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p. 158-175
CHIRURGIE. SUITE de la réponse intéressante du Chirurgien de Province, aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, &c.
Début :
DEUXIÉME PROPOSITION. Peut-on, tenant la prétendue sonde SANS CRENELURE [...]
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texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. SUITE de la réponse intéressante du Chirurgien de Province, aux recherches & à la critique de M. BORDENAVE, &c.
CHIRURGIE.
SUITE de la réponse intéressante du
Chirurgien de Province, aux recherches
& à la critique de M. BORDENAVE,
&c.
DEUXIÉME PROPOSITION.
Peut-on, tenant la prétendue sonde
SANS CRENELURE d'une main, & le
, JUIL L ET. 1764.
15g
Biſtouri lithotome de l'autre main, inci
ſer DE BAS EN HAUT , PAR LE
MorGNoN DE LA FEssE , fur la
convexité de la courbure de cette ſonde,
LE COL ET" LE CORPS DE LA VES
SIE , proportionnellement au volume de
la pierre, & en faire l'extraétion AvEc
BEAvcovP DE FAcI LrTÉ , ainſi
que MERY & ſes contemporains diſent
que le FRERE JAcQUEs pratiquoit ſa
mouvelle opération ?
' R E M A R Q v E.
Si l'om conſidére que la convéxité de
la courbure d'une fonde de deux ou
trois lignes, au plus, de diamètre , &
· d'acier poli, exaétement rond , & ſans
cannelure ou rainure, pour retenir & '
conduire la pointe du biſtouri, tenue de
la main gauche pendant qu'on inciſe
avec la main droite , ne préſente pour
appui & pour guide à la pointe du biſ
touri lithotome , que la convéxité
D'UNE , r.1GNE courbe , verticale &
peu ſtable , qu'elle ne peut atteindre
qu'au hazard, à angle droit, & ne tou
cher que par un point, ( en inciſant !
comme ledit MERY , de bas en haut par '
le moignon de la ſeſſe, à quatre ou cinq
pouces de profondeur, ſans inciſion pré
-
16o MERCURE DE FRANCE.
liminaire des tégumens, ) on verra l'im
poſſibilité abſolue, démontrée, de pou
voir conſerver ſur la convéxité de la
courbure d'une ſonde exactement ronde
& ſans crénelure, dans un lieu où l'œil
n'a point d'accès, aucune progreſſion à
la pointe du biſtouri , pour inciſer ſuc
ceſſivement par le bas du canal de l'uré
tre, & à traver la proſtate, le col & le
corps de la veſſie, ainſi que le FRERE .
J A C Q U E s le pratiquoit conſtamment
dans ſa nouvelle opération.
En vain M. BoRDEN AvE prétend-il
prouver la réalité de la ſonde ſans créne
lure, en ſuppoſant d'après MERY & ſes
, contemporains, l'inconſtance de l'inci
ſion intérieure du FRERE JAcQUEs ,
& en attribuant les ſuccès qu'ils ne pour
roient abſolument pas nier, à une adreſſe
& à une fermeté de main peu commu
nes (a) : car ces prétendus écarts du biſ
touri lithotome ( urétrociſtitome ) du
FRERE JACQUES , ſont annéxés à l'im- .
putation même de la ſonde ſans CRÉ
NELURE, émanent de la même impoſ- .
ture ; & cette fermeté de main extraor
dinaire qu'ils lui ont attribuée, pour†
pléer au défaut ſuppoſé de crénelure
( a ) Obſervations de Mery, p. 7o, »s , &c•
JU IL LE T. 1764. -
16r
ſa ſonde, dans les cas de ſuccès incon
teſtables, n'eſt qu'une illuſion pour en
impoſer & faire diverſion à l'impoſſibi
lité abſolue de la progreſſion de l'inci
ſion au col & au corps de la veſſie ſur la
convéxité de la courbure d'une ſonde
exactement ronde & ſans crénelure.
La conſtance de l'inciſion intérieure
du FRERE JAcQUEs eſt trop bien éta
blie par MERY même, pour laiſſer le
moindre doute ſur la nature de ſon opé
ration. Non-ſeulement MERY a fait d'a
bord , avant que l'envie l'eût perverti ,
à M. LE PREMIER PRÉsIDENT , la
deſcription anatomique du trajet de cette
nouvelle opération , & le rapport cir
§'des grands avantages de l'in
ciſion du col & du corps de la veſſie en
même temps (pages 19 & ſuiv.) mais
encore il diſſerte & milite continuelle
ment dans le cours de ſes obſervations
contre cette même inciſion du col & du
corps de la veffie, notamment dans ſon
ſecond rapport, & aux Chapitres 12 ,
13 & 14°, où il eſt totalement occupé
des inconvéniens ſuppoſés & de la ré
forme de l'inciſion du col & du corps de
la veſſie , dans l'opération du FRERE
JACQUEs. Par exemple , MERY dit
dans ſon ſecond rapport à M. LE PRE
162 MERCURE DE FRANCE.
-
MIER PRÉSIDENT , page 4o. « Quand
» on commence , comme Frère Jac
» ques , l'inciſion par le moignon de la
» feſſe , ( à côté de la§ de l'iſ
» chion ) & que continuant entre le
» rectum & l'os pubis, l'on va couper
» le col & le corps de la veſſie , pour en
» trer dans ſa capacité, il eſt évident
» que par cette MÉTHoDE on tire la
» pierre avec plus de facilité ; & les par
» ties n'étant ni coûteuſes ni déchirées ,
» peuvent plus aiſément ſe réunir : d'où
» ſuit que cette opération doit être en
» apparence moins que l'autre, le grand
» appareil, ſuivie de fiſtule. Mais il eſt
» à craindre que le ſphincter étant cou
» pé , il ne reſte une incontinence d'u
» rine , &c (b).
-
-
MERY dit encore, page 96 : » ſi l'on
» conſidére d'une part que Frère Jac
» ques n'a plus de facilité à tirer la pierre
» que les autres Lithotomiſtes , que
» quand il coupe dans l'homme , le col
» & le corps de la veſſie tout enſemble,
» ce qui fait le plus ſurprenant de ſon
» opération, qu'on a le plus admiré, &
» qui a été la ſeule raiſon qui a engagé
(b) Ce doute n'eſt que ſpécieux & feint uni
quement pour cacher ſa mauvaiſe foi & ſe re
tracter de ſon premier rapport.
D
. .
..
$
J U I L L E T. 1764.
163
» à le faire tailler à l'Hôtel-Dieu & à la
» Charité; & que de l'autre on faſſe ré
» fléxion que l'inciſion de ces parties eſt
» néanmoins la cauſe évidente de l'in
» continence de l'urine & de la fiſtule ,
» qui afflige la plus grande partie de
» ceux qui ſont échappés de ſon opéra
» tion (calomnie prouvée par l'expé
» rience journalière.) On verra qu'il ne
» ſuffit pas pour la rectifier de prendre
» une ſonde rainée pour mieux con
» duire la pointe de ſon biſtouri : mais,
» qu'il faut encore s'abſtenir néceſſaire-.
» ment de couper le col & le corps de la
» veſſie , pour ne pas cauſer au malade
» une incontinence d'urine ou une fiſ
» tule , &c ».
-
-
· Puiſque la nouvelle MÉTHoDE duº
FRERE JAcQUEs d'inciſer l'orifice &
le corps de la veſſie par l'urétre , ou
comme s'exprime MERY , de couper le
col & le corps de la veſſie tout enſem-'
ble (c) , lui donnoit plus de facilité à
tirer la pierre qu'aux autres Lithoto- '
miſtes ; qu'elle faiſoit l'admiration des :
gens de l'Art, & qu'elle étoit en même
temps l'objet de la critique, de l'envie & .
( c ) Ce qu'on appelle col de la veſſie , n'eſt
que l'origine de l'urétre, entouré de la glande ,
proſtate.
-4
164 MERCURE DE FRANCE.
de la prétendue réforme de MERY ; il
eſt donc évident que le FRERE JAC
QUEs inciſoit de l'aveu de MERY mê
me, conſtamment dans ſa nouvelle opé
ration , le col & le corps de la veſſie en
même temps , & conſéquemment que ſa
ſonde étoit crénelée ; car ſans cela point
de facilité & point de conſtance dans
l'exécution de cette opération, puiſque
ſans la crénelure de la ſonde elle n'eſt
abſolument pas praticable.
Enfin en ſuppoſant, contre toute poſ
ſibilité démontrée, que le FRERE JAC
' QUEs eût pu pratiquer , aux écarts
près , le grand appareil & ſa nouvelle
opération , avec une ſonde non canne
lée ; ce grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens des différentes Provinces
du Royaume & Pays étrangers qui
avoient aſſiſté à ſes opérations, & qui
en atteſtoient les ſuccès par certificats,
auroient donc tous été au dégré d'igno
rance de ne pas s'appercevoir de la né
ceſſité indiſpenſable d'une cannelure à ſa
ſonde pour la ſûreté de ſon inciſion ? Il
étoit donc réſervé , ſuivant les alléga
tions de M. BoRDEN AvE, à la ſagacité
de MERY & de quelques-uns de ſes
contemporains , Médecins & Chirur
giens de Paris & de la Cour, de mon
J U IL LE T. 1764.
165
trer au FRERE JAcQUEs , après vingt
cinq années de pratique, & plus de qua
tre mille cinq cens opérations de la Tail
le (d), l'exiſtence, la propriété & la né
ceſſité de la cannelure de la ſonde à
Taille ( qui conſtitue comme nous l'a
vons obſervé la bouſſole des Lithoto
miſtes. ) Dans une opération impratica
ble ſans cette crénelure , & qu'il avoit
portée au plus haut dégré de perfection,
& été à Paris exprès pour leur enſei
gner ? Cannelure décrite & gravée de
puis la découverte du grand appareil en
1 52o dans tous les Traités de la Taille &
des opérations de Chirurgie , & qui
n'étoit peut-être pas même ignorée d'un
ſeul Frater. Voilà le cas # il faudroit
être aveugle & de mauvaiſe foi pour ſe
· refuſer à la vérité. Tous ces témoins ocu
laires & toutes ces autorités & authenti
( d) Nouvelle méthode de tailler & tirer la
pierre de la veſſie, par Frère Jacques , &c. im
primée en 17o2 , page 5, où il eſt dit : » De
22 puis trente ans que Frère Jacques travaille de
22 cette opération, il a taillé pour le moins quatre
• mille cinq cent perſonnes affligées de la pierre,
&c. Le Frère Jacques n'a été à Paris qu'en 1697,
après vingt-cinq années de pratique en Lithoto
mie, & les obſervations de Mery contre la taille
du Frére Jacques n'ont été imprimées qu'en
17oo.
-
166 MERCURE DE FRANCE.
· cités que M. BoRDEN AvE nous oppo
ſe, ne prouvant abſolument pas autre
choſe que le progrès de l'impoſture, par
· laquelle MERY & ſes Contemporains
· avoient ravi au FRERE JACQUES l'hon
neur de ſa découverte.
A R T I C L E IV.
Du peu de ſincérité de M. B o R
DE NA V E dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE
JAcQUES.
M. BoRDENAVE nous accuſe d'être
aveugles & de mauvaiſe foi, & nos ob
ſervations d'écrits obſcures , produits
dans les ténébres , diétés par la paſ
ſion, &c. C'eſt ſans doute pour prévenir
& indiſpoſer les Lecteurs contre nous &
· nos écrits, & par contre-coup les per
ſuader de ſa fidélité & de la pureté de
ſes intentions, dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUES : mais nous allons mettre nos
Lecteurs à portée de juger ſi M. BoR
DENAVE eſt bien véritablement auſſi
impartial & auſſi exempt de reproches
qu'il voudroit le perſuader.
-
M. BoRDENAvE rapporte & dé
".
J U I L L E T. 1764.
167
taille avec beaucoup d'exactitude , d'a
près MERY & les Aſſertions de SA
VIARD , DELAUNAY , DIoNIs , & c.
quantité d'impérities des épreuves & des
opérations du FRERE JACQUEs , tant
ſur les morts que ſur les vivans , conſta
tées, dit-il, par l'ouverture des cadavres
en préſence d'un grand nombre de Méde
cins & de Chirurgiens & du Frère Jac
ques lui-même, qui n'a pas reclamé alors
contre la vérité, &c. Mais pourquoi M.
BoRDENAvE n'a-t-il pas rapporté en
hiſtorien fidéle, la juſtification de tou
tes ces calomnies, qui ſe trouvent dans
la petite brochure intitulée,NoUvELLE
MÉTHODE DE TAIL LE R PAR FRERE
JACQUES, &c. commençant préciſé
ment au même article , à la même ligne,
page 5,où M. BoRDEN AvE termine les
citations qu'il a tirées de cet Ecrit.
» Il falloit donc, eſt-il dit dans l'Ecrit
» en queſtion, que le Frère Jacques fût
» préſent avec M. Mery à l'ouverture ou
» diſſection des cadavres qu'il a taillés
» dans l'Hôtel-Dieu de Paris pour éprou
» ver ſon opération, avant que de tra
» vailler ſur les ſujets vivans, ainſi que
, » de ceux qui ont été ouverts, & qu'ils
» accuſent être morts de ſa I'aille , &
» avouerent (Mery & Saviard) gue
I68 MERCURE DE FRANCE.
» c'étoit des corps maigres, ruinés &
» exténués ; que c'eſt là où Frère Jac
» ques a engagé ſa réputation : mais au
» contraire l'on a remarqué que quoi
» que Frère Jacques ait taillé plus de
» cent perſonnes , tant à Paris, Verſail
» les qu'aux environs , & que Mery
» n'en a pas avoué un ſeul , mais au
» contraire a rapporté
par ſes écrits
» qu'ils étoient tous morts & exténués
» ou fiſtuleux. Et même à l'égard de
» M. Minet, Conſeiller de Crépis-en
» Vallois, qu'ils accuſent avoir une fiſ
» tule où paſſe l'urine, la ſemence &
» les gros excrémens ; ainſi que celui
» de§ (e) & d'auprès de
» S. Germain-l'Auxerrois , & de plu
» ſieurs autres qu'il dit auſſi être eſtro
» piés, & au contraire ils ſe portent tous
» très-bien , ſans aucune fiſtule, comme
» on les peut voir tous les jours & en juſ
» tifierpar certificat, &c (f). Toutes
(e ) Le Cordonnier de Fontainebleau, à l'oc
caſion duquel M. Bordenave s'étend avec tant
d'emphaſe dans le Mercure d'Octobre cité II. vol.
pag. 1 5o & I 57.
(f) Cette juſtification peut être appliquée aux
imputations calomnieuſes faites au Frère Coſme
dans le rapport des Expériences de l'Académie
Royale de Chirurgie, ſur la Taille, inſérées dans
CCS
J U I L L E T. 1764
169
ces imputations d'impérities du FRERE
JAcQUEs ſont donc autant de calom
nies ? Il eſt donc également faux que
le H RERE JACQUES ait aſſiſté à l'ou
veiture des cadavres, & qu'il n'ait pas
reclamé alors contre la fauſſeté de ces
imputations, comme l'affirme M. EoR
DEN AvE dans ſes recherches , malgré
la connoiſſance la plus complette de
cette juſtification.
M. BoRDEN AvE rapporte enſuite
les certificats des premiers Médecins &
Chirurgiens du RoI & de la Cour , qui
terminent la petite Brochure ſuſdite ,
parce qu'il y eſt queſtion des préten
dues corrections de la Taille du FRERE
JACQUEs ( corrcctions vagues & indé
· terminées , & qui ne déſignent rien de
· poſitif que le menſonge qui les a produi
tes). Mais M. BoRDENAVE s'eſt bien
gardé de rapporter en même temps le
certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles, qui eſt immédia
tement à la ſuite de ceux dont il fait
- mention, parce que ce certificat décéle
la fauſſetéde ces prétendues corrections,
le 3° vol. in-4°. & tome 9 in-12. des Mémoires
k
de cet e Académie , année 1757 , ce rapport
étant en quelque façon modélé ſur les obſerva
tions de Mery,
I. Vol.
lH
,
17o MERCURE DE FRANCE.
ainſi que les imputations calomnieuſes
d'impérities , que M. BoRDEN AvE
rapporte & détaille avec tant de ſatisfac
tion ; ne faiſant connoître le FRERE
JAcQUEs ,
le plus célébre & le plus
éclairé Lithotomiſte qui ait jamais été,
que par des meurtres.
-
'Certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles. -
« Nous, Maîtres Chirurgiens de la
» Charité Royale de Verſailles , ſouſſi
» gnés , certifions à tous qu'il appar
» tiendra que nous avons été pré
» ſens à trente - huit opérations de la
» Taille & quatorze de la bubonocelle
» ou deſcente de boyau , ſans qu'il y
» ait eu aucune imputation de teſticule,
» (comme MERY & ſes adhérens l'ont
» publié, leſquelles ont toutes été faites
» par Frère Jacques de Beaulieu , tant
» à ladite Charité Royale de Verſailles
» qu'audit lieu, à des perſonnes de tous
» âges , leſquelles opérations ont toutes
| » heureuſement réuſſi & été parfaite»
» ment guéries en très-peu de temps, par
» la dextérité & l'expérience que ledit
» Frère Jacques de Beaulieu s'en eſt
, » acquiſe par une longue pratique. En
» foi de quoi nous lui avons donné le
Em=
J U I L L ET. 1764.
171
» préſent certificat. A Verſailles, le huit
· » Janvier mil ſept cent deux. Signés ,
c» DUCLAVIER , DU RIVET , CoT
» TIN , DE LA RoCHE, avec paraphe.
C'eſt donc à une grande dextérité & à
une grande expérience, acquiſe par une
longue pratique, enfin, à la bonté de la
, nouvelle méthode de tailler du FRERE
· JACQUES, & non pas à la prétendue &
ridicule correction de ſa ſonde, que les
Chirurgiens de la Charité Royale de
Verſailles attribuent des ſuccès ſi ex
· traordinaires.
Il eſt de plus rapporté
page 42 de l'Hiſtoire du FRERÉ JAC
QUEs par M. VA CHER , que ces ſuc
cès furent affichés dans les carrefours de
- Paris , & même à la porte de l'Hôtel
Dieu.
M. BoRDENAvE dit encore dans ſes
recherches page 162 du Me
- vembre cité : « la mort de
· » RÉCHAL DE LORGE ,
rcure de No
M. LE MA
qui arriva le
-» lendemain de l'opération que lui fit
• » Frère Jacques, a été l'époque de ſon
* » diſcrédit : EL LE A DÉS ABUSÉ TOUT
» LE MoNDE , & c ». Mais M. BoRDE
IN AV B , a ſupprimé comme contraire à
: ſes vues , non-ſeulement que M LE
MARÉCHAL étoit maléficié, & qu'il y
avoit ſept pierres & des fongus dans ſa
H ij
172 MERCURE DE FRANCE.
veiie , &c. mais encore qu'il avoit raſ
ſemblé dans ſon hôtel vingt-deux calcu
leux de différens ages, & que le FRERE
JACQUES les avoit tous taillés, & bien
guéris , avant d'opérer M. LE MARÉ
CHAL DE LORGE , &c (g ). Et voilà
comme M. BORDENAVE veut, à l'inſ
tar de ſes prédéceſſeurs, en impoſer au
Public ſur le compte du FRERE JAC
QUES. La mort d'un homme de marque
publiée , & en quelque façon multipliée
par les ſoins de l'envie , ne manque
prèſque jamais de ſéduire la multitude :
mais les dignités ne changent point la
nature des individus : ce n'eſt toujours
qu'un mort ſur vingt-trois Taillés ; pen
dant qu'au rapport de l'Auteur de la
Pi éface de CoLLoT, page 76, il mou
roit la moitié de ceux qu'on tailloit par
la méthode ordinaire, le grand appareil.
Il eſt rapporté dans une diſſertation
m anuſcrite de M. HUNAULT , Médecin
d'Angers , dédiée à M. FAGoN , pre
n ier Médecin du ROI , en I7oI , ſous
le titre d'Hiſtoire du procédé de FRERE
(g) Au Printemps de 17o3 ſuivant, l'hiſtoire
du Frere Jacques par M. Vacher , Maître en
· Ch rurgie de Paris , de l'Académie Royale de
Chirurgie , &c. imprimée a Beſançon en 1756 ,
page 47 •
J U IL L E T. 1764.
173
JAcQvES pour l'extraction de la pier
re, &c. & dont la petite Brochure ſur la
nouvelle méthode de tailler du FRERE
JAcQUES n'eſt probab ement qu'une
réforme. » Frère Jacques, dit Hunault,
» a fait à Angers & en divers lieux de
» l'Election , plus de cinquante opéra
» tions de la Taille , dont deux ſont
» morts ſeulement, parce qu'il y avoit
» des cauſes de mort étrangères a ſon
» opération , &c.
| Il eſt encore rapporté dans l'Hiſtoire
du FRERE JAcQUEs par M. VACHER ,
page 3o : » Au Printemps de l'année
» 1699 , le FRERE JAcQUEs ſe rendit
» à Aix-la-Chapelle , où on le preſſoit
» DEPUIS LONG-TEMS de venir.........
» Il y fit plus de ſoixante opérations de
» la Taille avec tant de ſuccès, que tous
» guérirent, & c. » Mais ce qui eſt bien
digne de remarque, c'eſt qu'après une
réputation ſi étendue , & des ſuccès
ſans exemple, la ſonde du FREREJAC
QUEs , ſi on en croit l'impoſture , n'a été
canelée que l'hyver ſuivant, ainſi qu'il
eſt rapporté page 33 de la même Hiſ
tOlre.
· Malgré tant de preuves, & une infi
nité d'autres , des ſuccès conſtans &
prodigieux du FRERE JAcQUEs , M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
BoRDENAvE n'héſite pas d'avancer
page 168 du Mercure de Novembre
cité, que le FRERE JAcQvEs n'a eu
des ſuccès qu'après avoir ABsoLv- .
MENT changé ſa méthode en 1722 ,
c'eſt-à-dire, dix ans après tous les faits
que nous venons de rapporter. Il eſt
donc évident que M. BoRDENAvE ne
s'eſt propoſé dans l'expoſition de ſes re
cherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUEs , uniquement que d'étouffer la
vérité & d'interrompre le cours de nos
obſervations, par leſquelles en rappor
tant la Taille à ſes véritables principes &
à ſes propres Auteurs, nous décelons la
fauſſeté & l inſuffiſance de toutes ces
prétendues méthodes nouvelles ou per
fectionnées, que l'Académie Royale de
Chirurgie préconiſe au détriment de la
vérité & de l'humanité (h) : mais pour
conviction entière nous attendons la ſo
lution de nos deux propoſitions, ſur
l'impoſſibilité de l'exécution du grand
( h ) Nous l'avons démontré dans nos obſer
vations , particuliérement à l'occaſion des élogesº
que cette Académie prodigue aux méthodes pré-:
tendues & impraticables de MM. Foubert & Tho
mas. Et c'eſt préciſément là que M. le Profeſſeur.
Bordenave s'eſt bien gardé de ſuivre l'Anonyme .
Provincial.
-
-
J U IL L E T. 1764.
175
appareil & de la nouvelle opération du .
FRERE JAcQUES , avec la ſonde
SANS cRÉNELvRE , & nous ex
hortons nos Lecteurs à ne pas perdre de
vue ce défi; car il eſt intéreſſant de ſa -
voir comment M. BoRDENAvE y ré
pondra. Il y va de l'intérêt public, &
beaucoup plus que le Sujet ne paroît
l'annoncer.
-
Il nous reſte encore à prouver la
fauſſeté du petit appareil par le moignon
de la feſſe, ainſi que les impérities im
poffibles , imputées au FRERE JAc
QUEs, & à ajouter de nouvelles preu
ves à celles que nous avons produites
contre la Taille imaginaire de RA v ,
au mépris deſquelles M. BoRDENAvE
pourſuit ſa critique comme non-ave
nues, ſans en rapporter ni en combattre
une ſeule, ni produire rien de poſitif en
faveur de cette prétendue méthode de
RAU.
SUITE de la réponse intéressante du
Chirurgien de Province, aux recherches
& à la critique de M. BORDENAVE,
&c.
DEUXIÉME PROPOSITION.
Peut-on, tenant la prétendue sonde
SANS CRENELURE d'une main, & le
, JUIL L ET. 1764.
15g
Biſtouri lithotome de l'autre main, inci
ſer DE BAS EN HAUT , PAR LE
MorGNoN DE LA FEssE , fur la
convexité de la courbure de cette ſonde,
LE COL ET" LE CORPS DE LA VES
SIE , proportionnellement au volume de
la pierre, & en faire l'extraétion AvEc
BEAvcovP DE FAcI LrTÉ , ainſi
que MERY & ſes contemporains diſent
que le FRERE JAcQUEs pratiquoit ſa
mouvelle opération ?
' R E M A R Q v E.
Si l'om conſidére que la convéxité de
la courbure d'une fonde de deux ou
trois lignes, au plus, de diamètre , &
· d'acier poli, exaétement rond , & ſans
cannelure ou rainure, pour retenir & '
conduire la pointe du biſtouri, tenue de
la main gauche pendant qu'on inciſe
avec la main droite , ne préſente pour
appui & pour guide à la pointe du biſ
touri lithotome , que la convéxité
D'UNE , r.1GNE courbe , verticale &
peu ſtable , qu'elle ne peut atteindre
qu'au hazard, à angle droit, & ne tou
cher que par un point, ( en inciſant !
comme ledit MERY , de bas en haut par '
le moignon de la ſeſſe, à quatre ou cinq
pouces de profondeur, ſans inciſion pré
-
16o MERCURE DE FRANCE.
liminaire des tégumens, ) on verra l'im
poſſibilité abſolue, démontrée, de pou
voir conſerver ſur la convéxité de la
courbure d'une ſonde exactement ronde
& ſans crénelure, dans un lieu où l'œil
n'a point d'accès, aucune progreſſion à
la pointe du biſtouri , pour inciſer ſuc
ceſſivement par le bas du canal de l'uré
tre, & à traver la proſtate, le col & le
corps de la veſſie, ainſi que le FRERE .
J A C Q U E s le pratiquoit conſtamment
dans ſa nouvelle opération.
En vain M. BoRDEN AvE prétend-il
prouver la réalité de la ſonde ſans créne
lure, en ſuppoſant d'après MERY & ſes
, contemporains, l'inconſtance de l'inci
ſion intérieure du FRERE JAcQUEs ,
& en attribuant les ſuccès qu'ils ne pour
roient abſolument pas nier, à une adreſſe
& à une fermeté de main peu commu
nes (a) : car ces prétendus écarts du biſ
touri lithotome ( urétrociſtitome ) du
FRERE JACQUES , ſont annéxés à l'im- .
putation même de la ſonde ſans CRÉ
NELURE, émanent de la même impoſ- .
ture ; & cette fermeté de main extraor
dinaire qu'ils lui ont attribuée, pour†
pléer au défaut ſuppoſé de crénelure
( a ) Obſervations de Mery, p. 7o, »s , &c•
JU IL LE T. 1764. -
16r
ſa ſonde, dans les cas de ſuccès incon
teſtables, n'eſt qu'une illuſion pour en
impoſer & faire diverſion à l'impoſſibi
lité abſolue de la progreſſion de l'inci
ſion au col & au corps de la veſſie ſur la
convéxité de la courbure d'une ſonde
exactement ronde & ſans crénelure.
La conſtance de l'inciſion intérieure
du FRERE JAcQUEs eſt trop bien éta
blie par MERY même, pour laiſſer le
moindre doute ſur la nature de ſon opé
ration. Non-ſeulement MERY a fait d'a
bord , avant que l'envie l'eût perverti ,
à M. LE PREMIER PRÉsIDENT , la
deſcription anatomique du trajet de cette
nouvelle opération , & le rapport cir
§'des grands avantages de l'in
ciſion du col & du corps de la veſſie en
même temps (pages 19 & ſuiv.) mais
encore il diſſerte & milite continuelle
ment dans le cours de ſes obſervations
contre cette même inciſion du col & du
corps de la veffie, notamment dans ſon
ſecond rapport, & aux Chapitres 12 ,
13 & 14°, où il eſt totalement occupé
des inconvéniens ſuppoſés & de la ré
forme de l'inciſion du col & du corps de
la veſſie , dans l'opération du FRERE
JACQUEs. Par exemple , MERY dit
dans ſon ſecond rapport à M. LE PRE
162 MERCURE DE FRANCE.
-
MIER PRÉSIDENT , page 4o. « Quand
» on commence , comme Frère Jac
» ques , l'inciſion par le moignon de la
» feſſe , ( à côté de la§ de l'iſ
» chion ) & que continuant entre le
» rectum & l'os pubis, l'on va couper
» le col & le corps de la veſſie , pour en
» trer dans ſa capacité, il eſt évident
» que par cette MÉTHoDE on tire la
» pierre avec plus de facilité ; & les par
» ties n'étant ni coûteuſes ni déchirées ,
» peuvent plus aiſément ſe réunir : d'où
» ſuit que cette opération doit être en
» apparence moins que l'autre, le grand
» appareil, ſuivie de fiſtule. Mais il eſt
» à craindre que le ſphincter étant cou
» pé , il ne reſte une incontinence d'u
» rine , &c (b).
-
-
MERY dit encore, page 96 : » ſi l'on
» conſidére d'une part que Frère Jac
» ques n'a plus de facilité à tirer la pierre
» que les autres Lithotomiſtes , que
» quand il coupe dans l'homme , le col
» & le corps de la veſſie tout enſemble,
» ce qui fait le plus ſurprenant de ſon
» opération, qu'on a le plus admiré, &
» qui a été la ſeule raiſon qui a engagé
(b) Ce doute n'eſt que ſpécieux & feint uni
quement pour cacher ſa mauvaiſe foi & ſe re
tracter de ſon premier rapport.
D
. .
..
$
J U I L L E T. 1764.
163
» à le faire tailler à l'Hôtel-Dieu & à la
» Charité; & que de l'autre on faſſe ré
» fléxion que l'inciſion de ces parties eſt
» néanmoins la cauſe évidente de l'in
» continence de l'urine & de la fiſtule ,
» qui afflige la plus grande partie de
» ceux qui ſont échappés de ſon opéra
» tion (calomnie prouvée par l'expé
» rience journalière.) On verra qu'il ne
» ſuffit pas pour la rectifier de prendre
» une ſonde rainée pour mieux con
» duire la pointe de ſon biſtouri : mais,
» qu'il faut encore s'abſtenir néceſſaire-.
» ment de couper le col & le corps de la
» veſſie , pour ne pas cauſer au malade
» une incontinence d'urine ou une fiſ
» tule , &c ».
-
-
· Puiſque la nouvelle MÉTHoDE duº
FRERE JAcQUEs d'inciſer l'orifice &
le corps de la veſſie par l'urétre , ou
comme s'exprime MERY , de couper le
col & le corps de la veſſie tout enſem-'
ble (c) , lui donnoit plus de facilité à
tirer la pierre qu'aux autres Lithoto- '
miſtes ; qu'elle faiſoit l'admiration des :
gens de l'Art, & qu'elle étoit en même
temps l'objet de la critique, de l'envie & .
( c ) Ce qu'on appelle col de la veſſie , n'eſt
que l'origine de l'urétre, entouré de la glande ,
proſtate.
-4
164 MERCURE DE FRANCE.
de la prétendue réforme de MERY ; il
eſt donc évident que le FRERE JAC
QUEs inciſoit de l'aveu de MERY mê
me, conſtamment dans ſa nouvelle opé
ration , le col & le corps de la veſſie en
même temps , & conſéquemment que ſa
ſonde étoit crénelée ; car ſans cela point
de facilité & point de conſtance dans
l'exécution de cette opération, puiſque
ſans la crénelure de la ſonde elle n'eſt
abſolument pas praticable.
Enfin en ſuppoſant, contre toute poſ
ſibilité démontrée, que le FRERE JAC
' QUEs eût pu pratiquer , aux écarts
près , le grand appareil & ſa nouvelle
opération , avec une ſonde non canne
lée ; ce grand nombre de Médecins &
de Chirurgiens des différentes Provinces
du Royaume & Pays étrangers qui
avoient aſſiſté à ſes opérations, & qui
en atteſtoient les ſuccès par certificats,
auroient donc tous été au dégré d'igno
rance de ne pas s'appercevoir de la né
ceſſité indiſpenſable d'une cannelure à ſa
ſonde pour la ſûreté de ſon inciſion ? Il
étoit donc réſervé , ſuivant les alléga
tions de M. BoRDEN AvE, à la ſagacité
de MERY & de quelques-uns de ſes
contemporains , Médecins & Chirur
giens de Paris & de la Cour, de mon
J U IL LE T. 1764.
165
trer au FRERE JAcQUEs , après vingt
cinq années de pratique, & plus de qua
tre mille cinq cens opérations de la Tail
le (d), l'exiſtence, la propriété & la né
ceſſité de la cannelure de la ſonde à
Taille ( qui conſtitue comme nous l'a
vons obſervé la bouſſole des Lithoto
miſtes. ) Dans une opération impratica
ble ſans cette crénelure , & qu'il avoit
portée au plus haut dégré de perfection,
& été à Paris exprès pour leur enſei
gner ? Cannelure décrite & gravée de
puis la découverte du grand appareil en
1 52o dans tous les Traités de la Taille &
des opérations de Chirurgie , & qui
n'étoit peut-être pas même ignorée d'un
ſeul Frater. Voilà le cas # il faudroit
être aveugle & de mauvaiſe foi pour ſe
· refuſer à la vérité. Tous ces témoins ocu
laires & toutes ces autorités & authenti
( d) Nouvelle méthode de tailler & tirer la
pierre de la veſſie, par Frère Jacques , &c. im
primée en 17o2 , page 5, où il eſt dit : » De
22 puis trente ans que Frère Jacques travaille de
22 cette opération, il a taillé pour le moins quatre
• mille cinq cent perſonnes affligées de la pierre,
&c. Le Frère Jacques n'a été à Paris qu'en 1697,
après vingt-cinq années de pratique en Lithoto
mie, & les obſervations de Mery contre la taille
du Frére Jacques n'ont été imprimées qu'en
17oo.
-
166 MERCURE DE FRANCE.
· cités que M. BoRDEN AvE nous oppo
ſe, ne prouvant abſolument pas autre
choſe que le progrès de l'impoſture, par
· laquelle MERY & ſes Contemporains
· avoient ravi au FRERE JACQUES l'hon
neur de ſa découverte.
A R T I C L E IV.
Du peu de ſincérité de M. B o R
DE NA V E dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE
JAcQUES.
M. BoRDENAVE nous accuſe d'être
aveugles & de mauvaiſe foi, & nos ob
ſervations d'écrits obſcures , produits
dans les ténébres , diétés par la paſ
ſion, &c. C'eſt ſans doute pour prévenir
& indiſpoſer les Lecteurs contre nous &
· nos écrits, & par contre-coup les per
ſuader de ſa fidélité & de la pureté de
ſes intentions, dans l'expoſition de ſes
recherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUES : mais nous allons mettre nos
Lecteurs à portée de juger ſi M. BoR
DENAVE eſt bien véritablement auſſi
impartial & auſſi exempt de reproches
qu'il voudroit le perſuader.
-
M. BoRDENAvE rapporte & dé
".
J U I L L E T. 1764.
167
taille avec beaucoup d'exactitude , d'a
près MERY & les Aſſertions de SA
VIARD , DELAUNAY , DIoNIs , & c.
quantité d'impérities des épreuves & des
opérations du FRERE JACQUEs , tant
ſur les morts que ſur les vivans , conſta
tées, dit-il, par l'ouverture des cadavres
en préſence d'un grand nombre de Méde
cins & de Chirurgiens & du Frère Jac
ques lui-même, qui n'a pas reclamé alors
contre la vérité, &c. Mais pourquoi M.
BoRDENAvE n'a-t-il pas rapporté en
hiſtorien fidéle, la juſtification de tou
tes ces calomnies, qui ſe trouvent dans
la petite brochure intitulée,NoUvELLE
MÉTHODE DE TAIL LE R PAR FRERE
JACQUES, &c. commençant préciſé
ment au même article , à la même ligne,
page 5,où M. BoRDEN AvE termine les
citations qu'il a tirées de cet Ecrit.
» Il falloit donc, eſt-il dit dans l'Ecrit
» en queſtion, que le Frère Jacques fût
» préſent avec M. Mery à l'ouverture ou
» diſſection des cadavres qu'il a taillés
» dans l'Hôtel-Dieu de Paris pour éprou
» ver ſon opération, avant que de tra
» vailler ſur les ſujets vivans, ainſi que
, » de ceux qui ont été ouverts, & qu'ils
» accuſent être morts de ſa I'aille , &
» avouerent (Mery & Saviard) gue
I68 MERCURE DE FRANCE.
» c'étoit des corps maigres, ruinés &
» exténués ; que c'eſt là où Frère Jac
» ques a engagé ſa réputation : mais au
» contraire l'on a remarqué que quoi
» que Frère Jacques ait taillé plus de
» cent perſonnes , tant à Paris, Verſail
» les qu'aux environs , & que Mery
» n'en a pas avoué un ſeul , mais au
» contraire a rapporté
par ſes écrits
» qu'ils étoient tous morts & exténués
» ou fiſtuleux. Et même à l'égard de
» M. Minet, Conſeiller de Crépis-en
» Vallois, qu'ils accuſent avoir une fiſ
» tule où paſſe l'urine, la ſemence &
» les gros excrémens ; ainſi que celui
» de§ (e) & d'auprès de
» S. Germain-l'Auxerrois , & de plu
» ſieurs autres qu'il dit auſſi être eſtro
» piés, & au contraire ils ſe portent tous
» très-bien , ſans aucune fiſtule, comme
» on les peut voir tous les jours & en juſ
» tifierpar certificat, &c (f). Toutes
(e ) Le Cordonnier de Fontainebleau, à l'oc
caſion duquel M. Bordenave s'étend avec tant
d'emphaſe dans le Mercure d'Octobre cité II. vol.
pag. 1 5o & I 57.
(f) Cette juſtification peut être appliquée aux
imputations calomnieuſes faites au Frère Coſme
dans le rapport des Expériences de l'Académie
Royale de Chirurgie, ſur la Taille, inſérées dans
CCS
J U I L L E T. 1764
169
ces imputations d'impérities du FRERE
JAcQUEs ſont donc autant de calom
nies ? Il eſt donc également faux que
le H RERE JACQUES ait aſſiſté à l'ou
veiture des cadavres, & qu'il n'ait pas
reclamé alors contre la fauſſeté de ces
imputations, comme l'affirme M. EoR
DEN AvE dans ſes recherches , malgré
la connoiſſance la plus complette de
cette juſtification.
M. BoRDEN AvE rapporte enſuite
les certificats des premiers Médecins &
Chirurgiens du RoI & de la Cour , qui
terminent la petite Brochure ſuſdite ,
parce qu'il y eſt queſtion des préten
dues corrections de la Taille du FRERE
JACQUEs ( corrcctions vagues & indé
· terminées , & qui ne déſignent rien de
· poſitif que le menſonge qui les a produi
tes). Mais M. BoRDENAVE s'eſt bien
gardé de rapporter en même temps le
certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles, qui eſt immédia
tement à la ſuite de ceux dont il fait
- mention, parce que ce certificat décéle
la fauſſetéde ces prétendues corrections,
le 3° vol. in-4°. & tome 9 in-12. des Mémoires
k
de cet e Académie , année 1757 , ce rapport
étant en quelque façon modélé ſur les obſerva
tions de Mery,
I. Vol.
lH
,
17o MERCURE DE FRANCE.
ainſi que les imputations calomnieuſes
d'impérities , que M. BoRDEN AvE
rapporte & détaille avec tant de ſatisfac
tion ; ne faiſant connoître le FRERE
JAcQUEs ,
le plus célébre & le plus
éclairé Lithotomiſte qui ait jamais été,
que par des meurtres.
-
'Certificat des Chirurgiens de la Charité
Royale de Verſailles. -
« Nous, Maîtres Chirurgiens de la
» Charité Royale de Verſailles , ſouſſi
» gnés , certifions à tous qu'il appar
» tiendra que nous avons été pré
» ſens à trente - huit opérations de la
» Taille & quatorze de la bubonocelle
» ou deſcente de boyau , ſans qu'il y
» ait eu aucune imputation de teſticule,
» (comme MERY & ſes adhérens l'ont
» publié, leſquelles ont toutes été faites
» par Frère Jacques de Beaulieu , tant
» à ladite Charité Royale de Verſailles
» qu'audit lieu, à des perſonnes de tous
» âges , leſquelles opérations ont toutes
| » heureuſement réuſſi & été parfaite»
» ment guéries en très-peu de temps, par
» la dextérité & l'expérience que ledit
» Frère Jacques de Beaulieu s'en eſt
, » acquiſe par une longue pratique. En
» foi de quoi nous lui avons donné le
Em=
J U I L L ET. 1764.
171
» préſent certificat. A Verſailles, le huit
· » Janvier mil ſept cent deux. Signés ,
c» DUCLAVIER , DU RIVET , CoT
» TIN , DE LA RoCHE, avec paraphe.
C'eſt donc à une grande dextérité & à
une grande expérience, acquiſe par une
longue pratique, enfin, à la bonté de la
, nouvelle méthode de tailler du FRERE
· JACQUES, & non pas à la prétendue &
ridicule correction de ſa ſonde, que les
Chirurgiens de la Charité Royale de
Verſailles attribuent des ſuccès ſi ex
· traordinaires.
Il eſt de plus rapporté
page 42 de l'Hiſtoire du FRERÉ JAC
QUEs par M. VA CHER , que ces ſuc
cès furent affichés dans les carrefours de
- Paris , & même à la porte de l'Hôtel
Dieu.
M. BoRDENAvE dit encore dans ſes
recherches page 162 du Me
- vembre cité : « la mort de
· » RÉCHAL DE LORGE ,
rcure de No
M. LE MA
qui arriva le
-» lendemain de l'opération que lui fit
• » Frère Jacques, a été l'époque de ſon
* » diſcrédit : EL LE A DÉS ABUSÉ TOUT
» LE MoNDE , & c ». Mais M. BoRDE
IN AV B , a ſupprimé comme contraire à
: ſes vues , non-ſeulement que M LE
MARÉCHAL étoit maléficié, & qu'il y
avoit ſept pierres & des fongus dans ſa
H ij
172 MERCURE DE FRANCE.
veiie , &c. mais encore qu'il avoit raſ
ſemblé dans ſon hôtel vingt-deux calcu
leux de différens ages, & que le FRERE
JACQUES les avoit tous taillés, & bien
guéris , avant d'opérer M. LE MARÉ
CHAL DE LORGE , &c (g ). Et voilà
comme M. BORDENAVE veut, à l'inſ
tar de ſes prédéceſſeurs, en impoſer au
Public ſur le compte du FRERE JAC
QUES. La mort d'un homme de marque
publiée , & en quelque façon multipliée
par les ſoins de l'envie , ne manque
prèſque jamais de ſéduire la multitude :
mais les dignités ne changent point la
nature des individus : ce n'eſt toujours
qu'un mort ſur vingt-trois Taillés ; pen
dant qu'au rapport de l'Auteur de la
Pi éface de CoLLoT, page 76, il mou
roit la moitié de ceux qu'on tailloit par
la méthode ordinaire, le grand appareil.
Il eſt rapporté dans une diſſertation
m anuſcrite de M. HUNAULT , Médecin
d'Angers , dédiée à M. FAGoN , pre
n ier Médecin du ROI , en I7oI , ſous
le titre d'Hiſtoire du procédé de FRERE
(g) Au Printemps de 17o3 ſuivant, l'hiſtoire
du Frere Jacques par M. Vacher , Maître en
· Ch rurgie de Paris , de l'Académie Royale de
Chirurgie , &c. imprimée a Beſançon en 1756 ,
page 47 •
J U IL L E T. 1764.
173
JAcQvES pour l'extraction de la pier
re, &c. & dont la petite Brochure ſur la
nouvelle méthode de tailler du FRERE
JAcQUES n'eſt probab ement qu'une
réforme. » Frère Jacques, dit Hunault,
» a fait à Angers & en divers lieux de
» l'Election , plus de cinquante opéra
» tions de la Taille , dont deux ſont
» morts ſeulement, parce qu'il y avoit
» des cauſes de mort étrangères a ſon
» opération , &c.
| Il eſt encore rapporté dans l'Hiſtoire
du FRERE JAcQUEs par M. VACHER ,
page 3o : » Au Printemps de l'année
» 1699 , le FRERE JAcQUEs ſe rendit
» à Aix-la-Chapelle , où on le preſſoit
» DEPUIS LONG-TEMS de venir.........
» Il y fit plus de ſoixante opérations de
» la Taille avec tant de ſuccès, que tous
» guérirent, & c. » Mais ce qui eſt bien
digne de remarque, c'eſt qu'après une
réputation ſi étendue , & des ſuccès
ſans exemple, la ſonde du FREREJAC
QUEs , ſi on en croit l'impoſture , n'a été
canelée que l'hyver ſuivant, ainſi qu'il
eſt rapporté page 33 de la même Hiſ
tOlre.
· Malgré tant de preuves, & une infi
nité d'autres , des ſuccès conſtans &
prodigieux du FRERE JAcQUEs , M.
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
BoRDENAvE n'héſite pas d'avancer
page 168 du Mercure de Novembre
cité, que le FRERE JAcQvEs n'a eu
des ſuccès qu'après avoir ABsoLv- .
MENT changé ſa méthode en 1722 ,
c'eſt-à-dire, dix ans après tous les faits
que nous venons de rapporter. Il eſt
donc évident que M. BoRDENAvE ne
s'eſt propoſé dans l'expoſition de ſes re
cherches ſur la Taille du FRERE JAC
QUEs , uniquement que d'étouffer la
vérité & d'interrompre le cours de nos
obſervations, par leſquelles en rappor
tant la Taille à ſes véritables principes &
à ſes propres Auteurs, nous décelons la
fauſſeté & l inſuffiſance de toutes ces
prétendues méthodes nouvelles ou per
fectionnées, que l'Académie Royale de
Chirurgie préconiſe au détriment de la
vérité & de l'humanité (h) : mais pour
conviction entière nous attendons la ſo
lution de nos deux propoſitions, ſur
l'impoſſibilité de l'exécution du grand
( h ) Nous l'avons démontré dans nos obſer
vations , particuliérement à l'occaſion des élogesº
que cette Académie prodigue aux méthodes pré-:
tendues & impraticables de MM. Foubert & Tho
mas. Et c'eſt préciſément là que M. le Profeſſeur.
Bordenave s'eſt bien gardé de ſuivre l'Anonyme .
Provincial.
-
-
J U IL L E T. 1764.
175
appareil & de la nouvelle opération du .
FRERE JAcQUES , avec la ſonde
SANS cRÉNELvRE , & nous ex
hortons nos Lecteurs à ne pas perdre de
vue ce défi; car il eſt intéreſſant de ſa -
voir comment M. BoRDENAvE y ré
pondra. Il y va de l'intérêt public, &
beaucoup plus que le Sujet ne paroît
l'annoncer.
-
Il nous reſte encore à prouver la
fauſſeté du petit appareil par le moignon
de la feſſe, ainſi que les impérities im
poffibles , imputées au FRERE JAc
QUEs, & à ajouter de nouvelles preu
ves à celles que nous avons produites
contre la Taille imaginaire de RA v ,
au mépris deſquelles M. BoRDENAvE
pourſuit ſa critique comme non-ave
nues, ſans en rapporter ni en combattre
une ſeule, ni produire rien de poſitif en
faveur de cette prétendue méthode de
RAU.
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