Résultats : 7640 texte(s)
Détail
Liste
801
p. 37-40
« Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Début :
Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...]
Mots clefs :
Lettres, Campagne, Armes, Conversion, Religion prétendue réformée, Honneur, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Après vous avoir parlé fort amplement dans deux de mes [...] »
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
Fermer
802
p. 40-50
A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Je viens d'apprendre que Monsieur Vignes, qui a [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Croyance, Ennemis, Ministres, Conversion, Concile, Église, Honneur, Dogme, Salut, Prêcher, Erreur, Albigeois, Temple, Brebis égarée, Apôtres, Évangile, Cérémonies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
Apres vous avoir parlé fore
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
amplement dans deux de mes
Lettres , des avantages que les
Vénitiens ont remporté fur les
Turcs cette derniere Campagne,
38
MERCURE
je vous envoye le Plan de Sainte
Maure , & de Prévefa , qui font
les deux principales Places que
leurs Armes ont foûmiſes . Vous
levez d'autant plus eftimer ce
Plan , que je l'ay reçû d'un illuftre
Commandeur de Malte , qui
l'a fait dreffer fur les Lieux mêmes
. Ainfi il eft tres- fidelle ,
ayant efté gravé fur un Original,
& non fur ces Deffeins , qui à
force de paffer de main en main ,
& d'eftre copiez par diférentes
Perfonnes, font presque toûjours
défectueux . Si je vous l'envoye
un peu tard ,fongez que ces fortes
de chofes , fur tout quand elles
viennent de loin , ne peuvent
eftre données dans le même
temps qu'on en donne le détail ;
& mefme je mefouviens de vous
en avoir envoyé quelquefois
apres une annéeentiere. J'ay acGALANT.
39
coûtumé de faire graver les Jettons
nouveaux dans ce mois . le
les remets cependant jufqu'au
mois prochain , afin d'avoir plus
de temps à m'informer des Deviles.
Je vous promis la derniere fois ,
de vous entretenir de la Converfion
de Monfieur Alexandre Vignes
, fameux Miniftre de la Religion
Prétenduë Reformée de la
Ville de Grenoble . Ie ne puis
mieux m'acquiter de ma promeffe
, qu'en vous envoyant deux
Lettres qu'on m'a fait l'honneur
de m'adreffer fur ce fujet . Ie les
ay reçues imprimées; & on ne les
auroit pas rendues publiques.
dans le Lieu meſme où cet ancien
& fçavant Miniftre a fait Abjuration
, fielles contenoient autre
choſe que des veritez. Le Parlement
& la Chambre des Comp40
MERCURE
tes , qui ont affifté en Corps à
cette Cerémonie , en font une
particularité fort remarquable.
Fermer
Résumé : A L'AUTHEUR DU MERCURE GALANT, PREMIERE LETTRE Sur la Conversion de Mr Vignes, Ministre de Grenoble. A Grenoble ce 9. Decembre 1684.
L'auteur d'une lettre relate les succès militaires des Vénitiens contre les Turcs lors d'une récente campagne. Il envoie des plans des places fortes de Sainte-Maure et de Préveza, conquises par les Vénitiens, dessinés sur place par un illustre commandeur de Malte, garantissant ainsi leur fidélité. L'auteur explique que les plans peuvent être envoyés avec retard en raison des délais de transmission des informations. Il mentionne également qu'il a l'habitude de graver les nouveaux jetons dans un certain mois, mais qu'il les retarde jusqu'au mois suivant pour obtenir plus de détails. Enfin, l'auteur promet de traiter la conversion d'Alexandre Vignes, un célèbre ministre de la religion réformée à Grenoble. Il envoie deux lettres imprimées sur ce sujet, contenant des vérités et rendues publiques avec l'appui du Parlement et de la Chambre des Comptes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
803
p. 50-60
SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Début :
Monsieur, Ma Lettre du 9 de ce mois vous à [...]
Mots clefs :
Religion, Église, Évêque, Convertis, Prédication, Abjuration, Religion prétendue réformée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
SECONDE LETTRE.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Sur l'Abjuration de Mr Vignes.
De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
M ONSIEUR ,
9.
Ma Lettre du de ce mois vous
à dû apprendre
la retraite de Monfieur
Vignes, cy- devant Miniftre
de
la Religion
Prétendue
Reformée
de
cette Ville , pour fe bien preparer
à
fon Abjuration
qu'il devoit faire ,
Dimanche
dernier , & qui a esté
faite avec toutes les folemnitez
que
meritoit une fi belle Action.
Vous Scaure done qu'apres Vefpres,
& environ fur les trois heures,
ilferendit à l'Eglife Cathédrale de
GALANT.
SI
t
Notre- Dame , avec le Pere Lamy
Preftre de l'Oratoire , dont la grande
erudition vous doit eftre connuë
par les Ouvrages qu'illa donnez au
Public, & qui par des Converfations
Sçavantes & Spirituelles a beaucoup
contribué à faire revenir Monfieur
Vignes de fes erreurs. Eftans entrez
dans l'Eglife , ils prirent place au
milieu de la Nef, vis- à- vis de la
Chaire où Monfieur l'Evefque devoitprefcher.
Iamais cette Eglife n'a efté remplie
de tant de monde ; & bien
qu'elle foit grande & vafte , neantmoins
outre tous les endroits qui
pouvoient eftre occupez , les Tribunes
, les Chapelles , les Corniches
même, & les piliers , furent d'abord
fi remplis , qu'à midy il n'y eut ancuneplace
vuide , & quelques Portes
affez éloignées , pour ne pouvoir de
Ca
52
4
MERCURE
là oüir le Prédicateur , ne laifferent
pas d'avoir fi grande quantité de.
monde , qu'on ne pût plus y entrer à.
l'heure que je viens de dire ; tellement
que dans une grande Place qui
fert de Cimetiere , & dans les Ruës
voifines . les plus paresseux furent
obligez de s'arrefter , & y referent
jufques à la fin de la Cerémonie
quelque froid rigoureux qu'il fit
alors .
Monfieur l'Evefque monta en
Chaire environ à trois heures & fit
une Prédication qui ne furprit pas,
parce qu'il n'en fait jamais que
de belles & de bonnes , mais qui
charma tous fes Auditeurs par le
prix de la matiere , par l'elegance
du difcours , par la maniere de le
debiter , & par l'application au
fujet de la Converfion de Monfieur
Vignes.
Il commença par la Miffion de
GALANT. $ 3
Saint Tean- Baptifte , fit voir la déference
qu'il eut aux ordres du Ciel
qu'il exécutoit fon humilité à ne
point recevoir des bonneurs qui
n'eftoient deubs qu'à celuy dont il
eftoit le Précurseur , & à ne point
accepter le titre de Meffie qu'on
vouloit luy donner. De là il paffa
aux veritables Miffions des Evêques
des Pasteurs , prouva que dans
l'Eglife Catholique il n'y en avoit
point qui ne fuft dérivée des Apôtres
, rapporta pour exemple la fienne
, & celles des Evefques fes Predeceffeurs
jufques à Domnin , lequel
affifta au Concile d'Aquilée l'an 381 .
qui tenoit la fienne , & fon Ordination
, de l'Evefque de Vienne, & celuy
cy des Apoftres , par
le moyen
de S.Crefcent, premier Prélat de cette
Ville , qui avoit efté Difciples des
Apoftres, & qui mefme felon le raport
d'Adon en fa Chronique ,y avoit
C 3
54 MERCURE
efté laiffe par S. Paul paſſant par
cette Province pour aller en Efpagne.
Qu'il n'en eftoit pas de mesme
de celle des Miniftres , qui ne l'avoient
reçûë que de ceux qui leur
avoient prefché à la naissance de
leur Religion , qui bien loin d'eftre
envoyez par de veritables Paſteurs ,
ne l'estoient que par des Moines dé
froquez , par des Prévaricateurs, &
par des Débauchez ,fans ordre &
Jans approbation.Il s'étendit enfuite
fur quelques autres points de Controverfe
qu'il démela parfaitement
bien ,fit l'éloge de noftre illuftre Converty
, exhorta ceux de la Religion
Prétendue Reformée à suivre Som
exemple, & les Catholiques à perfeverer
, donna cette louange à fon
Diocefe qu'il estoit moins corrompu
que lors qu'il y arriva , & qu'ily
reconnoiffoit des changemens avantageux
à la gloire de Dieu , fit cora
GALANT. 55
noiftre le zele de noftre augufte Momarque
pour éteindre l'Hérefie dans
fon Royaume , & finit par les moyens
de bien fe convertir. Apres fa Prédication
, où affifterent le Parlement
& la Chambre des Comptes en Corps,
il paffa dans le Choeur de l'Eglife reveftu
de fes Habits Pontificaux , &
precedé de fon Chapitre qui l'eftoit
de la Croix, & qui chantoit le Veni
Creator. Il alla la Croffe en main
au Lieu d'où Monfieur Vignes avoit
oiy fa Prédication , & là il reçeut
fon Abjuration que ce fage Converty
fit avec une prefence d'efprit , &
une conftance admirable ; apres laquelle
le Chapitre reprit fon chemin
vers le Grand Autel. Monfieur l'Evefque
y conduifit toûjours par la
main Monfieur Vignes , & y eftant
arrive , il luy donna le Sacrement
de Confirmation , en la ceremonie
duquel Monfieur de Saint André ,
C 4
56 MERCURE
Premier Prefident au Parlement , &
Madame la Comteffe de Clermont ,
furent le Parrain & la Marraine.
Cette Solemnité finie , on chanta le
Te Deum , & on donna la Benediction
du Saint Sacrement ; puis
Monfieur l' Evefque , les Chanoines,
les Preftres , & tous les Cleres , embrafferent
noftre nouveau Converty.
Son illuftre Parrain en fit autant.
On vit répandre des yeux de plufieurs
Perfonnes des larmes de joyez
Monfieur le Duc Makarin , &
Monfieur le Prince de Vvirtemberg,
qui s'y trouverent , en furent fort
édifiek
•
Il n'en eftoit pas arrivé de même
au Temple le lendemain de fa
retraite, qui efloit un Dimanche, car
Les Pfeaumes y furent chantez fi
lamentablement , qu'on connut bien
que ces pauvres Dévoyez avoient le
coeur trifte par l'eloignement de leur
GALANT.
57
le
Pasteur , qu'ils aimoient & eftimoient
fi parfaitement , qu'ils ne
l'appelloient point autrement que
bon Ifraëlite . Le Steur Railly leur
fecond Miniftre , tâcha de les appaifer
par le Difcours qu'il fit fort
éloquemment , fur ce qu'on devoit
fe confoler des pertes qu'on faifoit ;
& bien qu'il n'appliquaft ouvertement
fur la Converfion de Monfieur
Vignes , on vit bien que fa perte les
devoit toucher , & qu'il s'efforçoit
de les en confoler.
Dimanche dernier fon Texte fut
fort diferents car comme les Prétendus
Reformez veulent eftre perfuadez
que Monfieur Vignes a eu des
intérefts temporels pourfe convertir,
il déclama fort contre l'avarice. Il
n'est calomnie , il n'eft outrage , it'
n'eft invective dont les Prétendus
Reformez de cette Ville ne chargent
nostre celebre Converty. Leurs in
CS
58
MERCURE
ce que
juftes reffentimens leur font oublier
que pendant vingt ans ils n'ont
parlé de luy qu'avec éloge , & luy
ont toûjours donné les loüanges qu'il
méritoit . C'est une pauvre vangeancelle
des injures ; mais elle a
esté de tous les Siecles parmy les Heretiques
, & on a toujours veu que
manquant de bonnes raifons , ils fe
font retranche à vouloir perdre de
réputation ceux qui ont connu leurs
erreurs , & qui les ont quittez. Ils
ne vont jamais aux veritables motifs
des Converfions , ils les veulent
ignorer , pour cacher le regret qu'ils
ont de perdre leurs plus honneftes
Gens ; mais tout ce qu'ils difent contr'eux
, n'eft pas capable de diminuer
leur gloire ; & tant d'illuftres
Convertis quiviennent à nous ſiſouvent
, prennent un chemin qui leur
promet non feulement celle du Ciel ,
mais encore toute celle qu'ils peu
GALANT.
59
vent raisonnablement efperer en ce
monde.
le vous envoyeray bientoft une
Lettre que Monfieur Vignes écrit
aux Prétendus Reformez. Elle contiendra
les preuves des veritez de la
Religion Catholique , tirées de leurs
propres Principes. Il donnera auſſi
un Livre qui prouvera ces mefmes
veritez par l'Ecriture , interpretée
par les Peres des quatre premiers
Siecles , & par les Principes des
Protestans, Ainfi le Public appren
dra de la main mefme de ce nouveau
Converty , des motifs plus juftes
de fa Converfion, que ceux qui luy
font attribuez par fes Ennemis .
Te fuis pourtant perfuadé que tous
les Pretendus Reforme de cette Ville
ne le font pas car il y en a tant
qui ont de l'honneur , dufçavoir, &
de la vertu , que difficilement pourront
- ils luy refufer la justice qu'ils
C 6
60
MERCURE
lay doivent , apres l'avoir eftimé
comme il le merite . Ie fuis voftre ,
&c.
ALLARD , Ancien Préfident
en l'Election de Grenoble.
Fermer
Résumé : SECONDE LETTRE. Sur l'Abjuration de Mr Vignes. De Grenoble ce 20. Decembre 1684.
Le 20 décembre 1684, une lettre de Grenoble rapporte l'abjuration de Monsieur Vignes, ancien ministre de la Religion Prétendue Réformée, qui a eu lieu le dimanche précédent. Vignes s'était préparé à cette abjuration en se retirant. La cérémonie s'est déroulée dans la cathédrale Notre-Dame de Grenoble, en présence d'une grande foule. Monsieur l'Évêque a prononcé un sermon sur la mission de Saint Jean-Baptiste, soulignant son humilité et sa déférence. Il a ensuite comparé les missions des évêques catholiques à celles des ministres protestants, critiquant ces derniers pour leur manque de légitimité apostolique. Après le sermon, Vignes a fait son abjuration avec une grande présence d'esprit et de confiance. Il a ensuite reçu le sacrement de confirmation, avec Monsieur de Saint-André et Madame la Comtesse de Clermont comme parrain et marraine. La cérémonie s'est conclue par le chant du Te Deum et des embrassades. Le lendemain, au temple, les psaumes ont été chantés lamentablement, reflétant la tristesse des réformés face à la perte de leur pasteur. Le ministre Railly a tenté de les réconforter, mais sans succès. Les réformés de Grenoble ont accusé Vignes de s'être converti par intérêt temporel, oubliant les éloges qu'ils lui avaient autrefois adressés. La lettre mentionne également l'envoi prochain d'une lettre et d'un livre écrits par Vignes, contenant des preuves des vérités de la religion catholique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
804
p. 60-66
Morts, [titre d'après la table]
Début :
Il y a eu depuis peu de temps plusieurs Morts considérables, [...]
Mots clefs :
Seigneur, Parlement, Madame, Duchesse, Capitaine, Maisons, Décès, Conseiller, Monsieur de Manicamp
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Morts, [titre d'après la table]
Il y a eu depuis peu de temps
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
plufieurs Morts confidérables ,
dont voicy les noms .
Meffire lean Louis l'Etang de
Fromentieres , Evefque d'Aire.
Il eftoit d'une illuftre Maifon du
Maine , & digne de l'Epifcopat ,
par fa naiffance , par fa vertu , &
par fon érudition. Vous fçavez ,
Madame , qu'il avoit prefché
>
dans les meilleures Chaires de
Paris,& à la Cour, avec de grands
applaudiffement , & que le fuccés
qu'il Y avoit eu luy avoit
acquis le nom d'un des plus
grands Prédicateurs qu'on euft
entendus. Il eft mort dans fom
Diocéfe.
GALANT. 61
Monfieur de Manicamp . II
eftoit Frere de Madame la Maréchale
Ducheffe d'Eftrées , Fils
de Charles de Longueval , Seigneur
de Manicamp , Meftre de
Camp du Regiment de Normandie
, & Maréchal des Camps &
Armées du Roy , & Petit- fils de
Phillippe de Longueval , Seigneur
de Manicamp, & d'Ifabeau
de Tou . La Maifon de Longueval
, qui eft divifée en plufieurs
Branches , qui font celles de Buquoy
, Tenelles , Anaucourt ,
Creffy , & Manicamp , eft une
des plus anciennes & des plus
illuftres de Picardie. Elle a commencé
à paroiftre il y a quatre ou
cinq fiécles. Plufieurs Seigneurs
de ce nom ont efté à la Terre
Sainte, où ils ont fait des actions
mémorables . Quelques - uns fe
font diftinguez à des Batailles ,
62 MERCURE
comme à celles de Courtra , & ·
d'Azincourt . L'un d'eux qui étoit
Gouverneur de Luxembourg,en
foûtint le Siege en 1643. & fut
fait enfuite Gouverneur , Lieutenant
Genéral en Champagne.
Dela Branche de Buquoy , étoit
ce grand Capitaine le Comte de
Buquoy , qui fit tant de belles
chofes fous Charles- Quint dans
les Païs- Bas . Cette Branche de
Buquoy eft celebre en France ,
& fort attachée aux Princes du
Païs Bas Espagnol . La Maifon
de Longueval porte pour Armes ,
Bande de verd & de gueule de
fix pièces , & a pris Alliance dans
celles de Montmorency , Beaumart
, Auxis , Melun , Divion ,
Mailly, Lamdas , Flandres , Comte
, Eftourmel , Aumale , Mifcocq
, Vignancourt , Etrées ,
Bourbon , Maridor & autres
GALANT. 63
Monfieur de Manicamp eft mortavec
beaucoup de réfignation , &
apres avoir reçeu tous les Sacremens.
Meffire Jacques Defpériers ,
Preftre , Docteur en Theologie ,
de la Maiſon & Societé de Sor
bonne , mort le 28. du dernier
mois. Il eftoit Profeffeur du Roy
aux Ecoles de la méme Maiſon
de Sorbonne , & Principal du
Collège de Lifieux . Il a enfeigné
long temps la Philofophie , & l'on
s'empreffoit à faire fon Cours
fous luy.
>
Meffire Jacques Charton ;
Preftre Docteur en Theolo
gie , de la maifon & Societé de
Sorbonne , mort le premier jour
de cette année . Il eftoit Chanoine
& Grand Pénitentier de l'Eglife
de Paris. Monfieur l'Archevefque
a donné fa Chanoinie à
Monfieur l'Abbé Robert , Fils
64 MERCURE
d'un fameux Avocat , & Frere
de Monfieur Robert , Procureur
du Roy au Châtelet . Ie ne vous
dis point , Madame , que Mon-
Geur Robert , demeuré feul
Procureur du Roy , eft fage , intelligent
, & fort eftimé de Sa
Majefté , & dans fa Compagnie,
Ce font des chofes que tout le
monde connoift .
Meffire Louis de Faure , Baron
de Dampmard , Seigneur de
Puifieux , de Brumiers , & de Clamare
en partie , mort le 8. de ce
mois , âgé de foixante & douze
ans. Il eftoit de la Grand'Chambre
, & avoit efté receu Confeiller
au Parlement de Paris le 11.
May 1640. apres l'avoir efté au
Parlement de Grenoble. Meffire
lean de Faure , fon Pere , Seigneur
de Brumiers & d'Orme ,
eftoit Fils d'un autre lean de FauGALANT.
65
re , Secretaire du Roy , & proche
Parent de Meffieurs de Bezons
, Perrot , Malo , Doujat ,
Philippes de Gilly , Tronçon ,
Cognard , tous Confeillers au
parlement , & allié de Meffieurs
de Seve , Boulanger , Gobelin ,
Clapiffon , & de plufieurs autres
des premieres Familles de la Robe
. Monfieur de Faure, qui vient
de mourir , a laiffé cinq Enfans ,
trois Fils , & deux Filles & beaucoup
de Bien. Ses Armes font
fix Couronnes d'argent en champ de
gueules , qui traverſent l'Ecu
trois Cornets d'or en champ d'azur
, trois Grenades rouges auffi
en champ d'azur , un Chevron
d'or rompu , & une Couronne de
Baron au deffus, Monfieur de
Flos eft monté à la Grand'Chambre
en la place de Monfieur
Faure .
66 MERCURE
Jacques Pouffet, Ecuyer , Sieur
de Montaubau , mort le 16. de ce
mois . Il eftoit ancien Avocat au
Parlement , où il avoit paru avec
éclat , & ancien Echevin de Paris.
Son heureux génie ne l'avoit pas
feulement fait diftinguer dans les
chofes du Barreau , mais encore
dans ce qui regarde le Theatre.
Nous avons de luy plufieursTragédies
, qui ont efté reçues tresfavorablement
du Public .
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
Fermer
Résumé : Morts, [titre d'après la table]
Le texte évoque plusieurs décès récents de personnalités notables. Jean Louis l'Étang de Fromentières, évêque d'Aire, provenait d'une famille illustre du Maine et était réputé pour ses talents de prédicateur à Paris et à la cour. Monsieur de Manicamp, frère de la maréchale d'Estrées, appartenait à la maison de Longueval, une ancienne et distinguée famille picarde. Il est décédé après avoir reçu les sacrements. Jacques Despériers, professeur au Collège de Lisieux et docteur en théologie à la Sorbonne, est également décédé. Jacques Charton, chanoine et grand pénitencier de l'église de Paris, a été remplacé par l'abbé Robert. Louis de Faure, baron de Dampmard et conseiller au Parlement de Paris, laisse derrière lui cinq enfants et une importante fortune. Jacques Pouffet, ancien avocat au Parlement et échevin de Paris, était connu pour ses tragédies théâtrales. Le texte mentionne également une œuvre littéraire intitulée 'Les Hyvers comme des Printemps', écrite par un maître habile avec des paroles de Monsieur Diéreville.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
805
p. 66-67
AIR NOUVEAU.
Début :
On fait des Hyvers comme des Printemps. En voicy un / Par vos cris, mes petits Moutons, [...]
Mots clefs :
Mouton, Hiver, Saison, Plaine, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU.
On fait des Hyvers comme des
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
P
Vous
AIR NOUVEAU.
Ar vos cris , mes petits Moutons
,
accufez l'Hyver d'une rigueur
cruelle ,
GALANT. 67
Lors qu'il vient vousforcer de quiter
ces Valons
lufqu'au retour de la Saifon nouvelle.
Ah ! j'ay bien plus fujet que vous
= De me plaindre de fon couroux.
Vous reviendrez bien toft paître
dans cette Plaine , 7
Sans y trouver de changement ;
Et moy , je nefuis pas certaine
D'y trouver encor mon Amant.
Printemps . En voicy un d'un
habile Maiftre . Les paroles font
de Monfieur Diéreville .
P
Vous
AIR NOUVEAU.
Ar vos cris , mes petits Moutons
,
accufez l'Hyver d'une rigueur
cruelle ,
GALANT. 67
Lors qu'il vient vousforcer de quiter
ces Valons
lufqu'au retour de la Saifon nouvelle.
Ah ! j'ay bien plus fujet que vous
= De me plaindre de fon couroux.
Vous reviendrez bien toft paître
dans cette Plaine , 7
Sans y trouver de changement ;
Et moy , je nefuis pas certaine
D'y trouver encor mon Amant.
Fermer
Résumé : AIR NOUVEAU.
Le texte compare les saisons aux émotions humaines, notamment la douleur de la séparation amoureuse. Il décrit des 'petits Moutons' contraints de quitter leurs vallées en hiver. Une femme exprime une tristesse plus grande, doutant de retrouver son amant au printemps. Le poème souligne la douleur de l'absence et l'incertitude de la réconciliation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
806
p. 67-69
LA FRANCE.
Début :
Un Anonime a fait parler la France à la Fortune, sur ce que le / Aveugle Déesse, dis-moy, [...]
Mots clefs :
France, Fortune, Déesse, Roi, Prince, Univers, Clémence, Sagesse, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA FRANCE.
Un Anonime a fait parler la
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fermer
807
p. 69-71
Etrennes, [titre d'après la table]
Début :
J'ay oublié de vous dire, en vous parlant de quelques Présens / Duchesse en qui les Cieux ont mis cent trésors prétieux [...]
Mots clefs :
Présent galant, Paniers, Fruits, Duchesse, Trésors, Plaisir, Désir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Etrennes, [titre d'après la table]
Un Anonime a fait parler la
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fránce à la Fortune ,fur ce que le
Roy a eu fix -vingt Billets blancs
à la Loterie de Monfeigneur le
Dauphin. Voicy la Demande &
a Réponſe.
LA FRANCE.
Aveugle Déeffe,dis -moy ,
68
MERCURE
T
D'où vient qu'à noftre Auguste Roy
Six- vingt Billets tous blancs fout
échús en partage?
LA FORTUN É .
France , c'est pour montrer combien
ton Prince eft fage.
Lors qu'il pourroit foumettre à fes
Loix l'Univers
Que la Terre luy céde , & qu'il commande
aux Mers,
Sa clémence retient l'ardeur de fon
courage.
Ce qu'il m'a donné je luy rends ;
Et comme moy les Conquérans ,
Les Princes , les Etats , & tous les
Grands du Monde
Connoiffant de Louis la fageffe profonde
,
Pour terminer leurs diférens,
Le prennent pour Arbitre , & luy
donnent des Blancs ;
GALANT. 69.
Et fi fes Ennemis demandent leur
revanche ,
Il leur donne la Carte blanche.´
Fermer
Résumé : Etrennes, [titre d'après la table]
La France interroge la Fortune sur les soixante billets blancs du roi à la loterie du Dauphin. La Fortune explique que cela montre la sagesse et la clémence du prince. Les conquérants et les États reconnaissent sa sagesse pour résoudre les différends et le choisissent comme arbitre, lui donnant des billets blancs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
808
p. 71-72
Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay souvent parlé depuis plusieurs années des Médailles [...]
Mots clefs :
Médailles, Gloire, Monarque, Bon goût, Gratification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Ie vous ay fouvent parlé depuis
plufieurs années des Médailles
qui ont efté frapées à la gloire
du Roy , & qui compofent l'Hiſtoire
de la vie de ce Monarque.
Je vous en ay mefme envoyé
quelques- unes que j'ay fait graver
en divers temps . Elles font
préfentement au nombre de
quatrevingt- dixneuf , & Sa Majefté
vient d'en faire préfent à
Monfieur le Procureur General
& à Monfieur le Nautre ; & ne
les leur a données , que comme à
des Curieux , & à des perfonnes
qui par leur bon gouſt ſe ſont
acquis une parfaite connoiffance
de tout ce que l'Antiquité à de
72. MERCURE
rare . Je vous appris il y a un mois
la gratification de cinquante mille
livres que le Roy avoit faite à
Monfieur Manfard ; Sa Majesté
luy en a donné encore vingt - cinq ,
pour luy faciliter le payement de
la Charge d'Intendant Genéral
des Baftimens , qu'il a achetée
cent mille francs. Elle eftoit à
Monfieur Gobert , qui s'en eſt
démis volontairement en fa faveur.
Le Roy qui ne laiffe aucun
fervice fans récompenfe , voulant
reconnoiftre ceux que Monfieur,
Landoüillette de Saugiviere luy,
a rendus dans le Commandement.
des Bombardiers à Tabago , Alger
, & Génes , a ennobly ce
brave Officier.
plufieurs années des Médailles
qui ont efté frapées à la gloire
du Roy , & qui compofent l'Hiſtoire
de la vie de ce Monarque.
Je vous en ay mefme envoyé
quelques- unes que j'ay fait graver
en divers temps . Elles font
préfentement au nombre de
quatrevingt- dixneuf , & Sa Majefté
vient d'en faire préfent à
Monfieur le Procureur General
& à Monfieur le Nautre ; & ne
les leur a données , que comme à
des Curieux , & à des perfonnes
qui par leur bon gouſt ſe ſont
acquis une parfaite connoiffance
de tout ce que l'Antiquité à de
72. MERCURE
rare . Je vous appris il y a un mois
la gratification de cinquante mille
livres que le Roy avoit faite à
Monfieur Manfard ; Sa Majesté
luy en a donné encore vingt - cinq ,
pour luy faciliter le payement de
la Charge d'Intendant Genéral
des Baftimens , qu'il a achetée
cent mille francs. Elle eftoit à
Monfieur Gobert , qui s'en eſt
démis volontairement en fa faveur.
Le Roy qui ne laiffe aucun
fervice fans récompenfe , voulant
reconnoiftre ceux que Monfieur,
Landoüillette de Saugiviere luy,
a rendus dans le Commandement.
des Bombardiers à Tabago , Alger
, & Génes , a ennobly ce
brave Officier.
Fermer
Résumé : Présens faits par le Roy, [titre d'après la table]
Le texte évoque des médailles célébrant la vie d'un roi. L'auteur a envoyé quatre-vingt-dix-neuf de ces médailles à des personnes distinguées, comme Monsieur le Procureur Général et Monsieur le Nautre, en reconnaissance de leur goût et de leur connaissance de l'antiquité. Le roi a accordé une gratification de cinquante mille livres à Monsieur Mansard, suivie de vingt-cinq mille livres supplémentaires pour l'achat de la charge d'Intendant Général des Bâtiments, précédemment détenue par Monsieur Gobert. Cette charge a été achetée cent mille francs. Par ailleurs, le roi a anobli Monsieur Landoüillette de Saugiviere pour ses services dans le commandement des bombardiers à Tabago, Alger et Gênes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
809
p. 72-73
Monsieur le Maréchal d'Estrades est nommé Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres. [titre d'après la table]
Début :
La place de Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres, [...]
Mots clefs :
Gouverneur, Duc de Chartres, Duc de Navailles, Ambassade , Prudence, Maréchal d'Estrades
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Monsieur le Maréchal d'Estrades est nommé Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres. [titre d'après la table]
La place de Gouverneur de
Monfieur le Duc de Chartres
eftant demeurée vacante par la
mort de Monfieur le Maréchal
Duc
GALANT.
73
Duc de Navailles , Monfieur le
Maréchal d'Eftrades a efté nommé
pour la remplir . C'eſt un
pofte dont il est tres digne , puis
qu'il joint l'efprit , la prudence
& le fçavoir , à la valeur. Vous
fçavez qu'il a commandé des Armées
, défendu des Villes &
qu'il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup d'habilité & de gloire
des Ambaffades dont Sa Majesté
l'a honoré.
Monfieur le Duc de Chartres
eftant demeurée vacante par la
mort de Monfieur le Maréchal
Duc
GALANT.
73
Duc de Navailles , Monfieur le
Maréchal d'Eftrades a efté nommé
pour la remplir . C'eſt un
pofte dont il est tres digne , puis
qu'il joint l'efprit , la prudence
& le fçavoir , à la valeur. Vous
fçavez qu'il a commandé des Armées
, défendu des Villes &
qu'il s'eft toûjours acquité avec
beaucoup d'habilité & de gloire
des Ambaffades dont Sa Majesté
l'a honoré.
Fermer
Résumé : Monsieur le Maréchal d'Estrades est nommé Gouverneur de Monsieur le Duc de Chartres. [titre d'après la table]
Le Maréchal d'Estrades, également Duc de Navailles, est nommé Gouverneur après la mort du Maréchal Duc Galant. Reconnu pour son esprit, sa prudence, son savoir et sa valeur, il a commandé des armées, défendu des villes et excellé dans des missions diplomatiques pour le roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
810
p. 73-74
Benedictions d'Abbesses, [titre d'après la table]
Début :
Le Lundy 8. de ce mois, Dame Marie Madeleine Urbine [...]
Mots clefs :
Abbesse, Bénédiction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benedictions d'Abbesses, [titre d'après la table]
Le Lundy-8 . de ce mois , Dame
Marie Madeleine Urbine
Theréfe d'Ally , Soeur de Monfieur
le Duc de Chaunes , apres
avoir efté trente ans Coadjutrice
de l'Abbaïe aux Bois , y fut benite
en qualité d'Abbeffe par
Monfieur l'Archevefque de Paris.
Elle eftoit aſſiſtée de Madame
de Chaunes , Abbeffe de
Poiffy , fa Socur , & de Mada-
Janvier 1685.
D
74 MERCURE
me l'Abbeffe de Beaumont les
Tours. Quantité de perfonnes
d'une qualité diftinguée , & entre
autres plufieurs Prelats , fe
trouverent à cette Ceremonie .
Madame l'Abbeffe du Port
Royal de Paris eft morte depuis
quelque temps . Elle eftoit dela
Maifon de Perdreau de Maillé en
Anjou , & en grande eftime pour,
fa vertu & fa pieté . Madame de
Harlay de Chanvallon , Abbeffe
de la Virginité au Dioceſe du
Mans , a efté nommée pour luy
fucceder. C'eft une Dame d'un
mérite fingulier , & tres- digue
Soeur de Monfieur l'Archevel
que de Paris . Je croy vous dire
beaucoup par ce peu de mots ,
n'y ayant aucun éloge qui ne foit
dû à ce grand Prélat .
Marie Madeleine Urbine
Theréfe d'Ally , Soeur de Monfieur
le Duc de Chaunes , apres
avoir efté trente ans Coadjutrice
de l'Abbaïe aux Bois , y fut benite
en qualité d'Abbeffe par
Monfieur l'Archevefque de Paris.
Elle eftoit aſſiſtée de Madame
de Chaunes , Abbeffe de
Poiffy , fa Socur , & de Mada-
Janvier 1685.
D
74 MERCURE
me l'Abbeffe de Beaumont les
Tours. Quantité de perfonnes
d'une qualité diftinguée , & entre
autres plufieurs Prelats , fe
trouverent à cette Ceremonie .
Madame l'Abbeffe du Port
Royal de Paris eft morte depuis
quelque temps . Elle eftoit dela
Maifon de Perdreau de Maillé en
Anjou , & en grande eftime pour,
fa vertu & fa pieté . Madame de
Harlay de Chanvallon , Abbeffe
de la Virginité au Dioceſe du
Mans , a efté nommée pour luy
fucceder. C'eft une Dame d'un
mérite fingulier , & tres- digue
Soeur de Monfieur l'Archevel
que de Paris . Je croy vous dire
beaucoup par ce peu de mots ,
n'y ayant aucun éloge qui ne foit
dû à ce grand Prélat .
Fermer
Résumé : Benedictions d'Abbesses, [titre d'après la table]
Le 8 janvier 1685, Dame Marie Madeleine Urbine Théréfe d'Ally, sœur du Duc de Chaunes, fut bénite abbesse de l'Abbaye aux Bois après avoir été coadjutrice pendant trente ans. La cérémonie fut dirigée par l'Archevêque de Paris et en présence de Madame de Chaunes, abbesse de Poissy, et de Madame l'Abbesse de Beaumont-les-Tours. Plusieurs prélats et personnes de qualité y assistèrent. Par ailleurs, Madame l'Abbesse du Port Royal de Paris, membre de la maison de Perdreau de Maillé en Anjou, est récemment décédée. Elle était respectée pour sa vertu et sa piété. Madame de Harlay de Chanvallon a été nommée pour lui succéder en tant qu'abbesse de la Virginité au Diocèse du Mans. Elle est reconnue pour son mérite singulier et est la sœur de l'Archevêque de Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
811
p. 74-76
Benédiction de la Chapelle du Seminaire des Irlandois. [titre d'après la table]
Début :
En vous parlant de Benediction & d'Abbaïe, je ne dois pas oublier [...]
Mots clefs :
Abbé, Chapelle, Séminaire, Prêtre, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Benédiction de la Chapelle du Seminaire des Irlandois. [titre d'après la table]
En vous parlant de Benediction
& d'Abbaïe , je ne dois
GALAN T. 7.5
pas oublier à vous dire , que le
Dimanche 31. de l'autre mois
Monfieur l'Abbé Cheron , Chanoine
de l'Eglife de Paris , &
Official de Monfieur l'Archevefque
,
fit par fon ordre la Bene →
diction de la Chappelle du Séminaire
des Preftres Irlandois , Ruë
des Vignes , Fauxbourg faint
Marceau. La Benédiction eftant
faite , ce même Abbé celebra
la Meffe , affifté de Monfieur Fils
Patrick , Abbé de Leix , Supérieur
de ce Seminaire , & de tous
les Preftres qui le compofent. Il
y eut un fort grand concours de
Peuple. Monfieur le Duc de Richelieu
, & Monfieur le marquis
de Chandenier , furent prefens
àcette Ceremonie, auffi bien que
Meffieurs les Prefidens de meſmes
& de Bailleul , & autres Perſonnes
de rang. Le Roy voulant
23
D 2
76 MERCURE
donner retraite à tant de pauvres
Preftres & Ecoliers que la
Religión Catholique oblige à fortir
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande
, établit ce Seminaire
en 1672 .
& d'Abbaïe , je ne dois
GALAN T. 7.5
pas oublier à vous dire , que le
Dimanche 31. de l'autre mois
Monfieur l'Abbé Cheron , Chanoine
de l'Eglife de Paris , &
Official de Monfieur l'Archevefque
,
fit par fon ordre la Bene →
diction de la Chappelle du Séminaire
des Preftres Irlandois , Ruë
des Vignes , Fauxbourg faint
Marceau. La Benédiction eftant
faite , ce même Abbé celebra
la Meffe , affifté de Monfieur Fils
Patrick , Abbé de Leix , Supérieur
de ce Seminaire , & de tous
les Preftres qui le compofent. Il
y eut un fort grand concours de
Peuple. Monfieur le Duc de Richelieu
, & Monfieur le marquis
de Chandenier , furent prefens
àcette Ceremonie, auffi bien que
Meffieurs les Prefidens de meſmes
& de Bailleul , & autres Perſonnes
de rang. Le Roy voulant
23
D 2
76 MERCURE
donner retraite à tant de pauvres
Preftres & Ecoliers que la
Religión Catholique oblige à fortir
d'Angleterre , d'Ecoffe & d'Irlande
, établit ce Seminaire
en 1672 .
Fermer
Résumé : Benédiction de la Chapelle du Seminaire des Irlandois. [titre d'après la table]
Le 31 du mois précédent, la chapelle du Séminaire des Prêtres Irlandois a été bénie par l'Abbé Cheron. L'Abbé Patrick et les prêtres du séminaire ont assisté à la messe. Le Duc de Richelieu et d'autres personnalités étaient présents. Le roi avait fondé ce séminaire en 1672 pour accueillir les catholiques d'Angleterre, d'Écosse et d'Irlande.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
812
p. 76
Monsieur d'Argouge est nommé Chancelier de l'Ordre de S. Lazare, [titre d'après la table]
Début :
Monsieur d'Argouge, Maistre des Requestes, & Gendre de Monsieur le [...]
Mots clefs :
Gendre, Contrôleur général, Chancelier, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Monsieur d'Argouge est nommé Chancelier de l'Ordre de S. Lazare, [titre d'après la table]
Monfieur d'Argouge , Maistre
des Requeftes , & Gendre de
Monfieur le Controlleur General
, a efté nommé Chancelier
de l'Ordre de S. Lazare , à la place
de Monfieur Mérault. Le choix
qu'on a fait de luy , eft une glorieufe
preuve de fon mérite .
des Requeftes , & Gendre de
Monfieur le Controlleur General
, a efté nommé Chancelier
de l'Ordre de S. Lazare , à la place
de Monfieur Mérault. Le choix
qu'on a fait de luy , eft une glorieufe
preuve de fon mérite .
Fermer
813
p. 76-77
Place de Monsieur Collot remplie par Monsieur Tolet, [titre d'après la table]
Début :
Au commencement de ce mois, Monsieur Daquin, Premier Medecin, presenta [...]
Mots clefs :
Médecin, Maitre Chirurgien, Hôpital, Chirurgien du roi, Accession à des charges, Antoine d'Aquin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Place de Monsieur Collot remplie par Monsieur Tolet, [titre d'après la table]
Au commencement de ce
mois , Monfieur Daquin , Premier
Medecin , prefenta à fa мajefté
Monfieur Tolet , Maiftre
Chirurgien Juré à Paris , & l'un
de ceux du grand Hôpital de la
Charité , pour eftre reçû à la
Charge de Chirurgien. Seul
Operateur du Roy pour l'extraGALANT.
77
"
ction de la Pierre . Cette Charge
eftoit poffedée , auparavant
par feu Monfieur Jerôme Collor,
l'un des plus habiles Operateurs
de fon temps pour cette maladie .
On eft perfuadé du bon choix
que Monfieur le Premier Medecin
a fait de Monfieur Tolet , qui
a déja donné des marques de fon
fçavoir & de fon expérience ,
eftant un des Eleves de Monfieur
Jonnot , & luy ayant fuccedé dés
l'année 1674. ayant même compofé
fur cette Operation un Livre
enrichy de plufieurs Tailles
douces , par le moyen desquelles
il eft aifé de comprendre tout ce
qu'il faut faire pour foulager ceux
qui font incommodez de ce mal.
Sa Majefté fit l'honneur à Monfieur
Talet de recevoir un de fes
Livres , ainfi que Monſeigneur,
& Monfieur.
mois , Monfieur Daquin , Premier
Medecin , prefenta à fa мajefté
Monfieur Tolet , Maiftre
Chirurgien Juré à Paris , & l'un
de ceux du grand Hôpital de la
Charité , pour eftre reçû à la
Charge de Chirurgien. Seul
Operateur du Roy pour l'extraGALANT.
77
"
ction de la Pierre . Cette Charge
eftoit poffedée , auparavant
par feu Monfieur Jerôme Collor,
l'un des plus habiles Operateurs
de fon temps pour cette maladie .
On eft perfuadé du bon choix
que Monfieur le Premier Medecin
a fait de Monfieur Tolet , qui
a déja donné des marques de fon
fçavoir & de fon expérience ,
eftant un des Eleves de Monfieur
Jonnot , & luy ayant fuccedé dés
l'année 1674. ayant même compofé
fur cette Operation un Livre
enrichy de plufieurs Tailles
douces , par le moyen desquelles
il eft aifé de comprendre tout ce
qu'il faut faire pour foulager ceux
qui font incommodez de ce mal.
Sa Majefté fit l'honneur à Monfieur
Talet de recevoir un de fes
Livres , ainfi que Monſeigneur,
& Monfieur.
Fermer
Résumé : Place de Monsieur Collot remplie par Monsieur Tolet, [titre d'après la table]
Au début du mois, Monsieur Daquin, Premier Médecin, a présenté à Sa Majesté Monsieur Tolet, Maître Chirurgien Juré à Paris et chirurgien de l'Hôpital de la Charité, pour le poste de Chirurgien du Roi spécialisé dans l'extraction de la pierre. Ce poste était précédemment occupé par Monsieur Jérôme Collot, connu pour son expertise. La nomination de Monsieur Tolet est considérée comme judicieuse en raison de ses compétences et de son expérience. Élève de Monsieur Jonnot, il lui a succédé en 1674 et a rédigé un livre sur cette opération, illustré de tailles douces pour clarifier les procédures destinées à soulager les patients atteints de cette maladie. Sa Majesté, ainsi que Monseigneur et Monsieur, ont accepté un exemplaire de ce livre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
814
p. 78-83
Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Début :
Je suis bien aise, Madame, que les petites Descriptions [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Tableaux, Description, Versailles, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Je fuis bien aife, madame , que
les petites Defcriptions des Tableaux
de la petite Galerie de
Verfailles , que je vous envoyay
dernierement , vous ayent donné
la curiofité de les demander en
core plus amples . Pour cela, Madame
, trouvez bon que je vous
renvoye aux Explications que
Monfieur Charpentier , de l'Acad.
mie Françoife , en a faites par
l'ordre du Roy. Ce travail a reçeu
de Sa Majefté tous les agrémens
que l'Autheur en pouvoir
efperer ; & les Exemplaires imprimez
de cet Ouvrage , que le
Roy a fait mettre dans la Galerie
de Verſailles , ont obtenu les applaudiffemens
de toute la Cour.
le feray mon poffible pour vous
en faire avoir un , & vous y verrez
que celuy qui a fait les petites
Defcriptions que vous avez
GALANT. 79
leuës , s'eft fervy heureusement
en quelques endroits , des penfées
& des expreffions de Monfieur
Charpentier , hormis dans
les deux derniers grands Tableaux
, & dans les fix petits qui
les accompagnent , lefquels ne
font encore qu'en manufcrit entre
les mains du Roy. mais puis
que vous prenez tant de plaifir
à tout ce qui regarde la Galerie
de Verſailles , je vous diray que
d'abord on avoit mis à tous ces
Tableaux des Infcriptions Latines
; mais quelques nouvelles
refléxions ayant fait juger que
les Infcriptions Françoifes y conviendroient
mieux , Sa Majesté
commanda encore à Monfieur
Charpentier de les faire , & ce
font celles qui y font aujour
d'huy . Toutes les Dames ont
eſté ravies de ce changement,qui
D
4
80 MERCURE
leur donne le moyen de lire avec
admiration les grandes Actions
de Sa Majesté , & les Etrangers
mefmes , que le defir d'apprendre
le François attire le plus fouvent
à Paris & à la Cour , font bien
aifes de trouver icy des Infcriptions
dont le fujet eft fi noble,
& s'engagent avec plus de plaifir
à l'étude de noftre Langue . Je ne
vous parle point encore de la
plupart des Courtisans & des
Peuples, qui n'ayant pas la Langue
Latine à commandement,
demeurent d'accord qu'on leur a
fait grand plaifir de leur faciliter
l'intelligence de ces Tableaux , &
de pouvoir retenir par coeur les
Eloges de noftre grand Monarque.
Par ce glorieux fuccés, fuivy
de l'approbation du Roy & de
toute la France , Monfieur Charpentier
voit heureufement cou
GALANT. 81
ronner l'opinion qu'il a foûtenuë,
Que toutes les infcriptions des Mo
numens publics , qui s'élevent à
l'honneur du Roy , & en mémoire de
fes vertus héroïques , doivent eftre
en Langue Françoife. Ce qu'il n'a
point craint d'avancer en un
temps où il étoit prefque le feul
à s'oppofer au torrent de la prévention
contraire . C'eſt ce qui a
fervy de fujet à un des plus éloquens
& un des plus fçavans Livres
qui ayent paru de nos jours,
intitulé , Défense de la Langue
Françoife , pour l'Infcription de
l'Arc de Triomphe. Un Homme
d'un merite diftingué avoit répondu
à cet Ouvrage , par un
Ecrit Latin tres- beau & treseftimé
, mais Monfieur Charpen
tier y a fait une Replique , par
deux Volumes qui ont pour titre,
De l'Excellence de la Langue Fran
DS
82 MERCURE
çoife, où cette Queſtion a efté de
nouveau traitée d'une maniere à
n'y plus revenir ; & comme les
raifons qu'il a alleguées , pour
montrer qu'il falloit mettre en
François l'Infcription de l'Arc de
Triomphe , pouvoient aisément
s'appliquer à la Galerie de Verfailles
, c'eft vray femblablement
ce qui a fait prendre le party
party des
Infcriptions Françoifes pour cette
Galerie , puis qu'à proprement
parler , elle n'eft autre chofe
qu'un veritable Arc de Triomphe
, avec cette diference feulement
, que c'eft un Arc de Triomphe
plus étendu , & plus diverfique
ceux qui fe bâtiſſent de
Marbre & de Bronze.Les Sçavans
de vos quartiers jugeront fi le
Latin peut aller plus loin que ce
François ; mais je fçay que les
Sçavans de ces quartiers cy , qui
fié
GALANT.
$3
difoient ordinairement que Monfieur
Charpentier devoit prouver
fon opinion par les exemples,
auffi bien que par les raiſonnemens
, ont tout fujet maintenant
d'eftre fatisfaits . Vous auriez raifon
, Madame , de m'accuſer de
negligence , fi je me contentois
de vous parler de ces excellentes
Infcriptions , fans vous les envoyer.
le vous nommeray feulement
les Tableaux où elles font,
puis que vous en fçavez le fujet,
& que vous en ferez plus amplement
éclaircie par les Defcriptions
de Monfieur Charpentier
que je vous promets .
les petites Defcriptions des Tableaux
de la petite Galerie de
Verfailles , que je vous envoyay
dernierement , vous ayent donné
la curiofité de les demander en
core plus amples . Pour cela, Madame
, trouvez bon que je vous
renvoye aux Explications que
Monfieur Charpentier , de l'Acad.
mie Françoife , en a faites par
l'ordre du Roy. Ce travail a reçeu
de Sa Majefté tous les agrémens
que l'Autheur en pouvoir
efperer ; & les Exemplaires imprimez
de cet Ouvrage , que le
Roy a fait mettre dans la Galerie
de Verſailles , ont obtenu les applaudiffemens
de toute la Cour.
le feray mon poffible pour vous
en faire avoir un , & vous y verrez
que celuy qui a fait les petites
Defcriptions que vous avez
GALANT. 79
leuës , s'eft fervy heureusement
en quelques endroits , des penfées
& des expreffions de Monfieur
Charpentier , hormis dans
les deux derniers grands Tableaux
, & dans les fix petits qui
les accompagnent , lefquels ne
font encore qu'en manufcrit entre
les mains du Roy. mais puis
que vous prenez tant de plaifir
à tout ce qui regarde la Galerie
de Verſailles , je vous diray que
d'abord on avoit mis à tous ces
Tableaux des Infcriptions Latines
; mais quelques nouvelles
refléxions ayant fait juger que
les Infcriptions Françoifes y conviendroient
mieux , Sa Majesté
commanda encore à Monfieur
Charpentier de les faire , & ce
font celles qui y font aujour
d'huy . Toutes les Dames ont
eſté ravies de ce changement,qui
D
4
80 MERCURE
leur donne le moyen de lire avec
admiration les grandes Actions
de Sa Majesté , & les Etrangers
mefmes , que le defir d'apprendre
le François attire le plus fouvent
à Paris & à la Cour , font bien
aifes de trouver icy des Infcriptions
dont le fujet eft fi noble,
& s'engagent avec plus de plaifir
à l'étude de noftre Langue . Je ne
vous parle point encore de la
plupart des Courtisans & des
Peuples, qui n'ayant pas la Langue
Latine à commandement,
demeurent d'accord qu'on leur a
fait grand plaifir de leur faciliter
l'intelligence de ces Tableaux , &
de pouvoir retenir par coeur les
Eloges de noftre grand Monarque.
Par ce glorieux fuccés, fuivy
de l'approbation du Roy & de
toute la France , Monfieur Charpentier
voit heureufement cou
GALANT. 81
ronner l'opinion qu'il a foûtenuë,
Que toutes les infcriptions des Mo
numens publics , qui s'élevent à
l'honneur du Roy , & en mémoire de
fes vertus héroïques , doivent eftre
en Langue Françoife. Ce qu'il n'a
point craint d'avancer en un
temps où il étoit prefque le feul
à s'oppofer au torrent de la prévention
contraire . C'eſt ce qui a
fervy de fujet à un des plus éloquens
& un des plus fçavans Livres
qui ayent paru de nos jours,
intitulé , Défense de la Langue
Françoife , pour l'Infcription de
l'Arc de Triomphe. Un Homme
d'un merite diftingué avoit répondu
à cet Ouvrage , par un
Ecrit Latin tres- beau & treseftimé
, mais Monfieur Charpen
tier y a fait une Replique , par
deux Volumes qui ont pour titre,
De l'Excellence de la Langue Fran
DS
82 MERCURE
çoife, où cette Queſtion a efté de
nouveau traitée d'une maniere à
n'y plus revenir ; & comme les
raifons qu'il a alleguées , pour
montrer qu'il falloit mettre en
François l'Infcription de l'Arc de
Triomphe , pouvoient aisément
s'appliquer à la Galerie de Verfailles
, c'eft vray femblablement
ce qui a fait prendre le party
party des
Infcriptions Françoifes pour cette
Galerie , puis qu'à proprement
parler , elle n'eft autre chofe
qu'un veritable Arc de Triomphe
, avec cette diference feulement
, que c'eft un Arc de Triomphe
plus étendu , & plus diverfique
ceux qui fe bâtiſſent de
Marbre & de Bronze.Les Sçavans
de vos quartiers jugeront fi le
Latin peut aller plus loin que ce
François ; mais je fçay que les
Sçavans de ces quartiers cy , qui
fié
GALANT.
$3
difoient ordinairement que Monfieur
Charpentier devoit prouver
fon opinion par les exemples,
auffi bien que par les raiſonnemens
, ont tout fujet maintenant
d'eftre fatisfaits . Vous auriez raifon
, Madame , de m'accuſer de
negligence , fi je me contentois
de vous parler de ces excellentes
Infcriptions , fans vous les envoyer.
le vous nommeray feulement
les Tableaux où elles font,
puis que vous en fçavez le fujet,
& que vous en ferez plus amplement
éclaircie par les Defcriptions
de Monfieur Charpentier
que je vous promets .
Fermer
Résumé : Inscriptions de la Galerie de Versailles, [titre d'après la table]
Le texte aborde la demande de descriptions plus détaillées des tableaux de la galerie de Versailles. L'auteur mentionne un travail réalisé par Monsieur Charpentier, approuvé par le roi, qui a été bien accueilli par la cour. À la demande du roi, les inscriptions latines des tableaux ont été remplacées par des inscriptions en français. Cette modification a été favorablement reçue par les dames de la cour et les étrangers apprenant le français. La décision a été appuyée par un ouvrage intitulé 'Défense de la Langue Française' et des réponses à des écrits latins. La galerie de Versailles est comparée à un arc de triomphe, ce qui justifie l'utilisation de la langue française pour les inscriptions. L'auteur conclut en promettant d'envoyer les descriptions des tableaux et les inscriptions à la demande de la destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
815
p. 83-89
INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Au premier Tableau qui représente le Roy préferant la Gloire aux [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Tableaux, Gloire, Plaisirs, Repos, Ambition, Guerre, Ennemis, Attaque, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
DES NEUF GRANDS TABLEAUX
DE LA GALERIE DE
VERSAILLES
.
Au premier Tableau qui re
I
D 6 .
84
MERCURE
4
préfente le Roy préferant la
Gloire aux Plaifirs .
INSCRIPTION.
LOUIS LE GRAND dans la fleur
de fa jeuneſſe , prend en main le
Timon de l'Etat , & renonçant au
Repos & aux Plaifirs , je donne
tout entier à l'amour de la veritable
Gloire.
Seconde partie de ce même
Tableau de l'autre cofté du
Cintre.
"
INSCRIPTION.
L'Allemagne , l'Espagne & la
Hollande , font alarmées de la réfolution
de ce jeune Monarque , &
commencent à redouter fon Bras,
qui devoit eftre fatal à leur ambition.
Second Tableau , où le Roy
eft repréſenté , meditant fur la
GALANT. 85
Guerre qu'il voulois faire aux
Hollandois .
INSCRIPTION.
Le Roy delibere s'il attaquera les
Hollandois , & apres diverfes réflexions
que la prudence & la valeur
luyfontfaire , ilfe détermine à
la Guerre par le confeil de la
Iustice.
Troifiéme Tableau , repréſentant
les Préparatifs de la Guerre.
บ
INSCRIPTION.
Le Roy arme par mer &par terre
avec tant de grandeur & de promp
titude , que fes Ennemis n'en conçoivent
pas moins d'admiration que
d'épouvante.
Quatrième Tableau , reprefentant
l'ouverture de la Campagne
contre les Hollandois , par
quatre Siéges.
86 MERCURE
INSCRIPTION.
Le Roy forme le deffein d'affieger
en mesme temps Vvefel , Burich ,
Orfoy , Bhimberg , & en regle les
Préparatifs avec fes Genéraux.
Cinquième Tableau , repréfentant
le Paffage du Rhin à
Tholuis .
INSCRIPTION,
Le merveilleux paffage du Rhim
donne entrée aux François jufques
dans le coeur de la Hollande , & rien
ne peut refifter à la justice des armes
du Roy , ny retarder la rapidité de
Les Conquestes.
Seconde partie de ce mefme
Tableau , de l'autre cofté da
Cintre.
INSCRIPTION.
Treize jours d'Attaque rendent
le Roy maistre de Maſtrich à l'étonGALANT.
87
nement de toute l'Europe , tandis
que fes Vaiffeaux mettent enfuite
la flotte Hollandoife fur les Coftes
de l'Amérique
.
Sixième Tableau , repréſentant
l'Union de l'Allemagne , de
l'Espagne , & de la Hollande contre
la France.
INSCRIPTION.
La Hollande effrayée de tant de
pertes imprévues , & prefque incroyables
, cherche un remede à fes
malheurs , dans l'Alliance qu'elle
fait avec l'Espagne & l'Allemagne.
Septiéme Tableau , repréfentant
la feconde Conquefte de la
Franche Comté .
INSCRIPTION.
La Franche Comté foûmiſe pour
la feconde fois avec une promptitu
88 MERCURE
de extraordinaire , malgré l'oppofition
des Saifons , fait repentir
l'Espagne ; mais trop tard , de fon.
engagement contre la France.
Hoitiéme Tableau , reprefentant
la Priſe de Gand .
INSCRIPTION.
Le Roy tombe comme un Foudre
fur la Ville de Gand , & par cette
nouvelle Conquefte , ôte à la Flandre
La derniere efperance que luy reftoit .
Seconde partie de ce même
Tableau , de l'autre cofté du
Cintre.
INSCRIPTION.
La puiffance victorieufe du Roy
renverfe la Politique d'Espagne ,
éblouit fon Confeil , & déconcertefa
prévoyance.
Neuvième Tableau , repréfentant
la defunion de la Hollande
d'avec l'Espagne & l'Allemagne
.
GALANT. 89
•
INSCRIPTION
La Hollande tend les bras à la
Paix qui luy eft offerte, &le defunit
de l'Allemagne & de l'Espagne , qui
font de vains efforts pour l'arrester.
Fermer
Résumé : INSCRIPTIONS DES NEUF GRANDS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document décrit neuf tableaux de la galerie de Versailles, chacun illustrant des moments clés du règne de Louis XIV. Le premier tableau montre Louis XIV, jeune, choisissant la gloire et prenant les rênes de l'État, suscitant l'inquiétude de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande. Le second tableau le représente méditant sur une guerre contre les Hollandais, qu'il décide d'entreprendre pour des raisons de justice. Le troisième tableau illustre les préparatifs de la guerre, avec Louis XIV armant ses forces par mer et par terre, provoquant admiration et épouvante chez ses ennemis. Le quatrième tableau montre l'ouverture de la campagne contre les Hollandais par quatre sièges. Le cinquième tableau représente le passage du Rhin à Tolhuis, la prise de Maastricht et la fuite de la flotte hollandaise en Amérique. Le sixième tableau décrit l'alliance de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Hollande contre la France. Le septième tableau montre la soumission rapide de la Franche-Comté malgré l'opposition des Saisons, regrettée par l'Espagne. Le huitième tableau illustre la prise de Gand, privant la Flandre de ses dernières espérances et influençant la politique espagnole. Enfin, le neuvième tableau représente la désunion de la Hollande avec l'Espagne et l'Allemagne, la Hollande acceptant la paix offerte par Louis XIV.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
816
p. 89-94
INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Début :
Ces petits Tableaux contiennent plusieurs Actions celebres de Sa Majesté, [...]
Mots clefs :
Inscriptions, Galerie, Versailles, Tableaux, Actions, Sa Majesté, Réparations, Galerie de Versailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
INSCRIPTIONS
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
DES DIX- HUIT PETITS
TABLEAUX DE LA GALERIE
DE VERSAILLES.
temps ,
Ces petits Tableaux contiennent
plufieurs Actions celebres
de Sa Majefté , faites en divers
& font placez dans fix
larges Bandes, qui partagent toute
la Voute d'espace en eſpace ,
& qui font couchées dans les
intervalles des grands Tableaux.
le me contenteray de vous les
nommer , à commencer par la
premiere Bande du cofté des
Apartemens du Roy. Il y en a
trois fur chaque Bande . L'infcri-
1
90 MERCURE
ption en fait affez connoiftre le
fujet .
PREMIERE BANDE.
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION,
Soulagement du Peuple pendant
la famine en 1662 .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
La Hollande fecourue contre l'E
vefque de Munster.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Reparation de l'outrage faite à
Rome à l'Ambaffadeur de France.
SECONDE BANDE.
Premier Tableau , à la Clefs
de la Voute.
GALANT. 91
INSCRIPTION
.
Les Duels abolis.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
L'Empire delivré de l'invasion
des Turcs.
Troifiéme Tableau.
Préfeance fur l'Espagne , con-
Servée à la France.
TROISIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute .
INSCRIPTION
.
Premiere Guerre contre l'Espa
gne , pour les Droits de la Reyne.
Second Tableau .
INSCRIPTION.
L'établissement de la Navigation.
92 MERCURE
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Reformation de la Justice.
QUATRIE ME BANDE.
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute.
INSCRIPTION.
Paix conclue à Aix la Chapelle.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Ordre remis dans les Finances.
Troifiéme Tableau.
INSCRIPTION.
Protection accordée aux beaux
Arts.
CINQUIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clefde
la Voute .
GALANT.
93
INSCRIPTION.
Acquifition de Dunkerque.
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Hoftel Royal des Invalides.
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Ambaffades des Nations les plus
éloignées.
SIXIE'ME BANDE .
Premier Tableau , à la Clef de
la Voute.
INSCRIPTION.
Sûreté de la Ville de Paris .
Second Tableau.
INSCRIPTION.
Renouvellement d'Alliance avec
les Suiffes.
94
MERCURE
Troifiéme Tableau .
INSCRIPTION.
Fonction des deux Mers.
Fermer
Résumé : INSCRIPTION DES DIX-HUIT PETITS TABLEAUX DE LA GALERIE DE VERSAILLES.
Le document présente une série de dix-huit petits tableaux dans la galerie de Versailles, illustrant des actions célèbres du roi. Ces tableaux sont organisés en six bandes de trois tableaux chacune, placés entre les grands tableaux de la voûte. La première bande montre le soulagement du peuple pendant la famine de 1662, l'aide apportée à la Hollande contre l'évêque de Munster, et la réparation d'un outrage fait à Rome. La deuxième bande illustre l'abolition des duels, la délivrance de l'Empire des Turcs, et la préférence accordée à la France sur l'Espagne. La troisième bande traite de la première guerre contre l'Espagne pour les droits de la reine, l'établissement de la navigation, et la réformation de la justice. La quatrième bande montre la paix conclue à Aix-la-Chapelle, la réorganisation des finances, et la protection des beaux-arts. La cinquième bande représente l'acquisition de Dunkerque, la création de l'Hôtel Royal des Invalides, et les ambassades des nations éloignées. Enfin, la sixième bande illustre la sûreté de Paris, le renouvellement de l'alliance avec les Suisses, et la fonction des Deux Mers.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
817
p. 94-95
« Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...] »
Début :
Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...]
Mots clefs :
Académie française, Pierre Corneille, Thomas Corneille, Secrétaire, Remerciement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...] »
Le Mardy 2. de ce mois Monfieur
de Corneille , élû dés le 23 .
de Novembre par Meffieurs de
l'Academie Françoiſe , à la place
de feu Monfieur de Corneille fon
Frere , vint prendre fa féance ; ce
que fit auffi Monsieur de Bergeret
, Secretaire du Cabinet , Premier
Commis de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat, qui avoit efté choiſi quelques
jours aprés par la mefme
Compagnie, pour fucceder à feu
Monfieur de Cordemoy . L'affemblée
fut tres nombreuſe ; & fi la
Salle fe trouva toute remplie , on
peut dire qu'elle ne le fut que
d'illuftres Auditeurs . Monfieur de
Corneille parla le premier . Le
GALANT. 95
pouvoir que l'amitié luy donne
fur moy , m'impofant filence fur
-la maniere dont il s'acquita de
cette action , je vous envoye fon
Remerciment entier ; c'est tout
ce qui m'eft permis . Voicy en
: quels termes ille fit .
de Corneille , élû dés le 23 .
de Novembre par Meffieurs de
l'Academie Françoiſe , à la place
de feu Monfieur de Corneille fon
Frere , vint prendre fa féance ; ce
que fit auffi Monsieur de Bergeret
, Secretaire du Cabinet , Premier
Commis de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat, qui avoit efté choiſi quelques
jours aprés par la mefme
Compagnie, pour fucceder à feu
Monfieur de Cordemoy . L'affemblée
fut tres nombreuſe ; & fi la
Salle fe trouva toute remplie , on
peut dire qu'elle ne le fut que
d'illuftres Auditeurs . Monfieur de
Corneille parla le premier . Le
GALANT. 95
pouvoir que l'amitié luy donne
fur moy , m'impofant filence fur
-la maniere dont il s'acquita de
cette action , je vous envoye fon
Remerciment entier ; c'est tout
ce qui m'eft permis . Voicy en
: quels termes ille fit .
Fermer
Résumé : « Le Mardy 2. de ce mois Monsieur de Corneille, élû dés le 23. [...] »
Le 2 mars, Pierre Corneille a pris possession de son siège à l'Académie française, succédant à son frère. Monsieur de Bergeret a également été élu pour remplacer Monsieur de Cordemoy. L'assemblée était nombreuse et remplie d'auditeurs illustres. Corneille a pris la parole en premier, et le narrateur a transmis son remerciement intégral.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
818
p. 95-116
REMERCIMENT A MESSIEURS DE L'ACADEMIE FRANÇOISE.
Début :
MESSIEURS, J'ay souhaité avec tant d'ardeur l'honneur [...]
Mots clefs :
Homme, Honneur, Donner, Matière, Demander, Place, Compagnie, Mérite, Avantages, Heureux, Perte, Roi, Gloire, Prix, Honneurs, Ministère, Places, Mémoire, Peine, Esprit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIMENT A MESSIEURS DE L'ACADEMIE FRANÇOISE.
REMERCIMENT
A MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE.
MESSIEUE ESSIEURS ,
Fay fouhaité avec tant d'ardeur
l'honneur que je reçois aujourd'huy,
& mes empressemens à le demander
vous l'ont marqué en tant de ren96
MERCURE
1
contres , que vous ne pouviez douter
que je ne le regarde comme une chofe,
qui en rempliffant tous mes de
firs , me met en état de n'en plus
former. En effet, Meſſieurs , jusqu'où
pourroit aller mon ambition , fi elle
n'étoit pas entierement fatisfaite ?
M'accorder une Place parmy vous,
c'eft me la donner dans la plus Illustre
Compagnie où les belles Lettres
ayent jamais ouvert l'entrée.
Pour bien concevoir de quel prix.
elle eft , je n'ay qu'à jetter les yeux
fur tant de grands Hommes , qui
élevez aux premieres Dignitez de
l'Eglife & de la Robe , comblez des
honneurs du Miniftere , distingue
par une naiffance qui leur fait tenir
les plus hauts rangs à la Cour,
Je font empreffez à eftre de vostre
Corps. Ces Dignite éminentes , ces
Honneurs du Miniftere, la fplendeur
de la Naiffance , l'élevation du
Rangi
GALANT. 97
(
1
·Bang; tout cela n'a pú leur perfuader
que rien ne manquoit à leur
merite Ils en ont cherché l'accom-
:
pliffement dans les avantages que
l'esprit peut procurer à ceux en qui
l'on voit les rares Talens , qui font
voftre heureux partage ; & pour
perfectionner ce qui les mettoit au
deffus de vous , ils ont fait gloire de
vous demander des Places qui vous
égalent à eux. Mais , Meffieurs , il
n'y a point lieu d'en estre furpris .
On afpire naturellement à s'acque.
rir l Immortalité ; & où peut- on plus
feurement l'acquerir que dans une
Compagnie où toutes les belles connoiffances
fe trouvent comme ramaffées
pour communiquer à ceux
qui ont l'honneur d'y entrer
qu'elles ont de folide, de delicat, &
digne d'eftre fçeu ; car dans les
Sciences mefmes il y a des chofs
qu'on peut negliger comme inutiles ,
Janvier 1685.
E
,
ce
981 MERCURE
& je ne fçay fi ce n'est point un
défaut dans unfçavant Homme, que
de l'eftre trop. Plufieurs de ceux à
qui l'on donne ce nom , ne doivent
peut - estre qu'au bonheur de leur
memoire, ce qui les met au rang des
Sçavans. Ils ont beaucoup leu ; ils
ont travaillé à s'imprimer fortement
tout ce qu'ils ont leu ; & chargez
de l'indigefte & confus amas de ce
qu'ils ont retenu fur chaque matiere,
ce font des Bibliotheques vivantes
, preftes à fournir diverſes recherches
fur tout ce qui peut tomber
en difpute ; mais ces richellesfemées
dans un fond qui ne produit rien de
Joy , les laiffent fouvent dans l'indigence.
Aucune lumiere qui vienne
d'eux ne débrouille ce Cahos . Ils
difent de grandes chofes, qui ne leur
coûtent que
la peine de les dire , &
avec tout leurfçavoir étranger , on
pourroit avoir fujet de demander
s'ils at de l'efprit.
LYO
*
1832
GALAN T.
bye
'S
pla
Ce n'est point , Meffic
qu'on trouve parmy vous .
profonde érudition s'y rencontre.
mais dépouillée de ce qu'elle a ordinairement
d'épineux , & defanvage.
La Philofophie , la Théologie,
l'Eloquence , la Poëfie, l'Hiftoire, &
les autres Connoiffances qui font
éclater les dons que l'efprit reçoit de.
la Nature , vous les poffedez dans ce
qu'elles ont de plus fublime. Tout
vous en eft familier Vous les manie
comme il vous plaift , mais en grands
Maiftres , toûjours avec agrément ,
toûjours avec politeffe ; & fi dans
les Chef d'oeuvres qui partent de
vous , & qui font les modèles les
plus parfaits qu'onfe puiffe propofer
dans toute forte de genres d'écrire,
vous tire quelque utilité de vos
Lectures , fi vous vous fervez de
quelques penfées des Anciens , pour
mettre les voftres dans un plus bean
DEL
E 2
100 MERCURE
jour ; ces pensées tiennent toûjours
plus de vous , que de ceux qui vous
les prefent. Vous trouvez moyen de
les embellir par le tour heureux que
vous leur devez. Ce font à la verité
des Diamans , mais vous les
taillez ; vous les enchaffe avec
tant d'art , que la maniere de les
mettre en oeuvre , paffe tout le prix
qu'ils ont d'eux mefmes.
Si des excellens Ouvrages dont
chacun de vous choisit la matiere
felon fon Genie particulier , je viens
à ce grand & labourieux Travail
qui fait le fujet de vos Aſſemblées ,
& pour lequel vous uniffez tous les
jours vos foins ; qu'elles louanges ,
Meffieurs,ne doit- on pas vous donner
pour cette conftante application
avec laquelle vous vous attachez à
nous aider à déveloper ce qu'onpeut
dire , qui fait en quelquefaçon l'effence
de l'Homme. L'Homme n'eft
GALAN T.
ΠΟΙ
Homme principalement que parce
qu'il penfe . Ce qu'il conçoit au dedans
, il a befoin de le produire au
dehors , & en travaillant à nous apprendre
à quel ufage chaque mot eft
deftiné, vous cherchez à nous donner
des moyens certains de montrer ce
que nous fommes. Par ce fecours
attendu de tout le monde avec tant
d'impatience , ceux qui font affez
heureuxpour penſer juste , auront la
mefme jufteffe à s'exprimer ; & file
Public doit tirer tant d'avantages
de vos fçavantes & judicieufes décifions
, que n'en doivent point attendre
ceux qui estant reçeus dans
ces Conferences , où vous répande
vos lumiéres fi abondamment ,
peuvent
les puiferjufque dans Irurfource?
Je me vois prefentement de ce
nombre heureux , & dans la poffef
fion de ce bonheur , j'ay peine à m'imaginer
que je ne m'abuſe pas .
E
3
102 MERCURE
4
Fe le répete , Meffieurs , une Place
parmy vous donne tant de gloire,
&je la connois d'un figrand prix ,
quefilefuccés de quelques Ouvrages
que le public a reçeus de moy affez
favorablement m'a fait croire
quelque -fois que vous ne defapprouweriek
pas l'ambitieux fentimens
qui me portoit à la demander , i'ay
defefperéde pouvoir iamais en eftre
digne , quand les obftacles qui m'ont
sufqu'icy empefché de l'obtenir m'ont
fait examiner avec plus d'attention
quelles grandes qualite il faut
avoir pour réüſfir dans une entreprim
fe fi relevée. Les Illuftres Concurrens
qui ont emporté vos fuffrages
toutes les fois que j'ay ofé'y préten
dre , m'ont ouvert les yeuxfur mes
efperances trop présomptueuses. En
me montrant ce merite confommé
qui les a fait recevoir fi toft qu'ils
Se font offerts , ils m'ont fait voir
GALANT. 103
ce que je devois tâcher d'acquérir
pour eftre en état de leur reffembler.
L'ay rendu justice à voftre difcernement
, & me la rendant en même
temps à moy - même , j'ay employé
tous mes foins à ne me pas laiffer
inutiles les fameux exemples que
vous m'avezproposez
faitla
L'avoue , Meffieurs , que quand
aprés tant d'épreuves , vous m'avez
grace de jetter les yeux fur
moy , vous m'auriez mis en péril de
me permettre la vanité la plus condamnable
, fi je ne m'estois affez
fortement étudié pour n'oublier pas
ce que je fuis. Le me feroit peut- eftre
flaté, qu'enfin vous m'auriez trouvé
Les qualitez que vousfouhaitez dans
des Academiciens dignes de ce Nom ,
d'un gouft exquis , d'une penetration
entiére parfaitement éclairez
enun mot tels que vous eftes . Mais
Meffieurs , l'honneur qu'il vous a
•
E 4
104 MERCURE
plu de me faire, quelque grand qu'il
foit , ne m'aveugle point . Plus vôtre
confentement à me l'accorder a
efté prompt , & fi je l'ofe dire, unanime
, plus je voy par quel motif
Vous avez accompagné vostre choix
d'une diftinction fi peu ordinaire. Ce
que mes defauts me défendoient d'efpérer
de vous , vous l'avez donné à
la memoire d'un Homme que vous
regardiezcomme un des principaux.
ornemens de voftre Corps. L'eftime
particuliere que vous avez toujours
euë pour luy, m'attire celle dont vous
me donne des marques fi obligeantes.
Sa perte vous a touche , &
pour le faire revivreparmy vous autant
qu'il vous eft poſſible , vous
avez voulu me faire remplir fa
Place , ne doutant point que qua.
lité de Frere , qui l'a fait plus d'u
ne fois vous folliciter en mafaveur ,
ne l'euft engagé à m'inspirer les
La
GALANT.
105
fentimens d'admiration qu'il avoit
pour toute voftre Illuftre Compagnie.
Ainfi , Meffieurs , vous l'avezcherché
en moy , & n'y pouvant trouver
fon merite, vous vous cftes contentek
d'y trouver fon Nom.
Famais une perte fi confiderable
nepouvoit eftre plus imparfaitement
reparée ; mais pour vous rendre l'inégalité
du changement plus fupportable
, fongez , Meffieurs , que
lors qu'un siècle a produit un Homme
auffi extraordinaire qu'il eftoit , il
arrive rarement que ce mefme Siécle
en produife d'autres capables de
l'égaler. Il est vray que celuy où nous
vivons eft le siècle des Miracles, &
jay fans doute à rougir d'avoir ſi
mal profité de tant de Leçons que
jay reçûës de fa propre bouche , par
cette pratique continuelle qué me
donnoit avec luy la plus parfaite
union qu'on ait jamais venë entre
E S
106 MERCURE
deux Freres , quand d'heureux Gé.
nies , privez de cet avantage , fe
font elevez avec tant de gloire ,
que ce qui a paru d'eux a esté le
charme de la Cour & du Public . Ce
pendant , quand mefme l'on pourroit
dire que quelqu'un l'euft furpaſſe;
luy qu'on a mis tant de fois au deffus
des Anciens , ilferoit toûjours tresvray
que le Théatre François luy
doit tout l'éclat où nous le voyons.
Ie n'ofe , Meffieurs , vous en dire
rien de plus. Sa perte qui vous
eft fenfible à tous , eftfi particuliére
pour moy , que l'ay peine à foutenir
Les triftes idées qu'elle me prefente .
J'ajouteray feulement qu'une des
chofes qui vous doit le plus faire,
cherir fa memoire ; c'est l'attachement
queje luy ay toûjours remarqué
pour tout ce qui regardoit les interests
de l'Academie. Il montroit par
là combien il avoit d'estime pour
GALANT. 107
tous les Illuftres qui la compofent, &
reconnoiffoit en même temps les bienfaits
dont il avoit efté honoré par
Monfieur le Cardinal de Richelieu ,
qui en eft le Fondateur. Ce grand
Miniftre, tout couvert degloire qu'il
étoit par le floriffant état où il avoit
mis la France , fe répondit moins de
l'éternelle durée de fon Nom , pour
avoir executé avec des fuccés prefque
incroyables les Ordres reccus de
Louis le juste, que pour avoir étably
la celebre Compagnie dont vous foû
tenez l'honneur avec tant d'éclat.
Il n'employa ny le Bronze ny.
rain , pour leur confier les differentes
merveilles qui rendent fameux le
temps de fon Miniftere. Il s'en repofa
fur voftre reconnoiffance , & fe
tint plus affuré d'atteindre par vous
jufqu'à la pofterité la plus reculée,
que par les deffeins de l'Herefie renverfe
, & par l'orgueil fi fouvent
l'Ai-
E 6
108 MERCURE
humilié d'une Maifon fière de la
longue fuite d'Empereurs qu'il y a
plus de deux Siecles qu'elle donne à
l'Allemagne. Sa mort vous fut un
coup rude. Elle vous laiffoit dans un
état qui vous donnoit tout à craindre
, mais vous étiezrefervezà des
honneurs éclatans , &en attendant
que le temps en fuft venu , un des
grands Chanceliers que la France
ait eus, prit foin de vous confoler de
cette perte. L'amour qu'il avois pour
les belles Lettres luy infpira le def- ·
fein de vous attirer chez luy. Vous
y receûtes tous les adouciffemens que
vous pouvez efperer dans vostre
douleur , d'un Protecteur Kelé pour
vos avantages. Mais , Meffieurs ,juf
qu'où n'allerent ils point , quand le
Roy luy - mefme vous logeant dans
fon Palais ,& vous approchant defa
Ferfonne Sacrée , vous bonora de fes
graces &de fa protection ?
GALANT. 109
·
Voftre fortune eft bien glorieufe ,
mais n'a t elle rien qui vous étonne?
L'ardeur qui vous porte à reconnoître
les bontez d'un fi grand Prince ,
quelque pressée qu'elle soit par les
Miracles continuels de fa vie , n'eftelle
point arrestée par l'impuiffante
de vous exprimer ? Quoy que nostre
Langue abonde en paroles , & que
toutes les richeffes vous en foient
connues , vous la trouvez fans doute
fterile,quand voulant vous en fervir
pour expliquer ces Miracles , vous
portez vostre imagination au delà
de tout ce qu'elle peut vous fournir.
fur une fi vaste matiere . Si c'eft un
malheur pour vous de ne pouvoir
fatisfaire vostre Zele par des expreffions
qui égalent ce que l'Envie
elle - mefme ne peut fe défendre
d'admirer, au moins vous en pouvez
estre confolé par le plaifir de connoitre
que quelque foibles que puf110
MERCURE
fent estre ces expreffions , la gloire du
Roy n'y fçauroit rien perdre. Ce n'eft .
que pour relever les actions mediocres
qu'on a befoin d'éloquence. Ses
ornemens fi neceffaires à celles qui
ne brillent point par elles mefmes,
font inutiles par ces Exploits fur-.
prenans qui approchent du prodige,
& qui étant crûs, parce qu'on en eft
témoin , ne laiffent pas de nous paroître
incroyables.
Quand vous diriez feulement,
Louis LE GRAND a foûmis
une Province entiere en huit
jours , dans la plus forte rigueur
de l'Hyver.En vingt - quatre heures
il s'est rendu Maître de quatre
Villes affiegées tout à la fois .
Il a pris foixante Places en une
feule Campagne. Il a refifté luy
feul aux Puiffances les plus redoutables
de l'Europe liguées enfemble
pour empeſcher fes ConGALANT.
III
quetes. Il a rétably fes Alliez .
Aprés avoir impofé la Paix , faifapt
marcher la Juftice pour toutes
armes , il s'eft fait ouvrir en un
mefme jour les Portes de Strafbourg
, & de Cafal , qui l'ont reconnu
pour leur Souverain , Cela
eft tout fimple, cela est uny ; mais
cela remplit l'efprit de fi grandes
chofes , qu'il embrasse incontinent
tout ce qu'on n'explique pas , & je
doute que ce grand Panegyrique qui
a coûte tant de foin à Pline le feu-
пе foffe autant pour la gloire de
Trajan, que ce peu de mots , tout dénuez
qu'ils font de ce fard qui embellit
les objets , feroit capable de
faire pour celle de nostre Auguste
Monarque.
"
Il eft vray , Meffieurs , qu'il n'en
feroit pas de mefme ,fi vous vouliez
faire la Peinture des rares vertus
du Roy. Où tromveriez- vous des terII
2 MERCURE
mes pour reprefenter affez digne
ment cette grandeur d'ame , qui l'élevant
au deffus de tout ce qu'il y a
de plus Noble , de plus Heroique , &
de plus Parfait , c'eft à dire de Luymefme,
le fait renoncer à des avantages
que d'autres que luy recherche
roient aux dépens de toutes choſes ?
Aucune entreprise ne luy a manqué.
Pour fe tenir affuré de réuſſir dans
les Conqueftes les plus importantes,
il n'a qu'à vouloir tout ce qu'il peut.
La Victoire qui l'a fuivy en tous
lieux , est toujours prefte à l'accom.
pagner. Elle tâche de toucher fon
coeur par fes plus doux charmes . It
a tout vaincu , il veut la vaincre
elle mefme, & il fe fert pour cela
des armes d'une Moderation qui n'a
point d'exemple. Il s'arrefte au milieu
de fes Triomphes ; il offre la
Paix ; il en preferit les conditions,
& ces conditions fe trouventfijuftes,
GALANT. 113
que fes Ennemis font obligez de les
accepter. La jaloufte où les met la
gloire qu'il ad'eftre feul Arbitre du
Deftin du Monde , leurfait chercher
des difficulte pour troubler le calme
qu'il a rétably. On luy declare de
nouveau la Guerre . Cette Declaraleur
tation ne l'ébranle point. Il offre la
Paix encore une fois ; & comme il
Scait que la Tréve n'a aucunes fuites
qui en puiffent autorifer la rupture
, il laiffe le choix de l'une ou
de l'autre. Ses Ennemis balansent
long- temps fur la refolution qu'ils
doivent prendre. Il voit que
avantage eft de confentir à ce qu'il
leur offre. Pour les y forcer , il attaque
Luxembourg.Cette Place , impre
nable pour tout autre, fe rend en an
mois , & auroit moins refifté , fi pour
épargner le fang de fes Officiers &
de fes Soldats , ce fage Monarque
n'eust ordonné que l'on fift le Siege
114 MERCURE
dans toutes les formes. La Victoire
qui cherche toujours à l'éblouir , luy
fait voir que cette prife luy répond
de celle de toutes les Places du Païs
Efpagnol. Elle parle fans qu'elle fe
puiffe faire écouter. Il perfiste dans
fes propofitions de Tréve, elle eft enfin
acceptée , & voila l'Europe dans
un plein repos.
Que de merveilles renferme cette
grandeur d'ame , dont i'ay oféfaire
une foible ébauche ! C'est à vous ,
Meffieurs , à traiter cette matiére
dans toute fon étenduë. Si noftre
Langue ne vous prefte point dequoy
luy donner affez de poids & de force
, vousfuppléerez à cette fterilité
par le talent merveilleux que vous
avezde faire fentir plus que vous
ne dites . Ilfaut de grands traits pour
les grandes chofes que le Roy a faites
, de ces traits qui montrent tout
d'une feule veuë , & qui offrent à
GALANT. 113
L'imagination ce que les ombres du
Tableau nous cachent. Quand vous
parlerez defa vigilance exacte &
toniour's active , pour ce qui regarde
Le bien de fes Peuples , la gloire de
Jes Etats , & la maicfté du Trône ;
de ce zele ardent & infatigable, qui
luy fait donner fes plus grands foins
à détruire entierement l'Herefte , go
à rétablir le culte de Dieu , dans
toutes fa pureté; & enfin de tant
d'autres qualite auguftes , que le
Ciel a voulu voir en luy , pour le
rendre le plus grand de tous les
Hommes ; fi vous trouvez la matiere
inépuisable, voftre adreſſe à exe
cuter heureufement les plus hauts
deffeins , vous fera choisir des expreffions
fi vives , qu'elles nous feront
entrer tout d'un coup dans tout
ce que vous voudrez nous faire entendre.
Par l'ouverture qu'elles donneront
à noftre esprit , nos reflexions
2
716 MERCURE
nous meneront jufqu'où vous entreprendrez
de les faire aller , & c'eft
ainsi que vous remplire parfaitement
toute la grandeur de votre
Sujet.
Quel bon- heur pour moy , Meffieurs
, de pouvoir m'inftruire fous
de fi grands Maifires ! Mes foins
affidus à me trouver dans vos Af-
Semblées pour y profiter de vos Leçons
, vous feront connoiftre , que fi
l'honneur que vous m'avez fait ,
paffe de beaucoup mon peu de merite
, du moins vous ne pouviez le
repandre fur une perfonae qui le
reçeuft avec des fentimens plus refpectueux
& plus remplis de reconnoiffance.
A MESSIEURS
DE L'ACADEMIE
FRANCOISE.
MESSIEUE ESSIEURS ,
Fay fouhaité avec tant d'ardeur
l'honneur que je reçois aujourd'huy,
& mes empressemens à le demander
vous l'ont marqué en tant de ren96
MERCURE
1
contres , que vous ne pouviez douter
que je ne le regarde comme une chofe,
qui en rempliffant tous mes de
firs , me met en état de n'en plus
former. En effet, Meſſieurs , jusqu'où
pourroit aller mon ambition , fi elle
n'étoit pas entierement fatisfaite ?
M'accorder une Place parmy vous,
c'eft me la donner dans la plus Illustre
Compagnie où les belles Lettres
ayent jamais ouvert l'entrée.
Pour bien concevoir de quel prix.
elle eft , je n'ay qu'à jetter les yeux
fur tant de grands Hommes , qui
élevez aux premieres Dignitez de
l'Eglife & de la Robe , comblez des
honneurs du Miniftere , distingue
par une naiffance qui leur fait tenir
les plus hauts rangs à la Cour,
Je font empreffez à eftre de vostre
Corps. Ces Dignite éminentes , ces
Honneurs du Miniftere, la fplendeur
de la Naiffance , l'élevation du
Rangi
GALANT. 97
(
1
·Bang; tout cela n'a pú leur perfuader
que rien ne manquoit à leur
merite Ils en ont cherché l'accom-
:
pliffement dans les avantages que
l'esprit peut procurer à ceux en qui
l'on voit les rares Talens , qui font
voftre heureux partage ; & pour
perfectionner ce qui les mettoit au
deffus de vous , ils ont fait gloire de
vous demander des Places qui vous
égalent à eux. Mais , Meffieurs , il
n'y a point lieu d'en estre furpris .
On afpire naturellement à s'acque.
rir l Immortalité ; & où peut- on plus
feurement l'acquerir que dans une
Compagnie où toutes les belles connoiffances
fe trouvent comme ramaffées
pour communiquer à ceux
qui ont l'honneur d'y entrer
qu'elles ont de folide, de delicat, &
digne d'eftre fçeu ; car dans les
Sciences mefmes il y a des chofs
qu'on peut negliger comme inutiles ,
Janvier 1685.
E
,
ce
981 MERCURE
& je ne fçay fi ce n'est point un
défaut dans unfçavant Homme, que
de l'eftre trop. Plufieurs de ceux à
qui l'on donne ce nom , ne doivent
peut - estre qu'au bonheur de leur
memoire, ce qui les met au rang des
Sçavans. Ils ont beaucoup leu ; ils
ont travaillé à s'imprimer fortement
tout ce qu'ils ont leu ; & chargez
de l'indigefte & confus amas de ce
qu'ils ont retenu fur chaque matiere,
ce font des Bibliotheques vivantes
, preftes à fournir diverſes recherches
fur tout ce qui peut tomber
en difpute ; mais ces richellesfemées
dans un fond qui ne produit rien de
Joy , les laiffent fouvent dans l'indigence.
Aucune lumiere qui vienne
d'eux ne débrouille ce Cahos . Ils
difent de grandes chofes, qui ne leur
coûtent que
la peine de les dire , &
avec tout leurfçavoir étranger , on
pourroit avoir fujet de demander
s'ils at de l'efprit.
LYO
*
1832
GALAN T.
bye
'S
pla
Ce n'est point , Meffic
qu'on trouve parmy vous .
profonde érudition s'y rencontre.
mais dépouillée de ce qu'elle a ordinairement
d'épineux , & defanvage.
La Philofophie , la Théologie,
l'Eloquence , la Poëfie, l'Hiftoire, &
les autres Connoiffances qui font
éclater les dons que l'efprit reçoit de.
la Nature , vous les poffedez dans ce
qu'elles ont de plus fublime. Tout
vous en eft familier Vous les manie
comme il vous plaift , mais en grands
Maiftres , toûjours avec agrément ,
toûjours avec politeffe ; & fi dans
les Chef d'oeuvres qui partent de
vous , & qui font les modèles les
plus parfaits qu'onfe puiffe propofer
dans toute forte de genres d'écrire,
vous tire quelque utilité de vos
Lectures , fi vous vous fervez de
quelques penfées des Anciens , pour
mettre les voftres dans un plus bean
DEL
E 2
100 MERCURE
jour ; ces pensées tiennent toûjours
plus de vous , que de ceux qui vous
les prefent. Vous trouvez moyen de
les embellir par le tour heureux que
vous leur devez. Ce font à la verité
des Diamans , mais vous les
taillez ; vous les enchaffe avec
tant d'art , que la maniere de les
mettre en oeuvre , paffe tout le prix
qu'ils ont d'eux mefmes.
Si des excellens Ouvrages dont
chacun de vous choisit la matiere
felon fon Genie particulier , je viens
à ce grand & labourieux Travail
qui fait le fujet de vos Aſſemblées ,
& pour lequel vous uniffez tous les
jours vos foins ; qu'elles louanges ,
Meffieurs,ne doit- on pas vous donner
pour cette conftante application
avec laquelle vous vous attachez à
nous aider à déveloper ce qu'onpeut
dire , qui fait en quelquefaçon l'effence
de l'Homme. L'Homme n'eft
GALAN T.
ΠΟΙ
Homme principalement que parce
qu'il penfe . Ce qu'il conçoit au dedans
, il a befoin de le produire au
dehors , & en travaillant à nous apprendre
à quel ufage chaque mot eft
deftiné, vous cherchez à nous donner
des moyens certains de montrer ce
que nous fommes. Par ce fecours
attendu de tout le monde avec tant
d'impatience , ceux qui font affez
heureuxpour penſer juste , auront la
mefme jufteffe à s'exprimer ; & file
Public doit tirer tant d'avantages
de vos fçavantes & judicieufes décifions
, que n'en doivent point attendre
ceux qui estant reçeus dans
ces Conferences , où vous répande
vos lumiéres fi abondamment ,
peuvent
les puiferjufque dans Irurfource?
Je me vois prefentement de ce
nombre heureux , & dans la poffef
fion de ce bonheur , j'ay peine à m'imaginer
que je ne m'abuſe pas .
E
3
102 MERCURE
4
Fe le répete , Meffieurs , une Place
parmy vous donne tant de gloire,
&je la connois d'un figrand prix ,
quefilefuccés de quelques Ouvrages
que le public a reçeus de moy affez
favorablement m'a fait croire
quelque -fois que vous ne defapprouweriek
pas l'ambitieux fentimens
qui me portoit à la demander , i'ay
defefperéde pouvoir iamais en eftre
digne , quand les obftacles qui m'ont
sufqu'icy empefché de l'obtenir m'ont
fait examiner avec plus d'attention
quelles grandes qualite il faut
avoir pour réüſfir dans une entreprim
fe fi relevée. Les Illuftres Concurrens
qui ont emporté vos fuffrages
toutes les fois que j'ay ofé'y préten
dre , m'ont ouvert les yeuxfur mes
efperances trop présomptueuses. En
me montrant ce merite confommé
qui les a fait recevoir fi toft qu'ils
Se font offerts , ils m'ont fait voir
GALANT. 103
ce que je devois tâcher d'acquérir
pour eftre en état de leur reffembler.
L'ay rendu justice à voftre difcernement
, & me la rendant en même
temps à moy - même , j'ay employé
tous mes foins à ne me pas laiffer
inutiles les fameux exemples que
vous m'avezproposez
faitla
L'avoue , Meffieurs , que quand
aprés tant d'épreuves , vous m'avez
grace de jetter les yeux fur
moy , vous m'auriez mis en péril de
me permettre la vanité la plus condamnable
, fi je ne m'estois affez
fortement étudié pour n'oublier pas
ce que je fuis. Le me feroit peut- eftre
flaté, qu'enfin vous m'auriez trouvé
Les qualitez que vousfouhaitez dans
des Academiciens dignes de ce Nom ,
d'un gouft exquis , d'une penetration
entiére parfaitement éclairez
enun mot tels que vous eftes . Mais
Meffieurs , l'honneur qu'il vous a
•
E 4
104 MERCURE
plu de me faire, quelque grand qu'il
foit , ne m'aveugle point . Plus vôtre
confentement à me l'accorder a
efté prompt , & fi je l'ofe dire, unanime
, plus je voy par quel motif
Vous avez accompagné vostre choix
d'une diftinction fi peu ordinaire. Ce
que mes defauts me défendoient d'efpérer
de vous , vous l'avez donné à
la memoire d'un Homme que vous
regardiezcomme un des principaux.
ornemens de voftre Corps. L'eftime
particuliere que vous avez toujours
euë pour luy, m'attire celle dont vous
me donne des marques fi obligeantes.
Sa perte vous a touche , &
pour le faire revivreparmy vous autant
qu'il vous eft poſſible , vous
avez voulu me faire remplir fa
Place , ne doutant point que qua.
lité de Frere , qui l'a fait plus d'u
ne fois vous folliciter en mafaveur ,
ne l'euft engagé à m'inspirer les
La
GALANT.
105
fentimens d'admiration qu'il avoit
pour toute voftre Illuftre Compagnie.
Ainfi , Meffieurs , vous l'avezcherché
en moy , & n'y pouvant trouver
fon merite, vous vous cftes contentek
d'y trouver fon Nom.
Famais une perte fi confiderable
nepouvoit eftre plus imparfaitement
reparée ; mais pour vous rendre l'inégalité
du changement plus fupportable
, fongez , Meffieurs , que
lors qu'un siècle a produit un Homme
auffi extraordinaire qu'il eftoit , il
arrive rarement que ce mefme Siécle
en produife d'autres capables de
l'égaler. Il est vray que celuy où nous
vivons eft le siècle des Miracles, &
jay fans doute à rougir d'avoir ſi
mal profité de tant de Leçons que
jay reçûës de fa propre bouche , par
cette pratique continuelle qué me
donnoit avec luy la plus parfaite
union qu'on ait jamais venë entre
E S
106 MERCURE
deux Freres , quand d'heureux Gé.
nies , privez de cet avantage , fe
font elevez avec tant de gloire ,
que ce qui a paru d'eux a esté le
charme de la Cour & du Public . Ce
pendant , quand mefme l'on pourroit
dire que quelqu'un l'euft furpaſſe;
luy qu'on a mis tant de fois au deffus
des Anciens , ilferoit toûjours tresvray
que le Théatre François luy
doit tout l'éclat où nous le voyons.
Ie n'ofe , Meffieurs , vous en dire
rien de plus. Sa perte qui vous
eft fenfible à tous , eftfi particuliére
pour moy , que l'ay peine à foutenir
Les triftes idées qu'elle me prefente .
J'ajouteray feulement qu'une des
chofes qui vous doit le plus faire,
cherir fa memoire ; c'est l'attachement
queje luy ay toûjours remarqué
pour tout ce qui regardoit les interests
de l'Academie. Il montroit par
là combien il avoit d'estime pour
GALANT. 107
tous les Illuftres qui la compofent, &
reconnoiffoit en même temps les bienfaits
dont il avoit efté honoré par
Monfieur le Cardinal de Richelieu ,
qui en eft le Fondateur. Ce grand
Miniftre, tout couvert degloire qu'il
étoit par le floriffant état où il avoit
mis la France , fe répondit moins de
l'éternelle durée de fon Nom , pour
avoir executé avec des fuccés prefque
incroyables les Ordres reccus de
Louis le juste, que pour avoir étably
la celebre Compagnie dont vous foû
tenez l'honneur avec tant d'éclat.
Il n'employa ny le Bronze ny.
rain , pour leur confier les differentes
merveilles qui rendent fameux le
temps de fon Miniftere. Il s'en repofa
fur voftre reconnoiffance , & fe
tint plus affuré d'atteindre par vous
jufqu'à la pofterité la plus reculée,
que par les deffeins de l'Herefie renverfe
, & par l'orgueil fi fouvent
l'Ai-
E 6
108 MERCURE
humilié d'une Maifon fière de la
longue fuite d'Empereurs qu'il y a
plus de deux Siecles qu'elle donne à
l'Allemagne. Sa mort vous fut un
coup rude. Elle vous laiffoit dans un
état qui vous donnoit tout à craindre
, mais vous étiezrefervezà des
honneurs éclatans , &en attendant
que le temps en fuft venu , un des
grands Chanceliers que la France
ait eus, prit foin de vous confoler de
cette perte. L'amour qu'il avois pour
les belles Lettres luy infpira le def- ·
fein de vous attirer chez luy. Vous
y receûtes tous les adouciffemens que
vous pouvez efperer dans vostre
douleur , d'un Protecteur Kelé pour
vos avantages. Mais , Meffieurs ,juf
qu'où n'allerent ils point , quand le
Roy luy - mefme vous logeant dans
fon Palais ,& vous approchant defa
Ferfonne Sacrée , vous bonora de fes
graces &de fa protection ?
GALANT. 109
·
Voftre fortune eft bien glorieufe ,
mais n'a t elle rien qui vous étonne?
L'ardeur qui vous porte à reconnoître
les bontez d'un fi grand Prince ,
quelque pressée qu'elle soit par les
Miracles continuels de fa vie , n'eftelle
point arrestée par l'impuiffante
de vous exprimer ? Quoy que nostre
Langue abonde en paroles , & que
toutes les richeffes vous en foient
connues , vous la trouvez fans doute
fterile,quand voulant vous en fervir
pour expliquer ces Miracles , vous
portez vostre imagination au delà
de tout ce qu'elle peut vous fournir.
fur une fi vaste matiere . Si c'eft un
malheur pour vous de ne pouvoir
fatisfaire vostre Zele par des expreffions
qui égalent ce que l'Envie
elle - mefme ne peut fe défendre
d'admirer, au moins vous en pouvez
estre confolé par le plaifir de connoitre
que quelque foibles que puf110
MERCURE
fent estre ces expreffions , la gloire du
Roy n'y fçauroit rien perdre. Ce n'eft .
que pour relever les actions mediocres
qu'on a befoin d'éloquence. Ses
ornemens fi neceffaires à celles qui
ne brillent point par elles mefmes,
font inutiles par ces Exploits fur-.
prenans qui approchent du prodige,
& qui étant crûs, parce qu'on en eft
témoin , ne laiffent pas de nous paroître
incroyables.
Quand vous diriez feulement,
Louis LE GRAND a foûmis
une Province entiere en huit
jours , dans la plus forte rigueur
de l'Hyver.En vingt - quatre heures
il s'est rendu Maître de quatre
Villes affiegées tout à la fois .
Il a pris foixante Places en une
feule Campagne. Il a refifté luy
feul aux Puiffances les plus redoutables
de l'Europe liguées enfemble
pour empeſcher fes ConGALANT.
III
quetes. Il a rétably fes Alliez .
Aprés avoir impofé la Paix , faifapt
marcher la Juftice pour toutes
armes , il s'eft fait ouvrir en un
mefme jour les Portes de Strafbourg
, & de Cafal , qui l'ont reconnu
pour leur Souverain , Cela
eft tout fimple, cela est uny ; mais
cela remplit l'efprit de fi grandes
chofes , qu'il embrasse incontinent
tout ce qu'on n'explique pas , & je
doute que ce grand Panegyrique qui
a coûte tant de foin à Pline le feu-
пе foffe autant pour la gloire de
Trajan, que ce peu de mots , tout dénuez
qu'ils font de ce fard qui embellit
les objets , feroit capable de
faire pour celle de nostre Auguste
Monarque.
"
Il eft vray , Meffieurs , qu'il n'en
feroit pas de mefme ,fi vous vouliez
faire la Peinture des rares vertus
du Roy. Où tromveriez- vous des terII
2 MERCURE
mes pour reprefenter affez digne
ment cette grandeur d'ame , qui l'élevant
au deffus de tout ce qu'il y a
de plus Noble , de plus Heroique , &
de plus Parfait , c'eft à dire de Luymefme,
le fait renoncer à des avantages
que d'autres que luy recherche
roient aux dépens de toutes choſes ?
Aucune entreprise ne luy a manqué.
Pour fe tenir affuré de réuſſir dans
les Conqueftes les plus importantes,
il n'a qu'à vouloir tout ce qu'il peut.
La Victoire qui l'a fuivy en tous
lieux , est toujours prefte à l'accom.
pagner. Elle tâche de toucher fon
coeur par fes plus doux charmes . It
a tout vaincu , il veut la vaincre
elle mefme, & il fe fert pour cela
des armes d'une Moderation qui n'a
point d'exemple. Il s'arrefte au milieu
de fes Triomphes ; il offre la
Paix ; il en preferit les conditions,
& ces conditions fe trouventfijuftes,
GALANT. 113
que fes Ennemis font obligez de les
accepter. La jaloufte où les met la
gloire qu'il ad'eftre feul Arbitre du
Deftin du Monde , leurfait chercher
des difficulte pour troubler le calme
qu'il a rétably. On luy declare de
nouveau la Guerre . Cette Declaraleur
tation ne l'ébranle point. Il offre la
Paix encore une fois ; & comme il
Scait que la Tréve n'a aucunes fuites
qui en puiffent autorifer la rupture
, il laiffe le choix de l'une ou
de l'autre. Ses Ennemis balansent
long- temps fur la refolution qu'ils
doivent prendre. Il voit que
avantage eft de confentir à ce qu'il
leur offre. Pour les y forcer , il attaque
Luxembourg.Cette Place , impre
nable pour tout autre, fe rend en an
mois , & auroit moins refifté , fi pour
épargner le fang de fes Officiers &
de fes Soldats , ce fage Monarque
n'eust ordonné que l'on fift le Siege
114 MERCURE
dans toutes les formes. La Victoire
qui cherche toujours à l'éblouir , luy
fait voir que cette prife luy répond
de celle de toutes les Places du Païs
Efpagnol. Elle parle fans qu'elle fe
puiffe faire écouter. Il perfiste dans
fes propofitions de Tréve, elle eft enfin
acceptée , & voila l'Europe dans
un plein repos.
Que de merveilles renferme cette
grandeur d'ame , dont i'ay oféfaire
une foible ébauche ! C'est à vous ,
Meffieurs , à traiter cette matiére
dans toute fon étenduë. Si noftre
Langue ne vous prefte point dequoy
luy donner affez de poids & de force
, vousfuppléerez à cette fterilité
par le talent merveilleux que vous
avezde faire fentir plus que vous
ne dites . Ilfaut de grands traits pour
les grandes chofes que le Roy a faites
, de ces traits qui montrent tout
d'une feule veuë , & qui offrent à
GALANT. 113
L'imagination ce que les ombres du
Tableau nous cachent. Quand vous
parlerez defa vigilance exacte &
toniour's active , pour ce qui regarde
Le bien de fes Peuples , la gloire de
Jes Etats , & la maicfté du Trône ;
de ce zele ardent & infatigable, qui
luy fait donner fes plus grands foins
à détruire entierement l'Herefte , go
à rétablir le culte de Dieu , dans
toutes fa pureté; & enfin de tant
d'autres qualite auguftes , que le
Ciel a voulu voir en luy , pour le
rendre le plus grand de tous les
Hommes ; fi vous trouvez la matiere
inépuisable, voftre adreſſe à exe
cuter heureufement les plus hauts
deffeins , vous fera choisir des expreffions
fi vives , qu'elles nous feront
entrer tout d'un coup dans tout
ce que vous voudrez nous faire entendre.
Par l'ouverture qu'elles donneront
à noftre esprit , nos reflexions
2
716 MERCURE
nous meneront jufqu'où vous entreprendrez
de les faire aller , & c'eft
ainsi que vous remplire parfaitement
toute la grandeur de votre
Sujet.
Quel bon- heur pour moy , Meffieurs
, de pouvoir m'inftruire fous
de fi grands Maifires ! Mes foins
affidus à me trouver dans vos Af-
Semblées pour y profiter de vos Leçons
, vous feront connoiftre , que fi
l'honneur que vous m'avez fait ,
paffe de beaucoup mon peu de merite
, du moins vous ne pouviez le
repandre fur une perfonae qui le
reçeuft avec des fentimens plus refpectueux
& plus remplis de reconnoiffance.
Fermer
Résumé : REMERCIMENT A MESSIEURS DE L'ACADEMIE FRANÇOISE.
Le premier texte est un remerciement adressé aux membres de l'Académie française pour l'honneur de l'admission. L'auteur exprime sa gratitude et souligne l'importance de cette distinction, qui le place parmi les plus illustres représentants des belles-lettres. Il admire les grands hommes qui, malgré leurs dignités et honneurs, ont cherché à compléter leur mérite en rejoignant l'Académie. L'auteur reconnaît la valeur des connaissances et des talents partagés au sein de cette institution, où la philosophie, la théologie, l'éloquence, la poésie, et l'histoire sont maîtrisées avec subtilité et agrément. Il loue également le travail constant des académiciens pour développer et clarifier la langue française, aidant ainsi à exprimer les pensées humaines. L'auteur mentionne qu'il a été inspiré par son frère, un membre éminent de l'Académie, et exprime sa peine face à sa perte. Il conclut en soulignant l'attachement de son frère aux intérêts de l'Académie et en rendant hommage au Cardinal de Richelieu, fondateur de l'institution. Le second texte est un panégyrique célébrant les vertus et les exploits d'un monarque. L'auteur commence par souligner que quelques mots simples peuvent suffire à glorifier le roi, plus que de longs discours. Il met en avant la grandeur d'âme du monarque, qui renonce à des avantages pour maintenir la paix et la justice. Le roi est décrit comme un conquérant invincible, toujours victorieux, mais qui préfère la modération et la paix. Il offre la paix à ses ennemis, même lorsqu'ils déclarent la guerre, et ses victoires sont obtenues avec une grande humanité, épargnant le sang de ses soldats. L'auteur évoque ensuite la prise de Luxembourg, une place imprenable, qui se rend en un mois grâce à la sagesse du monarque. Cette victoire conduit à une trêve acceptée par l'Europe, rétablissant la paix. Le texte insiste sur la nécessité de grands traits pour décrire les grandes actions du roi, et encourage les orateurs à utiliser leur talent pour faire sentir plus que ce qu'ils disent. Enfin, l'auteur exprime son bonheur de pouvoir s'instruire auprès de grands maîtres et son respect pour l'honneur qui lui est fait de participer à leurs assemblées.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
819
p. 116-141
« Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Début :
Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...]
Mots clefs :
Académie française, Jean Racine, Jean-Louis Bergeret, Gloire, Roi, Parler, Corneille, Esprit, Discours, Vertus, Histoire, Rois, Protecteur, Nom, Paix, Ennemis, Lettres, Place, Royaume, Compagnie, Justice, Monde, Attention, Avantage, Public
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monfieur de Corneille ayant
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
ceffé de parler , Monfieur de Bergeret
prit la parole , & fit un difcours
trés - éloquent. Il dit , qu'il
GALANT. 117
avoit déia éprouvé plus d'une fois ,
que dés qu'on vouloit penser avec
attention à l'Academie Françoife,
l'imagination fe trouvoit auffitoft
remplie & étonnée de tout ce qu'il
ya de plus beau dans l'Empire des
Lettres , qu'eft un Empire qui n'est
borné ny par les Montagnes , ny
pariles Mers , qui comprend toutes
les Nations & tous les Sicles ; dans
lequel les plus grands Princes ont
tenu à bonneurs d'avoir quelque
place , & où Meffieurs de l'Acade ·
mie Françoife ont l'avantage de
tenir le premier rang. Que s'il entreprenoit
de parler de toutes les
fortes de merites , qui font la gloire
de ceux qui la compofent , il fentoit
bien que l'habitude de parler en public
, & d'en avoir fait le Miniftere
plufieurs années , en parlant
pour le Roy dans un des Parlemens
defon Royaume, ne l'empefcheroit
118 MERCURE
pas de tomber dans le defordre.
Enfuite il loüa Monfieur de Cordemoy
dont il occupe la Place
for ce qu'il avoit joint toutes les
vertus Morales & Chrétiennes
aux plus riches talens de l'efprit,
fur les grandes lumiéres qu'il
avoit dans la Jurifprudence, dans
la Philofophie , & dans l'Hiftoire ,
& fur tout for une certaine prefence
d'efprit qui luy eftoir particuliére
, & qui le rendoit capable
de parler fans préparation ,
avec autant d'ordre & de ne teté
qu'on peut en avoir en écrivant
avec le plus de loiſir . Il n'oublia
les beaux & fçavans Traitez
de Phyfique qu'il à donnez au
Public; & en parlant de fa grande
Hiftoire de nos Roys qu'on acheve
d'imprimer, il ajoûta, Que fifa
trop promte mort avoit laiffé ce
dernier Ouvrage imparfait , quoy
qu'ily manquaft pour eftre entier ,
pas
GALANT. 119
ilne manqueroit rien à la réputa
tion de l'Autheur ; qu'on eftimeroit
toûjours ce qu'il a écrit , & qu'on regreteroit
toujours ce qu'il n'a pas eu le
temps d'écrire.Cet Eloge fut fuivy
de celuy de Monfieur le Cardinal
de Richelieu , inftituteur de l'Academie
Françoife . Il dit , Que
non feulement, il avoit fait les plus
grandes chofes pour la gloire de
lEtat , mais qu'il avoit fait les
plus grands Hommes pour celebrer
perpetuellement cette gloire ; que
tous les Academitiens luy apartenoient
par le Titre mefme de la
naiſſance de l'Academie, & qu'ils
étoient tous comme la Pofteritefçavante
& Spirituelle de ce grand
Miniftre ; Que l'illuftre Chancelier
qui luy avoit fuccedé dans la
protection de cette celebre Compagnie
, auroit toûjours part à la
mefme gloire; & que parmy toutes
"
110 MERCURE
les vertus qui l'avoient rendu digne
d'eftre Chefde la Justice , on releveroit
toûjours l'affection particulie
re qu'il avoit enë pour les Lettres,
& qui l'avoit obligé d'eftre fimple
Academicien long tems avant qu'il
devinft Protecteur de l'Academie ;
ce qui luy étoit d'autant plus glorieux
, que ces deux titres ne pou
voient plus estre reünis dans une
Perfonne privée , quelque éminente
qu'elle fuft en Dignité , le nom de
Protecteur del' Academie étant devenu
comme un titre Royal , par la
bonté que le Roy avoit euë de le
prendre , & de vouloir bien en faveur
des Lettres , que le Vainqueur
des Roys & l'Arbitre de l'Univers,
fuft auffi appellé le Protecteur de
l'Academie Françoife. Le reste de
fon Difcours roula fous les merveilleufes
qualitez de cet Augufte
Monarque. Il dit , Que tout ce
qu'il
GALANT. 121
cachoit
qu'il faifoit voir au monde n'eftoit
rien en comparaison de ce qu'il luy
; que tant de Victoire , de
Conqueftes , & d'Evenemens prodigieux
qui étonnoient toute la Terre,
n'avoient rien de comparable à
la fageffe incomprehenfible qui en
eftoit la caufe , & que lors qu'on
pouvoit voir quelque chofe des confeils
de cette Sageffe plus qu'humai
ne onfe trouvoit , pour ainsi dire,
dans une fi haute region d'esprit .
qu'on en perdoit la pensée , comme
quand on eft dans un air trop élevé ,
& troppur , on perd la refpiration.
Il ajoûta , Quefe tenant renfermé
dans les termes de l'admiration &
du filence , il ne cefferoit de fe taire
que pour nommer les Souveraines
Vertus qu'il admiroit ; une Prudence
qui penetroit tout , & qui étoit ellemefme
impenetrable ; une Justice
qui préferoit l'intereft du sujet à
Janvier 1685 .
A
F
122 MERCURE
celuy du Prince ; une Valeur qui prenoit
toutes les Villes qu'elle attaquoit
, comme un Torrent qui rompt
tous les obftacles qu'il rencontre ;
une Moderation qui avoit tant de
fois arrefté ce Torrent , &fufpendu
cet Orage ; une Bonté qui par l'entiere
abolition des Duels , prenoit
plus de foin de la vie des Sujets,
qu'ils n'en prenoient eux - mefmes ;
un Zele pour la Religion, qui faifoit
chaque jour de fi grands & de fi
heureux projets ; & que ce qui étoit
encore plus admirable dans toutes
ces Vertus fi differentes , c'eftoit de
les voir agir toutes ensemble , &
dans la Paix & dans la Guerre ,fansdifference
ny diftinction de temps.
Aprés une peinture fort vive des
grandes chofes que le Roy a faites
pendant la Paix , qui avoit
toûjours efté pour luy non feulement
agiffante , mais encore
GALANT. 123
victorieuſe , puis que par un
bonheur incomparable , elle n'avoit
pas arreſté fes Conqueftes ,
& que les trois plus importantes
Places du Royaume , & pour fa
gloire , & pour fa fûreté , Dunkerque
, Strasbourg , & Cazal
trois Villes qui font les Clefs de
trois Etats voifins , & dont la
Prife auroit fignalé trois Campagnes
, avoient efté conquifes
fans armes & fans Combats , il
dit, Qu'on avoit vû l'Europe entiere
conjurée contre la France , que
tout le Royaume avoit efté environné
d'Armées Ennemies & que
cependant il n'eftoit jamais arrivé
qu'un feul de tant de Genéraux
Etrangers euft pris feulement un
Quartier d'Hyver fur nos Frontie
res; Que tous ces Chefs Ennemis
Se promettoient d'entrer dans nos
Provinces en Vainqueurs & en Con-
,
F 2
124
MERCURE
quérans , mais qu'aucun d'eux ne
les avoit veües , que ceux qu'on y
avoit amenez Prifonniers ; que tous
les autres estoient demeure autour
du Royaume , comme s'ils l'avoient
gardé ,fans troubler la tranquilité
dont iljouiffoit , & que c'eftoit un
prodige inouy , que tant de Nations
jaloufes de la gloire du Roy , & qui
s'étoient affemblées pour le combatre
, n'eulent pû faire autre choſe
que de l'admirer
& d'entendre
d'affez loin le bruit terrible defes
Foudres , qui renverfoient les Murs
de quarante Villes en moins,
trente jours , & qui cependant par
une espece de miracle , n'avoient
point empefché que la voix des Loix
n'euft efté toujours entenduë ; toûjours
la Justice également gardée,
l'obeiffance rendue , la Difcipline
obfervée, le Commerce maintenu , les
Arts floriffans , les Lettres cultivées,
>
de
GALANT
. 125
le Mérite recompenfe , tous les Reglemens
de la Police generalement
executez ; & non feulement de la
Police Civile , qui par les heureux
changemens qu'elle avoit faits ,fembloit
nous avoir donné un autre Air
& une autre Ville ; mais encore de
la Police Militaire , qui avoit civilife
les Soldats,& leur avoit inspire
un amour de la gloire & de la difcipline
, quifaifoit que les Armées du
Roy étoient en mefme temps la plus
belle & la plus terrible chofe du
monde. Il finit en difant, Que c'étoit
une grande gloire pour un Prince
Conquerant, que l'onput dire de
Luy, qu'il avoit toûjours eu un efprit
de paix dans toutes les Guerres qu'il
avoit faites , depuis la premiere
Campagne jufqu'à la derniere , depuis
la Prife de Marfal jufqu'à
celle de Luxembourg ; Que cette
derniere & admirable Conquefte ,
F
3
126 MERCURE
qui en affurant toutes les autres, venoit
heureufement de finir la Guerreferoit
dire encor plus que jamais,
que le Roy étoit un Héros toûjours
Vainqueur & toûjours Pacifique ,puis
que non feulement il avoit pris cette
Place ,une des plusfortes du Monde,
&qu'il l'avoit prife malgré tous les
obftacles de la Nature , malgré tous
les efforts de l'Art , malgré toute la
refiftance des Ennemis ; mais ce qui
étoit encore plus, malgré luy - même:
Eftant certain qu'il ne l'avoit attaquée
qu'à regret , &aprés avoir
preßé long-temps fes Ennemis cent
fois vaincus , de vouloir accepter
Paix qu'il leur offroit , & de ne le
pas contraindre à fe fervir du Droit
des Armes ; de forte que par un évenement
tout fingulier , cettefameufe
Villeferoit toûjours pour la gloire du
Roy un Monument éternel , non feulement
de la plus grande valeur .
la
GALANT. 127
mais auffi de la plus grande modes
ration dont on euft jamais parlé.
Toute l'Affemblée fut tresfatisfaite
de ce Difcours,& Monfieurde
Bergeret eut tout lieu de
l'eftre des louanges qu'il reçûr.
Monfieur Racines , qui eftoit
alors Directeur de l'Académie ,
répondit à ces deux nouveaux
Académiciens au nom de la
Compagnie. Je tâcherois inutilement
de vous exprimer combien
cette Reponſe fut éloquente
, & avec combien de grace il
la prononça . Elle fut interrom
pue par des applaudiffemens fréquemment
reiterez ; & comme
il en employe une partie à élever
le mérite de Monfieur de Corneille
, il fut aiſé de connoiſtre
qu'on voyoit avec plaifir dans la
bouche d'un des plus grands
Maiftres du Theatre ; les louan-
F 4
128
MERCURE
ges de celuy qui a porté la Scene
Françoife au degré de perfection
où elle eft. Il dit d'abord , Que
l'Academie avoit regardé fa mort
comme un des plus rudes coups qui
La puft fraper ; Que quoy que depuis
un an une longue maladie l'euft
privée de fa présence , & qu'elle
euft perdu en quelque façon l'espérance
de le revoir iamais dans fes
Affemblées , toutefois il vivoit , &
que dans la Lifte où font les noms
de tous ceux qui la compofent , cette
Compagnie dont il eftoit le Doyen ,
avoit au moins la confolation de
voir immédiatement audeffous du
nom facré de fon augufte Protecteur,
le fameux nom de Corneille . Il fit
enfaite une peinture admirable
du defordre & de l'irrégularité
où fe trouvoit la Scene Françoife
, lors qu'il commença à travailler.
Nul gouft , nulle connoiffan
GALANT. 129
遂
ce des veritables beautez du Theatre.
Les Autheurs auffi ignorans que
les Spectateurs. La plupart des Sujets
extravagans & dénue de vraifemblance.
Point de Moeurs , point
de Caracteres. La Diction encore
plus vicieufe que l'Action , & dont
les Pointes , & de miferables jeux
de mots, faifoient le principal ornement
. En un mot, toutes les Regles de
l'Art , celles mefme de l'honnefteté
& de la bienséance , violées . Il pourfuivit
en difant , Que dans ce Cahos
du Poëme Dramatique parmy
nous , Monfieur de Corneille , aprés
avoir quelque temps cherche le bon
chemin , & lutte contre le mauvais
goût de fon Siecle , enfin infpiré d'un
Genie extraordinaire , & aidé de la
lecture des Anciens , avoit fait voir
fur la Scene la Raifon , mais la Raifon
accompagnée de toute la pompe,
de tous les ornemens dont nôtre !
F
130
MERCURE
gue eft capable , accorde heureuſement
le Vrai-femblable & le Merveilleux,
& laiffe bien loin derriere
Luy tout ce qu'il avoit de Rivaux,
dont la plupart defefperant de l'atteindre,&
n'ofant plus entreprendre
de luy difputer le Prix , s'eftoient
bornez à combatre la Voix publique
déclarée pour luy , & avoient eſſayé
en vain par leur difcours & par
Leurs frivoles critiques , de rabaiffer
un merite qu'ils ne pouvoient égaler.
Il paffa de là aux acclamations
qu'avoient excité à leur naiffance
le Cid , Horace , Cinna , Pompée ,
& les autres Chef- d'oeuvres qui
les avoient fuivis , & dit , Qu'on
ne trouvoit point de Poëte qui eust
poffedé à la fois tant d'excellantes
parties , l'Art , laforce , le lugement
, & l'Efprit. Il parla de la
furprenantes varieté qu'il avoit
mellée dans les Caracteres , en
<
GALANT.
131
forte, que tant de Roys, de Princes,
& de Heros qu'il avoit repréfentez,
étoient toujours tels qu'ils devoient
estre , toûjours uniformes en euxmémes
, & jamais ne fe reffemblant
les uns aux autres ; Qu'il y avoit
parmy tout cela une magnificence
d'expreffion proportionnée aux Maitres
du Monde qu'ilfaifoit fouvent
parler , capable neanmoins de s'abaiffer
quand il vouloit , & de defcendre
jufqu'aux plus fimples naïvete
du Comique , où il eftoit encore
inimitable; Qu'enfin ce qui luy
étoit fur tout particulier , c'étoit une
certaineforce, une certaine élevatio,
qui en furprenant & en élevant ,
rendoit jufqu'à fes defauts , fi on luy
en pouvoit reprocher quelques uns,
plus eftimables que les vertus des
autres. Il ajoûta , Qu'on pouvoit le
regarder comme un Homme veritablement
népour lagloire de fon Païs ,
·
F 6
132 MERCURE
,
efme
comparable , non pas à tout ce que
Fancienne Rome avoit eu d'excellens
Tragiques , puis qu'elle confeffoit
elle-mefme qu'en ce genre elle
n'avoit pas efté fort heureuſe , mais
aux Efchiles , aux Sophocles , aux
Euripides , dont la fameuse Athenes
ne s'honoroit pas moins que des
Themiftocles , des Pericles , & des
Alcibiades , qui vivoient en me
temps qu'eux. Il s'étendit fur la juftice
la Pofterité rend aux
que
habiles Ecrivains , en les égalant
à tout ce qu'il y a de plus confiderable
parmy les Hommes , &
faifant marcher de pair l'excellent
Poëte & le grand Capitaine ; &
dit là deffus , Que le mefme Siecie
qui fe glorifioit aujourd'huy d'avoir
produit Auguste, ne fe glorifioit
guere moins d'avoir produit Horace
& Virgile ; qu'ainfi lors
ages fuivans on parleroit avec éton
que
dans les
GALANT.
133
nement des Victoires prodigieufes ,
& de toutes les chofes qui rendront
nostre fiecle l'admiration de tous les
fiecles à venir , l'illuftre Corneille
tiendroit fa place parmis toutes ces
merveilles ; que la France fe fouviendroit
avec plaifir quefous le
Regne du plus grand de fes Roys ,
auroit fleury le plus celebre de fes
Poëtes , qu'on croiroit mefme ajoûter
quelque chofe à la gloire de noftre
Augufte Monarque , lors qu'on diroit
qu'il avoit eftimé, qu'il avoit honoré
de fes bien faits cet excellent Genie;
que même deux jours avant la mort,
& lors qu'il ne luy reftoit plus qu'un
rayon de connoiffance , il luy avoit
´encore envoyé des marques de fa liberalité
; & qu'enfin les dernieres
paroles de Corneille avoient efté
des remercimens pour Louis LE
GRANDAprés
l'avoir loué fur d'autre
134
MERCURE
qualitez particulieres , fur fa probité
, fur fa piété , & fur l'efprit
de douceur & de déference qu'il
apportoit à l'Academie , ne fe
préferant jamais à aucun de fes
Confreres , & ne tenant aucun
avantage des aplaudiffemens qu'il
recevoit dans le Public Monfieur
Racines adreffa la parole à Monfieur
de Bergeret , & dit , Que fi
l'Academie Françoife avoit perdu
en Monfieur Cordemoy , un Homme
qui aprés avoir donné au Barreau
une partie de fa vie , s'eftoit depuis
appliqué tout entier à l'étude de
nôtre ancienne Hiftoire , elle luy avoit
choisi pour Succeffeur un Homme,qui
après avoir eftélong - temps l'organe
d'un Parlement celebre , avoit effé
appellé à un des plus importans Emplois
de l'Etat , & qui avec une
connoiffance exacte , & de l'Hiftoire
& de tous les bons Livres, luy apporGALAN
T.
135
toit encore la connoiffance parfaite
de la merveilleufe Hiftoire de fon
Protecteur , qui étoit quelque chofe
de bien plus utile , & de bien plus
confiderable pour elle ; queperfonne
mieux que luy ne pouvoit parler de
tant de grands évenemens , dont
les motifs & les principaux refforts
avoient efté fi fouvent confiez à fa
fidelité & à fa fageffe , puis que
perfonne ne fçavoit mieux à fond
tout ce qui s'eftoit paßé de memorable
dans les Cours Etrangeres , les
Traitez, les Alliances , & toutes les
importantes Négotiations , qui fous
le Regne de Sa Majesté avoient
donne le branle à toute l'Europe ;
que cependant , s'il falloit dire la
verité , la voye de la négotiation
étoit bien courte fous un Prince qui
ayant toujours de fon cofté la Puiffance
& la Justice , n'avoit befoin
pour faire executerfes volontez, que
136 MERCURE
de les declarer ; Qu'autrefois la
France trop facile à fe laiffer fur
prendre par les artifices de fes Voifins
, paffoit pour eftre auffi infortunée
dans fes Accommodemens, qu'elle
étoit heureufe redoutable dans la
Guerre ; Quefur tout l'Espagne ,fon
orgueilleufe Ennemie , fe vantoit de
n'avoir jamais figné, mefme au plus
fort de nos profperitez , que des Trai
tezavantageux, & de regagnerfou
vent par un trait de plume , ce qu'elle
avoit perdu en plufieurs Campagne
; que cette adroite Politique
dont elle faifoit tant de vanité, luy
étoit prefentement inutile ; que toute
l'Europe avoit veu avec étonnement
, dés les premieres démarches
du Roy , cette fuperbe Nation contrainte
de venir jufque dans le Louvre
reconnoître publiquement fon
inferiorité , & nous abandonner de
puis par des Traitez folemnels , tant
GALANT . 137
l'emde
Places fi famenfes , tant de grandes
Provinces, celles mefme dont les
Roys empruntoient leurs plus glorieux
Titres ; que ce changement ne
s'étoit fait , ny par une longue fuite
de Négociations traînées , ny par la
dexterité de nos Ministres dans les
Pais Etrangers, puis qu'eux - mefmes
confeffoient que le Royfait tout, voit
tout dans les Cours où il les envoye,
& qu'ils n'ont tout au plus que
barras d'y faire entendre avec dignité
ce qu'il leur a dicté avec fageffe
. Il s'étendit encore quelque
temps fur les louanges de ce
grand Monarque, avec une force
d'expreffion tres - digne de fa matiere.
Il dit , Qu'ayant refolu dans
fon Cabinet,pour le bien de la Chré
tienté , qu'il n'y euft plus de guerre,
il avoit tracé fix lignes , & les avoit
envoyées à fon Ambassadeur à la
Haye , la veille qu'il devoit partir
138
MERCURE
pour se mettre à la teste d'une de
fes Armées ; que là- deffus tout s'étoit
agité , tout s'étoit remué , &
qu'enfin, fuivant ce qu'il avoit prévú,
fes Ennemis aprés bien des Conferences
, bien des Projets , bien des.
Plaintes inutiles , avoient efté contraints
d'accepter ces mefmes Conditions
qu'il leur avoit offertes, fans
avoir pu avec tous leurs efforts , s'écarter
d'un feul pas du cercle étroit
qu'il luy avoit plû de leur tracer.
Il s'adreffa alors à Meffieurs de
l'Academie , & ce qu'il leur dit fut
fi vif & fi bien peint , que j'affoiblirois
la beauté de cette fin d'un
Difcours fi éloquent , ſi j'en retranchois
une parole . Voicy les
termes qu'il y employa .
Quel avantage pour tous tant
que nous fommes, Meffieurs , qui cha
eun felon nos differens talens avons
entrepris de celebrer tant de granGALANT.
139
des chofes ! Vous n'aurez point pour
les mettre en jour , à difcuter avec
des fatigues incroyables une foule
d'intrigues , difficiles à developer.
Vous n'aurez pas mefme à fouiller
dans le Cabinet de fes Ennemis .
Leur mauvaife volonté , leur impuiffance
, leur douleur eft publique
à toute la Terre. Vous n'aurez point
à craindre enfin tous ces longs détails
de chicanes ennuyeuſes , qui
fechent l'efprit de l'Ecrivain , &
qui jettent tant de langueur dans
la plupart des Hiftoires modernes,
où le Lecteur qui cherchoit desfaits,
ne trouvant que de paroles , fent
mourir à chaque pas fon attention,
&perd de vue lefil des évenemens,
Dans l'Histoire du Roy, tout rit,tout
marche , tout eft en action. Il ne
faut que le fuivre fi l'on peut, & le
bien étudier luy feul. C'est un enchaînement
continuel de Faits mer-
3
140 MERCURË
veilleux que luy mefme commence,
que luy- mefme acheve , auffi clairs ,
auffi intelligibles quand ils font executez
, qu'impenetrables avant l'execution
. En un mot , lé miracle fut
de prés un autre miracle . L'attention
eft toûjours vive , l'admiration
toûjours tenduë , & l'on n'eft
pas moins frapé de la grandeur &
de la promptitude avec laquelle fe.
fait la Paix , que de la rapidité
avec laquelle fe font les Conquêtes .
Cette réponſe de Monfieur Racine
fut fuivie de tous les applau
diffemens qu'elle méritoit . Chacun
à l'envy s'empreffa a luy
marquer le plaifir que l'Affemblée
en avoit reçu , & on demeura
d'accord tout d'une voix , que
le Sort qui l'avoit fait Directeur,
n'avoit point efté aveugle dans
fon choix , & qu'on ne pouvoit
parler plus dignement au nom
GALANT.
141
de l'illuftre Compagnie , qui recevoit
dans fon Corps les deux
nouveaux Académiciens.
Fermer
Résumé : « Monsieur de Corneille ayant cessé de parler, Monsieur de Bergeret [...] »
Monsieur de Bergeret prononce un discours à l'Académie Française, soulignant la grandeur de cette institution qui attire les plus grands princes. Il rend hommage à Monsieur de Cordemoy, louant ses vertus morales et chrétiennes, ainsi que ses talents intellectuels. Cordemoy avait entrepris une grande histoire des rois de France, restée inachevée à cause de sa mort prématurée. Le discours est suivi d'un éloge du Cardinal de Richelieu, fondateur de l'Académie, célébré pour ses contributions à la gloire de l'État et son rôle de protecteur des lettres. Le roi est ensuite loué pour ses qualités exceptionnelles telles que la prudence, la justice, la valeur, la modération, la bonté et son zèle pour la religion. Ses actions pendant la paix et la guerre, notamment la conquête de places stratégiques sans combat et la gestion efficace du royaume malgré les menaces extérieures, illustrent ces vertus. Monsieur Racine, directeur de l'Académie, répond aux nouveaux académiciens en soulignant l'importance de Pierre Corneille pour le théâtre français. Racine décrit l'état chaotique du théâtre avant l'œuvre de Corneille, qui a introduit la raison et la vraisemblance sur scène, surpassant tous ses contemporains. Il compare Corneille aux grands tragiques de l'Antiquité et souligne son impact durable sur la littérature française. Le texte mentionne également la gloire de la France, qui se glorifie d'avoir produit des figures illustres comme Auguste, Horace et Virgile, et prédit que le siècle sera admiré pour ses victoires prodigieuses. Corneille est décrit comme une merveille parmi ces exploits. La France se souviendra avec plaisir que, sous le règne de Louis XIV, le plus célèbre de ses poètes a fleuri. Le roi a honoré Corneille de ses bienfaits, même deux jours avant sa mort, en lui envoyant des marques de libéralité. Les dernières paroles de Corneille ont été des remerciements à Louis XIV, qu'il a loué pour sa probité, sa piété et son esprit de douceur. Racine adresse ensuite la parole à Bergeret, soulignant que l'Académie française a perdu en Cordemoy un homme dédié à l'étude de l'histoire ancienne, mais a choisi un successeur compétent en Bergeret. Ce dernier, après avoir été l'organe d'un parlement célèbre et occupé un emploi important dans l'État, apporte à l'Académie une connaissance parfaite de l'histoire et des livres, ainsi que de l'histoire de son protecteur. Racine loue Bergeret pour sa connaissance des grands événements, des traités, des alliances et des négociations sous le règne de Sa Majesté. Racine mentionne également la supériorité de la France dans les négociations, contrastant avec les politiques passées où la France était souvent désavantagée. Il souligne que l'Espagne, autrefois orgueilleuse, a dû reconnaître publiquement son infériorité et abandonner des places et provinces importantes. Ce changement est attribué à la puissance et à la justice du roi, qui n'a besoin que de déclarer ses volontés pour les voir exécutées. Racine conclut en louant le roi pour sa résolution de mettre fin à la guerre et pour son habileté à tracer des lignes de paix que les ennemis ont dû accepter.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
820
p. 141-143
SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Début :
Cet Article m'engage à vous faire part de deux Sonnets, qui / Lors qu'Auguste eut calmé les tempestes civiles, [...]
Mots clefs :
Paix, Europe, Roi, Ennemis, Tempêtes, Peuples, Indocile, Fertile
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
SUR LA PAIX
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
que le Roy a donnée
à l'Europe
.
L
Ors qu'Auguste eut calmé les
tempeftes civiles ,
Gagne fes Ennemis contre luy prévenus
,
Affervy des Climats jufqu'alors inconnus
>
-142 MERCURE
Et foûmis l'Univers à la Rejne dès
Villes ,
Sa douceur ramena les Peuples indociles
, .
Les fuftes dans leurs droits fe virent
maintenus ;
Et dés qu'il eut fermé le Temple de
Ianus ,
On vit fleurir les Arts , ont vit les
Champs fertiles.
Tel & plus grand que luy, d'un Bras
victorieux
LOVIS ayant porté la terreur en
tous lieux
Fuſt un jour devenu le Maistre de la
Terre,
Mais Vainqueur de lay mefme , il
borne fes hauts Faits ;
Apres avoirpassé pour le Dieu de la
Guerre ,
GALANT. 143
Il veut encor paffer pour le Dieu de
la Paix.
Fermer
Résumé : SUR LA PAIX que le Roy a donnée à l'Europe.
Le texte célèbre la paix accordée par le roi à l'Europe, comparant ses actions à celles d'Auguste, qui apaisa les troubles civils et soumit l'univers à son règne. Louis, maître du monde par ses victoires, choisit de limiter ses conquêtes et de se présenter comme le dieu de la Paix.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
821
p. 143-144
SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Début :
L'Apollon de nos jours, dont la fertile Veine, [...]
Mots clefs :
Apollon, Couleurs, Mouvement, Spectacles, Corneille, Poètes, Admirateur, Hommage, Gloire, Mémoire, Pierre Corneille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
SUR LA MORT
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
DE M' DE CORNEILLE.
L'
'Apollon de nos jours , dont la
fertile Veine
Par fes vives couleurs , par fes raifonnemens
,
Marqua fi bien du coeur les divers
mouvemens ;
Le grand Corneille , hélas n'eft plus
qu'une Ombre vaine .
Que dis-je? Il vit toûjours dans nôtre
illuftre Scene ;
Toujours y regneront ces Spectacles
charmáns ,
Où l'esprit enchanté découvre à tous
momens
Mille nouveaux appas, dont la force
l'entraîne.
144
MERCURE
O vous, Hiftoriens, Poètes, Orateurs,
Ou jaloux de fon nom , ou fes admi .
rateurs ,
Rende luy voftre hommage , honorezSa
memoire.
vous Non; qui que vous soyeZtaisez vo
Ecrivains ;
Ses Ouvrages fans vous éternifent
Sa gloire ,
Et l'ont mis audeffus des Grecs &
des Romains.
Fermer
Résumé : SUR LA MORT DE MR DE CORNEILLE.
Le texte rend hommage à Pierre Corneille après sa mort, soulignant que son œuvre continue de captiver sur scène. Il appelle historiens, poètes et orateurs à honorer sa mémoire. Les écrits de Corneille assurent son immortalité, le plaçant au-dessus des auteurs grecs et romains.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
822
p. 144-146
Ce qui s'est passé touchant la Chaire Gréque de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
Début :
La Place de Docteur Aggregé en la Faculté des Droits [...]
Mots clefs :
Université de Caen, Docteur, Charge, Avocat, Faculté de droit, Professeurs, Approbation, Confrères, Nomination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé touchant la Chaire Gréque de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
La Place de Docteur Aggregé
en la Faculté des Droits de l'Univerfité
de Caën , vacante par le
deceds de Monfieur Pyron , qui
eftoit auffi Porfeffeur d'Eloquen
ce au Collège du Bois , & qui
poffedoit la Chaire Grecque ,
dont je vous ay parlé dans ma
Lettre de Décembre , a efté rem-
{
plie
GALANT.
145
plie par Monfieur Cotelle, Avocat
au Préfidial de la même Ville.
Trois Perfonnés s'étoient prefentées
pour prendre le degré
de Docteur , afin d'eſtre en pouvoir
de difputer cette Place , Sa
Majefté fouhaitant que celuy
qu'on nommeroit cût la qualité
de Docteur , & aprés que chas
cun d'eux cut fait & fouftenu
des Théfes dans les Ecoles publiques
des Droits , tant du Droit
Civil , que du Droit Canonique ,
fur les Matiéres les plus difficiles
à refoudre , la Faculté , qui eft
compofée de quatre Docteurs
& Profeffeurs en Droit Civil &
Canon , d'un Docteur & Profeffeur
de Droit François , & de
hoit Docteurs aggregez , s'affembla
fur la fin de l'année derniére,
pour en choisir un qui fuft capable
de faire les fonctions de cet-
Ianvier 1685. G
146 MERCURE
te Charge , & fuivant la Déclaration
de fa Majefté , ils nommérent
Monfieur Cotelle , fameux
par plufieurs doctes Plajdoyers
, qui luy ont attiré l'approbation
de tous ceux qui l'ont entendu
parler , pour Succeffeur
de Monfieur Pyron . Aprés le
Serment fait de s'aquitter de la
Charge d'Aggregé , conformément
aux Edits du Roy , & aux
Statuts & Reglemens de la Faculté
, il fut mis en poffeffion de cette
Place, pour en joüir aux honneurs
profits émolumens &
prérogatives , dont jouiffent les
autres Docteurs Aggregez fes
Confreres.
en la Faculté des Droits de l'Univerfité
de Caën , vacante par le
deceds de Monfieur Pyron , qui
eftoit auffi Porfeffeur d'Eloquen
ce au Collège du Bois , & qui
poffedoit la Chaire Grecque ,
dont je vous ay parlé dans ma
Lettre de Décembre , a efté rem-
{
plie
GALANT.
145
plie par Monfieur Cotelle, Avocat
au Préfidial de la même Ville.
Trois Perfonnés s'étoient prefentées
pour prendre le degré
de Docteur , afin d'eſtre en pouvoir
de difputer cette Place , Sa
Majefté fouhaitant que celuy
qu'on nommeroit cût la qualité
de Docteur , & aprés que chas
cun d'eux cut fait & fouftenu
des Théfes dans les Ecoles publiques
des Droits , tant du Droit
Civil , que du Droit Canonique ,
fur les Matiéres les plus difficiles
à refoudre , la Faculté , qui eft
compofée de quatre Docteurs
& Profeffeurs en Droit Civil &
Canon , d'un Docteur & Profeffeur
de Droit François , & de
hoit Docteurs aggregez , s'affembla
fur la fin de l'année derniére,
pour en choisir un qui fuft capable
de faire les fonctions de cet-
Ianvier 1685. G
146 MERCURE
te Charge , & fuivant la Déclaration
de fa Majefté , ils nommérent
Monfieur Cotelle , fameux
par plufieurs doctes Plajdoyers
, qui luy ont attiré l'approbation
de tous ceux qui l'ont entendu
parler , pour Succeffeur
de Monfieur Pyron . Aprés le
Serment fait de s'aquitter de la
Charge d'Aggregé , conformément
aux Edits du Roy , & aux
Statuts & Reglemens de la Faculté
, il fut mis en poffeffion de cette
Place, pour en joüir aux honneurs
profits émolumens &
prérogatives , dont jouiffent les
autres Docteurs Aggregez fes
Confreres.
Fermer
Résumé : Ce qui s'est passé touchant la Chaire Gréque de l'Université de Caen, [titre d'après la table]
La place de Docteur Agrégé à la Faculté des Droits de l'Université de Caen, laissée vacante par le décès de Monsieur Pyron, Professeur d'Éloquence et titulaire de la Chaire Grecque, a été attribuée à Monsieur Cotelle, Avocat au Présidial de Caen. Trois candidats avaient postulé pour obtenir le degré de Docteur afin de briguer cette place. Sa Majesté avait exprimé le souhait que le candidat nommé soit Docteur. Après la soutenance de thèses publiques sur des matières de Droit Civil et Canonique, la Faculté, composée de quatre Docteurs et Professeurs en Droit Civil et Canon, d'un Docteur et Professeur en Droit Français, et de huit Docteurs Agrégés, s'est réunie fin 1684 pour choisir un candidat. Conformément à la Déclaration de Sa Majesté, ils ont nommé Monsieur Cotelle, reconnu pour ses plaidoyers doctes, comme successeur de Monsieur Pyron. Après avoir prêté serment, Monsieur Cotelle a pris possession de la place, bénéficiant ainsi des honneurs, profits, émoluments et prérogatives des autres Docteurs Agrégés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
823
p. 146-147
Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Début :
Le Mercredy 17. de ce mois, jour de la Feste de S. Antoine, [...]
Mots clefs :
Saint-Antoine, Fête, Église, Chanoines, Auditoire, Abbé Fléchier, Solitude, Sermon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le Mercredy 17. de ce mois,
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
jour de la Fete de S. Antoine,
Monfieur l'Abbé Fléchier , Aumônier
ordinaire de Madame la
Dauphine , prononça l'Eloge de
GALANT.
147
ce Saint , dans l'Eglife des Reli--
gieux de S. Antoine , Chanoines
Réguliers de Saint Auguftin . Il
s'aquitta de cette action avec un
fi grand fuccés , que fon Auditoire
composé d'un Monde choisi
de tout Paris , en fortit charmé,
& tomba d'accord que la folitude
ne pouvoit eftre louée avec
plus de pieté , de force & d'éloquence.
Il yy eeuutt Mufique &
Symphonie dont on fut fort
fatisfait.
Fermer
Résumé : Sermon de Monsieur l'Abbé Fléchier, [titre d'après la table]
Le 17 du mois, jour de la fête de Saint Antoine, l'abbé Fléchier a prononcé l'éloge de Saint Antoine à l'église des Religieux de Saint Antoine. Son discours a été acclamé pour sa piété, sa force et son éloquence. La cérémonie a également inclus de la musique appréciée par l'auditoire parisien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
824
p. 147-150
Vers sur le calme dont joüit la France, [titre d'après la table]
Début :
Je vous envoye des Vers qui ont esté faits à l'occasion du calme / Voicy le doux temps de l'Amour [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Louis, Lauriers, Honneur, Nature, Trésor, Tranquillité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers sur le calme dont joüit la France, [titre d'après la table]
le vous envoye des Vers qui
ont efté faits à l'occafion du calme
dont jouit la France .
Voicy le doux temps de l' Amour
Et du charmant Dieu des Bouteilles
;
Nous ne verrons plus le Tambour
Faire du bruit à nos oreilles.
LOUIS couronné de Lauriers ,
G 2
148
MERCURE
A licentie fes Guerriers.
Au lieu de Clairons , de Trompettes.
Nous n'entendrons que des Mufettes;
Et déia j'entens dans nos Bois ,
A l'honneur du plus grand des Roys,
Le Berger avec fa Bergere ,
Chanter fur la verte Fougere ,
Vive LOVIS ! Puiffe le Ciel
Sur fes jours découler le miel ;
Que toujours à pleine Faucille
On moiffonne dans fa Famille
Des Lauriers; & que
le Soleil
Aux cheveux blõds, au teint vermeil
Empefche que la Medecine
Sur luy n'exerce fa Doctrine.
C'est par luy que le Siecle d'or ,
Mort filong- temps avant Neftor,
Va renaiftre , & combler la France
De tout ce qui fait l'abondance.
Que l'Hymen va joindre de coeurs
Sous le joug d'un amour fidelle ,
Et qu'il va moiffonner de Fleurs
Avant que la brune Hyrondelle
GALANT. 149
Par fes premiers gazoüillemeus
Nous ait marqué les jours charmans
Qui ramenent la Tourterelle !
Que fous l'Empire de Bacchus
Nous allons voir caffer de Verres,
Et quefous celuy de Vénus
Nous verrons d'amoureux Parterres!
Combien verrons.nous fous l'Ormeau
Danfer au fon du Chalumeau !
Combien de Garçons & de Filles
Les Dimanches jouer aux Quilles ,
Courir , & la Boule à la main
Bondir comme feroit un Dain !
Le Vilageois dans fa Chaumiere
Verra pendre àSa Cremilliere
Dans un Chaudron bien écuré
Dequoy feftoyer fon Curé.
Au Bourgeois étofé de Pane
Nul ne verra faire la Cane ,
Quand il faudra de fon Trefor
Tirer de l'argent & de l'or ,
Pour degager la Girouette
De l'Amy, qu'un Sergent decrete.
G 3
150 MERCURE
.
Le Noble, la Plume au Chapeau ,
Et le Clinquant fur l'Ecarlate ,
Fera tapiffer fon Chasteau ,
Qui n'eftoit meublé que de Natte.
On luy verra des Chiens courants ,
Vne Ecurie à doubles rangs,
Vne Cuifine à double Broche,
Toujours de l'argent dans fa Poche .
Enfin , grace au Maistre des Lys,
Nous ferons gorgez de Louis ;
Et d'un bout à l'autre du Monde ,
Sur la Terre , & mefme fur l'onde,
On dira , c'eft cheles François
Qu'on vit content comme des Rois.
ont efté faits à l'occafion du calme
dont jouit la France .
Voicy le doux temps de l' Amour
Et du charmant Dieu des Bouteilles
;
Nous ne verrons plus le Tambour
Faire du bruit à nos oreilles.
LOUIS couronné de Lauriers ,
G 2
148
MERCURE
A licentie fes Guerriers.
Au lieu de Clairons , de Trompettes.
Nous n'entendrons que des Mufettes;
Et déia j'entens dans nos Bois ,
A l'honneur du plus grand des Roys,
Le Berger avec fa Bergere ,
Chanter fur la verte Fougere ,
Vive LOVIS ! Puiffe le Ciel
Sur fes jours découler le miel ;
Que toujours à pleine Faucille
On moiffonne dans fa Famille
Des Lauriers; & que
le Soleil
Aux cheveux blõds, au teint vermeil
Empefche que la Medecine
Sur luy n'exerce fa Doctrine.
C'est par luy que le Siecle d'or ,
Mort filong- temps avant Neftor,
Va renaiftre , & combler la France
De tout ce qui fait l'abondance.
Que l'Hymen va joindre de coeurs
Sous le joug d'un amour fidelle ,
Et qu'il va moiffonner de Fleurs
Avant que la brune Hyrondelle
GALANT. 149
Par fes premiers gazoüillemeus
Nous ait marqué les jours charmans
Qui ramenent la Tourterelle !
Que fous l'Empire de Bacchus
Nous allons voir caffer de Verres,
Et quefous celuy de Vénus
Nous verrons d'amoureux Parterres!
Combien verrons.nous fous l'Ormeau
Danfer au fon du Chalumeau !
Combien de Garçons & de Filles
Les Dimanches jouer aux Quilles ,
Courir , & la Boule à la main
Bondir comme feroit un Dain !
Le Vilageois dans fa Chaumiere
Verra pendre àSa Cremilliere
Dans un Chaudron bien écuré
Dequoy feftoyer fon Curé.
Au Bourgeois étofé de Pane
Nul ne verra faire la Cane ,
Quand il faudra de fon Trefor
Tirer de l'argent & de l'or ,
Pour degager la Girouette
De l'Amy, qu'un Sergent decrete.
G 3
150 MERCURE
.
Le Noble, la Plume au Chapeau ,
Et le Clinquant fur l'Ecarlate ,
Fera tapiffer fon Chasteau ,
Qui n'eftoit meublé que de Natte.
On luy verra des Chiens courants ,
Vne Ecurie à doubles rangs,
Vne Cuifine à double Broche,
Toujours de l'argent dans fa Poche .
Enfin , grace au Maistre des Lys,
Nous ferons gorgez de Louis ;
Et d'un bout à l'autre du Monde ,
Sur la Terre , & mefme fur l'onde,
On dira , c'eft cheles François
Qu'on vit content comme des Rois.
Fermer
Résumé : Vers sur le calme dont joüit la France, [titre d'après la table]
Le poème célèbre la paix et la prospérité en France sous le règne de Louis. Il décrit une époque où l'amour et la joie remplacent les bruits de la guerre. Le roi Louis, couronné de lauriers, permet à ses guerriers de se reposer. Les instruments de guerre sont remplacés par des musettes et des chants de bergers. Le poète souhaite longue vie et santé au roi, comparant son règne à un âge d'or de prospérité et d'abondance. Il imagine une France où l'Hymen unit les cœurs sous le signe de l'amour fidèle, et où les plaisirs de Bacchus et de Vénus sont célébrés. Les villageois vivent paisiblement, tandis que les nobles et les bourgeois prospèrent. Grâce au roi, les Français vivent heureux et contents, et cette félicité est reconnue à travers le monde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
825
p. 150-151
AIR NOUVEAU. POUR CRIER LE ROY BOIT.
Début :
Ce mot Roys me fait souvenir d'un Air nouveau, qu'un / Si la Féve par un heureux destin [...]
Mots clefs :
Fête, Fève, Roi, Festin, Boire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AIR NOUVEAU. POUR CRIER LE ROY BOIT.
Ce mot de Roys me fait fouvenir
d'un Air nouveau , qu'un
habile Maître a fait pour la Fête
de Réjouiffance qu'on celebre le
6. de ce mois ,
GALANT.
151
AIR NOUVEAU.
PoUR CRIER LE ROY - BOIT.
la Féve par un heureux deftin
SlaMaintenant nous ordonne
De reverer ce grand Roy du Feftin,
Qui doit regner deffus ta Tonne,
Que chacunfaffe ce qu'il doit,
En criant le Roy boit.
d'un Air nouveau , qu'un
habile Maître a fait pour la Fête
de Réjouiffance qu'on celebre le
6. de ce mois ,
GALANT.
151
AIR NOUVEAU.
PoUR CRIER LE ROY - BOIT.
la Féve par un heureux deftin
SlaMaintenant nous ordonne
De reverer ce grand Roy du Feftin,
Qui doit regner deffus ta Tonne,
Que chacunfaffe ce qu'il doit,
En criant le Roy boit.
Fermer
826
p. 151-154
Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Début :
Si vous avez envie de sçavoir quelle est l'origine du Roy de la / On tient que de Solo, Legislateur fort sage, [...]
Mots clefs :
Roi de la fève, Solon, Athéniens, Élection, Illégitime, Charge, Romains, Respect, Trépas, Gâteau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Si vous avez envie de fçavoir.
quelle eft l'origine du Roy de la
Féve, vous l'apprendrez dans ces
Vers d'Alcidor du Havre.
OV
N tient que de Solon , Legifla
teurfortfage,
Eft venu le premier ufage
D'employer une Féve , afin délire un
Roy5
Et que c'eftoit fuivant ſa Loy,
Que les Atheniens avoient cette
maxime,
G
4
2 MERCURE
>
Lors qu'ils créoient leurs Magistrats.
Toute autre élection étoit illegitime;
On les euft pris pour fcelerats,
S'ils avoient eu d'autre methode,
Tant celle- là pour eux estoit juste &
commode.
Pythagore ditfeul, qu'ilfaloit s'abftenir
Des Féves que chacun fouhaitoit
d'obtenir.
Il vaut mieux , difoit - il , n'avoir
aucune Charge,
Que d'en chercher ainsi , pour troubler
Son repos,
~Parce que bien fouvent c'est un chemin
fort large,
Qui nous conduit vers Atropos.
Il eft d'autres Autheurs d'un fentiment
contraire;
Soûtenant hautement que ce font
les Romains,
GALANT.
153
Qui font les premiers des Hu
mains
A qui cette methode ait commencé
de plaire ,
Car le jour qu'ilsfaifoient Festin
Pendant leurs Festes Saturnales,
Ils élifoient un Roy fans brigues ny
cabales,
Par le feul ordre du Deftin ;
La Féve eftoit la feule marque
Pour defigner celuy qu'ils devoient
Respecter
Pendant tout le Répas qu'on faifoit
apprefter,
Selon la volonté de ce petit Monarque.
Nous imitons encor fans aucun repentir
Les Romains plus que ceux d'Athenes
;
L'on en voit les preuves certaines,
Que l'on nesçauroit démentir.
G S
154
MERCURE
Lufage du Gafteau n'est - il pas tout
Semblable ?
Et n'est- ce pas le feul hazard
Qui fait un Roy d'un miferable,
Lors que la Féve eft dansfa part.
quelle eft l'origine du Roy de la
Féve, vous l'apprendrez dans ces
Vers d'Alcidor du Havre.
OV
N tient que de Solon , Legifla
teurfortfage,
Eft venu le premier ufage
D'employer une Féve , afin délire un
Roy5
Et que c'eftoit fuivant ſa Loy,
Que les Atheniens avoient cette
maxime,
G
4
2 MERCURE
>
Lors qu'ils créoient leurs Magistrats.
Toute autre élection étoit illegitime;
On les euft pris pour fcelerats,
S'ils avoient eu d'autre methode,
Tant celle- là pour eux estoit juste &
commode.
Pythagore ditfeul, qu'ilfaloit s'abftenir
Des Féves que chacun fouhaitoit
d'obtenir.
Il vaut mieux , difoit - il , n'avoir
aucune Charge,
Que d'en chercher ainsi , pour troubler
Son repos,
~Parce que bien fouvent c'est un chemin
fort large,
Qui nous conduit vers Atropos.
Il eft d'autres Autheurs d'un fentiment
contraire;
Soûtenant hautement que ce font
les Romains,
GALANT.
153
Qui font les premiers des Hu
mains
A qui cette methode ait commencé
de plaire ,
Car le jour qu'ilsfaifoient Festin
Pendant leurs Festes Saturnales,
Ils élifoient un Roy fans brigues ny
cabales,
Par le feul ordre du Deftin ;
La Féve eftoit la feule marque
Pour defigner celuy qu'ils devoient
Respecter
Pendant tout le Répas qu'on faifoit
apprefter,
Selon la volonté de ce petit Monarque.
Nous imitons encor fans aucun repentir
Les Romains plus que ceux d'Athenes
;
L'on en voit les preuves certaines,
Que l'on nesçauroit démentir.
G S
154
MERCURE
Lufage du Gafteau n'est - il pas tout
Semblable ?
Et n'est- ce pas le feul hazard
Qui fait un Roy d'un miferable,
Lors que la Féve eft dansfa part.
Fermer
Résumé : Origine du Roy de la Féve, [titre d'après la table]
Le texte explique l'origine de la tradition du 'Roi de la Fève', où une fève cachée dans un gâteau désigne le roi du repas. Selon Alcidor du Havre, cette coutume remonte aux Athéniens, qui utilisaient une fève pour élire leurs magistrats sous la loi de Solon. Cette méthode était perçue comme juste et pratique, toute autre élection étant considérée illégitime. Pythagore, en revanche, déconseillait de rechercher des charges publiques, craignant que cela ne perturbe le repos et n'entraîne des conséquences néfastes. Les Romains, lors des Saturnales, élisaient un roi par le hasard de la fève, sans intrigues. Ce roi était respecté durant le repas. Les pratiques modernes, comme l'usage du gâteau à la fève, imitent davantage les Romains que les Athéniens, car elles désignent le roi du repas par le hasard.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
827
p. 154-156
STANCES.
Début :
Le Sort ayant favorisé dans ces jours de Réjouïssance, une / Aimable Enfant, on vient de dire, [...]
Mots clefs :
Enfant, Empire, Rois, Sort, Sang, Nature, Domination, Amour, Clémence, Cruauté, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : STANCES.
Le Sort ayant favorisé dans
ces jours de Réjouiffance , une
fort jeune Perfonne qui eft d'une
tres grande beauté , & dont la
Mere n'a pas moins de charmes ,
un Cavalier fort fpirituel prit de
là occafion de faire ces Vers.
A
STANCE S.
Imable Enfant , on vient de
dire,
Que le Sort par un juste choix
Vous a fait prefent d'un Empire,
Le jour qu'il peut faire des Roys :
Mais faloit il prendre la peine
De faire declarer le Sort,
GALANT . 155
Et chacun d'un commun accord
Ne vous auroit - il pas fait Reyne ?
Le Sang dont vous tirez naiffance
Eut toûjours droit de dominer;
Et pourquoy donc dés vostre enfance
Ne vous verroit - on pas regner ?
La Nature vous a fait naître
Avec certain je- ne -fçay quoy,
Qui ne nous fait que trop connoître
Que nous vivrons fous voftre Loy.
Mais il court certain bruit critique
De vostre Domination ,
C'est que celles de voftre nom
Sont de Race un peu tyrannique.
Ma belle
De fuivre ces cruels modeles ;
Pour avoir des Sujets fidèles,
Attachez- les d'un doux lien.
Enfant ,gardez- vous bien
Serez-vous pas plus fatisfaite
De vous voir fervir par amour,
G 6
156
MERCURE
Que de voir toujours voftre Cour
De mille chagrins inquiete ?
Songe qu'il vous feroit honteux ,
Que dans le monde l'on puft dire,
Que vous faites de voftre Empire
Un Empire de Malheureux.
<
Que ce foit toûjours la clemence
Qui conduife tous vos projets.
Helas ! un peu de complaifance
Contentera tous vos Sujets.
Mais , entre nous , je me défie
De ce que cache voftre coeur ;
Celle dont vous tene la vie
Ne panche point vers la douccur.
Soyez plitoft , s'il fe peut faire,
Dans voftre Souveraineté,
Moins charmante que vostre Mere;
Mais ayez moins de cruauté.
que
les charmes
Ne prenez d'elle
Qui peuvent enchanter les coeurs;
Mais n'en prenez point les rigueurs
Qui nous oat coûté tant d'alarmes.
ces jours de Réjouiffance , une
fort jeune Perfonne qui eft d'une
tres grande beauté , & dont la
Mere n'a pas moins de charmes ,
un Cavalier fort fpirituel prit de
là occafion de faire ces Vers.
A
STANCE S.
Imable Enfant , on vient de
dire,
Que le Sort par un juste choix
Vous a fait prefent d'un Empire,
Le jour qu'il peut faire des Roys :
Mais faloit il prendre la peine
De faire declarer le Sort,
GALANT . 155
Et chacun d'un commun accord
Ne vous auroit - il pas fait Reyne ?
Le Sang dont vous tirez naiffance
Eut toûjours droit de dominer;
Et pourquoy donc dés vostre enfance
Ne vous verroit - on pas regner ?
La Nature vous a fait naître
Avec certain je- ne -fçay quoy,
Qui ne nous fait que trop connoître
Que nous vivrons fous voftre Loy.
Mais il court certain bruit critique
De vostre Domination ,
C'est que celles de voftre nom
Sont de Race un peu tyrannique.
Ma belle
De fuivre ces cruels modeles ;
Pour avoir des Sujets fidèles,
Attachez- les d'un doux lien.
Enfant ,gardez- vous bien
Serez-vous pas plus fatisfaite
De vous voir fervir par amour,
G 6
156
MERCURE
Que de voir toujours voftre Cour
De mille chagrins inquiete ?
Songe qu'il vous feroit honteux ,
Que dans le monde l'on puft dire,
Que vous faites de voftre Empire
Un Empire de Malheureux.
<
Que ce foit toûjours la clemence
Qui conduife tous vos projets.
Helas ! un peu de complaifance
Contentera tous vos Sujets.
Mais , entre nous , je me défie
De ce que cache voftre coeur ;
Celle dont vous tene la vie
Ne panche point vers la douccur.
Soyez plitoft , s'il fe peut faire,
Dans voftre Souveraineté,
Moins charmante que vostre Mere;
Mais ayez moins de cruauté.
que
les charmes
Ne prenez d'elle
Qui peuvent enchanter les coeurs;
Mais n'en prenez point les rigueurs
Qui nous oat coûté tant d'alarmes.
Fermer
Résumé : STANCES.
Le poème est adressé à une jeune femme d'une grande beauté, dont la mère est également charmante. Composé par un cavalier spirituel lors d'une fête, il célèbre la beauté et la noblesse de la jeune femme, soulignant que son sang royal lui confère le droit de régner. Cependant, il met en garde contre la tyrannie, rappelant la cruauté des ancêtres de la jeune femme. Le cavalier conseille à la jeune femme de gouverner avec clémence et amour pour éviter les chagrins et les malheurs. Il exprime des doutes sur la véritable nature de la jeune femme, craignant qu'elle n'hérite pas de la douceur de sa mère. Le poème se termine par un avertissement contre la cruauté, exhortant la jeune femme à ne pas reproduire les erreurs de ses ancêtres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
828
p. 157-168
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Si l'Abjuration de Monsieur Vignes, Ministre de Grenoble, a fait [...]
Mots clefs :
Abjuration, Monsieur Vignes, Seigneur, Noblesse, Dauphiné, Religion prétendue réformée, Roi de Navarre, Maison d'Arbaud, Charges, Église catholique, Archevêque, Duc de Noailles, Honnêteté, Conversation, Pasteur, Erreur, Compliments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
Si l'Abjuration de Monfieur
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
Vignes , Miniftre de Grenoble,
a fait grand bruit dans le Dauphiné
, celle de Monfieur d'Ar
baud , Seigneur de Blanfac, originaire
d'Arles , n'en a pas moins
fait dans le Languedoc . Ce Gentilhomme
, qui eft d'une fort ancienne
Nobleffe , demeuroit à
Nifmes , à caufe qui faifoit profeffion
de la Religion Pretenduë
Réformée. Ses Prédeceffeurs qui
faifoient la mefme Profeffion , s'y
êtoient êtablis depuis cent ans.
Son Ayeul , né Catholique, avoit
changé de Religion , par l'engagement
qu'il avoit pris dans le
party du Roy de Navarre, qui fut
depois Roy de France , fous le
nom de Henry IV. Il fut honoré
par ce Monarque , de belles
& importantes Commiffions
, &
le fuivit en plufieurs Exploits.
158
MERCURE
Comme cette Maifon , fort confiderée
dans Arles , auffi bien
qu'en Languedoc , avoit toûjours
eû un zele ardent pour tout ce
qui regardoit le culte de Dieu ,
elle avoit laiffé des marques de
fa pieté dans les Eglifes fur les
Autels . Ainfi fes Armes paroiffoient
encore en beaucoup d'endroits
, jufque fur des Croix de
Marbre expofées en public , &
par des fondations de Chapelles ,
conftrutions de Tombeaux de
Marbre , & autres fondations
dans l'Eglife Cathedrale , & chez
les Dominicains. Ces objets qui
frapérent ce Gentilhomme dans
fajeuneffe , furent en quelque
maniére effacez par le fois,
qu'apportérent fes Parens & les
Miniftres de Nifmes , à le fortifier
dans les erreurs de Calvin . Il
étoit alors feul de fa maiſon , ayam
1
GALANT.
159
perdu un Frere aîné , mort au Service
du Roy en Italie , Capitaine
dans le Regiment de montpefat.
Il aimoit les belles Lettres , &
avoit acquis la plupart des Connoiffances
qui font recherchées
par les Perfonnes d'efprit . Cela
fut caufe que Meffieurs de l'Académie
Royale d'Arles , jetterent
les yeux fur luy , pour l'affocier
dans leur Compagnie . Cet engagement
ne fut pas un petit
motif, pour luy faire reprendre
les premiéres impreffions , qui
Juy avoient donné qulque penchant
pour l'Eglife Catholique ,
qui étoit la Religion de fes anceftres
& celle de quantité de
Parens qu'il avoit , & qu'il a encore
, parmy lefquels il y a des
Commandeurs de Malte , comme
il y a eû parmy fes Prédeceffeurs
plufieurs Evefques, & autres
160 MERCURE
que
Perſonnes reveftuës de Charges
confidérables dans Arles , telle
celle de Premiers Conful.
On compre dans cette Maiſon
jufqu'à quatre Confulats . On
peut joindre à tout cela le commerce
de devoir & d'honnefteté
qu'il avoit avec Monfieur
l'Archevefque d'Arles . Ce fçavant
Prélat , qui a toûjours efté
fi fidelle à fon Prince , & à la Religion
Catholique , ne perdoit
pas les occafions de l'exhorter à
ouvrir les yeux à la verité , & il
le faifoit d'une manière fi Apoftolique,&
fi remplie de douceur,
que Monfieur d'Arbaud a depuis
avoüé que fes follicitations , accompagnées
de fa pieté & de fon
exemple , avoient fort contribué
à le retirer de fes erreurs. Il eftoit
dans ces favorables difpofitions ,
lors qu'il alla à Montpellier auffiGALANT.
161
bien
que les autres Gentilshommes
du Languedoc , rendre fes
devoirs à Monfieur le Duc de
Noailles qui avoit eſté nommé
par le Roy pour commander en
Chef dans cette Province . Ce
Duc à qui l'on apprit la Religion
dont il eftoit , luy fit beaucoup
de careffes , & le pria de penfer
ferieufement au peril où l'avoit
mis le malheur de fa naiffance .
Cette entrevue fe paffa en complimens
; & lors que Monfieur
d'Arbaud prenoit congé de Mr
le Duc de Noailles , Monfieur
l'Evefque de Mirepoix qui eftoit
dans la Chambre avec plufieurs
autres Prélats , trouva moyen
d'engager avec luy une converfation
qui dura trois heures. Monfieur
le Comte du Roure , Monfieur
le Vicomte de Polignac ,
Monfieur le Comte de Luffan , &c
160
MERCURE
autres Perſonnes de qualité , y
affiftérent avec Meffieurs les Evêques.
On n'y agita que des matieres
de Controverfes , mais avec
beaucoup d'honnefteré & de
douceur. Cette converfation fut
fuivie de trois ou quatre autres ,
dans la Maiſon de Monfieur l'Evefque
de Mirepoix . Les raifons
que luy apporta ce Prélat furent
fi fortes, qu'ayant commencé dés
ce temps - là à eftre cenvaincu de
la verité, il le fut entierement par
les Lettres que Monfieur l'Evef
que de Mirepoix luy écrivit enfuite
fur fes doutes , & aufquelles
Monfieur d'Arbaud répondoit ,
foutenant toûjours fa Religion ,
fans pourtant fe déclarer Catholique
, quoy qu'il le fuft en effet ,
n'y ayant plus que le feul refpect
humain qui le retinſt . Il laiſſa páffer
encore deux ans ; & enfin ne
GALANT. 1161
pouvant plus résister à la Grace ,
il fit fçavoir à Monfieur de Mirepoix
, qui s'étoit rendu aux derniers
Etats de Languedoc
, qu'étant
incommodé
, il luy étoit impoffible
d'aller fi tofgle trouver à
Montpellier
; mais qu'avant la fin
des Etats , il auroit l'honneur de
le voir , pour recevoir fa Benediction
, en luy declarant qu'il vouloit
vivre & mourir Catholique.
Il fit part de cette nouvelle à
Monfieur le Cardinal de Bonfy &
à Monfieur l'Intendant
, & dés
qu'il eut un peu de ſanté , il alla
à Arles communiquer
ſon deſſein
à Monfieur l'Archevefque
, & à
Monfieur le Coadjuteur
. De là il
fe rendit à Montpellier
, où il
efperoit trouver Monfieur l'Evef
que de Nifmes , & Monfieur l'Evefque
d'Ufés , qui font fes Pafteurs
, auffi bien Monfieur
que
164
MERCURE
l'Archevefque d'Arles , puis qu'il
eft domicilié à Nifmes , & qu'il a
du Bien dans le Diocefe d'Ufés ;
mais Monfieur de Nifmes ne s'y
étant point rencontré , il n'y eut
que Monfieur d'Ufés qui reçeut
fon abjuration comme fon Pafteur
, en prefence de Monfieur
l'Evefque de Mirepoix , & de
Monfieur de Plantade Confeiller
à la Cour des Aydes , Oncle de
Madame d'Arbaud fa Femme. Le
lendemain de cette action qui fe
fit dans la Chapelle des Penitens
blancs , ce fut une réjouiffance
publique dans Montpellier du côté
des Catholiques , & une mortification
inexprimable pour tous
les Prétendus Réformez. La perte
qu'ils font enluy eft d'autant plus
grande , que connoiffant parfaitement
leur Religion , il connoiſt
préfentement toutes les erreurs
GALANT. 165
qui les devroient obliger à la
quitter. Il avoit paffé par toutes
les Claffes de ceux de fon party,
comme font Confiftoire , Deputations,
Synodes , & autres Affemblées
generales , particulieres &
fecretes qu'ils ont accoûtumé de
faire , quand le Roy le leur permet
, pour l'obfervation de leur
Difcipline . Il a paru dans toutes
avec beaucoup d'efprit & de fçavoir
, & fes grandes qualitez appuyées
du bien & de la naiffance ,
Je faifoient confiderer parmi eux
comme un Chefde leur Religion ,
dans les Villes de Nifmes d'Ufés,
& de Montpellier . Ce qui les afflige
davantage , c'est qu'outre la
crainte qu'ils ont de voir fuivre
fon exemple, il a dix Enfans qu'il
efpere ramener à l'Eglife , y en
ayant déja trois ou quatre , qui par
leur âge font devenus Catholi164
MERCURE
ques , fuivant la Declaration du
Roy. D'ailleurs l'exercice public
de la Religion Pretenduë Refor
mée , eft étably dans fa Terre de
Blanfae , où il fait fon plus ordinaire
fejour ; & comme il y a un
grand nombre de Vaffaux de
cette Religion, il pretend qu'avec
le fecours de Monfieur l'Evêque
d'Ulés,dans le Dioceſe duquel eft
cette Terre , fon exemple ne fera
pas fans fruit pour ces Devoyez .
L'accablement des vifites luy
ayant fait quitter Montpellier , il
alla à Nifmes rendre les refpects à
Monfieur l'Evêque. J'aurois peine
à exprimer les honneurs qu'il y
reçut. Meffieurs du Chapitre auffi
bien que Meffieurs du Prefidial ,
vinrent le complimenter
, ce que
firent auffi Meffieurs les Confuls
en Chaperon , avec le Corps de
Ville. On le reçut de la meſme
GALANT. 165
forte à Arles . Toute la Nobleffe,
Tous les Convens , tous les Religieux,
tous les Ordres, & prefque
tout le Peuple , allerent le vifiter.
Le Chapitre luy fit compliment
en Deputation , pour fe réjouir
avec luy de fon retour à l'Eglife ;
& Meffieurs de l'Academie Roya
le,aprés l'avoir vû chacun en particulier
, allerent en Corps luy
marquer leur joye de l'acquifition
que faifoit leur Compagnie,
d'un Confrere nouvellement converty.
Meffieurs les Confuls luy
firent le mefme honneur, en Chaperon
, & avec le Corps de Ville,
compofé d'une Nobleffe illuftre,
& l'affurérent de la fatisfaction
que le Public recevoit , de le voir
revenir enfin au fein de fa mere,
& reparer le fcandale que fes
Predeceffeurs avoient caufé à la
Ville d'Arles, & à l'Eglife Catho168
MERCURE
lique . La joye que tout le monde
a reçûë de cette Converfion , a
obligé Monfieur Sabatier,Gentilhomme
d'un merite fingulier , &
qui n'eft pas un des moindres ornemens
de l'Academie Royale
d'Arles , de faire éclater la fienne
par cette Epître .
Fermer
Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Le texte relate l'abjuration de Monsieur d'Arbaud, Seigneur de Blanfac, originaire d'Arles, qui a marqué le Languedoc. Ce gentilhomme, issu d'une ancienne famille noble, résidait à Nîmes et pratiquait la Religion Prétendue Réformée, comme ses prédécesseurs établis dans la région depuis un siècle. Son aïeul, initialement catholique, avait changé de religion en rejoignant le parti du roi de Navarre, devenu Henri IV. La famille d'Arbaud, respectée à Arles et en Languedoc, avait laissé des marques de sa piété dans les églises locales. Monsieur d'Arbaud, unique survivant de sa maison après la mort de son frère aîné au service du roi, était épris de belles-lettres et avait acquis des connaissances appréciées par les membres de l'Académie Royale d'Arles, qui souhaitaient l'y associer. Cette perspective, ainsi que les encouragements de l'archevêque d'Arles et de l'évêque de Mirepoix, l'incitèrent à reconsidérer sa foi. Lors d'une visite à Montpellier pour rencontrer le duc de Noailles, il eut plusieurs conversations avec des prélats qui le convainquirent progressivement de la vérité de la foi catholique. Après deux années de réflexion, il annonça son intention d'abjurer sa foi réformée et de se convertir au catholicisme. Il informa l'évêque de Mirepoix, le cardinal de Bonzy et l'intendant de sa décision. Il se rendit ensuite à Arles pour en parler avec l'archevêque et le coadjuteur, avant de se rendre à Montpellier où il abjura publiquement en présence de l'évêque d'Uzès et de l'évêque de Mirepoix. Cette conversion fut accueillie avec joie par les catholiques et avec consternation par les réformés, qui voyaient en lui un leader respecté. Monsieur d'Arbaud espérait également convertir ses dix enfants, plusieurs d'entre eux étant déjà catholiques. Il reçut des honneurs à Nîmes et à Arles, où toute la noblesse et le peuple vinrent le féliciter pour son retour à l'Église catholique. L'Académie Royale d'Arles exprima également sa joie d'accueillir un nouveau converti parmi ses membres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
829
p. 168-173
A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
Début :
De quel bonheur, d'Arbaud, le Ciel te favorise ! [...]
Mots clefs :
Monsieur d'Arbaud, Hérésie, Abjuration, Église, Erreurs, Calvin, Foi, Ciel, Sainte vérité, Fortune
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
A M
D'ARBAUD ,
SUR SON ABJURATION
de l'Herefie.
DE
E quel bonheur , d'Arbaud , le
Ciel te favorife!
Te voilà revenu dans le fein de l'Eglife
;
Tu n'as plus ce Bandeau qui te cou
vroit les yeux ,
Qui caufa le malheur de tes derniers
Ayeux.
Eux
GALANT. 169
Eux feuls dans noftre noble & fidele
Patrie ,
De l'erreur de Calvin eurent l'ame
flétrie ,
Contraints de fuivre ailleurs leur
malheureufe erreur,
Ils furent entrainez par ce Torrent
trompeur.
Tu vois le Precipice où te menoit fa
courfe;
La quitant tu reviens à ta premiere
Source.
Quel Chant n'éclate point dans nos
Temples fameux,
Lors que ton coeur foûmis y fait de
nouveaux Voeux ;
Et quel eft ton plaifir , adorant nos
Misteres,
D'offrir le mefme Encens qu'avoient
offert tes Peres !
Tu n'es plus aveuglé , tu connois aujourd'huy
Quelle étoit ton erreur, & quelfut
fon apuy.
Janvier 1685 .
H
170 MERCURE
D'Arbaud , tu te fouviens que la
France en furie
Apuya lâchement la naifante Herefie
;
Qu'un Peuple mutiné contre fespropres
Roys,
Abatit les Autels , & renverfa la
Croix i
Tu découvres enfin par la Foy qui te
guide,
Qu'un nouveau Reformé fut un nouveau
perfide ;
Que la fedition,le carnage & l'horreur,
Avançoient les progrés d'un faux
Legislateur ;
du jufte Ciel le pouvoir le-
Et
que
gitime
Ne s'établit jamais par lefang ny le
crime .
Eclairé de la Foy , ce Celeste Flambeau,
Tu connois l'Herefie , & quel fut fon
Berceau.
GALANT. 171
Pour foûtenir l'éclat de fa nouvelle
gloire ,
Eut - elle un Auguftin, un Ambroise,
un Grégoire ?
Elle eut pour Fondateurs , d'illuftres
Scelerats ,
De fçavans Libertins , de fameux
Apoftats.
Chrétiens infortuneZ, de qui l'ame
abufée
Souffrit ce joug trompeur d'une Reforme
aifée ,
Qui prefchoit le plaifir & le relachement
,
Je ne m'étonne pas de vostre aven
glement ;
Je ne m'étonne pas qu'au milieu da
tumulte
Vous avez malgré vous fuivy vostre
faux Culte.
Le defordre & le bruit ne ferviront
jamais
A trouver le bonheur
que
donne un
Dieu de Paix.
H 2
172 MERCURE
Mais je m'étonne enfin , que le plus
grand des Princes ,
Qui travaille au repos de toutes fes
Provinces ,
Qui rend par fa douceur fes Peuples
fortunez ,
Trouve encor parmy vous tant de
coeurs obftinez.
Je fçay bien que la Foy ne fouffre
point de Maiftre ;
Que le pouvoir humain ne la fait
pas connoiftre ;
Que ce divin Rayon qui deffille nos
yeux ,
Eft un prétieux Don qui ne vient
que
des Cieux.
Sans tumulte & fans bruit , Chrêtiens
dans la Priere
Nous devons demander cette vive
lumiere.
Tout eft calme à préfent ; LOUIS
a tout foûmis ;
Demandez cette Foy , qui nous doit
rendre unis ;
GALANT.
1173
Employezle repos que donne l'a Victoire
,
A chercher le chemin d'une éternelle
Gloire.
D'arbaud , fans diférer tu cherchois
ce bonheur ;
Le Ciel vient de remplir ton efprit
& ton coeur ;
La fainte Verité jointe à l'ardeur
Sublime
2
Par fes Celeftes feux, & t'éclaire,&
t'anime ;
Sans fuivre les motifs qu'ont les
tâches Mortels ,
Tu viens pur & fincere au pied de
nos Autels ;
Eloigné de la Cour , dont l'éclat
t'importune
,
Tu cherche ton falut , fans chercher
la Fortune.
D'ARBAUD ,
SUR SON ABJURATION
de l'Herefie.
DE
E quel bonheur , d'Arbaud , le
Ciel te favorife!
Te voilà revenu dans le fein de l'Eglife
;
Tu n'as plus ce Bandeau qui te cou
vroit les yeux ,
Qui caufa le malheur de tes derniers
Ayeux.
Eux
GALANT. 169
Eux feuls dans noftre noble & fidele
Patrie ,
De l'erreur de Calvin eurent l'ame
flétrie ,
Contraints de fuivre ailleurs leur
malheureufe erreur,
Ils furent entrainez par ce Torrent
trompeur.
Tu vois le Precipice où te menoit fa
courfe;
La quitant tu reviens à ta premiere
Source.
Quel Chant n'éclate point dans nos
Temples fameux,
Lors que ton coeur foûmis y fait de
nouveaux Voeux ;
Et quel eft ton plaifir , adorant nos
Misteres,
D'offrir le mefme Encens qu'avoient
offert tes Peres !
Tu n'es plus aveuglé , tu connois aujourd'huy
Quelle étoit ton erreur, & quelfut
fon apuy.
Janvier 1685 .
H
170 MERCURE
D'Arbaud , tu te fouviens que la
France en furie
Apuya lâchement la naifante Herefie
;
Qu'un Peuple mutiné contre fespropres
Roys,
Abatit les Autels , & renverfa la
Croix i
Tu découvres enfin par la Foy qui te
guide,
Qu'un nouveau Reformé fut un nouveau
perfide ;
Que la fedition,le carnage & l'horreur,
Avançoient les progrés d'un faux
Legislateur ;
du jufte Ciel le pouvoir le-
Et
que
gitime
Ne s'établit jamais par lefang ny le
crime .
Eclairé de la Foy , ce Celeste Flambeau,
Tu connois l'Herefie , & quel fut fon
Berceau.
GALANT. 171
Pour foûtenir l'éclat de fa nouvelle
gloire ,
Eut - elle un Auguftin, un Ambroise,
un Grégoire ?
Elle eut pour Fondateurs , d'illuftres
Scelerats ,
De fçavans Libertins , de fameux
Apoftats.
Chrétiens infortuneZ, de qui l'ame
abufée
Souffrit ce joug trompeur d'une Reforme
aifée ,
Qui prefchoit le plaifir & le relachement
,
Je ne m'étonne pas de vostre aven
glement ;
Je ne m'étonne pas qu'au milieu da
tumulte
Vous avez malgré vous fuivy vostre
faux Culte.
Le defordre & le bruit ne ferviront
jamais
A trouver le bonheur
que
donne un
Dieu de Paix.
H 2
172 MERCURE
Mais je m'étonne enfin , que le plus
grand des Princes ,
Qui travaille au repos de toutes fes
Provinces ,
Qui rend par fa douceur fes Peuples
fortunez ,
Trouve encor parmy vous tant de
coeurs obftinez.
Je fçay bien que la Foy ne fouffre
point de Maiftre ;
Que le pouvoir humain ne la fait
pas connoiftre ;
Que ce divin Rayon qui deffille nos
yeux ,
Eft un prétieux Don qui ne vient
que
des Cieux.
Sans tumulte & fans bruit , Chrêtiens
dans la Priere
Nous devons demander cette vive
lumiere.
Tout eft calme à préfent ; LOUIS
a tout foûmis ;
Demandez cette Foy , qui nous doit
rendre unis ;
GALANT.
1173
Employezle repos que donne l'a Victoire
,
A chercher le chemin d'une éternelle
Gloire.
D'arbaud , fans diférer tu cherchois
ce bonheur ;
Le Ciel vient de remplir ton efprit
& ton coeur ;
La fainte Verité jointe à l'ardeur
Sublime
2
Par fes Celeftes feux, & t'éclaire,&
t'anime ;
Sans fuivre les motifs qu'ont les
tâches Mortels ,
Tu viens pur & fincere au pied de
nos Autels ;
Eloigné de la Cour , dont l'éclat
t'importune
,
Tu cherche ton falut , fans chercher
la Fortune.
Fermer
Résumé : A Mr D'ARBAUD, SUR SON ABJURATION de l'Heresie.
Le texte décrit l'abjuration de l'hérésie par un individu nommé d'Arbaud, qui exprime sa joie de revenir dans le sein de l'Église. Il reconnaît avoir abandonné l'erreur calviniste, qui avait causé le malheur de ses ancêtres contraints de fuir leur patrie. D'Arbaud exprime son plaisir de retrouver la foi de ses pères et offre des vœux dans les temples. Le texte évoque les troubles religieux en France, où l'hérésie protestante avait été soutenue par un peuple mutiné contre ses rois, abattant les autels et renversant la croix. D'Arbaud découvre que la réforme protestante a été portée par des scélérats et des libertins, et reconnaît que le désordre ne mène pas au bonheur. Malgré les efforts du roi Louis pour apporter le repos à ses provinces, il trouve encore des cœurs obstinés parmi les chrétiens. Le texte insiste sur le fait que la foi ne souffre pas de maître humain et encourage les chrétiens à prier pour être unis et chercher une gloire éternelle. D'Arbaud, éclairé par la sainte vérité, se présente pur et sincère aux autels, éloigné des motifs terrestres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
830
p. 173-174
« Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Début :
Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...]
Mots clefs :
Grâce, Père, Religion prétendue réformée, Conversion, Erreur, Combat, Abjuration, Mariage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Il ne faut fouvent qu'un moment
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
heureux , & la Grace ope-
H 3
174
MERCURE
re. Le Pere Hilarion de Mortagne
, Capucin des plus zelez ,
paffant de Rouen à la Bouille ,
dans un grand Bateau où il fe
trouve toujours quantité de monde
, y decouvrit une Femme qui
eftoit de la Religion Prétenduë
Reformée . Il combatit fes erreurs
par de fi fortes raisons qu'il l'en
convainquit. Elle abjura peu de
jours apres Tous ceux de la
Bouille ont efté temoin de cette
action .
Mademoiſelle d'Uré , Fille de
Monfieur de la Chaboiffiere ,
Gentilhomme de la Rochelle , a
fait auffi abjuration du Calvinifme
depuis peu de jours . Elle a
depuis époufé Monfieur de Valion
Lieutenant Ayde - Major
au Régiment de Navarre, qui eft
d'une Famille Noble du Soiffonnois
du nom de Haftrel de
Préaux .
Fermer
Résumé : « Il ne faut souvent qu'un moment heureux, & la Grace opere. [...] »
Le Père Hilarion de Mortagne a converti une femme calviniste lors d'un trajet en bateau. Elle a abjuré peu après, témoin par les habitants de La Bouille. Mademoiselle d'Uré, fille du gentilhomme de La Rochelle, a également abjuré et épousé Monsieur de Valion, lieutenant au Régiment de Navarre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
831
p. 175-176
Mariages, [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous parler de trois autres Mariages. Il[s] sont de trois [...]
Mots clefs :
Mariages, Monsieur, Conseiller de la cour, Mademoiselle , Épouser, Fille, Fils
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mariages, [titre d'après la table]
I'ay à vous parler de trois autres
Mariages . Il font de trois
Confeillers de la Cour des Aydes
Le premier eft de Monfieur le
Vieux , qui a époufé Mademoifelle
Chevalier , Fille de Monfieur
Chevalier Receveur Genéral des
Finances à Metz , & Niéce de
Madame Chevalier , donr la Fille
epoufa l'année derniere Monfieur
le Tellier , Confeiller en la
même Cour. Monfieur le Vieux
eft Fils de Monfieur le Vieux ,
Confeiller du Roy & de la Ville
de Paris , Gouverneur des Pages
de la Chambre , fous Monfieur
le Duc de Crequy .
Le fecond de ces Mariages,
eft celuy de Monfieur Hofdies ,
qui a époufé Mademoiſelle de la
Varenne . Il a du merite infiniment
; & feu Monfieur Colbert,
qui s'y connoiffoit , l'honoroit de
fon eftime.
H 4
176 MERCURE
Le troifiéme , eft de Monfieur
Joubert de Godonville . Ila époufe
Mademoiſelle Iffaly , Fille de
Monfieur Iffaly , celebre Avocat,
& qui eft Avocat General de
Monfieur.
Mariages . Il font de trois
Confeillers de la Cour des Aydes
Le premier eft de Monfieur le
Vieux , qui a époufé Mademoifelle
Chevalier , Fille de Monfieur
Chevalier Receveur Genéral des
Finances à Metz , & Niéce de
Madame Chevalier , donr la Fille
epoufa l'année derniere Monfieur
le Tellier , Confeiller en la
même Cour. Monfieur le Vieux
eft Fils de Monfieur le Vieux ,
Confeiller du Roy & de la Ville
de Paris , Gouverneur des Pages
de la Chambre , fous Monfieur
le Duc de Crequy .
Le fecond de ces Mariages,
eft celuy de Monfieur Hofdies ,
qui a époufé Mademoiſelle de la
Varenne . Il a du merite infiniment
; & feu Monfieur Colbert,
qui s'y connoiffoit , l'honoroit de
fon eftime.
H 4
176 MERCURE
Le troifiéme , eft de Monfieur
Joubert de Godonville . Ila époufe
Mademoiſelle Iffaly , Fille de
Monfieur Iffaly , celebre Avocat,
& qui eft Avocat General de
Monfieur.
Fermer
Résumé : Mariages, [titre d'après la table]
Le texte évoque trois mariages de conseillers de la Cour des Aides. Monsieur le Vieux a épousé Mademoiselle Chevalier, fille d'un receveur général des Finances. Monsieur Hofdies, apprécié de Colbert, a uni sa vie à Mademoiselle de la Varenne. Enfin, Monsieur Joubert de Godonville a épousé Mademoiselle Issaly, fille d'un avocat célèbre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
832
p. 176-182
Belle action, [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay mandé, Madame, dans l'un des Articles de cette [...]
Mots clefs :
Abbesse, Esprit, Abbaye, Archevêque, Honneur, Communauté, Prière, Désolation, Religieuses, Abjuration, Admiration
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Belle action, [titre d'après la table]
Je vous ay mandé , madame,
dans l'un des Articles de cette
Lettre , que Madame de Harlay
de Chanvalon , Abbeffe de la
Virginité dans le Vendômois ,
illuftre par fa naiffance , par fon
efprit , & par la vertu , avoit eſté
nommée par le Roy à l'Abbaïe
de Port Royal de Paris. Cependant
cette Abbaie eft encore
vacante. Quoy qu'elle foit plus
confidérable & plus riche que
celle de Madame de la Virginité ,
dans la Ville Capitale du Royaume
, & fous la Jurifdiction de
Monfieur l'Archevefque de Paris
fon Frere , de fi puiffantes raisons
GALANT. 177
ont efté fans force pour ébranler
fa conftance . Elle a triomphe de
l'ambition , & des tendreffes du
fang , c'est à dire , de ce qui flate
davantage l'efprit & le coeur.
Elle a fuplié Monfieur de Paris,
de faire agréer au Roy fes treshumbles
excufes , & de luy témoigner
la douleur qu'elle a de
n'eftre pas en état d'obeïr à Sa
Majefté , & de recevoir le bienfait
dont il luy plaifoit de l'honorer
; Que fon âge qui paffe foixante
ans , & fa mauvaiſe fanté,
ne luy permettoient pas d'embraffer
l'étroite Obfervance établie
à Port Royal ; Qu'elle ne
croyoit pas pouvoir en lûreté de
confcience & avec honneur , fe
mettre à la tefte d'une Communauté
qu'elle ne prefcheroit que
de parole, & non pas d'exemple
Qu'elle auroit peur de tomber
HS
178 MERCURE
dans le blâme des Pharifiens , à
qui le Sauveur du Monde reproche,
qu'ils chargeoient les Hommes
de fardeaux pefans qu'ils
n'auroient pas voulu toucher du
bout du doigt. Elle a enfin reprefenté
à Monfieur l'Archevefque,
Qu'il y avoit cinquante ans qu'el
le eftoit dans l'Abbaïe de la Virginité
; trente , qu'elle en eftoit
Abbeffe ; Que la douleur & les
larmes de quarante Filles qu'elle
avoit toutes élevées , la touchoient
, & qu'elle ne pouvoir fe
refoudre à les abandonner. En
effet , auffi -toft qu'elles fçûrent.
Ja nomination du Roy , elles allerent
ſe jetter aux pieds de Madame
de la Virginité , pour la fuplier
de demeurer avec elles .
C'eftoit une defolation fi generale
, qu'il fembloit que chacune
eûr perdu ce qu'elle avoit de plus
GALAN T. 179
proche. Elles redoublérent leurs
Prieres , leurs Communions , leurs
Jeûnes,leurs Difciplines, & toutes
leurs mortifications , pour obtenir
de Dieu qu'il leur laiffaft leur incomparable
Abbeffe . C'eſt une
Communauté où il y a grand
nombre de Religieufes forties de
Maiſons nobles & confiderables .
La reputation,la vertu , la civilité ,
& toutes les manieres engageantes
de Madame de la Virginité,
ont porté plufieurs Perfonnes de
qualité à mettre leurs Filles fous
fa conduite , qui eft admirable .
Elle a étably dans fon Abbaïe une
exacte clôture, le frequent ufage
des Sacremens , l'exercice de l'Oraiſon
mentale , les Retraites annuelles
de dix jours , la pratique
du filence , l'éloignement des converfations
du monde, & plufieurs
Obfervances regulieres.On y fait
>
H 6
180 MERCURE
des aumônes qui ſemblent furpaffer
le revenu de la Maiſon .
C'est l'Azile des Filles qui veulent
quiter la Religion Pretenduë
Reformée , pour fe faire Catholiques.
Toutes celles qui fe font
converties dans le Vendômois depuis
qu'elle eft Abbeffe , s'y font
venues faire inftruire , y ont fait
leur Abjuration , y ont demeuré
les unes plufieurs mois , les autres
plufieurs années gratuitement ;
il y en a toûjours eu , & il y en a
encore en cette maniere . Les Religieufes
de la Virginité font tresvertueules,
& ont beaucoup d'efprit.
Après avoir efté ſenſibles à
la douleur , elles ne l'ont pas moins
efté à la joye de conferver leur
tréfor.Auffi toft qu'elles (çeurent
que Roy avoit la bonté de leur
laiffer leur illuftre & chere Abbeffe
, elles allérent à l'Eglife
le
GALANT. 181
chanter le Te Deum en Mufique
tres- folemnellement , au fon des
Cloches & au bruit du Canon .
Il y eût des Feux de joye allumez ,
depuis fept heures du matin , jufques
au foir , & le lendemain
la Meffe d'action de graces fut
chantée par Monfieur l'Abbé de
Château Renault , Frere de Monfeur
le Chevalier de Château-
Renault , Commandeur d'une
Efcadre de Vaiffeaux , & Oncle
de Monfieur le Marquis de Château-
Renault , Colonel du Regiment
de Cambrefis , qui y eftoit
prefent , avec plufieurs Gentilshommes
du Païs . Tout le refte de
la Nobleffe du Vendômois & des
Provinces voisines , eft venu les
jours fuivans à la Virginité , feliciter
cette Abbeffe fur fa genereuſe
reſolution , auffi bien que
Meffieurs les Curez & Ecclefiafti182
MERCURE
ques. Les Communautez de Religieux
en ont deputé de leurs
Corps , pour luy rendre leurs devoirs.
Le Bailly de Vendôme , tous
les Officiers de la Juftice de Vendôme
& de Montoire , luy font
venus faire compliment , fur la
joye de voir qu'elle demeuroit ,
de même qu'ils étoient venus luy
témoigner leur douleur de la
perdre , & avec elle l'édification
& l'admiration de toute la Province.
dans l'un des Articles de cette
Lettre , que Madame de Harlay
de Chanvalon , Abbeffe de la
Virginité dans le Vendômois ,
illuftre par fa naiffance , par fon
efprit , & par la vertu , avoit eſté
nommée par le Roy à l'Abbaïe
de Port Royal de Paris. Cependant
cette Abbaie eft encore
vacante. Quoy qu'elle foit plus
confidérable & plus riche que
celle de Madame de la Virginité ,
dans la Ville Capitale du Royaume
, & fous la Jurifdiction de
Monfieur l'Archevefque de Paris
fon Frere , de fi puiffantes raisons
GALANT. 177
ont efté fans force pour ébranler
fa conftance . Elle a triomphe de
l'ambition , & des tendreffes du
fang , c'est à dire , de ce qui flate
davantage l'efprit & le coeur.
Elle a fuplié Monfieur de Paris,
de faire agréer au Roy fes treshumbles
excufes , & de luy témoigner
la douleur qu'elle a de
n'eftre pas en état d'obeïr à Sa
Majefté , & de recevoir le bienfait
dont il luy plaifoit de l'honorer
; Que fon âge qui paffe foixante
ans , & fa mauvaiſe fanté,
ne luy permettoient pas d'embraffer
l'étroite Obfervance établie
à Port Royal ; Qu'elle ne
croyoit pas pouvoir en lûreté de
confcience & avec honneur , fe
mettre à la tefte d'une Communauté
qu'elle ne prefcheroit que
de parole, & non pas d'exemple
Qu'elle auroit peur de tomber
HS
178 MERCURE
dans le blâme des Pharifiens , à
qui le Sauveur du Monde reproche,
qu'ils chargeoient les Hommes
de fardeaux pefans qu'ils
n'auroient pas voulu toucher du
bout du doigt. Elle a enfin reprefenté
à Monfieur l'Archevefque,
Qu'il y avoit cinquante ans qu'el
le eftoit dans l'Abbaïe de la Virginité
; trente , qu'elle en eftoit
Abbeffe ; Que la douleur & les
larmes de quarante Filles qu'elle
avoit toutes élevées , la touchoient
, & qu'elle ne pouvoir fe
refoudre à les abandonner. En
effet , auffi -toft qu'elles fçûrent.
Ja nomination du Roy , elles allerent
ſe jetter aux pieds de Madame
de la Virginité , pour la fuplier
de demeurer avec elles .
C'eftoit une defolation fi generale
, qu'il fembloit que chacune
eûr perdu ce qu'elle avoit de plus
GALAN T. 179
proche. Elles redoublérent leurs
Prieres , leurs Communions , leurs
Jeûnes,leurs Difciplines, & toutes
leurs mortifications , pour obtenir
de Dieu qu'il leur laiffaft leur incomparable
Abbeffe . C'eſt une
Communauté où il y a grand
nombre de Religieufes forties de
Maiſons nobles & confiderables .
La reputation,la vertu , la civilité ,
& toutes les manieres engageantes
de Madame de la Virginité,
ont porté plufieurs Perfonnes de
qualité à mettre leurs Filles fous
fa conduite , qui eft admirable .
Elle a étably dans fon Abbaïe une
exacte clôture, le frequent ufage
des Sacremens , l'exercice de l'Oraiſon
mentale , les Retraites annuelles
de dix jours , la pratique
du filence , l'éloignement des converfations
du monde, & plufieurs
Obfervances regulieres.On y fait
>
H 6
180 MERCURE
des aumônes qui ſemblent furpaffer
le revenu de la Maiſon .
C'est l'Azile des Filles qui veulent
quiter la Religion Pretenduë
Reformée , pour fe faire Catholiques.
Toutes celles qui fe font
converties dans le Vendômois depuis
qu'elle eft Abbeffe , s'y font
venues faire inftruire , y ont fait
leur Abjuration , y ont demeuré
les unes plufieurs mois , les autres
plufieurs années gratuitement ;
il y en a toûjours eu , & il y en a
encore en cette maniere . Les Religieufes
de la Virginité font tresvertueules,
& ont beaucoup d'efprit.
Après avoir efté ſenſibles à
la douleur , elles ne l'ont pas moins
efté à la joye de conferver leur
tréfor.Auffi toft qu'elles (çeurent
que Roy avoit la bonté de leur
laiffer leur illuftre & chere Abbeffe
, elles allérent à l'Eglife
le
GALANT. 181
chanter le Te Deum en Mufique
tres- folemnellement , au fon des
Cloches & au bruit du Canon .
Il y eût des Feux de joye allumez ,
depuis fept heures du matin , jufques
au foir , & le lendemain
la Meffe d'action de graces fut
chantée par Monfieur l'Abbé de
Château Renault , Frere de Monfeur
le Chevalier de Château-
Renault , Commandeur d'une
Efcadre de Vaiffeaux , & Oncle
de Monfieur le Marquis de Château-
Renault , Colonel du Regiment
de Cambrefis , qui y eftoit
prefent , avec plufieurs Gentilshommes
du Païs . Tout le refte de
la Nobleffe du Vendômois & des
Provinces voisines , eft venu les
jours fuivans à la Virginité , feliciter
cette Abbeffe fur fa genereuſe
reſolution , auffi bien que
Meffieurs les Curez & Ecclefiafti182
MERCURE
ques. Les Communautez de Religieux
en ont deputé de leurs
Corps , pour luy rendre leurs devoirs.
Le Bailly de Vendôme , tous
les Officiers de la Juftice de Vendôme
& de Montoire , luy font
venus faire compliment , fur la
joye de voir qu'elle demeuroit ,
de même qu'ils étoient venus luy
témoigner leur douleur de la
perdre , & avec elle l'édification
& l'admiration de toute la Province.
Fermer
Résumé : Belle action, [titre d'après la table]
Madame de Harlay de Chanvalon, abbesse de l'abbaye de la Virginité dans le Vendômois, a été désignée par le roi pour diriger l'abbaye de Port Royal de Paris. Elle a toutefois décliné cette nomination malgré les pressions exercées. Madame de Harlay a justifié son refus en invoquant son âge avancé et sa mauvaise santé, qui l'empêchaient de suivre la stricte observance de Port Royal. Elle a également exprimé son refus de quitter les quarante filles qu'elle avait élevées, ces dernières étant en détresse à l'idée de la perdre. La communauté de la Virginité, composée de religieuses issues de familles nobles et respectées, a accueilli favorablement la décision du roi d'accepter le refus de Madame de Harlay. Elles ont célébré cet événement par des prières, des jeûnes et des actions de grâce. La réputation de Madame de Harlay pour sa vertu et sa conduite exemplaire a attiré de nombreuses personnes de qualité à confier leurs filles à son abbaye. L'abbaye de la Virginité sert également de refuge pour les filles souhaitant se convertir au catholicisme. La communauté a exprimé sa joie par des célébrations solennelles, des feux de joie et des messes d'action de grâce, en présence de la noblesse locale et des ecclésiastiques.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
833
p. 182-184
A MADAME L'ABBESSE DE LA VIRGINITÉ.
Début :
Voicy un Sonnet qui a esté fait sur ce sujet. / Mortels, vous admirez la fatale vaillance [...]
Mots clefs :
Vaillance, Coeur, Ambition, Humilité chrétienne, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME L'ABBESSE DE LA VIRGINITÉ.
Voicy un Sonnet qui a eſté
fait fur ce fujet .
A MADAME L'ABBESSE
DE LA VIRGINITE
Mor
Ortels, vous admire la fatale
vaillance
D'Alexandre le Grand , ce Héros
furieux .
GALANT.
183
C'est un feu de Comete , il éclate à
nos yeux ,
Mais il fait reffentir ſa maligne
influence.
A des coeurs modere donnez la préference,
L'ambition n'eft plus un vice glorieux
;
Depuis qu'un Dieu fait Homme eft
defcendu des Cieux,
L'Humilité Chrétienne a la préeminence
.
Incomparable Abbeffe , à vos rares
Vertus
Mille titres d'honneur, mille éloges
font dûs ;
Vousfuivez l'Evangile avec exactitude
.
L'exemple du Sauveur est pour vous
une Loy ;
i84
MERCURE
Si vous ne voulez pas quiter la folitude,
C'est qu'il s'y retira de crainte d'être
Roy.
fait fur ce fujet .
A MADAME L'ABBESSE
DE LA VIRGINITE
Mor
Ortels, vous admire la fatale
vaillance
D'Alexandre le Grand , ce Héros
furieux .
GALANT.
183
C'est un feu de Comete , il éclate à
nos yeux ,
Mais il fait reffentir ſa maligne
influence.
A des coeurs modere donnez la préference,
L'ambition n'eft plus un vice glorieux
;
Depuis qu'un Dieu fait Homme eft
defcendu des Cieux,
L'Humilité Chrétienne a la préeminence
.
Incomparable Abbeffe , à vos rares
Vertus
Mille titres d'honneur, mille éloges
font dûs ;
Vousfuivez l'Evangile avec exactitude
.
L'exemple du Sauveur est pour vous
une Loy ;
i84
MERCURE
Si vous ne voulez pas quiter la folitude,
C'est qu'il s'y retira de crainte d'être
Roy.
Fermer
Résumé : A MADAME L'ABBESSE DE LA VIRGINITÉ.
Le sonnet loue une abbesse pour ses vertus chrétiennes et son humilité. Il critique l'ambition excessive d'Alexandre le Grand et prône la modération depuis l'incarnation du Christ. L'abbesse est exemplaire, suivant l'Évangile et évitant les tentations du pouvoir par la solitude.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
834
p. 184-200
Histoire, [titre d'après la table]
Début :
J'ay à vous apprendre une Avanture que vous trouverez fort [...]
Mots clefs :
Veuve, Tante, Cavalier, Mariage, Nièce, Amour, Galant, Sentiments, Estime, Coeur, Maîtresse, Déclaration, Amants, Chagrin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire, [titre d'après la table]
J'ay à vous apprendre une
Avanture que vous trouverez
fort fingulière. Elle eft arrivée
icy depuis peu de temps . Un Cavalier
fort bien fait , fpirituel ,´
jeune & riche , aprés avoir joüé
pendant cinq ou fix années , tous
les perfonnages que
font aupres
des belles Perfonnes , ceux qui
font prodigues de douceurs , &
que les plus fortes proteftations
qu'ils viennent de faire , n'empefchent
point de jurer encore
ailleurs qu'ils ont de l'amour , fe
fentit enfin veritablement touché
de la beauté d'une aimable Brune
qu'il trouva un jour chez une
Veuve , qui quoy qu'elle paffaft
GALANT.
185
quarante ans , n'en avoüoit que
vingt huit , & qui par de certains
airs du monde qui luy étoient
naturels , reparoit avec affez d'agrément
ce qui luy manquoit du
cofté de la jeuneffe . La belle
Brune joignoit à des traits piquans
, une modeſtie qui charma
le Cavalier. Il fçut auffitoft qu'elle
eftoit voifine de la Veuve , &
les fentimens d'eftime qu'il prit
dés l'abord pour elle , l'engageant
à fouhaiter d'avoir un entier
éclairciffement fur ce qui la regardoit
, il apprit par ceux qu'il
chargea du foin de s'en informer,
qu'elle dépendoit d'un Pere affez
peu accommodé , qui ne fouffroit
point qu'elle reçuft de vifites ;
qu'on ne la voyoit que chez une
vieille Tante qui eftant fort riche
, prometoit de luy donner
une Partie de fon bien ; qu'ainfi
}
186 MERCURE
1
•
tout ce qu'elle avoit d'Amans
faifoit la cour à la Tante , & que
c'eftoit d'elle qu'il faloit obtenir.
Le Cavalier inftruit de ces chofes
, voulut connoiftre le coeur
de la Belle, avant que de prendre
aucunes mefures . Sçachant qu'elle
voyoit fort ſouvent la Veuve ,
il fe rendit affidu chez elle . Toutes
ſes viſites furent reçues agréablement
, & l'on vit avec plaifir
qu'elles devenoient fréquentes.
La Belle fe trouvoit de temps en
temps avec fon Amie , qui l'eftoit
auffi de la vieille Tante , & tout
ce qu'elle difoit , faifoit paroître
tant de jugement , & tant de fageffe
au Cavalier que quoy qu'il
ne marquaft rien qui puft décou
vrir ce qui fe paffoit dans fon
coeur pour elle , il s'affermiffoit
de plus en plus dans la réfolution
d'en faire fon unique attacheGALANT.
187
ment . Cependant à force de voir
la Veuve , il ne s'appercevoit pas
qu'il luy donnoit lieu de croire
qu'il en eftoit amoureux. Elle en
demeura perfuadée , & pour l'obliger
à fe déclarer plus fortement
, elle faifoit pour luy dest
avances , dont il auroit connu le
deffein , s'il n'eut pas efté remply
d'une paffion qui l'aveugloit
1 fur toute autre chofe. Apres
quelques entreveuës , dans lefaquelles
il crût avoir remarqué
que faperfonne ne déplaifoit pas
à la belle Brune , il réfolut de luy
faire part de fon deffein , & de
fçavoir d'elle- même , quels fentimens
elle avoit pour luy. Dans
cette penſée il alla l'attendre à
une Eglife , où il apprit qu'elle
alloit tous les matins , & l'abordant
lors qu'elle en fortoit , il la
remena chez elle , & pendant ce
1.
188 MERCURE
1
temps , il luy fit une fi tendre & fi
férieufe déclaration , qu'elle connût
aifément qu'un véritable &
fincére amour le faifoit parler.
Le party luy eftoit affez avantageux
de toutes maniéres pour
l'engager à répondre avec des
marques d'eftime qui luy fiffent
concevoir qu'il n'auroit aucune
peine à luy infpirer quelque chofe
de plus fort. Elle luy dit qu'el
le dépendoit d'un Pere à qui
elle obéiroit fans répugnance
en tout ce qu'il luy voudroit ordonner
en fa faveur , mais qu'il
n'étoit pas le feul qu'il y euft à
s'acquerir dans une affaire de
cette importance ; qu'une Tante
qui luy promettoit de partager
fon bien avec elle , s'étoit chargée
en quelque façon du ſoin de
la marier , & que toutes les démarches
que l'on pourroit faire
GALANT. 189
pour réüffir dans ce qu'il luy propofoit
, feroient inutiles , fi l'on
n'avoit fon confentement.Le Cavalier
fort ravy de voir que fa
Maîtreffe ne s'oppofoit point à fon
bonheur , ne fongea plus qu'à
gagner la Tante. Ce qui luy donnoit
de l'inquietude , c'eft qu'il
avoit fçeu qu'elle aimoit le monde
, & qu'elle amuſoit tous ceux
qui pretendoient à fa Niéce , par
le plaifir de fe voir long - temps
faire la Cour. Il crût cependant
qu'étant plus riche que tous fes
Rivaux , & peut- eftre auffi plus
confiderable par d'autres endroits
, on pourroit craindre de
le laiffer échaper , & que cette
crainte feroit terminer plûtoft fes
affaires. Pour les avancer ,
il ne
trouva point de plus fur moyen
que de parler à la Veuve , qui
pouvoit beaucoup fur l'efprit de
190 MERCURE
cette Tante . Ainfi la rencontrant
feule dés le mefme jour , il
luy dit avec des yeux tout brillans
du feu qui l'animoit , qu'il
avoit pris chez elle un mal dangereux
, dont la guerifon dépen
doit de fon fecours , & qu'il efperoit
qu'ayant pour luy autant de
bonté qu'elle en avoit toûjours
fait paroiftre , elle voudroit bien
entrer dans les fentimens pour le
fuccés d'un deffein tres - legitime .
La Veuve perfuadée par les affi
duitez du Cavalier , qu'elle eftoit
l'objet de tous fes defirs , eut tant
de joye de luy entendre tenir ce
langage , que fans luy donner le
temps de s'expliquer mieux , elle
l'interrompit pour luy dire , que
ce qu'il avoit à luy apprendre ,
luy étoit déja connu qu'elle
n'étoit point d'un âge à s'effrayer
d'une declaration d'amour ; que
GALANT. 191
fes foins l'avoient inftruite de fa
paffion ; que l'état de Veuve la
mettant en droit de difpofer d'elle-
mefme , elle y répondoit avec
plaifir , & qu'elle ne ſouhaitoit
autre choſe de fa complaifance,
finon que pour quelque intereft
de famille qu'elle achevoit de regler.
il vouluft bien attendre trois
mois à faire le Mariage ; que cependant
elle luy donnoit ,parole
de n'écouter perfonne à fon prejudice
& qu'elle eftoit prefte à
bannir tous ceux dont les vifites
luy feroient ſuſpectes . Imaginezvous
dans quelle furpriſe fe trouva
le Cavalier. Elle fut telle que
ne la pouvant cacher tout- à- fait,
il fe trouva obligé de s'excufer de
fon trouble fur fon exceffive joye,
qui en refferrant fon coeur , le
rendoit comme interdit. Vous
jugez bien qu'il confentit fans
1.92
MERCURE
aucune peine que fon pretendu
Mariage avec la Veuve fuft differé
de trois mois. Il luy laiffa un
pouvoir entier fur cet article , mais
il vit en mefme temps tous les
embarras que luy cauferoit le
peu de précaution qu'il avoit pris
avec elle. Il n'y avoit plus à eſperer
qu'elle le ferviſt auprès de la
Tante . Au contraire , il luy étoit
important que cette Tante ne
fçuſt rien de fon amour. La Veuve
auroit pû l'apprendre par elle,
& c'euft efté s'attirer une Ennemie
qui euft tout mis en ufage ,
pour empefcher qu'on ne l'euft
rendu heureux . Parmy toutes ces
contraintes , il devint réveur &
inquiet , & il le fut encore plus
quand la belle Brune, ne voulant
pas qu'il s'imaginaſt que la declaration
qu'il luy avoit faite, luy
fift chercher avec plus d'empreffement
GALANT. 193
fement l'occafion de le voir , rendit
à la Veuve des vifites moins
frequentes. Il en devina la cauſe
par les manieres honneftes &
pleines d'eftime qu'elle avoit
pour luy , toutes les fois qu'il la
trouvoit à l'Eglife , & ne pût blâmer
une referve qui marquoit un
coeur fenfible à la gloire.La Veuamour
,
qui remarquoit fon chagrin ,
ne l'impuroit qu'aux trois mois
de terme qu'elle avoit voulu qu'il
luy donnaſt , & touchée de l'impatience
où elle s'imaginoit qu'un
fi long retardement euft mis fon
elle tâchoit d'adoucir fa
peine , en l'affurant que fes diligences
redoublées la tireroient
d'embarras plûtoft qu'elle n'avoit
crû. Toutes ces chofes porterent
le Cavalier à prendre une refolution
qui le délivraft de crainte.
Il communiqua à ſa Maîtreffe le
Ianvier 1685. I
194
MERCURE
deffein où il étoit de l'époufer,
fans en rien dire à fa Tante , &
de renoncer aux avantages qu'elle
en pouvoit efperer , parce
qu'en l'avertiffant de fa recherche,
la Veuve qui le fçauroit auffitoft
, l'obligeroit de traîner fon
Mariage en longueur ; à quoy la
Tante feroit affez portée d'ellemefme
pour fon intereft particulier
, & peut - eftre mefme obtiendroit
d'elle qu'elle fe declaraft
contre luy. Il s'épargnoit par
là beaucoup de traverſes , ou du
moins plufieurs reproches , qu'il
ne craignoit point quand il feroit
marié. La Belle ayant confenty
à ce qu'il vouloit , il alla trouver
fon Pere , luy exagera la force de
fon amour,le conjura de luy vouloir
accorder fa Fille , & luy expliqua
toutes les raifons qui luy
faifoient fouhaiter un entier fe
GALANT. 195
cret fur fon Mariage . Le Pere qui
connoiffoit les grands Biens du
Cavalier , ne balança rien à conclure
toutes chofes de la manicře
qu'il le propofoit . Le Notaire
vint,& le Contract fut figné ,fans
que perfonne en eût connoiffance.
Cependant , comme il n'y a
rien de fi caché qui ne le découvre
, le jour qui preceda celuy
qu'on avoit choisi pour le
Mariage , une Servante de cette
Maiſon ayant foupçonné la verité
à quelques aprefts que
l'on y
faifoit , en inftruific la Suivante
de la Veuve , qui alla en meſme
temps le redire à fa Maîtreffe ,
avec qui la Veuve étoit . L'une
& l'autre fut dans une colere
inconcevable. La Veuve , qui
pretendoit que le Cavalier luy
euft engagé fa foy, traita fa nouvelle
paffion de trahison & de
1 2
196 MERCURE
·
perfidie ; & la Tante ne pouvoit
fe confoler de ce qu'ayant promis
de faire à fa Niéce de grands
avantages, on la marioit fans luy
en parler. Elle jura que fi elle
ne pouvoit venir à bout de rompre
le Mariage , du moins les
longs obftacles qu'elle trouveroit
moyen d'y mettre , feroient foufrir
ceux qui oublioient ce qu'on
luy devoit. Elle réva quelque
temps, & quitta la Veuve , en luy
difant qu'elle viendroit luy donner
de les nouvelles le foir ,
quelque heure que ce fuft . Sitoft
qu'elle fut fortie , elle mit des
Efpions en campagne , & aprit
enfin avec certitude , que le Mariage
fe devoit faire à deux heures
apres minuit . Lors qu'il en fut
dix du foir , elle monta en Carroffe
, & fe rendit chez fa Niéce.
La Belle apprenant qu'elle eftoit
GALANT. .197
à la porte, fe trouva embarraffée,
par la crainte que fa vifite ne
fuft un peu longue , & ne retardaft
quelques petits foins qu'elle
avoit à prendre . Elle fut tirée de
fon embarras , lors qu'on la vint
avertir que fa Tante la prioit de
luy venir parler un moment. Elle
y courut auffi- toft , & entra dans
fon Carroffe , pour entendre ce
qu'elle avoit à luy dire . Elle n'y
fut pas plûtoft , que le Cocher
qu'on avoit inftruit , pouffa fes
Chevaux à toute bride , paffa
par diverfes Ruës , pour tromper
ceux qui auroient voulu le fuivre
, & vint s'arrefter à la porte
de la Veuve , chez qui la Tante
fit entrer la Niece. Ce qui venoit
d'arriver l'avoit jettée dans une
grande furprife ; mais elle augmenta
beaucoup , lors qu'étant
montée , elles luy firent toutes
I
3
198 MERCURE
deux connoiftre qu'elles eftoient
informées de fon Mariage.Je paffe
les reproches qu'on luy fit fur
cette Affaire. La Tante , qui la
laiffa en la garde de la Veuve , retourna
chez elle , où l'on vint
luy demander ce que fa Niéce
eftoit devenue. Elle répondit
qu'elle en rendroit compte quand
il feroit temps , & qu'elle prenoit
affez d'intereft en elle , pour ne
l'avoir confiée qu'à des Perfonnes
chez qui elle eftoit en fûreté . Le
Cavalier apprenant ce changemét,
tomba dans un defefpoir qui
ne fe peut croire.ll alla trouver la
Tante , luy fit les foûmiffions les
plus capables de la toucher , &
noublia rien de ce qui pouvoit la
fatisfaire ; mais elle fut inflexible
à fes prieres & à fon amour. Le
Pere qui eftoit bien aiſe d'éviter
l'éclat , employa toutes les voyes
GALANT 199
de douceur qui
à la gagner. Pendant
LYO
Cervir
imps ,
la Tante & la Veuve inventérent
mille chofes pour noircir le Ca
valier auprés de la Belle ; mais
rien ne put effacer dans fon efprit
les favorables impreffions que fon
amour & fon mérite y avoient
faites. Elle perfifta dans fes premiers
fentimens pour luy ; & enfin
malgré toutes les précautions
que l'on avoit prifes pour cacher
le lieu où elle eftoit , les Domeftiques
parlérent . Si - tôt qu'on
fçût qu'elle avoit efté laiffée entre
les mains de la Veuve , il ne fut
pas malaifé de l'obliger à la rendre.
Elle la remit entre celles de
fon Pere , qui fit de nouveaux
efforts pour apaifer la colere de
la Tante ; mais tout cela s'eftant
trouvé inutile , on ne garda plus
aucun fecret pour le Mariage . On
I 4.
200 MERCURE
en arrefta le jour , & il fut fait
avec autant de joye des Amans
traverſez injuftement , que de
chagrin pour la Tante & pour la
Veuve.
Avanture que vous trouverez
fort fingulière. Elle eft arrivée
icy depuis peu de temps . Un Cavalier
fort bien fait , fpirituel ,´
jeune & riche , aprés avoir joüé
pendant cinq ou fix années , tous
les perfonnages que
font aupres
des belles Perfonnes , ceux qui
font prodigues de douceurs , &
que les plus fortes proteftations
qu'ils viennent de faire , n'empefchent
point de jurer encore
ailleurs qu'ils ont de l'amour , fe
fentit enfin veritablement touché
de la beauté d'une aimable Brune
qu'il trouva un jour chez une
Veuve , qui quoy qu'elle paffaft
GALANT.
185
quarante ans , n'en avoüoit que
vingt huit , & qui par de certains
airs du monde qui luy étoient
naturels , reparoit avec affez d'agrément
ce qui luy manquoit du
cofté de la jeuneffe . La belle
Brune joignoit à des traits piquans
, une modeſtie qui charma
le Cavalier. Il fçut auffitoft qu'elle
eftoit voifine de la Veuve , &
les fentimens d'eftime qu'il prit
dés l'abord pour elle , l'engageant
à fouhaiter d'avoir un entier
éclairciffement fur ce qui la regardoit
, il apprit par ceux qu'il
chargea du foin de s'en informer,
qu'elle dépendoit d'un Pere affez
peu accommodé , qui ne fouffroit
point qu'elle reçuft de vifites ;
qu'on ne la voyoit que chez une
vieille Tante qui eftant fort riche
, prometoit de luy donner
une Partie de fon bien ; qu'ainfi
}
186 MERCURE
1
•
tout ce qu'elle avoit d'Amans
faifoit la cour à la Tante , & que
c'eftoit d'elle qu'il faloit obtenir.
Le Cavalier inftruit de ces chofes
, voulut connoiftre le coeur
de la Belle, avant que de prendre
aucunes mefures . Sçachant qu'elle
voyoit fort ſouvent la Veuve ,
il fe rendit affidu chez elle . Toutes
ſes viſites furent reçues agréablement
, & l'on vit avec plaifir
qu'elles devenoient fréquentes.
La Belle fe trouvoit de temps en
temps avec fon Amie , qui l'eftoit
auffi de la vieille Tante , & tout
ce qu'elle difoit , faifoit paroître
tant de jugement , & tant de fageffe
au Cavalier que quoy qu'il
ne marquaft rien qui puft décou
vrir ce qui fe paffoit dans fon
coeur pour elle , il s'affermiffoit
de plus en plus dans la réfolution
d'en faire fon unique attacheGALANT.
187
ment . Cependant à force de voir
la Veuve , il ne s'appercevoit pas
qu'il luy donnoit lieu de croire
qu'il en eftoit amoureux. Elle en
demeura perfuadée , & pour l'obliger
à fe déclarer plus fortement
, elle faifoit pour luy dest
avances , dont il auroit connu le
deffein , s'il n'eut pas efté remply
d'une paffion qui l'aveugloit
1 fur toute autre chofe. Apres
quelques entreveuës , dans lefaquelles
il crût avoir remarqué
que faperfonne ne déplaifoit pas
à la belle Brune , il réfolut de luy
faire part de fon deffein , & de
fçavoir d'elle- même , quels fentimens
elle avoit pour luy. Dans
cette penſée il alla l'attendre à
une Eglife , où il apprit qu'elle
alloit tous les matins , & l'abordant
lors qu'elle en fortoit , il la
remena chez elle , & pendant ce
1.
188 MERCURE
1
temps , il luy fit une fi tendre & fi
férieufe déclaration , qu'elle connût
aifément qu'un véritable &
fincére amour le faifoit parler.
Le party luy eftoit affez avantageux
de toutes maniéres pour
l'engager à répondre avec des
marques d'eftime qui luy fiffent
concevoir qu'il n'auroit aucune
peine à luy infpirer quelque chofe
de plus fort. Elle luy dit qu'el
le dépendoit d'un Pere à qui
elle obéiroit fans répugnance
en tout ce qu'il luy voudroit ordonner
en fa faveur , mais qu'il
n'étoit pas le feul qu'il y euft à
s'acquerir dans une affaire de
cette importance ; qu'une Tante
qui luy promettoit de partager
fon bien avec elle , s'étoit chargée
en quelque façon du ſoin de
la marier , & que toutes les démarches
que l'on pourroit faire
GALANT. 189
pour réüffir dans ce qu'il luy propofoit
, feroient inutiles , fi l'on
n'avoit fon confentement.Le Cavalier
fort ravy de voir que fa
Maîtreffe ne s'oppofoit point à fon
bonheur , ne fongea plus qu'à
gagner la Tante. Ce qui luy donnoit
de l'inquietude , c'eft qu'il
avoit fçeu qu'elle aimoit le monde
, & qu'elle amuſoit tous ceux
qui pretendoient à fa Niéce , par
le plaifir de fe voir long - temps
faire la Cour. Il crût cependant
qu'étant plus riche que tous fes
Rivaux , & peut- eftre auffi plus
confiderable par d'autres endroits
, on pourroit craindre de
le laiffer échaper , & que cette
crainte feroit terminer plûtoft fes
affaires. Pour les avancer ,
il ne
trouva point de plus fur moyen
que de parler à la Veuve , qui
pouvoit beaucoup fur l'efprit de
190 MERCURE
cette Tante . Ainfi la rencontrant
feule dés le mefme jour , il
luy dit avec des yeux tout brillans
du feu qui l'animoit , qu'il
avoit pris chez elle un mal dangereux
, dont la guerifon dépen
doit de fon fecours , & qu'il efperoit
qu'ayant pour luy autant de
bonté qu'elle en avoit toûjours
fait paroiftre , elle voudroit bien
entrer dans les fentimens pour le
fuccés d'un deffein tres - legitime .
La Veuve perfuadée par les affi
duitez du Cavalier , qu'elle eftoit
l'objet de tous fes defirs , eut tant
de joye de luy entendre tenir ce
langage , que fans luy donner le
temps de s'expliquer mieux , elle
l'interrompit pour luy dire , que
ce qu'il avoit à luy apprendre ,
luy étoit déja connu qu'elle
n'étoit point d'un âge à s'effrayer
d'une declaration d'amour ; que
GALANT. 191
fes foins l'avoient inftruite de fa
paffion ; que l'état de Veuve la
mettant en droit de difpofer d'elle-
mefme , elle y répondoit avec
plaifir , & qu'elle ne ſouhaitoit
autre choſe de fa complaifance,
finon que pour quelque intereft
de famille qu'elle achevoit de regler.
il vouluft bien attendre trois
mois à faire le Mariage ; que cependant
elle luy donnoit ,parole
de n'écouter perfonne à fon prejudice
& qu'elle eftoit prefte à
bannir tous ceux dont les vifites
luy feroient ſuſpectes . Imaginezvous
dans quelle furpriſe fe trouva
le Cavalier. Elle fut telle que
ne la pouvant cacher tout- à- fait,
il fe trouva obligé de s'excufer de
fon trouble fur fon exceffive joye,
qui en refferrant fon coeur , le
rendoit comme interdit. Vous
jugez bien qu'il confentit fans
1.92
MERCURE
aucune peine que fon pretendu
Mariage avec la Veuve fuft differé
de trois mois. Il luy laiffa un
pouvoir entier fur cet article , mais
il vit en mefme temps tous les
embarras que luy cauferoit le
peu de précaution qu'il avoit pris
avec elle. Il n'y avoit plus à eſperer
qu'elle le ferviſt auprès de la
Tante . Au contraire , il luy étoit
important que cette Tante ne
fçuſt rien de fon amour. La Veuve
auroit pû l'apprendre par elle,
& c'euft efté s'attirer une Ennemie
qui euft tout mis en ufage ,
pour empefcher qu'on ne l'euft
rendu heureux . Parmy toutes ces
contraintes , il devint réveur &
inquiet , & il le fut encore plus
quand la belle Brune, ne voulant
pas qu'il s'imaginaſt que la declaration
qu'il luy avoit faite, luy
fift chercher avec plus d'empreffement
GALANT. 193
fement l'occafion de le voir , rendit
à la Veuve des vifites moins
frequentes. Il en devina la cauſe
par les manieres honneftes &
pleines d'eftime qu'elle avoit
pour luy , toutes les fois qu'il la
trouvoit à l'Eglife , & ne pût blâmer
une referve qui marquoit un
coeur fenfible à la gloire.La Veuamour
,
qui remarquoit fon chagrin ,
ne l'impuroit qu'aux trois mois
de terme qu'elle avoit voulu qu'il
luy donnaſt , & touchée de l'impatience
où elle s'imaginoit qu'un
fi long retardement euft mis fon
elle tâchoit d'adoucir fa
peine , en l'affurant que fes diligences
redoublées la tireroient
d'embarras plûtoft qu'elle n'avoit
crû. Toutes ces chofes porterent
le Cavalier à prendre une refolution
qui le délivraft de crainte.
Il communiqua à ſa Maîtreffe le
Ianvier 1685. I
194
MERCURE
deffein où il étoit de l'époufer,
fans en rien dire à fa Tante , &
de renoncer aux avantages qu'elle
en pouvoit efperer , parce
qu'en l'avertiffant de fa recherche,
la Veuve qui le fçauroit auffitoft
, l'obligeroit de traîner fon
Mariage en longueur ; à quoy la
Tante feroit affez portée d'ellemefme
pour fon intereft particulier
, & peut - eftre mefme obtiendroit
d'elle qu'elle fe declaraft
contre luy. Il s'épargnoit par
là beaucoup de traverſes , ou du
moins plufieurs reproches , qu'il
ne craignoit point quand il feroit
marié. La Belle ayant confenty
à ce qu'il vouloit , il alla trouver
fon Pere , luy exagera la force de
fon amour,le conjura de luy vouloir
accorder fa Fille , & luy expliqua
toutes les raifons qui luy
faifoient fouhaiter un entier fe
GALANT. 195
cret fur fon Mariage . Le Pere qui
connoiffoit les grands Biens du
Cavalier , ne balança rien à conclure
toutes chofes de la manicře
qu'il le propofoit . Le Notaire
vint,& le Contract fut figné ,fans
que perfonne en eût connoiffance.
Cependant , comme il n'y a
rien de fi caché qui ne le découvre
, le jour qui preceda celuy
qu'on avoit choisi pour le
Mariage , une Servante de cette
Maiſon ayant foupçonné la verité
à quelques aprefts que
l'on y
faifoit , en inftruific la Suivante
de la Veuve , qui alla en meſme
temps le redire à fa Maîtreffe ,
avec qui la Veuve étoit . L'une
& l'autre fut dans une colere
inconcevable. La Veuve , qui
pretendoit que le Cavalier luy
euft engagé fa foy, traita fa nouvelle
paffion de trahison & de
1 2
196 MERCURE
·
perfidie ; & la Tante ne pouvoit
fe confoler de ce qu'ayant promis
de faire à fa Niéce de grands
avantages, on la marioit fans luy
en parler. Elle jura que fi elle
ne pouvoit venir à bout de rompre
le Mariage , du moins les
longs obftacles qu'elle trouveroit
moyen d'y mettre , feroient foufrir
ceux qui oublioient ce qu'on
luy devoit. Elle réva quelque
temps, & quitta la Veuve , en luy
difant qu'elle viendroit luy donner
de les nouvelles le foir ,
quelque heure que ce fuft . Sitoft
qu'elle fut fortie , elle mit des
Efpions en campagne , & aprit
enfin avec certitude , que le Mariage
fe devoit faire à deux heures
apres minuit . Lors qu'il en fut
dix du foir , elle monta en Carroffe
, & fe rendit chez fa Niéce.
La Belle apprenant qu'elle eftoit
GALANT. .197
à la porte, fe trouva embarraffée,
par la crainte que fa vifite ne
fuft un peu longue , & ne retardaft
quelques petits foins qu'elle
avoit à prendre . Elle fut tirée de
fon embarras , lors qu'on la vint
avertir que fa Tante la prioit de
luy venir parler un moment. Elle
y courut auffi- toft , & entra dans
fon Carroffe , pour entendre ce
qu'elle avoit à luy dire . Elle n'y
fut pas plûtoft , que le Cocher
qu'on avoit inftruit , pouffa fes
Chevaux à toute bride , paffa
par diverfes Ruës , pour tromper
ceux qui auroient voulu le fuivre
, & vint s'arrefter à la porte
de la Veuve , chez qui la Tante
fit entrer la Niece. Ce qui venoit
d'arriver l'avoit jettée dans une
grande furprife ; mais elle augmenta
beaucoup , lors qu'étant
montée , elles luy firent toutes
I
3
198 MERCURE
deux connoiftre qu'elles eftoient
informées de fon Mariage.Je paffe
les reproches qu'on luy fit fur
cette Affaire. La Tante , qui la
laiffa en la garde de la Veuve , retourna
chez elle , où l'on vint
luy demander ce que fa Niéce
eftoit devenue. Elle répondit
qu'elle en rendroit compte quand
il feroit temps , & qu'elle prenoit
affez d'intereft en elle , pour ne
l'avoir confiée qu'à des Perfonnes
chez qui elle eftoit en fûreté . Le
Cavalier apprenant ce changemét,
tomba dans un defefpoir qui
ne fe peut croire.ll alla trouver la
Tante , luy fit les foûmiffions les
plus capables de la toucher , &
noublia rien de ce qui pouvoit la
fatisfaire ; mais elle fut inflexible
à fes prieres & à fon amour. Le
Pere qui eftoit bien aiſe d'éviter
l'éclat , employa toutes les voyes
GALANT 199
de douceur qui
à la gagner. Pendant
LYO
Cervir
imps ,
la Tante & la Veuve inventérent
mille chofes pour noircir le Ca
valier auprés de la Belle ; mais
rien ne put effacer dans fon efprit
les favorables impreffions que fon
amour & fon mérite y avoient
faites. Elle perfifta dans fes premiers
fentimens pour luy ; & enfin
malgré toutes les précautions
que l'on avoit prifes pour cacher
le lieu où elle eftoit , les Domeftiques
parlérent . Si - tôt qu'on
fçût qu'elle avoit efté laiffée entre
les mains de la Veuve , il ne fut
pas malaifé de l'obliger à la rendre.
Elle la remit entre celles de
fon Pere , qui fit de nouveaux
efforts pour apaifer la colere de
la Tante ; mais tout cela s'eftant
trouvé inutile , on ne garda plus
aucun fecret pour le Mariage . On
I 4.
200 MERCURE
en arrefta le jour , & il fut fait
avec autant de joye des Amans
traverſez injuftement , que de
chagrin pour la Tante & pour la
Veuve.
Fermer
Résumé : Histoire, [titre d'après la table]
Un jeune cavalier, riche et spirituel, est séduit par une aimable brune rencontrée chez une veuve charmante. La brune, modeste et belle, dépend d'un père sévère et d'une tante riche. Le cavalier, désirant connaître ses sentiments, lui déclare son amour et obtient une réponse favorable, sous réserve du consentement de son père et de sa tante. Il cherche alors à gagner la faveur de la tante en passant par la veuve, qui accepte de l'aider mais impose un délai de trois mois pour le mariage. La brune, pour éviter les soupçons, réduit ses visites à la veuve. Le cavalier décide d'épouser la brune sans informer la tante pour éviter les obstacles. Il obtient le consentement du père de la brune et signe le contrat de mariage en secret. Cependant, une servante découvre la vérité et informe la veuve, qui entre en colère. La tante, furieuse, enlève la brune et la confie à la veuve pour contrecarrer le mariage. Le cavalier tente en vain de raisonner la tante et le père. La tante et la veuve cherchent à discréditer le cavalier auprès de la brune, mais celle-ci reste fidèle à ses sentiments. Finalement, la brune est rendue à son père, et le mariage est célébré malgré les tentatives de la tante et de la veuve pour l'empêcher.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
835
p. 200-208
Autres Morts, [titre d'après la table]
Début :
On a eu icy avis de la mort de Monsieur le Commandeur [...]
Mots clefs :
Décès, Monsieur, Commandeur, Maison de Tressemanes Chasteuil, Siège, Distinction, Charges, Abbé, Chapitre, Obsèques, Seigneur, Conseiller au Parlement, Général, Lieutenant, Capitaine, Fils, Prêtre, Maison de Bruslard
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Morts, [titre d'après la table]
On a eu icy avis de la mort
de Monfieur le Commandeur de
Treffemanes Chateüil , qui s'eſt
fignalé avec beaucoup de diftinction
dans les Siéges de Sainte
Maure , & de Preveza. Il est
mort fur les Galeres au retour du
Voyage , apres feize jours d'une
maladie caufée par les grandes.
incommoditez foufertes pendant
ces deux Siéges, & dans les Cour
fes que l'on avoit faites dans l'Epire
, où il s'eftoit rendu recommandable
par fa conduite , par
vertu , & par le mépris qu'il faifoit
de fa vie pour une ſi juſte caufe
. Il eftoit de l'Auberge de Provence
, & d'une des meilleuresfa
GALANT. 201
73.
Maifons de cette Province , &
des plus anciennes dans l'Ordre.
Deux de fes grands Oneles en
ont efté , avec quatre de fes Oncles
, du nombre defquels eftoiɛ
Monfieur de Treffemanes-Chateuil
, Bailly de Manofque , qui
mourut il y a deux ans dans fa
année . Trois de fes Freres font
encore Chevaliers , & ils ont tous
I trois l'honneur d'eftre dans le
fervice du Roy. L'un eft fur les
Galeres de Sa Majefté ; l'autre ,
Capitaine dans le Régiment de
Champagne , où il eft fort eftimé ,
ayant embraffé la Profeffion
des Armes dés l'âge de quinze
ans ; & le troifiéme eft fon Lieutenant
. le paffe à d'atres Articles
de mefme nature .
8
Le R. P. Erard Florior , mort
le de ce mois , âgé de 63. ans ,
apres avoir exercé les Charges
14.
IS
202 MERCURE
les plus confiderables de fon Orcre.
Il avoit efté élû pour la fecon.
de fois au mois de Septemere
dernier , Abbé de Sainte Geneviève
du Mont & Superieur
Genéral des Chanoines Réguliers
de S. Auguftin , de la Congrégation
de France . Quand on
remplit ces fortes de Poftes par
Election , il faut qu'on ait un
fort grand mérite , puis que toute
une Communauté ne fe trompe
pas. Cet Abbé eftoit Frere de Madame
le Pelletier Femme de
Monfieur le Contrôleur Genéral .
Si tot qu'il fut mort , le Pere
Vvatrée , Premier Affiftant , qui
eftoit en droit de luy fucceder,
fut reconnu par le Chapitre , légitime
Abbé , & Supérieur Ge
néral , & en cette qualité reveſtu
des marques de fa Dignité nouvelle
. Il fit deux jours apres la
>
GALANT. 203
e
,
Cerémonie des Obféques de fon
Prédeceffeur , qui eft univerfel.
lement regreté de tous ceux qui
ont connu la vertu , & fes grandes
qualitez. En vous parlant de
cet Ordre , je croy ne devoir pas
oublier à vous dire , que Monfieur
Gaftier , l'un des Chanoines
Réguliers de Sainte Geneviève ,
quoy que jeune encore , a déja
remply les meilleures Chaires de
Paris , & qu'il s'eſt fait admirer à
S. Nicolas des Champs ; pendant
le dernier Avent.
Meffire Louis le Tonnellier
Breteuil , Seigneur de Boeffetes,
de Ruvire , & autres Lieux , mort
le 19.de ce mois. Ila efté fucceffivement
Confeiller aux Parlemens
de Bretagne & de Paris , enfuite
Maître des Requeſtes , Intendant
de la Province de Languedoc ,
& de la Generalité de Paris , Con-
I 6
204 MERCURE
trôleur Genéral des Finances ,
pendant dix années , & eft mort
Confeiller d'Etat ordinaire . Il a eü
fept Enfans mâles , dont fix font
encore vivans . Monfieur de Bruteül
l'aîné a efté Intendant en
Picardie & en Flandres , & des
Armées du Roy , & eft à prefent
Intendant des Finances , & Confeiller
d'Etat. Les Trois autres
font Chevaliers de Malte , dont
le premier eft Chef d'Eſcadre de
Galeres ; le cinquième eft Evelque
de Boulogne , & le fixiéme à
efté Envoyé Extraordinaire vers
les Princes d'Italie. Il a laiffé auffi
une Fille qui eft mariée à Monfieur
le Marquis de Simblimont,
d'une des plus Illuftres Maiſons
de Picardie.
Meffire Florimond Bruflard ,
Marquis de Genlis , Confeiller
d'Etat , & Capitaine Lieutenant
GALANT .
205
des Gensd'armes de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , mort
le 20. de ce mois , en fa Terre
de Beaumont en Picardie , âgé
de 83. ans. La Maifon de Bruflard
eft tres - ancienne , & doit
fon éclat à Nicolas Bruflard ,
Seigneur de Sillery , Chancelier
de France dont l'éloge feroit
trop long à faire. Elle eft divifée
en trois branches , de Sillery , de
la Borde , & de Genlis . Les Marquis
de Sillery ont pris Alliance
avec les Familles de Neufville-
Villeroy & d'Etampes . La feconde
branche de cette Maifon s'eft
alliée avec celles de la Rochefoucaut
, Belliévre , & Dauvet , &
les Marquis de Genlis , avec celles
de Robertet , de Maillet , de Halluin
, Piennes , de Sainte Marie
aux Epaules , & de Brunetel-
Bethencourt. Monfieur le Mar206
MERCURE
quis de Genlis qui vient de mourir
étoit l'aîné de cette troifiéme
branche.
Meffire Guillaume Ifac Aubourg,
Marquis de Boury , mort
le 23. de ce mois . Il eftoit Fils de
Monfieur Aubourg , Secretaire
du Roy , & Garde des Rôles des
Offices de France.
Meffire Pancrace Betille , Prê--
tre , Docteur en Theologie , de
la Faculté de Paris , Doyen de la
mefme Faculté , & Sénieur de la
Maifon & Societé de Sorbonne,
mort le mefme jour par un accident
tres- déplorable . Ses Valets
T'ayant laiffé feul auprés du feu,
envelopé de fourrures à cauſe de
fon grand âge, une fort méchante
odeur que l'on fentit dans l'apartement
d'enhaut , obligea celuy
qui l'occupoit d'envoyer fçavoir
ce qui fe paffoit en bas.
GALANTA 207
Quelqu'un entra dans fa chambre
, & le trouva étouffé du feu ,
qui ayant confumé une partie de
fes habits , luy avoit déja brûlé
les cuiffes .
Meffire Louis Defmê de la
Chenaye , Aumônier du Roy,
Abbé de Noftre- Dame de Corneville,
& de Noftre- Dame d'Angle
, mort le 24. de ce mois . 11 a
refigné fes Benefices à un de fes
Neveux , Fils de Monfieur de la
Chefnaye , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin,&
qui l'a efté du Roy. Monfieur
de la Chefnaye fon Pere ,
qui eft le Grand- Pere de celuy à
qui l'on a refigné les Benefices,
étoit auffi au Service du feu Roy,
& en étoit eftimé . Sa Majefté a
bien voulu agreér cette Refignation
en faveur des Services de
l'un & de l'autre , les Refigna208
MERCURE
tions d'Abbayes n'ayant jamais
lieu , fi Elle n'accorde fon confentement
.
de Monfieur le Commandeur de
Treffemanes Chateüil , qui s'eſt
fignalé avec beaucoup de diftinction
dans les Siéges de Sainte
Maure , & de Preveza. Il est
mort fur les Galeres au retour du
Voyage , apres feize jours d'une
maladie caufée par les grandes.
incommoditez foufertes pendant
ces deux Siéges, & dans les Cour
fes que l'on avoit faites dans l'Epire
, où il s'eftoit rendu recommandable
par fa conduite , par
vertu , & par le mépris qu'il faifoit
de fa vie pour une ſi juſte caufe
. Il eftoit de l'Auberge de Provence
, & d'une des meilleuresfa
GALANT. 201
73.
Maifons de cette Province , &
des plus anciennes dans l'Ordre.
Deux de fes grands Oneles en
ont efté , avec quatre de fes Oncles
, du nombre defquels eftoiɛ
Monfieur de Treffemanes-Chateuil
, Bailly de Manofque , qui
mourut il y a deux ans dans fa
année . Trois de fes Freres font
encore Chevaliers , & ils ont tous
I trois l'honneur d'eftre dans le
fervice du Roy. L'un eft fur les
Galeres de Sa Majefté ; l'autre ,
Capitaine dans le Régiment de
Champagne , où il eft fort eftimé ,
ayant embraffé la Profeffion
des Armes dés l'âge de quinze
ans ; & le troifiéme eft fon Lieutenant
. le paffe à d'atres Articles
de mefme nature .
8
Le R. P. Erard Florior , mort
le de ce mois , âgé de 63. ans ,
apres avoir exercé les Charges
14.
IS
202 MERCURE
les plus confiderables de fon Orcre.
Il avoit efté élû pour la fecon.
de fois au mois de Septemere
dernier , Abbé de Sainte Geneviève
du Mont & Superieur
Genéral des Chanoines Réguliers
de S. Auguftin , de la Congrégation
de France . Quand on
remplit ces fortes de Poftes par
Election , il faut qu'on ait un
fort grand mérite , puis que toute
une Communauté ne fe trompe
pas. Cet Abbé eftoit Frere de Madame
le Pelletier Femme de
Monfieur le Contrôleur Genéral .
Si tot qu'il fut mort , le Pere
Vvatrée , Premier Affiftant , qui
eftoit en droit de luy fucceder,
fut reconnu par le Chapitre , légitime
Abbé , & Supérieur Ge
néral , & en cette qualité reveſtu
des marques de fa Dignité nouvelle
. Il fit deux jours apres la
>
GALANT. 203
e
,
Cerémonie des Obféques de fon
Prédeceffeur , qui eft univerfel.
lement regreté de tous ceux qui
ont connu la vertu , & fes grandes
qualitez. En vous parlant de
cet Ordre , je croy ne devoir pas
oublier à vous dire , que Monfieur
Gaftier , l'un des Chanoines
Réguliers de Sainte Geneviève ,
quoy que jeune encore , a déja
remply les meilleures Chaires de
Paris , & qu'il s'eſt fait admirer à
S. Nicolas des Champs ; pendant
le dernier Avent.
Meffire Louis le Tonnellier
Breteuil , Seigneur de Boeffetes,
de Ruvire , & autres Lieux , mort
le 19.de ce mois. Ila efté fucceffivement
Confeiller aux Parlemens
de Bretagne & de Paris , enfuite
Maître des Requeſtes , Intendant
de la Province de Languedoc ,
& de la Generalité de Paris , Con-
I 6
204 MERCURE
trôleur Genéral des Finances ,
pendant dix années , & eft mort
Confeiller d'Etat ordinaire . Il a eü
fept Enfans mâles , dont fix font
encore vivans . Monfieur de Bruteül
l'aîné a efté Intendant en
Picardie & en Flandres , & des
Armées du Roy , & eft à prefent
Intendant des Finances , & Confeiller
d'Etat. Les Trois autres
font Chevaliers de Malte , dont
le premier eft Chef d'Eſcadre de
Galeres ; le cinquième eft Evelque
de Boulogne , & le fixiéme à
efté Envoyé Extraordinaire vers
les Princes d'Italie. Il a laiffé auffi
une Fille qui eft mariée à Monfieur
le Marquis de Simblimont,
d'une des plus Illuftres Maiſons
de Picardie.
Meffire Florimond Bruflard ,
Marquis de Genlis , Confeiller
d'Etat , & Capitaine Lieutenant
GALANT .
205
des Gensd'armes de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , mort
le 20. de ce mois , en fa Terre
de Beaumont en Picardie , âgé
de 83. ans. La Maifon de Bruflard
eft tres - ancienne , & doit
fon éclat à Nicolas Bruflard ,
Seigneur de Sillery , Chancelier
de France dont l'éloge feroit
trop long à faire. Elle eft divifée
en trois branches , de Sillery , de
la Borde , & de Genlis . Les Marquis
de Sillery ont pris Alliance
avec les Familles de Neufville-
Villeroy & d'Etampes . La feconde
branche de cette Maifon s'eft
alliée avec celles de la Rochefoucaut
, Belliévre , & Dauvet , &
les Marquis de Genlis , avec celles
de Robertet , de Maillet , de Halluin
, Piennes , de Sainte Marie
aux Epaules , & de Brunetel-
Bethencourt. Monfieur le Mar206
MERCURE
quis de Genlis qui vient de mourir
étoit l'aîné de cette troifiéme
branche.
Meffire Guillaume Ifac Aubourg,
Marquis de Boury , mort
le 23. de ce mois . Il eftoit Fils de
Monfieur Aubourg , Secretaire
du Roy , & Garde des Rôles des
Offices de France.
Meffire Pancrace Betille , Prê--
tre , Docteur en Theologie , de
la Faculté de Paris , Doyen de la
mefme Faculté , & Sénieur de la
Maifon & Societé de Sorbonne,
mort le mefme jour par un accident
tres- déplorable . Ses Valets
T'ayant laiffé feul auprés du feu,
envelopé de fourrures à cauſe de
fon grand âge, une fort méchante
odeur que l'on fentit dans l'apartement
d'enhaut , obligea celuy
qui l'occupoit d'envoyer fçavoir
ce qui fe paffoit en bas.
GALANTA 207
Quelqu'un entra dans fa chambre
, & le trouva étouffé du feu ,
qui ayant confumé une partie de
fes habits , luy avoit déja brûlé
les cuiffes .
Meffire Louis Defmê de la
Chenaye , Aumônier du Roy,
Abbé de Noftre- Dame de Corneville,
& de Noftre- Dame d'Angle
, mort le 24. de ce mois . 11 a
refigné fes Benefices à un de fes
Neveux , Fils de Monfieur de la
Chefnaye , Gentilhomme de la
Manche de Monfeigneur le Dauphin,&
qui l'a efté du Roy. Monfieur
de la Chefnaye fon Pere ,
qui eft le Grand- Pere de celuy à
qui l'on a refigné les Benefices,
étoit auffi au Service du feu Roy,
& en étoit eftimé . Sa Majefté a
bien voulu agreér cette Refignation
en faveur des Services de
l'un & de l'autre , les Refigna208
MERCURE
tions d'Abbayes n'ayant jamais
lieu , fi Elle n'accorde fon confentement
.
Fermer
Résumé : Autres Morts, [titre d'après la table]
Le texte mentionne plusieurs décès notables. Le Commandeur de Treffemanes Châteuil, issu d'une illustre famille provençale, est décédé des suites d'une maladie contractée lors des sièges de Sainte Maure et de Preveza ainsi que des courses en Épire. Connu pour sa bravoure et sa vertu, il avait deux oncles et quatre cousins membres éminents de l'Ordre. Le Père Erard Florior, âgé de 63 ans, est décédé après avoir occupé des postes prestigieux au sein de l'Ordre des Chanoines Réguliers de Saint-Augustin, notamment en tant qu'abbé de Sainte-Geneviève du Mont et supérieur général. Il a été remplacé par le Père Vvatrée. Louis Le Tonnellier Breteuil, seigneur de plusieurs lieux, est décédé après avoir exercé diverses fonctions importantes, telles que conseiller aux Parlements de Bretagne et de Paris, maître des requêtes, intendant de province, contrôleur général des finances, et conseiller d'État. Il laisse sept enfants, dont six fils encore vivants, certains occupant des positions éminentes comme chevalier de Malte, chef d'escadre, évêque, et envoyé extraordinaire. Florimond Bruslard, marquis de Genlis, conseiller d'État et capitaine lieutenant des gens d'armes, est décédé à l'âge de 83 ans. Sa famille, très ancienne, compte parmi ses membres illustres Nicolas Bruslard, chancelier de France. Guillaume Isaac Aubourg, marquis de Boury, fils d'un secrétaire du roi, est également décédé. Pancrace Betille, doyen de la Faculté de Théologie de Paris, est mort accidentellement après s'être étouffé avec des vêtements enflammés. Enfin, Louis Desmê de la Chenaye, aumônier du roi et abbé de plusieurs monastères, est décédé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
836
p. 208-225
Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Début :
Je n'ay point douté que vous ne fussiez contente du second Article [...]
Mots clefs :
Royaume de Siam, Roi, Ambassadeurs, Versailles, Officiers, Repas, Marquis, Audience, Prince, Galeries, Compliments, Conquêtes, Carrosses, Saint-Cloud, Jardins, Réception, Cérémonie, Peuple, Amitié, Discours, Admiration, Bénédictions du ciel, Sa Majesté, Bonté, Adoration, Opéra, Jean-Baptiste Colbert de Seignelay
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
Je n'ay point douté que vous
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
ne fuffiez
contente
du fecond
Article
de Siam que je vous ay
envoyé
dans ma Lettre de Decembre
. Outre
qu'il contient
quantité
de chofes curieufes
, il
fait connoître
combien
la reputation
du Roy eft établie
dans
les Païs les plus éloignez
; & c'étoit
affez pour vous obliger
à le
lire avec plaifir. En voicy la fuite
. Ces deux Mandarins
Envoyez
de Siam , accompagnez
de fix
Domestiques
, étant arrivez
le 6.
d'Octobre
dernier
à Calais
, fur
un Yach du Roy d'Angleterre
, y
furent reçeus par le Major de la
Place , fuivy de fes Officiers
, en
l'abfence
de Monfieur
de Courtebonne
, Lieutenant
de Roy.
GALANT. 109
Toute la Garniſon étoit fous les
Armes , & la Ville les alla complimenter
, & leur porta les Prefens
accoûtumez. Ils en partirent
le lendemain , & prirent la route
de Paris, où ils fe rendirent le 13 .
La Langue Siamoife étant extrêmement
difficile , ils avoient pour
leur Interprete le Fils d'un Portugais
qui eft habitué à Siam , où
ce Fils eft né. Des Officiers qui
les attendoient à Calais , eurent
foin de leur Voiture & de leur
Table fur tout le chemin. Quoy
qu'ils foient fort fobres , comme
le font tous les Siamois , qui ne
mangent le plus fouvent que du
Ris , ce qu'ils appellent du Pilau,
leur Table a efté toûjours tresbien
fervie , & de Viandes fort
delicates,avec des Couverts pour
les Perfonnes de confideration
qui les venoient voir. Ils les fer210
MERCURE
voient , & je leur ay vû couper
des aîles de Perdrix fort proprement.
Ils fumoient quelquefois
aprés le repas . Leur Tabac eft
fort doux ; & lors qu'il leur a
manqué , ils n'ont pu s'accoûtumer
à celuy de ce Païs - cy , qui
les enteftoit . Aprés leur arrivée
ils ont efté long temps fans fortir;
& quoy que la Saifon ne fuft pas
rude , l'exceffive chaleur de leur
Païs leur faifoit fupporter nos
premiers froids avec peine . Monfieur
le Marquis de Seignelay
étant venu icy de Fontainebleau ,
un peu aprés qu'ils y furent arriils
en eurent audience . Je
vous ay marqué exactement dans
quelqu'une de mes Lettres , ce
qui s'y étoit paffé . Le 28.d'Octo
bre, ils allerent falüer Monfieur ;
mais ils n'eurent pas de ce Prince
une audience dans les formes ,
vez ,
GALANT. 211
parce qu'ils ne font envoyez
qu'aux Miniftres de France , pour
s'informer , comme je vous l'ay
déja marqué , des Ambaffadeurs
que le Roy de Siam avoit envoyez
à Sa Majesté , & que l'on
croit qui ont péry dans ce long
Voyage. Monfieur fe promenoit
dans la Galerie du Palais Royal;
& lors qu'on leur eut montré ce
Prince , ils firent couler le long
du Plancher un grand morceau
d'Etofe , qui fait partie de leur
habillement , & qui leur fert en
de pareilles occafions . Ils s'éten
dirent deffus , d'une maniere treshumiliée
, & firent compliment
à Monfieur fur le gain de la Bataille
de Caffel , & fur la Prife de
plufieurs Places conquifes par
luy , dont le bruit s'eftoit répandu
jufques à Siam. Monfieur leur
dit qu'ils fe relevaffent , ce qu'ils
212
MERCURE
ne firent pas d'abord , de forte
que ce Prince fut obligé de le dire
juſques à quatre fois , & mefme
de le commander . Ils pafférent
enfuite fur la Galerie découverte,
qui a veüe fur le lardin &
fur la Court , & virent Son Alteffe
Royale monter en Carroffe
au bruit des Trompettes, pour aller
à S. Clou . Elle eftoit fuivie d'un
grand nombre de Gardes à cheval
, & de plufieurs Carroffes à
fix Chevaux ; & avoit ordonné
que l'on en donnaft auffi à ces
deux Mandarins , ainſi qu'aux
Perfonnes de leur fuite. On les
conduifit à S. Cloud , où ils furent
régalez par les ordres de
Monfieur. Ils virent la fuperbe
Galerie , & les deux magnifiques
Sallons de cette délicieufe Maifon,
auffi bien que tous les Apartemens;
& ils furent charmez de
GALANT. 213
ོ་
la beauté des lardins , dont on fit
jouer toutes les Eaux. Ils fe retirérent
charmez , moins encore
de tout ce qu'ils avoient veu , que
de la Perfonne de ce Prince ,
qu'ils admirérent , & dont ils ont
fouvent parlé depuis ce tempslà.
Ils ont auffi efté voir le Iardin
& les Apartemens des Thuileries
, & furent furpris de l'éclat
& de la richeffe de la grande Salle
des Machines . Quelque temps
apres ils allérent à Chantilly.
Monfieur Vachet les entretint en
chemin des belles qualitez de
Monfieur le Prince , & de fa grande
valeur ; & ce fut pourquoy
auffi toft que ces Mandarins le
virent , le plus vieux dit , Que le
brillant qui fortoit des yeux
de ce
Prince , le perfuadoit mieux de fon
efprit & de fa valeur , que tout ce
qu'on luy en avoit dit.Vous remar214
MERCURE
querez que ce Mandarin eft non
feulement Chiromancien , mais
encore fort bon Phifionomifte ;
& que c'eft la Science à laquelle
s'appliquent les plus grands Seigneurs
Siamois. L'obligeante reception
que Monfieur le Prince
fit à ces deux Envoyez , leur fut fi
agreable , qu'ils prièrent plufieurs
fois Monfieur Vachet , de luy
faire entendre qu'ils n'eftoient
que fimples Envoyez , & non
pas Ambaffadeurs , craignant
que Son Alteffe Seréniffime ne
cruft qu'ils eftoient , revestus
de ce caractere . Ils répondirent
à ce Prince , lors qu'il leur fit demander
ce qu'il leur ſembloit de
fa Maifon , qu'on avoit pris foin
de leur montrer fort exactement
,
Qu'ils n'avoient pas de paroles
pouren pouvoir exprimer la beauté;
mais qu'ils ne s'étonnoient plus de
GALANT.
215
=
ce que Son Alteffe preferoit lefejour
de Chantilly à celuy de Paris. Ils
ont efté trois ou quatre fois à la
Comédie , & ils ont fur tout esté
furpris de la grande quantité de
monde qu'ils y ont vu. Ils avoient
crû d'abord , qu'on faifoit ces
grandes , Affemblées exprés pour
eux , & pour leur faire voir la
prodigieufe quantité de Peuple
qui remplit Paris , & on les furprit
extrémement en les détrompant.
On leur a fait entendre
une grande Meffe à Noftre-
Dame , un jour que Monfieur
l'Archevefque officioit , afin de
leur faire voir nos Cerémonies
* Eccléfiaftiques dans tout leur
éclat ; ils ont auffi vû celles de
l'Ouverture du Parlement. L'af-
Aluence du Peuple eftoit fi grande
en l'une & en l'autre , qu'ils
dirent , Que Paris n'eftoit pas une
116 MERCURE
Ville , mais un Monde. Le 27 .
Novembre , ayant efté amenez
à Versailles , ils defcendirent à
l'Apartement de Monfieur de
Croiffy , Miniftre & Secretaire
d'Etat , qui les reçût dans fon
Cabinet. Il y avoit un Tapis tendu
depuis la porte jufqu'à un
Fauteuil qui étoit au fond , &
dans lequel ce Miniftre étoit affis .
Ils fe profternérent fur ce Tapis,
& s'étant relevez quelque temps
apres , & mis fur leurs talons , le
plus jeune de ces Envoyez luy
dit , Que le Roy de Siam , fon Maitre
, avoit voulu rechercher l'amitié
du Roy , par la connoiffance qu'il
avoit defes Conqueftes , de la profpéritédefes
Armes , du bonheur de
Ses Sujets , & de fa fage conduite,
& que pour cela il avoit envoyé des
Ambaffadeurs , qui avoient , ordre
de prier Sa Majesté de vouloir bien
GALANT. 217
e
0
luy en envoyer auffi de fa part , afin
de mieux établir la correspondance
qu'il fouhaitoit qui ſefift entr'eux;
mais
que n'en ayant point entendu
e parler depuis leur départ , il les
avoit choifis pour remplir fa place,
afin de luy faire une pareille décla
ration , & luy temoigner la joye
& qu'il avoit de la naiffance de Monfeigneur
le Duc de Bourgogne . Ce
Difcours eftant finy ,l'autre Mandarin
fe leva , & porta à Monfieur
de Croiffy une Lettre que le Barcalon
luy écrivoit. C'est le nom
qu'on donne au Premier Miniftre
du Roy de Siam. Monfieur de
il Croiffy receut cette Lettre debout
, & le Mandarin s'étant remis
en fa place , il leur répondit ,
que la perte des Ambaffadeurs
du Roy leur Maiftre l'avoit d'autant
plus touché , qu'il avoit cfté
émoin du deplaifir qu'elle avoit
Fanvier 1685. K
218 MERCURE
caufé à Sa Majefté ; Que file
bruit de la gloire qu ' Elle s'étoit
acquife par le nombre furprenant
de fes Conqueftes , & de fes
Actions plus qu'humaines , qui
font l'admiration de toute la terre ,
avoit infpiré au Roy de Siam , le
defir de contracter une amitié
fincére avec Elle , noftre Grand
Monarque n'étoit pas moins difpofé
à témoigner au Roy leur
Maiftre , par toute forte de moyens
, la haute eftime qu'il avoit
pour luy , qu'il avoit même déja
voulu malgré la vaſte étenduë
des Mers , qui féparent les deux
Empires , de luy envoyer le plus
promptement qu'il fe pourroit un
Ambaffadeur , pour luy marquer
le cas qu'il faifoit de fon amitié ,
& l'exorter d'autant plus à reconnoître
le vray Dieu , que Sà Majefté
ne doutoit point qu'Elle ne
GALANT.* 219
X
S
1
duft aux Benedictions du Ciel ,
toutes les profperitez de fon
Regne , & que la pureté de fa
Croyance pourroit le plus folidement
établir entr'eux l'union
qu'il fouhaitoit, comme elle avoit
toûjours fait la régle des Allian-
& amitiez de Sa Majesté.
Ce Miniftre affura auffi ces Envoyez
du plaifir ,
, que faifoit au
Roy la protection que celuy de
Siam donne à Monfieur l'Evef
que d'Heliopolis , & à tous les
autres Miffionnaires .
ces ,
Comme ils n'étoient , ny Ambaffadeurs
, ny Envoyez vers le
Roy , ils ne devoient point voir
Sa Majesté. Cependant ce Monarque
ne voulut pas que des
Gens qui étoient venus de fix mille
lieuës , s'en retournaffent fans
recevoir cet honneur . D'ailleurs
il crut leur devoir donner cette.
K 2
220 MERCURE
fatisfaction en
confideration du
Roy de Siam , qui le premier avoit
envoyé une auffi celebre Ambaffade
que
celle dont je vous ay
parlé , avec des Prefens compofez
de tout ce qu'il avoit pû trouver
de plus riche dans fes Trefors . Il
fut done refolu que ces deux
Mandarins verroient le Roy , lors
que Sa Majesté traverseroit
la
Galerie de Verfailles pour aller
entendre la Meffe .
Ainfi apres l'Audience qu'ils
avoient cuë de Monfieur de
Croiffy , ils furent conduits dans
cette Galerie , où ils fe profternérent
quand le Roy parut. Sa
Majefté les voyant demeurer en
cet état , demanda s'ils ne fe releveroient
point , à quoy Monfieur
Vachet répondit , qu'ayant
accoûtumé d'étre toûjours dans
cette poſture devant le Roy leur
GALANT. 221
Maiftre , ils s'y tiendroient auffi
devant Elle . Le Roy demanda
cncore s'ils avoient quelque chofe
à luy dire , & l'un des Mandarins
répondit, Qu'ils étoient extré
mement obligez au Roy , qui avoit
bien voulu leur permettre de voir fon
Augufte Majesté. Le Roy leur dit
qu'il eftoit bien aiſe de voir des
Sujets d'un Prince qu'il confidéroit
, & Sa Majesté fe retira apres
avoir donné ordre à Monfieur
Vachet de les faire relever. Comme
la Cour de France eft fort
groffe , & que le Roy eſt toûjours
environné de la plupart des Officiers
de la Couronne , & d'un
grand nombre de Princes & Seigneurs
, ils furent d'autant plus
furpris de voir une fi grande foule
auprés de fa Perfonne qu'aucun
n'aproche de celle des Roys
d'Orient , qu'on ne regarde qu'a-
K
3
222 MERCURE
avec adoration ; & ils dirent en
même temps , Qu'ils admiroient
un fi grand Monarque , qui pouvant
d'une parole ou d'un clin d'oeil
écarter cettefoulé, avoit néanmoins
la bonté de la fouffrir auprés de luy ,
& qui vivoit avecfes Sujets , comme
ils faifoient dans leur Domestique
avec leurs Enfans. Monfieur Vachet
leur dit , Que la bonté du Roy
ne rendoit pas fes Suiets moins refpectueux
, & qu'il n'en étoit pas
moins abfolu dans fes Etats ; Il leur
dit encor , que tous ces grands Seigneurs
qui étoient auprés defa Per-
Jonne , étoient encore plus empreffe
à l'environner , quand ce Prince
s'expofoit au peril de la Guerre , ce
qu'il luy arrivoit fouvent , ce Monarque
voulant aller reconnoistre
luy- méme tontes les Places qu'il attaquoit.
Le 16. de ce mois , ils
retournérent à Versailles , virent
1
GALANT. 223
l'Opera de Roland où le Roy
étoit , & ils eurent prefque toûjours
les yeux attachez fur Sa
Majefté , parce que lors qu'ils fe
profternérent dans la Galerie ,
leur profonde humiliation les
avoit empechez de regarder ce
Monarque. le dois vous dire icy
que ces Envoyez font un Iournal
de leur Voyage , pour en rendre
compte au Roy de Siam , & qu'aprés
avoir vu les Apartemens &
les Eaux de Verfailles : ils dirent
à Monfieur Vachet , Qu'il leur
étoit impoffible d'exprimer ce qu'ils
avoient vû , qu'il pouvoit en faire
• Luy- méme la defcription , & y mettre
tout ce qu'ils voudroit , & qu'ils
le figneroient , parce qu'ils étoient
affure que l'on n'en pouvoit trop
aſſure
dire. Pendant leur féjour à Paris,
ils ont peu forty à cauſe du grand
froid qu'il a fait , ils ont efté la
K
4
224
MERCURE
plupart du temps au lit , & on
ne les a vûs qu'à dîner : La premiére
Neige de cet Hyver étant
tombée la nuit, ce qu'ils en virent
le lendemain , les furprit beaucoup
, & ils croyoient qu'on l'euft
mife au lieux où ils l'apperçurent
, ils s'en firent apporter dans
un plat , & ne pouvoient concevoir
ce que c'étoit . Comme ils
font accoûtumez au filence , &
qu'il régne dans leur Cour , où
tout eft en adoration pour leur
Roy , rien ne leur a plû davantage
icy , que de voir cinquante
Miffionnaires manger fans par-
Jer. Le 17. ils prirent leur Au-.
dience de congé de Monfieur
Colbert de Croiffy , & de Monfieur
le Marquis de Seignelay . Je
vous parleray dans ma Lettre de
Février des Prefens qu'ils ont &
faits & reçus , de leur départ , &
GALANT . 225
de celuy de Monfieur le Chevalier
de Chaumont
Fermer
Résumé : Suite de l'Article de Siam. [titre d'après la table]
En octobre, deux mandarins envoyés par le roi de Siam sont arrivés à Calais avec six domestiques. Ils ont été accueillis par le major de la place et ont ensuite voyagé jusqu'à Paris, où ils ont reçu des honneurs militaires et civils. Leur interprète était le fils d'un Portugais né à Siam. Malgré leur sobriété alimentaire, ils ont été bien traités et ont pu observer diverses cérémonies et lieux prestigieux. À Paris, les mandarins ont rencontré plusieurs personnalités françaises, dont les marquis de Seignelay et de Vachet. Ils ont exprimé leur admiration pour la France et ont été impressionnés par la grandeur et la richesse des lieux visités, tels que le Palais-Royal, Chantilly et Versailles. Ils ont également assisté à des représentations théâtrales et à des cérémonies religieuses. La mission des mandarins était de s'informer sur les ambassadeurs envoyés par le roi de Siam à la cour française, présumés perdus. Ils ont rencontré le ministre Colbert de Croissy, qui leur a transmis les condoléances du roi de France et a exprimé le désir de renforcer les liens entre les deux royaumes. Ils ont également été reçus par le roi de France, qui les a honorés malgré leur statut non officiel d'ambassadeurs. Pendant leur séjour, les mandarins ont été surpris par le froid et la neige, éléments inconnus dans leur pays. Ils ont également été impressionnés par la liberté de parole et la diversité des gens en France. Avant leur départ, ils ont pris congé des ministres Colbert de Croissy et Seignelay. Une lettre sera envoyée en février pour discuter des préfets, des actions qu'ils ont entreprises et reçues, ainsi que de leur départ. Cette lettre mentionnera également le départ de Monsieur le Chevalier de Chaumont.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
837
p. 225-227
Nom de ceux qui ont trouvé le mot des deux dernieres Enigmes, [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui ont trouvé la Vigne Vierge, qui est le vray Mot [...]
Mots clefs :
Énigme, Réponse, Mot, Messieurs, Monsieur Diéreville, Mademoiselle , Sens, Cerise, Vigne vierge
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nom de ceux qui ont trouvé le mot des deux dernieres Enigmes, [titre d'après la table]
Ceux qui ont trouvé la Vigne
Vierge , qui eft le vray Mot de la
premiere Enigme du dernier
Imois , font Meffieurs Daffy , Capitaine
dans le premier Bataillon
5 du Regiment de Navarre ; Etienne
, Préfident au Grenier à Sel
de Senlis ; Du Lac , Syndic du
: Boulincourt à Rennes ; Brunet ,
de la Rue du Temple , ce dernier
en Vers ; Mademoifelle Ef
prit , Soeur de Meffieurs Efprit s
& la trifte Alcidiane , de Berry .
Monfieur Diéreville a expliqué
en Vers la Cerife , qui eft le
vray mot de l'autre Enigme. Ila
efté auffi trouvé par Mademoifelle
Morant , Fille de Monfieur
Morant , Maistre des Requeftes ,
âgée de huit ans , & par les deux
Blondes de Poitou .
K s
226 MERCURE
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre Enigme dans leur vray
fens , font мeffieurs Gaudeloup ;
Leger de la Verbiffonne ; De
la Quille , Rue Beaubourg ,
Commiffionaire des Villes de
Liege & de Cologne ; Dela Fave,
de Damas , Rudouf ; De l'Hôpital
, Lieutenant au Grenier à
Sel de Paris ; Ponier , du coin de
S. Jacques de l'Hôpital ; Teftard ;
Defportes ; Baco ; Niares , &
Savin , de la Ruë S. Denis ; l'Abbé
dit de Romieu ; L'Amant de
la jolie Fanchon ; Menau du
Rond Royal futur ; Le Rival du
Charbonnier de Reims ; Piques ,
du Palais ; Mefdemoifelles de la
Rovë , de la Rue S. Denis ; Madelon
Provais , & Rudouf ; LA
blonde Loüifon , de la Rue des
Iuifs , La Femme fans regret i
Les Fameufes de la Ruë S. DeGALANT..
227
#
nis ; La belle Ceinturiere du Carrefour
de la Charbonnerie de
Rennes ; La bonne mere , de la
Rue S lacques. En Vers, Monfieur
La More, Medecin de Pampadour ;
Carrier, de Roüen ; Le P. Colin ,
Religieux Celeftin de Senlis ;
L'Amant endormy du Parloir ;
La charmante Cadete de Rion ,
Marguerite malet , Silvie ; Alcidor
; La petite Affemblée A ; &
La petite Affemblée G , la belle
Nourriture ; ces cinq dernieres
du Havre.
Vierge , qui eft le vray Mot de la
premiere Enigme du dernier
Imois , font Meffieurs Daffy , Capitaine
dans le premier Bataillon
5 du Regiment de Navarre ; Etienne
, Préfident au Grenier à Sel
de Senlis ; Du Lac , Syndic du
: Boulincourt à Rennes ; Brunet ,
de la Rue du Temple , ce dernier
en Vers ; Mademoifelle Ef
prit , Soeur de Meffieurs Efprit s
& la trifte Alcidiane , de Berry .
Monfieur Diéreville a expliqué
en Vers la Cerife , qui eft le
vray mot de l'autre Enigme. Ila
efté auffi trouvé par Mademoifelle
Morant , Fille de Monfieur
Morant , Maistre des Requeftes ,
âgée de huit ans , & par les deux
Blondes de Poitou .
K s
226 MERCURE
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre Enigme dans leur vray
fens , font мeffieurs Gaudeloup ;
Leger de la Verbiffonne ; De
la Quille , Rue Beaubourg ,
Commiffionaire des Villes de
Liege & de Cologne ; Dela Fave,
de Damas , Rudouf ; De l'Hôpital
, Lieutenant au Grenier à
Sel de Paris ; Ponier , du coin de
S. Jacques de l'Hôpital ; Teftard ;
Defportes ; Baco ; Niares , &
Savin , de la Ruë S. Denis ; l'Abbé
dit de Romieu ; L'Amant de
la jolie Fanchon ; Menau du
Rond Royal futur ; Le Rival du
Charbonnier de Reims ; Piques ,
du Palais ; Mefdemoifelles de la
Rovë , de la Rue S. Denis ; Madelon
Provais , & Rudouf ; LA
blonde Loüifon , de la Rue des
Iuifs , La Femme fans regret i
Les Fameufes de la Ruë S. DeGALANT..
227
#
nis ; La belle Ceinturiere du Carrefour
de la Charbonnerie de
Rennes ; La bonne mere , de la
Rue S lacques. En Vers, Monfieur
La More, Medecin de Pampadour ;
Carrier, de Roüen ; Le P. Colin ,
Religieux Celeftin de Senlis ;
L'Amant endormy du Parloir ;
La charmante Cadete de Rion ,
Marguerite malet , Silvie ; Alcidor
; La petite Affemblée A ; &
La petite Affemblée G , la belle
Nourriture ; ces cinq dernieres
du Havre.
Fermer
Résumé : Nom de ceux qui ont trouvé le mot des deux dernieres Enigmes, [titre d'après la table]
Le texte énumère des personnes ayant résolu diverses énigmes. Pour la première énigme, dont le mot est 'Vierge', les solveurs sont Meffieurs Daffy, Capitaine dans le premier Bataillon du Régiment de Navarre, Etienne, Président au Grenier à Sel de Senlis, Du Lac, Syndic de Boulincourt à Rennes, Brunet, de la Rue du Temple, et Mademoiselle Esprit, Soeur de Meffieurs Esprit et la triste Alcidiane, de Berry. La deuxième énigme, dont le mot est 'Cerise', a été expliquée par Monfieur Diéreville en vers et également trouvée par Mademoiselle Morant, fille de Monfieur Morant, Maître des Requêtes, âgée de huit ans, ainsi que par les deux Blondes de Poitou. D'autres individus ont expliqué les énigmes dans leur vrai sens, notamment Meffieurs Gaudeloup, Leger de la Verbiffonne, De la Quille, Rue Beaubourg, Commissionnaire des Villes de Liège et de Cologne, Dela Fave, de Damas, Rudouf, De l'Hôpital, Lieutenant au Grenier à Sel de Paris, Ponier, du coin de Saint-Jacques de l'Hôpital, Testaud, Desportes, Baco, Niares, et Savin, de la Rue Saint-Denis, ainsi que l'Abbé dit de Romieu. Parmi les femmes, on trouve Mademoifelles de la Rovë, de la Rue Saint-Denis, Madelon Provais, Rudouf, la blonde Loüifon, de la Rue des Juifs, la Femme sans regret, les Fameuses de la Rue Saint-Denis, la belle Ceinturiere du Carrefour de la Charbonnerie de Rennes, et la bonne mere, de la Rue Saint-Jacques. En vers, les solveurs incluent Monfieur La More, Médecin de Pampadour, Carrier, de Rouen, le P. Colin, Religieux Célestin de Senlis, l'Amant endormi du Parloir, la charmante Cadete de Rion, Marguerite Malet, Sylvie, Alcidor, la petite Assemblée A, la petite Assemblée G, et la belle Nourriture, tous du Havre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
838
p. 227-229
ENIGME.
Début :
La premiere des deux Enigmes nouvelles que je vous envoye, / Qvatre & trois composent mon estre, [...]
Mots clefs :
Donneau de Visé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
La premiere des deux Enigmes
nouvelles que je vous envoye
, eft des Nymphes enjoüées ,
Clione,& Rofelinde ; & la fecon .
de , de Califte .
K 6
228
MERCURE
Q
ENIGME .
Vatre & trois compofent
mon eftre,
Ainfi , graces aux Dieux
Qui me veulent faire connoître,
le fuisformé de fept, nombre mysterieux
;
L'entens de fept parties
Affez bien afforties.
Celle qui garde le milieu,
Parmy nos Ennemis fe trouve en triple
lieu ;
Defix autres , les trois premieres
Sont d'abord en danger, fans craindre
le tombeau ;
Mais , helas ! on y voit à la fin les
dernieres
Auffi clairement
que
dans l'eau...
Le croy pourtant,malgré l'envie,
GALANT. 229
Que je ne periray jamais .
I'appartiens à celuy quifçait donner
la vie
Avec l'adreffe defes traits ..
S'il a les Clefs du Temple de Memoire,
Son merite eftant mon apuy,
N'ay-je pas grand fujet de croire
Que je dois vivre autant que
luy.
nouvelles que je vous envoye
, eft des Nymphes enjoüées ,
Clione,& Rofelinde ; & la fecon .
de , de Califte .
K 6
228
MERCURE
Q
ENIGME .
Vatre & trois compofent
mon eftre,
Ainfi , graces aux Dieux
Qui me veulent faire connoître,
le fuisformé de fept, nombre mysterieux
;
L'entens de fept parties
Affez bien afforties.
Celle qui garde le milieu,
Parmy nos Ennemis fe trouve en triple
lieu ;
Defix autres , les trois premieres
Sont d'abord en danger, fans craindre
le tombeau ;
Mais , helas ! on y voit à la fin les
dernieres
Auffi clairement
que
dans l'eau...
Le croy pourtant,malgré l'envie,
GALANT. 229
Que je ne periray jamais .
I'appartiens à celuy quifçait donner
la vie
Avec l'adreffe defes traits ..
S'il a les Clefs du Temple de Memoire,
Son merite eftant mon apuy,
N'ay-je pas grand fujet de croire
Que je dois vivre autant que
luy.
Fermer
839
p. 229-230
AUTRE ENIGME.
Début :
Ainsi que de certains Oyseaux [...]
Mots clefs :
Mots
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
A Infique de certains Oyfeaux
ΑQu'on appelle des Etourneaux,
Tres -fouvent nous allons par Bandes .
Moins qu'eux pourtant nousfommes
fortunez ;
Ils font libres, nous enchaînez.
Nous répondons à toutes les demandes,
En Profe d'ordinaire , & quelquefois
en Vers ;
230
MERCURE
Nous avons cours fur terre, & même
dans les airs.
On nous voit bien , fi l'on fixe nôtre
eftre ;
Tailles & traits en nous infiniment
divers
Sçavent pour lors affez paroître ;
Mais fans cela les yeux plus percans
Feroient des efforts impuiffans,
S'ils nous vouloient connoître.
A Infique de certains Oyfeaux
ΑQu'on appelle des Etourneaux,
Tres -fouvent nous allons par Bandes .
Moins qu'eux pourtant nousfommes
fortunez ;
Ils font libres, nous enchaînez.
Nous répondons à toutes les demandes,
En Profe d'ordinaire , & quelquefois
en Vers ;
230
MERCURE
Nous avons cours fur terre, & même
dans les airs.
On nous voit bien , fi l'on fixe nôtre
eftre ;
Tailles & traits en nous infiniment
divers
Sçavent pour lors affez paroître ;
Mais fans cela les yeux plus percans
Feroient des efforts impuiffans,
S'ils nous vouloient connoître.
Fermer
840
p. 230-231
Divertissemens du Carnaval, [titre d'après la table]
Début :
Je viens aux divertissemens du Carnaval. On a commencé le [...]
Mots clefs :
Divertissements, Carnaval, Versailles, Opéra, Représentations, Pièces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divertissemens du Carnaval, [titre d'après la table]
le viens aux divertiffemens du
Carnaval . On a commencé le
dix - huitiéme lanvier à reprefenter
à Versailles l'Opera de Roland
, & l'on a continué d'en
donner des Repreſentations
une
fois chaque Semaine . La Pièce
eft de Monfieur Quinaut , Auditeur
des Comptes , & la мufique
de Monfieur de Lully , Surintendant
de la muſique de la ChamGALANT.
231
bre du Roy ; ces deux Meffieurs
ont ſi ſouvent travaillé à ces fortes
de Divertiffemens , que tout
Paris eft perfuadé de leur fçavoir
faire. Outre ce Divertiffement,
il y en a eû plufieurs autres à la
Cour, où l'on a pris deux ou trois
fois la Semaine celuy de la Comedie.
Il y a eu auffi Appartement
& plufieurs Mafcarades ,
fçavoir une grande chaque Semaine
, & plufieurs petites ; &
comme elles doivent continuer
le refte du Carnaval , je ne vous
en diray rien aujourd'huy , afin
de vous parler de toutes enfemble
au mois prochain .
Carnaval . On a commencé le
dix - huitiéme lanvier à reprefenter
à Versailles l'Opera de Roland
, & l'on a continué d'en
donner des Repreſentations
une
fois chaque Semaine . La Pièce
eft de Monfieur Quinaut , Auditeur
des Comptes , & la мufique
de Monfieur de Lully , Surintendant
de la muſique de la ChamGALANT.
231
bre du Roy ; ces deux Meffieurs
ont ſi ſouvent travaillé à ces fortes
de Divertiffemens , que tout
Paris eft perfuadé de leur fçavoir
faire. Outre ce Divertiffement,
il y en a eû plufieurs autres à la
Cour, où l'on a pris deux ou trois
fois la Semaine celuy de la Comedie.
Il y a eu auffi Appartement
& plufieurs Mafcarades ,
fçavoir une grande chaque Semaine
, & plufieurs petites ; &
comme elles doivent continuer
le refte du Carnaval , je ne vous
en diray rien aujourd'huy , afin
de vous parler de toutes enfemble
au mois prochain .
Fermer
Résumé : Divertissemens du Carnaval, [titre d'après la table]
En janvier, le Carnaval à Versailles inclut l'opéra 'Roland' de Quinaut et la musique de Lully, représenté chaque semaine à partir du 18 janvier. La Cour organise aussi des comédies, des appartements et des mascarades, avec une grande mascarade hebdomadaire. Ces divertissements se poursuivent jusqu'à la fin du Carnaval.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
841
p. 231-235
Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Début :
Le Théatre François ne nous a encore donné qu'une Piéce [...]
Mots clefs :
Théâtre, Nouvelles pièces, Ajax, L'Usurier, Tragédie, Comédie, Héros, Amour, Aventure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Le Théatre François ne nous
a encore donné qu'une Piéce
nouvelle , depuis le commencement
de l'Hyver ; c'est une Tragedie
intitulée Ajax ; elle eſt de
Monfieur de la Chapelle. Cer
232 MERCURE
Autheur a fait dans toutes fes
Piéces des Scenes fi brillantes
pour Monfieur Baron , que quoy
que cet excellent Acteur ait toûjours
eu beaucoup de réputation ,
il femble en avoir acquis une
nouvelle dans celle- cy . Les mêmes
Comediens promettent une
Piéce Comique fous le nom de
l'ufurier , & elle doit eftre reprefentée
l'un des premiers jours de
la Semaines prochaine. Le nom
de fon Heros me fait fouvenird'un
Mariage que fit ces jours.
paffez un Heros pareil . Cet.
Ufurier avoit prefté une fomme
tres confidérable à un
Homme qui faifoit une affez
bonne figure , & dont le Fils
étoit Amoureux de fa Fille .
Quelque temps apres , on luy
vint dire que fon Emprunteur
avoit fait banquetoute , & que
3
GALANT. 233
les chofes avoient tourné d'unc
maniere qui ne luy laiffoit aucune
espérance de rien retirer
de ce qu'il avoit prêté . Il imagina
mille expédiens pour ne pas
perdre toute fa fomme; & faifant
tout à coup réflexion que le Fils
de celuy dont les Affaires étoient
en defordre aimoit fa Fille , il
réfolut de luy propofer de la luy
donner en mariage & pour dot ,
F'argent que fon Pere luy faifoit
perdre , aimant mieux que fa
Fille fuft gueufe toute la vie ,
que de ne pas tirer
avantage
de
quelque maniere que ce fuft,
de l'argent qu'on luy avoit emporté.
Le Party fut accepté par
l'Amant ; le mariage fe fit ; il fut
confommé ; & l'Ufurier apprit
enfuite , que c'eftoit un tour
qu'on luy avoit joué pour l'obliger
à le faire , parce qu'il n'y auroit
234
MERCURE
cer
pas confenty fans cela ,
Amant ayant beaucoup moins
de bien que fa Fille . Cette Avanture
ne paroiftra pas dans la
Comédie de l'vfurier , dont le
hazard m'a fait trouver à une
lecture que l'Autheur en a faite;
mais l'on y découvre , fans choquer
perfonne , & en marquant
feulement les vices en general ,
tous les fecrets de la Banque ,
c'est à dire , à l'égard de ceux
qui prétent & qui empruntent
de l'argent à ufure ; car àl'égard
de ce qui touche le Commerce ,
on n'en parle point du tout. Ce
qui fait l'agrément de cette Comédie
, qui peut eſtre auffi - toft
appellée le Banquier, que l'Vfurier
eft que les Banquiers connoiffant
l'intérieurs des Affaires
Hommes , & principalement les
Gens de qualité , & les Perſondes
GALANT. 235
nes de toutes les Profeffions
ayant à faire à eux , on en voit
dans cette Piece un grand nombre
de diférens caracteres , &
l'on y remarque une perpétuelle
oppoſition de la Nobleffe gueuſe
à la riche Roture . Ainfi quoy
que cette Piece femble avoir un
Titre Bourgeois , elle ne laiffe
pas d'eftre pour toutes fortes
d'Etats .
a encore donné qu'une Piéce
nouvelle , depuis le commencement
de l'Hyver ; c'est une Tragedie
intitulée Ajax ; elle eſt de
Monfieur de la Chapelle. Cer
232 MERCURE
Autheur a fait dans toutes fes
Piéces des Scenes fi brillantes
pour Monfieur Baron , que quoy
que cet excellent Acteur ait toûjours
eu beaucoup de réputation ,
il femble en avoir acquis une
nouvelle dans celle- cy . Les mêmes
Comediens promettent une
Piéce Comique fous le nom de
l'ufurier , & elle doit eftre reprefentée
l'un des premiers jours de
la Semaines prochaine. Le nom
de fon Heros me fait fouvenird'un
Mariage que fit ces jours.
paffez un Heros pareil . Cet.
Ufurier avoit prefté une fomme
tres confidérable à un
Homme qui faifoit une affez
bonne figure , & dont le Fils
étoit Amoureux de fa Fille .
Quelque temps apres , on luy
vint dire que fon Emprunteur
avoit fait banquetoute , & que
3
GALANT. 233
les chofes avoient tourné d'unc
maniere qui ne luy laiffoit aucune
espérance de rien retirer
de ce qu'il avoit prêté . Il imagina
mille expédiens pour ne pas
perdre toute fa fomme; & faifant
tout à coup réflexion que le Fils
de celuy dont les Affaires étoient
en defordre aimoit fa Fille , il
réfolut de luy propofer de la luy
donner en mariage & pour dot ,
F'argent que fon Pere luy faifoit
perdre , aimant mieux que fa
Fille fuft gueufe toute la vie ,
que de ne pas tirer
avantage
de
quelque maniere que ce fuft,
de l'argent qu'on luy avoit emporté.
Le Party fut accepté par
l'Amant ; le mariage fe fit ; il fut
confommé ; & l'Ufurier apprit
enfuite , que c'eftoit un tour
qu'on luy avoit joué pour l'obliger
à le faire , parce qu'il n'y auroit
234
MERCURE
cer
pas confenty fans cela ,
Amant ayant beaucoup moins
de bien que fa Fille . Cette Avanture
ne paroiftra pas dans la
Comédie de l'vfurier , dont le
hazard m'a fait trouver à une
lecture que l'Autheur en a faite;
mais l'on y découvre , fans choquer
perfonne , & en marquant
feulement les vices en general ,
tous les fecrets de la Banque ,
c'est à dire , à l'égard de ceux
qui prétent & qui empruntent
de l'argent à ufure ; car àl'égard
de ce qui touche le Commerce ,
on n'en parle point du tout. Ce
qui fait l'agrément de cette Comédie
, qui peut eſtre auffi - toft
appellée le Banquier, que l'Vfurier
eft que les Banquiers connoiffant
l'intérieurs des Affaires
Hommes , & principalement les
Gens de qualité , & les Perſondes
GALANT. 235
nes de toutes les Profeffions
ayant à faire à eux , on en voit
dans cette Piece un grand nombre
de diférens caracteres , &
l'on y remarque une perpétuelle
oppoſition de la Nobleffe gueuſe
à la riche Roture . Ainfi quoy
que cette Piece femble avoir un
Titre Bourgeois , elle ne laiffe
pas d'eftre pour toutes fortes
d'Etats .
Fermer
Résumé : Comédie de l'Usurier, [titre d'après la table]
Le Théâtre François a présenté une nouvelle tragédie intitulée 'Ajax', écrite par Monsieur de la Chapelle, depuis le début de l'hiver. Cette pièce met en vedette Monsieur Baron, un acteur réputé dont la renommée a été accrue par cette œuvre. Les comédiens préparent également une pièce comique intitulée 'L'Usurier', prévue pour la semaine prochaine. Cette comédie ne traite pas d'une aventure spécifique mais révèle les secrets de la banque et des prêts à intérêt sans choquer le public. Elle met en scène divers personnages, notamment des banquiers connaissant les affaires intimes des hommes, et oppose la noblesse démunie à la roture riche. Bien que le titre semble bourgeois, la pièce est accessible à toutes les classes sociales.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
842
p. 235
« Je remets au mois prochain à vous parler des nouveaux Conseillers [...] »
Début :
Je remets au mois prochain à vous parler des nouveaux Conseillers [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je remets au mois prochain à vous parler des nouveaux Conseillers [...] »
le remets au mois prochain à
vous parler des nouveaux Confeillers
d'Etat, & fuis Voftre , & c.
A Paris le 31. Ianvier 1685 .
vous parler des nouveaux Confeillers
d'Etat, & fuis Voftre , & c.
A Paris le 31. Ianvier 1685 .
Fermer
843
s. p.
Avis pour placer les Figures.
Début :
Le Plan de Sainte Maure, & de la Prevesa, doit regarder [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avis pour placer les Figures.
Avis
LE
la
pour placer les Figures.
E Plan de Sainte Maure , &
de la Prevefa , doit regarder
page 37
L'Air qui commence par vos
cris mes petits Moutons , doit regarder
la page 66
L'Air qui commence par Sila
Féve par un heureux destin , doit
regarder la page 151
LE
la
pour placer les Figures.
E Plan de Sainte Maure , &
de la Prevefa , doit regarder
page 37
L'Air qui commence par vos
cris mes petits Moutons , doit regarder
la page 66
L'Air qui commence par Sila
Féve par un heureux destin , doit
regarder la page 151
Fermer
844
s. p.
« On donnera toujours un Volume nouveau du Mercure Galant le [...] »
Début :
On donnera toujours un Volume nouveau du Mercure Galant le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On donnera toujours un Volume nouveau du Mercure Galant le [...] »
ON
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cine fols en Parchemin.
N donnera toujours un Volume
nouveau du Mercure Galant le
premier jour de chaque Mois , & on
le vendra , auffi -bien que l'Extraordinaire
, Trente fols relié en Veau,
& Vingt-cine fols en Parchemin.
Fermer
845
p. 1-2
« Je me souviens, Madame, que vous me témoignâtes il y [...] »
Début :
Je me souviens, Madame, que vous me témoignâtes il y [...]
Mots clefs :
Origines, Tombeaux, Cérémonies, Sépultures
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Je me souviens, Madame, que vous me témoignâtes il y [...] »
E me
fouviens , Madame
que vous me
témoignâtes
ily a quel
que temps , que vous
Seriez bien aife d'eftre entierement
inftruite de ce qui regarde l'origine
des Tombeaux , & les cé-
Q. de Fanvier 1685.
A
[
Σ Extraordinaire
rémonics des Sépultures . e propofay
auffi - toft cette matiére au Public , &
M Rault de Rouen , dont le mérite
vous eft connu par pluſieurs Ouvrages
que vous avez vous de luy , l'a
traitée fi amplement & avec des recherches
fi curieufes , que l'on peut
dire qu'il l'a épuisée . Ainfi je ne
doute point qu'il n'ait répondu par-`
faitement à ce que vous avez pú
attendre d'un pareil travail. Vous
voudrez bien cependant , avant que
de venir à cette lecture , jetter les
yeux fur quelques Sonnets , dont les
Bouts- rimez Latins qui ont eu.cours
depuis quelques Mois , ont fait eftimer
la bizarre nouveauté. Vous les
trouverez remplis avec beaucoup de
jufteffe . Ils m'ont efté envoyez de
Dijon , ou chacun , comme à l'envy,
s'est fait un plaifir d'y travailler
fur des fujets differens.
fouviens , Madame
que vous me
témoignâtes
ily a quel
que temps , que vous
Seriez bien aife d'eftre entierement
inftruite de ce qui regarde l'origine
des Tombeaux , & les cé-
Q. de Fanvier 1685.
A
[
Σ Extraordinaire
rémonics des Sépultures . e propofay
auffi - toft cette matiére au Public , &
M Rault de Rouen , dont le mérite
vous eft connu par pluſieurs Ouvrages
que vous avez vous de luy , l'a
traitée fi amplement & avec des recherches
fi curieufes , que l'on peut
dire qu'il l'a épuisée . Ainfi je ne
doute point qu'il n'ait répondu par-`
faitement à ce que vous avez pú
attendre d'un pareil travail. Vous
voudrez bien cependant , avant que
de venir à cette lecture , jetter les
yeux fur quelques Sonnets , dont les
Bouts- rimez Latins qui ont eu.cours
depuis quelques Mois , ont fait eftimer
la bizarre nouveauté. Vous les
trouverez remplis avec beaucoup de
jufteffe . Ils m'ont efté envoyez de
Dijon , ou chacun , comme à l'envy,
s'est fait un plaifir d'y travailler
fur des fujets differens.
Fermer
Résumé : « Je me souviens, Madame, que vous me témoignâtes il y [...] »
Le texte est une lettre datée du 25 janvier 1685, adressée à une dame. L'auteur y évoque son intérêt pour l'origine des tombeaux et des cérémonies funéraires. Il mentionne que M. Rault de Rouen a traité ce sujet de manière exhaustive et avec des recherches curieuses, répondant ainsi aux attentes de la destinataire. Avant de lire cet ouvrage, l'auteur suggère de consulter quelques sonnets, dont les bouts-rimés latins ont suscité un intérêt récent. Ces sonnets, envoyés de Dijon, couvrent divers sujets et sont jugés remplis de justesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
846
p. 14-81
DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
Début :
Comme la Vie est le premire principe des Hommes ; de mesme [...]
Mots clefs :
Corps, Sépulture, Monuments, Sépulcre, Tombeaux, Égyptiens, Romains, Bible, Empereur, Prince, Marbre, Funérailles, Ossements, Coutumes, Juifs, Mausolée, Ensevelissement, Momies, Inscriptions, Défunts, Vénération, Richesses
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
DE L'ORIGINE
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P
•
s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37
་
puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
DE LA
SEPULTURE,
DES TOMBEAUX ,
Et du temps que l'on a brûlé
les Corps
.
C
Omme la Vie eſt le premier
principe des Hommes
; de mefme la Mort eft leur
dermer terme . C'eſt d'où vient
que le Droit de la Sepulture eft
fi ancien , que peu apres la
création du Monde , & la chûte
de nôtre premier Pere , il a eſté
introduit & mis en ufage . Dieu
du Mercure Galant.
15
dit au premier Homme apres fon
peché qu'il étoit poudre, & qu'il retourneroit
enpoudre , parce qu'apres
la mort les corps des Hommes
doivent eftre mis dans la Terre,
comme dans le fein de leur commune
Mere , d'où ils ont efté tirez
en leur naiffance .
Mais avant que de parler des
Tombeaux , de la Sepulture , &
de l'ufage que les Anciens y ont
obſervé , il eſt à propos de dire
que l'origine en a prefque commencé
avec le Monde , & que
les premiers Hommes ont enfévely
les Corps des Défunts .
C'est un foin & une pieté qui
s'eft pratiquée comme par une
Loy , que la Nature mefme avoit
impofée. L'exemple en a paffé
chez la Pofterité , & le foin des
>
16
Extraordinaire
Funerailles a efté en fuite religieufement
étably & obfervé.
Mais fur tout on doit dire qu'Adam
& Noë ont efté les premiers
qui ayent fait ouverture
de la Terre pour y ensevelir les
corps , n'y ayant eu perfonne qui
ait en leurs deux temps précédé
l'un ny l'autre.
Abel , comme rapporte Jofephe
liv. 1. Chapitre 3. de fes
Antiquitez Judaïques , à l'âge de
129. ans fut la premiere Victime
de la mort , & reçût un ſi mauvais
traitement de Cain fon frere
, que ce Barbare apres luy
avoir arraché la vie , en cacha
le corps dans les haliers , pour
ne luy pas donner la Sepulture,
exerçant encore une nouvelle
cruauté fur fon Frere
apres
fa
du Mercure Galant.
17
mort. Mais Eliphas Themanite
dit , que Cain apres un meurtre
fi fanglant , devint vagabond &
comme furieux , ayant toûjours
devant les yeux l'image de fon
crime ; qu'il ne fe retiroit que
dans les Cavernes & les Foreſts
comme une Beſte , & que Dieu
fulmina contre luy un decret,
par lequel il fut ordonné qu'il
perdroit la vie par le fer , &
qu'il deviendroit la proye des
Vautours & des Animaux fauvages
, ainlì que les Septante ont
interpreté le paffage de Job fur
ce ſujet Chapitre 15. verf. 22. &
comme Olimpiodore l'a expliqué
. Voila les termes de ce decret
; Hominem impium decretum ,
ait , effe à Deo in manus ferri , &
ordinatum in efcas vulturum . Ce qui
Q. deJanvier 1685. B
18 Extraordinaire
à la verité fut jugé une punition
rigoureuſe , mais digne de l'im..
pieté de ce Parricide .
.
Adam touché au vif de la
mort d'Abel fon fils , en fit chercher
le corps , & apres plufieurs .
jours de deuil , de larmes & de
foûpirs , prit le foin de l'inhu .
mer avec beaucoup de pompe,.
& luy erigea un Monument qui
devoit fervir à luy mefme ,
& à fes autres enfans .. L'on :
tient communément que ce nefut
pas loin de Sion . Voila la
premiere Sepulture & le pre.
mier Tombeau , auquel ce Pere
affligé ajoûta encore une belle
Epitaphe , conceuë en ces paroles.
Quis tantus de hoc loco , tamque
fonorus clamor ? Rogas Viator ?
adhuc inauditum tibi parricidium,
du Mercure Galant.
19
& c . Salien la rapporte en l'année
du Monde
130.
La privation de la Sepulture .
avoit quelque chofe d horrible.-
Ce fut toutefois de cette melme.
peine la plus barbare de toutes ,
que les Egyptiens traiterent les
Hebreux fous Pharaon leur Roy;
car apres avoir miferablement
porté le joug de fa tyrannie , &
un long & rude efclavages , ils
en jettoient les Corps dans les
Champs fans les enfevelir , & ne
permirent pas mefme de mettre
de la pouffiere deffus , ny de ré
pandre des larmes apres leur
mort ; mais Dieu vangea bien
cette barbarie , felon que le remarque
Philon Juif en la vie de :
Moyle.
La fainte Ecriture nous fait :
B. ij
20 Extraordinaire
connoiſtre, aux Nombres Chapitre
16. verf. 34. que Dieu mefme
a voulu quelquefois que les
impies , en vangeance de leurs
crimes , ayent efté privez de la
Sepulture en diverfes manieres ,
ou eftant engloutis tout vifs dans
les entrailles de la Terre, comme
il est arrivé à Coré , Datham &
Abiron , ou eftant confumez du
feu du Ciel , fans qu'il foit refté
la moindre partie de leurs corps
pour
eftre mife dans la Sepulture
, comme le mefme Jofephe &
Philon le rapportent .
Ce fut là une effroyable vangeance
, & un terrible Monument
, quand cinq fameuſes Villes
furent entierement confumées
du feu du Ciel avec tous
leurs Habitans , à l'exception de
du Mercure Galant, 21
Loth & de fa Famille , encore
fon Epouſe par fa faute fut- elle
changée en fa propre Image ; &
quand Sodome & Gomorrhe du
nombre de Pentapolis devinrent
une vafte Mer de fouphre & de
bitume , pour punir les crimes
de ceux qui les habitoient . Les
Hiftoriens en feront toûjours
mention , & la pofterité en parlera
à jamais .
5.
C'eft de là auffi qu'eft venu
ce fameux Lac appellé Afphaltide
, ou cette Mer morte , dont
Joſephe liv.
&
4.
de la Guerre
de Juifs , & Hegefippe liv.
14. Chapitre 18. recitent tant de
merveilles , & apres eux Ariftote
& Strabon , & plufieurs autres.
Mais revenons à Adam & å
12 Extraordinaire
Noë , dont nous avons parlé cy--
devant. Noë , ce grand Patriarche
, averty de Dieu qu'il euft à
baftir l'Arche , pour ſe garantir
luy & fa famille des eaux du Dé .
luge univerfel , femble avoir donné
à tous les hommes qui devoient
venir apres luy , une idée
de la Sepulture & des Tombeaux
, car comme dit Orohoaita ,
le plus fçavant & le plus fameux
de tous les Auteurs Syriens , liv. 1 .
du Paradis Terreftre , Partie 1 .
Chapitre 14. & la Bibliotheque -
des Pères , Chapitre 1. il convertit:
cette mefme Arche en un
Tombeau , & par une pieté infigne
envers les Vivans & les
Morts , en s'y retirant , emporta
avec foy les offemens d'Adam ,
qui avoient eſté tirez du Sepul2-
*
du Mercure Galant
23
1
S
3
chre d'Abel , & apres en efte
forty fain & fauf avec fa Famille ,
il en retira les, mefmes offemens.
d'Adam , qu'il avoit gardez com.
me un dépoft , & les partagea cn--
tre fes Fils avec les Parties de la
Terre , & dans la divifion qu'il
en fit , il donna à Sem qui eftoit
l'aifné , le Crane , & la Region
pour habiter , qui depuis a efté:
dire la Judée.
On tient communement que
le Mont - Calvaire eft le lieu où
le Crané d'Adam a efté enfevely
par ce mefme Sem, & en fui .
te le reste de fes autres offemens,
& que cette Montagne a pris
fon nom de cette Sepulture . C'eft:
une ancienne Tradition , qui a
duré chez les Syriens , dit le
mefme Orohoaita , & qui y dure
encore..
24
Extraordinaire
Mais il ne faut pas s'étonner,
fi ces chofes font paffées fous fi.
lence dans les Livres de Moyfe ;
& que ne faifant mention que
de la Creation du Monde , de
la Chûte du premier Homme ,
& de la Propagation du Genre
Humain , il ne rapporte rien du
premier Age du Monde . L'Auteur
de la précédente opinion a
receu comme par Tradition des
plus anciens Syriens , ce qu'il en
a écrit , & que les Juifs tiennent
de luy.
Saint Epiphane fur la fin de
fon Livre , parle ouvertement de
cette Divifion de tout le Monde
entre les Fils de Noë , & affure
que la Paleſtine , dans laquelle
la Judée eft compriſe , eftoit
tombée au fort de Sem , quoy
qu'il
du Mercure Galant. 25
qu'il foit arrivé en fuite que
les
defcendans de Cham s'en foient
emparez par violence . C'eſt enfin
le fentiment de tous les Peres
, que les os d'Adam ont efté
portez apres le Déluge en la
Paleftine , où ils ont efté enfevelis.
C'est ce que confirme
Torniollus année 930. de fes Annales
Saintes , & Salien en la
mefme année.
Comme il n'y a pas à douter
de la pieté de Noë envers les os
d'Adam felon que faint Bafile
fur Ifaye Chapitre 5. & Theo.
phylacte fur Jonas Chapitre 19.
le remarquent , on doit dire auffi
que
le foin charitable de la Sepulcure
, des Funérailles
Tombeaux , & du Miniftere qui
s'y obferve , a pris fon origine
2. deJanvier 1685.
C
des
26 Extraordinaire
d'Adam , & poftérieurement de
Noë , qu'il s'eftétendu en fuite
à toute la Poftérité , & qu'il a
enfin obtenu la force d'une Loy
inviolable. D
La Tradition des anciens Juifs
cft d'une grande authorité pour
perfuader que les offemens d'A
dam ont efté enfevelis en Hebron
, comme faint Hierômé le
répete plufieurs fois , & la plus
grande partie des Peres le tiennent
auffi , & fur tout dans le
lieu du Calvaire , la Paleftine ,
la Judée & Hebron eſtant preſque
la mefme chofe ; tous lefquels
Peres Malveda cite en fon
Livre du Paradis Terreftre, chapitre
54. & 55.
A l'égard de la Sepulture chez
les Anciens Hebreux , ne rapdu
Mercure Galant. 27
1
7
porte. t'on pas qu'Abraham par
une révelation divine , entre les
Actions les plus confidérables,
avoit une grande vénération
pour ce dernier devoir que l'on
rend aux Défunts ? Car quand il
eut perdu Sara fa chere Epoufe,
n'acheta t'il pas par quatre cens
Sicles d'argent le Champ nommé
Ephron , pour y porter le
Corps de la Défunte? Ce fut par
la le premier qui dedia une choi
fe profane à l'ufage picux & facré
de la Sepulture , comme le
dit la Genefe Chapitre 23 .
A
23.
Mais felon le fentiment de
faint Chryfoftome Homelie
ce qui eft de plus confidérable ,
ce grand Patriarche ne s'eftoit
rien acquis par aucun prix d'argent
avant. ce Champ & cette
Cij
28
Extraordinaire
Sepulture , pour n'avoir rien devant
les yeux ou dans l'efprit de
plus prefent que le Tombeau;
& ce mefme Saint le loue pour
fon extréme pieté d'avoir pris
tant de foin de la Sepulture , tant
pour luy que pour les fiens .
Ce n'eft pas encore affez pour
Abraham d'avoir religieuſe..
ment pourvû à la Sepulture de
Sara mais il s'eft porté à la
Pompe des Funérailles , qu'il vou
lut y eftre obſervée , avec des
larmes & des plaintes ; ce que
Moïse exprime en la Geneſe Cha
pitre 23. par des termes dignes
d'un fi grand Perfonnage , mef
me apres avoir rendu les der
niers devoirs aux Manes de fon
Epouſe , il pria les Hethéens
d'avoir le mefme foin de fa Sedu
Mercure Galant.
29
car
pulture , & de ne luy pas denier
ce droit d'humanité , fitoft
qu'il auroit rendu l'ame
le deuil & les plaintes ne défignent
pas feulement les larmes .
& les foupirs , que les vifs reffentimens
de la douleur tirent
du coeur & des yeux , mais tout
ce qui peut regarder les Fune.
railles & leur Pompe.
Moyle remarque que les fentimens
de douleur , & la magni.
ficence de la Pompe funebre ne
furent pas moindres en la mort :
de Jacob; auffi Patriarche, & pe--
tit fils d'Abraham , qu'ils avoient
eſté en la mort d'Abraham meſ
me ; & ce Jacob pere de Jofeph,.
ne regretta pas moins la privation
de la Sepulture de fon Fils ,
C iij
39
Extraordinaire
que la mort pitoyable & funeſte
de ce mefme Fils , laquelle fes
Freres avoient annoncé à leur
Pere eftre
malheureuſement arrivée
, pour avoir efté devoré
des Beftes fauvages ; tant le foin
de la Sepulture eftoit recommandable
chez les anciens Hé
breux . C'est ce que remarque
Philon Juif. En effet , cet Auteur
fait une peinture trifte &
lugubre de Jacob affligé pour la
mort de ce Jofeph. Les termes
en arracheroient de la tendreffe
des coeurs les plus infenfibles , &
feroient couler les larmes des
yeux des plus endurcis.
C'eft de là auffi que ces Saints
Patriarches , comme la fainte
Ecriture l'enfeigne , Genele Chapitre
35. prenoient foin d'elever
du Mercure Galant.
3F .
des Pyramides fur les Sepulcres
des leurs . Jacobce Saint Per
fonnage , comme dit Brochard
en la Defcription de la Terre
Sainte , fit ériger fur le Sepulcre
de Rachel fon Epoufe , une Pyq
ramide d'un excellent Ouvrage,
au pied de laquelle & tout au
tour il en fit placer douze autres
un peu moindres , felon le
nombre de fes Enfans, tant pour
rendre ces Monument illuftre a
la pofterité , que pour marquer
L'efperance de la Refurrection &
de la Vie immortelle , commer
témoigne.de -Lyra parlant de ce
Patriarche .
La Geneſe Chapitre 5o.net
nous reniet - elle pas en memoi
re quelle Pompe funebre ce mef
me Jacob reçût en Egypte apres
Ciiij
32
Extraordinaires
y eftre mort Son Corps fut
honoré d'un fuperbe & magni
fique appareil , & auffi éclatant
que fi c'euft efté celuy d'un Roy,
& les mefmes honneurs furent
pareillement rendus à Joſeph ſon
fils Intendant de l'Egypte , apres
fon trépas.
Saint Ambroife eftime que la
couftume de faire des Obfeques.
eft venue des anciens Hebreux;
car Jacob fut regretté pendant
40. jours , & Moyfe durant 30 .
Cette couftume s'eft diverſe.
ment introduite chez les Nations
poſterieures , comme la fuite le
fera remarquer.
Mais entendons ce que dit
Ciceron fur le foin de la Sepulä
ture. Ce foin , dit - il , marque l'ef
poir de l'Immortalité. Car pourquoy
du Mercure Galant.
33
P
•
s'attacherfifort &fi naturellement
la Sepulture , s'il ne s'enfuit la réi
nion du Corps avec fon Ame , &
que la mort ne foit un paſſage à une
meilleure vie ? A quoy fervent ces
grands Monumens * ces Sepulcres
magnifiques ces Epitaphes , & ces
préparatifs de Pompe funebre ,
Aut
fi ce n'est une esperance de l'avenir
? Voila des termes qui ne fentent
pas le Pyen , mais un ef
prit, éclairé des lumieres de la
Foy. og
Les anciens Hebreux avoient
des Sepulchres particuliers aux
Familles , & d'autres communs
aux Estrangers , qu'ils appelloient
, Polyandria , comme vou,
lant dire que ces Monumens
eftoient pour un grand nombre
de Corps eufemble , ainfi que le :
34
«Extraordinaire
"
mot le fignifie , & c'eftoit où les
Perfonnes inconnues eftoient enfévelies
.
Les Egyptiens rendoient un
culte & une veneration fingu
liere aux Corps des Défunts ,
comme aux organes de leurs
Ames, qu'ils croyoient , ainly que
dit Herodote Livre 1 , immortelles.
A ce fujet , ils prenoient un
grand foin de les embaumer , &
de les munir de quantité d'o
deurs & d'aromats , pour leur
donner beaucoup de fuavité , &
les garantir à mefme temps de
la corruption. Ils employoient
à ce foin jufques à 40. & 50. jours,
& d'avantage s'il eftoit neceffai
re , comme on le voit en la Ge
nefe , & dans Diodore le Sici
lien Livre 1. Chapitre 2. Mais on
du Mercure Galant.
35
trouve deux manieres de faire
ces Embaumemens .
Caffien , Colloque 15. Chapitre
3. explique d'où peut venir
que les Egyptiens prenoient un
fi grand foin d'embaumer leš
Corps , & de les mettre en des
lieux élevez pour les conferver
avec plus de feureté .
·
La nature de l'Egypte eft telle
, dit il , que la plus grande
partie de la Terre eft inondée
des eaux du Nil , qui fe dégor
ge & couvre les Campagnes tous
les ans , & pendant un aſſez
long intervalle de temps , y laiffant
un limon & une vafe pourriffante.
Alors les Egyptiens font
contraints de mettre ces Corps
ainfi embaumez & liez fortement
de bandes , dans les, lieux
1
36 Extraordinaire
les plus hauts & loin de l'humi
dité. Ces lieux font ordinairement
les Montagnes , où ils les
enfoüiffent dans le fable , ou des
Roches taillées , en forte qu'ils
y font des Cellules
propres à
enfevelir les Corps . Ils les met
tent auffi en de hautes Pyrami
des , comme on faifoit principalement
ceux des Rois & des
Princes de l'Egypte , qui de leur
vivant avoient pris foin de les
faire baftir eux mefmes ; de là
viennent ces grandes Pyramides
de Memphis ou du grand Cai
re, & d'autres lieux voifins.
Les
Deferts de
l'Egypte ont
encore plufieurs de ces Pyramides
, dont par l'antiquité quel .
ques unes font enfoncées
dans le
fable , d'autres font à demy rom
du Mercure Galant.
37
་
puës , & d'autres font encore en
leur entier , & l'on y peut monter
par le dehors › y ayant des
Marches qui vont tout autour ;
& fur le milieu l'on trouve des
Voutes fort étendues & fpacieufes
, où l'on peut entrer , & ce
font les lieux où les Corps des
Rois & des Princes de l'Egypte
ont efté enfevelis. On peut parvenir
jufques au fommet par ces
mefmes Marches ; mais la defcen.
te en eft beaucoup plus difficile
à caufe de la hauteur , les yeux
pouvant eftte éblouis j c'eft
pourquoy on prend ordinairement
des Guides. M Fer.
manel , Conſeiller du Parlement
de Rouen , ayant fait le Voya
ge de la Terre Sainte , en parle
comme Témoin oculaire , en for
38
Extraordinaire .
Voyage du Levant , eftant alors
accompagné du Sieur Scohouë
Eftranger.
On voit autour de ces Pyramides
des Hieroglyphes gravez,
dont les fignifications & les mar
ques font Myftérieuſes . Le Pere
Kirker en a fait un fçavant Recueil
, & en a donné l'interpré.
tation en cct Ouvrage curieux ,
durant qu'il eftoit Bibliothecaire
du Vatican.
On a mefme trouvé des Trẹ.
fors , & de grandes Richeſſes
dans le fond de ces Pyramides;
& de là on préfume que les
Corps des Rois & des Princes ,
& leurs Trefors ont efté enlevez
, depuis que le grand Caire
& plufieurs autres Villes ont efté
bafties en Egypte , où on leur a
du Mercure Galant,
39
A dreffé d'autres Monumens ma
gnifiques pour les y conſerver.
Les pierres des Monumens font
tachetées de rouge & de blanc,
car
telle en' eſt la nature , n'y
ayant guere d'autre Marbre dans
ce Pays.
La plus commune opinion des
Auteurs qui ont écrit de ces Pyramides
anciennes , eft que dans
l'Egypte , il y en a trois princi.
pales. La plus haute dès trois ,
comme difent Pline , Strabon ,
Pomponius Mela , Démocrate ,
Ammian Marcellin , Oforius &
autres , eftoit conftruite de pier
res apportées de l'Arabie , &
c'eftoit un prodige comment on
avoit peu tirer des pierres d'une
fi immenſe étendue & d'une fi
grande pefanteur , & les mon
40 Extraordinaire
ter apres les avoir mifes en ou
vrage. On tiendroit pour une
Fable , que trois cents foixante
mille hommes y ayent travaillé
vingt années pour l'achever. Sa
bafe occupoit huit Arpens de
terre. Les quatre Angles avoient
chacun de leur coflé huit cents
quatre vingts trois pieds de longueur.
La hauteur , à prendre de
la bafe au fommet , eftoit de 363
pieds. Les deux autres Pyrami
des font moindres en toute leurs
parties.
On peut juger que les Egyptiens
ont efté ceux qui ontexcellé
par deffus toutes les autres
Nations en la magnificence &
en la pompe de leurs Sepulcres
& de leurs autres Monumens,
comme difent Herodote Livre 3.
du Mercure Galant.
41
Diodore Livre 1. Strabon Liv . 17.
& Pline Livre 16: Chapitre 123
comme auffi en la dépenfe exceffive
, & au nombre des Artifans
qu'ils y employoient. Leurs
Tombeaux n'eftoient pas feule.
ment ornez de Pyramides , mais
encore de Coloffes , de Statuës ,
de Sphinx , de Colomnes , d'Obelifques
, de Labyrinthes , &
d'autres fuperbes ornemens . C'eſtce
que dit Martial au commencement
de fes Epigrammes , en
faifant comparaifon avec un Ouvrage
d'un des plus grands Em--
pereurs Romains.
-
Barbara Pyramidum filcat mira--
cuta Memphis.
En voila encore une autre , ”
qu'Amafis Roy d'Egypte avoirfait
conftruire , de laquelle laa
DD 2. deJanvier 1685.
4,2 Extraordinaire
merveille confiftoit en fa figure
& en fa grandeur ; mais c'eftoit
plûtoft par vanité & par oftentation
, qu'autrement . Ce Monument
eftoit fait en figure de
Sphinx , & d'une fi vafte largeur,
que le ciscuit feulement de la
tefte , à prendre par le front ,
avoit cent deux pieds. Sa longueur
eftoit de cent quarantetrois
, & la hauteur eftoit depuis
le nombril , jufqu'au fommet de
la tefte de 82. comme dit Pline
Livre 36. Chapitre 12. Et ce qui
eft encore plus furprenant , &
qui paffe toute créance , l'Ou,
vrage eftoit de Marbre , & d'une
pierre feule & naturelle. Voila
la Sepulture de ce Roy , dont
parle Lucain Livre 9 .
Non mihi Pyramidum Tumulis
cuulfus Amafis...
du Mercure Galant.
433
Ces mefmes Merveilles font,
rapportées par Bellonius , en fes
Obfervations fingulieres Livre 2 .
fur les Ouvrages admirables de
P'Antiquité , & par Pierius en
fes Hieroglyphiques Livre 60..
Platon mefme en fon Phedon ,
infere l'immortalité de l'Ame par
les Corps des Egyptiens , qui ,
demeuroient incorruptibles apres
tant de Siécles en leurs Tombeaux.
3
Ileft icy à propos de parler,
des / Corps qui fe trouvoient , &
fe trouvent encore dans les Se--
pulcres de l'Egypte. On leur
donne le nom de Mumies , Ily en a
de deux fortes ; les uns font embaumez
par dedans , & les autres
par dehors . On en trouve
en des lieux taillez dans les Ro
Dij
44
Extraordinaireches
rangez à colte l'un de
l'autre , enveloppez de Linceuls
rayez de diverfes couleurs , &
ferrez de Bandes diverſement
rayées auffi . Ces Mumies qui font
embaumées par dehors , fe confervent
fans corruption en leurs
linceals , & en leurs bandes , à
cauſe du Baume & des Aromats .
dont elles font munies. Ces
Corps fous leurs couvertures ont
de petites Images de terre ver
te de differentes figures fur leur
eftomach , & mefme ſi extrava
gantes qu'on les prendroit pour
des Idoles. Quelques - uns ont
creu que c'eftoit leurs Talifmans .
Les ongles des pieds & des mains
font peints de Vermillon. C'a
efté de tout temps la couftume
des Egyptiens de peindre ces
S
du Mercure Galant. 45
parties de leurs Corps chez eux
apres leur mort.
On trouve auffi de ces Mumies
enfevelies fur les Montagnes
dans le fable , où le Soleil venant
à donner à plomb , en fait
diftiler une certaine liqueur ou
graiffe fouveraine , qu'on appelle
auffi Mumie , qui guerit die
verfes maladies communes , le
Spafme , les Schirres , l'Artriti
de , le Tetanus ou contraction
de Nerfs , Tartres. Voila l'effet
de celles qui font embaumées
par dehors. Mais je ne trouve
aucun Auteur ancien qui ait parlé
de ces Mumies . Ce n'eft pas
cer Alphalte , Bitume ou Pétrole
qui diftile des Rochers , &
qui paffe mefme au travers ; quoy
qu'ils puiffent avoir quelques
A
46 Extraordinaire
vertus excellentes .
Les Egyptiens . ont une autre
efpece de Mumies , qui font des
Corps défechez . Ils les endur.
ciffent tellement , qu'il n'y a
point de Parchemin qui en apro
che en dureté , & mefme ils ne
font guere moins durs que PAI "
rain . Saint Auguſtin au diſcours
120. des divins Noms , Chapi
tre 12 parle de ces Cadavres
ainfi endurcis , & on les appelle.
en la langue du pays Gabbares.
C'eft ainfi que les nomme Ift
dore , auffi en fa Glofe, felon la
langue de ces Regions . Mais ces
Gabbares ne rendent aucune liqueur
, ou graiffe , comme les
autres.
On remarque que les Egy
ptiens vuidoient les entrailles de
du Mercure Galant.
47
ces derniers Corps ; & comme
on n'y trouve aucune incifion
fur l'eftomach ny au ventre , de
là on a préfumé qu'on les tiroit
par le fondement , & la cervelle
par les narines ; cu s'il y en
avoit quelqu'une , elle eftoir fi
bien coufuë , que l'on ne pou
voit s'en appercevoir. C'eftoit
de cette maniere qu'ils les embaumoient
par le dedans ; eftant
pourtant enfevelis dans leurs
linceuls de la maniere que les
autres. Ces Corps n'eftoient
point fujets à la corruption , &
c'eftoient ceux qui estoient or
dinairement dans les Pyrami
des .
Nous dirons en paffant que
les Egyptiens vendent rarement
de ces Corps appellez . Mumies
48 Extraordinaire
ou Gabbares , parce que les Maîtres
des Vaiffeaux n'en veulent
pas permettre le tranfport en
Europe , comme fi ces corps enlevez
de leur pays ,
préfageoient
fur Mer quelque finiftre acci.
dent , foit que leur imagination
foit préoccupée de cette fuperftition
, ou que quelquefois il
s'en foit enfuivy quelque effet
furprenant , comme Tempeftes,
Vents ou Orages , qui les ayent
jettez dans cette erreur , ils en
attribuent toûjours la cauſe a
ces Corps tirez de leur Sepulture.
Ce n'eft pas qu'en effet la
graiffe ou l'huile que l'on tireroit
de ces Corps , ne fuſt auſſ
fouveraine que le Baume d'Egypte.
Les odeurs & les parfums
dont
du Mercure Galant.
4.9
dont on fe fervoit ordinairement
chez les Egyptiens , eſtoient le
Baume d'Egypte , n'y ayant que
ce Royaume qui en produife.
L'encens , la Myrrhe , & d'autres
Aromats , qu'engendre l'Arabie,
y eftoient employez , auffi
bien que ceux qui viennent de
Corycie , de Sabée , de Cilicie
& d'autres Regions du Levant ;
& mefme du temps de Neron,
on remarque que cet Empereur
fit une dépense fi prodigieufe
aux Funérailles de Poppée fon
Epoufe , pour ces odeurs & ces
parfums Aromatiques , qu'à peine
l'Arabie pourroit - elle ſuffire ,
& fournir en une année ce que
fa prodigalité confuma en un
jour. Le Corps de cette Impératrice
ne fut pas brûlé , comme
Q. deJanvier 1685.
-
E
50 Extraordinaire
c'eftoit la couftume de ces temslà
, ainfi que la fuite le fera connoiſtre
.
;
Les Juifs ont imité la méthode
d'enfevelir les Corps comme
les Egyptiens
car ils les embaumoient
, mais feulement par
dehors , & les couvroient ou de
linceuls , ou de drap de Pourpre,
& les ferroient auffi de bandes .
C'est ce qui fe remarque dans
les Funérailles du Roy Afa,
comme on le lit au Livre 2. du
Paralipom. 10. n . 4. où la Pompe
alla jufqu'à un grand excez .
Ils les mettoient enfuite au
Tombeau, felon que dit Sanchez
fur le Livre des Roys Chap.3 .
n. 12.
Cette coustume a efté meſme
introduite en l'Eglife depuis ce
du Mercure Galant,
temps -là , comme le remarque
Tertullien en fon
Apologétique,
où la profufion & les dépenfes
du Baume & des autres odeurs
Aromatiques eftoient fi excef.
fives & fi indignes des Chrẻ.
tiens , qu'il s'emporte contre ces
excez par ces paroles . Si les Arabes
fe pleignent , dit - il , que ceux
de Sabée fçachant que leurs Aromats
feront employez plus curieufement à
embaumer & à enfevelir les Chré.
1 tiens , qu'à parfumer leurs Autels.
U
Les mefmes odeurs ou de pareilles
, fe jettoient dans les
Tombeaux ou dans les Buchers,
comme ce difcours le fera voir
en fon lieu . Mais revenons aux
Sepulcres & aux Tombeaux.
L'Ecriture Sainte ne fait- elle
e pas mention des Monumens
E ij
52
Extraordinaire
la
merveilleux , conftruits pour
Sepulture des Roys de Juda , &
principalement de celuy que fit
ériger Salomon pour David fon
Pere , fur les deffeins
que
David
mefme en avoit donnez? Ce Sepulcre
eftant en grande vénération
chez les Juifs , tomba en
ruïne fous l'Empereur
Adrien ,
comme marque Dion en la vie
de cet Empereur.
Jofephe en fes Antiquitez Judaïques
Livre 11. Chapitre dernier
, témoigne que dans le Sepulcre
de David , & dans celuy
de Salomon , il y avoit eu de
grandes richeffes enfermées ,
aufquelles il eftoit défendu de
toucher. C'eftoit en la Ville de
Sion où ces Monumens eftoient.
Toutefois Hyrcan , grand Pondu
Mercure Galant.
53
tife , eſtant affiegé en la meſme
Ville par Antiochus , pour la
racheter du Siége , & pour éloigner
l'Ennemi , fut contraint ide
faire foüir dans le Sepulcre de
David , & d'en tirer trois mille
Talens , dont une partie fervit à
détourner Antiochus de fon entrepriſe
, & l'autre fut employée
à lever une Armée pour la défenſe
de la mefme Ville . La néceffité
obligea ce Pontife à fai
re foüiller dans la Sepulture des
Roys contre la défenfe.
Mais long temps apres , le meſ
meJofephe rapporte , que le Roy
Herodes avide d'or & d'argent,
n'eut point de fcrupule de violer
la Sepulture de ce mefme.
Roy , en faisant ouvrir ce Mo--
nument.
E iij
54
Extraordinaire
D'abord il en tira de tres riches
Ornemens qui y estoient
enfermez ; mais il ajoûte qu'on
ne pût parvenir jufques aux
Cendres & aux Trefors de ce
Roy , & qu'une flâme foudaine
s'eftant élevée du fond du Sepulcre
, y confuma deux Satellites
que ce Roy y avoit employez
, pour chercher les Trefors
qu'il en vouloit tirer
que le Ciel purit ainfi l'avarice
d'Herodes, qui fut obligé de faire
remettre le Monument au
mefme état qu'il eftoit auparavant.
>
&
Ce n'eftoit pas feulement avec
les Corps des Roys , que l'on inhumoit
des Trefors & des
chofes prétieuſes ; mais meſme
avec ceux des Prophetes , com .
2
du Mercure Galant. ss
1
-C
1.
>
me Sozomene le fait voir au
dernier Livre de fon Hiftoire
Ecclefiaftique . Ce fut à ce def
fein que les Chaldéens en la prife
de Jérufalem défoüirent les
Offemens des Roys de Juda , des
Princes , des Prophetes , & d'au
tres principaux de la Ville ,
pour en tirer les Trefors &
d'autres richeffes , fi elles y
eftoient cachées , comme le
Prophete Jéremie l'avoit prédit
beaucoup auparavant , pleurant
fur les miféres de cette Ville , &
comme le Prophete Baruch les
a depuis déplorées amérement.
C'est ce qui fut remarqué en la
découverte du Corps de Zacharie
auffi Prophete , qui arriva du
temps du mefme Baruch : car
on trouva à fes pieds un certain
E j
56 Extraordinaire
3
7
petit enfant Hebreu forty de race
Royale , ayant une Couronne
d'or en fa tefte , & des chauſ
fures d'or à fes pieds , & le
corps couvert d'un habit prétieux
; ce qui eftoit la marque
du grand foin & de la finguliere
vénération que les Anciens
avoient pour les Corps des illuftres
Défunts, de les accompa
gner de fi riches ornemens.
On a auffi trouvé dans les
mefmes Monurnens ou Sepul.
cres, des Médailles tres- Antiques,
qui d'un cofté portoient la figu
re d'Empereurs , de Roys ou de
Princes , & de l'autre des lettres
Hieroglyphiques , des Trophées
d'Armes , des Devifes ou
des Emblémes ; & c'eſt dont les
Médalliftes picquent la curiofité
"
du Mercure Galant. $7
de ceux qui aiment les Antiquailles
. Brafficamus à fait paroiftre
dans fon Promptuaire fes
recherches au contentement des .
Sçavans & des Curieux.
Plutarque auffi parlant de la
ville de Pélufe , préfentement
dite Damiete , Strabon Livre-
15. & Ammiam Marcellin Livre.
6. difent que les Roys des Macédoniens
& des Perfes avoient
auffi couftume d'enfermer des .
Trefors dans leurs Tombeaux.
Planudes en lifant des Infcriptions
de Sepulcres , découvrit
ingénieufement un Trefor caché
dans un Monument antique,
& cet Arabe fubtil , qui ayant
leu fur le front d'une grande
Statuë , qui eftoit au frontispice
d'un Sepulcre à découvert , ces
58
Extraordinaire
lignes : Aux Ides de May j'auray la
tefte d'or , fçeut pénétrer dans le
fens de ces paroles ; car bien
que l'on euft déja caffé la tefte
à cette Statuë aux Ides de May,
on fut obligé de la rétablir en
fon entier , pour ne la pas défigurer
, dautant qu'on n'y avoit
trouvé que du marbre ;
du marbre ; mais luy
plus intelligent alla foüir au premier
jour des Ides de May , au
lieu où l'ombre de cette tefte
donnoit , & y trouva autant d'or
que l'ombre fe pouvoit étendre
fur la terre.
L'ufage des Romains fut auffi
affez frequent d'accompagner les
Corps de richeffes en leurs Sepultures.
Toutefois la Loy des
XII. Tables le défendit enfuite
, pour ne pas donner lieu
du Mercure Galant.
59
à violer les Sepulcres des Morts ,
& pour reprimer l'avarice . Voi
la ce que porte cette Loy , neve
aurum addito. Il n'y a pas d'autre
raison que ces Trefors cachez
donnoient occafion de rompre
les Tombeau , de violer la
Sepulture , & de porter les Avares
à cette infamie de foüiller
jufque dans les lieux facrez ce
qui a efté défendu de tout temps .
Philoftrare en la vie d'Apollonius
liv. 7. affure que cet ar.
gent qui avoit efté tiré de la Sepulture
des Morts ne devoit
point entrer dans le commerce
des Hommes principalement
celuy qui y avoit efté dérobé ,
ou qui eftoit tiré des Tombeaux
par avarice .
Le Roy Théodoric fit deux
60 Extraordinaire
1
Ordonnances fur cette matiere,
dont l'une enjoignoit l'information
contre ceux qui avoient ofé
foüiller dans les Sepulchres &
en violer le droit , & l'autre qui
commandoit de rapporter au
bien commun & à l'utilité pu.
blique , les richeffes qu'on auroit
trouvées par hazard dans les
Tombeaux .
L'Hiftoire de Padout fur fes
Antiquitez rapporte que l'on
trouva dans le Tombeau d'Antenor
, qui fut le Fondateur de
cette Ville , plus de trente mille
livres d'argent , qu'il y avoit fait
mettre avant que de mourir.
Mais cette Infcription que Semiramis
Reyne de Babylone , fit
pofer de fon vivant fur fon Se.
pulcre , trompa finement l'avadu
Mercure Galant. 61
rice du Roy Darius . Elle y avoit
fait graver en groffes lettres ces
Mots : Si cui Regum Babylonis fuerit
pecunia penuria , aperto Sepulcro,
fumito. Ce Monument demeura
plufieurs Siécles en fon entier ,`
fans qu'aucun des Defcendans ou
Succeffeurs de cette Reyne y
touchaft , juſques au temps de
Darius. Ce Roy aveuglé d'une
avarice extréme , quoy qu'il fuft
le plus puiffant , & le plus riche
de tous les Roys du Monde,
paffant par là , & ayant leu cette
Infcription , au lieu des immenfes
Richeffes qu'il efperoit y
trouver , n'y rencontra rien que
ces autres paroles gravées au dedans
qui luy reprochoient avec
honte fon avarice. Nifi pecunia
effes inexplebilis , & turpis lucri
62 Extraordinaire
cupidus , defunctorum Sepulcra non
violaffes. Quelle infamie pour un
Roy & quelle tache qui ne
pourra jamais s'effacer!
La magnificence des Sepulchres
a paru tant aux Pyrami
des , dont nous avons parlé ,
qu'en la ftructure differente des
uns & des autres. Mais voila
d'où vient ce nom de Maufolée,
qu'on donne aux plus beaux Se.
pulchres & aux Tombeaux les
plus fuperbes , tant de l'Antiquité
que des Modernes ; & mefme
aux représentations qui fe
font dans les Temples , en la
mort des Roys , des Reynes , ou
des grands Heros.
Artemife Reyne de Carie , un
des Royaumes de l'Afie majeure
, voyant Maufolus
fon
du Mercure Galant.
63
Epoux mort , touchée d'une
vive douleur , fit ériger en fon
honneur & en fa memoire un
Monument , qui du nom de ce
Prince prit celuy de Mauſolée.
La ftructure de ce Tombeau fut
d'un fi excellent ouvrage qu'elle
luy fit douner le nom de la fixiéme
Merveille du Monde. La
figure en eftoit quarrée , & cet
Ouvrage fut donné à quatre
Maiſtres des plus habiles pour y
travailler. La partie Orientale
fut deſtinée à Scopas pour la
graver ; celle du couchant à
Leocare ; celle du Septentrion à
Briaffe , & celle du Midy à Timothée
. Ce grand Monument
fut formé en Pyramide , comme
la plus part l'eftoient dans ce
temps - là . Au fommet de ce
64
Extraordinaire
grand Ouvrage , eftoit la Satuë
du Roy affis dans un Trône la
Couronne en la tefte . Le commencement
& la Bafe eftoient
par Portiques & fans Marches.
La feconde élévation fuivoit la
mefme forme , mais avec des
Marches murées en dehors ; &
la troifiéme avec des Marches
en dedans pour monter au plus
haut. Les Arcades du premier
Etage eftoient fi larges , que d'un
Pilliers à l'autre il Y avoit 73.
pieds . Elles eftoient fupportées
de 36. Colomnes d'une pierre
feule chacune.
La merveille de ce Monument
confiftoit en l'Architecture, en la
grandeur , en la hauteur , & en la
Sculpture . Comme c'étoit l'Ouvrage
des plus fçavans Maiſtres ,
du Mercure Galant.
651
auffi n'y fut- il rien épargné pour
la dépenfe . La grandeur des Sta--
tues qui en faifoient l'ornement,
furprenoit les yeux . Ce ne fut
pas affez que toutes ces Merveilles
pour en faire une , fi Ar.
temife , Epouſe de Maufole , ne
faifoit voir quelque chofe de :
plus merveilleux . C'est elle qui
apres avoir rendu les derniers
devoirs à fon Epoux avec toute
la pompe imaginable , & ayant
fait confumer fon Corps dans le:
Bucher avec les Odeurs , less
Parfums & les Aromats les plus™
préticux , en recueillit les Cendres
qu'elle enferma dans une
Urne d'or en ce mefme Monu--
ment . Mais cette Reyne ne vou-:
lant pas luy furvivre , s'enfermaz
au mefme lieu , & le refte de:
Q.de Janvier 1685, F
66 Extraordinaire
fes jours ne vécut que de ces
mefmes Cendres détrempées de
fes larmes pour tout aliment .
Ainfi elle mefme devint le Mau
folée de fon Epoux , en expirant
dans ce Monument. Ce
font là des marques d'une ten.
dreffe & d'un amour inexpliquable.
Je puis dire qu'au ſujet des ſept
Merveilles du monde , dont la
premiére , qui eft le Maufolée
eft du nombre , j'ay eſté affez
heureux pour les avoir entremef.
lées toutes dans un Diftique Latin
par leurs noms , avec celuy du
Roy , pour Infcription fur le
Louvre , avec d'autres qui ont
efté leuës à Verfailles , dans le
temps que beaucoup de monde y
travailloit. La curiofité du Public
du Mercure Galant.
67
me les fait employer icy.
Hoc Lodoici Ephefum , Mcmphim,
Babylona , Coloffum,
Maufolea, Pharon, cum Jove , vincit
opus .
Le Livre d'André Palladio, fur
les magnifiques Sepultures , imprimé
à Rome avec fes Figures ,
parle avantageufement du Maufolée
de la Reyne Artemife , en
faveur du Roy Maufolus fon
Epoux.
Varron & Pline rapportent les
merveilles du Sepulcre de Porfenna
, Roy d'Hetrurie , qui pre.
fentement eft la Tofcane , Il eft
prés la ville de Clufe . Ce Monument
eft de pierre , fait en
quarré, dont chaque cofté a trois
cens pieds de largeur. La Bife eft
auffi quarrée. Le corps de l'Ou-
Fij
68 Extraordinaire
vrage s'éleve jufqu'à la moitié en
Pyramide , & au dedans il y a un
Labyrinthe.Sur ce Labyrinthe on
voit une Plateforme qui foûtient
cinq Pyramides , quatre aux Angles
, & une au milieu . Elles ont en
leur Baſe foixante & quinze pieds.
Elles font hautes de cent cinquate
pieds , & tellement égales , qu'en
leur fommet il y a un Chapiteau
d'Airain qui les couvre toutes , &
qui foûtient cinq autres pierres
d'une hauteur prodigieufe. Du
pied de ce Monument jufqu'au
faifte , l'on compte cinq cens
pieds. C'eft où l'on tient que
Porfenna eft ‹ t inhumé .
Les Empereurs , les Roys & les
Princes , fur les modelles des Anciens,
fe font fait ériger de grands
& magnifiques Monumens pour
du Mercure Galant. 69
leurs Sepultures , comme pour fe
rendre immortels par ces Ouvrages
. On voit encore à Rome en
la Vallée Martia , les veftiges du
Sepulcre de l'Empereur Augufte,
fort prés de l'Eglife S. Roch. II
eftoit autrefois orré de Marbre
blanc , de Porphyre , de grandes
Colomnes , d'Obelifques , & d'excellentes
Statuës , & avoit douze
Portes & trois ceintures de Murailles.
Il eftoit de forme ronde
& de cent coudées de haut. Au
fommet eftoit la Statuë de cet
Empereur faite d'Airain , tenant
en fa main fon Sceptre , & ayant
une Couronne en la tefte. Il l'avoit
fait baftir . non feulement
pour luy , mais auffi pour les
Empereurs qui luy devoient fuc
ceder. Le Sepulcre de l'Empe
70 Extraordinaire
reur Adrien eftoit encore en
la mefme Ville , & c'eft où eft
maintenant le Château S. Ange,
qui eft joint par un Pont fur le
Tybre.
Ce Monument dans fon temps.
eftoit embelly & diverfifié de
Marbres differens & exquis , de
Statuës , de Chars de Triomphe ,
& d'autres Ornemens artificieufement
travaillez , mais ils furent
rüinez par l'Armée des Goths ,
du temps de Belifaire.
Le Pontife Boniface VIII . y
fit faire le Château qui s'y voit
prefentement , & qui porte le
nom de S. Ange ; car un Ange y
parut deffus l'épée à la main ,
comme pour chaffer la pefte qui
defoloit Rome , comme cela arriva
, & depuis le nom de S. Ange
du Mercure Galant.
7 ፤
Y
luy eft demeuré. Alexandre VI .
le ceignit de foffez & de baftions,
fit conftruire une Gallerie couverte
& une autre découver
te , qui va juſqu'au Palais de faint
Pierre . Paul III. a depuis embelly
ce mefme Château de divers
Apartemens fomptueux.
>
Il y a encore plusieurs autres
Maufolées en la mefme Ville ; rel
que celuy de Septimius Severus ,
que l'on apelloit Septizonium , à
caufe des fept Ceintures dont il
eftoit environné , & celuy de Ceftius
, qui ne cédoit pas au préce
dent en beauté , & dont il refte
encore des veftiges . Les Romains
font fi jaloux de ces marques
d'antiquité , que depuis un Cardinal
fe voulant fervir des rüines
d'un de ces illuftres Monumens ,
72
Extraordinaire
il en fut empefché par l'autorité
Pontificale.
Proche de ces magnifiques Se--
pulcres eftoient des Obelifques .
d'une hauteur étonnante , & d'une
feule pierre . Il y en avoit deux au
Maufolée d'Auguſte , de quarante-
deux pieds. On tient mefme
que les cendres de Jules Cefar
étoient au fommet de celuy qui
avoit foixante & douze pieds ; en
la place defquelles Sixte V. a fait
mettre de fon temps une riche
Croix . Il y avoit des Lettres &
des Caracteres Egyptiens gravez
autour,
On érigeoit auffi des Colomnes
proche des Sepulcres en la
mefme Ville . Celle qui fut bâtie
en l'honneur de l'Empereur Trajan
, comme dit le mefme Palladio
dis Mercure Galant.
73
dio , avoit cent vingt- huit pieds
de hauteur ; & cet Empereur ne
la vit pas , parce qu'ayant entre
pris la Guerre contre les Parthes ,
il mourut au retour de cette expedition
en la ville de Seuleucie
en Syrie. Mais depuis fes cendres
furent rapportées à Rome ,
& mifes dans une Vrne d'or au
haut de cette Colomne. L'an 1588 .
Sixte V. fit mettre au lieu de
cette Vrne l'Image de S. Pierre,
faite de Bronze doré & d'une
grande ſtature . Autour de cette
Colomne , les Guerres & les Vi.
& oires de Trajan étoient gravées
en figures de Marbre , & principalement
fon entrepriſe contre
les Daces ,
Il y a des Villes entiéres bâties
& deftinées à la Sepulture des
2. deJanvier 1685. G
74
Extraordinaire
Empereurs & des Roys , comme
Seleucie par Conftätin le Grand ,
Antinoë par l'Empereur Adrien,
quoy que fon Sepulcre ait eſté à
Rome , où prefentement eft le
Château Saint Ange , comme il
eft dit cy- devant , Bucephalie
par
Alexandre le Grand , Taphofyris
par les Egyptiens , & plufieurs
autres ; ce que témoigne
Zuingerus ,
Pour la matiére de ces Monu~
mens , la Pierre , le Marbre , le
Porphyre , & mefme le Verre y
ont efté employez , comme on
voit dans Strabon liv. 17. qui die
que Ptolomée érigea pour Alexandre
le Grand , un Sepulcre
entiérement de verre, où le corps
ne pouvoit rendre aucune mauvaife
odeur , & étoit toûjours
du Mercure Galant. 75
4]
i
prefent aux yeux par la tranfparence
de la matière .
Plutarque raporte que le Sepulcre
d'Anthée , ce Géant fameux
qui combatit contre Hercule , &
dont il fut vaincu , a foixante &
dix coudées de long, & qu'il étoit
tenu comme une chofe Sacrée ;
car fi la moindre partie en étoit
offencée , & n'étoit pas réparée
au plûtoft , une pluye continuelle
tomboit en la mefme Region , &
la defoloit .
Il en arrive prefqu'autant à l'égard
du Sepulcre du Poëte Stratus
, qui fe voit à Pompejopolis ,
ville de Syrie , comme fait mention
Olaus Magnus , contre lequel
fi un Paffant jette une pierre
, elle rejaillit auffi- toft contre
luy , plûtoft par un prodige que
Gij
76
Extraordinaire
par aucune
raiſon naturelle
. Ces
exemples
ne font icy raportez
que pour marquer
la venération
qu'on doit avoir pour les Tombeaux
, & pour ceux qui y prennent
leur repos.
Le Tombeau de Virgile , Prin .
ce des Poëtes Latins , étoit conftruit
à la vuë de la ville de Naples
, & étoit d'une grande éminence
;
mais maintenant il eft
couvert d'arbriffeaux & de brof.
failles. On en voit encore les
grands veftiges à l'entrée d'une
caverne du Mont Paufitippus ,
comme on le remarque dans le
livre des Monumens & des Eloges
des illuftres Perfonnages ,
avec cette Infcription .
Qui cineres ? Tumuli hæc veſtigia ;
conditur olim
du Mercure Galant.
77
Ille hoc , qui cecinit pafcua , rura,
duces.
Si les Payens fe font fait des
Dieux , de leur nombre la pluf
part étoient mortels . Lucien qui
s'en raille , raporte dans le Dialogue
qu'il intitule Philopater, que
le Sepulcre de Jupiter leur Sou
verain étoit conftruit dans l'Ifle
de Créte , en une certaine Vallée
où autrefois il avoit efté nourry,
lors que Cybéle fa Mere le mit
au Monde dans la Foreft Dictée,
où les Corybantes par leur bruit
& le cliquetis de leurs Armes
empefcherent que Saturne fon
Pere n'entendift les cris de l'Enfant,
& qu'il n'en fuft devoré.
Le mefme Autheur en fon Dialogue
, qui porte pour Tître le
Deüil , aprend beaucoup de cho
G iij
78
Extraordinaire
fesfur la matiére de la Sepulture.
On y voit entr'autres que les
Grecs, tantoft brûloient les corps ,
& tantoft les inhumoient . Que
les Perfes les enterroient avec
des meubles prétieux , & avec de
grandes richeffes , felon la qualité
des perfonnes. Que les Indiens
fe fervoient de Tombeaux & de
Buchers , & qu'ils oignoient les
corps de fuif. Que les Scythes.
mangeoient fouvent les corps
leurs Amis en de grands Banquets ;
que les Egyptiens les embaumoient
. Mais nous traiterons du
tout feparément.
de
Revenons du Prophane au Sacré.
Au milieu de la Vallée de
Jofaphat , on trouve le Sepulcre
d'Abfalon , Fils de David . Il eft
coupé dans la Roche à la pointe
du Mercure Galant .
79
du cifeau , mais les Juifs l'ont tellement
en horreur, qu'ils yjettent
des pierres en paffant , à caufe du
mauvais deffein qu'il avoit entrepris
contre le Roy fon Pere.
Prés de la ville de Jérufalem ,
on voit les sépultures des Roys
de Juda , pareillement taillées
dans la Roche , & feparées les
unes des autres . Ce font autant
de Sepulcres en forme de cabinets
, & dont les Portes ont cela
de merveilleux , qu'elles font de
pierre , & tournent fur des pivots
de pierre auffi , le tout n'étant
que d'une feule pièce.
Les Sepultures des Juges d'If
raël , ne font pas éloignées des
precédentes . Elles font profque
toutes en leur entier. La curio .
fité de les voir , porte les Voya-
G iiij
80 Extraordinaire
geurs à fe fervir d'Arabes , qui
pour peu d'argent donnent des
connoiffances du tout .
Le Sepulcre du Lazare eſt dans
la Bethanie affez profond , ayant
plufieurs marches pour y defcendre.
L'on tient que ce Monument
étoit commun à fa Famille;
car il n'eut pas efté conftruit en
fi peu de temps aprés fa mort.
C'eft de ce lieu que la Sageffe Incarnée
le tira pour le reffufciter,
en luy difant , Lazare , exiforas .
Les Sepulcres où ſont enterrez
Jes Innocens qu'Herode fit maf
facrer , font auffi taillez dans la
Roche ; comme auffi céluy de
fainte Paule vers Bethleem. C'eft
en fon honneur que S. Hierôme
a compofé cette Epitaphe.
Afpicis anguftum pracisâ rupe Sepulcrum
,
du Mercure Galant. 81
Hofpitium Paula eft caleftia regna
tenentis ,
Divitias linquens Bethlemiti conditur
antro.
Le Tombeau du mefme S. Hie
rôme n'eſt pas éloigné de là ,
ainfi que ceux de plufieurs autres
SS. Peres. L'on tient par une
commune opinion que la Refurrection
fe doit faire de tous les
Hommes en cette Vallée de Jo.
faphat au dernier Jugement , &
que comme il a efté poffible à
Dieu de divifer les Hommes en
la Transfiguration de Babylone,
il luy fera auffi facile de les raffembler
tous en un moment , au
mefme lieu , de toutes les Parties .
du Monde , pour y recevoir leur
jugement.
Fermer
Résumé : DE L'ORIGINE DE LA SEPULTURE, DES TOMBEAUX, Et du temps que l'on a brûlé les Corps.
Le texte explore les pratiques funéraires à travers différentes cultures et époques. Après la chute d'Adam, Dieu ordonne que les corps retournent à la terre. Adam et Noé sont les premiers à enterrer les défunts, tandis qu'Abel, tué par Caïn, ne reçoit pas de sépulture décente. Les Égyptiens refusent aux Hébreux une sépulture digne, et la Bible mentionne des punitions divines privant les impies de sépulture. Noé utilise l'arche comme tombeau symbolique. Selon la tradition syrienne, Sem enterre le crâne d'Adam sur le Mont-Calvaire, et ses os sont ensuite transportés en Palestine. Les patriarches hébreux, comme Abraham, observent des rites funéraires élaborés. Jacob et Joseph reçoivent des funérailles somptueuses en Égypte, soulignant l'importance de la sépulture et de l'espoir en la résurrection. Les Égyptiens pratiquent l'embaumement et construisent des pyramides pour leurs rois. La Grande Pyramide de Gizeh est citée comme une merveille architecturale. Les momies sont embaumées et certaines sont utilisées pour extraire une liqueur médicinale. Les Égyptiens évitent de transporter ces momies en Europe par crainte d'accidents en mer. Les pratiques funéraires anciennes incluent l'utilisation de baumes et d'aromates pour embaumer les corps. Les funérailles des rois et des personnages illustres, comme Asa et Poppée, sont marquées par des dépenses extravagantes pour les parfums. Les sépultures royales contiennent souvent des richesses, parfois pillées par des conquérants. Les rois de Macédoine et de Perse enterraient des trésors dans leurs tombeaux. Les Romains, bien que l'ayant interdit par la loi des Douze Tables, enterraient aussi des richesses avec les morts. Théodoric promulgue des ordonnances contre la violation des sépultures. Les sépultures royales sont souvent magnifiques, comme les pyramides et les mausolées. Artemise érige un mausolée pour son époux Mausole, devenu l'une des Sept Merveilles du monde. Les empereurs romains construisent des sépultures majestueuses, ornées de marbre et de statues. Le tombeau d'Auguste et le mausolée d'Adrien sont des exemples notables. Les pratiques funéraires varient selon les cultures, allant de la crémation chez les Grecs à l'embaumement chez les Égyptiens. Le texte conclut en évoquant les sépultures sacrées et la croyance en la résurrection des hommes lors du jugement dernier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
847
p. 81-88
SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Début :
Je réserve la suite de ce Traité pour le prochain Extraordinaire, / Quelle fortune est la plus satisfaisante en Amour, [...]
Mots clefs :
Questions, Réponses, Fortune, Amour, Amant, Service, Loisirs, Liberté, Obstacle, Honnête homme, Mort, Autel, Ami, Générosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le réferve lafuite de ce Traitépour
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
$2 Extraordinaire
Le prochain Extraordinaire , afin de
donner place aux autres Ouvrages qui
m'ont efté envoyez . Les Réponses que
vous allez lire aux dernieres Queftios.
qu'on a proposées , font de M Bouchet,
ancien Curé de Nogent- le- Roy.
SENTIMENS
SUR LES QUESTIONS
DU DERNIER EXTRAORDINAIRE
Quelle fortune eft la plus fatisfaifante
en Amour , celle d'un Amant dont
les foins font d'abord receus agreablement,
& prefque auffi - toft récompenfez
; ou le bonheur de celuy , qui,
apres avoir aimé quelque temps fans
efpérance , trouve enfin le coeur de fa
Maiftrelle fenfible:
UN
N Amant de plein faut qui reçoit
fonfalaire,
Et qui rencontre un coeur fenfible à fon
amour,
du Mercure Galant. 83.
A veritablement, & dés le premier jour,
Dequoyfe contenter, dequoy fefatisfaire ..
3
Il n'eft point aufilet, on l'écoute d'abord,
On calculefes pas, on comptefes fervices ;
Ileft payécomptant de l'innocent trafport
Qu'il marque envers l'objet de fes ch.res.
délices.
•
Là-deffus on l'eftime heureux,
Parce qu'en cet état tout répond à fes
voeux.
$3
Maisplus heureux dans ma pensée
Eft celuy qui n'y pensant pas,
Par celle dont fon coeur adore les appas
Voit fa flame récompensée,
Apres avoir long-temps vainementfoùpiré,
Fainement attendu, vainement efperé..
83
Certes on fait par la Science,
Quand on la confulte à loifir,
Comme auffi par l'expérience,
Qu'unplaifir qui furprend eft un doubleplaifir..
84
Extraordinaire
Si l'entiere liberté de fe voir , peur
long- temps entretenir l'amour
dans toute fa force.
O
Na beaufaire, on a beau dire,
Le Monde va toûjours fon trains
Tel aujourd'huy pleure & foûpire,
Quifans doute rira demain.
Nous endurons mille traverses
Par le flus & reflus des paſſions diverſes
Qui nous agitent chaque jour;
Deschofes d'icy-bas inconftante eft laface;
La tempefte fuit la bonace,
Labainefuccede à l'amour,
Si la difficultéfait naistre des miracles,
Et des coupsde Héros, qui charment les
Efprits,
De lafacilité de fe voirfans obftacles,
L'indiférence vient , on mefme le méprisi
ax
Du moins un Amant dans fa tâches .
AvecLesfoins & ſes hélas,
du Mercure Galant. $5
Infenfiblementfe relâche ,
Et nefait plus voir qu'un Hilas.
03
D'ailleurs, quandde la riche idée
D'un objet tout nouveau qui brille de
beauté,
L'amefe trouvepoffedée,
On tient rarement bon contre la nou
veauté;
Et ce qui paroiftfort étrange,
C'est qu'iln'eft rien qui foit baftant
De fixer un coeur inconſtant
Qui fefait un plaifirdu change.
Je veux cependant qu'un Amant
S'appligne à captiver la Beauté qu'il
adore,
Qu'il nommefon Soleil, qu'il nommefon
Aurore,
Son Aftre & fon contentement.
+3
Toutefois encor qu'il s'efforce
Demarquerfon amourjusqu'à l'empreffement,
86- Extraordinaire
Je dis qu'ilne peut nullement
Aimer toujours d'égaleforce
L'objet defon enteftement,
C'est une maxime averée,
Qu'un état violent n'eftjamais de durée.
Si un honnefte Homme eſt excufable
, d'eftre affez esclave
de fa paffion , pour aimer une
Perfonne qui le pouffe à faire
une lâcheté .
AImons jufqu'aux Autels en ce mortel
féjour,
N'entreprenons jamais que des faits légitimes,
On trouve des raisons pour excufer l'amour,
Mais l'on n'en trouve point pour excufer
des crimes.
83
Ainfi l'Homme eft inexcusable,
Qui pourflater la paffion
Qui fait fon inclination,
Devient lâche, & ſe rend coupable.
du Mercure Galant.
87
**
La complaifance eft juste, il est bon d'en
avoir;
Mais qui veut vivre avèque bienfeace,
Doit borner cette complaisance
Par les regles defondevoir.
83
Ainfi dans cette conjoncture
Que nous propofe le Mercure,
Qui travaille à noftre bonheur,
Ilfaut pour éviter tout reproche de vice,
Que l'Amour le cede à l'honneur,
Comme il le doit ceder à la Justice .
Un Homme en mourant a deux
Amis auprés de luy , il en fait
retirer un , parce que la préſence
l'afflige, & il fait demeurer l'autre
, parce que fa préfence le
confole . On demande lequel il
aime davantage .
Et Homme vers la mort quiporte fes
regards,
CE
(que,
Et quife voit bien- toft le butin de la Par
$8 Extraordinaire
A pour ses deux Amis de genéreux
égards,
Dont il donne à tous deux unefenfible
marque;
Maisfelon mon avis il a plus d'amitié
Pour celuy dont il vent l'abſence,
Puis qu'il ménage fa pitié,
En l'éloignant defa préſence.
Fermer
Résumé : SENTIMENS SUR LES QUESTIONS DU DERNIER EXTRAORDINAIRE.
Le texte extrait du 'Mercure Galant' explore les sentiments amoureux à travers une série de questions et de réponses. Il compare deux types de bonheur en amour : celui d'un amant dont les sentiments sont immédiatement reçus et récompensés, et celui d'un amant qui, après une longue attente, voit enfin son amour réciproque. Le texte soutient que le second type de bonheur est plus satisfaisant, car un plaisir surprenant est un double plaisir. Le texte examine également l'impact de la liberté et des obstacles dans une relation amoureuse. La facilité de se voir fréquemment peut entraîner l'indifférence ou même le mépris, tandis que les difficultés peuvent renforcer l'amour. Il met en garde contre l'inconstance du cœur humain, qui peut être facilement attiré par la nouveauté. Le texte aborde aussi la question de la moralité en amour. Il affirme qu'il est excusable d'être esclave de sa passion, mais inacceptable de commettre des lâchetés ou des crimes pour elle. Il souligne l'importance de la complaisance dans les relations, tout en la bornant par les règles du devoir et de l'honneur. Enfin, le texte relate une anecdote sur un homme mourant qui montre plus d'amitié pour l'ami dont il éloigne la présence pour éviter de l'affliger. Cette anecdote illustre la profondeur des sentiments et la considération pour autrui, même dans les moments les plus difficiles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
848
p. 88
Divers Madrigaux sur les Enigmes de la Vigne Vierge, & de la Cerise, [titre d'après la table]
Début :
Voicy divers Madrigaux qui expliquent les Enigmes de Decembre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Divers Madrigaux sur les Enigmes de la Vigne Vierge, & de la Cerise, [titre d'après la table]
Voicy divers Madrigaux qui expliquent
les Enigmes de Decembre,
dont les Mots eftoient la Vigne Vierge
, la Ceriſe.
les Enigmes de Decembre,
dont les Mots eftoient la Vigne Vierge
, la Ceriſe.
Fermer
849
p. 88-90
I.
Début :
Tréve à tous vos Festins, Partisans de Bacchus. [...]
Mots clefs :
Festins, Bacchus, Vigne vierge, Hiver, Feuillage
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : I.
T
I.
Réve à tous vos Feftins, Partifans
de Bacchus.
LeMercure vous donne une ftérileTreille,
Qui nepouvant jamais remplir voftre
Bouteille,
Vous marque affez par là que vous ne
boirez plus.
***
C'est une Vigne Vierge, & qui ne porte
pas.
du Mercure Galant
* q
Sa Soeur qui ne l'eft point, eft tous les ans
féconde:
Elle produit le Vin, qui plaiſt à bien du
monde,
Et quifait la douceur & l'ame des Re
pas.
*3
La Vigne Vierge rampe, & s'attache
aux Maifons,
Faifant à la Muraille un Tapis de Persdures
Ileft d'autant plus beau, qu'il vient de laż
Nature,
Qui l'étendtous les jours en diverfesfa--:
Cons.
$3
Enfaisant un Berceau de fonfeuillage?
épais,
Au jour le plus ferain vous avez un liem
Sombre,
Où malgré le Soleil vous allez prendre
l'ombre,
Pour vousmettre à voſtre aife, & làpren
dre lefrais.
Q. deJanvier 1685.
H.
90 Extraordinaire
Lors que l'Hyver approche, elle est toute
en rougeur;
On en prend la raisonfur ce qu'à noftre
veuë
Se voyant dépouiller & mettre toute nuë,,
Comme c'eft une Vierge, elle a de la pudeur.
Le P. Colin, C. de Sens ..
I.
Réve à tous vos Feftins, Partifans
de Bacchus.
LeMercure vous donne une ftérileTreille,
Qui nepouvant jamais remplir voftre
Bouteille,
Vous marque affez par là que vous ne
boirez plus.
***
C'est une Vigne Vierge, & qui ne porte
pas.
du Mercure Galant
* q
Sa Soeur qui ne l'eft point, eft tous les ans
féconde:
Elle produit le Vin, qui plaiſt à bien du
monde,
Et quifait la douceur & l'ame des Re
pas.
*3
La Vigne Vierge rampe, & s'attache
aux Maifons,
Faifant à la Muraille un Tapis de Persdures
Ileft d'autant plus beau, qu'il vient de laż
Nature,
Qui l'étendtous les jours en diverfesfa--:
Cons.
$3
Enfaisant un Berceau de fonfeuillage?
épais,
Au jour le plus ferain vous avez un liem
Sombre,
Où malgré le Soleil vous allez prendre
l'ombre,
Pour vousmettre à voſtre aife, & làpren
dre lefrais.
Q. deJanvier 1685.
H.
90 Extraordinaire
Lors que l'Hyver approche, elle est toute
en rougeur;
On en prend la raisonfur ce qu'à noftre
veuë
Se voyant dépouiller & mettre toute nuë,,
Comme c'eft une Vierge, elle a de la pudeur.
Le P. Colin, C. de Sens ..
Fermer
Résumé : I.
Le Mercure Galant de janvier 1685 compare deux types de vignes : la 'Vigne Vierge' et une vigne plus productive. La Vigne Vierge est stérile et ne produit pas de vin, symbolisant la fin de la consommation de vin. En revanche, sa sœur fertile produit un vin apprécié, apportant douceur et âme aux repas. La Vigne Vierge se distingue par sa croissance rampante, créant un tapis de verdure sur les murs et offrant de l'ombre en été. À l'approche de l'hiver, elle rougit, manifestant une pudeur virginale face à la nudité. Le texte met en avant les contrastes entre stérilité et fertilité, ainsi que les aspects esthétiques et pratiques des vignes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
850
p. 90-91
II.
Début :
La Cerise est jeunette, & mesme délicate ; [...]
Mots clefs :
Cerise, Beauté, Couleur, Saison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : II.
I I.
LA Cerife eftjeunette, & meſme dé- licate;
Elle eft d'une beauté qui la fait rechercher;:
Sa couleur eftfort vive, elle eft rouge, elle
éclate,
Et le noyau qu'elle a, c'eft fon coeur de
Rocher.
63
On fçait bien qu'elle prend fa beauté naturelle
,
Ou-bien fon vermillon, fur la fin du Prin
temps:
C'est dans cette Saiſon fi charmante & fi
belle,
duMercure Galant.
91
Qu'elle nous touche au coeur, & nous rend :
fi contens.
On nous l'offie aujourd'huy de la part de
Mercure,
C'est au mois de Janvier un affez rare
fruit;
Dans la rude Saifon jufqu'icy la Nature,,
Quelque pouvoirqu'elle ait, ne l'a jamais
produit.
On la voit en tout temps, quand on veut
la confire ,
Et fouvent on lafert à lafin du Repas ;
Ce doux déguisement, qui ne la rend pass
pire,
Fait auffi qu'à mon gouft j'enfais bien
plus de cas.
Le mefmer
LA Cerife eftjeunette, & meſme dé- licate;
Elle eft d'une beauté qui la fait rechercher;:
Sa couleur eftfort vive, elle eft rouge, elle
éclate,
Et le noyau qu'elle a, c'eft fon coeur de
Rocher.
63
On fçait bien qu'elle prend fa beauté naturelle
,
Ou-bien fon vermillon, fur la fin du Prin
temps:
C'est dans cette Saiſon fi charmante & fi
belle,
duMercure Galant.
91
Qu'elle nous touche au coeur, & nous rend :
fi contens.
On nous l'offie aujourd'huy de la part de
Mercure,
C'est au mois de Janvier un affez rare
fruit;
Dans la rude Saifon jufqu'icy la Nature,,
Quelque pouvoirqu'elle ait, ne l'a jamais
produit.
On la voit en tout temps, quand on veut
la confire ,
Et fouvent on lafert à lafin du Repas ;
Ce doux déguisement, qui ne la rend pass
pire,
Fait auffi qu'à mon gouft j'enfais bien
plus de cas.
Le mefmer
Fermer
Résumé : II.
La cerise est un fruit délicat et coloré, rouge vif, qui mûrit à la fin du printemps. Elle est très prisée durant cette période. Le Mercure Galant propose des cerises en janvier, ce qui est inhabituel. Conservée, elle reste savoureuse et est souvent servie à la fin des repas.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer