuïr avec tlry dans des
Pays étrangers
, poury partager
la dépoüille des gens qu'il a ruimK-
J'try son secret,il craintque
je ne l'évente
,
il m'enferme
, c- -
me soumet comme une malbeureuse
esclave à la vigilance&à
la rigueur de ses domestiques.
Puis-je vivre avec un tel homme
? ah quand il auroit tous les
tresors du monde, le scelerat seroit
encore indigne à mesyeux,
qui ne le connoissent que trop, de
la moindre de mes complaisances ;
j'ay quelques hardes cbez lui, ces
hardes consistenten une demie douzaine
d'habits, qui ,y compris
ma toilette, ne valent pas grande
chose. Au nom de Dieu , aide
moy à les arracher des mains de
ce vilain
, pour me procurer du
moins la consolation de sortir de
sa maison telle que j'étois
,
lorsquej'ysuisentrée.
A ces mots Mercure applaudit
,la rasseura,& luy promit,
avant de la quitter, tous
les secours qui dependroient
de ses heureux talents.
Le lendemain de cette harangue,
comme jevousdisois
fort bien tout à l'heure, il se
transporteaulogis de laDame,
accompagné de Medor
,
d'un
aurre amy commun , & de
son Ecuyer. Medoraussitost,
suivantl'ordre concerté, frappe
en Maistre à la porte, & redouble
les coups de marteau
pour éveiller plus promptement
le chien, le Jardinier & la
Jardiniere qui faisoient chacun
à leur tout la garde de la maison.
Ils arriverent enfin tous
trois à la porte,à demi éveillez
,
essouflez
,
épouvantez.
Medor leur cric à l'instant,
ouvrez vîte,ouvrez,on vient
d'arrêter M. Sganarelle prisonnier
, on la pris dans son lit,
sauvez Madame, les Archers
vont
vont venir dans un moment
l'enlever, & cela seroit déja
fait,si l'Exempt qui en: de nos
amis, ne nous avoit fait avertir
fous main de la visite qu'il
va lui rendre. Pendant ce Dialogue
la porte s'ouvre. Medor
s'en empare, pouren deffendre
,
a ce qu'il dit, l'entrée.
AIÓrs le Jardinier & sa femme
étourdis du malheur de leur
Maistre
,
disent d'un ton pitoyable.
Ily a longtems cjvc
nous prévoyons que cela devoit
lui arriver tôt ou tard, il n'a, le
méchant) que cequ'il merite y'&
laJustice ne perdjamais son droit.
Ilsjoignent a ces lamentations,
untas d autres mauvais
prover bes. Cependant Mercure
les prie de l'aider àployer
le bagage de la Dame, à le descendre,
& à le porter jusqu'au
carrosse,ce quils executent le
plus affectueusement
,
& le
plus diligemmentdu monde.
Cette besogne faite en tout
honneur, il donne la main à la
Dame delivrée
, ill'embarque
dans sa voiture, & la ramene
tranquillement à la Ville
,
où
ellerend tous les. jours grace
au Ciel du succés de sa dcli.,,,
vrance.
Le Lecteur qui n'est jamais
content, & qui veut toûjours
qu'on luy conte avanture sur
avanture,me demanderapeutêtre
ce que devint Sganarelle
lorsqu'on lui apprit cette corvée,
ce qu'il fit, & ce qu'il dit.
Le voici en deux mots: il fit
beaucoup d'extravagances. &;
dit quantité de sotises. Il traita
sa belle inhumaine, de cruelle,
d'ennemie, d'ingrate, il se cassa
la tête contre les murailles, il
battit ses gens, & chassale
Jar dinier,la Jardiniere
,
& le
chien.
Voila
La belleRose vint au monde
il y a environ dix-neufans,
dans une Ville que la Seinearrose
au moins autant que Paris,
Dés sa plus tendre jeunesse
elle se fit admirer par son esprit
& par sa beauté.L'éducation
que ses parents luy donnerent
a joûra tant d'éclat àses
charmes haissants, quelebruit
de ses appas se répandit bientôt
jusqu'aux environs des
lieux qui l'avoient vu naître.
Un Gentilhommevoisinde
la Ville où elle demeuroit, s'y
rendit un jour de dessein prémédité
,
attiré par le recit des
grâces & du mérité de Cette
belle fille. Illa vit, ill'aima,
& voulut s'en faire aimer. Ses
foins furent longtems mutiles,
il CI;) connut laraison,il parla
de mariage ,il fut écouté;mais
soit qu'il craignit d'engager sa
Noblesse & sa réputation en
contractant une alliance qui
pût mal à propos, lui paroître
inégale,soit qu'il eût de bonne
foy un autre but que celui
de se marier
, ou foit plustost
qu'd n'aimât pas parfaitement
une si aimable MJÎcreffc) il ne
lui eût pas plustost proposé
son mariage, qu'illuy demanda
du tems pour l'accomplir,
& la permission de lui faire (a
cour. Il étoit jeune, bien fait,
éloquent & rendre. Elle n'étoit
pas insensible;enfalloit
-
il
davantage pour la faire donner
dans tous les pieges du
monde.
L'esprit, quelque dose
qu'on en ait, deffend mal un
coeur contre les conseils de
l'amour, & la raison à beau
venir au secours de nos foiblesses
,
la feule image des plaisirs
dans un coeur tendre, coule
à fond la raison. On dispute
quelquefoisle terrain par mauvaise
humeur, & par rebellion,
mais on le cede tou jours par
reconnoissance. Enfin lorsqu'on
est aimé, & qu'on est
bien persuadé de Testre, il s'enfuit
de là qu'il faut qu'on aime.
La belle Rose enaimée,elle
en est sûre,elle aime à son tour,
cela est dans la regle; mais cette
passion se nourrit pendant six
mois dans son coeur, elle se repaîte
des plus doucesesperances
du monde, elle sent même avec
plaisir approcher le jour heureux
où son Hymen doit couronner
son amour. Il n'y a plus
qu'une nuit à passer: le lendemain
au pied des Autels, un
serment solemnel doit l'unir à
son amant. Mais pendant cette
même nuit,l'infidele qui s'est
fait sans doute, une peinture
affreuse du noeud oùil va s'engager,
prend des chevaux de
poste,& te rend à Paris. Le
saisissement, les larmes & le
desespoir sont les moindres effets
de cette horrible nouvelle.
Elle cherche dans l'esperance
de mourir, à se consoler de
son malheurextrême; mais
les jours se multiplient, &
l'amour qui ne peut s'éteindre
au moins sans le vanger,la flicte
du projet d'une vengeance
assurée.Elledissimuleadroitement
,elle revoit le monde,&
pendant quelques jours elle
affecte unecontenance siindifferente,
que sesmeilleuresamies
s'étonnent de sa legereré; mais
tous ceux qui l'éclairoient font
les dupes de sa dissimulation;
enfinelle se dérobe à ses parens
pour courir après son amant.
Elle arrive à Paris. Quelle
Ville, grand Dieu! pour une
jeune fille dont la beauté vienc
cflreTécucil des plus belles de
cette gr ande Ville Un* Auberge
Utd'abordPafyleeueîlè
cherche àse cacher Laprécaution
de ne se pas montrer; sa
rnodx stie
,
sa douleur &la fitriplicitéde
ses habits larassûrent
contre l'image des perils qu'elle
court. Cependant elle s'occupe
uniquement du foin de
trouver le traître donr elle se
voit si indignement abandonnée:
elle ne veut que le voir,
luy reprocher son horribleinfidelité,
pleurer, gemir & mourir
à ses pieds. Maiselle n'en
peut apprendre aucunes nouvelles,
on luy, dit seulement
que,d"autres lieujg qui luy sont
Ínconnu) & où elle n'a pas le
moyen.d'aller, le derobentencore
à, la tendresse de ses reproches.
Que peut-elle faire
déformais?estil quelqu'un de
mes Lecteurs qui ne tremble
maintenant pour elle?
:.
La pudeur & la vertu font
ordinairement les victimes de
l'indigence.
Je ne [ai point d'endroits
au monde où les charmes d'une
belle personne la dédommagent
gratis des frais oùses
beloinsl'engagent:Paris sur
tout
tout donne moins qu'aucune
autre Ville, de ces exemples de
generosité
,
la défiance regne
avec trop d'empire dans le
coeur de tous ses habitans : &
ce n'efl; maintenant que dans
les Romans qu'on trouve de
ces hospitalitez genereuses.
La triste Rose accablée dans
son humble retraite du poids
de son infortune, ne trouve
pas au fonds de son repentir,
de sa honte & de sa douleur,
des expedients poijr appaiser
la rigueur d'une Hôtesse impitoyable.
La sienne ne se paye
pas de ses larmes, à chaque
instant elle lui demande avec
tyrannie, une dettequ'ellene
peut alors acquitter sanscri-
me. Les mauvais conseils vien
nent au secours de la necessité.
Vous ces bien simple
,
lui
dit elle un jour, de vous allarmer
de vos besoins dans une
Ville comme celle ci
,
belle
comme vous êtes, Paris est le
seulendroit du mondeoù vous
devez vivre. La beauté y fait
toujours fortune. Lavôtreest
eblou ss ante ,& vous l'ensevelifT-
z : vôtre espritégale vôtre
beauté,&tous les deux vous
sontinutiles. Vousn'aurezpas
faitune démarchevers le monde,
que vous reconnaîtrez l'abus
où vousêtes. Vous serez
ici la maîtressede vôtre reputation
,
& l'étalage de vôtre
vertu ne recevra jamais aucune
atteinte, tant que la modestie
& la discretion qui vous
font naturelles feront les honneurs
de vostre conduite. Je
connois un galant homme sur
qui vous pouvez vous reposer
du foin de vous mettre à vôtre
aise. Il n'exigera jamais
rien de vous, je vous en réponds
, & contents de vôtre
politesse, & du plaisir de vous
voir , il fera infailliblement
toutes les avances de vôtre
fortune.Croyez-moi, ne soyez
pas assez ennemie de vous-même
, pour refuser le secours
que je vous offre. Je vous l'amenerai
ce soir, vous le verrez,
vous l'entendrez, & vous
jugerez à loisir du merite dela
conquête que je vous dessine.
On ne répond pas toujours cc
qu'on pense sur de pareilles
propositions. On a eu tout le
tems de s'examiner; mais la
pauvreté détermine, & un soupir
& un regard languissant
sont les interpretes d'un silence
qui marque que l'esprit
se prête assez à la force de ces
raisonnements.
Vers les six heures du foir
MadameAmynthe son hôtesse
introduit l'heureux Medor
dans la chambre de la belle &
timide Rose Il la saluë avec
unrespectinfini,il lui fait mille
compliments sur sateaute,
jamais rien de plus beau,rien
de plus parfait ne s'est offert à
sa vûë,& ses charmes ont un
éclat divin dont il s'enyvre. Il
est bien fait, jçune, il a de réf.
prit, dumerite, il est aimable.
Il parle,il attaque,il prenait
va bientôtséduire, enfinun
present considerable qu'il fait
à son hôtesse, & les dettes de
la belle Rose qu'il paye, determinent
Madame Amynthe
à prendre avec feu lesinterêts
d'un homme si genereux. rm-
,
Il retourne à la charge, on
l'écoute, on lui répond, on
luy promet mernc quelque
chose , peu à peu tous les obstacles
se levent
, & tout le
flatte bien-tost de l'espoir d'un
triomphe certain. Les ajustemens,
les spectacles 6cles plaisirs
font des batteries d'usage
qui font un ravage furieux
dans le coeur de cette belle fille.
L'infidele qui l'a trahie, est
à ses yeux un scelerat indigne
de la moindre des bontez qu'-
elle a euës pour lui rc'cft un
monstre rempli de tous les
vices du monde ,& Medora
toutes les belles qualitez imaginables.
Voilàde quoilaraisonla
fait convenir, & lecoeur
estenmême temps d'accord
avec la raison.
Quelques mois se passent
ainsi tres heureusement;mais
Medor a des parents fâcheux,
ils ont du bien dontilnejoüira
apparemment que lorsqu'ils
seront las d'en joüir. Cependant
il faut trouver tous les
jours les moyens de faire Cub:.
sister cette belle Amante sur
le pied oùon l'a mise. On
s'en est fait un point d'honneur
,aussi en estce un, &
l'on seraitavec raison au desespoir
d'en démordre. Mais
comment faire? le temps efl:
dur,&l'on est bien-tôt exposé
à se rencontrervis-à vis
de rien, dés qu'on est obligé
de travailler d'industrie, pour
trouver - des expediçww qui
en tretiennent des plaisirs. Le
monde ne preste pasvolontiers
son
son argent à ces sortes d'emplois.
L'usurier seul peut faire
cette affaire sur de bons gages;
c'estcequivanousarriver.
M. Sganarelle est un maître
homme en fait d'usure.
C'est un fesse Mathieu qui a
toutes les qualitez requi[cs.U11
petit abregé de sa vie, & son
portrait feront, si je ne me
trompe, une digression qui
n'aurarien d'ennu yeux.
M. Sganarelle originaire de,
jene fay quel pays, sorti du
plus bas lieu du monde,peut
avoir environ quarante ans.
Il est à peu prés comme le sot
Personnagc de l'Inconnu, grofit, grajpt, hebeté,il a la
jambeséche
, çy porte au vent. Il a été goujat
, garçon ganticr
,
Soldat, Dragon,Agioteur
,
& l'est encore. Sa chere
moitiévend des pommes dans
un coin de la terre, pendant
qu'il fait ici un fracas de diable
avec son portier,sesmeubles,
ses laquais, ses chevaux,&son
carrosse. Il a fait autant d'affaires
qu'il a voulu, Messieurs les
Juges Consuls lui en font autant
qu'ils peuvent. Il a des
dettes par dessus la tête
,
& il
se propose incessamment le
voyage d'outre-mer.
-
Medor qui connaissait malheureusement
M. Sganarelle,
jetta les yeux sur lui pour en
tirer quelques secours dans le
besoin pressant où il se trouvoit:
illui en parla en homme
qui craint plus que la mort,
de perdre ce qu'il aime. Montrezmoy,
lui dit il
,
le jour
qu'il luy fit sa proposition,
montrez moy cette belle personne.
Je veux vous donner à
souper à tous les deux:Nous
conviendrons ensuite de nos
fait<;. Medor n'eût pas de peine
à engager la belle Rose à acceprer
cette partie, où ils devoient
de concert pouffer une
botte vigoureuse à M. Sganarelle.
lis se rendirent chez luy à
l'heure du Couper, ils y furent
reçus & regalez à merveille;
il en coura encore plus cher à
leur Hôte qu'il ne le croyoit
luy même; il devint pendant
ce repas éperduëment amoureux.
Il annonça ses grands
biens au nouvel objet de ses
voeux, il luy en6c îjn. ample
détail, & luy en promit sa
bonne part, on l'écouta pour
raison, & pour raison on s'en
mocqua.
Le lendemain l'impatience
le prit,ilenvoyainviterMcdor
à diner chez luy, dés qu'il y
fut, il lepria d'y souper le Wême
jour avec sa Maitresse
Medor y consentit, après s être
reposé sur elle & sur sa prudence
dres interets de son
araou,r,:,
Avant le souper Sganarelle
trouva l'occasion de profiter
ïPurttêteàtêreavccl'aimable
Rose. Ill'entretintallez long,
temps du pouvoir souverain
de ses charmes,illuy compta
en véritable agioteur, le chcmin
que Ces yeux avoient fait
sur son coeur, il luy proposa
d'accepter une jolie maison
bien meublée à la porte de la
Ville, illuy offii^,une cuisiniere,
un équipagemagnifique
& des valets ;enfin illuy promit
de l'épouser, si elle vouloit
y consentir
,
&renoncer
pour l'amour de lui à soncher
Medor. Elle luy dit qu'elle seroit
Ces réflexions sur sa proposition
,
& que dans deux
jours ellelui en rendroit réponse.
Elle vouloit avant de
s'embarquer avec un tel homme,
con sul ter là dessusson
Amant; c'était bien la moindre
chose. Elle lui conta toutes
les circonstances de la declaration
deSganarelle. La proposition
leur parut avantageuse,
ilsy toperent:d'ailleurs ils
s'aimoient; mais ils n'avoient
nil'un ni l'autre, le moyen de
s'aimer, sans s'exposer à s'accabler
de dettes.
Deuxjoursaprès Sganarelle
allarendre vifiîe à sa charmante
Rôle: il lui jura qu'il étoit
toûjours dans les mêmes sentimencs
qu'il luy avoit marquez
,& lui protesta de n'ai:.
mer qu'elle le reste de sa vie.
Leurs conventions faites, & la
promesse de mariage donnée,
il l'emmena dans son carrosse à
sa maison de Campagne, où il
ordonna d'abord à tous ses
domestiques de la reconnoistre
& de la servir comme leur
Maitresse. Il l'instalaainsi avec
ceremonie dans son nouveau
domicile, mais elle n'y eut pas
resté huit jours qu'elle sentit
qu'elle estoit dans une belle
prison. Elle prit cependant
patience dans l'esperance de
voir les choses changer bientost
de face, & comptant sur
la parole de son furur époux.
Mais loin des'appercevoir des
effetsde ses belles promesses,
elle vit tous les jours augmenter
sa captivité. Alors elle écrivit
secretement à son cher
Medor,ellel'appella à son secours,
& le pria de la maniere
du monde la plus forte& la
plus tendre de la délivrer du
cruel esclavage où l'enchaînoit
ce vilain fesse Mathieu.
Medor plus amoureuxque
jamais, s'offrit à la fcrvir à son
gré. Il n'avoitrenoncé à la
voir, que parce qu'il avoit senti
la necessité où il eftoïc de
sacrifier son amour aux interefts
de sa Maistresse. Mais
cette raiton n'ayant plus de
lieu, il éclata en mut mures, en
injures, & forma mille projets
de vengeance contre Sganarelle
,
qu'heureusement une
douzaine de Sentences des
Consuls retenoit précieusement
dans sa Maison de Ville.
Il fut trouver Mercure qui en
son ami, illuy confia ses fôins,-
son amour, & sa douleur, il
le pria de se mesler de ses affaires,
de l'assister de ses conseils,
& de l'aider à tirer sa
màiflreffe des mains de son
indigne rival. Mercure qui ca
aussifertile en expedients & en
raifonncments qu'il luy convient
de l'estre, luy proposa
d'abord tous les moyens qui se
presenterent à son imaginanon
;enfin ils resolurent avant
de se separer, de s'y prendre
de la façon que vous allez lire.
Un Lundy 15. de ce mois,
Mercure se rendit chezMedor,
au lever de l'aurore, un tiers
de ses amis & son Ecuyer furent
de la partie, il fit à l'imftant
atteler un char chez un
loüeur de Carrosses dans le
voisinagedu Palais Royal,ils'y
precipira,& commanda en même
temps à son conducteur de
mener ses miserables coursiers
le plus vîce qu'il pourroit à la
Guinguette, où estoit le Château
de la Dame dont ils alloient
briser les chaînes, & qui
leur avoit tenu la veille le discours
suivant pour lesencourager
peut-estre,si tantest qu'-
ils eussent besoin de plusde
icourlage qu'ils n'en ont. sous le Cielune personneplusmalheureuseque
tnoy*\
quellefatale étoile s'obstineà rise
ersecuter! des principes de raifok
~0* de vertu forment le premiïr
attachement de ma vie
,
sa veifk
dujour destinépourmon hjmen,
mon perside Amant m'abandonne,
je le fuis
, & le perds pour jamais
:vostremain,moncherMedor
,vientessuyer mes larmes,
alors un rayon defelicitém'enyyre
; mais à peine ay-jeeuleloisir
d'envisager le bonheur dontje
meflatte
, que la fortune qui ne
vous traite pas mieux que mcry ,
nous precipite tous deux dans l'indigence.
Un infame usurier dont
le coeur est auJJi pourry , que ses
mains sont avides
,
se presente
sous le masque de la generosité
,
pour me rendre la mElïme de ses
desirscriminels
;
il me promet de
mépouser,& mepropose en même
tems de fuïr avec tlry dans des
Pays étrangers
, poury partager
la dépoüille des gens qu'il a ruimK-
J'try son secret,il craintque
je ne l'évente
,
il m'enferme
, c- -
me soumet comme une malbeureuse
esclave à la vigilance&à
la rigueur de ses domestiques.
Puis-je vivre avec un tel homme
? ah quand il auroit tous les
tresors du monde, le scelerat seroit
encore indigne à mesyeux,
qui ne le connoissent que trop, de
la moindre de mes complaisances ;
j'ay quelques hardes cbez lui, ces
hardes consistenten une demie douzaine
d'habits, qui ,y compris
ma toilette, ne valent pas grande
chose. Au nom de Dieu , aide
moy à les arracher des mains de
ce vilain
, pour me procurer du
moins la consolation de sortir de
sa maison telle que j'étois
,
lorsquej'ysuisentrée.
A ces mots Mercure applaudit
,la rasseura,& luy promit,
avant de la quitter, tous
les secours qui dependroient
de ses heureux talents.
Le lendemain de cette harangue,
comme jevousdisois
fort bien tout à l'heure, il se
transporteaulogis de laDame,
accompagné de Medor
,
d'un
aurre amy commun , & de
son Ecuyer. Medoraussitost,
suivantl'ordre concerté, frappe
en Maistre à la porte, & redouble
les coups de marteau
pour éveiller plus promptement
le chien, le Jardinier & la
Jardiniere qui faisoient chacun
à leur tout la garde de la maison.
Ils arriverent enfin tous
trois à la porte,à demi éveillez
,
essouflez
,
épouvantez.
Medor leur cric à l'instant,
ouvrez vîte,ouvrez,on vient
d'arrêter M. Sganarelle prisonnier
, on la pris dans son lit,
sauvez Madame, les Archers
vont
vont venir dans un moment
l'enlever, & cela seroit déja
fait,si l'Exempt qui en: de nos
amis, ne nous avoit fait avertir
fous main de la visite qu'il
va lui rendre. Pendant ce Dialogue
la porte s'ouvre. Medor
s'en empare, pouren deffendre
,
a ce qu'il dit, l'entrée.
AIÓrs le Jardinier & sa femme
étourdis du malheur de leur
Maistre
,
disent d'un ton pitoyable.
Ily a longtems cjvc
nous prévoyons que cela devoit
lui arriver tôt ou tard, il n'a, le
méchant) que cequ'il merite y'&
laJustice ne perdjamais son droit.
Ilsjoignent a ces lamentations,
untas d autres mauvais
prover bes. Cependant Mercure
les prie de l'aider àployer
le bagage de la Dame, à le descendre,
& à le porter jusqu'au
carrosse,ce quils executent le
plus affectueusement
,
& le
plus diligemmentdu monde.
Cette besogne faite en tout
honneur, il donne la main à la
Dame delivrée
, ill'embarque
dans sa voiture, & la ramene
tranquillement à la Ville
,
où
ellerend tous les. jours grace
au Ciel du succés de sa dcli.,,,
vrance.
Le Lecteur qui n'est jamais
content, & qui veut toûjours
qu'on luy conte avanture sur
avanture,me demanderapeutêtre
ce que devint Sganarelle
lorsqu'on lui apprit cette corvée,
ce qu'il fit, & ce qu'il dit.
Le voici en deux mots: il fit
beaucoup d'extravagances. &;
dit quantité de sotises. Il traita
sa belle inhumaine, de cruelle,
d'ennemie, d'ingrate, il se cassa
la tête contre les murailles, il
battit ses gens, & chassale
Jar dinier,la Jardiniere
,
& le
chien.
Voila
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3515
p. 239-252
Morts. [titre d'après la table]
Début :
Messire Henry Jules de Mazarin, Duc de Mayene, dont l'esprit [...]
Mots clefs :
Lieutenant, Roi, Chevalier, Duc, Armées, Marquis, Normandie, Lieutenant général
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texteReconnaissance textuelle : Morts. [titre d'après la table]
MessireHenry Julesde Maz,.
ui, Duc de Mayenne, donc
l'esprit répondant à toutes les
belles qualitésque l'on peut
voir dans un jeune homme,
donnoit déjàa de grandes esperances,
mourut de la petite
verole le x8,Juin dernier, âgé
de 12. ans : il estoit fils de
MessirePaulJules Duc de Mazarin,
de la Meilleraye & de
Mayenne,Pair de France
Gouverneur de Blavet, Port-
Louis, &c. & de Fdlcc Armande
Charlote de Durfort
de Duras, filleaînée de Mesre
Jacques Henry deDurfort
Duc de Duras, Pair &Maréchal
de France , & petit fils de.
Messire Armand Charles Duc
de Mazarin, PairdeFrance,
& Chevalier des Ordres du,
Roy. La Maisonde Mazarin
ra- originaire de la Ville de
Rome, & est non seulement
connue en France depuis lé,
Cardinal Mazarin qui enétoit
premier Ministre, mais encore
eHètfeft pas moins illustre par
son
son ancienneté que par ses
grandes alliances. La Genealogie
en cO: rapportée tout au
long dans l'Histoire des Ma- Pl réchaux de France, au même
chapitre.
M.jean-Baptiste Ducasse,
âgé de 63. ans,Lieutenant General
des Armées navales,
Commandeur de l'Ordre de
S. Loüis, Chevalier de la Toisond'or,
Capitaine General
du Roy d'Espagne, & que S.
M. C. avoit honoré en dernier
lieu de la commission de Commandant
de ses Armées navales
au Siege de Barcelone
est mort auxeaux de Bourbon
fort regrettéde toute sa famille.
On peut dire en deux
mots que par tour où sou service
l'a appellé, il a donné des
marques d'une prudence consommée
par la conduire, &
d'une grande valeur pour le
fervtce des Rois,dont il a reçtk
en differentes fois des marques
de bienveillance;
:-, Dame Marie Françoise Berthaut
de Freauville, Dame
d'honneur de Madame la Duebefle
de Berry, mourut le 16.
Juin dernier :elle estoit femme
de Mtflue FrançoisTouffaiût
deGuerhoent, Marquis de
Coëtenfao, Comte dePenhont
,
&c. Lieutenant General
des Armées du Roy,Sous-
Lieutenant des chevaux Legers
de sa Garde, & Chevalier
d honneur de Madame la Duçhesse
de Berry. Madame de
Freauville estoitfille de Messire
FrançoisBerthaut deFreauville,
Conseiller au Parlement de
Paris, mort le
1 4. Décembre
1713. & de Dame Marie de
la Garde. Pour Monsieur le
Marquis de Coëtenfao ilest
frere de Monsieurl'Evêque
d'Avranches,dont le zel e pour
le bien de l'Eglise luy attire l'esrime,
nonseulement de son
Diocese, mais encore de tous
ceux qui le connoissent. La
famille de Freauville est originaire
de Normandie: pour
celle de Coëtenfao, elleest une
des plus illustres de laBretagne.
-
Messire Henry Pidoude S.
Olon, Chevalier de l'Ordre de
NostreDame de MontCar
mel & deS. Lazare de Jerusalem
,
Gentilhomme ordinaire
du Roy, cy- devant Sous-
Lieutenant aux Gardes, mourut
le 13. Juindernier ;ilétoit
fils deM. Pidou deS.Olon,
cy-devant Envoyé extraordinaire
du Roy à Genes, & son
Ambassadeur auprés du Roy
de Maroc, Commandeur de
l'Ordre du Mont-Carmel &
de S. Lazare, Gentilhomme
ordinaire de la Maison du
Roy.
Dans le Mercure du mois
passé j'ay mis un article cjuiregarde
Madame la Marquise de
Nonant
,
sur des Mémoires
qu'on m'avoit donnez
,
j'ay
appris depuis qu'ils n'estoient
pas veritables; les preuves de
faussetéqu'onm'en a données,
m'obligent par rcfpeû pour la
venté à changer cet article
dans le present Mcrcurc à
vous dire que l ';,
La Maison des Fradets est
establie dans la Province de
Berry depuis si longtemps qu'il
n'estmemoire de soncommencement
:l'ancien Armorial des
Heros de l'an 1320. & celuy
de la Bannicre de Berry du
temps du Roy Charles VII.
la mettent au nombre des nobles
familles du Berry.
-, Au temps des Croisades
pourla Terre Sainte,il cfl: rapporté
par Aubert de Poitiers
dans son livre imprimé en
J162,. que JeanFradeten
combattant contre les Turcs
y sur percé de trois dards ou
javelots :ce que l'Empereur
Alexis ayant rû, il ordonna
que pour marque de la valeur
de ce fidele Chrêtien, luy & sa
famille les porteroient dans
leurs armes, ce qui s'est continué
jurqt/à pre sent; ses descendans
ont eû des emplois
honorables à la guerre où ils
se sont toujours signalez.
Alexandre Fradet fut un des
trente Gentilshommesqui se
battirent en duel contre trente
autresGentils hommes Partisans
de Jean IV.Duc de
: Bretagne, fous le regne du
Roy Jean en 1350. il com-
; battit avec Jean de Beaumanoir,
Chevalier Partisan de la
Maison de Blois.
Jicquelin Fradet, Gouverneur
de Falaise en Normandie,
fat envoyé par le Roy Charges
V. en Angleterre pour traiter
de la rançon du Roy Jean
:
son pere, d'où retournant il
mourut à Boulogne, & fut
enterré dans l'Eglise Cathédrale
en 1361.
JeanFradet fut Gouverneur
de la Ville du Pont de l'Arche
en Normandie en 1371. fous
les Regnes des Rois Charles V-
& CharlesVI.
Pierre Fradet fat Gouverneur
de la Charité, & ensuite
de la grosseTour de Bourges.
Armand Fradet fut Evêque
de Rieux en 1400.
Nicolas Fradet fut envoyé
à Rome par le Roy Charles
VII. le 14. May1448. pour
les affaires du Clergé de France
où il mourut après avoir
fondé une Chapelle dans l'E-.
gliseCathedralede S.Estienne
de Bourges, & une Mciïe à
perpétuité, moyennant jopï
écus d'or,à laquelleChapelie
font ses Armes en dedans &
en dehors; elle est entre celles
de M ssieurs les Maréchaux de
Montigny & de la Chjastre.
, Durand Fradet fut grand
Prévoit de 1 Hostel du Roy
LouisXI. en 1480.
Antoine Fradet fut Commandant
pour le Roy à Sancerre
durant la L'uc en 11Sc.
Jean son fil,;
,
Chevalier Seigneur
de S. Aoust, fut Gouverneur
de la grosse Tour de
Bour ges, & Lieutenant de
Monseigneur le Prince de
Condé, Gouverneur de Berry.
( M. Jean Fradet de Saint
Aoust
,
Comte de Châteaumeillan,
Conseiller du Royen
tous ses ConseilsMarêchal
de ses Camps & Armées,Lieutenant
General de l'Artillerie
de France, qui ensuite a exercé
la Charge de Grand Maître de
l'Artillerie par commission du
Roy Lciiis XIII.épousaDame
Jeanne Marie de S Gelais
de Lusignan,qui lui apporta
200000. liv. en dot;duquel
mariage est issu.
., M. Armand Antoine Fradct
de Saine Aoust
, Lieutenant
de Roy de la Province de
Berry
,
Mestre de Campd'un
Regiment de Cavalerie,&
Brigadier des Armées du Roi,
tuéenFlandresen1675.
EtDame JeanneMarie Frader
de Saint Aoust, veuve de
M. Jacques Duplessis Châtil-
Ion
,
Marquis dudit lieu &de
Nonant.
ui, Duc de Mayenne, donc
l'esprit répondant à toutes les
belles qualitésque l'on peut
voir dans un jeune homme,
donnoit déjàa de grandes esperances,
mourut de la petite
verole le x8,Juin dernier, âgé
de 12. ans : il estoit fils de
MessirePaulJules Duc de Mazarin,
de la Meilleraye & de
Mayenne,Pair de France
Gouverneur de Blavet, Port-
Louis, &c. & de Fdlcc Armande
Charlote de Durfort
de Duras, filleaînée de Mesre
Jacques Henry deDurfort
Duc de Duras, Pair &Maréchal
de France , & petit fils de.
Messire Armand Charles Duc
de Mazarin, PairdeFrance,
& Chevalier des Ordres du,
Roy. La Maisonde Mazarin
ra- originaire de la Ville de
Rome, & est non seulement
connue en France depuis lé,
Cardinal Mazarin qui enétoit
premier Ministre, mais encore
eHètfeft pas moins illustre par
son
son ancienneté que par ses
grandes alliances. La Genealogie
en cO: rapportée tout au
long dans l'Histoire des Ma- Pl réchaux de France, au même
chapitre.
M.jean-Baptiste Ducasse,
âgé de 63. ans,Lieutenant General
des Armées navales,
Commandeur de l'Ordre de
S. Loüis, Chevalier de la Toisond'or,
Capitaine General
du Roy d'Espagne, & que S.
M. C. avoit honoré en dernier
lieu de la commission de Commandant
de ses Armées navales
au Siege de Barcelone
est mort auxeaux de Bourbon
fort regrettéde toute sa famille.
On peut dire en deux
mots que par tour où sou service
l'a appellé, il a donné des
marques d'une prudence consommée
par la conduire, &
d'une grande valeur pour le
fervtce des Rois,dont il a reçtk
en differentes fois des marques
de bienveillance;
:-, Dame Marie Françoise Berthaut
de Freauville, Dame
d'honneur de Madame la Duebefle
de Berry, mourut le 16.
Juin dernier :elle estoit femme
de Mtflue FrançoisTouffaiût
deGuerhoent, Marquis de
Coëtenfao, Comte dePenhont
,
&c. Lieutenant General
des Armées du Roy,Sous-
Lieutenant des chevaux Legers
de sa Garde, & Chevalier
d honneur de Madame la Duçhesse
de Berry. Madame de
Freauville estoitfille de Messire
FrançoisBerthaut deFreauville,
Conseiller au Parlement de
Paris, mort le
1 4. Décembre
1713. & de Dame Marie de
la Garde. Pour Monsieur le
Marquis de Coëtenfao ilest
frere de Monsieurl'Evêque
d'Avranches,dont le zel e pour
le bien de l'Eglise luy attire l'esrime,
nonseulement de son
Diocese, mais encore de tous
ceux qui le connoissent. La
famille de Freauville est originaire
de Normandie: pour
celle de Coëtenfao, elleest une
des plus illustres de laBretagne.
-
Messire Henry Pidoude S.
Olon, Chevalier de l'Ordre de
NostreDame de MontCar
mel & deS. Lazare de Jerusalem
,
Gentilhomme ordinaire
du Roy, cy- devant Sous-
Lieutenant aux Gardes, mourut
le 13. Juindernier ;ilétoit
fils deM. Pidou deS.Olon,
cy-devant Envoyé extraordinaire
du Roy à Genes, & son
Ambassadeur auprés du Roy
de Maroc, Commandeur de
l'Ordre du Mont-Carmel &
de S. Lazare, Gentilhomme
ordinaire de la Maison du
Roy.
Dans le Mercure du mois
passé j'ay mis un article cjuiregarde
Madame la Marquise de
Nonant
,
sur des Mémoires
qu'on m'avoit donnez
,
j'ay
appris depuis qu'ils n'estoient
pas veritables; les preuves de
faussetéqu'onm'en a données,
m'obligent par rcfpeû pour la
venté à changer cet article
dans le present Mcrcurc à
vous dire que l ';,
La Maison des Fradets est
establie dans la Province de
Berry depuis si longtemps qu'il
n'estmemoire de soncommencement
:l'ancien Armorial des
Heros de l'an 1320. & celuy
de la Bannicre de Berry du
temps du Roy Charles VII.
la mettent au nombre des nobles
familles du Berry.
-, Au temps des Croisades
pourla Terre Sainte,il cfl: rapporté
par Aubert de Poitiers
dans son livre imprimé en
J162,. que JeanFradeten
combattant contre les Turcs
y sur percé de trois dards ou
javelots :ce que l'Empereur
Alexis ayant rû, il ordonna
que pour marque de la valeur
de ce fidele Chrêtien, luy & sa
famille les porteroient dans
leurs armes, ce qui s'est continué
jurqt/à pre sent; ses descendans
ont eû des emplois
honorables à la guerre où ils
se sont toujours signalez.
Alexandre Fradet fut un des
trente Gentilshommesqui se
battirent en duel contre trente
autresGentils hommes Partisans
de Jean IV.Duc de
: Bretagne, fous le regne du
Roy Jean en 1350. il com-
; battit avec Jean de Beaumanoir,
Chevalier Partisan de la
Maison de Blois.
Jicquelin Fradet, Gouverneur
de Falaise en Normandie,
fat envoyé par le Roy Charges
V. en Angleterre pour traiter
de la rançon du Roy Jean
:
son pere, d'où retournant il
mourut à Boulogne, & fut
enterré dans l'Eglise Cathédrale
en 1361.
JeanFradet fut Gouverneur
de la Ville du Pont de l'Arche
en Normandie en 1371. fous
les Regnes des Rois Charles V-
& CharlesVI.
Pierre Fradet fat Gouverneur
de la Charité, & ensuite
de la grosseTour de Bourges.
Armand Fradet fut Evêque
de Rieux en 1400.
Nicolas Fradet fut envoyé
à Rome par le Roy Charles
VII. le 14. May1448. pour
les affaires du Clergé de France
où il mourut après avoir
fondé une Chapelle dans l'E-.
gliseCathedralede S.Estienne
de Bourges, & une Mciïe à
perpétuité, moyennant jopï
écus d'or,à laquelleChapelie
font ses Armes en dedans &
en dehors; elle est entre celles
de M ssieurs les Maréchaux de
Montigny & de la Chjastre.
, Durand Fradet fut grand
Prévoit de 1 Hostel du Roy
LouisXI. en 1480.
Antoine Fradet fut Commandant
pour le Roy à Sancerre
durant la L'uc en 11Sc.
Jean son fil,;
,
Chevalier Seigneur
de S. Aoust, fut Gouverneur
de la grosse Tour de
Bour ges, & Lieutenant de
Monseigneur le Prince de
Condé, Gouverneur de Berry.
( M. Jean Fradet de Saint
Aoust
,
Comte de Châteaumeillan,
Conseiller du Royen
tous ses ConseilsMarêchal
de ses Camps & Armées,Lieutenant
General de l'Artillerie
de France, qui ensuite a exercé
la Charge de Grand Maître de
l'Artillerie par commission du
Roy Lciiis XIII.épousaDame
Jeanne Marie de S Gelais
de Lusignan,qui lui apporta
200000. liv. en dot;duquel
mariage est issu.
., M. Armand Antoine Fradct
de Saine Aoust
, Lieutenant
de Roy de la Province de
Berry
,
Mestre de Campd'un
Regiment de Cavalerie,&
Brigadier des Armées du Roi,
tuéenFlandresen1675.
EtDame JeanneMarie Frader
de Saint Aoust, veuve de
M. Jacques Duplessis Châtil-
Ion
,
Marquis dudit lieu &de
Nonant.
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3516
p. 260-263
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Avançons, Mademoiselle, ne laissons point ici languir la narration, la [...]
Mots clefs :
Abbé, Gouvernement, Évêque, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
Avançons,Mademoiselle,
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
ne iailTons point ici languir la
narration lamatière estbelle.
Il s'agit de parler un moment
des bontez du Roy; quandil
vivroic encore milleans&
plus, on n'auroit jamaisrien
de meilleurà dire. Sa Majesté
toûjours attentive au choix
des sujets qu'clle honore de
ses graces, a donné les deux
Charges d'Aumônier que poC:
sedoient M. l'Abbé de Sourches
àpresent Evêque de Dol,
& M.l'AbbédeBrancasàpresent
Evêque de Lizieux
,
l'une
à M. l'Abbé de Froulay, Chanoine
& Comte de Lyon,&
l'autre àM.l'Abbé de Rochebonne,
aussiChanoine&Com
te de Lyon; & à M. le Marquis
d'Arpajon,Chevalierde
l'Ordre dela Toison d'or & de
Saint Lu$> & Maréchal de
Camp, son agrément pour le
Gouvernement de la Province
du Berry qu'il a acheté cent
milécusdeM.leDucdeNoailles.
Sa Majesté a ajoûré à cette
grâce un brevet de retenue de
deux cens mil livres Elle a ac
compagne ce present de rous
les agréments imaginables
pour M. le Mirquis dArpajon
, &lui a fait sentirqu'elle
se souvenoit avec ~phifir de Ces:
derniers services en France,&;
de ceux qu'il aenle bonheur
de rendre en Espagne à Sa Majette
Catholique, qui l'a pour
cette consideration honoré de
l'Ordre de laToison d'or.
Le Gouvernement de Berry
ne vaut à present que vingt mil
livres de revenu, autrefois il
en valoir trente- six ; mais il c11
un des plus considerables du
Royaume,&il a toujours été
possedé par desPrinces duSang,
& des plus grands Seigneurs.
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3517
p. 277-283
Trait comique. [titre d'après la table]
Début :
Nous tirons à la fin, Mademoiselle, & je vous invite [...]
Mots clefs :
Tragédie, Comédie, Comédiens, Spectacle, Foire de Bel-air, Foire Saint-Laurent
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Trait comique. [titre d'après la table]
Nous tirons à la fin, Mademoiselle
,
& je vous invite
serieusement à voir de quelle
maniere je vais m'y prendre
pour arriver au dénoüement
de ma piece, C'est là ordinairement
ou l'on attend tous les
Auteurs. Li fez..
J'ay jusqu'à present montré
tant de zele pour Messieurs les
Comediens, & je me sens un sigrandfond de tendressepour
eux, que je ne puis pas me rcfoudre
à laisser échapcr la
moindre occasion que j'ay d'en
parler. Quoique le sujet ne soit
pas fort interessant de luy même,
je suisincorrigible là desfus.
On parle volontiers de ce
- que l'on aime. Cela
est dans le coeur.
Un Samedy 20 dece mois
on presenta dans la Salle de la
Comedie, la Tragédie d'Andronic
,
qui fut suivie de la
premiere reprefenration de la
fausse Veuve, ou du Jalouxsans
;
jaloujte.
Cette Tragédie quiest
vrayement belle,& rempliede
toute la majesté du Cotburnc,
fit rire à gorge:déployée tous
les Spectateurs, je ne sçay
pourquoy *,
mais je pense que
la comique distrinbution des
rôles contribua parfaitement
à ces éclats. Andronic fit tout
ce qu'un grand Acteur peut
faire, & fut toujours applaudi
; mais l'Empereur son pere
ne le fut pas; au contraire, on
ne luy voulut jamais accorder
le titre d'Empereur. Il
faut avouer que le Parterre
est bien malinde ne pas se
prêter quelquefois aux Acteurs.
Cependant cetEmpereur
alla son train jusqu'à la
fin de la piece. La Tragédie
finie, on luy dit d'annoncer,
ce qu'il fit en ces termes.
MESSIEURS,
Nous aurons l'honneur de
vous donner demain leJoiieur&
leGrondeur:je souhaite que la
petite Pieceque vous aUe7, voir9
vousfasje rire autant que vous
alle rià la grande.
Mille applaudissemens suivirentcette
faillie,& chacun luy
sçût bon gré de n'avoir pas plû
dans la Tragedie. La petite
piece enfin commena; mais
le
le souhait de l'Acteur ne fut
pas rempli. On y rit quelquefois
par ricochet & par cantons.
Le succés infortuné de cette
Comedie, n'oste que peu de
choseou rien, du merite de
son Auteur. Ilest homme de
beaucoupd'esprit, & sa muse
est mere de cinq enfans, dont
l'aîné qui est le Curieux impertinent
,
est celuy qui fent le
plus son bien. La chûte de
cette petite picce fit soupirer
le Public apréslesSpectacles
de la Foire S. Laurent qui fut
enfinouverte le 2.5. de ce mois.
Dés ce même jour, la Comedie
& l'Opéra furent desertez,
comme de raison. Chacun
courut en foule chez les Sieurs
Dominique & Baxter. La réputation
des Auteurs qui travaillent
pour eux, avoit déja
promis à tout le monde des
plaisirsinteressans à la Foire.
Mille & mille personnes de
tout âge, sexe, qualitez&
condition y furent en iffet, y
resterent avec toute la satisfactionimaginable,&
onsortirent
charmées des nouveautcz qu'-
elles venoient d'y voir. - Au
Jeu de Betair sur tout, les saillies
continuelles, la fine critique,
les bons mots, la conduite
& la propreté du Spectacle,
répandirent sur toute
!'aHemb!ee un air de serenité&
de gayeté qu'on ne voitpoint
ailleurs.
,
& je vous invite
serieusement à voir de quelle
maniere je vais m'y prendre
pour arriver au dénoüement
de ma piece, C'est là ordinairement
ou l'on attend tous les
Auteurs. Li fez..
J'ay jusqu'à present montré
tant de zele pour Messieurs les
Comediens, & je me sens un sigrandfond de tendressepour
eux, que je ne puis pas me rcfoudre
à laisser échapcr la
moindre occasion que j'ay d'en
parler. Quoique le sujet ne soit
pas fort interessant de luy même,
je suisincorrigible là desfus.
On parle volontiers de ce
- que l'on aime. Cela
est dans le coeur.
Un Samedy 20 dece mois
on presenta dans la Salle de la
Comedie, la Tragédie d'Andronic
,
qui fut suivie de la
premiere reprefenration de la
fausse Veuve, ou du Jalouxsans
;
jaloujte.
Cette Tragédie quiest
vrayement belle,& rempliede
toute la majesté du Cotburnc,
fit rire à gorge:déployée tous
les Spectateurs, je ne sçay
pourquoy *,
mais je pense que
la comique distrinbution des
rôles contribua parfaitement
à ces éclats. Andronic fit tout
ce qu'un grand Acteur peut
faire, & fut toujours applaudi
; mais l'Empereur son pere
ne le fut pas; au contraire, on
ne luy voulut jamais accorder
le titre d'Empereur. Il
faut avouer que le Parterre
est bien malinde ne pas se
prêter quelquefois aux Acteurs.
Cependant cetEmpereur
alla son train jusqu'à la
fin de la piece. La Tragédie
finie, on luy dit d'annoncer,
ce qu'il fit en ces termes.
MESSIEURS,
Nous aurons l'honneur de
vous donner demain leJoiieur&
leGrondeur:je souhaite que la
petite Pieceque vous aUe7, voir9
vousfasje rire autant que vous
alle rià la grande.
Mille applaudissemens suivirentcette
faillie,& chacun luy
sçût bon gré de n'avoir pas plû
dans la Tragedie. La petite
piece enfin commena; mais
le
le souhait de l'Acteur ne fut
pas rempli. On y rit quelquefois
par ricochet & par cantons.
Le succés infortuné de cette
Comedie, n'oste que peu de
choseou rien, du merite de
son Auteur. Ilest homme de
beaucoupd'esprit, & sa muse
est mere de cinq enfans, dont
l'aîné qui est le Curieux impertinent
,
est celuy qui fent le
plus son bien. La chûte de
cette petite picce fit soupirer
le Public apréslesSpectacles
de la Foire S. Laurent qui fut
enfinouverte le 2.5. de ce mois.
Dés ce même jour, la Comedie
& l'Opéra furent desertez,
comme de raison. Chacun
courut en foule chez les Sieurs
Dominique & Baxter. La réputation
des Auteurs qui travaillent
pour eux, avoit déja
promis à tout le monde des
plaisirsinteressans à la Foire.
Mille & mille personnes de
tout âge, sexe, qualitez&
condition y furent en iffet, y
resterent avec toute la satisfactionimaginable,&
onsortirent
charmées des nouveautcz qu'-
elles venoient d'y voir. - Au
Jeu de Betair sur tout, les saillies
continuelles, la fine critique,
les bons mots, la conduite
& la propreté du Spectacle,
répandirent sur toute
!'aHemb!ee un air de serenité&
de gayeté qu'on ne voitpoint
ailleurs.
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3518
p. 292-295
CHANSON. La Blonde & la Brune. Vaudeville.
Début :
A l'ombre de ce verd bocage, [...]
Mots clefs :
Blonde, Brune, Amour, Coeur, Charmes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. La Blonde & la Brune. Vaudeville.
CHANSON.
La Blonde &: la Brune.YIINdevi//e.
Al'ombre- de ce verd bocage,
J'ay trouvedeux rares beautez,
L'Amour a forméleurvisage
Sur celuy des Divinitez;
Mais à qui rendrai-je lesarmes,
Amour détermine mes voeux9
Elles brillant de tant du charmes
One je les aime toutes deux.
Lune est une blonde mourante
Oui me ravitparsa douceur,
Et l'autre une brunepiquante
Dont les traits me percent le coeur.
Aquifaut-il rendre les armes
Amour determinemesvaux,
Elles brillent de tant de charmes,
Queje lesaime toutesdeux.
Incertainsur la préférence
Je ne puisfixer mes desirs,
Jesens bien que mon coeur s'offense
Du partage de mes soupirs ;
Mais la blonde comme la brune
M'enchaîne par de si doux noeuds
Qu'ilfaudroitpourn'enaimer
qu'une
N'en avoir veu qu'une des deux.
Mon coeur est toujours lavie*
time
De leurs merites differens, Je mefais à moy-même un crime
Du double hommage queje rends.
Ainsiparune Loycruelle
Je fuis à lafois dansmesfeux
Perside,volage, infidele,
Confiant,sincere malheureux.
Si j'exprime al'unemaflamme
J'éprouveàl'instant malgrémoy,
Que l'autre en courroux dans mon
ame
M'accuse de mauvaisefoy.
Charmante brune, aimable blonde.
Blonde auxyeux nOIrs, brune
aux yeux bleux,
En ma place personne au monde
Ne pourroit choisir de vous deux.
Ondit cet Air de M. Deon
,
& les paroles de l'Auteur d'un
jour au feu des beauxyeux d'une
brune.
Nous
La Blonde &: la Brune.YIINdevi//e.
Al'ombre- de ce verd bocage,
J'ay trouvedeux rares beautez,
L'Amour a forméleurvisage
Sur celuy des Divinitez;
Mais à qui rendrai-je lesarmes,
Amour détermine mes voeux9
Elles brillant de tant du charmes
One je les aime toutes deux.
Lune est une blonde mourante
Oui me ravitparsa douceur,
Et l'autre une brunepiquante
Dont les traits me percent le coeur.
Aquifaut-il rendre les armes
Amour determinemesvaux,
Elles brillent de tant de charmes,
Queje lesaime toutesdeux.
Incertainsur la préférence
Je ne puisfixer mes desirs,
Jesens bien que mon coeur s'offense
Du partage de mes soupirs ;
Mais la blonde comme la brune
M'enchaîne par de si doux noeuds
Qu'ilfaudroitpourn'enaimer
qu'une
N'en avoir veu qu'une des deux.
Mon coeur est toujours lavie*
time
De leurs merites differens, Je mefais à moy-même un crime
Du double hommage queje rends.
Ainsiparune Loycruelle
Je fuis à lafois dansmesfeux
Perside,volage, infidele,
Confiant,sincere malheureux.
Si j'exprime al'unemaflamme
J'éprouveàl'instant malgrémoy,
Que l'autre en courroux dans mon
ame
M'accuse de mauvaisefoy.
Charmante brune, aimable blonde.
Blonde auxyeux nOIrs, brune
aux yeux bleux,
En ma place personne au monde
Ne pourroit choisir de vous deux.
Ondit cet Air de M. Deon
,
& les paroles de l'Auteur d'un
jour au feu des beauxyeux d'une
brune.
Nous
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3519
p. 295-296
« Nous passerons à present aux Enigmes si vous voulez, & [...] »
Début :
Nous passerons à present aux Enigmes si vous voulez, & [...]
Mots clefs :
Cheveu, Repas
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Nous passerons à present aux Enigmes si vous voulez, & [...] »
Nous passerons à present
aux Enigmes si vous voulez,&
je vous diray sans préambule
que le mot de celles du mois
passé estoit le Cheveu & le Repas.
Les noms de ceux qui les
ont devinéasont l'aimable Gogot,
la jeune Amarante, les
yeux bleux de Catin
,
Richard
sans peur ,
l'Amoyreux des
onze mille Vierges M. de S.
Paul, Avocat au Parlement,
Madame Charpentier, femme
d'un Notaire, le Marmiton des
Mutes de Valogne, mon bon
Amis Zulpbahs, la Blonde solitaire
à qui je demande un
peu plus d'exactitude & de
justesse dans ses Vers, si elle
veut avoir le palGr de voir
imprimer Ces Ouvragesqui
font toûjours pleins d'esprit,
& les six bclicsd-offjy qui
font de fort jolis vers qu'elles
neveulent pas prendre la peine
de corriger.
aux Enigmes si vous voulez,&
je vous diray sans préambule
que le mot de celles du mois
passé estoit le Cheveu & le Repas.
Les noms de ceux qui les
ont devinéasont l'aimable Gogot,
la jeune Amarante, les
yeux bleux de Catin
,
Richard
sans peur ,
l'Amoyreux des
onze mille Vierges M. de S.
Paul, Avocat au Parlement,
Madame Charpentier, femme
d'un Notaire, le Marmiton des
Mutes de Valogne, mon bon
Amis Zulpbahs, la Blonde solitaire
à qui je demande un
peu plus d'exactitude & de
justesse dans ses Vers, si elle
veut avoir le palGr de voir
imprimer Ces Ouvragesqui
font toûjours pleins d'esprit,
& les six bclicsd-offjy qui
font de fort jolis vers qu'elles
neveulent pas prendre la peine
de corriger.
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3520
p. 297-299
ENIGME.
Début :
Essayez à present, Mademoiselle, de deviner les Enigmes / Je peux tout transporter sans aucun . attelage, [...]
Mots clefs :
Mer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Essayez à present
,
Mademoisselle,
dedeviner les Enigmes
de ce mois. Je vous apnonce
par avance qu'elles font
sort difficiles&qu'ellesnefont
point de la façon d'un Monsieur
qui prit il y a quelques
jours la peine de m'en envoïer
fous son nom,deux,qu'il avoit
eu la bonté de copier dans un
Livre. 1
ENIGME.
sepeux touttransporter sans -lacun
attelage,
Mes enfansfont toujours baptisez
- sans ,Parrain,
Onseplaît à me voirquand, le ciel
est ferain,
on ne m'aimepasfixe, onme craint
trop volage.
On failpar monsecours & maint
& maint pillage , A mon courroux fougueux nul ne
peutmettreun frain,
Ma mniicfit*fîtaejfrojpar son ton.
nant +
refrain
Les tremblants Citoyens de Forests
sans feüillage.
De moyJipeu qu'on dit on n'en a.
pas un brin,
Tour détruire ma raceon a recours
1/(1, crin
A la gloire,aux tressors onpeutpar
incygré tenare.
ilArrive/otrvcnt que j'y conduis
bon train;
Souvent j'avalle AMJfl mieux qu'un
Monstre marin,
L'laviede deices.biens qui vientpour surprendre.
,
Mademoisselle,
dedeviner les Enigmes
de ce mois. Je vous apnonce
par avance qu'elles font
sort difficiles&qu'ellesnefont
point de la façon d'un Monsieur
qui prit il y a quelques
jours la peine de m'en envoïer
fous son nom,deux,qu'il avoit
eu la bonté de copier dans un
Livre. 1
ENIGME.
sepeux touttransporter sans -lacun
attelage,
Mes enfansfont toujours baptisez
- sans ,Parrain,
Onseplaît à me voirquand, le ciel
est ferain,
on ne m'aimepasfixe, onme craint
trop volage.
On failpar monsecours & maint
& maint pillage , A mon courroux fougueux nul ne
peutmettreun frain,
Ma mniicfit*fîtaejfrojpar son ton.
nant +
refrain
Les tremblants Citoyens de Forests
sans feüillage.
De moyJipeu qu'on dit on n'en a.
pas un brin,
Tour détruire ma raceon a recours
1/(1, crin
A la gloire,aux tressors onpeutpar
incygré tenare.
ilArrive/otrvcnt que j'y conduis
bon train;
Souvent j'avalle AMJfl mieux qu'un
Monstre marin,
L'laviede deices.biens qui vientpour surprendre.
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3521
p. 299-301
AUTRE.
Début :
Je sers auprés des Grands, des Princes, & des Rois, [...]
Mots clefs :
Garde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Je sers auprés des Grands
, des
Princes,vdes Rois,
On m'yplace, àproposen differens
endroits ;
Chaque membre diftiné1 dont
mon corps se compose,
Porte mon nom, mais d'un genre
divfrs;
Et de plus) il s'applique à bien
ptua .ttunAchnfe.
De tous les sens
,
à l'endroit, à
l'envers;
C'est à dire devant, &quelquefois
derriere, -
Mais c'estdans uneseulevtres-
Z'ave matiere.
Ainsi ce nom, sans doute, est trescommun,
Et d'un fort grand usage
, en
France :
JuftÍce, Police,&Finance
Chacune àpart en ont souvent.
plus d'un.
Tantôt NiJble, tantôtBourgeoise,
Et dans certains tems Villageoise;
Même on en voit,dansdesales
emplois.
Cemonse trouveen Mer,au
La'1)re,dans les Bois
,
Sur Ici Ponts ,sur les Ports,aux
Moulins
,
dans les Plaines
,
Et suivant le rapport des plus
grand*Capitaines,
Ila toujours grandpart aux plus
fameux exploits.
Je sers auprés des Grands
, des
Princes,vdes Rois,
On m'yplace, àproposen differens
endroits ;
Chaque membre diftiné1 dont
mon corps se compose,
Porte mon nom, mais d'un genre
divfrs;
Et de plus) il s'applique à bien
ptua .ttunAchnfe.
De tous les sens
,
à l'endroit, à
l'envers;
C'est à dire devant, &quelquefois
derriere, -
Mais c'estdans uneseulevtres-
Z'ave matiere.
Ainsi ce nom, sans doute, est trescommun,
Et d'un fort grand usage
, en
France :
JuftÍce, Police,&Finance
Chacune àpart en ont souvent.
plus d'un.
Tantôt NiJble, tantôtBourgeoise,
Et dans certains tems Villageoise;
Même on en voit,dansdesales
emplois.
Cemonse trouveen Mer,au
La'1)re,dans les Bois
,
Sur Ici Ponts ,sur les Ports,aux
Moulins
,
dans les Plaines
,
Et suivant le rapport des plus
grand*Capitaines,
Ila toujours grandpart aux plus
fameux exploits.
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3522
p. 301-303
SONNET en Bouts-rimez.
Début :
Il me reste encore deux Sonnets en Bouts rimez à vous / D'Iris & d'un flacon j'aime fort l' . attelage, [...]
Mots clefs :
Amour, Plaisir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET en Bouts-rimez.
Il me reste encore deux Sonnets
en Bouts rimez à vous
donner, & de nouveauxBoutsrimezà
vous propofcr
,
&
çcfttout.
SONNET
en Bouts-rimez.
D'Iris & d'unflacon j'aime fort
l' attelage,
Avec eux je me Vis des Leçons d'un
Parrain,
Leur commerce me rend le visage
ferain
Et tout plaisirsanseuxn'estqu'un plaisir volage.
J'offrirois volontiers toutmes biens
A» pillage,
pour pouvoir tour à tour Illmtr
boiresans frain;
Le bon vin pour lril meprovoque
au refrain,
Jguand je bois avec elle à l'ombre
d'un feuillage.
Foin detoy beuveur d'eau qui n'aime1114n
brin
ftepenstoysi tuveuxjusqu'a te
jTendrrI/N crlé1 S'ilt'arrive jamaiscCètr*fetfibU,
v -tcndre.
Four moy sans t'imiter firay tob*
jours mon train,
Etj'aimerais bien mieux être Loup,
chien marin,
za-e Bacchus ou l'Amourpût sans
verd me surpendre.
F. T. D. M.
en Bouts rimez à vous
donner, & de nouveauxBoutsrimezà
vous propofcr
,
&
çcfttout.
SONNET
en Bouts-rimez.
D'Iris & d'unflacon j'aime fort
l' attelage,
Avec eux je me Vis des Leçons d'un
Parrain,
Leur commerce me rend le visage
ferain
Et tout plaisirsanseuxn'estqu'un plaisir volage.
J'offrirois volontiers toutmes biens
A» pillage,
pour pouvoir tour à tour Illmtr
boiresans frain;
Le bon vin pour lril meprovoque
au refrain,
Jguand je bois avec elle à l'ombre
d'un feuillage.
Foin detoy beuveur d'eau qui n'aime1114n
brin
ftepenstoysi tuveuxjusqu'a te
jTendrrI/N crlé1 S'ilt'arrive jamaiscCètr*fetfibU,
v -tcndre.
Four moy sans t'imiter firay tob*
jours mon train,
Etj'aimerais bien mieux être Loup,
chien marin,
za-e Bacchus ou l'Amourpût sans
verd me surpendre.
F. T. D. M.
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3523
p. 303-305
Autre Sonnet à ma loüange.
Début :
Que tu fais tous les mois un plaisant . attelage, [...]
Mots clefs :
Mercure, M. de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autre Sonnet à ma loüange.
Autre Sonnet à ma loüange.
eIH[Ail tous les mois un plaisant
attelage,
Oiïy, liermt,tufUisflm quetop
*vieux Parrain ,
Ton style a plu* de tons que n'en
formeun
,
Serin,
Jjhti cajole au Printemssafemelle
volage.
7a faisdecent beautez unaimable
pillage,
Ton discours n'a besoin d'Eperon ni
- de frain
Jamaisfadesrécits,jamais même
refrain,
Afineji leiKiosisiglnolicahangrte s-eu-ru.tn
D'ennuj tu n'as encorefçâ causer,
unJeul • brin,
Avec le Vert Galant j'aime à te
voir au crin,
Quconter une histoire originale ou
î M. Devizé, - .ciidrg
? rendre.
Si tu feuxjusquau bfJlttflJivr ce
joly train,
Je veux devenirDiable,Hermite,
ouLoup marin, Si tu cesses jamais deplaire & de
surprendre.
eIH[Ail tous les mois un plaisant
attelage,
Oiïy, liermt,tufUisflm quetop
*vieux Parrain ,
Ton style a plu* de tons que n'en
formeun
,
Serin,
Jjhti cajole au Printemssafemelle
volage.
7a faisdecent beautez unaimable
pillage,
Ton discours n'a besoin d'Eperon ni
- de frain
Jamaisfadesrécits,jamais même
refrain,
Afineji leiKiosisiglnolicahangrte s-eu-ru.tn
D'ennuj tu n'as encorefçâ causer,
unJeul • brin,
Avec le Vert Galant j'aime à te
voir au crin,
Quconter une histoire originale ou
î M. Devizé, - .ciidrg
? rendre.
Si tu feuxjusquau bfJlttflJivr ce
joly train,
Je veux devenirDiable,Hermite,
ouLoup marin, Si tu cesses jamais deplaire & de
surprendre.
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3524
p. 306
BOUTS-RIMEZ.
Début :
furne Timoleon Pantaleon turne. Vulturne Cleon Leon Saturne. Hector Nestor [...]
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texteReconnaissance textuelle : BOUTS-RIMEZ.
BOUIS-RIMEZ.
furne
T.moleon
Panraleon
turne.
Vulturne
Cleon
Leon
Saturne.
H,lkor
Nestor
Dunkerque,
Argus
Albekerque
-
Seragus.
furne
T.moleon
Panraleon
turne.
Vulturne
Cleon
Leon
Saturne.
H,lkor
Nestor
Dunkerque,
Argus
Albekerque
-
Seragus.
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3525
p. 307
« En voici d'autres plus aisez. Choisissez. ramage fracas tapage. [...] »
Début :
En voici d'autres plus aisez. Choisissez. ramage fracas tapage. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « En voici d'autres plus aisez. Choisissez. ramage fracas tapage. [...] »
En voici d'autres plus aisez.
Choisissez.
ramage
fracas
tracas
tapage.
coquillage
Calchas
Cas
fromage.
pointu
têA tu
aloëette.
Minon
Toinon
Couchette.
Choisissez.
ramage
fracas
tracas
tapage.
coquillage
Calchas
Cas
fromage.
pointu
têA tu
aloëette.
Minon
Toinon
Couchette.
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3526
p. 308
Avis au Public.
Début :
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. le Président de la Garde, ruë de Berry au Marais, [...]
Mots clefs :
Pieds, Douleur
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texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. leprésident
de la Garde, ruë de Berry au Marais,
est presque le seul qui sçâche mieuxderaciver
les Corps des pieds, v guerrirentierement ceux
qui en ont~deuis un longtems
,
sans faire fei-
$n*r, ny souffrirlamoindre douleur
,
l'experience
qu''! a dans cetart, jointe aux différentes
opérations qu'ila faites avec futcês
,
n'ont pas
peu contribué à luy procurer la connoissance de :
fiùfîeurs personnes de qualité ; mais encore à
augmenter saréputation. Les Certificats
Le Sieur Garnesson demeurant chez M. leprésident
de la Garde, ruë de Berry au Marais,
est presque le seul qui sçâche mieuxderaciver
les Corps des pieds, v guerrirentierement ceux
qui en ont~deuis un longtems
,
sans faire fei-
$n*r, ny souffrirlamoindre douleur
,
l'experience
qu''! a dans cetart, jointe aux différentes
opérations qu'ila faites avec futcês
,
n'ont pas
peu contribué à luy procurer la connoissance de :
fiùfîeurs personnes de qualité ; mais encore à
augmenter saréputation. Les Certificats
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3527
s. p.
TABLE.
Début :
Prelude nouveau. 3 Lettre d'un Gentilhomme Piémontois, à l'Auteur. [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
montois, à l'auteur. 8
Le Secret du rajeunissement
Livrenouveau, annoncé d'une
façon nouvelle. 52
Explication historique desFables,
seconde Edition, augmentée
d'un Volume; autre Livre
nouveau. Gi
Trente Loüis d'or à gagner..67
Bouts-rimez remplis, Sonnet. 85
Le Débauché,Sonnet, 87
Autre. 88
Autre. 90
Autre. 9 2
Sur les derniers Bouts-rimez,
autre Sonnet. j 5
Autre Sonnet du même Aut.$-j
Autre, 99 \, Autre du même Auteur. 100
Et encore un autre. 102
Di cours de l'Auteur sur les
Bouts rimez.104
Copie de la Lettre d'une Dame
à l'Auteur.107
Belle rfiexian de l'Auteur. 127
Rondeau redoublé cm decisif,sur
lesujet des Anciens e des Modernes130
Route de la Navigationfaitepar
l'ArméeNavale du Roy
d'Espagnepourl'expédition de Maillorcjue. ,Jj..
Reduction de cette Isle à tobéïs
sanadu Roy Catholique, i51
Nouvelles de Pologne.161
De Londres.162
DDM:Ballothise,.I176£7
Tous les Mercures Galants depuis
1677.jusqu'à 1710.où ilsse
vendent. 18z.
L'Apologie de l'ignorance,
Le Secret du rajeunissement
Livrenouveau, annoncé d'une
façon nouvelle. 52
Explication historique desFables,
seconde Edition, augmentée
d'un Volume; autre Livre
nouveau. Gi
Trente Loüis d'or à gagner..67
Bouts-rimez remplis, Sonnet. 85
Le Débauché,Sonnet, 87
Autre. 88
Autre. 90
Autre. 9 2
Sur les derniers Bouts-rimez,
autre Sonnet. j 5
Autre Sonnet du même Aut.$-j
Autre, 99 \, Autre du même Auteur. 100
Et encore un autre. 102
Di cours de l'Auteur sur les
Bouts rimez.104
Copie de la Lettre d'une Dame
à l'Auteur.107
Belle rfiexian de l'Auteur. 127
Rondeau redoublé cm decisif,sur
lesujet des Anciens e des Modernes130
Route de la Navigationfaitepar
l'ArméeNavale du Roy
d'Espagnepourl'expédition de Maillorcjue. ,Jj..
Reduction de cette Isle à tobéïs
sanadu Roy Catholique, i51
Nouvelles de Pologne.161
De Londres.162
DDM:Ballothise,.I176£7
Tous les Mercures Galants depuis
1677.jusqu'à 1710.où ilsse
vendent. 18z.
L'Apologie de l'ignorance,
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3528
s. p.
« La Figure doit regarder la p. 292 [...] »
Début :
La Figure doit regarder la p. 292 [...]
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texteReconnaissance textuelle : « La Figure doit regarder la p. 292 [...] »
La Figure doit regarder la p. 292
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3529
p. 13-35
Relation historique du Siege, [titre d'après la table]
Début :
Commençons, si vous voulez, par les affaires du monde, ce [...]
Mots clefs :
Siège, Capitulation, Troupes, Armée, Débarquement, Hommes, Majorque, Général, Officiers, Roi d'Espagne, Marquis, Levant, Marquis de Rubi
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texteReconnaissance textuelle : Relation historique du Siege, [titre d'après la table]
Commençons , fi vousvoulez
, par les affaires du monde
, ce fera tant & plus de
gagné ſur le nombre des pages
que j'ay à vous écrire.
Je ne fis lemois paffé qu'un
extraitdes Nouvelles de Maillorque
parce que n'ayant pas
encore receu la Capitulation
dePalma , que j'attendois ,je
n'en pouvois faire qu'un Article
informe; & j'ay mieux aimé
differer juſqu'à preſent àvous
en parler d'une maniere plus
étenduë , pour vous en donner
unabregé Hiſtorique & complet.
14 MERCURE
Le ſuccés du débarquement
des Troupes des deux
Couronnes à l'Ile de Maillorque
,dans la côte du Levant
entre Puerto Petro , & Puerto
Colonb dans un petit Havre
'qu'on appelle Calla Longa ,
P
en fit bientoſt efperer la conquêre.
Quelque oppoſition qu'on
cût mis a l'execution de ce projetpar
la fufpenfion , que les
negotiations avoient donné
lieu de faire , & qui naturellement
par la furcharge des dépenfes
immenfes, le devoient
faire manquer dans ſon tout.
:
GALANT. 15
L'Intendant Patino qui a cydevant
fi bien maintenû l'Armée
devant Barcelone , pendantquatorze
mois , dans toute
l'abondance , ne s'eſt point
rebuté,&connoiffant l'importance
d'un ſi grand projet,&
pour fon maître l'avantagedu
fuccés&de l'execution ; il ena
foutenutous les contre temps
&les dépenfes ; & en un mot
mis l'Armée en état d'appareil
ler de Barcelone le onziéme
Juin au nombre de 2801
Voiles : la Flotte fit une navi
gation allez heureuſe, quoy
que d'un vent un peu forcé
16 MERCURE
&arriva le troiſième jour. Le
15. nous cûmes connoiffance
de la Dragonera , vis à vis
Dindrache , à la Côte du Ponant&
proche de Puerto Ponſé
, où l'Armée moüilla & pris
ancrage ; Puerto Ponſé forme
une eſpece de Baye en croifſant
, où la plage bordée de
ſable preſente un débarquement
affez favorable ; mais
comme iln'eſt qu'àdeux lieuës.
de Palma , il eſt couvert de retranchemens
& de batteries ;
le douze fur le rapport qui
fût fait àM. le Chevalier d'As
feld de l'état de ſa Cavalerie
qui
GALANT 17
qui manquoit d'cau , & que
toutes les cengles & apparcils
fabriquez dans les Tattannes
pour touſtenir les chevaux
étoient rompus & brifez , il
mit ſa confiance fur la valeur
des Troupes, &prit la refolution
de faire là ſon debarque
ment; les Chaloupes étoient
déja affemblées & armées
lorſque le Marquis de Gabaret
, ſous les ordres du GeneralRios
, reprefenta vivement
que l'Armée étoit perduë , le
projet détruit,& tous les avantages
qu'on en attendoit , ff
on perfeveroit dans le deſſein
Aoust 1715 .
B
18 MERCURE
de tenter là la defcente ; au
contraire , qu'il étoit certain
qu'à la Coſte deCampos dans
la partie du Levant , le débarquement
ſe feroit par furprife
, & fans perdre un homme
s'il étoit bien conduit , étant
impoſſible aux Ennemis de
border la Colte de leurs Malices
, ni de ſuivre les mouvemonts
rapides des Vaiſſeaux.
Le zele de ce General pour le
ſervice eſt ſi connu , la capacité
& ſon experience fi approuvées
particulierement àla
Mer , où il a fervi 25. ans ſous
les meilleurs Maîtres dans la
GALANT 19
Marine de France, &veu toutes
les occafions , que leChevalier
d'Asfeld ſe laiſſa aller à
ſes remontrances ; la Flotte fit
voile à l'heure même , on mit
la pointe au Levant , & le
lendemain matin l'Amiral
Rios prit fi bien ſon tems ,
que fur les quatre heures le
General d'Asteld détacha le
Comte de Lecheren , Maréchal
de Camp , avec 25.hommes
pour fonder le Pays, iln'y
trouva perfonne dont il donna
auſſicôt avis : M. de Rios fit
le ſignal du débarquement ,
auquel ſe porterent avec rapi-
Bij
20 MERCURE
dité les Marquis de Cany , de
Gabaret&Mary, qui dans une
heure & demie , à la prefence
du General Don Pedro deRios
qui avoit auſſi debarqué , mirent
trois mille hommes àterre
par l'ordre du General de la
Mer ,& par ſes foins la Cavalerie
ſe débarqua la même
nuit des trois coſtez des Calles
où l'on pût entrer avec tous
les Baſtimens. M le Marquis
deCany executa ( comme on
l'a dit le mois paffe ) ce commandement
avec toute la valeur
& la prudence imaginables.
Le 16. on dépêcha le
GALANT. 25
Marquis de Mary pour informer
S. M. C du ſuccés du
debarquement ; cet honneur
appartenoit à M.de Gabaret
par droit d'ancienneté ; mais
Les indiſpoſitions ne luy permettant
pas d'entreprendre
cette courſe , ils'eſt ſervyd'un
congé duRoy d Elpagne pour
aller rétablır ſa ſanté à Alicante
M. le Chevalier d'Asfeld ,
aprés avoir fait débarquer une
partie de ſes Troupes au nombre
de cinq mille hommes
d'Infanterie,&quatre censchevaux,
la tempête qui avoit dif
麻
22 MERCURE
perfé le reste de la Flotte
l'ayant empêché d'en mettre
d'avantage a Ferre , ſe mit
en marche dés le lendemain
à la pointe du jour ; & alla
droit à un Village dans lequel
eflorent fix mille Payfans
aff mblez , & foutenus
par deux cens chevaux du
Marquis de Ruby ; il fit dire à
fes Payfans de le retirer dans
leurs maisons , & de ne pas
attendre l'arrivée de ſesTroupes,
illeur fit entendre qu'on
les avoit trompez juſqu'à
preſent&qu'ils devoient enfin
reconnoiſtre le Roy PhiGALANT.
23
S
لا
lippes V pour leur veritable
Maître qui leur pardonnoit
tout ; mais que s'ils ne profitoient
pas de la clemence &de
l'amniſtie que S. M. C. leurs
accordoit , il n'y auroit point
de quartier pour eux. Ces
repreſentations curent tout
l'efft imaginable , & firent
prendre à cette Milice le parti
de ſe retirer. L'Armée marcha
enfuite fans aucun obitacle
juſqu'à des bois dans lef
quels l'avant garde défit une
nouvelle Troupe de Payſans
qui avoient tiré ſurelle ;& on
amena cent prifonniers àM.
i
24 MERCURE
le Chevalier d'Asfeld qui les
renvoya chacun chez eux ,
aprés leurs avoir bien repre
ſentéletort qu'ils avoient d'avoir
pris les armes contre leur
Roy. Son indulgence donna
lieuau Village de Falonich de
venir ſe loumettre àlay: L'Armée
y campa le 17. & les c
xemples que Male Chevalier
d'Asfeld y donna , en faiſant
caffer la tête à deux foldats qui
avoient contrevenu au ban en
allant en maraude, raffeurerent
tellement ce pays , que les
Habitans offrirent de prendre
les armes pour luy ; ce qu'il
n'accepta
T
GALANT. 25
n'accepta point ; il leur ordonna
ſeulement de demeurer
tranquilles chez eux , & ilenvoyade
Falonich dans tous les
BBoouurrggss, Villes ,& Villages de
l'Ifle des bans imprimez qui
produifirent un ſi bon effet ,
joint à la difcipline avec laquelle
il fit vivre ſes troupes ,
que dés le lendemain les peuples
vinrent de tous coſtez
ſe mettre à l'obéifſſance. La
bonté avec laquelle il les re
çût acheva entierement de les
gagner , & pour profiter de
Cetheureux commencement ,
il envoya dans Alcudia des
Aoust 1715. C
26 MERCURE
gens affidez qui répandirent le
bruit des bons traitemens
qu'ils avoient receus de luy.
L'Armée ne pouvant pas s'y
rendre àcauſe que la marche
étoit trop grande , il s'avança
avec un detachement de dix
Compagnies de Grenadiers ;
&deux centchevaux , & arriva
le 19. à 8. heures du matin
devant cette Place , où il fut
receu à grands coups de canons
; cependant ſur les avis
qu'il eût que les habitans de
ladite Ville , eſtoient portez
à ſe rendre , il fit ſommer la
Garniſonqui fit quelque diffi
GALANT. 27
culté ; mais voyant que les
habitans ne vouloient point
foutenir un Siege ,& ne trouvoient
pas en elle affez de reffource
, elle ſe rendit lemême
jour à diſcretion , elle étoit
compoſée de quatre cens
hommes d'Infanterie. On a
trouvé dans la place 52. pieces
de canon. Cette Ville a
marqué ſa joye par beaucoup
d'acclamations à l'entrée
des troupes ; une grande
partie de l'Ifle fut auffi-toft
prêter l'obéiſſance , & fc
foumettre à la clemence du
Roy , en vertu de l'amniſtic
Cij
28 MERCURE
que M. le Chevalier d'Asfeld
yavoit fait publier.
Trois jours aprés le départ
de M. de Mary , M. le Chevalier
d'Asfeld dépêcha M. de
Saint Pê , pour aller rendre
compte à la Cour de la priſe
d'Alcudia,qui avoit bien voulu
épargner aux troupes du Roi la
peine d'en faire le Siege;ce fut
unbonheur infini ; car la place
eſtoit des meilleures& auroit ,
fur le temoignage des Officiers
occupé l'Armée pendant plus
de fix ſemaines ; elle a depuis
ſervi de Port fort commode
pour débarquer toutes les pro--
(
GALANT. 29
vifions & les troupes dont la
Flotte étoit compoſée , qui
avoient eſté diſperſées par
deuxgrands orages qui étoient
furvenus avant la deſcente ; &
on avoit eſté fix jours fans
avoir pû apprendre ce qu'étoient
devenus ceux qui n'avoient
pas été du premier dé.
barquement ; enfin le 22. &le
23. le reſte des Vaiſſeaux de la
Flotte arriva dans la Baye d'Alcudia
dont ils virent la réduction
avec beaucoup de joye ;
car ils avoientde leur coſté la
mêmeinquiétude, ne ſçachant
pas ce qu'étoient devenus les
Ciij
30 MERCURE
Navires que le mauvais
temps avoit écarté ; enfin
aprés la priſe d'Alcudia , il ne
reſtoit plus que la Ville de Palmaà
foumettre ; & M. le Marquis
de Ruby qui en étoit le
Commandant , & qui avoit à
ſes ordres deux mille,Volon
taires , ſept à huit cent hommes
de troupes Allemandes ,
& environ quatre cent chevaux
, fit toutes les ceremonies
d'un homme qui veut fe
deffendre ; on travailla auflitôt
aux arrangemens neceſſaires
pour en faire l'attaque ,s'il
en étoit beſoin .
GALANT. 31
Dés que les Ennemis virent
les Troupes de M. d'Asfeld à
une lieuë & demie de Palma ,
travailler à des Poſtes & les
fortifier àmeſure qu'elles arrivoient,
ils parurent avoir grande
peur , &Milord Forbus en
fortit avec un Colonel Allemand
pour aller parlementer
avec M. le Chevalier d'Asfeld,
dont l'Armée étoit compoféc
de 100. pieces deCanon.
12. Mortiers.
:
sooo . Bombes .
44.Bataillons.
3. Regiments deCavalerie.
3. Regimens de Dragons
démontez. Cij
32 MERCURE
Pour cinq mois de munitions
& tous les Officiers
payez.
M. le Chevalier d'Asfeld
avoit ſous luy M. le Marquis
de Caylus , Lieutenant General
, homme d'une grande valeur
& d'un vrai merite , M. le
Comte de Lecheren , M. le
Marquis de Guerchois , & M.
Ribadeo , Eſpagnol, tous trois
Maréchaux de Camp.
Le Marquis de Ruby voyant
cette Arméedevant Palma,envoya
auſſitoſt un Trompette
à M. le Chevalier d'Asfeld
pour luy témoigner l'étonne
GALANT. 33
ment où il étoit de ſe voir faire
laguerre , veu qu'on étoit
ennegotiation dePaix LeChevalier
d'Asfeld luy envoya dire
qu'il venoit luy en apprendre
la rupture , & qu'il falloit ſe
foumettre dans vingt- quatre
heures. Le Marquis de Ruby
luy fit répondre fur le champ
qu'il ne demandoit qu'uneSufpenſiond'Armesde
fix ſemaines
, pour avoir réponſe des
deuxCourriers qu'il alloit dépêcher
, l'un à Vienne à l'Empereur,&
l'autre au RoyGeorges
enAngleterre , pour enre
cevoir les ordres . Le Cheva-
-
34 MERCURE
lier d'Asfeld luy répondit qu'il
feroit ce qu'il voudroit ; mais
qu'il falloit abſolument qu'il
ſe rendit dans vingt- quatre
heures. 59
Sur ces preffantes réponſes
JeClergé , la Noblefle , & les
Magistrats obligerent le Marquis
de Ruby à prendre ſon
parti ,& luy dirent qu'il pour.
roit ſe retirer où bon luy fembleroit
; mais que pour eux ils
étoient refolus de ſe ſoumertre
au Roy leur Maître , enforte
que la choſe fut reglée
ainſi. Dans l'inſtant les Depu
tez l'étant venu témoigner au
GALANT . 35
Chevalier d'Asfeld , il confentit
que lo Marquis de Ruby ſe
retirât en Sardaigne ,& luy fit
donner des Bâtiments pour
embarquer ſes Troupes qui
avoient des Patentes de l'Empereur
, & quelques Officiers
Anglois qu'on cût retenu Prifonniers
de guerre fans leurs
Patentes. Le Chevalier d'Asfeld
entra enfuite dans la Place
aux acclamations du peuple
qui crioit , Vive Philippes V.
&vive la Reine.
, par les affaires du monde
, ce fera tant & plus de
gagné ſur le nombre des pages
que j'ay à vous écrire.
Je ne fis lemois paffé qu'un
extraitdes Nouvelles de Maillorque
parce que n'ayant pas
encore receu la Capitulation
dePalma , que j'attendois ,je
n'en pouvois faire qu'un Article
informe; & j'ay mieux aimé
differer juſqu'à preſent àvous
en parler d'une maniere plus
étenduë , pour vous en donner
unabregé Hiſtorique & complet.
14 MERCURE
Le ſuccés du débarquement
des Troupes des deux
Couronnes à l'Ile de Maillorque
,dans la côte du Levant
entre Puerto Petro , & Puerto
Colonb dans un petit Havre
'qu'on appelle Calla Longa ,
P
en fit bientoſt efperer la conquêre.
Quelque oppoſition qu'on
cût mis a l'execution de ce projetpar
la fufpenfion , que les
negotiations avoient donné
lieu de faire , & qui naturellement
par la furcharge des dépenfes
immenfes, le devoient
faire manquer dans ſon tout.
:
GALANT. 15
L'Intendant Patino qui a cydevant
fi bien maintenû l'Armée
devant Barcelone , pendantquatorze
mois , dans toute
l'abondance , ne s'eſt point
rebuté,&connoiffant l'importance
d'un ſi grand projet,&
pour fon maître l'avantagedu
fuccés&de l'execution ; il ena
foutenutous les contre temps
&les dépenfes ; & en un mot
mis l'Armée en état d'appareil
ler de Barcelone le onziéme
Juin au nombre de 2801
Voiles : la Flotte fit une navi
gation allez heureuſe, quoy
que d'un vent un peu forcé
16 MERCURE
&arriva le troiſième jour. Le
15. nous cûmes connoiffance
de la Dragonera , vis à vis
Dindrache , à la Côte du Ponant&
proche de Puerto Ponſé
, où l'Armée moüilla & pris
ancrage ; Puerto Ponſé forme
une eſpece de Baye en croifſant
, où la plage bordée de
ſable preſente un débarquement
affez favorable ; mais
comme iln'eſt qu'àdeux lieuës.
de Palma , il eſt couvert de retranchemens
& de batteries ;
le douze fur le rapport qui
fût fait àM. le Chevalier d'As
feld de l'état de ſa Cavalerie
qui
GALANT 17
qui manquoit d'cau , & que
toutes les cengles & apparcils
fabriquez dans les Tattannes
pour touſtenir les chevaux
étoient rompus & brifez , il
mit ſa confiance fur la valeur
des Troupes, &prit la refolution
de faire là ſon debarque
ment; les Chaloupes étoient
déja affemblées & armées
lorſque le Marquis de Gabaret
, ſous les ordres du GeneralRios
, reprefenta vivement
que l'Armée étoit perduë , le
projet détruit,& tous les avantages
qu'on en attendoit , ff
on perfeveroit dans le deſſein
Aoust 1715 .
B
18 MERCURE
de tenter là la defcente ; au
contraire , qu'il étoit certain
qu'à la Coſte deCampos dans
la partie du Levant , le débarquement
ſe feroit par furprife
, & fans perdre un homme
s'il étoit bien conduit , étant
impoſſible aux Ennemis de
border la Colte de leurs Malices
, ni de ſuivre les mouvemonts
rapides des Vaiſſeaux.
Le zele de ce General pour le
ſervice eſt ſi connu , la capacité
& ſon experience fi approuvées
particulierement àla
Mer , où il a fervi 25. ans ſous
les meilleurs Maîtres dans la
GALANT 19
Marine de France, &veu toutes
les occafions , que leChevalier
d'Asfeld ſe laiſſa aller à
ſes remontrances ; la Flotte fit
voile à l'heure même , on mit
la pointe au Levant , & le
lendemain matin l'Amiral
Rios prit fi bien ſon tems ,
que fur les quatre heures le
General d'Asteld détacha le
Comte de Lecheren , Maréchal
de Camp , avec 25.hommes
pour fonder le Pays, iln'y
trouva perfonne dont il donna
auſſicôt avis : M. de Rios fit
le ſignal du débarquement ,
auquel ſe porterent avec rapi-
Bij
20 MERCURE
dité les Marquis de Cany , de
Gabaret&Mary, qui dans une
heure & demie , à la prefence
du General Don Pedro deRios
qui avoit auſſi debarqué , mirent
trois mille hommes àterre
par l'ordre du General de la
Mer ,& par ſes foins la Cavalerie
ſe débarqua la même
nuit des trois coſtez des Calles
où l'on pût entrer avec tous
les Baſtimens. M le Marquis
deCany executa ( comme on
l'a dit le mois paffe ) ce commandement
avec toute la valeur
& la prudence imaginables.
Le 16. on dépêcha le
GALANT. 25
Marquis de Mary pour informer
S. M. C du ſuccés du
debarquement ; cet honneur
appartenoit à M.de Gabaret
par droit d'ancienneté ; mais
Les indiſpoſitions ne luy permettant
pas d'entreprendre
cette courſe , ils'eſt ſervyd'un
congé duRoy d Elpagne pour
aller rétablır ſa ſanté à Alicante
M. le Chevalier d'Asfeld ,
aprés avoir fait débarquer une
partie de ſes Troupes au nombre
de cinq mille hommes
d'Infanterie,&quatre censchevaux,
la tempête qui avoit dif
麻
22 MERCURE
perfé le reste de la Flotte
l'ayant empêché d'en mettre
d'avantage a Ferre , ſe mit
en marche dés le lendemain
à la pointe du jour ; & alla
droit à un Village dans lequel
eflorent fix mille Payfans
aff mblez , & foutenus
par deux cens chevaux du
Marquis de Ruby ; il fit dire à
fes Payfans de le retirer dans
leurs maisons , & de ne pas
attendre l'arrivée de ſesTroupes,
illeur fit entendre qu'on
les avoit trompez juſqu'à
preſent&qu'ils devoient enfin
reconnoiſtre le Roy PhiGALANT.
23
S
لا
lippes V pour leur veritable
Maître qui leur pardonnoit
tout ; mais que s'ils ne profitoient
pas de la clemence &de
l'amniſtie que S. M. C. leurs
accordoit , il n'y auroit point
de quartier pour eux. Ces
repreſentations curent tout
l'efft imaginable , & firent
prendre à cette Milice le parti
de ſe retirer. L'Armée marcha
enfuite fans aucun obitacle
juſqu'à des bois dans lef
quels l'avant garde défit une
nouvelle Troupe de Payſans
qui avoient tiré ſurelle ;& on
amena cent prifonniers àM.
i
24 MERCURE
le Chevalier d'Asfeld qui les
renvoya chacun chez eux ,
aprés leurs avoir bien repre
ſentéletort qu'ils avoient d'avoir
pris les armes contre leur
Roy. Son indulgence donna
lieuau Village de Falonich de
venir ſe loumettre àlay: L'Armée
y campa le 17. & les c
xemples que Male Chevalier
d'Asfeld y donna , en faiſant
caffer la tête à deux foldats qui
avoient contrevenu au ban en
allant en maraude, raffeurerent
tellement ce pays , que les
Habitans offrirent de prendre
les armes pour luy ; ce qu'il
n'accepta
T
GALANT. 25
n'accepta point ; il leur ordonna
ſeulement de demeurer
tranquilles chez eux , & ilenvoyade
Falonich dans tous les
BBoouurrggss, Villes ,& Villages de
l'Ifle des bans imprimez qui
produifirent un ſi bon effet ,
joint à la difcipline avec laquelle
il fit vivre ſes troupes ,
que dés le lendemain les peuples
vinrent de tous coſtez
ſe mettre à l'obéifſſance. La
bonté avec laquelle il les re
çût acheva entierement de les
gagner , & pour profiter de
Cetheureux commencement ,
il envoya dans Alcudia des
Aoust 1715. C
26 MERCURE
gens affidez qui répandirent le
bruit des bons traitemens
qu'ils avoient receus de luy.
L'Armée ne pouvant pas s'y
rendre àcauſe que la marche
étoit trop grande , il s'avança
avec un detachement de dix
Compagnies de Grenadiers ;
&deux centchevaux , & arriva
le 19. à 8. heures du matin
devant cette Place , où il fut
receu à grands coups de canons
; cependant ſur les avis
qu'il eût que les habitans de
ladite Ville , eſtoient portez
à ſe rendre , il fit ſommer la
Garniſonqui fit quelque diffi
GALANT. 27
culté ; mais voyant que les
habitans ne vouloient point
foutenir un Siege ,& ne trouvoient
pas en elle affez de reffource
, elle ſe rendit lemême
jour à diſcretion , elle étoit
compoſée de quatre cens
hommes d'Infanterie. On a
trouvé dans la place 52. pieces
de canon. Cette Ville a
marqué ſa joye par beaucoup
d'acclamations à l'entrée
des troupes ; une grande
partie de l'Ifle fut auffi-toft
prêter l'obéiſſance , & fc
foumettre à la clemence du
Roy , en vertu de l'amniſtic
Cij
28 MERCURE
que M. le Chevalier d'Asfeld
yavoit fait publier.
Trois jours aprés le départ
de M. de Mary , M. le Chevalier
d'Asfeld dépêcha M. de
Saint Pê , pour aller rendre
compte à la Cour de la priſe
d'Alcudia,qui avoit bien voulu
épargner aux troupes du Roi la
peine d'en faire le Siege;ce fut
unbonheur infini ; car la place
eſtoit des meilleures& auroit ,
fur le temoignage des Officiers
occupé l'Armée pendant plus
de fix ſemaines ; elle a depuis
ſervi de Port fort commode
pour débarquer toutes les pro--
(
GALANT. 29
vifions & les troupes dont la
Flotte étoit compoſée , qui
avoient eſté diſperſées par
deuxgrands orages qui étoient
furvenus avant la deſcente ; &
on avoit eſté fix jours fans
avoir pû apprendre ce qu'étoient
devenus ceux qui n'avoient
pas été du premier dé.
barquement ; enfin le 22. &le
23. le reſte des Vaiſſeaux de la
Flotte arriva dans la Baye d'Alcudia
dont ils virent la réduction
avec beaucoup de joye ;
car ils avoientde leur coſté la
mêmeinquiétude, ne ſçachant
pas ce qu'étoient devenus les
Ciij
30 MERCURE
Navires que le mauvais
temps avoit écarté ; enfin
aprés la priſe d'Alcudia , il ne
reſtoit plus que la Ville de Palmaà
foumettre ; & M. le Marquis
de Ruby qui en étoit le
Commandant , & qui avoit à
ſes ordres deux mille,Volon
taires , ſept à huit cent hommes
de troupes Allemandes ,
& environ quatre cent chevaux
, fit toutes les ceremonies
d'un homme qui veut fe
deffendre ; on travailla auflitôt
aux arrangemens neceſſaires
pour en faire l'attaque ,s'il
en étoit beſoin .
GALANT. 31
Dés que les Ennemis virent
les Troupes de M. d'Asfeld à
une lieuë & demie de Palma ,
travailler à des Poſtes & les
fortifier àmeſure qu'elles arrivoient,
ils parurent avoir grande
peur , &Milord Forbus en
fortit avec un Colonel Allemand
pour aller parlementer
avec M. le Chevalier d'Asfeld,
dont l'Armée étoit compoféc
de 100. pieces deCanon.
12. Mortiers.
:
sooo . Bombes .
44.Bataillons.
3. Regiments deCavalerie.
3. Regimens de Dragons
démontez. Cij
32 MERCURE
Pour cinq mois de munitions
& tous les Officiers
payez.
M. le Chevalier d'Asfeld
avoit ſous luy M. le Marquis
de Caylus , Lieutenant General
, homme d'une grande valeur
& d'un vrai merite , M. le
Comte de Lecheren , M. le
Marquis de Guerchois , & M.
Ribadeo , Eſpagnol, tous trois
Maréchaux de Camp.
Le Marquis de Ruby voyant
cette Arméedevant Palma,envoya
auſſitoſt un Trompette
à M. le Chevalier d'Asfeld
pour luy témoigner l'étonne
GALANT. 33
ment où il étoit de ſe voir faire
laguerre , veu qu'on étoit
ennegotiation dePaix LeChevalier
d'Asfeld luy envoya dire
qu'il venoit luy en apprendre
la rupture , & qu'il falloit ſe
foumettre dans vingt- quatre
heures. Le Marquis de Ruby
luy fit répondre fur le champ
qu'il ne demandoit qu'uneSufpenſiond'Armesde
fix ſemaines
, pour avoir réponſe des
deuxCourriers qu'il alloit dépêcher
, l'un à Vienne à l'Empereur,&
l'autre au RoyGeorges
enAngleterre , pour enre
cevoir les ordres . Le Cheva-
-
34 MERCURE
lier d'Asfeld luy répondit qu'il
feroit ce qu'il voudroit ; mais
qu'il falloit abſolument qu'il
ſe rendit dans vingt- quatre
heures. 59
Sur ces preffantes réponſes
JeClergé , la Noblefle , & les
Magistrats obligerent le Marquis
de Ruby à prendre ſon
parti ,& luy dirent qu'il pour.
roit ſe retirer où bon luy fembleroit
; mais que pour eux ils
étoient refolus de ſe ſoumertre
au Roy leur Maître , enforte
que la choſe fut reglée
ainſi. Dans l'inſtant les Depu
tez l'étant venu témoigner au
GALANT . 35
Chevalier d'Asfeld , il confentit
que lo Marquis de Ruby ſe
retirât en Sardaigne ,& luy fit
donner des Bâtiments pour
embarquer ſes Troupes qui
avoient des Patentes de l'Empereur
, & quelques Officiers
Anglois qu'on cût retenu Prifonniers
de guerre fans leurs
Patentes. Le Chevalier d'Asfeld
entra enfuite dans la Place
aux acclamations du peuple
qui crioit , Vive Philippes V.
&vive la Reine.
Fermer
3530
p. 49-59
De Londres ce I. Août 1715.
Début :
Hier le Roy vint à la Chambre des Pairs, & aprés avoir [...]
Mots clefs :
Chambre des communes, Chambre des pairs, Londres, Hommes, Parlement, Vaisseaux, Roi, Duc
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Londres ce I. Août 1715.
De Londres ce 1. Août 1715 .
Hier leRoy vintà la Chambre
des Pairs , & aprés avoir
donné à tous ceux qui y étoient
preſents ſon confentement Royal
pour prévenir les Aſſemblées tumultueuses
, S. M.fit au Parlement
laHarangueſuivante.
८
Aoust 1715. E
i
So MERCURE
MILORDS ET MESSIEURS ,
Le zele que vous avez toujours
temoignépour conferver la
Paix de mes Royaumes , &vôtre
ſageſſe enfaisant une auffi
bonne Loy que celle que vous
avezfaite pour prévenir toutes
fortes de tumultes , me donnent
une grande fatisfaction ; mais je
ſuis fâché qu'un esprit de rebellion
ſe découvre juſques- là qu'il
n'yapas lieu de douter que ces
defordres nefoient encouragezpar
des perſonnes mal- affectionnées à
mon Gouvernement , dans l'at-
>
GALANT. SI
1
tente d'estre foutenus parunfecours
étranger.
La confideration de noftre excellente
Constitution ,er lafeureté
de nostreReligion ont efté ,&
feronttoujours mon principalſoin;
&je ne puis douter que vous
n'ayez affez à coeur ce bien ineftimable
, pour ne me pas laiſſer
exposé aux attentats que lePrétendant
me prepare , commej'en ai
des avis certains.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE
DES COMMUNES.
Dans ces circonstances je trou
E ij
52 MERCURE
ve à propos de demander voftre
aſſiſtance ,&je ne doute point
que vous ne pourvoyiezà voſtre
Seureté, en ne laiſſant pas laNation
hors d'état de se deffendre
contre une rebellion actuellement
commencée audedans , &une invafion
dont on la menace audehors.
Je regarderay les précautions
que vous prendrez pour la feureté
de mon peuple , comme la
meilleure marque de vostre affection
pour moy.
-On dit quela Cour receut
hier au matin un Exprés de
France qui luy donna avis que
tout ſe preparoit pour faire
GALANT 53
F
une deſcente en ce Pays-cy ,
en faveur du Pretendant ; &
pour ſoutenir ſes amis prêts à
ſe ſoulever contre le Gouvernement
preſent ; que pour
cet effet l'Eſcadre qui a ſervi
pour la reddition de Maillor.
que , eſtoit arrivée au Havre
de Grace pour eſcorter les
Vaiſſeaux fur leſquels ſcroient
les troupes deſtinées à l'affif
ter & que ce fût fur ces avis
que S. M. fit fa Harangue au
Parlement.
Les Communes ne furent
pas ſi toſt rentrées dans la
Chambre qu'elles refolurent
E iij
54 MERCURE
d'une commune voix qu'on
preſenteroit une Adreſſe au
Roy , pour le remercier d'avoir
communiqué au Parlement
l'avis qu'il avoit receu
d'une entrepriſe qu'on preparoit
au dehors contre la Nation
, & qui estoit au dedans
fomentée & favorisée par
de noires pratiques en faveur
du Pretendant , elles refolurent
en même temps d'aſſeurer
S. M. que la Chambre la
ſupporteroit de les vies
biens , contre tous ſes ennemis
publics , & fecrets ; & de la
prier de donner inceſſamment
, &
GALANT. 55
لو
des ordres pour équiper un
nombre de Vaiſſeaux ſuffiſans
pour garder efficacement les
Coſtes ;& de lever , & maintenir
tel nombrede forces par
Mer , & par Terre , qu'il ſeroit
neceſſaire pour la deffenſe
de ſa ſacrée Perſonne , & pour
la ſeuretéde ſes Royaumes. Il
fut enfin decidé unanimement
que ladite réſolution
A feroit preſentée par la Chambreà
S. M. en Corps , & qu'on
prendroit immediatement
toutes les voyes les plus promptes
pour luy fournir des ſub .
fides fuffifans.
E iiij
56 MERCURE
Milord Maire , & les Aldhermans
allerent enſuite offrir
au Roy de la part de laVilleun
million de livres ſterlin pour
s'oppoſer aux entrepriſes du
Pretendant.
On a ſouvent des avis icy
des frequents deſordres qui
arrivent en pluſieurs endroits ,
&ſur tout à Bromwitch dans
leComté de Strafford , où la
populace
populace a démoly pluſieurs
Eglifes non conformistes ,
avec des cris ſcandaleux , &
injurieux , & où il y a cû pluſieurs
rebels tuez & bleffez ,
& un grand nombre de Prifonniers
.
GALANT. 57
1-
Le Roy Georges a fait depuis
peu une petite Harangue
de remerciement , de ce qu'on
luy avoit accordé la levée de
4000. hommes d'Infanterie ,
&de 3000. Dragons. On fait
venir 12000. hommes d'Irlande,
& 7. ou 8000. d'Ecoffe ,
avec les 8000. qui font en
Angleterre ; on eſpere que
dans un mois il pourra y avoir
26. ou 27000. hommes , &
quarante Vaiſſeaux deGuerre.
Il paroiſt que l'on craignoit
à la Cour que le Duc d'Ormond
ne ſe mit à la tête de
quelques troupes,&l'on affûre
A
58 MERCURE
que M. Stanhope à preſent
Secretaire d'Etat , luy avoit
dit que le Roy luy avoit ordonné
de l'avertir qu'on l'enleveroit
à Richemont où il
eſtoit , que le Duc d'Ormond
avoit répondu qu'il feroit fa
réponſe dans trois jours , &
qu'il diſparut le troiſieme ,
s'étant retiré par la Thamiſe
dans un petit Bâtiment avec
deux ou trois hommes ſeulement
: on dit qu'il foupa le
huit de ce mois chez M. le
Marquis de Torcy avec le
Vicomte de Bullinbrock , ils
logent auprés des Incurables.
GALANT. رو
Le Duc a demeuré quelques
jours chez un Baigneur dans
laruë de Richelieu.
Onnedoute point que les
Angloisqui font du parti du
Pretendant , ne ſoïent affligez
de perdre l'efperance qu'ils
avoient de le voir mettre à la
tête d'une Armée en ſafaveur.
Hier leRoy vintà la Chambre
des Pairs , & aprés avoir
donné à tous ceux qui y étoient
preſents ſon confentement Royal
pour prévenir les Aſſemblées tumultueuses
, S. M.fit au Parlement
laHarangueſuivante.
८
Aoust 1715. E
i
So MERCURE
MILORDS ET MESSIEURS ,
Le zele que vous avez toujours
temoignépour conferver la
Paix de mes Royaumes , &vôtre
ſageſſe enfaisant une auffi
bonne Loy que celle que vous
avezfaite pour prévenir toutes
fortes de tumultes , me donnent
une grande fatisfaction ; mais je
ſuis fâché qu'un esprit de rebellion
ſe découvre juſques- là qu'il
n'yapas lieu de douter que ces
defordres nefoient encouragezpar
des perſonnes mal- affectionnées à
mon Gouvernement , dans l'at-
>
GALANT. SI
1
tente d'estre foutenus parunfecours
étranger.
La confideration de noftre excellente
Constitution ,er lafeureté
de nostreReligion ont efté ,&
feronttoujours mon principalſoin;
&je ne puis douter que vous
n'ayez affez à coeur ce bien ineftimable
, pour ne me pas laiſſer
exposé aux attentats que lePrétendant
me prepare , commej'en ai
des avis certains.
MESSIEURS DE LA CHAMBRE
DES COMMUNES.
Dans ces circonstances je trou
E ij
52 MERCURE
ve à propos de demander voftre
aſſiſtance ,&je ne doute point
que vous ne pourvoyiezà voſtre
Seureté, en ne laiſſant pas laNation
hors d'état de se deffendre
contre une rebellion actuellement
commencée audedans , &une invafion
dont on la menace audehors.
Je regarderay les précautions
que vous prendrez pour la feureté
de mon peuple , comme la
meilleure marque de vostre affection
pour moy.
-On dit quela Cour receut
hier au matin un Exprés de
France qui luy donna avis que
tout ſe preparoit pour faire
GALANT 53
F
une deſcente en ce Pays-cy ,
en faveur du Pretendant ; &
pour ſoutenir ſes amis prêts à
ſe ſoulever contre le Gouvernement
preſent ; que pour
cet effet l'Eſcadre qui a ſervi
pour la reddition de Maillor.
que , eſtoit arrivée au Havre
de Grace pour eſcorter les
Vaiſſeaux fur leſquels ſcroient
les troupes deſtinées à l'affif
ter & que ce fût fur ces avis
que S. M. fit fa Harangue au
Parlement.
Les Communes ne furent
pas ſi toſt rentrées dans la
Chambre qu'elles refolurent
E iij
54 MERCURE
d'une commune voix qu'on
preſenteroit une Adreſſe au
Roy , pour le remercier d'avoir
communiqué au Parlement
l'avis qu'il avoit receu
d'une entrepriſe qu'on preparoit
au dehors contre la Nation
, & qui estoit au dedans
fomentée & favorisée par
de noires pratiques en faveur
du Pretendant , elles refolurent
en même temps d'aſſeurer
S. M. que la Chambre la
ſupporteroit de les vies
biens , contre tous ſes ennemis
publics , & fecrets ; & de la
prier de donner inceſſamment
, &
GALANT. 55
لو
des ordres pour équiper un
nombre de Vaiſſeaux ſuffiſans
pour garder efficacement les
Coſtes ;& de lever , & maintenir
tel nombrede forces par
Mer , & par Terre , qu'il ſeroit
neceſſaire pour la deffenſe
de ſa ſacrée Perſonne , & pour
la ſeuretéde ſes Royaumes. Il
fut enfin decidé unanimement
que ladite réſolution
A feroit preſentée par la Chambreà
S. M. en Corps , & qu'on
prendroit immediatement
toutes les voyes les plus promptes
pour luy fournir des ſub .
fides fuffifans.
E iiij
56 MERCURE
Milord Maire , & les Aldhermans
allerent enſuite offrir
au Roy de la part de laVilleun
million de livres ſterlin pour
s'oppoſer aux entrepriſes du
Pretendant.
On a ſouvent des avis icy
des frequents deſordres qui
arrivent en pluſieurs endroits ,
&ſur tout à Bromwitch dans
leComté de Strafford , où la
populace
populace a démoly pluſieurs
Eglifes non conformistes ,
avec des cris ſcandaleux , &
injurieux , & où il y a cû pluſieurs
rebels tuez & bleffez ,
& un grand nombre de Prifonniers
.
GALANT. 57
1-
Le Roy Georges a fait depuis
peu une petite Harangue
de remerciement , de ce qu'on
luy avoit accordé la levée de
4000. hommes d'Infanterie ,
&de 3000. Dragons. On fait
venir 12000. hommes d'Irlande,
& 7. ou 8000. d'Ecoffe ,
avec les 8000. qui font en
Angleterre ; on eſpere que
dans un mois il pourra y avoir
26. ou 27000. hommes , &
quarante Vaiſſeaux deGuerre.
Il paroiſt que l'on craignoit
à la Cour que le Duc d'Ormond
ne ſe mit à la tête de
quelques troupes,&l'on affûre
A
58 MERCURE
que M. Stanhope à preſent
Secretaire d'Etat , luy avoit
dit que le Roy luy avoit ordonné
de l'avertir qu'on l'enleveroit
à Richemont où il
eſtoit , que le Duc d'Ormond
avoit répondu qu'il feroit fa
réponſe dans trois jours , &
qu'il diſparut le troiſieme ,
s'étant retiré par la Thamiſe
dans un petit Bâtiment avec
deux ou trois hommes ſeulement
: on dit qu'il foupa le
huit de ce mois chez M. le
Marquis de Torcy avec le
Vicomte de Bullinbrock , ils
logent auprés des Incurables.
GALANT. رو
Le Duc a demeuré quelques
jours chez un Baigneur dans
laruë de Richelieu.
Onnedoute point que les
Angloisqui font du parti du
Pretendant , ne ſoïent affligez
de perdre l'efperance qu'ils
avoient de le voir mettre à la
tête d'une Armée en ſafaveur.
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3531
p. 59-61
De Hambourg. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de Hambourg que l'Amiral Lillié avec un [...]
Mots clefs :
Flotte, Amiral
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De Hambourg. [titre d'après la table]
On écrit de Hambourg
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
que l'Amiral Lillié avec un
détachement derobé de fa
Flotte , avoit entierement
défait la Flottedes Danois qui
faifoit fa defcente dans l'Ile
de Rugen, chargée de muni60
MERCURE
tions de guerre ,&de bouche,
de Soldats , de Pionniers , de
Canoniers , de Bombardiers ,
& de toute l'Artillerie qui a
eſté priſe , enſorte qu'on ne
croit pas que les Danois
foïent en état pendant cette
Campagne de ſe rendre Maîtres
de l'Ile de Rugen. Douze
Fregates , quatre batteaux
plats , ſoixante gros canons
quarante Vaiſſeaux de tranf.
port ,&cinq mille prifonniers
environ avec l'Amiral Oceftede,
ſont les fruits de cette victoire.
La Flotte Suedoiſe donne
à preſent la chaſſe à celle
,
GALANT . 6
des Danois qui luy eſt inferieure
en nombre de Vaifſeaux.
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3532
p. 62-74
HISTOIRE.
Début :
J'ay lû depuis peu, Monsieur, dans un de vos Mercures [...]
Mots clefs :
Homme, Génie, Femme, Vérité, Mari, Fille, Enfant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE.
HISTOIRE.
J'ay lû depuis peu , Monſieur
, dans un de vos Mercu.
res de l'année paſſée, l'Histoire
d'un homme, qui pour avoir
de l'argent, voulut à corps&à
cry eſtre pere ; c'eſtoit le triomphe
de l'intereſt. Ce mois- cy ,
trouvez bon que je vous conte
l'avanture d'un homme qui
vient d'eſtre pere malgré luy.
GALANT. 63
Le même motif a fait rendre
les deux Atreſts : la forme a
emportéle fond: c'eſt le triomphede
la Juſtice.
Je vous garentis la verité de
l'évenement ; la bienféance
veut que je déguiſe le temps ,
la ſcene & les Acteurs , aprés
cela ne m'en demandez pas
davantage.
A Vic au Comté d'Armagnac
, vivoit , il y a quelques
années , le ſieur de l'Elpinac ,
du temps des Romains , on
l'eût crû deſcendu en droite
ligne d'Harpocrate , tant ce
perſonnage eſtoit filentieux ,
64 MERCURE
vivant paiſiblement de ſon
commerce& de ſon induſtrie ;
il avoit élevé dans la crainte du
Seigneur quatre enfans , dont
deux avoient pris le parti de la
retraite . Le troiſieme eſtoit
homme timide , & de la Religion
des Bramins , un poulet
égorgé luy faifoit horreur , il
ſebannit de ſon Pays , & furvêcut
peu à ſon exil volontaire;
la fille qui reſtoit dans le
monde , eſtoit toute aimable ,
d'une taille petite , mais bien
priſe , elle eſtoit vive , impetueuſe
dans ſes manieres &
dans ſes paſſions ; elle avoit une
phyfionomic
GALANT. 65
On
م
phyſionomie ouverte , beaucoup
de blancheur dans le
tein, affez de regularité dans
les traits , l'eſprit fort amuſant
& le coeur porté àla tendreſſe.
# Parmi ſes Adorateurs , il s'en
trouva un qu'on nommoit le
* Chevalier de la Roque Taillade
, il eſtoit beau , brun , &
bien fait , il avoit peu de fortune
& beaucoup d'eſprit , il
eſtoit ſage , modeſte , poli , en
un mot il n'avoit rien de Gafcon
que l'accent ; au reſte avec
- les Dames c'eſtoit un Cavalier
qui avoit les meilleures qualitez
pour leur plaire ; il n'eûr
Aouft 1715 .
D
F
66 MERCURE
pas jetté les yeux fur Mademoiſelle
de l'Eſpinac, que les
vûës de ſon amour ſympatiſerent
avec celles de ſon établıfſement
: tout concouroit à
l'engager à redoubler ſes ſoins;
auſſi mit- il tout en oeuvre ; enfin
il ſçût s'infinuer ſi efficacement
dans les bonnes graces
de cette belle fille , qu'elle s'ap.
perçût bien-toſtqu'elle ſe ſou
viendroit longtemps de la
violence de ſes empreſſemens :
elle cacha fon accident autant
qu'elle pût , on mit même tout
en uſage pour faire conſentir
le pere au mariage de ces deux
GALANT. 67
:
:
amans ; mais il fut inexorable ,
* il fir pis , il conclut le mariage
de ſa fille avec un certain Mr
de Lourd genie , petit homme
d'un merite des plus minces ,
& qui n'avoit de gros que les
yeux & le bien ; aprés bien des
pleurs inutilement répandus ,
on les unit , l'Epoux n'y fut
pas plus ſçavant que le Roy de
Garbes ; cependant au bout de
quelque temps la mariée fit
des mines comme file mariage
cût operé , ſon cher époux s'en
ſçût le meilleur gré du monde,
&il accabla de ſoins , de carreffes
, & d'attention fadigne
Fij
68 MERCURE
moitié. Un four une colique
violente la ſaiſit :dans l'état où
elle ſe trouvoit , tout eſtoit à
craindre pour elle; mais une
fage & bien faiſante accoucheuſe
,gagnée depuis quelque
temps , avoit répondu à ſes
riſques & perils , du ſuccés de
ce grand évenement : on fut
la chercher dans ce beſoin extrême
; d'abord qu'elle fut
dans la maiſon , elle détacha
le laquais pour aller querir le
Medecin à Auch , & fentant
que le moment fatal appro---
choit , elle envoya Mr de
Lourd genie chez un ApoticaiGALANT.
69
re, enſeveli heureuſement alors
dans un profond fommeil.
| Mr de Lourd genie promit de
l'amener , & même d'attendre
que les remedes fuſſent prépa
rez. La ſervante qui estoit du
complot s'occupoit à bon
compte à la beſogne la plus
preſſée. Pendant l'absence du
mary , le mal redoubla , l'enfant
vint , la Sage-femme l'efcamora
, & courut le porter
- chez une confidente difcrete.
- Le mary de retour en ſa maiſon,
trouve ſa femme fort abbatuë
, de la faufle couche
qu'elle venoit de faire , au de70
MERCURE
3
ſeſpoir d'une ſi cruelle avanture
, il s'arrache les cheveux ,
il pleure , il ſe lamente , cependant
il conſole ſa femme
de ſon mieux , & luy fait efperer
qu'avec le temps il reparera
ce malheur.
L'enfant avoit eſté baptisé
fous fon nom , & fous celuy
de ſon épouſe ; on l'avoit mis
en nourrice à un quart de lieuë
de la Ville. Le lieu où il étoit
fervoit de promenade aux
Bourgeois d'Auch qui s'y rendoient
les jours de Feſtes. La
femme y menoit ſon mary
de temps en temps , & y carGALANT.
71
reſſoit le fils de l'Amour avec
ceux du Payſan.
Un jour pendant la vendange
, Mr de Lourd genie ſe mit
àboire avec un de ſes amis , le
vin les échauffa ,il dit quelques
duretez à fon camarade , qui
pour ripoter , le traita deC ....
&luy reprocha qu'on luy élevoit
un heritier qu'il ne connoufoit
pas , il luy conta de
point en point cette Hiſtoire
- comique pour le Public , &
: tragique pour luy; il eûr beau
démentir cet yvrogne qui parloit
juſte , les coups de poings
volerent, &la verité s'éclaircit.
72 MERCURE
:
Lourd genie pleinement au
fait , forma fa plainte , & fit
informer contre ſa femme en
fuppofition de part ; il obtint
monitoire, appelle commed'abus
au Parlementde Bordeauxr
par Arreft , il eſt dit qu'il n'y a
abus ; on continue l'inftruction
du Procés ; enfin par un
ſecondArreft , Lourd genie eſt
declaré pere malgré luy ; on
luy adjuge l'enfant contre la
verité & contre la notorieté
publique. Le bon ordre le
demande ainfi , il ſeroit d'une
trop perilleuſe conſequence
d'entrer dans ces fortes de difcuſſions;
GALANT. 73
e
:
(
:
n'eût
cuſſions , les loix veulent que
ce qui croît dans nôtre fond
nous appartienne; bien plus
lemêmeArreſt interdit àM.de
Lourdgenie l'alienation de ſes
biens , & même la liberté de
pouvoir les hypotequer; fans
cette lage précaution , il
pasmanquéde les rendre quelques
années aprés. Il meurt ne
pouvant digerer une paternité
forcée , je m'étonne qu'il n'ait
pas pris patience comme bien
d'autres; lafemme de ſon côté
à l'article de la mort , vient de
declarer publiquement la verité
à ſonCuré , ce bon Prê
Aoust 1715 .
G
74 MERCURE
tre plus ſtilé aux rubriques de
ſon Breviaire , qu'inſtruit dans
les maximes du Palais, en dreſſe
un procés verbal qu'il fait figner
à la mourante. Le fils
s'en moque , & fecücille une
fucceſſion opulente.
J'ay lû depuis peu , Monſieur
, dans un de vos Mercu.
res de l'année paſſée, l'Histoire
d'un homme, qui pour avoir
de l'argent, voulut à corps&à
cry eſtre pere ; c'eſtoit le triomphe
de l'intereſt. Ce mois- cy ,
trouvez bon que je vous conte
l'avanture d'un homme qui
vient d'eſtre pere malgré luy.
GALANT. 63
Le même motif a fait rendre
les deux Atreſts : la forme a
emportéle fond: c'eſt le triomphede
la Juſtice.
Je vous garentis la verité de
l'évenement ; la bienféance
veut que je déguiſe le temps ,
la ſcene & les Acteurs , aprés
cela ne m'en demandez pas
davantage.
A Vic au Comté d'Armagnac
, vivoit , il y a quelques
années , le ſieur de l'Elpinac ,
du temps des Romains , on
l'eût crû deſcendu en droite
ligne d'Harpocrate , tant ce
perſonnage eſtoit filentieux ,
64 MERCURE
vivant paiſiblement de ſon
commerce& de ſon induſtrie ;
il avoit élevé dans la crainte du
Seigneur quatre enfans , dont
deux avoient pris le parti de la
retraite . Le troiſieme eſtoit
homme timide , & de la Religion
des Bramins , un poulet
égorgé luy faifoit horreur , il
ſebannit de ſon Pays , & furvêcut
peu à ſon exil volontaire;
la fille qui reſtoit dans le
monde , eſtoit toute aimable ,
d'une taille petite , mais bien
priſe , elle eſtoit vive , impetueuſe
dans ſes manieres &
dans ſes paſſions ; elle avoit une
phyfionomic
GALANT. 65
On
م
phyſionomie ouverte , beaucoup
de blancheur dans le
tein, affez de regularité dans
les traits , l'eſprit fort amuſant
& le coeur porté àla tendreſſe.
# Parmi ſes Adorateurs , il s'en
trouva un qu'on nommoit le
* Chevalier de la Roque Taillade
, il eſtoit beau , brun , &
bien fait , il avoit peu de fortune
& beaucoup d'eſprit , il
eſtoit ſage , modeſte , poli , en
un mot il n'avoit rien de Gafcon
que l'accent ; au reſte avec
- les Dames c'eſtoit un Cavalier
qui avoit les meilleures qualitez
pour leur plaire ; il n'eûr
Aouft 1715 .
D
F
66 MERCURE
pas jetté les yeux fur Mademoiſelle
de l'Eſpinac, que les
vûës de ſon amour ſympatiſerent
avec celles de ſon établıfſement
: tout concouroit à
l'engager à redoubler ſes ſoins;
auſſi mit- il tout en oeuvre ; enfin
il ſçût s'infinuer ſi efficacement
dans les bonnes graces
de cette belle fille , qu'elle s'ap.
perçût bien-toſtqu'elle ſe ſou
viendroit longtemps de la
violence de ſes empreſſemens :
elle cacha fon accident autant
qu'elle pût , on mit même tout
en uſage pour faire conſentir
le pere au mariage de ces deux
GALANT. 67
:
:
amans ; mais il fut inexorable ,
* il fir pis , il conclut le mariage
de ſa fille avec un certain Mr
de Lourd genie , petit homme
d'un merite des plus minces ,
& qui n'avoit de gros que les
yeux & le bien ; aprés bien des
pleurs inutilement répandus ,
on les unit , l'Epoux n'y fut
pas plus ſçavant que le Roy de
Garbes ; cependant au bout de
quelque temps la mariée fit
des mines comme file mariage
cût operé , ſon cher époux s'en
ſçût le meilleur gré du monde,
&il accabla de ſoins , de carreffes
, & d'attention fadigne
Fij
68 MERCURE
moitié. Un four une colique
violente la ſaiſit :dans l'état où
elle ſe trouvoit , tout eſtoit à
craindre pour elle; mais une
fage & bien faiſante accoucheuſe
,gagnée depuis quelque
temps , avoit répondu à ſes
riſques & perils , du ſuccés de
ce grand évenement : on fut
la chercher dans ce beſoin extrême
; d'abord qu'elle fut
dans la maiſon , elle détacha
le laquais pour aller querir le
Medecin à Auch , & fentant
que le moment fatal appro---
choit , elle envoya Mr de
Lourd genie chez un ApoticaiGALANT.
69
re, enſeveli heureuſement alors
dans un profond fommeil.
| Mr de Lourd genie promit de
l'amener , & même d'attendre
que les remedes fuſſent prépa
rez. La ſervante qui estoit du
complot s'occupoit à bon
compte à la beſogne la plus
preſſée. Pendant l'absence du
mary , le mal redoubla , l'enfant
vint , la Sage-femme l'efcamora
, & courut le porter
- chez une confidente difcrete.
- Le mary de retour en ſa maiſon,
trouve ſa femme fort abbatuë
, de la faufle couche
qu'elle venoit de faire , au de70
MERCURE
3
ſeſpoir d'une ſi cruelle avanture
, il s'arrache les cheveux ,
il pleure , il ſe lamente , cependant
il conſole ſa femme
de ſon mieux , & luy fait efperer
qu'avec le temps il reparera
ce malheur.
L'enfant avoit eſté baptisé
fous fon nom , & fous celuy
de ſon épouſe ; on l'avoit mis
en nourrice à un quart de lieuë
de la Ville. Le lieu où il étoit
fervoit de promenade aux
Bourgeois d'Auch qui s'y rendoient
les jours de Feſtes. La
femme y menoit ſon mary
de temps en temps , & y carGALANT.
71
reſſoit le fils de l'Amour avec
ceux du Payſan.
Un jour pendant la vendange
, Mr de Lourd genie ſe mit
àboire avec un de ſes amis , le
vin les échauffa ,il dit quelques
duretez à fon camarade , qui
pour ripoter , le traita deC ....
&luy reprocha qu'on luy élevoit
un heritier qu'il ne connoufoit
pas , il luy conta de
point en point cette Hiſtoire
- comique pour le Public , &
: tragique pour luy; il eûr beau
démentir cet yvrogne qui parloit
juſte , les coups de poings
volerent, &la verité s'éclaircit.
72 MERCURE
:
Lourd genie pleinement au
fait , forma fa plainte , & fit
informer contre ſa femme en
fuppofition de part ; il obtint
monitoire, appelle commed'abus
au Parlementde Bordeauxr
par Arreft , il eſt dit qu'il n'y a
abus ; on continue l'inftruction
du Procés ; enfin par un
ſecondArreft , Lourd genie eſt
declaré pere malgré luy ; on
luy adjuge l'enfant contre la
verité & contre la notorieté
publique. Le bon ordre le
demande ainfi , il ſeroit d'une
trop perilleuſe conſequence
d'entrer dans ces fortes de difcuſſions;
GALANT. 73
e
:
(
:
n'eût
cuſſions , les loix veulent que
ce qui croît dans nôtre fond
nous appartienne; bien plus
lemêmeArreſt interdit àM.de
Lourdgenie l'alienation de ſes
biens , & même la liberté de
pouvoir les hypotequer; fans
cette lage précaution , il
pasmanquéde les rendre quelques
années aprés. Il meurt ne
pouvant digerer une paternité
forcée , je m'étonne qu'il n'ait
pas pris patience comme bien
d'autres; lafemme de ſon côté
à l'article de la mort , vient de
declarer publiquement la verité
à ſonCuré , ce bon Prê
Aoust 1715 .
G
74 MERCURE
tre plus ſtilé aux rubriques de
ſon Breviaire , qu'inſtruit dans
les maximes du Palais, en dreſſe
un procés verbal qu'il fait figner
à la mourante. Le fils
s'en moque , & fecücille une
fucceſſion opulente.
Fermer
3533
p. 80-143
Chapitre d'érudition de la façon de l'Auteur, au sujet d'un Livre nouveau qui a pour titre : Apologie d'Homere, ou Bouclier d'Achille. [titre d'après la table]
Début :
Puisqu'ainsi est, je procede sur sa parole, & je vous dis [...]
Mots clefs :
Homère, Achille, Discours, Iliade, Apologiste, Poète, Lecteur, Héros, Langue, Esprit, Combat, Merveilleux, Agamemnon, Défauts, Moderne, Poème, Minerve, Armée, Action, M. de la Motte, Beautés, Ouvrage, Mérite, Grecs, Troie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre d'érudition de la façon de l'Auteur, au sujet d'un Livre nouveau qui a pour titre : Apologie d'Homere, ou Bouclier d'Achille. [titre d'après la table]
Puiſqu'ainſi eſt , je procede
ſur ſa parole ,& je vous dis
que les Grecs de ce païs ont
produit depuis peu une piece
nouvelle , ſous le titre d'Apologie
d'Homere ou Bouclierd'Achille
, pour ſervir de deffenſe
contre la fameuſe Preface de
M. de la Morte. Malgré les
occupations ſerieuſes & importantes
à quoy m'engage la
qualité deMercure uniquedans
cet état ; j'ai bien voulu en faveur
du public m'y ſouſtraire ,
afin d'examiner & pefer par
moy même la validité des autorités
dont nos Antiquaires
GALANT. 81
farciſſent ſans ſcrupule leurs
dits & contredits. Le croirezvous,
Monfieur, j'ay cûla genereuſe
patience de les feüilleter
opiniâtrement depuis le
nom de l'Imprimeur juſques
àla fin du Privilege.J'avoueray
cependant, pour laconſolation
du nouvel Apologiſtique , que
pendant la lecture que j'en ai
faite , moyennant l'eau de la
Reine de Hongrie , j'en ai été
quitte pour quelques vapeurs,
au lieu que durant celle des C.
de la C. du G. on cût recours
aux gouttes d'Angleterre pour
me faire revenird'une eſpecs
82 MERCURE
d'apoplexie cauſée par pluſieurs
coups d'ennui dont j'avois
preſque été frappé à mort;
graces à la bonté de mon temperament
je repris mes eſprits
&je fis ferment pour lors d'être
plus prudent à l'avenir.
Auſſi toutes les fois qu'il s'agit
de mets à la grecque , je
prendla ſage précaution d'en
faire faire l'eſſai par un autre
, & je m'en trouve bien
Nam timeo danaos : tâchons
preſentement de raffûrer les
trembleurs du party Moderne
contre les attaques de ce
nouvel Athlete ; s'ils ne font
د
GALANT 83
pascontents de moy, je les renvoïe
ſans façon aux traités de
Meſſieurs de la Motte & Terraſſon.
Le premier ſemblable
à Apollon qui à coups de
traits legers & preſque imperceptibles
, perce la tête , les
flans & la queüe du ſerpent
Pithon; & le ſecond comparable
à Hercule , qui à grands
coups de maſſuë redoublés ,
coupe , tranche, abat les têtes
renaiſſantes de l'hydre.Au fair,
L'Auteur de ce nouveau livre
s'eſt ſervy de la methode
de Madame D .... pour la
deffenſe d'Homere, c'eſt àdire
84 MERCURE
qu'ils ſuivent ſervilement l'un
&l'autre laPreface critiquequi
eſt à la tête de l'Iliade de M.
de la M. c'eſt elle qui les gui
de &les conduit dans leur tra
vail en voyant l'extrait qu'ils
en ont faits & les glofes étenduës
& abſtraites qui l'ac
compagnent , il eſt aifé deju
ger que les vaſtesCommentai
res font fort de leur goût ; il
faut cependant convenir que ce
nouveauProtecteur de la vieil
le Iliade doit moins fatiguer
fon lecteur que l'Avocat F.
s'il ne rejoüit pas , il a la pu
deur au moins de ne point
GALANT. 85
femer ſon Ouvrage d'injure
à la Beoriene. Il a de plus le
le merite d'être moins long ,
&dereconnoîtredebonne foy
des défauts dans l'ancien Poëme
, il ne fait toutefois cer
avcu , qu'apres s'eſtre munide
l'autorité de Quintilien & de
Denis d'Halicarnaffe. Après
quoy ilmet en avant les reflexions
ſuivantes.
*Qu'importe aprés tout qu'Homere
ait des défauts , fi on le lit
avec plaisir, ſi on neſe laſſe jamais
de le relire ; ilfaut qu'ilfoit
d'ailleurs un grand enchanteur,
ſiavec tout ces défauts vrais ou
4.
86 MERCURE
pretendus il ne laiſſe pas deplaire
& de sefaire admirer. Le plus
grand le plus merveilleux effet
des beautés d'Homere , pour
ceuxqui les voient , c'est qu'elles
couvrent tellement ſes défauts
qu'on ne les voit plus , ou qu'on
neles veut plus voir.
Il eſtbon de remarquer que
cette obſervation s'adreſſe uniquement
à la pluſpart de ceux
qui liſent ce Poëte dans ſa
langue originale , car pour les
perſonnes ſenſéesqui ont efſayé
de le lire dans la nouvelle
traduction de M. de la M.
ellesneconviennent nullement
小
4
GALANT. 87
de ce merveilleux pretendu ;
elles ſentent au contraire que
les défauts en couvrent tellement
les mediocres beautés,
qu'on ne peut plus les y appercevoir
tant elles y font
noyées ; d'où partent doncdes
jugemens ſi oppofés , ſinon
d'une admiration outrée de la
part des uns , & d'une raiſon
épurée de tout prejugé de la
partdes autres.
*Homere , continuë le nouvel
Apologiſte ,a cela de particulier
quela pluſpart de ceuxqui
l'aimentſontplutôt des amanspafſionnés
que deſages amis , ils
P. 14.
88 MERCURE
l'aiment avec une efpece de fureur,
ils ferment les yeuxfurfes
deffauts , ne veulent voirque
Ses beautés ; c'est le zele même de
ſes amis trop ardentsqui luifufcite
des ennemis , qui revoltent
les critiques, &qui échauffe tellement
leur bile que comme les
uns ne voyent que les beautés
les autres ne voyent que lesdéfauts.
Cette declaration d'amour
ne vaut telle pas bien celle- cy
Homere mes amours
Je t'aimerai toûjours.
L'Iliade à leur égard eſt une
enchantereffe , une Circé qui
femble
4
GALANT. 89
femble les avoir privé de toute
lumiere d'eſprit , les fotiſes les
pluspuerilesleur paroiſſent autant
de merveilles de l'art .
S'agit- il de reconnoiſtre
quelque tache dans ce Poëme,
on abeau la leur montrer avec
le flambeaude la raiſon, ils fermentlesyeux
de toureleur puif.
fance,de crainte d'être éclairez;
ils aimerent mieux vieillir dans
cette eſpece de Paganiſme que
de ſouffrir qu'on lesdetrompât
de leur aveugle prevention.
EnvainM.dela Maura demontré
que ce qu'il doit y avoir de
de plus clair dans un ouvrage
Aoust 1715 . H
१० MERCURE
ce doit être le deſſein , de forte
qu'un eſprit même mediocre
ne puiſſes'y méprendre,envain
citera t'il en preuve contre Homere
que les Auteurs ont été
partagés ſur ſon deſſein d'Homere
, M. B M. D.& tout le
troupeau crieront à l'heretique.
Le premier craindra que
M.de la M. n'ait entendu ſous
lenomde deſſein 3. choſes differentes,
qui font leſujet oul'action
principale, la moralité de la
fable,&lesvûës particulieres du
Poëte.De cette crainte ſeule ,ne
s'en ſuit- il pas, qu'il faut que le
deſſein d'Homere ſoit bien obGALANT.
1
-
ſcur , puifque M. de la Motte
puitque A
ſelon l'Apologiſte, s'y eſt mépris
, en confondant 3. differents
objets ſous un même
point de vûë. D'ailleurs il n'eſt
pas vrai que le Critique Moderne
ait confondu ces 3. choſes,
puiſqu'il croit qu'Homere
ne s'eſt propoſé d'abord que
de chanter la colere d'Achille
comme un ſujet capable d'attacher
l'eſprit & d'enlever l'admiration
, ce qui a trompé M.
B. c'eſt qu'il n'a pas pris garde
qu'il attribuë à M de la M. les
divers ſentimens qui ont partagé
les Commentateurs fur
Hij
92 MERCURE
i
le ſujet principal du Poëte,
Si la pluſpart des Lecteurs ne
peuvent entrevoir l'action
principale , & s'ils ne ſçavent à
quoi ſe fixer ,juſques là même
que beaucoup croient que c'eſt
Achille boudant, plutôt qu'Achille
en colere , Homere en
recompenſe a le talent de racheter
cette obſcurité par la
clartédes évenemens en les annonçant
prudemment long
tems avant qu'ilsarrivent.S'il y
a affûrement quelque défaut
marqué & frappant, c'eſt celuilà,
car n'eſt ce pas fevrer impitoïablement
le Lecteur des
GALANT. 93
charmes dela ſurpriſe en lui revellant
fans art le denoüement
de chaque avanture; cependant
noſtre Apologiſte eſtbien éloignéd'en
convenir ; c'eſt par
ces annonces,dit- il, qu'Homere
eft divin, c'eſtun enchanteur qui
quand il lui plaist tranſporte tout
d'un coup fon Lecteurde ta terre
au ciel,lefait aſſiſter aux deliberations
des Dieux &lui découvre
l'avenir , un moment aprés il le
ramene oùil l'a pris&ne luilaiſſe
voir que le preſent , le Lecteur
uniquement occupéde ce quifrappe
fesyeux oublie auffitot ce qu'il
a entendu de loin ,ainfi bien loin
aino bien loin
4 MERCURE
qu' Homere doive être blamé d'avoirannoncéles
évenemens avant
que de les mettre ſous les yeux,
on doit au contraire le louer , & c .
J'en prend à témoin tout
Lecteur qui n'eſt pas Grec d'inclination
& d'éducation , s'il
a reſſenti cette prodigieute extaſe
lorſqu'on lui a predit ce
qui devoit arriver. Quand Jupiter
au milieu de I Diade fait
à Junon un abregé exact du
refte de l'action , n'eſt on pas
tenté neceflairement de s'en
tenir là fans vouloir paffer plus
avant ; pourquoy , dira- t on ,
revoir deux & 3. fois la même
GALANT. 95
choſe.Enfin mon irreſolu fait
un effort fur lui , & a la patience
de revoir paroître les mêmes
figures; de bonne foy que
ſent- il pour lors, eſt- ce ſurpri
ſe,enchantement,raviſſement,
comme le pretend M. B. point
dutout , il baille , il s'étend ,
s'endort & le Livre lui échape
des mains,& voila la ſurpriſe.
Les Dieux d'Homere , quoique
mal faiſants, foibles , bizares
, injuftes , n'ont rien de
choquant pour M. B. Homere
étoit Poëte , il vouloit plaire
& ne craignoit rien tant que
d'ennuyer ; pour cet effet il
p. 33. & les ſuivantes.
96 MERCURE
nous les a donnés cruels , ruf
ſtiques , barbares , jaloux &
tout ce merveilleux pour égayer
ſon Poeme aux dépens
dela divinité.Qui n'admireroit
en veritéun tel art !&plus encore
la raiſon décifive que
fournit nôtre Apologiſte , qui
pour prouver que l'adultere ,
le meurtre, latrahıfon , levol,
le brigandage étoient permis
aux Dieux , & deffendusaux
hommes , ſans que cependant
les moeurs en dufſent ſouffrir
aucune atteinte , decide hautement
que la morale de ces
fiecles barbares ne laiſſoit pas
P. 20.
d'eſtre
A
GALANT97
a
2
S
1
1
1
d'être bonne , quoique laReligion
fut mauvaiſe. Je demande
preſentement à tout homme
de reflexion ce qu'il penſe
fur une pareille affirmative.
Quoy ces Dieux que les hommes
de ces tems heroïques plaçoient
dans la voye Lactée,qui
pour la plupart n'avoient merité
de boire le Nectar qu'à
force de forfaits , il plaît à ces
Meſſieurs d'avancer que ces infames
Originaux ne contribuoient
pas à la dépravation
des moeurs ; où eſtdonc le fens
commun. M. B. ne ſeroit- il
pas le premier à convenir que
Aouft Aouft 1715 . I
8 MERCURE
la ſaine morale ne peut fubfif.
ter parmi des Peuples Athées;
que feroit ce donc neceffaire
ment parmi des Nations excitées
à toutes fortes d'excés par
l'exemple contagieux de leurs
Divinitez . Il faut être bien
empâté dans les erreurs du Paganiſme
pour avancer de tels
paradoxes.odb
On doit rendre justice àM.
B. touchant l'employ des Allegories,
illes abandonne pour
la plus grande partie,y en ayant
de fon propre aveu deconfu
ſes , de chymeriques , & s'il
P43
*
THEQUE DE
!
GALANT
LYON
*1899
l'oſe dire d'alambiquées ;mais
il en admet auſſi de tres claires
& qui ſe preſentent naturellement
à l'eſprit , telleeſt
l'explication de l'apparition de
Minervedans le premier Livre
qui arrête Achille en le ſaiſifſant
par les cheveux pour l'empêcher
de tirer l'epée contre
Agamemnon , on ne peut pas
douter ſelon lui qu'en cet en-
- droit Minerve ne foit la prus
dence. Quand M. B. auroit
encore placé celle là au nombre
des Chymeres Allegoriques
, il n'en auroit que fait
plus d'honneur à fon juge-
I ij
100 MERCURE
f
ment , comment lui eſt il échappé
de ne pas comparer ce
trait avec cet autre du 4 Livre
où cette Deeſſe conſeille inprudemment
à Pandarus de tirer
une Fleche à Menelas qui
eneſtbleſſé : Qu'elle noire perfidie
de faire ſervir ſon miniſtere
à rompre l'alliance qui
avoit été juré ſi religieuſement
&fi folemnellement entre les
deux Camps. Dans cette occafion,
Minerve ſera t elle conſiderée
comme la Prudence ;
jeprend nôtreApologiſte pour
juge dans ſa propre cauſe. Ne
pourroit- on pas avec plus de
GALANT. 1of
1
juſtice lui adreſſer le reproche
qu'il a fait à M. de la M. en
lui imputant de ne voir ordinairement
quel'endroit qu'il
attaque:Qu'ilapprenned'aprés
lui même que pour juger ſainement
d'Homere il faut voir
d'un coup d'oeil tous les endroits
qui ont rapport les uns
aux autres.
M. de la M. taxe les Heros
d'Homere , de vanité , d'irreligion
, de brutalité, de cruauté,
d'injustice , d'avarice & de
groffiereté ; quoique ces vices
dominent éminemment dans
p. 71.
I iij
102 MERCURE
chacun des Acteurs de l'Iliade.
M. B. traite ces reproches de
calomnie , ils en ſont au contraire
la plupart entierement
exemts ; mais comme pour
juſtifier leur innocence & refuter
leur injuſte Accuſateur ,
il faudroit nommer tous ces
Heros l'un aprés l'autre , on
doit s'en tenir à l'Apologia
qu'en a fait M. D.
Je ne puis cependant me refoudre
à me taire ſur lechapitredes
Heros,ſans expoſer ſous
les yeux de mon Lecteur les
graves raiſons del'Apologiſte,
P. 48 .
GALANT. 103
pour difculper Homere du fot
rôle qu'il fait jöüer à Hotor
dans les 2. rencontres les plus
importantes de ſon Poëme.
* La premiere, c'eſt lorſque
Diomede ſecondé par Minerve
mettoir en deroute l'armée
Troyone, àqui par confequent
Hector ſe trouvoit plus neceffaire
que jamais ; que fait le fage
Helenus dans cette extremiré?
il conſeille à Hector de
rallier les Troyens , d'abandonner
enſuite le combat &
d'aller à Troycavertir Hecube
Diſcours de M. de la M. fur l'Iliade ,
P.54.
I iiij
104 MERCURE
d'offrir un ſacrifice à Minerve
pour l'appaifer.
:
La ſeconde regarde Hector
qui fait trois fois le tour de
Troye en fuyant Achille , &
qui n'oſe le combattre qu'avec
un ſecond.
Que répond M. B. à la
premiere.
*Qu'il n'eſt pas ſurprenant
qu'Hector obéïſſe à un Prophete
, avec d'autant plus de
fondement qu'il ne quitte le
champ de bataille qu'aprés
•avoir rallié ſes troupes ſous les
murs de Troye , où eſt l'im
P. 72.
GALANT. 105
prudence d'Hector.
Ypenſez-vous fericuſement
M. B. lifez humblement la leconde
partie des reflexions de
M. de la M. * il vous apoſtrophera
ainſi. En quoy faitesvous
confifter la ſageffe d'Helenus
? dans le confeil de rétablir
le combat ? il eſt en effer
fortbon, mais pourquoyl'or.
dre d'aller à Troye dés que le
combat fera retabli? Hector
fera- t'il moins neceſſaire alors
pour profiter de l'avantage re .
gagne ; que deviendra vrayſemblablement
ſa victoire s'il
:
M.de la M. p. 9
106 MERCURE
apretence
ne la pourſuit ?& puisquel'on
a ofé fuir en ſa prefence, ý at'il
lieu d'eſperer qu'on fora
plus ferme quand onne levers
ra plus. Il falloir , dites-vous ,
envoyer pour le ſacrifice , qui
par parentheſe neproduit rien,
un homme auſſi autorife qu't
Hector. Quoi donc M. ný
avoit il pas des Heraults dans
l'armée , des hommes deſtinez
exprés pour faire ſes fonctions.
Polidamas n'eſtoit- il pas un
Devin,un Prophete accredité,
Cependant lorſque dans la fuite
il conſeille à Hector de ren
trer dans Troye ſous peinedes
GALANT. 107
plus grands malheurs , ceHe
rosyreſiſte ſans ſcrupule , &
il traite de chimere ſon inſpiration
prétenduë. Hector eft
bien malheureux en conduite,
il refifte quand il faudroit
obéïr , & il obéit quand il faudroit
refifter.
A l'égard d'Hector fuyant
Achille, vous n'eſtes pas plus
heureux en bonnes raiſons.
Une pareille lâcheté , dites.
vous , ſuivant les principes
d'Homere n'en eſt pas une , il
y eſt entraîné par un mouve
ment volontaire , ne faiſant
que ſuivre l'impreſſion d'une
108 MERCURE
force majeure qui eſt la volonté
de Jupiter.
Si Homere a cû pour but
d'inſtruire,comme ſes admirateurs
n'en doutent nullement,
il auroit dû prevoir qu'avec
cette belle raiſon d'une force
majeure qui nous neceffite ,
tous les lâches par la ſuite pour.
roient en conſcience ſe couvrir
de l'autorité du Poëte , en
declarant qu'ils n'avoient pas
pû ſe comporter autrement ,
car telle eſtoit la volonté de Jupiter.
Cette maxime une fois
reçûë , eſt évidemment une
P. 74-
GALANT. 109
5
des plus dangercules qu'il y
ait pour le maintien de la ſocieté.
Le Cenſeur moderne n'a pas
jugé à propos de faire languir
ſes Lecteurs , en luy donnant
en détail le denombrement
des Chefs &des Troupes , tel
- qu'il eſt dans le vieux Poëte ,
parce qu'il luy a paru plus
exact qu'ingenieux. M. B. prétend
que dans ce denombrement
qui paroiſt ſi ſec aux
Critiques d'Homere , il y a
des beautez qu'ils ne voyent
pas ,& qu'on ne peut pas leur
P.S.
110 MERCURE
fairevoir,mats fur leſquelles ils
doivent s'en rapporter aux plus
fameux écrivains de l'antiqui
té qui les ont y vûës , & aprés
avoir demandé pardon aux amis
de M. de la M. s'il oſe citer
un Auteur dont le nom
pourra bleſſer leurs oreilles, il
appelle Denis d'Halicarnaffe à
ſon ſecours, qui parlant de l'agrément
, de l'harmonie& de
la magnificence que les mots
heureuſement aſſortis peuvent
ſe prêter les uns aux autres,apporte
pour exemple le Catalogue
d'Homere ; ce ne font ,
dit- il , que des mots qui n'ont
GALANT
rien de beau en cux mêmes.
Mais Homere les a ſçû ſi-bien
arranger querienn'eſtplus majeſtueux
; il cite aprés cela les 8.
premiers Vers du denombre
mentqui ne fonten effet qu'un
beau tiſſu de noms propres.
M. B. veut cependant bien
croire pour Phonneur de M.
de la M. qu'avec le ſecours des
Muſes , il auroit pû nous en
faire quelque choſe de tresbeau.
1
Carde nombrer la troupe
multioude
Cela eft hors de tout humain
étude.
Salel, 2.
112 MERCURE
Non quand auroit dix langues
tres-difertes
Bouches autant à bien parler ouvertes
Voix perdurable &l'estomach de
Locuitore
Il n'en pourroit jamais estre
delivre M
Sans la faveur des Déeffes
gentilles.
Le nouvel Apologiſte aprés
avoir remis en honneur les
Dieux & les Heros du Poëte ,
vient aux differens genresd'éloquence
employez par Ho-
' mere . * La Narration en eft
pathetique ,
p. 82.
GALANT. 113
--
pathetique, marchant d'un pas
égal , & qui tient tellement à
l'action que tout ce qui eſt raconté
ſemble ſe paſſer ſous les
ycux de celuy qui écoûte ou
qui lit. M. de la M.demontre
au contraire qu'elle eſt ordinairement
diffuſe & infipide ,
au lieu d'eſtre préciſe & ingenieuſe
, & il le prouve par l'exemple
de Thetis, qui pendant
qu'elle preffe Achille de ſe reconcilier
avec Agamemnon ;
cette Déeſſe prend ſoin d'écarter
les mouches du corps de
Patrocle. M. B. a la modeſtic
de ne point étaler en cet
Aoust 1715 .
K
114 MERCURE
endroit de fort beaux lam-.
beaux d'érudition qu'on pourra
lire dans Quichard & Muret
, touchant les devoirs que
l'on a rendus aux Morts dans
tous les ficcles,dans tous lesPais
&dans toutes les Religions :
il ſe contente d'avancer qu'il
falloit que du tems d'Homere
on crût que la conſervation
d'un corps mort fut quelque
choſe de bien important, puif.
que les Déeſſes même les
plus delicates ne dedaignoient
pas d'y donner toute leur attention
; juſques- là même que
p. 85.
GALANT. 115
=
5
pendant que Thetis éloignoit
avec une queuë de cheval ces
infectes impures , Venus jour
&nuitgardoit le corps d'Hector
& en écartoit les chiens.
Ce n'eſt donc point une baſſe
circonſtance que le ſoin d'écarter
les mouches donné à
une Déeffe. Qu'en penſe le
Lecteur ? J
Il eſt tems de paſſer aux repetitions.
LeDeffenſeur d'Homere
les met au nombre des
beautez dece Poëte; par la rai-
- ſon que les Anciens n'ont jamais
blâme ſes repetitons: *au
Kij
116 MERCURE
contraire ils luy en ont fait
un merite particulier, je ne ſçai
comment , dit Macrobe , cette
forte de repetition ſied fi bien
à Homere , & ne ſied qu'à luy
feul, caractere convenable au
genie & à l'antiquité decePoë.
te. Après cet Arrêt , on auroit
fort mauvaiſe grace d'en appeller
à la raiſon , on ne con
noiſſoit point , dir M. B. dans
les premiers fiecles de la bonne
Antiquité , cette raifon ,
cette gêne inutile que la delicateffe
des fiecles ſuivants a introduite
, la Geneſe & les autres
Livres de Moyſe ſont
GALANT. 117
pleins de repetitions ; rien n'eſt
plus éloigné du fublime que
cette exactitude penible & frivole
avec laquelle on évite
d'employer des expreffions ,
des phrafes , des diſcours entiers
, tel qu'eſt celuy d'Agamemnon
dans le ſecond Livre
où ce Roy propoſe la fuite à
fes Soldats pour leur inſpirer
neanmoins un ſentiment tout
contraire; au lieu que dans le
neuviéme il tient le même dif
cours aux Chefs de l'Armée
dans le deſſein ſerieux de les
difpofer à la fuite.
Quoiqu'il n'y ait rien de
IIS MERCURE
plus choquant que cette longue
redite , elle ne déplaît pas
cependant à M. B. parce que
l'on parloit ainſi du tems
d'Homere , & que ç'auroit été
parler mal que de parler autrement;
cette façon de repeter
étoit alors la plus élegante,
* De plus il répond qu'il s'en
faut beaucoup que les deux
diſcours ne foient préciſement
les mêmes , le premier étant
de trente- un Vers, &le ſecond
n'étant que de douze , à la verité
ſans aucun changement ;
mais en recompenfe cette re
GALANT. 119
petition& les autres ne ſe font
preſque pas fentir , elles font
au contraire une ſource de
plaiſir pour les oreilles qui y
font accoûtumécs . Voila le
merveilleux.
A l'égard de l'autre queftion
qui eſt de ſçavoir ſi Agamemnon
parle ſerieuſement
dans le neuviéme Livre , il ſeroit
porté àcroire comme M.
delaM. que lediſcours duGeneral
de l'Armée Grecque eft
auffi ferieux dans le neuviéme
Livre que fimulé dans le ſecond
, * fi l'autorité de Map.
98.
A
120 MERCURE
dame Dacier , jointe à celle du
ſçavant Rheteur qu'elle cire, ne
balançoit chez luy toutes les
raiſons qu'il étale pour ap.
puyer le ſentiment qu'elle
combat, ce qui eſt tres curieux
à lire , j'y renvoïe mon Lecteur.
Pendant qu'il s'en donne
leplaifir , je me procureray celuy
de faire la reflexion fuivante
avec M. B. que c'eſt injuſtement
que M. de la M. accuſe
Homere d'être preſque
par tout negligé ; s'il l'eſt , il
faut neceſſairement le mettre
au nombre de ces beautez qui
dans leurs negligez plaiſent
cent
GALANT 121
cent fois d'avantage que les
beautez les plus ſuperbement
parées. Les deſcriptions meritent
ici d'avoir place.
* Le Cenſeur moderne trouve
la deſcription du Combat
d'Achille contre le Xante un
peu biſarre. Point du tout ,M.
de la M. nomme biſarre ce
qui eſt merveilleux & extraor.
dinaire.
M. de la M. blâme les peintures
d'Homere , qui à force
deminutiesdeviennent froides
&languiſſantes , telle eſt la def
p. 102 .
P. 104.
Acuft 1715 .
:
L
122 MERCURE
cription circonſtanciée du cafque
que Merion prête à Uliffe,
lorſque ce Heros va avec Diomede
reconnoiſtre pendant la
nuit le Camp des Troyens.
Il n'y a rien de ſi élegant
dans toute l'Iliade , c'eſt à bien
exprimer les petites choſesqu'-
Homere excelle particulierement.
M. de la M.prétend que les
deſcriptions anatomiques des
bleſſures refroidiſſent l'imagination,
en interrompant mal à
propos l'intereſt que l'on prenoit
àla ſuite des combats.
P. 108.
•
GALANT. 123
j
Le détail n'en eſtjamaistrop
long ny trop frequent dans
Homere, la deſcription , par
exemple , de la bleſſure de Pandarus
, dans le 5. 1. de l'Iliade
oft fort recreative à cauſe de
la fingularité du coup.
7.
Enachevantces mots ,Diomede
lance ſon javelot que la
Déefle Minerve conduit entre
l'oeil &le nez de Pandarus , de
forte qu'il reçoit le coupen.
tre les deux yeux pendantqu'il
baiffoit la teſte , le fer paſſe à
travers les dents , coupe l'extremité
de la langue, & reffort
p. 110.
Lij
124 MERCURE
par deſſous le menton , &
tout cela en trois Vers Grecs.
Un moderne le pourra - t - il
croire ?
Ainſi,bien loindedire qu'-
Homere a peint ſans choix , les
exemples rapportez avertiſſent
du contraire. Achille même
faiſant les fonctions d'un cuifinier
, coupant lui même les
viandes deſtinées au repas qu'il
veut donner aux 3. Deputez
de l'Armée Grecque , les embrochant
& tournant la broche
eſt une image tout à-fait
riante . Le Poëte auroit eû tort,
de la fupprimer , elle meritoit
GALANT. 125
d'eſtre choifie par le divin
Homere.
Le chapitredes discours contient
des remarques dignes de
la reputation du nouvel Apologiſte.
On peut dire qu'il rend
à Homere tout ſon luftre en
effaçant toutes les taches que
ſes adverfaires lui avoientmalignement
faites.
M. de la M. s'eſt avilé temerairement
de reprendre Homerede
ce qu'il nommequel
que fois vaillant, celui dont il
rapporte un diſcours lâche, &
quelquefois fage , celui dont il
rapporte un diſcours imprudent.
Liij
126 MERCURE
Il ne faut pas trouver étrange
, dit trés judicicuſementM.
Deſpreaux qu'Homere donne
de ces fortes d'épitetes à ſos
Heros en des occafions qui
n'ont aucun rapport à ces épitetes
, puiſque cela ſe fait ſou.
ventmême en françois où nous
donnons le nom deSaint, à nos
Saints, en des rencontres où il
s'agit de toute autre choſe que
deleur fainteté; comme quand
nous diſons que ſaintPaul gardoit
les manteaux de ceux qui
lapidoient faint Etienne.
M. de la M. a la delicateſſe de
P. 116.
: GALANT. 127
:
trouver à redire qu'au fort d'unebataille,
des Guerriers à qui
il importede vaincre au plûtôt
perdent le tems àdire de longues
injures à leur ennemis ,
ou à leur conter des genealo
gies & des hiſtoires comme
Diomede fait à Glaucus , &c.
M. B. pretend que non feulement
cela ſepeut , mais qu'il
vrai- ſemblable que du tems
de la guerre de Troye les principaux
Chefs des deux partis
avoient coutume de s'avançer
eſt
ainſi hors des rangs, de ſedonner
enſpectacle& de commen-
P. 119.
Liij
128 MERCURE
cer uneeſpece de combat fingulier
par des diſcours que les
Soldatsn'ofoient interrompre
&qui pouvoient être injurieux
ou civiles , felon le caractere
des interlocuteurs, à la verité
cecy auroit beſoin de preuves,
mais n'importe ; n'eſt il pas
vrai que ſi nous examinions
tous nos ufages à la rigueur ,
nous en trouverions encore de
plus bizares ; cela n'eſt il pas
convainquant?
Onſe revolte aiſément contre
les Heros d'Homere qui rem.
pliflentleurs difcours d'injures
groffieres,d'hiſtoires deplacées
GALANT. 129
&de rodomontades pueriles.
M. B. a la condeſcendance
de convenir que le diſcours de
Tlepoleme eſt veritablement
injurieux , mais qu'il rachete
au centuple ces riches injures
par des mots tous d'or & qui
n'ont rien de bas..
C'eſt encore une mediſance
ſelon lui que d'imputer à Sarpedon
des fanfaronades , car
ya t-il rien de plus naturel que
de s'exprimer ainſi ; pour toy
Tlepoleme je te declare que tu vas
rencontrer icy une mortsanglante
une noire destinée , &que bien-
P1217
130 MERCURE
tôt dompté par ma Pique, iu me
donneras de la gloire &ton ame
aux Enfers.
Pourquoy cependant M.de
la M. s'offenſe t-il lors qu'il
voitdans la chaleur de l'action
un homme bruſque& violent
inſulter ſon ennemy & lui diredes
duretés&des brutalités,
c'eſt parce que les Herosdenos
Romans font toûjours gracieux&
honnêtes, de la gentilleffe
&de l'eſprit par tout.
Les railleries pueriles& miferables
qu'adreſſent ordinairement
les vainqueurs aux cadavies,
cauſent ordinairement
GALANT. 131
du mépris & de l'indignation
contre ces fauvages des tems
heroïques.
C'eſt à tort reprend M. B.
Qui ne ſçait que ſenſément
le goût des plaifanteries eſt bizare
& affez arbitraire ; ce qui
a du ſel dans une langue devient
ſouvent infipide lorſqu'il
paſſe de la langue originale
dans une langue étrangere. Le
meilleur mot de M. dela M.
mis en Grec ou en Latin ne
feroitpeut-être pas un fortbon
mot , & c'eſt pour cela que
dans le privilege de fon livre
P.127.
132 MERCURE
deffenſes ſont faites àtous Imprimeurs
d'imprimer cesOcuvres
en Langue Latine ,Grecque
, ou Hebraïque.
Admirez, je vous prie, comme
une raillerie en amene unc
autre ; aprés cela Meſſieurs les
Modernes , venez nous cer
tifier que Meſſieurs les Grecs
fontde forts fots, de forts fades
, & de forts mauvais plaifants
, s'il m'eſtoit permis de
vous démentir , je vousciterois
M B. vous en croirez cependant
ce qu'il vous plaira...
Lesdifcours quetiennentAn
P. 1292
GALANT. 133
tilocus & Hector à leurs chevaux
ne font rien moins que
ridicules. Ondécouvre au contraire
une eſpece d'antoufiafme
dans l'apostrophe que ce
dernier leur fait. Genereux
Coursiers,Xantus, Podarge , Ethon
, & toy mon incomparable
Lampus ,c'est maintenant, dit- il,
qu'il faut que vous me payés le
Join qu'Andromaque a pris tant
de fois ,&c. Il ne doit pas être
plus ſurprenant pour nous de
voir un hommedeguerre apoſtropher
un cheval , que de
voir un Berger s'entretenir
avec ſon chien , ou avec ſes
134 MERCURE
moutons.Eft-onchoqué dans
la Tragedie du Cid de voir
DonDiegue quis'adreſſe à fon
épée, en lui diſant.
Et toy de mes exploits glorieux
instrument , &c.
Ne s'adreſſe t- on pas tous
les jours aux Foreſts , auxRochers
, aux Fontaines.
Si M. B. avoit bien lû la
ſeconde partie des reflexions
deM. de la M. peut- être,n'auroit
ilpas autoriſéces endroits
avec tant de confiance ; il au
roit appris qu'il ne faut pas
confondre des diſcours fi
Seconde part, des reflex. p. 132.
GALANT. 135
gures & allegoriques avecdes
difcours ferieux &naïfs, ladifference
eſt grande,&c .
Uliſſe dans ſon diſcours à
Achille en lui offrant les preſents
d'Agamemnon repete
mot pour mot 3. longues pagesqu'on
vient de lire un in
ſtant auparavant.
L'Apologiſte ſeroit ici de l'avis
de M. de la M.& il retrancheroit
cette repetitions'ilétoit
le maître de retrancher quelque
choſe à Homere ; ce n'eſt
pas que cette repetition toute
longue qu'elle eſt ne puiſſe être
trés bien excuſée, par la raiſon
!
136 MERCURE
de l'ancien uſage. Il a la pre
caution denous informer que
cette repetition qui eſtde 34.
vers dans le Grec en eſt une
de 3. pages dans le François,
Il a de plus lagenerofité de
faire un facrifice à la ſeverité
de M. de la M. qui ne peut
ſouffrir que lors qu'Achile refuſe
avec hauteur les preſents
d'Agamemnon , ce Heros s'égare
dans la diſgreſſion qu'il
fait des particularités de la
Ville de Thebes. Iliade liv. 9.
Phenix dans ſa harangue à
Achille, rappellant dans le neu-
P. 138.
viéme
:
GALANT. 13.7
viéme Livre à ce furieux les
ſoins qu'il avoit pris de luy
pendant ſon enfance , luy die
entre autres belles choſes.Lorfque
je vous preſentois la coupe
pleine de vin , vous en avez
laiffé répandre une partiefur mon
Sein &furmes vêtemens.
M. de la M. avoit accuſé
d'omiffion M. D. en cet endroit
,& il y avoit ſuppléé en
traduiſant ainfi : Combien de
fois avez-vous vomi dans mon
comme il arrive aux en- Sein ,
fans de womirſur leurs nourrices.
M. B. s'éleve fort contre la
baffeffe de cette expreffion ,
Aoust 1715.
M
138 MERCURE
vomir; le verbe Green'offrant
en ſoy aucune idée dégoûtante.
On paſſe volontiers à M. B.
l'apologie de ce mot , mais il
n'en eſt pas moins vray que la
circonſtance eſt baffe enGrec ,
en Latin ,& en toute Langue ,
ce qui ſuffit. De plus , M de la
M. convient qu'il falloit met
tre , rejetté le vin que je vous
donnois.
dela
Phenix & Noſtor font repris
d'être d'importuns Conteurs ,
ce dernier ſur tout en eſt à
charge au Lecteur judicieux
de forte qu'on ne ſçait ce qui
GALANT. 139
1
bleſſe le plus dans le diſcours
de ce pretendu Sage , ou l'envie
demeſurée de parler , ou la
vanité , ou l'imprudence.
&
L'Apologiſte n'y donne
pas ſonconfentement :Deffendre
à un Vicillard d'être longdans
ſes recits , de raconter plusieurs
fois la mêmehistoire de parler
Sans mesure du passé , c'est luy
deffondre d'être Vieillard. Aprés
tout Homere fait connoître .
par- là qu'il fçavoit peindred'a
prés la nature les moeurs , &
qu'il avoit de plus une fecondité
admirable pour allonger
ſes diſcours aux dépens même
(
Mij
140 MERCURE
des circonstances les plus étrangeres
à ſa matiere.
Qui le croiroit ! il y a plus
de deux cens comparaiſons dans
l'Iliade , elles ont neanmoins
toutes leur prix fans aucune
abondance vicieuſe ; celles entre-
autres qu'attaque M. de la
M. font les plus eſtimées , la
comparaiſon des jambes de
Menelas avec l'yvoire teinte en
pourpre eſt juſtifiée avec un
Commentaire auffi long que
la comparaiſon même.
La comparaiſon d'Ajax à
un ane que des enfans chaffent
d'un bled, e non pas d'un pré ,à
GALANT. 141
1
coups de bâtons , fait un fond
de Tableau charmant
Quelque envie qu'ait M. B.
de juſtifier Homere ſur les défauts
qu'on luy objecte , il eſt
toutefois comme forcé d'en
avoüer quelques uns. Il auroit
bien voulu , par exemple , ſauver
l'honneur d'Hector en
rendant ſa fuite heroïque ;
mais le défaut étoit ſi ſenſible
qu'à moins d'être Idolâtre
d'Homere , il ne pouvoit n'en
êire pas bleffe. Il paſſe donc
condamnation ſur cet endroit,
avec cette clauſe cependant ,
qu'il eſt perfuadé que fi Ho142
MERCURE
mere revenoit au monde , ik
apporteroit de bonnes raiſons
autquelles les Modernes ſeroient
obligez deſouſcrire.Car
on ne doit pas préfumer qu'un
Poëte plein d'eſprit , de raifon
& de bon fens en ait manqué
dans l'endroit le plus remarquable
& le plus eſſentiel de
fon Poëme. !
Je n'entreray pas dans un
plus long détail ſur le reſte de
l'Apologie , je remets au mois
prochain de continuer mon
examen Je me propoſe ſur
tout de m'étendre particulierement
ſur le nouveau ſyſteGALANT.
143
me du Bouclier d'Achille & nous
verrons ſi le dernier Apologifte
a imaginé quelque nouveau
ſecret pour ranımer , faire
agir , danſer , & parler toutes
les figures de l'Ouvrage merveilleux
de Vulcain
ſur ſa parole ,& je vous dis
que les Grecs de ce païs ont
produit depuis peu une piece
nouvelle , ſous le titre d'Apologie
d'Homere ou Bouclierd'Achille
, pour ſervir de deffenſe
contre la fameuſe Preface de
M. de la Morte. Malgré les
occupations ſerieuſes & importantes
à quoy m'engage la
qualité deMercure uniquedans
cet état ; j'ai bien voulu en faveur
du public m'y ſouſtraire ,
afin d'examiner & pefer par
moy même la validité des autorités
dont nos Antiquaires
GALANT. 81
farciſſent ſans ſcrupule leurs
dits & contredits. Le croirezvous,
Monfieur, j'ay cûla genereuſe
patience de les feüilleter
opiniâtrement depuis le
nom de l'Imprimeur juſques
àla fin du Privilege.J'avoueray
cependant, pour laconſolation
du nouvel Apologiſtique , que
pendant la lecture que j'en ai
faite , moyennant l'eau de la
Reine de Hongrie , j'en ai été
quitte pour quelques vapeurs,
au lieu que durant celle des C.
de la C. du G. on cût recours
aux gouttes d'Angleterre pour
me faire revenird'une eſpecs
82 MERCURE
d'apoplexie cauſée par pluſieurs
coups d'ennui dont j'avois
preſque été frappé à mort;
graces à la bonté de mon temperament
je repris mes eſprits
&je fis ferment pour lors d'être
plus prudent à l'avenir.
Auſſi toutes les fois qu'il s'agit
de mets à la grecque , je
prendla ſage précaution d'en
faire faire l'eſſai par un autre
, & je m'en trouve bien
Nam timeo danaos : tâchons
preſentement de raffûrer les
trembleurs du party Moderne
contre les attaques de ce
nouvel Athlete ; s'ils ne font
د
GALANT 83
pascontents de moy, je les renvoïe
ſans façon aux traités de
Meſſieurs de la Motte & Terraſſon.
Le premier ſemblable
à Apollon qui à coups de
traits legers & preſque imperceptibles
, perce la tête , les
flans & la queüe du ſerpent
Pithon; & le ſecond comparable
à Hercule , qui à grands
coups de maſſuë redoublés ,
coupe , tranche, abat les têtes
renaiſſantes de l'hydre.Au fair,
L'Auteur de ce nouveau livre
s'eſt ſervy de la methode
de Madame D .... pour la
deffenſe d'Homere, c'eſt àdire
84 MERCURE
qu'ils ſuivent ſervilement l'un
&l'autre laPreface critiquequi
eſt à la tête de l'Iliade de M.
de la M. c'eſt elle qui les gui
de &les conduit dans leur tra
vail en voyant l'extrait qu'ils
en ont faits & les glofes étenduës
& abſtraites qui l'ac
compagnent , il eſt aifé deju
ger que les vaſtesCommentai
res font fort de leur goût ; il
faut cependant convenir que ce
nouveauProtecteur de la vieil
le Iliade doit moins fatiguer
fon lecteur que l'Avocat F.
s'il ne rejoüit pas , il a la pu
deur au moins de ne point
GALANT. 85
femer ſon Ouvrage d'injure
à la Beoriene. Il a de plus le
le merite d'être moins long ,
&dereconnoîtredebonne foy
des défauts dans l'ancien Poëme
, il ne fait toutefois cer
avcu , qu'apres s'eſtre munide
l'autorité de Quintilien & de
Denis d'Halicarnaffe. Après
quoy ilmet en avant les reflexions
ſuivantes.
*Qu'importe aprés tout qu'Homere
ait des défauts , fi on le lit
avec plaisir, ſi on neſe laſſe jamais
de le relire ; ilfaut qu'ilfoit
d'ailleurs un grand enchanteur,
ſiavec tout ces défauts vrais ou
4.
86 MERCURE
pretendus il ne laiſſe pas deplaire
& de sefaire admirer. Le plus
grand le plus merveilleux effet
des beautés d'Homere , pour
ceuxqui les voient , c'est qu'elles
couvrent tellement ſes défauts
qu'on ne les voit plus , ou qu'on
neles veut plus voir.
Il eſtbon de remarquer que
cette obſervation s'adreſſe uniquement
à la pluſpart de ceux
qui liſent ce Poëte dans ſa
langue originale , car pour les
perſonnes ſenſéesqui ont efſayé
de le lire dans la nouvelle
traduction de M. de la M.
ellesneconviennent nullement
小
4
GALANT. 87
de ce merveilleux pretendu ;
elles ſentent au contraire que
les défauts en couvrent tellement
les mediocres beautés,
qu'on ne peut plus les y appercevoir
tant elles y font
noyées ; d'où partent doncdes
jugemens ſi oppofés , ſinon
d'une admiration outrée de la
part des uns , & d'une raiſon
épurée de tout prejugé de la
partdes autres.
*Homere , continuë le nouvel
Apologiſte ,a cela de particulier
quela pluſpart de ceuxqui
l'aimentſontplutôt des amanspafſionnés
que deſages amis , ils
P. 14.
88 MERCURE
l'aiment avec une efpece de fureur,
ils ferment les yeuxfurfes
deffauts , ne veulent voirque
Ses beautés ; c'est le zele même de
ſes amis trop ardentsqui luifufcite
des ennemis , qui revoltent
les critiques, &qui échauffe tellement
leur bile que comme les
uns ne voyent que les beautés
les autres ne voyent que lesdéfauts.
Cette declaration d'amour
ne vaut telle pas bien celle- cy
Homere mes amours
Je t'aimerai toûjours.
L'Iliade à leur égard eſt une
enchantereffe , une Circé qui
femble
4
GALANT. 89
femble les avoir privé de toute
lumiere d'eſprit , les fotiſes les
pluspuerilesleur paroiſſent autant
de merveilles de l'art .
S'agit- il de reconnoiſtre
quelque tache dans ce Poëme,
on abeau la leur montrer avec
le flambeaude la raiſon, ils fermentlesyeux
de toureleur puif.
fance,de crainte d'être éclairez;
ils aimerent mieux vieillir dans
cette eſpece de Paganiſme que
de ſouffrir qu'on lesdetrompât
de leur aveugle prevention.
EnvainM.dela Maura demontré
que ce qu'il doit y avoir de
de plus clair dans un ouvrage
Aoust 1715 . H
१० MERCURE
ce doit être le deſſein , de forte
qu'un eſprit même mediocre
ne puiſſes'y méprendre,envain
citera t'il en preuve contre Homere
que les Auteurs ont été
partagés ſur ſon deſſein d'Homere
, M. B M. D.& tout le
troupeau crieront à l'heretique.
Le premier craindra que
M.de la M. n'ait entendu ſous
lenomde deſſein 3. choſes differentes,
qui font leſujet oul'action
principale, la moralité de la
fable,&lesvûës particulieres du
Poëte.De cette crainte ſeule ,ne
s'en ſuit- il pas, qu'il faut que le
deſſein d'Homere ſoit bien obGALANT.
1
-
ſcur , puifque M. de la Motte
puitque A
ſelon l'Apologiſte, s'y eſt mépris
, en confondant 3. differents
objets ſous un même
point de vûë. D'ailleurs il n'eſt
pas vrai que le Critique Moderne
ait confondu ces 3. choſes,
puiſqu'il croit qu'Homere
ne s'eſt propoſé d'abord que
de chanter la colere d'Achille
comme un ſujet capable d'attacher
l'eſprit & d'enlever l'admiration
, ce qui a trompé M.
B. c'eſt qu'il n'a pas pris garde
qu'il attribuë à M de la M. les
divers ſentimens qui ont partagé
les Commentateurs fur
Hij
92 MERCURE
i
le ſujet principal du Poëte,
Si la pluſpart des Lecteurs ne
peuvent entrevoir l'action
principale , & s'ils ne ſçavent à
quoi ſe fixer ,juſques là même
que beaucoup croient que c'eſt
Achille boudant, plutôt qu'Achille
en colere , Homere en
recompenſe a le talent de racheter
cette obſcurité par la
clartédes évenemens en les annonçant
prudemment long
tems avant qu'ilsarrivent.S'il y
a affûrement quelque défaut
marqué & frappant, c'eſt celuilà,
car n'eſt ce pas fevrer impitoïablement
le Lecteur des
GALANT. 93
charmes dela ſurpriſe en lui revellant
fans art le denoüement
de chaque avanture; cependant
noſtre Apologiſte eſtbien éloignéd'en
convenir ; c'eſt par
ces annonces,dit- il, qu'Homere
eft divin, c'eſtun enchanteur qui
quand il lui plaist tranſporte tout
d'un coup fon Lecteurde ta terre
au ciel,lefait aſſiſter aux deliberations
des Dieux &lui découvre
l'avenir , un moment aprés il le
ramene oùil l'a pris&ne luilaiſſe
voir que le preſent , le Lecteur
uniquement occupéde ce quifrappe
fesyeux oublie auffitot ce qu'il
a entendu de loin ,ainfi bien loin
aino bien loin
4 MERCURE
qu' Homere doive être blamé d'avoirannoncéles
évenemens avant
que de les mettre ſous les yeux,
on doit au contraire le louer , & c .
J'en prend à témoin tout
Lecteur qui n'eſt pas Grec d'inclination
& d'éducation , s'il
a reſſenti cette prodigieute extaſe
lorſqu'on lui a predit ce
qui devoit arriver. Quand Jupiter
au milieu de I Diade fait
à Junon un abregé exact du
refte de l'action , n'eſt on pas
tenté neceflairement de s'en
tenir là fans vouloir paffer plus
avant ; pourquoy , dira- t on ,
revoir deux & 3. fois la même
GALANT. 95
choſe.Enfin mon irreſolu fait
un effort fur lui , & a la patience
de revoir paroître les mêmes
figures; de bonne foy que
ſent- il pour lors, eſt- ce ſurpri
ſe,enchantement,raviſſement,
comme le pretend M. B. point
dutout , il baille , il s'étend ,
s'endort & le Livre lui échape
des mains,& voila la ſurpriſe.
Les Dieux d'Homere , quoique
mal faiſants, foibles , bizares
, injuftes , n'ont rien de
choquant pour M. B. Homere
étoit Poëte , il vouloit plaire
& ne craignoit rien tant que
d'ennuyer ; pour cet effet il
p. 33. & les ſuivantes.
96 MERCURE
nous les a donnés cruels , ruf
ſtiques , barbares , jaloux &
tout ce merveilleux pour égayer
ſon Poeme aux dépens
dela divinité.Qui n'admireroit
en veritéun tel art !&plus encore
la raiſon décifive que
fournit nôtre Apologiſte , qui
pour prouver que l'adultere ,
le meurtre, latrahıfon , levol,
le brigandage étoient permis
aux Dieux , & deffendusaux
hommes , ſans que cependant
les moeurs en dufſent ſouffrir
aucune atteinte , decide hautement
que la morale de ces
fiecles barbares ne laiſſoit pas
P. 20.
d'eſtre
A
GALANT97
a
2
S
1
1
1
d'être bonne , quoique laReligion
fut mauvaiſe. Je demande
preſentement à tout homme
de reflexion ce qu'il penſe
fur une pareille affirmative.
Quoy ces Dieux que les hommes
de ces tems heroïques plaçoient
dans la voye Lactée,qui
pour la plupart n'avoient merité
de boire le Nectar qu'à
force de forfaits , il plaît à ces
Meſſieurs d'avancer que ces infames
Originaux ne contribuoient
pas à la dépravation
des moeurs ; où eſtdonc le fens
commun. M. B. ne ſeroit- il
pas le premier à convenir que
Aouft Aouft 1715 . I
8 MERCURE
la ſaine morale ne peut fubfif.
ter parmi des Peuples Athées;
que feroit ce donc neceffaire
ment parmi des Nations excitées
à toutes fortes d'excés par
l'exemple contagieux de leurs
Divinitez . Il faut être bien
empâté dans les erreurs du Paganiſme
pour avancer de tels
paradoxes.odb
On doit rendre justice àM.
B. touchant l'employ des Allegories,
illes abandonne pour
la plus grande partie,y en ayant
de fon propre aveu deconfu
ſes , de chymeriques , & s'il
P43
*
THEQUE DE
!
GALANT
LYON
*1899
l'oſe dire d'alambiquées ;mais
il en admet auſſi de tres claires
& qui ſe preſentent naturellement
à l'eſprit , telleeſt
l'explication de l'apparition de
Minervedans le premier Livre
qui arrête Achille en le ſaiſifſant
par les cheveux pour l'empêcher
de tirer l'epée contre
Agamemnon , on ne peut pas
douter ſelon lui qu'en cet en-
- droit Minerve ne foit la prus
dence. Quand M. B. auroit
encore placé celle là au nombre
des Chymeres Allegoriques
, il n'en auroit que fait
plus d'honneur à fon juge-
I ij
100 MERCURE
f
ment , comment lui eſt il échappé
de ne pas comparer ce
trait avec cet autre du 4 Livre
où cette Deeſſe conſeille inprudemment
à Pandarus de tirer
une Fleche à Menelas qui
eneſtbleſſé : Qu'elle noire perfidie
de faire ſervir ſon miniſtere
à rompre l'alliance qui
avoit été juré ſi religieuſement
&fi folemnellement entre les
deux Camps. Dans cette occafion,
Minerve ſera t elle conſiderée
comme la Prudence ;
jeprend nôtreApologiſte pour
juge dans ſa propre cauſe. Ne
pourroit- on pas avec plus de
GALANT. 1of
1
juſtice lui adreſſer le reproche
qu'il a fait à M. de la M. en
lui imputant de ne voir ordinairement
quel'endroit qu'il
attaque:Qu'ilapprenned'aprés
lui même que pour juger ſainement
d'Homere il faut voir
d'un coup d'oeil tous les endroits
qui ont rapport les uns
aux autres.
M. de la M. taxe les Heros
d'Homere , de vanité , d'irreligion
, de brutalité, de cruauté,
d'injustice , d'avarice & de
groffiereté ; quoique ces vices
dominent éminemment dans
p. 71.
I iij
102 MERCURE
chacun des Acteurs de l'Iliade.
M. B. traite ces reproches de
calomnie , ils en ſont au contraire
la plupart entierement
exemts ; mais comme pour
juſtifier leur innocence & refuter
leur injuſte Accuſateur ,
il faudroit nommer tous ces
Heros l'un aprés l'autre , on
doit s'en tenir à l'Apologia
qu'en a fait M. D.
Je ne puis cependant me refoudre
à me taire ſur lechapitredes
Heros,ſans expoſer ſous
les yeux de mon Lecteur les
graves raiſons del'Apologiſte,
P. 48 .
GALANT. 103
pour difculper Homere du fot
rôle qu'il fait jöüer à Hotor
dans les 2. rencontres les plus
importantes de ſon Poëme.
* La premiere, c'eſt lorſque
Diomede ſecondé par Minerve
mettoir en deroute l'armée
Troyone, àqui par confequent
Hector ſe trouvoit plus neceffaire
que jamais ; que fait le fage
Helenus dans cette extremiré?
il conſeille à Hector de
rallier les Troyens , d'abandonner
enſuite le combat &
d'aller à Troycavertir Hecube
Diſcours de M. de la M. fur l'Iliade ,
P.54.
I iiij
104 MERCURE
d'offrir un ſacrifice à Minerve
pour l'appaifer.
:
La ſeconde regarde Hector
qui fait trois fois le tour de
Troye en fuyant Achille , &
qui n'oſe le combattre qu'avec
un ſecond.
Que répond M. B. à la
premiere.
*Qu'il n'eſt pas ſurprenant
qu'Hector obéïſſe à un Prophete
, avec d'autant plus de
fondement qu'il ne quitte le
champ de bataille qu'aprés
•avoir rallié ſes troupes ſous les
murs de Troye , où eſt l'im
P. 72.
GALANT. 105
prudence d'Hector.
Ypenſez-vous fericuſement
M. B. lifez humblement la leconde
partie des reflexions de
M. de la M. * il vous apoſtrophera
ainſi. En quoy faitesvous
confifter la ſageffe d'Helenus
? dans le confeil de rétablir
le combat ? il eſt en effer
fortbon, mais pourquoyl'or.
dre d'aller à Troye dés que le
combat fera retabli? Hector
fera- t'il moins neceſſaire alors
pour profiter de l'avantage re .
gagne ; que deviendra vrayſemblablement
ſa victoire s'il
:
M.de la M. p. 9
106 MERCURE
apretence
ne la pourſuit ?& puisquel'on
a ofé fuir en ſa prefence, ý at'il
lieu d'eſperer qu'on fora
plus ferme quand onne levers
ra plus. Il falloir , dites-vous ,
envoyer pour le ſacrifice , qui
par parentheſe neproduit rien,
un homme auſſi autorife qu't
Hector. Quoi donc M. ný
avoit il pas des Heraults dans
l'armée , des hommes deſtinez
exprés pour faire ſes fonctions.
Polidamas n'eſtoit- il pas un
Devin,un Prophete accredité,
Cependant lorſque dans la fuite
il conſeille à Hector de ren
trer dans Troye ſous peinedes
GALANT. 107
plus grands malheurs , ceHe
rosyreſiſte ſans ſcrupule , &
il traite de chimere ſon inſpiration
prétenduë. Hector eft
bien malheureux en conduite,
il refifte quand il faudroit
obéïr , & il obéit quand il faudroit
refifter.
A l'égard d'Hector fuyant
Achille, vous n'eſtes pas plus
heureux en bonnes raiſons.
Une pareille lâcheté , dites.
vous , ſuivant les principes
d'Homere n'en eſt pas une , il
y eſt entraîné par un mouve
ment volontaire , ne faiſant
que ſuivre l'impreſſion d'une
108 MERCURE
force majeure qui eſt la volonté
de Jupiter.
Si Homere a cû pour but
d'inſtruire,comme ſes admirateurs
n'en doutent nullement,
il auroit dû prevoir qu'avec
cette belle raiſon d'une force
majeure qui nous neceffite ,
tous les lâches par la ſuite pour.
roient en conſcience ſe couvrir
de l'autorité du Poëte , en
declarant qu'ils n'avoient pas
pû ſe comporter autrement ,
car telle eſtoit la volonté de Jupiter.
Cette maxime une fois
reçûë , eſt évidemment une
P. 74-
GALANT. 109
5
des plus dangercules qu'il y
ait pour le maintien de la ſocieté.
Le Cenſeur moderne n'a pas
jugé à propos de faire languir
ſes Lecteurs , en luy donnant
en détail le denombrement
des Chefs &des Troupes , tel
- qu'il eſt dans le vieux Poëte ,
parce qu'il luy a paru plus
exact qu'ingenieux. M. B. prétend
que dans ce denombrement
qui paroiſt ſi ſec aux
Critiques d'Homere , il y a
des beautez qu'ils ne voyent
pas ,& qu'on ne peut pas leur
P.S.
110 MERCURE
fairevoir,mats fur leſquelles ils
doivent s'en rapporter aux plus
fameux écrivains de l'antiqui
té qui les ont y vûës , & aprés
avoir demandé pardon aux amis
de M. de la M. s'il oſe citer
un Auteur dont le nom
pourra bleſſer leurs oreilles, il
appelle Denis d'Halicarnaffe à
ſon ſecours, qui parlant de l'agrément
, de l'harmonie& de
la magnificence que les mots
heureuſement aſſortis peuvent
ſe prêter les uns aux autres,apporte
pour exemple le Catalogue
d'Homere ; ce ne font ,
dit- il , que des mots qui n'ont
GALANT
rien de beau en cux mêmes.
Mais Homere les a ſçû ſi-bien
arranger querienn'eſtplus majeſtueux
; il cite aprés cela les 8.
premiers Vers du denombre
mentqui ne fonten effet qu'un
beau tiſſu de noms propres.
M. B. veut cependant bien
croire pour Phonneur de M.
de la M. qu'avec le ſecours des
Muſes , il auroit pû nous en
faire quelque choſe de tresbeau.
1
Carde nombrer la troupe
multioude
Cela eft hors de tout humain
étude.
Salel, 2.
112 MERCURE
Non quand auroit dix langues
tres-difertes
Bouches autant à bien parler ouvertes
Voix perdurable &l'estomach de
Locuitore
Il n'en pourroit jamais estre
delivre M
Sans la faveur des Déeffes
gentilles.
Le nouvel Apologiſte aprés
avoir remis en honneur les
Dieux & les Heros du Poëte ,
vient aux differens genresd'éloquence
employez par Ho-
' mere . * La Narration en eft
pathetique ,
p. 82.
GALANT. 113
--
pathetique, marchant d'un pas
égal , & qui tient tellement à
l'action que tout ce qui eſt raconté
ſemble ſe paſſer ſous les
ycux de celuy qui écoûte ou
qui lit. M. de la M.demontre
au contraire qu'elle eſt ordinairement
diffuſe & infipide ,
au lieu d'eſtre préciſe & ingenieuſe
, & il le prouve par l'exemple
de Thetis, qui pendant
qu'elle preffe Achille de ſe reconcilier
avec Agamemnon ;
cette Déeſſe prend ſoin d'écarter
les mouches du corps de
Patrocle. M. B. a la modeſtic
de ne point étaler en cet
Aoust 1715 .
K
114 MERCURE
endroit de fort beaux lam-.
beaux d'érudition qu'on pourra
lire dans Quichard & Muret
, touchant les devoirs que
l'on a rendus aux Morts dans
tous les ficcles,dans tous lesPais
&dans toutes les Religions :
il ſe contente d'avancer qu'il
falloit que du tems d'Homere
on crût que la conſervation
d'un corps mort fut quelque
choſe de bien important, puif.
que les Déeſſes même les
plus delicates ne dedaignoient
pas d'y donner toute leur attention
; juſques- là même que
p. 85.
GALANT. 115
=
5
pendant que Thetis éloignoit
avec une queuë de cheval ces
infectes impures , Venus jour
&nuitgardoit le corps d'Hector
& en écartoit les chiens.
Ce n'eſt donc point une baſſe
circonſtance que le ſoin d'écarter
les mouches donné à
une Déeffe. Qu'en penſe le
Lecteur ? J
Il eſt tems de paſſer aux repetitions.
LeDeffenſeur d'Homere
les met au nombre des
beautez dece Poëte; par la rai-
- ſon que les Anciens n'ont jamais
blâme ſes repetitons: *au
Kij
116 MERCURE
contraire ils luy en ont fait
un merite particulier, je ne ſçai
comment , dit Macrobe , cette
forte de repetition ſied fi bien
à Homere , & ne ſied qu'à luy
feul, caractere convenable au
genie & à l'antiquité decePoë.
te. Après cet Arrêt , on auroit
fort mauvaiſe grace d'en appeller
à la raiſon , on ne con
noiſſoit point , dir M. B. dans
les premiers fiecles de la bonne
Antiquité , cette raifon ,
cette gêne inutile que la delicateffe
des fiecles ſuivants a introduite
, la Geneſe & les autres
Livres de Moyſe ſont
GALANT. 117
pleins de repetitions ; rien n'eſt
plus éloigné du fublime que
cette exactitude penible & frivole
avec laquelle on évite
d'employer des expreffions ,
des phrafes , des diſcours entiers
, tel qu'eſt celuy d'Agamemnon
dans le ſecond Livre
où ce Roy propoſe la fuite à
fes Soldats pour leur inſpirer
neanmoins un ſentiment tout
contraire; au lieu que dans le
neuviéme il tient le même dif
cours aux Chefs de l'Armée
dans le deſſein ſerieux de les
difpofer à la fuite.
Quoiqu'il n'y ait rien de
IIS MERCURE
plus choquant que cette longue
redite , elle ne déplaît pas
cependant à M. B. parce que
l'on parloit ainſi du tems
d'Homere , & que ç'auroit été
parler mal que de parler autrement;
cette façon de repeter
étoit alors la plus élegante,
* De plus il répond qu'il s'en
faut beaucoup que les deux
diſcours ne foient préciſement
les mêmes , le premier étant
de trente- un Vers, &le ſecond
n'étant que de douze , à la verité
ſans aucun changement ;
mais en recompenfe cette re
GALANT. 119
petition& les autres ne ſe font
preſque pas fentir , elles font
au contraire une ſource de
plaiſir pour les oreilles qui y
font accoûtumécs . Voila le
merveilleux.
A l'égard de l'autre queftion
qui eſt de ſçavoir ſi Agamemnon
parle ſerieuſement
dans le neuviéme Livre , il ſeroit
porté àcroire comme M.
delaM. que lediſcours duGeneral
de l'Armée Grecque eft
auffi ferieux dans le neuviéme
Livre que fimulé dans le ſecond
, * fi l'autorité de Map.
98.
A
120 MERCURE
dame Dacier , jointe à celle du
ſçavant Rheteur qu'elle cire, ne
balançoit chez luy toutes les
raiſons qu'il étale pour ap.
puyer le ſentiment qu'elle
combat, ce qui eſt tres curieux
à lire , j'y renvoïe mon Lecteur.
Pendant qu'il s'en donne
leplaifir , je me procureray celuy
de faire la reflexion fuivante
avec M. B. que c'eſt injuſtement
que M. de la M. accuſe
Homere d'être preſque
par tout negligé ; s'il l'eſt , il
faut neceſſairement le mettre
au nombre de ces beautez qui
dans leurs negligez plaiſent
cent
GALANT 121
cent fois d'avantage que les
beautez les plus ſuperbement
parées. Les deſcriptions meritent
ici d'avoir place.
* Le Cenſeur moderne trouve
la deſcription du Combat
d'Achille contre le Xante un
peu biſarre. Point du tout ,M.
de la M. nomme biſarre ce
qui eſt merveilleux & extraor.
dinaire.
M. de la M. blâme les peintures
d'Homere , qui à force
deminutiesdeviennent froides
&languiſſantes , telle eſt la def
p. 102 .
P. 104.
Acuft 1715 .
:
L
122 MERCURE
cription circonſtanciée du cafque
que Merion prête à Uliffe,
lorſque ce Heros va avec Diomede
reconnoiſtre pendant la
nuit le Camp des Troyens.
Il n'y a rien de ſi élegant
dans toute l'Iliade , c'eſt à bien
exprimer les petites choſesqu'-
Homere excelle particulierement.
M. de la M.prétend que les
deſcriptions anatomiques des
bleſſures refroidiſſent l'imagination,
en interrompant mal à
propos l'intereſt que l'on prenoit
àla ſuite des combats.
P. 108.
•
GALANT. 123
j
Le détail n'en eſtjamaistrop
long ny trop frequent dans
Homere, la deſcription , par
exemple , de la bleſſure de Pandarus
, dans le 5. 1. de l'Iliade
oft fort recreative à cauſe de
la fingularité du coup.
7.
Enachevantces mots ,Diomede
lance ſon javelot que la
Déefle Minerve conduit entre
l'oeil &le nez de Pandarus , de
forte qu'il reçoit le coupen.
tre les deux yeux pendantqu'il
baiffoit la teſte , le fer paſſe à
travers les dents , coupe l'extremité
de la langue, & reffort
p. 110.
Lij
124 MERCURE
par deſſous le menton , &
tout cela en trois Vers Grecs.
Un moderne le pourra - t - il
croire ?
Ainſi,bien loindedire qu'-
Homere a peint ſans choix , les
exemples rapportez avertiſſent
du contraire. Achille même
faiſant les fonctions d'un cuifinier
, coupant lui même les
viandes deſtinées au repas qu'il
veut donner aux 3. Deputez
de l'Armée Grecque , les embrochant
& tournant la broche
eſt une image tout à-fait
riante . Le Poëte auroit eû tort,
de la fupprimer , elle meritoit
GALANT. 125
d'eſtre choifie par le divin
Homere.
Le chapitredes discours contient
des remarques dignes de
la reputation du nouvel Apologiſte.
On peut dire qu'il rend
à Homere tout ſon luftre en
effaçant toutes les taches que
ſes adverfaires lui avoientmalignement
faites.
M. de la M. s'eſt avilé temerairement
de reprendre Homerede
ce qu'il nommequel
que fois vaillant, celui dont il
rapporte un diſcours lâche, &
quelquefois fage , celui dont il
rapporte un diſcours imprudent.
Liij
126 MERCURE
Il ne faut pas trouver étrange
, dit trés judicicuſementM.
Deſpreaux qu'Homere donne
de ces fortes d'épitetes à ſos
Heros en des occafions qui
n'ont aucun rapport à ces épitetes
, puiſque cela ſe fait ſou.
ventmême en françois où nous
donnons le nom deSaint, à nos
Saints, en des rencontres où il
s'agit de toute autre choſe que
deleur fainteté; comme quand
nous diſons que ſaintPaul gardoit
les manteaux de ceux qui
lapidoient faint Etienne.
M. de la M. a la delicateſſe de
P. 116.
: GALANT. 127
:
trouver à redire qu'au fort d'unebataille,
des Guerriers à qui
il importede vaincre au plûtôt
perdent le tems àdire de longues
injures à leur ennemis ,
ou à leur conter des genealo
gies & des hiſtoires comme
Diomede fait à Glaucus , &c.
M. B. pretend que non feulement
cela ſepeut , mais qu'il
vrai- ſemblable que du tems
de la guerre de Troye les principaux
Chefs des deux partis
avoient coutume de s'avançer
eſt
ainſi hors des rangs, de ſedonner
enſpectacle& de commen-
P. 119.
Liij
128 MERCURE
cer uneeſpece de combat fingulier
par des diſcours que les
Soldatsn'ofoient interrompre
&qui pouvoient être injurieux
ou civiles , felon le caractere
des interlocuteurs, à la verité
cecy auroit beſoin de preuves,
mais n'importe ; n'eſt il pas
vrai que ſi nous examinions
tous nos ufages à la rigueur ,
nous en trouverions encore de
plus bizares ; cela n'eſt il pas
convainquant?
Onſe revolte aiſément contre
les Heros d'Homere qui rem.
pliflentleurs difcours d'injures
groffieres,d'hiſtoires deplacées
GALANT. 129
&de rodomontades pueriles.
M. B. a la condeſcendance
de convenir que le diſcours de
Tlepoleme eſt veritablement
injurieux , mais qu'il rachete
au centuple ces riches injures
par des mots tous d'or & qui
n'ont rien de bas..
C'eſt encore une mediſance
ſelon lui que d'imputer à Sarpedon
des fanfaronades , car
ya t-il rien de plus naturel que
de s'exprimer ainſi ; pour toy
Tlepoleme je te declare que tu vas
rencontrer icy une mortsanglante
une noire destinée , &que bien-
P1217
130 MERCURE
tôt dompté par ma Pique, iu me
donneras de la gloire &ton ame
aux Enfers.
Pourquoy cependant M.de
la M. s'offenſe t-il lors qu'il
voitdans la chaleur de l'action
un homme bruſque& violent
inſulter ſon ennemy & lui diredes
duretés&des brutalités,
c'eſt parce que les Herosdenos
Romans font toûjours gracieux&
honnêtes, de la gentilleffe
&de l'eſprit par tout.
Les railleries pueriles& miferables
qu'adreſſent ordinairement
les vainqueurs aux cadavies,
cauſent ordinairement
GALANT. 131
du mépris & de l'indignation
contre ces fauvages des tems
heroïques.
C'eſt à tort reprend M. B.
Qui ne ſçait que ſenſément
le goût des plaifanteries eſt bizare
& affez arbitraire ; ce qui
a du ſel dans une langue devient
ſouvent infipide lorſqu'il
paſſe de la langue originale
dans une langue étrangere. Le
meilleur mot de M. dela M.
mis en Grec ou en Latin ne
feroitpeut-être pas un fortbon
mot , & c'eſt pour cela que
dans le privilege de fon livre
P.127.
132 MERCURE
deffenſes ſont faites àtous Imprimeurs
d'imprimer cesOcuvres
en Langue Latine ,Grecque
, ou Hebraïque.
Admirez, je vous prie, comme
une raillerie en amene unc
autre ; aprés cela Meſſieurs les
Modernes , venez nous cer
tifier que Meſſieurs les Grecs
fontde forts fots, de forts fades
, & de forts mauvais plaifants
, s'il m'eſtoit permis de
vous démentir , je vousciterois
M B. vous en croirez cependant
ce qu'il vous plaira...
Lesdifcours quetiennentAn
P. 1292
GALANT. 133
tilocus & Hector à leurs chevaux
ne font rien moins que
ridicules. Ondécouvre au contraire
une eſpece d'antoufiafme
dans l'apostrophe que ce
dernier leur fait. Genereux
Coursiers,Xantus, Podarge , Ethon
, & toy mon incomparable
Lampus ,c'est maintenant, dit- il,
qu'il faut que vous me payés le
Join qu'Andromaque a pris tant
de fois ,&c. Il ne doit pas être
plus ſurprenant pour nous de
voir un hommedeguerre apoſtropher
un cheval , que de
voir un Berger s'entretenir
avec ſon chien , ou avec ſes
134 MERCURE
moutons.Eft-onchoqué dans
la Tragedie du Cid de voir
DonDiegue quis'adreſſe à fon
épée, en lui diſant.
Et toy de mes exploits glorieux
instrument , &c.
Ne s'adreſſe t- on pas tous
les jours aux Foreſts , auxRochers
, aux Fontaines.
Si M. B. avoit bien lû la
ſeconde partie des reflexions
deM. de la M. peut- être,n'auroit
ilpas autoriſéces endroits
avec tant de confiance ; il au
roit appris qu'il ne faut pas
confondre des diſcours fi
Seconde part, des reflex. p. 132.
GALANT. 135
gures & allegoriques avecdes
difcours ferieux &naïfs, ladifference
eſt grande,&c .
Uliſſe dans ſon diſcours à
Achille en lui offrant les preſents
d'Agamemnon repete
mot pour mot 3. longues pagesqu'on
vient de lire un in
ſtant auparavant.
L'Apologiſte ſeroit ici de l'avis
de M. de la M.& il retrancheroit
cette repetitions'ilétoit
le maître de retrancher quelque
choſe à Homere ; ce n'eſt
pas que cette repetition toute
longue qu'elle eſt ne puiſſe être
trés bien excuſée, par la raiſon
!
136 MERCURE
de l'ancien uſage. Il a la pre
caution denous informer que
cette repetition qui eſtde 34.
vers dans le Grec en eſt une
de 3. pages dans le François,
Il a de plus lagenerofité de
faire un facrifice à la ſeverité
de M. de la M. qui ne peut
ſouffrir que lors qu'Achile refuſe
avec hauteur les preſents
d'Agamemnon , ce Heros s'égare
dans la diſgreſſion qu'il
fait des particularités de la
Ville de Thebes. Iliade liv. 9.
Phenix dans ſa harangue à
Achille, rappellant dans le neu-
P. 138.
viéme
:
GALANT. 13.7
viéme Livre à ce furieux les
ſoins qu'il avoit pris de luy
pendant ſon enfance , luy die
entre autres belles choſes.Lorfque
je vous preſentois la coupe
pleine de vin , vous en avez
laiffé répandre une partiefur mon
Sein &furmes vêtemens.
M. de la M. avoit accuſé
d'omiffion M. D. en cet endroit
,& il y avoit ſuppléé en
traduiſant ainfi : Combien de
fois avez-vous vomi dans mon
comme il arrive aux en- Sein ,
fans de womirſur leurs nourrices.
M. B. s'éleve fort contre la
baffeffe de cette expreffion ,
Aoust 1715.
M
138 MERCURE
vomir; le verbe Green'offrant
en ſoy aucune idée dégoûtante.
On paſſe volontiers à M. B.
l'apologie de ce mot , mais il
n'en eſt pas moins vray que la
circonſtance eſt baffe enGrec ,
en Latin ,& en toute Langue ,
ce qui ſuffit. De plus , M de la
M. convient qu'il falloit met
tre , rejetté le vin que je vous
donnois.
dela
Phenix & Noſtor font repris
d'être d'importuns Conteurs ,
ce dernier ſur tout en eſt à
charge au Lecteur judicieux
de forte qu'on ne ſçait ce qui
GALANT. 139
1
bleſſe le plus dans le diſcours
de ce pretendu Sage , ou l'envie
demeſurée de parler , ou la
vanité , ou l'imprudence.
&
L'Apologiſte n'y donne
pas ſonconfentement :Deffendre
à un Vicillard d'être longdans
ſes recits , de raconter plusieurs
fois la mêmehistoire de parler
Sans mesure du passé , c'est luy
deffondre d'être Vieillard. Aprés
tout Homere fait connoître .
par- là qu'il fçavoit peindred'a
prés la nature les moeurs , &
qu'il avoit de plus une fecondité
admirable pour allonger
ſes diſcours aux dépens même
(
Mij
140 MERCURE
des circonstances les plus étrangeres
à ſa matiere.
Qui le croiroit ! il y a plus
de deux cens comparaiſons dans
l'Iliade , elles ont neanmoins
toutes leur prix fans aucune
abondance vicieuſe ; celles entre-
autres qu'attaque M. de la
M. font les plus eſtimées , la
comparaiſon des jambes de
Menelas avec l'yvoire teinte en
pourpre eſt juſtifiée avec un
Commentaire auffi long que
la comparaiſon même.
La comparaiſon d'Ajax à
un ane que des enfans chaffent
d'un bled, e non pas d'un pré ,à
GALANT. 141
1
coups de bâtons , fait un fond
de Tableau charmant
Quelque envie qu'ait M. B.
de juſtifier Homere ſur les défauts
qu'on luy objecte , il eſt
toutefois comme forcé d'en
avoüer quelques uns. Il auroit
bien voulu , par exemple , ſauver
l'honneur d'Hector en
rendant ſa fuite heroïque ;
mais le défaut étoit ſi ſenſible
qu'à moins d'être Idolâtre
d'Homere , il ne pouvoit n'en
êire pas bleffe. Il paſſe donc
condamnation ſur cet endroit,
avec cette clauſe cependant ,
qu'il eſt perfuadé que fi Ho142
MERCURE
mere revenoit au monde , ik
apporteroit de bonnes raiſons
autquelles les Modernes ſeroient
obligez deſouſcrire.Car
on ne doit pas préfumer qu'un
Poëte plein d'eſprit , de raifon
& de bon fens en ait manqué
dans l'endroit le plus remarquable
& le plus eſſentiel de
fon Poëme. !
Je n'entreray pas dans un
plus long détail ſur le reſte de
l'Apologie , je remets au mois
prochain de continuer mon
examen Je me propoſe ſur
tout de m'étendre particulierement
ſur le nouveau ſyſteGALANT.
143
me du Bouclier d'Achille & nous
verrons ſi le dernier Apologifte
a imaginé quelque nouveau
ſecret pour ranımer , faire
agir , danſer , & parler toutes
les figures de l'Ouvrage merveilleux
de Vulcain
Fermer
3534
p. 145-166
SCENE D'ARLEQUIN, Deffenseur d'Homere.
Début :
Voicy la situation. Monsieur Grognardin, Bailly d'un Village de [...]
Mots clefs :
Arlequin, Homère, Anciens, Modernes, Grec, Cabinet, Iliade, Livre, Air, Aristote, Défenseur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SCENE D'ARLEQUIN, Deffenseur d'Homere.
SCENE D'ARLEQUIN ,
Deffenfeur d'Homere.
Voicy la ſituation. Monſieur
Grognardin , Bailly d'un
Village de Provence , voiſin
d'Italie , garde étroitement fa
fille Angelique. Leandre qui
en eſt amoureux a intereſſeArlequindans
ſes affaires,quid'intelligence
avec Scaramouche
a concerté cent fourberies
pour tromper le pere & favorifer
les deffeins de l'Amant.
EnfinArlequin deguifé en Sçavant,
introduit Leandreauprés
Aoust 1715 .
N
146 MERCURE
de l'objet de ſon amour , ainſi
qu'on le verra dans la Scene
qui fuit.
GROGNARDIN ,
furl'Air,Reveillez- vousBelle ..
Tandis que je n'ay rien à
faire
Je veux contenter mon courroux
....
Angelique Angelique.
Ellefera comme ſa mere,
J'en cûs helas pour mes verroux.
Angelique arrive,
Air , diray-je mon , &c .
C'a , reprenons noſtre procés
...
GALANT. 147
Mais quel Corbeau me confidere?
Il apperçoit Arlequin en Sçavant.
ARLEQUIN.
On me nomme Bouquinides
Je ſuis le ſoûteneur d'Homere.
Je ſuis ſçavant juſques aux
dents ,
Plus de vingt plats en font
garents.
GROGNARDIN.
Ala Cantonade ... Colin fermez
la cuiſine.
AArlequin ...... ch bien! qui
vous amene icy?
Nij
148 MERCURE
ARLEQUIN .
Air du Charivary.
A l'instar de Dom Qui.
chote
Je cours les champs.
Pour la beauté d'Ariftote
Je bats les gens.
Je fais dire aux paſſans ſufpects
Vivent les Grecs.
Arlequin faitchanter au Bailly
& à sa fille , vivent les
Grecs
Air,Nonje neferaypas cequ'on
veut que je faffe.
Le Parnaſſe eſt troublé par
des guerres cruelles ,
GALANT. 149
Dans le ſein des caffez , dans le
fonds des ruelles ,
Colets contre colets , rimeurs
contre rimeurs
Combattent follement pour le
choixdes Auteurs.
Air , oh ! oh ! tourelouribo.
On veut de ſes droits priver
Homere
Oh! oh! tourelouribo ...
GROGNARDIN.
Air , au Cap de bonne esperance.
Il faudroit fans plaidoirie
Accommoder ce Procés ...
ARLEQUIN.
Quel conſeil ! quelle infamie!
O tempora ! 6 mores !
Niij
150 MERCURE
Un Bailly proposer un accom.
modement !
GROGNARDIN.
Voſtre Homere at- il des
Titres?!
Que ne prend- ildes Arbitres ?
ARLEQUIN.
Comment ventrebleu ! mettre
Homere en arbitrage !
Apprenez que les Sçavans
Sont pis que des bas Normans.
Ils veulent estrefuges &Parties.
Taytay Parafitos , Gueullardez
, Tapemodernes
Apportez moy ma Bibliotheque
GALANTIS
Scaramouche ſuivi de trois
Fourbes deguiſez en Pedans ,
apportent deux cabinets,de
Livres , ornez de deux groffes
infcriptions. A l'un on lit
ANCIENS , & à l'autre
1 MODERNES. Les Fourbes
chantent en arrivant.
Faifons dire aux paſſans fufpects
vivent les Grecs.
ॐ
Arlequin fait repêter au
Bailly & à ſa fille en choeur
vivent les Grecs.
GROGNARDIN.
Air , Adieu panier.
Quoy toûjours ils font où
N iiij
152 MERCURE
vous eſtes ??
ARLEQUIN.
Je les porte par tous chemins.
Que deviendrois-je fans mes
livres?
Oſtez aux Sçavans leursbouquins
ADicu panier vendanges font
faites.
GROGNARDIN.
Mais pourquoy dans deux
cabinets
Mettre vos livres ?
ARLEQUIN...
Lebenais !
Là , nos Auteurs de baliver-
>
nes
! GALANT. 153
nes.
Ilmontre le cabinet desModer-
2
Sont à part.
GROGNARDIN.
Pourquoy cela ?
MARLEQUIN.
Bon!
Avec ces gredins de Modernes
Irois -je encanailler Platon ?
AAngelique , Air , Tu croyois
en aimant Colette.
Ouvrez cecy. J'ay là ma
chere
Un livre qui va vous tenter
Angelique ouvre le cabinet des
Modernes , &y trouve Leandre
154 MERCURE
qui luy donne un livrepourfein.
dre de lire.
Je ſuis bien sûr qu'il va vous
plate
Oh! que vous l'allez feüilleter !
GROGNARDIN.
Air, Flon Flon.
ARLEQUIN le retenant.
Laiſſez aux femmes
Ces ouvrages abjets .
Pour le plaifir des Dames
Ces Modernes font faits, Flon
Flon , &c.
Air, Vous m'entendez bien.
Tenez. Il mene leBailly au cabinet
desAnciens.
GALANT55
Flairez ce cabinet
Sentez vous le Grec ? quel fumet
!
Jay dans cette boutique
GROGNARDIN.
Eh ! bien ?
ARLEQUIN.
Deux muids de Sel Attique
Salez-vous y bien.
GROGNARDIN.
Air, L'autre jour ma Cloris.
Le Grec fait voſtre ébat...
ARLEQUIN.
Oüy, ma femme & ma fille ,
Oüy, tout juſqu'à mon chat
Chante dans ma famille ,
Charmant Grec , mes amours,
156 MERCURE
Je t'aimeray toûjours.
Allons, Chorus : Charmant
Grec ,&c..... Scaramouche
lesFourbes chantent en choeuravec
Arlequin , quise met à genoux ,
dit d'un air extafié ſur l'Air
Reveillez- vous.
Chers Anciens , voſtre lecture
Fait le charme de mes ennuis ;
Je vous aime autant , je le jure
Que ſi je vous avois traduits.
xde
Arlequin fait repeter vers à
vers ce Couplet au Bailly avec
mille jeux deTheatre , toûjoursà
genoux, ainsi que les quatrefaux
Sçavans. Il jette le chapeau du
Bailly , enlui diſant : Comment
GALANT. 157
Coquin, vous n'ôterez pas vôtre
chapeau quand on parle
des Anciens.
Air , Reveillez- vons.
De l'Iliade qu'on revere
Donnez le Livre merveilleux.....
Scaramouche tire du Cabinet
des Anciens une petite caffette
verniffée en rouge &dorée qu'il
apporte à genoux à Arlequin , qui
avec bien des ceremonies comiques
en tire un Homere couvert d'un
- vieux parchemin dechiré&gras
qu'il embraße tendrement en s'écriant
cent fois.
Quel plaifir d'embraffer Homere!
158 MERCURE
GROGNARDIN à part.
Je croy qu'il en eſt amoureux.
Arlequin fait baifer Homere à
Scaramouche &ensuite auBailly,
qui luy dit comme Henriette
des Femmes Sçavantes :
Excuſez-moy , Monfieur , je
ne ſçay pas leGrec.
Arlequinleperfecute encore
luy dit enfin : Allons , baiſez
Homere en godinetre.
GROGNARDIN.
Air de Joconde.
Quel Auteur l'attache ?
Regardant fa fille occupée àparler
bas avec Leandre.
ARLEQUIN le retenant.
GALANT . 159
Tout doux ,
Il n'eſt fait que pour elle ?
Ce Livre n'eſt pas bon pour
GROGNARDIN ricanant.
you's 100ЛО
C'eſt quelque bagatelle .
ARLEQUIN extafié.
Mais ?
GROGNARDIN.
Mais ?
ARLEQUIN.
Que Seneque eſt doux & mignon
Dans ſes Oeuvres galantes !
Les Oraiſons deCiceron
Sont bien édifiantes !
160 MERCURE
ANGELIQUE.
Air, Quand le peril eft agréable.
Helas !
GROGNARDIN.
Peſte!quel foupir tendre !
Ma filie lit quelque Roman...
ARLEQUIN.
Elle le prendra fûrement
Par où l'on doit le prendre.
Air, Mon mary està la taverne.
Voulez- vous apprendre les
cauſes
De la corruption du Goût ,
C'eſt que fans trop peſer les
dofes
On met de l'épice par tout ,
Sans ſel pourtant on ſçait
écrire
GALANT . 161
S
écrire ...
GROGNARDIN le confide-
د
rant.
Tala lerira , le drôle entre en
delire...
Arlequin entre inſenſiblement
en fureur; elle redouble Gil s'écrie
avec transport.
Sçavans courez aux armes.
Aux armes camarades
L'ennemy n'eſt pas loin
Il prend ſon Caffé ...
Voicy deux Abbez qui viennent
Allons , armons-nous ..
Aoust 1715.
162 MERCURE
GROGNARDIN effrayé.
Eit ce un mouvement de bile
Jean Gilles , Gilles joly Jean.
AARRLLEEQOUINfureux.
Toft le Bouclier d'Achille ,
JeanGilles , Gilles jolyGilles ,
Gilles joly Jean ,
Joly Jean , Jean Gilles , Gilles
joly Jean.
Air,Lere là, lere lanla.
Comment petit Outre cuide...
Ilſe jeste fur le Bailly .
✓ GROGNARDIN.
Ouf. Il me prend pour quelqu'Abbé..
ARLEQUIN.
Vous ofez marcher contr'-
GALANT. 163
,
Homere ...
Monfieur l'Abbé où allezvous
?
Vous allez vous caffer le cou...
Air , Robin turelure.
Quoy tu me fais un défi ?
C'a tentons en l'aventure ..
Eh ! bien dans un mois d'ici
turelure ,
Je t'attens dans le Mercure,
Robin turelure lure.
GROGNARDIN.
Air ,fe fuis Magdelon Friquet.
Qu'avez vous ? quelle vapeur ?
ARLEQUIN redoublantfon
enthousiame.
Quoy donc , contre Homere
O ij
164 MERCURE
on caquete ?
GROGNARDIN.
Moderez cette fureur .
ARLEQUIN.
J'aý l'accés d'un Commentateur.
Si je mets la plume à la main
Je perceray quelque Poëte....
GROGNARDIN à part.
Que ce Sçavant eſt mutin !.
AArlequin... Quoy c'eſt donc
*
un grand forfait
Quand contre Homere l'on
caquete.
ARLEQUIN effoufté.
Je ſuis .. Je tuis ..
Je fuis M gdelon Friquet ,
GALANT. 165
Et je me mocque du caquet.
GROGNARDIN regardant
fafille.
Air , Lanturlu.
Morbleu , ſa lecture
Dure trop longtemps ,
Elle a l'encolure
D'aimer les Romans.
Il approche malgré les efforts
d'Arlequin , Scaramouche ,
des autres Fourbes , &apperçoit
Leandre dans le Cabinet desModernes.
Que vois-je ? oh ! les foutbes !
ARLEQUIN s'enfuyant avec
les autres.
C'eſt un Livre deffendu
:
166 MERCURE
Lanturlu , lanturlu.
Deffenfeur d'Homere.
Voicy la ſituation. Monſieur
Grognardin , Bailly d'un
Village de Provence , voiſin
d'Italie , garde étroitement fa
fille Angelique. Leandre qui
en eſt amoureux a intereſſeArlequindans
ſes affaires,quid'intelligence
avec Scaramouche
a concerté cent fourberies
pour tromper le pere & favorifer
les deffeins de l'Amant.
EnfinArlequin deguifé en Sçavant,
introduit Leandreauprés
Aoust 1715 .
N
146 MERCURE
de l'objet de ſon amour , ainſi
qu'on le verra dans la Scene
qui fuit.
GROGNARDIN ,
furl'Air,Reveillez- vousBelle ..
Tandis que je n'ay rien à
faire
Je veux contenter mon courroux
....
Angelique Angelique.
Ellefera comme ſa mere,
J'en cûs helas pour mes verroux.
Angelique arrive,
Air , diray-je mon , &c .
C'a , reprenons noſtre procés
...
GALANT. 147
Mais quel Corbeau me confidere?
Il apperçoit Arlequin en Sçavant.
ARLEQUIN.
On me nomme Bouquinides
Je ſuis le ſoûteneur d'Homere.
Je ſuis ſçavant juſques aux
dents ,
Plus de vingt plats en font
garents.
GROGNARDIN.
Ala Cantonade ... Colin fermez
la cuiſine.
AArlequin ...... ch bien! qui
vous amene icy?
Nij
148 MERCURE
ARLEQUIN .
Air du Charivary.
A l'instar de Dom Qui.
chote
Je cours les champs.
Pour la beauté d'Ariftote
Je bats les gens.
Je fais dire aux paſſans ſufpects
Vivent les Grecs.
Arlequin faitchanter au Bailly
& à sa fille , vivent les
Grecs
Air,Nonje neferaypas cequ'on
veut que je faffe.
Le Parnaſſe eſt troublé par
des guerres cruelles ,
GALANT. 149
Dans le ſein des caffez , dans le
fonds des ruelles ,
Colets contre colets , rimeurs
contre rimeurs
Combattent follement pour le
choixdes Auteurs.
Air , oh ! oh ! tourelouribo.
On veut de ſes droits priver
Homere
Oh! oh! tourelouribo ...
GROGNARDIN.
Air , au Cap de bonne esperance.
Il faudroit fans plaidoirie
Accommoder ce Procés ...
ARLEQUIN.
Quel conſeil ! quelle infamie!
O tempora ! 6 mores !
Niij
150 MERCURE
Un Bailly proposer un accom.
modement !
GROGNARDIN.
Voſtre Homere at- il des
Titres?!
Que ne prend- ildes Arbitres ?
ARLEQUIN.
Comment ventrebleu ! mettre
Homere en arbitrage !
Apprenez que les Sçavans
Sont pis que des bas Normans.
Ils veulent estrefuges &Parties.
Taytay Parafitos , Gueullardez
, Tapemodernes
Apportez moy ma Bibliotheque
GALANTIS
Scaramouche ſuivi de trois
Fourbes deguiſez en Pedans ,
apportent deux cabinets,de
Livres , ornez de deux groffes
infcriptions. A l'un on lit
ANCIENS , & à l'autre
1 MODERNES. Les Fourbes
chantent en arrivant.
Faifons dire aux paſſans fufpects
vivent les Grecs.
ॐ
Arlequin fait repêter au
Bailly & à ſa fille en choeur
vivent les Grecs.
GROGNARDIN.
Air , Adieu panier.
Quoy toûjours ils font où
N iiij
152 MERCURE
vous eſtes ??
ARLEQUIN.
Je les porte par tous chemins.
Que deviendrois-je fans mes
livres?
Oſtez aux Sçavans leursbouquins
ADicu panier vendanges font
faites.
GROGNARDIN.
Mais pourquoy dans deux
cabinets
Mettre vos livres ?
ARLEQUIN...
Lebenais !
Là , nos Auteurs de baliver-
>
nes
! GALANT. 153
nes.
Ilmontre le cabinet desModer-
2
Sont à part.
GROGNARDIN.
Pourquoy cela ?
MARLEQUIN.
Bon!
Avec ces gredins de Modernes
Irois -je encanailler Platon ?
AAngelique , Air , Tu croyois
en aimant Colette.
Ouvrez cecy. J'ay là ma
chere
Un livre qui va vous tenter
Angelique ouvre le cabinet des
Modernes , &y trouve Leandre
154 MERCURE
qui luy donne un livrepourfein.
dre de lire.
Je ſuis bien sûr qu'il va vous
plate
Oh! que vous l'allez feüilleter !
GROGNARDIN.
Air, Flon Flon.
ARLEQUIN le retenant.
Laiſſez aux femmes
Ces ouvrages abjets .
Pour le plaifir des Dames
Ces Modernes font faits, Flon
Flon , &c.
Air, Vous m'entendez bien.
Tenez. Il mene leBailly au cabinet
desAnciens.
GALANT55
Flairez ce cabinet
Sentez vous le Grec ? quel fumet
!
Jay dans cette boutique
GROGNARDIN.
Eh ! bien ?
ARLEQUIN.
Deux muids de Sel Attique
Salez-vous y bien.
GROGNARDIN.
Air, L'autre jour ma Cloris.
Le Grec fait voſtre ébat...
ARLEQUIN.
Oüy, ma femme & ma fille ,
Oüy, tout juſqu'à mon chat
Chante dans ma famille ,
Charmant Grec , mes amours,
156 MERCURE
Je t'aimeray toûjours.
Allons, Chorus : Charmant
Grec ,&c..... Scaramouche
lesFourbes chantent en choeuravec
Arlequin , quise met à genoux ,
dit d'un air extafié ſur l'Air
Reveillez- vous.
Chers Anciens , voſtre lecture
Fait le charme de mes ennuis ;
Je vous aime autant , je le jure
Que ſi je vous avois traduits.
xde
Arlequin fait repeter vers à
vers ce Couplet au Bailly avec
mille jeux deTheatre , toûjoursà
genoux, ainsi que les quatrefaux
Sçavans. Il jette le chapeau du
Bailly , enlui diſant : Comment
GALANT. 157
Coquin, vous n'ôterez pas vôtre
chapeau quand on parle
des Anciens.
Air , Reveillez- vons.
De l'Iliade qu'on revere
Donnez le Livre merveilleux.....
Scaramouche tire du Cabinet
des Anciens une petite caffette
verniffée en rouge &dorée qu'il
apporte à genoux à Arlequin , qui
avec bien des ceremonies comiques
en tire un Homere couvert d'un
- vieux parchemin dechiré&gras
qu'il embraße tendrement en s'écriant
cent fois.
Quel plaifir d'embraffer Homere!
158 MERCURE
GROGNARDIN à part.
Je croy qu'il en eſt amoureux.
Arlequin fait baifer Homere à
Scaramouche &ensuite auBailly,
qui luy dit comme Henriette
des Femmes Sçavantes :
Excuſez-moy , Monfieur , je
ne ſçay pas leGrec.
Arlequinleperfecute encore
luy dit enfin : Allons , baiſez
Homere en godinetre.
GROGNARDIN.
Air de Joconde.
Quel Auteur l'attache ?
Regardant fa fille occupée àparler
bas avec Leandre.
ARLEQUIN le retenant.
GALANT . 159
Tout doux ,
Il n'eſt fait que pour elle ?
Ce Livre n'eſt pas bon pour
GROGNARDIN ricanant.
you's 100ЛО
C'eſt quelque bagatelle .
ARLEQUIN extafié.
Mais ?
GROGNARDIN.
Mais ?
ARLEQUIN.
Que Seneque eſt doux & mignon
Dans ſes Oeuvres galantes !
Les Oraiſons deCiceron
Sont bien édifiantes !
160 MERCURE
ANGELIQUE.
Air, Quand le peril eft agréable.
Helas !
GROGNARDIN.
Peſte!quel foupir tendre !
Ma filie lit quelque Roman...
ARLEQUIN.
Elle le prendra fûrement
Par où l'on doit le prendre.
Air, Mon mary està la taverne.
Voulez- vous apprendre les
cauſes
De la corruption du Goût ,
C'eſt que fans trop peſer les
dofes
On met de l'épice par tout ,
Sans ſel pourtant on ſçait
écrire
GALANT . 161
S
écrire ...
GROGNARDIN le confide-
د
rant.
Tala lerira , le drôle entre en
delire...
Arlequin entre inſenſiblement
en fureur; elle redouble Gil s'écrie
avec transport.
Sçavans courez aux armes.
Aux armes camarades
L'ennemy n'eſt pas loin
Il prend ſon Caffé ...
Voicy deux Abbez qui viennent
Allons , armons-nous ..
Aoust 1715.
162 MERCURE
GROGNARDIN effrayé.
Eit ce un mouvement de bile
Jean Gilles , Gilles joly Jean.
AARRLLEEQOUINfureux.
Toft le Bouclier d'Achille ,
JeanGilles , Gilles jolyGilles ,
Gilles joly Jean ,
Joly Jean , Jean Gilles , Gilles
joly Jean.
Air,Lere là, lere lanla.
Comment petit Outre cuide...
Ilſe jeste fur le Bailly .
✓ GROGNARDIN.
Ouf. Il me prend pour quelqu'Abbé..
ARLEQUIN.
Vous ofez marcher contr'-
GALANT. 163
,
Homere ...
Monfieur l'Abbé où allezvous
?
Vous allez vous caffer le cou...
Air , Robin turelure.
Quoy tu me fais un défi ?
C'a tentons en l'aventure ..
Eh ! bien dans un mois d'ici
turelure ,
Je t'attens dans le Mercure,
Robin turelure lure.
GROGNARDIN.
Air ,fe fuis Magdelon Friquet.
Qu'avez vous ? quelle vapeur ?
ARLEQUIN redoublantfon
enthousiame.
Quoy donc , contre Homere
O ij
164 MERCURE
on caquete ?
GROGNARDIN.
Moderez cette fureur .
ARLEQUIN.
J'aý l'accés d'un Commentateur.
Si je mets la plume à la main
Je perceray quelque Poëte....
GROGNARDIN à part.
Que ce Sçavant eſt mutin !.
AArlequin... Quoy c'eſt donc
*
un grand forfait
Quand contre Homere l'on
caquete.
ARLEQUIN effoufté.
Je ſuis .. Je tuis ..
Je fuis M gdelon Friquet ,
GALANT. 165
Et je me mocque du caquet.
GROGNARDIN regardant
fafille.
Air , Lanturlu.
Morbleu , ſa lecture
Dure trop longtemps ,
Elle a l'encolure
D'aimer les Romans.
Il approche malgré les efforts
d'Arlequin , Scaramouche ,
des autres Fourbes , &apperçoit
Leandre dans le Cabinet desModernes.
Que vois-je ? oh ! les foutbes !
ARLEQUIN s'enfuyant avec
les autres.
C'eſt un Livre deffendu
:
166 MERCURE
Lanturlu , lanturlu.
Fermer
3535
p. 167-192
Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion a prononcé à l'Académie Françoise le jour de saint Loüis. [titre d'après la table]
Début :
Le 25. de ce mois jour de Saint Louis, Messieurs de l'Académie [...]
Mots clefs :
Saint-Louis, Discours, Académie française, Orateur, Exemple, Roi, Hommes, Peuple, Souverain, Autorité, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Extrait du Discours que M. l'Abbé Bion a prononcé à l'Académie Françoise le jour de saint Loüis. [titre d'après la table]
Le 25. de ce mois jour de
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Saint Louis, Meffieurs de l'Academie
Françoiſe s'aſſemblerent
dans la Chapelle du Louvre
pour celebrer la Feſte du
Saint Roy ; ily cûtuneMeffe
168 MERCURE
bafle pendant laquelle on
chanta un Motet de la compoſition
du Sieur Du Bouffer,
enfuite lePanegyrique fut prononcé
par Monfieur l'Abbé
Bion , Orateur connu dans le
monde par des actions celebres,
telles que le Panegyrique
de Saint François Xavier chez
les R. P. Jefuites ; celuy de
Saint Gaëtan chez les R. P.
Theatins ; celui de Saint Paul
chez les R. P. Barnabites; celui
de Saint François de Paul, chez
les R P. Minimes.
Il pri pour texte les paroles
du Picaume 24. Adte levavi
animam
GALANT. 169
7
5
animam meam Deus meus in te
confido, non erubefcam.
-Seigneur j'ay élevé mon ame
vers vous ; oüy mon Dieu ,
jemetsen vous toute maconfiance
, & je n'en rougiray
point.
Ce texte ne paroiſt pas brillant
, mais il eſt d'une grande
convenance au ſujet , puiſque
Saint Louis s'appliqualuy même
ces paroles du Roy Prophête
, dans le tems de fon
Sacre , action dont l'Orateur
fait le fond de ſon Exorde.
Ilcommencepar une courte
expoſition de la miſere des
Aoust 1715.
P
170 MERCURE
Rois , c'eſt à dire des obſtacles
qu'ils ont à vaincre pour leur
falut , les beſoins qu'ils ont
de ſe menager le ſecours de
Dicu par une ſage confiance.
C'eſt , ajoûta t- il , ce que fic dés
l'âge le plus tendre le SaintRoy
dont nous honorons la memoire ;
il amene la ceremonie du Sacre,
dont il tire le trait qui fuir.
Grand-Dieu , le croiroit- on , il est
àla vûë d'une Cour desplusfuperbes
raffemblée pour l'éleverau
Trône , &parmy tout ce fafte
il n'eſt occupé que des malheurs
de ſa condition , on lay met le
Sceptre en main& le Diademe
GALANT. 171
au front ,ſignes auguſtes de l'autorité
dont il commence à joüir ,
& dans ce pompeux appareil, il
nesonge qu'à l'usagequ'il doitfai
re desa puiſſance , &plus encore
au terrible compte qu'il faudra
vendre un jour au SouverainJuge;
tous les grands d'un puiſſant
Empirefont à ses pieds qui luy
jurent obéiffance , & au milieu
de ces hommages , il n'est frappé
que du ferment qu'il vient luimême
deprononcer entre les mains
duPontife du Dieu Vivant;Encore
une fois le croiroit-on d'un
Prince àpeine forti de l'enfance ,
ſi l'on ne sçavoit ce que peut la
Pij
172 MERCURE
grace deJ. C. dans un coeurqu'elle
previent. L'Orateur continuë ;
maisfans inſiſter davantage fur
cettepremiere action du jeuneLoüis
que je regarde&quejepoſe comme
le principe & le fondement
defafainteté, voyonsſeulement,
fipar laſuite ileût lieu d'en rougir,
& connoiffons aujourd'huy
ce qu'est un Souverain qui efpere
en Dieu&que Dieufoutient ,
ouplutôtque ceux là le connoiffent
qui veulent que l'Evangile ſoit
unobstacle àlagloire desPrinces ,
d'un costé par la droiture & la
moderasion qu'il exige ;de l'autre
par les sentimens modestes &les
GALANT. 173
** pratiques humiliantes qu'il prefcrit
: idée chimerique & deteftable
que l'exemple de Saint Louis
doit confondre , puiſque dans un
Regne des plus glorieux , il conferva
toûjours la fidelité d'un
Chrétien auſſi bien que la majesté
d'un Roy dans les plus profonds
abaiſſemens .
Le deſſein du Difcours ainfi
expofé , l'Orateur finit fonExorde
par un trait à Meſſieurs
de l'Académie Françoile , il y
rend hommage à ces hommes
illuſtres & s'humilie luy- même
à la vue de ſon ſujet , ſans que
ſa modeſtie luy fafſſerien per-
Piij
174 MERCURE
dre de la dignité d'un Miniſtre
Evangelique.
Plan general du Discours.
Il s'agiſſoit dans la premiere
partie de combattre l'erreur
de ces faux politiques qui veulent
que la droiture &la moderation
Evangeliques , commettent
l'autorité Royale en
expoſant les Souverains aux
entrepriſes étrangeres ou domeſtiques
; pour cela l'Orateur
expoſe cette droiture& cette
moderation pouffées au plus
haut point dans Saint Louis ,
GALANT. 175
Maiefté
&cependant Saint Louis par
ces vertus mêmes devenu les
délices de fon peuple & l'arbitre
des Puiſlances voiſines .
Dans la ſeconde partie , il
s'agiſſoit de détruire l'erreur
de ſes politiques prophanes
qui veulent que la Majesté
Royale ſoit incompatible avec
l'humilité chrétienne. L'Orateur
fait voir dans Saint Louis
l'humilité chrétienne pouffée
à fon plus haut degré , & cependant
Saint Louis leplus ref.
pecté Monarque qui futpeutêtre
jamais.
مه
P iiij
176 MERCURE
:
Plan particulier du Discours.
Dans la premiere partie l'Orateur
confidere Saint Louis
dans le gouvernement interieur
de ſes Etats , & dans ſa
conduite avec les étrangers.
Par rapport au premier objer,
l'Orateur montre la fidelité du
S.Roy,par tout ce qu'il fit pour
détruire les déſordres quiregnoient
alors,ſçavoir l'herefie,
l'uſure , la preuve par le duel ,
les guerres inteſtines , le blafphême
, la mauvaiſe admini
ſtration des Magiftrats , les
GALANT. 177
1
excésduClerge.Par rapport au
ſecond objet , la même fide
lité du Saint Roy eſt prouvée,
par fon attention genereuſe
àcalmer chez ſes ennemis même
des troubles dont il eûtpû
profiter , par les ceffions qu'il
fit de droits confiderables , ſoit
pour le repos de fon peuple ,
foit pour celuy de fa conſcience.
On juge bien que dans tout
ce détail, l'Orateur ne manque
pas d'oppofer à la fidelné de
Saint Louis , les détours iniques
de la politique humaine.
La ſeconde partie ne fut
qu'un détail conduit avec gra178
MERCURE
dation,des abaſſements de S.
Louis. Et Pattention de l'O
rateur ne parut autre , que de
fauver la Majeſté affiegée par
ees mêmes abaiſſements.
Lepremier que cite l'Orateur,
c'eſt le nom modeſte que S.
Louis aff croit avec complaifance,
dans toutes les occafions
où l'autorité ſouveraine n'étoit
point intereffée,rejettant
le titre de Roy, pour ne prens
dre que la qualité de Louis de
Poiffy, parce que c'eſtoit le licu
où il avoit reçu le Baptême.
L'Orateur parla enſuite de
cette familiaritédu Saint Roy
GALANT. 179
avec ſon peuple dans les Audiances
publiques qu'il donnoit
regulierement deux fois
la ſemaine le plus ſouvent
dans ſes Jardins , affis au pied
d'un arbre, puis il le confidera
dans ſes exercices de Religion,
aprés cela il le montra dans les
Hôpitaux & dans ſesArmées
rendant les plus bas offices aux
derniers de ſes ſujets ; enfin
il finit par cet abaiffement
que
que Dieu luy ſuſcita , c'est-àdire
par fa captivité chez les
Sarazins,& montra que laMajetté
Royale loin d'en avoir
été fletric ,n'avoit jamais paru
180 MERCURE
avec plus d'éclat , parce que
ces rigoureuſes épreuves dont
Dieuhonora ſes vertus n'ayant
pû ébranler ſa confiance , il
cût la gloire de ſe rendre fuperieur
à elles. Ce qu'on a dit
fuffit pour donner une idée generale
duDiſcours& l'on ne ſe
propoſe pas plus dans un extrait
, nous y ajouterons neanmoins
quelques nouveaux
diljoints, qui quoyque tirez de
leur place & privez de leurs
preparations , ne laiſſeront pas
de ſe faire fentir. Par exemple
dans la premiere partie , à pro.
pos de l'Ordonnance de faint
GALANT. 181
Louis contre lesJuifs , l'O ateur
adreſſe ainſi la parole à Dieu.
Grand Dieu , pouviez vous nous
faire un crime de l'horreur naturelle
que nous avons pour cetterace
perverse, meurtriere de voſtrefils,
quand elle n'auroitpas contre
ellece monstrueux attentat,ne meriteroit-
elle pas toute nostre execration
, par ce feul art quelle a
introduite de mettre à profit les
beſoins des hommes ; art funeste
Sur lequel les Chrétiens mêmes
n'ont que trop encheri , &qui
malgré les foins de nostre auguste
Monarque,fait aujourd'huy tout
lemalheur de cet Empire.
182 MERCURE
Autre exemple , à proposde
ladiſſolution du fiecle de ſaint
Louis , l'Orateur s'adreſſe à
Dieu& dit : Seigneur,fi j'ofois
vous interroger , pourquoy avez
vous permis qu'un fi bon Prince
fefoit trouvé dans un fiecle auffi
corrompu , & quel bien n'eût-il
pas fait au milieu d'un peuple
moins dereglé ? je me trompe ,
Meſſieurs , c'est dans ces fiecles
corrompus que les bons Princes
doivent naître , fans remonter
bien haut , quel eût été lefortde
cet Empire,fi dans la licencede
ces derniers tems,Dieu n'eût fufcité
le religieux Monarque qui
GALANT. 183
nous gouverne ; Pardonnez ,
Messieurs , ce feul mot que je
n'ay pû refuser à l'occaſion ,
ne craignez point que cedant à
mon zele ,j'entreprenne icy l'éloge
d'un Prince dont toute la gloire
vous est confiée qu'il n'ap.
partient qu'à vous de celebrer dignement
.
Autre exemple,à propos de
ceque fit faint Louis pour rétablir
l'ordre dans l'adminiſtration
de la justice. L'Orateur
apostrophe ainſi la France.
Non, heureuſe France, cen'est
plus le temps de brigandage où les
charges ne s'achetant qu'avec le
-
184 MERCURE
droit cruel deſe dédommager àfon
gré, ceux mêmes qui devoient te
proteger, te mettoient au pillage:
regarde les emplois quiſe donnent
leplus souvent gratuitement&
toûjours à des hommes dont le
Prince luy-même a éprouvé le
defintereſſement & la capacité.
Des Commiſſaires qui informent
par tout de la conduite desJuges
prevaricateurs qu'on force àrestituer
& qu'on depose : regarde
benis à jamais unMonarque
dont l'exemple , e.
Autre exemple : dans la ſeconde
partie , à propos de ces
Audiances publiques que faint
Loüis
GALANT. 185
Louis donnoit à les ſujets ,
l'Orateur dit. Eft cesa magnificence
qu'on honore ; quand vêtû
peut-estre plus fimplement que
ceux qui l'abordent pour luy demander
grace , il ne fefert des
Gardes qui l'accompagnentesque
fon rang exige, quepourfaciliter
l'accés aux fuppliants quand ilfe
dépouille luy même de sa grandeur
&previent avec bonté un
malheureux tremblant ? voyez
cependant ce ma heureux que la
crainte abandonne es que la venerationfaifit
,quise raſſureſans
ofer davantage , toûjours interdis
lar
d'autant plus qu'il croit voir
Aouſt 1715.
186 MERCURE
fon Souverain ſe rabaiffer pour
luy ; car voila , .
Autre exemple, dans la même
partic.
Aprés un détail pathetique
des abaiſſemens volontaires de
S. Louis , tels que d'aller dans
les Hoſpitaux ſervir des infir.
mes , d'appeller des pauvres à
fa table & de les aflocier aux
Grands qui l'environnent ;tels
que de ſervir ſes ſoldats malades
&de leur donner la ſepulture
aprés des batailles. L'Orateur
aprés tout ce détail s'écrie;
GrandDieu,eft ce un Roy queje
lo ë,goùtrouvericy laMajesté?
Meffieurs , reconnoiffez-làà tant
GALANT. 187
de malheureux qui le beniffent ,
encore plus à tant de courtiſans
qui l'imitent ; quelle pompe pour
un Roy Chrétien ? des miferables
que le Prince viſite &qui
ſe reprochent d'eftre moins humiliéque
luy , qui auparavant
impatients ,fâcheux, trouvent en
le voyant leur étatheureux, plus
confolezpar l'admirationqu'il leur
laiſſe que par les affiſtances qu'il
leur rend. Ce n'est pas tout ,des
Grands que la moleffe la vanivé
ont endurci pour le pauvre ,
Se rabaiffer cependant devant luy
fur l'exemple feul de leur Souverain,
dans un Hopital def188
MERCURE
cendre àdes Minifteres qu'ils ne
pouvoient envisager fans hor.
reur. Je vous enfaisJuges vous
mêmes , politiques mondain ,futiljamais
Roy plus respecté ?
C'eſt ainſi que l'Orateur
conclut aprés avoir justifié
tous les faits qui compoſent
'Hiſtorique de la ſecondepartie.
Que vous dirai je donc ? c'est
ainſi dans la Religion d'un Dieu
crucifié , que ce qu'ily a de plus
vil en apparence , est vrayement
grand,&au- deßus de ce que te
monde a de plus grand '; c'estainsi,
parmy des Chrétiens , qu'unRoy,
que l'humilué distingue ,ne sçauroit
manquer d'être respecté ,
GALANT. 189
1
plus respecté mille fois qu'un
Prince Juperbe qui
faste pour majefié.
na que le
On ne doute pas que Merfieurs
de l'Académie n'ayent
adopté ce Diſcours pour en
faire part au Pubic dans leur
Recueil ; il a fingulierement le
merite de la nouveauté , & cec
merite eft granddans un ſujet
que tant d Orateurs ont traité.
Qui ne feroit tenté de croire
qu'on a épuilé toutes les combinaiſons
de ce ſujet, mais rien
n'eſt jamais épuisé pour un genie
original. L'Hiſtoire de faint
Loius eft la matiere commune
de ſes Panegyriftes , & elle ne
1,0 MERCURE
peut varier pour eux ; mais ce
fonds hiſtorique même qui ne
peut varier effentiellement
prendra à l'infini des formes
neuves , manié par des hommes
de genie; ils font rares,ces
hommes de génie , & je n'accorderaypas
ce titre à cesOrateurs.
Evangeliques dont tout
l'art eft de couvrir d'expreffions
neuves les larcins qu'ils
ont faits à un homme illuftre,
quand je reconnois dans un
Sermon le plan general , la
diſtribution & l'ordre d'un
Sermon anterieur , je ne me
perfuade pas aifément qu'une
GALANT. 191
reſſemblance ſi marquée ſoit
un jeu du fort , il n'y a qu'à
lire tous les Orateurs dont les
Sermons ont eſté imprimez
depuis un demy fiecle , on les
verra preſque tous s'entrefuivre
fur les mêmes ſujets d'une
maniere fimarquée , que fil'on
ne ſuppoſe pas un commerce
fort familier entr'eux ; j'ay
peineà concevoir comment le
hazard a pû faire tant & de fi
grands miraclesdereſſemblance
dans leursOuvrages.
Le même jour la diſtribution
des Prix ſe fit ſelon la mamicre
accoûtuméc. M. Roy
192 MERCURE
connu avec dittinction dans le
monde par fon eſprit& par le
merite de les Ouvrages , y fut
couronné deux fois , il en remporta
le prix de l'Eloquence &
celuy de la Poefie , ce qui ne
s'eſtoit encore jamais veu.
Nous reprendrons avec votre
permiffion cet article un peu
plus loin.
Le foir il yeûr grande illuminarion
&un concert magnifique
à l'honneur duRoy,dans
le Jardin des Tuilleries.
Fermer
3536
p. 194
Portrait de Madame V.
Début :
Lisette a le coeur comme Astrée, [...]
Mots clefs :
Déesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait de Madame V.
Portrait de Madame V.
Lifette a le coeur commeAffréc.
Sur le moule de Citherée ob
Le Ciel fit sa taille&fon air ,
Et ce qui part de son genie01
Se reffent dufel delaMer
Dont cette Déesße estfortie.
Lifette a le coeur commeAffréc.
Sur le moule de Citherée ob
Le Ciel fit sa taille&fon air ,
Et ce qui part de son genie01
Se reffent dufel delaMer
Dont cette Déesße estfortie.
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3537
p. 201-208
Grande preuve d'amour d'un malheureux Amant à sa cruelle Maistresse. [titre d'après la table]
Début :
Il y a long temps que j'ay oüy dire (& je n'ai jamais reçû [...]
Mots clefs :
Mercure, Maîtresse, Amant, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Grande preuve d'amour d'un malheureux Amant à sa cruelle Maistresse. [titre d'après la table]
Il y a long temps que j'ay
oûy dire (& je n'ay jamais reçû
cela comme article de foy )
qu'il étoit beaude mourir pour
202 MERCURE
cequ'onaime :Je ne doute pas
quevousn'ayez étéſur ce point
auſſi incredulequemoy. Eraquo
vous n'ayez traité de pure vip
fion de la part d'Ovide la F1
ble du malheureux Iphis quife
pendit pour l'ingrate Anaxa
reite , que les Dieux, qui n'almoient
pas les cruelles ,metamorphoferent
en rocher pour
la punir de ſa cruauté. Vous
pouvez même avoir appris l'avanture
d'un Cavalier François
, qui , au dernier Siege de
Lifle , voulant donner une
grande preuve d'amour à fa
fiere Mattreſſe qui ſe piquoit
GALANT. 203
trop longtems à fon gre , de
douter de l'excés d'une paf
ſiondont illuy avoit fait mille
ferments , tira pour rire fon
épée à ſes yeux , s'en bleffa.
plusqu'il nevoulur,& en mourut
ſerieuſement au bout de
quatre ou cinq jours. Cette
mort eft encore riſible ; mais
celle que vous allez lire ne l'eſt
pas. En voici l'hiſtoire.
Un jeune habitant de la Villede
Bourges épris d'une forte
paffion pour une perſonne
qui n'en valoit pas lalpeine ,
s'étant , fur la parole de ſes
parents , flatté d'en être bien-
1
204 MERCURE
A
,
tôt l'heureux & legitime pofſeſſeur
ſe la vit enfin ſouflerount
beau jour par les
foins d'un Rival aimé. Allarmé
de cette affreuſe nouvelle
, il court au logis de
fon infidele Mattreſſe , il em
ploye tous les termes que la
douleur peut luy mettre à la
bouche pour luy reprocher la
perfilie, l'ingrate l'écoute avec
une negligence qui l'affaffine ,
la rage s'empare de ſes ſens , il
briſe les miroirs , il fracaffe une
partie des meubles, & en jette
l'autre par les fenêtres ; enfin
ne trouvant plus ſur quoy
A
GALANT: 205
au
exercer le reſte de ſon cour
roux,il monte genereuſement
grenier , il attache àune
bonne folive une corde dont
il eſt ſûr ,&s'y pend tant que
mort s'enfuit. L'Hiſtoire eft
fraîche & vraye. Faites y vos
reflexions à voſtre aiſe , Monſieur
,& lifez les miennes.Ce
jeune homme étoit un franc
for ,& fi dans ſon defeſpoir il
avoit confulté Mercure , il luy
- auroit bien appris ce qu'ilavoit
à faire , & il n'auroit pas manqué
de luy dire ces mots qui
font àmon gré fort confolants.
Nous sommes tous deux
204 MERCURE
àpeu prés dans lemême cas , cher
camarade d'infortune, & malbeureuſes
victimes d'un cruel
amour, avec cette distinction pourtant
que vous viſezà l'hymen ,
queje n'y visepas. Une belle
Marie-Annede qui j'étois éperduement
amoureux ily a buit
jours , er qui m'avoit juré cent
fois de n'aimer que moy le refte
de ſa vie , m'a fait une horrible
infidelité; je l'ayſurpriſe avec un
magot plus richeque moy;ce rendez-
vous avec son nouvel Amant
s'étoit mal à propos donné
dans ma maison ,oùje les ayvûs
... C'esttout vous dire , ily
GALANC. 207
1
adans le monde cent mille exemples
de ce que j'ay vû. Fay entré
doucement dans la chambre parle
moyen d'une clef que je portois
précieusement dans ma poche , je
n'ayfcandalisé ni mes voisins , ni
mon rival,ni ma Maîtreffe , au
contraire je les ay felicitéfur les
douceurs de leur union ,&je les
ay mis doucement , dans le par
fait negligé où ils étoient , à la
portede la ruësoù ,pourſe retirer
où ils jugeroient à propos , je leur
ay laiffé la liberté de se fervir
d'un Fiacre qui m'avoit amené
chezmoi. J'aile mêmeſoirfoupé
avec mes amis , je leur ay conté
208 MERCURE
4
monhiſtoire avec la meilleurebumeurdu
monde, &jeſuis àloüer;
je ne croy pas à vous dire le vrai,
qu'ily ait grande preſſe à qui
maura; mais telest mon heureux
temperament,&comme dit fort
sbien Arlequin:Je ſuis . Jesuis.
Jesuis Magdelon Friquer ,&c.
oûy dire (& je n'ay jamais reçû
cela comme article de foy )
qu'il étoit beaude mourir pour
202 MERCURE
cequ'onaime :Je ne doute pas
quevousn'ayez étéſur ce point
auſſi incredulequemoy. Eraquo
vous n'ayez traité de pure vip
fion de la part d'Ovide la F1
ble du malheureux Iphis quife
pendit pour l'ingrate Anaxa
reite , que les Dieux, qui n'almoient
pas les cruelles ,metamorphoferent
en rocher pour
la punir de ſa cruauté. Vous
pouvez même avoir appris l'avanture
d'un Cavalier François
, qui , au dernier Siege de
Lifle , voulant donner une
grande preuve d'amour à fa
fiere Mattreſſe qui ſe piquoit
GALANT. 203
trop longtems à fon gre , de
douter de l'excés d'une paf
ſiondont illuy avoit fait mille
ferments , tira pour rire fon
épée à ſes yeux , s'en bleffa.
plusqu'il nevoulur,& en mourut
ſerieuſement au bout de
quatre ou cinq jours. Cette
mort eft encore riſible ; mais
celle que vous allez lire ne l'eſt
pas. En voici l'hiſtoire.
Un jeune habitant de la Villede
Bourges épris d'une forte
paffion pour une perſonne
qui n'en valoit pas lalpeine ,
s'étant , fur la parole de ſes
parents , flatté d'en être bien-
1
204 MERCURE
A
,
tôt l'heureux & legitime pofſeſſeur
ſe la vit enfin ſouflerount
beau jour par les
foins d'un Rival aimé. Allarmé
de cette affreuſe nouvelle
, il court au logis de
fon infidele Mattreſſe , il em
ploye tous les termes que la
douleur peut luy mettre à la
bouche pour luy reprocher la
perfilie, l'ingrate l'écoute avec
une negligence qui l'affaffine ,
la rage s'empare de ſes ſens , il
briſe les miroirs , il fracaffe une
partie des meubles, & en jette
l'autre par les fenêtres ; enfin
ne trouvant plus ſur quoy
A
GALANT: 205
au
exercer le reſte de ſon cour
roux,il monte genereuſement
grenier , il attache àune
bonne folive une corde dont
il eſt ſûr ,&s'y pend tant que
mort s'enfuit. L'Hiſtoire eft
fraîche & vraye. Faites y vos
reflexions à voſtre aiſe , Monſieur
,& lifez les miennes.Ce
jeune homme étoit un franc
for ,& fi dans ſon defeſpoir il
avoit confulté Mercure , il luy
- auroit bien appris ce qu'ilavoit
à faire , & il n'auroit pas manqué
de luy dire ces mots qui
font àmon gré fort confolants.
Nous sommes tous deux
204 MERCURE
àpeu prés dans lemême cas , cher
camarade d'infortune, & malbeureuſes
victimes d'un cruel
amour, avec cette distinction pourtant
que vous viſezà l'hymen ,
queje n'y visepas. Une belle
Marie-Annede qui j'étois éperduement
amoureux ily a buit
jours , er qui m'avoit juré cent
fois de n'aimer que moy le refte
de ſa vie , m'a fait une horrible
infidelité; je l'ayſurpriſe avec un
magot plus richeque moy;ce rendez-
vous avec son nouvel Amant
s'étoit mal à propos donné
dans ma maison ,oùje les ayvûs
... C'esttout vous dire , ily
GALANC. 207
1
adans le monde cent mille exemples
de ce que j'ay vû. Fay entré
doucement dans la chambre parle
moyen d'une clef que je portois
précieusement dans ma poche , je
n'ayfcandalisé ni mes voisins , ni
mon rival,ni ma Maîtreffe , au
contraire je les ay felicitéfur les
douceurs de leur union ,&je les
ay mis doucement , dans le par
fait negligé où ils étoient , à la
portede la ruësoù ,pourſe retirer
où ils jugeroient à propos , je leur
ay laiffé la liberté de se fervir
d'un Fiacre qui m'avoit amené
chezmoi. J'aile mêmeſoirfoupé
avec mes amis , je leur ay conté
208 MERCURE
4
monhiſtoire avec la meilleurebumeurdu
monde, &jeſuis àloüer;
je ne croy pas à vous dire le vrai,
qu'ily ait grande preſſe à qui
maura; mais telest mon heureux
temperament,&comme dit fort
sbien Arlequin:Je ſuis . Jesuis.
Jesuis Magdelon Friquer ,&c.
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3538
p. 209-210
Chef-d'oeuvre de jalousie. [titre d'après la table]
Début :
Mogré bleu de l'Amour, ce petit tracassier prend plaisir [...]
Mots clefs :
Amants, Dames
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chef-d'oeuvre de jalousie. [titre d'après la table]
Mogré bleu de l'Amour ,
ce petit tracaffier prend plaiſir
à broüller tous les jours la
moitié du monde.
Dans une belle & grande
Ville que vous ne connoiſſez
aſſeurément pas fi bien que
moy, ſoit dit ſans vous offenfer
, deux Dames jalouſes chacunes
de leurs maris , & de
leursAmants , ont depuis peu
un procés qui fait grand bruit.
L'une de ces Dames vit il y a
quelques jours dans unenombreuſeAſſemblée
ſa rivale trop
fiere apparemment de la victoire
qu'elle, remportoit fur
Aoust 1715 . S
210 MERCURE
elle ; fa contenance orgueilleuſe
la defefpera , elle luy dit
des injures ,& des injures elle
paffa aux voyes de fait ; enfin
on les ſepara. Je ne ſçay ſi les
maris & les Amants ont pris
parti dans la querelle de leurs
Dames; mais je ſçay bien que
l'affaire pend au plus nobleTribunal
de France.
ce petit tracaffier prend plaiſir
à broüller tous les jours la
moitié du monde.
Dans une belle & grande
Ville que vous ne connoiſſez
aſſeurément pas fi bien que
moy, ſoit dit ſans vous offenfer
, deux Dames jalouſes chacunes
de leurs maris , & de
leursAmants , ont depuis peu
un procés qui fait grand bruit.
L'une de ces Dames vit il y a
quelques jours dans unenombreuſeAſſemblée
ſa rivale trop
fiere apparemment de la victoire
qu'elle, remportoit fur
Aoust 1715 . S
210 MERCURE
elle ; fa contenance orgueilleuſe
la defefpera , elle luy dit
des injures ,& des injures elle
paffa aux voyes de fait ; enfin
on les ſepara. Je ne ſçay ſi les
maris & les Amants ont pris
parti dans la querelle de leurs
Dames; mais je ſçay bien que
l'affaire pend au plus nobleTribunal
de France.
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3539
p. 210-217
Avanture singuliere. [titre d'après la table]
Début :
Une jeune Dame de Paris aussitost mariée que sortie du [...]
Mots clefs :
Jeune dame, Mari, Homme, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avanture singuliere. [titre d'après la table]
Une jeune Dame de Paris
auſſicoſt mariée que fortie du
Couvent , fit il y a environ
quinze jours une partie deplai-
A
GALANT. 211
|
1
1
fir (dans la Ville de Nantes où
elle reſide ) avec des Dames &
des Cavaliers de ſes amis ; fon
mary même en fut. Lerendez
vous fut à l'Hermitage , c'eſt
une promenade à un quart de
licuëde laVille.ToutelaCompagnie
aſſemblée , on imagina
tout ce qu'on pût imaginer
pour ſe réjoüir: aprés bien des
amuſements differents , &fur
tout aprés avoir fait grande
chere , l'Epoux de la Dame ,
homme jovial , s'avila d'un
plaifant moyen de divertir les
convives. Il alla parler en ſecret
au Maistre de la maiſon ,
Sij
212 MERCURE
en qui il connoiſloit de grands
talents pour le deffein qu'il ſe
propoſoit. Il luy dit le rôlle
qu'il devoit joüer ,& le pria
de ne rien épargners pour en
fortir à fon honneur. Cer
Hofte eſt un homme connu!
de tout ce qu'il y a de gens qui
ont été en Bretagne. Il a un
fond de belle humeur qui eſt
inépuisable ; it boit &mange
plus que quatre autres , & fair
de fon eftomac tout ce qu'il
veut. Il a de plus un don de nature
qui l'a fait furnommer
Ventriloque , c'eſt à-dire , qu'il
parte (fil'on peut employer ce
GALANT. 213
(
terme) du ventre. Je m'expli
que , il ſemble quand il veut fe
fervir decette façon de parler
qu'il roule ſes paroles dans ſa
poitrine ,& qu'elles en fortent
comme si elles vehoient de
vingt pas loin des perfonnes
qui font auprés de luy , fans
qu'on puiffe jamais s'imaginer
que celt luy qui parle. Ce M.
Ventriloque, dis-je , fut inftruit
par le mary de la jeune Parifienne
d'une partie des avantures
des Dames de laCompagnie.
Avec les inftructions il
monta à la chambre où étoit
l'Aſſemblée ; mais au lieu d'eti
214 MERCURE
ſuivre un teul mot il ſe mit en
teſte , aux dépens de quelques
Hiſtoriettes qu'il ſçavoit,parce
que tout ſe ſcait , de déconcerter
l'Epouſe même de
celuy qui luy avoit fait fa leçon.
Et voicy comme il s'y
prit. Il cût à peine avallé trois
ou quatre verres de vin , que la
jeune Dame s'entendit appeller.
Elle fut fort furpriſe , parce
qu'elle ne voyoit d'aucun
coſté d'où pouvoit venir la
voix de celuy qui l'appelloit.
Un moment aprés le même
fon frappa ſes oreilles, intri
guée de plus en plus elle cherGALANT
22
15
E
che dans la maiton , deſcend
dans le jardin , & remonte àla
chambre toute eſſouflée , ſans
avoir pû trouver perfonne. A
la fin laſſede ce manege , elle
ſe met dans une prodigicuſe
colere ; mais elle s'entend encore
appeller. He bien , dit el.
le, qui que tu fois qui m'ap.
pelle ,Ange, Diable , homme
ou femme , que me veux-tu ?
alors la même voix loy recite
pluſieurs endroits de fa vio,
elle l'accuſe d'avoir eu une intrigue
au Convent , elle s'y
perd , la frayeur s'empare de
216 MERCURE
ſes ſens ; enfin elle avoie en
tremblant , qu'il est vrai qu'un
Capitaine Suiffe luy a fait l'amour
, qu'elle y a répondu ,
qu'elle l'a vûlongtems ,&qu'-
elle a en un mot compté de
l'époufer , juſqu'au jour que
l'avarice de ſon pere l'a facri
fiée aux richeffes de ſon époux
qui eſt témoin de cette belle
Scene. Le mary confus dure .
eit de ce petitdérailqu'il igno.
roit , demeure immobile , &
jure de ſe vanger du Maiſtre
du Cabaret qui venoit de luy
joüer ce vilain tour qu'il luy
gardoiz
GALANT. 217
:
1
gardoit depuis longtems; mais
il s'en mocque ,& je ne doute
pas que vous ne vous en mocquiez
auffi .
auſſicoſt mariée que fortie du
Couvent , fit il y a environ
quinze jours une partie deplai-
A
GALANT. 211
|
1
1
fir (dans la Ville de Nantes où
elle reſide ) avec des Dames &
des Cavaliers de ſes amis ; fon
mary même en fut. Lerendez
vous fut à l'Hermitage , c'eſt
une promenade à un quart de
licuëde laVille.ToutelaCompagnie
aſſemblée , on imagina
tout ce qu'on pût imaginer
pour ſe réjoüir: aprés bien des
amuſements differents , &fur
tout aprés avoir fait grande
chere , l'Epoux de la Dame ,
homme jovial , s'avila d'un
plaifant moyen de divertir les
convives. Il alla parler en ſecret
au Maistre de la maiſon ,
Sij
212 MERCURE
en qui il connoiſloit de grands
talents pour le deffein qu'il ſe
propoſoit. Il luy dit le rôlle
qu'il devoit joüer ,& le pria
de ne rien épargners pour en
fortir à fon honneur. Cer
Hofte eſt un homme connu!
de tout ce qu'il y a de gens qui
ont été en Bretagne. Il a un
fond de belle humeur qui eſt
inépuisable ; it boit &mange
plus que quatre autres , & fair
de fon eftomac tout ce qu'il
veut. Il a de plus un don de nature
qui l'a fait furnommer
Ventriloque , c'eſt à-dire , qu'il
parte (fil'on peut employer ce
GALANT. 213
(
terme) du ventre. Je m'expli
que , il ſemble quand il veut fe
fervir decette façon de parler
qu'il roule ſes paroles dans ſa
poitrine ,& qu'elles en fortent
comme si elles vehoient de
vingt pas loin des perfonnes
qui font auprés de luy , fans
qu'on puiffe jamais s'imaginer
que celt luy qui parle. Ce M.
Ventriloque, dis-je , fut inftruit
par le mary de la jeune Parifienne
d'une partie des avantures
des Dames de laCompagnie.
Avec les inftructions il
monta à la chambre où étoit
l'Aſſemblée ; mais au lieu d'eti
214 MERCURE
ſuivre un teul mot il ſe mit en
teſte , aux dépens de quelques
Hiſtoriettes qu'il ſçavoit,parce
que tout ſe ſcait , de déconcerter
l'Epouſe même de
celuy qui luy avoit fait fa leçon.
Et voicy comme il s'y
prit. Il cût à peine avallé trois
ou quatre verres de vin , que la
jeune Dame s'entendit appeller.
Elle fut fort furpriſe , parce
qu'elle ne voyoit d'aucun
coſté d'où pouvoit venir la
voix de celuy qui l'appelloit.
Un moment aprés le même
fon frappa ſes oreilles, intri
guée de plus en plus elle cherGALANT
22
15
E
che dans la maiton , deſcend
dans le jardin , & remonte àla
chambre toute eſſouflée , ſans
avoir pû trouver perfonne. A
la fin laſſede ce manege , elle
ſe met dans une prodigicuſe
colere ; mais elle s'entend encore
appeller. He bien , dit el.
le, qui que tu fois qui m'ap.
pelle ,Ange, Diable , homme
ou femme , que me veux-tu ?
alors la même voix loy recite
pluſieurs endroits de fa vio,
elle l'accuſe d'avoir eu une intrigue
au Convent , elle s'y
perd , la frayeur s'empare de
216 MERCURE
ſes ſens ; enfin elle avoie en
tremblant , qu'il est vrai qu'un
Capitaine Suiffe luy a fait l'amour
, qu'elle y a répondu ,
qu'elle l'a vûlongtems ,&qu'-
elle a en un mot compté de
l'époufer , juſqu'au jour que
l'avarice de ſon pere l'a facri
fiée aux richeffes de ſon époux
qui eſt témoin de cette belle
Scene. Le mary confus dure .
eit de ce petitdérailqu'il igno.
roit , demeure immobile , &
jure de ſe vanger du Maiſtre
du Cabaret qui venoit de luy
joüer ce vilain tour qu'il luy
gardoiz
GALANT. 217
:
1
gardoit depuis longtems; mais
il s'en mocque ,& je ne doute
pas que vous ne vous en mocquiez
auffi .
Fermer
3540
p. 217-236
MARIAGES.
Début :
Jean-Joachim Roüault, Comte de Cayeu, Mestre de Camp de [...]
Mots clefs :
Marquis, Roi, Épouse, Chevalier, Maison de Pomponne, Régiment, Lieutenant, Gouverneur, Fille, Mariages
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texteReconnaissance textuelle : MARIAGES.
MARIAGES.
Jean - Joachim Roüault ,
Acust 1715 . T
218 MERCURE
Comte de Cayeu , Mettre de
Camp de Cavalerie , a épousé
Mademoiselle de Pomponne
le 25 Juin 1715. Il eſt filsde
Claude Jean Baptifte HyacintheJoachin
Rouault , Marquis
de Gamaches , Lieutenant General
des Armées du Roy , Seigneur&
Gouverneur de ſaint
Vallery ſur Somme & du Païs
& Rocq de Cayeu , &c . & de
Loüife Magdelaine de Lomenie
de Brienne , fille, petite fille
& arriere petite fille de Secretaire
d'Etat.
Je ne donneray point la Genealogie
de la Maiſon de
GALANT. 219
1
A
Rouault qui eſt tres-connue ,
& ſe trouve dans pluſieursAuteurs.
Je diray ſeulement que
cette Maiſon eſt ſi ancienne ,
que l'origine en eſt inconnuë :
elle a paru en France avec éclat
ſous les Regnes deCharles V.
& de Charles VI. Triſtan
Rouault épouſa en 1376. Peronnelle
Vicomteſſe de
د
Thoüars , fille aînée de Loüis ,
Vicomte de Thoüars , & de
Jeanne II . du nom , Comteffe
de Dreux. Il fut un des
grands Seigneursdu Royaume
&tint le rang de Prince à la
Cour & dans les Armées. Il
plus
Tij
220 MERCURE
mourut fans pofterité & fit
épouſer à ſon frere André
Rouault Anne de Châteaubriand
, cadete des Ducs de
Bourgogne ; & Peronnelle de
Thoüars donna par ſon Teftament
aux enfans d'André
Rouault ſes neveux , la Terre
de Gamaches ſituée en Picardie
, que cette Maiſon poffede
encore aujourd'huy. Le même
André Rouault rendit de
grands ſervices au Roy dans la
guerre de Guïenne contre les
Anglois,
En l'année 1379. il fut fait
Gouverneur de Charles deBer.
GALANT. 221
ry , petit fils du RoyJean. Joachin
Rouault , Seigneur de
Boifmenard ,de Gamaches ,
Fronſac & Helicourt , Chevalier
de l'Ordre du Roy , grand
Ecuïer de France , Connêtable
de Guïenne & Maréchal de
France , deffendit la Ville de
Paris à la guerre du bien public
contre leComtedeCharollois,
& en fut fait Gouverneur en
1465. Il fut un des Seigneurs
qui deffendirent la Ville de
Beauvais en 1472. & en cût le
Gouvernement. Ilacquit beaucoup
de gloire à la conqueſte
de laNormandie en 1449. &
Tij
222 MERCURE
de
principalement à la priſe des
Villes deS. James, de Beuvro
Coutance , S. Lo , Carentan ,
& de Caën , & à la Bataille
Fourmigny. Il ſe ſignala auſſi
àla conqueſte de la Guïenne&
au ſiege qu'il fir de Castillon
en Perigort , où il défit le fameux
Talbot en 1453 Nicolas
Rouault premier du nom ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
embraſſa le parti des Hugue-.
nots où il ſe ſignala & s'y
rendit recommandable : il fut
un des quatre Seigneurs à qui
le Roy Charles IX ſauva la
vie à la faint Barthelemy en
,
GALANT. 223
1572. Il étoit ayeul de Nicolas
Joachin Rouault , Marquis
de Gamaches , Chevalier des
Ordres du Roy& Lieutenant
General de ſes Armées , qui
avoit eſté Vice-Amiral
avoit épousé en 1642. Marie
Antoinette de Lomenie de
Brienne , fille , petite fille &
foeur de Secretaire d'Etat.
,
&
Le Marquis de Gamaches
d'aujourd'hui , pour lorsComte
de Cayeu aprés la mort du
Marquis d'Arcy , fut choifien
1695. par le Roy pour eftre
auprés deS. A. R. Monfeigneur
le Duc de Chartres , à preſent
Tinj
224 MERCURE
Duc d'Orleans , & apres le de.
cés de Monfieur , Frere unique
du Roy en 1702. Sa Majesté le
mit auprés deMonſeigneur le
DucdeBourgogne depuisDau
phin , où il eſt reſté juſqu'à la
mort de ce Prince.
Mademoiselle de Pomponne
Catherine Conſtance Emilie
Arnauld eft fille de Melfire
Nicolas Simon Arnauld
dePomponne, Chevalier Mar
quis de Pomponne & de Palloiſeau
, Sire & Baron de Ferrierres
,&Chambroys en Normandie
, Lieutenant General
د
pour le Roy au Gourverne-
:
مه
GALANT 225
:
mentdes Provinces de l'Ile de
France , & Soiffonnois, Brigadier
des Armées de Sa Majefté.
Mademoiselle la Marquiſe
de Pomponne ſa mere ſe nom.
me Conſtance de Harville de
Palloiſeau , & eft fille dedeffunt
Meffire François deHarville
des Uiſins , Marquis de
Palloiſeau & de Treſnel , Seigneur
de Douë, Marefchaldes
Camps & Armées du Roy ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Charleville , &
Mont Oympe,morteen 1701
Mademoiselle de Pomponne ,
aujourd'hui Madamela Com226
MERCURE
teffe de Caycu , eſt fille unique
, n'étant reſté qu'elle ſeule
d'enfans à Monfieur ſon
pere, de ceux qu'il a eu deMadame
ſa femme ; elle eſtpetite
fille de Meſſire Simon Arnauld
Marquis de Pomponne
Miniftre & Secretaire d'Etar ,
Sur Intendant General desPoſtes
& Relais de France , mort
à Fontainebleau le 26. Septembre
1699. & par confequent
niece de Madame la
Marquiſe de Torcy,femme de
Monfieur le Marquis de Torcy
, aujourd'hui Miniſtre &
Secretaire d'Etat , &de Mon-
(
GALANT . 227
ſieur l'Abbé de Pomponne ,
Conſeiller d'Etat, cy - devant
1 Aumônier du Roy , & Ambaſladeur
à Veniſe .
Monfieur le Marquis de
Pomponne , pere de Madame
laComteſſe de Cayeu, avoit
un frere puiſné , Antoine Joſeph
Arnauld nommé le Chevalier
de Pomponne, mort à
Mons en 1693. étant Mestre
de Camp du Regiment deCavalerie
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & Inspecteur
General de la Cavalerie : il
avoit commandé auparavant
un Regiment de Dragons qui
portoit ſon nom.
1
228 MERCURE
4 La Maiſon de Pomponne
eſt ſi connuë , & il en eſt parlé
dans tantdedifferens Livres,&
de Dictionnaires , qu'il feroit
inutile d'en parler ici plus au
long. Je me contenterai dedire
qu'elle eſt ancienne par la
nobleſſe originaire d'Auvergne
& illuftre par les gens diſtinguez
en merite qu'elle a
produits qui ont fervi fidelle
ment nos Rois , & l'Etat dans
differens employs, tant d'Ambaffades
queMilitaires, yayant
cû pluſieurs LieutenantsGeneraux
des Armées , dont deux
Generaux des Carabins,Pierre
GALANT. 229
Arnauld & Ifaac Arnauld , le
premier , Pierre Arnauld étoit
auſſi Meſtre de Camp du Regiment
de Champagne , &
Gouverneur du Fort Louis, de
la Rochelle, ſous le Roy Loüis
XIII . lequel Pierre Arnauld
mourut en 1622. avant la reduction
de la Rochelle , qu'il
tenoit ferrée par ſon Fort.
Le ſecond Ifaac auffi General
des Carabins , Gouverneur
de Philſbourg , Dijon ,
& faint Jean de Laune, &Colonel
d'un Regiment d'Infanterie.
1
La Maiſon de Harville de
230 MERCURE
laquelle Madame la Marquiſe
de Pomponne eſt fortie , eſt
trés ancienne & illuftre, ayant
- pluſieursChevaliers desordres
du Roy , Gouverneurs de Calais
, de Compienne , & Vice-
Amiraux de la Manche: elle eft
continuée par Monfieur le
Marquis de Treſnel , frere de
Madame de Pomponne, LieutenantGeneral
des Armées du
Roy, & premier Sous Lieutenant
desGendarmes de la Garde
de Sa Majeſté ; il joint au
nom de Harville , celui des
Urſins , à cauſe de la ſubſtitution
faite par François desUrGALANT.
231
1
2
fins dernier du nom, àFrançois
de Harville Ma quis de Palloiſeau
fon petit neveu, pere
de Monfieur le Marquis de
Treſnel d'aujourd hui.
Achille Baltazard de Fourcy
Confeiller auParlement,fils de
MeffireHenry deFourcyChevalierComte
deCheffy,ancien
Preſident des Enquêtes , Prevoſt
des Marchands, Conſeiller
d'Etat ordinaire & d'honneur
au Parlement de Paris , &
de Dame Magdelaine Boucherat,
fille de Monfieur le ChancelierBoucherat
; a épouſéle...
Damoiſelle Marie Françoiſe
232 MERCURE
Thereſe Langlois , fille de
Meffire Pierre Langlois, Preſidentde
laChambre des Comptes
deParis , & de DameMarie
Loü ſe Thereſe Humbert.
Il reſte à M. de Fourcy
une belle foeur , dont la fille
aiſnée a épousé le Marquis de-
Puyſegur ; un frere Abbé ,
Chanoine de Noſtre - Dame
deParis , Conſeiller honoraire
au Parlement de Paris : un
autre Docteur de laMaiſon de
Sorbonne , Abbé de Saint
Vandrille ; & une ſoeur qui a
épousé M. de Fieubet , Maitre
des Requêtes , dont le fils
aifné
GALANT. 233
-aiſné a épousé Mademoiſelle
du Moulin , & la fille a époufé
le fils de M. le Préſident Gilbert
Voifin.
-
Les Alliances de Fourcy du
coſté de M fon pere , font;
Madame la Preſidente de
Menars , Meſſicurs de laGrange
, M. le Marquis de la
Vrilliere , Secretaire d'Eftat ,
Meſſieurs Molé , Meſſieurs de
de Bailleul , Monfieur le Marquis
d'Effiat , Monfieur le
Duc de Mazarin, Meſſieurs de
Salins & autres.
Et celles du coſté de Madame
fa mere, font: Madame de
Août 1715 . V
C
234 MERCURE
Morangis , Madame de Harlay
ſes foeurs toutesdeux auſſi
filles de Monfieur le Chancelier
Boucherat , Meſſieurs de
Machault , Meffieurs Pajot &
autres.
Meffire Thomas le Gendre
deCollande , ancien Brigadier
des Armées du Roy , & Colonel
du Regiment Royal des
Vaiſſeaux , a épousé le 12. de
cemois Damoiselle Marguerite
Catharine Magdelaine de
Voyer dePoulmyd'Argenfon,
fille de M. fire Marc R né de
Voyer de Paulmyd'Argenſon,
Confeiller d'Etat ,& deDame
GALANT. 235
Marguerite le Febvre de Gaumartin.
,
M. Bernard , Maistre des
Requeſtes , fils aîné de M. Bernard
, Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel a épousé
le 12. de ce mois dans l Eglile
de ſaint Sulpice , Mademoiſelle
de laCofte , fille aînée
de M. leMarquis de la Coſte ,
d'une trés bonne & ancienne
- Maiſon du Poitou , alliée aux
meilleures Maiſons de France ;
la noce s'est faite chez M Bernard
, Chevalier de l'Ordre de
S Michel , avec beaucoup de
magnificence, tant par la gran-
Vij
236 MERCURE
deur du repas que par l'illuſtré
Compagnie qui étoit compo--
fée de parens & d'amis du plus
hautrang.
Jean - Joachim Roüault ,
Acust 1715 . T
218 MERCURE
Comte de Cayeu , Mettre de
Camp de Cavalerie , a épousé
Mademoiselle de Pomponne
le 25 Juin 1715. Il eſt filsde
Claude Jean Baptifte HyacintheJoachin
Rouault , Marquis
de Gamaches , Lieutenant General
des Armées du Roy , Seigneur&
Gouverneur de ſaint
Vallery ſur Somme & du Païs
& Rocq de Cayeu , &c . & de
Loüife Magdelaine de Lomenie
de Brienne , fille, petite fille
& arriere petite fille de Secretaire
d'Etat.
Je ne donneray point la Genealogie
de la Maiſon de
GALANT. 219
1
A
Rouault qui eſt tres-connue ,
& ſe trouve dans pluſieursAuteurs.
Je diray ſeulement que
cette Maiſon eſt ſi ancienne ,
que l'origine en eſt inconnuë :
elle a paru en France avec éclat
ſous les Regnes deCharles V.
& de Charles VI. Triſtan
Rouault épouſa en 1376. Peronnelle
Vicomteſſe de
د
Thoüars , fille aînée de Loüis ,
Vicomte de Thoüars , & de
Jeanne II . du nom , Comteffe
de Dreux. Il fut un des
grands Seigneursdu Royaume
&tint le rang de Prince à la
Cour & dans les Armées. Il
plus
Tij
220 MERCURE
mourut fans pofterité & fit
épouſer à ſon frere André
Rouault Anne de Châteaubriand
, cadete des Ducs de
Bourgogne ; & Peronnelle de
Thoüars donna par ſon Teftament
aux enfans d'André
Rouault ſes neveux , la Terre
de Gamaches ſituée en Picardie
, que cette Maiſon poffede
encore aujourd'huy. Le même
André Rouault rendit de
grands ſervices au Roy dans la
guerre de Guïenne contre les
Anglois,
En l'année 1379. il fut fait
Gouverneur de Charles deBer.
GALANT. 221
ry , petit fils du RoyJean. Joachin
Rouault , Seigneur de
Boifmenard ,de Gamaches ,
Fronſac & Helicourt , Chevalier
de l'Ordre du Roy , grand
Ecuïer de France , Connêtable
de Guïenne & Maréchal de
France , deffendit la Ville de
Paris à la guerre du bien public
contre leComtedeCharollois,
& en fut fait Gouverneur en
1465. Il fut un des Seigneurs
qui deffendirent la Ville de
Beauvais en 1472. & en cût le
Gouvernement. Ilacquit beaucoup
de gloire à la conqueſte
de laNormandie en 1449. &
Tij
222 MERCURE
de
principalement à la priſe des
Villes deS. James, de Beuvro
Coutance , S. Lo , Carentan ,
& de Caën , & à la Bataille
Fourmigny. Il ſe ſignala auſſi
àla conqueſte de la Guïenne&
au ſiege qu'il fir de Castillon
en Perigort , où il défit le fameux
Talbot en 1453 Nicolas
Rouault premier du nom ,
Chevalier de l'Ordre du Roy ,
embraſſa le parti des Hugue-.
nots où il ſe ſignala & s'y
rendit recommandable : il fut
un des quatre Seigneurs à qui
le Roy Charles IX ſauva la
vie à la faint Barthelemy en
,
GALANT. 223
1572. Il étoit ayeul de Nicolas
Joachin Rouault , Marquis
de Gamaches , Chevalier des
Ordres du Roy& Lieutenant
General de ſes Armées , qui
avoit eſté Vice-Amiral
avoit épousé en 1642. Marie
Antoinette de Lomenie de
Brienne , fille , petite fille &
foeur de Secretaire d'Etat.
,
&
Le Marquis de Gamaches
d'aujourd'hui , pour lorsComte
de Cayeu aprés la mort du
Marquis d'Arcy , fut choifien
1695. par le Roy pour eftre
auprés deS. A. R. Monfeigneur
le Duc de Chartres , à preſent
Tinj
224 MERCURE
Duc d'Orleans , & apres le de.
cés de Monfieur , Frere unique
du Roy en 1702. Sa Majesté le
mit auprés deMonſeigneur le
DucdeBourgogne depuisDau
phin , où il eſt reſté juſqu'à la
mort de ce Prince.
Mademoiselle de Pomponne
Catherine Conſtance Emilie
Arnauld eft fille de Melfire
Nicolas Simon Arnauld
dePomponne, Chevalier Mar
quis de Pomponne & de Palloiſeau
, Sire & Baron de Ferrierres
,&Chambroys en Normandie
, Lieutenant General
د
pour le Roy au Gourverne-
:
مه
GALANT 225
:
mentdes Provinces de l'Ile de
France , & Soiffonnois, Brigadier
des Armées de Sa Majefté.
Mademoiselle la Marquiſe
de Pomponne ſa mere ſe nom.
me Conſtance de Harville de
Palloiſeau , & eft fille dedeffunt
Meffire François deHarville
des Uiſins , Marquis de
Palloiſeau & de Treſnel , Seigneur
de Douë, Marefchaldes
Camps & Armées du Roy ,
Gouverneur des Ville & Citadelle
de Charleville , &
Mont Oympe,morteen 1701
Mademoiselle de Pomponne ,
aujourd'hui Madamela Com226
MERCURE
teffe de Caycu , eſt fille unique
, n'étant reſté qu'elle ſeule
d'enfans à Monfieur ſon
pere, de ceux qu'il a eu deMadame
ſa femme ; elle eſtpetite
fille de Meſſire Simon Arnauld
Marquis de Pomponne
Miniftre & Secretaire d'Etar ,
Sur Intendant General desPoſtes
& Relais de France , mort
à Fontainebleau le 26. Septembre
1699. & par confequent
niece de Madame la
Marquiſe de Torcy,femme de
Monfieur le Marquis de Torcy
, aujourd'hui Miniſtre &
Secretaire d'Etat , &de Mon-
(
GALANT . 227
ſieur l'Abbé de Pomponne ,
Conſeiller d'Etat, cy - devant
1 Aumônier du Roy , & Ambaſladeur
à Veniſe .
Monfieur le Marquis de
Pomponne , pere de Madame
laComteſſe de Cayeu, avoit
un frere puiſné , Antoine Joſeph
Arnauld nommé le Chevalier
de Pomponne, mort à
Mons en 1693. étant Mestre
de Camp du Regiment deCavalerie
de Monfeigneur le Duc
de Bourgogne , & Inspecteur
General de la Cavalerie : il
avoit commandé auparavant
un Regiment de Dragons qui
portoit ſon nom.
1
228 MERCURE
4 La Maiſon de Pomponne
eſt ſi connuë , & il en eſt parlé
dans tantdedifferens Livres,&
de Dictionnaires , qu'il feroit
inutile d'en parler ici plus au
long. Je me contenterai dedire
qu'elle eſt ancienne par la
nobleſſe originaire d'Auvergne
& illuftre par les gens diſtinguez
en merite qu'elle a
produits qui ont fervi fidelle
ment nos Rois , & l'Etat dans
differens employs, tant d'Ambaffades
queMilitaires, yayant
cû pluſieurs LieutenantsGeneraux
des Armées , dont deux
Generaux des Carabins,Pierre
GALANT. 229
Arnauld & Ifaac Arnauld , le
premier , Pierre Arnauld étoit
auſſi Meſtre de Camp du Regiment
de Champagne , &
Gouverneur du Fort Louis, de
la Rochelle, ſous le Roy Loüis
XIII . lequel Pierre Arnauld
mourut en 1622. avant la reduction
de la Rochelle , qu'il
tenoit ferrée par ſon Fort.
Le ſecond Ifaac auffi General
des Carabins , Gouverneur
de Philſbourg , Dijon ,
& faint Jean de Laune, &Colonel
d'un Regiment d'Infanterie.
1
La Maiſon de Harville de
230 MERCURE
laquelle Madame la Marquiſe
de Pomponne eſt fortie , eſt
trés ancienne & illuftre, ayant
- pluſieursChevaliers desordres
du Roy , Gouverneurs de Calais
, de Compienne , & Vice-
Amiraux de la Manche: elle eft
continuée par Monfieur le
Marquis de Treſnel , frere de
Madame de Pomponne, LieutenantGeneral
des Armées du
Roy, & premier Sous Lieutenant
desGendarmes de la Garde
de Sa Majeſté ; il joint au
nom de Harville , celui des
Urſins , à cauſe de la ſubſtitution
faite par François desUrGALANT.
231
1
2
fins dernier du nom, àFrançois
de Harville Ma quis de Palloiſeau
fon petit neveu, pere
de Monfieur le Marquis de
Treſnel d'aujourd hui.
Achille Baltazard de Fourcy
Confeiller auParlement,fils de
MeffireHenry deFourcyChevalierComte
deCheffy,ancien
Preſident des Enquêtes , Prevoſt
des Marchands, Conſeiller
d'Etat ordinaire & d'honneur
au Parlement de Paris , &
de Dame Magdelaine Boucherat,
fille de Monfieur le ChancelierBoucherat
; a épouſéle...
Damoiſelle Marie Françoiſe
232 MERCURE
Thereſe Langlois , fille de
Meffire Pierre Langlois, Preſidentde
laChambre des Comptes
deParis , & de DameMarie
Loü ſe Thereſe Humbert.
Il reſte à M. de Fourcy
une belle foeur , dont la fille
aiſnée a épousé le Marquis de-
Puyſegur ; un frere Abbé ,
Chanoine de Noſtre - Dame
deParis , Conſeiller honoraire
au Parlement de Paris : un
autre Docteur de laMaiſon de
Sorbonne , Abbé de Saint
Vandrille ; & une ſoeur qui a
épousé M. de Fieubet , Maitre
des Requêtes , dont le fils
aifné
GALANT. 233
-aiſné a épousé Mademoiſelle
du Moulin , & la fille a époufé
le fils de M. le Préſident Gilbert
Voifin.
-
Les Alliances de Fourcy du
coſté de M fon pere , font;
Madame la Preſidente de
Menars , Meſſicurs de laGrange
, M. le Marquis de la
Vrilliere , Secretaire d'Eftat ,
Meſſieurs Molé , Meſſieurs de
de Bailleul , Monfieur le Marquis
d'Effiat , Monfieur le
Duc de Mazarin, Meſſieurs de
Salins & autres.
Et celles du coſté de Madame
fa mere, font: Madame de
Août 1715 . V
C
234 MERCURE
Morangis , Madame de Harlay
ſes foeurs toutesdeux auſſi
filles de Monfieur le Chancelier
Boucherat , Meſſieurs de
Machault , Meffieurs Pajot &
autres.
Meffire Thomas le Gendre
deCollande , ancien Brigadier
des Armées du Roy , & Colonel
du Regiment Royal des
Vaiſſeaux , a épousé le 12. de
cemois Damoiselle Marguerite
Catharine Magdelaine de
Voyer dePoulmyd'Argenfon,
fille de M. fire Marc R né de
Voyer de Paulmyd'Argenſon,
Confeiller d'Etat ,& deDame
GALANT. 235
Marguerite le Febvre de Gaumartin.
,
M. Bernard , Maistre des
Requeſtes , fils aîné de M. Bernard
, Chevalier de l'Ordre
de Saint Michel a épousé
le 12. de ce mois dans l Eglile
de ſaint Sulpice , Mademoiſelle
de laCofte , fille aînée
de M. leMarquis de la Coſte ,
d'une trés bonne & ancienne
- Maiſon du Poitou , alliée aux
meilleures Maiſons de France ;
la noce s'est faite chez M Bernard
, Chevalier de l'Ordre de
S Michel , avec beaucoup de
magnificence, tant par la gran-
Vij
236 MERCURE
deur du repas que par l'illuſtré
Compagnie qui étoit compo--
fée de parens & d'amis du plus
hautrang.
Fermer
3541
p. 246-248
Dons du Roy. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy a fait à Marly le 5. de ce mois, un remplacement [...]
Mots clefs :
Chevalier, Livres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Dons du Roy. [titre d'après la table]
LeRoy a fait à Marly le 5 .
de ce mois , un remplacement
dans les Officiers de la Marine .
Le Cordon rouge de feuMr.
;
GALANT. 247
Ducafle , a etté donné auMarquis
de Coëtlogon , dont le
Cordon aeſtédonné au ſieur
de la Harlteloir. Le Marquis
d'Aligre de S. Lié a eſté fait
Lieutenant General. Les ſieurs
du Queſne- Mounier, des Nos,
Comtede la Luzerne, duGuay.
Troün , & de Court , ont eſté
faits Chefs d'Eſcadre. Le dernier
eſt ſurnumeraire , & ainſi
la premierplace qui vacquera,
ne ſera pas remplie. Le Chevalier
de Montgon , de Mo,
dene, deMons, le Chevalier de
Saujon, & le ſieur Hurault de
Villeluiſant , ont cu les pen-
Xiiij
248 MERCURE
fions de quinze cent livres.Des
penfions de mille livres ont
efté données aux ſieurs de Sevigné,
Beauffier ,Cogolin,Courbon
de Saint Leger , Chevalier
de Gracey , de Caumont ,
du Dreſnay , & Comte de
Bufly.Les places de Capitaines
à la haute paye , ont eſté données
aux ſicurs de Chaulieu ,
Hercules de la Roche , des
Carces , Truler , Gratien &
Caffaro l'aisné.
de ce mois , un remplacement
dans les Officiers de la Marine .
Le Cordon rouge de feuMr.
;
GALANT. 247
Ducafle , a etté donné auMarquis
de Coëtlogon , dont le
Cordon aeſtédonné au ſieur
de la Harlteloir. Le Marquis
d'Aligre de S. Lié a eſté fait
Lieutenant General. Les ſieurs
du Queſne- Mounier, des Nos,
Comtede la Luzerne, duGuay.
Troün , & de Court , ont eſté
faits Chefs d'Eſcadre. Le dernier
eſt ſurnumeraire , & ainſi
la premierplace qui vacquera,
ne ſera pas remplie. Le Chevalier
de Montgon , de Mo,
dene, deMons, le Chevalier de
Saujon, & le ſieur Hurault de
Villeluiſant , ont cu les pen-
Xiiij
248 MERCURE
fions de quinze cent livres.Des
penfions de mille livres ont
efté données aux ſieurs de Sevigné,
Beauffier ,Cogolin,Courbon
de Saint Leger , Chevalier
de Gracey , de Caumont ,
du Dreſnay , & Comte de
Bufly.Les places de Capitaines
à la haute paye , ont eſté données
aux ſicurs de Chaulieu ,
Hercules de la Roche , des
Carces , Truler , Gratien &
Caffaro l'aisné.
Fermer
3542
p. 248-255
Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Début :
Le 13. le Mareschal de Besons, & le Chevalier de Sainctot [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Cérémonies, Gardes françaises, Gardes suisses, Roi, Ambassadeur de Perse, Chevaux, Trompettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Audiance de congé de l'Ambassadeur de Perse. [titre d'après la table]
Le 13. le Mareſchal de Befons
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
, & le Chevalier de Sain-
Etot , allerent dans le carroſſe
duRoy,prendreMehemetRiza
GALANT . 249
Beg , Ambafladeur Extraordinaire
de Perſe , à la maiſon
du ſieur Bontemps , Premier
Valet de Chambre du Roy
& Gouverneur du Palais des
Tuilleries : le cheval que
l'Ambaſſadeur devoit monter
l'y attendoit , avec des chevaux
pour toute ſa ſuite de la
grande& de la petite eſcurie ,
ainſi que les Trompettes du
Roy deſtinez pour accompagner
fa marche , qui ſe fit en
cet ordre juſqu'au Chaftcau..
Le carroffe du Chevalier de
Sainctot , celui du Mareſchal
de Belons , douze chevaux de
250 MERCURE
| -
main des deux Efcuties du
Roy, magnifiquement harnachez
& menez par des palfreniers
de Sa Majefté : quatre
chevaux du Roy avec des har.
nois à laPerfienne,&menez en
main par desPerfans, les domeſtiques
de l'Ambaſſfadeur à che
val,leMoula de l'Ambaſfadeur
ouDocteur de ſaLoy, fonTre
forier ,le Page qui porte ſa pipe
, les 8.Trompettes du Roy
le Maistre des Ceremonies de
l'Ambaſladeur & l'Interprete
à coſté de luy , l'Ambaſladeur
fur un cheval du Roy harnaché
à la Perfienne , le Maref.
GALANT. 251
chal de Betons à la droite &
le Chevalier de Sainctot à ſa
gauche , marchant tous trois
defront , les Valets de pied
Perfans &Armeniens de l'Ambaffadeur
au tour de fon cheval
, la livrée du Marefchal ,
&celle du Chevalier de Sain-
Etot à coſté de leurs chevaux ,
l'Eſcuyer de l'Ambafladeur à
cheval , marchant immediatement
derrière lui , avec un Page
qui portoit le fabre de
l'Ambaffadeur appuyé ſur ſa
cuiffe. Le carrofle du Roy fermoit
la marche . L'Ambaſfadeur
trouva dans l'avant cour
1
252 MERCURE
les Gardes Françoiles & Suiffes
ſous les armes , les tambours
appellant, les Gardes de la Porte
& de la Prevoſté auſſi en
haye & fous les armes.
Aonze heures , l'Ambaffadeur
accompagnéduMaréchal
de Befons & du Chevalier de
Sainctot , traverſa la cour à
pied , pour aller à l'Audience
du Roy , par le degré qui conduit
au grand Appartementde
Sa Majetté. L'Ambaffadeur
avant que d'y aller , mit fon
fabre à ſon coſté : il portoit
outre cela un grand poignard
dans un étuyd'or à fa ceintuGALANT.
253
re: le fieur de Merlin Secretaire
ordinaire à la conduite , marchoit
à la tête du Cortege, les
Trompettes du Roy marchoient
immediatement devant
l'Ambaladeur. Il fut receu
au bas de l'eſcalier par le
Marquis de Dreux , Grand-
- Maistre des Ceremonies., &
par le ſieur desGranges , Maitre
des Ceremonies , les Cent
Suiſſes étant ſur l'eſcalier en
habit de ceremonie , la hallebarde
à la main. A la porte de
la ſalle des Gardes en dedans, il
fut receu par le Ducde Ville-
- roy ,Capitaine des Gardes du
254 MERCURE
Corps , qui étoient en haye &
ſous les armes. Sa Majeſté af.
file fur fon Throſne élevé de
deux marches , ayant auprés
d'elle tous les Princes de la
MaiſonRoyale, le receutdans
le grand Appartement.L'Ambaſſadeur
ayant fait le premier
falut , Sa Majesté ſeleva &oſta
ſon chapeau , & fe couvrit
aprés le dernier ſalut: & aprés
que l'Interprete lui eut expliqué
ce quel'Ambaffadeur luy
diſoit , & qu'il eut expliqué à
l'Ambaſſadeur la réponſe de
Sa Majesté , le Roy ſe découvrit
: l'Ambaſſadeur ſe retira ,
GALANT. 255
&fut enfuite conduità l'Audience
deMonſeigneur leDauphin.
Il fut traité & toute fa
fuite , par les Officiersdu Roy.
Je m'étendray davantage fur
cet article dans la nouvelle
- Hiltoire que je vais donner de
cet Ambafladeur.
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3543
p. 255-257
Questions proposées. [titre d'après la table]
Début :
J'ay balancé plusieurs fois, Monsieur, à proposer des questions [...]
Mots clefs :
Question, Traduction d'Homère, Homère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Questions proposées. [titre d'après la table]
J'ay balancé pluſieurs fois ,
Monfieur, à propoſer desque.
ſtions à mes Lecteurs ,j'allois
mêmepour cemois-cy en imaginer
quelqu'une , lorſqu'un
galant homme quiabeaucoup
d'eſprit , & dont vous avez
pluſieurs foistules Ouvrages ,
256 MERCURE
!
m'a fait preſent decelles que
vous allez lire..
On demande ! ....
Lequel a le plus à fouff ir
du coeur ou de l'amour propre
, par le mépris d'un objet
aimé.
Lequel des deux eſt le plus
fatisfait , lorſque la perſonne
aimée , n'a plus de rigueur.
Si l'on peut aimer par devoir
,& ce quec'eſt preciſément
que cet amour. :
Sil'on nedoit pas ſouhaiter
la vivacité des ſentimens
du coeur dans une femme,
comme dans une maiſtreſſe.
Si
GALANT. 257
Si l'on doit encore aimer
-2
une infidele quiceſſe de l'eſtre.
Question moderne.
Lequel a plus de raiſon , ou
de M. Dacier de nous avoir
donné laTraductiond'Homere
, comme celle d'un origiginal
parfait , ou de M. de la
Motte d'avoir choiſi ce mefme
Homere pour en faire une
imitation .
Monfieur, à propoſer desque.
ſtions à mes Lecteurs ,j'allois
mêmepour cemois-cy en imaginer
quelqu'une , lorſqu'un
galant homme quiabeaucoup
d'eſprit , & dont vous avez
pluſieurs foistules Ouvrages ,
256 MERCURE
!
m'a fait preſent decelles que
vous allez lire..
On demande ! ....
Lequel a le plus à fouff ir
du coeur ou de l'amour propre
, par le mépris d'un objet
aimé.
Lequel des deux eſt le plus
fatisfait , lorſque la perſonne
aimée , n'a plus de rigueur.
Si l'on peut aimer par devoir
,& ce quec'eſt preciſément
que cet amour. :
Sil'on nedoit pas ſouhaiter
la vivacité des ſentimens
du coeur dans une femme,
comme dans une maiſtreſſe.
Si
GALANT. 257
Si l'on doit encore aimer
-2
une infidele quiceſſe de l'eſtre.
Question moderne.
Lequel a plus de raiſon , ou
de M. Dacier de nous avoir
donné laTraductiond'Homere
, comme celle d'un origiginal
parfait , ou de M. de la
Motte d'avoir choiſi ce mefme
Homere pour en faire une
imitation .
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3544
p. 258-259
Chapitre des Enigmes où l'Auteur a oublié malheureusement de dire que la Commere Fretillon a deviné celles du mois passé. [titre d'après la table]
Début :
Le mot de celles du mois passé, estoit la Mer, & tout [...]
Mots clefs :
Mer, Garde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Chapitre des Enigmes où l'Auteur a oublié malheureusement de dire que la Commere Fretillon a deviné celles du mois passé. [titre d'après la table]
Le mor de cellesdu mois
paffé , eſtoitla Mer , & tout
ce qui porte le nom de Garde.
Ceux qui les ont deviné , ſont
les fixEnfans deChoeur deNôtre
Dame deMillyen Gatinois,
l'heureux indiſcret , le Favori
des neuf Soeurs , l'amant de
la Lune , le jeune Dupuis , le
Milord Amilcart au Marais ,
M. de Bonneval , & fa belle
amic ; le Marmiton des Muſes
GALANT. 259
de Valogne, Madame Pierret ,
& la Blonde Solitaire qui a
grand tort de ſecacher.
paffé , eſtoitla Mer , & tout
ce qui porte le nom de Garde.
Ceux qui les ont deviné , ſont
les fixEnfans deChoeur deNôtre
Dame deMillyen Gatinois,
l'heureux indiſcret , le Favori
des neuf Soeurs , l'amant de
la Lune , le jeune Dupuis , le
Milord Amilcart au Marais ,
M. de Bonneval , & fa belle
amic ; le Marmiton des Muſes
GALANT. 259
de Valogne, Madame Pierret ,
& la Blonde Solitaire qui a
grand tort de ſecacher.
Fermer
3545
p. 262-264
AUTRE.
Début :
Mon pouvoir fait souvent trembler Mardix & Furne, [...]
Mots clefs :
Eau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Mon pouvoirfait souvent trembler
Mardik Furne ,
Triomphant me reprit jadis
Timoleon ;
F'étois d'un grand usage à Saint
• Pantaleon ,
Et battis bien Enée avant qu'il
occit Turne,
GALANT 263
Quelquefois on me voit aux rives
du Vulturne
Mollement embraffer Amarante ou
Cleon;
1 Je n'étois point du goût de l'Empe-
C
reur Leon ,
En certain temps jeſuis plus froide
لا
que Saturne.
11
Dansson plusbel exploit je ſoutenois
Hector,
Use de moy qui veut parler comme
• Neftor ,
Pour mon reposj'opine à rétablir
• Dunkerque.
Preſque par tout je cours & dors
moins qu'un • Argus ,
Souvent je suis plus fiere encore
qu'un • Albukerque ,
Et nourris des Geants plus grands
que Feragus .
264 MERCURE
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
Mon pouvoirfait souvent trembler
Mardik Furne ,
Triomphant me reprit jadis
Timoleon ;
F'étois d'un grand usage à Saint
• Pantaleon ,
Et battis bien Enée avant qu'il
occit Turne,
GALANT 263
Quelquefois on me voit aux rives
du Vulturne
Mollement embraffer Amarante ou
Cleon;
1 Je n'étois point du goût de l'Empe-
C
reur Leon ,
En certain temps jeſuis plus froide
لا
que Saturne.
11
Dansson plusbel exploit je ſoutenois
Hector,
Use de moy qui veut parler comme
• Neftor ,
Pour mon reposj'opine à rétablir
• Dunkerque.
Preſque par tout je cours & dors
moins qu'un • Argus ,
Souvent je suis plus fiere encore
qu'un • Albukerque ,
Et nourris des Geants plus grands
que Feragus .
264 MERCURE
Devinez ces Enigmes , Monfiur,
file coeur vous en dit , &
hâtez vous aprés cela d'expedier
le reſte des matieres de ce
Volume.
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3546
p. 264-267
Compliment de condoleance en Vers à une belle qui se plaignoit de n'avoir point d'Amants. [titre d'après la table]
Début :
Une belle Demoiselle de la Campagne ayant eû la malice / Iris se plaint de n'avoir point d'Amant, [...]
Mots clefs :
Demoiselle, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Compliment de condoleance en Vers à une belle qui se plaignoit de n'avoir point d'Amants. [titre d'après la table]
Une belle Demoiselle de la
Campagne ayant eu la malice
de faire confidence à une ſienne
parente de la Ville de Paris,
qu'elle étoit affez malheureuſe
de n'avoir point d'Aimant ou
du moins quedans le lieu où
elle avoit eſté élevée , il ne ſe
trouvoit pas un Sujet raiſonnable
fur quielle pût jetter la
vûë pour en faire un époux ,
celle-ci à fon retour en racon-
горьлот tant
GALANT. 265
-10
لان
fo
la
taſt l'hiſtoire à un de ſes amis,
qui fit à l'inſtant les vers ſuivants
qui furent envoyez à la
Demoiselle Plaignante avec
maint autre compliment de
condoleance.
Iris ſe plaint de n'avoir point
• d'Amant ,
Elle ditque dans fon Village ,
Les Bergersfontfans agrément , ans agrém
Qu'ils ont l'humeur bruſque
volage ,
Et qu'il estfâcheux àson âge
D'ignorer lesplaisirs d'un tendre
engagement.
La douleur estdéja peintefurfon
visage.
Aouſt 1715 . Z
266 MERCURE
Elleſe deplaît tellement ,
Que fans attendre davantage ,
Elle renonce au mariage.
Et menace ces lieux d'un promt éloignement.
Ah ! Si j'estois auprés d'elle un
moment .
Fesçaurois bien calmer ce rigoureux
tourment ,
Qui peutà ſa beauté caufer un
grand dommage.
Je lui dirois ,objetrare & charmant
Vous,de la maindes Dieux le
plus parfait ouvrage ,
Vous, qui de nos cantons eftes
tout l'ornement.
1
GALANT. 267
t
Acceptez de mon coeurun éternel
hommage.
Regnezfurlui ſiſouverainement
Que vous trouviez l'amour un
doux apprentiſffage ,
Heureuxfidans mon esclavage ,
Vous mefavorifiez d'unregard
C
Seulement.
Jeprendrois tant de foins pour
Son foulagements
Que cettebelle enfin changeroit de
langage , L
Etqu'on ne diroit plus dans notrevoisinage;
Iris ſe plaint de n'avoir point
C
d'amant.
Campagne ayant eu la malice
de faire confidence à une ſienne
parente de la Ville de Paris,
qu'elle étoit affez malheureuſe
de n'avoir point d'Aimant ou
du moins quedans le lieu où
elle avoit eſté élevée , il ne ſe
trouvoit pas un Sujet raiſonnable
fur quielle pût jetter la
vûë pour en faire un époux ,
celle-ci à fon retour en racon-
горьлот tant
GALANT. 265
-10
لان
fo
la
taſt l'hiſtoire à un de ſes amis,
qui fit à l'inſtant les vers ſuivants
qui furent envoyez à la
Demoiselle Plaignante avec
maint autre compliment de
condoleance.
Iris ſe plaint de n'avoir point
• d'Amant ,
Elle ditque dans fon Village ,
Les Bergersfontfans agrément , ans agrém
Qu'ils ont l'humeur bruſque
volage ,
Et qu'il estfâcheux àson âge
D'ignorer lesplaisirs d'un tendre
engagement.
La douleur estdéja peintefurfon
visage.
Aouſt 1715 . Z
266 MERCURE
Elleſe deplaît tellement ,
Que fans attendre davantage ,
Elle renonce au mariage.
Et menace ces lieux d'un promt éloignement.
Ah ! Si j'estois auprés d'elle un
moment .
Fesçaurois bien calmer ce rigoureux
tourment ,
Qui peutà ſa beauté caufer un
grand dommage.
Je lui dirois ,objetrare & charmant
Vous,de la maindes Dieux le
plus parfait ouvrage ,
Vous, qui de nos cantons eftes
tout l'ornement.
1
GALANT. 267
t
Acceptez de mon coeurun éternel
hommage.
Regnezfurlui ſiſouverainement
Que vous trouviez l'amour un
doux apprentiſffage ,
Heureuxfidans mon esclavage ,
Vous mefavorifiez d'unregard
C
Seulement.
Jeprendrois tant de foins pour
Son foulagements
Que cettebelle enfin changeroit de
langage , L
Etqu'on ne diroit plus dans notrevoisinage;
Iris ſe plaint de n'avoir point
C
d'amant.
Fermer
3547
p. 267-269
SONNET.
Début :
Il ne me reste plus, Monsieur, que quelques Sonnets sur / Comment diable veux-tu que je parte de . Furne, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Il ne me reſte plus , Mon
Z ij
268 MERCURE
ſieur,que quelques Sonnets ſur
les bouts- rimez propoſez le
mois paflé , à vous donner.
SONNET.
Comment diable veux-tu que je
partede Furne ,
Pour aller à Corinthe y voir
Timoleon ,
Et puis au Vatican trouver •
Pantaleon ,
De chez Pantaleon au Palais du
grand Turne.
Et de là , traverser le rapide
Vulturne ,
Et monter fur la Mer où lefameux
Cleon,
GALANT. 269
Pirate inceſſamment du coſté de
Leon .
Tantoſt vers l'Italie où se sauva
Saturne ,
Tantoft vers les Cantons de Priam
&d' Hector .
Tu veux que j'aille encore à Pyle
chez Neftor
,
Queje revienne en France , à Paris,
à • Dunkerque ,
De France dansArgos au beau Palaisd'
Argus ;
Et puis en Portugal au Château
d Albukerque ;
Et tout cela pourquoy ? pour chercher
• • Feragus.
Z ij
268 MERCURE
ſieur,que quelques Sonnets ſur
les bouts- rimez propoſez le
mois paflé , à vous donner.
SONNET.
Comment diable veux-tu que je
partede Furne ,
Pour aller à Corinthe y voir
Timoleon ,
Et puis au Vatican trouver •
Pantaleon ,
De chez Pantaleon au Palais du
grand Turne.
Et de là , traverser le rapide
Vulturne ,
Et monter fur la Mer où lefameux
Cleon,
GALANT. 269
Pirate inceſſamment du coſté de
Leon .
Tantoſt vers l'Italie où se sauva
Saturne ,
Tantoft vers les Cantons de Priam
&d' Hector .
Tu veux que j'aille encore à Pyle
chez Neftor
,
Queje revienne en France , à Paris,
à • Dunkerque ,
De France dansArgos au beau Palaisd'
Argus ;
Et puis en Portugal au Château
d Albukerque ;
Et tout cela pourquoy ? pour chercher
• • Feragus.
Fermer
3548
p. 270-271
AUTRE.
Début :
On trouve bien le nom de la Ville de . Furne, [...]
Mots clefs :
Pape
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
On trouve bien le nom de la Ville
de Furne
2
Dans un grand Capitaine on voit
• Timoleon ,
Un Medecin
> un Pape , estoit
Pantaleon ,
Et VirgileSouvent nous entretient
de Turne.
Mais , ma foy , nulle part on ne
trouve Vulturne,
On parle d'un Flatteur , d'un Orateur
Cleon ;
Unbon Historien , un Pape fut
Leon ,
Et rien n'est plus facile à placer
que
Saturne.
GALANT. 271
Onfçait encore affez qu'il fut plus
d'un Hector ,
Que l'on parlesouvent des vieux
, ans de Neftor
Quenoussommes toûjours lesMaitres
de Dunkerque.
i
Que Coquette en tout temps se
mocque d'un Argus ,
1
را
Qu'on parlera longtems du grand
Ducd' Albukerque ;
e
Mais daignez nous montrer Vulturne&
Feragus .
On trouve bien le nom de la Ville
de Furne
2
Dans un grand Capitaine on voit
• Timoleon ,
Un Medecin
> un Pape , estoit
Pantaleon ,
Et VirgileSouvent nous entretient
de Turne.
Mais , ma foy , nulle part on ne
trouve Vulturne,
On parle d'un Flatteur , d'un Orateur
Cleon ;
Unbon Historien , un Pape fut
Leon ,
Et rien n'est plus facile à placer
que
Saturne.
GALANT. 271
Onfçait encore affez qu'il fut plus
d'un Hector ,
Que l'on parlesouvent des vieux
, ans de Neftor
Quenoussommes toûjours lesMaitres
de Dunkerque.
i
Que Coquette en tout temps se
mocque d'un Argus ,
1
را
Qu'on parlera longtems du grand
Ducd' Albukerque ;
e
Mais daignez nous montrer Vulturne&
Feragus .
Fermer
3549
p. 271-273
AUTRE.
Début :
Parce que ce plumet à vû Madik & . Furne, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Parce que ce plumet a vû Mardik
نم Furne,
Il croit être auffi grand. que fut
• Timoleon ,
Et quand il a juré par faint .
Z iiij
272 MERCURE
• Pantaleon,
Nous faire autant de peurqu'Enée
enfit à Turne.
Qu'il aille menacer les peuples du
Vulturne ,
Qui,dans les bras oiſifs de Tircis
ou Cleon ,
Moins vaillants que leurs Chefs
fut-ce Sixte ou Leon ,
Au feul nom de combat , font plus
froids que • Saturne.
Mais puisqu'un vray François est
en guerre un Hector ,
Quoyqu'enPaix il s'exerce aux emploisde
Neftor
,
On ne craint point icy les vainqueursde
• Dunkerque.
Sije combats pour vous , eut-il les
GALANT . 273
yeux d' Argus
Fe le vaincrai , Philis , fut- il un
• Albukerque ,
Puisqu'on vint bien à bout du
•Geant
1
Parce que ce plumet a vû Mardik
نم Furne,
Il croit être auffi grand. que fut
• Timoleon ,
Et quand il a juré par faint .
Z iiij
272 MERCURE
• Pantaleon,
Nous faire autant de peurqu'Enée
enfit à Turne.
Qu'il aille menacer les peuples du
Vulturne ,
Qui,dans les bras oiſifs de Tircis
ou Cleon ,
Moins vaillants que leurs Chefs
fut-ce Sixte ou Leon ,
Au feul nom de combat , font plus
froids que • Saturne.
Mais puisqu'un vray François est
en guerre un Hector ,
Quoyqu'enPaix il s'exerce aux emploisde
Neftor
,
On ne craint point icy les vainqueursde
• Dunkerque.
Sije combats pour vous , eut-il les
GALANT . 273
yeux d' Argus
Fe le vaincrai , Philis , fut- il un
• Albukerque ,
Puisqu'on vint bien à bout du
•Geant
1
Fermer
3550
p. 273-274
AUTRE.
Début :
L'Oyseau se plaît dans son . . . ramage, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Feragus.
L'oyseau Seplaît dans son
ramage ,
L'homme de Cour dans le fracas
L'Agioteur dans le
Et le Guerrier dans le
tracas ,
tapage.
L'Huiſtre cheritson coquillage ,
Un vieux comme un autre Calchas
Aime à reciter d'anciens
cas,
Le Hollandois vent du fromage ,
Le Graveurfon burin
Et le Manoeuvrefon .
pointu,
têtu
1
274 MERCURE
Desfriandsfont pour l'Alloüette;
Des Devotes pour leur minon
X
Et moy j'aspire , ma
A te tenir dans ma
Toinon
couchette.
Feragus.
L'oyseau Seplaît dans son
ramage ,
L'homme de Cour dans le fracas
L'Agioteur dans le
Et le Guerrier dans le
tracas ,
tapage.
L'Huiſtre cheritson coquillage ,
Un vieux comme un autre Calchas
Aime à reciter d'anciens
cas,
Le Hollandois vent du fromage ,
Le Graveurfon burin
Et le Manoeuvrefon .
pointu,
têtu
1
274 MERCURE
Desfriandsfont pour l'Alloüette;
Des Devotes pour leur minon
X
Et moy j'aspire , ma
A te tenir dans ma
Toinon
couchette.
Fermer