AU REVEREND PERE
DE LA
CHAIZE
,
CONFESSEUR DU ROY.
JOY
,
qui par
ta fageffe
,
as
joint
dans
ta
carriere
,To
AT'Etude affidue , à l'ardente Prie-
re
La Vigilance exacte à fervir un grand
Roy
;
On te l'a dés l'enfance appris ainfi
qu'à moy :
La
lâche
oifiveré
fatale
à tout
le
monde
,
Des
vices
les
plus
grands
eft la
merefeconde
.
L'Ouvrier du Seigneur dans untrop long repos
,ien- toft , appefanti fous de honteux
pavots
,
Tombera fous le joug d'une moleffe
indigne,
S'il n'eft infatigable au travail de la
vigne
,
Ce
ne
feront bien
-
toft
que
jeux
qu'amulemens
,
Que
devoirs negligez
,
que
plaifirs
trop
charmans
,
Et qu'un
finiftre
oubli
des
foins
queEvangile
Veut
qu'on prenne
en
tout
temps
pour rendre
un champ
fertile
;
Mais
il
évitera
cet état
odieux
Si comme toy , la Chaife , actif , la-
borieux ,
Le
feu
celefte
&
pur d'un
zele
Apof
tolique
2.31
A de faintes moiffons inceffamment
l'applique.
GALANT
.
63
Qu'un
Guerrier
à
fon
tour
d'un
loifir
dangereux
Aux
Campagnes
de
Mars
ne
foit
pointamoureux
Que
les
trompeules
fleurs
fous qui
rampent
les
vices
Ne
luy
prefentent point de
funeftesdelices
;
Autrement
,
s'il
neglige
un
habile
ennemi
,
Si
fous
fes
vieux
lauriets
trop long-
temps endormi
,
Il
n'apprehende
plus
la
force
enchan-
tereffe
Des
bras affoupiffans
d'une
lente
Pa-
reffe
,
[
SortIl fentira
bien
-
toft
,
trifte
jouet
du
Et du
calme
fatal
qui
le
perd dans
le
port
,
Sur
l'écueil
des
plaifits
où
toute gloi
re
échoue
,
64
MERCURE
Le deftin d'Annibal dans les murs
de Capoue
.
: Un Magiftrat n'eft
mable à fon tour ,
pas moins blâ-
Si le vin , fi le jeu l'occupent nuit &
jour ,
Ou fi d'autres penchans le traînent
avec honre
Luy
-
même
au
Tribunal des
Tyrans
d'Amathonte
.
C'eft
le foin
de
s'inftruire
,
&
cent
Livres divers
,
Et les yeux fur Themis à tout mo
ment
ouverts
Et
l'amour
du
travail
vainqueur
de
l'ignorance
,
Qui doivent de fon cœur avoir la
préference.
Qui ne fçait pas auffi que les grands
Orateurs , [ chanteurs,
D'une foule attentive aimables en
ALANT
.
65
.
Ne
font
jamais
fentir
qu'aprés
de
longues
veilles
,
Des
éclairs
de
l'efprit
les
puiffantes
merveilles
C'eſt là le feul moyen d'ouvrir le
bouches d'or ,
[
trefor
Qui
des
leçons
du
Ciel difpenfent
les
Et de
faire
au Barreau tonner
les
De-
mofthenes
,
Par qui Paris s'éleve à la gloire d'A
thenes.
Pour tout dire , il n'eſt point d'emą
ploy ny de métier ,
Dont
chacun
tour à tour n'exige
un
homme
entier
.
Semblable au Laboureur
,
qui conftant
à
la
tâche
,
Séme , arrache , cultive , ou cueille
fans relâche,
Maisle beau Sexe
même
,
à
qui di
grand loiGr
Sept. 1698
.
F
66
MERCURE
La Nature a permis le tranquile plai-
fir ,
Auroit bien plus d'attraits fi l'étude
ou l'ouvrage
De
fes
jours
moins
oififs
devenoient
le
partage
;
Si ne tendant jamais les filets de Cy.
pris ,
[
pris
,
Et
de
la
vertu
feule
inceffamment
é-
Sa
pieufe
retraite
au fonds d'un
Ora-
toirc
Couronnoit fa beauté d'une nouvellegloire
,
Aulieu des vains difcours
,
&
des pro-
pos
flatcurs
,
Où le frivole encens de fes adorateurs
Luy trace trop fouvent l'image men-
fongere
Des
faux biens
,
ou
plutoft
des fonges
de Cythere
.
GALANT
.
67
•
De quelque fexe , enfin , que naiſ❤
fent les humains , 7
Le travail de l'esprit, ou le travail des
mains
Lordinaire
.
Eft des enfans
d'Adam
l'appanage
Mais
auroit
-
on
d'honneur
à vivrefans
rien
faire
?
Et Nanteuil
,
&
Varin
,
&
le
Brun
,
&
Mignard
,
Seroient-ils devenus les Rois de leur
bel Art , szigo &
Et
rappelleroient -
ils
la
memoire
é-
ternelle
gebring
out
v molett
Du
butin
de
Lyfippe
,
ou du
pinceaua
d'Appelle
,
Si loin de s'attacher aux chef d'a
vres divers
Dont leur genie heureux a chaimé
Univers ,Ils euffent
vû
leur
main
froide
&
pa«
ralytique
8 MERCURE
Tomber
dans
les
langueurs
d'un re-
pos
létargique
?
Le
Pinde
même
où
croift
l'Amaran-
te
&
les
Fleurs
,
Qui
prétent
à
l'efprit
d'immortellescouleurs
,
Eft
fi
haut qu'on
ne
peut
y monter
qu'avec peine
Et
ce
n'eft
qu'en
fuant
,
&
qu'à
perted'haleine
,
Que des fçavantes Sœurs les rares
Favoris
De
leur verte guirlande
y
vont
cher-
cher
le
prix
,
Et genereux rivaux d'Horace , ou de
Virgile
[
ficile
.
S'élevent au
fommet
de
ce
Mont
dif
Pour
moy
qui dans l'Automne
,
oudans
le
beau Printemps
,
Sur
un moindre
rocher
me
campetous
les
ans
GALANT
69
Malgré
tous
les
attraits
qu'offre
la
vie
oifive
Sous
mes
verds orangers
que
Pomo-
ne
cultive
,
Je vais de la Pareffe implacable en-
nemi
, [ Fourmi .
Suivre encor pas à pas l'Abeille & la
C'est là qu'en fa brillante & fubli-
me carriere ,
J'ofe
peindre
LOUIS
fur
fon char
de
lumiere
.
Mais
puis
-
je
par
ces
traits
qui
partent
de
mes
mains
,
Definer
affez
bien
le
plus
grand des
humains
,
Et
tracer
dans
la
longue
&
ſurpre-
nante
hiftoire
Les miracles fans nombre , & les
moiffons de gloire ?
Si Bellone
infpirant le
carnage
&
L'horreur
,
70
MERCURE
De fon trifte flambeau rallume la fu
reur
,
La Victoire en tous lieux fuit d'abord
cet Alcide ,
L'Aigle
de
Jupiter eut
l'aile
moins
rapide
;
Il
foudroye
,
il
renverfe
,
&
luy
feul
contre tous
Epouvante
,
&
l'Enfer
,
&
l'Univers
jaloux
.
Si la Paix à fon tour après l'af-
freax Tonnerre ,
Sur
un Trône
de
fleurs
fe
remontre
à
la
Terre
,
L'Abondance
auffi
-
toft
paffe
tous
nos
fouhaits
,
Chaque jour eft marqué par de nou
veaux bien-faits.
Il n'est
plus
ny
talent
,
fertile
,
,
ny
merite in
.
( fterile
.
Et fur qui ce
Heros
jette
un
regard
GALANT: 71
Les Mules , les beaux Arts triom-
phent fous fes Loix ; .
Praxitele & Zeuxis revivent à fa
voix
,
On
croiroit
que
fa
main
,
felon
qu'ille
defire
,
[
Lyre
,
Du
celebré
Amphion
a
ranimé
la
Quand
Verfailles fe
montre
,
&
fur-
paffe
à
nos
yeux
Le
fabuleux
Palais
de
l'Olimpe
&
des
Dieux
;
Quand
Trianon
,
l'Amour
des
Gra
ces
&
de
Flore
,
Semble au gré des Zephirs fubite-
ment éclore ,>
Ou
quand
le
beau Marly
,
fous
les
plus
verds
Ormeaux
,
Ouvre fon ſein paisible à des Fleuves
nouveaux ,
Et change en un moment en Napes,
en Caſcades ,
72
MERCURE
En
jets
impetueux
le criftal
des
Naïades
.
Et que
diray
-
je
encor
des
Temples
Gi
pieux
Qu'éleve au
Tout
-
puiffant
fon
cœur
religieux
,
Superbes Monumens de la Foy pure
&
vive
,
Qui
fous
le
joug
des Saints fans
ceffe
le
captive
?
C'eft ainfi
qu'on
le voit
en
la
Guer-
re , en
la
Paix
,
Du
penible
travail
ne
fe
lafer
jamais
,
Regler
,
animer
tout
,
Roy
,
Pere
,
Ami
fidelle
,
Des Princes les plus grands verita-
ble modele ,
Qui
ne
peut
toutefois eftre
bien
imité
Que
par ce
Fils
,
fameux par fon
cœur indompté
t ces trois Rejettons , dont le jeune
courage
Du Sang de mille Rois fent déja
T'heritage.
Mais en
le
crayonnant
tel
que nous
le
voyons
,
Et
raffemblant
en
luy
comme
autant
de rayons
,
L'Honneur , la Pieté , la Valeur , la
Clemence ,
L'Equité
,
l'Ordre
exact
,
la
vaſte
Prévoyance
,
Qui
peindra bien
encor
cet
air
fi
gracieux
,
Et
ce regard qui
charme
à toute
heu-
re
,
en
tous lieux
'
?
Je
ne
puis l'oublier
ce regard favo-rable
,
[ table
,
Du
cœur de
fes
Sujets
Aiman
inévi-
Lois qu'en fon Cabinet
par tes
gene-
reux foins
,
Septembre 1698
. G
74
MERCURE
J'en receus un accueil dont tes yeux
font témoinsEt
dont
reste
à
jamais
parmy
des
traits
de flâme
,
L'ineffaçable inftant
dans
le
fond
de
mon
ame
.
C'est
là
que
je
le vis
plus
grand par
fa
bonté
,
Que
par tout
l'appareil
de
tant
de
majefté
,
९
Que par tous ces hauts Faits que fur
la Terre & l'Onde
La
Déeffe aux
cent voix raconte
à
tout
le
monde
.
Mais qui peut comme Toy bien
peindre ce Heros,
Ou
dans
le
Calme
heureux
,
ou dans
l'horreur
desFlots ?
Fidelle
Obfervateur de
toute fa
fa-geffe
,
(fans ceffe
,
La Chaiſe, tu le vois , tu l'écoutes
GALANT
.
75
1
Et
frapé
des
Vertus dont
brille
un
fi
grand
Roy
,
Tu
n'en
es pas
alors
moins
ébloüy
que
moy
.