Résultats : 7458 texte(s)
Détail
Liste
701
p. 236-238
Conversion, [titre d'après la table]
Début :
Je ne vous parle point de quantité de Conversions considérables qui [...]
Mots clefs :
Conversions, Nièce, Ministre, Religion prétendue réformée, Nouveau catholique
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texteReconnaissance textuelle : Conversion, [titre d'après la table]
Je ne vous parle point de
quantitédeConverſions conſidérables
qui fe font icy de
GALANT. 237
jour en jour. Je vous apprendray
ſeulement celle de la
Niece d'un Miniftre , parce
qu'il ſemble que ces fortes de
Perſonnes eftant mieux inf
truites que les autres dans la
Religion Prétenduë Reformée
, n'en font jamais abjuration
, qu'elles ne convainquent
en quelque maniere
ceux de ce Party , qu'elles
l'ont trouvée pleine d'erreurs.
Cette nouvelle Catholique
s'appelle Magdelaine Scalberge.
Elle eſt de Sedan , &
Niece de Me Scalberge , Miniftre
de Chartres . Elle ab
238 MERCURE
jura le Dimanche des Rameaux
, entre les mains du
P. Alexis du Buc , Théatin ,
en préſence de pluſieurs Perfonnes
de qualité.
quantitédeConverſions conſidérables
qui fe font icy de
GALANT. 237
jour en jour. Je vous apprendray
ſeulement celle de la
Niece d'un Miniftre , parce
qu'il ſemble que ces fortes de
Perſonnes eftant mieux inf
truites que les autres dans la
Religion Prétenduë Reformée
, n'en font jamais abjuration
, qu'elles ne convainquent
en quelque maniere
ceux de ce Party , qu'elles
l'ont trouvée pleine d'erreurs.
Cette nouvelle Catholique
s'appelle Magdelaine Scalberge.
Elle eſt de Sedan , &
Niece de Me Scalberge , Miniftre
de Chartres . Elle ab
238 MERCURE
jura le Dimanche des Rameaux
, entre les mains du
P. Alexis du Buc , Théatin ,
en préſence de pluſieurs Perfonnes
de qualité.
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Résumé : Conversion, [titre d'après la table]
Magdeleine Scalberge, nièce d'un ministre protestant de Chartres, s'est convertie au catholicisme. Originaire de Sedan, elle a abjuré sa foi protestante le dimanche des Rameaux. La cérémonie, supervisée par le Père Alexis du Buc, s'est déroulée en présence de notables. Sa conversion est remarquable car elle était bien instruite dans la religion réformée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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702
p. 353-355
ENIGME.
Début :
Voicy deux nouvelles Enigmes. Mr Germain de Caën a fait / Ma bouche est sur ma teste, & fort loin de mon ventre ; [...]
Mots clefs :
Cheminée
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Voicy deux nouvelles Enigmes
. M'Germain de Caën
a fait lapremiere , & l'autre eft
d'un Homme demérite & de
réputation.
ENIGME
MA bouche eſtſur ma teſte,
fortloin de monventre;
I'habite également les hauts Gles bas
Lieuxs
I'ay reçen pour Epoux un Agent
furieux,
Avril1683. Gg
354 MERCURE
Dont on ignore moins les effets, que
lecentre.
25
Dediverses couleurs j'aime àparer
mon Corpsst
Icnesuispas la mesme au dedans
qu'au dehors,
Ieportedes Habits & brillans, &
funebres.
Ic puis eftre éclairée, &fombre en
mesme temps;
Iejoüis quelquefois dujour, & des
tenebres,
Etjesuis àl'abry, quoy qu'exposée
auxvents.
٤ 52
En certainesſaiſons , où jesuis de
requeste में
On ventavecque moy fairefociet és
Mais ilestd'autres temps, où n'estant
pointdefeste,
GALANT. 355
On n'approche de moy que par neceffité.
Se
Jesuis, quoy qu'immobile, au chan
gementſujette;
On m'habilloitjadis d'un largeVêtement;
Mais gracesà laMode, on veutpréfentement
Quema v'èture foit la moitiéplus
étroite.
. M'Germain de Caën
a fait lapremiere , & l'autre eft
d'un Homme demérite & de
réputation.
ENIGME
MA bouche eſtſur ma teſte,
fortloin de monventre;
I'habite également les hauts Gles bas
Lieuxs
I'ay reçen pour Epoux un Agent
furieux,
Avril1683. Gg
354 MERCURE
Dont on ignore moins les effets, que
lecentre.
25
Dediverses couleurs j'aime àparer
mon Corpsst
Icnesuispas la mesme au dedans
qu'au dehors,
Ieportedes Habits & brillans, &
funebres.
Ic puis eftre éclairée, &fombre en
mesme temps;
Iejoüis quelquefois dujour, & des
tenebres,
Etjesuis àl'abry, quoy qu'exposée
auxvents.
٤ 52
En certainesſaiſons , où jesuis de
requeste में
On ventavecque moy fairefociet és
Mais ilestd'autres temps, où n'estant
pointdefeste,
GALANT. 355
On n'approche de moy que par neceffité.
Se
Jesuis, quoy qu'immobile, au chan
gementſujette;
On m'habilloitjadis d'un largeVêtement;
Mais gracesà laMode, on veutpréfentement
Quema v'èture foit la moitiéplus
étroite.
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703
p. 355-356
AUTRE ENIGME.
Début :
Errant & vagabond, changeant souvent de Maistre, [...]
Mots clefs :
Louis d'or
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME.
E
Rrant & vagabond, changeant
Sous le nom d'un Héros je mefais
reconnoistre.
L'on me voitſi ſoûmis , qu aumoindre
des Humains,
Iefuis un Serviteur utile à toutes
mains.
Ggij
356 MERCURE
On m'estime en tous lieux, &fur tout
dansla France,
On réveremon nom ; & quant à ma
A
naissance,
Elle a tant de grandeur, & vient d'un
fi haut Licu,
Que plusieurs des Mortels me préferent à Dieu.
E
Rrant & vagabond, changeant
Sous le nom d'un Héros je mefais
reconnoistre.
L'on me voitſi ſoûmis , qu aumoindre
des Humains,
Iefuis un Serviteur utile à toutes
mains.
Ggij
356 MERCURE
On m'estime en tous lieux, &fur tout
dansla France,
On réveremon nom ; & quant à ma
A
naissance,
Elle a tant de grandeur, & vient d'un
fi haut Licu,
Que plusieurs des Mortels me préferent à Dieu.
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704
p. 159-162
Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Le Party de ceux de la Religion Prétenduë Reformée continuë [...]
Mots clefs :
Religion prétendue réformée, Conversions, Marquis, Archevêque, Madame, Controverse, Abjuration, Gentilhomme, Calvin, Cérémonie
705
p. 219-230
Ce qui s'est passé au Parlement de Toulouse, touchant plusieurs Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Il y a longtemps que je vous entretiens de Conversions dans [...]
Mots clefs :
Conversion, Parlement, Premier président, Archevêque, Religion prétendue réformée, Seigneur, Accusations, Déclaration, Profession de foi, Temple, Ministre, Providence, Catholique, Erreur, Hérésie
706
p. 231-232
Conversion de Mr Desmahy, Ministre d'Orleans, [titre d'après la table]
Début :
Le 27. du mesme Mois, jour de l'Ascension, Mr Desmahy, [...]
Mots clefs :
Ministre d'Orléans, Abjurations, Piété
707
p. 232-238
Conversion de Mr Gilly, Ministre de Baugé, & de Mr Courdil, Ministre de Pinperdu, [titre d'après la table]
Début :
Il avoit eu plusieurs conférences sur ses doutes avec [...]
Mots clefs :
Ministre, Paroisse, Prétendus réformés, Assemblée, Temple, Consistoire, Difficultés, Réformateurs, Église catholique, Erreur, Discours, Lumière, Religion
708
p. 238-239
Autres Conversions, [titre d'après la table]
Début :
Il reçeut en mesme temps celle de Mr Clément, Gentilhomme, [...]
Mots clefs :
Conversion, Abjuration, Temple, Messieurs, Piété, Protestants, Zèle
709
p. 239-250
EXHORTATION DE M l'Evesque d'Angers aux Ministres de Baugé, & de Chasteau-du-Loir.
Début :
Mr l'Evesque d'Angers fit un Discours tres édifiant à ces [...]
Mots clefs :
Discours, Ministres, Dieu, Erreur, Église, Évêque d'Angers, Injures, Réflexions, Humiliation, Mensonge, Vérité, Fausseté, Conversions, Bénédiction, Hérésie, Ennemi
710
s. p.
AU LECTEUR.
Début :
Les Déclarations faites par Mrs Gilly & Courdil, [...]
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texteReconnaissance textuelle : AU LECTEUR.
AU LECTEUR .
LE
Es Déclarations
faites par M' Gilly
& Courdil , dont j'ay
parlé dans ma Lettre
de Juin , n'ayant pu y
trouver place à caufe
de leur longueur , &
d'un grand nombre
d'Articles , que je n'euffe
pû remettre à une autre
fois, fans chagriner
1
le Public , qui eft bienaife
de trouver de mois
en mois ce qu'il envoye
pour le Mercure , je
n'ay pû me diſpenſer de
faire un Volume particulier
de ces deux Difcours,
qui font demandez
de tout le monde.
LE
Es Déclarations
faites par M' Gilly
& Courdil , dont j'ay
parlé dans ma Lettre
de Juin , n'ayant pu y
trouver place à caufe
de leur longueur , &
d'un grand nombre
d'Articles , que je n'euffe
pû remettre à une autre
fois, fans chagriner
1
le Public , qui eft bienaife
de trouver de mois
en mois ce qu'il envoye
pour le Mercure , je
n'ay pû me diſpenſer de
faire un Volume particulier
de ces deux Difcours,
qui font demandez
de tout le monde.
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711
p. 1-3
Prélude, [titre d'après la table]
Début :
Je l'avouë, Madame, j'aurois esté bien surpris, si les [...]
Mots clefs :
Discours, Religion, Prétendus réformés, Conversion, Zèle, Louis le Grand, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prélude, [titre d'après la table]
E l'avoue , Madame.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
J'aurois efté bien fur
pris , fi les Difcours de
Mrs Gilly & Courdil , que je
vous ay envoyez huit jours
apres ma Lettre de Juin , ne
vous avoient pas donné au-
A '
Juillet 1683.
2 MERCURE
tant de plaifir que vous me
marquez en avoir reçeu de
leur lecture. Les raiſons qui
les ont fait changer de Reli…
gion , ſont ſi preſſantes contre
les Prétendus Réformez,
que fi ceux de ce Party qui
voudront agir de bonne foy,
n'en demeurent pas entierement
convaincus , ils auront
au moins fujet de douter, &
dans leurs doutes , ils ne pourront
recevoir que de tresutiles
éclairciffemens. Ces
Converfions, dont on voit le
nombre augmenter de jour
en jour , font l'effet du zele
GALANT.
3
de Louis LE GRAND , qui
croit ne pouvoir rien faire de
plus glorieux que de tâcher
par toute forte de voyes de
rendre à l'Eglife ce qu'elle a
perdu fous les Regnes précedens.
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Résumé : Prélude, [titre d'après la table]
En juillet 1683, l'auteur se réjouit des discours de messieurs Gilly et Courdil, envoyés huit jours après sa lettre de juin, qui ont plu au destinataire. Ces discours justifient leur conversion religieuse et réfutent les prétendus réformés. L'auteur espère convaincre ou faire douter les personnes de bonne foi. Les conversions croissantes sont attribuées au zèle de Louis le Grand pour restaurer l'Église.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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712
p. 1-6
CONVERSION DE Mrs GILLY, ET COURDIL.
Début :
La Conversion de Messieurs Desmahy, Gilly & Courdil, Ministres [...]
Mots clefs :
Conversions, Ministres, Religion prétendue réformée, Érudition, Vérité, Intérêt, Église catholique, Abjuration, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONVERSION DE Mrs GILLY, ET COURDIL.
CONVERSION
DE M GILLY,
ET COURDIL.
A Converfion de
Meßieurs Def
maby, Gilly, &
Courdil , Miniftres de la
Religion Prétendue Reformée
, eftfi avantageu
Se à l'Eglife , que je tra
hiroisfesinterefts, fi apres
A
2
ce que je vous en ay dit
dans ma Lettre du mois
de Iuin , je n'achevois
pas de donner à cet Article
toute l'étendue que demande
l'importance du
fujet. Cefont trois Hommes
d'une tres - grande
érudition , qui ont toûjours
mené une vie exempte
de tout reproche,
& qu'on ne peutfoupçonner
d'avoir efté portez à
ce changement par aucune
veuë d'intéreſt d'hu3
main. La feule connoiffance
de la verité qu'ils
ont cherchée avec tous les
foins poßibles , les a fait
renoncer à leurs erreurs,
ils ne font rentrez au
fein de l'Eglife Catholique
, que parce qu'ils ont
efté convaincus que
Cal
vin avoit eu tort de s'en
féparer. Ie n'ay rien à
adjoûter à ce que je vous
ay déja écrit de M² Defmahy
, dont Monfieur
Evefque d'Orleans re-
A ij
4
ceut icy l'Abjuration
dansfa Chapelle, le 27. de
* May , Fefte de l'Afcen_
fion.Ileftévident qu' ayat
a
concerté avec M Gil
ly, es Courdil, le deffein
defe réunir à l'Eglife, il
l'a faitcomme eux parles
raifons qu'ils ont déclarées
publiquement , &
qu'illes euft imitez dans
une action qui n'avoit
point encore eu d'exemple,
file lieu où il exerçoitfon
Miniftere euft efté de la
Genéralité d' Angers. Le
Synode des Prétendus
·Réformez fe tenant
·Sorges parpermißion de
Sa Majesté, en préfence
de M² d' Autichamp,
Lieutenant de Roy , qui
y aẞistoit en qualité de
Commiffaire , M Gilly,
Miniftre de Baugé en
Anjou , & M Courdil,
qui avoit esté Miniftre
de Chasteau du Loir,
& qui prefchoit alors
dans la Paroiffe de Sa
A iij
6
vigny fur Rillé , außi
en Anjou , demanderent
à'y rendre compte de leur
conduite. Ils furent reçeus
, & prirent feance;
&apres qu'onfefut mis
en état de les écouter ,
M' Gilly parla en ces
termes.
DE M GILLY,
ET COURDIL.
A Converfion de
Meßieurs Def
maby, Gilly, &
Courdil , Miniftres de la
Religion Prétendue Reformée
, eftfi avantageu
Se à l'Eglife , que je tra
hiroisfesinterefts, fi apres
A
2
ce que je vous en ay dit
dans ma Lettre du mois
de Iuin , je n'achevois
pas de donner à cet Article
toute l'étendue que demande
l'importance du
fujet. Cefont trois Hommes
d'une tres - grande
érudition , qui ont toûjours
mené une vie exempte
de tout reproche,
& qu'on ne peutfoupçonner
d'avoir efté portez à
ce changement par aucune
veuë d'intéreſt d'hu3
main. La feule connoiffance
de la verité qu'ils
ont cherchée avec tous les
foins poßibles , les a fait
renoncer à leurs erreurs,
ils ne font rentrez au
fein de l'Eglife Catholique
, que parce qu'ils ont
efté convaincus que
Cal
vin avoit eu tort de s'en
féparer. Ie n'ay rien à
adjoûter à ce que je vous
ay déja écrit de M² Defmahy
, dont Monfieur
Evefque d'Orleans re-
A ij
4
ceut icy l'Abjuration
dansfa Chapelle, le 27. de
* May , Fefte de l'Afcen_
fion.Ileftévident qu' ayat
a
concerté avec M Gil
ly, es Courdil, le deffein
defe réunir à l'Eglife, il
l'a faitcomme eux parles
raifons qu'ils ont déclarées
publiquement , &
qu'illes euft imitez dans
une action qui n'avoit
point encore eu d'exemple,
file lieu où il exerçoitfon
Miniftere euft efté de la
Genéralité d' Angers. Le
Synode des Prétendus
·Réformez fe tenant
·Sorges parpermißion de
Sa Majesté, en préfence
de M² d' Autichamp,
Lieutenant de Roy , qui
y aẞistoit en qualité de
Commiffaire , M Gilly,
Miniftre de Baugé en
Anjou , & M Courdil,
qui avoit esté Miniftre
de Chasteau du Loir,
& qui prefchoit alors
dans la Paroiffe de Sa
A iij
6
vigny fur Rillé , außi
en Anjou , demanderent
à'y rendre compte de leur
conduite. Ils furent reçeus
, & prirent feance;
&apres qu'onfefut mis
en état de les écouter ,
M' Gilly parla en ces
termes.
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Résumé : CONVERSION DE Mrs GILLY, ET COURDIL.
Le texte relate la conversion à l'Église catholique de trois ministres de la religion prétendue réformée : Messieurs Desmahys, Gilly et Courdil. Ces individus étaient connus pour leur grande érudition et leur vie exemplaire. Leur conversion était motivée par la conviction que Calvin s'était trompé en se séparant de l'Église catholique. Monsieur Desmahys a abjuré sa foi protestante le 27 mai, lors de la fête de l'Ascension, en présence de l'évêque d'Orléans. Cette décision a été prise en concertation avec Gilly et Courdil, qui ont également déclaré publiquement leurs raisons. Le synode des prétendus réformés, autorisé par le roi et présidé par Monsieur d'Autichamp, a entendu les explications de Gilly, ministre de Baugé en Anjou, et de Courdil, ancien ministre de Château du Loir et alors en poste à Souvigny-sur-Rillé, également en Anjou.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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713
p. 3-9
AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
Début :
L'avantage de détruire l'Herésie apres avoir triomphé de ses Ennemis, / Grand Roy, lors que touché de nos justes souhaits, [...]
Mots clefs :
Hérésie, Triomphe, Ennemis, Roi, Victoire, Vaincre, Paix, Guerre, Ardeur , Hérétique, Exploit
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
L'avantage de détruire
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
l'Heréfie apres avoir
triomphe de fes Ennemis,
eftoit réfervé à cet auguſte
Monarque , & c'est ce qui a
porté les Mufes de Fontenay
le Comte en Poitou , à luy
adreffer les Vers quifuivent.
A ij
4 MERCURE
AU ROY,
SUR LA CONVERSION
des Herétiques .
G
Rand Roy, lors que
nosjuftes fouhaits,
touché de
Tu voulus bienfonger à nous donner
la Paix,
Et qu'arreftant ton cours au fort de la
- Victoire,
Tu pûs nous immoler son panchant
pourla Gloire,
Helas, que ce Traité confta cher à ton
coeur ,
Et combien ta grande ame y trouva
de rigueur!
Pouvantfoumettre tout par ta valeur
extréme,
Tubornas ton triomphe à te vaincre
toy-mesme;
J
GALANT.
5
Et cette heureufe Paix qui terminoit
nos maux,
Sembloit te menacer d'un tropfombre
reposs
Car regler tes Etats , maintenir la
Iuftice,
Elever la Vertu , faire punir le
Vice,
Inftituer des Loix qu'on respecte en
tous lieux,
Faire tout par toy-meſme , & voir
tout par tes yeux ;
Enfin ce grandfardeau de régir un
Empire,
Où l'on n'avoit point veu de Monarque
fuffire,
N'eft enToy de tesfoins qu'un noble
amufement; a
Et quand le Hollandois, l'Espagnol,
l'Allemand,
Pour mieux te refifter , ne firent
qu'une Armée,
6 MERCURE
Contre ces Ennemis ta valeur aniz
mée
Ne t'empefcha jamais de reglertes
· Etats,
Et la Tefte agiffoit encor mieux que
le
Bras.
L'on gémiffoit par toutfous lafureur
des
armes,
Nousfeuls eftions exempts de ces
rudes alarmes;
Tous ces fers Ennemis affemblez
contre nous,
Nous voyoient à regret dans un
reposfidoux;
Tes Lauriers nous mettant à couvert
du Tonnerre,
La France eftoit en Paix au milieu
de la Guerre.
Cette Guerre ceffa , je plaignis ton”
grand coeur,
Le plaignis ta vertu, jeplaignis tom
ardeur.
GALANT. 7
Le crûs quepour tesjours mefme l'on
devoit craindre.
Helas! qu'en cet état j'eftois moymefme
àplaindre,
De borner la grandeur de ton vafte
pouvoir
A ce que mon efprit en pouvoit concevoir,
Et quejefçavois peujusqu'où sepeut
étendre
Ba vertu d'un Héros qui peut tour
entreprendre!
La Paix à ta valeur n'apoint donné
de Loix ,
Elle n'a pointborné tes rapides Exploits,
Et l'on te voit encordans une Guerre
Sainte
Remplir tes Ennemis d'épouvante
& de crainte.
Tu combats l'Heréfie, &brûlé d'un
beau feu,
8 MERCURE
Tu pourſuis vivement les intéreſts
deDieu
Tes Ayeux autrefois pouſſez d'un
divin zele,
Allaient dela les Mers attaquer l'Infidelle;
Mais tu combats, plus jufte en tes
vaftes projets,
L'Infidelle chez toy dans tespropres
Sujets.
Qui pourroit exprimer tesfoins &
ton adreffe?
On te voit employer la rigueur , la
tendreffes
Mais jamais la rigueur, ſans un profond
regret,
Tufrapes l'Herétique, &flates le
Sujet.
Auffi chacun par tout ſe rend à tes
manieres;
On voit avecplaisir des Provinces
entieres
GALANT.
Renoncer hautement à leurs vieilles
erreurs;
Tufais plus millefois que les Prédi
cateurs.
LOV IS , le plus augufte , & leplus
grand des Princes,
Convertit aujourd'huy des Villes , des
Provinces;
Et ce que n'a pointfait ny Livre,
ny Sçavant,
LOV IS en vient à bout, fi - tof qu'il
l'entreprend.
Ces Faits chez nos Neveux neferont
point croyables,
Ils lirrnt tes Exploits ainſi qu'on lit
des Fables;
Ilsfontfi merveilleux,que moymême,
Grand Roy,
Qui les vois, qui lesfçais, à peine
je les cray.
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Résumé : AU ROY SUR LA CONVERSION des Hérétiques.
Le poème célèbre les victoires militaires d'un roi et ses efforts pour éradiquer l'hérésie. Après avoir vaincu ses ennemis, le roi décide de détruire l'hérésie, inspirant ainsi les Muses de Fontenay-le-Comte en Poitou à lui dédier ces vers. Le texte loue sa décision de mettre fin à la guerre et d'établir la paix, malgré les difficultés. Il souligne également sa capacité à gouverner avec justice et à promouvoir la vertu, même face à des coalitions ennemies. La paix n'a pas freiné ses exploits; il continue de lutter contre l'hérésie au sein de son royaume avec rigueur et tendresse. Ses actions convertissent des provinces entières, surpassant les prédicateurs. Les générations futures trouveront ses exploits presque incroyables tant ils sont remarquables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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714
p. 7-79
DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
Début :
Messieurs, Les grandes difficultez qui m'embarassent depuis longtemps sur les [...]
Mots clefs :
Religion, Ministre, Véritable Église, Abjuration, Humilité, Dieu, Prière, Méditation, Députés, Écritures, Synode, Communion, Controverse, Bible, Foi, Jésus, Salut, Obscurité, Chrétiens, Saint-Esprit, Connaissances, Explications, Doctrine, Parole de Dieu, Enseignement, Livres d'Évangiles, Autorité divine, Immortalité, Prophètes, Morale, Dogme, Sentiments, Conscience, Fidèles, Consistoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
DISCOURS
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
DE M GILLY,
Touchant les motifs qui l'ont
obligé à rentrer dans l'Eglife
Catholique.
MESSIEURS,
Les grandes difficultez
qui m'embaraſſent
depuis lōgtemps fur les
matieres de la Religion ,
ne me permettant plus
d'exercer mon Minifte-
A iiij
8
re , j'ay crû qu'il eftoit
de mon devoir de vous
les expofer , fans m'inquieter
d'autre choſe
que de fatisfaire aux
mouvemens de ma confcience
, dont je dois
oppofer le bon témoi
gnage aux mauvais
bruits , que l'on répand
ordinairement
contre
ceux qui retournent
dans la
veritable Egliſe .
Je vous prie donc treshumblement
de m'accorder
voftre attention,
& d'eftre perfuadez
, que j'agiray toû
jours dans les mouvemens
de la crainte de
Dieu , & felon les regles
de la douceur & de l'humilité
, que noftrc.commun
Maiftre, le débonnaire
& l'humble par
excellence , nous a fi expreffement
recommandées
, tant par fes leçons
que parfon exemple.
Je me crois obligé,
10
Meffieurs , de vous faire
d'abord un aveu public
& fincere de mes
diférentes démarches
dans le cours de mes
Etudes , où j'ay employé
avec un extréme
foin tous les
moyens
que le S. Efprit nous
fuggere
, la priere , le
travail , la méditation
,
la lecture . Je ne diray
rien icy de ma vie , parce
que je ne doute pas
que M' le Député
de
II
mon Egliſe ne confir
me de bouchele témoignage
authentique qu'-
elle m'en a donné par
écrit. Comme donc je
fupofois ,avec toutes les
Societez féparées de l'Eglife
Romaine , le principe
de la ſuffiſance de
l'Ecriture , fur lequel
eft uniquement fondée
leur féparation , & que
je croyois avec elles
que cette Ecriture confiderée
en elle-meſme
12
cftoit
l'unique regle de
la Foy ; qu'elle contenoit
toute feule clairement
, & parfaitement
tout ce qu'il eftoit neceffaire
de croire & de
faire pour le falut , &
qu'il falloit par conféquent
examiner toutes
chofes par elle , je n'eus
pas plutoft repaffé dans
mon efprit felon cette
regle , les Difputes que
nous avons avec les Remontrans
que leSynode
13
de Dordrecht chaffa de
nôtre Communion , que
je trouvay quebien loin
qu'on les puft convaincre
de faux par la fainte
Ecriture , leur fentiment
touchant plufieurs
queftions , dont il
n'eft pas neceffaire de
faire icy le détail , y
eftoit fans contredit
contenu d'une maniere
plus vray - femblable
que le noftre. Je con-
Liderois là-deffus , que
14
l'on
demandoit
parmynous
dans la pratique
une foûmiffion
entiere
à nos
Synodes , quoy
qu'on foûtinft
le contraire
dans la théorie;
mais il me fembloit que
c'eftoit là renoncer à
noftre principe, & condamner
tacitemēt ceux
qui dans le fiecle précedent
, refuferent de rendre
cette foûmiffion.
Cependant comme embraffant
ces opinions,je
15
ne m'apuyois dans le
fond que fur le plus ou
le moins de probabilité
,
qui fe trouve dans la
fainte Ecriture à l'égard
des matieres controverfées
parmy les Chrêtiens
, & qu'ainfi ayant
toujours fujet de douter,
j'étois porté d'hipotheſe
en hipothefe , fans
avoir jamais rien de fixe
ny de certain , je crus en
confultant les Livres
& les Docteurs , que
16
pour calmer les agitations
de mon efprit , il
falloit neceffairement
venir à l'examen du
principe en luy meſme,
dont j'avois jufque- là
fupofé la verité, & dont
il me fembla de voir la
fauſſeté , par les raiſons
que je m'en vais brievement
déduire.
Je dis donc, Meffieurs,
qu'il femble que l'Ecri
ture fainte confiderée
en elle-mefme , & fepa17
rée de l'intelligence pu
blique de l'Eglife qui en
détermine le fens , n'a
pas efté deſtinée de
Dieu , pour eftre l'unique
regle de la Foy pour
tous les Peuples , ny
mefme pour les Docteurs
, parce que fi vous
en exceptez quelque
peu d'articles qu'elle
traite amplement , &
formellement
en plu
fieurs endroits , comme
I. C. eft le Meffie , &
B.
18
qu'il y aura une Refur
rection , l'obſcurité , &
l'ambiguité qui font
inféparables du langage
humain , la rendent
prefque par tout ailleurs
fufceptible de plufieurs
fens oppoſez , &
ne nous
permettent
pas par conféquent
de
la regarder
comme
un principe
fuffifant
,
qui contienne
parfaitement
, & clairement
tout ce qu'il eft necef
19
faire de croire , & de
faire pour le falut . Les
difcours
ordinaires que
les circonſtances préfentes
rendent clairs &
intelligibles , feroient
infailliblement obfcurs,
s'ils eftoient détachez
de ces circonstances, &
qu'on les confidéraft
dans des temps , & dans
des lieux fort éloignez
de ceux dans lefquels ils
ont efté prononcez,
comme cela arrive à l'é-
Bij
20
1
gard de l'Ecriture . De
la vient l'obfcurité des
Livres anciens , comme
par exemple des Livres
des Peres , dont les Chrêtiens
expliquent ſi diféremment
les paffages.
De là vient l'obſcurité
de l'Ecriture meſme,
que le S. Efprit n'a pas
voulu eftre intelligible
à tous ; car tantoft il en
faut preffer les paroles,
tantoft il ne les faut pas
preffer . Là elle parle dās
21
un fens populaire , icy il
faut l'expliquer à la rigueur
de la lettre ; fon
difcours eft fimple dans
un endroit , & dans
l'autre il y a des métaphores
, & c. Les Théologiens
de toutes les
Communions quife fervent
avec raifon de ces
clefs , & de beaucoup
d'autres dans l'expofition
de la fainte Ecritu
re , devroient eftre obligez
par la de reconnoî22
tre que des explications
fondées fur les clefs,
font probables ; & que
quand tous les paffages
que l'on cite pour établir
une certaine doctrine
,
peuvent par le
moyen de ces clefs recevoir
des explications
raifonnables qui ne la
fuppofent pas , on ne
doit point dire qu'elle
foit certainement établie
par l'Ecriture , qui
eft meſme d'autant plus
23
obfcure que les autres
Livres anciens , qu'au
lieu que dans ceux- cy ,
comme ils ne traitent
que des chofes humaines
, la raiſon nous apprend
ce qui eft poſſible
, & ce qui eft impoffible
; das celuy- là , com- dās
me il parle de Dieu , la
raifon elle -mefme nous
apprend qu'on en peut
dire des chofes qu'elle
ne pourroit comprendre.
C'est ce qui fait
24
que dans toutes les
Controverfes
, quelque
party que l'on prenne,
on peut toujours fe défaire
des
paffages oppofez
par les adverfaires
,
en donnant des explications,
qui à ne confiderer
que l'Ecriture
, font
auffi
probables que
celles que les Chrêtiens
de toutes les Communions
appliquent
à d'autres
endroits , pour les
accommoder
à leur do-
Єtrine .
25
ctrine. En tout cela, la
raifon, fi nous l'appellons
à noſtre ſecours,
juge apres avoir cōparé
tous les paffages les uns
avec les autres , qu'ils
peuvent- eftre étendus
raifonnablement , fuivant
une hypotheſe qui
les rend inutiles pour la
doctrine effentielle que
l'on veut prouver ; &
que les deux doctrines,
dont l'une eft
propofée
pour effentielle
, ne
C
26
ne
font point incompatibles
avec l'analogic de
la Foy , c'eft à dire, avec
les veritez de l'Ecriture ,
qu'un grand nombre
de paffages clairs
permet pas de révoquer
en doute ; mais elle ne
fçauroit fans temérité ,
juger à fond des mifteres
que tout le monde
reconnoift eftre infiniment
au deffus d'elle
En fecond lieu , je
voy que Dieu n'a point
27
enfeigné dans fa parole,
qu'on deuft la regarder
comme la regle unique
de la Foy , & qu'ainfi la
plus effentielle de tou-
Les les veritez n'y eft
pas clairement & parfaitement
contenuë .
Cela paroift évidemment
, ce me femble,
par l'éxamen de tous
les paffages que nous
alléguons
pour prouver
cette fuffifance d'Ecriture
, & dont l'on peut
Cij
28
facilement tirer des
preuves du contraire,
comme par exemple,
Apoc. 22. v . 18. & 19. où
il eft dit que Si quelqu'un
y adjoute quelque
chofe , Dieu le frapera
des playes quifont écrites
dans ce Livre ; & que
Si quelqu'un retranche
quelque chofe des paroles
du Livre de cette Prophetie
, Dieu le retranchera
du Livre de Vie.
Car fi S. Jean parle de
29
cette maniere d'un Livre
Prophetique , où le
monde Chreftien reconnoift
qu'on ne trouve
pas tous les points
effentiels clairement révelez
, il eft certain que
tous les autres paffages
alléguez fur cette matiere
, pofé mefme qu'ils
regardaſſent toute l'Ecriture
, ne prouve
roient pas bien que
toutes les veritez effentielles
y fuffent évidem
C iij
30
ment enſeignées , parce
que les autres ne font
pas plus forts pour la
fuffifance des faintes
Ecritures , que celuy- cy
l'eft pour la fuffifance
de
l'Apocalipfe en particulier
; outre que la
plus grande partie de
ces paffages , comme
celuy de la 2. à Tim.
Chap. 3. Toute Ecriture
qui eft inspirée de Dieu,
eft utile pour inftruire,
c. ne parlent que de
31
l'Ecriture du Vieux Teltament
, où tous les
Chreftiens reconnoiffent
que toutes les chofes
, qui eftoient effentielles
du temps des
Apoftres , n'eftoient pas
clairement propofées ,
ou bien feulement , de
ce que les Apoftres ont
annoncé fans qu'il fuſt
écrit , comme lors que
S. Paul dit , Quand nous
mêmes , ou un Ange, vous
évangeliferoit, & c.
Cif
J'ajoûte en troifiéme
lieu, qu'on ne peut qu'-
eftre confirmé dans le
fentiment de l'infuffifance
de l'Ecriture pour
toutes les choſes neceffaires,
lors qu'on l'examine
en particulier; car
peut- on dire que l'Ecriture
de l'ancien Teftament
fuffit , pour faire
reconnoiftre l'autorité
Divine de chacun defes
Livres , & que la ſeule
lecture de ces Livres ,
33
peut faire connoiſtre
certainement
qu'ils
n'euffent pas cfté faits.
par des Hommes non
infpirez , qui pouvoient
y avoir inſeré quelque
erreur ? Peut- on foûtenirque
l'immortalité de
l'Ame , la réfurrection
des Corps, le Paradis &
l'Enfer , la venuë du
Meffie, & c. qui font des
dogmes fi effentiels, fuffent
clairement contenus
dans cette ancienne
34
Ecriture ? Le pourroiton
foûtenir à l'égard du
temps qui a precedéles
Livres des Prophetes,
ou par rapport à celuy
où l'on n'avoit que les
Livres de Moïfe ? Le
contraire paroift fort
évidemment , quand on
a devant les yeux une
maxime qui eft trescertaine
, qui eft meſme
reconnuë de tous les
Chreftiens qui en font
le fondement de leurs
35
Réponces , aux paffages
de l'Ecriture qu'on
leur objecte. C'est que
quand on peut donner
deux fens probables à
un Paffage , ny l'un ny
l'autre n'eft certain . En
effet il y a des fens probables
de tous les Paffages
qu'on cite en faveur
des Dogmes que
je viens de marquer ,
qui les détournent à
d'autres veuës . L'on ne
peut pas non plus , ce
36
me femble, foûtenir que
l'Ecriture du nouveau
Teftament , contienne
clairement & parfaitement
toutes les chofes
neceffaires à falut . Ilya
plufieurs Apoftres dont
nous n'avons point d'Ecrits
, & il eft peu vrayfemblable
que nous
ayons toutes les Lettres
de ceux dont nous en
avons quelques - unes .
Dans les Livres qui font
venus juſqu'à nous , il
37
n'y a rien de
propre à
nous faire croire que
quelqu'un
d'eux ait eu
deffein d'écrire , avec
une évidence qui fubfiftât
toujours , toute la
Doctrine & la Morale
Chreftienne ; on peut
mefme démontrer le
contraire à l'égard de
chacun d'eux en particulier
. Il ne paroiſt
point auffi qu'ils euffent
partagé entr'eux la Doctrine
& la Morale
38
Chreftienne , afin que
chacun en expofant
clairement une partie
dans fes Ecrits , le tout
fe trouvaft évidemment
propofé dans le Corps
des faintes Ecritures ,
pour l'ufage des Fidelles
de tous les Siecles . Il
eft marqué clairement
dans la plupart de leurs
Ecrits , qu'ils les avoient
faits pour de certaines
occafions particulieres,
fans lefquelles on voit
39
aſſez qu'ils n'auroient
point penſé à les faire.
En verité toute ces apparences
ne font point
propres à faire croire.
que ce que nous avons
d'écrits des
Apoftres ,
contiennent clairement
tout ce qu'ils enfeignoient
. En cffet , la
feule lecture du nouveau
Teftament ne fuffit
pas pour faire connoiftre
l'autorité divine
des Livres qui le com40
.
pofent. Les plus finceres
& les plus éclaircz
de nos Théologiens
reconnoiffent aujourd'huy
qu'on ne le fçauroit
connoiſtre que par
les caracteres que l'on
y remarque ordinairement
; & il eft conſtant
que le Peuple Chrêtien
recevroit pluſieurs
des Livres Canoniques
comme apocriphes , ſi
on les luy préfentoit
comme tels ; & qu'il
t
41
recevroit tout au contraire
les apocriphes
comme Canoniques , fi
on les luy faifoit regarder
comme divins . La
mefme
difficulté peut
naiſtre à l'égard des
Verfets des Livres , à
l'égard de l'ordre de ces
Verſets , & à l'égard
mefme des Mots dont
?
ils font compofez , & de
leur ordre, d'où dépend
fouvent une doctrine
effentielle ; car felon nò-
D
42
tre principe de la fuffifance
de l'Ecriture &
de l'infuffifance
de tous
les autres moyens
, il
faudroit pouvoir affurer
les Chreftiens par la
feule Ecrituré fur toutes
les difficultez raiſonnables.
Voila donc des
points effentiels, qui n'y
font point certainement
contenus .
Cela paroît encore
plus évidemment par
l'examen des doctrines
43
particulieres. De bonne
foy ceux qui multiplicnt
davantage les
points cffentiels , peuvent-
ils trouver que les
Livres du nouveau Tef
tament les contiennent
tous clairement & parfaitement,
comme ils le
foûtiennent? Combien
de Dogmes propofentils
comme neceffaires ,
qui ne font pas clairement
révelez ; & cependant
ils agiffent a-
Dij
44
vec les plus grandes rigueurs,
contre ceux qui
ne les veulent pas recevoir
. Je mets dans ce
rang ceux qui regardent
les doctrines de la
juftification par la feule
foy , de la mort de J.
C. pour les feuls Eleus,
& c. comme eſtant du
nombre des doctrines
effentielles. Neferoit- il
pas bien facile de montrer
que leurs points,
quelques importans
45
qu'ils leurs paroiffent,
ne fe peuvent tirer de
l'Ecriture que par des
Argumens tout au plus
probables ; & ne peuton
pas regarder comme
une des chofes du
monde les plus inconcevables,
que ceux qui
ne croyent d'eſſentiel,
que ce qui eft clairement
étably dans l'Ecriture
, pofent neantmoins
dans la Religion
un fi grand nombre de
46
Doctrines effentielles ,
qui ne font contenuës
dans aucun des Livres
Sacrez ?
Ceux qui en poſent
le moins , ne ſe tirent
pas cependant mieux
d'affaire ; car comme le
font fort bien voir les
plus habiles Docteurs
Catholiques , il n'y a
point de Paffage , par
exemple fur le Dogme
de la tres-fainte & adorable
Trinité , que tous
47
ceux qui n'ont pas entierement
renoncé au
Chriftianiſme , regardcnt
avec raifon comme
le plus important &
le plus effentiel de la
Religion, auquel les Arriens
ne puiffent appliquer
des fens probables.
qui les détournent ailleurs
. Je dis la meſme
chofe à l'égard du peché
originel, de la neceſſité
de la grace, de l'éternité
des peines , du fiecle à
48
venir, de la toute- puiffance
de Dieu , de la
fatisfaction de I. C. &
d'une infinité d'autres
points effentiels ; à l'é
gard defquels il eft certain
que ceux qui les
nient , peuvent concilier
leurs fentimens avec
la fainte Ecriture ,
par des explications ,
dont on ne peut contefter
la vray ſemblance.
L'on peut dire la
mefme choſe non feulement
49
ment à l'égard du Bapteſme
des petits Enfans,
fur lequel on ne peut.
rien montrer d'évident
dans l'Evangile ; mais
auffi à l'égard de la celébration
du Dimanche
, fur laquelle il eft
certain que le nouveau
Teftament ne fournit
que des probabilitez.
Je dis encore la meſme
chofe à l'égard de la
P
Morale Chreftiene, que
tout le monde regarde
E
50
comme abfolument neceffaire
à falut . On pouroit
, fur les choſes qui
font neceffaires à l'égard
de l'humilité , fur
celles qui font neceffaires
à l'égard de la chafteté,
fur celles qui font
neceffaires à l'égard de
l'obeiffance aux Supérieurs,
fur les chofes qui
font neceffaires à l'égard
du culte que nous
devons à Dieu en public
& en particulier ,
SE
fur celles qui font neceffaires
à l'égard de la
charité, de la fincerité
& de l'amour de foymeſme
ذ
on pourroit,
·
dis-je, à l'égard de toutes
ces chofes former
des difficultez qu'il feroit
impoffible de réfoudre
certainement par
l'Ecriture feule ; & pour
venir dans le détail, qui
me prouvera que les
Mariages inceftueux , &
l'homicide de foy- mef-
E ij
52
me , foient clairement
défendus dans l'Evangile
? Qui m'afſurera
que J. C. n'a pas voulu
établir dans fon Egliſe
le lavement des pieds ,
comme une cerémonie
facrée que nous conſidérerions
fans contredit
comme la chofe du
monde la plus formellement
établie dans l'Evangile,
fi nous l'avions
trouvée pratiquée dans
toute l'Eglife ? Je dis
53
de mcfme qu'on ne peut
point fçavoir certainement
par l'Ecriture , fi
nous sōmes délivrez aujourd'huy
de la défenſe
de la manducation
du
fang , qui cft fi expreffe
dans l'Evangile. Commēt
cōvaincra- t.on certainement
par l'Ecriture
feule les Anabatiſtes ,
qui foutiennent qu'il ne
faut pas exercer les Magiſtratures
, ny faire la
guerre ; & qu'un Parti-
E iij
54
culier ne fe peut pas legitimement
défendre ,
quand il eft attaqué ?
Quand on aprofondit
ces chofes , on ne peut
que s'étonner comment
l'on ne voyoit pas que
Dieu n'avoit point pris
les précautions que fa
fageffe , qui prévoyoit
l'avenir, auroit jugé neceffaires
, s'il euft voulu
faire de cette Ecriture
un Livre qui fuft non
feulement utile , mais
55
qui fervift de regle par
faite , où les Chreftiens
devoient cófiderer dans
tous les temps , fi toute
l'Eglife s'eftoit corrompuë,
ou fi elle perſéveroit
dans fa pureté.
En quatriéme lieu ,
perfonne ne doute qu'il
ne foit abfolument neceffaire
à chaque Fidelle
de connoiftre les points
effentiels , & de les dif
tinguer d'avec ceux qui
ne le font pas , afin de
E iiij
I $6
fçavoir fi nous les avons
tous receus dans le
coeur; quelles font les
chofes dans lesquelles
nous devons fouffrir de
nos Freres , & quelles
font celles qui nous doivent
empefcher d'avoir
Communion avec eux .
Cependant peut - on dire
en bonne confcience
que l'Ecriture fuffife
pour inftruire clairement
fur cette diftinction
? Cela eft fi peu
1
57
T
vray, que les Sçavans
eux- mefmes y font prefen
que tous diférens
les
uns des autres , & s'y
trouvent
chacun
fon particulier
extrémemet
embaraffez
. On les
voit établir d'abord
de
certains principes
, mais
ce font des principes
qu'ils pofent d'eux - mefmes
fans les pouvoir
prouver
par l'Ecriture
.
Un autre Docteur
a le
mefme
droit de les re58
jetter , & d'en pofer de
diférens. Apres les avoir
pofez , on leur en
voit faire l'application
de la maniere du monde
la plus vifiblement
incertaine . Ils tirent
leurs coféquences beaucoup
moins en ſuivant
leur principe , qu'en prenant
garde à l'intéreſt
de leur party ; ils les
continuent quand elles
font favorables aux intérefts
de leur Societé;
59
ils les arreftent quand
clles s'y trouvent contraires
, quoy qu'elles
foient liées avec les
principes qu'ils ont pofez.
Comment pourrons-
nous donc aprendre
par l'Ecriture ce
qui eft effentiel , & ce
qui ne l'eft pas , foit
à l'égard des veritez
qu'il faut neceſſairement
croire , foit à l'égard
des erreurs qu'il
faut neceffairement re60
jetter ? On ne peut rien
dire là-deffus , ce me
femble , de clair , ny de
certain.
C'eft auffi de là que
vient la terrible inconftance
, où font contraints
de tomber ceux
qui fuivent ce principe
de la fuffifance de l'Ecriture
; tantoft ils fuivent
la lettre de l'Ecriture
nonobftant les lumieres
de la raiſon; tantoft
ils fuivent les lu61
mieres de la raiſon nonobftant
la lettre de l'Ecriture;
tantoft ils fuivent
la Tradition dans
les chofes ou l'Ecriture
ne parle pas , ou dans
lefquelles elle eft obfcure
; & tantoft ils la
mépriſent dans ces meſmes
choſes . Quelquefois
ils
concluent que
l'Ecriture eft la regle de
la Foy, qu'il ne faut recevoir
dans la Religion
que ce qui y eft claire62
ment enfeigné ; & tantoft
ils en tirent feulement
qu'il ne faut rien
recevoir qui y foit oppofé
. C'eſt encore de là
que viennent toutes les
diviſions qui troublent
aujourd'huy
le Chriftianifme
, parce que ceux
qui font remplis
de ce
principe
, tirent de leur
imagination
plûtoft que
de la parole de Dieu,
tous les objets de leur
foy, quoy qu'ils préten63
dent ne fe regler que
par elle. C'eſt par des
principes tout diférens
qu'ils forment leurs
idées fur les veritez , &
fur l'importance des
doctrines de la Religion
. Ils fefont déterminez
, ou par l'autorité
du party dans lequel ils
vivent , ou par leur aveuglement
pour les
Maiftres qui les ont enfeignées,
ou par les genres
d'études où ils fe
64
font appliquez , ou par
les Hipothefes de Philofophie
qu'ils ont embraffées,
ou par les inclinations
de leur tempérament
. Ces cauſes
qui font fentir leur efficace
à leurs coeurs ,
fans les faire connoiftre
à leurs efprits , font les
veritables
fources de
l'évidence
qu'ils prétendent
avoir dans
leurs déterminations
.
C'eft apres ces déter6.5
minations , qu'ils confiderent
l'Ecriture
, pour
y chercher des fens favorables
dans les Paffages
qu'on leur oppo .
fe, & d'autres Paffages ,
dont la lettre favorife
leur fentiment, pour les
preffer , en rejettant
avec indignation & avec
mépris les autres
qu'on peut leur donner,
fans fe fouvenir de
ce qu'ils font ailleurs
eux-mefmes . Ainfi cha-
F
66
cun des Partis qui diviſent
aujourd'huy
les
Chreftiens
qui fuivent
le principe
de la fuffifance
de l'Ecriture ,
peut
dire
que
les Doctrines
de l'autre Secte
n'y font
pas clairement
propofées , parce qu'il
"
des
peut montrer par
explications
vray-femblables
, qu'elles n'y
font pas évidemment
entenduës
Ainfi quoy que nous
67
puffions dire de l'Ecritu
re dans la theorie , il paroit
par notre pratique
que nous ne la tenons
pas dans le fond pour
l'unique regle de la Foy;
car premierement il eſt
impoffible que le Peuple
examine les Articles
de la - Foy par l'Ecriture
, puis qu'on ne la
tient que de l'Eglife; on
en ignore le fens & les
divers changemens qui
y font furvenus . Se-
•
Fij
68
condement, nous avons
aboly bien des choſes
qui font dans l'Ecriture,
comme l'onction des
Malades , la défenſe
de manger des viandes
étouffées , & du fang, la
Confirmation
par l'im
pofition des mains, & c .
Troifiémement
, nous
en tenons bien d'autres
qui n'y font pas , comme
le Baptefme des petits
Enfans , & cela par la
feule afperfion , au lieu
69
qu'il a efté inftitué par
immerſion
, l'obfervation
du jour du Dimanche
, & c. Quatrièmement,
nous n'en tenons
pas tout au contraire
qui y font , comme le
lavement des pieds , la
défenſe de faluer en
chemin ceux que nous
rencontrons , & celle
de donner la prefféance
aux Riches fur les Pauvres
. Cinquièmement,
nous en tenons qui
70
femblent contraires à
l'Ecriture , comme la
liberté que nous donnons
de jurer, & de fe
défendre contre fon ennemy
, foit en public ,
foit en particulier, contre
la lettre de l'Ecriture
, qui femble défendre
expreffément l'un &
l'autre. Sixiémement *
nous en tenons à l'égard
defquelles nous
ne pouvons rien tirer
que de probable de l'E71
criture , & même moins
probable que ce que
nos Adverfaires alleguent
, comme à l'égard
de la juftification par la
feule foy , de la grace
victorieuſe , du decret
abfolu, & c. que nous regardons
pourtant comme
effentielles .
Toutes ces confidérations
, Meffieurs , me
font voir clairement
qu'on eft obligé de reconnoiftre
que Dieu ,
72
qui rend toûjours lest
chofes propres à l'ufage
auquel il les veut employer
, n'a
pas deftiné
Ecriture fainte pour
eftre la regle unique de
ce que nous devons
croire & faire , &
qu'ainfi il faut neceffai-
>
rement y joindre l'intelligence
publique de
l'Eglife , & regler fa Foy
& fes moeurs par la Tradition
univerfelle , &
atteftée par le conſentement
73
tement unanime de
tous les Chreſtiens ,
telle qu'elle l'eftoit du
temps de nos Peres , à
l'égard des points effentiels
pour lefquels ils fe
font féparez , parce que
c'eft le feul moyen de
Foy , certain , propre
pour les Peuples , &
deftigé de Dieu de tous
temps pour les conduire
dans toutes les
chofes effentielles , &
contre lequel on.ne
G
74
peut rien du tout oppofer
de clair & de
convainquant
, foit de
l'Ecriture
, foit des Pea
res , à caufe des diférens
fens dont les anciens
Ecrits font toûjours
fufceptibles
, parce que les
circoftances qui les rendoient
clairs , font entierement
péries . C'e par
ce témoignage unanime
de l'Eglife , que nous
connoiffons les Livres
facrez , que nous ſça75
vons que J. C. a fait
des Miracles
, ſurprenans
par leurs qualitez,
& par leur nombre ; &
qu'il a donné à fes Apôtres
la vertu d'en faire
de femblables . Ce n'eft
donc que par ce meſme
témoignage
, que nous
pouvons apprendre certainement
ce que ces
Apôtres nous ont enfeigné
à faire , & à croire ,
de la part de leur Maitre
; & c'eft à ce principe.
Gij
76
que je crois eſtre obligé
par toutes ces raifons
de foûmettre entierement
ma Foy , & d'embraffer
par conféquent
la Communion
Catholique
Romaine , dans
laquelle feule il fe
trouve .
Onpeutjugerde l'étonnement
qu'une pareille
déclaration
,faite en plein
Synode ( ce qui n'estoit
jamais
arrivé depuis
77
que Calvin a répandu
fon Héréfie ) caufa à
tous ceux qui s'y trouverentprefens.
Ce Synode
eftoit compofé des Députez
des Confiftoires de la
Touraine , d'Anjou , ε
du Maine. Cefont trois
Claffes ou Colloques , qui
forment une Province
parmy ceux de la Religion
Prétendue Réformée
, & c'est ce que nous
appellerions trois Evef
chez. Le Difcours de
Giij
78
M' Gilly nefut point interrompu
; & foit que
ceux à qui il le fit , eftant
tous Gens graves , d'éru
dition 5 de bon fens , en
examinaffent en euxmefmes
les raifons , foit
qu'ils fuffent retenus par
la préfence de M' d'Au
tichamp qui représentoit
Sa Majefte , foit enfin
qu'une action fi hardie,
tout enfemble fi peu
attendue , lesfurprift af
Sez pour leur ofter lapa79
role , on écoûta tout, son
nefit aucune réponse
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Résumé : DISCOURS DE Mr GILLY, Touchant les motifs qui l'ont obligé à rentrer dans l'Eglise Catholique.
M. Gilly expose son retour à l'Église catholique, motivé par des raisons de conscience et de crainte de Dieu. Initialement convaincu de la suffisance de l'Écriture pour guider la foi, il a découvert des contradictions et des ambiguïtés après des études approfondies et des disputes avec les Remontrants. L'Écriture, isolée de l'intelligence publique de l'Église, ne peut être la seule règle de foi en raison de ses obscurités et de ses multiples interprétations possibles. Les théologiens utilisent des clés d'interprétation pour expliquer l'Écriture, reconnaissant que certaines doctrines ne sont pas établies par l'Écriture seule. Gilly souligne que l'Écriture ne contient pas clairement toutes les vérités essentielles de la foi chrétienne. L'Ancien Testament ne suffit pas à reconnaître l'autorité divine de ses livres ni à contenir clairement des dogmes essentiels comme l'immortalité de l'âme ou la résurrection des corps. Le Nouveau Testament, bien que contenant des vérités essentielles, ne couvre pas toute la doctrine chrétienne de manière évidente. Des pratiques comme le baptême des enfants ou la célébration du dimanche ne trouvent pas de réponses évidentes dans l'Écriture seule. La confusion dans l'interprétation des Écritures conduit à des divisions dans le christianisme. Pour pallier ces difficultés, Gilly propose de compléter l'Écriture par la tradition et l'intelligence publique de l'Église. Il soutient que l'Écriture seule ne suffit pas comme règle unique de croyance et d'action, et qu'il est crucial d'ajouter la tradition universelle, attestée par le consentement unanime des chrétiens. Cette tradition est vue comme le seul moyen sûr et divin pour guider les fidèles. Les écrits anciens étant sujets à diverses interprétations, le témoignage unanime de l'Église est essentiel pour connaître les livres sacrés, les miracles de Jésus-Christ et les enseignements des apôtres. Gilly exprime sa soumission à la foi catholique romaine, seule communion respectant ce principe. Cette déclaration a été faite lors d'un synode réunissant des députés des consistoires de Touraine, d'Anjou et du Maine, au sein de la religion prétendue réformée. Le discours de M. Gilly n'a pas été interrompu, peut-être en raison de la gravité et de l'éducation des participants, de la présence de M. d'Autichamp représentant Sa Majesté, ou de la surprise causée par cette action audacieuse et inattendue. Aucune réponse n'a suivi le discours.
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715
p. 15-18
Abjuration de trente-deux Personnes, [titre d'après la table]
Début :
Le Motet finy, Mr l'Evesque dit plusieurs Oraisons, & benit la [...]
Mots clefs :
Évêque, Oraison, Abjurations, Vérité, Erreurs, Famille, Hérésie, Fausse religion, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de trente-deux Personnes, [titre d'après la table]
Le Motet finy , M'I'Evefque
dit plufieurs Oraifons
, & benit la Croix qu'il
encenfa
; apres quoy
apres quoy il s'affit
fur un Fauteuil qu'on luy
avoit préparé, pour recevoir
l'Abjuration de trente- deux
Perfonnes que la connoif
fance de la Verité faifoit renoncer
à leurs erreurs . M
Gauteron, Avocat en la Cour
des Aydes de Montpellier,
fut le premier qui fe préſenta.
leftoit en Robe. Si- toft qu'il
parut devant ce Prélat , il fe
mit à genoux , comme pour
16 MERCURE
faire reparation à la Croix
des irréverences qu'il avoit
commiſes contr'elle , & demanda
pardon à Dieu publiquement
d'avoir perſiſté ſi
longtemps dans l'Heréfic .
Apres qu'il l'eut abjurée avec
cinq de fes Enfans , M'I'Eveſque
luy dit que l'ordre de
l'Eglife eftoit d'impofer une
penitence à ceux qui avoient
vefcu dans une fauffe Religion
, mais qu'il ne lajugeoit
pas neceffaire à fon égard,
parce que l'humilité avec la
quelle il venoit de faire reparation
en préſence de tout
GALANT. 17
le tour Royal,
un grand Peuple , luy tenoit
lieu des plus fortes penitences
. Ce Prélat reçeut encore
l'abjuration de quelques Perſonnes,
& remit les autres apres
les Vêpres . On acheva lá
Proceffion
par
& quand la Benédiction Epif
copale eut efté donnée dans
l'Eglife de S. Pierre, la Compagnie
de M's les Penitens,
qui font toûjours pleins de
zele , voulant témoigner
la
joye qu'elle avoit de voir
triompher la Croix dans un
Lieu , où l'Heréſie avoit regné
fi longtemps avec tant
"Juillet 1683.
B
18 MERCURE
d'empire , s'y rendit tout de
nouveau, & y chanta un Motet
particulier.
dit plufieurs Oraifons
, & benit la Croix qu'il
encenfa
; apres quoy
apres quoy il s'affit
fur un Fauteuil qu'on luy
avoit préparé, pour recevoir
l'Abjuration de trente- deux
Perfonnes que la connoif
fance de la Verité faifoit renoncer
à leurs erreurs . M
Gauteron, Avocat en la Cour
des Aydes de Montpellier,
fut le premier qui fe préſenta.
leftoit en Robe. Si- toft qu'il
parut devant ce Prélat , il fe
mit à genoux , comme pour
16 MERCURE
faire reparation à la Croix
des irréverences qu'il avoit
commiſes contr'elle , & demanda
pardon à Dieu publiquement
d'avoir perſiſté ſi
longtemps dans l'Heréfic .
Apres qu'il l'eut abjurée avec
cinq de fes Enfans , M'I'Eveſque
luy dit que l'ordre de
l'Eglife eftoit d'impofer une
penitence à ceux qui avoient
vefcu dans une fauffe Religion
, mais qu'il ne lajugeoit
pas neceffaire à fon égard,
parce que l'humilité avec la
quelle il venoit de faire reparation
en préſence de tout
GALANT. 17
le tour Royal,
un grand Peuple , luy tenoit
lieu des plus fortes penitences
. Ce Prélat reçeut encore
l'abjuration de quelques Perſonnes,
& remit les autres apres
les Vêpres . On acheva lá
Proceffion
par
& quand la Benédiction Epif
copale eut efté donnée dans
l'Eglife de S. Pierre, la Compagnie
de M's les Penitens,
qui font toûjours pleins de
zele , voulant témoigner
la
joye qu'elle avoit de voir
triompher la Croix dans un
Lieu , où l'Heréſie avoit regné
fi longtemps avec tant
"Juillet 1683.
B
18 MERCURE
d'empire , s'y rendit tout de
nouveau, & y chanta un Motet
particulier.
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Résumé : Abjuration de trente-deux Personnes, [titre d'après la table]
En juillet 1683, une cérémonie religieuse dirigée par un évêque a vu trente-deux personnes abjurer leurs erreurs hérétiques. La cérémonie débuta par un motet et la bénédiction de la croix par l'évêque. Maître Gauteron, avocat à la Cour des Aides de Montpellier, fut le premier à abjurer. Il se présenta en robe, s'agenouilla et demanda pardon pour ses irrévérences envers la croix et sa persistance dans l'hérésie. Accompagné de cinq de ses enfants, son humilité et sa réparation publique furent jugées suffisantes par l'évêque, rendant toute pénitence supplémentaire inutile. D'autres personnes abjurèrent également leurs erreurs, certaines après les vêpres. La procession se conclut par une bénédiction épiscopale dans l'église de Saint-Pierre. La compagnie des Pénitents exprima sa joie en chantant un motet, célébrant la victoire de la croix dans un lieu autrefois dominé par l'hérésie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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716
p. 18-19
Abjuration de Mademoiselle Paulet, faite entre les mains de M. l'Archevesque de Toulouse, [titre d'après la table]
Début :
Quelques jours apres, c'est à dire, le 27 du mesme mois, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Mademoiselle , Démolition, Temple, Vérités catholiques, Repentir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Abjuration de Mademoiselle Paulet, faite entre les mains de M. l'Archevesque de Toulouse, [titre d'après la table]
Quelques jours apres, c'eft
à dire, le 27. du mefine mois,
Mademoiſelle Paulet , dont
la rechûte a caufé la démolition
du Temple de Mont.
pellier , s'eftant fait inftruire
fond des Veritez Catholi
ques , fit fon Abjuration entre
les mains de M'l'Arche
vefque de Touloufe, en préfence
de M's les Evefques de
Lodeve & de S. Papoul, & de
Mr le Procureur General du
Parlement , qui avoit eſté fa
rs
GALANT. 19
Partie dans le Procés où elle
a eu tant de part. Cette Action
fut faite folemnellement
dans l'Eglife Métropolitaine
de Toulouſe , avec un concoursinconcevable
de monde
, & l'édification de tous
ceux qui pûrent eſtre té--
moins de fon repentir.
à dire, le 27. du mefine mois,
Mademoiſelle Paulet , dont
la rechûte a caufé la démolition
du Temple de Mont.
pellier , s'eftant fait inftruire
fond des Veritez Catholi
ques , fit fon Abjuration entre
les mains de M'l'Arche
vefque de Touloufe, en préfence
de M's les Evefques de
Lodeve & de S. Papoul, & de
Mr le Procureur General du
Parlement , qui avoit eſté fa
rs
GALANT. 19
Partie dans le Procés où elle
a eu tant de part. Cette Action
fut faite folemnellement
dans l'Eglife Métropolitaine
de Toulouſe , avec un concoursinconcevable
de monde
, & l'édification de tous
ceux qui pûrent eſtre té--
moins de fon repentir.
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Résumé : Abjuration de Mademoiselle Paulet, faite entre les mains de M. l'Archevesque de Toulouse, [titre d'après la table]
Le 27 mai, Mademoiselle Paulet abjura publiquement ses erreurs à Toulouse après sa rechute ayant causé la démolition du Temple de Montpellier. La cérémonie, présidée par l'Archevêque de Toulouse, les Évêques de Lodève et de Saint-Papoul, et le Procureur Général du Parlement, attira une grande foule admirative.
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717
p. 19-22
Autres Abjurations faites au Val-de-Grace, [titre d'après la table]
Début :
Le mesme jour 27 de Juin, deux Gentilhommes de l'Auxerrois, [...]
Mots clefs :
Gentilhommes, Famille, Religion prétendue réformée, Abjuration, Doutes, Vérités, Éclaircissements, Honneur, Cérémonie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Autres Abjurations faites au Val-de-Grace, [titre d'après la table]
Le mefme jour 27.de Juin ,
deux Gentilshommes de
l'Auxerrois , nommez M" du
Moter, dont la Famille avoit
toûjours efté tres - conſidérable
dans le Party de la Reli
gion Prétendue Reformée ,
en firent icy l'abjuration avec
Bij
20 MERCURE
Mademoiſelle du Motet leur
Soeur. Apres avoir fenty
longtemps plufieurs doutes,
fur lefquels ils effayoient de
s'éclaircir dans la Province ,
ils eftoient venus depuis
deux mois à Paris , où les
conférences preſque continuelles
qu'ils eurent avec
des Gens auffi fçavans que
pieux , leur avoient enfin
donné l'entier éclairciffe
ment des Veritez qu'ils cherchoient.
Madame la Maréchale
de la Mote , dont ils
ont l'honneur d'eftre connus
particulierement , les avoit
GALANT. 21
adreffez à M' l'Evefque de
Meaux, qui leur ayant trouvé
la difpofition de coeur,& d'ef
prit neceffaire pour une Action
de cette importance, en
fit la Cerémonie le jour que
je viens de vous marquer,
dans le Choeur de l'Eglife
Royale du Val- de - Grace , à
l'ouverture de la Grille . Ce
grand Prélat leur fit un Dif
cours digne de la force & de
la douceur de fon efprit , &
de toute la réputation qu'il
s'eft acquife. Tous ceux qui
l'entendirent en furent charmez.
La Cerémonie fut faite
22 MERCURE
en préſence de Mademoifelle
d'Orleans, de Mefdames
les Ducheffes d'Aumont, de
Roquelaure , & d'Epernon ,
de Madame l'Abbeffe du
Val-de - Grace, & de toute fa
Communauté
,& d'un grand
nombre d'Amis de ceux
pour qui elle fe faifoit. Ils
prononcerent l'Acte de leur
Abjuration avec un zele
plein de modeftie , dont il
n'y eut perfonne qui ne fuft
touché.
deux Gentilshommes de
l'Auxerrois , nommez M" du
Moter, dont la Famille avoit
toûjours efté tres - conſidérable
dans le Party de la Reli
gion Prétendue Reformée ,
en firent icy l'abjuration avec
Bij
20 MERCURE
Mademoiſelle du Motet leur
Soeur. Apres avoir fenty
longtemps plufieurs doutes,
fur lefquels ils effayoient de
s'éclaircir dans la Province ,
ils eftoient venus depuis
deux mois à Paris , où les
conférences preſque continuelles
qu'ils eurent avec
des Gens auffi fçavans que
pieux , leur avoient enfin
donné l'entier éclairciffe
ment des Veritez qu'ils cherchoient.
Madame la Maréchale
de la Mote , dont ils
ont l'honneur d'eftre connus
particulierement , les avoit
GALANT. 21
adreffez à M' l'Evefque de
Meaux, qui leur ayant trouvé
la difpofition de coeur,& d'ef
prit neceffaire pour une Action
de cette importance, en
fit la Cerémonie le jour que
je viens de vous marquer,
dans le Choeur de l'Eglife
Royale du Val- de - Grace , à
l'ouverture de la Grille . Ce
grand Prélat leur fit un Dif
cours digne de la force & de
la douceur de fon efprit , &
de toute la réputation qu'il
s'eft acquife. Tous ceux qui
l'entendirent en furent charmez.
La Cerémonie fut faite
22 MERCURE
en préſence de Mademoifelle
d'Orleans, de Mefdames
les Ducheffes d'Aumont, de
Roquelaure , & d'Epernon ,
de Madame l'Abbeffe du
Val-de - Grace, & de toute fa
Communauté
,& d'un grand
nombre d'Amis de ceux
pour qui elle fe faifoit. Ils
prononcerent l'Acte de leur
Abjuration avec un zele
plein de modeftie , dont il
n'y eut perfonne qui ne fuft
touché.
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Résumé : Autres Abjurations faites au Val-de-Grace, [titre d'après la table]
Le 27 juin, deux gentilshommes de l'Auxerrois, M. du Moter, et leur sœur, Mademoiselle du Motet, membres d'une famille influente du parti de la Religion Prétendue Réformée, ont abjuré leur foi. Ils étaient arrivés à Paris deux mois plus tôt pour participer à des conférences avec des personnes savantes et pieuses, ce qui leur avait permis de clarifier leurs doutes religieux. Madame la Maréchale de la Mote les avait dirigés vers l'Évêque de Meaux, qui avait jugé leur disposition favorable à cette conversion. La cérémonie a eu lieu dans le chœur de l'Église Royale du Val-de-Grâce, en présence de personnalités notables telles que Mademoiselle d'Orléans, les Duchesses d'Aumont, de Roquelaure et d'Épernon, ainsi que Madame l'Abbesse du Val-de-Grâce et de nombreux amis. L'évêque a prononcé un discours apprécié, et les abjurations ont été faites avec zèle et modestie, émouvant profondément les témoins.
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718
p. 79-167
DISCOURS DE Mr COURDIL.
Début :
Mr Courdil se servit de ce silence pour la Déclaration / Messieurs, Il me suffiroit sans doute de vous dire, que toutes [...]
Mots clefs :
Église romaine, Dieu, Écriture, Communion, Docteurs, Culte, Calvin, Protestants, Séparation, Apôtres, Raisons, Réformateurs, Prophètes, Ministre, Sainteté, Chrétiens, Charité, Sentiments, Providence, Hérétiques, Secte, Jésus, Conséquences
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS DE Mr COURDIL.
réponse.M
Courdil fe fervit de ce
filence pour la Déclaration
qu'il avoit außi à
faire. Voicy ce qu'il dit à
Affemblée.
G iiij
80
S2S52525 :5252525
DISCOURS
DE M' COURDIL.
MESSIEURS ,
Il me fuffiroit fansdoute
de vous dire , que
toutes les raifons que
M' Gilly vient de vous
alléguer contre la fuffifance
de l'Ecriture fainte
, & en faveur de l'autorité
de l'Eglife , fon81
dée fur la Tradition , &
fur le confentement
tranquille & univerfel
de toutes les parties
qui la compofent , me
font communes avec
luy , pour vous faire
voir combien jufte eft
le deffein que j'ay formé
de me féparer de
vous , & d'entrer dans
l'Eglife Romaine , d'où
la naiffance m'avoit
éloigné , mais je mefens.
encore obligé , pour
82
prévenir les jugemens
téméraires qu'on pour
roitfaire fur mon changement,
de vous rendre -
un compte fidelle &
public de toutes mes
démarches fur ce sujet .
La premiere choſe
qui troubla d'abord
mon efprit , & m'obligea
à faire des Réfléxions
qui m'ont enfin
conduit au point où je
me trouve , eft la diviſion
du Chriſtianiſme,
83
& ce grand nombre de
Societez , dont chacune
prétend
eſtre la vraye
Eglife deJESUS- CHRIST .
Ce qui m'étonnoit davantage,
c'eſt que cette
grande diverfité de Sectes
qui fortirent de l'Eglife
Romaine dans le
dernier fiecle , reconnoiffant
toutes l'Ecriture
fainte pour l'unique
& infaillible regle
de leur Foy , ne laiſſent
pas d'eftre oppofées les
84
unes aux autres , quoy
qu'elles ayet toutes un
même fondement, & un
meſme principe , qui eſt
de ne rien croire qui ne
foit contenu dans la
fainte Ecriture . Quoy,
difois - je là - deffus , la
Religion Chreftienne
rn'a-
t- elle donc que des
incertitudes ? L'Ecriture
fainte, dit-on, eft la regle
infaillible de la Foy,
& cependant
je voy
tant de Communions
85
qui fe diftinguent par
des Créances toutes
contraires , qu'elles fonpourtant
dent
toutes
fur cette Ecriture d'une
maniere probable , &
chacune avec une égale
vray-femblance. Apres
cela, qui cft- ce quipourra
m'affurer que je fuis
dans la Communion la
plus fure pour avoir le
falut Toutes les autres
qui fe difent reformées,
auffi bien qu'elle,
86
luy difputent cet avantage
, & cefemble avec
mefme droit . D'ailleurs,
ce qui mérite le plus de
refléxion , l'Eglife Romaine
les traite toutes
de Schiſmatiques , &
d'Héretiques , & prétend
qu'on ne peut
avoir le falut que dans
fa Communion . Comment
ces Societez oferont-
elles fe fervir de
l'Ecriture pour refuter
les prétentions de cette
87
Eglife, tandis que l'Ecriture
demeure inutile à
leur égard , & n'eſt pas
capable de les accorder
entre elles , & de
faire ceffer leur divifion
?
Dans cet embarras, il
me fembla que je pouvois
calmer l'inquiétude
de mon efprit par
cette confidération
que la Providence avoit
remedié à ce défordre,
en fixant la créance des
88
1
chofes neceffaires au falut
par le Simbole des
Apoftres , qui eft une
Confeffion de foy que
tous les Chreftiens reçoivent
genéralement.
Quoy qu'il en foit , difois-
je , quelque grand
nombre , & quelque diverfité
qu'il y ait de Societez
Chreftiennes , il
eft certain que tous .
ceux qui les compofent,
confeffent le Seigneur
de
bouche , &
croyent
89
4
de coeur que Dieu l'a
reffufcité d'entre les
Morts . Ils feront donc
fauvez , fuivant le témoignage
de S. Paul,
dans fon Epiftre aux
Romains , Chapitre 10 .
Car on croit de coeurpour
eftre juſtifié , & on confeffe
de bouche pour eftre
Sauvé ; c'est pourquoy
l'Ecriture dit, quiconque
croit en cecy, neferapoint
confondu. Iln'ya point
de diftinction à faire de
H
90
Catholique Romain , de
Calvinifte , de Luthérien
, & de tous les autres
, parce que tous n'ont
qu'un mefme Seigneur,
qui eft riche en miféricorde
envers tous , & qui
répand fes richeſſes fur
tous ceux qui l'invoquent
; cartous ceux qui
invoquerot
le nom duŝeigneurferontfauvez
. De
forte que fuivant ainſi
le raifonnement
de l'Apoftre,
je concluois que
91
Tous les Chreftiens generalement
confervant
au fond l'effence de la
Religion Chreftienne
au milieu de leurs divifions
, obtiendroient le
falut indiféremment , eftant
tous d'ailleurs à
peu pres d'accord fur la
regle des moeurs , & de
la fainteté de vie.
Mais une autre penfée
fucceda
bien-toft à
celle-là. Je
fongeay que
cela pourroit
avoir lieu,
Hij
92
fi Dieu ne demandoit
des Chreftiens , que la
foy , & l'obeiſſance ;
mais il leur prefcrit encore
tres- expreffement
un amour , & une charité
réciproque entre
eux . A la bonne heure,
que tous les Chreftiens.
confeffant JESUS de
tout leur coeur , invoquant
fon faint nom, &
obeïffant à fes Commandemens
, puiffent
eftre fauvez fans au93
cune diftinction , pouryeu
qu'ils s'entrefuportent
charitablement ,
& qu'ils vivent dans
une mefme Communion
; mais qu'en peuton
croire pendant qu'ils.
violent toutes les regles
de la charité , pendant
qu'ils s'entredéchirent ,
& s'anathématiſent les
uns les autres , pendant
qu'ils s'entrehaïffent,
& qu'ils fe condamnent
àl'Enfer , par les fenti94
mens qui les divifent ?
Qu'ils fe vantent donc
tous , tant qu'ils voudront
, d'avoir une parfaite
connoiffance de lá
verité , & d'en penétrer
tous les myfteres , s'ils
n'ont pas la charité,
tout le refte ne leur fert
de rien ; & expliquant
icy le raiſonnement de
Saint Paul , au 10. des
Romains , dont je viens
de vous parler , par celuy
qu'il fait au Chapi95
tre 4. de fon Epître aux
Ephéliens . Comme il n'y
peut avoir, diſois -je, parmy
les Chrestiens qu'un
corps, & qu'un efprits
comme il n'y a qu'une
mefme efpérance , à laquelle
ils font appellez ;
comme il n'y a qu'un mefme
Seigneur , une Foy,
un Baptefme ; comme
il n'y a qu'un Dieu, Pere
de tous , qui eft audiffus
de tous, qui étendfa Providencefur
tous, 5 qui
96
réfide en eux tous , ilfaut
außi qu'ils fe fupportent
les uns les autres avec
charité , & que travaillant
avecfoin à conferver
l'unité d'un mefme
efprit par le lien de la
paix , ils neforment tous
enfemble qu'une feule Societé,
une mefme Com
munion.
Enfin cette derniere
penſée en fit venir encore
une autre dans
mon efprit , laquelle y
eft
97
eft demeurée , & qui en
a heureuſement fixé
l'inconftance ; car voulant
répondre à la difficulté
qui fe préſenta
d'abord , fçavoir , à la
quelle de toutes les Societez
Chreftiennes il
faudroit que les autres
fe rangeaffent , pour ne
faire toutes enſemble
qu'une feule & meſme
Communion , cela me
donna lieu d'examiner
les prérogatives que
I
98.
l'Eglife Romainepréced
avoir fur toutes celles
qui s'en fontféparées, de
forte qu'étant covaincu
que toutes les Sectes du
Chriftianifme font forties
du milieu d'elle , &
qu'elle a cet avantage
fur toutes les autres
d'avoir fuccedé immédiatement
aux Apôtres,
& par conféquent d'être
encore par le droit
de la fucceffion ,
Corps , & cette Societé
ce
99
que ces Saints Hommes
établirent fur la Terre,
je conclus qu'il eftoit
jufte , & naturel , que
toutes ces diférentes
Sectes fe réüniffent à
cette Eglife d'où elles
fontforties.
Je ne tiray point cette
conféquence à la legere,&
témerairement . Je
leûs , je méditay avec
toute l'aplication dont
mon efprit fut capable.
Je confultay ma
LYON
I ij
100
raifon ,je confultay l'Ecriture.
Ma raiſon me
fit voir qu'on ne pouvoit
s'imaginer , fans
blafphémer contre la
Providence divine , que
l'état extérieur de l'Eglife
, que Dieu s'eftoit
acquife par un prix infiny
, que J. C.avoir
cimentée
par fon propre
fang ; que fon état , disje
, cuft efté interrompu
prefque
dés ſa naiſſance
.
L'Ecriture
m'apprit
par
IOI
divers Paffages, que l'é
tat extérieur de l'Eglife
de J. C. & fon miniftere
, devoient fubfifter
pendant tous les fiecles
fans interruption , comme
dans S. Mathieu ,
que J. C. devoit eftre
avec les Miniftres de
l'Eglife toûjours , &
tous les jours , jufques à
la fin du Monde , afin
que par fon affiftance
ils puffent inftruire les
Peuples, adminiftrer les
I iij
102
)
Sacremens , & exercer
la Difcipline. Dans l'Epiftre
aux Ephéfiens,
que l'ordre & les fonctions
des Paſteurs &
Docteurs de l'Eglife , devoient
durer
jufqu'aux
fiecles à venir, où les Fidelles
attendroient la
perfection de J. C. Dans
Saint
Mathieu
encore ,
que depuis qu'une fois
Saint Pierre , auffi- bien
que les autres Apoftres,
auroient converty un
103
71
nombre de Juifs , & de
Gentils , & les auroient
affemblez en une mefme
Eglife , comme un
Troupeau de Brébis &
d'Agncaux, pour les pai
tre , eux & les autres
Miniftres apres eux, les
Portes d'Enfer ne prévaudroient
jamais contre
cette Eglife , contre
ce Troupeau, quelques
efforts que le Diable
puft faire par fa rufe , &
par fa malice , & plu-
I
104
fieurs autres chofes de
cette nature . Si cela eft ,
dis-je alors en moymefme
; s'il
eft donc
vray, comme je n'en
puis douter , que l'Eglife
de J. C. ait deû ſubfifter
pendant tous les
fiecles d'une maniere
vifible , & non inter-
2
rompue , qu'on la cherche
ailleurs tant qu'on
voudra , on ne fçauroit
la trouver que dans la
Communion Catholi
105
que. C'eft-elle quipeut
fe vanterjuftement d'avoir
maintenu fon Miniftere
depuis les Apô
tres . Les diférentes
Sectes que nous voyons
font comme autant de
Ruiffeaux , qui fe font
féparez de ce grand
Fleuve , & ne peuvent
que tarir avec le temps
comme ont fait d'autres
; au lieu que pour
luy il a pris fa fource
dans la plénitude des
106
ficcles , & a toujours
coulé
tranquilement
dans un meſme lit ; ce
qui me fait croire qu'il
y coulera fans interruption
,jufqu'à ce qu'il aille
fe décharger , pour ainfi
dire , tout entier , dans
l'Ocean de l'Eternité.
Ce qui m'a confirmé
dans cette penfée , c'eſt
le propre témoignage
des Réformateurs , &
des Docteurs Protef
tans. Calvin avouë luy107
mefme dans fon Inftitution
, que Dieu par fa
Providence avoit confervé
jufques à fon
temps dans la Communion
Romaine , des témoignages
de ſon alliance
, & des
marques
certaines que c'eftoit
1'Eglife de JESUSCHRIST
, afin , adjoûtoit-
il , qu'il ne fuft pas
dit que fon Egliſe euft
péry. Zanchius, celébre
Théologien parmy les.
108
Proteftans , a confirmé
la mefme chofe en divers
endroits , confeſfant
ingénuëment
que
la Communion Romaine
, malgré les efforts
de Satan , a toujours
confervé la forme de
l'Eglife de J. C. & que
fon Alliance , & fon Miniftere
, y ont toujours
demeuré conftamment.
La plupart des autres
parlent tout de meſme .
S'il eft donc certain,
109
difois-je , que la Communion
Romaine a eſté
l'Eglife de Dieu jufqu'au
temps de nos
Peres , pourquoy s'en
font ils féparez ? Pourquoy
ont-ils fait un
Schifme , qui eft, au fentiment
de Calvin , le
plus énorme de tous
les attentats ? On ne
peut , dit-il , s'imaginer
de crime plus atroce , que
de violer par une perfidie
facrilege, en fefeparant
IIO
de l'Eglife , le Mariage
que le Fils de Dieu avoit
daigné contracter avec
nous.
Nos Peres , dira- t - on ,
ont érigé une nouvelle
Eglife pour eftre l'Epouſe
de J. C. parce
que l'autre s'eftoit renduë
indigne de l'eftre;
mais je répons , qu'il ne
fuffit pas qu'une Eglife
fe foit rendue indigne
d'eftre l'Epouſe de J. C,
pour ceffer de l'eftre en
III
effet ; il faut que l'Epoux
luy - mcfme luy ait
donné la Lettre de divorce.
A voir tout ce
que J. C. reproche aux
fept Eglifes , dont il eſt
parlé dans l'Apocalipfe ,
on juge bien d'abord
qu'elles eftoient indignes
de porter le titre
d'Epoufes de J. C. mais
cependant elles ne laiffoient
pas de l'eftre , &
J. C. ne laiſſe pas de les
reconoiftre pour telles.
112
La Synagogue , qui ef
toit autrefois l'Epouſe
de Dieu , s'eft fouvent
rendue indigne de cet
honneur , mais les Prophetes
ne l'ont pourtantjamais
abandonée,
tant que Dieu luy-mef
me ne luy a pas donné
la Lettre de divorce.
C'eft Calvin luy - mefme
, qui m'a fourny
cette penſée. Il nous
repréſente dans ſon Inftitution
les défordres
113
de ce Peuple , fi horri
bles , qu'Ifaïe les compare
à bon droit à Sodome
, & à Gomorre . Il
nous y fait voir la Religionméprifée,
& fouillée
par de faux cultes , &
les moeurs entierement
dépravées, mefme dans
les
Sacrificateurs . Ce
pendant , adjoute-t- il ,
jamais les Prophetes ne
saviferent d'ériger de
nouvelles Eglifes , de
dreffer de nouveaux Au-
K
114
tels pour faire leur Service
à part ; mais quelque
corrompue que fuft
cette Societé , parce que
Dien j avoit établyfa
parole , & fon culte , ils
élevoient vers luy leurs
mains pures , au milieu
de l'Affemblée de ces Impies
, fans crainte de fe
fouiller. Rien donc, continuë-
t-il , ne les retenoit
dans cette Societé , dans
cette Eglife corrompue,
que le defir de conferver
115
l'unité , adjoûtant ce
qu'il a déja dit . Rien ne
les retenoit que le defir
d'entretenir fidellement
ce Mariage , que Dieu
avoit contracté avec elle,
qu'ils ne pouvoient rompre
d'eux- mefmes, fans
une teméritéfacrilege, en.
Le feparant de cette Egli
fe , pour en former une
autre. Pourquoy donc
Calvin luy-mefme , &
les
autres
, n'ont-ils
demeuré dans l'Eglife
pas
Kij
116
Romaine , quoy que
corrompue , comme ils
prétendoient
, pour conferver
l'unité ? Pourquoy
ont-ils rompu ce
facréMariage que Dieu
avoit contracté avec
elle , puis qu'ils ne nient
pas qu'elle ne fuft l'Eglife
de Dieu , & qu'il
n'y reftaft des témoi
gnages de fon Alliance,
quand ils en font fortis,
comme nous avons déja
yeu : Certe Eglife eftoit117
elle plus corrompuë
que la Judaïque ; ou
avoient - ils plus d'authorité
que des Prophetes
? Perfonne n'oferoit
fans-doute foùtenir
l'une & l'autrede
ces deux chofes.
Certes une telle féparation
eft une affaire de
fi grande importance,
que quand Dieu , laffe
des infidelitez de ce
Peuple dont nous venons
deparler , & pour
118
accomplir fon decret,
a voulu fe faire une autre
Epoufe, & fe former .
une nouvelle Eglife ; il
a envoyé fon Fils luymefme
fur la Terre ,
avec des marques de fa
Divinité , & a revétu
les Apoftres de dons extraordinaires
& miraculeux
, comme autant
de preuves infaillibles
de la Miffion qu'ils avoiet
receue pour cela;
& afin de fignifier au119
tentiquement qu'il donnoit
la Lettre de divorce
à ce Peuple , il fit renverfer
le Temple de Jérufalem
, & abolit par
là le culte qui s'y exerçoit
; de mefme qu'ef
tant enfin laffé de l'impenitence
des ces Egliſes
de l'Apocalipfe dont
nous avons parlé , pour
marquer qu'il leur donnoit
la Lettre de divorce,
il transporta ailleurs
leurs Chandeliers , &
120
"
ya laiffé établir le culte
de l'infâme Mahomet
.
Mais dans la Prétendue
Réformation , onon né
fçauroit dire qu'il y ait
rien d'approchant . L'Eglife
dont on fe fépare,
conferve toujours fon
ancien culte , & fes premieres
prérogatives,fon
miniftere , & fon ordre.
Ceux qui veulent former
une nouvelle Eglife
, & approprier une
nouvelle Epouſe à J. C.
ne
121
ne font que des Hommes
fort ordinaires, fans)
Miffion, fans Vocation,
& fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſfion
, ou du moins par
occafion , de forte que
ce ne peut eftre que
par une criminelle témérité
qu'ils fe font ſéparez
de l'Eglife Romaine.
On me dira peut - eſtre
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'ils fiffent des
L
122
Miracles pour autorifer
une Miffion , parce
qu'ils ne venoient pas
annoncer une nouvelle
Alliance , comme faifoient
les Apoftres , &
qu'ils ne préchoient que
le mefme Evangile , que
les Apoftres avoient fi
bien confirmé par leurs
propres Miracles ; mais
c'eſt la Queſtion . C'eſtlà
proprement ce qu'on
leur difpute . On les accufe
d'alterer cette Al123
.
liance , de falfifier cet
Evangile à divers é
gards , de forte qu'ils
avoient befoin de preuves
autentiques pour fe
juftifier de cela ; & il ne
ferviroit de rien de dire
qu'ils s'en juftifioient
par la fainte Ecriture,
par la parole de Dieu ,
car on prétend que ce
n'eft pas la parole de
Dieu qui leur rend témoignage
, mais leurs
propres paroles , ayant
Lij
124
détourné l'Ecriture à
leur fens par leurs fubtiles
, mais vaines ex-
De forte plications.
qu'il eftoit toujours neceffaire
qu'ils fiffent des
Miracles , pour faire recevoir
fans contredits
leurs explications, comme
conformes à l'intention
de Dieu , fur tout
parce qu'elles s'opoſent
à un confentemēt
tranquille
& univerfel de
toute l'Eglife , & à une
a
125
Tradition qu'elle prétendoit
tenir des Apôtres
mefmes . Sans- doute
que J. C. expliquoit
les Propheties qui le regardoient
, d'une maniere
capable de perfuader
, & faifoit voir
qu'elles s'accopliffoient
en luy. Cependant , nonobftant
la verité, & la
force de ces explicatios,
if nous dit luy - meſme,
que s'il n'eût fait devant
les Juifs les fignes qu'il
Lij
126
faifoit , ils auroient eſté
fans peché , parce qu'il´
parloit contre un confentement
univerfel de
ce Peuple , & contre fa
Tradition tranquille.
D'ailleurs , comme il y
en a eu pluſieurs qui
font venus en mefme
temps fous le titre de
Réformateurs , & qui
prétendoient tous n'annoncer
que la pure ve
rité de l'Evangile , quoy
qu'ils fuffent oppofez
127
dans leurs fentimens , il
falloit du moins des fignes
pour diftinguer les
faux Réformateurs d'avec
les veritables , d'autant
plus que les preuves
qu'ils tiroient de
l'Ecriture chacun en faveur
de fon opinion , eftoient
également aparentes
, & probables, &
pouvoient
fraper également
les efprits .
Enfin cette diverfité
mefme de fentimens,
Liiij
128
n'eft- elle pas une marque
évidente de leur illégitime
Miffion ? Le
S. Efprit peut-il foufler
le doux & l'amer , le
vray & le faux tout enfemble?
Si les Apoftres
ont eu quelques diférens
, ce n'eftoit que fur
des chofes legeres , de
peu d'importance , &
qui finiffoient auffi-toft;
mais les diférens des
Réformateurs durent
longtemps , & font de
129
la
derniere
importance;
car pour ne parler pas
des Arminiens
, des Atrabatiftes
, des Sociniens ,
& de divers autres , qui
ſe vantent
pourtant
de
Réformation , mefme
au deffus de tous les autres
Réformez
, les Luthériens
& les Calviniftes
eux -mefmes , ne
fe traitoient- ils pas réciproquement
d'Herétiques
, avant que quelques
raifons de politi130
que euffent obligé ces
derniers à rechercher
Tanion : & ces premiers
ne demeurerent- ils pas
toujours dans les mefmes
fentimens ? Certes
on peut bien dire qué
commeapres
leDéluge,
lors que les Hommes
voulurent
fe bâtir une
haute Tour , afin de fe
préſerver d'une feconde
Innondation , Dieu témoigna
vifiblemet qu'il
def- aprouvoit
leur def
131
fein , & condamnoit
leur ouvrage , quand il
confondit leur Langage
, & les fit parler chacun
diféremment ; de
mefme lors que ceux
qui prétendoient s'eftre
fauvez d'un déluge d'erreurs
, & de fuperftitions
en fortant de l'Eglife
Romaine , voulurent
fe faire un Edifice,
& bâtir une nouvelle
Eglife qui ne fuft plus
fujeteà une pareille In132
nondation , Dieu marqua
fans- doute manifeftement
qu'il def-aprouvoit
leur deffein, &
condamnoit leur ouvrage
, en confondant
leur
langage , pour les
laiſſer parler fi diféremment
.
Allons plus avant.
Tous les Docteurs
Proteftans
, Calvin , Zanchius
, d'Avenantius , &
les autres dont il feroit
trop long de
rappórter
133
les témoignages , demeurent
d'accord qu'-
uge Communion eft ve
ritablement de J. C &
qu'il ne faut point s'en
féparer , tandis qu'elle
garde les chofes effentielles
à la Religion , &
neceffaires au falut ; &
M Daillié avouë luymefme
dans fon Apologie
, & dans fa Replique
contre le Pere
Adam ; & M Cotibi ,
que l'Eglife Romaine a
1341
confervé jusques à pré-
Sent toutes fes veritez
effentielles ,fondamentales,
& néceffaires . De
forte que je conclusraifonnablement
felon ces
témoignages , qu'on
n'a pas deû s'en féparer;
mais , dit M' Daillié, &
tous les Proteftans avec
luy , à ces doctrines
faintes & ordinaires,
que l'Eglife Romaine
retient , elle en a joint
d'autres humaines , in135
certaines , inconnuës à
l'Ecriture
, quelquesunes
mefmes qui choquent,
& renverfent les
a
premieres ; en un mot
il n'y a pas moyen d'avoir
Communion avec
elle, à caufe de fes fuperftitions,
& de fon idolâtrie.
Je n'entreray point
icy dans la difcution des
Articles , qui font le fujet
de ces invectives , &
n'entreprendray pas de
fairelà- deffus l'apologie
136
1
de l'Eglife , cela me meneroit
trop loin pour
un Difcours comme celuy-
cy . M' l'Evefque
de Meaux entr'autres,
l'a fait d'une maniere,
où il n'y a rien à repliquer
, & l'a pleinement
juftifiée de ces fauffes
accufations . Mais je
veux faire voir feulement
en deux mots,
qu'en fupofant mefme,
s'il m'eſt permis de parler
ainfi , que ces accu137
fations fuffent juftes, on
n'a pourtant pas eu
droit de s'en féparer .
- Je dis donc premierement
, que quelques
grands qu'on fe puiffe
figurer les abus de l'Eglife
Romaine , ce n'eft
pas à dire qu'on deuſt
les prendre pour de
juftes raifons de feparation
, puis que ceux de
ces anciens Juifs dont
nous avons parlé tantoft
, alloient jufques
M
138
culte des faux
au
Dieux , & que cependant
Calvin luy meſme,
nous a dit que les Prophetes
ne voulurent
&
ne durent pas s'en féparer
, parce que Dieu
avoit étably fon culte
& fa parole au milieu
d'eux . Suivant
cet éxemple
, je foutiens
que
quand même l'EglifeRo
maine feroit allée jufques
à l'idolâtrie
( cela
foit dit par une tres139
fauffe fuppofition , &
pour ofter feulement
tout prétexte ) tout ce
que nos Peres pouvoient
faire , c'eftoit d'imiter
les Prophetes en
criant contre les excés
de ces prétendus abus;
mais non plus qu'eux ,
ils ne devoient jamais
fe féparer de l'Eglife,
où Dieu avoit mis fon
culte , & fa parole ; car
quand l'Apoftre dit qu'il
faut fuir l'idolâtrie , qui
Mij
140
ne fçait qu'il entend
parler des Societez
Payennes & quand
mefme cela pourroit
s'étendre jufqu'à l'Eglife
, pour ainfi dire , il
faudroit toûjours entendre
une fuite & une
féparation négative , &
non pas pofitive , comme
eftoit celle des Prophetes
, qui levoient
leurs mains pures vers
Dieu , au milieu meſme
de l'impieté
; ce font les
141
propres termes de Calvin.
Secondement
, je
dis que les Docteurs
Proteftans
, entr'autres
M Daillié dans fon Apologie
, avouent euxmefmes
que
quelques
énormes que
paroiffent
les abus dans une Com .
munion , on ne doit
point la quitter , quand
ceux qui les profeffcnt
nient les damnables
conféquences qu'on en
peutirer. Jefçais qu'on
142
a dit cela en faveur des
Luthériens ; mais puis
qu'on propofe cette
maxime comme generale
, pourquoy ne l'appliqueroit
- on pas éga
lement aux Catholi
ques , quinient
abfolu
ment tant de mauvaiſes
conféquences qu'on
tire de leur culte , & de
leur pratique ? En troifiéme
lieu , je dis que les
Réformateurs mefme,
& les plus habiles Do143
'contraints
&teurs Proteftans , font
d'avouer
que la plupart des abus
qu'on impute à l'Egliſe
Romaine , ne font tout
au plus que ce bois , ce
foin , & cette paille
dont parle Saint Paul
dans fa premiere Epître
aux Corinthiens , Chapitre
3. qu'on baftit fur
le fondement
, mais qui
ne renverfent pas ; de
forte qu'ils ne peuvent
pas eftre de juftes mo144
tifs de féparation , de
l'aveu mefme des Proteftans
, qui ne mettent
en ce nombre que les
erreurs fondamentales;
on n'a qu'à lire là - deffus
Calvin , & Parocus . Je
dis en quatriéme lieu,
que ces Docteurs , &
fur tout Mr Daillié dans
fon Apologie , ayouent
encore qu'il eft injufte
d'imputer à une Eglife,
ce que des Docteurs
particuliers y enfeignet,
ou
145
ou que le Peuple y pra
tique. C'eft pourquoy
l'on nefçauroit prendre
pour de juftes cauſes
d'éloignement de l'E
glife Romaine, desabus,
qui ne feroient tout au
plus enfeignez que par
des Docteurs particuliers
, ou pratiquez par
le Peuple , fans que l'Eglife
les approuvaſt .
Ainfi on ne doit , & on
ne peut juger des fentimens
de l'Eglife Ro
N
14
146
maine , que par les Ca
nons du Concile de
Trente , ou par l'expofition
qu'en a donné Mª
de Meaux , dont le Livre
a efté approuvé,
non feulement des Evefques
, & des Cardinaux
, mais du Pape
meſme par une Bulle
authentique .
Enfin , fupofé que l'Eglife
Romaine a confervé
parmy les abus qu'
on luy impute , toutes
$147
les veritez effentielles à
la Religion , & neceffaires
au falut , comme
nous l'avons montré
par le témoignage meſme
des Docteurs Proteftans
, il eft fi conftant
qu'on n'a pas deù s'en
féparer à cauſe de ces
abus , que J. C nous a
luy - mefme confirmé
cette maxime , & par
fa Doctrine, & parfon
exemple , dans la Parabole
de l'Ivroye , qu'il
Nij
148
explique
des fcandales
qui regardent
la Doctrine
, & de l'iniquité
qui
regarde les moeurs ; car
comme il eft défendu
dans cette Parabole,
d'arracher l'Ivroye qui
eft parmy le bon grain,
cela nous montre qu'à
l'égard du Champ du
Seigneur , à l'égard de
fon Eglife , il ne faut
point faire de féparation
fous prétexte qu'-
on y enfeigne de mau149
vaifes doctrines , quand
on y retient en meſme
temps les effentielles ,
& les neceffaires ; &
comme l'Ecriture ne fe
contredit point , quand
Saint Paul dans fon Epître
aux Romains , Chapitre
16. & ailleurs, exhorte
les Fidelles de
prendre garde à ceux
qui caufoient parmy
eux des divifions , & des
fcandales.contre la do
ctrine , & d'éviter leur
Niij
150
copagnie, cela n'autho
rife en aucune maniere
cette féparation dont
nous parlons , puis qu'
au contraire il faut entendre
dans ces endroits
ceux qui vouloient
divifer l'Eglife,
& qui ne retenoient
point les chofes effentielles
à la Religion
.
J'ay dit encore que
J. C. avoit confirmé
par fon exemple , ce
que j'avance. En effet ,
ISI
il ne s'eft jamais féparé
de l'Eglife Judaïque,
quelque corrópuë qu'-
elle fuft , & quoy que
les Scribes & les Pharifiens
euffent introduit
d'étranges défordres , &
d'infignes abus dans la
Religion , cependant
vorcy 1'ordre qu'il
donne à fes Difciples à
leur égard. Les Scribes
les Pharifiens,
-dit-il , font aßis dans la
Chaire de Moife . Obfer
Niiij
152
vez donc , & faites tout
ce qu'ils vous ordonnent
.
Il
n'entendoit pas fansdoute
par - là , qu'ils
fuiviffent
aveuglement
tous leurs
enſeignemens
, quels qu'ils puffent-
eftre ; car il leur
dit ailleurs , qu'ils fe
donnaffent de garde du
levain de leur doctrine ;
mais il ne vouloit pas
qu'ils fiffent des Schifmes
, jufqu'à ce que le
temps fuft venu de dref
153
fer une nouvelle Chai
re , où ils devoient s'établir
eux-mefmes avec
cette autorité que leur
acquirent leurs Miracles
. Il vouloit qu'en
vertu de la venerable
fucceffion , en confidération
de la Chaire de
Moïfe, ils n'abandōnaffent
point cesDocteurs ,
& leur Miniftere ; mais
qu'ils les écoutafsēt dās
les chofes effentielles
de laReligion
, en fe gar154
dant du mauvais levain
de leurs erreurs , & de
leurs abus . Pourquoy
donc nos Peres n'ont-ils
pas fuivy l'exemple de
J. CHRIST ? Quelques
erreurs , & quelques
abus qu'ils puiffent croire
que les Docteurs de
l'Eglife Romaine avoiet
adjoûtez à l'effence de
la Religion , il falloit
toûjours demeurer auprés
d'eux , & les écoûter
en vertu de la vene-
1
ISS
rable fucceffion des Apoftres
, & en cofidération
de leur Chaire fur
laquelle ils font affis,
en ſe gardant du mauvais
levain de leur do-
Єtrine , & de leur culte,
fupofé qu'il y en euſt.
J'ay confideréférieu
fement ce qu'on pouvoit
oppofer là-deffus,
& j'ay trouvé qu'on ne
peut alléguer , & qu'on
n'allegue en effet , que
ces deux choſes ; la pre156
miere , que la fépara
tion des Réformateurs
a eftéforcée , qu'on les
a chaffez & excommuniez
, de forte qu'ils ne
pouvoient pas fe difpenfer
apres cela de former
des Societez féparées de
l'Eglife , pour y fervir
Dieu avec liberté ; la
feconde , que quelques
inconveniens qu'il y ait
dans cette féparation
de nos Peres , ils ne re
gardent pas ceux qui fe
157
trouvent préfentement
féparez fans y avoir
contribué , puis que deformais
fe trouvant en
poffeffion de la verité
dans ces Societez que
leurs Peres ont formées
, ils fe fentent obligez
en confcience d'y
demeurer
; mais apres
avoir bien examiné ces
deux raifons , je ne les
ay pas trouvées fuffifantes
pour me faire
changer de fentiment .
158
En effet , pour ce qui
eft de la premiere , nos
Peres eftant dans l'Eglife
Catholique , ve
nant à s'opposer à fa
croyance , & perſéverant
dans leur rebellion,
il eftoit fans- doure
du devoir de cette Eglife
de les excommunier
,
comme on le pratique
encore parmy nous ;
mais cela ne les mit
point en droit de faire
ce qu'ils ont fait. Ils
159
devoient plutoft fe retirer
dans des Déserts ,
s'ils ne pouvoient ſe
foumettre en confcience
, mais non pas ufurper
témérairement
l'autorité
de former de nou
velles Societez . C'eſt
ainfi que fit Elie , lors
qu'il fut chaffé de la
Communion d'Ifraël,
& pourſuivy par ce
Peuple , fans fonger à
emmener avec luy quelque
troupe de Gens
160
1
qu'il auroit pû gagner,
pour aller fervir Dieu
ailleurs en
particulier.
Dieu luy déclare qu'ily
en avoit fept mille qui
ne participoient
point à
l'idolâtrie de leurs Freres
, mais il les laiſſe toùjours
dans leur Societé,
toute corrompuë qu'-
elle eftoit , & Elie ne
demande point de les
attirer apres luy.
Pour la feconde raifon
, elle eft entiere-
A
.
161
ment vaine. Ceux qui
fe trouvent dans les Socierez
féparées , font
toûjours coupables à
peu près du mefine crime
que leurs Peres . Ils
entretiennent le Schif
me que les autres ont
fait ; ils rompent l'uni
té de l'Eglife ; ils déchirent
le Corps de JESUSCHRIST
, & quoy qu'il
en foit , leur tranquilité
reft toujours criminelle,
puis qu'ils fuivent aveu162
glement les dogmes
de leurs Peres , qu'ils
croyent
des veritez
fans les examiner , &
fans le pouvoir meſ-
A
me faire par leur regle
, comme M' Gilly
l'a montré. Ainfi ils
devroient fe mettre
dans le meſme état
qu'eftoient autrefois
leurs Peres , & fupofant
qu'ils font encore
dans la Communion
Romaine, examiner s'ils
163
ont des caufes fuffifantes
de s'en féparer , &
alors confideranto la
choſe en conſcience
4
dans la crainte de Dieu ,
délivrez des préjugez de
leur naiffance , & de
leur éducation , & éexempts
de tous les motifs
illégitimes qui ont
fait agir leurs Pères ,
comme à l'égard des
Docteurs , le dépit de
quelque affront , l'ambition
, & la gloire de
O ij
164
paffer pour habiles , &
d'eftre Chefs de Partys,
& chofes femblables ; à
l'égard du Peuple , l'amour
de la nouveauté,
le torrent des exemples,
la tirannie prétendue de
l'Eglife, le droit de juger
de l'Ecriture, les moeurs
corrompues des Eccléfiaftiques
, & telles autres
chofes, je fuis für,
que s'ils agiffoient ainsi,
les raifons convaincantes
que j'ay allé
165
guées leur viendroient
dans l'efprit , & les obligeroient
à fe réunir à
l'Eglife Catholique . Je .
l'ay fait , Meffieurs , cet
examen & la chofe
,
m'a réuffy. Je prie Dieu
de tout mon coeur, que
vous faffiez tous de méme
, & avec le meſme
fuccés que moy.
Ce Difcours fut écouté
avec la mefmefurprise,
&la mefme attention
166
qu'avoit caufé le premier
; & aucun de ceux
qui compofoient
l'Affemblée
, n'ayant entrepris
de combatre les raifons
dont s'eftoientfervis
ces deuxfçavans Hommes,
pourfaire connoiftre
l'obligation indifpenfa
ble où ilsfe trouvoient de
fe réunir à l'Eglife
tholique, ils fe retirerent
apres leur avoirfouhaité
à tous la mefmefoûmiffion
aux Veritez qu'ils
Ca167
reconnoiſſoient, & la même
grace qu'ils avoient
reçeuë,pour en eftre entierement
convaincus
.
Courdil fe fervit de ce
filence pour la Déclaration
qu'il avoit außi à
faire. Voicy ce qu'il dit à
Affemblée.
G iiij
80
S2S52525 :5252525
DISCOURS
DE M' COURDIL.
MESSIEURS ,
Il me fuffiroit fansdoute
de vous dire , que
toutes les raifons que
M' Gilly vient de vous
alléguer contre la fuffifance
de l'Ecriture fainte
, & en faveur de l'autorité
de l'Eglife , fon81
dée fur la Tradition , &
fur le confentement
tranquille & univerfel
de toutes les parties
qui la compofent , me
font communes avec
luy , pour vous faire
voir combien jufte eft
le deffein que j'ay formé
de me féparer de
vous , & d'entrer dans
l'Eglife Romaine , d'où
la naiffance m'avoit
éloigné , mais je mefens.
encore obligé , pour
82
prévenir les jugemens
téméraires qu'on pour
roitfaire fur mon changement,
de vous rendre -
un compte fidelle &
public de toutes mes
démarches fur ce sujet .
La premiere choſe
qui troubla d'abord
mon efprit , & m'obligea
à faire des Réfléxions
qui m'ont enfin
conduit au point où je
me trouve , eft la diviſion
du Chriſtianiſme,
83
& ce grand nombre de
Societez , dont chacune
prétend
eſtre la vraye
Eglife deJESUS- CHRIST .
Ce qui m'étonnoit davantage,
c'eſt que cette
grande diverfité de Sectes
qui fortirent de l'Eglife
Romaine dans le
dernier fiecle , reconnoiffant
toutes l'Ecriture
fainte pour l'unique
& infaillible regle
de leur Foy , ne laiſſent
pas d'eftre oppofées les
84
unes aux autres , quoy
qu'elles ayet toutes un
même fondement, & un
meſme principe , qui eſt
de ne rien croire qui ne
foit contenu dans la
fainte Ecriture . Quoy,
difois - je là - deffus , la
Religion Chreftienne
rn'a-
t- elle donc que des
incertitudes ? L'Ecriture
fainte, dit-on, eft la regle
infaillible de la Foy,
& cependant
je voy
tant de Communions
85
qui fe diftinguent par
des Créances toutes
contraires , qu'elles fonpourtant
dent
toutes
fur cette Ecriture d'une
maniere probable , &
chacune avec une égale
vray-femblance. Apres
cela, qui cft- ce quipourra
m'affurer que je fuis
dans la Communion la
plus fure pour avoir le
falut Toutes les autres
qui fe difent reformées,
auffi bien qu'elle,
86
luy difputent cet avantage
, & cefemble avec
mefme droit . D'ailleurs,
ce qui mérite le plus de
refléxion , l'Eglife Romaine
les traite toutes
de Schiſmatiques , &
d'Héretiques , & prétend
qu'on ne peut
avoir le falut que dans
fa Communion . Comment
ces Societez oferont-
elles fe fervir de
l'Ecriture pour refuter
les prétentions de cette
87
Eglife, tandis que l'Ecriture
demeure inutile à
leur égard , & n'eſt pas
capable de les accorder
entre elles , & de
faire ceffer leur divifion
?
Dans cet embarras, il
me fembla que je pouvois
calmer l'inquiétude
de mon efprit par
cette confidération
que la Providence avoit
remedié à ce défordre,
en fixant la créance des
88
1
chofes neceffaires au falut
par le Simbole des
Apoftres , qui eft une
Confeffion de foy que
tous les Chreftiens reçoivent
genéralement.
Quoy qu'il en foit , difois-
je , quelque grand
nombre , & quelque diverfité
qu'il y ait de Societez
Chreftiennes , il
eft certain que tous .
ceux qui les compofent,
confeffent le Seigneur
de
bouche , &
croyent
89
4
de coeur que Dieu l'a
reffufcité d'entre les
Morts . Ils feront donc
fauvez , fuivant le témoignage
de S. Paul,
dans fon Epiftre aux
Romains , Chapitre 10 .
Car on croit de coeurpour
eftre juſtifié , & on confeffe
de bouche pour eftre
Sauvé ; c'est pourquoy
l'Ecriture dit, quiconque
croit en cecy, neferapoint
confondu. Iln'ya point
de diftinction à faire de
H
90
Catholique Romain , de
Calvinifte , de Luthérien
, & de tous les autres
, parce que tous n'ont
qu'un mefme Seigneur,
qui eft riche en miféricorde
envers tous , & qui
répand fes richeſſes fur
tous ceux qui l'invoquent
; cartous ceux qui
invoquerot
le nom duŝeigneurferontfauvez
. De
forte que fuivant ainſi
le raifonnement
de l'Apoftre,
je concluois que
91
Tous les Chreftiens generalement
confervant
au fond l'effence de la
Religion Chreftienne
au milieu de leurs divifions
, obtiendroient le
falut indiféremment , eftant
tous d'ailleurs à
peu pres d'accord fur la
regle des moeurs , & de
la fainteté de vie.
Mais une autre penfée
fucceda
bien-toft à
celle-là. Je
fongeay que
cela pourroit
avoir lieu,
Hij
92
fi Dieu ne demandoit
des Chreftiens , que la
foy , & l'obeiſſance ;
mais il leur prefcrit encore
tres- expreffement
un amour , & une charité
réciproque entre
eux . A la bonne heure,
que tous les Chreftiens.
confeffant JESUS de
tout leur coeur , invoquant
fon faint nom, &
obeïffant à fes Commandemens
, puiffent
eftre fauvez fans au93
cune diftinction , pouryeu
qu'ils s'entrefuportent
charitablement ,
& qu'ils vivent dans
une mefme Communion
; mais qu'en peuton
croire pendant qu'ils.
violent toutes les regles
de la charité , pendant
qu'ils s'entredéchirent ,
& s'anathématiſent les
uns les autres , pendant
qu'ils s'entrehaïffent,
& qu'ils fe condamnent
àl'Enfer , par les fenti94
mens qui les divifent ?
Qu'ils fe vantent donc
tous , tant qu'ils voudront
, d'avoir une parfaite
connoiffance de lá
verité , & d'en penétrer
tous les myfteres , s'ils
n'ont pas la charité,
tout le refte ne leur fert
de rien ; & expliquant
icy le raiſonnement de
Saint Paul , au 10. des
Romains , dont je viens
de vous parler , par celuy
qu'il fait au Chapi95
tre 4. de fon Epître aux
Ephéliens . Comme il n'y
peut avoir, diſois -je, parmy
les Chrestiens qu'un
corps, & qu'un efprits
comme il n'y a qu'une
mefme efpérance , à laquelle
ils font appellez ;
comme il n'y a qu'un mefme
Seigneur , une Foy,
un Baptefme ; comme
il n'y a qu'un Dieu, Pere
de tous , qui eft audiffus
de tous, qui étendfa Providencefur
tous, 5 qui
96
réfide en eux tous , ilfaut
außi qu'ils fe fupportent
les uns les autres avec
charité , & que travaillant
avecfoin à conferver
l'unité d'un mefme
efprit par le lien de la
paix , ils neforment tous
enfemble qu'une feule Societé,
une mefme Com
munion.
Enfin cette derniere
penſée en fit venir encore
une autre dans
mon efprit , laquelle y
eft
97
eft demeurée , & qui en
a heureuſement fixé
l'inconftance ; car voulant
répondre à la difficulté
qui fe préſenta
d'abord , fçavoir , à la
quelle de toutes les Societez
Chreftiennes il
faudroit que les autres
fe rangeaffent , pour ne
faire toutes enſemble
qu'une feule & meſme
Communion , cela me
donna lieu d'examiner
les prérogatives que
I
98.
l'Eglife Romainepréced
avoir fur toutes celles
qui s'en fontféparées, de
forte qu'étant covaincu
que toutes les Sectes du
Chriftianifme font forties
du milieu d'elle , &
qu'elle a cet avantage
fur toutes les autres
d'avoir fuccedé immédiatement
aux Apôtres,
& par conféquent d'être
encore par le droit
de la fucceffion ,
Corps , & cette Societé
ce
99
que ces Saints Hommes
établirent fur la Terre,
je conclus qu'il eftoit
jufte , & naturel , que
toutes ces diférentes
Sectes fe réüniffent à
cette Eglife d'où elles
fontforties.
Je ne tiray point cette
conféquence à la legere,&
témerairement . Je
leûs , je méditay avec
toute l'aplication dont
mon efprit fut capable.
Je confultay ma
LYON
I ij
100
raifon ,je confultay l'Ecriture.
Ma raiſon me
fit voir qu'on ne pouvoit
s'imaginer , fans
blafphémer contre la
Providence divine , que
l'état extérieur de l'Eglife
, que Dieu s'eftoit
acquife par un prix infiny
, que J. C.avoir
cimentée
par fon propre
fang ; que fon état , disje
, cuft efté interrompu
prefque
dés ſa naiſſance
.
L'Ecriture
m'apprit
par
IOI
divers Paffages, que l'é
tat extérieur de l'Eglife
de J. C. & fon miniftere
, devoient fubfifter
pendant tous les fiecles
fans interruption , comme
dans S. Mathieu ,
que J. C. devoit eftre
avec les Miniftres de
l'Eglife toûjours , &
tous les jours , jufques à
la fin du Monde , afin
que par fon affiftance
ils puffent inftruire les
Peuples, adminiftrer les
I iij
102
)
Sacremens , & exercer
la Difcipline. Dans l'Epiftre
aux Ephéfiens,
que l'ordre & les fonctions
des Paſteurs &
Docteurs de l'Eglife , devoient
durer
jufqu'aux
fiecles à venir, où les Fidelles
attendroient la
perfection de J. C. Dans
Saint
Mathieu
encore ,
que depuis qu'une fois
Saint Pierre , auffi- bien
que les autres Apoftres,
auroient converty un
103
71
nombre de Juifs , & de
Gentils , & les auroient
affemblez en une mefme
Eglife , comme un
Troupeau de Brébis &
d'Agncaux, pour les pai
tre , eux & les autres
Miniftres apres eux, les
Portes d'Enfer ne prévaudroient
jamais contre
cette Eglife , contre
ce Troupeau, quelques
efforts que le Diable
puft faire par fa rufe , &
par fa malice , & plu-
I
104
fieurs autres chofes de
cette nature . Si cela eft ,
dis-je alors en moymefme
; s'il
eft donc
vray, comme je n'en
puis douter , que l'Eglife
de J. C. ait deû ſubfifter
pendant tous les
fiecles d'une maniere
vifible , & non inter-
2
rompue , qu'on la cherche
ailleurs tant qu'on
voudra , on ne fçauroit
la trouver que dans la
Communion Catholi
105
que. C'eft-elle quipeut
fe vanterjuftement d'avoir
maintenu fon Miniftere
depuis les Apô
tres . Les diférentes
Sectes que nous voyons
font comme autant de
Ruiffeaux , qui fe font
féparez de ce grand
Fleuve , & ne peuvent
que tarir avec le temps
comme ont fait d'autres
; au lieu que pour
luy il a pris fa fource
dans la plénitude des
106
ficcles , & a toujours
coulé
tranquilement
dans un meſme lit ; ce
qui me fait croire qu'il
y coulera fans interruption
,jufqu'à ce qu'il aille
fe décharger , pour ainfi
dire , tout entier , dans
l'Ocean de l'Eternité.
Ce qui m'a confirmé
dans cette penfée , c'eſt
le propre témoignage
des Réformateurs , &
des Docteurs Protef
tans. Calvin avouë luy107
mefme dans fon Inftitution
, que Dieu par fa
Providence avoit confervé
jufques à fon
temps dans la Communion
Romaine , des témoignages
de ſon alliance
, & des
marques
certaines que c'eftoit
1'Eglife de JESUSCHRIST
, afin , adjoûtoit-
il , qu'il ne fuft pas
dit que fon Egliſe euft
péry. Zanchius, celébre
Théologien parmy les.
108
Proteftans , a confirmé
la mefme chofe en divers
endroits , confeſfant
ingénuëment
que
la Communion Romaine
, malgré les efforts
de Satan , a toujours
confervé la forme de
l'Eglife de J. C. & que
fon Alliance , & fon Miniftere
, y ont toujours
demeuré conftamment.
La plupart des autres
parlent tout de meſme .
S'il eft donc certain,
109
difois-je , que la Communion
Romaine a eſté
l'Eglife de Dieu jufqu'au
temps de nos
Peres , pourquoy s'en
font ils féparez ? Pourquoy
ont-ils fait un
Schifme , qui eft, au fentiment
de Calvin , le
plus énorme de tous
les attentats ? On ne
peut , dit-il , s'imaginer
de crime plus atroce , que
de violer par une perfidie
facrilege, en fefeparant
IIO
de l'Eglife , le Mariage
que le Fils de Dieu avoit
daigné contracter avec
nous.
Nos Peres , dira- t - on ,
ont érigé une nouvelle
Eglife pour eftre l'Epouſe
de J. C. parce
que l'autre s'eftoit renduë
indigne de l'eftre;
mais je répons , qu'il ne
fuffit pas qu'une Eglife
fe foit rendue indigne
d'eftre l'Epouſe de J. C,
pour ceffer de l'eftre en
III
effet ; il faut que l'Epoux
luy - mcfme luy ait
donné la Lettre de divorce.
A voir tout ce
que J. C. reproche aux
fept Eglifes , dont il eſt
parlé dans l'Apocalipfe ,
on juge bien d'abord
qu'elles eftoient indignes
de porter le titre
d'Epoufes de J. C. mais
cependant elles ne laiffoient
pas de l'eftre , &
J. C. ne laiſſe pas de les
reconoiftre pour telles.
112
La Synagogue , qui ef
toit autrefois l'Epouſe
de Dieu , s'eft fouvent
rendue indigne de cet
honneur , mais les Prophetes
ne l'ont pourtantjamais
abandonée,
tant que Dieu luy-mef
me ne luy a pas donné
la Lettre de divorce.
C'eft Calvin luy - mefme
, qui m'a fourny
cette penſée. Il nous
repréſente dans ſon Inftitution
les défordres
113
de ce Peuple , fi horri
bles , qu'Ifaïe les compare
à bon droit à Sodome
, & à Gomorre . Il
nous y fait voir la Religionméprifée,
& fouillée
par de faux cultes , &
les moeurs entierement
dépravées, mefme dans
les
Sacrificateurs . Ce
pendant , adjoute-t- il ,
jamais les Prophetes ne
saviferent d'ériger de
nouvelles Eglifes , de
dreffer de nouveaux Au-
K
114
tels pour faire leur Service
à part ; mais quelque
corrompue que fuft
cette Societé , parce que
Dien j avoit établyfa
parole , & fon culte , ils
élevoient vers luy leurs
mains pures , au milieu
de l'Affemblée de ces Impies
, fans crainte de fe
fouiller. Rien donc, continuë-
t-il , ne les retenoit
dans cette Societé , dans
cette Eglife corrompue,
que le defir de conferver
115
l'unité , adjoûtant ce
qu'il a déja dit . Rien ne
les retenoit que le defir
d'entretenir fidellement
ce Mariage , que Dieu
avoit contracté avec elle,
qu'ils ne pouvoient rompre
d'eux- mefmes, fans
une teméritéfacrilege, en.
Le feparant de cette Egli
fe , pour en former une
autre. Pourquoy donc
Calvin luy-mefme , &
les
autres
, n'ont-ils
demeuré dans l'Eglife
pas
Kij
116
Romaine , quoy que
corrompue , comme ils
prétendoient
, pour conferver
l'unité ? Pourquoy
ont-ils rompu ce
facréMariage que Dieu
avoit contracté avec
elle , puis qu'ils ne nient
pas qu'elle ne fuft l'Eglife
de Dieu , & qu'il
n'y reftaft des témoi
gnages de fon Alliance,
quand ils en font fortis,
comme nous avons déja
yeu : Certe Eglife eftoit117
elle plus corrompuë
que la Judaïque ; ou
avoient - ils plus d'authorité
que des Prophetes
? Perfonne n'oferoit
fans-doute foùtenir
l'une & l'autrede
ces deux chofes.
Certes une telle féparation
eft une affaire de
fi grande importance,
que quand Dieu , laffe
des infidelitez de ce
Peuple dont nous venons
deparler , & pour
118
accomplir fon decret,
a voulu fe faire une autre
Epoufe, & fe former .
une nouvelle Eglife ; il
a envoyé fon Fils luymefme
fur la Terre ,
avec des marques de fa
Divinité , & a revétu
les Apoftres de dons extraordinaires
& miraculeux
, comme autant
de preuves infaillibles
de la Miffion qu'ils avoiet
receue pour cela;
& afin de fignifier au119
tentiquement qu'il donnoit
la Lettre de divorce
à ce Peuple , il fit renverfer
le Temple de Jérufalem
, & abolit par
là le culte qui s'y exerçoit
; de mefme qu'ef
tant enfin laffé de l'impenitence
des ces Egliſes
de l'Apocalipfe dont
nous avons parlé , pour
marquer qu'il leur donnoit
la Lettre de divorce,
il transporta ailleurs
leurs Chandeliers , &
120
"
ya laiffé établir le culte
de l'infâme Mahomet
.
Mais dans la Prétendue
Réformation , onon né
fçauroit dire qu'il y ait
rien d'approchant . L'Eglife
dont on fe fépare,
conferve toujours fon
ancien culte , & fes premieres
prérogatives,fon
miniftere , & fon ordre.
Ceux qui veulent former
une nouvelle Eglife
, & approprier une
nouvelle Epouſe à J. C.
ne
121
ne font que des Hommes
fort ordinaires, fans)
Miffion, fans Vocation,
& fans Miracles , qui
n'agiſſent que par paſfion
, ou du moins par
occafion , de forte que
ce ne peut eftre que
par une criminelle témérité
qu'ils fe font ſéparez
de l'Eglife Romaine.
On me dira peut - eſtre
qu'il n'eftoit pas neceffaire
qu'ils fiffent des
L
122
Miracles pour autorifer
une Miffion , parce
qu'ils ne venoient pas
annoncer une nouvelle
Alliance , comme faifoient
les Apoftres , &
qu'ils ne préchoient que
le mefme Evangile , que
les Apoftres avoient fi
bien confirmé par leurs
propres Miracles ; mais
c'eſt la Queſtion . C'eſtlà
proprement ce qu'on
leur difpute . On les accufe
d'alterer cette Al123
.
liance , de falfifier cet
Evangile à divers é
gards , de forte qu'ils
avoient befoin de preuves
autentiques pour fe
juftifier de cela ; & il ne
ferviroit de rien de dire
qu'ils s'en juftifioient
par la fainte Ecriture,
par la parole de Dieu ,
car on prétend que ce
n'eft pas la parole de
Dieu qui leur rend témoignage
, mais leurs
propres paroles , ayant
Lij
124
détourné l'Ecriture à
leur fens par leurs fubtiles
, mais vaines ex-
De forte plications.
qu'il eftoit toujours neceffaire
qu'ils fiffent des
Miracles , pour faire recevoir
fans contredits
leurs explications, comme
conformes à l'intention
de Dieu , fur tout
parce qu'elles s'opoſent
à un confentemēt
tranquille
& univerfel de
toute l'Eglife , & à une
a
125
Tradition qu'elle prétendoit
tenir des Apôtres
mefmes . Sans- doute
que J. C. expliquoit
les Propheties qui le regardoient
, d'une maniere
capable de perfuader
, & faifoit voir
qu'elles s'accopliffoient
en luy. Cependant , nonobftant
la verité, & la
force de ces explicatios,
if nous dit luy - meſme,
que s'il n'eût fait devant
les Juifs les fignes qu'il
Lij
126
faifoit , ils auroient eſté
fans peché , parce qu'il´
parloit contre un confentement
univerfel de
ce Peuple , & contre fa
Tradition tranquille.
D'ailleurs , comme il y
en a eu pluſieurs qui
font venus en mefme
temps fous le titre de
Réformateurs , & qui
prétendoient tous n'annoncer
que la pure ve
rité de l'Evangile , quoy
qu'ils fuffent oppofez
127
dans leurs fentimens , il
falloit du moins des fignes
pour diftinguer les
faux Réformateurs d'avec
les veritables , d'autant
plus que les preuves
qu'ils tiroient de
l'Ecriture chacun en faveur
de fon opinion , eftoient
également aparentes
, & probables, &
pouvoient
fraper également
les efprits .
Enfin cette diverfité
mefme de fentimens,
Liiij
128
n'eft- elle pas une marque
évidente de leur illégitime
Miffion ? Le
S. Efprit peut-il foufler
le doux & l'amer , le
vray & le faux tout enfemble?
Si les Apoftres
ont eu quelques diférens
, ce n'eftoit que fur
des chofes legeres , de
peu d'importance , &
qui finiffoient auffi-toft;
mais les diférens des
Réformateurs durent
longtemps , & font de
129
la
derniere
importance;
car pour ne parler pas
des Arminiens
, des Atrabatiftes
, des Sociniens ,
& de divers autres , qui
ſe vantent
pourtant
de
Réformation , mefme
au deffus de tous les autres
Réformez
, les Luthériens
& les Calviniftes
eux -mefmes , ne
fe traitoient- ils pas réciproquement
d'Herétiques
, avant que quelques
raifons de politi130
que euffent obligé ces
derniers à rechercher
Tanion : & ces premiers
ne demeurerent- ils pas
toujours dans les mefmes
fentimens ? Certes
on peut bien dire qué
commeapres
leDéluge,
lors que les Hommes
voulurent
fe bâtir une
haute Tour , afin de fe
préſerver d'une feconde
Innondation , Dieu témoigna
vifiblemet qu'il
def- aprouvoit
leur def
131
fein , & condamnoit
leur ouvrage , quand il
confondit leur Langage
, & les fit parler chacun
diféremment ; de
mefme lors que ceux
qui prétendoient s'eftre
fauvez d'un déluge d'erreurs
, & de fuperftitions
en fortant de l'Eglife
Romaine , voulurent
fe faire un Edifice,
& bâtir une nouvelle
Eglife qui ne fuft plus
fujeteà une pareille In132
nondation , Dieu marqua
fans- doute manifeftement
qu'il def-aprouvoit
leur deffein, &
condamnoit leur ouvrage
, en confondant
leur
langage , pour les
laiſſer parler fi diféremment
.
Allons plus avant.
Tous les Docteurs
Proteftans
, Calvin , Zanchius
, d'Avenantius , &
les autres dont il feroit
trop long de
rappórter
133
les témoignages , demeurent
d'accord qu'-
uge Communion eft ve
ritablement de J. C &
qu'il ne faut point s'en
féparer , tandis qu'elle
garde les chofes effentielles
à la Religion , &
neceffaires au falut ; &
M Daillié avouë luymefme
dans fon Apologie
, & dans fa Replique
contre le Pere
Adam ; & M Cotibi ,
que l'Eglife Romaine a
1341
confervé jusques à pré-
Sent toutes fes veritez
effentielles ,fondamentales,
& néceffaires . De
forte que je conclusraifonnablement
felon ces
témoignages , qu'on
n'a pas deû s'en féparer;
mais , dit M' Daillié, &
tous les Proteftans avec
luy , à ces doctrines
faintes & ordinaires,
que l'Eglife Romaine
retient , elle en a joint
d'autres humaines , in135
certaines , inconnuës à
l'Ecriture
, quelquesunes
mefmes qui choquent,
& renverfent les
a
premieres ; en un mot
il n'y a pas moyen d'avoir
Communion avec
elle, à caufe de fes fuperftitions,
& de fon idolâtrie.
Je n'entreray point
icy dans la difcution des
Articles , qui font le fujet
de ces invectives , &
n'entreprendray pas de
fairelà- deffus l'apologie
136
1
de l'Eglife , cela me meneroit
trop loin pour
un Difcours comme celuy-
cy . M' l'Evefque
de Meaux entr'autres,
l'a fait d'une maniere,
où il n'y a rien à repliquer
, & l'a pleinement
juftifiée de ces fauffes
accufations . Mais je
veux faire voir feulement
en deux mots,
qu'en fupofant mefme,
s'il m'eſt permis de parler
ainfi , que ces accu137
fations fuffent juftes, on
n'a pourtant pas eu
droit de s'en féparer .
- Je dis donc premierement
, que quelques
grands qu'on fe puiffe
figurer les abus de l'Eglife
Romaine , ce n'eft
pas à dire qu'on deuſt
les prendre pour de
juftes raifons de feparation
, puis que ceux de
ces anciens Juifs dont
nous avons parlé tantoft
, alloient jufques
M
138
culte des faux
au
Dieux , & que cependant
Calvin luy meſme,
nous a dit que les Prophetes
ne voulurent
&
ne durent pas s'en féparer
, parce que Dieu
avoit étably fon culte
& fa parole au milieu
d'eux . Suivant
cet éxemple
, je foutiens
que
quand même l'EglifeRo
maine feroit allée jufques
à l'idolâtrie
( cela
foit dit par une tres139
fauffe fuppofition , &
pour ofter feulement
tout prétexte ) tout ce
que nos Peres pouvoient
faire , c'eftoit d'imiter
les Prophetes en
criant contre les excés
de ces prétendus abus;
mais non plus qu'eux ,
ils ne devoient jamais
fe féparer de l'Eglife,
où Dieu avoit mis fon
culte , & fa parole ; car
quand l'Apoftre dit qu'il
faut fuir l'idolâtrie , qui
Mij
140
ne fçait qu'il entend
parler des Societez
Payennes & quand
mefme cela pourroit
s'étendre jufqu'à l'Eglife
, pour ainfi dire , il
faudroit toûjours entendre
une fuite & une
féparation négative , &
non pas pofitive , comme
eftoit celle des Prophetes
, qui levoient
leurs mains pures vers
Dieu , au milieu meſme
de l'impieté
; ce font les
141
propres termes de Calvin.
Secondement
, je
dis que les Docteurs
Proteftans
, entr'autres
M Daillié dans fon Apologie
, avouent euxmefmes
que
quelques
énormes que
paroiffent
les abus dans une Com .
munion , on ne doit
point la quitter , quand
ceux qui les profeffcnt
nient les damnables
conféquences qu'on en
peutirer. Jefçais qu'on
142
a dit cela en faveur des
Luthériens ; mais puis
qu'on propofe cette
maxime comme generale
, pourquoy ne l'appliqueroit
- on pas éga
lement aux Catholi
ques , quinient
abfolu
ment tant de mauvaiſes
conféquences qu'on
tire de leur culte , & de
leur pratique ? En troifiéme
lieu , je dis que les
Réformateurs mefme,
& les plus habiles Do143
'contraints
&teurs Proteftans , font
d'avouer
que la plupart des abus
qu'on impute à l'Egliſe
Romaine , ne font tout
au plus que ce bois , ce
foin , & cette paille
dont parle Saint Paul
dans fa premiere Epître
aux Corinthiens , Chapitre
3. qu'on baftit fur
le fondement
, mais qui
ne renverfent pas ; de
forte qu'ils ne peuvent
pas eftre de juftes mo144
tifs de féparation , de
l'aveu mefme des Proteftans
, qui ne mettent
en ce nombre que les
erreurs fondamentales;
on n'a qu'à lire là - deffus
Calvin , & Parocus . Je
dis en quatriéme lieu,
que ces Docteurs , &
fur tout Mr Daillié dans
fon Apologie , ayouent
encore qu'il eft injufte
d'imputer à une Eglife,
ce que des Docteurs
particuliers y enfeignet,
ou
145
ou que le Peuple y pra
tique. C'eft pourquoy
l'on nefçauroit prendre
pour de juftes cauſes
d'éloignement de l'E
glife Romaine, desabus,
qui ne feroient tout au
plus enfeignez que par
des Docteurs particuliers
, ou pratiquez par
le Peuple , fans que l'Eglife
les approuvaſt .
Ainfi on ne doit , & on
ne peut juger des fentimens
de l'Eglife Ro
N
14
146
maine , que par les Ca
nons du Concile de
Trente , ou par l'expofition
qu'en a donné Mª
de Meaux , dont le Livre
a efté approuvé,
non feulement des Evefques
, & des Cardinaux
, mais du Pape
meſme par une Bulle
authentique .
Enfin , fupofé que l'Eglife
Romaine a confervé
parmy les abus qu'
on luy impute , toutes
$147
les veritez effentielles à
la Religion , & neceffaires
au falut , comme
nous l'avons montré
par le témoignage meſme
des Docteurs Proteftans
, il eft fi conftant
qu'on n'a pas deù s'en
féparer à cauſe de ces
abus , que J. C nous a
luy - mefme confirmé
cette maxime , & par
fa Doctrine, & parfon
exemple , dans la Parabole
de l'Ivroye , qu'il
Nij
148
explique
des fcandales
qui regardent
la Doctrine
, & de l'iniquité
qui
regarde les moeurs ; car
comme il eft défendu
dans cette Parabole,
d'arracher l'Ivroye qui
eft parmy le bon grain,
cela nous montre qu'à
l'égard du Champ du
Seigneur , à l'égard de
fon Eglife , il ne faut
point faire de féparation
fous prétexte qu'-
on y enfeigne de mau149
vaifes doctrines , quand
on y retient en meſme
temps les effentielles ,
& les neceffaires ; &
comme l'Ecriture ne fe
contredit point , quand
Saint Paul dans fon Epître
aux Romains , Chapitre
16. & ailleurs, exhorte
les Fidelles de
prendre garde à ceux
qui caufoient parmy
eux des divifions , & des
fcandales.contre la do
ctrine , & d'éviter leur
Niij
150
copagnie, cela n'autho
rife en aucune maniere
cette féparation dont
nous parlons , puis qu'
au contraire il faut entendre
dans ces endroits
ceux qui vouloient
divifer l'Eglife,
& qui ne retenoient
point les chofes effentielles
à la Religion
.
J'ay dit encore que
J. C. avoit confirmé
par fon exemple , ce
que j'avance. En effet ,
ISI
il ne s'eft jamais féparé
de l'Eglife Judaïque,
quelque corrópuë qu'-
elle fuft , & quoy que
les Scribes & les Pharifiens
euffent introduit
d'étranges défordres , &
d'infignes abus dans la
Religion , cependant
vorcy 1'ordre qu'il
donne à fes Difciples à
leur égard. Les Scribes
les Pharifiens,
-dit-il , font aßis dans la
Chaire de Moife . Obfer
Niiij
152
vez donc , & faites tout
ce qu'ils vous ordonnent
.
Il
n'entendoit pas fansdoute
par - là , qu'ils
fuiviffent
aveuglement
tous leurs
enſeignemens
, quels qu'ils puffent-
eftre ; car il leur
dit ailleurs , qu'ils fe
donnaffent de garde du
levain de leur doctrine ;
mais il ne vouloit pas
qu'ils fiffent des Schifmes
, jufqu'à ce que le
temps fuft venu de dref
153
fer une nouvelle Chai
re , où ils devoient s'établir
eux-mefmes avec
cette autorité que leur
acquirent leurs Miracles
. Il vouloit qu'en
vertu de la venerable
fucceffion , en confidération
de la Chaire de
Moïfe, ils n'abandōnaffent
point cesDocteurs ,
& leur Miniftere ; mais
qu'ils les écoutafsēt dās
les chofes effentielles
de laReligion
, en fe gar154
dant du mauvais levain
de leurs erreurs , & de
leurs abus . Pourquoy
donc nos Peres n'ont-ils
pas fuivy l'exemple de
J. CHRIST ? Quelques
erreurs , & quelques
abus qu'ils puiffent croire
que les Docteurs de
l'Eglife Romaine avoiet
adjoûtez à l'effence de
la Religion , il falloit
toûjours demeurer auprés
d'eux , & les écoûter
en vertu de la vene-
1
ISS
rable fucceffion des Apoftres
, & en cofidération
de leur Chaire fur
laquelle ils font affis,
en ſe gardant du mauvais
levain de leur do-
Єtrine , & de leur culte,
fupofé qu'il y en euſt.
J'ay confideréférieu
fement ce qu'on pouvoit
oppofer là-deffus,
& j'ay trouvé qu'on ne
peut alléguer , & qu'on
n'allegue en effet , que
ces deux choſes ; la pre156
miere , que la fépara
tion des Réformateurs
a eftéforcée , qu'on les
a chaffez & excommuniez
, de forte qu'ils ne
pouvoient pas fe difpenfer
apres cela de former
des Societez féparées de
l'Eglife , pour y fervir
Dieu avec liberté ; la
feconde , que quelques
inconveniens qu'il y ait
dans cette féparation
de nos Peres , ils ne re
gardent pas ceux qui fe
157
trouvent préfentement
féparez fans y avoir
contribué , puis que deformais
fe trouvant en
poffeffion de la verité
dans ces Societez que
leurs Peres ont formées
, ils fe fentent obligez
en confcience d'y
demeurer
; mais apres
avoir bien examiné ces
deux raifons , je ne les
ay pas trouvées fuffifantes
pour me faire
changer de fentiment .
158
En effet , pour ce qui
eft de la premiere , nos
Peres eftant dans l'Eglife
Catholique , ve
nant à s'opposer à fa
croyance , & perſéverant
dans leur rebellion,
il eftoit fans- doure
du devoir de cette Eglife
de les excommunier
,
comme on le pratique
encore parmy nous ;
mais cela ne les mit
point en droit de faire
ce qu'ils ont fait. Ils
159
devoient plutoft fe retirer
dans des Déserts ,
s'ils ne pouvoient ſe
foumettre en confcience
, mais non pas ufurper
témérairement
l'autorité
de former de nou
velles Societez . C'eſt
ainfi que fit Elie , lors
qu'il fut chaffé de la
Communion d'Ifraël,
& pourſuivy par ce
Peuple , fans fonger à
emmener avec luy quelque
troupe de Gens
160
1
qu'il auroit pû gagner,
pour aller fervir Dieu
ailleurs en
particulier.
Dieu luy déclare qu'ily
en avoit fept mille qui
ne participoient
point à
l'idolâtrie de leurs Freres
, mais il les laiſſe toùjours
dans leur Societé,
toute corrompuë qu'-
elle eftoit , & Elie ne
demande point de les
attirer apres luy.
Pour la feconde raifon
, elle eft entiere-
A
.
161
ment vaine. Ceux qui
fe trouvent dans les Socierez
féparées , font
toûjours coupables à
peu près du mefine crime
que leurs Peres . Ils
entretiennent le Schif
me que les autres ont
fait ; ils rompent l'uni
té de l'Eglife ; ils déchirent
le Corps de JESUSCHRIST
, & quoy qu'il
en foit , leur tranquilité
reft toujours criminelle,
puis qu'ils fuivent aveu162
glement les dogmes
de leurs Peres , qu'ils
croyent
des veritez
fans les examiner , &
fans le pouvoir meſ-
A
me faire par leur regle
, comme M' Gilly
l'a montré. Ainfi ils
devroient fe mettre
dans le meſme état
qu'eftoient autrefois
leurs Peres , & fupofant
qu'ils font encore
dans la Communion
Romaine, examiner s'ils
163
ont des caufes fuffifantes
de s'en féparer , &
alors confideranto la
choſe en conſcience
4
dans la crainte de Dieu ,
délivrez des préjugez de
leur naiffance , & de
leur éducation , & éexempts
de tous les motifs
illégitimes qui ont
fait agir leurs Pères ,
comme à l'égard des
Docteurs , le dépit de
quelque affront , l'ambition
, & la gloire de
O ij
164
paffer pour habiles , &
d'eftre Chefs de Partys,
& chofes femblables ; à
l'égard du Peuple , l'amour
de la nouveauté,
le torrent des exemples,
la tirannie prétendue de
l'Eglife, le droit de juger
de l'Ecriture, les moeurs
corrompues des Eccléfiaftiques
, & telles autres
chofes, je fuis für,
que s'ils agiffoient ainsi,
les raifons convaincantes
que j'ay allé
165
guées leur viendroient
dans l'efprit , & les obligeroient
à fe réunir à
l'Eglife Catholique . Je .
l'ay fait , Meffieurs , cet
examen & la chofe
,
m'a réuffy. Je prie Dieu
de tout mon coeur, que
vous faffiez tous de méme
, & avec le meſme
fuccés que moy.
Ce Difcours fut écouté
avec la mefmefurprise,
&la mefme attention
166
qu'avoit caufé le premier
; & aucun de ceux
qui compofoient
l'Affemblée
, n'ayant entrepris
de combatre les raifons
dont s'eftoientfervis
ces deuxfçavans Hommes,
pourfaire connoiftre
l'obligation indifpenfa
ble où ilsfe trouvoient de
fe réunir à l'Eglife
tholique, ils fe retirerent
apres leur avoirfouhaité
à tous la mefmefoûmiffion
aux Veritez qu'ils
Ca167
reconnoiſſoient, & la même
grace qu'ils avoient
reçeuë,pour en eftre entierement
convaincus
.
Fermer
Résumé : DISCOURS DE Mr COURDIL.
Lors d'un discours à l'Assemblée, Monsieur Courdil approuve M. Gilly sur la suffisance de l'Écriture sainte et l'autorité de l'Église basée sur la tradition et le consentement universel. Troublé par les divisions chrétiennes, il décide de rejoindre l'Église romaine, soulignant l'importance de l'unité et de la charité parmi les chrétiens, en citant Saint Paul et l'Épître aux Éphésiens. L'auteur affirme que l'Église romaine est la seule continuation légitime de l'Église apostolique. Il critique les réformateurs protestants pour avoir créé un schisme sans mission divine ni miracles, accusant ces derniers d'altérer l'Évangile et de manquer de légitimité en raison de leurs divergences d'interprétation des Écritures. Les divisions protestantes sont comparées à la confusion des langues après le Déluge. L'auteur argue que les abus dans l'Église romaine ne justifient pas une séparation, citant Jésus-Christ et Saint Paul qui n'ont pas quitté leur communauté malgré ses imperfections. Il critique les réformateurs pour avoir créé de nouvelles communautés plutôt que de se retirer. Il dénonce les séparatistes pour leur schisme et leur manque d'examen des raisons de leur séparation, les encourageant à réexaminer leur position et à envisager un retour à la communion romaine. Le discours a suscité surprise et attention, avec un appel à la soumission aux vérités reconnues et à la grâce divine.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
719
p. 167-169
« Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...] »
Début :
Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...]
Mots clefs :
Prétendus réformés, Temple, Erreur, Abjuration, Cathédrale, Cérémonie, Profession de foi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...] »
Cecy
Se paffa à Sorges proche
d'Angers, qui eft le Lieu
où les Prétendus
Réformez
ont leur Temple, le
Feudy 3. defuin & comme
la déclaration qu'ils
venoient d'y faire , de-
;
mandoit uneprompte abjuration
de leurs erreurs,
ils ne la
remirent queïufqu'au
Dimachefuivant
168
6.du mefme mois. C'ef
toit le jour de la Pentecofte.
Outre le grand
monde que la folemnité
de la Fefte avoit attiré
dans la Cathédrale , le
bruit qui s'eftoit répandu
par tout de cette Abjuration
, y avoit encore fait
venir une infinité de Per
fonnes de toutes conditions.
La Cerémonie s'en
fit fi-tost qu'on eut achevé
de chanter les Vef
pres. M' l'Evefque
d' Angers
,
169
d'Angers, revesti de fer
Habits Pontificaux , la
commença par le Veni
Creator , reçeut en
fuite la Profeßion de Foy
de M Courdil , & de
Mr Gilly. La fermeté
avec laquelle ils la prononcerent,
fit affez voir
avecquelles férieufes réfléxions
ils s'eftoient portez
à un changement de
cette importance.
Se paffa à Sorges proche
d'Angers, qui eft le Lieu
où les Prétendus
Réformez
ont leur Temple, le
Feudy 3. defuin & comme
la déclaration qu'ils
venoient d'y faire , de-
;
mandoit uneprompte abjuration
de leurs erreurs,
ils ne la
remirent queïufqu'au
Dimachefuivant
168
6.du mefme mois. C'ef
toit le jour de la Pentecofte.
Outre le grand
monde que la folemnité
de la Fefte avoit attiré
dans la Cathédrale , le
bruit qui s'eftoit répandu
par tout de cette Abjuration
, y avoit encore fait
venir une infinité de Per
fonnes de toutes conditions.
La Cerémonie s'en
fit fi-tost qu'on eut achevé
de chanter les Vef
pres. M' l'Evefque
d' Angers
,
169
d'Angers, revesti de fer
Habits Pontificaux , la
commença par le Veni
Creator , reçeut en
fuite la Profeßion de Foy
de M Courdil , & de
Mr Gilly. La fermeté
avec laquelle ils la prononcerent,
fit affez voir
avecquelles férieufes réfléxions
ils s'eftoient portez
à un changement de
cette importance.
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Résumé : « Cecy se passa à Sorges proche d'Anger, qui est le Lieu [...] »
Le 6 juin 1686, à Sorges près d'Angers, des protestants appelés 'Prétendus Réformés' ont abjuré leurs croyances lors d'une cérémonie à la cathédrale. Après les vêpres, l'évêque d'Angers, en habits pontificaux, a chanté le 'Veni Creator'. Deux hommes, M. Courdil et M. Gilly, ont déclaré solennellement leur conversion au catholicisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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720
p. 169-188
EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
Début :
Tous ceux qui pûrent l'entendre, furent très-édifiez du zele/ Dieu soit loué, mes tres-chers Freres, de ce qu'il [...]
Mots clefs :
Dieu, Erreur, Église, Frères, Coeur, Avertissement, Maux, Chaire, Grâce, Erreur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
Tous
ceux qui purent l'entendre
, furent tres-édifiez
P
170
du zele qu'ils firent paroiftre,
außi-bien que du
Difcours que M¹ VEvefque
d'Angers leur
adreffa en ces termes.
171
52552525 :5252525
EXHORTATION
DE M' L'EVESQUE
D'ANGERS.
Di
Ieu foit loué, mes
tres -chers Freres ,'
de ce qu'il a rompu la
dureté de vos coeurs , &
éclairé les tenebres de
vos ames. Dieu foit
loué , dis- je , de ce qu'il
vous a tirez de la nuit
profonde de l'erreur où
vous cftiez engagez
,
Pij
172
pour vous appeller à la
lumiere
de la Foy, qui
vous réunit aujour
d'huy à fon Eglife . Dieu
foit loué , dis-je encore
une fois, mes Freres , de
ce que d'Enfans
rebelles
que vous eftiez à
cette divine Epoufe de
J.C. vous venez aujourd'huy
la reconnoiſtre
pour vôtre Mere. Nous
vous affuros de ſa part,
comme bien inftruits de
fon efprit par la grace
173
de l'Epifcopat qui nous
a admis , quoy que tresindignes
, au rang de fes
premiers Miniftres, qu'
elle oublie toutes les
defobeïfsaces que vous
luy avez renduës , &
toutes les injures que
vous luy avez faites , &
qu'elle vous embraffe
& vous reçoit en fon
fein comme fes veritables
& fes tres- chers
Enfans. Mais nous vous
devons avertir qu'une
PHJ
174
fimple abjuration de
voftre Erreur ne fuffit
pas pourreparer d'auſſi
grands maux que ceux
que vous luy avez faits ;
car vous ne vous etes
pas contentez de vous
féparer d'avec elle ,
vous luy avez ravy ſes
Enfans, vous avez, empoifonnéfon
Troupeau,
& comme des Aveugles
qui en conduifent d'autres,
vous les avez précipitez
dans l'abîme de
1
175
la perdition. Voila en
effet de grands maux,
mes chers Freres , &
nous n'y pouvons faire
refléxion fans admirer
la grace merveilleuſe
que Dieu vous a faite,
non feulement de les
reconnoiftre, & de vous
en repentir , mais encore
de les condamner
avec unefainte hardieffe
dans l'Affemblée de
ceux avec lefquels vous
les avez autrefois com
P iiij
176
mis. Nous ne nous ar
refterons
pas à vous
la
repréſenter
; l'humiliation
où
nous
vous
voyons aux pieds du
Saint
Autel , nous perfuade
affez que celuy
qui vous l'a donnée ,
yous la fait
comprendre
luy-meſme , & que
voftre coeur qu'elle éclaire
à préfent, en eft
touché d'une
parfaite.
reconnoiffance ; mais
comme vous ne con177
noiffez pas encore quel
eft l'efprit de l'Eglife en
une occafion comme
celle- cy , nous vous devons
avertir qu'elle affure
fes Enfans , que le
peché le moins digne de
miféricorde , eft d'eftre
ingrat à la Grace , &
3
encore à une Grace
auffi grande que celle
que vous avez réçeuë,
qui vous a fait defcendre
de la Chaire de
menfonge , pour vous
178
faire écouter les Inftructions
falutaires de la
Chaire de verité , &
vous a fait quitter la
qualité de Pafteurs d'une
fauffe Eglife , pour
vous foumettre auxPafteurs
légitimes de la veritable
, qui eſt la Catholique
, Apoftolique,
& Romaine , hors laquelle
il ne peut jamais
y avoir de falut. Nous
ne doutos pas que vous
ene foyez entrez dans
179
ces fentimens , fans lefquels
vôtre Converſion
feroit fauffe ; car come
l'Erreur veut détruire
la Verité, la Verité auffi
veut détruire l'Erreur
jufqu'aux fondemens .
Ce font deux Empires,
l'un du Démon, l'autre
de Dieu , qui fe font continuellement
la guerre ,
mais dont la victoire .
eft toujours affurée à la
Verité par N. Seigneur .
Ce que Dieu vous de180
mande donc principalement
, mes chers Freres
, c'eft que vous n'ô- .
mettiez rien de tout ce
qui peut dépendre de
vous, pour procurer la
Converfion de ceux qui
font dans l'Erreur que
vous avez quittée , &
fur tout de vos proches,
& de ceux qui ont efté
fous voftre conduite .
Joignez pour cela vos
voeux aux noftres , mes
chers Freres , & pour
181
vous bien acquiter des
actions de graces que
vous devez à Dieu , de
la grande miféricorde
qu'il vous a faite , ayeż
dans la bouche & dans
le coeur, ces paroles fi
touchantes d'un des
plus grands Peres de
l'Eglife. Gratias tibi,
Deus meus , qui fugientem
te perfecutus es, &
oblitum tui non es oblitus
. Soyez loué à jamais,
ô mon Dieu, qui
182
m'avez pourſuivy lors
que je vous fuyois ,. &
qui vous eftes fouvenu
de moy , lors que je
vous avois oublié. Que
voftre foy ſoit ferme,
comme l'Anchre qui
affermit le Vaiſſeau ,
felon
l'Apoftre ; que
ceux qui ont efté les
Perfécuteurs de l'Eglife
Catholique, foient à l'avenir
fes Défenſeurs';
que ceux qui ont ravagé
la Bergerie de J.C.
183
en devienent les Oüailles
; & que ceux qui ont
fait la guerre à ſa divine
Epoufe , fe confeffent
vaincus,pour avoir part
à fes victoires . Or comme
Dieu qui tient en fa
main le coeur des Roys,
fe fert viſiblement de
noftre grand & invincible
Monarque pour l'acroiffement
de la Foy,
vos actions de graces
feroient imparfaites, s'il
n'y avoit une part tou184
te particuliere ; & vous
n'ignorez pas fans dou
te , que pour eftre Enfans
de la veritable Egli
fe, il faut eftre à luy encore
plus par le devoir
de la Religion, que par
celuy de la Naiffance.
Qu'il foit donc defor
mais l'objet , non plus
de voftre crainte , mais
de voftre reconnoiffance
; que fon zele pour
la ruine de l'Hérefie,
excite le vostre pour la
185
confervation de fa Perfonne
facrée; & que cet
Ennemy fi redoutable
de l'Erreur que vous
quittez aujourd'huy,
foit à l'avenir confideré
de vous comme le Protecteur
de la Verité que
vous avez embraffée,
afin
qu'accompliffant
tous les devoirs de notre
fainte Religion, vous
méritiez la
récompenfe
que Dieu promet à ceux
qui vivent & qui meu186
4
rent dans la Communion
des Saints . Nous
fuplions N. Seigneur
J. C. que ces langues
de feu qui font defcenduës
aujourd'huy fur
fes Apoftres , purifient
vos lagues & vos coeurs
du refte des mauvaiſes
impreffions que l'Erreur
y auroit pû laiffer;
& c'eft ce que nous
vous fouhaitons , mes
tres- chers Freres , dans
les fentimens d'un coeur
187
tout remp de tendreffe,
d'affection , & de
charité pour vous , avec
les Benédictions duDieu
tout- puiffant, Pere , Fils ,
& Saint Efprit.
Il n'y eur perfonne qui ne fut
touché de ce Difcours, & du zele
plein de charité avec lequel ce
Prélat le prononça. Ceux quifont
Les fonctions de Miniftres parmy
les Prétendus Réformez , eftant
plus éclairez queles autresfur les
Points qui ont fourny prétexte à
Calvin de fe féparer de l'Eglife,
leur Converfion ne peut produire
que de tres -grands fruits. Auſſi
188
wit-on dés ce mefme jour l'Abjaration
de M's Gilly & Courdil fuivie
de celle de Mr Clement , Añeien
du Temple de Sorges, Gentil
homme tres- eftimé dans tout le
Party, & de deux de fes Enfans;
d'un Ancien du Lieu où M Courdil
exerçoit fon Miniftere ; de M' de
Beaulieu , Medecin à Beaufort, Beau
frere de M Gilly,& de trois autres
Perfonnes. M'l' Evefque d'Angers
acheva la Cerémonie par le Te
Deum qu'il entonna , & qui fut
chanté par la Mufique aufon de
toutes les Cloches.
ceux qui purent l'entendre
, furent tres-édifiez
P
170
du zele qu'ils firent paroiftre,
außi-bien que du
Difcours que M¹ VEvefque
d'Angers leur
adreffa en ces termes.
171
52552525 :5252525
EXHORTATION
DE M' L'EVESQUE
D'ANGERS.
Di
Ieu foit loué, mes
tres -chers Freres ,'
de ce qu'il a rompu la
dureté de vos coeurs , &
éclairé les tenebres de
vos ames. Dieu foit
loué , dis- je , de ce qu'il
vous a tirez de la nuit
profonde de l'erreur où
vous cftiez engagez
,
Pij
172
pour vous appeller à la
lumiere
de la Foy, qui
vous réunit aujour
d'huy à fon Eglife . Dieu
foit loué , dis-je encore
une fois, mes Freres , de
ce que d'Enfans
rebelles
que vous eftiez à
cette divine Epoufe de
J.C. vous venez aujourd'huy
la reconnoiſtre
pour vôtre Mere. Nous
vous affuros de ſa part,
comme bien inftruits de
fon efprit par la grace
173
de l'Epifcopat qui nous
a admis , quoy que tresindignes
, au rang de fes
premiers Miniftres, qu'
elle oublie toutes les
defobeïfsaces que vous
luy avez renduës , &
toutes les injures que
vous luy avez faites , &
qu'elle vous embraffe
& vous reçoit en fon
fein comme fes veritables
& fes tres- chers
Enfans. Mais nous vous
devons avertir qu'une
PHJ
174
fimple abjuration de
voftre Erreur ne fuffit
pas pourreparer d'auſſi
grands maux que ceux
que vous luy avez faits ;
car vous ne vous etes
pas contentez de vous
féparer d'avec elle ,
vous luy avez ravy ſes
Enfans, vous avez, empoifonnéfon
Troupeau,
& comme des Aveugles
qui en conduifent d'autres,
vous les avez précipitez
dans l'abîme de
1
175
la perdition. Voila en
effet de grands maux,
mes chers Freres , &
nous n'y pouvons faire
refléxion fans admirer
la grace merveilleuſe
que Dieu vous a faite,
non feulement de les
reconnoiftre, & de vous
en repentir , mais encore
de les condamner
avec unefainte hardieffe
dans l'Affemblée de
ceux avec lefquels vous
les avez autrefois com
P iiij
176
mis. Nous ne nous ar
refterons
pas à vous
la
repréſenter
; l'humiliation
où
nous
vous
voyons aux pieds du
Saint
Autel , nous perfuade
affez que celuy
qui vous l'a donnée ,
yous la fait
comprendre
luy-meſme , & que
voftre coeur qu'elle éclaire
à préfent, en eft
touché d'une
parfaite.
reconnoiffance ; mais
comme vous ne con177
noiffez pas encore quel
eft l'efprit de l'Eglife en
une occafion comme
celle- cy , nous vous devons
avertir qu'elle affure
fes Enfans , que le
peché le moins digne de
miféricorde , eft d'eftre
ingrat à la Grace , &
3
encore à une Grace
auffi grande que celle
que vous avez réçeuë,
qui vous a fait defcendre
de la Chaire de
menfonge , pour vous
178
faire écouter les Inftructions
falutaires de la
Chaire de verité , &
vous a fait quitter la
qualité de Pafteurs d'une
fauffe Eglife , pour
vous foumettre auxPafteurs
légitimes de la veritable
, qui eſt la Catholique
, Apoftolique,
& Romaine , hors laquelle
il ne peut jamais
y avoir de falut. Nous
ne doutos pas que vous
ene foyez entrez dans
179
ces fentimens , fans lefquels
vôtre Converſion
feroit fauffe ; car come
l'Erreur veut détruire
la Verité, la Verité auffi
veut détruire l'Erreur
jufqu'aux fondemens .
Ce font deux Empires,
l'un du Démon, l'autre
de Dieu , qui fe font continuellement
la guerre ,
mais dont la victoire .
eft toujours affurée à la
Verité par N. Seigneur .
Ce que Dieu vous de180
mande donc principalement
, mes chers Freres
, c'eft que vous n'ô- .
mettiez rien de tout ce
qui peut dépendre de
vous, pour procurer la
Converfion de ceux qui
font dans l'Erreur que
vous avez quittée , &
fur tout de vos proches,
& de ceux qui ont efté
fous voftre conduite .
Joignez pour cela vos
voeux aux noftres , mes
chers Freres , & pour
181
vous bien acquiter des
actions de graces que
vous devez à Dieu , de
la grande miféricorde
qu'il vous a faite , ayeż
dans la bouche & dans
le coeur, ces paroles fi
touchantes d'un des
plus grands Peres de
l'Eglife. Gratias tibi,
Deus meus , qui fugientem
te perfecutus es, &
oblitum tui non es oblitus
. Soyez loué à jamais,
ô mon Dieu, qui
182
m'avez pourſuivy lors
que je vous fuyois ,. &
qui vous eftes fouvenu
de moy , lors que je
vous avois oublié. Que
voftre foy ſoit ferme,
comme l'Anchre qui
affermit le Vaiſſeau ,
felon
l'Apoftre ; que
ceux qui ont efté les
Perfécuteurs de l'Eglife
Catholique, foient à l'avenir
fes Défenſeurs';
que ceux qui ont ravagé
la Bergerie de J.C.
183
en devienent les Oüailles
; & que ceux qui ont
fait la guerre à ſa divine
Epoufe , fe confeffent
vaincus,pour avoir part
à fes victoires . Or comme
Dieu qui tient en fa
main le coeur des Roys,
fe fert viſiblement de
noftre grand & invincible
Monarque pour l'acroiffement
de la Foy,
vos actions de graces
feroient imparfaites, s'il
n'y avoit une part tou184
te particuliere ; & vous
n'ignorez pas fans dou
te , que pour eftre Enfans
de la veritable Egli
fe, il faut eftre à luy encore
plus par le devoir
de la Religion, que par
celuy de la Naiffance.
Qu'il foit donc defor
mais l'objet , non plus
de voftre crainte , mais
de voftre reconnoiffance
; que fon zele pour
la ruine de l'Hérefie,
excite le vostre pour la
185
confervation de fa Perfonne
facrée; & que cet
Ennemy fi redoutable
de l'Erreur que vous
quittez aujourd'huy,
foit à l'avenir confideré
de vous comme le Protecteur
de la Verité que
vous avez embraffée,
afin
qu'accompliffant
tous les devoirs de notre
fainte Religion, vous
méritiez la
récompenfe
que Dieu promet à ceux
qui vivent & qui meu186
4
rent dans la Communion
des Saints . Nous
fuplions N. Seigneur
J. C. que ces langues
de feu qui font defcenduës
aujourd'huy fur
fes Apoftres , purifient
vos lagues & vos coeurs
du refte des mauvaiſes
impreffions que l'Erreur
y auroit pû laiffer;
& c'eft ce que nous
vous fouhaitons , mes
tres- chers Freres , dans
les fentimens d'un coeur
187
tout remp de tendreffe,
d'affection , & de
charité pour vous , avec
les Benédictions duDieu
tout- puiffant, Pere , Fils ,
& Saint Efprit.
Il n'y eur perfonne qui ne fut
touché de ce Difcours, & du zele
plein de charité avec lequel ce
Prélat le prononça. Ceux quifont
Les fonctions de Miniftres parmy
les Prétendus Réformez , eftant
plus éclairez queles autresfur les
Points qui ont fourny prétexte à
Calvin de fe féparer de l'Eglife,
leur Converfion ne peut produire
que de tres -grands fruits. Auſſi
188
wit-on dés ce mefme jour l'Abjaration
de M's Gilly & Courdil fuivie
de celle de Mr Clement , Añeien
du Temple de Sorges, Gentil
homme tres- eftimé dans tout le
Party, & de deux de fes Enfans;
d'un Ancien du Lieu où M Courdil
exerçoit fon Miniftere ; de M' de
Beaulieu , Medecin à Beaufort, Beau
frere de M Gilly,& de trois autres
Perfonnes. M'l' Evefque d'Angers
acheva la Cerémonie par le Te
Deum qu'il entonna , & qui fut
chanté par la Mufique aufon de
toutes les Cloches.
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Résumé : EXHORTATION DE Mr L'EVESQUE D'ANGER.
L'évêque d'Angers adresse un discours à ses auditeurs, les exhortant à louer Dieu pour les avoir éclairés et délivrés de l'erreur. Il souligne la grâce divine qui leur a permis de reconnaître l'Église catholique comme leur mère spirituelle et de se repentir. L'évêque insiste sur la nécessité de dépasser la simple abjuration de l'erreur en accomplissant des actions concrètes pour réparer les maux commis. Il met en garde contre l'ingratitude envers la grâce divine, qu'il considère comme un péché grave. Il encourage également les convertis à œuvrer pour la conversion de ceux qui restent dans l'erreur, en particulier leurs proches. Le discours se conclut par une prière pour la purification des cœurs et des langues des auditeurs, ainsi que des bénédictions pour leur vie future dans la communion des saints. Plusieurs personnes, dont Messieurs Gilly, Courdil, Clément, et d'autres, annoncent publiquement leur abjuration. La cérémonie se termine par un Te Deum, chanté par la musique et accompagné du son de toutes les cloches.
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721
p. 171-174
Conversion, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Duc de S. Aignan, qui joint une piété solide à [...]
Mots clefs :
Duc de S. Aignan, Piété, Qualités, Conversions, Religion prétendue réformée, Obstination, Hérétique, Erreurs, Vérités catholiques, Controverses, Abjuration, Cérémonie, Famille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion, [titre d'après la table]
M' le Duc de S. Aignan,
qui joint une pieté folide à
toutes les grandes qualitez
qui diftinguent les Perfonnes
de fa naiffance , a reçeu ces
derniers jours une joye fenfible
de la Converfion du
S' Mathurin Coquenas , fon
Premier Valet de Chambre.
C'eſt un Homme de quarante
ans , né en Languedoc
Pij
172 MERCURE
dans la Religion Prétenduë
Réformée. Ily en a quatorze
qu'il eft au fervice de ce Duc,
qui avoit toûjours efperé ce
changement par la connoiffance
qu'il avoit de fes bonnes
moeurs. Il a eu longtemps
l'obſtination des Herétiques
qui demeurent dans
leurs erreurs , parce qu'ils ne
veulent pas écouter ceux qui
en les combatant font capables
de les détruire ; mais
enfin le zele de M le Duc
de S. Aignan la emporté fur
l'opiniâtre refus qu'il faifoit
d'entendre parler des Veritez
GALANT. 173
Catholiques. Il l'a mis entre
les mains du Perè du Bue
Théatin ; & ce Pere, dont les
doctes Controverfes ramenent
tous les jours tant d'Egarez
, luy a fait connoiftre
la fauffeté des maximes de
Calvin. Il les abjura le 17.
de ce mois , dans la Chapelle
du Château d'Alincourt
prés Magny, appartenant à
Mr le Maréchal de Villeroy
, entre les mains de MF
de Buquet , Curé de Parres ,
Paroiffe de ce Chafteau . La
Cerémonie fe fit en préſence
de M le Duc de S. Aignan , de
Pij
174 MERCURE
Madame la Ducheffe fa Femme,
& de toute leur Famille.
qui joint une pieté folide à
toutes les grandes qualitez
qui diftinguent les Perfonnes
de fa naiffance , a reçeu ces
derniers jours une joye fenfible
de la Converfion du
S' Mathurin Coquenas , fon
Premier Valet de Chambre.
C'eſt un Homme de quarante
ans , né en Languedoc
Pij
172 MERCURE
dans la Religion Prétenduë
Réformée. Ily en a quatorze
qu'il eft au fervice de ce Duc,
qui avoit toûjours efperé ce
changement par la connoiffance
qu'il avoit de fes bonnes
moeurs. Il a eu longtemps
l'obſtination des Herétiques
qui demeurent dans
leurs erreurs , parce qu'ils ne
veulent pas écouter ceux qui
en les combatant font capables
de les détruire ; mais
enfin le zele de M le Duc
de S. Aignan la emporté fur
l'opiniâtre refus qu'il faifoit
d'entendre parler des Veritez
GALANT. 173
Catholiques. Il l'a mis entre
les mains du Perè du Bue
Théatin ; & ce Pere, dont les
doctes Controverfes ramenent
tous les jours tant d'Egarez
, luy a fait connoiftre
la fauffeté des maximes de
Calvin. Il les abjura le 17.
de ce mois , dans la Chapelle
du Château d'Alincourt
prés Magny, appartenant à
Mr le Maréchal de Villeroy
, entre les mains de MF
de Buquet , Curé de Parres ,
Paroiffe de ce Chafteau . La
Cerémonie fe fit en préſence
de M le Duc de S. Aignan , de
Pij
174 MERCURE
Madame la Ducheffe fa Femme,
& de toute leur Famille.
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Résumé : Conversion, [titre d'après la table]
Le duc de Saint-Aignan, reconnu pour sa piété et ses qualités, a éprouvé une grande joie après la conversion de son premier valet de chambre, Mathurin Coquenas. Ce dernier, âgé de quarante ans et originaire du Languedoc, appartenait initialement à la religion prétendue réformée. Employé depuis quatorze ans par le duc, celui-ci avait toujours souhaité sa conversion en raison de ses bonnes mœurs. Coquenas avait longtemps résisté aux tentatives de conversion, refusant d'écouter ceux qui cherchaient à le convaincre. Cependant, le zèle du duc de Saint-Aignan a fini par triompher. Le duc a confié Coquenas au père du Bué, un théatin célèbre pour ses controverses doctrinales. Ce dernier a réussi à persuader Coquenas de l'erreur des maximes calvinistes. Coquenas a abjuré ses croyances le 17 du mois dans la chapelle du château d'Alincourt près de Magny, propriété du maréchal de Villeroy. La cérémonie s'est déroulée en présence du duc de Saint-Aignan, de la duchesse et de toute leur famille, sous la direction de Monseigneur de Buquet, curé de Parres, paroisse du château.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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722
p. 365-366
ENIGME.
Début :
Les deux nouvelles Enigmes que vous trouverez icy, m'ont / Je suis d'une bizarre forme, [...]
Mots clefs :
Chenet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Les deux nouvelles Enigmes
que vous trouverez icy , m'ont
eſté envoyées fans nom d'Autheur.
J
ENIGME.
E fuis d'une bizarre forme ,
Tortu , contrefait, & diformes
I'ay quelquefois une bouche , & deux
yeux,
Matefte fans cervelle eftpresque toujours
ronde.
Iefers à la plupart du monde,
Qui de m'avoir eftcurieux.
Je ne marche jamais ; pourtant dams
mes affaires
Hh üj
1
366 MERCURE
Plufieurs pieds me font neceffaires.
C'est par eux que jefuis de quelque
utilité,
Bienplus en Hyverqu'en Eté.
que vous trouverez icy , m'ont
eſté envoyées fans nom d'Autheur.
J
ENIGME.
E fuis d'une bizarre forme ,
Tortu , contrefait, & diformes
I'ay quelquefois une bouche , & deux
yeux,
Matefte fans cervelle eftpresque toujours
ronde.
Iefers à la plupart du monde,
Qui de m'avoir eftcurieux.
Je ne marche jamais ; pourtant dams
mes affaires
Hh üj
1
366 MERCURE
Plufieurs pieds me font neceffaires.
C'est par eux que jefuis de quelque
utilité,
Bienplus en Hyverqu'en Eté.
Fermer
723
p. 366-367
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis toûjours volage, inégale, inconstante, [...]
Mots clefs :
Girouette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME .
E fuis toujours volage, inégale,
inconftante, JE
Iamais des bas Lieux habitante.
l'ay quantitéd'Amans qui me font
tous la cour,
Mais je n'ay pouraucun une fincere
Amour.
Cependant au plusfort je demeure
affervie,
Etfouvent je m'en plains, ( quoy que
jefois fans vie ,)
Mais inutilement, puis que ma li
berté
Dépend defon pouvoir , & de få
volontés
,
GALANT. 367
Mais comme avec le temps fa force
diminuë,
Son pouvoir auffitoft ceffe, & dif- ›
continuë,
De forte qu'à fes yeux dans le mefme
moment
Le change , & mefoûmets aux Loix
d'un autre Amant.
E fuis toujours volage, inégale,
inconftante, JE
Iamais des bas Lieux habitante.
l'ay quantitéd'Amans qui me font
tous la cour,
Mais je n'ay pouraucun une fincere
Amour.
Cependant au plusfort je demeure
affervie,
Etfouvent je m'en plains, ( quoy que
jefois fans vie ,)
Mais inutilement, puis que ma li
berté
Dépend defon pouvoir , & de få
volontés
,
GALANT. 367
Mais comme avec le temps fa force
diminuë,
Son pouvoir auffitoft ceffe, & dif- ›
continuë,
De forte qu'à fes yeux dans le mefme
moment
Le change , & mefoûmets aux Loix
d'un autre Amant.
Fermer
724
p. 3-67
DU STILE EPISTOLAIRE.
Début :
L'Ecriture est l'image de la Parole, comme la Parole [...]
Mots clefs :
Lettres, Amour, Écrire, Lettres galantes, Galanterie, Dire, Passion, Genre, Manière, Auteurs, Épîtres, Style, Homme, Monde, Billets, Lettres d'amour, Écriture, Gens, Personnes, Compliment, Voiture, Anciens, Belles, Parole, Papier, Aimer, Civilité, Manière d'écrire, Conversations
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texteReconnaissance textuelle : DU STILE EPISTOLAIRE.
DU STILE
EPISTOLAIRE. ⠀
L
' Ecriture eft l'image de la
Parole , comme la Parole
eft l'image de la Penſée . L'uſage
de la Parole eft divin , l'invention
de l'Ecriture merveilleuſe. Enfin
toutes les deux nous rendent do-
& es & raiſonnables. Rien n'eft
plus prompt que la Parole ; ce
n'eft qu'un fon que l'air forme
& diffipe en mefme temps . L'Ecriture
eft plus durable , elle fixe
ce Mercure , elle arrefte cette
Fléche, qui eftant décochée, ne
revient jamais. Elle donne du
A ij
7
Extraordinaire
corps à cette noble expreffion
de l'ame , & la rendant viſible à
nos yeux , pour me fervir des
termes d'un de nos Poëtes , elle
conferve plufieurs fiecles , ce qui
me fembloit mourir en naiffant.
Mais fi l'Ecriture perpétuë la
Parole, elle la fait encore entendre
à ceux qui font les plus éloignez,
& comme un Echo fidelle,
elle répete en mille lieux , & à
mille Gens , ce que l'on n'a dit
quelquefois qu'en fecret , & à
l'oreille. C'est ce qui la rend fi
neceffaire dans la vie , & particulierement
dans l'ufage du Stile
Epiftolaire ; car enfin l'Ecriture
qui a esté inventée pour conferver
les Sciences, & pour eternifer
les actions des Grands Hommes,
ne l'a pas moins efté pour fupléer
du Mercure Galant.
5.
à l'éloignement des lieux , & à
l'abſence des Perfonnes. On n'a
pas toûjours eu befoin de Contracts
& d'Hiftoires , pour infpirer
la vertu , & la bonne-foy.
Nos anciens Gaulois mefme ont
efté braves, vertueux, & fçavans,
fans le fecours de ce bel Art . La
Parole & la Memoire contenoient
toutes leurs fciences , &
toute leur étude ; mais dans le
commerce de la vie , où l'on ne
peut cftre toûjours enſemble,
y a.t. il rien de plus agreable, &
de plus utile, que de fe parler &
de s'entretenir par le moyen
d'une Lettre , comme fi l'on ef
toit dans un mefme lieu ? Bien
plus, fi nous en croyons l'amou
reuſe Portugaife , les Lettres
nous donnent une plus forte idée
A üj
Extraordinaire
de la Perfonne que nous aimons .
Il mefemble, dit - elle à fon Amant,
que je vous parle quandje vous écris,
&
que vous m'eftes un peu plus préfent.
Un Moderne a donc eu raifon
de nommer les Lettres les
Difcours des Abfens. L'Homme fe
répand & fe communique par
elles dans toutes les Parties du
Monde . Il fçait ce qui s'y paffe,
& il y agit mefme pendant qu'il
fe repofe ; un peu d'encre & de
papier , fait tous ces miracles.
Mais que j'ay de dépit contre
ceux , qui pour rendre ce com ..
mercé plus agreable , l'ont rendu
fi difficile, qu'au lieu d'un quartd'heure
qu'il falloit pour faire
fçavoir de fes nouvelles à quelqu'un
, il y faut employer quelquefois
unejournée entiere ! L'adu
Mercure Galant.
rangement
d'une douzaine
de
paroles emporte deux heures de
temps. C'eſt une affaire qu'une
Lettre , & tel qui gagneroit
fon
Procés , s'il prenoit la peine d'écrire
pour le folliciter
, aime
mieux le perdre comme le Mifantrope
de Moliere , que de
s'engager
dans un pareil embarras
.
On a prétendu mettre en Art
ce genre d'écrire , & quelquesuns
( comme de la Serre & fes
Imitateurs ) en ont voulu faire
leçon . Un Moderne mefme , parmy
tant de préceptes qu'il a
donnez pour l'éducation d'une
Perfonne de qualité, a traité de
la maniere d'écrire des Lettres ,
de leur diférence, & du ſtile qui
leur eft propre. Je veux croire
A iiij
8 Extraordinaire
qu'il a tres - bien réuffy en cela ;
mais n'y a-t- il point un peu d'affectation
baffe & inutile , de donner
pour regles, qu'aux Perſonnes
d'un rang au deffus de nous,
aufquelles on écrit, il faut fe fervir
de grand papier, que la feüille
foit double ,qu'on mette un feuillet
blanc, outre l'envelope pour
couvrir cette feuille , fi elle eft
écrite de tous coſtez , qu'il y ait
un grand efpace entre le Monfei
gneur & la premiere ligne , & cent
autres chofes de cette nature ?
Cela , dis-je , ne fent- il point la
bagatelle, & y a- t - il rien de plus
ridicule qu'un Homme qui fe
pique d'écrire , de plier , & de
cacheter des Lettres à la mode ,
comme parlent quelques Prétieux
? Ce font des minuties indi
du Mercure Galant.
9
gnes d'un honnefte Homme , &
d'un bel Efprit. Qui fçait faire
une belle Lettre , la fçait bien plier
fans qu'on luy en donne des préceptes
, & ces petites façons de
quelques Cavaliers & de quelques
Dames pour leurs Poulets,
font des galateries hors d'oeuvre,
& des marques de la petiteffe de
leur efprit,plutoft que de leur po
liteffe , & de leur honnefteté.
Leurs Lettres n'ont rien de galat,
fi vous en oftez le papier doré, la
foye, & la cire d'Espagne. Cet endroit
de la Civilité Françoiſe, me
fait fouvenir de cet autre des
Nouvelles nouvelles , où deux
prétédus beaux Efprits difputent
s'il faut mettre la datte d'une
Lettre au commencement , ou à
la fin. L'un répond, & peut-eftre
ΙΟ Extraordinaire
avec efprit, qu'aux Lettres d'af.
faires & de nouvelles , il faut
écrire la datte au haut , parce
qu'on eft bien - aiſe de fçavoir
d'abord le lieu & le temps qu'el
les font écrites ; mais que dans
les Lettres galantes & de complimens
, où ces chofes font de
nulle importance , il faut écrire
la datte tout au bas . Mais ils font
encore une autre Queſtion , fçavoir
, s'il faut écrire , de Madrid,
ou à Madrid ; & l'un d'eux la réfout
affez plaifamment , en difant
qu'il ne faut mettre ny à , ny de,
mais feulement Madrid ; & que
c'eft de la forte que le pratiquent
les Perfonnes de qualité.
Je fçay qu'il y a mille choſes
qu'il ne faut pas négliger dans
les Lettres, à l'égard du refpect,
du Mercure Galant . II
de l'honnefteté , & de la bien .
féance ; & c'est ce qu'on appelle
le decorum du Stile Epiftolaire,
qui en fait tantoft l'acceffoire,
& tantoft le principal. Toutes
ces formalitez font le principal
des Lettres de compliment, mais
elles ne font que l'acceffoire des
Lettres d'affaires, ou de galanterie.
Quand une Lettre inftru-
Ative, ou galante, eft bien écrite ,
on ne s'attache pas à examiner
s'il y a affez de Monfieur ou de
Madame , & fi le Serviteur treshumble
eft mis dans toutes les
formes ; mais dans une Lettre de
pure civilité , on doit obſerver
cela exactement . Ceux qui fçavent
vivre , & qui font dans le
commerce du grand monde, ne
manquent jamais à cela , me dira12
Extraordinaire
t - on , & ainfi il eft inutile de faire
ces fortes d'obfervations . Il eft
vray ;mais quandje voy que dans
les plus importantes négotiations
, un mot arrefte d'ordinaire
les meilleures teftes , & retarde
les dépefches les plus preffées,
quand je voy que l'Académie
Françoife fe trouve en peine
comment elle foufcrira au bas
d'une Lettre qu'elle veut écrire
à M' de Boifrobert , qu'elle ne
fçait fi elle doit mettre Vos tres
affclionnez Serviteurs, parce qu'
elle ne veut pas foufcrire vos tres
humbles Serviteurs , qu'enfin elle
cherche un tempérament , &
qu'elle foufcrit Vos tres paffionnez
Serviteurs , je croy que ces formalitez
font neceffaires , qu'on
peut entrer dans ces détails , &
81
du Mercure Galant.
13
s'en faire des regles judicieuſes &
certaines. Mais je ne puis approuver
qu'on aille prendre des
modelles de Lettres dans la Traduction
de Jofephe par M'd'Andilly
, car quel raport peut -il y
avoir entre un Gouverneur de
Province qui écrit à Lours LE
GRAND, & Zorobabel qui écrit
au Roy de Perfe ? Je ne m'étonne
donc pPfces Ecrivains
qui femblent eftre faits pour en
tretenir les Colporteurs, & pour
garnir les rebords du Pont. neuf,
n'ont pas réüffy dans les modelles
qu'ils nous ont donnez pour
bien écrire des Lettres. Leurs
Ouvrages font trop froids, ou de
pur caprice , & les Autheurs
n'eftoient pas prévenus des paffions
qu'il faut reffentir , pour
14
Extraordinaire
entrer dans le coeur de ceux qui
en font émûs. Perfonne ne fe
reconnoift dans leurs Lettres ,
parce que ce font des portraits
de fantaiſie , qui ne reſſemblent
pas . On n'a donc fait que fe di .
vertir des regles qu'ils nous ont
voulu preſcrire, & on a toûjours
crû qu'il eftoit impoffible de
fixer les Lettres dans un Royaume,
où l'on ne change pas moins
de mode pour écrire que pour
s'habiller.
La Nature nous eft icy plus
neceffaire que l'Art ; & l'Ecriture ,
qui eft le Miroir dans lequel elle
fe repréſente, ne rend jamais nos
Lettres meilleures , que
lors qu '
elles luy font plus femblables.
Comme rien n'eft plus naturel
à l'Homme que la parole , rien
du Mercure Galant.
IS
ne doit eftre plus naturel que fon
expreffion. L'Ecriture , comme
un Peintre fidelle, doit la repréfenter
à nos yeux de la mefme
maniere qu'elle frape nos oreilles
, & peindre dans une Lettre ,
ainfi que dans un Tableau , non
feulement nos paffions, mais encore
tous les mouvemens qui les
accompagnent. Jeſçay bien que
le Jugement venant au fecours
de l'Ecriture, retouche cette premiere
Ebauche , mais ce doit
eftre d'une maniere fi naturelle,
que l'Art n'y paroiffe aucunement
; car la beauté de cette
peinture confifte dans la naïveté.
Nos Lettres qui font des
Converfations par écrit, doivent
donc avoir une grande facilité,
pour atteindre à la perfection du
16 Extraordinaire
genre Epistolaire , & pour y
réüffir , les principales regies
qu'il faut obferver, font d'écrire
felon les temps , les lieux , & les
perfonnes. De l'obfervation de
ces trois circonstances dépend la
réüffite des belles Lettres, & des
Billets galants ; mais à dire vray,
tout le monde ne connoift pas
veritablement ce que c'est que
cet Art imaginaire , ny quelles
font les Lettres qui doivent eftre
dans les bornes du Stile Epiftolaire.
On les peut réduire toutes à
quatre fortes , les Lettres d'af
faires , les Lettres de compliment,
les Lettres de galanterie ,
les Lettres d'amour. Comme le
mot d'Epiſtre eft finonime à celuy
de Lettre, je ne m'arreſteray
du Mercure Galant. 17
point à expliquer cette petite
diférence. Je diray feulement
que le ftile de la Lettre doit eftre
fimple & coupé , & que le ftile
de l'Epiftre doit avoir plus d'ornement
& plus d'étendue , comme
on peut le remarquer chez
Fes Maiftres de l'Eloquence
Greque & Romaine .
Enfin
chacun fçait que le mot d'Epiftre
eft confacré dans la Langue Latine,
& qu'il n'eft en ufage parmy
nous , que dans les Vers, & àla
tefte des Livres qu'on dédie;
mais ce qui eft affez remarquable
, c'eft d'avoir donné le nom
de Lettres à cette maniere d'écrire
, ce nom comprenant toutes
les Sciences . On
peut neantmoins
le donner veritablement
à ces grandes & fçavantes Let-
Q.de Fuillet 1683.
B
18 Extraordinaire
tres de Balzac, de Coftar , & de
quelques autres celebres Autheurs
. Les Lettres d'affaires
font faciles , il ne faut qu'écrire
avec un peu de netteté , & -bien
prendre les moyens qui peuvent
faire obtenir ce qu'on demande.
Peu de ces Lettres voyent le jour,
& perfonne ne s'avife d'en faire
la Critique. Il n'en eft pas de
meline des Lettres de compli
ment . Comme elles font faites
pour fatisfaire à noftre vanité,
on les expoſe au grand jour , &
on les examine avec beaucoup
de rigueur. Il n'y en a prefque
point d'achevées , & l'on n'en
peut dire la raifon , fi ce n'eft que
de toutes les manieres d'écrire ,
le Panégyrique eft le plus difficile,
C'eft le dernier effort du
du Mercure Galant.
19
genre démonftratif. Ainfi il eſt
rare qu'une Lettre foit une veritable
Piece d'éloquence. De
plus , ces fortes de Lettres s'adreffent
toûjours à des Gens,
qui eftant prévenus de fortes
paffions , comme de la joye & de
la trifteffe , & qui ne manquant
pas de vanité & d'amour propre,
ne croyent jamais qu'on en dife
affez. Ceux- mefme qui n'y ont
point de part , en jugent felon
leur inclination , & ils trouvent
toûjours quelque chofe à redire,
parce que les louanges qu'on
donne aux autres , nous paroiffent
fades, par une fecrete envie
que le bien qu'on en dit nous
caufe. Mais au refte fi on eftoit
bien defabufé que les Lettres
ne font pas toujours des compli
Bij
20 Extraordinaire
mens & des civilitez par écrit,
qu'elles n'ont point de regles
précifes & certaines , peut- eſtre
n'en blâmeroit- on pas comme
l'on fait , de fort bonnes , & de
bien écrites. Si on eftoit encore
perfuadé que les Lettres font de
fidelles Interpretes de nos penfées
& de nos fentimens , que ce
1 font de veritables portraits de
nous.mefmes , où l'on remarque
jufques à nos actions & à nos manieres
, peut- eftre que les plus
négligées & les plus naturelles.
feroient les plus eſtimées . A la
yerité ces peintures , pour eſtre
quelquefois trop reffemblantes,
en font moins agreables, & c'eſt
pourquoy on s'étudie à ſe cacher
dans les Lettres de civilité, & de
compliment. Elles veulent du
du Mercure Galant. 21
fard ; & cette maniere réfervée
& refpectueuse dans laquelle
nous y paroiffons , réüffit bien
mieux qu'un air libre & enjoüé,
qui laiffe voir nos defauts, & qui
ne marque pas affez de foûmiffion
& de dépendance. Nous
voulons eftre veus du bon costé,
& on nous veut voir dans le ref
pect ; mais lors que l'on s'expofe
familierement , fans honte de
noftre part , & fans ceremonie
pour les autres, il eſt rare qu'on
nous aime , & qu'on nous approuve
, fur tout ceux qui ne
nous connoiffent pas , & qui ne
jugent des Gens que par de
beaux déhors. D'ailleurs comme
nos manieres ne plaiſent pas
tout le monde , il eft impoffible
que des Lettres qui en font plei
22
Extraordinaire
nes, ayent une approbation genérale.
Le Portrait plaiſt fouvent
encore moins que la Perfonne,
foit qu'il tienne à la fantaifie
du Peintre , ou à la fituation
dans laquelle on eftoit lors qu'on
s'eft fait peindre. Les Lettres
qu'on écrit quand on eft cha .
grin, font bien diférentes de celles
que l'on écrit dans la joye , &
dans ces heureufes difpofitions
où l'on fe trouve quelquefois ; &
ce font ces favorables momens
qui nous rendent aimables dans
tout ce que nous faifons . Il faudroit
donc n'écrire que lors
qu'on s'y est bien difpofe , car
toutes nos Epiftres chagrines ne
font pas fi agreables que celles
de Scarron. Mais enfin pour
réuffir dans les Lettres de civi-
"
du Mercure Galant.
23
lité , il faut avoir une grande
douceur d'efprit , des manieres
Alateuſes & infinuantes , un ftile
pur & élegant, du bon fens , &
de la jufteffe , car on a banny des
Complimens , le phébus & le
galimathias, qui en faifoient autrefois
toute la grace & toute la
beauté . Mais avant que de finir
cet Article , je croy qu'il eft à
propos de dire quelque chofe
du Compliment, qui fert de fond
& de fujet à ces fortes de Lettres.
Le Compliment , à le prendre
dans toute fon étenduë , eft un
genre de civilité , qui fubfifte
feul , fans le fecours de la Converfation
, des Harangues, & des
Lettres . Ainfi on dit , F'ay envoyé
faire un Compliment , on m'eft
24
Extraordinaire
venu faire un Compliment. Il entre
à la verité dans la Converſation ,
dans les Harangues , & dans les
Lettres , & il en conftitue l'effence
en quelque façon , mais il
en fort quelquefois, & lors qu'il
eft feul , il en difére effentiellement.
Il eft plus court , plus fimple,
plus jufte, & plus exact ; &
c'eſt de cette forte qu'il eft difficile
de le définir dans les termes
de la Rhétorique , parce qu'on
peut dire que les Anciens n'ont
fçeu ce que c'eftoit , au moins
de la maniere que nous le pratiquons
, & qu'ils ne nous en ont
point laiffé d'exemples . Tout
fentoit la Déclamation chez eux ,
& avoit le tour de l'Oraiſon , &
de la Harangue . Cependant je
dis que faire un Compliment à
quelqu'un,
du Mercure Galant.
25
que
paquelqu'un,
n'eft autre choſe
de luy marquer par de belles
roles , l'eftime & le refpect que
nous avons pour luy. Complimenter
quelqu'un , eft encore
s'humilier agreablement devant
luy. Enfin un Compliment eft
un Combat de civilitez réciproques
; ce qui a fait dire à M
Coftar
, que les Lettres eftoient
des Duels , où l'on fe bat fouvent
de raiſons , & où l'on employe
fes forces fans réſerve & fans retenuë
. Il eſt vray qu'il y en a
qui n'y gardent aucunes mefures ,
mais nos Complimens ne font .
ils pas des oppofitions , & des
contradictions perpétuelles ? On
y cherche à vaincre , mais le
Vaincu devient enfin le Victo .
rieux par fon opiniâtreté . Quelle
2. de Juillet 1683.
Queli
26 Extraordinaire
ridicule & bizare civilité , que
celle des Complimens ! Il entre
encore de la rufe & de l'artifice
dans cette forte de Combat , &
je ne m'étonne pas files Homes
fracs & finceres y font fi peu propres,
& regardent nos Compli
mens comme un ouvrage de la
Politique, comme un effet de la
corruption du Siecle, comme la
pefte de la Societé civile . Ils apellent
cela faire la Comédie, & difent
qu'on doit y ajoûter peu de
foy, parce que c'eſt une maxime
du Sage , qu'on n'eſt pas obligé
de garantir la verité des Compli
mens. Ainfi la meilleure maniere
de répondre aux louanges, c'eſt
de les contredire agreablement,
& de marquer de bonne grace
qu'on ne les croit pas , ou plutoft
du Mercure Galant.
27
toute la juſtice qu'on peut rendre
aux méchantes Lettres , & aux
fades Complimens , eft de ne les
pas lire, & de n'y pas répondre.
Les Lettres de galanterie font
difficiles.
Cependant c'eſt le
genre où l'on en trouve de plus
raifonnables. Un peu d'air & des
manieres du monde, une expreffion
aifée & agreable, je- ne -fçay
quelle délicateffe de penfer & de
dire les choſes, avec le fecret de
bien appliquer ce que l'on a de
lecture & d'étude , tout cela en
compofe le veritable caractere,
& en fait tout le prix & tout le
mérite. Cicéron eft le feul des
Anciens qui ait écrit des Lettres
galantes , en prenant icy le mot
de galanterie pour celuy de politeffe
&
d'urbanité , comme par-
C
ij
28 Extraordinaire
loient les Romains , c'est à dire,
du ftile qu'ils appelloient tocofum
&Facetum, Il eft certain auffi que
Voiture a la gloire d'avoir efté le
premier , & peut- eftre l'unique
entre les Autheurs modernes ,
qui ait excellé en ce genre de
Lettres. Mr Sorel dit mefme qu'il
en eſt l'Inventeur , & que nous
luy avons beaucoup d'obligation
de nous avoir garantis de l'importunité
des anciens Complimens
, dont les Lettres eftoient
pleines , & d'auoir introduit une
plus belle & facile méthode d'écrire.
M'de Girac, fon plus grand
Ennemy , demeure d'accord ,
qu'on ne peut rien penfer de plus
agreable que fes Lettres galantes,
qu'elles font remplies de fel
Attique , qu'elles ont toute la
du Mercure Galant. 294
douceur & l'élegance de Terence
, & l'enjoüement de Lucien
. Il faut donc avoir le génie
de Voiture , ou de Balzac , pour
bien faire des Lettres galantes.
Le remercîment d'un Fromage;
ou d'une Paire de Gans, leur en
fourniffoit une ample matiere,
& ç'a efté par là qu'ils ont acquis
une fi grande réputation.
Nous n'avons point de belles
Lettres d'amour, & mefme il s'en
trouve peu chez les Anciens . Ce
n'eft pas affez que de fçavoir bien
écrire , il faut aimer. Ceux qui
réüffiffent ne font pas Autheurs.
Les Autheurs qui aiment, cherchent
trop à plaire ; & comme
les Billets d'amour les plus né .
gligez font les meilleurs , ils croiroient
fe faire tort s'ils paroif.
C iij
30 Extraordinaire
foient de la forte. Chacun fait
encore miftere de fa tendreffe ,
& craint d'eftre veu dans cette
négligence amoureuſe . Mais ce
qui fait auffi noftre délicateffe
fur ce fujet , c'eſt que la paffion
des autres nous femble une ridicule
chimere . Il faut donc aimer.
C'eſt là tout le fecret pour bien
écrire d'amour , & pour en bien
juger.
Pourbien chanter d'amour, ilfaut
eftre amoureux.
Je croy
meſme que
l'Amour a
efté le premier
Inventeur
des
Lettres. Il eft Peintre , il eft
Graveur, il eft encore un fidelle
Courrier
qui porte aux Amans
des nouvelles de ce qu'ils aiment.
La grande affaire a toûjours
eſté
celle du coeur. L'amour qui d'adu
Mercure Galant.
31
bord unit les Hommes, ne leur
donna point de plus grands defirs
que ceux de le voir & de fe
communiquer, lors qu'ils eftoient
féparez par une cruelle abfence.
Leurs foûpirs portoient dans les
airs leurs impatiences amoureufes
; mais ces foûpirs eftoient
trop foibles , quelques violens
qu'ils fuffent , pour ſe pouvoir
rencontrer . Ils demeuroient toû
jours en chemin , ardens , mais
inutiles meffagers des coeurs,
Mille Chifres gravoient fur les
Arbres , & fur les matieres les
plus dures , leurs inquiétudes &
leurs peines ; mais les Zéphirs
qui les baifoient en paffant, n'en
pouvoient conferver l'image, ny
la faire voir aux Amans abfens.
Les Portraits qui confervent fi
C iiij
32
Extraordinaire
vivement l'idée de l'Objet aimé ,
ne pouvoient répondre à leurs
careffes paffionnées . Il fallut
donc d'autres Interpretes , d'au.
tres Simboles , d'autres Images
, pour le faire entendre , fe &
pour s'expliquer , dans une fi
fâcheufe abfence ; & on s'eſt
fervy des Lettres qui , apres les
yeux , ne laiffent rien à defirer à
l'efprit , puis qu'elles font les
plus exacts , & les plus fidelles
Secretaires de nos coeurs . En
effet, ne font-elles pas fufceptibles
de toutes les paffions ? Elles
font triftes , gayes , coleres, amou
reufes , & quelquefois remplies
de haine & de reffentiment , car
les paffions fe peignent fur le
papier comme fur le vifage . On
avoit befoin de l'expreffion de
du Mercure Galant.
33
ces mouvemens, pour bien juger
de nos Amis pendant l'abſence.
C'est à l'Ecriture qu'on en eft
redevable , mais fur tout à l'A- .
mour, qui l'a inventée , Littera
opus amoris.
La gloire de bien écrire des
Lettres d'amour , a donc efté
réſervée avec juſtice au galant
Ovide. Il fçavoit l'art d'aimer,
& le mettoit en pratique. Quoy
qu'il ait pris quelquefois des fu
jets feints pour exprimer cette
paffion , il a fouvent traité de ſes
amours fous des noms empruncar
enfin qu'auroit - il pû
dire de plus pour luy mefme ?
Peut- on rien voir de plus touchant
& de plus tendre que les
Epiftres d'Ariane à Théfée , de
Sapho à Phaon , & de Léandre
tez ;
34
Extraordinaire
à Héro ? Mais ce que j'y admire
fur tout , ce font certains traits
fins & délicats , où le coeur a
bien plus de part que l'efprit.
Au refte on ne doit pas eftre
furpris , fi les Epiftres d'Ovide
l'emportent fur toutes
les Lettres d'amour , qui nous
font restées de l'Antiquité , &
mefme fur les Billets les plus galans
& les plus tendres d'apré.
fent. Elles font en Vers , & l'a
mour est l'entretien des Mufes.
Il eſt plus vif & plus animé dans
la Poëfie , que dans fa propre
effence , dit Montagne . L'avantage
de bien écrire d'amour appartient
aux Poëtes , affure M
de Girac ; & le langage des Hommes
eft trop bas pour exprimer
une paffion fi noble. C'est peutdu
Mercure Galant.
35
eftre la raison pourquoy nos
vieux Courtisans faifoient pref
que toujours leur Déclaration
d'amour en Vers , ou plutoft la
faifoient faire aux meilleurs Poëtes
de leur temps , parce qu'ils
croyoient qu'il n'y avoit rien de
plus excellent que la Poëfie , pour
bien repréſenter cette paffion ,
& pour l'inspirer dans les ames.
Mais tout le monde ne peut
pas eftre Poëte, & il y a encore
une autre raifon , qui fait que
nous avons fi peu de belles Lettres
d'amour ; c'eft qu'elles ne
font pas faites pour eftre veuës.
Ce font des oeuvres de tenebres,
qui fe diffipent au grand jour ; &
ce qui me le fait croire, c'eſt que
dans tous les Romans , où l'amour
eſt peint fi au naturel , où
36
Extraordinaire
les paffions font fi vives & fi ardentes
, où les mouvemens font
fi tendres & fi touchans , où les
fentimens font fi fins & fi délicats
; dans ces Romans , dis je,
dont l'amour profane a dicté toutes
les paroles , on ne trouvera
pas à prendre depuis l'Aſtrée jufqu'à
la Princeffe de Cléves , de
Lettres excellentes, & qui foient
achevées en ce genre. C'eft là
où prefque tous les Autheurs de
ces Fables ingénieuſes ont échoué.
Toutes les intrigues en
font merveilleufes , toutes les
avantures furprenantes , toutes
les converfations admirables ,
mais toutes les Lettres en font
médiocres ; & la raiſon eft, que
ces fortes de Lettres ne font pas
originales . Ce font des fantaifies,
du Mercure Galant. 37
des idées , & des peintures , qui
n'ont aucune reffemblance . Ces
Autheurs n'ont écrit ny pour
Cyrus , ny pour Clélie, ny pour
eux , mais feulement pour le Public
, dont ils ont quelquefois
trop étudié le gouft & les manieres
. Mais outre cela , s'il eft
permis de raconter les conqueftes
& les victoires de l'Amour,
les combats & les foufrances des
Amans , la gloire du Vainqueur,
la honte & les foûpirs des Vaincus
, il est défendu de réveler les
fecrets & les miſteres de ce Dieu,
& c'est ce que renferment les
Billets doux & les Lettres d'amour.
Il est dangereux de les intercepter
, & de les communiquer
à qui que ce ſoit qu'aux Intéreflez,
qui en connoiffent l'im38
Extraordinaire
portance. Le don de penétrer &
de bien goufter ces Lettres , n'apartient
pas aux Efprits fiers &
fuperbes , mais aux Ames fimples ,
pures & finceres , à qui l'amour
communique toutes les delices.
Les grands Génies fe perdent
dans cet abîme . Les fiers , les infenfibles
, les inconftans , enfin
ceux qui raiſonnent de l'amour,
& qui préfument tant de leurs
forces , ne connoiffent rien en
toutes ces chofés .
On ne doit pas chercher un
grand ordre dans les Lettres d'amour
, fur tout lors qu'elles repréfentent
une paffion naiffante,
& qui n'ofe fe déclarer ; mais il
faut un peu plus d'exactitude
dans les Réponses qu'on y fait.
Une Perfonne qui a épanché ſon
du Mercure Galant.
39
coeur fur plufieurs articles, & qui
eft entrée dans le détail de ſa paffion
, veut qu'on n'oublie rien, &
qu'on réponde à tout. Elle ne
feroit pas contente de ce qu'on
luy diroit en gros de tendre &
de paffionné , & le moindre article
négligé , luy paroiftroit d'un
mépris, & d'une indiférence impardonnable.
Le premier qui
écrit, peut répandre fur le papier
toutes les penfées de fon coeur,
fans y garder aucun ordre, & s'abandonner
à tous fes mouvemens
; mais celuy qui répond ,
a toûjours plus de modération .
Il obferve l'autre , le fuit pas
pas, & ne s'emporte qu'aux endroits
, où il juge que la paffion
eft neceffaire , car enfin les af
faires du coeur ont leur ordre &
à
40
Extraordinaire
leur exactitude auffi- bien que les
autres. J'avoue que ces Lettres
ont moins de feu , moins de bril .
lant , & moins d'emportement
que les premieres ; mais pour
eftre plus moderées & plus tranquilles
, elles ne font pas moins
tendres & moins amoureuſes.
Si l'on confidere fur ce pied - là
les Réponses aux Lettres Portugaifes
, on ne les trouvera pas fi
froides & fi languiffantes que
quelques- uns ont dit. C'est un
Homme qui écrit , dont le cara-
&tere eft toûjours plus judicieux
que celuy d'une Femme. Il fe
juftifie, il raffure l'efprit inquiet
de fa Maîtreffe , il luy ofte fes
fcrupules , il la confole enfin , il
répond exactement à tout . Cela
demande plus d'ordre , que les
du Mercure Galant.
41
faillies volontaires de l'amour,
dont les Lettres Portugaiſes font
remplies . Si les Réponses font
plus raisonnables , elles font auffi
tendres & auffi touchantes que
les autres , defquelles pour ne
rien dire de pis , on peut affurer
qu'elles font des images de la
paffion la plus defordonnée qui
fut jamais. L'amour y eft auffi
naturellement écrit , qu'il eftoit
naturellement reffenty . C'eft
une violence & un déreglement
épouvantable . S'il ne faut que
bien des foibleffes pour prouver
la force d'une paffion , fans -doute
que la Dame Portugaife aime
bien mieux que le Cavalier François
, mais s'il faut de la raiſon ,
du jugement, & de la conduite,
pour rendre l'amour folide &
Q. deJuillet 1683.
D
42 Extraordinaire
durable , on avoüera que le Cavalier
aime encore mieux que la
Dame. Les Femmes fe flatent
qu'elles aiment mieux que nous,
parce que l'amour fait un plus
grand ravage dans leurs ames,
& qu'elles s'y abandonnent entierement
; mais elles ne doivent
pas tirer de vanité de leur foibleffe
. L'Amour eft chez elles
un Conquérant, qui ne trouvant
aucune réfiftance dans leurs
cours, paffe comme un torrent,
& n'a pas plutoſt aſſujetty leur
raiſon, qu'il abandonne la place.
Mais chez nous , c'eſt un Ufurpateur
fin & rufé , qui fe retranche
dans nos coeurs , & qui les
conferve avec le mefine foin qu'il
les a pris . Il s'accommode avec
noftre raiſon , & il aime mieux
du Mercure Galant.
43
regner plus feûrement & plus
longtemps avec elle , que de
commander feul , & craindre à
tous momens la revolte de fon
Ennemie . C'eſt donc le bon fens
abufé , & la raiſon féduite , qui
rendent l'amour conftant & in
vincible , & c'eft de cette forte
d'amour dont nous voyons le
portrait dans les Réponses aux
Lettres Portugaifes, & dans prefque
toutes celles qui ont le veritable
caractere de l'Homme.
Ovide ne brille jamais tant dans
les Epiftres de fes Héros , que
dans celles de fes Héroïnes. Il
obſerve dans les premieres plus
de fageffe , plus de retenue , &
bien moins d'emportement
. On
fe trompe donc de croire
que
Lettres amoureufes ne doivent
les
Dij
44
Extraordinaire
Ne pas eftre fi raisonnables .
feroit.ce point plutoft que les
Femmes fentant que nous avons
l'avantage fur elles pour les Lettres
, & que nous regagnons à
bien écrire , ce qu'elles nous of
tent à bien parler , ont introduir
cette maxime, qu'elles l'emportoient
fur nous pour les Lettres
d'amour , qui pour eſtre bien paf
fionnées , ne demandent pas, difent
elles , tant d'ordre , de liaifon,
& de fuite ? Cette erreur a
gagné la plupart des Efprits, qui
font valoir je - ne - fçay quels Billets
déreglez , où l'on voit bien
de la paffion , mais peu d'efprit
& de délicateſſe
, non pas que je
veüille avec Mi de Girac , que
pour réüffir dans les Lettres d'amour
, on ait tant d'efprit , &
du Mercure Galant,
45
qu'on ne puiffe fçavoir trop de
chofes. La paffion manque rarement
d'eftre éloquente , a dit
agreablement un de nos Autheurs
; & en matiere d'amour,
on n'a qu'à fuivre les mouvemens
de fon coeur. Le Bourgeois Gentilhomme
n'eftoit pas fi ridicule
qu'on croiroit bien , de ne vou
loir ny les feux , ny les traits du
Pédant Hortenfius, pour déclarer
fa paffion à fa Maîtreffe, mais
feulement luy écrire , Belle Marquife,
vos beauxyeux me font mourir
d'amour. C'en feroit fouvent affez ,
& plus que toute la fauffe galanterie
de tant de Gens du monde,
qui n'avancent guére leurs affaires
avec tous leurs Billets doux,
qui cherchent fineffe à tout , &
qui fe tuënt à écrire des Riens,
46
Extraordinaire
d'une maniere galante , & qui
foient tournez gentiment , comme
parle encore le Bourgeois Gentilhomme.
Ceux qui ont examiné de pres
les Lettres amoureufes de Voiture
, n'y trouvent point d'autre
defaut que le peu d'amour . Voiture
avoit de l'efprit , il eftoit
galant, il prenoit feu meſme aupres
des Belles ; mais il n'aimoit
guére, & fongeoit plutoft à dire
de jolies chofes , qu'à exprimer
fa paffion. Il eftoit de compléxion
amoureufe, dit M' Pelliffon
dans fa Vie , ou du moins feignoit
de l'eftre, car on l'accuſoit
de n'avoir jamais veritablement
aimé. Tout fon amour eftoit
dans fa tefte , & ne defcendoit
jamais dans fon coeur. Cet amour
du Mercure Galant. · 47
fpirituel & coquet eft encore la
caufe pourquoy fes Lettres font
fi peu touchantes , & prefque
toutes remplies de fauffes pointes,
qui marquent un efprit badin
qui ne fçait que plaifanter . Or il
eft certain qu'en amour la plaifanterie
n'eft pas moins ridicule,
qu'une trop grande fageffe. Les
Lettres amoureufes de Voiture
ne font
pas des Originaux que la
Jeuneffe doive copier , mais que
dis-je , copier? Toutes les Lettres.
d'amour doivent eftre originales.
Dans toutes les autres on peut
prendre de bons modelles ,
les imiter ; mais icy il faut que
le coeur parle fans Truchement.
Qui fe laiffe gagner par des paroles
empruntées , mérite bien
d'en eftre la Dupe. L'amour eft
&
48
Extraordinaire
affez éloquent , laiffez le faire ;
s'il eft réciproque, on fçaura vous
entendre, & vous répondre . Mais
c'eft affez parler des Lettres d'a
mour, tout le monde s'y croit le
plus grand Maiftre.
Je pourrois ajoûter icy les Lettres
de Politique ; mais outre
qu'elles font compriſes dans les
Lettres d'affaires, il en eft comme
de celles d'amour. Le Cabinet
& la Ruelle obfervent des
regles particulieres , qui ne font
connues que des Maiftres . Il n'y
a point d'autres préceptes à pra
tiquer, que ceux que l'Amour &
la Politique infpirent ; mais neanmoins
fi l'on veut des modelles
des Lettres d'affaires, on ne peut
en trouver de meilleures que celles
du Cardinal du Perron , & du
Cardinal
du Mercure Galant.
49
Cardinal d'Offat, puis qu'au fentiment
de M'de la Mote leVayer,
la Politique n'a rien de plus confiderable
que les Lettres de ce
dernier.
Voila à peu prés l'ordre qu'on
peut tenir dans les Lettres . Cependant
il faut avouer qu'elles ne
font plus aujourd'huy das les bor.
nes du StileEpiftolaire . Celles des
Sçavans , font des Differtations ,
& des Préfaces ; celles des Cavaliers
& des Dames , des Entretiens
divers , & des Converſations
galantes. Si un Ecclefiaftique
écrit à quelqu'un fur la naiffance
d'un Enfant , il luy fait un
Sermon fur la fécondité du Ma.
riage , & fur l'éducation de la
Jeuneffe. Si c'eſt un Cavalier qui
traite le mefme fujet , il fe divertit
Q.de Fuillet 1683.
E
So Extraordinaire
fur les Couches de Madame , il
complimente le petit Emmailloté
, & faifant l'Aftrologue avant
que de finir fa Lettre , il
allume déja les feux de joye de
fesVictoires, & compofe l'Epithalame
de fes Nôces. Neantmoins
on appelle tout cela de belles &
de grandes Lettres ; mais on de
vroit plus juſtement les appeller
de grands Difcours , & de petits
Livres , au bas deſquels , comme
dit M' de Girac , on a mis voftre
tres-humble & tres- obeiſſant Serviteur.
Il n'y a plus que les Procureurs
qui demeurent dans le veritable
caractere des Lettres . On
ne craint point d'accabler une
Perfonne par un gros Livre fous
le nom de Lettre ; & je me fouviens
toûjours de la Lettre de
du Mercure Galant.
SI
trente- fix pages que Balfac écrivit
à Coftar , & dont ce dernier
ſe tenoit fi honoré. C'eſt à qui
en fera de plus grandes , & qui
pour un mot d'avis , compoſera
un Avertiffement au Lecteur,
mais quand on envoye de ces
grandes Lettres à quelqu'un , on
peut luy dire ce que Coftar dit
à Voiture , peut - eſtre dans un
autre fens , Habes ponderofiffimam
Epiftolam ,, quanquam non maximi
ponderis. Mais ces Meffieurs veu
lent employer le papier & écrire,
donec charta defecerit. C'est ce qu'a
fait M' de la Motte le Vayer dans
1 fes Lettres , qui ne font que des
compilations de lieux communs,
S & qu'avec raifon il a nommées
petits Traitez en forme de Lettres
, écrites à diverfes Perfonnes
E ij
32 Extraordinaire
ftudieuſes. Cependant il prétend
à la qualité de Seneque François,
& il dit que perfonne n'avoit encore
tenté d'en donner à la France
, à l'imitation de ce Philofophe.
Il éleve extrémement les
Epiftres de Seneque , afin de
donner du luftre aux fiennes . II
a raifon ; car il eft certain que
toute l'Antiquité n'a rien de
comparable en ce genre , non pas
mefme les Epiftres de Cicéron ,
qui toutes élegantes , & toutes
arbaniques qu'elles font , n'ont
rien qui approche, non feulement
du brillant & du folide de celles
de Seneque , mais encore de jene-
fçay- quel air , qui touche , qui
plaift , & qui gagne le coeur &
l'efprit , dés la premiere lecture .
Mais enfin quoy que ces petits
du Mercure Galant.
53
Ouvrages qu'on appelle Lettres,
n'ayent que le nom de Lettres,
c'eſt une façon d'écrire tres - fpirituelle
, tres- agreable , & mefme
tres - utile , comme on le voit par
les Lettres de M' de la Motte le
Vayer , qui font pleines d'érudi
tion , d'une immenfe lecture , &
d'une folide doctrine . Il n'a tenu
qu'à la Fortune , dit M' Ogier,
que les Lettres fçavantes de Balzac,
n'ayet efté des Harangues &
des Difcours d'Etat . Si on en ofte
le Monfeigneur , & voftre tres-humble
Serviteur , elles feront tout ce
• qu'il nous plaira ; & il ajoûte
apres Quintilien , que le Stile
des Lettres qui traitent de Sciences
, va du pair avec celuy de
l'Oraifon . Je voudrois donc qu'on
donnaſt un nouveau nom à ce
E iij
34
Extraordinaire
genre d'écrire , puis que c'eft
une nouvelle choſe. Je voudrois
encore qu'on laiſſaſt aux
Lettres d'affaires & de refpect,
l'ancien Stile Epiſtolaire , & que
tout le refte des chofes qu'on
peut traiter avec fes Amis , ou
avec les Maîtreffes , portaft le
nom dont on feroit convenu .
En effet ne feroit- il pas à propos
qu'une Lettre qu'on écrit à un
Homme fur la mort de fa Femme
, ne fuft pas une Oraifon funebre
; celle de conjoüiffance ,
une Panilodie , celle de recommandation
, un Plaidoyé , & ainſi
des autres , que les diverfes conjonctures
nous obligent d'écrire.
Ce n'eft pas que ces Livres en
forme de Lettres , manquent d'agrément
& d'utilité , on les peut
du Mercure Galant.
55
3.
lire fans ennuy quand elles font
bien écrites , & mefme on y apprend
quelquefois plus de chofes
que dans les autres Ouvrages ,
qui tiennent de l'ordre Romanefque
, ou de l'Ecole ; mais on ne
doit trouver dans chaque chofe
que ce qu'elle doit contenir. On
cherche des Civilitez & des
Complimens dans les Lettres , &
non pas des Hiftoires , des Sermons
, ou des Harangues ; on a
raifon de dire qu'il faut du temps
pour faire une Lettre courte , &
fuccincte. Ce n'eft pas un paradoxe
, non plus que cette autre
maxime , qu'il eft plus aifé de
faire de longues Lettres , que de
courtes ; tout le monde n'a pas
cette brieveté d'Empereur dont
parle Tacite , & tous les demis
E iiij
36
Extraordinaire
beaux Efprits ne croyent jamais
en dire affez , quoy qu'ils en difent
toûjours trop .
Il feroit donc à propos qu'on
remift les chofes au premier état,
on trouveroit encore affez d'autres
fujets , pour faire ce qu'on
appelle de grandes Lettres , &
l'on auroit plus de plaifir à y travailler
fous un autre nom ; car ce
qui fait aimer cette façon d'écrire
, c'est que beaucoup de
Perfonnes qui ont extrémement
de l'efprit , le font paroiftre par là.
Tout le monde ne fe plaift pas à
faire des Livres , & il feroit fâcheux
à bien des Gens , d'étoufer
tant de belles penſées , & de
beaux fentimens , dont ils veulent
faire part à leurs Amis. Les
Femmes fpirituelles font intedu
Mercure Galant.
$7
reffées en ce que je dis , auffibien
que les Hommes galans .
Ces Hommes doctes du Cercle ,
& de la Rüelle , dont les opinions
valent mieux que toute la doctrine
de l'Univerfité , & dont un
jour d'entretien vaut dix ans d'école
; les Balzac , les Coftar, les
Voiture , fe font rendus inimortels
par leurs grandes Lettres , &
cette lecture a plus poly d'Efprits ,
& plus fait d'honneftes Gens , que
tous les autres Livres. En effet
il y a bien de la diférence entre
leur Stile , & le langage figuré
de la Poëfie , l'emphatique des
Romans , & le guindé des Orateurs
, fans parler de cet ar de
politeffe , & de galanterie , qu'on
ne trouve paschez les autres Autheurs.
Si nous en croyons CoЯar
$8
Extraordinaire
dans Epiftre de fes Entretiens
qu'il dédie à Conrard , l'invention
de ces fortes de Lettres luy
eft deuë , & à Voiture . Nous
nous avifames , dit- il , M' de Voiture
& moy de cette forte d'Entretiens
qui nous fembloit une image
affez naturelle de nos Converfations
ordinaires, & qui lioit une fi étroite
communication de pensées entre deux
abfens , que dans noftre éloignement,
nous ne trouvions guéres à dire
qu'une fimple & legere fatisfaction
de nos yeux , & de nos oreilles. Tout
ce qu'on peut ajoûter à cela , eſt
que ces fortes de Lettres font feu
lement l'image de la Converfation
de deux Sçavans ; car d'autres
Lettres auffi longues , feroient
de faides images de la Converfation
des Ignorans , & du
du Mercure Galant.
59
vulgaire , mais enfin je voudrois
que l'Académie euft efté le Parain
de ce que nous appellons de
grandes Lettres.
Difons maintenant quelque
chofe des Billets , qu'on peut
nommer les Baftards des Lettres
& des Epiftres,fi j'ofe parler ainfi.
Ce que j'appellois tantoft des
Lettres d'affaires , fe nomme
quelquefois des Billets . Les Amans
mefme s'en fervent , quand
ils expriment leur paffion en racourcy
. Ce genre d'écrire fuplée
à toutes les Lettres communes,
& ce qui eft commode c'eft
qu'on n'y obferve point les qualitez
. Les noms de Monfieur &
de Madame s'y trouvent peu , toû
jours en parenteſe , & jamais au
commencement. J'ay crû que
60 Extraordinaire
cette invention eftoit venuë de la
lecture des Romans , où l'on s'appelle
Tirfis & Silvandre , & où
il n'y a que les Roys , & les Reynes
, aufquels on donne la qualité
de Seigneurs , & de Dames ; mais
j'ay remarqué qu'autrefois dans
les Lettres les plus férieuſes , on
n'obfervoit pas ces délicateffes
de cerémonies , comme de mettre
toûjours à la tefte , Sire, écrivant
au Roy ; ou Monseigneur , écrivant
à quelque Prince, ou à quelque
Grand, & de laiffer un grand
eſpace entre le commencement
de la Lettre. Toutes les Epiftres
dédicatoires de nos anciens Autheurs
en font foy , & commencent
comme celles des Tragédies
de Garnier. Si nous , originaires
Sujets de Voftre Majesté, Sire , vous
du Mercure Galant. 61
devons naturellement nos Perfonnes,
&c. Voila comme ce Poëte écrit
à Henry III . & à M¹ de Rambouillet
, Quand la Nobleffe Françoife
embraffant la vertu comme vous
faites , Monfeigneur , &c. Cela
femble imiter le Stile Epiſtolaire
des Anciens , dont le cerémonial
eftoit à peu prés de cette forte ,
car j'appelle ainfi ces fcrupuleuſes
regles de civilité , que
quelques uns ont introduites
dans les Lettres. Quoy qu'il en
foit , on dit que Madame la Marquife
de Sablé a inventé cette
maniere d'écrire commode &
galante , qu'on nomme des Billets.
Nous luy fommes bien redeva
bles de nous avoir délivrez par
ce moyen de tant de civilitez fâcheufes
, & de complimens in
-
62 Extraordinaire
fuportables. Ce n'eft pas qu'il n'y
faille apporter quelque modification
, car on en abufe en beaucoup
de rencontres , & l'on rend
un peu trop commun , ce qui n'ef
toit employé autrefois que par les
Perfonnes de la premiere qualité,
envers leurs inférieurs , d'égal à
égal , & dans quelque affaire de
peu d'importance , ou dans une
occafion preffante. Enfin les Bil
lets doivent eftre fuccincts pour
l'ordinaire , & n'eftre pas fans
civilité. Seneque veut que ceux
que nous écrivons à nos Amis ,
foient courts. Quandje vous écris,
dit- il à Lucilius , il me semble que
je ne dois pas faire une Lettre , mais
un Billet , parce que je vous vois , je
vous entens , & je fuis avec vous.
En effet , les Billets n'ayant lieu
du Mercure Galant.
63
que lors qu'on n'eft pas éloigné
les uns des autres , ou lors qu'on
n'a pas le loifir d'écrire plus amplement
, il n'eft pas befoin d'un
grand nombre de paroles , il ne
faut écrire que ce qui eft abfolument
neceffaire , & remettre
le refte à la premiere occafion.
Il femble qu'avec la connoiffance
de toutes ces chofes , il ne
foit pas difficile de réüffir dans le
Stile Epiftolaire. Cependant je
ne craindray point de dire que
les plus habiles Hommes n'y rencontrent
pas toûjours le mieux,
& qu'une Lettre bien faite eft le
chefd'oeuvre d'un bel Efprit . Il
y a mefme des Gens qui en ont
infiniment , qui n'ont aucun talent
pour cela , & qui envient
avec M' Sarazin , la condition de
64
Extraordinaire
leurs Procureurs , qui commencent
toutes leurs Lettres par je
vous diray , & les finiffent par je
fuis. Je ne m'en étonne pas . Il
n'y a point de plaifir à fe com.
mettre , & c'eft ordinairement
par les Lettres qu'on juge de l'ef
prit d'un Homme . Če doit eftre
fon veritable portrait , & s'il a
du bon fens , ou s'il en manque,
il cft impoffible qu'on ne le voye
par là . On voit bien à ta Lettre ,
dit Théophile répondant à un
Fat , que tu n'es pas capable de
beaucoup de choses. Qui ne fait pas
bien écrire , ne fçait pas bien imaginer.
Ton entendement n'eft pas
plus agreable que ton file. Ceux
qui brillent dans la Converfation
, & dans les Ouvrages de
galanterie , ont quelquefois de
du Mercure Galant. 65
la peine à s'affujettir aux regles
aufteres d'une Lettre férieufe. Il
ya encore bien des Gens qui ne
fçauroient écrire que comme ils
parlent , & ce n'eft pas cela .
Rien n'impofe fur le papier , la
voix , le gefte , ne peuvent s'y
peindre avec le difcours , & ces
chofes bien fouvent en veulent
plus dire que ce qu'on écrit . Mais
comme on ne dit pas aux Gens
les chofes de la maniere qu'on les
écrit , on ne doit pas auffi leur
écrire de la maniere qu'on leur
parle , & comme dit M le Chevalier
de Meré , Il y a de cerm
taines Perfonnes quiparlent bien en
apparence , & qui ne parlent pas
bien en effet. Comme ilfaut duſoin,
& de l'application pour bien écrire
& de
tes Perfonnes ne veulent pas fe don-
Q.deJuillet 1683 .
E
66 Extraordinaire
ner tant depeines , & c'est pourquoy
elles font rarement de belles Lettres .
De plus , ajoûte´ce galant Homme
, ces beaux Efprits commencent
toûjours leurs Lettres trop finement,
ils ne fçauroient les foutenir. Cela
les ennuye , les laffe , & les dégoûte.
Cependant ilfaut toûjours rencherir
fur ce qu'on adit en commençant, &
lors qu'une Lettre eft longue , tant de
fubtilité devient laffante. Enfin il ne
faut ny outrer, nyforcer , ny tirer de
loin ce qu'on veut dire , cela réuſſit
toûjours mal.
La pratique de toutes ces regles
, peut rendre un Homme ha
bile en ce genre d'écrire , & rien
n'eſt plus capable de luy donner
de la réputation. Nous l'avons
veu dans quelques Autheurs modernes
, & ce que les Anciens
du Mercure Galant.
67
2
J
1
S
nous ont laiſſé du Stile Epifto .
laire , l'emporte pour l'agrément
& la délicateffe , fur tous les autres
Ecrits. Les Epiftres de Ci
céron , les Epiftres de Seneque,
& celles d'Ovide , font encore
les délices des Sçavans , pour ne
rien dire des Epiftres de S. Jérôme
, de S. Grégoire , de S. Ber
nard , & de plufieurs autres Peres
de l'Eglife , où l'on ne voit pas
moins d'efprit , & d'éloquence,
que de doctrine , & de pieté.
EPISTOLAIRE. ⠀
L
' Ecriture eft l'image de la
Parole , comme la Parole
eft l'image de la Penſée . L'uſage
de la Parole eft divin , l'invention
de l'Ecriture merveilleuſe. Enfin
toutes les deux nous rendent do-
& es & raiſonnables. Rien n'eft
plus prompt que la Parole ; ce
n'eft qu'un fon que l'air forme
& diffipe en mefme temps . L'Ecriture
eft plus durable , elle fixe
ce Mercure , elle arrefte cette
Fléche, qui eftant décochée, ne
revient jamais. Elle donne du
A ij
7
Extraordinaire
corps à cette noble expreffion
de l'ame , & la rendant viſible à
nos yeux , pour me fervir des
termes d'un de nos Poëtes , elle
conferve plufieurs fiecles , ce qui
me fembloit mourir en naiffant.
Mais fi l'Ecriture perpétuë la
Parole, elle la fait encore entendre
à ceux qui font les plus éloignez,
& comme un Echo fidelle,
elle répete en mille lieux , & à
mille Gens , ce que l'on n'a dit
quelquefois qu'en fecret , & à
l'oreille. C'est ce qui la rend fi
neceffaire dans la vie , & particulierement
dans l'ufage du Stile
Epiftolaire ; car enfin l'Ecriture
qui a esté inventée pour conferver
les Sciences, & pour eternifer
les actions des Grands Hommes,
ne l'a pas moins efté pour fupléer
du Mercure Galant.
5.
à l'éloignement des lieux , & à
l'abſence des Perfonnes. On n'a
pas toûjours eu befoin de Contracts
& d'Hiftoires , pour infpirer
la vertu , & la bonne-foy.
Nos anciens Gaulois mefme ont
efté braves, vertueux, & fçavans,
fans le fecours de ce bel Art . La
Parole & la Memoire contenoient
toutes leurs fciences , &
toute leur étude ; mais dans le
commerce de la vie , où l'on ne
peut cftre toûjours enſemble,
y a.t. il rien de plus agreable, &
de plus utile, que de fe parler &
de s'entretenir par le moyen
d'une Lettre , comme fi l'on ef
toit dans un mefme lieu ? Bien
plus, fi nous en croyons l'amou
reuſe Portugaife , les Lettres
nous donnent une plus forte idée
A üj
Extraordinaire
de la Perfonne que nous aimons .
Il mefemble, dit - elle à fon Amant,
que je vous parle quandje vous écris,
&
que vous m'eftes un peu plus préfent.
Un Moderne a donc eu raifon
de nommer les Lettres les
Difcours des Abfens. L'Homme fe
répand & fe communique par
elles dans toutes les Parties du
Monde . Il fçait ce qui s'y paffe,
& il y agit mefme pendant qu'il
fe repofe ; un peu d'encre & de
papier , fait tous ces miracles.
Mais que j'ay de dépit contre
ceux , qui pour rendre ce com ..
mercé plus agreable , l'ont rendu
fi difficile, qu'au lieu d'un quartd'heure
qu'il falloit pour faire
fçavoir de fes nouvelles à quelqu'un
, il y faut employer quelquefois
unejournée entiere ! L'adu
Mercure Galant.
rangement
d'une douzaine
de
paroles emporte deux heures de
temps. C'eſt une affaire qu'une
Lettre , & tel qui gagneroit
fon
Procés , s'il prenoit la peine d'écrire
pour le folliciter
, aime
mieux le perdre comme le Mifantrope
de Moliere , que de
s'engager
dans un pareil embarras
.
On a prétendu mettre en Art
ce genre d'écrire , & quelquesuns
( comme de la Serre & fes
Imitateurs ) en ont voulu faire
leçon . Un Moderne mefme , parmy
tant de préceptes qu'il a
donnez pour l'éducation d'une
Perfonne de qualité, a traité de
la maniere d'écrire des Lettres ,
de leur diférence, & du ſtile qui
leur eft propre. Je veux croire
A iiij
8 Extraordinaire
qu'il a tres - bien réuffy en cela ;
mais n'y a-t- il point un peu d'affectation
baffe & inutile , de donner
pour regles, qu'aux Perſonnes
d'un rang au deffus de nous,
aufquelles on écrit, il faut fe fervir
de grand papier, que la feüille
foit double ,qu'on mette un feuillet
blanc, outre l'envelope pour
couvrir cette feuille , fi elle eft
écrite de tous coſtez , qu'il y ait
un grand efpace entre le Monfei
gneur & la premiere ligne , & cent
autres chofes de cette nature ?
Cela , dis-je , ne fent- il point la
bagatelle, & y a- t - il rien de plus
ridicule qu'un Homme qui fe
pique d'écrire , de plier , & de
cacheter des Lettres à la mode ,
comme parlent quelques Prétieux
? Ce font des minuties indi
du Mercure Galant.
9
gnes d'un honnefte Homme , &
d'un bel Efprit. Qui fçait faire
une belle Lettre , la fçait bien plier
fans qu'on luy en donne des préceptes
, & ces petites façons de
quelques Cavaliers & de quelques
Dames pour leurs Poulets,
font des galateries hors d'oeuvre,
& des marques de la petiteffe de
leur efprit,plutoft que de leur po
liteffe , & de leur honnefteté.
Leurs Lettres n'ont rien de galat,
fi vous en oftez le papier doré, la
foye, & la cire d'Espagne. Cet endroit
de la Civilité Françoiſe, me
fait fouvenir de cet autre des
Nouvelles nouvelles , où deux
prétédus beaux Efprits difputent
s'il faut mettre la datte d'une
Lettre au commencement , ou à
la fin. L'un répond, & peut-eftre
ΙΟ Extraordinaire
avec efprit, qu'aux Lettres d'af.
faires & de nouvelles , il faut
écrire la datte au haut , parce
qu'on eft bien - aiſe de fçavoir
d'abord le lieu & le temps qu'el
les font écrites ; mais que dans
les Lettres galantes & de complimens
, où ces chofes font de
nulle importance , il faut écrire
la datte tout au bas . Mais ils font
encore une autre Queſtion , fçavoir
, s'il faut écrire , de Madrid,
ou à Madrid ; & l'un d'eux la réfout
affez plaifamment , en difant
qu'il ne faut mettre ny à , ny de,
mais feulement Madrid ; & que
c'eft de la forte que le pratiquent
les Perfonnes de qualité.
Je fçay qu'il y a mille choſes
qu'il ne faut pas négliger dans
les Lettres, à l'égard du refpect,
du Mercure Galant . II
de l'honnefteté , & de la bien .
féance ; & c'est ce qu'on appelle
le decorum du Stile Epiftolaire,
qui en fait tantoft l'acceffoire,
& tantoft le principal. Toutes
ces formalitez font le principal
des Lettres de compliment, mais
elles ne font que l'acceffoire des
Lettres d'affaires, ou de galanterie.
Quand une Lettre inftru-
Ative, ou galante, eft bien écrite ,
on ne s'attache pas à examiner
s'il y a affez de Monfieur ou de
Madame , & fi le Serviteur treshumble
eft mis dans toutes les
formes ; mais dans une Lettre de
pure civilité , on doit obſerver
cela exactement . Ceux qui fçavent
vivre , & qui font dans le
commerce du grand monde, ne
manquent jamais à cela , me dira12
Extraordinaire
t - on , & ainfi il eft inutile de faire
ces fortes d'obfervations . Il eft
vray ;mais quandje voy que dans
les plus importantes négotiations
, un mot arrefte d'ordinaire
les meilleures teftes , & retarde
les dépefches les plus preffées,
quand je voy que l'Académie
Françoife fe trouve en peine
comment elle foufcrira au bas
d'une Lettre qu'elle veut écrire
à M' de Boifrobert , qu'elle ne
fçait fi elle doit mettre Vos tres
affclionnez Serviteurs, parce qu'
elle ne veut pas foufcrire vos tres
humbles Serviteurs , qu'enfin elle
cherche un tempérament , &
qu'elle foufcrit Vos tres paffionnez
Serviteurs , je croy que ces formalitez
font neceffaires , qu'on
peut entrer dans ces détails , &
81
du Mercure Galant.
13
s'en faire des regles judicieuſes &
certaines. Mais je ne puis approuver
qu'on aille prendre des
modelles de Lettres dans la Traduction
de Jofephe par M'd'Andilly
, car quel raport peut -il y
avoir entre un Gouverneur de
Province qui écrit à Lours LE
GRAND, & Zorobabel qui écrit
au Roy de Perfe ? Je ne m'étonne
donc pPfces Ecrivains
qui femblent eftre faits pour en
tretenir les Colporteurs, & pour
garnir les rebords du Pont. neuf,
n'ont pas réüffy dans les modelles
qu'ils nous ont donnez pour
bien écrire des Lettres. Leurs
Ouvrages font trop froids, ou de
pur caprice , & les Autheurs
n'eftoient pas prévenus des paffions
qu'il faut reffentir , pour
14
Extraordinaire
entrer dans le coeur de ceux qui
en font émûs. Perfonne ne fe
reconnoift dans leurs Lettres ,
parce que ce font des portraits
de fantaiſie , qui ne reſſemblent
pas . On n'a donc fait que fe di .
vertir des regles qu'ils nous ont
voulu preſcrire, & on a toûjours
crû qu'il eftoit impoffible de
fixer les Lettres dans un Royaume,
où l'on ne change pas moins
de mode pour écrire que pour
s'habiller.
La Nature nous eft icy plus
neceffaire que l'Art ; & l'Ecriture ,
qui eft le Miroir dans lequel elle
fe repréſente, ne rend jamais nos
Lettres meilleures , que
lors qu '
elles luy font plus femblables.
Comme rien n'eft plus naturel
à l'Homme que la parole , rien
du Mercure Galant.
IS
ne doit eftre plus naturel que fon
expreffion. L'Ecriture , comme
un Peintre fidelle, doit la repréfenter
à nos yeux de la mefme
maniere qu'elle frape nos oreilles
, & peindre dans une Lettre ,
ainfi que dans un Tableau , non
feulement nos paffions, mais encore
tous les mouvemens qui les
accompagnent. Jeſçay bien que
le Jugement venant au fecours
de l'Ecriture, retouche cette premiere
Ebauche , mais ce doit
eftre d'une maniere fi naturelle,
que l'Art n'y paroiffe aucunement
; car la beauté de cette
peinture confifte dans la naïveté.
Nos Lettres qui font des
Converfations par écrit, doivent
donc avoir une grande facilité,
pour atteindre à la perfection du
16 Extraordinaire
genre Epistolaire , & pour y
réüffir , les principales regies
qu'il faut obferver, font d'écrire
felon les temps , les lieux , & les
perfonnes. De l'obfervation de
ces trois circonstances dépend la
réüffite des belles Lettres, & des
Billets galants ; mais à dire vray,
tout le monde ne connoift pas
veritablement ce que c'est que
cet Art imaginaire , ny quelles
font les Lettres qui doivent eftre
dans les bornes du Stile Epiftolaire.
On les peut réduire toutes à
quatre fortes , les Lettres d'af
faires , les Lettres de compliment,
les Lettres de galanterie ,
les Lettres d'amour. Comme le
mot d'Epiſtre eft finonime à celuy
de Lettre, je ne m'arreſteray
du Mercure Galant. 17
point à expliquer cette petite
diférence. Je diray feulement
que le ftile de la Lettre doit eftre
fimple & coupé , & que le ftile
de l'Epiftre doit avoir plus d'ornement
& plus d'étendue , comme
on peut le remarquer chez
Fes Maiftres de l'Eloquence
Greque & Romaine .
Enfin
chacun fçait que le mot d'Epiftre
eft confacré dans la Langue Latine,
& qu'il n'eft en ufage parmy
nous , que dans les Vers, & àla
tefte des Livres qu'on dédie;
mais ce qui eft affez remarquable
, c'eft d'avoir donné le nom
de Lettres à cette maniere d'écrire
, ce nom comprenant toutes
les Sciences . On
peut neantmoins
le donner veritablement
à ces grandes & fçavantes Let-
Q.de Fuillet 1683.
B
18 Extraordinaire
tres de Balzac, de Coftar , & de
quelques autres celebres Autheurs
. Les Lettres d'affaires
font faciles , il ne faut qu'écrire
avec un peu de netteté , & -bien
prendre les moyens qui peuvent
faire obtenir ce qu'on demande.
Peu de ces Lettres voyent le jour,
& perfonne ne s'avife d'en faire
la Critique. Il n'en eft pas de
meline des Lettres de compli
ment . Comme elles font faites
pour fatisfaire à noftre vanité,
on les expoſe au grand jour , &
on les examine avec beaucoup
de rigueur. Il n'y en a prefque
point d'achevées , & l'on n'en
peut dire la raifon , fi ce n'eft que
de toutes les manieres d'écrire ,
le Panégyrique eft le plus difficile,
C'eft le dernier effort du
du Mercure Galant.
19
genre démonftratif. Ainfi il eſt
rare qu'une Lettre foit une veritable
Piece d'éloquence. De
plus , ces fortes de Lettres s'adreffent
toûjours à des Gens,
qui eftant prévenus de fortes
paffions , comme de la joye & de
la trifteffe , & qui ne manquant
pas de vanité & d'amour propre,
ne croyent jamais qu'on en dife
affez. Ceux- mefme qui n'y ont
point de part , en jugent felon
leur inclination , & ils trouvent
toûjours quelque chofe à redire,
parce que les louanges qu'on
donne aux autres , nous paroiffent
fades, par une fecrete envie
que le bien qu'on en dit nous
caufe. Mais au refte fi on eftoit
bien defabufé que les Lettres
ne font pas toujours des compli
Bij
20 Extraordinaire
mens & des civilitez par écrit,
qu'elles n'ont point de regles
précifes & certaines , peut- eſtre
n'en blâmeroit- on pas comme
l'on fait , de fort bonnes , & de
bien écrites. Si on eftoit encore
perfuadé que les Lettres font de
fidelles Interpretes de nos penfées
& de nos fentimens , que ce
1 font de veritables portraits de
nous.mefmes , où l'on remarque
jufques à nos actions & à nos manieres
, peut- eftre que les plus
négligées & les plus naturelles.
feroient les plus eſtimées . A la
yerité ces peintures , pour eſtre
quelquefois trop reffemblantes,
en font moins agreables, & c'eſt
pourquoy on s'étudie à ſe cacher
dans les Lettres de civilité, & de
compliment. Elles veulent du
du Mercure Galant. 21
fard ; & cette maniere réfervée
& refpectueuse dans laquelle
nous y paroiffons , réüffit bien
mieux qu'un air libre & enjoüé,
qui laiffe voir nos defauts, & qui
ne marque pas affez de foûmiffion
& de dépendance. Nous
voulons eftre veus du bon costé,
& on nous veut voir dans le ref
pect ; mais lors que l'on s'expofe
familierement , fans honte de
noftre part , & fans ceremonie
pour les autres, il eſt rare qu'on
nous aime , & qu'on nous approuve
, fur tout ceux qui ne
nous connoiffent pas , & qui ne
jugent des Gens que par de
beaux déhors. D'ailleurs comme
nos manieres ne plaiſent pas
tout le monde , il eft impoffible
que des Lettres qui en font plei
22
Extraordinaire
nes, ayent une approbation genérale.
Le Portrait plaiſt fouvent
encore moins que la Perfonne,
foit qu'il tienne à la fantaifie
du Peintre , ou à la fituation
dans laquelle on eftoit lors qu'on
s'eft fait peindre. Les Lettres
qu'on écrit quand on eft cha .
grin, font bien diférentes de celles
que l'on écrit dans la joye , &
dans ces heureufes difpofitions
où l'on fe trouve quelquefois ; &
ce font ces favorables momens
qui nous rendent aimables dans
tout ce que nous faifons . Il faudroit
donc n'écrire que lors
qu'on s'y est bien difpofe , car
toutes nos Epiftres chagrines ne
font pas fi agreables que celles
de Scarron. Mais enfin pour
réuffir dans les Lettres de civi-
"
du Mercure Galant.
23
lité , il faut avoir une grande
douceur d'efprit , des manieres
Alateuſes & infinuantes , un ftile
pur & élegant, du bon fens , &
de la jufteffe , car on a banny des
Complimens , le phébus & le
galimathias, qui en faifoient autrefois
toute la grace & toute la
beauté . Mais avant que de finir
cet Article , je croy qu'il eft à
propos de dire quelque chofe
du Compliment, qui fert de fond
& de fujet à ces fortes de Lettres.
Le Compliment , à le prendre
dans toute fon étenduë , eft un
genre de civilité , qui fubfifte
feul , fans le fecours de la Converfation
, des Harangues, & des
Lettres . Ainfi on dit , F'ay envoyé
faire un Compliment , on m'eft
24
Extraordinaire
venu faire un Compliment. Il entre
à la verité dans la Converſation ,
dans les Harangues , & dans les
Lettres , & il en conftitue l'effence
en quelque façon , mais il
en fort quelquefois, & lors qu'il
eft feul , il en difére effentiellement.
Il eft plus court , plus fimple,
plus jufte, & plus exact ; &
c'eſt de cette forte qu'il eft difficile
de le définir dans les termes
de la Rhétorique , parce qu'on
peut dire que les Anciens n'ont
fçeu ce que c'eftoit , au moins
de la maniere que nous le pratiquons
, & qu'ils ne nous en ont
point laiffé d'exemples . Tout
fentoit la Déclamation chez eux ,
& avoit le tour de l'Oraiſon , &
de la Harangue . Cependant je
dis que faire un Compliment à
quelqu'un,
du Mercure Galant.
25
que
paquelqu'un,
n'eft autre choſe
de luy marquer par de belles
roles , l'eftime & le refpect que
nous avons pour luy. Complimenter
quelqu'un , eft encore
s'humilier agreablement devant
luy. Enfin un Compliment eft
un Combat de civilitez réciproques
; ce qui a fait dire à M
Coftar
, que les Lettres eftoient
des Duels , où l'on fe bat fouvent
de raiſons , & où l'on employe
fes forces fans réſerve & fans retenuë
. Il eſt vray qu'il y en a
qui n'y gardent aucunes mefures ,
mais nos Complimens ne font .
ils pas des oppofitions , & des
contradictions perpétuelles ? On
y cherche à vaincre , mais le
Vaincu devient enfin le Victo .
rieux par fon opiniâtreté . Quelle
2. de Juillet 1683.
Queli
26 Extraordinaire
ridicule & bizare civilité , que
celle des Complimens ! Il entre
encore de la rufe & de l'artifice
dans cette forte de Combat , &
je ne m'étonne pas files Homes
fracs & finceres y font fi peu propres,
& regardent nos Compli
mens comme un ouvrage de la
Politique, comme un effet de la
corruption du Siecle, comme la
pefte de la Societé civile . Ils apellent
cela faire la Comédie, & difent
qu'on doit y ajoûter peu de
foy, parce que c'eſt une maxime
du Sage , qu'on n'eſt pas obligé
de garantir la verité des Compli
mens. Ainfi la meilleure maniere
de répondre aux louanges, c'eſt
de les contredire agreablement,
& de marquer de bonne grace
qu'on ne les croit pas , ou plutoft
du Mercure Galant.
27
toute la juſtice qu'on peut rendre
aux méchantes Lettres , & aux
fades Complimens , eft de ne les
pas lire, & de n'y pas répondre.
Les Lettres de galanterie font
difficiles.
Cependant c'eſt le
genre où l'on en trouve de plus
raifonnables. Un peu d'air & des
manieres du monde, une expreffion
aifée & agreable, je- ne -fçay
quelle délicateffe de penfer & de
dire les choſes, avec le fecret de
bien appliquer ce que l'on a de
lecture & d'étude , tout cela en
compofe le veritable caractere,
& en fait tout le prix & tout le
mérite. Cicéron eft le feul des
Anciens qui ait écrit des Lettres
galantes , en prenant icy le mot
de galanterie pour celuy de politeffe
&
d'urbanité , comme par-
C
ij
28 Extraordinaire
loient les Romains , c'est à dire,
du ftile qu'ils appelloient tocofum
&Facetum, Il eft certain auffi que
Voiture a la gloire d'avoir efté le
premier , & peut- eftre l'unique
entre les Autheurs modernes ,
qui ait excellé en ce genre de
Lettres. Mr Sorel dit mefme qu'il
en eſt l'Inventeur , & que nous
luy avons beaucoup d'obligation
de nous avoir garantis de l'importunité
des anciens Complimens
, dont les Lettres eftoient
pleines , & d'auoir introduit une
plus belle & facile méthode d'écrire.
M'de Girac, fon plus grand
Ennemy , demeure d'accord ,
qu'on ne peut rien penfer de plus
agreable que fes Lettres galantes,
qu'elles font remplies de fel
Attique , qu'elles ont toute la
du Mercure Galant. 294
douceur & l'élegance de Terence
, & l'enjoüement de Lucien
. Il faut donc avoir le génie
de Voiture , ou de Balzac , pour
bien faire des Lettres galantes.
Le remercîment d'un Fromage;
ou d'une Paire de Gans, leur en
fourniffoit une ample matiere,
& ç'a efté par là qu'ils ont acquis
une fi grande réputation.
Nous n'avons point de belles
Lettres d'amour, & mefme il s'en
trouve peu chez les Anciens . Ce
n'eft pas affez que de fçavoir bien
écrire , il faut aimer. Ceux qui
réüffiffent ne font pas Autheurs.
Les Autheurs qui aiment, cherchent
trop à plaire ; & comme
les Billets d'amour les plus né .
gligez font les meilleurs , ils croiroient
fe faire tort s'ils paroif.
C iij
30 Extraordinaire
foient de la forte. Chacun fait
encore miftere de fa tendreffe ,
& craint d'eftre veu dans cette
négligence amoureuſe . Mais ce
qui fait auffi noftre délicateffe
fur ce fujet , c'eſt que la paffion
des autres nous femble une ridicule
chimere . Il faut donc aimer.
C'eſt là tout le fecret pour bien
écrire d'amour , & pour en bien
juger.
Pourbien chanter d'amour, ilfaut
eftre amoureux.
Je croy
meſme que
l'Amour a
efté le premier
Inventeur
des
Lettres. Il eft Peintre , il eft
Graveur, il eft encore un fidelle
Courrier
qui porte aux Amans
des nouvelles de ce qu'ils aiment.
La grande affaire a toûjours
eſté
celle du coeur. L'amour qui d'adu
Mercure Galant.
31
bord unit les Hommes, ne leur
donna point de plus grands defirs
que ceux de le voir & de fe
communiquer, lors qu'ils eftoient
féparez par une cruelle abfence.
Leurs foûpirs portoient dans les
airs leurs impatiences amoureufes
; mais ces foûpirs eftoient
trop foibles , quelques violens
qu'ils fuffent , pour ſe pouvoir
rencontrer . Ils demeuroient toû
jours en chemin , ardens , mais
inutiles meffagers des coeurs,
Mille Chifres gravoient fur les
Arbres , & fur les matieres les
plus dures , leurs inquiétudes &
leurs peines ; mais les Zéphirs
qui les baifoient en paffant, n'en
pouvoient conferver l'image, ny
la faire voir aux Amans abfens.
Les Portraits qui confervent fi
C iiij
32
Extraordinaire
vivement l'idée de l'Objet aimé ,
ne pouvoient répondre à leurs
careffes paffionnées . Il fallut
donc d'autres Interpretes , d'au.
tres Simboles , d'autres Images
, pour le faire entendre , fe &
pour s'expliquer , dans une fi
fâcheufe abfence ; & on s'eſt
fervy des Lettres qui , apres les
yeux , ne laiffent rien à defirer à
l'efprit , puis qu'elles font les
plus exacts , & les plus fidelles
Secretaires de nos coeurs . En
effet, ne font-elles pas fufceptibles
de toutes les paffions ? Elles
font triftes , gayes , coleres, amou
reufes , & quelquefois remplies
de haine & de reffentiment , car
les paffions fe peignent fur le
papier comme fur le vifage . On
avoit befoin de l'expreffion de
du Mercure Galant.
33
ces mouvemens, pour bien juger
de nos Amis pendant l'abſence.
C'est à l'Ecriture qu'on en eft
redevable , mais fur tout à l'A- .
mour, qui l'a inventée , Littera
opus amoris.
La gloire de bien écrire des
Lettres d'amour , a donc efté
réſervée avec juſtice au galant
Ovide. Il fçavoit l'art d'aimer,
& le mettoit en pratique. Quoy
qu'il ait pris quelquefois des fu
jets feints pour exprimer cette
paffion , il a fouvent traité de ſes
amours fous des noms empruncar
enfin qu'auroit - il pû
dire de plus pour luy mefme ?
Peut- on rien voir de plus touchant
& de plus tendre que les
Epiftres d'Ariane à Théfée , de
Sapho à Phaon , & de Léandre
tez ;
34
Extraordinaire
à Héro ? Mais ce que j'y admire
fur tout , ce font certains traits
fins & délicats , où le coeur a
bien plus de part que l'efprit.
Au refte on ne doit pas eftre
furpris , fi les Epiftres d'Ovide
l'emportent fur toutes
les Lettres d'amour , qui nous
font restées de l'Antiquité , &
mefme fur les Billets les plus galans
& les plus tendres d'apré.
fent. Elles font en Vers , & l'a
mour est l'entretien des Mufes.
Il eſt plus vif & plus animé dans
la Poëfie , que dans fa propre
effence , dit Montagne . L'avantage
de bien écrire d'amour appartient
aux Poëtes , affure M
de Girac ; & le langage des Hommes
eft trop bas pour exprimer
une paffion fi noble. C'est peutdu
Mercure Galant.
35
eftre la raison pourquoy nos
vieux Courtisans faifoient pref
que toujours leur Déclaration
d'amour en Vers , ou plutoft la
faifoient faire aux meilleurs Poëtes
de leur temps , parce qu'ils
croyoient qu'il n'y avoit rien de
plus excellent que la Poëfie , pour
bien repréſenter cette paffion ,
& pour l'inspirer dans les ames.
Mais tout le monde ne peut
pas eftre Poëte, & il y a encore
une autre raifon , qui fait que
nous avons fi peu de belles Lettres
d'amour ; c'eft qu'elles ne
font pas faites pour eftre veuës.
Ce font des oeuvres de tenebres,
qui fe diffipent au grand jour ; &
ce qui me le fait croire, c'eſt que
dans tous les Romans , où l'amour
eſt peint fi au naturel , où
36
Extraordinaire
les paffions font fi vives & fi ardentes
, où les mouvemens font
fi tendres & fi touchans , où les
fentimens font fi fins & fi délicats
; dans ces Romans , dis je,
dont l'amour profane a dicté toutes
les paroles , on ne trouvera
pas à prendre depuis l'Aſtrée jufqu'à
la Princeffe de Cléves , de
Lettres excellentes, & qui foient
achevées en ce genre. C'eft là
où prefque tous les Autheurs de
ces Fables ingénieuſes ont échoué.
Toutes les intrigues en
font merveilleufes , toutes les
avantures furprenantes , toutes
les converfations admirables ,
mais toutes les Lettres en font
médiocres ; & la raiſon eft, que
ces fortes de Lettres ne font pas
originales . Ce font des fantaifies,
du Mercure Galant. 37
des idées , & des peintures , qui
n'ont aucune reffemblance . Ces
Autheurs n'ont écrit ny pour
Cyrus , ny pour Clélie, ny pour
eux , mais feulement pour le Public
, dont ils ont quelquefois
trop étudié le gouft & les manieres
. Mais outre cela , s'il eft
permis de raconter les conqueftes
& les victoires de l'Amour,
les combats & les foufrances des
Amans , la gloire du Vainqueur,
la honte & les foûpirs des Vaincus
, il est défendu de réveler les
fecrets & les miſteres de ce Dieu,
& c'est ce que renferment les
Billets doux & les Lettres d'amour.
Il est dangereux de les intercepter
, & de les communiquer
à qui que ce ſoit qu'aux Intéreflez,
qui en connoiffent l'im38
Extraordinaire
portance. Le don de penétrer &
de bien goufter ces Lettres , n'apartient
pas aux Efprits fiers &
fuperbes , mais aux Ames fimples ,
pures & finceres , à qui l'amour
communique toutes les delices.
Les grands Génies fe perdent
dans cet abîme . Les fiers , les infenfibles
, les inconftans , enfin
ceux qui raiſonnent de l'amour,
& qui préfument tant de leurs
forces , ne connoiffent rien en
toutes ces chofés .
On ne doit pas chercher un
grand ordre dans les Lettres d'amour
, fur tout lors qu'elles repréfentent
une paffion naiffante,
& qui n'ofe fe déclarer ; mais il
faut un peu plus d'exactitude
dans les Réponses qu'on y fait.
Une Perfonne qui a épanché ſon
du Mercure Galant.
39
coeur fur plufieurs articles, & qui
eft entrée dans le détail de ſa paffion
, veut qu'on n'oublie rien, &
qu'on réponde à tout. Elle ne
feroit pas contente de ce qu'on
luy diroit en gros de tendre &
de paffionné , & le moindre article
négligé , luy paroiftroit d'un
mépris, & d'une indiférence impardonnable.
Le premier qui
écrit, peut répandre fur le papier
toutes les penfées de fon coeur,
fans y garder aucun ordre, & s'abandonner
à tous fes mouvemens
; mais celuy qui répond ,
a toûjours plus de modération .
Il obferve l'autre , le fuit pas
pas, & ne s'emporte qu'aux endroits
, où il juge que la paffion
eft neceffaire , car enfin les af
faires du coeur ont leur ordre &
à
40
Extraordinaire
leur exactitude auffi- bien que les
autres. J'avoue que ces Lettres
ont moins de feu , moins de bril .
lant , & moins d'emportement
que les premieres ; mais pour
eftre plus moderées & plus tranquilles
, elles ne font pas moins
tendres & moins amoureuſes.
Si l'on confidere fur ce pied - là
les Réponses aux Lettres Portugaifes
, on ne les trouvera pas fi
froides & fi languiffantes que
quelques- uns ont dit. C'est un
Homme qui écrit , dont le cara-
&tere eft toûjours plus judicieux
que celuy d'une Femme. Il fe
juftifie, il raffure l'efprit inquiet
de fa Maîtreffe , il luy ofte fes
fcrupules , il la confole enfin , il
répond exactement à tout . Cela
demande plus d'ordre , que les
du Mercure Galant.
41
faillies volontaires de l'amour,
dont les Lettres Portugaiſes font
remplies . Si les Réponses font
plus raisonnables , elles font auffi
tendres & auffi touchantes que
les autres , defquelles pour ne
rien dire de pis , on peut affurer
qu'elles font des images de la
paffion la plus defordonnée qui
fut jamais. L'amour y eft auffi
naturellement écrit , qu'il eftoit
naturellement reffenty . C'eft
une violence & un déreglement
épouvantable . S'il ne faut que
bien des foibleffes pour prouver
la force d'une paffion , fans -doute
que la Dame Portugaife aime
bien mieux que le Cavalier François
, mais s'il faut de la raiſon ,
du jugement, & de la conduite,
pour rendre l'amour folide &
Q. deJuillet 1683.
D
42 Extraordinaire
durable , on avoüera que le Cavalier
aime encore mieux que la
Dame. Les Femmes fe flatent
qu'elles aiment mieux que nous,
parce que l'amour fait un plus
grand ravage dans leurs ames,
& qu'elles s'y abandonnent entierement
; mais elles ne doivent
pas tirer de vanité de leur foibleffe
. L'Amour eft chez elles
un Conquérant, qui ne trouvant
aucune réfiftance dans leurs
cours, paffe comme un torrent,
& n'a pas plutoſt aſſujetty leur
raiſon, qu'il abandonne la place.
Mais chez nous , c'eſt un Ufurpateur
fin & rufé , qui fe retranche
dans nos coeurs , & qui les
conferve avec le mefine foin qu'il
les a pris . Il s'accommode avec
noftre raiſon , & il aime mieux
du Mercure Galant.
43
regner plus feûrement & plus
longtemps avec elle , que de
commander feul , & craindre à
tous momens la revolte de fon
Ennemie . C'eſt donc le bon fens
abufé , & la raiſon féduite , qui
rendent l'amour conftant & in
vincible , & c'eft de cette forte
d'amour dont nous voyons le
portrait dans les Réponses aux
Lettres Portugaifes, & dans prefque
toutes celles qui ont le veritable
caractere de l'Homme.
Ovide ne brille jamais tant dans
les Epiftres de fes Héros , que
dans celles de fes Héroïnes. Il
obſerve dans les premieres plus
de fageffe , plus de retenue , &
bien moins d'emportement
. On
fe trompe donc de croire
que
Lettres amoureufes ne doivent
les
Dij
44
Extraordinaire
Ne pas eftre fi raisonnables .
feroit.ce point plutoft que les
Femmes fentant que nous avons
l'avantage fur elles pour les Lettres
, & que nous regagnons à
bien écrire , ce qu'elles nous of
tent à bien parler , ont introduir
cette maxime, qu'elles l'emportoient
fur nous pour les Lettres
d'amour , qui pour eſtre bien paf
fionnées , ne demandent pas, difent
elles , tant d'ordre , de liaifon,
& de fuite ? Cette erreur a
gagné la plupart des Efprits, qui
font valoir je - ne - fçay quels Billets
déreglez , où l'on voit bien
de la paffion , mais peu d'efprit
& de délicateſſe
, non pas que je
veüille avec Mi de Girac , que
pour réüffir dans les Lettres d'amour
, on ait tant d'efprit , &
du Mercure Galant,
45
qu'on ne puiffe fçavoir trop de
chofes. La paffion manque rarement
d'eftre éloquente , a dit
agreablement un de nos Autheurs
; & en matiere d'amour,
on n'a qu'à fuivre les mouvemens
de fon coeur. Le Bourgeois Gentilhomme
n'eftoit pas fi ridicule
qu'on croiroit bien , de ne vou
loir ny les feux , ny les traits du
Pédant Hortenfius, pour déclarer
fa paffion à fa Maîtreffe, mais
feulement luy écrire , Belle Marquife,
vos beauxyeux me font mourir
d'amour. C'en feroit fouvent affez ,
& plus que toute la fauffe galanterie
de tant de Gens du monde,
qui n'avancent guére leurs affaires
avec tous leurs Billets doux,
qui cherchent fineffe à tout , &
qui fe tuënt à écrire des Riens,
46
Extraordinaire
d'une maniere galante , & qui
foient tournez gentiment , comme
parle encore le Bourgeois Gentilhomme.
Ceux qui ont examiné de pres
les Lettres amoureufes de Voiture
, n'y trouvent point d'autre
defaut que le peu d'amour . Voiture
avoit de l'efprit , il eftoit
galant, il prenoit feu meſme aupres
des Belles ; mais il n'aimoit
guére, & fongeoit plutoft à dire
de jolies chofes , qu'à exprimer
fa paffion. Il eftoit de compléxion
amoureufe, dit M' Pelliffon
dans fa Vie , ou du moins feignoit
de l'eftre, car on l'accuſoit
de n'avoir jamais veritablement
aimé. Tout fon amour eftoit
dans fa tefte , & ne defcendoit
jamais dans fon coeur. Cet amour
du Mercure Galant. · 47
fpirituel & coquet eft encore la
caufe pourquoy fes Lettres font
fi peu touchantes , & prefque
toutes remplies de fauffes pointes,
qui marquent un efprit badin
qui ne fçait que plaifanter . Or il
eft certain qu'en amour la plaifanterie
n'eft pas moins ridicule,
qu'une trop grande fageffe. Les
Lettres amoureufes de Voiture
ne font
pas des Originaux que la
Jeuneffe doive copier , mais que
dis-je , copier? Toutes les Lettres.
d'amour doivent eftre originales.
Dans toutes les autres on peut
prendre de bons modelles ,
les imiter ; mais icy il faut que
le coeur parle fans Truchement.
Qui fe laiffe gagner par des paroles
empruntées , mérite bien
d'en eftre la Dupe. L'amour eft
&
48
Extraordinaire
affez éloquent , laiffez le faire ;
s'il eft réciproque, on fçaura vous
entendre, & vous répondre . Mais
c'eft affez parler des Lettres d'a
mour, tout le monde s'y croit le
plus grand Maiftre.
Je pourrois ajoûter icy les Lettres
de Politique ; mais outre
qu'elles font compriſes dans les
Lettres d'affaires, il en eft comme
de celles d'amour. Le Cabinet
& la Ruelle obfervent des
regles particulieres , qui ne font
connues que des Maiftres . Il n'y
a point d'autres préceptes à pra
tiquer, que ceux que l'Amour &
la Politique infpirent ; mais neanmoins
fi l'on veut des modelles
des Lettres d'affaires, on ne peut
en trouver de meilleures que celles
du Cardinal du Perron , & du
Cardinal
du Mercure Galant.
49
Cardinal d'Offat, puis qu'au fentiment
de M'de la Mote leVayer,
la Politique n'a rien de plus confiderable
que les Lettres de ce
dernier.
Voila à peu prés l'ordre qu'on
peut tenir dans les Lettres . Cependant
il faut avouer qu'elles ne
font plus aujourd'huy das les bor.
nes du StileEpiftolaire . Celles des
Sçavans , font des Differtations ,
& des Préfaces ; celles des Cavaliers
& des Dames , des Entretiens
divers , & des Converſations
galantes. Si un Ecclefiaftique
écrit à quelqu'un fur la naiffance
d'un Enfant , il luy fait un
Sermon fur la fécondité du Ma.
riage , & fur l'éducation de la
Jeuneffe. Si c'eſt un Cavalier qui
traite le mefme fujet , il fe divertit
Q.de Fuillet 1683.
E
So Extraordinaire
fur les Couches de Madame , il
complimente le petit Emmailloté
, & faifant l'Aftrologue avant
que de finir fa Lettre , il
allume déja les feux de joye de
fesVictoires, & compofe l'Epithalame
de fes Nôces. Neantmoins
on appelle tout cela de belles &
de grandes Lettres ; mais on de
vroit plus juſtement les appeller
de grands Difcours , & de petits
Livres , au bas deſquels , comme
dit M' de Girac , on a mis voftre
tres-humble & tres- obeiſſant Serviteur.
Il n'y a plus que les Procureurs
qui demeurent dans le veritable
caractere des Lettres . On
ne craint point d'accabler une
Perfonne par un gros Livre fous
le nom de Lettre ; & je me fouviens
toûjours de la Lettre de
du Mercure Galant.
SI
trente- fix pages que Balfac écrivit
à Coftar , & dont ce dernier
ſe tenoit fi honoré. C'eſt à qui
en fera de plus grandes , & qui
pour un mot d'avis , compoſera
un Avertiffement au Lecteur,
mais quand on envoye de ces
grandes Lettres à quelqu'un , on
peut luy dire ce que Coftar dit
à Voiture , peut - eſtre dans un
autre fens , Habes ponderofiffimam
Epiftolam ,, quanquam non maximi
ponderis. Mais ces Meffieurs veu
lent employer le papier & écrire,
donec charta defecerit. C'est ce qu'a
fait M' de la Motte le Vayer dans
1 fes Lettres , qui ne font que des
compilations de lieux communs,
S & qu'avec raifon il a nommées
petits Traitez en forme de Lettres
, écrites à diverfes Perfonnes
E ij
32 Extraordinaire
ftudieuſes. Cependant il prétend
à la qualité de Seneque François,
& il dit que perfonne n'avoit encore
tenté d'en donner à la France
, à l'imitation de ce Philofophe.
Il éleve extrémement les
Epiftres de Seneque , afin de
donner du luftre aux fiennes . II
a raifon ; car il eft certain que
toute l'Antiquité n'a rien de
comparable en ce genre , non pas
mefme les Epiftres de Cicéron ,
qui toutes élegantes , & toutes
arbaniques qu'elles font , n'ont
rien qui approche, non feulement
du brillant & du folide de celles
de Seneque , mais encore de jene-
fçay- quel air , qui touche , qui
plaift , & qui gagne le coeur &
l'efprit , dés la premiere lecture .
Mais enfin quoy que ces petits
du Mercure Galant.
53
Ouvrages qu'on appelle Lettres,
n'ayent que le nom de Lettres,
c'eſt une façon d'écrire tres - fpirituelle
, tres- agreable , & mefme
tres - utile , comme on le voit par
les Lettres de M' de la Motte le
Vayer , qui font pleines d'érudi
tion , d'une immenfe lecture , &
d'une folide doctrine . Il n'a tenu
qu'à la Fortune , dit M' Ogier,
que les Lettres fçavantes de Balzac,
n'ayet efté des Harangues &
des Difcours d'Etat . Si on en ofte
le Monfeigneur , & voftre tres-humble
Serviteur , elles feront tout ce
• qu'il nous plaira ; & il ajoûte
apres Quintilien , que le Stile
des Lettres qui traitent de Sciences
, va du pair avec celuy de
l'Oraifon . Je voudrois donc qu'on
donnaſt un nouveau nom à ce
E iij
34
Extraordinaire
genre d'écrire , puis que c'eft
une nouvelle choſe. Je voudrois
encore qu'on laiſſaſt aux
Lettres d'affaires & de refpect,
l'ancien Stile Epiſtolaire , & que
tout le refte des chofes qu'on
peut traiter avec fes Amis , ou
avec les Maîtreffes , portaft le
nom dont on feroit convenu .
En effet ne feroit- il pas à propos
qu'une Lettre qu'on écrit à un
Homme fur la mort de fa Femme
, ne fuft pas une Oraifon funebre
; celle de conjoüiffance ,
une Panilodie , celle de recommandation
, un Plaidoyé , & ainſi
des autres , que les diverfes conjonctures
nous obligent d'écrire.
Ce n'eft pas que ces Livres en
forme de Lettres , manquent d'agrément
& d'utilité , on les peut
du Mercure Galant.
55
3.
lire fans ennuy quand elles font
bien écrites , & mefme on y apprend
quelquefois plus de chofes
que dans les autres Ouvrages ,
qui tiennent de l'ordre Romanefque
, ou de l'Ecole ; mais on ne
doit trouver dans chaque chofe
que ce qu'elle doit contenir. On
cherche des Civilitez & des
Complimens dans les Lettres , &
non pas des Hiftoires , des Sermons
, ou des Harangues ; on a
raifon de dire qu'il faut du temps
pour faire une Lettre courte , &
fuccincte. Ce n'eft pas un paradoxe
, non plus que cette autre
maxime , qu'il eft plus aifé de
faire de longues Lettres , que de
courtes ; tout le monde n'a pas
cette brieveté d'Empereur dont
parle Tacite , & tous les demis
E iiij
36
Extraordinaire
beaux Efprits ne croyent jamais
en dire affez , quoy qu'ils en difent
toûjours trop .
Il feroit donc à propos qu'on
remift les chofes au premier état,
on trouveroit encore affez d'autres
fujets , pour faire ce qu'on
appelle de grandes Lettres , &
l'on auroit plus de plaifir à y travailler
fous un autre nom ; car ce
qui fait aimer cette façon d'écrire
, c'est que beaucoup de
Perfonnes qui ont extrémement
de l'efprit , le font paroiftre par là.
Tout le monde ne fe plaift pas à
faire des Livres , & il feroit fâcheux
à bien des Gens , d'étoufer
tant de belles penſées , & de
beaux fentimens , dont ils veulent
faire part à leurs Amis. Les
Femmes fpirituelles font intedu
Mercure Galant.
$7
reffées en ce que je dis , auffibien
que les Hommes galans .
Ces Hommes doctes du Cercle ,
& de la Rüelle , dont les opinions
valent mieux que toute la doctrine
de l'Univerfité , & dont un
jour d'entretien vaut dix ans d'école
; les Balzac , les Coftar, les
Voiture , fe font rendus inimortels
par leurs grandes Lettres , &
cette lecture a plus poly d'Efprits ,
& plus fait d'honneftes Gens , que
tous les autres Livres. En effet
il y a bien de la diférence entre
leur Stile , & le langage figuré
de la Poëfie , l'emphatique des
Romans , & le guindé des Orateurs
, fans parler de cet ar de
politeffe , & de galanterie , qu'on
ne trouve paschez les autres Autheurs.
Si nous en croyons CoЯar
$8
Extraordinaire
dans Epiftre de fes Entretiens
qu'il dédie à Conrard , l'invention
de ces fortes de Lettres luy
eft deuë , & à Voiture . Nous
nous avifames , dit- il , M' de Voiture
& moy de cette forte d'Entretiens
qui nous fembloit une image
affez naturelle de nos Converfations
ordinaires, & qui lioit une fi étroite
communication de pensées entre deux
abfens , que dans noftre éloignement,
nous ne trouvions guéres à dire
qu'une fimple & legere fatisfaction
de nos yeux , & de nos oreilles. Tout
ce qu'on peut ajoûter à cela , eſt
que ces fortes de Lettres font feu
lement l'image de la Converfation
de deux Sçavans ; car d'autres
Lettres auffi longues , feroient
de faides images de la Converfation
des Ignorans , & du
du Mercure Galant.
59
vulgaire , mais enfin je voudrois
que l'Académie euft efté le Parain
de ce que nous appellons de
grandes Lettres.
Difons maintenant quelque
chofe des Billets , qu'on peut
nommer les Baftards des Lettres
& des Epiftres,fi j'ofe parler ainfi.
Ce que j'appellois tantoft des
Lettres d'affaires , fe nomme
quelquefois des Billets . Les Amans
mefme s'en fervent , quand
ils expriment leur paffion en racourcy
. Ce genre d'écrire fuplée
à toutes les Lettres communes,
& ce qui eft commode c'eft
qu'on n'y obferve point les qualitez
. Les noms de Monfieur &
de Madame s'y trouvent peu , toû
jours en parenteſe , & jamais au
commencement. J'ay crû que
60 Extraordinaire
cette invention eftoit venuë de la
lecture des Romans , où l'on s'appelle
Tirfis & Silvandre , & où
il n'y a que les Roys , & les Reynes
, aufquels on donne la qualité
de Seigneurs , & de Dames ; mais
j'ay remarqué qu'autrefois dans
les Lettres les plus férieuſes , on
n'obfervoit pas ces délicateffes
de cerémonies , comme de mettre
toûjours à la tefte , Sire, écrivant
au Roy ; ou Monseigneur , écrivant
à quelque Prince, ou à quelque
Grand, & de laiffer un grand
eſpace entre le commencement
de la Lettre. Toutes les Epiftres
dédicatoires de nos anciens Autheurs
en font foy , & commencent
comme celles des Tragédies
de Garnier. Si nous , originaires
Sujets de Voftre Majesté, Sire , vous
du Mercure Galant. 61
devons naturellement nos Perfonnes,
&c. Voila comme ce Poëte écrit
à Henry III . & à M¹ de Rambouillet
, Quand la Nobleffe Françoife
embraffant la vertu comme vous
faites , Monfeigneur , &c. Cela
femble imiter le Stile Epiſtolaire
des Anciens , dont le cerémonial
eftoit à peu prés de cette forte ,
car j'appelle ainfi ces fcrupuleuſes
regles de civilité , que
quelques uns ont introduites
dans les Lettres. Quoy qu'il en
foit , on dit que Madame la Marquife
de Sablé a inventé cette
maniere d'écrire commode &
galante , qu'on nomme des Billets.
Nous luy fommes bien redeva
bles de nous avoir délivrez par
ce moyen de tant de civilitez fâcheufes
, & de complimens in
-
62 Extraordinaire
fuportables. Ce n'eft pas qu'il n'y
faille apporter quelque modification
, car on en abufe en beaucoup
de rencontres , & l'on rend
un peu trop commun , ce qui n'ef
toit employé autrefois que par les
Perfonnes de la premiere qualité,
envers leurs inférieurs , d'égal à
égal , & dans quelque affaire de
peu d'importance , ou dans une
occafion preffante. Enfin les Bil
lets doivent eftre fuccincts pour
l'ordinaire , & n'eftre pas fans
civilité. Seneque veut que ceux
que nous écrivons à nos Amis ,
foient courts. Quandje vous écris,
dit- il à Lucilius , il me semble que
je ne dois pas faire une Lettre , mais
un Billet , parce que je vous vois , je
vous entens , & je fuis avec vous.
En effet , les Billets n'ayant lieu
du Mercure Galant.
63
que lors qu'on n'eft pas éloigné
les uns des autres , ou lors qu'on
n'a pas le loifir d'écrire plus amplement
, il n'eft pas befoin d'un
grand nombre de paroles , il ne
faut écrire que ce qui eft abfolument
neceffaire , & remettre
le refte à la premiere occafion.
Il femble qu'avec la connoiffance
de toutes ces chofes , il ne
foit pas difficile de réüffir dans le
Stile Epiftolaire. Cependant je
ne craindray point de dire que
les plus habiles Hommes n'y rencontrent
pas toûjours le mieux,
& qu'une Lettre bien faite eft le
chefd'oeuvre d'un bel Efprit . Il
y a mefme des Gens qui en ont
infiniment , qui n'ont aucun talent
pour cela , & qui envient
avec M' Sarazin , la condition de
64
Extraordinaire
leurs Procureurs , qui commencent
toutes leurs Lettres par je
vous diray , & les finiffent par je
fuis. Je ne m'en étonne pas . Il
n'y a point de plaifir à fe com.
mettre , & c'eft ordinairement
par les Lettres qu'on juge de l'ef
prit d'un Homme . Če doit eftre
fon veritable portrait , & s'il a
du bon fens , ou s'il en manque,
il cft impoffible qu'on ne le voye
par là . On voit bien à ta Lettre ,
dit Théophile répondant à un
Fat , que tu n'es pas capable de
beaucoup de choses. Qui ne fait pas
bien écrire , ne fçait pas bien imaginer.
Ton entendement n'eft pas
plus agreable que ton file. Ceux
qui brillent dans la Converfation
, & dans les Ouvrages de
galanterie , ont quelquefois de
du Mercure Galant. 65
la peine à s'affujettir aux regles
aufteres d'une Lettre férieufe. Il
ya encore bien des Gens qui ne
fçauroient écrire que comme ils
parlent , & ce n'eft pas cela .
Rien n'impofe fur le papier , la
voix , le gefte , ne peuvent s'y
peindre avec le difcours , & ces
chofes bien fouvent en veulent
plus dire que ce qu'on écrit . Mais
comme on ne dit pas aux Gens
les chofes de la maniere qu'on les
écrit , on ne doit pas auffi leur
écrire de la maniere qu'on leur
parle , & comme dit M le Chevalier
de Meré , Il y a de cerm
taines Perfonnes quiparlent bien en
apparence , & qui ne parlent pas
bien en effet. Comme ilfaut duſoin,
& de l'application pour bien écrire
& de
tes Perfonnes ne veulent pas fe don-
Q.deJuillet 1683 .
E
66 Extraordinaire
ner tant depeines , & c'est pourquoy
elles font rarement de belles Lettres .
De plus , ajoûte´ce galant Homme
, ces beaux Efprits commencent
toûjours leurs Lettres trop finement,
ils ne fçauroient les foutenir. Cela
les ennuye , les laffe , & les dégoûte.
Cependant ilfaut toûjours rencherir
fur ce qu'on adit en commençant, &
lors qu'une Lettre eft longue , tant de
fubtilité devient laffante. Enfin il ne
faut ny outrer, nyforcer , ny tirer de
loin ce qu'on veut dire , cela réuſſit
toûjours mal.
La pratique de toutes ces regles
, peut rendre un Homme ha
bile en ce genre d'écrire , & rien
n'eſt plus capable de luy donner
de la réputation. Nous l'avons
veu dans quelques Autheurs modernes
, & ce que les Anciens
du Mercure Galant.
67
2
J
1
S
nous ont laiſſé du Stile Epifto .
laire , l'emporte pour l'agrément
& la délicateffe , fur tous les autres
Ecrits. Les Epiftres de Ci
céron , les Epiftres de Seneque,
& celles d'Ovide , font encore
les délices des Sçavans , pour ne
rien dire des Epiftres de S. Jérôme
, de S. Grégoire , de S. Ber
nard , & de plufieurs autres Peres
de l'Eglife , où l'on ne voit pas
moins d'efprit , & d'éloquence,
que de doctrine , & de pieté.
Fermer
Résumé : DU STILE EPISTOLAIRE.
Le texte explore l'art épistolaire, soulignant que l'écriture est l'image de la parole, elle-même reflet de la pensée. La parole est divine et rapide, tandis que l'écriture est durable et fixe les pensées, permettant ainsi de communiquer à distance et de conserver les connaissances et les actions des grands hommes. L'écriture épistolaire est particulièrement utile pour suppléer à l'absence et à l'éloignement des personnes. Les anciens Gaulois, par exemple, étaient braves et savants sans l'aide de l'écriture, mais dans le commerce de la vie, les lettres permettent de se parler et de s'entretenir comme si l'on était ensemble. Elles donnent une forte idée de la personne aimée, comme le dit une amoureuse portugaise, et sont nommées les 'discours des absents', permettant à l'homme de se répandre et de se communiquer dans le monde entier. Le texte critique ceux qui rendent l'écriture des lettres difficile et fastidieuse, préférant la simplicité et la naturalité. Il mentionne que l'art de l'écriture épistolaire a été formalisé par certains auteurs, mais que ces règles peuvent sembler affectées et inutiles. Les lettres doivent respecter le decorum, c'est-à-dire le respect, l'honnêteté et la bienséance, mais ces formalités varient selon le type de lettre (compliment, affaire, galanterie). Le texte distingue quatre types de lettres : les lettres d'affaires, les lettres de compliment, les lettres de galanterie et les lettres d'amour. Les lettres de compliment sont les plus difficiles à écrire, car elles doivent flatter la vanité des destinataires. Les lettres doivent être naturelles et refléter les pensées et les sentiments de l'auteur, même si elles sont souvent fardées pour plaire. Le texte aborde également les caractéristiques des lettres amoureuses et des réponses aux Lettres portugaises, soulignant que ces réponses ne sont pas froides ou languissantes, mais plutôt judicieuses et rassurantes. Il compare les expressions de l'amour entre hommes et femmes, notant que les femmes se laissent souvent submerger par la passion, tandis que les hommes intègrent la raison et la conduite pour rendre l'amour constant et durable. Les lettres d'amour sont rares et nécessitent de véritables sentiments amoureux. L'amour est présenté comme l'inventeur des lettres, permettant aux amants de communiquer à distance. Ces lettres doivent être tenues secrètes et sont mieux exprimées en poésie. Le texte discute des 'grandes Lettres' qui reflètent la conversation entre savants, et des 'Billets', qualifiés de 'bâtards des Lettres et des Épîtres', utilisés pour des communications brèves et informelles. Les billets sont pratiques car ils ne suivent pas les formalités des lettres traditionnelles. Ils sont attribués à Madame la Marquise de Sablé, qui a simplifié les lettres en supprimant les civilités excessives. Cependant, les billets doivent rester courtois et concis, adaptés aux situations urgentes ou aux communications entre proches. Le texte souligne la difficulté de bien écrire une lettre, considérant qu'elle est le chef-d'œuvre d'un bel esprit. Il mentionne que certains, malgré leur intelligence, manquent de talent épistolaire. Les lettres bien écrites révèlent l'esprit de leur auteur. Enfin, le texte insiste sur la nécessité de suivre des règles pour maîtriser l'art épistolaire, citant des auteurs anciens et modernes dont les épîtres sont des modèles de délicatesse et d'agrément.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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726
p. 11-13
Conversion de M. de Bordenave, Ministre de Castelnau, [titre d'après la table]
Début :
Les grands Articles qui ont remply mes dernieres lettres, m'ont [...]
Mots clefs :
Conversions, Zèle, Religion catholique, Ministre, Hérésie, Calvin, Abjuration, Conférence, Éloquence, Érudition
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de M. de Bordenave, Ministre de Castelnau, [titre d'après la table]
Les grands Articles qui
nt remply mes dernieres
ettres ,
m'ontempesché de
ous parler des Conversions,
ont le zele de Sa Majesté
our la Religion Catholique,
st toujours la cause. Je ne
ous en apprendray que de
emarquables.
Le 4. du dernier mois, Mr
e Bordenave, Ministre de
Castelnau en Bigorre, Dioese
de Tarbes,abjura l'Héésie
de Calvin, entre les
mains de Mrl'Evesque d'Ai
en Gascogne, en préfenc
de Mr l'Evesque deTarbe
& d'une tres nombreule A
semblée. ilavoiteu plusieur
Conférences par écrit avec c
Prélat, & il en avoir reçe
un éclaircissement si fort su
ses doutes, qu'estant con
vaincu entièrement de la ve
rité, il l'a fait connoistre
plusieurs Personnes de soi
party qu'il a ramenées à l'E
glise, avec cinq de ses En
sans. Mrl'Evesque d'Aire, ed
celuy qui s'est acquis tan
de gloire dans les meilleure
aires de Paris, tous le nom
Mr l'Abbéde Fromentie-
; Tout le monde l'admira,
ns la celebre Action, qu'il
à la Profession de MadalaDuchesse
de Vaujours.
a santéégaloit son zele, la
e de son éloquence, joina
sa profonde érudition,
droit à l'Eglisebeaucoup,
ames égarées; mais il peut
ulement écrire, sans pouoir
beaucoup parler.
Sur la fin, dumesme
nt remply mes dernieres
ettres ,
m'ontempesché de
ous parler des Conversions,
ont le zele de Sa Majesté
our la Religion Catholique,
st toujours la cause. Je ne
ous en apprendray que de
emarquables.
Le 4. du dernier mois, Mr
e Bordenave, Ministre de
Castelnau en Bigorre, Dioese
de Tarbes,abjura l'Héésie
de Calvin, entre les
mains de Mrl'Evesque d'Ai
en Gascogne, en préfenc
de Mr l'Evesque deTarbe
& d'une tres nombreule A
semblée. ilavoiteu plusieur
Conférences par écrit avec c
Prélat, & il en avoir reçe
un éclaircissement si fort su
ses doutes, qu'estant con
vaincu entièrement de la ve
rité, il l'a fait connoistre
plusieurs Personnes de soi
party qu'il a ramenées à l'E
glise, avec cinq de ses En
sans. Mrl'Evesque d'Aire, ed
celuy qui s'est acquis tan
de gloire dans les meilleure
aires de Paris, tous le nom
Mr l'Abbéde Fromentie-
; Tout le monde l'admira,
ns la celebre Action, qu'il
à la Profession de MadalaDuchesse
de Vaujours.
a santéégaloit son zele, la
e de son éloquence, joina
sa profonde érudition,
droit à l'Eglisebeaucoup,
ames égarées; mais il peut
ulement écrire, sans pouoir
beaucoup parler.
Sur la fin, dumesme
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Résumé : Conversion de M. de Bordenave, Ministre de Castelnau, [titre d'après la table]
Le texte décrit des conversions récentes au catholicisme, encouragées par le zèle religieux du roi. Le 4 du mois précédent, Monsieur de Bordenave, ministre de Castelnau en Bigorre, diocèse de Tarbes, a abjuré l'hérésie calviniste. Cette conversion s'est déroulée en présence de l'évêque d'Aire en Gascogne, de l'évêque de Tarbes et d'une assemblée nombreuse. Bordenave avait échangé des lettres avec l'évêque d'Aire, ce qui l'a convaincu de la vérité catholique. Il a ensuite ramené plusieurs personnes, dont cinq de ses enfants, à l'Église. L'évêque d'Aire, reconnu pour ses actions à Paris, a joué un rôle crucial grâce à son éloquence et son érudition, bien qu'il soit plus à l'aise à l'écrit qu'à l'oral. Le texte mentionne aussi l'action notable de l'abbé de Fromentières lors de la profession de foi de Madame la Duchesse de Vaujours.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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727
p. 13-15
Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
Début :
Sur la fin du mesme mois, Mademoiselle Merlat, Fille [...]
Mots clefs :
Mademoiselle , Abjuration, Évêque, Erreurs, Religion chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
Sur la fin, dumesme mois,
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
.-d-emoi[elle Merlat, Fille
Sr Merlat, autrefois Mistre
de Xaintes, &Femme
-
de M d'Aunis, Sr de Ti
seran, fit une pareille Abjuri
tion à Xaintes, entre h
mains de M du PleffislaBri
netiere qui en est Evefqii
Ce pieuxPrélat n'a pas p
contribué par ses Exhord
tions à luy faire ouvrir lj
yeux sur les erreurs où e
estoitnée. Les soins affidi
que Mrde Bonfonds son. P
rent, Conseiller de la mefi
Ville, a eus de luy éclajri
les Points de nostre Religi
luy avoient rendu lasiena
suspecte; mais le plusgran~
coupaefté donnéparMr~
chard, Curé de Médis, ou
elle faisoit sa résidence ordinaire.
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Résumé : Conversion de Mademoiselle de Merlat, Fille du Ministre de Xaintes, [titre d'après la table]
À la fin du mois, Madame Merlat, fille de l'ancien maître de Xaintes et veuve de Monsieur d'Aunis, a abjuré à Xaintes. La cérémonie a été supervisée par l'évêque du Plessis-Brienne. Les exhortations de ce dernier et les explications de Monsieur de Bonfonds, conseiller de la ville, ainsi que celles de Monsieur Chard, curé de Médis, ont éclairé Madame Merlat sur ses erreurs religieuses.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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728
p. 343-344
ENIGME.
Début :
Je vous envoye deux Enigmes nouvelles. L'une est de / Deux Femmes, par un droit ou juste, ou tyrannique, [...]
Mots clefs :
Loi et coutume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Jevous envoye deux Enigmes
nouvelles. L'une est de
Mr de Beaurepaire) Gentilhomme
d'Argentan; & l'autre,
de Mr Diéreville
,
du
Pontlevesque. A -:.
ENIGME- DEux Femmes,par un droitou
juste, ou tyrannique,
Domptentlesplussiers Potentats,
Et commandentmesmeaux Etats
Ou regne encor la Loy Salique.
Elles ont un pouvoir égal*
Toutefois par un coup fatal,
La seconde éteint la premiere,
}, Et luy dérobe la lumière.
L'one en naissantporte le Sceptre
en main7
Etdun Empire Souverain
Défendles droits delàJustice,
Réduit à leur devoir les timides
Mortels,
Recompense les bons,poursuitles Criminels,
Et Ils ~L./(damne elle mesme au suplice.
L'autre,quoy qued>> tres-baslieuy
Tirannise la Terre nou4 commande
en Dieu.
Sans châtiment,sans récompense,
Elle établitsabizarrepuissance,
Etbien quau crime elle doive lejour,
On feroit criminel de luy nténquer
d'amour.
Enjinpourfinir, la première
Naistd'un Pere éclairé, noble,sage,
&puissant;
Maislaseconde pour un Pere,
En pourroit compterplus de cent.
nouvelles. L'une est de
Mr de Beaurepaire) Gentilhomme
d'Argentan; & l'autre,
de Mr Diéreville
,
du
Pontlevesque. A -:.
ENIGME- DEux Femmes,par un droitou
juste, ou tyrannique,
Domptentlesplussiers Potentats,
Et commandentmesmeaux Etats
Ou regne encor la Loy Salique.
Elles ont un pouvoir égal*
Toutefois par un coup fatal,
La seconde éteint la premiere,
}, Et luy dérobe la lumière.
L'one en naissantporte le Sceptre
en main7
Etdun Empire Souverain
Défendles droits delàJustice,
Réduit à leur devoir les timides
Mortels,
Recompense les bons,poursuitles Criminels,
Et Ils ~L./(damne elle mesme au suplice.
L'autre,quoy qued>> tres-baslieuy
Tirannise la Terre nou4 commande
en Dieu.
Sans châtiment,sans récompense,
Elle établitsabizarrepuissance,
Etbien quau crime elle doive lejour,
On feroit criminel de luy nténquer
d'amour.
Enjinpourfinir, la première
Naistd'un Pere éclairé, noble,sage,
&puissant;
Maislaseconde pour un Pere,
En pourroit compterplus de cent.
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729
p. 345-346
AUTRE ENIGME.
Début :
Je suis un Corps formé de diverses parties, [...]
Mots clefs :
Sinet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME. J Esuis un Corpsformé de diverses
parties,
Toûjours assez bien assorties,
A les prendre ar lalongueur,
Car elles sont '/ù/tVC¡¡t de bizarre
couleur.
Elles ne tiennent qu'à ma teste
Etsont libres par le bas bout;
Ce qui fait que chacune efl presse,
Sans la quiter, d'allerpartout.
La matiere qui me compose,
Entre dans les Habits des Princes
&des Roys.
*>uoy que l'or &l'argentme parent
quelquefois
Celane va pas à grand'chose
Plaignez,l'étatouje mevois;
A maplace, Lecteur, vous mourriez
de triflcjji,
Je ne puism'acquiterde mes plut
beauxEmploisy >r(
Queje nesoistoûjours en prefe.
parties,
Toûjours assez bien assorties,
A les prendre ar lalongueur,
Car elles sont '/ù/tVC¡¡t de bizarre
couleur.
Elles ne tiennent qu'à ma teste
Etsont libres par le bas bout;
Ce qui fait que chacune efl presse,
Sans la quiter, d'allerpartout.
La matiere qui me compose,
Entre dans les Habits des Princes
&des Roys.
*>uoy que l'or &l'argentme parent
quelquefois
Celane va pas à grand'chose
Plaignez,l'étatouje mevois;
A maplace, Lecteur, vous mourriez
de triflcjji,
Je ne puism'acquiterde mes plut
beauxEmploisy >r(
Queje nesoistoûjours en prefe.
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730
p. 3-76
CONVERSATION ACADEMIQUE, Dans laquelle il est traité des bonnes, & des mauvaises qualitez de l'Air. A Madame la Comtesse de C. R. C.
Début :
Vous m'avez témoigné, Madame, que l'Entretien Académique, dont [...]
Mots clefs :
Air, Docteur, Corps, Vent, Chevalier, Abbé, Pays, Vents, Feu, Hommes, Marquis, Terre, Feu, Lieu, Lieux, Président, Temps, Dieu, Âme, Esprit, Maisons, Qualité, Conversation académique, Raison, Manière, Éléments, Eau, Couleur, Froid, Maladies
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONVERSATION ACADEMIQUE, Dans laquelle il est traité des bonnes, & des mauvaises qualitez de l'Air. A Madame la Comtesse de C. R. C.
CONVERSATION
ACADEMIQUE,
Dans laquelle il eſt traité des ,
bonnes , & des mauvaiſes
litez de l'Air.
qua.
AMadame la Comteſſe de C. R. C.
V
Ous m'avez témoigné,
Madame , que l'Entretien
Académique , dont je vous fis
part au mois d'Avril de l'année
1680 , ne vous avoit point déplû,
& vous m'avez mefme demandé
tant de fois des nouvelles de cet
illuftre Abbé , chez qui l'on parla
du fommeil de l'aprefaînée, que
je crois encore vous faire plaifir
7
A ij
4
Extraordinaire
en vous apprenant fon retour,
& ce qui s'eft dit dans une autre
Converfation , où je me ſuis auffi
heureufement trouvé que la premiere
fois. Il y avoit longtemps
que nous n'avions veu cet Abbé
dans la Province ; mais quoy
qu'il foit infirme , il ne laiffe pas
d'entreprendre des Voyages pénibles
pour le fervice du Roy, &
de fes Amis , & d'agir comme s'il
fe partoit bien. Je vous avoue
que fa patience eft merveill‹ uſe;
mais en pratiquant cette excellente
vertu , il croit arriver à
toutes les autres. Pour vous,
Madame , qui ne pouvez foufrir
de retardement à tout ce que
vous fouhaitez , je m'imagine
déja que vous eftes impatiente
de fçavoir fur quoy a roulé noſtre
Entretien.
du Mercure Galant.
S
Je vous diray donc qu'eſtanc
alle voir cet illuftre Abbé , je le
trouvay avec la Troupe choisie,
qui ne l'abandonne pas quand il
eft en ce Païs , & un Confeiller
qui fortit quelque temps apres
que je fus arrivé. Comme ce
Confeiller eft d'une grande pref
tance , cet Homme , dit M' le
Marquis , a l'air d'un veritable
Magiftrat. Oüy , repliqua l'Abbé
, c'eft un Juge fort entendu
dans fa Charge , & plein de
courage pour la juftice , & pour
les intérefts de fa Compagnie. Il
porte cela fur fon vifage , dit le
Chevalier , il n'y a qu'à le voir.
On a quelquefois de la peine à
le retenir , tant il a de feu & de
vivacité , ajoûta le Préfident.
Cette chaleur , dit le Docteur,
7
A iij
6 Extraordinaire-
>
eft un effet de fon tempérament,
qui eftant fanguin le rend
violent & prompt. Il eft vray
que nous devons beaucoup à
noftre complexion , dit l'Abbé ;
& fi l'heureuſe naiffance fait les
bonnes moeurs , il est encore
vray , pour en revenir à l'air dont
nous parlions , qu'il contribuë
extrémement à la fortune des
Hommes. Ifabelle , Reyne d'Eſ
pagne , difoit ordinairement que
la bonne mine leur fervoit d'une
Lettre de recommandation affez
ample. En effet , quand une Perfonne
bien faite vient à nous , fon
air nous prévient d'abord en fa faveur
; & le Duc de Guife , parlant
dans fesMémoires de l'Action hé !
roïque qu'il fit à Naples, lors qu'il
appaifa tout feul une troupe de
du Mercure Galant. ブ
Séditieux , ce Prince dit que les
Gens de qualité ont un je ne.
fçay- quoy dans le vifage , qui fait
peur à la Canaille. Jules Céfar
paroiffant devant les Soldats mutinez
, les ärrefta d'une feule parole
; & Augufte étonna les Lé.
gions d'Antoine par fa préſence .
Dans le temps des Guerres deParis
, le Garde des Sceaux Molé,
en fe montrant fur les Degrez
du Palais , defarma & appaifa le
Peuple qui le cherchoit pour
s'en défaire . Ileft donc conſtant
qu'il y a un certain air dans les
Perfonnes , & un certain caractere
fur le vifage , qui nous infpire
de l'eftime , de la crainte , & de
la venération . Comme auffi il
y
a un certain air , & un certain caradere
qui nous cauſe de la dé-
A iiij
& Extraordinaire
fiance , de l'averfion , & du mé.
pris. De - là viennent ces viſages
favorables , ou malencontreux ,
dont la mine . feule femble nous
annoncer d'abord quelque bonheur
, ou quelque malheur à venir.
Tel eftoit Montagne , qui
fur le fimple crédit de fa préfen- .
ce , & de fon air , nous affure que
des Perfonnes qui ne le connoiffoient
pas , fe fioient en luy , foit
pour leurs propres affaires , ou
pour les fiennes , & que mefme
dans les Païs Etrangers , il en
avoit tiré des faveurs rares &
fingulieres. Il fait quelques petits
contes fur le fujet des chofes qui
luy estoient arrivées , qui font
affez remarquables .
L'Abbé ayant ceffé de parler;
ne peut- on pas ajouter à tous
du Mercure Galant .
9
ces Exemples , dit le Marquis ,
la bonne mine du Roy , fa taille,
fon grand air , & ce caractere
plein de majeſté , & de fageffe
qui l'accompagne toujours ?
C'eft par- là qu'il terraffe les Ennemis
, auffibien que par la force
de fes Armes , & qu'il s'attire
les refpects , & l'amour de tous
ceux qui l'envifagent . On a eu
bien raifon de mettre entre les
Fremieres maximes de regner,
qu'il falloit pour remplir dignement
la Royauté , le port , la
taille , & la bonne mine , qui ne
font autre chofe que le bon air
qui charme par des vertus fe.
crettes de l'ame. Car il ne faut
pas s'imaginer que le corps luy
tienne lieu d'une honteufe prifon
, c'eſt un Temple où cette
10 Extraordinaire
petite Divinité fe plaiſt davanta
ge, plus il eft pur & net au dedans,
& beau & magnifique au dehors.
Neantmoins Scaron a dit ,
Souvent un vilain corps loge un
noble courages
Et c'eft un grand menteur fouvent
que le vifage.
Oh, pour Scaron , interrompit
le
Chevalier qui n'avoit poinɛ
encore parlé , & dont j'admirois
le long filence , il n'avoit garde
de s'expliquer autrement. Il ef
toit trop intereffé à défendre le
party de la laideur , & de la di
formité , car il n'avoit pas le
viſage plus beau que le corps,
& chacun fçait comme il eftoit
fait ; mais M' de Corneille a dit
bien plus vray que M' Scaron ,
quand il affure que tout le mon
du Mercure Galant. 11
de veut eftre beau , & bien fait,
Et quefinous eftions artifans de nous
mefmes,
On ne verroitpar tout que des beautez
Suprémes.
Cela dépend de Dieu , & non
pas de nous , dit l'Abbé, Ipfefecit
nos, & non ipfi nos. Il s'eft réſervé à
luy feul , le fecret de la nailfance
des Hommes , & l'a rendu impénétrable
à leur curiofité . Nous
ne fçaurions donc connoiftre
pourquoy celuy.cy a un air qui
plaiſt , & celuy là un air qui rebute
& qui dégoufte ; mais M ' le
Docteur , dites - nous un peu à
le bien prendre , ce que c'eft que
l'air , car les Orateurs, les Poëtes,
& les Philofophes en parlent diverſement.
L'air , répondit ce Docteur,
12 Extraordinaire
peut eftre confideré en trois manieres,
comme Elément , comme
Température , & comme Mode
ou Maniere . Pour moy , je croy
que c'est l'expreffion des autres
Élémens , & du mouvement , de
to s les Corps , qui participe à
toutes leurs bonnes ou mauvaiſes
- qualitez. Ainfi l'on dit , l'air du
temps , l'airdu feu , prendre l'air,
pour dire recevoir cette tranfpiration
des corps dans fa fource,
& dans toute fon , étendue . On
donne ordinairement le nom
'd'air à toute cette Matiere li
quide & tranfparente dans la.
quelle nous vivons , & qui eft ré .
pandue de tous coftez à l'entour
du Globe , compofé de la terre
& de l'eau. En effet , quelques
Philofophes prétendent que les
du Mercure Galant.
13
Cieux font fluides , comme un
grand air vague & fpatieux,
dans lequel les Etoiles & les
Planetes fe promenent comme
les Poiffons dans la Mer , & les
Oifeaux dans les Nuës ; & le
Philofophe de Cour ( car enfin
il faut raifonner à la mode aujourd'huy
) cet Autheur , dis-je,
veut que les Cieux foient fluides,
& de la nature d'un air tres.fub
til , & tres- purifié . Les Anciens
ont auffi confondu les mots de
Ciel , & d'Air , en parlant de la
Partie que nous voyons ; & l'on
dit tous les jours , apres la Sainte
Ecriture , les Oiseaux du Ciel ,
ils volent dans le Ciel , pour dire,
les Oifeaux de l'air , ils volent
dans l'air. En effet , l'air entre
dans la compofition du Ciel , &
14
Extraordinaire
le Ciel femble eftre un air con
denfé. Un Moderne a eu raiſon
de dire , que l'air eft un étrange
& admirable compofé , & que
pour le bien connoiftre , il faudroit
connoiftre auparavant la
nature de tous les Corps qui entrent
dans fa compofition. Comment
donc le concevoir dans
cette fimplicité qui luy eſt neceffaire
pour eftre Elément ? Car
dans la compofition où il fe trouve
prefque toujours , par le mélange
des autres Elemens , & de
tous les Corps qui s'exhalent.
continuellement de la Terre , on
ne peut dire précisément ce que
c'eft . Le Philofophe de Cour,
dénie à l'air le nom & la qualité
d'Elément , & dit que par fa
fubtilité il eft feulement fembla
du Mercure Galant,
ble au premier Elément des Car
réfiens. Quelques autres difent
que c'est une portion de la
Matiere premiere , débrouillée
& purifiée par la Lumiere. La
penſée de cet Ancien eft jolie,
qui difoit que l'Air eftoit la vître.
rie de l'Univers , par où les Crea.
tures voyent tous les Objets
comme dans un Miroir , par la
refléxion de cetteLumiere. C'eft
luy qui conferve les couleurs invifibles
qui peignent tous les
Objets dans nos yeux , quoy qu'il
foit fans couleurs , puis que tous
les Objets tranfmetent leurs efpeces
en luy , ce qu'ils ne pour
roient pas faire s'il avoit quelque
couleur , comme nous voyons
tout rouge , ou tout jaune , dans
un verre qui eft peint de la fort,
16 Extraordinaire
›
Un Philofophe moderne dit que
l'air n'eft pas vifible , parce qu'il
eft trop délié ; mais qu'autant
qu'on le peut voir par la refpiration
, ou par les Arquebules à
vent , il eft de couleur grifatre,
A propos de la couleur de l'Air,
s'écria le Chevalier , en regar.
dant le Marquis , ne vous fouvient-
il point de ce prétendu Sor
cier , qui nous difoit un jour qu'il
avoit veu le Vent , & qu'il eftoit
rouge , jaune , & bleu ? Il eſt
beaucoup de femblables Viſionnaires
, répondit le Marquis , &
je croy qu'il s'en trouve auffi
parmy les Philofophes ; mais
laiffons parler M' le Docteur, car
il a fans doute de belles chofes à
nous dire . Apres un modefte
fous-rire , le Docteur reprit fon.
du Mercure Galant.
17
Difcours de la forte.
Les Philofophes donnent à
l'Air des figures bien diférentes,
& le mettent en tant de postures,
qu'il eft impoffible de le connoiftre
tel qu'il eft en effet. Quel
ques- uns difent
que les goutes
d'eau & de rolée, qui tombent de
l'air eftant rondes , cer Elément
eft de figure ronde , parce que
les parties doivent avoir l'inclination
du tout , mais en verité, je
trouve cette raifon badine , car
hors la Terre , les autres Elémens
qui font toujours dans l'agitation
, & dans le mouvement ,
n'ont point de figures certaines
& naturelles , Encore s'il eft vray
que la Terre tourne, il faut croire
qu'elle en change de temps en
temps puis qu'elle s'éboule , &
Q. d'Octobre 1683. B
18 Extraordinaire
s'écorne ſouvent , comme par
lent ceux qui fuivent cette opi- .
nion . Ainfi on diſpute fort inutilement
, fi la Terre eft ronde,
ou fphérique ; fi le Feu eft ovale,
ou pyramidal ; fi l'Eau eft plate,
ou fphérique , & fi l'Air eft
rond , ou triangulaire. Les Cartéfiens
difent que le fecond Elément
, auquel ils donnent le nom
d'Air , n'eft autre choſe que les
parties de leur Matiere fubtile,
qui pour eftre plus groffieres s'ar
rondiffent fans ceffe , que l'Air
le plus groffier a la proprieté de
fe dilater beaucoup , & qu'il fe
mefle aisément avec la Matiere
fubtile. Quelque autre affure
qu'il eft droit , quand il eft lenr,
c'eft à dire, dans fa gravité , mais
que lors qu'il eft furieux & turdu
Mercure Galant.
19
•
bulent , & fi vous voulez tourbillon
, il eft un peu courbé , &
d'une figure circulaire , mais je
croy qu'il n'a point d'autres figures
que celles du corps qui le
renferme. Quoy que fa couleur
foit inperceptible , comme nous
avons dit,il eft neantmoins tranf
parens , parce que les parties eftant
toûjours en action , laiffent
un grand vuide entre elles , & ce
vuide eft remply des rayons des
Corps lumineux. L'air que nous
refpirons eft vifible , parce que
ce font les fumées du coeur que
l'air extérieur codenſe & épaiffit,
quand il eft froid ; & plus la Perfoune
eft d'une complexion forte
& robufte , & plus elle pouffe
d'air quand elle eſt agirée ,
principalement en Hyver qu'il
Bij
20 Extraordinaire
·
fort de la bouche à gros flocons.
Pour fon odeur, les Philofophes
que j'ay déja citez , affurent
qu'elle eft fouvent mauvaiſe.
Enfin il eft chaud , humide , &
leger ; mais quelques Modernes
prétendent , qu'il eft froid , &
pelant ; & d'autres , qu'il n'eft
froid , ou chaud , que felon les
divers mouvemens qu'il foufre.
Ainsi, lors qu'on dit qu'il peut
devenir feu , on veut dire qu'il
peut s'échaufer jufqu'à ce fupré
me degré de chaleur, Quoy qu'il
nous paroiffe leger , il ne laiffe
pas d'eftre eftimé pefant , jufque.
là que Reid , docte Medecin , a
démontré qu'il ne l'eft pas moins
que la Terre , mais il eſt certain
qu'il eft médiocre en pefanteur,
plus pefant que le Feu , & plus
du Mercure Galant. 21
leger que l'eau . Pour ſa hauteur, -
finous en croyons M' Rohaut,
elle eft de plus de quatre mille
cinq cens quatre - vingts toifes ;
& il tient qu'il n'y a point de
Montagne affez haute
pour nous
élever au deffus de la plus haute
furface de l'Air, ou de la premiere
Région . Je me fouviens pourtant
, interrompit le Préfident,
que M' Bary raporte dans fa Phy
fique, qu'en Angleterre on monte
d'un certain Tertre jufqu'à
une certaine hauteur , où il n'y a
plus d'air , & qu'à moins d'y
porter des Eponges humectées,
on y meurt. Cela fe peut , reprit
le Docteur , & tout ce que
nous diſons icy , n'eſt pas fi pofitif
qu'on ne le puiffe contre.
dire ; mais pour continuer à vous
22 Extraordinaire
parler de cet Element , on ne
peut changer la veritable confiftence.
Il ne reçoit aucun mélange
, & comme tel , l'Air eft
appellé Elément , mais que celuy
que nous fouflons , que nous
refpirons , que nous voyons , &
qui nous environne , ne foit
qu'un mefme air , exempt d'aucun
mélange , cela ne le peut
foûtenir. L'air que nous refpirons
eſt un ſoufle vital , compofé
de noftre ame & du mouvement
de noftre corps . Celuy que
nous reſpirons , & qui nous en
vironne , eft compofé des vapeurs
, & du mouvement des
corps extérieurs qui nous approchent
; & celuy qui tient
lieu d'Elément , eſt une fubftance
extrémement deliée qui fe
du Mercure Galant.
23 1
fourre par tout , & qui remplit
tous les lieux , d'où les corps fe
def uniffent . Mais M' le Docteur
, dit le Marquis , quelle diférence
mettez- vous entre le
Vent , & l'Air pris comme Elément
? Car felon moy , le Vent
eft un Air agité , & l'Air eft un
Venten repos. Tous les Philofophes
modernes définiffent le
Vent une agitation fenfible de
l'Air , & felon M¹ Bary , le Vent
n'eft autre chofe qu'une agitation
d'air , plus ou moins notable.
L'Air eft encore toûjours
le fujet du Vent , & une de fes
caufes efficientes. Enfin il fert
de Théatre à ces merveilleux
Tourbillons . Ceux qui difpofent
des Vents ( car il y en a qui les
retiennent , & qui les lâchent
24
Extraordinaire
quand il leur plaift , ) ceux -là,
dis - je , obfervent les diférentes
qualitez de l'Air ; & je me ſouviens
d'avoir leu dans Théophrafte
, que les Brachmanes
avoient deux Tonneaux remplis
de Vent , qu'ils ne bouchoient
jamais que l'Air ne fuft fec , &.
tranquille , & qu'ils ne débouchoient
que lors qu'il eftoit hu
mide & tempeftueux . Je fçay,
continua le Marquis , qu'on dit
tous les jours , que les Vents
chaffent & purifient l'Air , mais
cela s'entend de ce que les parties
les plus groffieres de l'Air fe
fubtilifent , & fe raréfient par
cette agitation , & voila ces
Vents qu'il a pleu aux Pilotes
de nommer de noms barbares &
inconnus , felon les lieux où cet
Air
du Mercure Galant. 25
Air eft plus ou moins dans l'agitation
. En verité voſtre Philofophie
eft jolie , s'écria le Che
valier en riant , & elle feroit bien
reçeuë de l'Univerfité . Le Philofophe
de Cour ne raifonne pas
plus férieufement que vous fur
cette matiere , & j'aime autant
voftre Air agité , qui eft l'opinion
de Pline , que fon Météore
composé de deux fou
fres diférens & ennemis , que le
froid condenſe fi fort , que le
Météore creve par cette contrarieté
, & fait le grand fracas
que nous entendons .
Mais pourquoy , Mr le Che.
valier, reprit le Marquis, ne voulez
-vous pas que fous le bon plaifir
de M' le Docteur , je parle du
Vent à ua fantaiſie ? Ne fçavez-
Q. d'Octobre 1683. C
26 Extraordinaire
vous pas que c'eſt une des choſes
inconnues dans le monde ? Quelques-
uns en attribuent la pro.
duction au Soleil , les autres , au
combat que font les atomes ;
les autres , aux vapeurs , & aux
exalaifons ; & enfin il y en a d'autres
qui m'ont fait penfer , que
l'Air fe meut de foy - mefme ; car
je ne fuis fi vifionnaire
que
pas
vous le croyez , ny fi ridicule
fur le fujet des Vents , que celuy
qui difoit que c'eftoient les éter.
nuëmens de ce grand Animal
que nous appellons le Monde,
comme l'Air eftoit fon haleine &
fa refpiration . Cette imagination
eftoit bien digne de Rabelais
, qui dit que le Vent eft le
foufle de Gargantua . Dieu en
´eft l'Autheur , au fentiment d'un
du Mercure Galant.
27
Prophete, & il peut auffibien le
former de l'Air , que d'une autre
matiere. Quoy que Pline que
vous venez de citer , reconnoiffe
plufieurs fortes de Vents , comme
les Vents de Mer & de Terre,
tout cela n'est que l'Air , qquuiiaaggiitt
ou fur l'Eau , ou fur la Terre. Cer
Autheur veut encore que le Vent
foit un efprit vital , par lequel la
Nature produit toutes chofes .
Et ce Vent , ou cet Air dont nous
parlons , ne font- ils pas les mefmes
? Si cela eft , répondit le
Chevalier , je ne m'étonne plus
que les Cavales d'Andaloufie engendrent
par le Vent ; car l'Air
ou le Vent , eft un tréfor qui contient
toutes les femences , fi nous
en croyons Anaxagore . Et ne
croi t-ce point par cette raiſon
C ij
28 Extraordinaire
que nous appellons un Cheval
viſte, un Coureur , & que nous
difons , aller comme le vent ?
Car les Chevaux qui naiffent du
vent , & de telles Cavales , font
je m'imagine d'admirables Coureurs
pour leur legereté & leur
viteffe , & pareils aux Chevaux
volans , dont parle noftre Pline;
mais à l'endroit que vous avez
cité , il compare l'agitation du
Vent dans la nature , à une Femme
groffe , & dit que cet efprit
vital, remuë dans fes flancs com.
me un Enfant dans le ventre de
fa Mere . Ne voila- t-il pas une
belle origine des Vents ? Je ne
puis encore m'empeſcher derire,
qu nd il nous dit qu'ils font plus
mols que fermes. Quoy , les
Vents ont de la molete , eux
du Mercure Galant. 29
3
J.
J
1
1
qui font fi refolus qu'ils attaquent
les plus durs Rochers , &
les Baftimens les plus inėbranlables
, qui arrachent les Forefts ,
qui renverfent les Montagnes ?
Non , non. Je croy que leur tempérament
eft froid & fec , ce qui
marque leur force , & leur courage.
Vous badinez toujours ,
M le Chevalier , interrompit
l'Abbé . Il eft constant qu'il
y a des Vents chauds , & des
Vents humides . Ouy ; mais , reprit
le Chevalier , ce n'eft pas en
eux-mefies qu'ils font tels , mais
par accident , & felon les lieux
où ils fouflent , & la Saifon qu'ils
fe mettent en Campagne . Je
croy que M' le Chevalier a raifon
dit le Marquis , car
quand on dit, ce vent -là amenera
>
C iij
30 Extraordinaire
de la pluye , ce n'eft pas qu'il
foit pluvieux de fa nature , mais
c'cft qu'il amene , & fait tomber
les vapeurs qui fe réſolvent en
pluye. L'Air eft donc un veritable
Caméleon , capable de
toutes fortes d'impreffions . Tout
froid qu'il eft, il devient feu , felon
les divers mouvemens qu'il fou-
Ale ; mais ce qui eft admirable, eft
que ces vents ou ces impreffions
d'Air , comme nous les avons
appellez , ont leur révolution
jufte & périodique , de quatre
ans en quatre ans , vers le commencement
de la Canicule .
Quoy que je m'en tienne à
l'opinion de l'Ecole , dit le Do-
&teur , voyant que le Marquis
s'eftoit teú , qui eft que l'Air
n'eſt pas le Vent , il eſt neantdu
Mercure Galant. jr
moins le Pere des Vents , & le
crible de la Nature , comme
parle un Ancien , mais un Moderne
l'appelle avec plus de raifon
, le Compagnon du Soleil,
parce qu'il concourt avec luy à
la creation de toutes chofes , &
à la formation des plus merveil
Jeux Phénomenes de la Nature .
Il infpire ce que la Lumiere vivifie
, il purifie ce qu'elle dore , &
fert avec elle à éclairer tout l'Univers.
Anaximenés difoit que
Pair eftoit l'efprit du Monde , &
qu'il eftoit à l'Univers ce que
l'ame eft au corps ; que toutes
chofes eftoient engendrées de
l'air , & fe réfolvoient en air.
Enfin on peut dire de l'Air , ce
que S. Paul a dit de Dieu , In quo
vivimus , movemur, & fumus, I
C iiij
32
Extrardinaire
nous fait voir les objets , mais il
nous donne encore l'oüye , &
l'odorat, Par fon moyen nous
fentons , & nous entendons.
Tous nos Inftrumens , & toutes
nos Chanſons , ne font qu'un air
mefuré & harmonieux. Il anime
les uns , il infpire les autres . Une
Chanfon s'appelle un Air , parce
que c'est un Mode , ou une façon
de chanter , mais encore par
ce qu'il faut de l'air pour le chanter
, & que la Mufique rend cet
air harmonieux par les diférentes
notes qui le compofent. En effet,
l'air agité par la voix ,frape agreablement
nos oreilles , ce qui a fait
dire à un Ancien , qu'une belle
Ode , qui eft la mefme chofe
qu'une belle Chanſon , eftoit un
air qui voloit dans les oreilles. II
du Mercure Galant.
33
y a des Païs mefme où l'air fait
les belles Voix , & où tous les
Hommes chantent bien. Vous
demeurerez d'accord de cette
verité , puis que felon Ariftote,
la Voix & les Inftrumens ne font
qu'une répercuffion de l'air infpiré
.
L'air eft encore un excellent
médiateur entre l'eau & le feu.
Il corrige celuy - cy , & tempere
celle- là. Il eſt naturellement
Amy de la Terre , mais ce qui
releve davantage la nobleffe de
cet Elément , c'est que quelques
Philofophes ont crû que fe Dieu
unique & fouverain n'eftoit
autre que l'Air. Le Docteur
ayant ceffé de parler , comme
s'il n'euft eu plus rien à dire ; Oh
je me doutois bien que les An-
>
34
Extraordinaire
ciens en avoient fait un Dieu,
reprit le Chevalier ; mais moy,
je vous dis que c'eſt un Démon
en fubtilité , & en malice , qui
rend tous les corps agiles , & qui
penetre toutes chofes , fans les
rendre plus pefantes lors qu'il les
remplit. C'est un grand faifeur
de Fufées, & de Feux d'artifices,
qui forme les Méteores , & qui
les renferme dans fon fein ,
mais c'eſt auffi un grand tireur
de quinte effences , qui fçait
diftiler avec le feu élémentaire ,
les influences & les proprietez
occultes des Etoiles , & des Planetes
. Peu s'en faut que je ne
l'appelle Soufleur & Charlatan ;
mais enfin il eft le mieux logé de
tous les Elémens , puis qu'il ha.
bite dans trois regions diférentes,
·
du Mercure Galant.
33
& que le Feu , l'Eau & la Terre
demeurent toûjours où Dieu les
a placez . Il devoit ce me femble ,
avoir quatre Régions , afin de
partager les quatres Saifons de
l'année . Ileft chaud dans la haute
région proche du Feu élémentaire
. I eft plus fraichement dans
Ja moyenne , & d'une maniere
plus temperée dans la baffe , puis
que cette Région eft tantoft
chaude , & tantoft froide. Pline
qui connoiffoit cet Elément , &
qui peut eftre en avoit reçeu
quelque incommodité , dit qu'il
eft caufe de tous les malheurs qui
arrivent aux Hommes , & le
compare à un Sujet rebelle qui
fait fans ceffe la guerre à la Nature
. Les Vents qui font les
Soldats de l'Air , font tous les
36
Extraordinaire
ravages qu'il leur commande , &
ne fe retirent jamais de la meflée
fans eftre chargez de butin.
Toute la Compagnie ne pút
s'empefcher de rire de ce qu'avoir
dit le Chevalier ; mais l'Abbé
prit la parole , & s'adreffant au
Docteur d'un air plus férieux,
Mais noftre ame n'eft - elle point
de la nature de l'air , puis que
felon la penſée d'un Ancien , l'air
& l'efprit ne font qu'une mefine
chofe ? Pour moy je croy que
noftre ame eft un air tres fubtil,
& foit qu'elle anime nos corps,
ou qu'elle s'en fépare , elle en a
toute la reffemblance autant
qu'elle peut eftre viſible. Lors
que je la confidere comme fenfitive
ou animale , ou comme immortelle
, je n'en puis avoir naAu
Mercure Galant.
37
turellement d'autre idée . Diogenes
eftoit de voſtre ſentiment,
répondit le Docteur ; & Héraclite
& les Stoïciens eftoient en.
core de cette opinion. Ils vouloient
que noftre ame fuft une
évaporation d'humeurs inceffamment
coulantes , ou un vent.
L'efprit des Infectes , difent les
Chymiftes , eft la plus pure por
tion de l'air , & cette pure portion
de l'air eft le lien qui unit
l'ame avec le corps. L'ame des
Vegétaux eft auffi aërienne , &
c'est pourquoy le corps qu'elle
anime veut toujours s'élever en
l'air. La fainte Ecriture expri
mant de quelle maniere le pre
mier Homme fut animé , dit que
Dieu luy foufla dans le corps un
eſprit de vie. Or qu'eſt- ce qu'une
38
Extraordinaire
evaporation , qu'un vent , qu'un
foufle , finon l'air que nous ref
pirons , ou quelque chofe qui luy
reffemble ? Mais vous fçavez que
M'l'Evefque de Meaux , dans ce
beau Difcours qu'il a fait fur
l'Hiftoire Univerſelle , nous défend
de croire que noftre ame
foit un air fubtil , ny une vapeur
déliée ; parce que le foufle que
Dieu infpire , & qui porte en luymefme
fon image , n'eft ny air
ny vapeur. Je fçay cela , dit
l'Abbé , & d'autres Docteurs me
l'ont appris , mais nous ne parlerons
pas icy fur les Bancs . Quoy
qu'il en foit , reprit le Docteur,
l'air contribue non feulement à
toutes les belles qualitez du
corps & de l'efprit ; il infpire &
regle tous les mouvemens de l'adu
Mercure Galant.
39
me , ce qu'il eft facile de faire
voir , fi nous le confiderons.com.
me température .
L'éloquent Evefque que je
viens de citer , dit que les Elemens
furent alterez par le deluge,
& que l'air chargé d'une humi
dité exceffive , fortifia les principes
de cette corruption ; & ily a
bien de l'apparence que la Nature
fe fentit la premiere de la
corruption des Hommes , qu'elle
fut affoiblie , & qu'il demeura en
elle- mefme une impreffion éternelle
de la vangeance Divine.
Mais enfin , pour que l'air foit fa
lubre , il faut qu'il foit temperé,
ny trop groffier , ny trop fubtil.
Ainfi l'on dit une bonne température
d'air , une bonne contitution
d'air. Sa fubtilité ne
40 Extraordinaire
tait pas fa bonté , il eft auffi dana
gereux trop fubtil , que trop grof
Ler. C'est pourquoy dans la fupérieure
Region , où il eft dans
fa plus grande fubtilité , nous n'y
pourrions pas vivre. Cette fubti
lité rend fes parties trop aiguës,
& trop penétrantes ; & les lieux
trop élevez font contraires aux
poitrines foibles , & délicates. Un
Voyageur nous affure , qu'allant
voirun Hermite fur le Mont Ararath
, dans l'Arménie , il monta
jufques à la Region de l'air, où fe
forment les nuages ; que la plufpart
de ces nuages eftoient obfcurs
& épais , les autres extrémement
froids & pleins de neige,
& qu'il y fût mort , s'il y eût demeuré
encore un quart d'heure.
Lors que l'air eft trop groffier ,
du Mercure Galant.
fes parties trop épaiffes & trop
maſſives engraiſſent & tuënt la
poitrine , & les parties où elles
s'attachent par le moyen de la
refpiration. Il faut donc laiffer
l'air groffier aux Pituiteux , & le
fubtil aux Mélancoliques . Pour
moy , dit le Chevalier , j'aime à
reſpirer le grand air. Outre que
je m'en porte mieux , il me rend
F'efprit plus gay & plus agreable ;
il me donne mefme des penſées
plus nobles & plus relevées , & je
Vous affure que j'y trouve quel--
que chofe de divin & de ſurna.
turel , que je reifens viſiblement
en moy - mefme . Vous eftes du
naturel des Arbres , interrompir
le Préfident , qui aiment beau
coup l'air , ou plûtôt comme ces
Peuples de Siam qui l'adorent, &
2. d'Octobre 1683. D
•42
Extraordinaire
qui n'ont point d'autre tombeau
apres leur mort ,,
que
d'eftre
fuf
pendus
en l'air. Mais
je fuis bien
aife
que
vous
foyez
reconcilié
avec
cet Elément
, depuis
tantôt
.
Il ne s'agir
plus
de nôtre
querelle
,
reprit
le Chevalier
. Je l'aime
quand
il me fait
du bien
, mais
je ne fuis point
Aëriſte
, & je ne
Louhaite
pas que
mes
funérailles
fe faffent
en l'air . Je n'aime
pas
non
plus
ces airs voraces
, qui ren
dent
les Peuples
faméliques
, &
qui
tuënt
la poitrine
, comme
nous
a dit M' le Docteur
, mais
un air comme
celuy
de l'Egypte
,
qui infpire
la fobrieté
& l'abftinence
. Les
Hermites
de l'ancienne
Thebaide
eftoient
de vô.
tre gouft
, dit l'Abbé
, ils avoient
choify
exprés
ce lieu -là pour
leur
du Mercure Galant.
43
1
-
retraite ; auffi eſt- cè un vray païs
d'Hermites. Je vous avouë ma
foibleffe , reprit le Chevalier , ce
n'eft point par le meſme efprit
quej'aime le grand air ; mais c'eft
que je fuis tout différent de moymefme
dans les lieux bas ., obfcurs
&
defagreables ; au lieu que
les belles vûes , les belles Maifons
, les belles Perfonnes , me
charment , & me donnent une
nouvelle vie. Toutes ces chofes
nous infpirent je ne fçay quel air
doux & tendre , qui nous rend de
belle humeur , & de bonne compagnie.
Je ne puis refpirer l'air de ces riches
Plaines ,
Qu'échauffent les Zéphirs , de leurs
tiédes baleines ;
Je ne puis de ces Prez voir l'émail
précieux ,
44
Extraordinaire
Ou tant de vives fleurs éblouiffent
Les yeux i
Entendre de ces caux l'agreable mur.
mure ,
·Contempler de ces Bois la verte chevelure
,
Que je ne fois touché de quelque
fainte horreur,
Et ne fente les traits d'une fainte
furcur.
Cela m'arrive dans tous les
beaux Lieux dont parle ce Poëte,
& principalement en celuy - cy ,
où il me femble que ma vûë s'ë.
chauffe , où vôtre vûë , qui eft
proprement vôtre air , m'anime
& me donne plus d'efprit que je
n'en ay d'ordinaire. Qu'est - ce
qu'un beau jour , pourſuivit - il,
qu'une continuation d'air, que le
Soleil dore & purifie , qui fait
du Mercure Galant. 45
naître & anime toutes choſes ?
Qu'eft.ce auffi qu'une fale journée
, qu'une continuation d'air
corrompu , pareil à ce vilain
brouillard dont parle Ovide dans
fes Metamorphofes , qui eft l'origine
de la pefte , & des maladies
contagieufes ,
PrincipioCalum fpißä caligine terras
Preffit.
Qu'eft ce, dis-je, qu'unejournée
trifte & pluvieufe , finon un
air épais & fumeux , qui veut fuffoquer
toute la Nature , & qui la
rend afinatique , & fans refpiration
, fi j'ofe parler de la forte devant
un Docteur , qui veut qu'on
foit ferieux jufque dans les plus
petites chofes , quand il s'agit de
Philofophie Apres qu'on eut
applaudy d'une maniere un peu
46
Extraordinaire
railleufe à ce que le Chevalier ve
noit de dire , le Docteur repris
ainfi .
Chaque lieu a fon air , qui a
fes proprietez différentes , &
quelquefois merveilleufes. Juvenal
dit que dans une certaine
Contrée de l'Espagne , l'air y
teint naturellement la laine des
Brebis d'une tres belle couleur
, & qui eftoit fort estimée
chez les Romains . Les Peuples
qui habitent divers Climats , ont .
auffi diverfes qualitez . Icy l'air
rend les Hommes triftes & melancoliques
, là gays & éveillez ;
icy fobres , là gourmans , icy lâches
, & ' à genéreux ; icy chaftes,
là débanchez. On attribue le
long âge des Suédois à la pureté
de l'air qu'ils refpirent dans les
du Mercure Galant.
47
Montagnes dont ce Royaume eft
remply. Il y a auffi des Lieux ,
comme Aiguemorte en Languedoc
, où l'on ne vieillit guere , à
caufe de l'intempérie de l'air.
Mais bien plus , ceux qui en ref-
#pirent un autre que le natal,
prennent les moeurs & les complexions
desPeuples avec lesquels
ils habitent. Il eft vray , dit le
EMarquis, & Voiture écrit galamment
à Mademoiſelle Paulet , en
parlant de l'Affrique, où il eftoit,
Ne vous étonnez pas de m'ouir dire
des Galanteries fi ouvertement , l'air
de ce Pais m'a déja donné je ne
Seay quoy de felon , qui fait queje
Vous crains moins ; & quand je
traiteray deformais avec vous , fai-
Les état que c'est de Turc à More.
Vous fçavez , continüe- t- il , que
48
Extraordinaire
l'Afrique eft le Pais de l'Amour , des
emportemens & des violentes paffions
; ainfi il rend les Gensfélons,
amoureux & emportez.
Vous eftes toûjours galant,
M' le Marquis , reprit le Docteur,
mais l'Autheur de la Recherche
de la Verité eft affez de vôtre
fentiment. Il prétend que l'air
fait le mefme effet en nous , que
le fuc des viandes dont nous tirons
notre nourriture . Or chacunfçit
les incommoditez qu'on
reçoit des méchantes viandes que
l'on prend , & combien elles alté
rent le tempérament & la fanté.
Mais cet Autheur va encore plus
loin . Il dit que l'air penétre les
poulmons , & s'infinue dans le
fang , ce qui aporte un tres- grand
changement à nos humeurs & à
nos
du Mercure Galant.
49
de la difnos
inclinations , & que
férence de l'air qu'on refpire en
différens Climats , vient la diffé
rence des efprits . Là où il eft groffier,
gras & pefant, les Hommes y
font plus mous , plus ftupides , &
plus mélancoliques , là où il eſt
pur, fubtil & délié , les Hommes
y font plus enjoüez , plus fpirituels
, & plus agiles. Mais, interrompit
le Préfident , ne peut-on
pas dire que comme il y a quatre
Elémens , qui composent le tempérament
de tous les Hommes ,
il y a auffi quatre fortes d'Efprits , il-y
par raport à ces quatre Elémens ,
les Ignez , les Aériens , les Aquatiques
, & les Terreftres , qui font
encore divifez chacun en deux
ordres. Il y a ceux qui font animez
du feu qui fait briller les
2. d'Octobre 1683. E
So
Extraordinaire
Aftres , ils font courageux , harë
dis , habiles , aimables & bienfaifans
; & ceux qui brûlent du feu
qui embrafe les Cométes , font
malicieux , ambitieux , & cruels.
Il y a ceux qui reffemblent aux
caux pures & claires des Fontaines
, ils font nets , doux & paifi.
bles , les autres , comme ces eaux
croupiffantes & fangeufes des
Marais , font lents , pareffeux,
fales , malicieux & couverts . Les
Terreftres font quelquefois comme
ces belles Plaines fleuries &
tapiffées de verdure , ils font feconds
, agreables , fermes & folides
; les autres qui font plus fouterrains
, font avares , opiniâtres,
impudens , & brûlans. Et pour
1: s Aérins dont vous avez parlé,
les uns font affables , complaifans,
!
du Mercure Galant.
5%
inventifs , agiffans , & de belle
humeur , & de ce genre font les
Perfonnes de Cour, les honneftes
Gens , les jolies Femmes , enfin
les Gens de qualité , d'honneur,
& tous ceux qui compofent ce
qu'on appelle le beau Monde , &
qui font propres à la Converfa.
tion ; ceux- là avec raifon font du
grand air , & font tout de bon
air . Mais ceux qui dégenérent
font grands mangeurs , grands
rieurs , vains flatteurs & diffolus,
pour les autres ; femblables à Pair
agité , à cet air obfcur & nuageux
, qui produit les orages &
les tempeftes , ils font coléres,
ombrageux , impatiens , incon
ftans & brouillons . Ce que vous
venez de dire eft parfaitement
beau,répondit le Docteur, j'ay lu
E ij
32
Extraordinaire
quelque chofe de femblable ; mais
le tour que vous y avez donné
mele fait paroître tout nouveau.
Je fçay peu de Gens qui fe fervent
de leur lecture auffi bien que
vous. Mon Dieu , M` le Docteur,
reprit le Préfident , ne me loüez
pas tant d'un peu de memoire, qui
pour le petit fervice qu'elle me
rend aujourd'huy, me fait tous les
jours mille fupercheries . Le Doc.
teur, pour ne pas pouffer plus loin
le Compliment , reprit ainfi la
parole.
La diverfité de l'air fait la diverfité
des maladies , & on peut
voir là- deffus le Livre qu'Hyppocrate
en a fait. L'air eft quel
quefois fi corrompu , qu'il fait
mourir les Créatures qui le refpirent.
Il y a des Régions où les
du Mercure Galant.
$3
animaux mefme ne peuvent vivre
, & il n'arrive jamais de gran .
des peftes, qu'il n'en meure bean .
coup dans les lieux où eft la contagion.
Perfonne n'ignore fur ce
fujet la délicateffe des Aeurs , &
fur tout des Oeillets, qui meurent
au méchant air. Mais peut- cftre
ne fçavez- vous point , que les
Peuples du Japon font fi prévenus
que l'air eft mal fain , & contraire
à l'Homme , qu'ils ne fouf.
frent pas que leur Dairo ou Empereur
foir jamais découvert à
l'air. Mais bien plus , il y a des
Hommes fidélicats, qu'ils diftinguent
l'air d'une mefine rüe , &
qu'ils affurent que celuy de la
main droite eft plus pur que celuy
de la main gauche , & qui féparent
ainsi l'air en marchant , avec
E iij
34
Extraordinaire
une grande fubtilité . Cette re.
marque eftoit digne de moy , interrompit
le Chevalier ; mais je
veux vous dire quelque chofe de
plus veritable & de plus folide ,
touchant la corruption de l'air.
Vous avez lû les Mémoires de
Pontis , cependant je croy que
vous ne ferez pas fâchez que je
vous faffe reffouvenir d'un accident
fort remarquable
, que raporte
cet Autheur. Il dit qu'apres
qu'on eut levé le fiege de Louvain
, l'Armée cft : nt allée pour
fe rafraîchir vers Ruremonde , it
s'y éleva une fi furicufe tempefte,
avec de fi grands tourbillons, que
comme ce Païs eft extrémement
fablonneux , on n'y refpira pendant
plufieurs jours que du fable
au lieu d'air. Cinq ou fix mille
du Mercure Galant.
S$
Hommes en furent étouffez fubi.
tement , ou moururent -en trespeu
de temps , par I.s maladies
que leur caufoit cette grande corruption.
Non feulement l'air
qu'on refpiroit par le nez , mais
celuy qu'on avaloit avec les viandes
, qui en eftoient toûjours fort.
affaifonnées , formoit une espece
de contagion , qui gâtoit les par
-ties de ceux qui en eftoient attaquez
, il falut que l'air natal chaffât
cet air malin , & redonnât aux
Troupes la fanté qu'il leur avoit
fi étrangement alterée.
Le changement d'air fait de
grands effets , reprit le Docteur,
mais s'il a fes avantages , il a auffi
fes incommoditez . A moins
que
la maladie qu'on a contractée , ne
vienne principalement de l'air où
E iiij
56 Extraordinaire
l'on eft , le changement n'y fait
rien de bien , & fouvent du mal ,
lors qu'il eft une qualité oppoſée
ouà la maladie ou au tépérament
du Malade. Mais il eft admirable
que l'air , qui vivifie toutes les
Créatures , les empoifonne , ou
par fa qualité naturelle , ou par la
malice des Hommes , qui ont
trouvé l'invention de le corrompre,
auffi -bien que les autres Elemens.
Mais enfin , il eft toûjours
bon d'éviter le méchant air , puis
qu'on en attire beaucoup plus
qu'on n'en pouffe , & que prefque
tout l'air qu'on refpire , paffe
&fe convertit en nourriture . L'air
de la Campagne eft auffi plus
pur & plus fain que celuy des Villes
, car outre toutes les vapeurs
des ordures & des immondices,
du Mercure Galant .
59م و
I
5
les Morts qu'on y enterre , y rendent
l'air gras , épais & corrompu
; ce qui caufe de grandes & de
fâcheufes maladies ' , qui fait les
perfonnes languiflantes & de pâle
couleur . Platon qui en connoiffoit
les accidens , veut par fes
Loix que les Cimetieres feient
fituez en forte que les Vivans ne
puiffent eftre incommodez du
mauvais air des Morts . Les Grecs
& les Egyptiens eftoient fort délicats
en cela , ayant des Ifles
éloignées & defertes , où ils faifoient
porter les corps des défunts
. Pour moy , dit le Marquis ,
j'aurois voulu fur tout demeurer
dans l'ifle de Delos , où il eftoit
défendu d'accoucher, & d'enterrer
les Morts . Ce lieu eftoit fans
doute bien agreable & bien fain,
58
Extraordinaire
car l'un ne contribue pas moins
que l'autre à l'infection de l'air.
Vous avez raifon , dit le Docteur,
& ceux deDelos obfervérét cette
loy depuis une furieufe pefte dont
ils furent affligez , qui ne procédoit
que de la puanteur des tombeaux
Les Romains défendoient
de brûler les morts dansla ville , &
Augufte ordonna que ce fût pour
le moins deux milles loin des mu
railles . On remarque meſme dans
l'antiquité , qu'il n'y a eu que les
Tarentins qui ayent enterré les
Morts dans leur Ville , apres que
l'Oracle leur ayant promis beaucoup
d'heureux fuccés , s'ils de.
meuroient avec le plus grand
nombre , ils crûrent que cela devoit
s'entendre des Morts. Mais
la Religion Chrétienne , qui prêdu
Mercure Galant. 59
che la mort & les fouffrances , n'a
pas eu ces égards pour les Fidel .
les ; à joindre que les Prieres pour
les Morts , & la venération pour
leurs Reliques , ont authorifé
cette coutume. Les Corps des
Saints ne fçauroient eftre trop
e prés de nous ; & les autres , dont
les Ames ont besoin de nos fe.
cours fpirituels , feroient peuteftre
negligez , fi les tombeaux
ne nous faifoient reſſouvenir de
leurs neceffitez . Et de plus , dit
le Préfident , les Corps Saints
font tous de bonne odeur , & ils
exhalent quelquefois une douce
vapeur , qui furpaffe les parfums
les plus exquis . Ileft vray , dit le
Chevalier, plufieurs Autheurs en
ont raporté témoignage ; mais
le nombre de ces Corps eft petit,
60 Extraordinaire
& pour un Saint combien de....
Tout beau , dit le Docteur , retirons-
nous de là , cet air nous
feroit contraire , prenons - le autre
part. Vous avez raiſon , dit
l'Abbé , je n'aime pas volontiers
à m'entretenir de Religion , dans
des converfations un peu familieres
, & auffi libres que le font les
nôtres.
Le grand air eft perilleux pour
les convalefcens qui fortent d'un
petit air , ou d'un air renfermé ;
ce n'eft pas qu'un air trop tranquille
eft auffi mal fain , parce
qu'il peut plus aisément fe charger
& s'alterer , que celuy qui eft
agité. C'est pourquoy on dit
l'air pour eftre bon , doit eftre
tantôt mû par le Zéphir qui le
rafraîchit , & tantôt comprimé
que
du Mercure Galant.
par l'Aquilon , qui le purge . L'air
de la Mer guérit de plufieurs maladies
, mais il en donne plufieurs
autres à ceux mefme qui y font
naturalifez ; & on affure que cet
air eft fi corrofif, que les Oiſeaux
qui fréquentent la Mer , ont le
plumage prefque tout rouge.
Mais l'air temperé & purifié d'une
certaine maniere , conferve la
fanté , & la redonne à ceux qui
l'ont perdue. Il prolonge la vie,
& fert mefme de nouriture à quel.
ques Oifeaux ,dit le Préfident . Les
Aftchomes qui font une espéce
d'Hommes , qui n'ont point de
bouche , fe nourriffent de bonnes
odeurs , comme ils meurent s'ils
en fentent de mauvaiſes . Le Caméleon
& les Pluviers vivent
d'air , & il ne faut pas s'en éton62
Extraordinaire
ner , puis que la vie ne confifte
qu'en ces deux qualité de l'air,
qui font le chaud & l'humide.
Si le feu nourrit la Salamandre,
pourquoy l'air qui a des qualitez
bien plus nutritives , ne peut - il
pas nourrir des Oifeaux , à moins
qu'on ne veüille dégraiffer l'air,
& en féparer la rofee , qui n'eft
pas moins une fubftance de cet
Elément , que des vapeurs de la
terre. Ce que vous venez de dire
eft bien imaginé , repartit le Doc
teur ; mais puifque les Pluviers &
les oifeaux deParadis vivent d'air ,
c'est encore une des crédulitez de
Pline . L'air eft bien l'élément des
Oiſeaux, & le lieu qu'ils habitent,
mais il ne peut pas nourir un corps
folide d'une viande fi creufe .
Si on ne trouve point d'alimens
du Mercure Galant
C
E groffiers dans l'eftomac de ces
Qifeaux , c'eft qu'ils la digérent
promptement , qu'ils mangent
peu , & des chofes fort delicates.
Le Caméleon vit de vermine;
mais comme il aime extraordinai.
rement le grand jour , & qu'il devore
le bel air , comme l'on dit,
cela fait croire qu'il vit par la ver
tu de cet Elément . Mais vous fçavez
, reprit le Préfident , combien
l'air que les Enfans foufflent,
& les Perfonnes qui font bien
compofées , eft doux & falubre.
Il en fort un fi grand nombre d'ef
prits , qu'ils communiquent
une
nouvelle
e à ceux qui le refpirent
; & c'est la raifon pourquoy
on a dit que ceux qui enfeignent,
& qui paffent leur vie avec la Jeunede,
vivent plus long- temps que
64
Extraordinaire
les autres , & ont la couleur beaucoup
meilleure. Il en eft au contraire
de ceux qui fréquentent
des Perfonnes mal faines , & qui
ont les parties gâtées, parce qu'el
les communiquent leurs indifpofirions
& leurs maladies. On ne
trouva point de meilleur expédient
pour éloigner le Cardinal
Pancirole d'aupres le Pape Innocent
X. qu'en gagnant fon Medecin
, qui affura fa Sainteté que
ce Cardinal eftoit pulmonique,
& que fon haleine eftoit dange .
reufe & nuifible à fa fanté , par les
fréquens entretiens qu'ils avoient
enfemble .
Le Loup a l'haleine fi mauvaife
, qu'on a raifon d'appeller cet
animal un cloaque animé , mais
la malignité de fon haleine eſt ſi
du Mercure Galant.
65
1
fubtile & fi penétrante , qu'il n'y
a point de chair qu'elle ne corrompe.
Cette Fille dont parle
Galien, qui vivoit de napel , avoit
P'haleine bien pernicieufe , interrompit
le Chevalier , puis qu'elle
faifoit mourir ceux qui l'apro .
choient. Cette autre que cite Albert
le Grand , qui vivoit d'Aragnées
, ne l'avoit pas meilleure,
dit le Marquis ; mais que dirons.
nous de ces haleines excellentes,
dont l'air eft fi doux & agréable ,
continua- t-il? Je me fouviens toûjours
de cette délicate expreffion
du Comte de Buffy parlant d'une
Belle, L'air qu'elle fouffle eft plus
pur que celui qu'elle refpire . Quel
avantage , quel charme pour moy
qui n'aime rien tất, qu'on ne ſente
rien!Mais comme il y en a qui ont
Q. d Octobre 1683.
F
66 Extraordinaire
la fueur parfumée , pour ainfi dire,
' il y en a auffi qui ont la refpiration
admirable , & qui reſſem.
blent aux Abeilles , tout ce qu'el
les mangent & qu'elles prennent
fe convertit en miel , & enfucre,
Mixtura quadam & proprietate fpiritus
fui, & quafi conditura fui.
Elles forment de l'ambrofie &
du nectar dans leurs entrailles , &
de là vient la bonté & la douceur
de leur baleine . Tel eftoit Alexandre
le Grand , dit le Préfident
; mais comme il y a peu de
Perfonnes de cette nature, & qui
ayent toutes les qualitez du tempérament
adpondus , comme parlent
les Medecins , il n'y a point
de choſes au monde où l'on puiffe
s'apliquer plus utilement dans un
Etat , qu'à empêcher la corrup
du Mercure Galant. 67
tion de l'air , ſoit qu'elle vienne
par la méchante haleine des Malades
, par l'infection des immondices
& des ordures qu'on laiffe
amaſſer dans les Villes , ou par
l'inclémence des faifons . On a
donc eu raiſon autrefois de féparer
les Ladres d'avec les autres,
& encore aujourd'huy d'interdire
l'entrée des Villes à ceux qui
viennent des Lieux foupçonnez.
de la pefte , ou de quelque autre
maladie contagieufe , comme la
petite vérole , & tant d'autres
maladies qui fe communiquent
par la corruption de l'air.
Comme le Préfident fait bâtir
à la Campagne , il n'oublia pas à
demander plufieurs avispour rendre
une Maiſon auffi faine qu'agreable
, & là - deffus le Docteur
Fij
68 Extraordinaire
auquel la Compagnie avoit toû
jours deferé , parla de la forte.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
qu'on a de la peine à bien s'habi
tuer. Les Anciens avoient diffé
rentes opinions fur ce fujet . Ils difoient
qu'il ne falloit point choifir
les lieux trop gras , trop bas
& trop humides , parce qu'ils
eftoient mal fains . Ils ajoûtoient
qu'on ne connoiffoit pas toujours
la bonté de l'air d'un Païs , par la
couleur & la bonne difpofition
des Habitans , parce qu'il y en a
qui fe portent bien dans l'air mê .
me de la pefte. Il y a encore des
lieux qui ne font fains qu'en de
certaines faifons de l'année, & qui
font dangereux dans d'autres.
Mais afin qu'un lieu foit jugé
fain, il faut pour le moins en avoir
du Mercure Galant.
79
J
Pexpérience une année entiere.
Les Maifons expofées au Midy,
dans les Païs chauds , font mal
faines , on y devient bilicux &
languiflans , & fujets à des fiévres
tres aigües . Dans les Païs froids,
lesMailons qui font tournées vers
le Septentrion , rendent ceux qui
les habitent fujets aux fluxions &
paralifies. Les Maifons qui regardant
l'Occident , dans les Païs
humides , caufent des foiblefles
d'eftomac & des ulcéres. Les
Maifons qui font placées du côté
de l'Orient , dans les Païs fecs,
rendent les jointures débiles , con
denfent les humeurs , &
> engendrent
de grandes obftructions.
Et où bâtirons.nous donc , s'écria
le Chevalier , puis que dans tous
les cantons du Monde il n'y a que
"
70
Extraordinaire
と
maladies , & pas un lieu qui foit
fain La terre ? eft donc inhabitable.
Non pas , M' le Chevalier,
reprit le Docteur , chaque Païs a
fon terroir , fes eaux , fes afpects
& fes vents , qui luy font ou nui
fibles ou falutaires , il ne faut que
les bien choisir , & alors il n'y a
point de lieu qui ne puiffe eftre
fain , au moins pour les naturels
du Païs , & il n'y a que les Voyageurs
, qui en puiffent recevoir
quelques incommoditez.
Pline qui a écrit fort au long
fur la maniere de bâtir les Maifons
de Campagne , pour les rendrefaines
& logeables , dit que fi le
Climat eft chaud , l'ouverture
doit regarder le Nort ; s'il eft
froid, elle doit regarder le Midy,
& s'il eft temperé, elle doit regar
du Mercure Galant. 71
[
1
der le Levant. Cela eft bon , interrompit
l'Abbé , mais je vou .
drois fçavoir s'il eft neceffaire
pour avoir le bon air , de percer
un Bâtiment par quantité de hau
tes & pleines croifées , comme on
fait aujourdhuy , ou de l'ouvrir
feulement par des feneftres médiocres
, comme on faifoit autrefois.
Ileft aifé de remarquer par
tous les vieux Châteeux , tant dehors
que das le Royaume, que nos
Peres n'aimoient pas le grand air
pour leursMaifons . Tous les vieux
Bâtimens font placez de biais, ou
accompagnez aux coſtez de tourelles,
qui couvrent les jours, afin
de rompre le vent , & de fendre
l'air , qu'ils croyoient nuifible à
la fanté , ſe perfuadant de vivre
plus long -temps , en fe tenans
$2
Extraordinaire
ainfi renfermez ; eftant bien contraires
aux Poiffons , qui aiment
à changer d'air , & qui montrent
fouvent la tefte au deffus de l'eau ,
& meurent fous la glace , fi on n'a
foin de la fendre en Hyver , afin
de leur conferver la vie. Mais
nos Peres difoient que les Maifons
cftoient faites pour fe mettre à
couvert des injures de l'air , &
non pas pour le recevoir par de
grandes ouvertures , que nous
avons inventées pour fatisfaire au
plaifir , & à la vanité . J'ay vû un
Homme plus vieux que fon fiecle
, qui durant les trois mois fâcheux
de l'Hyver ne fort point,
neveut ny voir ny fentir l'air , qu'il
refpire feulement par un petit
jour qui eft au.deffus de la porte
de fa Chambre , foutenant que le
trop
du Mercure Galant.
73
C
trop grand jour tüe. Elifabeth
Reyne d'Angleterre , en allant
voir le Chancelier Bacon , dans
un Château qu'il avoit nouvellement
fait bâtir , & percer de toutes
parts par de belles & grandes
croifées, elle luy demanda où l'on
s'y mettroit l'Hyver , voulant
luy marquer par là , que le trop
d'air n'eft pas toûjours bon ny
commode , & que les feneftres
médiocres font meilleures. Cela
dépend des Climats, & de la coutume
des Peuples , dit le Docteur.
En Angleterre toutes les fenêtres
font fort petites , mefme dans les
Maiſons de plaifance des Princes ,
auffi bien que des Particuliers ,
qui n'ont que des ouvertures
quarrées , fans corniches ; & à
Douvres , il n'y a que quelques
Q. d'Octobre 1683. G
-
74
Extraordinaire
il
vires pourtoutes fenêtres, qu'on
ouvre pour donner de l'air. Les
Maifons de Picardie font prefque
fans feneftres , ou du moins elles
font fipetites, que ces Maifons ne
reffemblent proprement qu'à des
lafnieres. Mais comme les Maifons
fermées & ombragées font
plus froides & plus mal faines,
parce que le Soleil n'y entre pas ,
& quel'air y eft plus humide ,
fait plus froid dans les Villes qu'à
la Campagne. Enfin , outre le
bon air qu'il faut obferver pour
rendre les Maiſons faines & bien
fituées , il ya encore le bel air, &
la maniere de bien bâtir , qui les
rend agreables & commodes ; &
c'eft de ce bel air, priscommemo.
de ou maniere , dont il nous refte
parler , mais je croy que ce que
du Mercure Galant. 75
nousen avons déja dit à l'entrée
de cette Converfation, doit fuffire
, renvoyant les Curieux au
beau Difcours que Mr le Chevalier
a fait de l'air du monde , &
de la veritable policeffe . Cela
s'appelle , interrompit le Chevalier
, renvoyer les Curieux au
Dialogue de la Bonne - Grace d'un de
nos vieux Poëtes. Pardonnezmoy
, Mr le Chevalier , reprit le
Docteur, nous fçavons la différence
qu'il y a entre l'illuftre Autheur
du Mercure Galant , &
Autheur des Apprehenfions Spirituelles.
Le premier n'expoſe rien
au Public , qui ne foit digne de
fon approbation , & de l'eſtine
qu'il s'eft acquife . On ne peut
rien auffi ajoûter à ce que vous
avez dit fur cette matiere , mais
Gij
·75 Extraordinaire
il me femble que c'eit affez battre
l'air, & fi M' l'Abbé le trouve
bon , nous irons prendre l'air de
cette foirée, qui eft fort agreable.
L'Abbé eftant dans le mefme
fentiment , toute la Compagnie
fe leva , & fortit pour aller à la
promenade .
Je croy auffi , Madame , qu'il
eft temps de finir , & de vous retirer
d'une fi longue lecture , pour
Jaquelle j'aurois mille excufes à
vous faire , fi je ne fçavois que
tout ce que je vous écris de cette
illuftre Compagnie, ne vous peut
eftre ennuyeux. C'eft donc avec
cette affurance , & en qualité de
leur fidelle Secretaire , que je
prens la qualité de vôtre , &c.
DE LA FEVRERIE.
ACADEMIQUE,
Dans laquelle il eſt traité des ,
bonnes , & des mauvaiſes
litez de l'Air.
qua.
AMadame la Comteſſe de C. R. C.
V
Ous m'avez témoigné,
Madame , que l'Entretien
Académique , dont je vous fis
part au mois d'Avril de l'année
1680 , ne vous avoit point déplû,
& vous m'avez mefme demandé
tant de fois des nouvelles de cet
illuftre Abbé , chez qui l'on parla
du fommeil de l'aprefaînée, que
je crois encore vous faire plaifir
7
A ij
4
Extraordinaire
en vous apprenant fon retour,
& ce qui s'eft dit dans une autre
Converfation , où je me ſuis auffi
heureufement trouvé que la premiere
fois. Il y avoit longtemps
que nous n'avions veu cet Abbé
dans la Province ; mais quoy
qu'il foit infirme , il ne laiffe pas
d'entreprendre des Voyages pénibles
pour le fervice du Roy, &
de fes Amis , & d'agir comme s'il
fe partoit bien. Je vous avoue
que fa patience eft merveill‹ uſe;
mais en pratiquant cette excellente
vertu , il croit arriver à
toutes les autres. Pour vous,
Madame , qui ne pouvez foufrir
de retardement à tout ce que
vous fouhaitez , je m'imagine
déja que vous eftes impatiente
de fçavoir fur quoy a roulé noſtre
Entretien.
du Mercure Galant.
S
Je vous diray donc qu'eſtanc
alle voir cet illuftre Abbé , je le
trouvay avec la Troupe choisie,
qui ne l'abandonne pas quand il
eft en ce Païs , & un Confeiller
qui fortit quelque temps apres
que je fus arrivé. Comme ce
Confeiller eft d'une grande pref
tance , cet Homme , dit M' le
Marquis , a l'air d'un veritable
Magiftrat. Oüy , repliqua l'Abbé
, c'eft un Juge fort entendu
dans fa Charge , & plein de
courage pour la juftice , & pour
les intérefts de fa Compagnie. Il
porte cela fur fon vifage , dit le
Chevalier , il n'y a qu'à le voir.
On a quelquefois de la peine à
le retenir , tant il a de feu & de
vivacité , ajoûta le Préfident.
Cette chaleur , dit le Docteur,
7
A iij
6 Extraordinaire-
>
eft un effet de fon tempérament,
qui eftant fanguin le rend
violent & prompt. Il eft vray
que nous devons beaucoup à
noftre complexion , dit l'Abbé ;
& fi l'heureuſe naiffance fait les
bonnes moeurs , il est encore
vray , pour en revenir à l'air dont
nous parlions , qu'il contribuë
extrémement à la fortune des
Hommes. Ifabelle , Reyne d'Eſ
pagne , difoit ordinairement que
la bonne mine leur fervoit d'une
Lettre de recommandation affez
ample. En effet , quand une Perfonne
bien faite vient à nous , fon
air nous prévient d'abord en fa faveur
; & le Duc de Guife , parlant
dans fesMémoires de l'Action hé !
roïque qu'il fit à Naples, lors qu'il
appaifa tout feul une troupe de
du Mercure Galant. ブ
Séditieux , ce Prince dit que les
Gens de qualité ont un je ne.
fçay- quoy dans le vifage , qui fait
peur à la Canaille. Jules Céfar
paroiffant devant les Soldats mutinez
, les ärrefta d'une feule parole
; & Augufte étonna les Lé.
gions d'Antoine par fa préſence .
Dans le temps des Guerres deParis
, le Garde des Sceaux Molé,
en fe montrant fur les Degrez
du Palais , defarma & appaifa le
Peuple qui le cherchoit pour
s'en défaire . Ileft donc conſtant
qu'il y a un certain air dans les
Perfonnes , & un certain caractere
fur le vifage , qui nous infpire
de l'eftime , de la crainte , & de
la venération . Comme auffi il
y
a un certain air , & un certain caradere
qui nous cauſe de la dé-
A iiij
& Extraordinaire
fiance , de l'averfion , & du mé.
pris. De - là viennent ces viſages
favorables , ou malencontreux ,
dont la mine . feule femble nous
annoncer d'abord quelque bonheur
, ou quelque malheur à venir.
Tel eftoit Montagne , qui
fur le fimple crédit de fa préfen- .
ce , & de fon air , nous affure que
des Perfonnes qui ne le connoiffoient
pas , fe fioient en luy , foit
pour leurs propres affaires , ou
pour les fiennes , & que mefme
dans les Païs Etrangers , il en
avoit tiré des faveurs rares &
fingulieres. Il fait quelques petits
contes fur le fujet des chofes qui
luy estoient arrivées , qui font
affez remarquables .
L'Abbé ayant ceffé de parler;
ne peut- on pas ajouter à tous
du Mercure Galant .
9
ces Exemples , dit le Marquis ,
la bonne mine du Roy , fa taille,
fon grand air , & ce caractere
plein de majeſté , & de fageffe
qui l'accompagne toujours ?
C'eft par- là qu'il terraffe les Ennemis
, auffibien que par la force
de fes Armes , & qu'il s'attire
les refpects , & l'amour de tous
ceux qui l'envifagent . On a eu
bien raifon de mettre entre les
Fremieres maximes de regner,
qu'il falloit pour remplir dignement
la Royauté , le port , la
taille , & la bonne mine , qui ne
font autre chofe que le bon air
qui charme par des vertus fe.
crettes de l'ame. Car il ne faut
pas s'imaginer que le corps luy
tienne lieu d'une honteufe prifon
, c'eſt un Temple où cette
10 Extraordinaire
petite Divinité fe plaiſt davanta
ge, plus il eft pur & net au dedans,
& beau & magnifique au dehors.
Neantmoins Scaron a dit ,
Souvent un vilain corps loge un
noble courages
Et c'eft un grand menteur fouvent
que le vifage.
Oh, pour Scaron , interrompit
le
Chevalier qui n'avoit poinɛ
encore parlé , & dont j'admirois
le long filence , il n'avoit garde
de s'expliquer autrement. Il ef
toit trop intereffé à défendre le
party de la laideur , & de la di
formité , car il n'avoit pas le
viſage plus beau que le corps,
& chacun fçait comme il eftoit
fait ; mais M' de Corneille a dit
bien plus vray que M' Scaron ,
quand il affure que tout le mon
du Mercure Galant. 11
de veut eftre beau , & bien fait,
Et quefinous eftions artifans de nous
mefmes,
On ne verroitpar tout que des beautez
Suprémes.
Cela dépend de Dieu , & non
pas de nous , dit l'Abbé, Ipfefecit
nos, & non ipfi nos. Il s'eft réſervé à
luy feul , le fecret de la nailfance
des Hommes , & l'a rendu impénétrable
à leur curiofité . Nous
ne fçaurions donc connoiftre
pourquoy celuy.cy a un air qui
plaiſt , & celuy là un air qui rebute
& qui dégoufte ; mais M ' le
Docteur , dites - nous un peu à
le bien prendre , ce que c'eft que
l'air , car les Orateurs, les Poëtes,
& les Philofophes en parlent diverſement.
L'air , répondit ce Docteur,
12 Extraordinaire
peut eftre confideré en trois manieres,
comme Elément , comme
Température , & comme Mode
ou Maniere . Pour moy , je croy
que c'est l'expreffion des autres
Élémens , & du mouvement , de
to s les Corps , qui participe à
toutes leurs bonnes ou mauvaiſes
- qualitez. Ainfi l'on dit , l'air du
temps , l'airdu feu , prendre l'air,
pour dire recevoir cette tranfpiration
des corps dans fa fource,
& dans toute fon , étendue . On
donne ordinairement le nom
'd'air à toute cette Matiere li
quide & tranfparente dans la.
quelle nous vivons , & qui eft ré .
pandue de tous coftez à l'entour
du Globe , compofé de la terre
& de l'eau. En effet , quelques
Philofophes prétendent que les
du Mercure Galant.
13
Cieux font fluides , comme un
grand air vague & fpatieux,
dans lequel les Etoiles & les
Planetes fe promenent comme
les Poiffons dans la Mer , & les
Oifeaux dans les Nuës ; & le
Philofophe de Cour ( car enfin
il faut raifonner à la mode aujourd'huy
) cet Autheur , dis-je,
veut que les Cieux foient fluides,
& de la nature d'un air tres.fub
til , & tres- purifié . Les Anciens
ont auffi confondu les mots de
Ciel , & d'Air , en parlant de la
Partie que nous voyons ; & l'on
dit tous les jours , apres la Sainte
Ecriture , les Oiseaux du Ciel ,
ils volent dans le Ciel , pour dire,
les Oifeaux de l'air , ils volent
dans l'air. En effet , l'air entre
dans la compofition du Ciel , &
14
Extraordinaire
le Ciel femble eftre un air con
denfé. Un Moderne a eu raiſon
de dire , que l'air eft un étrange
& admirable compofé , & que
pour le bien connoiftre , il faudroit
connoiftre auparavant la
nature de tous les Corps qui entrent
dans fa compofition. Comment
donc le concevoir dans
cette fimplicité qui luy eſt neceffaire
pour eftre Elément ? Car
dans la compofition où il fe trouve
prefque toujours , par le mélange
des autres Elemens , & de
tous les Corps qui s'exhalent.
continuellement de la Terre , on
ne peut dire précisément ce que
c'eft . Le Philofophe de Cour,
dénie à l'air le nom & la qualité
d'Elément , & dit que par fa
fubtilité il eft feulement fembla
du Mercure Galant,
ble au premier Elément des Car
réfiens. Quelques autres difent
que c'est une portion de la
Matiere premiere , débrouillée
& purifiée par la Lumiere. La
penſée de cet Ancien eft jolie,
qui difoit que l'Air eftoit la vître.
rie de l'Univers , par où les Crea.
tures voyent tous les Objets
comme dans un Miroir , par la
refléxion de cetteLumiere. C'eft
luy qui conferve les couleurs invifibles
qui peignent tous les
Objets dans nos yeux , quoy qu'il
foit fans couleurs , puis que tous
les Objets tranfmetent leurs efpeces
en luy , ce qu'ils ne pour
roient pas faire s'il avoit quelque
couleur , comme nous voyons
tout rouge , ou tout jaune , dans
un verre qui eft peint de la fort,
16 Extraordinaire
›
Un Philofophe moderne dit que
l'air n'eft pas vifible , parce qu'il
eft trop délié ; mais qu'autant
qu'on le peut voir par la refpiration
, ou par les Arquebules à
vent , il eft de couleur grifatre,
A propos de la couleur de l'Air,
s'écria le Chevalier , en regar.
dant le Marquis , ne vous fouvient-
il point de ce prétendu Sor
cier , qui nous difoit un jour qu'il
avoit veu le Vent , & qu'il eftoit
rouge , jaune , & bleu ? Il eſt
beaucoup de femblables Viſionnaires
, répondit le Marquis , &
je croy qu'il s'en trouve auffi
parmy les Philofophes ; mais
laiffons parler M' le Docteur, car
il a fans doute de belles chofes à
nous dire . Apres un modefte
fous-rire , le Docteur reprit fon.
du Mercure Galant.
17
Difcours de la forte.
Les Philofophes donnent à
l'Air des figures bien diférentes,
& le mettent en tant de postures,
qu'il eft impoffible de le connoiftre
tel qu'il eft en effet. Quel
ques- uns difent
que les goutes
d'eau & de rolée, qui tombent de
l'air eftant rondes , cer Elément
eft de figure ronde , parce que
les parties doivent avoir l'inclination
du tout , mais en verité, je
trouve cette raifon badine , car
hors la Terre , les autres Elémens
qui font toujours dans l'agitation
, & dans le mouvement ,
n'ont point de figures certaines
& naturelles , Encore s'il eft vray
que la Terre tourne, il faut croire
qu'elle en change de temps en
temps puis qu'elle s'éboule , &
Q. d'Octobre 1683. B
18 Extraordinaire
s'écorne ſouvent , comme par
lent ceux qui fuivent cette opi- .
nion . Ainfi on diſpute fort inutilement
, fi la Terre eft ronde,
ou fphérique ; fi le Feu eft ovale,
ou pyramidal ; fi l'Eau eft plate,
ou fphérique , & fi l'Air eft
rond , ou triangulaire. Les Cartéfiens
difent que le fecond Elément
, auquel ils donnent le nom
d'Air , n'eft autre choſe que les
parties de leur Matiere fubtile,
qui pour eftre plus groffieres s'ar
rondiffent fans ceffe , que l'Air
le plus groffier a la proprieté de
fe dilater beaucoup , & qu'il fe
mefle aisément avec la Matiere
fubtile. Quelque autre affure
qu'il eft droit , quand il eft lenr,
c'eft à dire, dans fa gravité , mais
que lors qu'il eft furieux & turdu
Mercure Galant.
19
•
bulent , & fi vous voulez tourbillon
, il eft un peu courbé , &
d'une figure circulaire , mais je
croy qu'il n'a point d'autres figures
que celles du corps qui le
renferme. Quoy que fa couleur
foit inperceptible , comme nous
avons dit,il eft neantmoins tranf
parens , parce que les parties eftant
toûjours en action , laiffent
un grand vuide entre elles , & ce
vuide eft remply des rayons des
Corps lumineux. L'air que nous
refpirons eft vifible , parce que
ce font les fumées du coeur que
l'air extérieur codenſe & épaiffit,
quand il eft froid ; & plus la Perfoune
eft d'une complexion forte
& robufte , & plus elle pouffe
d'air quand elle eſt agirée ,
principalement en Hyver qu'il
Bij
20 Extraordinaire
·
fort de la bouche à gros flocons.
Pour fon odeur, les Philofophes
que j'ay déja citez , affurent
qu'elle eft fouvent mauvaiſe.
Enfin il eft chaud , humide , &
leger ; mais quelques Modernes
prétendent , qu'il eft froid , &
pelant ; & d'autres , qu'il n'eft
froid , ou chaud , que felon les
divers mouvemens qu'il foufre.
Ainsi, lors qu'on dit qu'il peut
devenir feu , on veut dire qu'il
peut s'échaufer jufqu'à ce fupré
me degré de chaleur, Quoy qu'il
nous paroiffe leger , il ne laiffe
pas d'eftre eftimé pefant , jufque.
là que Reid , docte Medecin , a
démontré qu'il ne l'eft pas moins
que la Terre , mais il eſt certain
qu'il eft médiocre en pefanteur,
plus pefant que le Feu , & plus
du Mercure Galant. 21
leger que l'eau . Pour ſa hauteur, -
finous en croyons M' Rohaut,
elle eft de plus de quatre mille
cinq cens quatre - vingts toifes ;
& il tient qu'il n'y a point de
Montagne affez haute
pour nous
élever au deffus de la plus haute
furface de l'Air, ou de la premiere
Région . Je me fouviens pourtant
, interrompit le Préfident,
que M' Bary raporte dans fa Phy
fique, qu'en Angleterre on monte
d'un certain Tertre jufqu'à
une certaine hauteur , où il n'y a
plus d'air , & qu'à moins d'y
porter des Eponges humectées,
on y meurt. Cela fe peut , reprit
le Docteur , & tout ce que
nous diſons icy , n'eſt pas fi pofitif
qu'on ne le puiffe contre.
dire ; mais pour continuer à vous
22 Extraordinaire
parler de cet Element , on ne
peut changer la veritable confiftence.
Il ne reçoit aucun mélange
, & comme tel , l'Air eft
appellé Elément , mais que celuy
que nous fouflons , que nous
refpirons , que nous voyons , &
qui nous environne , ne foit
qu'un mefme air , exempt d'aucun
mélange , cela ne le peut
foûtenir. L'air que nous refpirons
eſt un ſoufle vital , compofé
de noftre ame & du mouvement
de noftre corps . Celuy que
nous reſpirons , & qui nous en
vironne , eft compofé des vapeurs
, & du mouvement des
corps extérieurs qui nous approchent
; & celuy qui tient
lieu d'Elément , eſt une fubftance
extrémement deliée qui fe
du Mercure Galant.
23 1
fourre par tout , & qui remplit
tous les lieux , d'où les corps fe
def uniffent . Mais M' le Docteur
, dit le Marquis , quelle diférence
mettez- vous entre le
Vent , & l'Air pris comme Elément
? Car felon moy , le Vent
eft un Air agité , & l'Air eft un
Venten repos. Tous les Philofophes
modernes définiffent le
Vent une agitation fenfible de
l'Air , & felon M¹ Bary , le Vent
n'eft autre chofe qu'une agitation
d'air , plus ou moins notable.
L'Air eft encore toûjours
le fujet du Vent , & une de fes
caufes efficientes. Enfin il fert
de Théatre à ces merveilleux
Tourbillons . Ceux qui difpofent
des Vents ( car il y en a qui les
retiennent , & qui les lâchent
24
Extraordinaire
quand il leur plaift , ) ceux -là,
dis - je , obfervent les diférentes
qualitez de l'Air ; & je me ſouviens
d'avoir leu dans Théophrafte
, que les Brachmanes
avoient deux Tonneaux remplis
de Vent , qu'ils ne bouchoient
jamais que l'Air ne fuft fec , &.
tranquille , & qu'ils ne débouchoient
que lors qu'il eftoit hu
mide & tempeftueux . Je fçay,
continua le Marquis , qu'on dit
tous les jours , que les Vents
chaffent & purifient l'Air , mais
cela s'entend de ce que les parties
les plus groffieres de l'Air fe
fubtilifent , & fe raréfient par
cette agitation , & voila ces
Vents qu'il a pleu aux Pilotes
de nommer de noms barbares &
inconnus , felon les lieux où cet
Air
du Mercure Galant. 25
Air eft plus ou moins dans l'agitation
. En verité voſtre Philofophie
eft jolie , s'écria le Che
valier en riant , & elle feroit bien
reçeuë de l'Univerfité . Le Philofophe
de Cour ne raifonne pas
plus férieufement que vous fur
cette matiere , & j'aime autant
voftre Air agité , qui eft l'opinion
de Pline , que fon Météore
composé de deux fou
fres diférens & ennemis , que le
froid condenſe fi fort , que le
Météore creve par cette contrarieté
, & fait le grand fracas
que nous entendons .
Mais pourquoy , Mr le Che.
valier, reprit le Marquis, ne voulez
-vous pas que fous le bon plaifir
de M' le Docteur , je parle du
Vent à ua fantaiſie ? Ne fçavez-
Q. d'Octobre 1683. C
26 Extraordinaire
vous pas que c'eſt une des choſes
inconnues dans le monde ? Quelques-
uns en attribuent la pro.
duction au Soleil , les autres , au
combat que font les atomes ;
les autres , aux vapeurs , & aux
exalaifons ; & enfin il y en a d'autres
qui m'ont fait penfer , que
l'Air fe meut de foy - mefme ; car
je ne fuis fi vifionnaire
que
pas
vous le croyez , ny fi ridicule
fur le fujet des Vents , que celuy
qui difoit que c'eftoient les éter.
nuëmens de ce grand Animal
que nous appellons le Monde,
comme l'Air eftoit fon haleine &
fa refpiration . Cette imagination
eftoit bien digne de Rabelais
, qui dit que le Vent eft le
foufle de Gargantua . Dieu en
´eft l'Autheur , au fentiment d'un
du Mercure Galant.
27
Prophete, & il peut auffibien le
former de l'Air , que d'une autre
matiere. Quoy que Pline que
vous venez de citer , reconnoiffe
plufieurs fortes de Vents , comme
les Vents de Mer & de Terre,
tout cela n'est que l'Air , qquuiiaaggiitt
ou fur l'Eau , ou fur la Terre. Cer
Autheur veut encore que le Vent
foit un efprit vital , par lequel la
Nature produit toutes chofes .
Et ce Vent , ou cet Air dont nous
parlons , ne font- ils pas les mefmes
? Si cela eft , répondit le
Chevalier , je ne m'étonne plus
que les Cavales d'Andaloufie engendrent
par le Vent ; car l'Air
ou le Vent , eft un tréfor qui contient
toutes les femences , fi nous
en croyons Anaxagore . Et ne
croi t-ce point par cette raiſon
C ij
28 Extraordinaire
que nous appellons un Cheval
viſte, un Coureur , & que nous
difons , aller comme le vent ?
Car les Chevaux qui naiffent du
vent , & de telles Cavales , font
je m'imagine d'admirables Coureurs
pour leur legereté & leur
viteffe , & pareils aux Chevaux
volans , dont parle noftre Pline;
mais à l'endroit que vous avez
cité , il compare l'agitation du
Vent dans la nature , à une Femme
groffe , & dit que cet efprit
vital, remuë dans fes flancs com.
me un Enfant dans le ventre de
fa Mere . Ne voila- t-il pas une
belle origine des Vents ? Je ne
puis encore m'empeſcher derire,
qu nd il nous dit qu'ils font plus
mols que fermes. Quoy , les
Vents ont de la molete , eux
du Mercure Galant. 29
3
J.
J
1
1
qui font fi refolus qu'ils attaquent
les plus durs Rochers , &
les Baftimens les plus inėbranlables
, qui arrachent les Forefts ,
qui renverfent les Montagnes ?
Non , non. Je croy que leur tempérament
eft froid & fec , ce qui
marque leur force , & leur courage.
Vous badinez toujours ,
M le Chevalier , interrompit
l'Abbé . Il eft constant qu'il
y a des Vents chauds , & des
Vents humides . Ouy ; mais , reprit
le Chevalier , ce n'eft pas en
eux-mefies qu'ils font tels , mais
par accident , & felon les lieux
où ils fouflent , & la Saifon qu'ils
fe mettent en Campagne . Je
croy que M' le Chevalier a raifon
dit le Marquis , car
quand on dit, ce vent -là amenera
>
C iij
30 Extraordinaire
de la pluye , ce n'eft pas qu'il
foit pluvieux de fa nature , mais
c'cft qu'il amene , & fait tomber
les vapeurs qui fe réſolvent en
pluye. L'Air eft donc un veritable
Caméleon , capable de
toutes fortes d'impreffions . Tout
froid qu'il eft, il devient feu , felon
les divers mouvemens qu'il fou-
Ale ; mais ce qui eft admirable, eft
que ces vents ou ces impreffions
d'Air , comme nous les avons
appellez , ont leur révolution
jufte & périodique , de quatre
ans en quatre ans , vers le commencement
de la Canicule .
Quoy que je m'en tienne à
l'opinion de l'Ecole , dit le Do-
&teur , voyant que le Marquis
s'eftoit teú , qui eft que l'Air
n'eſt pas le Vent , il eſt neantdu
Mercure Galant. jr
moins le Pere des Vents , & le
crible de la Nature , comme
parle un Ancien , mais un Moderne
l'appelle avec plus de raifon
, le Compagnon du Soleil,
parce qu'il concourt avec luy à
la creation de toutes chofes , &
à la formation des plus merveil
Jeux Phénomenes de la Nature .
Il infpire ce que la Lumiere vivifie
, il purifie ce qu'elle dore , &
fert avec elle à éclairer tout l'Univers.
Anaximenés difoit que
Pair eftoit l'efprit du Monde , &
qu'il eftoit à l'Univers ce que
l'ame eft au corps ; que toutes
chofes eftoient engendrées de
l'air , & fe réfolvoient en air.
Enfin on peut dire de l'Air , ce
que S. Paul a dit de Dieu , In quo
vivimus , movemur, & fumus, I
C iiij
32
Extrardinaire
nous fait voir les objets , mais il
nous donne encore l'oüye , &
l'odorat, Par fon moyen nous
fentons , & nous entendons.
Tous nos Inftrumens , & toutes
nos Chanſons , ne font qu'un air
mefuré & harmonieux. Il anime
les uns , il infpire les autres . Une
Chanfon s'appelle un Air , parce
que c'est un Mode , ou une façon
de chanter , mais encore par
ce qu'il faut de l'air pour le chanter
, & que la Mufique rend cet
air harmonieux par les diférentes
notes qui le compofent. En effet,
l'air agité par la voix ,frape agreablement
nos oreilles , ce qui a fait
dire à un Ancien , qu'une belle
Ode , qui eft la mefme chofe
qu'une belle Chanſon , eftoit un
air qui voloit dans les oreilles. II
du Mercure Galant.
33
y a des Païs mefme où l'air fait
les belles Voix , & où tous les
Hommes chantent bien. Vous
demeurerez d'accord de cette
verité , puis que felon Ariftote,
la Voix & les Inftrumens ne font
qu'une répercuffion de l'air infpiré
.
L'air eft encore un excellent
médiateur entre l'eau & le feu.
Il corrige celuy - cy , & tempere
celle- là. Il eſt naturellement
Amy de la Terre , mais ce qui
releve davantage la nobleffe de
cet Elément , c'est que quelques
Philofophes ont crû que fe Dieu
unique & fouverain n'eftoit
autre que l'Air. Le Docteur
ayant ceffé de parler , comme
s'il n'euft eu plus rien à dire ; Oh
je me doutois bien que les An-
>
34
Extraordinaire
ciens en avoient fait un Dieu,
reprit le Chevalier ; mais moy,
je vous dis que c'eſt un Démon
en fubtilité , & en malice , qui
rend tous les corps agiles , & qui
penetre toutes chofes , fans les
rendre plus pefantes lors qu'il les
remplit. C'est un grand faifeur
de Fufées, & de Feux d'artifices,
qui forme les Méteores , & qui
les renferme dans fon fein ,
mais c'eſt auffi un grand tireur
de quinte effences , qui fçait
diftiler avec le feu élémentaire ,
les influences & les proprietez
occultes des Etoiles , & des Planetes
. Peu s'en faut que je ne
l'appelle Soufleur & Charlatan ;
mais enfin il eft le mieux logé de
tous les Elémens , puis qu'il ha.
bite dans trois regions diférentes,
·
du Mercure Galant.
33
& que le Feu , l'Eau & la Terre
demeurent toûjours où Dieu les
a placez . Il devoit ce me femble ,
avoir quatre Régions , afin de
partager les quatres Saifons de
l'année . Ileft chaud dans la haute
région proche du Feu élémentaire
. I eft plus fraichement dans
Ja moyenne , & d'une maniere
plus temperée dans la baffe , puis
que cette Région eft tantoft
chaude , & tantoft froide. Pline
qui connoiffoit cet Elément , &
qui peut eftre en avoit reçeu
quelque incommodité , dit qu'il
eft caufe de tous les malheurs qui
arrivent aux Hommes , & le
compare à un Sujet rebelle qui
fait fans ceffe la guerre à la Nature
. Les Vents qui font les
Soldats de l'Air , font tous les
36
Extraordinaire
ravages qu'il leur commande , &
ne fe retirent jamais de la meflée
fans eftre chargez de butin.
Toute la Compagnie ne pút
s'empefcher de rire de ce qu'avoir
dit le Chevalier ; mais l'Abbé
prit la parole , & s'adreffant au
Docteur d'un air plus férieux,
Mais noftre ame n'eft - elle point
de la nature de l'air , puis que
felon la penſée d'un Ancien , l'air
& l'efprit ne font qu'une mefine
chofe ? Pour moy je croy que
noftre ame eft un air tres fubtil,
& foit qu'elle anime nos corps,
ou qu'elle s'en fépare , elle en a
toute la reffemblance autant
qu'elle peut eftre viſible. Lors
que je la confidere comme fenfitive
ou animale , ou comme immortelle
, je n'en puis avoir naAu
Mercure Galant.
37
turellement d'autre idée . Diogenes
eftoit de voſtre ſentiment,
répondit le Docteur ; & Héraclite
& les Stoïciens eftoient en.
core de cette opinion. Ils vouloient
que noftre ame fuft une
évaporation d'humeurs inceffamment
coulantes , ou un vent.
L'efprit des Infectes , difent les
Chymiftes , eft la plus pure por
tion de l'air , & cette pure portion
de l'air eft le lien qui unit
l'ame avec le corps. L'ame des
Vegétaux eft auffi aërienne , &
c'est pourquoy le corps qu'elle
anime veut toujours s'élever en
l'air. La fainte Ecriture expri
mant de quelle maniere le pre
mier Homme fut animé , dit que
Dieu luy foufla dans le corps un
eſprit de vie. Or qu'eſt- ce qu'une
38
Extraordinaire
evaporation , qu'un vent , qu'un
foufle , finon l'air que nous ref
pirons , ou quelque chofe qui luy
reffemble ? Mais vous fçavez que
M'l'Evefque de Meaux , dans ce
beau Difcours qu'il a fait fur
l'Hiftoire Univerſelle , nous défend
de croire que noftre ame
foit un air fubtil , ny une vapeur
déliée ; parce que le foufle que
Dieu infpire , & qui porte en luymefme
fon image , n'eft ny air
ny vapeur. Je fçay cela , dit
l'Abbé , & d'autres Docteurs me
l'ont appris , mais nous ne parlerons
pas icy fur les Bancs . Quoy
qu'il en foit , reprit le Docteur,
l'air contribue non feulement à
toutes les belles qualitez du
corps & de l'efprit ; il infpire &
regle tous les mouvemens de l'adu
Mercure Galant.
39
me , ce qu'il eft facile de faire
voir , fi nous le confiderons.com.
me température .
L'éloquent Evefque que je
viens de citer , dit que les Elemens
furent alterez par le deluge,
& que l'air chargé d'une humi
dité exceffive , fortifia les principes
de cette corruption ; & ily a
bien de l'apparence que la Nature
fe fentit la premiere de la
corruption des Hommes , qu'elle
fut affoiblie , & qu'il demeura en
elle- mefme une impreffion éternelle
de la vangeance Divine.
Mais enfin , pour que l'air foit fa
lubre , il faut qu'il foit temperé,
ny trop groffier , ny trop fubtil.
Ainfi l'on dit une bonne température
d'air , une bonne contitution
d'air. Sa fubtilité ne
40 Extraordinaire
tait pas fa bonté , il eft auffi dana
gereux trop fubtil , que trop grof
Ler. C'est pourquoy dans la fupérieure
Region , où il eft dans
fa plus grande fubtilité , nous n'y
pourrions pas vivre. Cette fubti
lité rend fes parties trop aiguës,
& trop penétrantes ; & les lieux
trop élevez font contraires aux
poitrines foibles , & délicates. Un
Voyageur nous affure , qu'allant
voirun Hermite fur le Mont Ararath
, dans l'Arménie , il monta
jufques à la Region de l'air, où fe
forment les nuages ; que la plufpart
de ces nuages eftoient obfcurs
& épais , les autres extrémement
froids & pleins de neige,
& qu'il y fût mort , s'il y eût demeuré
encore un quart d'heure.
Lors que l'air eft trop groffier ,
du Mercure Galant.
fes parties trop épaiffes & trop
maſſives engraiſſent & tuënt la
poitrine , & les parties où elles
s'attachent par le moyen de la
refpiration. Il faut donc laiffer
l'air groffier aux Pituiteux , & le
fubtil aux Mélancoliques . Pour
moy , dit le Chevalier , j'aime à
reſpirer le grand air. Outre que
je m'en porte mieux , il me rend
F'efprit plus gay & plus agreable ;
il me donne mefme des penſées
plus nobles & plus relevées , & je
Vous affure que j'y trouve quel--
que chofe de divin & de ſurna.
turel , que je reifens viſiblement
en moy - mefme . Vous eftes du
naturel des Arbres , interrompir
le Préfident , qui aiment beau
coup l'air , ou plûtôt comme ces
Peuples de Siam qui l'adorent, &
2. d'Octobre 1683. D
•42
Extraordinaire
qui n'ont point d'autre tombeau
apres leur mort ,,
que
d'eftre
fuf
pendus
en l'air. Mais
je fuis bien
aife
que
vous
foyez
reconcilié
avec
cet Elément
, depuis
tantôt
.
Il ne s'agir
plus
de nôtre
querelle
,
reprit
le Chevalier
. Je l'aime
quand
il me fait
du bien
, mais
je ne fuis point
Aëriſte
, & je ne
Louhaite
pas que
mes
funérailles
fe faffent
en l'air . Je n'aime
pas
non
plus
ces airs voraces
, qui ren
dent
les Peuples
faméliques
, &
qui
tuënt
la poitrine
, comme
nous
a dit M' le Docteur
, mais
un air comme
celuy
de l'Egypte
,
qui infpire
la fobrieté
& l'abftinence
. Les
Hermites
de l'ancienne
Thebaide
eftoient
de vô.
tre gouft
, dit l'Abbé
, ils avoient
choify
exprés
ce lieu -là pour
leur
du Mercure Galant.
43
1
-
retraite ; auffi eſt- cè un vray païs
d'Hermites. Je vous avouë ma
foibleffe , reprit le Chevalier , ce
n'eft point par le meſme efprit
quej'aime le grand air ; mais c'eft
que je fuis tout différent de moymefme
dans les lieux bas ., obfcurs
&
defagreables ; au lieu que
les belles vûes , les belles Maifons
, les belles Perfonnes , me
charment , & me donnent une
nouvelle vie. Toutes ces chofes
nous infpirent je ne fçay quel air
doux & tendre , qui nous rend de
belle humeur , & de bonne compagnie.
Je ne puis refpirer l'air de ces riches
Plaines ,
Qu'échauffent les Zéphirs , de leurs
tiédes baleines ;
Je ne puis de ces Prez voir l'émail
précieux ,
44
Extraordinaire
Ou tant de vives fleurs éblouiffent
Les yeux i
Entendre de ces caux l'agreable mur.
mure ,
·Contempler de ces Bois la verte chevelure
,
Que je ne fois touché de quelque
fainte horreur,
Et ne fente les traits d'une fainte
furcur.
Cela m'arrive dans tous les
beaux Lieux dont parle ce Poëte,
& principalement en celuy - cy ,
où il me femble que ma vûë s'ë.
chauffe , où vôtre vûë , qui eft
proprement vôtre air , m'anime
& me donne plus d'efprit que je
n'en ay d'ordinaire. Qu'est - ce
qu'un beau jour , pourſuivit - il,
qu'une continuation d'air, que le
Soleil dore & purifie , qui fait
du Mercure Galant. 45
naître & anime toutes choſes ?
Qu'eft.ce auffi qu'une fale journée
, qu'une continuation d'air
corrompu , pareil à ce vilain
brouillard dont parle Ovide dans
fes Metamorphofes , qui eft l'origine
de la pefte , & des maladies
contagieufes ,
PrincipioCalum fpißä caligine terras
Preffit.
Qu'eft ce, dis-je, qu'unejournée
trifte & pluvieufe , finon un
air épais & fumeux , qui veut fuffoquer
toute la Nature , & qui la
rend afinatique , & fans refpiration
, fi j'ofe parler de la forte devant
un Docteur , qui veut qu'on
foit ferieux jufque dans les plus
petites chofes , quand il s'agit de
Philofophie Apres qu'on eut
applaudy d'une maniere un peu
46
Extraordinaire
railleufe à ce que le Chevalier ve
noit de dire , le Docteur repris
ainfi .
Chaque lieu a fon air , qui a
fes proprietez différentes , &
quelquefois merveilleufes. Juvenal
dit que dans une certaine
Contrée de l'Espagne , l'air y
teint naturellement la laine des
Brebis d'une tres belle couleur
, & qui eftoit fort estimée
chez les Romains . Les Peuples
qui habitent divers Climats , ont .
auffi diverfes qualitez . Icy l'air
rend les Hommes triftes & melancoliques
, là gays & éveillez ;
icy fobres , là gourmans , icy lâches
, & ' à genéreux ; icy chaftes,
là débanchez. On attribue le
long âge des Suédois à la pureté
de l'air qu'ils refpirent dans les
du Mercure Galant.
47
Montagnes dont ce Royaume eft
remply. Il y a auffi des Lieux ,
comme Aiguemorte en Languedoc
, où l'on ne vieillit guere , à
caufe de l'intempérie de l'air.
Mais bien plus , ceux qui en ref-
#pirent un autre que le natal,
prennent les moeurs & les complexions
desPeuples avec lesquels
ils habitent. Il eft vray , dit le
EMarquis, & Voiture écrit galamment
à Mademoiſelle Paulet , en
parlant de l'Affrique, où il eftoit,
Ne vous étonnez pas de m'ouir dire
des Galanteries fi ouvertement , l'air
de ce Pais m'a déja donné je ne
Seay quoy de felon , qui fait queje
Vous crains moins ; & quand je
traiteray deformais avec vous , fai-
Les état que c'est de Turc à More.
Vous fçavez , continüe- t- il , que
48
Extraordinaire
l'Afrique eft le Pais de l'Amour , des
emportemens & des violentes paffions
; ainfi il rend les Gensfélons,
amoureux & emportez.
Vous eftes toûjours galant,
M' le Marquis , reprit le Docteur,
mais l'Autheur de la Recherche
de la Verité eft affez de vôtre
fentiment. Il prétend que l'air
fait le mefme effet en nous , que
le fuc des viandes dont nous tirons
notre nourriture . Or chacunfçit
les incommoditez qu'on
reçoit des méchantes viandes que
l'on prend , & combien elles alté
rent le tempérament & la fanté.
Mais cet Autheur va encore plus
loin . Il dit que l'air penétre les
poulmons , & s'infinue dans le
fang , ce qui aporte un tres- grand
changement à nos humeurs & à
nos
du Mercure Galant.
49
de la difnos
inclinations , & que
férence de l'air qu'on refpire en
différens Climats , vient la diffé
rence des efprits . Là où il eft groffier,
gras & pefant, les Hommes y
font plus mous , plus ftupides , &
plus mélancoliques , là où il eſt
pur, fubtil & délié , les Hommes
y font plus enjoüez , plus fpirituels
, & plus agiles. Mais, interrompit
le Préfident , ne peut-on
pas dire que comme il y a quatre
Elémens , qui composent le tempérament
de tous les Hommes ,
il y a auffi quatre fortes d'Efprits , il-y
par raport à ces quatre Elémens ,
les Ignez , les Aériens , les Aquatiques
, & les Terreftres , qui font
encore divifez chacun en deux
ordres. Il y a ceux qui font animez
du feu qui fait briller les
2. d'Octobre 1683. E
So
Extraordinaire
Aftres , ils font courageux , harë
dis , habiles , aimables & bienfaifans
; & ceux qui brûlent du feu
qui embrafe les Cométes , font
malicieux , ambitieux , & cruels.
Il y a ceux qui reffemblent aux
caux pures & claires des Fontaines
, ils font nets , doux & paifi.
bles , les autres , comme ces eaux
croupiffantes & fangeufes des
Marais , font lents , pareffeux,
fales , malicieux & couverts . Les
Terreftres font quelquefois comme
ces belles Plaines fleuries &
tapiffées de verdure , ils font feconds
, agreables , fermes & folides
; les autres qui font plus fouterrains
, font avares , opiniâtres,
impudens , & brûlans. Et pour
1: s Aérins dont vous avez parlé,
les uns font affables , complaifans,
!
du Mercure Galant.
5%
inventifs , agiffans , & de belle
humeur , & de ce genre font les
Perfonnes de Cour, les honneftes
Gens , les jolies Femmes , enfin
les Gens de qualité , d'honneur,
& tous ceux qui compofent ce
qu'on appelle le beau Monde , &
qui font propres à la Converfa.
tion ; ceux- là avec raifon font du
grand air , & font tout de bon
air . Mais ceux qui dégenérent
font grands mangeurs , grands
rieurs , vains flatteurs & diffolus,
pour les autres ; femblables à Pair
agité , à cet air obfcur & nuageux
, qui produit les orages &
les tempeftes , ils font coléres,
ombrageux , impatiens , incon
ftans & brouillons . Ce que vous
venez de dire eft parfaitement
beau,répondit le Docteur, j'ay lu
E ij
32
Extraordinaire
quelque chofe de femblable ; mais
le tour que vous y avez donné
mele fait paroître tout nouveau.
Je fçay peu de Gens qui fe fervent
de leur lecture auffi bien que
vous. Mon Dieu , M` le Docteur,
reprit le Préfident , ne me loüez
pas tant d'un peu de memoire, qui
pour le petit fervice qu'elle me
rend aujourd'huy, me fait tous les
jours mille fupercheries . Le Doc.
teur, pour ne pas pouffer plus loin
le Compliment , reprit ainfi la
parole.
La diverfité de l'air fait la diverfité
des maladies , & on peut
voir là- deffus le Livre qu'Hyppocrate
en a fait. L'air eft quel
quefois fi corrompu , qu'il fait
mourir les Créatures qui le refpirent.
Il y a des Régions où les
du Mercure Galant.
$3
animaux mefme ne peuvent vivre
, & il n'arrive jamais de gran .
des peftes, qu'il n'en meure bean .
coup dans les lieux où eft la contagion.
Perfonne n'ignore fur ce
fujet la délicateffe des Aeurs , &
fur tout des Oeillets, qui meurent
au méchant air. Mais peut- cftre
ne fçavez- vous point , que les
Peuples du Japon font fi prévenus
que l'air eft mal fain , & contraire
à l'Homme , qu'ils ne fouf.
frent pas que leur Dairo ou Empereur
foir jamais découvert à
l'air. Mais bien plus , il y a des
Hommes fidélicats, qu'ils diftinguent
l'air d'une mefine rüe , &
qu'ils affurent que celuy de la
main droite eft plus pur que celuy
de la main gauche , & qui féparent
ainsi l'air en marchant , avec
E iij
34
Extraordinaire
une grande fubtilité . Cette re.
marque eftoit digne de moy , interrompit
le Chevalier ; mais je
veux vous dire quelque chofe de
plus veritable & de plus folide ,
touchant la corruption de l'air.
Vous avez lû les Mémoires de
Pontis , cependant je croy que
vous ne ferez pas fâchez que je
vous faffe reffouvenir d'un accident
fort remarquable
, que raporte
cet Autheur. Il dit qu'apres
qu'on eut levé le fiege de Louvain
, l'Armée cft : nt allée pour
fe rafraîchir vers Ruremonde , it
s'y éleva une fi furicufe tempefte,
avec de fi grands tourbillons, que
comme ce Païs eft extrémement
fablonneux , on n'y refpira pendant
plufieurs jours que du fable
au lieu d'air. Cinq ou fix mille
du Mercure Galant.
S$
Hommes en furent étouffez fubi.
tement , ou moururent -en trespeu
de temps , par I.s maladies
que leur caufoit cette grande corruption.
Non feulement l'air
qu'on refpiroit par le nez , mais
celuy qu'on avaloit avec les viandes
, qui en eftoient toûjours fort.
affaifonnées , formoit une espece
de contagion , qui gâtoit les par
-ties de ceux qui en eftoient attaquez
, il falut que l'air natal chaffât
cet air malin , & redonnât aux
Troupes la fanté qu'il leur avoit
fi étrangement alterée.
Le changement d'air fait de
grands effets , reprit le Docteur,
mais s'il a fes avantages , il a auffi
fes incommoditez . A moins
que
la maladie qu'on a contractée , ne
vienne principalement de l'air où
E iiij
56 Extraordinaire
l'on eft , le changement n'y fait
rien de bien , & fouvent du mal ,
lors qu'il eft une qualité oppoſée
ouà la maladie ou au tépérament
du Malade. Mais il eft admirable
que l'air , qui vivifie toutes les
Créatures , les empoifonne , ou
par fa qualité naturelle , ou par la
malice des Hommes , qui ont
trouvé l'invention de le corrompre,
auffi -bien que les autres Elemens.
Mais enfin , il eft toûjours
bon d'éviter le méchant air , puis
qu'on en attire beaucoup plus
qu'on n'en pouffe , & que prefque
tout l'air qu'on refpire , paffe
&fe convertit en nourriture . L'air
de la Campagne eft auffi plus
pur & plus fain que celuy des Villes
, car outre toutes les vapeurs
des ordures & des immondices,
du Mercure Galant .
59م و
I
5
les Morts qu'on y enterre , y rendent
l'air gras , épais & corrompu
; ce qui caufe de grandes & de
fâcheufes maladies ' , qui fait les
perfonnes languiflantes & de pâle
couleur . Platon qui en connoiffoit
les accidens , veut par fes
Loix que les Cimetieres feient
fituez en forte que les Vivans ne
puiffent eftre incommodez du
mauvais air des Morts . Les Grecs
& les Egyptiens eftoient fort délicats
en cela , ayant des Ifles
éloignées & defertes , où ils faifoient
porter les corps des défunts
. Pour moy , dit le Marquis ,
j'aurois voulu fur tout demeurer
dans l'ifle de Delos , où il eftoit
défendu d'accoucher, & d'enterrer
les Morts . Ce lieu eftoit fans
doute bien agreable & bien fain,
58
Extraordinaire
car l'un ne contribue pas moins
que l'autre à l'infection de l'air.
Vous avez raifon , dit le Docteur,
& ceux deDelos obfervérét cette
loy depuis une furieufe pefte dont
ils furent affligez , qui ne procédoit
que de la puanteur des tombeaux
Les Romains défendoient
de brûler les morts dansla ville , &
Augufte ordonna que ce fût pour
le moins deux milles loin des mu
railles . On remarque meſme dans
l'antiquité , qu'il n'y a eu que les
Tarentins qui ayent enterré les
Morts dans leur Ville , apres que
l'Oracle leur ayant promis beaucoup
d'heureux fuccés , s'ils de.
meuroient avec le plus grand
nombre , ils crûrent que cela devoit
s'entendre des Morts. Mais
la Religion Chrétienne , qui prêdu
Mercure Galant. 59
che la mort & les fouffrances , n'a
pas eu ces égards pour les Fidel .
les ; à joindre que les Prieres pour
les Morts , & la venération pour
leurs Reliques , ont authorifé
cette coutume. Les Corps des
Saints ne fçauroient eftre trop
e prés de nous ; & les autres , dont
les Ames ont besoin de nos fe.
cours fpirituels , feroient peuteftre
negligez , fi les tombeaux
ne nous faifoient reſſouvenir de
leurs neceffitez . Et de plus , dit
le Préfident , les Corps Saints
font tous de bonne odeur , & ils
exhalent quelquefois une douce
vapeur , qui furpaffe les parfums
les plus exquis . Ileft vray , dit le
Chevalier, plufieurs Autheurs en
ont raporté témoignage ; mais
le nombre de ces Corps eft petit,
60 Extraordinaire
& pour un Saint combien de....
Tout beau , dit le Docteur , retirons-
nous de là , cet air nous
feroit contraire , prenons - le autre
part. Vous avez raiſon , dit
l'Abbé , je n'aime pas volontiers
à m'entretenir de Religion , dans
des converfations un peu familieres
, & auffi libres que le font les
nôtres.
Le grand air eft perilleux pour
les convalefcens qui fortent d'un
petit air , ou d'un air renfermé ;
ce n'eft pas qu'un air trop tranquille
eft auffi mal fain , parce
qu'il peut plus aisément fe charger
& s'alterer , que celuy qui eft
agité. C'est pourquoy on dit
l'air pour eftre bon , doit eftre
tantôt mû par le Zéphir qui le
rafraîchit , & tantôt comprimé
que
du Mercure Galant.
par l'Aquilon , qui le purge . L'air
de la Mer guérit de plufieurs maladies
, mais il en donne plufieurs
autres à ceux mefme qui y font
naturalifez ; & on affure que cet
air eft fi corrofif, que les Oiſeaux
qui fréquentent la Mer , ont le
plumage prefque tout rouge.
Mais l'air temperé & purifié d'une
certaine maniere , conferve la
fanté , & la redonne à ceux qui
l'ont perdue. Il prolonge la vie,
& fert mefme de nouriture à quel.
ques Oifeaux ,dit le Préfident . Les
Aftchomes qui font une espéce
d'Hommes , qui n'ont point de
bouche , fe nourriffent de bonnes
odeurs , comme ils meurent s'ils
en fentent de mauvaiſes . Le Caméleon
& les Pluviers vivent
d'air , & il ne faut pas s'en éton62
Extraordinaire
ner , puis que la vie ne confifte
qu'en ces deux qualité de l'air,
qui font le chaud & l'humide.
Si le feu nourrit la Salamandre,
pourquoy l'air qui a des qualitez
bien plus nutritives , ne peut - il
pas nourrir des Oifeaux , à moins
qu'on ne veüille dégraiffer l'air,
& en féparer la rofee , qui n'eft
pas moins une fubftance de cet
Elément , que des vapeurs de la
terre. Ce que vous venez de dire
eft bien imaginé , repartit le Doc
teur ; mais puifque les Pluviers &
les oifeaux deParadis vivent d'air ,
c'est encore une des crédulitez de
Pline . L'air eft bien l'élément des
Oiſeaux, & le lieu qu'ils habitent,
mais il ne peut pas nourir un corps
folide d'une viande fi creufe .
Si on ne trouve point d'alimens
du Mercure Galant
C
E groffiers dans l'eftomac de ces
Qifeaux , c'eft qu'ils la digérent
promptement , qu'ils mangent
peu , & des chofes fort delicates.
Le Caméleon vit de vermine;
mais comme il aime extraordinai.
rement le grand jour , & qu'il devore
le bel air , comme l'on dit,
cela fait croire qu'il vit par la ver
tu de cet Elément . Mais vous fçavez
, reprit le Préfident , combien
l'air que les Enfans foufflent,
& les Perfonnes qui font bien
compofées , eft doux & falubre.
Il en fort un fi grand nombre d'ef
prits , qu'ils communiquent
une
nouvelle
e à ceux qui le refpirent
; & c'est la raifon pourquoy
on a dit que ceux qui enfeignent,
& qui paffent leur vie avec la Jeunede,
vivent plus long- temps que
64
Extraordinaire
les autres , & ont la couleur beaucoup
meilleure. Il en eft au contraire
de ceux qui fréquentent
des Perfonnes mal faines , & qui
ont les parties gâtées, parce qu'el
les communiquent leurs indifpofirions
& leurs maladies. On ne
trouva point de meilleur expédient
pour éloigner le Cardinal
Pancirole d'aupres le Pape Innocent
X. qu'en gagnant fon Medecin
, qui affura fa Sainteté que
ce Cardinal eftoit pulmonique,
& que fon haleine eftoit dange .
reufe & nuifible à fa fanté , par les
fréquens entretiens qu'ils avoient
enfemble .
Le Loup a l'haleine fi mauvaife
, qu'on a raifon d'appeller cet
animal un cloaque animé , mais
la malignité de fon haleine eſt ſi
du Mercure Galant.
65
1
fubtile & fi penétrante , qu'il n'y
a point de chair qu'elle ne corrompe.
Cette Fille dont parle
Galien, qui vivoit de napel , avoit
P'haleine bien pernicieufe , interrompit
le Chevalier , puis qu'elle
faifoit mourir ceux qui l'apro .
choient. Cette autre que cite Albert
le Grand , qui vivoit d'Aragnées
, ne l'avoit pas meilleure,
dit le Marquis ; mais que dirons.
nous de ces haleines excellentes,
dont l'air eft fi doux & agréable ,
continua- t-il? Je me fouviens toûjours
de cette délicate expreffion
du Comte de Buffy parlant d'une
Belle, L'air qu'elle fouffle eft plus
pur que celui qu'elle refpire . Quel
avantage , quel charme pour moy
qui n'aime rien tất, qu'on ne ſente
rien!Mais comme il y en a qui ont
Q. d Octobre 1683.
F
66 Extraordinaire
la fueur parfumée , pour ainfi dire,
' il y en a auffi qui ont la refpiration
admirable , & qui reſſem.
blent aux Abeilles , tout ce qu'el
les mangent & qu'elles prennent
fe convertit en miel , & enfucre,
Mixtura quadam & proprietate fpiritus
fui, & quafi conditura fui.
Elles forment de l'ambrofie &
du nectar dans leurs entrailles , &
de là vient la bonté & la douceur
de leur baleine . Tel eftoit Alexandre
le Grand , dit le Préfident
; mais comme il y a peu de
Perfonnes de cette nature, & qui
ayent toutes les qualitez du tempérament
adpondus , comme parlent
les Medecins , il n'y a point
de choſes au monde où l'on puiffe
s'apliquer plus utilement dans un
Etat , qu'à empêcher la corrup
du Mercure Galant. 67
tion de l'air , ſoit qu'elle vienne
par la méchante haleine des Malades
, par l'infection des immondices
& des ordures qu'on laiffe
amaſſer dans les Villes , ou par
l'inclémence des faifons . On a
donc eu raiſon autrefois de féparer
les Ladres d'avec les autres,
& encore aujourd'huy d'interdire
l'entrée des Villes à ceux qui
viennent des Lieux foupçonnez.
de la pefte , ou de quelque autre
maladie contagieufe , comme la
petite vérole , & tant d'autres
maladies qui fe communiquent
par la corruption de l'air.
Comme le Préfident fait bâtir
à la Campagne , il n'oublia pas à
demander plufieurs avispour rendre
une Maiſon auffi faine qu'agreable
, & là - deffus le Docteur
Fij
68 Extraordinaire
auquel la Compagnie avoit toû
jours deferé , parla de la forte.
Ce n'eft pas d'aujourd'huy
qu'on a de la peine à bien s'habi
tuer. Les Anciens avoient diffé
rentes opinions fur ce fujet . Ils difoient
qu'il ne falloit point choifir
les lieux trop gras , trop bas
& trop humides , parce qu'ils
eftoient mal fains . Ils ajoûtoient
qu'on ne connoiffoit pas toujours
la bonté de l'air d'un Païs , par la
couleur & la bonne difpofition
des Habitans , parce qu'il y en a
qui fe portent bien dans l'air mê .
me de la pefte. Il y a encore des
lieux qui ne font fains qu'en de
certaines faifons de l'année, & qui
font dangereux dans d'autres.
Mais afin qu'un lieu foit jugé
fain, il faut pour le moins en avoir
du Mercure Galant.
79
J
Pexpérience une année entiere.
Les Maifons expofées au Midy,
dans les Païs chauds , font mal
faines , on y devient bilicux &
languiflans , & fujets à des fiévres
tres aigües . Dans les Païs froids,
lesMailons qui font tournées vers
le Septentrion , rendent ceux qui
les habitent fujets aux fluxions &
paralifies. Les Maifons qui regardant
l'Occident , dans les Païs
humides , caufent des foiblefles
d'eftomac & des ulcéres. Les
Maifons qui font placées du côté
de l'Orient , dans les Païs fecs,
rendent les jointures débiles , con
denfent les humeurs , &
> engendrent
de grandes obftructions.
Et où bâtirons.nous donc , s'écria
le Chevalier , puis que dans tous
les cantons du Monde il n'y a que
"
70
Extraordinaire
と
maladies , & pas un lieu qui foit
fain La terre ? eft donc inhabitable.
Non pas , M' le Chevalier,
reprit le Docteur , chaque Païs a
fon terroir , fes eaux , fes afpects
& fes vents , qui luy font ou nui
fibles ou falutaires , il ne faut que
les bien choisir , & alors il n'y a
point de lieu qui ne puiffe eftre
fain , au moins pour les naturels
du Païs , & il n'y a que les Voyageurs
, qui en puiffent recevoir
quelques incommoditez.
Pline qui a écrit fort au long
fur la maniere de bâtir les Maifons
de Campagne , pour les rendrefaines
& logeables , dit que fi le
Climat eft chaud , l'ouverture
doit regarder le Nort ; s'il eft
froid, elle doit regarder le Midy,
& s'il eft temperé, elle doit regar
du Mercure Galant. 71
[
1
der le Levant. Cela eft bon , interrompit
l'Abbé , mais je vou .
drois fçavoir s'il eft neceffaire
pour avoir le bon air , de percer
un Bâtiment par quantité de hau
tes & pleines croifées , comme on
fait aujourdhuy , ou de l'ouvrir
feulement par des feneftres médiocres
, comme on faifoit autrefois.
Ileft aifé de remarquer par
tous les vieux Châteeux , tant dehors
que das le Royaume, que nos
Peres n'aimoient pas le grand air
pour leursMaifons . Tous les vieux
Bâtimens font placez de biais, ou
accompagnez aux coſtez de tourelles,
qui couvrent les jours, afin
de rompre le vent , & de fendre
l'air , qu'ils croyoient nuifible à
la fanté , ſe perfuadant de vivre
plus long -temps , en fe tenans
$2
Extraordinaire
ainfi renfermez ; eftant bien contraires
aux Poiffons , qui aiment
à changer d'air , & qui montrent
fouvent la tefte au deffus de l'eau ,
& meurent fous la glace , fi on n'a
foin de la fendre en Hyver , afin
de leur conferver la vie. Mais
nos Peres difoient que les Maifons
cftoient faites pour fe mettre à
couvert des injures de l'air , &
non pas pour le recevoir par de
grandes ouvertures , que nous
avons inventées pour fatisfaire au
plaifir , & à la vanité . J'ay vû un
Homme plus vieux que fon fiecle
, qui durant les trois mois fâcheux
de l'Hyver ne fort point,
neveut ny voir ny fentir l'air , qu'il
refpire feulement par un petit
jour qui eft au.deffus de la porte
de fa Chambre , foutenant que le
trop
du Mercure Galant.
73
C
trop grand jour tüe. Elifabeth
Reyne d'Angleterre , en allant
voir le Chancelier Bacon , dans
un Château qu'il avoit nouvellement
fait bâtir , & percer de toutes
parts par de belles & grandes
croifées, elle luy demanda où l'on
s'y mettroit l'Hyver , voulant
luy marquer par là , que le trop
d'air n'eft pas toûjours bon ny
commode , & que les feneftres
médiocres font meilleures. Cela
dépend des Climats, & de la coutume
des Peuples , dit le Docteur.
En Angleterre toutes les fenêtres
font fort petites , mefme dans les
Maiſons de plaifance des Princes ,
auffi bien que des Particuliers ,
qui n'ont que des ouvertures
quarrées , fans corniches ; & à
Douvres , il n'y a que quelques
Q. d'Octobre 1683. G
-
74
Extraordinaire
il
vires pourtoutes fenêtres, qu'on
ouvre pour donner de l'air. Les
Maifons de Picardie font prefque
fans feneftres , ou du moins elles
font fipetites, que ces Maifons ne
reffemblent proprement qu'à des
lafnieres. Mais comme les Maifons
fermées & ombragées font
plus froides & plus mal faines,
parce que le Soleil n'y entre pas ,
& quel'air y eft plus humide ,
fait plus froid dans les Villes qu'à
la Campagne. Enfin , outre le
bon air qu'il faut obferver pour
rendre les Maiſons faines & bien
fituées , il ya encore le bel air, &
la maniere de bien bâtir , qui les
rend agreables & commodes ; &
c'eft de ce bel air, priscommemo.
de ou maniere , dont il nous refte
parler , mais je croy que ce que
du Mercure Galant. 75
nousen avons déja dit à l'entrée
de cette Converfation, doit fuffire
, renvoyant les Curieux au
beau Difcours que Mr le Chevalier
a fait de l'air du monde , &
de la veritable policeffe . Cela
s'appelle , interrompit le Chevalier
, renvoyer les Curieux au
Dialogue de la Bonne - Grace d'un de
nos vieux Poëtes. Pardonnezmoy
, Mr le Chevalier , reprit le
Docteur, nous fçavons la différence
qu'il y a entre l'illuftre Autheur
du Mercure Galant , &
Autheur des Apprehenfions Spirituelles.
Le premier n'expoſe rien
au Public , qui ne foit digne de
fon approbation , & de l'eſtine
qu'il s'eft acquife . On ne peut
rien auffi ajoûter à ce que vous
avez dit fur cette matiere , mais
Gij
·75 Extraordinaire
il me femble que c'eit affez battre
l'air, & fi M' l'Abbé le trouve
bon , nous irons prendre l'air de
cette foirée, qui eft fort agreable.
L'Abbé eftant dans le mefme
fentiment , toute la Compagnie
fe leva , & fortit pour aller à la
promenade .
Je croy auffi , Madame , qu'il
eft temps de finir , & de vous retirer
d'une fi longue lecture , pour
Jaquelle j'aurois mille excufes à
vous faire , fi je ne fçavois que
tout ce que je vous écris de cette
illuftre Compagnie, ne vous peut
eftre ennuyeux. C'eft donc avec
cette affurance , & en qualité de
leur fidelle Secretaire , que je
prens la qualité de vôtre , &c.
DE LA FEVRERIE.
Fermer
Résumé : CONVERSATION ACADEMIQUE, Dans laquelle il est traité des bonnes, & des mauvaises qualitez de l'Air. A Madame la Comtesse de C. R. C.
En 1680, une lettre adressée à Madame la Comtesse de C. R. C. relate une conversation académique impliquant un illustre abbé et plusieurs personnalités. La discussion porte sur les qualités et les défauts des individus en fonction de leur apparence et de leur 'air'. Des exemples historiques, comme Isabelle d'Espagne et le duc de Guise, illustrent comment l'apparence peut inspirer l'estime, la crainte ou le mépris. La conversation aborde également l'importance de la bonne mine et du port royal pour un souverain. Les participants débattent ensuite de la nature de l'air, considéré sous trois aspects : élément, température et manière. Ils explorent les propriétés de l'air, sa composition et ses interactions avec d'autres éléments. Le docteur présente diverses théories philosophiques sur l'air, incluant ses figures, sa couleur, son odeur et sa pesanteur. La discussion se termine par des réflexions sur la hauteur de l'air et les effets de son absence. Le texte distingue l'air élémentaire, pur et exempt de tout mélange, de l'air que nous respirons, composé de vapeurs et du mouvement des corps extérieurs. L'air est décrit comme un souffle vital, lié à l'âme et au mouvement du corps. Le vent est défini comme une agitation de l'air, avec des philosophes modernes le décrivant comme une agitation sensible de l'air. Les vents sont décrits comme ayant des qualités variées, pouvant être chauds, froids ou humides, et leur nature dépend des lieux et des saisons. L'air est comparé à un caméléon, capable de diverses impressions, et joue un rôle crucial dans la création et la formation des phénomènes naturels. Un voyageur partage son expérience sur le mont Ararat, où il a rencontré des nuages épais et froids. Le Chevalier exprime son amour pour le grand air, affirmant qu'il le rend plus gai et inspiré. Le Président compare le Chevalier à des arbres ou à des peuples adorant l'air, comme ceux de Siam. Le Chevalier précise qu'il apprécie l'air lorsqu'il lui fait du bien, mais ne souhaite pas des funérailles en l'air. Il préfère un air comme celui d'Égypte, qui inspire la sobriété et l'abstinence. Le texte mentionne également les ermites de l'ancienne Thébaïde, connus pour leur retraite en Égypte. Le Chevalier explique que les beaux lieux et les belles personnes lui inspirent un air doux et tendre, contrairement aux riches plaines qui lui provoquent une horreur subite. Il compare un beau jour à une continuation d'air purifié par le soleil, et une journée triste à un air corrompu causant des maladies. Le Docteur ajoute que chaque lieu a un air avec des propriétés spécifiques, influençant les qualités des habitants. Par exemple, l'air en Espagne teint naturellement la laine des brebis, et en Suède, il contribue à la longévité. Le Marquis cite Voiture, notant que l'air d'Afrique rend les gens audacieux et amoureux. Le Docteur conclut que l'air pénètre les poumons et altère les humeurs et les inclinations, influençant ainsi les esprits des personnes selon la pureté ou la corruption de l'air. Les interlocuteurs évoquent les prières pour les morts et la vénération des reliques dans la religion chrétienne, soulignant que les corps des saints sont considérés comme bénéfiques et exhalant une douce vapeur. Ils abordent les qualités de l'air, notant que l'air pur et tempéré conserve la santé et prolonge la vie, tandis que l'air corrompu peut transmettre des maladies. Le texte mentionne également des animaux comme les caméléons et les pluviers, qui se nourrissent d'air, et discute des effets de l'haleine des personnes sur leur environnement. Les interlocuteurs débattent des meilleures pratiques pour construire des maisons saines, en tenant compte de l'exposition aux vents et des saisons. Ils concluent que chaque région a ses particularités climatiques et que les maisons doivent être adaptées en conséquence pour assurer la santé des habitants. Le texte se termine par une promenade de la compagnie, appréciant l'air agréable de la soirée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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731
p. 171-176
BALLADE DE MADAME DES HOULIERES.
Début :
A cette Ballade irréguliere, j'en ajoûte une autre, / A Caution tous Amans sont sujets, [...]
Mots clefs :
Amants, Aimer, Jadis, Beautés, Siècle d'Amadis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BALLADE DE MADAME DES HOULIERES.
A cette Ballade irréguliere, j'en ajoûte une autre,
dans laquelle on a obſervé
toutes les régles. Quand je
voudrois vous cacher qu'elle
Pij
172 MERCURE
eft de l'illuftre Madame des
Houlieres, la fineſſe des penfées, & le tour des Vers, vous
feroient connoiftre que nous
luy devons cette agreable
& fpirituelle galanterie. Tout
ce qu'elle fait porte un caraAtere fingulier, qui la rend
inimitable.
BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES.
A
Caution tous Amansfontfujets,
Cette maxime en ma tefte eft écrite.
GALANT. 173
1
Pointn'ay defoypour leurs tourmens
fecrets,
· Point aupres d'eux n'ay beſoin d'Eau
benite.
Dans caurhumainprobitéplus n'abite;
Tropbien encor a-t- on les mefmes
dits
Qu'avantqu'Aftuce au mondefust
venuës
Maispour d'effets, la mode en eft
perduë,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
S&
Riches Atours , Tables , nombreux
Valets,
Font aujourd'huy les trois quarts
du mérite.
Sides Amansfoumis, conftans, difcrets,
r
Pij
174 MERCURE
Il eft encor, laTroupe en eftpetites
Amour d'un mois eft amour décrépite;
Amans groffiersfont les plus applaudiss
Soupirs &pleurs feroientpaſſerpour
Gruë,
Faveur eft dite auffitoft qu'obtenuë,
On n'aime plus comme on ai
moit jadis.
Sa
Jeunes Beautez en vain tendent
filets;
Les Jouvenceaux , cette engeance
maudite;
Font bande àpart ; pres des plus
doux objets,
D'eftre indolent chacunfe félicite.
Nut en amourne daigne eftre bypas
crites
GALANT. 175
Oufiparfois unde ces Etourdis
A quelquefoin s'abaiffe & s'ha
bituë,
Don de mercy, feul, il n'a pas en
veuë,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Se
Tousjeunes cœursfe trouvent ainfi
faits,
Telle denrée aux Folles fe debite.
Cœurs de Barbous font unpeu moins
coquets;
Quand ilfutvieux, le Diablefut
Hermites
Mais rien chez eux à tendresse n'inwitei
Parmaints Hyvers, defirs font refroidiss
Par mauxfréquens, humeur devient
bouruë.
Piiij
176 MERCURE
Quand unefois on a teftc chenuë,
On n'aime plus comme on ai
moit jadis.
EN VOY.
Filsde Vénus, fonge à tes intérefts
Le voy changer l'Encens en Camonflets,
Tout eft perdu,fi ce train continüe;
Ramene- nous le Siecle d'Amadis;
Il eft honteux qu'en Cour d'attraits
pourvene,
Oùpoliteſſe au comble eſt parvenüe,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
dans laquelle on a obſervé
toutes les régles. Quand je
voudrois vous cacher qu'elle
Pij
172 MERCURE
eft de l'illuftre Madame des
Houlieres, la fineſſe des penfées, & le tour des Vers, vous
feroient connoiftre que nous
luy devons cette agreable
& fpirituelle galanterie. Tout
ce qu'elle fait porte un caraAtere fingulier, qui la rend
inimitable.
BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES.
A
Caution tous Amansfontfujets,
Cette maxime en ma tefte eft écrite.
GALANT. 173
1
Pointn'ay defoypour leurs tourmens
fecrets,
· Point aupres d'eux n'ay beſoin d'Eau
benite.
Dans caurhumainprobitéplus n'abite;
Tropbien encor a-t- on les mefmes
dits
Qu'avantqu'Aftuce au mondefust
venuës
Maispour d'effets, la mode en eft
perduë,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
S&
Riches Atours , Tables , nombreux
Valets,
Font aujourd'huy les trois quarts
du mérite.
Sides Amansfoumis, conftans, difcrets,
r
Pij
174 MERCURE
Il eft encor, laTroupe en eftpetites
Amour d'un mois eft amour décrépite;
Amans groffiersfont les plus applaudiss
Soupirs &pleurs feroientpaſſerpour
Gruë,
Faveur eft dite auffitoft qu'obtenuë,
On n'aime plus comme on ai
moit jadis.
Sa
Jeunes Beautez en vain tendent
filets;
Les Jouvenceaux , cette engeance
maudite;
Font bande àpart ; pres des plus
doux objets,
D'eftre indolent chacunfe félicite.
Nut en amourne daigne eftre bypas
crites
GALANT. 175
Oufiparfois unde ces Etourdis
A quelquefoin s'abaiffe & s'ha
bituë,
Don de mercy, feul, il n'a pas en
veuë,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Se
Tousjeunes cœursfe trouvent ainfi
faits,
Telle denrée aux Folles fe debite.
Cœurs de Barbous font unpeu moins
coquets;
Quand ilfutvieux, le Diablefut
Hermites
Mais rien chez eux à tendresse n'inwitei
Parmaints Hyvers, defirs font refroidiss
Par mauxfréquens, humeur devient
bouruë.
Piiij
176 MERCURE
Quand unefois on a teftc chenuë,
On n'aime plus comme on ai
moit jadis.
EN VOY.
Filsde Vénus, fonge à tes intérefts
Le voy changer l'Encens en Camonflets,
Tout eft perdu,fi ce train continüe;
Ramene- nous le Siecle d'Amadis;
Il eft honteux qu'en Cour d'attraits
pourvene,
Oùpoliteſſe au comble eſt parvenüe,
On n'aime plus comme on aimoit jadis.
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Résumé : BALLADE DE MADAME DES HOULIERES.
Madame des Houlières compose une ballade régulière, célèbre pour la finesse de ses pensées et la qualité de ses vers. Elle y explore l'évolution des mœurs amoureuses, déplorant la disparition de l'amour authentique au profit des préoccupations matérielles. Les strophes mettent en lumière comment les richesses, les apparences et les convenances sociales ont supplanté les sentiments sincères. L'auteur critique les amours éphémères et les comportements superficiels, exprimant un regret profond face à cette transformation. La ballade se conclut par un appel à revenir à un amour plus pur et authentique, comparable à celui du siècle d'Amadis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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732
p. 176-181
REPONSE DE Mr LE DUC DE S. AIGNAN, A Madame des Houlieres.
Début :
Voicy la Réponse que Mr le Duc de S. Aignan a faite / A Caution tous ne sont pas sujets, [...]
Mots clefs :
Amants, Caution, Aimer, Jadis, Coeurs, Dame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE Mr LE DUC DE S. AIGNAN, A Madame des Houlieres.
oicy la Réponse que M*
le Duc de S. Aignan a faite
à cette Ballade. Elle eft fur
les mefmes rimes.
GALANT. 177
REPONSE DE M'
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres.
A
Caution tous nefont pasfujets,
Autremaxime en ma tefte eft écrites
Etpourparler de mes tourmensfecrets,
Famais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les cœurs probité plus n'habite,
Dans le mien font mefmes faits,
mefmes dits,
Qu'avantqu' Aftuce au mondefust
venüe,
178 MERCURE
D'Aman's loyauxfi la mode eftperdie,
J'aime toûjours comme on aimoitjadis.
S2
Nulriche atour, nul nombre de Valets,
Ne contribüe à monpeu demérite,
Toujours metiens au rangdesplus
difcrets;
Tant-mieuxpour moy,filaTroupe
eftpetites
Si dans l'amour nouvelle on décrépite,
Lesplusgroffiersfont toujours applandis.
Duffay-je en tout me voirpaſſerpour
Grüe,
Faveurfe cache auffitoft qu'obtenue,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
GALANT. 179
Ieunes Beautez qui nous tendez
filets,
Chaffez bien loin cette engeance
maudite
de De Jouvenceaux ; quand pres
beaux objets
D'eftre indolent chacunfefélicite,
Lefers l'Amourfans faire l'hypocrite,
Et mieux lefers qu'un de ces Etourdisi
Maisfipourvous auxſoinsje m'habitüe,
Don demercyje veux avoir en veüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
S&
Quandjeunes cœurs fe trouvent
ainfi faits,
Meilleurs Préfens aux Damesje
debite.
180 MERCURE
Certains Barbons ont droit d'eftre
Coquets,
Le Diable cut tort quand ilfe fit
Hermite.
Si maperfonne à tendreffe n'invite,
Mesfens au moins point ne font
refroidis,
Paraucuns maux mon humeur n'eft
bourrie,
Etquandplusfort aurois tefte chenüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
ENVOY.
Fils de Vénus,fipour tes intérefts
Ieprens l'Encens, &rompsles Camouflets,
Accorde-nous que ce train continüe.
Nous reverrons le Siecle d'Amadis;
GALANT. 181
Etfiparfsis Dame d'attraits pourveže,
Am'enflamerfe trouveparvenue,
J'aime toujours comine on aimoit jadis.
le Duc de S. Aignan a faite
à cette Ballade. Elle eft fur
les mefmes rimes.
GALANT. 177
REPONSE DE M'
LE DUC DE S. AIGNAN,
A Madame des Houlieres.
A
Caution tous nefont pasfujets,
Autremaxime en ma tefte eft écrites
Etpourparler de mes tourmensfecrets,
Famais de Cour ne connus l'Eaubenite.
Si dans les cœurs probité plus n'habite,
Dans le mien font mefmes faits,
mefmes dits,
Qu'avantqu' Aftuce au mondefust
venüe,
178 MERCURE
D'Aman's loyauxfi la mode eftperdie,
J'aime toûjours comme on aimoitjadis.
S2
Nulriche atour, nul nombre de Valets,
Ne contribüe à monpeu demérite,
Toujours metiens au rangdesplus
difcrets;
Tant-mieuxpour moy,filaTroupe
eftpetites
Si dans l'amour nouvelle on décrépite,
Lesplusgroffiersfont toujours applandis.
Duffay-je en tout me voirpaſſerpour
Grüe,
Faveurfe cache auffitoft qu'obtenue,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
GALANT. 179
Ieunes Beautez qui nous tendez
filets,
Chaffez bien loin cette engeance
maudite
de De Jouvenceaux ; quand pres
beaux objets
D'eftre indolent chacunfefélicite,
Lefers l'Amourfans faire l'hypocrite,
Et mieux lefers qu'un de ces Etourdisi
Maisfipourvous auxſoinsje m'habitüe,
Don demercyje veux avoir en veüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
S&
Quandjeunes cœurs fe trouvent
ainfi faits,
Meilleurs Préfens aux Damesje
debite.
180 MERCURE
Certains Barbons ont droit d'eftre
Coquets,
Le Diable cut tort quand ilfe fit
Hermite.
Si maperfonne à tendreffe n'invite,
Mesfens au moins point ne font
refroidis,
Paraucuns maux mon humeur n'eft
bourrie,
Etquandplusfort aurois tefte chenüe,
J'aime toujours comme on aimoit jadis.
ENVOY.
Fils de Vénus,fipour tes intérefts
Ieprens l'Encens, &rompsles Camouflets,
Accorde-nous que ce train continüe.
Nous reverrons le Siecle d'Amadis;
GALANT. 181
Etfiparfsis Dame d'attraits pourveže,
Am'enflamerfe trouveparvenue,
J'aime toujours comine on aimoit jadis.
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Résumé : REPONSE DE Mr LE DUC DE S. AIGNAN, A Madame des Houlieres.
Le Duc de S. Aignan répond à une ballade de Madame des Houlières en affirmant que tous ne sont pas sujets à la galanterie. Il reste fidèle à l'amour traditionnel malgré les changements dans les mœurs. Il ignore les artifices de la cour et préfère la loyauté d'Aman. Se décrivant comme modeste, sans richesses ni nombreux valets, il se place parmi les discrets. Il critique les nouvelles modes amoureuses et les jeunes beautés qui tendent des pièges. Indulgent envers les jeunes cœurs et les barbons coquets, il n'est pas aigri par les maux. Il espère le retour du siècle d'Amadis, marqué par un amour sincère.
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733
p. 181-184
REPONSE DE Me DES HOULLIERES, A Mr le Duc de S. Aignan.
Début :
Cette Réponse en a attiré une autre que j'ajoûte icy. / Duc plus vaillant que ces fiers Paladins, [...]
Mots clefs :
Chevalerie, Preux, Écriture, Amour
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE Me DES HOULLIERES, A Mr le Duc de S. Aignan.
Cette Réponſe en a attiré
une autre que j'ajoûte icy.
Elle eft encore de Madame
des Houlieres.
REPONSE DE M
DES HOULLIERES,
AMrle Duc de S. Aignan.
D'
VCplus vaillant que cesfiers
Paladins,
QuideGéans cinqueſtoient les Armures;
182 MERCURE
Ducplus galant que n'eftoient Gré.
nadins,
Point contre vous nefont mes Ecritures.
Grand tort aurois de blafonner vos
feux.
Et qui nefçait, beau Sire, je vous
prie,
Qu'enfait d'amour & de Chevalerie
Onques ne fut plus véritable
Preux?
S&
Vous pourfendez vousfeul quatre
Affaffins,
Vousreparez les torts &les injuress
Feriez encerplus d'amoureux larcins
QueJouvenceaux à blondes chevelures.
Cequejadisfit le beau Tenébreux,
Aupres de vous n'eft que badinerie;
GALANT. 183
D'encombriers vousfortezfansfurie,
Onques ne fut plus véritable Preux.
25
Iamais l'Aurore aux doigts incarnadins,
Auxjours brillans nechange nuits
obfcares,
Quecault amour, &Mars aux airs
mutins
Vous n'invoquiezpour avoirAvantures.
You bravez tout; malgré les ans
nombreux
Qui volontiers empefchent qu'on ne
rie,
Avez d'un Fils augmenté voftre
Hoirie.
Onques ne fut plus véritable
Preux.
184 MERCURE
ENVOY.
Quepuiffiez- vous, Chevalier valeureux,
En tout Combat, en Butin amoureux,
Ne vous douloir jamais de tromperie;
Et qu'à l'envy chez nos derniers
Neveux,
Lifant vos Faits, hautement on s'écrie,
Onques ne fut plus véritable
Preux.
une autre que j'ajoûte icy.
Elle eft encore de Madame
des Houlieres.
REPONSE DE M
DES HOULLIERES,
AMrle Duc de S. Aignan.
D'
VCplus vaillant que cesfiers
Paladins,
QuideGéans cinqueſtoient les Armures;
182 MERCURE
Ducplus galant que n'eftoient Gré.
nadins,
Point contre vous nefont mes Ecritures.
Grand tort aurois de blafonner vos
feux.
Et qui nefçait, beau Sire, je vous
prie,
Qu'enfait d'amour & de Chevalerie
Onques ne fut plus véritable
Preux?
S&
Vous pourfendez vousfeul quatre
Affaffins,
Vousreparez les torts &les injuress
Feriez encerplus d'amoureux larcins
QueJouvenceaux à blondes chevelures.
Cequejadisfit le beau Tenébreux,
Aupres de vous n'eft que badinerie;
GALANT. 183
D'encombriers vousfortezfansfurie,
Onques ne fut plus véritable Preux.
25
Iamais l'Aurore aux doigts incarnadins,
Auxjours brillans nechange nuits
obfcares,
Quecault amour, &Mars aux airs
mutins
Vous n'invoquiezpour avoirAvantures.
You bravez tout; malgré les ans
nombreux
Qui volontiers empefchent qu'on ne
rie,
Avez d'un Fils augmenté voftre
Hoirie.
Onques ne fut plus véritable
Preux.
184 MERCURE
ENVOY.
Quepuiffiez- vous, Chevalier valeureux,
En tout Combat, en Butin amoureux,
Ne vous douloir jamais de tromperie;
Et qu'à l'envy chez nos derniers
Neveux,
Lifant vos Faits, hautement on s'écrie,
Onques ne fut plus véritable
Preux.
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Résumé : REPONSE DE Me DES HOULLIERES, A Mr le Duc de S. Aignan.
Madame des Houllières adresse un poème au Duc de Saint-Aignan, le comparant à des paladins et des géants pour souligner sa vaillance et sa galanterie. Elle affirme que ses écrits ne contiennent aucune critique à son égard et reconnaît ses qualités en matière d'amour et de chevalerie. Elle le décrit comme un preux véritable, capable de défendre des assassins, de réparer les torts et les injures, et de commettre des larcins amoureux. Elle mentionne qu'il invoque l'amour et Mars pour des aventures, bravant tout malgré son âge avancé. Le poème se conclut par une louange à son courage et à ses exploits, affirmant qu'il ne connaît jamais la tromperie et que ses faits seront célébrés par les générations futures. Elle note également qu'il a augmenté sa descendance en ayant un fils.
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734
p. 323-324
Abjuration de M. Raveau, [titre d'après la table]
Début :
Le 5 de ce mois, le Sr François Raveau, natifs de Paris, [...]
Mots clefs :
Abjuration, Hérésie, Église, Prétendus réformés
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texteReconnaissance textuelle : Abjuration de M. Raveau, [titre d'après la table]
Le s. de ce mois , le S Fran
324 MERCURE
çois Raveau , natif de Paris , abjura
l'Heréfie dans l'Eglife des
Filles de Sainte Marie du Fauxbourg
S. Germain , entre les
mains du Pere Alexis du Buc,
Théatin , qui depuis cinq ans
travailloit à le retirer de fes erreurs.
Cette action ſe fit en préfence
de plufieurs Perfonnes de
qualité , & comme elle luy a
attiré la haine de fes Parens , qui
font fort - puiffans parmy les Prétendus
-
Réformez , le Roy qui
prend un foin particulier de ceux
qui fe convertiffent , les a obligez
de luy donner une Penfion
proportionnée à leurs biens .
324 MERCURE
çois Raveau , natif de Paris , abjura
l'Heréfie dans l'Eglife des
Filles de Sainte Marie du Fauxbourg
S. Germain , entre les
mains du Pere Alexis du Buc,
Théatin , qui depuis cinq ans
travailloit à le retirer de fes erreurs.
Cette action ſe fit en préfence
de plufieurs Perfonnes de
qualité , & comme elle luy a
attiré la haine de fes Parens , qui
font fort - puiffans parmy les Prétendus
-
Réformez , le Roy qui
prend un foin particulier de ceux
qui fe convertiffent , les a obligez
de luy donner une Penfion
proportionnée à leurs biens .
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Résumé : Abjuration de M. Raveau, [titre d'après la table]
Le 324e jour du mois de mercure, François Raveau, Parisien, a abjuré l'hérésie à l'église des Filles de Sainte-Marie du Faubourg Saint-Germain. La cérémonie, dirigée par le Père Alexis du Buc, a duré cinq ans. Les parents de Raveau, influents Réformés, ont réagi avec haine. Le roi a imposé qu'ils lui versent une pension proportionnelle à leurs biens.
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735
p. 141-143
A MADAME DES HOULIERES, Sur sa derniere Ballade. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Début :
Les Vers qui suivent vous paroistront galamment tournez / J'en demeure d'accord, charmante DES-HOULIERES; [...]
Mots clefs :
Jadis, Aimer
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME DES HOULIERES, Sur sa derniere Ballade. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Les Vers qui fuivent vous
paroiftront galamment tournez; ils font de M'de Lofme.
142 MERCURE
A MADAME
DES HOULIERES,
I
Surfa derniere Ballade.
On n'aime plus comme on
aimoit jadis.
'En demeure d'accord, charmante
DES-HOVLIERES;
Maisfi chaque Beauté poẞédoit vos
Lumieres ,
On reverroit bien-toft le fiécle d'Amadis.
Lebongouft , la délicateffe,
Lefçavoir, &la politeffe,
Régnentpartout dans vos Ecrits.
Quelcœurneferoitpoint épris,
Voyantavecquellefineffe
Vousfçavezparlerde tendreffe ?
Rienn'égale vos tendres dits.
Sicomme vous toutes les Femmes
GALANT.
143
Avoient l'art detoucher les ames ,
Onaimeroitbien-toft comme onaimois
jadis.
paroiftront galamment tournez; ils font de M'de Lofme.
142 MERCURE
A MADAME
DES HOULIERES,
I
Surfa derniere Ballade.
On n'aime plus comme on
aimoit jadis.
'En demeure d'accord, charmante
DES-HOVLIERES;
Maisfi chaque Beauté poẞédoit vos
Lumieres ,
On reverroit bien-toft le fiécle d'Amadis.
Lebongouft , la délicateffe,
Lefçavoir, &la politeffe,
Régnentpartout dans vos Ecrits.
Quelcœurneferoitpoint épris,
Voyantavecquellefineffe
Vousfçavezparlerde tendreffe ?
Rienn'égale vos tendres dits.
Sicomme vous toutes les Femmes
GALANT.
143
Avoient l'art detoucher les ames ,
Onaimeroitbien-toft comme onaimois
jadis.
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Résumé : A MADAME DES HOULIERES, Sur sa derniere Ballade. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Le texte est une dédicace poétique à Madame des Houlières. L'auteur déplore la perte des valeurs de l'amour passé et suggère que ses lumières pourraient restaurer une époque idéalisée de chevalerie. Il loue ses écrits pour leur bon goût, délicatesse, science et politesse. Il admire sa manière de parler de la tendresse et conclut que son art pourrait raviver l'amour ancien.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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736
p. 223-228
SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
Début :
Il court icy de nouvelles Ballades, ajoûtées depuis peu / O L'heureux temps, où les fiers Paladins [...]
Mots clefs :
Copies, Guerriers, Chevalerie, Métier, Dame
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
l court icy de nouvelles
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premierespar M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame, qu'elles
T mij
224 MERCURE
312
m ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme temps de faire foufrir la
modeftiede ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé à les rendre publiques dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence par ces mots Duc plus
vaillant, &c.
O
L'heureux temps , oùksfiers . ,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avanTures,
Oùfans dormirnon plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las deporter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Lesrégaloientaufortirdes Feftins !
Dame , àbon droit desbeaux Eſprits OR chérie,
Qui faites cas deGuerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-ilrien telqu' Art de Chevalerie?
Fut-il jamais un Métier plus heureux ?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientauxjardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's A tobox
Chapeauxde Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins.
Deles voirtels toute ame eftoit ravie,
Tantavoient l'airdeGens victorieux.
Dam:fanspair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métierplus heureux?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
Endurcombat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nulmétiern'avoientde Médecins,
FillesdeRoys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpourleursfçavantes cures,
SurLitsmollets &furrichesCouffins,
Chacuneàpartdeleurdouleurmarrie,
Lesconfolant &fe senantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux ?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuispeu mis aujourdeux Bam- babins,
Dontonferoit d'agréablespeintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fere veux encorpar mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donnerun affaut vivigouri gourdux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, iljamais un Métier plus heu.
reux ?
ENVOY. yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au cœur &
génereux,
Voirenhonneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien dignede vos
Puiffe bien- toftpoffeder Abaie,
D'unbon rapport, commode , &fort nombreux,
Sique miré, content &glorieux,
En tel dedu i quelquefoisil s'écrie,
Fut iljamais unMétier plus heu
reux
Ballades, ajoûtées depuis peu
aux premierespar M le Duc
de S. Aignan , & je vous
avoue , Madame, qu'elles
T mij
224 MERCURE
312
m ont embaraffé. Fay crâ
qu'il y auroit de l'injuftice à
refufer aux Curieux , ce qui
a efté fi agreable à toute la
Cour, & j'ay craint en meſme temps de faire foufrir la
modeftiede ce Duc , comme
cela m'eft arrivé plufieurs
fois , mais enfin je me fuis
déterminé à les rendre publiques dans cette Lettre,
voyant qu'elles le font déja,
par le grand nombre de Copies qui en ont efté faites , la
plupart pleines de faures,
auffi bien que de celles de
Madame des Houlieres..
GALANT 225
SECONDE RALLADE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
Pour réponse à celle qui commence par ces mots Duc plus
vaillant, &c.
O
L'heureux temps , oùksfiers . ,
Paladins
Alloient par tout cherchant les avanTures,
Oùfans dormirnon plus quefont Lu
tins,
Sans eftre las deporter leurs axmures;
Princes & Roys, de Vins & Cofitures
Lesrégaloientaufortirdes Feftins !
Dame , àbon droit desbeaux Eſprits OR chérie,
Qui faites cas deGuerriers valeuneux,
220 MERCURE
Eft-ilrien telqu' Art de Chevalerie?
Fut-il jamais un Métier plus heureux ?\\ raad 120*
25
CcsDamoiſels s'écatoientauxjardins
Bien atournez de pompenfes vestures.
La plus vermicils qu'on ne peint Chérubin's A tobox
Chapeauxde Fleurs misfur leurs che
velures,
Se déduifoient enfuperbesparures,
Gentilsfurcots , toiles d'or fatins.
Deles voirtels toute ame eftoit ravie,
Tantavoient l'airdeGens victorieux.
Dam:fanspair, dites - nous , je vous
pric,
Fut il jamais un Métierplus heureux?
tu
SS AC THAI
S'ilavenoitquefelons Affaffirs
Endurcombat leurfiffent disbleſſures,
GALANT. 227
i
Fa nulmétiern'avoientde Médecins,
FillesdeRoys, mouli belles Créatures,
Qu'on renommoitpourleursfçavantes cures,
SurLitsmollets &furrichesCouffins,
Chacuneàpartdeleurdouleurmarrie,
Lesconfolant &fe senantprés d'eux,
Rendoient bien - toft leur Perfonne
317 guérie.
Fut iljamais un Métier plus heureux ?
S&
Moy, qui toujours furpaffant maint Blondins
Entrais effets ainsi qu'en Ecritures,"
Ay depuispeu mis aujourdeux Bam- babins,
Dontonferoit d'agréablespeintures,
Dans la vigueur qu'on voit en mes
allures,
Fere veux encorpar mouli nobles deffeins
228 MERCURE
·Des Ennemis voir la face blêmie,
Etleas donnerun affaut vivigouri gourdux,
Puistall apres retourner versm'amik.
Fut, iljamais un Métier plus heu.
reux ?
ENVOY. yoyov
Quepuiffuz- vous, Dame au cœur &
génereux,
Voirenhonneurs toujours voftreMef
gnie,
Et qu'un Germain bien dignede vos
Puiffe bien- toftpoffeder Abaie,
D'unbon rapport, commode , &fort nombreux,
Sique miré, content &glorieux,
En tel dedu i quelquefoisil s'écrie,
Fut iljamais unMétier plus heu
reux
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Résumé : SECONDE BALLADE DE MONSIEUR LE DUC DE S. AIGNAN, Pour réponse à celle qui commence par ces mots, Duc plus vaillant, &c.
L'auteur d'une lettre discute de la publication de ballades récemment ajoutées par le Duc de Saint-Aignan. Il hésite entre refuser de les publier pour éviter l'injustice envers les curieux de la cour et respecter la modestie du Duc. Il choisit finalement de les publier en raison du grand nombre de copies erronées en circulation, y compris celles de Madame des Houlières. La lettre inclut une ballade du Duc répondant à une autre ballade. Cette ballade décrit un temps heureux où les paladins cherchaient des aventures, étaient récompensés par des princes et des rois, et étaient admirés pour leur bravoure. Elle met en avant la chevalerie et les métiers heureux des guerriers, malgré les dangers et les blessures. Le Duc exprime son désir de continuer à combattre et de revenir victorieux vers ses amis, soulignant la gloire et le bonheur de ce métier.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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737
p. 229
« Vous remarquerez, Madame, que dans la Ballade à [...] »
Début :
Vous remarquerez, Madame, que dans la Ballade à [...]
Mots clefs :
Mégarde
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Vous remarquerez, Madame, que dans la Ballade à [...] »
ous remarquerez , Ma.
dame , que dans la Ballade à
laquelle celle- cy fert de Ré .
ponſe, & que je vous envoyay le dernier mois , on
a mis par mégarde,
D'encombriers vous fortez fans
furie.
Il falloit mettre,
D'encombriers vous fortezfans
faërie.
dame , que dans la Ballade à
laquelle celle- cy fert de Ré .
ponſe, & que je vous envoyay le dernier mois , on
a mis par mégarde,
D'encombriers vous fortez fans
furie.
Il falloit mettre,
D'encombriers vous fortezfans
faërie.
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738
p. 230-233
TROISIEME BALLADE DE MADAME DES HOULIERES, A Mr le Duc de S. Aignan.
Début :
Los immortel que parfait héroïque [...]
Mots clefs :
Chevalerie, Hommes, Opinion, Arlequin, Musulman
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texteReconnaissance textuelle : TROISIEME BALLADE DE MADAME DES HOULIERES, A Mr le Duc de S. Aignan.
ROISIEME BALLADE
DE MADAME
DES HOULIERES
AMile Duc de S. Aignar.
Osimmortelqueparfaithéroï.- Lo
que
Chevalerieentouslieux acqueroit,
Vousfait aimer ce tempshyperbolique,
Quantest de moy, cequiplus mien
plairait,
Cen'estcombat, vesture magnifique,
Tournoyfameux , mais bien Amour
antique,
Donitrifte mortfeule voyoit le bour.
Ben Chevalier , que tout craint& revére,
Ainfile monde enfentimens difere
Opinion chez les Hommes fait
tout.
GALANT 231
Sa
L'antitde tout ; l'autre mélancolique
D'Arlequin mefine en mille ans ne riaaroitsUNOH,284
L'unpourjouerfaitdevenir hétique
Son train & luy Pautre ne tracqueroit
Pourmines d'orfa verve Poëtique.
L'un detoute œuvre entreprend la Critique,
Etfaitfouventconte à dormir debout,
L'autre àfon gréréglanile Miniftere,
Deferéglerne s'embaraffe guére;
Opinion chez les Hommesfait
tout.
S&
Espoirdegainfaitfaire auxflots la
nique,
Défir de gloire enpérilleux endroit
ConduitGuerriers.. Naturepacifique
AuxMagiftrats met en tefte le Droit.
Ambitionfait que le coffre onpique.
232 MERCURE
Vanitefait que Philofopheexplique
Commenttoutvient , en quoy routfe
réfout.
Chaque Mortelcoiffédefa chimère,
Croit à part-foy que mieux onnepeut
faire;
Opinion chez les Hommes fait
tour. A hos SOLE SHOT
$2
kreolderh
Nonmoinsdiverfe enchaque République
Eftla Coûtume; icypunir on voit
Sœur avecquifon Frereprévarique,
Et la Perfane enfon Lit le reçoit.
Germainsfontcas delaliqueur Bặchique,
Le Musulman en défendlapratique.
Subtil larcin Lacedémone alyour.
Où le Soleilmontefur l'Hémisphere ,
Parpiété le Fils meurtritfon Peres
Opinion chez les Hommes fait
tout.
GALANT. 233
tot (on SEN VOYEU
DrC, dontle los vole dufein Perfique
Iufqu'où Phébusfinitſon touroblique,
De mon Germainpoint nefçavezle
goût.
Groffe Abbaie à la Mitre ilpréfere,
Trop lourd, dit- it, eftfacréCaractere.
Opinion chez les Hommes fait
tour
DE MADAME
DES HOULIERES
AMile Duc de S. Aignar.
Osimmortelqueparfaithéroï.- Lo
que
Chevalerieentouslieux acqueroit,
Vousfait aimer ce tempshyperbolique,
Quantest de moy, cequiplus mien
plairait,
Cen'estcombat, vesture magnifique,
Tournoyfameux , mais bien Amour
antique,
Donitrifte mortfeule voyoit le bour.
Ben Chevalier , que tout craint& revére,
Ainfile monde enfentimens difere
Opinion chez les Hommes fait
tout.
GALANT 231
Sa
L'antitde tout ; l'autre mélancolique
D'Arlequin mefine en mille ans ne riaaroitsUNOH,284
L'unpourjouerfaitdevenir hétique
Son train & luy Pautre ne tracqueroit
Pourmines d'orfa verve Poëtique.
L'un detoute œuvre entreprend la Critique,
Etfaitfouventconte à dormir debout,
L'autre àfon gréréglanile Miniftere,
Deferéglerne s'embaraffe guére;
Opinion chez les Hommesfait
tout.
S&
Espoirdegainfaitfaire auxflots la
nique,
Défir de gloire enpérilleux endroit
ConduitGuerriers.. Naturepacifique
AuxMagiftrats met en tefte le Droit.
Ambitionfait que le coffre onpique.
232 MERCURE
Vanitefait que Philofopheexplique
Commenttoutvient , en quoy routfe
réfout.
Chaque Mortelcoiffédefa chimère,
Croit à part-foy que mieux onnepeut
faire;
Opinion chez les Hommes fait
tour. A hos SOLE SHOT
$2
kreolderh
Nonmoinsdiverfe enchaque République
Eftla Coûtume; icypunir on voit
Sœur avecquifon Frereprévarique,
Et la Perfane enfon Lit le reçoit.
Germainsfontcas delaliqueur Bặchique,
Le Musulman en défendlapratique.
Subtil larcin Lacedémone alyour.
Où le Soleilmontefur l'Hémisphere ,
Parpiété le Fils meurtritfon Peres
Opinion chez les Hommes fait
tout.
GALANT. 233
tot (on SEN VOYEU
DrC, dontle los vole dufein Perfique
Iufqu'où Phébusfinitſon touroblique,
De mon Germainpoint nefçavezle
goût.
Groffe Abbaie à la Mitre ilpréfere,
Trop lourd, dit- it, eftfacréCaractere.
Opinion chez les Hommes fait
tour
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Résumé : TROISIEME BALLADE DE MADAME DES HOULIERES, A Mr le Duc de S. Aignan.
La 'Deuxième Ballade' de Madame des Houlières est dédiée au duc de Saint-Aignan et explore les diverses opinions humaines et leurs influences sur les comportements et les actions. Le poème commence par évoquer l'admiration pour la chevalerie et l'amour antique, contrastant avec les combats et les tournois. Il met en lumière la diversité des opinions, certains préférant la galanterie, d'autres la mélancolie. Les hommes ont des avis variés sur la critique, la poésie et la critique constructive. L'ambition, l'espoir de gain et le désir de gloire motivent les actions des guerriers et des magistrats. La vanité pousse les philosophes à expliquer l'origine de toutes choses. Chaque individu est influencé par ses propres chimères, croyant agir au mieux. Les coutumes varient selon les républiques, influençant les punitions et les comportements, comme le montrent les exemples des Germains et des Musulmans. Le poème se conclut par une réflexion sur les différences culturelles et les goûts personnels, illustrées par un dialogue sur les préférences architecturales.
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739
p. 233-234
« Mr le Duc de S. Aignan a répondu à Madame des / Puis qu'aupres de vos Vers tous les autres sont fades, [...] »
Début :
Mr le Duc de S. Aignan a répondu à Madame des / Puis qu'aupres de vos Vers tous les autres sont fades, [...]
Mots clefs :
Beaux esprits, Applaudir
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texteReconnaissance textuelle : « Mr le Duc de S. Aignan a répondu à Madame des / Puis qu'aupres de vos Vers tous les autres sont fades, [...] »
le Duc de S. Aignan
a répondu à Madame des
Houlieres par cegalant Ma
drigal.
P
Vis qu'auprès de vos V'ers tous
les autresfont fades,
Aujourd'huy pour longtemps jercnonce aux Ballades,
Fevrier 1684
234 MERCURE
Etne fais qu'applandir à celle que
longe voju tenal namansar
Lesplus charmans Ecrits ne walent.
1 pasasles les voftres; 01302 199
Mais tous les beaux Efprits jugeront
commemoy,
be
Defant vaincu par vous , onpeut
vaincre les autres.
a répondu à Madame des
Houlieres par cegalant Ma
drigal.
P
Vis qu'auprès de vos V'ers tous
les autresfont fades,
Aujourd'huy pour longtemps jercnonce aux Ballades,
Fevrier 1684
234 MERCURE
Etne fais qu'applandir à celle que
longe voju tenal namansar
Lesplus charmans Ecrits ne walent.
1 pasasles les voftres; 01302 199
Mais tous les beaux Efprits jugeront
commemoy,
be
Defant vaincu par vous , onpeut
vaincre les autres.
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740
p. 246-248
Abjurations, [titre d'après la table]
Début :
Mr le Comte de Roucy, Fils aîné de Mr le Comte de Roye, [...]
Mots clefs :
Comte, Abjuration, Hérésie, Calvin, Marquis, Religion catholique
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texteReconnaissance textuelle : Abjurations, [titre d'après la table]
M le Comte de Roucy,
Fils aîné de M' le Comte de
Roye , ayant eſté inftruit des
veritez de la Religion Ca
tholique par M l'Evefque dé
Meaux , fi fçavant dans ces
matieres , a fait depuis pou
abjuration de l'Héréfie de
Calvin , entre les mains de ce
grand Prélatongy sumha
La mefme abjuratión a eſté
faite par M le Marquis de
GALANT 247
Vaufheux , & Mademoiselle
de Vauffieux fa Soeur. L'exemple
de Madame la Marquifelde
Vauffieux leur Mere ,
qui fit profeffion de la Religion
Catholique il y a un an ,
ayant commencé à les ébran
ler , Sa Majesté ordonna par
Lettres de Cachet à M' de
Morangis, Intendant en Normandie
, de les faire venir
auprès de M' de Beringhen,
fon Premier Ecuyer , & leur
Grand-Oncle , pour les faire
inftruire pendant ſix mois,
& leur laiffer enfuite le choix
du party qu'ils voudroient
X iiij
248 MERCURE
prendre:Apres plufieurs conférences
qu'ils ont euës avec
Ml'Abbé du Pin ils fe
font trouvez perfuadez , &
ont abjuré entre les mains
de M' l'Archevefque de Paris
, en préſence de M le
Curé de S. Germain l'Auxerrois
, leur Paroiffe . M' le
Marquis de Vauffieux eft de
Normandie.
Fils aîné de M' le Comte de
Roye , ayant eſté inftruit des
veritez de la Religion Ca
tholique par M l'Evefque dé
Meaux , fi fçavant dans ces
matieres , a fait depuis pou
abjuration de l'Héréfie de
Calvin , entre les mains de ce
grand Prélatongy sumha
La mefme abjuratión a eſté
faite par M le Marquis de
GALANT 247
Vaufheux , & Mademoiselle
de Vauffieux fa Soeur. L'exemple
de Madame la Marquifelde
Vauffieux leur Mere ,
qui fit profeffion de la Religion
Catholique il y a un an ,
ayant commencé à les ébran
ler , Sa Majesté ordonna par
Lettres de Cachet à M' de
Morangis, Intendant en Normandie
, de les faire venir
auprès de M' de Beringhen,
fon Premier Ecuyer , & leur
Grand-Oncle , pour les faire
inftruire pendant ſix mois,
& leur laiffer enfuite le choix
du party qu'ils voudroient
X iiij
248 MERCURE
prendre:Apres plufieurs conférences
qu'ils ont euës avec
Ml'Abbé du Pin ils fe
font trouvez perfuadez , &
ont abjuré entre les mains
de M' l'Archevefque de Paris
, en préſence de M le
Curé de S. Germain l'Auxerrois
, leur Paroiffe . M' le
Marquis de Vauffieux eft de
Normandie.
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Résumé : Abjurations, [titre d'après la table]
Plusieurs membres de la famille de Vauffieux se sont convertis au catholicisme. Le Comte de Roucy, fils aîné du Comte de Roye, a été instruit par l'évêque de Meaux et a abjuré l'hérésie calviniste sous sa supervision. Le Marquis de Vauffieux et Mademoiselle de Vauffieux, sa sœur, ont également abjuré. Leur mère, Madame la Marquise de Vauffieux, avait déjà adopté la religion catholique un an plus tôt. À la demande du roi, M. de Morangis, Intendant en Normandie, a fait venir les deux jeunes gens auprès de M. de Beringhen, Premier Écuyer et leur grand-oncle, pour une instruction de six mois. Après plusieurs conférences avec l'abbé du Pin, ils ont été convaincus et ont abjuré entre les mains de l'archevêque de Paris, en présence du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, leur paroisse. Le Marquis de Vauffieux est originaire de Normandie.
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741
p. 377-379
ENIGME.
Début :
Des deux nouvelles Enigmes que je vous envoye, la premiere / Je suis Fille de l'Air, sans corps quoy que j'en donne. [...]
Mots clefs :
Glace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
Des deux nouvelles Enigmes
que je vous envoye , la premiere
eft de Mr de la Barre , de Tours
& l'autre , de la Fauvete de Morlaix.
J
ENIGME.
E fuis Fille de l'Air , fans corpe,i
quoy que j'en donne.
Les Dottes éclairés , mefententfans
me voir.
Fevrier 1684
蛋逗
378 MERCURE
I´ntiaque rout,je #'épargneperſonne
LesPauvres craignetmonpouvoir.
Des Riches , dans l'Eté les plaifirs
j'affaifonne,
Comine cela ſefait , chacun le peut
Sçavoir.
EYE KHS 2902 ) HOT
Quoy qu'un Rien , je produis une
Fille brillante, bourg alon@
asfliy
L'éclat qu'on voit en elle aux Saphirs
eft pareils
Mais malgrecet éclat qu'auxjeux elle
préſente,
Safierté demeure impuiſſante
Au moindre regard duSoleil
Cet Aftre eftant abfent , itn'estrien
qui ne meures
homlase
Tout languis ; l'Vnivers
fans luy n'a
point d'appas.paulyang
A
Afon abordtourrit , & tout chante.
y basi
GALANT. 379
Maſeule Fille, en le voyant , bélas !
S'évanouit , fe meurt, & mourant
zri\ielle plcuxe,
que je vous envoye , la premiere
eft de Mr de la Barre , de Tours
& l'autre , de la Fauvete de Morlaix.
J
ENIGME.
E fuis Fille de l'Air , fans corpe,i
quoy que j'en donne.
Les Dottes éclairés , mefententfans
me voir.
Fevrier 1684
蛋逗
378 MERCURE
I´ntiaque rout,je #'épargneperſonne
LesPauvres craignetmonpouvoir.
Des Riches , dans l'Eté les plaifirs
j'affaifonne,
Comine cela ſefait , chacun le peut
Sçavoir.
EYE KHS 2902 ) HOT
Quoy qu'un Rien , je produis une
Fille brillante, bourg alon@
asfliy
L'éclat qu'on voit en elle aux Saphirs
eft pareils
Mais malgrecet éclat qu'auxjeux elle
préſente,
Safierté demeure impuiſſante
Au moindre regard duSoleil
Cet Aftre eftant abfent , itn'estrien
qui ne meures
homlase
Tout languis ; l'Vnivers
fans luy n'a
point d'appas.paulyang
A
Afon abordtourrit , & tout chante.
y basi
GALANT. 379
Maſeule Fille, en le voyant , bélas !
S'évanouit , fe meurt, & mourant
zri\ielle plcuxe,
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742
p. 379
AUTRE ENIGME.
Début :
Nous sommes deux Freres jumeaux, [...]
Mots clefs :
Patins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE ENIGME.
AUTRE ENIGME
Ous fommes deux Freres
Nolatora jumeaux, **
Que legrand Hyver rend utiles,
Aux Peuples des Champs & des
Villes,
Qui voyagent deffus les Eaux.
Sa
Maispourdeviner qui nousfommes,
Remarque , cher Lecteur , que nous
wer fervons aux Hommes
Seulement des Pais du Nord;
& Et qu'un Navire de bast Bord
N'a pas plus que nous de vireſſe,
Quand on nousfait conduire avec
adreffe.
Ous fommes deux Freres
Nolatora jumeaux, **
Que legrand Hyver rend utiles,
Aux Peuples des Champs & des
Villes,
Qui voyagent deffus les Eaux.
Sa
Maispourdeviner qui nousfommes,
Remarque , cher Lecteur , que nous
wer fervons aux Hommes
Seulement des Pais du Nord;
& Et qu'un Navire de bast Bord
N'a pas plus que nous de vireſſe,
Quand on nousfait conduire avec
adreffe.
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743
p. 39-40
A MADAME DES HOULIERES, INPROMPTU.
Début :
Les Ballades que je vous ay envoyées dans mes deux dernieres / Ouy, je l'ay dit sans hyperbole, [...]
Mots clefs :
Vainqueur, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DES HOULIERES, INPROMPTU.
Les Ballades que je vous ay
envoyées dans mes deux dernieL , ' res ettres , m engagent a vot1s.
faire part de deux Madrigaux
qt1'on m'a donnez, & qt1i en fon~
·une fuite. Le pre1nicr cft de M..
le Duc de S.Aignan. .
•
•
•
\
•
• •
MERCURE
A MADAME
•
DES HOULIERES;. •
•
IN PR 0 M PTU ..
?Jy , jt t,11y dit fans hyptr~
boit t
YoJU écrive'{ d'un tiir qui pa.r loNt
· tjl v11inqueur.
1e veux bien confejfer 1u'it me reft~ tJ,, cœur,
Maù je àemet,re fans parole
envoyées dans mes deux dernieL , ' res ettres , m engagent a vot1s.
faire part de deux Madrigaux
qt1'on m'a donnez, & qt1i en fon~
·une fuite. Le pre1nicr cft de M..
le Duc de S.Aignan. .
•
•
•
\
•
• •
MERCURE
A MADAME
•
DES HOULIERES;. •
•
IN PR 0 M PTU ..
?Jy , jt t,11y dit fans hyptr~
boit t
YoJU écrive'{ d'un tiir qui pa.r loNt
· tjl v11inqueur.
1e veux bien confejfer 1u'it me reft~ tJ,, cœur,
Maù je àemet,re fans parole
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744
p. 40-41
REPONSE DE MADAME DES HOULIERES, A Mr LE DUC DE S. AIGNAN.
Début :
Quand vous me cedez la Victoire, [...]
Mots clefs :
Victoire, Combat
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPONSE DE MADAME DES HOULIERES, A Mr LE DUC DE S. AIGNAN.
REI>ONSE DE MADAME.
DES HOULIERES~
A MI LE Duc
D E S. A I G N A N~ •
Vantl VOIU me ceàez 111 n..;
Boire,
Yf/#4 vol# c<J11vrez,, d'Nne
g/ojre , .
-
•
·-"---
• -
GALANT.. 4r
Dt vojlre Madrigal tout le monde tj1
charmé. ..
Eji.ce airifi d'1tn comhat qu'on cede
l,avanta,ge ,
.f!J....N' on Je dit vAincu, defarmé?
On connoijl hien qu'à ce langage
You.s t1'cjles f M ACCOÛtumé.
DES HOULIERES~
A MI LE Duc
D E S. A I G N A N~ •
Vantl VOIU me ceàez 111 n..;
Boire,
Yf/#4 vol# c<J11vrez,, d'Nne
g/ojre , .
-
•
·-"---
• -
GALANT.. 4r
Dt vojlre Madrigal tout le monde tj1
charmé. ..
Eji.ce airifi d'1tn comhat qu'on cede
l,avanta,ge ,
.f!J....N' on Je dit vAincu, defarmé?
On connoijl hien qu'à ce langage
You.s t1'cjles f M ACCOÛtumé.
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745
p. 45-48
A MADAME DES HOULIERES.
Début :
Je vous envoye une autre Balade qui me paroist fort galante. / Vous remettez la Balade en honneur [...]
Mots clefs :
Vers, Ballade, Style, Muse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DES HOULIERES.
Je vous envoye une autre Ba·
Jade qui me pat·oifl fort galante.
~oy que l'Autheur n1,en foie
inconnu , je ne puis m'empef-
·cher de dire qu'il me~lte l'efiimc
-
•
•
•
46 MERCURE
de tous les honnefies Gens, par
la jofl:ice qu'il rend à Niadame
des Hot1lieres. C'efi: à elle qu'il
a-dreife la Bala,{e. -
' A MADAME
•
t D E S H 0 U L I E F, E S.
OtJS remettez /11 B111!11de en
honneur
Par F'ers dorez d'inimitable jlile;
Ja grand be Join 11voit de ce bon'heur
Le vieil Phéhus J la h1ir/Je jlérile,
· 12!!_~efprit accort ,ftn, poly, '"rsratie11x,
" 'R...efaçonnajl fes b,·111ttez fi1r-Anr>écs.
•
Refaire ainji fle11rir '1?...ofês fa1;e'e s, ... A mon avis on ne peut faire
... n~~ ~
YoNS lcrivez ~ ccrt~in Pre11 .. ~ Seignertr ~
.-
D'11n air Ji gent,Ji noble & Ji facile,
.f<_u' atournemet de fa ience greigneMr_
,.
•
•
GALANT. 74
Ne fç1Jit 111voir 1~ Mt'Je plus habile.
Yojlre f JJrler, eJI le p/llrler des Diettx;
En tout propos lihres, & point genee s
D11ns vos devis les Gr1ices fi1nblent
I
nees;
· A mon avis on ne peut faire , .
• mieux.
4E3'- .
Du los d'Amour vous fçave7J11 tenet1r,
Le par11ngon, l'~greable, & l'utile;
Aupres de vous n'eft ft_ be11u 'R._ai-,
fanneur. ·
!l._ui ne fi crût la verve peu fo6ti!e.
FriflJues G11!11,ns, enjoüe'{, férieux,
Pour naviger 1111x Ijles FortNnées,
~~ont de vos dits /ettrs leçons raftnées;
A mon avis on 'ne peut faire
• mieux.
EN V 0 Y.
Des Sens chArme'Z {e dot'x Empsi·
fonnc11r , ·
De 111 R11ifon t,nim11hle Su/;9rne11r ,
•
,
•
•
. 4S MERCURE
'Iiendr11t de vous t'heur de fes defli~ 1 11ees ; ·
AN.X Dévoyez, à toute heure, en tous
lieuJ.:,
Prefahez toûf ours [es Loix 6ien ordonnées, .
A mon avis on ne pel1t . faire
• mieux .
Jade qui me pat·oifl fort galante.
~oy que l'Autheur n1,en foie
inconnu , je ne puis m'empef-
·cher de dire qu'il me~lte l'efiimc
-
•
•
•
46 MERCURE
de tous les honnefies Gens, par
la jofl:ice qu'il rend à Niadame
des Hot1lieres. C'efi: à elle qu'il
a-dreife la Bala,{e. -
' A MADAME
•
t D E S H 0 U L I E F, E S.
OtJS remettez /11 B111!11de en
honneur
Par F'ers dorez d'inimitable jlile;
Ja grand be Join 11voit de ce bon'heur
Le vieil Phéhus J la h1ir/Je jlérile,
· 12!!_~efprit accort ,ftn, poly, '"rsratie11x,
" 'R...efaçonnajl fes b,·111ttez fi1r-Anr>écs.
•
Refaire ainji fle11rir '1?...ofês fa1;e'e s, ... A mon avis on ne peut faire
... n~~ ~
YoNS lcrivez ~ ccrt~in Pre11 .. ~ Seignertr ~
.-
D'11n air Ji gent,Ji noble & Ji facile,
.f<_u' atournemet de fa ience greigneMr_
,.
•
•
GALANT. 74
Ne fç1Jit 111voir 1~ Mt'Je plus habile.
Yojlre f JJrler, eJI le p/llrler des Diettx;
En tout propos lihres, & point genee s
D11ns vos devis les Gr1ices fi1nblent
I
nees;
· A mon avis on ne peut faire , .
• mieux.
4E3'- .
Du los d'Amour vous fçave7J11 tenet1r,
Le par11ngon, l'~greable, & l'utile;
Aupres de vous n'eft ft_ be11u 'R._ai-,
fanneur. ·
!l._ui ne fi crût la verve peu fo6ti!e.
FriflJues G11!11,ns, enjoüe'{, férieux,
Pour naviger 1111x Ijles FortNnées,
~~ont de vos dits /ettrs leçons raftnées;
A mon avis on 'ne peut faire
• mieux.
EN V 0 Y.
Des Sens chArme'Z {e dot'x Empsi·
fonnc11r , ·
De 111 R11ifon t,nim11hle Su/;9rne11r ,
•
,
•
•
. 4S MERCURE
'Iiendr11t de vous t'heur de fes defli~ 1 11ees ; ·
AN.X Dévoyez, à toute heure, en tous
lieuJ.:,
Prefahez toûf ours [es Loix 6ien ordonnées, .
A mon avis on ne pel1t . faire
• mieux .
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Résumé : A MADAME DES HOULIERES.
L'auteur d'une lettre ou d'un poème adresse ses compliments à Madame des Houlières pour une œuvre littéraire intitulée 'La Bale'. Il exprime son admiration pour la joie que procure cette œuvre et pour son hommage aux honnêtes gens. L'œuvre est dédiée à Madame des Houlières et est accompagnée de vers dorés de grande qualité. L'auteur décrit Madame des Houlières comme une personne d'esprit accort, fin, polyvalente et raffinée. Ses écrits sont qualifiés d'air gentil, noble et facile, et elle maîtrise l'art de la conversation. L'auteur souligne que Madame des Houlières excelle dans l'art de l'amour, combinant le parfait, l'agréable et l'utile, et qu'elle guide ceux qui naviguent dans les îles fortunées. Elle charme les sens et inspire la réflexion tout en respectant les lois bien ordonnées.
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746
p. 48-52
SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MERCURE DE JANVIER. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Début :
Les Balades qu'on a veuës depuis deux mois, en ont amené la / A Caution tous Hommes sont sujets, [...]
Mots clefs :
Jadis, Aimer, Homme, Dieu
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texteReconnaissance textuelle : SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MERCURE DE JANVIER. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Les Balades qu'on a veuës depuis deux mois, en ont amené fa
mode. Chacun a etfaye fon calent
fl1r ce genre de Poë!ie; & une
Dame Solitaire qui fe p1ai{l à fe
cacher , quoy qtl•elle foie fe&re
que tout ce qu'elle efi: lu y ferait
•
· honnet1r, fi elle vouloic le faire
paroifire, en a fait deux qt1i 1ne
foot tombées entre les 1nai11s, fur
les Rimes des pren1ieres. Elles font
.fur des maticres qui s'acco1nmo- .
- dent à la fainteté du temps où
- nous f ommes. ·
•
,.. • St1r
•
•
..
' • •
GA LA Nrf. 4.9
•
SUR LES RIMES .. . .
DE LA BALADE
DV l\1ERCVR.R DE JANVIER.
On n'aime plus coa1me on aimoit
· jadis.
Caution totU Hommes font
fujets, ,
De's le premier cette Loy fut écrite.
· To1t1 font pechez vifiblcs ou fecrets,
~e ne pettt ftU effacer EJiu .. en~ce .
Bit'n rarement vertu dans l'Ho'fJ'Jme .. habite; . ,
Trop bien ti- t-on pour Autray malins
dies, ·
Trop hien Jij/1tçe efl au monde ve~ •• nue, ·
Et probité pare ll~ ejtAnt perd1Jë,
Aime. t on · Dier' comme on t,11imoit
jadis.?'-
Mars 1684.
•
•
\
...
•
-
'
- -----•
' ·MERCURE
~....»
· Riches atours , Cn,deaux , no111hrt 11x
•
Valets;
Sont a1tjourd·huy préferez au mé-
• rite .
.. ~i des H1tmairJs modejles & difcrets
Il efl enèor, /R, tro11-pe tn eft petite.
1eunejfe enftn, YieiUejfe décrepite,
Aimettt à voir les v ices aplaudis.
Devotion feroit paJ!er pour gruë,
Faver'r du Ciel p~r priere obtent1 ë
-N'acquiert pltU los ~ Dieu &omme
jadis.
- ~,.
~ 4
•
À cœurs humains toûjours tet11dent
filets · .
Efprits d'Enfer,cette enge11nce mau..:
dite,
~i des plm heaux font les p/114
laids objets ;
En rJous pertltint chac1'n fe felicire;
Pour nous tr11hi1 ~hacun fait l,lli po4!
• • cr1te,
...
•
•
GA LAN T. J 1·
Par fo1'x pl11iftrs tromp11nt les
Etourdis,
Et fait qu'AN m1el 11n PecheNr s'ha~
buë.
!J.._uand on n'a f41 Je Die11 ln, gloire
•• en veue,
PeNt. on l'aimer comme on l'11imoit
jadis ~ .
Trop àe Mortels fe tr1uvent ainfl
faits;
Prophane amour eft [eut q11i fa dé-
, .
bite. ·
Trop de B1trhons & de ieancs Co~
.. quets,
Trop fo11vent font le Di11hte , & no11 .
l'Hermite.
Trop de l1cence R reforme n'invite,
Et trop de cœurs pour DttN font rê•'
froidis. ·
Enftn hrJmeur Je l'Homme eft trot
. bour~1ë, •
, c i
•
•
•
· 51 MERCURE ~11na il aJ1roit ttfle jeune 01' che.:
•• nue,
S'il n'tiime Dieu &omme on l'11imoit
jadis.
• •
EN V 0 Y.
Ejlre Etlrnel , f11ü pour nos in- ·
- térells. ·
~ue Cupidon digne.dt camouflets,
Dans cœurs hum1eins fan fou ne con-
• •• t1nue. ·
p/114 no114 vo•àrA qNe Siecle d'A-
. madis,
Si àe chac"n, Ame a'11mou1 pour~
•• veuc,
,,du comhle en tjl pouf toy ftMI par ..
•• venue ,
T'11im11nt toûjo•rs &omme °" t' AÎ111oi6
jadis. ·
mode. Chacun a etfaye fon calent
fl1r ce genre de Poë!ie; & une
Dame Solitaire qui fe p1ai{l à fe
cacher , quoy qtl•elle foie fe&re
que tout ce qu'elle efi: lu y ferait
•
· honnet1r, fi elle vouloic le faire
paroifire, en a fait deux qt1i 1ne
foot tombées entre les 1nai11s, fur
les Rimes des pren1ieres. Elles font
.fur des maticres qui s'acco1nmo- .
- dent à la fainteté du temps où
- nous f ommes. ·
•
,.. • St1r
•
•
..
' • •
GA LA Nrf. 4.9
•
SUR LES RIMES .. . .
DE LA BALADE
DV l\1ERCVR.R DE JANVIER.
On n'aime plus coa1me on aimoit
· jadis.
Caution totU Hommes font
fujets, ,
De's le premier cette Loy fut écrite.
· To1t1 font pechez vifiblcs ou fecrets,
~e ne pettt ftU effacer EJiu .. en~ce .
Bit'n rarement vertu dans l'Ho'fJ'Jme .. habite; . ,
Trop bien ti- t-on pour Autray malins
dies, ·
Trop hien Jij/1tçe efl au monde ve~ •• nue, ·
Et probité pare ll~ ejtAnt perd1Jë,
Aime. t on · Dier' comme on t,11imoit
jadis.?'-
Mars 1684.
•
•
\
...
•
-
'
- -----•
' ·MERCURE
~....»
· Riches atours , Cn,deaux , no111hrt 11x
•
Valets;
Sont a1tjourd·huy préferez au mé-
• rite .
.. ~i des H1tmairJs modejles & difcrets
Il efl enèor, /R, tro11-pe tn eft petite.
1eunejfe enftn, YieiUejfe décrepite,
Aimettt à voir les v ices aplaudis.
Devotion feroit paJ!er pour gruë,
Faver'r du Ciel p~r priere obtent1 ë
-N'acquiert pltU los ~ Dieu &omme
jadis.
- ~,.
~ 4
•
À cœurs humains toûjours tet11dent
filets · .
Efprits d'Enfer,cette enge11nce mau..:
dite,
~i des plm heaux font les p/114
laids objets ;
En rJous pertltint chac1'n fe felicire;
Pour nous tr11hi1 ~hacun fait l,lli po4!
• • cr1te,
...
•
•
GA LAN T. J 1·
Par fo1'x pl11iftrs tromp11nt les
Etourdis,
Et fait qu'AN m1el 11n PecheNr s'ha~
buë.
!J.._uand on n'a f41 Je Die11 ln, gloire
•• en veue,
PeNt. on l'aimer comme on l'11imoit
jadis ~ .
Trop àe Mortels fe tr1uvent ainfl
faits;
Prophane amour eft [eut q11i fa dé-
, .
bite. ·
Trop de B1trhons & de ieancs Co~
.. quets,
Trop fo11vent font le Di11hte , & no11 .
l'Hermite.
Trop de l1cence R reforme n'invite,
Et trop de cœurs pour DttN font rê•'
froidis. ·
Enftn hrJmeur Je l'Homme eft trot
. bour~1ë, •
, c i
•
•
•
· 51 MERCURE ~11na il aJ1roit ttfle jeune 01' che.:
•• nue,
S'il n'tiime Dieu &omme on l'11imoit
jadis.
• •
EN V 0 Y.
Ejlre Etlrnel , f11ü pour nos in- ·
- térells. ·
~ue Cupidon digne.dt camouflets,
Dans cœurs hum1eins fan fou ne con-
• •• t1nue. ·
p/114 no114 vo•àrA qNe Siecle d'A-
. madis,
Si àe chac"n, Ame a'11mou1 pour~
•• veuc,
,,du comhle en tjl pouf toy ftMI par ..
•• venue ,
T'11im11nt toûjo•rs &omme °" t' AÎ111oi6
jadis. ·
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Résumé : SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MERCURE DE JANVIER. On n'aime plus comme on aimoit jadis.
Le texte évoque une mode récente pour les balades, un genre poétique, dont deux exemples ont été écrits par une dame solitaire et circulent parmi les lecteurs. Ces poèmes abordent des sujets en accord avec la sensibilité contemporaine. Le texte critique les mœurs actuelles, soulignant que l'amour et la vertu ne sont plus valorisés. Les hommes sont sujets à des péchés visibles ou secrets, et la vertu est rare. La probité est perdue, et les richesses, les honneurs, et les valets sont préférés au mérite. Les jeunes et les vieilles femmes apprécient voir les vices applaudis, tandis que la dévotion est méprisée. Les esprits malins trompent les gens, et chacun se félicite de ses vices. Les plaisirs trompent les étourdis, et Dieu en gloire n'est plus perçu. Les mortels sont souvent tournés vers un amour profane. Les libertins et les coquets sont nombreux, et la licence reformée n'invite pas à l'amour divin. Les cœurs pour Dieu sont refroidis, et l'homme est troublé. Le texte appelle à aimer Dieu comme on l'aimait jadis.
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747
p. 53-55
SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MESME MERCURE DE JANVIER. Oncques ne fut plus veritable Preux.
Début :
Point ne fais cas de ces fiers Paladins, [...]
Mots clefs :
Dieu, Chevalerie, Chrétiens, Preux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MESME MERCURE DE JANVIER. Oncques ne fut plus veritable Preux.
SUR LES RIMES
· D .E L A B A L A D E.
·ou MESME MERCURE
Da I AN v 1 1 a.
Oncqu.es ne fut plus vericab?e .
Preux.
• •
oi11t ne faü ttU de ces fiers Paladins,
~j des Geants conqYejloie111 /es
Armures;
Point ne f AÙ '"' àe g11!11ns Gre ...
nadins
Dont mention fo1Jt ma.intts Ecritt1res;
. M11i; des Martirs qui p11r fer & flfT
· feux l
•
Sont morts pot'r ieu, ;e les /011~ &
les prie, '
En ft1i1 d'tim()U'r,& de Ghevaleric.,
. c 3
•
•
•
- ----- - 54 . ·ME RCUR:E
Oncq1,es '"e fut 7/114 verit1ih!es
Preux.
~
Cruels Bourreaux, & traîtres A!fa4
lins
Des Saint·s M11rtirs, p11r coups & p11r
• • 1·n Jll res ,
.A Dieu vou/11nt en faire bet111x lar-
•
CJOS ,
Ils Arrachaient fo11vent les cheve ..
lures
En les traînant en CAchots tenc• - bret1x;
.Mail tet faplice eftoit badinerie
À des chrefti1ns plein5 de f11i1ite .
faërie,
Oncques ne fut plm veritnhles.
Preux. •
•
. ~~
1amaü. l' Aurore aux doits in car·
nadins
.&ux fo11rs bri/lans ne ch1erJgeoienl:
nJJ.its obf cures ,
...
•
••
•
•
•
GALANT. 55
S1ins voir chrejliens par m11int"s
• Hommes mutins .
Sot1ijfrir pour Dieu fu11eftes avan·
•
tl1res.
ch1ique M artir hr 1ivoi1 tourmens
nombreux, ·
Bien que tourmens empefchent qu·on
• ne rie ,
Riant des jiens, il quit oit fan hoirie.
011cq1ees ne fut plt14 verttables
Preux. •
EN V 0 Y.
Priez· pour nous, chrejliens fi va·
leo reux , ·
~i du vray Dieu ftdelles Amou'.-
... reux
Avez d11 Diable évité tromperie , .
Priez pour nous, &. pour totM nosNeveux.
Yotu meritez qu'à jrima ~ on s' é-
• crie,
OfJcq11es ne fut plus v erit.fl.b/es
PreL1x.
· D .E L A B A L A D E.
·ou MESME MERCURE
Da I AN v 1 1 a.
Oncqu.es ne fut plus vericab?e .
Preux.
• •
oi11t ne faü ttU de ces fiers Paladins,
~j des Geants conqYejloie111 /es
Armures;
Point ne f AÙ '"' àe g11!11ns Gre ...
nadins
Dont mention fo1Jt ma.intts Ecritt1res;
. M11i; des Martirs qui p11r fer & flfT
· feux l
•
Sont morts pot'r ieu, ;e les /011~ &
les prie, '
En ft1i1 d'tim()U'r,& de Ghevaleric.,
. c 3
•
•
•
- ----- - 54 . ·ME RCUR:E
Oncq1,es '"e fut 7/114 verit1ih!es
Preux.
~
Cruels Bourreaux, & traîtres A!fa4
lins
Des Saint·s M11rtirs, p11r coups & p11r
• • 1·n Jll res ,
.A Dieu vou/11nt en faire bet111x lar-
•
CJOS ,
Ils Arrachaient fo11vent les cheve ..
lures
En les traînant en CAchots tenc• - bret1x;
.Mail tet faplice eftoit badinerie
À des chrefti1ns plein5 de f11i1ite .
faërie,
Oncques ne fut plm veritnhles.
Preux. •
•
. ~~
1amaü. l' Aurore aux doits in car·
nadins
.&ux fo11rs bri/lans ne ch1erJgeoienl:
nJJ.its obf cures ,
...
•
••
•
•
•
GALANT. 55
S1ins voir chrejliens par m11int"s
• Hommes mutins .
Sot1ijfrir pour Dieu fu11eftes avan·
•
tl1res.
ch1ique M artir hr 1ivoi1 tourmens
nombreux, ·
Bien que tourmens empefchent qu·on
• ne rie ,
Riant des jiens, il quit oit fan hoirie.
011cq1ees ne fut plt14 verttables
Preux. •
EN V 0 Y.
Priez· pour nous, chrejliens fi va·
leo reux , ·
~i du vray Dieu ftdelles Amou'.-
... reux
Avez d11 Diable évité tromperie , .
Priez pour nous, &. pour totM nosNeveux.
Yotu meritez qu'à jrima ~ on s' é-
• crie,
OfJcq11es ne fut plus v erit.fl.b/es
PreL1x.
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Résumé : SUR LES RIMES DE LA BALADE DU MESME MERCURE DE JANVIER. Oncques ne fut plus veritable Preux.
Le poème médiéval 'Sur les rimes' explore les thèmes de bravoure et de martyrs. Il commence par évoquer des preux, des chevaliers et des géants, mais souligne que ces figures héroïques ne sont plus vérifiables. Le texte mentionne ensuite des martyrs chrétiens ayant souffert pour leur foi, subissant des tortures et des persécutions. Les bourreaux sont décrits comme cruels et traîtres, arrachant les cheveux des martyrs et les traînant dans des cachots sombres. Malgré ces souffrances, les martyrs restent fidèles et pleins de foi. Le poème évoque également des chrétiens endurant des tourments nombreux mais riant des diables. Il se termine par une prière aux chrétiens valeureux, les remerciant d'avoir évité la tromperie du diable et demandant leurs prières pour les générations futures. Le poème répète que ces preux et martyrs ne furent jamais plus vérifiables.
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748
p. 14-19
A MADAME DE GRITIN.
Début :
Je croy vous avoir parlé dans quelqu'une de mes Lettres, / Je vous l'avois bien dit, Madame, lors que vous fistes [...]
Mots clefs :
Abjuration, Marquise , Conversion, Erreurs, Prétendus réformés, Religionnaires, Fausse religion, Ferveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME DE GRITIN.
Je croy vous avoir parlé ~-
dans quelqu'une de mes
Lettres , de l'abjuration que
fit il y a deux ans Madame la
Marquife d'Anquitar . Elle a
efté caufe que plufieurs Perfonnes
de ce Party ont ou--
vert les yeux à la verité , &
vous ne douterez pas qu'elle
n'ait veu avec une extréme
joye , la converfion dont vous
trouverez le détail dans cette
Lettre de M Grammont de
Richelieu . Il l'adreffe à une
Dame qui ayant fuivy les mef
mes erreurs pendant quelque
temps , y a heureuſement
renoncé.
1
འ
GALANT. 15
25 :25252525 255525
A MADAME
DE GRITIN.
A Richelieu , ce 24. Mars 1684,
JE
VOUS
E vous l'avois bien dit, Ma
dame, lors que vous fiftes vôtre
abjuration en cette Ville , que
tous les Prétendus Réformez
fuivroient bien-toft vostre exemple
, puis qu'il eft vray qu'il s'y
eftfait tant de converfions depuis
ce temps-là , qu'on n'y trouve
maintenant qu'un feul Religions
naire , dont mefme on afujer d'ef
pérer bien-toft le retour à la vés
16 MERCURE
ritable Eglife. Je fçay- bien que
Meffieurs de la Miffion ont beaucoup
contribué à ces abjurations;
mais je puis vous affurer que
dans celle , dont je vay vous apprendre
la nouvelle, Madame la
"Marquife d'Anquitar a toutfait.
Comme elle eft entierement convaincuë
de la fauffeté de la Reli
gion qu'elle a quitée , elle n'a rien
negligé pour en retirer une defes
Filles de Chambre , qui depuis
deux ans balançoit à fe détermi
ner là - deffus. Les difficultez
qu'elle a rencontrées à la gagner
tout- à -fait, n'ayant point efté capables
de la rebuter, elle a telleGALANT.
, 17
le danment
redoublé fon zele , & fes
foins , qu'enfin elle luy afait reconnoiftrefes
erreurs ,
ger où elle eftoit engagée . Elle
abjura icy le 19. de ce mois , &
elle en paroift fi fatisfaite , qu'on
ne croit pas qu'elle fe plaigne jamais
d'une défaite , qui luy eft
plus glorieufe quefa résistance
fes combats. Vousfçavez, Madame
, Madame la Mar
quife d' Anquitar, avantfa converfion
, a confondu les Mi.
nistres qu'elle confulsoit fur fes
doutes ; vous connoiffez la force
de fon efprit , fa vertu , fon mêrite
, & fa capacité ; mais vous
Avril 1684.
que
B
18 MERCURE
n:fçavez peut- eſtre pas que depuis
fon abjuration , elle n'a laiffé
paffer aucun jourfans entendre la
Meffe , & que ny les veilles , ny
l'incommodité du chaud , ny la
rigueur du froid , ny fes affaires
particulieres , qui font des excufes
1
affez ordinaires pour les Perſonnes
qui n'ont nyfa vertu , nyfon
zelé, ne l'ontjamais difpenſée de
venir aßifter en cette Ville à
toutes les Cerémonies de l'Eglife.
Sa pieté mefme eft telle, qu'elle a
bien voulu fe mettre d'une Con
frairie de la Charité, establiepar
Madame la Ducheffe de Riche.
lieu. Son mérite, & fa vertu,
GALANT. 19
plûtoft que fa naiſſance & fon
rang, la firent auffi tost choisir -
pour en estre Supérieure , & elle
s'acquite de cet Employ avec une
affiduité , une ferveur qui édifient
tout le monde.
dans quelqu'une de mes
Lettres , de l'abjuration que
fit il y a deux ans Madame la
Marquife d'Anquitar . Elle a
efté caufe que plufieurs Perfonnes
de ce Party ont ou--
vert les yeux à la verité , &
vous ne douterez pas qu'elle
n'ait veu avec une extréme
joye , la converfion dont vous
trouverez le détail dans cette
Lettre de M Grammont de
Richelieu . Il l'adreffe à une
Dame qui ayant fuivy les mef
mes erreurs pendant quelque
temps , y a heureuſement
renoncé.
1
འ
GALANT. 15
25 :25252525 255525
A MADAME
DE GRITIN.
A Richelieu , ce 24. Mars 1684,
JE
VOUS
E vous l'avois bien dit, Ma
dame, lors que vous fiftes vôtre
abjuration en cette Ville , que
tous les Prétendus Réformez
fuivroient bien-toft vostre exemple
, puis qu'il eft vray qu'il s'y
eftfait tant de converfions depuis
ce temps-là , qu'on n'y trouve
maintenant qu'un feul Religions
naire , dont mefme on afujer d'ef
pérer bien-toft le retour à la vés
16 MERCURE
ritable Eglife. Je fçay- bien que
Meffieurs de la Miffion ont beaucoup
contribué à ces abjurations;
mais je puis vous affurer que
dans celle , dont je vay vous apprendre
la nouvelle, Madame la
"Marquife d'Anquitar a toutfait.
Comme elle eft entierement convaincuë
de la fauffeté de la Reli
gion qu'elle a quitée , elle n'a rien
negligé pour en retirer une defes
Filles de Chambre , qui depuis
deux ans balançoit à fe détermi
ner là - deffus. Les difficultez
qu'elle a rencontrées à la gagner
tout- à -fait, n'ayant point efté capables
de la rebuter, elle a telleGALANT.
, 17
le danment
redoublé fon zele , & fes
foins , qu'enfin elle luy afait reconnoiftrefes
erreurs ,
ger où elle eftoit engagée . Elle
abjura icy le 19. de ce mois , &
elle en paroift fi fatisfaite , qu'on
ne croit pas qu'elle fe plaigne jamais
d'une défaite , qui luy eft
plus glorieufe quefa résistance
fes combats. Vousfçavez, Madame
, Madame la Mar
quife d' Anquitar, avantfa converfion
, a confondu les Mi.
nistres qu'elle confulsoit fur fes
doutes ; vous connoiffez la force
de fon efprit , fa vertu , fon mêrite
, & fa capacité ; mais vous
Avril 1684.
que
B
18 MERCURE
n:fçavez peut- eſtre pas que depuis
fon abjuration , elle n'a laiffé
paffer aucun jourfans entendre la
Meffe , & que ny les veilles , ny
l'incommodité du chaud , ny la
rigueur du froid , ny fes affaires
particulieres , qui font des excufes
1
affez ordinaires pour les Perſonnes
qui n'ont nyfa vertu , nyfon
zelé, ne l'ontjamais difpenſée de
venir aßifter en cette Ville à
toutes les Cerémonies de l'Eglife.
Sa pieté mefme eft telle, qu'elle a
bien voulu fe mettre d'une Con
frairie de la Charité, establiepar
Madame la Ducheffe de Riche.
lieu. Son mérite, & fa vertu,
GALANT. 19
plûtoft que fa naiſſance & fon
rang, la firent auffi tost choisir -
pour en estre Supérieure , & elle
s'acquite de cet Employ avec une
affiduité , une ferveur qui édifient
tout le monde.
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Résumé : A MADAME DE GRITIN.
En mars 1684 à Richelieu, la Marquise d'Anquitar a abjuré ses croyances protestantes pour se convertir au catholicisme. Influencée par les conversions récentes de proches, elle a également contribué à celle d'une de ses Filles de Chambre. Sa détermination et son zèle religieux se sont manifestés par sa fréquentation assidue des messes et des cérémonies religieuses, malgré les désagréments. Après sa conversion, elle a intégré une confrérie de la Charité fondée par la Duchesse de Richelieu et a été élue supérieure grâce à son mérite et sa vertu.
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749
p. 148-149
Mort de M. de Nointel, [titre d'après la table]
Début :
Messire François Olier de Nointel est mort icy sur la [...]
Mots clefs :
Messire, Décès, Parlement, Conseiller, Ambassadeur, Constantinople
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de Nointel, [titre d'après la table]
Meffire François Olier de
Nointel eſt mort icy ſur la
fin du dernier mois. Il avoit
eſte Confeiller au Parlement
de Paris , & Ambaſſadeur ,
GALANT. 149
pour Sa Majesté à Conſtantinople.
Nointel eſt mort icy ſur la
fin du dernier mois. Il avoit
eſte Confeiller au Parlement
de Paris , & Ambaſſadeur ,
GALANT. 149
pour Sa Majesté à Conſtantinople.
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750
p. 193-201
EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, AU ROY.
Début :
Je viens au Voyage que l'opiniâtreté des Espagnols a / Pourquoy chercher une nouvelle gloire ? [...]
Mots clefs :
Gloire, Lauriers, Exploits, Conquérants, Guerre, Paix
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, AU ROY.
Je viens au Voyage que
l'opiniâtreté des Efpagnols a
forcé le Royde faire en Flandre. Je vay vous en donner
un détail , non pas des couchées & du fejour de Sa Majeſté en chaque lieu, mais de
tout ce qui s'est fait pendant
ce Voyage, & des Nouvelles
que ce Monarque a reçeuës
May 1684.
R
1
194 MERCURE
de fes Armées de terre & de
mer, & de fes Ambaffadeurs
dans les Cours Etrangeres,
avec une exacte defcription
de fes Camps. En mefme
temps qu'on apprit que fon
départ eftoit réfolu , on vit
paroiftre des Vers qui méritentbien voftre curiofité. En
voicy de Madame des Houlieres. Son nom fuffit pour
vous préparer à une lecture
des plus agréables.
GALANT. 195
25525-522555:25252
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
AU ROY.
Ourquoy chercher une nouvelle
gloire?
Po
vos Lauriers goûtez un doux Sousves
reposi
"Affez d'Exploits d'immortelle mémoire
Vousfontpafferles antiques Héros.
Pourvous, grand Roy, pour le bien
dela France,
Que refte-t-ilencore àfouhaiter?
Vosfoins chez elle ont remis l'abondance;
1
Rij
196 MERCURE
Voftre valeur qui pourroit tout dome
pter,
La rend terrible aux Nations étrang
ges,
Et quelque loin qu'on porte les
Louanges,
Iln'en eftpaint qui vous puiſſent
flater.
$2
Avous chanter nos voixfont tou-
• jours preftes;
Maisquand nos Vers àla Postérité
Pourroient vous peindre auſſi grand
que vous eftes,
Quand de vos Loix ils diroient l'é
quité,
De voftre Bras les rapides conqueftes,
De voftre Esprit la noble activité,
De voſtreabordle charme inévitable,
Quelle enferoitpour vous l'utilité?
GALANT. 197
Lors que le vray paroiſt peu vraySemblable,
Iln'afurnous que peu d'autorité.
22
Ces Conquérans qu'eurent Rome &
la Gréce,
Ccs Demy. Dieuxfur centLyres chantez,
Onteu le fortque trop de gloire laiffe,
On les a crusfervilementflatez.
Tantde vertus qu'en eux l'Hiftoire
affemble,
Eff, difoit- on, leprix de leurs bienfaits;
Etfi vousfentfous qui l'Univers tremble,
N'euffiezplusfait qu'ils n'ontfait
tousenſemble
On douteroit encor de leurs hauts
Faits
Rüj
198 MERCURE
SS
Deleur valeurlavostre nous affure,
Vous la rendez croyable en l'ifaçants
Unvelfecours chez la Racefuture
Sera pour vous unfecours impuif
Sant..
Quelques efforts que la Naturefaffe
Pour les Héros quefa mainformera,
Loin d'en trouver quelqu'un qui
vous efface,
Famais aucun ne vous égalera.
22
N'allez doncplus expofer une vie
D'où le bonheurde l'Univers dépends
Voyezla Paix, de tous les biensfui
vie,
Quidans lesbras des Plaifirs vom
attend;"
Epargnez-nous de mortelles allar
mess
GALANT: 19.
Oùcourez-vousparla Gloire animé
Si la Victoire apour vous tant de
charmes,
Vouspouvez vaincre icyfans eftre
; armé.
N'appellez point une indigne foibleſſe
Quelques momens donnez à la tendreffe;
Les plus grands Cœurs n'ont pas le
moins aimé.
S2
Mais aux trævaux de la fiere BelLonne,
F'oppoſe en vain le repos le plus
doux.
Les faux plaifirs que l'oifiveté
donne,
Nefontpas faits pour un Roy comme
vem,
Rij
200 MERCURE
Inftruit de tout, appliquéfans relâche,
Et toûjoursgranddans les moindres
Lorsprojets.
que la Paix aux périls vous
arrache,
Une autre gloire àſon tour vou
attache,
Et vous immole au bien de vos
Sujets.
Se
Ainfi l'on voit le Maistre du Tonnerre,
Diverſement occupé dans les Cieux;
Tantoft vainqueur dans l'infolente
Guerre
Quifitpérir lesTitansfuricux;
Tantoft veillant au bonheur de la
Terre,
Porterpartout un regard curieux,
Y rétablir le calme, l'innocence,
GALANT. 201
Eftredetous la crainte, l'eſpérance,
Etleplusgrand, &le meilleur des
Dieux.
SS
Craint, adoré..... Mais j'entens la
Victoire
Qui vous appelle à des Exploits
nouveaux.
Que de hauts Faits vont groffir
voftre Hiftoire!
Partez, courez à des deftins fi beaux.
Je voy l'Eſpagne aux Traitez infidelle
DefesPaispayerfesattentats;
Je voy vos coups détruire les Etats
Dufier Voifin quifoûtientfa querelle;
Etje vous voy vainqueur en cent
Combats,
Donner la Paix, & la rendre eter
netle.
l'opiniâtreté des Efpagnols a
forcé le Royde faire en Flandre. Je vay vous en donner
un détail , non pas des couchées & du fejour de Sa Majeſté en chaque lieu, mais de
tout ce qui s'est fait pendant
ce Voyage, & des Nouvelles
que ce Monarque a reçeuës
May 1684.
R
1
194 MERCURE
de fes Armées de terre & de
mer, & de fes Ambaffadeurs
dans les Cours Etrangeres,
avec une exacte defcription
de fes Camps. En mefme
temps qu'on apprit que fon
départ eftoit réfolu , on vit
paroiftre des Vers qui méritentbien voftre curiofité. En
voicy de Madame des Houlieres. Son nom fuffit pour
vous préparer à une lecture
des plus agréables.
GALANT. 195
25525-522555:25252
EPITRE
DE MADAME
DES HOULIERES,
AU ROY.
Ourquoy chercher une nouvelle
gloire?
Po
vos Lauriers goûtez un doux Sousves
reposi
"Affez d'Exploits d'immortelle mémoire
Vousfontpafferles antiques Héros.
Pourvous, grand Roy, pour le bien
dela France,
Que refte-t-ilencore àfouhaiter?
Vosfoins chez elle ont remis l'abondance;
1
Rij
196 MERCURE
Voftre valeur qui pourroit tout dome
pter,
La rend terrible aux Nations étrang
ges,
Et quelque loin qu'on porte les
Louanges,
Iln'en eftpaint qui vous puiſſent
flater.
$2
Avous chanter nos voixfont tou-
• jours preftes;
Maisquand nos Vers àla Postérité
Pourroient vous peindre auſſi grand
que vous eftes,
Quand de vos Loix ils diroient l'é
quité,
De voftre Bras les rapides conqueftes,
De voftre Esprit la noble activité,
De voſtreabordle charme inévitable,
Quelle enferoitpour vous l'utilité?
GALANT. 197
Lors que le vray paroiſt peu vraySemblable,
Iln'afurnous que peu d'autorité.
22
Ces Conquérans qu'eurent Rome &
la Gréce,
Ccs Demy. Dieuxfur centLyres chantez,
Onteu le fortque trop de gloire laiffe,
On les a crusfervilementflatez.
Tantde vertus qu'en eux l'Hiftoire
affemble,
Eff, difoit- on, leprix de leurs bienfaits;
Etfi vousfentfous qui l'Univers tremble,
N'euffiezplusfait qu'ils n'ontfait
tousenſemble
On douteroit encor de leurs hauts
Faits
Rüj
198 MERCURE
SS
Deleur valeurlavostre nous affure,
Vous la rendez croyable en l'ifaçants
Unvelfecours chez la Racefuture
Sera pour vous unfecours impuif
Sant..
Quelques efforts que la Naturefaffe
Pour les Héros quefa mainformera,
Loin d'en trouver quelqu'un qui
vous efface,
Famais aucun ne vous égalera.
22
N'allez doncplus expofer une vie
D'où le bonheurde l'Univers dépends
Voyezla Paix, de tous les biensfui
vie,
Quidans lesbras des Plaifirs vom
attend;"
Epargnez-nous de mortelles allar
mess
GALANT: 19.
Oùcourez-vousparla Gloire animé
Si la Victoire apour vous tant de
charmes,
Vouspouvez vaincre icyfans eftre
; armé.
N'appellez point une indigne foibleſſe
Quelques momens donnez à la tendreffe;
Les plus grands Cœurs n'ont pas le
moins aimé.
S2
Mais aux trævaux de la fiere BelLonne,
F'oppoſe en vain le repos le plus
doux.
Les faux plaifirs que l'oifiveté
donne,
Nefontpas faits pour un Roy comme
vem,
Rij
200 MERCURE
Inftruit de tout, appliquéfans relâche,
Et toûjoursgranddans les moindres
Lorsprojets.
que la Paix aux périls vous
arrache,
Une autre gloire àſon tour vou
attache,
Et vous immole au bien de vos
Sujets.
Se
Ainfi l'on voit le Maistre du Tonnerre,
Diverſement occupé dans les Cieux;
Tantoft vainqueur dans l'infolente
Guerre
Quifitpérir lesTitansfuricux;
Tantoft veillant au bonheur de la
Terre,
Porterpartout un regard curieux,
Y rétablir le calme, l'innocence,
GALANT. 201
Eftredetous la crainte, l'eſpérance,
Etleplusgrand, &le meilleur des
Dieux.
SS
Craint, adoré..... Mais j'entens la
Victoire
Qui vous appelle à des Exploits
nouveaux.
Que de hauts Faits vont groffir
voftre Hiftoire!
Partez, courez à des deftins fi beaux.
Je voy l'Eſpagne aux Traitez infidelle
DefesPaispayerfesattentats;
Je voy vos coups détruire les Etats
Dufier Voifin quifoûtientfa querelle;
Etje vous voy vainqueur en cent
Combats,
Donner la Paix, & la rendre eter
netle.
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Résumé : EPITRE DE MADAME DES HOULIERES, AU ROY.
En mai 1684, le roi entreprit un voyage en Flandre, motivé par la résistance des Espagnols. Le texte détaille les événements et les nouvelles reçues par le monarque durant ce mois. Il mentionne les armées de terre et de mer, ainsi que les ambassadeurs présents dans les cours étrangères. Une description précise des camps est également fournie. À l'annonce du départ du roi, plusieurs vers furent publiés, dont une épître de Madame des Houlières adressée au roi. Cette épître célèbre les exploits du roi, sa bravoure et les bienfaits qu'il apporte à la France. Elle exprime le souhait que le roi trouve un repos mérité après ses conquêtes et souligne que ses actions rendent la France prospère et redoutable pour les nations étrangères. Madame des Houlières reconnaît la difficulté de décrire pleinement la grandeur du roi et compare ses exploits à ceux des anciens héros. Elle encourage le roi à apprécier la paix et les plaisirs, tout en reconnaissant que ses devoirs l'appellent à de nouveaux exploits. L'épître conclut en évoquant la victoire du roi sur l'Espagne et ses ennemis, ainsi que sa capacité à établir une paix durable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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