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1
p. 1607
« Le Wetsteins & Smith, Libraires à Amsterdam, ont achevé la magnifique impression [...] »
Début :
Le Wetsteins & Smith, Libraires à Amsterdam, ont achevé la magnifique impression [...]
Mots clefs :
Médailles, Antiquaires
2
p. 2334-2352
RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
Début :
MONSIEUR, Je présume qu'ayant eu la bonté de me féliciter au sujet de l'Inscription [...]
Mots clefs :
Inscription, Antiquaires, Lettres initiales, Médailles, Historien, Anonyme d'Orléans, Langage, Voyelle
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texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
RE'PONSE aux Remarques inserées dans
le Mercure de Juillet dernier , sur l'Inscription
trouvée à Auxerre , au mois de
May , adressée à M. Bouhier , Président
au Parlement de Dijon.
MONSIEUR ,
Je présume qu'ayant eu la bonté de
me féliciter au sujet de l'Inscription découverte
nouvellement près d'Auxerre ;
et d'applaudir à l'explication que j'en ai
donnée dans le Mercure du Mois de May
dernier , vous me permettrez aussi de
Vous communiquer la réponse que je fais
aux Remarques que deux Antiquaires
ont fait imprimer sur le même sujet dans
le Mercure du mois de Juillet suivant.
Je me suis bien attendu que ce que j'ay
écrit dans le Mercure de May , sans beaucoup
de préparation , ne resteroit pas
non plus sans subir la Critique de quel
ques Personnes attentives aux conjectures
des autres. C'est même dans le dessein
de les y inviter , que j'écrivis dès le lendemain
de la découverte ce que vous avez
lû de moy.
Mais
OCTOBRE. 1731. 2335
,
Mais , Monsieur , la contradiction qui
se trouve entre ces deux Auteurs est
bien plus capable de me confirmer dans
ma premiere pensée , que de me la faire
abandonner ; il paroît d'abord que le second
auroit dû lire avec un peu plus d'attention
qu'il n'a fait , la vie de l'Empereur
Alexandre Severe. Le premier après
avoir dit fort gravement que cette Ins-
» cription , qui n'est qu'un Fragment , seroit
plus instructive , si elle étoit entiere , ajoûte
que
>
les titres de Dominus , Domini , Dominorum
en entier , ou en lettres initiales ,
n'ont été employez que pour les Empereurs
du bas Empire , et dans le siéale de
Constantin , tant sur les Medailles, que
dans les Inscriptions et autres Monu
mens : et le second me fournit trois feuil
lets aprés dans le même Mercure des
armes contre cette opinion . Il rapporte
en effet une Inscription qui se voit dans
Gruter , à la page 121. dans laquelle on
lit GENIO D. N. SEVERI ALEXANDRI
AUG. Voilà donc sûrement Domini au
moins en lettre initiale employé à l'occasion
d'Alexandre Severe , et la remarque
du premier Critique détruite par cer
exemple.
En second lieu , ce que Lampride écrit
au commencement de la vie de cet Em
pereur ,
2336 MERCURE DE FRANCE
•
"
pereur , qu'il deffendit qu'on l'appeltâr
Dominus › prouve que la coûtume étoit
de le faire dans l'usage commun ; autrement
, il n'auroit point fait cette défense.
Alexandre fût unEmpereur beaucoup plus
modeste que bien d'autres , et par cette
raison la qualité de Maître et de Seigneur
ne lui plaisoit point. On peut donc bien
croire qu'il declara souvent de vive voix
que cet epithete n'étoit pas de son goût ,
qu'on lui feroit plaisir de s'en abstenir
mais comme c'étoit par un esprit de modestie
qu'il parloit ainsi cela ne put
empêcher que ceux qui vouloient lui
marquer leur entiere dépendance , ne
l'employassent quelquefois. Il y a
jours eu des flatteurs qui ne craignent
point de blesser la modestie des Princes
les moins ambitieux. Cependant l'objection
seroit plus forte , si Alexandre en
avoit fait une Loi ou un Edit : mais j'attends
qu'on produise cet Acte , pour
commencer à douter de l'usage du terme
de Dominus à son égard. Et quand même
il en auroit fait un Edit , il arrive souvent
que quelques Particuliers passent audessus
des Loix , et un Edit promulgué
contre un usage , n'est pas toûjours une
preuve suffisante que cet usage n'ait
point été mis en pratique depuis. L'expétoûrience
OCTOBRE . 1731 2337
›
rience n'apprend que trop , que s'il y a
des Loix , il y a aussi des gens qui les
transgressent , etet que les infracteurs sont
trés-communs sur- tout lorsqu'il n'y a
point de punition à subir . Voilà , Monsieur
, ce que j'ai à remarquer au sujet
des deux premieres pages imprimées à
mon occasion dans le Mercure du mois
de Juillet.
page
Pour ce qui est des observations de
l'Orleannois , qui commencent à la
1688. du même livre , la premiere consiste
à faire regarder comme fabuleux ce
que Lampride rapporte de l'Association
d'Ovinius Camillus à l'Empire par Ale-.
xandre Severe ; et pour le prouver, il dit
que ce récit n'est appuyé que sur des dis-
Cours populaires , et que Lampride est le
seul Auteur qui rapporte ce fait. Les
deux Articles de cette réponse ne peuvent
être discutez soigneusement qu'en
representant içi en entier le Texte de
PHistorien.
Cum quidam Ovinius Camillus Senator.
antiqua familia delicatissimus rebellare vo◄ .
luisset tyrannidem affectans eique ( Alexandro
) nuntiatum esset ac statim probatum ,
ad Palatium eum rogavit eique gratias egit
quod curam rei publice que recusantibus bonis
imponeretur spontè reciperet deinde ad
Senatum
7338 MERCURE DE FRANCE
Senatum processit et timentem ac tante con
scientia tale confectum participem Imperii
appellavit , in Palatium recepit , convivio
adhibuit , ornamentis Imperialibus et melioribus
quam ipse utebatur , affecit. Et cum
expeditio barbanica esset nuntiata, vel ipsum
si vellet ire , vel ut secum proficiscetur , hortatus
est. Et cum ipse iter pedes faceret , illum
invitavit ad laborem , quam post quinque
millia cunctanten equo sedere jussit :
cumque post duas mansiones equo etiam
fatigatus esset carpento imposuit. Hoc quoque
seu timore seu verè respuentem , abdicantem
quin etiam imperium et meri paratum dimisit
, commendatumque militibus à quibus
Alexander unicè amabatur tutum ad villas
smas ire precepit , in quibus diù vixit , sed
post jussu Imperatoris occisus est , quòd ille
militaris esset et à militibus amatus. Scio ,
vulgum hanc rem quam contexui , Trajani
putare , sed neque in vita ejus id Marius
Maximus ita exposuit , neque Fabius
Marcellinus, neque Aurelius Vetus , neque
Statius Valens , qui omnem ejus vitam in
Litteras miserunt. Contra autem et Septimius
et Acholius et Encolpius vitæ Scriptores
caterique de hoc talia prædicarunt : qued
ideò addidi, ne quis vulgi magis famam sequeretur
quam Historiam , que rumore utique
vulgi verior reperitur.
L'Ano
OCTOBRE. 1737. 2335
>
L'Anonime d'Orleans fait valoir ces papoles
de Lampride Scio vulgum , hanc rem
quam contexui , Trajani putare , et il prétend
que cela signifie que Lampride étoit
d'avis que l'Association d'Ovinius à l'Empire
par Alexandre n'étoit fondée que
sur des bruits populaires. Il est clair au
contraire , que c'est l'Association de cet
Ovinius en tant que faite par Trajan, que
cet Ecrivain traitte de fabuleuse , et qu'il
établit par les termes les plus forts la verité
de cette Association faite par Alexandre
Severe , puisqu'après avoir attribué
le fait à ce dernier Empereur , il dit expressement
qu'il a appuyé sur cet Article
, afin d'empêcher les lecteurs d'ajoûter
foi aux Traditions populaires , qui
ne sont pas si bien fondées que l'est la ve
rité de l'Histoire.
Or, sur quoi est-elle établie , la verité
de cette Association d'Ovinius à Alexan-
Are Sur le témoignage positif de trois
Auteurs qui avoient écrit sa vie , qui lui
étoient contemporains , et qui étoient de
sa Cour ; sçavoir , Septimius Acolius , et
Encolpius , et d'autres encore qu'il ne
nomme pas. Ce sont les garants de Lampride.
Ce dernier étoit bien croyable sur
l'Article , puisque c'étoit l'un des grands
amis de cet Empereur. Lampride dit de
lui
2340 MERCURE DE FRANCE
fui en parlant d'un autre fait ; Referebat
Encolpius quo ille ( Imperator ) familiarissimo
usus est. Acolius étoit un Ecrivain si
attentif aux démarches d'Alexandre Severe
, qu'il fit un livre exprès de ses Voyages
, où , par conséquent , étoit contenuë
l'expedition dans laquelle ce Prince voulût
mener Ovinius contre les Barbares.
Il ne doit point paroître incroyable que
Lampride eût sous les yeux les ouvrages
de ces trois Ecrivains , puisqu'il ne vivoit
que cent ans après eux . Quoiqu'il eût
souvent les deux derniers , il n'estimoit
pas moins l'Histoire de Septimius , dont
fl a placé les Fragmens en la place qui
leur convenoit. Gerard Vossius a mis ces
trois Ecrivains originaux de la vie d'Alexandre
au rang des Ecrivains Latins uni- '
quement sur le témoignage de Lampride.'
Cet Historien voulant marquer sa sincerité
à l'Empereur Constantin , à qui il
adressa la vie d'Alexandre Severe , qu'il
avoit redigée sur les Memoires de Septimius
, d'Acolius et d'Encolpius , crût ne
devoir pas cacher à ce Prince , que le Peuple
attribuoit à Trajan l'Association d'Ovinius
, quoiqu'elle ne fût point d'une
date si reculée . En même temps il lui apporta
les preuves les plus convainquantes
pour assurer la véritable Epoque de ce
Fait.
Pour
OCTOBRE. 1731. 2341
›
Pour que cette Association
d'Ovinius
pût être reputée avoir été faite par l'Empereur
Trajan , il auroit fallu , dit-il ,
que les Historiens de ce même Trajan en
eussent fait mention : Or de
quatre
Historiens , qui avoient écrit toute la vie
de Trajan , aucun ne rapporte cette action
prétenduë ; au contraire , les trois
Auteurs de la vie d'Alexandre Severe l'attribuent
à ce dernier
Empereur : Il est
donc nécessaire d'en conclure , comme
fait Lampride , que c'est le Peuple qui
étoit dans l'erreur , prenant un
Empereur
pour un autre. Le Peuple pouvoit s'y
méprendre
d'autant plus aisément
qu'Alexandre
Severe avoit la réputation
d'être un Prince orné des mêmes qualitez
que Trajan. On racontoit le fait parmi la
populace avec les mèmes
circonstances
qu'on les lisoit dans les Ecrivains de la
vie
d'Alexandre Severe ; mais on se trompoit
sur le nom de l'Empereur . C'est ce
qui arrive assez souvent dans les opinions
populaires. Le Vulgaire peu instruit
dans la Chronologie , est sujet à faire des
Anachronismes , et à atrribuer à un Prince
ce qui a été fait par un autre sur-tout
lorsque ces deux Princes ont passé pour
être également
favorables aux Peuples.
Je pourrois en produire icy un exem-
D ple
,
,
2342 MERCURE DE FRANCE
1
ple familier , si je n'apprehendois d'interompre
mon discours. Je laisse à l'Ecrivain
d'Orleans à se rappeller le souvenir
de certains cas semblables . Il n'y a pas
jusqu'aux Historiens de notre France qui
n'ayent long- temps attribué à Charlemagne
ce qui ne convenoit certainement qu'à
Charles le Chauve , méprise assez semblable
à celle du Peuple Romain , qui
donnoit à l'Evenement en question une
antiquité qu'il n'avoit pas . Les faits sont
veritables dans le fond ; il n'y a que l'attribution
à tel ou tel Prince dans laquelle
on se trompe. Il n'est donc pas si véritable
que l'Anonime d'Orleans l'avance >
qu'on ne puisse tabler sur le recit de Lampride.
Ce recit est tourné avec toutes les
précautions que doit prendre un Historien
qui veut empêcher qu'on ne revoque
en doute un fait extraordinaire , et je ne
vois pas comment on peut éluder l'autorité
d'un Auteur , qui écrit seulement
cent ans aprés Alexandre , sur les memoires
de trois Courtisans de cèt Empereur ,
à moins qu'on ne prétende que Septimus ,
Acolius et Encolpius sont des Ecrivains
chimeriques , et que Lampride est luimême
un Historien supposé , aussi - bien
que tous les Ecrivains de l'Histoire d'Auguste
, ce que Vossius et Monsieur de
TilOCTOBRE
.
1731.
2343
و etcequiestTillemontn'ontpascrû
une
opinion
ensevelie
depuis peu avec
son
Autheur
qu'il n'est pas besoin de
nommer aux Lecteurs
intelligens . Il n'est
pas
étonnant que des
opuscules en for
me de
Memoires , que ces trois
Courtisans
avoient
redigez , ayent été perdus ,
et ne soient point
parvenus
jusqu'à nous ;
mais l'on ne peut , ce semble ,
s'inscrire
en faux
contre un
témoiguage
aussi authentique
que celui de
Lampride , qui
nous a
conservé la
substance de ces trois
Memoires , et qui les a mis dans l'ordre
que nous voyons , pour en faire une Histoire
suivie. Il
paroîtroit
extraordinaire
que l'on doutât de la
sincerité des Fragmens
des
anciens
Auteurs ,
qu'Eusebe a
inserez dans son
Histoire
et Photius
dans sa
Bibliotheque : il doit être également
surprenant
qu'on
revoque en doute
le
témoignage
d'un Auteur , qui déclare
que ce qu'il écrit , est tiré des
Memoires
qu'avoient
laissé ceux qui étoient
témoins
des faits.
>
Quant à ce qu'ajoûte l'Ecrivain d'Orleans
, que les autres
Historiens depuis
Lampride ne parlent point de cette Association
d'Ovinius , il est aisé de voir que
c'est parce qu'ils ne sont que des Abbreviateurs
, et des
Ecrivains déja
éloignez
Dij
du
2344 MERCURE
DE FRANCE
du siécle d'Alexandre
; ces Abbreviateurs
ont même
obmis plusieurs
autres
choses
que Lampride
n'avoit
pas crûes indignes
. de passer
à la posterité
. Nous voyons quelquefois
dans nos Abregés
de l'Histoi re de France
des faits aussi mémorables
obmis
et passez sous silence. Tout ce que je puis accorder
, en finissant
cet Article
, est que l'Association
d'Ovinius
à l'Empire
, quoiqu'en
apparence
très- réelle , a pû
n'être
au fond du côté d'Alexandre
qu'une
Association
simulée
, et seulement
pour empêcher
une revolte
que ce Sena- teur auroit
pû former
. Mais ce fut un Mystere
dont les Peuples
ne pûrent
être informez
si - tôt ; et dans le temps
qu'on .
croyoit
cette Association
sincere
et veritable
, le bruit dût s'en répandre
dans tout l'Empire
Romain
; ce qui donna occasion
aux Monumens
qui y font allu sion , et entr'autres
à celui qui a été découvert
à Auxerre
.
Le Critique
d'Orleans
continue
, et dit, que quand même l'Association
d'Ovinius
Camillus
à l'Empire
par Alexandre
, seroit
veritable
, je me serois roûjours
trom- pé , en disant que ce fut dans la Guerre
d'Allemagne
qu'Ovinius
fût associé de
cette maniere. Je remarquerai
ici que
pour avoir sujet de me combattre
, il me
fait
OCTOBRE 1731. 2345
fait dire ce que je n'ay pas dit. J'ai veritablement
écrit qu'Alexandre s'associa
Ovinius , mais je n'ay pas ajoûté que ce
fût dans la guerre d'Allemagne . Je me
suis attaché étroitement au texte de Lampride
, qui rapporte le fait de l'Association
, independamment de la Guerre des
Barbares mais qui dit ensuite que peu
de temps après qu'elle fût faite , on vint
annoncer à l'Empereur que les Barbares
s'avançoient l'Association préceda done
la guerre contre les Barbares. J'ai marqué
que par ces Barbares, qui firent irruption
en 228. on ne doit entendre que les Allemans
, et je l'ay dit fondé sur les Medailles
qui attestent le fait. On en trouve de
l'an 229. et même de l'an 228. qui font
foi d'une Victoire remportée sur eux : et
comme l'Illyrie se trouve en partie entre
le Pays des Allemans et l'Italie , il paroît
que l'on doit entendre de cette Victoire
sur les Allemans , ce que Lampride marque
des succès qu'eurent dans l'Illyrie les
armes de Varius Macrinus. Je suis de ce
sentiment après M. de Tillemont . ( a )
L'Anonime d'Orleans anticipe done
extrêmement les choses , et il dérange à
plaisir la Chronologie en faveur de ses
( a) Hist. des Empereurs , T. 111.
Diij idées
2346 MERCURE DE FRANCE-
و
idées , lorsqu'il me fait dire que ce fut
dans cette expédition d'Allemagne , où
Alexandre fût tué qu'Ovinius avoit
commencé à suivre cet Empereur , et à
paroître en qualité d'Associé à l'Empire.
En effet , il s'agit en cet endroit d'une expédition
toute differente , et qui préceda
de sept à huit ans. Celle dont Lampride
parle en general sous le nom de guerre
contre les Barbares , est de l'an 228. et ce
sont les Medailles qui en fixent l'époque :
l'autre contre les . Germains , est de l'an
235. Mais quand même ce seroit dans la
guerre du côté du Rhin , qui est de cette
derniere Année , qu'Alexandre , auroit
voulu mener avec lui Ovinius , le raisonnement
du Critique porteroit toûjours à
faux , parce que rien n'engage à croire
nécessairement que ce fut Alexandre Severe
qui fit mourir cet ancien Associé ,
retiré depuis à la Campagne. Il paroît
qu'on doit plutôt s'attacher au sentiment
de M. Tillemont , ( qui est, selon lui , l'opinion
commune , ) et dire qu'il fut tué
par ordre de l'Empereur qui regnoit alors,
c'est- à-dire , d'un des successeurs d'Alexandre.
Il y auroit eû une difficulté à m'opposer
contre la Campagne d'Alexandre de
l'an 228. s'il étoit certain par la datte des
Loix
OCTOBRE . 1731. 2347
1
Loix que cet Empereur eût passé toute
cette année- là à Rome. Mais comme on
ne peut produire de Loix de cet Empereur
, sous le Consulat de Modeste et de
Probus , que des six jours qui suivent ,
sçavoir , des Calendes de Fevrier , du 10.
Mars , du 9. Juin , des 1. et 19. Août ,
et du 10. Octobre , on a la liberté toute
entiere , de croire qu'il a pû être ailleurs.
qu'à Rome dans l'intervalle de ces dattes,
sur-tout depuis le 10. Mars , jusqu'au 9.
Juins ce qui fait une espace de trois mois.
C'est le Code de Justinien qui fournit
ces dattes.
Quoique jusqu'ici j'aye produit tout
ce qui peut servir à soutenir la premiere
pensée que j'eûs touchant l'Inscription de
Saint - Amate lez - Auxerre , dès le jour
même qu'elle y fût découverte , je ne
m'obstine point cependant à prétendre
que mon explication soit inataquable ; il
n'y a qu'à relire ma Lettre pour voir que
je ne l'ai pas prétendu . Je ne la crois pas
de la derniere certitude , parce que cette
Inscription est mutilée et que le commencement
y manque ; mais en avoüant
que mon explication , quoique fondée
nommément sur l'Histoire de l'an 228.
n'est que vrai-semblable , je ne prétends
pas pour cela autoriser davantage les deux
,
Dv ου
2348 MERCURE DE FRANCE
ou trois autres explications qui viennent
d'être proposées dans le Mercure , et je
les mets toutes indifferemment dans la
même Classe , n'ayant écrit cecy précisement
que pour montrer que par Dominorum,
il est au moins aussi permis d'entendre
Alexandre et Ovinius , qu'Alexandre
et son Epouse , ou bien sa Mere avec lui ,
ou enfin des Magistrats . Si quelque jour
nous découvrons ailleurs le commencement
de cette Inscription , elle pourra
nous rendre plus sçavants , et servir à
décider qui sont ceux qui ont le mieux
deviné. Je souhaitte que cela arrive. Mais
je ne souhaitterois pas moins de voir de
nos jours quelque découverte d'Inscription
à Orleans , qui fût du premier ou du
second siécle , et qui nous persuadât que
ceux-là sont bien fondez qui croyent que
c'étoit là qu'étoit le Genabum de Cesar ;
car je compte pour rien le sentiment
d'Aimoin de Fleury , et j'ai des raisons
très - fortes pour m'en défier .
En fait de dévination , l'Anonime d'Orleans
a mieux rencontré , lorsqu'il s'est
douté que ce n'est point dans le plus grand
sérieux du monde que je demandois l'explication
des quatre Lettres initiales . En
effet , Gruter nous a appris il y a longtemps
les quatre mots qui sont significz
01-
OCTOBRE. 1731. 2349
ordinairement par ces quatre Lettres :
mais aussi il faut avouer que la coûtume
est de les voir terminer les Inscriptions
où elles se trouvent ; ce qui ne se rencontre
point dans la notre où la dédicace du
Monument est marquée ensuite , aussibien
que la date des Consuls . J'étois bienaise
outre cela , que mon doute apparent
m'attirât quelques réponses , et c'est ce
qui n'a pas manqué d'arriver , puisqu'ou
tre les deux réponses du Mercure , j'en
ai trois ou quatre autres manuscrites ,
dans lesquelles on s'accorde à expliquer
ainsi ces quatre Lettres Votum solvit libens
merito , ou libenter merito ou bien Voto
suscepto libens merito. Je préfererois au
reste cette derniere , à cause du Verbe
dedicavit , qui suit immediatement après.
,
Quelques autres Personnes s'autorisant
des explications dans lesquelles excelloit
ces années dernieres un Personnage trèscelebre
dans l'art de deviner , croyoient
que l'inscription telle qu'elle est , manquant
de Nominatif ; ce Nominatif
pou
voit être compris dans ces Lettres initiales
, et que V. S. pouvoit signifier Urbs
Senonum , qu'ensuite les deux autres lettres
pouvoient signifier l'action du sacrifice
d'un Taureau ou d'un Bellier, ou bien
d'une Chevre , comme lata mactavit , ou
DY. tel:
2350 MERCURE DE FRANCE
tel autre langage approchant qu'on voudra
imaginer ; mais il faut avouer que
ç'auroit été un style inoüi , que celui de
désigner par des lettres initiales les noms
propres et specifiques à une Inscription ,
et que ç'eût été le veritable secret de rendre
tout obscur , incertain et problématique,
Outre cela , comme on voit clairement
par la taille de la Pierre , que l'inscription
a été mutilée dans son commencement
, il ne faut point esperer de trouver
ce Nominatif ailleurs que dans ce qui
manque aujourd'ui à la Pierre en question
, si ce Fragment réparoît jamais au
jour.
Je suis surpris M. que ceux qui m'ont envoyé
directement ou par la voye du Mercure
, des remarques sur mon interprétation
, n'ayent pas insinué que l'Inscrip
tion leur paroissoit fausse , si en elle- même
elle est telle qu'on la trouve imprimée
avec des U voyelles , puisque ces U sont
d'un usage très-moderne. Comment l'un
d'eux n'a t'il point dit qu'il falloit la mettre
au rang de semblables Antiquitez prétendues
qu'Annius de Viterbe fabriqua
autrefois Ils ont mieux aimé supposer
les deux U qui s'y trouvent , que sont des
fautes d'Imprimeur , comme en effet c'est
la verité. Trouvez donc bon que je vous
cerOCTOBRE.
1731.
2351
certifie ici en passant que Salute Dominorum
est écrit ainsi sur la Pierre , SALVTE
DOMINORVM , que dans les deux lignes
de l'Inscription toutes les lettres sont
d'une hauteur égale , et que les quatre
initiales ne sont point plus hautes que les
autres.
Tout ce que vous me faites la grace de
m'envoyer , Monsieur , m'étant très - précieux
, je n'ai garde de ne pas conserver
soigneusementl'explication que vous donnez
au Fragment d'une autre Inscription
trouvée dans le même Jardin , sur lequel
il reste :
PATER ....
LUPERC ....
ET CARA ....
LA COI ....
·
J'approuve très fort vos conjectures
sur ce qui manque à chacune de ces quatre
lignes , et je crois , comme vous , qu'il
faut suppléer à cette Inscription par les
mots que vous favorisez PATER SACR.
C'est-à- dire , Sacrorum, ou bien Pater An
gustalis Lupercus et Carantilla conjux , ensorte
qu'il y auroit eû sur la Pierre lorsqu'elle
étoit entiere !
D vj PA2352
MERCURE DE FRANCE
PATER AVG.
LVPERCVS
ET CARANTIL
LA CONJVX.
Vous me faites remarquer que ce ne se
roit pas la premiere Inscription où on liroit
Pater Sacrorum pour désigner un Prêtre
des Faux - Dieux , qui présidoit aux
Sacrifices , ou bien Pater Augustalis pour
marquer l'ancien ou le premier des Augustaux.
A l'égard du nom propre de la
troisiéme ligne , qui est celui d'une Famille
, comme il se trouve trois fois dans
les Inscriptions de Dijon il ne seroit
pas étonnant qu'ils se rencontrassent aussi
à Auxerre . Ainsi , je souscris à toutes vos
remarques ; et j'ay l'honneur d'être & c.
le Mercure de Juillet dernier , sur l'Inscription
trouvée à Auxerre , au mois de
May , adressée à M. Bouhier , Président
au Parlement de Dijon.
MONSIEUR ,
Je présume qu'ayant eu la bonté de
me féliciter au sujet de l'Inscription découverte
nouvellement près d'Auxerre ;
et d'applaudir à l'explication que j'en ai
donnée dans le Mercure du Mois de May
dernier , vous me permettrez aussi de
Vous communiquer la réponse que je fais
aux Remarques que deux Antiquaires
ont fait imprimer sur le même sujet dans
le Mercure du mois de Juillet suivant.
Je me suis bien attendu que ce que j'ay
écrit dans le Mercure de May , sans beaucoup
de préparation , ne resteroit pas
non plus sans subir la Critique de quel
ques Personnes attentives aux conjectures
des autres. C'est même dans le dessein
de les y inviter , que j'écrivis dès le lendemain
de la découverte ce que vous avez
lû de moy.
Mais
OCTOBRE. 1731. 2335
,
Mais , Monsieur , la contradiction qui
se trouve entre ces deux Auteurs est
bien plus capable de me confirmer dans
ma premiere pensée , que de me la faire
abandonner ; il paroît d'abord que le second
auroit dû lire avec un peu plus d'attention
qu'il n'a fait , la vie de l'Empereur
Alexandre Severe. Le premier après
avoir dit fort gravement que cette Ins-
» cription , qui n'est qu'un Fragment , seroit
plus instructive , si elle étoit entiere , ajoûte
que
>
les titres de Dominus , Domini , Dominorum
en entier , ou en lettres initiales ,
n'ont été employez que pour les Empereurs
du bas Empire , et dans le siéale de
Constantin , tant sur les Medailles, que
dans les Inscriptions et autres Monu
mens : et le second me fournit trois feuil
lets aprés dans le même Mercure des
armes contre cette opinion . Il rapporte
en effet une Inscription qui se voit dans
Gruter , à la page 121. dans laquelle on
lit GENIO D. N. SEVERI ALEXANDRI
AUG. Voilà donc sûrement Domini au
moins en lettre initiale employé à l'occasion
d'Alexandre Severe , et la remarque
du premier Critique détruite par cer
exemple.
En second lieu , ce que Lampride écrit
au commencement de la vie de cet Em
pereur ,
2336 MERCURE DE FRANCE
•
"
pereur , qu'il deffendit qu'on l'appeltâr
Dominus › prouve que la coûtume étoit
de le faire dans l'usage commun ; autrement
, il n'auroit point fait cette défense.
Alexandre fût unEmpereur beaucoup plus
modeste que bien d'autres , et par cette
raison la qualité de Maître et de Seigneur
ne lui plaisoit point. On peut donc bien
croire qu'il declara souvent de vive voix
que cet epithete n'étoit pas de son goût ,
qu'on lui feroit plaisir de s'en abstenir
mais comme c'étoit par un esprit de modestie
qu'il parloit ainsi cela ne put
empêcher que ceux qui vouloient lui
marquer leur entiere dépendance , ne
l'employassent quelquefois. Il y a
jours eu des flatteurs qui ne craignent
point de blesser la modestie des Princes
les moins ambitieux. Cependant l'objection
seroit plus forte , si Alexandre en
avoit fait une Loi ou un Edit : mais j'attends
qu'on produise cet Acte , pour
commencer à douter de l'usage du terme
de Dominus à son égard. Et quand même
il en auroit fait un Edit , il arrive souvent
que quelques Particuliers passent audessus
des Loix , et un Edit promulgué
contre un usage , n'est pas toûjours une
preuve suffisante que cet usage n'ait
point été mis en pratique depuis. L'expétoûrience
OCTOBRE . 1731 2337
›
rience n'apprend que trop , que s'il y a
des Loix , il y a aussi des gens qui les
transgressent , etet que les infracteurs sont
trés-communs sur- tout lorsqu'il n'y a
point de punition à subir . Voilà , Monsieur
, ce que j'ai à remarquer au sujet
des deux premieres pages imprimées à
mon occasion dans le Mercure du mois
de Juillet.
page
Pour ce qui est des observations de
l'Orleannois , qui commencent à la
1688. du même livre , la premiere consiste
à faire regarder comme fabuleux ce
que Lampride rapporte de l'Association
d'Ovinius Camillus à l'Empire par Ale-.
xandre Severe ; et pour le prouver, il dit
que ce récit n'est appuyé que sur des dis-
Cours populaires , et que Lampride est le
seul Auteur qui rapporte ce fait. Les
deux Articles de cette réponse ne peuvent
être discutez soigneusement qu'en
representant içi en entier le Texte de
PHistorien.
Cum quidam Ovinius Camillus Senator.
antiqua familia delicatissimus rebellare vo◄ .
luisset tyrannidem affectans eique ( Alexandro
) nuntiatum esset ac statim probatum ,
ad Palatium eum rogavit eique gratias egit
quod curam rei publice que recusantibus bonis
imponeretur spontè reciperet deinde ad
Senatum
7338 MERCURE DE FRANCE
Senatum processit et timentem ac tante con
scientia tale confectum participem Imperii
appellavit , in Palatium recepit , convivio
adhibuit , ornamentis Imperialibus et melioribus
quam ipse utebatur , affecit. Et cum
expeditio barbanica esset nuntiata, vel ipsum
si vellet ire , vel ut secum proficiscetur , hortatus
est. Et cum ipse iter pedes faceret , illum
invitavit ad laborem , quam post quinque
millia cunctanten equo sedere jussit :
cumque post duas mansiones equo etiam
fatigatus esset carpento imposuit. Hoc quoque
seu timore seu verè respuentem , abdicantem
quin etiam imperium et meri paratum dimisit
, commendatumque militibus à quibus
Alexander unicè amabatur tutum ad villas
smas ire precepit , in quibus diù vixit , sed
post jussu Imperatoris occisus est , quòd ille
militaris esset et à militibus amatus. Scio ,
vulgum hanc rem quam contexui , Trajani
putare , sed neque in vita ejus id Marius
Maximus ita exposuit , neque Fabius
Marcellinus, neque Aurelius Vetus , neque
Statius Valens , qui omnem ejus vitam in
Litteras miserunt. Contra autem et Septimius
et Acholius et Encolpius vitæ Scriptores
caterique de hoc talia prædicarunt : qued
ideò addidi, ne quis vulgi magis famam sequeretur
quam Historiam , que rumore utique
vulgi verior reperitur.
L'Ano
OCTOBRE. 1737. 2335
>
L'Anonime d'Orleans fait valoir ces papoles
de Lampride Scio vulgum , hanc rem
quam contexui , Trajani putare , et il prétend
que cela signifie que Lampride étoit
d'avis que l'Association d'Ovinius à l'Empire
par Alexandre n'étoit fondée que
sur des bruits populaires. Il est clair au
contraire , que c'est l'Association de cet
Ovinius en tant que faite par Trajan, que
cet Ecrivain traitte de fabuleuse , et qu'il
établit par les termes les plus forts la verité
de cette Association faite par Alexandre
Severe , puisqu'après avoir attribué
le fait à ce dernier Empereur , il dit expressement
qu'il a appuyé sur cet Article
, afin d'empêcher les lecteurs d'ajoûter
foi aux Traditions populaires , qui
ne sont pas si bien fondées que l'est la ve
rité de l'Histoire.
Or, sur quoi est-elle établie , la verité
de cette Association d'Ovinius à Alexan-
Are Sur le témoignage positif de trois
Auteurs qui avoient écrit sa vie , qui lui
étoient contemporains , et qui étoient de
sa Cour ; sçavoir , Septimius Acolius , et
Encolpius , et d'autres encore qu'il ne
nomme pas. Ce sont les garants de Lampride.
Ce dernier étoit bien croyable sur
l'Article , puisque c'étoit l'un des grands
amis de cet Empereur. Lampride dit de
lui
2340 MERCURE DE FRANCE
fui en parlant d'un autre fait ; Referebat
Encolpius quo ille ( Imperator ) familiarissimo
usus est. Acolius étoit un Ecrivain si
attentif aux démarches d'Alexandre Severe
, qu'il fit un livre exprès de ses Voyages
, où , par conséquent , étoit contenuë
l'expedition dans laquelle ce Prince voulût
mener Ovinius contre les Barbares.
Il ne doit point paroître incroyable que
Lampride eût sous les yeux les ouvrages
de ces trois Ecrivains , puisqu'il ne vivoit
que cent ans après eux . Quoiqu'il eût
souvent les deux derniers , il n'estimoit
pas moins l'Histoire de Septimius , dont
fl a placé les Fragmens en la place qui
leur convenoit. Gerard Vossius a mis ces
trois Ecrivains originaux de la vie d'Alexandre
au rang des Ecrivains Latins uni- '
quement sur le témoignage de Lampride.'
Cet Historien voulant marquer sa sincerité
à l'Empereur Constantin , à qui il
adressa la vie d'Alexandre Severe , qu'il
avoit redigée sur les Memoires de Septimius
, d'Acolius et d'Encolpius , crût ne
devoir pas cacher à ce Prince , que le Peuple
attribuoit à Trajan l'Association d'Ovinius
, quoiqu'elle ne fût point d'une
date si reculée . En même temps il lui apporta
les preuves les plus convainquantes
pour assurer la véritable Epoque de ce
Fait.
Pour
OCTOBRE. 1731. 2341
›
Pour que cette Association
d'Ovinius
pût être reputée avoir été faite par l'Empereur
Trajan , il auroit fallu , dit-il ,
que les Historiens de ce même Trajan en
eussent fait mention : Or de
quatre
Historiens , qui avoient écrit toute la vie
de Trajan , aucun ne rapporte cette action
prétenduë ; au contraire , les trois
Auteurs de la vie d'Alexandre Severe l'attribuent
à ce dernier
Empereur : Il est
donc nécessaire d'en conclure , comme
fait Lampride , que c'est le Peuple qui
étoit dans l'erreur , prenant un
Empereur
pour un autre. Le Peuple pouvoit s'y
méprendre
d'autant plus aisément
qu'Alexandre
Severe avoit la réputation
d'être un Prince orné des mêmes qualitez
que Trajan. On racontoit le fait parmi la
populace avec les mèmes
circonstances
qu'on les lisoit dans les Ecrivains de la
vie
d'Alexandre Severe ; mais on se trompoit
sur le nom de l'Empereur . C'est ce
qui arrive assez souvent dans les opinions
populaires. Le Vulgaire peu instruit
dans la Chronologie , est sujet à faire des
Anachronismes , et à atrribuer à un Prince
ce qui a été fait par un autre sur-tout
lorsque ces deux Princes ont passé pour
être également
favorables aux Peuples.
Je pourrois en produire icy un exem-
D ple
,
,
2342 MERCURE DE FRANCE
1
ple familier , si je n'apprehendois d'interompre
mon discours. Je laisse à l'Ecrivain
d'Orleans à se rappeller le souvenir
de certains cas semblables . Il n'y a pas
jusqu'aux Historiens de notre France qui
n'ayent long- temps attribué à Charlemagne
ce qui ne convenoit certainement qu'à
Charles le Chauve , méprise assez semblable
à celle du Peuple Romain , qui
donnoit à l'Evenement en question une
antiquité qu'il n'avoit pas . Les faits sont
veritables dans le fond ; il n'y a que l'attribution
à tel ou tel Prince dans laquelle
on se trompe. Il n'est donc pas si véritable
que l'Anonime d'Orleans l'avance >
qu'on ne puisse tabler sur le recit de Lampride.
Ce recit est tourné avec toutes les
précautions que doit prendre un Historien
qui veut empêcher qu'on ne revoque
en doute un fait extraordinaire , et je ne
vois pas comment on peut éluder l'autorité
d'un Auteur , qui écrit seulement
cent ans aprés Alexandre , sur les memoires
de trois Courtisans de cèt Empereur ,
à moins qu'on ne prétende que Septimus ,
Acolius et Encolpius sont des Ecrivains
chimeriques , et que Lampride est luimême
un Historien supposé , aussi - bien
que tous les Ecrivains de l'Histoire d'Auguste
, ce que Vossius et Monsieur de
TilOCTOBRE
.
1731.
2343
و etcequiestTillemontn'ontpascrû
une
opinion
ensevelie
depuis peu avec
son
Autheur
qu'il n'est pas besoin de
nommer aux Lecteurs
intelligens . Il n'est
pas
étonnant que des
opuscules en for
me de
Memoires , que ces trois
Courtisans
avoient
redigez , ayent été perdus ,
et ne soient point
parvenus
jusqu'à nous ;
mais l'on ne peut , ce semble ,
s'inscrire
en faux
contre un
témoiguage
aussi authentique
que celui de
Lampride , qui
nous a
conservé la
substance de ces trois
Memoires , et qui les a mis dans l'ordre
que nous voyons , pour en faire une Histoire
suivie. Il
paroîtroit
extraordinaire
que l'on doutât de la
sincerité des Fragmens
des
anciens
Auteurs ,
qu'Eusebe a
inserez dans son
Histoire
et Photius
dans sa
Bibliotheque : il doit être également
surprenant
qu'on
revoque en doute
le
témoignage
d'un Auteur , qui déclare
que ce qu'il écrit , est tiré des
Memoires
qu'avoient
laissé ceux qui étoient
témoins
des faits.
>
Quant à ce qu'ajoûte l'Ecrivain d'Orleans
, que les autres
Historiens depuis
Lampride ne parlent point de cette Association
d'Ovinius , il est aisé de voir que
c'est parce qu'ils ne sont que des Abbreviateurs
, et des
Ecrivains déja
éloignez
Dij
du
2344 MERCURE
DE FRANCE
du siécle d'Alexandre
; ces Abbreviateurs
ont même
obmis plusieurs
autres
choses
que Lampride
n'avoit
pas crûes indignes
. de passer
à la posterité
. Nous voyons quelquefois
dans nos Abregés
de l'Histoi re de France
des faits aussi mémorables
obmis
et passez sous silence. Tout ce que je puis accorder
, en finissant
cet Article
, est que l'Association
d'Ovinius
à l'Empire
, quoiqu'en
apparence
très- réelle , a pû
n'être
au fond du côté d'Alexandre
qu'une
Association
simulée
, et seulement
pour empêcher
une revolte
que ce Sena- teur auroit
pû former
. Mais ce fut un Mystere
dont les Peuples
ne pûrent
être informez
si - tôt ; et dans le temps
qu'on .
croyoit
cette Association
sincere
et veritable
, le bruit dût s'en répandre
dans tout l'Empire
Romain
; ce qui donna occasion
aux Monumens
qui y font allu sion , et entr'autres
à celui qui a été découvert
à Auxerre
.
Le Critique
d'Orleans
continue
, et dit, que quand même l'Association
d'Ovinius
Camillus
à l'Empire
par Alexandre
, seroit
veritable
, je me serois roûjours
trom- pé , en disant que ce fut dans la Guerre
d'Allemagne
qu'Ovinius
fût associé de
cette maniere. Je remarquerai
ici que
pour avoir sujet de me combattre
, il me
fait
OCTOBRE 1731. 2345
fait dire ce que je n'ay pas dit. J'ai veritablement
écrit qu'Alexandre s'associa
Ovinius , mais je n'ay pas ajoûté que ce
fût dans la guerre d'Allemagne . Je me
suis attaché étroitement au texte de Lampride
, qui rapporte le fait de l'Association
, independamment de la Guerre des
Barbares mais qui dit ensuite que peu
de temps après qu'elle fût faite , on vint
annoncer à l'Empereur que les Barbares
s'avançoient l'Association préceda done
la guerre contre les Barbares. J'ai marqué
que par ces Barbares, qui firent irruption
en 228. on ne doit entendre que les Allemans
, et je l'ay dit fondé sur les Medailles
qui attestent le fait. On en trouve de
l'an 229. et même de l'an 228. qui font
foi d'une Victoire remportée sur eux : et
comme l'Illyrie se trouve en partie entre
le Pays des Allemans et l'Italie , il paroît
que l'on doit entendre de cette Victoire
sur les Allemans , ce que Lampride marque
des succès qu'eurent dans l'Illyrie les
armes de Varius Macrinus. Je suis de ce
sentiment après M. de Tillemont . ( a )
L'Anonime d'Orleans anticipe done
extrêmement les choses , et il dérange à
plaisir la Chronologie en faveur de ses
( a) Hist. des Empereurs , T. 111.
Diij idées
2346 MERCURE DE FRANCE-
و
idées , lorsqu'il me fait dire que ce fut
dans cette expédition d'Allemagne , où
Alexandre fût tué qu'Ovinius avoit
commencé à suivre cet Empereur , et à
paroître en qualité d'Associé à l'Empire.
En effet , il s'agit en cet endroit d'une expédition
toute differente , et qui préceda
de sept à huit ans. Celle dont Lampride
parle en general sous le nom de guerre
contre les Barbares , est de l'an 228. et ce
sont les Medailles qui en fixent l'époque :
l'autre contre les . Germains , est de l'an
235. Mais quand même ce seroit dans la
guerre du côté du Rhin , qui est de cette
derniere Année , qu'Alexandre , auroit
voulu mener avec lui Ovinius , le raisonnement
du Critique porteroit toûjours à
faux , parce que rien n'engage à croire
nécessairement que ce fut Alexandre Severe
qui fit mourir cet ancien Associé ,
retiré depuis à la Campagne. Il paroît
qu'on doit plutôt s'attacher au sentiment
de M. Tillemont , ( qui est, selon lui , l'opinion
commune , ) et dire qu'il fut tué
par ordre de l'Empereur qui regnoit alors,
c'est- à-dire , d'un des successeurs d'Alexandre.
Il y auroit eû une difficulté à m'opposer
contre la Campagne d'Alexandre de
l'an 228. s'il étoit certain par la datte des
Loix
OCTOBRE . 1731. 2347
1
Loix que cet Empereur eût passé toute
cette année- là à Rome. Mais comme on
ne peut produire de Loix de cet Empereur
, sous le Consulat de Modeste et de
Probus , que des six jours qui suivent ,
sçavoir , des Calendes de Fevrier , du 10.
Mars , du 9. Juin , des 1. et 19. Août ,
et du 10. Octobre , on a la liberté toute
entiere , de croire qu'il a pû être ailleurs.
qu'à Rome dans l'intervalle de ces dattes,
sur-tout depuis le 10. Mars , jusqu'au 9.
Juins ce qui fait une espace de trois mois.
C'est le Code de Justinien qui fournit
ces dattes.
Quoique jusqu'ici j'aye produit tout
ce qui peut servir à soutenir la premiere
pensée que j'eûs touchant l'Inscription de
Saint - Amate lez - Auxerre , dès le jour
même qu'elle y fût découverte , je ne
m'obstine point cependant à prétendre
que mon explication soit inataquable ; il
n'y a qu'à relire ma Lettre pour voir que
je ne l'ai pas prétendu . Je ne la crois pas
de la derniere certitude , parce que cette
Inscription est mutilée et que le commencement
y manque ; mais en avoüant
que mon explication , quoique fondée
nommément sur l'Histoire de l'an 228.
n'est que vrai-semblable , je ne prétends
pas pour cela autoriser davantage les deux
,
Dv ου
2348 MERCURE DE FRANCE
ou trois autres explications qui viennent
d'être proposées dans le Mercure , et je
les mets toutes indifferemment dans la
même Classe , n'ayant écrit cecy précisement
que pour montrer que par Dominorum,
il est au moins aussi permis d'entendre
Alexandre et Ovinius , qu'Alexandre
et son Epouse , ou bien sa Mere avec lui ,
ou enfin des Magistrats . Si quelque jour
nous découvrons ailleurs le commencement
de cette Inscription , elle pourra
nous rendre plus sçavants , et servir à
décider qui sont ceux qui ont le mieux
deviné. Je souhaitte que cela arrive. Mais
je ne souhaitterois pas moins de voir de
nos jours quelque découverte d'Inscription
à Orleans , qui fût du premier ou du
second siécle , et qui nous persuadât que
ceux-là sont bien fondez qui croyent que
c'étoit là qu'étoit le Genabum de Cesar ;
car je compte pour rien le sentiment
d'Aimoin de Fleury , et j'ai des raisons
très - fortes pour m'en défier .
En fait de dévination , l'Anonime d'Orleans
a mieux rencontré , lorsqu'il s'est
douté que ce n'est point dans le plus grand
sérieux du monde que je demandois l'explication
des quatre Lettres initiales . En
effet , Gruter nous a appris il y a longtemps
les quatre mots qui sont significz
01-
OCTOBRE. 1731. 2349
ordinairement par ces quatre Lettres :
mais aussi il faut avouer que la coûtume
est de les voir terminer les Inscriptions
où elles se trouvent ; ce qui ne se rencontre
point dans la notre où la dédicace du
Monument est marquée ensuite , aussibien
que la date des Consuls . J'étois bienaise
outre cela , que mon doute apparent
m'attirât quelques réponses , et c'est ce
qui n'a pas manqué d'arriver , puisqu'ou
tre les deux réponses du Mercure , j'en
ai trois ou quatre autres manuscrites ,
dans lesquelles on s'accorde à expliquer
ainsi ces quatre Lettres Votum solvit libens
merito , ou libenter merito ou bien Voto
suscepto libens merito. Je préfererois au
reste cette derniere , à cause du Verbe
dedicavit , qui suit immediatement après.
,
Quelques autres Personnes s'autorisant
des explications dans lesquelles excelloit
ces années dernieres un Personnage trèscelebre
dans l'art de deviner , croyoient
que l'inscription telle qu'elle est , manquant
de Nominatif ; ce Nominatif
pou
voit être compris dans ces Lettres initiales
, et que V. S. pouvoit signifier Urbs
Senonum , qu'ensuite les deux autres lettres
pouvoient signifier l'action du sacrifice
d'un Taureau ou d'un Bellier, ou bien
d'une Chevre , comme lata mactavit , ou
DY. tel:
2350 MERCURE DE FRANCE
tel autre langage approchant qu'on voudra
imaginer ; mais il faut avouer que
ç'auroit été un style inoüi , que celui de
désigner par des lettres initiales les noms
propres et specifiques à une Inscription ,
et que ç'eût été le veritable secret de rendre
tout obscur , incertain et problématique,
Outre cela , comme on voit clairement
par la taille de la Pierre , que l'inscription
a été mutilée dans son commencement
, il ne faut point esperer de trouver
ce Nominatif ailleurs que dans ce qui
manque aujourd'ui à la Pierre en question
, si ce Fragment réparoît jamais au
jour.
Je suis surpris M. que ceux qui m'ont envoyé
directement ou par la voye du Mercure
, des remarques sur mon interprétation
, n'ayent pas insinué que l'Inscrip
tion leur paroissoit fausse , si en elle- même
elle est telle qu'on la trouve imprimée
avec des U voyelles , puisque ces U sont
d'un usage très-moderne. Comment l'un
d'eux n'a t'il point dit qu'il falloit la mettre
au rang de semblables Antiquitez prétendues
qu'Annius de Viterbe fabriqua
autrefois Ils ont mieux aimé supposer
les deux U qui s'y trouvent , que sont des
fautes d'Imprimeur , comme en effet c'est
la verité. Trouvez donc bon que je vous
cerOCTOBRE.
1731.
2351
certifie ici en passant que Salute Dominorum
est écrit ainsi sur la Pierre , SALVTE
DOMINORVM , que dans les deux lignes
de l'Inscription toutes les lettres sont
d'une hauteur égale , et que les quatre
initiales ne sont point plus hautes que les
autres.
Tout ce que vous me faites la grace de
m'envoyer , Monsieur , m'étant très - précieux
, je n'ai garde de ne pas conserver
soigneusementl'explication que vous donnez
au Fragment d'une autre Inscription
trouvée dans le même Jardin , sur lequel
il reste :
PATER ....
LUPERC ....
ET CARA ....
LA COI ....
·
J'approuve très fort vos conjectures
sur ce qui manque à chacune de ces quatre
lignes , et je crois , comme vous , qu'il
faut suppléer à cette Inscription par les
mots que vous favorisez PATER SACR.
C'est-à- dire , Sacrorum, ou bien Pater An
gustalis Lupercus et Carantilla conjux , ensorte
qu'il y auroit eû sur la Pierre lorsqu'elle
étoit entiere !
D vj PA2352
MERCURE DE FRANCE
PATER AVG.
LVPERCVS
ET CARANTIL
LA CONJVX.
Vous me faites remarquer que ce ne se
roit pas la premiere Inscription où on liroit
Pater Sacrorum pour désigner un Prêtre
des Faux - Dieux , qui présidoit aux
Sacrifices , ou bien Pater Augustalis pour
marquer l'ancien ou le premier des Augustaux.
A l'égard du nom propre de la
troisiéme ligne , qui est celui d'une Famille
, comme il se trouve trois fois dans
les Inscriptions de Dijon il ne seroit
pas étonnant qu'ils se rencontrassent aussi
à Auxerre . Ainsi , je souscris à toutes vos
remarques ; et j'ay l'honneur d'être & c.
Fermer
Résumé : RÉPONSE aux Remarques inserées dans le Mercure de Juillet dernier, sur l'Inscription trouvée à Auxerre, au mois de May, adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon.
Le texte est une réponse adressée à M. Bouhier, Président au Parlement de Dijon, concernant une inscription découverte près d'Auxerre. L'auteur exprime sa gratitude pour les félicitations et les critiques reçues dans le Mercure de Juillet. Il souligne la contradiction entre les deux critiques et défend son interprétation initiale de l'inscription. L'auteur mentionne que le terme 'Dominus' était utilisé pour les empereurs du Bas-Empire, y compris Alexandre Sévère, malgré les objections des critiques. L'auteur discute de l'association d'Ovinius Camillus avec l'Empire par Alexandre Sévère, réfutant les doutes exprimés par l'antiquaire d'Orléans. Il soutient que Lampride, l'historien, a basé son récit sur des mémoires contemporains et fiables. Il cite des exemples historiques et des sources pour appuyer son argumentation, notamment des médailles attestant une victoire sur les Allemans en 228 et l'importance stratégique de l'Illyrie. L'auteur critique l'Anonyme d'Orléans pour avoir perturbé la chronologie en faveur de ses idées. Il explique que l'association d'Ovinius précède la guerre contre les Barbares et que les succès en Illyrie sont attribués à Varius Macrinus. Il se range à l'opinion de M. de Tillemont, selon laquelle Ovinius aurait été tué par un successeur d'Alexandre Sévère. Le texte aborde également l'inscription découverte à Auxerre, reconnaissant que son explication est vraisemblable mais non certaine en raison de l'état mutilé de l'inscription. Il mentionne d'autres explications proposées et souhaite des découvertes futures pour éclaircir le sujet. L'auteur exprime également son désir de trouver des inscriptions à Orléans pour confirmer l'emplacement du Genabum de César, rejetant l'opinion d'Aimoin de Fleury. Enfin, l'auteur discute des lettres initiales de l'inscription et des diverses interprétations proposées, préférant l'explication 'Voto suscepto libens merito' en raison du verbe 'dedicavit' qui suit. Il critique ceux qui n'ont pas remis en question l'authenticité de l'inscription en raison des voyelles 'U', qu'il considère comme des fautes d'imprimeur. Il approuve les conjectures d'un correspondant sur un autre fragment d'inscription trouvé dans le même jardin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
3
p. 300-310
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
Début :
Vous m'avez fait, Monsieur, beaucoup de plaisir en m'envoïant, avec une [...]
Mots clefs :
Lampe antique, Amour, Pied, Enfant, Provence, Antiques, Vénus, Monument, Planche, Ornements, Antiquaires, Cupidon, Figure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M.
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
·D... au sujet d'une Lampe Antique ,
trouvée en Provence , au mois de fuillet
dernier.
V
Ous m'avez fait , Monsieur , beaucoup
de plaisir en m'envoïant, avec
une de vos Lettres , dattée de Marseille
le 4 Août, le dessein de votre façon d'une
Lampe Antique , trouvée depuis peu par
un Païsan , dans le Territoire de la Ville
d'Apt , auprès du Village de Caseneuve.
Ce Monument que vous me marquez être
de la grandeur du Dessein , et qui représente
un pied , couvert d'une simple Sandale,
FEVRIER . 1733. 301
dale , avec quelques ornemens aux Courroyes,&
c. a cinq à six pouces de longueur,
depuis le Talon jusqu'à l'autre extrêmité
du pied , d'où sort une espece de Bec ,
que vous appellez Corne d'abondance, par
lequel on versoit de l'Huile dans la Lampe
, et où l'on mettoit la Méche . Au dessus
du cou du pied , terminé par un Orle
en maniere de petites perles , s'éleve une
espece de petit Rocher ,sur lequel est assis
un Enfant nud et aîlé , qui semble pleu
rer et tenir quelque chose dans ses mains.
Le tout fait une hauteur d'environ trois
pouces.Je n'oublie pas l'Anse qui déborde
au delà de la longueur du pied , du côté
du Talon, ayant à son extrémité un Anneau.
Il y a un autre Anneau au commencement
du gros doigt du pied , et voilà,
je crois , une Description exacte de ce
Monument.
Vous me marquez , Monsieur , que
l'Enfanr aîlé a les aîles et un brasselet
d'argent , et que le Pied qui forme la
Lampe a les ongles , et les petits Ornemens
des Courroyes aussi d'argent. Vous
ajoûtez que la Lampe est de Métail de
Corinthe , parfaitement bien conservée.
Ces circonstances sont curieuses et remarquables.
Pour ce qui est de l'explication conte-
E v nue
302 MERCURE DE FRANCE
nue dans votre Lettre , qui fait de cette
Lampe le Pied de Venus , qu'on pendoit ,
ajoutez - vous, par les deux Anneaux dans
le Temple de cette Déesse , en prenant
l'Enfant aîlé pour l'Amour , et par les au
tres convenances que vous trouvez . Cette
Explication , dis- je , me paroît ingénieu
se , fortifiée mêine par la figure du Rocher,
sur lequel l'Amour prétendu est assis,
Venus , érant , comme vous le sçavez, née
dans le sein de la Mer , &c. Mais à vous
parler sincerement , je ne trouve rien de
bien plausible dans cette Explication , qui
est , selon moi , toute conjecturale .
Ce que vous me marquez dans une se
conde Lettre plus réfléchie , du premier
de ce mois , prouve ce que je viens de dire.
Cela prouve aussi , Monsieur , que vous
n'êtes pas de ces Curieux entêtez qui ne
démordent jamais de leur premier sentiment.
Vous me dires qu'il vous est venu
une autre pensée sur ce Monument antique
et que des amis connoisseurs
l'ont
trouvée plus plausible que la premiere.
C'est icy , continuez- vous , le pied de
Psyché plutôt que celui de Venus. Une
Lampe fut fatale à Psyché aussi bien qu'à
l'Amour , représenté sur la nôtre , faisant
une triste figure ; ce qui explique assez ,
dires- vous , la pensée qui vous est venuë,
& c.
PerFEVRIER.
1733. 303
Permettez-moi d'être encore un peu
incrédule sur cette nouvelle explication
en donnant à votre sincérité toute la loüange
qu'elle mérite , lorsque dans le même
temps vous convenez que dénué de preuves
et d'autoritez vous laissez aux Antiquaires
la gloire de deviner cette Enigme ,
si c'en est une.
Je dis , si c'en est une , car il y a longtemps
que je suis persuadé que les Ouvriers
de l'Antiquité, en fabriquant la plus
part des Morceaux qui nous restent de
leur façon , n'ont le plus souvent suivi
que leur caprice ou leur goût particulier ,
celui quelquefois des personnes qui les
leur commandoient , sans s'embarrasser
de la Mythologie , sans y entendre , disje
, d'autre finesse . Si ma proposition est
vraie en general , ou a beaucoup d'égards ,
je crois qu'on peut l'appliquer particuliement
à la fabrique des Lampes ; c'est en
effet de tous les Monumens Antiques celui
dont on a découvert un plus grand
nombre , et dont on a le plus varié la
forme et les ornemens.Vous pouvez, Monsieur
, vous en convaincre , en parcourant
le Livre entier de F. Liceti , sur les
Lampes des Anciens et les différens Ouvrages
des Antiquaires qui ont écrit depuis
Liceti , à la tête desquels il faut mettre le
beau
E vj
3.4 MERCURE DE FRANCE.
beau et vaste Recueil du R. P. de Mont
faucon .
>
Les Lampes tiennent un rang considé
rable dans le Recueil , et occupent en Iz
Chapitres tout le second Livre de la seconde
Partie du se tome. On y en voit de
tres singulieres et de tres bizares , comme
le sont celles des 3 premiers Chapitres
totes la plupart de pur caprice. Les plus
belles , les plus chargées d'ornemens , et
qui paroissent manifestement symboliques
, et appartenir à la Mythologie , ou
aux Coutumes du Pagnanisme , se trouvent
dans les Chapitres suivans. Tout ce
que le Sçavant Auteur dit des unes et
des autres est fort sensé et fort instructif.
Il s'en faut bien qu'il n'adopte toutes les
idées et toutes les conjectures de Liceti ,
et de quelques autres Antiquaires sur ce
sujet.
Une Planche entiere , c'est la 148. contient
quatre Lampes en forme de Pied et
de Sandale, comme la vôtre, avec quelque
petite difference entr'elles pour les ornemens.
La 3 est la plus remarquable , à
cause de la Semele de la Sandale , gravée
séparément , qui est toute couverte de têtes
de clous. La 4º, a pour Anse un Serpent
entortillé , et differe un peu des autres
et de la vôtre dans la forme. Une autre
FEVRIER. 1733 305
tre Lampe représentée dans la Planche
d'après , dont l'Original est dans le Cabinet
du Duc de Médina - Celi , est toute
semblable à la vôtre ; pareil Pied , pareille
Sandale , mêmes dimensions . De plus
il y a,comme sur la vôtre , un Enfant aîlé
élevé au dessus du Talon.Cet Enfant tient
d'une main un Oyseau , et de l'autre , quelque
chose qu'on ne sçauroit discerner.
L'Enfant de votre Lampe paroît aussi
tenir quelque chose . Si vous avicz pris
garde à la Semele de la vôtre , vous y
auriez peut-être vû au dessous les mêmes
curieux ornemens qui sont sur celle de
Medina- Celi , que le Graveur a représentée
séparément. Je dis le dessous de la
Semele , dans la même Planche.
Je puis ajoûter une sixième Lampe de
meme forme , de même fabrique , de
même métal , en un mot, toute semblable
à la vôtre , que le R. P. de Montfaucon
m'a montrée dans son Cabinet , et qui
lui est venue depuis l'impression de son
Ouvrage , comme il lui arrive tous les
jours des Monumens d'Antiquité de toute
espece.
Mais , me direz-vous , dans ce grand
nombre de Lampes rapportées et représentées
dans cet Ouvrage, n'en trouve- t'on
point quelqu'une qui paroisse manifestement
305 MERCURE DE FRANCE.
ment avoir été consacrée à Venus , ou à
l'Amour ! Oui , Monsieur , il s'en trouve ;
mais ce n'est aucune de celles qui ressem
blent à la vôtre. Les Planches 170. et 172.
du même Livre , en présentent deux consacrées
à Venus par des Symboles qu'on
ne sçauroit méconnoître. La premiere a
la forme d'une Colombe , Oyseaur favori
de cette Déesse , qu'elle portoit à la main,
qu'elle attachoit à son Char , &c. La scconde
dont la forme est assez singuliere ,
porte au lieu de Symboles , l'Image mêm
de Venus en relief avec fort peu de Draperie
, &c. Deux autres Lampes gravées
dans les mêmes Planches appartiennent
visiblement à Cupidon . Sur l'une , outre
ses ailes , il est désigné par son flambeau
allumé qu'il tient à la main , et sur l'autre
il tient d'une main un Bouclier , et
porte l'autre main sur une cotte d'armes
, ayant désarmé Mars , &c. comme
le dit Lucrece , &c. sans parler de deux
autres Lampes aussi curieuses ; l'une de
Cupidon Marin , et l'autre de Cupidon et
Psyché ensemble qui s'embrassent , Planche
161. du même Vol . ausquelles on
peut joindre par Analogie une trèsbelle
Lampe des trois Graces , Planche
171.
Au reste , Monsieur , un Enfant nud
repréFEVRIER.
1733. 307
A
représenté avec des aîles , accompagné
même de quelques Symboles , sur des
Monumens Antiques,ne signifie pas toujours
Cupidon ou l'Amour , comme je
l'ai déja insinué. La preuve de cette verité
me meneroit trop loin , et ma Lettre
est déja assez longue : souffrés que je vous
renvoye pour cela à une pareille figure
d'Enfant aîlé , qui est sur un Monument
Antique de Bronze découvert dans la
Basse Normandie , du tems que j'y séjournois
, et que j'ai donné gravée avec le
Monument entier dans le Journal de
Trevoux , du mois de Sept. 1713.p.1536.
Cet Enfant , qui tient d'une main une
Bourse , et de l'autre un Oyseau par le
col , n'est pas Cupidon , malgré l'ingénieuse
explication qu'en a prétendu faire
P'Auteur du Journal , qui assûre que l'Enigme
de cet Enfant n'est pas difficile à
deviner. Voyez pour en juger ce qui est
dit dans le même Journal ( Octobre 1714.
pag. 1778. ) et surtout la Citation d'une
Médaille de Lucille , fille de Marc- Aurele
, rapportée dans le Selectiora Numismata
de Vaillant , où l'on voit deux Enfans
nuds et aîlez , semblables à celui dont
il est question dans le Monument de Normandie
, et qui ne sont assûrément pas
l'Amour. Voyez aussi la Figure aîlée ,
gravée
308 MERCURE DE FRANCE
gravée dans le même Journal ( Juillet
1715. p.1969. ) du Cabinet de M. Rigord,
qui accompagne une Lettre de ce Sçavant.
Vous y verrez que si c'est l'Amour,
ce qui est assez équivoque , ce n'est pas
l'Amour tout seul , puisque , selon M. R.
c'est en même- tems Harpocrate , Minerve
, la Déesse de la Santé , celle de l'Abondance
, la Fermeté , la Pudeur , et le
Dieu Orus , c'est-à- dire , dans le langage
des Antiquaires , une Figure Panthée.
Je vous cire , au reste, un Livre ( le Jour
nal de Trévoux ) que je crois familier dans
votre Ville , car vous me surprenez beaucoup
en disant que le seul Livre que vous
y avez trouvé pour chercher quelque lumiere
au sujet de votre Lampe , est le
Trésor de Brandebourg , ou la Description
des Antiquitez du Cabinet du Roi de
Prusse , par Beger , dans lequel encore
vous n'avez rien appris à cet égard .
C'est aussi par cette raison que je me suis
un peu étendu pour vous procurer les
éclaircissemens qu'il me paroît que vous
cherchez de bonne foi , et sans attachement
à votre opinion particuliere .
J'ai oublié de vous dire au sujet des
Enfans aîlez , pris communément pour
l'Amour quand on les trouve sur des Monu
FEVRIER . 1733. 309
numens Antiques , que dans le Recüell
des Lampes de Liceti il s'en trouve une
assez singuliere , faite en forme de Calice
, et soutenue par trois Garçons allez
qui ne sont pas plus l'Amour que les autres
figures ailées dont je viens de parler.
Liceti leur donne en effet une autre signification
, les expliquant par les trois
temps , le présent , le passé , le futar
explication gratuite et toute idéale , refutée
par le Pere de Montfaucon , qui
croit avec raison que ce n'est là qu'un
pur caprice d'ouvrier : mais on pourroit
demander pourquoi dans cette supposi
tion , il a néanmoins placé cette Lampe
parmi celles qui dans son Livre appartiennent
à la Mithologie et aux divers
usages du Paganisme. Ön la trouve en effet
en ce rang dans la même Planche 170.
ci-devant citée , &c. -
Je reviens à la Lettre de M. Rigord
dont j'ai parlé plus haut , pour finir la
mienne par une refléxion qui y est contenuë,
et qui vient ici naturellement . » Le
Métier d'un Antiquaire seroit , dit- il ,
» bien pénible , si parce qu'il est Anti-
» quaire , on vouloit l'obliger de donner
» raison de certains desseins que l'Ou-
» vrier a faits sans raison , et par caprice.
Il avoit dit un peu auparavant qu'en
cer
310 MERCURE DE FRANCE
certain cas l'Ouvrier pouvoit , comme
» on fait aujourd'hui , suivre son capri-
» ce , et par là préparer des tortures aux
» Antiquaires à venir. Je m'en tiens à
cette pensée d'un homme éclairé qui avoit
vieilli dans l'étude des Antiques , et conforme
en cela au sentiment des plus habiles.
Continuez -moi cependant , Monsieur ;
votre obligeante attention , en me faisant
part de tout ce que vous pourrez découvrir
de remarquable en ce genre , en prenant
la peine de les dessiner vous -même
avec cette précision et ce goût qui vous
sontnaturels . Les belles Figures Antiques
de Marbre trouvées dans le même Terris
toire que votre Lampe , transportées à Paris
, et dont il est parlé dans le Mercure
d'Août dernier , p. 1809. ont enfin trouvé
maître. J'ai toujours passionnément
souhaitté qu'un pareil Trésor pût rester
ici , mais j'apprens avec chagrin que ces
rares Monumens de la plus belle Antiquité
vont passer la Mer sans retour. Je
suis , & c.
A Paris , le 15 Septembre 1732 .
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Résumé : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. D... au sujet d'une Lampe Antique, trouvée en Provence, au mois de Juillet dernier.
La lettre de M. D. L. R. à M. D... traite de la découverte d'une lampe antique en Provence, près du village de Caseneuve, dans le territoire de la ville d'Apt. Cette lampe, illustrée par un dessin envoyé par M. D..., mesure environ cinq à six pouces de longueur et trois pouces de hauteur. Fabriquée en métal de Corinthe, elle est ornée d'un pied avec une sandale, d'une corne d'abondance et d'un enfant ailé pleurant. La lampe possède deux anneaux, l'un à l'extrémité de l'anse et l'autre au début du gros orteil. M. D... suggère que cette lampe pourrait représenter le pied de Vénus, avec l'enfant ailé symbolisant l'Amour. Cependant, M. D. L. R. trouve cette interprétation conjecturale et propose une autre hypothèse : la lampe pourrait être liée à Psyché, en raison de la présence de l'enfant ailé et de la lampe fatale à Psyché. M. D. L. R. souligne que les lampes antiques étaient souvent fabriquées selon les caprices des ouvriers ou les goûts particuliers des commanditaires, sans nécessairement suivre la mythologie. Il cite divers ouvrages sur les lampes antiques, notamment ceux de Liceti et du Père de Montfaucon, qui décrivent une grande variété de formes et d'ornements. La lettre se conclut par une réflexion sur la difficulté du métier d'antiquaire, qui doit souvent interpréter des objets créés sans raison particulière par les artisans antiques. M. D. L. R. exprime également son regret que des figures antiques en marbre découvertes dans la même région que la lampe soient envoyées à l'étranger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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