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11151
p. 201-207
LETTRE à MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS.
Début :
MESSIEURS, C'EST en estimant vos talens, qui ajoutent encore [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à MM. les COMÉDIENS FRANÇOIS.
LETTRE à MM. les COMÉDIENS
FRANÇOIS.
MESSIEURS,
C'EST en estimant vos talens, qui
ajoutent encore à la gloire du Théâtre
» François, célébre dans l'Univers, que
» je prends la liberté de vous faire part de
» quelques réflexions que je ſoumets à
» vos lumières , & à celles de tout le
» monde en les rendant publiques.
» Après avoir voyagé dans toutes les
» Cours de l'Europe, & fait un ſéjour de
» douze ans dans les plus grandes Villes
» d'Italie, j'ai revu avec un plaiſir natu
» rel à tous les honnêtes gens, la France
» ma patrie. Des le lendemain de mon
» arrivée à Paris, je fus à la Comédie
n Françoiſe. Onjouoit Alkire, Piéce ad
-
* 1 v °
--
2o2 MERCURE DE FRANCE.
» mirable du Prince de nos Poëtes, qui
» a ſi éminemment réuſſi dans tous les
» genres, & que la poſtérité vengera un
» jour de l'injuſtice de quelques-uns de
» ſes comtemporains. .
-
» Excédé depuis longtemps des farces
» ultramontaines, & ſurtout fatigué de
» la longueur faſtidieuſe de ces Opéras
» Italiens, que tout le monde vante, &
» où tout le monde s'ennuye,, je vous
» avoûrai, MM. qu'avec plaiſir je retrou
» vai mon cœur,aux malheurs multipliés,
» & à la tendreſſe courageuſe de cette
» belle Amériquaine : mais j'oſe vous
» dire auſſi , q e je fus obligé de com
» battre les contradictions de votre Or
» cheſtre , & le mal que me fit ce deſ
» tructeur de mon illuſion & de mon
32 plaiſir.
-
-
»Repréſentez-vous,Meſſieurs,l'état d'un
» homme dont l'âme eſt déchirée par la
» pitié que lui inſpire le ſort d'une jeune
» Princeſſe qui ſe plaint au Ciel & à
» la Terre de la deſtruction de ſa famille,
» de ſon pays , livrée ſans ſecours au
» meurtrier de ſon amant , combattue
» & prèſque convertie par les vertus de
» ſon beau-père; repréſentez-vous, dis
» je, cet homme qui entend ſuccéder
" aux.beautés pathétiques que renferme
3 UI L L E T. 1764.
2o3
» le troifiéme Acte de cette Tragédie ,
» terminé par ce vers que dit Alzire. .
Hélas, que n'êtes-vous le Père de Zamore !
» Quoi ? Sans doute une Symphonie
» touchante de la part de l'Orcheſtre,
» pour maintenir & peut-être pour aug
» menter dans ſon cœur le tendre inté
» rêt qui y régne ? Point du tout, il eſt
» obligé de ſe boucher les oreilles pour
» ne pas entendre un cruel & paraſite
» Allégro de Bezoutzi, ou telle autre
» diſparate du même genre. C'eſt, je
» crois , ce que Virgile appelloit autre
» fois ſtridenti calamo diſperdere car
» men. Voilà le cas où je me ſuis trou
» vé en revoyant le Théâtre François.
» Quelle fureur épidémique de ne vou
» loir à tous nos Théâtres ni jouer ni
» entendre autre choſe que ce qu'on
» appelle de la Muſique Italienne dont
» nous faiſons un abus ſi ridicule ! c'eſt
» une mode comme celle de ne faire
» des maiſons, des habits & des den
» telles qu'à la Grecque. Je ne veux aſ
» ſurément offenſer perſonne , & j'eſti
» meraitant qu'on voudra MM. les Mu
» ſiciens de la Comédie Françoiſe ,
» pourvu que leur fonction ne ſoit pas
» de s'oppoſer au plaiſir # va cher
V]
· 2o4 MERCURE DE FRANCE.
» cher chez vous. Je ſuis éloigné de
» dépriſer leurs talens, je n'attaque ici
» que le choix de leur Muſique, à la
» quelle juſqu'à préſent on a paru faire
» ſi peu d'attention.
» Vous avez fait , Meſſieurs, une .
» nouvelle dépenſe dans un choix de
» Muſiciens plus nombreux : pourquoi
» n'en tirez-vous pas pour votre argent,
» une augmentation d'intérêt & de célé
» brité pour votre Théâtre ? Pourquoi
» ne pas faire une ample collection
» des ſymphonies de tous les Au
» teurs & de tous les Pays, car la bonne
» Muſique n'a point de patrie particu
» lière : je donnerois pourtant à cer
» tains égards la préférence à nos meil
» leurs Compoſiteurs François qui ont
» plus d'analogie avec nos goûts & nos
» paſſions. On peut tirer du fond de
» nos Opéra, un recueil intéreſſant de
» tous les airs de violon ſympathiques
» avec nos bonnes Piéces de Théâtre.
» J'en choifirois les morceaux le plus
» dans le caractère de la Piéce qu'on
» joue chaque jour , & j'y ferois entrer
» la Muſique comme un accompagne-.
» ment qu'on ajoûte à un Sujet de chant
» pour le faire ſortir davantage , ou ſi
» vous voulez comme une épithéte
«
|
J U I L L E T. 1764.
2o5
» qu'on joint à un Subſtantif pour en
» augmenter l'énergie. Voilà, je penſe,
» le but que doit ſe propoſer l'Orcheſ
» tre du Théâtre François; où il ne s'a
» git plus comme autrefois de ſoutenir
: » la voix d'un Déclamateur avec le ſon
» d'une flûte, mais d'un moyen ſecon
» daire ſur lequel l'Acteur ſe repoſe
» quand il eſt obligé de diſparoître.
» En bonne foi , cela ne vous paroît
» il pas préférable à un entr'acte de
» Tragédie rempli par un chamailli de
» fredons glapiſſans , & d'Allégros con
» vulſifs qu'on oſe mettre à côté de la
» reconnoiſſance de Rhadamiſte & de
» Zénobie , & dont on déshonore ſi
» ſcandaleuſement le Temple de Mel
» pomène ? Je voudrois donc préparer
» les eſprits des Spectateurs qui vont
» entendre les belles Piéces de Corneil
» le, les Tragédies terribles de Sémi
» ramis , d'Elečtre , de Tancréde , &c.
» par les belles & nerveuſes ouvertures
» du grand Rameau; j'en lierois les Ac
» tes par des airs touchans & mélo
» dieux propres à fomenter la durée de
» cet attendriſſement délicieux que ces
» chef-d'œuvres verſent dans tous les
» ſens. Je ne voudrois pas non plus
» que ces airs placés & devenus dignes
2o6 MERCURE DE FRANCE.
» d'attention , fuſſent mal-adroitement
» coupés par la repriſe de l'Acte ſuivant,
» que l'Acteur recommence en obligeant
» quelquefois le Parterre de crier paix
» l'Orcheſtre, à-peu-près comme on fait
» taire un Bavard qui veut mêler ſa
» voix à la converſation des gens d'eſ
» prit.
-
-
» Après l'apparition de l'ombre de Ni
» nus, quel effet ne produiroit pas, par
» exemple , le lugubre prélude qui ca
» ractériſe le monologue plaintif & ſé
» pulchral de triſtes apprêts, pâles flam
» beaux, dans Caſtor & Pollux ? ainſi
» des autres , dans des Tragédies plus
» tendres & dans les Comédies de la
» Chauſſée & autres de ce genre, je fe
» rois marcher à leur ſuite les adagio
» ſublimes & mélodieux des Fildy, Sta
» mitz , Bèk, &c. & dans les Pièces de
» Molière , Renard, où il régne de la
» gaîté, je mettrois des ſymphonies allé
» gres des Grands-Maîtres d'Italie : mais
» en général je voudrois que la muſique
» acceſſoire aux Piéces de votre Théâ
' » tre fût néceſſairement dans le genre ,
» & pour ainſi dire, dans le mode de la
» Piéce du jour , ou qu'il n'y en eût
» point du tout ; il ne peut vous en
» coûter que les frais de quelqu'atten
JU IL LE T. 1764.
- 2o7
» tions, & la machine une fois montée
» ira toute ſeule.
» Je ſuis bien éloigné de donner cet
» avis pour infaillible : mais je proteſte,
» Meſſieurs, qu'il n'a pour objet que les
» progrès de votre réputation & l'avan
» tage du Théâtre François , eſtimé chez
» toutes les Nations pour le premier
» Théâtre du Monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
FRANÇOIS.
MESSIEURS,
C'EST en estimant vos talens, qui
ajoutent encore à la gloire du Théâtre
» François, célébre dans l'Univers, que
» je prends la liberté de vous faire part de
» quelques réflexions que je ſoumets à
» vos lumières , & à celles de tout le
» monde en les rendant publiques.
» Après avoir voyagé dans toutes les
» Cours de l'Europe, & fait un ſéjour de
» douze ans dans les plus grandes Villes
» d'Italie, j'ai revu avec un plaiſir natu
» rel à tous les honnêtes gens, la France
» ma patrie. Des le lendemain de mon
» arrivée à Paris, je fus à la Comédie
n Françoiſe. Onjouoit Alkire, Piéce ad
-
* 1 v °
--
2o2 MERCURE DE FRANCE.
» mirable du Prince de nos Poëtes, qui
» a ſi éminemment réuſſi dans tous les
» genres, & que la poſtérité vengera un
» jour de l'injuſtice de quelques-uns de
» ſes comtemporains. .
-
» Excédé depuis longtemps des farces
» ultramontaines, & ſurtout fatigué de
» la longueur faſtidieuſe de ces Opéras
» Italiens, que tout le monde vante, &
» où tout le monde s'ennuye,, je vous
» avoûrai, MM. qu'avec plaiſir je retrou
» vai mon cœur,aux malheurs multipliés,
» & à la tendreſſe courageuſe de cette
» belle Amériquaine : mais j'oſe vous
» dire auſſi , q e je fus obligé de com
» battre les contradictions de votre Or
» cheſtre , & le mal que me fit ce deſ
» tructeur de mon illuſion & de mon
32 plaiſir.
-
-
»Repréſentez-vous,Meſſieurs,l'état d'un
» homme dont l'âme eſt déchirée par la
» pitié que lui inſpire le ſort d'une jeune
» Princeſſe qui ſe plaint au Ciel & à
» la Terre de la deſtruction de ſa famille,
» de ſon pays , livrée ſans ſecours au
» meurtrier de ſon amant , combattue
» & prèſque convertie par les vertus de
» ſon beau-père; repréſentez-vous, dis
» je, cet homme qui entend ſuccéder
" aux.beautés pathétiques que renferme
3 UI L L E T. 1764.
2o3
» le troifiéme Acte de cette Tragédie ,
» terminé par ce vers que dit Alzire. .
Hélas, que n'êtes-vous le Père de Zamore !
» Quoi ? Sans doute une Symphonie
» touchante de la part de l'Orcheſtre,
» pour maintenir & peut-être pour aug
» menter dans ſon cœur le tendre inté
» rêt qui y régne ? Point du tout, il eſt
» obligé de ſe boucher les oreilles pour
» ne pas entendre un cruel & paraſite
» Allégro de Bezoutzi, ou telle autre
» diſparate du même genre. C'eſt, je
» crois , ce que Virgile appelloit autre
» fois ſtridenti calamo diſperdere car
» men. Voilà le cas où je me ſuis trou
» vé en revoyant le Théâtre François.
» Quelle fureur épidémique de ne vou
» loir à tous nos Théâtres ni jouer ni
» entendre autre choſe que ce qu'on
» appelle de la Muſique Italienne dont
» nous faiſons un abus ſi ridicule ! c'eſt
» une mode comme celle de ne faire
» des maiſons, des habits & des den
» telles qu'à la Grecque. Je ne veux aſ
» ſurément offenſer perſonne , & j'eſti
» meraitant qu'on voudra MM. les Mu
» ſiciens de la Comédie Françoiſe ,
» pourvu que leur fonction ne ſoit pas
» de s'oppoſer au plaiſir # va cher
V]
· 2o4 MERCURE DE FRANCE.
» cher chez vous. Je ſuis éloigné de
» dépriſer leurs talens, je n'attaque ici
» que le choix de leur Muſique, à la
» quelle juſqu'à préſent on a paru faire
» ſi peu d'attention.
» Vous avez fait , Meſſieurs, une .
» nouvelle dépenſe dans un choix de
» Muſiciens plus nombreux : pourquoi
» n'en tirez-vous pas pour votre argent,
» une augmentation d'intérêt & de célé
» brité pour votre Théâtre ? Pourquoi
» ne pas faire une ample collection
» des ſymphonies de tous les Au
» teurs & de tous les Pays, car la bonne
» Muſique n'a point de patrie particu
» lière : je donnerois pourtant à cer
» tains égards la préférence à nos meil
» leurs Compoſiteurs François qui ont
» plus d'analogie avec nos goûts & nos
» paſſions. On peut tirer du fond de
» nos Opéra, un recueil intéreſſant de
» tous les airs de violon ſympathiques
» avec nos bonnes Piéces de Théâtre.
» J'en choifirois les morceaux le plus
» dans le caractère de la Piéce qu'on
» joue chaque jour , & j'y ferois entrer
» la Muſique comme un accompagne-.
» ment qu'on ajoûte à un Sujet de chant
» pour le faire ſortir davantage , ou ſi
» vous voulez comme une épithéte
«
|
J U I L L E T. 1764.
2o5
» qu'on joint à un Subſtantif pour en
» augmenter l'énergie. Voilà, je penſe,
» le but que doit ſe propoſer l'Orcheſ
» tre du Théâtre François; où il ne s'a
» git plus comme autrefois de ſoutenir
: » la voix d'un Déclamateur avec le ſon
» d'une flûte, mais d'un moyen ſecon
» daire ſur lequel l'Acteur ſe repoſe
» quand il eſt obligé de diſparoître.
» En bonne foi , cela ne vous paroît
» il pas préférable à un entr'acte de
» Tragédie rempli par un chamailli de
» fredons glapiſſans , & d'Allégros con
» vulſifs qu'on oſe mettre à côté de la
» reconnoiſſance de Rhadamiſte & de
» Zénobie , & dont on déshonore ſi
» ſcandaleuſement le Temple de Mel
» pomène ? Je voudrois donc préparer
» les eſprits des Spectateurs qui vont
» entendre les belles Piéces de Corneil
» le, les Tragédies terribles de Sémi
» ramis , d'Elečtre , de Tancréde , &c.
» par les belles & nerveuſes ouvertures
» du grand Rameau; j'en lierois les Ac
» tes par des airs touchans & mélo
» dieux propres à fomenter la durée de
» cet attendriſſement délicieux que ces
» chef-d'œuvres verſent dans tous les
» ſens. Je ne voudrois pas non plus
» que ces airs placés & devenus dignes
2o6 MERCURE DE FRANCE.
» d'attention , fuſſent mal-adroitement
» coupés par la repriſe de l'Acte ſuivant,
» que l'Acteur recommence en obligeant
» quelquefois le Parterre de crier paix
» l'Orcheſtre, à-peu-près comme on fait
» taire un Bavard qui veut mêler ſa
» voix à la converſation des gens d'eſ
» prit.
-
-
» Après l'apparition de l'ombre de Ni
» nus, quel effet ne produiroit pas, par
» exemple , le lugubre prélude qui ca
» ractériſe le monologue plaintif & ſé
» pulchral de triſtes apprêts, pâles flam
» beaux, dans Caſtor & Pollux ? ainſi
» des autres , dans des Tragédies plus
» tendres & dans les Comédies de la
» Chauſſée & autres de ce genre, je fe
» rois marcher à leur ſuite les adagio
» ſublimes & mélodieux des Fildy, Sta
» mitz , Bèk, &c. & dans les Pièces de
» Molière , Renard, où il régne de la
» gaîté, je mettrois des ſymphonies allé
» gres des Grands-Maîtres d'Italie : mais
» en général je voudrois que la muſique
» acceſſoire aux Piéces de votre Théâ
' » tre fût néceſſairement dans le genre ,
» & pour ainſi dire, dans le mode de la
» Piéce du jour , ou qu'il n'y en eût
» point du tout ; il ne peut vous en
» coûter que les frais de quelqu'atten
JU IL LE T. 1764.
- 2o7
» tions, & la machine une fois montée
» ira toute ſeule.
» Je ſuis bien éloigné de donner cet
» avis pour infaillible : mais je proteſte,
» Meſſieurs, qu'il n'a pour objet que les
» progrès de votre réputation & l'avan
» tage du Théâtre François , eſtimé chez
» toutes les Nations pour le premier
» Théâtre du Monde.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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11152
p. 207-208
LETTRE de M. DELAGARDE, Au teur de l'Article des Spectacles, à l'Auteur de la Lettre précédente.
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DELAGARDE, Au teur de l'Article des Spectacles, à l'Auteur de la Lettre précédente.
LETTRE de M. DELAGARDE, Au
teur de l'Article des Spectacles, à
l'Auteur de la Lettre précédente.
MONSIEUR,
FLATTÉ de l'honneur que vous me faites , en
me chargeant de publier votre lettre & en dai
gnant ne pas conſerver avec nmoi le voile de l'A
nonyme, que des motifs reſpectables vous enga
gent de garder en Public. Je l'inſérerai
le plu
tôt qu'il me lſera poſſible, dans mon Article. Je
crois que votre idée, ſuggérée par un goût juſte
& délicat, pourroit encore s'étendre ſur un autre
objet.Je prévois en même temps les difficultés
qui peut-être ont fait obſtacle juſqu'à préſent à
l'exécution de ce que vous propoſez. Trouvez
bon, s'il vous plaît, que je remette au prochain
volume à vous communiquer ſur cela quelques
2o8 MERCURE DE FRANCE.
obſervations que le Peu d'eſpace qui reſte dans
celui-ci ne me permet pas d'y ajouter ! mais
ſouffrez que je prévienne ce temps Pour vºº aſ
§ de"la reſpectueuſe eonſidération avec la
quelle j'ai l'honneur d'être, &c.
DELAGARDE. A Paris, le 20 Juin 1764.
teur de l'Article des Spectacles, à
l'Auteur de la Lettre précédente.
MONSIEUR,
FLATTÉ de l'honneur que vous me faites , en
me chargeant de publier votre lettre & en dai
gnant ne pas conſerver avec nmoi le voile de l'A
nonyme, que des motifs reſpectables vous enga
gent de garder en Public. Je l'inſérerai
le plu
tôt qu'il me lſera poſſible, dans mon Article. Je
crois que votre idée, ſuggérée par un goût juſte
& délicat, pourroit encore s'étendre ſur un autre
objet.Je prévois en même temps les difficultés
qui peut-être ont fait obſtacle juſqu'à préſent à
l'exécution de ce que vous propoſez. Trouvez
bon, s'il vous plaît, que je remette au prochain
volume à vous communiquer ſur cela quelques
2o8 MERCURE DE FRANCE.
obſervations que le Peu d'eſpace qui reſte dans
celui-ci ne me permet pas d'y ajouter ! mais
ſouffrez que je prévienne ce temps Pour vºº aſ
§ de"la reſpectueuſe eonſidération avec la
quelle j'ai l'honneur d'être, &c.
DELAGARDE. A Paris, le 20 Juin 1764.
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11153
p. 208-211
COMÉDIE ITALIENNE.
Début :
LA Nouveauté qui a paru, sur ce Théâtre depuis notre dernier volume est [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMÉDIE ITALIENNE.
COMÉDIE ITALIENNE.
LA Nouveauté qui a paru, sur ce
Théâtre depuis notre dernier volume est
Nanette & Lucas , ou la Payſane cu
rieuſe, Comédie en Proſe en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , repréſenté pour la
première fois le 14 Juin Par M. FRA
MERx. Les repréſentations de ce petit
ouvrage continuent, & le Public les
voit avec plaiſir.
A N A L Y S E.
Le sujet eſt fort ſimple. Lucas & Nanette
père & mère de Babet ſont des Payſans qui vi
vent en aſſez bonne intelligence quoique mariés.
En s'occupant devant leur Porte ils parlent d'a
mour & cherchent à le définir à leur manière.
Leur fille les écoute avec fimplicité. Elle deman
de à ſa mère ſi par exemple un jeune homme
bien vêtu, qu'elle a rencontré dans le bois ſeroit
un Amant ? La mère découvre par là que ſa
fille auroit de l'inclination pour ce jeune hom
, JUIL L E T. 1754.
2o6
hne , # eſt le fils du Seigneur. Elle en marque
ſa colère. L'Auteur fait ingénieuſement ſentir
ici qu'une jalouſe envie eſt prèſque toujours le
vrai motif de la ſévérité des mères & la gar
dienne la plus rigoureuſe de la vertu des filles
ſous le maſque de l'honneur, Le bon Lueas n'eſt
pas ſi auſtère ; ſa femme veut que leur fille Babez
épouſe un certain Lubin. Le père ne voudroit
pas contraindre ſon inclination ; mais la femme
en feignant de la douceur & de la complaiſancſe
l'entraîne à être de ſon avis. Il ne peut ſe diſ>
penſer, ſur les complimens qu'elle ſe fait à elle
même, de n'avoir jamais été ni curieuſe ni déſ
obéiſſante, de lui reprocher préciſément le con
traire. Il lui répéte à cette occaſion une chan
ſon dont le Sujet eſt le Conte de la Barbe bleuë.
Elle ſemble fâchée qu'on n'eût pas puni la cu
rioſité de la fille qui a fait uſage de la clef dé
fendue. Bientôt elle va ſe trouver dans le même
cas. Le Seigneur s'eſt apperçu de l'amour de ſon
fils pour la jeune Villageoiſe Babet. Il ſe rend
juſtice, il ſe reſſouvient qu'il ne doit qu'à la for
tune ſa qualité de Seigneur, & non pas à la
na iſſance. Il ſe propoſe d'unir ces deux Amans
fi l'inclination de Babet répond à celle de ſon
fils. Il parle au père & à la mère de Babet ſur
ce qu'ils ont projetté pour marier leur fille.
La mère convient que cette dernière en aime
un autre que celui qu'elle lui deſtine. Il veut
l'engager à ne pas la contraindre ; mais elle
s'en défend en alléguant qu'il faut qu'à ſon
exemple ſa fille ſoit obéiſſante. Il propoſe de ſe
charger du ſoin de lui donner un mari; la mère
fait valoir ſes droits en diſant que cette fille eſt
à Lucas & à elle encore davantage. Le Sei
gneur s'engage à faire tous les frais de la nôce,
21O MERCURE DE FRANCE.
Il impoſe une condition. Puiſque Nanette eſt ſi
obéiſſante & ſi peu curieuſe, il remet une boëte
fermée à Nanette avec défenſe de l'ouvrir, ſinon
Lucas & Nanette ne ſeront plus maîtres de diſpo
fer de leur fille. Ils y conſentent. Le Seigneur
confie la clef au mari. La boète a un ſecret qui
empêchera de la refermer ſi elle eſt ouverte. Le
Seigneur ſurprend ſon fils & Babet dans un en
tretien tendre. Il interroge Babet en particulier.
Ils'aſſure de fa candeur & de ſes ſentimens.Lucas
& Nanette reviennent ſur la Scène avec la boëte.
La femme brûle du deſir de voir ce qu'elle con
tient. Le mari refuſe conſtamment la clef, mais
il ſe laiſſe fléchir , parce que cette femme ſe
trouve mal & menace de mourir. Elle ouvre la
boete, elle y trouve des bijoux, entr'autres um
riche collier dont elle ſe pare. Le Seigneur ſur
vient qui la ſurprend. Suivant les conditions le
ſort de Babet eſt à ſa diſpoſition, Il la donne à
ſon fils & leur aſſure par là une fortune «onſidé
rable en faiſant en même temps le bonheur des
deux jeunes Amans.
C'eſt avec regret, que nous privons
nos Lecteurs de beaucoup de traits,
dans
les
détails ,
paſſer dans un
qui ne peuvent
Extrait , mais qui
prouvent de l'eſprit dans l'Auteur &
qui promettent des fruits plus ſolides &
plus agréables encore d'un talent qu'il
doit cultiver. La modeſtie avec laquelle
il rapporte dans une Épître tout le ſuc
cès de ſon Ouvrage aux Acteurs, eſt
un nouveau titre pour avoir moins be
'
J U I L L E T. 1764.
reuſes diſpoſitions.
*,
21 r
ſoin par la ſuite de l'indulgence que lui
méritoient déja ſa jeuneſſe & ſes heu
- La Muſique des Airs répandus dans
cette Piéce eſt de M. le Chevalier d'Her
bain déja connu par d'autres produc
tions agréables & qui ont réuſſi. Cette
dernière doit ajouter encore à la répu
tation de ſes talens. Pluſieurs morceaux
en ſont fort applaudis , & ſon ſuccès
dans la Muſique imitative, tant goûtée
aujourd'hui , n'a rien à céder à celle
des Auteurs les plus célébres en ce
nre.
genre. .
\
N. B. Nanette & Lucas ou la Payſa
ne curieuſe ſe vend à Paris chez Claude
Hériſſant, rue Neuve Notre-Dame, aux
trois Vertus. Prix, z liv. 4 ſ.
LA Nouveauté qui a paru, sur ce
Théâtre depuis notre dernier volume est
Nanette & Lucas , ou la Payſane cu
rieuſe, Comédie en Proſe en un Acte ,
mêlée d'Ariettes , repréſenté pour la
première fois le 14 Juin Par M. FRA
MERx. Les repréſentations de ce petit
ouvrage continuent, & le Public les
voit avec plaiſir.
A N A L Y S E.
Le sujet eſt fort ſimple. Lucas & Nanette
père & mère de Babet ſont des Payſans qui vi
vent en aſſez bonne intelligence quoique mariés.
En s'occupant devant leur Porte ils parlent d'a
mour & cherchent à le définir à leur manière.
Leur fille les écoute avec fimplicité. Elle deman
de à ſa mère ſi par exemple un jeune homme
bien vêtu, qu'elle a rencontré dans le bois ſeroit
un Amant ? La mère découvre par là que ſa
fille auroit de l'inclination pour ce jeune hom
, JUIL L E T. 1754.
2o6
hne , # eſt le fils du Seigneur. Elle en marque
ſa colère. L'Auteur fait ingénieuſement ſentir
ici qu'une jalouſe envie eſt prèſque toujours le
vrai motif de la ſévérité des mères & la gar
dienne la plus rigoureuſe de la vertu des filles
ſous le maſque de l'honneur, Le bon Lueas n'eſt
pas ſi auſtère ; ſa femme veut que leur fille Babez
épouſe un certain Lubin. Le père ne voudroit
pas contraindre ſon inclination ; mais la femme
en feignant de la douceur & de la complaiſancſe
l'entraîne à être de ſon avis. Il ne peut ſe diſ>
penſer, ſur les complimens qu'elle ſe fait à elle
même, de n'avoir jamais été ni curieuſe ni déſ
obéiſſante, de lui reprocher préciſément le con
traire. Il lui répéte à cette occaſion une chan
ſon dont le Sujet eſt le Conte de la Barbe bleuë.
Elle ſemble fâchée qu'on n'eût pas puni la cu
rioſité de la fille qui a fait uſage de la clef dé
fendue. Bientôt elle va ſe trouver dans le même
cas. Le Seigneur s'eſt apperçu de l'amour de ſon
fils pour la jeune Villageoiſe Babet. Il ſe rend
juſtice, il ſe reſſouvient qu'il ne doit qu'à la for
tune ſa qualité de Seigneur, & non pas à la
na iſſance. Il ſe propoſe d'unir ces deux Amans
fi l'inclination de Babet répond à celle de ſon
fils. Il parle au père & à la mère de Babet ſur
ce qu'ils ont projetté pour marier leur fille.
La mère convient que cette dernière en aime
un autre que celui qu'elle lui deſtine. Il veut
l'engager à ne pas la contraindre ; mais elle
s'en défend en alléguant qu'il faut qu'à ſon
exemple ſa fille ſoit obéiſſante. Il propoſe de ſe
charger du ſoin de lui donner un mari; la mère
fait valoir ſes droits en diſant que cette fille eſt
à Lucas & à elle encore davantage. Le Sei
gneur s'engage à faire tous les frais de la nôce,
21O MERCURE DE FRANCE.
Il impoſe une condition. Puiſque Nanette eſt ſi
obéiſſante & ſi peu curieuſe, il remet une boëte
fermée à Nanette avec défenſe de l'ouvrir, ſinon
Lucas & Nanette ne ſeront plus maîtres de diſpo
fer de leur fille. Ils y conſentent. Le Seigneur
confie la clef au mari. La boète a un ſecret qui
empêchera de la refermer ſi elle eſt ouverte. Le
Seigneur ſurprend ſon fils & Babet dans un en
tretien tendre. Il interroge Babet en particulier.
Ils'aſſure de fa candeur & de ſes ſentimens.Lucas
& Nanette reviennent ſur la Scène avec la boëte.
La femme brûle du deſir de voir ce qu'elle con
tient. Le mari refuſe conſtamment la clef, mais
il ſe laiſſe fléchir , parce que cette femme ſe
trouve mal & menace de mourir. Elle ouvre la
boete, elle y trouve des bijoux, entr'autres um
riche collier dont elle ſe pare. Le Seigneur ſur
vient qui la ſurprend. Suivant les conditions le
ſort de Babet eſt à ſa diſpoſition, Il la donne à
ſon fils & leur aſſure par là une fortune «onſidé
rable en faiſant en même temps le bonheur des
deux jeunes Amans.
C'eſt avec regret, que nous privons
nos Lecteurs de beaucoup de traits,
dans
les
détails ,
paſſer dans un
qui ne peuvent
Extrait , mais qui
prouvent de l'eſprit dans l'Auteur &
qui promettent des fruits plus ſolides &
plus agréables encore d'un talent qu'il
doit cultiver. La modeſtie avec laquelle
il rapporte dans une Épître tout le ſuc
cès de ſon Ouvrage aux Acteurs, eſt
un nouveau titre pour avoir moins be
'
J U I L L E T. 1764.
reuſes diſpoſitions.
*,
21 r
ſoin par la ſuite de l'indulgence que lui
méritoient déja ſa jeuneſſe & ſes heu
- La Muſique des Airs répandus dans
cette Piéce eſt de M. le Chevalier d'Her
bain déja connu par d'autres produc
tions agréables & qui ont réuſſi. Cette
dernière doit ajouter encore à la répu
tation de ſes talens. Pluſieurs morceaux
en ſont fort applaudis , & ſon ſuccès
dans la Muſique imitative, tant goûtée
aujourd'hui , n'a rien à céder à celle
des Auteurs les plus célébres en ce
nre.
genre. .
\
N. B. Nanette & Lucas ou la Payſa
ne curieuſe ſe vend à Paris chez Claude
Hériſſant, rue Neuve Notre-Dame, aux
trois Vertus. Prix, z liv. 4 ſ.
Fermer
11154
p. 211-212
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Du Jeudi 31 Mai, Fête de l'Ascension. POUR premier Motet à grand-choeur, on donna [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Du Jeudi 31 Mai, Fête de l'Ascension.
POUR premier Motet à grand-choeur, on donna
le Dixit Dominus, del ſignor LEo. MM. du Port
& Kohault, éxecuterent des Duo ſur le violoncelle
& ſur le Luth. Quoique l'on connût déjà le mérite
de ces talens réunis, ils n'en firent pas moins de
plaiſir ; d'autant plus qu'ils n'éxécuterent que
des choſes agréables qui, quoiqu'auſſi ſçavantes,
-
2 12 MERCURE DE FRANCE.
dans le fond, que les compoſitions bizarres, ont
toujours l'avantage d'intéreſſer & de plaire par
ſentiment, ſans le ſecours des diſcuſſions de l'Arts
M. LoL1, de la Muſique de S. A. le Duc Regnant
de Wirtemberg, exécuta un concerto de ſa com
poſition. Devenu célébre ici depuis les Concerts
de Pâques, au ſuccès deſquels il a tant contribué,
M. LoL1 ſoutint très-bien la réputation qu'il s'eſt
acquiſe & juſtifia par le plaiſir qu'il fit, générale
ment les motifs des applaudiſſemens dont il a
été comblé. Dans le même Concert, Mlle RozET
chanta un petit Motet de la compoſition de M.
DAUvERGNE & M. LE GRos un autre de la com
† de ſeu M. LEFEvR B. On finit par Salve
egina , Motet à grand Choeur de M. KoHAUT ,
dans lequel M. DuPoRT accompagna.
,
Il y a eu beaucoup plus de Monde à ce Con
cert qu'il n'y en a ordinairement à cette Fête,
quoiqu'elle ſe ſoit trouvée cette année très-avan
| cée dans la belle ſaiſon. On ne peut refuſer
aux ſoins des Dirccteurs pour rendre les Concerts
intéreſſans le mérite de ce ſuccès. .
Du Jeudi 2t Juin, Fête du S. Sacrement.
Après une ſymphonie, M. l'Ecuyer a chanté un
Motet à voix ſeule. M. Rodolphe & M. Lolli, l'un
& l'autre de la Muſique de S. A. le Duc Re
gnant de Wirtemberg, ont exécuté des Concerts
de leurs conmpoſitions , l'un de cors de chaſſe,
& l'autre de violon, avec les mêmes applaudiſſe
mens qu'on a toujours donnés à leurs rares talens»
M. le Gros & Mlle Fel ont chanté chacun un
petit Motet; le Concert a fini par Exaltabote Deus
meus Rex, nouveau Motet à grand chœur de la
compoſition de M. Leſcot, Maître de Muſique de
la Cathédrale d'Auſch ; ce Motet a été applaudi,
Du Jeudi 31 Mai, Fête de l'Ascension.
POUR premier Motet à grand-choeur, on donna
le Dixit Dominus, del ſignor LEo. MM. du Port
& Kohault, éxecuterent des Duo ſur le violoncelle
& ſur le Luth. Quoique l'on connût déjà le mérite
de ces talens réunis, ils n'en firent pas moins de
plaiſir ; d'autant plus qu'ils n'éxécuterent que
des choſes agréables qui, quoiqu'auſſi ſçavantes,
-
2 12 MERCURE DE FRANCE.
dans le fond, que les compoſitions bizarres, ont
toujours l'avantage d'intéreſſer & de plaire par
ſentiment, ſans le ſecours des diſcuſſions de l'Arts
M. LoL1, de la Muſique de S. A. le Duc Regnant
de Wirtemberg, exécuta un concerto de ſa com
poſition. Devenu célébre ici depuis les Concerts
de Pâques, au ſuccès deſquels il a tant contribué,
M. LoL1 ſoutint très-bien la réputation qu'il s'eſt
acquiſe & juſtifia par le plaiſir qu'il fit, générale
ment les motifs des applaudiſſemens dont il a
été comblé. Dans le même Concert, Mlle RozET
chanta un petit Motet de la compoſition de M.
DAUvERGNE & M. LE GRos un autre de la com
† de ſeu M. LEFEvR B. On finit par Salve
egina , Motet à grand Choeur de M. KoHAUT ,
dans lequel M. DuPoRT accompagna.
,
Il y a eu beaucoup plus de Monde à ce Con
cert qu'il n'y en a ordinairement à cette Fête,
quoiqu'elle ſe ſoit trouvée cette année très-avan
| cée dans la belle ſaiſon. On ne peut refuſer
aux ſoins des Dirccteurs pour rendre les Concerts
intéreſſans le mérite de ce ſuccès. .
Du Jeudi 2t Juin, Fête du S. Sacrement.
Après une ſymphonie, M. l'Ecuyer a chanté un
Motet à voix ſeule. M. Rodolphe & M. Lolli, l'un
& l'autre de la Muſique de S. A. le Duc Re
gnant de Wirtemberg, ont exécuté des Concerts
de leurs conmpoſitions , l'un de cors de chaſſe,
& l'autre de violon, avec les mêmes applaudiſſe
mens qu'on a toujours donnés à leurs rares talens»
M. le Gros & Mlle Fel ont chanté chacun un
petit Motet; le Concert a fini par Exaltabote Deus
meus Rex, nouveau Motet à grand chœur de la
compoſition de M. Leſcot, Maître de Muſique de
la Cathédrale d'Auſch ; ce Motet a été applaudi,
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11155
p. 213-214
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
Début :
LES avantages considérables que les Sçavans & les Gens de Lettres peuvent retirer de l'Avis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
LES avantages considérables que les Sçavans
& les Gens de Lettres peuvent retirer de l'Avis
ſuivant & l'expiration prochaine du terme propo
ſé par le Libraire, nous engagent à pub ier un
précis très-ſommaire de l'Avis diſtribué à ce ſu
jet par le ſieur Jean-Thomas Hériſſant, rue S.
Jacques, Imprimeur du Cabinèt du RoI, Acqué
reur des fonds du Sr CoLoMBAT. Il conſiſte 1°.
en un Grammaire Hébraique & Chaldéenne en 2
vol. in-4°. très-inſtructive , & un Lexion des mê
mes Langues en 2 vol. in-4°. Dans la vue de
faciles & moins couteux de faire des progrès dans
-
procurer aux Gens de Lettres des moyens plus
les Sciences, le Libraire, ſe trouvant par l'acqui
ſition des fonds du ſieur CoLoMBAT, en état de
faire une diminution ſur le prix, il offre de don
ner ces deux Ouvrages à 48 livres chacun , mais
ſeulement juſqu'au
1. Août prochain, lequel .
terme paſſé il ſeront remis à leur prix ordinaire
de 64 livres en feuilles.
·
2°. Divinitas Domini Noſtri Jeſu-Chriſli , &c;
manifeſta in ſcripturis & traditione. Opera & ſtudio
( D. Prudentii Maran ) Congrégationis SanctiMau
ri. Vol. in-fol. offert juſqu'au même terme, à
6 livres en feuilles, enſuite remis à ſon prix de
12 livres.
'
-
-
3°. La Divinité de N. S. J. C. prouveé contre les
Hérétiques & les Déiſtes, 3 volumes in-12. Traité
qui doit le jour à la protection particulière de M.
Dagueſſeau, offert à 3 liv. en feuilles , enſuita
remis au prix ordinaire de 6 livres,
-
-
214 MERCURE DE FRANCE.
4°. L'Edition d'une Bible Latine en 2 vol. in
fol. de 13 co pages, les deux enrichies de Notes &
Commentaires qui donnent les plus grands ſecours
pour l'intelligence duTexteSacré,&qui renferment
des richeſſes auſſi utiles aux gens de Lettres qu'aux
# On offre juſqu'au même terme du
1.Aouſt prochain, 1oo exemplaires de cette Bi
ble à 8 livres les 2 volumes en feuilles, lequel
temps paſſé , ils ſeront remis au prix de 16 liv.
, On exhorte pour ſe procurer plus de détails ſur
ces Ouvrages de voir l'avis imprimé qu'on diſtri
bue chez le Sr Heriſſant, rue Saint Jacques , ainſi
que le Proſpectus pour la ſouſcription du CoRPs
DE DRoIT CIVIL , &c. Par M. Hulot, Avocat
au Parlement, Ouvrage le plus important qui ait
été imprimé ſur cette matière.Ce Proſpectus ſe
diſtribue chez le même Libraire, rue Saint Jacques.
On en parlera plus amplement dans ſon lieu.
LES avantages considérables que les Sçavans
& les Gens de Lettres peuvent retirer de l'Avis
ſuivant & l'expiration prochaine du terme propo
ſé par le Libraire, nous engagent à pub ier un
précis très-ſommaire de l'Avis diſtribué à ce ſu
jet par le ſieur Jean-Thomas Hériſſant, rue S.
Jacques, Imprimeur du Cabinèt du RoI, Acqué
reur des fonds du Sr CoLoMBAT. Il conſiſte 1°.
en un Grammaire Hébraique & Chaldéenne en 2
vol. in-4°. très-inſtructive , & un Lexion des mê
mes Langues en 2 vol. in-4°. Dans la vue de
faciles & moins couteux de faire des progrès dans
-
procurer aux Gens de Lettres des moyens plus
les Sciences, le Libraire, ſe trouvant par l'acqui
ſition des fonds du ſieur CoLoMBAT, en état de
faire une diminution ſur le prix, il offre de don
ner ces deux Ouvrages à 48 livres chacun , mais
ſeulement juſqu'au
1. Août prochain, lequel .
terme paſſé il ſeront remis à leur prix ordinaire
de 64 livres en feuilles.
·
2°. Divinitas Domini Noſtri Jeſu-Chriſli , &c;
manifeſta in ſcripturis & traditione. Opera & ſtudio
( D. Prudentii Maran ) Congrégationis SanctiMau
ri. Vol. in-fol. offert juſqu'au même terme, à
6 livres en feuilles, enſuite remis à ſon prix de
12 livres.
'
-
-
3°. La Divinité de N. S. J. C. prouveé contre les
Hérétiques & les Déiſtes, 3 volumes in-12. Traité
qui doit le jour à la protection particulière de M.
Dagueſſeau, offert à 3 liv. en feuilles , enſuita
remis au prix ordinaire de 6 livres,
-
-
214 MERCURE DE FRANCE.
4°. L'Edition d'une Bible Latine en 2 vol. in
fol. de 13 co pages, les deux enrichies de Notes &
Commentaires qui donnent les plus grands ſecours
pour l'intelligence duTexteSacré,&qui renferment
des richeſſes auſſi utiles aux gens de Lettres qu'aux
# On offre juſqu'au même terme du
1.Aouſt prochain, 1oo exemplaires de cette Bi
ble à 8 livres les 2 volumes en feuilles, lequel
temps paſſé , ils ſeront remis au prix de 16 liv.
, On exhorte pour ſe procurer plus de détails ſur
ces Ouvrages de voir l'avis imprimé qu'on diſtri
bue chez le Sr Heriſſant, rue Saint Jacques , ainſi
que le Proſpectus pour la ſouſcription du CoRPs
DE DRoIT CIVIL , &c. Par M. Hulot, Avocat
au Parlement, Ouvrage le plus important qui ait
été imprimé ſur cette matière.Ce Proſpectus ſe
diſtribue chez le même Libraire, rue Saint Jacques.
On en parlera plus amplement dans ſon lieu.
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11156
p. 214
Fautes à corriger dans le Mercure de Juin.
Début :
A la pge 120, dernière ligne, au lieu de Anonyme, lisez P. Coeurdoux. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans le Mercure de Juin.
Fautes à corriger dans le Mercure de Juin.
A la page 12o dernière ligne, au lieu de Ano
nyme, liſez P. Coeurdoux. • • -
A la page 122 , vis-à-vis Ingolſtad, au lieu de
45", liſez 5". .
Au bas de la même page effacez P. Coeurdoux.
Joignez par un trait de plume Tobolsk à l'an
tépénultiéme ligne.
| Et joignez par une accolade Trinquebar aux
deux dernières lignes.
A la page 12o dernière ligne, au lieu de Ano
nyme, liſez P. Coeurdoux. • • -
A la page 122 , vis-à-vis Ingolſtad, au lieu de
45", liſez 5". .
Au bas de la même page effacez P. Coeurdoux.
Joignez par un trait de plume Tobolsk à l'an
tépénultiéme ligne.
| Et joignez par une accolade Trinquebar aux
deux dernières lignes.
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11157
p. 214
APPROBATION.
Début :
J'ai lu, par ordre de Monseigneur le Vice-Chancelier, le premier [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
A P P R O B A T I O N.
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le premier volume du Mercure d · juillet
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puije en em
- pêcher l'impreſſion. A Paris, ce ;º !'ui , 3 .
G U l R C Y. .
J'AI lu, par ordre de Monſeigneur le Vice-Chan
celier, le premier volume du Mercure d · juillet
1764 , & je n'y ai rien trouvé qui puije en em
- pêcher l'impreſſion. A Paris, ce ;º !'ui , 3 .
G U l R C Y. .
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11158
p. 215-216
TABLE DES ARTICLES.
Début :
Piéces Fugitives en Vers et en Prose. Article Premier. Suite de l'Histoire [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TABLE DES ARTICLES.
TABLE DES ARTIcLEs.
PiicEs FUGITIvEs EN VERs ET EN PRosE.
A R T I c L E P R E M I E R.
Surr, de l'Hiſtoire raiſonnée des Diſcours
de Cicéron. Page y
ODs au RoI DE PoLoGNE , Duc de Lor
raine & de Bar. - # 2.
ÉPITRE à M. le Comte de " *. 2 6
CoUPLETs ſur une jeune Dame qui alloit
paroître à la Cour. 29
BoUQUET à M. P ***. 39
LETTRE, de M. le Comte de L-T... . 3 3
VERs ſur la mort du Marquis de Bréhant. 3e
LETTRE à Madame D , ... . - 37
LE Juif de Veniſe, Extrail. 38
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure, ſur le Ricciardetto, Poëme Ita
lien. 3 f
AcRosTICHE. v 8 I
VERs à M. le Prince de Tingri. ibid.
ÉNIGMEs. 8 3
LoGoGRYPHEs, 34 & 85
CHANsoN. 86
ART. II. NoUvELLEs LITTÉRAIREs.
REMARQUE ſur une Anecdote de la Maiſon de
Montmorenci. 3y
D1cr1oNNAIRE raiſonné, univerſel, d'Hiſ
toire Naturelle. Par M. Valmont de Bo
| marº. IOO
LETTRE de M. l'Abbé Mangenot , à l'Auteur , .
du Mercure , ſur les Langues- 199
216 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. l'Abbé Jacquin 2 à l'Auteur
du Mercure, ſur les Médailles. . 11e
ANNoNcEs de Livres. 125 & ſuiv,
" ART. III. ScIENcEs RT BELLEs-LETTREs.
-' A c A D É M 1 E s.
AcADÉMIE Royale des Belles - Lettres de
CAEN. · 143
A R T. IV. B E A U x - A R T s,
A R T s U T LI E se
C M 1 R U R G I E.
SUIrE de la réponſe intéreſſante du Chirur
gien de Province, &c. 1 53
A R T s A G R É A B L E s,
M U s I Q U E. 175
G R A v U R E. . 17 6
A R T, V, SP 1 c T A c L E s.
OPÉRA, 178
CoMéDIE Françoiſe. 18 5
LETTRE à MM. les Comédiens François. 2o1
LETTRE de M. Delagarde, à l'Auteur de la
Lettre précédente. 297
CoMÉDIE Italienne. 2o8
CoNcERT Spirituel. 2 I I
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres. 2 I 3
PiicEs FUGITIvEs EN VERs ET EN PRosE.
A R T I c L E P R E M I E R.
Surr, de l'Hiſtoire raiſonnée des Diſcours
de Cicéron. Page y
ODs au RoI DE PoLoGNE , Duc de Lor
raine & de Bar. - # 2.
ÉPITRE à M. le Comte de " *. 2 6
CoUPLETs ſur une jeune Dame qui alloit
paroître à la Cour. 29
BoUQUET à M. P ***. 39
LETTRE, de M. le Comte de L-T... . 3 3
VERs ſur la mort du Marquis de Bréhant. 3e
LETTRE à Madame D , ... . - 37
LE Juif de Veniſe, Extrail. 38
LETTRE à M. De la Place , Auteur du
Mercure, ſur le Ricciardetto, Poëme Ita
lien. 3 f
AcRosTICHE. v 8 I
VERs à M. le Prince de Tingri. ibid.
ÉNIGMEs. 8 3
LoGoGRYPHEs, 34 & 85
CHANsoN. 86
ART. II. NoUvELLEs LITTÉRAIREs.
REMARQUE ſur une Anecdote de la Maiſon de
Montmorenci. 3y
D1cr1oNNAIRE raiſonné, univerſel, d'Hiſ
toire Naturelle. Par M. Valmont de Bo
| marº. IOO
LETTRE de M. l'Abbé Mangenot , à l'Auteur , .
du Mercure , ſur les Langues- 199
216 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de M. l'Abbé Jacquin 2 à l'Auteur
du Mercure, ſur les Médailles. . 11e
ANNoNcEs de Livres. 125 & ſuiv,
" ART. III. ScIENcEs RT BELLEs-LETTREs.
-' A c A D É M 1 E s.
AcADÉMIE Royale des Belles - Lettres de
CAEN. · 143
A R T. IV. B E A U x - A R T s,
A R T s U T LI E se
C M 1 R U R G I E.
SUIrE de la réponſe intéreſſante du Chirur
gien de Province, &c. 1 53
A R T s A G R É A B L E s,
M U s I Q U E. 175
G R A v U R E. . 17 6
A R T, V, SP 1 c T A c L E s.
OPÉRA, 178
CoMéDIE Françoiſe. 18 5
LETTRE à MM. les Comédiens François. 2o1
LETTRE de M. Delagarde, à l'Auteur de la
Lettre précédente. 297
CoMÉDIE Italienne. 2o8
CoNcERT Spirituel. 2 I I
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres. 2 I 3
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Résumé : TABLE DES ARTICLES.
Le document est une table des matières de la publication 'Mercure de France', structurée en cinq articles principaux. Le premier article, 'Pièces fugitives en vers et en prose', comprend divers poèmes et lettres, incluant des odes, des épîtres, des couplets, des bouquets, des énigmes et des logogriphes, ainsi que des correspondances avec des personnalités telles que Madame D. et M. De la Place. Le deuxième article, 'Nouvelles littéraires', présente des remarques sur des anecdotes historiques, un dictionnaire raisonné d'histoire naturelle par M. Valmont de Bomare, et des lettres de l'Abbé Mangenot et l'Abbé Jacquin sur les langues et les médailles. Le troisième article, 'Sciences et belles-lettres', mentionne l'Académie Royale des Belles-Lettres de Caen. Le quatrième article, 'Beaux-arts, arts utiles', aborde la chirurgie, la musique et la gravure. Le cinquième article, 'Spectacles', liste divers événements culturels tels que des opéras, des comédies françaises et italiennes, et des concerts spirituels, ainsi que des lettres adressées aux comédiens français et une réponse de M. Delagarde.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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11159
p. 216
« De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Sebastien Jorry, rue & vis-à-vis la Comédie Françoise. [...] »
De l'Imprimerie de SEBAsTIEN JoRRY ,
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife.
rue & vis-à-vis la Comédie Françoife.
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11160
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
LE Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, Greffier Commis [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement
Sellier du Roi.
du Mercure.
,
Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize vo-
lumes , à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur comp-
te,
ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à-
dire , 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pourfeize volumes.
A ij
\
1
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreffe ci-
deffus.
On fupplie les perfonnes des provin-
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an-
noncer ,
d'en
marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Cette collection eft
compofée de cent huit Volumes. On
en prépare une Table générale , par
la-
quelle ce Recueil fera terminé ; les
journaux ne fourniffant plus un affez
grand nombre de Piéces pour le conti-
nuer.
LE Bureau du Mercure est chez M.
LUTTON, Avocat, Greffier Commis
au Greffe Civil du Parlement
Sellier du Roi.
du Mercure.
,
Commis
au recouvrement du Mercure , rue Sainte
Anne , Butte Saint Roch , à côté du
C'est à lui que l'on prie d'adreffer ,
francs de port , les paquets & lettres
pour remettre , quant à la partie litté-
raire , à M. DE LA PLACE , Auteur
Le prix de chaque volume eft de 36
fols , mais l'on ne payera d'avance , en
s'abonnant , que 24 livres pour feize vo-
lumes , à raifon de 30 fols pièce.
Les perfonnes de province aufquelles
on enverra le Mercure par la pofte
payeront pour feize volumes 32 livres
d'avance en s'abonnant , & elles les re-
cevront francs de port.
Celles qui auront d'autres voies que
la Pofte pour le faire venir , & qui pren
dront les frais du port fur leur comp-
te,
ne payeront comme à Paris , qu'à
raifon de 30 fols par volume , c'est- à-
dire , 24 liv. d'avance , en s'abonnant
pourfeize volumes.
A ij
\
1
Les Libraires des provinces ou des
pays étrangers , qui voudront faire ve-
nir le Mercure , écriront à l'adreffe ci-
deffus.
On fupplie les perfonnes des provin-
ces d'envoyer par la pofte , en payant
le droit , leurs ordres , afin que le paye-
ment en foit fait d'avance au Bureau.
Les paquets qui neferont pas affran-
chis , refteront au rebut.
On prie les perfonnes qui envoyent
des Livres , Eftampes & Mufique à an-
noncer ,
d'en
marquer le prix.
Le Nouveau Choix de Piéces tirées
des Mercures & autres Journaux , par
M. DE LA PLACE , fe trouve auffi au
Bureau du Mercure . Cette collection eft
compofée de cent huit Volumes. On
en prépare une Table générale , par
la-
quelle ce Recueil fera terminé ; les
journaux ne fourniffant plus un affez
grand nombre de Piéces pour le conti-
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11161
p. 5-19
SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICERON. HISTOIRE de la défense de MARCUS FONTEIUS.
Début :
UN Etat Républicain est plus propre à former de grands Orateurs qu'une [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Histoire raisonnée des Discours de CICERON. HISTOIRE de la défense de MARCUS FONTEIUS.
SUITE de l'Histoire raisonnée des
Discours de CICERON.
HISTOIRE de la défense de MARCUS
FONTEIUS.
UN Etat Républicain est plus propre
à former de grands Orateurs qu'une
Monarchie ; & Cicéron doit peut - être
une partie de fa gloire à la conftitution
de fa patrie. Ce qui nous refte de l'une
II. Vol.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux harangues qu'il prononça pour
la défenfe de Fonteius eft bien capable
d'exciter nos regrets fur la perte de ce
qui n'eft pas venu jufqu'à nous.
Marcus Fonteïus , élu Préteur , avoit
eu le Gouvernement de la Gaule Nar-
bonnoife. Sa conduite dans cette Provin-
ce , fi on en croit fes accufateurs , fut
femblable à celle que tenoient alors
tous les Gouverneurs Romains , c'est-à-
dire telle que nous avons vu celle de
Verrès. Après un féjour de trois ans , il
revint à Rome. A peine y fut-il arrivé ,
qu'Indicomare un des Princes Gaulois
vint l'accufer d'avoir fait beaucoup d'in-
juftices & d'exactions dans fa Province ,
furtout dans ce qui regardoit les VINS;
fur lefquels il avoit , dit-on , mis un im-
pôt extraordinaire.
Il eſt à préfumer que Fonteius n'é-
toit pas accufé injuftement , car malgré
tout l'art de l'Orateur , on apperçoit l'a-
dreffe dont Cicéron fe fert pour exciter
la haine contre les Accufateurs , & la
compaffion en faveur de l'Accufé. Pour
ruiner le crédit des témoins, il ne craint
pas de repréfenter toute leur Nation
comme un Peuple livré à l'ivrognerie
impie , de mauvaiſe foi , naturellement
ennemi de toute Religion , fans refpe&t
pour
JUILLET. 1764.
7
la fainteté des fermens & fouillant
les Autels des Dieux qu'il adoroit , par
des facrifices humains. Pour exciter la
pitié des Juges , il fait valoir avec toute
la force de l'éloquence , l'interceffion &
les larmes de la foeur de Fonteïus , qui
étoit une des Veſtales , & qui affiſtoit à
l'Audience.
Nous ne fçavons rien de certain fur
l'événement du procès. Les Mémoires-
du temps gardent un profond filence fur
cet article intéreffant à bien des égards.
HISTOIRE du Plaidoyer prononcé
dans la Caufe d'AULU'S CÆCINA.
La Caufe de Cacina eft bien diffé-
rente de la précédente. Elle a pour objet
un droit de fucceffion qui dépendoit
d'un point fort fubtil de la Loi.
Un habitant de Tarquinies , nommé
Marcus Fulcinius , laiffa en mourant à
fa femme Cæfennia l'ufufruit de tous fes
biens , afin qu'elle en jouît avec fon
fils qu'il avoit inftitué fon héritier. Ce
fils vint à mourir peu du temps après
fon Père , de façon que Cafennia fe
trouvant maîtreffe d'une fortune affez
confidérable
elle réfolut , par les
confeils de fes amis de faire l'acquifition
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'un fonds de terre à fa bienséance. Elle
chargea de cette affaire Sextus Ebutius ,
& de concert avec elle cet habileAgent, fit
paffer le contrat en fon nom . Elle étoit
alors en termes de mariage avec Aulus
Cacina , qu'elle époufa en effet quelque
temps après. Elle difpofa de tous fes
biens en fa faveur , & le nomma fon
héritier. Elle ne vêcut pas longtemps
après fon teftament , & fa mort mit
Cacina en poffeffion de la fortune de
Cafennia. Ebutius revendiqua alors la
terre qu'il avoit achetée pour la défunte :
il foutint qu'elle étoit à lui , & qu'il
l'avoit payée de fes propres deniers. Il
obtint même du Préteur une Sentence
provifoire qui lui confervoit la poffeffion
du fonds contefté. Cacina ne voulut
pas s'y foumettre ; il tacha au contrai-
re de s'emparer de force d'un bien qui
lui appartenoit légitimement. Ebutius ,
qui s'y attendoit , avoit pris fes précau-
tions , & Cocina , fut repouffé par un
gros de gens armés. Il fe pourvut alors
en Juftice réglée devant le Préteur Dola-
bella & demanda non-feulement la
,
reftitution du bien ufurpé par Ebutius ,
mais encore des dommages & intérêts.
Cicéron appuya fa demande par le beau
difcours qui nous refte
2
difcours où
JUILLET. 1764.
9
l'Orateur fait éclater fes lumières dans la
Jurifprudence , & où il montre que fes
emplois & fon caractère public , ( il étoit
Edile alors ) ne lui faifoient rien perdre
de fon zéle pour les ex rcices du
Barreau.
La Jurifprudence des Romains étoit
bien différente de la nôtre fur l'article
des fucceffions , ainfi qu'on l'a pu voir
par ce précis. Le difcours de Cicéron
eft rempli de ces anciennes formules de
Droit , fi difficiles à entendre pour ceux
qui n'ont aucune teinture de cette partie
du langage Romain. Il eût été à fou-
haiter que l'Académicien François qui
nous a donné une Edition fi belle & fi
complette des Œuvres du Père de l'élo-
quence , eût pris la peine de les ex-
pliquer dans fon Choix des Commen-
taires. Ce travail difficile & rebutant par
lui-même ne pouvoit être confié a un
Sçavant plus capable de remplir cette
carrière avec honneur. ( a )
( a ) L'ordre Chronologique exigeroit qu'on
plaçât ici la défenſe de la Loi propofée par Ma-
nilius , Tribun du Peuple ; on en trouve l'hiftoi
re dans le Mercure d'Avril de cette année, L. Vol. "
P.5. & fuiv,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE de la défenfe d'AULUS
CLUENTIUS AVITUS.
L'HISTOIRE de cette caufe préfente
une Scène fi monftrueufe de poifons ,
de meurtres , d'inceftes , de furbornation
de témoins , de corruption de Juges ,
que les fictions poëtiques n'approchent
pas de toutes ces horreurs.
Aulus Cluentius Avitus étoit Che-
valier Romain ; fa naiffance étoit illuf-
tre, & il jouiffoit d'une fortune confidé-
rable. Le cœur de fa mère Saffia réunif-
foit aufouverain dégré toutes les qualités
qui peuvent former un monftre. La
baffeffe d'âme , la débauche effrénée
l'avarice la plus infâme , formoient fon
caractère. Après s'être mariée deux fois ,
d'abord au Père de Cluentius , enfuite
à un certain Mélinus , elle époufa en
troifiémes nôces Oppianicus , homme
foible & cruel , à qui elle communiqua
toutes fes fureurs. Avant de fe détermi-
ner à l'époufer , elle exigea de lui le
meurtre de Mélinus fon fecond mari. Un
amant ne pouvoit lui plaire , s'il n'avoit
les mains teintes de fang , & pour la
mériter il falloit un crime.
Les mœurs douces de Cluentius for-
JUILLET. 1764.
II
moient un contrafte piquant avec la
`conduite odieufe de fa mère : fes vertus
fembloient lui reprocher fes crimes ;
auffi fa perte fut- elle réfolue. La victi-
me que le méchant immole le plus vo-
lontiers , c'eſt l'homme de bien.
Le Tribunal du Préteur Qu. Nafon
retentit bientôt de l'accufation intentée
contre Cluentius. Son crime prétendu
étoit d'avoir empoifonné fon beau- père
Oppianicus , qui avoit été banni lui-
même deux ans auparavant , pour avoir
tenté d'empoifonner Cluentius.
Chacun reconnut la main d'où par-
toit ce coup terrible. C'étoit en effet la
malheureufe Saffia qui étoit l'âme d'une
accufation auffi atroce. Cicéron prit la
défenſe de l'Accufé , & prouva fon in-
nocence avec autant de force que d'élo-
quence.... Quelle mère ! s'écrie l'O-
» rateur , que celle qui fe laiffe entraî-
» ner aveuglément par les plus cruelles
» & les plus brutales paffions ; qui ne
» connoît ni honte ni pudeur ; qui par
» la dépravation de fon caractère tourne
les meilleures Loix aux fins les plus
» déteftables ; qui fe conduit avec tant
» de folie qu'on ne la prendroit pas
» pour une femme ; avec tant de cruau-
» té qu'on ne peut lui donner le nom
A vji
12 MERCURE DE FRANCE.
» de mère : un monftre qui a confondu
» non feulement les noms & les droits
» de la Nature , mais jufqu'à fes dépen-
» dances. . . . . . enfin à qui il ne refte
» rien d'humain que la figur . ( b )
L'époque de cette action doit fe rap-
porter à l'année du Confulat de Lepi-
dus & de Tullus. Ce Quintus Voconius
Nafon dont on vient de parler avoit
reçu la commiffion expreffe de con-
noître des procès criminels , fur le fait
du poifon. ( c )
( b ) Cicéron étoit Préteur lorsqu'il prononça
ce Difcours. Une chofe à remarquer , c'eft que
pendant le temps de cette Magiftrature , il fré-
quentoit affiduement l'Ecole de Gniphon, célébre
Rhetoricien du temps. Comme on ne peut pas
fuppofer qu'il lui reftât quelques nouvelles inf-
tructions à recevoir , il faut préfumer que fon
deffein étoit de fe confirmer dans la perfection
où il étoit parvenu , & de prévenir toute forte
d'affoibliffement , en s'exerçant fous les yeux d'ún
fi bon Maître. Peut- être auffi n'avoit-il en vue
que de faire honneur à Gniphon & à l'art dont
il faifoit profeffion , ou d'infpirer de l'émulation
à la jeune Nobleſſe , par la préſence d'un des
premiers Magiftrats de Rome. H. Cic. IV. pag.
217.
( c) Nous fommes obligés d'avertir que c'eſt
ici la place de l'Hiftoire des trois Difcours de
Cicéron contre la Loi Agraire. Elle se trouve
dans le Mercure du mois de Mars de cette am-
née, pag. s &fuiv.
$
JUILLET. 1764.
13
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenfe de C. RABIRIUS , accufé
de meurtre , de révolte & de trahifon.
Si l'on doit en croire les Historiens
contemporains de Cicéron , cette affaire-
ci eft la première caufe d'importance
que cet Orateur ait plaidée . Quoiqu'il en
foit , il eft du moins certain que l'affaire
de Caius Rabirius étoit celle de tout
le Sénat Romain , & que fa condamna-
tion étoit le triomphe de la rage des
Tribuns du Peuple. On eût dit que la
deftinée de ces Magiftrats fubalternes
étoit de perfécuter fans ceffe les gens
de bien.
Peu de temps après les troubles occa-
fionnés par la propofition de la fameuſe
Loi Agraire , T. Labienus , Tribun du
Peuple s'avifa d'accufer C. Rabirius
Sénateur âgé , & dont la conduite avoit
toujours été irréprochable , d'avoir tué
quatre ans auparavant L. Saturninus ,
autre Tribun du Peuple. Le fait étoit au
moins problématique ; mais quand il au-
roit été prouvé , loin de fufciter une af-
faire à Rabirius , ce brave Citoyen au-
roit mérité des éloges pour avoir défait
14 MERCURE DE FRANCE.
fa République d'un Magiftrat auffi rufe
que
féditieux , des intrigues duquel tant
de gens avoient été la victime. D'ail
leurs il auroit été autorifé à ce meurtre
par ce célèbre Décret du Sénat qui
avoit ordonné pour lors aux Citoyens
de prendre les armes pour la défenſe
des Confuls C. Marius & L. Flaccus.
Le Tribun , accufateur de Rabirius
ne pouvoit pas ignorer tout cela ; auffi
n'étoit- ce point à ce Sénateur que La-
bienus vouloit nuire : la vie d'un hom-
me de fon âge importoit peu au repos
de la Ville . Son deffein n'étoit pas obf
cur; il vouloit attaquer une des prin-
cipales prérogatives du Sénat qui con-
fiftoit dans le pouvoir de faire armer
en un moment toute la Ville , lorſqu'il
lui plaifoit de recommander feulement
aux Confuls , DE PRENDRE GARDE
QUE LA R.P. NE REÇUT AUCUN MAL.
( VIDEANT COSS . NE QUID DE-
TRIMENTI RESPUBLICA CAPIAT)
Cette réfolution du Sénat avoit la force
de juftifier tout ce qui fe faifoit en con-
féquence , & fouvent il avoit employé
cette voie dans les féditions , pour ſe
défaire de quelques Magiftrats factieux
fans avoir recours aux formalités de la
Juftice.
JUILLET. 1764.
15
Les Tribuns en avoient fait plufieurs
fois des plaintes ; & quoique l'ufage
en fût très -ancien , ils l'avoient toujours
repréſenté comme une infraction des
Loix établies , qui donnoit aux Séna-
teurs un pouvoir arbitraire fur la vie
des Citoyens. Mais la véritable caufe de
leur chagrin étoit d'y trouver un frein
continuel qui arrêtoit les entrepriſes
de leur ambition , & qui les expofoit
quelquefois à des punitions promptes &
févères. Ils pouvoient tromper la multi-
tude , mais il n'étoit pas aifé d'en im-
pofer au Sénat ; & dans peu d'inftant,
un mot d'avis donné aux Confuls pou-
voit ruiner l'effet des plus longues in-
trigues , & rendre inutile la faveur du
Peuple.
Tous les facieux , & ils étoient en
grand nombre , fe trouvoient donc in-
téreffés à la perte de Rabirius. J. Céfar
un des plus ardens , fut celui qui en-
gagea Labienus à prendre la qualité
d'accufateur ; il fe fit nommer lui- même
Duumvir , c'est- à -dire , l'un des deux
Juges qui affiftoient ordinairement le
Préteur dans les jugemens de trahison .
Le célébre Hortenfuus plaida pour Ra-
birius. Son difcours énergique & plein
de force , fut pourtant fans fuccès . Il
16 MERCURE DE FRANCE.
avoit affaire à des Juges prévenus ; l'ac
cufé fut condamné à perdre la vie : fen-
tence également cruelle & injufte , dont
il appella au Peuple.
C'est à ce nouveau Tribunal que Ci-
céron adreffa le difcours qui nous refte,
monument admirable d'éloquence &
de folidité. Son exorde grave & majef-
tueux frappa toute l'affemblée d'une
vénération religieufe , & lui concilia
l'attention de fes auditeurs. En vain
quelques miférables fuppôts de la faction
Tribunicienne effayerent de le troubler
par leurs clameurs ; ce bruit ne l'effraya
point , & il continua de prouver l'in-
nocence de Rabirius avec autant de
dignité que d'évidence. Avouons - le
pourtant , à la honte de l'humanité
Cicéron auroit perdu fa caufe , Rabi
rius eût été condamné , fi l'Augure Me-
tellus , alors Préteur , n'avoit trouvé
moyen de féparer l'affemblée avant
qu'on en vînt aux fuffrages . Cette affaire
refta donc indécife , & les troubles
qu'excita bientôt après la conjuration
de Catilina , empêcherent qu'elle ne fût
rappellée. ( d)
( d) C'est ici la place des Catilinaires & de la
défense de Muréna. On trouve l'hiftoire des qua-
tre premiers de ces Difcours à la page 10 du
JUILLET. 1764.
17
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenſe de L.VAL. FLACCUs.
Lucius Valerius Flaccus , dont Ci-
céron entreprit la défenſe , avoit été un
de fes coopérateurs dans la grande af-
faire de la découverte de la conjuration
de Catilina. Revêtu pour lors de la
Préture ,
it
il reçut dans ce temps- là les
remercîmens du Sénat pour le zéle &
la vigueur avec laquelle il avoit arrêté
les complices de l'ennemi de la Patrie.
Le Gouvernement de l'Afie qu'il avoit
obtenu en fortant de charge , avoit
été la récompenſe de ſes ſervices . A fon
retour , un certain Lælius , jaloux de
fa gloire , s'avifa de l'accufer de vol &
de rapine dans fa Province. Cette ac
cufation fans fondement , fut bientôt
détruite par la harangue de fon défen-
feur, & Flaccus fut abfous par le fuf-
frage unanime de fes Juges.
Ce difcours a pour époque l'an de
Rome 694. Les Confuls étoient C. J.
Mercure du mois d'Avril de cette année , II. Vol,
& celle du dernier , à la page 5 du même Mer-
cure
18 MERCURE DE FRANCE.
Céfar & M. Calpurnius Bibulus : Cice
ron pouvoit avoir 48 ans. ( e )
HISTOIRE de la défenſe de PUBLIUS
CORNELIUS SYLLA.
La caufe de Publius Corn. Sylla ref-
femble affez à celle de Murena. Ce pa-
rent du Dictateur avoit brigué le Con-
fulat , & il avoit été défigné pour rem-
plir cette place avec P. Autronius Pa-
tus. L'un & l'autre comptant peu fur
fon mérite perfonnel , où redoutant le
crédit de fes concurrens , ils avoient
penfé à s'affurer par des largeffes la fa-
veur du Peuple. Deux de leurs rivaux ,
(e ) Quintus Cicéron , Frère de l'Orateur ,
fuccéda à Flaccus dans le Gouvernement d'Afie.
Nous avons encore une Lettre que lui adreffa
fon frère dans ce temps-là : elle contient des
avis admirables pour fon adminiftration. Les ma-
ximes de modération & d'humanité , les régles
d'équité & de prudence , enfin tout ce qui peut
fervir à la conduite d'un Miniftre de l'Autorité
fouveraine y eft exposé d'une manière fi propret
à faire le bonheur du genre humain
•
mérite une place dans le cabinet de tous ceux
qui gouvernent , fpécialement de ceux qui com-
mandent dans les Provinces éloignées de la Cour,
& qui à cette distance du Souverain , font plus
fouvent tentés d'abufer de leur pouvoir.
qu'elle
H.Cic.
JUILLET. 1764.
19
L. Cotta (f) & L. Torquatus décou-
vrirent leurs intrigues , & les ayant con-
vaincus d'avoir diftribué de l'argent pour
acheter les fuffrages , ils perdirent le
Confulat , & , fuivant la loi , leurs Ac-
cufateurs l'obtinrent à leur place.
Ce n'étoit pas affez de cette première
difgrace. L. Torquatus , fils du Conful ,
intenta bientôt après une autre accufa-
tion contre Sylla.
Il prétendoit qu'il
avoit été complice de la conjuration de
Catilina. Hortenfuus & Cicéron répon-
dirent pour lui à Torquatus. Il eft à pré-
fumer qu'il fut abfous , puifque dans la
fuite on lui voit faire les fonctions d'Ac-
cufateur dans l'affaire de Gabinius. (g)
(f) Ce L. Cotta étoit Cenfeur dans le temps
que Cicéron follicitoit le Confulat. Il paffoit pour
aimer le vin. Un jour que notre Orateur étoit
fatigué de fes courfes , il s'arrêta dans la Place pu-
blique , & demanda un verre d'eau pour fe
raffraîchir. Ayant remarqué que les amis l'envi-
ronnoient pendant qu'il buvoit : Vous faites bien,
leur dit-il , de me cacher , de peur que Cotta ne me
voye & ne me cenfure pour avoir bû de l'eau. C'eſt
Plutarque qui nous a confervé ce mot prétendu
agréable.
(g) Suivant l'ordre chron . c'eſt ici la place de
l'élégante défenſe du Poëte Archias, & des IV Dif-
cours pron. par C. au retour de fon exil On trouve
T'hiftoire de la première de ces Piéces dans le M.
de Février de cette année , & celle des 4 autres
dans le M. du mois de Mai fuivant , p. 5 & fuiv. ,
Discours de CICERON.
HISTOIRE de la défense de MARCUS
FONTEIUS.
UN Etat Républicain est plus propre
à former de grands Orateurs qu'une
Monarchie ; & Cicéron doit peut - être
une partie de fa gloire à la conftitution
de fa patrie. Ce qui nous refte de l'une
II. Vol.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
des deux harangues qu'il prononça pour
la défenfe de Fonteius eft bien capable
d'exciter nos regrets fur la perte de ce
qui n'eft pas venu jufqu'à nous.
Marcus Fonteïus , élu Préteur , avoit
eu le Gouvernement de la Gaule Nar-
bonnoife. Sa conduite dans cette Provin-
ce , fi on en croit fes accufateurs , fut
femblable à celle que tenoient alors
tous les Gouverneurs Romains , c'est-à-
dire telle que nous avons vu celle de
Verrès. Après un féjour de trois ans , il
revint à Rome. A peine y fut-il arrivé ,
qu'Indicomare un des Princes Gaulois
vint l'accufer d'avoir fait beaucoup d'in-
juftices & d'exactions dans fa Province ,
furtout dans ce qui regardoit les VINS;
fur lefquels il avoit , dit-on , mis un im-
pôt extraordinaire.
Il eſt à préfumer que Fonteius n'é-
toit pas accufé injuftement , car malgré
tout l'art de l'Orateur , on apperçoit l'a-
dreffe dont Cicéron fe fert pour exciter
la haine contre les Accufateurs , & la
compaffion en faveur de l'Accufé. Pour
ruiner le crédit des témoins, il ne craint
pas de repréfenter toute leur Nation
comme un Peuple livré à l'ivrognerie
impie , de mauvaiſe foi , naturellement
ennemi de toute Religion , fans refpe&t
pour
JUILLET. 1764.
7
la fainteté des fermens & fouillant
les Autels des Dieux qu'il adoroit , par
des facrifices humains. Pour exciter la
pitié des Juges , il fait valoir avec toute
la force de l'éloquence , l'interceffion &
les larmes de la foeur de Fonteïus , qui
étoit une des Veſtales , & qui affiſtoit à
l'Audience.
Nous ne fçavons rien de certain fur
l'événement du procès. Les Mémoires-
du temps gardent un profond filence fur
cet article intéreffant à bien des égards.
HISTOIRE du Plaidoyer prononcé
dans la Caufe d'AULU'S CÆCINA.
La Caufe de Cacina eft bien diffé-
rente de la précédente. Elle a pour objet
un droit de fucceffion qui dépendoit
d'un point fort fubtil de la Loi.
Un habitant de Tarquinies , nommé
Marcus Fulcinius , laiffa en mourant à
fa femme Cæfennia l'ufufruit de tous fes
biens , afin qu'elle en jouît avec fon
fils qu'il avoit inftitué fon héritier. Ce
fils vint à mourir peu du temps après
fon Père , de façon que Cafennia fe
trouvant maîtreffe d'une fortune affez
confidérable
elle réfolut , par les
confeils de fes amis de faire l'acquifition
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
d'un fonds de terre à fa bienséance. Elle
chargea de cette affaire Sextus Ebutius ,
& de concert avec elle cet habileAgent, fit
paffer le contrat en fon nom . Elle étoit
alors en termes de mariage avec Aulus
Cacina , qu'elle époufa en effet quelque
temps après. Elle difpofa de tous fes
biens en fa faveur , & le nomma fon
héritier. Elle ne vêcut pas longtemps
après fon teftament , & fa mort mit
Cacina en poffeffion de la fortune de
Cafennia. Ebutius revendiqua alors la
terre qu'il avoit achetée pour la défunte :
il foutint qu'elle étoit à lui , & qu'il
l'avoit payée de fes propres deniers. Il
obtint même du Préteur une Sentence
provifoire qui lui confervoit la poffeffion
du fonds contefté. Cacina ne voulut
pas s'y foumettre ; il tacha au contrai-
re de s'emparer de force d'un bien qui
lui appartenoit légitimement. Ebutius ,
qui s'y attendoit , avoit pris fes précau-
tions , & Cocina , fut repouffé par un
gros de gens armés. Il fe pourvut alors
en Juftice réglée devant le Préteur Dola-
bella & demanda non-feulement la
,
reftitution du bien ufurpé par Ebutius ,
mais encore des dommages & intérêts.
Cicéron appuya fa demande par le beau
difcours qui nous refte
2
difcours où
JUILLET. 1764.
9
l'Orateur fait éclater fes lumières dans la
Jurifprudence , & où il montre que fes
emplois & fon caractère public , ( il étoit
Edile alors ) ne lui faifoient rien perdre
de fon zéle pour les ex rcices du
Barreau.
La Jurifprudence des Romains étoit
bien différente de la nôtre fur l'article
des fucceffions , ainfi qu'on l'a pu voir
par ce précis. Le difcours de Cicéron
eft rempli de ces anciennes formules de
Droit , fi difficiles à entendre pour ceux
qui n'ont aucune teinture de cette partie
du langage Romain. Il eût été à fou-
haiter que l'Académicien François qui
nous a donné une Edition fi belle & fi
complette des Œuvres du Père de l'élo-
quence , eût pris la peine de les ex-
pliquer dans fon Choix des Commen-
taires. Ce travail difficile & rebutant par
lui-même ne pouvoit être confié a un
Sçavant plus capable de remplir cette
carrière avec honneur. ( a )
( a ) L'ordre Chronologique exigeroit qu'on
plaçât ici la défenſe de la Loi propofée par Ma-
nilius , Tribun du Peuple ; on en trouve l'hiftoi
re dans le Mercure d'Avril de cette année, L. Vol. "
P.5. & fuiv,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
HISTOIRE de la défenfe d'AULUS
CLUENTIUS AVITUS.
L'HISTOIRE de cette caufe préfente
une Scène fi monftrueufe de poifons ,
de meurtres , d'inceftes , de furbornation
de témoins , de corruption de Juges ,
que les fictions poëtiques n'approchent
pas de toutes ces horreurs.
Aulus Cluentius Avitus étoit Che-
valier Romain ; fa naiffance étoit illuf-
tre, & il jouiffoit d'une fortune confidé-
rable. Le cœur de fa mère Saffia réunif-
foit aufouverain dégré toutes les qualités
qui peuvent former un monftre. La
baffeffe d'âme , la débauche effrénée
l'avarice la plus infâme , formoient fon
caractère. Après s'être mariée deux fois ,
d'abord au Père de Cluentius , enfuite
à un certain Mélinus , elle époufa en
troifiémes nôces Oppianicus , homme
foible & cruel , à qui elle communiqua
toutes fes fureurs. Avant de fe détermi-
ner à l'époufer , elle exigea de lui le
meurtre de Mélinus fon fecond mari. Un
amant ne pouvoit lui plaire , s'il n'avoit
les mains teintes de fang , & pour la
mériter il falloit un crime.
Les mœurs douces de Cluentius for-
JUILLET. 1764.
II
moient un contrafte piquant avec la
`conduite odieufe de fa mère : fes vertus
fembloient lui reprocher fes crimes ;
auffi fa perte fut- elle réfolue. La victi-
me que le méchant immole le plus vo-
lontiers , c'eſt l'homme de bien.
Le Tribunal du Préteur Qu. Nafon
retentit bientôt de l'accufation intentée
contre Cluentius. Son crime prétendu
étoit d'avoir empoifonné fon beau- père
Oppianicus , qui avoit été banni lui-
même deux ans auparavant , pour avoir
tenté d'empoifonner Cluentius.
Chacun reconnut la main d'où par-
toit ce coup terrible. C'étoit en effet la
malheureufe Saffia qui étoit l'âme d'une
accufation auffi atroce. Cicéron prit la
défenſe de l'Accufé , & prouva fon in-
nocence avec autant de force que d'élo-
quence.... Quelle mère ! s'écrie l'O-
» rateur , que celle qui fe laiffe entraî-
» ner aveuglément par les plus cruelles
» & les plus brutales paffions ; qui ne
» connoît ni honte ni pudeur ; qui par
» la dépravation de fon caractère tourne
les meilleures Loix aux fins les plus
» déteftables ; qui fe conduit avec tant
» de folie qu'on ne la prendroit pas
» pour une femme ; avec tant de cruau-
» té qu'on ne peut lui donner le nom
A vji
12 MERCURE DE FRANCE.
» de mère : un monftre qui a confondu
» non feulement les noms & les droits
» de la Nature , mais jufqu'à fes dépen-
» dances. . . . . . enfin à qui il ne refte
» rien d'humain que la figur . ( b )
L'époque de cette action doit fe rap-
porter à l'année du Confulat de Lepi-
dus & de Tullus. Ce Quintus Voconius
Nafon dont on vient de parler avoit
reçu la commiffion expreffe de con-
noître des procès criminels , fur le fait
du poifon. ( c )
( b ) Cicéron étoit Préteur lorsqu'il prononça
ce Difcours. Une chofe à remarquer , c'eft que
pendant le temps de cette Magiftrature , il fré-
quentoit affiduement l'Ecole de Gniphon, célébre
Rhetoricien du temps. Comme on ne peut pas
fuppofer qu'il lui reftât quelques nouvelles inf-
tructions à recevoir , il faut préfumer que fon
deffein étoit de fe confirmer dans la perfection
où il étoit parvenu , & de prévenir toute forte
d'affoibliffement , en s'exerçant fous les yeux d'ún
fi bon Maître. Peut- être auffi n'avoit-il en vue
que de faire honneur à Gniphon & à l'art dont
il faifoit profeffion , ou d'infpirer de l'émulation
à la jeune Nobleſſe , par la préſence d'un des
premiers Magiftrats de Rome. H. Cic. IV. pag.
217.
( c) Nous fommes obligés d'avertir que c'eſt
ici la place de l'Hiftoire des trois Difcours de
Cicéron contre la Loi Agraire. Elle se trouve
dans le Mercure du mois de Mars de cette am-
née, pag. s &fuiv.
$
JUILLET. 1764.
13
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenfe de C. RABIRIUS , accufé
de meurtre , de révolte & de trahifon.
Si l'on doit en croire les Historiens
contemporains de Cicéron , cette affaire-
ci eft la première caufe d'importance
que cet Orateur ait plaidée . Quoiqu'il en
foit , il eft du moins certain que l'affaire
de Caius Rabirius étoit celle de tout
le Sénat Romain , & que fa condamna-
tion étoit le triomphe de la rage des
Tribuns du Peuple. On eût dit que la
deftinée de ces Magiftrats fubalternes
étoit de perfécuter fans ceffe les gens
de bien.
Peu de temps après les troubles occa-
fionnés par la propofition de la fameuſe
Loi Agraire , T. Labienus , Tribun du
Peuple s'avifa d'accufer C. Rabirius
Sénateur âgé , & dont la conduite avoit
toujours été irréprochable , d'avoir tué
quatre ans auparavant L. Saturninus ,
autre Tribun du Peuple. Le fait étoit au
moins problématique ; mais quand il au-
roit été prouvé , loin de fufciter une af-
faire à Rabirius , ce brave Citoyen au-
roit mérité des éloges pour avoir défait
14 MERCURE DE FRANCE.
fa République d'un Magiftrat auffi rufe
que
féditieux , des intrigues duquel tant
de gens avoient été la victime. D'ail
leurs il auroit été autorifé à ce meurtre
par ce célèbre Décret du Sénat qui
avoit ordonné pour lors aux Citoyens
de prendre les armes pour la défenſe
des Confuls C. Marius & L. Flaccus.
Le Tribun , accufateur de Rabirius
ne pouvoit pas ignorer tout cela ; auffi
n'étoit- ce point à ce Sénateur que La-
bienus vouloit nuire : la vie d'un hom-
me de fon âge importoit peu au repos
de la Ville . Son deffein n'étoit pas obf
cur; il vouloit attaquer une des prin-
cipales prérogatives du Sénat qui con-
fiftoit dans le pouvoir de faire armer
en un moment toute la Ville , lorſqu'il
lui plaifoit de recommander feulement
aux Confuls , DE PRENDRE GARDE
QUE LA R.P. NE REÇUT AUCUN MAL.
( VIDEANT COSS . NE QUID DE-
TRIMENTI RESPUBLICA CAPIAT)
Cette réfolution du Sénat avoit la force
de juftifier tout ce qui fe faifoit en con-
féquence , & fouvent il avoit employé
cette voie dans les féditions , pour ſe
défaire de quelques Magiftrats factieux
fans avoir recours aux formalités de la
Juftice.
JUILLET. 1764.
15
Les Tribuns en avoient fait plufieurs
fois des plaintes ; & quoique l'ufage
en fût très -ancien , ils l'avoient toujours
repréſenté comme une infraction des
Loix établies , qui donnoit aux Séna-
teurs un pouvoir arbitraire fur la vie
des Citoyens. Mais la véritable caufe de
leur chagrin étoit d'y trouver un frein
continuel qui arrêtoit les entrepriſes
de leur ambition , & qui les expofoit
quelquefois à des punitions promptes &
févères. Ils pouvoient tromper la multi-
tude , mais il n'étoit pas aifé d'en im-
pofer au Sénat ; & dans peu d'inftant,
un mot d'avis donné aux Confuls pou-
voit ruiner l'effet des plus longues in-
trigues , & rendre inutile la faveur du
Peuple.
Tous les facieux , & ils étoient en
grand nombre , fe trouvoient donc in-
téreffés à la perte de Rabirius. J. Céfar
un des plus ardens , fut celui qui en-
gagea Labienus à prendre la qualité
d'accufateur ; il fe fit nommer lui- même
Duumvir , c'est- à -dire , l'un des deux
Juges qui affiftoient ordinairement le
Préteur dans les jugemens de trahison .
Le célébre Hortenfuus plaida pour Ra-
birius. Son difcours énergique & plein
de force , fut pourtant fans fuccès . Il
16 MERCURE DE FRANCE.
avoit affaire à des Juges prévenus ; l'ac
cufé fut condamné à perdre la vie : fen-
tence également cruelle & injufte , dont
il appella au Peuple.
C'est à ce nouveau Tribunal que Ci-
céron adreffa le difcours qui nous refte,
monument admirable d'éloquence &
de folidité. Son exorde grave & majef-
tueux frappa toute l'affemblée d'une
vénération religieufe , & lui concilia
l'attention de fes auditeurs. En vain
quelques miférables fuppôts de la faction
Tribunicienne effayerent de le troubler
par leurs clameurs ; ce bruit ne l'effraya
point , & il continua de prouver l'in-
nocence de Rabirius avec autant de
dignité que d'évidence. Avouons - le
pourtant , à la honte de l'humanité
Cicéron auroit perdu fa caufe , Rabi
rius eût été condamné , fi l'Augure Me-
tellus , alors Préteur , n'avoit trouvé
moyen de féparer l'affemblée avant
qu'on en vînt aux fuffrages . Cette affaire
refta donc indécife , & les troubles
qu'excita bientôt après la conjuration
de Catilina , empêcherent qu'elle ne fût
rappellée. ( d)
( d) C'est ici la place des Catilinaires & de la
défense de Muréna. On trouve l'hiftoire des qua-
tre premiers de ces Difcours à la page 10 du
JUILLET. 1764.
17
HISTOIRE du Difcours prononcé pour
la défenſe de L.VAL. FLACCUs.
Lucius Valerius Flaccus , dont Ci-
céron entreprit la défenſe , avoit été un
de fes coopérateurs dans la grande af-
faire de la découverte de la conjuration
de Catilina. Revêtu pour lors de la
Préture ,
it
il reçut dans ce temps- là les
remercîmens du Sénat pour le zéle &
la vigueur avec laquelle il avoit arrêté
les complices de l'ennemi de la Patrie.
Le Gouvernement de l'Afie qu'il avoit
obtenu en fortant de charge , avoit
été la récompenſe de ſes ſervices . A fon
retour , un certain Lælius , jaloux de
fa gloire , s'avifa de l'accufer de vol &
de rapine dans fa Province. Cette ac
cufation fans fondement , fut bientôt
détruite par la harangue de fon défen-
feur, & Flaccus fut abfous par le fuf-
frage unanime de fes Juges.
Ce difcours a pour époque l'an de
Rome 694. Les Confuls étoient C. J.
Mercure du mois d'Avril de cette année , II. Vol,
& celle du dernier , à la page 5 du même Mer-
cure
18 MERCURE DE FRANCE.
Céfar & M. Calpurnius Bibulus : Cice
ron pouvoit avoir 48 ans. ( e )
HISTOIRE de la défenſe de PUBLIUS
CORNELIUS SYLLA.
La caufe de Publius Corn. Sylla ref-
femble affez à celle de Murena. Ce pa-
rent du Dictateur avoit brigué le Con-
fulat , & il avoit été défigné pour rem-
plir cette place avec P. Autronius Pa-
tus. L'un & l'autre comptant peu fur
fon mérite perfonnel , où redoutant le
crédit de fes concurrens , ils avoient
penfé à s'affurer par des largeffes la fa-
veur du Peuple. Deux de leurs rivaux ,
(e ) Quintus Cicéron , Frère de l'Orateur ,
fuccéda à Flaccus dans le Gouvernement d'Afie.
Nous avons encore une Lettre que lui adreffa
fon frère dans ce temps-là : elle contient des
avis admirables pour fon adminiftration. Les ma-
ximes de modération & d'humanité , les régles
d'équité & de prudence , enfin tout ce qui peut
fervir à la conduite d'un Miniftre de l'Autorité
fouveraine y eft exposé d'une manière fi propret
à faire le bonheur du genre humain
•
mérite une place dans le cabinet de tous ceux
qui gouvernent , fpécialement de ceux qui com-
mandent dans les Provinces éloignées de la Cour,
& qui à cette distance du Souverain , font plus
fouvent tentés d'abufer de leur pouvoir.
qu'elle
H.Cic.
JUILLET. 1764.
19
L. Cotta (f) & L. Torquatus décou-
vrirent leurs intrigues , & les ayant con-
vaincus d'avoir diftribué de l'argent pour
acheter les fuffrages , ils perdirent le
Confulat , & , fuivant la loi , leurs Ac-
cufateurs l'obtinrent à leur place.
Ce n'étoit pas affez de cette première
difgrace. L. Torquatus , fils du Conful ,
intenta bientôt après une autre accufa-
tion contre Sylla.
Il prétendoit qu'il
avoit été complice de la conjuration de
Catilina. Hortenfuus & Cicéron répon-
dirent pour lui à Torquatus. Il eft à pré-
fumer qu'il fut abfous , puifque dans la
fuite on lui voit faire les fonctions d'Ac-
cufateur dans l'affaire de Gabinius. (g)
(f) Ce L. Cotta étoit Cenfeur dans le temps
que Cicéron follicitoit le Confulat. Il paffoit pour
aimer le vin. Un jour que notre Orateur étoit
fatigué de fes courfes , il s'arrêta dans la Place pu-
blique , & demanda un verre d'eau pour fe
raffraîchir. Ayant remarqué que les amis l'envi-
ronnoient pendant qu'il buvoit : Vous faites bien,
leur dit-il , de me cacher , de peur que Cotta ne me
voye & ne me cenfure pour avoir bû de l'eau. C'eſt
Plutarque qui nous a confervé ce mot prétendu
agréable.
(g) Suivant l'ordre chron . c'eſt ici la place de
l'élégante défenſe du Poëte Archias, & des IV Dif-
cours pron. par C. au retour de fon exil On trouve
T'hiftoire de la première de ces Piéces dans le M.
de Février de cette année , & celle des 4 autres
dans le M. du mois de Mai fuivant , p. 5 & fuiv. ,
Fermer
11162
p. 20-28
ÉPITRE sur un Mariage, par M. GRESSET, de l'Académie Françoise.
Début :
SUR un rivage solitaire [...]
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texteReconnaissance textuelle : ÉPITRE sur un Mariage, par M. GRESSET, de l'Académie Françoise.
ÉPITRE sur un Mariage, par M.
GRESSET, de l'Académie Françoise.
SUR un rivage solitaire
Où malgré tout l'ennui du temps
Les frimats , la neige , les vents ,
Le foible jour qui nous éclaire ,
La tranquille Raifon préfère
Un foyer champêtre , écarté , -
Et le ciel de la liberté
A l'étroite & lourde athmofphère
Des paravents de la Cité ;
Au milieu du fombre filence ,
De la trifte uniformité
Et de toute la violence™
D'un hyver qui fera cité ;
Et qui , foit dit fans vanité ;
Prête à nos champs de Picardie
L'auftère & fauvage beauté
Des montagnes de Laponie ,
Un bon Hermite confiné
Dans fa cabane rembrunie ,
Et par cette biſe ennemie
A fon grand regret détourné
Du charme d'occuper la vie
Dès la renaiffante clarté ,
Et de l'habitude chérie
JUILLET. 1764
D'aller voir avec volupté
Ses arbres , fon champ , fa prairie,
Parcouroit , far oifiveté ,
Une multitude infinie
D'écrits nouveaux fans nouveauté ,
De phrafes fans néceffité ,
Et de rimes fans poëfie ;
Et dans la belle quantité
Des Euvres dont nous gratifie
La féconde inutilité
Et je ne fçais quelle manie
D'une pauvre célébrité ,
Il admiroit l'éternité
Des Almanachs que le Génie ,
Qui nous gagne de tout côté ,
Fabrique , réchauffe , amplifie
Pour éclairer l'humanité
Et réjouir la compagnie :
Glacé , privé de tout rayon
De cette lumière féconde
Qui colore , embellit , feconde
L'heureuſe imagination ;
Au lieu de fleurs & de gazon
Ne découvrant de fon pupitre
Que les glaces de ce vallon ,
Ces bois courbés fous l'Aquilon ,
Ces tapis d'albâtre & de nitre
Etendus jufqu'à l'horizon ,
21
!
22 MERCURE DE FRANCE .
Loin d'avoir la prétention
Et le moindre goût d'en décrire
La fombre décoration ,
Se trouvant digne au plus de lire ;
Il n'auroit guère imaginé
Qu'il alloit oublier l'empire
De l'hyver le plus obſtiné ,
Et le donner les airs d'écrire :
Dans ce morne & pefant repos ,
Une lettre charmante arrive
Des bords toujours chers & nouveaux
Que baigne & pare de ſes eaux
La Seine à regret fugitive.
O traits enchanteurs & puiſſans !
O prompte & céleſte magie
D'un fouvenir vainqueur des Ans !
Aux accens d'une voix chérie
Qui peut tout fur ſes ſentimens ,
Et qui fçait parer tous les temps
Des rofes d'un heureux génie ,
L'habitant défœuvré des champs
A cru voir pour quelques inftans
Sa folitude refleurie
Briller des couleurs du printemps ;
Et le rappeller à la vie ,
A l'air pur des bois renaiſſans ,
Loin de la trifte compagnie
Des brochures & des écrans ;
JUILLET. 1764.
Affranchi de fa léthargie ,
Dans une heureuſe rêverie
A C.... il s'eft cru tranſporté
C....ce Palais enchanté
De la fimple & belle Nature,
De l'efprit fans méchanceté ,
Du fentiment fans impoſture ;
Et de cette bonne gaîté
Toujours nouvelle , toujours pure ,
Et fi bonne pour la fanté.
L'éclat du plus beau jour de fe
Y faifoit briller ce bonheur ,
Cette éloquente voix du cœur ,
Ces plaifirs que nul art n'apprête ;
Un nouvel époux radieux
Venoit d'amener en ces lieux
Sa jeune & brillante conquête ;
Les voeux , les applaudiffemens
Précédoient & fuivoient leurs traces &
A leurs chiffres refplendiffans
La Gloire uniffoit ceux des Grâces
Er du génie & des Talens ;
Et fous fes aufpices fidelles
Garantiffant leur fort heureux ;
L'Amitié couronnoit leurs nœuds
De fes guirlandes immortelles.
Un folemnel Complimenteur ,
Un long faifeur d'épithalames
23
24 MERCURE DE FRANCE.
Déploîroit ici fa fplendeur
En beaux grands Vers , en Anagrammes ;
En refrains de chaînes , d'ardeur ,
De beaux deftins , de belles flammes ;
11 viendroit , traînant après lui
Son édition bien pliée ,
Bien pefante , bien dédiée ,
Mêler les crêpes de l'ennui
Aux atours de la Mariée ;
Mais laiffons dans tout leur repos
Les galans innocens propos
Dont les Chanfonniers de familles
Et les Aiglons provinciaux
Forment leurs longues cantatilles ,
Leurs vieux im-promptu , leurs rondeaux ,
Toutes leurs ftances fi gentilles
Et leurs perfides Madrigaux :
Le févère & mâle génie
Du fage & brillant Despréaux
S'indigneroit , fi l'ineptie
De tous ces vers de cotterie ,
De fadeurs , de mauvais propos ,
Profanoit C....fa patrie ,
Et par des fons, faſtidieux
Troubloit le charme & l'harmonie
De la Fête de ces beaux lieux.
Pour combler les plus tendres vœux
Que cette union faffe naître
D'illuftres
JUILLET. 1764.
D'illuftres rejettons nombreux ,
Dans qui la Patrie & Le Maître
Puiffent en tout temps reconnoître
Des cœurs dignes de leurs ayeux !
A l'unanime & vrai fuffrage
Et de la Ville & de la Cour ,
Si du fond d'un fimple hermitage
On
peut allier en ce jour
. Un champêtre & naïf hommage ;
Parmi les lauriers & l'encens ,
Les rofes , les myrthes naiffans
Dont les parfums & la parure
Entourent deux époux charmans ,'
La Bonhommie , à l'aventure ,
Vient mêler une fleur des champs.
Le fymbole des bonnes- gens
Et le bouquet de la Nature.
Les pompons , les vernis du temps,
L'efprit de mots , l'enfantillage ,
Les gaîtés de tant de Plaifans.
Si facétieux , fi peſans ,
Le fophiftique perfifflage ,
L'air fingulier , les tons tranchans
N'ornent point de leurs agrémens
Ce tribut d'un climat fauvage ;
Loin des tourbillons enchanteurs
Du bel-efprit & du ramage ,
Loin des bons airs & de l'ufage ,
II. Vol.
B
25
26 MERCURE DE FRANCE .
On n'a que les antiques moeurs
De l'amitié , du radotage ,
Enfin un gothique langage.
Ces miféres du bon vieux temps
Et d'un ridicule ſuprême
O vous pour qui dans ces inftans
J'ai
Pardonnez - en la négligence ,
Vos fêtes , vos enchantemens ,
Et me rendent votre préſence.
Votre amour pour la vérité ,
L'air naturel , la liberté ,
Je vous livre avec aflûrance
Dans toute mon antiquité ,
Que fi féduit par mon eftime
..
Le vieux bon-fens de fon village,
Un cœur vrai , de vieilles erreurs
Malgré ces défauts importans ,
Qui feroient l'abfurdité même
Aux regards de nos Elégans ,
repris avec confiance
Des crayons oubliés longtemps ;
Ne voyez que les fentimens
Qui me tracent , malgré l'abſence ,
Connoiffant bien la fûreté
De votre goût fans inconftance ,
Et le ftyle fans importance ,
Mon Gaulois & ma loyauté ;
Et vous m'aimerez mieux , je pene
JUILLET. 1764.
Pour la bruyante nouveauté ;
Les grands traits , le petit Sublime ,
Et l'air de confiance intime
De tant de modernes Auteurs
Je vifois au ſtyle , aux couleurs ,
A cette empirique éloquence
Au ton neuf& fans conféquence
De nos merveilleux raiſonneurs
Contemplés comme Créateurs
De très-humbles admirateurs
D'échos répandus à la ronde ,
Defous-illuftres , d'Amateurs
Qui vont répétant vers & profe ,
Et d'autrui faiſant les honneurs
Mais je me fauve promptement ,
Je craindrois infenfiblement
Pour ma longue petite Epître
Elle prendroit fans aucun titre.
Si ces riens courent l'univers
Et que par hazard on en caufe ,
Un inftant de vogue en diſpoſe ,
Et bien ou mal la rime expofe
Bij
27
D'un nouveau Ciel , d'un nouveau monde
Par cette foule vagabonde
De Perroquets littérateurs ,
Pour ſe croire auffi quelque chofe
L'air d'ouvrage , qu'affurément
Car tel eft le deftin des vers ,
28 MERCURE DE FRANCE.
Au bruit , aux propos , aux faux airs ,
Aux Sots , aux Eſprits , à la gloſe
Des Pédans lourdement diferts >
Des Freluquets lilas ou verts ,
Et des oifons couleur de role
Enfin à cent dégoûts divers
Que n'ont point ces Meffieurs en profes
Si donc élevés à l'honneur
D'une Renommée éphémère ,
Ces Vers ont le petit malheur
De fubir le froid commentaire
De l'importance ou de l'humeur
Malgré la dérailon altière
Et tout ennuyeux argument
Leur gloire fera tout entière
S'ils plaifent , au ſéjour charmant
Qui m'en dicte le fentiment
Et les pare de fa lumière,
Janvier 1763.
GRESSET, de l'Académie Françoise.
SUR un rivage solitaire
Où malgré tout l'ennui du temps
Les frimats , la neige , les vents ,
Le foible jour qui nous éclaire ,
La tranquille Raifon préfère
Un foyer champêtre , écarté , -
Et le ciel de la liberté
A l'étroite & lourde athmofphère
Des paravents de la Cité ;
Au milieu du fombre filence ,
De la trifte uniformité
Et de toute la violence™
D'un hyver qui fera cité ;
Et qui , foit dit fans vanité ;
Prête à nos champs de Picardie
L'auftère & fauvage beauté
Des montagnes de Laponie ,
Un bon Hermite confiné
Dans fa cabane rembrunie ,
Et par cette biſe ennemie
A fon grand regret détourné
Du charme d'occuper la vie
Dès la renaiffante clarté ,
Et de l'habitude chérie
JUILLET. 1764
D'aller voir avec volupté
Ses arbres , fon champ , fa prairie,
Parcouroit , far oifiveté ,
Une multitude infinie
D'écrits nouveaux fans nouveauté ,
De phrafes fans néceffité ,
Et de rimes fans poëfie ;
Et dans la belle quantité
Des Euvres dont nous gratifie
La féconde inutilité
Et je ne fçais quelle manie
D'une pauvre célébrité ,
Il admiroit l'éternité
Des Almanachs que le Génie ,
Qui nous gagne de tout côté ,
Fabrique , réchauffe , amplifie
Pour éclairer l'humanité
Et réjouir la compagnie :
Glacé , privé de tout rayon
De cette lumière féconde
Qui colore , embellit , feconde
L'heureuſe imagination ;
Au lieu de fleurs & de gazon
Ne découvrant de fon pupitre
Que les glaces de ce vallon ,
Ces bois courbés fous l'Aquilon ,
Ces tapis d'albâtre & de nitre
Etendus jufqu'à l'horizon ,
21
!
22 MERCURE DE FRANCE .
Loin d'avoir la prétention
Et le moindre goût d'en décrire
La fombre décoration ,
Se trouvant digne au plus de lire ;
Il n'auroit guère imaginé
Qu'il alloit oublier l'empire
De l'hyver le plus obſtiné ,
Et le donner les airs d'écrire :
Dans ce morne & pefant repos ,
Une lettre charmante arrive
Des bords toujours chers & nouveaux
Que baigne & pare de ſes eaux
La Seine à regret fugitive.
O traits enchanteurs & puiſſans !
O prompte & céleſte magie
D'un fouvenir vainqueur des Ans !
Aux accens d'une voix chérie
Qui peut tout fur ſes ſentimens ,
Et qui fçait parer tous les temps
Des rofes d'un heureux génie ,
L'habitant défœuvré des champs
A cru voir pour quelques inftans
Sa folitude refleurie
Briller des couleurs du printemps ;
Et le rappeller à la vie ,
A l'air pur des bois renaiſſans ,
Loin de la trifte compagnie
Des brochures & des écrans ;
JUILLET. 1764.
Affranchi de fa léthargie ,
Dans une heureuſe rêverie
A C.... il s'eft cru tranſporté
C....ce Palais enchanté
De la fimple & belle Nature,
De l'efprit fans méchanceté ,
Du fentiment fans impoſture ;
Et de cette bonne gaîté
Toujours nouvelle , toujours pure ,
Et fi bonne pour la fanté.
L'éclat du plus beau jour de fe
Y faifoit briller ce bonheur ,
Cette éloquente voix du cœur ,
Ces plaifirs que nul art n'apprête ;
Un nouvel époux radieux
Venoit d'amener en ces lieux
Sa jeune & brillante conquête ;
Les voeux , les applaudiffemens
Précédoient & fuivoient leurs traces &
A leurs chiffres refplendiffans
La Gloire uniffoit ceux des Grâces
Er du génie & des Talens ;
Et fous fes aufpices fidelles
Garantiffant leur fort heureux ;
L'Amitié couronnoit leurs nœuds
De fes guirlandes immortelles.
Un folemnel Complimenteur ,
Un long faifeur d'épithalames
23
24 MERCURE DE FRANCE.
Déploîroit ici fa fplendeur
En beaux grands Vers , en Anagrammes ;
En refrains de chaînes , d'ardeur ,
De beaux deftins , de belles flammes ;
11 viendroit , traînant après lui
Son édition bien pliée ,
Bien pefante , bien dédiée ,
Mêler les crêpes de l'ennui
Aux atours de la Mariée ;
Mais laiffons dans tout leur repos
Les galans innocens propos
Dont les Chanfonniers de familles
Et les Aiglons provinciaux
Forment leurs longues cantatilles ,
Leurs vieux im-promptu , leurs rondeaux ,
Toutes leurs ftances fi gentilles
Et leurs perfides Madrigaux :
Le févère & mâle génie
Du fage & brillant Despréaux
S'indigneroit , fi l'ineptie
De tous ces vers de cotterie ,
De fadeurs , de mauvais propos ,
Profanoit C....fa patrie ,
Et par des fons, faſtidieux
Troubloit le charme & l'harmonie
De la Fête de ces beaux lieux.
Pour combler les plus tendres vœux
Que cette union faffe naître
D'illuftres
JUILLET. 1764.
D'illuftres rejettons nombreux ,
Dans qui la Patrie & Le Maître
Puiffent en tout temps reconnoître
Des cœurs dignes de leurs ayeux !
A l'unanime & vrai fuffrage
Et de la Ville & de la Cour ,
Si du fond d'un fimple hermitage
On
peut allier en ce jour
. Un champêtre & naïf hommage ;
Parmi les lauriers & l'encens ,
Les rofes , les myrthes naiffans
Dont les parfums & la parure
Entourent deux époux charmans ,'
La Bonhommie , à l'aventure ,
Vient mêler une fleur des champs.
Le fymbole des bonnes- gens
Et le bouquet de la Nature.
Les pompons , les vernis du temps,
L'efprit de mots , l'enfantillage ,
Les gaîtés de tant de Plaifans.
Si facétieux , fi peſans ,
Le fophiftique perfifflage ,
L'air fingulier , les tons tranchans
N'ornent point de leurs agrémens
Ce tribut d'un climat fauvage ;
Loin des tourbillons enchanteurs
Du bel-efprit & du ramage ,
Loin des bons airs & de l'ufage ,
II. Vol.
B
25
26 MERCURE DE FRANCE .
On n'a que les antiques moeurs
De l'amitié , du radotage ,
Enfin un gothique langage.
Ces miféres du bon vieux temps
Et d'un ridicule ſuprême
O vous pour qui dans ces inftans
J'ai
Pardonnez - en la négligence ,
Vos fêtes , vos enchantemens ,
Et me rendent votre préſence.
Votre amour pour la vérité ,
L'air naturel , la liberté ,
Je vous livre avec aflûrance
Dans toute mon antiquité ,
Que fi féduit par mon eftime
..
Le vieux bon-fens de fon village,
Un cœur vrai , de vieilles erreurs
Malgré ces défauts importans ,
Qui feroient l'abfurdité même
Aux regards de nos Elégans ,
repris avec confiance
Des crayons oubliés longtemps ;
Ne voyez que les fentimens
Qui me tracent , malgré l'abſence ,
Connoiffant bien la fûreté
De votre goût fans inconftance ,
Et le ftyle fans importance ,
Mon Gaulois & ma loyauté ;
Et vous m'aimerez mieux , je pene
JUILLET. 1764.
Pour la bruyante nouveauté ;
Les grands traits , le petit Sublime ,
Et l'air de confiance intime
De tant de modernes Auteurs
Je vifois au ſtyle , aux couleurs ,
A cette empirique éloquence
Au ton neuf& fans conféquence
De nos merveilleux raiſonneurs
Contemplés comme Créateurs
De très-humbles admirateurs
D'échos répandus à la ronde ,
Defous-illuftres , d'Amateurs
Qui vont répétant vers & profe ,
Et d'autrui faiſant les honneurs
Mais je me fauve promptement ,
Je craindrois infenfiblement
Pour ma longue petite Epître
Elle prendroit fans aucun titre.
Si ces riens courent l'univers
Et que par hazard on en caufe ,
Un inftant de vogue en diſpoſe ,
Et bien ou mal la rime expofe
Bij
27
D'un nouveau Ciel , d'un nouveau monde
Par cette foule vagabonde
De Perroquets littérateurs ,
Pour ſe croire auffi quelque chofe
L'air d'ouvrage , qu'affurément
Car tel eft le deftin des vers ,
28 MERCURE DE FRANCE.
Au bruit , aux propos , aux faux airs ,
Aux Sots , aux Eſprits , à la gloſe
Des Pédans lourdement diferts >
Des Freluquets lilas ou verts ,
Et des oifons couleur de role
Enfin à cent dégoûts divers
Que n'ont point ces Meffieurs en profes
Si donc élevés à l'honneur
D'une Renommée éphémère ,
Ces Vers ont le petit malheur
De fubir le froid commentaire
De l'importance ou de l'humeur
Malgré la dérailon altière
Et tout ennuyeux argument
Leur gloire fera tout entière
S'ils plaifent , au ſéjour charmant
Qui m'en dicte le fentiment
Et les pare de fa lumière,
Janvier 1763.
Fermer
11163
p. 28-29
A ma femme, sur l'anniversaire de mon mariage, 11 Mai 1764.
Début :
SEROIT-IL bien possible ? as-tu bien supputé ? [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A ma femme, sur l'anniversaire de mon mariage, 11 Mai 1764.
A ma femme, sur l'anniversaire de
mon mariage, 11 Mai 1764.
SEROIT-IL bien possible ? as-tu bien supputé ?
De notre hymen ce jour, dis- tu , ma chère ,
Eft le fecond anniverſaire.
Dieux que des jours paffés dans la félicité
JUILLET. 1764.
La courſe eſt rapide & légère ;
Déjà deux ans ! cela ne ſe peut pas ;
Et je me crois encore à l'heureuſe journée
eu , par le plus doux hyménée ,
Mais cependant la voix douce & légère
De l'enfant précieux qui , tandis que j'écris ,
Badine & me diftrait par fes chants & ſes ris ,
Me femble une preuve affez claire
L'amour me fit trouver le bonheur dans res bras,
Que déjà ce beau jour eſt à deux ans de nous.
Que dis-je ! il dure encore , il n'a pas ceffé d'être
Extre deux fidéles époux
On ne le voit point difparoître.
Le temps filé par la main de l'Amour
N'eft point fujet à la meſure ,
Et tant qu'il dure , Il n'est qu'un jour
DECHABÉ.
mon mariage, 11 Mai 1764.
SEROIT-IL bien possible ? as-tu bien supputé ?
De notre hymen ce jour, dis- tu , ma chère ,
Eft le fecond anniverſaire.
Dieux que des jours paffés dans la félicité
JUILLET. 1764.
La courſe eſt rapide & légère ;
Déjà deux ans ! cela ne ſe peut pas ;
Et je me crois encore à l'heureuſe journée
eu , par le plus doux hyménée ,
Mais cependant la voix douce & légère
De l'enfant précieux qui , tandis que j'écris ,
Badine & me diftrait par fes chants & ſes ris ,
Me femble une preuve affez claire
L'amour me fit trouver le bonheur dans res bras,
Que déjà ce beau jour eſt à deux ans de nous.
Que dis-je ! il dure encore , il n'a pas ceffé d'être
Extre deux fidéles époux
On ne le voit point difparoître.
Le temps filé par la main de l'Amour
N'eft point fujet à la meſure ,
Et tant qu'il dure , Il n'est qu'un jour
DECHABÉ.
Fermer
11164
p. 29-36
LA VANITÉ CORRIGÉE, CONTE ORIENTAL, Traduction libre de l'Anglois.
Début :
AU milieu de ce vaste Océan, vulgairement appellé la Mer du Sud, est [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA VANITÉ CORRIGÉE, CONTE ORIENTAL, Traduction libre de l'Anglois.
LA VANITÉ CORRIGÉE, CONTE ORIENTAL,
Traduction libre de l'Anglois.
AU milieu de ce vaste Océan,
vulgairement appellé la Mer du Sud, est
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
une Ifle connue fous le nom d'Ifle de
Salomon , environnée de plufieurs au-
tres beaucoup moins confidérables. Un-
des ancêtres du Souverain qui règne
aujourd'hui defpotiquement fur les
habitans de ces Ifles , Prince fameux
par fa fageffe , & premier Législateur
de fon Peuple , leur a donné ce nom
qu'elles portent depuis plufieurs fiècles.
Un Seigneur de cette Ifle principale ,
après avoir oublié qu'il ne devoit fa no-
bleffe qu'aux belles actions de fon ayeul,.
imaginoit ne pouvoir mieux fe diftin-
guer avec fes égaux que par l'orgueil-
feufe & lourde fatuité qu'il regardoit:
comme l'appanage de fon état, & par
la façon dure & méprifante dont il vi--
voit avec ceux qu'il croyoit ſes infé-
rieurs. La Mer baignoit les murs de
fon Château
la chaffe & la pêche
étoient fes occupations les plus graves
& jamais homme n'en avoit été plus.
jaloux , ni ne s'étoit rendu plus redou--
table dans le Pays.
Un pauvre Payfan , propriétaire d'un
petit terrein marécageux où croiffoient
uniquement le faule & l'ofier , qu'il em-
ployoit à différens ouvrages de vanne-
rie , dont il tiroit fa fubfiftance , étoit:
voifin de ce Seigneur ; & ce dernier
JUILLET. 1764.
31
que les très-minces poffeffions du Van-
nier gênoient , à ce qu'il croyoit , dans
fa chaffe
avoit nombre de fois
cherché à le forcer ou à les lui ven-
dre à vil prix , ou à les abandonner à
fon Tyran. Piqué enfin de la réfif-
tance d'un miférable affez téméraire pour
ne pas condefcendre aux defirs d'un
être fi fupérieur , il profita d'un vent
impétueux pour réduire en cendre en
une nuit tout l'héritage & la fortune du
pauvre homme.
Le Vannier, ruiné, fe plaignit de l'op
preffion qu'il avoit foufferte , dans des
termes plus conformes à l'excès de fon
affliction , qu'au refpect dû au rang de
Poppreffeur , & n'en recueillit d'autres
fruits que les traitemens les plus bar-
bares.
Il ne lui reftoit de reffource que celle
de s'aller jetter aux pieds du Souverain ,
dont la juftice étoit univerfellement
connue.
L'oppreffeur fut mandé , & crut juf
tifier fa violence , en alléguant le peu
d'égards & de refpect qu'avoit eu lé
Vannierpour ce qui pouvoit plaire à l'un
des principaux Seigneurs de l'Ifle.
» Eh ! quels égards ( s'écria le Monar
que indigné ) quelles diftin&tions per-
Biv
1
32 MERCURE DE FRANCE.
»fonnelles étoient dues à votre ayeul ,
» jadis porteur de bois dans le Palais de
»
>
mes ancêtres , avant que fon courage
» & fa fidélité pour fon Roi lui euffent
» mérité l'honneur d'être tiré de cet
» état vulgaire que vous méprifez au-
» jourd'hui ? Sa nobleffe étoit pourtant
» plus eſtimable que la vôtre : c'étoit
» celle de l'âme , & non de la naiffan-
» ce ; celle du mérite réel , & non de la
» fortune. Je fuis fâché de voir dans mes
» Etats un Noble avoir l'âme affez baffe
» pour ne pas fentir que le bien-être &
» les autres attributs de fon rang ne
39
» lui ont été tranfmis que pour , qu'-
>> exempt de tous foins pour lui-même,
» il pût ne s'occuper que du bien de
"
» l'Etat & du bonheur de fes inférieurs...
» Et toi , Vannier ( continua le Monar-
» que ) tu n'es pas moins coupable , pour
» avoir recouru trop tard à ma juſtice :
» ton châtiment fera connoître à mes
» Sujets que je fuis fait pour les défen-
» dre ........ qu'on les dépouille l'un &
» l'autre , qu'ils foient conduits dans
» l'Ifle des Sauvages , & qu'on les aban-
» donne à leur destinée.
L'endroit de l'Ifle où ils furent mis
à terre étoit bas , fangeux , & affez
couvert de faules , pour que le Noble
JUILLET. 1764.
33
conçût l'efpérance de bientôt fe fouf-
traire à la vue d'un compagnon que
dans fa difgrace même il regardoit com-
me indigne de lui.
Mais la lumière des lanternes du vair-
feau qui les avoit débarqués pendant la
nuit , après avoir jetté l'allarme parmi
les Sauvages , les avoit fait raffembler
dès le point du jour pour aller à la dé-
couverte dans le canton d'où ce même
vaiffeau avoit paru s'éloigner. Ils ne tar-
derent pas à trouver les deux étrangers
cachés fous les faules. Ils les environ-
nerent , enjettant des cris éffrayans , &
fe difpoferent à les immoler l'un & l'au
tre.
Le Noble fentit alors , pour la pre-
mière fois , combien la fupériorité de
fon rang étoit imaginaire La honte de
fa nudité , le froid auquel il étoit fi peu
fait , l'approche de ces fiers Sauvages ,
leurs hurlemens & leur afpect terrible ,
le peu d'espoir de parvenir à calmer leur
férocité , tant de motifs enfin l'épouvan
terent de façon qu'oubliant tout- a-coup
les idées de grandeur dont il
s'étoit
enivré jufqu'alors , il courut fe cacher
derrière le malheureux compagnon de
fa calamité.
Le Vannier , au contraire , à qui la
By
34 MERCURE DE FRANCE.
pauvreté de fa condition avoit rendu la
nudité prèfque habituelle ; qu'une vie
dure & pénible avoit depuis long - tems
accoutumé à envifager la mort comme
moins redoutable , & à qui le fouvenir
de fon art ignoré par les Sauvages ,
donnoit quelque efpérance de pouvoir
leur être utile ; le Vannier , dis-je , loin
de montrer tant de foibleffe , prit tout-
à-coup le feul parti qui pouvoit le fau-
ver. Ce fut de regarder fans émotion
les Sauvages , de couper des branches
de faules & d'ofier , d'en faire une cou-
ronne , & d'aller refpe&tueufement la
placer fur la tête de celui qu'il préfumoit
être leur Chef. Son efpoir ne fut point
trompé. Cet ornement lui plut fi fort ,
ainfi qu'à ceux qui les fuivoient , & le
Vannier travailla avec tant de vivacité
à fatisfaire les principaux de fes admi-
niftrateurs , qui tous en defiroient un
femblable, queles Sauvages, après avoir
danfé en rond autour de lui , & l'avoir
comblé de careffes, l'inviterent par des fi-
gnes à les fuivre dans leurs cabannes..
Quant à fon Compagnon, qui pendant ce
fpe &acle étoit refté tremblant & à ge-
noux , les Sauvages qui ne voyoient en
lui qu'un pareffeux incapable de leur
être utile , avoient déja la maffuë levée
JUILLET. 1764.
35
pour l'affommer , lorfque le Vannier ,
touché de ce qu'avoit fouffert cet in-
fortuné Seigneur , intercéda pour lui ,
fit entendre par fignes aux Sauvages que
fon camarade n'étoit pas inftruit dans
l'art qu'ils admiroient , mais qu'il comp-
toit bientôt le lui apprendre , & parvint
enfin à obtenir fa grace.
Après trois mois de féjour dans l'Ifle
pendant lefquels le Noble , en qualité
d'aprentif du Vannier , fe plia par degrés
à fes devoirs , & n'eut qu'à fe louer de
l'humanité de fon maître ...... « J'étois
» bien condamnable ( lui dit-il en fou-
» pirant un jour ) d'avoir fi peu fçu dif
» tinguer ce que nous tenons de la na-
ture d'avec ce que nous devons au
» hazard ! les dons de l'une font aufſi
"folides qu'utiles : ceux de l'autre tou-
» jours auffi vuides qu'imaginaires . Je
conçois , mais trop tard , que les cho-
» fes utiles font toujours & par elles-
» mêmes , honorables , & je rougis en
» gémiffant , lorfque je compare l'excès
» de votre humanité avec celui de mes
» cruelles injuftices ......... Ah ! fi jamais
دو
» les Dieux , fatisfaits de mon repentir
» me remettoient en poffeffion de ma
» fortune , je croirois à peine , en la par
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
» tageant avec vous , m'être acquitté
» de ce que je vous dois. »
Le repentir du Noble étoit fincère. Le
Roi , quelques jours après , les ayant
envoyé reprendre par le même vaiſſeau
qui les avoit conduits chez les Sauvages ;
la premiere action du Noble , en ten-
trant dans fes biens , fut de les partager
avec fon libérateur.
Depuis ce jour , lorfqu'un homme
puiffant n'a d'autre excufe pour juſtifier
fon oifiveté ou fon orgueil , que le rang
& les exploits de fes ayeux , le Monar
que s'écrie , & le Peuple répéte en
chœur qu'on le mène au Vannier.
D. L. P.....
Traduction libre de l'Anglois.
AU milieu de ce vaste Océan,
vulgairement appellé la Mer du Sud, est
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
une Ifle connue fous le nom d'Ifle de
Salomon , environnée de plufieurs au-
tres beaucoup moins confidérables. Un-
des ancêtres du Souverain qui règne
aujourd'hui defpotiquement fur les
habitans de ces Ifles , Prince fameux
par fa fageffe , & premier Législateur
de fon Peuple , leur a donné ce nom
qu'elles portent depuis plufieurs fiècles.
Un Seigneur de cette Ifle principale ,
après avoir oublié qu'il ne devoit fa no-
bleffe qu'aux belles actions de fon ayeul,.
imaginoit ne pouvoir mieux fe diftin-
guer avec fes égaux que par l'orgueil-
feufe & lourde fatuité qu'il regardoit:
comme l'appanage de fon état, & par
la façon dure & méprifante dont il vi--
voit avec ceux qu'il croyoit ſes infé-
rieurs. La Mer baignoit les murs de
fon Château
la chaffe & la pêche
étoient fes occupations les plus graves
& jamais homme n'en avoit été plus.
jaloux , ni ne s'étoit rendu plus redou--
table dans le Pays.
Un pauvre Payfan , propriétaire d'un
petit terrein marécageux où croiffoient
uniquement le faule & l'ofier , qu'il em-
ployoit à différens ouvrages de vanne-
rie , dont il tiroit fa fubfiftance , étoit:
voifin de ce Seigneur ; & ce dernier
JUILLET. 1764.
31
que les très-minces poffeffions du Van-
nier gênoient , à ce qu'il croyoit , dans
fa chaffe
avoit nombre de fois
cherché à le forcer ou à les lui ven-
dre à vil prix , ou à les abandonner à
fon Tyran. Piqué enfin de la réfif-
tance d'un miférable affez téméraire pour
ne pas condefcendre aux defirs d'un
être fi fupérieur , il profita d'un vent
impétueux pour réduire en cendre en
une nuit tout l'héritage & la fortune du
pauvre homme.
Le Vannier, ruiné, fe plaignit de l'op
preffion qu'il avoit foufferte , dans des
termes plus conformes à l'excès de fon
affliction , qu'au refpect dû au rang de
Poppreffeur , & n'en recueillit d'autres
fruits que les traitemens les plus bar-
bares.
Il ne lui reftoit de reffource que celle
de s'aller jetter aux pieds du Souverain ,
dont la juftice étoit univerfellement
connue.
L'oppreffeur fut mandé , & crut juf
tifier fa violence , en alléguant le peu
d'égards & de refpect qu'avoit eu lé
Vannierpour ce qui pouvoit plaire à l'un
des principaux Seigneurs de l'Ifle.
» Eh ! quels égards ( s'écria le Monar
que indigné ) quelles diftin&tions per-
Biv
1
32 MERCURE DE FRANCE.
»fonnelles étoient dues à votre ayeul ,
» jadis porteur de bois dans le Palais de
»
>
mes ancêtres , avant que fon courage
» & fa fidélité pour fon Roi lui euffent
» mérité l'honneur d'être tiré de cet
» état vulgaire que vous méprifez au-
» jourd'hui ? Sa nobleffe étoit pourtant
» plus eſtimable que la vôtre : c'étoit
» celle de l'âme , & non de la naiffan-
» ce ; celle du mérite réel , & non de la
» fortune. Je fuis fâché de voir dans mes
» Etats un Noble avoir l'âme affez baffe
» pour ne pas fentir que le bien-être &
» les autres attributs de fon rang ne
39
» lui ont été tranfmis que pour , qu'-
>> exempt de tous foins pour lui-même,
» il pût ne s'occuper que du bien de
"
» l'Etat & du bonheur de fes inférieurs...
» Et toi , Vannier ( continua le Monar-
» que ) tu n'es pas moins coupable , pour
» avoir recouru trop tard à ma juſtice :
» ton châtiment fera connoître à mes
» Sujets que je fuis fait pour les défen-
» dre ........ qu'on les dépouille l'un &
» l'autre , qu'ils foient conduits dans
» l'Ifle des Sauvages , & qu'on les aban-
» donne à leur destinée.
L'endroit de l'Ifle où ils furent mis
à terre étoit bas , fangeux , & affez
couvert de faules , pour que le Noble
JUILLET. 1764.
33
conçût l'efpérance de bientôt fe fouf-
traire à la vue d'un compagnon que
dans fa difgrace même il regardoit com-
me indigne de lui.
Mais la lumière des lanternes du vair-
feau qui les avoit débarqués pendant la
nuit , après avoir jetté l'allarme parmi
les Sauvages , les avoit fait raffembler
dès le point du jour pour aller à la dé-
couverte dans le canton d'où ce même
vaiffeau avoit paru s'éloigner. Ils ne tar-
derent pas à trouver les deux étrangers
cachés fous les faules. Ils les environ-
nerent , enjettant des cris éffrayans , &
fe difpoferent à les immoler l'un & l'au
tre.
Le Noble fentit alors , pour la pre-
mière fois , combien la fupériorité de
fon rang étoit imaginaire La honte de
fa nudité , le froid auquel il étoit fi peu
fait , l'approche de ces fiers Sauvages ,
leurs hurlemens & leur afpect terrible ,
le peu d'espoir de parvenir à calmer leur
férocité , tant de motifs enfin l'épouvan
terent de façon qu'oubliant tout- a-coup
les idées de grandeur dont il
s'étoit
enivré jufqu'alors , il courut fe cacher
derrière le malheureux compagnon de
fa calamité.
Le Vannier , au contraire , à qui la
By
34 MERCURE DE FRANCE.
pauvreté de fa condition avoit rendu la
nudité prèfque habituelle ; qu'une vie
dure & pénible avoit depuis long - tems
accoutumé à envifager la mort comme
moins redoutable , & à qui le fouvenir
de fon art ignoré par les Sauvages ,
donnoit quelque efpérance de pouvoir
leur être utile ; le Vannier , dis-je , loin
de montrer tant de foibleffe , prit tout-
à-coup le feul parti qui pouvoit le fau-
ver. Ce fut de regarder fans émotion
les Sauvages , de couper des branches
de faules & d'ofier , d'en faire une cou-
ronne , & d'aller refpe&tueufement la
placer fur la tête de celui qu'il préfumoit
être leur Chef. Son efpoir ne fut point
trompé. Cet ornement lui plut fi fort ,
ainfi qu'à ceux qui les fuivoient , & le
Vannier travailla avec tant de vivacité
à fatisfaire les principaux de fes admi-
niftrateurs , qui tous en defiroient un
femblable, queles Sauvages, après avoir
danfé en rond autour de lui , & l'avoir
comblé de careffes, l'inviterent par des fi-
gnes à les fuivre dans leurs cabannes..
Quant à fon Compagnon, qui pendant ce
fpe &acle étoit refté tremblant & à ge-
noux , les Sauvages qui ne voyoient en
lui qu'un pareffeux incapable de leur
être utile , avoient déja la maffuë levée
JUILLET. 1764.
35
pour l'affommer , lorfque le Vannier ,
touché de ce qu'avoit fouffert cet in-
fortuné Seigneur , intercéda pour lui ,
fit entendre par fignes aux Sauvages que
fon camarade n'étoit pas inftruit dans
l'art qu'ils admiroient , mais qu'il comp-
toit bientôt le lui apprendre , & parvint
enfin à obtenir fa grace.
Après trois mois de féjour dans l'Ifle
pendant lefquels le Noble , en qualité
d'aprentif du Vannier , fe plia par degrés
à fes devoirs , & n'eut qu'à fe louer de
l'humanité de fon maître ...... « J'étois
» bien condamnable ( lui dit-il en fou-
» pirant un jour ) d'avoir fi peu fçu dif
» tinguer ce que nous tenons de la na-
ture d'avec ce que nous devons au
» hazard ! les dons de l'une font aufſi
"folides qu'utiles : ceux de l'autre tou-
» jours auffi vuides qu'imaginaires . Je
conçois , mais trop tard , que les cho-
» fes utiles font toujours & par elles-
» mêmes , honorables , & je rougis en
» gémiffant , lorfque je compare l'excès
» de votre humanité avec celui de mes
» cruelles injuftices ......... Ah ! fi jamais
دو
» les Dieux , fatisfaits de mon repentir
» me remettoient en poffeffion de ma
» fortune , je croirois à peine , en la par
Bvj
36 MERCURE DE FRANCE.
» tageant avec vous , m'être acquitté
» de ce que je vous dois. »
Le repentir du Noble étoit fincère. Le
Roi , quelques jours après , les ayant
envoyé reprendre par le même vaiſſeau
qui les avoit conduits chez les Sauvages ;
la premiere action du Noble , en ten-
trant dans fes biens , fut de les partager
avec fon libérateur.
Depuis ce jour , lorfqu'un homme
puiffant n'a d'autre excufe pour juſtifier
fon oifiveté ou fon orgueil , que le rang
& les exploits de fes ayeux , le Monar
que s'écrie , & le Peuple répéte en
chœur qu'on le mène au Vannier.
D. L. P.....
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11165
p. 36-38
TRADUCTION de l'Hymne de CLÉANTHE, Lycien, second Fondateur du PORTIQUE, Piéce conservée par STOBÉE. Par une Demoiselle de 18 ans.
Début :
ETRE adoré sous mille noms divers, [...]
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texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION de l'Hymne de CLÉANTHE, Lycien, second Fondateur du PORTIQUE, Piéce conservée par STOBÉE. Par une Demoiselle de 18 ans.
TRADUCTION de l'Hymne de
CLÉANTHE, Lycien, second Fondateur
du PORTIQUE, Piéce conservée
par STOBÉE. Par une Demoiselle
de 18 ans.
ETRE adoré sous mille noms divers,
O toj l'Auteur de ce vafte Univers ,
Et qui fçais le régir avec tant d'harmonie ?
Je tefalue , & Roi puiffant
.
JUILLET. 1764.
Toi , de qui l'Amour bienfaiſant "
Nous permet d'invoquer grandeur infiniet
Quoique rampans , & fragiles humains ,
J'éléverai ma voix aux Cieux ,
C'eſt par toi feul que tout eſt animé :
37
Tu vois en nous l'ouvrage de tes mains ,
Etnous repréſentons ta parole éternelle.
Déformais done , Père des Dieux ,
Pour exalter ton nom , & ta gloire immortelle,
Tout craint les traits dont ton bras eſt armé :
Sous ton augufte Empire il n'eft rien qui ne plie
Jamais rien ne fut fait ſans toi ;
Et tout eft foumis à ta Loi',
Cette éternelle Loi qu'ole braver l'impie
Malheur , Hélas ! à cet impie outré :
Ah de ta loi s'il étoit pénétré ,
Heureux , il couleroit ſes jours dans l'innocence
Mais vil jouer des paffions ,
Il ne fuit dans les actions ,
Que les loix de l'inſtinct , & l'aveugle licences
Grand Jupiter , toi qui fais dans les airs
Gronder la foudre , & briller les éclairs ,
Inſpire à l'incrédule un repentir fincère :
Imprime a jamais dans ſon cœur ,
Ces regrets vifs , cette douleur
Dont l'hommage peutfeul défarmer ta colère.
↓
38 MERCURE DE FRANCE.
Daigne éclairer les trop foibles Mortels :
Tu les verras honorer tes Autels .
Ote leur tout efprit de vertige & d'ivreſſe ;
Alors ils ne s'occuperont
Que de ta loi , dont ils feront
L'unique & digne objet de leurs chants d'allégresse.
CLÉANTHE, Lycien, second Fondateur
du PORTIQUE, Piéce conservée
par STOBÉE. Par une Demoiselle
de 18 ans.
ETRE adoré sous mille noms divers,
O toj l'Auteur de ce vafte Univers ,
Et qui fçais le régir avec tant d'harmonie ?
Je tefalue , & Roi puiffant
.
JUILLET. 1764.
Toi , de qui l'Amour bienfaiſant "
Nous permet d'invoquer grandeur infiniet
Quoique rampans , & fragiles humains ,
J'éléverai ma voix aux Cieux ,
C'eſt par toi feul que tout eſt animé :
37
Tu vois en nous l'ouvrage de tes mains ,
Etnous repréſentons ta parole éternelle.
Déformais done , Père des Dieux ,
Pour exalter ton nom , & ta gloire immortelle,
Tout craint les traits dont ton bras eſt armé :
Sous ton augufte Empire il n'eft rien qui ne plie
Jamais rien ne fut fait ſans toi ;
Et tout eft foumis à ta Loi',
Cette éternelle Loi qu'ole braver l'impie
Malheur , Hélas ! à cet impie outré :
Ah de ta loi s'il étoit pénétré ,
Heureux , il couleroit ſes jours dans l'innocence
Mais vil jouer des paffions ,
Il ne fuit dans les actions ,
Que les loix de l'inſtinct , & l'aveugle licences
Grand Jupiter , toi qui fais dans les airs
Gronder la foudre , & briller les éclairs ,
Inſpire à l'incrédule un repentir fincère :
Imprime a jamais dans ſon cœur ,
Ces regrets vifs , cette douleur
Dont l'hommage peutfeul défarmer ta colère.
↓
38 MERCURE DE FRANCE.
Daigne éclairer les trop foibles Mortels :
Tu les verras honorer tes Autels .
Ote leur tout efprit de vertige & d'ivreſſe ;
Alors ils ne s'occuperont
Que de ta loi , dont ils feront
L'unique & digne objet de leurs chants d'allégresse.
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11166
p. 38
A Son Excellence M. le BARON DE RODENHAUSEN, Chambellan, Lieutenant-Général d'Infanterie, Chevalier de l'Aigle blanc, & Grand-Ecuyer de S. A. S. Madame L'ELECTRICE PALATINE.
Début :
O TOI, l'ami des malheureux, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Son Excellence M. le BARON DE RODENHAUSEN, Chambellan, Lieutenant-Général d'Infanterie, Chevalier de l'Aigle blanc, & Grand-Ecuyer de S. A. S. Madame L'ELECTRICE PALATINE.
A Son Excellence M. le BARON DE
RODENHAUSEN, Chambellan,
Lieutenant-Général d'Infanterie,
Chevalier de l'Aigle blanc, & Grand-Ecuyer
de S. A. S. Madame L'ELECTRICE PALATINE.
O TOI, l'ami des malheureux,
Qui les foutiens , qui les confoles ,
Et n'es courtifan que pour eux ;
Quand Thomas dans les vers nerveux
Fuyant les ornemens frivoles ,
D'un cœur citoyen , vertueux ,
Sans clinquant & fans hyperboles ,
Nous montre les perfections ;
Il ne nous inftruit qu'en paroles ,
Mais tu le fais en actions.
RODENHAUSEN, Chambellan,
Lieutenant-Général d'Infanterie,
Chevalier de l'Aigle blanc, & Grand-Ecuyer
de S. A. S. Madame L'ELECTRICE PALATINE.
O TOI, l'ami des malheureux,
Qui les foutiens , qui les confoles ,
Et n'es courtifan que pour eux ;
Quand Thomas dans les vers nerveux
Fuyant les ornemens frivoles ,
D'un cœur citoyen , vertueux ,
Sans clinquant & fans hyperboles ,
Nous montre les perfections ;
Il ne nous inftruit qu'en paroles ,
Mais tu le fais en actions.
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11167
p. 39
VERS sur le mariage de M. D. L. G. & de Mlle T.
Début :
COUPLE tendre, couple fidéle, [...]
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texteReconnaissance textuelle : VERS sur le mariage de M. D. L. G. & de Mlle T.
VERS sur le mariage de M. D. L. G.
& de Mlle T.
COUPLE tendre, couple fidéle,
Qui vous aimez fi conftament ,
Que chacun fur vous ſe modéle ,
L'hymen aura plus d'agrément :
D'un amour vain , fol & volage
Vos cœurs ne fe font point épris
Minerve en a fair l'affemblage ,
Le bonheur en fera le prix..
Par M. DELAVILLE.
& de Mlle T.
COUPLE tendre, couple fidéle,
Qui vous aimez fi conftament ,
Que chacun fur vous ſe modéle ,
L'hymen aura plus d'agrément :
D'un amour vain , fol & volage
Vos cœurs ne fe font point épris
Minerve en a fair l'affemblage ,
Le bonheur en fera le prix..
Par M. DELAVILLE.
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11168
p. 39-52
SUR PIERRE CORNEILLE.
Début :
PIERRE CORNEILLE nâquit à Rouen en 1606. Il suivit quelque temps [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUR PIERRE CORNEILLE.
SUR PIERRE CORNEILLE.
PIERRE CORNEILLE nâquit à
Rouen en 1606. Il suivit quelque temps
le Barreau , mais l'amour en fit bien-
tôt un Poëte. Il avoit dix- neuf ans lorf
+
qu'il fit fa Mélite . Le fujet de cette
Piéce eft fa propre Hiftoire ; fon Héroïne
époufa depuis M. Dupont , Maître des
Comptes à Rouen. Elle fut célébre par
fon efprit & par fa beauté. Corneille lui
communiquoit fes Ouvrages , & il lui
faifoit honneur de ce qu'on trouve de
40 MERCURE DE FRANCE.
mieux dans fes premiéres piéces.
Il a
confacré fa reconnoiffance & fon amour
dans les Vers fuivans :-
J'ai brûlé fort longtemps d'un amour affez grande,
Et que jufqu'au tombeau je dois bien eftimer ,
Puifque ce fut par là que j'appris à rimer.
Mon bonheur,commença quand mon âme fur
prife ;
Je gagnai de la gloire en perdant ma franchife
Charmé de deux beaux yeux , mon Vers charma
la Cour ,
Et ce que j'ai de nom je le dois à l'amour.·
Pour fe faire une idée du génie de ce
grand Homme , jettons un coup d'œil
fur ce qu'étoit alors la Scène Françoife.
3
On ne peut bien apprécier Corne les
qu'en faifant connoître quels furent fes
modèles , & je choifirai celui de tous
qui jouiffoit de la plus grande réputa-
tion.
Hardi commença à être connu ent
17601 > on ne penfoit pas qu'il y eût
rien à ajouter aux progrès qu'il avoit
fait faire à l'Art Dramatique ; on difoit
de lui , qu'il avoit tiré la Tragédie du
milieu des rue; & des échafauds des
carrefours. Ses Piéces , & leur nombre
feul annonce ce qu'elles font , puifque
1
JUILLET. 1764.
4.7*
dans le cours d'environ trente-fix an-
nées il en avoit compofé plus de huir
cens ; fes Piéces , dis-je , ne préfentent
ni plan , ni mœurs , ni bienféance , ni
verfification. La Scène fe tranfporte de
Naples à Cracovie ; le même perfonna-
ge à vingt ans dans un A&te , & foixan-
te dans l'Acte fuivant. Mais c'est par
lui-même qu'il faut le faire connoître.
La Princeffe Arface éprife de Théa-
gène , a chargé Cibéle , fa confidente
de lui déclarer fon amour. Théagène
paroît.
ARSACE.
Cibéle t'aura dir à-peu-près mon deffein ,
Que tu as fait cruel , un fourneau de mon fein ,
De mes yeux un égout qui diftille fans ceffe ,
Théagène fe borne à des proteftations
de zéle & de refpect. Arface ne pou-
vant rien gagner furfon cœur , le chaffe
de fa préfence & prétend s'en venger
en le deftinant à quelque fonction ſu-
balterne dans fa Cour. Mais bientôt
elle fe reproche cette idée.
ARSAC E.
J'ai honte qu'Echanſon il me ſerve à la table
CIBEL E.
Le fervice.... feroit plus délectable,
42 MERCURE DE FRANCE .
Hardi , veut-il repréfenter Didon
cherchant à retenir Enée , voici comme
il la fait parler :
Trompeur , à quel but donc afpira ton deffein?
De ma pudicité perpétrant le larcin ,
Au creux de cette roche à mon malheur funeſte
Roche où te l'expofa la vengeance céleste !
Me cuidois tu fujette à la lubricité ?
A-t-il à peindre les tranfports em-
preffés d'un Amant :
Mets tout ce vain refpect & ce fcrupule arrière;
Paffons au dernier point du vrai contentement
Sans lequel on n'aima jamais parfaitement ,
Sans lequel périroit la Nature déferte.
Sus de nos jours perdus , récompenfons la perte
Souftre-toi fur l'émail des fleurettes coucher ,
Souffre-moi de ton fein les reliques toucher.
Dans fa Tragédie de l'Hofpitalité
violée
و
deux jeunes Spartiates reçus
dans la maifon de Scedafe , enlévent
de force fes deux filles , & les cris que
l'on entend dans la couliffe , appren-
nent aux Spectateurs que le crime du
viol fe confomme.
Mairet , autre Auteur contemporain
de Corneille , donna fa Silvie , en 1621 .
JUILLET. 1764.
43
Elle fir une fenfation fi prodigieufe ,
que l'on ofa depuis l'oppofer au Cid :
Piéce cependant fans intrigue , fans
caractère & d'un ftyle dont on peut ju-
ger par les vers fuivans .
SFLV-F E.
Plût aux Dieux vifſiez vous mon âme toute nue ,
Pour juger de fa flamme ?
THELA ME.
Elle n'eft trop connue
J'aimerois beaucoup mieux te voir le corps tour
nud.
Enfin on étoit encore fi loin de foup
çonner feulement les premières loix de
l'art dramatique que Corneille,lui - même,
écrivit dans fa préface de Clitandre ,
qui fut joué en 1630 : fi j'ai renfer-
mé cette Piéce dans la régle d'un jour,
ce n'eft pas que je me repente de n'y
avoir point mis Mélite ; ou que je me
fois réfolu à m'y attacher dorénavant.
La Veuve qu'il donna en 1634 , n'eft
pas plus régulière que Mélite ; elle fut
regardée comme un chef- d'œuvre , &
voici l'hommage que Mairet lui adreffa :-
Rare Ecrivain de notre France
Qui le premier des beaux - efprits›
44 MERCURE DE FRANCE.
A fait revivre en tes écrits
L'efprit de Plaute & de Térence ,
Sans rien dérober des douceurs
De Mélite ni de fes foeurs ;
Ó Dieux , que ta Clarice eft belle !
Et que de Veuves à Paris
Souhaiteroient d'être comme elle
Pour ne pas manquer de Maris !'
1
Le génie de ' Corneille , qui l'avoit
déja fi fort élevé au - deffus de fes ri-
vaux , le rendit bientôt fi fupérieur à
lui-même , qu'après avoir pris l'effor
dans fa Tragédie de Médée , il fit pa
roître en 1636 celle du Cid , époque
de la fplendeur du Théâtre François .
Le mauvais gout de fon fiéclę ,
les intrigues de fes concurrens
Gardinal de Richelieu
la
faveur dont ils jouiffoient auprès du
Miniftre &
Protecteur également defpotique , tels
font les obftacles que Corneille eut à
furmonter.
Le Cardinal à qui la gloire de gou-
verner l'Etat & fonMaître ne fuffifoit pas,
vouloit y joindre celle d'effacer tous
les écrivains de fon temps. Le Cidlui eût
affuré ce triomphe , il voulut paffer pour
en être l'Auteur , Corneille eut le courage
de s'y refuſer , & de lá vint toute l'ani
JUILLET. 1764.
45
mofité du Cardinal. On fçait avec quel
acharnement il preffa l'Académie de fe
déclarer contre cet ouvrage ; mille voix
s'éleverent pour le critiquer ; Scudéri fe
préſenta le premier dans la lice , & il
ofa avancer
Que le fujet du Cid ne vaut rien du tout,
Qu'il choque les principales régles du Poeme
dramatique ,
Qu'il manque de jugement enfa conduite
Qu'il a beaucoup de méchans vers ,
Queprefque tout ce qu'il a de beautésfont déro
bées ,
Et qu'ainfi l'estime qu'on en fait eft injuste.
Mais
Que peut contre le roc une vague animée ?
Hercule a-t-il péri ſous l'effort du Pigmée ?
L'Olympe voit en paix fumer le mont Ethna ,
Zoile contre Homère en vain le déchaîna ,
Et la palme du Cid malgré la même audace ,
Croît & s'élève encore au fommet du Parnaffe.
Tous les efforts du Cardinal ne pou-
vant rien contre le Cid , il voulut du
moins affoiblir la gloire de Corneille en
donnant de la célébrité à une Tragé-
die qui pût balancer la fienne. Il crut
que l'amour tyrannique de Scudéri étoit
46 MERCURE DE FRANCE.
propre à remplir fes vues ; & non con-
tent de la fupériorité qu'il lui accorda.
hautement fur le Cid , il chargea Sar-
rafin comme l'oracle & le premier des
beaux-efprits du Siécle , de mettre tout
en ufage pour accréditer cette opinion.
Sarrazin eut la baffeffe de fe prêter à
ce complot. L'amour tyrannique , felon
fui , étoit le chef- d'œuvre du Théâtre
& la meilleure preuve qu'il en pouvoit
donner , difoit-il , après s'être épuifé en
éloges , c'est que cette Piéce étoit ap-
puyée d'une protection qu'il feroit plus
que facrilege de violer , puifque c'eft
celle d'Armand , le Dieu tutélaire des
Lettres.
Armand , comme le dit fort bien M.
de Voltaire , étoit le Protecteur des Let-
tres , & non pas du bon goût. Sarrazin
n'ignoroit pas que ce Dieu s'étoit fi fort
extafié lorfqu'il entendit ces trois vers
du Monologue des Thuilleries.
La Canne s'humecter de la bourbe de l'eau ;
D'une voix enrhouée & d'un battement d'aîle
Animer le canard qui languit auprès d'elle ;
Que d'enthoufiafme ! il donna cin-
quante piftoles à Collettet , qui en étoit
l'Auteur
>
en ajoutant que le Roi
JUILLET. 1764.
47
n'étoit pas affez riche pour payer le
refte. Il eût défiré feulement que le
premier vers fût de la manière fuivante :
La Canne barboter dans la bourbe de l'eau.
Après un pareil trait , on pouvoit
croire fans facrilége que l'opinion du
Cardinal fur les ouvrages d'efprit n'étoit
pas auffi fùre qu'en politique.
Après environ cinq mois de travail
l'Académie Françoife fit paroître fon
jugementfans que pendant tout ce temps-
là , dit M. l'Abbé D'OLI VET , le Car-
dinal qui avoit toutes les affaires du
Royaume fur les bras , & celles de l'Eu
rope dans la tête , fe laffât de ce deffein ,
& relâchát rien de fes foins pour cet
ouvrage.
Les décifions de l'Académie lui firent
honneurs en reprenant les défauts du
CID cefut toujours avec modération &
fouvent avec éloge.
Cette critique fut utile à Corneille pour
la perfection de fon art.
Au Cid perfécuté Cinna doit la naiſſance.
On ne voit pas que fon amour- pro-
pre en fût trop bieffé , puifqu'il écrit
48 MERCURE DE FRANCE.
à Boisrobert , j'ai remporté le té ,
moignage de l'excellence de ma Piéce
par le grand nombre de fes repréſenta-
tions , par la foule extraordinaire des
perfonnes qui y font venues & par les
acclamations générales qu'on lui a fai-
tes ; toute la faveur que peut eſpérer le
fentiment de l'Académie eft d'aller auffi
loin , je ne crains pas qu'il me fur-
paffe. En effet la réputation du Cid vo-
la partout ; les Nations étrangères qui
jufqu'alors avoient dédaigné les pro-
ductions des Poëtes François , voulu-
rent connoître le Cid , & il fut traduit
dans toutes les Langues de l'Europe ,
excepté la Turque & l'Efclavonne.
On fit à Florence un cabinet de pier-
res de rapport , où l'on voyoit les mé-
daillons des quatre plus grands Poëtes
qui euffent jamais paru , Homére , Vir-
gile , le Taffe , Corneille. Cet hommage
rendu à Corneille dans le centre de l'I-
talie , étoit d'autant plus flatteur pour
lui , que la Nation Italienne traitoit
alors toutes les autres de barbares.
Après Le Cid , Corneille donna fuc-
ceffivement , Horace , Cinna , Polieuc-
te , Pompée , le Menteur , la fuite du
Menteur, Rodogune , Théodore , Héra-
clius , Andromède , Don Sanche d'Ar-
ragon
JUILLET. 1764:
49
ragon, Nicomede & Pertharite , qui
n'eut que deux repréſentations . De
toutes les Piéces , celles que préféroit
Corneille , c'étoient , Cinna & Rodo .
gune. La chute de Pertharite le dégoû-
ta du Théâtre. Six années s'écoule-
rent ; & il paroiffoit avoir entiérement
abandonné le genre pour lequel la Na-
ture l'avoit fait naître. Le Sur-Inten-
dant Fouquet le ramena dans la carrière:
Le fuccès prodigieux d'@dipe dut le
confoler de l'infortune de Pertharite.
La Toifon d'Or fut le modèle des Pié-
ces à machines que l'on a vues depuis.
Sertorius eft digne en tout du Grand
Corneille. Othon a quatre actes & ren-
ferme des beautés qui n'appartiennent
qu'à fon génie. Quant à fes autres Pié-
ces , malgré l'opinion qu'il en avoit , il
eft à defirer qu'on ne les recueille point,
fi l'on fait jamais une édition où l'on ne
confulte que fa gloire.
Ce n'eft pas que dans tous fes Ouvra-
ges , il n'y ait des chofes que tout autre
que lui n'eût pas faites ; mais voici ce
que difoit S. Evremont : CORNEILLE
eft fi admirable dans fes belles Piéces
qu'il ne fe laiffe pas fouffrir médiocre
ailleurs ; ce qui n'eftpas excellent en lui
nous femble mauvais , moins pour être
II. Vol.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
mal , que pour n'avoir pas la perfection
qu'il a fçu donner à d autres choſes.
Ce n'est pas affez à CORNEILLE de
nous plaire légèrement , s'il ne ravit nos
efprits.... Ils employeront leurs lumières
à connoître avec dégoût la différence
qu'il y a delui à lui- même.... Avec COR-
NEILLE , nos ames fe préparent à des
tranfports, & fi elles ne font pas enle-
vées, il les laille dans un état plus diffi
cile à foutenir que la langueur.... il eft
malaife , je l'avoue , d'enlever une ame
hors defon affiette ; mais CORNEILLE
pour l'avoir fait trop fouvent , s'eft im-
pofé la loi de le faire toujours.
Corneille mourut à Paris le premier
Octobre 1684. plein de cette élévation
d'âme & du mâle génie qu'il a tranfmis
à fes héros , il ne fçut méttre en ufage
aucun des moyens qui menent à la for-
tune ; mais du moins il jouiffoit de fon
indépendance & de fa gloire. Il fen-
toit fa fupériorité , & il avoit le noble
courage d'en parler lui - même .
Il fe
peint dans ces Vers qu'il adreffoit à un
de fes amis .
Je fçais ce queje vaux & crois ce qu'on m'en dit,
Pour me faire admirer je ne fais point de ligne ,
JUILLET. 1764.
SI
Mes Vers en tous les lieux font mes feuls parti-
fans ,
Par leur feule beauté ma plume eft eftimée ,
Je ne dois quà moi feul toute ma rénommée ,
Et penſe toutefois n'avoir point de rival
A qui je faffetort en le traitant d'égal.
Mais de fes rivaux ,
de fes héros.
fi quelqu'un fut
digne de l'être , Racine fut le feul qu'on
lui opposât ; & fans doute la diſtance de
l'un à l'autre eft immenſe.
Corneille créa la Tragédie; Racine a
été loin de la foutenir au point où Cor-
neille l'a portée.
Les caractères de Corneille font vrais
malgré toute leur grandeur ; Racine ne
doit la vérité des ficns qu'a la petiteffe
Corneille a fait trente-trois Piéces dans
lefquelles il eft prèfque toujours nou-
veau ; Racine n'en a fait que treize dans
lefquelles il eft prèfque toujours le
même.
Le grand mérite de Racine fut la
pureté du ftyle ; mais il écrivit quarante
ans après Corneille , & dans un temps où
la langue , graces à Corneille , à Boileau,
à Pafchal,à Boffuet , avoit déja acquis
C ijl
52 MERCURE DE FRANCE.
le point de perfection dont elle eſt fuf-
ceptible. D'ailleurs a- t- on jamais mis
la couleur au-deffus du deffein & de l'or-
donnance ?
En un mot , plus d'un Auteur a réuſſi
fur les traces de Racine , en eft- il un qui
ait pu
fuivre le vol de Corneille ?
PIERRE CORNEILLE nâquit à
Rouen en 1606. Il suivit quelque temps
le Barreau , mais l'amour en fit bien-
tôt un Poëte. Il avoit dix- neuf ans lorf
+
qu'il fit fa Mélite . Le fujet de cette
Piéce eft fa propre Hiftoire ; fon Héroïne
époufa depuis M. Dupont , Maître des
Comptes à Rouen. Elle fut célébre par
fon efprit & par fa beauté. Corneille lui
communiquoit fes Ouvrages , & il lui
faifoit honneur de ce qu'on trouve de
40 MERCURE DE FRANCE.
mieux dans fes premiéres piéces.
Il a
confacré fa reconnoiffance & fon amour
dans les Vers fuivans :-
J'ai brûlé fort longtemps d'un amour affez grande,
Et que jufqu'au tombeau je dois bien eftimer ,
Puifque ce fut par là que j'appris à rimer.
Mon bonheur,commença quand mon âme fur
prife ;
Je gagnai de la gloire en perdant ma franchife
Charmé de deux beaux yeux , mon Vers charma
la Cour ,
Et ce que j'ai de nom je le dois à l'amour.·
Pour fe faire une idée du génie de ce
grand Homme , jettons un coup d'œil
fur ce qu'étoit alors la Scène Françoife.
3
On ne peut bien apprécier Corne les
qu'en faifant connoître quels furent fes
modèles , & je choifirai celui de tous
qui jouiffoit de la plus grande réputa-
tion.
Hardi commença à être connu ent
17601 > on ne penfoit pas qu'il y eût
rien à ajouter aux progrès qu'il avoit
fait faire à l'Art Dramatique ; on difoit
de lui , qu'il avoit tiré la Tragédie du
milieu des rue; & des échafauds des
carrefours. Ses Piéces , & leur nombre
feul annonce ce qu'elles font , puifque
1
JUILLET. 1764.
4.7*
dans le cours d'environ trente-fix an-
nées il en avoit compofé plus de huir
cens ; fes Piéces , dis-je , ne préfentent
ni plan , ni mœurs , ni bienféance , ni
verfification. La Scène fe tranfporte de
Naples à Cracovie ; le même perfonna-
ge à vingt ans dans un A&te , & foixan-
te dans l'Acte fuivant. Mais c'est par
lui-même qu'il faut le faire connoître.
La Princeffe Arface éprife de Théa-
gène , a chargé Cibéle , fa confidente
de lui déclarer fon amour. Théagène
paroît.
ARSACE.
Cibéle t'aura dir à-peu-près mon deffein ,
Que tu as fait cruel , un fourneau de mon fein ,
De mes yeux un égout qui diftille fans ceffe ,
Théagène fe borne à des proteftations
de zéle & de refpect. Arface ne pou-
vant rien gagner furfon cœur , le chaffe
de fa préfence & prétend s'en venger
en le deftinant à quelque fonction ſu-
balterne dans fa Cour. Mais bientôt
elle fe reproche cette idée.
ARSAC E.
J'ai honte qu'Echanſon il me ſerve à la table
CIBEL E.
Le fervice.... feroit plus délectable,
42 MERCURE DE FRANCE .
Hardi , veut-il repréfenter Didon
cherchant à retenir Enée , voici comme
il la fait parler :
Trompeur , à quel but donc afpira ton deffein?
De ma pudicité perpétrant le larcin ,
Au creux de cette roche à mon malheur funeſte
Roche où te l'expofa la vengeance céleste !
Me cuidois tu fujette à la lubricité ?
A-t-il à peindre les tranfports em-
preffés d'un Amant :
Mets tout ce vain refpect & ce fcrupule arrière;
Paffons au dernier point du vrai contentement
Sans lequel on n'aima jamais parfaitement ,
Sans lequel périroit la Nature déferte.
Sus de nos jours perdus , récompenfons la perte
Souftre-toi fur l'émail des fleurettes coucher ,
Souffre-moi de ton fein les reliques toucher.
Dans fa Tragédie de l'Hofpitalité
violée
و
deux jeunes Spartiates reçus
dans la maifon de Scedafe , enlévent
de force fes deux filles , & les cris que
l'on entend dans la couliffe , appren-
nent aux Spectateurs que le crime du
viol fe confomme.
Mairet , autre Auteur contemporain
de Corneille , donna fa Silvie , en 1621 .
JUILLET. 1764.
43
Elle fir une fenfation fi prodigieufe ,
que l'on ofa depuis l'oppofer au Cid :
Piéce cependant fans intrigue , fans
caractère & d'un ftyle dont on peut ju-
ger par les vers fuivans .
SFLV-F E.
Plût aux Dieux vifſiez vous mon âme toute nue ,
Pour juger de fa flamme ?
THELA ME.
Elle n'eft trop connue
J'aimerois beaucoup mieux te voir le corps tour
nud.
Enfin on étoit encore fi loin de foup
çonner feulement les premières loix de
l'art dramatique que Corneille,lui - même,
écrivit dans fa préface de Clitandre ,
qui fut joué en 1630 : fi j'ai renfer-
mé cette Piéce dans la régle d'un jour,
ce n'eft pas que je me repente de n'y
avoir point mis Mélite ; ou que je me
fois réfolu à m'y attacher dorénavant.
La Veuve qu'il donna en 1634 , n'eft
pas plus régulière que Mélite ; elle fut
regardée comme un chef- d'œuvre , &
voici l'hommage que Mairet lui adreffa :-
Rare Ecrivain de notre France
Qui le premier des beaux - efprits›
44 MERCURE DE FRANCE.
A fait revivre en tes écrits
L'efprit de Plaute & de Térence ,
Sans rien dérober des douceurs
De Mélite ni de fes foeurs ;
Ó Dieux , que ta Clarice eft belle !
Et que de Veuves à Paris
Souhaiteroient d'être comme elle
Pour ne pas manquer de Maris !'
1
Le génie de ' Corneille , qui l'avoit
déja fi fort élevé au - deffus de fes ri-
vaux , le rendit bientôt fi fupérieur à
lui-même , qu'après avoir pris l'effor
dans fa Tragédie de Médée , il fit pa
roître en 1636 celle du Cid , époque
de la fplendeur du Théâtre François .
Le mauvais gout de fon fiéclę ,
les intrigues de fes concurrens
Gardinal de Richelieu
la
faveur dont ils jouiffoient auprès du
Miniftre &
Protecteur également defpotique , tels
font les obftacles que Corneille eut à
furmonter.
Le Cardinal à qui la gloire de gou-
verner l'Etat & fonMaître ne fuffifoit pas,
vouloit y joindre celle d'effacer tous
les écrivains de fon temps. Le Cidlui eût
affuré ce triomphe , il voulut paffer pour
en être l'Auteur , Corneille eut le courage
de s'y refuſer , & de lá vint toute l'ani
JUILLET. 1764.
45
mofité du Cardinal. On fçait avec quel
acharnement il preffa l'Académie de fe
déclarer contre cet ouvrage ; mille voix
s'éleverent pour le critiquer ; Scudéri fe
préſenta le premier dans la lice , & il
ofa avancer
Que le fujet du Cid ne vaut rien du tout,
Qu'il choque les principales régles du Poeme
dramatique ,
Qu'il manque de jugement enfa conduite
Qu'il a beaucoup de méchans vers ,
Queprefque tout ce qu'il a de beautésfont déro
bées ,
Et qu'ainfi l'estime qu'on en fait eft injuste.
Mais
Que peut contre le roc une vague animée ?
Hercule a-t-il péri ſous l'effort du Pigmée ?
L'Olympe voit en paix fumer le mont Ethna ,
Zoile contre Homère en vain le déchaîna ,
Et la palme du Cid malgré la même audace ,
Croît & s'élève encore au fommet du Parnaffe.
Tous les efforts du Cardinal ne pou-
vant rien contre le Cid , il voulut du
moins affoiblir la gloire de Corneille en
donnant de la célébrité à une Tragé-
die qui pût balancer la fienne. Il crut
que l'amour tyrannique de Scudéri étoit
46 MERCURE DE FRANCE.
propre à remplir fes vues ; & non con-
tent de la fupériorité qu'il lui accorda.
hautement fur le Cid , il chargea Sar-
rafin comme l'oracle & le premier des
beaux-efprits du Siécle , de mettre tout
en ufage pour accréditer cette opinion.
Sarrazin eut la baffeffe de fe prêter à
ce complot. L'amour tyrannique , felon
fui , étoit le chef- d'œuvre du Théâtre
& la meilleure preuve qu'il en pouvoit
donner , difoit-il , après s'être épuifé en
éloges , c'est que cette Piéce étoit ap-
puyée d'une protection qu'il feroit plus
que facrilege de violer , puifque c'eft
celle d'Armand , le Dieu tutélaire des
Lettres.
Armand , comme le dit fort bien M.
de Voltaire , étoit le Protecteur des Let-
tres , & non pas du bon goût. Sarrazin
n'ignoroit pas que ce Dieu s'étoit fi fort
extafié lorfqu'il entendit ces trois vers
du Monologue des Thuilleries.
La Canne s'humecter de la bourbe de l'eau ;
D'une voix enrhouée & d'un battement d'aîle
Animer le canard qui languit auprès d'elle ;
Que d'enthoufiafme ! il donna cin-
quante piftoles à Collettet , qui en étoit
l'Auteur
>
en ajoutant que le Roi
JUILLET. 1764.
47
n'étoit pas affez riche pour payer le
refte. Il eût défiré feulement que le
premier vers fût de la manière fuivante :
La Canne barboter dans la bourbe de l'eau.
Après un pareil trait , on pouvoit
croire fans facrilége que l'opinion du
Cardinal fur les ouvrages d'efprit n'étoit
pas auffi fùre qu'en politique.
Après environ cinq mois de travail
l'Académie Françoife fit paroître fon
jugementfans que pendant tout ce temps-
là , dit M. l'Abbé D'OLI VET , le Car-
dinal qui avoit toutes les affaires du
Royaume fur les bras , & celles de l'Eu
rope dans la tête , fe laffât de ce deffein ,
& relâchát rien de fes foins pour cet
ouvrage.
Les décifions de l'Académie lui firent
honneurs en reprenant les défauts du
CID cefut toujours avec modération &
fouvent avec éloge.
Cette critique fut utile à Corneille pour
la perfection de fon art.
Au Cid perfécuté Cinna doit la naiſſance.
On ne voit pas que fon amour- pro-
pre en fût trop bieffé , puifqu'il écrit
48 MERCURE DE FRANCE.
à Boisrobert , j'ai remporté le té ,
moignage de l'excellence de ma Piéce
par le grand nombre de fes repréſenta-
tions , par la foule extraordinaire des
perfonnes qui y font venues & par les
acclamations générales qu'on lui a fai-
tes ; toute la faveur que peut eſpérer le
fentiment de l'Académie eft d'aller auffi
loin , je ne crains pas qu'il me fur-
paffe. En effet la réputation du Cid vo-
la partout ; les Nations étrangères qui
jufqu'alors avoient dédaigné les pro-
ductions des Poëtes François , voulu-
rent connoître le Cid , & il fut traduit
dans toutes les Langues de l'Europe ,
excepté la Turque & l'Efclavonne.
On fit à Florence un cabinet de pier-
res de rapport , où l'on voyoit les mé-
daillons des quatre plus grands Poëtes
qui euffent jamais paru , Homére , Vir-
gile , le Taffe , Corneille. Cet hommage
rendu à Corneille dans le centre de l'I-
talie , étoit d'autant plus flatteur pour
lui , que la Nation Italienne traitoit
alors toutes les autres de barbares.
Après Le Cid , Corneille donna fuc-
ceffivement , Horace , Cinna , Polieuc-
te , Pompée , le Menteur , la fuite du
Menteur, Rodogune , Théodore , Héra-
clius , Andromède , Don Sanche d'Ar-
ragon
JUILLET. 1764:
49
ragon, Nicomede & Pertharite , qui
n'eut que deux repréſentations . De
toutes les Piéces , celles que préféroit
Corneille , c'étoient , Cinna & Rodo .
gune. La chute de Pertharite le dégoû-
ta du Théâtre. Six années s'écoule-
rent ; & il paroiffoit avoir entiérement
abandonné le genre pour lequel la Na-
ture l'avoit fait naître. Le Sur-Inten-
dant Fouquet le ramena dans la carrière:
Le fuccès prodigieux d'@dipe dut le
confoler de l'infortune de Pertharite.
La Toifon d'Or fut le modèle des Pié-
ces à machines que l'on a vues depuis.
Sertorius eft digne en tout du Grand
Corneille. Othon a quatre actes & ren-
ferme des beautés qui n'appartiennent
qu'à fon génie. Quant à fes autres Pié-
ces , malgré l'opinion qu'il en avoit , il
eft à defirer qu'on ne les recueille point,
fi l'on fait jamais une édition où l'on ne
confulte que fa gloire.
Ce n'eft pas que dans tous fes Ouvra-
ges , il n'y ait des chofes que tout autre
que lui n'eût pas faites ; mais voici ce
que difoit S. Evremont : CORNEILLE
eft fi admirable dans fes belles Piéces
qu'il ne fe laiffe pas fouffrir médiocre
ailleurs ; ce qui n'eftpas excellent en lui
nous femble mauvais , moins pour être
II. Vol.
C
50 MERCURE DE FRANCE.
mal , que pour n'avoir pas la perfection
qu'il a fçu donner à d autres choſes.
Ce n'est pas affez à CORNEILLE de
nous plaire légèrement , s'il ne ravit nos
efprits.... Ils employeront leurs lumières
à connoître avec dégoût la différence
qu'il y a delui à lui- même.... Avec COR-
NEILLE , nos ames fe préparent à des
tranfports, & fi elles ne font pas enle-
vées, il les laille dans un état plus diffi
cile à foutenir que la langueur.... il eft
malaife , je l'avoue , d'enlever une ame
hors defon affiette ; mais CORNEILLE
pour l'avoir fait trop fouvent , s'eft im-
pofé la loi de le faire toujours.
Corneille mourut à Paris le premier
Octobre 1684. plein de cette élévation
d'âme & du mâle génie qu'il a tranfmis
à fes héros , il ne fçut méttre en ufage
aucun des moyens qui menent à la for-
tune ; mais du moins il jouiffoit de fon
indépendance & de fa gloire. Il fen-
toit fa fupériorité , & il avoit le noble
courage d'en parler lui - même .
Il fe
peint dans ces Vers qu'il adreffoit à un
de fes amis .
Je fçais ce queje vaux & crois ce qu'on m'en dit,
Pour me faire admirer je ne fais point de ligne ,
JUILLET. 1764.
SI
Mes Vers en tous les lieux font mes feuls parti-
fans ,
Par leur feule beauté ma plume eft eftimée ,
Je ne dois quà moi feul toute ma rénommée ,
Et penſe toutefois n'avoir point de rival
A qui je faffetort en le traitant d'égal.
Mais de fes rivaux ,
de fes héros.
fi quelqu'un fut
digne de l'être , Racine fut le feul qu'on
lui opposât ; & fans doute la diſtance de
l'un à l'autre eft immenſe.
Corneille créa la Tragédie; Racine a
été loin de la foutenir au point où Cor-
neille l'a portée.
Les caractères de Corneille font vrais
malgré toute leur grandeur ; Racine ne
doit la vérité des ficns qu'a la petiteffe
Corneille a fait trente-trois Piéces dans
lefquelles il eft prèfque toujours nou-
veau ; Racine n'en a fait que treize dans
lefquelles il eft prèfque toujours le
même.
Le grand mérite de Racine fut la
pureté du ftyle ; mais il écrivit quarante
ans après Corneille , & dans un temps où
la langue , graces à Corneille , à Boileau,
à Pafchal,à Boffuet , avoit déja acquis
C ijl
52 MERCURE DE FRANCE.
le point de perfection dont elle eſt fuf-
ceptible. D'ailleurs a- t- on jamais mis
la couleur au-deffus du deffein & de l'or-
donnance ?
En un mot , plus d'un Auteur a réuſſi
fur les traces de Racine , en eft- il un qui
ait pu
fuivre le vol de Corneille ?
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11169
p. 52-53
VERS sur le mariage d'un Officier François avec une Américaine à Nantes.
Début :
JEUNE insulaire, le desir, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS sur le mariage d'un Officier François avec une Américaine à Nantes.
VERS sur le mariage d'un Officier François
avec une Américaine à Nantes.
JEUNE insulaire, le desir,
Si puiffant partout quand il ofe ;
Ne donne pas ici la roſe
Au jardin brillant du plaifir.
Quand l'Amour cultive deux coeurs ,
Il fait éclore , & d'un coup d'aîle
En avertit l'hymen fidèle ;
Pour l'aider à cueillir les fleurs.
Vite , chacun de fon côté
Du parterre de nos délices ,
Ravage les heureux prémices
Et s'enivre de volupté.
Souvent le Dieu du Sentiment ,
Las dès la première journée ,
Dort aux côtés de l'hyménée
Et s'envole en fe réveillant.
JUILLET. 1764.
Mais ne crains pas un pareil tour
Eglé , le même noeud qui ferre
Une grâce un fils , de la Guerre ,
Enchaîne l'hymen à l'Amour.J.... de T....
avec une Américaine à Nantes.
JEUNE insulaire, le desir,
Si puiffant partout quand il ofe ;
Ne donne pas ici la roſe
Au jardin brillant du plaifir.
Quand l'Amour cultive deux coeurs ,
Il fait éclore , & d'un coup d'aîle
En avertit l'hymen fidèle ;
Pour l'aider à cueillir les fleurs.
Vite , chacun de fon côté
Du parterre de nos délices ,
Ravage les heureux prémices
Et s'enivre de volupté.
Souvent le Dieu du Sentiment ,
Las dès la première journée ,
Dort aux côtés de l'hyménée
Et s'envole en fe réveillant.
JUILLET. 1764.
Mais ne crains pas un pareil tour
Eglé , le même noeud qui ferre
Une grâce un fils , de la Guerre ,
Enchaîne l'hymen à l'Amour.J.... de T....
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11170
p. 53
LES GRACES RÉFORMÉES. A Mlle B**.
Début :
LORSQU'EN t'instruisant tu t'amuses [...]
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texteReconnaissance textuelle : LES GRACES RÉFORMÉES. A Mlle B**.
LES GRACES RÉFORMÉES.
A Mlle B**.
LORSQU'EN t'instruisant tu t'amuses
A confidérer tous ces Dieux Dont tant de Favoris des Muses
Ont pris foin de peupler les Cieux :
On en pourroit , dis- tu , réformer quelques classes ;
L'abondance des biens en fait tomber le prix.
59 Pourquoi , par exemple , trois Grâces?
» Une ſeule eût fuffi.... D'accord , jeune Phi
lis ;
Mais il étoit peu vraisemblable.
Qu'une feule Beauté raffemblât tant d'appas.
Cette érreur étoit pardonnable , Puisqu'on ne te connoissoit pas.
Par M. L. B***.
A Mlle B**.
LORSQU'EN t'instruisant tu t'amuses
A confidérer tous ces Dieux Dont tant de Favoris des Muses
Ont pris foin de peupler les Cieux :
On en pourroit , dis- tu , réformer quelques classes ;
L'abondance des biens en fait tomber le prix.
59 Pourquoi , par exemple , trois Grâces?
» Une ſeule eût fuffi.... D'accord , jeune Phi
lis ;
Mais il étoit peu vraisemblable.
Qu'une feule Beauté raffemblât tant d'appas.
Cette érreur étoit pardonnable , Puisqu'on ne te connoissoit pas.
Par M. L. B***.
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11171
p. 54-56
MORALITÉ, Traduite de l'Anglois de Sir Beaumont.
Début :
DEUX vieux amis vivoient ensemble dans une petite Ville de Province. M. [...]
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texteReconnaissance textuelle : MORALITÉ, Traduite de l'Anglois de Sir Beaumont.
MORALITÉ,
Traduite de l'Anglois de Sir Beaumont.
DEUX vieux amis vivoient ensemble
dans une petite Ville de Province. M.
Brigman , le plus âgé d'eux , étoit près-
que auffi célébre par fa taciturnité , que
le Spectateur
même. Oui , & non ,
étoient les mots qui fui plaifoient le plus;
car , ainfi que le Spectateur , il faifoit
grand cas des monofyllables. Il vivoit
avec fes voifins dans la paix la plus pro-
fonde , & paffoit tranquillement fa vie
avec un revenu qui fuffifoit abondam-
ment à fes befoins. Sorami , M. John
fon , avoit été beaucoup plus riche ;
mais fon penchant à la fatyre , lui avoit
fufcité tant d'ennemis , tant de querel-
les & de procès , que fa fortune en avoit
extrêmement fouffert..
Un foir d'hyver , tous deux étant au-
près du feu , M. Johnson , après avoir
crayonné en noir toutes fes connoiffan-
* Excellent Ouvrage périodique , de MM;
Adiſſon , Stécle & autres , futfiſamment connu en‹
France,
JUILLET. 1764
55
ées à plus de trois lieues à la ronde , fans
que fon ami prît feulement la peine de
répondre. " Parbleu ! ( s'écria tout-à-
coup le critique ) « quelque filencieux
» que vous foyez par caractère , je ne
» vois pas ce qui m'oblige à faire conf-.
» tamment auprès de vous tous les frais
» de la converfation. Voyons , à votre.
>> tour
ce que vous direz de tels &.
» tels. Ce font les feuls de nos voifins
» dont je n'ai point encore parlé , quoi-
» que la matière foit abondante ; & je
» fuis curieux de vous entendre fur leur
» compte.
Brigman ,fans rien répondre , con-
tinuoit de fumer fa pipe.
" Oh ! cela n'eft plus fupportable.
" J'aimerois autant vivre feul , qu'avec
» un homme abfolument muet.
Brigman fumoit toujours fa pipe.
De grace , cher ami ! dis-moi uni-
" quement ce que tu penfes du très - ri-
dicule & mauffade voifin qui nous eft
» arrivé depuis trois jours ; & de-là , tu
» pourras te taire autant & auffi long-
» temps qu'il te plaira.
Quand M. Brigman eut épuifé Ta
pipe , & l'eut tranquillement remife
dans fon étui , il fe répandit pour la pre-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
mière fois de fa vie en paroles , avec
toute la profufion que vous allez en-
tendre.
» J'ai beaucoup refléchi fur les hom-
mes , M. Johnſon ! mais je ne pro-
" nonce que rarement , ou prefque
jamais , fur ce qui les touche de trop
» près. Où je vois peu , ou point de
» bien à dire , je garde le filence. Auffi
» quelque méchans qu'ils foient , je
» n'eus jamais perſonnellement à m'en
» plaindre ; & vous voyez quel eft le
» calme de ma vie ! ... Faites de même,
» mon ami : vous vous trouverez bien-
>> tôt auffi heureux que moi.
Traduite de l'Anglois de Sir Beaumont.
DEUX vieux amis vivoient ensemble
dans une petite Ville de Province. M.
Brigman , le plus âgé d'eux , étoit près-
que auffi célébre par fa taciturnité , que
le Spectateur
même. Oui , & non ,
étoient les mots qui fui plaifoient le plus;
car , ainfi que le Spectateur , il faifoit
grand cas des monofyllables. Il vivoit
avec fes voifins dans la paix la plus pro-
fonde , & paffoit tranquillement fa vie
avec un revenu qui fuffifoit abondam-
ment à fes befoins. Sorami , M. John
fon , avoit été beaucoup plus riche ;
mais fon penchant à la fatyre , lui avoit
fufcité tant d'ennemis , tant de querel-
les & de procès , que fa fortune en avoit
extrêmement fouffert..
Un foir d'hyver , tous deux étant au-
près du feu , M. Johnson , après avoir
crayonné en noir toutes fes connoiffan-
* Excellent Ouvrage périodique , de MM;
Adiſſon , Stécle & autres , futfiſamment connu en‹
France,
JUILLET. 1764
55
ées à plus de trois lieues à la ronde , fans
que fon ami prît feulement la peine de
répondre. " Parbleu ! ( s'écria tout-à-
coup le critique ) « quelque filencieux
» que vous foyez par caractère , je ne
» vois pas ce qui m'oblige à faire conf-.
» tamment auprès de vous tous les frais
» de la converfation. Voyons , à votre.
>> tour
ce que vous direz de tels &.
» tels. Ce font les feuls de nos voifins
» dont je n'ai point encore parlé , quoi-
» que la matière foit abondante ; & je
» fuis curieux de vous entendre fur leur
» compte.
Brigman ,fans rien répondre , con-
tinuoit de fumer fa pipe.
" Oh ! cela n'eft plus fupportable.
" J'aimerois autant vivre feul , qu'avec
» un homme abfolument muet.
Brigman fumoit toujours fa pipe.
De grace , cher ami ! dis-moi uni-
" quement ce que tu penfes du très - ri-
dicule & mauffade voifin qui nous eft
» arrivé depuis trois jours ; & de-là , tu
» pourras te taire autant & auffi long-
» temps qu'il te plaira.
Quand M. Brigman eut épuifé Ta
pipe , & l'eut tranquillement remife
dans fon étui , il fe répandit pour la pre-
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
mière fois de fa vie en paroles , avec
toute la profufion que vous allez en-
tendre.
» J'ai beaucoup refléchi fur les hom-
mes , M. Johnſon ! mais je ne pro-
" nonce que rarement , ou prefque
jamais , fur ce qui les touche de trop
» près. Où je vois peu , ou point de
» bien à dire , je garde le filence. Auffi
» quelque méchans qu'ils foient , je
» n'eus jamais perſonnellement à m'en
» plaindre ; & vous voyez quel eft le
» calme de ma vie ! ... Faites de même,
» mon ami : vous vous trouverez bien-
>> tôt auffi heureux que moi.
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11172
p. 56-57
LETTRE à M. DE LA PLACE.
Début :
OSEROIS-JE me flatter, Monsieur, que vous voudrez bien faire imprimer [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE.
LETTRE à M. DE LA PLACE.
OSEROIS-JE me flatter, Monsieur,
que vous voudrez bien faire imprimer
dans un de vos Journaux le
commencement d'une Tragédie d'après
Sophocle , Sujet déja traité par deux
de nos plus célébres Tragiques. Je crois
que les Amateurs ne trouveront pas
mal l'expofition du Sujet qui décrit en
même temps la décoration du Théâ-
JUILLET. 1764. 57
tre. C'eſt le Gouverneur d'Orefte qui
ouvre la Scène.
Généreux rejetton du Chef de tant de Rois
De qui Troye en tombant confacra les exploits ,
Orefte, promenez maintenant votre vue
Sur cette aimable rive à vos foupirs rendue.
Là s'élèvent d'Argos les antiques remparts ;
Ce bois où vont plus loin ſe perdre vos regards ,
C'eſt le bois redoutable où la fille d'Iſmène
Fut contrainte d'errer vagabonde , incertaine :-
Là fe voit le Lycée où domine Apollon ;
Ici brille à vos yeux le Temple de Junon 3
Et cette Ville enfin de qui l'aſpect enchante ,
Cette Ville- eft Mycène , en tréfors abondante,
C'eft ici le Palais qu'habitoient vos Ayeux ,
Ce Palais qu'ont fouillé cent forfaits odieux',
Où moi-même jadis , quand votre augufte Père
Succomboit fous les coups d'une main fangui-
naire ,
Je vous reçus des mains d'une tremblante Sœur
Dont l'amour vous ravit au fer de l'Oppreffeur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Par M. B.... de Lyon.
OSEROIS-JE me flatter, Monsieur,
que vous voudrez bien faire imprimer
dans un de vos Journaux le
commencement d'une Tragédie d'après
Sophocle , Sujet déja traité par deux
de nos plus célébres Tragiques. Je crois
que les Amateurs ne trouveront pas
mal l'expofition du Sujet qui décrit en
même temps la décoration du Théâ-
JUILLET. 1764. 57
tre. C'eſt le Gouverneur d'Orefte qui
ouvre la Scène.
Généreux rejetton du Chef de tant de Rois
De qui Troye en tombant confacra les exploits ,
Orefte, promenez maintenant votre vue
Sur cette aimable rive à vos foupirs rendue.
Là s'élèvent d'Argos les antiques remparts ;
Ce bois où vont plus loin ſe perdre vos regards ,
C'eſt le bois redoutable où la fille d'Iſmène
Fut contrainte d'errer vagabonde , incertaine :-
Là fe voit le Lycée où domine Apollon ;
Ici brille à vos yeux le Temple de Junon 3
Et cette Ville enfin de qui l'aſpect enchante ,
Cette Ville- eft Mycène , en tréfors abondante,
C'eft ici le Palais qu'habitoient vos Ayeux ,
Ce Palais qu'ont fouillé cent forfaits odieux',
Où moi-même jadis , quand votre augufte Père
Succomboit fous les coups d'une main fangui-
naire ,
Je vous reçus des mains d'une tremblante Sœur
Dont l'amour vous ravit au fer de l'Oppreffeur.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Par M. B.... de Lyon.
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11173
p. 58
RONDEAU IRRÉGULIER.
Début :
LE Diable enfin n'est-il point-las, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RONDEAU IRRÉGULIER.
RONDEAU IRRÉGULIER.
LE Diable enfin n'est-il point-las,
De m'entêter de vos appas ?
Siplus fenfible que vous n'êtes
Du moins de mes ardeurs difcrettes
Vous faifiez un peu plus de cas ,
Jeneditois mot : mais , hélas !~
Dès queje parois fur vos pas ,
Vous boudez ; vous grondez ; vous faites Le diable
Il faut finir tout ce tracas ::
C'en eſt fait ; oui , je romps mes lacs , ›
Oui.... mais tandis que dans ma tête
A délibérer je m'arrête , Mon coeur s'engage .... n'est pas Le diable ? N. B. D.
LE Diable enfin n'est-il point-las,
De m'entêter de vos appas ?
Siplus fenfible que vous n'êtes
Du moins de mes ardeurs difcrettes
Vous faifiez un peu plus de cas ,
Jeneditois mot : mais , hélas !~
Dès queje parois fur vos pas ,
Vous boudez ; vous grondez ; vous faites Le diable
Il faut finir tout ce tracas ::
C'en eſt fait ; oui , je romps mes lacs , ›
Oui.... mais tandis que dans ma tête
A délibérer je m'arrête , Mon coeur s'engage .... n'est pas Le diable ? N. B. D.
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11174
p. 58
MADRIGAL Sur Madame L. C. D. B....
Début :
J'EXAMINOIS Thémire. En elle [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL Sur Madame L. C. D. B....
MADRIGAL Sur Madame L. C. D. B....
J'EXAMINOIS Thémire. En elle De la Divinité j'ai cru voir tous les traits,
Si c'eſt une fimple Mortelle ,
Comment donc les Dieux font-ils faits ?
Par le même.
J'EXAMINOIS Thémire. En elle De la Divinité j'ai cru voir tous les traits,
Si c'eſt une fimple Mortelle ,
Comment donc les Dieux font-ils faits ?
Par le même.
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11175
p. 59
« LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Juillet est Tison. [...] »
Début :
LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Juillet est Tison. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LE mot de la premiere Enigme du premier volume de Juillet est Tison. [...] »
LE mot de la premiere Enigme du
premier volume de Juillet est Tison.
On connoît le Tifon de Noël qu'on
allume avec les cérémonies fuperftitieu-
fes , aufquelles on employe le jeûne , la
prière & l'eau benite. Les Tifons ont été
chantés par Du Cerceat , &c. Celui de
la feconde eft LOUIS XV. ou XV
Louis. Celui du premier Logogryphe eſt
Eventail. On y trouve ane , vin , valet ,
vent , ail, lien' , Nil , Elie, Anete , Eve.
Celui du fecond eft Compilateur , dans
lequel on trouve laitue , mort , plâtre,
pate , latrie , culte , lait , turc , poutre ,
Paul l'Apôtre , colet , cour, poteau ,
lame , tour , pilote , camp , rue , por-
tail, lot , émail , compte , peur , maître.
Celui du troifiéme eft l'Oie.
premier volume de Juillet est Tison.
On connoît le Tifon de Noël qu'on
allume avec les cérémonies fuperftitieu-
fes , aufquelles on employe le jeûne , la
prière & l'eau benite. Les Tifons ont été
chantés par Du Cerceat , &c. Celui de
la feconde eft LOUIS XV. ou XV
Louis. Celui du premier Logogryphe eſt
Eventail. On y trouve ane , vin , valet ,
vent , ail, lien' , Nil , Elie, Anete , Eve.
Celui du fecond eft Compilateur , dans
lequel on trouve laitue , mort , plâtre,
pate , latrie , culte , lait , turc , poutre ,
Paul l'Apôtre , colet , cour, poteau ,
lame , tour , pilote , camp , rue , por-
tail, lot , émail , compte , peur , maître.
Celui du troifiéme eft l'Oie.
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11176
p. 59-60
ENIGME.
Début :
LE Paradis, l'Enfer, les Saints & les Démons, [...]
Mots clefs :
Enseigne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME..
Lx Paradis , l'Enfer , les Saints & les Démons
Et le Ciel & la Tèrre ;
Les Princes & les Rois , leurs traits, leurs écuffons ,
La Paix comme la guèrre
Sont foumis à mon miniſtère .
1
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Mais par un trifte fort , mes parens fans amour,
Si-tôt que je fuis née ,
Aux rigueurs des faifons m'expofent nuit & jour
Telle eſt ma deſtinée !
Quoiqu'on me puiffe voir,on me cherche avecfoin ,
Au Palais , dans la rue ;
Et l'on trouve fouvent ce dont on a befoin
Quand je frappe la vue.
Lx Paradis , l'Enfer , les Saints & les Démons
Et le Ciel & la Tèrre ;
Les Princes & les Rois , leurs traits, leurs écuffons ,
La Paix comme la guèrre
Sont foumis à mon miniſtère .
1
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Mais par un trifte fort , mes parens fans amour,
Si-tôt que je fuis née ,
Aux rigueurs des faifons m'expofent nuit & jour
Telle eſt ma deſtinée !
Quoiqu'on me puiffe voir,on me cherche avecfoin ,
Au Palais , dans la rue ;
Et l'on trouve fouvent ce dont on a befoin
Quand je frappe la vue.
Fermer
11177
p. 60-61
AUTRE.
Début :
JE suis de divers lieux, je nais dans les forêts, [...]
Mots clefs :
Flûte ou musette
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Ja fuis de divers lieux , je nais dans les forêts ,
Tantôt près des ruiffeaux , tantôt près des ma--
rais ;
Je ſuis de toute taille & féche de figure ;
Je n'ai jambes ni bras : cependant la Nature
Ne m'a pas fait un monftre & j'en vaux beaucoup
mieux ,
Réparant ce défaut par certain nombre d'yeux.
Qu'ils foient toujours ouverts , il n'eſt pas néceffaire
;
Qu'ils foient fermés ou non , fouvent ils fçavent
plaire.
Comme un Caméléon , je me nourris de l'air.
Quoique je ne puiſſe parler ,
J'ai le don de me faire entendre ;
Et par une vertu qui pourra vous ſurprendre ,
Ce qu'en ouvrant la bouche on voit faire en tous
lieux
JUILLET . 1764 . 61*
A qui fouvent feroit mieux de fe taire ,
Mai , de qui la méthode à la leur eft contraire ,
Je le fais en fermant la plûpart de mes yeux.
Ja fuis de divers lieux , je nais dans les forêts ,
Tantôt près des ruiffeaux , tantôt près des ma--
rais ;
Je ſuis de toute taille & féche de figure ;
Je n'ai jambes ni bras : cependant la Nature
Ne m'a pas fait un monftre & j'en vaux beaucoup
mieux ,
Réparant ce défaut par certain nombre d'yeux.
Qu'ils foient toujours ouverts , il n'eſt pas néceffaire
;
Qu'ils foient fermés ou non , fouvent ils fçavent
plaire.
Comme un Caméléon , je me nourris de l'air.
Quoique je ne puiſſe parler ,
J'ai le don de me faire entendre ;
Et par une vertu qui pourra vous ſurprendre ,
Ce qu'en ouvrant la bouche on voit faire en tous
lieux
JUILLET . 1764 . 61*
A qui fouvent feroit mieux de fe taire ,
Mai , de qui la méthode à la leur eft contraire ,
Je le fais en fermant la plûpart de mes yeux.
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11178
p. 61-62
LOGOGRYPHE.
Début :
A me chercher dans le monde physique [...]
Mots clefs :
Chimère
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
me chercher dans le monde phyfique
On s'appliqueroit vainement.
Mais parcourez le monde Poëtique ;
Vous m'y trouverez ſurement.
J'amufe plus d'un perſonnage ,
Perſonnage infenfe , c'eft comme je l'entens
Le Mortel qui prétend à l'honneur d'être fage
Sçait mieux employer fes momens.
A ces traits on doit me connoître.
Faut- il pourtant décompofer mon être ?
Je yous offre d'abord un Ecrivain facré ;
Un élément perfide ; en France une rivière ;
Le fynonyme de colère ;
Un titre que Lucinde à longtemps defiré ;
De l'abeille un préſent utile ;
D'une montagne le fommet ;
Deux notes de Mufique ; un Saint ; un entremêt ;
Un Guerrier moins heureux qu'habile ;
Un des noms que l'on donne à la Mère des Dieux
Un fon que la douleur ou le plaifir fait naître;
Ce que vous avez vù fans retour difparoître ;
62 MERCURE DE FRANCE .
Un Pont fur la Loire fameux ;
Une Ville en Champagne ; un Lac en Amérique
Un mot d'uſage en Rhétorique ;
Un nom que dans le Nord plufieurs Rois ont
porté ;
Le tiffu qui difpenfe ici-bas la lumière ,
Quand le Soleil a fourni fa carrière ;
Au Païs des Sultans un homme refpect.
Pourſuivez ; dans mon ſein vous trouverez encore
Ce que peut être un fot , un manant , un fripon ;
Ce que tout honnête homme abhorre ;
Ce qu'il faut dans les Vers unir à la Raiſon;
Une prèfqu'Ile de l'Àfies -
Un terme de Chronologie ; :
Un docte Hébraïfant ... C'eſt-là mon dernier
mot ,
Car j'ai tout dit , ou peu s'en faut.
L. D.... à Quimper.
me chercher dans le monde phyfique
On s'appliqueroit vainement.
Mais parcourez le monde Poëtique ;
Vous m'y trouverez ſurement.
J'amufe plus d'un perſonnage ,
Perſonnage infenfe , c'eft comme je l'entens
Le Mortel qui prétend à l'honneur d'être fage
Sçait mieux employer fes momens.
A ces traits on doit me connoître.
Faut- il pourtant décompofer mon être ?
Je yous offre d'abord un Ecrivain facré ;
Un élément perfide ; en France une rivière ;
Le fynonyme de colère ;
Un titre que Lucinde à longtemps defiré ;
De l'abeille un préſent utile ;
D'une montagne le fommet ;
Deux notes de Mufique ; un Saint ; un entremêt ;
Un Guerrier moins heureux qu'habile ;
Un des noms que l'on donne à la Mère des Dieux
Un fon que la douleur ou le plaifir fait naître;
Ce que vous avez vù fans retour difparoître ;
62 MERCURE DE FRANCE .
Un Pont fur la Loire fameux ;
Une Ville en Champagne ; un Lac en Amérique
Un mot d'uſage en Rhétorique ;
Un nom que dans le Nord plufieurs Rois ont
porté ;
Le tiffu qui difpenfe ici-bas la lumière ,
Quand le Soleil a fourni fa carrière ;
Au Païs des Sultans un homme refpect.
Pourſuivez ; dans mon ſein vous trouverez encore
Ce que peut être un fot , un manant , un fripon ;
Ce que tout honnête homme abhorre ;
Ce qu'il faut dans les Vers unir à la Raiſon;
Une prèfqu'Ile de l'Àfies -
Un terme de Chronologie ; :
Un docte Hébraïfant ... C'eſt-là mon dernier
mot ,
Car j'ai tout dit , ou peu s'en faut.
L. D.... à Quimper.
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11179
p. 62-63
AUTRE.
Début :
JE réunis en un seul mot ; [...]
Mots clefs :
Catastrophe
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
A UTR E
JE réanis en un feul mot ;
Rat , chat , aftre , cahos , patache , roc & roche ;
Phâle , phâre , pâros ,foc , fac , attrape , fot ,
Patte , pâté , pot , rape & poche;
Harpe , écot , pré , ftrophe , porche , pétart,
Arche , tact , torche , fort & forte ; ..
JUILLET. 1764. 63
Hoc , as, hoça , carte , capot , écart ,
Cor , parc , corps , arc , cap , port & porte;
Etat , afpect , profe , phraſe , rot , pet, ·
Trace , traças , troc , char & trape ,
Echo , Sapho , pace , tacer ,
Et pour tout dire , apoſtat & fatrape.
Soixante mots , Lecteur , ne ſuffiſent- ils pas ,
Pour exercer ta patience ?
Joins-y , pour plus d'intelligence ,
Caftor , Afope , Hector , Cefar , héros , répas.
JE réanis en un feul mot ;
Rat , chat , aftre , cahos , patache , roc & roche ;
Phâle , phâre , pâros ,foc , fac , attrape , fot ,
Patte , pâté , pot , rape & poche;
Harpe , écot , pré , ftrophe , porche , pétart,
Arche , tact , torche , fort & forte ; ..
JUILLET. 1764. 63
Hoc , as, hoça , carte , capot , écart ,
Cor , parc , corps , arc , cap , port & porte;
Etat , afpect , profe , phraſe , rot , pet, ·
Trace , traças , troc , char & trape ,
Echo , Sapho , pace , tacer ,
Et pour tout dire , apoſtat & fatrape.
Soixante mots , Lecteur , ne ſuffiſent- ils pas ,
Pour exercer ta patience ?
Joins-y , pour plus d'intelligence ,
Caftor , Afope , Hector , Cefar , héros , répas.
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11180
p. 63-65
RÉCONCILIATION De l'Hymen & de l'Amour. PARODIE. Sur ce qu'une compagnie assez nombreuse soutenoit qu'après le Mariage, on devenoit indifférent, sans même en excepter les Amans les plus tendres & les plus passionnés, & que cela se verroit toujours. AIR : Eh ! mais, oui da ; comment peut-on trouver du mal à ça ?
Début :
L'HYMEN dans un bocage [...]
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texteReconnaissance textuelle : RÉCONCILIATION De l'Hymen & de l'Amour. PARODIE. Sur ce qu'une compagnie assez nombreuse soutenoit qu'après le Mariage, on devenoit indifférent, sans même en excepter les Amans les plus tendres & les plus passionnés, & que cela se verroit toujours. AIR : Eh ! mais, oui da ; comment peut-on trouver du mal à ça ?
RÉCONCILIATION De l'Hymen & de l'Amour. PARODIE.
Sur ce qu'une compagnie assez nombreuse
soutenoit qu'après le Mariage, on
devenoit indifférent, sans même en
excepter les Amans les plus tendres
& les plus passionnés, & que cela se
verroit toujours.
AIR : Eh ! mais, oui da ; comment peut-on trouver
du mal à ça ?
L'HYMEN dans un bocage
* La Femme eft repréfentée par l'Hymen, & lé
Mari par l'Amour.…-
64 MERCURE DE FRANCE.
Voyant paffer l'Amour ,
Lui dit petit volage
Donnez-moi le bon jour :
Si l'on vous voit ,
En vérité , ce n'eſt qu'à lêche- doigt
L'Amour d'un air alèrté
Se jette à fes genoux.
L'heureuſe découvèrte ,
Dit-il , embraffons- nous :
L'hymen fourit ,
En lui difant , je voudrois qu'on nous vîra
Je le voudrois de même
Lui répondit l'Amour ,
J'ai le plaifir extrême
Qu'on a le premier jour,
De bonne foi,
Je fuis à vous , mais ne foyez qu'à moi
Si je vous facrifie
L'hommage d'un galant ,
N'ayez plus pour Sophie ,
Le moindre empreffement ;
Tous nos defirs
Seront d'acord , jugez de nos plaifirs !
Par des baifers de flâme
On cimenta la paix ;
Et jufqu'au fond de l'âme
JUILLET. 1764
L'Amour lança les traits.
Depuis deux jours
Chez lui l'Hymen raſſemble les Amours.
De ce fait on ajoute
Que l'on n'eft pas furpris ,
Mais que Paris en doute ,
Et furtout les Maris.
Le bruit courant ,
Les rend déjà tout je ne ſçais comment.
Par M. FUZILLIER, à Amiens.
Sur ce qu'une compagnie assez nombreuse
soutenoit qu'après le Mariage, on
devenoit indifférent, sans même en
excepter les Amans les plus tendres
& les plus passionnés, & que cela se
verroit toujours.
AIR : Eh ! mais, oui da ; comment peut-on trouver
du mal à ça ?
L'HYMEN dans un bocage
* La Femme eft repréfentée par l'Hymen, & lé
Mari par l'Amour.…-
64 MERCURE DE FRANCE.
Voyant paffer l'Amour ,
Lui dit petit volage
Donnez-moi le bon jour :
Si l'on vous voit ,
En vérité , ce n'eſt qu'à lêche- doigt
L'Amour d'un air alèrté
Se jette à fes genoux.
L'heureuſe découvèrte ,
Dit-il , embraffons- nous :
L'hymen fourit ,
En lui difant , je voudrois qu'on nous vîra
Je le voudrois de même
Lui répondit l'Amour ,
J'ai le plaifir extrême
Qu'on a le premier jour,
De bonne foi,
Je fuis à vous , mais ne foyez qu'à moi
Si je vous facrifie
L'hommage d'un galant ,
N'ayez plus pour Sophie ,
Le moindre empreffement ;
Tous nos defirs
Seront d'acord , jugez de nos plaifirs !
Par des baifers de flâme
On cimenta la paix ;
Et jufqu'au fond de l'âme
JUILLET. 1764
L'Amour lança les traits.
Depuis deux jours
Chez lui l'Hymen raſſemble les Amours.
De ce fait on ajoute
Que l'on n'eft pas furpris ,
Mais que Paris en doute ,
Et furtout les Maris.
Le bruit courant ,
Les rend déjà tout je ne ſçais comment.
Par M. FUZILLIER, à Amiens.
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11180
RÉCONCILIATION De l'Hymen & de l'Amour. PARODIE. Sur ce qu'une compagnie assez nombreuse soutenoit qu'après le Mariage, on devenoit indifférent, sans même en excepter les Amans les plus tendres & les plus passionnés, & que cela se verroit toujours. AIR : Eh ! mais, oui da ; comment peut-on trouver du mal à ça ?
11181
p. 66-82
SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN, sur l'introduction à la Science des Médailles, par D. MANGEART.
Début :
LA seconde Partie de cet Ouvrage renferme tout ce qui regarde les Types [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN, sur l'introduction à la Science des Médailles, par D. MANGEART.
SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN,
sur l'introduction à la Science
des Médailles, par D. MANGEART.
LA seconde Partie de cet Ouvrage
renferme tout ce qui regarde les Types
des Médailles.
Les Médailles ont deux côtés ; l'un
;
s'appelle la face ; l'autre le revers. Sur
chacun de ces côtés font ordinairement
gravés un type & une légende.
Les types doivent être confidérés comme
faifani le corps de la Médailles : les lé-
gendes en font l'âme & la langue : ce
font elles qui nous apprennent ce que les
types fignifient. Sans elles ils refferoient
fouvent muets. Il ne faut pas cependant
s'en repoſer toujours fur les légendes
pour connoître les Médailles : au con-
traire , il eft abfolument néceffaire de
fe mettre au fait des types , afin de pou-
voir les expliquer, foit que les légendes
JUILLET. 1764.
67
manquent tout-à-fait , foit que les Mé-
dailles foient fruftes & difficiles à lire
foit enfin que les légendes ne foient
compofées que de lettres initiales. C'eſt
pour faciliter cette connoiffance que
Ï'Auteur a traité ces deux parties d'une
·
manière fort étendue. Suivons le rapi-
dement dans ce qui regarde les types ;
la variété feule des objets qu'ils nous
préfentent fera aifément fentir combien
cette partie eft curieufe & inftructive
+
pour l'Hiftoire , & combien elle peut
fervir aux Artistes pour faifir , avec le
goût de l'Antiquité , les traits des Prin-
ces & des Perfonnages illuftres , & le
Coftume de chaque fiècle.
On trouve fur les Médailles tout ce
qui regarde la religion des Payens , leurs
Divinités avec leurs habillemens , attri-
buts , fymboles ; leurs Temples , Au-
tels , Sacrifices : les Fêtes confacrées
pour embellir le culte qu'on leur ren-
doit; les Prêtres & les Prêtreffes chargés
des cérémonies de ce culte ; les Apo-
théofes & les Confécrations , & c. & c.
Après avoir expofé l'origine de l'ido-
lâtrie , l'Auteur divife les Divinités ent
deux claffes : il place dans la première
les perfonnages réels ou chimériques ,
que l'Hiftoire ou la Fable ont élevés
68 MERCURE DE FRANCE.
par oubli ou par mépris de la Divinité
effentiellement une , aux honneurs di-
vins. En parlant de chacune de ces Di-
vinités, il rapporte dans des articles fé-
parés ce qu'elles étoient felon l'Ecriture
Sacrée ou hieroglyphique desEgyptiens,
felon l'Hiftoire & felon la Fable : il les
confidére enfuite dans la numifmatique,
& décrit d'une manière précife & claire
les différens attributs fous lefquels on
peut les réconnoître fur les Médailles ;
des exemples tirés des piéces les plus
rares & les plus curieufes , gravées dans
les planches qui ornent cet Ouvrage
mettent l'inftruction fous les yeux.
Les Divinités de la feconde claffefont
les fymboles & les attributs des pre-
mières & des Etres moraux où allégo-
riques , tels que les vertus , les paffions ,
les vices mêmés. L'Auteur les confidére
particuliérement par rapport à la nu-
mifmatique. En parlant de l'Honneur &
de la Vertu ( Sect. XV. de l'Art. II du
Chap. V. ) « Voici , dit-il , deux Déeffes
allégoriques , que l'on trouve quel-
quefois repréſentées enfemble fur les
Médailles
elles eurent chacune un
Temple à Rome bâti
,
par Caius-
» Marius , ou plutôt elles n'eurent qu'un
» même Temple, dont la partie anté-
JUILLET. 1764.
69
rieure fut confacrée à la Vertu , & la
» fuivante à l'Honneur ; en forte qu'il
» falloit paffer par le Temple de la Vertu
» pour arriver à celui de l'Honneur
$
".
Quelle gloire pour le Paganifme , s'il
n'avoit eu que de pareilles Divinités !
" La Vertu prife pour cette qualité de
» l'âme qui rend les hommes eſtima-
» bles , & dont l'honneur eft la récom-
» penfe , fut perfonifiée & déïfiée ſous
» différentes figures d'homme. L'Hon-
neur , au contraire , fut adoré fous la
» figure d'une femme.
On les trouve enfemble parmi les
» Médailles de la famille Cornelia , de
» Galba , de Vitellius , & c. Sur celles de
» la famille Cornélia , ce font deux têtes
" accolées , dont l'une d'homme , cou-
» verte d'un cafque , & l'autre de fem-
» me , couronnée de laurier....L'une ou
» l'autre de ces deux Divinités fe trouve
"
» feule fur d'autres Médailles , la Vertu
» y étant confidérée tantôt comme une
" Y
» Divinité , tantôt comme une bonne
» qualité qui porte au bien en général ;
» tantôt enfin comme force , courage &
» valeur militaire. Les formes & les lé-
"
gendes qu'on a données à ces piéces ,
» qui font en affez grand nombre , ont
1
to MERCURE DE FRANCE.
" toujours quelque rapport à ce qu'on a
» voulu leur faire fignifier.
Après avoir expofé ces différens rap-
ports & attributs , Dom Mangeart paffe
à la feconde Divinité. « Quant à l'Hon-
neur , ajoute-t- il , nous ne voyons
» cette Divinité repréſentée que de trois
» façons ; ſavoir , par une tête de fem-
» me avec le cafque , couronnée de lau-
» rier & feule , comme dans la famille
» Volteia ; ou par une tête accolée avec
celle de la Vertu fans cafque , mais
couronnée de laurier , comme dans
les Médailles de la famille Cornelia ;
» & en troifiéme lieu , par la figure
» d'un jeune homme ou d'un autre qui ,
» habillé de long , fans cafque & fans
» couronne , tient une pique , un ra-
meau d'olivier ou une branche de lau-
" rier d'une main , avec une corne d'a-
" bondance de l'autre , comme pour
» marquer que la Paix , dont l'olivier eft
»
le fymbole , & que l'Abondance ac-
» compagnent la Vertu & la Valeur
» auffi-bien que l'Honneur & la Gloire ,
"
» & qu'elles en font la récompenfe. Les
légendes portent ou Honos , l'Hon-
" neur , fans rien ajouter ; ou Honos
honori Augufti , l'Honneur , ou à
JUILLET. 1764.
71
» l'honneur de l'Augufte ; ou Honos &
Virtus , l'Honneur & la Vertu ».
A la fin de cette Section on renvoie
à la Planche XIII , depuis le n°. 22 juf-
qu'au 35 , où l'on trouve quatorze Mé-
dailles différentes de l'Honneur & de la
Vertu.
Après les Divinités , & ce qui regarde
leur culte , on trouve dans les types
des Médailles les Rois , les Confuls , les
Empereurs , les Princes , les Reines , les
Impératrices , les Princeffes , les Hé-
ros , les Fondateurs , les Légiflateurs ,
& tous les Perfonnages célébres qui fe
font diftingués par leur naiffance , leur
rang, leurs mérites ou les grands événe-
mens auxquels ils ont eu part. On y
remarque même jufqu'à leurs habits ,
leurs coëffures , les différentes marques
de leurs dignités & emplois , &c. Ici on
voit le Ciel avec fes fignes , fes étoiles
& fes planettes : là , c'eft la Terre avec
fes Parties , fes Empires , fes Royaumes,
fes Provinces , fes Villes , fes Edifices ,
les Eaux
les Plantes , les Animaux ,
&c. Le Temps & les Saifons paroiffent
auffi dans quelques- uns de ces types :
dans d'autres ce font des Batailles de
terre & de mer , des Victoires , des
Trophées , des Récompenfes , & tout
72 MERCURE DE FRANCE.
ce qui concerne le Militaire. Les Jeux
les Courfes , les Spectacles & les Chaffes
y font repréſentés : enfin les Alliances
les Confédérations , les Bienfaits , les
Grâces & les Punitions y font figurés.
Quel tableau ! tous les objets fenfibles
s'y retrouvent. Que de lumières ! que
d'inftruction pour l'Histoire & pour les
Arts !
3°. Avant de paffer aux légendes , il
eft bon d'obſerver ici que l'Auteur fe
borne aux Médailles Grecques & La-
tines , comme à celles dont il eft plus
important d'étudier les types & de con-
noître les légendes.
» La plupart des Médailles n'ont qu'une
»légende fur chacune des deux faces :
» cette légende eft ordinairement placée
au contour du grénetis , dont fouvent
» elle n'occupe que la partie fupérieure .
» Cependant il y en a qui ont deux lé-
» gendes fur le contour, & une troi-
» fiéme fur le champ , ou bien dans
» l'exergue , au bas 'de la pièce. Quel-
» ques-unes n'ont qu'une légende à la
» face ou au revers. Sur d'autres , la
légende eft au milieu du champ , en
» forme d'infcription . On en trouve qui
font placées comme en pal & en fau
≫toir. Celles-ci font placées fur un bou-
clier ,
כן
JUILLET. 1764.
73
clier , ou au frontifpice de quelque
» édifice : celles-là font gravées de droit
» à gauche , contre l'ufage , ce qui eft
» rare. Enfin il y a apparence qu'il a
» dépendu des Graveurs ou des Officiers
monnétaires de placer les légendes à
leur fantaisie & fuivant leur goût ,
puifqu'on les voit pofées tantôt d'une
»façon & tantôt d'une autre , quelque-
fois même d'une façon bien bizarre ».
Les légendes font encore pour un
Amateur qui aime à s'inftruire de l'An-
tiquité , une fource prèfque inépuiſable
deconnoiffances : elles nous apprennent
les différens noms & les différens titres
⚫ des dignités en ufage chez les Grecs &
les Romains. Elles nous rappellent les
titres que les Villes Grecques ont pris
fur leurs Médailles. Enfin elles nous
font remarquer tout ce qui regarde les
Colonies
K9
les Municipes , les Royau-
mes , les Provinces & les Villes con-
quifes par les Romains .
Pour faciliter l'intelligence de ces Mé-
dailles , l'Auteur donne une ample Table
alphabétique des lettres initiales & des
principales abréviations qu'on trouve
fur les Médailles. Cette Table forme
trois colonnes ; la première renferme les
lettres initiales ou les abrégés ; la fecons
II. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de , l'explication latine ; la troifiéme ;
la traduction françoiſe : elle eft fuivie de
l'explication des lettres grecques prifes
arithmétiquement , & de la combinai
fon des lettres numérales de l'Alphabet
Grec.
Les légendes des Médailles grecques
font en grec ; celles des Médailles latines
font en latin . On trouve cependant des
légendes partie grecques & partie latines
fur les Médailles du Bas-Empire , juf-
qu'à l'époque de la deftruction de l'Em-
pire d'Orient. La fureur des Romains
après les beaux jours de la Latinité
pour
les Littérateurs Grecs & la déca-
dence du goût , furent les caufes de
cette bifarrerie , qui annonçoit les fiécles
de ténébres & d'ignorance,
D'après cette réfléxion , confidérons
l'état de la Numifmatique en France.
Dans les beaux fiécles de la Gréce & de
Rome , les types des Médailles repré-
fentoient non-feulement le bufte ou la
tête des Rois , des Empereurs & des
grands hommes , mais tous les objets
fenfibles & tous les événemens remar-
quables : c'étoit , pour ainfi dire , un
Corps d'Histoire chronologique , où la
Religion , les Moeurs , les Sciences ,
les
Arts , la Géographie , fur-tout l'Hiſtoire
JUILLET. 1764.
75
Naturelle & l'Art militaire , fe retra-
çoient aux yeux du Public. Chez nous ,
la monnoye fixée pour revers aux armes
de nos Princes , ne nous préfentent fur la
face que leur effigie. Si de temps en
temps on frappe des Médailles pour cé-
lébrer les avénemens de nos Princes à la
Couronne , les Cérémonies de leurs Ma-
riages , l'inauguration de leurs Statues ,
&c, leurs matières précieufes , l'étendue
de leur module & le petit nombre qu'on
en diftribue , les rendent fi rares , qu'il
eft difficile d'en former des collections
>
même fous les règnes fous lefquels on
les fabrique. Une Médaille d'or de 800
€
à 900 livres , telle que celle
l'on
que
frappa l'année dernière pour la confécra-
tion de la Place de Louis- le- Bien- aimé
paffe bientôt des mains du Poffeffeur
chez l'Orfévre. C'est parce qu'on con-
fignoit chez les Anciens tous les événe-
mens remarquables fur les monnoyes
qui avoient cours dans le commerce ,
que nous fommes en état , après bien
des fiécles , & malgré l'ignorance &
l'avarice , de ramaffer les plus riches &
les plus précieuſes collections des Mé-
dailles antiques.
Pourquoi , d'un autre côté , s'entêter
de repréfenter nos Princes tant fur les
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Médailles que dans leurs Statues , fous
le Costume Grec ou Romain ? Les
Grecs avoient reçu les Science & les
Arts des Egyptiens : cependant calque-
rent-ils leurs Princes & leurs Héros d'a-
près l'habillement des Egyptiens ? Les
Romains , après avoir puifé le goût chez
les Grecs, prefcrivirent-ils à leurs Artiſtes
de faire revivre leurs Empereurs & leurs
Hommes illuftres fous des ornemens
Grecs ? Pourquoi ne pas offrir au Fran-
çois les Princes à la Françoife? Que ne
créons-nous un Coftume , fous lequel
nous puiffions paffer chez nos neveux &
en être reconnus ? Quand oferons- nous
voler de nos propres ailes ? Notre Na-
tion n'aura-t- elle donc jamais affez de
conftance pour éffayer à connoître ce
qu'elle vaut?
Les Grecs n'employèrent pour les lé-
gendes de leurs Médailles & pour les
infcriptions des Monumens publics , que
leur Langue. Les Romains eux-mêmes
ne fe fervirent jufqu'à la décadence du
goût pour les leurs , que du Latin . Nous
dont la Langue épurée dès le fiécle de
Louis XIV eft devenue pour ainfi dire
celle de toute l'Europe , nous continuons
à employer celle des Romains pour les
infcriptions de nos Monumens & pour
-
JUILLET. 1764
77
les légendes de nos Médailles & de nos
monnoyes. Servons -nous de notre Lan-
gue fur la pierre , le marbre & les mér
taux ; c'eft le vrai moyen de la fixer , &
de la rendre à jamais refpectable à nos
defcendans. Quelle fatisfaction d'ailleurs
pour le Peuple François de pouvoir lire
dans fon Idiômé l'éloge abrégé d'un
Prince , à qui chaque cœur éleve un
Monument d'amour & de dévouement
Les jettons des différens Corps & des
Communautés ont les défauts des mon-
noyes du Bas-Empire , dont nous ve-
nons de parler : outre que leur relief eft
trop mince , leur légende eft ordinaire-
ment partie en Latin & partie en Fran-
çois celle de l'exergue fur-tout eft en
langue vulgaire. Donnons plus d'épaif-
•
feur à la gravure : mettons dans notre
Langue toutes les légendes , & nous en
ferons des Médailles intéreffantes pour
l'Hiftoire des différentes Compagnies &
des Arts.
Le droit de frapper là monnove a tou
jours été celui du Souverain. En Grèce
les Rois , les Chefs des Républiques &
les Officiers' municipaux des villes libres
en ont toujours joui. A Rome , les Rois
* La Statue de Louis XV , dit le Bien- Aimé
élevée en 1763 dans la nouvelle Place.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
furent les feuls maîtres de la Monnoye.
Du temps de la République , le Sénat
eut feul le même droit ; ce qui paroît
par le S. C. Senatus Confult. qu'on
trouve fur toutes les Médailles frappées
fous ce gouvernement. Après avoir don
né fon Décret , fans confulter le Peu-
ple ,, pour déterminer le métal , le mo-
dule , les types , les légendes , le poids
& le prix des monnoyes nouvelles , il
confioir le foin de l'exécution aux Trium-
virs monnétaires , dont l'Office eft ainfi
défigné fur les Médailles ; III-VIR A.
A. A. F. F ; Trium-vir-auro, argento, are
flando feriundo. Sous le règne des Em-
pereurs , le Sénat conferva encore pen-
dant quelques fiécles beaucoup d'auto-
rité fur la Fabrique de la Monnoye. L'or
& l'argent furent entièrement réservés
aux Empereurs : alors le S. C. n'y parus
plus....Le Sénat demeura en poffeffion de
fairefrapper la monnoye de bronze , dans
les trois modules que nous appellons
grand , moyen & petit. Le S. C. y fu
toujours marqué.
Le droit de frapper la monnoye fur
le bronze , que les Empereurs abandon-
nèrent au Sénat , ne regarde que Rome
& l'Italie. Ils accordèrent cette permif-
fion aux Colonies & aux Villes muni-
JUILLET. 1764.
79
cipes de l'Empire , dans les cas de be-
foin , comme le Sénat lui-même la don-
noit aux Provinces & aux Villes qui lui
étoient échues dans le partage fait avec
les Empereurs. Voilà pourquoi on trou-
ve fur quelques Médailles de Colonies ' ;
Permiffu Augufti ; Indulgentia Augufti ,
& fur d'autres S. C. Senatus Confulo ,
ou S. R. Senatus refcripto.
Pour ne rien laiffer à defirer , après
avoir appris dans le Corps de l'Ouvrage
à connoître & à apprécier les Médailles
foit par leur rareté , foit par la quantité
des figures , foit par le nombre & la po-
fition des têtes , foit enfin par leur belle
confervation , on finit par donner les
l'on
moyens que l'on a employés &
que
employe encore tous les jours pour
tromper les Curieux en Médailles . Ces
moyens fe réduifent à huit : leur expofi-
tion eft fuivie de la manière de décou-
vrir ces fraudes & de fe mettre à l'abri
des rufes de la cupidité. On apprend mê-
me à n'adopter qu'avec prudence &
examen certaines décifions trop géné-
ralement reçues. Il s'agit des Médailles
fourrées. On doit fe rappeller ici que
ces fortes de pièces fabriquées par les
faux Monnoyeurs , ne font qu'un mor-
ceau de fer ou de bronze enveloppé de
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
chaque côté d'une feuille d'or ou d'ar-
gent , & frappé en même temps entre
les deux coins , fur l'un defquels étoit
contrefait la face d'une Médaille légi-
time , & fur l'autre fon revers. Comme
on s'eft toujours perfuadé que les fauf-
faires modernes ne pouvoient que très-
difficilement imiter cette fraude , on a
regardé jufqu'à préfent les Médailles
fourrées comme indubitables ; en forte
qu'elles paffent pour véritablement an-
tiques & pour autant de fondemens de
l'Hiftoire
mais ces principes adoptés
par la plupart des Amateurs , ne de-
>> vroient être reçus qu'avec précau
» tion
,
puifqu'il eft certain que les
fauffaires modernes ont eu l'art de
» frapper des Médailles fourrées , à l'imi-
» tation de l'Antique. Un écu de Varin
»& plufieurs autres pièces qui fe trou-
» vent dans le Cabinet de M. d'Ennery
»en font la preuve la plus complette »..
D'après l'efquiffe de ce grand tableau
il eft aifé de prendre une idée des avan-
tages & des agrémens que l'on retire de
l'étude des Médailles. Elle nous retrace
tout ce que la Mythologie , la Cofmo-
graphie , la Géographie , l'Aftronomie ,
I'Hiftoire , la Chronologie & l'Hiftoire
Naturelle , préfentent de curieux par
JUILLET. 1764.
81
rapport à l'Antiquité. Elle offre aux
Peintres , aux Architectes & à une infi-
nité d'autres Artiftes , des leçons utiles
fur le Coſtume de tous les temps , &
des modèles en tout genre. D'un autres
côté , elle remplit agréablement les jours
d'un Amateur , & pique continuelle-
ment fa curiofité à la vue des riches
moiffons qui restent encore à faire dans
ce vafte & fertile champ. >> On décou
» vre tous les jours quelques parties des
» tréfors que la terre renferme dans fon
fein: ce n'eft même que depuis peu
» de temps qu'on a vu entrer dans plu-
·
» fieurs Cabinets des Refcennius d'or
» des Othons de bronze & des Vetranio
» d'or & d'argent , Médailles extraordi-
naires & inconnues jufqu'à préfent.
Les riches Collections de M. Pelerin
» & de M. d'Ennery pourroient nous
» en fournir plufieurs autres exemples.
» Ce dernier vient encore d'acquérir
» une Médaille d'or de Vitalianus , Ty-
» ran peu connu , que
après avoir pris
» la pourpre fous le règne d'Anaftafe
» remporta plufieurs victoires für les Gé
néraux de cet Empereur , s'empara de
„ la Thrace , où il étoit né , de la Mœfie
» & de plufieurs autres Provinces voifi-
nes , & fe foutint fur le Trône contre
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» toutes les forces de l'Empire , juſqu'à
» ce que l'Empereur Juftin le fit affaffi-
» ner dans fon Palais , où ill'avoit attiré
» fous ptétexte d'amitié ». Quelle douce
fenfation pour un Curieux d'imaginer
qu'il peut trouver une pièce rare &
unique ! quelle joie quand il la pofféde !
Ce Cours complet & méthodique de
la fcience des Médailles , dédié au Prince
Charles de Lorraine , l'Ami & le Protec-
teur des Gens de Lettres , eft un témoi
gnage public de la reconnoiffance de
Dom Mangeart pour fon bienfaiteur ,
& ne fait pas moins d'honneur à fon ef-
prit & à fes lumières qu'à fon cœur. La
modeftie avec laquelle il s'exprime dans
fa Préface , annonce l'exactitude de fes
recherches & la vérité de fes affertions.
Sa mort nous fait regretter un Religieux
zélé , un Sçavant éclairé & un Amifen-
fible. Pourquoi n'a-t-il pu finir quelques
autres Ouvrages intéreffans , qu'il avoit
concus , & dont il s'occupoit !
L'introduction à la Science des Mé-
dailles eft une fuite néceffaire de l'Ou-
vrage de Dom Monfaucon : auffi a-t- on
eu foin qu'elle fût imprimée dans les mê
mes formats , & avec les mêmes carac-
tères , que l'Antiquité expliquée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JACQUIN.
sur l'introduction à la Science
des Médailles, par D. MANGEART.
LA seconde Partie de cet Ouvrage
renferme tout ce qui regarde les Types
des Médailles.
Les Médailles ont deux côtés ; l'un
;
s'appelle la face ; l'autre le revers. Sur
chacun de ces côtés font ordinairement
gravés un type & une légende.
Les types doivent être confidérés comme
faifani le corps de la Médailles : les lé-
gendes en font l'âme & la langue : ce
font elles qui nous apprennent ce que les
types fignifient. Sans elles ils refferoient
fouvent muets. Il ne faut pas cependant
s'en repoſer toujours fur les légendes
pour connoître les Médailles : au con-
traire , il eft abfolument néceffaire de
fe mettre au fait des types , afin de pou-
voir les expliquer, foit que les légendes
JUILLET. 1764.
67
manquent tout-à-fait , foit que les Mé-
dailles foient fruftes & difficiles à lire
foit enfin que les légendes ne foient
compofées que de lettres initiales. C'eſt
pour faciliter cette connoiffance que
Ï'Auteur a traité ces deux parties d'une
·
manière fort étendue. Suivons le rapi-
dement dans ce qui regarde les types ;
la variété feule des objets qu'ils nous
préfentent fera aifément fentir combien
cette partie eft curieufe & inftructive
+
pour l'Hiftoire , & combien elle peut
fervir aux Artistes pour faifir , avec le
goût de l'Antiquité , les traits des Prin-
ces & des Perfonnages illuftres , & le
Coftume de chaque fiècle.
On trouve fur les Médailles tout ce
qui regarde la religion des Payens , leurs
Divinités avec leurs habillemens , attri-
buts , fymboles ; leurs Temples , Au-
tels , Sacrifices : les Fêtes confacrées
pour embellir le culte qu'on leur ren-
doit; les Prêtres & les Prêtreffes chargés
des cérémonies de ce culte ; les Apo-
théofes & les Confécrations , & c. & c.
Après avoir expofé l'origine de l'ido-
lâtrie , l'Auteur divife les Divinités ent
deux claffes : il place dans la première
les perfonnages réels ou chimériques ,
que l'Hiftoire ou la Fable ont élevés
68 MERCURE DE FRANCE.
par oubli ou par mépris de la Divinité
effentiellement une , aux honneurs di-
vins. En parlant de chacune de ces Di-
vinités, il rapporte dans des articles fé-
parés ce qu'elles étoient felon l'Ecriture
Sacrée ou hieroglyphique desEgyptiens,
felon l'Hiftoire & felon la Fable : il les
confidére enfuite dans la numifmatique,
& décrit d'une manière précife & claire
les différens attributs fous lefquels on
peut les réconnoître fur les Médailles ;
des exemples tirés des piéces les plus
rares & les plus curieufes , gravées dans
les planches qui ornent cet Ouvrage
mettent l'inftruction fous les yeux.
Les Divinités de la feconde claffefont
les fymboles & les attributs des pre-
mières & des Etres moraux où allégo-
riques , tels que les vertus , les paffions ,
les vices mêmés. L'Auteur les confidére
particuliérement par rapport à la nu-
mifmatique. En parlant de l'Honneur &
de la Vertu ( Sect. XV. de l'Art. II du
Chap. V. ) « Voici , dit-il , deux Déeffes
allégoriques , que l'on trouve quel-
quefois repréſentées enfemble fur les
Médailles
elles eurent chacune un
Temple à Rome bâti
,
par Caius-
» Marius , ou plutôt elles n'eurent qu'un
» même Temple, dont la partie anté-
JUILLET. 1764.
69
rieure fut confacrée à la Vertu , & la
» fuivante à l'Honneur ; en forte qu'il
» falloit paffer par le Temple de la Vertu
» pour arriver à celui de l'Honneur
$
".
Quelle gloire pour le Paganifme , s'il
n'avoit eu que de pareilles Divinités !
" La Vertu prife pour cette qualité de
» l'âme qui rend les hommes eſtima-
» bles , & dont l'honneur eft la récom-
» penfe , fut perfonifiée & déïfiée ſous
» différentes figures d'homme. L'Hon-
neur , au contraire , fut adoré fous la
» figure d'une femme.
On les trouve enfemble parmi les
» Médailles de la famille Cornelia , de
» Galba , de Vitellius , & c. Sur celles de
» la famille Cornélia , ce font deux têtes
" accolées , dont l'une d'homme , cou-
» verte d'un cafque , & l'autre de fem-
» me , couronnée de laurier....L'une ou
» l'autre de ces deux Divinités fe trouve
"
» feule fur d'autres Médailles , la Vertu
» y étant confidérée tantôt comme une
" Y
» Divinité , tantôt comme une bonne
» qualité qui porte au bien en général ;
» tantôt enfin comme force , courage &
» valeur militaire. Les formes & les lé-
"
gendes qu'on a données à ces piéces ,
» qui font en affez grand nombre , ont
1
to MERCURE DE FRANCE.
" toujours quelque rapport à ce qu'on a
» voulu leur faire fignifier.
Après avoir expofé ces différens rap-
ports & attributs , Dom Mangeart paffe
à la feconde Divinité. « Quant à l'Hon-
neur , ajoute-t- il , nous ne voyons
» cette Divinité repréſentée que de trois
» façons ; ſavoir , par une tête de fem-
» me avec le cafque , couronnée de lau-
» rier & feule , comme dans la famille
» Volteia ; ou par une tête accolée avec
celle de la Vertu fans cafque , mais
couronnée de laurier , comme dans
les Médailles de la famille Cornelia ;
» & en troifiéme lieu , par la figure
» d'un jeune homme ou d'un autre qui ,
» habillé de long , fans cafque & fans
» couronne , tient une pique , un ra-
meau d'olivier ou une branche de lau-
" rier d'une main , avec une corne d'a-
" bondance de l'autre , comme pour
» marquer que la Paix , dont l'olivier eft
»
le fymbole , & que l'Abondance ac-
» compagnent la Vertu & la Valeur
» auffi-bien que l'Honneur & la Gloire ,
"
» & qu'elles en font la récompenfe. Les
légendes portent ou Honos , l'Hon-
" neur , fans rien ajouter ; ou Honos
honori Augufti , l'Honneur , ou à
JUILLET. 1764.
71
» l'honneur de l'Augufte ; ou Honos &
Virtus , l'Honneur & la Vertu ».
A la fin de cette Section on renvoie
à la Planche XIII , depuis le n°. 22 juf-
qu'au 35 , où l'on trouve quatorze Mé-
dailles différentes de l'Honneur & de la
Vertu.
Après les Divinités , & ce qui regarde
leur culte , on trouve dans les types
des Médailles les Rois , les Confuls , les
Empereurs , les Princes , les Reines , les
Impératrices , les Princeffes , les Hé-
ros , les Fondateurs , les Légiflateurs ,
& tous les Perfonnages célébres qui fe
font diftingués par leur naiffance , leur
rang, leurs mérites ou les grands événe-
mens auxquels ils ont eu part. On y
remarque même jufqu'à leurs habits ,
leurs coëffures , les différentes marques
de leurs dignités & emplois , &c. Ici on
voit le Ciel avec fes fignes , fes étoiles
& fes planettes : là , c'eft la Terre avec
fes Parties , fes Empires , fes Royaumes,
fes Provinces , fes Villes , fes Edifices ,
les Eaux
les Plantes , les Animaux ,
&c. Le Temps & les Saifons paroiffent
auffi dans quelques- uns de ces types :
dans d'autres ce font des Batailles de
terre & de mer , des Victoires , des
Trophées , des Récompenfes , & tout
72 MERCURE DE FRANCE.
ce qui concerne le Militaire. Les Jeux
les Courfes , les Spectacles & les Chaffes
y font repréſentés : enfin les Alliances
les Confédérations , les Bienfaits , les
Grâces & les Punitions y font figurés.
Quel tableau ! tous les objets fenfibles
s'y retrouvent. Que de lumières ! que
d'inftruction pour l'Histoire & pour les
Arts !
3°. Avant de paffer aux légendes , il
eft bon d'obſerver ici que l'Auteur fe
borne aux Médailles Grecques & La-
tines , comme à celles dont il eft plus
important d'étudier les types & de con-
noître les légendes.
» La plupart des Médailles n'ont qu'une
»légende fur chacune des deux faces :
» cette légende eft ordinairement placée
au contour du grénetis , dont fouvent
» elle n'occupe que la partie fupérieure .
» Cependant il y en a qui ont deux lé-
» gendes fur le contour, & une troi-
» fiéme fur le champ , ou bien dans
» l'exergue , au bas 'de la pièce. Quel-
» ques-unes n'ont qu'une légende à la
» face ou au revers. Sur d'autres , la
légende eft au milieu du champ , en
» forme d'infcription . On en trouve qui
font placées comme en pal & en fau
≫toir. Celles-ci font placées fur un bou-
clier ,
כן
JUILLET. 1764.
73
clier , ou au frontifpice de quelque
» édifice : celles-là font gravées de droit
» à gauche , contre l'ufage , ce qui eft
» rare. Enfin il y a apparence qu'il a
» dépendu des Graveurs ou des Officiers
monnétaires de placer les légendes à
leur fantaisie & fuivant leur goût ,
puifqu'on les voit pofées tantôt d'une
»façon & tantôt d'une autre , quelque-
fois même d'une façon bien bizarre ».
Les légendes font encore pour un
Amateur qui aime à s'inftruire de l'An-
tiquité , une fource prèfque inépuiſable
deconnoiffances : elles nous apprennent
les différens noms & les différens titres
⚫ des dignités en ufage chez les Grecs &
les Romains. Elles nous rappellent les
titres que les Villes Grecques ont pris
fur leurs Médailles. Enfin elles nous
font remarquer tout ce qui regarde les
Colonies
K9
les Municipes , les Royau-
mes , les Provinces & les Villes con-
quifes par les Romains .
Pour faciliter l'intelligence de ces Mé-
dailles , l'Auteur donne une ample Table
alphabétique des lettres initiales & des
principales abréviations qu'on trouve
fur les Médailles. Cette Table forme
trois colonnes ; la première renferme les
lettres initiales ou les abrégés ; la fecons
II. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de , l'explication latine ; la troifiéme ;
la traduction françoiſe : elle eft fuivie de
l'explication des lettres grecques prifes
arithmétiquement , & de la combinai
fon des lettres numérales de l'Alphabet
Grec.
Les légendes des Médailles grecques
font en grec ; celles des Médailles latines
font en latin . On trouve cependant des
légendes partie grecques & partie latines
fur les Médailles du Bas-Empire , juf-
qu'à l'époque de la deftruction de l'Em-
pire d'Orient. La fureur des Romains
après les beaux jours de la Latinité
pour
les Littérateurs Grecs & la déca-
dence du goût , furent les caufes de
cette bifarrerie , qui annonçoit les fiécles
de ténébres & d'ignorance,
D'après cette réfléxion , confidérons
l'état de la Numifmatique en France.
Dans les beaux fiécles de la Gréce & de
Rome , les types des Médailles repré-
fentoient non-feulement le bufte ou la
tête des Rois , des Empereurs & des
grands hommes , mais tous les objets
fenfibles & tous les événemens remar-
quables : c'étoit , pour ainfi dire , un
Corps d'Histoire chronologique , où la
Religion , les Moeurs , les Sciences ,
les
Arts , la Géographie , fur-tout l'Hiſtoire
JUILLET. 1764.
75
Naturelle & l'Art militaire , fe retra-
çoient aux yeux du Public. Chez nous ,
la monnoye fixée pour revers aux armes
de nos Princes , ne nous préfentent fur la
face que leur effigie. Si de temps en
temps on frappe des Médailles pour cé-
lébrer les avénemens de nos Princes à la
Couronne , les Cérémonies de leurs Ma-
riages , l'inauguration de leurs Statues ,
&c, leurs matières précieufes , l'étendue
de leur module & le petit nombre qu'on
en diftribue , les rendent fi rares , qu'il
eft difficile d'en former des collections
>
même fous les règnes fous lefquels on
les fabrique. Une Médaille d'or de 800
€
à 900 livres , telle que celle
l'on
que
frappa l'année dernière pour la confécra-
tion de la Place de Louis- le- Bien- aimé
paffe bientôt des mains du Poffeffeur
chez l'Orfévre. C'est parce qu'on con-
fignoit chez les Anciens tous les événe-
mens remarquables fur les monnoyes
qui avoient cours dans le commerce ,
que nous fommes en état , après bien
des fiécles , & malgré l'ignorance &
l'avarice , de ramaffer les plus riches &
les plus précieuſes collections des Mé-
dailles antiques.
Pourquoi , d'un autre côté , s'entêter
de repréfenter nos Princes tant fur les
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Médailles que dans leurs Statues , fous
le Costume Grec ou Romain ? Les
Grecs avoient reçu les Science & les
Arts des Egyptiens : cependant calque-
rent-ils leurs Princes & leurs Héros d'a-
près l'habillement des Egyptiens ? Les
Romains , après avoir puifé le goût chez
les Grecs, prefcrivirent-ils à leurs Artiſtes
de faire revivre leurs Empereurs & leurs
Hommes illuftres fous des ornemens
Grecs ? Pourquoi ne pas offrir au Fran-
çois les Princes à la Françoife? Que ne
créons-nous un Coftume , fous lequel
nous puiffions paffer chez nos neveux &
en être reconnus ? Quand oferons- nous
voler de nos propres ailes ? Notre Na-
tion n'aura-t- elle donc jamais affez de
conftance pour éffayer à connoître ce
qu'elle vaut?
Les Grecs n'employèrent pour les lé-
gendes de leurs Médailles & pour les
infcriptions des Monumens publics , que
leur Langue. Les Romains eux-mêmes
ne fe fervirent jufqu'à la décadence du
goût pour les leurs , que du Latin . Nous
dont la Langue épurée dès le fiécle de
Louis XIV eft devenue pour ainfi dire
celle de toute l'Europe , nous continuons
à employer celle des Romains pour les
infcriptions de nos Monumens & pour
-
JUILLET. 1764
77
les légendes de nos Médailles & de nos
monnoyes. Servons -nous de notre Lan-
gue fur la pierre , le marbre & les mér
taux ; c'eft le vrai moyen de la fixer , &
de la rendre à jamais refpectable à nos
defcendans. Quelle fatisfaction d'ailleurs
pour le Peuple François de pouvoir lire
dans fon Idiômé l'éloge abrégé d'un
Prince , à qui chaque cœur éleve un
Monument d'amour & de dévouement
Les jettons des différens Corps & des
Communautés ont les défauts des mon-
noyes du Bas-Empire , dont nous ve-
nons de parler : outre que leur relief eft
trop mince , leur légende eft ordinaire-
ment partie en Latin & partie en Fran-
çois celle de l'exergue fur-tout eft en
langue vulgaire. Donnons plus d'épaif-
•
feur à la gravure : mettons dans notre
Langue toutes les légendes , & nous en
ferons des Médailles intéreffantes pour
l'Hiftoire des différentes Compagnies &
des Arts.
Le droit de frapper là monnove a tou
jours été celui du Souverain. En Grèce
les Rois , les Chefs des Républiques &
les Officiers' municipaux des villes libres
en ont toujours joui. A Rome , les Rois
* La Statue de Louis XV , dit le Bien- Aimé
élevée en 1763 dans la nouvelle Place.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
furent les feuls maîtres de la Monnoye.
Du temps de la République , le Sénat
eut feul le même droit ; ce qui paroît
par le S. C. Senatus Confult. qu'on
trouve fur toutes les Médailles frappées
fous ce gouvernement. Après avoir don
né fon Décret , fans confulter le Peu-
ple ,, pour déterminer le métal , le mo-
dule , les types , les légendes , le poids
& le prix des monnoyes nouvelles , il
confioir le foin de l'exécution aux Trium-
virs monnétaires , dont l'Office eft ainfi
défigné fur les Médailles ; III-VIR A.
A. A. F. F ; Trium-vir-auro, argento, are
flando feriundo. Sous le règne des Em-
pereurs , le Sénat conferva encore pen-
dant quelques fiécles beaucoup d'auto-
rité fur la Fabrique de la Monnoye. L'or
& l'argent furent entièrement réservés
aux Empereurs : alors le S. C. n'y parus
plus....Le Sénat demeura en poffeffion de
fairefrapper la monnoye de bronze , dans
les trois modules que nous appellons
grand , moyen & petit. Le S. C. y fu
toujours marqué.
Le droit de frapper la monnoye fur
le bronze , que les Empereurs abandon-
nèrent au Sénat , ne regarde que Rome
& l'Italie. Ils accordèrent cette permif-
fion aux Colonies & aux Villes muni-
JUILLET. 1764.
79
cipes de l'Empire , dans les cas de be-
foin , comme le Sénat lui-même la don-
noit aux Provinces & aux Villes qui lui
étoient échues dans le partage fait avec
les Empereurs. Voilà pourquoi on trou-
ve fur quelques Médailles de Colonies ' ;
Permiffu Augufti ; Indulgentia Augufti ,
& fur d'autres S. C. Senatus Confulo ,
ou S. R. Senatus refcripto.
Pour ne rien laiffer à defirer , après
avoir appris dans le Corps de l'Ouvrage
à connoître & à apprécier les Médailles
foit par leur rareté , foit par la quantité
des figures , foit par le nombre & la po-
fition des têtes , foit enfin par leur belle
confervation , on finit par donner les
l'on
moyens que l'on a employés &
que
employe encore tous les jours pour
tromper les Curieux en Médailles . Ces
moyens fe réduifent à huit : leur expofi-
tion eft fuivie de la manière de décou-
vrir ces fraudes & de fe mettre à l'abri
des rufes de la cupidité. On apprend mê-
me à n'adopter qu'avec prudence &
examen certaines décifions trop géné-
ralement reçues. Il s'agit des Médailles
fourrées. On doit fe rappeller ici que
ces fortes de pièces fabriquées par les
faux Monnoyeurs , ne font qu'un mor-
ceau de fer ou de bronze enveloppé de
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
chaque côté d'une feuille d'or ou d'ar-
gent , & frappé en même temps entre
les deux coins , fur l'un defquels étoit
contrefait la face d'une Médaille légi-
time , & fur l'autre fon revers. Comme
on s'eft toujours perfuadé que les fauf-
faires modernes ne pouvoient que très-
difficilement imiter cette fraude , on a
regardé jufqu'à préfent les Médailles
fourrées comme indubitables ; en forte
qu'elles paffent pour véritablement an-
tiques & pour autant de fondemens de
l'Hiftoire
mais ces principes adoptés
par la plupart des Amateurs , ne de-
>> vroient être reçus qu'avec précau
» tion
,
puifqu'il eft certain que les
fauffaires modernes ont eu l'art de
» frapper des Médailles fourrées , à l'imi-
» tation de l'Antique. Un écu de Varin
»& plufieurs autres pièces qui fe trou-
» vent dans le Cabinet de M. d'Ennery
»en font la preuve la plus complette »..
D'après l'efquiffe de ce grand tableau
il eft aifé de prendre une idée des avan-
tages & des agrémens que l'on retire de
l'étude des Médailles. Elle nous retrace
tout ce que la Mythologie , la Cofmo-
graphie , la Géographie , l'Aftronomie ,
I'Hiftoire , la Chronologie & l'Hiftoire
Naturelle , préfentent de curieux par
JUILLET. 1764.
81
rapport à l'Antiquité. Elle offre aux
Peintres , aux Architectes & à une infi-
nité d'autres Artiftes , des leçons utiles
fur le Coſtume de tous les temps , &
des modèles en tout genre. D'un autres
côté , elle remplit agréablement les jours
d'un Amateur , & pique continuelle-
ment fa curiofité à la vue des riches
moiffons qui restent encore à faire dans
ce vafte & fertile champ. >> On décou
» vre tous les jours quelques parties des
» tréfors que la terre renferme dans fon
fein: ce n'eft même que depuis peu
» de temps qu'on a vu entrer dans plu-
·
» fieurs Cabinets des Refcennius d'or
» des Othons de bronze & des Vetranio
» d'or & d'argent , Médailles extraordi-
naires & inconnues jufqu'à préfent.
Les riches Collections de M. Pelerin
» & de M. d'Ennery pourroient nous
» en fournir plufieurs autres exemples.
» Ce dernier vient encore d'acquérir
» une Médaille d'or de Vitalianus , Ty-
» ran peu connu , que
après avoir pris
» la pourpre fous le règne d'Anaftafe
» remporta plufieurs victoires für les Gé
néraux de cet Empereur , s'empara de
„ la Thrace , où il étoit né , de la Mœfie
» & de plufieurs autres Provinces voifi-
nes , & fe foutint fur le Trône contre
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» toutes les forces de l'Empire , juſqu'à
» ce que l'Empereur Juftin le fit affaffi-
» ner dans fon Palais , où ill'avoit attiré
» fous ptétexte d'amitié ». Quelle douce
fenfation pour un Curieux d'imaginer
qu'il peut trouver une pièce rare &
unique ! quelle joie quand il la pofféde !
Ce Cours complet & méthodique de
la fcience des Médailles , dédié au Prince
Charles de Lorraine , l'Ami & le Protec-
teur des Gens de Lettres , eft un témoi
gnage public de la reconnoiffance de
Dom Mangeart pour fon bienfaiteur ,
& ne fait pas moins d'honneur à fon ef-
prit & à fes lumières qu'à fon cœur. La
modeftie avec laquelle il s'exprime dans
fa Préface , annonce l'exactitude de fes
recherches & la vérité de fes affertions.
Sa mort nous fait regretter un Religieux
zélé , un Sçavant éclairé & un Amifen-
fible. Pourquoi n'a-t-il pu finir quelques
autres Ouvrages intéreffans , qu'il avoit
concus , & dont il s'occupoit !
L'introduction à la Science des Mé-
dailles eft une fuite néceffaire de l'Ou-
vrage de Dom Monfaucon : auffi a-t- on
eu foin qu'elle fût imprimée dans les mê
mes formats , & avec les mêmes carac-
tères , que l'Antiquité expliquée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JACQUIN.
Fermer
11182
p. 83-86
LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur une Anectote singulière de l'Histoire de la Ville de LILLE. A S. Omer, le 18 Juin 1764.
Début :
J'AI une grace à vous demander ; Monsieur ; je me flatte que vous me [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur une Anectote singulière de l'Histoire de la Ville de LILLE. A S. Omer, le 18 Juin 1764.
LETTRE à l'Auteur du Mercure, sur
une Anectote singulière de l'Histoire
de la Ville de LILLE.
A S. Omer, le 18 Juin 1764.
J'AI une grace à vous demander ;
Monsieur ; je me flatte que vous me
l'accorderez , tant par l'intérêt que vous
prenez fûrement à l'honneur de l'Ar-
tois où vous avez longtemps demeuré
& qui vous a chargé de fes intérêts
qu'en confidération de notre ancienne
connoiffance.
M. l'Abbé de Monlinot vient de don-
ner une Hiftoire de la ville de Lille
dont il ne paroît que le premier Vo-
lume qui fe vend chez Panckoucke &
chez les principaux Libraires de la Flan-
dres ( 1764 ) in- 12.
Dans ce Volumé , page 177. Il dit
que » Guy Pape raconte un fait comme
témoin oculaire ; qu'un cochon ayant
tué un enfant en Bourgogne , on lui
fit fon procès dans les formes , on le
condamna à être pendu , & la Sen-
» tence fut gravement exécutée en pré-
»fence des Juges.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
La note qui eft au bas de cette page
eft conçue en ces termes..
( c ) sa Décif. 138. La même aventure arriva
à S. Omer à-peu-près dans ce temps- là. Un co-
» chon ayant dévoré un enfant dans la Banlieue ,
» les Echevins le condamnerent à être pendu.. Ce
qu'il y a de plus fingulier , c'eft que les Eche--
» vins de cette Ville dans un procès actuellement
» pendant au Parlement , contre les Officiers du
D
Bailliage , employent férieufement cette Sen-
>tence , comme une piéce juftificative de l'exer
» cice qu'ils ont de la Haute-Juſtice , & ils la font
valoir avec d'autant plus de force , qu'elle a
été éxécutée en dernier, reffort & fans appel.
Voilà deux faits , Monfieur.
Il ne
refte à M. de Montlinot qu'à les prouver;
ce fera peu de chofe pour lui. Un Hif
torien qui ofe attaquer fi griévement
un Corps public , que le fait l'Auteur ,
a fûrement des garants. Il eft vrai que fi
ce font des Citoyens qui lui ont fourni
ces belles Anecdotes , affurément ce ne-
font pas les meilleurs Patriotes. Quoi-
qu'il en foit , on lui nie ces deux faits.
Le premier eft fondé à la vérité fur une
une Tradition populaire ; mais qui a vu
la Sentence prétendue ?
J'ai lû plus de
tres de S. Omer que M. l'Abbé , j'ofe
le dire ,, & celui-là ne m'a jamais été
communiqué , & ne m'eft jamais tombe
entre les mains...
JUILLET. 1764.
85
Le fecond fait eft plus grave : car
quand le premier feroit vrai ; il prou-
veroit feulement la fimplicité des Juges
d'un fiècle d'ignorance ; mais l'accufa-
tion intentée contre les Echevins de S.
Omer d'avoir récemment produit un
titre auffi ridicule que la Sentence de
mort du cochon eft une espéce de per-
fonnalité bien imprudente au moins , fi
elle eft mat fondée. Je fçai qu'à la page
12 d'un mémoire imprimé à S. Omer
chez Fertel in-fol, en 1748 , il eft dit
» qu'en 1370 le Lieutenant-Général &
quelques Sergens du Bailliage avoient
» réclamé un porc d'une maifon fituée
» dans la Banlieue , prétendant que ce
» fût un épave qui appartenoit au Com-
» te d'Artois , attendu qu'il n'étoit ré-
» clamé de perfonne , à caufe que par
» fa morfure
il avoit occafionné la
» mort d'un Domeſtique ; mais fur les
"
repréſentations des Mayeur & Eche-
» vins que c'étoit une entrepriſe fur
» leur Jurifdiction , les Officiers du
"
Bailliage leur délivrérent un acte par
lequel il eft déclaré qu'ils ont fait re-
» mettre & rétablir cet animal au lieu
» où il avoit été pris , à charge qu'il
» leur feroit délivré comme appartenant
à- la-Comteffe d'Artois , fi par le Ju
86 MERCURE DE FRANCE.
» gement des Mayeur & Echevins il
» étoit décidé que ce fût une épave.
» Cet ace eft datté du 18 Décembre
» de la même année. »
S'il y a là du ridicule , eft -il du côté
des Mayeur & Echevins de S. Omer ?
Mais où eft le procès criminel du co-
chon ? M. l'Abbé de Montlinot nous le
produira fans doute ; fon honneur y eft
intéreffé. Il auroit dû même citer les
preuves. Et nous lui laiffons avec plaifir
le foin de faire l'hiftoire du cochon
dont je viens de lui donner le com-
mencement ; il y ajoutera les piéces
juftificatives & affurément ce fera un
morceau très-intéreffant.
J'efpére , Monfieur , que vous infſe-
rerez cette Lettre dans votre Ouvrage ,
qui étant un des plus répandus , détrom-
pera plutôt le Public , & même un *
Journaliste qui fur la foi de M. de Mont-
linot , a aidé très-innocemment à faire
croire à fes Lecteurs cette Hiftoriette ri-
dicule.
* LeJournal Encyclopédique , Avril 1764.
une Anectote singulière de l'Histoire
de la Ville de LILLE.
A S. Omer, le 18 Juin 1764.
J'AI une grace à vous demander ;
Monsieur ; je me flatte que vous me
l'accorderez , tant par l'intérêt que vous
prenez fûrement à l'honneur de l'Ar-
tois où vous avez longtemps demeuré
& qui vous a chargé de fes intérêts
qu'en confidération de notre ancienne
connoiffance.
M. l'Abbé de Monlinot vient de don-
ner une Hiftoire de la ville de Lille
dont il ne paroît que le premier Vo-
lume qui fe vend chez Panckoucke &
chez les principaux Libraires de la Flan-
dres ( 1764 ) in- 12.
Dans ce Volumé , page 177. Il dit
que » Guy Pape raconte un fait comme
témoin oculaire ; qu'un cochon ayant
tué un enfant en Bourgogne , on lui
fit fon procès dans les formes , on le
condamna à être pendu , & la Sen-
» tence fut gravement exécutée en pré-
»fence des Juges.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
La note qui eft au bas de cette page
eft conçue en ces termes..
( c ) sa Décif. 138. La même aventure arriva
à S. Omer à-peu-près dans ce temps- là. Un co-
» chon ayant dévoré un enfant dans la Banlieue ,
» les Echevins le condamnerent à être pendu.. Ce
qu'il y a de plus fingulier , c'eft que les Eche--
» vins de cette Ville dans un procès actuellement
» pendant au Parlement , contre les Officiers du
D
Bailliage , employent férieufement cette Sen-
>tence , comme une piéce juftificative de l'exer
» cice qu'ils ont de la Haute-Juſtice , & ils la font
valoir avec d'autant plus de force , qu'elle a
été éxécutée en dernier, reffort & fans appel.
Voilà deux faits , Monfieur.
Il ne
refte à M. de Montlinot qu'à les prouver;
ce fera peu de chofe pour lui. Un Hif
torien qui ofe attaquer fi griévement
un Corps public , que le fait l'Auteur ,
a fûrement des garants. Il eft vrai que fi
ce font des Citoyens qui lui ont fourni
ces belles Anecdotes , affurément ce ne-
font pas les meilleurs Patriotes. Quoi-
qu'il en foit , on lui nie ces deux faits.
Le premier eft fondé à la vérité fur une
une Tradition populaire ; mais qui a vu
la Sentence prétendue ?
J'ai lû plus de
tres de S. Omer que M. l'Abbé , j'ofe
le dire ,, & celui-là ne m'a jamais été
communiqué , & ne m'eft jamais tombe
entre les mains...
JUILLET. 1764.
85
Le fecond fait eft plus grave : car
quand le premier feroit vrai ; il prou-
veroit feulement la fimplicité des Juges
d'un fiècle d'ignorance ; mais l'accufa-
tion intentée contre les Echevins de S.
Omer d'avoir récemment produit un
titre auffi ridicule que la Sentence de
mort du cochon eft une espéce de per-
fonnalité bien imprudente au moins , fi
elle eft mat fondée. Je fçai qu'à la page
12 d'un mémoire imprimé à S. Omer
chez Fertel in-fol, en 1748 , il eft dit
» qu'en 1370 le Lieutenant-Général &
quelques Sergens du Bailliage avoient
» réclamé un porc d'une maifon fituée
» dans la Banlieue , prétendant que ce
» fût un épave qui appartenoit au Com-
» te d'Artois , attendu qu'il n'étoit ré-
» clamé de perfonne , à caufe que par
» fa morfure
il avoit occafionné la
» mort d'un Domeſtique ; mais fur les
"
repréſentations des Mayeur & Eche-
» vins que c'étoit une entrepriſe fur
» leur Jurifdiction , les Officiers du
"
Bailliage leur délivrérent un acte par
lequel il eft déclaré qu'ils ont fait re-
» mettre & rétablir cet animal au lieu
» où il avoit été pris , à charge qu'il
» leur feroit délivré comme appartenant
à- la-Comteffe d'Artois , fi par le Ju
86 MERCURE DE FRANCE.
» gement des Mayeur & Echevins il
» étoit décidé que ce fût une épave.
» Cet ace eft datté du 18 Décembre
» de la même année. »
S'il y a là du ridicule , eft -il du côté
des Mayeur & Echevins de S. Omer ?
Mais où eft le procès criminel du co-
chon ? M. l'Abbé de Montlinot nous le
produira fans doute ; fon honneur y eft
intéreffé. Il auroit dû même citer les
preuves. Et nous lui laiffons avec plaifir
le foin de faire l'hiftoire du cochon
dont je viens de lui donner le com-
mencement ; il y ajoutera les piéces
juftificatives & affurément ce fera un
morceau très-intéreffant.
J'efpére , Monfieur , que vous infſe-
rerez cette Lettre dans votre Ouvrage ,
qui étant un des plus répandus , détrom-
pera plutôt le Public , & même un *
Journaliste qui fur la foi de M. de Mont-
linot , a aidé très-innocemment à faire
croire à fes Lecteurs cette Hiftoriette ri-
dicule.
* LeJournal Encyclopédique , Avril 1764.
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11183
p. 87
AU MESME.
Début :
J'AI lu, Monsieur, dans le second Mercure du mois de Janvier 1762 une [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AU MESME.
AU MESME.
J'AI lu, Monsieur, dans le second
Mercure du mois de Janvier 1762 une
lettre que M. F... vous a écrite au fu-
jet de quelques Antiquités de Paris.
Comme il ne figne fon nom que par
cette le ttre F , je pourrois , s'il vou-
loit bien fe faire connoître & donner
fon adreffe , lui communiquer plufieurs
recherches à ce fujet qui feroient très-
curieufes & très-utiles pour la Républi
que des Lettres.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D. N. Abonné au Mercure.
Paris, ce 26 Juin 1764.
J'AI lu, Monsieur, dans le second
Mercure du mois de Janvier 1762 une
lettre que M. F... vous a écrite au fu-
jet de quelques Antiquités de Paris.
Comme il ne figne fon nom que par
cette le ttre F , je pourrois , s'il vou-
loit bien fe faire connoître & donner
fon adreffe , lui communiquer plufieurs
recherches à ce fujet qui feroient très-
curieufes & très-utiles pour la Républi
que des Lettres.
J'ai l'honneur d'être , &c.
D. N. Abonné au Mercure.
Paris, ce 26 Juin 1764.
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11184
p. 87-89
« M. DE GARSAULT avertit à la suite de l'Avis qu'il a distribué à la fin de [...] »
Début :
M. DE GARSAULT avertit à la suite de l'Avis qu'il a distribué à la fin de [...]
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texteReconnaissance textuelle : « M. DE GARSAULT avertit à la suite de l'Avis qu'il a distribué à la fin de [...] »
M. DE GARSAULT avertit à la suite
de l'Avis qu'il a distribué à la fin de
Février dernier 1764 , qu'il a fait tirer
500 Exemplaires de fon Recueil de Fi-
gures des Plantes & Animaux compris
dans la Matière Médicale de M. Geoffroi.
Chaque Exemplaire contient 734
Planches divifées en 5 tomes in- 8° . def-
finées par lui d'après nature , gravées
88 MERGURE DE FRANCE .'
fous fes yeux par les meilleurs Gra
veurs , & imprimées fur de beau papier
par les meilleurs Imprimeurs en Taille-
douce.
Ces 500 premiers Exemplaires ont
commencé à fe vendre chez lui rue S
Dominique , Porte S. Jacques , tous les
jours depuis dix heures du matin juf-
qu'à midi , & depuis 4 heures du foir
jufqu'à 6 , à commencer du Lundi 4
Juin,
On en trouvera auffi chez Defaint &
Saillant,Libraires , rue S. Jean de Beau-
vais , Defprez, Imprimeur du Clergé ,
rue S. Jacques , près la rue des Noyers,
& chez le Clerc , Libraire , quai des Au-
guftins.
Chaque Exemplaire fera de 48 li-
vres , jufqu'au dernier du mois d'Août
prochain , après
lequel temps Les
Planches doivent paffer en d'autres
mains qu'il voit difpofées à en aug-
menter la valeur , ce qu'il n'a pu rai-
fonnablement contredire , vû la modi-
cité du prix actuel auquel il a bien vou-
lu fe réduire en faveur du Public zélé ,
pendant le temps qu'elles feront en fa
poffeffion.
On fournira gratis une Table des
noms latins & françois à tous ceux qui
JUILLET. 1764.
89
la voudront , foit qu'ils ayent le Livre
de M. Geoffroi ou non.
On infére ici l'Avis du mois de Fé-
vrier , parce qu'il inftruit pleinement du
deffein & du plan de l'Ouvrage en
question.
de l'Avis qu'il a distribué à la fin de
Février dernier 1764 , qu'il a fait tirer
500 Exemplaires de fon Recueil de Fi-
gures des Plantes & Animaux compris
dans la Matière Médicale de M. Geoffroi.
Chaque Exemplaire contient 734
Planches divifées en 5 tomes in- 8° . def-
finées par lui d'après nature , gravées
88 MERGURE DE FRANCE .'
fous fes yeux par les meilleurs Gra
veurs , & imprimées fur de beau papier
par les meilleurs Imprimeurs en Taille-
douce.
Ces 500 premiers Exemplaires ont
commencé à fe vendre chez lui rue S
Dominique , Porte S. Jacques , tous les
jours depuis dix heures du matin juf-
qu'à midi , & depuis 4 heures du foir
jufqu'à 6 , à commencer du Lundi 4
Juin,
On en trouvera auffi chez Defaint &
Saillant,Libraires , rue S. Jean de Beau-
vais , Defprez, Imprimeur du Clergé ,
rue S. Jacques , près la rue des Noyers,
& chez le Clerc , Libraire , quai des Au-
guftins.
Chaque Exemplaire fera de 48 li-
vres , jufqu'au dernier du mois d'Août
prochain , après
lequel temps Les
Planches doivent paffer en d'autres
mains qu'il voit difpofées à en aug-
menter la valeur , ce qu'il n'a pu rai-
fonnablement contredire , vû la modi-
cité du prix actuel auquel il a bien vou-
lu fe réduire en faveur du Public zélé ,
pendant le temps qu'elles feront en fa
poffeffion.
On fournira gratis une Table des
noms latins & françois à tous ceux qui
JUILLET. 1764.
89
la voudront , foit qu'ils ayent le Livre
de M. Geoffroi ou non.
On infére ici l'Avis du mois de Fé-
vrier , parce qu'il inftruit pleinement du
deffein & du plan de l'Ouvrage en
question.
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11185
p. 89-94
AVIS touchant un Recueil de Plantes & Animaux utiles en Médecine, gravés d'après les desseins de M. de GẠRSAULT, 1764.
Début :
SI la connoissance des Simples a toujours passé pour une science rare & [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS touchant un Recueil de Plantes & Animaux utiles en Médecine, gravés d'après les desseins de M. de GẠRSAULT, 1764.
AVIS touchant un Recueil de Plantes &
Animaux utiles en Médecine, gravés
d'après les desseins de M. de GẠRSAULT,
1764.
SI la connoissance des Simples a toujours
passé pour une science rare &
difficile à acquérir , ceux qui en ont
fait leur objet principal , & qui après
des expériences réitérées, ontraffemblé ,
dans un corps d'Ouvrage , les Plantes
qu'ils ont reconnu falutaires, capables de
rendre la fanté & de prolonger la vie ;
ceux-là , dis-je , doivent être précieux
au genre humain : tel a été M. Geoffroi ,
Docteur en Médecine de la Faculté de
Paris , de l'Académie Royale des Scien-
ces , de la Société Royale de Londres
Profeffeur en Chymie au Jardin du
Roi
>
& de Médecine au Collège
Royal. C'eſt à cet homme célébre que
90 MERCURE DE FRANCE.
nous devons , fous le titre de Matière
Médicale , la defcription , les vertus &
les ufages des Plantes ufuelles en Mé-
decine ; Ouvrage reconnu généralement
pour le meilleur qui ait été compofé
en ce genre , mais auquel manquoient
les figures des Plantes , dont il traites
acceffoire , prèfque auffi effentiel que
l'Ouvrage même. M. de Garfault , Au-
teur du nouveau Parfait Maréchal , &
maintenant Membre de la Société Roya
le d'Agriculture de Paris , ayant eu , dès
fa tendre jeuneffe , un goût naturel pour
l'Art du deffein , conçut , dans un âge
plus avancé , que ce bel Art , qu'il exer
çoit indifféremment fur tout ce qui fe
préfentoit , pouvoit l'être beaucoup
plus utilement. L'idée de copier la natu-
re même , en faifant les portraits des
Plantes d'ufage en Médecine , fut celle
à laquelle il ne pouvoit manquer de
s'arrêter ; il entama donc alors le Recueil
dont il eft ici queftion ; il deffinoit les
Plantes avec toute l'application dont il
étoit capable , à mesure qu'il les ren-
controit à la campagne. M. Bernard de
Jufficu , Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris , Démonftrateur au
Jardin Royal des Plantes , de l'Acadé-
mie Royale des Sciences , & de la So-
JUILLET. 1764.
ciété Royale de Londres , qu'il avoit le
bonheur de connoître , les examinoit
enfuite , & mettoit lui-même le nom au
bas de celles auxquelles il ne trouvoit
rien à defirer ; mais à celles où la nature
n'étoit pas affez fidélement rendue ,
il
falloit les rectifier , quelquefois même
les recommencer : il lui indiquoit auffi
celles qui ne fe rencontrent que dans
les Jardins de Botanique , ou dans les
ferres chaudes. Enfin , après nombre
'd'années , cet amas de deffeins eft de-
venu fi confidérable , qu'il comprend ,
article par article , toutes les Plantes de
la Matière Médicale de M. Geoffroi , &
la rend un Ouvrage parfait : il ne ref-
toit plus à l'Auteur que de mettre la
dernière main au projet d'utilité qu'il
avoit formé , ( qui peut s'étendre même
à toute matière médicale , ) & en mê-
me temps à retirer le fruit des travaux
de toute fa vie , par le plaifir de fentir
qu'il étoit en lui de pouvoir rendre quel
que fervice au Public. C'eft pourquoi ,
auffi-tôt que fon Recueil a été rempli ,
il a commencé à faire graver , à ſes frais ,
non -feulement les Plantes , mais encore
les figures des Animaux , dont le tout ,
ou les parties , peuvent fervir à la Mé-
decine , fuivant le plan que M. Geoffrot
92 MERCURE DE FRANCE.
s'étoit formé , & que fes Continuateurs
ont exécuté.
*
Il efpére qu'on ne trouve-
ra pas les Animaux moins exacts que
les Plantes : tous ceux qu'il a pu copier
d'après nature , l'ont été ; & comme
fon goût pour deffiner les Animaux ,
étoit une fuité de celui qu'il avoit pour
la chaffe , il paffoit une partie de fes
loiſirs à en faire des études , & même
à peindre ceux qui lui tomboient fous
la main : c'eft pourquoi il n'a pas eu de
peine à raffembler & à mettre de fuite
les animaux que la Matiére Médicale lui
a indiqués. A l'égard du petit nombre
de ceux donton n'a que des defcriptions
fans deffeins , ou avec de très- mauvais
deffeins , comme les baleines , la chèvre
du bézoart , le renne de la Lapponie ,
& c , il n'eft pas certain que les figures
en foient auffi parfaites : il ne lui a été
poffible que de comparer & de combi .
ner les différentes defcriptions ; conful-
ter , de vive voix , les perfonnes qui ont
pu voir ces Animaux dans leurs voyages,
& s'aider de leurs parties , confervées
dans les Cabinets curieux du Roi &
autres.
On verra que tous ces deffeins font
MM. Arnaud de Nobleville & Salerne , Mé➡
decins à Orléans.
د
JUILLET. 1764.
traités d'une manière qu'on peut appel-
ler nouvelle , principalement les Plantes,
lefquelles
quelque grandes qu'elles
foient, font exprimées toutes en entier ,
& comme on les apperçoit fur la terre ,
afin qu'on puiffe les reconnoître au
premier coup d'œil , indépendemment
des parties féparées qui les caractériſent,
comme fruits , fleurs , &c, ce qui n'a ,
jufqu'à préfent , été exécuté par au-
cun Auteur de Botanique , comme elles
le font ici.
4. L'Auteur ofe encore fe flatter que les
Curieux & les Amateurs d'Hiftoire Na-
turelle trouveront dans ce Recueil de
quoi fe fatisfaire ; & que les Peintres &
Deffinateurs d'ornemens , d'étoffes &
de payfages y rencontreront plus de
variétés qu'ils n'en peuvent imaginer.
Cet Ouvrage , compofé de plus de
730 Planches & plus , in-8°. gravées
fur cuivre en taille- douce , s'imprime
actuellement. Il fera divifé en cinq to-
mes le premier contient les Plantes
exotiques ou étrangères ; le fecond
troifiéme & quatriéme , les Plantes in-
digènes , ou de nos climats ; & le cin-
quiéme , les Animaux : le tout fera du
prix de 48 livres. On fournira gratis ,
à ceux qui n'auront pas la Matière
94 MERCURE DE FRANCE.
Médicale de M. Geoffroi , & qui fe
contenteront des deffeins feuls
feront ajoutés aux noms Latins.
,
une
Table imprimée où les noms François
On compte que le tout fera en état
d'être préfenté au Public dans le cou-
rant du mois de Mai prochain. En at-
tendant ce terme , ceux qui voudront
voir un échantillon de tout l'Ouvrage,
peuvent dès-à-préfent s'adreffer :
A Paris , à MM. Defaint & Sail-
lant , Libraires , rue S. Jean de Beau-
vais , ou à M. Defprez , Imprimeur du
Roi & du Clergé de France, rue S.Jac-
ques , au coin de la rue des Noyers.
Animaux utiles en Médecine, gravés
d'après les desseins de M. de GẠRSAULT,
1764.
SI la connoissance des Simples a toujours
passé pour une science rare &
difficile à acquérir , ceux qui en ont
fait leur objet principal , & qui après
des expériences réitérées, ontraffemblé ,
dans un corps d'Ouvrage , les Plantes
qu'ils ont reconnu falutaires, capables de
rendre la fanté & de prolonger la vie ;
ceux-là , dis-je , doivent être précieux
au genre humain : tel a été M. Geoffroi ,
Docteur en Médecine de la Faculté de
Paris , de l'Académie Royale des Scien-
ces , de la Société Royale de Londres
Profeffeur en Chymie au Jardin du
Roi
>
& de Médecine au Collège
Royal. C'eſt à cet homme célébre que
90 MERCURE DE FRANCE.
nous devons , fous le titre de Matière
Médicale , la defcription , les vertus &
les ufages des Plantes ufuelles en Mé-
decine ; Ouvrage reconnu généralement
pour le meilleur qui ait été compofé
en ce genre , mais auquel manquoient
les figures des Plantes , dont il traites
acceffoire , prèfque auffi effentiel que
l'Ouvrage même. M. de Garfault , Au-
teur du nouveau Parfait Maréchal , &
maintenant Membre de la Société Roya
le d'Agriculture de Paris , ayant eu , dès
fa tendre jeuneffe , un goût naturel pour
l'Art du deffein , conçut , dans un âge
plus avancé , que ce bel Art , qu'il exer
çoit indifféremment fur tout ce qui fe
préfentoit , pouvoit l'être beaucoup
plus utilement. L'idée de copier la natu-
re même , en faifant les portraits des
Plantes d'ufage en Médecine , fut celle
à laquelle il ne pouvoit manquer de
s'arrêter ; il entama donc alors le Recueil
dont il eft ici queftion ; il deffinoit les
Plantes avec toute l'application dont il
étoit capable , à mesure qu'il les ren-
controit à la campagne. M. Bernard de
Jufficu , Docteur en Médecine de la
Faculté de Paris , Démonftrateur au
Jardin Royal des Plantes , de l'Acadé-
mie Royale des Sciences , & de la So-
JUILLET. 1764.
ciété Royale de Londres , qu'il avoit le
bonheur de connoître , les examinoit
enfuite , & mettoit lui-même le nom au
bas de celles auxquelles il ne trouvoit
rien à defirer ; mais à celles où la nature
n'étoit pas affez fidélement rendue ,
il
falloit les rectifier , quelquefois même
les recommencer : il lui indiquoit auffi
celles qui ne fe rencontrent que dans
les Jardins de Botanique , ou dans les
ferres chaudes. Enfin , après nombre
'd'années , cet amas de deffeins eft de-
venu fi confidérable , qu'il comprend ,
article par article , toutes les Plantes de
la Matière Médicale de M. Geoffroi , &
la rend un Ouvrage parfait : il ne ref-
toit plus à l'Auteur que de mettre la
dernière main au projet d'utilité qu'il
avoit formé , ( qui peut s'étendre même
à toute matière médicale , ) & en mê-
me temps à retirer le fruit des travaux
de toute fa vie , par le plaifir de fentir
qu'il étoit en lui de pouvoir rendre quel
que fervice au Public. C'eft pourquoi ,
auffi-tôt que fon Recueil a été rempli ,
il a commencé à faire graver , à ſes frais ,
non -feulement les Plantes , mais encore
les figures des Animaux , dont le tout ,
ou les parties , peuvent fervir à la Mé-
decine , fuivant le plan que M. Geoffrot
92 MERCURE DE FRANCE.
s'étoit formé , & que fes Continuateurs
ont exécuté.
*
Il efpére qu'on ne trouve-
ra pas les Animaux moins exacts que
les Plantes : tous ceux qu'il a pu copier
d'après nature , l'ont été ; & comme
fon goût pour deffiner les Animaux ,
étoit une fuité de celui qu'il avoit pour
la chaffe , il paffoit une partie de fes
loiſirs à en faire des études , & même
à peindre ceux qui lui tomboient fous
la main : c'eft pourquoi il n'a pas eu de
peine à raffembler & à mettre de fuite
les animaux que la Matiére Médicale lui
a indiqués. A l'égard du petit nombre
de ceux donton n'a que des defcriptions
fans deffeins , ou avec de très- mauvais
deffeins , comme les baleines , la chèvre
du bézoart , le renne de la Lapponie ,
& c , il n'eft pas certain que les figures
en foient auffi parfaites : il ne lui a été
poffible que de comparer & de combi .
ner les différentes defcriptions ; conful-
ter , de vive voix , les perfonnes qui ont
pu voir ces Animaux dans leurs voyages,
& s'aider de leurs parties , confervées
dans les Cabinets curieux du Roi &
autres.
On verra que tous ces deffeins font
MM. Arnaud de Nobleville & Salerne , Mé➡
decins à Orléans.
د
JUILLET. 1764.
traités d'une manière qu'on peut appel-
ler nouvelle , principalement les Plantes,
lefquelles
quelque grandes qu'elles
foient, font exprimées toutes en entier ,
& comme on les apperçoit fur la terre ,
afin qu'on puiffe les reconnoître au
premier coup d'œil , indépendemment
des parties féparées qui les caractériſent,
comme fruits , fleurs , &c, ce qui n'a ,
jufqu'à préfent , été exécuté par au-
cun Auteur de Botanique , comme elles
le font ici.
4. L'Auteur ofe encore fe flatter que les
Curieux & les Amateurs d'Hiftoire Na-
turelle trouveront dans ce Recueil de
quoi fe fatisfaire ; & que les Peintres &
Deffinateurs d'ornemens , d'étoffes &
de payfages y rencontreront plus de
variétés qu'ils n'en peuvent imaginer.
Cet Ouvrage , compofé de plus de
730 Planches & plus , in-8°. gravées
fur cuivre en taille- douce , s'imprime
actuellement. Il fera divifé en cinq to-
mes le premier contient les Plantes
exotiques ou étrangères ; le fecond
troifiéme & quatriéme , les Plantes in-
digènes , ou de nos climats ; & le cin-
quiéme , les Animaux : le tout fera du
prix de 48 livres. On fournira gratis ,
à ceux qui n'auront pas la Matière
94 MERCURE DE FRANCE.
Médicale de M. Geoffroi , & qui fe
contenteront des deffeins feuls
feront ajoutés aux noms Latins.
,
une
Table imprimée où les noms François
On compte que le tout fera en état
d'être préfenté au Public dans le cou-
rant du mois de Mai prochain. En at-
tendant ce terme , ceux qui voudront
voir un échantillon de tout l'Ouvrage,
peuvent dès-à-préfent s'adreffer :
A Paris , à MM. Defaint & Sail-
lant , Libraires , rue S. Jean de Beau-
vais , ou à M. Defprez , Imprimeur du
Roi & du Clergé de France, rue S.Jac-
ques , au coin de la rue des Noyers.
Fermer
11186
p. 94-95
« VALLEYRE Père, Imprimeur-Libraire, à Paris rue S. Severin, a imprimé, [...] »
Début :
VALLEYRE Père, Imprimeur-Libraire, à Paris rue S. Severin, a imprimé, [...]
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VALLEYRE Père, Imprimeur-Libraire,
à Paris rue S. Severin, a imprimé,
& débite une Brochure intitu-
lée Extrait de la Gazette du Commerce ,
concernant la Société des Soufcripteurs
de Londres , & celle quife forme à Paris
pour l'encouragement de l'Agriculture ,
des Manufactures & du Commerce. Cet
Ecrit eft dédié à M. le Duc de Praflin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat. Il eft pré-
cedé d'un Avertiffement dans lequel
M. Le Rebours , qui a rédigé jufqu'ici
la Gazette du Commerce , fait de nou-
veaux efforts pour infpirer à fes Lec-
JUILLET. 1764.
95
teurs la réfolution de fe foumettre à
une contribution annuelle pour encou
rager les travaux utiles parmi nous. On
voit dans le cours de l'Ouvrage la fuite
des prix propofés à Londres fur toutes
les branches d'induftrie. On y apprend
que plus de trois mille Anglois dépo-
fent annuellement dans une caiffe com-
mune deux guinées chacun pour ré-.
compenfer les travaux utiles. On y lit
avec plaifir les réfléxions que M. Le
Rebours faifoit à mesure qu'il annon-
çoit les prix de Londres , & on y lit
avec encore plus de plaifir les noms
d'un nombre confidérable de François
de tous les états qui fe font foumis vo-
lontairement & annuellement à con-
tribuer de deux louis chacun pour en-
courager en France l'Agriculture , les
Manufactures & le Commerce. On ne
peut pas douter que cet exemple , fi
digne d'éloges , ne foit imité par un
grand nombre de Citoyens. Il fera alors
bien agréable pour M. Le Rebours de
voir un projet , dont il a le premier ré-
pandu l'idée dans le Public , adopté par
la Nation , & produire les avantages im-
menfes qu'on a lieu d'en attendre.
à Paris rue S. Severin, a imprimé,
& débite une Brochure intitu-
lée Extrait de la Gazette du Commerce ,
concernant la Société des Soufcripteurs
de Londres , & celle quife forme à Paris
pour l'encouragement de l'Agriculture ,
des Manufactures & du Commerce. Cet
Ecrit eft dédié à M. le Duc de Praflin ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat. Il eft pré-
cedé d'un Avertiffement dans lequel
M. Le Rebours , qui a rédigé jufqu'ici
la Gazette du Commerce , fait de nou-
veaux efforts pour infpirer à fes Lec-
JUILLET. 1764.
95
teurs la réfolution de fe foumettre à
une contribution annuelle pour encou
rager les travaux utiles parmi nous. On
voit dans le cours de l'Ouvrage la fuite
des prix propofés à Londres fur toutes
les branches d'induftrie. On y apprend
que plus de trois mille Anglois dépo-
fent annuellement dans une caiffe com-
mune deux guinées chacun pour ré-.
compenfer les travaux utiles. On y lit
avec plaifir les réfléxions que M. Le
Rebours faifoit à mesure qu'il annon-
çoit les prix de Londres , & on y lit
avec encore plus de plaifir les noms
d'un nombre confidérable de François
de tous les états qui fe font foumis vo-
lontairement & annuellement à con-
tribuer de deux louis chacun pour en-
courager en France l'Agriculture , les
Manufactures & le Commerce. On ne
peut pas douter que cet exemple , fi
digne d'éloges , ne foit imité par un
grand nombre de Citoyens. Il fera alors
bien agréable pour M. Le Rebours de
voir un projet , dont il a le premier ré-
pandu l'idée dans le Public , adopté par
la Nation , & produire les avantages im-
menfes qu'on a lieu d'en attendre.
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11187
p. 96
AVIS AU PUBLIC.
Début :
LE Public éclairé a reçu avec tant d'ardeur, & lu avec tant de plaisir les [...]
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texteReconnaissance textuelle : AVIS AU PUBLIC.
AVIS AU PUBLIC.
LE Public éclairé a reçu avec tant
d'ardeur, & lu avec tant de plaisir les
diverfes Traductions Allemandes qu'on
lui a données depuis peu , que les Alle-
mands ont été juſtifiés de la prévention
dans laquelle on étoit en France, contre
leur goût , & furtout contre leur Poë-
fie. L'Allemagne eft fi fauvent le théâ-
tre de la guerre , que la Langue de
cette Nation eft néceffaire aux Militai-
res ; auffi fait-elle partie de l'éducation
de cette jeune Nobleffe deſtinée à la
défenſe & à la gloire de l'Etat. Plu-
fieurs perfonnes qualifiées font leur étu-
de , ou leur amufement de l'Allemand.
C'est dans la vue d'en faciliter l'étude ,
& d'en rendre les fecours plus pro-
chains , que le fieur Mufier fils ,` Li-
braire quai des Auguſtins , a fait venir
de différentes Villes d'Allemagne les
Livres les plus effentiels & les plus efti-
més dans cette Langue. Il fe charge
même de faire tenir les Livres qu'on
lui demande.
LE Public éclairé a reçu avec tant
d'ardeur, & lu avec tant de plaisir les
diverfes Traductions Allemandes qu'on
lui a données depuis peu , que les Alle-
mands ont été juſtifiés de la prévention
dans laquelle on étoit en France, contre
leur goût , & furtout contre leur Poë-
fie. L'Allemagne eft fi fauvent le théâ-
tre de la guerre , que la Langue de
cette Nation eft néceffaire aux Militai-
res ; auffi fait-elle partie de l'éducation
de cette jeune Nobleffe deſtinée à la
défenſe & à la gloire de l'Etat. Plu-
fieurs perfonnes qualifiées font leur étu-
de , ou leur amufement de l'Allemand.
C'est dans la vue d'en faciliter l'étude ,
& d'en rendre les fecours plus pro-
chains , que le fieur Mufier fils ,` Li-
braire quai des Auguſtins , a fait venir
de différentes Villes d'Allemagne les
Livres les plus effentiels & les plus efti-
més dans cette Langue. Il fe charge
même de faire tenir les Livres qu'on
lui demande.
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11188
p. 97-110
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
LE droit Public de l'Europe, fondé sur les traités ; par M. l'Abbé de [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
LE droit Public de l'Europe, fondé
sur les traités ; par M. l'Abbé de
Mably; troifiéme Edition revue, corrigée
& augmentée ; à Genêve par la com-
pagnie des Libraires ; 1764 ; trois volu-
mes in-12.
Le mérite de cet ouvrage connu l'a
fait nommer par quelques Miniftres , le
Manuel des Politiques. En en donnant
une nouvelle Edition , on s'apperçoit
que l'Auteur l'a revu & travaillé avec
beaucoup d'attention ; & nous avons
remarqué , en comparant cette édition
avec les précédentes, qu'il a rendu celle-
ci beaucoup plus utile , en traitant plu-
fieurs matières importantes avec plus
d'étendue ; mais nous croyons que ce
Livre ne peut convenir qu'aux perfon-
nes qui ont déja quelque connoiffance
du Droit naturel & de l'Hiftoire moder-
ne de l'Europe.
LE Jeu du Reverfis ; à Amfterdam ;
1763 , Brochure in- 12. de 128 pages.
Ce Jeu , difficile à bien jouer
II. Vol.
de-
mandoit des régles claires & bien rédi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gées ; c'eft ce qu'on trouvera dans
cette Brochure qui a le double avantage
d'être écrite avec clarté & préciſion,
MÉMOIRES ou Avantures de Dom
Inigo de Pafcarilla , par l'Auteur de
la nouvelle Marianne ; dédiés à M. le
Comte de Noailles ; en Efpagne &
fe trouve à Paris , chez Duchesne , rue
S. Jacques , Mufier , quai des Auguftins;
Panckouke , rue de la Comédie Fran-
çoife ; 164 ; deux parties féparées in-
12 , formant enſemble un volume relié.
L'Auteur de ce Roman , dans le goût
Efpagnol , eft M. l'Abbé Lambert , con-
nu par plufieurs Ouvrages d'une vafte
étendue. Son but a été de peindre dans
celui-ci un Philofophe Eſpagnol , ami
de l'humanité , ne cherchant qu'à ren-
dre les hommes heureux
fortune ,
repos , douceurs de la vie , il leur facrifie
tout ;il entreprend la réforme d'un Peu-
ple entier ; il veut en faire des hommes.
nouveaux , & il y réuffit.
AMUSEMENS Philofophiques , par
M. de Montagnac , ci- devant Capitaine
au Régiment, de Breffe ; avec cette Epi-
graphe : omnis ætatis homines hæcfchola
admittit. SÉNEQUE. A la Haye , & à
JUILLET. 1764.
>
99
Paris , chez les Libraires qui vendent
les nouveautés ; 1764 ; 2 volumes in-
12.
Cette double brochure forme un mê-
lange très-agréable & très-varié de Ve s
& de Profe , de morceaux d'Histoire ,
de Contes , d'Anecdotes , d'Avantures ,
& de Réfléxions ; le tout terminé par
une piéce de Théâtre intitulé la Fille de
feize ans , ou la Capricieufe , Comédie
en vers & en trois Actes. La lecture de
ce Recueil nous a fait plaifir ; & nous
croyons furtout que les morceaux Hif-
toriques & plufieurs Anecdotes galan-
tes pourront plaire à la plupart des Lec-
teurs.
DICTIONNAIRE Domestique por-
tatif, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'économie domeftique & ru-
rale , où l'on détaille les différentes
branches de l'Agriculture , la manière
de foigner les chevaux
nourrir & de conferver toutes fortes de
beftiaux , celle d'élever les Abeilles
les Vers-à-Soye ; & dans lequel on trou
ve les inftructions
néceffaires fur la
Chaffe , la Pêche , les Arts , le Com-
merce ,
celle de
la Procédure , l'Office , la
Cuifine &c ; Ouvrage également utile à
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui vivent de leurs rentes , ou qui
-ont des terres comme aux Fermiers
aux Jardiniers , aux Commerçans & aux
Artiftes ; par une Société de Gens de
Lettres ; à Paris , chez Vincent , Impri-
meur-Libraire , rue Saint Severin , avec
Approbation & Privilége du Roi ; 1764 ,
trois volumes in- 8°. à double colon-
ne.
Ily a eu jufqu'à préfent peu de Livres
auffi utiles , & d'un ufage auffi uni-
verfellement étendu , que celui que
nous annonçons. Il n'eft prèfque pas
poffible de s'en paffer dans une maifon ;
auffi ne manquerons- nous pas d'en don-
ner un Extrait plus étendu , qui en fera
connoître mieux les avantages,& même
l'indifpenfable néceffité.
PLAN d'Etudes & d'Education avec
un difcours fur l'Education ; par M.
Sutaine , Chanoine régulier de Saint
Antoine ; à Paris , chez A. M. Lottin ,
l'aîné , Imprimeur & Libraire de Mgr
le Duc de Berry , rue Saint Jacques
au Coq , près Saint Yves ; avec Appro-
bation & Privilége du Roi ; 1764 , un
volume in
12.
Quoiqu'on ait déjà beaucoup écrit
fir cette matière , elle ne paroît point
1
JUILLET. 1764.
ΙΟΙ
encore épuifée , & tous les jours on
préfente au Public de nouvelles vues à
ce fujet. L'ouvrage que nous annonçons
eft divifé en plufieurs lettres , dans lef-
quelles on indique les Ecrivains dont
la connoiffance eft néceffaire au Maître
qui veut fe préparer à enfeigner la Lan-
gue Latine à fes Difciples ; on y trouve
auffi des jugemens fur ces Auteurs , &
une indication des Ecrivains François les
plus utiles pour faire un cours de belle.
Lettres. Ces Lettres font fuivies d'un
plan d'étude particulier pour la jeuneffe,
avec des principes pour une bonne
éducation ; & c , & c.
MÉMOIRE Hiftorique & critique
fur les principales circonftances de la
vie de Roger de Saint Lary de Belle-
Garde , Maréchal de France ; & prin-
cipalement fur l'entreprife qu'il forma
pour fe rendre indépendant de l'autorité
Royale dans le Marquifat de Saluces ,
& fur les fuites qu'eut fa révolte après fa
mort ; par feu M Secouffe , de l'Aca-
démie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; à Paris , 1764 , vol. in- 12.
Entre plufieurs points de nos Annales
qu'avoit difcutés M. Secouffe , celui qui
regarde les principales circonstances de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la vie du Maréchal de Bellegarde , eft
traité avec la plus grande exactitude.
On y voit partout le flambeau de la
critique éclairer les grandes négocia-
tions qui pafférent entre les mains de ce
Maréchal. C'est toujours d'après les Au-
teurs ou les Monumens du temps, qu'il
reléve les Ecrivains que le défaut d'at-
tention , ou trop de légéreté avoient
écartés de la vérité. L'affaire du Mar-
quifat de Saluces , un des plus impor-
tans événemens qui fe foient paffés
fous le régne de nos Rois de la troifié-
me race , y eft parfaitement éclaircie ;
toutes les intrigues de la Cour mifes
dans une entière évidence ; & les inten-
tions & les motifs du Maréchal de Bel-
legarde dévoilés avec la même clarté.
On en trouve des Exemplaires chez
MM. Deffaint & Saillant.
PRINCIPES du Droit naturel & po-
litique , par J. J. Burlamaqui , Confeil-
ler d'Etat , & ci-devant Profeffeur en
Droit Naturel & Civil
Geneve ; nou-
velle édition , revue & corrigée ; à Ge-
néve & à Coppenhague , chez Cl. & Ant..
Philibert ; 1764 ; & à Paris , chez les
mêmes.
Cette nouvelle édition ne contient
JUILLET. 1764.
rien de plus que la dernière qui fut
103
pu-
bliée en 1763 du même caractère que
celle-ci , format in 4°. que l'on peut
relier en un ou deux volumes , & à
laquelle on a joint un Supplément con-
tenant diverfes Piéces intéreffantes &
relatives à la vie de l'Auteur. Ce Sup-
plément fe débite auffi à part pour fer-
vir de fuite aux précédentes éditions
in-4°. Celle que nous annonçons à pré-
fent eft divifée en trois volumes in- 12,
dont le premier contient le Droit Na-
turel , & les deux autres , le Droit Po-
litique.
PROJET d'ouverture & d'exploita-
tion de minières & mines d'or & d'au-
*
tres métaux , aux environs du Cézé
du Gardon , de l'Eraut , & d'autres
Rivières du Languedoc , de la Comté
de Foix , du Rouergue..... & c ; par
M. l'Abbé de Gua de Malves. A Paris ,
chez Deffain Junior , Libraire , Quai
des Auguftins , à la Bonne Foi ; 1764 ;
avec Approbation & Permiffion ; Bro-
chure in-8°. de 260 pages , avec des
Cartes Topographiques.
En 1751 M. l'Abbé de Gua préfen-
ta un Mémoire au Contrôleur - Géné-
ral , fur des moyens nouveaux de trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ver de l'or foffile dans le Royaume , en
peu de temps ,
à
peu de frais , & en
affezgrande abondance. Après la lec-
ture de ce Mémoire , le Miniftre l'en-
voya dans la partie des Cevenes qu'ar-
rofe la riviere de Cézé , pour y faire
un effai. Ce voyage fait le fujet d'une
partie de cette Brochure. On y prouve
en commençant , que les Gaules du
temps des Romains
& la France
dans les premiers temps de la Monar-
chie , ont été très- fécondes en mines
d'or ; & il réfulte de divers faits confi-
gnés dans l'Hiftoire de notre Nation
qu'on n'y a jamais abandonné le projet
de tirer parti de ces mines. L'Auteur
s'arrête principalement fur quelques dé-
couvertes qu'il a faites dans fon voya-
ge , toujours relatives à fon objet ; &
expofe dans le plus grand détail tou-
tes les objections qu'on pourroit faire
contre l'ouverture & l'exploitation des
minières d'or en France ; il les difcute
& il y répond. Il dit enfin un mot des
fecours qui lui paroiffent néceffaires
pour réuffir à ouvrir avec le plus grand:
avantage des minières de toute efpé-
ce , qu'il a découvertes.
ESSAI fur l'Education des Demoi
JUILLET. 1764.
TOS
felles ; par Mademoiſelle d'Espinally ;
à Paris au Palais
,
chez Barthelemi
Hochereau , lejeune , au Pilier des Con-
fultations ; 1764 ; avec Approbation &
Permiffion ; Brochure in- 12 de 84 pag.
Le but de cet Ouvrage eft d'éloi-
gner des jeunes Demoifelles toutes les
paffions dangereufes à leur féxe , &
de les rendre auffi fenfées qu'aimables.
Dans ce deffein l'Auteur les prend dès
leur plus tendre enfance , & les conduit
jufqu'à leur mariage. Les Maîtres , les
Maîtreffes qu'il faut leur donner , la
Religion qu'il faut leur enfeigner , les
lectures qui doivent les occuper , l'éta-
bliffement qu'il faut leur procurer, font
les divers points de cette Brochure.
MÉMOIRE contre la légitimité des
naiffances prétendues tardives
,
dans
lequel on concilie les Loix civiles avec
celles de l'économie animale ; par M.
Louis , Profeffeur Royal de Chirur-
gie , Cenfeur Royal , Chirurgien con-
fultant des Armées du Roi , & c. A
Paris , chez P. G. Cavelier , Libraire ,
rue S. Jacques , au Lys d'Or ; 1764 ;
avec Permiffion ; Brochure in-8°. de
92 pages.
11 eft question de fçavoir fi une
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
femme qui met au monde un enfant
dix mois & plus , après la mort de fon
mari , peut faire paffer cet enfant pour
légitime. Cette matière intéreffante &
délicate mérite d'occuper une place
plus étendue dans ce Journal , & nous
ne tarderons pas d'entrer là- deffus dans
un plus grand détail. On y verra com-
ment un homme d'efprit , qui joint la
facilité d'écrire aux connoiffances de
fon Art , a fçu mettre à la portée de
tous les Lecteurs , un des myſtères les
plus cachés de la Nature.
MÉMOIRE fur les Limites de l'Em-
pire de Charlemagne , qui a remporté
le prix propofé par l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres ; par
Dom Philippe-Louis Lieble , Bénédic-
tin de la Congrégation de S. Maur , à
l'Abbaye de S. Germain- des-Près. A
Paris,de l'Imprimerie de H. L. Guerin,
L. F. Delatour ; 1764 ; avec Approba-
tion & Permiffion. Brochure in- 12 .
Pour remplir l'objet de ce Mémoire ,
il n'a fallu qu'examiner quelles font les
Contrées , où les Limites de l'Empire
François furent les plus réculées fous
Charlemagne ; & pour cela l'Auteur
divife fa matière en quatre parties qui
JUILLET. 1764.
107
font 1 °. La Saxe à laquelle il joint les
contrées de la Germanie , où des Na-
tions Slavones s'étoient établies. 2º. La
Pannonie qui lui donne occafion de
parler de l'ancienne Bajoarie ou Ba-
viere. 3°. L'Italie à laquelle fe joint
la Dalmatie , parce qu'elle eft rangée
fur le bord de la Mer Adriatique.
4. L'Efpagne , par laquelle il termine
fon Mémoire.
LETTRES du Marquis de Rofelle ;
par Madame de Beaumont ; à Londres ,
& fe trouve à Paris chez Louis Cellot ,
Imprimeur- Libraire , Grand-Salle du
Palais , & rue Dauphine ; 1764' ; deux
parties in-12.
La multitude des Nouveautés Litté-
raires dont nous fommes obligés de
rendre compte ,
nous permet pas
toujours d'en donner des extraits auffi-
tôt qu'elles paroiffent ; à peine avons-
nous même le temps de les parcourir.
Le Roman de Madame de Beaumont
eft du nombre de ceux qui méritent
une attention particulière par l'Intérêt
qui y regne & les leçons qu'on y donne ;
& le Public attend de nous quelque cho-
fe de plus qu'une fimple annonce .
LES Mufes Françoifes ; première
E vj
1
108 MERCURE DE FRANCE.
Partie contenant un tableau univerfel
par alphabet & numéro des Théâtres
de France ; avec les noms de leurs Au-
teurs , & de toutes les Piéces anony-
mes de ces Théâtres , depuis les myf-
tères , jufqu'en l'année 1764 ; à Paris
chez Duchefne , rue S.. Jacques , au
Temple du Goût ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; un vol. in-8°,
petit format , prix , 2 liv, broché.
Tout le monde connoît l'excellent
Dictionnaire Portatif des Théâtres par
M. de Léris , dont on a fait déja plu-
fieurs Editions
9
& une entr'autres
l'année dernière , infiniment plus com-
plette que les précédentes. L'Ouvrage
que nous annonçons aujourd'hui n'eft
qu'une compilation imparfaite de cet.
excellent Dictionnaire . La Juftice nous
oblige d'en avertir le Public.
COMPTES des Conftitutions & de
la Doctrine des Jéfuites , & c.
Defpilly , Libraire , rue S. Jacques
à la Croix d'Or , donne maintenant au
Public les Ouvrages fuivant à un prix
très modique ; fçavoir , Compte des
Conftitutions de la Doctrine de la So-
ciété fe difant de Jéfus , rendu au Par-
lement de Normandie ; par M. Charles ;
.
JUILLET. 1764.
vol. de 427 pages in-12. broché
200
liv.
Second compte rendu fur l'appel
comme d'abus des Conftitutions des
Jéfuites ; par M. Louis René de Cara-
deuc de la Chatotais ; volume de 160
pages in-12 , 8 fols.
MÉMOIRE fur la culture du fainfoin,
& fes avantages dans la Haute Cham-
pagne ; par M .... de la Société Litté-
raire de Châalons , Affocié-correfpon-
dant de l'Académie Royale des Sciences
& Arts de Metz ; à Amfterdam, & fe trou-
ve à Paris chez Deſpilly , Libraire , rue
S. Jacques , à la Croix d'Or ; 1764. Bro-
chure in-12 de 60 p. prix , rof. broché.
Nous renvoyons les Laboureurs de
Champagne à la lecture de ce Mémoire
qui nous a paru clair & méthodique.
DISSERTATION neutre fur l'Inocu-
lation de la petite Vérole ; à Amfter
dam , & fe trouve à Paris chez Def
pilly , rue S. Jacques , à la Croix d'or ;
1764 ; Brochure in
Prix , 10 f. broché.
12. de 68 pages.
On ne fe laffe point d'écrire fur l'I-
noculation.. Nous craindrions de laffer
le Public , fi nous donnions des Extraits-
& même des notices un peu étendues
de toutes les Brochures qui paroiffent
110 MERCURE DE FRANCE .
fur cette matière ; nous nous contente-
rons déformais de les annoncer.
LETTRE d'Alcibiade à Glycère ,
Bouquetière d'Athénes ; fuivie d'une
Lettre de Vénus à Pâris , & d'une Epî-
tre à la Maîtreffe que j'aurai ; à Genève ,
& à Paris , chez Sebaftien Jorry , Im-
primeur-Libraire , rue & vis-à- vis la
Comédie Françoife , au Grand Monar-
que & aux Cigognes ; 1764 ; brochure
in- 8° . de 36 pages , très-bien imprimée,
fur de beau papier , avec de fort jolies
Gravures.
C'eſt donner une idée avantageufe de
ces diverfes petites productions , que
d'avertir le Public qu'elles font de l'Au-
teur de Zélis au bain , & éxécutées dans
le même goût , quant à la partie Typo-
graphique & aux ornemens du burin . A
l'égard de la verfification , c'est toujours
la même légéreté , la même fraîcheur de
coloris.
LE droit Public de l'Europe, fondé
sur les traités ; par M. l'Abbé de
Mably; troifiéme Edition revue, corrigée
& augmentée ; à Genêve par la com-
pagnie des Libraires ; 1764 ; trois volu-
mes in-12.
Le mérite de cet ouvrage connu l'a
fait nommer par quelques Miniftres , le
Manuel des Politiques. En en donnant
une nouvelle Edition , on s'apperçoit
que l'Auteur l'a revu & travaillé avec
beaucoup d'attention ; & nous avons
remarqué , en comparant cette édition
avec les précédentes, qu'il a rendu celle-
ci beaucoup plus utile , en traitant plu-
fieurs matières importantes avec plus
d'étendue ; mais nous croyons que ce
Livre ne peut convenir qu'aux perfon-
nes qui ont déja quelque connoiffance
du Droit naturel & de l'Hiftoire moder-
ne de l'Europe.
LE Jeu du Reverfis ; à Amfterdam ;
1763 , Brochure in- 12. de 128 pages.
Ce Jeu , difficile à bien jouer
II. Vol.
de-
mandoit des régles claires & bien rédi-
E
98 MERCURE DE FRANCE.
gées ; c'eft ce qu'on trouvera dans
cette Brochure qui a le double avantage
d'être écrite avec clarté & préciſion,
MÉMOIRES ou Avantures de Dom
Inigo de Pafcarilla , par l'Auteur de
la nouvelle Marianne ; dédiés à M. le
Comte de Noailles ; en Efpagne &
fe trouve à Paris , chez Duchesne , rue
S. Jacques , Mufier , quai des Auguftins;
Panckouke , rue de la Comédie Fran-
çoife ; 164 ; deux parties féparées in-
12 , formant enſemble un volume relié.
L'Auteur de ce Roman , dans le goût
Efpagnol , eft M. l'Abbé Lambert , con-
nu par plufieurs Ouvrages d'une vafte
étendue. Son but a été de peindre dans
celui-ci un Philofophe Eſpagnol , ami
de l'humanité , ne cherchant qu'à ren-
dre les hommes heureux
fortune ,
repos , douceurs de la vie , il leur facrifie
tout ;il entreprend la réforme d'un Peu-
ple entier ; il veut en faire des hommes.
nouveaux , & il y réuffit.
AMUSEMENS Philofophiques , par
M. de Montagnac , ci- devant Capitaine
au Régiment, de Breffe ; avec cette Epi-
graphe : omnis ætatis homines hæcfchola
admittit. SÉNEQUE. A la Haye , & à
JUILLET. 1764.
>
99
Paris , chez les Libraires qui vendent
les nouveautés ; 1764 ; 2 volumes in-
12.
Cette double brochure forme un mê-
lange très-agréable & très-varié de Ve s
& de Profe , de morceaux d'Histoire ,
de Contes , d'Anecdotes , d'Avantures ,
& de Réfléxions ; le tout terminé par
une piéce de Théâtre intitulé la Fille de
feize ans , ou la Capricieufe , Comédie
en vers & en trois Actes. La lecture de
ce Recueil nous a fait plaifir ; & nous
croyons furtout que les morceaux Hif-
toriques & plufieurs Anecdotes galan-
tes pourront plaire à la plupart des Lec-
teurs.
DICTIONNAIRE Domestique por-
tatif, contenant toutes les connoiffances
relatives à l'économie domeftique & ru-
rale , où l'on détaille les différentes
branches de l'Agriculture , la manière
de foigner les chevaux
nourrir & de conferver toutes fortes de
beftiaux , celle d'élever les Abeilles
les Vers-à-Soye ; & dans lequel on trou
ve les inftructions
néceffaires fur la
Chaffe , la Pêche , les Arts , le Com-
merce ,
celle de
la Procédure , l'Office , la
Cuifine &c ; Ouvrage également utile à
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ceux qui vivent de leurs rentes , ou qui
-ont des terres comme aux Fermiers
aux Jardiniers , aux Commerçans & aux
Artiftes ; par une Société de Gens de
Lettres ; à Paris , chez Vincent , Impri-
meur-Libraire , rue Saint Severin , avec
Approbation & Privilége du Roi ; 1764 ,
trois volumes in- 8°. à double colon-
ne.
Ily a eu jufqu'à préfent peu de Livres
auffi utiles , & d'un ufage auffi uni-
verfellement étendu , que celui que
nous annonçons. Il n'eft prèfque pas
poffible de s'en paffer dans une maifon ;
auffi ne manquerons- nous pas d'en don-
ner un Extrait plus étendu , qui en fera
connoître mieux les avantages,& même
l'indifpenfable néceffité.
PLAN d'Etudes & d'Education avec
un difcours fur l'Education ; par M.
Sutaine , Chanoine régulier de Saint
Antoine ; à Paris , chez A. M. Lottin ,
l'aîné , Imprimeur & Libraire de Mgr
le Duc de Berry , rue Saint Jacques
au Coq , près Saint Yves ; avec Appro-
bation & Privilége du Roi ; 1764 , un
volume in
12.
Quoiqu'on ait déjà beaucoup écrit
fir cette matière , elle ne paroît point
1
JUILLET. 1764.
ΙΟΙ
encore épuifée , & tous les jours on
préfente au Public de nouvelles vues à
ce fujet. L'ouvrage que nous annonçons
eft divifé en plufieurs lettres , dans lef-
quelles on indique les Ecrivains dont
la connoiffance eft néceffaire au Maître
qui veut fe préparer à enfeigner la Lan-
gue Latine à fes Difciples ; on y trouve
auffi des jugemens fur ces Auteurs , &
une indication des Ecrivains François les
plus utiles pour faire un cours de belle.
Lettres. Ces Lettres font fuivies d'un
plan d'étude particulier pour la jeuneffe,
avec des principes pour une bonne
éducation ; & c , & c.
MÉMOIRE Hiftorique & critique
fur les principales circonftances de la
vie de Roger de Saint Lary de Belle-
Garde , Maréchal de France ; & prin-
cipalement fur l'entreprife qu'il forma
pour fe rendre indépendant de l'autorité
Royale dans le Marquifat de Saluces ,
& fur les fuites qu'eut fa révolte après fa
mort ; par feu M Secouffe , de l'Aca-
démie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres ; à Paris , 1764 , vol. in- 12.
Entre plufieurs points de nos Annales
qu'avoit difcutés M. Secouffe , celui qui
regarde les principales circonstances de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
la vie du Maréchal de Bellegarde , eft
traité avec la plus grande exactitude.
On y voit partout le flambeau de la
critique éclairer les grandes négocia-
tions qui pafférent entre les mains de ce
Maréchal. C'est toujours d'après les Au-
teurs ou les Monumens du temps, qu'il
reléve les Ecrivains que le défaut d'at-
tention , ou trop de légéreté avoient
écartés de la vérité. L'affaire du Mar-
quifat de Saluces , un des plus impor-
tans événemens qui fe foient paffés
fous le régne de nos Rois de la troifié-
me race , y eft parfaitement éclaircie ;
toutes les intrigues de la Cour mifes
dans une entière évidence ; & les inten-
tions & les motifs du Maréchal de Bel-
legarde dévoilés avec la même clarté.
On en trouve des Exemplaires chez
MM. Deffaint & Saillant.
PRINCIPES du Droit naturel & po-
litique , par J. J. Burlamaqui , Confeil-
ler d'Etat , & ci-devant Profeffeur en
Droit Naturel & Civil
Geneve ; nou-
velle édition , revue & corrigée ; à Ge-
néve & à Coppenhague , chez Cl. & Ant..
Philibert ; 1764 ; & à Paris , chez les
mêmes.
Cette nouvelle édition ne contient
JUILLET. 1764.
rien de plus que la dernière qui fut
103
pu-
bliée en 1763 du même caractère que
celle-ci , format in 4°. que l'on peut
relier en un ou deux volumes , & à
laquelle on a joint un Supplément con-
tenant diverfes Piéces intéreffantes &
relatives à la vie de l'Auteur. Ce Sup-
plément fe débite auffi à part pour fer-
vir de fuite aux précédentes éditions
in-4°. Celle que nous annonçons à pré-
fent eft divifée en trois volumes in- 12,
dont le premier contient le Droit Na-
turel , & les deux autres , le Droit Po-
litique.
PROJET d'ouverture & d'exploita-
tion de minières & mines d'or & d'au-
*
tres métaux , aux environs du Cézé
du Gardon , de l'Eraut , & d'autres
Rivières du Languedoc , de la Comté
de Foix , du Rouergue..... & c ; par
M. l'Abbé de Gua de Malves. A Paris ,
chez Deffain Junior , Libraire , Quai
des Auguftins , à la Bonne Foi ; 1764 ;
avec Approbation & Permiffion ; Bro-
chure in-8°. de 260 pages , avec des
Cartes Topographiques.
En 1751 M. l'Abbé de Gua préfen-
ta un Mémoire au Contrôleur - Géné-
ral , fur des moyens nouveaux de trou-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
ver de l'or foffile dans le Royaume , en
peu de temps ,
à
peu de frais , & en
affezgrande abondance. Après la lec-
ture de ce Mémoire , le Miniftre l'en-
voya dans la partie des Cevenes qu'ar-
rofe la riviere de Cézé , pour y faire
un effai. Ce voyage fait le fujet d'une
partie de cette Brochure. On y prouve
en commençant , que les Gaules du
temps des Romains
& la France
dans les premiers temps de la Monar-
chie , ont été très- fécondes en mines
d'or ; & il réfulte de divers faits confi-
gnés dans l'Hiftoire de notre Nation
qu'on n'y a jamais abandonné le projet
de tirer parti de ces mines. L'Auteur
s'arrête principalement fur quelques dé-
couvertes qu'il a faites dans fon voya-
ge , toujours relatives à fon objet ; &
expofe dans le plus grand détail tou-
tes les objections qu'on pourroit faire
contre l'ouverture & l'exploitation des
minières d'or en France ; il les difcute
& il y répond. Il dit enfin un mot des
fecours qui lui paroiffent néceffaires
pour réuffir à ouvrir avec le plus grand:
avantage des minières de toute efpé-
ce , qu'il a découvertes.
ESSAI fur l'Education des Demoi
JUILLET. 1764.
TOS
felles ; par Mademoiſelle d'Espinally ;
à Paris au Palais
,
chez Barthelemi
Hochereau , lejeune , au Pilier des Con-
fultations ; 1764 ; avec Approbation &
Permiffion ; Brochure in- 12 de 84 pag.
Le but de cet Ouvrage eft d'éloi-
gner des jeunes Demoifelles toutes les
paffions dangereufes à leur féxe , &
de les rendre auffi fenfées qu'aimables.
Dans ce deffein l'Auteur les prend dès
leur plus tendre enfance , & les conduit
jufqu'à leur mariage. Les Maîtres , les
Maîtreffes qu'il faut leur donner , la
Religion qu'il faut leur enfeigner , les
lectures qui doivent les occuper , l'éta-
bliffement qu'il faut leur procurer, font
les divers points de cette Brochure.
MÉMOIRE contre la légitimité des
naiffances prétendues tardives
,
dans
lequel on concilie les Loix civiles avec
celles de l'économie animale ; par M.
Louis , Profeffeur Royal de Chirur-
gie , Cenfeur Royal , Chirurgien con-
fultant des Armées du Roi , & c. A
Paris , chez P. G. Cavelier , Libraire ,
rue S. Jacques , au Lys d'Or ; 1764 ;
avec Permiffion ; Brochure in-8°. de
92 pages.
11 eft question de fçavoir fi une
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
femme qui met au monde un enfant
dix mois & plus , après la mort de fon
mari , peut faire paffer cet enfant pour
légitime. Cette matière intéreffante &
délicate mérite d'occuper une place
plus étendue dans ce Journal , & nous
ne tarderons pas d'entrer là- deffus dans
un plus grand détail. On y verra com-
ment un homme d'efprit , qui joint la
facilité d'écrire aux connoiffances de
fon Art , a fçu mettre à la portée de
tous les Lecteurs , un des myſtères les
plus cachés de la Nature.
MÉMOIRE fur les Limites de l'Em-
pire de Charlemagne , qui a remporté
le prix propofé par l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles- Lettres ; par
Dom Philippe-Louis Lieble , Bénédic-
tin de la Congrégation de S. Maur , à
l'Abbaye de S. Germain- des-Près. A
Paris,de l'Imprimerie de H. L. Guerin,
L. F. Delatour ; 1764 ; avec Approba-
tion & Permiffion. Brochure in- 12 .
Pour remplir l'objet de ce Mémoire ,
il n'a fallu qu'examiner quelles font les
Contrées , où les Limites de l'Empire
François furent les plus réculées fous
Charlemagne ; & pour cela l'Auteur
divife fa matière en quatre parties qui
JUILLET. 1764.
107
font 1 °. La Saxe à laquelle il joint les
contrées de la Germanie , où des Na-
tions Slavones s'étoient établies. 2º. La
Pannonie qui lui donne occafion de
parler de l'ancienne Bajoarie ou Ba-
viere. 3°. L'Italie à laquelle fe joint
la Dalmatie , parce qu'elle eft rangée
fur le bord de la Mer Adriatique.
4. L'Efpagne , par laquelle il termine
fon Mémoire.
LETTRES du Marquis de Rofelle ;
par Madame de Beaumont ; à Londres ,
& fe trouve à Paris chez Louis Cellot ,
Imprimeur- Libraire , Grand-Salle du
Palais , & rue Dauphine ; 1764' ; deux
parties in-12.
La multitude des Nouveautés Litté-
raires dont nous fommes obligés de
rendre compte ,
nous permet pas
toujours d'en donner des extraits auffi-
tôt qu'elles paroiffent ; à peine avons-
nous même le temps de les parcourir.
Le Roman de Madame de Beaumont
eft du nombre de ceux qui méritent
une attention particulière par l'Intérêt
qui y regne & les leçons qu'on y donne ;
& le Public attend de nous quelque cho-
fe de plus qu'une fimple annonce .
LES Mufes Françoifes ; première
E vj
1
108 MERCURE DE FRANCE.
Partie contenant un tableau univerfel
par alphabet & numéro des Théâtres
de France ; avec les noms de leurs Au-
teurs , & de toutes les Piéces anony-
mes de ces Théâtres , depuis les myf-
tères , jufqu'en l'année 1764 ; à Paris
chez Duchefne , rue S.. Jacques , au
Temple du Goût ; avec Approbation
& Privilége du Roi ; un vol. in-8°,
petit format , prix , 2 liv, broché.
Tout le monde connoît l'excellent
Dictionnaire Portatif des Théâtres par
M. de Léris , dont on a fait déja plu-
fieurs Editions
9
& une entr'autres
l'année dernière , infiniment plus com-
plette que les précédentes. L'Ouvrage
que nous annonçons aujourd'hui n'eft
qu'une compilation imparfaite de cet.
excellent Dictionnaire . La Juftice nous
oblige d'en avertir le Public.
COMPTES des Conftitutions & de
la Doctrine des Jéfuites , & c.
Defpilly , Libraire , rue S. Jacques
à la Croix d'Or , donne maintenant au
Public les Ouvrages fuivant à un prix
très modique ; fçavoir , Compte des
Conftitutions de la Doctrine de la So-
ciété fe difant de Jéfus , rendu au Par-
lement de Normandie ; par M. Charles ;
.
JUILLET. 1764.
vol. de 427 pages in-12. broché
200
liv.
Second compte rendu fur l'appel
comme d'abus des Conftitutions des
Jéfuites ; par M. Louis René de Cara-
deuc de la Chatotais ; volume de 160
pages in-12 , 8 fols.
MÉMOIRE fur la culture du fainfoin,
& fes avantages dans la Haute Cham-
pagne ; par M .... de la Société Litté-
raire de Châalons , Affocié-correfpon-
dant de l'Académie Royale des Sciences
& Arts de Metz ; à Amfterdam, & fe trou-
ve à Paris chez Deſpilly , Libraire , rue
S. Jacques , à la Croix d'Or ; 1764. Bro-
chure in-12 de 60 p. prix , rof. broché.
Nous renvoyons les Laboureurs de
Champagne à la lecture de ce Mémoire
qui nous a paru clair & méthodique.
DISSERTATION neutre fur l'Inocu-
lation de la petite Vérole ; à Amfter
dam , & fe trouve à Paris chez Def
pilly , rue S. Jacques , à la Croix d'or ;
1764 ; Brochure in
Prix , 10 f. broché.
12. de 68 pages.
On ne fe laffe point d'écrire fur l'I-
noculation.. Nous craindrions de laffer
le Public , fi nous donnions des Extraits-
& même des notices un peu étendues
de toutes les Brochures qui paroiffent
110 MERCURE DE FRANCE .
fur cette matière ; nous nous contente-
rons déformais de les annoncer.
LETTRE d'Alcibiade à Glycère ,
Bouquetière d'Athénes ; fuivie d'une
Lettre de Vénus à Pâris , & d'une Epî-
tre à la Maîtreffe que j'aurai ; à Genève ,
& à Paris , chez Sebaftien Jorry , Im-
primeur-Libraire , rue & vis-à- vis la
Comédie Françoife , au Grand Monar-
que & aux Cigognes ; 1764 ; brochure
in- 8° . de 36 pages , très-bien imprimée,
fur de beau papier , avec de fort jolies
Gravures.
C'eſt donner une idée avantageufe de
ces diverfes petites productions , que
d'avertir le Public qu'elles font de l'Au-
teur de Zélis au bain , & éxécutées dans
le même goût , quant à la partie Typo-
graphique & aux ornemens du burin . A
l'égard de la verfification , c'est toujours
la même légéreté , la même fraîcheur de
coloris.
Fermer
11189
p. 110-112
« CAMPAGNES du Maréchal de Créquy en Lorraine & en Alsace en 1677 ; [...] »
Début :
CAMPAGNES du Maréchal de Créquy en Lorraine & en Alsace en 1677 ; [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CAMPAGNES du Maréchal de Créquy en Lorraine & en Alsace en 1677 ; [...] »
CAMPAGNES du Maréchal de Créquy
en Lorraine & en Alsace en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere ,
Chevalier de Saint Louis , Lieutenant-
Colonel de Dragons , & ci- devant Aide-
Major- Général des Logis de l'Armée du
Haut-Rhin ; à Paris , chez Merlin , Li-
JUILLET. 1764.
III
braire au Mont Saint Hilaire ; feconde
édition , revue & corrigée.
Nous avons déjà fait connoître cet
ouvrage lors qu'il parut pour la première
fois. La nouvelle édition qui fe trouve
chez Merlin, Libraire, prouve le prompt
débit de ce Livre , qui effectivement
mérite d'occuper tous les Militaires. M.
Carlet de la Roziere , Officier de diftin-
&tion , & qui a eu la confiance de plu-
fieurs de nos Généraux , n'eft pas fim-
ple Editeur de cette campagne célébre ;
il a rapporté des circonftances & même
des faits omis dans le Manuſcrit qu'il
s'eft donné la peine de rédiger ; il a
auffi relevé & ajouté quantité de dates
& d'époques qui manquoient ; & il n'a
fait ces
additions & ces corrections
qu'après de bonnes autorités. Il eft glo-
rieux à un jeune Militaire d'avoir fçu
mériter l'eftime des Généraux à l'Ar-
mée , & celle des Gens de Lettres &
des Sçavans dans la Capitale.
Le même Libraire , le fieur Merlin ;
vend auffi la Traduction libre ou l'I-
mitation en vers , du fameux Poëme
Italien , le Richardet. Nous avons déja
annoncé cette agréable compofition ,
qui rend dans notre Langue , de la ma-
nière la plus ingénieufe & la plus plai-
112 MERCURE DE FRANCE.
fante , toutes les fingularités du Poëme
Italien . Nous en avons promis un Ex-
trait que nous ne tarderons pas d'offrir
à nos Lecteurs pour égayer notre Jour-
nal. Ce n'eft pas qu'il n'y ait auffi dans
ce Poëme des morceaux très- pathéti
ques auquel l'Auteur François a fçu
conferver toute leur énergie ; & l'on
peut regarder cette imitation poëtique
comme un mêlange de comique & de
férieux qui en fait une production très-
fingulière & en même-temps très-agréa-
blé.
Le fieur Merlin , qui eft chargé du
débit de cette Nouveauté, diſtribue auffi
depuis quelque temps les Campagnes
du Roi de Prufſe en 1742 & 2745 ,
avec des réfléxionsfur les caufes des évé
nemens; vol: in- 12 , dont nous donne-
rons un extrait inceffamment , de même
que des fuccès d'un Fat , joli Roman
dont le même Libraire vient de donner
une nouvelle édition , & que nous
n'avons fait qu'annoncer dans un de
nos précédens Mercures. On trouve auffi
chez lui , rue du Mont Saint Hilaire.
toutes les Nouveautés , & fpécialement
les dernières éditions des Œuvres de M.
de Voltaire , & plufieurs Ouvrages cu
rieux qui ne fe vendent point ailleurs.
en Lorraine & en Alsace en 1677 ;
rédigée par M. Carlet de la Roziere ,
Chevalier de Saint Louis , Lieutenant-
Colonel de Dragons , & ci- devant Aide-
Major- Général des Logis de l'Armée du
Haut-Rhin ; à Paris , chez Merlin , Li-
JUILLET. 1764.
III
braire au Mont Saint Hilaire ; feconde
édition , revue & corrigée.
Nous avons déjà fait connoître cet
ouvrage lors qu'il parut pour la première
fois. La nouvelle édition qui fe trouve
chez Merlin, Libraire, prouve le prompt
débit de ce Livre , qui effectivement
mérite d'occuper tous les Militaires. M.
Carlet de la Roziere , Officier de diftin-
&tion , & qui a eu la confiance de plu-
fieurs de nos Généraux , n'eft pas fim-
ple Editeur de cette campagne célébre ;
il a rapporté des circonftances & même
des faits omis dans le Manuſcrit qu'il
s'eft donné la peine de rédiger ; il a
auffi relevé & ajouté quantité de dates
& d'époques qui manquoient ; & il n'a
fait ces
additions & ces corrections
qu'après de bonnes autorités. Il eft glo-
rieux à un jeune Militaire d'avoir fçu
mériter l'eftime des Généraux à l'Ar-
mée , & celle des Gens de Lettres &
des Sçavans dans la Capitale.
Le même Libraire , le fieur Merlin ;
vend auffi la Traduction libre ou l'I-
mitation en vers , du fameux Poëme
Italien , le Richardet. Nous avons déja
annoncé cette agréable compofition ,
qui rend dans notre Langue , de la ma-
nière la plus ingénieufe & la plus plai-
112 MERCURE DE FRANCE.
fante , toutes les fingularités du Poëme
Italien . Nous en avons promis un Ex-
trait que nous ne tarderons pas d'offrir
à nos Lecteurs pour égayer notre Jour-
nal. Ce n'eft pas qu'il n'y ait auffi dans
ce Poëme des morceaux très- pathéti
ques auquel l'Auteur François a fçu
conferver toute leur énergie ; & l'on
peut regarder cette imitation poëtique
comme un mêlange de comique & de
férieux qui en fait une production très-
fingulière & en même-temps très-agréa-
blé.
Le fieur Merlin , qui eft chargé du
débit de cette Nouveauté, diſtribue auffi
depuis quelque temps les Campagnes
du Roi de Prufſe en 1742 & 2745 ,
avec des réfléxionsfur les caufes des évé
nemens; vol: in- 12 , dont nous donne-
rons un extrait inceffamment , de même
que des fuccès d'un Fat , joli Roman
dont le même Libraire vient de donner
une nouvelle édition , & que nous
n'avons fait qu'annoncer dans un de
nos précédens Mercures. On trouve auffi
chez lui , rue du Mont Saint Hilaire.
toutes les Nouveautés , & fpécialement
les dernières éditions des Œuvres de M.
de Voltaire , & plufieurs Ouvrages cu
rieux qui ne fe vendent point ailleurs.
Fermer
11190
p. 113-127
SÉANCE publique de la Société Littéraire d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
Début :
M. FOACIER DE RUZÉ, Avocat Général du Conseil d'Artois, Directeur [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de la Société Littéraire d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
SÉANCE publique de la Société Littéraire
d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
M. FOACIER DE RUZÉ, Avocat
Général du Conseil d'Artois, Directeur
de la Société , fit l'ouverture de cette
Séance par un Difcours qui avoit pour
titre, de l'influence des Arts & des Scien-
ces fur le ftyle. Il commença par y
expofer quelle a été l'origine de l'Elo-
cution , & en quoi elle confifte. » Mais ,
» ajouta-t-il , l'Art de bien dire eft-il
»le fruit de quelque méthode ? La
» Rhétorique détaille bien les couleurs
qu'on peut employer , enfeigne l'u-
" fage qu'on en doit faire , nous ap-
» prend que l'harmonie doit regner
» dans l'affortiment des Phraſes
» manière
de
que l'on fente en elles une
»fuite marquée , un enchaînement qui
» en conftitue l'unité, par des rapports
114 MERCURE DE FRANCE .
» mutuels. Elle exige le même concert
» dans la fuite des mots qui compofent
la phrafe ; elle veut qu'on leur donne
» du nombre & de la cadence ; mais
» avec ces fecours , le Rhéreur n'eft
» pas encore un homme éloquent. Eft-
» il une méthode qui puifle enfanter
»l'expreffion & l'harmonie , & qui
» donne le moyen de faire un enfemble
» de toutes les parties du ftyle ? Les
» préceptes ne conduifent fouvent qu'à
» des lieux communs , qui bientôt font
" épuifés. Que le Rhéteur cultive les
» Arts & les Sciences ; il aura tous les
» tréfors fous la main. Des connoif-
» fances acquifes lui fourniront de bel-
» les images , & lui donneront une
» idée d'ordre & de fymmétrie , qu'il
communiquera fans effort à ſon ſtyle .
» Heureufe néceffité qui oblige le Lit-
» terateur à devenir fçavant !
Nous ajouterons à cette citation plu-
fieurs exemples qu'apporta M. de R.
pour prouver & développer fa propo-
fition.
» Un homme de Lettres , qui s'eſt li-
" vré à l'étude de la Méchanique , vou-
» droit décrire un Gouvernement quel-
» conque. Il fe peint une vafte machi-
»ne , compofée d'une infinité
de
JUILLET. 1764.
115
> roues , qu'un feul reffort met en
» mouvement. Le maintien de chaque
» état , relativement à ceux qui l'envi-
ronnent , forme , felon lui , un bel
» équilibre ; & cet équilibre réfulte du
point d'appui qu'ils fe donnent les uns
aux autres.
» Quelles font les idées , lorfqu'elles
» fe transforment dans ce que la Pein-
» ture & la Sculpture ont de gracieux
& de fublime ! qu'il lui aiſé eft d'em-
» ployer le cifeau & le pinceau , pour
donner du corps & de la couleur à
» fes pensées.
» L'Optique fert à définir la préven-
» tion. Ne dit-on pas qu'elle produit le
» même effet que ces verres colorés qui
» font voir les objets tout autres qu'ils
» ne font ? Le Littérateur ne fait- il
» pas ufage avec fuccès , du Teleſcope ,
» des Points de vue , de la Perfpective ,
,, & de la réunion de plufieurs rayons ,
pour en former un corps de lumière ?
» Comment mefurer des êtres abf-
» traits , donner , pour ainfi dire , une
forme fpirituelle à la matière , fi l'on
ignore la Métaphyfique ?
Cepen-
» dant on ne plaît fouvent que par cet
» Art. C'eft ainfi que l'on exprime les
» révolutions de la nature , ou les rap-
16 MERCURE DE FRANCE .
»ports qu'elles peuvent avoir avec les
» mouvemens de notre âme. N'eft- ce
» pas une expreffion confacrée à l'élo-
"quence de dire que la mer eft en fu
» reur , pour faire fentir qu'elle eft vio-
"
» lemment agitée ? Sans être Philoſo-
» phe , on ne peut fe promettre quelque
"
» réuffite dans cette manière d'écrire.
M. le Marquis de la Ferté , Chance-
lier , lut un Difcours fur l'Hiftoire. Il
démontra combien l'étude en eft utile
à tous les hommes , & furtout aux Sou-
verains. Après quoi ,
il entra dans
l'examen des qualités que doit poffé
der un Hiſtorien , en qui il exige prin-
cipalement la plus exacte impartialité ,
la connoiffance des mœurs , des ufages ,
& de la forme des Gouvernemens ; un
difcernement exquis , une pénétration
capable de dévoiler , autant qu'il eft
poffible , les caufes des événemens
mais fans ce rafinement qui veut ren-
dre raifon de tout , & attribue fouvent
aux refforts de la politique les effets
d'un caprice ou du hazard ; enfin cet
efprit d'ordre qui donne aux faits qu'on
a à décrire l'arrangement le plus con-
venable & la liaifon la plus naturelle.
M. l'Abbé de Gafton , Chanoine de
la Cathédrale , nouvellement reçu dans
JUILLET. 1764.
117
la Compagnie , fit fon remercîment ,
& lut enfuite un Difcours fur le Tra-
vail , dont il prouva la néceffité & les
avantages. » Chacun des hommes , dit-
» il, peut être utile à la Société par quel-
» que efpèce de travail ; & celui qui
» ne lui rend pas à proportion de ce
» qu'il en reçoit , devroit être retran-
» ché du Corps politique , comme un
» membre ftérile , qui profite d'un fuc
» deſtiné à porter ailleurs l'efprit & la
» vie....
" Tout dans la nature ne femble-t-il
» pas nous dire que le travail eft d'obli-
» gation ? Il eſt un principe de vie &
» d'action répandu dans tout l'Univers.
" Les Aftres qui nous éclairent font
»dans un mouvement continuel. La
" Terre n'eft jamais , à proprement par-
» ler , dans un état de repos : elle tra-
» vaille au milieu du calme de la nuit ;
» & lors même qu'un hyver rigoureux
»paroît lui ôter fa vigueur , & la con-
» damner à la plus grande inertie , il fe
» fait dans fon fein mille fermentations
»fecrettes. Toutes fes parties agiffent
» les unes fur les autres , par des rap-
» ports & des combinaiſons , dont l'ef-
» fet eft d'enrichir la main qui facilite
fes opérations....
118 MERCURE DE FRANCE .
Que d'animaux , à qui l'instinct tient
»lieu de raifon , nous offrent des le-
!
» Çons , en travaillant fans relâche I
» le Caſtor , dédaignant les afyles que
»lui offre le hazard , fe pratique , à
"
» force de foins & d'activité , une ha-
» bitation dont les proportions & la
»folidité font l'admiration des hom-
» mes. La diligente abeille rejette de
» fa fociété toute ouvriere indolente &
» pareffeufe. Tout porte l'empreinte de
»l'harmonie & de la légiflation qui re-
> gnent dans ces petites républiques.
» Le lever du Soleil eft le fignal qui
» anime les Abeilles au travail : chacu-
» ne dirige fa courfe dans les campa-
» gnes : il n'eft pas une fleur , pas une
» plante odoriférante , qui foit à l'abri
» de leurs larcins ; & le Sage qui les
"
» admire les voit revenir chargées d'un
précieux butin , qu'elles difpofent
» fans trouble & fans confufion , dans
» des cellules conftruites avec l'art le
» plus merveilleux .
M. l'Abbé de Gafton paffa de ces
exemples à des principes plus directe-
ment relatifs aux hommes , pour les
convaincre qu'ils font tous obligés de
travailler foit de corps , foit d'efprit , fe-
lon leur tempérament , leur naiffance ,
JUILLET, 1764.
119
leur condition , & les circonftances où ils
fe trouvent. Il fit voir que fi les perfonnes
laborieufes font fujettes aux peines in-
féparables de l'humanité , elles évitent
beaucoup de maux auxquels les gens
oififs font bien plus expofés. Il mon-
tra que le travail prête des armes contre
l'ennui , fait diverfion au chagrin ,
écarte les attaques des paflions ; & il
dit , entre autres chofes , au fujet de
l'ennui.
Eft- ce le Philofophe qu'on
» voit embarraffé de fon être , fe déplai-
» fant toujours où il eft , voulant être
» où il n'eft pas , fans confiftence & fans
» repos , femblable à ces nuages pouffés
"
» par des vents contraires , qui n'ont
»jamais d'affiette déterminée ou de
» mouvement régulier ? D'où vient
» cette expreffion bizarre , je vais tuer
le temps ? A ce trait , vous reconnoif-
» fez fans doute le langage de l'oifiveté
» réduite à une forte de défefpoir.
" C'est par quelqu'un de fes malheu-
» reux efclaves également dignes de
» mépris & de pitié, incapables de rem-
» plir les intervalles de la vie , qu'a été
" employée , pour la première fois , cette
» façon de parler , aujourd'hui tant en
» ufage. Etrange contradiction ! l'hom-
» me pareffeux , fi fortement attaché à
#
120 MERCURE DE FRANCE .
» la vie , trouve néanmoins le temps
»
trop long ; il en eſt tourmenté com-
me d'un pefant fardeau. Il veut tuer
le temps ; & le temps le tue lui- même ,
" à force de lui faire fentir fa durée ,
tandis qu'il coule rapidement pourle
Sage , qui tâche de le retenir & de le
• fixer , & c.
» Les biens les plus folides , dit plus
» loin M. l'Abbé de G. font le partage
» de l'homme ftudieux , le travail étend
» fon être
l'univers femble s'agrandir
» pour lui , tandis que le mortel inappli-
» qué demeure toujours refferré dans le
» cercle étroit de fes idées...... Quel que
» foit le genre d'occupatión auquel fe
» dévoue le premier, la récompenfe mar-
» che à la fuite de fon travail . Jurifcon-
» fulte, il entre avec confiance dans le dé-
» dale des Loix ; & malgré les détours
» multipliés de ce labyrinthe, il remonte
» à cette première juftice, régle immua-
» ble de la Société : il apperçoit la vérité
» enveloppée fous untas de formes & de
chicanes , & il la faifit avec tranf-
» port. Hiftorien , ou feulement appli-
» qué à l'hiftoire ; il goûte un plaifir
$
fingulier à rétablir un point de chro-
» nologie , à fixer la jufte époque d'un
fait défiguré & obfcurci , fur lequel
» les
"
JUILLET. 1764.
121
les Sçavans étoient partagés . Philofo-
phe , il arrache à la Nature longtemps
» épiée un fecret quelle s'obstinoit à lui
» cacher ; & il triomphe de fa réſiſtan-
» ce. Géomètre , il parvient à la folu-
» tion d'un Problême qui piquoit fa cu-
» riofité. Aftronome , fon œil franchit ,
» à l'aide du Télefcope , des efpaces
» immenfes : il fe rapproche des Aftres,
» dont il combine les diftances & les
» opérations. Naturalifte , il apperçoit ,
» à la faveur du Microfcope , la circu-
» lation du fang dans un infecte , les
" progrès de la végétation dans une
» plante
il démêle , dans les fibres
» d'un arbriffeau , cette féve qui fournit
"la fubftance & la vie aux feuilles &
» aux fleurs ; & il éprouve , dans ces
» heureux momens , la joie extrême
"
qui faifit Archimède , après ſes pre-
» mières découvertes.
Plufieurs autres détails prouverent de
plus en plus la Thèfe de M. l'Abbé de
G. qui n'omit aucun des motifs ca-
pables d'exciter les hommes au travail.
M. Denis le jeune , Avocat , nouvel
Affocié , lut , après fon remercîment
une Differtation fur Sénéque & Corneil-
le , dont le principal objet eft d'exami-
ner quelques morceaux de la Tragédie
II. Vol.
F
$22 MERCURE DE FRANCE.
de Cinna , puifés dans Sénéque , en for
Traité de la clémence & de compa-
rer les paffages corrélatifs des deux Au-
teurs. M. Denis , plein de refpect pour le
Prince de nos Poëtes Tragiques , croit
cependant pouvoir critiquer la manière
dont Augufte reçoit, au quatriéme A&e ,
le confeil que lui donne Livie , d'eſſayer
fur Cinna ce que peut la clémence. L'Em-
pereur y reproche à cette Princeffe de
lui donner des confeils de femme il
l'accufe d'avoir trop de foibleffe ou
d'ambition
& lorfqu'elle le conjure
d'accorder à fon amour la grace qu'elle
implore ; il répond que c'est l'amour
des grandeurs qui la rend importune.
Sénéque , dont Corneille a emprunté le
difcours de Livie , dit que l'Empereur
le goûta , & qu'il en remercia fon épou-
fe. Le Poete François paroît d'autant
plus répréhenfible de n'avoir point
imité en cela fon original , que lui-
même , au cinquième Acte de fa Piéce,
fait prendre à Augufte la réfolution de
pardonner au confpirateur. Auffi , dit M.
Denis , la fcene dont il s'agit , condam-
née par le bon goût , eft- elle actuel,
lement profcrite du Théâtre ? On a en
effetfupprimé , depuis un certain temps,
dans les repréfentations de Cinna , le
'JUILLET. 1764.
123
Tôle de l'Impératrice Livie, qui ne pa-
roiffoit que dans cette même fcène , &
dans les deux dernières de la Tragédie ,
où elle n'étoit qu'un perfonnage prèf-
que oifif.
La differtation de M. Denis finit par
un parallèle du ftyle de Sénéque & de
celui de Fontenelle , que bien des gens
regardent comme affez femblables , &
entre lefquels il obferve une grande
différence. Cet Ouvrage préfentement
imprimé, fetrouve à Arras chez Nicolas,
rue S. Géri.
Après que le Directeur eut répondu ,
felon l'ufage , aux deux Récipiendaires,
M. l'Abbé Pauchet
Profeffeur de
Troifiéme au Collége d'Arras , récita
une Ode intitulée la Religion . * Cette
Piéce de Poëfie fut fuivie d'un Ouvra-
ge affez étendu , dont M. de Foffeux ,
Ecuyer du Roi fit la lecture. Ce font
des Réfléxions fur le Bonheur , en deux
parties , amenées par un Exorde , qui
Commence en ces termes :
» Si la plupart des actions de l'hom-
me font dirigées par l'inconféquence,
» & atteſtent la foibleffe qui eft fon
» partage , où cette inconféquence. &
» cette foibleffe font- elles plus mar-
* Nous nous propofonsde la rendre bientôt pu-
blique.
Fij
r24 MERCURE DE FRANCE.
" quées que dans les démarches qu'il
» fait continuellement pour parvenir au
» bonheur ? Tout fe rapporte à ce feul
but ; on ne néglige rien , on mépriſe
» les obftacles , on brave les difficul-
"
כני
tés , on entreprend tout pour fe ren-
» dre heureux ; & les moyens qu'on
» employe font prèfque toujours ceux
qui éloignent de l'objet qu'on re-
cherche avec tant d'ardeur.
» Vainement afpirons- nous dans cet-
te vie au bonheur parfait. Il eft fem-
" blable à l'ombre qui fuit devant ce
» lui qui la produit , & qui eft aflez in-
»fenfé pour efpérer de l'atteindre. C'eft
un feu follet qui voltige devant nos
yeux , nous éblouit , difparoît , &
nous replonge dans une obfcurité
plus épaiffe que celle qu'il a détruite.
» C'eft une Ifle efcarpée, dont les bords
» féduifans attirent un malheureux , qui
» vient de fauver fa vie fur les débris
» de fa fortune. Il gravit en vain con
» tre les rochers qui entourent cette
» Ifle
dans l'inftant où il croit tou-
» cher au but , la pierre qui le foute-
», noit s'écroule ; & il retombe dans
» les abîmes d'où il avoit fçu s'arra-
» cher..
M. de F. fait fentir , far beaucoup de
JUILLET. 1764.
125-
raifons , que la Médiocrité & la Probi
té font les deux feuls moyens qui pro-
curent fur la Tèrre le degré de bon-.
heur auquel on peut raifonnablement ,
prétendre. Il difcute avec foin les ob-
ftacles multipliés qu'oppofent au bon-
heur ces richeffes dont on eft fi avide
& que l'homme , dès l'âge le plus ten-
dre , apprend à regarder comme la
fource d'une félicité fuprême.»Ses yeux
» font frappés fans ceffe de l'éclat des
» fortunes brillantes : fes oreilles ne
» s'ouvrent que pour entendre exalter.
»les avantages dont elles font jouir .
» tout concourt à diriger le poinçon..
» qui grave fur la cire molle d'un jeu
» ne cœur , qu'être riche c'eft être heu-
» reux. Cette cire devient marbre , &
» le caractère eft ineffaçable.
Les grandeurs ne font pas appréciées
par M. de F. plus favorablement que
les richeffes . Il obferve fucceffivement
la pofition des Princes , des Miniftres
des Généraux , de ceux qui tiennent
les premiers rangs dans la Magiftrature ;
& il conclud que le bonheur n'eft guè-
res moins incompatible avec ces poftes
élevés , qu'avec l'indigente & les con-
ditions les plus baffes.
C Mais ce n'eft pas feulement, eu égard
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
au rang & aux emplois , que M. de F.
place le bonheur dans la médiocrité :
c'eft auffi par rapport au caractère , fur-
tout en ce qui concerne la vivacité &
la fenfibilité , & même relativement à
la meſure d'efprit & de connoiffances
dont chaque homme eft partagé.
Dans la feconde Partie • qui roule
fur la Probité , M. de F. peint ainfi le
tableau d'une famille vertueufe.»> Quelle
» félicité goûtent deux tendres époux ,
» liés fous les aufpices de la vertu , qui
» ont confondu leurs âmes , pour en
"
» former une feule , dont toutes les
» volontés font dictées par les mêmes
» Loix ! Avec quelle douceur ils fe re-
» tracent le jour heureux qui éclaira leur
» union ! Quel charme pour eux de fe
» voir renaître dans d'autres eux-mê
» mes , dont l'exiſtence refferre encore
» leur chaîne fortunée ! Ces chers re-
jettons ne voient dans leurs parens
" que de vrais amis .Une chafte épouse,
» une mère fenfible partage fon temps,
» entre l'affection qu'elle doit à fon
époux , le foin de fa maifon , & la
» première éducation de ſes enfans. Elle
" veille à la confervation des plus jeu-
» nes , & nourrit , avec l'aliment pré-
paré dans fon fein par la Nature
JUILLET. 1764.
127
» ceux à qui la molleffe de leurs orga-
» nes interdit des fucs plus nourriffans.
» Le père s'occupe à former les mœurs
» de ceux en qui la Raiſon commence
à fe développer. Les femences de
» vertu qu'il a tirées de fon propre
» cœur , pour les leur communiquer
germent fans peine dans ces âmes
fléxibles qu'une main attentive dif-
» poſe à produire un jour des fruits
qui foient la récompenfe de la cul-
ture , & c.
On lut , pour terminer la Séance ,
ane Odefurle Luxe , envoyée par M. le
Chevalier de Vauclair , Aggrégé de la
Société , & dont nous parlerions plus am❤
plement , files bornes d'un Extrait le
permettoient.
d'ARRAS, tenue le 14 Avril 1764.
M. FOACIER DE RUZÉ, Avocat
Général du Conseil d'Artois, Directeur
de la Société , fit l'ouverture de cette
Séance par un Difcours qui avoit pour
titre, de l'influence des Arts & des Scien-
ces fur le ftyle. Il commença par y
expofer quelle a été l'origine de l'Elo-
cution , & en quoi elle confifte. » Mais ,
» ajouta-t-il , l'Art de bien dire eft-il
»le fruit de quelque méthode ? La
» Rhétorique détaille bien les couleurs
qu'on peut employer , enfeigne l'u-
" fage qu'on en doit faire , nous ap-
» prend que l'harmonie doit regner
» dans l'affortiment des Phraſes
» manière
de
que l'on fente en elles une
»fuite marquée , un enchaînement qui
» en conftitue l'unité, par des rapports
114 MERCURE DE FRANCE .
» mutuels. Elle exige le même concert
» dans la fuite des mots qui compofent
la phrafe ; elle veut qu'on leur donne
» du nombre & de la cadence ; mais
» avec ces fecours , le Rhéreur n'eft
» pas encore un homme éloquent. Eft-
» il une méthode qui puifle enfanter
»l'expreffion & l'harmonie , & qui
» donne le moyen de faire un enfemble
» de toutes les parties du ftyle ? Les
» préceptes ne conduifent fouvent qu'à
» des lieux communs , qui bientôt font
" épuifés. Que le Rhéteur cultive les
» Arts & les Sciences ; il aura tous les
» tréfors fous la main. Des connoif-
» fances acquifes lui fourniront de bel-
» les images , & lui donneront une
» idée d'ordre & de fymmétrie , qu'il
communiquera fans effort à ſon ſtyle .
» Heureufe néceffité qui oblige le Lit-
» terateur à devenir fçavant !
Nous ajouterons à cette citation plu-
fieurs exemples qu'apporta M. de R.
pour prouver & développer fa propo-
fition.
» Un homme de Lettres , qui s'eſt li-
" vré à l'étude de la Méchanique , vou-
» droit décrire un Gouvernement quel-
» conque. Il fe peint une vafte machi-
»ne , compofée d'une infinité
de
JUILLET. 1764.
115
> roues , qu'un feul reffort met en
» mouvement. Le maintien de chaque
» état , relativement à ceux qui l'envi-
ronnent , forme , felon lui , un bel
» équilibre ; & cet équilibre réfulte du
point d'appui qu'ils fe donnent les uns
aux autres.
» Quelles font les idées , lorfqu'elles
» fe transforment dans ce que la Pein-
» ture & la Sculpture ont de gracieux
& de fublime ! qu'il lui aiſé eft d'em-
» ployer le cifeau & le pinceau , pour
donner du corps & de la couleur à
» fes pensées.
» L'Optique fert à définir la préven-
» tion. Ne dit-on pas qu'elle produit le
» même effet que ces verres colorés qui
» font voir les objets tout autres qu'ils
» ne font ? Le Littérateur ne fait- il
» pas ufage avec fuccès , du Teleſcope ,
» des Points de vue , de la Perfpective ,
,, & de la réunion de plufieurs rayons ,
pour en former un corps de lumière ?
» Comment mefurer des êtres abf-
» traits , donner , pour ainfi dire , une
forme fpirituelle à la matière , fi l'on
ignore la Métaphyfique ?
Cepen-
» dant on ne plaît fouvent que par cet
» Art. C'eft ainfi que l'on exprime les
» révolutions de la nature , ou les rap-
16 MERCURE DE FRANCE .
»ports qu'elles peuvent avoir avec les
» mouvemens de notre âme. N'eft- ce
» pas une expreffion confacrée à l'élo-
"quence de dire que la mer eft en fu
» reur , pour faire fentir qu'elle eft vio-
"
» lemment agitée ? Sans être Philoſo-
» phe , on ne peut fe promettre quelque
"
» réuffite dans cette manière d'écrire.
M. le Marquis de la Ferté , Chance-
lier , lut un Difcours fur l'Hiftoire. Il
démontra combien l'étude en eft utile
à tous les hommes , & furtout aux Sou-
verains. Après quoi ,
il entra dans
l'examen des qualités que doit poffé
der un Hiſtorien , en qui il exige prin-
cipalement la plus exacte impartialité ,
la connoiffance des mœurs , des ufages ,
& de la forme des Gouvernemens ; un
difcernement exquis , une pénétration
capable de dévoiler , autant qu'il eft
poffible , les caufes des événemens
mais fans ce rafinement qui veut ren-
dre raifon de tout , & attribue fouvent
aux refforts de la politique les effets
d'un caprice ou du hazard ; enfin cet
efprit d'ordre qui donne aux faits qu'on
a à décrire l'arrangement le plus con-
venable & la liaifon la plus naturelle.
M. l'Abbé de Gafton , Chanoine de
la Cathédrale , nouvellement reçu dans
JUILLET. 1764.
117
la Compagnie , fit fon remercîment ,
& lut enfuite un Difcours fur le Tra-
vail , dont il prouva la néceffité & les
avantages. » Chacun des hommes , dit-
» il, peut être utile à la Société par quel-
» que efpèce de travail ; & celui qui
» ne lui rend pas à proportion de ce
» qu'il en reçoit , devroit être retran-
» ché du Corps politique , comme un
» membre ftérile , qui profite d'un fuc
» deſtiné à porter ailleurs l'efprit & la
» vie....
" Tout dans la nature ne femble-t-il
» pas nous dire que le travail eft d'obli-
» gation ? Il eſt un principe de vie &
» d'action répandu dans tout l'Univers.
" Les Aftres qui nous éclairent font
»dans un mouvement continuel. La
" Terre n'eft jamais , à proprement par-
» ler , dans un état de repos : elle tra-
» vaille au milieu du calme de la nuit ;
» & lors même qu'un hyver rigoureux
»paroît lui ôter fa vigueur , & la con-
» damner à la plus grande inertie , il fe
» fait dans fon fein mille fermentations
»fecrettes. Toutes fes parties agiffent
» les unes fur les autres , par des rap-
» ports & des combinaiſons , dont l'ef-
» fet eft d'enrichir la main qui facilite
fes opérations....
118 MERCURE DE FRANCE .
Que d'animaux , à qui l'instinct tient
»lieu de raifon , nous offrent des le-
!
» Çons , en travaillant fans relâche I
» le Caſtor , dédaignant les afyles que
»lui offre le hazard , fe pratique , à
"
» force de foins & d'activité , une ha-
» bitation dont les proportions & la
»folidité font l'admiration des hom-
» mes. La diligente abeille rejette de
» fa fociété toute ouvriere indolente &
» pareffeufe. Tout porte l'empreinte de
»l'harmonie & de la légiflation qui re-
> gnent dans ces petites républiques.
» Le lever du Soleil eft le fignal qui
» anime les Abeilles au travail : chacu-
» ne dirige fa courfe dans les campa-
» gnes : il n'eft pas une fleur , pas une
» plante odoriférante , qui foit à l'abri
» de leurs larcins ; & le Sage qui les
"
» admire les voit revenir chargées d'un
précieux butin , qu'elles difpofent
» fans trouble & fans confufion , dans
» des cellules conftruites avec l'art le
» plus merveilleux .
M. l'Abbé de Gafton paffa de ces
exemples à des principes plus directe-
ment relatifs aux hommes , pour les
convaincre qu'ils font tous obligés de
travailler foit de corps , foit d'efprit , fe-
lon leur tempérament , leur naiffance ,
JUILLET, 1764.
119
leur condition , & les circonftances où ils
fe trouvent. Il fit voir que fi les perfonnes
laborieufes font fujettes aux peines in-
féparables de l'humanité , elles évitent
beaucoup de maux auxquels les gens
oififs font bien plus expofés. Il mon-
tra que le travail prête des armes contre
l'ennui , fait diverfion au chagrin ,
écarte les attaques des paflions ; & il
dit , entre autres chofes , au fujet de
l'ennui.
Eft- ce le Philofophe qu'on
» voit embarraffé de fon être , fe déplai-
» fant toujours où il eft , voulant être
» où il n'eft pas , fans confiftence & fans
» repos , femblable à ces nuages pouffés
"
» par des vents contraires , qui n'ont
»jamais d'affiette déterminée ou de
» mouvement régulier ? D'où vient
» cette expreffion bizarre , je vais tuer
le temps ? A ce trait , vous reconnoif-
» fez fans doute le langage de l'oifiveté
» réduite à une forte de défefpoir.
" C'est par quelqu'un de fes malheu-
» reux efclaves également dignes de
» mépris & de pitié, incapables de rem-
» plir les intervalles de la vie , qu'a été
" employée , pour la première fois , cette
» façon de parler , aujourd'hui tant en
» ufage. Etrange contradiction ! l'hom-
» me pareffeux , fi fortement attaché à
#
120 MERCURE DE FRANCE .
» la vie , trouve néanmoins le temps
»
trop long ; il en eſt tourmenté com-
me d'un pefant fardeau. Il veut tuer
le temps ; & le temps le tue lui- même ,
" à force de lui faire fentir fa durée ,
tandis qu'il coule rapidement pourle
Sage , qui tâche de le retenir & de le
• fixer , & c.
» Les biens les plus folides , dit plus
» loin M. l'Abbé de G. font le partage
» de l'homme ftudieux , le travail étend
» fon être
l'univers femble s'agrandir
» pour lui , tandis que le mortel inappli-
» qué demeure toujours refferré dans le
» cercle étroit de fes idées...... Quel que
» foit le genre d'occupatión auquel fe
» dévoue le premier, la récompenfe mar-
» che à la fuite de fon travail . Jurifcon-
» fulte, il entre avec confiance dans le dé-
» dale des Loix ; & malgré les détours
» multipliés de ce labyrinthe, il remonte
» à cette première juftice, régle immua-
» ble de la Société : il apperçoit la vérité
» enveloppée fous untas de formes & de
chicanes , & il la faifit avec tranf-
» port. Hiftorien , ou feulement appli-
» qué à l'hiftoire ; il goûte un plaifir
$
fingulier à rétablir un point de chro-
» nologie , à fixer la jufte époque d'un
fait défiguré & obfcurci , fur lequel
» les
"
JUILLET. 1764.
121
les Sçavans étoient partagés . Philofo-
phe , il arrache à la Nature longtemps
» épiée un fecret quelle s'obstinoit à lui
» cacher ; & il triomphe de fa réſiſtan-
» ce. Géomètre , il parvient à la folu-
» tion d'un Problême qui piquoit fa cu-
» riofité. Aftronome , fon œil franchit ,
» à l'aide du Télefcope , des efpaces
» immenfes : il fe rapproche des Aftres,
» dont il combine les diftances & les
» opérations. Naturalifte , il apperçoit ,
» à la faveur du Microfcope , la circu-
» lation du fang dans un infecte , les
" progrès de la végétation dans une
» plante
il démêle , dans les fibres
» d'un arbriffeau , cette féve qui fournit
"la fubftance & la vie aux feuilles &
» aux fleurs ; & il éprouve , dans ces
» heureux momens , la joie extrême
"
qui faifit Archimède , après ſes pre-
» mières découvertes.
Plufieurs autres détails prouverent de
plus en plus la Thèfe de M. l'Abbé de
G. qui n'omit aucun des motifs ca-
pables d'exciter les hommes au travail.
M. Denis le jeune , Avocat , nouvel
Affocié , lut , après fon remercîment
une Differtation fur Sénéque & Corneil-
le , dont le principal objet eft d'exami-
ner quelques morceaux de la Tragédie
II. Vol.
F
$22 MERCURE DE FRANCE.
de Cinna , puifés dans Sénéque , en for
Traité de la clémence & de compa-
rer les paffages corrélatifs des deux Au-
teurs. M. Denis , plein de refpect pour le
Prince de nos Poëtes Tragiques , croit
cependant pouvoir critiquer la manière
dont Augufte reçoit, au quatriéme A&e ,
le confeil que lui donne Livie , d'eſſayer
fur Cinna ce que peut la clémence. L'Em-
pereur y reproche à cette Princeffe de
lui donner des confeils de femme il
l'accufe d'avoir trop de foibleffe ou
d'ambition
& lorfqu'elle le conjure
d'accorder à fon amour la grace qu'elle
implore ; il répond que c'est l'amour
des grandeurs qui la rend importune.
Sénéque , dont Corneille a emprunté le
difcours de Livie , dit que l'Empereur
le goûta , & qu'il en remercia fon épou-
fe. Le Poete François paroît d'autant
plus répréhenfible de n'avoir point
imité en cela fon original , que lui-
même , au cinquième Acte de fa Piéce,
fait prendre à Augufte la réfolution de
pardonner au confpirateur. Auffi , dit M.
Denis , la fcene dont il s'agit , condam-
née par le bon goût , eft- elle actuel,
lement profcrite du Théâtre ? On a en
effetfupprimé , depuis un certain temps,
dans les repréfentations de Cinna , le
'JUILLET. 1764.
123
Tôle de l'Impératrice Livie, qui ne pa-
roiffoit que dans cette même fcène , &
dans les deux dernières de la Tragédie ,
où elle n'étoit qu'un perfonnage prèf-
que oifif.
La differtation de M. Denis finit par
un parallèle du ftyle de Sénéque & de
celui de Fontenelle , que bien des gens
regardent comme affez femblables , &
entre lefquels il obferve une grande
différence. Cet Ouvrage préfentement
imprimé, fetrouve à Arras chez Nicolas,
rue S. Géri.
Après que le Directeur eut répondu ,
felon l'ufage , aux deux Récipiendaires,
M. l'Abbé Pauchet
Profeffeur de
Troifiéme au Collége d'Arras , récita
une Ode intitulée la Religion . * Cette
Piéce de Poëfie fut fuivie d'un Ouvra-
ge affez étendu , dont M. de Foffeux ,
Ecuyer du Roi fit la lecture. Ce font
des Réfléxions fur le Bonheur , en deux
parties , amenées par un Exorde , qui
Commence en ces termes :
» Si la plupart des actions de l'hom-
me font dirigées par l'inconféquence,
» & atteſtent la foibleffe qui eft fon
» partage , où cette inconféquence. &
» cette foibleffe font- elles plus mar-
* Nous nous propofonsde la rendre bientôt pu-
blique.
Fij
r24 MERCURE DE FRANCE.
" quées que dans les démarches qu'il
» fait continuellement pour parvenir au
» bonheur ? Tout fe rapporte à ce feul
but ; on ne néglige rien , on mépriſe
» les obftacles , on brave les difficul-
"
כני
tés , on entreprend tout pour fe ren-
» dre heureux ; & les moyens qu'on
» employe font prèfque toujours ceux
qui éloignent de l'objet qu'on re-
cherche avec tant d'ardeur.
» Vainement afpirons- nous dans cet-
te vie au bonheur parfait. Il eft fem-
" blable à l'ombre qui fuit devant ce
» lui qui la produit , & qui eft aflez in-
»fenfé pour efpérer de l'atteindre. C'eft
un feu follet qui voltige devant nos
yeux , nous éblouit , difparoît , &
nous replonge dans une obfcurité
plus épaiffe que celle qu'il a détruite.
» C'eft une Ifle efcarpée, dont les bords
» féduifans attirent un malheureux , qui
» vient de fauver fa vie fur les débris
» de fa fortune. Il gravit en vain con
» tre les rochers qui entourent cette
» Ifle
dans l'inftant où il croit tou-
» cher au but , la pierre qui le foute-
», noit s'écroule ; & il retombe dans
» les abîmes d'où il avoit fçu s'arra-
» cher..
M. de F. fait fentir , far beaucoup de
JUILLET. 1764.
125-
raifons , que la Médiocrité & la Probi
té font les deux feuls moyens qui pro-
curent fur la Tèrre le degré de bon-.
heur auquel on peut raifonnablement ,
prétendre. Il difcute avec foin les ob-
ftacles multipliés qu'oppofent au bon-
heur ces richeffes dont on eft fi avide
& que l'homme , dès l'âge le plus ten-
dre , apprend à regarder comme la
fource d'une félicité fuprême.»Ses yeux
» font frappés fans ceffe de l'éclat des
» fortunes brillantes : fes oreilles ne
» s'ouvrent que pour entendre exalter.
»les avantages dont elles font jouir .
» tout concourt à diriger le poinçon..
» qui grave fur la cire molle d'un jeu
» ne cœur , qu'être riche c'eft être heu-
» reux. Cette cire devient marbre , &
» le caractère eft ineffaçable.
Les grandeurs ne font pas appréciées
par M. de F. plus favorablement que
les richeffes . Il obferve fucceffivement
la pofition des Princes , des Miniftres
des Généraux , de ceux qui tiennent
les premiers rangs dans la Magiftrature ;
& il conclud que le bonheur n'eft guè-
res moins incompatible avec ces poftes
élevés , qu'avec l'indigente & les con-
ditions les plus baffes.
C Mais ce n'eft pas feulement, eu égard
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
au rang & aux emplois , que M. de F.
place le bonheur dans la médiocrité :
c'eft auffi par rapport au caractère , fur-
tout en ce qui concerne la vivacité &
la fenfibilité , & même relativement à
la meſure d'efprit & de connoiffances
dont chaque homme eft partagé.
Dans la feconde Partie • qui roule
fur la Probité , M. de F. peint ainfi le
tableau d'une famille vertueufe.»> Quelle
» félicité goûtent deux tendres époux ,
» liés fous les aufpices de la vertu , qui
» ont confondu leurs âmes , pour en
"
» former une feule , dont toutes les
» volontés font dictées par les mêmes
» Loix ! Avec quelle douceur ils fe re-
» tracent le jour heureux qui éclaira leur
» union ! Quel charme pour eux de fe
» voir renaître dans d'autres eux-mê
» mes , dont l'exiſtence refferre encore
» leur chaîne fortunée ! Ces chers re-
jettons ne voient dans leurs parens
" que de vrais amis .Une chafte épouse,
» une mère fenfible partage fon temps,
» entre l'affection qu'elle doit à fon
époux , le foin de fa maifon , & la
» première éducation de ſes enfans. Elle
" veille à la confervation des plus jeu-
» nes , & nourrit , avec l'aliment pré-
paré dans fon fein par la Nature
JUILLET. 1764.
127
» ceux à qui la molleffe de leurs orga-
» nes interdit des fucs plus nourriffans.
» Le père s'occupe à former les mœurs
» de ceux en qui la Raiſon commence
à fe développer. Les femences de
» vertu qu'il a tirées de fon propre
» cœur , pour les leur communiquer
germent fans peine dans ces âmes
fléxibles qu'une main attentive dif-
» poſe à produire un jour des fruits
qui foient la récompenfe de la cul-
ture , & c.
On lut , pour terminer la Séance ,
ane Odefurle Luxe , envoyée par M. le
Chevalier de Vauclair , Aggrégé de la
Société , & dont nous parlerions plus am❤
plement , files bornes d'un Extrait le
permettoient.
Fermer
11191
p. 128-133
MÉMOIRE sur le CANAL de BOURGOGNE qui a remporté le Prix de l'Académie de DIJON en 1763, par M.THOMAS DUMOREY, Ingénieur Ordinaire du Roi, & en Chef des Etats de Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ, Imprimeur Ordinaire du Roi, & du Clergé de France. 1764.
Début :
CE Mémoire répond parfaitement aux vues de l'Académie qui avoit proposé [...]
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texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE sur le CANAL de BOURGOGNE qui a remporté le Prix de l'Académie de DIJON en 1763, par M.THOMAS DUMOREY, Ingénieur Ordinaire du Roi, & en Chef des Etats de Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ, Imprimeur Ordinaire du Roi, & du Clergé de France. 1764.
MÉMOIRE sur le CANAL de BOURGOGNE
qui a remporté le Prix de l'Académie
de DIJON en 1763, par M.THOMAS
DUMOREY, Ingénieur Ordinaire
du Roi, & en Chef des Etats de
Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ,
Imprimeur Ordinaire du
Roi, & du Clergé de France. 1764.
CE Mémoire répond parfaitement
aux vues de l'Académie qui avoit proposé
de déterminer relativementà laBour-
gogne , les avantages & les défavantages
du Canal projette dans cette Province
pour la communication des deux Mers ,
par la jonction de la Saône à la Seine.
Dans cet éxamen l'Auteur adopte le
Projet de M. Abeille, Projet vérifié par M.
Gabriel en préfence des Commiffaires
des Etats de Bourgogne, & depuis par des
Commiffaires députés de la Cour . La pof-
fibilité du Canal, la facilité même & la
fomme de la dépenfe, eftimée à dix mil-
lions , font affirmées dans leur rapport.
C'eft mal-a - propos qu'on s'eft avifé de-
puis peu d'attribuer ce Projet à M. d'Ef-
JUILLET. 1764.
129
pinally , qui de même que l'Auteur de
ce Mémoire n'a fait que l'adopter &
n'a eu aucune part aux travaux immen-
fes d'après lefquels M. Abeille a formé fon
Plan qu'il publia en 1727.On ne peut trop
louer M. Dumorey d'avoir le courage de
dire la vérité & de rendre juftice à qui
elle appartient. Ce même amour du vrai
& du bien Public fe fait remarquer dans
l'examen judicieux que fait l'Auteur
de quelques défavantages inévitables
qu'entraîneroit la conftruction de ce
Canal : il en arrive néceffairement dans
toutes les grandes entrepriſes ; mais il
démontre que ces défavantages ne font
rien , comparés à l'utilité marquée , gé→
nérale & conftante qui réfulteroit de ce
ce même Canal , non feulement pour la
Bourgogne , mais pour plufieurs Provin-
ces du Royaume , & furtout pour la
Capitale. Ce Mémoire qui eft écrit avec
beaucoup de fageffe , de précifion & de
clarté, eft du petit nombre de ceux qu'on
ne peut extraire fans leur faire tort. Tout
y eft lié , tout y eft conféquent , touty
eft démontré. M. Dumorey n'y perd
jamais de vue le bien de l'Etat en gé-
néral & de la Bourgogne en particulier.
Le cœur patriotique qui lui a fait en
treprendre ce travail lui fait fouhaiters
F v
130 MERCURE DE FRANCE:
que l'idée qu'il a conçue des avantages de
ce Canalpuiffe s'etendre &fe communiquer
aux Citoyens capables de l'accréditer, de
Pappuyer& de la réaliſer. C'est pour en-
trer dans fes vues que nous croyons de-
voir recommander la lecture d'un ou
vrage (Gratum opus Patria ) qui a pour
but d'augmenter la gloire & la puiffance
du Prince , celle de l'Etat & le bon-
heur de fes Sujets.On y trouve en même
tems les vues les plus judicieufes fur
les précautions à prendre pour la conf-
truction de ce Canal & les confeils les
plus fages pout ce qui en regarde l'admi-
niftration. Nous nous bornerons à en
donner un exemple , les avantages du
Canal , dit l'Auteur , feroient d'autant
plus grands pour les Propriétaires , les
Cultivateurs & les Négocians , que les
Impôts fur les Marchandifes feroient
plus modiques. Je ne crois pas même
qu'on puiffe envisager l'excès de leurpro-
duit comme un bien , furtout
s'ils
étoient levés par une Compagnie de
Traitans. La faine politique nous ap-
prend que ceproduit ne peut être vérita-
blement utile à la Bourgogne , que dans
le cas où il appartiendroit à cette Pro-
vince ; cette propriété augmenteroit fon
crédit , elle affureroit en même temps
JUILLET. 1764.
13
Pentretien du Canal , fans gêner la li
berté du Commerce. Quoiqu'il en foit , la
dépenfe pour l'éxécution de ce grand
projet ne pouvant être qu'une émanation
de la bienfaifance du Prince , on doit
fouhaiter que le produit n'éxcéde jamais
les fommes néceffaires pour les répara
tions annuelles . Les Rois ne placent
point fur leurs Sujets des deniers à
intérêts, ( Voyez M. de Montefquieu ,
Liv. XX. Chap. XIV. & XX. Tom. II. )
Les Réglemens de l'Académie qui
limitent l'étendue des Mémoires à une
demie- heure de lecture ont obligé l'Au-
teur de renvoyer aux Notes plufieurs au-
tres réfléxions non moins judicieufes.
Nous croyons devoir, pour l'utilité de
nos Lecteurs, tranfcrire la Note 29 toute
entière : elle finit par un avis fage qui
dans ce moment-ci mérite toute leur
attention. » Les Rois d'Egypte firent
» différens canaux dans leurs Etats ; les
Romains employerent leurs Armées à
» en conftruire dans les Pays qu'ils
» avoient fubjugués ; on a établi les
grands Canaux qui traverfent la Chine
& on les entretient aux frais des Sou-
verains de ce vafte Empire. Charle-
magne entreprit de joindre le Rhin &
le Danube. Sous Henri IV , M. de
F vj
4.
132 MERCURE DE FRANCE.
» Sulli commença un Canal pour join
» dre la Loire à la Seine par la rivière
» d'Oing ; il fut achevé par le Cardi-
» nal de Richelieu, M. le Duc d'Orléans
» Frère de Louis XIV. ordonna la
» conftruction de celui d'Orléans juf-
» qu'à Montargis ; l'établiffement de
» celui du Languedoc fut l'effet de la
"3
»
générofité de LOUIS LE GRAND
›
» pendant le Ministère de M. Colbert ;
M. le Régent en fit ouvrir un le
long de la Rivière d'Oing tendant
» de Montargis à Moret. Son objet
» a été d'affurer pendant toute l'année
» la communication de la Seine à la
" Loire
cet Ouvrage fait partie du
» Canal de Briare. Ceux de Bruges
» d'Anvers
33
>
d'Oftende
de Lille &
» tous les Canaux qui éxiftent actuél-
» lement en Flandres font l'Ouvrage
» des Princes Souverains de cette Con-
" trée. Les Etats-Généraux en ont conf-
truit un grand nombre dans l'éten-
» due des Provinces- unies. Tous ces
" faits confacrés par l'hiftoire prouvent
» que l'on n'a jamais eu recours , pour
» fournir à la dépenfe de ces fortes
دو
» d'Ouvrages , à aucune impofition par-
» ticulière fur les Peuples. Ces grands
» établiffemens ont toujours été
regar
JUILLET. 1754.
133
» dés comme des objets fi importans ,
qu'ils n'ont jamais été confiés qu'à
» l'adminiftration publique. On ne pour
» roit peut-être citer aucun exemple ,
» que des Canaux confidérables ayent
» été entièrement conftruits par des Com-
» pagnies particulières ; il en est peu
"
» dont lafortune foit affez grande pour
» répondre des fommes qu'elle pourroit
» puifer dans la confiance publique ; &
» certainement aucune qui voulût facri-
"
fier fes intérêts à celui de la Nation.
» On a vu à la vérité quelquefois des
"
Compagnies fe former pour de gran-
» des entrepriſes ; mais fouvent auffi on
» les a vu , par des économies déplacées
» & mal entendues , par des diffenfions
» ou par la difperfion des fonds faire
» échouer les projets les mieux concertés.
Le Mémoire eft dédié à S. A. S. Mon-
feigneur le Prince de Condé , Gouver-
neur de la Province de Bourgogne . Ceft
un hommage qui étoit du à ce Héros
qui ( pour nous fervir des termes de
'Auteur ) après avoir ceint fonfront de
Lauriers immortels dans les Champs de
Freidberg , eft aujourdhui le Protecteur
éclairé des talens & des Arts utiles qui
ne s'exercent heureuſement que dans le
calmé & la tranquillité publique.
qui a remporté le Prix de l'Académie
de DIJON en 1763, par M.THOMAS
DUMOREY, Ingénieur Ordinaire
du Roi, & en Chef des Etats de
Bourgogne. A Paris, chez G. DESPREZ,
Imprimeur Ordinaire du
Roi, & du Clergé de France. 1764.
CE Mémoire répond parfaitement
aux vues de l'Académie qui avoit proposé
de déterminer relativementà laBour-
gogne , les avantages & les défavantages
du Canal projette dans cette Province
pour la communication des deux Mers ,
par la jonction de la Saône à la Seine.
Dans cet éxamen l'Auteur adopte le
Projet de M. Abeille, Projet vérifié par M.
Gabriel en préfence des Commiffaires
des Etats de Bourgogne, & depuis par des
Commiffaires députés de la Cour . La pof-
fibilité du Canal, la facilité même & la
fomme de la dépenfe, eftimée à dix mil-
lions , font affirmées dans leur rapport.
C'eft mal-a - propos qu'on s'eft avifé de-
puis peu d'attribuer ce Projet à M. d'Ef-
JUILLET. 1764.
129
pinally , qui de même que l'Auteur de
ce Mémoire n'a fait que l'adopter &
n'a eu aucune part aux travaux immen-
fes d'après lefquels M. Abeille a formé fon
Plan qu'il publia en 1727.On ne peut trop
louer M. Dumorey d'avoir le courage de
dire la vérité & de rendre juftice à qui
elle appartient. Ce même amour du vrai
& du bien Public fe fait remarquer dans
l'examen judicieux que fait l'Auteur
de quelques défavantages inévitables
qu'entraîneroit la conftruction de ce
Canal : il en arrive néceffairement dans
toutes les grandes entrepriſes ; mais il
démontre que ces défavantages ne font
rien , comparés à l'utilité marquée , gé→
nérale & conftante qui réfulteroit de ce
ce même Canal , non feulement pour la
Bourgogne , mais pour plufieurs Provin-
ces du Royaume , & furtout pour la
Capitale. Ce Mémoire qui eft écrit avec
beaucoup de fageffe , de précifion & de
clarté, eft du petit nombre de ceux qu'on
ne peut extraire fans leur faire tort. Tout
y eft lié , tout y eft conféquent , touty
eft démontré. M. Dumorey n'y perd
jamais de vue le bien de l'Etat en gé-
néral & de la Bourgogne en particulier.
Le cœur patriotique qui lui a fait en
treprendre ce travail lui fait fouhaiters
F v
130 MERCURE DE FRANCE:
que l'idée qu'il a conçue des avantages de
ce Canalpuiffe s'etendre &fe communiquer
aux Citoyens capables de l'accréditer, de
Pappuyer& de la réaliſer. C'est pour en-
trer dans fes vues que nous croyons de-
voir recommander la lecture d'un ou
vrage (Gratum opus Patria ) qui a pour
but d'augmenter la gloire & la puiffance
du Prince , celle de l'Etat & le bon-
heur de fes Sujets.On y trouve en même
tems les vues les plus judicieufes fur
les précautions à prendre pour la conf-
truction de ce Canal & les confeils les
plus fages pout ce qui en regarde l'admi-
niftration. Nous nous bornerons à en
donner un exemple , les avantages du
Canal , dit l'Auteur , feroient d'autant
plus grands pour les Propriétaires , les
Cultivateurs & les Négocians , que les
Impôts fur les Marchandifes feroient
plus modiques. Je ne crois pas même
qu'on puiffe envisager l'excès de leurpro-
duit comme un bien , furtout
s'ils
étoient levés par une Compagnie de
Traitans. La faine politique nous ap-
prend que ceproduit ne peut être vérita-
blement utile à la Bourgogne , que dans
le cas où il appartiendroit à cette Pro-
vince ; cette propriété augmenteroit fon
crédit , elle affureroit en même temps
JUILLET. 1764.
13
Pentretien du Canal , fans gêner la li
berté du Commerce. Quoiqu'il en foit , la
dépenfe pour l'éxécution de ce grand
projet ne pouvant être qu'une émanation
de la bienfaifance du Prince , on doit
fouhaiter que le produit n'éxcéde jamais
les fommes néceffaires pour les répara
tions annuelles . Les Rois ne placent
point fur leurs Sujets des deniers à
intérêts, ( Voyez M. de Montefquieu ,
Liv. XX. Chap. XIV. & XX. Tom. II. )
Les Réglemens de l'Académie qui
limitent l'étendue des Mémoires à une
demie- heure de lecture ont obligé l'Au-
teur de renvoyer aux Notes plufieurs au-
tres réfléxions non moins judicieufes.
Nous croyons devoir, pour l'utilité de
nos Lecteurs, tranfcrire la Note 29 toute
entière : elle finit par un avis fage qui
dans ce moment-ci mérite toute leur
attention. » Les Rois d'Egypte firent
» différens canaux dans leurs Etats ; les
Romains employerent leurs Armées à
» en conftruire dans les Pays qu'ils
» avoient fubjugués ; on a établi les
grands Canaux qui traverfent la Chine
& on les entretient aux frais des Sou-
verains de ce vafte Empire. Charle-
magne entreprit de joindre le Rhin &
le Danube. Sous Henri IV , M. de
F vj
4.
132 MERCURE DE FRANCE.
» Sulli commença un Canal pour join
» dre la Loire à la Seine par la rivière
» d'Oing ; il fut achevé par le Cardi-
» nal de Richelieu, M. le Duc d'Orléans
» Frère de Louis XIV. ordonna la
» conftruction de celui d'Orléans juf-
» qu'à Montargis ; l'établiffement de
» celui du Languedoc fut l'effet de la
"3
»
générofité de LOUIS LE GRAND
›
» pendant le Ministère de M. Colbert ;
M. le Régent en fit ouvrir un le
long de la Rivière d'Oing tendant
» de Montargis à Moret. Son objet
» a été d'affurer pendant toute l'année
» la communication de la Seine à la
" Loire
cet Ouvrage fait partie du
» Canal de Briare. Ceux de Bruges
» d'Anvers
33
>
d'Oftende
de Lille &
» tous les Canaux qui éxiftent actuél-
» lement en Flandres font l'Ouvrage
» des Princes Souverains de cette Con-
" trée. Les Etats-Généraux en ont conf-
truit un grand nombre dans l'éten-
» due des Provinces- unies. Tous ces
" faits confacrés par l'hiftoire prouvent
» que l'on n'a jamais eu recours , pour
» fournir à la dépenfe de ces fortes
دو
» d'Ouvrages , à aucune impofition par-
» ticulière fur les Peuples. Ces grands
» établiffemens ont toujours été
regar
JUILLET. 1754.
133
» dés comme des objets fi importans ,
qu'ils n'ont jamais été confiés qu'à
» l'adminiftration publique. On ne pour
» roit peut-être citer aucun exemple ,
» que des Canaux confidérables ayent
» été entièrement conftruits par des Com-
» pagnies particulières ; il en est peu
"
» dont lafortune foit affez grande pour
» répondre des fommes qu'elle pourroit
» puifer dans la confiance publique ; &
» certainement aucune qui voulût facri-
"
fier fes intérêts à celui de la Nation.
» On a vu à la vérité quelquefois des
"
Compagnies fe former pour de gran-
» des entrepriſes ; mais fouvent auffi on
» les a vu , par des économies déplacées
» & mal entendues , par des diffenfions
» ou par la difperfion des fonds faire
» échouer les projets les mieux concertés.
Le Mémoire eft dédié à S. A. S. Mon-
feigneur le Prince de Condé , Gouver-
neur de la Province de Bourgogne . Ceft
un hommage qui étoit du à ce Héros
qui ( pour nous fervir des termes de
'Auteur ) après avoir ceint fonfront de
Lauriers immortels dans les Champs de
Freidberg , eft aujourdhui le Protecteur
éclairé des talens & des Arts utiles qui
ne s'exercent heureuſement que dans le
calmé & la tranquillité publique.
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11192
p. 134
GEOGRAPHIE.
Début :
LE sieur SÉGUIN, Ingénieur-Géographe du Roi, rue du Fauxbourg Saint [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GEOGRAPHIE.
GEOGRAPHIE.
LE sieur SÉGUIN, Ingénieur-Géographe
du Roi, rue du Fauxbourg Saint
Jacques près les Capucins , vient de
mettre en vente la Carte particulière de
la Province de Bourgogne, qu'ila exécu
tée par les ordres de MM. les Etats-Gé-
néraux de ladite Province. Cette Carte
compofée de 15 feuilles de grand Aigle,
eft divifée par Diocèfes , Bailliages &
Subdélégations. Elle eft faite fur la mê
me échelle & dans la même forme que
la Carte Générale de la France. Toutes
les routes de la Province y font tracées
avec un foin particulier. Elle eft enrichie
du Plan Topographique de Dijon &
d'un très-beau Cadre. Les jonctions des
feuilles font fi exactes & la Gravure
en eſt d'un ton fi égal , que toutes les
feuilles raffemblées paroiffent n'en faire
qu'une. En un mot cette Carte eft d'une
perfection qui ne laiffe rien à defirer.
Elle fe vend chez ledit fieur Séguin.
Le prix eft de 48 liv.
LE sieur SÉGUIN, Ingénieur-Géographe
du Roi, rue du Fauxbourg Saint
Jacques près les Capucins , vient de
mettre en vente la Carte particulière de
la Province de Bourgogne, qu'ila exécu
tée par les ordres de MM. les Etats-Gé-
néraux de ladite Province. Cette Carte
compofée de 15 feuilles de grand Aigle,
eft divifée par Diocèfes , Bailliages &
Subdélégations. Elle eft faite fur la mê
me échelle & dans la même forme que
la Carte Générale de la France. Toutes
les routes de la Province y font tracées
avec un foin particulier. Elle eft enrichie
du Plan Topographique de Dijon &
d'un très-beau Cadre. Les jonctions des
feuilles font fi exactes & la Gravure
en eſt d'un ton fi égal , que toutes les
feuilles raffemblées paroiffent n'en faire
qu'une. En un mot cette Carte eft d'une
perfection qui ne laiffe rien à defirer.
Elle fe vend chez ledit fieur Séguin.
Le prix eft de 48 liv.
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11193
p. 135-136
« ON vient de mettre sous les yeux de l'Académie Royale des Sciences le projet [...] »
Début :
ON vient de mettre sous les yeux de l'Académie Royale des Sciences le projet [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « ON vient de mettre sous les yeux de l'Académie Royale des Sciences le projet [...] »
ON vient de mettre sous les yeux de
l'Académie Royale des Sciences le projet
d'une Horloge universelle préfenté
par M. Bertin
Prévôt d'Angicourt ,
ci-devant Profeffeur au Collége de S.
Vaaft en l'Univerfité de Douai. Cette
Horloge eft une eſpéce de Sphère deſti-
née à indiquer l'heure vraie d'un lieu
quelconque de la Tèrre , la hauteur de
pole de ce même lieu , la méridienne ,
la déclinaifon du Soleil , fon afcenfion
droite , l'heure & la minute de fon le-
vcr & de fon coucher , les points de
l'horizon où il fe léve & fe couche ,
la hauteur méridienne de cet Aftre
l'heure & la minute du paffage de la
fection du Bélier , & de tous les points
de l'Ecliptique par le Méridien , le mo-
ment & Fendroit de leur lever & de
leur coucher , l'heure & la minute de la
nuit à l'arrivée des Etoiles au Méridien ,
leur afcenfion droite étant connue , & c,
MM. l'Abbé Nollet & Jeaurat , qui
avoient été nommés pour examiner la.
conftruction de cette machine,en ayant
fait leur rapport , l'Académie a jugé
qu'elle étoit ingénieufe , & que , quoi-
qu'on ne dût pas s'attendre à trouver
dans fes effets la précifion qu'on peut
avoir par le calcul , cependant , fr elle,
136 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'une grandeur fuffifante , exécu-
tée par une bonne main , & maniée
avec adreffe , elle pourroit donner af-
fez de précision pour mériter la curio-
fité des Amateurs , & que fous ce point
de vue elle étoit digne d'être approuvée.
L'approbation de M. Grandjean de
Fouchy eft du 25 Mai 1764.
l'Académie Royale des Sciences le projet
d'une Horloge universelle préfenté
par M. Bertin
Prévôt d'Angicourt ,
ci-devant Profeffeur au Collége de S.
Vaaft en l'Univerfité de Douai. Cette
Horloge eft une eſpéce de Sphère deſti-
née à indiquer l'heure vraie d'un lieu
quelconque de la Tèrre , la hauteur de
pole de ce même lieu , la méridienne ,
la déclinaifon du Soleil , fon afcenfion
droite , l'heure & la minute de fon le-
vcr & de fon coucher , les points de
l'horizon où il fe léve & fe couche ,
la hauteur méridienne de cet Aftre
l'heure & la minute du paffage de la
fection du Bélier , & de tous les points
de l'Ecliptique par le Méridien , le mo-
ment & Fendroit de leur lever & de
leur coucher , l'heure & la minute de la
nuit à l'arrivée des Etoiles au Méridien ,
leur afcenfion droite étant connue , & c,
MM. l'Abbé Nollet & Jeaurat , qui
avoient été nommés pour examiner la.
conftruction de cette machine,en ayant
fait leur rapport , l'Académie a jugé
qu'elle étoit ingénieufe , & que , quoi-
qu'on ne dût pas s'attendre à trouver
dans fes effets la précifion qu'on peut
avoir par le calcul , cependant , fr elle,
136 MERCURE DE FRANCE.
étoit d'une grandeur fuffifante , exécu-
tée par une bonne main , & maniée
avec adreffe , elle pourroit donner af-
fez de précision pour mériter la curio-
fité des Amateurs , & que fous ce point
de vue elle étoit digne d'être approuvée.
L'approbation de M. Grandjean de
Fouchy eft du 25 Mai 1764.
Fermer
11194
p. 136-141
CHIRURGIE. LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Hernies. A Versailles, le 12 Mai 1764.
Début :
J'AI lu avec le plus grand étonnement, Monsieur, l'Article que vous avez inséré [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHIRURGIE. LETTRE à M. DE LA PLACE, sur les Hernies. A Versailles, le 12 Mai 1764.
CHIRURGIE.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
sur les Hernies.
A Versailles, le 12 Mai 1764.
J'AI lu avec le plus grand étonnement,
Monsieur, l'Article que vous avez inséré
dans le Mercure du mois d'Avril der-
nier , fur les guérifons des hernies &
notamment für celle de M. Meujand.
M. Maget , qui s'attribue la découver-
* Elle ne s'eft retrouvée que depuis deux jours
dans le dépôt dû Mercure.
JUILLET. 1764.
137
te de la Méthode qu'il pratique , s'ex-
plique en ces termes.
L'Exemple de M. Meujand , Contro-
leur de Madame la Dauphine à Ver-
Lailles , en eft une preuve : il l'a guéri
d'une Hernie complette à l'âge de foi-
xante - deux ans :
il
eft aujourd'hui
fans bandage & dans la plus grande
fécurité. L'Auteur a pour témoin de
cette grande cure , M. Martin , Maître
en Chirurgie & M. Louftaunau , Chirur
gien des Enfans de France à Versailles.
Je voudrois bien apprendre , Mon-
fieur , à quel titre un Chirurgien peut
être dit avoir été témoin d'une cure.
Il paroît , fuivant M. Maget , qu'il n'en
faut d'autre que celui de pouvoir at-
tefter une guérifon fur des oui -dire &
fur le fimple expofé d'un Malade : ou
du moins il eft certain que c'eft à toute
rigueur , ce qu'il a pû dire de moi
lorfqu'il m'a cité comme témoin dans.
le fait qu'il rapporte. Les affaires dont
l'objet eft auffi effentiel que celui de
conferver la vie des Citoyens , exigent
toute l'attention de ceux qui font char-
gés de ce foin important. Plus fcrupu-
leux que ceux qui hafardent des cer-
tificats , qui quelquefois n'ont d'autre.
but que celui d'obliger un Particulier
138 MERCURÉ DE FRANCE.
au préjudice du bien général ; je crois
qu'aucun Chirurgien ne peut s'avouer
témoin d'une cure , qu'autant qu'il au-
ra vu faire fous fes yeux les opérations
& fuivi le traitement d'une maladie.
N'aurois-je pas les plus grands re
proches à me faire , fi je ne m'em-
preffois à défabufer le Public , en lui .
faifant connoître les dangers d'une opé
ration , dont on lui a fait concevoir de
fi grands avantages.
Vous allez juger , Monfieur , com-
bien on peut compter fur les fuccès que
M. Maget annonce au Public , & quelle
doit être la fécurité des perfonnes qu'il
a traitées.
J'ai été mandé le 25 Avril dernier
pour M. Meujand. Auffi -tôt arrivé chez
lui , il m'a fait voir une tumeur dans
l'aîne gauche , dont le centre occupoit
toute l'étendue de la cicatrice qui ré-
fultoit de l'opération qu'il avoit fubie
cette tumeur étoit confidérable , & fort
enflammée dans toute fa circonféren⚫
ce : le milieu étoit livide & rendoit
une odeur putride. Le centre étoit per-
cé d'une petite ouverture par laquelle
fuintoient des férofités femblables à
celles qu'on remarque dans les cas de
gangrenne des inteftins à la fuite des
JUILLET. 1764.
139
étranglemens. Le gonflement de la ré
gion inguinalle fe prolongeoit tout le
long de la crête de l'os des iles. Le
malade avoit le pouls petit , dur & in-
termittent.
Comme il étoit dans une fituation
qui exigeoit les fecours les plus prompts,
j'ai cherché à m'inftruire le plus brié-
vement qu'il m'a été poffible.
Il m'a
avoué que s'étant confié à M. Maget ,
ce Chirurgien lui avoit fait trois ap-
plications de cauftiques ; qu'il avoit
extrêmement fouffert de l'effet du der-
nier & qu'à la chûte des efcarres , les
matières fécales avoient paru : qu'elles
n'avoient pas eu d'autre cours que ce-
lui de la playe pendant trente-cinq jours:
qu'à ce terme il en avoit paffé une par◄
tie par les voies ordinaires : que depuis
les chofes avoient été de mieux en
mieux , & que le 51. jour , la cicatrice
avoit été entierement terminée.
Les faignées , les remédes que j'ai
mis en ufage , la diéte & la bonne conf
titution du malade ont arrêté en peu
de temps le progrès des accidens. Let
centre de la tumeur a tombé en pour-
riture & les matières fécales s'y font
fait jour.
Les bornes d'une Lettre ne me pers
140 MERCURE DE FRANCE .
mettent point d'entrer dans le détail de
tous les inconvéniens qui peuvent fur-
venir à la fuite de l'opération de M. Ma-
get. Il me fuffit de remplir les vues que
je me fuis propofées, en apprenant au Pu-
blic les dangers qu'a couru M. Meujand ;
& en l'affurant que je n'ai été infor-
mé de fon traitement & de l'apparente
guérifon de fa Hernie , que lorfqu'il a
été de retour à Versailles.
Que M. Maget parcoure nos plus
anciens Auteurs , il y verra qu'on a
tenté avant lui , l'application des cau-
tères actuels & potentiels pour la cure
des Hernies , & que l'infuffifance &
les périls de cette méthode l'ont fait
profcrire par la Chirurgie. Son infuffi-
fance eft prouvée en ce que les mala-
des qui ont été operés , ont fouvent été
forcés de revenir aux bandages , moyen
toujours plus sûr & plus doux. Quant
aux périls , en peut-on de plus grands
que ceux qui mettent un malade dans la
trifte alternative , ou de périr en vingt-
quatre heures , ainfi qu'il fut arrivé à
M. Meujand, fi les matières fécales fe-
fuffent donné iffue dans la capacité
·
du bas ventre ; ou à lui laiffer une
infirmité auffi défagréable que celle de
rendre fes excrémens par une autre
JUILLET. 1764.
741
voie que celle qui eft naturelle. Nous
ne pouvons déterminer le temps qu'il
la gardera
fes jours feront même
plus en fûreté , fi on l'entretient.
J'ai l'honneur d'être , & c.
LOUSTAUNAU, Chirurgien des Enfans
de France.
LETTRE à M. DE LA PLACE,
sur les Hernies.
A Versailles, le 12 Mai 1764.
J'AI lu avec le plus grand étonnement,
Monsieur, l'Article que vous avez inséré
dans le Mercure du mois d'Avril der-
nier , fur les guérifons des hernies &
notamment für celle de M. Meujand.
M. Maget , qui s'attribue la découver-
* Elle ne s'eft retrouvée que depuis deux jours
dans le dépôt dû Mercure.
JUILLET. 1764.
137
te de la Méthode qu'il pratique , s'ex-
plique en ces termes.
L'Exemple de M. Meujand , Contro-
leur de Madame la Dauphine à Ver-
Lailles , en eft une preuve : il l'a guéri
d'une Hernie complette à l'âge de foi-
xante - deux ans :
il
eft aujourd'hui
fans bandage & dans la plus grande
fécurité. L'Auteur a pour témoin de
cette grande cure , M. Martin , Maître
en Chirurgie & M. Louftaunau , Chirur
gien des Enfans de France à Versailles.
Je voudrois bien apprendre , Mon-
fieur , à quel titre un Chirurgien peut
être dit avoir été témoin d'une cure.
Il paroît , fuivant M. Maget , qu'il n'en
faut d'autre que celui de pouvoir at-
tefter une guérifon fur des oui -dire &
fur le fimple expofé d'un Malade : ou
du moins il eft certain que c'eft à toute
rigueur , ce qu'il a pû dire de moi
lorfqu'il m'a cité comme témoin dans.
le fait qu'il rapporte. Les affaires dont
l'objet eft auffi effentiel que celui de
conferver la vie des Citoyens , exigent
toute l'attention de ceux qui font char-
gés de ce foin important. Plus fcrupu-
leux que ceux qui hafardent des cer-
tificats , qui quelquefois n'ont d'autre.
but que celui d'obliger un Particulier
138 MERCURÉ DE FRANCE.
au préjudice du bien général ; je crois
qu'aucun Chirurgien ne peut s'avouer
témoin d'une cure , qu'autant qu'il au-
ra vu faire fous fes yeux les opérations
& fuivi le traitement d'une maladie.
N'aurois-je pas les plus grands re
proches à me faire , fi je ne m'em-
preffois à défabufer le Public , en lui .
faifant connoître les dangers d'une opé
ration , dont on lui a fait concevoir de
fi grands avantages.
Vous allez juger , Monfieur , com-
bien on peut compter fur les fuccès que
M. Maget annonce au Public , & quelle
doit être la fécurité des perfonnes qu'il
a traitées.
J'ai été mandé le 25 Avril dernier
pour M. Meujand. Auffi -tôt arrivé chez
lui , il m'a fait voir une tumeur dans
l'aîne gauche , dont le centre occupoit
toute l'étendue de la cicatrice qui ré-
fultoit de l'opération qu'il avoit fubie
cette tumeur étoit confidérable , & fort
enflammée dans toute fa circonféren⚫
ce : le milieu étoit livide & rendoit
une odeur putride. Le centre étoit per-
cé d'une petite ouverture par laquelle
fuintoient des férofités femblables à
celles qu'on remarque dans les cas de
gangrenne des inteftins à la fuite des
JUILLET. 1764.
139
étranglemens. Le gonflement de la ré
gion inguinalle fe prolongeoit tout le
long de la crête de l'os des iles. Le
malade avoit le pouls petit , dur & in-
termittent.
Comme il étoit dans une fituation
qui exigeoit les fecours les plus prompts,
j'ai cherché à m'inftruire le plus brié-
vement qu'il m'a été poffible.
Il m'a
avoué que s'étant confié à M. Maget ,
ce Chirurgien lui avoit fait trois ap-
plications de cauftiques ; qu'il avoit
extrêmement fouffert de l'effet du der-
nier & qu'à la chûte des efcarres , les
matières fécales avoient paru : qu'elles
n'avoient pas eu d'autre cours que ce-
lui de la playe pendant trente-cinq jours:
qu'à ce terme il en avoit paffé une par◄
tie par les voies ordinaires : que depuis
les chofes avoient été de mieux en
mieux , & que le 51. jour , la cicatrice
avoit été entierement terminée.
Les faignées , les remédes que j'ai
mis en ufage , la diéte & la bonne conf
titution du malade ont arrêté en peu
de temps le progrès des accidens. Let
centre de la tumeur a tombé en pour-
riture & les matières fécales s'y font
fait jour.
Les bornes d'une Lettre ne me pers
140 MERCURE DE FRANCE .
mettent point d'entrer dans le détail de
tous les inconvéniens qui peuvent fur-
venir à la fuite de l'opération de M. Ma-
get. Il me fuffit de remplir les vues que
je me fuis propofées, en apprenant au Pu-
blic les dangers qu'a couru M. Meujand ;
& en l'affurant que je n'ai été infor-
mé de fon traitement & de l'apparente
guérifon de fa Hernie , que lorfqu'il a
été de retour à Versailles.
Que M. Maget parcoure nos plus
anciens Auteurs , il y verra qu'on a
tenté avant lui , l'application des cau-
tères actuels & potentiels pour la cure
des Hernies , & que l'infuffifance &
les périls de cette méthode l'ont fait
profcrire par la Chirurgie. Son infuffi-
fance eft prouvée en ce que les mala-
des qui ont été operés , ont fouvent été
forcés de revenir aux bandages , moyen
toujours plus sûr & plus doux. Quant
aux périls , en peut-on de plus grands
que ceux qui mettent un malade dans la
trifte alternative , ou de périr en vingt-
quatre heures , ainfi qu'il fut arrivé à
M. Meujand, fi les matières fécales fe-
fuffent donné iffue dans la capacité
·
du bas ventre ; ou à lui laiffer une
infirmité auffi défagréable que celle de
rendre fes excrémens par une autre
JUILLET. 1764.
741
voie que celle qui eft naturelle. Nous
ne pouvons déterminer le temps qu'il
la gardera
fes jours feront même
plus en fûreté , fi on l'entretient.
J'ai l'honneur d'être , & c.
LOUSTAUNAU, Chirurgien des Enfans
de France.
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11195
p. 141-142
OPÉRATION DE LA TAILLE. EXTRAIT de la Feuille des Affiches & Annonces de Normandie, du 15 Juin 1764.
Début :
DANS la Feuille du 30 Juillet 1762, nous avons rappellé une Feuille imprimée [...]
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texteReconnaissance textuelle : OPÉRATION DE LA TAILLE. EXTRAIT de la Feuille des Affiches & Annonces de Normandie, du 15 Juin 1764.
OPÉRATION DE LA TAILLE.
EXTRAIT de la Feuille des Affiches &
Annonces de Normandie, du 15
Juin 1764.
DANS la Feuille du 30 Juillet 1762,
nous avons rappellé une Feuille imprimée
en 1738 par ordre de M. de Pont-
Carré , fur les fuccès de la Taille laté-
rale , pratiquée par M. le Cat , qui de
fept Printems qu'il avoit taillé dans cette
Province , en avoit eu cinq dans lesquels
il ne lui étoit mort aucun Sujet. Conti-
nuant enfuite de rendre compte au Pu-
blic des Tailles faites par cette Méthode,
nous lui apprenions qu'en 1746, 48, 50,
53 , 57 , 59 , 60 , 61 & 62 , il n'étoit
mort aucun de ceux qui ont été opérés
à l'Hôtel-Dieu par M.le Cat , & fans un
Sujet qui fur neuf y mourut du Quar-
142 MERCURE DE FRANCE.
reau en 1758 , trois mois après l'opé-
sarion , il y auroit en 1762 fix années
confécutives ( fans compter les quatre
années antérieures à 1757 , & les cinq
années en 1738 , ) dans lefquelles tous
ceux qu'il a taillés à cet Hôpital feroient
guéris. Nous pouvons joindre aujour-
d'hui à ces fix années confécutives le
fuccès pareillement uniforme du Prin-
tems de 1763 , annoncé dans la Feuille
du 29 Juillet , & celui de cette année
1764 , dont tous les Sujets font déja
guéris , quoique l'un d'eux eût quatre
pierres , un autre deux pierres , dont la
feconde étoit enkiſtée , & firent enfem-
ble un travail de vingt-deux minutes. Il
eft bon d'observer que les opérations de
ces huit années , fi conftamment heu-
reufes , ont été faites avec l'inftrument
de l'invention de M. le Cat , qu'il ap-
pelle fon Gorgeret Ciftitome.
Nota. Nous venons d'apprendre que
M. Dumont , fils , Lithotomifte à Bru-
xelles , qui taille par la méthode & avec,
les inftrumens de M. le Cat, a eu ce Prin
temps un fuccès tout pareil à celui de
Jon Maître en Lithotomie.
EXTRAIT de la Feuille des Affiches &
Annonces de Normandie, du 15
Juin 1764.
DANS la Feuille du 30 Juillet 1762,
nous avons rappellé une Feuille imprimée
en 1738 par ordre de M. de Pont-
Carré , fur les fuccès de la Taille laté-
rale , pratiquée par M. le Cat , qui de
fept Printems qu'il avoit taillé dans cette
Province , en avoit eu cinq dans lesquels
il ne lui étoit mort aucun Sujet. Conti-
nuant enfuite de rendre compte au Pu-
blic des Tailles faites par cette Méthode,
nous lui apprenions qu'en 1746, 48, 50,
53 , 57 , 59 , 60 , 61 & 62 , il n'étoit
mort aucun de ceux qui ont été opérés
à l'Hôtel-Dieu par M.le Cat , & fans un
Sujet qui fur neuf y mourut du Quar-
142 MERCURE DE FRANCE.
reau en 1758 , trois mois après l'opé-
sarion , il y auroit en 1762 fix années
confécutives ( fans compter les quatre
années antérieures à 1757 , & les cinq
années en 1738 , ) dans lefquelles tous
ceux qu'il a taillés à cet Hôpital feroient
guéris. Nous pouvons joindre aujour-
d'hui à ces fix années confécutives le
fuccès pareillement uniforme du Prin-
tems de 1763 , annoncé dans la Feuille
du 29 Juillet , & celui de cette année
1764 , dont tous les Sujets font déja
guéris , quoique l'un d'eux eût quatre
pierres , un autre deux pierres , dont la
feconde étoit enkiſtée , & firent enfem-
ble un travail de vingt-deux minutes. Il
eft bon d'observer que les opérations de
ces huit années , fi conftamment heu-
reufes , ont été faites avec l'inftrument
de l'invention de M. le Cat , qu'il ap-
pelle fon Gorgeret Ciftitome.
Nota. Nous venons d'apprendre que
M. Dumont , fils , Lithotomifte à Bru-
xelles , qui taille par la méthode & avec,
les inftrumens de M. le Cat, a eu ce Prin
temps un fuccès tout pareil à celui de
Jon Maître en Lithotomie.
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11196
p. 142-144
DÉCOUVERTE NOUVELLE.
Début :
NOUS nous hâtons d'annoncer une découverte qui tend à la gloire de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : DÉCOUVERTE NOUVELLE.
DÉCOUVERTE NOUVELLE.
NOUS nous hâtons d'annoncer une
découverte qui tend à la gloire de la
JUILLET. 1764:
$43
Nation , à l'utilité publique , & qui
fait d'autant plus d'honneur à l'Inven-
teur , qu'on ne s'attend pas d'en voir
produire de pareilles par un homme de
fon rang. M. le Comte de Lauraguais,
qui fait honorer fa naiffance en culti-
vant les Lettres & les Arts , s'eft depuis
plufieurs années appliqué particuliére-
ment à la Chymie. Il a fait dans cette
Science les progrès les plus rapides , &
bien différens du commun des Chy-
miftes qui ne s'occupent que d'objets
de curiofité , il a voulu rendre fes tra-
vaux utiles à fa patrie , & a recherché
la véritable Porcelaine de la Chine. Il
n'a épargné ni foin , ni veilles , ni étude,
& après avoir dépensé un argent immen-
fe , il eft parvenu à trouver la vérita-
ble pâte de cette Porcelaine & fa cou-
verte. Il n'eft pas de notre fiécle de voir
un fimple Particulier entreprendre une
découverte utile dont la Nation en corps
auroit dû s'occuper.
Il dépofa le 30 du mois de Juin à
"l'Académie des Sciences , dont il eſt
Membre , plufieurs morceaux de Por-
celaine de différentes efpéces , qui fu-
rent comparées avec des échantillons de
Porcelaine du Japon. Il doit faire des
expériences à l'Académie même , & on
ne doute pas du fuccès,
144 MERCURE DE FRANCE .
Il eft intéreffant pour la France que
cet Art , le premier qui y ait été déco u-
vert , foit protégé & mis en vigueur.
NOUS nous hâtons d'annoncer une
découverte qui tend à la gloire de la
JUILLET. 1764:
$43
Nation , à l'utilité publique , & qui
fait d'autant plus d'honneur à l'Inven-
teur , qu'on ne s'attend pas d'en voir
produire de pareilles par un homme de
fon rang. M. le Comte de Lauraguais,
qui fait honorer fa naiffance en culti-
vant les Lettres & les Arts , s'eft depuis
plufieurs années appliqué particuliére-
ment à la Chymie. Il a fait dans cette
Science les progrès les plus rapides , &
bien différens du commun des Chy-
miftes qui ne s'occupent que d'objets
de curiofité , il a voulu rendre fes tra-
vaux utiles à fa patrie , & a recherché
la véritable Porcelaine de la Chine. Il
n'a épargné ni foin , ni veilles , ni étude,
& après avoir dépensé un argent immen-
fe , il eft parvenu à trouver la vérita-
ble pâte de cette Porcelaine & fa cou-
verte. Il n'eft pas de notre fiécle de voir
un fimple Particulier entreprendre une
découverte utile dont la Nation en corps
auroit dû s'occuper.
Il dépofa le 30 du mois de Juin à
"l'Académie des Sciences , dont il eſt
Membre , plufieurs morceaux de Por-
celaine de différentes efpéces , qui fu-
rent comparées avec des échantillons de
Porcelaine du Japon. Il doit faire des
expériences à l'Académie même , & on
ne doute pas du fuccès,
144 MERCURE DE FRANCE .
Il eft intéreffant pour la France que
cet Art , le premier qui y ait été déco u-
vert , foit protégé & mis en vigueur.
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11197
p. 144-145
MUSIQUE.
Début :
SONATE à Violon seul avec la Basse, par M. Papavoine, prix 1 liv. 16 sols, [...]
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texteReconnaissance textuelle : MUSIQUE.
MUSIQUE.
SONATE à Violon seul avec la Basse,
par M. Papavoine, prix 1 liv. 16 sols,
à Paris , chez l'Auteur feulement , rue
Mauconfeil , la quatriéme porte Cochère
après la rue Françoife, Avec Privilége
du Roi.
L'Amour conftant , Romance nou-
velle , avec Symphonie , par M. le Che-
valier d'Herbain , chantée fur le Théâ
I
tre de la Comédie Italienne , Prix 1 li-
vre 4 fols , aux adreffes ordinaires de
Mufique.
Sur ce qu'on a fait entendre au fieur
Giannotti , Auteur de la Méthode qui
abrége toutes les régles en ufage ,
pour apprendre l'accompagnement du
Clavecin , & dont la pratique éxige
tout au plus deux mois d'exercice , pour
parvenir à accompagner fon Maître
toutes
JUILLET. 1764.
145
toutes fortes de Mufique à livre ouvert
&c ; que le terme fixé au premier
d'Août prochain , pour recevoir les
foufcriptions dudit Ouvrage , étoit trop
court , vu qu'il falloit du temps pour
que les Provinces éloignées , & furtout
les Païs étrangers en euffent connoiffan-
ce ; le fieur Giannotti donne avis au
Public , que lesdites ſouſcriptions feront
reçues jufqu'au 31 Décembre 1764 , &
les exemplaires délivrés le premier Jan-
vier 1765.
Si les Perfonnes qui ont déjà fouferit ,
s'impatientoient de ce retard , elles feront
libres de retirer leur argent de chez M.
le Clerc , Marchand de Mufique , rue
Saint Honoré , près la rue des Prouvaires,
à l'Image Sainte Cécile .
On réitère ici l'avis déja inféré dans
le Mercure du mois de Juin dernier , &
dans les autres Journaux , qu'on ne
pourra fe procurer cet ouvrage , que par
la voie de la foufcription , attendu que
les planches feront caffées auffi-tôt qu'on
en aura tiré le nombre de 200 exemplai-
res , à quoi font fixées ces mêmes fou-
fcriptions.
SONATE à Violon seul avec la Basse,
par M. Papavoine, prix 1 liv. 16 sols,
à Paris , chez l'Auteur feulement , rue
Mauconfeil , la quatriéme porte Cochère
après la rue Françoife, Avec Privilége
du Roi.
L'Amour conftant , Romance nou-
velle , avec Symphonie , par M. le Che-
valier d'Herbain , chantée fur le Théâ
I
tre de la Comédie Italienne , Prix 1 li-
vre 4 fols , aux adreffes ordinaires de
Mufique.
Sur ce qu'on a fait entendre au fieur
Giannotti , Auteur de la Méthode qui
abrége toutes les régles en ufage ,
pour apprendre l'accompagnement du
Clavecin , & dont la pratique éxige
tout au plus deux mois d'exercice , pour
parvenir à accompagner fon Maître
toutes
JUILLET. 1764.
145
toutes fortes de Mufique à livre ouvert
&c ; que le terme fixé au premier
d'Août prochain , pour recevoir les
foufcriptions dudit Ouvrage , étoit trop
court , vu qu'il falloit du temps pour
que les Provinces éloignées , & furtout
les Païs étrangers en euffent connoiffan-
ce ; le fieur Giannotti donne avis au
Public , que lesdites ſouſcriptions feront
reçues jufqu'au 31 Décembre 1764 , &
les exemplaires délivrés le premier Jan-
vier 1765.
Si les Perfonnes qui ont déjà fouferit ,
s'impatientoient de ce retard , elles feront
libres de retirer leur argent de chez M.
le Clerc , Marchand de Mufique , rue
Saint Honoré , près la rue des Prouvaires,
à l'Image Sainte Cécile .
On réitère ici l'avis déja inféré dans
le Mercure du mois de Juin dernier , &
dans les autres Journaux , qu'on ne
pourra fe procurer cet ouvrage , que par
la voie de la foufcription , attendu que
les planches feront caffées auffi-tôt qu'on
en aura tiré le nombre de 200 exemplai-
res , à quoi font fixées ces mêmes fou-
fcriptions.
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11198
p. 146-147
GRAVURE.
Début :
LE sieur OUVRIER vient de mettre au jour une Estampe, qui a pour titre les [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
LE sieur OUVRIER vient de mettre au
jour une Estampe, qui a pour titre les
Nymphes au bain , gravée d'après le
Deffein de M. Boucher, Peintre du Roi,
tirée du cabinet de M. de la Haye , Fer-
mier Général. Cette Eftampe eft de
même grandeur que les Grâces au bain,
du même Auteur , gravée par William
Winne Riland , & l'on ne pouvoit y
donner un plus joli pendant.
Le fieur GAILLARD , Graveur , vient
de faire paroître une Eftampe d'après
M. Boucher Le Sujet en eft très-agréa-
ble. Elle a pour titre , les Bacchantes
endormies. Il efpére que les Amateurs
n'en feront pas moins fatisfaits que des
précédentes . Cette Eftampe a 8 pouces
de hauteur fur treize de largeur. Le
Prix eft de quatre livres.
un Perruquier & une Lingère..
>
Elle fe vend chez l'Auteur rue Saint
Jacques , au-deffus des Jacobins , entre
Le Sr MECHEL , Graveur Alle-
"
mand , vient de mettre en vente une
JUILLET. 1764.
147
Eftampe de fa façon , intitulée l'Amour
menaçant , d'après le Tabeau charmant
de M. Carle Vanloo , tiré du cabinet
de M. le Duc de Praflin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat des Affaires étrangères.
Cet Artiſte , déjà connu par diffé-
rens Ouvrages eftimés
s'eft furpaffé
dans celui-ci au point de retracer aux
yeux des Amateurs tout le moëlleux ,
la fineffe & le gracieux du Tableau
original.
A Paris , chez l'Auteur , rue S. Ho-
noré
,
vis - à - vis
celle de l'Echelle
chez M. le Noir , Notaire ; & chez
le Sr Buldel , Marchand d'Eftampes ,
rue de Gefvres , au Coeur.
LE sieur OUVRIER vient de mettre au
jour une Estampe, qui a pour titre les
Nymphes au bain , gravée d'après le
Deffein de M. Boucher, Peintre du Roi,
tirée du cabinet de M. de la Haye , Fer-
mier Général. Cette Eftampe eft de
même grandeur que les Grâces au bain,
du même Auteur , gravée par William
Winne Riland , & l'on ne pouvoit y
donner un plus joli pendant.
Le fieur GAILLARD , Graveur , vient
de faire paroître une Eftampe d'après
M. Boucher Le Sujet en eft très-agréa-
ble. Elle a pour titre , les Bacchantes
endormies. Il efpére que les Amateurs
n'en feront pas moins fatisfaits que des
précédentes . Cette Eftampe a 8 pouces
de hauteur fur treize de largeur. Le
Prix eft de quatre livres.
un Perruquier & une Lingère..
>
Elle fe vend chez l'Auteur rue Saint
Jacques , au-deffus des Jacobins , entre
Le Sr MECHEL , Graveur Alle-
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mand , vient de mettre en vente une
JUILLET. 1764.
147
Eftampe de fa façon , intitulée l'Amour
menaçant , d'après le Tabeau charmant
de M. Carle Vanloo , tiré du cabinet
de M. le Duc de Praflin , Miniftre &
Secrétaire d'Etat des Affaires étrangères.
Cet Artiſte , déjà connu par diffé-
rens Ouvrages eftimés
s'eft furpaffé
dans celui-ci au point de retracer aux
yeux des Amateurs tout le moëlleux ,
la fineffe & le gracieux du Tableau
original.
A Paris , chez l'Auteur , rue S. Ho-
noré
,
vis - à - vis
celle de l'Echelle
chez M. le Noir , Notaire ; & chez
le Sr Buldel , Marchand d'Eftampes ,
rue de Gefvres , au Coeur.
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11199
p. 147-148
OPERA.
Début :
L'ACADÉMIE Royale de Musique continue les réprésentations des Talens Lyriques. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA.
OPERA.
L'ACADÉMIE Royale de Musique
continue les réprésentations des Talens
Lyriques. Mlle GUIMART , en l'abfen-
ce de Mlle LANI a rempli le rôle d'E-
glé au troifiéme Acte avec beaucoup
d'agrémens , & elle y eft applaudie.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
On fe prépare à remettre au Théâ-
tie 'Naïs , Poëme de feu M. de CAHU-
ZAC , Mufique de M. RAMEAU.
L'ACADÉMIE Royale de Musique
continue les réprésentations des Talens
Lyriques. Mlle GUIMART , en l'abfen-
ce de Mlle LANI a rempli le rôle d'E-
glé au troifiéme Acte avec beaucoup
d'agrémens , & elle y eft applaudie.
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
On fe prépare à remettre au Théâ-
tie 'Naïs , Poëme de feu M. de CAHU-
ZAC , Mufique de M. RAMEAU.
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11200
p. 148-149
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
M. DU TILLEUL a continué son début par le rôle d'Orgon dans le Tartuffe, [...]
Mots clefs :
Théâtre, Rôle, Orgon, M. du Tilleul, Le Tartuffe, Triumvirs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
M. DU TILLEUL a continué son
début par le rôle d'Orgon dans le Tartuffe,
de Serfort dans le Chevalier à la
mode , de Lucas dans l'Esprit de con-
tradiction , de Géronte dans le Philofo-
phe marié , &c. Il a eu dans le rôle
d'Orgon des applaudiffemens affez mé-
rités. En général , ce début ne paroît
pas devoir faire paffer fur le Théâtre
de la Capitale un Sujet , qui n'eft
pas à beaucoup près fans talens , mais.
qui feroit dans un jour plus favorable
fur des Théâtres où l'on n'aura pas vu
d'aufli excellens modéles que fur ce-
lui- ci. Tel nous a femble être le juge-
ment du Public à cet égard.
Le Jeudi 5 du préfent mois , on a
donné les Triumvirs , Tragédie nou-
velle d'un Anonyme , qui a été retirée
après cette première repréfentation . Il
y avoit une décoration de M. BRU
NETTI d'un fort bel effet , & dont la
perspective eft très-bien entendue . Elle
reprefente fur le devant du Théâtre des
JUILLET. 1764.
149
rochers , un bras de mer, & au-delà une
Ville dont les édifices portent tout le
caraâère du bel antique. On a remar-
qué que dans cette repréfenration on
avoit à-peu-près prévenu l'idée conte-
nue dans la Lettre à MM. les Comé-
diens François , inférée dans notre pré-
cédent volume. A l'ouverture de la
Scène , l'Orchestre a exécuté une fym-
phonie qui peignoit la tempête repré-
fentée par le foulévement des flots.
La Lettre dont nous venons de par-
ler, ayant apparemment donné lieu aux
réfléxions de quelques Amateurs du
Théâtre François , nous en a déja pro-
curé une autre fur le même Sujet.
M. DU TILLEUL a continué son
début par le rôle d'Orgon dans le Tartuffe,
de Serfort dans le Chevalier à la
mode , de Lucas dans l'Esprit de con-
tradiction , de Géronte dans le Philofo-
phe marié , &c. Il a eu dans le rôle
d'Orgon des applaudiffemens affez mé-
rités. En général , ce début ne paroît
pas devoir faire paffer fur le Théâtre
de la Capitale un Sujet , qui n'eft
pas à beaucoup près fans talens , mais.
qui feroit dans un jour plus favorable
fur des Théâtres où l'on n'aura pas vu
d'aufli excellens modéles que fur ce-
lui- ci. Tel nous a femble être le juge-
ment du Public à cet égard.
Le Jeudi 5 du préfent mois , on a
donné les Triumvirs , Tragédie nou-
velle d'un Anonyme , qui a été retirée
après cette première repréfentation . Il
y avoit une décoration de M. BRU
NETTI d'un fort bel effet , & dont la
perspective eft très-bien entendue . Elle
reprefente fur le devant du Théâtre des
JUILLET. 1764.
149
rochers , un bras de mer, & au-delà une
Ville dont les édifices portent tout le
caraâère du bel antique. On a remar-
qué que dans cette repréfenration on
avoit à-peu-près prévenu l'idée conte-
nue dans la Lettre à MM. les Comé-
diens François , inférée dans notre pré-
cédent volume. A l'ouverture de la
Scène , l'Orchestre a exécuté une fym-
phonie qui peignoit la tempête repré-
fentée par le foulévement des flots.
La Lettre dont nous venons de par-
ler, ayant apparemment donné lieu aux
réfléxions de quelques Amateurs du
Théâtre François , nous en a déja pro-
curé une autre fur le même Sujet.
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