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Détail
Liste
901
p. 90-98
LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du premier Vers de la première OLYMPIENNE de Pindare.
Début :
Vous rappellez-vous, Monsieur, d'avoir lû, il y a quelques jours, dans [...]
Mots clefs :
Combats, Éléments, Prééminence , Soleil, Explication, Traduction, Poètes, Richesses, Grecs, Philosophes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du premier Vers de la première OLYMPIENNE de Pindare.
LETTRE à l'Auteur du Mercure ,
au fujet du premier Vers de la pre-.
mière OLYMPIENNE de Pindare.
Vous
rappellez - vous ,
›
Monfieur
d'avoir lû , il y a quelques jours , dans
la trente -fixiéme feuille de l'Année Littéraire
un article fur les traditions que
Boileau & Charles Pérault ont données
de la première Ode des Olympiennes
de Pindare ? L'Auteur de cet article
fait voir à M. Freron , qu'on n'a jamais
bien entendu ce premier Vers de Pindare
ägisov μèv idup . Boileau , dit- il , a traduit
ainfi » Il n'y a rien de fi excel-
» lent que l'eau : il n'y a rien de plus
» éclatant que l'or , & il fe diftingue
» entre toutes les autres fuperbes richef-
» fes , comme un feu qui brille dans
» la nuit . Mais ô mon efprit , puifque
» c'eſt des combats que tu veux chan-
» ter , ne va point te figurer que dans
1
MA I. 1763. 91
ود
?
-
" les vaftes déferts du Ciel quand il
» fait jour , ou puiffe voir quelqu'autre
» aftre auffi lumineux que le Soleil ,
» ni que fur la Terre nous puiffions.
» dire qu'il y ait quelqu'autre com-
» bat auffi excellent que le combat
» olympique , & c . » Charles Perault n'a
» pas mieux traduit , ajoute- t - il , l'eau,
eft très bonne à la vérité , & l'or ,
» qui brille comme le feu durant la
» nuit éclate merveilleufement par-
» mi les richeffes qui rendent l'homme
fuperbe ; mais mon efprit , fi tu de-
» fires chanter des combats , ne con-
» temple point d'autre aftre plus lumi-
» neux que le Soleil pendant le jour
» dans le vague de l'air ; car nous ne
» fçaurions chanter des combats plus
" illuftres que les combats olympi-
" ques , &c. » Boileau & Perault
dit-il , fe font trompés tous deux , &
il s'agit ici de la prééminence de l'eau
fur tous les élémens , parce que Pindare
fait allufion à l'opinion du Philofophe
Thales qui prétendoit que l'eau étoit .
le premier des élémens , & qu'elle avoit .
donné , ainfi que le rapporte Diogène
Laërce , naiffance à tous les êtres exiftans
fur la Terre . Il ne s'agit donc pas ,
dit judicieuſement l'Auteur de l'expli
?
92 MERCURE DE FRANCE.
cation , de la qualité de l'eau , mais de
fa prééminence fur tous les élémens.
Ainfi pour bien rendre la penfée de
Pindare , il faut dire l'eau eft le premier
des clémens. Il n'y a pas là de
ridicule , ajoute l'Auteur.
›
Il est bien étonnant Monfieur
qu'en nous rapportant les différentes
traductions qu'on a faites de cette Ode
de Pindare , l'ingénieux Auteur de cette
explication ne nous air rien dit d'une
ancienne traduction de Pindare donnée
en 1617 par François- Marin Champenois.
Sans doute qu'elle lui eft inconnue.
Je me fuis rappellé de l'avoir
lue toute entière à la Bibliothéque du
Roi , & je l'ai actuellement entre mes
mains. Voici l'explication de Marin.
Son ftyle eft celui de fon fiècle ; il n'eſt
pas bien agréable , mais il n'a rien de
dégoutant , & d'ailleurs il ne s'agit ici
que du fens des paroles de Pindare.
» Tout ainsi que l'eau excelle entre les
» élémens , & que l'or ( ne plus ni
» moins qu'un feu brillant fe faict pa-
» roiftre durant la nuit ) furpaffe toute
» autre magnifique richeffe ; de même
" auffi qu'en plain jour l'on ne peut
» vefir par le vague de l'air un aftre
apparant qui flamboye davantage que
M. A I. 1763. 93
»le Soleil : ainfi , ma chère Mufe , fi ma
» tu defires que nous célébricns les
» jeux , n'en cherchons pas de plus
» excel.ens ou plus dignes de nos vers ,
» que les combats qui fe font aux champs
» olympiques , &c.
Si je ne craignois pas d'affoiblir cette
verfion de Marin , & de mériter le reproche
qu'on fit à l'Abbé Tallemant
je la rendrois ainfi " Comme l'eau
l'emporte fur tous les élémens , &
» comme l'or , femblable à un feu
» qu'on voit briller pendant la nuit ,
» furpaffe toutes les richeffes qui flat-
" tent le plus la vanité de l'homme ,
» ou comme le foleil , qui par qui par l'éclat
» de fes rayons éfface tous les altres
épars dans la vafte profondeur des
airs tels font , divine Mufe
» combats qui fe livrent aux champs
» Olympiques ; & puifque vous vou-
» lez célébrer des combats , n'en cher-
» chez ni de plus glorieux , ni de plus
» dignes de vos chants. Cette immenfe
» carrière offre aux Poëtes , & c.
"
les
A cette explication , Marin ajoute
la note fuivante qui développe parfaitement
le fens qu'il a donné à Pindare.
» Les anciens Philofophes , dit- il , ont
» été fort en peine pour trouver le
94 MERCURE DE FRANCE.
premier principe des chofes naturelles,
» Voyez ce qu'en note briévement à
» Sancto Paulo queft. 4 du premier
Traité de la première partie de fa
» Phyfique , & un peu plus amplement
» Eufébe Chap. 5 , Liv. 1 de la prépa-
» ration Evangélique ( a) . Or Pindare
" avec Thalès eft de l'opinion de ceux
» qui difoient que l'eau eft le principe
» de toutes chofes , fuivant laquelle
» opinion quelques anciens Grecs fai-
» foient offrande de leur poil aux
» fleuves ( b ) .
Marin cft plein d'excellentes recherches
& de notes très fçavantes . Il avoit
du goût pour fon fiècle , & ne manquoit
pas de jufteffe dans l'efprit . Vous
trouverez fur-tout qu'il explique toujours
très-bien le début des Odes de
Pindare. Il fait voir que ce début eft
toujours lié au fujet ; & généralement
(a) Le Père Berruyer a très -bien expliqué le
fentiment d'Eufebe.
(b ) On trouve encore aujourd'hui en Perfe
des veftiges de cette coutume. Pour ne point
fouiller les élémens , dit M. de Montefquieu
Tom. 2 de l'Eſprit des Loix , les Perfes ne navigeoient
pas fur les fleuves. Ils n'ont point de
commerce maritime , & ils traitent d'Athées ceux
qui vont fur mer. Voyez Chardin.
M A I. 1763. 95
il ne reconnoît d'écart & de digreffion
dans les Odes de Pindare , que les
écarts que Pindare y reconnoît luimême
(c ) . Voici une note qui vous
donnera une idée de fa façon de penfer
touchant les Poëfies de fon temps.
» Si nos Poëtes François , dit- il page
» 106 , qui font aujourd'hui , puifoient
» dans les fontaines des doctes anciens
" Grecs & Latins , ils furvivroient à
» leurs ouvrages plus long- temps qu'ils
» ne feront. » Et à la page 236 fur ce
vers is ' iv ɛutuxiα. » Le monde , dit-
» il , prife plus les riches que les gens
» de bien. Car fi le monde parle d'un
» homme qui fe foit enrichi juftement
» ou injuſtement , il dit , c'est un homme
d'esprit , c'est un galant homme ; il
" a bien fait fes affaires . » Vous y
trouverez quantité d'autres naïvetés qui
vous feront plaifir. J'ai vu Marin cité
dans plufieurs Auteurs. Il étoit furtout
très-connu à l'Abbé Desfontaines qui
parle de fa traduction de Pindare ,
quelque part dans fes Obfervations .
On doit donc dire , Monfieur , que
Marin a la gloire d'avoir été , parmi
tous les
Traducteurs François , le pre-
( c) Comme par exemple , lorfque Pindare
avertit fa Muſe de reprendre fon Sujet.
96 MERCURE DE FRANCE.
mier qui ait trouvé le vrai fens de
Pindare ; & pour ne vous laiffer rien
à defirer à cet égard , il ne me reſte
plus qu'à vous citer la traduction de la
Gaufie , avec celle de l'Auteur du Dif
cours fur l'Ode , afin que vous puilliez
mieux juger de toutes les traductions
françoifes de cette première Ode de
Pindare. Le fieur de la Gaufie donna en
1626 une traduction de Pindare mêlée
de vers & de profe . Voici fon début.
» La force de chaque élément
» Paroît par leurs effets contraires ,
Mais le moindre de l'eau furmonte abfolument
>> Tous ceux de fes trois frères.
Celui- ci a une interprétation différente
; il s'éloigne du fens que Marin
a donné à Pindare , & il a cru que le
Poëte avoit en vue , non la prééminence
de l'eau , mais fa qualité , fes
ufages , & fes effets .
L'Auteur du Difcours fur l'Ode ,
donné en 1762 , rend ainfi cette première
ftrophe. " L'eau fans doute eft
" le premier des élémens. L'or brille
» entre les plus fuperbes richeffes comme
une flamme éclatante dans les
» ombres de la nuit. Mais , ô mon efprit
, fi tu veux chanter des combats
ne
MA I. 1763 . 97
» ne va point en plein jour chercher
» dans les vaftes déferts du ciel un aftre
» plus lumineux que le Soleil , ni fur
» la Terre des jeux plus illuftres que
» ceux d'Olympie. C'eft - là que les
Poëtes , & c.
,
Du refte , Monfieur , je n'éxamine
point ici fi so eft un fuperlatif
d'Ayatos , ou fi c'est un nom verbal
(a) formé d'agiseven , dominari , præcel-
. (a ) S'il eft vrai , fuivant l'explication inférée
dans l'Année Littaire , que ce terme agisov ne
foit pas formé d'ayatos , & par conféquent que
le premier vers de Pindare ne puiffe admettre
cette verfion littérale , l'eau est très bonne , il
fera vrai autfi de dire que tous les Grecs contemporains
de Pindare & autres qui ont fuivi ,
n'entendoient pas bien le Grec. Erafine Schmitt ,
dans fon Commentaire fur Pindare , rapporte
deux Epigrammes du Liv. 4 de l'Anthologie où
l'on badine Pindare fur ce premier vers de fon
Ode . En voici à - peu près le fens : En vérité ,
Pindare , nous ne voudrions point que vous fufiez
notre Médecin , & fi nous étions affez inconfidérés
pour confier nos corps entre vos mains , vous nous
diriez pour tout remède que l'eau est très - bonne.
En un mot , rappellez vous le Docteur Sangralo .
Voici encore un autre témoignage. Ariftote , au
Liv. de fa Rhétorique , Chap . 7 Art. 19 ,
après avoir fait voir » Qu'une choſe qu'on aura
» en abondance fera meilleure qu'une aurre qui
» fera plus rare , parce qu'on le fert beaucoup
plus de l'une que de l'autre , & que tout ce
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cellere , ni fi l'on doit traduire comme
Marin , les Olympionniques pour les
Olympiennes , les Néméoniques , pour
les Néméennes , & c. Ce n'eft point ici
le lieu d'agiter cette queftion , & elle eft
étrangère à l'objet que je me fuis propofé
, qui eft de rendre juftice à Marin
comme au premier qui ait trouvé le
vrai fens de Pindare.
J'ai l'honneur d'être , & c .
» qui fert très-fouvent vaut mieux que ce qui
» ne fert que quelquefois & très- peu , il ajoute ,
» voilà ce qui a fait dire à Pindare dans une de
» fes Odes , il n'eft rien defi bon que l'eau. Ariftote
croyoit donc que Pindare avoit voulu défigner
les ufages de l'eau & non fa prééminence & c...
Mais jugeons Pindare par lui-même . Pindare le
répéte quelquefois dans fes comparaifons quoique
fort rarement. Dans l'Odé troifiéme des Olympiennes
, épode 3 , vers 3 , on trouve :
Ει δ ' αρισεύει μεν ύδωρ.
Si autem excellit quidem aqua.
Ici Pindare a ôté l'équivoque , & il eſt évident
qu'il s'agit dans cette troifiéme Ode , de la prééminence
de l'eau Il ne s'agit plus que de fçavoir
en quel temps ces deux Odes ont été compolées
. Suivant Schmitt , la premiere Olympienne
parut dans la foixante - treiziéme Olympiade , &
l'Ode troifiéme à Thécon dans la foixante- dixfeptiéme.
On peut donc croire que dans cet intervalle
, Pindare eut tout le loifir de reconnoître
au fujet du premier Vers de la pre-.
mière OLYMPIENNE de Pindare.
Vous
rappellez - vous ,
›
Monfieur
d'avoir lû , il y a quelques jours , dans
la trente -fixiéme feuille de l'Année Littéraire
un article fur les traditions que
Boileau & Charles Pérault ont données
de la première Ode des Olympiennes
de Pindare ? L'Auteur de cet article
fait voir à M. Freron , qu'on n'a jamais
bien entendu ce premier Vers de Pindare
ägisov μèv idup . Boileau , dit- il , a traduit
ainfi » Il n'y a rien de fi excel-
» lent que l'eau : il n'y a rien de plus
» éclatant que l'or , & il fe diftingue
» entre toutes les autres fuperbes richef-
» fes , comme un feu qui brille dans
» la nuit . Mais ô mon efprit , puifque
» c'eſt des combats que tu veux chan-
» ter , ne va point te figurer que dans
1
MA I. 1763. 91
ود
?
-
" les vaftes déferts du Ciel quand il
» fait jour , ou puiffe voir quelqu'autre
» aftre auffi lumineux que le Soleil ,
» ni que fur la Terre nous puiffions.
» dire qu'il y ait quelqu'autre com-
» bat auffi excellent que le combat
» olympique , & c . » Charles Perault n'a
» pas mieux traduit , ajoute- t - il , l'eau,
eft très bonne à la vérité , & l'or ,
» qui brille comme le feu durant la
» nuit éclate merveilleufement par-
» mi les richeffes qui rendent l'homme
fuperbe ; mais mon efprit , fi tu de-
» fires chanter des combats , ne con-
» temple point d'autre aftre plus lumi-
» neux que le Soleil pendant le jour
» dans le vague de l'air ; car nous ne
» fçaurions chanter des combats plus
" illuftres que les combats olympi-
" ques , &c. » Boileau & Perault
dit-il , fe font trompés tous deux , &
il s'agit ici de la prééminence de l'eau
fur tous les élémens , parce que Pindare
fait allufion à l'opinion du Philofophe
Thales qui prétendoit que l'eau étoit .
le premier des élémens , & qu'elle avoit .
donné , ainfi que le rapporte Diogène
Laërce , naiffance à tous les êtres exiftans
fur la Terre . Il ne s'agit donc pas ,
dit judicieuſement l'Auteur de l'expli
?
92 MERCURE DE FRANCE.
cation , de la qualité de l'eau , mais de
fa prééminence fur tous les élémens.
Ainfi pour bien rendre la penfée de
Pindare , il faut dire l'eau eft le premier
des clémens. Il n'y a pas là de
ridicule , ajoute l'Auteur.
›
Il est bien étonnant Monfieur
qu'en nous rapportant les différentes
traductions qu'on a faites de cette Ode
de Pindare , l'ingénieux Auteur de cette
explication ne nous air rien dit d'une
ancienne traduction de Pindare donnée
en 1617 par François- Marin Champenois.
Sans doute qu'elle lui eft inconnue.
Je me fuis rappellé de l'avoir
lue toute entière à la Bibliothéque du
Roi , & je l'ai actuellement entre mes
mains. Voici l'explication de Marin.
Son ftyle eft celui de fon fiècle ; il n'eſt
pas bien agréable , mais il n'a rien de
dégoutant , & d'ailleurs il ne s'agit ici
que du fens des paroles de Pindare.
» Tout ainsi que l'eau excelle entre les
» élémens , & que l'or ( ne plus ni
» moins qu'un feu brillant fe faict pa-
» roiftre durant la nuit ) furpaffe toute
» autre magnifique richeffe ; de même
" auffi qu'en plain jour l'on ne peut
» vefir par le vague de l'air un aftre
apparant qui flamboye davantage que
M. A I. 1763. 93
»le Soleil : ainfi , ma chère Mufe , fi ma
» tu defires que nous célébricns les
» jeux , n'en cherchons pas de plus
» excel.ens ou plus dignes de nos vers ,
» que les combats qui fe font aux champs
» olympiques , &c.
Si je ne craignois pas d'affoiblir cette
verfion de Marin , & de mériter le reproche
qu'on fit à l'Abbé Tallemant
je la rendrois ainfi " Comme l'eau
l'emporte fur tous les élémens , &
» comme l'or , femblable à un feu
» qu'on voit briller pendant la nuit ,
» furpaffe toutes les richeffes qui flat-
" tent le plus la vanité de l'homme ,
» ou comme le foleil , qui par qui par l'éclat
» de fes rayons éfface tous les altres
épars dans la vafte profondeur des
airs tels font , divine Mufe
» combats qui fe livrent aux champs
» Olympiques ; & puifque vous vou-
» lez célébrer des combats , n'en cher-
» chez ni de plus glorieux , ni de plus
» dignes de vos chants. Cette immenfe
» carrière offre aux Poëtes , & c.
"
les
A cette explication , Marin ajoute
la note fuivante qui développe parfaitement
le fens qu'il a donné à Pindare.
» Les anciens Philofophes , dit- il , ont
» été fort en peine pour trouver le
94 MERCURE DE FRANCE.
premier principe des chofes naturelles,
» Voyez ce qu'en note briévement à
» Sancto Paulo queft. 4 du premier
Traité de la première partie de fa
» Phyfique , & un peu plus amplement
» Eufébe Chap. 5 , Liv. 1 de la prépa-
» ration Evangélique ( a) . Or Pindare
" avec Thalès eft de l'opinion de ceux
» qui difoient que l'eau eft le principe
» de toutes chofes , fuivant laquelle
» opinion quelques anciens Grecs fai-
» foient offrande de leur poil aux
» fleuves ( b ) .
Marin cft plein d'excellentes recherches
& de notes très fçavantes . Il avoit
du goût pour fon fiècle , & ne manquoit
pas de jufteffe dans l'efprit . Vous
trouverez fur-tout qu'il explique toujours
très-bien le début des Odes de
Pindare. Il fait voir que ce début eft
toujours lié au fujet ; & généralement
(a) Le Père Berruyer a très -bien expliqué le
fentiment d'Eufebe.
(b ) On trouve encore aujourd'hui en Perfe
des veftiges de cette coutume. Pour ne point
fouiller les élémens , dit M. de Montefquieu
Tom. 2 de l'Eſprit des Loix , les Perfes ne navigeoient
pas fur les fleuves. Ils n'ont point de
commerce maritime , & ils traitent d'Athées ceux
qui vont fur mer. Voyez Chardin.
M A I. 1763. 95
il ne reconnoît d'écart & de digreffion
dans les Odes de Pindare , que les
écarts que Pindare y reconnoît luimême
(c ) . Voici une note qui vous
donnera une idée de fa façon de penfer
touchant les Poëfies de fon temps.
» Si nos Poëtes François , dit- il page
» 106 , qui font aujourd'hui , puifoient
» dans les fontaines des doctes anciens
" Grecs & Latins , ils furvivroient à
» leurs ouvrages plus long- temps qu'ils
» ne feront. » Et à la page 236 fur ce
vers is ' iv ɛutuxiα. » Le monde , dit-
» il , prife plus les riches que les gens
» de bien. Car fi le monde parle d'un
» homme qui fe foit enrichi juftement
» ou injuſtement , il dit , c'est un homme
d'esprit , c'est un galant homme ; il
" a bien fait fes affaires . » Vous y
trouverez quantité d'autres naïvetés qui
vous feront plaifir. J'ai vu Marin cité
dans plufieurs Auteurs. Il étoit furtout
très-connu à l'Abbé Desfontaines qui
parle de fa traduction de Pindare ,
quelque part dans fes Obfervations .
On doit donc dire , Monfieur , que
Marin a la gloire d'avoir été , parmi
tous les
Traducteurs François , le pre-
( c) Comme par exemple , lorfque Pindare
avertit fa Muſe de reprendre fon Sujet.
96 MERCURE DE FRANCE.
mier qui ait trouvé le vrai fens de
Pindare ; & pour ne vous laiffer rien
à defirer à cet égard , il ne me reſte
plus qu'à vous citer la traduction de la
Gaufie , avec celle de l'Auteur du Dif
cours fur l'Ode , afin que vous puilliez
mieux juger de toutes les traductions
françoifes de cette première Ode de
Pindare. Le fieur de la Gaufie donna en
1626 une traduction de Pindare mêlée
de vers & de profe . Voici fon début.
» La force de chaque élément
» Paroît par leurs effets contraires ,
Mais le moindre de l'eau furmonte abfolument
>> Tous ceux de fes trois frères.
Celui- ci a une interprétation différente
; il s'éloigne du fens que Marin
a donné à Pindare , & il a cru que le
Poëte avoit en vue , non la prééminence
de l'eau , mais fa qualité , fes
ufages , & fes effets .
L'Auteur du Difcours fur l'Ode ,
donné en 1762 , rend ainfi cette première
ftrophe. " L'eau fans doute eft
" le premier des élémens. L'or brille
» entre les plus fuperbes richeffes comme
une flamme éclatante dans les
» ombres de la nuit. Mais , ô mon efprit
, fi tu veux chanter des combats
ne
MA I. 1763 . 97
» ne va point en plein jour chercher
» dans les vaftes déferts du ciel un aftre
» plus lumineux que le Soleil , ni fur
» la Terre des jeux plus illuftres que
» ceux d'Olympie. C'eft - là que les
Poëtes , & c.
,
Du refte , Monfieur , je n'éxamine
point ici fi so eft un fuperlatif
d'Ayatos , ou fi c'est un nom verbal
(a) formé d'agiseven , dominari , præcel-
. (a ) S'il eft vrai , fuivant l'explication inférée
dans l'Année Littaire , que ce terme agisov ne
foit pas formé d'ayatos , & par conféquent que
le premier vers de Pindare ne puiffe admettre
cette verfion littérale , l'eau est très bonne , il
fera vrai autfi de dire que tous les Grecs contemporains
de Pindare & autres qui ont fuivi ,
n'entendoient pas bien le Grec. Erafine Schmitt ,
dans fon Commentaire fur Pindare , rapporte
deux Epigrammes du Liv. 4 de l'Anthologie où
l'on badine Pindare fur ce premier vers de fon
Ode . En voici à - peu près le fens : En vérité ,
Pindare , nous ne voudrions point que vous fufiez
notre Médecin , & fi nous étions affez inconfidérés
pour confier nos corps entre vos mains , vous nous
diriez pour tout remède que l'eau est très - bonne.
En un mot , rappellez vous le Docteur Sangralo .
Voici encore un autre témoignage. Ariftote , au
Liv. de fa Rhétorique , Chap . 7 Art. 19 ,
après avoir fait voir » Qu'une choſe qu'on aura
» en abondance fera meilleure qu'une aurre qui
» fera plus rare , parce qu'on le fert beaucoup
plus de l'une que de l'autre , & que tout ce
E
98 MERCURE DE FRANCE.
cellere , ni fi l'on doit traduire comme
Marin , les Olympionniques pour les
Olympiennes , les Néméoniques , pour
les Néméennes , & c. Ce n'eft point ici
le lieu d'agiter cette queftion , & elle eft
étrangère à l'objet que je me fuis propofé
, qui eft de rendre juftice à Marin
comme au premier qui ait trouvé le
vrai fens de Pindare.
J'ai l'honneur d'être , & c .
» qui fert très-fouvent vaut mieux que ce qui
» ne fert que quelquefois & très- peu , il ajoute ,
» voilà ce qui a fait dire à Pindare dans une de
» fes Odes , il n'eft rien defi bon que l'eau. Ariftote
croyoit donc que Pindare avoit voulu défigner
les ufages de l'eau & non fa prééminence & c...
Mais jugeons Pindare par lui-même . Pindare le
répéte quelquefois dans fes comparaifons quoique
fort rarement. Dans l'Odé troifiéme des Olympiennes
, épode 3 , vers 3 , on trouve :
Ει δ ' αρισεύει μεν ύδωρ.
Si autem excellit quidem aqua.
Ici Pindare a ôté l'équivoque , & il eſt évident
qu'il s'agit dans cette troifiéme Ode , de la prééminence
de l'eau Il ne s'agit plus que de fçavoir
en quel temps ces deux Odes ont été compolées
. Suivant Schmitt , la premiere Olympienne
parut dans la foixante - treiziéme Olympiade , &
l'Ode troifiéme à Thécon dans la foixante- dixfeptiéme.
On peut donc croire que dans cet intervalle
, Pindare eut tout le loifir de reconnoître
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure, au sujet du premier Vers de la première OLYMPIENNE de Pindare.
La lettre examine l'interprétation du premier vers de la première Olympique de Pindare, 'agisov μèv idup'. L'auteur fait référence à un article publié dans la trente-sixième feuille de l'Année Littéraire, qui critique les traductions de Boileau et Charles Perrault. Selon cet article, ces traducteurs ont mal interprété le vers, qui ne traite pas de la qualité de l'eau mais de sa prééminence sur les autres éléments, en lien avec la philosophie de Thalès. L'auteur souligne que François-Marine Champenois, dans une traduction de 1617, a correctement expliqué ce vers. Champenois traduit le vers comme 'Comme l'eau l'emporte sur tous les éléments', mettant en avant la supériorité de l'eau. Cette traduction a été consultée par l'auteur à la Bibliothèque du Roi. La lettre mentionne également d'autres traductions, telles que celle de la Gaufie en 1626 et un discours de 1762, qui proposent des interprétations différentes. L'auteur conclut en affirmant que Champenois est le premier traducteur français à avoir correctement compris le sens de Pindare.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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902
p. 119-120
TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
Début :
CE Livre qui aura une suite, n'est encore qu'au premier volume. On y [...]
Mots clefs :
Plante, Médecine, Volume, Ouvrage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
TRAITE hiftorique des Plantes qui croif
fent dans la Lorraine & les 3 Evêchés ,
contenant leur defcription , leurfigu
re , leur nom , l'endroit où elles croif--
fent , leur culture , leur analyfe &
leurs propriétés , tant pour la Médecine
, quepour les arts & métiers , par
M. P. J. BUCHOZ , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie
& en Médecine , Agrégé du Collége
Royal des Médecins dé Nancy.
A Nancy chez MESSIN , Marchand
Libraire , rue de la Hache ; 1762. in-
12 , ou petit in-8° .
CEE Livre qui aura une fuite , n'eſt
encore qu'au premier volume. On y
traite des Plantes en général, de leur anatomie
, de leur végétation , de leur générati
on , & des différens fyftêmes de
Botanique ; ce qui fait le fujet de fix difcours
qui fervent d'introduction à tout
l'Ouvrage. Mais comme ces notions préliminaires
ne fuffifoient pas pour former
un volume , l'Auteur y a joint deux
120 MERCURE DE FRANCE .
·
théfes qu'il a foutenues dans la Faculté
de Médecine de Pont -à-Mouffon , & dont
la première traite de l'inoculation de la
petite vérole ; la feconde , de la manière
de connoître le pouls par la mufique . Ces
deux théfes font en latin & en françois.
M. Buchoz, promet que les volumes
fuivans feront plus étendus , & ornés
de beaucoup de Planches en taille- douce
, qui repréfenteront les figures des
plantes au naturel . L'Ouvrage ne fe diftribuera
toujours que par foufcription ,
ainfi qu'il a été annoncé.
fent dans la Lorraine & les 3 Evêchés ,
contenant leur defcription , leurfigu
re , leur nom , l'endroit où elles croif--
fent , leur culture , leur analyfe &
leurs propriétés , tant pour la Médecine
, quepour les arts & métiers , par
M. P. J. BUCHOZ , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie
& en Médecine , Agrégé du Collége
Royal des Médecins dé Nancy.
A Nancy chez MESSIN , Marchand
Libraire , rue de la Hache ; 1762. in-
12 , ou petit in-8° .
CEE Livre qui aura une fuite , n'eſt
encore qu'au premier volume. On y
traite des Plantes en général, de leur anatomie
, de leur végétation , de leur générati
on , & des différens fyftêmes de
Botanique ; ce qui fait le fujet de fix difcours
qui fervent d'introduction à tout
l'Ouvrage. Mais comme ces notions préliminaires
ne fuffifoient pas pour former
un volume , l'Auteur y a joint deux
120 MERCURE DE FRANCE .
·
théfes qu'il a foutenues dans la Faculté
de Médecine de Pont -à-Mouffon , & dont
la première traite de l'inoculation de la
petite vérole ; la feconde , de la manière
de connoître le pouls par la mufique . Ces
deux théfes font en latin & en françois.
M. Buchoz, promet que les volumes
fuivans feront plus étendus , & ornés
de beaucoup de Planches en taille- douce
, qui repréfenteront les figures des
plantes au naturel . L'Ouvrage ne fe diftribuera
toujours que par foufcription ,
ainfi qu'il a été annoncé.
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Résumé : TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Traité historique des Plantes qui croissent en Lorraine & les 3 Evêchés', rédigé par M. P. J. Buchoz, avocat au Parlement de Metz, docteur en philosophie et en médecine, et agrégé du Collège Royal des Médecins de Nancy. Publié à Nancy en 1762, ce livre est le premier volume d'une série dédiée aux plantes. Il couvre leur description, leur figure, leur nom, leur habitat, leur culture, leur analyse et leurs propriétés médicinales, ainsi que leurs usages dans les arts et métiers. Le premier volume traite des plantes en général, de leur anatomie, de leur végétation, de leur génération et des différents systèmes de botanique. L'auteur a ajouté deux thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson : l'une sur l'inoculation de la petite vérole et l'autre sur la manière de connaître le pouls par la musique, rédigées en latin et en français. Buchoz prévoit que les volumes suivants seront plus étendus et illustrés de planches en taille-douce représentant les plantes au naturel. L'ouvrage sera distribué uniquement par souscription.
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902
TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
903
p. 130-131
LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer de ROI, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c. à l'Auteur du Mercure.
Début :
L'EXACTITUDE & le plaisir avec lequel vous annoncez, Monsieur, les progrès [...]
Mots clefs :
Écuyer, Correspondant, Exactitude, École vétérinaire, Projet
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer de ROI, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c. à l'Auteur du Mercure.
LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer
de ROI , Correspondant de l'Académie
Royale des Sciences de France ,
&c. à l'Auteur du Mercure,
L'EXACTITUDE & le plaifir avec
lequel vous annoncez Monfieur , les
progrès des Eléves de l'Ecole Vétérinaire
dans la Théorie de leur art , vien
"
MA I. 1763. 131
nent fans doute de l'idée que vous vous
êtes formée de cet établiffement. La reconnoiffance
m'infpire le deffein de vous
mettre à portée de la juftifier vous- même
aux yeux de ceux qui pourroient ne pas
fentir toute l'importance de l'éxécution
de ce projet ; il m'a paru d'autant plus
beau , lorfque je m'y fuis livré , que
fon utilité n'eft pas refferrée dans les
bornes d'une Province & d'un Royaume
, & peut s'étendre à tous les Peuples
.
9 Je vous adreffe donc Monfieur
des moyens fùrs de convaincre les plus
incrédules , d'échauffer les plus indifférens
, & de faire taire ceux qui parlent
le plus , par la feule raifon peut-être .
qu'ils doivent être le moins écoutés .
Ces moyens réfultent d'une infinité
de faits très -autentiques que je vous
fupplie de vouloir bien rendre encore
plus publics qu'ils ne le font . Si l'ex--
périence a , comme je le crois , la force
de perfuader , ces faits garantiront dès--
à -préfent la folidité des principes furt
lefquels j'ai jetté les premiers fondemens
de l'édifice que j'éléve.
J'ai l'honneur d'être & c..
de ROI , Correspondant de l'Académie
Royale des Sciences de France ,
&c. à l'Auteur du Mercure,
L'EXACTITUDE & le plaifir avec
lequel vous annoncez Monfieur , les
progrès des Eléves de l'Ecole Vétérinaire
dans la Théorie de leur art , vien
"
MA I. 1763. 131
nent fans doute de l'idée que vous vous
êtes formée de cet établiffement. La reconnoiffance
m'infpire le deffein de vous
mettre à portée de la juftifier vous- même
aux yeux de ceux qui pourroient ne pas
fentir toute l'importance de l'éxécution
de ce projet ; il m'a paru d'autant plus
beau , lorfque je m'y fuis livré , que
fon utilité n'eft pas refferrée dans les
bornes d'une Province & d'un Royaume
, & peut s'étendre à tous les Peuples
.
9 Je vous adreffe donc Monfieur
des moyens fùrs de convaincre les plus
incrédules , d'échauffer les plus indifférens
, & de faire taire ceux qui parlent
le plus , par la feule raifon peut-être .
qu'ils doivent être le moins écoutés .
Ces moyens réfultent d'une infinité
de faits très -autentiques que je vous
fupplie de vouloir bien rendre encore
plus publics qu'ils ne le font . Si l'ex--
périence a , comme je le crois , la force
de perfuader , ces faits garantiront dès--
à -préfent la folidité des principes furt
lefquels j'ai jetté les premiers fondemens
de l'édifice que j'éléve.
J'ai l'honneur d'être & c..
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Résumé : LETTRE de M. BOURGELAT, Ecuyer de ROI, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c. à l'Auteur du Mercure.
Monsieur Bourgelat, écuyer du Roi et correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, écrit pour souligner les progrès des élèves de l'École Vétérinaire dans la théorie de leur art. Il remercie l'auteur du Mercure pour avoir annoncé ces avancées et souhaite fournir des preuves concrètes de l'importance de cet établissement. Bourgelat met en avant l'utilité de l'école, qui dépasse les frontières d'une province ou d'un royaume pour bénéficier à tous les peuples. Il présente des moyens pour convaincre les sceptiques, motiver les indifférents et réduire au silence ceux qui parlent sans raison valable. Ces moyens reposent sur une multitude de faits authentiques qu'il demande à l'auteur de rendre publics. Bourgelat croit fermement que l'expérience est une force persuasive et que ces faits confirmeront la solidité des principes sur lesquels il a fondé l'école.
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904
p. 132-134
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE. ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de MEYSIEU en Dauphiné.
Début :
LES Élèves de l'École Royale Vétérinaire ont été envoyés dans cette [...]
Mots clefs :
Maladie épidémique, École royale vétérinaire, Élèves, Boeufs, Vaches, Curé, Maire, Procureur fiscal
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texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE. ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de MEYSIEU en Dauphiné.
ECOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
ANNÉE 1762.
MALADIE Epidemique dans la Paroiffe
de MEYSIEU en Dauphiné.
L ES Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
ont été envoyés dans cette
Paroiffe le 20 Juin , & font revenus
le 3 du mois de Septembre.
Ils ont traité dans cette Paroiffe cinquante
boeufs ou vaches , fept chevaux ,
trois mulets , cinq ânes , en tout 62
animaux malades ; ils en ont guéri 53.
Avant leur arrivée on avoit entrepris
la guérifon de 29 boeufs ou vaches &
d'un mulet , en sout 30 malades , tous
30 morts.
re ,
Pendant leur féjour on a fait traiter
par d'autres que par eux 17 boeufs ou
vaches & 2 chevaux, en tout 19 malades,
tous 19 morts. Le Curé du Lieu , le Maile
Châtelain , le Procureur Fifcal &
le Greffier ont attefté les Etats qui ont
été dreffés par les Elèves. Ces Etats
contiennent le nom des Propriétaires des
animaux malades , lenombre & l'espèce
de ces animaux , le nombre des morts
MA I. 1763. 133
& des guéris ; ils ont été envoyés dans
le temps au Miniftre des Finances , à
M. de Marcheval , Intendant du Dauphiné
& à tous ceux des autres Intendans
de Province qui tiennent des Elèves à
l'Ecole.
Le nombre des animaux préfervés
dans cette même Paroiffe de Meyfieu ,
monte à plus de 300.
Les Elèves députés par M. Bourgelat,
& chargés de fe conformer à la méthode
qu'il a prefcrite dans cette occafion
& qui a été laiffée à M. Chenevaz, Maire
dudit Lieu , font les fieurs Bredin ,
Elève entretenu par la Ville d'Auxonne ;
il a fervi en chef.
Moret , Elève entretenu par la Ville
de Châlons- fur- Sône.
Brachet , Elève entretenu par la Province
de Bugey ; il fut attaqué d'un
charbon après avoir fait l'ouverture d'un
cadavre .
Les Elèves qui ont été fucceffivement
envoyés à l'effet d'aider les premiers
, font les fieurs Gauthier , de la
Ville de Lyon.
De Tuncq , Elève entretenu par M.
l'Intendant d'Amiens.
Rambert , Elève entretenu par la Province
du Bugey.
134 MERCURE DE FRANCE.
*
Kamerlet , Elève entretenu par la Ville
de Nancy.
M. Bourgelat s'eft tranfporté lui - mêmettois
fois fur les Lieux .
On obfervera que du 15 Février
jour auquel l'Ecole a été ouverte , au 20
Juin , jour auquel ces Elèves font partis,
il ne s'étoit encore écoulé que 4 mois.
ANNÉE 1762.
MALADIE Epidemique dans la Paroiffe
de MEYSIEU en Dauphiné.
L ES Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
ont été envoyés dans cette
Paroiffe le 20 Juin , & font revenus
le 3 du mois de Septembre.
Ils ont traité dans cette Paroiffe cinquante
boeufs ou vaches , fept chevaux ,
trois mulets , cinq ânes , en tout 62
animaux malades ; ils en ont guéri 53.
Avant leur arrivée on avoit entrepris
la guérifon de 29 boeufs ou vaches &
d'un mulet , en sout 30 malades , tous
30 morts.
re ,
Pendant leur féjour on a fait traiter
par d'autres que par eux 17 boeufs ou
vaches & 2 chevaux, en tout 19 malades,
tous 19 morts. Le Curé du Lieu , le Maile
Châtelain , le Procureur Fifcal &
le Greffier ont attefté les Etats qui ont
été dreffés par les Elèves. Ces Etats
contiennent le nom des Propriétaires des
animaux malades , lenombre & l'espèce
de ces animaux , le nombre des morts
MA I. 1763. 133
& des guéris ; ils ont été envoyés dans
le temps au Miniftre des Finances , à
M. de Marcheval , Intendant du Dauphiné
& à tous ceux des autres Intendans
de Province qui tiennent des Elèves à
l'Ecole.
Le nombre des animaux préfervés
dans cette même Paroiffe de Meyfieu ,
monte à plus de 300.
Les Elèves députés par M. Bourgelat,
& chargés de fe conformer à la méthode
qu'il a prefcrite dans cette occafion
& qui a été laiffée à M. Chenevaz, Maire
dudit Lieu , font les fieurs Bredin ,
Elève entretenu par la Ville d'Auxonne ;
il a fervi en chef.
Moret , Elève entretenu par la Ville
de Châlons- fur- Sône.
Brachet , Elève entretenu par la Province
de Bugey ; il fut attaqué d'un
charbon après avoir fait l'ouverture d'un
cadavre .
Les Elèves qui ont été fucceffivement
envoyés à l'effet d'aider les premiers
, font les fieurs Gauthier , de la
Ville de Lyon.
De Tuncq , Elève entretenu par M.
l'Intendant d'Amiens.
Rambert , Elève entretenu par la Province
du Bugey.
134 MERCURE DE FRANCE.
*
Kamerlet , Elève entretenu par la Ville
de Nancy.
M. Bourgelat s'eft tranfporté lui - mêmettois
fois fur les Lieux .
On obfervera que du 15 Février
jour auquel l'Ecole a été ouverte , au 20
Juin , jour auquel ces Elèves font partis,
il ne s'étoit encore écoulé que 4 mois.
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Résumé : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE. ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de MEYSIEU en Dauphiné.
En 1762, des élèves de l'École Royale Vétérinaire ont été envoyés à Meysieu en Dauphiné pour combattre une épidémie animale. Arrivés le 20 juin et repartis le 3 septembre, ils ont soigné 62 animaux malades, en guérissant 53. Avant leur arrivée, 30 animaux avaient été traités sans succès et étaient décédés. Pendant leur mission, 19 autres animaux traités par d'autres personnes sont également morts. Les autorités locales ont attesté les rapports des élèves, qui détaillaient les propriétaires des animaux, les types et nombres d'animaux malades, ainsi que les décès et guérisons. Ces rapports ont été envoyés au ministre des Finances, à M. de Marcheval, intendant du Dauphiné, et aux autres intendants de province. Plus de 300 animaux ont été préservés dans la paroisse. Les élèves, sous la direction de M. Bourgelat et supervisés par M. Chenevaz, ont suivi une méthode prescrite par M. Bourgelat. Les élèves impliqués étaient Bredin, Moret, Brachet, Gauthier, De Tuncq, Rambert et Kamerlet. M. Bourgelat s'est également rendu sur place. Brachet a contracté un charbon après avoir ouvert un cadavre. L'école avait été ouverte depuis seulement quatre mois avant leur départ.
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905
p. 134-135
COPIE d'une Lettre de M. CHENEVAZ, Maire & Châtelain de Meysieu en Dauphiné, du 2 Septembre 1762, à M. BOURGELAT.
Début :
MONSIEUR, Voilà donc enfin la maladie de nos Bestiaux sur [...]
Mots clefs :
Maladie, Bestiaux, Meyzieu
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texteReconnaissance textuelle : COPIE d'une Lettre de M. CHENEVAZ, Maire & Châtelain de Meysieu en Dauphiné, du 2 Septembre 1762, à M. BOURGELAT.
COPIE d'une Lettre de M. CHENEVAZ,
Maire & Chatelain de Meyfieu en
Dauphiné , du 2 Septembre 1762 ,
à M. BOURGELAT..
MONSIEUR ,
Voilà donc enfin la maladie de nos
Beftiaux für fes fins ; nous en rendons
de grandes actions de graces au Seigneur
; mais nous vous en devons auffi ,
Monfieur , rendre de bien grandes , par
les bontés , les attentions & le zéle que
vous nous avez montrés dans cette fàcheufe
circonftance. Je vous en fais >
Monfieur , en mon particulier & au
nom de tous nos Habitans , des remercîmens
infinis ; & je voudrois pouvoir
vous donner des marques de la plus .
M A I. 1763. 135
fincère reconnoiffance , mais j'efpére
que M. l'Intendant de cette Province ,
y aura tel égard que de raifon. Nous
avons été très- contens de la vigilance
& de l'éxactitude de vos Meffieurs ; je
fouhaiterois qu'ils le fuffent auffi de leur
côté , cela feroit bien jufte.
J'ai l'honneur d'être , & c,
Maire & Chatelain de Meyfieu en
Dauphiné , du 2 Septembre 1762 ,
à M. BOURGELAT..
MONSIEUR ,
Voilà donc enfin la maladie de nos
Beftiaux für fes fins ; nous en rendons
de grandes actions de graces au Seigneur
; mais nous vous en devons auffi ,
Monfieur , rendre de bien grandes , par
les bontés , les attentions & le zéle que
vous nous avez montrés dans cette fàcheufe
circonftance. Je vous en fais >
Monfieur , en mon particulier & au
nom de tous nos Habitans , des remercîmens
infinis ; & je voudrois pouvoir
vous donner des marques de la plus .
M A I. 1763. 135
fincère reconnoiffance , mais j'efpére
que M. l'Intendant de cette Province ,
y aura tel égard que de raifon. Nous
avons été très- contens de la vigilance
& de l'éxactitude de vos Meffieurs ; je
fouhaiterois qu'ils le fuffent auffi de leur
côté , cela feroit bien jufte.
J'ai l'honneur d'être , & c,
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Résumé : COPIE d'une Lettre de M. CHENEVAZ, Maire & Châtelain de Meysieu en Dauphiné, du 2 Septembre 1762, à M. BOURGELAT.
Le 2 septembre 1762, M. Chenevaz, maire de Meyfieu, adresse une lettre à M. Bourgelat pour le remercier de son aide lors d'une épidémie ayant affecté le bétail local. Il exprime sa gratitude personnelle et celle des habitants. Il espère que M. l'Intendant reconnaîtra les efforts de M. Bourgelat et loue la vigilance des personnes impliquées.
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906
p. 135-136
ANNÉE 1762. MALADIE ÉPIDÉMIQUE dans la Paroisse de Villeurbanne, en Dauphiné.
Début :
LES Élèves de l'École Royale Vétérinaire y ont été envoyés le 15 Septembre [...]
Mots clefs :
Maladie épidémique, Élèves de l'École royale vétérinaire, Bestiaux, Cure, Greffier, Boeufs, Vaches
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texteReconnaissance textuelle : ANNÉE 1762. MALADIE ÉPIDÉMIQUE dans la Paroisse de Villeurbanne, en Dauphiné.
ANNÉE 1762 .
MALADIE ÉPIDÉMIQUE dans la
Paroiffe de Villeurbane , en Dauphiné...
LES ES Eléves de l'Ecole Royale Vété
rinaire y ont été envoyés le 15 Septembre
& en font revenus le 25 Octobre.
Ils ont traité 11 boeufs ou vaches , il
y en a eu dix de guéris .
De tous les beftiaux traités par d'au
tres , aucun n'a échappé. Les remédes
préfervatifs donnés par les Elèves ont
opéré avec la plus grande éfficacité. Les
Elèves employés à la cure de cette maladie
, font les fieurs de Tunc , Elève
entretenu par M. l'Intendant d'Amiens .
Mouffette , Elève entretenu par M.
l'Intendant d'Amiens..
136 MERCURE DE FRANCE .
Les Etats par colonnes rapportés par
eux font duement certifiés par le Curé ,
le Procureur Fifcal & le Greffier .
MALADIE ÉPIDÉMIQUE dans la
Paroiffe de Villeurbane , en Dauphiné...
LES ES Eléves de l'Ecole Royale Vété
rinaire y ont été envoyés le 15 Septembre
& en font revenus le 25 Octobre.
Ils ont traité 11 boeufs ou vaches , il
y en a eu dix de guéris .
De tous les beftiaux traités par d'au
tres , aucun n'a échappé. Les remédes
préfervatifs donnés par les Elèves ont
opéré avec la plus grande éfficacité. Les
Elèves employés à la cure de cette maladie
, font les fieurs de Tunc , Elève
entretenu par M. l'Intendant d'Amiens .
Mouffette , Elève entretenu par M.
l'Intendant d'Amiens..
136 MERCURE DE FRANCE .
Les Etats par colonnes rapportés par
eux font duement certifiés par le Curé ,
le Procureur Fifcal & le Greffier .
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Résumé : ANNÉE 1762. MALADIE ÉPIDÉMIQUE dans la Paroisse de Villeurbanne, en Dauphiné.
En 1762, une épidémie a touché la paroisse de Villeurbanne, en Dauphiné. Des élèves de l'École Royale Vétérinaire y ont été envoyés du 15 septembre au 25 octobre. Ils ont soigné 11 bovins, en guérissant 10. Aucun animal traité par d'autres méthodes n'a survécu. Les remèdes préventifs des élèves étaient efficaces. Les élèves Tunc et Mouffette, soutenus par l'Intendant d'Amiens, ont rédigé des rapports certifiés par le curé, le procureur fiscal et le greffier.
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907
p. 136-137
ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de Sauvagnat en Auvergne & autres Paroisses voisines.
Début :
LES malades traités par les Élèves de l'École Royale vétérinaire depuis le 21 Septembre [...]
Mots clefs :
Maladie épidémique, Élèves de l'École royale vétérinaire, Boeufs, Vaches, Bêtes, Méthode préservative et curative, Traitement, Auvergne
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texteReconnaissance textuelle : ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de Sauvagnat en Auvergne & autres Paroisses voisines.
ANNÉE 1762.
MALADIE Epidémique dans la Paroiffe
de Sauvagnat en Auvergne &
autres Paroiffes voifines.
LES malades traités par les Eléves de
l'Ecole Royale
véterinaire depuis le 21
Septembre
jufqu'au 4 Octobre , font en
boeufs ou vaches au nombre de 28. Celui
des animaux guéris eft le même.
Ces Eléves ont donné avec fuccès à
221 bêtes à cornes les remédes préfervatifs.
On obfervera que depuis le mois de
Juillet jufqu'au 4 Octobre , 250 bêtes à
corne font mortes dans la feule Paroiffe
de Sauvagnat ; il faut encore remarquer
que de toutes celles que différens Particuliers
ont traitées , il n'y en a pas eu une
feule parfaitement guérie . On a laiffé
de l'ordre de M. de Bourgelat à M. le
Bailli d'Hermans , la méthode préfervative
& curative. Les Eléves ont enfeigné
à plufieurs habitans la manière de
M A I. 1763. 137
faigner , & ils leur ont expliqué la méthode
du traitement.
Les états par colonnes rapportés par
eux , ont été duement certifiés par M.
le Bailli d'Hermans & par M. le Curé
de Sauvagnat.
Les Eléves envoyés en Auvergne font
les Srs Bredin , entretenu par la Ville
d'Auxonne en chef.
Moret , entretenu par la Ville de Châlons-
fur-Sône .
Bloufard , entretenu par la Province
de Breffe.
Preflier , entretenu par M. l'Intendant
de Moulins.
MALADIE Epidémique dans la Paroiffe
de Sauvagnat en Auvergne &
autres Paroiffes voifines.
LES malades traités par les Eléves de
l'Ecole Royale
véterinaire depuis le 21
Septembre
jufqu'au 4 Octobre , font en
boeufs ou vaches au nombre de 28. Celui
des animaux guéris eft le même.
Ces Eléves ont donné avec fuccès à
221 bêtes à cornes les remédes préfervatifs.
On obfervera que depuis le mois de
Juillet jufqu'au 4 Octobre , 250 bêtes à
corne font mortes dans la feule Paroiffe
de Sauvagnat ; il faut encore remarquer
que de toutes celles que différens Particuliers
ont traitées , il n'y en a pas eu une
feule parfaitement guérie . On a laiffé
de l'ordre de M. de Bourgelat à M. le
Bailli d'Hermans , la méthode préfervative
& curative. Les Eléves ont enfeigné
à plufieurs habitans la manière de
M A I. 1763. 137
faigner , & ils leur ont expliqué la méthode
du traitement.
Les états par colonnes rapportés par
eux , ont été duement certifiés par M.
le Bailli d'Hermans & par M. le Curé
de Sauvagnat.
Les Eléves envoyés en Auvergne font
les Srs Bredin , entretenu par la Ville
d'Auxonne en chef.
Moret , entretenu par la Ville de Châlons-
fur-Sône .
Bloufard , entretenu par la Province
de Breffe.
Preflier , entretenu par M. l'Intendant
de Moulins.
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Résumé : ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de Sauvagnat en Auvergne & autres Paroisses voisines.
En 1762, une épidémie a touché la paroisse de Sauvagnat en Auvergne et les paroisses environnantes. Du 21 septembre au 4 octobre, les élèves de l'École Royale Vétérinaire ont soigné avec succès 28 bovins et administré des remèdes préventifs à 221 autres bêtes à cornes. Durant cette période, 250 bêtes à cornes sont mortes à Sauvagnat. Aucun animal traité par des particuliers n'a été guéri. Sur ordre de M. de Bourgelat, la méthode de traitement a été transmise à M. le Bailli d'Hermans. Les élèves ont formé les habitants à soigner leurs animaux. Les rapports des élèves, validés par M. le Bailli d'Hermans et M. le Curé de Sauvagnat, détaillaient les interventions. Les élèves impliqués étaient Bredin, Moret, Bloufard et Preflier, soutenus respectivement par la ville d'Auxonne, la ville de Châlons-sur-Saône, la province de Bretagne et M. l'Intendant de Moulins.
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908
p. 137-138
ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de Ste Magdeleine en Forets.
Début :
LE total des animaux malades traités par les Élèves de l'École Royale vétérinaire [...]
Mots clefs :
Animaux malades traités, Élèves de l'École royale vétérinaire, Boeufs, Vaches, Maladie épidémique, Subdélégué , Remèdes préservatifs
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texteReconnaissance textuelle : ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de Ste Magdeleine en Forets.
ANNÉE 1762.
MALADIE Epidémique dans la Paroiffe
de Ste Magdelaine en Forets.
LEE total des animaux malades traités
par les Eléves de l'Ecole Royale vétérinaire
, fe monte à 16 boeufs ou vaches ,
& le total des guéris eft le même.
Il étoit mort fix boeufs avant l'arrivée
des Eléves ; il n'en eft mort aucun
depuis.
Les Eléves ont laiffé la méthode pré138
MERCURE DE FRANCE .
fervative & curative entre les mains de
M. de Bigny , Subdélegué à Mont- Brifon
, qui a certifié l'état par colonne
ainfi que M. de Grandris , Gentilhomme
propriétaire des animaux guéris .
Les remédes préfervatifs ont été don
nés avec fuccès à nombre d'animaux.
Les Elèves font les Srs de Tuncq & Did
ney , entretenus par M. l'Intendant d'Amiens.
MALADIE Epidémique dans la Paroiffe
de Ste Magdelaine en Forets.
LEE total des animaux malades traités
par les Eléves de l'Ecole Royale vétérinaire
, fe monte à 16 boeufs ou vaches ,
& le total des guéris eft le même.
Il étoit mort fix boeufs avant l'arrivée
des Eléves ; il n'en eft mort aucun
depuis.
Les Eléves ont laiffé la méthode pré138
MERCURE DE FRANCE .
fervative & curative entre les mains de
M. de Bigny , Subdélegué à Mont- Brifon
, qui a certifié l'état par colonne
ainfi que M. de Grandris , Gentilhomme
propriétaire des animaux guéris .
Les remédes préfervatifs ont été don
nés avec fuccès à nombre d'animaux.
Les Elèves font les Srs de Tuncq & Did
ney , entretenus par M. l'Intendant d'Amiens.
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Résumé : ANNÉE 1762. MALADIE Épidémique dans la Paroisse de Ste Magdeleine en Forets.
En 1762, une épidémie a frappé la paroisse de Sainte-Magdeleine-en-Forêt. Six bovins sont morts avant l'intervention des élèves de l'École Royale vétérinaire, qui en ont soigné 16 avec succès. Les élèves de Tuncq et Didey, soutenus par l'Intendant d'Amiens, ont appliqué des méthodes supervisées par M. de Bigny et confirmées par M. de Grandris. Des remèdes préventifs ont aussi été administrés à d'autres animaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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909
p. 138-140
ANNÉE 1763. MALADIE Épidémique traitée par deux des Élèves de l'École Royale vétérinaire, dans l'Élection de Gannat, Généralité de Moulins, depuis le 25 Février jusqu'au 4 Avril 1763.
Début :
EN résumant le nombre de tous les animaux malades, guéris, ou préservés, [...]
Mots clefs :
Animaux malades , Maladie épidémique, Animaux guéris, Animaux préservés, Symptômes
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texteReconnaissance textuelle : ANNÉE 1763. MALADIE Épidémique traitée par deux des Élèves de l'École Royale vétérinaire, dans l'Élection de Gannat, Généralité de Moulins, depuis le 25 Février jusqu'au 4 Avril 1763.
ANNÉE 1763 .
MALADIE Epidémique traitée par deux
des Eleves de l'Ecole Royale vétéri-
*
naire , dans l'Election de Gannat ,
Généralité de Moulins , depuis le 25
Févrierjufqu'au 4 Avril 1763.
ExN réfumant le nombre de tous les
animaux malades, guéris , ou préfervés ,
dans les Paroiffes de S. Etienne de Gannat
de St Geneft , de Mazerieu , de
la Rejonnien , du grand Vaure de
Beujés , de S. Jean de Venffat , de Cognat
, du Château de Villemont , Paroiffe
de Venffat , de S. Prieft , de Begues
, de Charmes , d'Ecurolles , de
Biozat , de S. Pont.
9
MA T. 1763. 139
Total des animaux malades-
Total des animaux guéris -
Total des animaux préfervés ---
-
- 230..
230 ..
-249
Il eſt à obſerver que de tous les ma
lades compris dans cet Etat , & traités
par les deux Eléves de l'Ecole Royale
Vétérinaire , aucun après la guériſon n'a
eu de rechute , & que de tous les animaux
auxquels on a adminiftré les remédes
préférvatifs aucun n'a été attaqué
de la maladie .
On obfervera encore que parmi ceux
qui ont été traités , il y en a eu 15 en
qui la maladie a été différente & s'eft
montrée par des fymptômes qui fem :
bloient la rendre plus redoutable. Enfin
de ces animaux il y a eu deux chevaux
très-dangereufement malades. Signé
Bredin , Bloufard , le Marquis de Vigny,
Seigneur de Gannat , Veytard , Subdélégué
à Gannat , Rabaponde , Maire
& Lieutenant Général de Police.
Les fieurs Bredin & Bloufard , font
donc les deux Elèves qui ont été envoyés
par M. Bourgelat , & qui ont
opéré ces guérifons .
La méthode préfervative & curative
a été laiffée à M. Veytard , Subdélégué
; & fi l'on calculoit tant les frais.
faits par les Elèves , qu'occafionnés par
140 MERCURE DE FRANCE.
les remédes qui ont été fournis , on
verroit que le traitement de chaque
boeuf ne monte pas à la fomme de 3 1.
d'où l'on doit conclure que M. Bourgelat
s'eft non-feulement appliqué à la recherche
des moyens qui tendent à la
confervation des animaux , mais qu'il a
joint à ces mêmes recherches tout ce
qui pouvoit rendre la cure peu coû
teufe
MALADIE Epidémique traitée par deux
des Eleves de l'Ecole Royale vétéri-
*
naire , dans l'Election de Gannat ,
Généralité de Moulins , depuis le 25
Févrierjufqu'au 4 Avril 1763.
ExN réfumant le nombre de tous les
animaux malades, guéris , ou préfervés ,
dans les Paroiffes de S. Etienne de Gannat
de St Geneft , de Mazerieu , de
la Rejonnien , du grand Vaure de
Beujés , de S. Jean de Venffat , de Cognat
, du Château de Villemont , Paroiffe
de Venffat , de S. Prieft , de Begues
, de Charmes , d'Ecurolles , de
Biozat , de S. Pont.
9
MA T. 1763. 139
Total des animaux malades-
Total des animaux guéris -
Total des animaux préfervés ---
-
- 230..
230 ..
-249
Il eſt à obſerver que de tous les ma
lades compris dans cet Etat , & traités
par les deux Eléves de l'Ecole Royale
Vétérinaire , aucun après la guériſon n'a
eu de rechute , & que de tous les animaux
auxquels on a adminiftré les remédes
préférvatifs aucun n'a été attaqué
de la maladie .
On obfervera encore que parmi ceux
qui ont été traités , il y en a eu 15 en
qui la maladie a été différente & s'eft
montrée par des fymptômes qui fem :
bloient la rendre plus redoutable. Enfin
de ces animaux il y a eu deux chevaux
très-dangereufement malades. Signé
Bredin , Bloufard , le Marquis de Vigny,
Seigneur de Gannat , Veytard , Subdélégué
à Gannat , Rabaponde , Maire
& Lieutenant Général de Police.
Les fieurs Bredin & Bloufard , font
donc les deux Elèves qui ont été envoyés
par M. Bourgelat , & qui ont
opéré ces guérifons .
La méthode préfervative & curative
a été laiffée à M. Veytard , Subdélégué
; & fi l'on calculoit tant les frais.
faits par les Elèves , qu'occafionnés par
140 MERCURE DE FRANCE.
les remédes qui ont été fournis , on
verroit que le traitement de chaque
boeuf ne monte pas à la fomme de 3 1.
d'où l'on doit conclure que M. Bourgelat
s'eft non-feulement appliqué à la recherche
des moyens qui tendent à la
confervation des animaux , mais qu'il a
joint à ces mêmes recherches tout ce
qui pouvoit rendre la cure peu coû
teufe
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Résumé : ANNÉE 1763. MALADIE Épidémique traitée par deux des Élèves de l'École Royale vétérinaire, dans l'Élection de Gannat, Généralité de Moulins, depuis le 25 Février jusqu'au 4 Avril 1763.
En 1763, deux élèves de l'École Royale vétérinaire ont traité une épidémie dans l'Élection de Gannat, Généralité de Moulins, du 25 février au 4 avril. Ils ont soigné des animaux dans plusieurs paroisses, dont Saint-Étienne de Gannat, Saint-Geneix, Mazerieu, La Rejonnien, Le Grand Vaure de Beujés, Saint-Jean de Venffat, Cognat, Château de Villemont, Saint-Priest, Begues, Charmes, Ecurolles, Biozat, et Saint-Pont. Au total, 230 animaux ont été malades, 230 guéris, et 249 préservés. Aucun animal traité n'a rechuté, et aucun de ceux ayant reçu des remèdes préventifs n'a contracté la maladie. Parmi les animaux traités, 15 présentaient des symptômes différents, et deux chevaux étaient très gravement malades. Les signataires incluent Bredin, Bloufard, le Marquis de Vigny, Veytard, Rabaponde, et d'autres autorités locales. Bredin et Bloufard, envoyés par M. Bourgelat, ont réalisé ces guérisons. La méthode préventive et curative a été laissée à M. Veytard. Les frais de traitement par animal n'ont pas dépassé 3 livres, démontrant l'engagement de M. Bourgelat pour la conservation des animaux à moindre coût.
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910
p. 140-143
LETTRE à l'Auteur du Mercure sur la LONGITUDE.
Début :
AUTANT la Quadrature du Cercle est inutile pour l'invention de la Longitude [...]
Mots clefs :
Longitude, Atmosphère, Épaississement , Variations hypométriques, Hémisphère, Montre, Globe, Machines pneumatiques , Ressort spiral
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure sur la LONGITUDE.
LETTRE à l'Auteur du Mercure fur
la LONGITUDE.
AUTANT
UTANT la Quadrature du Cercle
éft inutile pour Finvention de la Longitude
en mer , autant il feroit utile ou
même néceffaire d'avoir pour cet effet
des machines propres à mefurer le temps
exactement fur mer , & peu fujettes aux
variations que caufent les différens états
de l'Atmosphère , furtout dans certaines
navigations.
J'ai compté par mes doigts les obftacles
qui s'oppofent à ce que nous ayons
jamais dans ce genre rien d'auffi juſte
qu'il nous le faudroit , & j'en ai été éffrayé
, mais non pas découragé ; on eſt
MA I. 1763 . 141
venu à bout de chofes qui paroiffoient
pour le moins auffi difficiles.
Je ne fçais pas comment on fera pour
obvier aux inconvéniens qui naiffent de
l'épaiffiffement des huiles , des différens
degrés de chaleur & de froid , des défauts
des échappemens connus , de l'hétérogénéité
des matières que l'on eſt
forcé d'employer, & c, & c ; mais je crois
être parvenu à parer ceux des variations
hypométriques : voici le fait.
Je fufpendrois une montre dans un
globe de verre épais que l'on fermeroit
très-exactement de quelque manière que
ce fût dans un endroit très-fec. Ce globe
de verre , que l'on pourroit faire plus
épais ou plus mince aux endroits où il
conviendroit , auroit fon diamétre intérieur
plus grand que celui de la monafin
que la calotte fphérique qu'il
faudroit enlever pour faire entrer ou fortir
la montre , & que l'on replaceroit enfuite
, fut moins qu'un hémisphère. I
eft inutile , me femble , de m'arrêter à
la manière de fufpendre la montre ,
à celle de fermer le tout exactement ; on
trouvera aisément mille moyens pour
cela.
tre ,
&
Le globe auroit un ou deux trous circulaires
& garnis intérieurement , très142
MERCURE DE FRANCE .
exactement , de cuir gras de la même
manière à-peu près que l'on garnit les
ouvertures que l'on conferve aux récipiens
des machines pneumatiques , dans
lefquels on veut exécuter quelques mouvemens.
L'un de ces trous feroit vis-à-vis de
l'endroit par où l'on remonte la montre ,
& feroit le feul dans le cas où le globe
de verre feroit deftiné à contenir une
montre faite feulement pour marquer
partout l'heure d'un certain lieu déterminé
, à moins que , fuivant la conftruction
de cette montre , on n'eût un
principe fur la quantité dont il faudroit
la retarder ou l'avancer de temps en
temps. Dans ce cas & dans celui où la
montre feroit une bonne montre à l'ordinaire
, que l'on pourroit régler par le
moyen de quelqu'obfervation aftronomique
, mais à laquelle on voudroit cependant
épargner autant qu'on le pouroit
, les impreffions de l'Atmofphère
le globe auroit , vis - à -vis de l'axe qui
enfile les deux aiguilles , un autre trou
femblable au premier , & même un
troifiéme vis-à-vis de l'axe de la rofette
pour pouvoir par fon moyen alonger ou
racourcir le reffort fpiral. Chacun de
ces trous feroit garni de la clef propre à
M. A I. 1763. 13.
faire l'effet defiré. Elle y couleroit trèsjufte
& n'en pourroit point fortir. On
la poufferoit en dedans lorfque l'on
voudroit s'en fervir , & on la retireroit
enfuite , de manière qu'elle ne pût point
toucher la montre . On trouveroit encore
aifément mille moyens pour ajufter
ces clefs d'une manière convenable.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Calais le 7 Avril
1763.
BLONDEAU Profeffeur
Royal d'Hydrographie .
la LONGITUDE.
AUTANT
UTANT la Quadrature du Cercle
éft inutile pour Finvention de la Longitude
en mer , autant il feroit utile ou
même néceffaire d'avoir pour cet effet
des machines propres à mefurer le temps
exactement fur mer , & peu fujettes aux
variations que caufent les différens états
de l'Atmosphère , furtout dans certaines
navigations.
J'ai compté par mes doigts les obftacles
qui s'oppofent à ce que nous ayons
jamais dans ce genre rien d'auffi juſte
qu'il nous le faudroit , & j'en ai été éffrayé
, mais non pas découragé ; on eſt
MA I. 1763 . 141
venu à bout de chofes qui paroiffoient
pour le moins auffi difficiles.
Je ne fçais pas comment on fera pour
obvier aux inconvéniens qui naiffent de
l'épaiffiffement des huiles , des différens
degrés de chaleur & de froid , des défauts
des échappemens connus , de l'hétérogénéité
des matières que l'on eſt
forcé d'employer, & c, & c ; mais je crois
être parvenu à parer ceux des variations
hypométriques : voici le fait.
Je fufpendrois une montre dans un
globe de verre épais que l'on fermeroit
très-exactement de quelque manière que
ce fût dans un endroit très-fec. Ce globe
de verre , que l'on pourroit faire plus
épais ou plus mince aux endroits où il
conviendroit , auroit fon diamétre intérieur
plus grand que celui de la monafin
que la calotte fphérique qu'il
faudroit enlever pour faire entrer ou fortir
la montre , & que l'on replaceroit enfuite
, fut moins qu'un hémisphère. I
eft inutile , me femble , de m'arrêter à
la manière de fufpendre la montre ,
à celle de fermer le tout exactement ; on
trouvera aisément mille moyens pour
cela.
tre ,
&
Le globe auroit un ou deux trous circulaires
& garnis intérieurement , très142
MERCURE DE FRANCE .
exactement , de cuir gras de la même
manière à-peu près que l'on garnit les
ouvertures que l'on conferve aux récipiens
des machines pneumatiques , dans
lefquels on veut exécuter quelques mouvemens.
L'un de ces trous feroit vis-à-vis de
l'endroit par où l'on remonte la montre ,
& feroit le feul dans le cas où le globe
de verre feroit deftiné à contenir une
montre faite feulement pour marquer
partout l'heure d'un certain lieu déterminé
, à moins que , fuivant la conftruction
de cette montre , on n'eût un
principe fur la quantité dont il faudroit
la retarder ou l'avancer de temps en
temps. Dans ce cas & dans celui où la
montre feroit une bonne montre à l'ordinaire
, que l'on pourroit régler par le
moyen de quelqu'obfervation aftronomique
, mais à laquelle on voudroit cependant
épargner autant qu'on le pouroit
, les impreffions de l'Atmofphère
le globe auroit , vis - à -vis de l'axe qui
enfile les deux aiguilles , un autre trou
femblable au premier , & même un
troifiéme vis-à-vis de l'axe de la rofette
pour pouvoir par fon moyen alonger ou
racourcir le reffort fpiral. Chacun de
ces trous feroit garni de la clef propre à
M. A I. 1763. 13.
faire l'effet defiré. Elle y couleroit trèsjufte
& n'en pourroit point fortir. On
la poufferoit en dedans lorfque l'on
voudroit s'en fervir , & on la retireroit
enfuite , de manière qu'elle ne pût point
toucher la montre . On trouveroit encore
aifément mille moyens pour ajufter
ces clefs d'une manière convenable.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Calais le 7 Avril
1763.
BLONDEAU Profeffeur
Royal d'Hydrographie .
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Résumé : LETTRE à l'Auteur du Mercure sur la LONGITUDE.
La lettre adressée à l'auteur du Mercure discute de l'importance de mesurer précisément le temps en mer pour déterminer la longitude. Bien que la quadrature du cercle soit jugée inutile, des instruments fiables sont nécessaires malgré les défis posés par les variations atmosphériques et les conditions marines. Plusieurs obstacles techniques sont mentionnés, comme l'épaississement des huiles, les variations de température et les défauts des mécanismes d'échappement. Pour atténuer les variations hypométriques, l'auteur propose de suspendre une montre dans un globe de verre hermétique et épais. Ce globe protégerait la montre des influences extérieures tout en permettant des ouvertures étanches pour remonter la montre et ajuster ses mécanismes. La lettre se conclut par une proposition détaillée des ajustements nécessaires pour assurer le bon fonctionnement de la montre en mer.
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911
p. 52-53
AUTRE.
Début :
Je suis sur mes cinq pieds d'une énorme structure ; [...]
Mots clefs :
Boeuf
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
1 UTRE.
Je ſuis furmes cinq pieds d'une énorme ſtructures
Je porte avec moi l'élément
Qui peut , Lecteur , facilement
Merendreen peu de temps propre àta nourriture.
Mais ſi tu veux m'ôter la tête ſeulement ,
Sans ceſſer d'être un aliment ,
Loure.
W
De la vive etjeune Aurore, Peigne
+ W
l'air et les attraits;Aux charmes brillans de
+
Flore, d'Hébéjoignés tous les traits.
Mineur.
W
Pourformer beauté complette, Quelque
W + Dquoc.
soit votre pinceau; Si vous n'avés
Fort.
W
W
م
= -nette, Recommencés le tableau .
vuNi
GravéparM. Charpentić. Imprimépar Tournelle.
JUIN. 1763. 53
Je n'ai plusla même nature,
Et mon corps par ce changement ,
Prenant un autre nom devient dans ce moment
D'une très-petite figure.
Par le même.
Je ſuis furmes cinq pieds d'une énorme ſtructures
Je porte avec moi l'élément
Qui peut , Lecteur , facilement
Merendreen peu de temps propre àta nourriture.
Mais ſi tu veux m'ôter la tête ſeulement ,
Sans ceſſer d'être un aliment ,
Loure.
W
De la vive etjeune Aurore, Peigne
+ W
l'air et les attraits;Aux charmes brillans de
+
Flore, d'Hébéjoignés tous les traits.
Mineur.
W
Pourformer beauté complette, Quelque
W + Dquoc.
soit votre pinceau; Si vous n'avés
Fort.
W
W
م
= -nette, Recommencés le tableau .
vuNi
GravéparM. Charpentić. Imprimépar Tournelle.
JUIN. 1763. 53
Je n'ai plusla même nature,
Et mon corps par ce changement ,
Prenant un autre nom devient dans ce moment
D'une très-petite figure.
Par le même.
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912
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Fermer
Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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913
p. 114-134
ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Début :
L'ACADÉMIE étant dans l'usage d'exposer publiquement à la fin de chaque [...]
Mots clefs :
Académie, Végétal, Physicien, Botanique, Chirurgie, Solitude, Vie champêtre, Curiosité, Égypte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
ACADÉMIES.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences , Arts & Belles - Lettres de
DIJON , tenue dans la Salle de l'Hôtel-
de-Ville , le Mercredi 8 Décembre
1762 .
L'ACADÉMIE érant dans l'uſage d'expofer
publiquement à la fin de chaque
année , le tableau de ſes opérations littéraires
; le Secrétaire perpétuel ouvrit la
Séance par un détail hiſtorique des différens
Sujets qui avoient exercé la plume
des Académiciens. Trois genresde
Sciences , dit- il , fixent en quelque forte
les objets de nos travaux Académiques
: la Phyſique & les Arts; la Médecine
& les branches éffentielles qui lui
appartiennent ; l'Hiſtoire & les Belles-
Lettres . Parcourons dans ces trois claffes
les divers ouvrages dont la lecture
JUIN. 1763. 115
a rempli nos féances pendant le cours de
l'année.
Dans le régne végétal, la Nature offre
ſouvent au Phyſicien des Phénomènes
qui piquent ſa curiofité ſans éclairer fon
efprit. Pour découvrir la vérité , il ne
faut jamais la perdre de vue ; & le plus
sûr moyen d'y atteindre , c'eſt de s'en
approcher lentement. Telle eſt la méthode
que fuit M. Daubenton dans l'étude
de la Botanique : ſes Obfervations
fur la culture des arbres mille fois répétées
avec la même éxactitude , lui procurent
tous les jours de nouvelles découvertes.
Dans un Mémoirefur le Platane
, dont il a fait la lecture à l'Académie
, il donne la manière d'élever cet
arbre ; il nous fait connoître ſes différentes
eſpèces , ſes variétés, ſes qualités&
ſes u ages.
M. Michault , en conſidérant la Nature
dans l'étendue de ſes trois régnes ,
y recherche les fautes&les erreurs qu'on
lui impute. On s'imagine , dit- il , lorfqu'elle
paroît manquer à l'uniformité
de ſes loix , qu'on a des caprices à lui
reprocher ; & c'eſt ce que nous appellons
, mais improprement , les jeux de
la Nature. Notre ignorance à l'égard de
fon Mechaniſme & de la plupart de fes
116 MERCURE DE FRANCE .
!
Phénomènes , doit rendre les Phyficiens
attentifs dans leurs recherches , timides
dans leurs conjonctures , & circonfpects
dans leurs jugemens. Dans l'éxamen de
la Nature , défions-nous de la chaleur de
notre eſprit & de lafoibleſſe de nos ſens .
Ses prétendus caprices fe rapportent à
tout ce que le mouvement local , en s'oppofant
à l'éxécution de ſes loix fondamentales
, peut y produire de merveilleux.
L'Auteur termine cet éſſai par l'énumération
des chefs-d'oeuvres de l'Art
qui imitent certains jeux de la Nature.
Dans une autre Differtation , & fur
un plan à-peu-près ſemblable , le même
Académicien tâche d'expliquer phyfiquement
ce que le Peuple regarde comme
des prodiges dans les pluies extraordinaires.
On ne connoît , felon M. Michault
, les cauſes naturelles & les effets
des Météores , que relativement aux modifications
de la matière terrestre. C'eſt
ce qui faifoit imaginer au Père Kirker,
que tous les Phénomènes de la moyenne
région ſe répétent dans les gouffres
& les abîmes de la terre. Lorſque les objets
ne font point à la portée de nos fens;
nous ſubſtituons les conjectures aux
Obſervations , nous ofons juger des
procédés de la Nature par des fuppofi
JUIN. 1763 . 117
tions ; quoique tous les jours de nouveaux
événemens démentent les hypotheſes
& renverſent les ſyſtemes. Le
Philoſophe qui ne fait que deviner les
cauſes phyſiques , peut donc également
ſe tromper fur les effets ſenſibles , comme
celui qui ne connoît ni les uns ni les
autres . M. Michault ſe propoſe d'attaquer
dans ce Mémoire , la plupart des
paradoxes &des opinions ridicules qu'on
a oſé répandre à ce ſujet : ileſſaye de détruire
par des explications phyſiques ,
les érreurs populaires concernant quelques
minéraux , certaines matières végétales
, & même différens animaux
qu'on croit être tombés du Ciel.
Les bornes d'un Extrait ne nous permettant
pas de repréſenter exactement
ici tous les travaux de l'Académie , nous
pafferons rapidement d'une matière à
l'autre.
Dans la Médecine , dont les maladies
du corps humain font l'objet , on obferve
, on traite , on guérit. Cet art ſi
précieux à l'homme , eſt un labyrinthe
où l'on s'égareroit infailliblement , fi
l'on ne portoit dans ſes routes obfcures ,
le flambeau de la Phyſique , le feu d'Hermès
& le fer de Véſale . C'eſt dans ces
trois points de vue,que le Secrétaire con
118 MERCURE DE FRANCE.
fidère les Ouvrages Académiques concernant
cette Science. Après avoir jetté
un coup d'oeil ſur les procédés chymiques
& fur les obfervations anatomiques;
l'Hiftoire de la Chirurgie , dit- il ,
eſt malheureuſement jointe à celle de
nos infirmités & de nos maux. Il ſemble
que dans le corps humain , la Nature ait
voulu en quelque forte repréſenter ſes
trois régnes : les polypes , comme les
plantes , y germent , y croiffent , y végétent
: les vers y naiſſent , y vivent ,
s'y régénérent : les minéraux s'y forment
, s'y augmentent , s'y multiplient.
La pietre qui cauſe des douleurs fi
cruelles ne peut être tirée de la veffie
que par une opération plus cruelle
encore. S'il faut au Chirurgien une
grande fermeté d'âme pour faire cette
opération ; quel courage ne faut - il
pas au maladepour s'y expofer ? Diſons
plus, quel héroïfſme , lorſque l'art éxige
qu'elle s'éxécute en deux temps ? C'eſt
l'objet d'un Mémoire de M. Marétl'ainé
furles Avantages de différer l'extraction
de la pierre. Après l'inciſion par laquelle
on a commencé d'ouvrir une iſſue , on
nedoit pas toujours pratiquer la taille en
deux temps ; mais il eſt ſouvent auffi des
cas où l'on ne peut ſe diſpenſer de re-
,
JUIN. 1763. 119
courir à cette méthode ſans expofer la
vie du malade. Les raiſons ſur leſquelles
M. Marét appuie ſon ſentiment , font
confirmées tant par fes propres obfervations
, ſa longue expérience & fes fuccès
, que par des faits de pratique inférés
dans les écrits de pluſieurs Lithotomiſtes
. L'Auteur fouhaite en terminant
fon Ouvrage , que déſormais le Chirurgien
ne croye plus ſa réputation intéreſſée
à tailler en deux temps ; & que le
Public fufpende fon jugement fur des
objets qui font quelquefois hors de la
ſphère de ſes connoiffances .
L'Hiftoire & les Belles -Lettres n'ont
pas fourni à l'Académie une récolte
moins abondante : pluſieurs de nos Académiciens
nous ont auſſi préſenté des
fleurs& des fruits du Parnaſſe. Le Secrétaire
, après avoir expoſé les Sujets
qui ont été traités dans ces différens genres
, termine ainſi ce difcours pittorefque.
Enfin , M. l'Evêque de Troyes ,
dans une Piéce en vers qui contient quelques
réfléxions d'un Philoſophe ſur les
charmes de ſa ſolitude , nous a prouvé
qu'avec la même plume dont il trace des
morceaux de la plus fublime éloquence ,
il ſçait employer le plus vif coloris de la
Poëſie pour peindre les délices de la vie
champêtre.
120 MERCURE DE FRANCE.
M. le Préſident de Ruffey lut enſuite
un Effai Historique fur les Académies.
L'Hiftoire des Académies eſt auſſi intéreffante
pour les Gens de Lettres , que
l'eſt l'Histoire d'une Nation pour les
Peuples qui la compoſent. M. l'Abbé
d'Olivet avoit promis cet Ouvrage au
Public : quelques Académies en ont
tracé de légères eſquiſſes , & d'ailleurs
nous avons déja pluſieurs Hiſtoires particulières
de ces Compagnies ſcavantes ;
mais juſqu'ici , perſonne n'avoit encore
travaillé à en faire un corps d'Hiſtoire
générale. M. le Président deRuffey a vu
fans être éffrayé , toute l'étendue de la
matière : il a partagé fon Sujet en trois
parties deſtinées aux lectures de l'Académie
dans ſes Séances publiques. La
première traite des Académies d'Italie ;
la feconde , de celles de France ; la troifiéme
, des Académies étrangères. Mais ,
pour ſe prêter à l'abondance du Sujet , il
ſe propoſe de ſuppléer par des Notes
hiſtoriques & critiques , aux détails intéreſſans
qui ne pourront entrer dans
ces Difcours Académiques.
Dans ſa première partie , l'Auteur remonte
àl'origine des Sciences : la curiofité
eft , felon lui , le premier mobile
qui porte l'eſprit à les cultiver. L'Egypte
en
JUIN. 1763 . 121
en
en fut le berceau ; tranſportées dans la
Gréce , elles y parvinrent au plus haut
degré de perfection & de gloire : les Philoſophes
& lesSçavans ſe raſſemblèrent ,
pour difcourir fur les Sciences , dans la
maiſon d'Academus , Citoyen d'Athènes
; la poſtérité a donné fon nom à tou
tes les Sociétés de Sçavans , de Gens de
Lettres & d'Artiſtes, qui ſe ſont formées
dans la fuite. >> Rome , ce font les pro-
>> pres termes de l'Académicien ,
>>parlant du paſſage des Sciences & des
>>Arts de la Gréce en Italie , Rome doit
>> mettre au nombre de ſes plus glorieu-
>>>ſes conquêtes,celle qu'elle fit des Scien
>> ces & des Arts en les tranſportant
> dans ſon ſein avec les Philoſophes &
>>>les Artiſtes de la Gréce ſubjuguée. Le
>>tumulte des armes & des féditionsdans
>>lequel elle avoit vécu depuis fon ori-
>> gine , avoit plongé l'eſprit de ſes Ci-
>>toyens dans l'ignorance & la fuperfti-
>>>tion ; & cette Maîtreffe de l'Univers
>>étoit plus barbare que les Peuples mê
>>mes à qui elle donnoit ce nom. La
>> férocité des vertus guerrières
>>amour aveugle de la patrie , une am-
>> bition démeſurée , tenoient lieu aux,
• Romains de goût , de Sciences & de
>> talens. Mais bientôt , tout changea de
F
,
un
122 MERCURE DE FRANCE.
>>face; les Romains apprirent aifément
des Nations vaincues à jouir des com-
"modités de la vie : les Arts ornèrent
>>>& élevèrent leurs temples& leurs mo-
>>>numens publics ; leurs maiſons furent
>>transformées en Palais ; l'éloquence ſe
fit entendre au barreau ; il parut des
>>Historiens dignes de Rome; il naquit
des Poëtes dignes de chanter les louan-
>> ges des Dieux &des Héros.
Après ce Préliminaire , l'Auteur entreen
matière & fait mention d'une Aca .
démie célébre établie à Rome par Augufte
; d'une autre fondée plus anciennement
à Marseille; de celle de Lyon
qui faiſoit la terreur des mauvais Auteurss
,, que l'on condamnoit à effacer
leurs Ouvrages avec la langue , ou à être
précipités dans le Rhône.
La décadence des Sciences qui ſuivit
celle de l'Empire Romain , introduifit
lignorance &la barbarie quidéſolèrent
pendant plus de neuf fiécles la face de
PUnivers. L'Auteur parcourtrapidement
cet interrégne des Sciences, où il découvre
dans des aſſemblées ſous Charlemagne
, dans les cours d'amour des Comtes
de Provence dans Fétabliſſement des
jeux floraux de Toulouſe en 1324 , des
préſages des Académies qui devoient ſe
JUIN. 1763. 123
former un jour. M. de Ruffey s'exprime
ainfi fur le renouvellement des Sciences.
>>Enfin arriva le temps heureux de cette
>>fameuſe révolution qui ramena en
> Europe les Muſes fugitives ; qui fir
>>renaître les Lettres & les Arts : par ſes
>>progrès rapides , on vit le ſçavoir fuc-
>céder à l'ignorance , la politeſſe à la
>>barbarie , la religion à la ſuperſtition .
>>Pluſieurs cauſes contribuerent a opé-
> rer ce changement:la priſe deConſtan-
>>tinople en 1453 , obligea les Sçavans
»de la Gréce à ſe retirer en Italie ; l'ac-
>>cueil favorable que leur firent lesMé-
» dicis les fixa dans ce Pays. Laurent
>> de Médicis & fon fils le Pape Léon X,
» pleins de grandes vues & de zéle pour
» leur patrie , n'épargnèrent rien pour
>rendre le commerce de ces Grecs uti-
» les à l'Italie ; s'immortaliſerent en pro-
>> tégeant les Sciences & les Arts , &
donnèrent à tous les Princes le modèle
>> d'un nouveau genre de gloire , qui les
>> conduit plus sûrement à l'immortalité
> que les plus brillantes conquêtes. L'in-
>> vention de l'Imprimerie , en multi-
-pliant les fources de la Science , con-
>>tribua à ſeconder leur projet , & à en
>affurer le ſuccès,
M. de Ruffey nous apprend que la
1
Fij
135
124 MERCURE DE FRANCE .
première Académie fut établie à Naples
en 1470 , par Antoine de Palerme , Secrétaire
du Cabinet d'Alphonse V , Roi
d'Arragon & de Naples ; & la feconde ,
à Florence ſous la protection des Médicis
. Depuis ce temps juſqu'à nos
jours , l'Italie a vu naître dans ſon ſein
une infinité d'Académies qui ont cultivé
tous les genres de Sciences , d'Arts
& de Littérature ; on en a compté plus
de 500 , dont pluſieurs ne ſubſiſtent
plus.
L'Auteur attribue au mauvais goût du
XV & du XVIe fiécle , les noms bifarres
de ces différentes ſociétés : il remarque
que les premières étoient compofées
d'un mêlange de Sçavans & de Cavaliers;
&que les Joûtes & lesTournois faifoient
partie de leurs éxercices ; que l'on combattoit
pour l'honneur des Académies
comme pour celui des Dames.
La plupart de ces Sociétés n'exigeant
aucun détail , l'Auteur ſe borne à ne
parler que de celles qui ont eu de la celebrité;
telles que l'Académie de la Crufca
, établie en 1582 pour polir la langue
Italienne , & qui a fervi de modéle à
l'Académie Françoiſe & à l'Académie
Eſpagnole : l'Académie des Arcades ,
dontl'objet principal fut la réformation
JUIN. 1763. 125
du goût ; & à laquelle les Princes , les
Rois , les Papes même s'emprefferent
d'être afſociés .
>> De nos jours , dit l'Auteur,un grand
>> Roi , dont les qualités bienfaiſantes
- > honorent encore plus l'humanité que
>> le Trône , n'a pas dédaigné de devenir
» Membre de ceste Académie ſous le
>> nom d'Eutimio - Allifireo ; & de la mê-
>> me main dont il tient le ſceptre , ſym-
» bole du bonheur de ſes Peuples , il
>> aime quelquefois à faire uſage de la
>>houlette des Arcades &de la plume
>> des Muſes.
A l'occaſion de l'Académie des Arcades
de Rome , qui a fondé quarantetrois
Colonies dans les principales Villes
d'Italie , avec leſquelles elle entretient
une correfpondance littéraire , l'Auteur
entre dans un enthouſiaſme de zéle digne
d'unvrai Académicien.
>> Que ne puiſſions-nous , dit-il ,
>> voir éxécuter en France un projet di-
>> gne d'être ſuivi ; les Académies de Pa-
>> ris adopter celles des Provinces , diri-
>>ger leurs travaux , juger leurs ouvra-
» ges , épurer leur goût, exciter leur
>>émulation! Quels avantages n'en retireroient
pas les Lettres & les Scien-
>> ces ? Les Académies des Provinces re-
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE .
>>doubleroient leurs efforts pour mériter
>>les fuffrages & la confiance de ceux
» qu'ils reconnoîtroient pour leurs maî-
>> tres & pour leurs modéles ; ces maî-
>> tres trouveroient quelquefois dans les
>> Ecrits de leurs Diſciples , des germes
» d'idées neuves & d'heureuſes décou-
» vertes , dont ils pourroient profiter ;
»& qui , faute d'être fécondés , reſtent
>>>enfouis dans l'obſcurité de la Provin-
» ce. Les Académies de Paris ont déja
>> rempli une partie de ce projet par
>> quelques aſſociations d'Académies de
>> Provinces qui leur payent annuelle-
>> ment un tribut , & par les correfpon-
>>dans régnicoles qu'ils s'aſſocient. J'é-
>> tends plus loin une idée qui me flate
>»>&qui doit flater tout homme ſenſi-
>>ble à la gloire des Lettres& des Scien-
>> ces : pourquoi une correfpondance
>>générale & réciproque n'unit- elle pas
» les Académies des Provinces ? Pour-
>>quoi n'eft- elle pas encore établie entre
>> toutes les Académies de l'Europe ?
» Elles ſont compofées de l'élite des Su-
>>>jets de la République des Lettres ; le
» même zéle & le même eſprit ne doit-
» il pas les animer pourſa gloire ?
Dans la ſuite de ſon Ouvrage , M. de
Ruffey s'attache principalement aux
JUIN. 1763 . 127
Académies des Sciences qu'il regarde
comme les plus utiles; il fait mention de
celle des Lincei de Rome , à laquelle ,
ſuivant quelques Auteurs , on doit l'invention
du Microſcope ; de l'Académie
del Cimento de Florence , qu'il regarde
comme mère de la Phyſique expérimentale
: de l'Inſtitut de Boulogne , dont la
célébrité a prèſqu'égalé celle des Académie
de Paris & de Londres. Il vient enfuite
aux Académies remarquables par
quelques fingularités ; Milan , Crémone,
Boulogne en ont eu où l'on ne recevoit
que des Gentilshommes : il s'en eſt formé
une à Sienne toute compoſée de Dames.
On faifit ici l'occaſion d'applaudir
à l'uſage des Italiens qui les admettent
dans leurs Académies,&de blâmer le
préjugé des François qui les en exclut
ufage auquel on a cependant dérogé dans
quelques Provinces. On n'oublie pas
même une Académie burleſque de la
Taverne à Ancône , où tout ſe reſſentoit
du but de ſon Inſtitution ; une Académie
de Satyres établie à Rome par le CavalierMarin;
mais bientôt ſupprimée par
autorité du Pape Clément VIII : enfin ,
une Académie d'impiété , fur laquelle
l'Auteur fait l'obſervation ſuivante. » Par
>>un abus criminel des talens académi
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
» ques , en 1545 , une Société compo-
>>fée à Vicence de 40 perſonnes de dif-
>> tinction , oſa atraquer la Religion ;
>> elle futle berceau du Socinianiſme; les
>> Traités qu'on y bfoit contre les My-
>>tères les plus facrés , allarmèrent le Sé-
>> nat de Venife ; il décréta ces Acadé-
>> miciens , dont deux , Jules Trevifano
» & François de Rugo , furent arrêtés ,
>> condamnés à mort& étouffés : les au-
>> tres , ayant à leur tête Lelio Şocin ,
>>s'échappèrent pour aller répandre en
>>Pologne le venin de leur héréfie.
Après avoir parlé de l'Académie de
Cortone , uniquement conſacrée à l'étude
des Antiquités , M. de Ruffey finit
la première partie de ſon Hiſtoire par
une réfléxion fur la cauſe du grand nombre
des Académies en Italie , qu'il attribue
à la multitude de Souverains & des
Princes qui s'y trouvent. » Pacifiques
>> par le peu d'étendue de leurs Etats ,
>> ils ſe ſont à l'envi diſputé la gloire de
>> fonder & de protéger des Acadé-
>>mies ; les Papes & les Cardinaux ont
>>voulu partager cette gloire ; & , par
>> un heureux événement, la fatisfaction
>>de leur amour-propre a tourné à l'a-
>>>vantage de la République des Lettres ,
>>>au progrès des Sciences & des Arts
JUIN. 1763 . 129
>> qui ne fleuriront jamais que dans les
» Pays où les Scavans & les Artiſtes
>> trouveront la protection & la confi-
>> dération qu'ils croyent mériter.
Cette lecture fut fuivie de l'Eloge Hiftorique
defeu M. Jolyot de Crébillon , de
l'Académie Françoise ; prononcé par
M. Michault , qui te propoſe de le publier
inceffamment.
M. Guyot lut un Diſcoursfur les Avantages
de l'Adverfué. Ce Sujet qui ſemble
d'abord préſenter un paradoxe , devient
néanmoins utile & intéreſſant par la manière
dont l'Auteur l'a traité. En effet ,
ſi l'adverſité nous donne une parfaite
connoiffance de nous -mêmes & de ceux
avec qui nous vivons ; fi ce te connoilfance
peut nous conduire à la vertu & à
l'héroïſme , le paradoxe tombe ; & fur
ſes débris s'élévent les avantages réels de
l'adverſité .
La connoiffance de ſoi-même eſt la
Science la plus néceſſaire à l'homme ,
& peut- être , malheureuſement , celle
qu'il néglige le plus. Entraîné par le
torrent des paffions , livré fans ceſſe à
l'impreſſion des objets étrangers , il femble
ignorer la nobleſſe de ſon origine &
l'importance de ſes devoirs : la profpérité
l'aveugle ; dansle tourbillon de la
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
fortune , il oublie ſes ſemblables , il
s'oublie lui-même : les flateurs applaudiffent
à ſes caprices , louent ſes ridicules
, encenſent ſes défauts & ſes vices ;
l'adulation le plonge dans une forte d'ivreffe.
Le bonheur trop conftant d'Alexandre
n'a- t- il pas fait de ce Prince né
vertueux , un impie , un tyran , un parricide
? Il força la terre à le reconnoître
pour un Dieu; il a fouillé ſa gloire par
les meurtres de Parménion & de Clitus.
La France conſervera toujours le fouvenir
de fa félicité & de ſa ſplendeur
ſous le régne de Henri le Grand: la Lorraine
, PUnivers admirent Stanislas.
Princes éprouvés par l'adverſité pour le
bonheur des Peuples & l'inſtruction des
Souverains , vos noms auguſtes forment
une démonstration lumineuſe de ſes
avantages ! Vos malheurs donnèrent le
plus haut degré de perfection à vos vertus
: quelle bienfaiſance , quelle magnanimité
! On ne sçauroit contempler vos
buſtes ou prononcer vos noms , fans ſe
ſentir pénétré d'amour & de reſpect.
La vie , pour appliquer ici ce beau
versd'un Auteur moderne , la vie n'eſt
Qu'un mélange mobile & d'ombre & de lumière.
L'éclat de la proſpérité ne ſert le plus:
JUIN. 1763 . 131
,
ſouvent qu'à éblouir l'homme. L'ombre
& les nuages que répand l'adverſité
renferment dans leur ſein cette vive lumière
qui doit l'éclairer & le guider. Le
moment de l'éclipſe du bonheur eſt
prèſque toujours celui où la vérité brille
avec plus d'éclat. L'homme heureux
qui ceſſe de l'être , peut être comparé
à ces Acteurs qui , dans l'enthouſiaſme
du jeu théâtral, ſe perfuadent qu'ils font
des Héros ; mais qui , après avoir quitté
le cothurne , ſe retrouvent tels qu'ils
étoient avant que de monter ſur la
Scène.
C'eſt à l'aide d'une profonde Métaphyſique
, que M. Guyot recherche encore
les illufions de l'homme heureux
par rapport à ceux qui l'environnent.
On a ſouvent dit que l'un des malheurs
inſéparables de la condition des
Rois , étoit de ne pouvoir goûter les
douceurs de l'amitié ou les plaiſirs de
l'Amour , avec la certitude d'être parfaitement
aimés ; parce qu'il eſt toujours
à craindre que l'attachement qu'on
leur marque , ne regarde plus le Trône
que la perſonne. L'Auteur , en parcou
rant depuis le Sceptre juſqu'à la Houlette
, toutes les erreurs où la proſpérité
jerte les hommes , établit avec le
Fvj
132 MERCURE DE FRANCE .
même force le ſecond avantage de l'adverſité
, qui conſiſte à percer le voile
qui cache les refforts du coeur humain,
à pénétrer les véritables ſentimens de
ceux qui nous cultivoient dans le bonheur
, à découvrir enfin les ruſes de
l'intérêt& de l'amour-propre , cesdeux
puiſſances qui déterminent prèſque
toutes les actions de la Société civile.
La Séance a été terminée par une
differtation de M. Marét l'aîné , dans
laquelle il examine quel eft celui des
Sens qui s'éteint le dernier dans l'homme
? la conſtitution & l'excellence des
fonctions de l'oreille , lui font préfumer
que c'eſt l'ouie. Non seulement
l'expérience rend cette opinion probable
, mais pluſieurs coutumes particulières
de différens Peuples ſemblent
annoncer que cette vérité , aujourd'hui
ſi négligée , a cependant été connue.
Après avoir eſſayé dans une digreffion
Métaphysique , d'établir la prééminence
de l'ouie fur la vue , l'Académicien
prouve par une expoſition Anatomique
de l'oreille , & far plufieurs exemples
de perſonnes que des maladies avoient
privées en apparence de l'uſage de leurs
fens & qui cependant confervoient celui
de l'ouie , que l'oreille eſt de tous
JUIN. 1763 . 133
les organes celui dont les fonctions ſe
foutiennent dans l'homme avec plus de
vigueur & plus longtemps. M. Maret
trouve un témoignage authentique de
cette vérité dans les conclamations que
faifoient quelques anciens Peuples , &
qui font encore pra iquées dans certaines
contrées de l'Afie & de l'Amérique .
Les cérémonies même obſervées aux
obſéques des Papes & de nos Rois , lui
font croire qu'on a prèſque toujours
été perfuadé que le ſens de l'ouie fubfifte
le dernier dans l'homme. Au reſte ,
cette vérité eſt peut - être d'une plus
grande importance qu'on ne le penſe
communément , puiſqu'elle nous offre
des ſecours éfficaces dans les cruelles
circonstances où se trouvent quelquefois
des perſonnes qui nous font chères .
C'eſt ce qui engagea le Médecin dont
Horace fait mention , à employer le fon
de l'or pour tirer l'avare Opimius de fa
léthargie. Dans tous les états n'y a- t- il
pas l'objet fenfible dont on peut frapper
l'oreille d'un malade pour le tirer du
plus profond afſoupiffement ? D'ailleurs
ſans s'arrêter précisément aux avantages
qu'on auroit lieu d'eſpérer par rapport
à la ſanté en ranimant le principe vital,
Fhumanité & la Religion ne nous font134
MERCURE DE FRANCE.
elles pas un devoir de ménager la ſenſibilité
des malheureux que nous voyons
lutter avec la mort , de ne jamais ceffer
de les conſoler , & de s'attacher continuellement
& juſqu'au dernier foupir , à
leur inſpirer les ſentimens néceſſaires
dans une poſition auſſi terrible ?
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Résumé : ACADÉMIES. SÉANCE publique de l'Académie des Sciences, Arts & Belles-Lettres de DIJON, tenue dans la Salle de l'Hôtel-de-Ville, le Mercredi 8 Décembre 1762.
Le 8 décembre 1762, l'Académie des Sciences, Arts et Belles-Lettres de Dijon a présenté ses travaux annuels, divisés en trois sections : physique et arts, médecine, et histoire et belles-lettres. En botanique, M. Daubenton a traité de la culture des arbres, tandis que M. Michault a abordé les 'jeux de la Nature'. En médecine, l'Académie a étudié les maladies humaines et les traitements chirurgicaux, avec un accent particulier sur l'extraction des calculs rénaux, en soulignant l'importance de la physique et de l'anatomie. Les contributions littéraires et historiques comprenaient des œuvres poétiques et philosophiques, telles que celle de l'Évêque de Troyes sur la solitude. M. le Président de Ruffey a présenté un essai historique sur les académies, retraçant leur origine en Égypte, leur développement en Grèce et à Rome, et leur renaissance en Europe après la prise de Constantinople et l'invention de l'imprimerie. La première académie moderne fut fondée à Naples en 1470. L'essai mentionne également des académies italiennes célèbres comme l'Académie de la Crusca et l'Académie des Arcades. L'auteur exprime le souhait de voir les académies parisiennes diriger celles des provinces françaises et établir une correspondance générale entre les académies européennes. Il critique aussi le préjugé français qui exclut les femmes des académies. En juin 1763, une lecture publique a eu lieu, incluant l'éloge de M. Jolyot de Crébillon et un discours de M. Guyot sur les avantages de l'adversité. M. Maret l'aîné a présenté une dissertation sur le dernier sens à s'éteindre chez l'homme, concluant que c'est l'ouïe. Le texte aborde également la nécessité de réveiller une personne léthargique en utilisant un stimulus sonore et souligne l'importance de prendre soin des malades jusqu'à leur dernier souffle.
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914
p. 143-144
COURS public de BOTANIQUE.
Début :
LE sieur Royer, Marchand Epicier Droguiste & Démonstrateur en Botanique, a [...]
Mots clefs :
Botanique, Plantes, Élèves, Jardins, Herborisations, Campagne
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texteReconnaissance textuelle : COURS public de BOTANIQUE.
COURS public de BOTANIQUE.
LE fieur Royer , Marchand Epicier
rela-
Droguiſte & Démonſtrateur en Botanique
, a ouvert cette année ſfon Cours
ordinaire des Plantes , le 16 du mois
de Mai ; il rendra compte d'abord à
ſes Eléves & aux autres Amateurs ,
des phénomènes & des accidens qu'il
a obſervés durant cet hvver
tivement aux ſimples , qui par la rigueur
du froid exceffif qu'on a reffenti
en France & dans les Pays étrangers ,
ont extrêmement fouffert. I! en fera
la démonstration à toute heure du jour,
excepté cependant le Mercredi & le Samedi.
Pour faciliter à ſes Eléves le moyen
d'avancer de plus en plus dans la connoiffance
de la Botanique , il a fait dans
fes Jardins un changement nouveau,
qui leur ſera très-utile ; car outre les
claſſes des Plantes qui feront à l'ordinaire
numérotées ſelon leurs caractères,
ils trouveront une réſerve, où elles feront
rangées fuivant les différentes vertus
& les diverſes propriétés qu'elles ont
en Médecine :& même afin qu'ils.ne
144 MERCURE DE FRANCE.
:
perdent pas un inſtant , il prendra cette
année , le Vendredi de chaque Semaine
pour fon Cours de matière Médicale
& de Drogues ſimples , qui eſt ſi intimement
uni avec celui des Plantes ; il
en commencera les démonstrations &
les explications hiſtoriques auffitôt
après avoir fini celles des Simples , d'ailleurs
il fera attentif à fixer les bornes
qui ſéparent la matière Médicale d'avec
le corps complet d'Hiſtoire Naturelle ;
enfin il continuera ſes Herboriſations
à la Campagne tous les Lundis , comme
les années précédentes .
,
LesDames & les Demoiselles auront
toujours les Mercredis & les Samedis
pour elles , ainſi que cela s'eſt pratiqué
l'an dernier. Les perſonnes qui voudront
ſe faire infcrire font invitées à
venir donner de bonne heure , leurs
noms au fieur Royer. On entrera dans
les Jardins , ou par le côté des Boulevards
, ou par la grande rue du Fauxbourg
S. Martin. Les Lundis feront
comme les années précédentes , deſtinés
pour les Herboriſations à la Campagne.
LE fieur Royer , Marchand Epicier
rela-
Droguiſte & Démonſtrateur en Botanique
, a ouvert cette année ſfon Cours
ordinaire des Plantes , le 16 du mois
de Mai ; il rendra compte d'abord à
ſes Eléves & aux autres Amateurs ,
des phénomènes & des accidens qu'il
a obſervés durant cet hvver
tivement aux ſimples , qui par la rigueur
du froid exceffif qu'on a reffenti
en France & dans les Pays étrangers ,
ont extrêmement fouffert. I! en fera
la démonstration à toute heure du jour,
excepté cependant le Mercredi & le Samedi.
Pour faciliter à ſes Eléves le moyen
d'avancer de plus en plus dans la connoiffance
de la Botanique , il a fait dans
fes Jardins un changement nouveau,
qui leur ſera très-utile ; car outre les
claſſes des Plantes qui feront à l'ordinaire
numérotées ſelon leurs caractères,
ils trouveront une réſerve, où elles feront
rangées fuivant les différentes vertus
& les diverſes propriétés qu'elles ont
en Médecine :& même afin qu'ils.ne
144 MERCURE DE FRANCE.
:
perdent pas un inſtant , il prendra cette
année , le Vendredi de chaque Semaine
pour fon Cours de matière Médicale
& de Drogues ſimples , qui eſt ſi intimement
uni avec celui des Plantes ; il
en commencera les démonstrations &
les explications hiſtoriques auffitôt
après avoir fini celles des Simples , d'ailleurs
il fera attentif à fixer les bornes
qui ſéparent la matière Médicale d'avec
le corps complet d'Hiſtoire Naturelle ;
enfin il continuera ſes Herboriſations
à la Campagne tous les Lundis , comme
les années précédentes .
,
LesDames & les Demoiselles auront
toujours les Mercredis & les Samedis
pour elles , ainſi que cela s'eſt pratiqué
l'an dernier. Les perſonnes qui voudront
ſe faire infcrire font invitées à
venir donner de bonne heure , leurs
noms au fieur Royer. On entrera dans
les Jardins , ou par le côté des Boulevards
, ou par la grande rue du Fauxbourg
S. Martin. Les Lundis feront
comme les années précédentes , deſtinés
pour les Herboriſations à la Campagne.
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Résumé : COURS public de BOTANIQUE.
Le fleuriste Royer, également épicier et droguiste, a lancé son cours ordinaire des plantes le 16 mai. Il y présentera les phénomènes et accidents observés durant l'hiver, notamment les effets du froid extrême sur les plantes en France et à l'étranger. Les démonstrations se dérouleront tous les jours sauf le mercredi et le samedi. Pour optimiser l'apprentissage, Royer a réorganisé ses jardins afin de classer les plantes par leurs caractères, vertus et propriétés médicales. Chaque vendredi, il donnera un cours sur la matière médicale et les drogues simples après les démonstrations sur les plantes. Les sorties en campagne pour cueillir des herbes médicinales auront lieu chaque lundi. Les femmes pourront visiter les jardins les mercredis et samedis. Les inscriptions sont disponibles auprès de M. Royer, et l'accès aux jardins se fait par les boulevards ou la grande rue du Faubourg Saint-Martin.
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915
p. 63
AUTRE.
Début :
Mon éclat éblouit le plus noble des sens ; [...]
Mots clefs :
Pelote de neige
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E.
ON éclat éblouit le plus noble des fens ;
Il faut me preffer pour me faire.
Si celui qui me fait me preffe trop longtemps ,
Je redeviens ma propre mère.
ON éclat éblouit le plus noble des fens ;
Il faut me preffer pour me faire.
Si celui qui me fait me preffe trop longtemps ,
Je redeviens ma propre mère.
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916
p. 68-69
AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
Début :
Vous en qui les vertus rehaussent la Noblesse, [...]
Mots clefs :
Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE. A Madame la Comtesse de D***, Dame & Chanoinesse de ...
AUTRE.
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
A Madame la Comteffe de D *** , Dame
& Chanoineffe de ...
VOUS
ous en qui les vertus rehauffent la Nobleffe ,
A vous , fille d'efprit , trop belle Chanoineffe ;
c'eft. Caché dans votre fein ,
Devinez ce que
Un bienfait me révéle ,
Un foupir me décéle ,
Et la franche candeur me porte fur la main.
Que- ſuis-je ? Eh mais ! en tout fexe , à tout âge
Je fuis un mirmidon
Qui fait bien du tapage.
Ce que je fuis ! je fuis un don ....
Le morceau délicat de la téndre jeuneſſes
Le reffort vigoureux de la verte vieillefe
Le foyer des defirs ;
Le centre des plaifirs
Un théâtre , & dans la Nature
Le noeud , le dénoûment de plus d'une avanture.
Hé ! Madame , je fuis l'âme des fentimens ;
J'inſpire le Héros , enflâme les Apôtres,
Donne le prix aux patenôtres ,
Le parfum à l'encens. ,
Et la rocambole aux préfens ;
Je ſuis tout bon chez vous , & bien méchant chez
d'autres.
AOUST. 1763. 69
•
Bergers , Rois , j'adoucis ou j'aigris votre fort ;
Mes conquérans font mes conquêtes ;
J'anime les chanfons , & j'embellis les fêtes ;
On me chérit vivant & mort.
Donné fans goût , on me dédaigne ;
A propos refufé , c'eſt par- là que je règne;
On mépriſe qui m'auroit bas ;
De qui l'auroit haut , l'on fe moque ;
Double , on ne m'aime pas ;
Simple , un galant me croque.
Mais , auffi beau que vous l'avez ,
On l'adore , & ... pardon , nia Comteffe , obfervez
Que je fuis de moi-même
Le portrait , le chiffre & l'emblême ;
Qu'en cinq lettres j'offre mon nom ;
Qu'à dix- neuf ans vous avez le renom ,
Par mille traits divins , de me rendre adorable ,
Et , qui pis eft , vainqueur , & , qui mieux eft ,
aimable.
Le C ... D ... des bords de la S. ***
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917
p. 111-115
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
Début :
LA première Partie n'a point paru ; elle n'est pas entiérement imprimée. [...]
Mots clefs :
Familles, Plantes, Genres, Auteur, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
Fermer
918
p. 122-123
ÉCOLE VÉTÉRINAIRE. LETTRE de M. BOURGELAT, &c à l'Auteur du Mercure.
Début :
DES raisons particulières s'opposent, Monsieur, à l'empressement que j'avois [...]
Mots clefs :
École vétérinaire, Idées, Bien public, Lettres, Maladie, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE VÉTÉRINAIRE. LETTRE de M. BOURGELAT, &c à l'Auteur du Mercure.
ÉCOLE VÉTÉRINAIRE.
LETTRE de M. BOURGELAT , &cl
à l'Auteur du Mercure.
DES raifons particulières s'oppoſent ,
Monfieur , à l'empreffement que j'avois
de rendre compte au Public de nos travaux
dans l'école vétérinaire ; la premiere
année de cet établiffement eft
expirée le 15 Février paffé , & je ferai
vraisemblablement
contraint d'attendre
la révolution de la feconde pour fatisfaire
aux engagemens que j'avois pris.
Le bien public ne doit point néanmoins
fouffrir de ce délai ; & comme
il eft des cas où des expériences faites
& répétées dans plufieurs Provinces du
Royaume , & par plufieurs perfonnes
éclairées peuvent feules inftruire,j'ofe ef
pérer que vous voudrez bien publier dans
votre ouvrage des idées qui devoient
entrer néceffairement dans le mien
SEPTEMBRE. 1763. 123
Les quatre Lettres que je vous prie
d'y inférer ont pour objet une maladie
qui fait les plus grands ravages dans les
troupeaux. Peut-être que les obfervations
de M. Borel , & les
expériences que je
propofe fourniront quelques lumieres à
cet égard. Je ne veux pas du moins
mériter le reproche d'avoir auffi longtems
privé la Nation des éclairciffemens
qu'elle peut retirer des obfervations exac
tes & fçavantes qui m'ont été envoyées.
Daignez , Monfieur,fuppléer à ce que
je ne puis faire par moi-même. La complaifance
avec laquelle vous avez annoncé
jufqu'à préfent les progrès rapides
des éléves de l'Ecole , & furtout les vues
qui m'animent dans cette circonftance
m'affurent d'avance que vous ne me refuferez
pas cette grace , & que vous m'accorderez
celle de me croire , & c.
LETTRE de M. BOURGELAT , &cl
à l'Auteur du Mercure.
DES raifons particulières s'oppoſent ,
Monfieur , à l'empreffement que j'avois
de rendre compte au Public de nos travaux
dans l'école vétérinaire ; la premiere
année de cet établiffement eft
expirée le 15 Février paffé , & je ferai
vraisemblablement
contraint d'attendre
la révolution de la feconde pour fatisfaire
aux engagemens que j'avois pris.
Le bien public ne doit point néanmoins
fouffrir de ce délai ; & comme
il eft des cas où des expériences faites
& répétées dans plufieurs Provinces du
Royaume , & par plufieurs perfonnes
éclairées peuvent feules inftruire,j'ofe ef
pérer que vous voudrez bien publier dans
votre ouvrage des idées qui devoient
entrer néceffairement dans le mien
SEPTEMBRE. 1763. 123
Les quatre Lettres que je vous prie
d'y inférer ont pour objet une maladie
qui fait les plus grands ravages dans les
troupeaux. Peut-être que les obfervations
de M. Borel , & les
expériences que je
propofe fourniront quelques lumieres à
cet égard. Je ne veux pas du moins
mériter le reproche d'avoir auffi longtems
privé la Nation des éclairciffemens
qu'elle peut retirer des obfervations exac
tes & fçavantes qui m'ont été envoyées.
Daignez , Monfieur,fuppléer à ce que
je ne puis faire par moi-même. La complaifance
avec laquelle vous avez annoncé
jufqu'à préfent les progrès rapides
des éléves de l'Ecole , & furtout les vues
qui m'animent dans cette circonftance
m'affurent d'avance que vous ne me refuferez
pas cette grace , & que vous m'accorderez
celle de me croire , & c.
Fermer
919
p. 124-138
LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
Début :
MESSIEURS du Bureau d'Agriculture de Paris, Monsieur, m'ont renvoyé [...]
Mots clefs :
Maladie, Mouton, Couleur, Paysans, Attaques, Ventricule, Agriculture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. BOREL, Lieutenant Général de Beauvais, Directeur du Bureau d'Agriculture de la même Ville, à M. BOURGELAT, Ecuyer du Roi, Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire, Correspondant de l'Académie Royale des Sciences de France, &c.
LETTRE de M. BOREL , Lieutenant
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
Général de Beauvais , Directeur du
Bureau d'Agriculture de la même Ville,
à M. BOURGELAT , Ecuyer du Roi ,
Directeur de l'Ecole Royale Vétérinaire ,
Correspondant de l'Académie Royale
des Sciences de France , &c,
M ESSIEURS du Bureau d'Agriculture
de Paris , Monfieur , m'ont renvoyé
votre lettre du premier de ce mois , &
j'ai pris depuis ce moment tous les éclairciffemens
poffibles pour me mettre en
état de répondre à vos queftions fur les
fymptômes de la maladie qui attaque nos
moutons ; j'ai parcouru moi -même un
grand nombre des Villages &deHameaux
que je fçavois en être infectés, & j'ai differé
ma réponfe jufqu'à ce qu'enfin j'aye
pû faire ouvrir en ma préfence une brebis
morte de ce mal ; voici le réfultat de
mes recherches dans l'ordre de vos douze
queſtions.
1º. Nul vertige dans les moutons attaqués
, nul figne qui l'indique ; on avoit
fans doute été induit en erreur , lors de
SEPTEMBRE . 1763. 125
la premiere lettre, par des expreffions impropres
de Payfans , qui ne fçavent pas
la valeur des termes .
2º. Pas même de mouvemens défordonnés
qui indiquent la phrénéfie ; au
contraire l'abattement , l'affaiffement de
l'animal malade eft total.
3°. On s'apperçoit de la maladie par
la trifteffe de l'animal & par fon dégoût ;
quelques- uns s'en font apperçus vingtquatre
heures avant l'éruption ; les plus
attentifs deux ou trois jours plutôt , le
plus grand nombre après l'éruption commencée.
Le dégoût eft proportionné au
degré de la maladie ; les moins attaqués
continuent à manger , les plus malades
ne mangent rien d'eux-mêmes ; on les
foutient en leur faifant manger des roties
au vin , ou au cidre ; ils font tous
très - altérés , & on leur donne de l'eau à
tous.
4. Dès qu'ils font atteints du mal ,
ils ceffent de ruminer ; leurs yeux font
chargés , enflés , larmoyans, deviennent
très- obfcurs , fouvent ils fe colent tout-àfait
, & l'animal ne voit plus ; plufieurs
de ceux qui ont guéri , ont perdu un
oeil , quelques-uns font reftés aveugles ;
j'en ai vû de ceux - là dont l'oeil étoit
tombé en pourriture ; il ne reftoit plus
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
ni humeurs , ni mufcles , ni membranes
dans la capacité de l'orbite .
Ils jettent par les nazeaux une morve
épaiffe , tenace , de couleur de pus , le
plus fouvent blanche , rarement jaune.
Ils ne feféparent du troupeau que quand
les forces leur manquent pour le fuivre ,
alors ils s'abattent & reftent- là : leurs oreilles
font très-froides ; cette derniere circonftance
cependant pourroit n'être pas
générale. J'ai fous les yeux le Mémoire
d'une feule Paroiffe , qui porte que leurs
oreilles ne font point froides. Le même
Mémoire porte qu'ils n'ont point de fiévre
, mais tous les Bergers que j'ai queftionnés
en avouant qu'ils n'en fçavoient
rien,m'indiquoient tous les fymptômes de
la fiévre , l'ardeur , la foif, l'abattement
&c... Il eft impoffible qu'ils n'en ayent
point : loin de fe coucher & de fe relever
fans ceffe , ils reftent en place , ramaffés
dans le moindre volume poffible ; abforbés
, la tête penchée vers la terre autant
qu'elle peut l'être , la queue entre les
jambes , les parties poftérieures rapprochées
des antérieures , mais fans mouvement
& fans pároître fouffrir de tranchées
s'ils font couchés ils y reſtent ;
ils font oppreffés en proportion du degré
du mal. Quand ils font atteints jufqu'à
SEPTEMBRE. 1763. 127
la mort , ils fe plaignent pendant les dernieres
vingt- quatre heures, les flancs leur
battent : s'ils guériffent, leur laine tombe ,
aux places où il y a eu éruption.
Leurs déjections font à-peu - près comme
en fanté ; plus féches encore , & plus
en crottes noires que dans l'état naturel ;
elles n'ont du méchonium que la couleur
noire , mais elles y joignent la folidité.
5°. Les boutons font exactement des
boutons de petite vérole ; il y en a de
plufieurs formes & de plufieurs couleurs;
j'en ai vû de parfaitement ronds , les uns
difcrets, les autres concrets ; ceux -ci font
elliptiques , ceux-là ont la forme de petits
haricots plats , & oblongs : tous font
d'abord rouges , mais enfuite les uns
blanchiffent , crévent , purgent , & féchent
( c'est une des bonnes efpéces )
d'autres deviennent violets , s'amortiffent
fans fe crever & noirciffent : quelques-
uns n'ont pas le tems de murir
l'animal meurt dès le troifiéme jour de
l'éruption , & l'on ne trouve dans les
boutons qu'une matière blanche & folide
comme de la panne de cochon .
6º. Lorfque le venin de la maladie attaque
la tête , l'animal eft plus en danger
& périt plus vîte ; s'il en revient la maladie
eft plus longue. Il y en a qui n'ont
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE:
guéri qu'au bout de deux mois , d'autres
aubout de fix femaines , d'un mois , de
quinze jours , & c. Il en eft mort auſſi à
toutes ces époques.
7°. On avoit d'abord crû que les moutons
nourris dans les patûrages humides
étoient plus attaqués que ceux nourris
dans les pâturages fecs , mais on a vû
depuis les plaines auffi attaquées que les
vallées , & l'on avoue qu'il n'y a pas
grande différence ; le mal dont il s'agit eft
prèfque auffi général que la petite vérole,
dans les années où elle eft épidémique
; comme elle il prend l'hyver , ainfi
que l'été.
8°. On n'a point tenu de moutons
dans les bergeries pour les préferver du
mal , on n'y a tenu au contraire que les
plus malades , & la plupart des Payfans
par négligence , ou faute de place , ramenoient
le foir leurs moutons fains dans
la même bergerie confufément avec les
malades.
9º. La communication a eu lieu en
plufieurs endroits fans fréquentation des
moutons infectés. En d'autres elle paroît
avoir été l'effet de la fréquentation , ou
au moins de l'approximation de deux
troupeaux , dont l'un étoit infecté. Les
Bergers & Payfans penfent que la contagion
fe communique beaucoup , par
SEPTEMBRE . 1763. 129 .
le moyen des fumiers qui contiennent
des excrémens, & fouvent des membres ,
des vifcères , des os de bêtes mortes
de ce mal , lefquels portés dans les champs.
répandent le mauvais air , ou bien étant
tirés par les chiens ou autres animaux
carnivores , fe répandent çà & la fur les
territoires vo fins non infectés , & les
infectent ils vont jufqu'à dire qu'un
homme , dans fes vêtemens , un chien
un cheval , une vache peuvent porter l'air
d'une Paroiffe dans une autre. A préfent
on a foin d'enterrer fort avant les animaux
qui meurent .
,
10°. L'éruption qui n'occupe pas d'abord
la tête , paroît fous les aiffelles , fous
les cuiffes , au ventre , aux jambes , à l'anus.
Parmi le nombre des malades , il y
en a qui font légérement attaqués ; ils
n'ont qu'une petite vérole volante , c'eſt
l'expreffion propre des Payfans ; les uns
n'en ont qu'aux jambes , d'autres aux
oreilles feulement ; on en a vû n'en avoir
qu'un grain grand comme un écu de fix:
francs. Un de ces grains uniques a attaqué
l'oreille d'un mouton , à unelieue d'ici , &
l'a tellement maltraîtée , qu'elle en eft reftée
toute de travers & retrouffée. Un autre
n'en a eu qu'à un pied dont la corne eft.
ombée , & il en reftera eftropié pour
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
toujours ; mais quand un troupeau eft
attaqué,il y en a au moins ou qui font
férieufement malades ; la tête leur enfle
& l'intérieur de la bouche eft plein de boutons
qui les empêcheroient de manger ,
quandmême ils ne feroient pointdégoûtés .
11°. On n'a effayé aucun reméde dans
la plupart des Villages ; les Payfans font
prévenus qu'il n'y en a pas , puifqu'ils
n'en ont pas vu faire par leurs pères : ce
préjugé eft prèfque univerfel dans nos
Campagnes , & fera toujours un obftacle
à la perfection de toutes les parties
de l'Agriculture : quelques - uns cependant
m'ont affuré avoir remarqué que
l'air étoit plus avantageux aux moutons
malades que la bergerie.
Quelques-uns ont fait faigner leurs moutons
& ont remarqué que le fang étoit
bleuâtre & que la faignée leur avoit été
avantageufe ; mais il en eft mort auffi de
ceux qui avoient été faignés.
D'autres ont frotté le nez du mouton
avec de l'ail & du vinaigre , & ce remède
n'a rien fait ; plufieurs leur ont fait avaler
du vin , fans qu'il en ait réfulté de
foulagement apparent . Un Curé à une
lieue d'ici avoit feize moutons dont 12
ont été malades ; de ces douze plufieurs
ont été en très -grand danger; on lui avoit
SEPTEMBRE. 1763. 131
enfeigné le remède fuivant , il l'a fait ;
c'étoit de mettre infufer pendant la nuit
fur des cendres chaudes deux onces de
racine fraîche d'Eluna campana, coupée
par petits morceaux , dans une pinte de
vin , & d'en faire avaler matin & foir
une cuilliere à l'animal malade . Il n'a
perdu aucuns de fes moutons . Les
Payfans de la même Paroiffe où la maladie
eft à préfent dans fon fort , font
journellement le même remède , ce qui
n'empêche pas qu'il n'y meure des bêtes
de temps en temps . Un Berger me difoit
ces jours-ci qu'un de fes prédéceffeurs ,
dans de pareilles circonftances , mettoit
infufer pendant vingt- quatre heures dans
de l'eau du marube (par la defcription
qu'il m'en fit , j'ai crû reconnoître le
marube noir plûtôt que le blanc ) qu'au
bout de vingt- quatre heures , il en exprimoit
le jus dans la même eau , en le
preffant avec fes mains & faifoit avaler
quelques cuillerées de cette eau aux bêtes
malades,mais que cela n'avoit pas produit
grand effet.
12 °. Un des Mémoires que j'ai fous
les yeux , porte qu'on a ouvert quelquesuns
des animaux morts de cette maladie ;
qu'on a trouvé le foie plein d'ulcères
femblables à ceux qui paroiffent fur la
peau.
Fiv
132 MERCURE DE FRANCE.
Avant-hier , Samedi , je me fuis fait apporter
chez moi une brebis morte la nuit
précédente à une lieue d'ici ; le fieur Coutel
, Chirurgien de cette Ville , plein d'intelligence
& de bonne volonté eſt venu
la difféquer en ma préfence ; cette bête
n'étoit malade que du Jeudi précédent
( au moins ne s'en étoit- on apperçu que
ce jour-là . ) Elle avoit encore été aux
champs avec les autres le Vendredi ; &
le Samedi matin elle avoit été trouvée
morte dans la Bergerie . Lorfqu'on me
l'apporta le même jour après - midi , elle
commençoit à avoir des fignes de putréfaction
, ce qui fe dénotoit principalement
à l'odorat : & aux yeux par la couleur
livide & verdâtre qui fe remarquoit
fur le col , fous les cuiffes , fous les épaules
& par la tuméfaction du - bas ventre
qui renfermoit une grande quantité d'air
infect.
Cette brebis n'avoit pas de boutons à
la tête qui n'étoit point enflée ; nous en
remarquâmes deux fur la langue , & deux
deffous , auxquels endroits la peau de la
langue fe levoit , comme elle ſe léve aux
langues mifes dans l'eau bouillante ; en
levant les paupieres on voyoit que la cornée
tranfparente étoit devenue terne , ou
fi épaiffe qu'on ne pouvoit plus apperceSEPTEMBRE.
1763. 133
voir à travers que très- imparfaitement
l'iris & la prunelle ; l'un des yeux étoit
plus terne que l'autre.
Les boutons'étoient en affez grand nombre
fur le ventre , en dedans des cuiffes
& des épaules , autour du col & de la
gorge ; c'étoit des tumeurs ou puftules
blanches , rondes, plattes , de deux, de trois
& de quatre lignes de diamêtre ; elles
n'intéreffoient que la peau & fuivoient
le mouvement qu'on lui donnoit ; la matière
qui les formoit n'avoit pas encore
formé de foyer , comme aux puftules
blanches de petite vérole : en les ouvrant,
elles reffembloient à une tumeur graiffeufe
, femblable à une lentille de lard
de cochon de lait,tant par la couleur
par la confiftence ; quelques- unes étoient
excoriées dans le centre ; je crois qu'elles
n'étoient devenues blanches que depuis
la mort de la bête & qu'avant elles étoient
rouges , comme celles des autres bêtes
pendant les premiers jours de l'éruption
. Les nazeaux étoient encore impregnés
d'un refte d'humeur fanieuſe
couleur de caffé , mais de la mucofité
de laquelle nous n'avons pûjuger au bout
de douze à dix- huit heures de mort, & de
putréfaction commencée .
que
Le bas-ventre ouvert , l'épiploon a
paru d'une couleur terne, blafarde rouge.
134 MERCURE DE FRANCE.
La graiffe en étoit caffante fans avoir la
confiftence qu'elle a dans les moutons
fains égorgés.
Le foye étoit de couleur verd obfcur;
cette couleur pénétroit d'une bonne ligne
plus ou moins en certains endroits dans
la fubftance , & cette efpéce d'écorce étoit
caffante comme du foye un peu cuit ; la
partie concave du foye étoit adhérente
par fa partie mince au premier ventricule.
La vefficule du foye paroiffoit flafque &
fembloit avoir contenu plus de bile que
dans l'état naturel & une bile plus liquide.
La membrane interne lâche & pliffée
dupremier ventricule étoit de couleur verte
& parfemée d'une prodieufe quantité
de puftules blanches , lenticulaires , & de
même nature que celle de la peau , mais
d'un diamêtre plus petit. Ce premier ventricule
contenoit des matieres liquides
& vertes en petite quantité. Le ventricule
feuilleté renfermoit auffi peu de matière ,
mais nous y avons trouvé une gaube
de neuf à dix ligne de diamêtre fur
vingt ou vingt- quatre de longueur ; elle
paroiffoit de nature ordinaire d'excrémens
mêlés de poi !. Il eft forti auffi d'un
de ces deux ventricules un autre morceau
de matière affez femblables àla
gau
be, mais plat , en forme de trapefe , d'un
pouce ou à-peu-près dans fa plus grande
SEPTEMBRE. 1763. 135
diagonale ; le troifiéme ventricule ou
grande poche étoit très- plein d'alimens
affez bien broyés , auffi verds que l'herbe
dont - ils étoient le produit : cette même
poche étoit auffi très -gonflée par un air
fort raréfié & infe&t : les inteftins grêles
étoient préfque vuides ; dans le colon &
dans le coecum , on a trouvé des excrémens
d'une moyenne confiftence.
Les reins étoient attaqués comme le
lefoye , verds & fecs extérieurement ; la
veffie contenoit peu d'urine ; il y avoit un
foetus affez bien formé dans la matrice.
Dans la poitrine les poulmons étoient
flafques , d'un livide obfcur rouge : on
y remarquoit quelques petites tumeurs
femblables à celles de l'extérieur , mais
plus épaiffes & rondes. Le coeur paroiffoit
d'un volume plus gros que l'état naturel.
Son ventricule droit contenoit un
fang très- noir. Un caillot de ce fang tiré
de la veine cave inférieure étoit noir à fa
partie fupérieure la plus voi ine du coeur ;
mais à la partie inférieure du côté du
foye, il étoit jaune & femblable à la coëne
qui couvre le fang des plearitiques.
Nous n'avons point ouvert la tête de ce te
brebis tant a caufe de fon état de putréfaction
, que parce que le fiége de la maladie
n'avoit pas paru porté de ce côté,
136 MERCURE DE FRANCE. -
& que d'ailleurs elle avoit duré trop peu
de jours pour croire qu'il s'y fût formé un
dépôt.
En général il paroît que le fang avoit
été fort enflammé : fi un enfant fit mort
à la même époque d'une maladie & avec
les mêmes fymptômes, on auroit dit qu'il
étoit mort d'une petite vérole rentrée .
Je ne fuis point affez connoiffeur pour
qualifier cette maladie , mais fa reffemblance
avec la petite vérole des hommes
eft frapante , foit qu'on la prenne dans
les commencemens & dans fes progrès ,
foit qu'on en examine les effets & les
fuites même dans les bêtes qui guériffent;
J'en ai vu plufieurs de ces dernieres dont
peau de la tête , furtout fous les yeux ,
& près les lévres, reftoit gravée & couturée
, comme le vifage d'un homme qui a
eu la petite vérole la plus maligne.
la
Cette maladie eft très-connue dans ce
pays-ci fous le nom de claveau ; prèfque
toutes les Paroiffes de l'Élection de Beauvais
en ont été ou en font attaquées cette
année ; dans quelques -unes il périt un
quart du troupeau, dans d'autres un quinziéme
; voilà les deux proportions les plus
communes que j'aye remarquées. Elle
exiftoit dans quelques endroits dès l'hyver
dernier, mais le fort a été à la fin de Juin
SEPTEMBRE. 1763. 137
en Juillet & Août ; elle ceffe à préfent en
beaucoup de Villages ; il y en a cependant
quelques- uns , où elle ne fait que
commencer & d'autres où elle eft dans
fon plein .
Les Payfans ont crû remarquer qu'elle
duroit ordinairement trois lunes ; qu'elle
prenoit plus communément dans les renouvellemens
de Lune , s'appaifoit au décours
& reprenoit plus vivement au premier
quartier.
Elle régnoit l'année paffée dans quelques
Paroiffes de cette mêmeElection où
elle eft encore cette année ; dans d'autres
on ne l'y avoit jamais vue de mémoire
d'hommes ; elle avoit été il y a feize ans
dans plufieurs , dans d'autres il y a huit
ans , & c. Mais on ne fe fouvient pas de
l'avoir vû auffi généralement répandue
que cette année.
Il feroit bien fouhaiter qu'on eût une
méthode uniforme de fe conduire dans
cette maladie, qui eft affez uniforme dans
fes fymptômes & dans fes effets, & dont
il ne s'agiroit par conféquent que de pénétrer
la caufe : non que l'on puiffe ef
pérer jamais de fauver tous les animaux
attaqués ; mais du moins de conferver
les troupeaux , foit en prévenant le mal
foit en empêchant fa communication.
Vos lumières , Monfieur , & votre zèle
138 MERCURE DE FRANCE .
pour le bien public fondent notre efpérance
; & votre réponſe fera un motif
éternel de reconnoiffance pour nous.
J'ai l'honneur d'être , & c.
J'ai renvoyé votre lettre , Monfieur ,
à MM. du Bureau de Paris , après en
avoir gardé copie.
A BEAUVAIS , ce 27 Septemb. 1762 .
Fermer
920
p. 138-150
LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
Début :
ON ne pouvoit répondre, Monsieur, avec plus de clarté & de précision que [...]
Mots clefs :
Éruption, Claveau , Maladie, Fièvre exanthémateuse, Symptômes, Moutons, Animaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE en Réponse, de M. BOURGELAT à M. BOREL.
LETTRE en Réponse , de M. BOURGELAT
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
à M. BOREL.
O N ne pouvoit répondre , Monfieur ,
avec plus de clarté & de précifion que
vous l'avez fait , aux queftions que j'ai
eu l'honneur de propofer à la Société
Royale d'Agriculture fur le Mémoire
qui lui avoit été adreffé par le Bureau de
Beauvais . Quand on eft en état de voir
& de décrire comme vous on eft en
quelque forte affuré d'indiquer le che
min qui conduit à la découverte des
moyens de vaincre les maladies .
J'avois reçu de divers endroits du
Royaume plufieurs détails relatifs à celle
dont vous avez fi bien faifi les fymptômes.
Les premiers qui m'étoient par
venus ne m'apprenoient rien ; ils me
prouvoient feulement qu'au fein de la
plus profonde ignorance on fe perfuade
aifément qu'on a des yeux. Les feconds
SEPTEMBRE. 1763. 139
m'avoient induit en erreur. J'avois crû
y appercevoir tous les fignes d'une fiévre
exanthémeteufe ou pétechiale. Je
ne balance plus aujourd'hui , vous m'avez
convaincu que ce qu'on appelle
( du moins dans la province de Picardie
le claveau eft une véritable petite vérole.
Je vois même qu'on peut diftinguer
cette maladie dans les moutons comme
dans l'homme en benigne & en maligne.
Celle dont étoit attaqué l'animal
l'ouverture duquel vous avez fait procéder
, me paroît être inconteſtable→
ment de ce dernier genre , & j'en juge
par des faits auxquels on ne peut méconnoître
les traces & les fuites funef
tes d'une putridité & d'une inflammation
générale .
Ce ne feroit cependant point affez
de ces effets pour être abfolument certain
de l'identité des deux maux dans
l'homme & dans l'animal ; mais celle des
fignes principaux femble ôter tout prétexte
au doute. La maladie s'annonce d'abord
par les mêmes fymptômes vifibles dans
l'un & dans l'autre ; l'éruption fuit ces
premieres indices , & quoique le moment
& le terme de cette éruption ne
foient point précisément fpécifiés dans
la Lettre à laquelle j'ai l'honneur de ré140
MERCURE DE FRANCE.
pondre , la qualité , la forme , la couleur
, les terminaifons des boutons ne
laiffent entrevoir aucune différence . Je
compare dans le mouton la morve épaiffe
, tenace & en quelque forte purulente
, qui flue de fes nazeaux au ptyalifme
, c'est-à-dire , à la falivation que
les hommes adultes éprouvent quelquefois
dès le commencement de l'éruption ,
quelquefois le lendemain ou deux jours
après. Un même danger menace l'homme
& l'animal dans lefquels la confluence
fe fait principalement remarquer à la
tête , l'engorgement des vaiffeaux da
cerveau étant également en eux un préfage
funefte : la coalition des paupiè
res , la perte d'un oeil , la cécité même
font encore des événemens communs
à l'un & à l'autre en pareille circonftance
; ainfi que les effets d'une acrimonie
qui provoque la chûte de la laine
, comme elle provoque la chûte du
poil , des cheveux & enfuite des cicatrices
plus ou moins difformes aux
endroits où l'éruption s'eft faite . Enfin
Monfieur , quoique les Bergers que
vous avez interrogés n'ayent pû vous
éclairer fur l'exiftence de la fiévre ,
l'ardeur la foif , l'abbatement , & c.
vous en ont dit affez , & vous avez
SEPTEMBRE. 1763. 141
penſé avec raiſon que la nature dans ces
animaux n'eft pas moins active & moins
portée que dans nous à faire de vrais
efforts pour atténuer & pour difpofer
les particules morbifiques à s'éloigner
du centre & à être jettées au dehors ou
à la fuperficie.
,
Voilà , Monfieur une infinité de
traits & de caractères ' d'une feule &
même maladie. Dans le deffein où je
ferois de ne pas perdre l'occafion la plus
favorable que je puiffe avoir d'approfondir
cette matiére importante & de
m'inftruire , me permettrez - vous avant
de m'engager plus loin , de chercher à
mettre à profit vos lumières & le rare
talent que vous avez d'obferver.
1º. Les vieux moutons font- ils auffi
fujets au claveau que ceux qui font jeunes
? Le claveau eft- il plutôt en eux d'une
efpéce confluente ou maligne , & par
conféquent d'un danger plus éminent ?
2º. Les agneaux font- ils atteints de
ce mal ? Est- il plus communément dans
ces jeunes animaux d'une efpéce difcrette
ou bénigne ? Leurs déjections dans
quelqu'un des deux genres que ce foit
tiennent-elles de la diarrhée ? Sont - ils
atteints d'un flux par les nazeaux dans
le genre confluent ? Ce flux précéde-t-il
142 MERCURE DE FRANCE.
ou accompagne-t - il l'éruption ?
3°. Les moutons adultes font ils plus
en péril que les agneaux , lorfqu'ils font
affectés du claveau ?
4°. Quel est précisémeut le moment ,
quel eft auffi le terme de l'éruption dans
l'un & dans l'autre genre ? Varie-t- il
felon ces mêmes genres & fuivant l'age
des animaux ?
5°. Après cette même éruption , les
fymptômes paroiffent- ils calmés dans le
genre difcret ? Semblent - ils plus graves
& augmenter dans le genre confluent
?
6°. Un mouton guéri du claveau de
l'une ou de l'autre espéce eft- il attaqué
une feconde fois ou plufieurs autres fois
de ce mal ?
7°. Ne pourroit-on pas tenter l'inoculation
fur un mouton fain , ou fur
un agneau intact qu'on auroit préparé ?
Quelle feroit l'iffue de cette expérience
faite avec toutes les précautions poflìbles
dans la crainte de répandre la contagion
?
8. Cette même opération pratiquée
fur un mouton guéri du claveau naturel
, le virus variolique auroit- il encore
prife fur lui ?
9°. En la pratiquant de nouveau fur
SEPTEMBRE . 1763 . 143
un mouton ou fur un agneau inoculé ,
porteroit-il encore le trouble dans la
maffe ?
10° . N'y a-t- il aucun exemple que des
Bergers ayent contracté le virus variolique
par l'attouchement immédiat &
conftant des moutons malades du cla
yeau ?
11º . Ce virus ainfi communiqué ne
s'eft - il point manifefté dans l'homme
de toute autre maniére que par l'éruption
, à-peu-près comme dans certaines
maladies malignes & contagieufes des
boeufs , où nous voyons que quoique
ces animaux n'ayent aucun veftige de
charbon , l'homme qui en ouvre les
cadavres fe trouve fouvent atteint d'un
véritable anthrax.
12°. Quels feroient l'effet & la fuite
de l'infertion d'un ou de plufieurs grains
varioliques fur des ânes , fur des mulets
, fur des chevaux , fur des boeufs
fur des chiens , en un mot , fur des animaux
de genres différens ?
13. Quels feroient ces effets en prati,
quant l'infertion fur un genre plus rapproché
en apparence de celui du mouton
, c'eft- à-dire , fur les boucs ?
14°. Enfin le claveau eft - il moins
funefte aux femelles qu'aux mâles ?
144 MERCURE DE FRANCE.'
Je comprends , Monfieur , qu'en
me livrant ainfi aux idées qui m'entraînent
, je ne réponds point à ce que vous
exigez de moi. Pardonnez - moi , s'il
vous plaît , ces nouvelles queftions en
faveur des vues qui me les fuggérent ,
& de la jufte perfuafion dans laquelle
je fuis que vous êtes plus capable de les
feconder que perfonne. Je reviens à
l'objet qui vous intéreffe le plus effentiellement
dans l'inftant préfent ; & fi
j'ai le malheur de ne pas vous fatisfaire
pleinement , n'en accufez que mon impuiffance.
6
J'en fuis trop pénétré, Monfieur , pour
ofer entreprendre de dévoiler les caufes
de cette maladie dans l'animal. Voun'ignorez
pas qu'eu égard au corps humain
> nous ne voyons aucune trace
de fon exiſtence dans les écrits qui ont
précédé le feptiéme fiècle , & vous ne
croirez pas fans doute qu'un mal auffi
frapant par fes fymptômes & par fes
dangers eût pû échapper aux regards
perçans de plufieurs Obfervateurs Grecs,
pricipalement d'Hypocrate. Cependant
plufieurs Médecins d'après Rhafes
Î'Hypocrate des Arabes, ont avancé avec
affurance que la petite vérole humaine
eft une forte de contagion innée , un
levain
SEPTEMBRE. 1763. 145
Ievain héréditaire que chaque homme
apporte en naiffant , & qui lui eft tranfmis
dans la matrice , comme fi ce levain
inné n'auroit pas fubfifté & ne fe
feroit pas manifefté dans des temps antérieurs
; comme s'il étoit raifonnable &
poffible de penfer & de prouver que
fon dévelopement s'eft fait auparavant
de toute autre manière ; comme fi ce
terme de levain préfentoit quelques
notions préciſes de la nature de ce même
levain ; enfin comme fi l'idée qui femble
à la vérité fe prêter le plus à l'applicacation
du phénomène de cette éruption
dans l'univerfalité des hommes , acqué
roit par cet avantage un degré de certitude
& d'évidence auquel on ne sçauroit
fe refufer.
D'autres perfonnes dévouées à la
cure des maux qui nous affiégent , ont
penfé avec Sidenham , que la petite vérole
eft l'effet de miafmes venimeux
dont l'air eft le véhicule , qui s'introduifent
dans la maffe par les différentes
voies qui leur font ouvertes , & qui en
fortent & s'exaltent enfuite de façon à
infecter d'autres corps , & à y occafionner
la multitude de fymptômes & d'accidens
furprenans qu'ils ont fufcités dans
les premiers. Si vous leur demandez ,
G
146 MERCURE DE FRANCE,
Monfieur , quelles font les cauſes pro
ductives de ce venin ? quel eft le climat
qui lui donne l'être , quel eft l'état ,
quelle eft la qualité de la terre qui four
nit d'auffi cruelles exhalaifons ? Comment
& pourquoi il ravage tout dans
une faifon & fe diffipe entierement dans
une autre ? En un mot , comment une
conftitution épidémique dans une dépendance
entière de l'air réfifte à l'agi
tation violente de cet élément , c'eſt-àdire
à l'impétuofité des vents ? Il n'eft pas
douteux , Monfieur , qué plufieurs de
ces perfonnes ne rougiront pas de vouloir
vous faire comprendre des prodiges
non moins inintelligibles pour elles que
pour vous; mais celles qui ne vous rés
pondront que par la devife de Montagne
( que fçais - je ? ) feront affurément
les plus dignes de votre eftime & de
Votre confiance.
Si la Médecine humaine a fait fi
рец
de progrès dans la connoiffance des caude
la petite vérole , à quelle diftance ne
doit pas être de celle du claveau un Art
qui eft encore dans fa premiere enfance?
Il nous feroit peut-être avantageux
de fçavoir d'abord fi cette maladie a , dès
les premiers temps , été reconnue dans
les-moutons , ou fi elle ne l'a été que
SEPTEMBRE. 1763. 147
dans un fiécle éloigné de celui des premiers
Ecrivains vétérinaires ? De quelqu'importance
que pût être cette décou
verte pour celle de l'entiere conformité
des deux maux que nous comparons
déjà par leurs fignes & par leurs effets ,
la recherche m'en paroîtroit hazardée ;
il s'en faut bien que la médecine des
animaux ait été foigneufement éclairée
du flambeau de l'obfervation . Je ne lis
rien qui puiffe être envifagé comme
l'hiftoire d'une maladie quelconque ;
je ne vois aucuns détails qui annoncent
la fagacité & la réflexion. La nature
des maux dont les Auteurs ont parlé ,
leur caractère distinctif , leurs progrès
leurs événemens , tout eft demeuré dans
l'obfcurité la plus profonde , & à peine
s'eft-on - concilié fur la plupart des noms
-par lefquels il étoit du moins effentiel
de les défigner , où nous conduiroit
donc , Monfieur , un travail qui nous
rappelleroit à des fiécles ténébreux où
-la lumière n'éclairoit pas ceux mêmes
qui fur de femblables objets prétendoient
éclairer les autres ?
D'ailleurs je l'avouerai , peut - être à
ma honte ; tous les écrits des Anciens
fur l'art vétérinaire tombent malgré
moi de mes mains . Ouvrez , s'il vous
•
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
plaît , Columelle que vous apprendrat-
il ? vous le verrez s'étayer fur l'autorité
de l'Egyptien Dolus Mendefius
qu'il cite comme un Auteur mémorable
& dont Démocrite , felon lui , s'eft
approprié les penfées : il vous dira gravement
en conféquence : examinezfouvent
le dos des brebis , pour voir fi elles
font atteintes de cette maladie ; faites
Sur le champ creufer une foffe à côté de
L'étable dans laquelle vous enterrerez toute
vive la brebis qui aura été attaquée de
ces boutons , & faites uriner le troupeau
entier fur la bête morte ; par ce moyen
vous éloignerez la maladie.
Des abfurdités pareilles n'infe&tent
pas abfolument les Ecrits des Modernes ;
ils n'en font pas néanmoins exempts.
Les uns ont cru que le claveau ne fe
manifeftoit que par une toux confidérable
, les autres par des boutons femblables
à des clous ou à cette forte d'éruption
que nous nommons furonoles.
Les premiers ont confeillé l'orviétanles
feconds , pour fe conformer aux recettes
prefcrites par Anatolius , ordonnent
la poix réfine ſeule , ou avec de
l'alun , du fouffre & du vinaigre dont
ils veulent qu'on garniffe les boutons
après les avoir ouverts.
SEPTEMBRE 1763. 149
Frederic W. Haftfer , Suédois , dont
l'ouvrage a été depuis peu traduit dans.
notre langue , prétend défigner par les
mots ignis facer , la maladie que nous
nommons ainfi dans l'homme , je veux
dire l'éréfipéle autrement connue fous
ce même nom de feu facré , de feu S.
Antoine , de feu des ardens ; mais dans
la defcription qu'il en fait je ne reconnois
ni l'éréfipéle humaine , ni le mal
que Columelle a appellé ignis facer &
que les Bergers appelloient pufula . Il fait
mention ailleurs de la petite vérole qui ,
felon lui eft après la pefte la plus dangereufe
des maladies qui puiffent affecter
un troupeau. Il en diftingue de trois.
efpéces , celle du primtemps , celle de
rété , & celle de l'automne ; on pourroit
en compter une quatriéme dans la
Picardie , puifque vous me faites l'honneur
de me mander qu'elle y exiſtoit
dès l'hyver dernier. Il leur attribue une
même origine , car elles n'en ont d'autres
, à l'en croire , qu'une furabondance
d'humeurs qui fe corrompant & fe putrifiant
par l'exhalaifon des particules
âcres de l'étable , fe préfentent extérieu
rement fous une forme de petite vérole
; cependant il prefcrit un traitement
différent felon les faifons. Je crois , Mon
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fieur , que Frederic Haftfer n'eft pas plus
éclairé que nous fur les caufes & l'eft
beaucoup moins que vous fur les effers."
Dans cet état , imitons les Médecins du
corps humain , qui ne pouvant atteindre
à la fource abfolument inconnue du
mal , déterminent leurs attaques fur les
fymptômes préfens & fenfibles.
C
Le reste au Mercure prochain.
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921
p. 159-166
AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
Début :
APRÉS la lecture d'une Description de la Place de LOUIS XV, insérée [...]
Mots clefs :
Eaux , Rivière, Goût, Faveur, Mémoire, Seine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS de la Société des CONCILIATEURS, sur le Mémoire de M. de PARCIEUX, pour conduire l'Eau de l'YVETTE à Paris.
AVIS de la Société des CONCILIATEURS
, fur le Mémoire de M. de
PARCIEUX , pour conduire l'Eau
de l'YVETTE à Paris.
APRÉS la lecture d'une Deſcription
"
de la Place de LOUIS XV , inférée
dans le précédent Mercure on s'eft
demandé d'où l'on pourroit tirer l'eau
néceffaire aux deux Fontaines qui doi-,
vent entrer dans la décoration de cette
Place ?
Les différens moyens qui ont été difcu
tés pour remplir cet objet , n'ayant préfenté
que des difficultés & des dépenfes
confidérables ; un de nos Affociés , qui
a des connoiffances fur l'Hydrauilque ,
avança que l'exécution du Projet conté
nu dans le Mémoire de M. de Parcieux
en procurant à la Ville de Paris mille
douze cens pouces d'eau , qui pourroient
160 MERCURE DE FRANCE.
être diftribués dans tous les quartiers ,
rempliroit facilement les vues de magnificence
& d'agrément que l'on s'eft
propofées pour la Place de Louis XV
en y projettant la conftruction de ces
deux Fontaines..
On applaudiffoit unanimement à cette
idée , lorfqu'un d'entre nous , que
la
fortune a mis en état de fatisfaire fon inclination
bienfaifante & patriotique ,
repréfenta qu'il auroit déja fait des offres
de contribution pour fa part dans une
entrepriſe auffi importante au bien public
, fi quelques perfonnes ne l'avoient
affuré avoir goûté l'eau de l'Yvette
puifée dans les endroits où cette petite
rivière eft le plus limpide , & lui avoir
toujours trouvé un goût de vâfe & de
marais , qui en rendoit la boiffon un peu
défagréable.
On voit bien , repliqua celui qui avoit
parlé du projet de M. de Parcieux , que
ceux qui ont fait ce rapport ne connoif
fent guères que l'eau qu'on boit à Pa
ris , fans avoir même fait attention comment
elle contracte ce même goût de
vâfe quand la Seine eft fort baffe &
comment elle le perd. Il n'y a pas
ajouta- t- il , une feule des petites rivières
ou des ruiffeaux qui forment la Sei
>
SEPTEMBRE. 1763. 161
ne , fi ce n'eft peut-être dans les Pays
de hautes montagnes , qui n'ait ce mê
me goût de vâfe , & il eft prèfqu'impoffible
que cela foit autrement. Les lits des
petites rivières font pleins d'obftacles à
leur courant , lors même que les eaux
font les plus fortes. Ces obftacles font
les chauffées des étangs , les retenues des
réfervoirs , vanages & biez de moulins ;
des racines & branches d'arbres coupés
ou renversés ; des touffes de rofeaux, de
joncs & autres herbes aquatiques qui
croiffent abondamment. Pendant le
printemps & l'été les eaux de ces riviè
res arrofent les Prés , y féjournent ou
du moins y coulent fort lentement ,
d'où il arrive qu'elles contractent le
goût des herbages qu'elles lavent , &
entraînent avec elles le limon qui s'y eft
formé pendant l'hyver par les herbes
pourries & les feuilles tombées . A la
fin de Septembre & en Octobre on fait
rouir les chanvres & le lin , dans les
ruiffeaux ou da ns des trous voifins, d'où
l'eau paffe avec une partie de ce qu'elle
enlévé de ces chanvres dans ces ruiffeaux
, & de là dans les petites rivières ,
où il fe fait dépôt de ces matières ;
qui contribue encore au mauvais goût
de ces eaux . On ne peut donc , conti162
MERCURE DE FRANCE.
nua le défenfeur des eaux de l'Yvette
faire aucun reproche à cette rivière, qui
ne foit applicable à toutes celles de la
même claffe , & qu'elles mériteront par
des caufes prèfque néceffaires. Mais
pour avoir prouvé l'efpéce de néceffité
d'une mauvaife faveur aux eaux de l'Yvette
, ce ne feroit pas avoir prouvé
qu'on dût en trouver l'ufage moins dé
fagréable. Rien ne feroit fi raifonnable
que cette objection , repliqua notre Af
focié , fi ce mauvais goût étoit effentiellement
inhérent à cette eau , & s'il
n'y avoit pas des moyens certains pour
le lui faire perdre avant qu'elle fût arrivée
dans la Ville .
N'admettez- vous pas comme conftant
que l'eau de la Seine , avant que d'être
chargée des immondices de Paris , eft la
plus pure, en même temps la plus falubre
dont on puiffe boire ? Si l'on a bien lû
l'examen chymique de MM. Hellot &
Maquer, imprimé à la fin du Mémoire
de M. de Parcieux , on a dû fè convaincre
par tous les réfultats des épreuves de
ces deux fçavans Académiciens fur
l'eau de l'Yvette , qu'elle eft dans une
exacte parité à l'eau de la Seine quant
aux qualités effentielles. Ce qui donne
encore plus de poids à cette affertion , eft
SEPTEMBRE. 1763. -163
lefoin fcrupuleux avec lequel on apperçoit
qu'a été fait cet examen . Or fi les
qualités conftitutives des eaux de l'Yvette
font les mêmes que celles des eaux
de la Seine , ou entiérement homogénes
, il ne s'agit donc , pour rendre les
premieres auffi agréables & auffifalubres ,
que de les dé pouiller de la faveur accidentelle
qu'ellesauront contractée. Il faut
pour cela obferver par quels moyens
toutes les petites rivières qui forment la
Seine & qui ont la même faveur marécageufe
que l'on reproche à l'Yvette ,
la perdent dans le lit de cette grande
rivière . On ne peut douter que ce ne
foit en coulant alors plus librement &
dans un lit plus propre que leur canal
originaire ; & que par le mouvement de
la furface au fond & du fond à la furface
, les parties étrangères qui donnoient
cette faveur à l'eau font diffipées
ou par l'évaporation ou par la difperfion.
Et comme ce nouveau lit eft
garanti des dépôts limoneux , entraînés
par la force du courant , ces eaux le
font auffi du goût marécageux qu'elles
ne devoient qu'à ces dépôts. Si l'Art
peut facilement procurer le même
moyen d'épurement à l'Yvette , que la
Nature fournit à toutes les petites ri164
MERCURE DE FRANCE.
vières qui fe jettent dans les grandes , on
ne pourra plus douter raifonnablement
que fes eaux ne deviennent d'un auffi .
bon ufage que celles de la Seine ..
Pour s'affurer de ce changement avan-.
tageux dans les eaux de l'Yvette , il faut
obferver que par des expériences réïtérées
, & que chacun eft en état de faire
par foi- même , on eft certain que cette
eau expofée à l'air dans des vâfes propres,
perd fon goût marécageux en moins.
de quatre ou cinq jours ; que l'on opérera
encore plutôt cet effet en la battant
dans des bouteilles , avec l'attention
de donner de temps en temps paffage
à l'air extérieur en levant le doigt qui
les couvrira. Il en résulte donc néceffairement
, que le mouvement & même le
feul dépôt dans un vâfe propre , avec le
libre contact de l'air , fuffifent pour enlever
de cette eau les parties vafeufes
qui occafionnent la mauvaiſe faveur. Il
eft démontré que le projet de M. de
Parcieux fur la manière de faire parvenir
cette rivière à Paris réunit éminemment
ces deux moyens. En effet , cette
rivière dérivée de fon lit naturel à fept
lieues de Paris , & coulant dans un canal
, qu'à très -peu de frais on pourra
conferver dans une netteté parfaite , à
SEPTEMBRE. 1763 . 165
la faveur de fon mouvement & du contact
de l'air , aurara perdu la faveur marécageufe
avant que d'être parvenue à
moitié de la diftance que parcourera ce
canal , puifqu'il fuffiroit même pour
cela , avec plus de temps , du feul dé.
pôt de ces eaux dans un récipient net.
On ne pourra en douter , fi l'on fait
attention à ce qui fe pratique pour
l'épurement des eaux chargées de parties
minérales les plus divifées & les
plus intimement amalgamées avec le
fluide .
Non feulement donc l'eau de l'Yvette
fera purgée de fes parties étrangères
dans ce canal , comme elle le feroit dans
une grande rivière , mais encore elle
y fera bien plus fùrement garantie de
contracter jamais aucune faveur défagréable;
parce que ce nouveau canal fera
toujours plus propre qu'aucun lit de
rivière , quelque rapide qu'en foit le
courant ; & que les herbes aquatiques ne
pourront y prendre naiffance , quand
même on ne le nettoyeroit que tous
les deux ou trois ans. Ainfi la Capitale
trouvera dans cette nouvelle rivière
dont elle fera enrichie , l'eau la plus pure,
la plus faine & la meilleure qu'on puiffe
d efirer.
166 MERCURE DE FRANCE .
on
En cédant à des raifons fi convaincantes
& qui ont la force de démonftration
, tous les avis de la Société fe
font réunis à convenir de l'extrême utilité
dont feroit l'exécution du projet
contenu dans le Mémoire de M. de Parcieux
; & rejettant toutes les objections
vagues & fans fondement qu'on pourroit
oppofer à une fi belle entreprife ,
s'eft unanimement arrêté à faire des
voeux pour jouir le plus promptement
poffible des avantages qui en réfulteroient
pour la commodité , la falubri
té & l'embelliffement de la Capitale.
Heureux fans doute ceux qui pourront
immortalifer leur mémoire d'âge en âge
parmileurs concitoyens , en contribuant
à un fi beau Monument de bienfaifance
& fi digne de concourir à la décoration
d'une Place qui portera toujours
le nom du Monarque BIEN - AIME !
, fur le Mémoire de M. de
PARCIEUX , pour conduire l'Eau
de l'YVETTE à Paris.
APRÉS la lecture d'une Deſcription
"
de la Place de LOUIS XV , inférée
dans le précédent Mercure on s'eft
demandé d'où l'on pourroit tirer l'eau
néceffaire aux deux Fontaines qui doi-,
vent entrer dans la décoration de cette
Place ?
Les différens moyens qui ont été difcu
tés pour remplir cet objet , n'ayant préfenté
que des difficultés & des dépenfes
confidérables ; un de nos Affociés , qui
a des connoiffances fur l'Hydrauilque ,
avança que l'exécution du Projet conté
nu dans le Mémoire de M. de Parcieux
en procurant à la Ville de Paris mille
douze cens pouces d'eau , qui pourroient
160 MERCURE DE FRANCE.
être diftribués dans tous les quartiers ,
rempliroit facilement les vues de magnificence
& d'agrément que l'on s'eft
propofées pour la Place de Louis XV
en y projettant la conftruction de ces
deux Fontaines..
On applaudiffoit unanimement à cette
idée , lorfqu'un d'entre nous , que
la
fortune a mis en état de fatisfaire fon inclination
bienfaifante & patriotique ,
repréfenta qu'il auroit déja fait des offres
de contribution pour fa part dans une
entrepriſe auffi importante au bien public
, fi quelques perfonnes ne l'avoient
affuré avoir goûté l'eau de l'Yvette
puifée dans les endroits où cette petite
rivière eft le plus limpide , & lui avoir
toujours trouvé un goût de vâfe & de
marais , qui en rendoit la boiffon un peu
défagréable.
On voit bien , repliqua celui qui avoit
parlé du projet de M. de Parcieux , que
ceux qui ont fait ce rapport ne connoif
fent guères que l'eau qu'on boit à Pa
ris , fans avoir même fait attention comment
elle contracte ce même goût de
vâfe quand la Seine eft fort baffe &
comment elle le perd. Il n'y a pas
ajouta- t- il , une feule des petites rivières
ou des ruiffeaux qui forment la Sei
>
SEPTEMBRE. 1763. 161
ne , fi ce n'eft peut-être dans les Pays
de hautes montagnes , qui n'ait ce mê
me goût de vâfe , & il eft prèfqu'impoffible
que cela foit autrement. Les lits des
petites rivières font pleins d'obftacles à
leur courant , lors même que les eaux
font les plus fortes. Ces obftacles font
les chauffées des étangs , les retenues des
réfervoirs , vanages & biez de moulins ;
des racines & branches d'arbres coupés
ou renversés ; des touffes de rofeaux, de
joncs & autres herbes aquatiques qui
croiffent abondamment. Pendant le
printemps & l'été les eaux de ces riviè
res arrofent les Prés , y féjournent ou
du moins y coulent fort lentement ,
d'où il arrive qu'elles contractent le
goût des herbages qu'elles lavent , &
entraînent avec elles le limon qui s'y eft
formé pendant l'hyver par les herbes
pourries & les feuilles tombées . A la
fin de Septembre & en Octobre on fait
rouir les chanvres & le lin , dans les
ruiffeaux ou da ns des trous voifins, d'où
l'eau paffe avec une partie de ce qu'elle
enlévé de ces chanvres dans ces ruiffeaux
, & de là dans les petites rivières ,
où il fe fait dépôt de ces matières ;
qui contribue encore au mauvais goût
de ces eaux . On ne peut donc , conti162
MERCURE DE FRANCE.
nua le défenfeur des eaux de l'Yvette
faire aucun reproche à cette rivière, qui
ne foit applicable à toutes celles de la
même claffe , & qu'elles mériteront par
des caufes prèfque néceffaires. Mais
pour avoir prouvé l'efpéce de néceffité
d'une mauvaife faveur aux eaux de l'Yvette
, ce ne feroit pas avoir prouvé
qu'on dût en trouver l'ufage moins dé
fagréable. Rien ne feroit fi raifonnable
que cette objection , repliqua notre Af
focié , fi ce mauvais goût étoit effentiellement
inhérent à cette eau , & s'il
n'y avoit pas des moyens certains pour
le lui faire perdre avant qu'elle fût arrivée
dans la Ville .
N'admettez- vous pas comme conftant
que l'eau de la Seine , avant que d'être
chargée des immondices de Paris , eft la
plus pure, en même temps la plus falubre
dont on puiffe boire ? Si l'on a bien lû
l'examen chymique de MM. Hellot &
Maquer, imprimé à la fin du Mémoire
de M. de Parcieux , on a dû fè convaincre
par tous les réfultats des épreuves de
ces deux fçavans Académiciens fur
l'eau de l'Yvette , qu'elle eft dans une
exacte parité à l'eau de la Seine quant
aux qualités effentielles. Ce qui donne
encore plus de poids à cette affertion , eft
SEPTEMBRE. 1763. -163
lefoin fcrupuleux avec lequel on apperçoit
qu'a été fait cet examen . Or fi les
qualités conftitutives des eaux de l'Yvette
font les mêmes que celles des eaux
de la Seine , ou entiérement homogénes
, il ne s'agit donc , pour rendre les
premieres auffi agréables & auffifalubres ,
que de les dé pouiller de la faveur accidentelle
qu'ellesauront contractée. Il faut
pour cela obferver par quels moyens
toutes les petites rivières qui forment la
Seine & qui ont la même faveur marécageufe
que l'on reproche à l'Yvette ,
la perdent dans le lit de cette grande
rivière . On ne peut douter que ce ne
foit en coulant alors plus librement &
dans un lit plus propre que leur canal
originaire ; & que par le mouvement de
la furface au fond & du fond à la furface
, les parties étrangères qui donnoient
cette faveur à l'eau font diffipées
ou par l'évaporation ou par la difperfion.
Et comme ce nouveau lit eft
garanti des dépôts limoneux , entraînés
par la force du courant , ces eaux le
font auffi du goût marécageux qu'elles
ne devoient qu'à ces dépôts. Si l'Art
peut facilement procurer le même
moyen d'épurement à l'Yvette , que la
Nature fournit à toutes les petites ri164
MERCURE DE FRANCE.
vières qui fe jettent dans les grandes , on
ne pourra plus douter raifonnablement
que fes eaux ne deviennent d'un auffi .
bon ufage que celles de la Seine ..
Pour s'affurer de ce changement avan-.
tageux dans les eaux de l'Yvette , il faut
obferver que par des expériences réïtérées
, & que chacun eft en état de faire
par foi- même , on eft certain que cette
eau expofée à l'air dans des vâfes propres,
perd fon goût marécageux en moins.
de quatre ou cinq jours ; que l'on opérera
encore plutôt cet effet en la battant
dans des bouteilles , avec l'attention
de donner de temps en temps paffage
à l'air extérieur en levant le doigt qui
les couvrira. Il en résulte donc néceffairement
, que le mouvement & même le
feul dépôt dans un vâfe propre , avec le
libre contact de l'air , fuffifent pour enlever
de cette eau les parties vafeufes
qui occafionnent la mauvaiſe faveur. Il
eft démontré que le projet de M. de
Parcieux fur la manière de faire parvenir
cette rivière à Paris réunit éminemment
ces deux moyens. En effet , cette
rivière dérivée de fon lit naturel à fept
lieues de Paris , & coulant dans un canal
, qu'à très -peu de frais on pourra
conferver dans une netteté parfaite , à
SEPTEMBRE. 1763 . 165
la faveur de fon mouvement & du contact
de l'air , aurara perdu la faveur marécageufe
avant que d'être parvenue à
moitié de la diftance que parcourera ce
canal , puifqu'il fuffiroit même pour
cela , avec plus de temps , du feul dé.
pôt de ces eaux dans un récipient net.
On ne pourra en douter , fi l'on fait
attention à ce qui fe pratique pour
l'épurement des eaux chargées de parties
minérales les plus divifées & les
plus intimement amalgamées avec le
fluide .
Non feulement donc l'eau de l'Yvette
fera purgée de fes parties étrangères
dans ce canal , comme elle le feroit dans
une grande rivière , mais encore elle
y fera bien plus fùrement garantie de
contracter jamais aucune faveur défagréable;
parce que ce nouveau canal fera
toujours plus propre qu'aucun lit de
rivière , quelque rapide qu'en foit le
courant ; & que les herbes aquatiques ne
pourront y prendre naiffance , quand
même on ne le nettoyeroit que tous
les deux ou trois ans. Ainfi la Capitale
trouvera dans cette nouvelle rivière
dont elle fera enrichie , l'eau la plus pure,
la plus faine & la meilleure qu'on puiffe
d efirer.
166 MERCURE DE FRANCE .
on
En cédant à des raifons fi convaincantes
& qui ont la force de démonftration
, tous les avis de la Société fe
font réunis à convenir de l'extrême utilité
dont feroit l'exécution du projet
contenu dans le Mémoire de M. de Parcieux
; & rejettant toutes les objections
vagues & fans fondement qu'on pourroit
oppofer à une fi belle entreprife ,
s'eft unanimement arrêté à faire des
voeux pour jouir le plus promptement
poffible des avantages qui en réfulteroient
pour la commodité , la falubri
té & l'embelliffement de la Capitale.
Heureux fans doute ceux qui pourront
immortalifer leur mémoire d'âge en âge
parmileurs concitoyens , en contribuant
à un fi beau Monument de bienfaifance
& fi digne de concourir à la décoration
d'une Place qui portera toujours
le nom du Monarque BIEN - AIME !
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922
p. 208-209
De SCHEMNITZ, dans la Haute-Hongrie, le 29 Juin 1763.
Début :
Hier, sur les deux heures après minuit, on sentit un tremblement de Terre [...]
Mots clefs :
Secousses, Tremblement de terre, Habitants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De SCHEMNITZ, dans la Haute-Hongrie, le 29 Juin 1763.
DeSCHEMNITZ , dans la Haute- Hongrie ,
Le 29 Juin 1763.
HIER, fur les deux heures après minuit , on
fentit un tremblement de Terre qui jetta les Habitans
de cette ville dans la plus grande confter
nation : l'air étoit alors ferein & tranquille . La
première fut fuivie d'une feconde , vers les cinq
heures , & d'une troifiéme , vingt - huit minutes
après. On aremarqué qu'un Baromètre qui , lors
SEPTEMBRE. 1763. 209
du tremblement de Terre de Lisbonne , du premier
Novembre 1755 , avoit baiflé confidérablement
, quoique ce tremblement ne ſe fut fait
pas
fentir ici , n'a point été agité par ces dernières fecouffes
, & qu'il eft resté à la même hauteur où
'il étoit auparavant. Une des fecouffes a été cependant
affez forte pour détacher d'un aimant ,
un morceau de fer qui y étoit ſuſpendu . C'eſt une
chofe affez finguliere , que ce tremblement de
Terre n'ait pas été reffenti dans plufieurs de nos
mines , quoiqu'il y eût plus de huit cens hommes
occupés à travailler dans les fouterrains , au mo
ment même où la terre a été agitée .
Le 29 Juin 1763.
HIER, fur les deux heures après minuit , on
fentit un tremblement de Terre qui jetta les Habitans
de cette ville dans la plus grande confter
nation : l'air étoit alors ferein & tranquille . La
première fut fuivie d'une feconde , vers les cinq
heures , & d'une troifiéme , vingt - huit minutes
après. On aremarqué qu'un Baromètre qui , lors
SEPTEMBRE. 1763. 209
du tremblement de Terre de Lisbonne , du premier
Novembre 1755 , avoit baiflé confidérablement
, quoique ce tremblement ne ſe fut fait
pas
fentir ici , n'a point été agité par ces dernières fecouffes
, & qu'il eft resté à la même hauteur où
'il étoit auparavant. Une des fecouffes a été cependant
affez forte pour détacher d'un aimant ,
un morceau de fer qui y étoit ſuſpendu . C'eſt une
chofe affez finguliere , que ce tremblement de
Terre n'ait pas été reffenti dans plufieurs de nos
mines , quoiqu'il y eût plus de huit cens hommes
occupés à travailler dans les fouterrains , au mo
ment même où la terre a été agitée .
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Résumé : De SCHEMNITZ, dans la Haute-Hongrie, le 29 Juin 1763.
Le 29 juin 1763, trois tremblements de terre ont été ressentis à DeSCHEMNITZ en Haute-Hongrie. Le premier a eu lieu peu après deux heures du matin, suivi d'un second vers cinq heures et d'un troisième vingt-huit minutes plus tard. Ces secousses ont provoqué une grande frayeur parmi les habitants, alors que l'air était serein et tranquille. Un baromètre, qui avait réagi lors du tremblement de terre de Lisbonne en 1755, est resté inchangé malgré ces nouvelles secousses. Une des secousses a été suffisamment puissante pour détacher un morceau de fer suspendu à un aimant. De manière surprenante, ces tremblements n'ont pas été ressentis dans plusieurs mines locales, malgré la présence de plus de huit cents travailleurs à ce moment-là.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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923
p. 15-24
MÉMOIRE SUR BELLE-ISLE.
Début :
EN Latin Calonesus, dérivé selon M. Bulet, Professeur Royal de l'Université [...]
Mots clefs :
Chevalier, Citadelle, Comte, Troupes, Gouverneur, Vaisseaux, Étymologie, Île
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE SUR BELLE-ISLE.
MÉMOIRE SUR BELLE-ISsle.
EN Latin Calonefus , dérivé ſelon M.
Bulet , Profeffeur Royal de l'Univerfité
de Befançon dans fon Dictionnaire Celtique
, des mots cal , qui fignifie pierre :
ou roc, & de ones , iſle , calones , ifle
de rocher.
16 MERCURE DE FRANCE .
D'autres dérivent ce mot Calonefus ,
du Grec Karos , pulcher , Beau ou belle
& vnoos , infula , ifle.
Il y a plus de vraisemblance dans
cette derniere étymologie. Les Hollanlandois
l'appellent Boelin , & les Anglois
la nomment Fine - Ifland ; Les Romainsla
nommoient auffiCalonefus, comme
nous venons de le dire . Cependant
Céfar n'en fait point de mention particulière
dans fes Commentaires &
paroît l'avoir confondue avec les autres
İfles des environs , fous le nom général
d'Infula Venitia. Dans la fuite
on lui a donné le nom de l'Ile de
Guedel, qu'elle a quitté pour celui de
Belle-Ifle. C'eft une Ifle de France des
plus confidérables du Royaume , fituée
fur les côtes méridionales de la Bretagne
, Diocéfe de Vannes , Parlement de
Rennes , Intendance de Nantes , Recette
de Vannes , avec titre de Marquifat
; elle a environ fix lieues de longueur
, & deux de large avec un bon
port & quelques châteaux vis-à-vis de
*
> * M. d'Anville dans fa notice de la Gaule
parle de Belle- Ifle fous le nom de Vindiles. Il
fait voir que dans les titres du moyen âge le
nom de cette ifle eft Guidel , ayant été donné à
l'Abbaye de Redon.
OCTOBRE. 1763. 17
Vannes & d'Aurai , n'étant qu'à cinq
ou fix milles de la Terre-ferme . Son port
eft défendu par une bonne citadelle , &
le refte de l'Ifle par des rochers inacceffibles.
Elle eft fertile en grains & en
pâturages , & confidérable par fes falines
, & par le paffage ordinaire des
Vaiffeaux le long des côtes . Elle appartenoit
autrefois au Comte de Cornouaille
; Geoffroi , Comte de Rennes
la lui ufurpa & la donna à l'Abbaye de
Redon ; mais Alain fils dudit Geoffroi
la retira des Moines de Redon , pour la
rendre au Comte de Cornouaille , qui
la donna peu après à l'Abbaye de
Quimperlé. Ces deux donations ont
caufé de grandes conteftations entret
ces deux Abbayes ; elles n'ont été af
foupies qu'en 1172 par une Tranſaction
conclue entre les Moines.
Charles IX donna cette Ifle au Comte
de Retz de la maiſon de Gondy ; &
l'érigea en Marquifat en 1573. Charles
de Retz tué en 1596 , fut père d'Henri
Duc de Retz qui vendit Belle- Ifle à Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
& Miniftre d'Etat en 1653. Cette
acquifition fut un des chefs des accufations
du procès fait contre lui en
1661. Ce procès qui dura trois ans a été
imprimé à Paris l'an 1699. en 16 vol.
18 MERCURE DE FRANCE.
in- 12. Après l'Arrêt qui fut rendu pár
des Commiffaires nommés par le Roi ,
M. Foucquet fut conduit à Pignerol le
20 Décembre 1694 , où il fut enfermé
dans le donjon , & où il mourut après
21 ans de captivité , le 23 Mars 1680 ,
agé de 65 ans . Son corps apporté à Paris
, fut inhumé dans l'Eglife des Filles
de Ste Marie , rue S. Antoine , auprès
de fon père * , où l'on voit fon Épitaphe.
Charles-Louis - Augufte Foucquet ,Pair
& Maréchal de France , petit-fils de Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
, fut le dernier poffeffeur & Seigneur
de Belle-Ifle ; il étoit Prince de
l'Empire , Chevalier des Ordres du Roi
& de la Toifon d'or , Gouverneur de
Metz & du Pays Meffin , Lieutenant
Général au Gouvernement de Lorraine
& de Barrois , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre
& l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe. Il eſt mort à Verſailles le 26
Janvier 1761 , âgé de 76 ans 4 mois &
4 jours , étant né le 22 Septembre 1684
& eft inhumé en fa Terre de Bizy en
Normandie .
* V. Deſcription de Paris par Piganiol de la
Force , Paris 1742. Tome IV . p. 417. & fuiv . &
les Epitaphes de Paris , Mff. que l'on va faire.
imprimer.]
OCTOBRE. 1763. 19
Il avoit rétrocédé au Roi , au mois
d'Octobre 1718. Belle- Ifle , en échange
du Comté de Gifors , du Vicomté de
Vernon , Audelis & Lyons , terres en
Normandie ; toutes ces terres furent
depuis érigées en fa faveur en Duché
fous le nom de Gifors , par Lettres - Patentes
du mois de Mars 1742 , regiftrées
au Parlement de Paris le 19 Juillet
fuivant , & en Pairie le 9 Juin 1748.
Le Maréchal de Belle - Ifle par fon
teftament a rendu au Roi le Duché de
Gifors & dépendances , qu'il avoit eu
en échange de Belle- Ifle , comme nous
venons de le dire. Le Roi fit de Belle-
IfleunGouvernement particulier ave cun
Etat-Major ; il y a d'ordinaire vingt-deux
compagnies d'Infanterie en garniſon.
Les lieux principaux font le Palais , la
Citadelle & Bangor , & les paroiffes de
Sauzon & de Lomaria ; il y a auffi un
Gouverneur pour la Citadelle du Palais.
Les Anglois ont fait plufieurs tentatives
infructeufes fur cette Ifle en 1674 ,
1695 , 1703 & 1746. L'époque de 1703
nous donne une circonftance qui mérite
d'être remarquée : » lorfque la flot-
» te des Angois & des Hollandois pa-
» rut à la hauteur de cette Ifle , en la-
» dite année , le Curé du Bourg fit pren20
MERCURE DE FRANCE.
dre des habits d'homme aux femmés ,
» qui parurent fur la côte en trop grand
» nombre pour laiffer aux ennemis l'ef-
» pérance d'y pouvoir faire une def-
» cente , & cette manoeuvre détourna
les Anglois de pourfuivre leur deffein .
Ils ont encore tenté la même defcente
en 1761 , qui leur a réuſſi ,
Leur flotte compofée de 115 voiles
mouilla le 7 Avril dans la Rade de
Belle - Ifle ; le lendemain 8 , elle fit fes
difpofitions pour l'attaque . Le Chevalier
de Sainte- Croix , Brigadier des Armées
du Roi , & Commandant a Belle - Iſle,
jugeant que les batteaux plats des Anglois
fe dirigeoient vers le Port-Andras ,
y porta la plus grande partie de fes troupes.
Les ennemis effectivement débarquerent
dans cette partie ; mais ils furent
fi vivement repouffés , qu'ils perdirent
800 hommes & prèfque tous
grenadiers ; on leur fit plus de 300 prifonniers
parmilefquels fe trouverent le
Lieutenant Colonel Thomas & le Major
Meklein , qui commandoit l'attaque.
Le 23 du même mois les Anglois
tenterent un nouveau débarquement ,
& l'effectuerent le même jour. Les François
après avoir difputé le terrein pied
à pied , fe renfermerent dans la Citadelle
OCTOBRE . 1763 . 21
au nombre de 3500 hommes ; comme
les troupes que les Anglois avoient dans
l'Ifle n'étoient par fuffifantes pour en
faire le fiége , le Gouvernement d'Angleterre
y fit paffer 3000 hommes.
On peut voir la fuite du fiége de
Belle - Ifle , dans un Journal très- bien
détaillé , qui a été imprimé , avec la
capitulation faite pour la reddition de
cette Ifle aux Anglois le 7 Juin 1761 .
Enfin par le VII Article de la Paix
générale conclue le 3 Novembre 1762
entre le Roi de France & celui de
la Grande Bretagne , l'Angleterre
reftitue avec plufieurs autres Ifles , celle
de Belle -Iile , qui doivent être rendues
dans le même état où elles étoient quand
la conquête en a été faite par les armes
Britanniques ; ce qui a été éxécuté le 11
Mai 1763 , comme il paroît par cette
rélation .
·
» Le Chevalier de Warren , Maréchal
» de Camp , nommé par le Roi , pour
commander les troupes deftinées à
» reprendre poffeffion de cette Ifle , eft
» arrivé le 1 Mai avec fes troupes de
» débarquement , à une demie lieue du
» Port. M. Callwal , Commandant de
» P'Efcadre Angloife , eft allé au-devant
» de lui dans une Pinnace fort ornée
» & lui a offert de le conduire à bord
}
1
22 MERCURE DE FRANCE.
de fon Vaiffeau jufqu'au Port. M.
» Forreſtier , Gouverneur de l'Ifle , at-
» tendoit fur le rivage le Chevalier de
» Warren ; il lui a donné la main pour
» defcendre à terre , & lui a préſenté
» fept Colonels Anglois , dont il étoit
» accompagné. Le Chevalier de War-
» ren , ayant remis au Gouverneur An-
» glois la Lettre par laquelle Sa Majeſté
» Britannique ordonne que l'Ifle , la
» Citadelle , le Fort &c , foient remis
» entre les mains des François , il y a
», eu entre ces deux Officiers une con-
» férence qui a duré une demie heure ,
» & après laquelle le Chevalier de Warren
a envoyé relever par une compagnie
de grenadiers , un femblable
» détachement Anglois , qui s'eft re-
» tiré par une porte pour aller s'em-
» barquer , tandis que les François en-
» troient par la porte principale. Le
» refte des Troupes Angloifes étoient
» déja à bord des vaiffeaux avec tous
» leurs effets. Le Commandant Fran-
"
çois , après avoir pris poffeffion de
" I'Ifle , a donné un grand repas aux
» Officiers Anglois , & les a conduits
» enfuite jufqu'à leurs vaiffeaux . La
» Flotte Angloife a levé l'ancre à mi-
» nuit , a mis à la voile fur les deux
OCTOBRE . 1763. 23
» heures , & dès le matin elle avoit déja
difparu .
On a gravé plufieurs Cartes de Belle-
Ifle en 1761.
1. Par M. le Rouge , Géographe ordinaire
du Roi , rue des Grands Auguftins.
Selon lui cette Ifle à deux lieues de
longueur, trois quarts marine, ce qui fait
trois petites lieues & demie parifiennes,
2. Autre Carte de Belle - Ifle avec
partie des Côtes de Bretagne & les Ifles
voifines , par le fieur Brion , Ingénieur
Géographe , à l'Enfeigne de la Place
des Victoires , au bas de la rue S. Jacques
, avec la defcription abrégée de
cette Ifle , qui felon lui contient près
de 20000 arpens de terre , dont la plus
grande partie eft inculte ; elle eft peuplée
d'environ 8000 Habitans , parmi
lefquels on en compte 11 à 1200 portant
les armes. La Capitale feule , outre la
garnifon de la Citadelle , renferme près
de 3000 âmes ; les roches , les fables &
les efcarpemens , dont l'Ifle eft prèsque
toute environnée , en font les défenfes
naturelles ; & l'art a fuppléé où
l'on
prapeut
aborder
; les Ports à l'oppofite
de la Bretagne
font les feuls
ticables
, encore
ne peut -il y entrer
que des chaloupes
,
24 MERCURE
DE FRANCE .
3. Autre Carte de Belle-Ifle par M.
de Beaurain , fils de M. le Chevalier de
Beaurain.
4. Autre idem par M. Paris , Ingénieur
du Roi , chez Lattré , Graveur
rue S. Jacques , & chez M. Julien .
l'Hôtel de Soubife .
5. id. avec la Defcription du Siége de
Belle - Ifle , dans l'Almanach de Bâle , dir
le Meffager boiteux pour l'année 1762.
Par M. de N.... abonné au Mercure .
EN Latin Calonefus , dérivé ſelon M.
Bulet , Profeffeur Royal de l'Univerfité
de Befançon dans fon Dictionnaire Celtique
, des mots cal , qui fignifie pierre :
ou roc, & de ones , iſle , calones , ifle
de rocher.
16 MERCURE DE FRANCE .
D'autres dérivent ce mot Calonefus ,
du Grec Karos , pulcher , Beau ou belle
& vnoos , infula , ifle.
Il y a plus de vraisemblance dans
cette derniere étymologie. Les Hollanlandois
l'appellent Boelin , & les Anglois
la nomment Fine - Ifland ; Les Romainsla
nommoient auffiCalonefus, comme
nous venons de le dire . Cependant
Céfar n'en fait point de mention particulière
dans fes Commentaires &
paroît l'avoir confondue avec les autres
İfles des environs , fous le nom général
d'Infula Venitia. Dans la fuite
on lui a donné le nom de l'Ile de
Guedel, qu'elle a quitté pour celui de
Belle-Ifle. C'eft une Ifle de France des
plus confidérables du Royaume , fituée
fur les côtes méridionales de la Bretagne
, Diocéfe de Vannes , Parlement de
Rennes , Intendance de Nantes , Recette
de Vannes , avec titre de Marquifat
; elle a environ fix lieues de longueur
, & deux de large avec un bon
port & quelques châteaux vis-à-vis de
*
> * M. d'Anville dans fa notice de la Gaule
parle de Belle- Ifle fous le nom de Vindiles. Il
fait voir que dans les titres du moyen âge le
nom de cette ifle eft Guidel , ayant été donné à
l'Abbaye de Redon.
OCTOBRE. 1763. 17
Vannes & d'Aurai , n'étant qu'à cinq
ou fix milles de la Terre-ferme . Son port
eft défendu par une bonne citadelle , &
le refte de l'Ifle par des rochers inacceffibles.
Elle eft fertile en grains & en
pâturages , & confidérable par fes falines
, & par le paffage ordinaire des
Vaiffeaux le long des côtes . Elle appartenoit
autrefois au Comte de Cornouaille
; Geoffroi , Comte de Rennes
la lui ufurpa & la donna à l'Abbaye de
Redon ; mais Alain fils dudit Geoffroi
la retira des Moines de Redon , pour la
rendre au Comte de Cornouaille , qui
la donna peu après à l'Abbaye de
Quimperlé. Ces deux donations ont
caufé de grandes conteftations entret
ces deux Abbayes ; elles n'ont été af
foupies qu'en 1172 par une Tranſaction
conclue entre les Moines.
Charles IX donna cette Ifle au Comte
de Retz de la maiſon de Gondy ; &
l'érigea en Marquifat en 1573. Charles
de Retz tué en 1596 , fut père d'Henri
Duc de Retz qui vendit Belle- Ifle à Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
& Miniftre d'Etat en 1653. Cette
acquifition fut un des chefs des accufations
du procès fait contre lui en
1661. Ce procès qui dura trois ans a été
imprimé à Paris l'an 1699. en 16 vol.
18 MERCURE DE FRANCE.
in- 12. Après l'Arrêt qui fut rendu pár
des Commiffaires nommés par le Roi ,
M. Foucquet fut conduit à Pignerol le
20 Décembre 1694 , où il fut enfermé
dans le donjon , & où il mourut après
21 ans de captivité , le 23 Mars 1680 ,
agé de 65 ans . Son corps apporté à Paris
, fut inhumé dans l'Eglife des Filles
de Ste Marie , rue S. Antoine , auprès
de fon père * , où l'on voit fon Épitaphe.
Charles-Louis - Augufte Foucquet ,Pair
& Maréchal de France , petit-fils de Nicolas
Foucquet , Surintendant des Finances
, fut le dernier poffeffeur & Seigneur
de Belle-Ifle ; il étoit Prince de
l'Empire , Chevalier des Ordres du Roi
& de la Toifon d'or , Gouverneur de
Metz & du Pays Meffin , Lieutenant
Général au Gouvernement de Lorraine
& de Barrois , Miniftre & Secrétaire
d'Etat au Département de la Guerre
& l'un des Quarante de l'Académie
Françoiſe. Il eſt mort à Verſailles le 26
Janvier 1761 , âgé de 76 ans 4 mois &
4 jours , étant né le 22 Septembre 1684
& eft inhumé en fa Terre de Bizy en
Normandie .
* V. Deſcription de Paris par Piganiol de la
Force , Paris 1742. Tome IV . p. 417. & fuiv . &
les Epitaphes de Paris , Mff. que l'on va faire.
imprimer.]
OCTOBRE. 1763. 19
Il avoit rétrocédé au Roi , au mois
d'Octobre 1718. Belle- Ifle , en échange
du Comté de Gifors , du Vicomté de
Vernon , Audelis & Lyons , terres en
Normandie ; toutes ces terres furent
depuis érigées en fa faveur en Duché
fous le nom de Gifors , par Lettres - Patentes
du mois de Mars 1742 , regiftrées
au Parlement de Paris le 19 Juillet
fuivant , & en Pairie le 9 Juin 1748.
Le Maréchal de Belle - Ifle par fon
teftament a rendu au Roi le Duché de
Gifors & dépendances , qu'il avoit eu
en échange de Belle- Ifle , comme nous
venons de le dire. Le Roi fit de Belle-
IfleunGouvernement particulier ave cun
Etat-Major ; il y a d'ordinaire vingt-deux
compagnies d'Infanterie en garniſon.
Les lieux principaux font le Palais , la
Citadelle & Bangor , & les paroiffes de
Sauzon & de Lomaria ; il y a auffi un
Gouverneur pour la Citadelle du Palais.
Les Anglois ont fait plufieurs tentatives
infructeufes fur cette Ifle en 1674 ,
1695 , 1703 & 1746. L'époque de 1703
nous donne une circonftance qui mérite
d'être remarquée : » lorfque la flot-
» te des Angois & des Hollandois pa-
» rut à la hauteur de cette Ifle , en la-
» dite année , le Curé du Bourg fit pren20
MERCURE DE FRANCE.
dre des habits d'homme aux femmés ,
» qui parurent fur la côte en trop grand
» nombre pour laiffer aux ennemis l'ef-
» pérance d'y pouvoir faire une def-
» cente , & cette manoeuvre détourna
les Anglois de pourfuivre leur deffein .
Ils ont encore tenté la même defcente
en 1761 , qui leur a réuſſi ,
Leur flotte compofée de 115 voiles
mouilla le 7 Avril dans la Rade de
Belle - Ifle ; le lendemain 8 , elle fit fes
difpofitions pour l'attaque . Le Chevalier
de Sainte- Croix , Brigadier des Armées
du Roi , & Commandant a Belle - Iſle,
jugeant que les batteaux plats des Anglois
fe dirigeoient vers le Port-Andras ,
y porta la plus grande partie de fes troupes.
Les ennemis effectivement débarquerent
dans cette partie ; mais ils furent
fi vivement repouffés , qu'ils perdirent
800 hommes & prèfque tous
grenadiers ; on leur fit plus de 300 prifonniers
parmilefquels fe trouverent le
Lieutenant Colonel Thomas & le Major
Meklein , qui commandoit l'attaque.
Le 23 du même mois les Anglois
tenterent un nouveau débarquement ,
& l'effectuerent le même jour. Les François
après avoir difputé le terrein pied
à pied , fe renfermerent dans la Citadelle
OCTOBRE . 1763 . 21
au nombre de 3500 hommes ; comme
les troupes que les Anglois avoient dans
l'Ifle n'étoient par fuffifantes pour en
faire le fiége , le Gouvernement d'Angleterre
y fit paffer 3000 hommes.
On peut voir la fuite du fiége de
Belle - Ifle , dans un Journal très- bien
détaillé , qui a été imprimé , avec la
capitulation faite pour la reddition de
cette Ifle aux Anglois le 7 Juin 1761 .
Enfin par le VII Article de la Paix
générale conclue le 3 Novembre 1762
entre le Roi de France & celui de
la Grande Bretagne , l'Angleterre
reftitue avec plufieurs autres Ifles , celle
de Belle -Iile , qui doivent être rendues
dans le même état où elles étoient quand
la conquête en a été faite par les armes
Britanniques ; ce qui a été éxécuté le 11
Mai 1763 , comme il paroît par cette
rélation .
·
» Le Chevalier de Warren , Maréchal
» de Camp , nommé par le Roi , pour
commander les troupes deftinées à
» reprendre poffeffion de cette Ifle , eft
» arrivé le 1 Mai avec fes troupes de
» débarquement , à une demie lieue du
» Port. M. Callwal , Commandant de
» P'Efcadre Angloife , eft allé au-devant
» de lui dans une Pinnace fort ornée
» & lui a offert de le conduire à bord
}
1
22 MERCURE DE FRANCE.
de fon Vaiffeau jufqu'au Port. M.
» Forreſtier , Gouverneur de l'Ifle , at-
» tendoit fur le rivage le Chevalier de
» Warren ; il lui a donné la main pour
» defcendre à terre , & lui a préſenté
» fept Colonels Anglois , dont il étoit
» accompagné. Le Chevalier de War-
» ren , ayant remis au Gouverneur An-
» glois la Lettre par laquelle Sa Majeſté
» Britannique ordonne que l'Ifle , la
» Citadelle , le Fort &c , foient remis
» entre les mains des François , il y a
», eu entre ces deux Officiers une con-
» férence qui a duré une demie heure ,
» & après laquelle le Chevalier de Warren
a envoyé relever par une compagnie
de grenadiers , un femblable
» détachement Anglois , qui s'eft re-
» tiré par une porte pour aller s'em-
» barquer , tandis que les François en-
» troient par la porte principale. Le
» refte des Troupes Angloifes étoient
» déja à bord des vaiffeaux avec tous
» leurs effets. Le Commandant Fran-
"
çois , après avoir pris poffeffion de
" I'Ifle , a donné un grand repas aux
» Officiers Anglois , & les a conduits
» enfuite jufqu'à leurs vaiffeaux . La
» Flotte Angloife a levé l'ancre à mi-
» nuit , a mis à la voile fur les deux
OCTOBRE . 1763. 23
» heures , & dès le matin elle avoit déja
difparu .
On a gravé plufieurs Cartes de Belle-
Ifle en 1761.
1. Par M. le Rouge , Géographe ordinaire
du Roi , rue des Grands Auguftins.
Selon lui cette Ifle à deux lieues de
longueur, trois quarts marine, ce qui fait
trois petites lieues & demie parifiennes,
2. Autre Carte de Belle - Ifle avec
partie des Côtes de Bretagne & les Ifles
voifines , par le fieur Brion , Ingénieur
Géographe , à l'Enfeigne de la Place
des Victoires , au bas de la rue S. Jacques
, avec la defcription abrégée de
cette Ifle , qui felon lui contient près
de 20000 arpens de terre , dont la plus
grande partie eft inculte ; elle eft peuplée
d'environ 8000 Habitans , parmi
lefquels on en compte 11 à 1200 portant
les armes. La Capitale feule , outre la
garnifon de la Citadelle , renferme près
de 3000 âmes ; les roches , les fables &
les efcarpemens , dont l'Ifle eft prèsque
toute environnée , en font les défenfes
naturelles ; & l'art a fuppléé où
l'on
prapeut
aborder
; les Ports à l'oppofite
de la Bretagne
font les feuls
ticables
, encore
ne peut -il y entrer
que des chaloupes
,
24 MERCURE
DE FRANCE .
3. Autre Carte de Belle-Ifle par M.
de Beaurain , fils de M. le Chevalier de
Beaurain.
4. Autre idem par M. Paris , Ingénieur
du Roi , chez Lattré , Graveur
rue S. Jacques , & chez M. Julien .
l'Hôtel de Soubife .
5. id. avec la Defcription du Siége de
Belle - Ifle , dans l'Almanach de Bâle , dir
le Meffager boiteux pour l'année 1762.
Par M. de N.... abonné au Mercure .
Fermer
924
p. 62-63
ENIGME.
Début :
Avant de sçavoir qui je suis, [...]
Mots clefs :
Taupe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
AVANT de fçavoir qui je ſuis ,
Lecteur , admire en moi la bizarre nature .
J'étois blanche quand je nâquis ,
Enfuite j'ai pallé fans avoir rien acquis ,
A la couleur la plus obfcure.
J'occupe une vafte maiſon ,
Où je fuis fans comparaison
Plus à l'étroit qu'un mort dans la fatale bièrre :
Malgré cela je ne puis guère ,
Lorfque j'ai besoin d'aliment ,
Le prendre qu'en me promenant :
Le travail m'eft héréditaire .
Qui croiroit que dans cet état ,
D'un ruftique mortel j'éxcitaffe l'envie ?
Il en veut fi fort à ma vie ,
Qu'il fe fait de ma mort un triomphe d'éclat ,
Le pis eft que de lui je ne puis me défendre
OCTOBRE. 1763 . 63
Car tel eft mon malheureux fort ,
Que plus je cherche à fuir la mort ,
Plus je travaille à me faire furprendre.
AVANT de fçavoir qui je ſuis ,
Lecteur , admire en moi la bizarre nature .
J'étois blanche quand je nâquis ,
Enfuite j'ai pallé fans avoir rien acquis ,
A la couleur la plus obfcure.
J'occupe une vafte maiſon ,
Où je fuis fans comparaison
Plus à l'étroit qu'un mort dans la fatale bièrre :
Malgré cela je ne puis guère ,
Lorfque j'ai besoin d'aliment ,
Le prendre qu'en me promenant :
Le travail m'eft héréditaire .
Qui croiroit que dans cet état ,
D'un ruftique mortel j'éxcitaffe l'envie ?
Il en veut fi fort à ma vie ,
Qu'il fe fait de ma mort un triomphe d'éclat ,
Le pis eft que de lui je ne puis me défendre
OCTOBRE. 1763 . 63
Car tel eft mon malheureux fort ,
Que plus je cherche à fuir la mort ,
Plus je travaille à me faire furprendre.
Fermer
925
p. 112-134
RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
Début :
UN écrit anonyme, Monsieur, de l'espèce de celui que vous avez inséré [...]
Mots clefs :
Anonyme, Physique, Système, Réponse, Matière, Expressions, Usage, Idées, Pesanteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE à la Lettre anonyme insérée dans le Mercure de France contre la Physique de M. de SAINTIGNON.
RÉPONSE à la Lettre anonyme inférée
dans le Mercure de France contre
la Phyfique de M. de SAINTIGNON.
UNN écrit anonyme , Monfieur , de
l'eſpèce de celui que vous avez inſéré
dans votre Mercure du mois de Juin ,
devroit être abandonné au fort qu'il
mérite , & par lui - même & en fa qualité
d'Anonyme. Mais comme il n'eſt pas
difficile de deviner la fource d'où il
part , je ne crois pas devoir le laiffer
fans réponſe.
L'Auteur de cette Piéce a eu de
bonnes raifons pour n'y pas mettre fon
nom mais s'il vouloit garder l'incognito
, il devoit s'y prendre plus habilement.
Il devoit montrer plus de modeftie
, dérober aux yeux du Lecteurs
les traits de jaloufie & furtout d'intérêt
, qui le caractérisent depuis longtemps
, & foupçonner qu'on le reconnoîtroit
à fon début , à fon ftyle ,
à fon inexactitude & à plufieurs expreffions
qui lui font familières . Il eft
OCTOBRE. 1763. 113 .
aifé de voir que cet Anonyme n'a
qu'une connoiffance très- fuperficielle de
mon Ouvrage. Il avoue lui- même qu'il
n'entend point le fyftême général dont
j'ai fait ufage ; & je l'en crois fur fa
parole : il ne peut donc l'attaquer qu'en
aveugle & s'il a réuffi à quelque
chofe , c'eſt à montrer un grand defir de
trouver matière à fa critique.
Rien n'eft plus aifé qu'une déclamation
vague , dans laquelle on fe permet
de cenfurer des propofitions fan's
dire pourquoi , furtout quand on ne
cite pas les endroits qu'on attaque , &
quand on ne s'attache pas fcrupuleufement
à conferver les expreffions.
Une réfutation en régle de tout ce
que l'Anonyme avance dans fa lettre ,
formeroit , Monfieur , un volume trop
confidérable pour votre Mercure , &
m'emporteroit un temps que je deftine
à des chofes plus utiles . Je me bornerai
donc à parcourir cet écrit peu mefuré
, & à faire quelques remarques
fur les endroits qui me frapperont davantage
, en laiffant au Lecteur le plaifir
d'admirer le tour de fes phraſes &
fouvent d'en deviner le fens.
L'Anonyme oferoit- il dire pourquoi
il fe donne la liberté de changer le titre
114 MERCURE DE FRANCE.
de mon Ouvrage , en écrivant , » Traité
de Phyfique & c. à l'ufage des Ecoliers
? Il répéte fouvent cette expreffion
en lettres italiques : cette affec
tation annonce -t - elle la bonne foi & la
modération ? Il fouhaite cependant
» que le Lecteur n'héfite point à lui ac-
» corder fa confiance ; a - t-il cru que
pour la mériter il ne devoit point fe
nommer ? •
Il reléve l'aveu que j'ai fait de ne me
point donner pour Auteur. N'auroit-il
pas pu faire le même aveu avec plus de
raifon ? Selon lui » je n'avois rien de
» nouveau à donner , & cependant j'ai
» hazardé de mon chef beaucoup de
chofes queje n'ai trouvées nulle-part.
Il faudroit avoir fon efprit pour concilier
ces deux propofitions.
Mon Critique reléve encore avec
complaifance l'endroit de ma Préface
où je parle des fecours que j'ai tirés de
l'excellent Traité de Phyfique Expérimentale
de M. l'Abbé Nollet : y prendroit-
il quelque intérêt ? » Il applau
» diroit , dit- il , à mon choix , fi j'avois
» obfervé partout la même marche en
» m'en tenant aux expreffions de l'Au
» teur cité. Mais n'eft-ce pas alors qu'il
OCTOBRE 1763 . IIS
auroit pû faire valoir fon privilége contre
mon Imprimeur ?
L'Anonyme s'étonne que je me fois
permis de faire en quelques endroits
des changemens aux expreffions & aux
idées de l'Auteur : qu'à fes idées fi claires
, fi exactes , fur la folidiré , j'ofe
fubftituer les idées fuivantes : H paroît
qu'on peut confondre la folidité de la
matière avec la matière même... La Solidité
eft une fuite de l'étendue folide :
je l'étonnerai donc encore en lui difant
que je regarde ces propofitions comme
inconteftables.
Je conviens avec l'Anonyme que les
planches néceffaires n'augmentent que
très- médiocrement le prix d'un Ouvia
ge de Phyfique. J'ajoute qu'aucune raifon
ne doit engager à les retrancher ;
mais je ne conviens pas avec lui que je
fois dans le cas du reproche . L'ufage
m'a fait voir que ma Phyfique comme
elle eft paroît utile & intelligible à ceux
qui ne font pas intéreffés à la trouver autrement.
J'en ai retranché autant de
planches que j'ai pû pour la commodité
des perfonnes peu aifées , & je n'ai
livré gratis mon Manufcrit à l'Imprimeur
que fous la condition expreffè de
vendre ma Phyfique à 40 f. le volume.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il qualifieroit , dit- il , volontiers mon
Ouvrage d'hiftoire abrégée de la Phyfique
Expérimentale : un Juge plus éclairé
que lui & plus équitable * , trouve
qu'on ne doit point annoncer comme
un Abrégé un Ouvrage en fix volumes .
Mon Critique avoue qu'il , ne connoiffoit
pas le fyftême de M. de la Per
riere , & qu'il n'eft pas en état, de ju
ger fi ce dernier a lieu d'être content
de la manière dont j'ai rendu fes idées :
il avoue donc par là qu'il eft juge incompétent
fur ces matières : il s'expofe
donc à fe faire des monftres pour les
combattre ; & céla lui arrive fouvent.
Au refte je ne ferai point défavoué par
l'Auteur , il peut fe tranquillifer à cet
égard.
Selon lui , je confonds le fyftême
» de Newton avec les inepties de quel-
" ques Secateurs de ce grand homme.
Vraiſemblablement j'ai plus étudié ce
fyftême que lui , & il ne le connoît pas
mieux que moi mais ce qui eft für ,
c'eft que je n'impute rien à ce grand
homme , & ce que j'attribue à fon
fyftême , vient de lui ou de fes plus zélés
défenfeurs .
:
Je dis que , " Quand même lefyfte
* Le Journal Encyclopédique de Mars 1763.
OCTOBRE. 1763. 117
me Newtonien s'appliqueroit heureu-
»fement à tout , il pourroit n'être pas
» la vraie clef du méchanifme du mon
» de , » mon Critique en conclut fça-
» vamment que ce raifonnement fait in-
» différemment contre tous les fyftêmes.
Et cependant ,dit-il, M. de S. n'a
» pas eu intention , je penfe , d'y com-
» prendre celui qu'il adopte ; il penfe
mal. Qu'il life ma Préface & ma dif-
» fertation fur les fyftèmes : il verra
que je ne me fuis pas diffimulé les difficultés
de celui de M. de la Perriere...
» queje ne le préfenteque comme unfyftê-
» me à approfondir... que je ne l'adopte
» que provifoirement... & que je n'en
» épouferai aucun, que quand j'y ferai
" déterminé par des raifons incontefta-
» bles. Qu'il prenne la peine de lire les
pages 71 & 72 du premier volume , il
trouvera plufieurs autres réfléxions fur
le même objet. " Il ne faudroit pas ,
» dit mon obligeant Cenfeur , fe per-
» mettre d'avancer que la matière peut
» être réfléchie par le néant : mais ai-je
jamais rien dit ou imaginé de femblable
? J'enfeigne formellement le contraire
, & cette propofition n'eft précifément
qu'une objection formée contre
le fyftême Newtonien ; eft- il par
"
118 MERCURE DE FRANCE.
donnable à un Critique de prendre une
objection pour une affertion ? Qu'il ne
fe permette donc plus » d'avancer que
» c'eft la manière dont je fçai me tirer
» de quelques difficultés embarraffantes,
eft- ce par ces traits de bonne - foi
» qu'il prétend mériter la confiance de
fon Lecteur ?
M. de Saintignon nous affure , dit-
" il, qu'on va donner les derniers coups
» au fyftême Newtonien , en démon-
» trant que les révolutions célestes ne
» font pas des ellipfes. Je fuis encore
obligé de dire que je n'ai aſſuré cela
nulle-part : je n'ai jamais dit qu'on alfoit
porter les derniers coups au fyftême
Newtonien. J'ai dit qu'on fe propofe de
démontrer que les révolutions célestes
ne font pas des ellipfes , & cela est vrai,
Je ne nomme par l'Auteur , c'eſt à lui
à fe nommer, && jjee ppeennfſee qu'il ne tardera
pas.
Sans doute , dit l'Anonyme , le Lecteur
ne nous fçauroit pas gré de » nous
appefantir fur toutes les inadvertan-
» ces qui échappent à M. de Sainti-
» gron dans cette prétendue réfutation »
cela peut être fort indifférent au Lecteur
: mais ne vous appefantiflez pas fur
des minuties , lifez avant de cenfurer ;
OCTOBRE. 1763 . 119
citez jufte: n'altérez pas mes expreffions,
ne laiffez pas éclater l'intérêt dans vos
obfervations , & moi - même je vous
fçaurai gré des foins que vous auriez
bien voulu prendre pour m'inftruire
ou me détromper , ou me donner lieu
de m'expliquer plus clairement. Le verbe
appefantir ne vous eft pas inconnu
ufez-en , mais tâchez de l'employer plus
heureufement. L'électricité , dites- vous,
entre les mains de M. l'Abbé Nollet, »
» n'a pas un meilleur fort chez M. de
» S. que l'attraction entre les mains de
» Newton.... Il femble qu'on n'a fait
» mention de ces deux Sçavans que
» pour avoir occafion de fubftituer à
❤ leurs raifonnemens , les idées de M,
» de la Perriere. » Ne craignez - vous
pas d'allarmer la modeftie de » M. l'Abbé
Nollet , par cette comparaifon ?
"
L'équité, dites- vous , demandoit que
» l'on fit fuivre les réponfes qui ont
» été faites , " je n'en ai jamais eu de
fatisfaifantes. Voici comme M. l'Abbé
Nollet termine la dernière de fes lettres
en date du 12 Janvier 1758. Je fuis
excédé de cette matière : ( l'Electricité )
je voudrois bien ne point paffer le refte
de ma vie à ces fortes de recherches :
j'en ai d'autres àfaire qui me plairoient
120 MERCURE DE FRANCE .
davantage , ne fût- ce que pour changer.
Je laifferai volontiers à d'autres le foin
de pouffer plus loin les progrès de l'Electricité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
*
L'Anonyme dit , en parlant de moi ,
» cela va affez bien , quand il tranſcrit ,
» mais quand il marche feul ,
alors ,
»
propriétés & qualités font la même
chofe ... Les couleurs & les accens & c.
» n'éxiftent qu'en apparence ... On ne
» doit pas raifonner contre l'expé-
» rience.... Laifferons- nous à nos ar-
» rières-Neveux la commiffion de raiſon-
» ner... Nous ne concluons pas cepen-
» dant que l'étendue foit effentielle au
» corps , &c. La première propofition
eft très-vraie pour quiconque ne fe paie
pas de diftinctions frivoles : je confonds
ces deux termes pour la fignification , &
j'en fuis le maître dès que j'en ai averti .
La feconde eft rendue infidélement. Je
ne dis pas que les couleurs & c. n'éxiftent
qu'en apparence , mais qu'elles font
proprement en nous , &fuppofent feulement
dans les corps des qualités propres
à les exciter en nous . Tome I. p . 23.
Mon Critique veut- il dire qu'on peut
raifonner contre l'expérience ? Répondroit-
il affirmativement à la 4° ? Quant
à la 5° , faudroit-il , pour la rendre
vraie
OCTOBRE. 1763. - 121
vraie & intelligible , qu'elle eût été
tranfcrite mot-à-mot de l'excellente Phyfique
expérimentale de M. l'Abbe Nollet?
" On a penfé jufqu'aujourd'hui , dit
» l'Anonyme , que le feu & la lumière
» étoient très-élaftiques : M. de S. les
» croit très- compreffibles : fans doute
» il a voulu dire très-élaftiques . Je l'invite
encore à lire . Il verra que je mets
en vingt endroits l'électricité & la compreffibilité
au rang des qualités de ces
deux élémens & que jamais je n'ai
pris l'une pour l'autre.
,
» Perfonne aujourd'hui , dit il enco-
» re , ne s'aviferoit de confondre l'iner-
» tie avec la pefanteur. M. de S. nous
» affure que l'inertie eft la même chofe
» que la pefanteur. Eft-ce par des imputations
auffi dénuées de vérité que
Anonyme croit s'attirer la confiance
du Lecteur ? Qu'il ouvre les yeux , il
verra dans mon Traité que l'inertie eft
l'effet néceffaire de la pefanteur, & non
la même chofe que la pefanteur. Ignore-
t- il que la matière eft par fa nature
indifférente pour le mouvement ou le
repos , de même que pour toutes fortes
de directions ? Ceci n'eft point une affaire
d'opinion ; c'eft un principe incontef
II.Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE,
je
table . Si donc un corps a dans l'ordre
actuel une direction vers le centre de la
Terre , s'il oppofe de la réfiftance à ſon
déplacement , s'il montre de l'inertie ,
c'eft-à-dire une direction plutôt qu'une
autre , c'est l'effet d'une caufe étrangère:
je dis que cette caufe eft la pefanteur.
Si mon Critique penfe autrement,
je l'invite à produire fes preuves ,
&
lui promets de fournir les miennes..
L'Anonyme convient que l'attrac
tion n'eft pas la caufe de l'inertie . Mais
fera-t-il avoué par tous les Partifans de
l'attraction ? Il me fait enfuite raifonner
à fa façon , & je ne puis en être
flatté. L'exemple d'une aiguille aimantée
qu'il cite à ce propos , ne fert qu'à
montrer l'envie de couvrir par des allé
gations vagues le foible de la critique ,
car il n'a point de rapport à la queftion."
» Si M. de S. avoit eu moins de répu-
» gnance pour le calcul & les Calcula
» teurs il auroit vû & c . » Non , je ne l'au
rois pas vû , car j'ai lù attentivement
fans voir. Mais qui a dit à l'Anonyme
que j'ai de la répugnance pour le cal
cul & les Calculateurs ? Est- ce pour
mériter de la confiance qu'il me fuppofe
gratis une répugnance fi déraifon
nable ? Je ne blame que la trop fréOCTOBRE
. 1763. 123
quente application du calcul à des
chofes qui à la rigueur n'en font pas
fufceptibles. Et certainement je fuis rempli
d'eftime pour les Calculateurs. Mais
vraisemblablement
l'Anonyme n'eſt
pour rien dans les fentimens que j'ai
pour eux . L'Anonyme répéte ici , » le
prétendu fyftême de M. de la Periere, »
Une fuppofition qu'on fait pour expliquer
les Phénomènes de la Nature , n'eftelle
pas un vrai fyftême ? Pourquoi donc
l'appelle -t-il prétendu ? Quoique j'aie
combattu le fyftême de l'Electricité de
M. l'Abbé Nollet , je ne l'ai pas nommé
un prétendu fyftême.
Selon le clairvoyant Anonyme , je
dis que les élémens de la matière ont
une dureté radicalen & dans un autre
endroit , qu'ils ne font point durs
par leur nature , parce qu'ils font matière.
Il fe félicite , fans doute , de trouver
ici une contradiction : mais elle
n'éxifte que dans fon imagination . Qu'il
tâche d'entendre le fyftême que j'ai expofé
; il fçaura ce que j'entends par
dureté radicale & la différence que je
mets entre les premiers élémens de la
matière & les molécules originaires ou
primordiales qui en font compofées.
Alors en rendant mes expreffions avec
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
と
fidélité , il trouvera 1 ° . que les premiers
élémens ont une dureté abfolue . 2 °. Que
les atômes qui en font compofés , ne
font point durs par leur nature , mais
parce qu'il a plù au Créateur de leur
conferver une dureté que j'appelle radicale
& indeftructible dans l'ordre
phyfique , parce qu'il vouloit rendre
cet ordre invariable : & qu'en conféquence
il n'a mis dans la Nature aucun
agent capable de les décompofer.
Je dis que les portions des mêmes
fluides engagés dans les corps , y font
affoiblis ou moins dégradés ; le fçavant
Anonyme , fans doute excellent
Grammairien , obferve très-judicieufement
, qu'il a pris la liberté de mettre
au féminin les adjectifs , engagés , affoiblis
, dégradés : c'eft une temarque
de grande importance dans la critique
d'un cours de Phyfique ; mais je le prie
de laiffer le premier au mafculin , &
de croire que dans mon manuſcrit les
deux autres font au féminin .
» Combien de fuppofitions,dit- il, dans
» ce paffage ! ( C'eſt celui qui précéde
» immédiatement , par lequel j'expli-
» que la dureté des corps. ) Combien
de difcours pour y répandre de la
» clarté ! » Il fe trompe encore : il ne
OCTOBRE. 1763. 125
faut qu'avoir lû mon Ouvrage avec
un efprit philofophique & fans prévention
; mais il avoue qu'il ne l'entend
pas . Eft-ce ma faute ou la fienne ?
Ce Critique officieux ne comprend
pas que les corps puiffent être preffés
tout à la fois perpendiculairement à
leur furface & dans la direction de leur
centre , furtout après que j'ai attribué
aux parties de la matière une forme nonfphérique.
Où a - t- il vû que je refufe
la forme fphérique aux parties de la'
matière ? Mais quelque figure qu'avent
ces corps plongés dans le fein d'un fluide
immenfe , ces deux preffions font inconteftables
, & je ne pense pas qu'il
prouve le contraire .
» La cauſe de la fléxibilité, de la mol-
» leffe , &c , n'eft pas, dit - il , expliquée
» plus clairement ; je demande à l'Anonyme
ce que fignifie cet &c ? Sans doute
plufieurs autres propriétés qu'il ne
détaille pas , par ménagement pour
moi. Il n'entend pas mon.fyftême, com
ment en entendroit-il l'application ?
*
» L'expofition des loix de l'union de'
» l'âme & du corps , dit l'Anonyme
» ainfi que plufieurs autres queftions de
Métaphyfique , fur lefquelles M. de S.
» s'arrête trop , & qu'il eft dangereux
"
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L
» d'entreprendre après M. de Buffon ,
» n'eft pas dans l'Ouvrage de M. de S..
» un tableau intéreffant pour les Lec-.
» teurs de bon goût , & c. Ces queftions.
peuvent être déplacées dans une Phyfique
fuperficielle & purement expérimen
tale ; mais le font-elles dans un Ouvrage
fait
pour
les
Profeffeurs
&
les
Collé- ges , dans une Phyfique qui eft en même-
temps expérimentale & fyftematique
? Il ne peut jamais être dangereux
d'emprunter les lumières & jufqu'aux
expreffions d'un vrai Sçavant , comme
M. de Buffon ; il n'eft dangereux que
d'aller fur les brifées d'un Ecrivain jaloux
, qui a plus d'un intérêt à ce qu'on
ne traite pas les mêmes matières que lui.
L'Anonyme auroit bien dû nous dire
ce qu'il entend par Lecteurs de bon
goût ; font- ce les perfonnes qui penſent
comme lui ?.
L'Anonyme prétend » qu'il eft fort
» indifférent que l'âme foit dans le
» cerveau ou ailleurs . Il eſt d'un fentiment
peu commun , mais ce fentiment
ne fera pas contagieux. Après avoir
dit que les Lecteurs ne verront pas
» avec plaifir ce que je dis fur le fiége
» de l'âme , il ajoûte plus bas avec beau-
» coup d'abftractions cela eft vrai , &
OCTOBRE. 1763. 127
fe démontre d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de S.
» mais eu égard à tout , il n'en eft pas
» ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Ce Morceau fçavant méritoit
un Commentaire de la façon de
fon Auteur ; car il ne paroît rien moins
que clair. Quant à la manière plus courte
dont il affure qu'on peut démontrer
cette propofition , l'a-t-il effayée ? Auroit-
il compofé quelque Traité de Phyfique
qui lui auroit donné de la prévention
contre le mien ?
» Les odeurs & les faveurs , dit l'A-
» nonyme , ont encore donné lieu à
» M. de S. de joindre à fa differtation
» un difcours contre la cuifine moder-
» ne que bien des gens n'approuveront
pas. Que veut-il dire par là ? Défapprouve-
t- il ce difcours ? Qui font ceux
qui ne l'approuveront pas ? Sans doute
les cuifiniers & les voluptueux . J'ai entendu
quantité de perfonnes , qui fe
croyoient obligées à fuivre l'ufage général
, convenir du danger de la cuifine
moderne.
Je dis que la viteffe du fon dépend
» de la viteffe des parties fon nantes ,
» cela femble , dit mon judicieux Cri-
» tique , fuppofer un déplacement fen-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
•
» fible dans les parties fonnantes. A qui
» cela femble-t-il ainfi , puifque partout
j'enfeigne le contraire ?
y
» Une pendule de trois pieds huit li-
» gnes & demie &c. Mon fçavant Critique
me reléve ici & m'affure que dans
le cas préfent on ne dit pas une pendule,
mais un pendule . Qu'il life les pages 25,
40 , 41 du Tome II. il trouvera le
pendule mafculin au moins 40 fois , &
pas une feule au féminin où a-t-il trouvé
l'exemple qu'il cite ? Pourquoi me
le reproche-t- il plutôt qu'à mon Imprimeur
? Un Anonyme qui a autant de
prudence ou de bonne-foi , eft bien propre
à infpirer la confiance à fon Lecteur.
Peut-on dans une critique férieufe
relever de pareilles frivolités ?
» Chacun d'eux feroit la dixiéme par-
» tie d'une heure. On voit bien , dit l'Anonyme
, que M. de S. a voulu dire la
dixième partie d'une tierce ; fa remarque
eft donc d'autant plus déplacée ,
qu'elle eft peu intéreffante , & que la
faute n'eft pas dans mon Manufcrit . Il
fçait fûrement que mon Ouvrage a été
imprimé pendant mon abſence : qu'il
fçache encore que l'Imprimeur m'a fupplié
de borner aux fautes qui intéreſfoient
le fens , l'Errata que j'ai voulu
qu'il joignît à ma Phyfique , & que par
OCTOBRE. 1763. 129,
ménagement pour lui , j'y ai confenti .
» M. de S. entreprend , dit l'Anony-
» me , d'affigner la caufe de la pefan-
» teur ; il regarde d'abord avec les Auteurs
qu'il tranfcrit , cette force comme
» appliquée à chacune des parties de la
» matière ; mais comme cette manière
» de confidérer la pefanteur , ne cadre"
pas directement avec le fyftême qu'il
» a embraffé , quelques pages après
» M. de S. ne la regarde que comme
» appliquée à certaines parties : on fent
» à quelles conféquences cette marche
» conduit , fans compter l'inconfé-
» quence à laquelle M. de S. fe laiffe
» aller. J'aimerois beaucoup mieux me
laiffer aller à des inconféquences qu'à
des infidélités auffi fréquentes & auffi
marquées. La manière d'expliquer la
pefanteur dont il s'agit cadre très-exactement
avec le fyftême que j'ai embraffé
; elle y eft liée on ne peut pas
plus complettement . Je déclare que jamais
je n'ai regardé la force dont il eft
queftion , comme appliquée feulement
à quelques parties.
" Terminons , dit l'Anonyme , par
» une remarque qui nous difpenfe évimment
d'aller plus loin , & difons
» que M. de S. confond à chaque inf
ود
T
F v
130 MERCURE
DE FRANCE
.
>> tant le finus d'un angle avec l'angle
» même. Je fuis fùr qu'il croit terminer
par un coup de foudre . Je lui dirai bien
qu'à vue de pays , je connois autant
que lui la différence d'un angle à fon
finus , & qu'il a le talent de voir ce
qu'il cherche : mais me diroit - il bien
de quelle Logique il fait ufage dans ce
raifonnement ? M. de S. a écrit un Traité
de Phyfique en fix volumes , que
j'ai très-grande envie de critiquer & de
décrier , pour des raifons qui me font
connues ; je n'ai lû qu'un volume &
demi au plus , & très -fuperficiellement
:
en bonne régle , il faudroit avoir tout
lû , & avoir bien entendu le fyftême
qui fait la bâfe de fon Ouvrage ; mais
il confond le finus de l'angle avec l'angle
même: donc je fuis évidemment difpenfe
d'aller plus loin.
" Je ne puis croire , dit l'Anonyme,
» que M. de S. qui a profeffé long-
» tems à ce qu'il dit , la Philofophie ,
» ait fait avec réfléxion les fautes que
» fes expreffions mettent en droit de lui
» repréſenter ; & je defire qu'on penfe
» avec moi , que fes inadvertances
, fon
vien-
" peu de méthode & de clarté
» nent du peu de loifir qu'il a eu , &
des affaires étrangères à la Phyfique
2
OCTOBRE. 1763. 131
» dont il eft occupé mais il n'en eft
» pas moins vrai que fon livre a be-
» boin de beaucoup de corrections ,
» avant que d'être applicable à l'ufage
>> auquel il le deftine. Mon critique ne
s'expofe-t-il pas a faire foupçonner qu'il
a fait imprimer lui -même ; que le débit
de fon Ouvrage lui tient au coeur ;
& qu'il entre de la jaloufie de métier
dans fa conduite envers moi ? S'il eft
Auteur défintéreffé , comme moi , il
doit louer mes efforts : s'il eft Auteur
mercenaire , nous ne fommes pas faits
pour concourir. Je pourrois faire ici des
obfervations embarraffantes dont l'application
ne feroit pas difficile ; mais
je m'arrête en faveur de la bonté d'âme
avec laquelle l'Anonyme defire qu'on
penſe avec lui , que mes inadvertances
viennent du peu de loifir que j'ai eu & c.
Comme je me fuis toujours piqué
de reconnoiffance , je lui dédie les
obfervations fuivantes , qu'on devroit
toujours avoir devant les yeux , quand
on veut s'ériger en redreffeur des torts ,
& cenfurer les Quvrages qui paroiffent.
1°.L'équité & la prudence veulent qu'on
connoiffe l'ouvrage dont on veut faire
la critique. Sans cela , à combien de
bévues ne s'expofe -t-on pas ?
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
2 °. Il faut s'attacher fcrupuleufement
à citer jufte , & rendre les expreffions
littéralement. Un petit tour de main
fuffit pour défigurer une penfée , &
l'Auteur attaqué a droit de s'inscrire en
faux.
3°. Il faut exercer fa cenfure fur les
matières importantes , & ne pas s'appefantir
fur des minuties . Sans cela on
n'évite pas le foupçon d'aigreur & de
partialité.
4°. Il eft de toute honnêteté , quand
on veut cenfurer un Ouvrage , de lui
rendre juftice fur ce qu'il peut avoir
de bon & de fauver des torts à l'Auteur
, plutôt que lui en fuppofer. J'ai
quelquefois qualifié d'excellens , des
ouvrages qui auroient pû mériter ma
critique un Auteur défintéreſſé eſt
toujours louable , au moins pour fon
intention ; & ne rien trouver de bon
dans un grand Ouvrage , c'eft afficher
qu'on veut y trouver tout mauvais.
5 ° . Il faut éviter foigneufement de
fe faire foupçonner d'intérêt perfonnel
. Rien n'eft n'eft plus propre à dégrader
& avilir un homme de Lettres
Quelle obligation le Public auroit à un
Phyficien qui fe feroit payer chérement
fes fervices , & qui pour conferver fon
OCTOBRE . 1763. 133
bénéfice , s'éléveroit contre ceux qui
voudroient fervir le Public gratuitement?
6º. Il ne convient point à un honnête
homme d'attaquer fous le mafque :
fi on n'a que des vues louables. Si on
attaque avec politeffe & fans aigreur
pourquoi , fe cacher ? Eft-il honorable
de chercher à mordre au talon ? Mon
Anonyme par fa manière de m'attaquer ,
m'avoit mis en droit de mépriſer fa critique
: ne peut-il pas , à la faveur de
l'incognito , fe permettre toutes fortes
d'infidélités ? Je lui devois peut - être
beaucoup moins de ménagement. Mais
j'en aurois eu d'avantage pour lui , quel
qu'il foit , s'il s'étoit nommé.
*
7°. Un Critique doit y regarder à
deux fois quand il fe fent la deman
geaifon d'attaquer un Ouvrage dont tous
les Auteurs périodiques ont parlé avec
éloge. L'Anonyme devoit penfer , s'il a
un peu de modeftie , que le Public
feroit beaucoup moins de cas de fes
obfervations , que du jugement qui a
été porté fur ma Phyfique par vous ,
Monfieur , dans votre Mercure , ainfi
que par les Auteurs de l'Année Littéraire
, de l'Avantcoureur & du Journal
Encyclopédique.
J'attends de votre équité , Monfieur,
134 MERCURE DE FRANCE .
que vous inférerez cette réponſe dans
votre Mercure prochain . Une maladie
férieufe dont je fuis à peine débaraffé
ne m'a pas permis de vous la faire
paffer plutôt. Quand on me propofera
dans les régles convenables de bonnes
difficultés , je tâcherai d'y répondre. Si
on me prouve que je me fuis trompé ,
j'abandonnerai mes idées avec d'autant
plus de facilité & de reconnoiffance
même , que mon intention eft de ne
rien préfenter à la jeuneffe qui puiffe
l'induire en erreur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SAINTIGNON , Proc. Gen, des Chan . Reg.
de la Cong. de N. S.
dans le Mercure de France contre
la Phyfique de M. de SAINTIGNON.
UNN écrit anonyme , Monfieur , de
l'eſpèce de celui que vous avez inſéré
dans votre Mercure du mois de Juin ,
devroit être abandonné au fort qu'il
mérite , & par lui - même & en fa qualité
d'Anonyme. Mais comme il n'eſt pas
difficile de deviner la fource d'où il
part , je ne crois pas devoir le laiffer
fans réponſe.
L'Auteur de cette Piéce a eu de
bonnes raifons pour n'y pas mettre fon
nom mais s'il vouloit garder l'incognito
, il devoit s'y prendre plus habilement.
Il devoit montrer plus de modeftie
, dérober aux yeux du Lecteurs
les traits de jaloufie & furtout d'intérêt
, qui le caractérisent depuis longtemps
, & foupçonner qu'on le reconnoîtroit
à fon début , à fon ftyle ,
à fon inexactitude & à plufieurs expreffions
qui lui font familières . Il eft
OCTOBRE. 1763. 113 .
aifé de voir que cet Anonyme n'a
qu'une connoiffance très- fuperficielle de
mon Ouvrage. Il avoue lui- même qu'il
n'entend point le fyftême général dont
j'ai fait ufage ; & je l'en crois fur fa
parole : il ne peut donc l'attaquer qu'en
aveugle & s'il a réuffi à quelque
chofe , c'eſt à montrer un grand defir de
trouver matière à fa critique.
Rien n'eft plus aifé qu'une déclamation
vague , dans laquelle on fe permet
de cenfurer des propofitions fan's
dire pourquoi , furtout quand on ne
cite pas les endroits qu'on attaque , &
quand on ne s'attache pas fcrupuleufement
à conferver les expreffions.
Une réfutation en régle de tout ce
que l'Anonyme avance dans fa lettre ,
formeroit , Monfieur , un volume trop
confidérable pour votre Mercure , &
m'emporteroit un temps que je deftine
à des chofes plus utiles . Je me bornerai
donc à parcourir cet écrit peu mefuré
, & à faire quelques remarques
fur les endroits qui me frapperont davantage
, en laiffant au Lecteur le plaifir
d'admirer le tour de fes phraſes &
fouvent d'en deviner le fens.
L'Anonyme oferoit- il dire pourquoi
il fe donne la liberté de changer le titre
114 MERCURE DE FRANCE.
de mon Ouvrage , en écrivant , » Traité
de Phyfique & c. à l'ufage des Ecoliers
? Il répéte fouvent cette expreffion
en lettres italiques : cette affec
tation annonce -t - elle la bonne foi & la
modération ? Il fouhaite cependant
» que le Lecteur n'héfite point à lui ac-
» corder fa confiance ; a - t-il cru que
pour la mériter il ne devoit point fe
nommer ? •
Il reléve l'aveu que j'ai fait de ne me
point donner pour Auteur. N'auroit-il
pas pu faire le même aveu avec plus de
raifon ? Selon lui » je n'avois rien de
» nouveau à donner , & cependant j'ai
» hazardé de mon chef beaucoup de
chofes queje n'ai trouvées nulle-part.
Il faudroit avoir fon efprit pour concilier
ces deux propofitions.
Mon Critique reléve encore avec
complaifance l'endroit de ma Préface
où je parle des fecours que j'ai tirés de
l'excellent Traité de Phyfique Expérimentale
de M. l'Abbé Nollet : y prendroit-
il quelque intérêt ? » Il applau
» diroit , dit- il , à mon choix , fi j'avois
» obfervé partout la même marche en
» m'en tenant aux expreffions de l'Au
» teur cité. Mais n'eft-ce pas alors qu'il
OCTOBRE 1763 . IIS
auroit pû faire valoir fon privilége contre
mon Imprimeur ?
L'Anonyme s'étonne que je me fois
permis de faire en quelques endroits
des changemens aux expreffions & aux
idées de l'Auteur : qu'à fes idées fi claires
, fi exactes , fur la folidiré , j'ofe
fubftituer les idées fuivantes : H paroît
qu'on peut confondre la folidité de la
matière avec la matière même... La Solidité
eft une fuite de l'étendue folide :
je l'étonnerai donc encore en lui difant
que je regarde ces propofitions comme
inconteftables.
Je conviens avec l'Anonyme que les
planches néceffaires n'augmentent que
très- médiocrement le prix d'un Ouvia
ge de Phyfique. J'ajoute qu'aucune raifon
ne doit engager à les retrancher ;
mais je ne conviens pas avec lui que je
fois dans le cas du reproche . L'ufage
m'a fait voir que ma Phyfique comme
elle eft paroît utile & intelligible à ceux
qui ne font pas intéreffés à la trouver autrement.
J'en ai retranché autant de
planches que j'ai pû pour la commodité
des perfonnes peu aifées , & je n'ai
livré gratis mon Manufcrit à l'Imprimeur
que fous la condition expreffè de
vendre ma Phyfique à 40 f. le volume.
116 MERCURE DE FRANCE.
Il qualifieroit , dit- il , volontiers mon
Ouvrage d'hiftoire abrégée de la Phyfique
Expérimentale : un Juge plus éclairé
que lui & plus équitable * , trouve
qu'on ne doit point annoncer comme
un Abrégé un Ouvrage en fix volumes .
Mon Critique avoue qu'il , ne connoiffoit
pas le fyftême de M. de la Per
riere , & qu'il n'eft pas en état, de ju
ger fi ce dernier a lieu d'être content
de la manière dont j'ai rendu fes idées :
il avoue donc par là qu'il eft juge incompétent
fur ces matières : il s'expofe
donc à fe faire des monftres pour les
combattre ; & céla lui arrive fouvent.
Au refte je ne ferai point défavoué par
l'Auteur , il peut fe tranquillifer à cet
égard.
Selon lui , je confonds le fyftême
» de Newton avec les inepties de quel-
" ques Secateurs de ce grand homme.
Vraiſemblablement j'ai plus étudié ce
fyftême que lui , & il ne le connoît pas
mieux que moi mais ce qui eft für ,
c'eft que je n'impute rien à ce grand
homme , & ce que j'attribue à fon
fyftême , vient de lui ou de fes plus zélés
défenfeurs .
:
Je dis que , " Quand même lefyfte
* Le Journal Encyclopédique de Mars 1763.
OCTOBRE. 1763. 117
me Newtonien s'appliqueroit heureu-
»fement à tout , il pourroit n'être pas
» la vraie clef du méchanifme du mon
» de , » mon Critique en conclut fça-
» vamment que ce raifonnement fait in-
» différemment contre tous les fyftêmes.
Et cependant ,dit-il, M. de S. n'a
» pas eu intention , je penfe , d'y com-
» prendre celui qu'il adopte ; il penfe
mal. Qu'il life ma Préface & ma dif-
» fertation fur les fyftèmes : il verra
que je ne me fuis pas diffimulé les difficultés
de celui de M. de la Perriere...
» queje ne le préfenteque comme unfyftê-
» me à approfondir... que je ne l'adopte
» que provifoirement... & que je n'en
» épouferai aucun, que quand j'y ferai
" déterminé par des raifons incontefta-
» bles. Qu'il prenne la peine de lire les
pages 71 & 72 du premier volume , il
trouvera plufieurs autres réfléxions fur
le même objet. " Il ne faudroit pas ,
» dit mon obligeant Cenfeur , fe per-
» mettre d'avancer que la matière peut
» être réfléchie par le néant : mais ai-je
jamais rien dit ou imaginé de femblable
? J'enfeigne formellement le contraire
, & cette propofition n'eft précifément
qu'une objection formée contre
le fyftême Newtonien ; eft- il par
"
118 MERCURE DE FRANCE.
donnable à un Critique de prendre une
objection pour une affertion ? Qu'il ne
fe permette donc plus » d'avancer que
» c'eft la manière dont je fçai me tirer
» de quelques difficultés embarraffantes,
eft- ce par ces traits de bonne - foi
» qu'il prétend mériter la confiance de
fon Lecteur ?
M. de Saintignon nous affure , dit-
" il, qu'on va donner les derniers coups
» au fyftême Newtonien , en démon-
» trant que les révolutions célestes ne
» font pas des ellipfes. Je fuis encore
obligé de dire que je n'ai aſſuré cela
nulle-part : je n'ai jamais dit qu'on alfoit
porter les derniers coups au fyftême
Newtonien. J'ai dit qu'on fe propofe de
démontrer que les révolutions célestes
ne font pas des ellipfes , & cela est vrai,
Je ne nomme par l'Auteur , c'eſt à lui
à fe nommer, && jjee ppeennfſee qu'il ne tardera
pas.
Sans doute , dit l'Anonyme , le Lecteur
ne nous fçauroit pas gré de » nous
appefantir fur toutes les inadvertan-
» ces qui échappent à M. de Sainti-
» gron dans cette prétendue réfutation »
cela peut être fort indifférent au Lecteur
: mais ne vous appefantiflez pas fur
des minuties , lifez avant de cenfurer ;
OCTOBRE. 1763 . 119
citez jufte: n'altérez pas mes expreffions,
ne laiffez pas éclater l'intérêt dans vos
obfervations , & moi - même je vous
fçaurai gré des foins que vous auriez
bien voulu prendre pour m'inftruire
ou me détromper , ou me donner lieu
de m'expliquer plus clairement. Le verbe
appefantir ne vous eft pas inconnu
ufez-en , mais tâchez de l'employer plus
heureufement. L'électricité , dites- vous,
entre les mains de M. l'Abbé Nollet, »
» n'a pas un meilleur fort chez M. de
» S. que l'attraction entre les mains de
» Newton.... Il femble qu'on n'a fait
» mention de ces deux Sçavans que
» pour avoir occafion de fubftituer à
❤ leurs raifonnemens , les idées de M,
» de la Perriere. » Ne craignez - vous
pas d'allarmer la modeftie de » M. l'Abbé
Nollet , par cette comparaifon ?
"
L'équité, dites- vous , demandoit que
» l'on fit fuivre les réponfes qui ont
» été faites , " je n'en ai jamais eu de
fatisfaifantes. Voici comme M. l'Abbé
Nollet termine la dernière de fes lettres
en date du 12 Janvier 1758. Je fuis
excédé de cette matière : ( l'Electricité )
je voudrois bien ne point paffer le refte
de ma vie à ces fortes de recherches :
j'en ai d'autres àfaire qui me plairoient
120 MERCURE DE FRANCE .
davantage , ne fût- ce que pour changer.
Je laifferai volontiers à d'autres le foin
de pouffer plus loin les progrès de l'Electricité.
J'ai l'honneur d'être , &c.
*
L'Anonyme dit , en parlant de moi ,
» cela va affez bien , quand il tranſcrit ,
» mais quand il marche feul ,
alors ,
»
propriétés & qualités font la même
chofe ... Les couleurs & les accens & c.
» n'éxiftent qu'en apparence ... On ne
» doit pas raifonner contre l'expé-
» rience.... Laifferons- nous à nos ar-
» rières-Neveux la commiffion de raiſon-
» ner... Nous ne concluons pas cepen-
» dant que l'étendue foit effentielle au
» corps , &c. La première propofition
eft très-vraie pour quiconque ne fe paie
pas de diftinctions frivoles : je confonds
ces deux termes pour la fignification , &
j'en fuis le maître dès que j'en ai averti .
La feconde eft rendue infidélement. Je
ne dis pas que les couleurs & c. n'éxiftent
qu'en apparence , mais qu'elles font
proprement en nous , &fuppofent feulement
dans les corps des qualités propres
à les exciter en nous . Tome I. p . 23.
Mon Critique veut- il dire qu'on peut
raifonner contre l'expérience ? Répondroit-
il affirmativement à la 4° ? Quant
à la 5° , faudroit-il , pour la rendre
vraie
OCTOBRE. 1763. - 121
vraie & intelligible , qu'elle eût été
tranfcrite mot-à-mot de l'excellente Phyfique
expérimentale de M. l'Abbe Nollet?
" On a penfé jufqu'aujourd'hui , dit
» l'Anonyme , que le feu & la lumière
» étoient très-élaftiques : M. de S. les
» croit très- compreffibles : fans doute
» il a voulu dire très-élaftiques . Je l'invite
encore à lire . Il verra que je mets
en vingt endroits l'électricité & la compreffibilité
au rang des qualités de ces
deux élémens & que jamais je n'ai
pris l'une pour l'autre.
,
» Perfonne aujourd'hui , dit il enco-
» re , ne s'aviferoit de confondre l'iner-
» tie avec la pefanteur. M. de S. nous
» affure que l'inertie eft la même chofe
» que la pefanteur. Eft-ce par des imputations
auffi dénuées de vérité que
Anonyme croit s'attirer la confiance
du Lecteur ? Qu'il ouvre les yeux , il
verra dans mon Traité que l'inertie eft
l'effet néceffaire de la pefanteur, & non
la même chofe que la pefanteur. Ignore-
t- il que la matière eft par fa nature
indifférente pour le mouvement ou le
repos , de même que pour toutes fortes
de directions ? Ceci n'eft point une affaire
d'opinion ; c'eft un principe incontef
II.Vol. F
122 MERCURE DE FRANCE,
je
table . Si donc un corps a dans l'ordre
actuel une direction vers le centre de la
Terre , s'il oppofe de la réfiftance à ſon
déplacement , s'il montre de l'inertie ,
c'eft-à-dire une direction plutôt qu'une
autre , c'est l'effet d'une caufe étrangère:
je dis que cette caufe eft la pefanteur.
Si mon Critique penfe autrement,
je l'invite à produire fes preuves ,
&
lui promets de fournir les miennes..
L'Anonyme convient que l'attrac
tion n'eft pas la caufe de l'inertie . Mais
fera-t-il avoué par tous les Partifans de
l'attraction ? Il me fait enfuite raifonner
à fa façon , & je ne puis en être
flatté. L'exemple d'une aiguille aimantée
qu'il cite à ce propos , ne fert qu'à
montrer l'envie de couvrir par des allé
gations vagues le foible de la critique ,
car il n'a point de rapport à la queftion."
» Si M. de S. avoit eu moins de répu-
» gnance pour le calcul & les Calcula
» teurs il auroit vû & c . » Non , je ne l'au
rois pas vû , car j'ai lù attentivement
fans voir. Mais qui a dit à l'Anonyme
que j'ai de la répugnance pour le cal
cul & les Calculateurs ? Est- ce pour
mériter de la confiance qu'il me fuppofe
gratis une répugnance fi déraifon
nable ? Je ne blame que la trop fréOCTOBRE
. 1763. 123
quente application du calcul à des
chofes qui à la rigueur n'en font pas
fufceptibles. Et certainement je fuis rempli
d'eftime pour les Calculateurs. Mais
vraisemblablement
l'Anonyme n'eſt
pour rien dans les fentimens que j'ai
pour eux . L'Anonyme répéte ici , » le
prétendu fyftême de M. de la Periere, »
Une fuppofition qu'on fait pour expliquer
les Phénomènes de la Nature , n'eftelle
pas un vrai fyftême ? Pourquoi donc
l'appelle -t-il prétendu ? Quoique j'aie
combattu le fyftême de l'Electricité de
M. l'Abbé Nollet , je ne l'ai pas nommé
un prétendu fyftême.
Selon le clairvoyant Anonyme , je
dis que les élémens de la matière ont
une dureté radicalen & dans un autre
endroit , qu'ils ne font point durs
par leur nature , parce qu'ils font matière.
Il fe félicite , fans doute , de trouver
ici une contradiction : mais elle
n'éxifte que dans fon imagination . Qu'il
tâche d'entendre le fyftême que j'ai expofé
; il fçaura ce que j'entends par
dureté radicale & la différence que je
mets entre les premiers élémens de la
matière & les molécules originaires ou
primordiales qui en font compofées.
Alors en rendant mes expreffions avec
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
と
fidélité , il trouvera 1 ° . que les premiers
élémens ont une dureté abfolue . 2 °. Que
les atômes qui en font compofés , ne
font point durs par leur nature , mais
parce qu'il a plù au Créateur de leur
conferver une dureté que j'appelle radicale
& indeftructible dans l'ordre
phyfique , parce qu'il vouloit rendre
cet ordre invariable : & qu'en conféquence
il n'a mis dans la Nature aucun
agent capable de les décompofer.
Je dis que les portions des mêmes
fluides engagés dans les corps , y font
affoiblis ou moins dégradés ; le fçavant
Anonyme , fans doute excellent
Grammairien , obferve très-judicieufement
, qu'il a pris la liberté de mettre
au féminin les adjectifs , engagés , affoiblis
, dégradés : c'eft une temarque
de grande importance dans la critique
d'un cours de Phyfique ; mais je le prie
de laiffer le premier au mafculin , &
de croire que dans mon manuſcrit les
deux autres font au féminin .
» Combien de fuppofitions,dit- il, dans
» ce paffage ! ( C'eſt celui qui précéde
» immédiatement , par lequel j'expli-
» que la dureté des corps. ) Combien
de difcours pour y répandre de la
» clarté ! » Il fe trompe encore : il ne
OCTOBRE. 1763. 125
faut qu'avoir lû mon Ouvrage avec
un efprit philofophique & fans prévention
; mais il avoue qu'il ne l'entend
pas . Eft-ce ma faute ou la fienne ?
Ce Critique officieux ne comprend
pas que les corps puiffent être preffés
tout à la fois perpendiculairement à
leur furface & dans la direction de leur
centre , furtout après que j'ai attribué
aux parties de la matière une forme nonfphérique.
Où a - t- il vû que je refufe
la forme fphérique aux parties de la'
matière ? Mais quelque figure qu'avent
ces corps plongés dans le fein d'un fluide
immenfe , ces deux preffions font inconteftables
, & je ne pense pas qu'il
prouve le contraire .
» La cauſe de la fléxibilité, de la mol-
» leffe , &c , n'eft pas, dit - il , expliquée
» plus clairement ; je demande à l'Anonyme
ce que fignifie cet &c ? Sans doute
plufieurs autres propriétés qu'il ne
détaille pas , par ménagement pour
moi. Il n'entend pas mon.fyftême, com
ment en entendroit-il l'application ?
*
» L'expofition des loix de l'union de'
» l'âme & du corps , dit l'Anonyme
» ainfi que plufieurs autres queftions de
Métaphyfique , fur lefquelles M. de S.
» s'arrête trop , & qu'il eft dangereux
"
"
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
L
» d'entreprendre après M. de Buffon ,
» n'eft pas dans l'Ouvrage de M. de S..
» un tableau intéreffant pour les Lec-.
» teurs de bon goût , & c. Ces queftions.
peuvent être déplacées dans une Phyfique
fuperficielle & purement expérimen
tale ; mais le font-elles dans un Ouvrage
fait
pour
les
Profeffeurs
&
les
Collé- ges , dans une Phyfique qui eft en même-
temps expérimentale & fyftematique
? Il ne peut jamais être dangereux
d'emprunter les lumières & jufqu'aux
expreffions d'un vrai Sçavant , comme
M. de Buffon ; il n'eft dangereux que
d'aller fur les brifées d'un Ecrivain jaloux
, qui a plus d'un intérêt à ce qu'on
ne traite pas les mêmes matières que lui.
L'Anonyme auroit bien dû nous dire
ce qu'il entend par Lecteurs de bon
goût ; font- ce les perfonnes qui penſent
comme lui ?.
L'Anonyme prétend » qu'il eft fort
» indifférent que l'âme foit dans le
» cerveau ou ailleurs . Il eſt d'un fentiment
peu commun , mais ce fentiment
ne fera pas contagieux. Après avoir
dit que les Lecteurs ne verront pas
» avec plaifir ce que je dis fur le fiége
» de l'âme , il ajoûte plus bas avec beau-
» coup d'abftractions cela eft vrai , &
OCTOBRE. 1763. 127
fe démontre d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de S.
» mais eu égard à tout , il n'en eft pas
» ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Ce Morceau fçavant méritoit
un Commentaire de la façon de
fon Auteur ; car il ne paroît rien moins
que clair. Quant à la manière plus courte
dont il affure qu'on peut démontrer
cette propofition , l'a-t-il effayée ? Auroit-
il compofé quelque Traité de Phyfique
qui lui auroit donné de la prévention
contre le mien ?
» Les odeurs & les faveurs , dit l'A-
» nonyme , ont encore donné lieu à
» M. de S. de joindre à fa differtation
» un difcours contre la cuifine moder-
» ne que bien des gens n'approuveront
pas. Que veut-il dire par là ? Défapprouve-
t- il ce difcours ? Qui font ceux
qui ne l'approuveront pas ? Sans doute
les cuifiniers & les voluptueux . J'ai entendu
quantité de perfonnes , qui fe
croyoient obligées à fuivre l'ufage général
, convenir du danger de la cuifine
moderne.
Je dis que la viteffe du fon dépend
» de la viteffe des parties fon nantes ,
» cela femble , dit mon judicieux Cri-
» tique , fuppofer un déplacement fen-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
•
» fible dans les parties fonnantes. A qui
» cela femble-t-il ainfi , puifque partout
j'enfeigne le contraire ?
y
» Une pendule de trois pieds huit li-
» gnes & demie &c. Mon fçavant Critique
me reléve ici & m'affure que dans
le cas préfent on ne dit pas une pendule,
mais un pendule . Qu'il life les pages 25,
40 , 41 du Tome II. il trouvera le
pendule mafculin au moins 40 fois , &
pas une feule au féminin où a-t-il trouvé
l'exemple qu'il cite ? Pourquoi me
le reproche-t- il plutôt qu'à mon Imprimeur
? Un Anonyme qui a autant de
prudence ou de bonne-foi , eft bien propre
à infpirer la confiance à fon Lecteur.
Peut-on dans une critique férieufe
relever de pareilles frivolités ?
» Chacun d'eux feroit la dixiéme par-
» tie d'une heure. On voit bien , dit l'Anonyme
, que M. de S. a voulu dire la
dixième partie d'une tierce ; fa remarque
eft donc d'autant plus déplacée ,
qu'elle eft peu intéreffante , & que la
faute n'eft pas dans mon Manufcrit . Il
fçait fûrement que mon Ouvrage a été
imprimé pendant mon abſence : qu'il
fçache encore que l'Imprimeur m'a fupplié
de borner aux fautes qui intéreſfoient
le fens , l'Errata que j'ai voulu
qu'il joignît à ma Phyfique , & que par
OCTOBRE. 1763. 129,
ménagement pour lui , j'y ai confenti .
» M. de S. entreprend , dit l'Anony-
» me , d'affigner la caufe de la pefan-
» teur ; il regarde d'abord avec les Auteurs
qu'il tranfcrit , cette force comme
» appliquée à chacune des parties de la
» matière ; mais comme cette manière
» de confidérer la pefanteur , ne cadre"
pas directement avec le fyftême qu'il
» a embraffé , quelques pages après
» M. de S. ne la regarde que comme
» appliquée à certaines parties : on fent
» à quelles conféquences cette marche
» conduit , fans compter l'inconfé-
» quence à laquelle M. de S. fe laiffe
» aller. J'aimerois beaucoup mieux me
laiffer aller à des inconféquences qu'à
des infidélités auffi fréquentes & auffi
marquées. La manière d'expliquer la
pefanteur dont il s'agit cadre très-exactement
avec le fyftême que j'ai embraffé
; elle y eft liée on ne peut pas
plus complettement . Je déclare que jamais
je n'ai regardé la force dont il eft
queftion , comme appliquée feulement
à quelques parties.
" Terminons , dit l'Anonyme , par
» une remarque qui nous difpenfe évimment
d'aller plus loin , & difons
» que M. de S. confond à chaque inf
ود
T
F v
130 MERCURE
DE FRANCE
.
>> tant le finus d'un angle avec l'angle
» même. Je fuis fùr qu'il croit terminer
par un coup de foudre . Je lui dirai bien
qu'à vue de pays , je connois autant
que lui la différence d'un angle à fon
finus , & qu'il a le talent de voir ce
qu'il cherche : mais me diroit - il bien
de quelle Logique il fait ufage dans ce
raifonnement ? M. de S. a écrit un Traité
de Phyfique en fix volumes , que
j'ai très-grande envie de critiquer & de
décrier , pour des raifons qui me font
connues ; je n'ai lû qu'un volume &
demi au plus , & très -fuperficiellement
:
en bonne régle , il faudroit avoir tout
lû , & avoir bien entendu le fyftême
qui fait la bâfe de fon Ouvrage ; mais
il confond le finus de l'angle avec l'angle
même: donc je fuis évidemment difpenfe
d'aller plus loin.
" Je ne puis croire , dit l'Anonyme,
» que M. de S. qui a profeffé long-
» tems à ce qu'il dit , la Philofophie ,
» ait fait avec réfléxion les fautes que
» fes expreffions mettent en droit de lui
» repréſenter ; & je defire qu'on penfe
» avec moi , que fes inadvertances
, fon
vien-
" peu de méthode & de clarté
» nent du peu de loifir qu'il a eu , &
des affaires étrangères à la Phyfique
2
OCTOBRE. 1763. 131
» dont il eft occupé mais il n'en eft
» pas moins vrai que fon livre a be-
» boin de beaucoup de corrections ,
» avant que d'être applicable à l'ufage
>> auquel il le deftine. Mon critique ne
s'expofe-t-il pas a faire foupçonner qu'il
a fait imprimer lui -même ; que le débit
de fon Ouvrage lui tient au coeur ;
& qu'il entre de la jaloufie de métier
dans fa conduite envers moi ? S'il eft
Auteur défintéreffé , comme moi , il
doit louer mes efforts : s'il eft Auteur
mercenaire , nous ne fommes pas faits
pour concourir. Je pourrois faire ici des
obfervations embarraffantes dont l'application
ne feroit pas difficile ; mais
je m'arrête en faveur de la bonté d'âme
avec laquelle l'Anonyme defire qu'on
penſe avec lui , que mes inadvertances
viennent du peu de loifir que j'ai eu & c.
Comme je me fuis toujours piqué
de reconnoiffance , je lui dédie les
obfervations fuivantes , qu'on devroit
toujours avoir devant les yeux , quand
on veut s'ériger en redreffeur des torts ,
& cenfurer les Quvrages qui paroiffent.
1°.L'équité & la prudence veulent qu'on
connoiffe l'ouvrage dont on veut faire
la critique. Sans cela , à combien de
bévues ne s'expofe -t-on pas ?
F vj
1
132 MERCURE DE FRANCE.
2 °. Il faut s'attacher fcrupuleufement
à citer jufte , & rendre les expreffions
littéralement. Un petit tour de main
fuffit pour défigurer une penfée , &
l'Auteur attaqué a droit de s'inscrire en
faux.
3°. Il faut exercer fa cenfure fur les
matières importantes , & ne pas s'appefantir
fur des minuties . Sans cela on
n'évite pas le foupçon d'aigreur & de
partialité.
4°. Il eft de toute honnêteté , quand
on veut cenfurer un Ouvrage , de lui
rendre juftice fur ce qu'il peut avoir
de bon & de fauver des torts à l'Auteur
, plutôt que lui en fuppofer. J'ai
quelquefois qualifié d'excellens , des
ouvrages qui auroient pû mériter ma
critique un Auteur défintéreſſé eſt
toujours louable , au moins pour fon
intention ; & ne rien trouver de bon
dans un grand Ouvrage , c'eft afficher
qu'on veut y trouver tout mauvais.
5 ° . Il faut éviter foigneufement de
fe faire foupçonner d'intérêt perfonnel
. Rien n'eft n'eft plus propre à dégrader
& avilir un homme de Lettres
Quelle obligation le Public auroit à un
Phyficien qui fe feroit payer chérement
fes fervices , & qui pour conferver fon
OCTOBRE . 1763. 133
bénéfice , s'éléveroit contre ceux qui
voudroient fervir le Public gratuitement?
6º. Il ne convient point à un honnête
homme d'attaquer fous le mafque :
fi on n'a que des vues louables. Si on
attaque avec politeffe & fans aigreur
pourquoi , fe cacher ? Eft-il honorable
de chercher à mordre au talon ? Mon
Anonyme par fa manière de m'attaquer ,
m'avoit mis en droit de mépriſer fa critique
: ne peut-il pas , à la faveur de
l'incognito , fe permettre toutes fortes
d'infidélités ? Je lui devois peut - être
beaucoup moins de ménagement. Mais
j'en aurois eu d'avantage pour lui , quel
qu'il foit , s'il s'étoit nommé.
*
7°. Un Critique doit y regarder à
deux fois quand il fe fent la deman
geaifon d'attaquer un Ouvrage dont tous
les Auteurs périodiques ont parlé avec
éloge. L'Anonyme devoit penfer , s'il a
un peu de modeftie , que le Public
feroit beaucoup moins de cas de fes
obfervations , que du jugement qui a
été porté fur ma Phyfique par vous ,
Monfieur , dans votre Mercure , ainfi
que par les Auteurs de l'Année Littéraire
, de l'Avantcoureur & du Journal
Encyclopédique.
J'attends de votre équité , Monfieur,
134 MERCURE DE FRANCE .
que vous inférerez cette réponſe dans
votre Mercure prochain . Une maladie
férieufe dont je fuis à peine débaraffé
ne m'a pas permis de vous la faire
paffer plutôt. Quand on me propofera
dans les régles convenables de bonnes
difficultés , je tâcherai d'y répondre. Si
on me prouve que je me fuis trompé ,
j'abandonnerai mes idées avec d'autant
plus de facilité & de reconnoiffance
même , que mon intention eft de ne
rien préfenter à la jeuneffe qui puiffe
l'induire en erreur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
SAINTIGNON , Proc. Gen, des Chan . Reg.
de la Cong. de N. S.
Fermer
926
p. 135-147
SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. II. Des Miroirs convèxes.
Début :
LES Miroirs convèxes sont composés d'une glace semblable à celle des [...]
Mots clefs :
Loupe, Miroirs, Rayons, Foyer, Diamètre, Glace, Verre, Miroirs concaves, Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Abrégé des propriétés des Miroirs concaves. II. Des Miroirs convèxes.
SUITE de l'Abrégé des propriétés des
Miroirs concaves .
II°. Des Miroirs convèxes.
LESES Miroirs convèxes font compofés
d'une glace femblable à celle des
Miroirs concaves , excepté que cette
glace eft étamée par le côté concave
& fe préfente à nous par le côte convèxe .
On les monte auffi fur un axe & fur un
pied , partie en cuivre poli , partie en
bois noirci , exactement de la même
manière que le font les Miroirs concaves
dont nous venons de parler.
Ces Miroirs nous repréfentent les obtets
dont ils réfléchiffent l'image à nos
yeux , d'autant plus petits , qu'ils font
partie d'une fphère d'un plus petit diametre
; d'où il réfulte qu'on les employe
pour deffiner en petit & en per136
MERCURE DE FRANCE.
fpective , un paysage , un château
des jardins , & c.
On s'en fert en Phyfique pour faire.
voir que
leur furface a la propriété de
rendre divergens les rayons de lumière
qu'elle reçoit parallèles ; de rendre plus
divergens ceux qu'elle reçoit divergens ,
& de rendre moins convergens ceux
qu'elle reçoit convergens. Quand ces
Miroirs font placés dans l'un des angles
d'un cabinet orné , ils raffemblent , pour
ainfi dire , fous le même coup d'oeil , toutes
les beautés de ce cabinet , que l'on
ne peut , fans leur fecours , voir que les
unes après les autres.
III' . Des Miroirs , droits-convèxes
& droits-concaves.
Ces Miroirs font compofés d'une glace
droite fur un fens , & courbée fphérique-
#
ment fur l'autre . Les Miroirs droits - convèxes
font étamés par la partie concave :
ils font l'effet des cylindres de métal ;
mais ils ne font point fujets comme eux
à perdre leur poli : fi on les tient verticalement
ou de travers , & qu'on s'y regarde
, on s'y voit avec des difformités
comiques & oppofées, Les Miroirs droitsconcaves
font étamés par le côté con--
OCTOBRE. 1763. 137
vèxe , & produifent des effets exactement
contraires à ceux des Miroirs droitsconvèxes
, & c. Ces différens Miroirs fervent
en Phyfique à démontrer que les
rayons de lumière font toujours réfléchis
fous un angle égal à celui de leur
incidence ; principe qui eft d'une fécondité
furprenante , puifqu'il eft la bâſe de ·
toute la Catoptrique.
IV . Des Loupes à eau.
Une Loupe à eau eft compofée de
deux glaces courbées en portion de fphere
, dont les bords font travaillés fur un
plan fi exact , que ces bords étant appli
qués l'un contre l'autre fans être ni col .
lés, ni maſtiqués, ni contenus, retiennent
l'eau , ou toute autre liqueur dont ces
Loupes font remplies , fans même en
permettre la moindre évaporation.
L'eau dont on les remplit , en la Manufacture
dont nous parlons , eft diſtillée
au bain - marie , & ainfi très - tranfparente
& incorruptible.
Les Loupes font ordinairement montées
fur un demi - cercle de cuivre poli &
fur unpi ed de bois noirci, comme le font
les Miroirs ci- deffus mentionnés ; & les
bords de la Loupe font feulement pincés
par deux petites portions de cercle ( lorf
138 MERCURE DE FRANCE.
que ces Loupes ont moins de dix pouces
de diametre) ce qui en met les bords
à découvert; mais lorfqu'elles ont un plus
grand diametre, elles font dans une bordure
qui fe divife aifément , pour qu'on
puiffe avoir la Loupe à nud quand on le
veut.
:
M. Berniere imagina , il y a environ fix
ans , ces Loupes à eau , d'après les diffi
cultés qu'il rencontra pour fe procurer
une Loupe de verre folide d'un plus
grand diametre que celles qu'on trouve
ordinairement dans les cabinets des Phyficiens
ces difficultés font prèfque infurmontables
, s'il s'agit feulement d'avoir
une Loupe de vingt-quatre ou trente
pouces de diametre de tous temps
on a fait les plus grands efforts à
cet égard , dans le deffein d'obtenir des
foyers de dioptrique , capables de donner
une chaleur beaucoup plus forte que
celle qu'on peut tirer de tous les moyens
connus d'appliquer & d'employer le feu
commun. Mais comment parvenir à
avoir une maffe de verre de trois à
quatre pieds de diametre & de fept à
à huit pouces d'épaiffeur ? & fi on y
parvient , quel travail enfuite pour convertir
cette maffe en une Loupe ré→
gulière & bien polie ? Il en a paru une
OCTOBRE. 1763 . 139
.
il y a dix à douze ans , à Paris , à l'Hôtel
de Conti , fur le Quai des Quatre-
Nations : elle avoit environ trois pieds
de diametre , & le verre en étoit jaunâtre
& rayé ; ce qui faifoit qu'elle ne
tranfmettoit pas , jufqu'à fon foyer
autant de rayons de lumière , qu'il en
eût été tranfmis par un verre moins coloré
& mieux poli : cependant celui.
qui la mettoit en vente en demandoit
douze mille livres.
J
Les Loupes à eau peuvent fe faire
de toutes grandeurs , & à bien moins.
de frais. On eft abfolument le maître
de leur donner au centre telle épaiffeur
que l'on veut , c'est-à-dire , qu'on peut
les faire à volonté d'un foyer court ou
long , fans craindre que l'épaiffeur qu'éxige
un foyer court , empêche les
rayons de paffer , comme cela arrive en
pareil cas , dans une Loupe de verre
folide ; parce que l'eau distillée eft tou
jours beaucoup plus tranfparente que
le plus beau verre : on voit par -là que
le foyer d'une Loupe à eau de trois
pieds de diametre fera incomparablement
plus puiffant que celui d'une Loupe
de verre folide de même diametre
& d'une pareille fphéricité.
Il y a déja long-temps que cette vé140
MERCURE DE FRANCE.
rité a été reconnue . Le Fevre , Apothicaire
du Roi , dans fon Ouvrage imprimé
en 1660 , dit que pour calciner
l'antimoine , il faut un Miroir fait de
deux verres concaves , joints avec de la
colle de poiffon , & rempli d'eau par
un trou qu'on laiffe entre les deux bords
de ces verres il veut que ce Miroir
qui eſt une véritable Loupe , ( 1 ) foit
monté fur un pied qui puiffe s'élever
plus ou moins. Il prétend que douze
onces d'antimoine martial , étant calcinées
avec une telle Loupe , en produi
fent quinze onces ; & fuppofant que la
fumée en emporte trois onces , il conclut
que dans cette opération , l'antimoine
augmente de moitié de fon poids.
Les Loupes en général ont un avantage
fur les Miroirs concaves , relativement
aux foyers brûlans. Le foyer
des Miroirs fe porte de bas en haut ; en
forte que dès que le corps que l'on y
éprouve eft fondu , il tombe , & le foyer,
du Miroir n'a plus d'action fur lui :
( I ) Remarquez que les Loupes à eau , dont
nous parlons , font d'une conftruction toute différente
: il n'y a point de trou pour les remplir 3
ce qui fait que l'eau qu'elles contiennent ne
s'évapore point . Et comme elles ne font ni collées,
ni maftiquées , cette eau refte toujours fans
mêlange, & également tranſparente.
OCTOBRE. 1763 . 141
avec une Loupe , au contraire comme
le foyer fe porte naturellement, de haut
en bas , furtout dans les grands jours de
l'été , lorfque le foleil à midi approche
du zenith il eft aifé de le faire plonger
dans un creufet & de l'exercer ainfi
fur le corps que l'on veut éprouver ,
tant & auffi long - temps qu'on le juge
à propos , même après fa fufion
pour parvenir à le calciner, ou à le vitrifier.
Il eft auffi très- aifé , avec une Loupe
de brûler du bois que l'on tient auffi
plongé dans l'eau , en l'arrêtant , par
quelque moyen qui l'empêche de furnager.
Si on reçoit au fond d'un jardin , ou
d'une cour les rayons du foleil fur un
Miroir-plan , pofé fur une chaife , ou
fur toute autre chofe qui puiffe le foutenir
incliné de manière que fes rayons ,
renvoyés par ce Miroir , parallèlement à
l'allée du jardin , aillent même , à cent
pas de diſtance , tomber fur une Loupe
à eau , pofée verticalement à la rencon
tre de ces rayons , il fe formera derrière
cette Loupe un foyer prèfque auffi actif,
que fi la Loupe recevoit immédiatement
les rayons dufoleil : c'est-à - dire , que ce
foyer aura affez de force & de chaleur
pour enflammer , fondre , & c. à propor142
MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de la Loupe , & de
celle du Miroir- plan , par le moyen du
quel on aura replié les rayons du foleil ,
on fent bien qu'il faut que ce Miroir- plan
foit au moins auffi grand que la Loupe ,
pour que celle- ci puiffe être entiérement
couverte des rayons qu'il réfléchira fur
elle ; autrement le foyer ne contiendroit
pas tous les rayons que cette Loupe peut
réunir fuivant fa grandeur.
Cette expérience méne naturellement
à imaginer qu'il eft poffible d'attaquer
le même corps dans un creufet , avec
plufieurs foyers de ces Loupes réunies
fur lui. Une de ces Loupes recevra immédiatement
les rayons du foleil , étant
placée entre lui & le creufet ; une autre
Loupe fera pofée derrière ce creuſet , &
recevra les rayons du foleil , repliés fur
elle par un Miroir - plan incliné convenablement
pour cet effet. On peut en
placer deux autres fur les côtés , qui
recevront auffi les rayons folaires
pliés fur chacune d'elles par un Miroirplan
; & ces quatre foyers agiffant enfemble
fur ce corps , lui feront ainfi
éprouver prèfque quatre fois plus de
chaleur, que quand il n'eft expofé qu'au
foyer de la première Loupe feule , en
les fuppofant toutes quatre d'un diareOCTOBRE.
1763 143
metre égal. Enfin , il eft vifible qu'en
employant des Loupes , dont les foyers
foient de différentes longueurs , & des
Miroirs-plans , pour replier les rayons
fur chacune , on peut faire coïncider
fur le même corps & dans le même
creufet , un plus grand nombre de ces
foyers : leur réunion y portant une chaleur
d'une activité inconnue produira
des effets qui le font fans doute auffi ;
ce peut être une nouvelle fource de
connoiffances à acquérir.
Lorfqu'on place au foyer d'une de ces
Loupes une groffe bougie allumée , il
fe forme de l'autre côté de la Loupe
une colonne de lumière , qui porte fon
éclat fort loin , & à l'extrémité de laquelle
on peut lire , ou éclairer des objets
dans la nuit , qu'on ne verroit pas
à la diftance où l'on en eft , fans le fecours
de cette lumière .
On peut employer cette colonne de
lumière pour tracer affez exactement
le profil d'une perfonne : il faut pour cela
placer une bougie un peu plus près de
la Loupe que fon foyer , précisément
à la hauteur de fon centre , & pofer cette
Loupe bien verticalement : vous
faites affeoir la perfonne à cinq ou fix.
pas de diſtance de la Loupe , affez haur
144 MERCURE DE FRANCE .
ou affez bas pour que le centre de fa .
tête , celui de la Loupe & la flamme de
la bougie , foient dans la même ligne .
Cette perfonne doit être de côté contre
un grand verre , ou une glace non-étamée
, encadrée & montée à-peu-près
comme les grands écrans à pied qu'on
met devant les cheminées pendant l'hyver
: on couvre cette glace d'une feuille
de papier blanc qu'on y attache , par
les quatre coins , avec du pain à cacheter.
Par exemple , fi la Loupe à eau que
vous avez a dix-huit pouces de foyer ,
vous placez d'abord fur une table ,
un bout de la chambre , une bougie allumée
, & vous éteignez toutes les autres
; enfuite à environ quinze à ſeize
pouces de cette bougie , vous placez
votre Loupe fur la même table , de manière
que la flamme de cette bougie réponde
au centre de cette Loupe ; à fix
pas plus loin , vous faites affeoir la perfonne
de côté , en forte que la colonne
de lumière qui vient de la Loupe ,
lui éclaire tout le côté gauche de la tête
; puis vous placez après cette perfanne
, & tout près d'elle , la glace verticale
, montée en écran , & vous attachez
la feuille de papier par - derriere.
Le tout étant difpofé ainfi , le profil de
la
OCTOBRE. 1763.1 145
la perfonne affife , eft très -aifé à tracer
fur ce papier , en fuivant , avec un
crayon , le contour de l'ombre que fa
tête y forme. Par le même procédé on
peut , fans fçavoir deffiner , fe procurer
le profil de toute autre chofe fur le
champ ; on peut même tracer de différens
côtés une machine dont on a le
modéle en petit , & tout autre objet
de médiocre grandeur. Plus la perfon- .
ne , ou l'objet que l'on veut deffiner
font éloignés de la Loupe , & la glace
verticale près d'eux , plus l'image qu'on
en trace fur le papier collé fur la glace ,
approche des véritables dimenfions &
de la grandeur naturelle. Cette image
devient plus grande à mefure qu'on
approche la perfonne ou l'objet de la
Loupe , & qu'on éloigne la glace vertigale.
Avec une Loupe de dix à douze pouces
de diametre qu'on place debout inclinée
fur fon axe , entre foi & un livre
in- quarto , les perfonnes qui ont la vue
foible , ou baffe , peuvent aifément lire
fans fe fervir de lunettes , & fans fe
déplacer pour paffer de la page gauche
à la page droite.
Il fuit de là que ces Loupes peuvent
être commodes & utiles aux déchiffreurs
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
d'anciens titres : comme ces Loupes font
voir à la fois un plus grand efpace fur le
titre , ils faifiront plus aifément un mot
difficile à lire , parce qu'ils auront en
même-temps fous les yeux le fens qui
précéde & celui qui fuit.
Ces Loupes font auffi voir en grand les
Eftampes d'Optique comme les Miroirs
concaves ; mais elles ont encore ici fur
eux un avantage , c'eft celui de ne pas
faire voir les objets renverfés de droite à
gauche comme eux, en forte que l'on peut
fire l'infcription d'une Eftampe , ce que
l'on ne peut faire avec les Miroirs , dans
lefquels ces infcriptions font vues renverfées
comme avec les Optiques commu
nes , compofées d'un Miroir-plan incliné
& d'une Loupe de verre folide . Pour
voir une eftampe avec une Loupe à eau ,
il faut appuyer l'eftampe contre quelque
chofe qui la foutienne comme debout
de manière que le jour tombe deffus obliquement
, placer la Loupe devant cette
eftampe à la distance de fon foyer , &
regarder au travers de la Loupe ; vous
voyez alors en grand comme avec un Miroir
, les objets repréfentés par l'eftampe.
Ces Loupes étant compofées de deux
portions de fphère qui peuvent être féparées
à volonté, il s'enfuit qu'on peut les
OCTOBRE. 1763. 147
remplir fucceffivement de diverfes liqueurs
colorées , ou non colorées , dont
on veut éprouver & comparer le pouvoir
réfrangible ; il y auroit peut-être en cela
un grand nombre d'expériences à faire
pour les Phyficiens .
Le reste au Mercure prochain.
Miroirs concaves .
II°. Des Miroirs convèxes.
LESES Miroirs convèxes font compofés
d'une glace femblable à celle des
Miroirs concaves , excepté que cette
glace eft étamée par le côté concave
& fe préfente à nous par le côte convèxe .
On les monte auffi fur un axe & fur un
pied , partie en cuivre poli , partie en
bois noirci , exactement de la même
manière que le font les Miroirs concaves
dont nous venons de parler.
Ces Miroirs nous repréfentent les obtets
dont ils réfléchiffent l'image à nos
yeux , d'autant plus petits , qu'ils font
partie d'une fphère d'un plus petit diametre
; d'où il réfulte qu'on les employe
pour deffiner en petit & en per136
MERCURE DE FRANCE.
fpective , un paysage , un château
des jardins , & c.
On s'en fert en Phyfique pour faire.
voir que
leur furface a la propriété de
rendre divergens les rayons de lumière
qu'elle reçoit parallèles ; de rendre plus
divergens ceux qu'elle reçoit divergens ,
& de rendre moins convergens ceux
qu'elle reçoit convergens. Quand ces
Miroirs font placés dans l'un des angles
d'un cabinet orné , ils raffemblent , pour
ainfi dire , fous le même coup d'oeil , toutes
les beautés de ce cabinet , que l'on
ne peut , fans leur fecours , voir que les
unes après les autres.
III' . Des Miroirs , droits-convèxes
& droits-concaves.
Ces Miroirs font compofés d'une glace
droite fur un fens , & courbée fphérique-
#
ment fur l'autre . Les Miroirs droits - convèxes
font étamés par la partie concave :
ils font l'effet des cylindres de métal ;
mais ils ne font point fujets comme eux
à perdre leur poli : fi on les tient verticalement
ou de travers , & qu'on s'y regarde
, on s'y voit avec des difformités
comiques & oppofées, Les Miroirs droitsconcaves
font étamés par le côté con--
OCTOBRE. 1763. 137
vèxe , & produifent des effets exactement
contraires à ceux des Miroirs droitsconvèxes
, & c. Ces différens Miroirs fervent
en Phyfique à démontrer que les
rayons de lumière font toujours réfléchis
fous un angle égal à celui de leur
incidence ; principe qui eft d'une fécondité
furprenante , puifqu'il eft la bâſe de ·
toute la Catoptrique.
IV . Des Loupes à eau.
Une Loupe à eau eft compofée de
deux glaces courbées en portion de fphere
, dont les bords font travaillés fur un
plan fi exact , que ces bords étant appli
qués l'un contre l'autre fans être ni col .
lés, ni maſtiqués, ni contenus, retiennent
l'eau , ou toute autre liqueur dont ces
Loupes font remplies , fans même en
permettre la moindre évaporation.
L'eau dont on les remplit , en la Manufacture
dont nous parlons , eft diſtillée
au bain - marie , & ainfi très - tranfparente
& incorruptible.
Les Loupes font ordinairement montées
fur un demi - cercle de cuivre poli &
fur unpi ed de bois noirci, comme le font
les Miroirs ci- deffus mentionnés ; & les
bords de la Loupe font feulement pincés
par deux petites portions de cercle ( lorf
138 MERCURE DE FRANCE.
que ces Loupes ont moins de dix pouces
de diametre) ce qui en met les bords
à découvert; mais lorfqu'elles ont un plus
grand diametre, elles font dans une bordure
qui fe divife aifément , pour qu'on
puiffe avoir la Loupe à nud quand on le
veut.
:
M. Berniere imagina , il y a environ fix
ans , ces Loupes à eau , d'après les diffi
cultés qu'il rencontra pour fe procurer
une Loupe de verre folide d'un plus
grand diametre que celles qu'on trouve
ordinairement dans les cabinets des Phyficiens
ces difficultés font prèfque infurmontables
, s'il s'agit feulement d'avoir
une Loupe de vingt-quatre ou trente
pouces de diametre de tous temps
on a fait les plus grands efforts à
cet égard , dans le deffein d'obtenir des
foyers de dioptrique , capables de donner
une chaleur beaucoup plus forte que
celle qu'on peut tirer de tous les moyens
connus d'appliquer & d'employer le feu
commun. Mais comment parvenir à
avoir une maffe de verre de trois à
quatre pieds de diametre & de fept à
à huit pouces d'épaiffeur ? & fi on y
parvient , quel travail enfuite pour convertir
cette maffe en une Loupe ré→
gulière & bien polie ? Il en a paru une
OCTOBRE. 1763 . 139
.
il y a dix à douze ans , à Paris , à l'Hôtel
de Conti , fur le Quai des Quatre-
Nations : elle avoit environ trois pieds
de diametre , & le verre en étoit jaunâtre
& rayé ; ce qui faifoit qu'elle ne
tranfmettoit pas , jufqu'à fon foyer
autant de rayons de lumière , qu'il en
eût été tranfmis par un verre moins coloré
& mieux poli : cependant celui.
qui la mettoit en vente en demandoit
douze mille livres.
J
Les Loupes à eau peuvent fe faire
de toutes grandeurs , & à bien moins.
de frais. On eft abfolument le maître
de leur donner au centre telle épaiffeur
que l'on veut , c'est-à-dire , qu'on peut
les faire à volonté d'un foyer court ou
long , fans craindre que l'épaiffeur qu'éxige
un foyer court , empêche les
rayons de paffer , comme cela arrive en
pareil cas , dans une Loupe de verre
folide ; parce que l'eau distillée eft tou
jours beaucoup plus tranfparente que
le plus beau verre : on voit par -là que
le foyer d'une Loupe à eau de trois
pieds de diametre fera incomparablement
plus puiffant que celui d'une Loupe
de verre folide de même diametre
& d'une pareille fphéricité.
Il y a déja long-temps que cette vé140
MERCURE DE FRANCE.
rité a été reconnue . Le Fevre , Apothicaire
du Roi , dans fon Ouvrage imprimé
en 1660 , dit que pour calciner
l'antimoine , il faut un Miroir fait de
deux verres concaves , joints avec de la
colle de poiffon , & rempli d'eau par
un trou qu'on laiffe entre les deux bords
de ces verres il veut que ce Miroir
qui eſt une véritable Loupe , ( 1 ) foit
monté fur un pied qui puiffe s'élever
plus ou moins. Il prétend que douze
onces d'antimoine martial , étant calcinées
avec une telle Loupe , en produi
fent quinze onces ; & fuppofant que la
fumée en emporte trois onces , il conclut
que dans cette opération , l'antimoine
augmente de moitié de fon poids.
Les Loupes en général ont un avantage
fur les Miroirs concaves , relativement
aux foyers brûlans. Le foyer
des Miroirs fe porte de bas en haut ; en
forte que dès que le corps que l'on y
éprouve eft fondu , il tombe , & le foyer,
du Miroir n'a plus d'action fur lui :
( I ) Remarquez que les Loupes à eau , dont
nous parlons , font d'une conftruction toute différente
: il n'y a point de trou pour les remplir 3
ce qui fait que l'eau qu'elles contiennent ne
s'évapore point . Et comme elles ne font ni collées,
ni maftiquées , cette eau refte toujours fans
mêlange, & également tranſparente.
OCTOBRE. 1763 . 141
avec une Loupe , au contraire comme
le foyer fe porte naturellement, de haut
en bas , furtout dans les grands jours de
l'été , lorfque le foleil à midi approche
du zenith il eft aifé de le faire plonger
dans un creufet & de l'exercer ainfi
fur le corps que l'on veut éprouver ,
tant & auffi long - temps qu'on le juge
à propos , même après fa fufion
pour parvenir à le calciner, ou à le vitrifier.
Il eft auffi très- aifé , avec une Loupe
de brûler du bois que l'on tient auffi
plongé dans l'eau , en l'arrêtant , par
quelque moyen qui l'empêche de furnager.
Si on reçoit au fond d'un jardin , ou
d'une cour les rayons du foleil fur un
Miroir-plan , pofé fur une chaife , ou
fur toute autre chofe qui puiffe le foutenir
incliné de manière que fes rayons ,
renvoyés par ce Miroir , parallèlement à
l'allée du jardin , aillent même , à cent
pas de diſtance , tomber fur une Loupe
à eau , pofée verticalement à la rencon
tre de ces rayons , il fe formera derrière
cette Loupe un foyer prèfque auffi actif,
que fi la Loupe recevoit immédiatement
les rayons dufoleil : c'est-à - dire , que ce
foyer aura affez de force & de chaleur
pour enflammer , fondre , & c. à propor142
MERCURE DE FRANCE.
tion de la grandeur de la Loupe , & de
celle du Miroir- plan , par le moyen du
quel on aura replié les rayons du foleil ,
on fent bien qu'il faut que ce Miroir- plan
foit au moins auffi grand que la Loupe ,
pour que celle- ci puiffe être entiérement
couverte des rayons qu'il réfléchira fur
elle ; autrement le foyer ne contiendroit
pas tous les rayons que cette Loupe peut
réunir fuivant fa grandeur.
Cette expérience méne naturellement
à imaginer qu'il eft poffible d'attaquer
le même corps dans un creufet , avec
plufieurs foyers de ces Loupes réunies
fur lui. Une de ces Loupes recevra immédiatement
les rayons du foleil , étant
placée entre lui & le creufet ; une autre
Loupe fera pofée derrière ce creuſet , &
recevra les rayons du foleil , repliés fur
elle par un Miroir - plan incliné convenablement
pour cet effet. On peut en
placer deux autres fur les côtés , qui
recevront auffi les rayons folaires
pliés fur chacune d'elles par un Miroirplan
; & ces quatre foyers agiffant enfemble
fur ce corps , lui feront ainfi
éprouver prèfque quatre fois plus de
chaleur, que quand il n'eft expofé qu'au
foyer de la première Loupe feule , en
les fuppofant toutes quatre d'un diareOCTOBRE.
1763 143
metre égal. Enfin , il eft vifible qu'en
employant des Loupes , dont les foyers
foient de différentes longueurs , & des
Miroirs-plans , pour replier les rayons
fur chacune , on peut faire coïncider
fur le même corps & dans le même
creufet , un plus grand nombre de ces
foyers : leur réunion y portant une chaleur
d'une activité inconnue produira
des effets qui le font fans doute auffi ;
ce peut être une nouvelle fource de
connoiffances à acquérir.
Lorfqu'on place au foyer d'une de ces
Loupes une groffe bougie allumée , il
fe forme de l'autre côté de la Loupe
une colonne de lumière , qui porte fon
éclat fort loin , & à l'extrémité de laquelle
on peut lire , ou éclairer des objets
dans la nuit , qu'on ne verroit pas
à la diftance où l'on en eft , fans le fecours
de cette lumière .
On peut employer cette colonne de
lumière pour tracer affez exactement
le profil d'une perfonne : il faut pour cela
placer une bougie un peu plus près de
la Loupe que fon foyer , précisément
à la hauteur de fon centre , & pofer cette
Loupe bien verticalement : vous
faites affeoir la perfonne à cinq ou fix.
pas de diſtance de la Loupe , affez haur
144 MERCURE DE FRANCE .
ou affez bas pour que le centre de fa .
tête , celui de la Loupe & la flamme de
la bougie , foient dans la même ligne .
Cette perfonne doit être de côté contre
un grand verre , ou une glace non-étamée
, encadrée & montée à-peu-près
comme les grands écrans à pied qu'on
met devant les cheminées pendant l'hyver
: on couvre cette glace d'une feuille
de papier blanc qu'on y attache , par
les quatre coins , avec du pain à cacheter.
Par exemple , fi la Loupe à eau que
vous avez a dix-huit pouces de foyer ,
vous placez d'abord fur une table ,
un bout de la chambre , une bougie allumée
, & vous éteignez toutes les autres
; enfuite à environ quinze à ſeize
pouces de cette bougie , vous placez
votre Loupe fur la même table , de manière
que la flamme de cette bougie réponde
au centre de cette Loupe ; à fix
pas plus loin , vous faites affeoir la perfonne
de côté , en forte que la colonne
de lumière qui vient de la Loupe ,
lui éclaire tout le côté gauche de la tête
; puis vous placez après cette perfanne
, & tout près d'elle , la glace verticale
, montée en écran , & vous attachez
la feuille de papier par - derriere.
Le tout étant difpofé ainfi , le profil de
la
OCTOBRE. 1763.1 145
la perfonne affife , eft très -aifé à tracer
fur ce papier , en fuivant , avec un
crayon , le contour de l'ombre que fa
tête y forme. Par le même procédé on
peut , fans fçavoir deffiner , fe procurer
le profil de toute autre chofe fur le
champ ; on peut même tracer de différens
côtés une machine dont on a le
modéle en petit , & tout autre objet
de médiocre grandeur. Plus la perfon- .
ne , ou l'objet que l'on veut deffiner
font éloignés de la Loupe , & la glace
verticale près d'eux , plus l'image qu'on
en trace fur le papier collé fur la glace ,
approche des véritables dimenfions &
de la grandeur naturelle. Cette image
devient plus grande à mefure qu'on
approche la perfonne ou l'objet de la
Loupe , & qu'on éloigne la glace vertigale.
Avec une Loupe de dix à douze pouces
de diametre qu'on place debout inclinée
fur fon axe , entre foi & un livre
in- quarto , les perfonnes qui ont la vue
foible , ou baffe , peuvent aifément lire
fans fe fervir de lunettes , & fans fe
déplacer pour paffer de la page gauche
à la page droite.
Il fuit de là que ces Loupes peuvent
être commodes & utiles aux déchiffreurs
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
d'anciens titres : comme ces Loupes font
voir à la fois un plus grand efpace fur le
titre , ils faifiront plus aifément un mot
difficile à lire , parce qu'ils auront en
même-temps fous les yeux le fens qui
précéde & celui qui fuit.
Ces Loupes font auffi voir en grand les
Eftampes d'Optique comme les Miroirs
concaves ; mais elles ont encore ici fur
eux un avantage , c'eft celui de ne pas
faire voir les objets renverfés de droite à
gauche comme eux, en forte que l'on peut
fire l'infcription d'une Eftampe , ce que
l'on ne peut faire avec les Miroirs , dans
lefquels ces infcriptions font vues renverfées
comme avec les Optiques commu
nes , compofées d'un Miroir-plan incliné
& d'une Loupe de verre folide . Pour
voir une eftampe avec une Loupe à eau ,
il faut appuyer l'eftampe contre quelque
chofe qui la foutienne comme debout
de manière que le jour tombe deffus obliquement
, placer la Loupe devant cette
eftampe à la distance de fon foyer , &
regarder au travers de la Loupe ; vous
voyez alors en grand comme avec un Miroir
, les objets repréfentés par l'eftampe.
Ces Loupes étant compofées de deux
portions de fphère qui peuvent être féparées
à volonté, il s'enfuit qu'on peut les
OCTOBRE. 1763. 147
remplir fucceffivement de diverfes liqueurs
colorées , ou non colorées , dont
on veut éprouver & comparer le pouvoir
réfrangible ; il y auroit peut-être en cela
un grand nombre d'expériences à faire
pour les Phyficiens .
Le reste au Mercure prochain.
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927
p. 72-73
AUTRE.
Début :
Mon entier, cher Lecteur, propre à ta nourriture, [...]
Mots clefs :
Poisson
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Mon entier , cher Lecteur , propre à ta nourri
ture ,
Devient , ôtant mon centre , un être malfaiſant;
Et l'ennemi de la Nature.
Retranche encor mon chef , & dans les airs volant
Je reçois une autre figure,
Et redeviens un aliment:
Rends-moi ma première ſtructure ,
Mes
Chantenaivement ses Feux,
Lise amoureusement réplique, Est-il un
couple plus heureux ?
1
MERCURE DE FRANCE
Tendre berger,jeune bergère,Ah quevous pas
Guitarre.
sés dheureuxjoursVous vousaimés etsans mis
- tèreVous vous lere- di
+
= tes toujours: Hilas sur un pipeau rus- tique
W
W
W
W
W
W
DECEMBRE. 1763. 73
Mes moitiés t'offriront fans peine & ſans torture
Un légume ; un pronom ; ce que rend l'inſtru.
ment.
Mon entier , cher Lecteur , propre à ta nourri
ture ,
Devient , ôtant mon centre , un être malfaiſant;
Et l'ennemi de la Nature.
Retranche encor mon chef , & dans les airs volant
Je reçois une autre figure,
Et redeviens un aliment:
Rends-moi ma première ſtructure ,
Mes
Chantenaivement ses Feux,
Lise amoureusement réplique, Est-il un
couple plus heureux ?
1
MERCURE DE FRANCE
Tendre berger,jeune bergère,Ah quevous pas
Guitarre.
sés dheureuxjoursVous vousaimés etsans mis
- tèreVous vous lere- di
+
= tes toujours: Hilas sur un pipeau rus- tique
W
W
W
W
W
W
DECEMBRE. 1763. 73
Mes moitiés t'offriront fans peine & ſans torture
Un légume ; un pronom ; ce que rend l'inſtru.
ment.
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928
p. 189
De STOCKOLM, le 2 Septembre 1763.
Début :
Le fait suivant est attesté par une lettre datée d'Engelhom, le 22 Août [...]
Mots clefs :
Éclairs, Pluie, Feu, Tonnerre, Phénomène extraordinaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De STOCKOLM, le 2 Septembre 1763.
De STOCKOLM , le 2 Septembre 1763 .
Ls fait ſuivant eſt atteſté par une lettre datée
d'Engelhom , le 22 Août 1763. Le 20 du même
Mois , au coucher du ſoleil , l'Oueſt parut tout
enflammé , on vit au Nord des éclairs vifs &
continus , & une eſpéce de pluie de feu très-denſe
&très- lumineuſe qui tomboit juſqu'a terre , &
qui continua ſans interruption juſqu'a dix heures
du ſoir . Dès ce moment , il commenca à tomber
une pluie ordinaire , l'on entendit au loin quelques
coups de tonnerre : lorſque cette pluie fut
paſſée, les éclairs continuerent juſqu'à uneheure
après minuit; mais alors leur direction étoit de
l'Ouest au Sud.
Ls fait ſuivant eſt atteſté par une lettre datée
d'Engelhom , le 22 Août 1763. Le 20 du même
Mois , au coucher du ſoleil , l'Oueſt parut tout
enflammé , on vit au Nord des éclairs vifs &
continus , & une eſpéce de pluie de feu très-denſe
&très- lumineuſe qui tomboit juſqu'a terre , &
qui continua ſans interruption juſqu'a dix heures
du ſoir . Dès ce moment , il commenca à tomber
une pluie ordinaire , l'on entendit au loin quelques
coups de tonnerre : lorſque cette pluie fut
paſſée, les éclairs continuerent juſqu'à uneheure
après minuit; mais alors leur direction étoit de
l'Ouest au Sud.
Fermer
Résumé : De STOCKOLM, le 2 Septembre 1763.
Le 20 août 1763, à Engelhom, un phénomène météorologique inhabituel a été observé. Le ciel à l'ouest s'est enflammé, des éclairs vifs et continus ont été visibles au nord, et une pluie de feu dense est tombée jusqu'à dix heures du soir. Ensuite, une pluie ordinaire a suivi, accompagnée de tonnerre. Les éclairs ont continué jusqu'à une heure après minuit, changeant de direction vers le sud. Ce phénomène a été rapporté par une lettre datée du 22 août 1763 et signalé depuis Stockholm le 2 septembre 1763.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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929
p. 51-53
VERS à Madame DE MONT...
Début :
HEUREUX celui dont le sage génie, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS à Madame DE MONT...
VERS à Madame DE MONT...
HEUREUX celui dont le sage génie,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui-même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi
le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible cœur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce cœur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
T
JANVIER. 1764.
Défefpéré du trouble de mes fens , Depuis l'instant que mes yeux vous ont vue,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue. De B.
HEUREUX celui dont le sage génie,
Tantôt épris des leçons d'Uranie ,
Tantôt fenfible aux charmes des beaux vers ,
Peut dans un livre oublier l'Univers !
Racine & Lock , Malebranche & Voltaire ,
Ont tour-â-tour des droits fur fes momens ;
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
Environné de ces maîtres charmans ,
Nés à la fois pour inftruire & pour plaire ,
Ses fentimens & les goûts différens
Trouvent toujours dequoi fe fatisfaire.
Le beau l'enchante & la Raifon l'éclaire ;
Il ne voit point d'ennemis dans les fers ;
Son front n'eft point orné d'un diadême ;
Il n'eft point Roi de cent Peuples divers ;
Il est bien plus ,il eft Roi de lui-même .
Il fut un temps où mes tranquilles jours
Couloient ainfi
le Dieu de la Sagelſe ,
Celui des Vers , celui de la Moleſſe
Y préfidoient , en partageoient le cours.
Qu'alors Racine avoit pour moi de charmes !
Le vertueux , le tendre Xipharés
Dans fes dangers excitoit mes allarmes ;
Monime en pleurs faifoit couler mes larmes ;
Je plaignois Phédre au milieu des forfaits.
De Crébillon la mâle hardieffe
Verfoit dans moi l'horreur & la tendreffe.
Le grand pinceau dont la noble chaleur
Peignit fi bien Orofmane & Zaïre ,
Faifoit paffer dans mon fenfible cœur
Les mouvemens de Zamore & d'Alzire.
Ce cœur privé de fentimens à lụi ,
S'attendriffoit fur le malheur d'autrui !…..
Ce temps n'eft plus , une fource étrangère
Ne fournit plus les pleurs que je répands,
Je pleurs , hélas ! fur ma propre mifère.
}
T
JANVIER. 1764.
Défefpéré du trouble de mes fens , Depuis l'instant que mes yeux vous ont vue,
Je pleurs , hélas ! ma liberté perdue. De B.
Fermer
930
p. 66-67
PROSPECTUS d'un neuviéme cours public d'Histoire naturelle, concernant les Mineraux, les Végétaux & quelques productions de l'Art, relativement aux besoins & à l'agrément de la vie, &c. Par M. VALMONT DE BOMARE, Démonstrateur d'Histoire Naturelle, & Membre de plusieurs Académies. Feuille in- 8o.
Début :
L'AUTEUR de ce Prospectus détaille d'une manière claire & curieuse, les [...]
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texteReconnaissance textuelle : PROSPECTUS d'un neuviéme cours public d'Histoire naturelle, concernant les Mineraux, les Végétaux & quelques productions de l'Art, relativement aux besoins & à l'agrément de la vie, &c. Par M. VALMONT DE BOMARE, Démonstrateur d'Histoire Naturelle, & Membre de plusieurs Académies. Feuille in- 8o.
PROSPECTUS d'un neuviéme cours
public d'Histoire naturelle, concernant
les Mineraux, les Végétaux & quelques
productions de l'Art, relativement
aux besoins & à l'agrément de
la vie, &c. Par M. VALMONT DE
BOMARE, Démonstrateur d'Histoire
Naturelle, & Membre de plusieurs
Académies. Feuille in- 8o.
L'AUTEUR de ce Prospectus détaille
d'une manière claire & curieuse, les
divers objets qui doivent faire la matière.
de fes Leçons publiques. Il en fit l'ou-
verture le 10 du mois dernier , dans fon
Cabinet , rue de la Verrerie , à la Roſe
blanche , près la rue du Coq. Elles fe
donnent les Lundi , Mercredi & Ven-
dredi de chaque Semaine , à dix heures
& demie du matin. Comme les Minéraux
doivent faire l'objet principal des Le-
çons de M. Valmont de Bomare , il ne
fera pas hors de propos de rappeller ici!
un Ouvrage qu'il publia l'année der-
niere , & qui nous paroit auffi nécef-
faire à ceux qui entreprendront de fui--
JANVIER. 1764.
67
vre fon cours , qu'aux perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire Na
turelle. Ce font deux Volumes in-8°.
intitulés Minéralogie , ou nouvelle ex-
pofition du regne minéral ; Ouvrage dans
lequel on a taché de ranger dans l'ordre
le plus naturel les individus de ce règne,
& où l'on expofe leurs propriétés &
ufages méchaniques ; avec un Diction
naire nomenclateur , & des Tables fy-
noptiques ; à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin. Ce n'eft point ici le lieu
de faire l'analyse de ce Livre déjà fort
connu des Amateurs de l'Hiftoire Na→
turelle ; il fuffit de dire qu'il offre dans
Fordre le plus méthodique , tout ce qui
eft annoncé dans le titre , & que fans
fe borner , ainsi que la plupart des
Auteurs , à la minéralogie particulière
d'unecontrée , il repréfente cette fcience
dans toute fa généralité.
public d'Histoire naturelle, concernant
les Mineraux, les Végétaux & quelques
productions de l'Art, relativement
aux besoins & à l'agrément de
la vie, &c. Par M. VALMONT DE
BOMARE, Démonstrateur d'Histoire
Naturelle, & Membre de plusieurs
Académies. Feuille in- 8o.
L'AUTEUR de ce Prospectus détaille
d'une manière claire & curieuse, les
divers objets qui doivent faire la matière.
de fes Leçons publiques. Il en fit l'ou-
verture le 10 du mois dernier , dans fon
Cabinet , rue de la Verrerie , à la Roſe
blanche , près la rue du Coq. Elles fe
donnent les Lundi , Mercredi & Ven-
dredi de chaque Semaine , à dix heures
& demie du matin. Comme les Minéraux
doivent faire l'objet principal des Le-
çons de M. Valmont de Bomare , il ne
fera pas hors de propos de rappeller ici!
un Ouvrage qu'il publia l'année der-
niere , & qui nous paroit auffi nécef-
faire à ceux qui entreprendront de fui--
JANVIER. 1764.
67
vre fon cours , qu'aux perfonnes qui
s'appliquent à l'étude de l'Hiftoire Na
turelle. Ce font deux Volumes in-8°.
intitulés Minéralogie , ou nouvelle ex-
pofition du regne minéral ; Ouvrage dans
lequel on a taché de ranger dans l'ordre
le plus naturel les individus de ce règne,
& où l'on expofe leurs propriétés &
ufages méchaniques ; avec un Diction
naire nomenclateur , & des Tables fy-
noptiques ; à Paris , chez Vincent , rue
S. Severin. Ce n'eft point ici le lieu
de faire l'analyse de ce Livre déjà fort
connu des Amateurs de l'Hiftoire Na→
turelle ; il fuffit de dire qu'il offre dans
Fordre le plus méthodique , tout ce qui
eft annoncé dans le titre , & que fans
fe borner , ainsi que la plupart des
Auteurs , à la minéralogie particulière
d'unecontrée , il repréfente cette fcience
dans toute fa généralité.
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930
931
p. 69-73
SUITE de l'Atlas Historique & Géographique de M. BUI DE MORNAS ; 25 Cartes nouvelles, qui se trouvent chez l'Auteur, rue S. Jacques, près S. Yves, & chez le fieur DESNOS, son Associé, même rue, à l'Enseigne du Globe.
Début :
NOUS avons déja fait connoître cet Ouvrage utile & important, dans plusieurs [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Atlas Historique & Géographique de M. BUI DE MORNAS ; 25 Cartes nouvelles, qui se trouvent chez l'Auteur, rue S. Jacques, près S. Yves, & chez le fieur DESNOS, son Associé, même rue, à l'Enseigne du Globe.
SUITE de l'Atlas Historique & Géographique
de M. BUI DE MORNAS ;
25 Cartes nouvelles, qui se trouvent
chez l'Auteur, rue S. Jacques, près
S. Yves, & chez le fieur DESNOS,
son Associé, même rue, à l'Enseigne
du Globe.
NOUS avons déja fait connoître cet Ouvrage utile & important, dans plusieurs
$
70 MERCURE DE FRANCE.
de nos Mercures ; & il ne nous
refte plus rien à dire fur l'objet , le
plan & l'exécution des premières par-
ties de cet Atlas , le plus fçavant , le
plus inftructif, le plus complet qui ait
paru jufqu'à préfent. Nous avons parlé
du défintéreffement des Auteurs , que
la gloire feule femble avoir guidés dans
cette entreprife , & de la fidélité avec
laquelle ils rempliffent leurs engage-
mens , malgré les dépenfes confidera-
bles qu'entraîne un pareil travail. Nous
nous bornerons donc à rendre compte
aujourd'hui des 25 Cartes qui paroiffent
nouvellement.
La première préfente une defcription
de l'ancienne Egypte , avec l'hiftoire de
Les premiers Rois jufqu'à la vocation
d'Abraham, Les deux fuivantes con-
tiennent les Pays habités autrefois par
les Celtes ou Gomérites , accompagnés
des événemens les plus remarquables
arrivés chez ces anciens Peuples. L'hif-
toire facrée , depuis Abraham jufqu'à
la Loi écrite , & depuis la Loi écrite
jufqu'à la fondation du Temple de Sa-
lomon , occupe feule quatorze Cartes ;
& l'on peut dire que nous n'avons rien
de plus curieux , de plus détaillé & de
JANVIER . 1764.
71
plus exact fur cette matière refpe&table.
Le refte eft deftiné à faire connoître
les pays occupés par les Peuples qui
ont vécu dans la Gréce & l'Afie mi-
neure durant le même efpace de temps.
Tous les faits principaux arrivés chez
ces Nations anciennes & célébres y font.
rapportés fans confufion & fans proli-
xité;& la préciſion de l'Hiftorien répond
toujours à celle du Géographe.
M. de Mornas avertit le Public que ,
pour donner à fon Atlas toute l'utilité
dont il eft fufceptible , il n'a pu fe dif
penferde faire un Supplément ; & voici
des raifons qu'il en donne. » Lorfque
j'ai propofé , dit-il , de donner l'HIC
toire du Genre humain , depuis la
» Créationjufqu'à l'Ere Chrétienne , en
>> 70 Cartes , je n'y comprenois pas les
20 Cartes de Géographie ancienne que
le Public éclairé m'avoit fort confeillé
d'y inférer. Ainfi c'eft vingt Cartes de
moins pour l'Hiftoire , dont je n'ai pu
→ donner les détails que jufqu'à la fonda-
tion du Temple. Il me refte donc à
parcourir le cinquiéme & le fixiéme
» âge du Monde , qui renferment un
وي
efpace de mille ans. C'eft ce que je
me propoſe de terminer avant la fin
» du mois d'Août de l'année 1764 ; & ,
32 MERCURE DE FRANCE .
pour répondre à l'empreffement du Pu-
» blic , il y aura deux Supplémens de
» Soufcriptions. Le premier , qui com-
"
دو
prendra l'Hiftoire du cinquiéme âge ,
» eft déja entre les mains des Graveurs ,
» & pourra être livré au premier Février
" prochain.
Il eft compofé de vingt
» Cartes , dont les dix premieres renfer-
» ment tout ce qui a rapport aux Royau-
» mes d'Ifraël & de Juda . Les dix autres
» ont pour objet l'Hiftoire Prophane ,
c'eft-à-dire , ce qui concerne les Egyp
» tiens , les Affyriens , les Babyloniens ,
les Médes,les Lydiens,lesMacédoniens,
» les Grecs & les Romains. Je donnerai le
» fecond Suplément dans le mois d'Août.
» Il fera compofé de trente Cartes , &
» contiendra les plus beaux morceaux de
» l'Hiftoire. On y trouvera ce qui eft
» arrivé d'intéreffant chez le Peuple Juif,
» depuis fon rétabliſſement par Cyrus,
» & les traits les plus frappans de l'Hif-
دو
toire des Egyptiens ,. des Perfes , des
» Grecs , des Parthes , des Syriens , des
Carthaginois , des Romains & de tous
» les autres Peuples qui fe font rendus
» célébres depuis Cyrus jufqu'à l'Ere
» Chrétienne. La deuxième partie de
» monAtlas fera donc compofée de cent
» vingt Cartes , dont on pourra former
» deux
1
JANVIER. 1764.
73
deux volumes. On renfermera dans le
premier les cinquante-cinq premières
» Cartes , qui ont pour objet l'homme
fous la Loi de Nature , qui a duré 2513
ans ; & le deuxiéme contiendra foi-
» xante- cinq Cartes , qui traiteront de
» tous les événemens arrivés fous la Loi
» écrite , dont la durée eft de 1487 ans.
Par le moyen de ces deux Supplémens ,
» on aura un Cours complet d'Hiftoire ,
» de Géographie & de Chronologie :
» Cours plein de détails inſtructifs , &
» fuffifant pour les dix- neuf vingtiémes
du genre humain.
de M. BUI DE MORNAS ;
25 Cartes nouvelles, qui se trouvent
chez l'Auteur, rue S. Jacques, près
S. Yves, & chez le fieur DESNOS,
son Associé, même rue, à l'Enseigne
du Globe.
NOUS avons déja fait connoître cet Ouvrage utile & important, dans plusieurs
$
70 MERCURE DE FRANCE.
de nos Mercures ; & il ne nous
refte plus rien à dire fur l'objet , le
plan & l'exécution des premières par-
ties de cet Atlas , le plus fçavant , le
plus inftructif, le plus complet qui ait
paru jufqu'à préfent. Nous avons parlé
du défintéreffement des Auteurs , que
la gloire feule femble avoir guidés dans
cette entreprife , & de la fidélité avec
laquelle ils rempliffent leurs engage-
mens , malgré les dépenfes confidera-
bles qu'entraîne un pareil travail. Nous
nous bornerons donc à rendre compte
aujourd'hui des 25 Cartes qui paroiffent
nouvellement.
La première préfente une defcription
de l'ancienne Egypte , avec l'hiftoire de
Les premiers Rois jufqu'à la vocation
d'Abraham, Les deux fuivantes con-
tiennent les Pays habités autrefois par
les Celtes ou Gomérites , accompagnés
des événemens les plus remarquables
arrivés chez ces anciens Peuples. L'hif-
toire facrée , depuis Abraham jufqu'à
la Loi écrite , & depuis la Loi écrite
jufqu'à la fondation du Temple de Sa-
lomon , occupe feule quatorze Cartes ;
& l'on peut dire que nous n'avons rien
de plus curieux , de plus détaillé & de
JANVIER . 1764.
71
plus exact fur cette matière refpe&table.
Le refte eft deftiné à faire connoître
les pays occupés par les Peuples qui
ont vécu dans la Gréce & l'Afie mi-
neure durant le même efpace de temps.
Tous les faits principaux arrivés chez
ces Nations anciennes & célébres y font.
rapportés fans confufion & fans proli-
xité;& la préciſion de l'Hiftorien répond
toujours à celle du Géographe.
M. de Mornas avertit le Public que ,
pour donner à fon Atlas toute l'utilité
dont il eft fufceptible , il n'a pu fe dif
penferde faire un Supplément ; & voici
des raifons qu'il en donne. » Lorfque
j'ai propofé , dit-il , de donner l'HIC
toire du Genre humain , depuis la
» Créationjufqu'à l'Ere Chrétienne , en
>> 70 Cartes , je n'y comprenois pas les
20 Cartes de Géographie ancienne que
le Public éclairé m'avoit fort confeillé
d'y inférer. Ainfi c'eft vingt Cartes de
moins pour l'Hiftoire , dont je n'ai pu
→ donner les détails que jufqu'à la fonda-
tion du Temple. Il me refte donc à
parcourir le cinquiéme & le fixiéme
» âge du Monde , qui renferment un
وي
efpace de mille ans. C'eft ce que je
me propoſe de terminer avant la fin
» du mois d'Août de l'année 1764 ; & ,
32 MERCURE DE FRANCE .
pour répondre à l'empreffement du Pu-
» blic , il y aura deux Supplémens de
» Soufcriptions. Le premier , qui com-
"
دو
prendra l'Hiftoire du cinquiéme âge ,
» eft déja entre les mains des Graveurs ,
» & pourra être livré au premier Février
" prochain.
Il eft compofé de vingt
» Cartes , dont les dix premieres renfer-
» ment tout ce qui a rapport aux Royau-
» mes d'Ifraël & de Juda . Les dix autres
» ont pour objet l'Hiftoire Prophane ,
c'eft-à-dire , ce qui concerne les Egyp
» tiens , les Affyriens , les Babyloniens ,
les Médes,les Lydiens,lesMacédoniens,
» les Grecs & les Romains. Je donnerai le
» fecond Suplément dans le mois d'Août.
» Il fera compofé de trente Cartes , &
» contiendra les plus beaux morceaux de
» l'Hiftoire. On y trouvera ce qui eft
» arrivé d'intéreffant chez le Peuple Juif,
» depuis fon rétabliſſement par Cyrus,
» & les traits les plus frappans de l'Hif-
دو
toire des Egyptiens ,. des Perfes , des
» Grecs , des Parthes , des Syriens , des
Carthaginois , des Romains & de tous
» les autres Peuples qui fe font rendus
» célébres depuis Cyrus jufqu'à l'Ere
» Chrétienne. La deuxième partie de
» monAtlas fera donc compofée de cent
» vingt Cartes , dont on pourra former
» deux
1
JANVIER. 1764.
73
deux volumes. On renfermera dans le
premier les cinquante-cinq premières
» Cartes , qui ont pour objet l'homme
fous la Loi de Nature , qui a duré 2513
ans ; & le deuxiéme contiendra foi-
» xante- cinq Cartes , qui traiteront de
» tous les événemens arrivés fous la Loi
» écrite , dont la durée eft de 1487 ans.
Par le moyen de ces deux Supplémens ,
» on aura un Cours complet d'Hiftoire ,
» de Géographie & de Chronologie :
» Cours plein de détails inſtructifs , &
» fuffifant pour les dix- neuf vingtiémes
du genre humain.
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932
p. 86-88
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differ-
tations fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyf-
tême de la Nobleffe commerçante. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 .
87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollan-
dois , dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties. Prix
t
fols , brochée.
30 fols ,
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
4
mer les Cheminées ordinaires. Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv. bro
chée.
OEUVRES de M. l'Abbé Coyer, de
l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy ; nouvelle Edition ,
2 vol. in-12 , dont le premier contient :
les bagatelles morales , plufieurs differ-
tations fur différens fujets , & le difcours
fur la fatyre contre les Philofophes ; le
fecond , la Nobleffe commerçante , le
développement & la défenfe du fyf-
tême de la Nobleffe commerçante. A
Londres , & fe trouve à Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques , au
Temple du Goût ; 1764. Comme tous
JANVIER 1764 .
87
les morceaux qui compofent ce recueil
agréable , font connus , & qu'on en a
rendu compte dans le Mercure lorsqu'ils
ont paru , nous fommes difpenfés d'en
faire l'analyſe..
EXPÉRIENCES fur le cours des Fleu--
ves ou Lettre à un Magiftrat Hollan-
dois , dans laquelle on éxamine la crue
des eaux , & fi , pour les faire baiffer
dans un Fleuve & éviter les Inonda--
tions , il convient de faire des Saignées
ou Décharges , en divifant les eaux ; avec
la maniere d'écurer le fond des Fleuves,
empêcher la rupture des Digues & la
fubmerfion de la plus belle & plus riche
Partie de la Hollande , en procurant un
prompt écoulement aux eaux des Fleu--
ves qui la traverſent. Par M. Genneté ,
premier Phyficien de S. M. Imp. Nouv.
Edit. A Paris , chez Tilliard , Guillyn,
Quai des Auguftins , & Durand , rue
S. Jacques , 1764 , avec Approbation &
Permiffion . Brochure en 7 Parties. Prix
t
fols , brochée.
30 fols ,
CHEMINÉE de nouvelle conftruction ,
pour garantir du Feu & de la Fumée , à
l'épreuve des Vents , du Soleil , de la
Pluie & des autres Caufes qui font fus
1
88 MERCURE DE FRANCE.
4
mer les Cheminées ordinaires. Par M.
Genneté , premier Phyficien de S. M. I.
avec leJugement de l'Académie Royale
des Sciences de Paris, fur cette nouvelle
conftruction . Nouv. Edition . A Paris
chez Tilliard , Guillyn , Quai des Au--
guftins & Durand, rue S. Jacques. 1764.
Avec Approbation & Privilège du Roiz
Brochure en 8. Parties. Prix , 3 liv. bro
chée.
Fermer
933
p. 88-91
« ATLAS Géographique, Historique & raisonné de la France ancienne & moderne, [...] »
Début :
ATLAS Géographique, Historique & raisonné de la France ancienne & moderne, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ATLAS Géographique, Historique & raisonné de la France ancienne & moderne, [...] »
ATLAS Géographique, Historique &
raisonné de la France ancienne & moderne,
repréſenté dans tous fes diffé-
rens âges & accroiffemens , par autant
de Cartes particulières , depuis fon ori-
gine jufqu'à nos jours , diftribuées par
des leçons préciſes , formant une expli-
cation méthodique , claire , convenable
& relative à chaque Carte. Par une So-
ciété de Gens de Lettres. Dréffé avec
le plus grand foin , pour donner une
connoiffance éxacte de la fituation Cé--
lefte, Politique & Maritime du Royaume
confidéré dans fes Gouvernemens Civil ,,
Eccléfiaftique & Militaire
dans fon
Commerce & dans fes Finances ; dif-
ribué de manière qu'en prenant cha
que Carte féparément de la defcription ,
elles ferviront à faciliter l'intelligence
de nos Hiſtoriens , tant anciens que mo
dernes , étant adaptées aux Ouvrages de
Mézeray , du P. Daniel , de M. le Pré-
fident Hénault , &c. & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de France
de MM. Velly & Villaret , & feront im-
primées fur des formats conformément
à celui de chacun de ces Auteurs. Par
M. Rizzi Zannoni
de l'Académie ·
Royale des Sciences & Belles- Lettres -
de Gottingue , dirigé & donné au Pu-
blic par le fieur Defnos , Ingénieur-Géo-
graphe pour les Globes , Sphères & Inf-
trumens de Mathématiques , rue Saint
Jacques , à l'Enfeigne du Globe. A
Paris , 1763 , avec Privilége du Roi,.
TABLEAU Hiftorique & Géogra-
phique de l'Empire d'Allemagne , qui
le repréfente par colonne dans fes dix
Cercles. On y voit fous un même point
de vue l'Hiftoire abrégée de l'Empire,,
90 MERCURE DE FRANCE.
les Poffeffions & les Titres de fes Sou
verains , les Riviéres & les Villes prin-
cipales de chaque Cercle. Celles - ci ont
des hiéroglyphes qui fervent à faire con-
noître ce qui les diftingue & ce qu'el-
les ont de remarquable. Ce Tableau
paroît fous deux formes différentes , la
premiére eft fur le papier Chaplet , feuille
ordinaire des Atlas ; la feconde , plus
petite & plus portative , eft de la gran-
deur de l'Atlas de la France . On don-
nera fucceffivement fous ces deux for-
mes , toutes les différentes Monarchies
de l'Europe & les autres parties du Mon-
de pour l'utilité des Colléges , & de tous
ceux qui veulent étudier l'Histoire ; par
Auteur du Tableau de la France.
PROSPECTUS de l'Atlas Géographi-
que & portatifdes Elections du Royau-
me ; Généralité de Paris , divifée en fes`
vingt-deux Elections , & repréſentée
dans toutes fes
parties par autant de
Cartes particulières d'une manière cho-
rographique & complette , avec le nom-
bre des Paroiffes & des feux ; levée fur
lès lieux par une Société d'Ingénieurs ,
Defnos, précédée
éxécutée par Defnos, précédée d'un dif-
cours dans lequel on explique l'hiſtoire
particulière de chaque Ville , les événe
JANVIER. 1764.
g
mens remarquables qui s'y font paffés
fa fituation , fon Terroir , fes Fabriques,.
fes Manufactures , enfin toutes les pro--
ductions de la nature & de l'art qui s'y
trouvent ; par M. l'Abbé R ** . Ouvrage
utile à l'Etranger comme au Citoyen qui
veut avoir une connoiffance détaillée de:
la France , & particulierement à ceux
qui font intéreffés dans l'adminiſtration
de la Juſtice , dans le Commerce & les
Finances , & c. A Paris , chez Defnos ,
Ingénieur-Géographe pour les Globes
& Sphères , rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe , la huitiéme Boutique au-def-
fus de la Fontaine de S. Séverin,du même
côté. 1763. avec Approbation & Privi-
lége du Roi.
raisonné de la France ancienne & moderne,
repréſenté dans tous fes diffé-
rens âges & accroiffemens , par autant
de Cartes particulières , depuis fon ori-
gine jufqu'à nos jours , diftribuées par
des leçons préciſes , formant une expli-
cation méthodique , claire , convenable
& relative à chaque Carte. Par une So-
ciété de Gens de Lettres. Dréffé avec
le plus grand foin , pour donner une
connoiffance éxacte de la fituation Cé--
lefte, Politique & Maritime du Royaume
confidéré dans fes Gouvernemens Civil ,,
Eccléfiaftique & Militaire
dans fon
Commerce & dans fes Finances ; dif-
ribué de manière qu'en prenant cha
que Carte féparément de la defcription ,
elles ferviront à faciliter l'intelligence
de nos Hiſtoriens , tant anciens que mo
dernes , étant adaptées aux Ouvrages de
Mézeray , du P. Daniel , de M. le Pré-
fident Hénault , &c. & particuliérement
pour accompagner l'Hiftoire de France
de MM. Velly & Villaret , & feront im-
primées fur des formats conformément
à celui de chacun de ces Auteurs. Par
M. Rizzi Zannoni
de l'Académie ·
Royale des Sciences & Belles- Lettres -
de Gottingue , dirigé & donné au Pu-
blic par le fieur Defnos , Ingénieur-Géo-
graphe pour les Globes , Sphères & Inf-
trumens de Mathématiques , rue Saint
Jacques , à l'Enfeigne du Globe. A
Paris , 1763 , avec Privilége du Roi,.
TABLEAU Hiftorique & Géogra-
phique de l'Empire d'Allemagne , qui
le repréfente par colonne dans fes dix
Cercles. On y voit fous un même point
de vue l'Hiftoire abrégée de l'Empire,,
90 MERCURE DE FRANCE.
les Poffeffions & les Titres de fes Sou
verains , les Riviéres & les Villes prin-
cipales de chaque Cercle. Celles - ci ont
des hiéroglyphes qui fervent à faire con-
noître ce qui les diftingue & ce qu'el-
les ont de remarquable. Ce Tableau
paroît fous deux formes différentes , la
premiére eft fur le papier Chaplet , feuille
ordinaire des Atlas ; la feconde , plus
petite & plus portative , eft de la gran-
deur de l'Atlas de la France . On don-
nera fucceffivement fous ces deux for-
mes , toutes les différentes Monarchies
de l'Europe & les autres parties du Mon-
de pour l'utilité des Colléges , & de tous
ceux qui veulent étudier l'Histoire ; par
Auteur du Tableau de la France.
PROSPECTUS de l'Atlas Géographi-
que & portatifdes Elections du Royau-
me ; Généralité de Paris , divifée en fes`
vingt-deux Elections , & repréſentée
dans toutes fes
parties par autant de
Cartes particulières d'une manière cho-
rographique & complette , avec le nom-
bre des Paroiffes & des feux ; levée fur
lès lieux par une Société d'Ingénieurs ,
Defnos, précédée
éxécutée par Defnos, précédée d'un dif-
cours dans lequel on explique l'hiſtoire
particulière de chaque Ville , les événe
JANVIER. 1764.
g
mens remarquables qui s'y font paffés
fa fituation , fon Terroir , fes Fabriques,.
fes Manufactures , enfin toutes les pro--
ductions de la nature & de l'art qui s'y
trouvent ; par M. l'Abbé R ** . Ouvrage
utile à l'Etranger comme au Citoyen qui
veut avoir une connoiffance détaillée de:
la France , & particulierement à ceux
qui font intéreffés dans l'adminiſtration
de la Juſtice , dans le Commerce & les
Finances , & c. A Paris , chez Defnos ,
Ingénieur-Géographe pour les Globes
& Sphères , rue S. Jacques , à l'Enfeigne
du Globe , la huitiéme Boutique au-def-
fus de la Fontaine de S. Séverin,du même
côté. 1763. avec Approbation & Privi-
lége du Roi.
Fermer
934
p. 113-119
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
Début :
LE Mercredi, 23 Novembre, les Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
ÉCOLE ROYALE VÉTÉRINAIRE.
LE Mercredi, 23 Novembre, les
Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
établie à Lyon fous la direction de M.
Bourgelat , donnerent en préfence d'une
Affemblée nombreufe & diftinguée
de nouvelles preuves de leur application
& de leurs progrès.
On procéda à la diftribution de deux
Prix qui furent difputés à la manière
accoutumée par vingt-fix d'entr'eux. M.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
}
£ 14 MERCURE DE FRANCE.
Général des Armées du Roi & Séné
chal de Lyon , qui honora , ainfi que
M. l'Intendant & plufieurs perfonnes de
confidération , ce concours de fa pré-
fence , fit lui-même tirer au hazard les
billets cachetés qui contenoient diverſes
queftions fur la matière dont ces Eléves
devoient parler.
Les objets qui furent difcutés s'éten-
dirent à tout ce qui peut concerner le
choix des chevaux , d'après l'examen
de la franchiſe , de la liberté , de l'éga-
lité des mouvemens de leurs membres
dans leurs différentes allures & felon les
différens ufages auxquels on les defti-
ne ; à tout ce qui regarde le foin qu'ils
éxigent , foit dans le repos , foit dans
le voyage ; à des détails très-inftru&tifs
fur la qualité , le genre , & la quantité
des alimens qui leur conviennent ; fur
les attentions que demande l'entrepriſe
de multiplier & de perfectionner l'ef-
pèce de ces animaux dans des haras
parqués , ou dans des haras réſultant
de la difpofition des chevaux entiers dans
différens arrondiffemens ; fur les étalons
tant nationaux , qu'étrangers , dont on
peut ou dont on doit tirer race ; fur
ceux qui doivent être préférés , confi-
dération faite des climats & des lieux
JANVIER. 1764.
115
où il s'agit d'en faire le placement ; fur
le genre de vie auquel ils doivent être
tenus dans le temps & hors le temps de
la monte ; fur la néceffité & la manière
de croifer les races & d'appareiller les
figures & les qualités ; fur le choix &
le foin des Jumens poulinieres pleines
ou non pleines ; fur les inconvéniens qui
réfultent de l'habitude pernicieufe dans
laquelle on eft communément parmi
nous de les faire faillir & porter toutes
les années ; fur le temps le plus propre
à la monte ; fur les moyens les plus
fimples de la rendre fructueufe ; fur le
part , fur les voyes de parer à des avor-
temens très-fréquens ; fur la manière
d'opérer la délivrance de la cavale dans
les circonftances d'un part difficile & !a-
borieux
fur le traitement du poulain
qui vient de naître ; fur le temps de le
févrer ; fur les précautions à prendre
quand il doit l'être ; fur le temps de le
hongrer , lorfqu'on n'eft pas dans le def-
fein d'en obtenir des productions ; fur
le régime à lui faire obferver dans les
différentes périodes de fa jeuneffe &
jufqu'au moment où il devient cheval ;
fur l'éducation à lui donner ; fur la fa-
çon de l'apprivoifer & de le rendre obéif-
fant , familier & doux à l'homme , &c.
116 MERCURE DE FRANCE .
Tous ces mêmes points relativement
aux bêtes à cornes , aux bêtes à laine,
& aux autres animaux domeftiques &
des champs , feront pareillement appro-
fondis dans une féance indiquée au mois
de Mars prochain , l'hyver étant une
faifon trop précieufe pour ne pas l'em-
ployer toute entiere à l'étude de l'ana-
tomie & aux diffections.
Le Public n'a pas témoigné une moin-
dre fatisfaction de ce qu'il a entendu
dans cette affemblée , que de ce qu'il
avoit entendu , dans les autres ; il a pa-
ru qu'il voyoit avec un nouveau plai-
fir nombre d'Eléves déja en état de fer-
vir utilement dans les différentes Pro-
vinces du Royaume & d'y répandre de
véritables lumières fur les haras , c'eft-
à- dire , fur une des plus importantes
parties de l'adminiftration .
On a très-longtemps héfité avant
d'affeoir un Jugement & de déterminer
quel feroit celui d'entr'eux à qui la cou
ronne feroit décernée. Après bien des
débats , le premier Prix a été adjugé à
neuf Eléves qui font :
Les fieurs Dauvergne le cadet , Peti
te , Danne Thomas , tous les quatre
entretenus à l'Ecole par l'Intendant de
la Comté de Bourgogne.
JANVIER. 1764.
dant de Limoges.
phiné.
miens.
Les talens.
117
Barjollin entretenu par M. l'Inten-
Gay , par M. l'Intendant du Dau-
Beauvais , par M. l'Intendant d'A-
Danguien de Lyon , déja connu par
Et Chanu de la Province de Bourgo-
gne qui paroît empreffé de marcher fur
fes traces :
Ces neuf Eléves ont tiré au fort. Le
fieur Barjollin en a été favorifé ; mais
les huit autres Eléves n'ont pas dû être
moins fenfibles à la gloire qu'ils fe
font acquife.
Le fecond Prix a été adjugé à onze
Eléves qui font :
Les fieurs Girard & Graffet entrete-
nus à l'Ecole par M. l'Intendant de la
Comté de Bourgogne,
Mirat & Dupin , entretenus par M,
l'Intendant de Limoges.
Berthoux , entretenu par M. l'Inten-
dant du Dauphiné.
Preflier , par M. l'Intendant de Mou-
lins.
La Combe par M. l'Intendant de Bor-
deaux.
Chabert & Dechamps de la Ville de
Lyon.
118 MERCURE DE FRANCE.
Treitch, entretenu par M. l'Intendant
d'Auvergne,
Brachet , entretenu par la Province
de Bugey. Ce dernier a été favorisé par
le fort comme le fieur Barjollin , mais
ſes adverfaires ne fe font pas moins con .
cilié l'eftime du Public.
Les autres Eléves qui ont concouru
font les fieurs Defchaux , âgé de 12 ans,
de la Ville de Lyon & Defavenieres ,
de la même Ville.
Faure , l'aîné , entretenu par M. l'In-
tendant de Lyon.
Dauvergne , l'aîné & Beaumont , fils,
entretenu par M. l'Intendant de la Com-
té de Bourgogne.
Kamerlet , entretenu par la Ville de
Nancy.
Le premier acceffit a été adjugé aux
deux premiers , le fecond aux fieurs
Dauvergne , l'aîné , Beaumont , fils , &
Favre , l'aîné.
Le Public perfuadé que l'émulation
de ces vingt-fix concurrens excitera
celle des autres Eléves , s'attend au pre-
mier concours à en entendre un plus
grand nombre.
Le fieur Bredin , de la Ville d'Au-
xonne , ayant été occupé dans diverfes
Provinces & fe trouvant même actuelle-
JANVIRE. 1764.
119
ment dans la Xaintonge par ordre du
Miniftre , n'a pu concourir.
Les fieurs Pufenas , du Bourbonnois,
& Didney , de la Généralité d'Amiens
en ont été empêchés par une maladie,
Le fieur Moret de la Ville de Châlons-
fur-Saône, ne s'eft pas préfenté, attendu
la difficulté qu'il a de prononcer , & le
fieur Bloufard , de la Province de Breffe ,
attendu la difficulté qu'il a de s'expli-
quer. L'un & l'autre auroient pu entrer
en lice.
LE Mercredi, 23 Novembre, les
Eléves de l'Ecole Royale Vétérinaire
établie à Lyon fous la direction de M.
Bourgelat , donnerent en préfence d'une
Affemblée nombreufe & diftinguée
de nouvelles preuves de leur application
& de leurs progrès.
On procéda à la diftribution de deux
Prix qui furent difputés à la manière
accoutumée par vingt-fix d'entr'eux. M.
le Marquis de la Ferriere , Lieutenant
}
£ 14 MERCURE DE FRANCE.
Général des Armées du Roi & Séné
chal de Lyon , qui honora , ainfi que
M. l'Intendant & plufieurs perfonnes de
confidération , ce concours de fa pré-
fence , fit lui-même tirer au hazard les
billets cachetés qui contenoient diverſes
queftions fur la matière dont ces Eléves
devoient parler.
Les objets qui furent difcutés s'éten-
dirent à tout ce qui peut concerner le
choix des chevaux , d'après l'examen
de la franchiſe , de la liberté , de l'éga-
lité des mouvemens de leurs membres
dans leurs différentes allures & felon les
différens ufages auxquels on les defti-
ne ; à tout ce qui regarde le foin qu'ils
éxigent , foit dans le repos , foit dans
le voyage ; à des détails très-inftru&tifs
fur la qualité , le genre , & la quantité
des alimens qui leur conviennent ; fur
les attentions que demande l'entrepriſe
de multiplier & de perfectionner l'ef-
pèce de ces animaux dans des haras
parqués , ou dans des haras réſultant
de la difpofition des chevaux entiers dans
différens arrondiffemens ; fur les étalons
tant nationaux , qu'étrangers , dont on
peut ou dont on doit tirer race ; fur
ceux qui doivent être préférés , confi-
dération faite des climats & des lieux
JANVIER. 1764.
115
où il s'agit d'en faire le placement ; fur
le genre de vie auquel ils doivent être
tenus dans le temps & hors le temps de
la monte ; fur la néceffité & la manière
de croifer les races & d'appareiller les
figures & les qualités ; fur le choix &
le foin des Jumens poulinieres pleines
ou non pleines ; fur les inconvéniens qui
réfultent de l'habitude pernicieufe dans
laquelle on eft communément parmi
nous de les faire faillir & porter toutes
les années ; fur le temps le plus propre
à la monte ; fur les moyens les plus
fimples de la rendre fructueufe ; fur le
part , fur les voyes de parer à des avor-
temens très-fréquens ; fur la manière
d'opérer la délivrance de la cavale dans
les circonftances d'un part difficile & !a-
borieux
fur le traitement du poulain
qui vient de naître ; fur le temps de le
févrer ; fur les précautions à prendre
quand il doit l'être ; fur le temps de le
hongrer , lorfqu'on n'eft pas dans le def-
fein d'en obtenir des productions ; fur
le régime à lui faire obferver dans les
différentes périodes de fa jeuneffe &
jufqu'au moment où il devient cheval ;
fur l'éducation à lui donner ; fur la fa-
çon de l'apprivoifer & de le rendre obéif-
fant , familier & doux à l'homme , &c.
116 MERCURE DE FRANCE .
Tous ces mêmes points relativement
aux bêtes à cornes , aux bêtes à laine,
& aux autres animaux domeftiques &
des champs , feront pareillement appro-
fondis dans une féance indiquée au mois
de Mars prochain , l'hyver étant une
faifon trop précieufe pour ne pas l'em-
ployer toute entiere à l'étude de l'ana-
tomie & aux diffections.
Le Public n'a pas témoigné une moin-
dre fatisfaction de ce qu'il a entendu
dans cette affemblée , que de ce qu'il
avoit entendu , dans les autres ; il a pa-
ru qu'il voyoit avec un nouveau plai-
fir nombre d'Eléves déja en état de fer-
vir utilement dans les différentes Pro-
vinces du Royaume & d'y répandre de
véritables lumières fur les haras , c'eft-
à- dire , fur une des plus importantes
parties de l'adminiftration .
On a très-longtemps héfité avant
d'affeoir un Jugement & de déterminer
quel feroit celui d'entr'eux à qui la cou
ronne feroit décernée. Après bien des
débats , le premier Prix a été adjugé à
neuf Eléves qui font :
Les fieurs Dauvergne le cadet , Peti
te , Danne Thomas , tous les quatre
entretenus à l'Ecole par l'Intendant de
la Comté de Bourgogne.
JANVIER. 1764.
dant de Limoges.
phiné.
miens.
Les talens.
117
Barjollin entretenu par M. l'Inten-
Gay , par M. l'Intendant du Dau-
Beauvais , par M. l'Intendant d'A-
Danguien de Lyon , déja connu par
Et Chanu de la Province de Bourgo-
gne qui paroît empreffé de marcher fur
fes traces :
Ces neuf Eléves ont tiré au fort. Le
fieur Barjollin en a été favorifé ; mais
les huit autres Eléves n'ont pas dû être
moins fenfibles à la gloire qu'ils fe
font acquife.
Le fecond Prix a été adjugé à onze
Eléves qui font :
Les fieurs Girard & Graffet entrete-
nus à l'Ecole par M. l'Intendant de la
Comté de Bourgogne,
Mirat & Dupin , entretenus par M,
l'Intendant de Limoges.
Berthoux , entretenu par M. l'Inten-
dant du Dauphiné.
Preflier , par M. l'Intendant de Mou-
lins.
La Combe par M. l'Intendant de Bor-
deaux.
Chabert & Dechamps de la Ville de
Lyon.
118 MERCURE DE FRANCE.
Treitch, entretenu par M. l'Intendant
d'Auvergne,
Brachet , entretenu par la Province
de Bugey. Ce dernier a été favorisé par
le fort comme le fieur Barjollin , mais
ſes adverfaires ne fe font pas moins con .
cilié l'eftime du Public.
Les autres Eléves qui ont concouru
font les fieurs Defchaux , âgé de 12 ans,
de la Ville de Lyon & Defavenieres ,
de la même Ville.
Faure , l'aîné , entretenu par M. l'In-
tendant de Lyon.
Dauvergne , l'aîné & Beaumont , fils,
entretenu par M. l'Intendant de la Com-
té de Bourgogne.
Kamerlet , entretenu par la Ville de
Nancy.
Le premier acceffit a été adjugé aux
deux premiers , le fecond aux fieurs
Dauvergne , l'aîné , Beaumont , fils , &
Favre , l'aîné.
Le Public perfuadé que l'émulation
de ces vingt-fix concurrens excitera
celle des autres Eléves , s'attend au pre-
mier concours à en entendre un plus
grand nombre.
Le fieur Bredin , de la Ville d'Au-
xonne , ayant été occupé dans diverfes
Provinces & fe trouvant même actuelle-
JANVIRE. 1764.
119
ment dans la Xaintonge par ordre du
Miniftre , n'a pu concourir.
Les fieurs Pufenas , du Bourbonnois,
& Didney , de la Généralité d'Amiens
en ont été empêchés par une maladie,
Le fieur Moret de la Ville de Châlons-
fur-Saône, ne s'eft pas préfenté, attendu
la difficulté qu'il a de prononcer , & le
fieur Bloufard , de la Province de Breffe ,
attendu la difficulté qu'il a de s'expli-
quer. L'un & l'autre auroient pu entrer
en lice.
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935
p. 121-126
CATOPTRIQUE.
Début :
LES deux volumes du Mercure pour de mois d'Octobre dernier, offrent, [...]
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texteReconnaissance textuelle : CATOPTRIQUE.
CATOPTRIQUE.
LES deux volumes du Mercure pour
de mois d'Octobre dernier, offrent,
Monfieur , une Defcription très- inté-
reffante des merveilles de la Catoptrique :
mais ces jeux de la lumière étoient déja
très-connus ; & l'unique mérite des gla-
ces courbées de la nouvelle Manufacture
Royale , eft de rendre les effets des mi-
roirs concaves ou convéxes plus fenfi-
bles, & par conféquent plus curieux pour
de plus grand nombre de ceux qui aiment
à s'amuferen s'inftruifant. Il reste cepen-
dant bien d'autres découvertes , dont
des Sciences & lesArts tireroientun avan-
tage
confidérable. M. Berniere , Auteur
& Poffeffeur de la Manufacture de ces
Miroirs , me paroît être plus à portée que
perfonne de réfoudre un Probleme de
Catoptrique dont la folution a jufqu'ici
I. Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
épuifé la patience des Amateurs qui s'y
font appliqués. N'ayant point l'honneur
de le connoître , permettez - moi , Mon-
fieur , d'employer la voie de votre Jour-
nal , pour lui expofer le fait dont il s'agit.
Le Chevalier Kenelme Digby , dans
fon Traité de l'Immortalité de l'Ame`,
[ en Anglois , in-folio , Paris , chez Gilles
Blaizot , 1644 , & traduit en Latin , in-
folio , Paris , chez Villery & Joffe, 1651 .
On peut confulter l'original à la Biblio
thèque du Roi , R. 420 , & la Traduc-
tion , R. 421. ] fe propofe différentes
queftions fur la nature & l'effence de la
Lumière .
D'abord il prouve [ Tract I. de Naturá
Corporum , cap. 6 , 9. 3 , Edition latine ,
pag. 38. ] que la Lumière eft un corps;
1°. parce que [ §. 4. pag. 39. ] c'eft un
feu véritable : 2° . parce que [ 9.5.]le feu,
dans fa raréfaction , n'eft plus fimple-
ment qu'une lumière : 3°. parce que
[ §. 6. ] la lumière eft fufceptible , com
me tout autre corps , de degrès d'ac
croiffement & de décroiffèment, foit en
quantité , foit en qualité.
Que la lumière foit un feu , [ ibid.
cap. 7. ] le fait eft inconteftable ; puif-
que [ §. 1. ] elle eft chaude & échauf
fante. Si nous ne fentons point la cha
JANVIER. 1764.
123
leur de la lumière raréfiée , que nous ap-
pellons jour , c'eft [ § . 2. ] à cauſe de la
groffièreté de nos fens. L'Alcohol ne
s'enflamine- t-il pas , quoiqu'à raifon de
fa fubtilité , il ne puiffe caufer de brû-
lure ?
Le fçavant Digby , après avoir mis
toutes ces propofitions hors de la portée
du doute , fe fait une demande dont la
réponſe eſt une des plus fingulières énig
mes de la nature. Si la lumière eft un
feu , dit- il [ 9.7 ] , comme le feu elle a
donc befoin d'aliment ? Et puifque le
feu , en s'éteignant , laiffe une cendre
qui eft en quelque façon l'excrément &
la lie de fa nourriture , n'eft-il pas à pré-
fumer que la lumière , lorfqu'elle s'éteint,
doit de même laiffer des débris de la ma-
tière qui fervoit à fon entretien ? A l'oc-
cafion de cette difficulté , notre illuftre
Anglois rapporte l'expérience faite par
un de fes amis ; & c'eft celle que je pro-
pofe en Problême à M. Bernière , com-
me un chef-d'œuvre digne de lui.
Les rayons du Soleil [ § . 8. ] accumu.
lés dans un vaiffeau de cristal , & réunis
par une certaine difpofition de plufieurs
verres , y tombent en pouffière. Cette
poudre eft rouge, & même noire à force
d'être foncée en couleur. On en obtient
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
une quantité d'autant plus grande que
le Soleil eft plus ardent ; il ne faut que
quelques jours d'une vive chaleur pour
en avoir jufqu'à deux onces. Au refte ,
il n'y a aucun lieu de foupçonner que
cette matière puiffe provenir des atômes
qui flottent dans l'atmosphère ; car on
la voit croître infenfiblement dans un
vaiffeau vuide , bien fermé , & qu'on a
eu foin de tenir très- propre.
Mais , afin qu'on ne croye pas que je
prête rien à mon Auteur , citons fes pro-
pres paroles. Upon this occafion , i re-
member a rare experiment that a noble
man of much fincerity , and a fingular
friend of mine , told me he had feene :
Which was , that by meanes of glaffes
made in a very particular manner , and
artificially placed one by an other, he
had feene the fame beames gathered to-
gether , and precipitated downe into a
brownifch orpurplifch red pouder. There
could be nofallacy in this operation, &c.
C'eft-à-dire : Subit animum hac occafio-
ne memoria rari admodum experimenti
quod nobilis quidam virfidei finceriffi
ma , mihique amicitia conjunctiffimus
vidife fe affirmavit , vaforum vitreorum
ope , peculiari quodam modo factorum
& artificiosè difpofuorum collectos folis
JANVIER. 1764 .
125
radios in pulverem fufci coloris aut pur-
purei in rubrum vergentis , præcipitatos
fuiffe. Fraus nulla huic operationifubeffe
potuit ; nihil enim in vafis , antequam
difponerentur , continebatur , & c.
Cette incomparable expérience eft en-
core rapportée par une foule de Natura-
liftes , tels que Jean- Sigifmond Elsholt ,
Théophile Bonet , Adolphe - Chriftian
Baudouin , de l'Académie des Curieux
de la Nature. Mais tous , à ce qui me
femble , paroiffent ne l'avoir point ré-
pétée : Digby lui -même n'en parle que
d'après fon ami , feul témoin connu de
fon fuccès. L'honneur de l'invention
appartiendra donc à celui qui retrouvera
la manière de l'exécuter. J'en ai oui dif-
courir un Voyageur , qui prétendoit que
les Brames des Indes la fçavoient. Si ce-
la eft , les rayons font réfléchis dans le
vaiffeau par des miroirs de métal : car on
n'en a pas d'autres dans ces contrées.
Mais ce Voyageur s'expliquoit fi mal
qu'on n'y comprenoit rien.
Il eſt pro-
bable que c'est du choc des rayons , qui
viennent fe heurter par un chemin dia-
métralement oppofé , & qui s'entre-
tuent , fi j'ofe ainfi m'exprimer , que
naît cette poudre rougeâtre.
Quoiqu'il enfoit , M. Berniere eft trop
Fj
1
126 MERCURE DE FRANCE.
habile pour ne point faifir d'un feul coups
d'œil toutes les poffibilités ; & je ne
doute point qu'il ne fe confirme dans
l'idée que les rayons du Soleil , auxquels
on calcine l'antimoine & le plomb , ne
foient la vraie caufe de leur augmenta-
tion de poids , malgré les déchets énor
mes qu'ils fouffrent néceffairement dans
cette violente opération . Auffi dois-je
ajouter, pour plus ample éclairciffement,
que le Chevalier Digby nous apprend
que cette poudre s'incorpore très-aifé-
mentavec l'or, & le pénètre intimement.
[ Ibid. § . 8. Natura illi ( pulveri ) erat
mirèfubtilis , quæ ipfum etiam aurum ,
corporum omnium inter quæ verfamur
*
graviffimum acfolidiffimum , vi fuá , ut
..
fic dicam , fpirituali , penetraret. ] Et
parce que ce même phénomène arrive ,
fans nulle différence,aux chaux métalli→
ques préparées avec notre feu élémen-
taire , il s'enfuit évidemment que le feu ,
comme la lumière , engendre une pou-
dre pareille , & qu'il ne feroit peut- être
pas plus difficile à la Catoptrique de la
rendre vifible & palpable.
Je vous aurai une véritable obliga-
tion, Monfieur, fivous voulez bien avoir
la complaifance d'inférer ma Lettre dana
votre Mercure. Je fuis , &c.
LES deux volumes du Mercure pour
de mois d'Octobre dernier, offrent,
Monfieur , une Defcription très- inté-
reffante des merveilles de la Catoptrique :
mais ces jeux de la lumière étoient déja
très-connus ; & l'unique mérite des gla-
ces courbées de la nouvelle Manufacture
Royale , eft de rendre les effets des mi-
roirs concaves ou convéxes plus fenfi-
bles, & par conféquent plus curieux pour
de plus grand nombre de ceux qui aiment
à s'amuferen s'inftruifant. Il reste cepen-
dant bien d'autres découvertes , dont
des Sciences & lesArts tireroientun avan-
tage
confidérable. M. Berniere , Auteur
& Poffeffeur de la Manufacture de ces
Miroirs , me paroît être plus à portée que
perfonne de réfoudre un Probleme de
Catoptrique dont la folution a jufqu'ici
I. Vol.
F
122 MERCURE DE FRANCE.
épuifé la patience des Amateurs qui s'y
font appliqués. N'ayant point l'honneur
de le connoître , permettez - moi , Mon-
fieur , d'employer la voie de votre Jour-
nal , pour lui expofer le fait dont il s'agit.
Le Chevalier Kenelme Digby , dans
fon Traité de l'Immortalité de l'Ame`,
[ en Anglois , in-folio , Paris , chez Gilles
Blaizot , 1644 , & traduit en Latin , in-
folio , Paris , chez Villery & Joffe, 1651 .
On peut confulter l'original à la Biblio
thèque du Roi , R. 420 , & la Traduc-
tion , R. 421. ] fe propofe différentes
queftions fur la nature & l'effence de la
Lumière .
D'abord il prouve [ Tract I. de Naturá
Corporum , cap. 6 , 9. 3 , Edition latine ,
pag. 38. ] que la Lumière eft un corps;
1°. parce que [ §. 4. pag. 39. ] c'eft un
feu véritable : 2° . parce que [ 9.5.]le feu,
dans fa raréfaction , n'eft plus fimple-
ment qu'une lumière : 3°. parce que
[ §. 6. ] la lumière eft fufceptible , com
me tout autre corps , de degrès d'ac
croiffement & de décroiffèment, foit en
quantité , foit en qualité.
Que la lumière foit un feu , [ ibid.
cap. 7. ] le fait eft inconteftable ; puif-
que [ §. 1. ] elle eft chaude & échauf
fante. Si nous ne fentons point la cha
JANVIER. 1764.
123
leur de la lumière raréfiée , que nous ap-
pellons jour , c'eft [ § . 2. ] à cauſe de la
groffièreté de nos fens. L'Alcohol ne
s'enflamine- t-il pas , quoiqu'à raifon de
fa fubtilité , il ne puiffe caufer de brû-
lure ?
Le fçavant Digby , après avoir mis
toutes ces propofitions hors de la portée
du doute , fe fait une demande dont la
réponſe eſt une des plus fingulières énig
mes de la nature. Si la lumière eft un
feu , dit- il [ 9.7 ] , comme le feu elle a
donc befoin d'aliment ? Et puifque le
feu , en s'éteignant , laiffe une cendre
qui eft en quelque façon l'excrément &
la lie de fa nourriture , n'eft-il pas à pré-
fumer que la lumière , lorfqu'elle s'éteint,
doit de même laiffer des débris de la ma-
tière qui fervoit à fon entretien ? A l'oc-
cafion de cette difficulté , notre illuftre
Anglois rapporte l'expérience faite par
un de fes amis ; & c'eft celle que je pro-
pofe en Problême à M. Bernière , com-
me un chef-d'œuvre digne de lui.
Les rayons du Soleil [ § . 8. ] accumu.
lés dans un vaiffeau de cristal , & réunis
par une certaine difpofition de plufieurs
verres , y tombent en pouffière. Cette
poudre eft rouge, & même noire à force
d'être foncée en couleur. On en obtient
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
une quantité d'autant plus grande que
le Soleil eft plus ardent ; il ne faut que
quelques jours d'une vive chaleur pour
en avoir jufqu'à deux onces. Au refte ,
il n'y a aucun lieu de foupçonner que
cette matière puiffe provenir des atômes
qui flottent dans l'atmosphère ; car on
la voit croître infenfiblement dans un
vaiffeau vuide , bien fermé , & qu'on a
eu foin de tenir très- propre.
Mais , afin qu'on ne croye pas que je
prête rien à mon Auteur , citons fes pro-
pres paroles. Upon this occafion , i re-
member a rare experiment that a noble
man of much fincerity , and a fingular
friend of mine , told me he had feene :
Which was , that by meanes of glaffes
made in a very particular manner , and
artificially placed one by an other, he
had feene the fame beames gathered to-
gether , and precipitated downe into a
brownifch orpurplifch red pouder. There
could be nofallacy in this operation, &c.
C'eft-à-dire : Subit animum hac occafio-
ne memoria rari admodum experimenti
quod nobilis quidam virfidei finceriffi
ma , mihique amicitia conjunctiffimus
vidife fe affirmavit , vaforum vitreorum
ope , peculiari quodam modo factorum
& artificiosè difpofuorum collectos folis
JANVIER. 1764 .
125
radios in pulverem fufci coloris aut pur-
purei in rubrum vergentis , præcipitatos
fuiffe. Fraus nulla huic operationifubeffe
potuit ; nihil enim in vafis , antequam
difponerentur , continebatur , & c.
Cette incomparable expérience eft en-
core rapportée par une foule de Natura-
liftes , tels que Jean- Sigifmond Elsholt ,
Théophile Bonet , Adolphe - Chriftian
Baudouin , de l'Académie des Curieux
de la Nature. Mais tous , à ce qui me
femble , paroiffent ne l'avoir point ré-
pétée : Digby lui -même n'en parle que
d'après fon ami , feul témoin connu de
fon fuccès. L'honneur de l'invention
appartiendra donc à celui qui retrouvera
la manière de l'exécuter. J'en ai oui dif-
courir un Voyageur , qui prétendoit que
les Brames des Indes la fçavoient. Si ce-
la eft , les rayons font réfléchis dans le
vaiffeau par des miroirs de métal : car on
n'en a pas d'autres dans ces contrées.
Mais ce Voyageur s'expliquoit fi mal
qu'on n'y comprenoit rien.
Il eſt pro-
bable que c'est du choc des rayons , qui
viennent fe heurter par un chemin dia-
métralement oppofé , & qui s'entre-
tuent , fi j'ofe ainfi m'exprimer , que
naît cette poudre rougeâtre.
Quoiqu'il enfoit , M. Berniere eft trop
Fj
1
126 MERCURE DE FRANCE.
habile pour ne point faifir d'un feul coups
d'œil toutes les poffibilités ; & je ne
doute point qu'il ne fe confirme dans
l'idée que les rayons du Soleil , auxquels
on calcine l'antimoine & le plomb , ne
foient la vraie caufe de leur augmenta-
tion de poids , malgré les déchets énor
mes qu'ils fouffrent néceffairement dans
cette violente opération . Auffi dois-je
ajouter, pour plus ample éclairciffement,
que le Chevalier Digby nous apprend
que cette poudre s'incorpore très-aifé-
mentavec l'or, & le pénètre intimement.
[ Ibid. § . 8. Natura illi ( pulveri ) erat
mirèfubtilis , quæ ipfum etiam aurum ,
corporum omnium inter quæ verfamur
*
graviffimum acfolidiffimum , vi fuá , ut
..
fic dicam , fpirituali , penetraret. ] Et
parce que ce même phénomène arrive ,
fans nulle différence,aux chaux métalli→
ques préparées avec notre feu élémen-
taire , il s'enfuit évidemment que le feu ,
comme la lumière , engendre une pou-
dre pareille , & qu'il ne feroit peut- être
pas plus difficile à la Catoptrique de la
rendre vifible & palpable.
Je vous aurai une véritable obliga-
tion, Monfieur, fivous voulez bien avoir
la complaifance d'inférer ma Lettre dana
votre Mercure. Je fuis , &c.
Fermer
936
p. 195-203
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Début :
Le premier volume divisé en deux Parties, renferme les principes physiques de l'Auteur ; [...]
Mots clefs :
Origines de l'univers, Savants, Matière, Mouvement, Cause, Effet, Forces, Physique, Astronomie, Astres, Espace, Terre, Minéraux, Métaux, Météorologie, Végétaux, Animaux, Insectes, Homme
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
SUPPLÉMENT aux Nouv . Littéraires.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
ANNONCE d'une Hiftoire Naturelle à
l'imitation de PLINE ; précédée d'un
nouveau fyftême de Phyfique ,fur les
Principes de la Nature , pour rendre
raifon des effets les plus curieux , &
les plus extraordinaires , qui fe trouvent
depuis la hauteur des Cieuxjufqu'au
centre de la Terre . Cet Ouvrage
formera fept volumes in-4°. ilfera
orné de planches & de figures concer➡
nant l'Hiftoire Naturelle.
Le premier volume divisé en deux Parties , rena E
ferme les principes phyfiques de l'Auteur ; & on
y expofe les divers fentimens des anciens Philofophes
fur l'origine de l'Univers ; le matérialiſme
y eft réfuté , ainfi que l'opinion de quelques Sçavans
modernes fur ce point. On entre enfuite
en matiere , & on explique de quelle maniere
les élémens fenfibles , qui ne font que trois
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
dans ce fyftême , l'air, l'eau & la terre , peuvent
être produits par la premiere mmaattiieerree , ou pro
prement dite matière-éthérée : 0
Les qualités élémentaires font l'objet d'un dé
tail particulier & très- étendu , on traite de leurs
effets , & de quelle maniere elles feré- peuvent
foudre & rentrer dans le fein de la premiere ſubftance
qui les produit continuellement.
On traite fucceffivement du feu & de la lumiere,
des fenfations & des Elprits animaux qui meuvent
les organes des fens ; & l'explication des principes
des Philofophes chymiftes , fait la conclufion ,
de cette premiere Partie.
La feconde renferme un traité complet fur le
mouvement , dont l'objet eft l'examen du principe
& de la caufe du mouvement , qu'allez volontiers
on confond avec le mouvement local ſenſible. On
fait connoître auffi diftinctement qu'il eft poffible,
que ce principe eft uni effentiellement , & inféparablement
à la matière , malgré l'opinion des
Cartefiens , qui veulent perfuader que ce mouvement
n'eft qu'un pur être de raifon c'eft- à-dire
un être entiérement détaché de la matière fubtile
, dont le monde felon eux eft, compofé , & qui
n'eft communiquable que par le feul contact.
Après avoir fait connoître la différence qu'il y
a dans le mouvement , entre la caufe & l'effet , on
paffe aux preuves de ce qu'on avance , & on rap
porte divers éxemples du mouvement local , ce
qui donne une parfaite conviction de la force de
la matière éthérée , en qui feule réfide le principe
du mouvement , & par le feul moyen de laquelle
les corps graves peuvent fe mouvoir.
On prouve clairement que les corps graves ne
peuvent être mûs que de deux manières. 1. Par
eux-mêmes , lorfqu'ils font en poffeffion de cette
JANVIER. 1764. 197
force motrice qui leur fait faire l'action du mouvement
local. 2. Lorsqu'ils n'ont pas en eux cette
puifance particulière ; & qu'il arrive néanmoins
qu'ils fe meuvent encore pendant quelque temps.
C'eft fur ce principe qu'un corps ne peut fe mouvoir
que par lui-même , ou par l'impulfion d'un
autre , qu'on paffe à l'explication du fyftême propolé.
On éxamine d'abord de quelle manière la continuation
du mouvement des corps graves , attribuée
par les Cartefiens à leur prétendue commu
nication du mouvement , peut fe faire par l'unique
moyen des impulfious de l'élément de l'eau ,
& on obferve auffi , comment ces mêmes corps
graves peuvent être mûs par les impulfions de l'air
feul , & de cet élément aidé par le feu.
Les mouvemens produits par les impulfions du
feu élémentaire , tels que font la foudre & les
autres météores enflammés , font l'objet d'un
Chapitre particulier. On explique après , quel eft
le mouvement des corps graves vers le centre d'e
ta terre qu'on appelle pefanteur , & on rend des
Taifons phyfiques de la caufe & de l'accélération de
ce mouvement.
L'ASTRONOMIE fait le fujet du fecond volume.
On y rapporte les obfervations les plus curieufes
qui ont été faites jufqu'à préfent dans le ciel . On
entre en matière fur ces différens fyltêmes aftronomiques
, & on fe détermine en faveur de celui
d'Archytas, Philofophe Pythagoricien , renouvellé
de nos jours par Copernic.
Après avoir éxaminé en général le tourbillon
du foleil , on entre dans un détail plus particuhier
, c'eft-à- dire par la confidération de cet Aftre
regardé aujourd'hui dans l'hypothèſe du monde ,
comme une fimple étoile fixe , qui brille de fa
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
propre lumière. Enfuite on recherche foigneufe
ment quelle peut être la nature & la compofition
de ce globe lumineux , ainfi que celle des
planettes qui tournent autour de lui , fans oublier
les fatellites ou lunes qui en accompagnent
une partie.
A la fuite de la defcription des aftres renfer
més dans le Tourbillon folaire , on donne un calcul
éxact de leurs diſtances du ſoleil , auffi bien
que celui de leurs mouvemens
foit fur euxmêmes
, foit autour de cet aftre qui eft leur cen
we commun.
>
*
On parle auffi des comettes connues ; on rap
porte à cet égard les différens fentimens des plus
grands Aftronomes fur la nature de ces espèces de
planettes errantes , & on hazarde là- deſſus fes
propres conjectures .
Les découvertes qui ont été faites dans les
cieux des étoiles fixes , engagent de rapporter hiſtoriquement
tout ce qu'on y a obſervé de plus nou
veau depuis près de deux fiécles .
On fait un récit intéreffant de ces eſpaces , ou
nuages lumineux , qui font très- fixes , qu'on a obfervé
parmi les étoiles , depuis l'invention des lu
nettes & des télescopes.
En un mot on entre dans un détail circonftan
cié fur tout ce qui concerne les corps céleftes
& on termine par l'éxamen de l'atmosphère de
la terre , connu auffi ſous le nom de la région des
vapeurs ; ce qui conduit infenfiblement a parler
des foudres , des météores , des iris ou arcs- enciel
, des aurores boréales , &c .
La Terre confidérée aujourd'hui dans le ſyſtême
folaire , comme une Planette particuliere , qui
roule dans les airs , devient l'objet du trojfiéme
volume.
JANVIER. 1764. Tog
On examine d'abord en général la compofi
tion de ce globe. On recherche avec foin juf
qu'où pouvoient aller les connoiffances géographiques
que nos Anciens en avoient. La décou
verte de l'Amérique , ainſi que de divers autres
endroits dont on n'avoit autre fois aucune notion
, donnent lieu à une narration auffi étendue
qu'intéreffante.
Les inégalités de la terre qu'on appelle montagnes
, leur origine , leur figure & les fingularités
que quelques- unes d'elles renferment dans leur
intérieur , donnent champ à une longue defcription.
Le récit hiftorique des plaines , des déferts
fabloneux & des forêts , forme un Chapitre particulier.
Après avoir parlé de ce qu'il y a de plus remar
quable fur la fuperficie du globe terreftre , on s'attache
à donner quelque connoiffance de fon inté →
rieur. On commence par les feux que la terre renferme
dans fon fein , & la deſcription qu'on fait
des plus terribles Volcans , engage à examiner
par quel moyen ces feux peuvent s'entretenir & fe
perpétuer contiuuellement , & on en rend phyfiquement
raifon conformément aux principes que
nous avons d'établis .
On donne une explication fur les caufes générales
des tremblemens de terre , & on rapporte
là- deffus , les différens fentimens des plus célébres
Philofophes de l'Antiquité.
Après avoir prouvé que la terre renferme dans
fon fein une grande quantité de feux , on démontre
avec clarté qu'elle eft également pénétrée de
fouffres , qui , en paffant auprès de ces fournaifes
ardentes , acquiérent une chaleur fenfible. Les fontaines
d'eau chaude minérales , qu'on trouve en
différens endroits , qui pour la plûpart ont des ver-
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
as fpécifiques & fingulières , font l'objet d'une
relation fort circonftanciée .
En continuant d'examiner l'intérieur du Globe ,
on fait obferver évidemment que l'eau qui le pénétre
de toutes parts , l'emporte de beaucoup fur
le feu qu'il renferme , ce qui eft juſtifié par le dérail
qu'on fait des eaux d'un grand nombre de rivieres
, de lacs , & de différentes mers qui vont fe
perdre dans la terre pour reparoître après dans
des lieux fort éloignés.
Enfin , après quelques obfervations particulieres
fur les parties qui conftituent le globe terreſtre
on conclut par un traité fort curieux des
changemens qui y arrivent , ou qui y font arrivés.
L'Hiftoire Minérale & Métallique fait le fujet
du quatriéme volume. On propofe d'abord un fentiment
fur la génération du fel , après quoi on en
examine toutes les propriétés.
On fait mention de toutes les minieres qui nous
font connues , auffi bien que de tous les endroits
où l'on tire du fel.
La formation du fable , & les différences qui
s'y rencontrent , font l'objet d'un article curieux .
On paffe immédiatement à la compofition des
autres corps fecs , plus confidérables par leur
grandeur ; tels que font les pierres , tant opaques
que transparentes. Les premieres font d'abord le
fujet de nos recherches physiques , & on donne
des raifons fur leur production.
A la fuite de tous ces récits , on trouve un fyltême
tout- à- fait neuf, fur l'aiman , par le moyen
duquel on peut facilement rendre des raisons probables
de tous les phénomènes que produit cette
merveilleufe pierre.
On traite en particulier de la génération des
Métaux & des Minéraux , dont on explique la naJANVIER.
1764. 201
ure & la compofition , & on finit par l'hiftoire
exacte des pays & des mines où ils fe trouvent.
Le cinquième volume renferme une hypothèſe
nouvelle , touchant le flux & reflux de la mer , où
l'on raifonne d'une manière fenfible , d'un effet
auffi merveilleux ; effet dont on a peu pénétré jufqu'aujourd'hui
les véritables cauſes.
On s'attache enſuite à connoître ce qui peut
occafionner les tempêtes & les autres météores de
la mer les exemples qu'on rapporte là - deffus ,
prouvent non feulement la vérité de ce qui a été
avancé ; mais ils donnent encore de parfaites
connoiffances de ce qui peut produire les mouve
mens orageux de cet élément .
Après cet examen on explique de quelle maniere
fe forment les pluyes ordinaires , & on rend
raifon de celles qu'on ne confidere que comme
furnaturelles , qui font par exemple , les pluyes
de fang , de pierre , d'animaux , de cuivre , &c, ce
qui fait le fujet d'une defcription fort détaillée .
La matière conduit infenfiblement à parler de
l'origine des fources , des rivières , des lacs & des
fontaines. Ce qui fuit , préſente une relation trèsamufante
de tout ce qu'il y a de plus curieux dans
le genre des liquides , c'eſt-à-dire , des lacs , des
fontaines & des viviers qui ont quelque propriété
fingulière.
On fait une recherche phyfique des Végétaux ,
& on donne fur leur génération un ſyſtême particuliers
après quoi on en vient à un autre examen ,
fçavoir , fi les plantes peuvent avoir du fentiment ,
& quel peut être en lui- même ce fentiment : on
termine cette digreffion par un récit de toutes
celles qui peuvent évidemment le prouver.
L'hiftoire particuliere de ce qu'il y a fur la terre
de plus remarquable en ce genre ; la deſcription
1 v
202 MERCURE DE FRANCE.
des Coralloïdes , & de beaucoup d'autres plantes
marines , jointe à celle de quelques Végétaux qui
Le pétrifient , fait la conclufion de ce volume.
Dans le fixiéme on éclaircit d'abord une matière
très-obfcure en elle - même ; c'eft la génération des
animaux. On commence par examiner celle des
quadrupedes. Après avoir expofé le fentiment
de nos Modernes fur la génération , on faitvoir
évidemment , combien tous fe font écartés des lumieres
que le célébre Harvée avoit répandues far
un fujet auffi important.
En fuivant pas à pas ce grand Naturaliſte , on
continue de rechercher avec foin de quelle ma→
niere fe fait la production des volatilles , & o
prouve par des expériences réitérées , que l'animal
ne fe manifefte pas par le feul développe
ment de fes parties , quoiqu'infiniment petites &
très-exiftantes , comme on le foutient hautement
aujourd'hui ; mais qu'elles font toutes en général
formées & perfectionnées fucceffivement.
On traite auffi en particulier de la génération:
des reptiles , des poiffons , des huîtres , & de quelques
autres coquillages. L'hiftoire fuivie de tout
ce qu'il y a de plus curieux dans ces différens gen
res d'animaux , fait le fujet de plufieurs Chapitres
intéreffans .
Les Infectes connus , auffi bien que ceux qui ne
font vifibles que par le fecours du microſcope
deviennent à leur tour l'objet d'un Article particulier.
Après avoir examiné en quoi confifte l'inftinet
& le difcernement , on paffe aux preuves dufen
timent des Bétes ; c'eft dans cette digreffion fufceptible
de toute la curiofité d'un vrai Phyficien
qu'on prouve par un grand nombre d'exemples,
l'abfurdité du Cartéfianiſme fur ce point,
JANVIER . 1764. 203
Enfin on trouve dans ce feptiéme & dernier
volume , un ſyſtême nouveau fur la nature & l'origine
des vents en général , & on donne à la
fuite des obfervations particulières fur les vents
réguliers qui foufflent communément vers certains
endroits , dans certaines faifons de l'année
tels que font les alifées , les mouffons , &
plufieurs autres.
:
On termine par un Traité particulier , ou
on examine fcrupuleufement & dans le plus
grand détail quelles peuvent être les cauſes
de l'amitié & de l'inimitié qui régnent entre les
hommes.
On conclut cet Ouvrage par une differtation
particulière dont l'homme feul eft l'objet , où on
le confidère exactement dans toute l'étendue de
fa définition , c'eſt - â-dire comme animal & con
me raiſonnable.
Cet Ouvrage fera propofé par foufcriptions.
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Résumé : SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
Le document annonce une Histoire Naturelle en sept volumes, inspirée par Pline, précédée d'un nouveau système de physique expliquant les phénomènes naturels depuis les cieux jusqu'au centre de la Terre. Le premier volume, divisé en deux parties, expose les principes physiques de l'auteur et réfute le matérialisme ainsi que certaines opinions modernes. Il traite des éléments sensibles (air, eau, terre) produits par la matière éthérée, des qualités élémentaires, du feu, de la lumière, des sensations et des esprits animaux. La seconde partie examine le mouvement, son principe et sa cause, en opposition à l'opinion des Cartésiens, et prouve que les corps graves peuvent être mus par eux-mêmes ou par des impulsions extérieures. Le second volume aborde l'astronomie, rapportant les observations célestes et adoptant le système d'Archytas, renouvelé par Copernic. Il décrit le soleil, les planètes, les satellites, les comètes et les étoiles fixes, ainsi que les phénomènes atmosphériques comme les foudres et les aurores boréales. Le troisième volume traite de la Terre, considérée comme une planète dans le système solaire. Il explore la composition du globe terrestre, les montagnes, les plaines, les déserts, les forêts, et les phénomènes internes comme les volcans, les tremblements de terre et les sources d'eau chaude. Il conclut par un traité sur les changements géologiques. Le quatrième volume couvre l'histoire minérale et métallique, expliquant la génération du sel, des minéraux, des pierres et des métaux. Il propose un système nouveau sur l'aimant et décrit les mines et les propriétés des métaux. Le cinquième volume présente une hypothèse sur le flux et reflux de la mer, les tempêtes marines et les pluies naturelles ou surnaturelles. Il explore l'origine des sources, des rivières et des lacs. Le sixième volume traite de la génération des animaux, des quadrupèdes, des volatiles, des reptiles, des poissons et des insectes. Il examine également le sentiment et l'instinct des animaux, réfutant le cartésianisme. Le septième et dernier volume propose un système nouveau sur la nature et l'origine des vents, détaillant les vents réguliers comme les alizés et les moussons. Il se conclut par un traité sur les causes des vents.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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936
SUPPLÉMENT aux Nouv. Littéraires. ANNONCE d'une Histoire Naturelle à l'imitation de PLINE ; précédée d'un nouveau systême de Physique, sur les Principes de la Nature, pour rendre raison des effets les plus curieux, & les plus extraordinaires, qui se trouvent depuis la hauteur des Cieux jusqu'au centre de la Terre. Cet Ouvrage formera sept volumes in-4°. il sera orné de planches & de figures concernant l'Histoire Naturelle.
937
p. 51
LOGOGRYPHE.
Début :
LECTEUR, je ne sçaurois paroître [...]
Mots clefs :
Spectre
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
JV
LECTEUR , je ne sçaurois paroître
Sans vous caufer beaucoup d'eff: oi,
Tranfpofez quelques pieds , je n'appartiens qu'au
Roi.
C'en eft affez pour me connoître,
51
Par M. LAGACHE fils , à Amiens .
JV
LECTEUR , je ne sçaurois paroître
Sans vous caufer beaucoup d'eff: oi,
Tranfpofez quelques pieds , je n'appartiens qu'au
Roi.
C'en eft affez pour me connoître,
51
Par M. LAGACHE fils , à Amiens .
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939
p. 104-105
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
Début :
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur du Roi pour les Instrumens de Mathématiques, [...]
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texteReconnaissance textuelle : NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES qu'on peut orienter sans le secours de la Boussole.
NOUVEAUX CADRANS SOLAIRES
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
qu'on peut orienter sans le secours
de la Boussole.
LE Sieur BARADELLE, Ingénieur
du Roi pour les Instrumens de Mathématiques,
demeurant à Paris.
>
Quai de l'Horloge du Palais , à l'en-
feigne de l'Obfervatoire , donne avis
qu'il a conftruit huit Cadrans verticaux
qu'on peut orienter fans le fecours de
la bouffole. Ces Cadrans font collés
fur une feuille de carton de la gran-
deur d'un in-8°. Ils marquent l'heure
par le moyen d'une pinule de peau &
d'un fil à plomb avec une perle qu'on
fait gliffer fur les jours du mois. C'eft
un invention de feu M. de la Hire
qui eft connue & eftimée fous le nom
de la Harpe de M. de la Hire . Les lieux
pour lesquels ces Cadrans font conftruits,
font 1. Paris. 2. Marfeille & Bayonne. 3
Turin & Bordeaux. 4. Lyon . 5. Dijon
& Tours. 6. Vienne en Autriche &
Breft. 7. Rheims & Rouen. 8. Amiens.
Ils peuvent fervir non-feulement pour
1
JANVIER. 1764.
105
tous les lieux qui ont la même latitude,
mais encore pour tous ceux qui n'en
différent que d'un quart ou d'un tiers
de degrés en deffus & en deffous de
chacun de ces Cadrans nommés ci-
deffus ; parce que cette différence n'eft
pas fenfible. Ces Cadrans font tracés
gravés & faits fort proprement : leur
ufage fe trouve derrière le carton fur
lequel ils font collés. L'on y trouve auffi
les temps des Equinoxes de Printemps
& d'Automne , ceux des folftices d'Eté.
& d'Hyver ; on peut encore par leur
moyen , connoître l'heure du lever &
du coucher du folei!. Le prix de cha-
cun de ces Cadrans , eft de 2 liv..
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940
p. 113-139
RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
Début :
MESSIEURS, JE viens soumettre à votre Jugement de légères Réfléxions [...]
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texteReconnaissance textuelle : RECHERCHES historiques sur les Casques & sur quelques Vêtemens des Anciens ; lûes à l'Assemblée de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
RECHERCHES historiques sur les Casques
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
& sur quelques Vêtemens des Anciens ;
lûes à l'Assemblée de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture,
le 31 Décembre 1763. Par M. D. B.
32
MESSIEURS,
JE viens soumettre à votre Jugement
de légères Réfléxions sur les Coëffures
militaires & fur quelques Vêtemens des
Anciens. Trop peu verfé dans la fcience
des difcuffions pour prendre le ton d'An-
tiquaire , je n'envifagerai ces objets du
114 MERCURE DE FRANCE.
coftume que relativement à l'intérêt de
nos Arts.
Le penchant naturel aux hommes de
veiller à leur confervation , fuggéra aux
plus induſtrieux le foin de pourvoir à la
commodité des vêtemens , immédiate-
ment après qu'ils eurent pourvu aux
moyens de la fubfiftance. Leurs pre-
mières précautions n'eurent en vue que
l'ajustement du corps. La cocffure natu-
relle les difpenfoit de chercher d'autres
parures , pour garantir leur tête de l'in-
commodité des faifons. A peine les Pa-
triarches , que l'âge rendoit fenfibles aux
viciffitudes ordinaires , portoient de lé-
gères bandes de lin , dont ils ceignoient
leur front en guife de turban , pour-com-
penfer le dépériffement des cheveux. La
chauffure des Anciens fe réduifoit à des
demi- bottines , terminées par des fan-
dales
précaution indifpenfable à des
hommes que leur état , leur profeffion
& leur goût foumettoient à des fatigués
continuelles.
Telle étoit la fituation des premiers
habitans de l'univers , tant qu'ils ne fu-
rent occupés que du befoin de leur éxif-
tance. Mais dès que l'ambition leur inf-
pira des motifs de cupidité , qu'ils s'avi-
ferent de vouloir augmenter leurs richeſ
JANVIER. 1764.
Bry
fes en étendant leurs domaines , & que
La loi du plus fort parla plus haut dans
leur cœur que la voix de la raiſon & de
l'équité, ils penfèrent à s'armer , pour
ainfi dire , de pied en cap , à garantir
toutes les parties de leur corps , & à fe
précautionner contre les traits de ceux.
dont ils fe propofoient d'ufurper les pof-
feffions. Les inftrumens de la vengeance,
les bâtons , les haches , les flèches , les
maffues leur faifoient craindre des coups
trop violens , pour ne leur oppofer que
les fecours de la nature.
Il fallut avoir recours à l'induſtrie. Le
fecret de réduire le fer en lames , & de
fondre les métaux pour en former des
coeffures n'étoit point encore trouvé.
L'dée que les audacieux mortels avoient
de la fupériorité de leurs forces , les arma
contre les paifibles habitans des forêts.
La préfomption leur perfuada qu'ils fub-
jugueroient aifément des êtres affectés
*
d'une ftupidité invincible. Ils leur ten--
dent des piéges , les attaquent , les for-
cent dans leurs tanières ; ils en devien--
nent vainqueurs , & fe propofent dès-
lors de fe vêtir de leurs dépouilles.
Le premier ufage qu'ils en firent fut
de s'en couronner. On vit la tête de la
bête féroce fervir de coëffure à fon meur-
116 MERCURE DE FRANCE.
trier. I fatisfaifoit ainfi tout-à-la-fois
fes befoins & fon orgueil. En arborant
cette marque de fa victoire fur un animal
redoutable , il croyoit paroître redouta-
ble lui- même aux yeux de fes ennemis .
Cette coëffure , qui vraisemblable-
ment a précédé l'invention des Cafques ,
en a étéle premier modèle. Tous les mo-
numens de l'Antiquité atteftent que les
hommes ont confervé dans leurs coëf-
fures militaires l'idée des animaux les
plus hideux & les plus féroces , ou les
plus nobles & les plus utiles. Herodote
nous apprend , que les Ethiopiens por-
toient des Cafques faits de la peau d'une
tête de cheval : les oreilles & la crinière
y étoient jointes. Les anciens Gaulois
formoient les leurs de la dépouille d'une
tête de bœuf, dont la crinière fervoit
d'aigrette. Les Milyens n'étoient coëffés
qu'avec des bonnets faits de peaux de
toutes fortes de bêtes fauvages.
Après même que les métaux furent
employés à former des armures,plufieurs.
peuples confervèrent dans leurs coëffures
militaires des portions de la tête & fur-
tout le muffle des animaux, dont ils ne
portoient plus les dépouilles. Les Thra-
ciens Afiatiques avoient des Cafques
d'airain , avec des oreilles & des cornes
JANVIER. 1764.
117
de boeuf. Le Brun , cet Artifte érudit .
qui fçut unir fous fon pinceau les véri-
tés hiſtoriques aux bienféances du coftu-
me , a ainfi coëffé , dans fon Paffage du
Granique ( a ) , un Cavalier qui s'élance
fur la rive. Tout le monde fçait qu'une
pareille coëffure étoit l'attribut de Jupi-
ter Ammon. Comment les hommes ne
fe feroient-ils pas fait gloire d'avoir une
parure qu'ils donnoient même à leurs
Dieux ?
Non-feulement les Anciens ména-
geoient à leurs Cafques des ornemens
qui annonçoient la première origine de:
cette armure , mais encore ils affocioient
au métal dont il les formoient,la peau de
la tête de quelque bête fauvage. L'éxem-
ple en eft offert dans plufieurs monu-
mens antiques , & fingulièrement dans
un Cafque élégamment adapté au tro-
phée de la Victoire , placé au pont-tour-
nant du Jardin des Thuileries.
Loin de regarder cet affortiment com-
me l'ouvrage de l'imagination ou du ca-
price de l'habile Coëzevox , nous devons
l'envifager comme une judicieufe imita-
tion de l'Antique. La Colonne érigée
en l'honneur de Trajan , préfente un
(a ) Un des Tableaux des Batailles d'Alé-
xandre.
118 MERCURE DE FRANCE.
nombre infini de foldats coëffés indiffé-
remment avec des peaux de bêtes féro-
ces , & avec des cafques de fer à demi-re-
couverts de femblables dépouilles, Cette
pratique eft répétée dans les bas-reliefs
de la Colonne Antonine , & déposée
dans d'innombrables monumens , que
nous ont tranfmis les fiécles les plus re-
culés.
L'envie de fe donner un air formida-
ble fit naître aux Nations barbares (b) le
deffein de fe former des coëffures monf-
trueuſes , tant par la repréſentation des
animaux choifis dans les espèces malfai-
fantes , que par les horribles crinières que
ces Peuples mettoient à leurs Cafques.
L'idée de cette bifarrerie eft judicieuſe
à quelques égards un ennemi effrayé
eft prèfqu'àdemi vaincu . C'eft dans cette
vue que ces Nations portoient dans leurs
enfeignes militaires des figures d'ani-
maux terribles , ou d'objets capables
d'intimider. Les Phrygiens arboroient un
(b ) Les Romains appelloient Barbares tous
les Peuples , hormis les Grecs & ceux qui vivoient
fous leurs loix. Les Barbares fe faifoient honneur
de cetitre. Il ne fignifioit autre chofe que : Peuple
exempt de la domination des Romains , & n'avoit
aucun rapport avec l'idée de cruauté que cette ex-
preffion nous préfente aujourd'hui.
·
JANVIER. 1764.
114
fanglier , les Gotgs un ours , les Daces
un dragon , les Thraciens la figure de la
mort. Ces Peuples s'accoutumoient ainfi
à ne s'effrayer de rien . Ils fe familiari-
foient avec les fpectacles les plus affreux,
& infpiroient aux foldats la hardieffe &
la férocité des monftres qui leur fer-
voient d'etendarts.
Inſpirer la terreur , éguillonner le cou-
rage,n'étoient pas les feuls motifs que les
Anciens fe propofoient dans la forme
effrayante de leurs Cafques. Les crêtes
redoutables & tranchantes , faites de
lames d'airain , dont les Etrufques ar-
moient leurs coëffures , les pointes fortes
& extrêmement aiguës dont ils les hérif-
foient , transformoient en arme offenfive
un objet qui ſembloit ne devoir fervir
qu'à la défenſe du foldat. Par cet arti-
fice , les combattans fe ménageoient la
double reffource de parer des coups:
meurtriers , & de bleffer les ennemis qui
auroient voulu les forcer à fe rendre (c).
Statagême victorieux pour ſe dégager
de leurs mains !
Quelle variété les Nations Orientales
& les Peuples du Nord n'employèrent
ils pas dans leurs coëffures militaires ? Le
(c) Recueil d' Antiq. par M. le C. de Caylus
Tom. III. pag. 64.
120 MERCURE DE FRANCE .
bois , les nerfs tiffus , le fer , l'airain fer-
virent indifféremment àla conftruction
de ces armures. On leur donna les di-
verfes formes de bonnets , de demi-
fphère , de corno - phrygien & dethiare.
Celle- ci étoit plus ordinairement prati-
quée par les Daces , par les Sarmates ;
& les Parthes , qui la tenoient des Per-
fes , & n'en connoiffoient point d'autres.
Ces Cafques , qui s'élevoient en cône
étoient allongés d'une pièce qui s'éten-
doit entre les deux épaules , où elle finif-
foit en fe rétréciflant. Elle garantifſoit
le foldat des coups que l'ennemi lui
por-
toit fur le col , par préférence , dans le
deffein de lui abattre la tête. La coutume
établie chez les Romains de montrer au
Général la têted'un Barbare, pour obtenir
la récompenfe de leur valeur , avoit fans
doute fuggéré cette précaution à leurs en-
nemis.En combien d'endroits desColon-
nes Trajane & Antonine ne voit-on pas
des Romains montrant à l'Empereur des
têtes qu'ils ont coupées à leurs ennemis ;
des foldats ayant entre leurs dents des tê-,
tes qu'ils tiennent fufpendues par les che-
veux , tandis qu'ils en coupent d'autres ?
Raphaël , le Brun , dans leurs Batailles
de Conftantin , Rubens , dans fon.Com-
bat des Amazones , ont enrichi leurs
compofitions
JANVIER. 1764.
121
compofitions de ces images pathétiques
imitées d'après les Anciens : ils fe les font
appropriées par la manières de les rendre.
Beau privilége des Modernes , dont il
eft louable de fçavoir uſer à propos !
L'attention des Barbares à ne faire
ufage que des inventions utiles , leur fit
négliger la recherche de celles qui ne
leur paroiffoient être que de pur agré-
ment. Ils ne mirent fur leurs Cafques ,
ni riches aigrettes , ni panaches éclatans.
Ils ne fe formèrent des crinières qu'avec
des queues de chevaux flottantes , éta-
blies fur la figure de quelque griffon ou
autre monftre. Ce font eux qui nous ont
particulièrement confervé l'idée de la
première origine des Cafques. On en
trouve cependant encore différentes em-
preintes dans les coëffures militaires des
Grecs & des Romains , malgré la réfor-
me qu'ils y ont faite de certains objets
effrayans , plus capables d'infpirer la fé-
rocité , que de ranimer la valeur.
C'est l'annobliffement ,' la richeffe des
Cafques , leur utilité , & quelques avan-
tages particuliers qui déterminèrent les
Grecs aux formes élégantes qu'ils leur ont
données. La calote de la coëffure étoit
plus élevée dans fa partie fupérieure &
plus large que la tête du guerrier. Par ce
II. Vol.
F
*
122 MERCURE DE FRANCE.
moyen , l'armure ne touchoit point im →
médiatement au crâne. Il étoit d'ailleurs
garanti par la figure de quelque divinité
ou de quelque animal qui fervoit de ba-
fe à de riches aigrettes & à des pana-
ches volumineux. Ces couronnes flot-
tantes étoient ordinairement compofées
de plumés d'autruches ou de hérons,réu-
nies & teintes des plus brillantes couleurs.
Elles ont été , dans les occafions les plus
périlleuses , d'une très-grande utilité aux
combattans, Sans le fecours de cette pa-
rure , qui tout à-la-fois prête de la digni-
té au guerrier , & influe fur la fureté de
fes jours , le Barbare Rofacès eût peut-
être , du premier coup de hache , fendu
la tête à Alexandre : la générofité de
Clius fût venue trop tard au fecours du
Héros . ( d)
Le Cafque des Grecs , qui étoit ſou-
vent à triple aigrette , c'eft à-dire , avec
trois rangs de plumes , avoit encore un
autre avantage : c'étoit une vifière qui
pouvoit fe rabattre fur le vifage & le
couvrir ; mais qui , prèfque toujours re-
levée , formoit une efpèce de petit au-
vent , fous lequel les yeux & toutes les
parties faillantes du vifage étoient à l'a-
bri des traits qui tomboient à plomb.
(d) Quinte-Curce.
JANVIER. 1764.
123
Une double confidération doit , Mef-
fieurs , nous rendre remarquable cette
forme de Cafque. Elle contribue aux
effets des lumières interceptées & des
ombres portées par un corps faillant. Ref-
fource extrêmement pittorefque , qui fa-
acilite à l'Artiſte la rondeur , la fierté &
l'expreffion d'une tête. D'ailleurs ce ga-
barit diftingue particulièrement de Caf-
que Grec du Cafque Romain . Celui-ci
couvroit exactement la tête du guerrier
comme une calote , n'ayant ni éléva-
tion , ni faillie , & ne le garantiffant pas
davantage des coups portés de haut que
de ceux qui lui venoient en face.
Il paroît étonnant que les Romains
n'ayent jamais emprunté les parties avan-
tageufes du Cafque des Grecs ; eux qui ,
dans la guerre qu'ils eurent contre les
Parthes, imitèrent une portion de la thiare
de leurs ennemis , en relevant par der
rière la pointe de leur Cafque , commè
on le voit dans l'Arc de Septime Severe.
Cette forme donne à l'armure une
forte de rapport avec le Bonnet-Phry
gien. Elle peut fervir aux Artiſtes à met-
tre quelque différence entre les princi
paux Officiers Troyens & les Généraux
des Grecs , dans la peinture du fameux
Siége de Troye. La différence que doi-
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
vent préfenter les coëffures de ces illuf-
tres ennemis , ne concerne que les Caf-
ques Troyens. La partie de la crête , fur
laquelle le panache eft attaché , doit en
être arrondie & repliée fur le devant , &
au plus haut de la tête ( e ) .
Les Romains n'imitèrent les coëffures
militaires des Peuples de la Grece , que
dans leur magnificence. Ils les ornèrent
de panaches éclatans , qu'ils faifoient ,
plus ordinairement que les Grecs , de plu-
mes blanches. Lorfqu'ils les décoroient
de la triple aigrette , ils la furmontoient
de quelque figure emblêmatique. Tel
étoit , felon Virgile , le Gafque de Tur
nus une chimère vomiffant des flam-
mes s'élevoit fur le triple rang de plumes
dont l'armure du Prince étoit enrichie.
A l'égard des oreillettes , ces petites
plaques à charnières qui garantiffent
les tempes & les joues du foldat , elles
furent communes à tous les Peuples an-
ciens. Il paroît néanmoins que les Na
tons Septentrionales s'en font fervi plus
invariablement que les autres.
Lorfque les Militaires des premiers fié-
cles eurent éprouvé l'avantage d'avoir
(e)Tableaux tirés d'Homère , &c. Voy. Oba
fervat. fur le Costume , par M. le C. de Caylus ,
Fag.xliv, &fuiv,
Toba
JANVIER . 1764.
125
des coëffures de peaux de bêtes ; de ;
qu'ils eurent fenti que les moelleuſes cri-
nières de ces dépouilles , non-feulement,
les garantiffoient des plus vives impref-
fions de l'air , mais qu'elles amortiffoient
encore les coups les plus rudes de l'en-
nemi , ils ne tardèrent pas à fe vêtir de
la dépouille entière , à l'éxemple de nos
premiers Pères (f) , & l'employèrent à
mille ufages effentiels.
D'abord ils s'en firent uue efpèce de
mantelet , qui ne leur couvtoit que les
épaules. C'étoit l'ajuſtement des Tubi-
cines & des Trompettes. Ils s'en forme-
rent enfuite un manteau qui recouvroit
là
la portion du corps que le volume de la
dépouille pouvoit embraffer. Tel étoit
le vêtement des Porte-étendarts. Ils re-
nouoient les pattes de l'animal fur la poi-
trine & au-deffus de la ceinture. Par ce
moyen , ils n'avoient que le bas des cuif-
fes à découvert Cette forme de vête-
ment eft confignée dans plufieurs ba-
reliefs antiques. Elle eft auffi très- élé-
gamment retracée en la figure d'un Por-
te- enfeigne , dans le Triomphe de Jules-
Cefar , peint par André Mantinea ( g ) .
(£) Geneſe.
<
( g ) Cet Ouvrage, que l'on voit au Palais du
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Ouvrage qui , par la quantité d'objets
du coftume dont il eft enrichi , mérite
bien de la confidération .
Les Grecs & les Romains ne donnoient
ces fourrures , qu'à certains Officiers mi-
litaires ; dans ces mêmes fiécles des Peu-
ples entiers ne s'habilloient pas autre-
ment en guerre. Herodotenous apprend,
que dans la fameuse expédition de
Xercès , les Cafpiens & les Paties
étoient vêtus de Saïes , faits de peaux
de bêtés fauvages ; les Lyciens fe cou-
vroient de peaux de chêvres ; les Thra-
ciens
étoient habillés de peaux de
renards & les Ethiopiens de peaux de
léopards & de lions.
Les Francs , après même la conquête,
des Gaules & au commencement de la
deuxiéme race de nos Rois , fe faifoient
une gloire & un devoir de conferver l'an-
cien habillement , fait de peaux de bêtes.
Au rapport d'Eginard ( h) , Charlema-
gne , ayant été informé que quelques
Seigneurs de fa Cour avoient pris des vê--
temens plus fomptueux , & propres au
Peuple vaincu , les en inculpa févére-
Duc de Mantoue , eft gravé en dix feuilles & ſe
vend à Rome , alla pace. Voy. feuille 8.
( b ): Vie de Charlemagne
150
JANVIER. 1764.
127
ment en plein Confeil , & les obligea de
reprendre les habits de la Nation Franc-
que victorieufe.
On n'eft pas étonné des moyens qu'a-
voient les Anciens de vêtir de peaux de
bêtes tous les foldats de plufieurs armées,
quand on fe rappelle les innombrables
reffources que leur fourniffoit la chaffe.
Exercice d'autant plus commun dans
ces temps , qu'il éroit abſolument néceſ-
faire , pour empêcher les bêtes fauvages
d'infefter les bois & les campagnes. Aux
profits de la chaffe , ils joignoient ceux
d'une quantité infinie de Sacrifices ,
d'Hécatombes divers , de cinq cens , de
mille victimes , qu'ils immoloient à leurs
Dieux , & dont les dépouilles étoient au
bénéfice des Sacrificateurs. Mais , ce que
l'on ne conçoit que difficilement , c'eſt
qu'il y ait eu des Peuples qui fe revê-
toient de dépouilles humaines .
Tels
étoient les Scythes. Ils écorchoient le
prifonnier de guerre , après en avoir hu-
mé le fang , s'habilloient de fa peau , &
mettoient la tête au faîte de leurs caba-
nes. Les Perfes fe faifoient honneur de
cruautés non moins horribles
témoin
le procédé d'un de leurs Rois , qui , vou-
lant donner l'éxemple de la plus grande
févérité , fit écorcher vifun Juge crimi-
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
nel , ordonna qu'on recouvrit de fa dé-
pouille le fiége du Tribunal , & obligea
le fils du prévaricateur à rendre la Justice
affis fur la peau de fon pere. Ce trait ,
pris dans l'Hiftoire de Cambyfe , fe-
cond Roi de Perfe , & fils du grand Cy-
rus , fe trouve gravé dans l'Euvre de
Rubens.
Les mêmes fourrures d'animaux fau-
vages , qui prêtoient un caractère de
férocité aux foldats d'infanterie , don-
noient aux cavaliers un air de magnifi-
cence. Ceux - ci s'en formoient des houf.
fes , qui couvroient prèfque entièrement
le corps de leurs chevaux. Ils agraffoient
au poitrail la tête refendue , & y re-
nouoient les pattes antérieures de la dé-
pouille ; tandis que celles de derrière
voltigeantes fur les flancs & fur la'croupe
du courfier , ajoutoient à la richeffe de
la parure la vivacité de l'action. Quel
affortiment pittorefque ,
Meffieurs !
Qu'il eft favorable à nos Arts ! Tout ce
qui contribue au mouvement des objets
les rend intéreffans , leur communique
de l'efprit , & les difpofe aux effets de
lumière les plus heureux. D'ailleurs , quel
contrafte piquant n'occafionne point la
couleur propre d'une fourrure d'ours ,
de tigre , de lion , foit qu'on l'affortiffe.
a
e
e
B
JANVIER. 1764.
129
avec un courfier blanc , dont elle relève ,
l'éclat , foit qu'on l'oppofe à un cheval
del teinte brune , qu'elle fert à colorer !
Telle la peau du lion de Némée fait bril-
ler avec plus de vivacité le tendre colo-
ris d'Omphale ( i ) , & les tons vigoureux
du Héros qui file auprès d'elle ; tel auffi
le caractère nerveux , & le poil hériffé,
de l'animal qui dévore Milon ( 1 ) , font,
mieux fentir , dans les chairs du Croto-
niate , la force , le fentiment & le moë-
leux du naturel .
Les peaux de bêtes les plus communes,
furent employées à des ufages importans.
Didon fit fervir une peau de bœuf, cou-
pée par lanières , à tracer l'enceinte de
Carthage. Les Peuples de la Colchide ra-
maffoient avec des peaux de moutons le
fable d'or qui rouloit dans certains tor-
rens ( m ). Dans les fiéges des villes , les
deux armées fe fervoient de dépouilles ,
fraîchement écorchées , pour mettre ob-
ftacle aux attaques de l'ennemi. Les
affiégés tendoient des peaux de vaches
ou de moutons , trempées dans des li-
queurs fortes & acides , & enduites
(i ) Tableau de François le Moine , placé chez
M. B.
(1 ) Chef- d'œuvre de Pujet , à Verfailles.
(m )L'Abbé Banier , T. III. p. 237.
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
d'herbe marine , de mouffe , owdeлtesre
molle, pour rompre l'effet des traita,
des pierres } des feux lancés contrer les
ramparts & les tours ( n ). Les affiégeans
matelaffoient avec de pareilles fourrures
les guérites ou les foldats agitoient les
béliers militaires
ils en couvroient auffi
celles qui fervoient à fapper les murs.!
Ce fut fur une toifon de chevreau qué bé
Vainqueur des Madianites exigea & obe
tint un double miracle pour prouyer fas
Miffion , qui devoit procurer la délivrani
ce du Peuple de Dieu (o ). C'eft avec des
peaux de bêtes peu rares qu'alloient vêtus
le Maître d'Elifée,le Précurfeur du Meffie,
plufieurs Anachorettes de la Thébaïde
& quantité de Philofophés de l'Egypte ,
de la Grece & de Rome. Les peaux
moins communes , l'hermine ela mar-
thre , enrichiffoient les mantéaux des
Fézabel , des Thomiris , des Cleopatre , &
les Simarres des plus faftueux Souverains
du Nord & de l'Orient.
On diroit que les oifeaux même ayent
voulu participer au privilége de prêter
leurs dépouilles à l'utilité des Anciens.
Les peaux de grues fervirent aux Ethio-
piens Orientaux à couvrir leurs boucliers.
( n ) Chevalier Follard.
(o ) Gedeon. Jug.
JANVIER 1764
(q Ofiris.
131
Les plumes d'autruches & de hérons for-
mèrent , ainfi que nous l'avons obſervé ,
des aigrettes , des panaches aux Pirrhus
aux Céfars. Ajoutons que celles de la
pintade & du faifan couronnèrent le
bonnet des Lyciens. Ainfi celui de nos
Américains et aujourd'hui décoré des
plumès de la bluette & du courli (p ).
Un autre ufage auquel les dépouilles.
d'oifeaux furent employées , doit leur
valoir quelque confidération de la part
des Artistes. C'eft avec ces peaux que les
Anciens caractérifèrent des événemens .
de la Fable , des objets de la Nature , &
même des traits de Morale. La dépouille
d'un vautour, artiftement dégarnie de
quelques plumes , & groupée avec un
are , fous une maffue environnée de
flêches , défigna Prométhée délivré par
Hercule; celle d'un épervier , ayant fon
chef enté fur un corps humain , annon-
ça le plus grand Dieu des Egyptiens (4).
La peau d'un aigle, ingénieufement adap-
tée au bufte d'un jeune homme , repré-
fentoit l'Air. La Terre fur quelquefois in-
diquée par la dépouille d'une chouette ,
pofée fur un vafe de terre près d'un lion
enfin la dépouille du paon , foulée aux
( p ) Oifeaux de Amérique..
{
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
pieds d'un verrat , étoit l'image de la va-
nité humiliée ; & la peau du phénix, ajuſ-
tée autour d'un cercle , fut l'attribut de
l'immortalité. Idées heureufes que lesAn-
ciens nous ont fuggérées , & dont les
plus grands Peintres , & les Sculpteurs
Nota. Les divers ufages d'employer dans les
vêtemens , les peaux de bétes fauvages & d'oi-
feaux carnaciers , pour fe donner un air formida-
ble , fe fontperpétués jufqu'à nos derniers fiécles .
En parlant des Dellys , Nicolaï
*
rapporte que
ccs troupes légères qui combattent fous l'étendart
Mahometan , font vétues d'une camisole aſſez lon-
gues & de hauts- de-chauffe, très-larges ; le tout
fait de dépouilles de jeunes ours , dont le poil
eft en dehors. Le bonnet à la Polaque , quepor-
tent ces Croates , penche fur une épaule. Il eftfor-
mé d'unepeau de léopard , bien moucheté . Sur le
devant de cette coëffure eft attachée , en large , la
queue d'un aigle. Leur bouclier eft orné des deux
ailes de l'oifeau vorace. Elles font ouvertes & at-
tachées avec des clous d'or, de manière que toutes
les plumes préfentent comme autant de lances hé-
riffies contre l'ennemi,
Plufieurs Religieux Mahometans s'ajuftent avec
des fourrures de bêtes , pour ſe donner un airfin-
gulier. Les Calenders n'ontpour tout vêtement que
lapeau de quelque animal féroce , dont ilsfe cou-
vrent les épaules. Les Geomailers portent , en gui-
fe de manteau , une dépouille de lion ou de léo-
pard , qu'ils attachent devant la poitrine , en
y renouant les pattes antérieures de l'animal ; ils
* Voy. les voyages que cet Ecrivain a faits en
Turquie , p. 121 & 160.
JANVIER. 1764.
133
les plus fameux n'ont pas négligé de faire
un utile emploi.
Outre la deftination ordinaire des peaux
de bêtes , à fournir des vêtemens aux fol-
dats , des houffes aux cavaliers , des ar-
mes défenfives aux affiégés, ainfi qu'aux
affiégeans , & à former la parure carac-
tériſtique de divers perfonnages diftin-
gués , elles furent encore deſtinées à faire
des lits aux Héros , & à leur fervir de
fiéges. C'étoit fur de pareilles fourrures
étendues par terre , dit Homère , que les
Anciens couchoient. Sur ces peaux on
mettoit , pour les perfonnes de confidé-
ration , des étoffes de pourpre qui leur
fervoient de matelas ; fur ces étoffes de
beaux tapis , c'étoient leurs draps ; & fur
ces draps de riches couvertures. Les
peaux garnies de tout leur poil fervoient
de fommier contre l'humidité. C'eſt dans
cette vue que le Législateur des Hébreux
fit recouvrir tout le Tabernacle d'une
ajuftent à volonté les autres portions de la four-
rure ; mais ordinairement ils laiffent traîner la
queue par terre ; fe revêtent de peaux de mouton
& de chèvre, dont ils fe font des tuniques fans
manches & dont ils renouent les pattes à l'en-
droit de la ceinture. Ils accompagnent ce vêtement
d'un manteau fait de peau d'ours. Les Dervis
font vêtus à-peu-près de même.
134 MERCURE DE FRANCE.
troifiéme tenture faite de dépouilles d'a
nimaux (r).
Plufieurs Peuples , les Grecs même
tenoient des Perfes la coutume de s'af
feoir fur les peaux des bêtes les plus..
moelleufes . Les Spartiates , Peuple fier
auftère , ennemi de tout luxe , n'adop
terent point cet ufage. Dans la fameufe
entrevue d'Agefilas ( s ) & de Pharna-
bafe. ( t ) Celui-ci , voyant que le Géné
ral Spartiate s'afféyoit uniment par ter
re , s'affit de même , fans
égard aux
peaux très-douces & à longs poils, qu'on
avoit préparées. La fimplicité Spar-
tiate fit honte au fafte Perfan..
A la fatiété de jouir des biens utiles
fuccéde mille fois l'ambition de fe pro-
curer ceux qui font plus difficiles à
abtenir. Etre vêtus de dépouilles d'ani-
maux ordinaires devint un uſage trop
commun. On afpira à la prérogative
d'endoffer les peaux des bêtes les plus
rédoutables & l'on mit la plus grande
gloire à fe procurer celles dont la pof-
feffion étoit plus rare. Dans quels fiécles
cette manie n'a-t-elle pas affecté les
hommes les plus judicieux en appa-
rence ? De nos jours même , ne por-
( r ) Exode.
( s ) Général des Spartiates:
( t ) Commandant des Armées du Roi de Perfe
JANVIER 1764
18?
tons nous pas à l'excès un pareil luxo
en faifant éventerà grands frais , les
brebis d'Aftracanju ) pour arracher
de leurs entrailles des agneaux , à peine
formés , dont les toifans nous fervent
de parure.
Tant que les Anciens furent entichés
de cette prévention bifarre , ils n'efti
mèrent que médiocrement les dépouilles
des animaux, dont on pouvoit fe rendre
maitre fans danger & fans bravoure. Ils
les abandonnèrent aux Miniftres de leurs
Divinités Ce n'eft pas qu'on n'en cong
facrât dé très rares & de fort précieufes
au fervice des Temples. A Delphes , la
peau du ferpent Python recouvroit le
Trépied d'où la Prophéteffe d'Apollon
rendoit fes oracles. La fameufe toifon
du bélier qu'immola Phryxus , faifoit le
riche ornement du Temple que Mars
avoit à Colchos . Mais l'habit facerdotal
étoit fait ordinairement de fourrures les
plus fimples. Les peaux de faon fervirent
à vêtir les initiés aux myftères de Bace
chus ; celles de cabrit les Luperces ; cel
les de chevreuil les Faunes ; celles de bi
ches les Prêtreffes de Diane ; celles de
brebis les compagnes de Palès Les Bac
( u) Ville de la Mofcovie Afiat. dans la Tarta
rie , d'où viennent les ferues de peaux d'a-
gneaux, tirés forcément de venta, le lévéres,
136 MERCURE DE FRANCE.
chantes eurent feules le privilége de por
ter les peaux de panthères , qui défi-
gnoient & redoubloient tout-à-la-fois
leurs tranfports furieux . La dépouille
de l'animal confacré à Silène fut , ainfi
que celle du bouc & du tigre , prodiguée
dans les Orgies à tous les fuppôts de
,
Bacchus , pour défigner l'abrutiffement ,
l'intempérance & la cruauté où fouvent
l'yvreffe conduit. En vain des préjugés
du culte rendoient plufieurs de ces dé-
pouilles fufceptibles d'une forte de di-
gnité ; foit par refpect , foit par préven-
tion , les grands Guerriers affectèrent de
ne s'en point revêtir. Cependant les Ama-
zones s'en firent des plaftrons , à l'imita-
tion de Minerve dont l'Egide étoit re-
couvert de la chévre Amalthée.
' L'Abbé Guyon , Auteur de l'Hiftoire
des Amazones , après avoir fait mention
de leurs divers vêtemens , ajoute d'après
Quinte- Curce : » Mais quelque forme
qu'ils euffent , les uns & les autres
» étoient communément faits de la peau
» des bêtes que les Amazones tuoient à
» la chaffe. Ils étoient attachés fur l'é-
paule gauche , laiffant tout le côté
» droit à découvert , & ne defcendoient
» pas au-deffous du genou. Pag. 65.
On rechercha avec un très- grand foin
JANVIER. 1764.
137
les dépouilles des bêtes les plus furieufes
& les plus carnacières. Les Peuples fe
difputèrent la gloire d'en être poffeffeurs.
Ceux de la Colchide gardèrent avec vé-
nération la dépouille des taureaux domp-
tés, vaincus par Jafon ; ceux de Thébes
confervèrent long- temps dans un afyle
facré la dépouille du Sphinx dont Edipe
les délivra ; les Etoliens s'approprièrent
par la force des armes la peau du fanglier
que tua Méléagre (x ) .
Mais quelque grande que foit l'idée
que les Anciens attachoient à ces objets ,
de leur valeur & de leur fafte , les dé-
pouilles du lion eurent la préférence fur
toutes les autres . On fe fit plus d'hon-
neur à dompter le Roi des Animaux ;
quoique , fuivant la judicieuſe obſerva- >
tion d'un Littérateur , également re-
commandable par fon amour pour les
Lettres & pour les Arts ( y ) , il y ait des
bêtes fauvages plus dangereufes à com-
battre & plus difficile à vaincre que le
(x) Ily eut aufujet de cette dépouille une ba-
taille entre les Etoliens & les Curettes , qui fe don-
na fous les murs de Calydon. Voy. l'Ab Banier.
T. III. p . 352.
(y ) M. le Comte de Caylus , Amateur Hono-
raire de l'Acad. Roy. de Peint & de Sculpt. Mem-
bre de celle des Belles-Lett. & Infcriptions , &c.
138 MERCURE DE FRANCE.
lion. Le volume de fa peau , qui don-
noit la facilité de couvrir une grande
partie du corps, & de renouer commodé--
ment fes pattes fur la poitrine , fut fans
doute une des raifons de la prédilection
qu'on lui accorda.
Des motifs de préférence plus hono-
rables lui étoient refervés. Le lion fut
deftiné a être le fymbole de la puif-
fance fouveraine : les premiers Rois
d'Egypte n'avoient pas d'autre marque
extérieure de leur autorité. ( ) Difons
tout
le lion feul par un privilége
propre & exclufif , fut confacré au plus
noble des emplois ; à être l'attribut ca-
ractéristique de la valeur & de la ver-
tu. Les Héros ont adopté ce ſymbole
d'après l'exemple d'Hercule : les Sou
verains , les Nations , fe font fait gloire
de le fuivre. L'Empereur Commode
veut-il publier les prétentions , qu'il
croit avoir à l'immortalité ? Il ordon-
ne que fa ftatue foit parée de la dé-
pouille que portoit Alcide. Les Lacé-
démoniens veulent - ils
illuftrer leur
Chef, qui avoit défendu le paffage des
Thermopyles , à la tête de trois cens
Spartiates ? ils lui font ériger un mo-
(2) Rec. d'Antig. Tom. IIIpag. 620..
JANVIER 1764.
nument
9"
.
La dépouille du Lion jouit , àà
$39
où la figure d'un lion im-
mortalife la force & le courage de
l'intrépide Général .
cet
égard, du même droit que le lion même.
Elle eft , comme lui , l'emblême de
l'héroïfme. l'image noble , qu'elle pré-
fente , lui donne un jufte rapport avec
nos talens , dont la plus belle préro-
gative eft d'être mille fois confacrés à
éternifer les Héros. Quel avantage d'a-
voir fans ceffe à notre difpofition le
modèle de l'attribut de leurs vertus ?
N'on doutons pas , Meffieurs , cette
confidération infpira à M. le Comte
de Caylus le projet de tirer du fond
de l'Inde ce modèle rare , pour nous
en
gratifier.
3
*
L'intérêt des Arts
& le bien des Artiftes furent de tout
temps , l'objet du zéle de cet illuftre
Amateur. Puiffe- t- il être auffi fenfible
à notre vive reconnoiffance , que nous
le fommes à fes procédés généreux !
Nota. Dans l'Affemblée du
F
Décembre 17633
M. le Comte de Caylus fit préfent à l'Académie
dune magnifique peau de lion , qu'il a fait venir
des Indes. La Compagnie l'en remercia le même.
jour, & dépofa dans fes Regiftres le témoignage
de fa reconnoiffance. A l Affemblée fuivante , M.
Dandre Bardon fit lecture de ce petit Ouviage
Binfçu de l'illuftré Amateur.
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941
p. 140
ADDITION envoyée après l'impression de l'Ouvrage.
Début :
A la page 119, lig. 25, où il est parlé des Etrusques, après ces mots : Stratagême [...]
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ADDITION envoyée après l'impression
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
de l'Ouvrage.
A la page 119, lig. 25, où il est parlé
des Etrusques, après ces mots : Stratagême
victorieux pour fe dégager de leurs
mains , ajoutezce quifuit.
Ces Peuples fe coëffoient auffi avec
des peaux de bêtes.
Virgile , parlant
d'Ornyte , ce vieux Chaffeur qui ofa dé-
fier Camille , Reine des Volfques , ra-
conte que le téméraire Etrurien n'avoit
les épaules couvertes que d'une peau
chées des dents très-blanches.
de
boeuf fans apprêt , & que fon cafque
étoit formé de la tête d'un loup qui'ou-
vroit la gueule , où étoient encore atta-
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942
p. 140-157
OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
Début :
DANS le Mercure de France, mois de Décembre 1749, le sieur Borin, [...]
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texteReconnaissance textuelle : OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
OBSERVATIONS SUR LE VER SOLITAIRE.
DANS le Mercure de France, mois
de Décembre 1749, le sieur Borin,
Maître de penfion de cette Ville , fit
inférer des obfervations fur le ver foli-
taire. Il étoit lui- même le fujet de ces
Obfervations , & fe cacha , je ne fçais
JANVIER. 1764.
141
pourquoi , fous le nom du fieur Lion.
On voit dans cette Ouvrage un peu
prolixe , une peinture vive des maux
que caufe cet infecte ; & on y admire
en même tems ce que peut l'induſtrie
lorfque la néceffité & une forte de dé-
fefpoir lui fervent d'aiguillon.
Le fieur Borin eft mort fans avoir pu
donner la fuite des Obfervations qu'il
avoit promiſes , & que deux lettres ve-
nues de Londres demandoient avec inf
tance. J'ai donc penfé qu'on appren-
droit avec plaifir le fort d'un homme
qui s'étoit avifé d'attaquer fon ennemi
avec des crochets de plomb , & dont
les tentatives avoient été courronnées
du fuccès.
Après avoir épuifés tous les Confeils
qu'il pût recevoir de vive voix ou par
écrit ; comme il étoit en état de fouiller
dans les livres de Médecine ; il mit
fucceffivement en ufage tous ceux dont
les livres tant anciens que modernes ,
lui fournirent l'indice.
Il fit enfuite le
voyage de Suiffe pour être traité par
deux Médecins de ce pays , chacun def-
quels prétendoit avoir un fpécifique affu-
ré pour l'expulfion du Ver folitaire. De.
la Suiffe il paffa dans les montagnès
d'Auvergne , où un Païfan , que le Pu
442 MERCURE DE FRANCE.
A
blic avoit fait Médecin , lui dit qu'il
étoit Hydropique , trompé apparemment
par l'étendue prodigieufe de fon ventre :
En conféquence le Paifan propofa la pon-
tion : il fit apporter , dit le fieur Borin ,
un grand bacquet :
il me perça le ven-
tre ; mais il ne vint pas d'eau. Il perça
une feconde fois : rien ne fortit. Il per-
ça une troisième , & tourna fon inftru-
་
ment entre la peau & la chair fans qu'il
fortît de l'eau. Le bruit que j'entendis
de la chair qui fe déchiroit me fit fré-
mir. Les affiftans qui m'avoient encou-
ragé jufques-là ne purent retenir leurs
larmes , & s'emporterent avec menaces
contre mon Auvergnac .
Tel eft le récit du malade que j'ai ſeu-
lement élagué. Il m'a montré la cica-
trice réſultante de cette opération ; & a
ajouté que l'inftrument dont fe fervit le
Païfan étoit un efpéce de couteau ; &
qu'heureuſement il n'avoit pas pénétré
dans le ventre.
Revenu à Lyon , & n'efperant plus
rien de lui - même ,
il erra le long des
bois , des hayes & des rivieres. Il effaya
toutes les plantes qui fe préfentérent
fans diftinction . Lorfqu'il en avoit man
gé quelqu'une , il écoutoit avec attens!
tion quelle impreffion elle feroit au Ver
US
" JANVIER. 1764.
folitaire
143
s'il le fentoit s'agiter ; cet aµ-
gure étoit à l'inftant faifi . Il faifoit am-
ple provifion de la même plante , & en
ufoit en quantité fous toute forte de
forme . Excedé enfin d'une infinité d'ef-
fais infructueux , & quelquefois dan-
gereux , il vint me confulter fur le pro-
jet qu'il avoit formé depuis long- tems
d'attraper fon Ver avec des crochets de
plomb. J'écoutai avec plaifir un hom-
me que fes recherches & fon expé-
rience avoit rendu très-fçavant fur fa
maladie & qui d'ailleurs faifoit de fa
fituation la peinture la plus vive & la
plus pittorefque. Il avoit fabriqué avec
du plomb des crochets parfaitement
femblables à un ancre à trois crampons.
Leurs pointes étoient mouffées& légére-
ment coudées en dedans. A l'anneau
quieft à l'extrêmité de la tige de l'ancre ,
il avoit attaché un fil de quatre pouces
de longueur. Ce fil traverſoit une bale
de plomb de moyen calibre. Il fe pro-
pofoit d'avaler la bale de plomb & en-
fuite le crochet à trois crampons , le-
quel feroit entrainé par le poids de la
bale. Il avoit pour efpérance que les
crampons accrocheroient le Ver , & que
le poids de la bale ainfi que celui du cro-
chet l'entraîneroient.
144 MERCURE DE FRANCE.
Quelques Médecins qu'il avoit déjà
confultés lui avoient fait craindre que
que ces crochets ne déchiraffent les in-
teftins en s'accrochant à leurs valvules :
mais je le raffurai là - deffus , en lui don-
nant une idée plus éxacte de la direc-
tion de ces valvules , & de leur fou-
pleffe. Il avala donc la bale & les cro-
chets. Ce qu'il a réitéré depuis un
grand nombre de fois fans le moindre
inconvénient, Si au bout de quelque-
tems , il ne voyoit point dans les felles
reparoître fon crochet , il en avaloit un
fecond , & quelques jours encore après
un troifiéme. Souvent à ces crochets il
a été obligé de joindre des bales de
plomb unies par une petite traverſe de
même métal en forme de boulets ramés ,
Enfin à l'aide des crochets ,
il a rendu
en différens tems près de trois aunes
de Ver. La totalité du plomb avalé
allant une fois à trois onces & demi ,
fon féjour dans les inteftins fut de trois
mois cependant il n'en reffentoit au-
cune incommodité. Seulement , lorfque
le Ver étoit accroché , il fe fentoit tout
bouleversé par les efforts de cet animal.
Il fe rompit enfin , & le plomb fortit
bientôt après , entraînant avec lui des
portions de Ver plus ou moins longues.
Dégoûté
is
JANVIER. 1764
145
: Dégoûté un jour de ces crochets ,
par la raifon feule , qu'après un séjour
de trois mois dans le ventre , ils étoient
fortis fans emmener avec eux aucune
portion de Ver , il imagina d'en avaler
un dans une telle direction que la tige
de l'ancre fût en haut ; fe propofant de
le retirer de l'ofophage par le moyen du
fil attaché à la tige comme le cable
l'eſt à l'ancre. Son objet étoit de faifir
la partie fupérieure du Ver. Il la fen-
toit en effet quelquefois remonter juſ
ques à la racine de la langue ; & il m'á
dit fouvent qu'il ne lui trouvoit en cette
partie que la groffeur d'un fil terminé
par un nœud.
Pour réuffir dans cette opération qui
lui donnoit quelques inquiétudes à caufe
de la fenfibilité de l'oefophage , il fal-
loit profiter du moment où la tête du Ver
feroit fenfiblement dans le gofier . Un
jour que l'irritation d'une Médecine
avoit fait remonter le Ver dans le go-
fier , de façon qu'il fembloit au mala-
de qu'il alloit être étanglé , il fe déter-.
mina malgré mon abfence à avaler fon.
crochet. Sa femme & fon neveu effrayés
des fuites l'abandonnerent malgré fes
inftances. Il retira néanmoins le crochet,
de la longueur d'un pouce. Une douleur
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
aux dents auffi aiguë que fi on les lui eût
a rachées, fans que d'ailleurs l'oefophage
fit fenfiblement irrité & la crainte d'u-
ne défaillance ne lui permirent pas
d'en faire davantage. Il coupa le fil &
avala le crochet.
Il vint me voir quel-
ques heures après , & m'affùra que fi on
m'avoit appellé comme il l'avoit deman-
dé , il n'eût pas craint malgré la dou-
leur de retirer le crochet en entier.
. Cette tentative eut plus de fuccès qu'il
n'en avoit eſpéré. La partie effilée du
Ver , qu'on peut appeller fon col , s'em-
barraffa fans doute dans le crochet au-
cuel il avoit eu foin de faire des dents.
de fcie derriére les crampons. En effet ,
il rendit quelques jours après par les fel-
les , cette partie entraînée par les cro-
chets, avec environ trente aulnes de Ver.
Dépourvû d'un bon microfcope , je lui
confeillai d'avoir recours à M.Bourgelat,
ce Citoyen fi recommandable par fes
Ouvrages fur l'Hippiatrique, & par l'éta-
bliffement de l'Ecole Royale Vétérinai-
re. L'éxamen de cette partie ne montra à
M. Bourgelat qu'une efpéce de noeud.
garni d'un point noir & placé à l'extré-
mité d'un fil. M. Bourgelat conferve
encore ce fil dans fon cabinet.
Des reftes d'incommodité ayanr en-
JANVIER. 1764.
147
gagé le malade à fe purger quelques jours
après , il rendit encore quelques lam-
beaux de Vers vivans. C'en a été affez
pour empoifonner le refte de fes jours.
Perfuadé que fon Ver avoit des com-
pagnons , il n'a pas difcontinué de pren-
dre des remèdes , & en grand nombre
>
& étant tombé dans l'Hydropifie , il
me demanda expreffément d'ouvrir fon
corps après la mort , perfuadé que j'y
trouverois des Vers folitaires , quoiqu'il
n'en eût rendu aucun lambeau depuis
l'époque que je viens de citer. Epoque
qui avoit fix ans d'ancienneté. Je pro-
cédai donc à cette ouverture avec M.
Raft fils , Docteur en Médecine & aggré-
gé, & M. Faure , Docteur en Médecine
& Maître en Chirurgie ; mais les recher-
ches les plus éxactes & les plus étendues
ne montrerent aucune trace de Ver fo-
litaire.
Que penfera-t-on du dernier lam-
beau de Ver encor vivant rendu quel-
ques jours après l'opération du cro-
chet ? Ne peut-on pas le regarder com-
me un débri de celui dont la tête avoit
été fi heureufement entraînée ? Si le
lambeau a furvécu à la deftruction du
Ver dont il faifoit partie ; c'eft que ja-
mais ver ne fut plus vivace que celui là.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Un lambeau de deux aulnes ,. ayant été
mis par le malade fur une table , il s'y
promenoit encore plus de deux heures
après. Un des bouts du même lambeau
fut placé fur le bord d'une petite bou-
teille remplie d'eau chaude
il y entra
peu- à-peu tout entier. Le même bout.
ayant été remis fur le dehors de la bou-
teille ,
il s'y accrocha tellement que .
lorfqu'on voulut le tirer en ligne droite.
il fe caffa plutôt que de céder.
Je n'ai point vu ce dernier lambeau
rendu par le fieur Borin. Peut-être y.
aurois - je apperçu quelque régénération
de tête. Cette conjecture n'eft point
hazardée. Qui fe feroit imaginé , avant .
les Obfervations de l'illuftre Trembley ,
qu'un animal pût être coupé en mille
piéces , & que chacune de ces piéces
deviendroit en peu de temps un ani-
mal auffi complet que celui dont elle .
faifoit partie ? C'est cependant ce qu'a
appris la multiplication du Polipe d'eau
douce par bouture. Ily a plus , le fçavant.
M. Bonnet de Genêve a vû des Vers
d'eau douce coupés en plufieurs piéces
former bientôt autant de Vers parfaits
en tout point. Il a vû des Vers de terre.
coupés par moitié , repouffer une tête
d'un côté de la fection & une quene de.
l'autre. Pourquoi la même régénération
JANVIER. 1764.
de celle d'une épingle ordinaire
149
ne fe feroit-elle pas faite dans le lambeau
du Tonia reftant , fi l'effet du purga-
tif ne l'eût entrainé , foible encore &
hors de défenſe par fon état d'imperfec-
tion. Il n'y a point d'objection victo-
rieufe contre cette analogie ?
La longueur du Ver folitaire n'a point
de bornes déterminées. Le fieur Borin
affùroit en avoir rendu neuf cens aulnes
dans une feule année , & cette affertion
n'eſt point exagérée fi je dois en juger
par la quantité qu'il m'en a montrée en
différens temps , & plus encore par la di-
minution extraordinaire de fon ventre
pendant cette année.
Si ce reptile doit prendre chaque jour
une nourriture proportionnée à fon
étendue , les quatres petites ouvertures
ou fuçoirs que M. Bonnet a obfervées
à fa tête ,font-elles fuffifantes pour fu-
cer la quantité néceffaire d'alimens ? Cet-
te tête , qui n'excéde jamais la groffeur
préfumer que le tenia afpire fa nourri-
ture , finon en tout , du moins en gran-
de partie , par ce grand nombre de tra-
chées placées fous les annelures. Nourri-
ture qui n'a pas befoin d'amples prépara-
tions pour fournir à l'accroiffement de
Panimal; puifqu'elle eft extraite de la par-
Gij
fait
150 MERCURE DE FRANCE.
tie chileufe des alimens de l'hôte au dé
pens de qui il fe nourrit.
Cette opinion feroit commé démon-
trée par le grand appétit de ceux en qui
habite le Ver folitaire , fi , dans l'irrita-
tion continuelle des inteftins, par le mou-
vement vermiculaire du tænia , on ne
trouvoit une caufe irritante capable de
troubler l'ordre naturel des digeftions
& d'occafionner tous les fymptomes
concomitans .
Pour découvrir l'origine du tonia , il
eft inutile de fe promettre d'en rencon-
trer des traces , ou dans les eaux , ou fur
la furface de la terre. On ne trouve point
le gui de chêne dans les prés , fur les cô-
teaux , fur le bord des rivières , & c. Sa
femence emportée par les vents , fe loge
en différens endroits. Quelques arbres ,
comme le prunier , le poirier , lui offrent
fans peine des fucs propres à fon déve-
loppement ; tandis que fur le chêne elle
germe très-difficilement. Auffi le véri-
rable gui de chêne eft-il fi rare , que la
recherche de cette plante parafite étoit
chez les Druïdes nn acte folemnel de
religion. Cette raifon ne demande qu'à
être appliquée au toenia. Elle explique
pourquoi quelques animaux y font plus
fujets que d'autres, pourquoi les habitans
JANVIER. 1764.
du Nord & des pays aquatiques y font
plus expofés que ceux du Midi. On fçait
que les poiffons qui vivent dans les eaux ,
ainfi que les oifeaux de rivières , y font
fort fujets ; ainfi la boiffon eft le véhi -
cule le plus commun de la femence du
Ver folitaire .
LeTonia eft donc un animal vraiment
parafite , qu'on ne doit rencontrer que
dans le corps des autres animaux. Qu'on
apprécie à préfent l'obfervation fuivante
tirée du Magafin de Hambourg. Une
femme avoit rendu , par le moyen des
remèdes , un grand nombre de portions
de Vers folitaires. Son Médecin s'avifa
de chercher dans l'eau de puits la pépi-
nière de ces Vers. Il y trouva en effet
une portion de Tonia de la longeur de
deux paulmes de main , & un grand
nombre de lambeaux très-petits. Le re-
mède fut facile à trouver. Cette femme
ceffa de boire de l'eau , & dès-lors elle
ne fut plus incommodée par le Ver foli-
taire. Voilà , fans contredit , un remède
bien fimple contre un reptile qu'on fçait
échapper à l'action des remèdes les plus
violens.
Comment fe multiplie le Tonia, lorſ-
que fon éxiftence ifolée juftifie le nom
de Ver folitaire qu'on lui a donné ? Saus
Giv
152 MERCURE DE FRANCE..
doute , nos idées communes de l'anima
lité répugnent à la fécondité d'un animal
qui n'a pas été fécondé. Mais il s'en faut
de beaucoup que nous connoiffions tous
les poffibles en ce genre. Un puceron ,
renfermé avec foin , fit de petits puce-
rons ; ceux- ci féparés auffi-tôt , eurent
chacun une postérité. M. Bonner croyoit.
déja être fuffifamment affuré qu'il étoit
des êtres animés qui fe multiplioient par
eux-mêmes , lorfqu'on lui demanda ſi
une feconde & même une troifiéme gé-
nération n'auroit pas reçu la fécondation
de la première femelle de puceron qu'il
avoit renfermée avec un puceron mâle.
Il continua donc de féparer fes pucerons
de génération en génération jufques à la
onzième. Il fut ainfi convaincu que cet:
infecte , dont il a vu quelquefois l'accou-
plement , n'en multiploit pas moins fans .
cette allure ordinaire de l'animalité..
Il eſt inutile de preffer davantage des
parties qui s'accolent d'elles-mêmes ; il:
feroit encore fuperflu de les multiplier.
Ainfi le Tonia le plus folitaire dépofe
des œufs féconds ; ces œufs , échappés à
mille dangers , à caufe de leur petiteffe ,
& entraînés par mille hafards qu'on ne
fçauroit apprécier , éclofent enfin lorf-
qu'ils font parvenus dans quelque efta
:
JANVIER. 1764.
153
mach , dont la chaleur & les fucs font
analogues à leurs befoins. Mais cet ani-
mal , qui multiplie par des oeufs , peut
auffi multiplier par bouture , comme
nous l'avons fait obferver au fujet du
-Ver du Sieur Borin. Peut-être auffi mul-
tiplie-t-il par rejetton , à la manière des
polipes. Voyez la figure qui eft à la
page 268 du traité des Vers de M. Andry.
Elle difpofe à ce foupçon. J'ai encore
été tenté de prendre pour rejetton de:
vers folitaire , ces débris blancs en for-
me de grains de courge , que rendent
quelquefois avec les excrémens ceux
sen qui habite cet animal. L'opinion
qui les regarde , comme le dépôt fé-··
cal de l'infecte , n'explique pas pour--
quoi on ne trouve pas toujours & en
tout temps ces débris.
Combattons à préfent un préjugé
qu'accrédite l'épithète de folitaire don--
née au tænia , epithète qu'il faut bien
fe garder de prendre trop à la lettre
-& dont on ne connoît pas encore toute
l'étendue. J'ai vu en effet quelques per-
fonnes attaquées du tænia rendre avec
les excrémens de petits vers blancs.
de trois à quatre lignes de longueur , &
qui fe remuoient avec beaucoup d'agi--
lité. Comme ils en ont été quite auffi
G. v.
154 MERCURE DE FRANCE.
tôt que le tænia a été expulfé , je penfe
que ce font des œufs éclos des petits
tania , lefquels font enchaînés par les
matières fécales. En donnant le ſpécifi-
que contre le ver folitaire , fpécifique
qui ne tue que ce ver-là , j'ai vu ren-
dre par fon effet des vers longs appel-
lés ftrongles & qui étoient en vie.
Ces dernières obfervations ne dé-
mentent pas affez l'épithète de folitaire
fi on la borne à lui faire fignifier que
le tœnia eft feul de fon efpèce ; mais
il s'en faut de beaucoup que cet état
de folitude foit conftant. La veuve du
Docteur Nouter , Médecin Suiffe , de
laquelle j'ai acquis le fpécifique dont
je
Viens de parler , découvert par feu
fon époux , m'a dit qu'il n'étoit pas .
rare de voir rendre par l'effet de ce
reméde deux & quelquefois trois tænia ;
mais elle ne vit qu'avec furprife le fait
fuivant qui fe paffa fous fes yeux le 4
Janvier 1763 , & fous ceux de M. Brun,
Docteur Aggrégé au Collège des Méde-
cins de Lyon : le voici. Dès le lendemain
de l'acquifition de ce reméde , je le
donnai pour premier effai à un Sei-
gneur Ruffe qui avoit fait à Montpel-
lier un féjour de plufieurs mois fous le
nom de Philofophe. Le feul produit
JANVIER. 1764.
ce grand nombre de vers ;
155
d'un grand nombre de remédes qu'on
lui avoit prefcrits , avoit été de faire
fortir plufieurs lambeaux de tænia . Il
prit le ſpécifique à fept heures du matin .
M. Brun , avec qui il avoit lié connoif-
fance à Montpellier , lui tint affiduement
compagnie. A dix heures il fe mit fur
le fiége & y refta jufqu'à onze , ren-
dant une fuite continuelle de vers. Leur
nombre , débrouillé & compté par les
têtes , fe trouva monter à vingt- un ,
·
tous à peu près de la même largeur
mais de longueur différente , depuis
demi aulne jufqu'à deux. Le malade
ne fut aucunement fatigué. Il dina de
bon appetit ; alla le même jour au Spec .
tacle , & partit après un jour de repos.
Sa fanté n'avoit jamais beaucoup foul-
fert de la préſence d'un fi grand nombre
de vers. L'incommodité la plus grande
confiftoit dans des étourdiffemens avec
perte de connoiffance , mais fans con-
vulfions
il en revenoit comme d'un
affoupiffement.
Qu'un feul tænia caffé & recaffé ait
produit par rejettons de ces débris
qu'ils fe
foient multipliés par bouture à la ma-
nière des polipes d'eau douce ou que
les œufs du tænia aient été , ainfi que
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
ceux du puceron ifolé , affez féconds
pour cette multiplication ; il n'y a rien
là qui ne trouve des exemples avérés dans
de vers , parce qu'ils ont trouvé dans
propres à leur accroiffement , voilà à
Il n'y a fans doute que les eaux du
à
l'hiftoire des infectes. Que plufieurs-
œufs de tania avalés en une ou plu-
fieurs fois , aient fourni cette pépinière ·
les inteftins une chaleur & des fucs
mon avis l'opinion la plus vraisemblable..
Nord qui foient fi abondantes en œufs
de toenia. Un jeune homme qui foup-..
çonnoit avoir été affailli en Suiffe par-
le ver folitaire , ne voulut point s'en
débarraffer ayant encore un voyage à
faire en ce pays. Il m'affura s'y être
trouvé le douziéme d'une table de vingt
couverts, attaqué d'un ver folitaire. Ob-
fervons néanmoins qu'un tel recit fait :
par un malade voyageur , annonce fans :
doute par fa nature l'ordre de quel-.
que réduction.
A quoi bon le Ver folitaire ? Cette
queftion n'eft point frivole. Rien ne fut
fait en vain , difoit un malade prétendu
Philofophe ; & fi cet animal héberge
chez moi plutôt que chez un autre , c'eſt
apparemment pour de bonnes raifons.
Les maux qu'il me donne en éloignent
JANVIER 1764
157°
de plus fâcheux . Mais les caufes finales
ne font-elles pas toutes autant d'énig-
mes ? Et avant qu'on en ait trouvé le-
mot , faudra- t-il ne point donner de
vermifuges aux enfans que les vers font
quelquefois périr ? Faudra- t-il ne pas fe
garantir de tant d'infectes qui vivent à
nos dépens ? L'expérience de tous les
pays ne dit-elle pas affez haut , que ces
hôtes incommodes , à qui nous fourniſ--
fons la pâture , & qui font différens en
différens climats , ne fçauroient en au--
cune façon concourir à notre bien-être ?
Par M. P....., Docteur en Médecine,
ancien Chir. en chef du G. H. D. de L.
DANS le Mercure de France, mois
de Décembre 1749, le sieur Borin,
Maître de penfion de cette Ville , fit
inférer des obfervations fur le ver foli-
taire. Il étoit lui- même le fujet de ces
Obfervations , & fe cacha , je ne fçais
JANVIER. 1764.
141
pourquoi , fous le nom du fieur Lion.
On voit dans cette Ouvrage un peu
prolixe , une peinture vive des maux
que caufe cet infecte ; & on y admire
en même tems ce que peut l'induſtrie
lorfque la néceffité & une forte de dé-
fefpoir lui fervent d'aiguillon.
Le fieur Borin eft mort fans avoir pu
donner la fuite des Obfervations qu'il
avoit promiſes , & que deux lettres ve-
nues de Londres demandoient avec inf
tance. J'ai donc penfé qu'on appren-
droit avec plaifir le fort d'un homme
qui s'étoit avifé d'attaquer fon ennemi
avec des crochets de plomb , & dont
les tentatives avoient été courronnées
du fuccès.
Après avoir épuifés tous les Confeils
qu'il pût recevoir de vive voix ou par
écrit ; comme il étoit en état de fouiller
dans les livres de Médecine ; il mit
fucceffivement en ufage tous ceux dont
les livres tant anciens que modernes ,
lui fournirent l'indice.
Il fit enfuite le
voyage de Suiffe pour être traité par
deux Médecins de ce pays , chacun def-
quels prétendoit avoir un fpécifique affu-
ré pour l'expulfion du Ver folitaire. De.
la Suiffe il paffa dans les montagnès
d'Auvergne , où un Païfan , que le Pu
442 MERCURE DE FRANCE.
A
blic avoit fait Médecin , lui dit qu'il
étoit Hydropique , trompé apparemment
par l'étendue prodigieufe de fon ventre :
En conféquence le Paifan propofa la pon-
tion : il fit apporter , dit le fieur Borin ,
un grand bacquet :
il me perça le ven-
tre ; mais il ne vint pas d'eau. Il perça
une feconde fois : rien ne fortit. Il per-
ça une troisième , & tourna fon inftru-
་
ment entre la peau & la chair fans qu'il
fortît de l'eau. Le bruit que j'entendis
de la chair qui fe déchiroit me fit fré-
mir. Les affiftans qui m'avoient encou-
ragé jufques-là ne purent retenir leurs
larmes , & s'emporterent avec menaces
contre mon Auvergnac .
Tel eft le récit du malade que j'ai ſeu-
lement élagué. Il m'a montré la cica-
trice réſultante de cette opération ; & a
ajouté que l'inftrument dont fe fervit le
Païfan étoit un efpéce de couteau ; &
qu'heureuſement il n'avoit pas pénétré
dans le ventre.
Revenu à Lyon , & n'efperant plus
rien de lui - même ,
il erra le long des
bois , des hayes & des rivieres. Il effaya
toutes les plantes qui fe préfentérent
fans diftinction . Lorfqu'il en avoit man
gé quelqu'une , il écoutoit avec attens!
tion quelle impreffion elle feroit au Ver
US
" JANVIER. 1764.
folitaire
143
s'il le fentoit s'agiter ; cet aµ-
gure étoit à l'inftant faifi . Il faifoit am-
ple provifion de la même plante , & en
ufoit en quantité fous toute forte de
forme . Excedé enfin d'une infinité d'ef-
fais infructueux , & quelquefois dan-
gereux , il vint me confulter fur le pro-
jet qu'il avoit formé depuis long- tems
d'attraper fon Ver avec des crochets de
plomb. J'écoutai avec plaifir un hom-
me que fes recherches & fon expé-
rience avoit rendu très-fçavant fur fa
maladie & qui d'ailleurs faifoit de fa
fituation la peinture la plus vive & la
plus pittorefque. Il avoit fabriqué avec
du plomb des crochets parfaitement
femblables à un ancre à trois crampons.
Leurs pointes étoient mouffées& légére-
ment coudées en dedans. A l'anneau
quieft à l'extrêmité de la tige de l'ancre ,
il avoit attaché un fil de quatre pouces
de longueur. Ce fil traverſoit une bale
de plomb de moyen calibre. Il fe pro-
pofoit d'avaler la bale de plomb & en-
fuite le crochet à trois crampons , le-
quel feroit entrainé par le poids de la
bale. Il avoit pour efpérance que les
crampons accrocheroient le Ver , & que
le poids de la bale ainfi que celui du cro-
chet l'entraîneroient.
144 MERCURE DE FRANCE.
Quelques Médecins qu'il avoit déjà
confultés lui avoient fait craindre que
que ces crochets ne déchiraffent les in-
teftins en s'accrochant à leurs valvules :
mais je le raffurai là - deffus , en lui don-
nant une idée plus éxacte de la direc-
tion de ces valvules , & de leur fou-
pleffe. Il avala donc la bale & les cro-
chets. Ce qu'il a réitéré depuis un
grand nombre de fois fans le moindre
inconvénient, Si au bout de quelque-
tems , il ne voyoit point dans les felles
reparoître fon crochet , il en avaloit un
fecond , & quelques jours encore après
un troifiéme. Souvent à ces crochets il
a été obligé de joindre des bales de
plomb unies par une petite traverſe de
même métal en forme de boulets ramés ,
Enfin à l'aide des crochets ,
il a rendu
en différens tems près de trois aunes
de Ver. La totalité du plomb avalé
allant une fois à trois onces & demi ,
fon féjour dans les inteftins fut de trois
mois cependant il n'en reffentoit au-
cune incommodité. Seulement , lorfque
le Ver étoit accroché , il fe fentoit tout
bouleversé par les efforts de cet animal.
Il fe rompit enfin , & le plomb fortit
bientôt après , entraînant avec lui des
portions de Ver plus ou moins longues.
Dégoûté
is
JANVIER. 1764
145
: Dégoûté un jour de ces crochets ,
par la raifon feule , qu'après un séjour
de trois mois dans le ventre , ils étoient
fortis fans emmener avec eux aucune
portion de Ver , il imagina d'en avaler
un dans une telle direction que la tige
de l'ancre fût en haut ; fe propofant de
le retirer de l'ofophage par le moyen du
fil attaché à la tige comme le cable
l'eſt à l'ancre. Son objet étoit de faifir
la partie fupérieure du Ver. Il la fen-
toit en effet quelquefois remonter juſ
ques à la racine de la langue ; & il m'á
dit fouvent qu'il ne lui trouvoit en cette
partie que la groffeur d'un fil terminé
par un nœud.
Pour réuffir dans cette opération qui
lui donnoit quelques inquiétudes à caufe
de la fenfibilité de l'oefophage , il fal-
loit profiter du moment où la tête du Ver
feroit fenfiblement dans le gofier . Un
jour que l'irritation d'une Médecine
avoit fait remonter le Ver dans le go-
fier , de façon qu'il fembloit au mala-
de qu'il alloit être étanglé , il fe déter-.
mina malgré mon abfence à avaler fon.
crochet. Sa femme & fon neveu effrayés
des fuites l'abandonnerent malgré fes
inftances. Il retira néanmoins le crochet,
de la longueur d'un pouce. Une douleur
II. Vol.
G
146 MERCURE DE FRANCE.
aux dents auffi aiguë que fi on les lui eût
a rachées, fans que d'ailleurs l'oefophage
fit fenfiblement irrité & la crainte d'u-
ne défaillance ne lui permirent pas
d'en faire davantage. Il coupa le fil &
avala le crochet.
Il vint me voir quel-
ques heures après , & m'affùra que fi on
m'avoit appellé comme il l'avoit deman-
dé , il n'eût pas craint malgré la dou-
leur de retirer le crochet en entier.
. Cette tentative eut plus de fuccès qu'il
n'en avoit eſpéré. La partie effilée du
Ver , qu'on peut appeller fon col , s'em-
barraffa fans doute dans le crochet au-
cuel il avoit eu foin de faire des dents.
de fcie derriére les crampons. En effet ,
il rendit quelques jours après par les fel-
les , cette partie entraînée par les cro-
chets, avec environ trente aulnes de Ver.
Dépourvû d'un bon microfcope , je lui
confeillai d'avoir recours à M.Bourgelat,
ce Citoyen fi recommandable par fes
Ouvrages fur l'Hippiatrique, & par l'éta-
bliffement de l'Ecole Royale Vétérinai-
re. L'éxamen de cette partie ne montra à
M. Bourgelat qu'une efpéce de noeud.
garni d'un point noir & placé à l'extré-
mité d'un fil. M. Bourgelat conferve
encore ce fil dans fon cabinet.
Des reftes d'incommodité ayanr en-
JANVIER. 1764.
147
gagé le malade à fe purger quelques jours
après , il rendit encore quelques lam-
beaux de Vers vivans. C'en a été affez
pour empoifonner le refte de fes jours.
Perfuadé que fon Ver avoit des com-
pagnons , il n'a pas difcontinué de pren-
dre des remèdes , & en grand nombre
>
& étant tombé dans l'Hydropifie , il
me demanda expreffément d'ouvrir fon
corps après la mort , perfuadé que j'y
trouverois des Vers folitaires , quoiqu'il
n'en eût rendu aucun lambeau depuis
l'époque que je viens de citer. Epoque
qui avoit fix ans d'ancienneté. Je pro-
cédai donc à cette ouverture avec M.
Raft fils , Docteur en Médecine & aggré-
gé, & M. Faure , Docteur en Médecine
& Maître en Chirurgie ; mais les recher-
ches les plus éxactes & les plus étendues
ne montrerent aucune trace de Ver fo-
litaire.
Que penfera-t-on du dernier lam-
beau de Ver encor vivant rendu quel-
ques jours après l'opération du cro-
chet ? Ne peut-on pas le regarder com-
me un débri de celui dont la tête avoit
été fi heureufement entraînée ? Si le
lambeau a furvécu à la deftruction du
Ver dont il faifoit partie ; c'eft que ja-
mais ver ne fut plus vivace que celui là.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Un lambeau de deux aulnes ,. ayant été
mis par le malade fur une table , il s'y
promenoit encore plus de deux heures
après. Un des bouts du même lambeau
fut placé fur le bord d'une petite bou-
teille remplie d'eau chaude
il y entra
peu- à-peu tout entier. Le même bout.
ayant été remis fur le dehors de la bou-
teille ,
il s'y accrocha tellement que .
lorfqu'on voulut le tirer en ligne droite.
il fe caffa plutôt que de céder.
Je n'ai point vu ce dernier lambeau
rendu par le fieur Borin. Peut-être y.
aurois - je apperçu quelque régénération
de tête. Cette conjecture n'eft point
hazardée. Qui fe feroit imaginé , avant .
les Obfervations de l'illuftre Trembley ,
qu'un animal pût être coupé en mille
piéces , & que chacune de ces piéces
deviendroit en peu de temps un ani-
mal auffi complet que celui dont elle .
faifoit partie ? C'est cependant ce qu'a
appris la multiplication du Polipe d'eau
douce par bouture. Ily a plus , le fçavant.
M. Bonnet de Genêve a vû des Vers
d'eau douce coupés en plufieurs piéces
former bientôt autant de Vers parfaits
en tout point. Il a vû des Vers de terre.
coupés par moitié , repouffer une tête
d'un côté de la fection & une quene de.
l'autre. Pourquoi la même régénération
JANVIER. 1764.
de celle d'une épingle ordinaire
149
ne fe feroit-elle pas faite dans le lambeau
du Tonia reftant , fi l'effet du purga-
tif ne l'eût entrainé , foible encore &
hors de défenſe par fon état d'imperfec-
tion. Il n'y a point d'objection victo-
rieufe contre cette analogie ?
La longueur du Ver folitaire n'a point
de bornes déterminées. Le fieur Borin
affùroit en avoir rendu neuf cens aulnes
dans une feule année , & cette affertion
n'eſt point exagérée fi je dois en juger
par la quantité qu'il m'en a montrée en
différens temps , & plus encore par la di-
minution extraordinaire de fon ventre
pendant cette année.
Si ce reptile doit prendre chaque jour
une nourriture proportionnée à fon
étendue , les quatres petites ouvertures
ou fuçoirs que M. Bonnet a obfervées
à fa tête ,font-elles fuffifantes pour fu-
cer la quantité néceffaire d'alimens ? Cet-
te tête , qui n'excéde jamais la groffeur
préfumer que le tenia afpire fa nourri-
ture , finon en tout , du moins en gran-
de partie , par ce grand nombre de tra-
chées placées fous les annelures. Nourri-
ture qui n'a pas befoin d'amples prépara-
tions pour fournir à l'accroiffement de
Panimal; puifqu'elle eft extraite de la par-
Gij
fait
150 MERCURE DE FRANCE.
tie chileufe des alimens de l'hôte au dé
pens de qui il fe nourrit.
Cette opinion feroit commé démon-
trée par le grand appétit de ceux en qui
habite le Ver folitaire , fi , dans l'irrita-
tion continuelle des inteftins, par le mou-
vement vermiculaire du tænia , on ne
trouvoit une caufe irritante capable de
troubler l'ordre naturel des digeftions
& d'occafionner tous les fymptomes
concomitans .
Pour découvrir l'origine du tonia , il
eft inutile de fe promettre d'en rencon-
trer des traces , ou dans les eaux , ou fur
la furface de la terre. On ne trouve point
le gui de chêne dans les prés , fur les cô-
teaux , fur le bord des rivières , & c. Sa
femence emportée par les vents , fe loge
en différens endroits. Quelques arbres ,
comme le prunier , le poirier , lui offrent
fans peine des fucs propres à fon déve-
loppement ; tandis que fur le chêne elle
germe très-difficilement. Auffi le véri-
rable gui de chêne eft-il fi rare , que la
recherche de cette plante parafite étoit
chez les Druïdes nn acte folemnel de
religion. Cette raifon ne demande qu'à
être appliquée au toenia. Elle explique
pourquoi quelques animaux y font plus
fujets que d'autres, pourquoi les habitans
JANVIER. 1764.
du Nord & des pays aquatiques y font
plus expofés que ceux du Midi. On fçait
que les poiffons qui vivent dans les eaux ,
ainfi que les oifeaux de rivières , y font
fort fujets ; ainfi la boiffon eft le véhi -
cule le plus commun de la femence du
Ver folitaire .
LeTonia eft donc un animal vraiment
parafite , qu'on ne doit rencontrer que
dans le corps des autres animaux. Qu'on
apprécie à préfent l'obfervation fuivante
tirée du Magafin de Hambourg. Une
femme avoit rendu , par le moyen des
remèdes , un grand nombre de portions
de Vers folitaires. Son Médecin s'avifa
de chercher dans l'eau de puits la pépi-
nière de ces Vers. Il y trouva en effet
une portion de Tonia de la longeur de
deux paulmes de main , & un grand
nombre de lambeaux très-petits. Le re-
mède fut facile à trouver. Cette femme
ceffa de boire de l'eau , & dès-lors elle
ne fut plus incommodée par le Ver foli-
taire. Voilà , fans contredit , un remède
bien fimple contre un reptile qu'on fçait
échapper à l'action des remèdes les plus
violens.
Comment fe multiplie le Tonia, lorſ-
que fon éxiftence ifolée juftifie le nom
de Ver folitaire qu'on lui a donné ? Saus
Giv
152 MERCURE DE FRANCE..
doute , nos idées communes de l'anima
lité répugnent à la fécondité d'un animal
qui n'a pas été fécondé. Mais il s'en faut
de beaucoup que nous connoiffions tous
les poffibles en ce genre. Un puceron ,
renfermé avec foin , fit de petits puce-
rons ; ceux- ci féparés auffi-tôt , eurent
chacun une postérité. M. Bonner croyoit.
déja être fuffifamment affuré qu'il étoit
des êtres animés qui fe multiplioient par
eux-mêmes , lorfqu'on lui demanda ſi
une feconde & même une troifiéme gé-
nération n'auroit pas reçu la fécondation
de la première femelle de puceron qu'il
avoit renfermée avec un puceron mâle.
Il continua donc de féparer fes pucerons
de génération en génération jufques à la
onzième. Il fut ainfi convaincu que cet:
infecte , dont il a vu quelquefois l'accou-
plement , n'en multiploit pas moins fans .
cette allure ordinaire de l'animalité..
Il eſt inutile de preffer davantage des
parties qui s'accolent d'elles-mêmes ; il:
feroit encore fuperflu de les multiplier.
Ainfi le Tonia le plus folitaire dépofe
des œufs féconds ; ces œufs , échappés à
mille dangers , à caufe de leur petiteffe ,
& entraînés par mille hafards qu'on ne
fçauroit apprécier , éclofent enfin lorf-
qu'ils font parvenus dans quelque efta
:
JANVIER. 1764.
153
mach , dont la chaleur & les fucs font
analogues à leurs befoins. Mais cet ani-
mal , qui multiplie par des oeufs , peut
auffi multiplier par bouture , comme
nous l'avons fait obferver au fujet du
-Ver du Sieur Borin. Peut-être auffi mul-
tiplie-t-il par rejetton , à la manière des
polipes. Voyez la figure qui eft à la
page 268 du traité des Vers de M. Andry.
Elle difpofe à ce foupçon. J'ai encore
été tenté de prendre pour rejetton de:
vers folitaire , ces débris blancs en for-
me de grains de courge , que rendent
quelquefois avec les excrémens ceux
sen qui habite cet animal. L'opinion
qui les regarde , comme le dépôt fé-··
cal de l'infecte , n'explique pas pour--
quoi on ne trouve pas toujours & en
tout temps ces débris.
Combattons à préfent un préjugé
qu'accrédite l'épithète de folitaire don--
née au tænia , epithète qu'il faut bien
fe garder de prendre trop à la lettre
-& dont on ne connoît pas encore toute
l'étendue. J'ai vu en effet quelques per-
fonnes attaquées du tænia rendre avec
les excrémens de petits vers blancs.
de trois à quatre lignes de longueur , &
qui fe remuoient avec beaucoup d'agi--
lité. Comme ils en ont été quite auffi
G. v.
154 MERCURE DE FRANCE.
tôt que le tænia a été expulfé , je penfe
que ce font des œufs éclos des petits
tania , lefquels font enchaînés par les
matières fécales. En donnant le ſpécifi-
que contre le ver folitaire , fpécifique
qui ne tue que ce ver-là , j'ai vu ren-
dre par fon effet des vers longs appel-
lés ftrongles & qui étoient en vie.
Ces dernières obfervations ne dé-
mentent pas affez l'épithète de folitaire
fi on la borne à lui faire fignifier que
le tœnia eft feul de fon efpèce ; mais
il s'en faut de beaucoup que cet état
de folitude foit conftant. La veuve du
Docteur Nouter , Médecin Suiffe , de
laquelle j'ai acquis le fpécifique dont
je
Viens de parler , découvert par feu
fon époux , m'a dit qu'il n'étoit pas .
rare de voir rendre par l'effet de ce
reméde deux & quelquefois trois tænia ;
mais elle ne vit qu'avec furprife le fait
fuivant qui fe paffa fous fes yeux le 4
Janvier 1763 , & fous ceux de M. Brun,
Docteur Aggrégé au Collège des Méde-
cins de Lyon : le voici. Dès le lendemain
de l'acquifition de ce reméde , je le
donnai pour premier effai à un Sei-
gneur Ruffe qui avoit fait à Montpel-
lier un féjour de plufieurs mois fous le
nom de Philofophe. Le feul produit
JANVIER. 1764.
ce grand nombre de vers ;
155
d'un grand nombre de remédes qu'on
lui avoit prefcrits , avoit été de faire
fortir plufieurs lambeaux de tænia . Il
prit le ſpécifique à fept heures du matin .
M. Brun , avec qui il avoit lié connoif-
fance à Montpellier , lui tint affiduement
compagnie. A dix heures il fe mit fur
le fiége & y refta jufqu'à onze , ren-
dant une fuite continuelle de vers. Leur
nombre , débrouillé & compté par les
têtes , fe trouva monter à vingt- un ,
·
tous à peu près de la même largeur
mais de longueur différente , depuis
demi aulne jufqu'à deux. Le malade
ne fut aucunement fatigué. Il dina de
bon appetit ; alla le même jour au Spec .
tacle , & partit après un jour de repos.
Sa fanté n'avoit jamais beaucoup foul-
fert de la préſence d'un fi grand nombre
de vers. L'incommodité la plus grande
confiftoit dans des étourdiffemens avec
perte de connoiffance , mais fans con-
vulfions
il en revenoit comme d'un
affoupiffement.
Qu'un feul tænia caffé & recaffé ait
produit par rejettons de ces débris
qu'ils fe
foient multipliés par bouture à la ma-
nière des polipes d'eau douce ou que
les œufs du tænia aient été , ainfi que
G vj
56 MERCURE DE FRANCE.
ceux du puceron ifolé , affez féconds
pour cette multiplication ; il n'y a rien
là qui ne trouve des exemples avérés dans
de vers , parce qu'ils ont trouvé dans
propres à leur accroiffement , voilà à
Il n'y a fans doute que les eaux du
à
l'hiftoire des infectes. Que plufieurs-
œufs de tania avalés en une ou plu-
fieurs fois , aient fourni cette pépinière ·
les inteftins une chaleur & des fucs
mon avis l'opinion la plus vraisemblable..
Nord qui foient fi abondantes en œufs
de toenia. Un jeune homme qui foup-..
çonnoit avoir été affailli en Suiffe par-
le ver folitaire , ne voulut point s'en
débarraffer ayant encore un voyage à
faire en ce pays. Il m'affura s'y être
trouvé le douziéme d'une table de vingt
couverts, attaqué d'un ver folitaire. Ob-
fervons néanmoins qu'un tel recit fait :
par un malade voyageur , annonce fans :
doute par fa nature l'ordre de quel-.
que réduction.
A quoi bon le Ver folitaire ? Cette
queftion n'eft point frivole. Rien ne fut
fait en vain , difoit un malade prétendu
Philofophe ; & fi cet animal héberge
chez moi plutôt que chez un autre , c'eſt
apparemment pour de bonnes raifons.
Les maux qu'il me donne en éloignent
JANVIER 1764
157°
de plus fâcheux . Mais les caufes finales
ne font-elles pas toutes autant d'énig-
mes ? Et avant qu'on en ait trouvé le-
mot , faudra- t-il ne point donner de
vermifuges aux enfans que les vers font
quelquefois périr ? Faudra- t-il ne pas fe
garantir de tant d'infectes qui vivent à
nos dépens ? L'expérience de tous les
pays ne dit-elle pas affez haut , que ces
hôtes incommodes , à qui nous fourniſ--
fons la pâture , & qui font différens en
différens climats , ne fçauroient en au--
cune façon concourir à notre bien-être ?
Par M. P....., Docteur en Médecine,
ancien Chir. en chef du G. H. D. de L.
Fermer
943
p. 167-169
GRAVURE.
Début :
TABLEAU généalogique & chronologique de la Maison Royale de FRANCE, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
TABLEAU généalogique & chronologique
de la Maison Royale de FRANCE,
dédié à Mgr LE COMTE D'AR-
TOIS , par M. Clabault. Gravé en 8
feuilles , grand Colombier , fe vend à
Paris , chez l'Auteur , rue du Petit-Pont ,
près le petit Châtelet , dans la porte
cochère , entre un Marchand Papetier
& un Marchand Chapelier.
Cet Ouvrage plein de recherches in-
téreffantes , eft très- bien exécuté de la
part du Graveur. On en trouve l'ana-
lyfe chez Aug. Mart. Lottin l'aîné
168 MERCURE DE FRANCE.
Imprimeur-Libraire de Mgr le DUC DE
BERRY , rue S. Jacques , près S. Yves ,
au Coq. Brochure in- 8°.
ON diftribue actuellement avec fuc-
cès chez le fieur BASAN , Graveur
rue du Foin S. Jacques à Paris les 2
vol. in-fol. forme d'Atlas , qui compo-
fent l'Ouvrage connu fous le nom du
Cabinet de Crozat qui depuis plufieurs
années étoit devenu rare faute d'être
imprimé.
Ces deux vol. contiennent
182 Eftampes gravées à grands frais &
par les foins de M. Crozat , d'après les
plus beaux Tableaux des plus grands
Maîtres Italiens , qui font en France
dans les cabinets du Roi , du Duc d'Or-
léans , & c. A la tête de chaque volume
il y a une defcription de chaque Ef-
tampe qui le compofe. Les Graveurs
qui ont été employés à cet Ouvrage
ont été & font encore les plus habiles
de ce fiécle , tels que les Chereau , Du-
change , l'Epicié , Desplaces , Larmeſ-
fin , Simoneau , Tardieu , Vallée , Ver-
meulen , Dupuis , le Bas , Ravenet
&c. &c.
Le fieur Bafan aujourd'hui poffef-
feur defi.tes Planches , n'a rien ménagé,
pour la perfection de l'Ouvrage tant
pour
JANVIER. 1764.
pour l'impreffion que le papier ;
fur celui de Colombier
169
il le
vend en feuilles imprimé fur le papier
de grand Aigle fin 192 liv. & 160 liv.
Il eft auffi poffeffeur des 118 Plan
ches qui compofent le volume , connu
fous le nom du Cabinet d'Aguilles , le-
quel étoit auffi devenu rare faute d'ê
tre imprimé ; il vient de l'être avec
foin & fe diftribue auffi chez ledit Sr
pour 90 liv. en feuilles , imprimé fur
le papier de grand aigle fin & 72 liv.
fur celui de Colombier. On trouve
chez le fieur Bafan un affortiment gé-
néral d'Eſtampes anciennes & moder
nes tant Etrangères que Françoifes . II.
vient de mettre en vente une Eftampe
nouvelle d'après Poters , d'après le Sr
Charpentier , dont le Sujet eft une Tem-
pêre . Elle eft d'un très-grand effet , &
foigneufement exécutée.
ro f.
Fermer
944
p. 125-136
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
FABLES nouvelles divisées en six Livres, avec des Notes, & un Discours [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
FABLES nouvelles divisées en six
Livres, avec des Notes, & un Discours
ſur la manière de lire les Fables , ou
de les réciter. Nouvelle édition , aug-
mentéedepluſieurs Piéces qui ne fe trou-
vent pas dans les précédentes. Par M.
l'Abbé Aubert. AParis , chez Duchesne,
Libraire , rue S. Jacques , au-deſſous de
la Fontaine S. Benoît , au Temple du
Goût , 1764 ; AvecApprobation & Pri-
vilège du Roi. Vol. in- 12 , petit format.
Le ſieur Duchesne ayant acquis l'E-
dition des Fables de M. l'Abbé Aubert ,
dont nous avons eu occafion de parler
plus d'une fois avec éloge , a cru , pour
la fatisfaction du Public
devoir y
ajouter l'Epitre que cetAuteuraadreſ
Fiij
1
126 MERCURE DE FRANCE .
ſée à l'Academie Françoiſe , en lui pré-
ſentant ſonRecueil , ainſi que les deux
contes Moraux qu'il a compoſés d'après
les Tableaux de M.Greuze,expofés au fa-
lon du Louvre en 1761 & 1763. Ces
additions ne peuvent que confirmer le
jugement favorable que le Public a déja
portédes talensde cet agréable fabuliſte.
NOUVEAU Recueil dePiéces enVers
& en profe ; à Paris , chez L. G.
de Hanfy, fils aîné , Libraire , Pont-
au-Change , à S. Nicolas , 1764 ; avec
Approbation & Privilége du Roi, Bro-
chure in- 12de210 pages; prix, I liv.
10 f. broché.
CE Recueil contient plus decentPié-
ces , laplupart en Vers. Ily a des Epi-
tres , des Elégies ,des Fables, des Chan-
fons , des Enigmes , des Bouquets , des
Epigrammes, des Allégories ,des Can-
tatilles ; en un mot des Piéces Fugiti-
vesdans tous les genres.
OBSERVATIONS fur le Livre de l'Ef-
prit des Loix , par M. Crevier : à Paris
chez Deffaint& Saillant , rue S. Jean
deBeauvais ; 1764; avec Approbation
&Privilége du Roi. Brochure ip-12.
3
FEVRIER. 1764.
127
M. Crevier nous apprend qu'après
avoir lû trois ou quatre fois le Livre de
M. de Montesquieu
,
il a mis par écrit
ſes Obſervations fur cet Ouvrage ; qu'il
a éxaminé curieusementl'érudition dont
M. de Montesquieu accompagne & rc-
léve le fond de ſa Doctrine , & qu'il y
a trouvé de grandes défectuofités. C'eſt
parlà qu'il commence la critique de l'EC
prit des Loix , diviſée en deux parties.
Dans l'une on montre les défauts d'exac-
titude dans les Faits hiſtoriques ; dans
l'autre les faux principes en matière de
Métaphyfique ,de Morale&deReligion.
DICTIONNAIRE portatifde Médeci
ne , d'Anatomie , de Chirurgie , de Phar-
macie, de Chymie , d'Hiſtoire naturelle ,
de Botanique & de Phyſique ; qui con-
tient les termes de chaque Art , leur
Etymologie,leurdéfinition & leur expli-
cation , tirésdes meilleurs Auteurs ; avec
un Vocabulaire grec & latin , à l'u-
fage de ceux qui liſent les Auteurs an
ciens ; Ouvrage utile à ceux qui prati--
quent les Arts , & néceſſaire aux Etu-
dians ; par Jean François Lavoifien , an-
cien Chirurgien des Hôpitaux des Ar-
mées du Roi , & Maître en Chirurgie
àEu. A Paris , aux dépens de P. Fr.
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
Didot le jeune , quai des Auguſtins ;
1764 ; avec approbation & privilége
du Roi. 2 Vol. in-8°. reliés en un ſeul ,
dont le prix eſt de 5. liv.
On n'entreprend pas de former des
Médecins , des Chirurgiens , des Phar-
maciens , &c , par la lecture de ce Dic-
tionnaire ; on veut ſimplementles initier
au langage de ces Sciences. On veut
leur faire connoître l'étymologie des
termes , leurs définitions , &c ; ce que
perſonne n'avoit encore entrepris d'u-
ne façon auſſi complette.
MÉLANGE d'Hiſtoire Naturelle , par
M. A. D. Avocat en Parlement , & aux
cours de Lyon; à Lyon , chez Benoît
Duplain, rueMerciere, à l'Aigle, 1763 ;
avec approbation & privilége du Roi ;
2 vol. in-8. petit format. Avec cette
Epigraphe : Quam magnificafunt opera
tua,Domine ! Omnia inſapientiafecifti;
impleta eft terra poſſeſſione tua. Pr. 103.
Les différentes piéces qui compoſent
ce Recueil , ont paru ſucceſſivement
dans les Ouvrages périodiques , ou ont
été lues dans différentes Académies de
l'Europe. On a raſſemblé en un ſeul
corps , ce qui étoit épars dansune infi-
nité de volumes. On y trouve pluſieurs
FEVRIER. 1764.
129
Mémoires de M. Linœus , ce fameux
Naturaliſte du Nord; les Géer, les Alt-
man , les Treffan , les Tozzetti & d'au-
tres Naturaliſtes avantageuſement con-
nus dans la République des Lettres ,
achevent de completter cette collec-
tion. L'Editeur n'a faitque corriger le
ſtyle de pluſieurs Mémoires qui avoien
beſoin de ce ſecours pour paroître en
Public.
ALMANACH de la ville de Lyon ,
pour l'année Biſſextile 1764 ; à Lyon
chez Aimé de Laroche , Imprimeur de
Mgr l'Archevêque & du Clergé , &c .
aux Halles de la Grenette ; 1764 ; Vol.
in-8°.
Cet Ouvrage eſt pourlavillede Lyon
&toutleGouvernement Lyonnois , ce
qu'eſt pour Paris le grand Almanach
Royal qui s'imprime avec tant de ſuc-
cès & une utilité ſi générale, chez Le-
breton , Syndicdes Libraires, ruede la
Harpe.
ORDRE chronologique des deuils de
Cour,avec un précis de la vie & des
ouvrages des Auteurs qui font morts
dans lecoursde l'année 1763 ; à Paris,
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
de l'Imprimerie de Moreau , rueGalan-
de , 1764; Brochure in- 16.
Pluſieurs perſonnes qui ont ſouſcrit
pour les Avis du deuil, ont defiré qu'on
leur donnat ,par forme de ſupplément ,
dans les derniers jours de Décembre ,
une récapitulation hiſtorique des Prin-
ces morts pendant le cours de l'année.
Cette idée en a fait naître une autre :
c'eſt d'ajouter à cette récapitulation le
nécrologe des perſonnes célèbres dans
les ſciences ou dans les arts , mortes
dans le même eſpace de temps , avec
un précis de lear vie & de leurs ou-
vrages. Des écrivains connus ſe ſont
chargés de veillerà la rédaction de ces
mémoires , qui ſe diſtribueront régu-
lièrement à la fin de chaque année.
On invite les Artiſtes à contribuer eux-
mêmes à ces honneurs rendus à leurs
confrères , en faiſant parvenir auBureau
les anecdotes dont ils auront connoif-
fance. Les perſonnes qui ne voudront
que les avis de deuil accoutumés , con-
tinueront à les recevoir pour le prixde
3 liv. par année & de 6 liv. francs de
port pour les Provinces. Celles qui de-
fireront la récapitulation hiſtorique des
deuils & le nécrologe des Artiſtes ,
payeront 6 liv. à Paris ,& dans les Pro
FEVRIER. 1764 .
131
vinces 9 liv.franc de port. On foufcrira
dorénavant pour les uns & pour les au-
tres , au Bureau général d'indication , à
Phôtel d'Aligre , rue S. Honoré. On a
donné cette année le précis de la vie de
MM. de Marivaux , Peffelier & Bou-
gainville.
:
M. de Garfault , Auteur du Nouveau
Parfait Maréchal , & Membre de la So
ciété Royale d'Agriculture de Paris ,
ayant deffiné dans le courant de plu-
fieurs années un grand nombre de plan-
tes d'après nature , ainſi que quantité
d'Animaux, s'eſt déterminé ſuivant les
Conſeils de M. de Juffieu , a faire graver
ce qui dans ces deux regnes ſe trouve
d'uſage enMédecine ; & afinde rendre
la matiére médicale parfaitement inf
tructive , il a ſuivi en entier celle deM.
Geoffroy comme étant une des meil
leures.
1
CE Recueil qui eſt in-8°. comment
ce donc par les figures des Plantes exo-
tiques ou étrangères ; enſuite viennent
les Plantes indigénes oude nos climats ,
& enfin les Animaux ; ce qui compoſe
730. Planches de cuivre gravées en taille
douce.
L'Auteur donne avis que l'on a comm
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
commencé à imprimer le tout , &qu'il
yen aura pluſieurs Exemplaires à vendre
dans le courant du mois de Mai 1764.
Le prix de l'Exemplaire eſt 48 livres ;
mais en attendant , les perſonnes qui dé-
fireront en avoir des premiers peuvent
s'adreſſer dès à préſent chez l'Auteur ,
rue S. Dominique près la rue S. Jac-
ques; &en donnant un Louis , qui eft
lamoitié du prix , il leur ſera livré une
reconnoiffance qu'ils rapporteront lors
de la vente , enpayantle reſtantdu prix.
LEMANUEL des Champs , ou recueil
choiſi , instructif & amusant de toutce
qui eſt le plus néceſſaire , & le plus
utile pour vivre avec aifance & agré-
ment à la campagne; par M. Chanval-
lon, Prêtre de l'Ordre de Malthe , à Pa-
ris , chez Lottin le jeune , Libraire , rue
Saint Jacques , vis-à-vis la rue de laPar-
cheminerie , 1764. avec Approbation &
Privilége duRoi.
- Cet ouvrage eſt diviſé en quatre Par-
ties. La premiere traite du potager , des
arbres fruitiers , de lataille, de lagreffe ,
de la culturedes fleurs ,des arbriffeaux ,
enfin du Jardin d'ornement. La deuxié-
me , des terreslabourables , des près, des
vignes , dela façon& qualités des Vins
FEVRIER. 1764.
133
de laBierre, du Cidre , de l'Hydromel ,
&c. des Bois , de la Chaffe & de la Pê-
che. La III. des Chevaux , des Bêtes à
cornes , des Bêtes à Laine ,des Volailles,
des Oiseaux ſauvages qui s'apprivoiſent
aiſément , des Mouches à Miel & des
Vers-à- Soie. La IV. & derniére partie ,
dela Cuiſine ,de laPâtiſſerie, des Confi-
tures ,des Liqueurs & autres choſes né-
ceffaires ouutiles pour l'ufage de la vie.
Le tout en un fort Volume in- 12. de
près de 600 pages , 1764. L'Auteur a
puiſédans les meilleurs Traités & les plus
étendus; & il a recueilli en un ſeulVo-
lume , l'eſſentiel & le plus intéreſſant à
ſcavoir, pour conduire avec ſuccès un
BiendeCampagne , & pour y vivre avec
aiſance& agrément. On remarque ici
quelques articles qui ne ſetrouvent point
dans laMaiſon ruſtique &dans les autres
Ouvrages les plus connus &les plus rée
pandus fur cette matière. Ce Livre peut
convenir à une infinitéde Perſonnes qui
au défaut d'étude , de faculté, ou de
temps , ne peuvent lire les Traités plus
étendus d'où il eſt tiré. L'Auteur nous.
paroît n'avoir rien ignoré , ni rien omis
de tout ce qui peut rendre ceRecueil
d'une utilité générale.
1.
134 MERCURE DE FRANCE.
Le même Libraire Lottin le jeune ,
propoſe au Public à un Rabais confidé-
rable les Livres ſuivans
Avril :
>
d'ici au 1.
ABREGE' Chronologique , ou Nou-
velles Annales de Paris contenant l'Hif-
toire de la ville de Paris avec ſes divers
accroiſſemens , &c. par Don Touffaints
Dupleffis , Religieux Benedictin de la
Congrégation de S. Maur ,Vol. in-4°.
(qui ſevend9 liv.) actuellement en feuil-
les à 3. liv. 10. f.
Chriftiani cordis gemitus , &c.; ou
gemiſſemens d'un cœur Chrétien , con-
tenant des Prieres tirées des Paroles &
remplies de l'eſprit des Saintes Ecritures
&des S. Peres par M. Hamon , 2 Vol.
in- 12. ( qui fontde 5 liv.) actuellement
les 2. Vol. en feuilles 25. f.
TRACTATUS de Sacramento Con-
firmationis par Vuitaſſe , 2 vol. in- 12 .
(qui font de 5 liv. ) actuellement les
2 vol en feuilles 25 f.
Ejufdem Tractatus de Ordine 2. Vol.
in- 12 ( qui ſont de 5 liv.) actuellement
les 2 Vol. à 25. f.
BREVIARIUM Ecclefiafticum , editi
jam Profpectus executionem exhibens, in
gratiam Ecclefiarum in quibus novafa-
FEVRIER. 1764.
135
cienda erit Breviariorum Editio , 2. forts
Volumes in-12. bien imprimés ( qui
font de 7. liv. ) actuellement les 2Vol.
en feuilles 2. liv. Le même Libraire vend
pluſieurs Livres à l'uſagedes Eccléfiafti-
ques ,& beaucoup d'Ouvrage de Piété.
ESSAI politique ſur la Pologne ; à
Varsovie , de l'Imprimerie de Pfombka;
& ſe trouve à Paris , chez Briaſſon ,
Libraire , rue S. Jacques , à la Science ;
1764 ; brochure in- 12 .
Le Roi & fon Pouvoir , le Sénat &
les Miniſtres , l'Ordre Equeſtre & les
Officiers de la Couronne,lesAffemblées
politiques pendant le Règne , lesAffem-
blées dans l'Interrègne ; les Loix des Af
ſemblées civiles, la Milice & les forces
de la Pologne; les droits& les intérêts de
la République; laReligion ,les mœurs ,
le climat & les productions du Pays ,
forment les douze Chapitres de cette
Brochure , que les circonstances préſen-
tes rendent intéreſſante.
PROJET d'une École gratuite de
Sciences par toutes les Provinces du
Royaume , où tous les Citoyens , de
quelque ordre qu'ils foient, trouveront
les ſecours de l'éducation ; avec cette
136 MERCURE DE FRANCE.
Epigraphe : Quo femel eftimbuta recens
fervabit odoremtestadiu. Hor. Nouvelle
Edition ; par M. Fleury, ancien Profef-
feurRoyal de Mathématiques & de Gé-
nie ; en France , 1764 , brochure in- 12.
Ce Projet a trois parties. La première
développe les avantages qui réſulteront
de l'École projettée. La ſeconde indique
les moyens de remplirceProjet. La troi-
fiéme répond aux objections qu'entraî-
nenttoujours les nouvelles entrepriſes.
MES RÉCRÉATIONS , ou Recueilde
diverſes Pièces choifies ; à Amsterdam ,
& ſe trouve à Paris , chez Langlois
fils , rue de la Harpe , à la Couronne
d'or; 1763, brochure in- 12.
Pluſieurs petits Ouvragesde Poësie ,
tels que des Fables , des Odes , des
Rondeaux,des Chanſons, des Enigmes,
des Epitres , &c. quelques Ouvrages en
profe , & en particulier une Pièce de
Théâtre intitulée , la Réformatrice im-
prudente : voilà ce qui compofe cette
Brochure d'environ 150 pages.
Fermer
945
p. 136-139
« NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
Début :
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques & Topographiques ; Plans de Villes, [...] »
NOUVEAU Catalogue de Cartes Géographiques
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
& Topographiques ; Plans
de Villes, Siéges & Batailles, Cartes
FEVRIER. 1764.
137
Marines , Cartes Aſtronomiques & de
Géographie ancienne ; Cartes & Plans
de pluſieursfeuilles ,avec leur grandeur;
divers Atlas , Mémoires ou Analyſes de
Cartes ; Sphères & Globes , &c. diviſe
endeuxparties; prix 1 liv. 16 f. broché.
AParis, chez R. J. Julien , à l'Hôtelde
Soubiſe, & par commiffion, à Nurem-
berg, chezlesHéritiers d'Homann , à la
Haye, chez Goffe & Pinet , & à Lon-
dres, chez André Dury , 1763.
Ce Cataloguedu SieurJulien , quieſt
de230pages in-12 , en caractères petit-
texte, contient 16 à 1700 articles , qui
compoſentprès de 7400Cartes ouFeuil-
les différentes , &leur prix. Il eſtdivifé
en quatre chapitres , & ces chapitres en
cinquante-deux fections.
Lechapitre premier contient lesCar-
tes générales & particulières des quatre
parties du Monde , & des Etats qu'elles
comprennent en 976 articles. Le cha-
pitre ſecond donne, en 286 articles ,
lesplans des Villes , Siéges & Batailles.
Le chapitre troiſiéme préſente les Car-
tes Marines ,
Cartes Aftronomiques
& de Géographie ancienne , & 147
Cartes& Plansde pluſieurs feuilles pro-
pres à ornerdesGalleries & Maiſons de
138 MERCURE DE FRANCE.
campagne , en les faiſant coller fur toile,
& monter fur gorge & rouleaux. Le
chapitre quatrième renferme divers
Atlas particuliers , au nombre de qua-
rante - quatre ; des Mémoires ou Ana-
lyſes de Cartes ; Méthodes & Traités de
Géographie ; Sphères & Globes , &c.
On trouve à la fin de la première
partie du Catalogue , 1º, une Table des
chapitres & fections ; 2°. les noms des
Auteurs & Editeurs des Cartes , par or-
dre alphabétique , leurs pays & en quel-
les langues elles sont dreſſées ; 3°. la
Liſte de 175 feuilles de la Carte Topo-
graphique de la France , levée& publiée
par ordre du Roi , ſous la direction de
MM. Caffini de Tury , Camus & de
Montigny , de l'Académie Royale des
Sciences. On adiftingué dans cette Liſte
les 68 Feuilles qui ontparujuſqu'à pré-
ſent; elle eſt ſuiviede pluſieurs moyens
de rendre cette Carte d'un uſage plus
ou moins commode ſelon le plus ou
lemoins de dépenſe qu'on veuty faire ;
4°. Recueil des plus beaux coquillages
gravés & peints d'après le naturel par
ordre du Roi de Dannemarck ; par le
fieur Regenfus , Graveur du Cabinet de
SaMajeſté : très-grand in-fol. en papier
FEVRIER. 1764.
139
de grand Aigle d'Hollande. La ſeconde
partiedu Catalogue, renferme les mêmes
Cartes de la premiere Partie , avec leurs
titres beaucoup plus détaillés : elles y
ſont partagées de manière qu'on trou-
ve de fuite les Cartes de chaque Auteur ;
au lieu que dans la premiere partie elles
ſont diſtribuées dans un ordre géogra-
phique , qui peut ſervir de modele pour
former des Atlas plus ou moins volu-
mineux.
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946
p. 166-169
GRAVURE.
Début :
STATUE Equestre de LOUIS LE BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
STATUE Equestre de LOUIS LE
BIEN-AIMÉ, érigée le 14 Février,
& dont l'Inauguration s'eſt faite le 20
Juin 1763 , deſſinée par le Sr de Seve ,
& gravée par le Sr Charpentier ; ſe vend
àParis , chez le Sr Defnos , Ingénieur-
Géographe , rue S. Jacques , au Globe.
CarteHélio- Séléno - Géographique ,
dans laquelle on voit la projection que
!'ombre de la Lune trouva ſur la ſurface
de cette partie de notre Globe , dans la
célébre Eclipſe centrale & annulaire du
Soleil , qui arrivera le premier Avril
1764. Se vend chez le même.
Cette Carte eft à petits points; & ,
pour y rendre l'expreſſion du local plus
ſenſible , on y ajoint une Table , qui a
pour objet d'y ſuppléer. La méthode
des Projections dont on s'eſt
ſervi
pour la conſtruire , eſt celle dont nous
ſommes redevables à M. Delisle : rédui-
duite en calcul trigonométrique ; elle
offre aux Aſtronomes des ſolutions élé-
gantes qui méritent la préférence fur les
autres opérations graphiques.
FEVRIER. 1764.
167
La première colonne de cette Table
exprime la longitude de l'Obfervatoire
Royal de Paris à l'égarddetrente-deux
Villes qui ſe trouveront pourainſi dire ,
enveloppées par l'ombre conique de
la Lune. La feconde indique leur latitu-
de. Dans les trois autres colonnes on
a déterminé le commencement , le mi-
lieu & la fin de l'Eclipſe pour chacun
de ces différens Lieux , abſtraction fai-
te de la différence horaire de leurs Mé-
ridiens.
Le Public trouvera les principes fon-
damentaux de cette Table dans l'Ou-
vrage que M. Rizzi Zannoni fera pa-
roître inceſſamment ſous ce titre :
Mappa Hemisphærii Borealis Eclipfio-
graphica ; five Typus obfcurandæ Tel-
luris in Eclipsi annullaris Solis diepri-
md menfis Aprilis 1764 , pro illuftran-
do calculo Eclipfium Solarium ex fun-
damentis. Mathematicis & Tabulis Af-
tronomicis D. D. Tob. Mayer & de la
Caille ,fupputatus & defcriptus , &c.
Le Sr OUVRIER vient de mettre au
jour une Eſtampe gravéed'après leTa-
bleau original peint par M. Cochin , le
fils , Ecuyer , Chevalier de l'Ordre du
Roi , Garde des deſſeins du Cabinet
de Sa Majesté , Secrétaire & Hiftorio-
•
168 MERCURE DE FRANCE.
graphedel'Académie RoyaledePeinture
&Sculpture. Cette Eſtampe , très-bien
gravée par le Sr Ouvrier, & qui a pour
Titre leGénie du deſſein , ſe vend chez
lui , à Paris , Place Maubert chez M.
Bellot ,Marchand Bonnetier , au Soleil
d'or.
f TABLEAU Généalogique& Chrono-
logique de laMaiſon Royale de France,
dédié à Mgr le Comte d'ARTOIS , par
M. Clabault , &c .
:
N. B. Nous ajouterons à l'annonce
que nous avons faite de cet Ouvrage
dans notre dernier Mercure , 1°. qu'on
nepeutrien ajouter à la précifion ,ainfi
qu'à la clarté du Plan.
2°. Que l'Analyſe qui accompagne
ceTableau renferme beaucoup d'obfer-
vations importantes; & que le Recueil
de la poſtérité de Charlemagne & de
Hugues Capet peut intéreſſer une grande
partie de la Nobleſſe de France par
l'illuſtration qu'il lui procure , avec d'au-
tantplusde raiſon que ce travail n'a été
fait qu'après un choix rigoureux des au-
torités.
3°. Que les remarques de l'Auteur ,
concernant l'illuſtration de laMaiſon de
France
FEVRIER. 1764.
169
Frances par ſes Alliances , paroît neuve,
& que le Public fenfible à la gloire de
fes Rois & de ſes Princes ne pourra
voir qu'avec fatisfaction la preuve d'un
fait, qui peut également piquer la cu-
rioſité des Princes Etrangers.
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947
p. 70
AUTRE.
Début :
Il faut trouver dans un seul mot, [...]
Mots clefs :
Hermaphrodite
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Il faut trouver dans un ſeul mot , L
Arme, Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Atôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles.
Il faut trouver dans un ſeul mot , L
Arme, Mitre , rime , Marot ,
Dame , mérite , Hermite , aprêt ,
Métier , Remi , Martyr , Arrêt ,
Atôme , Droit , Thême , Morphée ,
Terme , mari , Parme & marée.
Par REGNAULT , R. à Versailles.
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948
p. 129-131
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
HARMONIE des Pseaumes & de l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
HARMONIE des Pseaumes & de
l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvra-
ge posthume de M. Pluche ; à Paris
chez les Freres Eflienne , rue S. Jac-
ques , à la Vertu ; 1764 , un Vol. in-12..
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mes, qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt pré-
cédé d'une Préface très-étendue & très-
inſtructive , quidonne la clefdes Pſeau-
mes , fait connoître le caractère parti-
culier du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers acci-
dens arrivés aux verſions Grecque &
Latine. Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verſion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION fur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Gor-
tingue ; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in-8°.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit atta-
qué M. Rizzi Zannoni au ſujet dequel-
ques fentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule
,
que de prétendre nous donner des Car-
tes arplaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Ad-
verſaire de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764.
131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfuta-
tion des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation.
HARMONIE des Pseaumes & de
l'Evangile, ou Traduction des Pseaumes
& des Cantiques de l'Eglife ; avec
des Notes relatives à la Vulgate , aux
Septante & au Texte Hébreu ; ouvra-
ge posthume de M. Pluche ; à Paris
chez les Freres Eflienne , rue S. Jac-
ques , à la Vertu ; 1764 , un Vol. in-12..
Avec Approbation & Privilége du Roi.
Cette nouvelle Traduction des Preau-
Fv
130 MERCURE DE FRANCE.
mes, qui ne le céde à aucune de celles
qui ont paru juſqu'à préſent , eſt pré-
cédé d'une Préface très-étendue & très-
inſtructive , quidonne la clefdes Pſeau-
mes , fait connoître le caractère parti-
culier du langage des Hébreux , le
tour de leur Poësie , l'état actuel du
Texte de l'Ecriture , & les divers acci-
dens arrivés aux verſions Grecque &
Latine. Les Notes dont M. Pluche a
accompagnié ſa verſion , répandent
beaucoup de clarté ſur le Texte.
DISSERTATION fur différens points
de Géographie , adreſſée à l'Académie
des Sciences & Belles-Lettres de Gor-
tingue ; par M. Rizzi Zannoni ; 1764 ,
brochure in-8°.
Le but de cet écrit eſt de réfuter M.
Bonne , Mathématicien , qui avoit atta-
qué M. Rizzi Zannoni au ſujet dequel-
ques fentimens ſur la Géographie : on
réduit ici à deux points principaux , les
plaintes de M. Bonne. Le premier roule
fur ce que M.Rizzi Zannoni avoitdit que
c'étoitun projet chimérique & ridicule
,
que de prétendre nous donner des Car-
tes arplaties vers les Pôles ; dans le
fecond M. Bonne reproche à fon Ad-
verſaire de l'avoir copié dans ſa Carte
MARS. 1764.
131
des Côtes Maritimes de la France , &
d'y avoir ajouté des fautes. La réfuta-
tion des accuſations de M. Bonne fait
tout le ſujet de cette differtation.
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949
p. 133-135
« TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
Début :
TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRAITÉ Historique des Plantes de la Lorraine & des trois Evêchés ; par M. [...] »
TRAITÉ Historique des Plantes de la
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs ex-
traits de ce Livre utile , qui ſe conti-
nue avec ſuccès. Nous ajoutons ſeule-
ment , qu'il fera diviſé en vingt Volu-
mes. Le premiereſt le proſpectus de l'Ou-
vrage ; les dix-neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plan-
tes , ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
Ondonne dans cet Ouvrage la deſcrip-
tion botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , ſon
analyſe chymique & ſes propriétés , tant
pourlamédecine que pourles arts & mé-
tiers. On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui font faites fur ces matières. Le ſim-
ple expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne font pas fuffifans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtamment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Phar-
maciens , Phyficiens , Jardiniers , Artif
tes,& autres perſonnes,de luifaire tenir ,
par des commodités sûres & ſans frais
9
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent
,
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , fur les
avantages que les habitans du pays peu-
yent en tirer.
avec leurs
La ſouſcriptionde l'hiſtoire des végé-
taux ſera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en re-
cevant les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néan-
MARS. 1764.
135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-dou-
ce , & deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés. Ceux qui voudront faire
les fraisde quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
Lorraine & des trois Evêchés ; par M.
Buchoz, Médecin Ordinaire du Roi de
Pologne , &c.
Nous avons déjà donné pluſieurs ex-
traits de ce Livre utile , qui ſe conti-
nue avec ſuccès. Nous ajoutons ſeule-
ment , qu'il fera diviſé en vingt Volu-
mes. Le premiereſt le proſpectus de l'Ou-
vrage ; les dix-neuf autres renferment
chacun une famille différente de Plan-
tes , ſuivant le ſyſtême de leurs vertus.
Ondonne dans cet Ouvrage la deſcrip-
tion botanique de la Plante , ſa figure ,
l'endroit où elle croît , ſa culture , ſon
analyſe chymique & ſes propriétés , tant
pourlamédecine que pourles arts & mé-
tiers. On raporte les, ſentimens des an
134 MERCURE DE FRANCE.
ciens & des modernes , auxquels on
ajoute toutes les nouvelles obſervations
qui font faites fur ces matières. Le ſim-
ple expoſé de cet Ouvrage en démontre
l'utilité & la vaſte étendue.
L'Auteur a beſoin d'inſtruction pour
remplir cet objet ; les différens voyages
qu'il a faits dans la Lorraine & les
trois Evêchés ne font pas fuffifans ; il
réitére donc ſes inſtances auprès des
curieux , & il les prie très-inſtamment ,
de même que MM. les Cultivateurs ,
Curés , Médecins , Chirurgiens , Phar-
maciens , Phyficiens , Jardiniers , Artif
tes,& autres perſonnes,de luifaire tenir ,
par des commodités sûres & ſans frais
9
des notes de tout ce qui peut ſe trouver
de remarquable dans les différentes
contrées qu'ils habitent
,
obſervations ſur la nature du climat ,
fur ſes différentes productions , fur les
avantages que les habitans du pays peu-
yent en tirer.
avec leurs
La ſouſcriptionde l'hiſtoire des végé-
taux ſera de foixante livres pendant le
courant de 1764 , & de foixante-douze
livres pour les années poſtérieures ; le
tout payable en quatre termes , en re-
cevant les premier , cinquiéme , dixiéme
& quinziéme Volumes. Ceux néan-
MARS. 1764.
135
moins qui voudront bien contribuer
aux frais de quelques planches , auront
toujours en tout tems l'Ouvrage entier
pour quarante-huit livres. Il ſera orné
de 400 planches gravées en taille-dou-
ce , & deffinées d'après nature , au bas
deſquelles font gravées les armes & les
qualités de ceux qui y ont coopéré.
Les premier & fecond volume font
déja imprimés. Ceux qui voudront faire
les fraisde quelques planches , ſouſcrire
à cet Ouvrage & communiquer leurs
obſervations , ſont priés de s'adreſſer
directement à l'Auteur à Nancy , grande
rue , ville-vieille.
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950
p. 135-144
« PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
Début :
PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...]
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texteReconnaissance textuelle : « PROSPECTUS d'une Diplomatique pratique, ou traité de l'arrangement des [...] »
PROSPECTUS d'une Diplomatique
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
pratique, ou traité de l'arrangement des
archives & tréſors d'icelles ; Ouvrage
néceſſaire aux dépofitaires des titres des
anciennes Seigneuries , des Evêchés ,
des Chapitres , des Abbayes , des Com-
munautés Religieuſes , des Corps de
Villes ,& à tous ceux qui veulent s'a-
donner à l'étude des titres & des écri-
tures anciennes ; par M. le Moine , Sé-
crétaire & Archiviſte de l'Egliſe Cathé-
drale de Toul , & ci-devant de l'infigne
Egliſe de Saint Martin de Tours ; de
l'Académie Royale des Sciences , & des
136 MERCURE DE FRANCE.
Arts de Metz; propoſé par ſouſcription ;
à Metz , chez Joseph Antoine , Impri-
meur Ordinaire du Roi & de la Socié-
té Royale , place des Charrons ; 1763 ,
feuille in-folio.
Ce Profpectus offre dans le plus grand
détail , les différentes parties qui com-
poferont le traité que nous annonçons.
Il contiendra ſeize Chapitres partagés en
pluſieurs ſections ; & le tout enſemble
ne formera qu'un Volume in-4°. d'en-
viron 400 pages : ceux qui defireront
là deſſus de plus amples éclairciſſemens ,
trouveront des exemplaires du profpec-
tus à Paris chez Despilly ; rue Saint
Jacques , à Lyon,chezBruyfet Ponthus,
rue Saint Dominique ; à Rouen chez
Richard l'Allemand, & à Nancy , chez
Baurain.
POESIES de Malherbe , rangées par
ordres Chronologique , avec la vie de
l'Auteur & de courtes notes'; nouvelle
édit. revue & corrigée avec ſoin ; à Paris
chez Barbou , rue Saint Jacques , aux
Cigognes ; 1764. Volume in-8°. petit
format.
Voici unedesplus belles éditions qui
foient forties des preſſes célébres de
Barbou : elle a été revueavec beaucoup
MARS. 1764.
,
137
de foinparunhomme deLettres qui aux
Mémoires pour la vie de Malherbe par
M. Racan , a ſubſtituéla vie de Malherbe
qui eſt à la tête de cette nouvelle édition ..
Cette vie eſt faite avec beaucoup de
préciſion ; & quoique moins étendue
que les Mémoires de M. Racan , elle
fait encore mieux connoître le caractère
de Malherbe. On y apprend plufieurs
anecdotes intéreſſantes ; & cette édition
plus commode & plus portative que
celle qui parut en 1758 , grand in-8°.
contient au bas des pages , des notes
courtes qui expliquent l'Hiſtorique de
certaines piéces , & les noms Géogra-
phiques & Mythologiques , & quelques
termes ſurannés qui pourroient em-
baraſſer le lecteur. On vend ſéparément
le portrait de Malherbe.
DE Imitatione Chriſti , libri quatuor,
adManufcriptorum ac primarum editio-
num fidem caftigati , & mendis plus
quamfexcentis expurgati. Recenfuit S.
VALART
Acad. Amb. Dissertatio-
nemque de ejufdem operis Authore addi-
dit. Nova Editio ; Parifiis , Typis J. Bar-
bou,via San-Jacobea ; 1764. vol.in- 12.
A la ſeule inſpection de cette Edition
nouvelle de l'Imitation deJ. C. revue fur
les Manufcrits de M. Valart , il eſt aiséde
138 MERCURE DE FRANCE.
ſeconvaincre que l'Imprimeur n'a rien
négligépour la rendre vraiment digne
de l'approbation des Amateurs. Il a fait
graver cinq Estampes en taille-douce ,
qui méritent les éloges des Connoiffeurs.
M. Valart a retouché ſa Differtation fur
l'Auteur de ce Livre admirable , & l'a
confidérablement augmentée. Pour ré-
pondre au zèle de ce Sçavant , l'Impri-
meur a cru devoir redoubler ſes ſoins
pour la partie typographique ; & nous
pouvons affurer que cette Edition eſt
bienſupérieure à la première , qui paſſoit
déja pour un chef-d'œuvre. On vend
les Figures ſéparément. On trouve auffi
chez Barbou la Traduction du même
Livre.
Le même Libraire a reçu d'Angle-
terre les Livres ſuivans : Homeri Ilias
& Odyssea , græcè & latinè , cum anno-
tat. Clarke , 4 vol. in-4°.
Callimachi Hymni , & Epigrammata ,
in-8°.
Lucani Pharfalia , cum notis Gravit
& Bentleii , in-4°. 1760 .
ManiliusAftronomicon , ex recenfione
Bentleii, in-4°.
MÉMOIRE ſur la Culture du Murier
blanc, dans lequel on trouvera les inf
MARS. 1764.
139
tructions néceſſaires aux Jardiniers pour
la Culture de cet Arbre , depuis le femis
juſqu'à la cueillette de ſes feuilles. Lû
à la Société Royale d'Agriculture de
Lyon , par M. Thomé , de la même So-
ciété. A Lyon , chez Aimé de la Roche ,
Imprimeur- Libraire du Gouvernement
& de la Ville , aux Halles de la Grenette ;
avec permiffion ,& par ordre de la So-
ciété Royale d'Agriculture de Lyon ;
1763 , brochure in-8°.
Le Murier , dont les feuilles ſont pro-
pres à la nourriture des Vers à Soye , eſt
connu ſous la dénomination générale
de Murier blanc , qui en comprend plu-
ſieurs eſpèces. La Culture de cet Arbre
devenant chaque jour plus intéreſſante
en France , on a penſé avec raiſon que
ce Mémoire ſeroit utile à ceux qui pof-
fédent des Terreins convenables pour
ces fortes de Plantations. Les méthodes
que l'on indique nous ont paru d'au-
tant plus afſurées , qu'on s'apperçoit
qu'elles font le fruit de l'expérience ; &
qu'on s'eſt attaché furtout à donner
ces inſtructions avec la plus grande clar-
té, leur principal objet étant d'inſtruire
les gens de la Campagne fur toutes les
pratiques de cette Culture.
140 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS ſur l'Education ; avec
cette Epigraphe : Non fi male nunc , &
olimfic erit. Horat. Od. VII. Lib. II. A
Lyon , de l'Imprimerie d'Aimé de la
Roche , aux Halles de la Grenette ; avec
approbation & permiffion; 1763. bro-
chure in- 12.
Malgré la multitude prodigieuſe d'Ou-
vrages faits depuis quelque temps ſur
cette matière , fort agitée dans tous les
temps , on lit encore avec plaifir ces
nouveaux Discours, dontle premier & le
ſecond traitent des avantages de l'Hif-
toire , relativement à l'Education ; le
troifiéme ſur la multiplicité des Colléges.
Nous renvoyons nos Lecteurs à l'Ou-
vrage même , où ils trouveront des vues
nouvelles.
EPITRE à Meffieurs les Docteurs de
la Maiſon & Société de Sorbonne , &
de la Faculté de Théologie ; feuille in-4°.
à Paris , chez Ballard, rue des Noyers ;..
chez Panckoucke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
Nous préſenterons aux Lecteurs dans
un de nos prochains Mercures , quel-
ques morceaux de cette Epitre critique ,
morale , hiſtorique & chrétienne , par
M. Tannevot , auſſi connu par ſes talens
MARS. 1764.
141
pour la Poëfie , que par ſes ſentimens
*religieux & patriotiques.
RÉCAPITULATION & Méthode du
Sieur Defpommiers , pour la Culture du
Sainfoin , dans les Terres qui ſe ſontjuf-
qu'ici refuſées à cette Culture. Feuille
in-4°. à deux colonnes.
Ce n'eſt ici que le réſultat d'un Ecrit
eftimé , intitulé : L'Art de s'enrichir
promptement par l'Agriculture , prouvé
par des Expériences où l'on trouve la.
manière de cultiver le Sainfoin , la Lu-
zerne , le Trefle , &c. par le Sieur Des-
pommiers ; chez Guillyn , quai des Au-
gustins. Prix i liv. 4 5.
HISTOIRE & pratique de la Clôture
desReligieuſes , ſelon l'eſprit de l'Egliſe
& la Jurisprudence de France , dédiée
à Noſſeigneurs les Archevêques & Evê-
ques du Royaume , par M. Cherrier , C.
R. à Paris , chez Desprez, Imprimeur
du Roi & du Clergé de France , rue S.
Jacques , au coin de la rue des Noyers ;
1764 ; avec approbation & privilége du
Roi ; un vol. in- 12 de 730 pages. Prix ,
3 liv. relié.
Le principal objet de ce gros volume
eſt d'inſtruire les Religieuſes , & de dé-
142 MERCURE DE FRANCE.
truireles préjugésd'un grandnombred'au
tres perſonnes ſurle pointde la Clôture.
Les Supérieurs & les Confefſeurs des Mo-
naſtères y trouveront des obfervations
utiles ſur des points qu'ils ne pouroient
apprendre que par une longue expérien-
ce. Cet Ouvrage pourra contribuer en-
core à faire connoître aux perſonnes
laïques , qui ont enfreint les Loix de
l'Egliſe touchant la Clôture , combien
elles ſe ſont égarées. Il ſera même utile à
pluſieurs Curés qui ontdes Monastères de
Filles ſur leurs Paroiſſes. On ne s'eſt pas
contenté de donner la partie hiſtorique
de la Clôture dans fon origine & dans ſes
progrès ; on a encore mis ſous les yeux
des Lecteurs quantité d'exemples édi-
fians , anciens & nouveaux , d'une éxac-
te obfervation de la Clôture.
DESCRIPTION hiſtoriquedes Curio-
fités de l'Egliſe de Paris , contenant le
détail de l'édifice tant extérieur qu'in-
térieur , le Tréſor , les Chapelles , Tom-
beaux , Epitaphes , & l'explication des
Tableaux avec les noms des Peintres
&c; par M. C. P. C. ornée de figures ;
à Paris , chez C. P. Gueffier , Père , Li-
braire , parvis Notre Dame , à la Libera-
lité ; 1763. Vol. in- 12.
MARS. 1764.
143
Cet Ouvrage eſt différent de celui qui
parut en 1752 ſous le titre de Curiofités
de Notre Dame de Paris , & qui n'étoit
qu'une explication fimple de ce que
cette Métropole renferme de plus cu-
rieux. Ici on a ajouté tous les Faits hiſto-
riques qui ont quelques rapports avec
cette Eglife.
CONCORDE de la Géographie des
différens âges ; Ouvrage pofthume de
M. Pluche ; à Paris , chez les Frères
Eftienne, rue Saint Jacques , à la Vertu ;
1764 ; avec Approbation & Privilége
du Roi. Vol, in- 12, de près de 600.
pages,
L'état actuel de la Terre , & les états
différens qui y ſont ſurvenus d'âge en
âge, fontla matière de ceVolume , pré-
cédé dune vie de M. Pluche. Dans le
premier Livre , on traite de la Géo-
graphie moderne , en la partageant en
différens Voyages maritimes ; dans le
ſecond , on place de ſuite les Voyages
des Hommes célébres qui ont traverſé
de grandes Régions ; qui ont établi
de nouvelles Colonies , & qui ont
juſqu'à nos jours découvert quelques
Terres auparavant inconnues. Nous
nous bornons aujourd'hui à cette fim-
f144 MERCURE DE FRANCE.
ple annonce ; l'Ouvrage demande un
plus long Extrait , & nous ne le ferons
pas attendre longtemps.
LETTRE de Zeila , jeune Sauvage ,
à Valcourt
:
,
Officier François , par
l'Auteur de Barnevelt. A Paris , chez
Sébastien Jorry , rue & vis-à-vis la
Comédie Françoiſe ; 1764. Brochure
in-8°. avec de très-belles Gravures.
Nous rendrons compte dans le Mer-
cure prochain , de ces deux Ouvrages.
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