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1351
p. 1174-1176
Extraits des Memoires lûs à l'Académie des Sciences par Mrs de Jussieu & Geauffroy le cadet, [titre d'après la table]
Début :
Dans la derniere Assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, M. de [...]
Mots clefs :
Académie royale des sciences, Viande, Botanique
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texteReconnaissance textuelle : Extraits des Memoires lûs à l'Académie des Sciences par Mrs de Jussieu & Geauffroy le cadet, [titre d'après la table]
Dans la derniere Affemblée publique
de l'Académie Royale des Sciences, M. de
Juffieu lut un Memoire dans lequel il fit
voir les avantages que l'on peut tirer d'un
commerce litteraire avec les perſonnes
qui s'appliquent à la Botanique dans les
païs Etrangers : Avantages qu'il ne fit pas
confifter feulement dans la connoiffance
des Plantes propres à orner nos Jardins ,
& à augmenter de quelque nouvel aliment
le ſervice de nos tables , mais à enrichir
la Médecine de quelqu'un de ces
remedes qu'on appelle fpécifiques , & à
nous apprendre par la comparaifon de
beaucoup de ces Plantes étrangeres avec
les nôtres , & par le rapport qu'elles ont
avec celles de Continent , les Vertus des
Plantes qui font communes , & qui ſont
fouvent regardées comme inutiles , parce
qu'on en ignoroit les ufages .
Pour cela M. de Juffien fit part au public
de cinq differentes Relations qu'il
I. Vol.
reçut
JUIN. 1730. 1175
reçut l'année paffée de divers endroits des
Indes Orientales , tels que de l'Ile de
Bourbon , de Pontichery , de Mahé & de
la côte de Bengale . Dans chacune de ces
Relations il y a quelque chofe d'interef
fant à ce fujet.
M. Geoffroy le cadet , lût un Mémoire
qui avoit pour titre Examen Chymique
des Viandes qu'on employe ordinairement
dans les Bouillons , par lequel on peut connoître
la quantité d'Extrait qu'elles fournif
fent , & détermine ce que chaque Bouillon
doit contenir de fuc nourriffant.
Après avoir fait le détail de ce que ces
Viandes diftillées crues contiennent de
principes , il fit voir ce que les Extraits
tirez de ces viandes par l'évaporation des
Bouillons , fourniffent de ces principes ,
& la diverfité de ces mêmes principes tant
dans les differentes Viandes , que dans
leurs os , le bois de Cerf , l'Yvoire , & c.
Il finit fon Mémoire par une récapitulation
exacte du poids des Extraits des dif
ferentes Viandes , afin de prouver, contre
l'opinion commune , qu'un malade auquel
on donne par jour cinq ou fix boiiilfons
, faits fuivant l'ufage , avec la tranche
de Boeuf , la Rouëlle de Veau & un
demi Chapon , reçoit autant de nourri
ture de cet aliment liquide en vingt- qua
I. Vol. tic
1176 MERCURE DE FRANCE .
tre heures , que lui en fourniroit en fanté
l'ufage des alimens folides ordinaires .
M. Geoffroy a joint à ce Mémoire une
table divifée , dont chaque article contient
les differens produits des Analifes
qu'il a faites de la Chair de Boeuf , de fes
Ôs ; de celle du Veau , de fon Coeur & de
fon Foye ; de l'Agneau , du Mouton , du
Poulet , du Cocq , du Chapon ,du Pigeon ,
du Faiſan , de la Perdrix , du Poulet d'Inde
, du bois de Cerf, de l'Yvoire , des Viperes
, du Brochet , de la Carpe , de la Tanche
, de la Tortuë , des Ecreviffes , des
Grenouilles , des Moules , & c.
de l'Académie Royale des Sciences, M. de
Juffieu lut un Memoire dans lequel il fit
voir les avantages que l'on peut tirer d'un
commerce litteraire avec les perſonnes
qui s'appliquent à la Botanique dans les
païs Etrangers : Avantages qu'il ne fit pas
confifter feulement dans la connoiffance
des Plantes propres à orner nos Jardins ,
& à augmenter de quelque nouvel aliment
le ſervice de nos tables , mais à enrichir
la Médecine de quelqu'un de ces
remedes qu'on appelle fpécifiques , & à
nous apprendre par la comparaifon de
beaucoup de ces Plantes étrangeres avec
les nôtres , & par le rapport qu'elles ont
avec celles de Continent , les Vertus des
Plantes qui font communes , & qui ſont
fouvent regardées comme inutiles , parce
qu'on en ignoroit les ufages .
Pour cela M. de Juffien fit part au public
de cinq differentes Relations qu'il
I. Vol.
reçut
JUIN. 1730. 1175
reçut l'année paffée de divers endroits des
Indes Orientales , tels que de l'Ile de
Bourbon , de Pontichery , de Mahé & de
la côte de Bengale . Dans chacune de ces
Relations il y a quelque chofe d'interef
fant à ce fujet.
M. Geoffroy le cadet , lût un Mémoire
qui avoit pour titre Examen Chymique
des Viandes qu'on employe ordinairement
dans les Bouillons , par lequel on peut connoître
la quantité d'Extrait qu'elles fournif
fent , & détermine ce que chaque Bouillon
doit contenir de fuc nourriffant.
Après avoir fait le détail de ce que ces
Viandes diftillées crues contiennent de
principes , il fit voir ce que les Extraits
tirez de ces viandes par l'évaporation des
Bouillons , fourniffent de ces principes ,
& la diverfité de ces mêmes principes tant
dans les differentes Viandes , que dans
leurs os , le bois de Cerf , l'Yvoire , & c.
Il finit fon Mémoire par une récapitulation
exacte du poids des Extraits des dif
ferentes Viandes , afin de prouver, contre
l'opinion commune , qu'un malade auquel
on donne par jour cinq ou fix boiiilfons
, faits fuivant l'ufage , avec la tranche
de Boeuf , la Rouëlle de Veau & un
demi Chapon , reçoit autant de nourri
ture de cet aliment liquide en vingt- qua
I. Vol. tic
1176 MERCURE DE FRANCE .
tre heures , que lui en fourniroit en fanté
l'ufage des alimens folides ordinaires .
M. Geoffroy a joint à ce Mémoire une
table divifée , dont chaque article contient
les differens produits des Analifes
qu'il a faites de la Chair de Boeuf , de fes
Ôs ; de celle du Veau , de fon Coeur & de
fon Foye ; de l'Agneau , du Mouton , du
Poulet , du Cocq , du Chapon ,du Pigeon ,
du Faiſan , de la Perdrix , du Poulet d'Inde
, du bois de Cerf, de l'Yvoire , des Viperes
, du Brochet , de la Carpe , de la Tanche
, de la Tortuë , des Ecreviffes , des
Grenouilles , des Moules , & c.
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Résumé : Extraits des Memoires lûs à l'Académie des Sciences par Mrs de Jussieu & Geauffroy le cadet, [titre d'après la table]
Lors de la dernière assemblée publique de l'Académie Royale des Sciences, M. de Juffieu présenta un mémoire sur les avantages d'un commerce littéraire avec les botanistes étrangers. Il souligna les bénéfices pour l'ornement des jardins, l'enrichissement des tables, l'amélioration de la médecine grâce à des remèdes spécifiques et la découverte des vertus des plantes communes. Il partagea cinq relations reçues des Indes Orientales, incluant l'île de Bourbon, Pondichéry, Mahé et la côte de Bengale, contenant des informations sur les plantes. Par ailleurs, M. Geoffroy le cadet lut un mémoire intitulé 'Examen Chimique des Viandes qu'on emploie ordinairement dans les Bouillons'. Il y détailla la quantité d'extrait fourni par les viandes et la composition nutritive des bouillons. Geoffroy analysa les principes contenus dans les viandes distillées crues et les extraits obtenus par évaporation des bouillons, comparant différentes viandes, os, bois de cerf et ivoire. Il conclut que cinq ou six bouillons par jour, préparés avec de la tranche de bœuf, de la rouelle de veau et un demi-chapon, fournissent autant de nourriture liquide en vingt-quatre heures que des aliments solides ordinaires. Geoffroy joignit une table listant les produits des analyses effectuées sur diverses viandes, poissons et autres animaux.
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1352
p. 1176-1178
These de M. Falconet, sur l'Extraction de la Pierre, [titre d'après la table]
Début :
Le Jeudi 11. May 1730. on soûtint à Paris, dans les Ecoles de Médecine, une [...]
Mots clefs :
Écoles de médecine, Chirurgie, Soutenance de thèse, Pierre
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texteReconnaissance textuelle : These de M. Falconet, sur l'Extraction de la Pierre, [titre d'après la table]
Le Jeudi 11. May 1730. on foûtint à
Paris , dans les Ecoles de Médecine , une
Theſe de Chirurgie , pour autorifer une
nouvelle maniere d'ôter la Pierre de la
Veffie ; on donne à cette nouvelle méthode
de tailler , le nom d'Appareil Lateral
. Dans la premiere pofition de cette
Théfe , on explique la nature & la naiffance
des Pierres dans le corps humain .
Dans la feconde , on donne une fçavante
Deſcription Anatomique des parties expofées
à l'opération de la taille . (a) Mon-
(a ) M. Falconet Docteur Regent de la Faculté
de Médecine de Paris , Médecin confulsant
du Roy , eft fils de M. Falconet dont il eft
I. Vol. fieur
JUIN. 1730. 1177
fieur Falconet,dont l'érudition eft connue
de tous les Gens de Lettres, eft l'Auteur
de cette Theſe. Il y fait remarquer que
Celle dit , que la Veffie eft plus inclinée
du côté gauche que du droit ; il rapporte
les raifons de cette fituation , qu'il confirme
par plufieurs obfervations ; aucun
Anatomifte avant M. Falconet n'avoit
fait attention à cette fituation de la Vef
fie , quoique cela foit d'une grande con
féquence pour laTaille.Dans la troifiéme,
il décrit avec une grande erudition toutes
les differentes manieres de tailler, qui
ont été mifes en ufage dans tous les tems.
Dans la quatrième , il donne la maniere
d'exécuter furement l'Appareil Lateral ,
qu'il recommande ; & il remonte à toutes
les fources , pour trouver l'origine de
cette méthode , qu'il dit n'être aujour
d'hui que renouvellée ; il la fait voir dans
la méthode de Celfe (a ) , qui coupoit la
parlé dans les fameufes Lettres de Guy Patin
chez qui il étoit en penfion , lorfqu'il commençoit
à étudier la Médecine. On vit avec plaifir ce
venerable & refpectable Medecin affifter à une
partie de cet Acte , auquel M. fon fils préfidoit.
( a ) Celfe , Médecin Latin , vivoit dans le premier
fiecle, fous l'Empire de Tibere; il étoit Philofophe
de la Secte dAfclepiade , & eft loué par
Quintilien; il a écrit de la Rhétorique , de l'Art
Militaire, & huit Livres de Médecine que non's
avons encore,& que Jofeph Scaliger avoit eu def
I. Vol.
F tera
1178 MERCURE DEFRANCE ,
teralement fur la Pierre le Sphincter de
la Veffie , & une partie de la Veffie même;
fur tout , depuis que André de la
Croix , Medecin de Venife , & plufieurs
autres fe furent avifez d'introduire une
Sonde dans la Veffie , au lieu où l'on fai
foit defcendre la Pierre , pour couper
deffus.Ce que M.Falconet montre comme
une image de l'Appareil Lateral ; enfin il
rapporte comment cette méthode ayant
été introduite en France par un Hermite,
nommé Frere Jacques , M. Raw , Profeffeur
en Médecine , perfectionna cette
operation , & l'exerça lui - même en Hollande
avec un fuccès fi grand , que ce
fçavant Anatomifte, plufieurs années avant
fa mort , avoit guéri quinze cens taillez
lateralement. Dans la derniere pofition
M. Falconet compare les avantages & les
défavantages de toutes les méthodes , & il
conclut pour l'Appareil Lateral. Cette
queftion fut fçavamment agitée le jour de
la difpute ; on répondit pleinement à tou
tes les objections , & on foutînt avec force
les avantages de l'Appareil Lateral fus
toutes les autres méthodes de tailler.
fein de donner de nouveau au public, comme Voffius
le remarque; mais depuis Jean Antoine Vanderlinden
publia en 1657. les huit Livres de Cormelius
Celfus à Léïden.
Paris , dans les Ecoles de Médecine , une
Theſe de Chirurgie , pour autorifer une
nouvelle maniere d'ôter la Pierre de la
Veffie ; on donne à cette nouvelle méthode
de tailler , le nom d'Appareil Lateral
. Dans la premiere pofition de cette
Théfe , on explique la nature & la naiffance
des Pierres dans le corps humain .
Dans la feconde , on donne une fçavante
Deſcription Anatomique des parties expofées
à l'opération de la taille . (a) Mon-
(a ) M. Falconet Docteur Regent de la Faculté
de Médecine de Paris , Médecin confulsant
du Roy , eft fils de M. Falconet dont il eft
I. Vol. fieur
JUIN. 1730. 1177
fieur Falconet,dont l'érudition eft connue
de tous les Gens de Lettres, eft l'Auteur
de cette Theſe. Il y fait remarquer que
Celle dit , que la Veffie eft plus inclinée
du côté gauche que du droit ; il rapporte
les raifons de cette fituation , qu'il confirme
par plufieurs obfervations ; aucun
Anatomifte avant M. Falconet n'avoit
fait attention à cette fituation de la Vef
fie , quoique cela foit d'une grande con
féquence pour laTaille.Dans la troifiéme,
il décrit avec une grande erudition toutes
les differentes manieres de tailler, qui
ont été mifes en ufage dans tous les tems.
Dans la quatrième , il donne la maniere
d'exécuter furement l'Appareil Lateral ,
qu'il recommande ; & il remonte à toutes
les fources , pour trouver l'origine de
cette méthode , qu'il dit n'être aujour
d'hui que renouvellée ; il la fait voir dans
la méthode de Celfe (a ) , qui coupoit la
parlé dans les fameufes Lettres de Guy Patin
chez qui il étoit en penfion , lorfqu'il commençoit
à étudier la Médecine. On vit avec plaifir ce
venerable & refpectable Medecin affifter à une
partie de cet Acte , auquel M. fon fils préfidoit.
( a ) Celfe , Médecin Latin , vivoit dans le premier
fiecle, fous l'Empire de Tibere; il étoit Philofophe
de la Secte dAfclepiade , & eft loué par
Quintilien; il a écrit de la Rhétorique , de l'Art
Militaire, & huit Livres de Médecine que non's
avons encore,& que Jofeph Scaliger avoit eu def
I. Vol.
F tera
1178 MERCURE DEFRANCE ,
teralement fur la Pierre le Sphincter de
la Veffie , & une partie de la Veffie même;
fur tout , depuis que André de la
Croix , Medecin de Venife , & plufieurs
autres fe furent avifez d'introduire une
Sonde dans la Veffie , au lieu où l'on fai
foit defcendre la Pierre , pour couper
deffus.Ce que M.Falconet montre comme
une image de l'Appareil Lateral ; enfin il
rapporte comment cette méthode ayant
été introduite en France par un Hermite,
nommé Frere Jacques , M. Raw , Profeffeur
en Médecine , perfectionna cette
operation , & l'exerça lui - même en Hollande
avec un fuccès fi grand , que ce
fçavant Anatomifte, plufieurs années avant
fa mort , avoit guéri quinze cens taillez
lateralement. Dans la derniere pofition
M. Falconet compare les avantages & les
défavantages de toutes les méthodes , & il
conclut pour l'Appareil Lateral. Cette
queftion fut fçavamment agitée le jour de
la difpute ; on répondit pleinement à tou
tes les objections , & on foutînt avec force
les avantages de l'Appareil Lateral fus
toutes les autres méthodes de tailler.
fein de donner de nouveau au public, comme Voffius
le remarque; mais depuis Jean Antoine Vanderlinden
publia en 1657. les huit Livres de Cormelius
Celfus à Léïden.
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Résumé : These de M. Falconet, sur l'Extraction de la Pierre, [titre d'après la table]
Le 11 mai 1730, à Paris, M. Falconet, Docteur Régent de la Faculté de Médecine de Paris et Médecin consultant du Roi, présenta une thèse sur une nouvelle méthode d'ablation de la pierre de la vessie, nommée 'Appareil Lateral'. La thèse se divise en plusieurs parties. La première explique la nature et la formation des pierres dans le corps humain. La seconde fournit une description anatomique détaillée des parties concernées par l'opération, soulignant que la vessie est plus inclinée du côté gauche que du droit, une observation inédite. La troisième partie décrit diverses méthodes de taille utilisées au fil du temps. La quatrième partie détaille la méthode de l'Appareil Lateral, recommandée par Falconet, et en retrace l'origine jusqu'à la méthode de Celse, un médecin latin du premier siècle. Falconet mentionne également l'introduction de cette méthode en France par un ermite nommé Frère Jacques et son perfectionnement par M. Raw en Hollande. La dernière partie compare les avantages et les inconvénients des différentes méthodes et conclut en faveur de l'Appareil Lateral. La discussion publique sur cette thèse fut marquée par une défense rigoureuse des avantages de cette nouvelle méthode.
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1353
p. 1179
« On écrit de Marseille que l'Academie des Belles Lettres tint le 19 du mois d'Avril [...] »
Début :
On écrit de Marseille que l'Academie des Belles Lettres tint le 19 du mois d'Avril [...]
Mots clefs :
Académie des belles-lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On écrit de Marseille que l'Academie des Belles Lettres tint le 19 du mois d'Avril [...] »
On écrit de Marſeille que l'Academie
des Belles Lettres tint le 19 du mois d'Avril
1730. fa premiere Affemblée publique
dans la Sale que le Roy vient de lui
accorder dans l'Arfenal des Galéres.L'Affemblée
étoit tres-nombreuſe. M. de la
Vifclede , Secretaire perpetuel , prononça
un Difcours , & dit les raifons que la Compagnie
avoit eues de ne pas donner le prix
cette année. On y lut auffi plufieurs
tres Difcours qui furent goûtez. Le Chevalier
de Romieu fit la clôture d'une ma
niere qui lui attira tous les applaudiffemens
.
des Belles Lettres tint le 19 du mois d'Avril
1730. fa premiere Affemblée publique
dans la Sale que le Roy vient de lui
accorder dans l'Arfenal des Galéres.L'Affemblée
étoit tres-nombreuſe. M. de la
Vifclede , Secretaire perpetuel , prononça
un Difcours , & dit les raifons que la Compagnie
avoit eues de ne pas donner le prix
cette année. On y lut auffi plufieurs
tres Difcours qui furent goûtez. Le Chevalier
de Romieu fit la clôture d'une ma
niere qui lui attira tous les applaudiffemens
.
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Résumé : « On écrit de Marseille que l'Academie des Belles Lettres tint le 19 du mois d'Avril [...] »
Le 19 avril 1730, l'Académie des Belles Lettres de Marseille a organisé sa première assemblée publique dans une salle de l'arsenal des galères. M. de la Vifclede a expliqué l'absence de prix cette année. Plusieurs discours ont été lus et applaudis. Le Chevalier de Romieu a clôturé la séance.
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1354
p. 1179-1184
Tableau fait pour le Roi, Chasse du Cerf, &c. [titre d'après la table]
Début :
Au mois de Janvier 1728. le Roy ordonna au Sr Oudry, son Peintre ordinaire, [...]
Mots clefs :
Jean-Baptiste Oudry, Roi, Tableau, Chasse du cerf
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tableau fait pour le Roi, Chasse du Cerf, &c. [titre d'après la table]
U mois de Janvier 1728.le Roy ordonna
au S'Oudry ,fonPeintre ordi-
-naire , de le fuivre à la chaffe pour reprefenter
une Chaffe de Cerf dans l'eau.
Le fieur Oudry en fit un Deffein qui fut
agréé , fur lequel le Roy lui demanda un
Tableau de 12 pieds de large ,fur 6 pieds
& demi de haut , pour placer dans le Ca- .
binet de Sa Majesté à Marly.
Les Figures ont à peu près 13 à 14 pouces
de hauteur . Il y a treize Portraits reffemblants.
Le Roy dans le milieu , fur un
Cheval blanc , nommé le Braffeur. A la
I. Vel. Fij droite
1180 MERCURE DE FRANCE
droite du Roy , M. le Prince Charles ,
monté fur l'Eclair. A la gauche , M. le
Premier , monté fur un Cheval , nommé
Aigle.
Sur le devant du Tableau , M.le Comte
de Toulouſe,à qui Sa Majefté parle , & lui
montre la Chaffe. Ce Prince eft monté fur
le Cheval nommé l'Arpenteur. Derriere le
Roy , M. le Duc de Retz , monté fur le
Royal.
A la droite de ce principal Groupe , M.
de Sourcy , Commandant de l'Equi page
du Cerf, monté fur le Cheval nommé
Poifeau ; & à côté , M. de Lanfmath:
Gentilhomme de la Vennerie , monté fur
l'Infinuant.
Devant le Roy , à gauche , M. de Neſtier
, Commandant de la grande Ecurie
monté fur l'Effronté , monture du Roy ;
à côté , M. de Dampierre , fur le Cheval
le Galant , auffi monture du Roy. A l'extrémité
du Tableau , à gauche , le nommé
Bonnet,coureur de vin , monté fur fa Mulle
, avec fa Cantine & tout fon équipage.
Près de lui un valet de Limier , nommé
la Bretêche , tenant fon chien , tirant fur
le trait.
Sur le devant & du même côté un Bateau
de Pêcheur , dans lequel il y a un
homme de l'Equipage & le Marinier , qui
vont au devant du Cerf.
I. Vol.
De
JUIN. 1730 113F
De l'autre bout, à la droite du Tableau ,
un Valet de Chiens , nommé Jean, tenant
une garde de huit jeunes Chiens fur le
bord de l'Etang .
A côté , le Portrait de l'Auteur , avec
un Porte-Feuillé & le Crayon à la main
deffinant l'action.
Le Cerf eft dans l'eau , affailli par une
grande quantité de Chiens , d'autres qui
arrivent fur la voye , & plufieurs autres
dans des Rofeaux qui paroiffent aboyer ;
ce qui fait un fracas & une action tresvive.
Tous ces Chiens font les plus beaux
de la Meutte, que Sa Majefté a choifis pour
cette Chaffe, qu'Elle a fouhaité être peints ,
& dont quelques- uns l'ont été en la préfence.
On voit dans le lointain , la Ville de
S. Germain & la partie du Bois , faite d'après
nature . Le Roy & tous les Seigneurs
font en habit de l'Equipage deftiné pour
la Chaffe du Cerf.
Le tout eft peint avec un foin extrême ;
& fait beaucoup d'honneur à l'Auteur.
C'est dans ce genre le premier Tableau
qui ait été fait. Le Roy en a été tres-fatisfait
, & toute la Cour a rendu juftice à ce
bel Ouvrage qu'on ne fe laffe point de
voir. Ce Tableau a donné lieu aux Vers
qu'on va lire.
I. Vol.
Fiij AU
1182 MERCURE DE FRANCE
A U ROY
PRINCE, dont les vertus aimables ,
Font le bonheur de l'Empire des Lys ,
ROY , modele parfait des Rois les plus affa
bles >
Sous ton regne charmant , fous tes yeux favorables
;
Par de nouveaux progrès les Arts font einbellis
,
La paix les fait fleurir fous ton paiſible Empire ;
Mars ne les trouble plus par fes fanglans Exploits .
Heureux le peuple qui reſpire
Dans les Climats où tu donnes des Loix !
Far les foins affidus d'un Miniſtre fidele
Nous goútons un profond repos.
Il ne veut pour prix de fon zéle
Que ce doux fruit de ſes travaux.
Déja le Ciel comble notre efperance ,
rend à fes défirs le calme & l'abondance ;
Nos fertiles Guérets étalent à nos yeux
Leurs tréfors les plus précieux .
La fageffe toujours fut ton plus cher partage ,
Du Ciel en ta perfonne on admire l'ouvrage ;
Que de vertus il couronne en un jour !
Il te fait un prefent par les mains de l'Amour.
Par un Héros naiffant il affure a la France ,
Le comble de fon efperance.
Les plaifirs & les jeux entourent fon berceau.
1. Vol. Tout
JUI N. 1730 .
1183
Tout lui promet le deftin le plus beau .
On voit croître avec toi ce rejetton aimable ,
Quels aimables objets te frappent tour à tour !
Tu vois avec plaifir l'affemblage adorable ,
Des trois Graces & de l'Amour.
Orné de la douceut de fon augufte Mere ,
Il porte dans fes yeux la grandeur de fon Perei
Il aura les vertus d'un couple fi charmant.
Le Ciel qui des vertus eft le dépofitaire ,
Dans l'ame des Bourbons les verſe abondam
ment.
Tu formeras bien-tôt fon illuftre courage ;
;
>
La paix loin de ses yeux écarte les combats ;
Mais la chaffe od Diane accompagne tés pas
Des plus fameux exploits lui tracera l'image.
Un mortel dont la France admirè le Pinceau ,
Qui fçait tout animer par fa vive peinture ;
Vient de s'éternifer par un fuccès nouveau
Son Art ingénieux , rival de la nature
De tes nobles plaiſirs nous a fait un Tableau.
J'y reconnois LOUIS , fon courage le guide ;
Les Graces , les Amours lui prêtent leurs apas ;
Il vole , il eft vainqueur , le Cerf las & timide ,
Semble à nos yeux émus , déplorer fon trépas.
Et le Chien de fa proye avide
Pour l'arrêter , précipite fes pas.
Cet illuftre fujet a fçû plaire à fon Maître ;
LOUIS veut à fon Art affurer fes biensfaits.
1. Vol. Fij Louis
1184 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS à tout ſçait ſe connoître
Tous les Arts feront fatisfaits.
au S'Oudry ,fonPeintre ordi-
-naire , de le fuivre à la chaffe pour reprefenter
une Chaffe de Cerf dans l'eau.
Le fieur Oudry en fit un Deffein qui fut
agréé , fur lequel le Roy lui demanda un
Tableau de 12 pieds de large ,fur 6 pieds
& demi de haut , pour placer dans le Ca- .
binet de Sa Majesté à Marly.
Les Figures ont à peu près 13 à 14 pouces
de hauteur . Il y a treize Portraits reffemblants.
Le Roy dans le milieu , fur un
Cheval blanc , nommé le Braffeur. A la
I. Vel. Fij droite
1180 MERCURE DE FRANCE
droite du Roy , M. le Prince Charles ,
monté fur l'Eclair. A la gauche , M. le
Premier , monté fur un Cheval , nommé
Aigle.
Sur le devant du Tableau , M.le Comte
de Toulouſe,à qui Sa Majefté parle , & lui
montre la Chaffe. Ce Prince eft monté fur
le Cheval nommé l'Arpenteur. Derriere le
Roy , M. le Duc de Retz , monté fur le
Royal.
A la droite de ce principal Groupe , M.
de Sourcy , Commandant de l'Equi page
du Cerf, monté fur le Cheval nommé
Poifeau ; & à côté , M. de Lanfmath:
Gentilhomme de la Vennerie , monté fur
l'Infinuant.
Devant le Roy , à gauche , M. de Neſtier
, Commandant de la grande Ecurie
monté fur l'Effronté , monture du Roy ;
à côté , M. de Dampierre , fur le Cheval
le Galant , auffi monture du Roy. A l'extrémité
du Tableau , à gauche , le nommé
Bonnet,coureur de vin , monté fur fa Mulle
, avec fa Cantine & tout fon équipage.
Près de lui un valet de Limier , nommé
la Bretêche , tenant fon chien , tirant fur
le trait.
Sur le devant & du même côté un Bateau
de Pêcheur , dans lequel il y a un
homme de l'Equipage & le Marinier , qui
vont au devant du Cerf.
I. Vol.
De
JUIN. 1730 113F
De l'autre bout, à la droite du Tableau ,
un Valet de Chiens , nommé Jean, tenant
une garde de huit jeunes Chiens fur le
bord de l'Etang .
A côté , le Portrait de l'Auteur , avec
un Porte-Feuillé & le Crayon à la main
deffinant l'action.
Le Cerf eft dans l'eau , affailli par une
grande quantité de Chiens , d'autres qui
arrivent fur la voye , & plufieurs autres
dans des Rofeaux qui paroiffent aboyer ;
ce qui fait un fracas & une action tresvive.
Tous ces Chiens font les plus beaux
de la Meutte, que Sa Majefté a choifis pour
cette Chaffe, qu'Elle a fouhaité être peints ,
& dont quelques- uns l'ont été en la préfence.
On voit dans le lointain , la Ville de
S. Germain & la partie du Bois , faite d'après
nature . Le Roy & tous les Seigneurs
font en habit de l'Equipage deftiné pour
la Chaffe du Cerf.
Le tout eft peint avec un foin extrême ;
& fait beaucoup d'honneur à l'Auteur.
C'est dans ce genre le premier Tableau
qui ait été fait. Le Roy en a été tres-fatisfait
, & toute la Cour a rendu juftice à ce
bel Ouvrage qu'on ne fe laffe point de
voir. Ce Tableau a donné lieu aux Vers
qu'on va lire.
I. Vol.
Fiij AU
1182 MERCURE DE FRANCE
A U ROY
PRINCE, dont les vertus aimables ,
Font le bonheur de l'Empire des Lys ,
ROY , modele parfait des Rois les plus affa
bles >
Sous ton regne charmant , fous tes yeux favorables
;
Par de nouveaux progrès les Arts font einbellis
,
La paix les fait fleurir fous ton paiſible Empire ;
Mars ne les trouble plus par fes fanglans Exploits .
Heureux le peuple qui reſpire
Dans les Climats où tu donnes des Loix !
Far les foins affidus d'un Miniſtre fidele
Nous goútons un profond repos.
Il ne veut pour prix de fon zéle
Que ce doux fruit de ſes travaux.
Déja le Ciel comble notre efperance ,
rend à fes défirs le calme & l'abondance ;
Nos fertiles Guérets étalent à nos yeux
Leurs tréfors les plus précieux .
La fageffe toujours fut ton plus cher partage ,
Du Ciel en ta perfonne on admire l'ouvrage ;
Que de vertus il couronne en un jour !
Il te fait un prefent par les mains de l'Amour.
Par un Héros naiffant il affure a la France ,
Le comble de fon efperance.
Les plaifirs & les jeux entourent fon berceau.
1. Vol. Tout
JUI N. 1730 .
1183
Tout lui promet le deftin le plus beau .
On voit croître avec toi ce rejetton aimable ,
Quels aimables objets te frappent tour à tour !
Tu vois avec plaifir l'affemblage adorable ,
Des trois Graces & de l'Amour.
Orné de la douceut de fon augufte Mere ,
Il porte dans fes yeux la grandeur de fon Perei
Il aura les vertus d'un couple fi charmant.
Le Ciel qui des vertus eft le dépofitaire ,
Dans l'ame des Bourbons les verſe abondam
ment.
Tu formeras bien-tôt fon illuftre courage ;
;
>
La paix loin de ses yeux écarte les combats ;
Mais la chaffe od Diane accompagne tés pas
Des plus fameux exploits lui tracera l'image.
Un mortel dont la France admirè le Pinceau ,
Qui fçait tout animer par fa vive peinture ;
Vient de s'éternifer par un fuccès nouveau
Son Art ingénieux , rival de la nature
De tes nobles plaiſirs nous a fait un Tableau.
J'y reconnois LOUIS , fon courage le guide ;
Les Graces , les Amours lui prêtent leurs apas ;
Il vole , il eft vainqueur , le Cerf las & timide ,
Semble à nos yeux émus , déplorer fon trépas.
Et le Chien de fa proye avide
Pour l'arrêter , précipite fes pas.
Cet illuftre fujet a fçû plaire à fon Maître ;
LOUIS veut à fon Art affurer fes biensfaits.
1. Vol. Fij Louis
1184 MERCURE DE FRANCE.
LOUIS à tout ſçait ſe connoître
Tous les Arts feront fatisfaits.
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Résumé : Tableau fait pour le Roi, Chasse du Cerf, &c. [titre d'après la table]
En janvier 1728, le roi ordonna à Jean-Baptiste Oudry, peintre ordinaire, de l'accompagner lors d'une chasse pour représenter une chasse au cerf dans l'eau. Oudry réalisa un dessin approuvé par le roi, qui lui commanda ensuite un tableau de 12 pieds de large sur 6 pieds et demi de haut pour le cabinet de Sa Majesté à Marly. Les figures mesuraient environ 13 à 14 pouces de hauteur, et le tableau incluait treize portraits ressemblants. Le roi était représenté au centre, monté sur un cheval blanc nommé le Braffeur. À sa droite se trouvait le Prince Charles sur l'Éclair, et à sa gauche, le Premier sur un cheval nommé l'Aigle. Devant le roi, le Comte de Toulouse était en conversation avec lui, monté sur l'Arpenteur. Derrière le roi, le Duc de Retz était sur le Royal. D'autres personnages, comme le Comte de Sourcy et le Marquis de Lanfmath, étaient également présents, chacun monté sur un cheval spécifique. Le tableau montrait également des personnages secondaires, comme Bonnet, un coureur de vin, et des valets de chiens. Le cerf, affaibli par les chiens, était représenté dans l'eau, entouré de chiens aboyant. Le tableau incluait des détails naturels, comme la ville de Saint-Germain et une partie du bois, peints d'après nature. Le roi et les seigneurs étaient en habit de chasse. Le tableau fut très apprécié par le roi et la cour, et il fut considéré comme le premier de ce genre. Il inspira également des vers en l'honneur du roi et de l'artiste.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1355
p. 1184-1183
Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Début :
Il paroit deux nouvelles Estampes d'après Watteau, gravées par Baron & par [...]
Mots clefs :
Estampes, Antoine Watteau, Charles André van Loo
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Il paroit deux nouvelles Eftampes d'après
Watteau , gravées par Baron & par
E.Brien; la premiere,intitulée Colin - Maillard
, & la feconde l'Accord parfait.On les
vend ainfi que les précedentes , chez la
veuve Chereau & chez Surugue , ruë faint
Jacques & rue des Noyers.
La veuve deFrançois Chereau , de l'Aca-
'demie Royale de Peinture & de Sculptu
re , & Graveur du Cabinet du Roy, vend
le Portrait du Roy & de la Reine , tresreffemblant
, d'après les derniers Originaux
, peints par M. Vanloo. Le Roy eft
gravé par le feur Gilles- Edme Petit , & la
Reine , par le fieur Jacques Cherean. Ils
ont tous deux tres -bien réüffi. Ces Portraits
font de la même grandeur de ceux
qui ont paru gravez par le fieur Larmefin.
La veuve Chereau demeure rue S.Fac
ques aux Pilliers d'Or. On trouvera chez
elle le mois prochain , les quatre Saifons
de l'année , d'après M.Lancret , d'un goût
nouveau & fort agréable. Elles font gravées
par les Sieurs Tardieu , Benoît Audran,
Lebas & Girard Scotin. On trouvera auffi
plufieurs Eftampes qu'on grave actuelle-
I. Vol. men
JUIN. 1730. 1183
ment d'après les plus beaux Tableaux de
Watteau.
Watteau , gravées par Baron & par
E.Brien; la premiere,intitulée Colin - Maillard
, & la feconde l'Accord parfait.On les
vend ainfi que les précedentes , chez la
veuve Chereau & chez Surugue , ruë faint
Jacques & rue des Noyers.
La veuve deFrançois Chereau , de l'Aca-
'demie Royale de Peinture & de Sculptu
re , & Graveur du Cabinet du Roy, vend
le Portrait du Roy & de la Reine , tresreffemblant
, d'après les derniers Originaux
, peints par M. Vanloo. Le Roy eft
gravé par le feur Gilles- Edme Petit , & la
Reine , par le fieur Jacques Cherean. Ils
ont tous deux tres -bien réüffi. Ces Portraits
font de la même grandeur de ceux
qui ont paru gravez par le fieur Larmefin.
La veuve Chereau demeure rue S.Fac
ques aux Pilliers d'Or. On trouvera chez
elle le mois prochain , les quatre Saifons
de l'année , d'après M.Lancret , d'un goût
nouveau & fort agréable. Elles font gravées
par les Sieurs Tardieu , Benoît Audran,
Lebas & Girard Scotin. On trouvera auffi
plufieurs Eftampes qu'on grave actuelle-
I. Vol. men
JUIN. 1730. 1183
ment d'après les plus beaux Tableaux de
Watteau.
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Résumé : Nouvelles Estampes, [titre d'après la table]
Le texte annonce la publication de deux nouvelles estampes d'après Watteau, gravées par Baron et E. Brien. La première est intitulée 'Colin-Maillard' et la seconde 'L'Accord parfait'. Ces estampes sont en vente chez la veuve Chereau et chez Surugue, respectivement rue Saint-Jacques et rue des Noyers. La veuve de François Chereau, graveur du Cabinet du Roy et membre de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, propose également des portraits du Roi et de la Reine, peints par M. Vanloo. Le Roi est gravé par Gilles-Edme Petit et la Reine par Jacques Chereau. Ces portraits sont de la même grandeur que ceux gravés par Larmefin et sont très ressemblants. La veuve Chereau réside rue Saint-Jacques aux Pilliers d'Or. Prochainement, elle mettra en vente les quatre saisons de l'année, d'après M. Lancret, gravées par Tardieu, Benoît Audran, Lebas et Girard Scotin. Elle propose également plusieurs estampes gravées d'après les tableaux de Watteau.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1356
p. 1183
« Le Tigre Marin en vie, qu'on a vû avec satisfaction à la Foire S. Germain derniere, [...] »
Début :
Le Tigre Marin en vie, qu'on a vû avec satisfaction à la Foire S. Germain derniere, [...]
Mots clefs :
Tigre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le Tigre Marin en vie, qu'on a vû avec satisfaction à la Foire S. Germain derniere, [...] »
LeTigre Marin en vie, qu'on a vû avec
fatisfaction à la Foire S. Germain derniere
, dans une Baignoire à demi pleine
d'eau , & qui attiroit quantité de curieux,
eft mort. S. A. S. M. le Comte de Clermont
l'a fait diffequer pour en conferver
le Squelette , & a fait remplir fa peau,
qu'on voit dans le Cabinet de ce Prince
avec quantité d'autres curiofitez de cette
efpece.
fatisfaction à la Foire S. Germain derniere
, dans une Baignoire à demi pleine
d'eau , & qui attiroit quantité de curieux,
eft mort. S. A. S. M. le Comte de Clermont
l'a fait diffequer pour en conferver
le Squelette , & a fait remplir fa peau,
qu'on voit dans le Cabinet de ce Prince
avec quantité d'autres curiofitez de cette
efpece.
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1357
p. 1183-1187
« Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...] »
Début :
Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...]
Mots clefs :
Méthode d'apprentissage, Français, Latin, Grammaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...] »
Méthode nouvelle , abregée & figurée , pour
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
Méthode nouvelle , abregée & figurée , pour
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
E YORK
PUBLIC LIBRARY .
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Vol .
FORK
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN. 1730. 1187
Il faut s'adreffer au S. Monier de Colonge
rue S. Chriftophe , chez Me de Quainfy , la derniere
Porte joignant celle du Cloître Notre-
Dame.
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
Méthode nouvelle , abregée & figurée , pour
apprendre conjointement le François & le Latin ,
enfemble l'Ortographe & la Ponctuation , le tout
par regles & par principes , en moins d'un an,
L'Auteur commence par le François , il y fait
d'abord une fenfible application des regles & des
préceptes de la Grammaire , y diftingue les huit
fortes de mots , leur proprieté , leur ufage & les
differences Grammaticales qui en procedent ; il
fait voir de combien de Parties eft compofée la
Phrafe , le rapport qu'elles ont les unes avec les
autres , & l'ordre qui s'y obferve. En un mót ,
raffemble ce que les Langues ont de commun ,
en fait un Corps d'inftruction qu'il réduit en
pratique par un exercice fimple & familier ; &
pour plus de facilité , il y joint encore certains
caracteres qui fans caufer de confufion femblent,
pour ainsi dire , conduire au doigt & à l'oeil.
il
Ayant mis le fondement de fa Méthode fur le
François , il s'agit de la faire paffer au Latin.
Pour cet effet , il donne fur un quarré de papier
le précis des terminaifons Latine's, dans un ordre
1. Vol.
qui Fv
1186 MERCURE DE FRANCE
qui , quoique fimple , fuffit néanmoins pour les
diftinguer , en faire la jufte application & demêler
ce qu'elles ont d'équivoque. C'eft donc fur
ces terminaiſons & les parties grammaticales
qu'elles dénotent , que s'appliquent ces caracteres
François , qui paffant au Latin , ont la vertu d'y
porter avec eux toutes ces notions fondamentales
de Grammaire qu'on y avoit déja attachées.
Pour venir enfuite à l'explication des Auteurs
qui d'ordinaire eft le but qu'on fe propofe dans
Cette forte d'étude , il eft effentiel de trouver cette
conftruction Latine par laquelle l'Ecrivain a voulu
nous communiquer fes penfées , & c'est ce que
la Méthode apprend , & qui fera d'autant plus
aifé à faire , qu'on fera plus jufte & plus habile à
diftinguer par les terminaifons les differentes parties
dont la Phrafe fe trouvera conpofée , & que
de plus on s'attachera à obferver le même ordre
qui s'eft pratiqué dans le François.
C'eft enfin par cette conftruction que l'Auteur
de la Méthode prétend conduire à une explication
promte & facile. Trois chofes felon lui y
concourent. 1º Le fens de l'Ecrivain renfermé
dans cette conftruction, qui n'eft autre chofe qu'u
ne fuite d'idées , lefquelles jointes enſemble font
un fens , & concourrent à le manifefter. 2 ° L'étimologie
ou rapport de fignification qui fe trouve
entre le Latin & le François. 5 L'analogie
autre rapport de fignification que les mots de
certaines claffes ont les uns avec les autres. Sur
les moyens dévelopés comme il faut , le fréquent
exercice qu'il y joint & l'experience qu'il en a ,
l'Auteur fe promet d'apprendre le Latin en peu de
tems , d'y remettre très promtement ceux qui
croyent l'avoir oublié & comme il a plus à
coeur l'interêt public que le fien propre , il fe
prêtera volontiers gratis à ceux à qui il convien-
>
dra de le faire.
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ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
Vol .
FORK
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ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
JUIN. 1730. 1187
Il faut s'adreffer au S. Monier de Colonge
rue S. Chriftophe , chez Me de Quainfy , la derniere
Porte joignant celle du Cloître Notre-
Dame.
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Résumé : « Méthode nouvelle, abregée & figurée, pour apprendre conjointement le François & le Latin, [...] »
Le texte décrit une méthode pédagogique visant à apprendre simultanément le français et le latin, ainsi que l'orthographe et la ponctuation, en moins d'un an. La méthode commence par l'enseignement du français, en appliquant rigoureusement les règles et préceptes de la grammaire. L'auteur distingue les huit types de mots, leurs propriétés, usages et différences grammaticales. Il explique également la composition des phrases, les rapports entre leurs parties et l'ordre observé. Cette approche rassemble les éléments communs aux langues et les réduit en pratique par des exercices simples et familiers, aidés par des caractères facilitant l'apprentissage. Ensuite, la méthode est transposée au latin. L'auteur fournit un résumé des terminaisons latines sur un carré de papier, permettant de les distinguer et de les appliquer correctement. Les caractères français sont utilisés pour porter les notions grammaticales au latin. Pour expliquer les auteurs latins, il est essentiel de trouver la construction latine utilisée par l'écrivain pour communiquer ses pensées. La méthode enseigne cette construction, facilitant ainsi la compréhension des textes latins. Trois éléments contribuent à cette explication : le sens de l'écrivain, l'étymologie et l'analogie entre les mots. L'auteur se propose d'enseigner le latin rapidement et de rafraîchir les connaissances de ceux qui l'ont oublié. Il offre son aide gratuitement, priorisant l'intérêt public à son propre gain.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1358
p. 1188-1200
Opera d'Alcione, [titre d'après la table]
Début :
Le mardi 9. May, l'Académie Royale de Musique donna la premiere [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique, Alcione, Théâtre, Dieux, Coeur, Époux, Palais, Enfers, Musiciens, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Opera d'Alcione, [titre d'après la table]
E mardi 9. May , l'Académie Roya
le de Mufique donna la premiere
Repréſentation d'Alcione , Tragédie de
M. de La Mothe & de M. Marais. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois
le 18. Fevrier 1706. le fuccès qu'il eut engagea
à le remettre au Théatre le 17.
Avril 1719. la repriſe ne répondit pas aux
efperances qu'on en avoit conçues dans
fa naiffance ; mais on vient de rendre à
cet Ouvrage la juftice qui lui eft dûë . Le
Poëte & le Muficien ont partagé les applaudiffemens
; & fi quelques Critiques
fe font élevés contre le Poëme , M. de
La Mothe n'y a donné lieu que pour
s'être un peu trop fcrupuleufement attaché
à la maniere dont Ovide a traité ce
ſujet ; tant il eſt vrai que dans les Ou
vrages de Théatre , le vrai -femblable doit
être préferé au vrai. Au refte , le Public
trouve ce Poëme très bien écrit , & rempli
d'efprit & de fentimens on en va juger
par quelques morceaux.
Le Theatre représente au Prologue le Mont
Tmole ; des Fleuves & des Nayades appuyés
fur leurs urnes occupent la Montagne , &
I. Vol. forJUIN
1730. 1189
Forment une efpecè de cafcade.
Tmole fait connoître qu'Apollon &
Pan l'ont chiofi pour Arbitre de leurs
Chants. Pan choifit la guerre pour fujet.
Voici comment il s'exprime :
Fuyez , Mortels , fuyez un indigne repos ;
Non , ne vous plaignez plus des horreurs de la
guerre ; 1
Elle vous donne les Héros ;
Elle fait les Dieux de la Terre.
Courez affronter le trépas ;
Allez jouir de la victoire .
Sur fon front couronné , qu'elle étale d'appas §
L'affreufe mort qui vole au devant de ſes pas
Fait naître l'immortelle gloire.
Apollon celebre les avantages de la
Paix en ces termes :
Aimable Paix , c'eft toi que celebrent mes chants;
Defcends , vien triompher du fier Dieu de la
Thrace.
Tout rit à ton retour tout brille dans nos
champs ;
Dès que tu difparois , tout l'éclat s'en efface.
Regne , Fille du Ciel , mets la Difcorde aux fers;
Que le bruit des tambours dont la terre s'allarme
Ne trouble plus nos doux Concerts.
I. Vol.
Que
1196 MERCURE DE FRANCÉ
Heureux , heureux cent fois le vainqueur qui aè
s'arme
Que pour te rendre à l'Univers.
Le Chaur repete trois Vers de ce qu'Apollon
a chanté ; ce qui peut être ne contribuë
pas peu à déterminer Tmole en
faveur d'Apollon ; il couronne le Dieu '
des Vers , & Pan fe retire , non ſans ſe
plaindre de fon Juge . Le Prologue finit
par des danfes en l'honneur d'Apollon
& de l'Amour. Apollon annonce la Paix
à l'Univers , & ordonne aux Mufes derenouveller
l'Hiftoire des Alcions qui font
regner le calme fur les flots.
Au premier Acte , le Théatre repréſente
une Galerie du Palais de Ceix , terminée par
un endroit du Palais confacré aux Dieux.
Cet Acte n'eft pas chargé de beaucoup
d'action. Pelée amoureux d'Alcione , que
Ceix , Roi de Trachines , & fon ami ,
va époufer , témoigne fon defefpoir à
Phorbas , Magicien , dont les Ayeux ont
occupé le Trône de Ceix ; Phorbas lui
promet le fecours des Enfers pour troubler
un Hymen fi fatal à fon amour ; la
vertu de Pelée s'oppofe à cette perfidie ;
il le fait connoître par ces Vers :
Amour , cede à mes pleurs , & refpecte ma
gloire ;
Ah ! laiffe-moi brifer mes fers.
I. Vol. C'eft
I JUIN. 1730. 1191
C'est trop à la vertu difputer la victoire ,
Contente-toi , cruel , des maux que j'ai foufferts
Amour &c.
Phorbas le veut fervir malgré lui , &
lui dit :
Iſmene & moi , nous allons par nos charmes
Secourir votre amour contre votre vertu.
Pelée ne donne qu'un demi confentement
, exprimé par ce Vers :
}
Arrête ... on vient , ô Ciel , à quoi me réduis-tu?” ,
Ceix vient avec Alcione ; ils font fuivis
de leurs Sujets qui font le divertiffement.
Le Grand Prêtre invite ces deux Amans
à s'approcher de l'Autel. Ils n'achevent
pas le facré ferment qui doit les unir ; le
tonnerre gronde ; des Furies fortent des
Enfers ; elles faififfent en volant les flambeaux
des Prêtres , & embrafent tout le
Palais. Pelée témoigne fes remords par
ces Vers :
-Cet Autel , ce Palais devoré par la flamme
Malgré moi flatte mon ardeur ;
Mais je ne fens qu'avec horreur
Le perfide plaifir qui renaît dans mon ame.
Dieux , juftes Dieux , vengez- les-, vengez vous ;
Lancez vos traits ; je me livre à vos coups .
I
I. Vol.
Le
1192 MERCURE DE FRANCE
Le fecond Acte où le Théatré repréſente
une folitude affreuse & l'entrée de l'antre de
Phorbas & d'Ifmene , n'eft gueres plus
chargé d'action que le précedent. Phorbas
& Ilmene le préparent à fervir Pelée
malgré lui même . Ceix accufe les Dieux
de fon malheur , & les irrite par ces blafphêmes
:
Dieux cruels ! puniffez ma rage & mes murmu
res ;
Frappor , Dieux inhumains , comblez votre ri
gueur ;
Vous plaiſez vous à voir dans mes injures
L'excès du defefpoir où vous livrer mon coeur.
Dans la croyance où il eft que les Dieux
font armés contre lui , il fe réfoud à armer
les Enfers contre eux . Phorbas & If
mene feignent de le fervir malgré eux ;
ils confultent les Enfers. Voici l'oracle
que Phorbas lui prononce , en lifant fon
fort dans les Enfers qu'il a tranfportés en
ces lieux
par fes enchantemens , où dont
il leur fait voir la terrible, apparence.
Que vois-je ? où fuis-je ? ô Ciel ! quels effroyables
cris !
Infortuné tu perds l'objet que tú chéris
Od t'entraine l'amour arrête ; tu péris.
Quoique cet oracle paroiffe d'abord ab-.
I. Vol.
ܝ
folu
JUIN. 1730. 1193
folu , Phorbas le rend conditionel
Vers qu'il ajoûte :
par
ces
Hâte toi ; cours chercher du fecours à Claros
Apollon à ton fort peut encor mettre obftacle ;
Il n'eft permis qu'à lui d'affurer ton repos.
Pour le déterminer à partir , Phorbas
lui fait entendre que les jours de fa Princeffe
dépendent de ce voyage. Jufques là
on croit que Phorbas a inventé ce qu'il
vient d'annoncer ; mais il ne laiffe plus
douter qu'il n'ait vû le fort de Ceix
quand il dit en confidence à Ifmene , fon
Ecoliere en Magie :
J'ai vu fon fort ; fon départ va hâter
Les malheurs qu'il croit éviter.
Le Port de Trachines & un Vaiffeau
prêt à partir font la décoration du troifiéme
Acte . Pelée continue à fe livrer à fes
remords ; mais par malheur ils font infruc
tueux. Phorbas le flatte d'un plus heureux
fuccès dans fon amour par le départ de
Ceix ; il lui répond :
L'abfence d'un Rival flatte peu mes defirs
Rien ne rendra mon fort moins déplorable ;
Les maux de ce Rival m'arrachent des foupirs
Je ne puis à la fois être heureux & coupable.
Non , pour un coeur que le remors accable,
I. Vol.
Les
1194 MERCURE DE FRANCE
Les faveurs de l'amour ne font plus des plaifirs .
>
Les Matelots qui doivent conduire Ceix
à Claros viennent témoigner la joye
qu'ils ont de fervir leur Roi . Cette Fête
eft très guaye & très brillante ; elle eft
fuivie des adieux de Ceix & d'Alcione.
Cette Scene eft des plus intereffantes ;
en voici quelques fragmens.
Alcione
Mon coeur à chaque inftant vous croira la victime
t
Des flots & des vents en courroux ;
Je connois l'ardeur qui m'anime ;
Je mourrai des dangers que je craindrai pour
Yous.
Ceix.
Ah ! plus dans cet amour mon coeur trouve de
charmes ,
Et plus je fens pour vous redoubler mes frayeurs.
Laiffez moi fur vos jours diffiper mes allarmes ,
Et ne craignez pour moi que vos propres malheurs
, &c.
Alcione.
Vous partez donc, cruels ! Dieux ! je frémis ; je
tremble ;
Eft-ce ainfi qu'à mes pleurs s'attendrit un Epoux
Laiffez- moi par pitié m'expoſer avec vous ;
Du moins , s'il faut fouffrir , nous fouffrirons enfemble,
&c.
Ceix
JUIN. 1730. 1195
Ceix part après avoir recommandé Alcione
à Pelée ; Alcione fuit le Vaiffeau des
yeux ; & ceffant de voir Ceix , elle s'évanouit
; elle reprend fes fens en prononçant
le nom de Ceix . L'Acte finit
duo entre Alcione & Pelée.
Que j'éprouve un fupplice horrible !
Ciel , ne nous donnez -vous ,
Un coeur tendre & fenfible ,
par ce
Que pour le mieux percer de vos funeftes coups
Alcione commence le 4 Acte par ce
beau Monologue . Le Théatre reprefente
le Temple de Junon ,
Amour, cruel Amour , fois touché de mes peines,
Ecoute mes foupirs & voi couler mes pleurs.
Depuis que je fuis dans tes chaînes ,
Tu m'as fait éprouver les plus affreux malheurs ,
Le départ d'un Amant a comblé mes douleurs ;
Mais malgré tant de maux, fi tu me le ramenes,
Je te pardonne tes rigueurs.
Amour , &c.
La Grande Prêtreffe de Junon & fa fuite
viennent implorer la Déeffe en faveur de
Ceix & d'Alcione , ce qui forme le Divertiffement.
Alcione s'endort par un
pouvoir auquel elle ne peut refifter . Le
Dieu du fommeil ordonne qu'on la laiffe
I. Vol.
feule
1196 MERCURE DE FRANCE
feule , après avoir fait entendre qu'il va
executer les ordres fouverains de Junona
Voici ce qui donne lieu à cette fameuſe
tempête d'Alcione , fi connuë & fi admirée
:
Le Sommeil.
Volez , fonges , volez ; faites lui voir l'orage
Qui dans ce même inftant lui ravit fon Epoux ;
De l'onde foulevée imitez le courroux ',
Et des vents déchaînés l'impitoyable rage.
Toi qui fçais des Mortels emprunter tous les
traits ,
Morphée , à fes efprits offre une vaine image ;
Préfente lui Ceix dans l'horreur du naufrage ,
Et qu'elle entende fes regrets. &c.
Les fonges executent les ordres de Jus
non & du Dieu du fommeil. Alcione à
fon réveil ne peut mieux remercier Junon
que par ces Vers :
Déeffe, c'eft donc toi qui m'offres cette image
Tu viens m'avertir de mon fort ;
Eh bien pour prix de mon hommage ,
Acheve & donne moi la mort.
'Au cinquième Acte , Le Théatre repré .
fente un endroit des Jardins de Ceix Le
commencement de la Scene fe paffe dans la
nuit .
I. Vol. Les
JUIN, 1730, 1197
Les remors de Pelée vont toûjours en
augmentant ; l'ombre de Ceix les a re
doublez : il le fait connoître par ces Vers
L'ombre de mon ami s'éleve contre moi ;
Je vois couler les pleurs , j'entends fes cris funes
bres &c.
Alcione reproche à fes Suivantes la
cruauté qu'elles ont eue de lui arracherle
fer & le poifon ; Pelée la preffe de vivre
pour venger Ceix ; il lui promet de
lui livrer l'Auteur du crime , pourvû
qu'elle lui jure de lui percer le coeur. Al
cione fait le ferment que Pelée lui demande
; Pelée lui donne fon épée , &lui montre
fon coeur à fraper, Alcione faifie d'horreur
veut ſe frapper elle- même , après
avoir dit çe Vers ; се
Eh bien , fi vous m'aimez , ma mort va vous
punir.
Ses Suivantes lui , retiennent le bras
Phofphore vient calmer fon defefpoir par
ces Vers :
Ce que le fort m'apprend doit calmer tes allar
mes ;
Alcione , le Ciel va te rendre mon Fils
Aujourd'hui , pour prix de tes larmes ,
Vous devez fur ces bords être à jamais unis,
I. Vol. Pelée
1198 MERCURE DE FRANCE
Pelée reçoit ce nouvel Oracle avec beau
de moderation; il quitte pour jamais
Alcione , en lui diſant :
Coup
Pardonnez-moi le feu qui me dévore,
Je vais loin de vos yeux expier mes défirs ;
Je vais percer ce coeur qui vous adore
Et je meurs trop heureux encore ,
Si le Ciel à mes maux égale vos plaiſirs,
Alcione lui rend générofité pour générofité
; elle dit :
C'eft l'ami de Ceix ; ciel , pour lui je t'implore.
Le bonheur que Phoſphore a annoncé à
Alcione eft acheté par de mortelles allarmes;
elle apperçoit un corps pouffé par les
vagues fur le rivage ; elle approche & reconnoît
que c'est celui de fon Amant; elle
prend l'épée de fon cher Ceix, & s'en frappe.
Neptune pour réparer les maux qu'il
leur a faits , les reffufcite tous deux & les
rend immortels. Les Peuples celebrent
leur Apothéose.
On ne fçauroit difconvenir qu'il n'y ait
d'excellentes chofes dans la Mufique &
dans le Poëme de cet Opéra, Le Muficien
a eu moins de contradicteurs que le Poëte
; mais toutes les Critiques qu'on a faites
contre M. de la Mothe retombent fur
Qvide. Il n'a jamais tant fignalé fon ref-
I. Vol.
pect
JUIN. 1739. 1199
pect pour les anciens que dans cet ouvrage.
On a beau dire que Ceix joue bien de
malheur d'être noyé après avoir épousé
la fille du Dieu des Vents , d'autant plus
qu'il eft lui- même protégé de Neptune .
On ajoute en vain que Junon auroit
bien pû fe paffet de faire offrir à Alcione
qui l'implore , le cruel ſpectacle du naufrage
de fon époux . Tout cela fe trouve
à la lettre dans la Fable fur laquelle on a
compofé cet Opera. Il eft vrai que l'Auteur
n'a pas mis Pelée en fituation de
briller ; mais ce vertueux époux de Thétis
s'eft trouvé pour fon malheur dans la
Cour de Céix , & M. de la Mothe n'a pas
cru devoir chercher ailleurs un Rival de
ce Roy de Trachines , lieu de la Scene ;
s'il ne lui donne pas de la vertu , il lui
donne au moins des remors. Il ne lui
auroit pas été difficile , dit- on , de jetter
tout l'odieux de fa Tragedie fur fon perfonnage
épifodique.
Phorbas animé par fes droits au Trône,
& par l'amour, qu'on auroit pû y ajoûter
pour Alcione , auroit agi d'une maniere
moins indécife , & on auroit vû en lui.
plus de crimes que de remors. Quelques
Critiques trop feyeres ont encore reproché
à M. de la Mothe , l'amour que Pelée
reffent pour Alcione , tout uni qu'il eft
avec Thétis par des noeuds immortels ;
I. Vol.
mais
1200 MERCURE DE FRANCE .
mais M, de la Mothe peut aifément réfuter
cette objection , en difant qu'il fuppofe
que Pélée n'a pas encore époufé
Thétis; quoiqu'Ovide le faffe pere d'Achille
avant fon arrivée à la Cour de Céix;
un auteur de Tragédie n'eft pas efclave
des temps jufqu'à n'ofer en faire la moin,
dre tranfpofition, quand le fujet qu'il trai
te en a befoin. 1
Cet Opera n'a jamais été fi-bien exécuté
qu'à cette feconde repriſe , les rôles de
Céix & d'Alcione y font rendus d'une
maniere tres-pathetique par le fieur Triboult,
& par la DePeliffier, le S'Chaffe prête
au fien tout l'interêt dont il eft fufceptible.
Le fieur du Moulin , & les Dlles Camargo
& Salé brillent chacune dans leur
genre. Tous les autres Acteurs chantans
& dançants fe diftinguent auffi , & contribuent
, à l'envi , au fuccès.
le de Mufique donna la premiere
Repréſentation d'Alcione , Tragédie de
M. de La Mothe & de M. Marais. Cet
Opera fut donné pour la premiere fois
le 18. Fevrier 1706. le fuccès qu'il eut engagea
à le remettre au Théatre le 17.
Avril 1719. la repriſe ne répondit pas aux
efperances qu'on en avoit conçues dans
fa naiffance ; mais on vient de rendre à
cet Ouvrage la juftice qui lui eft dûë . Le
Poëte & le Muficien ont partagé les applaudiffemens
; & fi quelques Critiques
fe font élevés contre le Poëme , M. de
La Mothe n'y a donné lieu que pour
s'être un peu trop fcrupuleufement attaché
à la maniere dont Ovide a traité ce
ſujet ; tant il eſt vrai que dans les Ou
vrages de Théatre , le vrai -femblable doit
être préferé au vrai. Au refte , le Public
trouve ce Poëme très bien écrit , & rempli
d'efprit & de fentimens on en va juger
par quelques morceaux.
Le Theatre représente au Prologue le Mont
Tmole ; des Fleuves & des Nayades appuyés
fur leurs urnes occupent la Montagne , &
I. Vol. forJUIN
1730. 1189
Forment une efpecè de cafcade.
Tmole fait connoître qu'Apollon &
Pan l'ont chiofi pour Arbitre de leurs
Chants. Pan choifit la guerre pour fujet.
Voici comment il s'exprime :
Fuyez , Mortels , fuyez un indigne repos ;
Non , ne vous plaignez plus des horreurs de la
guerre ; 1
Elle vous donne les Héros ;
Elle fait les Dieux de la Terre.
Courez affronter le trépas ;
Allez jouir de la victoire .
Sur fon front couronné , qu'elle étale d'appas §
L'affreufe mort qui vole au devant de ſes pas
Fait naître l'immortelle gloire.
Apollon celebre les avantages de la
Paix en ces termes :
Aimable Paix , c'eft toi que celebrent mes chants;
Defcends , vien triompher du fier Dieu de la
Thrace.
Tout rit à ton retour tout brille dans nos
champs ;
Dès que tu difparois , tout l'éclat s'en efface.
Regne , Fille du Ciel , mets la Difcorde aux fers;
Que le bruit des tambours dont la terre s'allarme
Ne trouble plus nos doux Concerts.
I. Vol.
Que
1196 MERCURE DE FRANCÉ
Heureux , heureux cent fois le vainqueur qui aè
s'arme
Que pour te rendre à l'Univers.
Le Chaur repete trois Vers de ce qu'Apollon
a chanté ; ce qui peut être ne contribuë
pas peu à déterminer Tmole en
faveur d'Apollon ; il couronne le Dieu '
des Vers , & Pan fe retire , non ſans ſe
plaindre de fon Juge . Le Prologue finit
par des danfes en l'honneur d'Apollon
& de l'Amour. Apollon annonce la Paix
à l'Univers , & ordonne aux Mufes derenouveller
l'Hiftoire des Alcions qui font
regner le calme fur les flots.
Au premier Acte , le Théatre repréſente
une Galerie du Palais de Ceix , terminée par
un endroit du Palais confacré aux Dieux.
Cet Acte n'eft pas chargé de beaucoup
d'action. Pelée amoureux d'Alcione , que
Ceix , Roi de Trachines , & fon ami ,
va époufer , témoigne fon defefpoir à
Phorbas , Magicien , dont les Ayeux ont
occupé le Trône de Ceix ; Phorbas lui
promet le fecours des Enfers pour troubler
un Hymen fi fatal à fon amour ; la
vertu de Pelée s'oppofe à cette perfidie ;
il le fait connoître par ces Vers :
Amour , cede à mes pleurs , & refpecte ma
gloire ;
Ah ! laiffe-moi brifer mes fers.
I. Vol. C'eft
I JUIN. 1730. 1191
C'est trop à la vertu difputer la victoire ,
Contente-toi , cruel , des maux que j'ai foufferts
Amour &c.
Phorbas le veut fervir malgré lui , &
lui dit :
Iſmene & moi , nous allons par nos charmes
Secourir votre amour contre votre vertu.
Pelée ne donne qu'un demi confentement
, exprimé par ce Vers :
}
Arrête ... on vient , ô Ciel , à quoi me réduis-tu?” ,
Ceix vient avec Alcione ; ils font fuivis
de leurs Sujets qui font le divertiffement.
Le Grand Prêtre invite ces deux Amans
à s'approcher de l'Autel. Ils n'achevent
pas le facré ferment qui doit les unir ; le
tonnerre gronde ; des Furies fortent des
Enfers ; elles faififfent en volant les flambeaux
des Prêtres , & embrafent tout le
Palais. Pelée témoigne fes remords par
ces Vers :
-Cet Autel , ce Palais devoré par la flamme
Malgré moi flatte mon ardeur ;
Mais je ne fens qu'avec horreur
Le perfide plaifir qui renaît dans mon ame.
Dieux , juftes Dieux , vengez- les-, vengez vous ;
Lancez vos traits ; je me livre à vos coups .
I
I. Vol.
Le
1192 MERCURE DE FRANCE
Le fecond Acte où le Théatré repréſente
une folitude affreuse & l'entrée de l'antre de
Phorbas & d'Ifmene , n'eft gueres plus
chargé d'action que le précedent. Phorbas
& Ilmene le préparent à fervir Pelée
malgré lui même . Ceix accufe les Dieux
de fon malheur , & les irrite par ces blafphêmes
:
Dieux cruels ! puniffez ma rage & mes murmu
res ;
Frappor , Dieux inhumains , comblez votre ri
gueur ;
Vous plaiſez vous à voir dans mes injures
L'excès du defefpoir où vous livrer mon coeur.
Dans la croyance où il eft que les Dieux
font armés contre lui , il fe réfoud à armer
les Enfers contre eux . Phorbas & If
mene feignent de le fervir malgré eux ;
ils confultent les Enfers. Voici l'oracle
que Phorbas lui prononce , en lifant fon
fort dans les Enfers qu'il a tranfportés en
ces lieux
par fes enchantemens , où dont
il leur fait voir la terrible, apparence.
Que vois-je ? où fuis-je ? ô Ciel ! quels effroyables
cris !
Infortuné tu perds l'objet que tú chéris
Od t'entraine l'amour arrête ; tu péris.
Quoique cet oracle paroiffe d'abord ab-.
I. Vol.
ܝ
folu
JUIN. 1730. 1193
folu , Phorbas le rend conditionel
Vers qu'il ajoûte :
par
ces
Hâte toi ; cours chercher du fecours à Claros
Apollon à ton fort peut encor mettre obftacle ;
Il n'eft permis qu'à lui d'affurer ton repos.
Pour le déterminer à partir , Phorbas
lui fait entendre que les jours de fa Princeffe
dépendent de ce voyage. Jufques là
on croit que Phorbas a inventé ce qu'il
vient d'annoncer ; mais il ne laiffe plus
douter qu'il n'ait vû le fort de Ceix
quand il dit en confidence à Ifmene , fon
Ecoliere en Magie :
J'ai vu fon fort ; fon départ va hâter
Les malheurs qu'il croit éviter.
Le Port de Trachines & un Vaiffeau
prêt à partir font la décoration du troifiéme
Acte . Pelée continue à fe livrer à fes
remords ; mais par malheur ils font infruc
tueux. Phorbas le flatte d'un plus heureux
fuccès dans fon amour par le départ de
Ceix ; il lui répond :
L'abfence d'un Rival flatte peu mes defirs
Rien ne rendra mon fort moins déplorable ;
Les maux de ce Rival m'arrachent des foupirs
Je ne puis à la fois être heureux & coupable.
Non , pour un coeur que le remors accable,
I. Vol.
Les
1194 MERCURE DE FRANCE
Les faveurs de l'amour ne font plus des plaifirs .
>
Les Matelots qui doivent conduire Ceix
à Claros viennent témoigner la joye
qu'ils ont de fervir leur Roi . Cette Fête
eft très guaye & très brillante ; elle eft
fuivie des adieux de Ceix & d'Alcione.
Cette Scene eft des plus intereffantes ;
en voici quelques fragmens.
Alcione
Mon coeur à chaque inftant vous croira la victime
t
Des flots & des vents en courroux ;
Je connois l'ardeur qui m'anime ;
Je mourrai des dangers que je craindrai pour
Yous.
Ceix.
Ah ! plus dans cet amour mon coeur trouve de
charmes ,
Et plus je fens pour vous redoubler mes frayeurs.
Laiffez moi fur vos jours diffiper mes allarmes ,
Et ne craignez pour moi que vos propres malheurs
, &c.
Alcione.
Vous partez donc, cruels ! Dieux ! je frémis ; je
tremble ;
Eft-ce ainfi qu'à mes pleurs s'attendrit un Epoux
Laiffez- moi par pitié m'expoſer avec vous ;
Du moins , s'il faut fouffrir , nous fouffrirons enfemble,
&c.
Ceix
JUIN. 1730. 1195
Ceix part après avoir recommandé Alcione
à Pelée ; Alcione fuit le Vaiffeau des
yeux ; & ceffant de voir Ceix , elle s'évanouit
; elle reprend fes fens en prononçant
le nom de Ceix . L'Acte finit
duo entre Alcione & Pelée.
Que j'éprouve un fupplice horrible !
Ciel , ne nous donnez -vous ,
Un coeur tendre & fenfible ,
par ce
Que pour le mieux percer de vos funeftes coups
Alcione commence le 4 Acte par ce
beau Monologue . Le Théatre reprefente
le Temple de Junon ,
Amour, cruel Amour , fois touché de mes peines,
Ecoute mes foupirs & voi couler mes pleurs.
Depuis que je fuis dans tes chaînes ,
Tu m'as fait éprouver les plus affreux malheurs ,
Le départ d'un Amant a comblé mes douleurs ;
Mais malgré tant de maux, fi tu me le ramenes,
Je te pardonne tes rigueurs.
Amour , &c.
La Grande Prêtreffe de Junon & fa fuite
viennent implorer la Déeffe en faveur de
Ceix & d'Alcione , ce qui forme le Divertiffement.
Alcione s'endort par un
pouvoir auquel elle ne peut refifter . Le
Dieu du fommeil ordonne qu'on la laiffe
I. Vol.
feule
1196 MERCURE DE FRANCE
feule , après avoir fait entendre qu'il va
executer les ordres fouverains de Junona
Voici ce qui donne lieu à cette fameuſe
tempête d'Alcione , fi connuë & fi admirée
:
Le Sommeil.
Volez , fonges , volez ; faites lui voir l'orage
Qui dans ce même inftant lui ravit fon Epoux ;
De l'onde foulevée imitez le courroux ',
Et des vents déchaînés l'impitoyable rage.
Toi qui fçais des Mortels emprunter tous les
traits ,
Morphée , à fes efprits offre une vaine image ;
Préfente lui Ceix dans l'horreur du naufrage ,
Et qu'elle entende fes regrets. &c.
Les fonges executent les ordres de Jus
non & du Dieu du fommeil. Alcione à
fon réveil ne peut mieux remercier Junon
que par ces Vers :
Déeffe, c'eft donc toi qui m'offres cette image
Tu viens m'avertir de mon fort ;
Eh bien pour prix de mon hommage ,
Acheve & donne moi la mort.
'Au cinquième Acte , Le Théatre repré .
fente un endroit des Jardins de Ceix Le
commencement de la Scene fe paffe dans la
nuit .
I. Vol. Les
JUIN, 1730, 1197
Les remors de Pelée vont toûjours en
augmentant ; l'ombre de Ceix les a re
doublez : il le fait connoître par ces Vers
L'ombre de mon ami s'éleve contre moi ;
Je vois couler les pleurs , j'entends fes cris funes
bres &c.
Alcione reproche à fes Suivantes la
cruauté qu'elles ont eue de lui arracherle
fer & le poifon ; Pelée la preffe de vivre
pour venger Ceix ; il lui promet de
lui livrer l'Auteur du crime , pourvû
qu'elle lui jure de lui percer le coeur. Al
cione fait le ferment que Pelée lui demande
; Pelée lui donne fon épée , &lui montre
fon coeur à fraper, Alcione faifie d'horreur
veut ſe frapper elle- même , après
avoir dit çe Vers ; се
Eh bien , fi vous m'aimez , ma mort va vous
punir.
Ses Suivantes lui , retiennent le bras
Phofphore vient calmer fon defefpoir par
ces Vers :
Ce que le fort m'apprend doit calmer tes allar
mes ;
Alcione , le Ciel va te rendre mon Fils
Aujourd'hui , pour prix de tes larmes ,
Vous devez fur ces bords être à jamais unis,
I. Vol. Pelée
1198 MERCURE DE FRANCE
Pelée reçoit ce nouvel Oracle avec beau
de moderation; il quitte pour jamais
Alcione , en lui diſant :
Coup
Pardonnez-moi le feu qui me dévore,
Je vais loin de vos yeux expier mes défirs ;
Je vais percer ce coeur qui vous adore
Et je meurs trop heureux encore ,
Si le Ciel à mes maux égale vos plaiſirs,
Alcione lui rend générofité pour générofité
; elle dit :
C'eft l'ami de Ceix ; ciel , pour lui je t'implore.
Le bonheur que Phoſphore a annoncé à
Alcione eft acheté par de mortelles allarmes;
elle apperçoit un corps pouffé par les
vagues fur le rivage ; elle approche & reconnoît
que c'est celui de fon Amant; elle
prend l'épée de fon cher Ceix, & s'en frappe.
Neptune pour réparer les maux qu'il
leur a faits , les reffufcite tous deux & les
rend immortels. Les Peuples celebrent
leur Apothéose.
On ne fçauroit difconvenir qu'il n'y ait
d'excellentes chofes dans la Mufique &
dans le Poëme de cet Opéra, Le Muficien
a eu moins de contradicteurs que le Poëte
; mais toutes les Critiques qu'on a faites
contre M. de la Mothe retombent fur
Qvide. Il n'a jamais tant fignalé fon ref-
I. Vol.
pect
JUIN. 1739. 1199
pect pour les anciens que dans cet ouvrage.
On a beau dire que Ceix joue bien de
malheur d'être noyé après avoir épousé
la fille du Dieu des Vents , d'autant plus
qu'il eft lui- même protégé de Neptune .
On ajoute en vain que Junon auroit
bien pû fe paffet de faire offrir à Alcione
qui l'implore , le cruel ſpectacle du naufrage
de fon époux . Tout cela fe trouve
à la lettre dans la Fable fur laquelle on a
compofé cet Opera. Il eft vrai que l'Auteur
n'a pas mis Pelée en fituation de
briller ; mais ce vertueux époux de Thétis
s'eft trouvé pour fon malheur dans la
Cour de Céix , & M. de la Mothe n'a pas
cru devoir chercher ailleurs un Rival de
ce Roy de Trachines , lieu de la Scene ;
s'il ne lui donne pas de la vertu , il lui
donne au moins des remors. Il ne lui
auroit pas été difficile , dit- on , de jetter
tout l'odieux de fa Tragedie fur fon perfonnage
épifodique.
Phorbas animé par fes droits au Trône,
& par l'amour, qu'on auroit pû y ajoûter
pour Alcione , auroit agi d'une maniere
moins indécife , & on auroit vû en lui.
plus de crimes que de remors. Quelques
Critiques trop feyeres ont encore reproché
à M. de la Mothe , l'amour que Pelée
reffent pour Alcione , tout uni qu'il eft
avec Thétis par des noeuds immortels ;
I. Vol.
mais
1200 MERCURE DE FRANCE .
mais M, de la Mothe peut aifément réfuter
cette objection , en difant qu'il fuppofe
que Pélée n'a pas encore époufé
Thétis; quoiqu'Ovide le faffe pere d'Achille
avant fon arrivée à la Cour de Céix;
un auteur de Tragédie n'eft pas efclave
des temps jufqu'à n'ofer en faire la moin,
dre tranfpofition, quand le fujet qu'il trai
te en a befoin. 1
Cet Opera n'a jamais été fi-bien exécuté
qu'à cette feconde repriſe , les rôles de
Céix & d'Alcione y font rendus d'une
maniere tres-pathetique par le fieur Triboult,
& par la DePeliffier, le S'Chaffe prête
au fien tout l'interêt dont il eft fufceptible.
Le fieur du Moulin , & les Dlles Camargo
& Salé brillent chacune dans leur
genre. Tous les autres Acteurs chantans
& dançants fe diftinguent auffi , & contribuent
, à l'envi , au fuccès.
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Résumé : Opera d'Alcione, [titre d'après la table]
Le 9 mai, l'Académie Royale de Musique présenta 'Alcione', une tragédie en musique de M. de La Mothe et M. Marais. Cet opéra avait déjà été joué en 1706 et repris en 1719, mais sans le succès attendu. La dernière représentation a été acclamée, partageant les applaudissements entre le poète et le musicien. Certaines critiques ont été formulées contre le poème, M. de La Mothe étant reproché d'avoir trop fidèlement suivi Ovide. L'opéra commence par un prologue où le mont Tmole arbitre entre Apollon et Pan, qui chantent respectivement les mérites de la paix et de la guerre. Apollon est couronné, et le prologue se termine par des danses en l'honneur d'Apollon et de l'Amour. Dans le premier acte, Pelée, amoureux d'Alcione, exprime son désespoir à Phorbas, un magicien. Phorbas propose d'utiliser la magie pour troubler le mariage entre Alcione et Ceix, roi de Trachines et ami de Pelée. Pelée refuse initialement, mais Phorbas insiste. Lors de la cérémonie de mariage, un tonnerre interrompt la célébration, et des furies mettent le feu au palais. Dans le second acte, Phorbas et Ismène préparent un oracle pour Ceix, qui accuse les dieux de son malheur. L'oracle lui conseille de se rendre à Claros pour consulter Apollon. Ceix part, laissant Alcione en larmes. Le troisième acte se déroule au port de Trachines, où Ceix et Alcione échangent des adieux poignants avant le départ de Ceix. Alcione s'évanouit après avoir perdu de vue Ceix. Dans le quatrième acte, Alcione, désespérée, implore Junon en rêve. Junon lui montre la mort de Ceix dans une tempête. À son réveil, Alcione est dévastée. Le cinquième acte commence dans les jardins de Ceix. Pelée, tourmenté par les remords, rencontre Alcione. Ils décident de se venger mutuellement, mais Phosphore annonce que Ceix est vivant. Alcione trouve le corps de Ceix sur le rivage et se suicide. Neptune les ressuscite et les rend immortels, célébrant leur apothéose. La représentation a été particulièrement bien exécutée, avec des interprétations émotives des rôles principaux par le sieur Triboult et la demoiselle Delpissier. Le sieur Chasse, ainsi que les demoiselles Camargo et Salé, se sont également distingués. Tous les acteurs, qu'ils chantent ou dansent, ont contribué au succès de la représentation.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1359
p. 1200-1201
« L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
Début :
L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...]
Mots clefs :
Thésée, Comédiens-Italiens, Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
L'Academie Royale de Mufique a re
pris l'Opera de Thefee. On prépare le Carnaval
& la Folie , Ballet.
Les Comédiens François remirent au
Théatre au commencement de ce mois
la petite Comédie des trois Gafcons.Ils donnerent
le 24 , la Tragédie d'Andromaque
dans laquelle la jeune Dule Dangeville , qui
n'avoit encore brillé que dans des Rôles
Comiques , joua celui d'Hermione ; elle y
I. Vol. fut
JUIN. 1730.
1201
fut generalement applaudie , & les plus
difficiles furent également fatisfaits &
étonnez de trouver tant de talens dans
une auffi jeune perfonne. Le fieur Dangeville
fon frere , a été reçu depuis peu,
dans cette Troupe , à laquelle if ya eu
quelques changemens. Les fieurs Dumirail
& du Chemin fils , & les Dlles le Grand
& de Cléves n'y font plus .
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréſentation d'une
Piéce nouvelle en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens , compofez de
Danfes & de Vaudevilles , intitulée : PAmoureuxfans
le fçavoir ; laquelle n'ayant
pas été goûtée du public , n'a eu qu'une
feule Repréfentation,
pris l'Opera de Thefee. On prépare le Carnaval
& la Folie , Ballet.
Les Comédiens François remirent au
Théatre au commencement de ce mois
la petite Comédie des trois Gafcons.Ils donnerent
le 24 , la Tragédie d'Andromaque
dans laquelle la jeune Dule Dangeville , qui
n'avoit encore brillé que dans des Rôles
Comiques , joua celui d'Hermione ; elle y
I. Vol. fut
JUIN. 1730.
1201
fut generalement applaudie , & les plus
difficiles furent également fatisfaits &
étonnez de trouver tant de talens dans
une auffi jeune perfonne. Le fieur Dangeville
fon frere , a été reçu depuis peu,
dans cette Troupe , à laquelle if ya eu
quelques changemens. Les fieurs Dumirail
& du Chemin fils , & les Dlles le Grand
& de Cléves n'y font plus .
Le 14. les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréſentation d'une
Piéce nouvelle en Profe & en trois Actes ,
avec trois Divertiffemens , compofez de
Danfes & de Vaudevilles , intitulée : PAmoureuxfans
le fçavoir ; laquelle n'ayant
pas été goûtée du public , n'a eu qu'une
feule Repréfentation,
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Résumé : « L'Academie Royale de Musique a repris l'Opera de Thesée. On prépare le Carnaval [...] »
En juin 1730, l'Académie Royale de Musique a repris l'opéra 'Théée' et préparait un ballet intitulé 'Le Carnaval et la Folie'. Les Comédiens Français ont rouvert leur théâtre au début du mois avec la pièce 'Les Trois Gafcons'. Le 24 juin, ils ont joué 'Andromaque', où Mlle Dangeville a interprété Hermione, malgré son expérience principalement comique, elle a été acclamée par le public. Son frère, M. Dangeville, a récemment rejoint la troupe, qui a également vu plusieurs départs, notamment ceux des sieurs Dumirail et du Chemin fils, ainsi que des demoiselles Le Grand et de Clèves. Le 14 juin, les Comédiens Italiens ont présenté 'Les Amoureux sans le savoir', une pièce en prose et en trois actes, accompagnée de divertissements musicaux. Cependant, cette pièce n'a pas été appréciée du public et n'a eu qu'une seule représentation.
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1360
p. 1223-1226
ITALIE.
Début :
Le Sacré College désirant de faire cesser les differends du Saint Siege avec la Cour de [...]
Mots clefs :
Italie, Naples, Tremblement de terre, Troupes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
E Sacré College défirant de faire ceffer les
Ldifferends du Saint Siege avec la Cour de
Portugal , a écrit à M. Aldobrandini, Nonce en
Efpagne , d'employer toutes fortes de moyens
pour engager Sa Majefté Portugaife à permettre
aux Cardinaux fes Sujets , ou du moins au Cardinal
de Motta , de venir à Rome , & de lui
donner fes pleins pouvoirs pour finir cette affaire,
On a rendu au Cardinal Cofcia tous les meu→
bles , linges , hardes & vaiffaille d'argent ; on n'a
gardé au Chateau S. Ange que fa Bibliotheque &
fes papiers que le Sacré College fait examiner.
Le 12. Mai , vers les 10. heures du foir , on
fentit à Rome une fecouffe de tremblement de
terre affez violente qui dura environ 6 minutes
& n'a caufé aucun dommage ; mais elle a été plus
confiderable à Tivoli , où elle a fait tomber quelques
murailles , & elle a abbatu prefque toutes
les Maifons de la petite Ville de Norcia , où plufeurs
perfonnes ont été enfevelies fous les ruines;
les autres habitans ont quitté leurs maifons , &
fe font fauvés fur la Place de S. Simon;
On a appris de Venife qu'une Montagne voifine
de la petite Ville de Chiapeffa s'étoit ouverte
le 2 Mai , vers les 9 heures du matin , après une
violente fecouffe de tremblement de terre, & qu'elle
avoit englouti plus de 30 maifons avec une partie
de ceux qui les habitoient ,
Le dernier tremblement de terre qu'on reffen
tit à Rome le 12 du mois dernier , a caufé beau-
I. Vol. coup
1224 MERCURE DE FRANCE
coup de dommages dans les Villes de Notcia ,
d'Aquila , de Cafcia , de Virfa , de Matrica , de
Monteleone & dans plufieurs Bourgs & Villages
des environs. Il y a eu à Norcia trois fecouffes ,
dont la derniere a été fi violente , que toutes les
Maifons de la Ville ont été renverfées de fond
en comble , à la réſerve de la Maifon de Ville &
des Couvents de S. François & de S. Antoine.
On a appris que depuis ce jour-là juſqu'au 14
on avoit déterré 400 perfonnes enfevelies fous
les ruines; les unes mortes & les autres eftropiées.
Cette Ville fituée dans l'Ombrie , près le Mont
Apennin , pouvoit contenir 4000 habitans , qui
la plupart fe retirerent à la Campagne, où ils font
dans une grande mifere. On y a fait venir 500
Soldats qu'on a mis autour des Murs & aux Por
bes , pour arrêter & fouiller tous ceux qui fortent
, afin de prévenir le pillage des effets qu'on
retire de deffous les démolitions. Ce tremblement
de terre s'eft fait fentir à Spolette , mais il n'y a
caufé aucun dommage confiderable.
Le 22 , on envoya de Rome à Norcia 3000
écus d'aumône pour les habitans de cette Ville ,
avec plufieurs Chirurgiens pour panfer les bleffez,
& des Médecins pour traiter les malades. On a
envoyé depuis d'autres fecours d'argent.
Les Cardinaux , Chefs d'Ordres , ont fait arrêter
un Religieux qui , prêchant dans une des
principales Eglifes de Rome , a été affez témé
raire pour prédire & affurer que la nuit du 14 au
15 May , la Ville de Rome feroit renversée de
fond en comble par un tremblement de terre , &
que cet évenement avoit été annoncé en fonge à
une de fes pénitentes, །
Le 17. les Cardinaux ordonnerent des Prieres
publiques pendant trois jours , dans differentes
Eglifes de Rome, & une Neuvaine dans l'Eglife
+
I Vol. de
JUI N. 1730. 1225
de S. Philippe de Neri , pour demander à Dieu
les lumieres neceffaires pour l'Election du Pape.
Les Pourvoyeurs du Conclave ont reçû ordre
d'y faire de nouvelles Provifions d'Huille , de
Bougies , de Bois & de Charbon.
Le bruit court que les Cardinaux de Schrot
tembach & Czacki ont reçû ordre de fe rendre
en diligence au Conclave , pour augmenter le
nombre de ceux qui font affectionnez à l'Empe
teur.
Le Cardinal Innico Carraccioli Napolitain
ayant vifité,fuivant la coutume , l'Eglife de faint
Pierre , entra le 21 du mois dernier au Concla
ve , où il y a prefentement 54 Cardinaux.
Le Commandeur Santini , nommé par le
Grand-Maître de Malte au Prieuré de Rome , a
offert au Sacré Collège d'en donner fa démiffion
, à condition d'une penfion fur ce Prieuré
, auquel les Cardinaux ont nommé le fecond
fils du Chevalier de S. George.
On apprend de Boulogne , qu'au commence→
ment du mois dernier , des Ouvriers travaillant
dans l'Eglife de S. Dominique de la même Ville,
y trouverent le tombeau de Lucius , Roy de
Sardaigne.
Pae un Courrier dépêché d'Anconne , on a re
çu avis qu'il étoit arrivé dans la Marche 3000
hommes de Troupes Impériales qui doivent fe
rendre dans le Royaume de Naples.
Le 25 Avril , on chanta à Naples un Te Deum,
folemnel , en mémoire de ce que cette Ville fut
préfervée de l'Incendie dont elle étoit menacée
par la chute de la Bourre enflammée d'un Canon
qui tomba dans le Magazin des Poudres du Châ
teau de l'Oeuf, lorsqu'on faifoit en 1723. des
décharges d'Artillerie à la fin d'un Te Deum
qu'on avoit chanté , pour rendre graces à Dieu
1. Val
da H
226 MERCURE DE FRANCE
de ce que cette Ville avoit été préfervée de la
communication du mal Contagieux qu'on crainoit
alors.
Le Comte de Wallis qui eft arrivé depuis peu
d'Allemagne à Naples, doit partir pour la Sicile,
pour aller commander en chef les Troupes de
PEmpereur.
On a appris de l'Ile de Corfe , par la voye de
Genes , que M. Venerolo avoit fait fommer trois
fois les Rebelles de cette Ifle de quitter les armes,
fans qu'ils cuffent obéi; & que ces Montagnards
ayant eu l'audace , au contraire , de venir piller
plufieurs Maifons de Campagne à quelques lieuës
de Baftia , le Commiffaire General de la Répus
Blique étoit parti ,à la tête de 500 hommes, pour
fes diffiper, Ces Lettres ajoutent qu'on doutoit à
Genes que les Corfes vouluffent rentrer dans leur
devoir , & qu'ils paroiffoient déterminez à fe
fouftraire à la domination de la République ;
e qui faifoit craindre qu'ils ne fuflent affurez
de la protection fecrete de quelque Puiffance.
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Résumé : ITALIE.
En mai 1730, plusieurs événements marquants se sont produits en Italie. Le Sacré Collège a sollicité l'intervention du nonce en Espagne, M. Aldobrandini, auprès du roi du Portugal pour permettre à certains cardinaux, dont le Cardinal de Motta, de se rendre à Rome afin de résoudre des conflits. Les biens du Cardinal Coscia lui ont été restitués, à l'exception de sa bibliothèque et de ses papiers, qui sont examinés par le Sacré Collège. Le 12 mai, un violent tremblement de terre a frappé Rome, causant des dégâts à Tivoli et détruisant presque toutes les maisons de Norcia, où plusieurs personnes ont été ensevelies. Un autre séisme, le 2 mai, a ouvert une montagne près de Chiapessa, engloutissant plus de 30 maisons. Un précédent tremblement de terre, le 12 du mois précédent, avait déjà causé des dommages importants dans plusieurs villes, notamment Norcia, où 400 personnes ont été déterrées, mortes ou blessées. Des secours, incluant des aumônes et des médecins, ont été envoyés à Norcia. À Rome, un religieux a été arrêté pour avoir prédit la destruction de la ville par un tremblement de terre. Les cardinaux ont ordonné des prières publiques pour demander des lumières pour l'élection du pape. Des préparatifs ont été faits pour le conclave, et des cardinaux ont été convoqués pour augmenter le nombre de ceux favorables à l'empereur. Le Cardinal Innico Caraccioli a rejoint le conclave, où 54 cardinaux sont présents. D'autres événements notables incluent la découverte du tombeau de Lucius, roi de Sardaigne, à Boulogne, l'arrivée de troupes impériales dans la Marche d'Ancône, un Te Deum à Naples pour commémorer un incendie évité, et des troubles à l'île de Corfou où des rebelles refusent de se soumettre à la République. Le Comte de Wallis doit partir pour la Sicile afin de commander les troupes de l'empereur.
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1361
p. 1229-1230
Discours des Doyen & Syndic de Sorbonne au Roy, [titre d'après la table]
Début :
SIRE, C'est avec la plus respectueuse confiance que nous approchons du Trône de Votre Majesté, [...]
Mots clefs :
Roi, Faculté de théologie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours des Doyen & Syndic de Sorbonne au Roy, [titre d'après la table]
Le Roy ayant agréé que la Faculté de
Théologie de Paris eût l'honneur de préfenter
à S. M. les Actes & Decrets qu'elle
a faits pour la reception & l'execution
de la Bulle Unigenitus M. Leullier ,
Doyen , & M. de Romigny , Svndic , &
les Docteurs députez , fe rendirent à
Fontainebleau , étant introduits dans le
grand Cabinet du Roi , & préſentez
par M. le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat. M. le Doyen fit à S. M. le
Difcours fuivant,
SIRE,
C'eft avec la plus refpectueuse confiance
que nous approchons du Trône de Votre Ma
jefté , pour lui préfenter les Actes que la Faculté
de Théologie a faits pour renouveller l'execution
d'unDecret que votre augufte Bifayenl
reçut autrefois avec bonté , & dont il ordonna
la publication ; ils tendent , SIRE , à
concourir de notre part à éteindre ces divi-
I. Vol. Hiijfions
1230 MERCURE DE FRANCE
fions funeftes, dont les Eglifes de votre Royan
me ont été fi long-temps agitées & à ramener
à l'unité quelques- uns de nos Confreres qui
s'en font malheureusement écartez.
Louis le Grand a vû naître ces triftes dif
fentions dès les premieres années de fon
Regne , & ce Roi fi puiffant , fi redouté , n'a
pu , malgré fes defirs , ramener fes Sujets indociles
à l'obeisance , à la foumiffion due à
Eglife.
Cet beureux Evenement étoit réservé au
Regne & à laReligion devotreMajefté . Puiffe
la derniere Déclaration de Votre Majefté
fi digne de fa pieté , affermir une Paix qui
eft l'objet de fes voeux les plus ardens. Ainfi
marchez- vous fur les traces de vos auguftes
Ancêtres qui n'ont jamais fouffert qu'on alterât
dans leurs Etats la pureté de la Religion
Carbolique , ainfi vous imitez , SIRE ,
les Conftantins, les Théodofes , les Marciens ,
qui fe font acquis une gloire immortelle en re
primant par des Edits feveres les herefies
qui fe font élevées dès leurs temps. Si nos
Confreres indociles fe font attiré la jufte
indignation de V. M. par leur réfiftances
puiffent-ils parun retour prompt & fincere ,
meriter les effets de fa clémence ? Ce font ,
SIRE , les voeux d'une Compagnie qui che
rit les fiens , & qui regarde comme fon premier
devoird'êtrefoumise à l'Eglife, & oberf
fante àfon Roi.
Théologie de Paris eût l'honneur de préfenter
à S. M. les Actes & Decrets qu'elle
a faits pour la reception & l'execution
de la Bulle Unigenitus M. Leullier ,
Doyen , & M. de Romigny , Svndic , &
les Docteurs députez , fe rendirent à
Fontainebleau , étant introduits dans le
grand Cabinet du Roi , & préſentez
par M. le Comte de Maurepas , Secretaire
d'Etat. M. le Doyen fit à S. M. le
Difcours fuivant,
SIRE,
C'eft avec la plus refpectueuse confiance
que nous approchons du Trône de Votre Ma
jefté , pour lui préfenter les Actes que la Faculté
de Théologie a faits pour renouveller l'execution
d'unDecret que votre augufte Bifayenl
reçut autrefois avec bonté , & dont il ordonna
la publication ; ils tendent , SIRE , à
concourir de notre part à éteindre ces divi-
I. Vol. Hiijfions
1230 MERCURE DE FRANCE
fions funeftes, dont les Eglifes de votre Royan
me ont été fi long-temps agitées & à ramener
à l'unité quelques- uns de nos Confreres qui
s'en font malheureusement écartez.
Louis le Grand a vû naître ces triftes dif
fentions dès les premieres années de fon
Regne , & ce Roi fi puiffant , fi redouté , n'a
pu , malgré fes defirs , ramener fes Sujets indociles
à l'obeisance , à la foumiffion due à
Eglife.
Cet beureux Evenement étoit réservé au
Regne & à laReligion devotreMajefté . Puiffe
la derniere Déclaration de Votre Majefté
fi digne de fa pieté , affermir une Paix qui
eft l'objet de fes voeux les plus ardens. Ainfi
marchez- vous fur les traces de vos auguftes
Ancêtres qui n'ont jamais fouffert qu'on alterât
dans leurs Etats la pureté de la Religion
Carbolique , ainfi vous imitez , SIRE ,
les Conftantins, les Théodofes , les Marciens ,
qui fe font acquis une gloire immortelle en re
primant par des Edits feveres les herefies
qui fe font élevées dès leurs temps. Si nos
Confreres indociles fe font attiré la jufte
indignation de V. M. par leur réfiftances
puiffent-ils parun retour prompt & fincere ,
meriter les effets de fa clémence ? Ce font ,
SIRE , les voeux d'une Compagnie qui che
rit les fiens , & qui regarde comme fon premier
devoird'êtrefoumise à l'Eglife, & oberf
fante àfon Roi.
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Résumé : Discours des Doyen & Syndic de Sorbonne au Roy, [titre d'après la table]
Le roi a autorisé la Faculté de Théologie de Paris à présenter les Actes et Décrets relatifs à la Bulle Unigenitus. Le doyen Leullier et le syndic de Romigny, accompagnés de docteurs délégués, se rendirent à Fontainebleau. Introduits par le comte de Maurepas, le doyen prononça un discours. Il exprima la confiance respectueuse de la Faculté et présenta les Actes visant à renouveler l'exécution d'un décret royal antérieur. Ces Actes cherchent à éteindre les divisions nuisibles dans les églises du royaume et à ramener à l'unité certains confrères égarés. Louis XIV avait tenté sans succès de résoudre ces dissensions dès le début de son règne. Le discours espère que la déclaration royale affermira une paix souhaitée et imite les ancêtres royaux qui ont maintenu la pureté de la religion catholique. Il appelle également à la clémence royale envers les confrères indociles. La Faculté de Théologie exprime son dévouement à l'Église et à son roi.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1362
p. 1231
A LA REINE.
Début :
MADAME, Nous esperons que vous recevrez favorablement les Actes que nous avons l'honneur [...]
Mots clefs :
Reine, Religion
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texteReconnaissance textuelle : A LA REINE.
A LA REINE.
MADA ADAME,
Nous efperons que vous recevrez favoran
blement les Actes que nous avons l'honneur
de présenter à V. M. ils vous doivent être
d'autant plus chers , qu'ils font appuyez de
Fautorité du Roi , & qu'ils tendent à la confervation
de lafaine Doctrine . Toutes lesgrandes
qualitez de V. M. ne feroient rien de
vant Dieu , fi elles n'étoient foutenues de
votre zele pour la Religion , qui leur donne
leurprincipal luftre.
Le Ciel a commencé à les récompenfer
dès ce mondes elles vous ont placée sur le
premier Trône de l'Univers , elles vous ont
obtenu un Enfant fi defiré , qui fait la joye
de V. M. celle de vos Sujets , & qui affure
le repos de l'Europe.
Qu'il croiffe , MADAME , fous vos yeux,
eet aimable Dauphin ? qu'il recueille le fruit
de vos exemples , qu'il marche fur les pas de
fon augufte Pere & de fon Roi , qu'il foit un
four à fon exemple le Protecteur de l'Eglife
le foutien de la vraye Religion.
MADA ADAME,
Nous efperons que vous recevrez favoran
blement les Actes que nous avons l'honneur
de présenter à V. M. ils vous doivent être
d'autant plus chers , qu'ils font appuyez de
Fautorité du Roi , & qu'ils tendent à la confervation
de lafaine Doctrine . Toutes lesgrandes
qualitez de V. M. ne feroient rien de
vant Dieu , fi elles n'étoient foutenues de
votre zele pour la Religion , qui leur donne
leurprincipal luftre.
Le Ciel a commencé à les récompenfer
dès ce mondes elles vous ont placée sur le
premier Trône de l'Univers , elles vous ont
obtenu un Enfant fi defiré , qui fait la joye
de V. M. celle de vos Sujets , & qui affure
le repos de l'Europe.
Qu'il croiffe , MADAME , fous vos yeux,
eet aimable Dauphin ? qu'il recueille le fruit
de vos exemples , qu'il marche fur les pas de
fon augufte Pere & de fon Roi , qu'il foit un
four à fon exemple le Protecteur de l'Eglife
le foutien de la vraye Religion.
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Résumé : A LA REINE.
La lettre est adressée à Marie Leszczyńska, épouse de Louis XV. Les auteurs espèrent que la reine approuvera les Actes présentés, soutenus par l'autorité royale et visant à préserver la foi chrétienne. Ils soulignent son zèle religieux et les bénédictions divines, comme la naissance du dauphin Louis. Ils souhaitent que le dauphin suive l'exemple de son père et protège l'Église.
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1363
p. 1232-1233
A. S. E. MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE FLEURY.
Début :
MONSEIGNEUR, Si la Faculté de Théologie reprend son ancienne splendeur, si après des jours nébuleux [...]
Mots clefs :
Cardinal de Fleury, Faculté de théologie
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texteReconnaissance textuelle : A. S. E. MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE FLEURY.
A. S. E. MONSEIGNEUR
LE CARDINAL DE FLEURY.
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Si la Faculté de Théologie reprend fon
ancienne fplendeur, fi après des jours nébuleux
qui l'ont obfcurcie , elle repand un nou
vel éclat , c'est à V. E. que nous en fommes
redevables ! Qu'il vous eft glorieux , Mon-
SEIGNEUR , de travailler avec tant de
Zele à étouffer ces femences de guerre ,. dons
les Peuples étoient allarmez ! mais j'ofe dire
qu'il ne vous le fera pas moins , ni moins
important pour le bien de l'Etat , de réunir
les efprits divifez fur la Religion. V. E, à
faifi l'unique voye d'y parvenir ; le calme
que vous avez remis dans la Faculté de
Théologie , la derniere Déclaration du Roi ,
fi neceffaire dans les circonstances prefentes,
font des préfages certains de la paix de l'Eglife
; paix qui confifte uniquement dans l'obéiffance
à l'autorité légitime. Que nos Freres
indociles ne ferment plus les yeux à la
lumiere qui brille de toutes parts en faveur
du Decret Apoftolique , qu'ils ceffent de préferer
leurs efprits particuliers au jugement de
tant de Pontifes unis avec le S. Siege. En
vain fe vantent-ils du zele qu'ils difent avoir
1. Vol.
•pour
SWAJULN. 1730. 1233
pour les Droits facrez de la Couronne ; en
vain fe donnent-ils la gloire d'être les plus
fideles Sujets de S. M. Cet artifice groffier,
ce langage feduifant mis en ufage par les
Novateurs de tous les fiecles , pour couvrir
leurs erreurs, ne trompe plus perfonne. Connoiffent-
ils donc mieux les Droits facrez du
Diademe , que le Souverain & les grands
Hommes à qui il donnefa confiance , & qu'il
admet dans fes Confeils ? Est-ce être fidele
Sujet du Roi que de réfifter à fes ordres les
plus précis ? Non , MONSEIGNEUR , il
n'y a point de Sujets plus fideles à leur Prin
ce que ceux qui font foumis à l'Eglife . C'eft
pour ramener nos Confreres à des fentimens
plus dignes de Théologiens Catholiques, que
la Faculté a dreffe les Alles qu'elle nous or◄
donne de préfenter à Votre Eminence
LE CARDINAL DE FLEURY.
MONSEIG ONSEIGNEUR ,
Si la Faculté de Théologie reprend fon
ancienne fplendeur, fi après des jours nébuleux
qui l'ont obfcurcie , elle repand un nou
vel éclat , c'est à V. E. que nous en fommes
redevables ! Qu'il vous eft glorieux , Mon-
SEIGNEUR , de travailler avec tant de
Zele à étouffer ces femences de guerre ,. dons
les Peuples étoient allarmez ! mais j'ofe dire
qu'il ne vous le fera pas moins , ni moins
important pour le bien de l'Etat , de réunir
les efprits divifez fur la Religion. V. E, à
faifi l'unique voye d'y parvenir ; le calme
que vous avez remis dans la Faculté de
Théologie , la derniere Déclaration du Roi ,
fi neceffaire dans les circonstances prefentes,
font des préfages certains de la paix de l'Eglife
; paix qui confifte uniquement dans l'obéiffance
à l'autorité légitime. Que nos Freres
indociles ne ferment plus les yeux à la
lumiere qui brille de toutes parts en faveur
du Decret Apoftolique , qu'ils ceffent de préferer
leurs efprits particuliers au jugement de
tant de Pontifes unis avec le S. Siege. En
vain fe vantent-ils du zele qu'ils difent avoir
1. Vol.
•pour
SWAJULN. 1730. 1233
pour les Droits facrez de la Couronne ; en
vain fe donnent-ils la gloire d'être les plus
fideles Sujets de S. M. Cet artifice groffier,
ce langage feduifant mis en ufage par les
Novateurs de tous les fiecles , pour couvrir
leurs erreurs, ne trompe plus perfonne. Connoiffent-
ils donc mieux les Droits facrez du
Diademe , que le Souverain & les grands
Hommes à qui il donnefa confiance , & qu'il
admet dans fes Confeils ? Est-ce être fidele
Sujet du Roi que de réfifter à fes ordres les
plus précis ? Non , MONSEIGNEUR , il
n'y a point de Sujets plus fideles à leur Prin
ce que ceux qui font foumis à l'Eglife . C'eft
pour ramener nos Confreres à des fentimens
plus dignes de Théologiens Catholiques, que
la Faculté a dreffe les Alles qu'elle nous or◄
donne de préfenter à Votre Eminence
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Résumé : A. S. E. MONSEIGNEUR LE CARDINAL DE FLEURY.
L'auteur d'une lettre félicite Monseigneur le Cardinal de Fleury pour la restauration de la splendeur de la Faculté de Théologie après une période obscure. Il exprime sa gratitude pour les efforts du Cardinal visant à apaiser les tensions et à réunir les esprits divisés sur la religion. La lettre souligne que le calme rétabli dans la Faculté et la dernière Déclaration du Roi sont des signes prometteurs de la paix de l'Église, fondée sur l'obéissance à l'autorité légitime. L'auteur appelle les frères indociles à cesser de résister au Décret Apostolique et à ne pas privilégier leurs opinions personnelles au jugement des Pontifes unis avec le Saint-Siège. Il critique ceux qui se vantent de leur zèle pour les droits de la Couronne et de leur fidélité au Roi tout en résistant aux ordres du souverain. La lettre conclut en affirmant que les sujets les plus fidèles au prince sont ceux qui sont soumis à l'Église, et que la Faculté adresse des allèles pour ramener les confrères à des sentiments plus dignes de théologiens catholiques.
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1364
p. 1233-1235
A MONSEIGNEUR, LE CHANCELIER.
Début :
MONSEIGNEUR, Elevé au supreme degré de la Magistrature, il vous appartient d'appuyer également [...]
Mots clefs :
Pasteurs, Chancelier de France, Église
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR, LE CHANCELIER.
A MONSEIGNEUR ,
LE CHANCELIER
MONSEIGNEUR ,
Elevé au fupreme degré de la Magiftra
ture , il vous appartient d'appuyer également
les Loix de l'Eglife celles de l'Etat,
& à nous de leur rendre une entiere &
parfaite
obéiffance ; quand l'Eglife parle à fes
Enfans & le Roi à fes Sujets , le feul parti
1. Voli Hv de
1234 MERCURE DE FRANCE
de ceux- cy eft celui de la foumiffion. Dans les
questions judicieufes , nous déliberons , nous
formons nos avis ; mais après le jugement
des premiers Pafteurs , notre gloire eft d'obeir.
Vous le difiez autrefois , MONSE 1-
GNEUR, dans l'importante place que vous
occupiez au Parlemenp & que vous foute
niez avec tant de dignité & d'éloquences
vous affuriez que le fuffrage des Evêques
affermit irrevocablement la décifion du Sou
verain Pontife , & que c'eft à cette union
parfaite des Membres avec les Chefs , que
les Chrétiens font obligez de reconnoître la
voix de la verité & le jugement de Dieu
même. Cependant , MONSEIGNEUR ,
quelle monftrueuse Doctrine n'a-t-on pas
avancée depuis quelques années , fous lefpecieux
prétexte d'attachement aux maximes
du Royaume ? on a foutenu avec opiniâtreté
des erreurs capitales profcrites par l'une &
Pautre Puiffance. On a ébranlé tous les fondemens
de ta Hyerarchie & de la fubordination
on a autorife chaque Particulier à s'ériger
en Juge & arbitre de fa foy , onfour
met les décifions des premiers Pafteurs unis
avec leur Chef , à l'approbation du Peuple..
On fait dépendre la validité de leurs Juge
mens , du confentement des fimples Fideles
nous le difons avec douleur , le malheur des
temps a entraîné dans ces écarts des perſon- ·
d'ailleurs refpectables , & quelques-uns
nes .
I.. Vola de
JUIN 1730. 1235.
de nos Confreres qui paroiffent y perfeverer
avec opiniâtreté.
·Ne pouvons-nous pas efperer , MON
SEIGNEUR
, que Les Actes que nous avons
Phonneur de vous prefenter , & fur tout la
derniere Déclaration du Roy , dreffée avec
tant de fageffe , tes feront revenir de leur
prévention & les rameneront à l'unité.
Oui , MONSEIGNEUR , nous l'efpe
rons , mais nous ne l'espérons que de la bonté
de celui qui a l'a toute puiffance de tournerles
Geurs les plus rebelles comme il lui plait &
de lesfaire rentrer dans l'obéiffance & dans
La foumission.
LE CHANCELIER
MONSEIGNEUR ,
Elevé au fupreme degré de la Magiftra
ture , il vous appartient d'appuyer également
les Loix de l'Eglife celles de l'Etat,
& à nous de leur rendre une entiere &
parfaite
obéiffance ; quand l'Eglife parle à fes
Enfans & le Roi à fes Sujets , le feul parti
1. Voli Hv de
1234 MERCURE DE FRANCE
de ceux- cy eft celui de la foumiffion. Dans les
questions judicieufes , nous déliberons , nous
formons nos avis ; mais après le jugement
des premiers Pafteurs , notre gloire eft d'obeir.
Vous le difiez autrefois , MONSE 1-
GNEUR, dans l'importante place que vous
occupiez au Parlemenp & que vous foute
niez avec tant de dignité & d'éloquences
vous affuriez que le fuffrage des Evêques
affermit irrevocablement la décifion du Sou
verain Pontife , & que c'eft à cette union
parfaite des Membres avec les Chefs , que
les Chrétiens font obligez de reconnoître la
voix de la verité & le jugement de Dieu
même. Cependant , MONSEIGNEUR ,
quelle monftrueuse Doctrine n'a-t-on pas
avancée depuis quelques années , fous lefpecieux
prétexte d'attachement aux maximes
du Royaume ? on a foutenu avec opiniâtreté
des erreurs capitales profcrites par l'une &
Pautre Puiffance. On a ébranlé tous les fondemens
de ta Hyerarchie & de la fubordination
on a autorife chaque Particulier à s'ériger
en Juge & arbitre de fa foy , onfour
met les décifions des premiers Pafteurs unis
avec leur Chef , à l'approbation du Peuple..
On fait dépendre la validité de leurs Juge
mens , du confentement des fimples Fideles
nous le difons avec douleur , le malheur des
temps a entraîné dans ces écarts des perſon- ·
d'ailleurs refpectables , & quelques-uns
nes .
I.. Vola de
JUIN 1730. 1235.
de nos Confreres qui paroiffent y perfeverer
avec opiniâtreté.
·Ne pouvons-nous pas efperer , MON
SEIGNEUR
, que Les Actes que nous avons
Phonneur de vous prefenter , & fur tout la
derniere Déclaration du Roy , dreffée avec
tant de fageffe , tes feront revenir de leur
prévention & les rameneront à l'unité.
Oui , MONSEIGNEUR , nous l'efpe
rons , mais nous ne l'espérons que de la bonté
de celui qui a l'a toute puiffance de tournerles
Geurs les plus rebelles comme il lui plait &
de lesfaire rentrer dans l'obéiffance & dans
La foumission.
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Résumé : A MONSEIGNEUR, LE CHANCELIER.
L'auteur d'une lettre adressée à un chancelier insiste sur l'importance de l'obéissance aux lois de l'Église et de l'État. Il rappelle que les fidèles doivent se soumettre aux jugements des premiers pasteurs et aux décisions du souverain pontife, soulignant que l'union entre les membres et les chefs est cruciale pour reconnaître la vérité et le jugement divin. L'auteur exprime son inquiétude face à des doctrines récentes qui contestent la hiérarchie et la subordination, permettant aux individus de juger leur foi et de contester les décisions des autorités ecclésiastiques. Cette situation a conduit des personnes respectables, y compris certains confrères, à persévérer dans ces erreurs. L'auteur espère que les actes présentés, notamment la dernière déclaration du roi, ramèneront les égarés à l'unité et à l'obéissance, en comptant sur la puissance divine pour convertir les cœurs rebelles.
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1365
p. 1236
A MONSEIGNEUR LE GARDE DES SCEAUX.
Début :
MONSEIGNEUR, L'inclination, d'accord avec le devoir, nous invite à vous presenter un Decret de la Faculté [...]
Mots clefs :
Faculté de théologie, Garde des sceaux
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texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE GARDE DES SCEAUX.
A MONSEIGNEUR
LE GARDE DES SCEAUX
MONSET ONSEIGNEUR ,
L'inclination, d'accord avec le devoir, nous
invite à vous prefenter un Decret de la Fa
culté de Théologie , qui n'eft pas tant un
effet de notre déliberation , qu'un témoignage
autentique de notre obéiffance à une Loy de
Eglife de l'Etat . L'Approbation dont
nous efperons que vous l'honorerez , entraî
nera celle de toutes les perfonnes fenfees.
Si le Roy eft le feul Légiflateur de for
Royaume , c'est vous , MONSEIGNEUR ,
qui imprimez le caractere de l'autorité à fes
I., Vol. E vj Loixs
1236 MERCURE DE FRANCE
Loix , & ce font les Théologiens qui doivent
donner aux autres Sujets l'exemple du respect
& de la foumiffion.
Nous voyons cependant avec douleur quel.
qu'un des nôtres s'en difpenfer fous des pré-.
textes les plus frivoles , & donner au contraire
Le fcandale de la résistance la plus marquée,
ils craignent , difent-ils , de donner atteinte
aux Droitsfacrez de la Couronne , mais en
effet c'est l'attachement qu'ils ont aux erreurs
tant de fois profcrites. Ces Droitsfacrez conrent-
ils quelques rifques , MONSEIGNEUR,
quand ils font fous votre garde ? C'est pour
faire revenir ces Docteurs de leur prévention
fi peu digne de Théologiens Ortodoxes , que
la Faculté de Théologie a dreffé les Actes que
nous avons l'honneur de vous préſenter.
LE GARDE DES SCEAUX
MONSET ONSEIGNEUR ,
L'inclination, d'accord avec le devoir, nous
invite à vous prefenter un Decret de la Fa
culté de Théologie , qui n'eft pas tant un
effet de notre déliberation , qu'un témoignage
autentique de notre obéiffance à une Loy de
Eglife de l'Etat . L'Approbation dont
nous efperons que vous l'honorerez , entraî
nera celle de toutes les perfonnes fenfees.
Si le Roy eft le feul Légiflateur de for
Royaume , c'est vous , MONSEIGNEUR ,
qui imprimez le caractere de l'autorité à fes
I., Vol. E vj Loixs
1236 MERCURE DE FRANCE
Loix , & ce font les Théologiens qui doivent
donner aux autres Sujets l'exemple du respect
& de la foumiffion.
Nous voyons cependant avec douleur quel.
qu'un des nôtres s'en difpenfer fous des pré-.
textes les plus frivoles , & donner au contraire
Le fcandale de la résistance la plus marquée,
ils craignent , difent-ils , de donner atteinte
aux Droitsfacrez de la Couronne , mais en
effet c'est l'attachement qu'ils ont aux erreurs
tant de fois profcrites. Ces Droitsfacrez conrent-
ils quelques rifques , MONSEIGNEUR,
quand ils font fous votre garde ? C'est pour
faire revenir ces Docteurs de leur prévention
fi peu digne de Théologiens Ortodoxes , que
la Faculté de Théologie a dreffé les Actes que
nous avons l'honneur de vous préſenter.
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Résumé : A MONSEIGNEUR LE GARDE DES SCEAUX.
La lettre est adressée à Monseigneur le Garde des Sceaux et présente un décret de la Faculté de Théologie. Les auteurs soulignent leur obéissance aux lois de l'Église et de l'État et espèrent l'approbation de Monseigneur. Ils affirment que le roi est le seul législateur du royaume, mais que Monseigneur confère l'autorité aux lois. Les théologiens doivent montrer l'exemple du respect et de la soumission. Cependant, un membre de la communauté refuse cette obligation, créant un scandale de résistance. Ce théologien invoque des prétextes frivoles et prétend protéger les droits sacrés de la Couronne, mais est en réalité attaché à des erreurs souvent condamnées. Pour remédier à cette situation, la Faculté de Théologie a rédigé des actes présentés à Monseigneur afin de faire revenir ces docteurs de leurs préventions.
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1366
p. 1237-1238
« Le 8. jour de la Fête-Dieu, il y eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries, [...] »
Début :
Le 8. jour de la Fête-Dieu, il y eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries, [...]
Mots clefs :
Concert, Loterie
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texteReconnaissance textuelle : « Le 8. jour de la Fête-Dieu, il y eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries, [...] »
Le 8. jour de la Fête- Dieu , il y eut
Concert Spirituel au Château des Thuilleries
, on y chanta Sacris Solemniis , Motet
de M. de la Lande. Les Dies Eremens &
le Maure , en chanterent un autre nouveau
, O Sacrum convivium , à deux voix,
avec Symphonie , de la compofition de
M. Mouret , qui fut très- applaudi . Le
freur le Clair joüa un Concerto, & fit executer
un Trio de fa compofition qui fit plaifir;
on finit par le Te Deum, avec Timbales
& Trompettes , précedé d'une très - belle
Piece de Symphonie de M. Mouret .
Le 9. la Loterie pour le Rembourfement
des Rentes de l'Hôtel de Ville , fut
tirée en prefence du Prévôt des Marchands
& des Echevins , en la maniere
accoûtumée , le fonds de ce mois s'eft
J. Vol. ac
1118 MERCURE DE FRANCE
trouvé monter à la fomme de 1168225 .
livres , laquelle a été diftribuée aux Rentiers
, pour les Lots qui leur font échûs
conformement à la Lifte generale qui a
été rendue publique.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des
Endes ,
ordonnée par Arrêt du Confeil du
2. Mai pour le
rembourſement des Ac
tions fut tirée comme la precedente, Il y
a eu 280. Actions & 250. dixièmes d'Actions
de rembourfées , fuivant la Lifte
Numerotée qui a été rendue publique.
Concert Spirituel au Château des Thuilleries
, on y chanta Sacris Solemniis , Motet
de M. de la Lande. Les Dies Eremens &
le Maure , en chanterent un autre nouveau
, O Sacrum convivium , à deux voix,
avec Symphonie , de la compofition de
M. Mouret , qui fut très- applaudi . Le
freur le Clair joüa un Concerto, & fit executer
un Trio de fa compofition qui fit plaifir;
on finit par le Te Deum, avec Timbales
& Trompettes , précedé d'une très - belle
Piece de Symphonie de M. Mouret .
Le 9. la Loterie pour le Rembourfement
des Rentes de l'Hôtel de Ville , fut
tirée en prefence du Prévôt des Marchands
& des Echevins , en la maniere
accoûtumée , le fonds de ce mois s'eft
J. Vol. ac
1118 MERCURE DE FRANCE
trouvé monter à la fomme de 1168225 .
livres , laquelle a été diftribuée aux Rentiers
, pour les Lots qui leur font échûs
conformement à la Lifte generale qui a
été rendue publique.
Le 26. la Lotterie de la Compagnie des
Endes ,
ordonnée par Arrêt du Confeil du
2. Mai pour le
rembourſement des Ac
tions fut tirée comme la precedente, Il y
a eu 280. Actions & 250. dixièmes d'Actions
de rembourfées , fuivant la Lifte
Numerotée qui a été rendue publique.
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Résumé : « Le 8. jour de la Fête-Dieu, il y eut Concert Spirituel au Château des Thuilleries, [...] »
Le 8 juin, lors de la Fête-Dieu, un Concert Spirituel a été organisé au Château des Tuileries. Le programme incluait les œuvres Sacris Solemniis de M. de la Lande et O Sacrum convivium de M. Mouret, cette dernière étant très applaudie. Le frère Leclair a interprété un concerto et un trio de sa composition, appréciés par le public. La journée s'est achevée par un Te Deum accompagné de timbales et de trompettes, précédé d'une pièce symphonique de M. Mouret. Le 9 juin, la loterie pour le remboursement des rentes de l'Hôtel de Ville a été tirée en présence du Prévôt des Marchands et des Échevins. Le fonds du mois s'est élevé à 1 168 225 livres, distribuées aux rentiers selon la liste générale publiée. Le 26 juin, la loterie de la Compagnie des Indes, ordonnée par un arrêt du Conseil du 2 mai, a permis de rembourser 280 actions et 250 dixièmes d'actions, conformément à la liste numérotée publiée.
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1367
p. 1249-1251
A MADAME LA PRINCESSE DE CONTI
Début :
MADAME, Depuis le tems que V.A.S s'ennuie si poliment à entendre des harangues, vous [...]
Mots clefs :
Princesse de Conti, Académie de Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA PRINCESSE DE CONTI
Au fortir de Table , leurs Alteffes partirent
pour Marſeille , dans le deffein de
voir en paffant la fameufe Fontaine de
Vauclufe. Elles trouverent le fieur Cot
tiér à la tête de fa Troupe , en bon ordre ,
qui eut l'honneur de les accompagner
jufques à ce qu'il plût à la Princeffe de les
congédier, après les avoir remerciés avec
cette bonté qui lui eft fi naturelle , & dont
tout le monde a été charmé. En fortant
de la Ville , leurs Alteffes voulurent voir
le cours de l'Aqueduc des Fontaines . On
tira les Boëtes & on fit une Salve generale
comme à leur arrivée.
La Princeffe de Conti & le Prince de
Conti fon fils , ont été reçûs dans toutes
les Villes & lieux de leur paffage avec les
honneurs dûs au Princes du Sang.
Le Chevalier de Lopés de la Fare , à la
tête de l'Academie des Belles Lettres de
Marfeille , harangua L.A.S. en ces termes.
J. Vol.
I. A
1250 MERCURE DE FRANCE .
A MADAME
LA PRINCESSE , DE CONTE
MADDAAMME
Depuis le tems que V. A. S. s'ennuie fi
poliment à entendre des harangues , vous
n'avez point reçû d'hommages plus pardonnable
que celui de l'Academie de Marſeille.
Ellone vient point vous louer d'être du Sang
de fes Rois pas même d'avoir legrand Conde
pour ayeul , fources d'éloges pour qui n'en
mériteroit pas de perfonnels ; mais , MADAME
, vous lui apprenez vous - même à
mépriser ces prefens du hazard . Elle s'inter
dira donc jufqu'au plaifir de parler de cette
imagination vive & jufte , qui, en fe jouant,
corrige & fixe le goût de la France ; & nous
feindrons d'ignorer que les graces répandent
fur vos difcours tout le brillant & le majef
tueux que l'efprit feul ne peut donner; mais
des dons plus folides & des qualitez vraiment
refpectables nous forcent à admirer en
Vous des fentimens & des vertus dignes de
notre culte. Si les Mufes qui fe piquent ordinairement
d'indépendance & de verité, uſent
quelquefois de complaisance & de politique,
on fçait affez , MADAME, que les
L Vol. A • Mufes
JUIN 1730. 11231
Mufes de Provence Je diftinguent par leur
franchife.
pour Marſeille , dans le deffein de
voir en paffant la fameufe Fontaine de
Vauclufe. Elles trouverent le fieur Cot
tiér à la tête de fa Troupe , en bon ordre ,
qui eut l'honneur de les accompagner
jufques à ce qu'il plût à la Princeffe de les
congédier, après les avoir remerciés avec
cette bonté qui lui eft fi naturelle , & dont
tout le monde a été charmé. En fortant
de la Ville , leurs Alteffes voulurent voir
le cours de l'Aqueduc des Fontaines . On
tira les Boëtes & on fit une Salve generale
comme à leur arrivée.
La Princeffe de Conti & le Prince de
Conti fon fils , ont été reçûs dans toutes
les Villes & lieux de leur paffage avec les
honneurs dûs au Princes du Sang.
Le Chevalier de Lopés de la Fare , à la
tête de l'Academie des Belles Lettres de
Marfeille , harangua L.A.S. en ces termes.
J. Vol.
I. A
1250 MERCURE DE FRANCE .
A MADAME
LA PRINCESSE , DE CONTE
MADDAAMME
Depuis le tems que V. A. S. s'ennuie fi
poliment à entendre des harangues , vous
n'avez point reçû d'hommages plus pardonnable
que celui de l'Academie de Marſeille.
Ellone vient point vous louer d'être du Sang
de fes Rois pas même d'avoir legrand Conde
pour ayeul , fources d'éloges pour qui n'en
mériteroit pas de perfonnels ; mais , MADAME
, vous lui apprenez vous - même à
mépriser ces prefens du hazard . Elle s'inter
dira donc jufqu'au plaifir de parler de cette
imagination vive & jufte , qui, en fe jouant,
corrige & fixe le goût de la France ; & nous
feindrons d'ignorer que les graces répandent
fur vos difcours tout le brillant & le majef
tueux que l'efprit feul ne peut donner; mais
des dons plus folides & des qualitez vraiment
refpectables nous forcent à admirer en
Vous des fentimens & des vertus dignes de
notre culte. Si les Mufes qui fe piquent ordinairement
d'indépendance & de verité, uſent
quelquefois de complaisance & de politique,
on fçait affez , MADAME, que les
L Vol. A • Mufes
JUIN 1730. 11231
Mufes de Provence Je diftinguent par leur
franchife.
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Résumé : A MADAME LA PRINCESSE DE CONTI
Le texte décrit le voyage de la Princesse de Conti et du Prince de Conti, son fils, du fort de Table à Marseille pour visiter la Fontaine de Vaucluse. Ils furent escortés par le sieur Cottier et sa troupe jusqu'à ce qu'ils les congédient après les avoir remerciés. En quittant Marseille, ils admirèrent l'aqueduc des Fontaines, salué par une salve générale en leur honneur. Partout, ils reçurent les honneurs dus aux Princes du Sang. À Marseille, le Chevalier de Lopés de la Fare, représentant l'Académie des Belles Lettres, adressa un discours à la Princesse. Il loua son imagination vive et juste, influençant le goût de la France, ainsi que ses discours empreints de grâce et de majesté, et ses vertus dignes de respect. Les Muses de Provence exprimèrent également leur admiration pour la Princesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1368
p. 1251
A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI.
Début :
MONSEIGNEUR, L'Academie de Marseille vient offrir ses plus profonds respects à V.A.S & s'acquite [...]
Mots clefs :
Prince de Conti, Académie de Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A MONSEIGNEUR LE PRINCE DE CONTI.
MONSEIGNEUR ,
LE PRINCE DE CONTI
MONSEIGNEUR ,
L'Academie de Marseille vient offrir fes
plus profonds refpects à V. A. S. & s'acte
quite de ce tribut avec autant dejoye qu'elle
en reffentira dans la fuite à chanter vos béroiques
vertus. L'hiftoire de vos Auguftes
Ayeux vous en fournira les plus grands modeles
, mais vous en trouverez les plus pref
fans & les plus sûrs principes dans vousmême.
LE PRINCE DE CONTI
MONSEIGNEUR ,
L'Academie de Marseille vient offrir fes
plus profonds refpects à V. A. S. & s'acte
quite de ce tribut avec autant dejoye qu'elle
en reffentira dans la fuite à chanter vos béroiques
vertus. L'hiftoire de vos Auguftes
Ayeux vous en fournira les plus grands modeles
, mais vous en trouverez les plus pref
fans & les plus sûrs principes dans vousmême.
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1369
p. 1267-1269
RÉPONSE de l'Auteur de Marseille Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été écrite de Provence le premier Fevrier 1729.
Début :
Je fais, Monsieur, tout le cas possible de vos Reflexions sur la Lettre qui est [...]
Mots clefs :
Savants, Beaux-arts
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de l'Auteur de Marseille Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été écrite de Provence le premier Fevrier 1729.
REPONSE de l'Auteur de Marſeille
Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été
écrite de Provence le premier Fevrier
1729.
Jde vos
E fais , Monfieur , tout le cas poffible
de vos Reflexions fur la Lettre qui eft
imprimée dans le Mercure de Françe
intitulée Marseille Sçavante &c. J'aurois
pû , il eft vrai , donner plus d'étenduë
aux differens articles qui la compofent,
& augmenter même le nombre de ces articles
, fur-tout à l'égard des Sçavans modernes
; mais un Livre entier auroit à
peine fuffi pour executer un Plan plus
vafte , & j'ai entrepris d'écrire feulement
II. Vol.
Aiiij une
1268 MERCURE DE FRANCE
une Lettre , dans la vûë que j'ai eu ſoin
d'expofer au commencement de la même
Lettre. Je me fuis cependant refervé ,
comme vous fçavez , la liberté de reparer
par un Supplément les omiffions effentielles
que je puis avoir faites , faute d'avoir
connu quelques Marfeillois Sçavans,
ou leurs Ouvrages , & de corriger les
fautes qui me feront échapées.
Mais avant que d'en venir là
me permettrez , Monfieur , de pourfuivre
mon deffein , & de mettre à la fuite des.
Auteurs Marfeillois les noms & les Ouvrages
de ceux de nos Compatriotes qui
ont cultivé les beaux Arts , fur- tout les
Arts utiles & qui y ont excellé. C'eſt ,
comme je l'ai déja dit , ce qui doit faire
la feconde Partie de Marseille Sçavante.
Vous
Cependant j'ai fait attention à ce que
vous m'écrivez , qu'il y a plufieurs Marfeillois
qui fans avoir été ni fçavans , ni
habiles dans les Arts fe font fait une grande
réputation par d'autres voyes ; fur
quoi vous me citez plufieurs perfonnages
illuftres qui font , dites vous , trèsdignes
d'exercer la plume d'un homme
de Lettres. Je conviens avec vous , Monfieur
, de cette verité ; mais je ne conviens
pas que cela puiffe regarder , fi ce n'eft
indirectement , mon premier deffein , &
le motif que j'ai eu en écrivant ce que
II. Vel.. VOUS
JUIN. 1730. 1269
vous avez vû dans le Mercure.Pour donner
cependant quelque chofe à vos idées qui
font toujours juftes , fans m'engager autrement
dans l'entrepriſe que vous m'indiquez
, j'ai choifi entre les fujets que vous
nommez, celui qu'il me convient le plus de
traiter , & dont j'ai le plus de connoiffance.
J'ai fait là - deffus un effai que je vous
adreffe avec ma Réponse ; je fouhaite que
vous en foyez content , & de trouver
fouvent les occafions de vous marquer à
quel point je fuis , Monfieur &c .
Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été
écrite de Provence le premier Fevrier
1729.
Jde vos
E fais , Monfieur , tout le cas poffible
de vos Reflexions fur la Lettre qui eft
imprimée dans le Mercure de Françe
intitulée Marseille Sçavante &c. J'aurois
pû , il eft vrai , donner plus d'étenduë
aux differens articles qui la compofent,
& augmenter même le nombre de ces articles
, fur-tout à l'égard des Sçavans modernes
; mais un Livre entier auroit à
peine fuffi pour executer un Plan plus
vafte , & j'ai entrepris d'écrire feulement
II. Vol.
Aiiij une
1268 MERCURE DE FRANCE
une Lettre , dans la vûë que j'ai eu ſoin
d'expofer au commencement de la même
Lettre. Je me fuis cependant refervé ,
comme vous fçavez , la liberté de reparer
par un Supplément les omiffions effentielles
que je puis avoir faites , faute d'avoir
connu quelques Marfeillois Sçavans,
ou leurs Ouvrages , & de corriger les
fautes qui me feront échapées.
Mais avant que d'en venir là
me permettrez , Monfieur , de pourfuivre
mon deffein , & de mettre à la fuite des.
Auteurs Marfeillois les noms & les Ouvrages
de ceux de nos Compatriotes qui
ont cultivé les beaux Arts , fur- tout les
Arts utiles & qui y ont excellé. C'eſt ,
comme je l'ai déja dit , ce qui doit faire
la feconde Partie de Marseille Sçavante.
Vous
Cependant j'ai fait attention à ce que
vous m'écrivez , qu'il y a plufieurs Marfeillois
qui fans avoir été ni fçavans , ni
habiles dans les Arts fe font fait une grande
réputation par d'autres voyes ; fur
quoi vous me citez plufieurs perfonnages
illuftres qui font , dites vous , trèsdignes
d'exercer la plume d'un homme
de Lettres. Je conviens avec vous , Monfieur
, de cette verité ; mais je ne conviens
pas que cela puiffe regarder , fi ce n'eft
indirectement , mon premier deffein , &
le motif que j'ai eu en écrivant ce que
II. Vel.. VOUS
JUIN. 1730. 1269
vous avez vû dans le Mercure.Pour donner
cependant quelque chofe à vos idées qui
font toujours juftes , fans m'engager autrement
dans l'entrepriſe que vous m'indiquez
, j'ai choifi entre les fujets que vous
nommez, celui qu'il me convient le plus de
traiter , & dont j'ai le plus de connoiffance.
J'ai fait là - deffus un effai que je vous
adreffe avec ma Réponse ; je fouhaite que
vous en foyez content , & de trouver
fouvent les occafions de vous marquer à
quel point je fuis , Monfieur &c .
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Résumé : RÉPONSE de l'Auteur de Marseille Sçavante &c. à la Lettre qui lui a été écrite de Provence le premier Fevrier 1729.
L'auteur de Marseille répond à une lettre du 1er février 1729 concernant la publication 'Marseille Sçavante' dans le Mercure de France. Il reconnaît la pertinence des réflexions de son correspondant mais explique que des contraintes de place l'ont empêché de développer davantage les articles ou d'inclure plus de savants modernes. Il envisage de publier un supplément pour corriger les omissions et les erreurs. L'auteur souhaite poursuivre son objectif initial de lister les noms et les œuvres des Marseillais ayant excellé dans les beaux-arts et les arts utiles. Il note que certains Marseillais se sont distingués par d'autres voies que la science ou les arts et méritent également d'être mentionnés. Cependant, il choisit de traiter un sujet spécifique pour lequel il a une meilleure connaissance. Il envoie un essai sur ce sujet avec sa réponse, espérant que son correspondant en sera satisfait.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1370
p. 1269-1286
ELOGE de M. Baron, Consul de France en Syrie, puis Directeur General du Commerce aux Indes Orientales, adressé à M. de ....
Début :
Rendre à la mémoire des hommes vertueux ce qui lui est dû, proposer [...]
Mots clefs :
Consul de France, Commerce, Indes orientales, Syrie, Marchands, Constantinople, Égypte, Voyage, Roi, Consulat
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE de M. Baron, Consul de France en Syrie, puis Directeur General du Commerce aux Indes Orientales, adressé à M. de ....
ELOG E de M. Baron , Conful de France
en Syrie , puis Direcleur General du
Commerce aux Indes Orientales , adreſſe
à M. de
R
....
Endre à la mémoire des hommes
vertueux ce qui lui eft dû , propo--
fer leur exemple à la Pofterité , en donnant
un abregé de leur vie , c'eft , Monfieur
, une action de Juftice , un hommage
rendu au vrai mérite , & un foin qui
tourne à l'utilité publique . Ainfi , quʊique
M. Baron foit mort depuis plufieurs
années , & qu'après le decès de M. J. Bap
tifte Baron fon neveu , Chevalier de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Comman--
deur d'Efpagnac , arrivé le 20. Novembre
il ne reste plus perfonne en France
1724.
II. Vol.
A y de
1270 MERCURE DE FRANCE
de cette vertueufe famille , je ne fais point
difficulté d'entreprendre de vous marquer
ici les principales circonftances de fa vie..
François Baron nâquit à Marſeille le 4 ..
Novembre 16 20. d'une ancienne famille
de la même Ville qui étoit originaire de
Cofme dans le Duché de Milan . Après
avoir fait fes Etudes & fes Exercices , il
entra dans le monde , & fe fit confiderer
par fes manieres polies & par le carac
tere d'une exacte probité.
Quelque tems après , il forma le deffein
de voyager ; après avoir vû une partie de
l'Italie , & féjourné particulierement à la
Cour de Turin , il paffa en Egypte ; c'étoit
dans le tems de la rupture des Turcs avec
la République de Venife , & durant le
Siege de Candie. Cependant il y avoit
encore au Caire un Conful & plufieurs
Marchands Venitiens , aufquels le Pacha
de cette Ville fit plus qu'une avanie Turque
car après leur avoir fuppofé des intelligences
criminelles avec les Affiegés
de Candie , il les fit mettre aux fers , &
enfuite d'une courte procedure , il les
condamna tous à la mort , ce qui empor-.
toit la confifcation de leurs effets dont il
s'empara d'abord.
Dans cette extremité , les Venitiens eurent
recours à M. Baron qu'ils fçavoient
être fort confideré du Pacha . Il s'employa
II. Vol. effiJUIN.
1730. 1271'
efficacement pour eux , & il obtint enfin
leur délivrance , moyennant une fomme
dont on convint en argent comptant . Les
Venitiens n'en pouvoient pas trouver à
caufe de la faifie de leurs effets , & ils
reftoient toûjours dans les fers , lorfque
M. Baron , par un excès de cette generofité
qui lui a toûjours été naturelle , prêta
lui- même la fomme en queftion , qui étoit
d'environ cinq mille Piaftres , dont il emprunta
une bonne partie de divers Marchands
, au moyen de quoi les Venitiens
furent tous élargis , & déchargés de l'accufation
.
Il eſt preſque inutile d'ajoûter que pour
la fûreté des deniers prêtés , le Sieur
Marco Zen , Conful de Veniſe au Caire ,
paffa en cette qualité , & au nom de fa
Nation le 3. May 1657. une obligation
en bonne forme en faveur de M. Baron
de la fomme prêtée , payable dans une
année , avec ftipulation d'interêts faute
de rembourſement paffé ledit terme
; l'Obligation fut enregistrée en la
Chancellerie du Confulat de France le 10 .
Novembre 1657. fuivant l'Expedition
autentique qui eft dans mes Mémoires .
Mais ce que la Pofterité aura de la peine
à croire , & ce qui eft cependant bien
certain , c'eft qu'un fervice fi fignalé fut
payé d'une ingratitude qui dure encore,
II. Vol. A vj
car
1272 MERCURE DE FRANCE
car jamais M. Baron ni fes heritiers n'ont
pû être payés de cette Obligation .
le
Il prêta auffi de les deniers, deux années :
après ,deux mille fix cent Piaftres pour une
moindre avanie faite aux * Harbis
par
même Pacha , dont il ne put être remboursé
avant fon départ d'Egypte , ce
qui eft encore tourné en pure perte. Peu
de tems après , & dans la même année
1659. M. Baron fut député à la Cour par
M. de Bermond Conful , & par le Corps
de la Nation Françoife établie au Caire ,
pour des affaires importantes , concernant
le commerce de cette Echelle ; ce qu'il
accepta au préjudice de fes propres affai--
res & du recouvrement de fes deniers.
Nos Marchands d'Egypte eurent toutlieu
de fe louer de cette députation , après
laquelle M. Baron revint à Marſeille , où
il fe lia d'une étroite amitié avec Gafpar
de Glandevez , Seigneur de Niozelles ;
ce Gentilhomme des plus qualifiés de la
Province , fut accufé d'être le principal
Auteur des troubles qui agitoient alors
la Ville de Marfeille , & le Roi étant venu
en Provence pour y remedier , fon Procès
Harbis , nom Arabe , qui fignifie , en un cer--
tainfens , Etranger , par lequel on entend tous
les:Marchands Européens qui réfident en Egyp
te, & qui n'y ont aucun Conful de leur Na-
11. Vol. lui
JUIN. 1730. 1273
›
fui fut fait avec la derniere rigueur , en--
forte qu'après la condamnation & fa retraite
tous les amis fe trouverent embaraffés
. M. Baron, quoique perfuadé de l'in--
nocence de M. de Niozelles , & encore
plus de la fienne , crut fe devoir quelque
précaution , & quitta cette Ville pour
un tems .
Cependant tout le monde lui rendit juk
tice , & en l'année 1661. le Roi informé
de fon mérite & de fa capacité lui fit
l'honneur de le nommer au Confulat d'Alep
, l'un des plus importans de tout le
Levant, & qui comprenoit alors , outre la
plus grande partie de la Syrie , la Caramanie
& les Echelles de Tripoly & de Chipre
, dont les Vice-Confuls lui étoient
fubordonnés. Le Conful d'Alep étoit auffi
Conful , avec l'agrément du Roi , des
Hollandois établis en cette Echelle . Le
Commerce des François à Alep avoit be--
foin d'un Conful de ce caractere ; il étoit
prefque ruiné par les abus qui s'y étoient
introduits & par l'avidité des Gouver
neurs, qui, contre la difpofition des Traités
, exigeoient des droits injuftes , opprimoient
, au lieu de proteger les Mar--
chands .
M. Picquet , qui depuis a été Evêque
de Babilone , étoit alors Conful dAlep ,
& devoit ceder fa place à M. Baron .
II. Vol. Après
#274 MERCURE DE FRANCE
Après avoir conferé enſemble fur l'Etat
du Commerce & fur les moyens de le rétablir
, on n'en trouva pas de plus affuré
que celui de prier le nouveau Conful de
faire avant toutes chofes , fous le bon plaifir
du Roi , un voyage à Conftantinople,
pour obtenir du Grand - Seigneur les commandemens
& les ordres neceffaires pour
ce rétabliffement.
M. Baron toûjours prêt à faire le bien
au préjudice même de fes interêts , entreprit
ce long voyage à fes dépens . Il confera
utilement avec M. de la Haye , Ambaffadeur
de France , de qui il fe fit confiderer
, & négocia fi heureuſement avec
le fameux Vizir Cupruli , qui ne put lui
-refufer fon eftime , qu'il obtint tout ce
qu'il demanda. Il revint à Alep , chargé
d'un Catacherif ou Commandement Imperial
qui fit bientôt changer de face au
Commerce de Syrie , qui fert encore de
regle , & qui met un frein à l'avarice infatiable
des Gouverneurs. L'un des Arti--
cles les plus importans , étoit la fupreffion
des interêts anciens des dettes de la Na--
-tion Françoise de Seyde , qui montoient™
à plus de dix huit mille Piaftres par an ,
& qui furent éteint pour toûjours.
Une année s'étoit à peine écoulée , que
M. Colbert , parvenu au Miniftere après
la mort du Cardinal Mazarin , & ayant
II. Vol
de
JUIN. 1730. 1275
›
de grandes vûës pour l'augmentation du
Commerce du Levant , fut bien aife de
confulter M. Baron fur ce fujet ; il lui
envoya pour cela , fur la fin de l'année
1662. un ordre du Roi conçû en ces termes.
» Cher & bien amé. Defirant être in-
» formé par votre bouche de l'Etat dus
» Commerce qui s'exerce par nos Sujets
» en l'étendue de votre Confulat , pour
» y pourvoir felon les befoins & l'amélio-
» rer par les voyes qui feront jugées les
»plus convenables nous vous faifons
>> cette Lettre pour vous dire qu'auffi tôt
» que vous l'aurez reçûë vous ayez à vous
» rendre auprès de nous , après toutefois
» avoir établi le Sieur Pierre Baron votre
» frere pour exercer votre Charge pen--
>> dant votre abfence , & mis fi bon ordre
» aux affaires dudit Confulat qu'elle ne
» leur puiffe être d'aucun préjudice ; &
» comme il ne feroit pas jufte que vous
faifant venir pour l'interêt general du
» Commerce , les frais de votre voyage
tombaffent fur vous , nous entendons
» que toute la Nation les fupporte , puifnous
ne vous le faifons entreprenque
» dre que pour le bien & l'avantage de
fon négoce ; n'y faites donc faute. Car
tel eft notre plaifir , Donné à Paris le
2-13 . d'Octobre 1662. figné Louis &c. &
30
>>
"
II Vol.
av
1276 MERCURE DE FRANCE
>
» au dos eft écrit : A notre cher & bien
» amé , le Sieur Baron , Conful de la Nation
Françoife à Alep.
Mes Mémoires ne portent aucune cirtance
particuliere fur l'execution de
cet ordre du Roi ; mais ils marquent indirectement
que; Sa Majefté en fut fatisfaite
, & que le Miniftre fut confirmé dans
l'opinion avantageufe qu'il avoit déja de
M. Baron , lequel exerça pendant neuf
années confécutives le Confulat d'Alep ,
avec beaucoup de dignité & d'utilité pour
le Commerce de la Nation ; ce Commerce
fut fi floriffant que les Droits de Confulat
pour ces neuf années fe monterent à la
fomme de quatre vingt dix mille Piaftres.
Comme il avoit un grand fond de Religion
& de pieté , il ſe déclara d'abord le
protecteur & le pere de tous les Miffionnaires
de l'Orient , qui trouverent nonfeulement
un azile dans fa maiſon , mais
fouvent des reffources folides dans les
conjonctures fâcheufes qui n'arrivent que
trop fouvent dans le Pays des Infideles .
Il avoit la même attention pour les Prélats
, les Ecclefiaftiques & tous les Chré--
tiens du Pays qui n'étoient point féparés
de l'Eglife Romaine par le Schifme ou par
des erreurs . condamnées ; & il n'oublioit
rien pour attirer ceux qui avoient le
malheur d'être nés dans cette féparation.
- II. Vol.
Sa
JUIN. 1730. 1277
>
Sa charité fans bornes & fans diftinction
des Sujets n'étoit jamais épuifée , quoique
fes facultés le fuffent quelquefois en donnant
comme il faifoit de toutes mains
;
alors , en attendant d'autres reffources, il
donnoit jufqu'à fes meubles & fes propres
habits. Le P. Jofeph Beffon , Miffionnaire
de la Compagnie de Jefus en Syrie , étant
allé un jour lui repréfenter le danger évident
où fe trouvoit une jeune fille Maronite
auffi belle qquuee ppaauuvvrree ,, recherchée
par un Turc de confideration , faute de
quelque argent pour la mettre en fûreté
en l'envoyant chez fes parens du Mont
Liban ; le pieux Conful ſe trouvant alors
dépourvû d'argent , dépouilla fa Robe
Confulaire , qui étoit d'une belle écarlate,
doublée d'une fourrure de prix , & la
donna au Miffionnaire , qui touché d'une
telle action la déclara hautement , & fit
enforte avec un neveu de M. Baron que
l'argent en queftion fur trouvé ſur le cré-
' dit du Conful , & la fille Maronite fauvée.
Je me contente de ce trait entre plufieurs
autres qui font venus à ma connoiffance ,
& dont on parle encore dans là Ville d'Alep.
Je tiens celui ci de M. Feau que j'ai
vû deux fois dans l'Ile de Chypre , où il
eft mort Conful , lequel étoit fils d'une
foeur de M. Baron , & ne l'avoit prefque
jamais quitté durant fon Confulat d'Alep.
IL Vol.. C'eft:
7278 MERCURE DE FRANCE
>
C'eſt de ce même M. Feau que je tiens le
beau Portrait de notre illuftre Conful
que vous avez vû dans mon Cabinet , &
qu'il me remit à Chypre en l'année 1688 .
Il fut peint à Alep par un habile Flamand
que M. Baron avoit logé chez lui par eftime
& par courtoisie.
A l'égard de ce que j'ai dit , Monfieur,
de fon attention à proteger la Religion ,
& à bien traiter les Prélats & tous les
Ouvriers Evangeliques , je le trouve
confirmé par des Actes de la Congrégation
de la Propagande qui honorent fa
mémoire , & ces Actes font eux mêmes.
confirmés par un Bref du Pape Clement
IX. écrit au Roi en faveur de M. Baron;
vous ferez , fans doute , bien aife de le
trouver ici.
CHARISSIMO IN CHRISTO FILIO
NOSTRO ,
LUDOVICO , FRANCORUM REGI
CHRISTIANISSIMO.
CLEMENS PAPA IX.
CHARISSIME IN CHRISTO FILI NOSTER :
SALUTEM : Inclita pietati ac benefi
centia Majeftatis tuæ , non minus quàmgloria
per gratas accidere palam eft occafiones
omnes , fefe longè latèque per univerfum or-
II. Vol bem
JUIN. 1730. 1279
bem extendendi ; ubi præfertim non folum de
privatis hominum utilitatibus augendis , verum
etiam de publici boni , & vel maximè
fidei Chriftiane rationibus juvandis, ac provehendis
agatur. Quapropter accuratè, acfidenter
ei commendamus Francifcum Baronium
, eo die Nationis Francorum in Civitate
Aleppi Confulem , qui profecto , ut omni
fide digni viri, ac potiffimum Apoftolici Miffionarii
teftantur , quaftudio , folertia , Confiliis
, quà propriis etiam impenfis , cunctis
in Afia fanita Religionis vel confervanda ,
vel propaganda rebus per plures jam annos
efficaciter incumbit ; adeò ut fedulitas ejus
domus omnium in vineâ domini laborantium
neceffitatibus , commodis in Partibus
illis communiter pateant , hac Majef
tati tuæ non ignota effe , fufficere arbitramur
, ut eum dignum exiftimet , quem opportunè
regio beneficio aliquo donet : Cum prafertim
premium tam infigni virtuti tributum,
aliorum complurium charitatem acuere & inflammare
poffit ad eum imitandum , ingenti
multis in Regionibus fidei Chriftiana bono.
Ceterum officia Pontificia Ven. Fr. Archiepifcopus
Thebarum Nuncius nofter explicabit.
Nos Majeftati tuæ ex intimis animi paterni
fenfibus amantiffime benedicimus . ĎATUM
ROME, apud S. Mariam Majorem
fub annulo Pifcatoris . Die xxiv .
Augufti 1669. Pontificatûs noftri anno
III. M.
#280 MERCURE DE FRANCE
•
C.
M. Baron a encore fervi l'Eglife dans
une conjoncture ' importante & particuliere.
Vous fçavez ; Monfieur , qu'environ
dans ce tems - là Antoine Arnauld
Docteur de Sorbone , entreprit dans fon
grand Ouvrage ( a ) de la Perpetuité de la
Foy, & c. de prouver aux Novateurs, que
I'Eglife Orientale avoit toujours cru &
croit encore aujourd'hui , ce que croit
l'Eglife Latine fur la Tranfubftantiation
dans le Sacrement de l'Euchariftie , & c.
Ce qui ne fe pouvoit faire avec plus de
folidité & plus defuccès qu'en rapportant
les témoignages juridiques des principales
Eglifes fur ce point important. M. de
Nointel , alors Ambaffadeur à la Porte , fet
chargea de ce qui concernoit l'Eglife Patriarchale
de Conftantinople ; & M. Baron
, travailla de fon côté à fe rendre bien
certain de la Doctrine de toutes les Eglifes
Syriennes , fur le même point , ce qui
demandoit beaucoup de foin , d'applica
tion & de difcernement.
C'est par ce moyen qu'on voit dans le
premier volume de la Perpetuité de la
Foy , Liv. XII . page 82. deux Atteftations
autentiques ; fçavoir , l'une du Patriar-
( a ) La Perpetuité de la Foy de l'Eglife Catholique
, touchant l'Euchariftie, deffendue contre
le fieur Claude, Miniftre de Charenton.3.vol
in 4. Paris 1669. dédié au Pape Clement 1X.
II. Vol. che
JUIN. 1730. 1281
che , des Evêques & de plufieurs Prêtres
Arméniens , réfidens à Alep , de la créance
de cette Eglife fur l'Euchariſtie ; elle
eft dattée du premier Mars r117 . felon
L'Epoque des Arméniens , qui répond à'
l'année 1668. des Latins, traduite de l'Arménien
en Latin , ſouſcrite par les Prélats
y dénommez , & légalifée le même jour'
par M. Baron , qui affirme & attefte que
les Sceaux & les Seings qu'on y voit ont
été mis en fa préfence par les mêmes perfonnes.
L'autre Atteftation eft du Patriarche
des Syriens fur la créance de fon Egli
fe . Elle eft pareillement foufcrite de ce
Patriarche & de plufieurs Evêques , Prêtres
& Moines Syriens , & enfin renduë
autentique par la légaliſation du même
Conful.
Les Originaux de ces deux atteftations
qui font autant de Profeffions de Foy ,
écrits dans la Langue & dans les propres
caracteres de chaque Nation , fe trouvent
parmi les autres Originaux de cette efpece
dans le dépôt general qui en fut
fait à la Biblioteque de l'Abbaye S. Germain
des Prez , le 29 Septembre 1668 , &
le 7 Aouft 1670. fuivant le Procès verbal
latin qui eft à la tête de ce Recueil . Lex
Procès verbal eft foufcrit par M. (a) Jan-
(a ) M. Jannon étoit un Ecclefiaftique fort
zélé pour la Religion , & particulierement lié
II. Vol.
non
1282 MERCURE DE FRANCE.
non , Prêtre & Chanoine de S. Juft de
Lyon , par le R. P. General des Benedictins
de S. Maur , & fes Affiftans , par le
P. Prieur de S. Germain , par le Bibliotequaire
en chef, par Dom Luc d'Achery .
& par d'autresSçavans de la mêmeMaifon;
il eft enfin figné par deux Notaires Apoftoliques.
>-
Il y a dans le même Dépôt la Profef
fion de Foy originale , auffi légalifée par
M. Baron , le 4 Juin 1668. du Čuré Néophile
, Vicaire General de Macaire , Patriarche
Grec d'Antioche,foufcrite par lui
& par les principaux Curez & Prêtres du
Patriarchat.
M.Arnauld n'a point employé cette piéce
dans fon Livre de la Perpetuité de la
Foy. Peut-être lui arriva- t - elle trop tard.
Je ne dis rien des Profeffions de Foy
envoyées par M. de Nointel ; concernant
le Patriarchat de Conftantinople , qui
font partie du même Dépôt. Le tout enfemble
fait un des plus curieux Monumens
qu'on puiffe trouver en ce genre ;
j'ay eu le ppllaaiiffiirr ddee vvooiirr toutes
piéces à cette occafion.
ces
Entre celles qui m'ont parû mériter le
plus d'attention , j'ai diftingué les Actes,
avec M. Picquet & M. Arnauld, Il avoit recen
ces Originaux du Levant , & les depofa de la
maniere qu'il eft dit dans le Procès Verbal.
II. Vol. Origi
JUIN. 1730. 1288
Originaux, en grand nombre , du Métropolitain
Elie , Chef de l'Eglife Neftorienne
de ( a ) Diarbek , énoncez en Langue
Arabe , & écrits en caracteres Syriaques..
Ce précieux Recueil enfin contenu dans
deux gros volumes in-folio , prefente par
ta diverfité des Langues & des Caracte
res une refpectable variété , & mérite l'at
tention particuliere que les Sçavans Dépofitaires
ont pour fa confervation .
Sur la fin de l'année 1670. M. Colbert
qui honoroit M. Baron d'une eftime particuliere
& qui étoit tres- fatisfait des changemens
favorables arrivez au Commerce
de Syrie pendant fon Confulat , le propofa
au Roy comme un fujet propre à rétablir
& à faire fleurir celui de la Compagnie
des Indes Orientales ; & en conféquence
des Ordres de S. M. Mr Baron:
toujours prêt à obéir & à fe livrer au
bien public , partit d'Alep dans le courant
de l'année 1671. pour fe rendre à
Surate, lieu de la réfidence du Directeur
General du Commerce de France , & de
l'établiffement du principal Comptoir de
la Compagnie.
On ne fçauroit exprimer le regret
qu'on eut de le perdre à Alep. Le Procès
verbal de l'Affemblée de la Nation , tenuë
(a) Ville & Pays fituex dans l'ancienne
Mésopotamie
II. Vol. fur
1284 MERCURE DE FRANCE
fur ce fujet le 11. Janvier 1671 , dont
j'ai une Expédition en forme , apprend
là deffus quelques circonftances qu'il eft
bon de ne pas omettre .
M. du Pont , qui préfidoit à l'Affemblée
, en qualité de nouveau Conful d'Alep
, y fait l'éloge de M. Baron , puis il
propofe de déliberer fur deux Chefs. Le
premier , fur le prefent ou la gratification
ordinaire qui eſt dûë aux Confuls à
la fin de leur Charge , alléguant pour
exemple le plus recent celui de Mr.
Piquet , qui avoit reçû mille Piaftres de
gratification , quoique fon Confulat eût
été beaucoup moins long.
Le fecond Chef rouloit fur un rembourſement
de 519 Piaftres , données par
M. Baron de fes propres deniers , pour
terminer la malheureuſe affaire de deux
jeunes François , nommez dans l'Acte ,
que leur libertinage fit tomber entre les
mains du Sous- Bachi ou Officier du Guet,
dans un lieu de débauche , lequel les traita
avec la derniere rigueur , & prétendit
qu'il ne pouvoit les délivrer qu'en fe
faifant Mahometans , & c.
Sur quoi , dit l'Acte que je viens de
citer , lefdits Sieurs Affemblez , ont dit &
déliberé ;
ود
que
Que quelque reconnoiffance la
»Nation puiffe accorder àmondit fieur
II. Vol.
le
JUIN. 1730. 1285
» le Conful Baron , étant au deffous de ce
» qu'elle lui doit , pour le grand zele &
» le grand amour avec lequel il a agi
» pendant tout le tems de fon exercice ,
» & pour les fommes qu'il peut avoir
» fournies pour ladite Nation , dont il n'a
» pas été remboursé , qu'ils fe fentent
>> obligez de manifefter cette verité, & de
» prier M" les Echevins & Députez du-
>> Commerce de la Ville de Marfeille , de
» la lui donner auffi avantageuſe, qu'il l'a
» méritée fa bonne adminiftration &
par
» conduites ou fupplier tres-humblement
» Sa Majefté de lui accorder icelle.En foy
dequoi , &c. Signé Dupont Conful , Truillard
& Vitalis , Deputez de la Nation.
S. Jacques , Cheillan , Gardane , Gleize ,
Foreft , Bazan , Etienne , Marchands
François & Feris , Chancelier , Secretaire
du Confulat d'Alep. A côté eft le grand
Sceau du Conful ou l'Ecu des armes de
France , & c.
Ce font là , Monfieur , les belles difpofitions
, enfuite defquelles M.Baron partit
d'Alep pour les Indes , & qui lui ont tenu
lieu de réalité ; car il n'a jamais rien reçû
en confequence de cette déliberation ; fon
éloignement , fon efprit défintereffé , les
difficultez ou le peu de difpofition de la
part de ceux qui devoient effectuer ,
II. Vol. B ont
1236 MERCURE DE FRANCE
ont toujours été des obftacles plus que
fuffifans.
La fuite paroîtra dans le Mercure prochain.
en Syrie , puis Direcleur General du
Commerce aux Indes Orientales , adreſſe
à M. de
R
....
Endre à la mémoire des hommes
vertueux ce qui lui eft dû , propo--
fer leur exemple à la Pofterité , en donnant
un abregé de leur vie , c'eft , Monfieur
, une action de Juftice , un hommage
rendu au vrai mérite , & un foin qui
tourne à l'utilité publique . Ainfi , quʊique
M. Baron foit mort depuis plufieurs
années , & qu'après le decès de M. J. Bap
tifte Baron fon neveu , Chevalier de l'Or
dre de S. Jean de Jerufalem , Comman--
deur d'Efpagnac , arrivé le 20. Novembre
il ne reste plus perfonne en France
1724.
II. Vol.
A y de
1270 MERCURE DE FRANCE
de cette vertueufe famille , je ne fais point
difficulté d'entreprendre de vous marquer
ici les principales circonftances de fa vie..
François Baron nâquit à Marſeille le 4 ..
Novembre 16 20. d'une ancienne famille
de la même Ville qui étoit originaire de
Cofme dans le Duché de Milan . Après
avoir fait fes Etudes & fes Exercices , il
entra dans le monde , & fe fit confiderer
par fes manieres polies & par le carac
tere d'une exacte probité.
Quelque tems après , il forma le deffein
de voyager ; après avoir vû une partie de
l'Italie , & féjourné particulierement à la
Cour de Turin , il paffa en Egypte ; c'étoit
dans le tems de la rupture des Turcs avec
la République de Venife , & durant le
Siege de Candie. Cependant il y avoit
encore au Caire un Conful & plufieurs
Marchands Venitiens , aufquels le Pacha
de cette Ville fit plus qu'une avanie Turque
car après leur avoir fuppofé des intelligences
criminelles avec les Affiegés
de Candie , il les fit mettre aux fers , &
enfuite d'une courte procedure , il les
condamna tous à la mort , ce qui empor-.
toit la confifcation de leurs effets dont il
s'empara d'abord.
Dans cette extremité , les Venitiens eurent
recours à M. Baron qu'ils fçavoient
être fort confideré du Pacha . Il s'employa
II. Vol. effiJUIN.
1730. 1271'
efficacement pour eux , & il obtint enfin
leur délivrance , moyennant une fomme
dont on convint en argent comptant . Les
Venitiens n'en pouvoient pas trouver à
caufe de la faifie de leurs effets , & ils
reftoient toûjours dans les fers , lorfque
M. Baron , par un excès de cette generofité
qui lui a toûjours été naturelle , prêta
lui- même la fomme en queftion , qui étoit
d'environ cinq mille Piaftres , dont il emprunta
une bonne partie de divers Marchands
, au moyen de quoi les Venitiens
furent tous élargis , & déchargés de l'accufation
.
Il eſt preſque inutile d'ajoûter que pour
la fûreté des deniers prêtés , le Sieur
Marco Zen , Conful de Veniſe au Caire ,
paffa en cette qualité , & au nom de fa
Nation le 3. May 1657. une obligation
en bonne forme en faveur de M. Baron
de la fomme prêtée , payable dans une
année , avec ftipulation d'interêts faute
de rembourſement paffé ledit terme
; l'Obligation fut enregistrée en la
Chancellerie du Confulat de France le 10 .
Novembre 1657. fuivant l'Expedition
autentique qui eft dans mes Mémoires .
Mais ce que la Pofterité aura de la peine
à croire , & ce qui eft cependant bien
certain , c'eft qu'un fervice fi fignalé fut
payé d'une ingratitude qui dure encore,
II. Vol. A vj
car
1272 MERCURE DE FRANCE
car jamais M. Baron ni fes heritiers n'ont
pû être payés de cette Obligation .
le
Il prêta auffi de les deniers, deux années :
après ,deux mille fix cent Piaftres pour une
moindre avanie faite aux * Harbis
par
même Pacha , dont il ne put être remboursé
avant fon départ d'Egypte , ce
qui eft encore tourné en pure perte. Peu
de tems après , & dans la même année
1659. M. Baron fut député à la Cour par
M. de Bermond Conful , & par le Corps
de la Nation Françoife établie au Caire ,
pour des affaires importantes , concernant
le commerce de cette Echelle ; ce qu'il
accepta au préjudice de fes propres affai--
res & du recouvrement de fes deniers.
Nos Marchands d'Egypte eurent toutlieu
de fe louer de cette députation , après
laquelle M. Baron revint à Marſeille , où
il fe lia d'une étroite amitié avec Gafpar
de Glandevez , Seigneur de Niozelles ;
ce Gentilhomme des plus qualifiés de la
Province , fut accufé d'être le principal
Auteur des troubles qui agitoient alors
la Ville de Marfeille , & le Roi étant venu
en Provence pour y remedier , fon Procès
Harbis , nom Arabe , qui fignifie , en un cer--
tainfens , Etranger , par lequel on entend tous
les:Marchands Européens qui réfident en Egyp
te, & qui n'y ont aucun Conful de leur Na-
11. Vol. lui
JUIN. 1730. 1273
›
fui fut fait avec la derniere rigueur , en--
forte qu'après la condamnation & fa retraite
tous les amis fe trouverent embaraffés
. M. Baron, quoique perfuadé de l'in--
nocence de M. de Niozelles , & encore
plus de la fienne , crut fe devoir quelque
précaution , & quitta cette Ville pour
un tems .
Cependant tout le monde lui rendit juk
tice , & en l'année 1661. le Roi informé
de fon mérite & de fa capacité lui fit
l'honneur de le nommer au Confulat d'Alep
, l'un des plus importans de tout le
Levant, & qui comprenoit alors , outre la
plus grande partie de la Syrie , la Caramanie
& les Echelles de Tripoly & de Chipre
, dont les Vice-Confuls lui étoient
fubordonnés. Le Conful d'Alep étoit auffi
Conful , avec l'agrément du Roi , des
Hollandois établis en cette Echelle . Le
Commerce des François à Alep avoit be--
foin d'un Conful de ce caractere ; il étoit
prefque ruiné par les abus qui s'y étoient
introduits & par l'avidité des Gouver
neurs, qui, contre la difpofition des Traités
, exigeoient des droits injuftes , opprimoient
, au lieu de proteger les Mar--
chands .
M. Picquet , qui depuis a été Evêque
de Babilone , étoit alors Conful dAlep ,
& devoit ceder fa place à M. Baron .
II. Vol. Après
#274 MERCURE DE FRANCE
Après avoir conferé enſemble fur l'Etat
du Commerce & fur les moyens de le rétablir
, on n'en trouva pas de plus affuré
que celui de prier le nouveau Conful de
faire avant toutes chofes , fous le bon plaifir
du Roi , un voyage à Conftantinople,
pour obtenir du Grand - Seigneur les commandemens
& les ordres neceffaires pour
ce rétabliffement.
M. Baron toûjours prêt à faire le bien
au préjudice même de fes interêts , entreprit
ce long voyage à fes dépens . Il confera
utilement avec M. de la Haye , Ambaffadeur
de France , de qui il fe fit confiderer
, & négocia fi heureuſement avec
le fameux Vizir Cupruli , qui ne put lui
-refufer fon eftime , qu'il obtint tout ce
qu'il demanda. Il revint à Alep , chargé
d'un Catacherif ou Commandement Imperial
qui fit bientôt changer de face au
Commerce de Syrie , qui fert encore de
regle , & qui met un frein à l'avarice infatiable
des Gouverneurs. L'un des Arti--
cles les plus importans , étoit la fupreffion
des interêts anciens des dettes de la Na--
-tion Françoise de Seyde , qui montoient™
à plus de dix huit mille Piaftres par an ,
& qui furent éteint pour toûjours.
Une année s'étoit à peine écoulée , que
M. Colbert , parvenu au Miniftere après
la mort du Cardinal Mazarin , & ayant
II. Vol
de
JUIN. 1730. 1275
›
de grandes vûës pour l'augmentation du
Commerce du Levant , fut bien aife de
confulter M. Baron fur ce fujet ; il lui
envoya pour cela , fur la fin de l'année
1662. un ordre du Roi conçû en ces termes.
» Cher & bien amé. Defirant être in-
» formé par votre bouche de l'Etat dus
» Commerce qui s'exerce par nos Sujets
» en l'étendue de votre Confulat , pour
» y pourvoir felon les befoins & l'amélio-
» rer par les voyes qui feront jugées les
»plus convenables nous vous faifons
>> cette Lettre pour vous dire qu'auffi tôt
» que vous l'aurez reçûë vous ayez à vous
» rendre auprès de nous , après toutefois
» avoir établi le Sieur Pierre Baron votre
» frere pour exercer votre Charge pen--
>> dant votre abfence , & mis fi bon ordre
» aux affaires dudit Confulat qu'elle ne
» leur puiffe être d'aucun préjudice ; &
» comme il ne feroit pas jufte que vous
faifant venir pour l'interêt general du
» Commerce , les frais de votre voyage
tombaffent fur vous , nous entendons
» que toute la Nation les fupporte , puifnous
ne vous le faifons entreprenque
» dre que pour le bien & l'avantage de
fon négoce ; n'y faites donc faute. Car
tel eft notre plaifir , Donné à Paris le
2-13 . d'Octobre 1662. figné Louis &c. &
30
>>
"
II Vol.
av
1276 MERCURE DE FRANCE
>
» au dos eft écrit : A notre cher & bien
» amé , le Sieur Baron , Conful de la Nation
Françoife à Alep.
Mes Mémoires ne portent aucune cirtance
particuliere fur l'execution de
cet ordre du Roi ; mais ils marquent indirectement
que; Sa Majefté en fut fatisfaite
, & que le Miniftre fut confirmé dans
l'opinion avantageufe qu'il avoit déja de
M. Baron , lequel exerça pendant neuf
années confécutives le Confulat d'Alep ,
avec beaucoup de dignité & d'utilité pour
le Commerce de la Nation ; ce Commerce
fut fi floriffant que les Droits de Confulat
pour ces neuf années fe monterent à la
fomme de quatre vingt dix mille Piaftres.
Comme il avoit un grand fond de Religion
& de pieté , il ſe déclara d'abord le
protecteur & le pere de tous les Miffionnaires
de l'Orient , qui trouverent nonfeulement
un azile dans fa maiſon , mais
fouvent des reffources folides dans les
conjonctures fâcheufes qui n'arrivent que
trop fouvent dans le Pays des Infideles .
Il avoit la même attention pour les Prélats
, les Ecclefiaftiques & tous les Chré--
tiens du Pays qui n'étoient point féparés
de l'Eglife Romaine par le Schifme ou par
des erreurs . condamnées ; & il n'oublioit
rien pour attirer ceux qui avoient le
malheur d'être nés dans cette féparation.
- II. Vol.
Sa
JUIN. 1730. 1277
>
Sa charité fans bornes & fans diftinction
des Sujets n'étoit jamais épuifée , quoique
fes facultés le fuffent quelquefois en donnant
comme il faifoit de toutes mains
;
alors , en attendant d'autres reffources, il
donnoit jufqu'à fes meubles & fes propres
habits. Le P. Jofeph Beffon , Miffionnaire
de la Compagnie de Jefus en Syrie , étant
allé un jour lui repréfenter le danger évident
où fe trouvoit une jeune fille Maronite
auffi belle qquuee ppaauuvvrree ,, recherchée
par un Turc de confideration , faute de
quelque argent pour la mettre en fûreté
en l'envoyant chez fes parens du Mont
Liban ; le pieux Conful ſe trouvant alors
dépourvû d'argent , dépouilla fa Robe
Confulaire , qui étoit d'une belle écarlate,
doublée d'une fourrure de prix , & la
donna au Miffionnaire , qui touché d'une
telle action la déclara hautement , & fit
enforte avec un neveu de M. Baron que
l'argent en queftion fur trouvé ſur le cré-
' dit du Conful , & la fille Maronite fauvée.
Je me contente de ce trait entre plufieurs
autres qui font venus à ma connoiffance ,
& dont on parle encore dans là Ville d'Alep.
Je tiens celui ci de M. Feau que j'ai
vû deux fois dans l'Ile de Chypre , où il
eft mort Conful , lequel étoit fils d'une
foeur de M. Baron , & ne l'avoit prefque
jamais quitté durant fon Confulat d'Alep.
IL Vol.. C'eft:
7278 MERCURE DE FRANCE
>
C'eſt de ce même M. Feau que je tiens le
beau Portrait de notre illuftre Conful
que vous avez vû dans mon Cabinet , &
qu'il me remit à Chypre en l'année 1688 .
Il fut peint à Alep par un habile Flamand
que M. Baron avoit logé chez lui par eftime
& par courtoisie.
A l'égard de ce que j'ai dit , Monfieur,
de fon attention à proteger la Religion ,
& à bien traiter les Prélats & tous les
Ouvriers Evangeliques , je le trouve
confirmé par des Actes de la Congrégation
de la Propagande qui honorent fa
mémoire , & ces Actes font eux mêmes.
confirmés par un Bref du Pape Clement
IX. écrit au Roi en faveur de M. Baron;
vous ferez , fans doute , bien aife de le
trouver ici.
CHARISSIMO IN CHRISTO FILIO
NOSTRO ,
LUDOVICO , FRANCORUM REGI
CHRISTIANISSIMO.
CLEMENS PAPA IX.
CHARISSIME IN CHRISTO FILI NOSTER :
SALUTEM : Inclita pietati ac benefi
centia Majeftatis tuæ , non minus quàmgloria
per gratas accidere palam eft occafiones
omnes , fefe longè latèque per univerfum or-
II. Vol bem
JUIN. 1730. 1279
bem extendendi ; ubi præfertim non folum de
privatis hominum utilitatibus augendis , verum
etiam de publici boni , & vel maximè
fidei Chriftiane rationibus juvandis, ac provehendis
agatur. Quapropter accuratè, acfidenter
ei commendamus Francifcum Baronium
, eo die Nationis Francorum in Civitate
Aleppi Confulem , qui profecto , ut omni
fide digni viri, ac potiffimum Apoftolici Miffionarii
teftantur , quaftudio , folertia , Confiliis
, quà propriis etiam impenfis , cunctis
in Afia fanita Religionis vel confervanda ,
vel propaganda rebus per plures jam annos
efficaciter incumbit ; adeò ut fedulitas ejus
domus omnium in vineâ domini laborantium
neceffitatibus , commodis in Partibus
illis communiter pateant , hac Majef
tati tuæ non ignota effe , fufficere arbitramur
, ut eum dignum exiftimet , quem opportunè
regio beneficio aliquo donet : Cum prafertim
premium tam infigni virtuti tributum,
aliorum complurium charitatem acuere & inflammare
poffit ad eum imitandum , ingenti
multis in Regionibus fidei Chriftiana bono.
Ceterum officia Pontificia Ven. Fr. Archiepifcopus
Thebarum Nuncius nofter explicabit.
Nos Majeftati tuæ ex intimis animi paterni
fenfibus amantiffime benedicimus . ĎATUM
ROME, apud S. Mariam Majorem
fub annulo Pifcatoris . Die xxiv .
Augufti 1669. Pontificatûs noftri anno
III. M.
#280 MERCURE DE FRANCE
•
C.
M. Baron a encore fervi l'Eglife dans
une conjoncture ' importante & particuliere.
Vous fçavez ; Monfieur , qu'environ
dans ce tems - là Antoine Arnauld
Docteur de Sorbone , entreprit dans fon
grand Ouvrage ( a ) de la Perpetuité de la
Foy, & c. de prouver aux Novateurs, que
I'Eglife Orientale avoit toujours cru &
croit encore aujourd'hui , ce que croit
l'Eglife Latine fur la Tranfubftantiation
dans le Sacrement de l'Euchariftie , & c.
Ce qui ne fe pouvoit faire avec plus de
folidité & plus defuccès qu'en rapportant
les témoignages juridiques des principales
Eglifes fur ce point important. M. de
Nointel , alors Ambaffadeur à la Porte , fet
chargea de ce qui concernoit l'Eglife Patriarchale
de Conftantinople ; & M. Baron
, travailla de fon côté à fe rendre bien
certain de la Doctrine de toutes les Eglifes
Syriennes , fur le même point , ce qui
demandoit beaucoup de foin , d'applica
tion & de difcernement.
C'est par ce moyen qu'on voit dans le
premier volume de la Perpetuité de la
Foy , Liv. XII . page 82. deux Atteftations
autentiques ; fçavoir , l'une du Patriar-
( a ) La Perpetuité de la Foy de l'Eglife Catholique
, touchant l'Euchariftie, deffendue contre
le fieur Claude, Miniftre de Charenton.3.vol
in 4. Paris 1669. dédié au Pape Clement 1X.
II. Vol. che
JUIN. 1730. 1281
che , des Evêques & de plufieurs Prêtres
Arméniens , réfidens à Alep , de la créance
de cette Eglife fur l'Euchariſtie ; elle
eft dattée du premier Mars r117 . felon
L'Epoque des Arméniens , qui répond à'
l'année 1668. des Latins, traduite de l'Arménien
en Latin , ſouſcrite par les Prélats
y dénommez , & légalifée le même jour'
par M. Baron , qui affirme & attefte que
les Sceaux & les Seings qu'on y voit ont
été mis en fa préfence par les mêmes perfonnes.
L'autre Atteftation eft du Patriarche
des Syriens fur la créance de fon Egli
fe . Elle eft pareillement foufcrite de ce
Patriarche & de plufieurs Evêques , Prêtres
& Moines Syriens , & enfin renduë
autentique par la légaliſation du même
Conful.
Les Originaux de ces deux atteftations
qui font autant de Profeffions de Foy ,
écrits dans la Langue & dans les propres
caracteres de chaque Nation , fe trouvent
parmi les autres Originaux de cette efpece
dans le dépôt general qui en fut
fait à la Biblioteque de l'Abbaye S. Germain
des Prez , le 29 Septembre 1668 , &
le 7 Aouft 1670. fuivant le Procès verbal
latin qui eft à la tête de ce Recueil . Lex
Procès verbal eft foufcrit par M. (a) Jan-
(a ) M. Jannon étoit un Ecclefiaftique fort
zélé pour la Religion , & particulierement lié
II. Vol.
non
1282 MERCURE DE FRANCE.
non , Prêtre & Chanoine de S. Juft de
Lyon , par le R. P. General des Benedictins
de S. Maur , & fes Affiftans , par le
P. Prieur de S. Germain , par le Bibliotequaire
en chef, par Dom Luc d'Achery .
& par d'autresSçavans de la mêmeMaifon;
il eft enfin figné par deux Notaires Apoftoliques.
>-
Il y a dans le même Dépôt la Profef
fion de Foy originale , auffi légalifée par
M. Baron , le 4 Juin 1668. du Čuré Néophile
, Vicaire General de Macaire , Patriarche
Grec d'Antioche,foufcrite par lui
& par les principaux Curez & Prêtres du
Patriarchat.
M.Arnauld n'a point employé cette piéce
dans fon Livre de la Perpetuité de la
Foy. Peut-être lui arriva- t - elle trop tard.
Je ne dis rien des Profeffions de Foy
envoyées par M. de Nointel ; concernant
le Patriarchat de Conftantinople , qui
font partie du même Dépôt. Le tout enfemble
fait un des plus curieux Monumens
qu'on puiffe trouver en ce genre ;
j'ay eu le ppllaaiiffiirr ddee vvooiirr toutes
piéces à cette occafion.
ces
Entre celles qui m'ont parû mériter le
plus d'attention , j'ai diftingué les Actes,
avec M. Picquet & M. Arnauld, Il avoit recen
ces Originaux du Levant , & les depofa de la
maniere qu'il eft dit dans le Procès Verbal.
II. Vol. Origi
JUIN. 1730. 1288
Originaux, en grand nombre , du Métropolitain
Elie , Chef de l'Eglife Neftorienne
de ( a ) Diarbek , énoncez en Langue
Arabe , & écrits en caracteres Syriaques..
Ce précieux Recueil enfin contenu dans
deux gros volumes in-folio , prefente par
ta diverfité des Langues & des Caracte
res une refpectable variété , & mérite l'at
tention particuliere que les Sçavans Dépofitaires
ont pour fa confervation .
Sur la fin de l'année 1670. M. Colbert
qui honoroit M. Baron d'une eftime particuliere
& qui étoit tres- fatisfait des changemens
favorables arrivez au Commerce
de Syrie pendant fon Confulat , le propofa
au Roy comme un fujet propre à rétablir
& à faire fleurir celui de la Compagnie
des Indes Orientales ; & en conféquence
des Ordres de S. M. Mr Baron:
toujours prêt à obéir & à fe livrer au
bien public , partit d'Alep dans le courant
de l'année 1671. pour fe rendre à
Surate, lieu de la réfidence du Directeur
General du Commerce de France , & de
l'établiffement du principal Comptoir de
la Compagnie.
On ne fçauroit exprimer le regret
qu'on eut de le perdre à Alep. Le Procès
verbal de l'Affemblée de la Nation , tenuë
(a) Ville & Pays fituex dans l'ancienne
Mésopotamie
II. Vol. fur
1284 MERCURE DE FRANCE
fur ce fujet le 11. Janvier 1671 , dont
j'ai une Expédition en forme , apprend
là deffus quelques circonftances qu'il eft
bon de ne pas omettre .
M. du Pont , qui préfidoit à l'Affemblée
, en qualité de nouveau Conful d'Alep
, y fait l'éloge de M. Baron , puis il
propofe de déliberer fur deux Chefs. Le
premier , fur le prefent ou la gratification
ordinaire qui eſt dûë aux Confuls à
la fin de leur Charge , alléguant pour
exemple le plus recent celui de Mr.
Piquet , qui avoit reçû mille Piaftres de
gratification , quoique fon Confulat eût
été beaucoup moins long.
Le fecond Chef rouloit fur un rembourſement
de 519 Piaftres , données par
M. Baron de fes propres deniers , pour
terminer la malheureuſe affaire de deux
jeunes François , nommez dans l'Acte ,
que leur libertinage fit tomber entre les
mains du Sous- Bachi ou Officier du Guet,
dans un lieu de débauche , lequel les traita
avec la derniere rigueur , & prétendit
qu'il ne pouvoit les délivrer qu'en fe
faifant Mahometans , & c.
Sur quoi , dit l'Acte que je viens de
citer , lefdits Sieurs Affemblez , ont dit &
déliberé ;
ود
que
Que quelque reconnoiffance la
»Nation puiffe accorder àmondit fieur
II. Vol.
le
JUIN. 1730. 1285
» le Conful Baron , étant au deffous de ce
» qu'elle lui doit , pour le grand zele &
» le grand amour avec lequel il a agi
» pendant tout le tems de fon exercice ,
» & pour les fommes qu'il peut avoir
» fournies pour ladite Nation , dont il n'a
» pas été remboursé , qu'ils fe fentent
>> obligez de manifefter cette verité, & de
» prier M" les Echevins & Députez du-
>> Commerce de la Ville de Marfeille , de
» la lui donner auffi avantageuſe, qu'il l'a
» méritée fa bonne adminiftration &
par
» conduites ou fupplier tres-humblement
» Sa Majefté de lui accorder icelle.En foy
dequoi , &c. Signé Dupont Conful , Truillard
& Vitalis , Deputez de la Nation.
S. Jacques , Cheillan , Gardane , Gleize ,
Foreft , Bazan , Etienne , Marchands
François & Feris , Chancelier , Secretaire
du Confulat d'Alep. A côté eft le grand
Sceau du Conful ou l'Ecu des armes de
France , & c.
Ce font là , Monfieur , les belles difpofitions
, enfuite defquelles M.Baron partit
d'Alep pour les Indes , & qui lui ont tenu
lieu de réalité ; car il n'a jamais rien reçû
en confequence de cette déliberation ; fon
éloignement , fon efprit défintereffé , les
difficultez ou le peu de difpofition de la
part de ceux qui devoient effectuer ,
II. Vol. B ont
1236 MERCURE DE FRANCE
ont toujours été des obftacles plus que
fuffifans.
La fuite paroîtra dans le Mercure prochain.
Fermer
Résumé : ELOGE de M. Baron, Consul de France en Syrie, puis Directeur General du Commerce aux Indes Orientales, adressé à M. de ....
François Baron, né à Marseille le 4 novembre 1620, est un diplomate français distingué par ses manières polies et sa probité. Après des voyages en Italie et en Égypte, il se rend utile en obtenant la libération de marchands vénitiens emprisonnés au Caire, sans jamais recevoir de remboursement malgré une obligation signée. En 1659, Baron est envoyé à la cour pour des affaires commerciales. En 1661, il est nommé consul à Alep, un poste stratégique pour le commerce français. Il voyage à Constantinople pour obtenir des ordres impériaux afin de rétablir le commerce, ce qui conduit à la suppression des intérêts anciens des dettes françaises à Seyde. Colbert, ministre du commerce, le consulte sur l'état du commerce du Levant. Baron exerce le consulat d'Alep pendant neuf ans, améliorant considérablement le commerce français et montrant une grande charité envers les missionnaires et les chrétiens de l'Orient. Son dévouement est confirmé par des actes de la Congrégation de la Propagande et un bref du pape Clément IX. En 1669, Baron est chargé de recueillir des témoignages sur la doctrine de la transsubstantiation dans le sacrement de l'Eucharistie. Il obtient deux attestations authentiques : l'une des Arméniens résidant à Alep et l'autre du Patriarche des Syriens. Ces documents, rédigés dans les langues et caractères originaux, sont légalisés par Baron et déposés à la bibliothèque de l'Abbaye Saint-Germain-des-Prés. En 1670, Colbert propose à Louis XIV de nommer Baron pour revitaliser le commerce de la Compagnie des Indes Orientales. Baron quitte Alep en 1671 pour Surate, laissant derrière lui des regrets et des reconnaissances pour son zèle et son dévouement. Une assemblée de la Nation française à Alep délibère pour lui accorder une gratification et un remboursement pour des dépenses personnelles, mais ces décisions ne sont jamais mises en œuvre.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1371
p. 1292-1309
SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
Début :
Le séjour de Torigny parût, Monsieur, si agréable à mes Compagnons [...]
Mots clefs :
Basse-Normandie, Voyage, Abbaye, Découvertes, Tombeaux, Village, Église, Recherches, Caen
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texteReconnaissance textuelle : SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
SUITE du Voyage de Baffe- Normandie
LETTRE VII.
E féjour de Torigny parût , Mon-
Lfieur ,fi agréable à mes Compagnons
de Voyage , qu'ils me donnerent tout le
tems que je pouvois ſouhaiter , pour faire,
en les attendant, toutes mes courfes litteraires
aux environs de Caën . Comme les
ruines de Vieux , ou plutôt les découvertes
faites dans ce lieu par M. Foucault ,
étoient mon principal objet , je commen
çai pat m'y tranfporter , accompagné de
mon Docteur Medecin , & d'un autre Cu
rieux de la Ville , fuivis de quelques Domeftiques
en état d'agir en cas de befoin .
I.Vol.
Vieux
JUIN 1730. 1293
Vieux eftun village fitué à deux petites
lieuës de Caën , vers le Couchant de cette
ville , entre la riviere d'Orne , & la petite
riviere de Guynes , ce qui rend ce lieu.
fort agréable. C'eft un Fief noble , ou
plutôt ce font trois Fiefs contigus , dont
le premier appartient à M. de Pontpierredu
Four , & releve de la terre de Segue--
ville; le fecond & le troifiéme nommez de
Jacqueffon & d'Effon , relevent du Roy.
Vieux a été de tout tems renommé dans
le Païs , par l'opinion generale qui veut
que dans l'étendue du terrain , qui porte
ce nom il y eût autrefois une ville
, & cette opinion fortifiée par les
Monumens d'Antiquité qui y ont été.
trouvez en differens tems , eft aujour
d'hui confirmée par les nouvelles décou--
vertes qui y furent faites par les foins de
M. Foucault , découvertes que je ne vis
alors qu'en paffant , & dont je fuis à prefent
beaucoup plus en état de vous rendre
un compte exact ...
›
..Mais il faut vous dire , Monfieur , avec
franchife , qu'étant arrivé à Vieux , dans
Pintention d'en reconnoître les ruines ,
de conftater du moins ces nouvelles dé--
couvertes, & de les examiner fur les Me--
moires dont je n'avois pas oublié de me
charger , nous fumes fort furpris de ne
trouver prefque rien de ce que nous cher-
II. Vol By chions
1294 MERCURE DE FRANCE:
(
chions , & de ce que j'avois vû moi-même
la premiere fois que je paffai par Vieux :
en effet , à l'exception de quelques reſtes
de plufieurs grands Edifices ruinez, nom--
mez aujourd'hui Châteaux aux Oyes , &
aux Arres , tout eft , pour ainfi dire , dif
paru ; Gymnafe , Bains , Statues , Tombeaux
, Infcriptions , &c . Eft -ce illufion
eft- ce enchantement ? Non , Monfieur
cependant tout eft changé ; mais vous ne
perdrez rien à la Metamorphofe. Voici la
verité du fait.
Comme nous plaifantions fur nôtre
avanture , affis fur des tas de briques au
pied de ces Edifices ruinez , arriva le-
Gentilhomme du lieu , nommé M. de-
Vieux , homme fort âgé , qui nous pria:
fört honnêtement d'entrer dans faMaiſon ,
offrant de nous donner bien des éclairciffemens
fur notre recherche . Nous ne
pouvions gueres mieux rencontrer : car-
M. de Vieux étoit bien informé de tout ,.
tant en qualité d'Ancien , & de Seigneur
de ce lieu , que parce que M. Foucault
l'avoit chargé de la direction des travaux
qu'il fit faire à Vieux , & qu'en l'abſence
de M. l'Intendant on n'avoit pas , difoitil
, remué une pierre qu'il n'en eût une
connoiffance parfaite..
La raifon qu'il nous donna d'abord du
grand changement que nous trouvions ,
II. Vol. nous
JUIN 1730.
1295
nous parut fenfible & fuffifante , M. Foucault
animé de l'amour de l'Antiquité &
engagé par le fuccès de fes recherches , fit
faire un grand remûment dans tous ces
lieux . UnIntendant Antiquaire eft un terrible
homme en pareille rencontre. Les
Proprietaires& les Laboureurs des champs
renverfez , ou fous lefquels on avoit beaucoup
creufé , en murmurerent ; on les fit
taire en les dédommageant du dégât prefent
; mais pour l'avenir , dès que toutes
les operations furent faites , ces mêmes
Proprietaires, moins curieux d'Antiquités
que de quelques boiffeaux de blé de plus ,
rétablirent toutes chofes dans leur premier
état , en comblant , bouchant &
uniffant tout ce qui en avoit befoin ; enforte
qu'en continuant de labourer &
d'enfemencer les terres endommagées ,
prefque toutes ces belles découvertes dif
parurent & les Curieux de Caën
qui veulent qu'une fancienne ville fut
affife dans ce territoirre, reprirent là - def
fus leur premier langage.
›
Nunc feges eft ubi Troia fuit..
Voilà ,Monfieur, la verité d'un fit que
nous avions de la peine d'abord à comprendre.
Le bon M. de Vieux , plus chargé
de memoire que de litterature, nous fatisfit
affez fur toutes nos queftions ; car nous
*
II. Vol. B vj n'avions
1296 MERCURE DE FRANCE
n'avions befoin que des faits dont il avoit
été le témoin affidu ; ce qui fervit à éclaircir
quelques endroits de mes Memoires.
Il nous fit voir auffi qu'il ne s'étoit pas
oublié dans ces recherches , en nous montrant
dans fon jardin une grande quantité :
de tuyaux & de pots de brique, trouvez
difoit- il , dans la grande fale de ces bâ--
timens foûterrains ; les uns attachez fur la
muraille , prefque l'un contre l'autre , à
la hauteur de cinq pieds ; les autres
au plancher de la même fale , ayant
chacun un pied & demi de longueur , &
un demi pied de largeur. Du jardin nous ,
entrâmes dans la cuifine , qui étoit toute
pavée de longues & larges . briques quis
avoient été trouvées dans ces Edifices ruinez
, fur tout dans les débris des tombeaux..
M. de Vieux ajouta que dans un Cime
tierre , dit aujourd'hui de S. Martin , an-.
cien de plus de 500 ans , on trouva du
tems de ces recherches plufieurs grands
tombeaux de pierre & couverts , conte
nont chacun , plufieurs , fqueletes placés
P'un contre l'autre , ayant à côté d'eux des
haleb rdes , marque de valeur , ou de la
profeffion des armes . On découvrit , dit-- .
il , d'autres pareils tombeaux , dans le
champ nommé Catillon Gelet , & on en
trouve de pareils dans le Cimetiere, de la
II. Vol.
Rà
JUIN 1730. 12.9.7
Paroiffe de Vieux. Enfin il nous affura.
qu'on voit encore à Magny dans ce voifinage
, une espece de petite cuve de mar
bre rouge , d'environ fix pieds de circon--
ference , affez femblable à des Fonts Baptiſmaux
. , avec une Infcription Latine
dont il ignoroit le fens..
Enfin , notre Gentilhomme n'oublia
pas
les Medailles de toute efpece , trouvées,
de tout tems à Vieux & aux environs , affurant
que M..Foucault en avoit eû plus
de mille pour fa part. Il entreprit même
de nous en décrire plufieurs ; quoi faifant,.
ce fut pour nous , je vous l'avoue , une pe
tite ſcene affez réjouiffante ; jamais l'Antiquité
Metallique.ne.fût traitée plus plai--
famment , nous n'avions pas autrement
befoin d'une telle inftruction , vous en
jugerez par les Medailles , de la Reine
Chriftine, qu'il eftimoit beaucoup, & dont
il , affura qu'on avoit trouvé un grand
nombre. C'est ainsi , Monfieur , qu'il ap
pelloit Crifpine , femme de l'Empereur
Commode ,, dont effectivement il nous
montra plufieurs - medailles avec quantité
d'autres auffi communes: cela s'excufe facilement
dans une perfonne de fa profeſ--
fion..
Avant que de quitter Vieux , j'allai
accompagné du même Gentilhomme ,,
voir la carriere de marbre rouge , qui eft
II.Vol . aux
1298 MERCURE DE FRANCE
aux environs , & ainfi marquée dans la
Carte du Dioceſe de Bayeux ; mais fituée
dans le diſtrict du village voifin . Ce marbre
n'eſt pas du plus beau de fon efpece .
On affure que le pied-deftal antique de
Thorigny , dont il a déja été parlé , ainſi
que d'autres morceaux qu'on trouve dans :
les Eglifes de Caën , & fur tout la cuve de
Magny ,font de ce même marbre , ce qui
eft fortaifé à reconnoître.
Il ne tint qu'à nous de faire un grand
repas chez M.de Vieux : il vouloir à toute
force nous retenir jufqu'au lendemain ;
mais ayant amplement déjeûné à Caën , &
d'ailleurs m'étant venu une penfée fur la
Deſcription exacte de cesAntiquitez , qu'il
n'étoit plus poffible de revoir dans leur
entier , je réfolus de retourner de bonne
heure à cette Ville , pour la mettre à execution.
Il fallut cependant voir encore avec
quelque attention toute la maiſon du bon
Gentilhomme , & examiner fur tout fur
la porte de la Chapelle une repréfentation
en grand relief de Jefus-Chrift affis
dans le tombeau , accompagné de deux
Anges debout. Le P. de Vitry, Jefuite, eftimoit
fort cette figure , felon M.de Vieux,
& prétendoit que l'habile Sculpteur s'étoit
conformé à l'ancien ufage de mettre
en cette pofture les corps dans les fepul-
II.. Vol. chres
JUIN 1730. 1290
chres ; ufage qu'il croyoit avoir été pratiqué
à l'égard de Jefus - Chrift. C'eft fur
quoi nous ne conteftames point , & fur'
quoi , comme vous fçavez , divers Auteurs
ont écrit. L'Eglife Paroiffiale de
Vieux n'offre rien qui puiffe arrêter . Le
Curé eft à la nomination de l'Abbaye de
Fontenay..
De retour à Caen un pou tard , je fus
obligé de remettre au lendemain l'execution
de mon deffein. Outre plufieurs Lettres
de M. Foucault & de M.Galland , qui
m'inftruifoient affez fur les Antiquitez de
Vieux , j'avois un affez long. Narré fur le
même fujet , fait dans le tems même de la
découverte , par M. Bellin , Curé de Blainville
, habile homme , & Secretaire perperuel
de l'Academie de Caën , lequel
avoit eû bonne part à tout ce qui s'étoit
paffé là - deffus. C'étoit pour moi autant
& plus qu'il n'en falloit ; mais quand il
s'agit d'inftruire les autres fur des chofes
de cette nature , dont on n'a entendu
ler que confufément , on ne fçauroir prendre
trop de précaution pour fe faire bien
entendre , &pour ne rien dire que
vrai .
parde
Je crus donc qu'une petite conference
avec M. Bellin , que j'étois d'ailleurs bienaiſe
de revoir , acheveroit de jetter de la
clarté fur cette matiere , & qu'avec toutes
II. Vol.
ces
F300 MERCURE DE FRANCE
ces meſures je parviendrois à produire ens
fin une defcription exacte & claire desAntiquitez
de Vieux. Blainville n'eſt qu'à une
lieuë & demie de Caën , peu éloigné du
chemin qui mene à la Délivrande ,fameufe
Dévotion du Païs , au voisinage de la
mer, où l'on va de Caën en moins de deux
heures. Nous réfolumes d'aller droit à la
Délivrande & de revenir pár Blainville.
Nous partîmes de fort bon matin , parce
que j'étois bien aife de voir en paffant
l'Abbaye d'Ardennes qu'on trouve à une
petite lieuë de la Ville..
Cette Abbaye eft de l'Ordre de Prémontré
, & fondée au commencement du
douziéme fiecle. Un Difciple de S. Nortbert
, nommé Gilbert , en fut le premier-
Abbé , preſque dès l'origine de l'Ordre :
On ajoûte , que Philippe de Harcourt
Evêque de Bayeux , contemporain de ceɛ
Abbé , fit des biens confiderables à cette :
Maifon naiffante. C'étoit alors une vraie
folitude,à caufe des grands Bois dont elle :
étoit toute environnée , ce qui lui a fait
donner le nom d'Ardennes , de l'ancien
mot Gaulois Arden , qui fignifie foreft ,
nom qui s'eft confervé dans la grande fo--
reft des Ardennes , dans la Gaule Belgique,
& dans la plus grande foreft d'Angleter--
re: c'eft du moins le fentiment de M. a )
(a)Origines de Caën , ch. 22. på 3-125 .
11..Vol..
Huet :
JUIN. 1730. 1301
Huet ,qui à cette occafion & fur le même
fujet , releve une méprife de M. de la Roque
dans fon Hiftoire de la Maiſon de
Harcourt : cette Abbaye , où nous fûmes
fort bien reçûs , eft aujourd'hui un lieu
fort agreable , élevé. fur une petite coline,
avec des vûës charmantes . Les bâtimens en
font folides , commodes & fpacieux , & les
Religieux qui y demeurent joignent de la
politeffe à une grande édification : on y
aime auffi l'étude & l'application , convenable
à cet Etat.Ils nous apprirent qu'entre
quelques Abbez d'Ardennes , diftin
guez par leur érudition , on compte le fameux
Marguarin de la Bigne ; Auteur du
grand Ouvrage intitulé : La Bibliotheque
des Peres. Ce fçavant Homme , felon eux,
étoit de Vire , & doit être ajoûté aux Illuftres
de cette Ville , dont je vous ai par
lé dans ma derniere Lettre. M de la Baftie
eft aujourd'hui Abbé Commandataire.
d'Ardennes.
#
3:
Une large plaine qui ne fe termine qu'à
la mer , vers le Septentrion , nous conduifit
à laDélivrande, lieu celebre en Normandie
& dans les Provinces voisines
par le concours qu'une grande devotion
envers la fainte Vierge y attire de tous cô.
tez. Nous y entendîmes d'abord la Meffe,
& enfuite nous vîmes avec attention l'Eglife
qui eft fort jolie , extrêmement or
LL.Koh. née
1302 MERCURE DE FRANCE.
née , & très- bien deffervie par des Ecclefiaftiques
commis par M. l'Evêque de
Bayeux. Le Chapitre de la Cathedrale y
tient auffi un de fes Chanoines qui reçoit
les Offrandes , & dirige toutes chofes. Il
y a tout auprès un petit Seminaire conduit
par des Miffionnaires de la Congregation
de S. Lazare , dont nous vifitâmes
auffi P'Eglife & la Maiſon.
Nous apprîmes d'eux qu'on ne fçait
rien de bien affuré fur l'origine de l'Eglife
de la Délivrande , que quelques- uns font
remonter fans preuves à une haute Antiquité
; mais qu'on ne peut s'empêcher de
reconnoître que depuis un fort longtems
Dieu y eft particulierement fervi
& adoré , la Sainte Vierge honorée , & les
Fideles confolez & édifiez. Le vrai nom
moderne de ce lieu eft la Délivrande , duquel
, difent- ils , le Peuple ignorant à faiɛ
éelui de Délivrance : cependant Délivran
de eft un nom originairement Anglois : il
vient de Deale, qui en cette Langue fignifie
partie , portion de quelque chofe ; les
Normands difent Delle pour fignifier la
même chofe ; or les vieux titres portent
que la portion de terrain , ou la piece de
terre fur laquelle eft bâtie l'Eglife en
queftion , appartenoit au nommé Ivrand ,
ou Ivrande , & cette piece eft dénommée
Delle d'Ivrande , ou la piece de terre
AA II. Vol.
d'IJUIN.
1730. 1303
d'Ivrande : Rien ne paroît mieux dérivé ,
& il feroit difficile de trouver une meilleur
étymologie. Tout ce terrain eft de la
Paroiffe de Luc, à un quart de lieuë de -là ,
tirant vers la mer , & releve de l'Abbaye
de Fecamps, dont les Religieux font Pa
trons & Collateurs de la Cure.
Nous prenions congé de ces Meffieurs,
qui nous avoient offert obligeamment à
dîner , pour aller manger des huitres fur
le bord de la mer , & partir enfuite pour
Blainville , lorfque nous entendîmes un
grand bruit au dehors : ce bruit augmentoit
à mesure que nous fortions , & en
ayant demandé la cauſe au premier venu,
on nous dit que c'étoit une grande querelle
furvenue entre deux Etrangers, dont
on n'entendoit pas la Langue , qui s'échauffoit
beaucoup , & qui ne paroiffoit
ne devoir pas fi- tôt finir. Cela nous fit
avancer:mais il n'y avoit pas moyen d'approcher
: une nombreufe Populace envi
ronnoit les deux Champions , ils ne que
relloient point , mais autant valoit - il ,
car ils difputoient à outrance & fans ménager
les termes en Dialecticiens des plus
ferrez , ce qu'il nous étoit aifé d'entendre
de l'endroit où nous étions. La fingularité
du fait nous furprit , mais nous ne tar
dâmes pas d'être éclaircis ; car le Supe
ricus de la Maiſon ayant envoyé du mon-
II. Vola de
1304 MERCURE DE FRANCE
de pour impofer filence , & pour faire retirer
les Affiftans , nous vîmes fortir de la
foule les deux Conteftans fort échauffez &
tout enroüez , dont l'un, connu par mes
Compagnons de Voyage , étoit un bon
Hybernois , habitué à Caën ; l'autre étoit
un Pelerin Eſpagnol qui venoit du Mont
S. Michel . Le premier nous joignit fort
civilement , & ne nous quitta plus . Nous
les ramenâmes à Caen , & il nous conta
fon avanture, qui étoit telle.
•
Je fortois , nous dit-il , de cette Eglife
où j'ai coûtume de venir tous les Samedis
, quand j'ai rencontré ce Pelerin , lequel
après un leger falut m'a interrogé
affez brufquement en ces termes : Quoibous
ftoudouifti ? j'ai d'abord compris que
mon homme cherchoit noife , & qu'il
étoit frais émoulu des Ecoles . Vous fçavez
Meffieurs , que les Hibernois font un peu
Grecs fur l'article , & qu'en particulier
j'ai quelque petite réputation dans votre
Univerfité ; ainfi je n'ai point hefité à lui
répondre Studui Philofophia & etiam
Theologia. Il a fait là - deffus une exclamation
, puis tournant deux fois autour de
moi , il a debuté ainſi : Sentio te effe Thomiftam
, contra fic argumentor de Pramotione
Phifica, &m'a lâché tout de fuite un argument;
la difpute n'a gueres tardé à s'echauffer
& à nous attirer des Auditeurs , ou
II. Vol. plutôt
JUIN. 1730. 1305
plutôt des Spectateurs. Mon Adverfaire
n'eft rien moins que patient ; à chaque
négative que je lui donnois il fe trémouf
foit , & paroiffoit prêt à m'infulter ; enfin
, Meffieurs , la rumeur étoit à fon comble
lorsque vous nous avez entendu ; car
de la Prémotion Phyfique nous nous étions
jettés dans la diftinction des Attributs
& fur d'autres pareils points de pure Mé
taphyfique , lui foûtenant les fubtilités de
Scot, & moi , pour ne pas le faire mentir,
deffendant toujours les fentimens de l'autre
Ecole . Mais graces à la prudence de
M. le Superieur , la difpute a ceffé de la
maniere que vous l'avez vû , & graces à
votre courtoisie , j'efpere de me remettre
bientôt de la fatigue à laquelle je ne me
ferois jamais attendu , dans un lieu où j'étois
venu en partie pour me delaffer l'ef
prit.
Je vous avoue , Monfieur , que l'avanture
nous parut plaiſante ; nous en dejeunâmes
plus gayement. Après avoir vû
pêcher & avoir examiné plufieurs coquillages
fur les bords de la Mer , nous
remontâmes à Cheval pour nous rendre
à Blainville , où nous arrivâmes affez à
tems pour profiter d'un bon diner
que
M. Bellin , averti à mon inſçû par notre
Docteur , avoit préparé. Il s'étoit auffi
préparé lui-même en cherchant dans fes
II. Vol.
papiers
1306 MERCURE DE FRANCE
papiers & en rappellant dans fa memoire
tout ce qui pouvoit concerner les découvertes
de Vieux. Je fus , au refte , charmé
de revoir un ami de ce mérite , qui malgré
les années ne faifoit voir aucun changement
dans la folidité de fon efprit &
dans fes manieres polies & agréables .
Après le repas , le principal fujet de ma
vifite fut mis fur le tapis , & nous eumes
bientôt éclairci toutes choſes à cet égard ;
il me communiqua très obligeamment
tout ce qu'il avoit là- deffus , & me laiffa
emporter tout ce que je voulus. J'appris
de lui qu'à Blainville , comme à Vieux
on trouve de tems en tems des Médail
les & d'autres monumens de l'Antiquité
Romaine , dont il me promit de me donner
des preuves. Nous vîmes enfuite les
dehors du Village qui nous parurent fort
agréables , ce qui nous mena chez M.
D. L. L. qui a une fort jolie Maifon , &
poffede un Fiefdans le Marquifat de Blainville
; c'eft un homme de très bon commerce
, & qui fçait bien de bonnes choſes;
il me promit auffi une inftruction fur les
Antiquités trouvées dans ce Canton. La
Terre de Blainville appartient au Comte
de Rochechouart , frere du Duc de Mortemart
, lequel a époufé la fille de N Colbert
, Marquis de Blainville , troifiême
fils de Jean Baptifte Colbert , Miniſtre &
II. Vol. SecreJUIN.
1730 130 % -
Secretaire d'Etat , qui en avoit fait l'acquifition.
Blainville , au refte , n'eft pas un nom
donné à l'avanture; fi on en croit M.-Huet,
il renferme en lui une antiquité Gauloife ;
c'eſt Beleni Villa ; Apollon & Belenus
chez les Gaulois étoient la même Divinité .
Dans les vieux Titres , ajoûte ce Sçavant ,
le nom de ce Village eft Belainville ;
néanmoins dans plufieurs autres il eft nomme
Bléville , & dans la Charte de fondation
de l'Abbaye de Sainte Trinité de
Caen , Bledvilla , ce qui peut venir du
mot Bladum , qui dans la baffe Latinité
fignifie du bled , ainfi Bledville fignificroit
Village fertile en bled . Vous voyez ,
Monfieur , combien le nom d'un fimple
Village prend de formes differentes entre
les mains d'un habile homme. Il ne tint
à notre Hibernois que le nom même
de M. Bellin , Curé de Blainville , ne
devint miſterieux , & n'entrât pour quelque
chofe dans ces étimologies ..
pas
Au retour de notre petite promenade,
nous fûmes affez furpris de trouver dans
le Presbitere de la Delivrande le Pelerin
Efpagnol qui venoit d'arriver ; il fe jetta
aux pieds de M. le Curé , lui demandant
humblement fa benediction & l'hofpitalité
, ce qui lui fut accordé de bonne
grace , à condition qu'on ne difputeroit
II. Vol.
point ;
1308 MERCURE DE FRANCE
point ; là deffus , il vint embraffer fon
Antagoniſte , & nous fit civilité. Il produifit
enfuite fes papiers qui le firent
connoître pour Prêtre Espagnol & pour
Bachelier de la Faculté de Theologie d'Alcala
; il ajoûta qu'un vou folemnel l'avoit
conduit au Mont S. Michel , allant de Pro.
vince en Province & de Paroiffe en Paroiffe
, efperant s'en retourner de même
quand il auroit vû Caën .
Notre Medecin , homme fort jovial ,
lia avec lui converfation , & d'un ton affez
plaifant , ne fe montrant pas autrement
favorable à l'efprit de pelerinage ; le Bachelier
la foûtint encore plus plaifamment
entendant raillerie à merveilles , aux dépens
même de fa Nation dit de bons
mots avec efprit & de bonne grace , fans
oublier celui de l'Eſpagnol ( a ) aboyé de
près par des Chiens dans les Campagnes
de Bordeaux durant une forte gelée . La
converſation devint plus férieufe , quand
le rufé Pelerin , pour avoir fa revanche,
pouffa à fon tour notre Docteur fur la Phifique
, pour tomber , comme il fit , fur la
Medecine , dont il offrit de démontrer
( a ) Cet Espagnol voulant fe défaire des
Chiens à coups de pierres ne peut jamais en
détacher une fenle , à cause de la gelée ; fur
quoi il s'écria Maledicha la tierra en la quale
Jos perros fon deligados i las piedras ligadas.
II. Vol.
l'incerJUI
N. 1730.
1309
l'incertitude & l'illufion , ajoûtant que les
PhyficiensFrançois n'étoient que lesEchos
des Efpagnols ; témoin , dit - il , votre Delcartes
qui a bâti tout fon ſyſtême de l'ame
des Bêtes, fur celui de notre Gomelius Pereira
b lequel long- tems avant la naiffance
du Philofophe François , a foutenu que les
bêtes n'ont point de fentiment , & font
de pures Machines. Le bon Curé qui avoit
interdit toute difpute ne parut pas trop
fâché de voir embarquer celle- ci , elle
étoit propre à nous faire coucher à Blainville
, comme il le fouhaitoit ; mais je
rompis les chiens à propos ; notre Docteur
fe tira d'embarras comme il pût ; le
Bachelier crût avoir triomphé , & nous
crûmes , en remontant à cheval , après
avoir bien embraffé notre Hôte , avoir
bien employé cette journée , qui fe termina
par notre retour à Caën .
Lelendemain je gardai la maiſon toute
la journée , pour dreffer fur toutes mes
Inftructions une Relation exacte des Recherches
& des Découvertes faites à Vieux
du tems de M. Foucault ; ce fera la matiere
de la premiere Lettre que je vous
écrirai , & j'efpere que votre curioſité en
fera fatisfaite. Je fuis , Monfieur & c .
( b ) G. Pereira , fameux Medecin du XIV:
fiecle , a foutenu cette Doctrine dans un Livro
imprimé en 1554.
LETTRE VII.
E féjour de Torigny parût , Mon-
Lfieur ,fi agréable à mes Compagnons
de Voyage , qu'ils me donnerent tout le
tems que je pouvois ſouhaiter , pour faire,
en les attendant, toutes mes courfes litteraires
aux environs de Caën . Comme les
ruines de Vieux , ou plutôt les découvertes
faites dans ce lieu par M. Foucault ,
étoient mon principal objet , je commen
çai pat m'y tranfporter , accompagné de
mon Docteur Medecin , & d'un autre Cu
rieux de la Ville , fuivis de quelques Domeftiques
en état d'agir en cas de befoin .
I.Vol.
Vieux
JUIN 1730. 1293
Vieux eftun village fitué à deux petites
lieuës de Caën , vers le Couchant de cette
ville , entre la riviere d'Orne , & la petite
riviere de Guynes , ce qui rend ce lieu.
fort agréable. C'eft un Fief noble , ou
plutôt ce font trois Fiefs contigus , dont
le premier appartient à M. de Pontpierredu
Four , & releve de la terre de Segue--
ville; le fecond & le troifiéme nommez de
Jacqueffon & d'Effon , relevent du Roy.
Vieux a été de tout tems renommé dans
le Païs , par l'opinion generale qui veut
que dans l'étendue du terrain , qui porte
ce nom il y eût autrefois une ville
, & cette opinion fortifiée par les
Monumens d'Antiquité qui y ont été.
trouvez en differens tems , eft aujour
d'hui confirmée par les nouvelles décou--
vertes qui y furent faites par les foins de
M. Foucault , découvertes que je ne vis
alors qu'en paffant , & dont je fuis à prefent
beaucoup plus en état de vous rendre
un compte exact ...
›
..Mais il faut vous dire , Monfieur , avec
franchife , qu'étant arrivé à Vieux , dans
Pintention d'en reconnoître les ruines ,
de conftater du moins ces nouvelles dé--
couvertes, & de les examiner fur les Me--
moires dont je n'avois pas oublié de me
charger , nous fumes fort furpris de ne
trouver prefque rien de ce que nous cher-
II. Vol By chions
1294 MERCURE DE FRANCE:
(
chions , & de ce que j'avois vû moi-même
la premiere fois que je paffai par Vieux :
en effet , à l'exception de quelques reſtes
de plufieurs grands Edifices ruinez, nom--
mez aujourd'hui Châteaux aux Oyes , &
aux Arres , tout eft , pour ainfi dire , dif
paru ; Gymnafe , Bains , Statues , Tombeaux
, Infcriptions , &c . Eft -ce illufion
eft- ce enchantement ? Non , Monfieur
cependant tout eft changé ; mais vous ne
perdrez rien à la Metamorphofe. Voici la
verité du fait.
Comme nous plaifantions fur nôtre
avanture , affis fur des tas de briques au
pied de ces Edifices ruinez , arriva le-
Gentilhomme du lieu , nommé M. de-
Vieux , homme fort âgé , qui nous pria:
fört honnêtement d'entrer dans faMaiſon ,
offrant de nous donner bien des éclairciffemens
fur notre recherche . Nous ne
pouvions gueres mieux rencontrer : car-
M. de Vieux étoit bien informé de tout ,.
tant en qualité d'Ancien , & de Seigneur
de ce lieu , que parce que M. Foucault
l'avoit chargé de la direction des travaux
qu'il fit faire à Vieux , & qu'en l'abſence
de M. l'Intendant on n'avoit pas , difoitil
, remué une pierre qu'il n'en eût une
connoiffance parfaite..
La raifon qu'il nous donna d'abord du
grand changement que nous trouvions ,
II. Vol. nous
JUIN 1730.
1295
nous parut fenfible & fuffifante , M. Foucault
animé de l'amour de l'Antiquité &
engagé par le fuccès de fes recherches , fit
faire un grand remûment dans tous ces
lieux . UnIntendant Antiquaire eft un terrible
homme en pareille rencontre. Les
Proprietaires& les Laboureurs des champs
renverfez , ou fous lefquels on avoit beaucoup
creufé , en murmurerent ; on les fit
taire en les dédommageant du dégât prefent
; mais pour l'avenir , dès que toutes
les operations furent faites , ces mêmes
Proprietaires, moins curieux d'Antiquités
que de quelques boiffeaux de blé de plus ,
rétablirent toutes chofes dans leur premier
état , en comblant , bouchant &
uniffant tout ce qui en avoit befoin ; enforte
qu'en continuant de labourer &
d'enfemencer les terres endommagées ,
prefque toutes ces belles découvertes dif
parurent & les Curieux de Caën
qui veulent qu'une fancienne ville fut
affife dans ce territoirre, reprirent là - def
fus leur premier langage.
›
Nunc feges eft ubi Troia fuit..
Voilà ,Monfieur, la verité d'un fit que
nous avions de la peine d'abord à comprendre.
Le bon M. de Vieux , plus chargé
de memoire que de litterature, nous fatisfit
affez fur toutes nos queftions ; car nous
*
II. Vol. B vj n'avions
1296 MERCURE DE FRANCE
n'avions befoin que des faits dont il avoit
été le témoin affidu ; ce qui fervit à éclaircir
quelques endroits de mes Memoires.
Il nous fit voir auffi qu'il ne s'étoit pas
oublié dans ces recherches , en nous montrant
dans fon jardin une grande quantité :
de tuyaux & de pots de brique, trouvez
difoit- il , dans la grande fale de ces bâ--
timens foûterrains ; les uns attachez fur la
muraille , prefque l'un contre l'autre , à
la hauteur de cinq pieds ; les autres
au plancher de la même fale , ayant
chacun un pied & demi de longueur , &
un demi pied de largeur. Du jardin nous ,
entrâmes dans la cuifine , qui étoit toute
pavée de longues & larges . briques quis
avoient été trouvées dans ces Edifices ruinez
, fur tout dans les débris des tombeaux..
M. de Vieux ajouta que dans un Cime
tierre , dit aujourd'hui de S. Martin , an-.
cien de plus de 500 ans , on trouva du
tems de ces recherches plufieurs grands
tombeaux de pierre & couverts , conte
nont chacun , plufieurs , fqueletes placés
P'un contre l'autre , ayant à côté d'eux des
haleb rdes , marque de valeur , ou de la
profeffion des armes . On découvrit , dit-- .
il , d'autres pareils tombeaux , dans le
champ nommé Catillon Gelet , & on en
trouve de pareils dans le Cimetiere, de la
II. Vol.
Rà
JUIN 1730. 12.9.7
Paroiffe de Vieux. Enfin il nous affura.
qu'on voit encore à Magny dans ce voifinage
, une espece de petite cuve de mar
bre rouge , d'environ fix pieds de circon--
ference , affez femblable à des Fonts Baptiſmaux
. , avec une Infcription Latine
dont il ignoroit le fens..
Enfin , notre Gentilhomme n'oublia
pas
les Medailles de toute efpece , trouvées,
de tout tems à Vieux & aux environs , affurant
que M..Foucault en avoit eû plus
de mille pour fa part. Il entreprit même
de nous en décrire plufieurs ; quoi faifant,.
ce fut pour nous , je vous l'avoue , une pe
tite ſcene affez réjouiffante ; jamais l'Antiquité
Metallique.ne.fût traitée plus plai--
famment , nous n'avions pas autrement
befoin d'une telle inftruction , vous en
jugerez par les Medailles , de la Reine
Chriftine, qu'il eftimoit beaucoup, & dont
il , affura qu'on avoit trouvé un grand
nombre. C'est ainsi , Monfieur , qu'il ap
pelloit Crifpine , femme de l'Empereur
Commode ,, dont effectivement il nous
montra plufieurs - medailles avec quantité
d'autres auffi communes: cela s'excufe facilement
dans une perfonne de fa profeſ--
fion..
Avant que de quitter Vieux , j'allai
accompagné du même Gentilhomme ,,
voir la carriere de marbre rouge , qui eft
II.Vol . aux
1298 MERCURE DE FRANCE
aux environs , & ainfi marquée dans la
Carte du Dioceſe de Bayeux ; mais fituée
dans le diſtrict du village voifin . Ce marbre
n'eſt pas du plus beau de fon efpece .
On affure que le pied-deftal antique de
Thorigny , dont il a déja été parlé , ainſi
que d'autres morceaux qu'on trouve dans :
les Eglifes de Caën , & fur tout la cuve de
Magny ,font de ce même marbre , ce qui
eft fortaifé à reconnoître.
Il ne tint qu'à nous de faire un grand
repas chez M.de Vieux : il vouloir à toute
force nous retenir jufqu'au lendemain ;
mais ayant amplement déjeûné à Caën , &
d'ailleurs m'étant venu une penfée fur la
Deſcription exacte de cesAntiquitez , qu'il
n'étoit plus poffible de revoir dans leur
entier , je réfolus de retourner de bonne
heure à cette Ville , pour la mettre à execution.
Il fallut cependant voir encore avec
quelque attention toute la maiſon du bon
Gentilhomme , & examiner fur tout fur
la porte de la Chapelle une repréfentation
en grand relief de Jefus-Chrift affis
dans le tombeau , accompagné de deux
Anges debout. Le P. de Vitry, Jefuite, eftimoit
fort cette figure , felon M.de Vieux,
& prétendoit que l'habile Sculpteur s'étoit
conformé à l'ancien ufage de mettre
en cette pofture les corps dans les fepul-
II.. Vol. chres
JUIN 1730. 1290
chres ; ufage qu'il croyoit avoir été pratiqué
à l'égard de Jefus - Chrift. C'eft fur
quoi nous ne conteftames point , & fur'
quoi , comme vous fçavez , divers Auteurs
ont écrit. L'Eglife Paroiffiale de
Vieux n'offre rien qui puiffe arrêter . Le
Curé eft à la nomination de l'Abbaye de
Fontenay..
De retour à Caen un pou tard , je fus
obligé de remettre au lendemain l'execution
de mon deffein. Outre plufieurs Lettres
de M. Foucault & de M.Galland , qui
m'inftruifoient affez fur les Antiquitez de
Vieux , j'avois un affez long. Narré fur le
même fujet , fait dans le tems même de la
découverte , par M. Bellin , Curé de Blainville
, habile homme , & Secretaire perperuel
de l'Academie de Caën , lequel
avoit eû bonne part à tout ce qui s'étoit
paffé là - deffus. C'étoit pour moi autant
& plus qu'il n'en falloit ; mais quand il
s'agit d'inftruire les autres fur des chofes
de cette nature , dont on n'a entendu
ler que confufément , on ne fçauroir prendre
trop de précaution pour fe faire bien
entendre , &pour ne rien dire que
vrai .
parde
Je crus donc qu'une petite conference
avec M. Bellin , que j'étois d'ailleurs bienaiſe
de revoir , acheveroit de jetter de la
clarté fur cette matiere , & qu'avec toutes
II. Vol.
ces
F300 MERCURE DE FRANCE
ces meſures je parviendrois à produire ens
fin une defcription exacte & claire desAntiquitez
de Vieux. Blainville n'eſt qu'à une
lieuë & demie de Caën , peu éloigné du
chemin qui mene à la Délivrande ,fameufe
Dévotion du Païs , au voisinage de la
mer, où l'on va de Caën en moins de deux
heures. Nous réfolumes d'aller droit à la
Délivrande & de revenir pár Blainville.
Nous partîmes de fort bon matin , parce
que j'étois bien aife de voir en paffant
l'Abbaye d'Ardennes qu'on trouve à une
petite lieuë de la Ville..
Cette Abbaye eft de l'Ordre de Prémontré
, & fondée au commencement du
douziéme fiecle. Un Difciple de S. Nortbert
, nommé Gilbert , en fut le premier-
Abbé , preſque dès l'origine de l'Ordre :
On ajoûte , que Philippe de Harcourt
Evêque de Bayeux , contemporain de ceɛ
Abbé , fit des biens confiderables à cette :
Maifon naiffante. C'étoit alors une vraie
folitude,à caufe des grands Bois dont elle :
étoit toute environnée , ce qui lui a fait
donner le nom d'Ardennes , de l'ancien
mot Gaulois Arden , qui fignifie foreft ,
nom qui s'eft confervé dans la grande fo--
reft des Ardennes , dans la Gaule Belgique,
& dans la plus grande foreft d'Angleter--
re: c'eft du moins le fentiment de M. a )
(a)Origines de Caën , ch. 22. på 3-125 .
11..Vol..
Huet :
JUIN. 1730. 1301
Huet ,qui à cette occafion & fur le même
fujet , releve une méprife de M. de la Roque
dans fon Hiftoire de la Maiſon de
Harcourt : cette Abbaye , où nous fûmes
fort bien reçûs , eft aujourd'hui un lieu
fort agreable , élevé. fur une petite coline,
avec des vûës charmantes . Les bâtimens en
font folides , commodes & fpacieux , & les
Religieux qui y demeurent joignent de la
politeffe à une grande édification : on y
aime auffi l'étude & l'application , convenable
à cet Etat.Ils nous apprirent qu'entre
quelques Abbez d'Ardennes , diftin
guez par leur érudition , on compte le fameux
Marguarin de la Bigne ; Auteur du
grand Ouvrage intitulé : La Bibliotheque
des Peres. Ce fçavant Homme , felon eux,
étoit de Vire , & doit être ajoûté aux Illuftres
de cette Ville , dont je vous ai par
lé dans ma derniere Lettre. M de la Baftie
eft aujourd'hui Abbé Commandataire.
d'Ardennes.
#
3:
Une large plaine qui ne fe termine qu'à
la mer , vers le Septentrion , nous conduifit
à laDélivrande, lieu celebre en Normandie
& dans les Provinces voisines
par le concours qu'une grande devotion
envers la fainte Vierge y attire de tous cô.
tez. Nous y entendîmes d'abord la Meffe,
& enfuite nous vîmes avec attention l'Eglife
qui eft fort jolie , extrêmement or
LL.Koh. née
1302 MERCURE DE FRANCE.
née , & très- bien deffervie par des Ecclefiaftiques
commis par M. l'Evêque de
Bayeux. Le Chapitre de la Cathedrale y
tient auffi un de fes Chanoines qui reçoit
les Offrandes , & dirige toutes chofes. Il
y a tout auprès un petit Seminaire conduit
par des Miffionnaires de la Congregation
de S. Lazare , dont nous vifitâmes
auffi P'Eglife & la Maiſon.
Nous apprîmes d'eux qu'on ne fçait
rien de bien affuré fur l'origine de l'Eglife
de la Délivrande , que quelques- uns font
remonter fans preuves à une haute Antiquité
; mais qu'on ne peut s'empêcher de
reconnoître que depuis un fort longtems
Dieu y eft particulierement fervi
& adoré , la Sainte Vierge honorée , & les
Fideles confolez & édifiez. Le vrai nom
moderne de ce lieu eft la Délivrande , duquel
, difent- ils , le Peuple ignorant à faiɛ
éelui de Délivrance : cependant Délivran
de eft un nom originairement Anglois : il
vient de Deale, qui en cette Langue fignifie
partie , portion de quelque chofe ; les
Normands difent Delle pour fignifier la
même chofe ; or les vieux titres portent
que la portion de terrain , ou la piece de
terre fur laquelle eft bâtie l'Eglife en
queftion , appartenoit au nommé Ivrand ,
ou Ivrande , & cette piece eft dénommée
Delle d'Ivrande , ou la piece de terre
AA II. Vol.
d'IJUIN.
1730. 1303
d'Ivrande : Rien ne paroît mieux dérivé ,
& il feroit difficile de trouver une meilleur
étymologie. Tout ce terrain eft de la
Paroiffe de Luc, à un quart de lieuë de -là ,
tirant vers la mer , & releve de l'Abbaye
de Fecamps, dont les Religieux font Pa
trons & Collateurs de la Cure.
Nous prenions congé de ces Meffieurs,
qui nous avoient offert obligeamment à
dîner , pour aller manger des huitres fur
le bord de la mer , & partir enfuite pour
Blainville , lorfque nous entendîmes un
grand bruit au dehors : ce bruit augmentoit
à mesure que nous fortions , & en
ayant demandé la cauſe au premier venu,
on nous dit que c'étoit une grande querelle
furvenue entre deux Etrangers, dont
on n'entendoit pas la Langue , qui s'échauffoit
beaucoup , & qui ne paroiffoit
ne devoir pas fi- tôt finir. Cela nous fit
avancer:mais il n'y avoit pas moyen d'approcher
: une nombreufe Populace envi
ronnoit les deux Champions , ils ne que
relloient point , mais autant valoit - il ,
car ils difputoient à outrance & fans ménager
les termes en Dialecticiens des plus
ferrez , ce qu'il nous étoit aifé d'entendre
de l'endroit où nous étions. La fingularité
du fait nous furprit , mais nous ne tar
dâmes pas d'être éclaircis ; car le Supe
ricus de la Maiſon ayant envoyé du mon-
II. Vola de
1304 MERCURE DE FRANCE
de pour impofer filence , & pour faire retirer
les Affiftans , nous vîmes fortir de la
foule les deux Conteftans fort échauffez &
tout enroüez , dont l'un, connu par mes
Compagnons de Voyage , étoit un bon
Hybernois , habitué à Caën ; l'autre étoit
un Pelerin Eſpagnol qui venoit du Mont
S. Michel . Le premier nous joignit fort
civilement , & ne nous quitta plus . Nous
les ramenâmes à Caen , & il nous conta
fon avanture, qui étoit telle.
•
Je fortois , nous dit-il , de cette Eglife
où j'ai coûtume de venir tous les Samedis
, quand j'ai rencontré ce Pelerin , lequel
après un leger falut m'a interrogé
affez brufquement en ces termes : Quoibous
ftoudouifti ? j'ai d'abord compris que
mon homme cherchoit noife , & qu'il
étoit frais émoulu des Ecoles . Vous fçavez
Meffieurs , que les Hibernois font un peu
Grecs fur l'article , & qu'en particulier
j'ai quelque petite réputation dans votre
Univerfité ; ainfi je n'ai point hefité à lui
répondre Studui Philofophia & etiam
Theologia. Il a fait là - deffus une exclamation
, puis tournant deux fois autour de
moi , il a debuté ainſi : Sentio te effe Thomiftam
, contra fic argumentor de Pramotione
Phifica, &m'a lâché tout de fuite un argument;
la difpute n'a gueres tardé à s'echauffer
& à nous attirer des Auditeurs , ou
II. Vol. plutôt
JUIN. 1730. 1305
plutôt des Spectateurs. Mon Adverfaire
n'eft rien moins que patient ; à chaque
négative que je lui donnois il fe trémouf
foit , & paroiffoit prêt à m'infulter ; enfin
, Meffieurs , la rumeur étoit à fon comble
lorsque vous nous avez entendu ; car
de la Prémotion Phyfique nous nous étions
jettés dans la diftinction des Attributs
& fur d'autres pareils points de pure Mé
taphyfique , lui foûtenant les fubtilités de
Scot, & moi , pour ne pas le faire mentir,
deffendant toujours les fentimens de l'autre
Ecole . Mais graces à la prudence de
M. le Superieur , la difpute a ceffé de la
maniere que vous l'avez vû , & graces à
votre courtoisie , j'efpere de me remettre
bientôt de la fatigue à laquelle je ne me
ferois jamais attendu , dans un lieu où j'étois
venu en partie pour me delaffer l'ef
prit.
Je vous avoue , Monfieur , que l'avanture
nous parut plaiſante ; nous en dejeunâmes
plus gayement. Après avoir vû
pêcher & avoir examiné plufieurs coquillages
fur les bords de la Mer , nous
remontâmes à Cheval pour nous rendre
à Blainville , où nous arrivâmes affez à
tems pour profiter d'un bon diner
que
M. Bellin , averti à mon inſçû par notre
Docteur , avoit préparé. Il s'étoit auffi
préparé lui-même en cherchant dans fes
II. Vol.
papiers
1306 MERCURE DE FRANCE
papiers & en rappellant dans fa memoire
tout ce qui pouvoit concerner les découvertes
de Vieux. Je fus , au refte , charmé
de revoir un ami de ce mérite , qui malgré
les années ne faifoit voir aucun changement
dans la folidité de fon efprit &
dans fes manieres polies & agréables .
Après le repas , le principal fujet de ma
vifite fut mis fur le tapis , & nous eumes
bientôt éclairci toutes choſes à cet égard ;
il me communiqua très obligeamment
tout ce qu'il avoit là- deffus , & me laiffa
emporter tout ce que je voulus. J'appris
de lui qu'à Blainville , comme à Vieux
on trouve de tems en tems des Médail
les & d'autres monumens de l'Antiquité
Romaine , dont il me promit de me donner
des preuves. Nous vîmes enfuite les
dehors du Village qui nous parurent fort
agréables , ce qui nous mena chez M.
D. L. L. qui a une fort jolie Maifon , &
poffede un Fiefdans le Marquifat de Blainville
; c'eft un homme de très bon commerce
, & qui fçait bien de bonnes choſes;
il me promit auffi une inftruction fur les
Antiquités trouvées dans ce Canton. La
Terre de Blainville appartient au Comte
de Rochechouart , frere du Duc de Mortemart
, lequel a époufé la fille de N Colbert
, Marquis de Blainville , troifiême
fils de Jean Baptifte Colbert , Miniſtre &
II. Vol. SecreJUIN.
1730 130 % -
Secretaire d'Etat , qui en avoit fait l'acquifition.
Blainville , au refte , n'eft pas un nom
donné à l'avanture; fi on en croit M.-Huet,
il renferme en lui une antiquité Gauloife ;
c'eſt Beleni Villa ; Apollon & Belenus
chez les Gaulois étoient la même Divinité .
Dans les vieux Titres , ajoûte ce Sçavant ,
le nom de ce Village eft Belainville ;
néanmoins dans plufieurs autres il eft nomme
Bléville , & dans la Charte de fondation
de l'Abbaye de Sainte Trinité de
Caen , Bledvilla , ce qui peut venir du
mot Bladum , qui dans la baffe Latinité
fignifie du bled , ainfi Bledville fignificroit
Village fertile en bled . Vous voyez ,
Monfieur , combien le nom d'un fimple
Village prend de formes differentes entre
les mains d'un habile homme. Il ne tint
à notre Hibernois que le nom même
de M. Bellin , Curé de Blainville , ne
devint miſterieux , & n'entrât pour quelque
chofe dans ces étimologies ..
pas
Au retour de notre petite promenade,
nous fûmes affez furpris de trouver dans
le Presbitere de la Delivrande le Pelerin
Efpagnol qui venoit d'arriver ; il fe jetta
aux pieds de M. le Curé , lui demandant
humblement fa benediction & l'hofpitalité
, ce qui lui fut accordé de bonne
grace , à condition qu'on ne difputeroit
II. Vol.
point ;
1308 MERCURE DE FRANCE
point ; là deffus , il vint embraffer fon
Antagoniſte , & nous fit civilité. Il produifit
enfuite fes papiers qui le firent
connoître pour Prêtre Espagnol & pour
Bachelier de la Faculté de Theologie d'Alcala
; il ajoûta qu'un vou folemnel l'avoit
conduit au Mont S. Michel , allant de Pro.
vince en Province & de Paroiffe en Paroiffe
, efperant s'en retourner de même
quand il auroit vû Caën .
Notre Medecin , homme fort jovial ,
lia avec lui converfation , & d'un ton affez
plaifant , ne fe montrant pas autrement
favorable à l'efprit de pelerinage ; le Bachelier
la foûtint encore plus plaifamment
entendant raillerie à merveilles , aux dépens
même de fa Nation dit de bons
mots avec efprit & de bonne grace , fans
oublier celui de l'Eſpagnol ( a ) aboyé de
près par des Chiens dans les Campagnes
de Bordeaux durant une forte gelée . La
converſation devint plus férieufe , quand
le rufé Pelerin , pour avoir fa revanche,
pouffa à fon tour notre Docteur fur la Phifique
, pour tomber , comme il fit , fur la
Medecine , dont il offrit de démontrer
( a ) Cet Espagnol voulant fe défaire des
Chiens à coups de pierres ne peut jamais en
détacher une fenle , à cause de la gelée ; fur
quoi il s'écria Maledicha la tierra en la quale
Jos perros fon deligados i las piedras ligadas.
II. Vol.
l'incerJUI
N. 1730.
1309
l'incertitude & l'illufion , ajoûtant que les
PhyficiensFrançois n'étoient que lesEchos
des Efpagnols ; témoin , dit - il , votre Delcartes
qui a bâti tout fon ſyſtême de l'ame
des Bêtes, fur celui de notre Gomelius Pereira
b lequel long- tems avant la naiffance
du Philofophe François , a foutenu que les
bêtes n'ont point de fentiment , & font
de pures Machines. Le bon Curé qui avoit
interdit toute difpute ne parut pas trop
fâché de voir embarquer celle- ci , elle
étoit propre à nous faire coucher à Blainville
, comme il le fouhaitoit ; mais je
rompis les chiens à propos ; notre Docteur
fe tira d'embarras comme il pût ; le
Bachelier crût avoir triomphé , & nous
crûmes , en remontant à cheval , après
avoir bien embraffé notre Hôte , avoir
bien employé cette journée , qui fe termina
par notre retour à Caën .
Lelendemain je gardai la maiſon toute
la journée , pour dreffer fur toutes mes
Inftructions une Relation exacte des Recherches
& des Découvertes faites à Vieux
du tems de M. Foucault ; ce fera la matiere
de la premiere Lettre que je vous
écrirai , & j'efpere que votre curioſité en
fera fatisfaite. Je fuis , Monfieur & c .
( b ) G. Pereira , fameux Medecin du XIV:
fiecle , a foutenu cette Doctrine dans un Livro
imprimé en 1554.
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Résumé : SUITE du Voyage de Basse-Normandie. LETTRE VII.
Le texte décrit un voyage à Vieux, un village près de Caen en Normandie, entrepris par l'auteur accompagné de son médecin et d'un autre curieux. Leur objectif est d'examiner les ruines et les découvertes archéologiques réalisées par M. Foucault. À leur arrivée, ils constatent que les vestiges antiques ont été en grande partie dissimulés par les propriétaires terriens pour permettre la reprise des cultures. M. de Vieux, seigneur du lieu, explique que les découvertes ont été comblées après les fouilles. M. de Vieux montre aux visiteurs divers objets antiques, tels que des tuyaux de brique, des tombeaux de pierre et des médailles. Il mentionne également une carrière de marbre rouge et une sculpture en relief représentant Jésus-Christ dans le tombeau. L'auteur visite ensuite l'abbaye d'Ardennes, fondée au XIIe siècle, et la Délivrande, un lieu de pèlerinage dédié à la Vierge Marie. Le texte se termine par une description de l'église de la Délivrande et de son séminaire. Parallèlement, le texte relate une dispute philosophique entre un Irlandais et un pèlerin espagnol près de l'église de la Délivrande. L'Irlandais, habitué de Caen, se rend à l'église lorsqu'il est abordé par le pèlerin espagnol, qui lui demande en latin s'il étudie la philosophie et la théologie. La discussion s'enflamme rapidement, attirant une foule de spectateurs. Les deux hommes débattent de sujets métaphysiques, tels que la promotion physique et les attributs divins, chacun défendant des écoles de pensée opposées. La dispute est interrompue par le supérieur de la maison, qui impose le silence. L'Irlandais rejoint ensuite les narrateurs, qui le ramènent à Caen. Il explique que la dispute a commencé par une question en latin sur ses études et a rapidement dégénéré en un débat philosophique intense. Plus tard, le groupe se rend à Blainville, où ils rencontrent M. Bellin, qui partage des informations sur les antiquités locales. Le pèlerin espagnol, arrivé entre-temps, demande l'hospitalité au curé de la Délivrande. Une conversation s'ensuit entre le pèlerin et le médecin du groupe, qui discutent de la médecine et de la philosophie. Le texte se termine par le retour des narrateurs à Caen, après une journée riche en échanges intellectuels.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1372
p. 1319-1330
LETTRE pour servir de réponse à la Letre de M.... écrite de Grenoble, & inserée dans le Mercure du mois de Mai 1730.
Début :
Il est vrai, Monsieur, que le livre anoncé sous le titre, d'ABC DE CANDIAC [...]
Mots clefs :
Enfants, Étude, Réflexions, A, B, C Français, A, B, C Latin, Leçons
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE pour servir de réponse à la Letre de M.... écrite de Grenoble, & inserée dans le Mercure du mois de Mai 1730.
LETRE pour fervir de réponse à la
Letre de M.... écrite de Grenoble , &
inferée dans le Mercure du mois de Mai
1730 .
I
Left vrai , Monfieur , que le livre
anoncé fous le titre , d'A B C DE CANDIAC
auroit déja du paroitre , mais cela
n'a pas abfolument dépendu de l'auteur ;
come il fouhaite doner une Edition paffable
& corecte , il n'a voulu prendre au
cun engagement avec des libraires , fe
fatant d'avoir dans peu la liberté de
mieux faire avec quelque imprimeur . Le
titre d'ABC de Candiac aïant paru
trop fimple à bien des perfones , on lui
a confeillé d'en prendre un autre moins
vague , & qui donat une idée plus exacte
de fon ouvrage ; c'eft pourquoi il l'a intitulé
, LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS , OU
LES PREMIERS ELEMENS DES LETRES , &c.
11. Vol. Cvj & c'eft
1320 MERCURE DE FRANCE
& c'eft fous ce titre qu'il en a obtenu le
privilege.
Voici , Monfieur , le plan de fon ouvrage.
Il eft divifé en deux volumes , l'un
pour le maitre , & l'autre
pour l'enfant. >
Celui de l'enfant, ou de pure pratique , eft.
divifé en cinq parties.
La premiere partie contient en cinquante
leçons, trois A B C latins ; favoir,
le premier en vint & une petites leçons ?
pour les letres , voyeles ou confones ;
grandes & petites : les confones avec
leur nom ou fans leur nom ; reffemblantes
ou non reffemblantes ; letres grifes
romaines , & italiques ; letres à poins , à
titres , à trema , à accens ; voyeles naza
fes ; diftongues , fons fimples , ou compofés
; confones fortes , confones foibles ; letres
fiflantes , afpirées ; letres doubles , ligatures
, &s ..... Le fegond A B C´latin
en quinze petites leçons , eft pour les
combinaiſons des confones avec les voye
fes initiales , finales , & mediales ; pour:
les combinaiſons des confones à double
emploi , ufage ou valeur , come font les .
letres c, g ,f, t, x, y , & c. pour les combinaifons
des letres liquides ou coulantes.
1, r; pour les combinaifons des caracte
resch , ph , rb , th , & des letres dificiles
pour les combinaifons des confones fimples
, doubles , fortes ou foibles , & c. ....
2.
II. Fol
Le
JUIN 1730. 1321
Le troifiéme A B C latin en quatorze petites
leçons , contient les monofilabes latins
la filabifation , ou l'art d'épeler toute
forte de polifilabes & de mots dificiles
faits exprès , ou choifis dans les livres ; des
mots , fans voyeles , & de vieux mots la
tins abregés ou non abrégés.
La fegonde partie contient auffi trois
ABC françois en deux cens & tant de
leçons ; favoir le premier en huit petites
leçons pour les voyeles latines & les
voyeles françoifes; pour les confones avec:
leur nom ou fans leur nom ; pour les fons .
fimples ou compofés ; pour toutes les combinaiſons
des confonnes , foibles ou fortes;
pour les combinaiſons des fons fecs, liquides,
& mouillés , &c....Le fegond ABC
françois en fix petites leçons contient les
monofilabes françois , & la filabifation ,
ou l'art d'épeler toute forte de mots &c.
... Le troifiéme ABC plus étendu ,
contient toutes les autres combinaiſons.
neceffaires , & quantité de leçons de lecture,
variées par diferens fujets fur les le
tres & fur les nombres ; & enfin une no →
menclature des arts & des fiences , fuivie
de la doctrine chrétienne , & du calen--
drier de Jules-Cefar à côté de notre al--
manac. On parlera des autres trois parties
dans le mercure du mois prochain .
Le volume du maître , qui fervira en-
JI. Vol fuite
122 MERCURE DE FRANCE
fuite à l'enfant , eft auffi diviſé en cinq
parties ; la premiere partie contient en
cent & tant de pages la preface de l'ou--
vrage, & les réflexions ou inftructions neceffaires
fur tout l'atirail literaire que l'on
peut doner à un petit enfant , come
des jeux de cartes , une caffete , & un bureau
abécédiques ; une caffe d'imprimerie
, en colombier , la fuite du bureau tipografique
, latin- françois , un rudiment
pratique ; & enfin le dictionaire du bureau
tipografique ; cette même partie con--
tient les reflexions , & les remarques fur
les cinquante leçons des trois A B C la
rins.
ge.
La fegonde partie en cent & tant de
pages , contient d'abord les reflexions
nerales , & préliminaires fur l'étude de la
langue françoife , & des fons qui la dif--
tinguent des autres langues ; & enſuite
des remarques grammaticales fur les leçons
des trois A B C françois.
La troifiéme partie en trente & tant de
pages , contient une réponse aux raifonemens
, ou aux préjugés de M. l'Abe
Regnier dans fon traité de l'ortografe , &
quelques reflexions fur l'ortografe des dic
tionaires de Richelet , de Furetiere , det
Trevoux , de l'Academie Françoife , & def
Academie d'Espagne.
La quatrième partie , en foixanté &
II. Vol.
*tane™
JUIN. 1730 1323
tant de pages , contient
dans un ordre
cronologique
des extraits
critiques
d'une'
trentaine
d'auteurs
, par rapport à la tradition
de l'ortografe
& de les principes
,
fuivis ou changés
depuis
près de deux
fiecles. Cette partie poura être augmen
tée à mesure que les ortografiftes
anciens
ou modernes
tomberont
fous la main de
l'auteur de ce petit ouvrage.
La cinquième partie contient les inf
tructions préliminaires fur le rudiment
pratique de la langue latine , & des refle
xions fur les petits exercices de l'enfant ,
auquel les parens fouhaitent de doner
une noble & belle éducation .
Voilà , Monfieur , l'idée la plus apro
chante que je puiffe vous doner de cet
ouvrage , l'auteur , felon les principes de
Ramus , infifte toujours beaucoup fur la
pratique , parce qu'il croit plus aife de faire
agir les enfans , que de les faire raifo- '
ner ; c'eft travaillet en pure perte que de
les arêter lontems fur des fpeculations
qui vont à prouver l'utilité des regles ,
au lieu de les faire paffer au plutôt à la
pratique même de ces regles. Il a ceperdant
expliqué fa métode auffi clairement
qu'il lui a été poffible , il a même pris à
tâche de rendre raifon de tout dans le
corps de l'ouvrage , & de répondre à
toutes les dificultés raifonables qu'on
NII Vol
peut
1324 MERCURE DE FRANCE
R
peut former contre cette nouvele maniere
d'inftruire les enfans .
Il ya deux fortes de perfones que l'auteur
ne s'eft jamais flaté de pouvoir convaincre.
Il met au premier rang ceux qui ,
par un entêtement exceffiffur l'exactitude,
de leurs recherches , croient que tout eft
trouvé , parce qu'il leur plaît de croire
qu'ils n'ont plus rien à aprendre ; dans
cette idée ils n'ont que du mépris pour les
nouveles découvertes , & ne laiffent tout
au plus aux autres que la gloire d'ateindre
au dégré de favoir ,
ou la. la trop
opinion de leur fufifance les a placés. Le
plus court avec eux , c'eft de les abandoner
à leur fauffe préfomtion , qui n'a rien
de réel que l'ignorance où elle les retient,
& le ridicule qui en eft inféparable.
bone
La fegonde efpece de gens , ce font
ceux qui par une déference aveugle pour
ceux qui nous ont devancés dans la catiere
des belles letres , fe bornent uniquement
à favoir les opinions des autres ;
come le travail eft inféparable de la recherche
, ils aiment mieux fupofer que les
ancienes métodes font bones & fufifan--
tes , que de fe charger du foin d'examiner :
fi les nouveles ne valent pas mieux . On va .
toujours bien felon eux , quand on eft
dans un chemin batu , quelque long qu'il
Loit , & quelque embaras qu'on y trouve ;
II. Vol. comme™
y
JUIN 1730 1325
come fi l'avantage d'ariver plutot , &
plus comodément ne valoit pas la peine
de tenter une nouvele route. Du refte
fujets modeftes & foumis dans la republique
des letres , ils ne mettent point de
diference entre une hardieffe outrée, toujours
prete à tout contredire , & une ho
nete liberté qui fe referve le droit de
choifir entre le bien & le mieux : fcrupu
leufement atachés à leur routine , ils s'y
repofent come dans une poffeffionoù perfone
n'eft en droit de les troubler. Les
premiers qu'on peut apeler des demi-favans
glorieux , font trop entêtés de leur
propre merite , ceux- ci de celui d'autruis
cette double difpofition , également bla
mable & dans les uns & dans les autres ,
aretera toujours le progrès des fiences.
à moins qu'on ne prene le parti de fe metre
au-deflus de la fote vanité des premiers
, & de la timidité de ces derniers .
Il y a plus de quinfe ans que l'Auteur
de cette metode fit quelque étude des fons
de la langue françoife , & cela pour profiter
un peu du fejour de Paris où il fe
trouvoit alors. Il mit fes reflexions fur le
papier , mais pour lui feul , ou tout au
plus pour quelques amis . De retour en
province , il eut ocafion de faire l'effai
de cette doctrine des fons : & avec un
peu d'aplication & de travail , il mit dans
II. Vol
peu
1326 MERCURE DE FRANCE
peu de tems une gouvernante en état de
montrer les letres & les fons à un enfant
de deux ans ; ce qu'on pouroit même
pratiquer encore plutôt , fi les enfans
étoient pour l'ordinaire capables d'articuler
des fons avant ce tems là. Cet effai
réuffit fi bien , que l'enfant conut toutes
les letres grandes & petites à l'âge de
trente mois , & qu'à trois ans il lut paſſablement
le françois & le latin , l'heureux
fuccès fur la premiere de ces deux langues
aïant porté l'auteur à tenter la même
chofe fur la fegonde.
On croit ordinairement qu'il eft inutile
, indiferent , & peut- etre meme dangereux
de montrer les lètres à un enfant
dès qu'il fait articuler quelques filabes .
Bien des gens s'imaginent que de comancer
deux ou trois ans plutot ou plus tard, cela
ne fauroit guere influer ni en bien nien mak
dans le refte de la vie ; & qu'enfin l'education
tardive peut mener également à la
perfection ; c'eft là , ce me femble , un
prejugé que l'ignorance & la coutume
paroiffent n'avoir déja que trop autorifé;
car le degout de la plupart des écoliers
ne vient peut- etre pas moins d'une édu
cation tardive que d'un defaut de difpo
fition à l'étude. Je penfe donc avec l'auteur
qu'il feroit très utile que l'enfant pût
lire auffi tot qu'il fait parler ; cela lui do-
I I. Vol. neroit
UIN. 1730.
1327
neroit plus de facilité dans toutes les études.
La diference d'un enfant qui lit à
trois ans , & de celui qui à peine lit à ſept ,
doit etre contée pour beaucoup dans la
fuite des études. Il y a tant de chofes à
aprendre , qu'on ne fauroit trop tôt comancer.
On ne prend pour pretexte la
fanté , la foibleffe , ou la vivacité d'un enfant
, que pour fe juftifier foi meme , &
pour excufer un ufage fuivi par imitation
plutot que par raifon ; chacun pouroit
fournir fur autrui , & peut-etre fur foi
même , des exemples de cet abus .
D'où vient que les ainés , les enfans uniques
, ou les enfans le plus cheris , font
ordinairement moins avancés dans les étu
des que les autres : c'eft qu'on les a mis
trop tard à l'abc , ou peut être trop tôt
fur des livres ordinaires & mal faits : on
a rempli de fimples puerilités leur imagination
tendre ; ils ont grandi dans l'exereice
continuel des badinages ; ils ont enfuite
peine à les facrifier aux leçons inftructives
& penibles qu'on leur done
D'ailleurs enfeveli dans les prejugés , on
aime mieux en general voir vivre fon
enfant dans l'ignorance , que de s'expofer
à la crainte mal fondée , de le perdre fort
favant ; & l'on conclud fans raifon que la
frence abrege leurs jours , come fi l'ignorance
& l'oifiveté prometoient une plus
II. Vol. longue
1328 MERCURE DE FRANCE
longue vie . Quelques particuliers peuvent,
l'imaginer ainfi , mais le Public penſe &
taifone plus jufte.
pas mal
Puifque les autorités & les exemples
font ordinairement plus d'impreffion que
les fimples raifonemens , il n'eft
d'en raporter ici quelques uns. Certaines
perfones ont cru , dit Quintilien , qu'il ne
faut pas entreprendre de rien enfeigner
aux enfans avant fept ans : mais ceux qui
come Chrifipe , ne veulent pas qu'aucun
age foit exemt d'aplication , l'entendent
bien mieux. Car quoiqu'il laiffe l'enfant
entre les mains des femmes jufqu'à trois
ans , il veut qu'elles prenent foin dès ce
tems là de lui former l'efprit par les meil-
Ieures inftructions qu'elles font capables
de doner. Et pourquoi ce meme age , qui
eft déja fufceptible d'impreffion pour
les
moeurs , ne le feroit- il pas auffi des premiers
elemens de literature ?
Socrate lontems auparavant avoit fait
comprendre à fes diciples que les enfans
qui favent parler , & qui comancent à
faire paroitre du dicernement , ne font
point trop jeunes pour les fiences. Ariftote
& Platon l'ont penfé de même : &
fi Quintilien déja cité , M. le Fevre , Madame
Dacier , & beaucoup de favans , ont
eu le malheur de perdre leurs enfans ce-
Jebres , doit on conclure qu'il font morts
II. Vol. par
JUIN. 1730. 1329
par des excès d'étude ? la tendreffe paternele
des favans eft elle moins naturele que
celle des autres homes ? font ils plus avcuglés
, & moins atentifs lorfqu'il s'agit
des égars & des menagemens neceffaires à
la confervation des enfans le plus cheris ?
Il eft vrai que les énemis de l'étude l'a
cufent d'etre meurtriere , & difent qu'elle
affaffine les enfans ou qu'elle les empêche
de croitre. Dès qu'il meurt quelque enfant
celebre les études , les ignorans
ne manquent pas d'en acufer ces mêmes
études ; c'eft la maniere dont ils s'y prenent
pour confoler des parens afligés , &
cela fans faire atention au nombre infini
d'enfans qui restent nains ou qui meurent
malgré leur parfaite ignorance & au
par
و
grand nombre de ceux qui vivent au delà
de quatre vints ans quoiqu'ils aient comencé
de fort bone heure à étudier . On
fait que le Cardinal Lugo dès l'âge de trois
ans fit paroitre fon heureux genie ; car il
favoit lire les imprimés & les manufcrits.
Bayle en parle dans fon dictionaire. Le
Taffe à l'age de trois ans , comença à étu
dier la gramaire ; & il fe portoit à l'étude
avec tant d'ardeur & tant de gout , que
fon pere n'hefita point à l'envoyer au co
lege des Jefuites , dès l'ege de quatre ans.
Sous ces habiles maitres le petit Torquato
fit de fi grans progrès , qu'à fept ans il
II. Vol. favoir
1330 MERCURE DE FRANCE
favoit parfaitement le latin , & tres palla
blement le grec. La fuite des nouveles
d'Amfterdam du 30 avril 1726 parloit
du petit Jean Filipe Baratier de Schwal
bach , qui comença d'aprendre les letres
avant l'age de deux ans. Mais ctier des
enfans morts, aux ïeux des ignorans , c'eſt
prefque decrier une métode : citer das
enfans étrangers , c'eft s'expofer à n'etre
pas cru : il en faut donc citer qui foient
en vie , & à Paris , la choſe eft aisée , &
ce fera pour un autre Mercure.Je fuis, &c.
Letre de M.... écrite de Grenoble , &
inferée dans le Mercure du mois de Mai
1730 .
I
Left vrai , Monfieur , que le livre
anoncé fous le titre , d'A B C DE CANDIAC
auroit déja du paroitre , mais cela
n'a pas abfolument dépendu de l'auteur ;
come il fouhaite doner une Edition paffable
& corecte , il n'a voulu prendre au
cun engagement avec des libraires , fe
fatant d'avoir dans peu la liberté de
mieux faire avec quelque imprimeur . Le
titre d'ABC de Candiac aïant paru
trop fimple à bien des perfones , on lui
a confeillé d'en prendre un autre moins
vague , & qui donat une idée plus exacte
de fon ouvrage ; c'eft pourquoi il l'a intitulé
, LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS , OU
LES PREMIERS ELEMENS DES LETRES , &c.
11. Vol. Cvj & c'eft
1320 MERCURE DE FRANCE
& c'eft fous ce titre qu'il en a obtenu le
privilege.
Voici , Monfieur , le plan de fon ouvrage.
Il eft divifé en deux volumes , l'un
pour le maitre , & l'autre
pour l'enfant. >
Celui de l'enfant, ou de pure pratique , eft.
divifé en cinq parties.
La premiere partie contient en cinquante
leçons, trois A B C latins ; favoir,
le premier en vint & une petites leçons ?
pour les letres , voyeles ou confones ;
grandes & petites : les confones avec
leur nom ou fans leur nom ; reffemblantes
ou non reffemblantes ; letres grifes
romaines , & italiques ; letres à poins , à
titres , à trema , à accens ; voyeles naza
fes ; diftongues , fons fimples , ou compofés
; confones fortes , confones foibles ; letres
fiflantes , afpirées ; letres doubles , ligatures
, &s ..... Le fegond A B C´latin
en quinze petites leçons , eft pour les
combinaiſons des confones avec les voye
fes initiales , finales , & mediales ; pour:
les combinaiſons des confones à double
emploi , ufage ou valeur , come font les .
letres c, g ,f, t, x, y , & c. pour les combinaifons
des letres liquides ou coulantes.
1, r; pour les combinaifons des caracte
resch , ph , rb , th , & des letres dificiles
pour les combinaifons des confones fimples
, doubles , fortes ou foibles , & c. ....
2.
II. Fol
Le
JUIN 1730. 1321
Le troifiéme A B C latin en quatorze petites
leçons , contient les monofilabes latins
la filabifation , ou l'art d'épeler toute
forte de polifilabes & de mots dificiles
faits exprès , ou choifis dans les livres ; des
mots , fans voyeles , & de vieux mots la
tins abregés ou non abrégés.
La fegonde partie contient auffi trois
ABC françois en deux cens & tant de
leçons ; favoir le premier en huit petites
leçons pour les voyeles latines & les
voyeles françoifes; pour les confones avec:
leur nom ou fans leur nom ; pour les fons .
fimples ou compofés ; pour toutes les combinaiſons
des confonnes , foibles ou fortes;
pour les combinaiſons des fons fecs, liquides,
& mouillés , &c....Le fegond ABC
françois en fix petites leçons contient les
monofilabes françois , & la filabifation ,
ou l'art d'épeler toute forte de mots &c.
... Le troifiéme ABC plus étendu ,
contient toutes les autres combinaiſons.
neceffaires , & quantité de leçons de lecture,
variées par diferens fujets fur les le
tres & fur les nombres ; & enfin une no →
menclature des arts & des fiences , fuivie
de la doctrine chrétienne , & du calen--
drier de Jules-Cefar à côté de notre al--
manac. On parlera des autres trois parties
dans le mercure du mois prochain .
Le volume du maître , qui fervira en-
JI. Vol fuite
122 MERCURE DE FRANCE
fuite à l'enfant , eft auffi diviſé en cinq
parties ; la premiere partie contient en
cent & tant de pages la preface de l'ou--
vrage, & les réflexions ou inftructions neceffaires
fur tout l'atirail literaire que l'on
peut doner à un petit enfant , come
des jeux de cartes , une caffete , & un bureau
abécédiques ; une caffe d'imprimerie
, en colombier , la fuite du bureau tipografique
, latin- françois , un rudiment
pratique ; & enfin le dictionaire du bureau
tipografique ; cette même partie con--
tient les reflexions , & les remarques fur
les cinquante leçons des trois A B C la
rins.
ge.
La fegonde partie en cent & tant de
pages , contient d'abord les reflexions
nerales , & préliminaires fur l'étude de la
langue françoife , & des fons qui la dif--
tinguent des autres langues ; & enſuite
des remarques grammaticales fur les leçons
des trois A B C françois.
La troifiéme partie en trente & tant de
pages , contient une réponse aux raifonemens
, ou aux préjugés de M. l'Abe
Regnier dans fon traité de l'ortografe , &
quelques reflexions fur l'ortografe des dic
tionaires de Richelet , de Furetiere , det
Trevoux , de l'Academie Françoife , & def
Academie d'Espagne.
La quatrième partie , en foixanté &
II. Vol.
*tane™
JUIN. 1730 1323
tant de pages , contient
dans un ordre
cronologique
des extraits
critiques
d'une'
trentaine
d'auteurs
, par rapport à la tradition
de l'ortografe
& de les principes
,
fuivis ou changés
depuis
près de deux
fiecles. Cette partie poura être augmen
tée à mesure que les ortografiftes
anciens
ou modernes
tomberont
fous la main de
l'auteur de ce petit ouvrage.
La cinquième partie contient les inf
tructions préliminaires fur le rudiment
pratique de la langue latine , & des refle
xions fur les petits exercices de l'enfant ,
auquel les parens fouhaitent de doner
une noble & belle éducation .
Voilà , Monfieur , l'idée la plus apro
chante que je puiffe vous doner de cet
ouvrage , l'auteur , felon les principes de
Ramus , infifte toujours beaucoup fur la
pratique , parce qu'il croit plus aife de faire
agir les enfans , que de les faire raifo- '
ner ; c'eft travaillet en pure perte que de
les arêter lontems fur des fpeculations
qui vont à prouver l'utilité des regles ,
au lieu de les faire paffer au plutôt à la
pratique même de ces regles. Il a ceperdant
expliqué fa métode auffi clairement
qu'il lui a été poffible , il a même pris à
tâche de rendre raifon de tout dans le
corps de l'ouvrage , & de répondre à
toutes les dificultés raifonables qu'on
NII Vol
peut
1324 MERCURE DE FRANCE
R
peut former contre cette nouvele maniere
d'inftruire les enfans .
Il ya deux fortes de perfones que l'auteur
ne s'eft jamais flaté de pouvoir convaincre.
Il met au premier rang ceux qui ,
par un entêtement exceffiffur l'exactitude,
de leurs recherches , croient que tout eft
trouvé , parce qu'il leur plaît de croire
qu'ils n'ont plus rien à aprendre ; dans
cette idée ils n'ont que du mépris pour les
nouveles découvertes , & ne laiffent tout
au plus aux autres que la gloire d'ateindre
au dégré de favoir ,
ou la. la trop
opinion de leur fufifance les a placés. Le
plus court avec eux , c'eft de les abandoner
à leur fauffe préfomtion , qui n'a rien
de réel que l'ignorance où elle les retient,
& le ridicule qui en eft inféparable.
bone
La fegonde efpece de gens , ce font
ceux qui par une déference aveugle pour
ceux qui nous ont devancés dans la catiere
des belles letres , fe bornent uniquement
à favoir les opinions des autres ;
come le travail eft inféparable de la recherche
, ils aiment mieux fupofer que les
ancienes métodes font bones & fufifan--
tes , que de fe charger du foin d'examiner :
fi les nouveles ne valent pas mieux . On va .
toujours bien felon eux , quand on eft
dans un chemin batu , quelque long qu'il
Loit , & quelque embaras qu'on y trouve ;
II. Vol. comme™
y
JUIN 1730 1325
come fi l'avantage d'ariver plutot , &
plus comodément ne valoit pas la peine
de tenter une nouvele route. Du refte
fujets modeftes & foumis dans la republique
des letres , ils ne mettent point de
diference entre une hardieffe outrée, toujours
prete à tout contredire , & une ho
nete liberté qui fe referve le droit de
choifir entre le bien & le mieux : fcrupu
leufement atachés à leur routine , ils s'y
repofent come dans une poffeffionoù perfone
n'eft en droit de les troubler. Les
premiers qu'on peut apeler des demi-favans
glorieux , font trop entêtés de leur
propre merite , ceux- ci de celui d'autruis
cette double difpofition , également bla
mable & dans les uns & dans les autres ,
aretera toujours le progrès des fiences.
à moins qu'on ne prene le parti de fe metre
au-deflus de la fote vanité des premiers
, & de la timidité de ces derniers .
Il y a plus de quinfe ans que l'Auteur
de cette metode fit quelque étude des fons
de la langue françoife , & cela pour profiter
un peu du fejour de Paris où il fe
trouvoit alors. Il mit fes reflexions fur le
papier , mais pour lui feul , ou tout au
plus pour quelques amis . De retour en
province , il eut ocafion de faire l'effai
de cette doctrine des fons : & avec un
peu d'aplication & de travail , il mit dans
II. Vol
peu
1326 MERCURE DE FRANCE
peu de tems une gouvernante en état de
montrer les letres & les fons à un enfant
de deux ans ; ce qu'on pouroit même
pratiquer encore plutôt , fi les enfans
étoient pour l'ordinaire capables d'articuler
des fons avant ce tems là. Cet effai
réuffit fi bien , que l'enfant conut toutes
les letres grandes & petites à l'âge de
trente mois , & qu'à trois ans il lut paſſablement
le françois & le latin , l'heureux
fuccès fur la premiere de ces deux langues
aïant porté l'auteur à tenter la même
chofe fur la fegonde.
On croit ordinairement qu'il eft inutile
, indiferent , & peut- etre meme dangereux
de montrer les lètres à un enfant
dès qu'il fait articuler quelques filabes .
Bien des gens s'imaginent que de comancer
deux ou trois ans plutot ou plus tard, cela
ne fauroit guere influer ni en bien nien mak
dans le refte de la vie ; & qu'enfin l'education
tardive peut mener également à la
perfection ; c'eft là , ce me femble , un
prejugé que l'ignorance & la coutume
paroiffent n'avoir déja que trop autorifé;
car le degout de la plupart des écoliers
ne vient peut- etre pas moins d'une édu
cation tardive que d'un defaut de difpo
fition à l'étude. Je penfe donc avec l'auteur
qu'il feroit très utile que l'enfant pût
lire auffi tot qu'il fait parler ; cela lui do-
I I. Vol. neroit
UIN. 1730.
1327
neroit plus de facilité dans toutes les études.
La diference d'un enfant qui lit à
trois ans , & de celui qui à peine lit à ſept ,
doit etre contée pour beaucoup dans la
fuite des études. Il y a tant de chofes à
aprendre , qu'on ne fauroit trop tôt comancer.
On ne prend pour pretexte la
fanté , la foibleffe , ou la vivacité d'un enfant
, que pour fe juftifier foi meme , &
pour excufer un ufage fuivi par imitation
plutot que par raifon ; chacun pouroit
fournir fur autrui , & peut-etre fur foi
même , des exemples de cet abus .
D'où vient que les ainés , les enfans uniques
, ou les enfans le plus cheris , font
ordinairement moins avancés dans les étu
des que les autres : c'eft qu'on les a mis
trop tard à l'abc , ou peut être trop tôt
fur des livres ordinaires & mal faits : on
a rempli de fimples puerilités leur imagination
tendre ; ils ont grandi dans l'exereice
continuel des badinages ; ils ont enfuite
peine à les facrifier aux leçons inftructives
& penibles qu'on leur done
D'ailleurs enfeveli dans les prejugés , on
aime mieux en general voir vivre fon
enfant dans l'ignorance , que de s'expofer
à la crainte mal fondée , de le perdre fort
favant ; & l'on conclud fans raifon que la
frence abrege leurs jours , come fi l'ignorance
& l'oifiveté prometoient une plus
II. Vol. longue
1328 MERCURE DE FRANCE
longue vie . Quelques particuliers peuvent,
l'imaginer ainfi , mais le Public penſe &
taifone plus jufte.
pas mal
Puifque les autorités & les exemples
font ordinairement plus d'impreffion que
les fimples raifonemens , il n'eft
d'en raporter ici quelques uns. Certaines
perfones ont cru , dit Quintilien , qu'il ne
faut pas entreprendre de rien enfeigner
aux enfans avant fept ans : mais ceux qui
come Chrifipe , ne veulent pas qu'aucun
age foit exemt d'aplication , l'entendent
bien mieux. Car quoiqu'il laiffe l'enfant
entre les mains des femmes jufqu'à trois
ans , il veut qu'elles prenent foin dès ce
tems là de lui former l'efprit par les meil-
Ieures inftructions qu'elles font capables
de doner. Et pourquoi ce meme age , qui
eft déja fufceptible d'impreffion pour
les
moeurs , ne le feroit- il pas auffi des premiers
elemens de literature ?
Socrate lontems auparavant avoit fait
comprendre à fes diciples que les enfans
qui favent parler , & qui comancent à
faire paroitre du dicernement , ne font
point trop jeunes pour les fiences. Ariftote
& Platon l'ont penfé de même : &
fi Quintilien déja cité , M. le Fevre , Madame
Dacier , & beaucoup de favans , ont
eu le malheur de perdre leurs enfans ce-
Jebres , doit on conclure qu'il font morts
II. Vol. par
JUIN. 1730. 1329
par des excès d'étude ? la tendreffe paternele
des favans eft elle moins naturele que
celle des autres homes ? font ils plus avcuglés
, & moins atentifs lorfqu'il s'agit
des égars & des menagemens neceffaires à
la confervation des enfans le plus cheris ?
Il eft vrai que les énemis de l'étude l'a
cufent d'etre meurtriere , & difent qu'elle
affaffine les enfans ou qu'elle les empêche
de croitre. Dès qu'il meurt quelque enfant
celebre les études , les ignorans
ne manquent pas d'en acufer ces mêmes
études ; c'eft la maniere dont ils s'y prenent
pour confoler des parens afligés , &
cela fans faire atention au nombre infini
d'enfans qui restent nains ou qui meurent
malgré leur parfaite ignorance & au
par
و
grand nombre de ceux qui vivent au delà
de quatre vints ans quoiqu'ils aient comencé
de fort bone heure à étudier . On
fait que le Cardinal Lugo dès l'âge de trois
ans fit paroitre fon heureux genie ; car il
favoit lire les imprimés & les manufcrits.
Bayle en parle dans fon dictionaire. Le
Taffe à l'age de trois ans , comença à étu
dier la gramaire ; & il fe portoit à l'étude
avec tant d'ardeur & tant de gout , que
fon pere n'hefita point à l'envoyer au co
lege des Jefuites , dès l'ege de quatre ans.
Sous ces habiles maitres le petit Torquato
fit de fi grans progrès , qu'à fept ans il
II. Vol. favoir
1330 MERCURE DE FRANCE
favoit parfaitement le latin , & tres palla
blement le grec. La fuite des nouveles
d'Amfterdam du 30 avril 1726 parloit
du petit Jean Filipe Baratier de Schwal
bach , qui comença d'aprendre les letres
avant l'age de deux ans. Mais ctier des
enfans morts, aux ïeux des ignorans , c'eſt
prefque decrier une métode : citer das
enfans étrangers , c'eft s'expofer à n'etre
pas cru : il en faut donc citer qui foient
en vie , & à Paris , la choſe eft aisée , &
ce fera pour un autre Mercure.Je fuis, &c.
Fermer
Résumé : LETTRE pour servir de réponse à la Letre de M.... écrite de Grenoble, & inserée dans le Mercure du mois de Mai 1730.
La lettre répond à une précédente missive de M.... concernant la publication d'un ouvrage initialement intitulé 'A B C DE CANDIAC'. L'auteur a retardé la publication pour garantir une édition correcte et a changé le titre en 'LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS, OU LES PREMIERS ELEMENS DES LETRES'. Cet ouvrage est divisé en deux volumes : un destiné au maître et un autre à l'enfant. Le volume de l'enfant est structuré en cinq parties, chacune contenant des leçons sur les lettres latines et françaises, les combinaisons de consonnes et de voyelles, ainsi que des exercices de lecture. Le volume du maître inclut des préfaces, des instructions et des réflexions sur l'enseignement des lettres. L'auteur souligne l'importance de la pratique et de l'apprentissage précoce des lettres, critiquant ceux qui s'opposent aux nouvelles méthodes éducatives par entêtement ou par déférence aveugle aux anciennes méthodes. Il mentionne des exemples historiques, tels que Quintilien, Socrate, Aristote et Platon, pour soutenir l'idée que les enfants peuvent commencer à apprendre dès un jeune âge. Le texte aborde également les cas exceptionnels de jeunes enfants prodiges et les critiques associées à ces exemples. Il note que certains enfants montrent des talents précoces malgré les nombreux cas d'enfants qui restent en retard ou meurent. Par exemple, le Cardinal Lugo lisait à l'âge de trois ans, comme le rapporte Bayle dans son dictionnaire. Torquato Tasso, à trois ans, commençait à étudier la grammaire avec une telle ardeur que son père l'envoya au collège des Jésuites à quatre ans. À sept ans, Tasso maîtrisait parfaitement le latin et avait des connaissances en grec. Le texte cite également Jean Philippe Baratier de Schwalbach, qui apprenait à lire avant l'âge de deux ans, selon des nouvelles d'Amsterdam du 30 avril 1726. Cependant, mentionner des enfants morts ou étrangers peut discréditer une méthode ou sembler incroyable. Le texte conclut en indiquant qu'il est facile de trouver des exemples d'enfants prodiges à Paris et promet de les citer dans un autre Mercure.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1373
p. 1337-1344
REPLIQUE du premier Musicien à la réponse du second, inserée dans le Mercure du mois de May dernier.
Début :
Parmi les faits que vous supposez, Monsieur, dans votre Réponse, il y [...]
Mots clefs :
Harmonie, Accords, Méthode, Accompagnement, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPLIQUE du premier Musicien à la réponse du second, inserée dans le Mercure du mois de May dernier.
REPLIQUE du premier Musicien à
la réponse du fecond , inferée dans le Mer
cure du mois de May dernier.
P
Armi les faits que vous fuppofez ,
Monfieur , dans votre Réponſe , il y
en a deux où l'on peut voir clairement
que vous manquez de bonne foy; le premier
que vous avez déja avancé dans vo
tre conférence , regarde mon prétendu
defaveu du Traité de l'Harmonie , & le fecond
regarde la perfonne à qui vous fai
tes dire qu'elle m'a enfeigné tout ce que
j'ai mis au jour depuis peu , & où vous
confondez la Baffe fondamentale.
Si j'ai prouvé dans l'examen de votre
conférence , pag. 2373. la fauffeté de votre
application à un paffage du Traité de
Harmonie , à l'occafion de laquelle application
vous me faites prononcer contre
cet ouvrage ; il falloit détruire ma
preuve, avant que'd'infifter ; puis-je avoir
défavoué mon ouvrage à propos de rien ?
& prétendez - vous en impofer par vos témoins
? Confultez - les , ils ne font pas fG
préoccupez que vous ; votre condamna
tion fuivra de près leur jugement.
Je me fuis toujours fait un plaifir de
publier dans l'occafion, que M. Lacroix,
H.Vol
Diij de
1333 MERCURE DE FRANCE
de Montpelier , dont vous avez marqué
la demeure , m'avoit donné une connoiffance
diftincte de la regle de l'8 , à l'âge
de 20 ans ; mais il y a loin delà à la Bre
F. dont nul ne peut fe vanter de m'avoir
jamais donne la moindre notion ;j'ofe
même avancer , que nul ne la connoît encore
parfaitement. En proférer le nom ,
en avoir quelques idées , la difcerner en
certains cas , fentir ce qui en peut naître,
ce n'eft encore-là que l'entrevoir; en vain
la mettez - vous au rang des principes pratiquez
avant l'Edition de mon Livre; fr
cela étoit , on en auroit du moins touché
quelque chofe dans quelques- unes des
Méthodes de compofition ou d'accompagnement
, imprimées ou manufcrites ,
qui ont paru avant cette Edition ; & co
feroit rendre leurs Auteurs fufpects de
la plus grande charlatanerie , que de faire
entendre qu'ils ne l'ont profeffée que
dans des leçons de vive voie . Où font ces
leçons? où font ceux qui les ont données?
A l'égard des 4 chefs qui font , dites
vous , toute notre difpute , j'entamerai
encore moins la matiére que je ne l'ai fait
dans l'examen de votre conférence , parce
que je dois bien-tôt mettre au jour un
Ouvrage intitulé: Génération Harmonique,
où vous trouverez plus que vous ne demandez
à prefent ; mais comme je veux
II. Vol
mettre
JUIN 1730. 1339
mettre fin à votre critique , je vais feule
ment tâcher de vous prouver que ce que
vous m'oppofez de plus férieux,fe détruit
de lui-même.
Vous prétendez d'abord que le premier
fondement de l'Harmonie doit fe tirer despro
portions qui fe trouvent dans les Vibrations
des fons, pour me fervir de vos propres
termes ; & moi je foutiens qu'il éxifte
dans l'Harmonie qui réſulte de la réſonnance
d'un corps fonore . Vous dites que
c'eft un fait de Phyfique ; mais avez vous
bien pris garde que ce fait , qui vérita
blement eft Phyfique dans la maniére que
je l'expofe , devient purement Géométri
que de la façon que vous le préfentez
Ne fçavez-vous pas que la Mufique eft
une fcience Phificomathématique , que le
fon en eft l'objet Physique , & que les
rapports trouvez entre différens fons en
font l'objet Mathématique ou Géomé
trique ? Je m'étonne qu'avec un argument
tel que celui que vous me faites à
ce fujet , vous confondiez ainfi les cho
fess mais c'eft apparamment là votre intention
,comme la fuite en eft une preuve .
Car , fi nous paffons au 2. chef , nous
Vous y verrons retomber dans les contradictions
dont votre conférence eft
remplie , nous vous y verrons approuver
& défapprouver fucceffivement la même
HVol Dilj
chofe;
340 MERCURE DE FRANCE.
chofe ; vous n'y cachez pas même affez
l'embarras que vous voulez y jetter .Vous
imaginez - vous que la diftinction fubtile
& frivole que vous y faites entre l'accord
& l'intervale de 7 , change la nature de
cette même 7 °, & empêche qu'elle ne foit
toujours la même diffonance , pendant
que le fon grave , qui fait qu'elle eft 7° ,
en eft toujours la Be, Fle ? c'eft cependantlà
dequoi il sagit , & ce qui décide la
queſtion.
Au lieu de fimplifier les objets , de les
ramener au même point , & de faciliter
par ce moyen , l'intelligence de votre
art ; vous ne faites qu'obfcurcir l'idée de
la diffonnance, fi claire par elle - même ,
& fi importante pour la fucceffion de
T'Harmonie , dont apparemment vous faites
peu de compte. Croyez - vous parvenir
jamais à pouvoir m'enfeigner la Be, Fle ,
tant que vous y admettrez des 2es & des
4es ? Dites- nous franchement fi vous vous
foumettez au principe dont vous vous
autoriſez , ou fi ce principe vous eſt ſoumis
? Si c'eſt à vous de lui donner la loy ,
il n'y a rien à dire ; mais fi c'eft à vous
de fuivre celle qu'il vous impofe ; de
quel droit lui attribuez-vous donc gra
tuitement & directement des 2es & des
4 , tandis qu'au moment que vous vous
le propofez ( pag. 885. ) vous lui refufez
ces II. Vol.
JUIN. 1730 1341
es
ces mêmes Diffonances , que fourniffent
les renverſemens de cet accord de 7º, ré ,
fa , la , ut , où vous voulez que ré foit fondamental
de tous côtez ? Et tandis qu'a
près avoir confondu la fuppofition , & la
Sufpenfion avec l'Harmonie fondamentale
, en donnant indifféremment des ger ,
des 2es & des 4 au fondement , vous ne
fçauriez vous empêcher de renoncer à
ce même fondement dans cet accord par
fuppofition , fol , ré , fa , la , ut , ( p.890 . )
vous n'y regardez plus la Baffe actuelle ,
fol, comme fondamentale , & vous y rendez
à ré , ce que vous lui aviez d'abord
accordé ; quelles contradictions ! Mais ne
ne ferois- je pas moi -même dans l'erreur,
& ne doit-on pas avoir égard aux raiſons
qui vous en ont fait ufer de la forte ? Ici ,
felon vous , c'est un fon retardant , paref
feux pour ainsi dire , à fe rendre à japla
ce ; là c'eft une difpofition approchante ; là
c'est une Baffe qui reste à la finale comme
par entêtement , ou par une immobilité inébranlable
on fent que l'Harmonie , pour
remplirfon miniftere , qui eft de donner de la
variété , touche l'accord de la Dominante
mais que la Baffe manque , pour ainsi dire ,
à fun devoir. Je ne fçavois pas effectivement,
que ce fuffent -là des raifons ; dites
plutôt , pour vous juftifier , que la raifon
eft fuperfluë en Mufique ; mais avouez en
a
Mr.Vol même
1342 MERCURE, DE FRANCE
même-tems que vous avez tort de vouloir
y en admettre.
N'eft-ce pas vous feul , M. qui avez
bâti cette Tour de Babel , par un entaffement
de 3 fur 3 , où, en effet, la confufion
fe mêle ? Heureufe audace que la
vôtre ! Cet accord ut , mi , fol , fi , ré, fa
que vous citez ( pag. 890. ) & qui vient fi
dignement à la fuite de votre Trio , E,
eft il donc un enrichiffement de l'Harmonie
, un prodige de variété ? Je ferois
bien curieux de voir les Certificats des
Compofiteurs à grand Choeur fur cette
découverte , & fur ce qui regarde votre
3me chef; car je m'attends qu'on recevra
une grande fatisfaction du renverſement
d'un pareil accord par l'union de ces fix
notes , fi , ut, re , mi ,fa , fol ; encore une
note , & vous auriez eû la gloire de ne
faire qu'un accord de toute la Gamme.
des
Quant au 4me chef , on devine affez le
motif qui vous fait parler : Dites tant
qu'il vous plaira que je ne fuis qu'un
compilateur ; ce qui eft cependant bien
éloigné de la vérité ; il me fuffira
efprits d'ordre & de fyftême reconnoiffent
ma Méthode d'accompagnement
pour ce qui s'appelle une Methode , &
pour l'unique qui ait encore paru dans
ce genre.
que
Au furplus , M. vous juftifiez pleine-
11.Vob.
ment
JUIN. 1730. 1343
ment ce que j'ai avancé dans la Préface
de mon Livre , fur le peu de connoiffan
ce & de fond qui ont accompagné juf
qu'ici la pratique des Muficiens . Vous ne
jugez de votre Art que par la voye des
fens , vous vous y laiffez prévenir par les
effets , & n'en cherchez la caufe que dans
vos affections . Delà naît cette confufion
que vous faites de l'objet Phyſique avec
Le Géométrique , auffi -bien que de la fuppofition
& de la fufpenfion avec l'Harmonie
fordamentale ; delà naiffent tous vos
grands mots qui n'aboutiffent tout au
plus qu'à éblouir ceux qui ne font point
au fait delà naît enfin votre Accord à ;
fix cornes , qui eft le plus fidele interprete
de toutes vos connoiffances . Comment
vous démontrer des véritez , fi vous n'avez
pour principes que des autoritez, des
certificats , des difpofitions approchan
tes, des fons pareffeux , des Baffes entêtées,
des comparaifons , & pour derniere ref
fource , des défis , des rodomontades ?
Que prouve tout cela en fait de fcience,
& que peuvent des gens à talens , même
leurs productions les plus heureufes , contre
un fyftême raiſonné ?
Je finis , M. en vous avertiffant que
la
qualité donnée dans l'examen à celui qui
récuſe une Méthode d'accompagnement ,
fur ce qu'elle exige la connoiffance di
II.Vol.
D vj Mod
1344 MERCURE DE FRANCE.
Mode,lui reftera toujours , juſqu'à ce qu'il
reconnoiffe & confeffe fon erreur ; mais
faites bien attention que j'ai toujours compté
parler à un Anonime, & que je ne l'ai
défigné ni par fes ouvrages , ni autrement.
la réponse du fecond , inferée dans le Mer
cure du mois de May dernier.
P
Armi les faits que vous fuppofez ,
Monfieur , dans votre Réponſe , il y
en a deux où l'on peut voir clairement
que vous manquez de bonne foy; le premier
que vous avez déja avancé dans vo
tre conférence , regarde mon prétendu
defaveu du Traité de l'Harmonie , & le fecond
regarde la perfonne à qui vous fai
tes dire qu'elle m'a enfeigné tout ce que
j'ai mis au jour depuis peu , & où vous
confondez la Baffe fondamentale.
Si j'ai prouvé dans l'examen de votre
conférence , pag. 2373. la fauffeté de votre
application à un paffage du Traité de
Harmonie , à l'occafion de laquelle application
vous me faites prononcer contre
cet ouvrage ; il falloit détruire ma
preuve, avant que'd'infifter ; puis-je avoir
défavoué mon ouvrage à propos de rien ?
& prétendez - vous en impofer par vos témoins
? Confultez - les , ils ne font pas fG
préoccupez que vous ; votre condamna
tion fuivra de près leur jugement.
Je me fuis toujours fait un plaifir de
publier dans l'occafion, que M. Lacroix,
H.Vol
Diij de
1333 MERCURE DE FRANCE
de Montpelier , dont vous avez marqué
la demeure , m'avoit donné une connoiffance
diftincte de la regle de l'8 , à l'âge
de 20 ans ; mais il y a loin delà à la Bre
F. dont nul ne peut fe vanter de m'avoir
jamais donne la moindre notion ;j'ofe
même avancer , que nul ne la connoît encore
parfaitement. En proférer le nom ,
en avoir quelques idées , la difcerner en
certains cas , fentir ce qui en peut naître,
ce n'eft encore-là que l'entrevoir; en vain
la mettez - vous au rang des principes pratiquez
avant l'Edition de mon Livre; fr
cela étoit , on en auroit du moins touché
quelque chofe dans quelques- unes des
Méthodes de compofition ou d'accompagnement
, imprimées ou manufcrites ,
qui ont paru avant cette Edition ; & co
feroit rendre leurs Auteurs fufpects de
la plus grande charlatanerie , que de faire
entendre qu'ils ne l'ont profeffée que
dans des leçons de vive voie . Où font ces
leçons? où font ceux qui les ont données?
A l'égard des 4 chefs qui font , dites
vous , toute notre difpute , j'entamerai
encore moins la matiére que je ne l'ai fait
dans l'examen de votre conférence , parce
que je dois bien-tôt mettre au jour un
Ouvrage intitulé: Génération Harmonique,
où vous trouverez plus que vous ne demandez
à prefent ; mais comme je veux
II. Vol
mettre
JUIN 1730. 1339
mettre fin à votre critique , je vais feule
ment tâcher de vous prouver que ce que
vous m'oppofez de plus férieux,fe détruit
de lui-même.
Vous prétendez d'abord que le premier
fondement de l'Harmonie doit fe tirer despro
portions qui fe trouvent dans les Vibrations
des fons, pour me fervir de vos propres
termes ; & moi je foutiens qu'il éxifte
dans l'Harmonie qui réſulte de la réſonnance
d'un corps fonore . Vous dites que
c'eft un fait de Phyfique ; mais avez vous
bien pris garde que ce fait , qui vérita
blement eft Phyfique dans la maniére que
je l'expofe , devient purement Géométri
que de la façon que vous le préfentez
Ne fçavez-vous pas que la Mufique eft
une fcience Phificomathématique , que le
fon en eft l'objet Physique , & que les
rapports trouvez entre différens fons en
font l'objet Mathématique ou Géomé
trique ? Je m'étonne qu'avec un argument
tel que celui que vous me faites à
ce fujet , vous confondiez ainfi les cho
fess mais c'eft apparamment là votre intention
,comme la fuite en eft une preuve .
Car , fi nous paffons au 2. chef , nous
Vous y verrons retomber dans les contradictions
dont votre conférence eft
remplie , nous vous y verrons approuver
& défapprouver fucceffivement la même
HVol Dilj
chofe;
340 MERCURE DE FRANCE.
chofe ; vous n'y cachez pas même affez
l'embarras que vous voulez y jetter .Vous
imaginez - vous que la diftinction fubtile
& frivole que vous y faites entre l'accord
& l'intervale de 7 , change la nature de
cette même 7 °, & empêche qu'elle ne foit
toujours la même diffonance , pendant
que le fon grave , qui fait qu'elle eft 7° ,
en eft toujours la Be, Fle ? c'eft cependantlà
dequoi il sagit , & ce qui décide la
queſtion.
Au lieu de fimplifier les objets , de les
ramener au même point , & de faciliter
par ce moyen , l'intelligence de votre
art ; vous ne faites qu'obfcurcir l'idée de
la diffonnance, fi claire par elle - même ,
& fi importante pour la fucceffion de
T'Harmonie , dont apparemment vous faites
peu de compte. Croyez - vous parvenir
jamais à pouvoir m'enfeigner la Be, Fle ,
tant que vous y admettrez des 2es & des
4es ? Dites- nous franchement fi vous vous
foumettez au principe dont vous vous
autoriſez , ou fi ce principe vous eſt ſoumis
? Si c'eſt à vous de lui donner la loy ,
il n'y a rien à dire ; mais fi c'eft à vous
de fuivre celle qu'il vous impofe ; de
quel droit lui attribuez-vous donc gra
tuitement & directement des 2es & des
4 , tandis qu'au moment que vous vous
le propofez ( pag. 885. ) vous lui refufez
ces II. Vol.
JUIN. 1730 1341
es
ces mêmes Diffonances , que fourniffent
les renverſemens de cet accord de 7º, ré ,
fa , la , ut , où vous voulez que ré foit fondamental
de tous côtez ? Et tandis qu'a
près avoir confondu la fuppofition , & la
Sufpenfion avec l'Harmonie fondamentale
, en donnant indifféremment des ger ,
des 2es & des 4 au fondement , vous ne
fçauriez vous empêcher de renoncer à
ce même fondement dans cet accord par
fuppofition , fol , ré , fa , la , ut , ( p.890 . )
vous n'y regardez plus la Baffe actuelle ,
fol, comme fondamentale , & vous y rendez
à ré , ce que vous lui aviez d'abord
accordé ; quelles contradictions ! Mais ne
ne ferois- je pas moi -même dans l'erreur,
& ne doit-on pas avoir égard aux raiſons
qui vous en ont fait ufer de la forte ? Ici ,
felon vous , c'est un fon retardant , paref
feux pour ainsi dire , à fe rendre à japla
ce ; là c'eft une difpofition approchante ; là
c'est une Baffe qui reste à la finale comme
par entêtement , ou par une immobilité inébranlable
on fent que l'Harmonie , pour
remplirfon miniftere , qui eft de donner de la
variété , touche l'accord de la Dominante
mais que la Baffe manque , pour ainsi dire ,
à fun devoir. Je ne fçavois pas effectivement,
que ce fuffent -là des raifons ; dites
plutôt , pour vous juftifier , que la raifon
eft fuperfluë en Mufique ; mais avouez en
a
Mr.Vol même
1342 MERCURE, DE FRANCE
même-tems que vous avez tort de vouloir
y en admettre.
N'eft-ce pas vous feul , M. qui avez
bâti cette Tour de Babel , par un entaffement
de 3 fur 3 , où, en effet, la confufion
fe mêle ? Heureufe audace que la
vôtre ! Cet accord ut , mi , fol , fi , ré, fa
que vous citez ( pag. 890. ) & qui vient fi
dignement à la fuite de votre Trio , E,
eft il donc un enrichiffement de l'Harmonie
, un prodige de variété ? Je ferois
bien curieux de voir les Certificats des
Compofiteurs à grand Choeur fur cette
découverte , & fur ce qui regarde votre
3me chef; car je m'attends qu'on recevra
une grande fatisfaction du renverſement
d'un pareil accord par l'union de ces fix
notes , fi , ut, re , mi ,fa , fol ; encore une
note , & vous auriez eû la gloire de ne
faire qu'un accord de toute la Gamme.
des
Quant au 4me chef , on devine affez le
motif qui vous fait parler : Dites tant
qu'il vous plaira que je ne fuis qu'un
compilateur ; ce qui eft cependant bien
éloigné de la vérité ; il me fuffira
efprits d'ordre & de fyftême reconnoiffent
ma Méthode d'accompagnement
pour ce qui s'appelle une Methode , &
pour l'unique qui ait encore paru dans
ce genre.
que
Au furplus , M. vous juftifiez pleine-
11.Vob.
ment
JUIN. 1730. 1343
ment ce que j'ai avancé dans la Préface
de mon Livre , fur le peu de connoiffan
ce & de fond qui ont accompagné juf
qu'ici la pratique des Muficiens . Vous ne
jugez de votre Art que par la voye des
fens , vous vous y laiffez prévenir par les
effets , & n'en cherchez la caufe que dans
vos affections . Delà naît cette confufion
que vous faites de l'objet Phyſique avec
Le Géométrique , auffi -bien que de la fuppofition
& de la fufpenfion avec l'Harmonie
fordamentale ; delà naiffent tous vos
grands mots qui n'aboutiffent tout au
plus qu'à éblouir ceux qui ne font point
au fait delà naît enfin votre Accord à ;
fix cornes , qui eft le plus fidele interprete
de toutes vos connoiffances . Comment
vous démontrer des véritez , fi vous n'avez
pour principes que des autoritez, des
certificats , des difpofitions approchan
tes, des fons pareffeux , des Baffes entêtées,
des comparaifons , & pour derniere ref
fource , des défis , des rodomontades ?
Que prouve tout cela en fait de fcience,
& que peuvent des gens à talens , même
leurs productions les plus heureufes , contre
un fyftême raiſonné ?
Je finis , M. en vous avertiffant que
la
qualité donnée dans l'examen à celui qui
récuſe une Méthode d'accompagnement ,
fur ce qu'elle exige la connoiffance di
II.Vol.
D vj Mod
1344 MERCURE DE FRANCE.
Mode,lui reftera toujours , juſqu'à ce qu'il
reconnoiffe & confeffe fon erreur ; mais
faites bien attention que j'ai toujours compté
parler à un Anonime, & que je ne l'ai
défigné ni par fes ouvrages , ni autrement.
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Résumé : REPLIQUE du premier Musicien à la réponse du second, inserée dans le Mercure du mois de May dernier.
En mai 1730, un musicien publie une réplique dans le Mercure de France pour contester deux points soulevés par un interlocuteur. Il nie avoir désavoué son Traité de l'Harmonie et affirme avoir prouvé la fausseté des arguments de son adversaire à ce sujet. Il reconnaît avoir appris la règle de l'octave de M. Lacroix de Montpellier, mais nie avoir reçu des enseignements sur la Basse fondamentale. Il soutient que cette connaissance n'était pas pratiquée avant la publication de son livre et critique ceux qui prétendent le contraire comme étant des charlatans. Le musicien annonce la publication prochaine d'un ouvrage intitulé 'Génération Harmonique' pour répondre aux critiques concernant les quatre points de la dispute. Il critique l'approche de son adversaire, qui mélange les aspects physiques et géométriques de la musique, et souligne les contradictions dans ses arguments. Il accuse son adversaire de confondre les concepts de supposition, suspension et harmonie fondamentale, créant ainsi une confusion inutile. Le musicien conclut en affirmant que son adversaire juge la musique uniquement par les sens et les effets, sans chercher les causes. Il critique l'utilisation de grands mots et de concepts vagues par son adversaire et affirme que son propre système est basé sur des principes raisonnés. Il termine en avertissant son interlocuteur de reconnaître son erreur concernant une méthode d'accompagnement.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1374
p. 1350-1354
CONJECTURES sur le mot Cornicula, qu'on lit dans la troisiéme Lettre du premier Livre des Epîtres d'Horace.
Début :
Ceux qui ont lû dans Phédre la Fable du Geai glorieux, qui s'étant paré [...]
Mots clefs :
Corneille, Phèdre, Horace
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONJECTURES sur le mot Cornicula, qu'on lit dans la troisiéme Lettre du premier Livre des Epîtres d'Horace.
CONJECTURES fur le mot
Cornicula , qu'on lit dans la troifiéme
Lettre du premier Livre des Epîtres
d'Horace.
Eux qui ont lû dans Phédre la Fable
du Geai glorieux , qui s'étant paré
des Plumes d'un Paon qu'il avoit ramaffées
, s'étant mêlé parmi les Paons qui le
chafferent de leur Compagnie , font furpris
en lifant Horace , de ce que cet Au
teur en défignant la même Fable , ne la
met point fous le nom du Geai comme
Phédre , mais fous le nom d'un Oifeau
qu'il nomme Cornicula.
Nifi fortè fuas repetitum venerit olim
Grex avium plumas , moveat Cornicula , rifum
Furtivis nudata coloribus ....
Horace & Phédre étoient contempo
rains , ou du moins ils ont vécu dans des
temps peu éloignez ; ils ne font pas les
Inventeurs de cette Fable , ils l'ont puifée
vrai -femblablement dans les mêmes
fources de la Mythologie; pourquoi donc
dira - t - on cette difference entre eux ?
Quand deux Autheurs de notre temps
rapportent une Fable connuë ; par exem
ple , celle du Loup & de l'Agneau , de la
1. Vol GreJUI
N. 1730. 1351
Grenouille & du Boeuf, &c. ils ne s'avi
fent point d'en changer les perfonnages
d'où vient donc la difference qu'on remarque
entre Horace & Phédre par rap
port à la même Fable ? Eft - ce caprice ?
Eft ce un défaut de mémoire dans l'un de
ces deux Poëtes ?
S'il étoir permis , fans témerité , de
s'opposer au torrent des Traducteurs &
des Interpretes d'Horace qui fe fuivent &
fe copient les uns les autres , j'oferois hazarder
une penfée qui pourroit concilier
Horace & Phédre ; ce feroit de dire que
Cornicula dans Horace ne marque point
POileau que nous nommons la Corneille
, mais que ce terme fignifie le Geai . Je
fens bien qu'on m'accablera tout auffi-
τότ par le nombre des Interpretes & des
Traducteurs d'Horace,qui n'ont pas eu la
moindre penfée que Cornicula pût fignifier
un Geai . Ce mot dérivé de Cornix ,
écarte tout-à-fait l'idée du Geai , & ne leur
laiffe que celle de la Corneille ; cependant
en laiffant à part les préjugez , on prie
les perfonnes équitables de faire attention
qu'il n'en eft pas du mot Cornicula , par
rapport à Cornix , d'où il dérive ; comme
de Graculus par rapport à Gracus , ou de
Hadulus par rapport à Hadus-Graculus
& Gracus font précisément la même cho
fe , & Hadulus ne differe point de Hadus
II. Vol quant
1352 MERCURE DE FRANCE
"
quant à l'efpece , mais feulement quant
à l'âge & à la taille au contraire , je ſoutiens
, non comme une verité certaine
mais comme une conjecture probable, que
le mot Cornicula ne défigne point la Cor
neille , mais en general toutes les especes
contenues fub genere Corvino , lefquelles
font plus petites que la Corneille , & en
particulier le Geai , lequel eft une defdites
efpeces .
Aldrovandus dans fon Ornithológie
diftingue & nomme jufqu'à dix-neuf ef
peces d'Oifeaux contenus fous le genre
des Corbeaux & des Corneilles , dont le
Geai que les Grecs nomment Pyrrhoco
rax ou Corbeau rouge eft une , la Pie une
autre, la Choüete une autre , le Pivert une
autre , &c. ce font toutes ces efpeces
qu'on nomme Cornicula , parce qu'elles
font comprifes fub genere Corvino ,
80
qu'elles font plus petites que les Corbeaux
& les Corneilles . Mais peut - on donner
quelques preuves de ce qu'on avance icy?
C'en eft une que les bons Dictionnaires ,
comme celui d'Etienne & d'autres , no
donnent jamais pour l'équivalent du mot
Cornicula le mot grec open , qui eſt
le feul mot fpecifique qui défigne la Cor
neille , mais celui de xoxoide qui défigne
proprement & principalement lo
Geai , Graculus ; quoiqu'il marque auffi
II. Vol. moins
JUIN. 1730. 1355
moins principalement quelques - unes des
petites efpeces qu'on range fons le genre
des Corbeaux ou Corneilles , comme la
Pie , la Chouette qui font appelées par
cette raifon Cornicule ou Parva Cornices
, ce qui n'empêche pas qu'elles ne
foient d'une espece & d'un nom different
de la Corneille , proprement dite , laquel
le feule a retenu le nom du genre. If réfulte
de ces remarques qu'Horace a voulu
marquer par Cornicula , non la Corneille
qui n'a point en latin d'autre nom
fpecifique que celui de Cornix ,
ni en gręc
que celui de xopov , mais un Geai
comme Phédre l'a marqué bien expreffer
ment ; on ne peut point entendre Phédre
d'une Corneille , mais on peut bien entendre
d'un Geai le Cornicula dont Horace
s'eft fervi , puifque ce mot veut dire
lifeau que les Grecs appellent κολοιός ,
& que la premiere fignification de xoods
eft de marquer un geai . Cette maniere de
concilier enfemble ces deux Auteurs n'a
rien qui me paroiffe choquer la raiſon ,ni
fortir des bornes de la vraisemblance
c'est tout ce qu'on peur attendre dans une
matiere comme celle - ci qui n'eft point
fufceptible de démonftrations métaphyfiques
. S'il fe trouve quelque perfonne ha
bile qui daigne adopter mon fentiment ,
j'en ferai bien aife , s'il s'en trouve qui
II. Vol. veuille
1354 MERCURE DE FRANCE
veuille prendre la peine de le réfuter , je
n'en ferai nullement fâché , je puis dire
même que je lui en fçaurai gré, puifqu'elle
me donnera lieu de profiter de fes lumie
res , ce n'eft même qu'à ce deffein que
queſtion a été miſe fur de tapis.
Cornicula , qu'on lit dans la troifiéme
Lettre du premier Livre des Epîtres
d'Horace.
Eux qui ont lû dans Phédre la Fable
du Geai glorieux , qui s'étant paré
des Plumes d'un Paon qu'il avoit ramaffées
, s'étant mêlé parmi les Paons qui le
chafferent de leur Compagnie , font furpris
en lifant Horace , de ce que cet Au
teur en défignant la même Fable , ne la
met point fous le nom du Geai comme
Phédre , mais fous le nom d'un Oifeau
qu'il nomme Cornicula.
Nifi fortè fuas repetitum venerit olim
Grex avium plumas , moveat Cornicula , rifum
Furtivis nudata coloribus ....
Horace & Phédre étoient contempo
rains , ou du moins ils ont vécu dans des
temps peu éloignez ; ils ne font pas les
Inventeurs de cette Fable , ils l'ont puifée
vrai -femblablement dans les mêmes
fources de la Mythologie; pourquoi donc
dira - t - on cette difference entre eux ?
Quand deux Autheurs de notre temps
rapportent une Fable connuë ; par exem
ple , celle du Loup & de l'Agneau , de la
1. Vol GreJUI
N. 1730. 1351
Grenouille & du Boeuf, &c. ils ne s'avi
fent point d'en changer les perfonnages
d'où vient donc la difference qu'on remarque
entre Horace & Phédre par rap
port à la même Fable ? Eft - ce caprice ?
Eft ce un défaut de mémoire dans l'un de
ces deux Poëtes ?
S'il étoir permis , fans témerité , de
s'opposer au torrent des Traducteurs &
des Interpretes d'Horace qui fe fuivent &
fe copient les uns les autres , j'oferois hazarder
une penfée qui pourroit concilier
Horace & Phédre ; ce feroit de dire que
Cornicula dans Horace ne marque point
POileau que nous nommons la Corneille
, mais que ce terme fignifie le Geai . Je
fens bien qu'on m'accablera tout auffi-
τότ par le nombre des Interpretes & des
Traducteurs d'Horace,qui n'ont pas eu la
moindre penfée que Cornicula pût fignifier
un Geai . Ce mot dérivé de Cornix ,
écarte tout-à-fait l'idée du Geai , & ne leur
laiffe que celle de la Corneille ; cependant
en laiffant à part les préjugez , on prie
les perfonnes équitables de faire attention
qu'il n'en eft pas du mot Cornicula , par
rapport à Cornix , d'où il dérive ; comme
de Graculus par rapport à Gracus , ou de
Hadulus par rapport à Hadus-Graculus
& Gracus font précisément la même cho
fe , & Hadulus ne differe point de Hadus
II. Vol quant
1352 MERCURE DE FRANCE
"
quant à l'efpece , mais feulement quant
à l'âge & à la taille au contraire , je ſoutiens
, non comme une verité certaine
mais comme une conjecture probable, que
le mot Cornicula ne défigne point la Cor
neille , mais en general toutes les especes
contenues fub genere Corvino , lefquelles
font plus petites que la Corneille , & en
particulier le Geai , lequel eft une defdites
efpeces .
Aldrovandus dans fon Ornithológie
diftingue & nomme jufqu'à dix-neuf ef
peces d'Oifeaux contenus fous le genre
des Corbeaux & des Corneilles , dont le
Geai que les Grecs nomment Pyrrhoco
rax ou Corbeau rouge eft une , la Pie une
autre, la Choüete une autre , le Pivert une
autre , &c. ce font toutes ces efpeces
qu'on nomme Cornicula , parce qu'elles
font comprifes fub genere Corvino ,
80
qu'elles font plus petites que les Corbeaux
& les Corneilles . Mais peut - on donner
quelques preuves de ce qu'on avance icy?
C'en eft une que les bons Dictionnaires ,
comme celui d'Etienne & d'autres , no
donnent jamais pour l'équivalent du mot
Cornicula le mot grec open , qui eſt
le feul mot fpecifique qui défigne la Cor
neille , mais celui de xoxoide qui défigne
proprement & principalement lo
Geai , Graculus ; quoiqu'il marque auffi
II. Vol. moins
JUIN. 1730. 1355
moins principalement quelques - unes des
petites efpeces qu'on range fons le genre
des Corbeaux ou Corneilles , comme la
Pie , la Chouette qui font appelées par
cette raifon Cornicule ou Parva Cornices
, ce qui n'empêche pas qu'elles ne
foient d'une espece & d'un nom different
de la Corneille , proprement dite , laquel
le feule a retenu le nom du genre. If réfulte
de ces remarques qu'Horace a voulu
marquer par Cornicula , non la Corneille
qui n'a point en latin d'autre nom
fpecifique que celui de Cornix ,
ni en gręc
que celui de xopov , mais un Geai
comme Phédre l'a marqué bien expreffer
ment ; on ne peut point entendre Phédre
d'une Corneille , mais on peut bien entendre
d'un Geai le Cornicula dont Horace
s'eft fervi , puifque ce mot veut dire
lifeau que les Grecs appellent κολοιός ,
& que la premiere fignification de xoods
eft de marquer un geai . Cette maniere de
concilier enfemble ces deux Auteurs n'a
rien qui me paroiffe choquer la raiſon ,ni
fortir des bornes de la vraisemblance
c'est tout ce qu'on peur attendre dans une
matiere comme celle - ci qui n'eft point
fufceptible de démonftrations métaphyfiques
. S'il fe trouve quelque perfonne ha
bile qui daigne adopter mon fentiment ,
j'en ferai bien aife , s'il s'en trouve qui
II. Vol. veuille
1354 MERCURE DE FRANCE
veuille prendre la peine de le réfuter , je
n'en ferai nullement fâché , je puis dire
même que je lui en fçaurai gré, puifqu'elle
me donnera lieu de profiter de fes lumie
res , ce n'eft même qu'à ce deffein que
queſtion a été miſe fur de tapis.
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Résumé : CONJECTURES sur le mot Cornicula, qu'on lit dans la troisiéme Lettre du premier Livre des Epîtres d'Horace.
Le texte examine les différences entre les versions d'une fable rapportée par Horace et Phèdre. Horace utilise le terme 'Cornicula' pour désigner un oiseau, tandis que Phèdre parle d'un geai. Cette divergence soulève des questions, car les auteurs contemporains ne modifient généralement pas les personnages des fables connues. L'auteur propose que 'Cornicula' chez Horace ne désigne pas la corneille, mais le geai, une espèce incluse dans le genre des corbeaux et des corneilles. Aldrovandus, dans son ouvrage sur les oiseaux, distingue plusieurs espèces sous ce genre, dont le geai. Les dictionnaires, comme celui d'Étienne, traduisent 'Cornicula' par 'Geai' et non par 'Corneille'. Ainsi, Horace et Phèdre pourraient parler du même oiseau, ce qui concilierait leurs versions respectives. L'auteur invite à une discussion pour valider ou réfuter cette conjecture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1375
p. 1355-1358
REFLEXIONS.
Début :
La clemence dont on fait une vertu si rare, se pratique tantôt par vanité, [...]
Mots clefs :
Juge, Clémence, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REFLEXIONS.
REFLEXIONS.
A clemence dont on fait une vertu fi
rare , fe pratique tantôt par vanité ,
quelquefois par pareffe , fouvent par crain
te , & prefque toujours par tous les trois
enfemble.
Il eft plus beau de faire des Rois que
d'en vaincre. C'eft la penfée de Valere
Maxime , au fujet de Pompée , qui ayant
défait Tigranes , Roi d'Armenie , lui remit
la Couronne fur la tête. In priftinum
fortuna habitum reftituit ; aquè pulchrum effe
judicans & vincere Reges & facere,
Nous pardonnons fouvent à ceux qui
nous ennuyent ; mais nous ne pardonnons
pas à ceux que nous ennuyons. Par
ceque ceux que nous ennuyons nous mé
prifent ; ceux qui nous ennuyent ne font
gue nous importuner.
11. Vol. C'eft
1356 MERCURE DE FRANCE
C'est trop de comettre une faute , & ce
n'eft pas affez de faire toujours fon devoir,
Notre réputation doit nous être moins
chere que notre devoir .
Celui qui fait fon devoir feulement parce
qu'il craint de ne fe pouvoir cacher, s'il
y manquoit , y manquera auffi-tôt qu'il
croira n'être vû de perfonne.
Un vain refpect humain nous fait fou
vent acheter l'approbation d'un petit nombre
de libertins , aux dépens de notre devoir
& de l'eftime de tous les honnêtes
gens.
Il vaut mieux fouffrir l'injuftice que de
la faire,
On doit préferer d'être plutôt juge entre
fes ennemis , qu'entre les amis ; car
étant juge entre les ennemis , on pourra
peut- être fe faire un ami ; mais étant juge
entre les amis , on ne manque guere de ſe
faire un ennemi.
La chicane eft plus à craindre que Pin
juſtice même ; car l'injuftice en nous rui
nant nous laiffe au moins la confolation
d'avoir droit de nous plaindre ; mais la
chicane par fes artifices nous donne le
II. Vol tort,
JUIN. 1730. 1357
tort , en nous ôtant notre bien.
Les procès ne dureroient pas fi long
tems , fi on vouloit examiner fans paffion
les raifons de fon adverfaire , & n'en pas
juger felon fesinterêts.
La morale trop auftere fe fait moins aimer
qu'elle ne fe fait craindre . Qui veut
qu'on profite de fes leçons , doit donner
envie de les entendre . On doit prendre
l'ame par fon foible , & tâcher de la conduire
à la vertu par un chemin qui ne la
rebute
pas.
En faifant bien , on apprend à faire
mieux , & fouvent en failant des fautes
on apprend à fe corriger.
que
Rien n'eft plus aifé de donner des
preceptes , & rien de plus difficile que de
donner de bonnes moeurs .
Faciliùs eft præcepta dare quàm mores.
Il eft bon de ne jamais rien faire d'ex
traordinaire ; mais on doit toujours le piquer
de faire extraordinairement bien
tout ce qu'on fait.
La Fortune donne fouvent trop aux
hommes ; mais à nul fuffifamment .
II. Vol.
Si
E
1358 MERCURE DE FRANCE
Si un foffe fignore dell' univerfo e haveſſe
quanto defideraffe , che naufeate de mondani
diletti , fi difperarebbe vedendo non havere
ritrovata la felicita , e non rimanergli altro
luogo dove cercarle.
En verité , les honneurs , les charges&
les dignités ne récompenfent pas de la
peine qu'on le donne pour y arriver.
L'ambition n'eft blâmable que dans fon
excès ; car elle éleve l'efprit & le courage,
& anime de ce feu divin qui fait les Héros
, & qui rend digne des Empires.
On perd fouvent l'occafion d'acquerir
un bien affuré , en fe flattant d'un plus
avantageux , mais incertain .
› Le deffein commence toutes nos actions
; l'occafion les acheve.
Il y a certaines occafions où l'on ne
fçauroit faire un pas qui ne conduife à
la gloire ou à l'infamic.
Non mancano mai le occafioni agl'huomini
, magl'huomini fono effi che mancano alle
ocafioni.
A clemence dont on fait une vertu fi
rare , fe pratique tantôt par vanité ,
quelquefois par pareffe , fouvent par crain
te , & prefque toujours par tous les trois
enfemble.
Il eft plus beau de faire des Rois que
d'en vaincre. C'eft la penfée de Valere
Maxime , au fujet de Pompée , qui ayant
défait Tigranes , Roi d'Armenie , lui remit
la Couronne fur la tête. In priftinum
fortuna habitum reftituit ; aquè pulchrum effe
judicans & vincere Reges & facere,
Nous pardonnons fouvent à ceux qui
nous ennuyent ; mais nous ne pardonnons
pas à ceux que nous ennuyons. Par
ceque ceux que nous ennuyons nous mé
prifent ; ceux qui nous ennuyent ne font
gue nous importuner.
11. Vol. C'eft
1356 MERCURE DE FRANCE
C'est trop de comettre une faute , & ce
n'eft pas affez de faire toujours fon devoir,
Notre réputation doit nous être moins
chere que notre devoir .
Celui qui fait fon devoir feulement parce
qu'il craint de ne fe pouvoir cacher, s'il
y manquoit , y manquera auffi-tôt qu'il
croira n'être vû de perfonne.
Un vain refpect humain nous fait fou
vent acheter l'approbation d'un petit nombre
de libertins , aux dépens de notre devoir
& de l'eftime de tous les honnêtes
gens.
Il vaut mieux fouffrir l'injuftice que de
la faire,
On doit préferer d'être plutôt juge entre
fes ennemis , qu'entre les amis ; car
étant juge entre les ennemis , on pourra
peut- être fe faire un ami ; mais étant juge
entre les amis , on ne manque guere de ſe
faire un ennemi.
La chicane eft plus à craindre que Pin
juſtice même ; car l'injuftice en nous rui
nant nous laiffe au moins la confolation
d'avoir droit de nous plaindre ; mais la
chicane par fes artifices nous donne le
II. Vol tort,
JUIN. 1730. 1357
tort , en nous ôtant notre bien.
Les procès ne dureroient pas fi long
tems , fi on vouloit examiner fans paffion
les raifons de fon adverfaire , & n'en pas
juger felon fesinterêts.
La morale trop auftere fe fait moins aimer
qu'elle ne fe fait craindre . Qui veut
qu'on profite de fes leçons , doit donner
envie de les entendre . On doit prendre
l'ame par fon foible , & tâcher de la conduire
à la vertu par un chemin qui ne la
rebute
pas.
En faifant bien , on apprend à faire
mieux , & fouvent en failant des fautes
on apprend à fe corriger.
que
Rien n'eft plus aifé de donner des
preceptes , & rien de plus difficile que de
donner de bonnes moeurs .
Faciliùs eft præcepta dare quàm mores.
Il eft bon de ne jamais rien faire d'ex
traordinaire ; mais on doit toujours le piquer
de faire extraordinairement bien
tout ce qu'on fait.
La Fortune donne fouvent trop aux
hommes ; mais à nul fuffifamment .
II. Vol.
Si
E
1358 MERCURE DE FRANCE
Si un foffe fignore dell' univerfo e haveſſe
quanto defideraffe , che naufeate de mondani
diletti , fi difperarebbe vedendo non havere
ritrovata la felicita , e non rimanergli altro
luogo dove cercarle.
En verité , les honneurs , les charges&
les dignités ne récompenfent pas de la
peine qu'on le donne pour y arriver.
L'ambition n'eft blâmable que dans fon
excès ; car elle éleve l'efprit & le courage,
& anime de ce feu divin qui fait les Héros
, & qui rend digne des Empires.
On perd fouvent l'occafion d'acquerir
un bien affuré , en fe flattant d'un plus
avantageux , mais incertain .
› Le deffein commence toutes nos actions
; l'occafion les acheve.
Il y a certaines occafions où l'on ne
fçauroit faire un pas qui ne conduife à
la gloire ou à l'infamic.
Non mancano mai le occafioni agl'huomini
, magl'huomini fono effi che mancano alle
ocafioni.
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Résumé : REFLEXIONS.
Le texte explore diverses réflexions morales et philosophiques. Il critique la clémence, souvent motivée par vanité, paresse ou crainte, et valorise la création de rois plutôt que leur défaite, illustré par l'exemple de Pompée. Il distingue la tolérance envers ceux qui nous ennuyent et ceux que nous ennuyons. Le devoir est privilégié par rapport à la réputation, et le respect humain est mis en garde pour éviter de déshonorer son devoir. La justice est valorisée, tandis que les chicanes sont déconseillées car plus nuisibles que l'injustice. Les procès sont longs en raison des passions et intérêts personnels. La morale austère est crainte plutôt qu'aimée, et il est préférable de guider vers la vertu sans rebuter. Apprendre de ses erreurs et succès est essentiel. Donner des préceptes est facile, mais inculquer de bonnes mœurs est difficile. Il est recommandé de faire ordinairement les choses de manière extraordinaire. La fortune donne souvent trop aux hommes, mais jamais suffisamment. Les honneurs et charges ne compensent pas les efforts pour y parvenir. L'ambition est louable tant qu'elle n'est pas excessive, car elle élève l'esprit et le courage. Perdre une occasion sûre en espérant une meilleure est risqué. Le dessein initie les actions, et l'occasion les achève. Certaines occasions mènent soit à la gloire, soit à l'infamie. Enfin, les hommes manquent souvent les occasions, malgré leur abondance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1376
p. 1362-1363
« LETTRE CRITIQUE DE M*** à M*** sur le Traité de Mathématique [...] »
Début :
LETTRE CRITIQUE DE M*** à M*** sur le Traité de Mathématique [...]
Mots clefs :
Mathématique, Histoire, Jardinier, Éducation chrétienne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE CRITIQUE DE M*** à M*** sur le Traité de Mathématique [...] »
ETTRE CRITIQUE de M *
à M *** fur le Traité de Mathéma--
tique du P.. C. & les Extraits qu'il a faits
dans les Journaux de Trevoux des Mémoires
de l'Académie des Sciences de l'an--
née 1725. A Paris , rue S. Jacques , chez
II. Vol. G..
TUIN. 1730. 1363
6. Martin & L. Guerin 1730. in 4. de so.
pages.
LE JARDINIER SOLITAIRE
contenant la Méthode de faire & de cultiver
un Jardin fruitier & potager & plu
fieurs Experiences nouvelles , avec des
Reflexions fur la culture des Arbres. Cinquiéme
Edition augmentée.Chez le même,
in 12. avec figures.
HISTOIRE ABREGE'E de l'Ancien'
Teftament , avec la Vie de N. S. J. C.
Rue S. Victor , chez Gab. Ch . Berton in 12
à l'ufage des Ecoles. Septiéme Edition .
INSTRUCTION CHRETIENNE pour
les perfonnes qui aſpirent au mariage , ou
qui y font déja engagées , avec un Traité
de l'Education Chrétienne des Enfans.
Chez le même in 12.
à M *** fur le Traité de Mathéma--
tique du P.. C. & les Extraits qu'il a faits
dans les Journaux de Trevoux des Mémoires
de l'Académie des Sciences de l'an--
née 1725. A Paris , rue S. Jacques , chez
II. Vol. G..
TUIN. 1730. 1363
6. Martin & L. Guerin 1730. in 4. de so.
pages.
LE JARDINIER SOLITAIRE
contenant la Méthode de faire & de cultiver
un Jardin fruitier & potager & plu
fieurs Experiences nouvelles , avec des
Reflexions fur la culture des Arbres. Cinquiéme
Edition augmentée.Chez le même,
in 12. avec figures.
HISTOIRE ABREGE'E de l'Ancien'
Teftament , avec la Vie de N. S. J. C.
Rue S. Victor , chez Gab. Ch . Berton in 12
à l'ufage des Ecoles. Septiéme Edition .
INSTRUCTION CHRETIENNE pour
les perfonnes qui aſpirent au mariage , ou
qui y font déja engagées , avec un Traité
de l'Education Chrétienne des Enfans.
Chez le même in 12.
Fermer
Résumé : « LETTRE CRITIQUE DE M*** à M*** sur le Traité de Mathématique [...] »
Le document liste des publications et éditions. Il inclut une lettre critique sur le 'Traité de Mathématique' du P.. C., publiée à Paris en 1730. Il mentionne aussi 'Le Jardinier Solitaire' sur la culture des jardins, 'Histoire Abregée de l'Ancien Testament' pour les écoles, et 'Instruction Chrétienne' sur le mariage et l'éducation des enfants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1377
p. 1363-1364
Les Plantes usuelles, Supplement, &c. [titre d'après la table]
Début :
SUPPLEMENT à l'abregé de l'Histoire des Plantes usuelles, dans lequel on [...]
Mots clefs :
Abrégé de l'histoire des plantes usuelles
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texteReconnaissance textuelle : Les Plantes usuelles, Supplement, &c. [titre d'après la table]
SUPPLEMENT à l'abregé de l'Hiftoire
des Plantes ufuelles , dans lequel on
donne leurs noms differens , tant François
que Latins , la maniere de s'en fervir , la
dofe & les principales compofitions de
Pharmacie dans lequelles elles font employées.
Par J. B. Chomel , Docteur Regent
en la Faculté de Medecine de Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , Con-
II.Vol
E-iiij feiller
1364 MERCURE DE FRANCE
i
7
feiller & Medecin ordinaire du Roi. Tome
troifiéme. A Paris , rue S. Jacques ,
chez Jacq. Clouzier. 1730. in 12 de 214.
pages , fans le Catalogue des Plantes qui
en contient 116. & fans la Table Alphabetique.
M. Chomel avertit obligeamment dans
un Avis au Lecteur , qu'il a fuivi le même
' ordre qu'il avoit obfervé dans les Editions
précedentes , & qu'il n'a rien changé ni :
augmenté dans les deux premiers Volu
mes. Il a refervé ce qu'il a recueilli depuis:
leur impreffion pour en former ce Suplement
qu'on peut avoir à de frais ,
fans être obligé d'acheter un nouveru
Livre tout entier..
des Plantes ufuelles , dans lequel on
donne leurs noms differens , tant François
que Latins , la maniere de s'en fervir , la
dofe & les principales compofitions de
Pharmacie dans lequelles elles font employées.
Par J. B. Chomel , Docteur Regent
en la Faculté de Medecine de Paris ,
de l'Académie Royale des Sciences , Con-
II.Vol
E-iiij feiller
1364 MERCURE DE FRANCE
i
7
feiller & Medecin ordinaire du Roi. Tome
troifiéme. A Paris , rue S. Jacques ,
chez Jacq. Clouzier. 1730. in 12 de 214.
pages , fans le Catalogue des Plantes qui
en contient 116. & fans la Table Alphabetique.
M. Chomel avertit obligeamment dans
un Avis au Lecteur , qu'il a fuivi le même
' ordre qu'il avoit obfervé dans les Editions
précedentes , & qu'il n'a rien changé ni :
augmenté dans les deux premiers Volu
mes. Il a refervé ce qu'il a recueilli depuis:
leur impreffion pour en former ce Suplement
qu'on peut avoir à de frais ,
fans être obligé d'acheter un nouveru
Livre tout entier..
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Résumé : Les Plantes usuelles, Supplement, &c. [titre d'après la table]
Le document est un supplément à l'abrégé de l'histoire des plantes usuelles, rédigé par J. B. Chomel, Docteur Régent en Médecine à Paris, membre de l'Académie Royale des Sciences et médecin ordinaire du Roi. Publié en 1730, ce supplément de 214 pages inclut un catalogue de 116 plantes et une table alphabétique. Chomel indique qu'il a conservé le même ordre que dans les éditions précédentes et n'a apporté aucune modification aux deux premiers volumes. Les nouvelles informations recueillies depuis la dernière impression sont compilées dans ce supplément, permettant aux lecteurs d'acquérir ces mises à jour sans avoir à acheter un nouvel ouvrage complet.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1378
p. 1364-1365
Histoire de Fleur-d'Epine, [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE de Fleur d'Epine, Conte. Par M. le Comte Antoine Hamilton. A [...]
Mots clefs :
Histoire de Fleur d'Epine
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texteReconnaissance textuelle : Histoire de Fleur-d'Epine, [titre d'après la table]
HISTOIRE de Fleur-d'Epine , Conte:
Par M. le Comte Antoine Hamilton . A
Paris , rue S. Jacques > chez J. Fr. Joffe
1730. in 12 de 275. pages .
Après l'accueil favorable qu'on a fait
au Conte du Belier , le Libraire efpere que
celui -ci fera lû avec autant de plaifir. Le
goût du Public pour les Ouvrages de cèt
Auteur l'ont engagé à les rechercher avec
foin , il en a trouvé un affez grand nombre
de cette efpece , manufcrits , & il promet
dans fon Avertiffement de les donner
de fuite. Il affure qu'ils ne fe cedent point
les uns aux autres,& qu'il y a dans tous les
I I.Vol -mêmes.
JUIN 1730 1365
mêmes graces du ftile , cette fertilité d'imagination
inépuifable & ce naturel
charmant qui faifoient le caractere de M ,
Hamilton.
Par M. le Comte Antoine Hamilton . A
Paris , rue S. Jacques > chez J. Fr. Joffe
1730. in 12 de 275. pages .
Après l'accueil favorable qu'on a fait
au Conte du Belier , le Libraire efpere que
celui -ci fera lû avec autant de plaifir. Le
goût du Public pour les Ouvrages de cèt
Auteur l'ont engagé à les rechercher avec
foin , il en a trouvé un affez grand nombre
de cette efpece , manufcrits , & il promet
dans fon Avertiffement de les donner
de fuite. Il affure qu'ils ne fe cedent point
les uns aux autres,& qu'il y a dans tous les
I I.Vol -mêmes.
JUIN 1730 1365
mêmes graces du ftile , cette fertilité d'imagination
inépuifable & ce naturel
charmant qui faifoient le caractere de M ,
Hamilton.
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Résumé : Histoire de Fleur-d'Epine, [titre d'après la table]
Le texte présente 'Histoire de Fleur-d'Epine', un conte de M. le Comte Antoine Hamilton publié en 1730 à Paris. L'ouvrage de 275 pages est édité par J. Fr. Joffe, qui espère un succès similaire à 'Le Conte du Bélier'. L'éditeur a découvert plusieurs manuscrits de l'auteur et promet de les publier. Ces œuvres partagent une imagination fertile et un naturel charmant.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1379
p. 1365-1379
La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
Début :
LA VIE DE PIERRE MIGNARD, Premier Peintre du Roi, par l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Pierre Mignard, Peintre du roi, Portrait, Tableau, Honneur, Galerie, Duchesse, Chevalier
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texteReconnaissance textuelle : La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
LA VIE DE PIERRE MIGNARD ,
Premier Peintre du Roi , par l'Abbé de
Monville &c. A Paris , Quay des Auguf
tins , chez Boudot & Guerin 1730.
Nous avons donné dans la premiere
Partie de cet Extrait ce qui regarde la
Vie de Mignard depuis fa naiffance jufqu'à
fon voyage de Rome & fon retour en
France.
Il fut très bien reçû à la Cour , & fon
premier Ouvrage fut le Portrait du jeune
Roi Louis XIV. fait en trois heures , die
Auteur , & envoyé fur le champ à Madrid.
Mignard exprima fi bien cet air de
grandeur & de majesté qui a toujours été
gravé fur le front de ce Monarque, que
toute la Cour d'Espagne en fut frappće .
L'Infante , à la vûë de ces traits auguftes,
fouhaita que le Ciel la fit bientôt le fceau
& le noeud de la Paix .
La Reine more ne tarda pas à ordon
ner à Mignard de la peindre . Elle avoit les
mains parfaites , & elle ne les regardoic:
pas fans une fecrette complaifance . Mi--
gnard imita avec la derniére précifion
cette belle proportion & cette délicateffe
I-I, Vol. Ey
qu gui
1366 MERCURE DE FRANCE..
=1
qui
les rendoit admirables. Il fçut join--
dre dans le Portrait de la Reine mere ,
la jeuneffe qu'elle n'avoit plus , à la beauté
qu'elle avoit encore. Les Courtiſans
n'eurent befoin que de fincerité pour approuver
& pour loüer. Cette Princeffe :
elle- même vit cet effet de l'art avec un
plaifir que fa vertu ne put fe refufer.
Il peignit enfuite le Cardinal Mazarin .
Son Portrait avoit été jufqu'alors l'écueil
de tous les Peintres ; la gloire d'y réüffir :
étoit réfervée à Mignard . Il fe furpaffa luimême
dans cet Ouvrage. Mais cet extrait
feroit bien plus long qu'il ne faut fi on:
s'arrêtoit fur tous les excellens Portraits :
de cet habile Maître. Il fit plufieurs fois
celui du Roy , de la Reine,de Monfieur,
de M. le Dauphin & de quantité de Prin--
de Seigneurs , de Dames , de Minif
tres & d'un tres- grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui lui firent une
tres- grande réputation.
ces ,
*
Le premier Portrait qu'il peignit à Paris
fut celui du Duc d'Efpernon . Ce Sei--
gneur qui fe piquoit de vivre en Prince,,
paya mille écus ce Bufte , afin , difoit- il
de mettre le prix aux Portraits de Mignard;;
& lui ayant fait peindre à Frefque dans
fon Hôtel , depuis l'Hôtel de Longue--
ville , une chambre & un cabinet , il luienvoya
40000 liv. L'eftime que les con--
LI.Vol noiffeurss
JUIN. 1730 1367
noiffeurs firent de ces Peintures , donnerent
un nouvel éclat à cette liberalité.
Le Portrait de la Marquiſe de Gouvernet
entr'autres furprit & charma : on y
trouya cette vie que les effets furprenans
dont l'hiftoire a confervé le fouvenir
donnent lieu de croire qu'avoient les Tableaux
des Peintres Grecs. On a vû fou
vent le Perroquet de Madame de Gouvernet
dire à fon Portrait : Baifez-moi, ma
maitreffe.
La Reine mere ayant enfin vû au gré
de fes fouhaits , le Dôme du Val- de- Grace
élevé , crut qu'il ne manqueroit rien à
la magnificence de cet Edifice , fi elle en
faifoit peindre la Coupe par le fçant
Maître que Rome avoit rendu peu d'années
auparavant à la France. Cette Princeffe
confia ce grand Ouvrage à Mignard
qui le finit en huit mois.
A
-
On peut dire en effet que le Val-de-
Grace n'eft peut- être pas moins le triomphe
de la peinture que celui de Mignard.
Jamais production de l'Art ne mérita
mieux Epithete Italienne , dont il eft
fi difficile de faire paffer toute l'énergie
en notre langue , opera daftupire
L'Agneau Pafcal , environné d'Anges
profternez , & le Chandelier à fept bran--
ches , viennent frapper d'abord le Spec- ~
tateur , que le premier regard ravic , char
Evj me
T368 MERCURE DE FRANCE
me ,failit. On lit au deffous ces paroles" :
Fui mortuus , & ecce ſum vivens.
I
Plus haut , un Ange porte ouvert, le Li--
vre fcellé de fept Sceaux , dont il eft parlé
dans l'Apocalypfe.
Le Signe adorable de la Croix eft vû
dans les Airs , à une diftance fupérieure's
porté,foutenu & couronné par les Anges.
Dans le centre eft une Gloire , où les
'trois Perfonnes de la Trinité paroiffent
fur un Trône de Nuës . La Puiffance , la-
Grandeur , la Majefté éclatent fur le vi--
fage & dans toute l'attitude du Pere ; fa:
main droite eft étenduë ; de la gauche il
tient le Globe du Monde . JESUS CHRIST
cft reprefenté tel que dans l'Ecriture , of--
frant à fon Pere les Elus qu'il lui a don--
nez , & faifant parler fon Sang répandu
pour tous les hommes. L'Efprit Saint fous
la forme d'une Colombe , placé au milieu
d'eux. Un vafte cercle de lumieré les en--
vironne. Le jour qu'elle répand a quelque
chofe de furnaturel ; c'eft un jour pur,,
c'eft une clarté divine ; tout le fujet en eft
clairé
Les Choeurs des Anges groupez dans
cette lumiere ; compofent le premier Or--
' dre de la Cour celefte . Une infinité de
Chérubins entourent la Divinité . Un
grand nombre d'Anges forment des Con--
certs d'autres plus proches du Trône fe
cachent
JUIN 1730. 1369
cachent de leurs aîles , & baiffent leurs
yeux éblouis.
Auprès de la Croix eft la fainte Vier
ge à genoux fur un nuage, fuivie , mais à
quelque diftance , de la Magdelaine &
des autres pieufes Femmes qui rendirent
à Jefus mourant les honneurs de la Se--
pulture. De l'autre côté on voit S. Jean--
Baptifte dans une attitude grave & noble,
tenant la Croix qui fert à le défigner-
A droit & à gauche de l'Agneau Paf--
chal font les quatre Peres de l'Eglife Latine
, les Miſteres de la Loy ancienne mê--
lez avec les attributs de la Loy nouvelle , ›
font voir la liaiſon éternelle des deux Teftamens.
A droite on recennoît S. Ambroife
& S. Jérôme . Le Pape S. Gregoire &.
guftin font à gauche , fuivis de faint
ouis & de la Reine Anne d'Autriche..
Elle dépofe fa Couronne pour s'humilier
devant le Roy des Rois , & elle lui offre
le Bâtiment qu'elle vient d'élever en fon
honneur . Un roulement de nuës fépare
les deux Peres qui font à gauche des Apôtres
& de ceux d'entre les Saints que ·PE
glife honore fous le nom de Confeffeurs.-
S. Benoît , pere de tous les Moines d'Occident
, dont les Religieufes du Val- de
Grace fuivent la Regle , eft vû dans un
rang éminent.
Une Légion innombrable de Martyrs
II.Vol.
occupe
1370 MERCURE DE FRANCE.
20
Occupe la place qui fuit . Ils ont à leurs
pieds les fondateurs des Ordres Religieux .
Sous cette partie de l'Eglife triomphante
eft écrit : Laverunt ftolas fuas in fanguine
Agni.
Moyfe tenant les Tables de la Loy
Aaron l'encenfoir à la main.David, Abraham
, Jofué , Jonas , & quelques autres
Saints de l'ancien Teflament forment le
bas du Tableau.
Les Anges qui emportent l'Arche d'al--
fiance , marquent excellemment que la
Loy de Grace a pris la place de la Loy Figurative
, & qu'on ne peut meriter le ciel
que par celui qui a die qu'il étoit la voye,,
la verité & la vie. Le paffage qui eft audeffous
ne laiffe pas lieu de douter que ce
mait été là l'efprit du Peintre : Sains. Dee
•·noftro & Agno..
Le chafte troupeau des Vierges remplit
tout ce qui refte de place. Le privilege
qu'elles ont de fuivre par tout l'Agneau
fans tache , eſt expliqué par ces mots :
•Sequuntur Agnum quocumque ierit.
On voit une foule d'efprits celeftes ré--
pandus dans differens endroits , les uns
-apportent des palmes aux Vierges & aux
Martyrs : les autres font fumer l'encens
en l'honneur du Très -Haut. Rien n'eft
oublié de tout ce qui peur donner quelque
idée de cette demeure , que l'oeil n'a
2
HiVol. -point
JUIN 1730 1371
འ
C
3
point vû , que l'efprit humain ne fçauroit
comprendre ; de cette felicité pleine
& immuable , dont celui qui eft l'Auteur
de toute felicité enivre à jamais fes Saints.
Sic exultant Sancti in gloria , fic lætanturin t
cubilibus fuis ; lit- t'on au bas , Pfeaume
149..
Mignard fit quelque tems après beau
coup d'ouvrages à frefque à l'Hôtel d'Her
vart , aujourd'hui l'Hôtel d'Armenon--
vile. Il peignit dans la vouté du cabinet
l'apotheofe de Pfiché son la voit qui s'é--
leve vers le plus haut de l'Olympe,portée
par Mercure & par l'Hymenées Jupiter
paroît empreffe à recevoir la nouvelle
Divinité qui vient embellir fon Empire.-
Cette fleur de la premiere jeuneffe , dont
les charmes font fi puiffans & à la beauté
la plus reguliere , fe joignent fur le vifage
de Pfiché, ces graces féduifantes qu'inf
pire le defir de plaire , &c.
On fçait le cas que font les Curieux
des Ouvrages de ces grands Maîtres d'I--
talie , qui outre leur merite réel , ont en--
core chez les demi-fçavans le merite de
n'être plus , ils élèvent la réputation des >
morts fur le débris de celle des vivans.-
Mignard ; qui avoit le rare talent d'attraper
parfaitement les differentes manieres
des plus excellens Peintres , ayant
-peint fur une toile d'Italie , une Made-
2
II! Vol . leine
132 MERCURE DE FRANCE .
:
leine dans le gout du Guide , ce tableau
fut vendu deux mille livres , pour être de
ce dernier Maître, au Chevalier de Clairville
, qui le jugea tel , ainfi que les plus
grands Curieux & Connoiffeurs ; & M. le
Brun lui-même.
Cependant quelque bruit s'étant rés
pandu , que cette Madeleine étoit de Mignard
, le Chevalier de Clairville alla le
trouver. Il répondit modeftement fur
l'honneur qu'on lui faifoit , & fit entrevoir
qu'il ne croioit pas le tableau du -
Guide. M. le Brun , foûtient le contraire,
lui dit le Chevalier , & je vous prie de
main à dîner avec lui pour éclaircir cette
affaire . La partie liée avec plufieurs Cornoiffeurs;
tout le monde fut du fentiment
de le Brun , & la difpute s'échauffa ; &
Mignard propofa 300 louis à parier
que le tableau n'étoit pas du Guide . Ie
Brun vouloit accepter le pari , & quand
Mignard vir la chofe auffi avant engagée
qu'elle pouvoit l'être pour fa gloire ; je :
ne puis pas parier en confcience , dit -il ,
car le tableau eft de moi ; & il en donna
la
preuve fur le champ , en découvrant
avec de l'huile de therebentine un endroit
du tableau , fous les cheveux de la Madé--
laine , où l'on trouva la Barette d'un Car- -
dinal qui avoit été peint d'abord fur cette
toile Mignard voulut reprendre fon ta--
II.Vol. bleau
JUIN. 1730. 1373
bleau & rendre les deux cent piftoles au
Chevalier , mais celui-ci fut bien-aife de
le garder.
Les portraits pour lesquels Mignard
étoit toûjours de plus en plus recherché
n'épuiferent pas tout fon tems , il fit de
tems en tems des ouvrages à frefque , &
des tableaux de chevalet.
La belle Ducheffe de Briffac , de la Maifon
de S. Simon , fouhaita alors que Mignard
fit fon portrait , & elle eut défiré
qu'il ne la fit pas attendre long-tems .
C'étoit beaucoup exiger d'un homme qui
ne difpofoit pas de fes momens à fon gré.
Elle engagea Racine à lui en parler , &
Mignard donna à l'amitié ce qu'il eut
peut-être refufé à toute autre confideration
. Il peignit Madame de Briffac en
grand avee un Amour auprès d'elle , dont
elle tient le flambeau , & qu'elle paroît
avoir défarmé . C'eft ainfi qu'elle avoit
voulu être reprefentée. Ce portrait fit
d'autant plus d'honneur à fon auteur ,
que la beauté de la Ducheffe de Briffac
confiftoit moins dans la regularité , que
dans l'enfemble , & dans le jeu des traits :
que d'ailleurs il avoit été queſtion d'épier
,fi l'on peut parler ainfi , & de fixer
fur fon vifage ces graces fugitives , qui
tiennent aux differens mouvemens de l'ame,
& de peindre même le fentiment qui
les fait naître. Il
1374 MERCURE DE FRANCE
Il fit quelque tems après le portrait de
la Ducheffe de la Valiere. Elle eft peinte
au milieu de fes deux enfans , le Comte
de Vermandois , jeune Prince que le'
Ciel n'a fait que montrer à la terre , &
Mademoifeile de Blois , depuis la Princeffe
de Conti , que Mignard bon connoiffeur
, affuroit dès-lors devoir être un
jour la plus grande beauté de fon fiecle.
Madame de la Valiere eft reprefentée tenant
un chalumeau , d'où pend une boule
de favon , autour de laquelle on lit: Sic
tranfit gloria mundi. Image naturelle de
la vanité ou occupation des hommes , &
fur tout des faveurs de la Cour. Cette
genereufe perfonne qui a fait voir qu'un
Roy peut être aimé pour lui- même , fe
préparoit déja au grand facrifice , qu'elle
confomma bien-tôt après. Il est vrai-femblable
, que ce fut elle qui donna l'idée
du tableau ; & il eft certain que fes
agrémens n'étoient pas diminués lorfqu'elle
prit le parti de les enfevelir dans
la plus auftere retraite. La France n'ou-
Bliera jamais les grands exemples qu'elle
a donné fous le nom de Sour Loüife de
Ja Mifericorde. Une fainte mort'a couronné
des vertus que nous voyons revivre
aujourd'hui dans fon augufte fille.
Le Roy voulant un jour fçavoir l'idée
que le Duc de Montaufier avoit de le
II.Fol
Brun
TUIN. 1730. 1375
Brun & de Mignard , qui avoient chacun
leurs Partifans : Sire , répondit-il , je ne
me connois pas en peinture , mais il me pa
rcit que ces hommes la peignent comme leur
nom.
Au mois de Mars 1677 , feu Monfieur,,
Frere unique de Louis XIV. ne dédaigna
pas d'aller chez Mignard , & il eut la bonté
de lui dire , qu'il faifoit bâtir exprès à
S. Cloud , une Galerie , un cabinet & un
falon , afin de les lui faire peindre , &c.
Mignard prit Apollon pour fujet princi
pal de ce grand ouvrage. Toutes les avantures
que la Fable prête à ce Dieu , tous
les attributs qu'elle lui donne , font parfaitement
reprefentés dans la Galerie..
A l'un des bouts on le voit dans l'inftant
de fa naiffance fur les genoux de Latone.
Vis-à-vis il eft vû fur le Parnaffe avec les
Mules. Dans le premier tableau , Latone
infultée par les payfans de Lybie , s'adref
fe à Jupiter qui la vange en changeant
ces hommes impitoyables en grenouilles.
La Divinité qui prefide aux beaux Arts ,
& aux differens talens de l'efprit , prefide
auffi aux faifons ; elles font peintes d'un
côté & de l'autre de la galerie , &c. Dans
le grand plafond , au milieu de la galerie ,
qui fert comme de couronnement à tout
Fouvrage , le Soleil fous la figure du Roi
paroît fur un char , tiré par quatre che
II. Fol Vaux
1376 MERCURE DE FRANCE,
vaux blancs .... l'Aurore le precede ,& c .
A la page 116 de ce livre , il y a une
faute de Copifte dont l'Auteur fera fans
doute bien aife que nous avertiffions le
Lecteur. En parlant du Portrait que fit
Mignard de Marie- Loüife d'Orleans , fille
aînée de Monfieur & d'Henriette d'Angleterre
son a mis que fon mariage venoit
d'être conclu avec Philippe IV. Roi d'Efpagne
, il faut lire Charles II.
Nous abregeons à regret la defcription
des peintures de S. Cloud , où Mignard
fit encore quantité d'autres grands Ou
vrages , comme le cabinet de Diane en
quatre grands tableaux & le plafond de
Aurore , le grand falon , où l'on voit
Olympe & tous les Dieux réunis , pour
voir Mars & Venus qui vont être envelo
pez par les retz de Vulcain , & c.
En 1684 il peignità Verfailles le petit
apartement , & pour faire voir que la perfection
où les Arts ont été portez en Fran
ce , étoit l'effet de la protection du Roi ,
fla reprefenté au milieu du plafond fur
des nuages , Apollon & Minerve ; le Genie
de la France eft debout entre ces deux
Divinitez , tenant un Lys d'une main &
s'appuyant de l'autre fur le genoux de
Minerve. On voit au deffous plufieurs
groupes d'Enfans , environnez des Inftrumens
des Sciences & des Arts . Ces
II. Vol.
Dieux
JUIN. 1739. 1377
?
Dieux leur diftribuenr des Couronnes.
de Laurier & des Medailles d'or. Aux
deux Salons qui terminent cette Galerie
il peignit au premier , Promethée qui a
dérobé le feu du Ciel , & dans l'autre
Pandore , & c. Après ces Ouvrages , Mignard
peignit le beau plafond du grand
Cabinet de Monfeigneur , qui ne fubfifte
plus.
Au mois de Juin 1687. Mignard fut
ennobli. Son tableau reprefentant l'hommage
de la Mer au Roy , fuivit de près
cette marque glorieufe dont S. M. venoit
de l'honorer.
Le Portrait de la Ducheffe du Lude
fut finienviron ce tems là . A l'affection &
l'eftime qu'elle avoit pour Mignard
elle joignit une telle inclination pour fa
fille que l'amitié la plus tendre y fucceda
bien- tôt , lorfque Mademoiſelle Mignard
devint , par fon mariage avec le Comte
de Feuquieres , coufine germaine de la
Ducheffe du Lude.
Un de fes derniers portraits eft celui de
Madame de Foix : Elle avoit des charmes
dans l'efprit , dont on ne pouvoit fe défendre.
Il fçût la peindre telle qu'elle étoit
effectivement , plutôt jolie que belle , parée
de cet art de plaire qui n'accompagne
pas toujours la beauté , & qui lui eft fouvent
préferé. La plupart des femmes , diloit
II. Vol.
1378 MERCURE DE FRANCE
ce Peintre , ne fçavent ce que c'est que de fe
fairepeindre telles qu'elles font ; elles ont une
idée de la beauté à laquelle elles veulent ref
fembler : c'eft leur idée qu'elles veulent qu'on
copie , & non pas leur visage.
Le fameux le Brun étant mort au mois
de Février 1690. le Roi donna ſur le
champ à Mignard la Charge de Premier
Peintre & Garde General du Cabinet des
Tableaux & Deffeins de S. M. Il fut nommé
en même-tems , Directeur & Chancelier
de l'Academie Royale de Peinture &
Sculpture , & Directeur de la Manufacture
Royal des Gobelins . Il mourut à Paris
le 13. Mai 1695. âgé de 84. ans ,
fix mois
& quelques jours.
L'Auteur termine la Vie de Mignard
par cet Eloge: Sa compofition eft riche
gracieufe & noble. Grand Poëte dans l'invention
, fa difpofition eft fçavante & fage
, fon ftile heroïque & fublime , fonpinceau
hardi , moelleux & leger. Tout
cela fans perdre de vûë les beautez du détail.
Ses expreffions font vrayes , confor
mes à l'action , moderées fans être infipides
; toûjours nobles , toujours élevées .
Il drapoit d'un grand goût : fes plis font
grands & bien jettez , marquant & flatant
judicieufement le nud , en imitant , autant
qu'il eft poffible , la varieté des étoffes
, &c. C'eft fur les Memoires de la
11. Vol. Comteffe
JUIN. 1730. 1379
Comteffe de Feuquieres qu'on a écrit la
vie de fon illuftre Pere ; c'eft elle , pourfuit
l'Auteur , qui lui fait rendre un honneur
fi bien merité , & lui donne cette
derniere marque de fa pieté , de fon rel
pect & de fa tendre reconnoiffance .
Premier Peintre du Roi , par l'Abbé de
Monville &c. A Paris , Quay des Auguf
tins , chez Boudot & Guerin 1730.
Nous avons donné dans la premiere
Partie de cet Extrait ce qui regarde la
Vie de Mignard depuis fa naiffance jufqu'à
fon voyage de Rome & fon retour en
France.
Il fut très bien reçû à la Cour , & fon
premier Ouvrage fut le Portrait du jeune
Roi Louis XIV. fait en trois heures , die
Auteur , & envoyé fur le champ à Madrid.
Mignard exprima fi bien cet air de
grandeur & de majesté qui a toujours été
gravé fur le front de ce Monarque, que
toute la Cour d'Espagne en fut frappće .
L'Infante , à la vûë de ces traits auguftes,
fouhaita que le Ciel la fit bientôt le fceau
& le noeud de la Paix .
La Reine more ne tarda pas à ordon
ner à Mignard de la peindre . Elle avoit les
mains parfaites , & elle ne les regardoic:
pas fans une fecrette complaifance . Mi--
gnard imita avec la derniére précifion
cette belle proportion & cette délicateffe
I-I, Vol. Ey
qu gui
1366 MERCURE DE FRANCE..
=1
qui
les rendoit admirables. Il fçut join--
dre dans le Portrait de la Reine mere ,
la jeuneffe qu'elle n'avoit plus , à la beauté
qu'elle avoit encore. Les Courtiſans
n'eurent befoin que de fincerité pour approuver
& pour loüer. Cette Princeffe :
elle- même vit cet effet de l'art avec un
plaifir que fa vertu ne put fe refufer.
Il peignit enfuite le Cardinal Mazarin .
Son Portrait avoit été jufqu'alors l'écueil
de tous les Peintres ; la gloire d'y réüffir :
étoit réfervée à Mignard . Il fe furpaffa luimême
dans cet Ouvrage. Mais cet extrait
feroit bien plus long qu'il ne faut fi on:
s'arrêtoit fur tous les excellens Portraits :
de cet habile Maître. Il fit plufieurs fois
celui du Roy , de la Reine,de Monfieur,
de M. le Dauphin & de quantité de Prin--
de Seigneurs , de Dames , de Minif
tres & d'un tres- grand nombre de perfonnes
de diftinction , qui lui firent une
tres- grande réputation.
ces ,
*
Le premier Portrait qu'il peignit à Paris
fut celui du Duc d'Efpernon . Ce Sei--
gneur qui fe piquoit de vivre en Prince,,
paya mille écus ce Bufte , afin , difoit- il
de mettre le prix aux Portraits de Mignard;;
& lui ayant fait peindre à Frefque dans
fon Hôtel , depuis l'Hôtel de Longue--
ville , une chambre & un cabinet , il luienvoya
40000 liv. L'eftime que les con--
LI.Vol noiffeurss
JUIN. 1730 1367
noiffeurs firent de ces Peintures , donnerent
un nouvel éclat à cette liberalité.
Le Portrait de la Marquiſe de Gouvernet
entr'autres furprit & charma : on y
trouya cette vie que les effets furprenans
dont l'hiftoire a confervé le fouvenir
donnent lieu de croire qu'avoient les Tableaux
des Peintres Grecs. On a vû fou
vent le Perroquet de Madame de Gouvernet
dire à fon Portrait : Baifez-moi, ma
maitreffe.
La Reine mere ayant enfin vû au gré
de fes fouhaits , le Dôme du Val- de- Grace
élevé , crut qu'il ne manqueroit rien à
la magnificence de cet Edifice , fi elle en
faifoit peindre la Coupe par le fçant
Maître que Rome avoit rendu peu d'années
auparavant à la France. Cette Princeffe
confia ce grand Ouvrage à Mignard
qui le finit en huit mois.
A
-
On peut dire en effet que le Val-de-
Grace n'eft peut- être pas moins le triomphe
de la peinture que celui de Mignard.
Jamais production de l'Art ne mérita
mieux Epithete Italienne , dont il eft
fi difficile de faire paffer toute l'énergie
en notre langue , opera daftupire
L'Agneau Pafcal , environné d'Anges
profternez , & le Chandelier à fept bran--
ches , viennent frapper d'abord le Spec- ~
tateur , que le premier regard ravic , char
Evj me
T368 MERCURE DE FRANCE
me ,failit. On lit au deffous ces paroles" :
Fui mortuus , & ecce ſum vivens.
I
Plus haut , un Ange porte ouvert, le Li--
vre fcellé de fept Sceaux , dont il eft parlé
dans l'Apocalypfe.
Le Signe adorable de la Croix eft vû
dans les Airs , à une diftance fupérieure's
porté,foutenu & couronné par les Anges.
Dans le centre eft une Gloire , où les
'trois Perfonnes de la Trinité paroiffent
fur un Trône de Nuës . La Puiffance , la-
Grandeur , la Majefté éclatent fur le vi--
fage & dans toute l'attitude du Pere ; fa:
main droite eft étenduë ; de la gauche il
tient le Globe du Monde . JESUS CHRIST
cft reprefenté tel que dans l'Ecriture , of--
frant à fon Pere les Elus qu'il lui a don--
nez , & faifant parler fon Sang répandu
pour tous les hommes. L'Efprit Saint fous
la forme d'une Colombe , placé au milieu
d'eux. Un vafte cercle de lumieré les en--
vironne. Le jour qu'elle répand a quelque
chofe de furnaturel ; c'eft un jour pur,,
c'eft une clarté divine ; tout le fujet en eft
clairé
Les Choeurs des Anges groupez dans
cette lumiere ; compofent le premier Or--
' dre de la Cour celefte . Une infinité de
Chérubins entourent la Divinité . Un
grand nombre d'Anges forment des Con--
certs d'autres plus proches du Trône fe
cachent
JUIN 1730. 1369
cachent de leurs aîles , & baiffent leurs
yeux éblouis.
Auprès de la Croix eft la fainte Vier
ge à genoux fur un nuage, fuivie , mais à
quelque diftance , de la Magdelaine &
des autres pieufes Femmes qui rendirent
à Jefus mourant les honneurs de la Se--
pulture. De l'autre côté on voit S. Jean--
Baptifte dans une attitude grave & noble,
tenant la Croix qui fert à le défigner-
A droit & à gauche de l'Agneau Paf--
chal font les quatre Peres de l'Eglife Latine
, les Miſteres de la Loy ancienne mê--
lez avec les attributs de la Loy nouvelle , ›
font voir la liaiſon éternelle des deux Teftamens.
A droite on recennoît S. Ambroife
& S. Jérôme . Le Pape S. Gregoire &.
guftin font à gauche , fuivis de faint
ouis & de la Reine Anne d'Autriche..
Elle dépofe fa Couronne pour s'humilier
devant le Roy des Rois , & elle lui offre
le Bâtiment qu'elle vient d'élever en fon
honneur . Un roulement de nuës fépare
les deux Peres qui font à gauche des Apôtres
& de ceux d'entre les Saints que ·PE
glife honore fous le nom de Confeffeurs.-
S. Benoît , pere de tous les Moines d'Occident
, dont les Religieufes du Val- de
Grace fuivent la Regle , eft vû dans un
rang éminent.
Une Légion innombrable de Martyrs
II.Vol.
occupe
1370 MERCURE DE FRANCE.
20
Occupe la place qui fuit . Ils ont à leurs
pieds les fondateurs des Ordres Religieux .
Sous cette partie de l'Eglife triomphante
eft écrit : Laverunt ftolas fuas in fanguine
Agni.
Moyfe tenant les Tables de la Loy
Aaron l'encenfoir à la main.David, Abraham
, Jofué , Jonas , & quelques autres
Saints de l'ancien Teflament forment le
bas du Tableau.
Les Anges qui emportent l'Arche d'al--
fiance , marquent excellemment que la
Loy de Grace a pris la place de la Loy Figurative
, & qu'on ne peut meriter le ciel
que par celui qui a die qu'il étoit la voye,,
la verité & la vie. Le paffage qui eft audeffous
ne laiffe pas lieu de douter que ce
mait été là l'efprit du Peintre : Sains. Dee
•·noftro & Agno..
Le chafte troupeau des Vierges remplit
tout ce qui refte de place. Le privilege
qu'elles ont de fuivre par tout l'Agneau
fans tache , eſt expliqué par ces mots :
•Sequuntur Agnum quocumque ierit.
On voit une foule d'efprits celeftes ré--
pandus dans differens endroits , les uns
-apportent des palmes aux Vierges & aux
Martyrs : les autres font fumer l'encens
en l'honneur du Très -Haut. Rien n'eft
oublié de tout ce qui peur donner quelque
idée de cette demeure , que l'oeil n'a
2
HiVol. -point
JUIN 1730 1371
འ
C
3
point vû , que l'efprit humain ne fçauroit
comprendre ; de cette felicité pleine
& immuable , dont celui qui eft l'Auteur
de toute felicité enivre à jamais fes Saints.
Sic exultant Sancti in gloria , fic lætanturin t
cubilibus fuis ; lit- t'on au bas , Pfeaume
149..
Mignard fit quelque tems après beau
coup d'ouvrages à frefque à l'Hôtel d'Her
vart , aujourd'hui l'Hôtel d'Armenon--
vile. Il peignit dans la vouté du cabinet
l'apotheofe de Pfiché son la voit qui s'é--
leve vers le plus haut de l'Olympe,portée
par Mercure & par l'Hymenées Jupiter
paroît empreffe à recevoir la nouvelle
Divinité qui vient embellir fon Empire.-
Cette fleur de la premiere jeuneffe , dont
les charmes font fi puiffans & à la beauté
la plus reguliere , fe joignent fur le vifage
de Pfiché, ces graces féduifantes qu'inf
pire le defir de plaire , &c.
On fçait le cas que font les Curieux
des Ouvrages de ces grands Maîtres d'I--
talie , qui outre leur merite réel , ont en--
core chez les demi-fçavans le merite de
n'être plus , ils élèvent la réputation des >
morts fur le débris de celle des vivans.-
Mignard ; qui avoit le rare talent d'attraper
parfaitement les differentes manieres
des plus excellens Peintres , ayant
-peint fur une toile d'Italie , une Made-
2
II! Vol . leine
132 MERCURE DE FRANCE .
:
leine dans le gout du Guide , ce tableau
fut vendu deux mille livres , pour être de
ce dernier Maître, au Chevalier de Clairville
, qui le jugea tel , ainfi que les plus
grands Curieux & Connoiffeurs ; & M. le
Brun lui-même.
Cependant quelque bruit s'étant rés
pandu , que cette Madeleine étoit de Mignard
, le Chevalier de Clairville alla le
trouver. Il répondit modeftement fur
l'honneur qu'on lui faifoit , & fit entrevoir
qu'il ne croioit pas le tableau du -
Guide. M. le Brun , foûtient le contraire,
lui dit le Chevalier , & je vous prie de
main à dîner avec lui pour éclaircir cette
affaire . La partie liée avec plufieurs Cornoiffeurs;
tout le monde fut du fentiment
de le Brun , & la difpute s'échauffa ; &
Mignard propofa 300 louis à parier
que le tableau n'étoit pas du Guide . Ie
Brun vouloit accepter le pari , & quand
Mignard vir la chofe auffi avant engagée
qu'elle pouvoit l'être pour fa gloire ; je :
ne puis pas parier en confcience , dit -il ,
car le tableau eft de moi ; & il en donna
la
preuve fur le champ , en découvrant
avec de l'huile de therebentine un endroit
du tableau , fous les cheveux de la Madé--
laine , où l'on trouva la Barette d'un Car- -
dinal qui avoit été peint d'abord fur cette
toile Mignard voulut reprendre fon ta--
II.Vol. bleau
JUIN. 1730. 1373
bleau & rendre les deux cent piftoles au
Chevalier , mais celui-ci fut bien-aife de
le garder.
Les portraits pour lesquels Mignard
étoit toûjours de plus en plus recherché
n'épuiferent pas tout fon tems , il fit de
tems en tems des ouvrages à frefque , &
des tableaux de chevalet.
La belle Ducheffe de Briffac , de la Maifon
de S. Simon , fouhaita alors que Mignard
fit fon portrait , & elle eut défiré
qu'il ne la fit pas attendre long-tems .
C'étoit beaucoup exiger d'un homme qui
ne difpofoit pas de fes momens à fon gré.
Elle engagea Racine à lui en parler , &
Mignard donna à l'amitié ce qu'il eut
peut-être refufé à toute autre confideration
. Il peignit Madame de Briffac en
grand avee un Amour auprès d'elle , dont
elle tient le flambeau , & qu'elle paroît
avoir défarmé . C'eft ainfi qu'elle avoit
voulu être reprefentée. Ce portrait fit
d'autant plus d'honneur à fon auteur ,
que la beauté de la Ducheffe de Briffac
confiftoit moins dans la regularité , que
dans l'enfemble , & dans le jeu des traits :
que d'ailleurs il avoit été queſtion d'épier
,fi l'on peut parler ainfi , & de fixer
fur fon vifage ces graces fugitives , qui
tiennent aux differens mouvemens de l'ame,
& de peindre même le fentiment qui
les fait naître. Il
1374 MERCURE DE FRANCE
Il fit quelque tems après le portrait de
la Ducheffe de la Valiere. Elle eft peinte
au milieu de fes deux enfans , le Comte
de Vermandois , jeune Prince que le'
Ciel n'a fait que montrer à la terre , &
Mademoifeile de Blois , depuis la Princeffe
de Conti , que Mignard bon connoiffeur
, affuroit dès-lors devoir être un
jour la plus grande beauté de fon fiecle.
Madame de la Valiere eft reprefentée tenant
un chalumeau , d'où pend une boule
de favon , autour de laquelle on lit: Sic
tranfit gloria mundi. Image naturelle de
la vanité ou occupation des hommes , &
fur tout des faveurs de la Cour. Cette
genereufe perfonne qui a fait voir qu'un
Roy peut être aimé pour lui- même , fe
préparoit déja au grand facrifice , qu'elle
confomma bien-tôt après. Il est vrai-femblable
, que ce fut elle qui donna l'idée
du tableau ; & il eft certain que fes
agrémens n'étoient pas diminués lorfqu'elle
prit le parti de les enfevelir dans
la plus auftere retraite. La France n'ou-
Bliera jamais les grands exemples qu'elle
a donné fous le nom de Sour Loüife de
Ja Mifericorde. Une fainte mort'a couronné
des vertus que nous voyons revivre
aujourd'hui dans fon augufte fille.
Le Roy voulant un jour fçavoir l'idée
que le Duc de Montaufier avoit de le
II.Fol
Brun
TUIN. 1730. 1375
Brun & de Mignard , qui avoient chacun
leurs Partifans : Sire , répondit-il , je ne
me connois pas en peinture , mais il me pa
rcit que ces hommes la peignent comme leur
nom.
Au mois de Mars 1677 , feu Monfieur,,
Frere unique de Louis XIV. ne dédaigna
pas d'aller chez Mignard , & il eut la bonté
de lui dire , qu'il faifoit bâtir exprès à
S. Cloud , une Galerie , un cabinet & un
falon , afin de les lui faire peindre , &c.
Mignard prit Apollon pour fujet princi
pal de ce grand ouvrage. Toutes les avantures
que la Fable prête à ce Dieu , tous
les attributs qu'elle lui donne , font parfaitement
reprefentés dans la Galerie..
A l'un des bouts on le voit dans l'inftant
de fa naiffance fur les genoux de Latone.
Vis-à-vis il eft vû fur le Parnaffe avec les
Mules. Dans le premier tableau , Latone
infultée par les payfans de Lybie , s'adref
fe à Jupiter qui la vange en changeant
ces hommes impitoyables en grenouilles.
La Divinité qui prefide aux beaux Arts ,
& aux differens talens de l'efprit , prefide
auffi aux faifons ; elles font peintes d'un
côté & de l'autre de la galerie , &c. Dans
le grand plafond , au milieu de la galerie ,
qui fert comme de couronnement à tout
Fouvrage , le Soleil fous la figure du Roi
paroît fur un char , tiré par quatre che
II. Fol Vaux
1376 MERCURE DE FRANCE,
vaux blancs .... l'Aurore le precede ,& c .
A la page 116 de ce livre , il y a une
faute de Copifte dont l'Auteur fera fans
doute bien aife que nous avertiffions le
Lecteur. En parlant du Portrait que fit
Mignard de Marie- Loüife d'Orleans , fille
aînée de Monfieur & d'Henriette d'Angleterre
son a mis que fon mariage venoit
d'être conclu avec Philippe IV. Roi d'Efpagne
, il faut lire Charles II.
Nous abregeons à regret la defcription
des peintures de S. Cloud , où Mignard
fit encore quantité d'autres grands Ou
vrages , comme le cabinet de Diane en
quatre grands tableaux & le plafond de
Aurore , le grand falon , où l'on voit
Olympe & tous les Dieux réunis , pour
voir Mars & Venus qui vont être envelo
pez par les retz de Vulcain , & c.
En 1684 il peignità Verfailles le petit
apartement , & pour faire voir que la perfection
où les Arts ont été portez en Fran
ce , étoit l'effet de la protection du Roi ,
fla reprefenté au milieu du plafond fur
des nuages , Apollon & Minerve ; le Genie
de la France eft debout entre ces deux
Divinitez , tenant un Lys d'une main &
s'appuyant de l'autre fur le genoux de
Minerve. On voit au deffous plufieurs
groupes d'Enfans , environnez des Inftrumens
des Sciences & des Arts . Ces
II. Vol.
Dieux
JUIN. 1739. 1377
?
Dieux leur diftribuenr des Couronnes.
de Laurier & des Medailles d'or. Aux
deux Salons qui terminent cette Galerie
il peignit au premier , Promethée qui a
dérobé le feu du Ciel , & dans l'autre
Pandore , & c. Après ces Ouvrages , Mignard
peignit le beau plafond du grand
Cabinet de Monfeigneur , qui ne fubfifte
plus.
Au mois de Juin 1687. Mignard fut
ennobli. Son tableau reprefentant l'hommage
de la Mer au Roy , fuivit de près
cette marque glorieufe dont S. M. venoit
de l'honorer.
Le Portrait de la Ducheffe du Lude
fut finienviron ce tems là . A l'affection &
l'eftime qu'elle avoit pour Mignard
elle joignit une telle inclination pour fa
fille que l'amitié la plus tendre y fucceda
bien- tôt , lorfque Mademoiſelle Mignard
devint , par fon mariage avec le Comte
de Feuquieres , coufine germaine de la
Ducheffe du Lude.
Un de fes derniers portraits eft celui de
Madame de Foix : Elle avoit des charmes
dans l'efprit , dont on ne pouvoit fe défendre.
Il fçût la peindre telle qu'elle étoit
effectivement , plutôt jolie que belle , parée
de cet art de plaire qui n'accompagne
pas toujours la beauté , & qui lui eft fouvent
préferé. La plupart des femmes , diloit
II. Vol.
1378 MERCURE DE FRANCE
ce Peintre , ne fçavent ce que c'est que de fe
fairepeindre telles qu'elles font ; elles ont une
idée de la beauté à laquelle elles veulent ref
fembler : c'eft leur idée qu'elles veulent qu'on
copie , & non pas leur visage.
Le fameux le Brun étant mort au mois
de Février 1690. le Roi donna ſur le
champ à Mignard la Charge de Premier
Peintre & Garde General du Cabinet des
Tableaux & Deffeins de S. M. Il fut nommé
en même-tems , Directeur & Chancelier
de l'Academie Royale de Peinture &
Sculpture , & Directeur de la Manufacture
Royal des Gobelins . Il mourut à Paris
le 13. Mai 1695. âgé de 84. ans ,
fix mois
& quelques jours.
L'Auteur termine la Vie de Mignard
par cet Eloge: Sa compofition eft riche
gracieufe & noble. Grand Poëte dans l'invention
, fa difpofition eft fçavante & fage
, fon ftile heroïque & fublime , fonpinceau
hardi , moelleux & leger. Tout
cela fans perdre de vûë les beautez du détail.
Ses expreffions font vrayes , confor
mes à l'action , moderées fans être infipides
; toûjours nobles , toujours élevées .
Il drapoit d'un grand goût : fes plis font
grands & bien jettez , marquant & flatant
judicieufement le nud , en imitant , autant
qu'il eft poffible , la varieté des étoffes
, &c. C'eft fur les Memoires de la
11. Vol. Comteffe
JUIN. 1730. 1379
Comteffe de Feuquieres qu'on a écrit la
vie de fon illuftre Pere ; c'eft elle , pourfuit
l'Auteur , qui lui fait rendre un honneur
fi bien merité , & lui donne cette
derniere marque de fa pieté , de fon rel
pect & de fa tendre reconnoiffance .
Fermer
Résumé : La Vie de Pierre Mignard, &c. [titre d'après la table]
Pierre Mignard, Premier Peintre du Roi, est un artiste français du XVIIe siècle dont la vie et les œuvres sont marquées par une grande reconnaissance à la cour. Après son retour de Rome, Mignard réalisa plusieurs portraits notables, dont celui du jeune roi Louis XIV, exécuté en trois heures et envoyé à Madrid. Ce portrait impressionna la cour d'Espagne, notamment l'Infante, et contribua à la paix entre les deux nations. La reine mère commanda également son portrait, mettant en valeur sa jeunesse et sa beauté. Mignard peignit aussi le Cardinal Mazarin, un sujet difficile pour les artistes précédents. Mignard réalisa de nombreux portraits de la famille royale et de personnalités distinguées, ce qui lui valut une grande réputation. Il peignit également des œuvres à fresque, comme celles de l'Hôtel d'Epernon et de l'Hôtel de Longueville. Le portrait de la Marquise de Gouvernet fut particulièrement admiré pour sa vivacité. Il fut chargé de peindre la coupole du Val-de-Grâce, un ouvrage achevé en huit mois et décrit comme un triomphe de la peinture, représentant des scènes religieuses et des figures divines avec une grande maîtrise. En plus de ses portraits et fresques, Mignard réalisa des tableaux de chevalet, comme celui de la Duchesse de Brissac et de la Duchesse de La Vallière. Il participa également à des débats sur l'authenticité de ses œuvres. Le texte mentionne des anecdotes sur les commandes royales et les appréciations des contemporains de Mignard. Par exemple, le Duc de Montausier compara les styles de Brun et de Mignard aux noms des artistes eux-mêmes. En 1677, le frère unique de Louis XIV, Monsieur, commanda à Mignard des peintures pour le château de Saint-Cloud, avec Apollon comme sujet principal. La Galerie de ses œuvres représente Apollon à différents moments de sa vie, notamment sa naissance auprès de Latone et sa présence sur le mont Parnasse avec les Muses. Latone, insultée par les paysans de Lybie, est vengée par Jupiter qui les transforme en grenouilles. La galerie est ornée de peintures des façons et des talents de l'esprit, avec un plafond central où le Soleil, représenté sous les traits du Roi, est tiré par quatre chevaux blancs, précédé par l'Aurore. Mignard a réalisé plusieurs œuvres importantes, comme le cabinet de Diane à Sceaux, le plafond de l'Aurore, et divers tableaux à Versailles. En 1684, il a peint un plafond représentant Apollon et Minerve, avec le Génie de la France tenant un lys et s'appuyant sur Minerve. Mignard a été anobli en juin 1687 et a peint des portraits notables, tels que celui de la Duchesse du Lude et de Madame de Foix. Après la mort de Charles Le Brun en 1690, Mignard a été nommé Premier Peintre du Roi, Directeur de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture, et Directeur de la Manufacture Royale des Gobelins. Il est décédé à Paris le 13 mai 1695 à l'âge de 84 ans. Son élégie souligne sa composition riche et gracieuse, son invention poétique, son style héroïque et sublime, ainsi que son habileté dans le détail et le drapé. La vie de Mignard a été écrite par la Comtesse de Feuquières, sa fille.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1380
p. 1379-1381
Démocrite prétendu fou, &c. [titre d'après la table]
Début :
DEMOCRITE PRETENDU FOU, Comedie en trois Actes, representée pour la premiere [...]
Mots clefs :
Démocrite, Hôtel de Bourgogone
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, &c. [titre d'après la table]
DEMOCRLTE PRETENDU FOU , Comedie
en trois Actes , reprefentée pour la premiere
fois fur le theatre de l'Hôtel do
Bourgogne , le Lundy 24. Avril 1730 .
A Paris , rue dela Harpe , aux trois Rois
chez L. D de la Tour 1730. in 80. 82. pa
ges.
Cette Piece dont nous avons donné une
Extrait affez étendu dans le dernier Mercure,
& marqué le fuccès , a eu 22. Repre
fentations au profit de l'Auteur , & les
aplaudiffemens qu'elle a cûs ne font
pas démentis par l'impreffion . Le plaifir.
qu'elle fait à lire eft prouvé par le débit.
Au refte ce n'eft pas ici le feul Ouvrage
que M. Autreau ait donné à l'Hôtel de
Bourgogne.
Deux ans après l'arrivée des Comediens
Italiens à Paris , la curiofité du Pue
blic étant affez fatisfaite , & toutes leurs
Pieces plufieurs fois repriſes , ayant perdu
la grace de la nouveauté , leur Theatre
devint défert , & ils fentirent le befoin
qu'ils avoient de Pieces Françoifes , mais
II, Vol.
aucun
1380 MERCURE DE FRANCE
aucun bon Auteur François n'ofant rif
quer de travailler pour des Acteurs étrangers
, la Troupe le difpofoit à paffer en
Angleterre. Dans cette conjoncture , il fit
pour eux la Piece intitulée , Le Naufrage
au Port à l'Anglois , dont le fuccès les arrêta
à Paris , & donna courage à d'autres
Auteurs de travailler pour eux.
Il leur donna enfuite L'Amante Roma
nefque , on la Capricieufe , en cinq Actes ,
laquelle pour quelques mots quifentoient
un peu trop l'ancien Theatre , tomba d'abord
, mais elle fe releva enfuite , réduite
en trois Actes , & plût beaucoup ; la Demoifelle
Silvia & Arlequin y ayant des
rôles très avantageux . L'indifpofition
d'une Actrice en arrêta le cours au fort
de fon fuccès. Comme le fond de la piece
eft bon & les divertiffemens agréables &
bien amenez , il l'a refaite depuis prefque
d'un bout à l'autre , & on doit la remettre
inceffamment au Theatre comme
neuve.
La Comedie , Les Amans ignorans , fuivit
celle- ci , & attira beaucoup de monde
.
Panurge à marier, parut enfuite , dont le
Prologue & le premier Acte , qui font des
Pieces détachées , réüffirent parfaitement;
on les joua plufieurs fois ; & comme le
fujet de la Piece fut trouvé bon & d'une
II. Vol. invention
JUIN. 1730. 1381
invention heureufe & finguliere , je l'ai
encore travaillée depuis toute entiere avec
foin , & l'ai même augmentée d'un Acte
nouveau. Les mêmes Comediens promet
tent de la redonner bien- tôt.
La Fille inquiéte , ou le Befoin d'aimer ,
vint enfuite , mais elle n'eut aucun fuccès.
On ne sçauroit bien dire pourquoi ,
car cette Piece fait plaifir à lire , & l'édition
qu'on en fit alors fut toute venduë
en peu de tems.
M. Autreau , après avoir été quelquestems
fans travailler , par dégoût & par
d'autres raifons particulieres , s'eft remis
à faire fa cour à Thalie , & il prépare pour
differens Theatres , encouragé par le fuccès
de Démocrite , plufieurs Ouvrages
dont il efpere que le Public fera content.
en trois Actes , reprefentée pour la premiere
fois fur le theatre de l'Hôtel do
Bourgogne , le Lundy 24. Avril 1730 .
A Paris , rue dela Harpe , aux trois Rois
chez L. D de la Tour 1730. in 80. 82. pa
ges.
Cette Piece dont nous avons donné une
Extrait affez étendu dans le dernier Mercure,
& marqué le fuccès , a eu 22. Repre
fentations au profit de l'Auteur , & les
aplaudiffemens qu'elle a cûs ne font
pas démentis par l'impreffion . Le plaifir.
qu'elle fait à lire eft prouvé par le débit.
Au refte ce n'eft pas ici le feul Ouvrage
que M. Autreau ait donné à l'Hôtel de
Bourgogne.
Deux ans après l'arrivée des Comediens
Italiens à Paris , la curiofité du Pue
blic étant affez fatisfaite , & toutes leurs
Pieces plufieurs fois repriſes , ayant perdu
la grace de la nouveauté , leur Theatre
devint défert , & ils fentirent le befoin
qu'ils avoient de Pieces Françoifes , mais
II, Vol.
aucun
1380 MERCURE DE FRANCE
aucun bon Auteur François n'ofant rif
quer de travailler pour des Acteurs étrangers
, la Troupe le difpofoit à paffer en
Angleterre. Dans cette conjoncture , il fit
pour eux la Piece intitulée , Le Naufrage
au Port à l'Anglois , dont le fuccès les arrêta
à Paris , & donna courage à d'autres
Auteurs de travailler pour eux.
Il leur donna enfuite L'Amante Roma
nefque , on la Capricieufe , en cinq Actes ,
laquelle pour quelques mots quifentoient
un peu trop l'ancien Theatre , tomba d'abord
, mais elle fe releva enfuite , réduite
en trois Actes , & plût beaucoup ; la Demoifelle
Silvia & Arlequin y ayant des
rôles très avantageux . L'indifpofition
d'une Actrice en arrêta le cours au fort
de fon fuccès. Comme le fond de la piece
eft bon & les divertiffemens agréables &
bien amenez , il l'a refaite depuis prefque
d'un bout à l'autre , & on doit la remettre
inceffamment au Theatre comme
neuve.
La Comedie , Les Amans ignorans , fuivit
celle- ci , & attira beaucoup de monde
.
Panurge à marier, parut enfuite , dont le
Prologue & le premier Acte , qui font des
Pieces détachées , réüffirent parfaitement;
on les joua plufieurs fois ; & comme le
fujet de la Piece fut trouvé bon & d'une
II. Vol. invention
JUIN. 1730. 1381
invention heureufe & finguliere , je l'ai
encore travaillée depuis toute entiere avec
foin , & l'ai même augmentée d'un Acte
nouveau. Les mêmes Comediens promet
tent de la redonner bien- tôt.
La Fille inquiéte , ou le Befoin d'aimer ,
vint enfuite , mais elle n'eut aucun fuccès.
On ne sçauroit bien dire pourquoi ,
car cette Piece fait plaifir à lire , & l'édition
qu'on en fit alors fut toute venduë
en peu de tems.
M. Autreau , après avoir été quelquestems
fans travailler , par dégoût & par
d'autres raifons particulieres , s'eft remis
à faire fa cour à Thalie , & il prépare pour
differens Theatres , encouragé par le fuccès
de Démocrite , plufieurs Ouvrages
dont il efpere que le Public fera content.
Fermer
Résumé : Démocrite prétendu fou, &c. [titre d'après la table]
La pièce 'Démocrite prétendu fou' est une comédie en trois actes représentée pour la première fois le 24 avril 1730 au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne. Elle a connu 22 représentations et a été bien accueillie par le public et la critique. L'ouvrage a été publié la même année à Paris. Deux ans après l'arrivée des comédiens italiens à Paris, leur théâtre est devenu désert en raison de la perte de nouveauté de leurs pièces. Aucun auteur français ne souhaitait écrire pour des acteurs étrangers, poussant la troupe à envisager de partir en Angleterre. Cependant, la pièce 'Le Naufrage au Port' en anglais a arrêté leur départ et a encouragé d'autres auteurs à écrire pour eux. M. Autreau a ensuite écrit 'L'Amante romaine ou la Capricieuse' en cinq actes, qui a d'abord échoué mais a plu davantage après avoir été réduite en trois actes. D'autres œuvres comme 'Les Amants ignorants', 'Panurge à marier' et 'La Fille inquiète, ou le Besoin d'aimer' ont suivi, avec des succès variés. Après une pause, M. Autreau prépare de nouveaux ouvrages pour différents théâtres, encouragé par le succès de 'Démocrite'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1381
p. 1381-1388
Le Théatre des Grecs, &c. [titre d'après la table]
Début :
Il va bien-tôt paroître un Ouvrage intitulé LE THEATRE DES GRECS, dont le R.P. [...]
Mots clefs :
Théâtre grec, Ouvrage, Pièces, Comédie, Tragédie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Théatre des Grecs, &c. [titre d'après la table]
Il va bien-tôt paroître un Ouvrage intitulé
LE THEATRE DES GRECS , dont leR.P.
Brumoy Jefuite , qui en eft l'Auteur , a
donné par avance l'idée & le plan imprimé
C'eft un Ouvrage de goût , qui avoit
toujours manqué à la République des
Lettres . Quatre ou cinq Pieces , foit Tragiques
, foit Comiques , données féparément
par quelques Sçavans , n'en ont
donné qu'une legere idée. Il étoit donc
neceffaire de réunir tous les précieux
reftes que le tems nous a confervez pour en
II. Vol. F com1382
MERCURE DE FRANCE
"
compofer un corps vivant & animé , &
pour rebâtir le Theatre ancien fur fes propres
débris. C'eft ce que l'Auteur dit fort
modeftement avoir effayé de faire après
un travail de neufannées.
Il divife fon Ouvrage en trois Parties.
La premiere eft précedée de trois Difcours
également utiles aux Sçavans de
-Profeffion , & aux Gens d'efprit , & qui
rendent le refte de l'Ouvrage avantageux
aux uns & aux autres. Le premier Difcours
traite de la maniere de confiderer le
Theatre des Grecs. Le but du P. Brumoy.
eft de bien convaincre le Lecteur que dans
le Pays de l'Antiquité , il faut marcher
avec de grandes précautions , quand il
s'agit de prononcer fur des Ouvrages de
gout : S'il eft des regles pour les expofer,
il en eft auffi pour en juger. Le fecond
-Difcours préliminaire a pour Sujet l'origine
& l'accroiffement de la Tragedie
Grecque. Dans le troifiéme Difcours
l'Auteur fait voir l'étendue & les bornes
de la comparaiſon entre le Theatre antique
& le moderne , & difpofe l'efprit à
faire un parallele fans prévention & équitable
de l'un & de l'autre , en comparant
le caractere des Siecles & des Genies , des
Poëtes & des Spectateurs.
Après ce Difcours , l'Auteur entre dans
la premiere Partie de fon Ouvrage : Elle
II.Vol. 3. comprend
JUIN. 1730. 1383
comprend la Traduction entiere de fept
Tragedies , dont trois font de Sophocle
& quatre d'Euripide : il inftruit le Public
des raifons pour lefquelles il ne traduit
en entier aucune Piece d'Efchyle , le Pere
de la Tragedie. Quant à celles des deux
autres Poëtes , il n'a pas , dit- il , choiſi
les plus belles pour les traduire , mais
feulement celles qui lui ont paru avoir le
moins de ces manieres Grecques , fi capables
de nous choquer , à la reſerve de
celle d'Alceste , qu'il a traduite de deffein
formé , tout entiere : il rend raiſon de ce
qui l'a engagé à le faire.
Il explique enfuite fa penfée fur la Traduction
de ces Poëtes : & cette digreffion
fait voir la folidité du genie de l'Auteur ,
& combien il eft exact & judicieux. Défigurer
ces Pieces , dit-il , ce n'eft pas les
traduire ; c'eft là le défaut de la plûpart
des Traductions. Ce défaut vient de trois
caufes. La premiere eft une exactitude
fcrupuleuse à rendre mot pour mor le
Grec en François , & d'en fuivre les tours
dans la Traduction. La feconde confifte
à changer les expreffions reçûes dans le
bel ufage de l'antiquité en termes bas &
populaires , c'eſt une Parodie plutôt qu'u
ne Traduction. Le P. Brumoy reproche
cette malignité à M. Perrault. La troifié
me eft de rendre en François chaque Epi-
II. Vol.
Fij thete
1384 MERCURE DE FRANCE
2
thete & d'amortir par un allongement
vicieux tout le feu de la Poëfie Grecque.
L'Autheur développe enfuite la route
qu'il a fuivie dans fa Traduction : il a eu
foin de l'enrichir de Notes curieuſes , &
de mettre à la tête de chaque Tragedie le
Sujet expliqué , autant qu'il peut l'être
& à la fin quelques Obfervations fur le
gout & le tour de chacune de ces Pieces.
*-
La feconde Partie de l'Ouvrage eft com- ·
pofée d'environ 50. Pieces Theatrales . I
yen a fept d'Efchile , autant de Sophocle
, dix- huit d'Euripide , & autant d'Ariftophane
; l'Auteur ne les a pas traduites
au long , par l'impoffibilité qu'il y a
d'y réüffir , par rapport au gout de notre
fiecle : il en donne les preuves dans fon
Projet imprimé : il y a fuppléé par des
Analyfes raifonnées , ou prefque tout eft
traduction & où aucun trait confiderable
- n'eft obmis : & pour rendre ces Analyfes
auffi curieufes qu'utiles , le P.Brumoy a cu
foin de recueillir , en paffant , des traits
d'Hiftoire , & des pensées de divers Poëtes
qui y avoient quelque conformité , &
d'y joindre des caracteres & des tours
imités exprès , ou par hazard .
Le Theatre de Seneque fournit encore
à notre Auteur de quoi enrichir fon Ouvrage
, parce que la plupart des Pieces
Latines que nous avons fous ce nom , font,
II. Vol. .
dit-il ,
JUIN. 1730. 1283
dit-il , tirées des Grecs. Ainfi il en fait la
confrontation avec les Pieces Grecques ;
& il avertit le Lecteur qu'on regrettera
fans doute le Theatre Romain du fiecle
d'Augufte , que le tems nous a envié . Il
fait remarquer en paffant , que Seneque
& Lucain ont été en partie l'origine du
Theatre François : il fait à ce fujet une
belle comparaifon qui n'eft pas au défa
vantage de nos Poëtes , & qu'on peut voir
dans le projet auquel nous renvoyons.
Il n'a pas manqué de faire remarquer
les imitations qu'en ont fait les Modernes
, afin de jetter plus de lumieres fur les
Originaux qu'on veut connoître.
Le P. Brumoy ajoûte à ces deux Parties
du Theatre une troifiéme , qui concerne
le Theatre comique : elle comprend un
long Difcours fur la Comedie Grecque ;
les onze Pieces d'Ariſtophane rangées fuivant
l'ordre de leurs dattes , & une con
clufion generale de tout l'Ouvrage . Le
fujet du Difcours eft la perfonne & les
Ouvrages d'Ariftophane , fes partifans &
fes critiques , un jugement fur les uns &
les autres , la Comedie Romaine , & d'autres
Curiofités utiles. "
L'Auteur y joint des Obfervations neceffaires
pour lire avec fruit ce qu'il donne
d'Ariftophane ; les faftes de la guerre
du Peloponese , à laquelle prefque toutes
II. Vol.
Fii
les
1386 MERCURE DE FRANCE
les Pieces ont rapport. Dans le détail des
Pieces, outre la Traduction de tout ce qui
peut être traduit , ifexplique tous les évenemens
Hiftoriques qui y conviennent
& qui regardent pour la plupart le Gouvernement
d'Athénes. Enfin l'Auteur
dans la conclufion de fon Ouvrage , examine
le Theatre dans fes commencemens,
dans fon progrès & dans les diverfes décadences:
ils'attache à donner une vraïe idée
du genie d'Ariftophane , & de faire voir
le tour de fes railleries , fes défauts & les
beautés de fes peintures allegoriques , fur
tout celles du Peuple Athénien : il continuë
ces mêmes Réflexions à l'égard des
trois autres Poëtes , & donne ainfi une
nouvelle efpece de Poëtique par les faits.
Le feul Projet de cet Ouvrage fait connoître
le gout fin & l'exactitude des recherches
de l'Auteur du Theatre des
Grecs.
On a orné l'Ouvrage d'un Frontifpice ,
de plufieurs Vignettes , & d'une Carte.
Le fond du Frontifpice eft un Theatre
d'Ordre Ionien . Le Genie François qui
préfide à la Scene , leve leur rideau ; &
l'on voit la Déeffe d'Athénes fur un nuage.
Elle montre à Melpomene & à Thalie
, caracterifées par leurs Symboles , &
plus encore par les noms de nos plus illuftres
Poëtes François , un Olivier , dont
II. Vol.
le
UIN. 1730. 1387
le Tronc eft revêtu en Trophée de Théatre
, & des branches duquel pendent quatre
Médaillons où font les noms des qua
tre Poëtes Athéniens . Les Latins ne font
pas oubliez dans un Rouleau , porté par
un Génie.Quantité
d'autres petits Génies,
dont les vols & les attitudes fe contra
ftent , contribuent à animer le Deffein.
On a mis au bas ces deux Vers de Boi
leau.
Des fuccès fortunez du Théatre Tragi
que ,
Dans Athénes nâquit la Comédie antique.
Les Vignettes repreſentent les plus frap?
pantes fituations des Tragédies aufquelles
on les
auffi variez les fujets .
rapporte.
que
Les ornemens en font
La Carte ne pouvant montrer aux
yeux toute la Grece , vû fa grandeur, n'en
fait voir qu'une partie , mais la plus effentielle
pour le Livre ,
le Livre , fur tout pour l'intelligence
d'Ariftophane.
On a gravé auffi quelques Monnoyes
les Athéniennes. Le tout a été fait par
plus habiles Maîtres.
Les Caracteres & les Papiers font les
mêmes que ceux du Projet imprimé.
Les Exemplaires, en grand papier , font
imprimez fur le plus beau Grand-Raiſin
d'Auvergne.
II. Vol. Fiiij Or
1588 MERCURE DE FRANCË.
On avertit enfin qu'on ne tirera qu'un'
tres petit nombre d'Exemplaires de cet
Ouvrage,
Et quoiqu'il foit d'une dépenfe confidérable
, les trois volumes in 4 ° . petit
papier , ne fe vendront que 20 livres en
feuilles , & 30 , en grand papier , à ceux
qui s'affureront des premiers Exemplaires
; ils auront outre cela l'avantage des
premieres épreuves des Figures & Vignettes.
On s'adreffera à Paris , aux Libraires
ci -deffus ; & dans les Provinces
chez les principaux Libraires.
2
L'Ouvrage entier paroîtra au mois
d'Octobre de cette année 1730. en trois
volumes in 49. avec Figures , chez Rollin
pere & fils , Quay des Auguftins , & chez
Coignard, fils , rue S.Jacques.
LE THEATRE DES GRECS , dont leR.P.
Brumoy Jefuite , qui en eft l'Auteur , a
donné par avance l'idée & le plan imprimé
C'eft un Ouvrage de goût , qui avoit
toujours manqué à la République des
Lettres . Quatre ou cinq Pieces , foit Tragiques
, foit Comiques , données féparément
par quelques Sçavans , n'en ont
donné qu'une legere idée. Il étoit donc
neceffaire de réunir tous les précieux
reftes que le tems nous a confervez pour en
II. Vol. F com1382
MERCURE DE FRANCE
"
compofer un corps vivant & animé , &
pour rebâtir le Theatre ancien fur fes propres
débris. C'eft ce que l'Auteur dit fort
modeftement avoir effayé de faire après
un travail de neufannées.
Il divife fon Ouvrage en trois Parties.
La premiere eft précedée de trois Difcours
également utiles aux Sçavans de
-Profeffion , & aux Gens d'efprit , & qui
rendent le refte de l'Ouvrage avantageux
aux uns & aux autres. Le premier Difcours
traite de la maniere de confiderer le
Theatre des Grecs. Le but du P. Brumoy.
eft de bien convaincre le Lecteur que dans
le Pays de l'Antiquité , il faut marcher
avec de grandes précautions , quand il
s'agit de prononcer fur des Ouvrages de
gout : S'il eft des regles pour les expofer,
il en eft auffi pour en juger. Le fecond
-Difcours préliminaire a pour Sujet l'origine
& l'accroiffement de la Tragedie
Grecque. Dans le troifiéme Difcours
l'Auteur fait voir l'étendue & les bornes
de la comparaiſon entre le Theatre antique
& le moderne , & difpofe l'efprit à
faire un parallele fans prévention & équitable
de l'un & de l'autre , en comparant
le caractere des Siecles & des Genies , des
Poëtes & des Spectateurs.
Après ce Difcours , l'Auteur entre dans
la premiere Partie de fon Ouvrage : Elle
II.Vol. 3. comprend
JUIN. 1730. 1383
comprend la Traduction entiere de fept
Tragedies , dont trois font de Sophocle
& quatre d'Euripide : il inftruit le Public
des raifons pour lefquelles il ne traduit
en entier aucune Piece d'Efchyle , le Pere
de la Tragedie. Quant à celles des deux
autres Poëtes , il n'a pas , dit- il , choiſi
les plus belles pour les traduire , mais
feulement celles qui lui ont paru avoir le
moins de ces manieres Grecques , fi capables
de nous choquer , à la reſerve de
celle d'Alceste , qu'il a traduite de deffein
formé , tout entiere : il rend raiſon de ce
qui l'a engagé à le faire.
Il explique enfuite fa penfée fur la Traduction
de ces Poëtes : & cette digreffion
fait voir la folidité du genie de l'Auteur ,
& combien il eft exact & judicieux. Défigurer
ces Pieces , dit-il , ce n'eft pas les
traduire ; c'eft là le défaut de la plûpart
des Traductions. Ce défaut vient de trois
caufes. La premiere eft une exactitude
fcrupuleuse à rendre mot pour mor le
Grec en François , & d'en fuivre les tours
dans la Traduction. La feconde confifte
à changer les expreffions reçûes dans le
bel ufage de l'antiquité en termes bas &
populaires , c'eſt une Parodie plutôt qu'u
ne Traduction. Le P. Brumoy reproche
cette malignité à M. Perrault. La troifié
me eft de rendre en François chaque Epi-
II. Vol.
Fij thete
1384 MERCURE DE FRANCE
2
thete & d'amortir par un allongement
vicieux tout le feu de la Poëfie Grecque.
L'Autheur développe enfuite la route
qu'il a fuivie dans fa Traduction : il a eu
foin de l'enrichir de Notes curieuſes , &
de mettre à la tête de chaque Tragedie le
Sujet expliqué , autant qu'il peut l'être
& à la fin quelques Obfervations fur le
gout & le tour de chacune de ces Pieces.
*-
La feconde Partie de l'Ouvrage eft com- ·
pofée d'environ 50. Pieces Theatrales . I
yen a fept d'Efchile , autant de Sophocle
, dix- huit d'Euripide , & autant d'Ariftophane
; l'Auteur ne les a pas traduites
au long , par l'impoffibilité qu'il y a
d'y réüffir , par rapport au gout de notre
fiecle : il en donne les preuves dans fon
Projet imprimé : il y a fuppléé par des
Analyfes raifonnées , ou prefque tout eft
traduction & où aucun trait confiderable
- n'eft obmis : & pour rendre ces Analyfes
auffi curieufes qu'utiles , le P.Brumoy a cu
foin de recueillir , en paffant , des traits
d'Hiftoire , & des pensées de divers Poëtes
qui y avoient quelque conformité , &
d'y joindre des caracteres & des tours
imités exprès , ou par hazard .
Le Theatre de Seneque fournit encore
à notre Auteur de quoi enrichir fon Ouvrage
, parce que la plupart des Pieces
Latines que nous avons fous ce nom , font,
II. Vol. .
dit-il ,
JUIN. 1730. 1283
dit-il , tirées des Grecs. Ainfi il en fait la
confrontation avec les Pieces Grecques ;
& il avertit le Lecteur qu'on regrettera
fans doute le Theatre Romain du fiecle
d'Augufte , que le tems nous a envié . Il
fait remarquer en paffant , que Seneque
& Lucain ont été en partie l'origine du
Theatre François : il fait à ce fujet une
belle comparaifon qui n'eft pas au défa
vantage de nos Poëtes , & qu'on peut voir
dans le projet auquel nous renvoyons.
Il n'a pas manqué de faire remarquer
les imitations qu'en ont fait les Modernes
, afin de jetter plus de lumieres fur les
Originaux qu'on veut connoître.
Le P. Brumoy ajoûte à ces deux Parties
du Theatre une troifiéme , qui concerne
le Theatre comique : elle comprend un
long Difcours fur la Comedie Grecque ;
les onze Pieces d'Ariſtophane rangées fuivant
l'ordre de leurs dattes , & une con
clufion generale de tout l'Ouvrage . Le
fujet du Difcours eft la perfonne & les
Ouvrages d'Ariftophane , fes partifans &
fes critiques , un jugement fur les uns &
les autres , la Comedie Romaine , & d'autres
Curiofités utiles. "
L'Auteur y joint des Obfervations neceffaires
pour lire avec fruit ce qu'il donne
d'Ariftophane ; les faftes de la guerre
du Peloponese , à laquelle prefque toutes
II. Vol.
Fii
les
1386 MERCURE DE FRANCE
les Pieces ont rapport. Dans le détail des
Pieces, outre la Traduction de tout ce qui
peut être traduit , ifexplique tous les évenemens
Hiftoriques qui y conviennent
& qui regardent pour la plupart le Gouvernement
d'Athénes. Enfin l'Auteur
dans la conclufion de fon Ouvrage , examine
le Theatre dans fes commencemens,
dans fon progrès & dans les diverfes décadences:
ils'attache à donner une vraïe idée
du genie d'Ariftophane , & de faire voir
le tour de fes railleries , fes défauts & les
beautés de fes peintures allegoriques , fur
tout celles du Peuple Athénien : il continuë
ces mêmes Réflexions à l'égard des
trois autres Poëtes , & donne ainfi une
nouvelle efpece de Poëtique par les faits.
Le feul Projet de cet Ouvrage fait connoître
le gout fin & l'exactitude des recherches
de l'Auteur du Theatre des
Grecs.
On a orné l'Ouvrage d'un Frontifpice ,
de plufieurs Vignettes , & d'une Carte.
Le fond du Frontifpice eft un Theatre
d'Ordre Ionien . Le Genie François qui
préfide à la Scene , leve leur rideau ; &
l'on voit la Déeffe d'Athénes fur un nuage.
Elle montre à Melpomene & à Thalie
, caracterifées par leurs Symboles , &
plus encore par les noms de nos plus illuftres
Poëtes François , un Olivier , dont
II. Vol.
le
UIN. 1730. 1387
le Tronc eft revêtu en Trophée de Théatre
, & des branches duquel pendent quatre
Médaillons où font les noms des qua
tre Poëtes Athéniens . Les Latins ne font
pas oubliez dans un Rouleau , porté par
un Génie.Quantité
d'autres petits Génies,
dont les vols & les attitudes fe contra
ftent , contribuent à animer le Deffein.
On a mis au bas ces deux Vers de Boi
leau.
Des fuccès fortunez du Théatre Tragi
que ,
Dans Athénes nâquit la Comédie antique.
Les Vignettes repreſentent les plus frap?
pantes fituations des Tragédies aufquelles
on les
auffi variez les fujets .
rapporte.
que
Les ornemens en font
La Carte ne pouvant montrer aux
yeux toute la Grece , vû fa grandeur, n'en
fait voir qu'une partie , mais la plus effentielle
pour le Livre ,
le Livre , fur tout pour l'intelligence
d'Ariftophane.
On a gravé auffi quelques Monnoyes
les Athéniennes. Le tout a été fait par
plus habiles Maîtres.
Les Caracteres & les Papiers font les
mêmes que ceux du Projet imprimé.
Les Exemplaires, en grand papier , font
imprimez fur le plus beau Grand-Raiſin
d'Auvergne.
II. Vol. Fiiij Or
1588 MERCURE DE FRANCË.
On avertit enfin qu'on ne tirera qu'un'
tres petit nombre d'Exemplaires de cet
Ouvrage,
Et quoiqu'il foit d'une dépenfe confidérable
, les trois volumes in 4 ° . petit
papier , ne fe vendront que 20 livres en
feuilles , & 30 , en grand papier , à ceux
qui s'affureront des premiers Exemplaires
; ils auront outre cela l'avantage des
premieres épreuves des Figures & Vignettes.
On s'adreffera à Paris , aux Libraires
ci -deffus ; & dans les Provinces
chez les principaux Libraires.
2
L'Ouvrage entier paroîtra au mois
d'Octobre de cette année 1730. en trois
volumes in 49. avec Figures , chez Rollin
pere & fils , Quay des Auguftins , & chez
Coignard, fils , rue S.Jacques.
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Résumé : Le Théatre des Grecs, &c. [titre d'après la table]
Le Père Brumoy, jésuite, annonce la publication prochaine de son ouvrage intitulé 'Le Théâtre des Grecs'. Ce livre, résultant de neuf années de travail, a pour objectif de rassembler les vestiges précieux du théâtre grec afin de reconstruire le théâtre ancien à partir de ses propres ruines. L'ouvrage est structuré en trois parties. La première partie, précédée de trois discours préliminaires, présente la traduction intégrale de sept tragédies, incluant trois de Sophocle et quatre d'Euripide. Le Père Brumoy justifie ses choix de traduction et critique les défauts des traductions existantes. La deuxième partie regroupe environ cinquante pièces théâtrales, parmi lesquelles des tragédies d'Eschyle, Sophocle, Euripide et des comédies d'Aristophane, analysées de manière raisonnée. La troisième partie se concentre sur le théâtre comique, avec un long discours sur la comédie grecque et les œuvres d'Aristophane. L'ouvrage est enrichi de notes curieuses, d'observations sur le goût et le style de chaque pièce, ainsi que de comparaisons avec le théâtre romain et français. Il est illustré d'un frontispice, de vignettes et d'une carte. Les exemplaires seront disponibles en octobre 1730 chez Rollin père et fils, ainsi que chez Coignard fils.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1382
p. 1388-1389
« Livres que Cavelier Libraire, ruë saint Jacques à Paris, a nouvellement reçûs des [...] »
Début :
Livres que Cavelier Libraire, ruë saint Jacques à Paris, a nouvellement reçûs des [...]
Mots clefs :
Livres nouveaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Livres que Cavelier Libraire, ruë saint Jacques à Paris, a nouvellement reçûs des [...] »
Livres que Cavelier Libraire , ruë faint
Jacques à Paris, a nouvellement reçûs des
Païs étrangers.
i
Prolegomena ad Novi Teftamenti Græci
Editionem accuratiffimam è vetutiffimis
Cod. M. S S. denuò procurandam
proponitur , animadverfiones & cautiones
ad examen variarum lectionum
N. T. neceffarias. 49. Amft. 1730.
Gotha numaria fiftens Thefauri Fridericiani
Numifmata Antiqua , Aurea, Argentea
, Ærea , eâ ratione deſcripta
II. Vol. ut
JUI N. 1730. 1389
ut generali eorum Notitia Exempla
fingularia fubjungantur Auctore Chrift.
Sigil. Liebe , in fol. fig. Amft. 1730 .
Les Vertus Médicinales de l'Eau commune,
où Receuil des meilleurs Piéces qui
ont été écrites fur cette matiere ; aufquelles
on a joint la Differtation de
M. de Mairan , fur la Glace, & celle de
M. Frid. Hoffinan , fur l'excellence des
Remedes domeftiques , traduites du
Latin ; nouv. Edition , augmentée de
plufieurs Piéces , 2. vol. in 12. Paris ,
1730.chez Cavelier, rue S. Jacques.Les
2 vol . ont 880 pages , fans la Préface.
N. B. Cette Edition eft augmentée de plus
de moitié , & beaucoup plus exacte que les
précedentes.
Bibliotheque Germanique , ou Hiftoire Lit
teraire de l'Allemagne , année 1729 .
tom. 18. in 8. Amft. 1730.
Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des
Savans de l'Europe . Janvier , Février
Mars 1730. tom. IV. premiere Partie į
in 8. Ant . 173ɔ
Jacques à Paris, a nouvellement reçûs des
Païs étrangers.
i
Prolegomena ad Novi Teftamenti Græci
Editionem accuratiffimam è vetutiffimis
Cod. M. S S. denuò procurandam
proponitur , animadverfiones & cautiones
ad examen variarum lectionum
N. T. neceffarias. 49. Amft. 1730.
Gotha numaria fiftens Thefauri Fridericiani
Numifmata Antiqua , Aurea, Argentea
, Ærea , eâ ratione deſcripta
II. Vol. ut
JUI N. 1730. 1389
ut generali eorum Notitia Exempla
fingularia fubjungantur Auctore Chrift.
Sigil. Liebe , in fol. fig. Amft. 1730 .
Les Vertus Médicinales de l'Eau commune,
où Receuil des meilleurs Piéces qui
ont été écrites fur cette matiere ; aufquelles
on a joint la Differtation de
M. de Mairan , fur la Glace, & celle de
M. Frid. Hoffinan , fur l'excellence des
Remedes domeftiques , traduites du
Latin ; nouv. Edition , augmentée de
plufieurs Piéces , 2. vol. in 12. Paris ,
1730.chez Cavelier, rue S. Jacques.Les
2 vol . ont 880 pages , fans la Préface.
N. B. Cette Edition eft augmentée de plus
de moitié , & beaucoup plus exacte que les
précedentes.
Bibliotheque Germanique , ou Hiftoire Lit
teraire de l'Allemagne , année 1729 .
tom. 18. in 8. Amft. 1730.
Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des
Savans de l'Europe . Janvier , Février
Mars 1730. tom. IV. premiere Partie į
in 8. Ant . 173ɔ
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Résumé : « Livres que Cavelier Libraire, ruë saint Jacques à Paris, a nouvellement reçûs des [...] »
Le document énumère plusieurs ouvrages récemment reçus par le libraire Cavelier à Paris. Parmi eux, les 'Prolegomena ad Novi Testamenti Græci Editionem accuratissimam', publiés en 1730, offrent une édition précise du Nouveau Testament basée sur des manuscrits anciens, accompagnée d'annotations et de précautions pour l'examen des différentes lectures. Le 'Gotha numaria sistens Thesauri Fridericiani Numismata Antiqua', en deux volumes, publié en juin 1730, décrit des monnaies anciennes en or, argent et bronze, rédigé par Christian Sigismund Liebe. Le recueil 'Les Vertus Médicinales de l'Eau commune', traduit du latin et publié en 1730 en deux volumes totalisant 880 pages, explore les propriétés médicinales de l'eau. La 'Bibliotheque Germanique' présente une histoire littéraire de l'Allemagne pour l'année 1729, publiée en 1730. Enfin, la 'Bibliotheque raisonnée des Ouvrages des Savans de l'Europe' couvre les mois de janvier, février et mars 1730.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1383
p. 1389-1390
Histoire d'Echo & de Narcisse, [titre d'après la table]
Début :
HISTOIRE D'ECHO ET DE NARCISSE, par M. le Comte Alexandre C.D.M. à Leyde, [...]
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texteReconnaissance textuelle : Histoire d'Echo & de Narcisse, [titre d'après la table]
HISTOIRE D'ECHO ET DE NARCISSE , par
M.le Comte Alexandre C.D.M. à Leyde ,
cbez Fuib, 1730. & fe vend à Bordeaux
chez Pierre Brun & Raim , Labottiere ;
où elle vient d'être imprimée ; in 12. de
Fy C'eft
124pages.
1390 MERCURE DE FRANCE
•
C'eft un Ouvrage qui avoit été envoyé
à l'Académie de Bordeaux , fur le Programme
qu'elle avoit donné pour la nature
de l'Echo. L'Auteur qui n'avoit eu
en vûë que d'écrire une galanterie , tirée
de la Fable , l'a faite imprimer en Hollande,
avec une Lettre aux Auteurs du Programme
, & une autre Lettre pour les
preuves de l'Hiftoire . On nous mande de
Bordeaux qu'on trouve dans cetOuvrage,
outre les agrémens du ftile , du neuf , du
fin, du naturel & fur tout l'antiquité bien
traitée.
M.le Comte Alexandre C.D.M. à Leyde ,
cbez Fuib, 1730. & fe vend à Bordeaux
chez Pierre Brun & Raim , Labottiere ;
où elle vient d'être imprimée ; in 12. de
Fy C'eft
124pages.
1390 MERCURE DE FRANCE
•
C'eft un Ouvrage qui avoit été envoyé
à l'Académie de Bordeaux , fur le Programme
qu'elle avoit donné pour la nature
de l'Echo. L'Auteur qui n'avoit eu
en vûë que d'écrire une galanterie , tirée
de la Fable , l'a faite imprimer en Hollande,
avec une Lettre aux Auteurs du Programme
, & une autre Lettre pour les
preuves de l'Hiftoire . On nous mande de
Bordeaux qu'on trouve dans cetOuvrage,
outre les agrémens du ftile , du neuf , du
fin, du naturel & fur tout l'antiquité bien
traitée.
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Résumé : Histoire d'Echo & de Narcisse, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Histoire d'Écho et de Narcisse' a été écrit par le Comte Alexandre C.D.M. et publié à Leyde en 1730. Disponible également à Bordeaux, il compte 124 pages et est format in-12. Initialement envoyé à l'Académie de Bordeaux, il inclut des lettres justifiant l'histoire. Apprécié pour son style agréable, son originalité et son traitement de l'antiquité.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1384
p. 1390-1391
La Vie du B. Fidele, [titre d'après la table]
Début :
La Vie du B. Fidele, Capucin & Martyr de la sacrée Congrégation de la propagation [...]
Mots clefs :
Martyre
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texteReconnaissance textuelle : La Vie du B. Fidele, [titre d'après la table]
La Vie du B. Fidele , Capucin & Martyr
de la facrée Congrégation de la pro
pagation de la Foy , in 12 , chez Paul Offrai
, Imprimeur & Libraire à Avignon
par leR.P.Jean-François de la Roche , Capucin
, Prédicateur & Gardien du Grand
Convent à Avignon.
Cette Vie eft divifée en trois livres . Dans
le premier l'Auteur raconte ce que le B.a
fait lorsqu'il vivoit dans le fiecle : fon enfance
, fes études , fes voyages , fon integrité
dans le Barreau , fa vocation à l'état
Religieux.Le fecond renferme les vertus
qui l'ont rendu fi recommandable dans
la Religion , foit qu'il fût particulier, foit
qu'il fût Superieur. Le troifiéme contient
Les travauxApoftoliques chez les Grifons,
II. Vol. fon
JUIN. 1730. 1391
fon Martyre & quelques Miracles éclatans
. Le naturel dans la narration , l'élegance
dans l'expreffion , la nobleffe dans
le ftyle, la délicateffe dans la penfée qu'on
trouve dans cette vie, font plus l'éloge de
l'Auteur, que tout ce que nous pourrions
en dire.
de la facrée Congrégation de la pro
pagation de la Foy , in 12 , chez Paul Offrai
, Imprimeur & Libraire à Avignon
par leR.P.Jean-François de la Roche , Capucin
, Prédicateur & Gardien du Grand
Convent à Avignon.
Cette Vie eft divifée en trois livres . Dans
le premier l'Auteur raconte ce que le B.a
fait lorsqu'il vivoit dans le fiecle : fon enfance
, fes études , fes voyages , fon integrité
dans le Barreau , fa vocation à l'état
Religieux.Le fecond renferme les vertus
qui l'ont rendu fi recommandable dans
la Religion , foit qu'il fût particulier, foit
qu'il fût Superieur. Le troifiéme contient
Les travauxApoftoliques chez les Grifons,
II. Vol. fon
JUIN. 1730. 1391
fon Martyre & quelques Miracles éclatans
. Le naturel dans la narration , l'élegance
dans l'expreffion , la nobleffe dans
le ftyle, la délicateffe dans la penfée qu'on
trouve dans cette vie, font plus l'éloge de
l'Auteur, que tout ce que nous pourrions
en dire.
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Résumé : La Vie du B. Fidele, [titre d'après la table]
Le texte présente 'La Vie du B. Fidele, Capucin & Martyr', publié en 1730 par le Père Jean-François de la Roche. L'ouvrage en trois livres relate la vie du Bienheureux Fidèle avant et après son entrée en religion, ses vertus, ses travaux apostoliques et son martyre. Le style est loué pour son naturel, son élégance et sa délicatesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1385
p. 1391-1392
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome au sujet de l'Eglise de la Minerve, par M. l'Abbé ...
Début :
Tout le monde sçait que la raison qui fait appeller le Convent des [...]
Mots clefs :
Église de la Minerve
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome au sujet de l'Eglise de la Minerve, par M. l'Abbé ...
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome,
au fujet de l'Eglife de la Minerve , par
M. l'Abbé...
T
Out le monde fçait que la raifon
qui fait appeller le Convent des
Dominicains à Rome , Della Minerva
c'eft qu'on croit qu'il eft bâti fur les ruines
d'un Temple dédié à Minerve ; mais
un Prélat tres - diftingué par fon érudition
croit que c'eft une erreur populaire . En
effet , qu'un auffi grand bâtiment que l'eft
celui du Monaftere des Dominicains ait
été élevé fur un Temple , fans qu'on en
apperçoive aucun veftige ; c'eſt ce qu'on
ne perfuadera jamais à ceux qui reflechiffent
un peu ; refte donc à prétendre que
c'eft à peu près dans le même quartier que
ce Convent a été bâti . On ne fçauroit nier
que Pompée n'ait élevé dans Rome un
Temple à Minerve. Pline rapporte au 3
livre de fon Hiftoire , que ce Temple fut
conftruit & dédié par le grand Pompće ,
4
11. Vol.
F vj &
7392 MERCURE DE FRANCE.
& qu'il y dépofa toutes les Enfeignes Militaires
& les Monumens des Peuples qu'il
avoit fubjuguez . Il y fit mettre enfuite la
Statuë de Minerve . Perfonne ne doute de
cela , mais la difficulté confifte à déterminer
où étoit ce Temple , & c'est ce point
qui me paroît avoir été trop négligé par
nos Antiquaires. Car dire précifément
qu'il étoit où eft aujourd'hui le Convent
des Dominicains , & n'en point apporter
d'autre preuve que la voix du peuple ,
c'eft donner pour principe ce qui eſt en
queftion. S'il eut été bâti où on le prétend
, il eft probable qu'on y en trouveroit
quelques veftiges . J'avoue qu'il y a
au même lieu , dans des fouterrains , des
morceaux de bronze , qu'on dit fignifier
des chofes merveilleufes ; fçavoir , qu'ils
étoient à la Statuë de Minerve , comme
pour lui fervir de rempart , afin de la
préferver des injures de l'air. Mais le fçavant
Prélat qui vient de publier une Dif
fertation fur ce fujet , a fait voir que ces
idées étoient infoutenables , & c ..
au fujet de l'Eglife de la Minerve , par
M. l'Abbé...
T
Out le monde fçait que la raifon
qui fait appeller le Convent des
Dominicains à Rome , Della Minerva
c'eft qu'on croit qu'il eft bâti fur les ruines
d'un Temple dédié à Minerve ; mais
un Prélat tres - diftingué par fon érudition
croit que c'eft une erreur populaire . En
effet , qu'un auffi grand bâtiment que l'eft
celui du Monaftere des Dominicains ait
été élevé fur un Temple , fans qu'on en
apperçoive aucun veftige ; c'eſt ce qu'on
ne perfuadera jamais à ceux qui reflechiffent
un peu ; refte donc à prétendre que
c'eft à peu près dans le même quartier que
ce Convent a été bâti . On ne fçauroit nier
que Pompée n'ait élevé dans Rome un
Temple à Minerve. Pline rapporte au 3
livre de fon Hiftoire , que ce Temple fut
conftruit & dédié par le grand Pompće ,
4
11. Vol.
F vj &
7392 MERCURE DE FRANCE.
& qu'il y dépofa toutes les Enfeignes Militaires
& les Monumens des Peuples qu'il
avoit fubjuguez . Il y fit mettre enfuite la
Statuë de Minerve . Perfonne ne doute de
cela , mais la difficulté confifte à déterminer
où étoit ce Temple , & c'est ce point
qui me paroît avoir été trop négligé par
nos Antiquaires. Car dire précifément
qu'il étoit où eft aujourd'hui le Convent
des Dominicains , & n'en point apporter
d'autre preuve que la voix du peuple ,
c'eft donner pour principe ce qui eſt en
queftion. S'il eut été bâti où on le prétend
, il eft probable qu'on y en trouveroit
quelques veftiges . J'avoue qu'il y a
au même lieu , dans des fouterrains , des
morceaux de bronze , qu'on dit fignifier
des chofes merveilleufes ; fçavoir , qu'ils
étoient à la Statuë de Minerve , comme
pour lui fervir de rempart , afin de la
préferver des injures de l'air. Mais le fçavant
Prélat qui vient de publier une Dif
fertation fur ce fujet , a fait voir que ces
idées étoient infoutenables , & c ..
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rome au sujet de l'Eglise de la Minerve, par M. l'Abbé ...
L'auteur d'une lettre examine l'origine du nom du couvent des Dominicains à Rome, 'Della Minerva'. La croyance populaire attribue ce nom à un ancien temple dédié à Minerve situé sous le couvent. Un prélat érudit conteste cette croyance, jugeant improbable qu'un grand bâtiment ait été érigé sur les ruines d'un temple sans laisser de traces. L'auteur reconnaît que Pompée a construit un temple à Minerve à Rome, selon Pline, mais la localisation exacte de ce temple reste incertaine. Les antiquaires n'ont pas suffisamment exploré cette question et se reposent souvent sur la voix populaire. Si le temple avait été situé sous le couvent, des vestiges auraient probablement été découverts. Des morceaux de bronze trouvés dans les souterrains sont parfois interprétés comme des éléments de la statue de Minerve, mais un prélat a récemment démontré que cette interprétation est insoutenable.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1386
p. 1393-1395
RÉPONSE pour Mr. du Boile, au sujet de ce qui a été inseré dans le Mercure de May, page 970. sur les Microscopes par réfléxions.
Début :
Mr du Boile dit, qu'il n'est que l'Editeur du fameux Microscope [...]
Mots clefs :
Microscope, Savants, Honneur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE pour Mr. du Boile, au sujet de ce qui a été inseré dans le Mercure de May, page 970. sur les Microscopes par réfléxions.
REPONSE pour M' . du Boile , au
fujet de ce qui a été inferé dans le Mercure
de May, page 970. fur les Microf
copes par réfléxions.
M
par
R du Boile dit , qu'il n'éft que
l'Editeur du fameux Microſcope
réflection , qu'il a eu la complaifance.
de confronter contre tous ceux qu'on lui
préfentez , & avec lequel il a fait voir
des animaux dans le fang , aux Curieux
de Paris , lorfqu'il y étoit en 1727. &
qu'il n'a garde de s'attribuer un honneur
qui ne lui appartient point , en s'en difant
l'Inventeur.
Que n'étant point l'Auteur de ce Microſcope
, il ne lui convient point de le
publier.
Que n'ayant point l'honneur d'être
Membre d'Académie , ni d'aucune Profeffion
fcientifique , il peut s'en difpenfer,
fi bon lui femble.
Que ce qu'il a fait par complaifance &
fimplement pour fe réjouir , ne l'engage
ni en honneur , ni en aucune façon du
monde à negliger fes affaires domeftiques,
pour fe livrer entierement au progrès des
Arts & des Sciences qui ne permettent
point qu'on s'adonne à autre choſe.
Qu'ayant toujours oui dire , que les
II. Vol. Sçavans
1394 MERCURE DE FRANCE
Sçavans font d'Illuftres neceffiteux , il
n'ambitionne point ce glorieux titre .
Que depuis qu'il a vû la Terre d'un
Sçavant , mife en decret par fa négligence
, & qu'il a fçû que ce Scavant étoit à
fupputer fur les lieux , combien il falloit
de brouetées de terre pour faire le chemin
neuf, qui eft le long de la Riviere
entre Roüen & la côte Sainte Catherine ,
dans le temps qu'on faifoit l'adjudication
de fa Terre , au lieu d'être au Palais à folliciter
fes Juges , il eft en garde contre les
attraits de la Philofophie.
Que toutes réfléxions faites , il préfére
le peu de plaifir qu'il a à faire achever
une Maifon qu'il fait bâtir fur une de fes
Terres , dans le Boulonois , & la peine
utile qu'il va avoir à régler les affaires qui
lui font furvenues au fujet de la fucceffion
de Me la Marquife de Berniere , à
Pexceffive fatisfaction qu'il auroit à paffer
fa vie à philofopher ; étant perfuadé qu'il
faut toujours faire ceder l'agréable àl'utile
, lorsqu'il n'eft pas poffible de les marier
enfemble.
Qu'il y a long-temps qu'il fçait que
nombre de Sçavans travaillent à toute outrance
, pour tâcher à découvrir fon fecret,
& qu'il ne fera point furpris lorfque
quelqu'un d'eux y parviendra , parce que
cela n'eft pas impoffible.
Et
JUIN. 1730. 139'5'
Et qu'ainfi il verra , fans envie , le celebre
Membre de la Société des Arts dont
il s'agit , poffeder & meriter par fes recherches
& par fon travail affidu , la gloire
d'Inventeur des fameux Microfcopes
par reflection.
Voilà tout ce que M. du Boile dit , &
l'on ne croît pas qu'il en dife davantage,
du moins tant qu'il aura quelque chofe
de mieux à faire.
fujet de ce qui a été inferé dans le Mercure
de May, page 970. fur les Microf
copes par réfléxions.
M
par
R du Boile dit , qu'il n'éft que
l'Editeur du fameux Microſcope
réflection , qu'il a eu la complaifance.
de confronter contre tous ceux qu'on lui
préfentez , & avec lequel il a fait voir
des animaux dans le fang , aux Curieux
de Paris , lorfqu'il y étoit en 1727. &
qu'il n'a garde de s'attribuer un honneur
qui ne lui appartient point , en s'en difant
l'Inventeur.
Que n'étant point l'Auteur de ce Microſcope
, il ne lui convient point de le
publier.
Que n'ayant point l'honneur d'être
Membre d'Académie , ni d'aucune Profeffion
fcientifique , il peut s'en difpenfer,
fi bon lui femble.
Que ce qu'il a fait par complaifance &
fimplement pour fe réjouir , ne l'engage
ni en honneur , ni en aucune façon du
monde à negliger fes affaires domeftiques,
pour fe livrer entierement au progrès des
Arts & des Sciences qui ne permettent
point qu'on s'adonne à autre choſe.
Qu'ayant toujours oui dire , que les
II. Vol. Sçavans
1394 MERCURE DE FRANCE
Sçavans font d'Illuftres neceffiteux , il
n'ambitionne point ce glorieux titre .
Que depuis qu'il a vû la Terre d'un
Sçavant , mife en decret par fa négligence
, & qu'il a fçû que ce Scavant étoit à
fupputer fur les lieux , combien il falloit
de brouetées de terre pour faire le chemin
neuf, qui eft le long de la Riviere
entre Roüen & la côte Sainte Catherine ,
dans le temps qu'on faifoit l'adjudication
de fa Terre , au lieu d'être au Palais à folliciter
fes Juges , il eft en garde contre les
attraits de la Philofophie.
Que toutes réfléxions faites , il préfére
le peu de plaifir qu'il a à faire achever
une Maifon qu'il fait bâtir fur une de fes
Terres , dans le Boulonois , & la peine
utile qu'il va avoir à régler les affaires qui
lui font furvenues au fujet de la fucceffion
de Me la Marquife de Berniere , à
Pexceffive fatisfaction qu'il auroit à paffer
fa vie à philofopher ; étant perfuadé qu'il
faut toujours faire ceder l'agréable àl'utile
, lorsqu'il n'eft pas poffible de les marier
enfemble.
Qu'il y a long-temps qu'il fçait que
nombre de Sçavans travaillent à toute outrance
, pour tâcher à découvrir fon fecret,
& qu'il ne fera point furpris lorfque
quelqu'un d'eux y parviendra , parce que
cela n'eft pas impoffible.
Et
JUIN. 1730. 139'5'
Et qu'ainfi il verra , fans envie , le celebre
Membre de la Société des Arts dont
il s'agit , poffeder & meriter par fes recherches
& par fon travail affidu , la gloire
d'Inventeur des fameux Microfcopes
par reflection.
Voilà tout ce que M. du Boile dit , &
l'on ne croît pas qu'il en dife davantage,
du moins tant qu'il aura quelque chofe
de mieux à faire.
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Résumé : RÉPONSE pour Mr. du Boile, au sujet de ce qui a été inseré dans le Mercure de May, page 970. sur les Microscopes par réfléxions.
M. du Boile répond aux allégations du Mercure de mai concernant les microscopes par réflexion. Il précise qu'il est l'éditeur, non l'inventeur, de ce microscope et n'a pas l'intention de le publier. Ses actions en 1727 étaient motivées par le désir de divertir les curieux de Paris, sans engagement scientifique. Il préfère se consacrer à ses affaires domestiques, comme la construction d'une maison et la gestion de la succession de la marquise de Berniere. Conscient des difficultés financières des savants, il n'ambitionne pas ce titre et évite les attraits de la philosophie après avoir observé les conséquences de la négligence d'un savant. Il reconnaît que des savants cherchent à découvrir son secret et souhaite que la Société des Arts mérite la gloire de l'invention. M. du Boile conclut en affirmant qu'il n'a rien de plus à ajouter, étant occupé par des tâches plus pressantes.
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1387
p. 1395
« L'Auteur du Supplément à la Méthode pour apprendre l'Ortographe par [...] »
Début :
L'Auteur du Supplément à la Méthode pour apprendre l'Ortographe par [...]
Mots clefs :
Orthographe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « L'Auteur du Supplément à la Méthode pour apprendre l'Ortographe par [...] »
L'Auteur du Supplément à la Méthode
pour apprendre l'Ortographe par
Principes , &c. laquelle fe vend chez le
Clerc , Jacques Joffe , le Gras & la veuve
Piffot , & dont on a parlé en dernier lieu
dans le Mercure d'Avril 1730. pag. 743 .
donne avis au Public que cette Méthode
& fon Supplément joints enfemble , ne fe
vendent chez lefdits Libraires que liv.
reliez , au lieu de 4 liv . comme on l'a imprimé
par
inadvertance dans ledit Journal
d'Avril.
pour apprendre l'Ortographe par
Principes , &c. laquelle fe vend chez le
Clerc , Jacques Joffe , le Gras & la veuve
Piffot , & dont on a parlé en dernier lieu
dans le Mercure d'Avril 1730. pag. 743 .
donne avis au Public que cette Méthode
& fon Supplément joints enfemble , ne fe
vendent chez lefdits Libraires que liv.
reliez , au lieu de 4 liv . comme on l'a imprimé
par
inadvertance dans ledit Journal
d'Avril.
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1388
p. 1395-1398
Panegyrique de S. Jean-Baptiste, par l'Abbé Seguy, [titre d'après la table]
Début :
L'Abbé Ségui prêcha à Sceaux le 24 de ce mois, le Panegyrique de S. Jean-Baptiste [...]
Mots clefs :
Panégyrique, Saint Jean Baptiste, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Panegyrique de S. Jean-Baptiste, par l'Abbé Seguy, [titre d'après la table]
L'Abbé Ségui prêcha à Sceaux le 24 de
ce mois , le Panegyrique de S. Jean- Baptifte
, devant leurs A. S. Monfeigneur le
Duc du Maine & Madame la Ducheffe
du Maine . Nous aurions fouhaité pouvoir
donner l'Extrait de fon Difcours &
de celui qu'il avoit fait quelque temps
II. Vol. aupa1396
MERCURE DE FRANCE
·
auparavant fur une Profeffion Religieufe
; mais tout ce que nous avons pû obtenir
de lui , c'eft de mettre icy ce qu'il dit
fur la fin de fa premiere Partie du Panegyrique
de S. Jean , à la louange de S.A.S.
M. la Ducheffe du Maine , de Monfeigneur
le Duc du Maine & de Mademoi
felle du Maine..... Notre vie répondt-
elle aux vûës de celui qui nous a confié
cette forte de Miniftere & par nos
moeurs , nos difcours , nos exemples ;
rendons - nous à notre maniere , après
Jean Baptifte , quelque témoignage à
Jefus Chrift ? car c'eft ,mes freres, en être
vraiment le Prédicateur que d'en être lè
vrai difciple. N'alléguons point vainement
les féductions du fiecle & les trop
grandes difficultez de la vertu . Ćes
Grands du monde , ces Dieux de la terre ,
ou qui du moins le feroient s'ils n'étoient
mortels,bien plus expofez que nous, fans
doute , ne font pas plus difpenfez que
nous de ce devoir , & il en eft neanmoins ,
malgré la foule qui s'égare & les dangers
toujours plus grands au milieu des
humaines grandeurs , il en eft encore qui
fçavent rendre à J.C. le témoignage dont
je parle. Religion fainte qui les conduifez
, vous nous en faites voir icy deux
grands exemples . Un Prince aufli digne
de vos éloges qu'il l'a été de bonne heu-
II. Vol. re
JUIN. 1730 1397
re de l'amour des peuples & de l'eftime
de ce grand Roy dont la mémoire faira à
jamais honneur à la Royauté. Un Prince
à qui le Dieu qu'il adore a ménagé des
traits également éclatans de moderation
& de conftance ; un Prince en qui fe trouvent
tout à la fois les qualitez du Prince
& les lumieres du Sage , & la perfection
de l'honnête homme & les fentimens du
Heros , & la piété du chrétien qui confacre
toutes ces vertus ; piété conftante que
rien ne peut alterer dans fon efprit ni
déranger dans fes pratiques. Une Princef
fe,l'admiration des deux Sexes , & l'honneur
du fien , qui édifie par la fincerité
de fa Religion ceux qu'elle étonne par la
fupériorité de fon génie, pénétrant,beau,
jufte , facile , étendu jufqu'au prodige ;
une Princeffe qui joignant aux profon
deurs des Sciences qu'elle fubftitue à un
dangereux loifir , les plus vifs agrémens
que la fageffe peut avouer , ne fent de
toutes les veritez qu'elle a pénétrées , ne
fent rien tant que la vérité de la foy ,
n'aime rien tant qu'à la mettre en évidence
aux yeux des autres , n'admet à fa
Cour l'efprit même qu'à la recomman
dation de la vertu , & de la vertu fondée
fur le Chriftianifme ; heureufe de voir le
fruit fenfible de fes exemples dans cette
II. Vol. jeune
1398 MERCURE DE FRANCÉ
jeune Princeffe ( a ) qui la paye fi bien
de l'éducation précieufe qu'elle en reçut ,
enforte qu'on demande ce qu'elle a en
un dégré plus éminent des charmes de
l'efprit , des graces , ou des fentimens de
Religion. Ainfi fçait - on , quand on le veut ,
efficacement rendre témoignage à J.C. au
milieu des dangers attachez à la grandeur .
ce mois , le Panegyrique de S. Jean- Baptifte
, devant leurs A. S. Monfeigneur le
Duc du Maine & Madame la Ducheffe
du Maine . Nous aurions fouhaité pouvoir
donner l'Extrait de fon Difcours &
de celui qu'il avoit fait quelque temps
II. Vol. aupa1396
MERCURE DE FRANCE
·
auparavant fur une Profeffion Religieufe
; mais tout ce que nous avons pû obtenir
de lui , c'eft de mettre icy ce qu'il dit
fur la fin de fa premiere Partie du Panegyrique
de S. Jean , à la louange de S.A.S.
M. la Ducheffe du Maine , de Monfeigneur
le Duc du Maine & de Mademoi
felle du Maine..... Notre vie répondt-
elle aux vûës de celui qui nous a confié
cette forte de Miniftere & par nos
moeurs , nos difcours , nos exemples ;
rendons - nous à notre maniere , après
Jean Baptifte , quelque témoignage à
Jefus Chrift ? car c'eft ,mes freres, en être
vraiment le Prédicateur que d'en être lè
vrai difciple. N'alléguons point vainement
les féductions du fiecle & les trop
grandes difficultez de la vertu . Ćes
Grands du monde , ces Dieux de la terre ,
ou qui du moins le feroient s'ils n'étoient
mortels,bien plus expofez que nous, fans
doute , ne font pas plus difpenfez que
nous de ce devoir , & il en eft neanmoins ,
malgré la foule qui s'égare & les dangers
toujours plus grands au milieu des
humaines grandeurs , il en eft encore qui
fçavent rendre à J.C. le témoignage dont
je parle. Religion fainte qui les conduifez
, vous nous en faites voir icy deux
grands exemples . Un Prince aufli digne
de vos éloges qu'il l'a été de bonne heu-
II. Vol. re
JUIN. 1730 1397
re de l'amour des peuples & de l'eftime
de ce grand Roy dont la mémoire faira à
jamais honneur à la Royauté. Un Prince
à qui le Dieu qu'il adore a ménagé des
traits également éclatans de moderation
& de conftance ; un Prince en qui fe trouvent
tout à la fois les qualitez du Prince
& les lumieres du Sage , & la perfection
de l'honnête homme & les fentimens du
Heros , & la piété du chrétien qui confacre
toutes ces vertus ; piété conftante que
rien ne peut alterer dans fon efprit ni
déranger dans fes pratiques. Une Princef
fe,l'admiration des deux Sexes , & l'honneur
du fien , qui édifie par la fincerité
de fa Religion ceux qu'elle étonne par la
fupériorité de fon génie, pénétrant,beau,
jufte , facile , étendu jufqu'au prodige ;
une Princeffe qui joignant aux profon
deurs des Sciences qu'elle fubftitue à un
dangereux loifir , les plus vifs agrémens
que la fageffe peut avouer , ne fent de
toutes les veritez qu'elle a pénétrées , ne
fent rien tant que la vérité de la foy ,
n'aime rien tant qu'à la mettre en évidence
aux yeux des autres , n'admet à fa
Cour l'efprit même qu'à la recomman
dation de la vertu , & de la vertu fondée
fur le Chriftianifme ; heureufe de voir le
fruit fenfible de fes exemples dans cette
II. Vol. jeune
1398 MERCURE DE FRANCÉ
jeune Princeffe ( a ) qui la paye fi bien
de l'éducation précieufe qu'elle en reçut ,
enforte qu'on demande ce qu'elle a en
un dégré plus éminent des charmes de
l'efprit , des graces , ou des fentimens de
Religion. Ainfi fçait - on , quand on le veut ,
efficacement rendre témoignage à J.C. au
milieu des dangers attachez à la grandeur .
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Résumé : Panegyrique de S. Jean-Baptiste, par l'Abbé Seguy, [titre d'après la table]
Le 24 juin 1730, l'Abbé Ségui a prononcé un sermon à Sceaux en présence du Duc et de la Duchesse du Maine. L'Abbé Ségui avait déjà prêché sur la profession religieuse. Le texte mentionne un projet de publication d'extraits de ses discours, mais seul un passage final du panégyrique de Saint Jean-Baptiste est fourni. Ce passage encourage les auditeurs à vivre selon les vues de Dieu et à témoigner de leur foi en Jésus-Christ malgré les difficultés et les tentations du monde. L'Abbé Ségui cite les exemples du Duc et de la Duchesse du Maine, soulignant leurs vertus chrétiennes et leur piété constante. La Duchesse est particulièrement louée pour son intelligence, sa sagesse et son engagement envers la foi chrétienne, ainsi que pour son influence positive sur la jeune princesse qu'elle éduque.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1389
p. 1398-1400
Prix de l'Académie de Marseille, [titre d'après la table]
Début :
L'Académie des Belles Lettres de Marseille a jugé à propos de renvoyer à l'année [...]
Mots clefs :
Prix, Académie des belles-lettres de Marseille
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Prix de l'Académie de Marseille, [titre d'après la table]
L'Académie des Belles Lettres de Marfeille
a jugé à propos de renvoyer à l'année
prochaine , le Prix qu'elle avoit deftiné
cette année à la Profe ; ainfi elle avertit
le Public que le premier Mecredi d'après
la Quafimodo de l'année 1731. elle
aura deux Prix à diftribuer ; l'un , à un
Ouvrage en Profe ; l'autre, à un Ouvrage
en Vers.
L'Ouvrage en Profe fera d'un quart
d'heure au moins , & d'une demie heure
de lecture au plus , fur ce fujet : Que la
Raillerie eft moins une marque de l'étendue
dela fécondité de l'efprit , que de fa petiteffe
& de fa fterilité , felon ces paroles des
Proverbes , chap . 14.6 . Quarit derifor
fapientiam & non invenit.
L'Ouvrage en Vers fera une Ode ou
un Poëme à rimes plates de 80 Vers au
moins, & de cent au plus , qui aura pour
( a ) Mademeifelle du Maine.
II. Vol. fujet
JUIN. 1730. 1399
fujet , le Commerce. On fçait que le Prix
confifte en une Médaille d'or , de la valeur
de 300 liv . que M. le Maréchal de
Villars , Protecteur de l'Académie , veut
bien lui fournir tous les ans .
On adreffera les Ouvrages à M.de Chalámont
de la Vifclede , Sécrétaire perpetuel
de l'Académie des Belles Lettres de
Marſeille , ruë de l'Evêché , à Marſeille.
On affranchira les Paquets à la Pofte
fans quoi ils ne feront point retirez. Ils
ne feront reçûs que jufqu'au premier Janvier
inclufivement . Les Auteurs n'y met
tront point leur nom , mais une Sentence
de l'Ecriture , des Peres ou des Auteurs
profanes. On pourra envoyer à M. le Sé
cretaire une adreffe à laquelle on envoyera
fon recepiffé .
On prie les Auteurs de prendre les précautions
néceffaires pour n'être point connus
avant le jour deftiné à la diftribution
des Prix ; & on les avertit que dès qu'ils
le feront par leur faute , ils feront exclus
du Concours.
Les Auteurs qui auront remporté les
Prix , viendront les recevoir eux-mêmes,
dans la Salle de l'Académie , le jour deftiné
à leur diftribution , qui fera toujours
dorénavant le premier Mecredy
après la Quafimodo , s'ils font à Marſeille,
& s'ils n'y font pas, ils envoyeront à une
II.Vol.
per1400
MERCURE DE FRANCÊ
Perfonne domiciliée dans cette Ville , une
Procuration qui fera remife à M. le Secretaire
, avec le recepiffé de leurs Ou
vrages , moyennant quoi on remettra le
Prix à cette perfonne.
a jugé à propos de renvoyer à l'année
prochaine , le Prix qu'elle avoit deftiné
cette année à la Profe ; ainfi elle avertit
le Public que le premier Mecredi d'après
la Quafimodo de l'année 1731. elle
aura deux Prix à diftribuer ; l'un , à un
Ouvrage en Profe ; l'autre, à un Ouvrage
en Vers.
L'Ouvrage en Profe fera d'un quart
d'heure au moins , & d'une demie heure
de lecture au plus , fur ce fujet : Que la
Raillerie eft moins une marque de l'étendue
dela fécondité de l'efprit , que de fa petiteffe
& de fa fterilité , felon ces paroles des
Proverbes , chap . 14.6 . Quarit derifor
fapientiam & non invenit.
L'Ouvrage en Vers fera une Ode ou
un Poëme à rimes plates de 80 Vers au
moins, & de cent au plus , qui aura pour
( a ) Mademeifelle du Maine.
II. Vol. fujet
JUIN. 1730. 1399
fujet , le Commerce. On fçait que le Prix
confifte en une Médaille d'or , de la valeur
de 300 liv . que M. le Maréchal de
Villars , Protecteur de l'Académie , veut
bien lui fournir tous les ans .
On adreffera les Ouvrages à M.de Chalámont
de la Vifclede , Sécrétaire perpetuel
de l'Académie des Belles Lettres de
Marſeille , ruë de l'Evêché , à Marſeille.
On affranchira les Paquets à la Pofte
fans quoi ils ne feront point retirez. Ils
ne feront reçûs que jufqu'au premier Janvier
inclufivement . Les Auteurs n'y met
tront point leur nom , mais une Sentence
de l'Ecriture , des Peres ou des Auteurs
profanes. On pourra envoyer à M. le Sé
cretaire une adreffe à laquelle on envoyera
fon recepiffé .
On prie les Auteurs de prendre les précautions
néceffaires pour n'être point connus
avant le jour deftiné à la diftribution
des Prix ; & on les avertit que dès qu'ils
le feront par leur faute , ils feront exclus
du Concours.
Les Auteurs qui auront remporté les
Prix , viendront les recevoir eux-mêmes,
dans la Salle de l'Académie , le jour deftiné
à leur diftribution , qui fera toujours
dorénavant le premier Mecredy
après la Quafimodo , s'ils font à Marſeille,
& s'ils n'y font pas, ils envoyeront à une
II.Vol.
per1400
MERCURE DE FRANCÊ
Perfonne domiciliée dans cette Ville , une
Procuration qui fera remife à M. le Secretaire
, avec le recepiffé de leurs Ou
vrages , moyennant quoi on remettra le
Prix à cette perfonne.
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Résumé : Prix de l'Académie de Marseille, [titre d'après la table]
L'Académie des Belles Lettres de Marseille a reporté à 1731 le Prix de prose. Le premier mercredi après la Quasimodo de cette année, deux prix seront attribués : un pour un ouvrage en prose et un autre pour un ouvrage en vers. L'ouvrage en prose doit durer entre un quart d'heure et une demi-heure de lecture et traiter du sujet 'La raillerie est moins une marque de l'étendue et de la fécondité de l'esprit, que de sa petitesse et de sa stérilité', selon les Proverbes, chapitre 14, verset 6. L'ouvrage en vers doit être une ode ou un poème à rimes plates de 80 à 100 vers sur le thème du commerce. Le prix consiste en une médaille d'or d'une valeur de 300 livres, offerte par M. le Maréchal de Villars. Les manuscrits doivent être envoyés à M. de Chalamont de la Visclede, secrétaire perpétuel de l'Académie, rue de l'Évêché à Marseille, avant le 1er janvier. Les auteurs doivent rester anonymes et utiliser une sentence de l'Écriture, des Pères ou des auteurs profanes comme identifiant. Les lauréats recevront leur prix en personne ou par procuration.
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1390
p. 1400
« On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...] »
Début :
On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...]
Mots clefs :
Canons, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...] »
On aprend de Londres que des Ou
vriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital
de S. Barthelem , trouverent une
Boëte dans laquelle il y avoit cent Médailles
d'argent , du Roy Henri I. qui
fonda cet Hopital il y a environ 600 ans .
M. Thomas , Ingenieur du Roy , qui
a inventé les nouveaux Canons donton a
déja parlé , a auffi fait fabriquer depuis
peu une Machine où il y a trois Canons
aufquels on peut mettre le feu par une
feule lumiere , & qui tirent à la fois trois
Boulets de deux livres chacun . On doit
faire l'épreuve de cette Machine , que
deux hommes peuvent tranfporter ailément.
vriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital
de S. Barthelem , trouverent une
Boëte dans laquelle il y avoit cent Médailles
d'argent , du Roy Henri I. qui
fonda cet Hopital il y a environ 600 ans .
M. Thomas , Ingenieur du Roy , qui
a inventé les nouveaux Canons donton a
déja parlé , a auffi fait fabriquer depuis
peu une Machine où il y a trois Canons
aufquels on peut mettre le feu par une
feule lumiere , & qui tirent à la fois trois
Boulets de deux livres chacun . On doit
faire l'épreuve de cette Machine , que
deux hommes peuvent tranfporter ailément.
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Résumé : « On apprend de Londres que des Ouvriers travaillant dans le Cloître de l'Hôpital [...] »
Des ouvriers ont trouvé cent médailles d'argent du roi Henri Ier dans le Cloître de l'Hôpital de Saint-Barthélemy à Londres. M. Thomas a inventé une machine militaire avec trois canons, tirant trois boulets de deux livres chacun avec une seule source de lumière. La machine est transportable par deux hommes et sera bientôt testée.
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1391
p. 1402
« Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...] »
Début :
Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...] »
E 28 Juin , les Comédiens Italiens
donnerent la premiereReprefentation
d'une petite Piece nouvelle , en Profe & en
un Acte , qui a pour titre : Le Mariage
fait par crainte , que le public n'a pas goutée
elle n'a été jouée qu'une feule fois.
Les Comédiens François ont repris quelques
Pieces qui font beaucoup de plaifir,
comme la Tragédie d'Electre , la Comédie
des trois Coufines , celle de la Coupe enchantée.
Ils vont remettre la Tragédie
d'Abfalon , & repetent une Piece nouvelle
dont on parlera dans fon tems.
donnerent la premiereReprefentation
d'une petite Piece nouvelle , en Profe & en
un Acte , qui a pour titre : Le Mariage
fait par crainte , que le public n'a pas goutée
elle n'a été jouée qu'une feule fois.
Les Comédiens François ont repris quelques
Pieces qui font beaucoup de plaifir,
comme la Tragédie d'Electre , la Comédie
des trois Coufines , celle de la Coupe enchantée.
Ils vont remettre la Tragédie
d'Abfalon , & repetent une Piece nouvelle
dont on parlera dans fon tems.
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Résumé : « Le 28 Juin, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Representation [...] »
Le 28 juin, les Comédiens Italiens ont joué 'Le Mariage fait par crainte', une pièce en prose et en un acte, qui n'a été représentée qu'une seule fois. Les Comédiens Français ont repris 'Électre', 'Les Trois Cousines' et 'La Coupe enchantée'. Ils prévoient de rejouer 'Absalon' et de répéter une nouvelle pièce.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1392
p. 1402-1427
Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Début :
Le 27. Juin, l'Opera Comique fit l'ouverture de son Theatre à la Foire [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Foire Saint-Laurent, Comédie, Vaudeville, Vizir, Sagesse, Prince, Jardin, Amants, Amour, Vertu, Fille, Sagesse, Bonheur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27. Juin , P'Opera Comique fir
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
l'ouverture de fon Theatre à la Foire
S. Laurent par une Piéce nouvelle en Vaudeville
, intitulée Zemine & Almanfor
fuivie des Routes du Monde ; ces deux
Piéces font précedées d'un Prologue qui a
pour titre L'Induftrie. Le tout orné de
Divertiffemens , de Danfes & c.
La Scene du Prologue fe paffe devant le
Palais de l'Industrie , dont la moitié du Bâtiment
paroît moitié gothique & moitié
II. Vol
moderne
JUIN. 1730. 1403
-
à
moderne. Pierrot & Jacot defcendent
dans un char. Jacot fe plaint de la voiture
, & dit qu'il n'aime pas à fe voir dans
un char volant neuf cens piés au deffus
des ornieres ; Je vois bien , lui répond
Pierrot , que tu ne te plais pas voyager
côte à côte des nuages. Cependant , mon cher
petit frere Jacot , puifque je t'aifait recevoir
depuis peu par mon crédit à l'Opera Comique,
ilfaut bien que tu te faffes à la fatigue ; car
vois- tu , nous devons effuyer les mêmes corvées
que les Divinités de l'Opera,
Sur l'Air , Ramonez ci &c.
Attachés à des ficelles ,
Il nous faut , volant comme elles ,
Mais avec moins de fracas ,
Ramoner ci , ramoner là , la , la , la ,
La Couliffe du haut en bas.
Jacot demande à fon frere quel eft le
Palais qui fe préfente à fes yeux , & dans
quel deffein un Enchanteur de leurs amis
vient de les y tranſporter ; Pierrot lui
répond que ce Palais , quoique délabré, eft
le féjour de la Nouveauté , dont ils ont
grand befoin pour leur Théatre , & tandis
qu'il reſte à la porte , il envoye Jacot
pour découvrir s'il n'en eft point quelqu'autre
qui foit ouverte. L'Antiquité fort
du Château , & parle Gaulois à Pierrot ,
II. Vol.
qui
1404 MERCURE DE FRANCE
qui rebuté de fon langage l'appelle radoteufe
: elle le frappe avec fa béquille , &
le laiffe là . Pierrot la pourfuit ; il eſt arrêté
par la Chronologie , qui lui reproche
le crime qu'il commet en ne refpectant
pas la venerable Antiquité . Pierrot lui
demande quel eft fon emploi ; la Chronologie
lui décline fon nom & fes titres.
Pierrot la. prie de lui donner des nouvelles
de la Nouveauté ; la Chronologie , loin
de lui répondre jufte , commence toutes
fes Phrafes par des Epoques , & veut l'entretenir
des Olimpiades de l'Egire de Mahomet
& autres dates celebres ; cela impatiente
Pierrot ; il la chaffe, & dit , l'Enchanteur
m'a joué d'un tour ; il me promet
de me transporter au Palais de la Nouveauté
... j'y trouve d'abord une vieille Decrépite
, & enfuite une faifeufe d'Almanachs.
Dans ce moment l'Industrie avance ; Pierrot
la prend pour la Nouveauté ; elle le
défabule , & lui dit que la Nouveauté eſt
morte depuis plus de quatre
mille ans
qu'elle n'en eft que la copie , que le Public
tombe quelquefois dans l'erreur fur
fon compte , & prend l'induftrie pour la
Nouveauté. Je renouvelle , ajoûte l'Induftrie
, non feulement les habits & les meubles,
mais je rajeunis les vieux Ouvrages d'efprit,
& chante fur l'Air , Robin turelure & c.
II. Vol. Dans
JUIN.
1405 1730.
· Dans un moderne morceau ,
Je joins par une coûture
De Terence un fin lambeau ...
Pierrot.
Ture lure.
Chacun voit la rentraiture .
L'Induftrie , ironiquement.
Robin , turelurelure.
Alors Pierrot lui expofe les befoins de
l'Opera Comique , qui manque de Piéces
nouvelles ; l'Induftrie lui préfente un
Drame intitulé Zemine & Almanfor , Sujet
tiré de l'Hiftoire de Tartarie , dont Bourfaut
a pris fon dénouement d'Ejope à la
Cour. Le Public n'a pas approuvé cette
reffemblance , quoique fondée fur une autorité
irrécufable , & cela , fans doute, par
ce qu'il a plus vu la Comédie d'Efope à
la Cour qu'il n'a lû l'Hiftoire de Tartarie.
Pierrot marque fon inquiétude à l'Induftrie
, qui lui réplique qu'il fait le Public
plus méchant qu'il n'eft , qu'il s'eft
bien accommodé de tous les Ocdipes &
de toutes les Mariannes qu'on lui a re
tournées de cent façons.
Lefecond Drame offert par l'Induftrie,
eft intitulé les Routes du Monde. Jacot
II. Vol. G IC
1406 MERCURE DE FRANCE
revient dans cet inftant , & excuſe ſon
retardement par le plaifir qu'il a eu à voir
repeter un Balet Comique ; l'Induſtrie
leur apprend que c'eft une Fête qu'on prépare
pour elle , & qu'ils peuvent voir.
Elle eft executée fur le champ par les Chevaliers
de l'Induſtrie , figurés par des
Zanis Italiens. Voici les paroles du Vaudeville
de ce Divertiffement.
VAUDEVILLE.
Dans les Jardins de l'Induſtrie
Phoebus & la Galanterie
S'en vont cueillant foir & matin , tin tin tin tią
Mais en vain leur adreffe trie , ho ho ho !
Ce n'eft jamais du fruit nouveau.
On voudroit connoître une Belle ,
A fon Epoux toujours fidelle ,
Et voir l'Epoux auffi conftant , tan tan tan
Un ménage de ce modele , ho ho ho
Ce feroit là du fruit nouveau.
Dès la bavetté on fonge à plaire ;
La fille en fçait plus que
fa mere ,
Qui pourtant jeune a coqueté , té té té ;
Et dans les Jardins de Cithere , ho ho ho !
On trouve peu de fruit nouveau.
I I. Vol. Un
JUIN. 1730.
1407
Un Cadet de race Gaſcone ,
Qui n'emprunte pas & qui donne ,
Et qui convient qu'on l'a battu , tu tu tu
Sur les Rives de la Garone , ho ho ho,
Ce feroit là du fruit nouveau.
Un Grand du mérite idolâtre ,
Géometre vif & folâtre ,
Actrice vouée à Yeſtá , ta ta ta ,
Par ma foi fur plus d'un Théatre , ho ho he
Ce ſeroit là du fruit nouveau.
Ce Prologue eft fuivi de Zemine & Al
manfor , en un Acte. La premiere Scene
fe paffe entre Pierrot , Confident d'Almanfor
, Vizir & fils de Timurcan , Roi
'd'Aſtracan , mais crû fils de l'Emir Abe
nazar , & Lira , Suivante de Zemine , fille
de l'Emir Abenazar , & cruë fille du Roi
Timurcan. Voici le premier Couplet que
chante Pierrot , fur l'Air , Chers amis , que
mon ame eft ravie :
Oüi , Lira , fi tu tiens ta promeffe ,
Par l'Hymen j'efpere que dans peu
Tu verras couronner notre feu ; a
Du Monarque enfin touché de leur tendreffe ,
Nos Amans ont obtenu l'aveu ;
Le Vizir mon Maître époufe la Princeffe ;
II. Vol.
Gij L'a
1408 MERCURE DE FRANCE
L'amitié du bon Roi d'Aftracan
L'éleve juſqu'au premier rang.
Lira répond à Pierrot que Zemine fa
Maitreffe ne craindra donc plus la prédiction
d'une Devinereffe qui lui a depuis
peu annoncé qu'elle alloit être mariée au
fils d'un Souverain. Pierrot applaudit au
bonheur de fon Maître , qui , quoique
jeune,le furpaffe en prudence & en valeur;
il n'oublie pas dans fon Eloge qu'il n'eft
pourtant pas de meilleure maifon que lui,
& qu'ils ont gardé enfemble les moutons.
Lira lui demande par quel hazard Almanfor
eft devenu fi grand Seigneur ; je vais
te le dire , répond Pierrot Un jour que
notre grand Roi Timurcan chaffoit autour
de chez nous , il rencontra le petit Almanfor
qui lifoit l'Hiftoire de Tartarie en faisant
paître fon troupeau , il s'amusa à caufer avec
lui ; il le trouva gentil , bien avifé , & le
prit en affection. Sur ces entrefaites mourut
Kalem , pere du jeune Berger , que Timurcan'
fit auffi-tôt venir à la Cour. Il le fit
élever en Prince , & l'envoya enfuite dans
fes Armées , où il fe diftingua bientôt. IL
joignit même dans peu de temps les talens
du Miniftere au mérite guerrier , & devint
Grand-Vizir par le fecours de fa . feule
vertu. L'année derniere , comme il revenoit
de la frontiere , il paſſa par notre Village
II. Vol.
aveg
JUIN. 1730 . 1409
3
avec une troupe degens de guerre ,
il
m'apperçut
dans la foule, & me dit : Eh ! te voilà,
mon pauvre Pierrot , approche , approche ...
il chante :
Je lui tirai ma reverence 2
Enfuite je lâchai ces mots :
Ces Moutons gaillards & difpos
Que mene là Votre Excellence ,
Ne fe laifferoient pas , je penfe
Manger la laine fur le dos.
,
Il rit de ce trait de malice qui lui rappelloit
fa premiere condition , & changea
la mienne , en m'emmenant avec lui. On
} débite , interrompt Lira s qu'il eft fort
defintereffe ; Pierrot lui avoue qu'il a eu
long tems cette opinion , mais qu'il en
eft defabuſe , depuis que déjeunant avec
Jacot , Secretaire du Prince Alinguer , il
a entendu Almanfor qui enfermé dans un
cabinet , faifoit cette exclamation : Air ,
L'autre jour ma Cloris.
O précieux Tréfor !
Si jamais dans fa courfe
On arrête Almanfor ,
Tu feras fa reffource ;
O Tréfor mes amours
Je t'aimerai toujours.
-II. Vol. Lira G iij
1410 MERCURE DE FRANCE
Lira conclud que le Vizir amaffe des remedes
contre la défaveur , & que l'on
agit prudemment dans l'incertitude de
fon fort : Oui , vraiment , répond Pierrot
, & chante fur l'Air : Adieu panier.
Quand on a rempli fes pochetes ,
Si l'on eft chaffé par malheur , -
En fuyant , on dit de bon coeur
Adieu panier , vendanges font faites.-
A ces mots , Zemine arrive éplorée , &
leur dit que la prophetie de la Devinereffe
va s'accomplir , que l'inconnu fixé
depuis peu à la Cour d'Aftracan vient de
lui déclarer fon amour , & de lui apprendre
en même tems qu'il étoit fils du Monarque
de la Ruffie : Helas , s'écrie - t'elle,
Alinguer eft fils d'un Roi puiſſant , Alman--
for fimple Sujet ne tiendra pas contre lui !
fur l'Air : Pour paſſer doucement la vie.
Il a le mérite en partage ;
Mais le mérite par malheur
Ne trouve pas fon avantage
A luter contre la Grandeur.
Lira apperçoit de loin Timurcan qui
fe promene ; Zemine va le joindre pour
le toucher en fa faveur ; Pierrot refte feul
avec Lira , & lui expofe la crainte que
II. Vol. fait
JUIN. 1730. 141
fait naître dans fon efprit le haut rang du
Rival de fon Maître . Il exige un aveu
décifif pour lui ; Lira en le flattant lui déclare
pourtant qu'elle prétend fuivre le
fort de Zemine. Jacot paroît , & contefte
avec Pierrot fur les amours d'Alinguer ;
il prétend que ce Prince époufera Zemine
, & que lui , en qualité de Secretaire ,
deviendra le mari de Lira ; elle les quitte
en leur déclarant qu'elle époufera celui
des deux dont le Maitre obtiendra fa
Maitreffe. Les deux confidens rivaux reftent
enfemble , & continuent leur dif
pute ; ils y mêlent des difcours fur la fortune
& le tréfor caché du Vizir , qui
font interrompus par l'arrivée du Roi &
du Prince Alinguer. Pierrot & Jacot fe
retirent. Alinguer demande Zemine en
mariage ; le Roi lui apprend qu'elle n'eft
pas heritiere de fon Royaume , qu'il a
un fils que des raifons politiques l'ont
empêché jufqu'ici de faire paroître ;
Alinguer répond en Amant genereux ,
qu'il n'exige point d'autre dot que la
perfonne de Zemine ; le Roi lui objecte fa
parole donnée au Vizir Almanfor , & fait
le Panegyrique de fes vertus. Alinguer
piqué , ofe le contredire , & lui dit que
ce Miniftre , dont il vante fi fort le défintéreffement,
a un tréfor confiderable qu'il
dérobe à fa connoiffance , & dont , fans
II. Vol.
Giiij doute
1412 MERCURE DE FRANCE
doute , il doit faire un ufage crimine!. H
jette de violens foupçons dans l'efprit de
Timurcan , & offre de lui produire un
témoin fidele qui le conduira à l'endroit
où font enfermées les richeffes fecretes
d'Almanfor. Le Roi ébranlé confent à
cette vifite , & fort avec le Prince de
Ruffie.
Le Théatre change , & repréfente une
Salle de la Maifon du Vizir , où l'on ne
voit rien qui ne foit d'une grande fimplicité
. Almanfor y eft avec Zemine , à
qui il exalte fon bonheur & fon amour ;
Pierot vient leur annoncer gayement l'arrivée
du Roi , qui va , dit- il , unir Almanfor
& la Princeffe , ce qui lui procu
rera l'avantage d'époufer Lira. Le Roi
entre furieux , & reproche au Vizir fon
prétendu tréfor ; Jacot arrive , & montre
à Timurcan le Cabinet où l'on doit le
trouver. On l'ouvre par ordre de Timurcan
, & l'on n'y trouve que la houlete
& l'habit que portoit Almanfor quand il
étoit Berger : Je les gardois , dit - il , pour
me rappeller ma naiſſance , & pour les reprendre
, Seigneur , fi vous m'ôtiez votre
faveur & c.
La vertu d'Almanfor ayant éclaté dans
fon plus grand jour , le Roi lui apprend
qu'il eft fon fils ; cette découverte favorable
pour la gloire d'Almanſor , attriſte
II. Vol. fon
JUIN 1730. 1413
fon amour ; Zemine qui reconnoît qu'il
eft fon frere , partage fa douleur , & fe
plaint avec refpect au Roi d'Aftracan de
ce qu'il a permis qu'elle aime le Prince
Almanfor. Timurcan termine leur trou
ble , & comble leur joye , en leur appre
nant qu'ils nneeffoonntt point unis par le fang,
&
que
Zemine
eft
fille
de l'Emir
Abena
zar. Almanfor
remercie
le Roi
de ces
heu
reux
éclairciffemens
, & chante
ce Cou
plet
:
Le grand Nom que je tiens de vous
Flatte l'amour qui me domine
Il me devient d'autant plus doux
Qu'il fait plus d'honneur à Zemine
Ah ! dit Zemine à Almanfor ::
Seigneur , de vos tranfports je juge par moimême
;
Vous avez herité de mon noble défir ;
Fille de Timurcan , quel étoit mon plaifir
D'élever mon Berger à la grandeur fuprême
Pierot obtient Eira , & chaffe Jacot . La
Piéce finit par une Fête champêtre , execurée
par les Habitans du Village où a été
élevé Almanfor..
La feconde Piéce , auffi d'un Acte , compofée
de Scenes détachées , eft allegorique
& morale , tant par les idées que par quel-
II Vol. ques
1414 MERCURE DE FRANCE
د
ques- uns de fes perfonages ; elle eft inti ,
tulée les Routes du monde. Le . Théatre re
préfente dans les aîles les Jardins d'Hebé,
& dans le fond trois Portiques qui commencent
les trois chemins que prennent
les hommes en fortant de la Jeuneffe. Le
Portique du milieu eft étroit , compofé de
Rochers couverts de ronces avec cette
Infcription : Le chemin de la Vertu . Le
fecond , à droite , plus large ( ainfi que le
troifiéme qui eft à gauche ) eft orné de
tous les fimboles des honneurs & des richeffes
, & a pour titre , Le chemin de la
Fortune. Le troifiéme , intitulé Le chemin
de la Volupté , paroît chargé des attributs
des Plaiſirs , du Jeu , de l'Amour &
de Bacchus. La Scene ouvre par Leandre,
conduit par le Tems.
Leandre , Air : Amis , fans regreter Pa--
ris &c.
O Saturne , Doyen des Dieux
Des Peres le moins tendre ...
O Tems , dites -moi dans quels lieux
Vous conduifez Leandre ?
Le Tems , Air : Contre mon gré je cheriss
Peau :
Je vais vous expliquer cela ;
Voyez ces trois Portiques là ,
Du monde ils commencent les routes
11. Vol. On
JUIN. 1415 1730.
On doit ( telle eft la loi du fort )
Paffer fous l'une de ces Voutes
Quand des Jardins d'Hebé l'on fort.
Leandre.
Depuis que je vis dans ces Jardins , je
n'avois point encore apperçû ces trois
Portiques .
Le Tems.
Je le crois bien ; vous ne pouviez les
voir fans moi .
Air : Quand le péril eft agréable .
Ici dans une Paix profonde ,-
Les Jeunes Gens font jour & nuit ;
C'eſt le Tems feul qui les conduit
Près des routes du monde.
Mais je ne leur fais pas toujours comme
à vous , l'honneur de me rendre viſible.
Leandre confiderant les Portiques.
Que ces Portiques là fe reffemblent peu!
Le Tems.
Les chemins aufquels ils conduifent
font encore plus differens.-
Leandre montrant le Portique de la Fertu,
Air: Fe fuis la fleur des garçons du Village.
II. Vol. G-vis Que
1416 MERCURE DE FRANCE
Que ce chemin me paroît effroyable !
Mes yeux en font épouvantés !
Le Tems.
I eft pourtant à la plus adorable.
De toutes les Divinités.
r
Leandre , Air Philis , en cherchant for
Amant.
Eh ! quelle eft donc la Déïté
Par qui peut être fréquenté
Ce paffage étroit , peu battu ,
Paf tout de ronces revêtu ?
Le Tems.
C'eft la Vertu .
La Vertu
Leandre étonné.
Le Tems , Air : Sois complaifant , & cà
De la vertu la demeure épouvante ,
De fon chemin l'entrée eft rebutante
Mais
La fortiè en eft brillante ; -
C'eft la Gloire & fon Palais.
Le Portique, à droite, enrichi d'or & de
pierreries ,mene au Temple de la Fortune;:
II. Val par
JUIN. 1730 1417
par cette Porte on voit paffer , Air : J'ai
fait fouvent réfoner ma Mufette.
Le Peuple altier , dangereux , formidable
Des Conquerans & des Agioteurs ;
Ces derniers - ci ( le fait eft incroyable )
Ont avec eux compté quelques Auteurs.
Leandre , Air : Voyelles anciennes.
Ce chemin ne me tente pas
Le Tems.
C'eft pourtant le plus magnifique .
Leandre montrant le Portique de la Volupté
Cet autre a pour moi plus d'appas .
Quel eft donc ce galand Portique ?
Le Tems
C'eft celui de la Volupté ;
Tous les plaifirs en font l'enſeigne
Des trois c'eſt le plus fréquenté ,
Quoique très -fouvent on s'en plaigne .
Leandre.
Je ne vois là que des violons , des ver
res , des bouteilles , des cartes & des dez :
Le Tems.
C'eft ce qui fait qu'on y met la preffe..
O
ça , nous allons 繄 nous féparer ; mais
II. Vol avant
1418 MERCURE DE FRANCE
avant que je vous quitte , il faut que je
vous donne un avis falutaire ; ayez grand
foin de fuir la Débauche qui rode fans
ceffe autour de ces Portiques ...
Leandre.
Oh ! la Débauche m'a toujours fait horreur
; elle ne me féduira pas.
Le Tems , Air : Baifez moi donc , me di
foit Blaife.
Vous êtes dans l'erreur , Leandre ;
Craignez de vous laiffer furprendre ;
Fuyez cette Sirene là ;
Déguifant fon effronterie ,
Devant vous elle paroîtra
Sous le nom de Galanterie.
Leandre.
Je fuis bien aile de fçavoir cela.-
Adieu .....
Le Tems..
Leandre le retenant.
Encore un moment .... Air : Il faut
que je file file.
Sur un point qui m'embaraffe
Je voudrois vous confulter
11.-Vol.-
JUIN
1730. 1419
Le Tems voulant toujours s'en aller.
Cela ne fe peut ....
Leandre l'arrêtant encore.
De
grace ››
Daignez encor m'écouter ...
Le Tems.
C'eft trop demeurer en place 5 .
Suis-je fait pour y refter ?
Le Tems toujours paffe paffe ,
Rien ne fçauroit l'arrêter.
On a donné cette Scene - ci entiere , patce
qu'on ne pouvoit gueres expofer plus
fuccinctement le fujet de la Piéce.Leandre
refté feul , delibere fur le chemin qu'il doit
choifir ; mais , dit- il , Air : Les filles de
Nanterre.
Suis- je donc à moi-même ,
Et Maître de mes voeux ?
On eft à ce qu'on aime
Quand on eft amoureux.
Oui , c'est à l'aimable Angelique à difpo
fer de mon fort ; allons la chercher , & prenons
enfemble des mefures pour fléchir fon
Tuteur qui s'oppose à notre hymen.
Dans le moment qu'il veut partir , il eſt
arrêté par la Débauche , qui fous le nom
1.1. Volg
det
1420 MERCURE DE FRANCE
de Galanterie s'efforce de l'attirer à elle ;
Leandre refifte à fes difcours fuborneurs,
& la quitte. Elle le fuit , voyant paroître
une mere coquette avec ſa fille , en diſant
qu'elle n'a que faire là . Araminte , mere
de Lolotte , eft fort parée : elle a du rouge,
des mouches , des fleurs & des diamans- :
fa fille eft en fimple grifette & en linge
uni. Araminte prêche Lolotte , & veut la
faire entrer dans le chemin de la Vertu ;
Lolotte y repugne , & fe deffend avec opi
niâtreté.
Araminte , Air Je ne fuis né ni Roi ni
Prince.
Votre coeur en fecret murmure
De n'avoir point une parure ,
A faire briller vos appas ;
Vous n'avez point de modeſtie .
Lolotte.
Eh ! pourquoi n'en aurois -je pas ?
Sans ceffe je vous étudie ?
Araminte , Air : Ma raifon s'en va beau
train .
1
Vous me repondez , je crois ...
Lolotte.
Je répons ce que je dois ;
N'ai - je pas raifon
II. Vol.
De
JUI N. 1730. 1421
De trouver fort bon
Ce qu'en vous je contemple
Araminte.
Oh ! ne fuivez que ma leçon ...
Lolotte..
Je fuivrai votre exemple , lon la
Je fuivrai votre exemple,
La conteftation d'Araminte & de Lolotte
finit par le parti que prend la mere d'être
la conductrice de fa fille dans la route des
plaifirs où elles entrent enſemble. La Debauche
reparoît , & dit : Je fçavois bien le
chemin que cette petite fille là prendroit.
Mais j'apperçois mes deux voifines. C'est
la Sageffe & la Richeffe qui fortent l'une
du Portique de la Vertu & l'autre de celui
de la Fortune , & s'efforcent de s'attirer des
Chalans. La bonne Marchandife que vous
criez là toutes deux , leur dit ironiquement.
la Sageffe, Air : Vous qui vous macquez par
vos ris.
Elle eft d'un fort bon acabit.
La Richeffe
Nous fçavons l'une & l'autre
Tout le bien que le monde dit
Déeffe , de la vôtre ...
II. Vol. ·LA
1422 MERCURE DE FRANCELa
Débauche.
Mais elle n'eft point de débit ,
Et nous vendons la nôtre.
Therefe , jeune perfonne bien élevée ,
refufe les offres de la Richeffe , refifte aux
attraits de la Débauche , & fuit la Sageffe
qui la conduit dans le chemin de la Vertu.
La voilà bien charmée de nous avoir enlevé
une petite fille , dit la Richeffe Bon , répond
la Débauche , nous lui en fouflons
bien d'autres. Un jeune heritier en grand
deuil & en pleureufes furvient : Dépensez,
lui crie la Débauche , amaffez , lui dit la
Richeffe , Air : Le Cotillon de Thalie.
A préfent Phomme në fçait plus
Compter les vertus
Que par les écus
Comme votre pere
Il faut faire ,
Toujours courir fus ,
Aux Jacobus ,
Aux Carolus.
A préfent l'homme ne fçait plus &c.
›
L'Heritier , tout bien confideré , fe livre
à la Débauche , fuivant la loüable
coûtume de bien des Mineurs. Guillot
Payfan , remplace l'Heritier ; mais comme
II. Vol.
il
JUIN. 1730 1423
il n'a rien , il dit qu'il veut commencer
fa carriere par le chemin de la Fortune.
Mais , lui dit la Débauche , Air : Attendez
moi fous l'Orme.
Mais la Richeffe exige"
Un travail dur & long ;
A cent foins elle oblige ..
La Richeffe.
Dans le Commerce , bon ,
La finance moins fouche
Procure un gain plus promt ;:
Un Créfus , fur fa couche ,
Croît comme un champignon .
La Débauche détermine la Richeffe à
favorifer promtement Guillot , & à le luf
remettre opulent ; Guillot toujours avide
de nouveaux dons , demande qu'on ajoûte
s'il fe peut , une promte nobleffe à fa
promte richeffe : on lui accorde fa Requête.
Ho ! ho ! dit-il , Air : Nos plaifirs
feront peu
durables.
Quan plaifi ! quan bone avanturé ,
Au mitan de ma parenté ,
Qu'eft jufqu'au cou dans la roture !!
Je frai tou feul de qualité..
Guillot , après une promeffe de vivre
très noblement dès qu'il feroit riche , &
II. Vol.
le
1424 MERCURE DE FRANCE
le feul Gentilhomme de fa famille , entre
vîte dans le Portique de la Fortune , guidé
par la Richeffe. La Débauche le fuit
un moment pour l'encourager encore
dans fes bons deffeins.
Angelique arrive avec fon Tuteur , qui
lui propofe trois maris contre fon inclination
. L'amour interrompt ce fâcheux
entretien , chaffe le Tuteur & confeille à
Angelique d'époufer Léandre qu'elle
aime. Mais vous n'y pensez pas , dit- elle
au petit Dieu ; ce mariage fait fans l'aven
de mon Tuteur, m'écarteroit du chemin de
la vertu. Vous n'y pense pas vous même
lui répond le fils de Venus , ce font les
triftes Mariages faits fans l'aveu de l'amour
qui écartent du chemin de la vertu. L'irré
folution d'Angelique eft vaincuë par
Léandre qui lui apporte le confentement
de fa famille pour leur Hymen. La Débauche
revient à la charge & s'oppose à
l'union légitime des deux Amans ; ils la
rebutent elle appelle à fon fecours les
Plaifirs libertins qui fortent par Troupesdes
Portiques de la Fortune & de la Vo
lupté. Ils danfent & font briller leurs
charmes dangereux aux yeux de Léandre
& d'Angelique. La Sageffe & les Plaifirs
innocens fortent par le Portique de la
Vertu. Les Plaifirs libertins étonnez , leur
;
II. Vol. cedent
JUIN. 1730. 1425
cedent le paffage qu'ils prétendoient leur
fermer.
La Sageffe , aux deux Amans.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs ;
Défiez- vous de vos défirs ;
Que devant la Raiſon ils gardent le filence.
N'écoutez que l'innocence ,
Ne fuivez que fes plaifirs.
La Débauche , aux mêmes.
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire ,
Folâtrez , mocquez- vous dans le fein du repos ,
Des fecours de l'honneur , des Faveurs de la
gloire ,
Et de l'Exemple des Héros ;
Ne fongez qu'à rire & qu'à boire,
L'Amour , aux mêmes .
Air : du Roy de Cocagne.
Gardez-vous d'écouter la Débauche
Qui porte un Mafque trompeur ;
Sur fes pas on prend toujours à gauche
Et l'on fuit le vrai bonheur.
Non , non , jamais il ne fut fon partage ;
Et lon , lan , la ,
Ce n'eft pas là ,
11. Vol. Qu'on
426 MERCURE DE FRANCE
Qu'on trouve cela ,
Craignez la fin du voyage.
La Sageffe.
Heureux qui fuit dès fa jeuneffe,
Du vice le Sentier battu
Et qui formé par la vertu ,
Se fait mener par la Sageffe !
Elle fçait le payer enfin
De la fatigué du chemin.
La Débauche.
;
N'écoutez pas la voix févere ;
Qui condamne l'amufement
Voulez- vous voiager gaiment ?
Que le plaifir feul vous éclaire.
Si vous fuivez ce Pelerin ,
Vous irez droit au bon chemin.
Lolotte.
Autrefois , dit -on , l'art de, plaire ,
Coutoit bien des foins & du temps ,
Et l'on mettoit douze ou quinze ans ,
Pour fe rendre au Port de Cithere ;
Mais à prefent on eft plus fin
On fcait accourcir le chemin .
La Sageffe.
Vous qui du Dieu de la Bouteille ,
II. Vel.
Suivez
JUI N. 1739. 1427
Suivez affidument les pas ,
Que vous vous plaindrez des appas
Qui vous amufent fous la Treille !
Lorfqu'on cherche toujours le vin
On trouve la Goutte en chemin.
La Débauche.
Maris , fi vous trouvez vos femmes
Tête à tête avec leurs Galans ,
N'allez pas faire les méchans ,
Et manquer de refpect aux Dames ;
Sans dire mot , d'un air benin ,
Paffez , paffez votre chemin.
La Sageffe , aux Spectateurs.
Meffieurs , nous avons pour vous plaire ‚ ·
Employé nos petits talens ,
Et
;
pour vous rendre plus conten's
Nous allons tâcher de mieux faire
De nos Jeux , puiffions nous demain ,
Vous voir reprendre le chemin.
Léandre & Angélique conduits par
'Amour & la Sageffe , entrent dans le
chemin de la Vertu ; la Débauche accompagnée
des plaifirs libertins , fe retire
fous les Portiques de la Fortune & de la
Volupté.
Fermer
Résumé : Zemine & Almansor, Pieces Comiques, Extrait, / Vaudeville, [titre d'après la table]
Le 27 juin, l'Opéra Comique ouvre son théâtre à la Foire Saint-Laurent avec deux pièces en vaudeville : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Ces pièces sont précédées d'un prologue intitulé 'L'Industrie', orné de divertissements et de danses. La scène du prologue se déroule devant le Palais de l'Industrie, dont la moitié du bâtiment est gothique et l'autre moitié moderne. Pierrot et Jacot descendent dans un char, et Jacot exprime son inconfort face à la hauteur. Pierrot lui rappelle qu'ils doivent endurer les mêmes corvées que les divinités de l'Opéra. Pierrot et Jacot discutent ensuite du Palais de la Nouveauté, que Pierrot décrit comme le refuge de la nouveauté nécessaire à leur théâtre. Ils rencontrent l'Antiquité, qui parle gaulois et frappe Pierrot avec sa béquille. La Chronologie apparaît ensuite, reprochant à Pierrot de ne pas respecter l'Antiquité. Pierrot, impatient, la chasse et rencontre l'Industrie, qu'il prend d'abord pour la Nouveauté. L'Industrie explique qu'elle est la copie de la Nouveauté et présente deux drames : 'Zemine & Almanfor' et 'Les Routes du Monde'. Dans 'Zemine & Almanfor', Pierrot, confident d'Almanfor, et Lira, suivante de Zemine, discutent de leur bonheur imminent. Zemine arrive, inquiète de la prophétie d'une devineresse. Timurcan, le roi d'Astracan, révèle qu'Almanfor est son fils et que Zemine est la fille de l'Emir Abenazar. La pièce se termine par une fête champêtre. 'Les Routes du Monde' est une pièce allégorique et morale, composée de scènes détachées. Elle représente les jardins d'Hébé et trois portiques symbolisant les chemins que prennent les hommes en sortant de la jeunesse. Le premier portique, étroit et couvert de ronces, est dédié à la Vertu. Le second, orné de symboles de richesse et d'honneurs, est appelé 'Le chemin de la Fortune'. Le troisième, intitulé 'Le chemin de la Volupté', est associé aux plaisirs, au jeu, à l'amour et à Bacchus. Leandre, guidé par le Temps, exprime son aversion pour le chemin de la Vertu et son attirance pour celui de la Volupté. Le Temps lui explique les dangers de la Débauche, qui peut se déguiser en Galanterie. Leandre décide de chercher Angélique, qu'il aime, malgré l'opposition de son tuteur. La Débauche, déguisée en Galanterie, tente de séduire Leandre. Araminte, une mère coquette, essaie de convaincre sa fille Lolotte de suivre le chemin de la Vertu, mais échoue et finit par la conduire vers les plaisirs. La Sageffe et la Richeffe, représentant la vertu et la fortune, tentent d'attirer des followers. Thérèse, une jeune fille, refuse les offres de la Richeffe et suit la Sageffe. La Débauche et la Richeffe tentent ensuite de corrompre un jeune héritier et Guillot Payfan, ce dernier étant finalement conduit vers la fortune. Angélique, aimée de Leandre, est confrontée à un choix de mariage par son tuteur. L'Amour intervient pour les réunir, malgré l'opposition de la Débauche et des plaisirs libertins. La Sageffe et les plaisirs innocents finissent par chasser les plaisirs libertins, permettant à Leandre et Angélique de suivre le chemin de la Vertu. La pièce se termine par un appel à suivre l'innocence et à se méfier des désirs et des plaisirs trompeurs, soulignant l'importance de la vertu et de la sagesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1393
p. 1484-1494
MEMOIRE pour servir à l'Histoire de la Peinture. Vie de feu M. Jouvenet.
Début :
JEAN JOUVENET, Peintre ordinaire du Roy, & l'un des plus fameux [...]
Mots clefs :
Peinture, Tableau, Nature, Académie, Jean-Baptiste Jouvenet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MEMOIRE pour servir à l'Histoire de la Peinture. Vie de feu M. Jouvenet.
MEMOIRE pour fervir à l'Hiftoire
de la Peinture. Vie de feu M.Jouvenet.
EAN JOUVENET , Peintre ordinaire
du Roy , & l'un des plus fameux
de fon temps , fils de Laurent Jouvenet
Peintre,qui lui montra les premiers principes
de fon Art , nâquit à Rouen le 12
Avril
JUILLET. 1730. 1489
Avril 1644. Ses Ancêtres , Originaires
d'Italie , étant venus s'établir à Lyon , &
delà en Normandie , y ont tous profeffé
la Peinture avec fuccès ; ce fut Noël Jouvenet
fon ayeul qui en donna les premiers
principes au célébre Pouffin ; duquel
celui-cy copia d'abord les Tableaux,
& prit fi-bien-le goût & l'efprit , que fes
premiers Ouvrages tiennent beaucoup de
la maniere de cet excellent Peintre . Mais
le génie facile & vafte de Jean Jouvenet
fut trop vif& trop élevé pour fe renfermer
long-temps dans les bornes étroites
& ferviles de l'imitation. Né pour ce que
la Peinture a de plus grand, il fe fit bientôt
une maniere sûre & hardie , fondée
fur des principes certains , qu'il s'étoit
rendue propre à lui -même, d'après la fettle
& belle nature , qu'il étudia toujours
avec le difcernement le plus exquis &
l'application la plus fuivie . C'est ce qui a
mis dans tous fes Ouvrages une action fi
vive , fi naturelle , fi - bien entenduë` , la
vraie intelligence du Clair- obfcur & l'accord
le plus parfait des Ombres & des
Lumiéres , un Deffein fçavant & correct ,
le plus beau choix des attitudes & de
rout ce qui rend fes Perfonnages nobles,
vivans , animez , les Drapperies les mieux
jettées & d'un meillenr goût. II ' poffedoit
au fouverain dégré la connoiffance
A. v la
4
1486 MERCURE DE FRANCE
la plus exacte de la Perfpective Aërienne,
qui fait comme jouer l'air , & tourner
Fail du Spectateur autour de toutes les
figures ; il faifoit paroître le lieu de la
Scene , auffi vafte qu'il convenoit à ſon
fujet , fans équivoque & fans contradiction
, répandant fur tous fes objets , par
l'artifice du clair - obſcur , & l'intelligence
du Coloris en general , ce vrai charmant
qui trompe fi agréablement par
jufte harmonie des couleurs & de la perfpective.
Il avoit d'ailleurs toutes les parties
qui font l'excellent Peintre & le
grand Maître.
la
Il n'eft pas étonnant
que
des talens
fi
rares
ayent
eû de fi prompts
& de fi heu--
reux
fuccès
, ni que cet habile
Artiſte
ait
acquis
de fi bonne
heure
une réputation
,
qu'il
a toujours
foutenue
& augmentée
jufqu'à
la mort
.
Etant venu à Paris à l'âge de 17 ans ,.
pour étudier & fe perfectionner dans la
Peinture , quelque mal - intentionné s’avifa
d'écrire à fon pere qu'il perdoit tout
fon temps en vains amuſemens, & qu'il
ne travailloit point . Le jeune homme piqué
d'un reproche fi injufte , fe juftifia
par un Tableau d'Hiftoire , qu'il envoya
à fon pere..
C'étoit un Moife frappant le Rocher
qu'il avoit fait de génie Ouvrage infini--
ment:
JUILLET. 1730. 1487
ment audeffus de la force de fon âge , &
qui fit fentir dèflors jufqu'où iroit un
Éleve , dont les premiers coups d'effay
pouvoient paffer pour desChefs- d'oeuvres .
Ce Tableau , dont la compofition eſt
fort riche , eft entierement dans la manicre
du Pouffin .
Son mérite bien -tôt répandu le fit recevoir
avec applaudiffement à l'Académie
Royale de Peinture en 1675. Il y fut fait
Adjoint à Profeffeur en 1676. Profeffeur
en 1681. Adjoint à Recteur en 1702 .
Directeur en 1705. & Recteur perpetuel
en 1707. Son Tableau d'Académie reprefente
Efther évanouie devant Affuerus
que les Académiciens regardent comme
un de leurs plus beaux Tableaux .
M. le Brun qui l'eftimoit beaucoup , le
fit travailler fous lui dans les grands Ouvrages
du Roy , à S. Germain , aux Tuilleries
, à Veriailles , à la Gallerie , & c.
Sa furprenante facilité & fon génie
abondant , lui ont fait enrichir la France
d'un très - grand nombre d'Ouvrages répandus
à la Cour , dans Paris & dans les
Provinces:
Il avoit été mandé en 1694. par le Parlement
de Bretagne , pour y peindre la
Seconde Chambre des Enquêtes , & Pannée
fuivante il peignir encore à Rennes ,
dans une Gallerie du Greffier en Chef du
A vj
Pate
1488 MERCURE DE FRANCE
Parlement , un Platfond de 40 pieds de
long , qui lui acquit beaucoup de réputation.
Ce beau morceau , un de ceux
qu'il eftimoit le plus , fut fait en 45 jours.
Son premier Ouvrage public , & qui lui
en fit une fort grande , fut un grand Tableau
( on May ) qu'il fit pour Notre-
Dame de Paris , & qui fut fort applaudi .
LOUIS XIV.voulut qu'il peignit dans
fa fuperbe Eglife de l'Hôtel des Invalides
, les douze Apôtres , de 14 pieds de
proportions , avec leurs Attributs , peints
a Frefque , qui font autour de ce magnifique
Dôme ; & Sa Majefté le nomma:
pour peindre dans fa nouvelle & fomptueufe
Chapelle de Verfailles , la partie
qui eft au deffus de la Tribune , où il a -
repreſenté admirablement la Defcente du
S. Efprit fur la Vierge & fur les Apôtres . Il
y'a encore de fa main dans cette belle
Chapelle , un excellent Tableau de faint·
Louis , qui fait panfer les bleffez & enterrer
les Soldats tuez à la Bataille de Damiette.
Le Roy fut fi content de ces travaux
qu'outre le payement de fes Ouvrages
ce grand Prince lui augmenta confiderablement
la penfion ( a ) dont il l'avoiť
(a ) Quand il remercia le Roy en 1695. dela
penfion qu'il avoit obtenuë; S. M. lui dit, avec
bonté , je fuis fort content de vous , continuez
àbienfaire , & votre merite fera récompensé..
JUILLET. 1730. 1489
déja honoré long - temps auparavant ; ce
fut une marque de diftinction tresfateufe
.
qui
On voit de fa main l'Apotheofe d'Her
cules , dans le grand appartement du Château
de Versailles , un Tableau reprefentant
l'Hyver, dans le grand Sallon de Marly;
un de Latône & de fes Enfans , à Meudon
; Zéphire & Flore , la naiffance de Bacchus
& Apollon , qui deſcend dans le fein
de Thétis , à Trianon.
Il n'eft pas poffible de faire icy le détail
de tous les Tableaux qu'il a peints, & qui
fe confervent précieuſement dans les Cabinets
des Curieux .
Quant à fes Ouvrages publics , il y a
quatre grands morceaux dans l'Eglife de
S. Martin des Champs , qui font l'admiration
de tous les Connoiffeurs , & qui
repréfentent (' plus grand que nature ) la
Pechereffe che le Pharifien. JESUS - CHRIST
chaffant les Marchands du Temple. La Pêche
de S..Pierre , & la Réfurrection du La-
Zare .
Le feu Roy s'étant fait apporter ces
quatre Tableaux à Trianon , ordonna à
1'Auteur de les répéter , afin d'en faire
quatre piéces deTapifferies de la Couronne.
Et quand le Czar de Mofcovie, Pierre
le Grand , vint en France en 1721. il
rut fi charmé de ces fuperbes Tapifferies ,
paqui
1490 MERCURE DE FRANCE
qui avoient été faites aux Gobelins , fousles
yeux-mêmes de l'Auteur , que LOUIS
XV. à prefent Regnant , en fit prefent à
Sa Majefté Czarienne , avec Ordre qu'on
en refit pour la Couronne de pareilles
aux Gobelins , où elles ont été plufieurs
fois répétées. Il ne faut pas oublier dans
cet article un grand Tableau de la Cenet
de N. S. qui a auffi été mis en Tapifleric,
pour le Roy.
Un autre morceau inimitable de ce
Peintre , eft le grand Tableau du Choeur
des Chartreux à Paris , où JESUS-Christ
eft reprefenté au bord du Lac deGénéfareth ,
guériffant un nombre infini de divers Ma-
·lades.
Dans les autres Eglifes de Paris , on admire
aux Capucines , le Tableau du Grand
Autel, qui eft une Defcente de Croix , & le
Martyre de S. Ovide , dans la Paroiffe de
S. Roch, le Martyre de S. André , que l'on
regarde comme une piece achevée ; le Sacrement
de l'Extrême- Onction , dans une
Chapelle de l'Eglife de Saint Germain de
l'Auxerois; une Nativité , dans la Chapelle
du College de Louis le Grand ; JESUSCHRIST
élevé en Coix , dans l'Eglife :
des Religieufes de S. Dominique , rue de
Chronne , & c.
On voit plufieurs Ouvrages de lui au
Château de Meudon , à l'Hôtel de Conti
JUILLET. 1730. 1497
à Paris , chez M. de Saint- Pouanges , & le
Prefident Robert , & c.
Mais ce qui eft bien remarquable , &
peut- être fans exemple, c'eft que fur la fin
de la vie ce grand Peintre étant devenu
paralitique de la main droite, après un accident
d'apoplexie , dont il fut attaqué en
1713. peignit librement de la inain gauche
plufieurs grands Ouvrages , qui ne
cedent en rien à tout ce qu'il avoit fait
dans toute fa force, de plus fini & de plus
hardi ; tant il est vrai que ce n'eft point la
main feule, ni fon adreffe qui fait la peinture
; mais la tête , les lumieres de l'efprit
& la fcience des principes vrais & certains..
Ces Tableaux peints de la main gauche
font un Platfond de trente pieds de long,,
à la feconde Chambre des Enquêtes du
Parlement de Rouen , où l'on voit la Juftice
qui terraffe la fraude , la chicane , &c.
la Vifitation de la fainte Vierge , dans le
nouveau Choeur de l'Eglife Métropolitai
ne de Paris ; & une Affomption , pour la
Chapelle d'un de fes amis , aux Voiffeaux,
près de Beaumont ſur Oyſe.
Les Grands Hommes devroient être
auffi immortels que leurs Ouvrages . Celui
- ci chéri de tous ceux qui le connoif--
foient , respecté & confideré de tous les
Connoiffeurs , eftimé de tout le monde & :
•
*
auffi
1492 MERCURE DE FRANCE
auffi recommandable par fa probité que
par les talens , mourut le 5 Avril 1717.
au milieu de fa famille , dont il faifoit
toutes les délices , & qu'il avoit élevée dans
les principes des plus folides vertus , net
laiffant point de garçons , héritiers de ſon
génie, mais quatre filles , d'un mérite tresdiftingué.
Au défaut de fils , il a eû la confolation
de laiffer un Eleve dans fon neveu , Mr.
Reftout , receu depuis la mort à l'Académie
, & qui a fait de fi grands progrès,
qu'on peut dire que fon illuftre oncle revit
en lui. C'eft à l'occafion de ce cher
neveu , que feu M. Jouvenet découvrit
un talent qu'il ne croyoit pas avoir :
Voici comment. Revenu des Eaux de
Bourbon , qui n'avoient rien operé fur
fon bras paralytique , il voyoit peindre
M. Reftout, & voulant lui faire faire
quelque correction dans fon ouvrage , il
ne pouvoit pas bien fe faire entendre.
Vif & prompt' comme il étoit , il prend
brufquement le Pinceau de la main gauche,
il opere ; & cette main guidée par la
force de fon efprit , trace exactement &
exprime fa penſée. A fon étonnement ,
fucceda la joye incroyable qu'il eut de fe
voiren état de travailler , & de cultiver
un Art pour lequel il avoit tant d'amour.
On ne prétend pas donner icy le Catalogue
JUILLET. 1730. 1493
talogue de tous fes Ouvrages , cela groffiroit
trop ce Journal ; mais nous le donnerons
au Public , avec les noms des celebres
Graveurs qui les ont mis en Eſtampes
, perfuadez que les Curieux nous en
Içauront gré.
Jouvenet , eft un des Peintres de fon
tems qui a produit le plus de grands Ouvrages
. Il avoit une pratique facile , exactement
foumiſe à fa féconde imagination,
& deffinoit avec une facilité & une préciſion
admirable , fans jamais perdre la
nature de vûë , qu'il ne ceffoit d'étudier,
pour parvenir à cette imitation naïve
qu'on admire dans fes Tableaux . On en
voirquelques- uns de Chevalet , où il s'eft
un peu écarté de cette grande maniere fiere
& reffentie , qui prouvent qu'il ſçavoit
mettre des graces & de la délicateffe
dans fes Ouvrages , felon l'exigence des
cas ; car on a long - tems cru qu'il cherchoit
autant à étonner le Spectateur qu'à
lui plaire.
Ses Portraits font d'une reffemblance
parfaite & d'une verité admirable. Il imaginoit
facilement & compofoit tres - bien
exprimoit fenfiblement & employoit à
propos les allégories & les épiſodes, pour
enrichir & faire valoir fes productions .
Il n'avoit jamais vû l'Italie , quelque
amour qu'il eut pour les grands Maîtres
qu'elle
1494 MERCURE DE FRANCE
•
qu'elle a produits & pour les merveilleux
Ouvrages qu'on y admire ; preuve certaine
, mais rare , que les heureux talens
difpenfent les grands hommes des routes
ordinaires. Le feu Roy , qui avoit pour
Jui une eftime finguliere, lui fit l'honeur
de lui dire un jour que s'il vouloit faire le
voyage pour fa propre curiofité , & pour
fatisfaire l'envie qu'il en avoit toujours
confervée , il en feroit tous les frais . Mais
les grandes occupations que M. Jouvenet
avoit alors, & qu'il a toujours eues depuis,
ne lui ont jamais permis d'entreprendre
ce voyage. Au refte il avoit beaucoup de
probité & de religion , n'aimant point le
fafte; il étoit fort charitable, compatiffan
& bon ami.
de la Peinture. Vie de feu M.Jouvenet.
EAN JOUVENET , Peintre ordinaire
du Roy , & l'un des plus fameux
de fon temps , fils de Laurent Jouvenet
Peintre,qui lui montra les premiers principes
de fon Art , nâquit à Rouen le 12
Avril
JUILLET. 1730. 1489
Avril 1644. Ses Ancêtres , Originaires
d'Italie , étant venus s'établir à Lyon , &
delà en Normandie , y ont tous profeffé
la Peinture avec fuccès ; ce fut Noël Jouvenet
fon ayeul qui en donna les premiers
principes au célébre Pouffin ; duquel
celui-cy copia d'abord les Tableaux,
& prit fi-bien-le goût & l'efprit , que fes
premiers Ouvrages tiennent beaucoup de
la maniere de cet excellent Peintre . Mais
le génie facile & vafte de Jean Jouvenet
fut trop vif& trop élevé pour fe renfermer
long-temps dans les bornes étroites
& ferviles de l'imitation. Né pour ce que
la Peinture a de plus grand, il fe fit bientôt
une maniere sûre & hardie , fondée
fur des principes certains , qu'il s'étoit
rendue propre à lui -même, d'après la fettle
& belle nature , qu'il étudia toujours
avec le difcernement le plus exquis &
l'application la plus fuivie . C'est ce qui a
mis dans tous fes Ouvrages une action fi
vive , fi naturelle , fi - bien entenduë` , la
vraie intelligence du Clair- obfcur & l'accord
le plus parfait des Ombres & des
Lumiéres , un Deffein fçavant & correct ,
le plus beau choix des attitudes & de
rout ce qui rend fes Perfonnages nobles,
vivans , animez , les Drapperies les mieux
jettées & d'un meillenr goût. II ' poffedoit
au fouverain dégré la connoiffance
A. v la
4
1486 MERCURE DE FRANCE
la plus exacte de la Perfpective Aërienne,
qui fait comme jouer l'air , & tourner
Fail du Spectateur autour de toutes les
figures ; il faifoit paroître le lieu de la
Scene , auffi vafte qu'il convenoit à ſon
fujet , fans équivoque & fans contradiction
, répandant fur tous fes objets , par
l'artifice du clair - obſcur , & l'intelligence
du Coloris en general , ce vrai charmant
qui trompe fi agréablement par
jufte harmonie des couleurs & de la perfpective.
Il avoit d'ailleurs toutes les parties
qui font l'excellent Peintre & le
grand Maître.
la
Il n'eft pas étonnant
que
des talens
fi
rares
ayent
eû de fi prompts
& de fi heu--
reux
fuccès
, ni que cet habile
Artiſte
ait
acquis
de fi bonne
heure
une réputation
,
qu'il
a toujours
foutenue
& augmentée
jufqu'à
la mort
.
Etant venu à Paris à l'âge de 17 ans ,.
pour étudier & fe perfectionner dans la
Peinture , quelque mal - intentionné s’avifa
d'écrire à fon pere qu'il perdoit tout
fon temps en vains amuſemens, & qu'il
ne travailloit point . Le jeune homme piqué
d'un reproche fi injufte , fe juftifia
par un Tableau d'Hiftoire , qu'il envoya
à fon pere..
C'étoit un Moife frappant le Rocher
qu'il avoit fait de génie Ouvrage infini--
ment:
JUILLET. 1730. 1487
ment audeffus de la force de fon âge , &
qui fit fentir dèflors jufqu'où iroit un
Éleve , dont les premiers coups d'effay
pouvoient paffer pour desChefs- d'oeuvres .
Ce Tableau , dont la compofition eſt
fort riche , eft entierement dans la manicre
du Pouffin .
Son mérite bien -tôt répandu le fit recevoir
avec applaudiffement à l'Académie
Royale de Peinture en 1675. Il y fut fait
Adjoint à Profeffeur en 1676. Profeffeur
en 1681. Adjoint à Recteur en 1702 .
Directeur en 1705. & Recteur perpetuel
en 1707. Son Tableau d'Académie reprefente
Efther évanouie devant Affuerus
que les Académiciens regardent comme
un de leurs plus beaux Tableaux .
M. le Brun qui l'eftimoit beaucoup , le
fit travailler fous lui dans les grands Ouvrages
du Roy , à S. Germain , aux Tuilleries
, à Veriailles , à la Gallerie , & c.
Sa furprenante facilité & fon génie
abondant , lui ont fait enrichir la France
d'un très - grand nombre d'Ouvrages répandus
à la Cour , dans Paris & dans les
Provinces:
Il avoit été mandé en 1694. par le Parlement
de Bretagne , pour y peindre la
Seconde Chambre des Enquêtes , & Pannée
fuivante il peignir encore à Rennes ,
dans une Gallerie du Greffier en Chef du
A vj
Pate
1488 MERCURE DE FRANCE
Parlement , un Platfond de 40 pieds de
long , qui lui acquit beaucoup de réputation.
Ce beau morceau , un de ceux
qu'il eftimoit le plus , fut fait en 45 jours.
Son premier Ouvrage public , & qui lui
en fit une fort grande , fut un grand Tableau
( on May ) qu'il fit pour Notre-
Dame de Paris , & qui fut fort applaudi .
LOUIS XIV.voulut qu'il peignit dans
fa fuperbe Eglife de l'Hôtel des Invalides
, les douze Apôtres , de 14 pieds de
proportions , avec leurs Attributs , peints
a Frefque , qui font autour de ce magnifique
Dôme ; & Sa Majefté le nomma:
pour peindre dans fa nouvelle & fomptueufe
Chapelle de Verfailles , la partie
qui eft au deffus de la Tribune , où il a -
repreſenté admirablement la Defcente du
S. Efprit fur la Vierge & fur les Apôtres . Il
y'a encore de fa main dans cette belle
Chapelle , un excellent Tableau de faint·
Louis , qui fait panfer les bleffez & enterrer
les Soldats tuez à la Bataille de Damiette.
Le Roy fut fi content de ces travaux
qu'outre le payement de fes Ouvrages
ce grand Prince lui augmenta confiderablement
la penfion ( a ) dont il l'avoiť
(a ) Quand il remercia le Roy en 1695. dela
penfion qu'il avoit obtenuë; S. M. lui dit, avec
bonté , je fuis fort content de vous , continuez
àbienfaire , & votre merite fera récompensé..
JUILLET. 1730. 1489
déja honoré long - temps auparavant ; ce
fut une marque de diftinction tresfateufe
.
qui
On voit de fa main l'Apotheofe d'Her
cules , dans le grand appartement du Château
de Versailles , un Tableau reprefentant
l'Hyver, dans le grand Sallon de Marly;
un de Latône & de fes Enfans , à Meudon
; Zéphire & Flore , la naiffance de Bacchus
& Apollon , qui deſcend dans le fein
de Thétis , à Trianon.
Il n'eft pas poffible de faire icy le détail
de tous les Tableaux qu'il a peints, & qui
fe confervent précieuſement dans les Cabinets
des Curieux .
Quant à fes Ouvrages publics , il y a
quatre grands morceaux dans l'Eglife de
S. Martin des Champs , qui font l'admiration
de tous les Connoiffeurs , & qui
repréfentent (' plus grand que nature ) la
Pechereffe che le Pharifien. JESUS - CHRIST
chaffant les Marchands du Temple. La Pêche
de S..Pierre , & la Réfurrection du La-
Zare .
Le feu Roy s'étant fait apporter ces
quatre Tableaux à Trianon , ordonna à
1'Auteur de les répéter , afin d'en faire
quatre piéces deTapifferies de la Couronne.
Et quand le Czar de Mofcovie, Pierre
le Grand , vint en France en 1721. il
rut fi charmé de ces fuperbes Tapifferies ,
paqui
1490 MERCURE DE FRANCE
qui avoient été faites aux Gobelins , fousles
yeux-mêmes de l'Auteur , que LOUIS
XV. à prefent Regnant , en fit prefent à
Sa Majefté Czarienne , avec Ordre qu'on
en refit pour la Couronne de pareilles
aux Gobelins , où elles ont été plufieurs
fois répétées. Il ne faut pas oublier dans
cet article un grand Tableau de la Cenet
de N. S. qui a auffi été mis en Tapifleric,
pour le Roy.
Un autre morceau inimitable de ce
Peintre , eft le grand Tableau du Choeur
des Chartreux à Paris , où JESUS-Christ
eft reprefenté au bord du Lac deGénéfareth ,
guériffant un nombre infini de divers Ma-
·lades.
Dans les autres Eglifes de Paris , on admire
aux Capucines , le Tableau du Grand
Autel, qui eft une Defcente de Croix , & le
Martyre de S. Ovide , dans la Paroiffe de
S. Roch, le Martyre de S. André , que l'on
regarde comme une piece achevée ; le Sacrement
de l'Extrême- Onction , dans une
Chapelle de l'Eglife de Saint Germain de
l'Auxerois; une Nativité , dans la Chapelle
du College de Louis le Grand ; JESUSCHRIST
élevé en Coix , dans l'Eglife :
des Religieufes de S. Dominique , rue de
Chronne , & c.
On voit plufieurs Ouvrages de lui au
Château de Meudon , à l'Hôtel de Conti
JUILLET. 1730. 1497
à Paris , chez M. de Saint- Pouanges , & le
Prefident Robert , & c.
Mais ce qui eft bien remarquable , &
peut- être fans exemple, c'eft que fur la fin
de la vie ce grand Peintre étant devenu
paralitique de la main droite, après un accident
d'apoplexie , dont il fut attaqué en
1713. peignit librement de la inain gauche
plufieurs grands Ouvrages , qui ne
cedent en rien à tout ce qu'il avoit fait
dans toute fa force, de plus fini & de plus
hardi ; tant il est vrai que ce n'eft point la
main feule, ni fon adreffe qui fait la peinture
; mais la tête , les lumieres de l'efprit
& la fcience des principes vrais & certains..
Ces Tableaux peints de la main gauche
font un Platfond de trente pieds de long,,
à la feconde Chambre des Enquêtes du
Parlement de Rouen , où l'on voit la Juftice
qui terraffe la fraude , la chicane , &c.
la Vifitation de la fainte Vierge , dans le
nouveau Choeur de l'Eglife Métropolitai
ne de Paris ; & une Affomption , pour la
Chapelle d'un de fes amis , aux Voiffeaux,
près de Beaumont ſur Oyſe.
Les Grands Hommes devroient être
auffi immortels que leurs Ouvrages . Celui
- ci chéri de tous ceux qui le connoif--
foient , respecté & confideré de tous les
Connoiffeurs , eftimé de tout le monde & :
•
*
auffi
1492 MERCURE DE FRANCE
auffi recommandable par fa probité que
par les talens , mourut le 5 Avril 1717.
au milieu de fa famille , dont il faifoit
toutes les délices , & qu'il avoit élevée dans
les principes des plus folides vertus , net
laiffant point de garçons , héritiers de ſon
génie, mais quatre filles , d'un mérite tresdiftingué.
Au défaut de fils , il a eû la confolation
de laiffer un Eleve dans fon neveu , Mr.
Reftout , receu depuis la mort à l'Académie
, & qui a fait de fi grands progrès,
qu'on peut dire que fon illuftre oncle revit
en lui. C'eft à l'occafion de ce cher
neveu , que feu M. Jouvenet découvrit
un talent qu'il ne croyoit pas avoir :
Voici comment. Revenu des Eaux de
Bourbon , qui n'avoient rien operé fur
fon bras paralytique , il voyoit peindre
M. Reftout, & voulant lui faire faire
quelque correction dans fon ouvrage , il
ne pouvoit pas bien fe faire entendre.
Vif & prompt' comme il étoit , il prend
brufquement le Pinceau de la main gauche,
il opere ; & cette main guidée par la
force de fon efprit , trace exactement &
exprime fa penſée. A fon étonnement ,
fucceda la joye incroyable qu'il eut de fe
voiren état de travailler , & de cultiver
un Art pour lequel il avoit tant d'amour.
On ne prétend pas donner icy le Catalogue
JUILLET. 1730. 1493
talogue de tous fes Ouvrages , cela groffiroit
trop ce Journal ; mais nous le donnerons
au Public , avec les noms des celebres
Graveurs qui les ont mis en Eſtampes
, perfuadez que les Curieux nous en
Içauront gré.
Jouvenet , eft un des Peintres de fon
tems qui a produit le plus de grands Ouvrages
. Il avoit une pratique facile , exactement
foumiſe à fa féconde imagination,
& deffinoit avec une facilité & une préciſion
admirable , fans jamais perdre la
nature de vûë , qu'il ne ceffoit d'étudier,
pour parvenir à cette imitation naïve
qu'on admire dans fes Tableaux . On en
voirquelques- uns de Chevalet , où il s'eft
un peu écarté de cette grande maniere fiere
& reffentie , qui prouvent qu'il ſçavoit
mettre des graces & de la délicateffe
dans fes Ouvrages , felon l'exigence des
cas ; car on a long - tems cru qu'il cherchoit
autant à étonner le Spectateur qu'à
lui plaire.
Ses Portraits font d'une reffemblance
parfaite & d'une verité admirable. Il imaginoit
facilement & compofoit tres - bien
exprimoit fenfiblement & employoit à
propos les allégories & les épiſodes, pour
enrichir & faire valoir fes productions .
Il n'avoit jamais vû l'Italie , quelque
amour qu'il eut pour les grands Maîtres
qu'elle
1494 MERCURE DE FRANCE
•
qu'elle a produits & pour les merveilleux
Ouvrages qu'on y admire ; preuve certaine
, mais rare , que les heureux talens
difpenfent les grands hommes des routes
ordinaires. Le feu Roy , qui avoit pour
Jui une eftime finguliere, lui fit l'honeur
de lui dire un jour que s'il vouloit faire le
voyage pour fa propre curiofité , & pour
fatisfaire l'envie qu'il en avoit toujours
confervée , il en feroit tous les frais . Mais
les grandes occupations que M. Jouvenet
avoit alors, & qu'il a toujours eues depuis,
ne lui ont jamais permis d'entreprendre
ce voyage. Au refte il avoit beaucoup de
probité & de religion , n'aimant point le
fafte; il étoit fort charitable, compatiffan
& bon ami.
Fermer
Résumé : MEMOIRE pour servir à l'Histoire de la Peinture. Vie de feu M. Jouvenet.
Jean Jouvenet, né à Rouen le 14 avril 1644, était un peintre renommé du roi Louis XIV. Issu d'une famille d'artistes italiens établis en Normandie, il a reçu ses premières leçons de peinture de son père, Laurent Jouvenet. Jouvenet a développé un style personnel marqué par une action vive, un dessin précis et un choix judicieux des attitudes et des drapés, grâce à l'étude de la nature et des principes artistiques solides. À l'âge de 17 ans, Jouvenet s'est installé à Paris pour se perfectionner. Après avoir été injustement accusé de paresse, il a démontré son talent avec un tableau représentant Moïse frappant le rocher, inspiré par le style de Pouffin. Ce tableau lui a valu son admission à l'Académie Royale de Peinture en 1675. Jouvenet a occupé divers postes au sein de l'Académie, devenant recteur perpétuel en 1707. Jouvenet a réalisé de nombreuses œuvres pour le roi Louis XIV, notamment à Saint-Germain, aux Tuileries, à Versailles et à la Galerie. Il a également peint pour des églises et des institutions publiques, comme la Seconde Chambre des Enquêtes du Parlement de Bretagne et l'église des Invalides. Ses œuvres étaient admirées pour leur composition riche et leur maîtrise du clair-obscur et de la perspective aérienne. En 1713, malgré une paralysie de la main droite, Jouvenet a continué à peindre avec sa main gauche, produisant des œuvres de qualité égale. Il est décédé le 5 avril 1717, laissant derrière lui une famille et un élève, son neveu Restout, qui a poursuivi son héritage artistique. Jouvenet est reconnu pour sa probité, sa charité et son talent exceptionnel, ayant produit un grand nombre d'œuvres remarquables.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1394
p. 1503-1517
SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
Début :
Il arriva aux Indes dans la même année 1671. après avoir essuyé les fatigues [...]
Mots clefs :
Indes, Directeur, Mort, Directeur général du commerce de la Compagnie des Indes orientales, Compagnie des Indes orientales, Venise, Marseille, Vaisseaux, Consul
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
SUITE de l'Eloge de M. Baron , &c
Ik
L arriva aux Indes dans la même an
née 1671. après avoir effuyé les fatigues
d'un long & penible voyage , d'abord
par terre en traverfant une partie
des Deferts d'Arabie & de la Perfe , pour
fe rendre à Ormus , dans le Golphe Perfique
, où il s'embarqua fur un Vaiffeau
du Roi qui le conduifit à Surate , Ville
Maritime de l'Indoftan ou des Etats du
Grand Magol.
J'écrirois un volume entier fi j'entreprenois
de fuivre pas à pas nôtre Directeur
, pendant les douze ou treize années
qu'a duré fon Adminiſtration , dans les
principales circonftances ou il a continué
Bij de
1504 MERCURE DE FRANCE
de faire paroître fon zele ardent pour la
Religion , fes égards pour les Miniftres
fa charité fans bornes , fon fidele attachement
au fervice du Roi , dont il a foutenu
hautement la gloire dans plufieurs occafions
,fon application au bien general du
Commerce , & aux interêts de la Compagnie
; je ne finirois point , dis-je , fi je
rapportois tous les faits publics ou particu
liers qui font venus à ma connoiffance par
des Perfonnes refpectables, qui en ont été
les Témoins, où que je trouve dans de fideles
Memoires, & qui font autant de traits
marqués de toutes les vertus qui font le
grand Homme & le parfait Chrétien.
Je me contenterai de rapporter ici ce
qu'il fit paroître de conduite , de courage
& de fermeté , dans une occafion importante
qui fe prefenta , & qu'il ne feroit
pas jufte de paffer fous filence. La Guerre
qui s'étoit allumée en Europe entre la
France & la Hollande dès l'année 1672 .
paffa jufques dans les Indes . Les Hollandois
, puiffans , comme l'on fçait , par leur
Commerce dans cette partie de l'Afie ,
entreprirent en 1674 , le Siege de la Ville
Maritime de S. Thomé , où les François
avoient un Etabliffement confiderable.
M. de la Haye quí y commandoit pour
Roi , & qui ne s'attendoit pas à cette
attaque , defefpera de pouvoir fauver une
le
Place ,
JUI N. 1730. 1505
..
Place , affez dépourvûe ; il demanda du
fecours à M. Baron , qui fit armer à ſes
dépens deux bons Vaiffeaux , chargés de
toutes fortes de Munitions ; fur lefquels
il s'embarqua lui - même & entra dans le
Port de S. Thomé , à la vûe des Ennemis,
dans l'intention de partager avec le Com
mandant la gloire & le peril de cette dés
fenſe .
و
Elle fut longue & vigoureuſe , on y fit ,
furtout du côté des Chefs , des prodiges
de conftance & de valeur. Mais les Ennemis
recevant tous les jours de nouveaux
Renforts les Affiegez fort diminuez
n'ayant prefque plus de Munitions &
toute efperance de ſecours étant d'ail
leurs perdue , on ne put s'empêcher de
capituler. La réputation de M. Baron , fa
prefence & fa fermeté , rendirent les conditions
fort honorables : Voici de quelle
maniere M. Baron y fut fpecialement
compris dans le XII. article du Traité.
J
la » M. Baron , Directeur General pour
» Compagnie Royale dans la Ville de faint
» Thomé, pourra avec tout fon bagage &
» tous fes Domeftiques s'en aller à Surate
» ſur les Vaiffeaux Hollandois qui iront à
» la premiere * Mouffon , & il fera traitté
* Mouffon , mot Arabe qui fignifie temps
préfix , & qu'on donne aux Vents alifex on
#eglez , qui regnent en certaines Saifons.
B iij
avce
1506 MERCURE DE FRANCE
avec toute l'honnêteté dûe à ſon caraċ-
>> rere ; fi mieux il n'aime y aller par terre,
» auquel cas on lui donnera les paffe ports
neceffaires , &c.
Ce Siege qui par l'état de la Place & l'éloignement
des fecours ne devoit pas durer
, fit du bruit dans l'Europe , toutes
les nouvelles publiques en parlerent & en
particulier la Gazette d'Hollande .
J'ai omis de marquer en for lieu , que
M. Baron n'acheva de fortir d'affaires avec
les Marchands du Caire , en les payant de
ce qu'il leur avoit emprunté pour la déli
vrance du Conful & des Marchands de
Venife, que la derniere année de fon Confulat
d'Alep , efperant toujours d'être
remboursé lui - même par le Commerce de
Venife , chargé d'acquitter les dettes de la
Nation , ce qui mit fes affaires particu
lieres en affez mauvais état.
Il lui vint dans l'efprit plufieurs expe
diens pour faire avancer ce rembourfe
ment , qui demandoit ou une preſence
actuelle ou une puiffante protection . Celle
du Pape Innocent X I. lui
parut d'abord
efficace ; il avoit déja l'honneur d'en être
connu par tout ce que j'ai rapporté de
fon zele pour les Prelats , & pour les Miffionnaires
Apoftoliques ; de plus il fe
trouvoit qu'un neveu du Pape , Sénateur
Milan , & fort aimé de S. S. avoit époulé
une
JUILLET . 1730. 1507
•
tine Demoiselle de la Famille des Barons
de Cofme, d'où l'Ayeul de M. Baron étoit
forti pour le retirer à Marſeille , enfuite
de quelques démêlés que cette Famille
avoit eûs avec des Gentilshommes de fes
Parens de l'Etat de Milan . Reut- être , die
M. Baron , dans une de fes Lettres , que
le Papeferoit quelque chofe pour moi ,fij'allois
à Rome avec la permiffion du Roi.
Il paroît cependant qu'il aima mieux
recourir à la protection de S. M. qui eut
la bonté d'écrire trois Lettres confecutives
à trois differens Miniftres , fes Ambaffadeurs
auprès de la République de Veniſe
pour faire rendre juftice à M. Baron : mais
les bontés du Roi n'eurent aucun effet par
les longueurs affectées , les incidens & les
differens prétextes , qui furent mis en
euvre de la part de ceux qui devoient
payer. Je ne rapporterai ici que
la pre
miere de ces Lettres , laquelle fut écrite à
M. l'Abbé d'Eftrades.
M. l'Abbé d'Eftrades , le fieur Baron ,
mon ſujet & Directeur general du Com
»merce de la Compagnie des Indes Orien
» tales établie en mon Royaume , m'a rea
» prefenté que s'étant trouvé au Caire en
»Egypte , en l'année 1657. lorfque le
* La Lettre qui apprend ces circonstancet
eft toute écrite de la main de M. Baron
fignée de lui , les autres ne font que des Copies
Biiij Pacha
4508 MERCURE DE FRANCE
»
» Pacha fit arrêter le Conful de la Repu-
» blique de Veniſe avec quelques autres
» Venitiens & les condamna à la mort ,
» pour avoir , difoit - il , des correfpon-
» dances avec la Ville de Candie , au préjudice
du fervice du Grand Seigneur ,
» ledit fieur Baron à la priere dudit Con-
» ful & de fes Compagnons , s'employa
auprès du Pacha pour leur fauver la vie ,
» & en obtint la grace moyennant la fom-
» me de 14901 liv . qu'il lui donna , partie
» de fes deniers & partie de ceux qu'il em-
» prunta de fes amis , dont il leur a payé
» les interêts plus de 10 ans durant à 24
» pour cent , fuivant l'ufage de la Tur-
» quie , enfuite de quoi le Conful & les
» autres Venitiens delivrez ainfi de la
» mort , promirent audit Sieur Baron de
» lui rendre fon argent dans un an avec
» les interêts, ainfi qu'il eft porté par une
» obligation du 3 Mai 1657. qu'il a entre
» fes mains ; que cependant ils n'y ont
» point fatisfait depuis plus de 20 ans
»fous prétexte de la guerre de Candie &
par l'abfence dudit fieur Baron , qui a
» toujours été employé depuis , tant en la
Charge de Conful d'Alep , qu'en celle de
>> Directeur General aux Indes Orientales ,
» qu'il exerce prefentement; enforte qu'ils
» refuſent de lui faire juftice , ledit fieur
Baron me demandant de lui accorder
•
»
ma
JUILLET. 1730. 1509
ma protection & comme j'eftime d'ailleurs
que non - feulement fa plainte eft
>> jufte , mais que la Republique a quel-
» que forte d'interêt que ceux de fes Su-
»jets , fauvés de la mort par l'affection
» que ledit fieur Baron a eûe pour eux ,
» fatifaffent à leur engagement , je vous
» écris cette Lettre pour vous dire , que
>> mon intention eft que vous faffiez toutes
» les inftances neceffaires auprès du Sénat,
» s'il eft neceffaire , ou aux Magiftrats pardevant
lefquels cette affaire doit fe traitter
, pour faire rendre juftice audit fieur
Baron ; outre que vous protegerez fon
bon droit,vous ferez encore une chofe
qui me fera très-agreable. Et la prefente
» n'étant à autre fin , je prie Dieu qu'il
» vous ait , M. l'Abbé d'Eftrades , en fa
» fainte garde. Ecrit à Fontainebleau ce
8 Septembre 1677. Signé LOUIS : Et
plus bas , Arnauld . Et au dos eft écrit , à
M. l'Abbé d'Eftrades , Confeiller en tous
mes Conſeils & mon Ambaſſadeur à Veniſe.
Deux autres Lettres du Roi écrites en
1679. & 1680. à Meffieurs de Varengeville
& de la Haye , fes Ambaffadeurs à
Venife , fur le mêmefujet , n'eurent , comme
on l'a déja dit , aucun fuccès .
2
Cependant peu de temps après l'expe-.
dition de S.Thomé & le retour de M. Ba-
Jon àSurate , qu'une de-fes Lettres fixe au
By 26
rsto MERCURE DE FRANCE
26 d'Août 1675. fa fanté commença d'être
alterée par une attaque de paralyfie; mais
elle ne diminua en rien la fermeté de fon
efprit , & la ferveur de fa pieté , qui alla
toujours en augmentant.
Il fit fon Teftament , dont j'ai une copie
, le 28 Juin 1680. il y donne de nouvelles
preuves de fa Religion, de fa juftice ,
& de fa charité. M. Simon Baron , fon
Frere , Prêtre de l'Oratoire , Prieur de
Beaumont , Diocèfe de Paris , y eft nommé
fon Légataire univerfel , & à fon dé
faut Jean Pierre Baron , fon Neveu , lequel
après l'avoir fuivi aux Indes , étoit
revenu en France , & fervoit dans la Marine.
M. Baron ne fit plus gueres que languir
depuis , & enfin étant tombé dans une
fievre lente fur la fin de l'année 1683. il
mourut le
30 Decembre de la même année
, laiffant tous ceux qui étoient auprès
de lui également touchez , & édifiez , &
tout le pays affligé de fa perte.
Je n'aurois prefque plus rien à vous
dire , Monfieur , fur notre pieux Directéur
, fi M. Darnaud , mon Coufin Germain
, & Parent au même degré que
moi de M. Baron , n'avoit fait depuis fon
décès le voyage de Surate , & rapporté
quelques faits particuliers que vous ne
ferez pas fâché de fçavoir. Voici un petit
Extrait
JUILLET. 1736. 1511
Extrait de deux Lettres que M. Darnaud,
devenu depuis Capitaine de Vaiffeau du
Roi , & commandant les Troupes de la
Marine à Quimper , m'a écrites fur ce fujet
de cette Ville là .
»
» Le feu Roi ayant ordonné en l'année
1700. de faire partir pour les grandes »
Indes deux Vaiffeaux de Guerre , com-
» mandés par le Marquis de Château - Mo-
» 'rant , je fus nommé premier Lieutenant
» pour fervir fur le Vaiffeau du Comman-
» dant , nommé l' Agreable. Nous allâmes
>> droit à Pondichery , où nous reftâmes
» fix femaines. De Pondichery nous allâ
>> 'mes à Goa , & de Goa à Surate , où nous
» arrivâmes la veille de Noel 1700. Nous
» y fejournâmes jufqu'au 20 Fevrier 1701 .
Les Vaiffeaux du Roi furent toujours
mouillez à Souailly " , c'eft une Rade
affurée à trois lieues de Surate. Pour
moi pendant que nos Vaiffeaux y refte-
>> rent je demeurai toujours en cetté Ville, '
» logé dans la maifon de la Compagnie
» & accablé d'honnetetés de la part de
» M. de Pilavoine qui avoit été nommé
» Directeur General , & de tous les autres
» Meffieurs , qui reprefentoient la Com
pagnie , lefquels avoient tous fervi ſous
nôtre Oncle , feu M. Baron . - n
» Ils m'affurerent qu'il eft mort comme
pun Saint après avoir vécu très - chré-
B vj tiennement
1512 MERCURE DE FRANCE
tiennement , & après avoir abſolument
tout donné fur fes derniers jours , juf-
» ques - là qu'un Capucin venant lui de-
» mander quelque chofe , & ne lui reftant
que fa vefte de deffous garnie de bou-
» tons d'or , il prit un canif fur fon Bu-`
" reau , les coupa tous & les lui donna .
» Tout cela m'a été confirmé par plufieurs
Anglois , Hollandois & Portugais qui
» l'avoient fort connu. Auffi fa mémoire
>> eft-elle en grande veneration dans tout
» le Pays , jufques-là que les Habitans na-
» turels du même Pays , quoique les uns
foient Gentils , les autres Mahometans ,
» vont faire des prieres fur fon Tombeau,
» ne pouvant oublier fes bienfaits & fa
» droiture . Ce Tombeau eft fort fimple, fi-
» tué dans le Cimetiere des Catholiques, à
>> un demi quart de lieue de la Ville ; mais
M. de Pilavoine a engagé la Compagnie
» de faire élever deffus un Monument
magnifique pour honorer fa memoire
» enforte qu'il n'attendoit plus que les
» derniers ordres pour y faire travailler
»ayant déja difpofé les chofes pour cela .
» Il me pria même de concourir à l'exe-
>> cution de ce deffein , en lui envoyant
» une Epitaphe qui répondit au fujet , me
» promettant dela faire graver fur le Mo-
≫nument qu'il méditoit. Permettés - moi ,
» mon très-cher Coufin , de me décharger
H
fur
JUILLET . 1730. 1513
>> fur vous de ce foin , j'eftime que vous
➡êtes en état de vous en acquitter , en fa-
>> veur d'un homme qui honore fi fort fa
» Patrie & toute fa Parenté. Je fuis , & c.
M. Baron étant mort fans avoir été
marié , il ne laiffa que des freres & des
neveux. Deux de fes freres font morts
Religieux de l'Obfervance S. François ,
le troifiéme après s'être diftingué dans la
Congrégation de l'Oratoire par fon érudition
& par fon éloquence , eft mort au
commencement de ce fiecle , dans le Prieuré-
Cure de S. Quentin de Boullié , Diocèle
de La Rochelle, que M. de la Vrilliere , Ar
chevêque de Bourges , lui avoit conferé
en qualité d'Abbé de l'Abbaye de Nieüil,
en Poitou . C'eſt le même dont il eft parlé
ci-devant en qualité de Legataire univerfel
du Directeur fon frere. On peut
dire que jamais qualité n'a été plus infructucufe
, malgré les foins qu'il a pris de
faire du moins acquiter la dette de Venife
, & de retirer d'autres effets auffi legitimement
dûs & auffi mal placés.
A l'égard de fes neveux , fils de Pierre
Baron , fon autre frere , mort à Alep , &
de Dame N. de Lieutaud , ils étoient au
nombre de cinq ; fçavoir : Jofeph Baron ,
mort dans fa jeuneffe en 1674. Jean Pierre
Baron , qui après avoir fait le voyage des
Indes étoit entré dans la Marine , mourut
1514 MERCURE DE FRANCE
rut auffi à Marfeille dans un âge peu
avancé en 1684. François Baron entra fort
jeune dans l'Ordre de Malthe ; il ne four
nit pas une longue carriere ; mais il fe fi-.
gnala en plufieurs occafions , entr'autres ›
Torfque la Religion envoya au fecours de
la Morée un Bataillon dont il fut fait Major
, & à la tête duquel il fut bleffé dan--
gereuſement. Le Grand-Maître Raimond
Perellos le confidera particulierement , &
le fit Capitaine d'une Galere . Il mourut à
Malte en l'année Jean Baron entra ^
de bonne heure dans la Congrégation de
l'Oratoire , puis fut Chanoine de l'Eglife.
Collegiale S. Martin de Marſeille , enfuiter
de la Cathedrale , & mourut en 1720.-
dans le tems de la derniere contágion . Et
Jean Baptifte Baron , qui après avoir embraffe
l'Etat Ecclefiaftique entra dans l'Or--
dre de Malte , & eft mort Religieux Prêtre
de cet Ordre , il avoit été pourvû fuccef--
fivement des Offices de Sacriftain de la
Commanderie de' S. Jean de Marſeille ,
& d'Infirmier du Grand Prieuré de Saint
Gilles , & enfin de la Commanderie d'Ef--
pagnac. C'eft , comme je l'ai dit au commencement
de ma Lettre, en marquant le
tems de fa mort , le dernier qui reftoit de
toute cette vertueufe & nombreuſe famille.
Je joins ici une copie de l'Epitaphe de
M.:
JUILLET. 1730. ISTS
M. Baron , qu'on n'a pû refufer à fa mé→
moire , & qui a été envoyée aux Indes .
dans l'intention que vous avez vû cideffus
. Il me refte à vous affurer
fuis veritablement
, Monfieur &c.
que je
A Paris le 10. Mars 1729.
D. O. M.
Sta Viator...
Hic in fpem Refurrectionis quiefcunt offa &
cineres infignis pietate viri D. D. FRANCISCI
BARON Maffilienfis ,
Qui
Poft emenfam Europam , Ægyptum , Paleftinam
, Syriam , ubi fupremum Gallia &
Batavia
Confulatum
Magnificè & fapientiffimè geffit :
In remotiores Afia fines à REGE CHRISTIANISSIMO
foederis cùm Indiarum
Regibus ineundi , ac rei Mercatoria reftanranda
, & providenda caufâ ,
Felicibus aufpiciis miffus.
SURATE maritima Indorum Metropoli
fedem fixit:
Ibi
Ingenii acie , cordis amplitudine , eloquii
Comitate
1516 MERCURE DE FRANCE
comitate , morum candore ; præfertim in miferas
continuâ , ac prodiga charitate apud
Indos indigenas & cæteras utriufque Orbis
Gentes.
Clariffimus evafit
Quijam variis avita virtutis fua monumentis
clarus erat & percelebris
Qui
Ubique Terratum
Religionis tuende , promovenda , ejufque
Miniftros fovendi , fublevandi , piâ femper
& indefeffa motus eft follicitudine.
Quique malè opprefforum præfens femper efficaxque
remedium , de ipfa Venetorum Republica
optimè meritus eft :
Ob Cives & Confulem
Jugifapientia , proprio aere , non reftituto
ab imminentis mortis periculo , durifque vinculis
à Pharaone altera in Egypto paratis,»
felici & infolenti beneficio
Servatos , redemptos , liberatos ,
ANNO M. DC. LVII.
Tandem poft diuturnam divina Legis obfer
vantiam , poft opes effufas , Domum , pios
Libros , ipfas veftes & omnia pauperibus
erogata.
Sufficiente fibi Deo omnia.-
Pie obdormivit in Domino Chriftianus &
calebs Philofophus. Anno Reparat. Salut
Han
JUILLET. 1730. 1517
Hum. M. DCC. LXXXIII. Die XXX .
Decembris
Abi Viator ,
, Et tanto motus Spectaculo Spretis Orientis
falfis opibus , pius imitator thefaurifa tibi
thefauros in coelo.
Hoc munificentia , pietatis , & grati animi
monimentum Illuftr. Gallicorum Indiarum
Negociatorum Coetus Regius Amantiſſ. Directori
fuo , Reftauratori , Patrono & Benefactori.
P. P.
Funebrem Epigraphem J. D. L. R. è forore
Pronepos , ex Oriente Redux , pro publico
& privato luctu.
Mæftiff. condebat Parifiis An. M. DCC .
IV.
Les Armes de M. Baron , telles qu'onles
voit à la Bibliotheque de S. Germain
des Prez , empreintes au bas des Profeffions
de Foi & autres Actes par lui legalifés ,
en qualité de Conful d'Alep font
Ecartelé au 1 & 4. de Sable à deux Chicots
paffes en Sautoir d'Argent ; au 2 & 3. Conpé
de Sable à 3. Canetes d'Argent , & d'Argent
au Cheval de Sable.
Ik
L arriva aux Indes dans la même an
née 1671. après avoir effuyé les fatigues
d'un long & penible voyage , d'abord
par terre en traverfant une partie
des Deferts d'Arabie & de la Perfe , pour
fe rendre à Ormus , dans le Golphe Perfique
, où il s'embarqua fur un Vaiffeau
du Roi qui le conduifit à Surate , Ville
Maritime de l'Indoftan ou des Etats du
Grand Magol.
J'écrirois un volume entier fi j'entreprenois
de fuivre pas à pas nôtre Directeur
, pendant les douze ou treize années
qu'a duré fon Adminiſtration , dans les
principales circonftances ou il a continué
Bij de
1504 MERCURE DE FRANCE
de faire paroître fon zele ardent pour la
Religion , fes égards pour les Miniftres
fa charité fans bornes , fon fidele attachement
au fervice du Roi , dont il a foutenu
hautement la gloire dans plufieurs occafions
,fon application au bien general du
Commerce , & aux interêts de la Compagnie
; je ne finirois point , dis-je , fi je
rapportois tous les faits publics ou particu
liers qui font venus à ma connoiffance par
des Perfonnes refpectables, qui en ont été
les Témoins, où que je trouve dans de fideles
Memoires, & qui font autant de traits
marqués de toutes les vertus qui font le
grand Homme & le parfait Chrétien.
Je me contenterai de rapporter ici ce
qu'il fit paroître de conduite , de courage
& de fermeté , dans une occafion importante
qui fe prefenta , & qu'il ne feroit
pas jufte de paffer fous filence. La Guerre
qui s'étoit allumée en Europe entre la
France & la Hollande dès l'année 1672 .
paffa jufques dans les Indes . Les Hollandois
, puiffans , comme l'on fçait , par leur
Commerce dans cette partie de l'Afie ,
entreprirent en 1674 , le Siege de la Ville
Maritime de S. Thomé , où les François
avoient un Etabliffement confiderable.
M. de la Haye quí y commandoit pour
Roi , & qui ne s'attendoit pas à cette
attaque , defefpera de pouvoir fauver une
le
Place ,
JUI N. 1730. 1505
..
Place , affez dépourvûe ; il demanda du
fecours à M. Baron , qui fit armer à ſes
dépens deux bons Vaiffeaux , chargés de
toutes fortes de Munitions ; fur lefquels
il s'embarqua lui - même & entra dans le
Port de S. Thomé , à la vûe des Ennemis,
dans l'intention de partager avec le Com
mandant la gloire & le peril de cette dés
fenſe .
و
Elle fut longue & vigoureuſe , on y fit ,
furtout du côté des Chefs , des prodiges
de conftance & de valeur. Mais les Ennemis
recevant tous les jours de nouveaux
Renforts les Affiegez fort diminuez
n'ayant prefque plus de Munitions &
toute efperance de ſecours étant d'ail
leurs perdue , on ne put s'empêcher de
capituler. La réputation de M. Baron , fa
prefence & fa fermeté , rendirent les conditions
fort honorables : Voici de quelle
maniere M. Baron y fut fpecialement
compris dans le XII. article du Traité.
J
la » M. Baron , Directeur General pour
» Compagnie Royale dans la Ville de faint
» Thomé, pourra avec tout fon bagage &
» tous fes Domeftiques s'en aller à Surate
» ſur les Vaiffeaux Hollandois qui iront à
» la premiere * Mouffon , & il fera traitté
* Mouffon , mot Arabe qui fignifie temps
préfix , & qu'on donne aux Vents alifex on
#eglez , qui regnent en certaines Saifons.
B iij
avce
1506 MERCURE DE FRANCE
avec toute l'honnêteté dûe à ſon caraċ-
>> rere ; fi mieux il n'aime y aller par terre,
» auquel cas on lui donnera les paffe ports
neceffaires , &c.
Ce Siege qui par l'état de la Place & l'éloignement
des fecours ne devoit pas durer
, fit du bruit dans l'Europe , toutes
les nouvelles publiques en parlerent & en
particulier la Gazette d'Hollande .
J'ai omis de marquer en for lieu , que
M. Baron n'acheva de fortir d'affaires avec
les Marchands du Caire , en les payant de
ce qu'il leur avoit emprunté pour la déli
vrance du Conful & des Marchands de
Venife, que la derniere année de fon Confulat
d'Alep , efperant toujours d'être
remboursé lui - même par le Commerce de
Venife , chargé d'acquitter les dettes de la
Nation , ce qui mit fes affaires particu
lieres en affez mauvais état.
Il lui vint dans l'efprit plufieurs expe
diens pour faire avancer ce rembourfe
ment , qui demandoit ou une preſence
actuelle ou une puiffante protection . Celle
du Pape Innocent X I. lui
parut d'abord
efficace ; il avoit déja l'honneur d'en être
connu par tout ce que j'ai rapporté de
fon zele pour les Prelats , & pour les Miffionnaires
Apoftoliques ; de plus il fe
trouvoit qu'un neveu du Pape , Sénateur
Milan , & fort aimé de S. S. avoit époulé
une
JUILLET . 1730. 1507
•
tine Demoiselle de la Famille des Barons
de Cofme, d'où l'Ayeul de M. Baron étoit
forti pour le retirer à Marſeille , enfuite
de quelques démêlés que cette Famille
avoit eûs avec des Gentilshommes de fes
Parens de l'Etat de Milan . Reut- être , die
M. Baron , dans une de fes Lettres , que
le Papeferoit quelque chofe pour moi ,fij'allois
à Rome avec la permiffion du Roi.
Il paroît cependant qu'il aima mieux
recourir à la protection de S. M. qui eut
la bonté d'écrire trois Lettres confecutives
à trois differens Miniftres , fes Ambaffadeurs
auprès de la République de Veniſe
pour faire rendre juftice à M. Baron : mais
les bontés du Roi n'eurent aucun effet par
les longueurs affectées , les incidens & les
differens prétextes , qui furent mis en
euvre de la part de ceux qui devoient
payer. Je ne rapporterai ici que
la pre
miere de ces Lettres , laquelle fut écrite à
M. l'Abbé d'Eftrades.
M. l'Abbé d'Eftrades , le fieur Baron ,
mon ſujet & Directeur general du Com
»merce de la Compagnie des Indes Orien
» tales établie en mon Royaume , m'a rea
» prefenté que s'étant trouvé au Caire en
»Egypte , en l'année 1657. lorfque le
* La Lettre qui apprend ces circonstancet
eft toute écrite de la main de M. Baron
fignée de lui , les autres ne font que des Copies
Biiij Pacha
4508 MERCURE DE FRANCE
»
» Pacha fit arrêter le Conful de la Repu-
» blique de Veniſe avec quelques autres
» Venitiens & les condamna à la mort ,
» pour avoir , difoit - il , des correfpon-
» dances avec la Ville de Candie , au préjudice
du fervice du Grand Seigneur ,
» ledit fieur Baron à la priere dudit Con-
» ful & de fes Compagnons , s'employa
auprès du Pacha pour leur fauver la vie ,
» & en obtint la grace moyennant la fom-
» me de 14901 liv . qu'il lui donna , partie
» de fes deniers & partie de ceux qu'il em-
» prunta de fes amis , dont il leur a payé
» les interêts plus de 10 ans durant à 24
» pour cent , fuivant l'ufage de la Tur-
» quie , enfuite de quoi le Conful & les
» autres Venitiens delivrez ainfi de la
» mort , promirent audit Sieur Baron de
» lui rendre fon argent dans un an avec
» les interêts, ainfi qu'il eft porté par une
» obligation du 3 Mai 1657. qu'il a entre
» fes mains ; que cependant ils n'y ont
» point fatisfait depuis plus de 20 ans
»fous prétexte de la guerre de Candie &
par l'abfence dudit fieur Baron , qui a
» toujours été employé depuis , tant en la
Charge de Conful d'Alep , qu'en celle de
>> Directeur General aux Indes Orientales ,
» qu'il exerce prefentement; enforte qu'ils
» refuſent de lui faire juftice , ledit fieur
Baron me demandant de lui accorder
•
»
ma
JUILLET. 1730. 1509
ma protection & comme j'eftime d'ailleurs
que non - feulement fa plainte eft
>> jufte , mais que la Republique a quel-
» que forte d'interêt que ceux de fes Su-
»jets , fauvés de la mort par l'affection
» que ledit fieur Baron a eûe pour eux ,
» fatifaffent à leur engagement , je vous
» écris cette Lettre pour vous dire , que
>> mon intention eft que vous faffiez toutes
» les inftances neceffaires auprès du Sénat,
» s'il eft neceffaire , ou aux Magiftrats pardevant
lefquels cette affaire doit fe traitter
, pour faire rendre juftice audit fieur
Baron ; outre que vous protegerez fon
bon droit,vous ferez encore une chofe
qui me fera très-agreable. Et la prefente
» n'étant à autre fin , je prie Dieu qu'il
» vous ait , M. l'Abbé d'Eftrades , en fa
» fainte garde. Ecrit à Fontainebleau ce
8 Septembre 1677. Signé LOUIS : Et
plus bas , Arnauld . Et au dos eft écrit , à
M. l'Abbé d'Eftrades , Confeiller en tous
mes Conſeils & mon Ambaſſadeur à Veniſe.
Deux autres Lettres du Roi écrites en
1679. & 1680. à Meffieurs de Varengeville
& de la Haye , fes Ambaffadeurs à
Venife , fur le mêmefujet , n'eurent , comme
on l'a déja dit , aucun fuccès .
2
Cependant peu de temps après l'expe-.
dition de S.Thomé & le retour de M. Ba-
Jon àSurate , qu'une de-fes Lettres fixe au
By 26
rsto MERCURE DE FRANCE
26 d'Août 1675. fa fanté commença d'être
alterée par une attaque de paralyfie; mais
elle ne diminua en rien la fermeté de fon
efprit , & la ferveur de fa pieté , qui alla
toujours en augmentant.
Il fit fon Teftament , dont j'ai une copie
, le 28 Juin 1680. il y donne de nouvelles
preuves de fa Religion, de fa juftice ,
& de fa charité. M. Simon Baron , fon
Frere , Prêtre de l'Oratoire , Prieur de
Beaumont , Diocèfe de Paris , y eft nommé
fon Légataire univerfel , & à fon dé
faut Jean Pierre Baron , fon Neveu , lequel
après l'avoir fuivi aux Indes , étoit
revenu en France , & fervoit dans la Marine.
M. Baron ne fit plus gueres que languir
depuis , & enfin étant tombé dans une
fievre lente fur la fin de l'année 1683. il
mourut le
30 Decembre de la même année
, laiffant tous ceux qui étoient auprès
de lui également touchez , & édifiez , &
tout le pays affligé de fa perte.
Je n'aurois prefque plus rien à vous
dire , Monfieur , fur notre pieux Directéur
, fi M. Darnaud , mon Coufin Germain
, & Parent au même degré que
moi de M. Baron , n'avoit fait depuis fon
décès le voyage de Surate , & rapporté
quelques faits particuliers que vous ne
ferez pas fâché de fçavoir. Voici un petit
Extrait
JUILLET. 1736. 1511
Extrait de deux Lettres que M. Darnaud,
devenu depuis Capitaine de Vaiffeau du
Roi , & commandant les Troupes de la
Marine à Quimper , m'a écrites fur ce fujet
de cette Ville là .
»
» Le feu Roi ayant ordonné en l'année
1700. de faire partir pour les grandes »
Indes deux Vaiffeaux de Guerre , com-
» mandés par le Marquis de Château - Mo-
» 'rant , je fus nommé premier Lieutenant
» pour fervir fur le Vaiffeau du Comman-
» dant , nommé l' Agreable. Nous allâmes
>> droit à Pondichery , où nous reftâmes
» fix femaines. De Pondichery nous allâ
>> 'mes à Goa , & de Goa à Surate , où nous
» arrivâmes la veille de Noel 1700. Nous
» y fejournâmes jufqu'au 20 Fevrier 1701 .
Les Vaiffeaux du Roi furent toujours
mouillez à Souailly " , c'eft une Rade
affurée à trois lieues de Surate. Pour
moi pendant que nos Vaiffeaux y refte-
>> rent je demeurai toujours en cetté Ville, '
» logé dans la maifon de la Compagnie
» & accablé d'honnetetés de la part de
» M. de Pilavoine qui avoit été nommé
» Directeur General , & de tous les autres
» Meffieurs , qui reprefentoient la Com
pagnie , lefquels avoient tous fervi ſous
nôtre Oncle , feu M. Baron . - n
» Ils m'affurerent qu'il eft mort comme
pun Saint après avoir vécu très - chré-
B vj tiennement
1512 MERCURE DE FRANCE
tiennement , & après avoir abſolument
tout donné fur fes derniers jours , juf-
» ques - là qu'un Capucin venant lui de-
» mander quelque chofe , & ne lui reftant
que fa vefte de deffous garnie de bou-
» tons d'or , il prit un canif fur fon Bu-`
" reau , les coupa tous & les lui donna .
» Tout cela m'a été confirmé par plufieurs
Anglois , Hollandois & Portugais qui
» l'avoient fort connu. Auffi fa mémoire
>> eft-elle en grande veneration dans tout
» le Pays , jufques-là que les Habitans na-
» turels du même Pays , quoique les uns
foient Gentils , les autres Mahometans ,
» vont faire des prieres fur fon Tombeau,
» ne pouvant oublier fes bienfaits & fa
» droiture . Ce Tombeau eft fort fimple, fi-
» tué dans le Cimetiere des Catholiques, à
>> un demi quart de lieue de la Ville ; mais
M. de Pilavoine a engagé la Compagnie
» de faire élever deffus un Monument
magnifique pour honorer fa memoire
» enforte qu'il n'attendoit plus que les
» derniers ordres pour y faire travailler
»ayant déja difpofé les chofes pour cela .
» Il me pria même de concourir à l'exe-
>> cution de ce deffein , en lui envoyant
» une Epitaphe qui répondit au fujet , me
» promettant dela faire graver fur le Mo-
≫nument qu'il méditoit. Permettés - moi ,
» mon très-cher Coufin , de me décharger
H
fur
JUILLET . 1730. 1513
>> fur vous de ce foin , j'eftime que vous
➡êtes en état de vous en acquitter , en fa-
>> veur d'un homme qui honore fi fort fa
» Patrie & toute fa Parenté. Je fuis , & c.
M. Baron étant mort fans avoir été
marié , il ne laiffa que des freres & des
neveux. Deux de fes freres font morts
Religieux de l'Obfervance S. François ,
le troifiéme après s'être diftingué dans la
Congrégation de l'Oratoire par fon érudition
& par fon éloquence , eft mort au
commencement de ce fiecle , dans le Prieuré-
Cure de S. Quentin de Boullié , Diocèle
de La Rochelle, que M. de la Vrilliere , Ar
chevêque de Bourges , lui avoit conferé
en qualité d'Abbé de l'Abbaye de Nieüil,
en Poitou . C'eſt le même dont il eft parlé
ci-devant en qualité de Legataire univerfel
du Directeur fon frere. On peut
dire que jamais qualité n'a été plus infructucufe
, malgré les foins qu'il a pris de
faire du moins acquiter la dette de Venife
, & de retirer d'autres effets auffi legitimement
dûs & auffi mal placés.
A l'égard de fes neveux , fils de Pierre
Baron , fon autre frere , mort à Alep , &
de Dame N. de Lieutaud , ils étoient au
nombre de cinq ; fçavoir : Jofeph Baron ,
mort dans fa jeuneffe en 1674. Jean Pierre
Baron , qui après avoir fait le voyage des
Indes étoit entré dans la Marine , mourut
1514 MERCURE DE FRANCE
rut auffi à Marfeille dans un âge peu
avancé en 1684. François Baron entra fort
jeune dans l'Ordre de Malthe ; il ne four
nit pas une longue carriere ; mais il fe fi-.
gnala en plufieurs occafions , entr'autres ›
Torfque la Religion envoya au fecours de
la Morée un Bataillon dont il fut fait Major
, & à la tête duquel il fut bleffé dan--
gereuſement. Le Grand-Maître Raimond
Perellos le confidera particulierement , &
le fit Capitaine d'une Galere . Il mourut à
Malte en l'année Jean Baron entra ^
de bonne heure dans la Congrégation de
l'Oratoire , puis fut Chanoine de l'Eglife.
Collegiale S. Martin de Marſeille , enfuiter
de la Cathedrale , & mourut en 1720.-
dans le tems de la derniere contágion . Et
Jean Baptifte Baron , qui après avoir embraffe
l'Etat Ecclefiaftique entra dans l'Or--
dre de Malte , & eft mort Religieux Prêtre
de cet Ordre , il avoit été pourvû fuccef--
fivement des Offices de Sacriftain de la
Commanderie de' S. Jean de Marſeille ,
& d'Infirmier du Grand Prieuré de Saint
Gilles , & enfin de la Commanderie d'Ef--
pagnac. C'eft , comme je l'ai dit au commencement
de ma Lettre, en marquant le
tems de fa mort , le dernier qui reftoit de
toute cette vertueufe & nombreuſe famille.
Je joins ici une copie de l'Epitaphe de
M.:
JUILLET. 1730. ISTS
M. Baron , qu'on n'a pû refufer à fa mé→
moire , & qui a été envoyée aux Indes .
dans l'intention que vous avez vû cideffus
. Il me refte à vous affurer
fuis veritablement
, Monfieur &c.
que je
A Paris le 10. Mars 1729.
D. O. M.
Sta Viator...
Hic in fpem Refurrectionis quiefcunt offa &
cineres infignis pietate viri D. D. FRANCISCI
BARON Maffilienfis ,
Qui
Poft emenfam Europam , Ægyptum , Paleftinam
, Syriam , ubi fupremum Gallia &
Batavia
Confulatum
Magnificè & fapientiffimè geffit :
In remotiores Afia fines à REGE CHRISTIANISSIMO
foederis cùm Indiarum
Regibus ineundi , ac rei Mercatoria reftanranda
, & providenda caufâ ,
Felicibus aufpiciis miffus.
SURATE maritima Indorum Metropoli
fedem fixit:
Ibi
Ingenii acie , cordis amplitudine , eloquii
Comitate
1516 MERCURE DE FRANCE
comitate , morum candore ; præfertim in miferas
continuâ , ac prodiga charitate apud
Indos indigenas & cæteras utriufque Orbis
Gentes.
Clariffimus evafit
Quijam variis avita virtutis fua monumentis
clarus erat & percelebris
Qui
Ubique Terratum
Religionis tuende , promovenda , ejufque
Miniftros fovendi , fublevandi , piâ femper
& indefeffa motus eft follicitudine.
Quique malè opprefforum præfens femper efficaxque
remedium , de ipfa Venetorum Republica
optimè meritus eft :
Ob Cives & Confulem
Jugifapientia , proprio aere , non reftituto
ab imminentis mortis periculo , durifque vinculis
à Pharaone altera in Egypto paratis,»
felici & infolenti beneficio
Servatos , redemptos , liberatos ,
ANNO M. DC. LVII.
Tandem poft diuturnam divina Legis obfer
vantiam , poft opes effufas , Domum , pios
Libros , ipfas veftes & omnia pauperibus
erogata.
Sufficiente fibi Deo omnia.-
Pie obdormivit in Domino Chriftianus &
calebs Philofophus. Anno Reparat. Salut
Han
JUILLET. 1730. 1517
Hum. M. DCC. LXXXIII. Die XXX .
Decembris
Abi Viator ,
, Et tanto motus Spectaculo Spretis Orientis
falfis opibus , pius imitator thefaurifa tibi
thefauros in coelo.
Hoc munificentia , pietatis , & grati animi
monimentum Illuftr. Gallicorum Indiarum
Negociatorum Coetus Regius Amantiſſ. Directori
fuo , Reftauratori , Patrono & Benefactori.
P. P.
Funebrem Epigraphem J. D. L. R. è forore
Pronepos , ex Oriente Redux , pro publico
& privato luctu.
Mæftiff. condebat Parifiis An. M. DCC .
IV.
Les Armes de M. Baron , telles qu'onles
voit à la Bibliotheque de S. Germain
des Prez , empreintes au bas des Profeffions
de Foi & autres Actes par lui legalifés ,
en qualité de Conful d'Alep font
Ecartelé au 1 & 4. de Sable à deux Chicots
paffes en Sautoir d'Argent ; au 2 & 3. Conpé
de Sable à 3. Canetes d'Argent , & d'Argent
au Cheval de Sable.
Fermer
Résumé : SUITE de l'Eloge de M. Baron, & c.
Simon Baron arriva aux Indes en 1671 après un long périple terrestre à travers les déserts d'Arabie et de Perse, puis par voie maritime jusqu'à Surate. Il y exerça la fonction de directeur général de la Compagnie des Indes Orientales pendant douze à treize ans, se distinguant par son zèle religieux, sa charité, son attachement au service du roi et son dévouement au commerce et aux intérêts de la Compagnie. En 1674, lors du siège de Saint-Thomé par les Hollandais, Baron arma deux vaisseaux à ses frais pour secourir la ville. Malgré une défense héroïque, Saint-Thomé dut capituler. Baron fut mentionné dans le traité de capitulation, lui permettant de quitter la ville avec ses effets et ses domestiques. Baron tenta également de recouvrer des dettes contractées au Caire pour sauver des Vénitiens condamnés à mort. Il sollicita l'aide du roi Louis XIV, qui écrivit à ses ambassadeurs à Venise pour obtenir justice, mais sans succès. En 1675, Baron fut frappé de paralysie, mais continua à montrer fermeté et piété. Il rédigea son testament en 1680, léguant ses biens à son frère et à son neveu. Il mourut le 30 décembre 1683, laissant une réputation de sainteté et de générosité. Sa mémoire fut honorée par les habitants de Surate, quels que soient leurs croyances. Un monument fut envisagé pour perpétuer son souvenir. Le texte mentionne également la famille de Simon Baron, notamment ses neveux. Joseph Baron mourut jeune en 1674. Jean-Pierre Baron, après un voyage aux Indes et une carrière dans la Marine, décéda à Marseille en 1684. François Baron, entré jeune dans l'Ordre de Malte, fut blessé en Morée et devint Capitaine d'une galère avant de mourir à Malte. Jean Baron fut Chanoine de l'Église Collégiale Saint-Martin de Marseille et de la Cathédrale, décédant en 1720. Jean-Baptiste Baron, après avoir embrassé l'État ecclésiastique et rejoint l'Ordre de Malte, occupa plusieurs offices avant de mourir en tant que Religieux Prêtre. Une épitaphe en latin dédiée à François Baron souligne ses mérites et ses actions, notamment en Égypte et en Asie, et son dévouement à la religion et à l'aide des opprimés.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1395
p. 1521-1538
SUITE de la Letre sur le livre intitulé LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, &c.
Début :
MONSIEUR, Avant que de citer des enfans en vie & à Paris, pour faire voir qu'on [...]
Mots clefs :
A, B, C Français, A, B, C Latin, Études, Méthode, Esprit, Pratique de la langue latine, Cartes à jouer, Parents, Exercice, Progrès
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Letre sur le livre intitulé LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, &c.
SUITE de la Letre fur le livre intitulé
LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS &c.
MONSIEUR ,
>
Avant que de citer des enfans en
vie & à Paris , pour faire voir qu'on
peut les metre de bone heure aux éle
mens des letres , je me flate que vous
me permetrés encore quelques reflexions,
& que les perfones intereffées dans cette
matiere veront ici avec plaifir le fentiment
de l'auteur de la recherche de la
verité. Cet illuftre favant remarque
dans le premier tome,livre deux , chapitre
huit , que les plus jeunes enfans , tour
acablés qu'ils font de fentimens agréa-
»
bles
1522 MERCURE DE FRANCE
23
bles & penibles , ne laiffent pas d'apren
» dre en peu de tems ce que
des perfones.
» avancées en age ne peuvent faire en
beaucoup davantage , come la conoif-
» fance de l'ordre & des raports qui fe .
» trouvent entre tous les mots & toutes
» les chofes qu'ils voient & qu'ils enten-
>> dent : & quoique ces chofes ne dépen-
"dent guere que de la mémoire , cepen-
» dant il paroit affez qu'ils font beaucoup
d'ufage de leur raifon dans la maniere
» dont ils aprenent leur langue .
» Si on tenoit les enfans fans crainte &
» fans défir ; fi on ne leur fefoit point
>>
foufrir ni aprehender de foufrir de la
» douleur ; fi on les éloignoit autant qu'il
» fe peut de leurs petits plaifirs , & qu'ils
» n'en efperaffent point ; on pouroit leur
» aprendre , dès qu'ils fauroient parler ,
» les chofes les plus dificiles & les plus
» abftraites , ou tout au moins les mate-
» matiques fenfibles , la mecanique &
» d'autres choſes ſemblables , qui font ne-
» ceffaires dans la fuite de la vie. Mais ils
» n'ont garde d'apliquer leur efprit à des
» chofes abftraites , lorfqu'ils ont des apre
≫henfions ou des defirs violens des chofes
» fenfibles : ce qu'il eft très- neceffaire de
» bien confiderer ..... Car come un ho-
» me ambitieux qui viendroit de perdre
» ſon bien & ſon honeur , ou qui auroit
été
JUILLET. 1730, 1523
»
» été élevé tout d'un coup à une grande
dignité qu'il n'efperoit pas , ne feroit pas
» en état de réfoudre des queftions de me
> tafifique ou des équations d'algebre; mais
feulement de faire les chofes que la pafufion
prefente lui dicteroit :ainfi les enfans
dans les cerveaus defquels une pome &
» des dragées font des impreffions auffi
profondes; que les charges & les gran-
» deurs en font dans celui d'un home de
» quarante ans , ne font pas en état d'écou-
» ter des verités abftraites qu'on leur en-
» feigne. De forte qu'on peut dire , qu'il
» n'y a rien qui foit fi contraire à l'avance-
» ment des enfans dans les fiences , que
"
les divertiffemens continuels dont on les
» recompenfe , & que les peines dont on
» les punit , & dont on les menace fans
ceffe , & c.
Eft - il dificile après cela de deviner la
caufe de tant de mauvaiſes éducations ,
même parmi la jeune nobleffe pour laquelle
on fait bien de la dépenfe ? Ne feroit-
ce point en general la faute des parens
trop mondains & trop negligens en
fait d'éducation. On ne met pas affés à
profit les premieres anées de leur vie ; on
les neglige d'ordinaire , quoiqu'elles foient
les plus propres à leur éducation , tant à
leur égard qu'à l'égard de ceux qui en
prenent foin. Pour moi je crois qu'on les
laiffe
1524 MERCURE DE FRANCE
laiffe trop lon- tems à la difcretion des
domeftiques ; & ceux-ci pour gagner leurs
bones graces en les amufant , leur font
fuccer avec le lait le premier poifon d'une
mauvaiſe éducation ; ils amufent & foignent
le corps aus dépens de l'efprit & du
coeur, ils rempliffent d'inutilités agréables
la tête de l'enfant , & le difpofent par là à
fe dégoûter enfuite de tous les amuſemens
inftructifs . L'enfant d'un bourgeois , élevé
faute de domeftique par fa mere & par fon
pere , a fouvent le bonheur d'être exent
des vices d'un enfant de qualité livré à des
domeftiques ignorans & vicieux ou à des
ames mercenaires.
-
Chacun voit de quelle importance il
feroit que les parens , les maitres & les domeftiques
, ne rempliffent l'imagination
des enfans que d'images ou d'idées louables
, faines & falutaires ; mais peut - on
atendre cela des parens fans pieté & des
domeftiques fans éducation la plupart
des domeftiques font ils capables de ne
doner que de bones inftructions & de bons
exemples bien loin delà , il y en a qui s'ocupent
à détruire l'ouvrage dont ils ne
font pas les auteurs , & de concert avec
l'enfant,duquel ils menagent l'amitié,font
fouvent aux parens une peinture odieufe
d'un précepteur ou gouverneur , qui quoi,
que d'ailleurs plein de merite & fans autre,
défaut
JUILLET . 1730. 1525″ :
défaut que d'être peu indulgent pour un
valet derangé, fe trouve à la fin forcé à fe
retirer , avec la douleur de voir qu'il ne
lui eft pas même permis de fe plaindre de
l'injure qu'on lui fait. Les parens pour
lors, dignes de tels enfans, aveuglés für les
qualités du corps , lui facrifient celles de
Pame , & augmentent , fans le vouloir , le
nombre des mauvais fujets d'une famille
& d'un royaume. Cela n'arive pas » dans
les familles pieufes , dont les parens , les
» maitres , & les domeftiques , de bone intelligence
,& de concert,s'entretienent volontiers
des vertus chrétienes ; les enfans
» ont un grand avantage pour la pieté ,
» fur ceux qui n'entendent de la bouche
» de leurs parens , ou de leurs domestiques
» que des paroles profanes & fouvent criamineles.
Ceux-ci recueillent de ces con-
>> verfations inconfiderées , les premierės
» idées du monde & du peché ; ceux-là
aucontraire reçoivent les premieres fe
» mences de la vertu par les difcours des
» maitres qui les enfeignent , ou des do-
» meftiques qui les entourent.
Après cette petite digreffion fur la ne
gligence des parens , reprenons notre matiere
, & continuons à faire voir qu'un enfant
de trois ans eft capable des premiers
élemens des letres : on ne doit pas craindre
que les enfans devenus habiles de trop
C bone
1326 MERCURE DE FRANCE
}
bone heure par des études avancées ,foient ,
enfuite à charge aux parens , ni qu'ils
aient le tems d'oublier ce qu'ils favent
avant que de pouvoir embraffer l'état auquel
on les deftine . Raifoner de la forte
ceft n'avoir aucune idée de la perfection
& de la quantité des chofes qu'un honete
home devroit aprendre dans chaque pro- :
feffion: la vie la plus longue eft trop courte
pour le perfectioner dans le moindre des
arts on ne fauroit donc comancer trop
tôt, quand la fanté de l'enfant, & les facultés
des parens le permetent. Je moralifefouvent
fur cette matiere , perfuadé que
la lecture n'en peut jamais être nuifible:
d'ailleurs quoique chaque chofe ait fa def :
tinée hureufe ou malhureufe, independament
de toutes les raifons qu'on pouroit
alleguer, un auteur ne doit jamais fe laffer
de reprefenter celles qui font voir la verité .
& l'utilité de la metode qu'il propofe.
On ne fauroit être trop atentif à la ſanté
des enfans ; mais un enfant de deux à trois
ans eft-il tout-à-fait incapable de reflexion;
ne s'aplique -t-il pas toujours de lui -même.
à quelque chofe ; ne temoigne-t- il pas font
dégoût dès qu'il le fent ? il ne s'agit donc .
que d'étudier l'enfant & de fe conformer
fon gout pour l'inftruire en l'amuſant.
Je demande aux gens d'efprit , énemis des
études , fi l'enfant le plus negligé du coté
des
JUILLET. 1730. 13271
des idées jouit d'une meilleure fanté que
celui qui eft bien cultivé ; & files idées
baffes & comunes d'un fils de crocheteur :
font plus falutaires que les idées nobles &
dignes d'un enfant de qualité . Le danger :
pour la fanté des enfans eft-il dans la quan
tité ou dans la qualité des idées ? quand un
enfant vient au monde , ne devroit- il pas
expirer fur le champ , acablé d'idées , * & ì
de fenfations nouveles ? qu'on laiffe agir
la nature , elle aura foin de l'enfant ; &
l'enfant de fon coté aura foin de nous aver
tir des idées qui l'incomodent: ce ne font
pas proprement les études qui tuent ,
uais l'excès & la maniere ; les études
ont cela de comun avec les plaifirs , qui
enlevent tant d'ignorans à la fleur de leur
age.
de
Que l'on montre à un enfant de deux à
trois ans cent outils de boutique ou cent
objets de cuifine , on ne craint point d'al - i
terer fa fanté : mais s'il furvient quelqu'un .
qui prefente un compas , une regle , un
porte crayon , ou enfin des letres fur des
cartes à jouer ; on ne manquera pas
dire que l'enfant l'enfant eft trop jeune , trop délicat
pour être amufé de pareilles chofes
plus nuifibles à la fanté que la baterie
de cuifine: le pauvre enfant eft livré à
un marmiton , préferablement à une
perfone d'étude . Ce feul mot d'étude
Cij faic
T528 MERCURE DE FRANCE
fait
peur , il
faut
donc
propofer
des
jeux
& de
purs
amufemens
. Je
ne
m'y
opofe
pas
; mais
fi ces
amuſemens
peuvent
être
Inftructifs
, ne
feront
- ils pas
encore
dange
reux
pour
la fanté
de
l'enfant
? il faur
aler
à nouveau
confeil
: j'y
ai été
moi
- même
, &
je pourois
citer
ici
en
faveur
de
la métode
du
bureau
tipografique
l'Efculape
de
notre
fiecle
. Oui
, Monfieur
Chirac
, perfuadé
de
l'utilité
&
du
mérite
de ce
bureau
, en fit
faire
un
pour
M.
de la Valette
, fon
petitfils
; je dois
le
citer
come
un
enfant
mis
de
bone
heure
aux
letres
, &
come
un
enfant
celebre
du
bureau
tipografique
,
Ce
feroit
ici
le veritable
endroit
de
faire
l'éloge
de
ce
jeune
favant
; mais
rempli
d'admiration
, je prendrai
le ton
modefte
que
l'on
a doné
à ce digne
enfant
, élevé
pour
le réel
&
le folide
des
études
, plutôt
que
pour
la parade
&
le brillant
des
letres
fuperficieles
: il loge
au Palais
Royal
avec
M.
Chirac
fon
grand
-pere
, fous
lesïeux
duquel
il fe trouveà
l'âge
de
onze
ans
,
on
état
de
faire
honeur
à fes
maitres
pourle
latin
, le grec
, la
danfe
, la mufique
la geometrie
, la filoſofie
,& les
autres
exer-
τότ
cices.
Dans la rue des foffez de M. le prince,
le petit Goffard, fils d'un marchand tapif
frer , a apris preſque feul , avec le premier
& le fegond caffeau du bureau tipografique,
JUILLET. 1730. 1529
que, les premiers élemens des letres : & fon
pere qui le croyoit trop jeune pour le
metre à la crois de pardieu , a aujourdui
le plaifir de le voir en état d'aler au colege,
à quoi ce pere n'auroit pas penfé fi-tot
fans l'ocafion favorable du bureau tipografique.
J'ai parlé dans le Mercure précedent',
du petit Jean-Filipe Baratier , qui comen
ça à badiner avec les letres de l'ABC,
avant qu'il eût deux ans acomplis : on
peut voir la letre du pere de cet enfant ,
inferée dans le Mercure du mois de Novembre
1727.
J'ai vu par des letres de Montmoreau
en Angoumois , que le fils de M. Durand
favoit lire le latin & le françois à quatre
ans & demi ; & à cet âge- là M. fon pere
lui aïant procuré la traduction interlineai
re de l'abregé de la fable du P. Jouvanci,
il l'aprit bientôt avec un gout & une facilité
furprenante : il en a fait autant à
Pégard des autres livres qu'on lui a donés
à étudier , felon la même pratique ;
il jouit d'une parfaite fanté & étudie avec
plaifir & avec fruit. Ses voifins , dont il
fait l'admiration , font convaincus qu'il
répondra dans la fuite aus foins que prend
pour lui un pere tendre & éclairé , qui
conoit le prix d'une bone éducation , &
qui n'épargne rien pour la procurer à cet
aimable enfant.-
Ciij Il
1530 MERCURE DE FRANCE
Il y a trois ans qu'on publia dans Paris
les merveilles du petit Hernandez del
Valle , admiré à la Cour & à la Vile. Les
Mercures du mois de Juin & du mois
d'Août de l'anée 1727. ont parlé des progrès
furprenans que ce petit Efpagnol
avoit faits dans les langues & dans plufieurs
exercices. Cet enfant jouit d'une
parfaite fanté,& foutient toujours fa répu
tation d'enfant remarquable par fa taille,
par fon âge,& par fon lavoir. Il eſt au colege
de Cluni , avec M. l'Abé du Pleffis
fon digne inftituteur. Ces trois derniers.
exemples font voir combien il eſt avantageux
pour un enfant d'être mis de bone
heure aux élemens des letres , quelque
métode que l'on fuive.
M. Guillot , dans la rue des mauvaiſes.
paroles , a un aimable enfant, dont l'efprit
& la vivacité s'acomodent fort du bureau
tipografique. Bien des parens curieux en
fait d'éducation , feroient ufage d'un fem
blable bureau , s'ils en conoiffoient le mérite
& l'utilité.
Je devrois peut- etre encore citer un exemple
fingulier en faveur d'une métode qui
en peu de leçons, a mis un Savoyard de 20-
ans en état de lire le latin , fans qu'on
puiffe le foubçoner d'aucune fuperiorité
de génie , ni d'aucune difpofition favora
ble
pour
les letres.
Mon
JUILLET. 1730. 1531
8
Monfieur Chompré , maître de penfion
, dans la rue des Carmes , aïant vu les
grans progrès de l'exercice du bureau tipografique
, n'a pas négligé de s'en doner
un pour accelerer les premieres études des
enfans, à l'inftruction deſquels il s'aplique
fort. Je dois encore ajouter ici une reffexion
en faveur des perfones toujours alatmées
,au fujet de la fanté & de la taille dés
enfans; c'est que l'exercice du bureau tipografique,
bien loin de les expofer à etre
malades , & à refter nains & noués faute
d'action , les entretient au contraire dans
une bone fanté, diffipe peu à peu l'humeur
noüeufe qui les empeche de croitre , &
leur alonge le corps , les bras , & les jambes
, dans la neceffité où ils font de pren
dre & de remetre les cartes aus plus hauts
caffetins du bureau tipografique.
Aïant doné dans le Mercure precedent
la divifion de l'ouvrage intitulé : la Bibliotèque
des enfans , & des deux premieres
parties du livre de l'enfant , il me reste à
doner le plan des trois autres parties dont
on pouroit fe paller pour aprendre fimplement
à lire , ces trois dernieres parties
n'etant que pour perfectioner ce que l'on
a apris dans les deux premieres , pour doner
des idées generales de toutes chofes ,
& pour tiver les enfans de la grande igno-
Ciiij rance
1532 MERCURE DE FRANCE
rance où on les laiffe même pendant leurs
études .
pour
La troifiéme partie du livre de l'enfant,
la lecture du latin , contient en cent
& quelques pages des compilations en
profe & en vers , favoir de petits extraits
des Sentences , des maximes de la Bible ,
des penſées de l'Imitation deJ.C. & d'une
vintaine d'auteurs celebres en proſe ; &
enfuite un choix de toute efpece de vers
latins extraits d'une vintaine de poëtes.
La quatrième partie contient en deux
cens & tant de pages , pour la lecture du
françois en profe, un extrait moral de l'Ecriture
fainte , les premiers principes , &
les axiomes des arts & des fiences ; plufieurs
extraits de livres moraus , concernant
Peducation des enfans , de petits
recueils hiftoriques , chronologiques , &
des fuites ou des liftes généalogiques, géografiques
& bibliografiques , avec des leçons
de lecture variées ; & environ cent
pages pour la lecture des vers dont les rimes
donent & prouvent la vraie dénomination
des fons & des letres de la langue
françoife ; ou pour la compilation des
exemples de toute forte de vers , depuis
les vers compofés d'une filabe jufques à
ceux de trèſe & de quatorfe filabes ; & des
exemples de toute efpece de petit poëme
par
JUILLET. 1730. 1533
M
+
•
par raport au nombre de vers de chaque
pièce , ou par raport à l'efpece & à la nature
du poëme , ce qui done trois fortes
de lecture en vers, ſavoir pour le nom
bre des filabes , le nombre des vérs , & la
nature du poëme.
La cinquième partie contient en qua
Fante pages une introduction à la gramaire
françoife , & enfuite les rudimens pratiques
de la langue latine en cent: & tant
de petites cartes à jouer , & cent & tant de
pages pour la pratique des parties d'orai
fon indeclinables , declinables , ou conju
gables ; & pour la pratique des concor
dances , des cas des noms , de la fintaxe
des particules ; & le refte pour la nomen
clature des mots en foixante-dix- fept articles
, ce qui fera expliqué dans la cinquieme
partie du livre du maitre, & dans
les reflexionss preliminaires du rudiment
pratique de la langue latine.
En atendant que l'auteur de LA BIBLIOTEQUE
DES ENFANS faffe imprimer fon ouvrage
, il a fait graver le plan des bureaux
tipografiques , fous le même titre de Biblioteque
des enfans .--
Le premier bureau , apelé abecediques
pour l'ufage d'un enfant de deux à trois
ans , n'eft qu'une table come celles où les
comis de la Pofte rangent les letres miffi
ves; on montre à l'enfant la maniere de
Cv ranger
7534 MERCURE DE FRANCE
ranger chaque carte vis à vis de la letre /
qui répond à celle de la carte ; mais quand
Penfant conoit bien les letres & les cartes.
de la caffete abecedique , on lui done un
caffeau de deux rangées de logetes , & c'eſt
là le bureau latin , ou le premier bureau tipografique
avec lequel un enfant aprend
imprimer & à compofer, felon le fifteme
des letres, ce qu'on lui done fur des cartes
à jouer ; de ce bureau latin il paffe à la
conoiffance & à la pratique du bureau latin-
françois , compofé de deux autres
rangées de logetes ; & pour lors l'enfant
eft mis en poffeffion d'une imprimerie en
colombier , plus comode , plus inftructive
& plus raifonée l'enfant que
pour
le des imprimeurs ordinaires , puifqu'au
fifteme des letres on ajoûte celui des fons
de la langue françoife , & qu'un enfant de
quatre à cinq ans aprend pour lors en badinant
, ce que bien des favans ignorent
toute leur vie:
cel-
Du bureau françois- latin on paffe au
caffeau du rudiment pratique de la langue
latine , compofé auffi de foixante logetes
en deux rangées de trente caffetins
chacune. On peut doner à l'enfant tout
d'un coup ou féparement ces trois caffeaux
de claffe diferente ; mais je penfe
qu'il feroit mieux de faire faire tout d'un
pems le bureau complet de fix rangées de:
trente
JUILLET. 1730. 153
trente caffetins chacune quatre pour l'im
primerie du latin & du françois , & deux
pour le rudimant pratique ; on épargnerà
par là le bois & la façon , en couvrant
d'une houffe les rangées fuperieures dont
Fenfant n'aura pas d'abord l'ufage , ce
voile piquera fa curiofité & lui donera de
l'impatience pour l'ufage des autres ran
gées.
Il y a encore une autre raison qui dé
termine à faire tout d'un tems le bureau
complet ; c'eft que par là on gagne l'épaif
feur de deux planches , & que le bureau
étant moins haut , il fe trouve plus à portée
de la main de l'enfant.
L'imprimerie aïant fait travailler l'enfant
fur le rudiment pratique , on fonge
enfuite au dictionaire de fix rangées de ce-
·lules , dans lesquelles on met les cartes ou
les mots des themes de l'enfant , à meſure
qu'il en a befoin ; de forte qu'on peut dire
que l'enfint fe forme & fe familiarife.
avec le dictionaire. Ceux qui prendront
Ta peine d'aler voir quelque enfant travail-
Ter à fon bureau , feront d'abord convain-
'cus de l'utilité d'un tel meuble , pour un
enfant déja éxercé aux jeus abecediques
de la caffete , par où l'on doit commencer
l'exercice des premiers elemens des
letres.
Je crois pouvoir dire avant que de fi-
Cvj
nir
J
1336 MERCURE DE FRANCE
nir cete letre , qu'on doit regarder come
fufpectes les metodes mifterieufes &
hieroglifiques qui anoncent & prometent
des miracles , ou des chofes au delà
des forces de l'efprit humain:une bone
metode exige la franchiſe & la genero
fité qu'infpire l'amour du bien public &
de la verité. Voilà les fentimens de l'aur
teur de la Biblioteque des enfans : il ne
parle que de pratique , & d'experiences ..
journalieres , réiterées au grand jour. L'incredulité
du public n'eft pas fans fondement
; on voit tant de charlatans , de . vifonaires
, & d'impofteurs de toute claffe ;
qu'il y auroit de la foibleffe , de l'impru
dence & même de la folie ,à les croire tous
*fur leur parole .
Les curieux qui fouhaiteront d'avoir
des A B C fur cuivre , ou des letres à
jour pour en imprimer fur des cartes ',
pouront s'adreffer au S le Comte , Marchand
fripier , rue Jacob , à la porte de la
Charité , il eft tres ingénieux & acomodant,
aïant le talent d'imiter parfaitement
les grans & les petits caracteres de toutes
les langues mortes & vivantes ; pourvu
qu'on lui dones les modeles de la gran--
deur ou du corps des letres..
Avec des A B C fur cuivre ou à jour ,
on peut ocuper utilement un domeftique
& le metre en état de travailler avec l'enefing
s
JUILLET. 1730. 1537
fant ; car l'exercice du bureau tipografique
eft très-aifé : il ne faut que des feux
pour voir les letres & des mains pour lès
tirer des logetes & les ranger fur la table,
come on le peut voir dans l'exemple doné
au bas de la planche gravée pour la Biblioteque
des enfans. Il ne faut pas , au refté,
s'imaginer que ce bureau foit inutile pour
les jeunes petites filles : au contraire , ellés
y trouveront l'utilité de l'ortografe &
du rudiment de la langue , que la plupart
ignorent toute leur vie. Le fifteme
des fons de la langue françoife eft le plus
propre pour inftruire les jeunes Demoifelles
, & l'exercice du bureau tipografi--
que enfeignant toutes les ortografes , met
d'abord en état de difcerner & de choifir :
la meilleure pour une jeune perfone.
M. & Mme Hervé , auprès de la poſté ,
témoins des progrès furprenans de l'exercice
du bureau tipografique , en ont fait
faire un de quatre rangées de logetes pour
Mile Hervé leur fille.
t
,
Ceux qui voudront faire l'effai du bu--
reau tipografique prendront la peine de
s'adreffer au Sr Hanot , me menuifier
rue des Cordeliers , vis à vis le gros raifin
, qui en a déja fait , & au S¹ Barbo ,
à la petite place du cu de fac montagne
fainte Genevieve , me menuifier , qui fait
les caffes & les caffeaux des imprimeurs .
Une
1538 MERCURE DE FRANCE
Une carte à jouer reglera les dimenfions
des logetes & du bureau. Les curieux qui
en fouhaiteront de plus propres & de plus
riches ceux d'un menuifier les comanque
deront à quelque ebenifte , en lui donant
la meſure de l'endroit où l'on voudra les
placer ; parcequ'enfuite on fera rogner des
cartes de la grandeur des logeres ou des
caffetins. A l'égard de l'inftruction neceffaire
pour la garniture , l'ufage ou la pratique
de ce bureau , l'auteur de la Biblioteque
des enfans qui en eft l'inventeur, fe
fera toujours un plaifir d'en prendre la
direction , & d'indiquer les maitres qu'il
a mis au fait de l'ingenieux fifteme du bureau
tipografique . Je fuis & c.
LA BIBLIOTEQUE DES ENFANS &c.
MONSIEUR ,
>
Avant que de citer des enfans en
vie & à Paris , pour faire voir qu'on
peut les metre de bone heure aux éle
mens des letres , je me flate que vous
me permetrés encore quelques reflexions,
& que les perfones intereffées dans cette
matiere veront ici avec plaifir le fentiment
de l'auteur de la recherche de la
verité. Cet illuftre favant remarque
dans le premier tome,livre deux , chapitre
huit , que les plus jeunes enfans , tour
acablés qu'ils font de fentimens agréa-
»
bles
1522 MERCURE DE FRANCE
23
bles & penibles , ne laiffent pas d'apren
» dre en peu de tems ce que
des perfones.
» avancées en age ne peuvent faire en
beaucoup davantage , come la conoif-
» fance de l'ordre & des raports qui fe .
» trouvent entre tous les mots & toutes
» les chofes qu'ils voient & qu'ils enten-
>> dent : & quoique ces chofes ne dépen-
"dent guere que de la mémoire , cepen-
» dant il paroit affez qu'ils font beaucoup
d'ufage de leur raifon dans la maniere
» dont ils aprenent leur langue .
» Si on tenoit les enfans fans crainte &
» fans défir ; fi on ne leur fefoit point
>>
foufrir ni aprehender de foufrir de la
» douleur ; fi on les éloignoit autant qu'il
» fe peut de leurs petits plaifirs , & qu'ils
» n'en efperaffent point ; on pouroit leur
» aprendre , dès qu'ils fauroient parler ,
» les chofes les plus dificiles & les plus
» abftraites , ou tout au moins les mate-
» matiques fenfibles , la mecanique &
» d'autres choſes ſemblables , qui font ne-
» ceffaires dans la fuite de la vie. Mais ils
» n'ont garde d'apliquer leur efprit à des
» chofes abftraites , lorfqu'ils ont des apre
≫henfions ou des defirs violens des chofes
» fenfibles : ce qu'il eft très- neceffaire de
» bien confiderer ..... Car come un ho-
» me ambitieux qui viendroit de perdre
» ſon bien & ſon honeur , ou qui auroit
été
JUILLET. 1730, 1523
»
» été élevé tout d'un coup à une grande
dignité qu'il n'efperoit pas , ne feroit pas
» en état de réfoudre des queftions de me
> tafifique ou des équations d'algebre; mais
feulement de faire les chofes que la pafufion
prefente lui dicteroit :ainfi les enfans
dans les cerveaus defquels une pome &
» des dragées font des impreffions auffi
profondes; que les charges & les gran-
» deurs en font dans celui d'un home de
» quarante ans , ne font pas en état d'écou-
» ter des verités abftraites qu'on leur en-
» feigne. De forte qu'on peut dire , qu'il
» n'y a rien qui foit fi contraire à l'avance-
» ment des enfans dans les fiences , que
"
les divertiffemens continuels dont on les
» recompenfe , & que les peines dont on
» les punit , & dont on les menace fans
ceffe , & c.
Eft - il dificile après cela de deviner la
caufe de tant de mauvaiſes éducations ,
même parmi la jeune nobleffe pour laquelle
on fait bien de la dépenfe ? Ne feroit-
ce point en general la faute des parens
trop mondains & trop negligens en
fait d'éducation. On ne met pas affés à
profit les premieres anées de leur vie ; on
les neglige d'ordinaire , quoiqu'elles foient
les plus propres à leur éducation , tant à
leur égard qu'à l'égard de ceux qui en
prenent foin. Pour moi je crois qu'on les
laiffe
1524 MERCURE DE FRANCE
laiffe trop lon- tems à la difcretion des
domeftiques ; & ceux-ci pour gagner leurs
bones graces en les amufant , leur font
fuccer avec le lait le premier poifon d'une
mauvaiſe éducation ; ils amufent & foignent
le corps aus dépens de l'efprit & du
coeur, ils rempliffent d'inutilités agréables
la tête de l'enfant , & le difpofent par là à
fe dégoûter enfuite de tous les amuſemens
inftructifs . L'enfant d'un bourgeois , élevé
faute de domeftique par fa mere & par fon
pere , a fouvent le bonheur d'être exent
des vices d'un enfant de qualité livré à des
domeftiques ignorans & vicieux ou à des
ames mercenaires.
-
Chacun voit de quelle importance il
feroit que les parens , les maitres & les domeftiques
, ne rempliffent l'imagination
des enfans que d'images ou d'idées louables
, faines & falutaires ; mais peut - on
atendre cela des parens fans pieté & des
domeftiques fans éducation la plupart
des domeftiques font ils capables de ne
doner que de bones inftructions & de bons
exemples bien loin delà , il y en a qui s'ocupent
à détruire l'ouvrage dont ils ne
font pas les auteurs , & de concert avec
l'enfant,duquel ils menagent l'amitié,font
fouvent aux parens une peinture odieufe
d'un précepteur ou gouverneur , qui quoi,
que d'ailleurs plein de merite & fans autre,
défaut
JUILLET . 1730. 1525″ :
défaut que d'être peu indulgent pour un
valet derangé, fe trouve à la fin forcé à fe
retirer , avec la douleur de voir qu'il ne
lui eft pas même permis de fe plaindre de
l'injure qu'on lui fait. Les parens pour
lors, dignes de tels enfans, aveuglés für les
qualités du corps , lui facrifient celles de
Pame , & augmentent , fans le vouloir , le
nombre des mauvais fujets d'une famille
& d'un royaume. Cela n'arive pas » dans
les familles pieufes , dont les parens , les
» maitres , & les domeftiques , de bone intelligence
,& de concert,s'entretienent volontiers
des vertus chrétienes ; les enfans
» ont un grand avantage pour la pieté ,
» fur ceux qui n'entendent de la bouche
» de leurs parens , ou de leurs domestiques
» que des paroles profanes & fouvent criamineles.
Ceux-ci recueillent de ces con-
>> verfations inconfiderées , les premierės
» idées du monde & du peché ; ceux-là
aucontraire reçoivent les premieres fe
» mences de la vertu par les difcours des
» maitres qui les enfeignent , ou des do-
» meftiques qui les entourent.
Après cette petite digreffion fur la ne
gligence des parens , reprenons notre matiere
, & continuons à faire voir qu'un enfant
de trois ans eft capable des premiers
élemens des letres : on ne doit pas craindre
que les enfans devenus habiles de trop
C bone
1326 MERCURE DE FRANCE
}
bone heure par des études avancées ,foient ,
enfuite à charge aux parens , ni qu'ils
aient le tems d'oublier ce qu'ils favent
avant que de pouvoir embraffer l'état auquel
on les deftine . Raifoner de la forte
ceft n'avoir aucune idée de la perfection
& de la quantité des chofes qu'un honete
home devroit aprendre dans chaque pro- :
feffion: la vie la plus longue eft trop courte
pour le perfectioner dans le moindre des
arts on ne fauroit donc comancer trop
tôt, quand la fanté de l'enfant, & les facultés
des parens le permetent. Je moralifefouvent
fur cette matiere , perfuadé que
la lecture n'en peut jamais être nuifible:
d'ailleurs quoique chaque chofe ait fa def :
tinée hureufe ou malhureufe, independament
de toutes les raifons qu'on pouroit
alleguer, un auteur ne doit jamais fe laffer
de reprefenter celles qui font voir la verité .
& l'utilité de la metode qu'il propofe.
On ne fauroit être trop atentif à la ſanté
des enfans ; mais un enfant de deux à trois
ans eft-il tout-à-fait incapable de reflexion;
ne s'aplique -t-il pas toujours de lui -même.
à quelque chofe ; ne temoigne-t- il pas font
dégoût dès qu'il le fent ? il ne s'agit donc .
que d'étudier l'enfant & de fe conformer
fon gout pour l'inftruire en l'amuſant.
Je demande aux gens d'efprit , énemis des
études , fi l'enfant le plus negligé du coté
des
JUILLET. 1730. 13271
des idées jouit d'une meilleure fanté que
celui qui eft bien cultivé ; & files idées
baffes & comunes d'un fils de crocheteur :
font plus falutaires que les idées nobles &
dignes d'un enfant de qualité . Le danger :
pour la fanté des enfans eft-il dans la quan
tité ou dans la qualité des idées ? quand un
enfant vient au monde , ne devroit- il pas
expirer fur le champ , acablé d'idées , * & ì
de fenfations nouveles ? qu'on laiffe agir
la nature , elle aura foin de l'enfant ; &
l'enfant de fon coté aura foin de nous aver
tir des idées qui l'incomodent: ce ne font
pas proprement les études qui tuent ,
uais l'excès & la maniere ; les études
ont cela de comun avec les plaifirs , qui
enlevent tant d'ignorans à la fleur de leur
age.
de
Que l'on montre à un enfant de deux à
trois ans cent outils de boutique ou cent
objets de cuifine , on ne craint point d'al - i
terer fa fanté : mais s'il furvient quelqu'un .
qui prefente un compas , une regle , un
porte crayon , ou enfin des letres fur des
cartes à jouer ; on ne manquera pas
dire que l'enfant l'enfant eft trop jeune , trop délicat
pour être amufé de pareilles chofes
plus nuifibles à la fanté que la baterie
de cuifine: le pauvre enfant eft livré à
un marmiton , préferablement à une
perfone d'étude . Ce feul mot d'étude
Cij faic
T528 MERCURE DE FRANCE
fait
peur , il
faut
donc
propofer
des
jeux
& de
purs
amufemens
. Je
ne
m'y
opofe
pas
; mais
fi ces
amuſemens
peuvent
être
Inftructifs
, ne
feront
- ils pas
encore
dange
reux
pour
la fanté
de
l'enfant
? il faur
aler
à nouveau
confeil
: j'y
ai été
moi
- même
, &
je pourois
citer
ici
en
faveur
de
la métode
du
bureau
tipografique
l'Efculape
de
notre
fiecle
. Oui
, Monfieur
Chirac
, perfuadé
de
l'utilité
&
du
mérite
de ce
bureau
, en fit
faire
un
pour
M.
de la Valette
, fon
petitfils
; je dois
le
citer
come
un
enfant
mis
de
bone
heure
aux
letres
, &
come
un
enfant
celebre
du
bureau
tipografique
,
Ce
feroit
ici
le veritable
endroit
de
faire
l'éloge
de
ce
jeune
favant
; mais
rempli
d'admiration
, je prendrai
le ton
modefte
que
l'on
a doné
à ce digne
enfant
, élevé
pour
le réel
&
le folide
des
études
, plutôt
que
pour
la parade
&
le brillant
des
letres
fuperficieles
: il loge
au Palais
Royal
avec
M.
Chirac
fon
grand
-pere
, fous
lesïeux
duquel
il fe trouveà
l'âge
de
onze
ans
,
on
état
de
faire
honeur
à fes
maitres
pourle
latin
, le grec
, la
danfe
, la mufique
la geometrie
, la filoſofie
,& les
autres
exer-
τότ
cices.
Dans la rue des foffez de M. le prince,
le petit Goffard, fils d'un marchand tapif
frer , a apris preſque feul , avec le premier
& le fegond caffeau du bureau tipografique,
JUILLET. 1730. 1529
que, les premiers élemens des letres : & fon
pere qui le croyoit trop jeune pour le
metre à la crois de pardieu , a aujourdui
le plaifir de le voir en état d'aler au colege,
à quoi ce pere n'auroit pas penfé fi-tot
fans l'ocafion favorable du bureau tipografique.
J'ai parlé dans le Mercure précedent',
du petit Jean-Filipe Baratier , qui comen
ça à badiner avec les letres de l'ABC,
avant qu'il eût deux ans acomplis : on
peut voir la letre du pere de cet enfant ,
inferée dans le Mercure du mois de Novembre
1727.
J'ai vu par des letres de Montmoreau
en Angoumois , que le fils de M. Durand
favoit lire le latin & le françois à quatre
ans & demi ; & à cet âge- là M. fon pere
lui aïant procuré la traduction interlineai
re de l'abregé de la fable du P. Jouvanci,
il l'aprit bientôt avec un gout & une facilité
furprenante : il en a fait autant à
Pégard des autres livres qu'on lui a donés
à étudier , felon la même pratique ;
il jouit d'une parfaite fanté & étudie avec
plaifir & avec fruit. Ses voifins , dont il
fait l'admiration , font convaincus qu'il
répondra dans la fuite aus foins que prend
pour lui un pere tendre & éclairé , qui
conoit le prix d'une bone éducation , &
qui n'épargne rien pour la procurer à cet
aimable enfant.-
Ciij Il
1530 MERCURE DE FRANCE
Il y a trois ans qu'on publia dans Paris
les merveilles du petit Hernandez del
Valle , admiré à la Cour & à la Vile. Les
Mercures du mois de Juin & du mois
d'Août de l'anée 1727. ont parlé des progrès
furprenans que ce petit Efpagnol
avoit faits dans les langues & dans plufieurs
exercices. Cet enfant jouit d'une
parfaite fanté,& foutient toujours fa répu
tation d'enfant remarquable par fa taille,
par fon âge,& par fon lavoir. Il eſt au colege
de Cluni , avec M. l'Abé du Pleffis
fon digne inftituteur. Ces trois derniers.
exemples font voir combien il eſt avantageux
pour un enfant d'être mis de bone
heure aux élemens des letres , quelque
métode que l'on fuive.
M. Guillot , dans la rue des mauvaiſes.
paroles , a un aimable enfant, dont l'efprit
& la vivacité s'acomodent fort du bureau
tipografique. Bien des parens curieux en
fait d'éducation , feroient ufage d'un fem
blable bureau , s'ils en conoiffoient le mérite
& l'utilité.
Je devrois peut- etre encore citer un exemple
fingulier en faveur d'une métode qui
en peu de leçons, a mis un Savoyard de 20-
ans en état de lire le latin , fans qu'on
puiffe le foubçoner d'aucune fuperiorité
de génie , ni d'aucune difpofition favora
ble
pour
les letres.
Mon
JUILLET. 1730. 1531
8
Monfieur Chompré , maître de penfion
, dans la rue des Carmes , aïant vu les
grans progrès de l'exercice du bureau tipografique
, n'a pas négligé de s'en doner
un pour accelerer les premieres études des
enfans, à l'inftruction deſquels il s'aplique
fort. Je dois encore ajouter ici une reffexion
en faveur des perfones toujours alatmées
,au fujet de la fanté & de la taille dés
enfans; c'est que l'exercice du bureau tipografique,
bien loin de les expofer à etre
malades , & à refter nains & noués faute
d'action , les entretient au contraire dans
une bone fanté, diffipe peu à peu l'humeur
noüeufe qui les empeche de croitre , &
leur alonge le corps , les bras , & les jambes
, dans la neceffité où ils font de pren
dre & de remetre les cartes aus plus hauts
caffetins du bureau tipografique.
Aïant doné dans le Mercure precedent
la divifion de l'ouvrage intitulé : la Bibliotèque
des enfans , & des deux premieres
parties du livre de l'enfant , il me reste à
doner le plan des trois autres parties dont
on pouroit fe paller pour aprendre fimplement
à lire , ces trois dernieres parties
n'etant que pour perfectioner ce que l'on
a apris dans les deux premieres , pour doner
des idées generales de toutes chofes ,
& pour tiver les enfans de la grande igno-
Ciiij rance
1532 MERCURE DE FRANCE
rance où on les laiffe même pendant leurs
études .
pour
La troifiéme partie du livre de l'enfant,
la lecture du latin , contient en cent
& quelques pages des compilations en
profe & en vers , favoir de petits extraits
des Sentences , des maximes de la Bible ,
des penſées de l'Imitation deJ.C. & d'une
vintaine d'auteurs celebres en proſe ; &
enfuite un choix de toute efpece de vers
latins extraits d'une vintaine de poëtes.
La quatrième partie contient en deux
cens & tant de pages , pour la lecture du
françois en profe, un extrait moral de l'Ecriture
fainte , les premiers principes , &
les axiomes des arts & des fiences ; plufieurs
extraits de livres moraus , concernant
Peducation des enfans , de petits
recueils hiftoriques , chronologiques , &
des fuites ou des liftes généalogiques, géografiques
& bibliografiques , avec des leçons
de lecture variées ; & environ cent
pages pour la lecture des vers dont les rimes
donent & prouvent la vraie dénomination
des fons & des letres de la langue
françoife ; ou pour la compilation des
exemples de toute forte de vers , depuis
les vers compofés d'une filabe jufques à
ceux de trèſe & de quatorfe filabes ; & des
exemples de toute efpece de petit poëme
par
JUILLET. 1730. 1533
M
+
•
par raport au nombre de vers de chaque
pièce , ou par raport à l'efpece & à la nature
du poëme , ce qui done trois fortes
de lecture en vers, ſavoir pour le nom
bre des filabes , le nombre des vérs , & la
nature du poëme.
La cinquième partie contient en qua
Fante pages une introduction à la gramaire
françoife , & enfuite les rudimens pratiques
de la langue latine en cent: & tant
de petites cartes à jouer , & cent & tant de
pages pour la pratique des parties d'orai
fon indeclinables , declinables , ou conju
gables ; & pour la pratique des concor
dances , des cas des noms , de la fintaxe
des particules ; & le refte pour la nomen
clature des mots en foixante-dix- fept articles
, ce qui fera expliqué dans la cinquieme
partie du livre du maitre, & dans
les reflexionss preliminaires du rudiment
pratique de la langue latine.
En atendant que l'auteur de LA BIBLIOTEQUE
DES ENFANS faffe imprimer fon ouvrage
, il a fait graver le plan des bureaux
tipografiques , fous le même titre de Biblioteque
des enfans .--
Le premier bureau , apelé abecediques
pour l'ufage d'un enfant de deux à trois
ans , n'eft qu'une table come celles où les
comis de la Pofte rangent les letres miffi
ves; on montre à l'enfant la maniere de
Cv ranger
7534 MERCURE DE FRANCE
ranger chaque carte vis à vis de la letre /
qui répond à celle de la carte ; mais quand
Penfant conoit bien les letres & les cartes.
de la caffete abecedique , on lui done un
caffeau de deux rangées de logetes , & c'eſt
là le bureau latin , ou le premier bureau tipografique
avec lequel un enfant aprend
imprimer & à compofer, felon le fifteme
des letres, ce qu'on lui done fur des cartes
à jouer ; de ce bureau latin il paffe à la
conoiffance & à la pratique du bureau latin-
françois , compofé de deux autres
rangées de logetes ; & pour lors l'enfant
eft mis en poffeffion d'une imprimerie en
colombier , plus comode , plus inftructive
& plus raifonée l'enfant que
pour
le des imprimeurs ordinaires , puifqu'au
fifteme des letres on ajoûte celui des fons
de la langue françoife , & qu'un enfant de
quatre à cinq ans aprend pour lors en badinant
, ce que bien des favans ignorent
toute leur vie:
cel-
Du bureau françois- latin on paffe au
caffeau du rudiment pratique de la langue
latine , compofé auffi de foixante logetes
en deux rangées de trente caffetins
chacune. On peut doner à l'enfant tout
d'un coup ou féparement ces trois caffeaux
de claffe diferente ; mais je penfe
qu'il feroit mieux de faire faire tout d'un
pems le bureau complet de fix rangées de:
trente
JUILLET. 1730. 153
trente caffetins chacune quatre pour l'im
primerie du latin & du françois , & deux
pour le rudimant pratique ; on épargnerà
par là le bois & la façon , en couvrant
d'une houffe les rangées fuperieures dont
Fenfant n'aura pas d'abord l'ufage , ce
voile piquera fa curiofité & lui donera de
l'impatience pour l'ufage des autres ran
gées.
Il y a encore une autre raison qui dé
termine à faire tout d'un tems le bureau
complet ; c'eft que par là on gagne l'épaif
feur de deux planches , & que le bureau
étant moins haut , il fe trouve plus à portée
de la main de l'enfant.
L'imprimerie aïant fait travailler l'enfant
fur le rudiment pratique , on fonge
enfuite au dictionaire de fix rangées de ce-
·lules , dans lesquelles on met les cartes ou
les mots des themes de l'enfant , à meſure
qu'il en a befoin ; de forte qu'on peut dire
que l'enfint fe forme & fe familiarife.
avec le dictionaire. Ceux qui prendront
Ta peine d'aler voir quelque enfant travail-
Ter à fon bureau , feront d'abord convain-
'cus de l'utilité d'un tel meuble , pour un
enfant déja éxercé aux jeus abecediques
de la caffete , par où l'on doit commencer
l'exercice des premiers elemens des
letres.
Je crois pouvoir dire avant que de fi-
Cvj
nir
J
1336 MERCURE DE FRANCE
nir cete letre , qu'on doit regarder come
fufpectes les metodes mifterieufes &
hieroglifiques qui anoncent & prometent
des miracles , ou des chofes au delà
des forces de l'efprit humain:une bone
metode exige la franchiſe & la genero
fité qu'infpire l'amour du bien public &
de la verité. Voilà les fentimens de l'aur
teur de la Biblioteque des enfans : il ne
parle que de pratique , & d'experiences ..
journalieres , réiterées au grand jour. L'incredulité
du public n'eft pas fans fondement
; on voit tant de charlatans , de . vifonaires
, & d'impofteurs de toute claffe ;
qu'il y auroit de la foibleffe , de l'impru
dence & même de la folie ,à les croire tous
*fur leur parole .
Les curieux qui fouhaiteront d'avoir
des A B C fur cuivre , ou des letres à
jour pour en imprimer fur des cartes ',
pouront s'adreffer au S le Comte , Marchand
fripier , rue Jacob , à la porte de la
Charité , il eft tres ingénieux & acomodant,
aïant le talent d'imiter parfaitement
les grans & les petits caracteres de toutes
les langues mortes & vivantes ; pourvu
qu'on lui dones les modeles de la gran--
deur ou du corps des letres..
Avec des A B C fur cuivre ou à jour ,
on peut ocuper utilement un domeftique
& le metre en état de travailler avec l'enefing
s
JUILLET. 1730. 1537
fant ; car l'exercice du bureau tipografique
eft très-aifé : il ne faut que des feux
pour voir les letres & des mains pour lès
tirer des logetes & les ranger fur la table,
come on le peut voir dans l'exemple doné
au bas de la planche gravée pour la Biblioteque
des enfans. Il ne faut pas , au refté,
s'imaginer que ce bureau foit inutile pour
les jeunes petites filles : au contraire , ellés
y trouveront l'utilité de l'ortografe &
du rudiment de la langue , que la plupart
ignorent toute leur vie. Le fifteme
des fons de la langue françoife eft le plus
propre pour inftruire les jeunes Demoifelles
, & l'exercice du bureau tipografi--
que enfeignant toutes les ortografes , met
d'abord en état de difcerner & de choifir :
la meilleure pour une jeune perfone.
M. & Mme Hervé , auprès de la poſté ,
témoins des progrès furprenans de l'exercice
du bureau tipografique , en ont fait
faire un de quatre rangées de logetes pour
Mile Hervé leur fille.
t
,
Ceux qui voudront faire l'effai du bu--
reau tipografique prendront la peine de
s'adreffer au Sr Hanot , me menuifier
rue des Cordeliers , vis à vis le gros raifin
, qui en a déja fait , & au S¹ Barbo ,
à la petite place du cu de fac montagne
fainte Genevieve , me menuifier , qui fait
les caffes & les caffeaux des imprimeurs .
Une
1538 MERCURE DE FRANCE
Une carte à jouer reglera les dimenfions
des logetes & du bureau. Les curieux qui
en fouhaiteront de plus propres & de plus
riches ceux d'un menuifier les comanque
deront à quelque ebenifte , en lui donant
la meſure de l'endroit où l'on voudra les
placer ; parcequ'enfuite on fera rogner des
cartes de la grandeur des logeres ou des
caffetins. A l'égard de l'inftruction neceffaire
pour la garniture , l'ufage ou la pratique
de ce bureau , l'auteur de la Biblioteque
des enfans qui en eft l'inventeur, fe
fera toujours un plaifir d'en prendre la
direction , & d'indiquer les maitres qu'il
a mis au fait de l'ingenieux fifteme du bureau
tipografique . Je fuis & c.
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Résumé : SUITE de la Letre sur le livre intitulé LA BIBLIOTHEQUE DES ENFANS, &c.
Le texte traite de l'éducation des enfants et de l'importance de les initier tôt aux lettres et aux sciences. Un savant y observe que les jeunes enfants, malgré leur charge émotionnelle, apprennent rapidement les relations entre les mots et les choses, utilisant leur raison de manière efficace. Pour favoriser cet apprentissage, il est recommandé de les garder sans crainte ni désir excessif, afin qu'ils puissent se concentrer sur des sujets abstraits et nécessaires à leur développement futur. Le texte critique les méthodes éducatives courantes, soulignant que les divertissements continus et les punitions fréquentes nuisent à l'avancement des enfants dans les sciences. Il met en garde contre la négligence des parents, souvent trop mondains et négligents, qui laissent les enfants aux soins de domestiques incompétents. Ces derniers, pour gagner les faveurs des enfants, les distraient avec des amusements inutiles, nuisant ainsi à leur développement intellectuel et moral. L'auteur mentionne plusieurs exemples d'enfants ayant réussi à apprendre tôt les lettres et d'autres disciplines grâce à des méthodes appropriées, comme le bureau typographique. Ces enfants, issus de milieux variés, montrent que l'éducation précoce et adaptée peut être bénéfique pour leur développement. Le texte décrit également un ouvrage intitulé 'La Bibliothèque des enfants' et son plan détaillé. Les trois dernières parties de cet ouvrage visent à perfectionner les compétences acquises, à fournir des idées générales sur divers sujets et à combler l'ignorance souvent laissée pendant les études. La troisième partie se concentre sur la lecture du latin, incluant des extraits des Sentences, de la Bible, de l'Imitation de J.C., et d'autres auteurs célèbres, ainsi qu'un choix de vers latins. La quatrième partie, dédiée à la lecture en français, comprend des extraits moraux de l'Écriture sainte, des principes des arts et des sciences, des recueils historiques et généalogiques, et des leçons de lecture variées. Elle inclut également des pages sur la lecture des vers et des exemples de poèmes. La cinquième partie introduit la grammaire française et les rudiments pratiques de la langue latine, avec des cartes à jouer et des leçons sur les parties du discours, les concordances, et la syntaxe. L'auteur mentionne également des bureaux typographiques conçus pour enseigner aux enfants les lettres et les sons de manière ludique et efficace. Ces bureaux sont adaptés pour différents âges et niveaux de compétence, et l'auteur critique les méthodes mystérieuses et hiéroglyphiques, prônant une approche franche et généreuse basée sur la pratique et l'expérience quotidienne.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1396
p. 1541-1549
REMARQUES sur l'Histoire Naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu. Par M. Capperon, Ancien Doyen de Saint Maxent, à M. A ... M ...
Début :
Après vous avoir entretenu longtems, Monsieur, sur les sels de l'air [...]
Mots clefs :
Comté d'Eu, Fontaine, Romains, César, Monument, Port, Vaisseaux, Nicolas Capperon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur l'Histoire Naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu. Par M. Capperon, Ancien Doyen de Saint Maxent, à M. A ... M ...
REMARQUES fur l'Hiftoire Naturelle
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu. Par M. Capperon , Ancien
Doyen de Saint Maxent , à M.
A ... M ...
A
Près vous avoir entretenu longtems
, Monfieur , fur les fels de l'air'
& fur d'autres matieres de Phyfique , je
croyois que vous me donneriez un peu
de relâche , & que vous ne m'expoferiez
pas à vous écrire fi - tôt fur des fujets contraires
à mes occupations préfentes ; mais
vous me faites bien voir que plus on fçait
& moins s'imagine - t - on fçavoir. Et
comme je n'ai rien tant à coeur que de
vous fatisfaire dans ce que vous me faites
l'honneur de me demander , je vais abandonner
pour un tems l'analyse des Plantes
que j'ai entrepriſe , & vous donner un
Extrait des chofes que j'ai crû les plus
fingulieres , contenues dans l'Hiftoire du
Comté d'Eu , à laquelle j'ai autrefois travaillé.
Je commencerai par l'Hiftoire naturefle
de ce Comté ; la premiere chofe qui m'y
paroît finguliere eft une Fontaine dont la
fource abondante jette en trois gros bouillons
1342
MERCURE DE FRANCE
•
lons affez d'eau pour former dès fon origine
une
médiocre
Riviere , fi elle étoit
fituée ailleurs ; car ce qui fait fa
fingularité
, c'eft que cette
Fontaine fort d'une
Roche qui eft fur le rivage de la mer
laquelle en eft fi proche , qu'elle en eft
couverte deux fois chaque jour , ce qui
n'empêche pas que l'eau n'en foit toûjours
parfaitement douce . Cette
fingularité
donna lieu
autrefois à un Poëte
Normand
de
comparer la Sainte Vierge à cette Fontaine
, qu'il nomme le Miracle de la Normandie.
Cette Vierge
immaculée étant ,
dit-il ,
demeurée pure & fans tache au
milieu de la
corruption de tout le genre
humain , comme l'eau de cette
Fontaine ,
fe
conferve douce au milieu des eaux falées
de la mer. C'eſt ce qui fe trouve exprimé
dans une belle Ode Latine , imprimée
à Rouen en 1644. dans le Recueil des
Piéces qui
avoient
remporté le Prix au
Palinode en cette même année . Cette Fontaine
eft proche d'un
Hameau nommé
Menival , diftant de la Ville d'Eu d'une
bonne lieuë.
La
feconde chofe
finguliere &
remarquable
dans ce Comté, eft le Puits qui eft
au Tréport dans une Maiſon
fituée au
deffus , & proche le Port où entrent les
Vaiffeaux , dans lequel l'eau
defcend
quand la Mer monte , & où elle monte
quand
JUILLET. 1730. 1543
quand la Mer deſcend . *
Il y a une autre fingularité qui fe rend
fenfible dans une partie de la Forêt de ce
même Comté ; fçavoir , dans celle qui est
fur la pente d'une Montagne qui eft du
côté oppofé aux Villages de Bouvaicourt
& de Beauchamp , où toutes les fois qu'il
fait un orage avec pluye pendant l'Eté ,
il s'éleve à trois ou quatre endroits diffe
rens, peu éloignés les uns des autres , une
groffe & épaiffe fumée femblable à celle
d'un four à chaux , & ' dont j'ai été témoin
moi même .
Enfin proche de la Ville d'Eu eft la
Montagne où font les lieux patibulaires,
Jaquelle est très abondante en diverfes
fortes de petrifications ; car c'eft où j'ai
trouvé quantité de coquillages foffiles ,
plufieurs gloffopetres , des cupules de
gland , des morceaux de prefle , de coraline
, des orties de mer & des champignons
, dits veffes de loup , parfaitement
pétrifiés. On trouve de même dans la
terre glaife qui fe tire fur cette Montagne
ce qu'on appelle des Geodes , qui eft une
efpece de pierre d'aigle , comme auffi un
fer imparfait , que ceux qui tirent la terre
* M. Capperon a donné une explication de ce
Phénomene dans le Mercure du mois de Janvier
1725
glaife
1544 MERCURE DE FRANCE
glaife appellent du Feroù. Ce fut fur cette
Montagne que les Bruyeres s'allumerent
d'elles mêmes en Septembre 1726. parce
qu'elle eft remplie de matieres fulphureufes
& métalliques.
Paffons maintenant à l'Hiftoire Civile
du Comté d'Eu . Je trouve deux anciens
Monumens des Romains confervez jufqu'à
nos jours , qui démontrent inconteftablement
que de leur temps la Ville
< d'Eu étoit une Ville importante. Le premier
eft un de leurs Chemins Militaires,
lequel conduit d'Amiens ( même , à ce
qu'on dit , de Soiffons ) directement à
cette Ville , & qui fe fait voir encore aujourd'hui
relevé en forme de Chauffée
dans les lieux où il paffe. L'autre Mo
nument eft une ancienne Porte de la Ville
prefentement murée , accompagnée de
deux groffes Tours , laquelle a toûjours
porté le nom de la Porte de l'Empire ',
comme la rue qui y conduit le porte encore
à prefent ; ayant toutes deux été
ainfi nommées à caufe de ce grand chemin
des Romains qui venoit s'y terminer.
On peut joindre à ces deux Monumens
un ancien Temple qui fubfifte encore dans
, la Ville & d'anciens Tombeaux découverts
dans un lieu peu éloigné de cette
Porte: (a)
(a) Voyez (ur ces anciens Tombeaux,le Mer
curede May 1712.
JUILLET . 1730. 1545
Ces anciens Monumens , & plus parti
culierement le Chemin Militaire , démontrent
fans réplique , que du temps des
Romains la Ville d'Eu & le Tréport , qui :
ne font prefque qu'une même chofe , à
caufe de leur proximité , étoient les lieux
les plus confiderables & le Port de Mer
le plus fameux qu'il y eût alors fur toutes
la Côte depuis Boulogne jufqu'à l'embouchure
de la Seine , & qu'ils regardoient
ce Port comme le plus convenable pour
y embarquer leurs Troupes toutes les fois
qu'ils voudroient les faire paffer en Ane :
gleterre.
1
7
C'étoit auffi ce qu'avoit fait Cefar , lorf
qu'il entreprit la conquête de cette Ifle ;
car il dit lui-même au quatrième Livre :
de fes Commentaires , qu'ayant fait embarquer
fon Infanterie au Port des Mo- :
rins , qui eft Boulogne , felon Samfon , il
envoya fa Cavalerie in ulteriorem portum ,
afin qu'elle s'y embarquât de même ; or
cet ulteriorportus , ce Port qui étoit le plus
éloigné , au fens de Cefar , étoit indubitablement
le Tréport ; car par rapport à
la Gaule Belgique , qui fe terminoit de ce
côté-cy à la Seine , c'étoit fans doute let
Port qui étoit le plus loin , même le der
nier, puifque depuis Boulogne jufqu'à la
Seine dans toute l'Antiquité , à l'excep .
tion du Tréport , on ne peut pas faire
voir
1546 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il ait jamais eu aucun port confiderable
, Dieppe n'ayant commencé à
fe former qu'en 1c8o. & S. Vallery n'étant
encore qu'un Defert au VII . fiecle.
On ne peut pas douter , tout au contraire
, que du temps des Romains le
Tréport ne fût un Port très- confiderable,
dont ils faifoient autant d'eftime que de
Boulogne. Samfon nous en fournit la
preuve dans fes Remarques fur la Carte
de l'ancienne Gaule ; car comme il prétend
démontrer par les Chemins Militaires
des Romains qui aboutiffent à Boulogne
, qu'il falloit qu'ils eftimaffent beaucoup
ce Port , il s'enfuit par la même raifon
, qu'ayant également formé leurs Che
mins Militaires pour fe terminer au Tréport
, c'eft une marque certaine qu'ils l'ef
timoient autant que Boulogne , & qu'ils
regardoient ces deux Ports comme leur
étant également neceffaires.
Comme Cefar en fa langue , avoit donné
à ce Port le nom d'Ulterior portus , les :
Romains ne le nommerent plus autrement
: auffi eft- ce le nom Latin qui lui
eft toûjours resté depuis dans tous les Titres
; car pour les Gaulois ils lui en donnoient
un autre que Pontus Heuterus
nous fait connoître dans fon Livre Deuc
terum Belgio , Lib . 11. C. 8. où il dit qu'il·
y'a certainement une faute dans Ptolomée,
fçavoir
›
1
JUILLET. 1739. 1347
fçavoir , qu'au lieu de Gefforiacum navale ,
il faut lire Effuoriacum navale, c'eſt- à- dire
de Port des Euffiens , & voilà quel étoit
le nom que les Gaulois donnoient au Port
que les Romains nommerent depuis Ulterior
Portus , dont les François ont fait
enfuite le Tréport , comme pour dire
l'autre Port , c'eft-à - dire , le fecond Port
après celui des Morins.
Que le Comté d'Eu ait été ces Euffiens
ou ces Effui , dont parle Cefar , non feulement
c'eft le fentiment de Pontus Heterus
, mais c'est encore celui d'un grand:
nombre de Sçavans , tels que Divoens ,
Antiq. Belg. Cap . 11. de Pierre Heins
dans fon Miroir du Monde ; de Charles
Etienne , dans fon Dictionnaire Hiftoriq.
Geog. & de M. de Thou , dans fon Hiftoire
, qui ne donnent pas d'autre nom au
Comté d'Eu . Il s'enfuit donc de tout ce
que je viens de dire , que tous ceux qui
ont traduit les Commentaires de Cefar .
Le font certainement trompez , lorfqu'ils
ont pris l'Ulterior Portus pour un nom generique
, pendant que c'étoit le nom qui
étoit devenu propre depuis les Romains
au Port des Euffiens , autrement au Port.
du Comté d'Eu, lequel étoit alors auffi fameux
que celui des Morins , autrement
Boulogne.
}
Il ne faut pas croire que cet ancien Port :
des
1548 : MERCURE DE FRANCE
des Euffiens , ce Portus Ulterior des Romains
, en un mot , la Ville d'Eu faifant
comme une même chofe avec le Tréport,
ait perdu tout fon éclat , lorſque la puiffance
des Romains s'anéantit dans les
Gaules. Ce Port étoit encore des plus fameux
du temps du Roi Louis XI . puifque
Philippe de Commines , qui étoit de la
Cour de ce Prince ,fait voir combien ceux
de la Ville d'Eu étoient encore alors formidables
fur Mer , en rapportant dans fes
Memoires, Liv. I. Ch. 7. que des Armateurs
de la Ville d'Eu ayant enlevé en
1470. un Vaiffeau appartenant à des Flamans
, Sujets du Duc de Bourgogné , cela
fut caufe , en partie , de la guerre qui fut
déclarée entre le Roi Louis XI. & ce Duc,
cinq ans après , felon le même Auteur
ces Armateurs étoient fi hardis qu'ils alloient
enlever les Vaiffeaux du Roi d'Angleterre
, qui paffoient les Troupes à Calais
, pour venir attaquer la France .
>
Mais ce qui jufques - là avoit fait toute.
leur gloire & foutenu l'avantage qu'on
pouvoit tirer de leur Port , devint en quelque
façon la cauſe de leur malheur , & de
la ruine de leur Ville , car le Roi d'Angleterre
, dans le deffein de le ruiner , &
pour tromper Louis XI. fit courir le bruit
qu'il devoit faire une defcente en Nor
mandie , s'emparer de la Ville d'Eu , & y
paffer
JUILLET. 1730. 1549
1
paffer l'Hyver. Louis XI. tout rufé qu'il
étoit , ayant donné dans le panneau pour
lui en ôter l'envie , ne trouva pas de
moyen plus fur que de la faire lui -même
réduire en cendres , ce qui fut executé le
18. de Juillet 1475. par le Maréchal de
France Joachin Rohaut , Seigneur de Gamaches
, qui s'y rendit par ordre de la
Cour , avec quatre cens Lancés . Le feu
ayant été mis par tout à neuf heures du
matin , le Château & toute la Ville furent
confumez par les flâmes , à l'excep
tion des Eglifes qui furent confervées &
quelques maifons qui furent négligées . Ce
défaftre eft écrit dans les Archives de la
Ville , vol. I. p. 235. Les Villes de Dieppe,
S. Vallery & Abbeville , qui fubfiftoient
alors depuis long- temps , ayant
profité du debris de cette Ville , elle n'a
jamais pû s'en relever non-plus que fon
Port.
Nous donnerons la fuite de ces Remar
ques le mois prochain.
, l'Hiftoire Civile & Ecclefiaftique
du Comté d'Eu. Par M. Capperon , Ancien
Doyen de Saint Maxent , à M.
A ... M ...
A
Près vous avoir entretenu longtems
, Monfieur , fur les fels de l'air'
& fur d'autres matieres de Phyfique , je
croyois que vous me donneriez un peu
de relâche , & que vous ne m'expoferiez
pas à vous écrire fi - tôt fur des fujets contraires
à mes occupations préfentes ; mais
vous me faites bien voir que plus on fçait
& moins s'imagine - t - on fçavoir. Et
comme je n'ai rien tant à coeur que de
vous fatisfaire dans ce que vous me faites
l'honneur de me demander , je vais abandonner
pour un tems l'analyse des Plantes
que j'ai entrepriſe , & vous donner un
Extrait des chofes que j'ai crû les plus
fingulieres , contenues dans l'Hiftoire du
Comté d'Eu , à laquelle j'ai autrefois travaillé.
Je commencerai par l'Hiftoire naturefle
de ce Comté ; la premiere chofe qui m'y
paroît finguliere eft une Fontaine dont la
fource abondante jette en trois gros bouillons
1342
MERCURE DE FRANCE
•
lons affez d'eau pour former dès fon origine
une
médiocre
Riviere , fi elle étoit
fituée ailleurs ; car ce qui fait fa
fingularité
, c'eft que cette
Fontaine fort d'une
Roche qui eft fur le rivage de la mer
laquelle en eft fi proche , qu'elle en eft
couverte deux fois chaque jour , ce qui
n'empêche pas que l'eau n'en foit toûjours
parfaitement douce . Cette
fingularité
donna lieu
autrefois à un Poëte
Normand
de
comparer la Sainte Vierge à cette Fontaine
, qu'il nomme le Miracle de la Normandie.
Cette Vierge
immaculée étant ,
dit-il ,
demeurée pure & fans tache au
milieu de la
corruption de tout le genre
humain , comme l'eau de cette
Fontaine ,
fe
conferve douce au milieu des eaux falées
de la mer. C'eſt ce qui fe trouve exprimé
dans une belle Ode Latine , imprimée
à Rouen en 1644. dans le Recueil des
Piéces qui
avoient
remporté le Prix au
Palinode en cette même année . Cette Fontaine
eft proche d'un
Hameau nommé
Menival , diftant de la Ville d'Eu d'une
bonne lieuë.
La
feconde chofe
finguliere &
remarquable
dans ce Comté, eft le Puits qui eft
au Tréport dans une Maiſon
fituée au
deffus , & proche le Port où entrent les
Vaiffeaux , dans lequel l'eau
defcend
quand la Mer monte , & où elle monte
quand
JUILLET. 1730. 1543
quand la Mer deſcend . *
Il y a une autre fingularité qui fe rend
fenfible dans une partie de la Forêt de ce
même Comté ; fçavoir , dans celle qui est
fur la pente d'une Montagne qui eft du
côté oppofé aux Villages de Bouvaicourt
& de Beauchamp , où toutes les fois qu'il
fait un orage avec pluye pendant l'Eté ,
il s'éleve à trois ou quatre endroits diffe
rens, peu éloignés les uns des autres , une
groffe & épaiffe fumée femblable à celle
d'un four à chaux , & ' dont j'ai été témoin
moi même .
Enfin proche de la Ville d'Eu eft la
Montagne où font les lieux patibulaires,
Jaquelle est très abondante en diverfes
fortes de petrifications ; car c'eft où j'ai
trouvé quantité de coquillages foffiles ,
plufieurs gloffopetres , des cupules de
gland , des morceaux de prefle , de coraline
, des orties de mer & des champignons
, dits veffes de loup , parfaitement
pétrifiés. On trouve de même dans la
terre glaife qui fe tire fur cette Montagne
ce qu'on appelle des Geodes , qui eft une
efpece de pierre d'aigle , comme auffi un
fer imparfait , que ceux qui tirent la terre
* M. Capperon a donné une explication de ce
Phénomene dans le Mercure du mois de Janvier
1725
glaife
1544 MERCURE DE FRANCE
glaife appellent du Feroù. Ce fut fur cette
Montagne que les Bruyeres s'allumerent
d'elles mêmes en Septembre 1726. parce
qu'elle eft remplie de matieres fulphureufes
& métalliques.
Paffons maintenant à l'Hiftoire Civile
du Comté d'Eu . Je trouve deux anciens
Monumens des Romains confervez jufqu'à
nos jours , qui démontrent inconteftablement
que de leur temps la Ville
< d'Eu étoit une Ville importante. Le premier
eft un de leurs Chemins Militaires,
lequel conduit d'Amiens ( même , à ce
qu'on dit , de Soiffons ) directement à
cette Ville , & qui fe fait voir encore aujourd'hui
relevé en forme de Chauffée
dans les lieux où il paffe. L'autre Mo
nument eft une ancienne Porte de la Ville
prefentement murée , accompagnée de
deux groffes Tours , laquelle a toûjours
porté le nom de la Porte de l'Empire ',
comme la rue qui y conduit le porte encore
à prefent ; ayant toutes deux été
ainfi nommées à caufe de ce grand chemin
des Romains qui venoit s'y terminer.
On peut joindre à ces deux Monumens
un ancien Temple qui fubfifte encore dans
, la Ville & d'anciens Tombeaux découverts
dans un lieu peu éloigné de cette
Porte: (a)
(a) Voyez (ur ces anciens Tombeaux,le Mer
curede May 1712.
JUILLET . 1730. 1545
Ces anciens Monumens , & plus parti
culierement le Chemin Militaire , démontrent
fans réplique , que du temps des
Romains la Ville d'Eu & le Tréport , qui :
ne font prefque qu'une même chofe , à
caufe de leur proximité , étoient les lieux
les plus confiderables & le Port de Mer
le plus fameux qu'il y eût alors fur toutes
la Côte depuis Boulogne jufqu'à l'embouchure
de la Seine , & qu'ils regardoient
ce Port comme le plus convenable pour
y embarquer leurs Troupes toutes les fois
qu'ils voudroient les faire paffer en Ane :
gleterre.
1
7
C'étoit auffi ce qu'avoit fait Cefar , lorf
qu'il entreprit la conquête de cette Ifle ;
car il dit lui-même au quatrième Livre :
de fes Commentaires , qu'ayant fait embarquer
fon Infanterie au Port des Mo- :
rins , qui eft Boulogne , felon Samfon , il
envoya fa Cavalerie in ulteriorem portum ,
afin qu'elle s'y embarquât de même ; or
cet ulteriorportus , ce Port qui étoit le plus
éloigné , au fens de Cefar , étoit indubitablement
le Tréport ; car par rapport à
la Gaule Belgique , qui fe terminoit de ce
côté-cy à la Seine , c'étoit fans doute let
Port qui étoit le plus loin , même le der
nier, puifque depuis Boulogne jufqu'à la
Seine dans toute l'Antiquité , à l'excep .
tion du Tréport , on ne peut pas faire
voir
1546 MERCURE DE FRANCE
voir qu'il ait jamais eu aucun port confiderable
, Dieppe n'ayant commencé à
fe former qu'en 1c8o. & S. Vallery n'étant
encore qu'un Defert au VII . fiecle.
On ne peut pas douter , tout au contraire
, que du temps des Romains le
Tréport ne fût un Port très- confiderable,
dont ils faifoient autant d'eftime que de
Boulogne. Samfon nous en fournit la
preuve dans fes Remarques fur la Carte
de l'ancienne Gaule ; car comme il prétend
démontrer par les Chemins Militaires
des Romains qui aboutiffent à Boulogne
, qu'il falloit qu'ils eftimaffent beaucoup
ce Port , il s'enfuit par la même raifon
, qu'ayant également formé leurs Che
mins Militaires pour fe terminer au Tréport
, c'eft une marque certaine qu'ils l'ef
timoient autant que Boulogne , & qu'ils
regardoient ces deux Ports comme leur
étant également neceffaires.
Comme Cefar en fa langue , avoit donné
à ce Port le nom d'Ulterior portus , les :
Romains ne le nommerent plus autrement
: auffi eft- ce le nom Latin qui lui
eft toûjours resté depuis dans tous les Titres
; car pour les Gaulois ils lui en donnoient
un autre que Pontus Heuterus
nous fait connoître dans fon Livre Deuc
terum Belgio , Lib . 11. C. 8. où il dit qu'il·
y'a certainement une faute dans Ptolomée,
fçavoir
›
1
JUILLET. 1739. 1347
fçavoir , qu'au lieu de Gefforiacum navale ,
il faut lire Effuoriacum navale, c'eſt- à- dire
de Port des Euffiens , & voilà quel étoit
le nom que les Gaulois donnoient au Port
que les Romains nommerent depuis Ulterior
Portus , dont les François ont fait
enfuite le Tréport , comme pour dire
l'autre Port , c'eft-à - dire , le fecond Port
après celui des Morins.
Que le Comté d'Eu ait été ces Euffiens
ou ces Effui , dont parle Cefar , non feulement
c'eft le fentiment de Pontus Heterus
, mais c'est encore celui d'un grand:
nombre de Sçavans , tels que Divoens ,
Antiq. Belg. Cap . 11. de Pierre Heins
dans fon Miroir du Monde ; de Charles
Etienne , dans fon Dictionnaire Hiftoriq.
Geog. & de M. de Thou , dans fon Hiftoire
, qui ne donnent pas d'autre nom au
Comté d'Eu . Il s'enfuit donc de tout ce
que je viens de dire , que tous ceux qui
ont traduit les Commentaires de Cefar .
Le font certainement trompez , lorfqu'ils
ont pris l'Ulterior Portus pour un nom generique
, pendant que c'étoit le nom qui
étoit devenu propre depuis les Romains
au Port des Euffiens , autrement au Port.
du Comté d'Eu, lequel étoit alors auffi fameux
que celui des Morins , autrement
Boulogne.
}
Il ne faut pas croire que cet ancien Port :
des
1548 : MERCURE DE FRANCE
des Euffiens , ce Portus Ulterior des Romains
, en un mot , la Ville d'Eu faifant
comme une même chofe avec le Tréport,
ait perdu tout fon éclat , lorſque la puiffance
des Romains s'anéantit dans les
Gaules. Ce Port étoit encore des plus fameux
du temps du Roi Louis XI . puifque
Philippe de Commines , qui étoit de la
Cour de ce Prince ,fait voir combien ceux
de la Ville d'Eu étoient encore alors formidables
fur Mer , en rapportant dans fes
Memoires, Liv. I. Ch. 7. que des Armateurs
de la Ville d'Eu ayant enlevé en
1470. un Vaiffeau appartenant à des Flamans
, Sujets du Duc de Bourgogné , cela
fut caufe , en partie , de la guerre qui fut
déclarée entre le Roi Louis XI. & ce Duc,
cinq ans après , felon le même Auteur
ces Armateurs étoient fi hardis qu'ils alloient
enlever les Vaiffeaux du Roi d'Angleterre
, qui paffoient les Troupes à Calais
, pour venir attaquer la France .
>
Mais ce qui jufques - là avoit fait toute.
leur gloire & foutenu l'avantage qu'on
pouvoit tirer de leur Port , devint en quelque
façon la cauſe de leur malheur , & de
la ruine de leur Ville , car le Roi d'Angleterre
, dans le deffein de le ruiner , &
pour tromper Louis XI. fit courir le bruit
qu'il devoit faire une defcente en Nor
mandie , s'emparer de la Ville d'Eu , & y
paffer
JUILLET. 1730. 1549
1
paffer l'Hyver. Louis XI. tout rufé qu'il
étoit , ayant donné dans le panneau pour
lui en ôter l'envie , ne trouva pas de
moyen plus fur que de la faire lui -même
réduire en cendres , ce qui fut executé le
18. de Juillet 1475. par le Maréchal de
France Joachin Rohaut , Seigneur de Gamaches
, qui s'y rendit par ordre de la
Cour , avec quatre cens Lancés . Le feu
ayant été mis par tout à neuf heures du
matin , le Château & toute la Ville furent
confumez par les flâmes , à l'excep
tion des Eglifes qui furent confervées &
quelques maifons qui furent négligées . Ce
défaftre eft écrit dans les Archives de la
Ville , vol. I. p. 235. Les Villes de Dieppe,
S. Vallery & Abbeville , qui fubfiftoient
alors depuis long- temps , ayant
profité du debris de cette Ville , elle n'a
jamais pû s'en relever non-plus que fon
Port.
Nous donnerons la fuite de ces Remar
ques le mois prochain.
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Résumé : REMARQUES sur l'Histoire Naturelle, l'Histoire Civile & Ecclesiastique du Comté d'Eu. Par M. Capperon, Ancien Doyen de Saint Maxent, à M. A ... M ...
Dans une lettre adressée à M. A... M..., M. Capperon, ancien doyen de Saint Maxent, partage des informations sur l'histoire naturelle, civile et ecclésiastique du comté d'Eu. Capperon commence par décrire des phénomènes naturels singuliers du comté. Il mentionne une fontaine abondante située près de la mer, dont l'eau reste douce malgré les marées, et un puits au Tréport où le niveau de l'eau varie en fonction des marées. Il note également des fumées mystérieuses dans la forêt lors des orages d'été et des pétifications trouvées sur une montagne près d'Eu. Capperon aborde ensuite l'histoire civile du comté. Il souligne la présence de monuments romains, tels qu'un chemin militaire et une ancienne porte de la ville, qui témoignent de l'importance historique d'Eu et du Tréport. Il évoque des textes anciens, comme les Commentaires de César, qui confirment l'importance stratégique de ces ports. Capperon relate également la destruction de la ville d'Eu en 1475 par ordre du roi Louis XI pour empêcher une invasion anglaise, ce qui a conduit à la ruine de la ville et de son port.
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1397
p. 1551-1553
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
Début :
Quelque infinie que soit la Nature ; & quelque accoûtumé qu'on doive [...]
Mots clefs :
Insecte, Animaux, Papillon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes
au mois d'Avril 1730. fur un Infecte
très-fingulier.
Q&
Uelque infinie que foit la Nature
& quelque accoûtumé qu'on doive
être aux bizarreries qu'elle femble affecter
dans plufieurs de fes Ouvrages , je
crois qu'on ne peut refufer fon attention
à celui qu'elle met ici fous nos yeux.
Le Curé de la Paroiffe de S. Jacques de
la Lande , à une lieuë de la Ville de Rennes
, trouva fur la fin du mois de Mars
dernier , dans le Cimetiere , le long du
mur de l'Eglife , une efpece de Phaléne
ou de Papillon , de la longueur de deux
pouces , fur un demi pouce de largeur ,
des cris ſemblables à ceux des Chauveſou
Dij ris
1552 MERCURE DE FRANCE
ris , & la figure particuliere de cet Infecte
, attirerent fon attention ; il le mit
dans une bouteille avec du pain & des
herbes pour tâcher de le faire vivre , mais
trois jours après il le trouva mort ; il s'eft
neanmoins confervé de façon qu'on en
peut parfaitement diftinguer encore toutes
les parties. La tête eft de la groffeur du
tronc , on apperçoit fur une éminence
fituée au- deffus de la tête , la figure d'une
tête de Mort de la largeur de l'ongle ,
imitant parfaitement celles qu'on reprefente
fur les Ornemens noirs de l'Eglife .
De la jointure de la tête avec le tronc ,
partent deux grandes ailes qui couvrent
tout le corps , elles font tavelées ou marquetées
comme une efpece de Drap -Mortuaire
; il y en a deux autres plus petites
deffous , avec plufieurs pieds reffemblans
à ceux des Hannetons. Toutes ces parties
font couvertes d'un duvet ou poil
bigaré de noir & de jeaune , imitant affez
bien le velours. Les traits de la figure de
cet Infecte font diftinguez par la couleur
noire , tandis que le fond eft jaune.
On trouvera , fans doute , dans cette
Découverte dequoi picquer la curiofité
d'un Phyficien ; les Infectes peuvent - ils
être fufceptibles des effets que les objets
exterieurs caufent quelquefois ? Le mouvement
communiqué aux efprits de ces
AniJUILLET.
1730. 1553
Animaux & des autres , à l'occafion des
mêmes objets , pourroit -il procurer des .
impreffions , pour ne pas dire des refle
xions , capables de produire les mêmes .
accidens que dans les hommes ? L'exemple
des Monftres , dont l'Hiftoire fait
mention , celui des Brebis de Jacob , rapporté
dans le 30. Chapitre de la Genele ,
& la reffemblance de la ftructure du cerveau
de tous les Animaux avec celui de
l'homme , femblent mettre hors de doute
la conformité que ces Créatures peuvent
avoir avec les hommes , par rapport
aux effets de l'imagination .
au mois d'Avril 1730. fur un Infecte
très-fingulier.
Q&
Uelque infinie que foit la Nature
& quelque accoûtumé qu'on doive
être aux bizarreries qu'elle femble affecter
dans plufieurs de fes Ouvrages , je
crois qu'on ne peut refufer fon attention
à celui qu'elle met ici fous nos yeux.
Le Curé de la Paroiffe de S. Jacques de
la Lande , à une lieuë de la Ville de Rennes
, trouva fur la fin du mois de Mars
dernier , dans le Cimetiere , le long du
mur de l'Eglife , une efpece de Phaléne
ou de Papillon , de la longueur de deux
pouces , fur un demi pouce de largeur ,
des cris ſemblables à ceux des Chauveſou
Dij ris
1552 MERCURE DE FRANCE
ris , & la figure particuliere de cet Infecte
, attirerent fon attention ; il le mit
dans une bouteille avec du pain & des
herbes pour tâcher de le faire vivre , mais
trois jours après il le trouva mort ; il s'eft
neanmoins confervé de façon qu'on en
peut parfaitement diftinguer encore toutes
les parties. La tête eft de la groffeur du
tronc , on apperçoit fur une éminence
fituée au- deffus de la tête , la figure d'une
tête de Mort de la largeur de l'ongle ,
imitant parfaitement celles qu'on reprefente
fur les Ornemens noirs de l'Eglife .
De la jointure de la tête avec le tronc ,
partent deux grandes ailes qui couvrent
tout le corps , elles font tavelées ou marquetées
comme une efpece de Drap -Mortuaire
; il y en a deux autres plus petites
deffous , avec plufieurs pieds reffemblans
à ceux des Hannetons. Toutes ces parties
font couvertes d'un duvet ou poil
bigaré de noir & de jeaune , imitant affez
bien le velours. Les traits de la figure de
cet Infecte font diftinguez par la couleur
noire , tandis que le fond eft jaune.
On trouvera , fans doute , dans cette
Découverte dequoi picquer la curiofité
d'un Phyficien ; les Infectes peuvent - ils
être fufceptibles des effets que les objets
exterieurs caufent quelquefois ? Le mouvement
communiqué aux efprits de ces
AniJUILLET.
1730. 1553
Animaux & des autres , à l'occafion des
mêmes objets , pourroit -il procurer des .
impreffions , pour ne pas dire des refle
xions , capables de produire les mêmes .
accidens que dans les hommes ? L'exemple
des Monftres , dont l'Hiftoire fait
mention , celui des Brebis de Jacob , rapporté
dans le 30. Chapitre de la Genele ,
& la reffemblance de la ftructure du cerveau
de tous les Animaux avec celui de
l'homme , femblent mettre hors de doute
la conformité que ces Créatures peuvent
avoir avec les hommes , par rapport
aux effets de l'imagination .
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Rennes au mois d'Avril 1730. sur un Insecte très-singulier.
En avril 1730, le curé de la paroisse de Saint-Jacques-de-la-Lande, près de Rennes, découvrit un insecte inhabituel dans le cimetière de son église. Cet insecte, ressemblant à une phalène ou à un papillon, mesurait environ deux pouces de longueur et un demi-pouce de largeur. Il émettait des cris similaires à ceux des chauves-souris et présentait une figure particulière. Le curé tenta de le conserver en vie dans une bouteille avec du pain et des herbes, mais l'insecte mourut trois jours plus tard. Le spécimen fut préservé, permettant d'observer distinctement toutes ses parties. L'insecte avait une tête de la même taille que le tronc, avec une éminence représentant une tête de mort. Ses ailes, tavelées comme un drap mortuaire, couvraient tout le corps. Il possédait également deux ailes plus petites et plusieurs pieds semblables à ceux des hannetons. Toutes ces parties étaient recouvertes d'un duvet bigarré de noir et de jaune, imitant le velours. Les traits de la figure de l'insecte étaient marqués par une couleur noire sur un fond jaune. Cette découverte suscita l'intérêt des physiciens, qui se demandèrent si les insectes pouvaient être affectés par des objets extérieurs de la même manière que les hommes. L'exemple des monstres, des brebis de Jacob mentionnées dans la Genèse, et la similitude de la structure cérébrale des animaux avec celle de l'homme, semblaient confirmer que les animaux pouvaient partager avec les hommes les effets de l'imagination.
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1398
p. 1555-1559
LETTRE écrite à M*** sur la Riviere de Garonne, & sur les mots de Gironde & d'Acheron.
Début :
La question que vous me proposez, Monsieur, d'où vient que la Garonne [...]
Mots clefs :
Garonne, Gironde, Achéron
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite à M*** sur la Riviere de Garonne, & sur les mots de Gironde & d'Acheron.
LETTRE écrite à M *** fur la
Riviere de Garonne , & fur les mots de
Gironde d'Acheron.
A queftion que vous me propofez ,
Monfieur , d'où vient que la Garonne
recevant la Dordogne au Bec- d'Amber
perd fon nom & s'appelle Gironde , a été
propofée plus d'une fois , & n'a jamais bien
été éclaircie. Voici ce que je penfe.
Gironde ne feroit- il point compofé de
deux termes , Girus unde , le tournoyement
de l'eau ? Car c'eſt - là que l'eau tourne
autour de l'Ifle des Phaifans , autrement
de Cafaux . Ou bien feroit-ce parce
que la Garonne recevant là les eaux de
la Dordogne , elle les porte dans la Mer ?
Gerunda , quafi gerins undas.
Voici une autre conjecture; c'eft que la
Dordogne entrant dans la Garonne ,
y perd fon nom . La jonction de ces deux
Rivieres eft une efpece de mariage ; &
comme la femme n'eft plus connue fous
Diiij fon
1356 MERCURE DE FRANCE
W
fon nom , & n'a que celui de fon mari ;
de même dans le confluant de ces deux
Rivieres , celle qui eft la moindre , perd
fon nom & n'a plus que celui de la Riviere
principale à laquelle elle eft jointe .
Ainfi la Marne entrant dans la Seine , elle
y perd fon nom , il n'y a plus que celui
de la Seine qui demeure. Mais on dira ,
Gironde n'eft pas Garonne . Il eft vrai que
cela ne paroît pas , mais dans le fond la
choſe peut être . Il y même une Ville de
Catalogne qui fe nomme également Gironde
& Gironne , parce que d & n ont
de l'affinité . Mettez une ligne droite en
haut furn , c'est un d ; ôtez cette ligne,
c'eft une n. Donat dit fur un Vers de Terence
, dans le Phormion , Act. 2. Non
rete accipitri tenditur. Legitur. & tennitur ;
habet enim n littera cum d communionem.
Ainfi Gironde & Garonne n'eft qu'un même
nom pour la Riviere comme pour la
Ville. Mais on dira encore , Gironne n'eſt
pas Garonne : c'est ce qu'il faut voir.
Il n'y a plus de difference que de ga a
gi , & voici par où concilier tout : ga eft
du Grec & du Latin . On trouve dans Strabon
Garonna , & dans les Commentaires
de Cefar , Garumna ; mais ga s'adoucit ici
dans le François avec gi ; Garonne , Gironne
. Le fçavant Faul Merula , qui mourut
au commencement du dernier fiecle,
dit
JUILLET. 1730. 1357
dit dans fa Colmographie , Part. 2. Liv
3. que les François changent le ga en gi :
Galli fillabam ga primam in vocibus mutant
in gi : Gabalitanum , Givaudan ; Gabalum,
Gibet; Garumna, Gironde . Il ſemble donc
que Garonne & Gironde ne font qu'un
même nom .
..
A
J'ay vû agiter plufieurs fois comment
il faut prononcer la feconde fillabe d'Acheron
, par ch , ou par k. Pour moi je
crois qu'il faut prononcer le nom de ce
Fleuve infernal , comme on le prononce
en Latin , avec le fon du k Plufieurs noms
Grecs qui ont paffe dans le Latin , ont
cette prononciation . Archelaus, Achmenes,,
Cheronée , Lachefis , Archelons , Orcheſtre..
Ils retiennent tous dans le Latin la prononciation
qu'ils ont en Grec , & le Latin³
communique la même prononciation au
François ; la lettre Grecque chi , s'y prononce
comme fi c'étoit un k : c'eſt la pro
nonciation de ce mot dans ce beau Vers
de Virgilé , Eneid . 7.
Flectere fi nequeo fuperos , Acheronta movebba-
C'eſt le même fon dans le François ,
Si le Ciel n'eft pour moi , j'armerat l'Acheron.
Et ce qui femble autorifer cette prononciation
par le k , ou le rude , outres
la raifon des exemples que j'ai - rapportez,
Dy c'eft
1558 MERCURE DE FRANCE
r
c'eft qu'Acheron étant un Fleuve d'Enfer,
dont l'idée eft afreufe , la premiere & la
derniere fillabe ayant un fon fort , la feconde
ne doit pas être adoucie. De plus ,
on met fa fource dans une Caverne ; ainfi
pour accommoder la prononciation du
Fleuve avec fa fource , il femble qu'il faut
dire Akeron , comme on dit Caverne , &
non pas Chaverne . Enfin Caron qui conduit
la Barque du Fleuve , fe prononçant
Caron , & non Charon ; c'eſt encore une
conformité pour prononcer Akeron . Je
n'ignore pas que M. Menage prononce
Acheron en François avec le ch , c'eft au
Chapitre 180. de fes Obfervations fur la
Langue Françoife ; mais outre que l'oreille
d'un Angevin , à qui il en eft toujours de--
meuré quelque chofe , comme il le difoit
lui -même , ne doit pas décider , c'eft qu'il
étoit moins qu'infaillible dans la pronon
ciation . Sa premiere Obfervation qui commence
par Acatique , pour condamner
Aquatique , ne lui a pas reüffi Le P. Gaudin
, non-feulement l'a combattuë ,
de plus it a fait fur cela une Differtation
beaucoup plus longue que ma Remarque
fur Acheron , & on y voit Acatique vaincus
& Aquatique victorieux. Pajoute en particulier
les mots
que
que M. Menage allegue
pour exemple , ne font pas pour
lui ; fçavoir , Anchife & Archimede car
mais
ces
JUILLET. 1730. 1559
ces noms ſe prononcent en Latin comme
on les prononce en François.Puifqu'Ache
ron fe prononce avec un c rude , Akeron
il faut en conformité le prononcer en
François avec le même ſon, Akeron, quoiqu'il
s'écrive Acheron .
Peut-être que des perfonnes diftinguées
de l'un & de l'autre fexe , qui portent le
nom de Cheron , ont donné lieu à M. Mer
nage d'en emprunter là prononciation
pour Acheron; mais il n'y a rien là de com
mun pour une imitation , car le nom de
Cheron eft purement François , & celui
d'Acheron vient du Grec & du Latin.
Voilà , cependant les deux queſtions du
Fleuve expliquées comme je l'ai pû .
Riviere de Garonne , & fur les mots de
Gironde d'Acheron.
A queftion que vous me propofez ,
Monfieur , d'où vient que la Garonne
recevant la Dordogne au Bec- d'Amber
perd fon nom & s'appelle Gironde , a été
propofée plus d'une fois , & n'a jamais bien
été éclaircie. Voici ce que je penfe.
Gironde ne feroit- il point compofé de
deux termes , Girus unde , le tournoyement
de l'eau ? Car c'eſt - là que l'eau tourne
autour de l'Ifle des Phaifans , autrement
de Cafaux . Ou bien feroit-ce parce
que la Garonne recevant là les eaux de
la Dordogne , elle les porte dans la Mer ?
Gerunda , quafi gerins undas.
Voici une autre conjecture; c'eft que la
Dordogne entrant dans la Garonne ,
y perd fon nom . La jonction de ces deux
Rivieres eft une efpece de mariage ; &
comme la femme n'eft plus connue fous
Diiij fon
1356 MERCURE DE FRANCE
W
fon nom , & n'a que celui de fon mari ;
de même dans le confluant de ces deux
Rivieres , celle qui eft la moindre , perd
fon nom & n'a plus que celui de la Riviere
principale à laquelle elle eft jointe .
Ainfi la Marne entrant dans la Seine , elle
y perd fon nom , il n'y a plus que celui
de la Seine qui demeure. Mais on dira ,
Gironde n'eft pas Garonne . Il eft vrai que
cela ne paroît pas , mais dans le fond la
choſe peut être . Il y même une Ville de
Catalogne qui fe nomme également Gironde
& Gironne , parce que d & n ont
de l'affinité . Mettez une ligne droite en
haut furn , c'est un d ; ôtez cette ligne,
c'eft une n. Donat dit fur un Vers de Terence
, dans le Phormion , Act. 2. Non
rete accipitri tenditur. Legitur. & tennitur ;
habet enim n littera cum d communionem.
Ainfi Gironde & Garonne n'eft qu'un même
nom pour la Riviere comme pour la
Ville. Mais on dira encore , Gironne n'eſt
pas Garonne : c'est ce qu'il faut voir.
Il n'y a plus de difference que de ga a
gi , & voici par où concilier tout : ga eft
du Grec & du Latin . On trouve dans Strabon
Garonna , & dans les Commentaires
de Cefar , Garumna ; mais ga s'adoucit ici
dans le François avec gi ; Garonne , Gironne
. Le fçavant Faul Merula , qui mourut
au commencement du dernier fiecle,
dit
JUILLET. 1730. 1357
dit dans fa Colmographie , Part. 2. Liv
3. que les François changent le ga en gi :
Galli fillabam ga primam in vocibus mutant
in gi : Gabalitanum , Givaudan ; Gabalum,
Gibet; Garumna, Gironde . Il ſemble donc
que Garonne & Gironde ne font qu'un
même nom .
..
A
J'ay vû agiter plufieurs fois comment
il faut prononcer la feconde fillabe d'Acheron
, par ch , ou par k. Pour moi je
crois qu'il faut prononcer le nom de ce
Fleuve infernal , comme on le prononce
en Latin , avec le fon du k Plufieurs noms
Grecs qui ont paffe dans le Latin , ont
cette prononciation . Archelaus, Achmenes,,
Cheronée , Lachefis , Archelons , Orcheſtre..
Ils retiennent tous dans le Latin la prononciation
qu'ils ont en Grec , & le Latin³
communique la même prononciation au
François ; la lettre Grecque chi , s'y prononce
comme fi c'étoit un k : c'eſt la pro
nonciation de ce mot dans ce beau Vers
de Virgilé , Eneid . 7.
Flectere fi nequeo fuperos , Acheronta movebba-
C'eſt le même fon dans le François ,
Si le Ciel n'eft pour moi , j'armerat l'Acheron.
Et ce qui femble autorifer cette prononciation
par le k , ou le rude , outres
la raifon des exemples que j'ai - rapportez,
Dy c'eft
1558 MERCURE DE FRANCE
r
c'eft qu'Acheron étant un Fleuve d'Enfer,
dont l'idée eft afreufe , la premiere & la
derniere fillabe ayant un fon fort , la feconde
ne doit pas être adoucie. De plus ,
on met fa fource dans une Caverne ; ainfi
pour accommoder la prononciation du
Fleuve avec fa fource , il femble qu'il faut
dire Akeron , comme on dit Caverne , &
non pas Chaverne . Enfin Caron qui conduit
la Barque du Fleuve , fe prononçant
Caron , & non Charon ; c'eſt encore une
conformité pour prononcer Akeron . Je
n'ignore pas que M. Menage prononce
Acheron en François avec le ch , c'eft au
Chapitre 180. de fes Obfervations fur la
Langue Françoife ; mais outre que l'oreille
d'un Angevin , à qui il en eft toujours de--
meuré quelque chofe , comme il le difoit
lui -même , ne doit pas décider , c'eft qu'il
étoit moins qu'infaillible dans la pronon
ciation . Sa premiere Obfervation qui commence
par Acatique , pour condamner
Aquatique , ne lui a pas reüffi Le P. Gaudin
, non-feulement l'a combattuë ,
de plus it a fait fur cela une Differtation
beaucoup plus longue que ma Remarque
fur Acheron , & on y voit Acatique vaincus
& Aquatique victorieux. Pajoute en particulier
les mots
que
que M. Menage allegue
pour exemple , ne font pas pour
lui ; fçavoir , Anchife & Archimede car
mais
ces
JUILLET. 1730. 1559
ces noms ſe prononcent en Latin comme
on les prononce en François.Puifqu'Ache
ron fe prononce avec un c rude , Akeron
il faut en conformité le prononcer en
François avec le même ſon, Akeron, quoiqu'il
s'écrive Acheron .
Peut-être que des perfonnes diftinguées
de l'un & de l'autre fexe , qui portent le
nom de Cheron , ont donné lieu à M. Mer
nage d'en emprunter là prononciation
pour Acheron; mais il n'y a rien là de com
mun pour une imitation , car le nom de
Cheron eft purement François , & celui
d'Acheron vient du Grec & du Latin.
Voilà , cependant les deux queſtions du
Fleuve expliquées comme je l'ai pû .
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Résumé : LETTRE écrite à M*** sur la Riviere de Garonne, & sur les mots de Gironde & d'Acheron.
La lettre aborde deux questions principales : l'origine du nom 'Gironde' et la prononciation du fleuve infernal 'Acheron.' Pour la première question, l'auteur explore l'origine du nom 'Gironde,' attribué à la rivière formée par la confluence de la Garonne et de la Dordogne au Bec-d'Amber. Plusieurs hypothèses sont proposées. 'Gironde' pourrait dériver de 'Girus unde,' signifiant le tourbillon de l'eau autour de l'île des Phares ou de Cazaux. Une autre explication suggère que 'Gironde' vient de 'Gerunda,' signifiant 'rivière qui porte les eaux à la mer.' L'auteur mentionne également que la rivière la plus petite perd souvent son nom lors de la confluence, comme la Marne dans la Seine. De plus, il note une similitude phonétique entre 'Garonne' et 'Gironde,' et fait référence à une ville de Catalogne nommée Gironde. La seconde question concerne la prononciation du nom du fleuve infernal 'Acheron.' L'auteur affirme que ce nom doit être prononcé avec un 'k' dur, comme en latin, et non avec un 'ch' doux. Il justifie cette prononciation en citant plusieurs exemples de noms grecs passés en latin et en français, ainsi que des raisons phonétiques et symboliques. L'auteur critique la position de M. Menage, qui prononce 'Acheron' avec un 'ch,' en soulignant que cette prononciation est incorrecte et que les exemples donnés par Menage ne sont pas pertinents.
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1399
p. 1568-1569
EXTRAIT d'une Lettre écrite par le R. P. Tournemine à M. De L. R. au sujet de la Médaille dont il est parlé dans la 5 Lettre du Voyage de Basse-Normandie.
Début :
Tous ceux qui ont vû le dessein de la Médaille que vous m'avez communiqué, [...]
Mots clefs :
Médaille, Basse-Normandie
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite par le R. P. Tournemine à M. De L. R. au sujet de la Médaille dont il est parlé dans la 5 Lettre du Voyage de Basse-Normandie.
EXTRAIT d'une Lettre écrite
par
le
R. P. Tournemine à M. De L. R. an
fujet de la Médaille dont il eft parlé dans
las Lettre du Voyage de Baffe - Normandie.
Ous ceux qui ont vû le deffein de la
TMédaille que vous m'avez communiqué
, & qui a paru enfuite gravé dans
le fecond Volume du Mercure de Juin
1728. page 1344. jugent qu'on ne peut
deviner quel eft le perfonage qu'on y voit
reprefenté que par la reffemblance de
quelque Portrait ou de quelque fceau ancien
. Pour moi , je crois qu'on peut parvenir
à cette connoiffance en fuivant quelques
conjectures ; les voici : vous en jugerez
. La forme du bonnet & de la cuiraffe
attachée avec des rubans , les cheveux
coupés , conviennent également au 14 .
&
JUILLET. 1730. 1560
& au 15. fiecle ; mais l'Infcription ne
convient qu'au 15. après la renaiffance des
Belles - Lettres. Je croi donc qu'il faut
chercher en Italie celui qu'on compare à
Cefar & à Scipion ; je croi qu'il le faut
chercher parmi les grands Capitaines qui
fe fignalerent dans ce 15. fiecle. Je panche
encore plus à croire que c'èft Philippe
Marie , Duc de Milan , je n'en ai pû trouver
de Portrait .
La figure d'Hercule tuant le Centaure
qui paroît fur la cuiraffe , m'avoit donné
une autre idée qu'il faut vous propofer ;
cet Emblême convient au General des
Suiffes qui défit Charles le Hardi , Duc
de Bourgogne à la Bataille de Granſon .
Les Suiffes n'avoient point de Cavaleric ;
celle du Duc étoit nombreuſe : c'eſt peutêtre
la feule occafion où depuis plufieurs
fiecles une Armée fans Cavalerie en ait
batu une forte en Cavalerie. Monftrelet
Auteur contemporain , ne nomme pas
le General des Suiffes , & je n'ai pû trouver
fon nom dans les autres Hiftoriens.
Quelque fpecieufe que foit cette conjecture
, j'ai de la peine à l'approuver ; les
Suiffes de ce tems là étoient trop groffiers
pour connoître Cefar & Scipion . J'attens
ce que des Sçavans plus heureux que moi
auront découvert fur cette Médaille finguliere.
par
le
R. P. Tournemine à M. De L. R. an
fujet de la Médaille dont il eft parlé dans
las Lettre du Voyage de Baffe - Normandie.
Ous ceux qui ont vû le deffein de la
TMédaille que vous m'avez communiqué
, & qui a paru enfuite gravé dans
le fecond Volume du Mercure de Juin
1728. page 1344. jugent qu'on ne peut
deviner quel eft le perfonage qu'on y voit
reprefenté que par la reffemblance de
quelque Portrait ou de quelque fceau ancien
. Pour moi , je crois qu'on peut parvenir
à cette connoiffance en fuivant quelques
conjectures ; les voici : vous en jugerez
. La forme du bonnet & de la cuiraffe
attachée avec des rubans , les cheveux
coupés , conviennent également au 14 .
&
JUILLET. 1730. 1560
& au 15. fiecle ; mais l'Infcription ne
convient qu'au 15. après la renaiffance des
Belles - Lettres. Je croi donc qu'il faut
chercher en Italie celui qu'on compare à
Cefar & à Scipion ; je croi qu'il le faut
chercher parmi les grands Capitaines qui
fe fignalerent dans ce 15. fiecle. Je panche
encore plus à croire que c'èft Philippe
Marie , Duc de Milan , je n'en ai pû trouver
de Portrait .
La figure d'Hercule tuant le Centaure
qui paroît fur la cuiraffe , m'avoit donné
une autre idée qu'il faut vous propofer ;
cet Emblême convient au General des
Suiffes qui défit Charles le Hardi , Duc
de Bourgogne à la Bataille de Granſon .
Les Suiffes n'avoient point de Cavaleric ;
celle du Duc étoit nombreuſe : c'eſt peutêtre
la feule occafion où depuis plufieurs
fiecles une Armée fans Cavalerie en ait
batu une forte en Cavalerie. Monftrelet
Auteur contemporain , ne nomme pas
le General des Suiffes , & je n'ai pû trouver
fon nom dans les autres Hiftoriens.
Quelque fpecieufe que foit cette conjecture
, j'ai de la peine à l'approuver ; les
Suiffes de ce tems là étoient trop groffiers
pour connoître Cefar & Scipion . J'attens
ce que des Sçavans plus heureux que moi
auront découvert fur cette Médaille finguliere.
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Résumé : EXTRAIT d'une Lettre écrite par le R. P. Tournemine à M. De L. R. au sujet de la Médaille dont il est parlé dans la 5 Lettre du Voyage de Basse-Normandie.
Dans une lettre adressée à M. De L. R., le R. P. Tournemine discute de l'identification d'un personnage représenté sur une médaille. Plusieurs personnes ayant vu le dessin de la médaille, publié dans le Mercure de Juin 1728, ne peuvent deviner l'identité du personnage sans comparaison avec un portrait ou un sceau ancien. Tournemine propose des conjectures basées sur la forme du bonnet, de la cuirasse et la coupe des cheveux, qui correspondent aux styles du 14ème et 15ème siècles. L'inscription sur la médaille suggère une période postérieure à la renaissance des Belles-Lettres, orientant vers le 15ème siècle. Tournemine penche pour Philippe Marie, Duc de Milan, bien qu'il n'ait pas trouvé de portrait de ce dernier. Une autre hypothèse est proposée par l'emblème d'Hercule tuant le Centaure, qui pourrait représenter le général des Suisses ayant défait Charles le Hardi à la bataille de Granson. Cependant, Tournemine rejette cette hypothèse, estimant que les Suisses de l'époque étaient trop grossiers pour connaître César et Scipion. Il attend les découvertes de savants plus éclairés sur cette médaille singulière.
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1400
p. 1574-1575
Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
Début :
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République [...]
Mots clefs :
Histoire, Mémoire, Hommes illustres
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texteReconnaissance textuelle : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
NOUVELLES LITTERAIRES
M
DES BEAUX ARTS & c.
EMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la Répu
blique des Lettres , avec un Catalogue raifonné
de leurs Ouvrages. Tome X. de 190.
pages , fans la Préface & les Tables. A Paris
, chez Briaffon , ruë S, Jacques , à la
Science . M. DCC. XXX.
L'Auteur commence de s'acquiter d'un
engagement qu'il a pris avec le Public
& que nous avons annoncé avec plaifir
dans un de nos Journaux. La moitié de
ce 10. Volume eft employée en changemens
, en corrections & additions pour
le premier Tome des Mémoires . L'autre
moitié contient une Table genérale des
Matieres qui ont été traitées par les Auteurs
contenus dans les dix premiers Volumes
, & une Table Nécrologique des
'Auteurs contenus dans ces mêmes dix
premiers Volumes. Il ne faut pas douter
que ces changemens , corrections & additions
ne foient en general bien neceffaires
pour la perfection de tout l'Ouvrage ;
mais elles ne font pas toutes d'une égale
importance ; on peut même dire qu'il y
en
JUILLET . 1730. 1575
en a de peu neceffaires , & que quelques
corrections auroient elles - mêmes befoin
- d'être corrigées : telle eft celle qui regarde
Louis Ferrand ; l'Auteur des Mémoires
s'exprime ainfi fur ſon ſujet : » On a dit
fur l'autorité du Journal des Sçavans
» qu'il avoit étudié au College des Prêtres
» de l'Oratoire de Toulon ; mais comme
>> ils n'ont point de College en ce lieu , il
» faut mettre feulement qu'il étudia dans
le College de Toulon . L'Editeur auroit
pû s'épargner cette prétendue correction ;
car il eft de notorieté publique que les
PP. de l'Oratoire ont un College à
Toulon , établi par des Lettres Patentes
depuis plus d'un fiecle.
M
DES BEAUX ARTS & c.
EMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la Répu
blique des Lettres , avec un Catalogue raifonné
de leurs Ouvrages. Tome X. de 190.
pages , fans la Préface & les Tables. A Paris
, chez Briaffon , ruë S, Jacques , à la
Science . M. DCC. XXX.
L'Auteur commence de s'acquiter d'un
engagement qu'il a pris avec le Public
& que nous avons annoncé avec plaifir
dans un de nos Journaux. La moitié de
ce 10. Volume eft employée en changemens
, en corrections & additions pour
le premier Tome des Mémoires . L'autre
moitié contient une Table genérale des
Matieres qui ont été traitées par les Auteurs
contenus dans les dix premiers Volumes
, & une Table Nécrologique des
'Auteurs contenus dans ces mêmes dix
premiers Volumes. Il ne faut pas douter
que ces changemens , corrections & additions
ne foient en general bien neceffaires
pour la perfection de tout l'Ouvrage ;
mais elles ne font pas toutes d'une égale
importance ; on peut même dire qu'il y
en
JUILLET . 1730. 1575
en a de peu neceffaires , & que quelques
corrections auroient elles - mêmes befoin
- d'être corrigées : telle eft celle qui regarde
Louis Ferrand ; l'Auteur des Mémoires
s'exprime ainfi fur ſon ſujet : » On a dit
fur l'autorité du Journal des Sçavans
» qu'il avoit étudié au College des Prêtres
» de l'Oratoire de Toulon ; mais comme
>> ils n'ont point de College en ce lieu , il
» faut mettre feulement qu'il étudia dans
le College de Toulon . L'Editeur auroit
pû s'épargner cette prétendue correction ;
car il eft de notorieté publique que les
PP. de l'Oratoire ont un College à
Toulon , établi par des Lettres Patentes
depuis plus d'un fiecle.
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Résumé : Memoires pour servir à l'Histoire des Hommes illustres, &c. [titre d'après la table]
Le texte décrit un ouvrage intitulé 'Mémoires pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres', publié par Briaffon à Paris. Le tome X, de 190 pages, est divisé en deux parties. La première moitié présente des changements, corrections et additions pour le premier tome des Mémoires. La seconde moitié inclut une table générale des matières des dix premiers volumes et une table nécrologique des auteurs de ces volumes. Certaines corrections sont jugées inutiles. Par exemple, une correction concernant Louis Ferrand est critiquée. L'auteur des Mémoires avait corrigé une information selon laquelle Ferrand avait étudié au Collège des Prêtres de l'Oratoire de Toulon, affirmant qu'il n'y avait pas de tel collège à Toulon. Cependant, il est noté que les Pères de l'Oratoire possèdent effectivement un collège à Toulon, établi par des lettres patentes depuis plus d'un siècle.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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