Résultats : 14606 texte(s)
Détail
Liste
1551
p. 21-43
Festes Publiques. [titre d'après la table]
Début :
Je ne remplirois ma Lettre que des réjouissances ausquelles les [...]
Mots clefs :
Feux d'artifice, Dauphin, Soleil, Ville, Monseigneur, Taureau, Armes, Tableau, Zèle, Eau, Philisbourg, Paroles, Aigles, Victoire
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texteReconnaissance textuelle : Festes Publiques. [titre d'après la table]
Je ne remplirois ma Lettre
quedes réjoüiffances auſquel
les les Conqueſtes deMonſei
gneurle Dauphin ont donné
occafion,ſi je voulois vous en
tretenir de ce qu'elles ontfait
fairedans toutelaFrance.Ainfi
pour nepas pouffer cettema
tiere trop loin ,jeme conten
teraydevousparler encorede
deux ou trois Villes ,dont le
zele vous fera juger de celuy
desautres. Troye s'eſt diſtin
guéeparun feu d'artifice , où
lamagnificence n'apasmoins
paruque l'invention. La ma
GALANT.
avoit été dreſſée vis àvis
l'Hoſtel de Ville. Au milieu
eſtoit unHerculequiatterroit
un Taureau ,le tenant de la
maingauche par une corne&
montrant de ladroite l'autre
corne arrachée, avec cette fin
deVers,Aprimodiſcefutura.Le
Taureau eſtoit peint en cou.
leur d'eau, & Hercule avoit
une cotte d'armes ſemée de
Fleurs deLys&deDauphins.
Vous ſçavez , Madame , que
la Fable nous apprend que ce
vaillant Fils de Jupiter com
battit contrele Fleuve Ache
lous transformé en Taureau;
&qu'il luy arracha unede ſes
cornes. On peut dire de la
mſmefortequeMonseigneur
le Dauphin aécornéle Rhin
parla priſede Philisbourg, &
des autres Places dont il s'eſt
MERCURE
16
rendule Maiſtre. LeTheatre
avoitquatre faces , àchacune
defquelles on voyoitune des
Millesquionteſté priſes. Tout
selareſtoit orné de pluſieurs
Deviſes,dont voicy les prin
cipales.
Un Aigle qui voloit bas ,
ayant une aifle preſque dé
plumée ,&ſes plumes fedif
perfant en l'air. UnDauphin
leregardoitayant latefte hors
de l'eau avec ces paroles,
Mergerur cui penna desft.di
UnAigleavec fon foudre , &
unDauphin dansl'eau , Invaf.
fumfulmen inunda
C
Un Soleil,& un Aigle qui
voloit à l'oppoſite, Degener eft
qua non hunc afpicitanotan m
Un Soleil , & unDauphin
couronnéparoiffantdansPeau
His CaloilleSole
200
GALANTM 17
On tira des fuſéestoute la
nuit, & tous lesCapitaines
dosquattiers firent des feux
dejoye devant leurs maiſons !
Ilyeut encore,des Illumina
tions partoute la Ville. sinve
Les MagiſtratsdeLuzy ont
fair auflidegrandes réjouillan
ces. On avoit dreſſé,dans la
principale Place de la Ville
un piedestal haut & largede,
djx pieds en chaque quarré,
&four ce piedestal estoit une
pyramide de quinze pieds de
hauteurm terminée par un
Soleil d'or, dont les rayons
illuminoient la Place de tous
les coſtez. On avoit misdeux
.
1
Lions à deux des coins dela
piramidefur lepiedestal ,l'un
.
peint de gueules au champ
d'or,& l'autre d'onau champ
d'azur Leppus representer,desi
MERCVRE
18
deuxplus confiderables Pro-.
vincesdesPays-bas. Ilsparoif
foient expirans ,&on lifoit au
basces paroles,Nos pudeat fine
Sole mori. Deux Aigles qu'on
voyoit ſur les deux autres
coins ſembloient s'élever, vers
le Soleil. Ces mots eſtoient au
deſſous , Quantum diſtamus ab
illo, Monſeigneur le Dauphin
eſtoit peint enGeneraliffime
autour de la pyramide avec
Monfieur le MaréchaldeDu
ras ,& ſes Lieutenans Gene
raux , auſquels il montroit
avecunbaſton de commande
ment
,
l'inutile effort des
Aigles,avec ces paroles ,Tol
lunturinaltum , ut lapſugraviore
ruant. Toute lapyramide étoit
garnie de feux d'artifice , de
fuſées ,& de grenades. Mef
fieurs Repous , Ballard ,Mi
GALANT.
19
raut , & Coujar , ayant fait
mettre les Habitans ſous les
,
armes allerent au logis de
Monfieur Nault , Chaſtelain,
premier Magiſtrat de la Ville,
chez qui tous les autres s'é
toientaſſemblez. Ils firent fai
re une décharge de Mouf
queterie ,& les conduiſirent
en tres-bel ordre à la Place,
où aprés qu'ils en eurent fait
trois fois le tour au bruit des
tambours , des Fifres , des
Hautbois ,&des Muſettes, le
Chaſtelain précedé des Ser
gens de Ville , ayant chacun
un flambeau àla main , mitle
feu à la droite ,& les autres
Magiſtrats lemirent aprés luy
aux autres endroits. Pendant
que les grenades & les fuſées
faifoient leur effet , le Soleil
qui eſtoit à la pointe de la
MERCURE
20
piramide parut tout en feu,
mais fans brûler, & l'on fut
furpris de voir au milieu trots
FleursdeLys auffi en feu ,&
cesmots enlettresd'or, Frater
no &fimili candore corrufcant:
Les Lions& les Aigles ayant
esté confumez le Soleil de
meura encore tout lumineux
plusdedeuxheures,fans qu'il
fuft endomagé par lesflames.
Les Magistrats furent recon
duitschez le Chaſtelain, qui
leurdonna un magnifiquere
pas, auffi bienqu'alaNobleſſe.
Il fut fuivy d'un grandBal ,
où toutes les Dames avoient
eftéinvitées. Lelendemain on
chantale TeDeumdans l'Eglife
principale , où affifterem les
Magiftrats , conduits encore
parlesHabitans en armes.
Marseille a fait voirdansle
GALANT
21
mefme temps ce qu'il ferpit
malaiſé de voirailleurs, c'eſtà
dire, quarante Galerséglais
rées d'un nombre infipy de
lumieres qui faisoient undes
plus beauxſpectaclesdu mon
de. Tous les maſts, tous les
cordages,toutes les rames, la
Poupe,laProuë,& les yoiles
eſtoientremplies delampions,
Monfieurle LieutenantGene
ral avoit fait dreffer un tres,
beau Feu d'artifice , qu'il fit
tirer,ſur les ſeptheuresdu foir.
Lesquarante Galeres l'accom
pagnerent de trois décharges
de Canon&deMouſqueterie.
Tous les Capitaines & Offi
ciers,firent auſſi allumer des
fenx devant leurs maiſons.
Monfieur le Comte du Luo,
Frere de Monfieur l'Eveſque
deMarseille, ſediſtinguapar
MERCURE
22
ticulierement dans cette ré
jouiſſance. Ileſtde l'ancienne
&illuftre MaiſondeVintimil.
le ,&on peutdirequ'ilaheri
téde toutes les vertusde ſes
Anceſtres. Iladonnédesmar
quesdeſavaleur&de ſon zele
enpluſieursoccaſions , tant fur
merquefur terre,& entreau
tresdansla memorableBataille
deCaſſel , où il perdit le bras
droit. Pour marquer ſa joye
delapriſe de Philiſbourg , il
fit illuminer la façade de ſa
maiſon qui eſt environ de
douzetoiſes,&lesdeux ailes
qui enont preſque autant, &
quiformentunebelle &gran
decour. Cette coureſt fer
méepar une double muraille
enrichie des ornemens de
l'Architecture. Comme lapor
teeſtplus exhauffée, ce fut là
GALANT. 23
qu'on éleva un gradTableau ,
haut de dixpieds, &large de
einq. Jl repreſentoitMonfei
gneur le Dauphin couronné
de Laurier dans un char de
triomphe,où la Victoire eſtoit
enchaiſnéeparunpied,cequi
l'empechoit de voler. Dans le
Tableau meſmeſe liſoient ces
Vers, qui ſembloient fortirde
labouchedela Victoire.
Du bonheurde LOUIS trop
foibles Envieux.
Craignez defonDauphin l'heu
reuſedestinée;
Par unArrestdu Ciel,àfon Char
gloricux
Je me vois moy- mesme en.
chaisnée.
Les Armes du Roy & de
Monſeigneur estoient à coſté
du Tableau dansdes cartou
ches ſeparéz,&audeſſous du
24 MERCURE
Tableau on yoyoit celles de
Monfieur³le Gomte du Lua.
La porte eſtoitornée d'unarc
de laurier ,& deux grandes
pyramides,huminenſass'éle
voientaumilieu de lamurail.
le. L'une eſtoit à la droite ,
touteparfemédeFleursdeLy's,
&l'autred la gauchen,pleine
deDauphins. Toutes lesdeux
brilloientde lumieres,&chal
cune avoit deuxVilles à fes
coſtez , ſçavoir Philisbourg ,
Manhein,Frankendal&Hei
delberg.Au deffousdes Villes
&despyramides , eſtoient cas
douze deviſes & Emblemes à
la gloire de Monſeigneur le
Dauphin.
soulind.
Va Aiglonregardant le So
leil& ces mots. Nondegener. A-Mn.Aiglon portantlaFoudre
de Jupiter,QuomejuſſaJovis..
Vn
GALANTدارم
Vne Torrenttombant d'une
Montagne ,&emportanttout,
pour faire voir la rapidité de
ſes Conqueſtes , Currendo ob
ftantiavincit, & 1000
VnLyonceau entrant dans
la Lice, qui eſt entouréed'au
tres Animaux ,Urgetinventa&
patrius vigor.
VoBelier abattant du pre
miercoup unpandemuraille
pour marquer ſa premiere
Campagne, Impetu primo.
VnHeliotropeouTournesol,
Sequitur veftigia Solis.
VnSoleil naiſſantdans le fr
gnede laCanicule, Splendet&
urit ab ortu.
VnCadran Solaire. Mi reg
goalfuocorfo.
:
Jupiterdéguisé en Taureau,
folatrant auprésd'Europe,Non
l'ho ancora, ma t'havero.
Janvier 1689.
:
B
है
MERCURE
26
Vne épine naiſſante , Non
primanajcechepunge.
Vn foudre parmy les eaux
du Ciel pour marquer que
Monseigneur a pris Philis
bourg malgré lespluyes ,Non
me extingue.
Vn DauphindansleRhin,
CercoilmarGermanico.
Toutes cesDeviſes avoient
des Cadres de Lauriers , aind
que quatre grands Tableaux
qui bouchoient les feneſtres)
des aifles qui tournentdans la
ruë , & qui repreſentoient la
Renommée , la Peinture , la
Poësie , & la Sculpture avec
ces Inſcriptions.
LA RENOMMEE.
Afervirfupiter &le Dieu
des Combats,
Je n'ay jamais ev tant àfaire
Qu'à compter les exploits & du?
Fils&duPere.
:
GALANT.1
27
Ieme laſſeàsuivre leurspas;
Pour remplir de leurnom l'un &
l'autreHemisphere
Mes centvoix ne suffisent pas
LA POESIE:
Quejelevoisavecplaifir
3
Parſesfaitsétonnansremplirnoſtre
:
efperance!
4
MesVersdèssa plus tendre en-s
fance.
Ont ſouvent charméfon loiſir
Quépar eux les tempsàvenir
Admirentſavaleur& ma recon
noiſſance.
LAPEINTURE ayant lePor
traitde Monſeigneur devant
ſes yeux& unetoiled'attentes
àcoſté.
14
LevoilàceHeros chery dela
Victoire ,
"
Monzeleàtout moment vient me
Solliciter
Detracerleshautsfaits quile
B 2
MERCURE
couvrent degloire:
28
Afonpreffant defirje tacheàre
Sister:
Izlesvois déjapeints auTemplede
Memoire
Sous destraitsquemonart nesçau
roitimiter.
LA SCULPTURE frappant fur
unbloc deMarbre.
Pourfairefon Portrait fidelle.
Ieſçais que je travaille en vain.
Quelart , quelle ſcavantemain.
Peus donner du relief àfa gloive
immortelte!
:
Vn Feu: d'artifice s'élevoit
au milieu delaruë devant le
Tableau de Monſeigneur le
Dauphin.C'eſtoit une grande
Couronne Imperiale avec ſes
ornemens,queceHerosmon
troit d'une main. Tous les
Tableaux estoient illuminez
GALANT.
29
par derriere د
ce qui faifoit
que les Figures paroiſſoient
s'en détacher. Mr. le Lieute
nant General des Galeresد
tous lesOfficiers,& unegrand
nombre de Peuple vintent
voir tirer ce Feu d'artifice ,
aprés qu'on eut fait joüer ce
luydesGaleres.
Toutes les autres Villes de
France ont auſſi montré un
fort
grand Sempreffement
pour marquer leur joye de
la priſe de Philisbourg , mais
je ne puisque rendre juſtice
en general à leur zele. Il a
ſans doute eſtégrand ,&l'on
voit par là que le Roy ſe
peuttoutpromettredel'ardent
amour &dela fidélitéde fes
Sujets. Comme l'un égalel'au
tre, la France n'eſt point un
Eftatqui ſoitendangerd'eſtre
B 3
$30
MERCURE
envahy,& quiconque ſepro
poſeradel'attaquer,nele fera
jamais qu'àſahonte
quedes réjoüiffances auſquel
les les Conqueſtes deMonſei
gneurle Dauphin ont donné
occafion,ſi je voulois vous en
tretenir de ce qu'elles ontfait
fairedans toutelaFrance.Ainfi
pour nepas pouffer cettema
tiere trop loin ,jeme conten
teraydevousparler encorede
deux ou trois Villes ,dont le
zele vous fera juger de celuy
desautres. Troye s'eſt diſtin
guéeparun feu d'artifice , où
lamagnificence n'apasmoins
paruque l'invention. La ma
GALANT.
avoit été dreſſée vis àvis
l'Hoſtel de Ville. Au milieu
eſtoit unHerculequiatterroit
un Taureau ,le tenant de la
maingauche par une corne&
montrant de ladroite l'autre
corne arrachée, avec cette fin
deVers,Aprimodiſcefutura.Le
Taureau eſtoit peint en cou.
leur d'eau, & Hercule avoit
une cotte d'armes ſemée de
Fleurs deLys&deDauphins.
Vous ſçavez , Madame , que
la Fable nous apprend que ce
vaillant Fils de Jupiter com
battit contrele Fleuve Ache
lous transformé en Taureau;
&qu'il luy arracha unede ſes
cornes. On peut dire de la
mſmefortequeMonseigneur
le Dauphin aécornéle Rhin
parla priſede Philisbourg, &
des autres Places dont il s'eſt
MERCURE
16
rendule Maiſtre. LeTheatre
avoitquatre faces , àchacune
defquelles on voyoitune des
Millesquionteſté priſes. Tout
selareſtoit orné de pluſieurs
Deviſes,dont voicy les prin
cipales.
Un Aigle qui voloit bas ,
ayant une aifle preſque dé
plumée ,&ſes plumes fedif
perfant en l'air. UnDauphin
leregardoitayant latefte hors
de l'eau avec ces paroles,
Mergerur cui penna desft.di
UnAigleavec fon foudre , &
unDauphin dansl'eau , Invaf.
fumfulmen inunda
C
Un Soleil,& un Aigle qui
voloit à l'oppoſite, Degener eft
qua non hunc afpicitanotan m
Un Soleil , & unDauphin
couronnéparoiffantdansPeau
His CaloilleSole
200
GALANTM 17
On tira des fuſéestoute la
nuit, & tous lesCapitaines
dosquattiers firent des feux
dejoye devant leurs maiſons !
Ilyeut encore,des Illumina
tions partoute la Ville. sinve
Les MagiſtratsdeLuzy ont
fair auflidegrandes réjouillan
ces. On avoit dreſſé,dans la
principale Place de la Ville
un piedestal haut & largede,
djx pieds en chaque quarré,
&four ce piedestal estoit une
pyramide de quinze pieds de
hauteurm terminée par un
Soleil d'or, dont les rayons
illuminoient la Place de tous
les coſtez. On avoit misdeux
.
1
Lions à deux des coins dela
piramidefur lepiedestal ,l'un
.
peint de gueules au champ
d'or,& l'autre d'onau champ
d'azur Leppus representer,desi
MERCVRE
18
deuxplus confiderables Pro-.
vincesdesPays-bas. Ilsparoif
foient expirans ,&on lifoit au
basces paroles,Nos pudeat fine
Sole mori. Deux Aigles qu'on
voyoit ſur les deux autres
coins ſembloient s'élever, vers
le Soleil. Ces mots eſtoient au
deſſous , Quantum diſtamus ab
illo, Monſeigneur le Dauphin
eſtoit peint enGeneraliffime
autour de la pyramide avec
Monfieur le MaréchaldeDu
ras ,& ſes Lieutenans Gene
raux , auſquels il montroit
avecunbaſton de commande
ment
,
l'inutile effort des
Aigles,avec ces paroles ,Tol
lunturinaltum , ut lapſugraviore
ruant. Toute lapyramide étoit
garnie de feux d'artifice , de
fuſées ,& de grenades. Mef
fieurs Repous , Ballard ,Mi
GALANT.
19
raut , & Coujar , ayant fait
mettre les Habitans ſous les
,
armes allerent au logis de
Monfieur Nault , Chaſtelain,
premier Magiſtrat de la Ville,
chez qui tous les autres s'é
toientaſſemblez. Ils firent fai
re une décharge de Mouf
queterie ,& les conduiſirent
en tres-bel ordre à la Place,
où aprés qu'ils en eurent fait
trois fois le tour au bruit des
tambours , des Fifres , des
Hautbois ,&des Muſettes, le
Chaſtelain précedé des Ser
gens de Ville , ayant chacun
un flambeau àla main , mitle
feu à la droite ,& les autres
Magiſtrats lemirent aprés luy
aux autres endroits. Pendant
que les grenades & les fuſées
faifoient leur effet , le Soleil
qui eſtoit à la pointe de la
MERCURE
20
piramide parut tout en feu,
mais fans brûler, & l'on fut
furpris de voir au milieu trots
FleursdeLys auffi en feu ,&
cesmots enlettresd'or, Frater
no &fimili candore corrufcant:
Les Lions& les Aigles ayant
esté confumez le Soleil de
meura encore tout lumineux
plusdedeuxheures,fans qu'il
fuft endomagé par lesflames.
Les Magistrats furent recon
duitschez le Chaſtelain, qui
leurdonna un magnifiquere
pas, auffi bienqu'alaNobleſſe.
Il fut fuivy d'un grandBal ,
où toutes les Dames avoient
eftéinvitées. Lelendemain on
chantale TeDeumdans l'Eglife
principale , où affifterem les
Magiftrats , conduits encore
parlesHabitans en armes.
Marseille a fait voirdansle
GALANT
21
mefme temps ce qu'il ferpit
malaiſé de voirailleurs, c'eſtà
dire, quarante Galerséglais
rées d'un nombre infipy de
lumieres qui faisoient undes
plus beauxſpectaclesdu mon
de. Tous les maſts, tous les
cordages,toutes les rames, la
Poupe,laProuë,& les yoiles
eſtoientremplies delampions,
Monfieurle LieutenantGene
ral avoit fait dreffer un tres,
beau Feu d'artifice , qu'il fit
tirer,ſur les ſeptheuresdu foir.
Lesquarante Galeres l'accom
pagnerent de trois décharges
de Canon&deMouſqueterie.
Tous les Capitaines & Offi
ciers,firent auſſi allumer des
fenx devant leurs maiſons.
Monfieur le Comte du Luo,
Frere de Monfieur l'Eveſque
deMarseille, ſediſtinguapar
MERCURE
22
ticulierement dans cette ré
jouiſſance. Ileſtde l'ancienne
&illuftre MaiſondeVintimil.
le ,&on peutdirequ'ilaheri
téde toutes les vertusde ſes
Anceſtres. Iladonnédesmar
quesdeſavaleur&de ſon zele
enpluſieursoccaſions , tant fur
merquefur terre,& entreau
tresdansla memorableBataille
deCaſſel , où il perdit le bras
droit. Pour marquer ſa joye
delapriſe de Philiſbourg , il
fit illuminer la façade de ſa
maiſon qui eſt environ de
douzetoiſes,&lesdeux ailes
qui enont preſque autant, &
quiformentunebelle &gran
decour. Cette coureſt fer
méepar une double muraille
enrichie des ornemens de
l'Architecture. Comme lapor
teeſtplus exhauffée, ce fut là
GALANT. 23
qu'on éleva un gradTableau ,
haut de dixpieds, &large de
einq. Jl repreſentoitMonfei
gneur le Dauphin couronné
de Laurier dans un char de
triomphe,où la Victoire eſtoit
enchaiſnéeparunpied,cequi
l'empechoit de voler. Dans le
Tableau meſmeſe liſoient ces
Vers, qui ſembloient fortirde
labouchedela Victoire.
Du bonheurde LOUIS trop
foibles Envieux.
Craignez defonDauphin l'heu
reuſedestinée;
Par unArrestdu Ciel,àfon Char
gloricux
Je me vois moy- mesme en.
chaisnée.
Les Armes du Roy & de
Monſeigneur estoient à coſté
du Tableau dansdes cartou
ches ſeparéz,&audeſſous du
24 MERCURE
Tableau on yoyoit celles de
Monfieur³le Gomte du Lua.
La porte eſtoitornée d'unarc
de laurier ,& deux grandes
pyramides,huminenſass'éle
voientaumilieu de lamurail.
le. L'une eſtoit à la droite ,
touteparfemédeFleursdeLy's,
&l'autred la gauchen,pleine
deDauphins. Toutes lesdeux
brilloientde lumieres,&chal
cune avoit deuxVilles à fes
coſtez , ſçavoir Philisbourg ,
Manhein,Frankendal&Hei
delberg.Au deffousdes Villes
&despyramides , eſtoient cas
douze deviſes & Emblemes à
la gloire de Monſeigneur le
Dauphin.
soulind.
Va Aiglonregardant le So
leil& ces mots. Nondegener. A-Mn.Aiglon portantlaFoudre
de Jupiter,QuomejuſſaJovis..
Vn
GALANTدارم
Vne Torrenttombant d'une
Montagne ,&emportanttout,
pour faire voir la rapidité de
ſes Conqueſtes , Currendo ob
ftantiavincit, & 1000
VnLyonceau entrant dans
la Lice, qui eſt entouréed'au
tres Animaux ,Urgetinventa&
patrius vigor.
VoBelier abattant du pre
miercoup unpandemuraille
pour marquer ſa premiere
Campagne, Impetu primo.
VnHeliotropeouTournesol,
Sequitur veftigia Solis.
VnSoleil naiſſantdans le fr
gnede laCanicule, Splendet&
urit ab ortu.
VnCadran Solaire. Mi reg
goalfuocorfo.
:
Jupiterdéguisé en Taureau,
folatrant auprésd'Europe,Non
l'ho ancora, ma t'havero.
Janvier 1689.
:
B
है
MERCURE
26
Vne épine naiſſante , Non
primanajcechepunge.
Vn foudre parmy les eaux
du Ciel pour marquer que
Monseigneur a pris Philis
bourg malgré lespluyes ,Non
me extingue.
Vn DauphindansleRhin,
CercoilmarGermanico.
Toutes cesDeviſes avoient
des Cadres de Lauriers , aind
que quatre grands Tableaux
qui bouchoient les feneſtres)
des aifles qui tournentdans la
ruë , & qui repreſentoient la
Renommée , la Peinture , la
Poësie , & la Sculpture avec
ces Inſcriptions.
LA RENOMMEE.
Afervirfupiter &le Dieu
des Combats,
Je n'ay jamais ev tant àfaire
Qu'à compter les exploits & du?
Fils&duPere.
:
GALANT.1
27
Ieme laſſeàsuivre leurspas;
Pour remplir de leurnom l'un &
l'autreHemisphere
Mes centvoix ne suffisent pas
LA POESIE:
Quejelevoisavecplaifir
3
Parſesfaitsétonnansremplirnoſtre
:
efperance!
4
MesVersdèssa plus tendre en-s
fance.
Ont ſouvent charméfon loiſir
Quépar eux les tempsàvenir
Admirentſavaleur& ma recon
noiſſance.
LAPEINTURE ayant lePor
traitde Monſeigneur devant
ſes yeux& unetoiled'attentes
àcoſté.
14
LevoilàceHeros chery dela
Victoire ,
"
Monzeleàtout moment vient me
Solliciter
Detracerleshautsfaits quile
B 2
MERCURE
couvrent degloire:
28
Afonpreffant defirje tacheàre
Sister:
Izlesvois déjapeints auTemplede
Memoire
Sous destraitsquemonart nesçau
roitimiter.
LA SCULPTURE frappant fur
unbloc deMarbre.
Pourfairefon Portrait fidelle.
Ieſçais que je travaille en vain.
Quelart , quelle ſcavantemain.
Peus donner du relief àfa gloive
immortelte!
:
Vn Feu: d'artifice s'élevoit
au milieu delaruë devant le
Tableau de Monſeigneur le
Dauphin.C'eſtoit une grande
Couronne Imperiale avec ſes
ornemens,queceHerosmon
troit d'une main. Tous les
Tableaux estoient illuminez
GALANT.
29
par derriere د
ce qui faifoit
que les Figures paroiſſoient
s'en détacher. Mr. le Lieute
nant General des Galeresد
tous lesOfficiers,& unegrand
nombre de Peuple vintent
voir tirer ce Feu d'artifice ,
aprés qu'on eut fait joüer ce
luydesGaleres.
Toutes les autres Villes de
France ont auſſi montré un
fort
grand Sempreffement
pour marquer leur joye de
la priſe de Philisbourg , mais
je ne puisque rendre juſtice
en general à leur zele. Il a
ſans doute eſtégrand ,&l'on
voit par là que le Roy ſe
peuttoutpromettredel'ardent
amour &dela fidélitéde fes
Sujets. Comme l'un égalel'au
tre, la France n'eſt point un
Eftatqui ſoitendangerd'eſtre
B 3
$30
MERCURE
envahy,& quiconque ſepro
poſeradel'attaquer,nele fera
jamais qu'àſahonte
Fermer
1554
p. 99-122
Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Début :
Les quatre volumes que je vous ay envoyez depuis deux [...]
Mots clefs :
Ville, Port, Père Tachard, Prince, Roi, Mandarins, Rome, Sa Sainteté, Siam, Dépendance, Duc, Montagne, Palais, Gênes, Mer, Envoyés de Siam, Ambassadeurs, Felouques, Monaco, Suisses, Bruit, Barques, Civitavecchia, Argent, France
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Les quatre volumes que je
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
vousay envoyez depuis deux
ans, du voyagequeles Ambassadeurs
de Siam ont fait en
France, vous ont amplement
instruite de ce qui regarde
cette Nation. Ces Ambassadeurs
estant retournez auprés
du Roy leur Maistre, luy firent
connoistre la grandeur
du Roy, & ce Monarque fut
el fort touché des honneurs
que Sa Majesté leur avoit fait
rendre depuis qu'ilsestoient
entrez dans ses Etats, qu'il
resolut de recevoir des Troupes
Françoises dans les meilleures
de ses Places, & ne
songea plus qu'à entretenir
une alliance, dont il esperoit
beaucoup d'utilité & d'appuy.
Comme il venoit d'en-]
voyer une Ambassade des plus
solemnelles, il crut ne devoir
faire partir que des Envoyez
par les Vaisseaux qui avoient
ramené ses Ambassadeursjusques
à Siam,mais il les chargea
de presens pour toute la
Maison Royale. Ces Envoyez
venoienr aussi en France pour
faire avancer quantité d'Ouvrages
pour Sa Majesté Sia-
.Molfc,que ses Ambassadeurs
y avoient fait commencer
pendant leur sejour. C'est
pour cela qu'un nommé Racan,
l'un des Mandarins qui
les avoient accompagnez, a esté choisi pour le [ccand
Envoyé. Ils ont amené avec
eux quelques Tunquinois, &
comme il leur estoit aussi
ordonné d'aller à Rome, 3c
de revenir ensuite à Paris,
ils y ont esté conduits par le
Pere Tachard Jesuite,qui a
fait deux fois le voyage de
Siam Celuy de Paris à Rome
ne regardant point Sa Maj'eHé)
& n'estant qu'une Commission
parciculiere dont ils
le sontacquittez,je vous diray
feulcmentque le 16. Novembre
dernier ilsarriverent à
Cannes,à deux lieuës de Grace
> & s'y embarquerent sur
deux Felouques qui les porterent
le lendemain à Ville-
Franche, petite Ville de Piedmont
,
de la dépendance du
Duc de Savoye. Ils allerent
de là à Monaco, Place tresforte
par sa situation escarpée
de toutes parts. Ellen'estaccessible
que du costé du Port
où l'on a pratiqué un chemin
dans la montagne, qui est
mesme fort difficile à monter.
Il n'y a rien de remarquable
dans l'enceinte que le Palais
du Prince, qui est fort
considerable par la beauté de
ses meubles. La Garnison est
de six cens hommes François
,
qui font à la solde de
Sa Majesté. Il y a de plus une
Compagnie de cent Suisses,
qui compose la Garde du
Prince. La codedepuis Monaco
jusqu'à San Remo paroist
incul te & aiïez deserte.
La premiere Ville qu'ils yvirent
fnt Menton, à quatre
milles de Monaco. C'est la
derniere de la dépendance de
ce Prince. Ils vircnt ensuite
Vintimille
,
Ville appartenante
au Prince qui porte ce
nom. Elle est sur le panchant
d'une colline, & leur parut
assezbelle par le grand nombre
demaisons qu'ils découvrirent.
Ses murailles font de
pierre de taille, avec des Bastionsdedistanceen
distance.
La Forteresse est sur le haut
de la montagne, & commande
la Ville. Aprés qu'ils eurent
doublé le Cap de San-
Remo, ils entrerent dans le
Porc. Cette Ville est fort agreable,
& ornée de plusieurs
Palais, & de tres-belles maisons.
Ils passerent à Oneil,
quiestde la dépendance du
Duc de Savoye
,
& allerent
coucher à Arais, petite
Ville de la Republique de
Gennes
,
& fort peu considerable.
Ils en partirent le
lendemain au matin, & sur
les huit heures ils entendirent
un bruit sourd, comme celuy
d'une Armée navale qui se
feroit battuë à trois ou quatre
lieuës de là. On leutdit que
ce bruit venoit des flots de la
Mer, qui entroitavec impetuositédans
les cavernes affreufes
du Cap de Final qui
est entierement creux. Ils y
passerent à la portée du pistolet,
& virent la Ville qui luy
a donné son nom. On ne
découvre que deux Forreresses,
l'une surlehaut, & l'autre
sur le panchant d'une
Montagne qui couvre la Ville.
Il y a seulement sur la
plage prés de cent mai fons
assez belles, & entre autres.
un Arc de triomphe, qu'on
dit avoir esté élevé pour faire
honneur à l'Im peratrice ,
quand elle y passa en prenant
la route de Vienne. Le 30. les
Mandarins arriverent à Noty?
de là à Savone, l'une & l'autre
de la dépendance de Gennes.
Il y a un Evesque à Noly.
L'Egliseest petite, mais fort
belle & bien ornée. Le 2.
de Decembre ils" entrerent
dans le Port de Gennes , d'où estant partis deux jours
après
,
la Mer fut si grosse,
qu'elle les obligeade relascher
à Camoglio
3
petit
Bourg à demy lieuë de là,
où il y a seulement un Port
pour les Barques. Ils eurenc beaucoup de peine ày entrer,
& le vent contraire n'ayant
point cessé pendant huit
jours, le Pere Tachard écrivit
au Consul de la Nation
Françoise à Gennes, le priant
de leur vouloir fournir des
voitures pour faire le reste
du voyage par terre. On leur
envoya douze chevaux, 3c>
trois mulets pour leurs hardes;
mais les chemins se trouverent
si peu pratiquables,
qru'iles furent contraints de reprend re deux Felouques àà.
& sur tout de François, qui
sont,à ce qu'on allure,plus de
la quatrième partie de tes habitans.
Il yaune Citadelle à
l'entrée du Port. Le Grand
Duc y entretient six cens
hommes de garnison, &
quatreoù cinq cens dans la
Ville. On voit sur le Port
une Statuë de marbre blanc
du Prince Ferdinand, Grand
Duc de Tolcane, élevée sur
un Piedestal de mesme matiere
de dix ou douze pieds
de haut. Elle est debout avec
quatre Esclaves de bronze
assis sur les quatre coins du
Piedestal
>
les mains liées derrière
le dos par une chainc
qui descend des pieds du
Prince. Ils partirent de Ligourne
le 16. Décembre
, &
tarriverent ce mefmc jour à
Piombino. C'est un Cbâteaauassez
malenordre situé
:sur une Montagne
, au bas
de laquelle est un grand
Bourg avec un petit Port
pour les Barques. Ils se rendirent
de là à Porto Hercole,
* réloigné de Piombino de soixante
& dix milles. Ceposte
lui appartient au Roy d'Espagne
,
est extrêmement fortisié.
On y voit trois bonnes
Forreresses sur trois Montagnes
qui environnent la Ville.
Elle est sîtuée au bas sur
le Port. Les Barques & les
petits Vaisseaux y sont en
seureté
,
mais lesgros ont
peine à y demeurer. Toute
la Code depuis Ligournc
jusqu'à Civita-Vechia paroiss
inculte & deserte
, & l'on
ditmesme que l'airyest fort
mal fain. On y voit pourtant
quelques Villages dis- *
persez dans la Campagne &
sur les collines avec des Tours
d'espace en espace sur le rifcge
» afin que le plat pays &
s Felouques qui font en mer ient averties le jour par un
otip de canon? & la nuic r des feux? que l'on déouvre
un Corsaire sur les
softeSi Le 18. le Pere Tachard
yant remis les Mandarins
"nire les mains du Consul de
France à Civita-Vechia, parcit
dans une caleche pour se
cendre à Rome. Civita- Vechia
est uns Ville qui dépend
du Pape. Le Port est assez
grand & commode, & les
gros Vaineaux y peuvenr entrer.
Entre les deux Corps
de Garde qu'il faut passer
avant qu'on entre en la Ville ,
il y a un Bassin où sont cinq:
Galères de Sa Sainteté.Sitost
qu'on fut averty par
l'arrivée du Pere Tachard.
que les Mandarins venoient:
par mer, on depescha Messager
sur Messager pour en
avoir des nouvelles, mais.
on n'apprit que le 21. qu'ils;
estoient à trois milles des
Rome. Aussî-tostMrCibo
envoya deux Carosses de la-
part du Pare pour les recevoir
,
M' le ~Jn~~-
lirccs en envoya aiiiÉ u~'
& il y en eut encore quelques
autres. Ils furent recens
par un Gentilhomme de Sa
Sainteté, qui les conduisit
ainsijusques au logis
qju'on leur avoit preparé. Ils
furent traitez avec beaucoup
de magnificence & servis à
table par les premiers Officiers
deMrle Cardinal Cibo, ce qui a toûj*ours continue1
jusqqu'à leur départ. Il yavoit
son Maistre d'Hostel
,
son
Ecuyer tranchant qui coupoit
les viandes & les partageoit
,
six Gentilhommes &
plus de quinze Domestiques,
les'uns pour la cable ,& les
autres pour préparer tout.Le
bruit s'estant répandu dans
roucc la Ville, que l'un d'eux
estoit Fils du Roy de Siam;
& les autres, des premiers
Seigneurs de sa Cour, &
qu'ils venoient pour se faire
baptiser par le Saint Perc
il n'y eut personne qui n'accouruft
pour les voir. La
foule fut telle qu'on fut oblige
de demander des Suisses
pour empescher la confa-e
lion. L'Audience leurayanc
esté promise pour le 13.l-,
deux heures après midy
, on
demeura d'accord des honmeurs
que l'onrendroit à la.
d'or large de trois doigts sur
les coustures & au bas du
Juste au-corps. Ils portoient
sur la telle un bonnet en pyramide
fait de mousselinetrèsfine,
avec un cercle d'or tout
autour. Il estoit aussi large de
trois doigs &retenu par un.
cordon d'or attaché fous le
menton. Le Pere Tachard
entra le premier dans le Carroue)
& les Mandarins enfuite.
Le premier portoit une
cassette de verny, garnie de
plaques d'argent dans laquelle
estoit la Lettre du
Roy. Le sécond tenoit un
coffret de Filigraned'or pesant
environ quinze livres.
Cestoit le present de sa Majessé
Siamoise. Le troisiéme
portoit une autre boëte d'argent,
ouvrage du Japon avec
itin grand bassin de siligrane
aussi d'argent, le tout pesant
environ vingt libres. Ils furent
ainsi conduits au Palais,
au milieu prcfque de tous les
Habitans de Rome de toutes
fortes de conditions. Ils entrèrent
par lagrande porte du
Palais où ils trouvèrent les
Suides de Sa Saintetérangez
cil haye julquesau pied d'un
grand escalier. Ils y decen,',
dirent de carrosse
, & furent
receus par Mr Cibo, Frere du
Cardinal de ce nom, qui étoit
suivy du Capitaine des:
Suisses. Ils trouvèrent dans la
premiere Salle les Domestiques
de Sa Sainteté qui s'étoient
placez des deux canez)
& dans la seconde estoient
ses Gardes, tous botez,&le
pistolet à la main ,
dont ils
firent une décharge pour les;
saluer. Ensuiteils entrerent
dans l'antichambre, où tous
les premiers Officiers du Pape
les receurent. On fit avertir
Sa
Sa Sainteté quils estoient
venus, & unmoment aprés
ls furent introduits dans la
Salle d'audience. Le S.Pere
estoitassis dans sa Chaise, accompagné
de huitCardinaux,
Sçavoir Mrs Ottoboni,Chigi,
Barberino, Azzolino, Ar:
ieri, d'Estrées,Colomna. &c
Casanate. On mitles presens
ur une petite table, & enuite
le Pere Tachard
, en
ualité d'Envoyé,ayant fait
es trois genuflexions ordiaires
au milieu des deux
claistresdes ceremonies,baisa
es pieds de Sa Sainteté, &
s'estantretiré à cofté, il commença
sa harangue à genoux;
en disant
,
Beatissimo Padre
Fermer
Résumé : Voyage des Envoyez de Siam à Rome. [titre d'après la table]
Les ambassadeurs français revenus du Siam informèrent le roi de ce pays de la grandeur et des honneurs reçus en France, proposant une alliance et l'accueil de troupes françaises. En réponse, une nouvelle ambassade siamaise, dirigée par le mandarin Racan et accompagnée de Tonkinois, fut envoyée en France sous la direction du Père Tachard. Leur trajet inclut Cannes, Monaco, Gênes, Livourne et Porto Ercole, où ils examinèrent les fortifications et les paysages. Monaco fut décrit comme une place forte imprenable, tandis que Gênes possédait une citadelle remarquable. Des conditions météorologiques défavorables modifièrent leur itinéraire. Une ville côtière, non identifiée, était protégée par trois forteresses et offrait un port sûr pour les petites embarcations. La région entre Livourne et Civita Vecchia était décrite comme inculte et malsaine, avec des villages dispersés et des tours de guet. À Civita Vecchia, le Père Tachard remit les mandarins au consul de France avant de se rendre à Rome. Le cardinal Cibo organisa un accueil somptueux pour les mandarins, qui étaient perçus comme des dignitaires siamais venus pour se faire baptiser. Une audience au Vatican fut organisée, où les mandarins offrirent des présents du roi de Siam au pape, entouré de plusieurs cardinaux. Le Père Tachard prononça une harangue en tant qu'envoyé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1555
p. 154-157
Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Ricovrati de Padouë est si cel[ebr]e, qu'on [...]
Mots clefs :
Académie des Ricovrati de Padoue, Femmes illustres, Antoinette de Saliès, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
L'Academie des Ricovrati
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé. Cette fçavante Compagnie n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également les Hommes & les
Femmes Illuftres. Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville- Dieu ,& cellelà fous celuy deMademoiſelle
le Fevre. Cet honneur eftoit
bien deu à Madamede Saliez,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne , fit publiquement
l'éloge de cette Heroine, &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT. 157
fit admirer fon éloquence
GALANT. 155
de Padouë eft fi celelebre ,
qu'on peut dire à la gloire
des perfonnes qui la compofent qu'il fuffit d'en eftre
pour fe voir univerfellement
eftimé. Cette fçavante Compagnie n'a aucun égard an
Sexe. Elle eft perfuadée avec
I
beaucoup de juftice que le
merite & l'efprit font des
deux Sexes. C'eft auffi pour
cette raison qu'elle reçoit également les Hommes & les
Femmes Illuftres. Telles font
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame des Houlieres , Ma
dame Daffier , Madame de
156 MERCURE
Châte ; celle- cy autrefois fi
connue fous le nom de Ma
dame de Ville- Dieu ,& cellelà fous celuy deMademoiſelle
le Fevre. Cet honneur eftoit
bien deu à Madamede Saliez,
Viguiere d'Alby. Elle a efté
proclamée depuis peu de
temps Academicienne par
tous les fuffrages de la Compagnie. Le docte M Patin ,
dont la Fille eft auffi Academicienne , fit publiquement
l'éloge de cette Heroine, &
parla de fa naiffance de fa
vertu , de fon genie & de fes
Ouvrages , d'une maniere qui
GALANT. 157
fit admirer fon éloquence
Fermer
Résumé : Reception de Madame de Saliez à l'Academie des Ricovrati. [titre d'après la table]
L'Académie des Ricovrati de Padoue est célèbre pour son respect des membres, indépendamment de leur sexe, valorisant ainsi le mérite et l'esprit. Cette institution accueille des hommes et des femmes illustres. Parmi les femmes membres figurent Mademoiselle de Scudery, Madame des Houlières, Madame Daffier, Madame de Châteauneuf, autrefois connue sous le nom de Madame de Ville-Dieu, et Mademoiselle le Fèvre. Madame de Saliez, Viguière d'Alby, a récemment été élue académicienne à l'unanimité. Le docteur Patin, dont la fille est également académicienne, a publiquement loué Madame de Saliez, mettant en avant sa naissance vertueuse, son génie et ses œuvres, ce qui a suscité l'admiration pour son éloquence.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1556
p. 258-267
« J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
Début :
J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...]
Mots clefs :
Lettres d'académicienne, Académie royale d'Arles, Célèbre, Grand sceau, Académie des Ricovrati de Padoue
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texteReconnaissance textuelle : « J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
J'ay une nouvelle à vous
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle eH à l'honneur de vôtre Sexe. L'Academie Royale d'Arles a
envoyé des lettres d'Academicienneàl'illustreMadame des Houlieres que ses excellens Ouvrages ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Da-
mes dans pas une des Academies, qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier, Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a
renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie d'Arles, & dont le
10m est. si connu e par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes dans l'employ de Capi-
taine au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation d'un des meilleurs Ossiciers d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé par le nombre de ses bieffures. Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas deslettres avec un
clou..
ble lacs de soye bleue.Le,
--- -
Roy y
est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes fous un pavillon ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur si singulier à Madame
des Houlieresfont expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup d'éloquence & de di-
gnité & je croirois vous dérober une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie que j'ay ,
trouve moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles, à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront, Salut.
L'établissement de nostre Compagnie par Lettres patentes du
Roy, estant
un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres dans sonRoyaume
,
nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions, nous devions non seulement remplir les places des Académiciens de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4
nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore que nous devions nous ajjorierd'autres personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.Nous nous sommes persuar,zque cette ~t;~ alliance quiseferoit olu,e cette a
l
qui
«
fio feroit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié cm d'interejî à naflrc-
Corps que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames, puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebresparlagloire desLettres. Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3
de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables Reynes de Navarre Marguerite de Valois, de la Demoiselle de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a
rien
desisublime
dans
s
sciences où les Dames ne puisnt penetrer, & qu'elles partilent à toutes les richesses du
us
beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée (7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t
faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé des lettres d'Academicienne. C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement délibéré sur ce
sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens &
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention. Pourtémoignagede laquelle nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur, ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale
dire, dont vous me devez
assurement sçavoir gré puisqu'elle eH à l'honneur de vôtre Sexe. L'Academie Royale d'Arles a
envoyé des lettres d'Academicienneàl'illustreMadame des Houlieres que ses excellens Ouvrages ont renduë si celebre,
ce qui n'avoit point encore
esté fait en faveur des Da-
mes dans pas une des Academies, qui font presentement
en France. Ces lettres ont
estéadressées à M Charpentier, Doyen de l'Academie
Françoise, Académicien ho.
noraire de celle d'Arles,&
Député perpetuel de cette
Compagnie, qui les a
renduës
ï Madame des Houlieres avec
Mr le Marquis de Chasteau
Renard qui est aussi de l'Academie d'Arles, & dont le
10m est. si connu e par le
nerite de l'esprit, & par ses
ervices pendant 18. campagnes dans l'employ de Capi-
taine au Regiment Royal,
où il s'est acquis la réputation d'un des meilleurs Ossiciers d'infanterie & d'un des
plus braves hommes de nostre
temps, ce qui est affezconfirmé par le nombre de ses bieffures. Ces lettres qui font en
parchemin &. scellées du
Grand Sceau de PAcadémiei
Royale, estoient dans un sa-;
chet de satin bleu galonné ô&j
frangé d'or. Le sceau qui eflf
de cire bleuë est enfermé dans
une boëtte d'argent attachée;
au bas deslettres avec un
clou..
ble lacs de soye bleue.Le,
--- -
Roy y
est representéassis sur
son Thrône environné de trophéesd'armes fous un pavillon ouvert des deux costez,
avec ces mots latins en haut,
AcademiaRegia Aeelatenfis.Le
tout estoit dans une boëtte
couverte de maroquin de levant incarnat semé defleurs
delys d'or,& doublée de satin
de mesme couleur. Les raisons
qui ont porté cette celebre
Academie à rendre un honneur si singulier à Madame
des Houlieresfont expliquées
dans ces Lettres avec beaucoup d'éloquence & de di-
gnité & je croirois vous dérober une partie du plaisir
que vous en devez ressentir si
je ne vous en envoyois la copie que j'ay ,
trouve moyen
d'avoir, car assurement elle est
digne de vostre curiosité.
L'Academie Royale d'Arles, à tous ceux qui ces
presentes Lettres verront, Salut.
L'établissement de nostre Compagnie par Lettres patentes du
Roy, estant
un effet dessoins que
Sa Majecté veut bien prendre
pourfaire fleurir les belles Lettres dans sonRoyaume
,
nous
avons estimé que peur répondre
efficacementàsesRoyales intentions, nous devions non seulement remplir les places des Académiciens de Personnes d'une
naissance distinguée & d'une
capacité reconnuë,residentesen
cette Ville pour djfijfer 4
nos
djjemblêes ordinaires ; mais encore que nous devions nous ajjorierd'autres personnes de dehors,
pi par une érudition singulierese
soient acquis une réputation éclatante.Nous nous sommes persuar,zque cette ~t;~ alliance quiseferoit olu,e cette a
l
qui
«
fio feroit
entre eux ü nouslesattacheoitd'amitié cm d'interejî à naflrc-
Corps que nous ne pourrions
recevoir que de tresgrands avantages d'unesemblableunion.
Nous avons creu mesmeque nous
ne devions pas en
exclurre
les
Dames, puis quily en a eu de
tout temps qui se font renduës
tres celebresparlagloire desLettres. Les Ecrits de Sapho> d'Erinne
3
de Telesilla, de Corinne
3
de Zenobie parmilesAnciens,
ceux d'Olympia Fulvia Wor4-
ta,de Cassandra Fedele,de Loren-
%a Stro':{':{i,des deux incomparables Reynes de Navarre Marguerite de Valois, de la Demoiselle de Schurman ,de laComtesse
de la Suze, ont bienfait njoir
s'il n'y a
rien
desisublime
dans
s
sciences où les Dames ne puisnt penetrer, & qu'elles partilent à toutes les richesses du
us
beau duplus noble Genie.
exemple des Academies d'Itae
où elles font receuës, nous a
tjji déterminez à les admettre
ins la nostre, & comme la Remmée (7 la IlElure des [Júëfirs
Madame des Houlieres nous
t
faitconnoistre les excellentes
!alltek de son esprit qui efi au
ssus de toute Iciïange» nous
vons resolu de luy donnerune
arque publique de nojlreeCume,*
en l'aggregeantànostre Compagnie, &faisant pour elle ce qu'a
déj-t fait l'Academie des Rico
rati de Padoüequi luy ont envoyé des lettres d'Academicienne. C'est pourquoy aprés notA
estreassemblez & avoir meurement délibéré sur ce
sujet, nom
avons d'un commun consente
ment éleu c- nommé comme par
ces presentes nous êlisons enommons ladite Dame des HOM
lieres Academicienne de l'AcadémieRoyale d'Arles. Mandom
au Secretaire perpetuel de I!
Compagnie d'ajouter son nom
selon l'ordre de sa reception a,
Catalogue des Academiciens &
qu'ilfasse registrerces Presentes
dans les registres de la Compagnie
3
Car ielle eji nojlre intention. Pourtémoignagede laquelle nous avons fait expedier ces
Lettres signées du Directeur &
duditSecretaire perpetuel ~&y
apposer le sceaude tcAcademie.
Fait à Arles le 28. Mars 1689.
Ainsifigné D'ARBAUDDocteur, ROBIAS ESTOUBLON,
Secretaire perpetuel de l'^Acade~
mie Royale
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Résumé : « J'ay une nouvelle à vous dire, dont vous me devez [...] »
L'Académie Royale d'Arles a décerné des lettres d'Académicienne à Madame des Houlières, marquant une première pour une femme dans les académies françaises. Ces lettres, adressées à Monsieur Charpentier, Doyen de l'Académie Française, ont été remises par le Marquis de Chasteau-Renard. Elles sont scellées du Grand Sceau de l'Académie et présentées dans un coffret de maroquin incarnat. L'Académie a justifié cet honneur en soulignant l'excellence des œuvres de Madame des Houlières et en citant des exemples historiques de femmes célèbres pour leurs écrits. Elle a également exprimé son intention de favoriser les belles-lettres et d'inclure des personnes distinguées, y compris des femmes, pour enrichir ses rangs. La décision a été prise lors d'une assemblée le 28 mars 1689. Les lettres sont signées par le Docteur d'Arbaud et Robias Estoublon, Secrétaire perpétuel de l'Académie Royale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1558
p. 306-307
ENIGME
Début :
On vient de toutes parts pour voir ce que je porte, [...]
Mots clefs :
Chaire à prêcher
1559
p. 202-222
Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
Début :
La Reine d'Angleterre qui ne fait aucun voyage à Paris [...]
Mots clefs :
Reine d'Angleterre, Marie II, Évêque, Saint Thomas, Abbaye de Saint-Victor, Compliment, Royaume, Paris, Prieur, Vicaire, Mr de Bourges, Innocent XI, Missionnaire apostolique, Siam, Cochinchine, Évêque de Béryte, Évêque de Paris
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
La Reine d'Angleterre qui
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
ne fait aucun voyage à Pans
que par des morifs de pieté,
s'y rendit le 19. du mois
passé) pour assîster au Salue
dans le Monastere des Dames
Ghanoincfles regulieres Anglosses,
qui s'y faisoit pour
la conclusion des Prieres de
quarante heures, que ces Dames
avoient faites, pour demander
à Dieu la confervatioti
de la personne sacrée du
Roy, & de leurs Majestez
Britanniques, & pour l'heureux
succés de leurs armes.
Cette Princesse qui savoit
que Louis VII. avoir eu autrefois
la generosité de donner
un asile en France à Saint
;Thomas:'- Arc hevesque :d'e
Cantorbery
»
Chancelier &
,,
Primat d' Angleterrey lors
<ju'iJ se réfugia en ce Royaume,
ayant appris que ce saint
,.
Prelar, pendant le sejour qu'il
y avoit fait, avoit choisi sa
demeure parmy les Chanoines
reguliers de l'Abbaye de
Saint Victor, & que dans une
Chapelle dédiée à son honl
•
neuron conservoit leCilice'
dont il estoit revestu lors
qu'il fut assassiné., eut la devotion
d'y venir faire sa priè-
- re. Sa Majestésurreceuë à la
porte de l'Eglise par le Chapitre
des Chanoines reguliers
de cette Abbaye, ayant à
leur teste Mr de Bourges qui
en estPrieur.Voicy le compliment
qu'illuy fit.
MADAME,
La presence de Voflre Majesséinspire
à nos coeurs des sentimens
que nous ne pouvons
exprimer par nos paroles, Permettez
nous, Madame, pour
Cuppleerà ce defaut d'emprunter
celles que le Saint Esprit mit
autrefois dans la bouche du
plus Jage Roy de la terre, pour
faire le Portrait e l'Eloge de
l'Epouse du Souverain Roy du
Ciel, quam pulchn funt greffus
cui
,
Filia Principisi
Grande Reine
3
Princejje incomparable,
que vos démarches
font belles! que tous vos pas
sont dignes de remarquei Je pretenspas,Madame,par ne
pretens pas, Madame-i parcceess
paroles loüer dans VostreMajeflé
cet air de grandeursimajefiueux
£? si nobles qui luy attire le
respect e la vénération de tous
les Peuples.Je craindrois de bIef,
fer la delicatesse de vôtre pieti,
si dans ce Lieu Saint,jemarreftois
à ces fortes d'avantages humains
que vous tirez de voflre
AugufleNaissance. Je parle,
Madame3 de ces démarchés toutes
faintes
? que vous faites
dans le sentier de la rvertu. Nous
voyons avec admiration Voflre
Majesté marcher sur les traces
des plus illustres Saints de son
Royaume. Le grandSaint
Tbomas, Chancelier, & depuis
Primat d'Angleterre, & Arche
vesque de CantorberyJpersecuté
pour la dcfenfe des liberîe% de
l'Eglise, Je retira dans la France
; il y trouva un azile assuré
fous la proteéhon d'un de nos
Rois, & dans leJejour cjuilfit
en cette Ville» il choisit cette
Aiaifon pour le lieu de sa demeure.
Son inclination pour
l'Ordre des Chanoines Reguliers
étakly dans son Eglise de Cantorbery
, & dont il portoit toujours
l'habit fous les ornemens
convenables a sa Dignité3çjsr
plus encore son amour d; son
tele pour la difeiplinereguhere9
> qui jieurijfoit en cette Abbaye
>
nous attirèrent un sidigne Hojle.
ghesinos Peresfurentinstruits
des discours,, t édifiez de la
pieté de ce Saint Prelat, nous
osons dire
,
Madame, qu'il trouva
aujJi dans cette Maison des
exemples capablesdel'édifier. Il
y recueillit, pourainsiparler,
les esprits du fang encore tout
fumant d'un autre Thomas
Prieur de cette Abbaye, & Vicaire
General de l'Evesque de
Paris, qui quelque temps auparavant
avoitsacrifié son sang
&sa viepoursoutenir les droits
de Epouse du Sauveur. La
Providence sans doute l'avoit
conduit dans ce lieu pour l'antmer
par cet exemple à imiter le
souverain Pasteur de nos Ames
qui s'est livré à la mort pour le
salut de son Eglise. Cette Abbaye,
Madame,conserve encore
aujourd'huy comme un gage
pretieux de l'amitié de ce Saint,
l'instrument rigoureux de ses
austeritezsecrettes, cet aspreCilice
qu'il portoit pendant sa ie"
çy dont il fut trouve revejiit
après samort, Permettez-nous,
Madame,definir ce discours par
les paroles qui l'ont commencé.
Grdnde Reine
j que vos démarches
sont belles ! Vous marchez
sur les pas de cet illustre Saint,
de vostre Royaume..
Comme luy, vous venez en
France pour la cause de Dieu3
de la Religion & de l'Eglise;
comme luy
, vous cherchez un
azileà vostre Foy; comme llty
vousy trouvez un Prince Religieux
qui vous reçoit comme un
dignepresentdu Ciel; maisplus
heureuje que luy
, vous y
trouvez un Monarque? qui &-
ant tadmiration de toute la
Terre) devientl*admirateur de
voflre vertu. Comme luy ensisi
Voflre Majefielhonore défitprefence
cetteMaison qui a servy
de.rttraite à ce Saint. Que si
vous y troy : :,,(; ,)
Àitùû"
me>cesvr.:^nscxcwfius àe r:..,er. (,: tuqui c.i;<l'emuj-ii.-nThomasj- sipar n;.u,jeur nous ne pommes
plus que Membre de nos Peres,
du moins,Madame
y
Vojlre
Majefié peut s'affiurer de trouver
dans tous lesjujets qui composentcette
Compagnie autant
de personnesdévouées aux interefis
de sa Couronne, *jje£lion*
nées au service de jes fidelles
Sujetsygelées pour la gloire3 la*
jante
J
la prosperité de sa Perjonnejacrêe,
(£p de touteja FamilleRoyale.
La Reine ayant remerci.
ce Prieur avec son honnefteté
ordinaire) fut conduite au
bruit des cloches & au Ion
de rorgue à un Prie- Dieu
qui luy avoit esté preparé au
milieu du Clioeur, tendu
ainsi que la Nef de riches
Tapisseries. Sa Majesté
; aprés
avoir fait sa Piiere pendant
le Te Deum que les
Chanoines chanterent
,
vie
le Cilice de SaintThomas
de Canrorbery, & plusieurs
autres Reliques; après quoy
elle passi dans la Chapelle
dédiée à ce Saint &
en celle de la Vierge. De
la elle futconduite dans
la fameuseBibliothèque de
cette Abbaye) si célébré par
le nombre & par l'antiquité
de ses Manuscrits } puis elle
passa par les Jardins sur une
(terrasses où fous une arcade
fort richement tapissee, on
jhiy (ervit une collation trespropre.
La Reine en sortant témoignaà
M1 de Bourges qui avoic
toujours eu l'honneur
de Taccompagner) beaucoup
de fatisfachon de la reception
qu'on luy avoit faite. Ce
Prieur,qui cft Docteur en
Théologie de la Facultéde
Paris,ten: proche parent de
M de Bourges) ce fameux
Millionnaire.Apostolique
,
que le Pape Innocent XI.
parce qu'il travaille depuis
vingt cinq ans dans la Cochinchine
& dans le Tonquin
à la conversion des Insidellesa
faitEvesque en l'année1679.
Sa Sainteté luy envoya
ses Bulles aux Indes fous
le titre de l'Evesché d'Auren,
en luy permettant de se faire
sacrer par un Evesque seul &
deux Preftresau lieu d'Evesques)
& s'il ne setrouvoic
pas de Prestres, par un Evefà
que seul. Il revint du fond du
Royaume de Tonquin pour
recevoir la confecracion EpiC.
copale en laVille de Siam).
deux ans après que le Pape eue
fait expedier ses Bulles. Cest
ce MifllonnaireApostolique
qui est l'Auteur de la Relation
du Voyage de Mr lEvesque
de Bcrite, Vicaire Apostolique
du Royaume de
la Cochinchine qui fut imprimée
pourla premiere fois
a, PParis en 1666. & ddé'ddi.é'e a, l
Sa Majesté. Ce fut luy qui
accompagna ce digne Prélat
dans le grand Voyage qu'il
fie parterre pouraller à Siam.
Ils traverserent ensemble la
Turquie l'Arabie deterce, la
Perre) le Mogol
>
les Indes,&
le Royaume deSiam,&arriverent
après plus de deux
mille lieuës de chemin,en la
Chine, & au Royaume de
Tonquin, qui estoit le lieu
de leur Minion. L'Evesque de
Berite renvoya quelques années
après Mr de Bourges en
Europe, pour les affaires qui
la regardoient. Il eut l'hon-
-
neur lors qu'il fut en France,
- d'entretenir le Roy de Ces
VoyagesVoyages-,&
deluy presenter
la Relation qu'il en avoit
faite. Il passa de là à Rome,
où il fut tres bien receu de Sa
Sainteté, & obtint une partie
de ce qu'il Iuy demanda
pour le progrés de la Foy
dans le Royaume de Tonquinj
où ileft retourné pour
y mourir attaché à sonEglise.
- Comme il estparlé dans la
Harangue faite a la Reine
d'Angleterre d'un Thomas,
Religieux de Saint Vîêtor)
donfon fait un paraielle avec
SaintThomas de Cantorbery
,
parce qu'ils ont perdu la vie
l'un & l'autre pour avoir défend
u avec vigueur les libertez
de leurs Eglises, vous ne
ferez pas fachée d'estreéclaircie
de quelques circonstances
de la vie, & de la mort de ce
saint Religieux, qui fut celebre
en son temps. Il estoit
de Paris, & avoit lié une amitié
sott étroite avec Saint Bernard.
On le fit Prieur de
l'Abbaye de saine Victor,&
à cause de son mérité extraordinaire
le fameux Estienne,
Evesque de Paris en ce
temps-là, le choisit pour son
Vicaire General dans l'étenduë
de son Diocese. Il exerça
cette Charge avec un zele
& unevigueur toute Apostolique
, s'estant opposé ,comme
Vicaire, à plusieurs abus,
& sur tout à de certaines
exactions qui se faisoient sur
les Prestres & sur les Curez
par des personnes constituées
en dignité Ecclesiastique.
Cela luy attira une si grande
haine de la part de ceux qui
proficoient de l'argent que raportoient
ces exactions qu'ils
resolurent de l'assassiner. Ils
executerent ce malheureux
dessein à Gournay, proche
l'Abbaye de Chelles, lors
que ce saint Hommeaccompagnoit
Estienne, Evesque de
Paris, comme son Vicaire General,
dans les Vifices de son
Diocese. La rage de ses Ennemis
fut telle qu'ilsl'assassinerent
un jour de Dimanche
entre les bras mesme de
son Evesque, sans aucun réf.
pect
, ny de la sainteté du
jour, ny de la presence de ce
grand Prelat. Cela est marqué
en de si beaux termes
&si precis dans la lettre
que ce mesme Prelat écrivit
au Pape Innocent 11.
sur ce sujet, que je ne puis
m'empescher de les rapporter.
Vir religiosus, Priorsancti
Victoris, Mgister Thomas, in
objequio charitatis
, in itinere
quod indixerat pietas,inopere
sancto, in Dominico die,insinu
meo, & inter manus meas, crudeliter
ab impiis pro justitiâ ex..
cerebratus est. Exitus aquarum
deducite oculi mei, quoniam Jere"",
liquit me virtus mea, & lumen
oculorum meorum & ipsum non
est mecum. Episcopi nomen ego
gerebam
,
ille exercebat opus.
Honorespretoonus totis njiribus
fupportabat. Les Sçavans qui
en voudront sçavoir davantage
peuvent lire cette Lettreentiere
qui estla 159. dans
les Oeuvres de saint Bernard.
Toutes les circonstances de
ce détestable assassinat fs
trouvent dans l'histoire de la
Vie de ce Saint Homme, faite
en Latin parM1 Goureau de
laProutiere,cy devant Prieur
de S. Vlâor, & aujourd'huy
Prieur deVilliers-le-Bel.
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Résumé : Ce qui s'est passé à Saint Victor lors que la Reyne d'Angleterre a esté à cette Abbaye [titre d'après la table]
La reine d'Angleterre se rendit à Paris le 19 du mois précédent pour participer à une cérémonie de salut au monastère des Dames religieuses anglaises. Cette visite visait à prier pour la protection du roi et des majestés britanniques, ainsi que pour le succès de leurs armées. La reine était familière avec l'histoire de Louis VII, qui avait accordé l'asile en France à Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry et chancelier d'Angleterre, persécuté en Angleterre. Lors de sa visite, la reine fut impressionnée par la piété et la foi des religieuses. Elle apprit également l'histoire de Thomas, prieur de l'abbaye de Saint-Victor et vicaire général de l'évêque de Paris, qui avait été assassiné pour avoir défendu les droits de l'Église. Cet événement lui rappela la générosité de Louis VII et la sainteté de Thomas Becket. Le texte mentionne également un évêque de Berite qui, après des voyages en Inde, Siam, Chine et Tonquin, revint en Europe et partagea ses récits avec le roi de France et le pape. Il retourna ensuite au Tonquin, où il mourut. Le texte décrit en détail la vie et la mort de Thomas, prieur de Saint-Victor, connu pour son zèle apostolique et son opposition aux abus ecclésiastiques. Il fut assassiné par des ennemis qui exploitaient les exactions sur les prêtres et les curés. Cet assassinat eut lieu un dimanche, alors qu'il était entre les bras de son évêque, sans respect pour la sainteté du jour ni pour la présence du prélat.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1561
p. 320-322
Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
Début :
La nouvelle de la mort du Roy de Siam est veritable, [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Prince, Mort, Manière, Père le Blanc, Secours, Couronne de Siam, Talapoins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
La nouvelle de la mort du
Roy de Siam eft veritable ,
mais on ne convient pas en,
core bien de quelle maniere
fe font faits les grands chan
gemens qui font arrivez aprés
fa mort . Il y avoit quatre ans
qu'il avoit un mal dont il ne
pouvoir efperer la guerifon .
Le Grand - pere de ce Prince
avoit , dit- on, ufurpéla Cou
ronne de Siam , & parmy les
Talapoins il fe trouvoit un
Prince du Sang , à qui elle
appartenoit. On pretend que
ce Prince Talapoin a obtenu
GALANT
321
du fecours de quelques Princes
voifins , & qu'avec ce
fecours , & une intrigue
qu'il avoit avec des Grands
du Pays , il a chaffé celuy que
le défunt Roy avoit étably
pour fuceffeur. Voilà dequoy
on convient le plus , mais
l'on n'eft pas bien d'accord
de ce qui s'eft fait pour exe
cuter toutes ces chofes , ny
de la maniere dont on a fait
mourir toute la Famille
2
Royale . Les Priſonniers qui
font en Hollande en fçavent
des nouvelles affurées .
On attend icy à tous mo
322 MERCURE
mens le Pere le Blanc Jefuite,
pour travailler à l'échange ;
ainfi la verité fera bien- toft
éclaircie .
Roy de Siam eft veritable ,
mais on ne convient pas en,
core bien de quelle maniere
fe font faits les grands chan
gemens qui font arrivez aprés
fa mort . Il y avoit quatre ans
qu'il avoit un mal dont il ne
pouvoir efperer la guerifon .
Le Grand - pere de ce Prince
avoit , dit- on, ufurpéla Cou
ronne de Siam , & parmy les
Talapoins il fe trouvoit un
Prince du Sang , à qui elle
appartenoit. On pretend que
ce Prince Talapoin a obtenu
GALANT
321
du fecours de quelques Princes
voifins , & qu'avec ce
fecours , & une intrigue
qu'il avoit avec des Grands
du Pays , il a chaffé celuy que
le défunt Roy avoit étably
pour fuceffeur. Voilà dequoy
on convient le plus , mais
l'on n'eft pas bien d'accord
de ce qui s'eft fait pour exe
cuter toutes ces chofes , ny
de la maniere dont on a fait
mourir toute la Famille
2
Royale . Les Priſonniers qui
font en Hollande en fçavent
des nouvelles affurées .
On attend icy à tous mo
322 MERCURE
mens le Pere le Blanc Jefuite,
pour travailler à l'échange ;
ainfi la verité fera bien- toft
éclaircie .
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Résumé : Nouvelles de Siam. [titre d'après la table]
La mort du roi de Siam est confirmée, mais les événements suivants restent obscurs. Le roi était malade depuis quatre ans sans espoir de guérison. Son grand-père avait usurpé le trône, et un prince du sang légitime, membre des Talapoins, a obtenu le soutien de princes voisins et de grands du pays pour destituer le successeur désigné par le défunt roi. Les détails sur l'exécution de ce plan et l'élimination de la famille royale varient. Des prisonniers en Hollande rapportent des nouvelles inquiétantes. L'arrivée du Père Le Blanc, jésuite, est attendue pour clarifier la situation par un échange d'informations.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1562
p. 322-325
Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
Début :
On a nommé des quartiers aux Officiers Generaux pour commander [...]
Mots clefs :
Quartiers, Officiers généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
On a nommé des quartiers
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
aux Officiers Generaux
pour commander
pendant
l'hiver . Je ne fçay s'il n'y a
rien de defectueux
dans la
copic que je vous envoye ,
puis que tout cet Article
n'eft compofé que de noms
propres , foit d'hommes , foit
de Villes , & qu'il eft rare
d'en trouver tant à la fois
fans qu'il y ait quelque chofe
de changé. M le Maréchal
GALANT: 323
de Lorge commandera en
Alface,& reftera à Strasbourg,
ayant fous luy M'S de Monclar
, de Sourdis , Talard ,
Puifieux , Lanion , Vertilly
de Herlac , & le Chevalier
de la Ferté . Mrs de Bertillac
& de Melac feront à Mont-
Royal; M" Duffon & de Romainville
fur la Sarre ; Mr
Prochat en Rouffillon ; M
Servon en Provence ; M
Grillon & Saint Silveftre en
Guyenne ; M Lombrans à
Cazal & Pignerol; M Bachervilliers
en Dauphine ; M ' de
Varenne & Vilpion en Com324
MERCURE
té ; MS S. Franon & Paris
en Champagne ; M¹ Cajena à
Soiffons & Amiens; Mr Courtebonne
en Normandie ; M
Bullonde depuis Abbeville
jufqu'à Calais ; M' Maulevrier
à Ypres , & fous luy M9
de Seppeville , du Thos , &
de Guimors : M de Calvo à
Tournay , & fous luy M's de
la Valette , du Bourg & de
Vaudricourt ; Mr de Vertillac
à Valenciennes , & fous luy
MS Damjan & de Bezons ;
Mr de Gournay en Hainaut ,
& fous luy Mrs de Vignon
M' de Vatteville à Philippors
rs.
GALANT. 325
ville ; M ' de Guifcar à Dinan
: M. de Bouflers à Luxembourg
& en Lorraine , &
fous luy Ms de Catinat , de
Teffé , Lomaria , Imecourt ,
Atargnan , & de Genlis.
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Résumé : Quartiers où les Officiers Generaux doivent demeurer pendant l'hiver. [titre d'après la table]
Le document traite de la nomination de quartiers pour les officiers généraux afin de commander pendant l'hiver. L'auteur mentionne des incertitudes concernant la précision des noms listés. Les nominations sont les suivantes : le maréchal de Lorge en Alsace, basé à Strasbourg, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; les marquis de Bertillac et de Melac à Mont-Royal ; les marquis Duffon et de Romainville sur la Sarre ; Monsieur Prochat en Rouffillon ; Monsieur Servon en Provence ; les marquis Grillon et Saint Silvestre en Guyenne ; Monsieur Lombrans à Cazal et Pignerol ; Monsieur Bachervilliers en Dauphiné ; les marquis de Varenne et Vilpion en Comté ; les marquis Saint Franon et Paris en Champagne ; Monsieur Cajena à Soissons et Amiens ; Monsieur Courtebonne en Normandie ; Monsieur Bullonde de Abbeville à Calais ; Monsieur Maulevrier à Ypres, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Calvo à Tournay, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Vertillac à Valenciennes, avec plusieurs marquis sous ses ordres ; Monsieur de Gournay en Hainaut, avec le marquis de Vignon sous ses ordres ; Monsieur de Vatteville à Philippeville ; Monsieur de Guiscar à Dinan ; Monsieur de Bouflers au Luxembourg et en Lorraine, avec plusieurs marquis sous ses ordres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1564
p. 28-54
Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je vous manday la derniere fois qu'on devoit avoir bientost [...]
Mots clefs :
Roi de Siam, Constantin Phaulkon, Français, Enfants, Royaume, Religion, Bangkok, Siamois, France, Forteresse, Vaisseau, Lettres de naturalité, Siamoise, Mandarins, Mandarin, Hollandais, Secours, Mourir, Hommes, Troupes, Usurpateur, Assiégés, Canon, Côte, Vivres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
Je vous manday la derniere
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
fois qu'on devoit avoir bientoft
des nouvelles feures de
Siam ; en voicy qui viennent
de tres-bonne part . Sa Majeſté
Siamoife eftant dangereufe
mene malade au mois de May
de l'année derniere, un certain
Opra Petrarcha , âgé d'enviGALANT.
29
ron cinquante-cinq ans , le
plus grand, le plus riche, & le
plus devoué à fa Secte de
tous les Mandarins Siamois ,
2
fongea à fe mettre en eftat de
fe faire declarer Souverain de
fes Etats . Il avoit refufé les
plus grandes Dignitez du
Royaume pour s'attacher uniquement
à l'Oraifon , & met
ner la vie d'un parfait -Talapoin,
quoy que feculier . Il en
faifoit entierement les fonctions
, & cette conduite luy
avoit fait gagner
l'amitié
>
non feulement des Grands &
des Talapoins qui ont beau-
Ciij.
30 MERCURE
coup de credit fur les Siamois ,
mais encore du peuple , &
principalement de ceux qui
en font la plus baffe partie , &
à qui il faifoit de tres- grandes
charitez felon leurs befoins
. Il avoit avancé fon Fils
à la Dignité d'Oya , qui eft la
premiere du Royaume , aprés
les Princes du fang Royal.
La maladie du Roy augmenfant
, & la foibleffe où il fe
trouvoit , ne laiſſant pas lieu
de croire qu'il s'en puſt tirer,
ce Mandarin, foir qu'il fuft,
pouffé par les Talapoins qui
croyoient rendre un fervice
GALANT.
31
confiderable à leur Religion
qui paroiffoit meprifée , foit
que l'envie de regner l'empef
chaft de voir du crime dans
fa revolte , & qu'il le fentiſt
flaté, comme difent quelques
uns, du fecours que luy pro
mettoient les Hollandois
refolut d'envahir la Couronne
, & pour executer fon deffein
, il menagea d'abord ceux
des Mandarins, qui n'eftoient
pas fatisfaits du Roy , ou
qui avoient receu quelque
mauvais traitement de M.
Conftance . Il gagna à mefme
temps ceux qui eftoient les
C iiij
32 MERCURE
plus attachez à la Religion
Siamoife , & tous les refforts
qu'il fit jouer luy reuffirene
fibien , que comme la coûtume
de ce pays - là eft que lors
que les Rois font en danger.
de mourir , on s'affeure des
principaux du Royaume en
fes enfermant dans le Palais !
il trouva moyen d'avoir la
garde de ces Mandarins , avec
quinze mille hommes qu'il
avoit amenez . M ' Conftance
qui previt l'orage , & quiconnut
que le deffein de cet Opra
le perdroit s'il n'y mettoit
ordre , manda à M des FarGALANT
33
ges, Gouverneur de Bancok,
qu'il eftoit befoin qu'il vinft
à la Cour avec quelques Trou
pes , & ne douta point qu'en
faifant voir de la fermeté ;
il ne vinft à bout de diffi
per les Rebelles , & de fe faifir
du Mandarin qui eftoir
leur Chef. Mr des Farges ju
geant bien qu'il ne pouvoit
envoyer des Troupes fans les
rifquer , & trouvant d'ailleurs
qu'il y auroit de l'imprudence
à un Gouverneur , d'affoiblir
fa Garnifon , ce qui feroit
expoſer fa Place , demeura
à Bancok, fans envoyér
34 MERCURE
aucun fecours à M Conftance.
Si toft que l'Ufurpateur
fe crut affez fort pour ne devoir
rien apprehender
, il ne
perdit point de temps , &
commença à fe declarer ouvertement
par la mort du Fils
adoptif du Roy, qu'il fit couper
en trois. Mr Conftance ne
put amaffer affez de forces
pour luy tenir tefte , & il fut
coupé en deux . Le Mandarin
que ce premier fuccés anima,
fit mettre les Freres du Roy
dans des facs de velours noir,
& ils furent affommez à
coups de buches d'un bois
GALANT.
35
›
odoriferant . C'eft de cette
forte qu'on fait mourir à
Siam ceux qui font du Sang
Royal . Cela eftant fait on
alla piller la maifon de M
Conftance , & l'on fe faifit de
fa Femme , de fes Enfans , &
de tous fes Domestiques . Le
Fils de l'Ufurpateur follicita
plufieurs fois Madame Conitance
, dont il eftoit amoureux
, de fe mettre au nombre
de fes Femmes , l'affurant
qu'il auroit toujours pour
elle une confideration par
ticuliere ; mais comme elle
eft Catholique , quoy que
Japonnoife , elle répondit
36 MERCURE
toujours conftamment que
toutes les offres feroient incapables
de l'ébranler . Il la
menaça de la faire la derniere
de fes Efclaves , & de luy
faire fouffrir les plus rigoureux
tourmens. Il en vint
mefme à l'effet , afin de luy
faire dire fi elle n'avoit point
d'argent caché. Enfin n'en
pouvant rien obtenirsil luy fit
tordre les bras , & comman
da qu'elle fuft mife en un
lieu où logent les Elefans.
Un Officier François la tira
de là avec fes Enfans , & la
mena à Bancok.
GALANT. 37
Les Revoltez allerent enfuite
au Seminaire , & à la
Maifon des Peres Jefuites
qu'ils pillerent, aprés s'eftre
faifis de leurs perfonnes . Ils
firent la mefine chofe aux
autres Maifons des Chreftiens
François , envers lefquels ils
uferent de beaucoup de
cruauté , non feulement en
les maltraitant , mais encore
en ne leur laiffant aucune
chofe pour vivre , & empef
chant qu'on ne leur donnaft
quelque fecours. Tout çela
ne fe put faire , fans que le
Roy malade en fuft informé .
38 MERCURE
>
11 en fit paroistre une fenfible
douleur , & ne pouvant
remedier à ce grand defordre
parce qu'il eſtoit luymefme
prifonnier dans fon
Palais , & en la difpofition
de fon Ennemy, il luy envoya
demander de l'argent . Le Tiran
luy en fit auffi - toft porter
& ce Monarque ayant
fceu que les Jefuites manquoient
de tout , & qu'on
n'ofoit leur donner de foulagement
, fit diftribuer à chacun
d'eux cinquante écus ,
témoignant que fon plus
grand déplaifir eftoit de voir
,
GALANT. 39
l'ingratitude de fes Sujets
aprés tant de graces dont
l'avoit comblé le Roy de
France , fur tout en luy envoyant
ces Peres . Enfin plus
accablé de trifteffe que de
maladie , il mourut dans ces
mefmes fentimens . Ce Prince
eftant mort , l'Ufurpateur fe
fit proclamer Roy , promettant
le rétabliffement de lá
liberté & de la Religion Siamoife
, aprés quoy il ne fongea
plus qu'à chaffer les
François , & ceux que l'on
avoit veus dans les interefts
du Roy défunt ou de M
Conftance . Ainfi il leur or-
1
40 MERCURE
Y
donna, de mefme qu'aux Anglois,
de fortir de fon Royau
me. Ces derniers fe retirerent
avec les François dans la Fortereffe
de l'Eft de Bancok. Ils
furent affiegez par toutes
les autres Nations qui fe trouyerent
dans les Etats de ce
nouveau Roy , auquel tous
çes divers Peuples eftoient
bien-aifes de faire connoiftre
le zele qu'ils avoient à le
fervir . Ils baftirent huit Forrins
autour de la Fortereffe
à la portée du Moufquet ,
& ils les garnirent de Bombes
& de Canons . Les Bombes
GALANT . 41.
qu'ils ne pouvoient avoir.
eues que des Hollandois.
incommodoient fort les Af.
fiegez, & leur faifoient craindre
le feu dans leurs Ma-:
gazins qui n'eftoient faits
que de bois . Cependant
voyant que les François avoient
rafe à coups de Canon
la Fortereffe de l'autre cofté, s
& qu'ils défaifoient leur Ou-7
vrage en peu de temps , ils :
s'avilerent d'un ftratagême!
qui marque l'efprit des Sra - 1
mois. Ils mirent à la tefte de
leuts Travaux M l'Evefque,;
& tous les autres François ,
Decembre 1689. D
42 MERCURE
"
pas
qu'ils avoient pris à Siam ,
afin que fi les Affiegez tiroient
, ceux de leur mefme
Nation fuffent tuez les premiers
. Malgré tout cela , les
Affiegez ne laifferent
de
refifter cinq mois & quarre
jours , quoy que la Fortereffe
fuft ouverte du cofté de la
terre. Enfin manquant de vivres
& de toutes fortes de
munitions , on fit la Capitulation
par le moyen de M
l'Evefque . Elle portoit que
Siamois fourniroient
des Bateaux
, des vivres , & tout ce
qui feroit neceffaire,pour porles
>
GALANT: 43
ter les François & leur bagage
àl'emboucheure de la Riviere,
où l'Oriflame , Vaiffeau du
Roy, de cinquante pieces de
Canon , eftoit arrivé. On envoya
les Otages à bord, & les
François fortirent de Bancok ,
aprés avoir crevé une partie
des Canons , & encloüé l'autre
. M³ de Bruan , qui eftoit
à Mergui , eut la mefme de
ftinée . Il fut affiegé dans cette
Place par les mêmes Nations ,
n'ayant qu'environ trente
hommes . Il ne laiſſa pas, de
refilter quelque temps , & un
boulet de Canon luy ayant
Dij
44 MERCURE
caffé la derniere Jarre d'eau ,
il refolut de fortir du Fort
avec les gens l'épée à la main ,
& de paffer fur le ventre aux
Siamois . Il executa fon def
fein avec une intrepidité furprenante
, & s'eftant fait jour
au milieu des Ennemis , dont
il y en cut beaucoup de tuez,
il les força de prendre la fuite
, & arriva au bord de la
Mer , où il s'embarqua fur
deux Felouques , fe fauvant
à Bondicheri avec vingt hommes
. Plufieurs Officiers François
& un Jefaite , s'eftant
embarquez dans une de ces
GALANT. 45
mais
Felouques & manquant
de vivres ; åborderent à la
cofte de Pegu , où d'abord
ceux du Pays leur firent
figne de defcendre à terre .
Le Pere & deux Officiers
fe laifferent attirer ,
les autres qu'ils appelloient de
la mefme forte, continuerent
leur route, & arriverent à Bon-1
dicheri dans un pitoyable
état. M des Farges y arriva.
quelque temps aprés avec les
Troupes , & envoya de la M
de Beauchamp en France fur
le Vaiffeau la Normande pour
rendre compte à Sa Majesté .
46 MERCURE
de cette trifte revolution ;
avec ordre de paffer au Cap
de Bonne Efperance , pour,
avertir les Vaiffeaux François.
de n'aller point à Siam . M
de Beauchamp, s'acquitant de
ce qui luy avoit efté ordonné,
& ne fçachant point la declaration
de la guerre , fut pris
par les Hollandois avec un
autre Vaiffeau François , appellé
le Coche. Le Roy envoye
fix Vaiffeaux , tant pour
ramener les Troupes qui font
à Bondicheri, que pour fervir
d'escorte à ceux que la Compagnie
a ence pays - là , & qui
GALANT. 47
doivent rapporter quantité de
Marchandifes. On a cu ayis
que le troifiéme Vaiffeau qui
venoit avec les deux qui ont
efté pris , s'eftoit mis en lieu
de feureté !
Il y a déja quelques années
que M' Conftance prévoy oit
l'orage qui l'a fait perir . Ce
qu'il faifoit pour les Catholiques
luy donnant fujet d'apprehender
un revers fi le Roy
fon Maiftre venoit à mourir ,
il s'eftoit precautionné de
Lettres de naturalité pour
paffer en France s'il arrivoic
quelque changement & Sa
7
48 MERCURE
Majcfté qui ne cherche que le
bien de la Religion , & à qui
par ce feul motif l'Ambaffade
de Siam a tant coufté , luy
voulut bien accorder ces Lettres
en reconnoiffance de ce.
qu'avoit fait ce Miniftre pour
faire recevoir les veritez Ca
tholiques dans les Etats du
Roy de Siam ; mais les Ennemis
du Roy , tant Catholi--
ques que Calvinistes , cherchant
à détruire par toutes
fortes de voyes ce qu'il fait
pour avancer la Religion , ont
precipité les chofes avant que
M Conftance cruft qu'elles
deuffent
GALANT: 49
deuffent arriver. Ainfiil a efté
hors d'eftat d'executer fon
deffein. Ses Lettres de Naruralité
avoient eſté enregistrées
au Parlement le 12. Mars der
nier , & à la Chambre des
Comptes le 16. Elles eftoient
conçeuës en ces termes.
L
la grace
de OUIS par
Dieu
, Roy
de France
de Navarre
: A tous prefens
&
à venir
, Salut. Le zele
que.
noftre
cher & bien
amé le Sieur
Conftance
Phauleon
, Premier
Miniftre
du Roy de Siam
, feit
paroistre
pour
noftre
Service
, &
Decembre 1689 .
E
50 MERCURE
veran
les bons offices qu'il rend à la
Nation Françoife auprés dudit
Roy, Nous conviant à luy donner
des marques de la fatisfaction
que Nous en avons , Nous.
avons efté bien- aife d'en troul'occafion
en luy accordant
& à fes enfans , les Lettres de
Naturalité qu'il nous a fait
demander. A ces cauſes , voulant
favorablement traiter ledit
fieur Conftance , de noftre grace
Speciale , pleine puiffance &
autorité Royale , Nous l'avons
reconnu , tenu , cenfe , is reputés
reconnoiffons, tenons, cenfons &
reputons , pour noftre vray naGALANT
SI
ne
comturel
Sujet & Regnicole
Vonlons & nous plaift que
me tel, lay & fes enfans puif
fent s'eftablir en telle Ville de
noftre Royaume & Pays de
noftre obeiffance qu'ils defireront,
qu'ilsjouiffent des privilegess
franchifes libertez dont
jouiffent nos vrais & originaires
Sujets ; qu'ils puiffent avoir ,
tenir poffeder tous biens
meubles & immeubles qu'ils ont
acquis ou pouront acquerir , &
qui leur feront donnez & délaiffez
, jouir d'iceux , en difpofer
par Teftament , ordonnance
de derniere volonté , donation
E ij
52 MERCURE
entre- vifs ou autrement
qu'aprés leur deceds, leurs enfans
heritiers ou autres en faveur
defquels ils en pouront difpofer,
leur puiffent fucceder , pourveu
qu'ils foient nos Regnicoles , le
tout ainsi que fi ledit Sieur
Conftance & fefdits Enfans
eftoient originaires de noftre
Royaume , fans qu'au moyen
des Ordonnances & Reglemens
faits contre les Eftrangers , il
foit donné audit fieur Conftance
& à fefdits enfans aucun empefchement
, ny que nous purffions
pretendre lefdits biens nous
appartenir par droit d'aubeine,
A
GALANT 53
>
ny autrement , en quelque forte
maniere que cefoit, les ayant
quant à ce, difpenfez & habilitez
difpenfons & habilitons,
fans que pour raifon de ce ', il
foit tenu & fefdits - enfans de
nous payer aucune Finance › ny
à nos Succeffeurs Roys , de laquelle,
à quelque fomme qu'elle
puiffe monter, nous leur avons
fait & faifons don & remife
par ces prefentes. Si donnons en
mandement à nos amez & feaux
les gens tenans notre Cour de
Parlement , Chambre des
Comptes à Paris , que ces prefentes
ils faffent regiſtrer, & du
E iij
54 MERCURE
contenu
en icelles jouir & ufer
lefdits fieur Confiance e fef
dits Enfans pleinements paifiperpetuellement
; blement
ceffant & fuifant ceffer tous
troubles & empefchemens ; Car
tel eft noftre plaifir ; Et afin que
ce foit chofe ferme & ſtable
toujours Nous avons fait mettre
noftre Scel à cefdites prefentes
. Donné à Verfailles au mois
de Février , l'an de grace mil fix
cens quatre- vingt-neuf, & de
noftre regne le quarante -fix .
Fermer
Résumé : Détail de tout ce qui s'est passé dans les nouveaux soulevemens arrivez à Siam. [titre d'après la table]
En mai de l'année précédente, le roi de Siam tomba gravement malade, ce qui permit à Opra Petrarcha, un mandarin influent, de tenter de prendre le pouvoir avec le soutien des grands, des talapoins et du peuple. Profitant de la coutume qui enferme les principaux du royaume dans le palais lors de la maladie du roi, Opra Petrarcha obtint la garde de ces mandarins avec une armée de quinze mille hommes. Monsieur Constance demanda l'aide de Monsieur des Farges, gouverneur de Bangkok, mais ce dernier refusa. Opra Petrarcha fit alors assassiner le fils adoptif du roi, Monsieur Constance et les frères du roi. Madame Constance, catholique et japonaise, fut torturée avant d'être sauvée par un officier français. Les rebelles pillèrent les biens des chrétiens. Le roi, impuissant et prisonnier, distribua de l'argent aux jésuites et mourut peu après. En décembre 1689, des conflits éclatèrent entre les Français, les Anglais et les alliés du nouveau roi de Siam. Les Français et les Anglais furent assiégés dans une forteresse à Bangkok pendant cinq mois avant de capituler. Les Français quittèrent Bangkok après avoir rendu inutilisables une partie de leurs canons. Parallèlement, M. de Bruan réussit à s'échapper après un siège à Mergui. Plusieurs officiers français furent capturés. M. des Farges envoya M. de Beauchamp en France pour informer le roi de la situation, mais celui-ci fut capturé par les Hollandais. Le roi de France envoya six vaisseaux pour rapatrier les troupes françaises. Un acte royal de février 1689 accorda des privilèges aux enfants du sieur Constance et à leurs descendants, leur permettant de s'établir en France avec les mêmes droits que les sujets originaires. Ils furent dispensés de toute finance ou taxe liée à leur statut d'étranger. L'acte ordonna aux autorités de garantir l'application perpétuelle de ces dispositions.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1566
p. 295-297
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye vient de fort / Nous sommes deux Soeurs de mesme âge, [...]
Mots clefs :
Lunettes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je
vous envoye vient de fort
bon lieu elle merite que
vous en faffiez part à vos
Amies .
;
Bb iiij
296 MERCURE
222SSS22-2222S5252
ENIGME.
N
us fommes deux Soeurs de
jamesme âge , de eg
Qui n'avons rien de different
Dans noftre ordinaire ufage ,
On nous place toûjours en lieu fort
apparent.
S
Quoy que de bien des
1.
gens yous
fecondions l'adreffe ,
En commerce amoureux cet ufage eſt
Suspects
Et malgré d'un Amant le plus profond
respect
GALANT. 297
Nous luy nuifons auprés de fa
Maiftreffe.
On nous en chaffe artiſtement ,
Comme eftant alors inutiles ;
On nous conferve affez soigneusement
,
Auffi fommes-nous bien fragiles.
Fugez fi noftrefort eft doux ;
Tels ont des Rois l'entiere confi
dence
Qui , dans le Cabinet , ne voyent:
qu'avec nous
Les fecrets de plus d'importance..
vous envoye vient de fort
bon lieu elle merite que
vous en faffiez part à vos
Amies .
;
Bb iiij
296 MERCURE
222SSS22-2222S5252
ENIGME.
N
us fommes deux Soeurs de
jamesme âge , de eg
Qui n'avons rien de different
Dans noftre ordinaire ufage ,
On nous place toûjours en lieu fort
apparent.
S
Quoy que de bien des
1.
gens yous
fecondions l'adreffe ,
En commerce amoureux cet ufage eſt
Suspects
Et malgré d'un Amant le plus profond
respect
GALANT. 297
Nous luy nuifons auprés de fa
Maiftreffe.
On nous en chaffe artiſtement ,
Comme eftant alors inutiles ;
On nous conferve affez soigneusement
,
Auffi fommes-nous bien fragiles.
Fugez fi noftrefort eft doux ;
Tels ont des Rois l'entiere confi
dence
Qui , dans le Cabinet , ne voyent:
qu'avec nous
Les fecrets de plus d'importance..
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1569
p. 315-318
ENIGME
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle dont l'Auteur cache / Il ne m'est point honteux d'estre petite, [...]
Mots clefs :
Petite vérole
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME
Je vous envoye une Enigme
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom . Elle eft affez étendue
pour faciliter à vos Amies
la connoiffance du mot qu'elle
cache.
Dd ij
316 MERCURE
12.
ENIGME
L ne m'eft point honteux d'eftre
petite ,
Fen fuis plus innocente , & moins
Suspecte ; auffi
De mejuftifier on prend peu defoucy.
Quoy qu'ordinairement on craigne
ma vifite ,
e ne fais jamais rien qui bieffe la
pudeur.
Pourtant ma compagnie eft de manvaife
odeur,
Puis qu'elle fait rougir la plus honnefte
Fille.
Jay foulagé bien plus d'une Famille
;
Et l'on ne dira pas que je ne fers de
rien,
Car,fi les uns cedent àma puiffance
GALANT.
317
Par leur trop foible refiftance ,
A d'autres bien fouventje procure du
bien.
Ma puiffance en effet est bien grande
& bien forte.
Fe feme en bien des lieux, & ce n'eft
point en vain ;
Mais l'abondance de mon grain
Defole le champ qui le porte.
Dés la premiere impreffion
Que je fais fur un coeur , on voit
que la plus Belle
Se rend à ma difcretion
Et me met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
Elle me dorlote & mitonne ,
Pour me faire au plûtoft fortir,
Parce queje la fais pâtir
Par la peine que je luy donne.
L'air me porte, & partant fi je fuis
un fardeau ,
Dd iij
318 MERCURE
Ileft leger, puis que l'air le voiture
Je n'ay jamais appris ny Deffein , ny
Peinture >
Et ne fais vanité de crayon ny pinceau
,
Je me diftingue affez par la Graveure.
nouvelle dont l'Auteur cache
fon nom . Elle eft affez étendue
pour faciliter à vos Amies
la connoiffance du mot qu'elle
cache.
Dd ij
316 MERCURE
12.
ENIGME
L ne m'eft point honteux d'eftre
petite ,
Fen fuis plus innocente , & moins
Suspecte ; auffi
De mejuftifier on prend peu defoucy.
Quoy qu'ordinairement on craigne
ma vifite ,
e ne fais jamais rien qui bieffe la
pudeur.
Pourtant ma compagnie eft de manvaife
odeur,
Puis qu'elle fait rougir la plus honnefte
Fille.
Jay foulagé bien plus d'une Famille
;
Et l'on ne dira pas que je ne fers de
rien,
Car,fi les uns cedent àma puiffance
GALANT.
317
Par leur trop foible refiftance ,
A d'autres bien fouventje procure du
bien.
Ma puiffance en effet est bien grande
& bien forte.
Fe feme en bien des lieux, & ce n'eft
point en vain ;
Mais l'abondance de mon grain
Defole le champ qui le porte.
Dés la premiere impreffion
Que je fais fur un coeur , on voit
que la plus Belle
Se rend à ma difcretion
Et me met au lit avec elle,
Toujours avec émotion.
Elle me dorlote & mitonne ,
Pour me faire au plûtoft fortir,
Parce queje la fais pâtir
Par la peine que je luy donne.
L'air me porte, & partant fi je fuis
un fardeau ,
Dd iij
318 MERCURE
Ileft leger, puis que l'air le voiture
Je n'ay jamais appris ny Deffein , ny
Peinture >
Et ne fais vanité de crayon ny pinceau
,
Je me diftingue affez par la Graveure.
Fermer
1573
p. 287-288
ENIGME.
Début :
Bien que d'abord je frape sans parler, [...]
Mots clefs :
Marteau d'une porte
1574
p. 282-284
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle qui merite bien l'application / Ie ne vois jamais rien, cependant jour & nuit [...]
Mots clefs :
Coq d'un clocher
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enig
me nouvelle qui merite bien
l'application de vos Amies.
52525552-222252255
ENIGME.
E ne vois jamais rien , cependant
jour&nuit
I ne
Je fuis au guet, fans craindre vent
ny pluye ;
Quoy qu'on dife de moy , fort peu
je m'en foucie ;
Carje fuis au deus du bruit.
S
Si le rangque je tiens peut donner
de l'envie ,
Du moins j'ofe bien me vanter
GALANT. 283
Que l'homme le plus fierjamais par
jalousie
N'entreprendra de me le contefter.
$
Je fuis toujours fi bien en garde,
Que ce n'est qu'en tremblant qu'on
ofe m'approcher,
Et le plus refolu , fans vouloir me
toucher
Seulement de loin me regarde.
20
Mon corps , quoy que fort gros , Se
remue aifément ;
Toujours fobre, jamais je ne fais de
débauche s
Auffi je fais alaigrement bet
Le demy tour à droit , le demy tour
à gauche.
S
Aux endroits les plus frequente
A a ij
284 MERCURE
On me voit à Paris tourner de tous
coftez,
Sans craindre , comme font les Coquets
& Coquettes ,
Ny les crottes , ny les charettes.
S
De mon pofte jamais je ne fuis en
nuyé ;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
faffe,
Je conferve toujours ma place,
Et refte fur un mefme pied.
me nouvelle qui merite bien
l'application de vos Amies.
52525552-222252255
ENIGME.
E ne vois jamais rien , cependant
jour&nuit
I ne
Je fuis au guet, fans craindre vent
ny pluye ;
Quoy qu'on dife de moy , fort peu
je m'en foucie ;
Carje fuis au deus du bruit.
S
Si le rangque je tiens peut donner
de l'envie ,
Du moins j'ofe bien me vanter
GALANT. 283
Que l'homme le plus fierjamais par
jalousie
N'entreprendra de me le contefter.
$
Je fuis toujours fi bien en garde,
Que ce n'est qu'en tremblant qu'on
ofe m'approcher,
Et le plus refolu , fans vouloir me
toucher
Seulement de loin me regarde.
20
Mon corps , quoy que fort gros , Se
remue aifément ;
Toujours fobre, jamais je ne fais de
débauche s
Auffi je fais alaigrement bet
Le demy tour à droit , le demy tour
à gauche.
S
Aux endroits les plus frequente
A a ij
284 MERCURE
On me voit à Paris tourner de tous
coftez,
Sans craindre , comme font les Coquets
& Coquettes ,
Ny les crottes , ny les charettes.
S
De mon pofte jamais je ne fuis en
nuyé ;
C'est pourquoy, quelque temps qu'il
faffe,
Je conferve toujours ma place,
Et refte fur un mefme pied.
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1575
p. 330-331
ENIGME.
Début :
Je vous envoye une Enigme nouvelle, qui ne vous donnera / Qui que tu sois qui crois calculer bien, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Je vous envoye une Enigme
nouvelle , qui ne vous donnera
que la peine de bien calculer
pour en découvrir le
fens.
GALANT. 331
$2525552 :222252255
ENIGME.
Vi que tu fois qui crois calculer
bien ,
J'entreprens aujourd'huy de te faire
la nique ,
Est'apprendre une Arithmetique,
Où le Diable ne connoift rien.
2
Sans rien ajoûter ny rabattre,
Quatre fois trois font vingt, comme
quinze font fix ;
De mefme trente -fept font dix;
Cependant tout ne fait que quatre.
nouvelle , qui ne vous donnera
que la peine de bien calculer
pour en découvrir le
fens.
GALANT. 331
$2525552 :222252255
ENIGME.
Vi que tu fois qui crois calculer
bien ,
J'entreprens aujourd'huy de te faire
la nique ,
Est'apprendre une Arithmetique,
Où le Diable ne connoift rien.
2
Sans rien ajoûter ny rabattre,
Quatre fois trois font vingt, comme
quinze font fix ;
De mefme trente -fept font dix;
Cependant tout ne fait que quatre.
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1579
p. 91-128
Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
Début :
Le Samedy 5. de ce mois, Mr de Fontenelle fut receu à [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Académie française, Corneille, Éloge, Anciens, Modernes, Louis, Discours, Charpentier, Harangue, Lecture, Académie d'Arles, Académie des Ricovrati de Padoue, Madame Deshoulières, Abbé de Lavau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
e Samedy.5. de ce mois
M' de Fontenelle fut receu à
l'Academie Françoife, & s'attira de grands applaudiffemens par le remerciement
qu'il y fit . Il dit d'abord
fi jamais il avoir efté capable
de fe laiffer furprendre aux
douces illufions de la vanité,
il n'auroit pû s'en défendre
dans l'occafion cù il fe trouvoit, s'il n'avoit confideré
qu'on avoit bien voulu luy
faire un merite de ce qu'il
avoit prouvé par fa conduite
qu'il fçavoit parfaitement le
prix du bienfait qu'il recevoir.
Hij
92 MERCURE
Il ajoûta qu'il ne pouvoit
d'ailleurs fe cacher qu'il devoit l'honneur qu'on luy avoit fait de l'admettre dans
un fi celebre Corps , au bonheur de fa naiTance qui le
faifoit tenir à un Nom qu'un
illuftre Mort avoit ennobly,
& qui eftoit demeuré en veneration dans la Compagnie.
Tout le monde connut bien
qu'il vouloit parler du grand
Corneille, donr il fit l'Eloge
en peu de mots , auffi bien
que de M' de Villayer, Doyen
du Confeil d'Etat , auquel il a
fuccedé dans la place qu'il
GALANT. 93
avoit laiffée vacante. Il paffa
de là au grand fpectacle qui
devoit le plus intereffer toute
l'Affemblée , & parla de la
conquefte de Mons , d'une
maniere fi vive , fi fine , & fi
éloquente , qu'on peut affurer
que dans tout ce qu'il en dit
il y avoit prefque autant de
penfées que de paroles. Son
tile fut ferré & plein de
force , & aprés que la
peinture qu'il fit de la prife
de cette importante Place ,
cut fait paroistre tout ce qu'-
elle avoit de furprenant , il
n'eut pas de peine à fe faire
94 MERCURE
croire lors qu'il ajoûta, que fi
le grand Cardinal de Richelieu , à qui l'Academie Françoife devoit le bonheur de
fon établiffement, & qui avoit
commencé à travailler avec
de fi grands fuccés à la grandeur de la France , revenoit
au monde , il auroit peine à
s'imaginer que LOUIS LE
GRAND cult pû l'élever
à un fi haut degré de gloire.
C'eftoit à M' l'Abbé Teftu,
commeDirecteur de la Compagnie , à répondre à ce Difcours , mais fon peu de fanté
ne luy permettant alors au-
GALANT. 95
cune application , M' de Corneille qui en eftoit Chancelier , fut obligé de parler au
lieu de luy , ce qui caufoit
quelque curiofité parmyceux
quicompofoient l'Affemblée,
puis qu'eftant Oncle de M'de
Fontenelle , la bien . feance
vouloit qu'il cherchaft un
tour particulier pour fe difpenfer de luy donner des
louanges. Comme l'amitié
qui eft entre nous me défend
de vous rien dire à fon avantage , je me contenteray de
vous faire part de fa réponſe,
telle qu'il l'a prononcée ,
96 MERCURE
ainfi vous en allez juger par
yous mefme. Voicy les termes dontil fe fervit.
MONSONSIEUR,
Nousfommes traitez vous &
moy bien differemment dans le
mefme jour. L'Academie a be
foin d'un digne Sujet pour remplirle nombre qui luy eft prefcrit
par fes Statuts. Pleine de difcernement , n'ayant en veuë que
le feul merite, & dans l'entiere liberté de fes fuffrages , elle
vous choisit pour vous donner ,
non feulement une place dans
Son
GALANT.
97
fonCorps , mais celle d'un Magistrat éclairé , qui dans une noble
concurrence ayant eu l'honneur
d'etre declaré Doyen du Confeil
d'Estat par le jugement meſme
de Sa Majefté, faifoit fon plus
grand plaifir de fe dérober à ſes
importantes fonctions , pour nous
venir quelquefois faire part de
fes lumieres ; que pouvoit- il arriver de plus glorieux pour vous?
Dans le mefme temps , cette
mefme Academie change d'Officiers ,felon fa coutume. Le Sort
qui décide de leur choix, n'auroit
pu qu'eftre applaudy, s'il l'euft
fait tomber fur tout autre que
May 1691.
I
98 MERCURE
fur moy, & quoy qu'incapable
de foutenir le poids qu'il impofe,.
c'eft moy qui le dois porter. Il eft
vray qu'il a fait voir fa justice
par l'illuftre Directeur qu'il nous
a donné. La joye que chacun de
nous en fit paroiftre, luy marqua
affez que le hazard n'avoitfait .
s'accommoder ànos fouhaits,
je n'enfçaurois douter , vous
ne le pustes apprendre fans vous.
fentir auffi - toft flatéde ce qui auroit faifi le cœur le plus détachés
de l'amour propre. La qualité des
Chefde la Compagnie l'engageant
dans la place qu'il occupe , à vous
repondre pour Elle , il vous auroit
que
P
GALANT. 99
esté doux qu'un homme, dont l'éloquence s'eftfait admirer en tant
d'actions publiques, vous eustfait
connoiftre fur quels fentimens.
d'eftime pour vous l'Academie
s'eft determinée à fe declarer en
vostrefaveur.
Son peu defanté l'ayant obligé de s'en repofer fur moy, vous
prive de cette gloire , & quand
le défir de repondre dignement à
l'honneur quej'ay de portericy!
parole à fondefaut , pourroit n'animer affez pour me donner la
force d'efprit qui meferoit neceffaire dans un fi glorieux pofte, ce
que je vous fuis me fermant la
I ij
100 MERCURE
bouche fur toutes les choſes qui
feroient trop à votre avantage ,
vous ne devez attendre de moy
qu'un épanchement de cœur qui
vousfaffe voir la part que je
prens au bonheur qui vous arrive , des fentimens & non des
lou
inges.
M'abandonnerai
-je à ce
qu'ils
m'inſpirent
? La
proximité
du
Sang
, la
tendre
amitié
quej'ay
pour
vous
, lafuperiorité
que me
"donne
l'âge
,toutfemble
me lepermettre
, vous
le devez
fouffrir
,
j'iray
jufques
à vous
donner
des
confeils
. Au lieu
de vous
dire que
celuy
qui afi bienfait
parler
les
GALANT. ΙΟΙ
Morts n'eftoit pas indigne d'entrer en commerce avec d'illuftres
Vivans ; au lieu de vous applau
dirfur cet agréable arrangemens
de differens Mondes dont vous
nous avez offert le spectacle ,
furcet Art fidifficile , & qu'ilme
paroift que le Public trouve en
vous fi- naturel , de donner de
l'agrément aux matieres les plus
feches , je vous diray que quelque
gloire que vous ayent acquife dés
vos plus jeunes années les talens
qui vous diftinguent, vous devez
les regarder, non pas comme des
dons affez forts de la nature pour
vous faire atteindre , fans autre
Í iij
102 MERCURE
a
fecours que de vous mefme , à la
perfection du merite que je vous
fouhaite ; mais comme d'heureufes difpofitions qui vous y peuvent conduire. Cherchez avec
fin pour y parvenir les lumieres
qui vous manquentile choix qu'on
fait de vous vous met en eftat
de lespuifer dans leur fource.
En effet , rien ne vous les peut
fournir fi abondamment que les
Conferences d'une Compagnie ,
oùfi vous m'en exceptez , vous
ne trouverez que de ces Genies
fublimes à qui l'immortalité eſt
deue. Tout ce qu'on peut acquerir de connoiffances utiles par les
1
GALANT. · 103
aura
belles Lettres , l'Eloquence , la
Poëfie , l'Art de bien traiter
l'Histoire , ils le poffedent dans
le degré le plus éminent › &
quand un peu de pratique vous
facilité les moyens de connoistre a fond tout le merite de
- ces celebres Modernes , peut eftre
ferez- vous autorisé , je ne dis pas
à les préferer , mais à ne les pas
trouver indignes d'eftre comparez
aux Anciens. Ce n'est pas que
toutejufte que cette loüange puiffe
eſtre pour eux, ils ne la regardent
comme une loüange qui ne leur
Sçauroit appartenir. Ils ne l'écoutent qu'avec repugnance , &la
I iiij
104 MERCURE
veneration qui eft deue à ceux
qui nous ont tracé la voye dans
le chemin de l'esprit , s'il m'eſt
permis de me fervir de ces termes, prévaut en eux contre euxmefmes , enfaveur de ces grands
Hommes, dont les excellens Ouvrages toûjours admire de toutes les Nations, ont paffejuſques
à nous malgré un nombre infiny
d'années, comme des Originaux
qu'on ne peut trop eftimer. Mais
pourquoy nous fera-t- il défendu
de croire que dans les Arts &
dans les Sciences les Modernes
puiffent aller auffi- loin , &mêplus loin que les Anciens , puis
GALANT. 105
qu'il eft certain , en matiere de
Heros , que toute l'Antiquité,
cette Antiquitéfi venerable, n'a
l'on puiffe comparer à
rien que
celuy de noftre Siecle?
Quel amas de gloirefe prefente
à vous, Meffieurs , à la fimple,
idée que je vous en donne !
Nentrons point dans cette foule
d'actions brillantes dont l'éclat
trop vifnepeut que nous ébloüir.
N'examinons point tous ces furprenans prodiges dont chaque
année de fon regne fe trouve
marquée. Les Cefars , les Ale
xandres ont befoin que l'on
rap
pelle tout ce qu'ils ont fait pen-
106 MERCURE
"
dant leur vie pour paroiftre di
gnes de leur reputation , mais il
n'en est pas de mefme de Louis
le Grand. Quand nous pourrions
oublier cette longue fuite d'évenemens merveilleux qui font
l'effet d'une intelligence incomprehenfible, l'Hertfie détruite ,
la protection qu'il donne feul
aux Rois opprimez , trois Ba
tailles gagnées encore depuis
peu dans une mefme Campagne,
il nous fuffiroit de regarder ce
qu'il vient defaire, pour demeurer convaincus qu'il est le plus
grand de tous les hommes.
Seur des conqueftes qu'il vou-
GALANT. 107
› y renonce pour dra tenter il
donner la paix à toute l'Europe.
L'Envie en fremit ; la Faloufie
qui faifit de redoutables Puiffances ne peut fouffrir le triomphe que luy affure une fi haute
vertu. Sa grandeur les bleffe , il
faut l'affaiblir. Un nombre infiny de Princes qui ne poffedent
encore leurs Etats queparce qu'il
dédaigné de les attaquer , ofent
oublier ce qu'ils luy doivent pour
entrer dans une Ligue, où ils s'imaginent que leursforces jointes
feront en eftat d'ébranler une
Puiffance qui a jufque là refifte
à tout. Que les Ennemis de la
a
108 MERCURE
Chreftienté fe refaififfent de tour
un Royaume qu'ils n'ont perdu
que par cette Paix, qui a donné
lieu aux avantages qu'on a remportez fur eux, n'importe,il n'y a
rien qui ne foit à préferer au chagrin infupportable de voir le Roy
jouir de fa gloire.LesAlliezfe refolvent àprendre les armes des
Princes Catholiques , l'Espagne
mefme que fa fevere Inquifition
rend fi renommée furfon exactitude à punir les moindres fautes
qui puiffent bleffer la Religion ,
ne font point difficulté de renouveller la guerre,pour appuyer les
deffeins d'un Princesà qui toutes
1
GALANT.
109
les Religions paroiffent indiffe
rentes , pourveu qu'il nuife à la
veritable ; d'un Prince qui pour
fe placer au Trône ofe violer les
plusfaintes loix de la nature, &
qui ne s'eft rendu redoutable qu'à
cauſe qu'il a trouvé autant d'a¬
veuglement dans ceux qui l'élevent, qu'il a d'injuſtice dans tous
les projets qu'il forme.
Voyons les fruits de cette
union ; des pertes continuelles.
tous les jours des malheurs à
craindre plus grands que ceux
qu'ils ont déja éprouvez. Il faut
pourtant faire un dernier effort ,
pour arteter les gemiffemens des
Peuples, à qui de dures exactions.
110 MERCURE
"
font ouvrir les yeux fur leur efclavage. Onmarque le temps
le lieu d'une Affemblée. Des
Souverains , que la grandeur de
leur caractere devroit retenir › y
viennent de toutes parts rendre
dehonteux hommages à ce témeraire Ambitieux, que le crime a
couronné, & qui n'est au deffus
d'eux, qu'autant qu'ils ont bien
voulu by mettre. Il les entre
tient d'efperances chimeriques.
Leur formidable puiffance ne
trouvera rien qui luy puiffe refifter. S'ils l'en ofent croire, le Roy
qui veut demeurer tranquille
ne fe fait plus un plaifir d'aller
GALANT. III
animerfes Armées parfa prefen-·
ce; & dès que le tempsfera venu
d'entrer en campagne , ils font
affure de nous accabler.
Il est vray que le Roy garde
beaucoup de tranquillité ; mais
qu'ils ne s'y trompent pas. Son
repos eft agiffant , fon calme l'emporte fur toute l'inquietude de
leur vigilance , & la regle des
faifons n'eft point une regle pour
ce qu'il luy plaift de faire. Nos
Ennemis confument le temps
examiner ce qu'ils doivent entreprendre , Louis eft preft
à
d'executer. Il n'a point fait de
menaces mais fes ordres font
112 MERCURE
donnez ; il part , Mons eft inwesty , fes plus forts remparts
ne peuvent tenir enfa prefence,
&en peu de jours fa prife nous
delivre des alarmes où il nous
jettoit en s'expofant. Que de
glorieufes circonstances relevent
cette conqueste! C'est peu qu'elle
foit rapide , c'est peu qu'elle ne
nous coute aucune, perte qu'on
puiffe trouverconfiderable. Ellefe
fait auxyeux mefmes de ce Chef
de tant de Ligues , qui avoitjuré
la ruine de la France. Il devoit
venir nous attaquer , on va au
devant de luy, & il ne sçauroit
défendre laplus importante Place
GALANT. 113
qu'on pouvoit êter à fes Alliez.
S'il ofe approcher, c'est feulement pour voir de plusprés l'heureux triomphedefon augufte Ennemy.
Nos avantages ne font pas
moins grands du cofté de
l'Italie . Une des Places qui
vient d'y efire conquife , avoit
bravé, il y a cent cinquante ans,
les efforts de deux Ármées , &
dés la premiere attaque de nos
Troupes elle est contrainte de capituler. Gloire par tout pour le
Roy !
Confufion par tout pourfes
Ennemis ! Ils fe retirent tout
couverts de honte ; le Royrevient
May 1691.
K
114 MERCURE
couronné par la Victoire , & lå
Campagne s'ouvrira dansfafaifon. Quelles merveilles n'avonsnous pas lieu de croire qu'elle produira , quand nous voyons celles
qui l'ont precedée.
Voilà, Meffieurs, une brillante
matiere pour employer vos rares
talens. Vous avez une occafion
bien avantageuse de les faire
voirdans toute leurforce , fipourtant il vous eft poffible de trouver
des expreffions qui répondent à la
grandeur du Sujet. Quelques
foins que nous prenions de chercher l'ufage de tous les mots de la
"Langue , nous ne sçaurions nous
GALANT.
cacher que les Actions du Roy
font au deffus de toutes fortes de
termes. Nous croyons les grandes
chofes qu'il afaites, parce que nos
yeux en ont efte les témoins, mais
fur le rapport que nous en ferons,
quoy qu'imparfait , quoy quefoible, quoy qu'infiniment au deffous
de ce que nous voudrons dire ,
pofterite ne les croira pas.
la
Vous nous aidere de vos lumieres , vous , Monfieur, que
l'Academie reçoit en focieté pour
le travail qu'elle a entrepris. Elle
pense avec plaifir que vous luy
ferez utile ; je luy ay répondu
de voftre zele , & j'espere que
Kij
116 MERCURE
vosfoins àdégagermaparole luy
feront connoistre qu'elle ne s'eft
point trompée dans fon choix.
de
Ces deux Difcours ayantefté
prononcez , M' Charpentier,
Doyen, prit la parole , & dit
que devant avoir l'honneur
complimenter le Royfur
fes nouvelles conqueftes.comme le plus ancien de la Com、
pagnie , fi la modeftie de Sa
Majefté ne luy cuſt
refuſer toutes fortes de Harangues , il alloit lire ce qu'il
avoit préparé pour s'acquitter
d'un devoir fi glorieux. Vous
pas fait
GALANT. 117
connoiffez la beauté de fon
genic & fa profonde érudition, & il vous eft aifé de
"
juger par là des graces qu'il
donne à tout ce qui part de
luy. Aprés qu'il eut lû cette
harangue , il dit que le refte
de la Seance ayant à eftre employé , felon la coutume, à
la lecture des Ouvrages de
ceux de la Compagnie qui en
voudroient faire part à l'Af
femblée , il croyoit qu'on ne
-feroit pas faché d'entendreune Epiftre de l'illuftre Madame des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgo-
118 MERCURE
gne , fur les Conqueftes du
Roy, puis qu'outre un merite
tout particulier qui diftinguoit cette Dame , elle avoit
l'avantage d'eftre affociée à
l'Academie d'Arles , & à celle
dè i Ricourati de Padouë , &
qu'ainfi ce feroit une digne
Academicienne qui paroiftroit parmy des Academiciens. La propofition fut receue avec applaudiffement, &
l'Epiftre de Madame des Houlieres fut donnée à M' l'Abbé de Lavau , qui avoit déja
entre les mains quelques Ougraves qu'il avoit bien voulu
GALANT. 11g
fe charger de lire. Avant que
de commencer il dit qu'il
auroit bien voulu contribuer
à la folemnité de cette journée , enfaisant quelque autre
chofe que de lire les Ouvrages des autres, mais qu'il n'ctoit
pas aifé de bien parler
de ce qui
faifoit
l'éronnement
de l'Europe
; que
les productions
de tant
de rares
genies
qui
avoient
paru
jufque
- là ,
loin
de frayer
le chemin
, le
faifoient
paroiftre
plus
difficile
, &
que
mefme
il le paroiffoit
encore
davantage
aprés
les Difcours
qu'on
venoit
Ï20 MERCURE
d'entendre , fur tout celuy de
M' de Fontenelle , qui avoit
parlé de l'Augufte Protecteur
de la Compagnie , d'une maniere qui faifoit connoiſtre
qu'il eftoit déja parfaitement
inftruit des devoirs d'un Academicien, & qui donnoit de
grandes idées de ce qu'il fçauroit faire àl'avenir ; que fi fes
Ouvrages eftoient pleins d'un
agrément qui montroit la dé.
licateffe de fon efprit , il avoit
de grands exemples dans fa
Famille , & qu'il venoit de
leur renouveller la memoire
du grand Corneille , fon Oncle,
GALANT. ` 121
cle, un des principaux orne?
mens du fiecle & de l'Academie Françoiſe , generalement
eftimé & honoré de toutes
les Nations où il fe trouve des
gens qui aiment les Lettres.
Il pourfuivit en difant , que
fi cet excellent homme ne
nous manquoit pas , il auroit
bien fceu faire påffer à la pofterité noftre incomparable
Monarque, finon tel qu'il eft,
au moins tel qu'il eft permis aux hommes de le concevoir ; que nous en avions
de feurs garants dans les Heros des ficcles paffez , qu'il a
May1691.
L
122 MERCURE
fait revivre d'une maniere fi
glorieufe pour l'Antiquité,
& qu'il femble n'avoir rame.
nez juſques à nous avec tour
leur éclat , que pour faire pa
roistre encore davantage la
gloire de fon Souverain. Mr
Abbéde Lavau dit encore ,
qu'il auroit cu à parler des
prifes de Mons , de Villefranche & de Nice, mais que
connoiffant par experience
combien il eftoit. difficile
d'en parler d'une maniere qui
convint à de fi grandes conqueftes , il croyoit devoit fe
retrancher à ce qu'il avoit en-
GALANT. 123
tendu dire à un des plus
grands Prelats du monde, que
nos voix en devoient eftre étoufees, qu'elles eftoient trop foibles,
qu'ilfalloit laiffer agir nos cœurs
& noftre joye , & lever les
mains au Ciel pour le remercier
de tant de prodiges. Ce qu'il
ajoûta , que la reputation de
ce Prelar n'avoit point de bornes, & qu'on ne pouvoit le
connoiftre fans avouer qu'il
eftoit impoffible d'occuper
plus dignement le premier
rang dans l'Eglife de France,
c'est à dire , le fecond de l'Eglife Univerſelle, fit nommer
7
Lij
124 MERCURE
à tout le monde Mr l'Archevefque de Paris. Il finit en difant que puis qu'un fi grand
homne, quia fceu fi fouvent
& fi excellemment parler de
fon Maistre & des évenemens
de fon Regne , faifoit entendre qu'en cette derniere occafion , le party du filence
eftoit à fuivre, &qu'il falloit
s'abandonner à la joye , fouvent plus éloquente que les
paroles , c'eftoit à luy plus
qu'à un autre de fe conformer à ce confeil ; qu'il falloit
attendre que le Ciel , à qui
l'on ne pouvoit douter que
GALANT. 125
Louis le Grand ne fuft précieux, donnaft de ces hommes
merveilleux, dont il luy plaift
quelquefois d'enrichir les ficcles , qui fçauroient peindre
ce grand évenement auffi
grand qu'il l'eft , & recueillir
tout ce que fait & dit ce Roy
invincible , pour l'apprendre
à nos Neveux d'une maniere
qui puft les perfuader , Ouvrage qui n'appartenoit pas
des hommes ordinaires , &
d'autant plus difficile , que
depuis plufieurs années nous
voyons des prodiges fe fuccéder continuellement les uns
à
Liij
126 MERCURE
aux autres. Si nous ne les
des exemcroyons qu'avec peine , continua- t-il , quoy que nous en
foyons convaincus , que feront
ceux qui verront un jour tout
d'un coup tant de merveilles
dans toute leur étenduë, fans y
avoir efté preparez par
plés qui auroient pú les difpofer
à croine ce que la valeur, la
juftice , la clemence , la bonté, la
magnificence , la fageffe ,
gloire enfin , & plus que tout
cela la Religion font executer
chaque jourà Louis, leplusgrand
des Rois.
Aprés que M de Lavau
GALANT. 127
une
eut parlé de cette forte , il
leut un Ouvrage de M' Boyer
fur la prise de Mons ,
Lettre familiere en Vers de
M' Perrault, adreffée à M' le
Prefident Rofe , fur les alarmesoù l'on eftoit à Paris de
ce que le Roy s'expoſoit tous
les jours pendant le Siege , &
l'Epitre auffi en Vers de Madáme des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgogne. M' le Clerc leut enfuite
une Ode , qui eftoit la Paraphrafe d'un Pleaume fur cette
mefme conquefte , & M' de
Benferade finit la feance par
Lij
128 MERCURE
3
une Piece toute en quadrains,
dont chaque dernier Vers ,
qui eftoit feulement de quatre fillabes , faifoit une cheute tres- agreable. Je ne vous
dis rien de la beauté de tous
ces Ouvrages, puis que vous
pourrez les lire bien- toft dans
un recueil qne doit debiter
au premier jour le S Coi
gnard , Libraire de l'Academic.
M' de Fontenelle fut receu à
l'Academie Françoife, & s'attira de grands applaudiffemens par le remerciement
qu'il y fit . Il dit d'abord
fi jamais il avoir efté capable
de fe laiffer furprendre aux
douces illufions de la vanité,
il n'auroit pû s'en défendre
dans l'occafion cù il fe trouvoit, s'il n'avoit confideré
qu'on avoit bien voulu luy
faire un merite de ce qu'il
avoit prouvé par fa conduite
qu'il fçavoit parfaitement le
prix du bienfait qu'il recevoir.
Hij
92 MERCURE
Il ajoûta qu'il ne pouvoit
d'ailleurs fe cacher qu'il devoit l'honneur qu'on luy avoit fait de l'admettre dans
un fi celebre Corps , au bonheur de fa naiTance qui le
faifoit tenir à un Nom qu'un
illuftre Mort avoit ennobly,
& qui eftoit demeuré en veneration dans la Compagnie.
Tout le monde connut bien
qu'il vouloit parler du grand
Corneille, donr il fit l'Eloge
en peu de mots , auffi bien
que de M' de Villayer, Doyen
du Confeil d'Etat , auquel il a
fuccedé dans la place qu'il
GALANT. 93
avoit laiffée vacante. Il paffa
de là au grand fpectacle qui
devoit le plus intereffer toute
l'Affemblée , & parla de la
conquefte de Mons , d'une
maniere fi vive , fi fine , & fi
éloquente , qu'on peut affurer
que dans tout ce qu'il en dit
il y avoit prefque autant de
penfées que de paroles. Son
tile fut ferré & plein de
force , & aprés que la
peinture qu'il fit de la prife
de cette importante Place ,
cut fait paroistre tout ce qu'-
elle avoit de furprenant , il
n'eut pas de peine à fe faire
94 MERCURE
croire lors qu'il ajoûta, que fi
le grand Cardinal de Richelieu , à qui l'Academie Françoife devoit le bonheur de
fon établiffement, & qui avoit
commencé à travailler avec
de fi grands fuccés à la grandeur de la France , revenoit
au monde , il auroit peine à
s'imaginer que LOUIS LE
GRAND cult pû l'élever
à un fi haut degré de gloire.
C'eftoit à M' l'Abbé Teftu,
commeDirecteur de la Compagnie , à répondre à ce Difcours , mais fon peu de fanté
ne luy permettant alors au-
GALANT. 95
cune application , M' de Corneille qui en eftoit Chancelier , fut obligé de parler au
lieu de luy , ce qui caufoit
quelque curiofité parmyceux
quicompofoient l'Affemblée,
puis qu'eftant Oncle de M'de
Fontenelle , la bien . feance
vouloit qu'il cherchaft un
tour particulier pour fe difpenfer de luy donner des
louanges. Comme l'amitié
qui eft entre nous me défend
de vous rien dire à fon avantage , je me contenteray de
vous faire part de fa réponſe,
telle qu'il l'a prononcée ,
96 MERCURE
ainfi vous en allez juger par
yous mefme. Voicy les termes dontil fe fervit.
MONSONSIEUR,
Nousfommes traitez vous &
moy bien differemment dans le
mefme jour. L'Academie a be
foin d'un digne Sujet pour remplirle nombre qui luy eft prefcrit
par fes Statuts. Pleine de difcernement , n'ayant en veuë que
le feul merite, & dans l'entiere liberté de fes fuffrages , elle
vous choisit pour vous donner ,
non feulement une place dans
Son
GALANT.
97
fonCorps , mais celle d'un Magistrat éclairé , qui dans une noble
concurrence ayant eu l'honneur
d'etre declaré Doyen du Confeil
d'Estat par le jugement meſme
de Sa Majefté, faifoit fon plus
grand plaifir de fe dérober à ſes
importantes fonctions , pour nous
venir quelquefois faire part de
fes lumieres ; que pouvoit- il arriver de plus glorieux pour vous?
Dans le mefme temps , cette
mefme Academie change d'Officiers ,felon fa coutume. Le Sort
qui décide de leur choix, n'auroit
pu qu'eftre applaudy, s'il l'euft
fait tomber fur tout autre que
May 1691.
I
98 MERCURE
fur moy, & quoy qu'incapable
de foutenir le poids qu'il impofe,.
c'eft moy qui le dois porter. Il eft
vray qu'il a fait voir fa justice
par l'illuftre Directeur qu'il nous
a donné. La joye que chacun de
nous en fit paroiftre, luy marqua
affez que le hazard n'avoitfait .
s'accommoder ànos fouhaits,
je n'enfçaurois douter , vous
ne le pustes apprendre fans vous.
fentir auffi - toft flatéde ce qui auroit faifi le cœur le plus détachés
de l'amour propre. La qualité des
Chefde la Compagnie l'engageant
dans la place qu'il occupe , à vous
repondre pour Elle , il vous auroit
que
P
GALANT. 99
esté doux qu'un homme, dont l'éloquence s'eftfait admirer en tant
d'actions publiques, vous eustfait
connoiftre fur quels fentimens.
d'eftime pour vous l'Academie
s'eft determinée à fe declarer en
vostrefaveur.
Son peu defanté l'ayant obligé de s'en repofer fur moy, vous
prive de cette gloire , & quand
le défir de repondre dignement à
l'honneur quej'ay de portericy!
parole à fondefaut , pourroit n'animer affez pour me donner la
force d'efprit qui meferoit neceffaire dans un fi glorieux pofte, ce
que je vous fuis me fermant la
I ij
100 MERCURE
bouche fur toutes les choſes qui
feroient trop à votre avantage ,
vous ne devez attendre de moy
qu'un épanchement de cœur qui
vousfaffe voir la part que je
prens au bonheur qui vous arrive , des fentimens & non des
lou
inges.
M'abandonnerai
-je à ce
qu'ils
m'inſpirent
? La
proximité
du
Sang
, la
tendre
amitié
quej'ay
pour
vous
, lafuperiorité
que me
"donne
l'âge
,toutfemble
me lepermettre
, vous
le devez
fouffrir
,
j'iray
jufques
à vous
donner
des
confeils
. Au lieu
de vous
dire que
celuy
qui afi bienfait
parler
les
GALANT. ΙΟΙ
Morts n'eftoit pas indigne d'entrer en commerce avec d'illuftres
Vivans ; au lieu de vous applau
dirfur cet agréable arrangemens
de differens Mondes dont vous
nous avez offert le spectacle ,
furcet Art fidifficile , & qu'ilme
paroift que le Public trouve en
vous fi- naturel , de donner de
l'agrément aux matieres les plus
feches , je vous diray que quelque
gloire que vous ayent acquife dés
vos plus jeunes années les talens
qui vous diftinguent, vous devez
les regarder, non pas comme des
dons affez forts de la nature pour
vous faire atteindre , fans autre
Í iij
102 MERCURE
a
fecours que de vous mefme , à la
perfection du merite que je vous
fouhaite ; mais comme d'heureufes difpofitions qui vous y peuvent conduire. Cherchez avec
fin pour y parvenir les lumieres
qui vous manquentile choix qu'on
fait de vous vous met en eftat
de lespuifer dans leur fource.
En effet , rien ne vous les peut
fournir fi abondamment que les
Conferences d'une Compagnie ,
oùfi vous m'en exceptez , vous
ne trouverez que de ces Genies
fublimes à qui l'immortalité eſt
deue. Tout ce qu'on peut acquerir de connoiffances utiles par les
1
GALANT. · 103
aura
belles Lettres , l'Eloquence , la
Poëfie , l'Art de bien traiter
l'Histoire , ils le poffedent dans
le degré le plus éminent › &
quand un peu de pratique vous
facilité les moyens de connoistre a fond tout le merite de
- ces celebres Modernes , peut eftre
ferez- vous autorisé , je ne dis pas
à les préferer , mais à ne les pas
trouver indignes d'eftre comparez
aux Anciens. Ce n'est pas que
toutejufte que cette loüange puiffe
eſtre pour eux, ils ne la regardent
comme une loüange qui ne leur
Sçauroit appartenir. Ils ne l'écoutent qu'avec repugnance , &la
I iiij
104 MERCURE
veneration qui eft deue à ceux
qui nous ont tracé la voye dans
le chemin de l'esprit , s'il m'eſt
permis de me fervir de ces termes, prévaut en eux contre euxmefmes , enfaveur de ces grands
Hommes, dont les excellens Ouvrages toûjours admire de toutes les Nations, ont paffejuſques
à nous malgré un nombre infiny
d'années, comme des Originaux
qu'on ne peut trop eftimer. Mais
pourquoy nous fera-t- il défendu
de croire que dans les Arts &
dans les Sciences les Modernes
puiffent aller auffi- loin , &mêplus loin que les Anciens , puis
GALANT. 105
qu'il eft certain , en matiere de
Heros , que toute l'Antiquité,
cette Antiquitéfi venerable, n'a
l'on puiffe comparer à
rien que
celuy de noftre Siecle?
Quel amas de gloirefe prefente
à vous, Meffieurs , à la fimple,
idée que je vous en donne !
Nentrons point dans cette foule
d'actions brillantes dont l'éclat
trop vifnepeut que nous ébloüir.
N'examinons point tous ces furprenans prodiges dont chaque
année de fon regne fe trouve
marquée. Les Cefars , les Ale
xandres ont befoin que l'on
rap
pelle tout ce qu'ils ont fait pen-
106 MERCURE
"
dant leur vie pour paroiftre di
gnes de leur reputation , mais il
n'en est pas de mefme de Louis
le Grand. Quand nous pourrions
oublier cette longue fuite d'évenemens merveilleux qui font
l'effet d'une intelligence incomprehenfible, l'Hertfie détruite ,
la protection qu'il donne feul
aux Rois opprimez , trois Ba
tailles gagnées encore depuis
peu dans une mefme Campagne,
il nous fuffiroit de regarder ce
qu'il vient defaire, pour demeurer convaincus qu'il est le plus
grand de tous les hommes.
Seur des conqueftes qu'il vou-
GALANT. 107
› y renonce pour dra tenter il
donner la paix à toute l'Europe.
L'Envie en fremit ; la Faloufie
qui faifit de redoutables Puiffances ne peut fouffrir le triomphe que luy affure une fi haute
vertu. Sa grandeur les bleffe , il
faut l'affaiblir. Un nombre infiny de Princes qui ne poffedent
encore leurs Etats queparce qu'il
dédaigné de les attaquer , ofent
oublier ce qu'ils luy doivent pour
entrer dans une Ligue, où ils s'imaginent que leursforces jointes
feront en eftat d'ébranler une
Puiffance qui a jufque là refifte
à tout. Que les Ennemis de la
a
108 MERCURE
Chreftienté fe refaififfent de tour
un Royaume qu'ils n'ont perdu
que par cette Paix, qui a donné
lieu aux avantages qu'on a remportez fur eux, n'importe,il n'y a
rien qui ne foit à préferer au chagrin infupportable de voir le Roy
jouir de fa gloire.LesAlliezfe refolvent àprendre les armes des
Princes Catholiques , l'Espagne
mefme que fa fevere Inquifition
rend fi renommée furfon exactitude à punir les moindres fautes
qui puiffent bleffer la Religion ,
ne font point difficulté de renouveller la guerre,pour appuyer les
deffeins d'un Princesà qui toutes
1
GALANT.
109
les Religions paroiffent indiffe
rentes , pourveu qu'il nuife à la
veritable ; d'un Prince qui pour
fe placer au Trône ofe violer les
plusfaintes loix de la nature, &
qui ne s'eft rendu redoutable qu'à
cauſe qu'il a trouvé autant d'a¬
veuglement dans ceux qui l'élevent, qu'il a d'injuſtice dans tous
les projets qu'il forme.
Voyons les fruits de cette
union ; des pertes continuelles.
tous les jours des malheurs à
craindre plus grands que ceux
qu'ils ont déja éprouvez. Il faut
pourtant faire un dernier effort ,
pour arteter les gemiffemens des
Peuples, à qui de dures exactions.
110 MERCURE
"
font ouvrir les yeux fur leur efclavage. Onmarque le temps
le lieu d'une Affemblée. Des
Souverains , que la grandeur de
leur caractere devroit retenir › y
viennent de toutes parts rendre
dehonteux hommages à ce témeraire Ambitieux, que le crime a
couronné, & qui n'est au deffus
d'eux, qu'autant qu'ils ont bien
voulu by mettre. Il les entre
tient d'efperances chimeriques.
Leur formidable puiffance ne
trouvera rien qui luy puiffe refifter. S'ils l'en ofent croire, le Roy
qui veut demeurer tranquille
ne fe fait plus un plaifir d'aller
GALANT. III
animerfes Armées parfa prefen-·
ce; & dès que le tempsfera venu
d'entrer en campagne , ils font
affure de nous accabler.
Il est vray que le Roy garde
beaucoup de tranquillité ; mais
qu'ils ne s'y trompent pas. Son
repos eft agiffant , fon calme l'emporte fur toute l'inquietude de
leur vigilance , & la regle des
faifons n'eft point une regle pour
ce qu'il luy plaift de faire. Nos
Ennemis confument le temps
examiner ce qu'ils doivent entreprendre , Louis eft preft
à
d'executer. Il n'a point fait de
menaces mais fes ordres font
112 MERCURE
donnez ; il part , Mons eft inwesty , fes plus forts remparts
ne peuvent tenir enfa prefence,
&en peu de jours fa prife nous
delivre des alarmes où il nous
jettoit en s'expofant. Que de
glorieufes circonstances relevent
cette conqueste! C'est peu qu'elle
foit rapide , c'est peu qu'elle ne
nous coute aucune, perte qu'on
puiffe trouverconfiderable. Ellefe
fait auxyeux mefmes de ce Chef
de tant de Ligues , qui avoitjuré
la ruine de la France. Il devoit
venir nous attaquer , on va au
devant de luy, & il ne sçauroit
défendre laplus importante Place
GALANT. 113
qu'on pouvoit êter à fes Alliez.
S'il ofe approcher, c'est feulement pour voir de plusprés l'heureux triomphedefon augufte Ennemy.
Nos avantages ne font pas
moins grands du cofté de
l'Italie . Une des Places qui
vient d'y efire conquife , avoit
bravé, il y a cent cinquante ans,
les efforts de deux Ármées , &
dés la premiere attaque de nos
Troupes elle est contrainte de capituler. Gloire par tout pour le
Roy !
Confufion par tout pourfes
Ennemis ! Ils fe retirent tout
couverts de honte ; le Royrevient
May 1691.
K
114 MERCURE
couronné par la Victoire , & lå
Campagne s'ouvrira dansfafaifon. Quelles merveilles n'avonsnous pas lieu de croire qu'elle produira , quand nous voyons celles
qui l'ont precedée.
Voilà, Meffieurs, une brillante
matiere pour employer vos rares
talens. Vous avez une occafion
bien avantageuse de les faire
voirdans toute leurforce , fipourtant il vous eft poffible de trouver
des expreffions qui répondent à la
grandeur du Sujet. Quelques
foins que nous prenions de chercher l'ufage de tous les mots de la
"Langue , nous ne sçaurions nous
GALANT.
cacher que les Actions du Roy
font au deffus de toutes fortes de
termes. Nous croyons les grandes
chofes qu'il afaites, parce que nos
yeux en ont efte les témoins, mais
fur le rapport que nous en ferons,
quoy qu'imparfait , quoy quefoible, quoy qu'infiniment au deffous
de ce que nous voudrons dire ,
pofterite ne les croira pas.
la
Vous nous aidere de vos lumieres , vous , Monfieur, que
l'Academie reçoit en focieté pour
le travail qu'elle a entrepris. Elle
pense avec plaifir que vous luy
ferez utile ; je luy ay répondu
de voftre zele , & j'espere que
Kij
116 MERCURE
vosfoins àdégagermaparole luy
feront connoistre qu'elle ne s'eft
point trompée dans fon choix.
de
Ces deux Difcours ayantefté
prononcez , M' Charpentier,
Doyen, prit la parole , & dit
que devant avoir l'honneur
complimenter le Royfur
fes nouvelles conqueftes.comme le plus ancien de la Com、
pagnie , fi la modeftie de Sa
Majefté ne luy cuſt
refuſer toutes fortes de Harangues , il alloit lire ce qu'il
avoit préparé pour s'acquitter
d'un devoir fi glorieux. Vous
pas fait
GALANT. 117
connoiffez la beauté de fon
genic & fa profonde érudition, & il vous eft aifé de
"
juger par là des graces qu'il
donne à tout ce qui part de
luy. Aprés qu'il eut lû cette
harangue , il dit que le refte
de la Seance ayant à eftre employé , felon la coutume, à
la lecture des Ouvrages de
ceux de la Compagnie qui en
voudroient faire part à l'Af
femblée , il croyoit qu'on ne
-feroit pas faché d'entendreune Epiftre de l'illuftre Madame des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgo-
118 MERCURE
gne , fur les Conqueftes du
Roy, puis qu'outre un merite
tout particulier qui diftinguoit cette Dame , elle avoit
l'avantage d'eftre affociée à
l'Academie d'Arles , & à celle
dè i Ricourati de Padouë , &
qu'ainfi ce feroit une digne
Academicienne qui paroiftroit parmy des Academiciens. La propofition fut receue avec applaudiffement, &
l'Epiftre de Madame des Houlieres fut donnée à M' l'Abbé de Lavau , qui avoit déja
entre les mains quelques Ougraves qu'il avoit bien voulu
GALANT. 11g
fe charger de lire. Avant que
de commencer il dit qu'il
auroit bien voulu contribuer
à la folemnité de cette journée , enfaisant quelque autre
chofe que de lire les Ouvrages des autres, mais qu'il n'ctoit
pas aifé de bien parler
de ce qui
faifoit
l'éronnement
de l'Europe
; que
les productions
de tant
de rares
genies
qui
avoient
paru
jufque
- là ,
loin
de frayer
le chemin
, le
faifoient
paroiftre
plus
difficile
, &
que
mefme
il le paroiffoit
encore
davantage
aprés
les Difcours
qu'on
venoit
Ï20 MERCURE
d'entendre , fur tout celuy de
M' de Fontenelle , qui avoit
parlé de l'Augufte Protecteur
de la Compagnie , d'une maniere qui faifoit connoiſtre
qu'il eftoit déja parfaitement
inftruit des devoirs d'un Academicien, & qui donnoit de
grandes idées de ce qu'il fçauroit faire àl'avenir ; que fi fes
Ouvrages eftoient pleins d'un
agrément qui montroit la dé.
licateffe de fon efprit , il avoit
de grands exemples dans fa
Famille , & qu'il venoit de
leur renouveller la memoire
du grand Corneille , fon Oncle,
GALANT. ` 121
cle, un des principaux orne?
mens du fiecle & de l'Academie Françoiſe , generalement
eftimé & honoré de toutes
les Nations où il fe trouve des
gens qui aiment les Lettres.
Il pourfuivit en difant , que
fi cet excellent homme ne
nous manquoit pas , il auroit
bien fceu faire påffer à la pofterité noftre incomparable
Monarque, finon tel qu'il eft,
au moins tel qu'il eft permis aux hommes de le concevoir ; que nous en avions
de feurs garants dans les Heros des ficcles paffez , qu'il a
May1691.
L
122 MERCURE
fait revivre d'une maniere fi
glorieufe pour l'Antiquité,
& qu'il femble n'avoir rame.
nez juſques à nous avec tour
leur éclat , que pour faire pa
roistre encore davantage la
gloire de fon Souverain. Mr
Abbéde Lavau dit encore ,
qu'il auroit cu à parler des
prifes de Mons , de Villefranche & de Nice, mais que
connoiffant par experience
combien il eftoit. difficile
d'en parler d'une maniere qui
convint à de fi grandes conqueftes , il croyoit devoit fe
retrancher à ce qu'il avoit en-
GALANT. 123
tendu dire à un des plus
grands Prelats du monde, que
nos voix en devoient eftre étoufees, qu'elles eftoient trop foibles,
qu'ilfalloit laiffer agir nos cœurs
& noftre joye , & lever les
mains au Ciel pour le remercier
de tant de prodiges. Ce qu'il
ajoûta , que la reputation de
ce Prelar n'avoit point de bornes, & qu'on ne pouvoit le
connoiftre fans avouer qu'il
eftoit impoffible d'occuper
plus dignement le premier
rang dans l'Eglife de France,
c'est à dire , le fecond de l'Eglife Univerſelle, fit nommer
7
Lij
124 MERCURE
à tout le monde Mr l'Archevefque de Paris. Il finit en difant que puis qu'un fi grand
homne, quia fceu fi fouvent
& fi excellemment parler de
fon Maistre & des évenemens
de fon Regne , faifoit entendre qu'en cette derniere occafion , le party du filence
eftoit à fuivre, &qu'il falloit
s'abandonner à la joye , fouvent plus éloquente que les
paroles , c'eftoit à luy plus
qu'à un autre de fe conformer à ce confeil ; qu'il falloit
attendre que le Ciel , à qui
l'on ne pouvoit douter que
GALANT. 125
Louis le Grand ne fuft précieux, donnaft de ces hommes
merveilleux, dont il luy plaift
quelquefois d'enrichir les ficcles , qui fçauroient peindre
ce grand évenement auffi
grand qu'il l'eft , & recueillir
tout ce que fait & dit ce Roy
invincible , pour l'apprendre
à nos Neveux d'une maniere
qui puft les perfuader , Ouvrage qui n'appartenoit pas
des hommes ordinaires , &
d'autant plus difficile , que
depuis plufieurs années nous
voyons des prodiges fe fuccéder continuellement les uns
à
Liij
126 MERCURE
aux autres. Si nous ne les
des exemcroyons qu'avec peine , continua- t-il , quoy que nous en
foyons convaincus , que feront
ceux qui verront un jour tout
d'un coup tant de merveilles
dans toute leur étenduë, fans y
avoir efté preparez par
plés qui auroient pú les difpofer
à croine ce que la valeur, la
juftice , la clemence , la bonté, la
magnificence , la fageffe ,
gloire enfin , & plus que tout
cela la Religion font executer
chaque jourà Louis, leplusgrand
des Rois.
Aprés que M de Lavau
GALANT. 127
une
eut parlé de cette forte , il
leut un Ouvrage de M' Boyer
fur la prise de Mons ,
Lettre familiere en Vers de
M' Perrault, adreffée à M' le
Prefident Rofe , fur les alarmesoù l'on eftoit à Paris de
ce que le Roy s'expoſoit tous
les jours pendant le Siege , &
l'Epitre auffi en Vers de Madáme des Houlieres à Monfeigneur le Duc de Bourgogne. M' le Clerc leut enfuite
une Ode , qui eftoit la Paraphrafe d'un Pleaume fur cette
mefme conquefte , & M' de
Benferade finit la feance par
Lij
128 MERCURE
3
une Piece toute en quadrains,
dont chaque dernier Vers ,
qui eftoit feulement de quatre fillabes , faifoit une cheute tres- agreable. Je ne vous
dis rien de la beauté de tous
ces Ouvrages, puis que vous
pourrez les lire bien- toft dans
un recueil qne doit debiter
au premier jour le S Coi
gnard , Libraire de l'Academic.
Fermer
Résumé : Reception de M. de Fontenelle à l'Academie Françoise, & tout ce qui s'est passé en cette occasion. [titre d'après la table]
Le 5 mai, Bernard Le Bouyer de Fontenelle fut accueilli à l'Académie française et reçut des applaudissements pour son discours de remerciement. Fontenelle exprima sa surprise et sa gratitude, attribuant cette reconnaissance à sa naissance, qui le liait au nom illustre de Pierre Corneille. Il rendit hommage à Michel Le Tellier, Doyen du Conseil d'État, dont il avait pris la succession. Fontenelle décrivit avec vivacité et éloquence la conquête de Mons, évoquant l'admiration que le cardinal Richelieu aurait eue pour les exploits de Louis XIV. L'abbé Testu, directeur de la Compagnie, étant indisposé, Pierre Corneille, chancelier et oncle de Fontenelle, prit la parole. Corneille souligna le mérite de Fontenelle et l'honneur de sa nomination. Il compara les conquêtes de Louis XIV à celles des grands hommes de l'Antiquité et exhorta Fontenelle à développer ses talents et à tirer profit des échanges au sein de l'Académie. Lors de la même séance, l'Académie accueillit un nouveau membre et espéra qu'il contribuerait utilement. Le doyen, M. Charpentier, complimenta le roi pour ses nouvelles conquêtes et lut une harangue préparée à cet effet. Une épître de Madame des Houlières à Monsieur le Duc de Bourgogne fut ensuite lue, suivie de divers ouvrages littéraires. L'abbé de Lavau exprima l'admiration pour les conquêtes du roi et la difficulté de les décrire adéquatement. Il mentionna également les œuvres de grands écrivains et la gloire du roi, comparée à celle des héros des siècles passés. La séance se termina par la lecture de plusieurs poèmes et œuvres littéraires célébrant les conquêtes du roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1580
p. 328-330
ENIGME.
Début :
La nouvelle Enigme que je vous envoye, pourra donner / D'une troupe d'honnestes Soeurs, [...]
Mots clefs :
Voyelles E, I, U
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
La nouvelle Enigme que je
Vous envoye , pourra donner
à rêver à vos Amics
GALANT.
329
225525 2552255255&
D
ENIGME.
"Une troupe d'ḥonneftes
Soeurs ,
Dont chacun reçoit des faveurs ,
Sans que la médifance en gronde ,
La trois , la feconde , & la cing,
Formentdeux chofes dans le monde,
Quigagnent la raison auffi-bien que
l'inftinet.
S
Dans ces deux chofes, la Jeunesse,
Sans que j'en veüille exclure la
Vieilleffe ,
Trouve de merveilleux attraits.
Elle s'y plaift , les aime , & defire
fans ceffe
Qu'elles ne finiffent jamais,
May 1691.
Ec
330 MERCURÊ
៥ .
Ilfautpourtant,pourpercer le miftere,
Que tu fcaches, mon cher Lecteur,
Que l'une & l'autre fans bonheur
Ne font qu'ennuy, que plainte , &
que mifere.
Vous envoye , pourra donner
à rêver à vos Amics
GALANT.
329
225525 2552255255&
D
ENIGME.
"Une troupe d'ḥonneftes
Soeurs ,
Dont chacun reçoit des faveurs ,
Sans que la médifance en gronde ,
La trois , la feconde , & la cing,
Formentdeux chofes dans le monde,
Quigagnent la raison auffi-bien que
l'inftinet.
S
Dans ces deux chofes, la Jeunesse,
Sans que j'en veüille exclure la
Vieilleffe ,
Trouve de merveilleux attraits.
Elle s'y plaift , les aime , & defire
fans ceffe
Qu'elles ne finiffent jamais,
May 1691.
Ec
330 MERCURÊ
៥ .
Ilfautpourtant,pourpercer le miftere,
Que tu fcaches, mon cher Lecteur,
Que l'une & l'autre fans bonheur
Ne font qu'ennuy, que plainte , &
que mifere.
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1581
p. 329-331
ENIGME.
Début :
L'Enigme nouvelle que je vous envoye n'est pas indigne de vostre / La noblesse de mon employ [...]
Mots clefs :
Encensoir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
L'Enigme nouvelle que je vous
pas indigne de voſtre
envoye
n'eft
application
..
2525 222555225552 2
L
ENIGME.
A noblefe de mon employ
Peut bien faire dire de moy,
Qu'avec le Ciel jay beaucoup de
commerce :
Dans cet employ , pourtant , oùje
fuis deftiné ,
On me balance ; l'on me berce ,
Et fort étroitement on me tient enchaisné.
Juillet 1691 , Ec
330 MERCURE
2
Mes chaifnes , il est vray , ne mo
font point d'outrage ;
Je m'en plaindrois à tort 5
Avec elles , auffi , volontiers je par
tage
La gloire de mon fort.
2
On est charmé de l'effet magnifique
Du noblefeu dontje reffens l'ardeur.
Je suis muet , & neanmoins j'explique
Les plus purs mouvemens du coeur,
Quand à mon ufage on m'applique.
S
Je conferve avec peu defoin
Un bien qu'on apporte de loin ,
Et qu'en bon lieu l'on me confie ,
Fe le diffipe avec honneur,
Librement je lefacrific,
GALANT . 331
Et s'il eft bien recen , c'est le plus
grand bonheur.
pas indigne de voſtre
envoye
n'eft
application
..
2525 222555225552 2
L
ENIGME.
A noblefe de mon employ
Peut bien faire dire de moy,
Qu'avec le Ciel jay beaucoup de
commerce :
Dans cet employ , pourtant , oùje
fuis deftiné ,
On me balance ; l'on me berce ,
Et fort étroitement on me tient enchaisné.
Juillet 1691 , Ec
330 MERCURE
2
Mes chaifnes , il est vray , ne mo
font point d'outrage ;
Je m'en plaindrois à tort 5
Avec elles , auffi , volontiers je par
tage
La gloire de mon fort.
2
On est charmé de l'effet magnifique
Du noblefeu dontje reffens l'ardeur.
Je suis muet , & neanmoins j'explique
Les plus purs mouvemens du coeur,
Quand à mon ufage on m'applique.
S
Je conferve avec peu defoin
Un bien qu'on apporte de loin ,
Et qu'en bon lieu l'on me confie ,
Fe le diffipe avec honneur,
Librement je lefacrific,
GALANT . 331
Et s'il eft bien recen , c'est le plus
grand bonheur.
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1582
p. 310-311
ENIGME.
Début :
Encor que je ne sois qu'une simple femelle, [...]
Mots clefs :
Eau de la rivière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME. ENcor que je ne fois quuneJimpie
femelle,
J'aj) de Uforce aux bras anssi-bien
quen mon corps;
On dit qne je ftiJ bonne & belle9
mais ilfaut craindre mes efforts.
jay beaucêup d'ennemis sur la terre
& sur l'onde,
Jïui parlenttoujours maldemoyy
Et cependant je fais plaisîr a tout le
monde,
Sans mifme en excepter leRoy.
Jj)uand on _ffat.tpir expertence
L'effet de ma Vtrtu) mes bonnes
''lI/aliteZ)
On vient avec toute ajfurancc
M*confiermille beautcZ,
jecourssans piedstje dorssans
« Jeux., jefers en Medeciue, & j'embellisla
Rose,
Je defcens dans l'abijme
,
& monte.
ven les Chut;
Enflnje fers ou nuis félon que l'on
m'expose.
femelle,
J'aj) de Uforce aux bras anssi-bien
quen mon corps;
On dit qne je ftiJ bonne & belle9
mais ilfaut craindre mes efforts.
jay beaucêup d'ennemis sur la terre
& sur l'onde,
Jïui parlenttoujours maldemoyy
Et cependant je fais plaisîr a tout le
monde,
Sans mifme en excepter leRoy.
Jj)uand on _ffat.tpir expertence
L'effet de ma Vtrtu) mes bonnes
''lI/aliteZ)
On vient avec toute ajfurancc
M*confiermille beautcZ,
jecourssans piedstje dorssans
« Jeux., jefers en Medeciue, & j'embellisla
Rose,
Je defcens dans l'abijme
,
& monte.
ven les Chut;
Enflnje fers ou nuis félon que l'on
m'expose.
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1583
p. 291-292
ENIGME.
Début :
Voicy une Enigme dont le sens ne doit pas échaper à / Il n'est rien de si grand dans l'Etat, dans la Loy, [...]
Mots clefs :
Anagramme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy une Enigme dont
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
le fens ne doit pas échaper à
vos amis
I
ENIG ME.
&
L n'eft rien de figrand dans l'Etat
, dans la Loy
Qui ne foit renversé par moy ;
Bbij
292 MERCURE
Mais auffi quandje fuis heureufe ,
Mon pere en eft comblé de plaifir &
d'honneur ,
Mefme recompensé , quand il a du
bonheur ,
D'une maniere avantageuse.
Me veux-tu deviner ? écoute bien,
Damon,
C'est par moy , par mon artifice
Que la vie eft unjeu , que le Ciel
devient lice ,
Et le Monde , Demon,
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1586
p. 331-333
« Vos Amies ne plaindront pas le temps qu'elles donneront à chercher / Il est des gens que je fais enrager, [...] »
Début :
Vos Amies ne plaindront pas le temps qu'elles donneront à chercher / Il est des gens que je fais enrager, [...]
Mots clefs :
Jeu de cartes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vos Amies ne plaindront pas le temps qu'elles donneront à chercher / Il est des gens que je fais enrager, [...] »
Vos Amies ne plaindront pas le
temps qu'elles donneront à chercher
le mot de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye .
1
Left des gens que je fais enskrager
Et pour d'autres jefuis utile & delectable.
C
On me bat , on me compe , & l'on me
Jestfur table;
Ee ij
332 MERCURE
Mais je ne vaux rien à manger.
29m 2390# art 13
Fay des Troupes bien ordonnées,
Dont pourtant le defordre eft fouvent
fans pareil,
Fe marche en fuperbe appareil,
Cardans ma fuite on voit des teftes
Couronnées
spots a
Sous deux couleurs, en quelque part
que j'aille
ház
Sans deffein toutefois de donner de
de l'effroy
2001490
mere toujours avec moy sobe
Quatre Regimens en bataille..
S
Ze
De tous mes Courtisans j'entretiens
L'esperances
Auffi m'en fervent- ils avec beaucoup
d'ardeur ;
Sans me vanter,j'ay bien du coeur,
GALANT. 335
Et fais bien router lafinances. ^
Avec moyle
$
moy le beau Sexe a beaucoup
d'habitude , of takimet tw
Et trouve en mes faveurs un plaifir
bien charmantments
Mais je fers bien plus frequem-
A la Coquette qu'à la Prude.
temps qu'elles donneront à chercher
le mot de l'Enigme nouvelle
que je vous envoye .
1
Left des gens que je fais enskrager
Et pour d'autres jefuis utile & delectable.
C
On me bat , on me compe , & l'on me
Jestfur table;
Ee ij
332 MERCURE
Mais je ne vaux rien à manger.
29m 2390# art 13
Fay des Troupes bien ordonnées,
Dont pourtant le defordre eft fouvent
fans pareil,
Fe marche en fuperbe appareil,
Cardans ma fuite on voit des teftes
Couronnées
spots a
Sous deux couleurs, en quelque part
que j'aille
ház
Sans deffein toutefois de donner de
de l'effroy
2001490
mere toujours avec moy sobe
Quatre Regimens en bataille..
S
Ze
De tous mes Courtisans j'entretiens
L'esperances
Auffi m'en fervent- ils avec beaucoup
d'ardeur ;
Sans me vanter,j'ay bien du coeur,
GALANT. 335
Et fais bien router lafinances. ^
Avec moyle
$
moy le beau Sexe a beaucoup
d'habitude , of takimet tw
Et trouve en mes faveurs un plaifir
bien charmantments
Mais je fers bien plus frequem-
A la Coquette qu'à la Prude.
Fermer
1587
p. 286-288
ENIGME.
Début :
Vous ferez part à vos Amies de l'Enigme nouvelle que je / Je suis bon & mauvais, invisible & visible, [...]
Mots clefs :
Serein
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Vous ferez part à vos Amies
de l'Enigme nouvelle que je
vous envoye.
ENIGM E.
E fuis bon & mauvais , inviſible
JB & visible
, JE
On me cherit & craint , & par divers
effets
Flus je merens fenfible,
Plusj'agrée ou déplais.
2
Certain bruit exceffif m'eft fort antipathique
Ainfi que le grandjourje hay lafom²
bre nuit,
Par l'unje fuis comme détruit,
GALANT. 287
L'autre rend mon pouvoir &vain &
chimerique
.
2.
Mon Pere ne me peut fouffrir ,
Si-toft qu'il m'apperçoit ilfuit comme
en colere
Et fans le promptfecours & l'accueil
de ma Mere,
Il me faudroit bientoft perir.
$
Dans cet accablement , dans ces triftes
alarmes ,
Je fuis & nefuisplus , je meurs , &
vis toujours.
Cependant par de certains charmes
Je favorise les Amours .
S
Enfin tout eft en moy bizarre &fort
étrange,
Mon être eft fimple & compofé,
288 MERCURE
Etfi l'on m'a jamais donné quelque
Louange,
Je fuis beaucoup plus méprisé.
de l'Enigme nouvelle que je
vous envoye.
ENIGM E.
E fuis bon & mauvais , inviſible
JB & visible
, JE
On me cherit & craint , & par divers
effets
Flus je merens fenfible,
Plusj'agrée ou déplais.
2
Certain bruit exceffif m'eft fort antipathique
Ainfi que le grandjourje hay lafom²
bre nuit,
Par l'unje fuis comme détruit,
GALANT. 287
L'autre rend mon pouvoir &vain &
chimerique
.
2.
Mon Pere ne me peut fouffrir ,
Si-toft qu'il m'apperçoit ilfuit comme
en colere
Et fans le promptfecours & l'accueil
de ma Mere,
Il me faudroit bientoft perir.
$
Dans cet accablement , dans ces triftes
alarmes ,
Je fuis & nefuisplus , je meurs , &
vis toujours.
Cependant par de certains charmes
Je favorise les Amours .
S
Enfin tout eft en moy bizarre &fort
étrange,
Mon être eft fimple & compofé,
288 MERCURE
Etfi l'on m'a jamais donné quelque
Louange,
Je fuis beaucoup plus méprisé.
Fermer
1588
p. 311
ENIGME.
Début :
J'ay presque autant de mains qu'en avoit Briarée, [...]
Mots clefs :
Corbillon de l'oublieux
1592
p. 120-140
Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Début :
Je croy, Madame, vous avoir marqué dans quelqu'une de [...]
Mots clefs :
Pelisson, Lettres, Ouvrages, Académie, Éloge, Prison, Savants, Illustre, Erreurs, Mort, Éloge funèbre, Académie française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Eloge funebre de Mr Pelisson, prononcé à l'Academie de Toulouse. [titre d'après la table]
Je croy , Madame , vous
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
avoir marqué dans quelqu'une
de mes Lettres , qu'il
s'eft fait une Academic de
gens de Lettres dans la Ville
de Touloufe . Comme M' Pcliffon
en eftoit le Fondateur ,
ceux qui compoſent cette
AcaGALANT.
12 [
Academic , ont voulu faire
connoiftre l'estime particulier
qu'ils avoient pour luy ,
en luy rendant aprés fa mort
tous les honneurs qu'il pouvoit
attendre, & de leur zele ,
& de leur reconnoiffance.
Aprés avoir choisi pour Interprete
de leurs fentimens ,
Mr de Rocoles , ancien Chanoine
de S. Benoist de Paris
qui eft de leur Corps , & fort
connu parmy les Sçavans par
fes Ouvrages , ils fe trouverent
le Jeudy 9. du mois paffé
au lieu de leurs Affemblées
ordinaires , où il prononça
May 1693.
L
122 MERCURE
>
l'Eloge funebre de cet Illuftre
Défunt en preſence d'une
infinité de perfonnes diſtin .
guées , & par leur fçavoir , &
par leurs Charges . Son dif
cours qui fut latin , dura une
heure , & fut divifé en trois
parties . Il prit pour texte ces
paroles de l'Ecclefiaftique.
In Thefauris fapientiæ intelle-
Etus , & fcientia religiofitas.
Dans la premiere partie il
parla de fa naiffance , illuftre
dans la Robe , puis qu'il eftoit
Fils & petit Fils de deux
Confeillers en la Chambre de
l'Edit , & arriere Fils d'un
GALANT. 123
-
Premier Prefident de Chambery
. Il parla auffi du lieu de
fa naiffance qui eftoit la ville
de Beziers , quoy qu'il fuft
cenfé eftre de Caftres , & de
l'année qu'il vint au monde ,
fçavoir le 30. Octobre 1628 .
année remarquable par la
prife de la Rochelle . Il y
appliqua un bon augure pour
ce grand homme , & fit fort
valoir fon attachement pour
les Lettres , & le progrez qu'il
y fit désfa premiere jeuneffe ,
fous la conduite de Morus,
Ecoffois fi diftingué par fɔn
crudition . De- là il paffa à
Lij
134 MERCURE
Toulouse , où il fit admirer la
vivacité de fon efprit , en furpaffant
tout le refte des jeunes
gens qui prenoient des Leçons
des mêmes Maiftres ;
& comme fi ce n'eut pas
cfté affez qu'il euft employé
à l'étude le temps ordinaire
que les autres y confacrent ,
il les continua toûjours fans
que cette paffion que l'âge
ralentit ordinairement diminuaft
en aucune forte. L'Academie
qu'il formaà Toulouſe
il y a trente cinq ou quarante
ans en eft une preuve . Il dit
que Mr de Malapeire , dont il
GALANT 125
loüa la vertu & le merite , fe
joignit avec cet Illuftre Défunt
, & que fon zele à remplir
divers exercices , faifoit
l'admiration de la Ville , &
l'étonnement de fes Collegues
. Dans la feconde partie ,
il mit en avant fa vie publique
, c'est - à - dire le temps
qu'il a vécu à la Cour , & la
joye avec laquelle l'Academie
Françoife le reçut pour un de
fes Membres. Il parla enfuite
de la confiance que feu Mr
Fouquet avoit cüc en luy , des
malheurs dans lefquels s'eftoir
trouvé ce Miniftre d'Eftar ,
Liij
126 MERCURE
de la generofité avec laquelle
M' Pelliffon l'avoit deffendu ,
& il particularifa tout ce qu'il
avoit fait pour ſauver la vic
& l'honneur de ce Miniſtre .
Il montra que la Prifon qu'il
fouffrit , malgré l'obscurité
qui l'accompagne , l'avoit delivré
des tenebres de l'erreur ,
en luy infpirant l'envie de lire
les Peres . Comme cette lecture
l'avoit éclaircy entierement
des doutes que les prejugez
& la naiffance , ou une
éducation contraire à celle
de noftre Religion avoit pû
luy faire fucer avec le lait, M
GALANT 127
par
de Rocoles fit valoir ſon juſte
difcernement , d'avoir connu
des raisons qui ne peuvent
eftre conteftées , que la Religion
Catholique eſt la veritable.
Enfin il parla de la faveur
que le Roy , tout juste cftimateur
qu'il eft du merite, ne
luy accorda qu'aprés qu'il cut
abjuré l'Erreur , comme file
Fils ainé de l'Eglife cuft deû
trouver indignes de fes bienfaits
, tous ceux qui font hors
de fa croyance. Il fit mention
des graces dont Sa Majesté l'avoit
comblé en luy donnant
les Abbayes de Benevent , de
L iiij
128 MERCURE
Gimont, & en le faifant l'Oeconome
& le difpenfateur de
fes faveurs pour les nouveaux
Convertis. Ce fut là , où il
marqua fa prudence & fa fageffe
dans cette difpenfation.
Il dit que ne fe contentant
pas de leur donner les alimens
temporels , il avoit
fourni à plufieurs la nourriture
fpirituelle de l'ame , où
en refutant les erreurs de leurs
faux Paſteurs , ou en éclairciffant
leurs doutes , lors qu'il
avoit connu qu'il leur en ref
toit , ou en les confolant des
Etabliffemens confiderables
GALANT. 129
qu'ils avoient quittez dans
les Pays Etrangers . Il leur remontroit
avec combien d'avantage
, l'efperance & la durée
des biens celeftes qu'ils
ne pouvoient attendre que
dans noftre Religion , les
indemniferoit à la fin de
leur vie , du mépris qu'ils
en avoient fait , & que la
gloire de vivre fous l'obeiffance
de noftre Augufte Monarque
, furpaffoit le plaifir
de vivre par tout ailleurs . Enfin
dans la troifiéme partie
de ce difcours , M'de Rocoles
fit voir combien Mr Pel130
MERCURE
liffon avoit efté eftimé de
prefque toutes les perfonnes
de l'Europe , diftinguées par
leur élevation , par leur merite
, par leur profonde litterature
, & par leur pieté , &
combien il avoit merité de
l'eftre par les Trefors de
Science & de Sageffe qu'il
avoit poffedez dans un degré
tres éminent . Ce fut en cet
endroit qu'il fit un dénombrement
de prefque tous les
Sçavans de l'Europe , qui
avoient eu relation avec luy.
Il commença par Alexandre-
Morus, qui dans les derniers
GALANT. 131
momens de fa vie , & par teftament
, luy laiffa un legs. Il
parla de l'eftime qu'en faifoient
le premier Miniftre
d'Eftat de Brandebourg , O.
thon de Schwerin , Baron de
l'Empire , Prevoft de l'Eglife
Cathedrale de la Ville de
Brandebourg ; François Curretin
, & Eftienne le Moine ,
premiers Prof. ffeurs , l'un de
Geneve , & l'autre de Leide .
Ce fut alors que M' de Rocoles
dit fort à propos
, que
puis qu'on faifoit tant de cas
des alliances que la naiſſance
donnoit, on en devoit encore
132 MERCURE
faire beaucoup plus de celles
que les belles Lettres procuroient.
Il nomma les Alliez
de M Peliffon en cette maniere
, c'eft à dire , ceux des
gens de Lettres , qui avoient
efté fes meilleurs Amis , M's
de Malapeire , Voiture , Vaugelas
, Brebeuf, Godeau , Chapelain
, Corneille , Scudery
Conratt, Menage , Gombaud ,
Segrais , & autres. Il parla enfuite
du R. Pere de la Chaize
avec grand éloge , de mefme
que de M's Boffuet & Huet ,
Evefques de Meaux & d'Avranches
. Il n'oublia pas
GALANT: 133
les conteftations qu'il avoit
eués avec le Miniftre Pierre
Juricu , Profeffeur à Rotterdam
, qu'il particularifa ,
& ce fut fur ce fujet qu'il
dit , que les debats des Sçavans
ne fervent bien fouvent
qu'à produire une estime mutuelle
, & à découvrir les erreurs
& les beveuës dans lefquelles
l'un d'eux a donné . Il
loüa les Ouvrages de Contro .
verfe de M Peliffon , & dit
que malgré la nature de ces
fortes d'Ouvrages Polemiques
, il les écrivoit avec autant
d'élegance que de pureté,
14 MERCURE
& que non feulement la charité
chretienne n'y eftoit point
offenfée , mais qu'il avoit foin
d'y obferver toutes les regles
de la bien- feance . Il dit encore
combien dans la difpenfa .
tion des Oeconomats il avoit
diſtingué ceux qui estoient
recommandables
par leur
érudition , ou qui avoient
quelque attachement pour les
belles Lettres , ajoûtant que
l'efperance de ces Sçavans
Convertis , qui fembloit com
me éteinte par fa mort , venoit
d'eftre rallumée par la
bonté que le Roy avoit cuë
GALANT. 135
de
de nommer pour difpenfateur
de ces mefmes bienfaits
& penfions , M' Dagueffeau ,
Confeiller d'Eftar ordinaire ,
qui outre une naiſſance diftinguée
dans la Robe , comme
cftant Fils d'un premier Prefident
du Parlement
Guienne , & defcendant des
perfonnes les plus confidera
bles , poffede encore une integrité
admirable dans fès jugemens
, beaucoup de politeffe
dans fon langage , de la
delicateffe dans fes expreffions
, & une profonde érudition.
Il dit qu'il parloit dans
136 MERCURE
une Ville limitrophe de la
Guienne , où fon Pere & luy
fucceffivement avoient vêcu ,
& dont les principaux Membres
pouvoient porter un fidelle
témoignage de toutes
fes vertus & de fon éloquence ,
qu'il avoit fouvent fait paroi
ftre en l'Affemblée des Etats.
Retournant enfuite à feu M
Peliffon , il parla de la gloire
que l'Academie de Toulouſe
avoit cuë d'avoir un tel Eleve ,
qui avoit donné des idées fi
avantageufes du reste de fes
Membres , & s'étendant fur ,
les liaifons étroites que M
GALANT. 137
Peliſſon avoit cuës avec plufieurs
autres perfonnes , il dit
que pour faire voir fa folide
picté , il fuffifoit de remarquer
les fentimens qu'avoient
toujours eus pour luy les deux
hommes du Royaume en
qui le Roy a témoigné avoir
le plus de confiance , en leur
donnant la conduite de ce
qu'il a de plus cher au monde .
M' de Rocoles parla particulierement
du R. Pere de la
Chaize, en qui l'on voit également
briller les avantages
d'une naiffance illuftre , &
d'une pieté folide . L'autre
May 1693 .
M
138 MERCURE
Perfonne dont il fit auffi l'éloge
, fut M' l'Evefque de
Meaux. La part qu'il a cue à
l'éducation de Monfeigneur
le Dauphin , fait que la France
admirera toujours en fon
digne chef- d- oeuvre , fes vertus
& fon érudition , dont fes
Ouvrages font les plus dignes
Panegyriftes. Enfin il parla du
Livre pofthume que Mr Peliffon
a laiffé fur l'Euchariftie
, & dont il découvrit les
particularitez ; & comme la
fin de toutes les louanges que
l'on peut attendre fur la terre ,
eft empruntée de celles de
GALANT . 139
noftre grand Monarque , il
parla de fon Hiftoire , dont la
compofition luy avoit cfté
confiée . Enfin il finit en difant
qu'il n'y avoit perfonne
qui ne fuft convaincu que par
toutes les actions , M' Peliffon
avoit entierement remply le
caractere dont il l'avoit marqué
reveftu , lors qu'il avoit
montré dans fon difcours qu'il
avoit poffedé des Trefors de
fageffe,de difcernement , & de
fcience , par lefquels il s'eftoit
rendu recommandable à la
poftetité , un miroir de vertu
confommée aux perfonnes
Mij
140 MERCURE
qui frequentent la Cour ,
un exemple aux Sçavans qui
afpirent à la plus grande perfection
, & un par fait modelle
aux Membres de l'Academic
dont il avoit cfté l'un des
Fondateurs.
Fermer
1593
p. 242-243
Service fait à Soissons. [titre d'après la table]
Début :
Le 22. du mois passé, l'Academie de Soissons, qui est en [...]
Mots clefs :
Pelisson, Service, Académiciens, Oraisons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Service fait à Soissons. [titre d'après la table]
Le 22. du mois paffé , l'Academie
de Soiffons , qui eft en
partie redevable de fon établiffement
aux bons offices
de feu M' Peliffon , voulant
témoigner la reconnoiffance
envers un Ami fi plein de
GALANT 243
J
merite & de generofité , fit
faire dans la Chapelle de l'Evefché
un Service folemnel
pour le repos de l'ame de ce
grand homme . La Meffe fut
celebrée par Mr l'Abbé de
Hericourt , Directeur de la
Compagnie , & chantée par
le Clergé du Seminaire , compofé
de plus de quarante Ecclefiaftiques.
Tous les Acade
miciens qui eftoient alors à la
Ville fe trouverent à cette
lugubre Ceremonie . S'il n'y
cut point d'Oraifon funebre,
ce que vous allez lire de M
de Bonnecorfe en pourra fervir.
de Soiffons , qui eft en
partie redevable de fon établiffement
aux bons offices
de feu M' Peliffon , voulant
témoigner la reconnoiffance
envers un Ami fi plein de
GALANT 243
J
merite & de generofité , fit
faire dans la Chapelle de l'Evefché
un Service folemnel
pour le repos de l'ame de ce
grand homme . La Meffe fut
celebrée par Mr l'Abbé de
Hericourt , Directeur de la
Compagnie , & chantée par
le Clergé du Seminaire , compofé
de plus de quarante Ecclefiaftiques.
Tous les Acade
miciens qui eftoient alors à la
Ville fe trouverent à cette
lugubre Ceremonie . S'il n'y
cut point d'Oraifon funebre,
ce que vous allez lire de M
de Bonnecorfe en pourra fervir.
Fermer
1595
p. 37-42
SUR LE PRINTEMPS.
Début :
Nous avons eu le Printemps si tard, que vous ne devez pas / Ma Muse, du Printemps ressens-tu le pouvoir ? [...]
Mots clefs :
Printemps, Guerre, Retour, Louis XIV
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LE PRINTEMPS.
SUR LE PRINTEMPS
tnlepouvoir
f
MAMafiiduPrintempsrejefns
J!>uoy
j cetteJaijon Ji féconde
ai redonne la vie au monde
iémouvoir?
Nefçaurtit-elle
Pendant que CHivei danssagla
ces
lenoitla Nature en prifln)
P»urjujîifcr tes disgraces
menfaisois une uifw*
- Le grandfroidparsaviolence
Rcndoit percluschaque Element.
Tânt paroissoit muet, c~ dans cechan
çiment
jexeufois pour !stJ tonsilence
;
Mais le Ftintetup
Cette belle faisonfo[licite ta Veine.,
s efrde retour,
Bile te fournira cent fujels chaque
jour.
Serais-tuplus longtempssans forct
ân,
sha"aie?
Teins-nous de ccs beauxjoursCcn
ChdiJlane.;Jt nouveau ,
Ledoux bruit des rnisiaux, lesfeurs
&
Mufe
la verdure
:
,
fais-nons unsidelie Tableau
Des emb,litjjcsïteî>
s qui parent laA7 z
ture.
Loin de la neige & desglaçons,
Dis-notts comment la rose ejlsur le
pointd'èclore,
Comme quoy les Zephirssejoignant
avec Flore,
Echauffent à l'envi les naijjantes
moissons.
Voy les Oifcaitx dans ce bocage
J)ai chantent leurs tendres ar
deurs.
Leurs chants nauroientpoint ces
douceurs,
Si l'aimablePrintemps ne formait
leur langage.
Apprens-nous le bonheur des hojles
de ccs bois.
L'amourn'apoint de dures loi:,
Pourleurscœurs qu;znd il les en
chaîne.
Rien nes'opposè à leursdrJirs,
Leseulpancluvnt qui Usentraine
Sert de mejùre à leurs platjïrs.
Entens-tuceBergerafjlsfous ce vieux
chefnef
te fies accens sions doux
! quit
chante tendrement!
L' eau qui fort de cette fontaine
SemblepourCécouter coulerplus len.
tement.
VHiver avoitinterditfitMifietiet
tontourccjjed'cflremuette,
a seeu lerani
Lesieus Printemps
mer.
Neifçattrois tit te réfoudre a rimer?
Four vanter le Frintemps,ah,si rien
ne
texcite,
Parmy tantdefinets divers)
Ecoute celuy-cy ,
jefiais sieur qu'il
mer;te
1outCencens de tesVers.
•n
,
V
J
VinvincibleLOVIS,quifixe la.
Victoire
efii (lit depuislong-tempstrembler
lemonde entier,
.PUOY que l'hiver par un nouveau
Jentier
Souvent le cenduife à la gloirea
De ce grand &famsuxHéros
c'est toujours au Printemps que la
valeur commence
A porter la terreur, à troubler le re-.
pos
chtZles Ennemis de la France.
Peuples liguent dont l'aveuglefil"
reur
Pretend en vain nous donner des
a/armes)
Le retour des Zephirs vous cause au
tait d'horreur,
J^ilramene chez nous de plaisirs
&de charmes.
Cest dws ce temps que nos Guer
Tiers,
Superbes demille conquefies ,
Vont Çe couronnerde Lauriers
Dont la Gloire ceindra leurstejles.
La Meuse, Escaut & leRhin
Nefç.utroient arrêterleurcourage in
trépidé,
Jlnimcz, par le Souverain
JOiti lescommande Crquilesguide>
On leurrefifteroit en vain.
Amesbrttlans desirs fais que ton fca
réponde,
MNjè )
toy que l'on vit mobéir au
trefois ;
Aujourd'huy prête-moy tt voix
Tour celebrer le plus grand Roy du
monde.
Mais) helas ! où rnemporte un projet
inftnsé?
A mes vœux trop hardisgarde-toyde
te rendre,
Réglé-toysur le temps passé,
Ou le fiul Appelles pouvait peindre
Alexandre.
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Pendant que CHivei danssagla
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Rcndoit percluschaque Element.
Tânt paroissoit muet, c~ dans cechan
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jexeufois pour !stJ tonsilence
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Mais le Ftintetup
Cette belle faisonfo[licite ta Veine.,
s efrde retour,
Bile te fournira cent fujels chaque
jour.
Serais-tuplus longtempssans forct
ân,
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Teins-nous de ccs beauxjoursCcn
ChdiJlane.;Jt nouveau ,
Ledoux bruit des rnisiaux, lesfeurs
&
Mufe
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Des emb,litjjcsïteî>
s qui parent laA7 z
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Loin de la neige & desglaçons,
Dis-notts comment la rose ejlsur le
pointd'èclore,
Comme quoy les Zephirssejoignant
avec Flore,
Echauffent à l'envi les naijjantes
moissons.
Voy les Oifcaitx dans ce bocage
J)ai chantent leurs tendres ar
deurs.
Leurs chants nauroientpoint ces
douceurs,
Si l'aimablePrintemps ne formait
leur langage.
Apprens-nous le bonheur des hojles
de ccs bois.
L'amourn'apoint de dures loi:,
Pourleurscœurs qu;znd il les en
chaîne.
Rien nes'opposè à leursdrJirs,
Leseulpancluvnt qui Usentraine
Sert de mejùre à leurs platjïrs.
Entens-tuceBergerafjlsfous ce vieux
chefnef
te fies accens sions doux
! quit
chante tendrement!
L' eau qui fort de cette fontaine
SemblepourCécouter coulerplus len.
tement.
VHiver avoitinterditfitMifietiet
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a seeu lerani
Lesieus Printemps
mer.
Neifçattrois tit te réfoudre a rimer?
Four vanter le Frintemps,ah,si rien
ne
texcite,
Parmy tantdefinets divers)
Ecoute celuy-cy ,
jefiais sieur qu'il
mer;te
1outCencens de tesVers.
•n
,
V
J
VinvincibleLOVIS,quifixe la.
Victoire
efii (lit depuislong-tempstrembler
lemonde entier,
.PUOY que l'hiver par un nouveau
Jentier
Souvent le cenduife à la gloirea
De ce grand &famsuxHéros
c'est toujours au Printemps que la
valeur commence
A porter la terreur, à troubler le re-.
pos
chtZles Ennemis de la France.
Peuples liguent dont l'aveuglefil"
reur
Pretend en vain nous donner des
a/armes)
Le retour des Zephirs vous cause au
tait d'horreur,
J^ilramene chez nous de plaisirs
&de charmes.
Cest dws ce temps que nos Guer
Tiers,
Superbes demille conquefies ,
Vont Çe couronnerde Lauriers
Dont la Gloire ceindra leurstejles.
La Meuse, Escaut & leRhin
Nefç.utroient arrêterleurcourage in
trépidé,
Jlnimcz, par le Souverain
JOiti lescommande Crquilesguide>
On leurrefifteroit en vain.
Amesbrttlans desirs fais que ton fca
réponde,
MNjè )
toy que l'on vit mobéir au
trefois ;
Aujourd'huy prête-moy tt voix
Tour celebrer le plus grand Roy du
monde.
Mais) helas ! où rnemporte un projet
inftnsé?
A mes vœux trop hardisgarde-toyde
te rendre,
Réglé-toysur le temps passé,
Ou le fiul Appelles pouvait peindre
Alexandre.
Fermer
1596
p. 43-64
A MADEMOISELLE DE M. ****
Début :
Vous ne serez pas fachée sans doute, de voir l'Ouvrage / Il n'est pas aisé, Mademoiselle, de vous satisfaire sur [...]
Mots clefs :
Pluies, Soleil, Terre, Mademoiselle , Temps, Cause, Air, Nuée, Vapeurs, Maladies, Année, Siècle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE DE M. ****
Vous neferez pas fachée
sans doute,de voir l'Ouvrage
qui fuir. Il aesté faità
l'occasion des pluyesqui font
tombées au commencement
du Printemps; & il cil: sarc
curieux, mais l'on ne doit
pas le regarder comme si les
pluyes avoientcontinué, puis
que nous avons eu plusde
beaux jours qu'il n'y avoit
d'abord lieu d'enesperer.
A MADEMOISELLE
DE M. ****
~IL n'ejlpas aisé> CMaàemoi-
(elle
t
de vous satisfaire sur
iétonnement ou vous esses avec ucjt ,,. tout le monde, de ce quapres
tant de plujes que nous avons
eues l'esté pasé» il continueceluy-
cydepleuvoir de mesme;
car enfin, lefroid & les pluyes
font des rigueurs de thiver
, /4 chaleur & le beau temps
font l'appanagedel'Esté.Àinjt
cette inondation survenuë dans
l'air où coulent des Torrens de
pluye> dans une fuison où il
doit effre tout brillant des rayons
du Soleil, efl un accident toutà-
fait surprenant
J un prodige
de temps t
dont on ne [fait où
trouver la cause.
Cherchera.t-on cette cauft en
bas cm dans la terre, pour dire
qu'il en efl forti une infinité de
vapeurs,quise fontensuite condenfees
en pluyes ? Mais c'efl
affirmer une chose sans preuve.
Nosyeuxnen peuventeflre témoins
,car lors que les vapeurs
sortent de la terre, elles font si
subtiles qu'elles échapent à nostre
vtu!y e nous ne les appercenjons
que lors qu'ellessefont ah
semblées en corps, & qu'elles ont
composè dansl'air de grossis
nuées. Mais quand même on au..
roit pufaire une observation sensible
de cet amas extraordinaire
devapeurs >vou*aurie% toujours
sujets Mademoifclkide demander
qui efl-ce quiaexcitécettegrande
abondance dt Vapeursiplutoft
l'Eté passé & ccluy
- cy 9 que
les autres Eflez ; car lEjli
ncsi pas la JaiJon naturelle des
vapeurs.
Side la Terre on remonteen
hautj & qu'on j'eleut dans une
région de l'air, peut on avancer>
tiut ilii-crs ,orfuf-,de", dont
lespluycs font compofces>y ont
paruÏEflepc'jJé& celuy..cy,en
^aucoup plus grand nombre
qi/auparavantJ st)qu'ilsfont la
matiere f0 le principe de ces
pluyescontinuelles durant ['Esié,
qui font tant de peine à toute
forte de gens ? çjMais qui efi, ce
qui a remarque cet armas prodigieux
d'Atomes imhrtfens
>
de
corpuscules chaiue;,,de.pluyes ?
Quel Telescopeles a découverts ? ù quand celaferoit
>
MademoifeHe
Jn'e Il on pas toujours en
droit de s'enquerir,d'oùfont venues
les légions de ces atomes inon
ileÇj & qui efl-ce qui les a pu
dffembler & multiplierl'autre
Eslé & celuy-cy
,
plutost que
dans les autres Eflt'{ preccdensf
On peut encore ,
Mademoiselle
j
aller chercher dans le Soleil
unenouvelle pensée sur ce sujet.
Ily a des Philofopbes qui foutiennent
que ce grand Astre n'est
qu'une masse concave de feu9
qu'une Fournaise qui exhale in..
cefjarrimentdu feu de la flamme
J
qu'ilrxcite quelquefois
tant d'exhalalfon.¡ & dtfumees,
quils'en forme alors des nuees
plus frequentes & plus épaisses
qu'à l'ordinaire; que ccsi la ce
qui
quifait tomber des Deluges de
pluies; mais cette nouvelle hypothese
rieji pas probable à tout
'le mondecette idée du Soleil
efl extravagante ,
defaire de ce
bel t^4jlreunefournaise
> comme
le Mont-Vesuve 0* le Mont-
Etna; cm mesme puis que les
exhalaisonslesfumées du
Mont-EthnayneJont pas l'origine
despluyes txtrâordinairrs.
il ny auroit pas lieu de le croire
de celles du Soleil.
Faut-il s'élever encore plus
haut, & consulter les Offres
du firmamentf Il est vrayque
nous y trouvonssept Etoiles à la
upe du TaureAu, qui s'appellent
les E-lyades
,
st) que ces Eloi/el,
s'il en faut croire le nom qu'elles
portent, gr les difeours des Astrologues
3
font"venir la p/uye)
lors quelles se levent sur l'Horison
J & lors quelles s'en retirent
; mais supposé tout cela
)
il
n'y a pourtant là aucune raison
precise
,
qui nous montre la fource
des pluies continuelles de nostre
Esié; car les Hyades n'ont
pas changé le temps de leur lever
& de leur coucherl'autre année
& celle.cy. Elles se leventtoujours
vers la fin ¿"'Oélobre
,
@r
tlles se retirent à la fin d'Avril.
Orald bonne heure qu'ellesfaf~
sintpleuvoir en OBobre & en
Avril. tAvril & Oéîobre ne
font pas des moisd'Esté
)
{0 il
s'agit icy de pluiesextraordinaires
durant l'Eslé. Les Chevreaux
que l'on baptise aussi du nom de
pluvieuses fie levent a la -my- -;
Septembre
à
er se couchent le
lendemain
,
si bien que,si elles
font pleuvoir
J
c'esi en Automne)
@J non pas en Esset ce n'eftqwun
jourou cieux, çy nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a
pas plus de raisond'alleguerl'Etoile
a"Ai-c'lurus
, que l'onérige
"1 <
en EtotUoragtufe;car outre
qu'un Orage ne fait que paftr,
& que nos pluyes ne cessent
point,cessqu^réturus seleve
en Septembre>$ se couche en
t^Avrilt qui font des mois hors
de l-'Etéi. l permist Mademoiselle,
de recourir encore au
Soleilsf'entens dire dans le monde,
qu'ily a des gens qui publienty
que le Soleil efl malAde,
qu'il eflfoible» £r que comme
on perdses forces dans la maladie
tce{lce qui fait qu'il ne peut
pas àprefent cbajfervers la rcgion
polaire du Septentrion, des
nuées grossis ù enceintes de
tipplluuyeJJ qui n'endoivent reve-
nir 7 ;' que dans l'hiver ; mais ceux
quiavec leThilofopbe^foutiennent
que les Cieux font incorru*
ptiblest f0 qu'il ne s'y fait ny
gtneration,ny corruption
> ne
conviendront pas d'un Symptome
AUJF étrangequ'eflceluy de la
maladie du Soleil ysans en afftgner
la cause par quelqueEclipse
extraordinaire
, ou quelque
Thenomene fibricitant. Certes
si le Soleil estoit malade>toute U
Nature lejeroit; car puis qud
-
eflleprincipe de la vie £r de la
fanté.Ptut-on concevoir ce grand
prinoipe estre infirme Ç0 indifpo*
j?tjans que tout le Genre humain
Cil fonjfre>& qur ses influences
si doucesC. sifiaiutaires
en deviennent malignes mor*
tellest Vous particulièrement
)
Afademoifielle>quiparl*éclatde
itojlre beauté avez tant de con..
fiormite avec ce bel Aflre dont on
'Vo.'4sJonnefifouvent le nom/nous
en rejfientirie%ungrandchangement
dans voflre personne.Ainsi
puis que ¡'enat de vofirefiante
nesipas différent cette année de
celuy de l'année pafifiee» e que
'VOUs brillez & éblouiffiZ toujours
comme le Soleil, il efl tresévident
que le Soleilnest pas
malade.
Il y a quelques mois quonapprit
letfuneftesnouvellesdesfeu;:
effroyables qui causerent des défolations
extrêmes dans lajamaique;
& peu de temps après il y
eut auss des feux terribles dans
la Sicile, qui ensouffritdegrandes
ruines. Ces feux souterrains
extraordinaires qui embrafoient
la terrei auroient-ils tire deses
entrailles l'humidité ctntrAle,
pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes ces pluyes intemptjlives>
qui fonttantcraindre
pour la corruption & laperte
des fruits denoschamp s (ij. de
l'les Viçnes ? Cette cause efl trop
éloignée* Mademoiselle,pour lui
imputer lespeines & les dommages
que nous fÓuffions de nos
grandes pluyes. LaJamaïque rfl
dans le nouveau MondeJ & la
Sicile ejlJeparêe de nous par une
vasse étendue de terre&de mer.
Puis que nous n'avons point de
part aux tremblemens de terre
que cesfeux ont caufz avec des
calamité^si tragiques> il n'efl
pas raijonnakledefaire venir de
si loin le dégAJl & le desordre qui
nous arrivent dans les pluyes
continuelles.tïHais erfinjfijufques
icyilnyarien de positifs
(ST de convainquant pour trw;*
uer la cause des grandes plftyes
de l'EJlèi ny dans la terre> ny
dans la région de l'air, ny dans
les Etoiles des Hyades> ny dans
telles des Chevreaux dr d'Arc«•
turus*ny dans teSoleilmesme,
non plus que dans le prodige des
feux qui ont faitperir tant d*c~
difices ù tant de perfonnts, que
nous n'appercevons par tout là
aucune lumiere, aucun rAyon,
pour tirer de l'obfcuriié la quefiion
des grandes & excejjives
pluyes dcnoflre Esté, ny a-1* il
point de nouvelles obfcriations à
fairequelque autr(part?Je[çay
bien qu'on ditqu'il pleut beauc-
oup ddans l'A*xbiest)dansl'[E'Ethiopie
durant l'Efléimaiscejl
parce qu'ilnypleutpoint du tout
durantl'hiversmais nous qui
r H' '1 1 avens des Hivers ci*, lespiuyes
coulent comwe des Couves>pour»
aooio0 YyI av.,o. 0>'0:-:-- ;,.;c,., :'lnc,n4 .o0/"caf' e.7>f'ïïflt'eZ?' inont, d:plujes que les
Hivers ?
J'avoue> Mademoiselle> quil
(Il dififcile d'apporter icy aucune
raison décijive»f0 qui ait
lefond d'une véritéincontestable.
Neanmoins pour ne demeurer
pas? comme l'on dit, en si beau
chemin lofe propofcrencoreun
nouvel article de ce Discours, qui
fera comme l'apofltllede laLettre
qui le contient. Il me vient dans
tefp,-&,t quelque ebofe de finguher?
seir;qqui ade laccnnr.t:nce arec iti1 a deizccn-UnCealu t0 letal du Siècle. Nousinsommes
j
1 ,. -' donc aux dernieres arntes ddu
Siècle3comme vous tprouhons
ONe les dernurs moisde/'dnnée
fro. nt toujours yrs:hcux & (;. J'o.'U¡' Ju.. '/0..1,.. V
ndl d,,- inonde^dejrnuis>n:jeurrionsnctisPasdirequ'il
et; eJf de meÇme
desdernieres annéesduSiede
J
quelles ont cujfi leur rennteyfemtnt
de ter:! ps
)
Uurs accidenttrijtes&
tffl:'Sfan<? Lidermere
faisonar l'année (si-a)J-
?.
aJe9
(;J" nous en foujfronsdes peines
&des rigueurs extrêmes ; pourl
lJuuy la dernierefaisonduSiccle
riauroit-elle pas aussi ses fympto*
rnei etonnans >ses funefles chan';';:
gemens deccene)coMme il arrive
dans la vieillejjef Et si après
avoircomparé la fin du Siecle
Avec celle de l'année, nous en
continuons la comparaison avec
lafin de l'homme, qui est la
vieillejje,ilparoijlraunnouveau
jour pour iéclaircijfement duffa
jet present,&defa matiere. Les
dernieres années de l'homme, qui
font celles de lavieillejfe3 l'inondent
de toutesfortes de phlegmess
defluxions, de rhumes>de catha*
u
vcs,&luyfontsouffrir de grands
desordres, &de grandes pertes
danssoncorps. Voil" l'idée jujve
&ressemblante de la vicillejjc
de nojlreSiee/e. Nos pluyts botriblesrJlcontinudles
qui effrayent
tout le monde» @r qui menacent
defairepérir tous les biens de la
terre, fontlesphlegmesy lesfia*
xions,les rhumes, & les fAtbarres
d'un Siecle caducy & qui
en à la veille de sa fin. Ainsi ce
qui ne nous surprendpoint dans
la vieillejje de l'homme) pourquoy
nous étonneroit-ildanscelle
du Siecle, car ce qui arrive en
l'une & en l'autre vieillesse, de
lhomme e du Siccle3A ajttZik
conformité.LaiJJons dont pieu-
'Voir tant quil voudra pleuvoir;
il faut que ce période de lavieilleffi
& de la caducité du Sieclt
je passi. Vous qui esses jeune,
Afademoifdle
, ü qui rMrlttrie%
d'eflre immortelle
> vous
"Utrrez finir ce vieux Saturne)
ce Siecle défaillant*&vousvcr~
rez, naipre les beaux jours, les
beaux mois, les belles années du
nouveau Siecle qui doit bien-tojl
commencer. Horace composa autrefois
un Poème Seculaire pour
honorer le commencement d'un
Siecle, qui arriva de son ternps.
Tlinfra dans ce SiecleSéculaire,
qui est son Chefd'oeuvre, les Vi.
(loires de Crrar Aurufle) & il
engagea les Dames illûflres à
marquer leur ':(ele pour la prof
perité de l*Empire2{omain. Vous
qui estes, Adademoifelle> par
toutes les graces du corps Cm de
lefprit, le plus bel ornement de
rvoflre Sexe, vous fere'{ témoin
des Hymnes Séculaires qui celebreront
le commencement de noflre
Siecle. Ces Hymnes d'une
composition admir"ble, contiendront
lesfaméusesConquefies
les glorieux Triomphes de Louis
le Grcend, & les qja;ix ardens
dufauels vousprendre% part avec
passion, pour la conservation de
la Personne Jacréed'unMonar~
que incÕmparable, C pour 14
prosperitedel'étatJloriJjant de 14
France>dont les armes toujours
terribles &viSlorieufes
t
obscurcissent,
étonnent, abattent la Ligue
de ses Ennemis.
sans doute,de voir l'Ouvrage
qui fuir. Il aesté faità
l'occasion des pluyesqui font
tombées au commencement
du Printemps; & il cil: sarc
curieux, mais l'on ne doit
pas le regarder comme si les
pluyes avoientcontinué, puis
que nous avons eu plusde
beaux jours qu'il n'y avoit
d'abord lieu d'enesperer.
A MADEMOISELLE
DE M. ****
~IL n'ejlpas aisé> CMaàemoi-
(elle
t
de vous satisfaire sur
iétonnement ou vous esses avec ucjt ,,. tout le monde, de ce quapres
tant de plujes que nous avons
eues l'esté pasé» il continueceluy-
cydepleuvoir de mesme;
car enfin, lefroid & les pluyes
font des rigueurs de thiver
, /4 chaleur & le beau temps
font l'appanagedel'Esté.Àinjt
cette inondation survenuë dans
l'air où coulent des Torrens de
pluye> dans une fuison où il
doit effre tout brillant des rayons
du Soleil, efl un accident toutà-
fait surprenant
J un prodige
de temps t
dont on ne [fait où
trouver la cause.
Cherchera.t-on cette cauft en
bas cm dans la terre, pour dire
qu'il en efl forti une infinité de
vapeurs,quise fontensuite condenfees
en pluyes ? Mais c'efl
affirmer une chose sans preuve.
Nosyeuxnen peuventeflre témoins
,car lors que les vapeurs
sortent de la terre, elles font si
subtiles qu'elles échapent à nostre
vtu!y e nous ne les appercenjons
que lors qu'ellessefont ah
semblées en corps, & qu'elles ont
composè dansl'air de grossis
nuées. Mais quand même on au..
roit pufaire une observation sensible
de cet amas extraordinaire
devapeurs >vou*aurie% toujours
sujets Mademoifclkide demander
qui efl-ce quiaexcitécettegrande
abondance dt Vapeursiplutoft
l'Eté passé & ccluy
- cy 9 que
les autres Eflez ; car lEjli
ncsi pas la JaiJon naturelle des
vapeurs.
Side la Terre on remonteen
hautj & qu'on j'eleut dans une
région de l'air, peut on avancer>
tiut ilii-crs ,orfuf-,de", dont
lespluycs font compofces>y ont
paruÏEflepc'jJé& celuy..cy,en
^aucoup plus grand nombre
qi/auparavantJ st)qu'ilsfont la
matiere f0 le principe de ces
pluyescontinuelles durant ['Esié,
qui font tant de peine à toute
forte de gens ? çjMais qui efi, ce
qui a remarque cet armas prodigieux
d'Atomes imhrtfens
>
de
corpuscules chaiue;,,de.pluyes ?
Quel Telescopeles a découverts ? ù quand celaferoit
>
MademoifeHe
Jn'e Il on pas toujours en
droit de s'enquerir,d'oùfont venues
les légions de ces atomes inon
ileÇj & qui efl-ce qui les a pu
dffembler & multiplierl'autre
Eslé & celuy-cy
,
plutost que
dans les autres Eflt'{ preccdensf
On peut encore ,
Mademoiselle
j
aller chercher dans le Soleil
unenouvelle pensée sur ce sujet.
Ily a des Philofopbes qui foutiennent
que ce grand Astre n'est
qu'une masse concave de feu9
qu'une Fournaise qui exhale in..
cefjarrimentdu feu de la flamme
J
qu'ilrxcite quelquefois
tant d'exhalalfon.¡ & dtfumees,
quils'en forme alors des nuees
plus frequentes & plus épaisses
qu'à l'ordinaire; que ccsi la ce
qui
quifait tomber des Deluges de
pluies; mais cette nouvelle hypothese
rieji pas probable à tout
'le mondecette idée du Soleil
efl extravagante ,
defaire de ce
bel t^4jlreunefournaise
> comme
le Mont-Vesuve 0* le Mont-
Etna; cm mesme puis que les
exhalaisonslesfumées du
Mont-EthnayneJont pas l'origine
despluyes txtrâordinairrs.
il ny auroit pas lieu de le croire
de celles du Soleil.
Faut-il s'élever encore plus
haut, & consulter les Offres
du firmamentf Il est vrayque
nous y trouvonssept Etoiles à la
upe du TaureAu, qui s'appellent
les E-lyades
,
st) que ces Eloi/el,
s'il en faut croire le nom qu'elles
portent, gr les difeours des Astrologues
3
font"venir la p/uye)
lors quelles se levent sur l'Horison
J & lors quelles s'en retirent
; mais supposé tout cela
)
il
n'y a pourtant là aucune raison
precise
,
qui nous montre la fource
des pluies continuelles de nostre
Esié; car les Hyades n'ont
pas changé le temps de leur lever
& de leur coucherl'autre année
& celle.cy. Elles se leventtoujours
vers la fin ¿"'Oélobre
,
@r
tlles se retirent à la fin d'Avril.
Orald bonne heure qu'ellesfaf~
sintpleuvoir en OBobre & en
Avril. tAvril & Oéîobre ne
font pas des moisd'Esté
)
{0 il
s'agit icy de pluiesextraordinaires
durant l'Eslé. Les Chevreaux
que l'on baptise aussi du nom de
pluvieuses fie levent a la -my- -;
Septembre
à
er se couchent le
lendemain
,
si bien que,si elles
font pleuvoir
J
c'esi en Automne)
@J non pas en Esset ce n'eftqwun
jourou cieux, çy nous voyons
des pluyes perpetuelles. Il n'y a
pas plus de raisond'alleguerl'Etoile
a"Ai-c'lurus
, que l'onérige
"1 <
en EtotUoragtufe;car outre
qu'un Orage ne fait que paftr,
& que nos pluyes ne cessent
point,cessqu^réturus seleve
en Septembre>$ se couche en
t^Avrilt qui font des mois hors
de l-'Etéi. l permist Mademoiselle,
de recourir encore au
Soleilsf'entens dire dans le monde,
qu'ily a des gens qui publienty
que le Soleil efl malAde,
qu'il eflfoible» £r que comme
on perdses forces dans la maladie
tce{lce qui fait qu'il ne peut
pas àprefent cbajfervers la rcgion
polaire du Septentrion, des
nuées grossis ù enceintes de
tipplluuyeJJ qui n'endoivent reve-
nir 7 ;' que dans l'hiver ; mais ceux
quiavec leThilofopbe^foutiennent
que les Cieux font incorru*
ptiblest f0 qu'il ne s'y fait ny
gtneration,ny corruption
> ne
conviendront pas d'un Symptome
AUJF étrangequ'eflceluy de la
maladie du Soleil ysans en afftgner
la cause par quelqueEclipse
extraordinaire
, ou quelque
Thenomene fibricitant. Certes
si le Soleil estoit malade>toute U
Nature lejeroit; car puis qud
-
eflleprincipe de la vie £r de la
fanté.Ptut-on concevoir ce grand
prinoipe estre infirme Ç0 indifpo*
j?tjans que tout le Genre humain
Cil fonjfre>& qur ses influences
si doucesC. sifiaiutaires
en deviennent malignes mor*
tellest Vous particulièrement
)
Afademoifielle>quiparl*éclatde
itojlre beauté avez tant de con..
fiormite avec ce bel Aflre dont on
'Vo.'4sJonnefifouvent le nom/nous
en rejfientirie%ungrandchangement
dans voflre personne.Ainsi
puis que ¡'enat de vofirefiante
nesipas différent cette année de
celuy de l'année pafifiee» e que
'VOUs brillez & éblouiffiZ toujours
comme le Soleil, il efl tresévident
que le Soleilnest pas
malade.
Il y a quelques mois quonapprit
letfuneftesnouvellesdesfeu;:
effroyables qui causerent des défolations
extrêmes dans lajamaique;
& peu de temps après il y
eut auss des feux terribles dans
la Sicile, qui ensouffritdegrandes
ruines. Ces feux souterrains
extraordinaires qui embrafoient
la terrei auroient-ils tire deses
entrailles l'humidité ctntrAle,
pour l'élever en nuées capables
de répandre toutes ces pluyes intemptjlives>
qui fonttantcraindre
pour la corruption & laperte
des fruits denoschamp s (ij. de
l'les Viçnes ? Cette cause efl trop
éloignée* Mademoiselle,pour lui
imputer lespeines & les dommages
que nous fÓuffions de nos
grandes pluyes. LaJamaïque rfl
dans le nouveau MondeJ & la
Sicile ejlJeparêe de nous par une
vasse étendue de terre&de mer.
Puis que nous n'avons point de
part aux tremblemens de terre
que cesfeux ont caufz avec des
calamité^si tragiques> il n'efl
pas raijonnakledefaire venir de
si loin le dégAJl & le desordre qui
nous arrivent dans les pluyes
continuelles.tïHais erfinjfijufques
icyilnyarien de positifs
(ST de convainquant pour trw;*
uer la cause des grandes plftyes
de l'EJlèi ny dans la terre> ny
dans la région de l'air, ny dans
les Etoiles des Hyades> ny dans
telles des Chevreaux dr d'Arc«•
turus*ny dans teSoleilmesme,
non plus que dans le prodige des
feux qui ont faitperir tant d*c~
difices ù tant de perfonnts, que
nous n'appercevons par tout là
aucune lumiere, aucun rAyon,
pour tirer de l'obfcuriié la quefiion
des grandes & excejjives
pluyes dcnoflre Esté, ny a-1* il
point de nouvelles obfcriations à
fairequelque autr(part?Je[çay
bien qu'on ditqu'il pleut beauc-
oup ddans l'A*xbiest)dansl'[E'Ethiopie
durant l'Efléimaiscejl
parce qu'ilnypleutpoint du tout
durantl'hiversmais nous qui
r H' '1 1 avens des Hivers ci*, lespiuyes
coulent comwe des Couves>pour»
aooio0 YyI av.,o. 0>'0:-:-- ;,.;c,., :'lnc,n4 .o0/"caf' e.7>f'ïïflt'eZ?' inont, d:plujes que les
Hivers ?
J'avoue> Mademoiselle> quil
(Il dififcile d'apporter icy aucune
raison décijive»f0 qui ait
lefond d'une véritéincontestable.
Neanmoins pour ne demeurer
pas? comme l'on dit, en si beau
chemin lofe propofcrencoreun
nouvel article de ce Discours, qui
fera comme l'apofltllede laLettre
qui le contient. Il me vient dans
tefp,-&,t quelque ebofe de finguher?
seir;qqui ade laccnnr.t:nce arec iti1 a deizccn-UnCealu t0 letal du Siècle. Nousinsommes
j
1 ,. -' donc aux dernieres arntes ddu
Siècle3comme vous tprouhons
ONe les dernurs moisde/'dnnée
fro. nt toujours yrs:hcux & (;. J'o.'U¡' Ju.. '/0..1,.. V
ndl d,,- inonde^dejrnuis>n:jeurrionsnctisPasdirequ'il
et; eJf de meÇme
desdernieres annéesduSiede
J
quelles ont cujfi leur rennteyfemtnt
de ter:! ps
)
Uurs accidenttrijtes&
tffl:'Sfan<? Lidermere
faisonar l'année (si-a)J-
?.
aJe9
(;J" nous en foujfronsdes peines
&des rigueurs extrêmes ; pourl
lJuuy la dernierefaisonduSiccle
riauroit-elle pas aussi ses fympto*
rnei etonnans >ses funefles chan';';:
gemens deccene)coMme il arrive
dans la vieillejjef Et si après
avoircomparé la fin du Siecle
Avec celle de l'année, nous en
continuons la comparaison avec
lafin de l'homme, qui est la
vieillejje,ilparoijlraunnouveau
jour pour iéclaircijfement duffa
jet present,&defa matiere. Les
dernieres années de l'homme, qui
font celles de lavieillejfe3 l'inondent
de toutesfortes de phlegmess
defluxions, de rhumes>de catha*
u
vcs,&luyfontsouffrir de grands
desordres, &de grandes pertes
danssoncorps. Voil" l'idée jujve
&ressemblante de la vicillejjc
de nojlreSiee/e. Nos pluyts botriblesrJlcontinudles
qui effrayent
tout le monde» @r qui menacent
defairepérir tous les biens de la
terre, fontlesphlegmesy lesfia*
xions,les rhumes, & les fAtbarres
d'un Siecle caducy & qui
en à la veille de sa fin. Ainsi ce
qui ne nous surprendpoint dans
la vieillejje de l'homme) pourquoy
nous étonneroit-ildanscelle
du Siecle, car ce qui arrive en
l'une & en l'autre vieillesse, de
lhomme e du Siccle3A ajttZik
conformité.LaiJJons dont pieu-
'Voir tant quil voudra pleuvoir;
il faut que ce période de lavieilleffi
& de la caducité du Sieclt
je passi. Vous qui esses jeune,
Afademoifdle
, ü qui rMrlttrie%
d'eflre immortelle
> vous
"Utrrez finir ce vieux Saturne)
ce Siecle défaillant*&vousvcr~
rez, naipre les beaux jours, les
beaux mois, les belles années du
nouveau Siecle qui doit bien-tojl
commencer. Horace composa autrefois
un Poème Seculaire pour
honorer le commencement d'un
Siecle, qui arriva de son ternps.
Tlinfra dans ce SiecleSéculaire,
qui est son Chefd'oeuvre, les Vi.
(loires de Crrar Aurufle) & il
engagea les Dames illûflres à
marquer leur ':(ele pour la prof
perité de l*Empire2{omain. Vous
qui estes, Adademoifelle> par
toutes les graces du corps Cm de
lefprit, le plus bel ornement de
rvoflre Sexe, vous fere'{ témoin
des Hymnes Séculaires qui celebreront
le commencement de noflre
Siecle. Ces Hymnes d'une
composition admir"ble, contiendront
lesfaméusesConquefies
les glorieux Triomphes de Louis
le Grcend, & les qja;ix ardens
dufauels vousprendre% part avec
passion, pour la conservation de
la Personne Jacréed'unMonar~
que incÕmparable, C pour 14
prosperitedel'étatJloriJjant de 14
France>dont les armes toujours
terribles &viSlorieufes
t
obscurcissent,
étonnent, abattent la Ligue
de ses Ennemis.
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1600
p. 123-142
A MONSIEUR ***
Début :
Il m'est tombé entre les mains une Lettre sur les Maladies / Il est vray, Monsieur, que tout le monde voit avec peine [...]
Mots clefs :
Air, Maladies, Année, Terre, Homère, Pluie, Humidité de l'air, Canicule, Printemps, Corps, Chaleurs, Cause, Pluies, Hiver, Malades
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texteReconnaissance textuelle : A MONSIEUR ***
Il m'eft tombé entre les
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
mains unc Lettre fur les Maladies
qui regnent aujourdhuy
dans l'Europe . Je vous
en fais part. Rien n'eftant plus
precieux que la fanté , ce qui
la regarde eft toujours d'une
Lij
124 MERCURE
grande utilité à fçavoir.
A MONSIEUR
I
***
Lest vray , Monfieur , que
tout le monde voit avec peine
mourir tous les jours un grand
nombre de perfonnes . Comme fice
n'eftoit pas assez de la Guerre ,
pour eftrele Miniftre de la mort,
dont elle execute les ordres à la
rigueur , les maladies Epidemiquesfont
venues de furcroift pour
augmenter la mortalité. De dire
d'où viennent des Maladies univerfelles
qui regnent dans l'Europe
, c'est ce qu'on fe demande
GALANT 125
es uns aux autres , er qu'il n'eft
pas facile de découvrir . En effet,
tout ce qui eft extraordinaire a
une caufe occulte ; & qui est ce
qui peut trouver la caufe occulie ?
Vous voulez pourtant que je
vous écrive une Lettre fur ce fujet
, &puis que vous le voulez ,
il lefautfaire ; car quoy que je
ne fois pas le la Famille d'Efculape
, les liens de Lettres ont un
Brevet d'entrée dans toutes les
Facultez pour dire leurs avis
fur les matieres qui fe prefentent.
Je vais donc chercher partout
cette caufe occultes & peut - eftre
qu'à force de parcourir diverfes
Liij
126 MERCURE
regions , il y en aura quelqu'une
où elle fe laiffera appercevoir.
C'est d'abord voler bien haut ;
que
de s'élever jufques aux Etoiles.
Mais ilfaut pourtant que
je me guinde là pour y reconnoiftre
l'Orion , autrement la Canicule.
Vous fçavez qu'elle a esté
cette année dans un terrible afcendant
, c'est de là peut- eftre,
qu'est venu tout noftre mal . La
Canicule a donc eftéfurieuſe , &
fi l'on peut ainsi figurer l'action
la fuite de fes influences , ce
Chien enragé a mordu une infinité
de Gens qui en font morts . Ce
que j'attribue à la Canicule , je
GALANT. 127
le tiens d'Homere ce genie fi
eftimé de l'Antiquité. Il dit pofi
tivement au XXII. Livre de
fon Iliade , qu'elle menace de plufieurs
maladies mortelles . Il pretend
qu'elle fait le meſme ravagefurla
terre que faifoit Achille
dans le Camp des Troyens ,
que cet Aftre avec fes flammes ,
n'eft pas moins redoutable au
genre humain que ce Heros
l'eftoit aux Ennemis des Grecs
avec fon Glaive. Il est donc constant
que la Canicule qui s'en eft
prife à toute forte de gens , fans
diftinction d'Etats ny de lieux ,
n'a point efte depuis plufieurs
J
L iiij
128 MERCURE
années fi ardente que celle- cy
Noftre Zone temperée eftoit devenue
une Zone Torride. Le Soleil
au lieu de rayons doux & falutaires
, lançoit des Dards embrafez
, & nous avions des jours
d'Afrique dans le Climat de
l'Europe . Ne feroient- ce point
les grandes ardeurs de la Canicule
, les chaleurs brulantes de cet
Aftre , qui auroient allumé le
feu de tant de fieures?
Avant les chaleurs exceffives
de l'Eté , nous avions eu des
pluyes continuelles dans le Printemps.
Ce n'eftoit que des Eaux
dans l'air & fur la terre , tor- i
GALANT
129
rensrivieres , inondations . On
euft dit qu'ily avoit une revolu
tion des eaux du Deluge . Tant de
pluyes ontfans doute gafté l'air ,
& l'air gafté a beaucoup nuy
aux corps. Nous vivons dans
l'air comme les Poiffons dans
l'eau , car l'air n'eft qu'une eau
fubtile , comme l'eau est un air
épaiffi coagulé. Si donc , lors
que l'eau eft corrompue les Poiffons
en foufrent , il n'est pas
étrange que l'air eftant corrom-
риpu , il ait fait naistre de fâcheu-
Les frequentes maladies, mefmefatales
à ceux qui en ont esté
atteints. Comme nous avons ex
130 MERCURE
Homere pour garant du pouvoir
de la Canicule à nuire fur la
terre , il y a auffi un Auteur d'un
grand nom qui
qui impute aux
pluyes exceffives des fuites dangerenfes
& funeftes . C'eft Hip
pocrate, qui dans la Section troifieme,
à l'Aphorifme onzieme
dit pofitivement , que lors qu'il
y a de grandes pluies dans le
Printemps , il arrive nece neceffairement
dans l'Eté , des fievres malignes
, fur tout aux Femmes &
aux autres personnes , qui , comm
elles, ont un temperament foible
delicat. Voilà la Prediction
de l'Oracle , voicy l'accompliße
GALANT. 131
ment dans noftre trifte experien
ce. Les pluies font tombées avec
debordement en Avril & en
May. Les Fieres font venues
en Fuin & en Fuillet ,
continuent dans l'Automne . Il·
lors
que
elles
dit
mefme que
a efté fec , & accompagné
de
l'Hiver
vents Septentrionaux , cette fechereffe
de l'Hiver fe tourne en
grande humidité dans le Printemps
, & que les vents Septentrionaux
degenerent en vents de
Midy. Cela eft arrivé ; tel a
efté noftre Hiver , tel eft devenu
noftre Printemps. Le derange
ment des Saifons eft rude , é un
132 MERCURE
corps aufi infirme qu'est le corps
bumain , ne peut pas toujours refifter
à ces variations du temps.
De cette forte, le temps ayant
efte indifposé dans l'Hiver , dans
le Printemps , & dans l'Efté ,
les Hommes ont fuivi le temps
&font devenus malades. Permettez
- moy de joindre à ce que
je viens de dire , une confidera
tion Phyfique . Je remarque ··
je foutiens que les grandes &
continuelles pluies du Printemps
ont trop lavé l'air , comme les
Torrents dégraiffent les terres où
ils paffent, & emportent leurs
Sels d'où depend leur fecondité,
t
GALANT. 133
les
Lespluies ont enlevé à l'airfon!
Nitre , elles l'ont fait fondre
elles l'ont deftitué de fon efprit &
de fa vertu. L'air eftant ainfi
noyé , & devenu fierile & impuiffant
, que pouvoient devenir
corps refpirans cet air aride
detruit , finon languir , tomber
enfoibleffe , & enfin mourir?
Cette obfervation trouvera fon
jour dans un exemple de la machine
Pneumatique . Lors qu'on
pouffe l'air hors d'un vafe de
verre dans lequel on a mis un.
Oifeau qui y a le mesme espace
que dans fa Cage , pour s'y remuer
fauter, il arrive à me134
MERCURE
1
fure que le reffert de la machine
jouë , & que l'airfort du vafe,
que l'Oiseau qui eftoit gay , comlanguir.
Il ouvre fon
mence a
petit bec n'en pouvant plus , ilfe
laiffe tomberfur le dos de fes plu
mes , & fi on ne fe preffoit alors
de laiffer rentrer l'air dans le vas
fe , il mourroit dans le moment.
Voila le modele precis de ce
qu'ont fait les pluies. Elles ont,
pour ainsi dire , pompé le Nitre
hors de l'air , elles luy ont fouftraitfa
vertu elaftique ,fon efprit
wife puiffant ; elles luy ont
fait perdre fa force fon effence.
Quel fort eft celuy des corps huGALANT
.
135
mains reduits à respirer un air
qui n'eft plus air , qui n'a plus
Jon ame & fon mouvement , que
d'eftre foibles , malades , & en
danger de mort , à moins d'avoir
une vigueur extreme pour fe fou
tenir dans un pareil état , jusqu'à
ce que l'air foit revivifié , qu'il
foit rentré dans fa premiere com
pofition, & qu'il ait recouvréfa
Substance nitreuse.
for-
Aprés eftre defcendu des Aftres
dans l'air , il faut encore defcendre
de l'airfur la terre. Je me
me icy une idée de la Terre comme
d'une Mere- nourice.Le mauvais
lait des Nourrices , fait perir
136 MERCURE
>
les enfans ; la mauvaise nourri
ture qu'on tire de la terre fait le
meſme préjudice à la vie des perfonnesqui
la reçoivent ; on foufre
, on languit , & cela va fouvent
à la mort. Or à confiderer
la maniere dont on a vécu &
la qualité des alimens qu'on a
priscette année , on a esté mal
fubftanté. Ceres Bacchus , c'est.
à dire , les champs & les vignes
ne nous ont pas laiffé manquer
de pain & de vin , mais le
pain n'a pas efléfait de bon Blé ,
& le vin par une verdeur inufitée
n'efloit pas potable . Les Legumes
& les fruits n'ont pas acquis
GALANT.
137
leur maturité . On amiſme obfervé
avec des Microfcopes , qu'il y
avoit fur leur premiere peau , de
petits Vers , qui eflant pris avec
les fruits & les Legumes que l'on
mangeoit,font devenus degrands
ennemis de la fante à plufieurs ,
& de la vie à quelques uns ,
comme il a paru dans les Malades
qui n'ont este gueris qu'en
rendant des vers , e dans ceux
qui ne les ayant pas rendus en
font morts. La viande non plus ,
n'eftoit pas de bon fuc . Le Betail
a langui cette année , il a eflé
maigre ,fans graiffe , & ſe ſentant
des mauvais pafcages . N'y
Nov. 1693 . M
138 MERCURE
a- t- il pas en tout cela un fujet
complet de Maladies ? Rien de
bon dans le pain , dans le vin
dans la viande , dans les fruits ,
dans les legumes , tout eftant mal
conditionné. Enfin mauvaiſe
nourriture , mauvais lait de la
Nourrice commune du genre bu
main , ne pouvoit que faire languir
enfin mourir plufieurs
Nourriçons.
Onpeut encore rreeggaarrddeerr la terre
dans la double impreffion qu'elle
areceue des pluies continuelles
du Printemps des grandes
chaleurs de l'Efté. Les plaies ont
noyé la terre , qui en eft deve-
> &
GALANT. 139
nuë marecageuſe , & l'on sçait
combien les Marais fent mal
fains. Les chaleurs brûlantes de
l'Eté leur ont fuccedé , elles ont
trouvé les pores de la terre oùverts
, elles en ont élevé des
vapeurs & des exhalaifons mortelles
, matieres des fieres putrides
, des maladies aigres , & caufes
des funerailles qui s'en font
fuivies. Enfin il paroift que
cette année eftant fi mal compofée
, n'a pû eftrè qu'une année de
maladies de mortalité , ce qui
fait la fanté & la vie de l'homme
, c'est l'humide radical & la
chaleur naturelle dans un état ju
Mij
140 MERCURE
c'est
fle & temperé. Si l'un & l'autre
tombent dans l'excés , que Phumide
radical foit inondé de fluxions
, & que la chaleur naturelle
foit augmentée à un degré
extrême par un feu étranger , il
n'y aplus de temperament
,
un defordre , une revolte qui caufe
une guerre civile dans le corps.
Tel a esté , pour ainfi dire, l'humide
radical la chaleur naturelle
des Saifons . Leur eftat a efté
troublé par les pluyes exceffives
du Printemps, & par les chaleurs
extraordinaires
de l'Efté; il n'y a
plus eu de conftitution l'air temperé.
Ainfi le Temps fe portant
GALANT. 141
mal , on a eu part à cette indifpo
fiion , les maladies en font nées,
elles ont attaqué le Genre humain,
elles ont couché plufieurs perfon
nes dans le lit , & plufieurs dans
le tombeau .
Voila, Monfieur, tous les Conjurez
contre la fanté & contre la
vie de l'homme . La Canicule
d'Homere , les Pluges d'Hippo
crate , l'air deftitué de fon Nitre,
la Terre mauvaise Nourrice,
donnant de mauvais lait , eilemefme
mal nourrie, n'eftant point
empregnée de Nitre que l'Air a
de coutume de luy donner ; enfin
les vapeurs & les exhalaifons
142 MERCURE
milignes quifont forties des en
trailles de la Terre , & qui ont
infecte celles de l'homme ;¿ que de
Conjurez! Heureux ceux qui ont
pû fe fauver de leur attentat.
Vous & moy, Monfieur,fommes
de ce petit nombre d'heureux ,
pour nous conferver , je vais finir
cette Lettres car s'il y a du rifque
en demeurant trop longtemps
auprés des Malades , qu'on ne
prenne leur mal , il pourroit eftre
dangereux d'avoir un plus long
commerce avec les Ennemis de la
fanté de la vie de l'homme.
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