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5201
p. 880-892
REPONSE du second Musicien au premier Musicien, Auteur de l'Examen inseré dans le Mercure d'Octobre 1729. page 2369.
Début :
Je vous addresse la parole, Monsieur, pour bannir toute confusion de notre [...]
Mots clefs :
Accords, Son fondamental, Harmonie, Compositeurs, Variété, Musique, Octave
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texteReconnaissance textuelle : REPONSE du second Musicien au premier Musicien, Auteur de l'Examen inseré dans le Mercure d'Octobre 1729. page 2369.
REPONSE du fecond Muficien au
premier Muficien Auteur de l'Examen
, inferé dans le Mercure d'Octobre
1729. page 2369.
J
E vous addreffe la parole , Monfieur ,
pour bannir toute confufion de notre
difpute. Je vous exhorte à la fincerité &
à la moderation qui convient entre deux
Confreres ; je vous en ai donné l'exemple.
dans l'expofé que j'ai fait de notre Conference
; vous le fçavez ; comment ofezvous
donc m'accufer de calomnie au fujet
du defaveu que vous avez fait de votre
Livre je pourrois nommer huit ou dix:
témoins qui l'ont entendu : fi je ne-craignois
de commettre des perfonnes refpectables
, peut-être que vous l'avez oublié
dans ce cas , je vous prie de vous
reffouvenir que je vous dis alors , mais
fi vous vous êtes trompé dans un Ouvrage
ou
MAY. 1730 881
•
où vous avez refléchi pendant dix ans ,
ne devez - vous pas craindre de vous trom .
per encore ? Non , répondîtes-vous , je
fuis préfentement certain de mon fait.
Revenez à votre Livre , j'y confens ; je
prendrai la même licence fi je me trompe
en quelque chofe .
Je n'ai nul interêt de décrier ce Livre
comme vous m'en accufez ,& fi je me pare
de la Baffe fondamentale , je puis dire en
même tems , que je ne vous en furs point
redevable ; on n'en peut point douter
puifque je vous accufe de la mal expliquer.
Je pourrois rabattre beaucoup deslouanges
que vous donnez à cet Ouvrage; 、
mais je me contenterai préfentement de
blâmer la temerité que vous avez de ſoutenir
dans votre Préface que tout ce que
l'on a compofé jufqu'à préfent d'excellent
ne l'a été que par goût , fans principes
clairs & certains. Avez-vous penetré au
fond de l'ame de tous ces grands Auteurs,
pour connoître leur fçavoir : Des Ouvrages
charmans & admirables , felon votre
où l'ordre , la fcience , vos meilleurs
principes, & beaucoup d'autres , font
conftamment pratiquez par tout , peuvent-
ils être des enfans de l'aveugle goût
qui ne marche qu'à tatons ; ces excellens
Auteurs n'ont point mis au jour leurs
principes , donc vous n'en pouvez pas ju-
,
ger.
882 MERCURE DE FRANCE
ger. Parceque vous êtes le premier qui
avez fait imprimer le fon fondamental
d'un Accord , s'enfuit- il que vous êtes le
premier qui l'avez connu ; combien voiton
dans les Arts de principes pratiqués
long- tems avant qu'on les imprime. Ce
que vous voulez avoir mis au jour depuis
peu eft commun daris Paris depuis trente
ans , & bien plus , je connois celui qui
dit vous l'avoir enfeigné vers votre
trentiéme année ; vous fçavez qu'il demeure
rue Planche Mibray , à côté d'une
Lingere. Mais fuppofons que vous l'aycz
trouvé après les autres , je foutiens que
vous l'avez mal deviné ; c'eft le fecond
Article de notre difpute. Je ne prétens
pas infinuer que votre Traité d'harmonie'
n'ait beaucoup de bon , malgré fes deffauts
; au contraire , j'avoue que c'eft un
mérite de l'avoir compilé , mais inférieur
au mérite des excellens Auteurs dont
vous niez les lumieres ; car enfin l'harmonie
feule comparée à une piece qui
raffemble toutes les beautés de la Mufique
, eft comme un Rudiment contre une
Piece d'Eloquence. Au refte , ces M M.
n'ont pas befoin de défenfeur ; leurs Ouvrages
en font plus fentir que je n'en
puis dire ces fources fecondes où vous
avez puifé ce que vous fçavez de mieux ,
feront toûjours des témoins qui vous
accufoMAY.
1730. 883
accuferont d'ingratitude envers leurs Auteurs.
;
Ne croyez pas que le ton décifif &
les invectives qui regnent dans votre
Examen , vous donnent gain de caufe
parmi les perfonnes qui penfent bien ; il
faut des raifons pour les perfuader ; c'eſt
vouloir juger fa propre caufe que de trairer
fon adverfaire d'ignorant le Public
en doit décider , il eft notre juge dès que
nous lui addreffons nos Ecrits . Vous ne
prenez pas garde que vos mépris retombent
fur vous- même ; auriez- vous oublié
qu'à la fin de notre Conference , en préfence
de la Compagnie , vous avez refufé
un pari de cent louis que je vous ai propofé
, pour ceux de nos fentimens qut
l'emporteroient au jugement des plus renommés
compofiteurs du Royaume : Ne
vous flattez pas que la Compagnie ait
approuvé cette défaite ; voici vos propres
paroles je ne reconnois perfonne capable
de me juger; je ſuis feul fçavant en
harmonie. Quelle certitude , que celle qui
n'eft fondée que fur l'opinion d'une seule
tête.
Venons au fait. Toute notre difpute
roule fur quatre chefs. 1 ° Si le premier
fondement de l'harmonie doit fe tirer des
proportions qui fe trouvent dans les vibrations
des fons on de la refonnance du
corps
884 MERCURE DE FRANCE
corps fonore. 20 quel eft le fon fondamental
dans l'Accord de 4° & celui de 9º.-
3 files renverfemens de ces deux Ac--
cords peuvent fe pratiquer . 40 Si la façon
ordinaire d'accompagner du Clavecin eft
plus parfaite que la vôtre .
Le premier chef eft un fait de pure
Phyfique ; comme vous n'avez point étudié
cette Science , je ne fuis point étonné
que vous ne vous rendiez pas à mes
raifons alleguées dans la Conference . Cependant
il faut ou vous faire inftruire
fur cet article , ou me le ceder . Je ne fçai
point de moyen plus éfficace pour vous
y engager que de vous propofer un pari
de cent piftoles , plus ou moins fi vous
voulez , & nous prierons M M. de l'Académie
des Sciences de nous juger ; a
leur refus , des Profeffeurs de Philofophie
pourront être nos juges .
Le fecond chef eft de la compétence
des compofiteurs de Mufique , auffi bien
que des Phyficiens , & parceque c'eſt à
ces premiers principalement que nous
adreffons nos raifons , je l'approfondirai
autant qu'il me fera poffible. Mes preuves
écrites dans la Conference me paroiffent
fi fort au-deffus de la réponfe que.
Vous y avez faite , que je ne puis me
difpenfer de vous y renvoyer , perfuadé
que fi vous pouvez les méditer fans pré-
1 ventionMAY.
1730.* 885
vention , vous en ferez convaincu . J'ajoûte
à ces preuves l'argument fuivant ,
qui fervira en même- tems à déveloper
Fendroit où votre réponſe péche.
Le fon fondamental d'un Accord eft
celui qui donne la difpofition de l'Accord
parfait , lorfqu'on le met au bas des autres
fons , auquel Accord parfait on peut
fouvent ajoûter la 7 ; vous convenez avec
moi de ce principe ; ainfi dans ces Accords
fa la ut ré fa , la ut ré fa la , ut ré fa llaa ,
le fon fondamental eft le ré , parceque
Jui feul mis au plus bas donne ré fa la ut
ré , qui eft la difpofition requife. Si l'on
diéze le fa , le ré ne fera pas moins fondamental
, parceque la difpofition fera la
même ; jufqu'ici nous fommes d'accord .
Mais fi l'on fupprime plufieurs fons , ne
laiffant que ré ut , on ne pourra pas dire
que ces deux fons font un Accord de fep--
tiéme , comme vous dites , ce fera feulement
un intervale de 7° ; car nous entendons
par Accord de feptiéme un Accord
parfait auquel on a ajoûté la 7° , & c'eft
ici le défaut de votre preuve ; vous dites
ré ut font un Accord de 7 , que
que
fi
vous mettez un fol au lieu de la
n'aurez pas moins un Accord de 7º , &
que le ré felon notre principe eft fondamental
, je réponds que ce n'eft point un
compofé de 3 , 4 , 7 & 8° , qui eft la
diſpo
, vous
886 MERCURE DE FRANCE
diſpoſition dont nous convenons dans notre
principe , que c'eft , au contraire , un
compofé de tierce , quinte & octave , auquel
on peut ajoûter la feptiéme. Vous
avez fuppofé faux ; ainfi votre conclufion
cft fauffe. Mais , direz- vous , on ne peut
pas trouver la difpofition d'Accord parfait
dans l'Accord de quarte , ni celui de
neuviéme ; je réponds que lorfque cette
difpofition eft impoffible , ce doit être
celle qui en approche le plus qui doit y
étre fubftituée. Car enfin fi la feule dif
pofition d'Accord parfait nous indique le
fon fondamental , à quelle difpofition
pouvons -nous le plus raifonnablement
avoir recours, lorfque celle- ci nous manque
, fi ce n'eft à celle qui en approche le
plus. Cela me paroît d'une évidence fi
fenfible , que perfonne, je croi , n'enpeut
douter.
Or il eft certain que dans l'Accord de
quarte & celui de neuviéme , dans les
circonftances que l'on voit à l'exemple
mis au bas de l'Air noté de ce Livre , la
baffe actuelle donne la difpofition la plus
approchante de l'Accord parfait ou de
feptiéme , car elle n'en differe que par un
fon retardant , pareffeux , pour ainfi dire ,
à fe rendre à fa place ; donc la baffe actuelle
dans ces deux Accords eſt fondamentale
Yous!
MAY. 1730. 887
Vous avez marqué dans votre Examen
que l'Accord complet fol ré fa la ut , fait
voir que ré eft fondamental , étant la baffe
d'un Accord de feptiéme complet ; mais
cette raifon n'a point de lieu dans les
exemples que je rapporte , parceque tous
les fons que vous propofez ne peuvent
pas s'y trouver , & quoique l'on puiffe
les admettre tous dans deux cas que j'expliquerai
ci après , cela ne conclud rien
pour les cas où l'on ne peut pas les admettre
tous ; les accords que je propofe
font differens.
Vous dites encore pour votre défenſe ,
que à tout Accord de neuviéme on peut
ajoûter la 7 , ainfi le fon qui fait la tierce
eft fondamental , puiſqu'il porte un Accord
de feptiéme complet ; vous m'avez
fait cette objection le jour de notre Conference
, vous prétendiez que dans l'Accord
de neuvième , marqué B , on peut
y mettre la 7 pour la faire monter enfuite
à l'octave , ce que je nie par deux
raifons. 1 Parceque la note fenfible ayant
déja monté à la note finale par obligation ,
on ne peut plus fuppofer qu'elle eft encore
à fa place , & la faire monter une feconde
fois pour fatisfaire à la même obligation .
2º Parceque la note fenfible fur la finale
ne peut fubftituer fans la 4* ; quand au lieu
de cette quarte on met la tierce , on eft
obligé
888 MERCURE DE FRANCE
obligé de reconnoitre que cette 7 n'eft
plus note fenfible , on doit la faire def
cendre parceque le mode eft changé ; cette
7 qui eft majeure , feroit encore moins
compatible avec la tierce mineure , parcequ'elles
font en relation de quinte fuperflue.
Mais je dis plus , lors même que
la feptiéme peut aller avec la neuviéme
la buffe actuelle eft encore fondamentale :
Voici mes raifons.
pas
Vous reconnoiffez réé, pour fondamental
dans l'accord ré , fa , la , ut , ré ;
fi au lieu de l'Octave ou uniffon , je mets
un mi , par continuation , que ce mi fe
rende inceffamment au ré , où il auroit
dû être , pourquoi le ré ne feroit- il plus
fondamental ? ce mi n'a rien changé à la
premiere difpofition . Le fa , que vous
foutenez être fondamental , ne donne
une difpofition plus approchante de l'ac
cord parfait que le ré , au contraire ; &
quand même cela feroit égal , il femble
que le ré devroit refter tel, fur tout lorfque
la baffe fondamentale a précedé fur
le la , parce que le progrès le plus naturel
de cette baffe eft d'aller par quarte
ou par quinte , comme j'ai marqué dans
l'exemple C ; mais de plus, je foutiens
la difpofition n'eft pas égale , par deux
raifons. 1. Selon vous le fon ré eft entierement
étranger au véritable accord ,
que
que
MAY . 1730. 889
que vous dites être fa , la , ut , mi , ce ré
eft ftable & indépendant , comme un fon
fondamental doit être . Selon moi , le fon
mi n'eft point abfolument étranger au
veritable accord , que je dis être rê , fa ,
la , ut , ré , ce mi n'eft point ftable , il ne
peut durer beaucoup , ce n'eft qu'un allongement
d'un mi , qui a précedé , il dépend
abfolument du ré , où il doit fe rendre
inceffamment , on ne permet ce retardement
que pour faire fouhaiter le ré.
& le faire trouver meilleur . 2 ° . Selon
vous , le ré ne peut trouver place , que
hors l'étendue de l'Octave ; cependant
toutes les proportions harmoniques doivent
trouver place dans cette étenduë ,
c'eſt le ſentiment de tous ceux qui en ont
écrit. Selon moi , ma neuviéme fe trouve
dans cette étendue , elle fe peut faire également
au fecond degré comme un retardement
de l'uniffon ; c'eft réellement
une 2 ; chacun fçait qu'on ne lui donne le
nom de neuviême , que pour la diftinguer
de la 2º ou la baffe fincope , ces deux .
2es exigent des mouvemens & des accompagnemens
differens.
Il reste encore à expliquer les deux
cas où tous ces fons , fol , ré , fa , la , ut,
peuvent le rencontrer. Le premier que
l'on voit à l'exemple D. eft femblable à
l'accord , tiré du Confitebor de M. de la
Lande,
890 MERCURE DE FRANCE
ג
Lande , marqué F. excepté que la tierce.
eft obmife ; parconfequent l'accord que
vous propofez eft incomplet.Si l'on y ajoûte
le fi bemol , qui eft obmis , il est évident
qu'on aura un accord de 7 & 9 , ou au
lieu de doubler la tierce dès le premier
temps on a fait une quarte pour retarder
ce doublement de la tierce. Or , felon
l'explication que je viens de donner de
l'accord de 7 & 9 , marqué C. la baffe
actuelle y eft fondamentale. Donc dans
l'accord que vous propofez le fol eft fondamental
; ce qui n'eft pas votre ſentiment.
Remarquez que dans mes Explications
, l'harmonie ne fort point de l'étendue
de l'Octave , comme vous la faites
fortir car dans l'accord dont je viens de
parler , la 9 & 4* fe peuvent également
faire au fecond & au quatrième degré .
;
Le fecond cas où tous ces fons que vous
propofez , fol , ré , fa , la , ut , peuvent fe
rencontrer , c'eft l'accord que vous nommez
de 7 fuperfluë , marqué E. je conviens
que ré eft fondamental dans cet accord
; mais il y a deux raifons de le dif
tinguer . L'une que ré eft dominante . L'au
tre , que ce n'eft point veritablement un
bon accord ; on ne l'admet que par li
cence , pour favorifer le point d'Orgue
dont l'harmonie eft fort bornée ; & l'idée
l'on a de cet accord , eft la baffe
devroit
que que
MA Y. 1730.
891
devroit être alors à la dominante ; mais
qu'elle refte à la finale comme par entêtement
ou par une immobilité inébran
lable , on fent que l'harmonie , pour rem.
plir fon miniftere , qui eft de donner de
la varieté , touche l'accord de la dominante
, mais que la baffe manque , pour
ainfi- dire , à fon devoir.
Votre baffe fondamentale a encore , de
votre aveu , le deffaut de ne pouvoir pas
être admife dans la pratique ; mais on y
admet la mienne .
Le troifiéme Chef confifte en des faits
de pratique de compofition , dont l'oreille
eft contente. Pour prouver la bonté
de cette pratique , voici comme je rai
fonné.
Dans les Arts où la varieté eft neceffaire,
c'eſt un bien de multiplier les fondemens
de cette varieté , fur tout lorfque cefdits
fondemens font très-bornez,
Or , dans la Mufique , la varieté eft ne
ceffaire. Les fondemens de cette varieté
font les accords , dont le nombre eſt trèspetit
; donc dans la Mufique , l'augmentation
des accords eft un bien , principalement
lorsque l'experience dans la pratique
en a fait fentir la bonté.
Si vous continuez à me difputer ce troifiéme
Chef, je me fais fort de vous faire
condamner par les Compofiteurs à grands
Choeurs
892 MERCURE DE FRANCE
Choeurs , les plus renommez , dont j'aurai
des Certificats.
Pour ce qui concerne votre accompagnement
, on voit affez que je n'ai point
donné mes Objections écrites , comme
prouvées , mais comme prêt à les prouver,
ce détail demandant un écrit particulier.
Le prétendu parallele de nos accompagnemens
, que vous venez de mettre au
jour dans les derniers Mercures , eft une
occafion bien naturelle de donner ce détail
. En attendant , permettez - moi devous
dire , que l'expolé que vous y faites
de la maniere dont les habiles enſeignent
l'accompagnement , n'eft point fidele.
Vous vous appropriez des principes qu'on
enfeignoit avant vous.
premier Muficien Auteur de l'Examen
, inferé dans le Mercure d'Octobre
1729. page 2369.
J
E vous addreffe la parole , Monfieur ,
pour bannir toute confufion de notre
difpute. Je vous exhorte à la fincerité &
à la moderation qui convient entre deux
Confreres ; je vous en ai donné l'exemple.
dans l'expofé que j'ai fait de notre Conference
; vous le fçavez ; comment ofezvous
donc m'accufer de calomnie au fujet
du defaveu que vous avez fait de votre
Livre je pourrois nommer huit ou dix:
témoins qui l'ont entendu : fi je ne-craignois
de commettre des perfonnes refpectables
, peut-être que vous l'avez oublié
dans ce cas , je vous prie de vous
reffouvenir que je vous dis alors , mais
fi vous vous êtes trompé dans un Ouvrage
ou
MAY. 1730 881
•
où vous avez refléchi pendant dix ans ,
ne devez - vous pas craindre de vous trom .
per encore ? Non , répondîtes-vous , je
fuis préfentement certain de mon fait.
Revenez à votre Livre , j'y confens ; je
prendrai la même licence fi je me trompe
en quelque chofe .
Je n'ai nul interêt de décrier ce Livre
comme vous m'en accufez ,& fi je me pare
de la Baffe fondamentale , je puis dire en
même tems , que je ne vous en furs point
redevable ; on n'en peut point douter
puifque je vous accufe de la mal expliquer.
Je pourrois rabattre beaucoup deslouanges
que vous donnez à cet Ouvrage; 、
mais je me contenterai préfentement de
blâmer la temerité que vous avez de ſoutenir
dans votre Préface que tout ce que
l'on a compofé jufqu'à préfent d'excellent
ne l'a été que par goût , fans principes
clairs & certains. Avez-vous penetré au
fond de l'ame de tous ces grands Auteurs,
pour connoître leur fçavoir : Des Ouvrages
charmans & admirables , felon votre
où l'ordre , la fcience , vos meilleurs
principes, & beaucoup d'autres , font
conftamment pratiquez par tout , peuvent-
ils être des enfans de l'aveugle goût
qui ne marche qu'à tatons ; ces excellens
Auteurs n'ont point mis au jour leurs
principes , donc vous n'en pouvez pas ju-
,
ger.
882 MERCURE DE FRANCE
ger. Parceque vous êtes le premier qui
avez fait imprimer le fon fondamental
d'un Accord , s'enfuit- il que vous êtes le
premier qui l'avez connu ; combien voiton
dans les Arts de principes pratiqués
long- tems avant qu'on les imprime. Ce
que vous voulez avoir mis au jour depuis
peu eft commun daris Paris depuis trente
ans , & bien plus , je connois celui qui
dit vous l'avoir enfeigné vers votre
trentiéme année ; vous fçavez qu'il demeure
rue Planche Mibray , à côté d'une
Lingere. Mais fuppofons que vous l'aycz
trouvé après les autres , je foutiens que
vous l'avez mal deviné ; c'eft le fecond
Article de notre difpute. Je ne prétens
pas infinuer que votre Traité d'harmonie'
n'ait beaucoup de bon , malgré fes deffauts
; au contraire , j'avoue que c'eft un
mérite de l'avoir compilé , mais inférieur
au mérite des excellens Auteurs dont
vous niez les lumieres ; car enfin l'harmonie
feule comparée à une piece qui
raffemble toutes les beautés de la Mufique
, eft comme un Rudiment contre une
Piece d'Eloquence. Au refte , ces M M.
n'ont pas befoin de défenfeur ; leurs Ouvrages
en font plus fentir que je n'en
puis dire ces fources fecondes où vous
avez puifé ce que vous fçavez de mieux ,
feront toûjours des témoins qui vous
accufoMAY.
1730. 883
accuferont d'ingratitude envers leurs Auteurs.
;
Ne croyez pas que le ton décifif &
les invectives qui regnent dans votre
Examen , vous donnent gain de caufe
parmi les perfonnes qui penfent bien ; il
faut des raifons pour les perfuader ; c'eſt
vouloir juger fa propre caufe que de trairer
fon adverfaire d'ignorant le Public
en doit décider , il eft notre juge dès que
nous lui addreffons nos Ecrits . Vous ne
prenez pas garde que vos mépris retombent
fur vous- même ; auriez- vous oublié
qu'à la fin de notre Conference , en préfence
de la Compagnie , vous avez refufé
un pari de cent louis que je vous ai propofé
, pour ceux de nos fentimens qut
l'emporteroient au jugement des plus renommés
compofiteurs du Royaume : Ne
vous flattez pas que la Compagnie ait
approuvé cette défaite ; voici vos propres
paroles je ne reconnois perfonne capable
de me juger; je ſuis feul fçavant en
harmonie. Quelle certitude , que celle qui
n'eft fondée que fur l'opinion d'une seule
tête.
Venons au fait. Toute notre difpute
roule fur quatre chefs. 1 ° Si le premier
fondement de l'harmonie doit fe tirer des
proportions qui fe trouvent dans les vibrations
des fons on de la refonnance du
corps
884 MERCURE DE FRANCE
corps fonore. 20 quel eft le fon fondamental
dans l'Accord de 4° & celui de 9º.-
3 files renverfemens de ces deux Ac--
cords peuvent fe pratiquer . 40 Si la façon
ordinaire d'accompagner du Clavecin eft
plus parfaite que la vôtre .
Le premier chef eft un fait de pure
Phyfique ; comme vous n'avez point étudié
cette Science , je ne fuis point étonné
que vous ne vous rendiez pas à mes
raifons alleguées dans la Conference . Cependant
il faut ou vous faire inftruire
fur cet article , ou me le ceder . Je ne fçai
point de moyen plus éfficace pour vous
y engager que de vous propofer un pari
de cent piftoles , plus ou moins fi vous
voulez , & nous prierons M M. de l'Académie
des Sciences de nous juger ; a
leur refus , des Profeffeurs de Philofophie
pourront être nos juges .
Le fecond chef eft de la compétence
des compofiteurs de Mufique , auffi bien
que des Phyficiens , & parceque c'eſt à
ces premiers principalement que nous
adreffons nos raifons , je l'approfondirai
autant qu'il me fera poffible. Mes preuves
écrites dans la Conference me paroiffent
fi fort au-deffus de la réponfe que.
Vous y avez faite , que je ne puis me
difpenfer de vous y renvoyer , perfuadé
que fi vous pouvez les méditer fans pré-
1 ventionMAY.
1730.* 885
vention , vous en ferez convaincu . J'ajoûte
à ces preuves l'argument fuivant ,
qui fervira en même- tems à déveloper
Fendroit où votre réponſe péche.
Le fon fondamental d'un Accord eft
celui qui donne la difpofition de l'Accord
parfait , lorfqu'on le met au bas des autres
fons , auquel Accord parfait on peut
fouvent ajoûter la 7 ; vous convenez avec
moi de ce principe ; ainfi dans ces Accords
fa la ut ré fa , la ut ré fa la , ut ré fa llaa ,
le fon fondamental eft le ré , parceque
Jui feul mis au plus bas donne ré fa la ut
ré , qui eft la difpofition requife. Si l'on
diéze le fa , le ré ne fera pas moins fondamental
, parceque la difpofition fera la
même ; jufqu'ici nous fommes d'accord .
Mais fi l'on fupprime plufieurs fons , ne
laiffant que ré ut , on ne pourra pas dire
que ces deux fons font un Accord de fep--
tiéme , comme vous dites , ce fera feulement
un intervale de 7° ; car nous entendons
par Accord de feptiéme un Accord
parfait auquel on a ajoûté la 7° , & c'eft
ici le défaut de votre preuve ; vous dites
ré ut font un Accord de 7 , que
que
fi
vous mettez un fol au lieu de la
n'aurez pas moins un Accord de 7º , &
que le ré felon notre principe eft fondamental
, je réponds que ce n'eft point un
compofé de 3 , 4 , 7 & 8° , qui eft la
diſpo
, vous
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diſpoſition dont nous convenons dans notre
principe , que c'eft , au contraire , un
compofé de tierce , quinte & octave , auquel
on peut ajoûter la feptiéme. Vous
avez fuppofé faux ; ainfi votre conclufion
cft fauffe. Mais , direz- vous , on ne peut
pas trouver la difpofition d'Accord parfait
dans l'Accord de quarte , ni celui de
neuviéme ; je réponds que lorfque cette
difpofition eft impoffible , ce doit être
celle qui en approche le plus qui doit y
étre fubftituée. Car enfin fi la feule dif
pofition d'Accord parfait nous indique le
fon fondamental , à quelle difpofition
pouvons -nous le plus raifonnablement
avoir recours, lorfque celle- ci nous manque
, fi ce n'eft à celle qui en approche le
plus. Cela me paroît d'une évidence fi
fenfible , que perfonne, je croi , n'enpeut
douter.
Or il eft certain que dans l'Accord de
quarte & celui de neuviéme , dans les
circonftances que l'on voit à l'exemple
mis au bas de l'Air noté de ce Livre , la
baffe actuelle donne la difpofition la plus
approchante de l'Accord parfait ou de
feptiéme , car elle n'en differe que par un
fon retardant , pareffeux , pour ainfi dire ,
à fe rendre à fa place ; donc la baffe actuelle
dans ces deux Accords eſt fondamentale
Yous!
MAY. 1730. 887
Vous avez marqué dans votre Examen
que l'Accord complet fol ré fa la ut , fait
voir que ré eft fondamental , étant la baffe
d'un Accord de feptiéme complet ; mais
cette raifon n'a point de lieu dans les
exemples que je rapporte , parceque tous
les fons que vous propofez ne peuvent
pas s'y trouver , & quoique l'on puiffe
les admettre tous dans deux cas que j'expliquerai
ci après , cela ne conclud rien
pour les cas où l'on ne peut pas les admettre
tous ; les accords que je propofe
font differens.
Vous dites encore pour votre défenſe ,
que à tout Accord de neuviéme on peut
ajoûter la 7 , ainfi le fon qui fait la tierce
eft fondamental , puiſqu'il porte un Accord
de feptiéme complet ; vous m'avez
fait cette objection le jour de notre Conference
, vous prétendiez que dans l'Accord
de neuvième , marqué B , on peut
y mettre la 7 pour la faire monter enfuite
à l'octave , ce que je nie par deux
raifons. 1 Parceque la note fenfible ayant
déja monté à la note finale par obligation ,
on ne peut plus fuppofer qu'elle eft encore
à fa place , & la faire monter une feconde
fois pour fatisfaire à la même obligation .
2º Parceque la note fenfible fur la finale
ne peut fubftituer fans la 4* ; quand au lieu
de cette quarte on met la tierce , on eft
obligé
888 MERCURE DE FRANCE
obligé de reconnoitre que cette 7 n'eft
plus note fenfible , on doit la faire def
cendre parceque le mode eft changé ; cette
7 qui eft majeure , feroit encore moins
compatible avec la tierce mineure , parcequ'elles
font en relation de quinte fuperflue.
Mais je dis plus , lors même que
la feptiéme peut aller avec la neuviéme
la buffe actuelle eft encore fondamentale :
Voici mes raifons.
pas
Vous reconnoiffez réé, pour fondamental
dans l'accord ré , fa , la , ut , ré ;
fi au lieu de l'Octave ou uniffon , je mets
un mi , par continuation , que ce mi fe
rende inceffamment au ré , où il auroit
dû être , pourquoi le ré ne feroit- il plus
fondamental ? ce mi n'a rien changé à la
premiere difpofition . Le fa , que vous
foutenez être fondamental , ne donne
une difpofition plus approchante de l'ac
cord parfait que le ré , au contraire ; &
quand même cela feroit égal , il femble
que le ré devroit refter tel, fur tout lorfque
la baffe fondamentale a précedé fur
le la , parce que le progrès le plus naturel
de cette baffe eft d'aller par quarte
ou par quinte , comme j'ai marqué dans
l'exemple C ; mais de plus, je foutiens
la difpofition n'eft pas égale , par deux
raifons. 1. Selon vous le fon ré eft entierement
étranger au véritable accord ,
que
que
MAY . 1730. 889
que vous dites être fa , la , ut , mi , ce ré
eft ftable & indépendant , comme un fon
fondamental doit être . Selon moi , le fon
mi n'eft point abfolument étranger au
veritable accord , que je dis être rê , fa ,
la , ut , ré , ce mi n'eft point ftable , il ne
peut durer beaucoup , ce n'eft qu'un allongement
d'un mi , qui a précedé , il dépend
abfolument du ré , où il doit fe rendre
inceffamment , on ne permet ce retardement
que pour faire fouhaiter le ré.
& le faire trouver meilleur . 2 ° . Selon
vous , le ré ne peut trouver place , que
hors l'étendue de l'Octave ; cependant
toutes les proportions harmoniques doivent
trouver place dans cette étenduë ,
c'eſt le ſentiment de tous ceux qui en ont
écrit. Selon moi , ma neuviéme fe trouve
dans cette étendue , elle fe peut faire également
au fecond degré comme un retardement
de l'uniffon ; c'eft réellement
une 2 ; chacun fçait qu'on ne lui donne le
nom de neuviême , que pour la diftinguer
de la 2º ou la baffe fincope , ces deux .
2es exigent des mouvemens & des accompagnemens
differens.
Il reste encore à expliquer les deux
cas où tous ces fons , fol , ré , fa , la , ut,
peuvent le rencontrer. Le premier que
l'on voit à l'exemple D. eft femblable à
l'accord , tiré du Confitebor de M. de la
Lande,
890 MERCURE DE FRANCE
ג
Lande , marqué F. excepté que la tierce.
eft obmife ; parconfequent l'accord que
vous propofez eft incomplet.Si l'on y ajoûte
le fi bemol , qui eft obmis , il est évident
qu'on aura un accord de 7 & 9 , ou au
lieu de doubler la tierce dès le premier
temps on a fait une quarte pour retarder
ce doublement de la tierce. Or , felon
l'explication que je viens de donner de
l'accord de 7 & 9 , marqué C. la baffe
actuelle y eft fondamentale. Donc dans
l'accord que vous propofez le fol eft fondamental
; ce qui n'eft pas votre ſentiment.
Remarquez que dans mes Explications
, l'harmonie ne fort point de l'étendue
de l'Octave , comme vous la faites
fortir car dans l'accord dont je viens de
parler , la 9 & 4* fe peuvent également
faire au fecond & au quatrième degré .
;
Le fecond cas où tous ces fons que vous
propofez , fol , ré , fa , la , ut , peuvent fe
rencontrer , c'eft l'accord que vous nommez
de 7 fuperfluë , marqué E. je conviens
que ré eft fondamental dans cet accord
; mais il y a deux raifons de le dif
tinguer . L'une que ré eft dominante . L'au
tre , que ce n'eft point veritablement un
bon accord ; on ne l'admet que par li
cence , pour favorifer le point d'Orgue
dont l'harmonie eft fort bornée ; & l'idée
l'on a de cet accord , eft la baffe
devroit
que que
MA Y. 1730.
891
devroit être alors à la dominante ; mais
qu'elle refte à la finale comme par entêtement
ou par une immobilité inébran
lable , on fent que l'harmonie , pour rem.
plir fon miniftere , qui eft de donner de
la varieté , touche l'accord de la dominante
, mais que la baffe manque , pour
ainfi- dire , à fon devoir.
Votre baffe fondamentale a encore , de
votre aveu , le deffaut de ne pouvoir pas
être admife dans la pratique ; mais on y
admet la mienne .
Le troifiéme Chef confifte en des faits
de pratique de compofition , dont l'oreille
eft contente. Pour prouver la bonté
de cette pratique , voici comme je rai
fonné.
Dans les Arts où la varieté eft neceffaire,
c'eſt un bien de multiplier les fondemens
de cette varieté , fur tout lorfque cefdits
fondemens font très-bornez,
Or , dans la Mufique , la varieté eft ne
ceffaire. Les fondemens de cette varieté
font les accords , dont le nombre eſt trèspetit
; donc dans la Mufique , l'augmentation
des accords eft un bien , principalement
lorsque l'experience dans la pratique
en a fait fentir la bonté.
Si vous continuez à me difputer ce troifiéme
Chef, je me fais fort de vous faire
condamner par les Compofiteurs à grands
Choeurs
892 MERCURE DE FRANCE
Choeurs , les plus renommez , dont j'aurai
des Certificats.
Pour ce qui concerne votre accompagnement
, on voit affez que je n'ai point
donné mes Objections écrites , comme
prouvées , mais comme prêt à les prouver,
ce détail demandant un écrit particulier.
Le prétendu parallele de nos accompagnemens
, que vous venez de mettre au
jour dans les derniers Mercures , eft une
occafion bien naturelle de donner ce détail
. En attendant , permettez - moi devous
dire , que l'expolé que vous y faites
de la maniere dont les habiles enſeignent
l'accompagnement , n'eft point fidele.
Vous vous appropriez des principes qu'on
enfeignoit avant vous.
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Résumé : REPONSE du second Musicien au premier Musicien, Auteur de l'Examen inseré dans le Mercure d'Octobre 1729. page 2369.
Le texte est une série d'échanges publiés dans le Mercure de France en octobre 1729 et mai 1730 entre deux musiciens. Le premier, appelé le 'fecond Muficien,' répond à une dispute concernant un livre sur la musique. Il appelle à la sincérité et à la modération, rappelant que plusieurs témoins ont entendu son adversaire désavouer le livre. Le 'fecond Muficien' conteste l'idée que les œuvres excellentes sont créées sans principes clairs, affirmant que de nombreux auteurs ont pratiqué l'ordre et la science. Il soutient que les principes fondamentaux de l'harmonie ne sont pas nouveaux et que son adversaire les a mal interprétés. La dispute porte sur quatre points principaux : les fondements de l'harmonie, le son fondamental dans certains accords, la pratique des renversements d'accords, et la méthode d'accompagnement au clavecin. Le 'fecond Muficien' propose un pari pour résoudre la première question et approfondit les arguments concernant le son fondamental dans les accords de quarte et de neuvième. Il critique également l'attitude arrogante de son adversaire, qui refuse de reconnaître des juges compétents et se proclame seul expert en harmonie. Un autre échange implique deux interlocuteurs, identifiés par 'de 7 fuperfluë, marqué E' et 'MA Y. 1730'. Le premier affirme que la note 'ré' est fondamentale dans un accord, mais distingue deux raisons pour la différencier : sa dominance et le fait qu'elle n'est pas un véritable bon accord, admise par licence pour favoriser le point d'orgue. Il explique que la basse devrait être à la dominante mais reste à la finale, obligeant l'harmonie à toucher l'accord de la dominante, manquant ainsi à son devoir de variété. Le second interlocuteur reconnaît les défauts pratiques de la basse fondamentale mais insiste sur son importance dans la pratique. Il souligne l'importance de la variété en musique et soutient que multiplier les accords est bénéfique pour augmenter cette variété. Il menace de faire condamner son opposant par des compositeurs renommés s'il continue à contester ce point. Concernant l'accompagnement, le premier interlocuteur mentionne qu'il n'a pas encore fourni ses objections écrites mais est prêt à le faire. Il critique l'exposé de son opposant sur l'enseignement de l'accompagnement, affirmant que celui-ci s'approprie des principes enseignés avant lui.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5202
p. 892-896
ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
Début :
Rappelle tes charmes, ma Lyre, [...]
Mots clefs :
Onde, Flots, Mer
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texteReconnaissance textuelle : ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
OD E.
*****
Compofée pour le Prix du Palinod deCaën
en l'honneur de la Sainte Vierge .
Le Sujet eft la Mer , qui ne souffre rien
d'immonde.
RAppelle tes charmes , ma Lyre ,
Je reffens de faintes fureurs ;
Qu'on refpecte l'heureux délire ,
Que verfent en moi les neuf Soeurs,
Favori
MAY. 1730. 893
¡
Favori de leur Sanctuaire ;
Ce n'eft point pour l'efprit vulgaire ,
Que je vais enfanter mes fons
Et qui ne peut fuivre de vûë ,
Pindare , quand il fend la nuë .
Va ſe perdre dans mes Chanſons.
La Terre vient de difparoître.
Quel changement de toutes parts !
Quel nouveau Monde vient de naître,
Pour le plaifir de mes regards ?
Où vais-je ? deux aîles rapides ,
Franchiffant les Aftres fluides ,
M'élevent au plus haut des Cieux ;
Mais, ô noble métamorphofe !
Qu'on faffe mon Apothéoſe ;
Je fuis placé parmi -les Dieux.
來
Je m'abuſe ; une aimable Idole ,
Flatte mes fens d'un vain appas.
Je fuis fur l'Empire d'Eole :
Et les flots coulent fous mes pas.
O Mer, bruyante Créature ,
Non ; des fecrets de ta Nature ,
Je nofe inftruire les Humains ;
Mon foible eſprit n'y peut atteindre ,
Et la gloire de te bien peindre ,
Eft réservée à d'autres`mains.
со
On
894 MERCURE DE FRANCE
Où mieux qu'en tes fources immenfes ,
Eclate le bras tout-puiffant
Pour fervir les juftes vengeances
Jadis tu fortis du néant.
De ton fein il fit un abîme ,
Qui s'ouvrit fous les pas du crime ,
Qui ſe renferme entre tes bords ;
Et l'infatiable avarice ,
Souvent y trouve fon fupplice,
Quand elle y cherche fes tréfors .
Ah ! de quelle idée étonnante ,
Me frappent tes émotions !
Je vois fur ta face inconftante
L'image de nos paffions.
A la paix que goute le Monde
Ainfi qu'à la paix de ton Onde ,
Succede le trouble & Phorreur.
On y fait de triftes nauffrages ;
Fruits ordinaires des orages ,
Qui s'élevent au fond du coeur .
Eft - ce encor d'une Ombre trompeufe ,
Que mon oeil émû fe remplit ?
Il femble que l'Onde orgueilleufe ,
Se fépare & quitte fon lit.
A fon cours préfidé Lucine ;
MAY.
895 1730.
Et je vois une main divine,
Qui calme fes combats fougueux .
Admirez les vagues captives ,
Vont baifer le fable des Rives ,
D'un pas lent & refpectueux.
Mais quelle effrayantè tempête ,
Vient femer l'horreur dans les Airs
L'Aquilon gronde fur ma tête:
Sous mes pieds mugiffent les Mers.
que de Victimes périfſent !
Ciel !
Que de flots les enfevelifſent !
Dans leur fein en larmes fécond !
Thétis abforbe avec audace ,
Ce qui couvre fa vafte face ,
Pour en parer fon lit profond.
Je chanté , & ma voix immortelle
Rend le calme aux flots mugiffants.
Les vents fufpendent leur querelle ,
Four écouter mes doux accens.
Les Tritons & les Néréides ,
Sortent de leurs Grotes humides ,
Charmez d'un fſi ſoudain repos ;
Et la monftrueuſe Baleine ,
Croyant entendre une Sirene
Pas à pas me fuit fur les flots.
L
Cij Mais
896 MERCURE DE FRANCE
Mais , ô Mer , de débris immondes ,
Remplis-tu tes flancs ſpacieux ?
Retraites vaftes & profondes ,
Daignez vous ouvrir à mes yeux.
Quels purs & brillans Tabernacles !
Je vois le plus beau des Spectacles .
Ce n'eft qu'argent , criſtal , azur ;
Et l'Onde claire & diafane >
Renvoye à la Terre profane ,
Tout ce qu'elle en reçoit d'impur.
ALLUSION.
Par quelle plus jufte figure ,
Vous peindre Mere du Sauveur ?
L'Onde eft exempte de fouillure :
Tel , & plus pur eft votre coeur.
La`Nature au crime eft ſoumiſe :
... Vous feule une fainte ſurpriſe ,
Sufpend ici mes doux Concerts ;
Ma main fuccombe
fous ma Lyre ;
Je me tais : c'eft affez en dire ,
Pour étonner tout l'Univers.
Faguet, de Cain.
*****
Compofée pour le Prix du Palinod deCaën
en l'honneur de la Sainte Vierge .
Le Sujet eft la Mer , qui ne souffre rien
d'immonde.
RAppelle tes charmes , ma Lyre ,
Je reffens de faintes fureurs ;
Qu'on refpecte l'heureux délire ,
Que verfent en moi les neuf Soeurs,
Favori
MAY. 1730. 893
¡
Favori de leur Sanctuaire ;
Ce n'eft point pour l'efprit vulgaire ,
Que je vais enfanter mes fons
Et qui ne peut fuivre de vûë ,
Pindare , quand il fend la nuë .
Va ſe perdre dans mes Chanſons.
La Terre vient de difparoître.
Quel changement de toutes parts !
Quel nouveau Monde vient de naître,
Pour le plaifir de mes regards ?
Où vais-je ? deux aîles rapides ,
Franchiffant les Aftres fluides ,
M'élevent au plus haut des Cieux ;
Mais, ô noble métamorphofe !
Qu'on faffe mon Apothéoſe ;
Je fuis placé parmi -les Dieux.
來
Je m'abuſe ; une aimable Idole ,
Flatte mes fens d'un vain appas.
Je fuis fur l'Empire d'Eole :
Et les flots coulent fous mes pas.
O Mer, bruyante Créature ,
Non ; des fecrets de ta Nature ,
Je nofe inftruire les Humains ;
Mon foible eſprit n'y peut atteindre ,
Et la gloire de te bien peindre ,
Eft réservée à d'autres`mains.
со
On
894 MERCURE DE FRANCE
Où mieux qu'en tes fources immenfes ,
Eclate le bras tout-puiffant
Pour fervir les juftes vengeances
Jadis tu fortis du néant.
De ton fein il fit un abîme ,
Qui s'ouvrit fous les pas du crime ,
Qui ſe renferme entre tes bords ;
Et l'infatiable avarice ,
Souvent y trouve fon fupplice,
Quand elle y cherche fes tréfors .
Ah ! de quelle idée étonnante ,
Me frappent tes émotions !
Je vois fur ta face inconftante
L'image de nos paffions.
A la paix que goute le Monde
Ainfi qu'à la paix de ton Onde ,
Succede le trouble & Phorreur.
On y fait de triftes nauffrages ;
Fruits ordinaires des orages ,
Qui s'élevent au fond du coeur .
Eft - ce encor d'une Ombre trompeufe ,
Que mon oeil émû fe remplit ?
Il femble que l'Onde orgueilleufe ,
Se fépare & quitte fon lit.
A fon cours préfidé Lucine ;
MAY.
895 1730.
Et je vois une main divine,
Qui calme fes combats fougueux .
Admirez les vagues captives ,
Vont baifer le fable des Rives ,
D'un pas lent & refpectueux.
Mais quelle effrayantè tempête ,
Vient femer l'horreur dans les Airs
L'Aquilon gronde fur ma tête:
Sous mes pieds mugiffent les Mers.
que de Victimes périfſent !
Ciel !
Que de flots les enfevelifſent !
Dans leur fein en larmes fécond !
Thétis abforbe avec audace ,
Ce qui couvre fa vafte face ,
Pour en parer fon lit profond.
Je chanté , & ma voix immortelle
Rend le calme aux flots mugiffants.
Les vents fufpendent leur querelle ,
Four écouter mes doux accens.
Les Tritons & les Néréides ,
Sortent de leurs Grotes humides ,
Charmez d'un fſi ſoudain repos ;
Et la monftrueuſe Baleine ,
Croyant entendre une Sirene
Pas à pas me fuit fur les flots.
L
Cij Mais
896 MERCURE DE FRANCE
Mais , ô Mer , de débris immondes ,
Remplis-tu tes flancs ſpacieux ?
Retraites vaftes & profondes ,
Daignez vous ouvrir à mes yeux.
Quels purs & brillans Tabernacles !
Je vois le plus beau des Spectacles .
Ce n'eft qu'argent , criſtal , azur ;
Et l'Onde claire & diafane >
Renvoye à la Terre profane ,
Tout ce qu'elle en reçoit d'impur.
ALLUSION.
Par quelle plus jufte figure ,
Vous peindre Mere du Sauveur ?
L'Onde eft exempte de fouillure :
Tel , & plus pur eft votre coeur.
La`Nature au crime eft ſoumiſe :
... Vous feule une fainte ſurpriſe ,
Sufpend ici mes doux Concerts ;
Ma main fuccombe
fous ma Lyre ;
Je me tais : c'eft affez en dire ,
Pour étonner tout l'Univers.
Faguet, de Cain.
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Résumé : ODE. Composée pour le Prix du Palinod de Caën en l'honneur de la Sainte Vierge.
Le poème, composé pour le Prix du Palinod de Caen en l'honneur de la Sainte Vierge, utilise la mer comme métaphore. La mer est décrite comme une entité noble et mystérieuse, exemptée de toute impureté. Elle est un lieu de justice divine où les crimes sont punis et où les passions humaines se reflètent. La mer est également admirée pour sa beauté et sa puissance, capable de calmer les tempêtes et de révéler des spectacles magnifiques. Le poète compare ensuite la mer à la Vierge Marie, soulignant sa pureté et son exemption de souillure. Le poème se conclut par une admiration pour la pureté de la Vierge, qui suscite une sainte surprise et met fin aux douces mélodies du poète.
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5203
p. 897-905
QUESTION NOTABLE, jugée par Arrêt du Parlement de Provence au mois de Janvier 1730.
Début :
Il s'agissoit de sçavoir s'il y a abus dans la Profession Religieuse, faite par un fils [...]
Mots clefs :
Couvent, Profession, Dieu, Obéissance, Ordonnances, Arrêts
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texteReconnaissance textuelle : QUESTION NOTABLE, jugée par Arrêt du Parlement de Provence au mois de Janvier 1730.
QUESTION NOTABLE , jugée
par Arrêt du Parlement de Provence
au mois de Janvier 1730.
Il s'agiffoit de fçavoir s'il y a abus dans
la Profeffion Religieufe , faite par un fils
de famille,fans le confentement defon pere.
FAIT .
Laude Jouvin , fils d'un Bourgeois
Ca Cde Marfeille , ayant atteint l'âge requis
par les Conciles & par les Ordonnances
pour entrer en Religion , ſe rendit
au Convent des Capucins de la Ville
"d'Aix , fur la fin du mois de Janvier 1726.
il demanda l'habit , & il le reçut le 5. Fevrier
de la même année , après avoir été
examiné. L'année du Noviciat expirée ,
il fit fa Profeffion le 9. Fevrier 1727.
Le repentir fuivit de près fon engagement.
Il s'évada du Convent de Sifteron,
où on l'avoit envoyé pour fe rendre à
Marſeille chez fon pere , qui le fit paffer
à Avignon ; mais le Frere Jouvin , frappé
de la crainte d'être traité en Apoftat ,
reprit des habits féculiers, & vint une feconde
fois chercher un azile dans la maifon
paternelle : il n'y refta pas long-temps ;
car ayant été découvert , il fut conduit
C iij par
898 MERCURE DE FRANCE
par des Archers au Convent des Capucins
de Marſeille .
Jouvin , attendri par Ies regrets de fon
fils , & touché de l'état fâcheux où il fe
trouvoit , réfolut de l'en retirer . Il appella
comme d'abus de la Profeffion faite
par fon fils. Il fit intimer le Gardien du
Convent de la Ville d'Aix , par exploit
du 7. Janvier. La Cour , par un Decret
contradictoire du 28 ordonna la fequeftration
de la perfonne de Frere Jouvin
au Convent des Religieux de l'Obfervance
S. François de Marfeille. La Cauſe en
cet état , portée à l'Audiance , attira par
fa nouveauté un grand nombre d'Auditeurs
, qui furent très- fatisfaits de la maniere
dont elle fut plaidée.
M. Reboul , pour Jouvin pere , dit que
la Profeffion faite par un fils de famille ,
mineur , fans la prefence & fans le confentement
de fon pere , violoit également
Tes Loix divines , les Conftitutions Canoques
, les Capitulaires de nos Rois & les
Ordonnances du Royaume.
La Loi de Dieu rejette l'engagement de
T'enfant s'il n'eft autorifé de celui de qui
il a reçû le jour. C'eft ce que nous lifons
dans le Chapitre 30. des Nombres. Mulier
fi quidpiam voverit & fe conftituerit
juramento , que eft in domo patris fui & in
atate adhuc puellari , fi cognoverit pater
Votum
MAY. 1730.
8995
voti
Votum quod pollicita eft , & juramentum quo
obligavit animam fuam & tacuerit ,
rea erit & quidquid pollicita eft opere complebit.
Sin autem ftatim ut audivit contradixerit
pater , & vota & juramenta ejus
irrita erunt nec obnoxia tenebitur fponfioni
eo quod contradixerit pater. Cette même
Loi nous apprend aufli que l'obéïffance
vaut toûjours mieux que fe facrifice . Melior
eft obedientia quàm victima. Liv. 1. des
Rois , Chap. 15. Verfet 22 .
Les promeffes qu'on fait à Dieu , n'ont
de force qu'en ce qui concerne les chofes
à quoi nous fommes affranchis de la puiffance
d'autrui , c'eſt le fentiment de faint
Thomas. D'où il s'enfuit que ces promeffes
ne peuvent produire aucun engagement
valable , par rapport à un fils de
famille , au préjudice des droits qui font
acquis à fon pere fur fa perfonne.
Les Canons , loin d'approuver de tels
Vaux , prononcent anathême contre les
enfans qui s'engagent dans la Profeflion
Religieufe, fans avoir confulté leurs peres.
Tel eft dans le Decret, le Can . 1. diſt. 30 .
& le Canon Oportet. Cauf. 20. Queft. 2 .
Parmi les Capitulaires de Charlemagne
il y en a un qui n'eft jamais oublié fur
cette matiere. Il y eft dit dans le Ch . ior .
du I. Liv. Ne pueri fine voluntate parentum
tonfurentur vel puella velentur modis omnibus
inhibitum eft. Ciiij L'añ
900 MERCURE DE FRANCE
L'ancienne Difcipline donnoit tout à
l'autorité paternelle , quand il s'agiffoit
de la confécration des enfans au culte divin.
Les peres confacroient leurs enfans
à l'état Religieux , & ceux-cy ne pouvoient
rompre de tels engagemens. Cette
* Diſcipline fut changée fous le regne de
Charlemagne , & elle fut réduite à ce
point qu'il n'y auroit point de validité
dans les Profeffions du fils de famille , fi
ce n'eſt que la volonté du pere concourut
avec celle du fils . C'eft ce que nous apprend
le fameux Pere Thomaffin , dans
la Difcipline de l'Eglife. Part. 2. Liv. 1 .
Chap. 42 .
La Jurifprudence Françoiſe n'a point
dérogé à la difpofition des faints Canons.
Nos Ordonnances n'établiffent pas moins
la neceffité du confentement des parens.
La difpofition de l'Edit d'Henry II. de
l'Ordonnance de Blois , Art. 40. de celle
d'Henry IV. du mois de Decembre 1606.
de celle de Louis XIII . du mois de Janvier
1629. & la Déclaration du 26. Novembre
1639. font des Loix generalement
connuës.
Les Compilateurs des Arrêts nous fourniffent
un grand nombre de Décifions für
ce point. Tels font ceux qui font rapportez
par Choppin , dans fon Monafticon, Liv . 1.
Tit. 2. N. 4. par des Henrys , Tom. 2 .
Liv,
MAY. 1730. 901
Liv. 1. Q.33 . par Boniface , dans fa premiere
Compilation , Liv. 2. Tit. 31. Ch. 5.
par l'Auteur du Journal du Palais , Tom.
2. pag. 612. & Tom. 1. pag. 260.
Telles furent les principles raifons fur
lefquelles fe fondoit l'Avocat de Jouvin
pere , pour faire déclarer nulle la Profeffion
faite par fon fils .
M. Chery fils , qui plaidoit pour le Gardien
des Capucins , répondit à toutes ces
Objections. Il dit que quoiqu'un enfant
foit obligé d'honorer fon pere & fa mere,
& que de cette obligation naiffent tous les
devoirs d'une veritable obéiffance , cependant
ce précepte ne regarde que les
devoirs purement humains , & il eft fubordonné
à celui de l'amour de Dieu , avec
lequel nous confommons le grand ouvra
ge de notre falut.
Dieu ne reçoit agréablement nos Holocauftes
, que lorfque nous avons acquis
la parfaite abnégation de nous- mêmes &
de tout ce qui nous eft cher. Ce n'eſt
qu'en lui failant un facrifice de l'obéïffance
nous devons à nos parens , que
que
nous devenons dignes de lui. Il nous dit
lui- même dans l'Ecriture-Sainte , que celui-
là feul obfervera fes Commandemens,
qui s'attachant à fon fervice , dira à fon
pere & à fa mere , qu'il ne les connoît
plus. Qui dixerunt patri & matri non no-
C.v vimus
902 MERCURE DE FRANCE
vimus vos ifti cuftodierant mandatum meum ..
Lorfque Dieu nous appelle à lui , il ne
s'agit pas d'obeïr à fes parens , ce n'eft
point dans ce cas qu'il faut fuivre leur
choix & leur détermination . S. Jerôme
écrivant à Héliodore , s'exprime en ces .
termes : Licet parvulus ex collo pendeat
nepos licet fparfo crine , & fciffis veftibus
ubera quibus te nutrierat mater oftendat. Licet
in limine pater jaceat , per calcatum perge:
patrem , ficcis oculis ad vexillum crucis evola.
Et dans une autres Lettre écrite à Fabiolà
, il affure que bien loin qu'il foit du
devoir des enfans de manquer à leur vo
cation par obéïffance pour leurs parens
.
ils commettroient un crime s'ils
quoient.
y' man.
Il eft dit dans le 30. Chap..des Nom
bres , que fi le pere n'approuve pas le:
voeu de fa fille , elle n'eft pas obligée de
l'accomplir , mais il faut faire une gran--
de difference de l'ancienne Loi d'avec la
Loi de grace . Parmi les Juifs les filles ne
pouvoient point faire de voeux qui regardaffent
le choix de vies tous leurs
voeux regardoient des actions particulicres
, dont les peres étoient maîtres.
२
Les Conftitutions Canoniques n'ont
point requis ce confentement. Les Conci--
lès ont feulement fixé l'âge qu'il falloit:
avoir pour pouvoir.embraffer l'état Re
ligieux,,
MAY. 1730. 903
ligieux , & ils ont ordonné qu'une Profellion
faite par un fils de famille avant
cet âge requis , feroit nulle & abufive.
C'est ce qu'on voit dans le Concile de
Tibur. Si une fille avant l'âge de douze
ans entre en Religion , alors fes parens
peuvent s'y oppofer , mais fi elle a atteint
l'âge requis , il n'eft plus permis aux parens
de l'en détourner ; telle eft la déci--
fion de ce Concile. Celui de Gange prononce
anathême contre les enfans qui
abandonnent leurs parens pour fe vouër
à Dieu ; mais il parle de ces enfans
dont le fecours feroit neceffaire à un pere
accablé d'infirmitez,& de mifere; en ce cas
il eft incontestable qu'un fils doit refter
près de celui de qui il a reçû le jour.
Les Loix du Royaume ne font point
contraires à ces faintes autoritez , & on
ne doit point fe prévaloir des Capitulai--
res de Charlemagne . Les peres avoient
alors le droit d'offrir leurs enfans aux
Monafteres , jufques-là même qu'ils deftinoient
à l'état Religieux leurs enfans à
naître; c'eft ce qu'on voit dans la difpo-:
fition teftamentaire de Louis VIII. Il or--
donne à fon cinquiéme fils & à tous ceux
qui naîtront après lui , de fe faire Reli--
gieux . Mais ces Capitulaires qui ne por--
toient pas même la nullité de la Profeffion
, & qui condamnoient feulement à
C - vj une
904 MERCURE DE FRANCE
une amende le Superieur qui y admettroit
les fils de famille fans le confentement
de leurs peres , ne font plus en ufage
parmi nous. Si les peres n'ont plus
aujourd'hui le pouvoir d'immoler leurs
enfans à leur avidité, & de les deftiner au
Monachifme , les enfans font libres d'y
entrer , parce que la victime doit fe vouer
elle-même.
L'Ordonnance d'Orleans fixe l'âge auquel
on peut s'engager valablement dans
l'état Religieux , & deffend aux peres
& meres de permettre à leurs enfans
d'embraffer cet état jufqu'à ce qu'ils ayent
atteint cet âge ; mais elle ne dit point
que les Profeffions faites par ces enfans à
Fâge requis , feront nulles , fi les parens
n'y ont donné leur confentement. Celle
de Blois ne parle point du tout de ce
confentement, & n'y en a aucune qui dife
qu'il foit neceffaire.
Les Arrêts citez ne font point du tout
favorables à Jouvin pere . Ils ont deffendu
à des Superieurs d'admettre à la Profeffion
des fils de famille mineurs , qui
s'étoient retirez dans leurs Convents à
l'infçû de leurs parens , & dont la jeuneffe
donnoit lieu de foupçonner qu'ils avoient
été féduits ; mais il n'y a aucun Arrêt qui
annulle une Profeffion faite fans le confentement
des parens.
I
MAY. 1730. 905
Il y a plus , Jouvin a lui- même confenti
à la Profeffion de fon fils , il n'a
pû l'ignorer , puifqu'il envoya fon Epoufe
pour y aflifter , & pour fournir de fa part
tout ce qui étoit neceffaire à cette dépenfe.
Sur toutes ces raifons il intervint Arrêt
le 26. Janvier 1730. prononcé par M. le
Premier Preſident Lebret , qui déclara
n'y avoir abus dans la Profeffion de Claude
Jouvin , conformément aux Conclufions
de M. l'Avocat General de Gueydan .
par Arrêt du Parlement de Provence
au mois de Janvier 1730.
Il s'agiffoit de fçavoir s'il y a abus dans
la Profeffion Religieufe , faite par un fils
de famille,fans le confentement defon pere.
FAIT .
Laude Jouvin , fils d'un Bourgeois
Ca Cde Marfeille , ayant atteint l'âge requis
par les Conciles & par les Ordonnances
pour entrer en Religion , ſe rendit
au Convent des Capucins de la Ville
"d'Aix , fur la fin du mois de Janvier 1726.
il demanda l'habit , & il le reçut le 5. Fevrier
de la même année , après avoir été
examiné. L'année du Noviciat expirée ,
il fit fa Profeffion le 9. Fevrier 1727.
Le repentir fuivit de près fon engagement.
Il s'évada du Convent de Sifteron,
où on l'avoit envoyé pour fe rendre à
Marſeille chez fon pere , qui le fit paffer
à Avignon ; mais le Frere Jouvin , frappé
de la crainte d'être traité en Apoftat ,
reprit des habits féculiers, & vint une feconde
fois chercher un azile dans la maifon
paternelle : il n'y refta pas long-temps ;
car ayant été découvert , il fut conduit
C iij par
898 MERCURE DE FRANCE
par des Archers au Convent des Capucins
de Marſeille .
Jouvin , attendri par Ies regrets de fon
fils , & touché de l'état fâcheux où il fe
trouvoit , réfolut de l'en retirer . Il appella
comme d'abus de la Profeffion faite
par fon fils. Il fit intimer le Gardien du
Convent de la Ville d'Aix , par exploit
du 7. Janvier. La Cour , par un Decret
contradictoire du 28 ordonna la fequeftration
de la perfonne de Frere Jouvin
au Convent des Religieux de l'Obfervance
S. François de Marfeille. La Cauſe en
cet état , portée à l'Audiance , attira par
fa nouveauté un grand nombre d'Auditeurs
, qui furent très- fatisfaits de la maniere
dont elle fut plaidée.
M. Reboul , pour Jouvin pere , dit que
la Profeffion faite par un fils de famille ,
mineur , fans la prefence & fans le confentement
de fon pere , violoit également
Tes Loix divines , les Conftitutions Canoques
, les Capitulaires de nos Rois & les
Ordonnances du Royaume.
La Loi de Dieu rejette l'engagement de
T'enfant s'il n'eft autorifé de celui de qui
il a reçû le jour. C'eft ce que nous lifons
dans le Chapitre 30. des Nombres. Mulier
fi quidpiam voverit & fe conftituerit
juramento , que eft in domo patris fui & in
atate adhuc puellari , fi cognoverit pater
Votum
MAY. 1730.
8995
voti
Votum quod pollicita eft , & juramentum quo
obligavit animam fuam & tacuerit ,
rea erit & quidquid pollicita eft opere complebit.
Sin autem ftatim ut audivit contradixerit
pater , & vota & juramenta ejus
irrita erunt nec obnoxia tenebitur fponfioni
eo quod contradixerit pater. Cette même
Loi nous apprend aufli que l'obéïffance
vaut toûjours mieux que fe facrifice . Melior
eft obedientia quàm victima. Liv. 1. des
Rois , Chap. 15. Verfet 22 .
Les promeffes qu'on fait à Dieu , n'ont
de force qu'en ce qui concerne les chofes
à quoi nous fommes affranchis de la puiffance
d'autrui , c'eſt le fentiment de faint
Thomas. D'où il s'enfuit que ces promeffes
ne peuvent produire aucun engagement
valable , par rapport à un fils de
famille , au préjudice des droits qui font
acquis à fon pere fur fa perfonne.
Les Canons , loin d'approuver de tels
Vaux , prononcent anathême contre les
enfans qui s'engagent dans la Profeflion
Religieufe, fans avoir confulté leurs peres.
Tel eft dans le Decret, le Can . 1. diſt. 30 .
& le Canon Oportet. Cauf. 20. Queft. 2 .
Parmi les Capitulaires de Charlemagne
il y en a un qui n'eft jamais oublié fur
cette matiere. Il y eft dit dans le Ch . ior .
du I. Liv. Ne pueri fine voluntate parentum
tonfurentur vel puella velentur modis omnibus
inhibitum eft. Ciiij L'añ
900 MERCURE DE FRANCE
L'ancienne Difcipline donnoit tout à
l'autorité paternelle , quand il s'agiffoit
de la confécration des enfans au culte divin.
Les peres confacroient leurs enfans
à l'état Religieux , & ceux-cy ne pouvoient
rompre de tels engagemens. Cette
* Diſcipline fut changée fous le regne de
Charlemagne , & elle fut réduite à ce
point qu'il n'y auroit point de validité
dans les Profeffions du fils de famille , fi
ce n'eſt que la volonté du pere concourut
avec celle du fils . C'eft ce que nous apprend
le fameux Pere Thomaffin , dans
la Difcipline de l'Eglife. Part. 2. Liv. 1 .
Chap. 42 .
La Jurifprudence Françoiſe n'a point
dérogé à la difpofition des faints Canons.
Nos Ordonnances n'établiffent pas moins
la neceffité du confentement des parens.
La difpofition de l'Edit d'Henry II. de
l'Ordonnance de Blois , Art. 40. de celle
d'Henry IV. du mois de Decembre 1606.
de celle de Louis XIII . du mois de Janvier
1629. & la Déclaration du 26. Novembre
1639. font des Loix generalement
connuës.
Les Compilateurs des Arrêts nous fourniffent
un grand nombre de Décifions für
ce point. Tels font ceux qui font rapportez
par Choppin , dans fon Monafticon, Liv . 1.
Tit. 2. N. 4. par des Henrys , Tom. 2 .
Liv,
MAY. 1730. 901
Liv. 1. Q.33 . par Boniface , dans fa premiere
Compilation , Liv. 2. Tit. 31. Ch. 5.
par l'Auteur du Journal du Palais , Tom.
2. pag. 612. & Tom. 1. pag. 260.
Telles furent les principles raifons fur
lefquelles fe fondoit l'Avocat de Jouvin
pere , pour faire déclarer nulle la Profeffion
faite par fon fils .
M. Chery fils , qui plaidoit pour le Gardien
des Capucins , répondit à toutes ces
Objections. Il dit que quoiqu'un enfant
foit obligé d'honorer fon pere & fa mere,
& que de cette obligation naiffent tous les
devoirs d'une veritable obéiffance , cependant
ce précepte ne regarde que les
devoirs purement humains , & il eft fubordonné
à celui de l'amour de Dieu , avec
lequel nous confommons le grand ouvra
ge de notre falut.
Dieu ne reçoit agréablement nos Holocauftes
, que lorfque nous avons acquis
la parfaite abnégation de nous- mêmes &
de tout ce qui nous eft cher. Ce n'eſt
qu'en lui failant un facrifice de l'obéïffance
nous devons à nos parens , que
que
nous devenons dignes de lui. Il nous dit
lui- même dans l'Ecriture-Sainte , que celui-
là feul obfervera fes Commandemens,
qui s'attachant à fon fervice , dira à fon
pere & à fa mere , qu'il ne les connoît
plus. Qui dixerunt patri & matri non no-
C.v vimus
902 MERCURE DE FRANCE
vimus vos ifti cuftodierant mandatum meum ..
Lorfque Dieu nous appelle à lui , il ne
s'agit pas d'obeïr à fes parens , ce n'eft
point dans ce cas qu'il faut fuivre leur
choix & leur détermination . S. Jerôme
écrivant à Héliodore , s'exprime en ces .
termes : Licet parvulus ex collo pendeat
nepos licet fparfo crine , & fciffis veftibus
ubera quibus te nutrierat mater oftendat. Licet
in limine pater jaceat , per calcatum perge:
patrem , ficcis oculis ad vexillum crucis evola.
Et dans une autres Lettre écrite à Fabiolà
, il affure que bien loin qu'il foit du
devoir des enfans de manquer à leur vo
cation par obéïffance pour leurs parens
.
ils commettroient un crime s'ils
quoient.
y' man.
Il eft dit dans le 30. Chap..des Nom
bres , que fi le pere n'approuve pas le:
voeu de fa fille , elle n'eft pas obligée de
l'accomplir , mais il faut faire une gran--
de difference de l'ancienne Loi d'avec la
Loi de grace . Parmi les Juifs les filles ne
pouvoient point faire de voeux qui regardaffent
le choix de vies tous leurs
voeux regardoient des actions particulicres
, dont les peres étoient maîtres.
२
Les Conftitutions Canoniques n'ont
point requis ce confentement. Les Conci--
lès ont feulement fixé l'âge qu'il falloit:
avoir pour pouvoir.embraffer l'état Re
ligieux,,
MAY. 1730. 903
ligieux , & ils ont ordonné qu'une Profellion
faite par un fils de famille avant
cet âge requis , feroit nulle & abufive.
C'est ce qu'on voit dans le Concile de
Tibur. Si une fille avant l'âge de douze
ans entre en Religion , alors fes parens
peuvent s'y oppofer , mais fi elle a atteint
l'âge requis , il n'eft plus permis aux parens
de l'en détourner ; telle eft la déci--
fion de ce Concile. Celui de Gange prononce
anathême contre les enfans qui
abandonnent leurs parens pour fe vouër
à Dieu ; mais il parle de ces enfans
dont le fecours feroit neceffaire à un pere
accablé d'infirmitez,& de mifere; en ce cas
il eft incontestable qu'un fils doit refter
près de celui de qui il a reçû le jour.
Les Loix du Royaume ne font point
contraires à ces faintes autoritez , & on
ne doit point fe prévaloir des Capitulai--
res de Charlemagne . Les peres avoient
alors le droit d'offrir leurs enfans aux
Monafteres , jufques-là même qu'ils deftinoient
à l'état Religieux leurs enfans à
naître; c'eft ce qu'on voit dans la difpo-:
fition teftamentaire de Louis VIII. Il or--
donne à fon cinquiéme fils & à tous ceux
qui naîtront après lui , de fe faire Reli--
gieux . Mais ces Capitulaires qui ne por--
toient pas même la nullité de la Profeffion
, & qui condamnoient feulement à
C - vj une
904 MERCURE DE FRANCE
une amende le Superieur qui y admettroit
les fils de famille fans le confentement
de leurs peres , ne font plus en ufage
parmi nous. Si les peres n'ont plus
aujourd'hui le pouvoir d'immoler leurs
enfans à leur avidité, & de les deftiner au
Monachifme , les enfans font libres d'y
entrer , parce que la victime doit fe vouer
elle-même.
L'Ordonnance d'Orleans fixe l'âge auquel
on peut s'engager valablement dans
l'état Religieux , & deffend aux peres
& meres de permettre à leurs enfans
d'embraffer cet état jufqu'à ce qu'ils ayent
atteint cet âge ; mais elle ne dit point
que les Profeffions faites par ces enfans à
Fâge requis , feront nulles , fi les parens
n'y ont donné leur confentement. Celle
de Blois ne parle point du tout de ce
confentement, & n'y en a aucune qui dife
qu'il foit neceffaire.
Les Arrêts citez ne font point du tout
favorables à Jouvin pere . Ils ont deffendu
à des Superieurs d'admettre à la Profeffion
des fils de famille mineurs , qui
s'étoient retirez dans leurs Convents à
l'infçû de leurs parens , & dont la jeuneffe
donnoit lieu de foupçonner qu'ils avoient
été féduits ; mais il n'y a aucun Arrêt qui
annulle une Profeffion faite fans le confentement
des parens.
I
MAY. 1730. 905
Il y a plus , Jouvin a lui- même confenti
à la Profeffion de fon fils , il n'a
pû l'ignorer , puifqu'il envoya fon Epoufe
pour y aflifter , & pour fournir de fa part
tout ce qui étoit neceffaire à cette dépenfe.
Sur toutes ces raifons il intervint Arrêt
le 26. Janvier 1730. prononcé par M. le
Premier Preſident Lebret , qui déclara
n'y avoir abus dans la Profeffion de Claude
Jouvin , conformément aux Conclufions
de M. l'Avocat General de Gueydan .
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Résumé : QUESTION NOTABLE, jugée par Arrêt du Parlement de Provence au mois de Janvier 1730.
En janvier 1730, le Parlement de Provence a examiné une affaire concernant la validité de la profession religieuse de Claude Jouvin, fils d'un bourgeois de Marseille, qui avait rejoint les Capucins d'Aix en janvier 1726 et fait sa profession en février 1727. Après un repentir, Jouvin avait quitté le couvent et était retourné chez son père, qui avait tenté de le retirer de la vie religieuse en appelant d'abus. M. Reboul, représentant le père de Jouvin, a soutenu que la profession religieuse d'un mineur sans le consentement paternel violait les lois divines, les constitutions canoniques, les capitulaires des rois et les ordonnances du royaume. Il a cité des textes bibliques et des autorités ecclésiastiques pour affirmer que les promesses faites à Dieu doivent être autorisées par les parents. M. Chery fils, représentant les Capucins, a argumenté que l'obéissance à Dieu primait sur l'obéissance aux parents. Il a invoqué des passages bibliques et des écrits de saints pour affirmer que Dieu appelle parfois les individus à se détacher de leurs familles pour le servir. Le débat a porté sur l'interprétation des lois et des traditions concernant le consentement parental pour les professions religieuses. Les ordonnances royales et les décisions juridiques antérieures ont été examinées pour déterminer si elles exigeaient le consentement des parents. Finalement, le 26 janvier 1730, le Parlement a rendu un arrêt déclarant qu'il n'y avait pas d'abus dans la profession de Claude Jouvin, conformément aux conclusions de l'avocat général de Gueydan.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5204
p. 905-908
LE PRINTEMPS, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Début :
Que Printemps est beau, tout rit dans la Nature. [...]
Mots clefs :
Amour, Printemps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE PRINTEMPS, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
LE PRINTEMPS,
Par M" de Malerais de la Vigne ,
du Croific en Bretagne .
Q
Ue le Printemps eft beau , tout rit dans la
Nature.
Nos Prez font verts, nos Bois ont repris leur pa
rure ,
Les Ruiffeaux dégelez fur un gravier d'argent ,
Promenent d'un pas diligent ,
Une Onde claire qui murmure.
Les Oifeaux amoureux fous les Rameaux fleuris
Vont chercher les plus frais ombrages ;
C'est là qu'ils font parler dans leurs tendres ra¬
mages
Les feux dont l'un pour l'autre ils ont le coeur
épris.
Amintas
906 MERCURE DE FRANCE.
Amintas , que l'Amour dévore ,
Ne pouvant fermer l'oeil , abandonne fon lit.
Il fort comme en délire , & court au lieu prefcrit,
Attendre Cloris , qu'il adore
Le jour ne paroît point encore ;
Mille foupçons jaloux agitent fon efprit.
Du pareffeux Tithon , l'Epoufe matinale , ›
S'arrête en le voyant , & le prend pour Céphale..
La beauté du Berger la charme & l'ébloüit ;
Mais découvrant l'erreur dont fon ame jouit ;;
Sur fon front rougiffant , fa honte fe fignale , ·
Et bientôt les regrets la rendant trifte & pâle ,
Dans les Airs blanchiffans elle s'évanouit.
Mille frilleufes Hirondeles ,
Traverfant les Mers à la fois ,
Ramenent Zéphire avec elles ,
Et fe repofent fur nos toits..
Se becquetant , battant des aîles ,
Volant & revolant , fe fuivant tour -à- tour ,
Leur caquet enjoüé réveille ,
La jeune Cloris qui fommeille ,
Et l'avertit d'aller où l'attend fon amour..
Le Soleil careffe la Terre ,
Il la confole de la guerre ,,
D'un long Hyver , armé de frimats , de glaçons..
La
MAY. 1730 .. 907
La Terre rajeunie ouvre fon fein fertile ,
Au doux écoulement des celeftes rayons ;
Et Flore , à leurs ordres docile ,,
S'apprête avec Pomone à répandre fes dons.
Nos Brigantins & nos Frégates ,
Fendent le liquide Element ,,
Et ne craignent que les Pirates ,,
Garantis de l'effroi de la Mer & du vent.
Les Poiffons fous un mur de glace ,
Depuis trop long-temps retenus,
Dans leur froide prifon ne fe captivent plus
Thétis les voit bondir fur fa verte furface..
L'Amour que nul effort n'a jamais arrêté ,
Prend fon vol & fe gliffe avec agilité ,
Dans leurs demeures tranfparentes
Ses flammes dans l'eau pétillantes ,
En penetrent l'humidité ,,
Et leurs écailles palpitantes ,,
Expriment le raviffement ,,
D.
Du plaifir dont ils font tourmentez doucement",
Le beau Mirtil fous la feuillée ,,
Danfe au clair de la Lune , au fon du Flageoler ,
Avec la blonde Iris , leftement habillée ;
Il voudroit dans un coin fecret ,
L'entretenir de fon martyre.
2
La
908 MERCURE DE FRANCE
Il a cent chofes à lui dire ;
Mais Corifque & Daphné , d'un regard inquiet ,
Semblent les obferver fans ceffe
Victime du reſpect humain ,
Mirtil lui dit tout bas , en lui ferrant la main ,
Adieu , l'unique objet de ma vive tendreffe ,
Trompons des yeux malins la curieuſe adreſſe ;
Nous nous retrouverons demain.
Jours charmans , faifon fortunée ,
Que vos beautez auroient d'appas !
Si, quand vous revenez, vous ne nous difiez pas ,
Qu'en nous vieilliffant d'une année ,
Vous nous faites marcher vers la nuit du trépas.
Par M" de Malerais de la Vigne ,
du Croific en Bretagne .
Q
Ue le Printemps eft beau , tout rit dans la
Nature.
Nos Prez font verts, nos Bois ont repris leur pa
rure ,
Les Ruiffeaux dégelez fur un gravier d'argent ,
Promenent d'un pas diligent ,
Une Onde claire qui murmure.
Les Oifeaux amoureux fous les Rameaux fleuris
Vont chercher les plus frais ombrages ;
C'est là qu'ils font parler dans leurs tendres ra¬
mages
Les feux dont l'un pour l'autre ils ont le coeur
épris.
Amintas
906 MERCURE DE FRANCE.
Amintas , que l'Amour dévore ,
Ne pouvant fermer l'oeil , abandonne fon lit.
Il fort comme en délire , & court au lieu prefcrit,
Attendre Cloris , qu'il adore
Le jour ne paroît point encore ;
Mille foupçons jaloux agitent fon efprit.
Du pareffeux Tithon , l'Epoufe matinale , ›
S'arrête en le voyant , & le prend pour Céphale..
La beauté du Berger la charme & l'ébloüit ;
Mais découvrant l'erreur dont fon ame jouit ;;
Sur fon front rougiffant , fa honte fe fignale , ·
Et bientôt les regrets la rendant trifte & pâle ,
Dans les Airs blanchiffans elle s'évanouit.
Mille frilleufes Hirondeles ,
Traverfant les Mers à la fois ,
Ramenent Zéphire avec elles ,
Et fe repofent fur nos toits..
Se becquetant , battant des aîles ,
Volant & revolant , fe fuivant tour -à- tour ,
Leur caquet enjoüé réveille ,
La jeune Cloris qui fommeille ,
Et l'avertit d'aller où l'attend fon amour..
Le Soleil careffe la Terre ,
Il la confole de la guerre ,,
D'un long Hyver , armé de frimats , de glaçons..
La
MAY. 1730 .. 907
La Terre rajeunie ouvre fon fein fertile ,
Au doux écoulement des celeftes rayons ;
Et Flore , à leurs ordres docile ,,
S'apprête avec Pomone à répandre fes dons.
Nos Brigantins & nos Frégates ,
Fendent le liquide Element ,,
Et ne craignent que les Pirates ,,
Garantis de l'effroi de la Mer & du vent.
Les Poiffons fous un mur de glace ,
Depuis trop long-temps retenus,
Dans leur froide prifon ne fe captivent plus
Thétis les voit bondir fur fa verte furface..
L'Amour que nul effort n'a jamais arrêté ,
Prend fon vol & fe gliffe avec agilité ,
Dans leurs demeures tranfparentes
Ses flammes dans l'eau pétillantes ,
En penetrent l'humidité ,,
Et leurs écailles palpitantes ,,
Expriment le raviffement ,,
D.
Du plaifir dont ils font tourmentez doucement",
Le beau Mirtil fous la feuillée ,,
Danfe au clair de la Lune , au fon du Flageoler ,
Avec la blonde Iris , leftement habillée ;
Il voudroit dans un coin fecret ,
L'entretenir de fon martyre.
2
La
908 MERCURE DE FRANCE
Il a cent chofes à lui dire ;
Mais Corifque & Daphné , d'un regard inquiet ,
Semblent les obferver fans ceffe
Victime du reſpect humain ,
Mirtil lui dit tout bas , en lui ferrant la main ,
Adieu , l'unique objet de ma vive tendreffe ,
Trompons des yeux malins la curieuſe adreſſe ;
Nous nous retrouverons demain.
Jours charmans , faifon fortunée ,
Que vos beautez auroient d'appas !
Si, quand vous revenez, vous ne nous difiez pas ,
Qu'en nous vieilliffant d'une année ,
Vous nous faites marcher vers la nuit du trépas.
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Résumé : LE PRINTEMPS, Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic en Bretagne.
Le texte 'Le Printemps' de M. de Malerais de la Vigne célèbre la renaissance de la nature au printemps. Les prairies reverdissent, les bois se couvrent de feuilles, et les ruisseaux dégèlent en murmurant. Les oiseaux expriment leur amour sous les rameaux fleuris. Amintas, consumé par l'amour, attend Cloris malgré ses soupçons jaloux. L'aurore, charmée par la beauté d'Amintas, s'évanouit en découvrant son erreur. Les hirondelles ramènent Zéphire et réveillent Cloris pour qu'elle rejoigne Amintas. Le soleil réconforte la Terre après l'hiver, permettant à la nature de revivre. Les navires naviguent sans crainte des pirates, et les poissons, libérés de la glace, bondissent à la surface. L'amour se manifeste même chez les poissons. Mirtil danse avec Iris sous la lune, mais leur intimité est interrompue par Corisque et Daphné. Mirtil doit dire adieu à Iris, promettant de la retrouver le lendemain. Le poème souligne la beauté des jours printaniers et la fugacité du temps.
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5205
p. 908-916
REMARQUES CRITIQUES de M. R... sur l'Essay de comparaison entre la Déclamation & la Poësie Dramatique, par M. Levesque, imprimé chez la Veuve Pissot, & J.F. Tabrie, Quay de Conty, 1729
Début :
Un bel esprit du dernier siecle ne sçavoit » qui sont les plus redeva»bles, [...]
Mots clefs :
Acteur, Poésie, Auteurs, Poète, Esprit, Gloire
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES CRITIQUES de M. R... sur l'Essay de comparaison entre la Déclamation & la Poësie Dramatique, par M. Levesque, imprimé chez la Veuve Pissot, & J.F. Tabrie, Quay de Conty, 1729
REMARQUES CRITIQUES
de M. R... fur l'Effay de comparaison
entre la Déclamation & la Poëfie Dramatique
, par M. Levefque , imprimé
chez la Veuve Piffot , & J. F.Tabarie ,
Quay de Conty , 1729-
UN
N bel efprit du dernier fiecle ne
fçavoit » qui font les plus redevaqui
lesplusredene
» bles , ou ceux qui ont écrit l'Hiftoire
» à ceux qui leur ont fourni une fi noble
» matiere , ou ces Grands- Hommes
» leurs Hiſtoriens . Il eſt aifé de diffiper le
doute
MAY. 1730. 909
doute de la Bruyere. S'il n'y avoit point
de Heros , il n'y auroit point d'Hiftoriens;
le Heros , au contraire exifte & agit fans
l'Hiftorien : on peut fur ce principe déterminer
lequel des deux eft le plus redevable.
En réduifant à une propofition auffi
fimple la nouvelle comparaifon , on en
pourra donner une folution auſſi
prompte
& auffi facile ; le Comedien ne peut exifter
fans le Poëte : le Poëte , au contraire ,
fubfifte par lui-même , fans qu'il ait be
foin du fecours du Déclamateur.
Quelques Remarques détruiront toutes
les parties du Trophée que M. Levefque
à voulu ériger aux Héros de Théatre.
Si cet Auteur en étoit crû , Médée
& tous fes enchantemens , furent moins
puiffans à Colchos que ne l'ont été fur le
Théatre François la Dlle Balicourt , & fon
Art. » Cette Actrice a rajeuni , elle a ref-
»fufcité une Tragédie ufée , vieillie dans
» l'obfcurité ; elle donne encore la vie à
» une autre Piece , par le grand éclat qu'el
» le a répandu fúr la premiere.
*
Un Auteur qui parle fur ce ton , peut,
à fon gré , faire d'un Nain un Atlas.
D'abord M. Levefque avoit feulement
entrepris de prouver que l'Art des Acteurs
eft à peu près auffi beau , auffi grand
que celui du Poëte ; cet à peu près refferroit
10 MERCURE DE FRANCE
roit fon Systême dans des bornes qui auroient
pû prévenir toute conteſtation ; il
franchit bien- tôt ces bornes judicieuſes :
dans toute la fuite du difcours , on ne
trouve que des expreffions décifives ; la
Déclamation & la Poëfie marchent du
même pas , pas , rien ne les diftingue ; » L'une
» contribue autant que l'autre aux plaifirs
» & à la perfection du Théatre ; quelque-
»fois même la fuperiorité eft toute entiere
» du côté de la Déclamation. Les Vers de
Racine fi beaux & fi touchans , ne frap-
>> pent, dit- on , & n'enlevent que l'efprits
»le coeur indifferent & immobile , attend
fe remuer , que le fieur Dufrefne
viennent l'émouvoir par fa brillante
» Déclamation .
» pour
Quelle gloire , quel fujet de vanité pour
la Déclamation , de balancer la victoire
entr'elle & une Poëfie dictée par les Graces !
Quel triomphe imprévû pour le fieur
Dufrefne , de fe voir placé vis-à-vis d'un
Poëte auffi applaudi , auffi aimé & auffi
cheri ! Que penfer de ce chimerique parallele
?
Je ne ferai point remarquer par quelles
contradictions l'Auteur le détruit luimême
; mais on verra du premier coup
d'oeil Péchange qu'il fait des talens du
Poëte pour les tranfporter à l'Acteur ; il
attribue à la déclamation le principe
d'une
MAY. 1730. 917
d'une force & d'une puiffance qui réfident
dans la Poëfie , & qui fortent d'elle.
Tous les jours on éprouve qu'un Poëme
à la fimple lecture excite des mouvemens
& des fentimens plus ou moins vifs ; ſes
traits , quoique morts fur le papier , ont
en eux le principe de l'agitation dont
l'ame eft troublée ; l'action , au contraire ,
& le gefte de l'Acteur feparés de l'expreffion
, ne caufent nul trouble ; avant que
l'Acteur puiffe agiter & remuer l'ame , il
devient un organe animé de l'efprit du
Poëte , femblable aux Prêtreffes qui ne
rendoient leurs Oracles que lorfqu'elles
étoient infpirées & agitées par l'efprit du
Dieu que l'on confultoit..
>
Après que la Propofition a été hazardée,
les preuves n'ont point embaraffé l'Auteur
ni les réponfes aux objections qu'il fe
fait à lui-même : Si la déclamation n'eft.
point auffi connue & auffi cultivée que la
Poëfie , ce reproche , dit- il , ne tombe
point fur le fonds ou fur l'effence del'Art ;;
foin de convenir que cette prédilection
vienne de ce que celle - ci eft toute divine
& toute fpirituelle , & de ce que l'autre
eft prefque toute mécanique & fubalterne,
il aime mieux mettre au nombre des préjugés
de l'enfance le fentiment & l'opinion
que tous les fiecles & tous les hommes
ont eu de ces deux Arts ..
Arift
912 MERCURE DE FRANCE
» Ariftote & Horace , dit l'inventeur
» du parallele , n'ont point parlé de la
» Déclamation , parcequ'elle eft étrangere
» à l'Art Poëtique. Ce n'eft point réſoudre
l'objection , c'eſt la préfenter en d'autres
termes. Ces deux Maîtres du Dramatique
n'ont point placé la Déclamation
parmi les parties du Poëme , parcequ'elle
eft très indifferente & très inutile à la
Poëfie. Une femme ornée & enrichie de
tous les charmes de la beauté, reçoit quelques
nouvelles graces d'une belle parure;
lans ces graces , fa victoire & fon triomphe
en feroient- ils moins affurés fur les
coeurs ?
pas
Notre Auteur a pris à la lettre les Vers
de l'Epitre de Defpreaux à Racine ; il n'a
voulu remarquer que ces Vers ne vantent
le fecours de l'Auteur que pour le
moment auquel le fpectacle eft affemblé
lorfque la toile eft levée ; cet inſtant unique
pour la Déclamation n'empêche point
que la Poëfie , pendant tout le refte du
tems, ne plaife & ne touche indépendamment
d'aucun fecours. Sans la Poëfie de
Racine , la Chanfmeflé eut- elle été Iphigénie
; eut- elle pû faire verfer tant de
pleurs dans l'heureux fpectacle étalé aux
yeux de toute la France Defpreaux a
employé figuremment dans fon Art Poë
tique ce mot Acteur , plutôt que celui
d'Auteur
MA Y. 1730. 913
d'Auteur , qui feroit moins Poëtique ,
plus froid & plus languiffant.
M. Levefque a raffemblé differens Paffages
de Quintilien , de Rofcius , de M. de
Meaux , quelle confequence prétend-t'il
tirer de ces autorités , finon que l'Art des
Acteurs ajoûte quelques graces à l'Ouvrage
du Poëte ? il n'en conclura jamais
bien que ces graces foient auffi folides
auffi effentielles que celles dont l'ouvrage
eft enrichi , & qu'il porte en foi , Cependant
c'étoit ce qu'il falloit prouver pour
donner un fondement raisonnable au partage
égal , qu'il voudroit faire des applaudiffemens
des lauriers & de la gloire
immortelle.
,
Ses reflexions fur le fuccès des Piéces
médiocres font d'un foible fecours pour
le triomphe du paradoxe ; il reconnoît que
ce fuccès n'eft qu'une illufion , qui ne
peut
foutenir un examen férieux ; c'eft
une poudre ébloüiffante qui fe diffipe à
la lumiere. Eft- ce un fujet de gloire pour
un Art, de briller, quand on ne refléchit
point , & que fon faux éclat eft méprifé
lorfque la réflexion revient ?
M. de La Mothe joüit de la gloire que
fes Ouvrages fi variés lui ont acquife '; il
n'y a plus de réponſe à faire à la Critique
que notre Auteur a renouvellée fur
la Verfification d'Inés ; j'obferverai feulement
914 MERCURE DE FRANCE
•
ment que le paffage du Difcours de ce
Poëte fur Homere n'eft qu'une remarque
& une réflexion , & non pas un principe
& une maxime ; cet illuftre Académicien
eft inc pable d'une femblable erreur.
Tout ce que dit M. Levefque
des traités
, des regles & de l'objet
des deux Arts,
eft auffi difproportionné
que fi on avoit
comparé
une copie
avec fon original
.
Cette difcordance
regne dans tout l'Ou
vrage ; le plaifir
de dire des chofes
nouvelles
, & de les dire avec quelque
har-,
monie
, n'entraîne
que trop d'Auteurs
dans cette efpece de fophifmes
.
On croit que les Anciens avoient l'art
de tracer les expreffions & les geftes du
Déclamateur ; les preuves de cette conjecture
ne font pas certaines. M.Levefque
prédit que fi cet Art exiftoit , le récit ,
comme le Poëme , iroit inftruire & occuper
la pofterité. C'eft trop promettre i
comment fonder un jugement affuré fur
une fuppofition ?
Les Acteurs , fans doute , ont droit
de prétendre à la gloire de l'immortalité;
fon temple eft ouvert pour tous ceux qui
d'un pas ferme veulent y monter. Notre
Auteur n'a point rapporté les noms de
tous les Acteurs échapés aux tenebres &
à l'oubli . Pourquoi a- t'il oublié Syrus Comédien
, & Auteur également habile , au
jugement
MAY. 1730. 915
jugement de Trimalcion , qui comparoit
fa Poëfie à l'éloquence de Ciceron . L'au
torité du judicieux Trimalcion eut été
refpectable dans l'établiffement du nouveau
fiftême.
Mais la gloire immortelle a fes degrés
differens ; elle doit être diftribuée ſuivant
le mérite réel de la fcience ou de l'art
auquel s'applique celui qui eft flatté d'une
ambition fi noble . Soutiendra-t'on qu'il y
ait dans l'Art de réciter & dans celui d'écrire
un mérite également folide & effectif
, tel qu'il devroit être , fi l'on veut que
l'Auteur &le Poëte jouiffent d'une gloire
égale ?
La Fontaine en défignant la difference
de leurs talens a marqué le degré different
où ils doivent être placés. Corneille eft
monté aux plus hautes places du Temple
immortel, quelques- uns l'y fuivront, s'ils
fçavent écrire. Que ce mot fuppofe de
talens & de rares qualités ! Rofcius eft auffi
monté à ce Temple , à quelques dégrés
plus bas , quelqu'autres y parviendront ,
s'ils ont l'art de bien reciter . Ce dernier
mot s'explique de lui-même en quelque
fens qu'on le prenne.
Au refte , le ftile de notre Auteur eft
brillant , fes expreffions font choifies &
ingénieufes ; en quelques endroits il a de
la grandeur ; ce coup d'eflai fait voir ce
que
916 MERCURE DE FRANCE
que l'on en peut efperer dans la fuite. On
remarque cependant quelques conftructions
vicieufes & quelques termes moins
propres , qui auroient pû être remplacés,
Son Ouvrage n'eft peut-être qu'un jeu de
fon imagination , jeu toûjours dangereux,
puifque la raifon cede à l'efprit. Si cette
penfée m'étoit venuë d'abord, je me ferois
épargné un moment de mauvaiſe humeur
& le ferieux d'une critique , j'aurois lû fa
Lettre auffi indifferemment
que l'on lit la
Satire qui met l'homme au deffous du plus
ftupide de tous les animaux ; j'aurois regardé
la nouvelle comparaifon comme auffi
bizarre que me le paroît le parallele de
l'ajustement avec la Poëfie.
de M. R... fur l'Effay de comparaison
entre la Déclamation & la Poëfie Dramatique
, par M. Levefque , imprimé
chez la Veuve Piffot , & J. F.Tabarie ,
Quay de Conty , 1729-
UN
N bel efprit du dernier fiecle ne
fçavoit » qui font les plus redevaqui
lesplusredene
» bles , ou ceux qui ont écrit l'Hiftoire
» à ceux qui leur ont fourni une fi noble
» matiere , ou ces Grands- Hommes
» leurs Hiſtoriens . Il eſt aifé de diffiper le
doute
MAY. 1730. 909
doute de la Bruyere. S'il n'y avoit point
de Heros , il n'y auroit point d'Hiftoriens;
le Heros , au contraire exifte & agit fans
l'Hiftorien : on peut fur ce principe déterminer
lequel des deux eft le plus redevable.
En réduifant à une propofition auffi
fimple la nouvelle comparaifon , on en
pourra donner une folution auſſi
prompte
& auffi facile ; le Comedien ne peut exifter
fans le Poëte : le Poëte , au contraire ,
fubfifte par lui-même , fans qu'il ait be
foin du fecours du Déclamateur.
Quelques Remarques détruiront toutes
les parties du Trophée que M. Levefque
à voulu ériger aux Héros de Théatre.
Si cet Auteur en étoit crû , Médée
& tous fes enchantemens , furent moins
puiffans à Colchos que ne l'ont été fur le
Théatre François la Dlle Balicourt , & fon
Art. » Cette Actrice a rajeuni , elle a ref-
»fufcité une Tragédie ufée , vieillie dans
» l'obfcurité ; elle donne encore la vie à
» une autre Piece , par le grand éclat qu'el
» le a répandu fúr la premiere.
*
Un Auteur qui parle fur ce ton , peut,
à fon gré , faire d'un Nain un Atlas.
D'abord M. Levefque avoit feulement
entrepris de prouver que l'Art des Acteurs
eft à peu près auffi beau , auffi grand
que celui du Poëte ; cet à peu près refferroit
10 MERCURE DE FRANCE
roit fon Systême dans des bornes qui auroient
pû prévenir toute conteſtation ; il
franchit bien- tôt ces bornes judicieuſes :
dans toute la fuite du difcours , on ne
trouve que des expreffions décifives ; la
Déclamation & la Poëfie marchent du
même pas , pas , rien ne les diftingue ; » L'une
» contribue autant que l'autre aux plaifirs
» & à la perfection du Théatre ; quelque-
»fois même la fuperiorité eft toute entiere
» du côté de la Déclamation. Les Vers de
Racine fi beaux & fi touchans , ne frap-
>> pent, dit- on , & n'enlevent que l'efprits
»le coeur indifferent & immobile , attend
fe remuer , que le fieur Dufrefne
viennent l'émouvoir par fa brillante
» Déclamation .
» pour
Quelle gloire , quel fujet de vanité pour
la Déclamation , de balancer la victoire
entr'elle & une Poëfie dictée par les Graces !
Quel triomphe imprévû pour le fieur
Dufrefne , de fe voir placé vis-à-vis d'un
Poëte auffi applaudi , auffi aimé & auffi
cheri ! Que penfer de ce chimerique parallele
?
Je ne ferai point remarquer par quelles
contradictions l'Auteur le détruit luimême
; mais on verra du premier coup
d'oeil Péchange qu'il fait des talens du
Poëte pour les tranfporter à l'Acteur ; il
attribue à la déclamation le principe
d'une
MAY. 1730. 917
d'une force & d'une puiffance qui réfident
dans la Poëfie , & qui fortent d'elle.
Tous les jours on éprouve qu'un Poëme
à la fimple lecture excite des mouvemens
& des fentimens plus ou moins vifs ; ſes
traits , quoique morts fur le papier , ont
en eux le principe de l'agitation dont
l'ame eft troublée ; l'action , au contraire ,
& le gefte de l'Acteur feparés de l'expreffion
, ne caufent nul trouble ; avant que
l'Acteur puiffe agiter & remuer l'ame , il
devient un organe animé de l'efprit du
Poëte , femblable aux Prêtreffes qui ne
rendoient leurs Oracles que lorfqu'elles
étoient infpirées & agitées par l'efprit du
Dieu que l'on confultoit..
>
Après que la Propofition a été hazardée,
les preuves n'ont point embaraffé l'Auteur
ni les réponfes aux objections qu'il fe
fait à lui-même : Si la déclamation n'eft.
point auffi connue & auffi cultivée que la
Poëfie , ce reproche , dit- il , ne tombe
point fur le fonds ou fur l'effence del'Art ;;
foin de convenir que cette prédilection
vienne de ce que celle - ci eft toute divine
& toute fpirituelle , & de ce que l'autre
eft prefque toute mécanique & fubalterne,
il aime mieux mettre au nombre des préjugés
de l'enfance le fentiment & l'opinion
que tous les fiecles & tous les hommes
ont eu de ces deux Arts ..
Arift
912 MERCURE DE FRANCE
» Ariftote & Horace , dit l'inventeur
» du parallele , n'ont point parlé de la
» Déclamation , parcequ'elle eft étrangere
» à l'Art Poëtique. Ce n'eft point réſoudre
l'objection , c'eſt la préfenter en d'autres
termes. Ces deux Maîtres du Dramatique
n'ont point placé la Déclamation
parmi les parties du Poëme , parcequ'elle
eft très indifferente & très inutile à la
Poëfie. Une femme ornée & enrichie de
tous les charmes de la beauté, reçoit quelques
nouvelles graces d'une belle parure;
lans ces graces , fa victoire & fon triomphe
en feroient- ils moins affurés fur les
coeurs ?
pas
Notre Auteur a pris à la lettre les Vers
de l'Epitre de Defpreaux à Racine ; il n'a
voulu remarquer que ces Vers ne vantent
le fecours de l'Auteur que pour le
moment auquel le fpectacle eft affemblé
lorfque la toile eft levée ; cet inſtant unique
pour la Déclamation n'empêche point
que la Poëfie , pendant tout le refte du
tems, ne plaife & ne touche indépendamment
d'aucun fecours. Sans la Poëfie de
Racine , la Chanfmeflé eut- elle été Iphigénie
; eut- elle pû faire verfer tant de
pleurs dans l'heureux fpectacle étalé aux
yeux de toute la France Defpreaux a
employé figuremment dans fon Art Poë
tique ce mot Acteur , plutôt que celui
d'Auteur
MA Y. 1730. 913
d'Auteur , qui feroit moins Poëtique ,
plus froid & plus languiffant.
M. Levefque a raffemblé differens Paffages
de Quintilien , de Rofcius , de M. de
Meaux , quelle confequence prétend-t'il
tirer de ces autorités , finon que l'Art des
Acteurs ajoûte quelques graces à l'Ouvrage
du Poëte ? il n'en conclura jamais
bien que ces graces foient auffi folides
auffi effentielles que celles dont l'ouvrage
eft enrichi , & qu'il porte en foi , Cependant
c'étoit ce qu'il falloit prouver pour
donner un fondement raisonnable au partage
égal , qu'il voudroit faire des applaudiffemens
des lauriers & de la gloire
immortelle.
,
Ses reflexions fur le fuccès des Piéces
médiocres font d'un foible fecours pour
le triomphe du paradoxe ; il reconnoît que
ce fuccès n'eft qu'une illufion , qui ne
peut
foutenir un examen férieux ; c'eft
une poudre ébloüiffante qui fe diffipe à
la lumiere. Eft- ce un fujet de gloire pour
un Art, de briller, quand on ne refléchit
point , & que fon faux éclat eft méprifé
lorfque la réflexion revient ?
M. de La Mothe joüit de la gloire que
fes Ouvrages fi variés lui ont acquife '; il
n'y a plus de réponſe à faire à la Critique
que notre Auteur a renouvellée fur
la Verfification d'Inés ; j'obferverai feulement
914 MERCURE DE FRANCE
•
ment que le paffage du Difcours de ce
Poëte fur Homere n'eft qu'une remarque
& une réflexion , & non pas un principe
& une maxime ; cet illuftre Académicien
eft inc pable d'une femblable erreur.
Tout ce que dit M. Levefque
des traités
, des regles & de l'objet
des deux Arts,
eft auffi difproportionné
que fi on avoit
comparé
une copie
avec fon original
.
Cette difcordance
regne dans tout l'Ou
vrage ; le plaifir
de dire des chofes
nouvelles
, & de les dire avec quelque
har-,
monie
, n'entraîne
que trop d'Auteurs
dans cette efpece de fophifmes
.
On croit que les Anciens avoient l'art
de tracer les expreffions & les geftes du
Déclamateur ; les preuves de cette conjecture
ne font pas certaines. M.Levefque
prédit que fi cet Art exiftoit , le récit ,
comme le Poëme , iroit inftruire & occuper
la pofterité. C'eft trop promettre i
comment fonder un jugement affuré fur
une fuppofition ?
Les Acteurs , fans doute , ont droit
de prétendre à la gloire de l'immortalité;
fon temple eft ouvert pour tous ceux qui
d'un pas ferme veulent y monter. Notre
Auteur n'a point rapporté les noms de
tous les Acteurs échapés aux tenebres &
à l'oubli . Pourquoi a- t'il oublié Syrus Comédien
, & Auteur également habile , au
jugement
MAY. 1730. 915
jugement de Trimalcion , qui comparoit
fa Poëfie à l'éloquence de Ciceron . L'au
torité du judicieux Trimalcion eut été
refpectable dans l'établiffement du nouveau
fiftême.
Mais la gloire immortelle a fes degrés
differens ; elle doit être diftribuée ſuivant
le mérite réel de la fcience ou de l'art
auquel s'applique celui qui eft flatté d'une
ambition fi noble . Soutiendra-t'on qu'il y
ait dans l'Art de réciter & dans celui d'écrire
un mérite également folide & effectif
, tel qu'il devroit être , fi l'on veut que
l'Auteur &le Poëte jouiffent d'une gloire
égale ?
La Fontaine en défignant la difference
de leurs talens a marqué le degré different
où ils doivent être placés. Corneille eft
monté aux plus hautes places du Temple
immortel, quelques- uns l'y fuivront, s'ils
fçavent écrire. Que ce mot fuppofe de
talens & de rares qualités ! Rofcius eft auffi
monté à ce Temple , à quelques dégrés
plus bas , quelqu'autres y parviendront ,
s'ils ont l'art de bien reciter . Ce dernier
mot s'explique de lui-même en quelque
fens qu'on le prenne.
Au refte , le ftile de notre Auteur eft
brillant , fes expreffions font choifies &
ingénieufes ; en quelques endroits il a de
la grandeur ; ce coup d'eflai fait voir ce
que
916 MERCURE DE FRANCE
que l'on en peut efperer dans la fuite. On
remarque cependant quelques conftructions
vicieufes & quelques termes moins
propres , qui auroient pû être remplacés,
Son Ouvrage n'eft peut-être qu'un jeu de
fon imagination , jeu toûjours dangereux,
puifque la raifon cede à l'efprit. Si cette
penfée m'étoit venuë d'abord, je me ferois
épargné un moment de mauvaiſe humeur
& le ferieux d'une critique , j'aurois lû fa
Lettre auffi indifferemment
que l'on lit la
Satire qui met l'homme au deffous du plus
ftupide de tous les animaux ; j'aurois regardé
la nouvelle comparaifon comme auffi
bizarre que me le paroît le parallele de
l'ajustement avec la Poëfie.
Fermer
Résumé : REMARQUES CRITIQUES de M. R... sur l'Essay de comparaison entre la Déclamation & la Poësie Dramatique, par M. Levesque, imprimé chez la Veuve Pissot, & J.F. Tabrie, Quay de Conty, 1729
Le texte est une critique de l'essai de M. Levefque intitulé 'Effay de comparaison entre la Déclamation & la Poëfie Dramatique', publié en 1729. L'auteur critique compare la Déclamation et la Poésie Dramatique, affirmant que la Déclamation ne peut exister sans la Poésie, contrairement à cette dernière qui subsiste par elle-même. Il conteste l'idée que la Déclamation puisse être aussi importante que la Poésie, soulignant que les vers de Racine, par exemple, touchent les esprits indépendamment de la déclamation. La critique met en avant que la Poésie, même lue silencieusement, provoque des émotions, tandis que la déclamation sans expression poétique est inefficace. L'auteur réfute également l'idée que la Déclamation soit aussi cultivée et reconnue que la Poésie, qualifiant cette opinion de préjugé. Il conclut que la gloire et l'immortalité doivent être attribuées en fonction du mérite réel des arts, la Poésie étant supérieure à la Déclamation. Le style de l'essai de M. Levefque est décrit comme brillant mais parfois vicieux, et l'ouvrage est perçu comme un jeu d'imagination dangereux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
5206
p. 916-919
IDILLE HÉROIQUE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Début :
Le Ciel est propice à vos voeux, [...]
Mots clefs :
Dauphin, Amour, Divin, Auteur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : IDILLE HÉROIQUE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
IDILLE HEROIQUE
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
LE Ciel eft propice à vos voeux ,
Peuples , chantez ce jour qui vous rend tous heu
reux.
Le
MAY . 1730 .
917
Le Ciel eft propice à nos voeux ;
Chantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France !
Nous voyons paroître enfin
L'objet de notre eſperance.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France+
pour
pour
Ce jour , cet heureux jour a vû naître un Dauphin
.
Que tout fur la terre & fur l'onde.
Seconde les tranſports de nos coeurs amoureux ;'
C'eſt le don le plus précieux
Que les Dieux pouvoient faire au monde.
Le Ciel eft propice à nos voeux
Cantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Déja nous avions vû l'Aurore
De ce grand jour que celebrent nos airs.
Trois Aftres nouveau-nés avoient à l'Univers
Annoncé le Soleil que nous voyons éclore.
Le Ciel eft propice &c .
Mais d'où naît cet éclat nouveau ?
Quel Enfant les Jeux & les Graces
Courent en foule fur fes traces ,
D EtBE
918 MERCURE DE FRANCE
Et volent autour du Berceau,
La chafte Lucine
Vante fes attraits
Et ne vit jamais
Plus belle origine ;
Amour aujourd'hui
Paroît feul en peine ,
Et craint qu'on ne prenne
Cet enfant pour lui.
Croiffez , cher Rejetton du plus puiffant des Rois,
Et puifqu'Amour déja porte envie à vos charmes
Puiffe à fon tour le Dieu des Armes
Etre jaloux de vos exploits !
Que dans l'un & l'autre Hemiſphere
On vante vos faits inoüis ,
Que le fils imite le pere ,
s ;
Que le pere ne foit égalé que du fils.
Mais où fuis-je ? O Cicl ! puis - je croire
Le fpectacle enchanteur qui frappe mes eſprits ?
Le Temple du Deftin s'ouvre à mes yeux furpris;
Du Dauphin , à l'envi , tout m'annonce la gloire,
Je vois , je vois déja les neuf fçavantes Soeurs
Lui prodiguer leurs plus cheres faveurs :
Tout le Ciel pour lui s'intereffe ;
Jupiter le foûtient ; Mars au combat l'inftruit ;
Minerve dans fon coeur vient verfer la ſageſſe ,
Et le Dieu même du Permeffe
Se plaît à former fon efprit.
Qu'il
MAY.
1730 .
919
Qu'il fera grand ; que fon aimable Empire
Sera cheri de l'Univers ;
Tous les jours lui verront produire
Mille prodiges divers.
Eh ! ne feroit- il pas lui-même
Un prodige étonnant pour nos regards ſurpris ;
Si formé du fang de Louis ,
Tout ne retentiffoit de fa gloire fuprême ?
Et
Qu'il vive donc pour remplir fes deſtins
Qu'il apporte en tous lieux la joye & l'abondance
que ſemblable au Roi dont il a pris naiſſance
Il ſoit un jour l'arbitre & l'amour des humains.
Qu'il vive pour remplir ſes glorieux deſtins !
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Arbitre fouverain de la Terre & des Cieux ,
Pouviez-vous récompenfer mieux
Les vertus de LOUIS & celles de MARIE ?
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Ne ceffez de verſer ſur Louis & Marie
Vos bienfaits les plus précieux ;
Rendez l'Epouſe heureuſe & l'Epoux glorieux. }
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Pourfuivez , rempliffez nos voeux ;
Qu'ils vivent feulement , l'Univers eſt heureux.
Par M. l'Abbé Portes , de
Montpellier.
SUR LA NAISSANCE
DE MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
LE Ciel eft propice à vos voeux ,
Peuples , chantez ce jour qui vous rend tous heu
reux.
Le
MAY . 1730 .
917
Le Ciel eft propice à nos voeux ;
Chantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France !
Nous voyons paroître enfin
L'objet de notre eſperance.
Quel plaifir pour nos coeurs ! quel bonheur
la France+
pour
pour
Ce jour , cet heureux jour a vû naître un Dauphin
.
Que tout fur la terre & fur l'onde.
Seconde les tranſports de nos coeurs amoureux ;'
C'eſt le don le plus précieux
Que les Dieux pouvoient faire au monde.
Le Ciel eft propice à nos voeux
Cantons , chantons ce jour qui nous rend tous
heureux.
Déja nous avions vû l'Aurore
De ce grand jour que celebrent nos airs.
Trois Aftres nouveau-nés avoient à l'Univers
Annoncé le Soleil que nous voyons éclore.
Le Ciel eft propice &c .
Mais d'où naît cet éclat nouveau ?
Quel Enfant les Jeux & les Graces
Courent en foule fur fes traces ,
D EtBE
918 MERCURE DE FRANCE
Et volent autour du Berceau,
La chafte Lucine
Vante fes attraits
Et ne vit jamais
Plus belle origine ;
Amour aujourd'hui
Paroît feul en peine ,
Et craint qu'on ne prenne
Cet enfant pour lui.
Croiffez , cher Rejetton du plus puiffant des Rois,
Et puifqu'Amour déja porte envie à vos charmes
Puiffe à fon tour le Dieu des Armes
Etre jaloux de vos exploits !
Que dans l'un & l'autre Hemiſphere
On vante vos faits inoüis ,
Que le fils imite le pere ,
s ;
Que le pere ne foit égalé que du fils.
Mais où fuis-je ? O Cicl ! puis - je croire
Le fpectacle enchanteur qui frappe mes eſprits ?
Le Temple du Deftin s'ouvre à mes yeux furpris;
Du Dauphin , à l'envi , tout m'annonce la gloire,
Je vois , je vois déja les neuf fçavantes Soeurs
Lui prodiguer leurs plus cheres faveurs :
Tout le Ciel pour lui s'intereffe ;
Jupiter le foûtient ; Mars au combat l'inftruit ;
Minerve dans fon coeur vient verfer la ſageſſe ,
Et le Dieu même du Permeffe
Se plaît à former fon efprit.
Qu'il
MAY.
1730 .
919
Qu'il fera grand ; que fon aimable Empire
Sera cheri de l'Univers ;
Tous les jours lui verront produire
Mille prodiges divers.
Eh ! ne feroit- il pas lui-même
Un prodige étonnant pour nos regards ſurpris ;
Si formé du fang de Louis ,
Tout ne retentiffoit de fa gloire fuprême ?
Et
Qu'il vive donc pour remplir fes deſtins
Qu'il apporte en tous lieux la joye & l'abondance
que ſemblable au Roi dont il a pris naiſſance
Il ſoit un jour l'arbitre & l'amour des humains.
Qu'il vive pour remplir ſes glorieux deſtins !
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Arbitre fouverain de la Terre & des Cieux ,
Pouviez-vous récompenfer mieux
Les vertus de LOUIS & celles de MARIE ?
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Ne ceffez de verſer ſur Louis & Marie
Vos bienfaits les plus précieux ;
Rendez l'Epouſe heureuſe & l'Epoux glorieux. }
O vous , divin Auteur du bien de la Patrie ,
Pourfuivez , rempliffez nos voeux ;
Qu'ils vivent feulement , l'Univers eſt heureux.
Par M. l'Abbé Portes , de
Montpellier.
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Résumé : IDILLE HÉROIQUE SUR LA NAISSANCE DE MONSEIGNEUR LE DAUPHIN.
Le texte 'Idylle héroïque' célèbre la naissance du Dauphin en mai 1730, suscitant joie et bonheur parmi les peuples français. Le Dauphin est présenté comme un don divin, apportant espoir et félicité. Trois astres annoncent cette naissance, symbolisant l'aube d'un grand jour. La naissance est entourée de grâce et de beauté, avec des figures allégoriques comme les Jeux, les Grâces et Lucine vantant ses attraits. Amour lui-même est jaloux de ses charmes. Le poème prédit une vie glorieuse pour le Dauphin, soutenu par les dieux et destiné à accomplir des exploits remarquables. Il souhaite que le Dauphin imite son père et apporte joie et abondance à l'univers. Le texte se termine par une prière à l'Auteur divin pour bénir Louis et Marie, les parents du Dauphin, et pour que l'univers soit heureux grâce à leur existence.
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5207
p. 920-924
LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
Début :
Puisque vous le voulez, Monsieur, je vous dirai librement ma pensée [...]
Mots clefs :
Légendes, Monnaie, Philippe II Auguste, Mémoires de Trévoux, Saint Louis
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
LETTRE de M. l'Abbé Bellet , à
M. N. fur la Legende d'une Monnoye
de Philippe Augufte & une autre de Saint
Louis.
Puifque vous le voulez , Monfieut
je vous dirai librement ma pensée
fur l'Art. 39. du mois d'Avril 1729. des
Mémoires de Trevoux. On y lit l'Explication
nouvelle qu'a donnée un de nos
plus fçavans Jefuites , de la Legende qui
fe voit fur une Monnoye de Philippe
Augufte. Je fuis perfuadé que ce Reverend
Pere ne defaprouvera pas que l'on
examine fes découvertes , & que l'on foit
un peu fcrupuleux fur celles qu'il nous
donne. Sa prodigieufe érudition nous a
fouvent deroutés , & la fubtilité de fon
efprit nous a fait trop fouvent admirer . Le
R. Pere Hardouin prétend que les vingtquatre
Lettres qui compofent cetteLegende
foient les Lettres initiales d'autant de
mots . Voici la Legende & fon Explication.
BHRICTVSI
THORERI
RONTORI
Benedictus Hominum Redemptor In Calis
Triumphans
MAY. 1730. 921
Triumphans , Vltro Semetipfum In Terris
Humilians , Omnium Rex Eft Hominum ,
Rex Imperans Regibus Omnium Nationum,
Timeat Oriens , Regnat Iefus.
Je ne parle pas d'une femblable Explication
qu'un Sçavant appliqua à la Bataille
que Philippe gagna fur l'Empereur Othon
à Bovines , en l'année 1214.Notre Sçavant
Pere croit qu'il eft ici parlé de la victoire
que ce Prince remporta fur Saladin , &
de la prife de la Ville d'Acre en Orient ,
en l'année 1191. La même Legende eft fur
une Monnoye de S. Louis qui revint
d'Orient en 1254. mais au revers de celleci
on voit le Frontifpice de l'Eglife de
Tours , avec cette Infcription Turonus Civis
, que l'on ne voit pas fur celle de Philippe.
Je fuis furpris que le R. P. Hardouin
qui avoit donné cette Explication en l'an
1707.dans les Memoires de Trevoux , n'ait
pas apperçu depuis ce tems-là , malgré la
difference des caracteres , que c'étoit la
Legende de plufieurs autres Monnoyes ,
fur lefquelles on trouve affez fouvent
l'Eglife de Tours & le Turonus Civis . En
voici quelques - unes dont les caracteres
font un peu Gothiques.
De Philippe IV.
BNDICTV. SIT NOME. DOMINI.
D iij De
922 MERCURE DE FRANCE
De Philippe V.
BNDICTVM SIT NOMEN DNI.
SIT NOME. DNI . NRI. DEI
Ihv. XRI..
De Charles IV.
BNEDICTV. SIT NOME. DNI.
NRI.
De Philippe VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
du même.
BNDICTV. SIT NOME. DNI:
NRI. DE I.
du même.
BNDICTV SIT NOM. DNI.
NRI. IRS.
Benedictum fit nomen Domini noftri
Jefu Chrifti.
De Fean.
BNDICTV. SIT NOME. DNI.
DEI IhV XRI.
Dans une autre X I.
pour
XRI. Chrifti.
du même.
BENEDICTVM SIT NOMEN DNI.
De
MAY. 1730. 923
De Charles VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTV.
Par la comparaifon de ces Legendes
avec celle de Philippe Augufte , telle
qu'elle eft dans les Memoires de Trevoux,
paroît qu'il faut lire BNDICTV
dans les 7. premieres Lettres , SIT dans
les trois fuivantes , les deux autres font
NO , les deux enfuite DE , les trois après
NRI , les trois qui fuivent DOM , le
T. doit être un J pour Jefu ,les trois dernieres
CRI pour Chrifti. Ainfi il faut
lire Benedictum fit nomen Dei noftri Domini
Jefu Chrifti.
Et par la comparaiſon des caracteres Romains
avec les caracteres prefque Gothiques
qu'on lit fur ces Monnoyes , on jugera
que la main qui a deffiné & copié la
Legende de la Monnoye du Roi Philippe
n'a pas fait ce difcernement.
Il faut lire prefque de même fur la
Monnoye de Ludovicus Rex , dont la
Legende eft telle dans le même article des
Mémoires de Trevoux . BNDICTV
SIT NNO CDDNIPR III. Le R.
P. Hardouin l'explique ainfi : Benedictum
fit nomen notiffimum orbi , Crucifixi Domini
Dei noftri Jefu per Rebelles ,
Incredulos
, Ingratofque Judeus. Mais ne fem-
D iiij
ble
924 MERCURE DE FRANCE
ble- t'il pas y avoir Benedictu fit nomen
Dei DNI. NRI IESV. Et c'eft la Legende
que reconnoît le R. P. Hardouin fur
tes Monnoyes de la troifiéme Race de nos
Rois , & qu'il rapporte ainfi Benedictum
fit nomen Domini noftri Dei Jefu Chrifti.
On fçait ce qui arrive par l'ufage & la
rouille dans la forme des caracteres , &
que pour les déchifrer , il faut fuivre le
ftile monétaire & la forme des Abbré,
viations .
Après tout , fi on vouloit forcer ainfi
les noms & les Legendes , comme a fait
le R. P. dans les Notes fur Pline & dans
ces Legendes icy , on trouveroit dans le
nom de LUDOVICUS
la profeffion
de foi du Prince qui l'a le premier porté.
Je lirois donc ainfi Laus Uni Deo Omni-
Potenti , Vero Jefu Chrifto Unigenito Suo.
Mais ne permettons pas à notre eſprit de
faire de telles découvertes , il n'en feroit
ni plus riche , ni plus heureux. Je ſuis , '
Monfieur & c.
A Bordeaux le 3.0. Août 1729
M. N. fur la Legende d'une Monnoye
de Philippe Augufte & une autre de Saint
Louis.
Puifque vous le voulez , Monfieut
je vous dirai librement ma pensée
fur l'Art. 39. du mois d'Avril 1729. des
Mémoires de Trevoux. On y lit l'Explication
nouvelle qu'a donnée un de nos
plus fçavans Jefuites , de la Legende qui
fe voit fur une Monnoye de Philippe
Augufte. Je fuis perfuadé que ce Reverend
Pere ne defaprouvera pas que l'on
examine fes découvertes , & que l'on foit
un peu fcrupuleux fur celles qu'il nous
donne. Sa prodigieufe érudition nous a
fouvent deroutés , & la fubtilité de fon
efprit nous a fait trop fouvent admirer . Le
R. Pere Hardouin prétend que les vingtquatre
Lettres qui compofent cetteLegende
foient les Lettres initiales d'autant de
mots . Voici la Legende & fon Explication.
BHRICTVSI
THORERI
RONTORI
Benedictus Hominum Redemptor In Calis
Triumphans
MAY. 1730. 921
Triumphans , Vltro Semetipfum In Terris
Humilians , Omnium Rex Eft Hominum ,
Rex Imperans Regibus Omnium Nationum,
Timeat Oriens , Regnat Iefus.
Je ne parle pas d'une femblable Explication
qu'un Sçavant appliqua à la Bataille
que Philippe gagna fur l'Empereur Othon
à Bovines , en l'année 1214.Notre Sçavant
Pere croit qu'il eft ici parlé de la victoire
que ce Prince remporta fur Saladin , &
de la prife de la Ville d'Acre en Orient ,
en l'année 1191. La même Legende eft fur
une Monnoye de S. Louis qui revint
d'Orient en 1254. mais au revers de celleci
on voit le Frontifpice de l'Eglife de
Tours , avec cette Infcription Turonus Civis
, que l'on ne voit pas fur celle de Philippe.
Je fuis furpris que le R. P. Hardouin
qui avoit donné cette Explication en l'an
1707.dans les Memoires de Trevoux , n'ait
pas apperçu depuis ce tems-là , malgré la
difference des caracteres , que c'étoit la
Legende de plufieurs autres Monnoyes ,
fur lefquelles on trouve affez fouvent
l'Eglife de Tours & le Turonus Civis . En
voici quelques - unes dont les caracteres
font un peu Gothiques.
De Philippe IV.
BNDICTV. SIT NOME. DOMINI.
D iij De
922 MERCURE DE FRANCE
De Philippe V.
BNDICTVM SIT NOMEN DNI.
SIT NOME. DNI . NRI. DEI
Ihv. XRI..
De Charles IV.
BNEDICTV. SIT NOME. DNI.
NRI.
De Philippe VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTVM.
du même.
BNDICTV. SIT NOME. DNI:
NRI. DE I.
du même.
BNDICTV SIT NOM. DNI.
NRI. IRS.
Benedictum fit nomen Domini noftri
Jefu Chrifti.
De Fean.
BNDICTV. SIT NOME. DNI.
DEI IhV XRI.
Dans une autre X I.
pour
XRI. Chrifti.
du même.
BENEDICTVM SIT NOMEN DNI.
De
MAY. 1730. 923
De Charles VI.
SIT NOMEN DOMINI BENEDICTV.
Par la comparaifon de ces Legendes
avec celle de Philippe Augufte , telle
qu'elle eft dans les Memoires de Trevoux,
paroît qu'il faut lire BNDICTV
dans les 7. premieres Lettres , SIT dans
les trois fuivantes , les deux autres font
NO , les deux enfuite DE , les trois après
NRI , les trois qui fuivent DOM , le
T. doit être un J pour Jefu ,les trois dernieres
CRI pour Chrifti. Ainfi il faut
lire Benedictum fit nomen Dei noftri Domini
Jefu Chrifti.
Et par la comparaiſon des caracteres Romains
avec les caracteres prefque Gothiques
qu'on lit fur ces Monnoyes , on jugera
que la main qui a deffiné & copié la
Legende de la Monnoye du Roi Philippe
n'a pas fait ce difcernement.
Il faut lire prefque de même fur la
Monnoye de Ludovicus Rex , dont la
Legende eft telle dans le même article des
Mémoires de Trevoux . BNDICTV
SIT NNO CDDNIPR III. Le R.
P. Hardouin l'explique ainfi : Benedictum
fit nomen notiffimum orbi , Crucifixi Domini
Dei noftri Jefu per Rebelles ,
Incredulos
, Ingratofque Judeus. Mais ne fem-
D iiij
ble
924 MERCURE DE FRANCE
ble- t'il pas y avoir Benedictu fit nomen
Dei DNI. NRI IESV. Et c'eft la Legende
que reconnoît le R. P. Hardouin fur
tes Monnoyes de la troifiéme Race de nos
Rois , & qu'il rapporte ainfi Benedictum
fit nomen Domini noftri Dei Jefu Chrifti.
On fçait ce qui arrive par l'ufage & la
rouille dans la forme des caracteres , &
que pour les déchifrer , il faut fuivre le
ftile monétaire & la forme des Abbré,
viations .
Après tout , fi on vouloit forcer ainfi
les noms & les Legendes , comme a fait
le R. P. dans les Notes fur Pline & dans
ces Legendes icy , on trouveroit dans le
nom de LUDOVICUS
la profeffion
de foi du Prince qui l'a le premier porté.
Je lirois donc ainfi Laus Uni Deo Omni-
Potenti , Vero Jefu Chrifto Unigenito Suo.
Mais ne permettons pas à notre eſprit de
faire de telles découvertes , il n'en feroit
ni plus riche , ni plus heureux. Je ſuis , '
Monfieur & c.
A Bordeaux le 3.0. Août 1729
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Résumé : LETTRE de M. l'Abbé Bellet, à M. N. sur la Legende d'une Monnoye de Philippe Auguste & une autre de Saint Louis.
L'abbé Bellet écrit à M. N. pour discuter de l'explication d'une légende monétaire attribuée à Philippe Auguste et à Saint Louis. Il commente l'article 39 des Mémoires de Trevoux d'avril 1729, où un jésuite érudit propose une interprétation des lettres initiales de la légende. L'abbé Bellet admire l'érudition du jésuite mais suggère une analyse plus scrupuleuse. Le père Hardouin interprète les lettres comme des initiales de mots, par exemple, 'BHRICTVSI THORERI RONTORI' pour 'Benedictus Hominum Redemptor In Calis Triumphans, Ultro Semetipsum In Terris Humilians, Omnium Rex Est Hominum, Rex Imperans Regibus Omnium Nationum, Timeat Oriens, Regnat Iesus.' L'abbé Bellet mentionne une autre explication concernant la bataille de Bouvines en 1214 et suggère que la légende pourrait se référer à la victoire de Philippe Auguste sur Saladin en 1191. Il note que la même légende apparaît sur une monnaie de Saint Louis, revenue d'Orient en 1254, avec des différences dans les caractères et les inscriptions. Il compare cette légende avec celles d'autres monnaies de rois français, comme Philippe IV, Philippe V, Charles IV, Philippe VI, Jean et Charles VI, et propose une lecture différente des lettres initiales. Selon lui, la légende devrait se lire 'Benedictum fit nomen Domini nostri Domini Jesu Christi.' Il conclut en mettant en garde contre les interprétations forcées et en soulignant l'importance de suivre le style monétaire et les abréviations pour déchiffrer les légendes.
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5208
p. 925-929
LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
Début :
Minerve avoit jadis rassemblé des Mortels, [...]
Mots clefs :
Amour, Dieux, Minerve, Mortels
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texteReconnaissance textuelle : LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
LES
DE
の
DESORDRES
L'AMOUR
DANS L'ISLE DE LA SAGESSE
IDILLE HEROIQUE.
Qui a remporté cette année le Prix destiné à
ce genre de Poefie par l'Académie des
Jeux Floraux à Toulouze . Cette Idille eft
de l'Abbé Ponci de Neuville , qui a déja
remporté trois Prix du Poëme dans la même
Académie..
M
Inerve avoit jadis raffemblé des Mortels ,
Qui fuyant de Venus le culté & les Autels,
Ne fuivoient que les loix de l'auftere fageffe ;
Des coupables plaifirs, ils ignoroient l'yvreffe ;
L'aveugle ambition , l'ardente ſoif de l'or
Soumis à la vertu , leur unique tréfor ,
Et que
Sur des bords écartés que des monts environnent
les Peupliers couronnent
de toutes parts
Où Thetis oppofoit aux Nochers hazardeux
De fes humides bras les replis tortueux ,
Ces fages habitans couloient des jours tranquilles; -
L'Amour , le traître Amour vint percer leurs ?
aziles ;
Dv
En
926 MERCURE DE FRANCE
En quels lieux l'impofteur ne penetre -t'il pas ?
Minerve doit quitter ces fortunés climats ;
On la rapelle aux Cieux , & l'Amour en profite
Pour tramer le projet que fon dépit médite ;
Il a foin d'écarter le curieux foupçon ;
Il conjure en fecret avec la trahiſon .
De la pitié fenfible il emprunte les larmes ;
L'artifice lui prête & fa voix & ſes armes.
La Déeffe tranquille ignore ces apprêts ;
Le deftin immuable en fes profonds decrets
Sçait éclairer les Dieux fur les deffeins des hommes
;
Mais entr'eux , il permet qu'ils foient ce que nous
fommes ,
Qu'ils ne puiffent avoir que des fignes douteux
Des projets differens que font les autres Dieux.
D'un devoir importun il faut que je m'acquite;
A regret , dit Minerve , aujoud'hui je vous quitte..
Cette Ifle vous a mis à l'abri des dangers ;
Gardez-vous d'y fouffrir des mortels étrangers.
Mon retour doit bientôt calmer votre triſteſſe ,
Puiffai-je vous revoir tels qu'ici je vous laiffe.
Ainfi parle Minerve , & foudain mille cris
Accompagnent fon char au celefte lambris ;
Mais helas ! fon abſence à l'Iſle fut fatale ,
On n'eut plus pour fon culte une ferveur égale;
La molle oifiveté dans fes honteux liens .
S'efforça d'arrêter ces actifs Citoyens ;;
Le fuccès la fuivit ; l'Amour d'intelligence
Saifit
MAY. 1730. 927
Saifit l'heureux moment d'exercer fa vengeance ;
Neptune en fa faveur a foulevé les mers.
Une profonde nuit que percent les éclairs
Couvre l'onde en fureur ; le tonerre & l'orage
Des vaiffeaux périffans acheve le naufrage ;
La curieuſe Eglé du haut d'un mont voiſin
Promenoit fur la mer fes regards fans deffein ;
L'ennui furprit fon coeur ; la longue folitude
Des Nymphes de quinze ans nourrit l'inquietude;
L'Amour frappe fes yeux fous les traits d'un enfant
Qu'un refte de vigueur contre la mort défend ;
Il n'avoit ni carquois , ni fes feux , ni ſes aîles ,
Mais il pouvoit encor charmer les plus rebelles.
Eglé qui fans douleur ne peut le voir périr ,
Infidelle à Pallas , ofe le fecourir ,
Lui jette un bois fragile où le traître s'attache ;
Il eft au port ; la Nimphe en fa Grotte le cache
Elle n'épargne rien pour lui fauver le jour ,
Et ne fçauroit penſer qu'elle fauve l'Amour.
Bientôt elle le montre à fes jeunes compagnes ;
Le féjour de leur Bois , l'afpect de leurs montagnes
Commence à devenir des objets odieux ,
Et pour le feul Amour ces Nymphes ont des yeux
Ce.Dieu va triompher ;Zephir , fans qu'on le voye,
Lui donnne fon flambeau dont il s'arme avec
joye.
L'Arc eft prêt, le Carquois refonne plein de dards;
D vj Dans
928 MERCURE DE FRANCE
Dans les Airs épurés brillent fes Etendarts..
Eglé veut fuir ; l'Amour la retient dans fes chaînes
,
Et montant fur fon char dont il faifit les rênes
Avec un fier fouris il lance pour adieux
Des traits empoifonnés & de finiftres feux.
Toute l'Ile en reffent les mortelles atteintes ;
Les foupçons , les fureurs, les dégouts & les crain¬
tes
Du coeur des Citoyens chaffent l'aimable Paix
Les plaifirs innocens n'ont plus pour eux d'attraits
;
Ils refpirent le crime , ils l'adorent , l'encenfent.
Minerve eft oubliée ; ou du moins s'ils y penfent,
C'eft pour charger fon nom de titres odieux.
On brife fes Autels ; on outrage les Dieux ;
Les amis font Rivaux ; l'Ile de fang eft . teinte ,
Les Vertus à Minerve ont adreffé leur plainte
Elle revient mais Ciel ! on méconnoît fes loix.
Voilà de Cupidon les illuftres exploits.›
Malheureux habitans ! ouvrez les yeux , dit-elle,
Qu'eft devenu pour moi votre amour votre zele??
Vous ne m'écoutez pas ! évitez mon couroux ; ,
Le Dieu qui vous féduit me vengera de vous,
Vos coeurs regretteront ces rives fortunées ;
Par le funefte Amour aujourd'hui profanées ,,
Elles ne m'offrent plus que d'indignes objets.
Ces lieux en me perdant vont perdre leurs attraits;
›
J'ai
M1AY. 1730. 929
J'ai fçu les élever ; je fçaurai les détruire.
Par là , puiffent du moins tous les mortels s'inftruire.
En vain pour fuir l'Amour on cherche les deferts::
La feule vigilance ofe braver fes fers ..
DE
の
DESORDRES
L'AMOUR
DANS L'ISLE DE LA SAGESSE
IDILLE HEROIQUE.
Qui a remporté cette année le Prix destiné à
ce genre de Poefie par l'Académie des
Jeux Floraux à Toulouze . Cette Idille eft
de l'Abbé Ponci de Neuville , qui a déja
remporté trois Prix du Poëme dans la même
Académie..
M
Inerve avoit jadis raffemblé des Mortels ,
Qui fuyant de Venus le culté & les Autels,
Ne fuivoient que les loix de l'auftere fageffe ;
Des coupables plaifirs, ils ignoroient l'yvreffe ;
L'aveugle ambition , l'ardente ſoif de l'or
Soumis à la vertu , leur unique tréfor ,
Et que
Sur des bords écartés que des monts environnent
les Peupliers couronnent
de toutes parts
Où Thetis oppofoit aux Nochers hazardeux
De fes humides bras les replis tortueux ,
Ces fages habitans couloient des jours tranquilles; -
L'Amour , le traître Amour vint percer leurs ?
aziles ;
Dv
En
926 MERCURE DE FRANCE
En quels lieux l'impofteur ne penetre -t'il pas ?
Minerve doit quitter ces fortunés climats ;
On la rapelle aux Cieux , & l'Amour en profite
Pour tramer le projet que fon dépit médite ;
Il a foin d'écarter le curieux foupçon ;
Il conjure en fecret avec la trahiſon .
De la pitié fenfible il emprunte les larmes ;
L'artifice lui prête & fa voix & ſes armes.
La Déeffe tranquille ignore ces apprêts ;
Le deftin immuable en fes profonds decrets
Sçait éclairer les Dieux fur les deffeins des hommes
;
Mais entr'eux , il permet qu'ils foient ce que nous
fommes ,
Qu'ils ne puiffent avoir que des fignes douteux
Des projets differens que font les autres Dieux.
D'un devoir importun il faut que je m'acquite;
A regret , dit Minerve , aujoud'hui je vous quitte..
Cette Ifle vous a mis à l'abri des dangers ;
Gardez-vous d'y fouffrir des mortels étrangers.
Mon retour doit bientôt calmer votre triſteſſe ,
Puiffai-je vous revoir tels qu'ici je vous laiffe.
Ainfi parle Minerve , & foudain mille cris
Accompagnent fon char au celefte lambris ;
Mais helas ! fon abſence à l'Iſle fut fatale ,
On n'eut plus pour fon culte une ferveur égale;
La molle oifiveté dans fes honteux liens .
S'efforça d'arrêter ces actifs Citoyens ;;
Le fuccès la fuivit ; l'Amour d'intelligence
Saifit
MAY. 1730. 927
Saifit l'heureux moment d'exercer fa vengeance ;
Neptune en fa faveur a foulevé les mers.
Une profonde nuit que percent les éclairs
Couvre l'onde en fureur ; le tonerre & l'orage
Des vaiffeaux périffans acheve le naufrage ;
La curieuſe Eglé du haut d'un mont voiſin
Promenoit fur la mer fes regards fans deffein ;
L'ennui furprit fon coeur ; la longue folitude
Des Nymphes de quinze ans nourrit l'inquietude;
L'Amour frappe fes yeux fous les traits d'un enfant
Qu'un refte de vigueur contre la mort défend ;
Il n'avoit ni carquois , ni fes feux , ni ſes aîles ,
Mais il pouvoit encor charmer les plus rebelles.
Eglé qui fans douleur ne peut le voir périr ,
Infidelle à Pallas , ofe le fecourir ,
Lui jette un bois fragile où le traître s'attache ;
Il eft au port ; la Nimphe en fa Grotte le cache
Elle n'épargne rien pour lui fauver le jour ,
Et ne fçauroit penſer qu'elle fauve l'Amour.
Bientôt elle le montre à fes jeunes compagnes ;
Le féjour de leur Bois , l'afpect de leurs montagnes
Commence à devenir des objets odieux ,
Et pour le feul Amour ces Nymphes ont des yeux
Ce.Dieu va triompher ;Zephir , fans qu'on le voye,
Lui donnne fon flambeau dont il s'arme avec
joye.
L'Arc eft prêt, le Carquois refonne plein de dards;
D vj Dans
928 MERCURE DE FRANCE
Dans les Airs épurés brillent fes Etendarts..
Eglé veut fuir ; l'Amour la retient dans fes chaînes
,
Et montant fur fon char dont il faifit les rênes
Avec un fier fouris il lance pour adieux
Des traits empoifonnés & de finiftres feux.
Toute l'Ile en reffent les mortelles atteintes ;
Les foupçons , les fureurs, les dégouts & les crain¬
tes
Du coeur des Citoyens chaffent l'aimable Paix
Les plaifirs innocens n'ont plus pour eux d'attraits
;
Ils refpirent le crime , ils l'adorent , l'encenfent.
Minerve eft oubliée ; ou du moins s'ils y penfent,
C'eft pour charger fon nom de titres odieux.
On brife fes Autels ; on outrage les Dieux ;
Les amis font Rivaux ; l'Ile de fang eft . teinte ,
Les Vertus à Minerve ont adreffé leur plainte
Elle revient mais Ciel ! on méconnoît fes loix.
Voilà de Cupidon les illuftres exploits.›
Malheureux habitans ! ouvrez les yeux , dit-elle,
Qu'eft devenu pour moi votre amour votre zele??
Vous ne m'écoutez pas ! évitez mon couroux ; ,
Le Dieu qui vous féduit me vengera de vous,
Vos coeurs regretteront ces rives fortunées ;
Par le funefte Amour aujourd'hui profanées ,,
Elles ne m'offrent plus que d'indignes objets.
Ces lieux en me perdant vont perdre leurs attraits;
›
J'ai
M1AY. 1730. 929
J'ai fçu les élever ; je fçaurai les détruire.
Par là , puiffent du moins tous les mortels s'inftruire.
En vain pour fuir l'Amour on cherche les deferts::
La feule vigilance ofe braver fes fers ..
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Résumé : LES DESORDRES DE L'AMOUR DANS L'ISLE DE LA SAGESSE. IDILLE HEROIQUE. Qui a remporté cette année le Prix destiné à ce genre de Poësie par l'Académie des Jeux Floraux à Toulouze. Cette Idille est de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a déja remporté trois Prix du Poëme dans la même Académie.
Le texte présente 'L'Amour dans l'Isle de la Sagesse', une œuvre de l'Abbé Ponci de Neuville, qui a remporté le Prix de l'Académie des Jeux Floraux à Toulouse. L'auteur avait déjà été lauréat à trois reprises dans cette même académie. L'histoire se déroule sur une île où les habitants, protégés par Minerve, vivaient dans la sagesse et la vertu, à l'abri des plaisirs coupables et de l'ambition. Lorsque Minerve quitte l'île, l'Amour en profite pour semer la discorde. Il utilise la pitié et la trahison pour tromper les habitants. La déesse Eglé, en voyant un enfant en danger, le sauve sans se rendre compte qu'il s'agit de l'Amour déguisé. L'Amour récupère ses armes et ses pouvoirs, et commence à répandre la discorde parmi les habitants. Les vertus sont oubliées, et les habitants se tournent vers le crime et la rivalité. À son retour, Minerve constate avec tristesse que l'île a été corrompue. Elle menace les habitants de les détruire et de les laisser regretter leur perte de sagesse. Elle souligne que la seule manière de résister à l'Amour est la vigilance constante.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5208
5209
p. 929-939
DECOUVERTE SINGULIERE faite à l'ouverture d'un Corps humain, par M. Pot Dargent, Chevalier du saint Sepulcre, & Maître Chirurgien de la Nation Françoise, à Seyde en Palestine. Extrait de son Procès Verbal Original, du 29. Septembre 1729.
Début :
Le jour de Saint Louis, 25. d'Août de l'année 1729. un Marchand de Marseille, nommé [...]
Mots clefs :
Maladie, Liqueur, Grosseur, Chirurgien, Corps, Humeur, Cellules, Pierres, Gravier
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texteReconnaissance textuelle : DECOUVERTE SINGULIERE faite à l'ouverture d'un Corps humain, par M. Pot Dargent, Chevalier du saint Sepulcre, & Maître Chirurgien de la Nation Françoise, à Seyde en Palestine. Extrait de son Procès Verbal Original, du 29. Septembre 1729.
DECOUVERTE SINGULIERE
faite à l'ouverture d'un Corps humain
par M. Pot Dargent , Chevalier du faint
Sepulcre , & Maître Chirurgien de la
Nation Françoife , à Seyde en Palestine.
Extrait de fon Procès Verbal Original ,
du 29. Septembre 1729..
Un
E jour de Saint Louis , 25. d'Août de l'année
1729. un Marchand de Marſeille, nommé
Louis Reyre , eft mort en cette Ville de Seyde ,
âgé de 28. ans accomplis , d'une maladie trèsfinguliere.
Elle confiftoit dans de grands points de côtez
& des difficultez d'uriner qui le mettoient au lit
pour 7. ou 8. jours. Pendant ce temps-là , il ne
pouvoit ni marcher , ni fe tenir de bout ; il étoit
alors affis fur un Sofa , à la maniere des Turcs , -
& fe plaignoit continuellement , faifant des contorfions
pitoyables . Ce qui eft très - particulier ,
c'eft qu'il affuroit que ce mal lui étoit ordinaire :
depuis fon enfance , & qu'il croyoit l'avoir apporté
en venant au monde.
Je l'ai traité comme beaucoup d'autres l'avoient
fait avant moi , & je lui ai donné tous les
remedes que j'ai crû les plus convenables & les
plus
930 MERCURE DE FRANCE
plus propres à le foulager , attribuant fa maladie
à des fables & à des graviers engagez dans fes
teins , qui arrêtoient les urines & caufoient les
maux qui le tourmentoient .
Un an avant la mort je fus obligé de faire un
voyage à Conftantinople ; pendant ce temps -là
d'autres Chirurgiens l'entreprirent & le mirent
dans le grand Remede, les Salivations , les Fumigations
, &c. attribuant la maladie à la débauche.
A mon retour je trouvai le Malade plus mal
qu'auparavant ; il ne ceffoit de fe plaindre des
reins , il n'y avoit plus d'intervalles , les difficultez
d'uriner étoient continuelles ; & cependant il
urinoit très -fouvent , mais 10. OU 12 .•goutes feulement
& avec des douleurs très - aigues , de forte
qu'il fe levoit 80. & 100. fois la nuit & autant le
jour. Cela a duré depuis qu'il a été dans les nouveaux
remedes , jufqu'au jour de fa mort.
Une maladie fi extraordinaire accompagnée
d'incidens fi étranges , excita ma curiofité & me
fit prendre le parti de m'adreffer à M. le Maire ,
Conful à Seyde , pour obtenir de lui la permiffion
de faire l'ouverture de ce Corps ; je pris cette
réfolution avec d'autant plus de confiance , que
fon zele pour tout ce qui regarde l'utilité publique
& Pattention qu'il a à ne laiffer échapper
rien de rare & de curieux dans ces Pays , me
fervoient d'afſurance qu'il m'accorderoit cette
permiffion . Je n'eus pas de peine à l'obtenir , &
même M. le Conful m'ordonna d'écrire ce que
j'y remarquerois de fingulier. Je ne pus operer
que depuis onze heures du foir du 25. au 26 .
Avril , jufqu'à 5. heures du lendemain matin ; de
forte que je ne confiderai qu'en gros les parties
qui me parurent les plus effentielles .
Ayant levé le Sternum , je vis le foye tout tacheté
de diverfes couleurs. Il étoit d'une groffeur
CXMAY.
1730. 93T
extraordinaire & d'une couleur blanchâtre ; if
étoit parfemé de petites bulles dont les unes étoient
remplies d'une eau jeaunâtre , les autres d'une
verte , d'autres d'une eau noire , & quelquesunes
d'eau ſemblable à l'eau ordinaire des Fontaines.
La Vefficule du fiel étoit toute ronde , affez
groffe pour contenir fix onces de liqueur. Il y
avoit au fond quelques petits fables .
La Rate étoit d'un brun noir, étroite & mince,
& n'avoit en largeur qu'un bon pouce,& en épaiffeur
que celle de deux écus de France.
Les Reins dans lefquels étoit la cauſe de cette
maladie , étoient , à les mefurer exactement , de
huit travers de doigt en longueur , & de cinq
d'épaiffeur, d'une couleur peu differente du noir
ils étoient diftants l'un de l'autre de deux travers
de doigt ; ils étoient entourez d'une matiere glaireufe
affez épaiffe. Le Baffinet étoit rempli d'une
humeur grife , pareille au pus d'un abfcès bien
mûr , & d'une odeur très - forte , de même que les
Ureteres , qui étoient tellement pleins de cette liqueur
mêlée avec des fables & des graviers , qui
faifoient paroître le tout fi condenfé, qu'à peine y
pû-je introduire ma Sonde creuſe.
Les Reins , que l'on peut appeller pétrifiez ,
étoient remplis de pierres très -folides ; il y en
avoit deux groffes dans chacun' ; ces deux pierres
tenoient la longueur & la largeur de chacun des
deux Reins. Elles reffembloient à du Corail blanc.
On y voyoit aux extrémitez leur tête , lear corps,
leurs branches & leurs racines . On en trouvera un
Deffein exact joint à ce Procès Verbal..
Outre ces quatre pierres il y en avoit vingt-une
dans le Rein droit , & vingt-trois dans le gauche,
elles étoient très -adherantes aux Glandes , & enrelaffées
dans les efpaces que laiffoient les groffes
pierres
932 MERCURE DE FRANCE
1
pierres autour d'elles . La plus petite de toutes
étoit de la groffeur d'une Amande , & de diverfes
figures. Il y avoit outre cela beaucoup de fabies ·
dans les Reins , & ils étoient comme humectez-
& détrempez d'une humeur glaireuſe , dont l'odeur
étoit fi forte , que ceux qui étoient préfens
furent contraints de fe retirer.
Comme le temps me preffoit & que j'avois
trouvé les Reins dans un état fi extraordinaire
je m'attendois à quelque chofe d'aufli furprenant
dans la Veffie: je la découvris à l'inftant ; elle étoit
de la groffeur d'une bouteille , contenant quatre
onces de liqueur ; fon exterieur étoit couvert d'une
chair folide & ferme , elle étoit épaiffe d'un´
petit doigt & très-adherante à la Veffie . Je l'en
féparai & je trouvai que l'interieur de cette peau
étoit une veritable éponge , dont les Cellules n'étoient
point remplies par de l'urine mais par une
humeur bien liée & grifâtre . Cette humeur répandoit
une odeur fi forte , que les perfonnes qui
fe trouverent à cette ouverture ne purent la fupporter
, & que j'eus moi - même bien dé la peine
à y tenir. Voulant examiner plus particulierementce
que contenoit cette éponge , j'en fis la diffection
, mais je ne trouvai dans fes Cellules que ce
veritable pus & dans le fond des cellules des fables
& des graviers de la groffeur d'une Lentille, qu'on
pourroit comparer aux matieres que l'on trouve
dans le gefier des Pigeons.
Comme le bruit couroit que cet homme n'étoit
mort que de maladie venerienne & particulierement
de carnofitez; je me preffai de voir le Sphincter
, en examinant les Glandes Proftates , que je
trouvai vuides & feches. Le Sphincter étoit très--
dur & très-folide & reffembloit fort à un Cartilage
: mes cifeaux firent effort fur ma Sonde creufe
pour en faire la féparation ; en même temps j'ou--
vris
MAY. 1730.
933
•
ris tout l'Uretere où j'apperçus deux ulceres , l'ury
diftant du Sphincter d'un travers de doigt , &
l'autre à fa partie moyenne. L'extremité du Balanus
& du Prépuce étoit tout ulcerée ; il fembloit
que ce fut une quantité de petits chancres réunis
en un feul par leur proximité.
Il me reftoit fort peu de temps à caufe des chaleurs
, je l'employai à voir les poulmons & le
coeur. Je trouvai les Poulmons fort gros , tirant
fur le noir & parfemez de petites taches de diverfes
couleurs , ils étoient auffi couverts de plufieurs
petites Veffies remplies d'une eau noire. Quelques-
uns des lobules du Poulmon étoient trèsfecs
, particulierement du côté gauche .
Pour ce qui eft du Coeur, je n'en ai jamais vu de
fi petit & de fi extenué. A peine ai-je pû difcerner
les parties qui doivent être les plus appa
rentes.
J'ai cru qu'il ne feroit pas hors de propos de
faire ce détail, après les ordres que j'en ai reçus
de,
M. le Conful , & je puis affurer que perfonne n'a
mieux fuivi cette maladie depuis fix ans que moi.
Je laiffe aux Curieux à reflechir fur les circonftances
de cette maladie , fur ces cauſes & fon pro
grès. Qu'ils me permettent feulement de joindre
ce détail mes Obfervations & mes Reflexions
propres. Je les foumets à leur jugement.
Du propre aveu de feu M. Reyre , il s'eſt toû
jours plaint des côtez dès fa plus tendre enfance..
Sa mere lui avoit dit plufieurs fois qu'elle n'avoit
pû trouver aucun moyen pour l'empêcher de pleurer
, foit qu'il fût dans le berceau , foit qu'il fût
entre fes bras , & qu'elle n'avoit jamais crû qu'il
dût vivre long-temps . En effet, tous ceux qui l'ont
connu auffi bien que moi , fçavent que ces douleurs
aigues qu'il difoit avoir fenties de tout temps
n'ont fait qu'augmenter de jour en jour depuiss
qu'ils l'ont connu ..
934 MERCURE DE FRANCE
Il eft vrai que cet homme n'avoit vécu depuis
très-long temps que de chofes fort crues & fort
indigeftes ; les Jambons , les Fromages , les Sauciffons
, les Anchoyes & toutes les viandes dans
lefquelles dominoient le poivre & le fel , avoient
prefque été fes feuls alimens , & il ne fe ménageoit
point fur le vin & fur l'eau-de- vie ; de plus
il avoit fort fréquenté les femmes.
Je crois neanmoins qu'il avoit apporté en naiſfant
la caufe & comme le germe de cette maladie,
& qu'il avoit contracté de mauvais fucs & de
mauvais levains dans fa premiere formation , de
forte qu'il étoit rempli de graviers , même avant
qu'il eût vû le jour. Ce qui me confirme dans cette
conjecture , c'eft qu'il n'avoit aucune partie du
corps bien formée , qu'il femble qu'elles ayent
toutes fouffert pendant tout le cours de fa vie.
Je ne me fouviens point d'avoir entendu parler
d'une maladie accompagnée de pareilles circonftances.
Je n'ai trouvé aucun exemple ſemblable ,
à la réferve de celui du Pape Innocent XI . Encore
eft -il à remarquer qu'il eft mort âgé , & qu'il
n'eft fait mention dans fon hiftoire que de deux
pierres , dont chaque Rein en contenoit une , &
il n'eft point dit qu'il eût eû pendant ſa vie aucun
accident ; encore moins que ces Corps étrangers
ayent alteré aucune partie de fon corps. Mais
dans celui- cy tout étoit attaqué, tout étoit alteré ;
il n'y avoit pas une feule partie dans l'état où elle
auroit dû être , pas une n'étoit faine & dans fon
entier.
Le Foye eft, comme l'on fçait, un des plus gros
Vifceres ; mais celui - cy excedoit fa groffeur ordinaire
de beaucoup, je puis même dire de plus
d'un tiers : il étoit de la couleur d'un papier gris
clair , & parfemé de quantité de bulles remplies
de liqueurs , de couleurs diverfes , comme on l'a
dit:
-
MAY. 1730. 935
dit : Les Membranes de ces bulles étoient trèsfolides
& très - adherantes ; & j'ai remarqué par
leur épaiffeur qu'il devoit y avoir plufieurs années
que cette partie fouffroit : j'ai bien vû dans
d'autres corps de ces fortes de Vefficules attacheés
au foye, remplies d'une eau infipide, mais celle- cy
étoit d'une odeur prefque infupportable . Cette partie
étoit fi changée qu'elle paroiffoit toute alterée.
Je ferois curieux de fçavoir d'où peut être venu
ce changement de couleur ; la caufe de ce grand
nombre de Vefficules , de la diverfité des liqueurs
qui y étoient contenuës & de cette groffeur dé
mefurée.
Il eft rare encore & même extraordinaire de
trouver la Vefficule du fiel d'une figure ronde &
affez groffe pour contenir fix onces de liqueur ,
& fa Membrane de l'épaiffeur d'un écu ; il n'y
avoit aucune difference de fon fond à fon col
qui étoit très-dilaté. Elle avoit dans fon fond
des graviers épais , & étoit remplie d'une liqueur
gluante, fort épaiffe , tirant fur le noir . Le Malade
quatre jours avant fa mort ne pouvoit prendre
une cueillerée de bouillon ou de ptizanne , qu'il
ne rendît à l'inftant une pinte & demie d'une liqueur
noire comme de l'ancre & gluante comme
de la Therebentine , & qui infectoit toute la maifon
; deforte qu'en quatre jours il en a rendu 8. à
10. pots à diverfes repriſes ; ce qui me donna la
curiofité d'ouvrir la Membrane & d'en répandre la
liqueur pour voir fi elle avoit du rapport avec ce
qu'il vomiffoit. J'y trouvai en effet la même couleur
, mais l'odeur en étoit un peu moins forte ;
cette Membrane en étoit toute pleine. Je m'appliquai
à examiner fi cette humeur qu'il vomiffoit
en fi grande quantité ne venoit point de l'eftomach
, mais je n'y trouvai rien qui pût caufer de
parcilles évacuations , ni qui fût même teint de
cette
936 MERCURE DE FRANCE
cette humeur. Le temps ne me permit pas de
pouffer mes Recherches plus loin , ni de faire des
Remarques plus particulieres.
J'efpere que les Sçavans découvriront & m'enfeigneront
quelle étoit la nature & la qualité de
cette humeur, où elle fe formoit, quel devoit être
fon fiege ordinaire , d'où elle venoit en fi grande
abondance , quelle pouvoit être la caufe d'une
odeur fi forte , & comment la Nature avoit formé
un fiel d'une groffeur fi démefurée .
Je me fouviens que dans les Cours d'Anatomie
à S. Côme , on ne parloit prefque point des ufages
de la Ratte , & qu'on la faifoit paffer pour
une partie prefque fuperflue ; cependant je remar
que qu'elle eft fujette comme les autres parties a
des infirmitez . D'où vient cette grande alteration
dans fa longueur , dans fa largeur & dans fon
épaiffeur D'où vient ce changement exceffif dans
fa forme ? Il me paroît par là qu'elle a fes ufages-
& fes utilitez , je ferois charmé d'apprendre un
jour que l'on ait fait quelques découvertes fur ce
fujet, & qu'on puiffe affigner les veritables fonctions
de ce Vifcere.
Les Reins à qui j'attribuë la caufe de ce dérangement
general , donneroient lieu à de grandes
recherches que j'abandonne aux Medecins. Comment
il a pú fe former dans chaque Rein deux
pierres de cette groffeur, de cette figure & de cette
folidité , comment outre celle- là il s'eft pû former
une vingtaine d'autres pierres de differente
groffeur , dont la plus petite étoit auffi groffe
qu'une Olive ; pourquoi elles y étoient fi adherantes
, & comment elles pouvoient s'enchâffer
exactement dans les vuides & les interftices de
chaque pierre..
Les Ureteres etoient remplis d'un limon fort
épais ,, blanchâtre & très-puant. Ils contenoient
encore
MAY. 937 1730 .
encore des fables très-folides ; j'en tirai d'auſſi
gros qu'un pois , & il a fallu ouvrir ces Ureteres
dans toute leur longueur pour en ôter ces fables
qui y étoient très-adherans.
Je fus furpris de trouver la Membrane propre
de la Veffie de l'épaiffeur d'une Amande , à peine
ai-je pû découvrir quelqu'un de fes fibres charnus,
La feconde des Membranes propres étoit une
vraye éponge avec ces cellules , elle étoit remplie
de graviers & de fables , au lieu d'urine ; c'étoit
cette liqueur gluante & épaiffe , comme je l'ai dit
cy- deffus , & il faut remarquer que depuis cinq
mois la Veffie ne fourniffoit que de ce pus au lieu
d'urine .
J'ai déja dit qu'il ne rendoit par les urines que
dix ou douze gouttes chaque fois ; il faut ajoûter
que lorfque je voulois les affembler , & que je les
réuniffois , elles formoient un tout bien lié , &
une matiere fi bien coagulée , qu'avec une bagueta
te je lui faifois faire toute forte de
comme j'aurois pû faire avec du vif-argent.
mouvemens
J'ai fait encore une autre remarque qui m'a affez
furpris ; c'eft que quand je lui donnois quelques
remedes dieurétiques & bien fondans , la partie fe
dilatant apparemment alors plus qu'à l'ordinaire,
le Malade fe croyoit déchargé de ce poids par la
violence & les efforts que faifoit la Nature,& pour
lors il rendoit par la Verge jufqu'à fix ou huit
onces de grumeaux d'un fang bien noir avec des
graviers & des fables. Cela lui eft arrivé dix ou
douze fois , mais avec des douleurs fi aiguës , que
j'ai crú plufieurs fois qu'il me refteroit entre les
bras , ce qui me fit juger que mes Fondans n'é--
toient plus de faiſon , & même la nature approchoit
de fa deftruction ; car lorfque cette liqueur
venoit à paffer fur les deux Ulceres le
Malade avoit le long du canal de l'Urete , ces
que
que
douleurs
938 MERCURE DE FRANCE
douleurs redoubloient & devenoient fi violentes ,
qu'il tomboit par terre fans connoiffance , fans
refpiration & fans aucune marque de vie .
Je ne fuis pas étonné d'avoir trouvé les Poulmons
dans l'état que j'ai décrit , car la vie de cet
homme n'ayant été qu'une chaîne & un tiffu de
ſouffrances , je croi qu'il ne devoit avoir aucune
partie de fon corps qui ne fût très- alterée & qui
ne dût lui caufer la mort.
Une choſe très - furprenante , par laquelle je finis
, c'eſt qu'au milieu de tant de maux , il a toûjours
eu le Poulx bon ; il l'a conſervé reglé juſqu'à
trois heures avant fa mort qu'il devint trèsembarraſſé
; il n'eut_point d'agonie , & conferva
Fufage de la connoiffance & de la parole jufqu'au
dernier foupir.
Au bas du Procès Verbal eft Attestation
du Conful de France , conçuë en ces termes :
Nous , Benoît le Maire , Confeiller du Roi ,
Conful de Seyde & fes dépendances , certifions
& atteftons à tous ceux à qui il appartiendra , que
le fieur Jean- François Pot- Dargent , qui a fait le
rapport cy-deffus ; eft Maître Chirurgien de la
Nation, au feing duquel on peut ajoûter foi ,
ayant fait l'ouverture du corps de feu Louis
Reyre , Marchand en cette Echelle , de notre ordre
& confentement ; en temoin de quoi nous
avons figné les Prefentes , fait appofer le Sceau
Royal de ce Confulat , & fouffigner par notre
Chancelier. A Seyde , le 12. Octobre 1729. Signé
B. LE MAIRE , & plus bas , GALERNEAU ?
Chancelier,
faite à l'ouverture d'un Corps humain
par M. Pot Dargent , Chevalier du faint
Sepulcre , & Maître Chirurgien de la
Nation Françoife , à Seyde en Palestine.
Extrait de fon Procès Verbal Original ,
du 29. Septembre 1729..
Un
E jour de Saint Louis , 25. d'Août de l'année
1729. un Marchand de Marſeille, nommé
Louis Reyre , eft mort en cette Ville de Seyde ,
âgé de 28. ans accomplis , d'une maladie trèsfinguliere.
Elle confiftoit dans de grands points de côtez
& des difficultez d'uriner qui le mettoient au lit
pour 7. ou 8. jours. Pendant ce temps-là , il ne
pouvoit ni marcher , ni fe tenir de bout ; il étoit
alors affis fur un Sofa , à la maniere des Turcs , -
& fe plaignoit continuellement , faifant des contorfions
pitoyables . Ce qui eft très - particulier ,
c'eft qu'il affuroit que ce mal lui étoit ordinaire :
depuis fon enfance , & qu'il croyoit l'avoir apporté
en venant au monde.
Je l'ai traité comme beaucoup d'autres l'avoient
fait avant moi , & je lui ai donné tous les
remedes que j'ai crû les plus convenables & les
plus
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plus propres à le foulager , attribuant fa maladie
à des fables & à des graviers engagez dans fes
teins , qui arrêtoient les urines & caufoient les
maux qui le tourmentoient .
Un an avant la mort je fus obligé de faire un
voyage à Conftantinople ; pendant ce temps -là
d'autres Chirurgiens l'entreprirent & le mirent
dans le grand Remede, les Salivations , les Fumigations
, &c. attribuant la maladie à la débauche.
A mon retour je trouvai le Malade plus mal
qu'auparavant ; il ne ceffoit de fe plaindre des
reins , il n'y avoit plus d'intervalles , les difficultez
d'uriner étoient continuelles ; & cependant il
urinoit très -fouvent , mais 10. OU 12 .•goutes feulement
& avec des douleurs très - aigues , de forte
qu'il fe levoit 80. & 100. fois la nuit & autant le
jour. Cela a duré depuis qu'il a été dans les nouveaux
remedes , jufqu'au jour de fa mort.
Une maladie fi extraordinaire accompagnée
d'incidens fi étranges , excita ma curiofité & me
fit prendre le parti de m'adreffer à M. le Maire ,
Conful à Seyde , pour obtenir de lui la permiffion
de faire l'ouverture de ce Corps ; je pris cette
réfolution avec d'autant plus de confiance , que
fon zele pour tout ce qui regarde l'utilité publique
& Pattention qu'il a à ne laiffer échapper
rien de rare & de curieux dans ces Pays , me
fervoient d'afſurance qu'il m'accorderoit cette
permiffion . Je n'eus pas de peine à l'obtenir , &
même M. le Conful m'ordonna d'écrire ce que
j'y remarquerois de fingulier. Je ne pus operer
que depuis onze heures du foir du 25. au 26 .
Avril , jufqu'à 5. heures du lendemain matin ; de
forte que je ne confiderai qu'en gros les parties
qui me parurent les plus effentielles .
Ayant levé le Sternum , je vis le foye tout tacheté
de diverfes couleurs. Il étoit d'une groffeur
CXMAY.
1730. 93T
extraordinaire & d'une couleur blanchâtre ; if
étoit parfemé de petites bulles dont les unes étoient
remplies d'une eau jeaunâtre , les autres d'une
verte , d'autres d'une eau noire , & quelquesunes
d'eau ſemblable à l'eau ordinaire des Fontaines.
La Vefficule du fiel étoit toute ronde , affez
groffe pour contenir fix onces de liqueur. Il y
avoit au fond quelques petits fables .
La Rate étoit d'un brun noir, étroite & mince,
& n'avoit en largeur qu'un bon pouce,& en épaiffeur
que celle de deux écus de France.
Les Reins dans lefquels étoit la cauſe de cette
maladie , étoient , à les mefurer exactement , de
huit travers de doigt en longueur , & de cinq
d'épaiffeur, d'une couleur peu differente du noir
ils étoient diftants l'un de l'autre de deux travers
de doigt ; ils étoient entourez d'une matiere glaireufe
affez épaiffe. Le Baffinet étoit rempli d'une
humeur grife , pareille au pus d'un abfcès bien
mûr , & d'une odeur très - forte , de même que les
Ureteres , qui étoient tellement pleins de cette liqueur
mêlée avec des fables & des graviers , qui
faifoient paroître le tout fi condenfé, qu'à peine y
pû-je introduire ma Sonde creuſe.
Les Reins , que l'on peut appeller pétrifiez ,
étoient remplis de pierres très -folides ; il y en
avoit deux groffes dans chacun' ; ces deux pierres
tenoient la longueur & la largeur de chacun des
deux Reins. Elles reffembloient à du Corail blanc.
On y voyoit aux extrémitez leur tête , lear corps,
leurs branches & leurs racines . On en trouvera un
Deffein exact joint à ce Procès Verbal..
Outre ces quatre pierres il y en avoit vingt-une
dans le Rein droit , & vingt-trois dans le gauche,
elles étoient très -adherantes aux Glandes , & enrelaffées
dans les efpaces que laiffoient les groffes
pierres
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1
pierres autour d'elles . La plus petite de toutes
étoit de la groffeur d'une Amande , & de diverfes
figures. Il y avoit outre cela beaucoup de fabies ·
dans les Reins , & ils étoient comme humectez-
& détrempez d'une humeur glaireuſe , dont l'odeur
étoit fi forte , que ceux qui étoient préfens
furent contraints de fe retirer.
Comme le temps me preffoit & que j'avois
trouvé les Reins dans un état fi extraordinaire
je m'attendois à quelque chofe d'aufli furprenant
dans la Veffie: je la découvris à l'inftant ; elle étoit
de la groffeur d'une bouteille , contenant quatre
onces de liqueur ; fon exterieur étoit couvert d'une
chair folide & ferme , elle étoit épaiffe d'un´
petit doigt & très-adherante à la Veffie . Je l'en
féparai & je trouvai que l'interieur de cette peau
étoit une veritable éponge , dont les Cellules n'étoient
point remplies par de l'urine mais par une
humeur bien liée & grifâtre . Cette humeur répandoit
une odeur fi forte , que les perfonnes qui
fe trouverent à cette ouverture ne purent la fupporter
, & que j'eus moi - même bien dé la peine
à y tenir. Voulant examiner plus particulierementce
que contenoit cette éponge , j'en fis la diffection
, mais je ne trouvai dans fes Cellules que ce
veritable pus & dans le fond des cellules des fables
& des graviers de la groffeur d'une Lentille, qu'on
pourroit comparer aux matieres que l'on trouve
dans le gefier des Pigeons.
Comme le bruit couroit que cet homme n'étoit
mort que de maladie venerienne & particulierement
de carnofitez; je me preffai de voir le Sphincter
, en examinant les Glandes Proftates , que je
trouvai vuides & feches. Le Sphincter étoit très--
dur & très-folide & reffembloit fort à un Cartilage
: mes cifeaux firent effort fur ma Sonde creufe
pour en faire la féparation ; en même temps j'ou--
vris
MAY. 1730.
933
•
ris tout l'Uretere où j'apperçus deux ulceres , l'ury
diftant du Sphincter d'un travers de doigt , &
l'autre à fa partie moyenne. L'extremité du Balanus
& du Prépuce étoit tout ulcerée ; il fembloit
que ce fut une quantité de petits chancres réunis
en un feul par leur proximité.
Il me reftoit fort peu de temps à caufe des chaleurs
, je l'employai à voir les poulmons & le
coeur. Je trouvai les Poulmons fort gros , tirant
fur le noir & parfemez de petites taches de diverfes
couleurs , ils étoient auffi couverts de plufieurs
petites Veffies remplies d'une eau noire. Quelques-
uns des lobules du Poulmon étoient trèsfecs
, particulierement du côté gauche .
Pour ce qui eft du Coeur, je n'en ai jamais vu de
fi petit & de fi extenué. A peine ai-je pû difcerner
les parties qui doivent être les plus appa
rentes.
J'ai cru qu'il ne feroit pas hors de propos de
faire ce détail, après les ordres que j'en ai reçus
de,
M. le Conful , & je puis affurer que perfonne n'a
mieux fuivi cette maladie depuis fix ans que moi.
Je laiffe aux Curieux à reflechir fur les circonftances
de cette maladie , fur ces cauſes & fon pro
grès. Qu'ils me permettent feulement de joindre
ce détail mes Obfervations & mes Reflexions
propres. Je les foumets à leur jugement.
Du propre aveu de feu M. Reyre , il s'eſt toû
jours plaint des côtez dès fa plus tendre enfance..
Sa mere lui avoit dit plufieurs fois qu'elle n'avoit
pû trouver aucun moyen pour l'empêcher de pleurer
, foit qu'il fût dans le berceau , foit qu'il fût
entre fes bras , & qu'elle n'avoit jamais crû qu'il
dût vivre long-temps . En effet, tous ceux qui l'ont
connu auffi bien que moi , fçavent que ces douleurs
aigues qu'il difoit avoir fenties de tout temps
n'ont fait qu'augmenter de jour en jour depuiss
qu'ils l'ont connu ..
934 MERCURE DE FRANCE
Il eft vrai que cet homme n'avoit vécu depuis
très-long temps que de chofes fort crues & fort
indigeftes ; les Jambons , les Fromages , les Sauciffons
, les Anchoyes & toutes les viandes dans
lefquelles dominoient le poivre & le fel , avoient
prefque été fes feuls alimens , & il ne fe ménageoit
point fur le vin & fur l'eau-de- vie ; de plus
il avoit fort fréquenté les femmes.
Je crois neanmoins qu'il avoit apporté en naiſfant
la caufe & comme le germe de cette maladie,
& qu'il avoit contracté de mauvais fucs & de
mauvais levains dans fa premiere formation , de
forte qu'il étoit rempli de graviers , même avant
qu'il eût vû le jour. Ce qui me confirme dans cette
conjecture , c'eft qu'il n'avoit aucune partie du
corps bien formée , qu'il femble qu'elles ayent
toutes fouffert pendant tout le cours de fa vie.
Je ne me fouviens point d'avoir entendu parler
d'une maladie accompagnée de pareilles circonftances.
Je n'ai trouvé aucun exemple ſemblable ,
à la réferve de celui du Pape Innocent XI . Encore
eft -il à remarquer qu'il eft mort âgé , & qu'il
n'eft fait mention dans fon hiftoire que de deux
pierres , dont chaque Rein en contenoit une , &
il n'eft point dit qu'il eût eû pendant ſa vie aucun
accident ; encore moins que ces Corps étrangers
ayent alteré aucune partie de fon corps. Mais
dans celui- cy tout étoit attaqué, tout étoit alteré ;
il n'y avoit pas une feule partie dans l'état où elle
auroit dû être , pas une n'étoit faine & dans fon
entier.
Le Foye eft, comme l'on fçait, un des plus gros
Vifceres ; mais celui - cy excedoit fa groffeur ordinaire
de beaucoup, je puis même dire de plus
d'un tiers : il étoit de la couleur d'un papier gris
clair , & parfemé de quantité de bulles remplies
de liqueurs , de couleurs diverfes , comme on l'a
dit:
-
MAY. 1730. 935
dit : Les Membranes de ces bulles étoient trèsfolides
& très - adherantes ; & j'ai remarqué par
leur épaiffeur qu'il devoit y avoir plufieurs années
que cette partie fouffroit : j'ai bien vû dans
d'autres corps de ces fortes de Vefficules attacheés
au foye, remplies d'une eau infipide, mais celle- cy
étoit d'une odeur prefque infupportable . Cette partie
étoit fi changée qu'elle paroiffoit toute alterée.
Je ferois curieux de fçavoir d'où peut être venu
ce changement de couleur ; la caufe de ce grand
nombre de Vefficules , de la diverfité des liqueurs
qui y étoient contenuës & de cette groffeur dé
mefurée.
Il eft rare encore & même extraordinaire de
trouver la Vefficule du fiel d'une figure ronde &
affez groffe pour contenir fix onces de liqueur ,
& fa Membrane de l'épaiffeur d'un écu ; il n'y
avoit aucune difference de fon fond à fon col
qui étoit très-dilaté. Elle avoit dans fon fond
des graviers épais , & étoit remplie d'une liqueur
gluante, fort épaiffe , tirant fur le noir . Le Malade
quatre jours avant fa mort ne pouvoit prendre
une cueillerée de bouillon ou de ptizanne , qu'il
ne rendît à l'inftant une pinte & demie d'une liqueur
noire comme de l'ancre & gluante comme
de la Therebentine , & qui infectoit toute la maifon
; deforte qu'en quatre jours il en a rendu 8. à
10. pots à diverfes repriſes ; ce qui me donna la
curiofité d'ouvrir la Membrane & d'en répandre la
liqueur pour voir fi elle avoit du rapport avec ce
qu'il vomiffoit. J'y trouvai en effet la même couleur
, mais l'odeur en étoit un peu moins forte ;
cette Membrane en étoit toute pleine. Je m'appliquai
à examiner fi cette humeur qu'il vomiffoit
en fi grande quantité ne venoit point de l'eftomach
, mais je n'y trouvai rien qui pût caufer de
parcilles évacuations , ni qui fût même teint de
cette
936 MERCURE DE FRANCE
cette humeur. Le temps ne me permit pas de
pouffer mes Recherches plus loin , ni de faire des
Remarques plus particulieres.
J'efpere que les Sçavans découvriront & m'enfeigneront
quelle étoit la nature & la qualité de
cette humeur, où elle fe formoit, quel devoit être
fon fiege ordinaire , d'où elle venoit en fi grande
abondance , quelle pouvoit être la caufe d'une
odeur fi forte , & comment la Nature avoit formé
un fiel d'une groffeur fi démefurée .
Je me fouviens que dans les Cours d'Anatomie
à S. Côme , on ne parloit prefque point des ufages
de la Ratte , & qu'on la faifoit paffer pour
une partie prefque fuperflue ; cependant je remar
que qu'elle eft fujette comme les autres parties a
des infirmitez . D'où vient cette grande alteration
dans fa longueur , dans fa largeur & dans fon
épaiffeur D'où vient ce changement exceffif dans
fa forme ? Il me paroît par là qu'elle a fes ufages-
& fes utilitez , je ferois charmé d'apprendre un
jour que l'on ait fait quelques découvertes fur ce
fujet, & qu'on puiffe affigner les veritables fonctions
de ce Vifcere.
Les Reins à qui j'attribuë la caufe de ce dérangement
general , donneroient lieu à de grandes
recherches que j'abandonne aux Medecins. Comment
il a pú fe former dans chaque Rein deux
pierres de cette groffeur, de cette figure & de cette
folidité , comment outre celle- là il s'eft pû former
une vingtaine d'autres pierres de differente
groffeur , dont la plus petite étoit auffi groffe
qu'une Olive ; pourquoi elles y étoient fi adherantes
, & comment elles pouvoient s'enchâffer
exactement dans les vuides & les interftices de
chaque pierre..
Les Ureteres etoient remplis d'un limon fort
épais ,, blanchâtre & très-puant. Ils contenoient
encore
MAY. 937 1730 .
encore des fables très-folides ; j'en tirai d'auſſi
gros qu'un pois , & il a fallu ouvrir ces Ureteres
dans toute leur longueur pour en ôter ces fables
qui y étoient très-adherans.
Je fus furpris de trouver la Membrane propre
de la Veffie de l'épaiffeur d'une Amande , à peine
ai-je pû découvrir quelqu'un de fes fibres charnus,
La feconde des Membranes propres étoit une
vraye éponge avec ces cellules , elle étoit remplie
de graviers & de fables , au lieu d'urine ; c'étoit
cette liqueur gluante & épaiffe , comme je l'ai dit
cy- deffus , & il faut remarquer que depuis cinq
mois la Veffie ne fourniffoit que de ce pus au lieu
d'urine .
J'ai déja dit qu'il ne rendoit par les urines que
dix ou douze gouttes chaque fois ; il faut ajoûter
que lorfque je voulois les affembler , & que je les
réuniffois , elles formoient un tout bien lié , &
une matiere fi bien coagulée , qu'avec une bagueta
te je lui faifois faire toute forte de
comme j'aurois pû faire avec du vif-argent.
mouvemens
J'ai fait encore une autre remarque qui m'a affez
furpris ; c'eft que quand je lui donnois quelques
remedes dieurétiques & bien fondans , la partie fe
dilatant apparemment alors plus qu'à l'ordinaire,
le Malade fe croyoit déchargé de ce poids par la
violence & les efforts que faifoit la Nature,& pour
lors il rendoit par la Verge jufqu'à fix ou huit
onces de grumeaux d'un fang bien noir avec des
graviers & des fables. Cela lui eft arrivé dix ou
douze fois , mais avec des douleurs fi aiguës , que
j'ai crú plufieurs fois qu'il me refteroit entre les
bras , ce qui me fit juger que mes Fondans n'é--
toient plus de faiſon , & même la nature approchoit
de fa deftruction ; car lorfque cette liqueur
venoit à paffer fur les deux Ulceres le
Malade avoit le long du canal de l'Urete , ces
que
que
douleurs
938 MERCURE DE FRANCE
douleurs redoubloient & devenoient fi violentes ,
qu'il tomboit par terre fans connoiffance , fans
refpiration & fans aucune marque de vie .
Je ne fuis pas étonné d'avoir trouvé les Poulmons
dans l'état que j'ai décrit , car la vie de cet
homme n'ayant été qu'une chaîne & un tiffu de
ſouffrances , je croi qu'il ne devoit avoir aucune
partie de fon corps qui ne fût très- alterée & qui
ne dût lui caufer la mort.
Une choſe très - furprenante , par laquelle je finis
, c'eſt qu'au milieu de tant de maux , il a toûjours
eu le Poulx bon ; il l'a conſervé reglé juſqu'à
trois heures avant fa mort qu'il devint trèsembarraſſé
; il n'eut_point d'agonie , & conferva
Fufage de la connoiffance & de la parole jufqu'au
dernier foupir.
Au bas du Procès Verbal eft Attestation
du Conful de France , conçuë en ces termes :
Nous , Benoît le Maire , Confeiller du Roi ,
Conful de Seyde & fes dépendances , certifions
& atteftons à tous ceux à qui il appartiendra , que
le fieur Jean- François Pot- Dargent , qui a fait le
rapport cy-deffus ; eft Maître Chirurgien de la
Nation, au feing duquel on peut ajoûter foi ,
ayant fait l'ouverture du corps de feu Louis
Reyre , Marchand en cette Echelle , de notre ordre
& confentement ; en temoin de quoi nous
avons figné les Prefentes , fait appofer le Sceau
Royal de ce Confulat , & fouffigner par notre
Chancelier. A Seyde , le 12. Octobre 1729. Signé
B. LE MAIRE , & plus bas , GALERNEAU ?
Chancelier,
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Résumé : DECOUVERTE SINGULIERE faite à l'ouverture d'un Corps humain, par M. Pot Dargent, Chevalier du saint Sepulcre, & Maître Chirurgien de la Nation Françoise, à Seyde en Palestine. Extrait de son Procès Verbal Original, du 29. Septembre 1729.
Le 25 août 1729, à Seyde en Palestine, Louis Reyre, un marchand de Marseille âgé de 28 ans, décéda d'une maladie caractérisée par des douleurs abdominales et des difficultés à uriner. Ces symptômes, apparus dès l'enfance, le rendaient incapable de marcher ou de se tenir debout. Malgré divers traitements, son état s'aggrava avec des douleurs intenses et des urinations fréquentes mais en petites quantités. M. Pot Dargent, chevalier du Saint-Sépulcre et maître chirurgien, obtint la permission de pratiquer une autopsie. L'examen révéla plusieurs anomalies : un foie tacheté et hypertrophié, une vésicule biliaire anormalement grosse, une rate atrophiée, et des reins remplis de pierres solides et de sable. Les reins étaient entourés d'une matière gluante et les uretères étaient obstrués par une humeur purulente mélangée à des graviers. La vessie, de la taille d'une bouteille, contenait une humeur grise et malodorante. Les poumons étaient gros et noircis, tandis que le cœur était extrêmement petit et extenué. L'autopsie confirma que la cause principale de la maladie résidait dans les reins, remplis de pierres et de sable, et dans les obstructions des voies urinaires. Louis Reyre avait une alimentation pauvre et consommait beaucoup d'alcool et de viandes épicées. Sa mère avait noté ses douleurs abdominales dès la petite enfance, suggérant une origine congénitale de la maladie. M. Pot Dargent conclut que Reyre avait probablement apporté en naissant les germes de cette maladie, confirmée par l'absence de parties du corps bien formées et par les multiples anomalies observées lors de l'autopsie. Les observations notables incluaient des pierres de tailles variées dans les reins, des uretères remplis d'un limon épais et puant, ainsi que de calculs solides. La vessie présentait une membrane épaissie et une seconde membrane spongieuse remplie de graviers et de pus. Le patient urinait très peu, et les urines étaient coagulées. L'administration de diurétiques provoquait l'expulsion de grumeaux noirs avec des graviers et des calculs, accompagnés de douleurs intenses. Les poumons étaient altérés en raison des souffrances constantes du patient. Malgré ses maux, le patient a conservé un pouls régulier jusqu'à trois heures avant sa mort, sans agonie, conservant la connaissance et la parole jusqu'au dernier souffle. Le rapport a été certifié par le consul de France à Seyde, confirmant que l'autopsie a été réalisée par Jean-François Pot-Dargent, maître chirurgien.
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5210
p. 940
EPIGRAMME. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
Début :
Certain Quidam, grand conteur de merveilles, [...]
Mots clefs :
Paris, Esprit
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texteReconnaissance textuelle : EPIGRAMME. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
EPIGRAMME.
Par Me de Malerais de la Vigne ,
du Croific , en Bretagne.
Certain Quidam, grand conteur de merveilles ,
Sçachant de tout , quoiqu'il n'eût rien appris ,
M'entretenoit des choſes non - pareilles ,
Que l'an dernier lui fit voir à Paris ,
» Mais , difoit- il , ce qui d'un plus haut prix ,
» M'y femble encor ; c'eft que l'efprit abonde ,
En ce Pays , plus qu'autre part du Monde:
Oh ! oh repris-je , avec un ton railleur,
De tels difcours , certes ne me furprennent ;
Je m'apperçois que ceux qui s'en reviennent.
Ont en ce lieu laiffé beaucoup du leur.
Par Me de Malerais de la Vigne ,
du Croific , en Bretagne.
Certain Quidam, grand conteur de merveilles ,
Sçachant de tout , quoiqu'il n'eût rien appris ,
M'entretenoit des choſes non - pareilles ,
Que l'an dernier lui fit voir à Paris ,
» Mais , difoit- il , ce qui d'un plus haut prix ,
» M'y femble encor ; c'eft que l'efprit abonde ,
En ce Pays , plus qu'autre part du Monde:
Oh ! oh repris-je , avec un ton railleur,
De tels difcours , certes ne me furprennent ;
Je m'apperçois que ceux qui s'en reviennent.
Ont en ce lieu laiffé beaucoup du leur.
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Résumé : EPIGRAMME. Par Mlle de Malcrais de la Vigne, du Croisic, en Bretagne.
L'épigramme de Me de Malerais décrit un homme vantant ses expériences parisiennes, se prétendant omniscient. Le narrateur critique sa superficialité et son ignorance, suggérant qu'il a laissé son esprit à Paris.
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5211
p. 940-941
LETTRE à Mlle D.... pour servir d'Explication au Logogryphe & aux Enigmes au Mercure de Mars 1730.
Début :
Vous me demandez, Mademoiselle, de vous envoyer l'Explication du Logogryphe & des [...]
Mots clefs :
Flûte, Soupir
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Mlle D.... pour servir d'Explication au Logogryphe & aux Enigmes au Mercure de Mars 1730.
LETTRE à Mile D .... pour fervir
d'Explication au Logogryphe & aux.
Enigmes du Mercure de Mars 1730.
V
Ous me demandez , Mademoifelle , de vous
envoyer l'Explication du Logogryphe & des
Enigmes du Mercure dernier , j'y viens de travailler
, mais je vous affure que c'eft avec beaucoup
de peine que j'ai trouvé que le mot du Logogryphe
eft votre nom . L'Auteur a fort raiſon
de
MAY. 1730. 941
de dire que plus d'une Beauté le porte ; car en ce
cas , belle Marianne , qui peut mieux le mériter
que vous ? La premiere moitié de ce mot eft Mari,
heureux celui qui pourra être le vôtre ; je croi
qu'avec vous ce nom ne fera jamais defagréable ,
a prefent ôtons l'r , vous verrez Mai , c'eſt alors
qu'on celebre avec plaifir les douceurs du Printemps
, & que je fais ce que je puis pour vous
prendre fans vert ; mais mettant le milieu à la
tête , voila Ami , c'eft une qualité dont vous
m'honorez, & que j'eftime infiniment ; tranchons
cette tête , dit l'Auteur , nous ne voyons plus que
Mi , note dont on ne peut fe paffer dans la Mufique.
Si de Mai nous ne prenons que le milieu ,
refte A , que l'on prononce dans la ſurpriſe, mais
fi nous le tournons tout-à-fait , je trouve Jam ,
qui fignifie déja. Paffons à la feconde moitié du
mot , fans doute que c'eft Anne nom d'une
Sainte , & en même-temps d'un coupable , dont
il eft parlé dans la Paffion de Jeſus- Chriſt ; tranchant
une , il refte Ane , vil animal. Prenant la
tête de la premiere part , voila Mane , ce don celefte
; ajoûtant la queuë de la derniere moitié avec
la premiere partic , alors c'eft Marie , cette divine
Mere. L'Auteur énigmatife adroitement après
cela , Rime , Arianne , Arie , Mine , Jean , Air.
Aiman , Je, Amant , Marne , Ai , Maine, Mer ,
Air, Amer, Aimer, Mien , Marie , Anne & Marianne
; enfin on peut dire que ce Logogryphe cft
fait avec tout l'art poffible. A l'égard des Enigmes,
la premiere eft fur la Flute , & la feconde fur le
Soupir ; mais je vous prie de croire que je fuis &
ferai jufqu'à ce que je rende le dernier. Mademoifelle
, votre , &c. L. T. D
>
A Vernon , le 12. Avril 1730.
d'Explication au Logogryphe & aux.
Enigmes du Mercure de Mars 1730.
V
Ous me demandez , Mademoifelle , de vous
envoyer l'Explication du Logogryphe & des
Enigmes du Mercure dernier , j'y viens de travailler
, mais je vous affure que c'eft avec beaucoup
de peine que j'ai trouvé que le mot du Logogryphe
eft votre nom . L'Auteur a fort raiſon
de
MAY. 1730. 941
de dire que plus d'une Beauté le porte ; car en ce
cas , belle Marianne , qui peut mieux le mériter
que vous ? La premiere moitié de ce mot eft Mari,
heureux celui qui pourra être le vôtre ; je croi
qu'avec vous ce nom ne fera jamais defagréable ,
a prefent ôtons l'r , vous verrez Mai , c'eſt alors
qu'on celebre avec plaifir les douceurs du Printemps
, & que je fais ce que je puis pour vous
prendre fans vert ; mais mettant le milieu à la
tête , voila Ami , c'eft une qualité dont vous
m'honorez, & que j'eftime infiniment ; tranchons
cette tête , dit l'Auteur , nous ne voyons plus que
Mi , note dont on ne peut fe paffer dans la Mufique.
Si de Mai nous ne prenons que le milieu ,
refte A , que l'on prononce dans la ſurpriſe, mais
fi nous le tournons tout-à-fait , je trouve Jam ,
qui fignifie déja. Paffons à la feconde moitié du
mot , fans doute que c'eft Anne nom d'une
Sainte , & en même-temps d'un coupable , dont
il eft parlé dans la Paffion de Jeſus- Chriſt ; tranchant
une , il refte Ane , vil animal. Prenant la
tête de la premiere part , voila Mane , ce don celefte
; ajoûtant la queuë de la derniere moitié avec
la premiere partic , alors c'eft Marie , cette divine
Mere. L'Auteur énigmatife adroitement après
cela , Rime , Arianne , Arie , Mine , Jean , Air.
Aiman , Je, Amant , Marne , Ai , Maine, Mer ,
Air, Amer, Aimer, Mien , Marie , Anne & Marianne
; enfin on peut dire que ce Logogryphe cft
fait avec tout l'art poffible. A l'égard des Enigmes,
la premiere eft fur la Flute , & la feconde fur le
Soupir ; mais je vous prie de croire que je fuis &
ferai jufqu'à ce que je rende le dernier. Mademoifelle
, votre , &c. L. T. D
>
A Vernon , le 12. Avril 1730.
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Résumé : LETTRE à Mlle D.... pour servir d'Explication au Logogryphe & aux Enigmes au Mercure de Mars 1730.
La lettre, datée du 12 avril 1730, répond à une demande d'explication concernant un logogryphe et des énigmes parus dans le Mercure de mars 1730. L'auteur révèle que le mot du logogryphe est le nom de la destinataire, Marianne. Il explique que ce nom est formé de 'Mari' et 'Anne'. En modifiant les lettres, il obtient divers mots tels que 'Mai', 'Ami', 'Mi', 'Jam' et 'Ane'. L'auteur mentionne également des références à des figures religieuses et des expressions musicales. Il admire la complexité et l'art du logogryphe. Pour les énigmes, il précise que la première concerne la flûte et la seconde le soupir, mais refuse d'en dire plus. La lettre se conclut par une formule de politesse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5212
p. 942-944
LETTRE écrite de Chambery, à l'Auteur du Mercure de France, le 26. Mars 1730.
Début :
Si vous continuez, Monsieur, à donner des Logogryphes pareils à celui qu'on lit dans votre [...]
Mots clefs :
Logogriphe, France, Interprète de logogriphe, Famille
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Chambery, à l'Auteur du Mercure de France, le 26. Mars 1730.
LETTRE écrite de Chambery , à l'Auteur
du Mercure de France , le 26.
Mars 1730.
I vous continuez , Monfieur , à donner des
Logogryphes pareils à celui qu'on lit dans votre
Mercure de Fevrier , il faudra que je renonce
au plaifir de le faire venir , ou que je deſerte ma
maifon auffi-tôt qu'il y paroîtra. Je n'avois pas
encore éprouvé ce que peut une femme qui s'érige
en interprete de Logogryphe ; mais la mienne
vient de m'en faire faire une trifte experience,
malheureuſement pour moi , je n'ai pû par la fuite
éviter fa premiere impétuofité , étant retenu dans
mon fauteuil par la goute. Ma fille brochant fur
le tout , & raffinant fur les impertinences de fa
mere , foutenoit qu'il étoit ridicule que l'Auteur
du Logogryphe fe fût avifé d'en latinifer le mot
à fon 31 Vers , comme s'il vouloit le mettre par
ce moyen hors de la portée des Dames ; elles font
cependant , difoit ma fille , les juges naturels de
ces fortes d'Ouvrages ; & leur imagination plus
vive que celle des hommes , femble leur donner
un privilege exclufif pour dévoiler ces myſteres.
Ces raifonnemens m'alloient faire perdre patience
, lorfqu'un de mes amis eft furvenu , qui en
nous découvrant le mot cherché , a fini heureufment
la querelle ; il eft vrai que le3 1 Vers dont
je viens de parler , & qui femble n'avoir été mis
que pour troubler la paix de mon ménage , occafionna
encore mille fots difcours. Mon âne de
fils , qui eft en cinquiéme , ne s'avifa - t- il pas de
remarquer , je ne fçai comment , que le mot latin
Ancer , s'écrivant par une S , on ne pouvoit lui
C
appliquer
MAY. 1730.
943
appliquer ce Vers ; ma fille charmée de l'objection
, l'adopta de tout fon coeur , & mon ami eut
bien de la peine à la faire taire , en l'affurant que
c'étoit une licence permife.
Je vous ennuyerois , Monfieur , fi je vous dé~
taillois tout ce qui s'eft paffé chez moi à ce fujet,
mais je veux vous faire part d'une chofé qui vous
paroîtra finguliere ; toutes les differentes faces
que vous faites prendre au mot France ,
font appliquables
avec jufteſſe à ma famille , c'eſt ce qui
a donné lieu à l'Ouvrage que vous allez lire ; je
lui donne ce nom , faute de lui en fçavoir d'autre,
peut- être pourroit- on l'appeller des Bouts - donnez,
ils ont occafionné ces Vers fans rime , je conviens
que l'efpece eft profcrite depuis long-temps, & réfervée
au feul Pierrot de la Comédie Italienne ; je
doute donc fort que ceci foit du reffort de votre
Mercure ; ma femme foutient qu'il n'y a pas plus
de raifon que de rime , & que jamais vous ne vous
aviferez d'en faire part au Public , l'interêt qu'elle
y prend , la fait, fans doute, parler ainfi , mais je
ne ferois pas fâché qu'elle en eût le démenti , efperant
que ce feroit un moyen de l'indifpofer
contre les Logogryphes , de façon à ne fe plus
mêler de les e quer; il n'y auroit pas un grand
mal que je fuffele feul de ma maifon qui voulût
profiter de votre Livre ; cependant quelqu'ufage
que vous faffiez de ce que je vous envoye , je ferai
toûjours content , pourvû que vous foyez per-
Luadé que l'application que je fais de votre Logogryphe
à ma famille eft très -veritable , & que je
fuis , &c.
Jean fe croit plus heureux qu'aucun homme de
France ;
Vivant content du fort , l'efprit guai , le coeur
Franc.
E ij J'ai
944 MERCURE DE FRANCE
J'ai fept fils , une fille ayant teint de lard Rance,
Mon fecond fils eft fot comme un panier fans Ance
Le fixiéme eft un petit
Dont les doigts font toûjours teints d'
Le Cadet toûjours faute & s'appelle fan
Mon aîné fait fon Droit à
Le cinquiéme eft Moine à
Ane ,
Ancre ,
Fare .
Can
Fecan.
Le troifiéme eft allé voir fa tante à Nerac.
Le quatriéme ne peut rien fourer fous fon Cráne,
Et n'eft bon qu'à tirer de l'
Arc .
Ma femme eft d'une humeur revêche , mordante,
Sous fa protection elle a pris le mot
Acre ;
Car,
Elle doit au bon vin fa rubiconde
Face ;
Il eft vrai qu'elle peint prefque auffi-bien queRanc,
C'eft une veritable Farce ,
Que de voir ma fille d' Ancer ,
Ayant les pieds d'Oifon & fouple comme Fer.
Cerf,
Mon fils Fanfare , étourdi comme un
Vient de caffer Tabatiere de
Mais je l'ai régalé d'un bon coup de ma
Dont on dit qu'il tire le
Nacre ;
Cane,
Nerf.
A vingt ans je fus prêt à me noyer dans l'Arne .
Je me caffai la tête un jour contre une
Carne,
Je reviens à ma femme , elle me ruine en Nafre ;
On peut dire qu'elle eft auffi propre qu'un Cafre,
Affis auprès du feu , les pieds frottez de Canfre
J'écris ceci fur mon E
Cran
du Mercure de France , le 26.
Mars 1730.
I vous continuez , Monfieur , à donner des
Logogryphes pareils à celui qu'on lit dans votre
Mercure de Fevrier , il faudra que je renonce
au plaifir de le faire venir , ou que je deſerte ma
maifon auffi-tôt qu'il y paroîtra. Je n'avois pas
encore éprouvé ce que peut une femme qui s'érige
en interprete de Logogryphe ; mais la mienne
vient de m'en faire faire une trifte experience,
malheureuſement pour moi , je n'ai pû par la fuite
éviter fa premiere impétuofité , étant retenu dans
mon fauteuil par la goute. Ma fille brochant fur
le tout , & raffinant fur les impertinences de fa
mere , foutenoit qu'il étoit ridicule que l'Auteur
du Logogryphe fe fût avifé d'en latinifer le mot
à fon 31 Vers , comme s'il vouloit le mettre par
ce moyen hors de la portée des Dames ; elles font
cependant , difoit ma fille , les juges naturels de
ces fortes d'Ouvrages ; & leur imagination plus
vive que celle des hommes , femble leur donner
un privilege exclufif pour dévoiler ces myſteres.
Ces raifonnemens m'alloient faire perdre patience
, lorfqu'un de mes amis eft furvenu , qui en
nous découvrant le mot cherché , a fini heureufment
la querelle ; il eft vrai que le3 1 Vers dont
je viens de parler , & qui femble n'avoir été mis
que pour troubler la paix de mon ménage , occafionna
encore mille fots difcours. Mon âne de
fils , qui eft en cinquiéme , ne s'avifa - t- il pas de
remarquer , je ne fçai comment , que le mot latin
Ancer , s'écrivant par une S , on ne pouvoit lui
C
appliquer
MAY. 1730.
943
appliquer ce Vers ; ma fille charmée de l'objection
, l'adopta de tout fon coeur , & mon ami eut
bien de la peine à la faire taire , en l'affurant que
c'étoit une licence permife.
Je vous ennuyerois , Monfieur , fi je vous dé~
taillois tout ce qui s'eft paffé chez moi à ce fujet,
mais je veux vous faire part d'une chofé qui vous
paroîtra finguliere ; toutes les differentes faces
que vous faites prendre au mot France ,
font appliquables
avec jufteſſe à ma famille , c'eſt ce qui
a donné lieu à l'Ouvrage que vous allez lire ; je
lui donne ce nom , faute de lui en fçavoir d'autre,
peut- être pourroit- on l'appeller des Bouts - donnez,
ils ont occafionné ces Vers fans rime , je conviens
que l'efpece eft profcrite depuis long-temps, & réfervée
au feul Pierrot de la Comédie Italienne ; je
doute donc fort que ceci foit du reffort de votre
Mercure ; ma femme foutient qu'il n'y a pas plus
de raifon que de rime , & que jamais vous ne vous
aviferez d'en faire part au Public , l'interêt qu'elle
y prend , la fait, fans doute, parler ainfi , mais je
ne ferois pas fâché qu'elle en eût le démenti , efperant
que ce feroit un moyen de l'indifpofer
contre les Logogryphes , de façon à ne fe plus
mêler de les e quer; il n'y auroit pas un grand
mal que je fuffele feul de ma maifon qui voulût
profiter de votre Livre ; cependant quelqu'ufage
que vous faffiez de ce que je vous envoye , je ferai
toûjours content , pourvû que vous foyez per-
Luadé que l'application que je fais de votre Logogryphe
à ma famille eft très -veritable , & que je
fuis , &c.
Jean fe croit plus heureux qu'aucun homme de
France ;
Vivant content du fort , l'efprit guai , le coeur
Franc.
E ij J'ai
944 MERCURE DE FRANCE
J'ai fept fils , une fille ayant teint de lard Rance,
Mon fecond fils eft fot comme un panier fans Ance
Le fixiéme eft un petit
Dont les doigts font toûjours teints d'
Le Cadet toûjours faute & s'appelle fan
Mon aîné fait fon Droit à
Le cinquiéme eft Moine à
Ane ,
Ancre ,
Fare .
Can
Fecan.
Le troifiéme eft allé voir fa tante à Nerac.
Le quatriéme ne peut rien fourer fous fon Cráne,
Et n'eft bon qu'à tirer de l'
Arc .
Ma femme eft d'une humeur revêche , mordante,
Sous fa protection elle a pris le mot
Acre ;
Car,
Elle doit au bon vin fa rubiconde
Face ;
Il eft vrai qu'elle peint prefque auffi-bien queRanc,
C'eft une veritable Farce ,
Que de voir ma fille d' Ancer ,
Ayant les pieds d'Oifon & fouple comme Fer.
Cerf,
Mon fils Fanfare , étourdi comme un
Vient de caffer Tabatiere de
Mais je l'ai régalé d'un bon coup de ma
Dont on dit qu'il tire le
Nacre ;
Cane,
Nerf.
A vingt ans je fus prêt à me noyer dans l'Arne .
Je me caffai la tête un jour contre une
Carne,
Je reviens à ma femme , elle me ruine en Nafre ;
On peut dire qu'elle eft auffi propre qu'un Cafre,
Affis auprès du feu , les pieds frottez de Canfre
J'écris ceci fur mon E
Cran
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Résumé : LETTRE écrite de Chambery, à l'Auteur du Mercure de France, le 26. Mars 1730.
La lettre, datée du 26 mars 1730, est adressée à l'auteur du Mercure de France. L'auteur exprime son mécontentement face aux logogryphes publiés dans le Mercure de février, car ils provoquent des disputes au sein de sa famille. Sa femme et sa fille interprètent ces logogryphes, ce qui entraîne des discussions animées. Un ami révèle finalement le mot cherché, mettant fin à la querelle. La famille discute ensuite des vers latins et des licences poétiques. L'auteur mentionne que les différentes interprétations du mot 'France' dans les logogryphes s'appliquent à sa famille. Il envoie un ouvrage intitulé 'Les Bouts-donnés', composé de vers sans rime, qu'il doute de voir publié dans le Mercure. Sa femme est sceptique quant à la publication de cet ouvrage. L'auteur espère que la publication de cet ouvrage dissuadera sa famille de s'intéresser aux logogryphes. La lettre se conclut par une description humoristique de chaque membre de la famille, utilisant des jeux de mots et des allitérations. Par exemple, il décrit ses fils et sa fille avec des traits physiques ou des comportements spécifiques, et mentionne des incidents personnels, comme un accident où il s'est cogné la tête contre une 'Carne'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5213
p. 945
EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
Début :
La moitié de mon nom est Car, qui fut en butte [...]
Mots clefs :
Carmel
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texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
EXPLICATION du Logogryphe
du Mercure d'Avril , fur les mêmes rimes.
L
A moitié de mon nom eft Car , qui fut en
butte
Autrefois à bien des Sçavans ;
On ne parvint point à fa chute ,
Car on s'en fert depuis ce temps.
Mon tout eft le Carmel , où Jadis le Prophete
Elie étoit . Ótez ma ſeule extremité ,
Vous verrez un Anachorete ,
Ou bon Carme , vivant avec aufterité ,
Quoiqu'en cuifine toûjours prête .
Retranchant à prefent & la queue & la tête ,
On voit avec facilité ,
Que fansArme on ne peut
faire aucune conquête.
Par Mlle d'Orvilliers de Vernon .
du Mercure d'Avril , fur les mêmes rimes.
L
A moitié de mon nom eft Car , qui fut en
butte
Autrefois à bien des Sçavans ;
On ne parvint point à fa chute ,
Car on s'en fert depuis ce temps.
Mon tout eft le Carmel , où Jadis le Prophete
Elie étoit . Ótez ma ſeule extremité ,
Vous verrez un Anachorete ,
Ou bon Carme , vivant avec aufterité ,
Quoiqu'en cuifine toûjours prête .
Retranchant à prefent & la queue & la tête ,
On voit avec facilité ,
Que fansArme on ne peut
faire aucune conquête.
Par Mlle d'Orvilliers de Vernon .
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Résumé : EXPLICATION du Logogryphe du Mercure d'Avril, sur les mêmes rimes.
Le texte explique un logogryphe sur le mot 'Carmel' publié dans le Mercure d'Avril. 'Car' évoque une figure résistante aux savants. 'Carmel' désigne le mont où séjourna Élie. 'Carme' désigne un ermite austère. 'Arme' souligne l'importance des armes pour la conquête. L'auteur est Mlle d'Orvilliers de Vernon.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5214
p. 945
Explication de l'Enigme, Virelay.
Début :
La peste soit du Cordonnier ! [...]
Mots clefs :
Soulier
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texteReconnaissance textuelle : Explication de l'Enigme, Virelay.
Explication de l'Enigme . Virelay.
LA pefte foit du Cordonnier !
Je voudrois qu'il eût la pépie ;
Il m'a fait un maudit Soulier ,
Qui depuis deux jours m'eftropie.
LA pefte foit du Cordonnier !
Je voudrois qu'il eût la pépie ;
Il m'a fait un maudit Soulier ,
Qui depuis deux jours m'eftropie.
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5215
p. 946
PREMIERE ENIGME.
Début :
Un seul tout me fait naître & me met au tombeau, [...]
Mots clefs :
Poisson d'avril
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERE ENIGME.
PREMIERE ENIGME .
IN feul tout me fait naître & me met au tom-
UN
beau ,
Contraire à ceux de mon eſpece ,
Je ne ſuis pas produit dans l'eau .
Quoiqu'ennemi de la triſteſſe ,
Je la fais naître cependant ;
Mais bientôt pour un mécontent ,
Je procure à pluſieurs une vive allegresse.
IN feul tout me fait naître & me met au tom-
UN
beau ,
Contraire à ceux de mon eſpece ,
Je ne ſuis pas produit dans l'eau .
Quoiqu'ennemi de la triſteſſe ,
Je la fais naître cependant ;
Mais bientôt pour un mécontent ,
Je procure à pluſieurs une vive allegresse.
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5216
p. 946
SECONDE ENIGME.
Début :
Je suis un Monstre invulnerable, [...]
Mots clefs :
Nuit
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texteReconnaissance textuelle : SECONDE ENIGME.
SECONDE ENIGME.
E fuis un Monftre invulnerable ,
Qui porte par tout la frayeur ,
A mon afpect inévitable ,
La Nature perd la vigueur.
Du fond d'une gueule béante ,
Lorfque j'exhale mes vapeurs ,
Tout friffonne , tout s'épouvente ,
Tout fe retire , jufqu'aux fleurs.
Dans ma courfe toûjours égale ,
Mon féjour n'eft jamais conſtant ,
Mais auprès d'une Ourſe hyvernale ,
Je me loge fix moix de l'an.
E fuis un Monftre invulnerable ,
Qui porte par tout la frayeur ,
A mon afpect inévitable ,
La Nature perd la vigueur.
Du fond d'une gueule béante ,
Lorfque j'exhale mes vapeurs ,
Tout friffonne , tout s'épouvente ,
Tout fe retire , jufqu'aux fleurs.
Dans ma courfe toûjours égale ,
Mon féjour n'eft jamais conſtant ,
Mais auprès d'une Ourſe hyvernale ,
Je me loge fix moix de l'an.
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5217
p. *947-947
LOGOGRYPHE.
Début :
Par moi je suis la douceur même ; [...]
Mots clefs :
Miel
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOG RYPHE .
PAr moi je fuis la douceur même ;
Si vous me dérangez , je fuis dur à l'extrême ,
Et le fer cede à mon effort.
Dans ma moitié je fers à la Mufique.
Diminué d'un quart , fans faire aucun tranfport ,
Je fuis nombre d'Arithmetique.
Si vous voulez un changement nouveau ,
Otez-moi feulement la tête.
Je ne vaux rien à faire fête ,
On me trouve au fond d'un tonneau.
PAr moi je fuis la douceur même ;
Si vous me dérangez , je fuis dur à l'extrême ,
Et le fer cede à mon effort.
Dans ma moitié je fers à la Mufique.
Diminué d'un quart , fans faire aucun tranfport ,
Je fuis nombre d'Arithmetique.
Si vous voulez un changement nouveau ,
Otez-moi feulement la tête.
Je ne vaux rien à faire fête ,
On me trouve au fond d'un tonneau.
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5218
p. 947-959
MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres. Avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages, Tome IX. de 410. pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, rüe S. Jacques, à la Science, MDCC. XXIX.
Début :
MARTIAL D'AUVERGNE, l'un des 27. Sçavans dont il est parlé dans [...]
Mots clefs :
Amour, Ouvrage, Auteurs, Martial d'Auvergne, Savant, Paris, Parlement, Arrêts
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texteReconnaissance textuelle : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres. Avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages, Tome IX. de 410. pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, rüe S. Jacques, à la Science, MDCC. XXIX.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres. Avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , Tome IX. de
pages fans les Tables. A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC . XXIX .
Ma ,
410 .
ARTIAL D'AUVERGNE , l'un des
27. Sçavans dont il eft parlé dans
le IX Volume , nous a paru mériter une
E iiij
atten1948
MERCURE DE FRANCE
attention particuliere , par le genre &
par la gayeté de fes Ouvrages. Voici ce
qu'en rapporte le P. Niceron , p . 171 .
Cet Auteur eft peu connu ; on ne convient
pas même du Pays dont il étoit. La
Croix du Maine prétend , que quoiqu'il
portât le nom de Martial d'Auvergne , il
étoit cependant Limoufin ; mais il eft feul
de ce fentiment , & l'on fçait qu'il eft peu
exact , & que fouvent il n'eft pas fûr de
s'en rapporter à lui. Il s'eft peut- être imaginé
que cela étoit ainfi cela étoit ainsi , parce que Martial
eft un nom de Baptême fort commun
aux Limoufins , à caufe de S. Martial
Apôtre du Pays. Benoît le Court , Commentateur
de fes Arrêts d'Amour , dit
au contraire qu'il étoit du Pays , dont il
portoit le nom , & la chofe eft affez croyable.
Il est vrai qu'il finit fes Vigiles du
Roi Charles VII. par ces mots.
O vous , Meffeigneurs , qui verrez
Les Vigiles , & les lirez ,
Ne prenez pas garde à l'Acteur ,
Car grand faultes y trouverez ;
Mais , s'il vous plaît , le excuferez ,
Veu qu'il eft un nouveau Facteur. /
Martial de Paris.
→
Mais il eſt à croire qu'il ne s'eft furnommé
MAY. 1730. 949
nommé de Paris , que parce qu'il s'y étoit
tranfplanté & marié , comme le dit la
Chronique fcandaleufe .
Ce qu'il y a de fûr , c'eft qu'il étoit
Procureur au Parlement & Notaire au
Châtelet de Paris.
La Croix du Maine dit qu'il fe fouvient
d'avoir lû dans les Hiftoires de France
, qu'il mourut à Paris d'une fievre
chaude , & qu'il fe précipita dans l'eau ,
étant preffé de la fureur de fon mal ;
nouvelle preuve de l'inexactitude de cet
Auteur , qui copie d'imagination ce qu'il
fe fouvient confufément d'avoir lû , fans
pouvoir fe reffouvenir en quel endroit.
Le Livre où la Croix du Maine avoit
lû quelque chofe d'approchant , à ce qu'il
dit , eft la Chronique fcandaleufe. Voici ce
qu'on y trouve touchant notre Auteur.
» Au mois de Juin ( 1466. ) advint que
>> plufieurs hommes & femmes perdirent
>> leur bon entendement , & mêmement à
» Paris il y eut entre autres ung jeune
>> homme nommé Maître Martial d'Au-
» vergne , Procureur en la Cour de Parle-
>> ment , & Notaire au Châtelet de Paris ,
»lequel après qu'il eut été marié trois
»femaines avefques une des filles de Maî-
» tre Jacques Fournier , Confeiller du Roi
» en fadite Cour de Parlement , perdit fon
>> entendement en telle maniere , que
E v jour
le
950 MERCURE DE FRANCE
»jour de S. Jean -Baptifte , environ neuf
heures du matin , une telle frenaifie le
"print , qu'il fe jetta par la fenêtre de fa
» Chambre en la ruë , & fe rompit une
» cuiffe & froiffa tout le corps , & fut en
» grant dangier de mourir.
Il n'en mourut donc pas , comme le dit
la Croix du Maine , qui par une autrefaute
le fait vivre en 1480. pendant qu'il
le fait mourir d'une chute arrivée en
1466 .
Le P. le Long , met fa mort en 1558 ..
je ne fçai fur quelle autorité.
Voila tout ce qu'on fçait de cet Auteur,
qui étoit un des hommes de fon fiecle qui
écrivoit le mieux & avec plus d'efprit ,
& qui eft plus connu par fes Ouvrages
que par les circonftances de fa vie..
Ces Ouvrages font :
1. Les Arrêts d'Amour. Ils furent imprimez
à Paris en 1528. & même auparavant
, fuivant la Croix du Maine , qui
eft toûjours négligent à marquer exactement
l'année des Editions & leur forme..
Mais ils ne parurent accompagnez des
Commentaires Latins de Benoît le Court
qu'en 1533. à Lyon , chez Seb. Gryphius,
in-4. Ces Commentaires ſe trouvent dans :
la plupart des Editions fuivantes , qui font
celles de Lyon , 1538. in-4 de Paris , 1544..
in-8. de Lyon , 1546. in- 8..
M.
MAY. 1730. 951
M. le Duchat croit que c'eft la premiere
où l'on trouve le cinquante-deuxiéme
Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques. Celle de Paris , 1555. in- 16 , une
in- 16. en 1566. chez Jerôme Mamel , où
je ne fçai pourquoi on à obmis l'Arrêt
52. & l'Ordonnance fur le fait des Mafques.
L'Edition la plus ample de toutes eſt
celle de Rouen , 1587. in- 16 , parce qu'ou
tre les 51. Arrêts compofez originairement
par Martial d'Auvergne , & commentez
par Benoît le Court , outre le
52e Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques , qui font deux Pieces de l'invention
de Gilles d'Avrigny , dit le Pamphile
, Avocat au Parlement de Paris , elle
contient de plus un 53 Arrêt rendu par
l'Abbé des Cornars , en fes grands jours tenus
à Rouen , pourfervir de Reglement touchant
les arrerages requis par les femmes à
l'encontre des Maris.
Les Arrêts d'Amour le trouvent encore
dans un Recueil intitulé : Proceffus Juris
Jocoferius. Hanoria , 1611. in - 8 . Ce font
des Pieces purement badines , où regne
une grande naïveté , & ç'a été une plaifante
imagination que de les aller commenter
férieuſement , comme a fait Benoit
le Court , qui étale beaucoup d'éru
dition dans fon Commentaire , & y dés
veloppe £ vj
952 MERCURE DE FRANCE
veloppe fort-bien plufieurs queſtions du
Droit Civil , mais dont peu de perſonnes
s'aviſeront d'y aller chercher la folution.
Les Arrêts font écrits en Profe , mais
l'Ouvrage commence par des Vers , dont
je rapporterai ici quelques- uns.
Environ la fin de Septembre ,
Que faillent Violettes & Flours ,
Je me trouvai en la Grand'Chambre ,
Du noble Parlement d'Amours ;
Et advint fi bien qu'on vouloit ,
Les derniers Arrêts prononcer ,
Et que à cette heure on appelloit
Le Greffier pour les commencer.
Si eftoient illec bien fix ,
A les rapporter, & avoir ,
Au milieu defquels je m'affis,
Pour en faire comme eux devoir .'
Le Prefident tout de Drap d'or
Avoit Robbe fourée d'Ermines ,
Et fur le cou un camail d'or ,
Tout couvert d'Emeraudes fines ...
Plufieurs Amans & Amoureux ,
Illec vinrent de divers lieux ,
Et d'Amans courroucez , joyeux.
Par derriere les bancz j'en vis ,
Qui lefdits Arrêts écoutoient ,
Dont les coeurs étoient tant ravis
Qu'il
MAY. 1730. 95.3
Qu'ils ne fçavoient où ils étoient.
Les uns de paour ferroient leurs dens
Les autres emûs & ardens ,
Tremblans comme la feuille en l'arbre
Nul n'eft fi fage , ne parfait ,
Que , quand il oit fon Jugement ,
Il ne foit à moitié deffait ,
Et troublé à l'entendement.
Je laifferai cette matiere ,
Car de cela peu me chaloit
Et raconterai la maniere ,
Comme le Préfident parloit.
Pour donner une idée de ces Arrêts ,
qui ne font pas communs , malgré toutes
les Editions qui s'en font faites , j'en
mettrai ici un , qui eſt le trentiéme.
» Un ami fe plainct de ce que pour fer-
»vir à fa Dame , il ha tout defpendu : la-
»quelle depuis n'a tenu compte de lui :
»concluant à ce qu'elle fuft condamnée à
»l'entretenir comme devant.
» Ceans s'eft plainct un Amoureux d'une
>> fienne Dame , que la ha longuement fer-
>> vie. Difoit que du temps qu'il eût premierement
cognoiffance à elle , il étoit
» bien aife , & avoit du fien largement.
Et quand elle lui demandoit aucune
>>chofe à prêter ou donner , jamais ne lui
euft refufée. Or étoit vrai que pour toujours
954 MERCURE DE FRANCE
» jours fournir aux fraiz & aux grandes
" cheres , chevance y avoit été employée ,
» & tellement que fes caues étoient deve-
» nuës bien baffes . Mais il cuydoit qu'elle
» dueft foubvenir , comme il ha faict à
» elle , & la pria de lui aider & de l'en-
>> tretenir , dont n'a rien voulu faire : ains
» lui ha plainement répondu qu'il përdoit
fon temps , & que puifqu'il n'avoit plus
» de quoi , elle n'en tenoit compte . Et non
>> contente de ce , lui ha faict dire qu'il
"fe retire de chez fes amis ; car plus n'a-
>> voit intention de l'aimer ni de lui faire:
>> aucun bien. Et encore, qui pis eft, fe mocque
de lui devant les autres , en le monf
» trant au doigt : qui lui eft plus de mar-
»tyre , que qui le frapperoit d'un cou-
»teau parmi le coeur. Si requeroit fina-
»
blement ledict Amant , que fadicte Da--
» me fut condemnée , nonobftant fon ad-
» verfité , de l'entretenir feulement en
» amour , & lui faire chere , comme eller
>> fouloit , & qu'il fût préferé devant tous
les autres , attendu mêmement qu'il
» étoit des premiers venus & des anciens
>> Serviteurs..
» De la partie de cette Defendereffe
» fut défendu au contraire , & difoit pour
» fon proffit , que quiconque veult d'a-
>> mours jouir , baille l'argent devant la
main , & que c'eft grande folie de
que
» s'atMA
Y. 1730 9:55
s'attendre à l'éfcuelle d'autruy , s'il ne
» fournit & remplit. Difoit avec ce , que
» le Galand au temps de fa fortune , &
» que les biens luy venoient en dormant ,
» s'eft mefcongneu , & en ha feftoyé un
» & autre , dont il fe fuft bien paffe ;:
» maintenant s'il a difette , il n'eft pas
» trop mal employé ; & quant eft de l'ai-
» mer , elle difoit qu'elle n'y eftoit pas
» tenue ; car les biens & vertus qui ſou-
» loient être en luy n'y font plus. Et ne
» falloit ja ramentevoir les bonnes che-
» res du temps paffé ; car fi ledict Amant
» luy ha faict tant de plaifirs & fervices,.
» auffi lui en ha elle fait plufieurs autres,
qu'il n'eft ja befoin de déclairer . Et puif
» que
il eft ainfi que pauvreté maintenant
» le guerroye , adonc elle n'en veut plus;
>> car auffi au lieu où elle habite , n'y a
» que toute malheureté , & jamais ne s'y
» treuve joye . Et quant eft au furplus pour
» les biens , qu'elle lui offroit un povre
» bâton en fa main pour s'en aller avec :
» la prébende de Va-t'en , pour récom-
» penfe de fes fervices. En concluant que
» à tort fe plaignoit d'elle , & en deman
>> doit dépens.
›
Après lefquelles deffenfes propofées ,
» les Gens d'Amours qui s'étoient adjoint
avec leditAmant, difoient que cette femme
n'étoit pas digne qu'on parlaft d'elle
39
devant
056 MERCURE DE FRANCE
»
» devant les gens de bien ; car par fon
propos jamais n'aymoit que pour ar-
» gent ,
& ainfi confeffoit avoir vendu les
" biens d'Amours . Et qu'elle en ha mef-
» chamment ufé en fon tems , & auffi pa-
>> reillement étoit voix & commune re-
» nommée qu'elle aime toûjours trois ou
» quatre , & qu'elle les fucce jufqu'aux
" os , & puis encore s'en mocque , qui
» eft pis ; car quelque femme que ce foit
jamais ne doibt defprifer le ferviteur
» qui l'a fervie , combien qu'il lui fou-
» vienne de beaucoup de fortunes . Et
» requeroient lefdictes Gens d'Amours à
» l'encontre d'elle qu'elle fut condemnée
» à faire amende honorable , & à lui ren-
» dre & reftituer tout ce qu'elle ha eu de
» luy , & dont il devoit être crû par fon
» ferment , veu la maniere de proceder.
» Et avec ce , qu'elle foit bannie à tou-
» jours dudict Royaume d'Amours , com-
» me indigne d'y converfer.
>>
25
Ce povre Amant pour fes repliques
" difoit qu'en tant qu'il luy touche qu'il
>> eftoit encore content , que tous les biens
qu'il luy avoit donnez demouraffent
pour elle , comme fiens , & ne vouloit
» qu'on luy en oftât rien ; mais requeroit
»feulement qu'elle l'aimaft comme de-
» vant ; & encore promettoit de luy en
» faire. A quoy elle répondit , que quand
elle
MAY. 1730. 957
» elle le verroit , en feroit fon debvoir ;
» mais jufques alors lui confeilloit de
» changer air pour recouvrer fanté
» & obvier qu'il ne fuft pas mala-
» de : & difoit oultre qu'à la contrain-
» dre d'aimer l'on ne sçauroit , & auffi tel
>> amour qui feroit donné par force ne du-
» reroit point ; mais plus de mal faict à
» celuy qui l'obtient , que s'il n'en avoit
» point.
>>
>>
Si ont été les parties ou yes appointées
>> en droit & confeil . Finablement veu le
» Procez & confideré tout ce qu'il falloit
>> confiderer en cette matiere , la Cour dit
» qu'elle condemne cette rebelle femme
» à rendre & reftituer audict Amoureux
tout ce qu'il affermera en fa confcience
» lui avoir baillé & donné , nonobftant
» l'offre
par luy faite de ne luy en vou-
>> loir demander aucune chofe. A laquelle
offre la Cour n'y obtempere point , veu
» que ladicte Defendereffe ne l'accepte ,
& qu'elle s'eft renduë ingrate , & or-
» donne qu'à ce faire fera contrainte par
>> la prinfe de fes biens & emprisonnement
» de fon corps. Et à toûjours la bannit des
» biens & fervice d'amours , en diſant
» avoir forfaict de corps & de biens ; en
» maniere qu'elle fera abandonnée à un
>> chacun pour déformais fervir le com-
>> mun , & devenir à tous publique .
>>
>>
.
Za
958 MERCURE DE FRANCE
2. Les Vigiles de la mort du Roi Charles
VII. à neuf Pfeaumes & neuf Leçons , contenant
la Chronique & les faits advenus
durant la vie dudit Roi . Paris 1493. in-4.
It. Paris 1505 & 1528. Item Paris 1724.
in 8. 2. Vol. Cet Ouvrage qui eft en Vers
contient la Vie du Roi Charles VII. La
Verfification n'en eft pas exacte , mais
l'Auteur Y fait paroître de l'invention .
On y voit comment ce Roi chaffa les
Anglois de la France , dont ils occupoient
une bonne partie. Martial d'Auvergne
étoit l'homme de fon fiecle qui écrivoit
le mieux & avec le plus d'efprit. Cet Ou
vrage lui acquit beaucoup de réputation.
3. Les dévotes louanges à la Vierge Marie.
Paris , Jean du Pré 1492. It . Paris
Simon Votre 1509. in 8. Cet Ouvrage eft
encore en Vers.
4. L'Amant rendu Cordelier à l'obfer
vance d'Amour. Lyon 1545. in 15. La
Croix du Maine ne parle point de cet
Ouvrage qui eft cité au N° 1701 , de la
Bibliotheque de M. Brochard ,
Voici les noms des autres Sçavans ,
dont on trouve la Vie & le Catalogue
des Ouvrages dans ce IX. Tome.
Antoine , Jean Beverovicius , Barnabé
Briffon , Samuel Butler , Louis Caftelvetro,
Henri de Cocceji , Batifte Fulgofe , Joſeph
Gazola , Janus Gruter , Claude Joly , Jac
ques
MAY. 1730. 959
ques Lenfant , Jean Mery , Jean Morin ,
Gabriel Naudé , M. Antoine Oudinet ,
Gui Pancirole , Antoine Panormita , Nicolas
Perot , Poggio Bracciolini , Denis de
Salle , Jacques Savary , Barth. Scala , Jean
André Schmid , Antoine de Solis , Jac
ques Augufte de Thou , & Olaus Vormius.
des Hommes Illuftres dans la République
des Lettres. Avec un Catalogue raisonné
de leurs Ouvrages , Tome IX. de
pages fans les Tables. A Paris , chez
Briaffon , rue S. Jacques , à la Science ,
M. DCC . XXIX .
Ma ,
410 .
ARTIAL D'AUVERGNE , l'un des
27. Sçavans dont il eft parlé dans
le IX Volume , nous a paru mériter une
E iiij
atten1948
MERCURE DE FRANCE
attention particuliere , par le genre &
par la gayeté de fes Ouvrages. Voici ce
qu'en rapporte le P. Niceron , p . 171 .
Cet Auteur eft peu connu ; on ne convient
pas même du Pays dont il étoit. La
Croix du Maine prétend , que quoiqu'il
portât le nom de Martial d'Auvergne , il
étoit cependant Limoufin ; mais il eft feul
de ce fentiment , & l'on fçait qu'il eft peu
exact , & que fouvent il n'eft pas fûr de
s'en rapporter à lui. Il s'eft peut- être imaginé
que cela étoit ainfi cela étoit ainsi , parce que Martial
eft un nom de Baptême fort commun
aux Limoufins , à caufe de S. Martial
Apôtre du Pays. Benoît le Court , Commentateur
de fes Arrêts d'Amour , dit
au contraire qu'il étoit du Pays , dont il
portoit le nom , & la chofe eft affez croyable.
Il est vrai qu'il finit fes Vigiles du
Roi Charles VII. par ces mots.
O vous , Meffeigneurs , qui verrez
Les Vigiles , & les lirez ,
Ne prenez pas garde à l'Acteur ,
Car grand faultes y trouverez ;
Mais , s'il vous plaît , le excuferez ,
Veu qu'il eft un nouveau Facteur. /
Martial de Paris.
→
Mais il eſt à croire qu'il ne s'eft furnommé
MAY. 1730. 949
nommé de Paris , que parce qu'il s'y étoit
tranfplanté & marié , comme le dit la
Chronique fcandaleufe .
Ce qu'il y a de fûr , c'eft qu'il étoit
Procureur au Parlement & Notaire au
Châtelet de Paris.
La Croix du Maine dit qu'il fe fouvient
d'avoir lû dans les Hiftoires de France
, qu'il mourut à Paris d'une fievre
chaude , & qu'il fe précipita dans l'eau ,
étant preffé de la fureur de fon mal ;
nouvelle preuve de l'inexactitude de cet
Auteur , qui copie d'imagination ce qu'il
fe fouvient confufément d'avoir lû , fans
pouvoir fe reffouvenir en quel endroit.
Le Livre où la Croix du Maine avoit
lû quelque chofe d'approchant , à ce qu'il
dit , eft la Chronique fcandaleufe. Voici ce
qu'on y trouve touchant notre Auteur.
» Au mois de Juin ( 1466. ) advint que
>> plufieurs hommes & femmes perdirent
>> leur bon entendement , & mêmement à
» Paris il y eut entre autres ung jeune
>> homme nommé Maître Martial d'Au-
» vergne , Procureur en la Cour de Parle-
>> ment , & Notaire au Châtelet de Paris ,
»lequel après qu'il eut été marié trois
»femaines avefques une des filles de Maî-
» tre Jacques Fournier , Confeiller du Roi
» en fadite Cour de Parlement , perdit fon
>> entendement en telle maniere , que
E v jour
le
950 MERCURE DE FRANCE
»jour de S. Jean -Baptifte , environ neuf
heures du matin , une telle frenaifie le
"print , qu'il fe jetta par la fenêtre de fa
» Chambre en la ruë , & fe rompit une
» cuiffe & froiffa tout le corps , & fut en
» grant dangier de mourir.
Il n'en mourut donc pas , comme le dit
la Croix du Maine , qui par une autrefaute
le fait vivre en 1480. pendant qu'il
le fait mourir d'une chute arrivée en
1466 .
Le P. le Long , met fa mort en 1558 ..
je ne fçai fur quelle autorité.
Voila tout ce qu'on fçait de cet Auteur,
qui étoit un des hommes de fon fiecle qui
écrivoit le mieux & avec plus d'efprit ,
& qui eft plus connu par fes Ouvrages
que par les circonftances de fa vie..
Ces Ouvrages font :
1. Les Arrêts d'Amour. Ils furent imprimez
à Paris en 1528. & même auparavant
, fuivant la Croix du Maine , qui
eft toûjours négligent à marquer exactement
l'année des Editions & leur forme..
Mais ils ne parurent accompagnez des
Commentaires Latins de Benoît le Court
qu'en 1533. à Lyon , chez Seb. Gryphius,
in-4. Ces Commentaires ſe trouvent dans :
la plupart des Editions fuivantes , qui font
celles de Lyon , 1538. in-4 de Paris , 1544..
in-8. de Lyon , 1546. in- 8..
M.
MAY. 1730. 951
M. le Duchat croit que c'eft la premiere
où l'on trouve le cinquante-deuxiéme
Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques. Celle de Paris , 1555. in- 16 , une
in- 16. en 1566. chez Jerôme Mamel , où
je ne fçai pourquoi on à obmis l'Arrêt
52. & l'Ordonnance fur le fait des Mafques.
L'Edition la plus ample de toutes eſt
celle de Rouen , 1587. in- 16 , parce qu'ou
tre les 51. Arrêts compofez originairement
par Martial d'Auvergne , & commentez
par Benoît le Court , outre le
52e Arrêt & l'Ordonnance fur le fait des
Mafques , qui font deux Pieces de l'invention
de Gilles d'Avrigny , dit le Pamphile
, Avocat au Parlement de Paris , elle
contient de plus un 53 Arrêt rendu par
l'Abbé des Cornars , en fes grands jours tenus
à Rouen , pourfervir de Reglement touchant
les arrerages requis par les femmes à
l'encontre des Maris.
Les Arrêts d'Amour le trouvent encore
dans un Recueil intitulé : Proceffus Juris
Jocoferius. Hanoria , 1611. in - 8 . Ce font
des Pieces purement badines , où regne
une grande naïveté , & ç'a été une plaifante
imagination que de les aller commenter
férieuſement , comme a fait Benoit
le Court , qui étale beaucoup d'éru
dition dans fon Commentaire , & y dés
veloppe £ vj
952 MERCURE DE FRANCE
veloppe fort-bien plufieurs queſtions du
Droit Civil , mais dont peu de perſonnes
s'aviſeront d'y aller chercher la folution.
Les Arrêts font écrits en Profe , mais
l'Ouvrage commence par des Vers , dont
je rapporterai ici quelques- uns.
Environ la fin de Septembre ,
Que faillent Violettes & Flours ,
Je me trouvai en la Grand'Chambre ,
Du noble Parlement d'Amours ;
Et advint fi bien qu'on vouloit ,
Les derniers Arrêts prononcer ,
Et que à cette heure on appelloit
Le Greffier pour les commencer.
Si eftoient illec bien fix ,
A les rapporter, & avoir ,
Au milieu defquels je m'affis,
Pour en faire comme eux devoir .'
Le Prefident tout de Drap d'or
Avoit Robbe fourée d'Ermines ,
Et fur le cou un camail d'or ,
Tout couvert d'Emeraudes fines ...
Plufieurs Amans & Amoureux ,
Illec vinrent de divers lieux ,
Et d'Amans courroucez , joyeux.
Par derriere les bancz j'en vis ,
Qui lefdits Arrêts écoutoient ,
Dont les coeurs étoient tant ravis
Qu'il
MAY. 1730. 95.3
Qu'ils ne fçavoient où ils étoient.
Les uns de paour ferroient leurs dens
Les autres emûs & ardens ,
Tremblans comme la feuille en l'arbre
Nul n'eft fi fage , ne parfait ,
Que , quand il oit fon Jugement ,
Il ne foit à moitié deffait ,
Et troublé à l'entendement.
Je laifferai cette matiere ,
Car de cela peu me chaloit
Et raconterai la maniere ,
Comme le Préfident parloit.
Pour donner une idée de ces Arrêts ,
qui ne font pas communs , malgré toutes
les Editions qui s'en font faites , j'en
mettrai ici un , qui eſt le trentiéme.
» Un ami fe plainct de ce que pour fer-
»vir à fa Dame , il ha tout defpendu : la-
»quelle depuis n'a tenu compte de lui :
»concluant à ce qu'elle fuft condamnée à
»l'entretenir comme devant.
» Ceans s'eft plainct un Amoureux d'une
>> fienne Dame , que la ha longuement fer-
>> vie. Difoit que du temps qu'il eût premierement
cognoiffance à elle , il étoit
» bien aife , & avoit du fien largement.
Et quand elle lui demandoit aucune
>>chofe à prêter ou donner , jamais ne lui
euft refufée. Or étoit vrai que pour toujours
954 MERCURE DE FRANCE
» jours fournir aux fraiz & aux grandes
" cheres , chevance y avoit été employée ,
» & tellement que fes caues étoient deve-
» nuës bien baffes . Mais il cuydoit qu'elle
» dueft foubvenir , comme il ha faict à
» elle , & la pria de lui aider & de l'en-
>> tretenir , dont n'a rien voulu faire : ains
» lui ha plainement répondu qu'il përdoit
fon temps , & que puifqu'il n'avoit plus
» de quoi , elle n'en tenoit compte . Et non
>> contente de ce , lui ha faict dire qu'il
"fe retire de chez fes amis ; car plus n'a-
>> voit intention de l'aimer ni de lui faire:
>> aucun bien. Et encore, qui pis eft, fe mocque
de lui devant les autres , en le monf
» trant au doigt : qui lui eft plus de mar-
»tyre , que qui le frapperoit d'un cou-
»teau parmi le coeur. Si requeroit fina-
»
blement ledict Amant , que fadicte Da--
» me fut condemnée , nonobftant fon ad-
» verfité , de l'entretenir feulement en
» amour , & lui faire chere , comme eller
>> fouloit , & qu'il fût préferé devant tous
les autres , attendu mêmement qu'il
» étoit des premiers venus & des anciens
>> Serviteurs..
» De la partie de cette Defendereffe
» fut défendu au contraire , & difoit pour
» fon proffit , que quiconque veult d'a-
>> mours jouir , baille l'argent devant la
main , & que c'eft grande folie de
que
» s'atMA
Y. 1730 9:55
s'attendre à l'éfcuelle d'autruy , s'il ne
» fournit & remplit. Difoit avec ce , que
» le Galand au temps de fa fortune , &
» que les biens luy venoient en dormant ,
» s'eft mefcongneu , & en ha feftoyé un
» & autre , dont il fe fuft bien paffe ;:
» maintenant s'il a difette , il n'eft pas
» trop mal employé ; & quant eft de l'ai-
» mer , elle difoit qu'elle n'y eftoit pas
» tenue ; car les biens & vertus qui ſou-
» loient être en luy n'y font plus. Et ne
» falloit ja ramentevoir les bonnes che-
» res du temps paffé ; car fi ledict Amant
» luy ha faict tant de plaifirs & fervices,.
» auffi lui en ha elle fait plufieurs autres,
qu'il n'eft ja befoin de déclairer . Et puif
» que
il eft ainfi que pauvreté maintenant
» le guerroye , adonc elle n'en veut plus;
>> car auffi au lieu où elle habite , n'y a
» que toute malheureté , & jamais ne s'y
» treuve joye . Et quant eft au furplus pour
» les biens , qu'elle lui offroit un povre
» bâton en fa main pour s'en aller avec :
» la prébende de Va-t'en , pour récom-
» penfe de fes fervices. En concluant que
» à tort fe plaignoit d'elle , & en deman
>> doit dépens.
›
Après lefquelles deffenfes propofées ,
» les Gens d'Amours qui s'étoient adjoint
avec leditAmant, difoient que cette femme
n'étoit pas digne qu'on parlaft d'elle
39
devant
056 MERCURE DE FRANCE
»
» devant les gens de bien ; car par fon
propos jamais n'aymoit que pour ar-
» gent ,
& ainfi confeffoit avoir vendu les
" biens d'Amours . Et qu'elle en ha mef-
» chamment ufé en fon tems , & auffi pa-
>> reillement étoit voix & commune re-
» nommée qu'elle aime toûjours trois ou
» quatre , & qu'elle les fucce jufqu'aux
" os , & puis encore s'en mocque , qui
» eft pis ; car quelque femme que ce foit
jamais ne doibt defprifer le ferviteur
» qui l'a fervie , combien qu'il lui fou-
» vienne de beaucoup de fortunes . Et
» requeroient lefdictes Gens d'Amours à
» l'encontre d'elle qu'elle fut condemnée
» à faire amende honorable , & à lui ren-
» dre & reftituer tout ce qu'elle ha eu de
» luy , & dont il devoit être crû par fon
» ferment , veu la maniere de proceder.
» Et avec ce , qu'elle foit bannie à tou-
» jours dudict Royaume d'Amours , com-
» me indigne d'y converfer.
>>
25
Ce povre Amant pour fes repliques
" difoit qu'en tant qu'il luy touche qu'il
>> eftoit encore content , que tous les biens
qu'il luy avoit donnez demouraffent
pour elle , comme fiens , & ne vouloit
» qu'on luy en oftât rien ; mais requeroit
»feulement qu'elle l'aimaft comme de-
» vant ; & encore promettoit de luy en
» faire. A quoy elle répondit , que quand
elle
MAY. 1730. 957
» elle le verroit , en feroit fon debvoir ;
» mais jufques alors lui confeilloit de
» changer air pour recouvrer fanté
» & obvier qu'il ne fuft pas mala-
» de : & difoit oultre qu'à la contrain-
» dre d'aimer l'on ne sçauroit , & auffi tel
>> amour qui feroit donné par force ne du-
» reroit point ; mais plus de mal faict à
» celuy qui l'obtient , que s'il n'en avoit
» point.
>>
>>
Si ont été les parties ou yes appointées
>> en droit & confeil . Finablement veu le
» Procez & confideré tout ce qu'il falloit
>> confiderer en cette matiere , la Cour dit
» qu'elle condemne cette rebelle femme
» à rendre & reftituer audict Amoureux
tout ce qu'il affermera en fa confcience
» lui avoir baillé & donné , nonobftant
» l'offre
par luy faite de ne luy en vou-
>> loir demander aucune chofe. A laquelle
offre la Cour n'y obtempere point , veu
» que ladicte Defendereffe ne l'accepte ,
& qu'elle s'eft renduë ingrate , & or-
» donne qu'à ce faire fera contrainte par
>> la prinfe de fes biens & emprisonnement
» de fon corps. Et à toûjours la bannit des
» biens & fervice d'amours , en diſant
» avoir forfaict de corps & de biens ; en
» maniere qu'elle fera abandonnée à un
>> chacun pour déformais fervir le com-
>> mun , & devenir à tous publique .
>>
>>
.
Za
958 MERCURE DE FRANCE
2. Les Vigiles de la mort du Roi Charles
VII. à neuf Pfeaumes & neuf Leçons , contenant
la Chronique & les faits advenus
durant la vie dudit Roi . Paris 1493. in-4.
It. Paris 1505 & 1528. Item Paris 1724.
in 8. 2. Vol. Cet Ouvrage qui eft en Vers
contient la Vie du Roi Charles VII. La
Verfification n'en eft pas exacte , mais
l'Auteur Y fait paroître de l'invention .
On y voit comment ce Roi chaffa les
Anglois de la France , dont ils occupoient
une bonne partie. Martial d'Auvergne
étoit l'homme de fon fiecle qui écrivoit
le mieux & avec le plus d'efprit. Cet Ou
vrage lui acquit beaucoup de réputation.
3. Les dévotes louanges à la Vierge Marie.
Paris , Jean du Pré 1492. It . Paris
Simon Votre 1509. in 8. Cet Ouvrage eft
encore en Vers.
4. L'Amant rendu Cordelier à l'obfer
vance d'Amour. Lyon 1545. in 15. La
Croix du Maine ne parle point de cet
Ouvrage qui eft cité au N° 1701 , de la
Bibliotheque de M. Brochard ,
Voici les noms des autres Sçavans ,
dont on trouve la Vie & le Catalogue
des Ouvrages dans ce IX. Tome.
Antoine , Jean Beverovicius , Barnabé
Briffon , Samuel Butler , Louis Caftelvetro,
Henri de Cocceji , Batifte Fulgofe , Joſeph
Gazola , Janus Gruter , Claude Joly , Jac
ques
MAY. 1730. 959
ques Lenfant , Jean Mery , Jean Morin ,
Gabriel Naudé , M. Antoine Oudinet ,
Gui Pancirole , Antoine Panormita , Nicolas
Perot , Poggio Bracciolini , Denis de
Salle , Jacques Savary , Barth. Scala , Jean
André Schmid , Antoine de Solis , Jac
ques Augufte de Thou , & Olaus Vormius.
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Résumé : MEMOIRES pour servir à l'Histoire des Hommes Illustres dans la République des Lettres. Avec un Catalogue raisonné de leurs Ouvrages, Tome IX. de 410. pages sans les Tables. A Paris, chez Briasson, rüe S. Jacques, à la Science, MDCC. XXIX.
Le texte fournit des informations sur Martial d'Auvergne, un écrivain du XVe siècle dont l'origine est incertaine. Certains le considèrent Limousin, tandis que d'autres pensent qu'il était Auvergnat. Il exerçait les fonctions de procureur au Parlement et de notaire au Châtelet de Paris. En 1466, il subit une perte temporaire de raison et se jeta par une fenêtre, mais il ne mourut pas de cet incident. Martial d'Auvergne est principalement connu pour ses œuvres littéraires. Ses principaux ouvrages incluent 'Les Arrêts d'Amour', publiés pour la première fois en 1528 et accompagnés de commentaires latins par Benoît le Court en 1533. Ces textes sont des pièces badines écrites en prose, commençant par des vers et traitant de questions juridiques de manière ludique. Un autre ouvrage notable est 'Les Vigiles de la mort du Roi Charles VII', publié en 1493, qui relate la vie du roi Charles VII et sa victoire contre les Anglais. Bien que la versification de cet ouvrage soit imparfaite, il lui valut une grande réputation. Martial d'Auvergne est ainsi reconnu pour son esprit et son talent littéraire. Le document mentionne également une liste d'ouvrages et de savants. Parmi les ouvrages cités figurent 'Les dévotes louanges à la Vierge Marie', imprimé à Paris par Jean du Pré en 1492 et réédité par Simon Votre en 1509, écrit en vers, et 'L'Amant rendu Cordelier à l'obférance d'Amour', publié à Lyon en 1545. Le texte énumère également les noms de divers savants dont les vies et les catalogues d'ouvrages sont mentionnés dans le neuvième tome. Parmi ces savants figurent Antoine, Jean Beverovicius, Barnabé Briffon, Samuel Butler, Louis Castelvetro, Henri de Cocceji, Baptiste Fulgosé, Joseph Gazola, Janus Gruter, Claude Joly, Jacques Lenfant, Jean Mery, Jean Morin, Gabriel Naudé, M. Antoine Oudinet, Gui Pancirole, Antoine Panormita, Nicolas Perot, Poggio Bracciolini, Denis de Salle, Jacques Savary, Barthélemy Scala, Jean André Schmid, Antoine de Solis, Jacques Auguste de Thou, et Olaus Vormius.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5219
p. 959-968
« HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés & Ecclesiastiques, qui contient leur [...] »
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HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés & Ecclesiastiques, qui contient leur [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Maladies, Guerre, Docteur, Dissertation, Théologie, Histoire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés & Ecclesiastiques, qui contient leur [...] »
HISTOIRE GENERALE des Auteurs
Sacrés & Ecclefiaftiques, qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyfe & le
Dénombrement des differentes Editions.
de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
de plus intereffant fur le Dogme , fur la
Morale & fur la Difcipline de l'Eglife ;
'Hiftoire des Conciles , tant Generaux
que Particuliers & les Actes choifis des
Martyrs. Par le R. P. D. Remi Ceilier
Benedictin de la Congrégation de Saint
Vanne & de S. Hydulphe , Coadjuteur de
Flavigni. A Paris , rue S. Jacques , chez
Mercierpere,& Lottin, in 4°. 1. & 2. Vol.
TRAITE DE L'ART METALLIQUE
, Extrait des Oeuvres d'Alvare Alphonfe
Barba , celebre Artifte dans les Mines
de Potozi , auquel on a joint un Mémoire
, concernant les Mines de France ,
Ouvrage enrichi de figures en Taillesdouces.
A Paris , au Palais , chez Saugrain
1730. in 12. de 264. pages.
SA
960 MERCURE DE FRANCE
SALUSTE , ou Hiftoire de la conjuration
de Catilina , contre la République
Romaine , & de la Guerre des Romains
contre Jugurtha , traduite en François.
On y a ajoûté la Traduction de tous les
morceaux qui fe trouvent en entier dans
les fragmens de cet Hiftoricn. Le tout
accompagné de Differtations & de Remarques
Critiques , Hiftoriques & Geographiques.
Par M. l'Abbé Thyvon . A
Paris , rue S. Jacques , chez Huart l'aîné
1730. 2. Vol . in 12. le premier de 306.
pages , fans la Préface , la Vie de Salufte
& deux Differtations de 108. pages , & le
fecond de 370. pages pour la Guerre contre
Jugurtha , & 188. pour les fragmens.
L'OEDIPE de M. de Voltaire , nouvelle
Edition , avec une Préface , dans laquelle
on combat les fentimens de M. de
la Motte fur la Poëfie. A Paris , ruë de la
Comédie , chez la Veuve Ribou , 1730. in - 8 .
de 82. pages pour la Tragédie, & 23. pour
la Préface.
le
LA NULLITE' DES ORDINATIONS
ANGLICANES démontrée de
nouveau tant par les faits que par
droit , contre la Defenſe du R. P. Le Con
rayer , Docteur d'Oxfort & Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve . Par le R. P.
Le
MAY. 1730. 961
Le Quien , Profeffeur en Theologie de
l'Ordre des Freres Prêcheurs . A Paris , rue
S. Jacques , chez F. Babuti, 1730. 2. Vol,
in 12.
Campagnes de Louis XIV. par M. Per
liffon , avec la comparaifon de François
I, avec Charles V. par M *** A Paris ,
rue S, Severin , chez Mefnier, 1730. in 12,
RECUEIL D'HISTOIRES SACRE'ES
ET PROPHANES , propres à former le
coeur & l'efprit. Par M. l'Abbé de Choifi.
A Paris , rue de la Harpe , chez P. Simon
1729 .
CODE MILITAIRE, ou Compilation
des Ordonnances des Rois de France ,
concernant les Gens de Guerre . Par le.
Sieur de Briquet , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel , & l'un des premiers Com
mis de M. d'Angervilliers , Secretaire
d'Etat de la Guerre. A Paris , Quay des
Auguftins , à la belle Image 1728. 3. vol.
in 12.
L'ELOGE DE QUELQUE CHOSE
dédié à Quelqu'un,avec une Préface chantante.
A Paris , ruë Gillecoeur , chez Huqueville
, 1730. brochure in- 12 ,
LA
962 MERCURE DE FRANCE
و
LA CONNOISSANCE PARFAITE
DES CHEVAUX , contenant la maniere
de les gouverner nourrir , entretenir
en bon corps , & les conferver en
fanté dans les Voyages , avec un détail
genéral de toutes leurs maladies , des fignes
& des caufes d'où elles proviennent ,
des moyens de les prévenir & de les en
guerir par des Remedes experimentés depuis
long- tems , & à la portée de tout le
monde & c. & l'Art de monter à cheval,
& de dreffer les Chevaux de Manége , tiré
des meilleurs Auteurs qui en ont écrit
& des Mémoires Manufcrits de feu M.
Delcampes. A Paris , chez Ribou 1730.
avec figures en Tailles- douces.
د
HISTOIRE ANCIENNE DES EGYP
TIENS , des Carthaginois , des Affyriens,
des Babiloniens , des Medes & des Perfes,
des Macedoniens , des Grecs . Par M. Rollin
, Ancien Recteur de l'Univerfité
Profeffeur d'Eloquence au College Royal,
& Affocié à l'Académie des Belles - Lettres .
A Paris , rue S. Jacques , chez Jacques
Etienne 1730. Tome premier de 607. pages
, fans la Préface qui en contient 48.
DE LA DIGESTION ET DES MALADIES
DE L'ESTOMAC fuivant le
fitême de la Trituration & du broyement
fans
MAY.
1730.
963
fans l'aide des levains ou de la fermentation
, dont on fait voir l'impoffibilité en
fanté & en maladie. A Paris , Ruë S. Jac
ques , chez Guillaume Cavelier, 1729. in-
12. de 616. pages.
CONFERENCE DE LA FABLE AVEC
1'Hiftoire Sainte , où l'on voit que les
grandes Fables , le culte & les Myfteres
du Paganiſme ne font que des copies alterées
des Hiftoires , des Ufages & des
Traditions des Hebreux. Par M. de Lavaur.
A Paris , au Pont S. Michel , Quay
des Auguftins , au Palais & Ruë S. Facques
, chez Cailleau , Brunet fils , Bordelet
Henry 1730. 2. vol. in- 12 .
L'USAGE ET LEs fins de la ProPHETIE ,
dans les divers âges du Monde , en fix
Difcours , prononcez à Londres dans l'Eglife
du Temple , auquel on a joint trois
Differtations , 1 ° . fur la Canonicité de la
feconde Epitre de S. Pierre ; 2 ° . fur les
idées que les Juifs avant J. C. fe faifoient
des circonftances & des fuites de la chute
d'Adam ; 3 ° . fur la benediction donnée
par Jacob à Juda. Ouvrage publié à la
réquifition des deux honorables Societez ,
du Temple , par T. Sherlock , Docteur
en Théologie , Doyen de Chicheſter ,
Maître du Temple , à prefent Lord Evêque
964 MERCURE DE FRANCE
que de Bangor , traduite de l'Anglois
d'une feconde Edition , par Abraham le
Moine , Miniftre d'une Eglife Françoife ,
à Londres , & Chapelain du Duc de Portland.
A Amfterdam , chez les wefteins
Smith : A Paris , chez Chaubert , Quai des
Auguftins, 1729. in- 8. de 443. pag . fans la
Préface du Traducteur, qui eft de 62. pag.
MEDITATIONS fur la Concorde de
l'Evangile , avec le Texte de la Concorde
des quatre Evangeliftes , partagé pour ſujet
de chaque Méditation , & deux Tables
, dont l'une reprefente la fuite des
actions & inftructions de N. S. J. Ch .
par l'ordre même des Chapitres de la
Concorde ; l'autre indique les endroits de
la Concorde , où fe trouvent les Evangiles
de chaque Dimanche ou Fête , &
les Méditations où ces Evangiles font expliquez.
Ouvrage utile pour faciliter l'intelligence
du faint Evangile , & pour faire
qu'on le life & médite avec plus de fruit.
A Paris , chez Charles Ofmont & Henry ,
ruë S. Jacques , 1730. in - 12 . 3. volumes.
TRAITE' des Maladies aiguës des
enfans , avec des Obfervations Médecinales
fur ces Maladies & fur d'autres trèsimportantes
, & une Differtation fur l'o.
rigine , la nature & la curation de la Ma
ladieMAY.
1730. 965
ladie Venerienne traduit du Latin de
M. GautierHarris,Medecin du Roi d'Angleterre
fur la feconde Edition imprimée
à Londres en 1705. Par M. Devaux,
Maître Chirurgien Juré à Paris , & ancien
Prévôt de fa Compagnie. Chez les
Freres Ofmont , Quay des Auguftins , 1730a
in-12.
LETTRES D'HYPPOCRATE , fur la
prétendue folie de Démocrite , traduites
du Grec pour la premiere fois. A Paris,
chez le Breton & Hubert , Quays de Conty
& des Auguftins , 1730. Brochure in- 12.
de 43. pages.
LETTRES SERIEUSES ET BADINES , fur
les Ouvrages des Sçavans. A laHaye , 1729.
2. vol. in- 8 . Le troifiéme volume qui
comprend les mois de Janvier , Février
& Mars 1730. paroît chez Van- Duren, & à
Paris , chez Guil. Cavelier , ruë S. Jaq. On
en donnera un volume tous les trois mois.
LETTRES CHOISIES de M. Simon ,
augmentées d'un quatrième volume, avec
la Vie de l'Auteur . Par M. Bruzen de la
Martiniere. A Amfterdam , 1729. 4. vol.
in- 12.
ESSAY
PHILOSOPHIQUE , fur l'en
tendement humain , par M. Lacke. Tra-
F duit .
966 MERCURE DE FRANCE
་
duit par M. Cofte . Nouvelle Edition
in-4. Amfterdam , 1729.
RELATION des Démêlez entre le
Comte de Bonneval & le Marquis de
Prié , avec les Lettres que ces deux Seigneurs
ont écrites fur ce Differend , à
l'Empereur , au Prince Eugene , aux Ambaffadeurs
& Miniftres , &c. A la Haye,
chez J.Van-Duven , in -4.
METHODE PACIFIQUE pour finir
toutes les difficultez de ceux qui jufqu'à
prefent ont refufé d'accepter la Conftitution
Unigenitus , crainte de condamner
les fentimens de S. Auguftin & de faint
Thomas. A Liege , & c.in - 12 de 308. pag .
OEUVRES DIVERSES , de M. Julien
Scopon. Ala Haye , chez Ch. de Vier,
1728. de 140. pages pour les Poëfies diverfes
, & 83. pour les Poëfies Sacrées 2 .
Planches détachées .
Une feule Strophe d'une Hymne fur
la réfignation à la mort fera connoître
le génie & le ftile de ce Poëte ,
La mort un jour , je le ſçai bien ,
Doit finir ma carriere ;
Mais pour l'heure , je n'en fçai rien ,
Non plus que la maniere.
C'eft
M-A Y.
967
1730.
C'est toi feul , qui fçais , ô mon Dieu ,
Le temps , la maniere & le lieu ,
De mon heure derniere.
On apprend de Londres , qu'Edmond Shother,
Docteur en Medecine , a donné en un volume
in 8. une cinquiéme Edition de la Pharmacopée
du Docteur Radelif, ou Corps complet d'Ordon
nances choifies pour les Maladies , tant internes
qu'externes , avec des Remarques fur la vertu de
chaque Recette , & fur la maniere de s'en fervir .
Idem , chez S. Harding. Repertorium Sculptile-
Typicum , ou Collection & Explication des
Marques & des Chiffres dont les Graveurs ſe font
fervis dans leurs Planches ou Eftampes pour fe
défigner ; avec une Table alphabetique de leurs
noms , de leurs demeures , & du temps où ils ont
vécu. Le tout traduit en Anglois de l'Abedario
Pillerico de Pellegrini Ant . Orlandi.
-De Naples. On a imprimé chez Mofca , en
2. volumes in- 4 . de 5oz . & de 504. pages , lès
Tragédies Chrétiennes del Duca Annibale Marchefe
, dédiées à l'Empereur. Le premier volume,
contient les
Perfecuteurs du Chriftianifme . Les
Tires font ; 1 Dominicano . Il Maffimini . Il
Maffiminiano Flavio Valente. Le fecond , les
Martyrs & Héros Chrétiens . L'Eustachio . La
Sofronia, l'Erminelgido . Il Maurizio , &c. Idem.
Vita Civile di Paulo Mattia Doria. Avec leTraité
de
l'Education d'un Prince. Ouvrage corrigé &
fort augmenté par l'Auteur . Troifiéme Edition ,
1729. in- 4. de 544. pages.
De la Haye. Chrétien Van-Lom a imprimé &
débite un nouveau Journal fous ce Titre : Criti-
Fij que
968 MERCURE DE FRANCE
que defintereffée des Journaux Litteraires &
des Ouvrages des Sçavans , par un ſocieté de
Gens de Lettres. Le premier Tome contient Janvier
, Fevrier & Mars , in- 8. prix 16. ſols,
Guillaume Croon , Libraire à Utreck , imprime
un Manufcrit contenant quelques OEuvres pofthumes
du feu Cardinal D ** *. Elles font dans
le gout du Paftor- Fido . Les Pieces qui compofent
le volume in- 8 . font : Cleopatre , Lucrece ,
Créfus , Tragedies , Angelique & Medor , Tragi-
Comédie. On affure que jamais Ouvrage n'a
défini tant de differens caracteres. La Philofophie,
la Théologie , la Politique , l'Art de regner , les
Actions de l'homme & celles du Héros , & l'Amour
même , font traitez dans cet Ouvrage avec
une érudition auffi profonde que délicate ;
on dit
même que chaque Vers peut paffer pour une Sentence.
Cet Ouvrage qu'on propofe par Soufcription
, mais en recevant l'Exemplaire , paroîtra le
mois prochain. Prix 2. livres,
Sacrés & Ecclefiaftiques, qui contient leur
Vie , le Catalogue , la Critique , le Jugement
, la Chronologie , l'Analyfe & le
Dénombrement des differentes Editions.
de leurs Ouvrages , ce qu'ils renferment
de plus intereffant fur le Dogme , fur la
Morale & fur la Difcipline de l'Eglife ;
'Hiftoire des Conciles , tant Generaux
que Particuliers & les Actes choifis des
Martyrs. Par le R. P. D. Remi Ceilier
Benedictin de la Congrégation de Saint
Vanne & de S. Hydulphe , Coadjuteur de
Flavigni. A Paris , rue S. Jacques , chez
Mercierpere,& Lottin, in 4°. 1. & 2. Vol.
TRAITE DE L'ART METALLIQUE
, Extrait des Oeuvres d'Alvare Alphonfe
Barba , celebre Artifte dans les Mines
de Potozi , auquel on a joint un Mémoire
, concernant les Mines de France ,
Ouvrage enrichi de figures en Taillesdouces.
A Paris , au Palais , chez Saugrain
1730. in 12. de 264. pages.
SA
960 MERCURE DE FRANCE
SALUSTE , ou Hiftoire de la conjuration
de Catilina , contre la République
Romaine , & de la Guerre des Romains
contre Jugurtha , traduite en François.
On y a ajoûté la Traduction de tous les
morceaux qui fe trouvent en entier dans
les fragmens de cet Hiftoricn. Le tout
accompagné de Differtations & de Remarques
Critiques , Hiftoriques & Geographiques.
Par M. l'Abbé Thyvon . A
Paris , rue S. Jacques , chez Huart l'aîné
1730. 2. Vol . in 12. le premier de 306.
pages , fans la Préface , la Vie de Salufte
& deux Differtations de 108. pages , & le
fecond de 370. pages pour la Guerre contre
Jugurtha , & 188. pour les fragmens.
L'OEDIPE de M. de Voltaire , nouvelle
Edition , avec une Préface , dans laquelle
on combat les fentimens de M. de
la Motte fur la Poëfie. A Paris , ruë de la
Comédie , chez la Veuve Ribou , 1730. in - 8 .
de 82. pages pour la Tragédie, & 23. pour
la Préface.
le
LA NULLITE' DES ORDINATIONS
ANGLICANES démontrée de
nouveau tant par les faits que par
droit , contre la Defenſe du R. P. Le Con
rayer , Docteur d'Oxfort & Chanoine Regulier
de Sainte Genevieve . Par le R. P.
Le
MAY. 1730. 961
Le Quien , Profeffeur en Theologie de
l'Ordre des Freres Prêcheurs . A Paris , rue
S. Jacques , chez F. Babuti, 1730. 2. Vol,
in 12.
Campagnes de Louis XIV. par M. Per
liffon , avec la comparaifon de François
I, avec Charles V. par M *** A Paris ,
rue S, Severin , chez Mefnier, 1730. in 12,
RECUEIL D'HISTOIRES SACRE'ES
ET PROPHANES , propres à former le
coeur & l'efprit. Par M. l'Abbé de Choifi.
A Paris , rue de la Harpe , chez P. Simon
1729 .
CODE MILITAIRE, ou Compilation
des Ordonnances des Rois de France ,
concernant les Gens de Guerre . Par le.
Sieur de Briquet , Chevalier de l'Ordre
de S. Michel , & l'un des premiers Com
mis de M. d'Angervilliers , Secretaire
d'Etat de la Guerre. A Paris , Quay des
Auguftins , à la belle Image 1728. 3. vol.
in 12.
L'ELOGE DE QUELQUE CHOSE
dédié à Quelqu'un,avec une Préface chantante.
A Paris , ruë Gillecoeur , chez Huqueville
, 1730. brochure in- 12 ,
LA
962 MERCURE DE FRANCE
و
LA CONNOISSANCE PARFAITE
DES CHEVAUX , contenant la maniere
de les gouverner nourrir , entretenir
en bon corps , & les conferver en
fanté dans les Voyages , avec un détail
genéral de toutes leurs maladies , des fignes
& des caufes d'où elles proviennent ,
des moyens de les prévenir & de les en
guerir par des Remedes experimentés depuis
long- tems , & à la portée de tout le
monde & c. & l'Art de monter à cheval,
& de dreffer les Chevaux de Manége , tiré
des meilleurs Auteurs qui en ont écrit
& des Mémoires Manufcrits de feu M.
Delcampes. A Paris , chez Ribou 1730.
avec figures en Tailles- douces.
د
HISTOIRE ANCIENNE DES EGYP
TIENS , des Carthaginois , des Affyriens,
des Babiloniens , des Medes & des Perfes,
des Macedoniens , des Grecs . Par M. Rollin
, Ancien Recteur de l'Univerfité
Profeffeur d'Eloquence au College Royal,
& Affocié à l'Académie des Belles - Lettres .
A Paris , rue S. Jacques , chez Jacques
Etienne 1730. Tome premier de 607. pages
, fans la Préface qui en contient 48.
DE LA DIGESTION ET DES MALADIES
DE L'ESTOMAC fuivant le
fitême de la Trituration & du broyement
fans
MAY.
1730.
963
fans l'aide des levains ou de la fermentation
, dont on fait voir l'impoffibilité en
fanté & en maladie. A Paris , Ruë S. Jac
ques , chez Guillaume Cavelier, 1729. in-
12. de 616. pages.
CONFERENCE DE LA FABLE AVEC
1'Hiftoire Sainte , où l'on voit que les
grandes Fables , le culte & les Myfteres
du Paganiſme ne font que des copies alterées
des Hiftoires , des Ufages & des
Traditions des Hebreux. Par M. de Lavaur.
A Paris , au Pont S. Michel , Quay
des Auguftins , au Palais & Ruë S. Facques
, chez Cailleau , Brunet fils , Bordelet
Henry 1730. 2. vol. in- 12 .
L'USAGE ET LEs fins de la ProPHETIE ,
dans les divers âges du Monde , en fix
Difcours , prononcez à Londres dans l'Eglife
du Temple , auquel on a joint trois
Differtations , 1 ° . fur la Canonicité de la
feconde Epitre de S. Pierre ; 2 ° . fur les
idées que les Juifs avant J. C. fe faifoient
des circonftances & des fuites de la chute
d'Adam ; 3 ° . fur la benediction donnée
par Jacob à Juda. Ouvrage publié à la
réquifition des deux honorables Societez ,
du Temple , par T. Sherlock , Docteur
en Théologie , Doyen de Chicheſter ,
Maître du Temple , à prefent Lord Evêque
964 MERCURE DE FRANCE
que de Bangor , traduite de l'Anglois
d'une feconde Edition , par Abraham le
Moine , Miniftre d'une Eglife Françoife ,
à Londres , & Chapelain du Duc de Portland.
A Amfterdam , chez les wefteins
Smith : A Paris , chez Chaubert , Quai des
Auguftins, 1729. in- 8. de 443. pag . fans la
Préface du Traducteur, qui eft de 62. pag.
MEDITATIONS fur la Concorde de
l'Evangile , avec le Texte de la Concorde
des quatre Evangeliftes , partagé pour ſujet
de chaque Méditation , & deux Tables
, dont l'une reprefente la fuite des
actions & inftructions de N. S. J. Ch .
par l'ordre même des Chapitres de la
Concorde ; l'autre indique les endroits de
la Concorde , où fe trouvent les Evangiles
de chaque Dimanche ou Fête , &
les Méditations où ces Evangiles font expliquez.
Ouvrage utile pour faciliter l'intelligence
du faint Evangile , & pour faire
qu'on le life & médite avec plus de fruit.
A Paris , chez Charles Ofmont & Henry ,
ruë S. Jacques , 1730. in - 12 . 3. volumes.
TRAITE' des Maladies aiguës des
enfans , avec des Obfervations Médecinales
fur ces Maladies & fur d'autres trèsimportantes
, & une Differtation fur l'o.
rigine , la nature & la curation de la Ma
ladieMAY.
1730. 965
ladie Venerienne traduit du Latin de
M. GautierHarris,Medecin du Roi d'Angleterre
fur la feconde Edition imprimée
à Londres en 1705. Par M. Devaux,
Maître Chirurgien Juré à Paris , & ancien
Prévôt de fa Compagnie. Chez les
Freres Ofmont , Quay des Auguftins , 1730a
in-12.
LETTRES D'HYPPOCRATE , fur la
prétendue folie de Démocrite , traduites
du Grec pour la premiere fois. A Paris,
chez le Breton & Hubert , Quays de Conty
& des Auguftins , 1730. Brochure in- 12.
de 43. pages.
LETTRES SERIEUSES ET BADINES , fur
les Ouvrages des Sçavans. A laHaye , 1729.
2. vol. in- 8 . Le troifiéme volume qui
comprend les mois de Janvier , Février
& Mars 1730. paroît chez Van- Duren, & à
Paris , chez Guil. Cavelier , ruë S. Jaq. On
en donnera un volume tous les trois mois.
LETTRES CHOISIES de M. Simon ,
augmentées d'un quatrième volume, avec
la Vie de l'Auteur . Par M. Bruzen de la
Martiniere. A Amfterdam , 1729. 4. vol.
in- 12.
ESSAY
PHILOSOPHIQUE , fur l'en
tendement humain , par M. Lacke. Tra-
F duit .
966 MERCURE DE FRANCE
་
duit par M. Cofte . Nouvelle Edition
in-4. Amfterdam , 1729.
RELATION des Démêlez entre le
Comte de Bonneval & le Marquis de
Prié , avec les Lettres que ces deux Seigneurs
ont écrites fur ce Differend , à
l'Empereur , au Prince Eugene , aux Ambaffadeurs
& Miniftres , &c. A la Haye,
chez J.Van-Duven , in -4.
METHODE PACIFIQUE pour finir
toutes les difficultez de ceux qui jufqu'à
prefent ont refufé d'accepter la Conftitution
Unigenitus , crainte de condamner
les fentimens de S. Auguftin & de faint
Thomas. A Liege , & c.in - 12 de 308. pag .
OEUVRES DIVERSES , de M. Julien
Scopon. Ala Haye , chez Ch. de Vier,
1728. de 140. pages pour les Poëfies diverfes
, & 83. pour les Poëfies Sacrées 2 .
Planches détachées .
Une feule Strophe d'une Hymne fur
la réfignation à la mort fera connoître
le génie & le ftile de ce Poëte ,
La mort un jour , je le ſçai bien ,
Doit finir ma carriere ;
Mais pour l'heure , je n'en fçai rien ,
Non plus que la maniere.
C'eft
M-A Y.
967
1730.
C'est toi feul , qui fçais , ô mon Dieu ,
Le temps , la maniere & le lieu ,
De mon heure derniere.
On apprend de Londres , qu'Edmond Shother,
Docteur en Medecine , a donné en un volume
in 8. une cinquiéme Edition de la Pharmacopée
du Docteur Radelif, ou Corps complet d'Ordon
nances choifies pour les Maladies , tant internes
qu'externes , avec des Remarques fur la vertu de
chaque Recette , & fur la maniere de s'en fervir .
Idem , chez S. Harding. Repertorium Sculptile-
Typicum , ou Collection & Explication des
Marques & des Chiffres dont les Graveurs ſe font
fervis dans leurs Planches ou Eftampes pour fe
défigner ; avec une Table alphabetique de leurs
noms , de leurs demeures , & du temps où ils ont
vécu. Le tout traduit en Anglois de l'Abedario
Pillerico de Pellegrini Ant . Orlandi.
-De Naples. On a imprimé chez Mofca , en
2. volumes in- 4 . de 5oz . & de 504. pages , lès
Tragédies Chrétiennes del Duca Annibale Marchefe
, dédiées à l'Empereur. Le premier volume,
contient les
Perfecuteurs du Chriftianifme . Les
Tires font ; 1 Dominicano . Il Maffimini . Il
Maffiminiano Flavio Valente. Le fecond , les
Martyrs & Héros Chrétiens . L'Eustachio . La
Sofronia, l'Erminelgido . Il Maurizio , &c. Idem.
Vita Civile di Paulo Mattia Doria. Avec leTraité
de
l'Education d'un Prince. Ouvrage corrigé &
fort augmenté par l'Auteur . Troifiéme Edition ,
1729. in- 4. de 544. pages.
De la Haye. Chrétien Van-Lom a imprimé &
débite un nouveau Journal fous ce Titre : Criti-
Fij que
968 MERCURE DE FRANCE
que defintereffée des Journaux Litteraires &
des Ouvrages des Sçavans , par un ſocieté de
Gens de Lettres. Le premier Tome contient Janvier
, Fevrier & Mars , in- 8. prix 16. ſols,
Guillaume Croon , Libraire à Utreck , imprime
un Manufcrit contenant quelques OEuvres pofthumes
du feu Cardinal D ** *. Elles font dans
le gout du Paftor- Fido . Les Pieces qui compofent
le volume in- 8 . font : Cleopatre , Lucrece ,
Créfus , Tragedies , Angelique & Medor , Tragi-
Comédie. On affure que jamais Ouvrage n'a
défini tant de differens caracteres. La Philofophie,
la Théologie , la Politique , l'Art de regner , les
Actions de l'homme & celles du Héros , & l'Amour
même , font traitez dans cet Ouvrage avec
une érudition auffi profonde que délicate ;
on dit
même que chaque Vers peut paffer pour une Sentence.
Cet Ouvrage qu'on propofe par Soufcription
, mais en recevant l'Exemplaire , paroîtra le
mois prochain. Prix 2. livres,
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Résumé : « HISTOIRE GENERALE des Auteurs Sacrés & Ecclesiastiques, qui contient leur [...] »
Le document présente une liste d'ouvrages publiés principalement en 1730 à Paris et dans d'autres villes européennes. Parmi les œuvres notables, 'Histoire Générale des Auteurs Sacrés & Ecclésiastiques' par le R. P. D. Rémi Ceillier traite de la vie, des œuvres et des critiques des auteurs religieux. 'Traité de l'Art Métallique' d'Alvare Alphonse Barba inclut des mémoires sur les mines de France et est enrichi de figures. 'Saluste, ou Histoire de la conjuration de Catilina' est traduit en français par l'Abbé Thyvon, accompagné de dissertations critiques. 'L'Oedipe' de Voltaire est publié avec une préface critiquant les sentiments de M. de la Motte sur la poésie. 'La Nullité des Ordinations Anglicanes' est démontrée par le R. P. Le Quien contre la défense du R. P. Le Conrayer. 'Campagnes de Louis XIV' par M. Perlisson compare Louis XIV à François I et Charles V. 'Recueil d'Histoires Sacrées et Profanes' par l'Abbé de Choisi est destiné à former le cœur et l'esprit. 'Code Militaire' par le Sieur de Briquet compile les ordonnances des rois de France concernant les gens de guerre. 'La Connaissance Parfaite des Chevaux' détaille la manière de gouverner, nourrir et soigner les chevaux, ainsi que l'art de monter à cheval. 'Histoire Ancienne des Égyptiens' par M. Rollin couvre plusieurs civilisations anciennes. 'De la Digestion et des Maladies de l'Estomac' explore les mécanismes digestifs. 'Conférence de la Fable avec l'Histoire Sainte' par M. de Lavaur compare les fables païennes aux histoires hébraïques. 'L'Usage et les fins de la Prophétie' est traduit de l'anglais par Abraham le Moine et traite des prophéties dans divers âges du monde. 'Méditations sur la Concorde de l'Évangile' facilitent la compréhension et la méditation des Évangiles. 'Traité des Maladies aiguës des enfants' est traduit du latin par M. Devaux. 'Lettres d'Hippocrate' sur la prétendue folie de Démocrite sont traduites du grec. 'Lettres Sérieuses et Badines' sur les œuvres des savants sont publiées en plusieurs volumes. 'Lettres Choisies' de M. Simon incluent une biographie de l'auteur. 'Essai Philosophique sur l'entendement humain' est traduit par M. Coste. 'Relation des Démêlés' entre le Comte de Bonneval et le Marquis de Prié est publiée à La Haye. 'Méthode Pacifique' propose une solution aux difficultés liées à la Constitution Unigenitus. 'Œuvres Diverses' de Julien Scopon incluent des poèmes sacrés et profanes. Plusieurs autres ouvrages médicaux, littéraires et historiques sont également mentionnés, ainsi que des journaux et des collections de marques de graveurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5220
p. 968-969
COULEURS pour la Peinture, nouvellement inventées. Extrait d'une Lettre écrite de Londres le 15. Avril 1730.
Début :
Mr Boyle Godefroy, Chimiste de réputation dans cette Ville, a fait deux ou trois Découvertes [...]
Mots clefs :
Couleurs, Chimiste, Peinture
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COULEURS pour la Peinture, nouvellement inventées. Extrait d'une Lettre écrite de Londres le 15. Avril 1730.
COULEURS pour la Peinture , nouvellement
inventées. Extrait d'une Lettre
écrite de Londres le 15. Avril 1730 .
Mdans cette ville , a fait deux ou trois Dé-
R Boyle Godefroy, Chimifte de réputation ,
Couvertes qui feront d'un grand ufage dans la
Peinture,par la compofition nouvelle de laCouleur
verte , dont on ne peut fe paffer. La premiere regarde
le verd avec lequel on peint les Ornemens
des maifons , des Vaiſſeaux , & autres Décorations,
Les Ingrédiens qui font ce verd coutent
beaucoup , & font dangereux à la fanté de ceux
qui la préparent, ou qui s'en fervent, comme l'experience
le montre tous les jours. De plus ce Verd
n'c
MAY. 1730. 960
•
n'eft point de durée , il perd fa force & s'efface
entierement en peu de tenips. La nouvelle
Compofition donne une très-belle couleur verte
pour les ufages qu'on vient de dire , elle eft d'une
confiftance molle , n'a pas beſoin d'être pilée , &
n'eft en aucune façon mal- faiſante . Elle dure longtemps
, conferve le bois & le fer fur lequel on
l'employe , & eft enfin d'un fort bas prix.
L'autre Découverte regarde les Peintres en
Miniature , en Payfages & en Fleurs , qui ne fe
font jamais fervis d'autre verd, que d'une compofition
de jaune & de bleu . M. Boyle en a inventé
une autre qui a toutes les qualitez qu'on peut defirer.
Elle donne trois ou quatre differentes Teintes
, & eft encore d'un prix fort raiſonnable : fan's
parler d'un autre Verd de fon invention , qui
fervira pour les Peintres en Eventails & autres
femblables Ouvrages . Le tout a été examiné &
approuvé par des Juges competans ; enforte que
dans peu de jours ces nouvelles Couleurs fe vendront
publiquement , en vertu d'une Patente du
Roi d'Angleterre , chez M. Reads , près le Can
baret , dans la Place dite le Convent Jardin.
inventées. Extrait d'une Lettre
écrite de Londres le 15. Avril 1730 .
Mdans cette ville , a fait deux ou trois Dé-
R Boyle Godefroy, Chimifte de réputation ,
Couvertes qui feront d'un grand ufage dans la
Peinture,par la compofition nouvelle de laCouleur
verte , dont on ne peut fe paffer. La premiere regarde
le verd avec lequel on peint les Ornemens
des maifons , des Vaiſſeaux , & autres Décorations,
Les Ingrédiens qui font ce verd coutent
beaucoup , & font dangereux à la fanté de ceux
qui la préparent, ou qui s'en fervent, comme l'experience
le montre tous les jours. De plus ce Verd
n'c
MAY. 1730. 960
•
n'eft point de durée , il perd fa force & s'efface
entierement en peu de tenips. La nouvelle
Compofition donne une très-belle couleur verte
pour les ufages qu'on vient de dire , elle eft d'une
confiftance molle , n'a pas beſoin d'être pilée , &
n'eft en aucune façon mal- faiſante . Elle dure longtemps
, conferve le bois & le fer fur lequel on
l'employe , & eft enfin d'un fort bas prix.
L'autre Découverte regarde les Peintres en
Miniature , en Payfages & en Fleurs , qui ne fe
font jamais fervis d'autre verd, que d'une compofition
de jaune & de bleu . M. Boyle en a inventé
une autre qui a toutes les qualitez qu'on peut defirer.
Elle donne trois ou quatre differentes Teintes
, & eft encore d'un prix fort raiſonnable : fan's
parler d'un autre Verd de fon invention , qui
fervira pour les Peintres en Eventails & autres
femblables Ouvrages . Le tout a été examiné &
approuvé par des Juges competans ; enforte que
dans peu de jours ces nouvelles Couleurs fe vendront
publiquement , en vertu d'une Patente du
Roi d'Angleterre , chez M. Reads , près le Can
baret , dans la Place dite le Convent Jardin.
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Résumé : COULEURS pour la Peinture, nouvellement inventées. Extrait d'une Lettre écrite de Londres le 15. Avril 1730.
En avril 1730, à Londres, Robert Boyle et Godefroy ont inventé de nouvelles couleurs pour la peinture. La première découverte est une nouvelle composition de couleur verte, destinée à peindre les ornements des maisons, des vaisseaux et autres décorations. Les ingrédients traditionnels de cette couleur verte sont coûteux et dangereux pour la santé. La nouvelle composition offre une couleur verte de haute qualité, non toxique, durable et économique. Elle protège également le bois et le fer. La seconde découverte concerne les peintres en miniature, en paysages et en fleurs, qui utilisaient jusqu'alors une composition de jaune et de bleu. Boyle a inventé une nouvelle composition verte offrant plusieurs teintes différentes, tout en restant abordable. Il a également développé un autre vert destiné aux peintres d'éventails et autres ouvrages similaires. Ces nouvelles couleurs ont été examinées et approuvées par des juges compétents. Elles seront bientôt disponibles à la vente chez M. Reads, près du Canberet, dans la Place du Convent Jardin, en vertu d'une patente royale.
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5221
p. 969-970
« On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...] »
Début :
On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...]
Mots clefs :
Canons, Géographes
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texteReconnaissance textuelle : « On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...] »
On mande de Mofcou, que le Capitaine Berings,
Officier de Marine , que la Czarine Catherine
avoit envoyé vers le Nord , au mois de Février
1725. pour examiner fi , felon l'opinion de quelques
Geographes,les Frontieres de ces Pays inconnus,
qui s'étendent au Nord- Eft,teñoient à la partie
Septentrionale de l'Amerique , revint le 28. Février
dernier de Hamtſcharka à Petersbourg. Il
paroît par la Relation de fon voyage , qu'il doit
publier inceffamment avec des Cartes qui ont été
levées par les Ingenieurs qui l'ont accompagné ,
qu'il a découvert un paffage au Nord - Eft , par
lequel on pourroit aller au Japon , à la Chine &
F iij aux
970 MERCURE DE FRANCE
aux Indes Orientales , fi les glacés n'y mettoient ™
pas d'obstacles pendant la plus grande partie de
l'année.
Le 9. de ce mois, on fit à l'Hôpital de la Charité
à Paris,neuf Operations de la Taille pour la Pierre.
Il y en eut cinq faites à l'Angloife , dont trois
par M. Morand , & deux par M. Perche. La premiere
ne dura qu'une minute & 15. fecondes &
quatre autres , une minute & demie chacune .
On affure
que cette Operation réüffira auffi - bien
ici qu'en Angleterre.
les
Le 13. de ce mois , M. Thomas , Ingenieur du
Roi & Machinifte , fit une épreuve de fix Pieces
de Canon & de fix Mortiers pour la Compagnie
des Indes , qui réuffit très- bien .
Les Canons font de fix livres de balle & d'une
nouvelle invention . Les fix enfemble ne peſent
pas tant qu'un Canon ordinaire du même calibre.
Ils portent plus loin avec moins de poudre. Deux
Lommes en peuvent voiturer un par tout.
Officier de Marine , que la Czarine Catherine
avoit envoyé vers le Nord , au mois de Février
1725. pour examiner fi , felon l'opinion de quelques
Geographes,les Frontieres de ces Pays inconnus,
qui s'étendent au Nord- Eft,teñoient à la partie
Septentrionale de l'Amerique , revint le 28. Février
dernier de Hamtſcharka à Petersbourg. Il
paroît par la Relation de fon voyage , qu'il doit
publier inceffamment avec des Cartes qui ont été
levées par les Ingenieurs qui l'ont accompagné ,
qu'il a découvert un paffage au Nord - Eft , par
lequel on pourroit aller au Japon , à la Chine &
F iij aux
970 MERCURE DE FRANCE
aux Indes Orientales , fi les glacés n'y mettoient ™
pas d'obstacles pendant la plus grande partie de
l'année.
Le 9. de ce mois, on fit à l'Hôpital de la Charité
à Paris,neuf Operations de la Taille pour la Pierre.
Il y en eut cinq faites à l'Angloife , dont trois
par M. Morand , & deux par M. Perche. La premiere
ne dura qu'une minute & 15. fecondes &
quatre autres , une minute & demie chacune .
On affure
que cette Operation réüffira auffi - bien
ici qu'en Angleterre.
les
Le 13. de ce mois , M. Thomas , Ingenieur du
Roi & Machinifte , fit une épreuve de fix Pieces
de Canon & de fix Mortiers pour la Compagnie
des Indes , qui réuffit très- bien .
Les Canons font de fix livres de balle & d'une
nouvelle invention . Les fix enfemble ne peſent
pas tant qu'un Canon ordinaire du même calibre.
Ils portent plus loin avec moins de poudre. Deux
Lommes en peuvent voiturer un par tout.
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Résumé : « On mande de Moscou, que le Capitaine Berings, Officier de Marine, que le Czarine Catherine [...] »
Le texte décrit le retour du capitaine Bering à Saint-Pétersbourg le 28 février 1725, après une expédition ordonnée par la tsarine Catherine II pour explorer les frontières septentrionales de l'Amérique. Bering a découvert un passage au nord-est vers le Japon, la Chine et les Indes Orientales, bien que les glaces posent un obstacle significatif. Il prévoit de publier un compte rendu de son voyage avec des cartes réalisées par ses ingénieurs. À Paris, le 9 février, neuf opérations de la taille pour la pierre ont été effectuées à l'Hôpital de la Charité, dont cinq par des chirurgiens anglais. Ces interventions, d'une durée allant de une minute et quinze secondes à une minute et demie, ont connu un succès comparable à celui observé en Angleterre. Le 13 février, M. Thomas, ingénieur et machiniste du roi, a testé six pièces de canon et six mortiers pour la Compagnie des Indes. Ces canons, de six livres de balle et d'une nouvelle invention, sont plus légers qu'un canon ordinaire du même calibre, portent plus loin avec moins de poudre et peuvent être transportés par deux hommes.
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5222
p. 970-971
Avertissement à M. de Boyle, au sujet de son Microscope.
Début :
Un des Membres de la Societé des Arts, a trouvé la construction d'un Microscope par [...]
Mots clefs :
Microscope
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texteReconnaissance textuelle : Avertissement à M. de Boyle, au sujet de son Microscope.
Avertiffement à M. de Boyle , au sujet
de fon Microscope.
IN des Membres de la Societé des Arts , a
UNtrouvé la conftruction d'un Microſcope par
refléxion avec deux ou avec quatre Miroirs. On
pourroit juger que c'eft le Microſcope de M. de
Boyle , avec lequel il prétendoit découvrir des
animaux dans le fang , & qui fit tant de bruit
à Paris en 1727. mais comme M. de Boyle a toujours
conftamment refufé toute comparaison
d'autre Microſcope avec le fien , il y a lieu de
croire qu'il ne groffiffoit pas plus que les Microf
copes connus , & que les Miroirs dont il ſe ſervoit
MAY. 1730. 971.
voit , ne lui étoient utiles que pour apporter aux
objets une lumiere moderée , afin de les faire voir
avec netteté & diftinction .
Quoiqu'il en feit, on ne fçait pas fi le Microf
cope trouvé eft le même que celui de M. de Boyle,
ce qu'il y a de certain, c'eft qu'on a été obligé de
lui donner la même figure exterieure pour pro-,
duire les effets que l'on attendoit , qu'il groffic
prodigieufement les objets , & qu'il les prefente
avec beaucoup de clarté & de diftinction.
L'inventeur du nouveau Microſcope eft perfuadé
qu'on ne préfumera pas que M. de Boyle lui
ait communiqué fon fecret , les précautions qu'il
prenoit pour le cacher à tout le monde , mettent
PInventeur à couvert de ce foupçon ; il eft cependant
bien-aife, avant que de donner la defcription
ce Microſcope , d'avertir ici M. de Boyle , que
s'il veut jouir de l'honneur de fa découverte , il
faut qu'il la donne au Public dans trois mois , ૩ .
compter de ce jour , temps qui paroît fuffifant
pour la diftance qu'il y a de Paris à Rouen. Si
M.de Boyle garde le filence dans cette conjoncture,
il laiffera au Public la liberté de croire qu'il n'a
aucune prétention à l'honneur de cette Découverte.
de fon Microscope.
IN des Membres de la Societé des Arts , a
UNtrouvé la conftruction d'un Microſcope par
refléxion avec deux ou avec quatre Miroirs. On
pourroit juger que c'eft le Microſcope de M. de
Boyle , avec lequel il prétendoit découvrir des
animaux dans le fang , & qui fit tant de bruit
à Paris en 1727. mais comme M. de Boyle a toujours
conftamment refufé toute comparaison
d'autre Microſcope avec le fien , il y a lieu de
croire qu'il ne groffiffoit pas plus que les Microf
copes connus , & que les Miroirs dont il ſe ſervoit
MAY. 1730. 971.
voit , ne lui étoient utiles que pour apporter aux
objets une lumiere moderée , afin de les faire voir
avec netteté & diftinction .
Quoiqu'il en feit, on ne fçait pas fi le Microf
cope trouvé eft le même que celui de M. de Boyle,
ce qu'il y a de certain, c'eft qu'on a été obligé de
lui donner la même figure exterieure pour pro-,
duire les effets que l'on attendoit , qu'il groffic
prodigieufement les objets , & qu'il les prefente
avec beaucoup de clarté & de diftinction.
L'inventeur du nouveau Microſcope eft perfuadé
qu'on ne préfumera pas que M. de Boyle lui
ait communiqué fon fecret , les précautions qu'il
prenoit pour le cacher à tout le monde , mettent
PInventeur à couvert de ce foupçon ; il eft cependant
bien-aife, avant que de donner la defcription
ce Microſcope , d'avertir ici M. de Boyle , que
s'il veut jouir de l'honneur de fa découverte , il
faut qu'il la donne au Public dans trois mois , ૩ .
compter de ce jour , temps qui paroît fuffifant
pour la diftance qu'il y a de Paris à Rouen. Si
M.de Boyle garde le filence dans cette conjoncture,
il laiffera au Public la liberté de croire qu'il n'a
aucune prétention à l'honneur de cette Découverte.
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5223
p. 971-972
Lettre de M. *** écrite de Grenoble.
Début :
Voulez-vous bien me permettre, Monsieur, de vous demander des nouvelles de la Méthode [...]
Mots clefs :
Latin, Français
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texteReconnaissance textuelle : Lettre de M. *** écrite de Grenoble.
Avertiffement à M. de Boyle , au sujet
de fon Microscope.
IN des Membres de la Societé des Arts , a
UNtrouvé la conftruction d'un Microſcope par
refléxion avec deux ou avec quatre Miroirs. On
pourroit juger que c'eft le Microſcope de M. de
Boyle , avec lequel il prétendoit découvrir des
animaux dans le fang , & qui fit tant de bruit
à Paris en 1727. mais comme M. de Boyle a toujours
conftamment refufé toute comparaison
d'autre Microſcope avec le fien , il y a lieu de
croire qu'il ne groffiffoit pas plus que les Microf
copes connus , & que les Miroirs dont il ſe ſervoit
MAY. 1730. 971.
voit , ne lui étoient utiles que pour apporter aux
objets une lumiere moderée , afin de les faire voir
avec netteté & diftinction .
Quoiqu'il en feit, on ne fçait pas fi le Microf
cope trouvé eft le même que celui de M. de Boyle,
ce qu'il y a de certain, c'eft qu'on a été obligé de
lui donner la même figure exterieure pour pro-,
duire les effets que l'on attendoit , qu'il groffic
prodigieufement les objets , & qu'il les prefente
avec beaucoup de clarté & de diftinction.
L'inventeur du nouveau Microſcope eft perfuadé
qu'on ne préfumera pas que M. de Boyle lui
ait communiqué fon fecret , les précautions qu'il
prenoit pour le cacher à tout le monde , mettent
PInventeur à couvert de ce foupçon ; il eft cependant
bien-aife, avant que de donner la defcription
ce Microſcope , d'avertir ici M. de Boyle , que
s'il veut jouir de l'honneur de fa découverte , il
faut qu'il la donne au Public dans trois mois , ૩ .
compter de ce jour , temps qui paroît fuffifant
pour la diftance qu'il y a de Paris à Rouen. Si
M.de Boyle garde le filence dans cette conjoncture,
il laiffera au Public la liberté de croire qu'il n'a
aucune prétention à l'honneur de cette Découverte.
de fon Microscope.
IN des Membres de la Societé des Arts , a
UNtrouvé la conftruction d'un Microſcope par
refléxion avec deux ou avec quatre Miroirs. On
pourroit juger que c'eft le Microſcope de M. de
Boyle , avec lequel il prétendoit découvrir des
animaux dans le fang , & qui fit tant de bruit
à Paris en 1727. mais comme M. de Boyle a toujours
conftamment refufé toute comparaison
d'autre Microſcope avec le fien , il y a lieu de
croire qu'il ne groffiffoit pas plus que les Microf
copes connus , & que les Miroirs dont il ſe ſervoit
MAY. 1730. 971.
voit , ne lui étoient utiles que pour apporter aux
objets une lumiere moderée , afin de les faire voir
avec netteté & diftinction .
Quoiqu'il en feit, on ne fçait pas fi le Microf
cope trouvé eft le même que celui de M. de Boyle,
ce qu'il y a de certain, c'eft qu'on a été obligé de
lui donner la même figure exterieure pour pro-,
duire les effets que l'on attendoit , qu'il groffic
prodigieufement les objets , & qu'il les prefente
avec beaucoup de clarté & de diftinction.
L'inventeur du nouveau Microſcope eft perfuadé
qu'on ne préfumera pas que M. de Boyle lui
ait communiqué fon fecret , les précautions qu'il
prenoit pour le cacher à tout le monde , mettent
PInventeur à couvert de ce foupçon ; il eft cependant
bien-aife, avant que de donner la defcription
ce Microſcope , d'avertir ici M. de Boyle , que
s'il veut jouir de l'honneur de fa découverte , il
faut qu'il la donne au Public dans trois mois , ૩ .
compter de ce jour , temps qui paroît fuffifant
pour la diftance qu'il y a de Paris à Rouen. Si
M.de Boyle garde le filence dans cette conjoncture,
il laiffera au Public la liberté de croire qu'il n'a
aucune prétention à l'honneur de cette Découverte.
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Résumé : Lettre de M. *** écrite de Grenoble.
En mai 1730, des membres de la Société des Arts ont découvert un microscope à réflexion utilisant deux ou quatre miroirs. Ce microscope a été comparé à celui de M. de Boyle, qui avait suscité beaucoup d'intérêt à Paris en 1727 en prétendant observer des animaux dans le sang. M. de Boyle refusait toute comparaison, affirmant que ses miroirs servaient uniquement à éclairer les objets. Le nouveau microscope découvert présente des caractéristiques similaires à celui de M. de Boyle, notamment en termes de forme extérieure et de performance. Il grossit prodigieusement les objets et les présente avec clarté et distinction. L'inventeur du nouveau microscope affirme que M. de Boyle n'a pas partagé son secret, étant donné les précautions prises par ce dernier pour le garder confidentiel. L'inventeur avertit M. de Boyle qu'il doit publier sa découverte dans les trois mois pour revendiquer l'honneur de l'invention. Si M. de Boyle reste silencieux, le public sera libre de croire qu'il n'a aucune prétention à cette découverte.
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5224
p. 972-976
Mort de M. de Troy, Peintre de l'Académie Royale, [titre d'après la table]
Début :
Toûjours attentifs à celebrer les Sciences & les Beaux-Arts, notre attention doit s'étendre. encore [...]
Mots clefs :
Tableau, Peinture, Académie royale de peinture et de sculpture
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de Troy, Peintre de l'Académie Royale, [titre d'après la table]
Toûjours attentifs à celebrer les Sciences & les
Beaux- Arts , notre attention doit s'étendre encore
fur les Illuftres que la mort leur enleve , pour en
conferver la memoire. Leurs Ouvrages, il eft vrai,
la porteront à la pofterité la plus reculée; mais nous
croyons qu'il eft de notre devoir de dire quelque
chofe de leurs talens particuliers , de la réputation
qu'ils ont euë pendant leur vie & de leur
caractere.
La Peinture vient de faire une très-grande perte
en la .perfonne de François de Troy , ancien Directeur
& Adjoint au Recteur de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , mort à Paris le
premier May, & inhumé à S. Euftache fa Paroiffe,
âgé de plus de 85. ans , étant né à Toulouſe au
mois de Février 1645. Il étoit fils de N. de Troy,
Peintre de l'Hôtel de Ville à Toulouſe. Son frere
aîné embraffa la Profeffion de fon pere , ce que fit
auffi celui- cy par émulation. Ils reçurent de lui
les premiers principes de leur Art , & tous deux
y ont excellé.
L'aîné s'étant établi à Montpellier , François
vint à Paris à l'âge de dix-fept ans. Il prit d'abord
un logement chez M. Nic . Loir ,Adjoint - Recteur
dans l'Académie Royale de Peinture & Sculpture,
auprès duquel il continua fes études. Il s'occupa
long-temps enfuite aux Portraits en petit à l'huile
, qu'il faifoit d'un gout de couleur excellent &
d'un très-beau finy; & fe fit enfin recevoir à l'Académic
MAY. 1730. 973
cadémie dans le rang des Peintres d'Histoire.
A l'âge de 24. ans , il époufa Jeanne Cotelle ,
femme accomplie en tout,& digne objet d'un goût
auffi délicat que celui de fon Epoux. Elle étoit fille
de M. Cotelle , Peintre très-confideré pour le
bon gout & l'intelligence que l'on connut en lu
dans les grandes entreprifes d'Ouvrages de peinture,
où il employoit les plus habiles gens ; M. de
Troy devint par ce mariage beau-frere deM.Loir,
fon fecond Maître, qui avoit époufé la foeur aînée
de fa femme.
Après la mort de M. le Fevre , Peintre de
Portraits , fous lequel il travailla quelque temps ,
la difette des bons Peintres de Portraits le détermina
à s'attacher à cette partie de la Peinture . Il y
eut un fi grand talent , & fur tout pour les Portraits
de femmes , que l'on put dire de lui avec
juftice , comme Boileau l'a dit d'Homere , qu'il
fembloit avoir dérobé la Ceinture de Venus. Ce
fut lui qui le premier trouva l'Art de les habiller
d'un air gracieux & touchant , avec décence,
d'accorder le galant & le pittorefque , & de contenter
à la fois le beau Sexe & les Connoiffeurs.
Avant que de s'attacher tout- à- fait aux Portraits
, il avoit fait voir la beauté & l'étendue de
fon génie dans plufieurs grandes compofitions de
Tableaux , qui repréfentoient les differentes occupations
héroïques de Louis le Grand dans fa
jeuneffe. C'étoit en des Patrons qu'il faifoit en
petit pour des Tapifferies que Madame de Montefpan
fit executer en grand fur de la Moire.
Il joignit après , les deux talens de l'Hiftoire &
du Portrait dans plufieurs Tableaux de Familles
d'un gout inimitable , entre lefquels on doit citer
fur tout celui qu'il fit pour M. le Duc du Main?;,
Ouvrage d'une compofition prodigieufe par la
quantité de figures qu'il y fit entrer. Il y repre-
E Y
fenta
974 MERCURE
DE FRANCE
fenta le Repas que Didon donne à Ænée , pendant
lequel ce Heros lui raconte fes avantures.
Tous les Perfonnages y font dans la reffemblance
la plus exacte , difpofez & ajuſtez avec
toute la grace , la décence & la convenance qu'exigeoient
leurs rangs differens & leurs caracteres ;
Tableau l'on que peut nommer le dernier effort
& le chef- d'oeuvre de l'Art.
On trouve dans fes Ouvrages les deux principales
parties de la Peinture heureuſement raſſemblées,
qu'on n'avoit encore vûës ailleurs que fépare-
'ment ; car fon deffein , fans avoir vû l'Italie ,
avoit l'exactitude & la grace de l'Ecole Romaine,
& fon coloris , avec le grand gout de couleur &
toute la force de celle de Lombardie , avoit encore
lé fuave & le vrai des Tableaux Flamands les plus
exquis.
Il étoit très -ingenieux à donner à une Dame
dans fon Portrait quelque Rôle hiſtorique
Poëtique ou galamment imaginé , mais toujours
convenable & plein de bienfeance . Maître de fon
Art, il fçavoit le cacher & donner de l'éclat à une
figure , fans le fecours des faux brillants , du fafte
pompeux & extravagant, ni du fracas de la quantité
des draperies , qui fouvent en attirant les
trop
yeux, les détournent de l'objet principal; dans fes
ornemens tout étoit fage & décent , rien n'y fentoit
l'apparat ni le Théatre ; il confervoit toujours
la à une Dame de France les graces de fon fexe ,
dignité de fon rang & le bon air de fa Nation ;
enfin fi le bon gout , comme on le croit , eft la
fcience des convenances , il n'en fut jamais de
plus parfait que le fien.
On doit compter pour le trait le plus glorieux
de fa vie & l'éloge le pius parfait de la fupériorité
de fon mérite , le choix qu'on fit de lui pour
aller peindre en Baviere Ma dame la Dauphine ,
dans
MAY. 1730 .
979
dans le Portrait de laquelle il contenta parfaitement
Louis XIV . & toute la Cour , par la beauté
de l'Ouvrage & la fidelité de la reffemblance , qui
lui fut fur tout recommandée. En reconnoiffance
de l'honneur qu'il reçût dans ce choix , à la naiffance
du Duc de Bourgogne , il fit executer un
très -beau Feu d'artifice devant fa porte , fur les
Foffez S. Victor , où il demeuroit alors. Il peignit
lui-même fur de la toile tranfparente des fi→
gures fimboliques , qui faifoient le principal or
nement de ce Feu .
Depuis ce temps la fcience chez lui s'eft toû
jours augmentée avec l'âge ; ce que l'on n'a pas
vú chez la plupart des Peintres , mêmes les plus
habiles , & fes derniers Tableaux ont été les meil
leurs. La Nature , entré les autres faveurs qu'elle
lui fit , l'avoit fur tout favorifé d'une vûë excellente
qu'il conferva telle jufqu'à l'extremité de fa
vie. Il en refte des preuves étonnantes dans plufieurs
Tableaux d'Hiftoire qu'il fit en petit , & à
la moderne , dans fes heures de récreation , ' & dus
gout Flamand ; dans lequel , à l'excellence du coloris
, il ajoûta la nobleffe de la matiere , le choix
des belles formes, la richeffe, le brillant des étoffes
, l'élegance & le naïf de l'expreffion , & tout
le fin & le gracieux du bon air François .
Le dernier Tableau qu'il fit dans ce genre , &
qu'il n'acheva que quelques jours avant la mort,
reprefente une Maîtreffe d'Ecole , vétuë de noir
qui étale une gravité magiftrale , au milieu d'u
ne troupe d'Ecolieres jeunes , jolies , proprement
véntes , & en des attitudes où le vrai , l'ingenu
le naturel , charment à la fois les yeux , l'efprit &
le coeur ; on y voit des têtes très - finies & très →:
gracieufes , qui ne font pas plus grandes que
l'ongle.-
2
Il reçut encore de la Nature tout ce qu'il
Fvi tuat
976 MERCURE DE FRANCE
faut pour plaire au beau monde , dans lequel for
Art l'engageoit à vivre ; un efprit aifé , infinuant
mais fans Batterie & fans baffeffe , & qui fçavoit
s'attirer poliment de la confideration ; un air de
tête agréable & prévenant ; une taille haute , noble
& bien prife, à laquelle l'embonpoint dans le
milieu de fon automne , ne fit perdre fa fineffe &
fa legereté , que pour y ajoûter une preſtance &
un air de dignité qui conviennent mieux à cet âge.
Il eut d'ailleurs dans le coeur toutes les vertus
qui compoſent l'honnête homme ; une probité
exacte , une amitié ardente & fidele ; toute la tendreffe
poffible pour une Epoufe qui a fait le bonheur
de fa vie , & fur tout celle de pere pour les
enfans qui la méritoient parfaitement. Il jouit
enfin long - temps du plaifir fi fenfible de fe
voir renaître avec toutes fes belles qualitez & fes
rares talens dans le plus jeune de fes fils , qui dès
fa plus tendre enfance lui donna l'heureux préfage
de ce qu'il devoit être un jour, & qu'il voyoit
aller à pas de Geant à la perfection de fon Art.
M. de Troy le fils , fi connu par fes grands talens,
& la fécondité de fon génie, eft actuellement
Profeffeur de l'Académie Royale de Peinture.
Beaux- Arts , notre attention doit s'étendre encore
fur les Illuftres que la mort leur enleve , pour en
conferver la memoire. Leurs Ouvrages, il eft vrai,
la porteront à la pofterité la plus reculée; mais nous
croyons qu'il eft de notre devoir de dire quelque
chofe de leurs talens particuliers , de la réputation
qu'ils ont euë pendant leur vie & de leur
caractere.
La Peinture vient de faire une très-grande perte
en la .perfonne de François de Troy , ancien Directeur
& Adjoint au Recteur de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture , mort à Paris le
premier May, & inhumé à S. Euftache fa Paroiffe,
âgé de plus de 85. ans , étant né à Toulouſe au
mois de Février 1645. Il étoit fils de N. de Troy,
Peintre de l'Hôtel de Ville à Toulouſe. Son frere
aîné embraffa la Profeffion de fon pere , ce que fit
auffi celui- cy par émulation. Ils reçurent de lui
les premiers principes de leur Art , & tous deux
y ont excellé.
L'aîné s'étant établi à Montpellier , François
vint à Paris à l'âge de dix-fept ans. Il prit d'abord
un logement chez M. Nic . Loir ,Adjoint - Recteur
dans l'Académie Royale de Peinture & Sculpture,
auprès duquel il continua fes études. Il s'occupa
long-temps enfuite aux Portraits en petit à l'huile
, qu'il faifoit d'un gout de couleur excellent &
d'un très-beau finy; & fe fit enfin recevoir à l'Académic
MAY. 1730. 973
cadémie dans le rang des Peintres d'Histoire.
A l'âge de 24. ans , il époufa Jeanne Cotelle ,
femme accomplie en tout,& digne objet d'un goût
auffi délicat que celui de fon Epoux. Elle étoit fille
de M. Cotelle , Peintre très-confideré pour le
bon gout & l'intelligence que l'on connut en lu
dans les grandes entreprifes d'Ouvrages de peinture,
où il employoit les plus habiles gens ; M. de
Troy devint par ce mariage beau-frere deM.Loir,
fon fecond Maître, qui avoit époufé la foeur aînée
de fa femme.
Après la mort de M. le Fevre , Peintre de
Portraits , fous lequel il travailla quelque temps ,
la difette des bons Peintres de Portraits le détermina
à s'attacher à cette partie de la Peinture . Il y
eut un fi grand talent , & fur tout pour les Portraits
de femmes , que l'on put dire de lui avec
juftice , comme Boileau l'a dit d'Homere , qu'il
fembloit avoir dérobé la Ceinture de Venus. Ce
fut lui qui le premier trouva l'Art de les habiller
d'un air gracieux & touchant , avec décence,
d'accorder le galant & le pittorefque , & de contenter
à la fois le beau Sexe & les Connoiffeurs.
Avant que de s'attacher tout- à- fait aux Portraits
, il avoit fait voir la beauté & l'étendue de
fon génie dans plufieurs grandes compofitions de
Tableaux , qui repréfentoient les differentes occupations
héroïques de Louis le Grand dans fa
jeuneffe. C'étoit en des Patrons qu'il faifoit en
petit pour des Tapifferies que Madame de Montefpan
fit executer en grand fur de la Moire.
Il joignit après , les deux talens de l'Hiftoire &
du Portrait dans plufieurs Tableaux de Familles
d'un gout inimitable , entre lefquels on doit citer
fur tout celui qu'il fit pour M. le Duc du Main?;,
Ouvrage d'une compofition prodigieufe par la
quantité de figures qu'il y fit entrer. Il y repre-
E Y
fenta
974 MERCURE
DE FRANCE
fenta le Repas que Didon donne à Ænée , pendant
lequel ce Heros lui raconte fes avantures.
Tous les Perfonnages y font dans la reffemblance
la plus exacte , difpofez & ajuſtez avec
toute la grace , la décence & la convenance qu'exigeoient
leurs rangs differens & leurs caracteres ;
Tableau l'on que peut nommer le dernier effort
& le chef- d'oeuvre de l'Art.
On trouve dans fes Ouvrages les deux principales
parties de la Peinture heureuſement raſſemblées,
qu'on n'avoit encore vûës ailleurs que fépare-
'ment ; car fon deffein , fans avoir vû l'Italie ,
avoit l'exactitude & la grace de l'Ecole Romaine,
& fon coloris , avec le grand gout de couleur &
toute la force de celle de Lombardie , avoit encore
lé fuave & le vrai des Tableaux Flamands les plus
exquis.
Il étoit très -ingenieux à donner à une Dame
dans fon Portrait quelque Rôle hiſtorique
Poëtique ou galamment imaginé , mais toujours
convenable & plein de bienfeance . Maître de fon
Art, il fçavoit le cacher & donner de l'éclat à une
figure , fans le fecours des faux brillants , du fafte
pompeux & extravagant, ni du fracas de la quantité
des draperies , qui fouvent en attirant les
trop
yeux, les détournent de l'objet principal; dans fes
ornemens tout étoit fage & décent , rien n'y fentoit
l'apparat ni le Théatre ; il confervoit toujours
la à une Dame de France les graces de fon fexe ,
dignité de fon rang & le bon air de fa Nation ;
enfin fi le bon gout , comme on le croit , eft la
fcience des convenances , il n'en fut jamais de
plus parfait que le fien.
On doit compter pour le trait le plus glorieux
de fa vie & l'éloge le pius parfait de la fupériorité
de fon mérite , le choix qu'on fit de lui pour
aller peindre en Baviere Ma dame la Dauphine ,
dans
MAY. 1730 .
979
dans le Portrait de laquelle il contenta parfaitement
Louis XIV . & toute la Cour , par la beauté
de l'Ouvrage & la fidelité de la reffemblance , qui
lui fut fur tout recommandée. En reconnoiffance
de l'honneur qu'il reçût dans ce choix , à la naiffance
du Duc de Bourgogne , il fit executer un
très -beau Feu d'artifice devant fa porte , fur les
Foffez S. Victor , où il demeuroit alors. Il peignit
lui-même fur de la toile tranfparente des fi→
gures fimboliques , qui faifoient le principal or
nement de ce Feu .
Depuis ce temps la fcience chez lui s'eft toû
jours augmentée avec l'âge ; ce que l'on n'a pas
vú chez la plupart des Peintres , mêmes les plus
habiles , & fes derniers Tableaux ont été les meil
leurs. La Nature , entré les autres faveurs qu'elle
lui fit , l'avoit fur tout favorifé d'une vûë excellente
qu'il conferva telle jufqu'à l'extremité de fa
vie. Il en refte des preuves étonnantes dans plufieurs
Tableaux d'Hiftoire qu'il fit en petit , & à
la moderne , dans fes heures de récreation , ' & dus
gout Flamand ; dans lequel , à l'excellence du coloris
, il ajoûta la nobleffe de la matiere , le choix
des belles formes, la richeffe, le brillant des étoffes
, l'élegance & le naïf de l'expreffion , & tout
le fin & le gracieux du bon air François .
Le dernier Tableau qu'il fit dans ce genre , &
qu'il n'acheva que quelques jours avant la mort,
reprefente une Maîtreffe d'Ecole , vétuë de noir
qui étale une gravité magiftrale , au milieu d'u
ne troupe d'Ecolieres jeunes , jolies , proprement
véntes , & en des attitudes où le vrai , l'ingenu
le naturel , charment à la fois les yeux , l'efprit &
le coeur ; on y voit des têtes très - finies & très →:
gracieufes , qui ne font pas plus grandes que
l'ongle.-
2
Il reçut encore de la Nature tout ce qu'il
Fvi tuat
976 MERCURE DE FRANCE
faut pour plaire au beau monde , dans lequel for
Art l'engageoit à vivre ; un efprit aifé , infinuant
mais fans Batterie & fans baffeffe , & qui fçavoit
s'attirer poliment de la confideration ; un air de
tête agréable & prévenant ; une taille haute , noble
& bien prife, à laquelle l'embonpoint dans le
milieu de fon automne , ne fit perdre fa fineffe &
fa legereté , que pour y ajoûter une preſtance &
un air de dignité qui conviennent mieux à cet âge.
Il eut d'ailleurs dans le coeur toutes les vertus
qui compoſent l'honnête homme ; une probité
exacte , une amitié ardente & fidele ; toute la tendreffe
poffible pour une Epoufe qui a fait le bonheur
de fa vie , & fur tout celle de pere pour les
enfans qui la méritoient parfaitement. Il jouit
enfin long - temps du plaifir fi fenfible de fe
voir renaître avec toutes fes belles qualitez & fes
rares talens dans le plus jeune de fes fils , qui dès
fa plus tendre enfance lui donna l'heureux préfage
de ce qu'il devoit être un jour, & qu'il voyoit
aller à pas de Geant à la perfection de fon Art.
M. de Troy le fils , fi connu par fes grands talens,
& la fécondité de fon génie, eft actuellement
Profeffeur de l'Académie Royale de Peinture.
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Résumé : Mort de M. de Troy, Peintre de l'Académie Royale, [titre d'après la table]
Le texte rend hommage à François de Troy, un peintre éminent récemment décédé à l'âge de plus de 85 ans. Né à Toulouse en 1645, il était le fils d'un peintre de l'Hôtel de Ville et a suivi les traces de son père et de son frère aîné dans cette profession. À l'âge de 15 ans, il s'installa à Paris pour poursuivre ses études sous la tutelle de Nicolas Loir, un adjoint-recteur de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture. De Troy se distingua d'abord par ses portraits en petit format à l'huile, avant d'être admis à l'Académie en tant que peintre d'histoire. En 1669, il épousa Jeanne Cotelle, fille d'un peintre renommé, ce qui le lia encore plus à la communauté artistique. Après la mort de son maître, Le Fèvre, De Troy se consacra aux portraits, particulièrement ceux des femmes, où il excella par son talent et son sens de la décence et de la grâce. Il réalisa également plusieurs grandes compositions, notamment des tableaux représentant les jeunes exploits de Louis XIV pour des tapisseries commandées par Madame de Montespan. De Troy combinait les qualités de l'école romaine et de l'école flamande dans ses œuvres, alliant exactitude et grâce à un coloris riche et suave. Il fut choisi pour peindre la Dauphine en Bavière, ce qui lui valut les éloges de Louis XIV et de la cour. Sa carrière fut marquée par une constante amélioration de son art, même en fin de vie. Il possédait également un esprit affable et des vertus personnelles, notamment une probité exacte, une amitié fidèle et une tendresse particulière pour sa famille. Son fils, également peintre, suivit ses pas et devint professeur à l'Académie Royale de Peinture.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5225
p. 976-979
Mort de M. de Valbonnays, sçavant, &c. [titre d'après la table]
Début :
Jean-Pierre Moret de Bourchenu, Marquis de Valbonnays, Seigneur de Peyre, S. Jean d'Autaveon [...]
Mots clefs :
Valbonnais, Grenoble, Parlement
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. de Valbonnays, sçavant, &c. [titre d'après la table]
Jean- Pierre Moret de Bourchenu , Marquis de
Valbonnays , Seigneur de Peyre , S. Jean d'Autaveon
, &c. Premier Prefident de la Chambre des
Comptes de Dauphiné , & Académicien Correrpondant
honoraire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , mourut à Grenoble le
2. Mars 1730. dans fa 79e année , étant né le
23. Juin 1651. fes qualitez du coeur & de l'efprit,
fon amour pour les Lettres , l'application continuelle
qu'il avoit donnée pendant toute la vie à
P'étude , même depuis qu'il avoit eu le malheur.
de perdre la vue , & les differens Ouvrages qu'il a
compofez
M A Y. 1730 . 977
compofez, lui avoient acquis une très - grande réputation.
Après avoir fait fes premieres études à
Notre-Dame de Grace en Forêt , où les PP. de
l'Oratoire ont un College , & y avoir foutenu des
Thefes generales de Philofophie à l'âge de 14.
ans, fes parens défererent à la paffion extrême qu'il
témoignoit de voyager , & l'envoyerent en Italie.
Malgré fa grande jeuneffe il voyagea en curieux
intelligent , à qui rien qui fût digne d'attention
n'échappoit. Il féjourna fix mois à Rome , & ce
féjour fuffit à peine pour remplir l'envie de voir
tout ce que cette Ville à de beau , & de s'y inftruire.
Il fut arrêté plus long-temps à Venife ,
parce que M. de S. André , premier Prefident du
Parlement de Grenoble , alors Ambaffadeur de
France auprès de la République de Venife , l'y
retint. Ce voyage ne fit qu'augmenter le gout
qu'il avoit de parcourir les Etats voisins . Sans
confulter fes parens , il s'échappa & paffa en Hollande
& de-là en Angleterre. Il ſe trouva au
Combat Naval qui fe donna entre les Flottes
d'Angleterre & de Hollande au mois de Juin
1672. Après ce petit effai qu'il voulut faire de la
guerre , il revint à Paris , y étudia en Droit & y
prit fes degrez. Mais l'étude des Mathématiques
prit facilement le deffus fur celle des Loix. Il en
prenoit des leçons affiduement de M. Ozanam
& lorfque,de retour en Dauphiné, il eut fuccedé à
M. fon pere dans fa Charge de Confeiller au Parlement
, il conferva tant de paffion pour cette
Science , qu'il engagea le même M. Ozanam , de
venir à Grenoble, où il refta deux ans. C'eſt à cette
trop grande application pour une étude auffi abftraite
qu'il faut attribuer en partie l'affoibliffement
de fes yeux. Il acheta en 1690. la charge
de Premier Prefident de la Chambre des Comptes,
qu'avoit occupé auparavant le celebre M. de Boif
hieu
978 MERCURE DE FRANCE
fieu , Auteur très-connu & très- verfé , principalement
dans les matieres d'Hiſtoire & de Jurifprudence
qui concernent le Dauphiné. L'accident
qui arriva quelques années après à M. de Valbonnays
, par l'extinction entiere de fa vûë , le
détermina à abandonner les Mathématiques , aufquelles
il ne pouvoit plus vacquer , & il fe livra
tout entier aux mêmes recherches par lefquelles
M. de Boiffieu s'étoit diftingué. C'eſt à ces Re--
cherches que nous devons les curieux Memoirespour
fervir à PHiftoire de Dauphiné , fous les
Dauphins de la Maifon de la Tour du Pin , qui
parurent la premiere fois en 1711.in. folio , &
furent réimprimez en 1722. en deux volumes
auffi in folio ; un autre Memoire pour établir la
Jurifdiction du Parlement & de la Chambre des
Comptes de la même Province fur la Principauté
d'Orange , avec les Preuves en 1714. Plufieurs .
Diflertations fur differens fujets d'antiquité , répandus
dans les Journaux de Trévoux , les Nouvelles
Litteraires & autres Ouvrages Périodiques ,
telles que font celles fur le Concile d'Epone , fur
Raimond du Puy , fur l'Arc de Triomphe d'O--
range , des Infcriptions de Lyon & de Ventavon,
le Sabat des Juifs , des Explications , des Paffages
d'anciens Auteurs , &c. Il avoit été admis dans
l'Académie de Lyon dès les commencemens de
fon inftitution ; mais ce qui l'a plus flatté , ce fut
la diftinction finguliere avec laquelle il fut nommé
en 1728. Académicien Correſpondant hono- :
raire de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , avec cette claufe particuliere que
cet exemple extraordinaire ne pourroit tirer
à conféquence. Il tenoit chez lui régulierement
deux fois la femaine des Conferences fur l'Hiftoi
re & la Litterature , & des Concerts , où tout ce
qu'il y avoit de perſonnes diftinguées à Grenoble,
Le
¥
MAY.
1730.
979
гов
liux
11-
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Je
☛78 MERCURE DE FRANCE
Gew
mais
MAY. 1730. 979
fe faifoient un plaifir d'affifter. Il a donné par fon
Teftament de grandes marques de pieté & de liberalité
, foit envers les Hôpitaux de cette Ville ,
foit envers ceux qui lui étoient attachez . Il eſt
mort d'une rétention d'urine & a été enterré aux
Minimes de la Plaine. Il a laiffé pour fon principal
heritier M. Bailly , fon neveu , Confeiller
au Parlement , qu'il avoit fait recevoir dés 1728.
en furvivance de fa Charge de Premier Prefident
de la Chambre des Comptes.
Valbonnays , Seigneur de Peyre , S. Jean d'Autaveon
, &c. Premier Prefident de la Chambre des
Comptes de Dauphiné , & Académicien Correrpondant
honoraire de l'Académie Royale des Infcriptions
& Belles- Lettres , mourut à Grenoble le
2. Mars 1730. dans fa 79e année , étant né le
23. Juin 1651. fes qualitez du coeur & de l'efprit,
fon amour pour les Lettres , l'application continuelle
qu'il avoit donnée pendant toute la vie à
P'étude , même depuis qu'il avoit eu le malheur.
de perdre la vue , & les differens Ouvrages qu'il a
compofez
M A Y. 1730 . 977
compofez, lui avoient acquis une très - grande réputation.
Après avoir fait fes premieres études à
Notre-Dame de Grace en Forêt , où les PP. de
l'Oratoire ont un College , & y avoir foutenu des
Thefes generales de Philofophie à l'âge de 14.
ans, fes parens défererent à la paffion extrême qu'il
témoignoit de voyager , & l'envoyerent en Italie.
Malgré fa grande jeuneffe il voyagea en curieux
intelligent , à qui rien qui fût digne d'attention
n'échappoit. Il féjourna fix mois à Rome , & ce
féjour fuffit à peine pour remplir l'envie de voir
tout ce que cette Ville à de beau , & de s'y inftruire.
Il fut arrêté plus long-temps à Venife ,
parce que M. de S. André , premier Prefident du
Parlement de Grenoble , alors Ambaffadeur de
France auprès de la République de Venife , l'y
retint. Ce voyage ne fit qu'augmenter le gout
qu'il avoit de parcourir les Etats voisins . Sans
confulter fes parens , il s'échappa & paffa en Hollande
& de-là en Angleterre. Il ſe trouva au
Combat Naval qui fe donna entre les Flottes
d'Angleterre & de Hollande au mois de Juin
1672. Après ce petit effai qu'il voulut faire de la
guerre , il revint à Paris , y étudia en Droit & y
prit fes degrez. Mais l'étude des Mathématiques
prit facilement le deffus fur celle des Loix. Il en
prenoit des leçons affiduement de M. Ozanam
& lorfque,de retour en Dauphiné, il eut fuccedé à
M. fon pere dans fa Charge de Confeiller au Parlement
, il conferva tant de paffion pour cette
Science , qu'il engagea le même M. Ozanam , de
venir à Grenoble, où il refta deux ans. C'eſt à cette
trop grande application pour une étude auffi abftraite
qu'il faut attribuer en partie l'affoibliffement
de fes yeux. Il acheta en 1690. la charge
de Premier Prefident de la Chambre des Comptes,
qu'avoit occupé auparavant le celebre M. de Boif
hieu
978 MERCURE DE FRANCE
fieu , Auteur très-connu & très- verfé , principalement
dans les matieres d'Hiſtoire & de Jurifprudence
qui concernent le Dauphiné. L'accident
qui arriva quelques années après à M. de Valbonnays
, par l'extinction entiere de fa vûë , le
détermina à abandonner les Mathématiques , aufquelles
il ne pouvoit plus vacquer , & il fe livra
tout entier aux mêmes recherches par lefquelles
M. de Boiffieu s'étoit diftingué. C'eſt à ces Re--
cherches que nous devons les curieux Memoirespour
fervir à PHiftoire de Dauphiné , fous les
Dauphins de la Maifon de la Tour du Pin , qui
parurent la premiere fois en 1711.in. folio , &
furent réimprimez en 1722. en deux volumes
auffi in folio ; un autre Memoire pour établir la
Jurifdiction du Parlement & de la Chambre des
Comptes de la même Province fur la Principauté
d'Orange , avec les Preuves en 1714. Plufieurs .
Diflertations fur differens fujets d'antiquité , répandus
dans les Journaux de Trévoux , les Nouvelles
Litteraires & autres Ouvrages Périodiques ,
telles que font celles fur le Concile d'Epone , fur
Raimond du Puy , fur l'Arc de Triomphe d'O--
range , des Infcriptions de Lyon & de Ventavon,
le Sabat des Juifs , des Explications , des Paffages
d'anciens Auteurs , &c. Il avoit été admis dans
l'Académie de Lyon dès les commencemens de
fon inftitution ; mais ce qui l'a plus flatté , ce fut
la diftinction finguliere avec laquelle il fut nommé
en 1728. Académicien Correſpondant hono- :
raire de l'Académie Royale des Infcriptions &
Belles - Lettres , avec cette claufe particuliere que
cet exemple extraordinaire ne pourroit tirer
à conféquence. Il tenoit chez lui régulierement
deux fois la femaine des Conferences fur l'Hiftoi
re & la Litterature , & des Concerts , où tout ce
qu'il y avoit de perſonnes diftinguées à Grenoble,
Le
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1730.
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☛78 MERCURE DE FRANCE
Gew
mais
MAY. 1730. 979
fe faifoient un plaifir d'affifter. Il a donné par fon
Teftament de grandes marques de pieté & de liberalité
, foit envers les Hôpitaux de cette Ville ,
foit envers ceux qui lui étoient attachez . Il eſt
mort d'une rétention d'urine & a été enterré aux
Minimes de la Plaine. Il a laiffé pour fon principal
heritier M. Bailly , fon neveu , Confeiller
au Parlement , qu'il avoit fait recevoir dés 1728.
en furvivance de fa Charge de Premier Prefident
de la Chambre des Comptes.
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Résumé : Mort de M. de Valbonnays, sçavant, &c. [titre d'après la table]
Jean-Pierre Moret de Bourchenu, Marquis de Valbonnays, naquit le 23 juin 1651 et décéda à Grenoble le 2 mars 1730 à l'âge de 79 ans. Il fut Premier Président de la Chambre des Comptes de Dauphiné et Académicien Correspondant honoraire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres. Sa réputation reposait sur ses qualités de cœur et d'esprit, ainsi que sur son amour pour les lettres et son dévouement à l'étude, même après avoir perdu la vue. Après des études initiales à Notre-Dame de Grâce en Forêt, où il soutint des thèses de philosophie à 14 ans, ses parents l'envoyèrent en Italie. Il séjourna à Rome et Venise, puis visita la Hollande et l'Angleterre, participant au combat naval entre les flottes d'Angleterre et de Hollande en juin 1672. De retour à Paris, il étudia le droit et se consacra principalement aux mathématiques sous la tutelle de M. Ozanam. En Dauphiné, il succéda à son père comme Conseiller au Parlement et continua ses études mathématiques, invitant même M. Ozanam à Grenoble. En 1690, il acheta la charge de Premier Président de la Chambre des Comptes, précédemment occupée par M. de Boiffieu. Après avoir perdu la vue, il se consacra à l'histoire et à la jurisprudence du Dauphiné, publiant des mémoires sur l'histoire des Dauphins de la Maison de la Tour du Pin et sur la juridiction du Parlement et de la Chambre des Comptes sur la Principauté d'Orange. Il contribua également à divers journaux et ouvrages périodiques avec des dissertations sur des sujets d'antiquité. Il fut admis à l'Académie de Lyon et nommé Académicien Correspondant honoraire de l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres en 1728. Il organisait régulièrement des conférences sur l'histoire et la littérature, ainsi que des concerts chez lui. Il légua des marques de piété et de libéralité aux hôpitaux de Grenoble et à ses proches. Il mourut d'une rétention d'urine et fut enterré aux Minimes de la Plaine. Son principal héritier fut son neveu, M. Bailly, Conseiller au Parlement, qu'il avait fait recevoir en survivance de sa charge.
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5226
p. 979
« Le sieur Lescure, Chirurgien des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne, seconde Douairiere, [...] »
Début :
Le sieur Lescure, Chirurgien des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne, seconde Douairiere, [...]
Mots clefs :
Remède, Chirurgien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le sieur Lescure, Chirurgien des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne, seconde Douairiere, [...] »
Le fieur Lefcure , Chirurgien des Gardes du
Corps de la Reine d'Efpagne, feconde Douairiere,
poffede un Remede en forme de Sel 'Specifique
pour la guérifon de l'Epilepfie ou Mal Caduc ,
vapeurs fimples ou convulfives , vertiges & étourdiffemens,
Palpitation , Paralifie , Tremblement &
foibleffe de Nerfs ; il est très -fouverain en general
dans toutes les Maladies qui attaquent le genre
nerveux ; il en a fait un grand nombre d'experiences
fous les yeux de plufieurs celebres Medecins
de la Faculté de Paris , qui lui ont mérité
leurs Approbations & le Privilege de Sa Majefté.
Son Remede eft très - aifé à prendre , il conferve
toûjours fa vertu , & peut fe tranfporter par tout
fans fouffrir la moindre alteration ; il donne un
Imprimé pour la maniere de s'en fervir & tout
ce qu'il faut obferver .
Le fieur Lefcure demeure rue du Jour , à
Image S. Louis , proche le grand Portailfaint
Euftache , à Paris.
Corps de la Reine d'Efpagne, feconde Douairiere,
poffede un Remede en forme de Sel 'Specifique
pour la guérifon de l'Epilepfie ou Mal Caduc ,
vapeurs fimples ou convulfives , vertiges & étourdiffemens,
Palpitation , Paralifie , Tremblement &
foibleffe de Nerfs ; il est très -fouverain en general
dans toutes les Maladies qui attaquent le genre
nerveux ; il en a fait un grand nombre d'experiences
fous les yeux de plufieurs celebres Medecins
de la Faculté de Paris , qui lui ont mérité
leurs Approbations & le Privilege de Sa Majefté.
Son Remede eft très - aifé à prendre , il conferve
toûjours fa vertu , & peut fe tranfporter par tout
fans fouffrir la moindre alteration ; il donne un
Imprimé pour la maniere de s'en fervir & tout
ce qu'il faut obferver .
Le fieur Lefcure demeure rue du Jour , à
Image S. Louis , proche le grand Portailfaint
Euftache , à Paris.
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Résumé : « Le sieur Lescure, Chirurgien des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne, seconde Douairiere, [...] »
Le chirurgien Lefcure, des Gardes du Corps de la Reine d'Espagne, a développé un sel pour traiter l'épilepsie, les vertiges, les palpitations, la paralysie et d'autres affections nerveuses. Approuvé par des médecins de la Faculté de Paris et bénéficiant d'un privilège royal, ce remède est facile à administrer et conserve ses propriétés. Lefcure réside rue du Jour, à l'Image Saint-Louis, près du portail Saint-Eustache, à Paris.
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5227
p. 979-981
COUPLETS.
Début :
Vous êtes ma belle Amourette ; [...]
Mots clefs :
Amour, Amourette, Dieu
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : COUPLETS.
COUPLETS.
Vous êtes ma belle Amourette ;
J'ai tout quitté pour être à vous.
Je
980 MERCURE DE FRANCE
Je fouffre , mais je ſuis jaloux ,
Du mal que vous me faites.
Un jour fi vous m'aimez , Lifette
Mon mal deviendra doux.
Rifquez une tendre avanture ;
L'Amour est un fi doux vainqueur ! .
Vous feule ignorez le bonheur ,
De toute la Nature.
De ce Dieu voyez la Peinture
Et plaignez votre erreur.
Un charme fecret le fait naître
Un tendre defir le retient ;
L'eſpoir l'anime & l'entretient ;
Les faveurs le font croître.
· Voila l'Amour tel qu'il doit être
Si mon coeur vous obtient.
Seul on fe plaît dans un Bocage ,
Le tendre Amour aime à rêver.
Un mal qu'on fent fait foupirer ,
Il enchante , il engage.
Il eft charmant quand fous l'ombrage ,
Deux coeurs vont l'éprouver.
Je crois tout voir dans ma Climene ;
Pour le refte je fuis fans yeux.
MAY. 981 1730.
Je croi tout avoir dans les lieux ,
Où l'Amour me l'amene.
Je ne quitterois pas ma chaîne ,
Pour être au rang des Dieux.
Vous êtes ma belle Amourette ;
J'ai tout quitté pour être à vous.
Je
980 MERCURE DE FRANCE
Je fouffre , mais je ſuis jaloux ,
Du mal que vous me faites.
Un jour fi vous m'aimez , Lifette
Mon mal deviendra doux.
Rifquez une tendre avanture ;
L'Amour est un fi doux vainqueur ! .
Vous feule ignorez le bonheur ,
De toute la Nature.
De ce Dieu voyez la Peinture
Et plaignez votre erreur.
Un charme fecret le fait naître
Un tendre defir le retient ;
L'eſpoir l'anime & l'entretient ;
Les faveurs le font croître.
· Voila l'Amour tel qu'il doit être
Si mon coeur vous obtient.
Seul on fe plaît dans un Bocage ,
Le tendre Amour aime à rêver.
Un mal qu'on fent fait foupirer ,
Il enchante , il engage.
Il eft charmant quand fous l'ombrage ,
Deux coeurs vont l'éprouver.
Je crois tout voir dans ma Climene ;
Pour le refte je fuis fans yeux.
MAY. 981 1730.
Je croi tout avoir dans les lieux ,
Où l'Amour me l'amene.
Je ne quitterois pas ma chaîne ,
Pour être au rang des Dieux.
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Résumé : COUPLETS.
Le texte est un recueil de couplets lyriques exprimant des sentiments amoureux envers Amourette. Le locuteur déclare sa jalousie et sa douleur face à un amour non réciproque, espérant que son mal deviendra doux si Amourette l'aime en retour. Il décrit l'amour comme un bonheur ignoré par Amourette et espère obtenir son cœur. Il exprime également sa dévotion envers Climène, préférant sa condition amoureuse à celle des dieux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5228
p. 981-991
Comédie du Muet, [titre d'après la table]
Début :
Le 18. Avril, les Comédiens François remirent au Théatre Le Muet, Comédie [...]
Mots clefs :
Théâtre, Muet, Comtesse, Chevalier, Baron, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Comédie du Muet, [titre d'après la table]
E 18. Avril , les Comédiens François
remirent au Théatre Le Muet , Comédie
en cinq Actes & en Profe, attribuée
à M. de Palaprat ; nous diſons attribuée ,
parcequ'il convient tout au moins luimême
dans fa Préface de n'y avoir travaillé
qu'en fecond ; voici fes propres termes
: J'avoue que j'ai toujours eu pour cette
Comédie un veritable foible d'Auteur , auffi
grand que fije l'avois faite tout feul ; il ajoute
un peu plus bas , en parlant de Terence
: en lifant & en relifant fon Eunuque
avec mon cher affocié , nous nous trouvâmes
tous deux une égale envie d'accommoder
cette
Piéce à nos moeurs. Il avoue que le Titre
les embaraffat également
, & qu'ils 'convinrent
qu'il ne feroit pas fouffert ſur
notre Théatre ; il fallut donc en fubftituer
un autre qui eft celui du Muet ; M.
de Palaprat fe felicite de l'avoir imaginés
il est vrai qu'il s'en applaudit avec affez
de modeftie , on en peut juger par ces
mots :
982 MERCURE DE FRANCE
A
mots peut- être que fi j'avois pû retenir
qualque-tems la joye que je fentis d'avoir
falt cette découverte , quelque chofe de meilleur
auroit été inventé par mon camarade:
Jufques là , il paroît qu'il n'y avoit que
le titre qui embaraflat nos deux Auteurs;
mais les deffauts nombreux que l'Auteur
de la Préface en queftion remarque dans
l'original de cette Piéce , ne s'accordent
pas avec l'égale envie que font cher aſſocié
& lui eurent de l'accommoder à nos mærs.
Ce n'eft pas à nous de foufcrire au Procès
qu'ils font à un Auteur auffi refpectable
que Terence , procès qui ne laiffe pas
tre adouci par cette espece de réparation :
ce n'eft pas à Terence que je reproche ce deffaut
, c'est à fon fiecle .
d'ê-
Il est vrai que dans un fiecle tel que
le nôtre , où le Théatre eft fi épuré , on
n'auroit pas
beau jeu de mettre des Courtifannes
fur la Scene , comme la Thaïs
de l'Eunuque de Terence ; les Capitans rodomonts
& les Parafites en font également
bannis; une Efclave féduite par un préten
du Eunuque choqueroit les plus débauchés.
Ce font pourtant là les principaux
perfonnages de la Comédie d'après laquelle
a été faite celle du Muet , qu'eft- ce donc
qui a pû déterminer les deux Auteurs.
affociés à la mettre au Théatre rien n'a
pû les y porter que le noeud qui confifte
dansMAY.
1730. 983
dans une fuppofition de perfonnes . Revenons
au titre de Muet dont l'inventeur
tire tant de gloire dans la copie d'un original
fi contraire à nos moeurs. Ce font
des reflexions qu'on nous a communiquées
pour en faire part au Public.
Dans la feconde Scene du premier Acte
Frontin , Valet de Timante , qui tient lieu
du Phedre de l'Eunuque ; mais d'une maniere
accommodée à nos moeurs , dreffe
un vieux Ecumeur de mer à faire le perfonnage
de Muet , & lui trouve fi peu de
difpofition à s'en bien acquiter , qu'il devroit
le défier du fuccès. Il n'a pas expofé
dans la premiere Scene ce qui peut
avoir donné lieu à ce préfent fingulier
que 'Timante veut faire à la Comteffe.
Voici tout ce qu'il en dit , parlant à Simon
( c'eſt le nom du vieux Forban ) Et
ne t'aije pas dit que Timante s'eft mis en
tête d'avoir un Muet ? qu'il y a huit jours
que j'en cherchois un ? que , n'en trouvant
point , je me fuis avifé de me fervir de toi
à caufe que tu es nouveau débarqué de Sicile
, & que perfonne ne te connoît encore dans
Naples ? qu'enfin par fon ordre je t'ai fait
faire l'habit que tu portes ? Mais dans tout
cela il n'eft point parlé de la fingularité
du préfent , & ce ne fera qu'au fecond
Acte que les fpectateurs en feront inftruits
par ces paroles de Marine , Suivante de
la
984 7
·
que
MERCURE DE FRANCE
la Comteffe Bizarrerie, Ma Maitreffe
vent toûjours avoir dans fon Equipage quelque
chofe de fingulier ; elle eut d'abord un
More ; dès qu'elle vit qu'ils devenoient trop
communs , & la vanité d'en avoir avoit
paffe jufqu'aux Bourgeoises , elle n'en voulut
plus , & prit un petit Turc ; d'autres en
eurent , elle le quitta , préfentement elle s'eft
avifée d'avoir un muet à cause que perfonne
ne s'en fert. Voilà donc un titre de Comédie
fondé fur un perfonnage de nouvelle
fabrique
.
On pafferoit cette fingularité à M. Palaprat
, s'il en avoit fait tout l'ufage qu'il
femble promettre dans fa Préface . Voici
comme il s'explique : Cette idée me rit ; il
me fembloit qu'une jeune femme du monde
qui voudroit être fervie par un domestique
muet fourniroit des traits dans nos moeurs
& qu'un jeune homme éperduement amoureux
, obligé de faire le muet pour obtenirfa
Maitreffe , & de parler en même-tems pour
pas perdre , fe trouveroit dans des fituations
àfaire plaifir. La premiere de ces
deux Hypotheſes n'a pas lieu dans la Piéce
, & la Comteffe n'eft pas dans le cas
de fe faire fervir par des muets , c'est tout
ce qu'auroit pû faire la Thaïs de Terence.
ne
la
Voici une derniere remarque qu'on a
faite fur le Muet en queftion . Timante
pouvoit avoir promis ce préfent à la Comtelle
MAY , 1730. 985
teffe avant qu'il la crût infidele ; mais il
eft brouillé avec elle par la concurrence
d'un Rival qu'il croit qu'on lui préfere.
Frontin qui fouhaite qu'il ne la voye plus,
de peur qu'il ne foit desherité par fon
pere ,
devroit-il s'attacher à faire étudier
à Simon le Rôle de Muet ? il devroit au
moins remettre l'Ecole à une autre fois ;
& ce Muet eft fi peu de faifon , que ce
n'eft qu'à la fin du premier Acte que Timante
en parle à Frontin un peu plus fericufement,
Mais à propos , lui dit Frontin
, vous ne me dites pas ce que vous voulez
faire de ce muet que je vous ai arrêté ?
Voici la réponse de Timante : Je ne m'en
fuis pas fouvenu quand il en étoit tems ; ce
foir tu le meneras où je te dirai. Il eft vrai
qu'il lui a dit à la troifiéme Scene comme
par maniere d'acquit : Voila donc ce muet
dont tu m'as parlé. Il n'eft brouillé avec la
Comteffe que depuis un jour ; il y en a
huit qu'il a ordonné l'achat d'un muet ,
pourquoi ne s'eft- il pas fouvenu de l'envoyer
àfa Maitreffe quand il en étoit tems,
comme il vient de l'avouer ?
A ces petits inconveniens près , la
Piéce ne dément pas la réputation qué fes
deux Auteurs fe font acquife. En voici le
plan.
Le Baron d'Ortigni , pere de Timante &
du Chevalier , irrité contre ce premier
par
986 MERCURE DE FRANCE
par le refus qu'il a fait de la fille du Marquis
de Sarian , le veut desheriter & faire
époufer cette fille au Chevalier fon cadet,
c'est ce qui oblige Frontin à employer le
talent de tromper dont la nature Pa pourvû
; il fait tout ce qu'il peut pour détourner
Timante fon Maître de l'amour
qu'il a pour la Comteffe , amour qui lui
va coûter les grands biens que fou droit
d'aîneffe lui fait efperer. Ce Valet fidele
ne pouvant arracher du coeur de fon Maître
une paffion' fi nuifible , a recours à la
fourberie pour rendre du moins le Chevalier
auffi rebelle à fon pére que fon aîné
; le hazard y a déja travaillé. Le Chevalier
devenu amoureux d'une inconnue,
ne fe refufe pas ouvertement au projet
avantageux que fon formé pour
pere a
lui, mais il s'y dérobe , autant qu'il lui eft
poffible, par des défaites ou par des fuites
qui font un jeu théatral . L'inconnuë dont
il est devenu amoureux eft une Esclave
que
appellée Zaide , la Comteffe a connue
autrefois , & pour qui elle a pris
beaucoup d'amitié . La Comteffe en raconte
l'Hiftoire dès le premier Acte ; elle
a prié un Capitaine de Vaiffeau , Patron
de cette belle Efclave , de lui en faire préfent
; ce Capitaine lui a promis de l'envoyer
chez elle. Dans le tems qu'on la
conduit chez la Comteffe , le Chevalier
qui
MAY. 1730. 987
qui l'a déja vûë , la cherche avec empreffement
; un vieux oncle qui l'a arrêté en
chemin l'a empêché de la fuivre : il rencontre
Frontin à qui il en demande des
nouvelles ; quoiqu'il ne dife rien qui puiffe
défigner Zaïde , Frontin ne laiffe pas de
penetrer que ce nouvel objet de fon empreffement
eft cette même Efclave qu'on
vient d'introduire chez la Comteffe ; il
s'offre à favorifer l'amour du Chevalier
pour le rendre auffi coupable que fon
frere aîné aux yeux du Baron fon pere ; il
lui dit que fon aimable inconnue eft chez
la Comteffe ; il lui fait prendre les habits
du faux Muet que Timante envoye à cette
heure même à fa chere Comteffe ; il lui recommande
de bien faire le perfonnage de
Muet; le Chevalier lui promet tout , & va
prendre le nouvel habit fous lequel il doit
voir fa charmante inconnuë. Dans une autre
Scene du même Acte , Frontin parle ainſi
au Chevalier : Ce n'est pas tout ; depuis que
je me fuis avifé de vous faire muet , il m'est
venu dans l'efprit de me fervir de votre
muetifme , pour obliger votre pere à confentir
que vous époufiez Zaide . Ce ftratagême eft
fondé fur la credulité du Baron & fur
fon foible pour les forrileges.
Dans le troifiéme Acte , Frontin pour
mieux tromper le Baron , lui vient appren
dre
988 MERCURE DE FRANCE
dre que ce cher fils le Chevalier dont la
difparition l'allarme fi fort , n'a pas échapé
aux foins qu'il a pris de le chercher ,
& lui avoue ingénument , qu'après bien
des recherches il l'a enfin trouvé chez
la Comteffe , habillé d'une maniere extravagante
, éperduëment amoureux d'une
jeune Efclave , & fi amoureux qu'il en eft
devenu muet ; le crédule & fuperftitieux
Baron ne doute point qu'on n'ait jetté un
fort fur fon fils . Frontin contrefaifant toujours
le bon Valet , lui dit que cela pourroit
bien être , ou du moins que l'excès
de l'amour du Chevalier auroit bien pû
faire ce grand dérangement dans fon cerveau
; il lui confeille de confulter làdeffus
un celebre Medecin qui eft arrivé
depuis peu , & qu'il a connu autrefois ;
le Baron donne fans peine dans le panneau
. Frontin s'habille en Medecin , & lui
fait connoître que fon fils le Chevalier
étant devenu muet par un excès d'amour,
ne peut recouvrer la parole qu'en époufant
celle qui l'a mis dans un état fi déplorable.
Voilà precifément jufqu'où l'action
eft parvenuë vers la fin du troifiéme
Acte , auffi l'a - t'on trouvée un peu trop
avancée ; en effet, que refte-t'il pour remplir
les deux derniers Actes ? le voici en
peu
de mots ,
La
M A Y. 1730. 989
›
La Comteffe trouve le prétendu Muet
aux pieds de Marine , fa Suivante , pour
la remercier des bons offices qu'elle lui
promet de lui rendre dans fon amour ;
Zaïde eft préfente : Que vois-je ? dit - elle ,
Zaide en larmes; Marine effrayée ; le Muet
àfes pieds ; je n'en dois plus douter. Rentrez,
Marinesfaitesfigne à ce garçon de vous
fuivre; Zaide, demeurez avec moi . La Comteffe
dans une Scene qu'elle a avec Zaïde ,
ne peut lui arracher fon fecret , malgré
toutes les démonftrations d'amitié qu'elle
lui fait . Timante vient ; elle fe plaint à
lui du préfent dangereux qu'il lui a fait
de l'Esclave qu'elle vient de trouver aux
pieds de Marine & qui n'eft que trop
aimable aux yeux de Zaïde . Timante ne
comprend rien à tout cela : l'Efclave qu'il
á envoyé à la Comteffe ne reffemble nullement
au portrait avantageux que laComteffe
en fait. Frontin arrive : Timante l'in
terroge fur l'Esclave en queftion ; Frontin
foutient qu'il n'en a point envoyé d'autre
à la Comteffe que celui qu'il a acheté
fon ordre , & qu'il lui a montré ; mais par
malheur pour lui le premier Muet vient
pour quelque raifon que l'on n'explique
point ; c'eft apparemment pour demander
quelque argent que Frontin lui a promis
. Frontin ne fe deferre point ; & comme
il a le menfonge en main , il dit à fon
G Maître
;
par
990 MERCURE DE FRANCE
Maître , qu'ayant trouvé un Muet plus
joli que celui qu'il lui avoit d'abord fait
voir , il a crû qu'il feroit beaucoup plus
de plaifir à la Comteffe , en le troquant
contre ce vilain & vieux coquin . Ce dernier
étouffe de colere , & veut parler ;
Frontin lui coupe la parole , & dit à Timante
qu'il demande quelque argent ;
Timante pour l'appaifer donne dix piftoles
; Frontin en retient cinq ; cette friponnerie
gâte tout , & rend la parole au
Muet : Monfieur , dit- il à Timante , il en
retient la moitié.
Il eft tems de finir cette Differtation ,
Le Baron confent à donner Zaïde toute
Efclave,ou du moins toute inconuë qu'elle
eft à fon fils le Chevalier , ce qui prouve
que les deux derniers Actes font fuper-
Aus ,
, quoiqu'ils ne laiffent pas d'être remplis
de Scenes très - comiques. Les Auteurs
pouvoient même fe paffer de faire un dénouement
à la façon de Terence : le voici;
Simon qui a fait le premier perfonnage
de Muet eft reconnu par le Capitaine de
Vaiffeau pour Griffon le Sicilien , frere de
la nourrice de Zaïde ; une chaîne d'or
que ce même Griffon avoit donnée à
Frontin pour la vendre , eft reconnuë par
le Marquis de Sardan . Ah ! Zaïde , s'écrie
t'il vous êtes ma fille. Ce que Monfieur le
Capitaine me dit , le tems de votre prife ,
la
MAY. 1730. 991
la nourrice Espagnole , Griffon que voilà
cette chaine que je reconnois , tout me le confirme
, & plus que tout encore les fecrets
mouvemens de la nature qui s'élevent dans
mon coeur. Zaide vous êtes ma fille . Après
cette reconnoiffance , la Piéce fe dénoue
d'elle-même ; Timante prie fon pere de
vouloir le rendre heureux dans un jour
où tout le monde l'eft ; le Baron confent
à tout ; Timante & le Chevalier épouſent
ce qu'ils aiment. On pardonne à Frontin ,
& on lui accorde Marine qu'il demande
pour prix de fes heureufes fourberies.
remirent au Théatre Le Muet , Comédie
en cinq Actes & en Profe, attribuée
à M. de Palaprat ; nous diſons attribuée ,
parcequ'il convient tout au moins luimême
dans fa Préface de n'y avoir travaillé
qu'en fecond ; voici fes propres termes
: J'avoue que j'ai toujours eu pour cette
Comédie un veritable foible d'Auteur , auffi
grand que fije l'avois faite tout feul ; il ajoute
un peu plus bas , en parlant de Terence
: en lifant & en relifant fon Eunuque
avec mon cher affocié , nous nous trouvâmes
tous deux une égale envie d'accommoder
cette
Piéce à nos moeurs. Il avoue que le Titre
les embaraffat également
, & qu'ils 'convinrent
qu'il ne feroit pas fouffert ſur
notre Théatre ; il fallut donc en fubftituer
un autre qui eft celui du Muet ; M.
de Palaprat fe felicite de l'avoir imaginés
il est vrai qu'il s'en applaudit avec affez
de modeftie , on en peut juger par ces
mots :
982 MERCURE DE FRANCE
A
mots peut- être que fi j'avois pû retenir
qualque-tems la joye que je fentis d'avoir
falt cette découverte , quelque chofe de meilleur
auroit été inventé par mon camarade:
Jufques là , il paroît qu'il n'y avoit que
le titre qui embaraflat nos deux Auteurs;
mais les deffauts nombreux que l'Auteur
de la Préface en queftion remarque dans
l'original de cette Piéce , ne s'accordent
pas avec l'égale envie que font cher aſſocié
& lui eurent de l'accommoder à nos mærs.
Ce n'eft pas à nous de foufcrire au Procès
qu'ils font à un Auteur auffi refpectable
que Terence , procès qui ne laiffe pas
tre adouci par cette espece de réparation :
ce n'eft pas à Terence que je reproche ce deffaut
, c'est à fon fiecle .
d'ê-
Il est vrai que dans un fiecle tel que
le nôtre , où le Théatre eft fi épuré , on
n'auroit pas
beau jeu de mettre des Courtifannes
fur la Scene , comme la Thaïs
de l'Eunuque de Terence ; les Capitans rodomonts
& les Parafites en font également
bannis; une Efclave féduite par un préten
du Eunuque choqueroit les plus débauchés.
Ce font pourtant là les principaux
perfonnages de la Comédie d'après laquelle
a été faite celle du Muet , qu'eft- ce donc
qui a pû déterminer les deux Auteurs.
affociés à la mettre au Théatre rien n'a
pû les y porter que le noeud qui confifte
dansMAY.
1730. 983
dans une fuppofition de perfonnes . Revenons
au titre de Muet dont l'inventeur
tire tant de gloire dans la copie d'un original
fi contraire à nos moeurs. Ce font
des reflexions qu'on nous a communiquées
pour en faire part au Public.
Dans la feconde Scene du premier Acte
Frontin , Valet de Timante , qui tient lieu
du Phedre de l'Eunuque ; mais d'une maniere
accommodée à nos moeurs , dreffe
un vieux Ecumeur de mer à faire le perfonnage
de Muet , & lui trouve fi peu de
difpofition à s'en bien acquiter , qu'il devroit
le défier du fuccès. Il n'a pas expofé
dans la premiere Scene ce qui peut
avoir donné lieu à ce préfent fingulier
que 'Timante veut faire à la Comteffe.
Voici tout ce qu'il en dit , parlant à Simon
( c'eſt le nom du vieux Forban ) Et
ne t'aije pas dit que Timante s'eft mis en
tête d'avoir un Muet ? qu'il y a huit jours
que j'en cherchois un ? que , n'en trouvant
point , je me fuis avifé de me fervir de toi
à caufe que tu es nouveau débarqué de Sicile
, & que perfonne ne te connoît encore dans
Naples ? qu'enfin par fon ordre je t'ai fait
faire l'habit que tu portes ? Mais dans tout
cela il n'eft point parlé de la fingularité
du préfent , & ce ne fera qu'au fecond
Acte que les fpectateurs en feront inftruits
par ces paroles de Marine , Suivante de
la
984 7
·
que
MERCURE DE FRANCE
la Comteffe Bizarrerie, Ma Maitreffe
vent toûjours avoir dans fon Equipage quelque
chofe de fingulier ; elle eut d'abord un
More ; dès qu'elle vit qu'ils devenoient trop
communs , & la vanité d'en avoir avoit
paffe jufqu'aux Bourgeoises , elle n'en voulut
plus , & prit un petit Turc ; d'autres en
eurent , elle le quitta , préfentement elle s'eft
avifée d'avoir un muet à cause que perfonne
ne s'en fert. Voilà donc un titre de Comédie
fondé fur un perfonnage de nouvelle
fabrique
.
On pafferoit cette fingularité à M. Palaprat
, s'il en avoit fait tout l'ufage qu'il
femble promettre dans fa Préface . Voici
comme il s'explique : Cette idée me rit ; il
me fembloit qu'une jeune femme du monde
qui voudroit être fervie par un domestique
muet fourniroit des traits dans nos moeurs
& qu'un jeune homme éperduement amoureux
, obligé de faire le muet pour obtenirfa
Maitreffe , & de parler en même-tems pour
pas perdre , fe trouveroit dans des fituations
àfaire plaifir. La premiere de ces
deux Hypotheſes n'a pas lieu dans la Piéce
, & la Comteffe n'eft pas dans le cas
de fe faire fervir par des muets , c'est tout
ce qu'auroit pû faire la Thaïs de Terence.
ne
la
Voici une derniere remarque qu'on a
faite fur le Muet en queftion . Timante
pouvoit avoir promis ce préfent à la Comtelle
MAY , 1730. 985
teffe avant qu'il la crût infidele ; mais il
eft brouillé avec elle par la concurrence
d'un Rival qu'il croit qu'on lui préfere.
Frontin qui fouhaite qu'il ne la voye plus,
de peur qu'il ne foit desherité par fon
pere ,
devroit-il s'attacher à faire étudier
à Simon le Rôle de Muet ? il devroit au
moins remettre l'Ecole à une autre fois ;
& ce Muet eft fi peu de faifon , que ce
n'eft qu'à la fin du premier Acte que Timante
en parle à Frontin un peu plus fericufement,
Mais à propos , lui dit Frontin
, vous ne me dites pas ce que vous voulez
faire de ce muet que je vous ai arrêté ?
Voici la réponse de Timante : Je ne m'en
fuis pas fouvenu quand il en étoit tems ; ce
foir tu le meneras où je te dirai. Il eft vrai
qu'il lui a dit à la troifiéme Scene comme
par maniere d'acquit : Voila donc ce muet
dont tu m'as parlé. Il n'eft brouillé avec la
Comteffe que depuis un jour ; il y en a
huit qu'il a ordonné l'achat d'un muet ,
pourquoi ne s'eft- il pas fouvenu de l'envoyer
àfa Maitreffe quand il en étoit tems,
comme il vient de l'avouer ?
A ces petits inconveniens près , la
Piéce ne dément pas la réputation qué fes
deux Auteurs fe font acquife. En voici le
plan.
Le Baron d'Ortigni , pere de Timante &
du Chevalier , irrité contre ce premier
par
986 MERCURE DE FRANCE
par le refus qu'il a fait de la fille du Marquis
de Sarian , le veut desheriter & faire
époufer cette fille au Chevalier fon cadet,
c'est ce qui oblige Frontin à employer le
talent de tromper dont la nature Pa pourvû
; il fait tout ce qu'il peut pour détourner
Timante fon Maître de l'amour
qu'il a pour la Comteffe , amour qui lui
va coûter les grands biens que fou droit
d'aîneffe lui fait efperer. Ce Valet fidele
ne pouvant arracher du coeur de fon Maître
une paffion' fi nuifible , a recours à la
fourberie pour rendre du moins le Chevalier
auffi rebelle à fon pére que fon aîné
; le hazard y a déja travaillé. Le Chevalier
devenu amoureux d'une inconnue,
ne fe refufe pas ouvertement au projet
avantageux que fon formé pour
pere a
lui, mais il s'y dérobe , autant qu'il lui eft
poffible, par des défaites ou par des fuites
qui font un jeu théatral . L'inconnuë dont
il est devenu amoureux eft une Esclave
que
appellée Zaide , la Comteffe a connue
autrefois , & pour qui elle a pris
beaucoup d'amitié . La Comteffe en raconte
l'Hiftoire dès le premier Acte ; elle
a prié un Capitaine de Vaiffeau , Patron
de cette belle Efclave , de lui en faire préfent
; ce Capitaine lui a promis de l'envoyer
chez elle. Dans le tems qu'on la
conduit chez la Comteffe , le Chevalier
qui
MAY. 1730. 987
qui l'a déja vûë , la cherche avec empreffement
; un vieux oncle qui l'a arrêté en
chemin l'a empêché de la fuivre : il rencontre
Frontin à qui il en demande des
nouvelles ; quoiqu'il ne dife rien qui puiffe
défigner Zaïde , Frontin ne laiffe pas de
penetrer que ce nouvel objet de fon empreffement
eft cette même Efclave qu'on
vient d'introduire chez la Comteffe ; il
s'offre à favorifer l'amour du Chevalier
pour le rendre auffi coupable que fon
frere aîné aux yeux du Baron fon pere ; il
lui dit que fon aimable inconnue eft chez
la Comteffe ; il lui fait prendre les habits
du faux Muet que Timante envoye à cette
heure même à fa chere Comteffe ; il lui recommande
de bien faire le perfonnage de
Muet; le Chevalier lui promet tout , & va
prendre le nouvel habit fous lequel il doit
voir fa charmante inconnuë. Dans une autre
Scene du même Acte , Frontin parle ainſi
au Chevalier : Ce n'est pas tout ; depuis que
je me fuis avifé de vous faire muet , il m'est
venu dans l'efprit de me fervir de votre
muetifme , pour obliger votre pere à confentir
que vous époufiez Zaide . Ce ftratagême eft
fondé fur la credulité du Baron & fur
fon foible pour les forrileges.
Dans le troifiéme Acte , Frontin pour
mieux tromper le Baron , lui vient appren
dre
988 MERCURE DE FRANCE
dre que ce cher fils le Chevalier dont la
difparition l'allarme fi fort , n'a pas échapé
aux foins qu'il a pris de le chercher ,
& lui avoue ingénument , qu'après bien
des recherches il l'a enfin trouvé chez
la Comteffe , habillé d'une maniere extravagante
, éperduëment amoureux d'une
jeune Efclave , & fi amoureux qu'il en eft
devenu muet ; le crédule & fuperftitieux
Baron ne doute point qu'on n'ait jetté un
fort fur fon fils . Frontin contrefaifant toujours
le bon Valet , lui dit que cela pourroit
bien être , ou du moins que l'excès
de l'amour du Chevalier auroit bien pû
faire ce grand dérangement dans fon cerveau
; il lui confeille de confulter làdeffus
un celebre Medecin qui eft arrivé
depuis peu , & qu'il a connu autrefois ;
le Baron donne fans peine dans le panneau
. Frontin s'habille en Medecin , & lui
fait connoître que fon fils le Chevalier
étant devenu muet par un excès d'amour,
ne peut recouvrer la parole qu'en époufant
celle qui l'a mis dans un état fi déplorable.
Voilà precifément jufqu'où l'action
eft parvenuë vers la fin du troifiéme
Acte , auffi l'a - t'on trouvée un peu trop
avancée ; en effet, que refte-t'il pour remplir
les deux derniers Actes ? le voici en
peu
de mots ,
La
M A Y. 1730. 989
›
La Comteffe trouve le prétendu Muet
aux pieds de Marine , fa Suivante , pour
la remercier des bons offices qu'elle lui
promet de lui rendre dans fon amour ;
Zaïde eft préfente : Que vois-je ? dit - elle ,
Zaide en larmes; Marine effrayée ; le Muet
àfes pieds ; je n'en dois plus douter. Rentrez,
Marinesfaitesfigne à ce garçon de vous
fuivre; Zaide, demeurez avec moi . La Comteffe
dans une Scene qu'elle a avec Zaïde ,
ne peut lui arracher fon fecret , malgré
toutes les démonftrations d'amitié qu'elle
lui fait . Timante vient ; elle fe plaint à
lui du préfent dangereux qu'il lui a fait
de l'Esclave qu'elle vient de trouver aux
pieds de Marine & qui n'eft que trop
aimable aux yeux de Zaïde . Timante ne
comprend rien à tout cela : l'Efclave qu'il
á envoyé à la Comteffe ne reffemble nullement
au portrait avantageux que laComteffe
en fait. Frontin arrive : Timante l'in
terroge fur l'Esclave en queftion ; Frontin
foutient qu'il n'en a point envoyé d'autre
à la Comteffe que celui qu'il a acheté
fon ordre , & qu'il lui a montré ; mais par
malheur pour lui le premier Muet vient
pour quelque raifon que l'on n'explique
point ; c'eft apparemment pour demander
quelque argent que Frontin lui a promis
. Frontin ne fe deferre point ; & comme
il a le menfonge en main , il dit à fon
G Maître
;
par
990 MERCURE DE FRANCE
Maître , qu'ayant trouvé un Muet plus
joli que celui qu'il lui avoit d'abord fait
voir , il a crû qu'il feroit beaucoup plus
de plaifir à la Comteffe , en le troquant
contre ce vilain & vieux coquin . Ce dernier
étouffe de colere , & veut parler ;
Frontin lui coupe la parole , & dit à Timante
qu'il demande quelque argent ;
Timante pour l'appaifer donne dix piftoles
; Frontin en retient cinq ; cette friponnerie
gâte tout , & rend la parole au
Muet : Monfieur , dit- il à Timante , il en
retient la moitié.
Il eft tems de finir cette Differtation ,
Le Baron confent à donner Zaïde toute
Efclave,ou du moins toute inconuë qu'elle
eft à fon fils le Chevalier , ce qui prouve
que les deux derniers Actes font fuper-
Aus ,
, quoiqu'ils ne laiffent pas d'être remplis
de Scenes très - comiques. Les Auteurs
pouvoient même fe paffer de faire un dénouement
à la façon de Terence : le voici;
Simon qui a fait le premier perfonnage
de Muet eft reconnu par le Capitaine de
Vaiffeau pour Griffon le Sicilien , frere de
la nourrice de Zaïde ; une chaîne d'or
que ce même Griffon avoit donnée à
Frontin pour la vendre , eft reconnuë par
le Marquis de Sardan . Ah ! Zaïde , s'écrie
t'il vous êtes ma fille. Ce que Monfieur le
Capitaine me dit , le tems de votre prife ,
la
MAY. 1730. 991
la nourrice Espagnole , Griffon que voilà
cette chaine que je reconnois , tout me le confirme
, & plus que tout encore les fecrets
mouvemens de la nature qui s'élevent dans
mon coeur. Zaide vous êtes ma fille . Après
cette reconnoiffance , la Piéce fe dénoue
d'elle-même ; Timante prie fon pere de
vouloir le rendre heureux dans un jour
où tout le monde l'eft ; le Baron confent
à tout ; Timante & le Chevalier épouſent
ce qu'ils aiment. On pardonne à Frontin ,
& on lui accorde Marine qu'il demande
pour prix de fes heureufes fourberies.
Fermer
Résumé : Comédie du Muet, [titre d'après la table]
Le 18 avril, les Comédiens Français ont présenté au Théâtre Le Muet une comédie en cinq actes et en prose, attribuée à M. de Palaprat. Palaprat a reconnu dans sa préface avoir collaboré avec Terence en adaptant l'Eunuque aux mœurs contemporaines. Le titre a été changé en Le Muet pour des raisons de censure théâtrale. La pièce met en scène des personnages et des situations adaptées aux mœurs du temps. L'intrigue principale suit Timante, fils du baron d'Ortigni, qui refuse d'épouser la fille du marquis de Sarian. Le baron menace de déshériter Timante au profit de son cadet, le chevalier. Frontin, valet de Timante, tente de manipuler les événements pour favoriser son maître et semer la discorde entre le baron et le chevalier. Ce dernier tombe amoureux de Zaïde, une esclave connue de la comtesse. Frontin utilise la crédulité du baron pour le convaincre que le chevalier est devenu muet par excès d'amour pour Zaïde. Il se déguise en médecin pour conseiller au baron de laisser le chevalier épouser Zaïde. La comtesse découvre le chevalier déguisé en muet et le confond avec le véritable muet envoyé par Timante. Des quiproquos et des révélations mènent à la reconnaissance de Zaïde comme fille du marquis de Sarian. Finalement, Timante et le chevalier épousent celles qu'ils aiment, et le baron consent à ces unions. Frontin obtient le pardon pour ses actions et reçoit Marine en récompense de ses 'heureuses fourberies'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5229
p. 991-1003
Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
Le 24. Avril, les Comédiens Italiens donnerent la premiere Représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Amour, Époux, Scène, Démocrite, Hippocrate, Plaisir, Rire, Comédiens-Italiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24. Avril , les Comédiens Italiens donnerent
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
la premiere Repréfentation d'une Comédie
en Vers & en trois Actes , intitulée Démocrite
Prétendu Fou. Cette Piéce dont M. Autreau eft
l'Auteur , eft eftimée une des meilleures qui ayent
encore paru à l'Hôtel de Bourgogne. Elle fut reçue
avec beaucoup d'applaudiffemens qui n'ont
fait qu'augmenter dans la fuite. Nous abrégeons
les éloges pour donner l'Extrait que voici.
L'expofition du Sujet eft faite au premier Acte
par deux Païfans d'auprès d'Abdere , dans une
Maifon deCampagne queDémocrite a choifie pour
fon féjour. Damafippe , l'un de ces deux Païfans,
apprend à Criton , fon camarade , que Démocrite
paffe pour fol dáns Abdere , & qu'à la follicitation
de Damaftus , fon frere , le Sénat paroît
très-difpofé à l'exiler ; il fait connoître à Criton
qu'il a été placé auprès de Démocrite par Damaftus
pour épier tous fes divers genres de folie,
& pour l'en inftruire . Voici les fignes de folie fur
Gij lequels
992 MERCURE DE FRANCE
lefquels il appuye le plus confulter la Lune ,
rire de chacun , lâcher continuellement des traits
critiques , rire feul , fe promener au milieu des
tombeaux , pour fe mocquer même des morts ,
&c. il s'exprime ainfi :
Il va fe gobarger des morts mal à propos
Comme s'ils avoient tort de n'être plus en vie.
Ce qui oblige Criton à lui répondre :
Oh ! pour le coup , c'eft lui- même qui a tort ,
C'eft malgré foi qu'on devient mort ;
Aucun d'eux n'en avoit enyie .
་
Damafippe ajoûte que fa folie le porte à méprifer
les richeffes, à paffer la nuit , à regarder les
Etoiles , à faire des ronds & des quarrés , des iz
& des as , de prédire des Eclipfes , d'avoir la
vertu fecrette de lire fur le vifage des filles quand
elles ne le font plus enfin de vouloir épou
fer une de fes affranchies.
>
La feconde Scene eft entre Myfis , la cadette des
deux affranchies de Démocrite, & Philolaus, fon
Amant , homme de condition d'Abdere , & ami
du Philofophe Prétendu Fou ; elle lui foûtient que
Démocrite eft amoureux de fa four aînée appel,
lée Sophie. Voici ce qu'elle lui dit :
Dès qu'il quitte l'étude ,
Il demande Sophie , & ne peut s'en paſſer ;
De ſon front elle feule a le droit de chaſſer
Ce qu'un trop long travail y peut laiffer de rude
Vient- elle à paroître foudain
De fon air enjoué le retour eft certain ;
Plus,
ނ
MA Y. : 993 1730.
- Plus de marque de laffitude , &c.
Un des goûts de ma foeur eft de parler morale ,
Et volontiers il l'en régale ,
Mais d'un ton doux , d'un air humain ;
Point de grimace Magiſtrale ;
;
Tout au contraire ; il aime à lui prendre la main;
Le moindre petit foin près d'elle l'intereffe ;
Il rajufte un frifon , il détourne une treffe
Qui lui couvre un peu trop le fein ,
Sur lequel fein , quand elle fe redreffe
(Ce que fouvent elle fait à deffein )
Vous voyez de mon Sage une oeillade traitreffe
Se rabattre & tomber foudain ,
Tout en lui prêchant la fageffe ,
Et la leçon marche toujours fon train ;
Et puis fous le mentón doucement la careffe ,
Quand elle a' bien compris quelque trait un peu
iin .
Myfis ordonne à Philolaus d'aller voir Démocrite
, & de ne rien oublier pour penétrer fon
amour , par l'interêt qu'ils y ont tous deux , la
cadette ne pouvant raifonnablement être mariée
qu'après l'aînée .
Danaftus parlant à Philolaus parcourt la vie
de fon frere ; il expofe que Démocrite acheta a
fon retour d'Egypte trois Efclaves , fçavoir Egine
qui eft la mere , & Sophie & Myfis , fes deux
filles .
Dans un entretien que les deux freres ont en
ſemble , Damaſtus a du deffous ; Démocrite exer
ee à fes dépens fon talent de rire ; il le raille vi-
G iij
yement
994 MERCURE DE FRANCE
(
´vement fur la coquet erie de fa femme ; il fait ce
portrait de lui-même ' , & ce tableau de fa maniere
de vie dans fa campagne , pour faire contraſte
à celle de fon frere dans la Ville.
:
D'abord , pour Intendant , j'ai l'aimable Sophie ,
Qui paroiffant , le mémoire à la main ,
ཨཉྙཾ
Me trouve tous les jours l'oeil gay , le front ferein;
Comme en elle je me confie ,
Nos comptes font aifés , d'autant plus qu'ils font
courts ;
" Après , felon mon habitude ,
Le reste du matin je le donne à l'étude ,
Delice de l'efprit , & pendant les beaux jours
Dans mes Jardins je fais deux ou trois tours ;
Tout y croît ,y fleurit , tout y fent l'oeil du Maître
;
Et lorsque le Soleil eft au haut de fon cours
Un repas de mets domestiques ,
Apprêté par de belles mains ,
Vins de mon crû , fruits nés dans mes Jardins
Yflattent mieux mon goût que les plus magnifiques.
Damaftus fe retire peu fatisfait de fon frere
Sophie paroît pour la premiere fois ; Démocrite
pour l'éprouver lui propofe un Epoux ; il lui dit
pour lui mieux faire prendre le change , que cet
Epoux dont il lui parle eft jeune. Sophie lui répond
qu'elle aimeroit mieux qu'il fut âgé , &
voici la raifon qu'elle en donne.
C'est que je veux qu'il m'aime ;
Or
MAY. 1730. 995
Ör , afin qu'il m'aimât long- tems
Je le voudrois au moins de quarante ans , &c.
J'ai remarqué que la jeuneffe
Paffe chez une femme avec plus de vîteffe
Qu'elle ne fait chez un Mari ;
Que dans le cours des ans
un Epoux à quarante "
Paroît encor jeune & Aeuri ,
Et que notre éclat paffe à trente.
Quand un trop jeune Epoux en paroît dégoûté,
Je lui pardonne , ce me ſemble ;
Pour conferver l'amour il faut
que la beauté
Marche d'un pas égal d'un & d'autre côté ,
Et qu'on ne les perde qu'ensemble.
il lui
Démocrite prie Sophie de préparer un repas pour
des amis qu'il attend. Philolaus vient , l'inftruit
de ce qui fe trame contre lui dans Abdere ;
annonce un effein de Sçavans qui doivent venir
exprès pour l'examiner.
Les premieres Scenes du fecond Acte ne font
pas de celles qui intereffent vivement les fpectateurs.
Démocrite dans un à parte fait entrevoir
qu'il fçait le fort de fes affranchies , & que c'eft
là ce qui l'empêche de s'oppofer à l'Hymen que
Philolaus fon ami fouhaite avec tant d'empreffement.
Dans la feconde , Criton vient lui rendre
une lettre qu'il a oublié de lui remettre . Par cette
lettre , Démocrite eft inftruit de tout ce qui fe
trame contre lui dans le Senat d'Abdere ; c'eſt un
Sénateur de fes amis qui lui donne cet avis fecret,
il n'en eft pas plus inquiet.
:
Philolaus , dans une feconde Scene qu'il a avec
Myfis,lui apprend que Démocrite eft impenétra-
G iiij ble
996 MERCURE DE FRANCE
ble fur l'amour qu'elle prétend qu'il a pour Sophie.
Cette Scene eft fuivie d'une autre entre Myfis
& Sophie qui fait beaucoup plus de plaifir ; en
voici quelques fragmens . La Scene roule fur l'amour
reciproque de Sophie & de Démocrite ,
que Sophie ne veut pas avouer.
Myfis.
Pour vous y rendre plus fçavante ,
Répondez-moi fincerement ,
Quand dans Abdere il fait trop longue réfidence
N'eft- il pas vrai que fon abſence
Vous cauſe en fecret de l'ennui ?
Sophie.
Il eft vrai que je fens beaucoup d'impatience
De le voir de retour chez lui.
Myfis.
Et quand il vous rend fa préfence
Ne Vous fentez-vous pas le coeur tout réjoui
Sophie.
Oh! pour cela , je l'avouë , oiii.
Myfis
Et quand il vous fourit , cela vous fait bien aife ?
Sophie.
Je n'ai point de chagrin que fon rire n'appaife.
Myfts.
MAY. 997 1730.
Myfis
Ma foeur la Philofophe apprenez en ce jour ,
Mais apprenez fans aucun doute
Que vous fentez du bon du veritable amour ,
Ou votre grand efprit pourtant ne voyoit goute
La Scene qui fuit eft auffi intereffante que
celle -là eft divertiffante. Elle eft entre Démocrite
& Sophie. Démocrite a fait entendre dans un Mo
nologue qu'il veut éprouver fi Sophie l'aime , ou
fi ce n'eft que par reconnoiffance qu'elle s'attache
à lui. Voici ce que Sophie lui répond :
Eh ! pourquoi voudrois -je rien taire ?
Je vous regarde comme un pere ;
Mon coeur à votre feul afpect
Sent un mouvement qui le preffe
Mêlé de joye & de reſpect ,
Qui des liens du fang égale la tendreffe.
Non , je ne puis affez vous faire concevoir
Ce qu'il a fur moi de pouvoir ;
Mais c'eft encor bien peu pour pouvoir reconnof
tre
Tant de bienfaits d'un fi bon Maître.
Démocrite apprend avec beaucoup de plaifir le
progrès qu'il a fait fur le coeur de fa chere affranchie
; il lui fait entrevoir un fort heureux , & la
quitte après lui avoir récommandé le fecret fur
ee qu'il vient de lui dire en termes ambigus
Sophie commente agréablement ce que Démocrite
ne lui a dit que d'une maniere un petz
Gy cblouse
898 MERCURE DE FRANCE
obfcure ; elle finit fon tendre monologue par ces
Vers :
Suivons pourtant , fuivons les loix de mon cher
Maître ;
Renfermons notre feu naiffant
Peut-être qu'en obéïffant
Mon amour à lui ſeul ſe fera mieux connoître ;
Peut-être qu'à fon tour lui - même il en reſſent.
Myfis vient troubler la joye fecrette de Sophie;
elle lui apprend que le Sénat va bannir Démocrite
d'Abdere pour le punir de l'amour qu'il fent
- pour elle : Sophie à cette affligeante nouvelle ne
peut plus garder fon feerct.
Les Philofophes qui ont été annoncés dès le
premier Acte arrivent leur converſation avec
Démocrite et toute des plus riantes , & fait un
plaifir infini aux fpectateurs. Ces Philofophes font
Diogene , Ariftippe & Straton. Démocrite pour
rendre la converfation plus jolie & plus legere , la
tourne fur cette question : L'amour est - il un bien
ou un mal ? voici quelles font les differentes
opinions de nos fçavans Acteurs :
Democrite.
Accordez , Meffieurs , à ma priere
De refoudre entre vous ce point :
Doit-on aimer , ou n'aimer point
Diogene.
La choſe à décider me paroît difficile ,
Quand Laïs avec moi le prend d'un mauvais tom
L'amour m'échaufe trop la bile
Mais
MAY. 1730.
999
Mais quand elle change de ftile ,
Et prend l'air un peu plus mouton ,
L'amour eft bon : mais je vous dis fort bon.
Straton.
En aimant la raifon s'oublie :
Sans la raifon l'homme eft un fot :
L'amour eft donc une folie ,
Par force il faut trancher le mot :
Mais du moins c'eft la plus jolie.
Ariftippe.
Moi j'accorde fort bien l'amour & la fageffe :
J'en prends un peu felon l'occafion ,
Et ma raiſon n'y voit rien qui la bleſſe :
Il eft chez moi plaifir & jamais paffion :
La paffion feule eft foibleffe :
Et voila ma conclufion.
Démocrite.
Il eft peine & plaifir au fens de Diogene
Il eft folie à celui de Straton :
Chez Ariftipe il eſt plaifir fans peine :
Lequel des trois en croira- t'on ?
Ou foyez fur l'amour d'accord tous trois enfemble
:
Ou laiffez-moi, Meffieurs , aimer , fi bon meſem❤
ble ..
Pouvoit -on ne pas applaudir à une Theſe fe
galante , & no pas fçavoir gré à M. Autreau d'a
Voic
1000 MERCURE DE FRANCE
voir fi bien égayé la Philofophie ? la converſation
roule enfin fur les Sciences : mais c'eſt pour donner
à Démocrite matiere à exercer fon talent de
rire. Ce fecond Acte finit par l'annonce
fis vient faire de l'arrivée d'Hyppocrate.
que My-
Démocrite commence le troifiéme Acte par un
court Monologue ; il fait entendre qu'après un
long examen fur fa prétendue folie , Hippocrate
à conclu qu'il lui reftoit quelque bon fens.
Philolaus vient avertirDémocrites des réfolutions
que le Sénat d'Abdere vient de prendre contre lui ,
& lui dit que fon ami Philoxene viendra bientôt
lui prononcer fon Arrêt. Démocrite n'en fait
que rire. Hippocratę vient reprocher à Démocrite
fon amour pour une Efclave : Démocrite , pour
juftifier les fentimens de fon coeur , ordonne
qu'on fafie venir Sophie ;à peine Hippocrate l'apperçoit
, qu'il en devient amoureux ; Sophie fe
retire. Démocrite demande à Hippocrate ce qu'il
penfe de fon amour depuis qu'il en a vu l'objet.
Hippocrate convient que Sophie eft adorable ,
mais il lui dit , comme Rival , qu'elle ne convient
pas à fon âge. Démocrite lui répond qu'elle conviendroit
encore moins au fien , attendu qu'il eft
beaucoup plus avancé dans la carriere ; Hippocrate
fe retranche fur l'excellence de fon Art ,
ce qui oblige Démocrite à lui lâcher ce trait.
Votre Art fouvent par trop de foin ,
De la fanté hâte bien la ruine ;
Et quand l'Amour prend medecine ,
C'eft figne qu'il n'ira pas loin .
L'Auteur prépare le dénouement par la fin de
cette Scene. Démocrite demande à Hippocrate ce
qu'il a fait d'Egine , fa premiere femme , &c.
Hippocrate lui répond que fon pere. ayant appris
fon
MAY. 1730. ΙΟΟΥ
fon Hymen clandeftin , le força de quitter fa trif
te famille , qui confiftoit en la mere & deux filles ;
il ajoute qu'il apprit au retour de fes longs voyages
que tout étoit mort , il conclut de - là que for
veuvage le met en liberté d'époufer Sophie ; Démocrite
feint d'y conſentir .
#
Nous paffons les autres Scenes moins importantes
, pour venir plutôt à la plus touchante de
la Piece ; elle eft entre Démocrite & Sophie. En
voici quelques morceaux .
Sophie.
On ne pardonne point un amour témeraire' ;
Mais , hélas ! eft-il volontaire ,
Lorfque d'un mérite parfait ,
Il eft un effet neceffaire ?
Démocrite.
Si là-deffus votre aveu ne m'éclaire ,
Je ne puis décider de fa témerité ;
Mais je ne prétens point penetrer un miftere ,
Que vous voulez couvrir de tant d'obſcurité.
Sophie.
Vous qui lifez fi bien dans le fond de mon ame ,
Ignorez- vous l'objet d'une fi jufte flamme ?
Démocrite
Quand je pourrois ne le pas ignorer ,
Oferois-je le déclarer?
Non , je crains trop de m'y méprendre ;
Soyez libre dans votre choix ;
Non
1002 MERCURE DE FRANCE
Non , fi jamais je veux l'apprendre ,
Ce doit être par votre voix , &c.
Sophie voyant que Démocrite lui reproche
fon filence , lui répond ainfi :
Je reçois l'exemple de vous ,
Qui du Sénat me cachez la colere y
Quand je fuis le fujet de ce jufte courroux.
Démocrite.
Devois-je vous parler d'une vaine chimere
Sophie.
Vos fecrets font connus , Seigneur , je les fçais
tous ;
Je n'ai que trop appris votre péril extrême ;
Mais je puis , grace au Ciel , vous en tirer moimême
;
C'est pour me confoler , un plaifir affez doux..
Par vos leçons , mon coeur eft devenu capable
De faire un genereux effort ;
J'appris à refpecter les volontez du fort ;
Pour vous le rendre favorable ,
Daignez dans ce deffein me prêter du fecours
Chaque inftant près de vous me rendroit plus
coupable ;
Il faut , Seigneur , il faut vous quitter pour toujours.
Démocrit : le jettant à fes pieds.
Ah ! c'en eft trop , adorable Sophie,
-
Je
MAY . 1730 . 1003
Je fuis au comble de mes voeux ;
Quittez cette fatale envie ;
Nous fommes réſervez pour un fort plus heu
reux ;
Vous m'aimez & je vous adore ;
Bien-tôt pour nous vous allez voir éclore ,
Le bonheur le moins attendu ;
Dans ce jour fortuné vous allez vous connoître
, & c.
Hippocrate furpris de trouver Démocrite aux
pieds de Sophie , lui reproche la trahison qu'il
lui fait. Philoxene , Sénateur , ami de Démocrite ,
vient lui apprendre que le Sénat , loin de le bannir
, lui envoye cinq cens Talens , pour prix d'um
excellent Livre forti de fa plume. Ce même Sénateur
annonce à Hippocrate que fon Epouſe Egine
vient de lui déclarer fon fort ; Hippocrate
par cette nouvelle , apprend que Sophie & Mifis
font fes filles. Il confent à rendre heureux Démocrite
& Philolaus.La Piece eft terminée par une
Fête des Habitans d'Abdere , dont la Mufique eft
de M. Mouret.
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Résumé : Démocrite prétendu fou, Extrait, [titre d'après la table]
Le 24 avril, les Comédiens Italiens ont présenté la première représentation de la comédie en vers et en trois actes intitulée 'Démocrite Prétendu Fou' à l'Hôtel de Bourgogne. Cette pièce, écrite par M. Autreau, a été acclamée comme l'une des meilleures de la saison et a reçu des applaudissements croissants. L'intrigue se déroule à Abdère et commence par une exposition où Damafippe informe Criton que Démocrite est considéré comme fou dans la ville. Le Sénat envisage de l'exiler à la demande de Damafippe, qui surveille Démocrite pour observer ses comportements étranges, tels que consulter la Lune, rire de tout, critiquer les autres et se promener parmi les tombeaux. La pièce explore également les relations amoureuses de Démocrite. Myfis, une affranchie de Démocrite, révèle à Philolaus, son amant, que Démocrite est amoureux de Sophie, une autre affranchie. Sophie exprime son amour pour Démocrite de manière subtile et réservée. Le Sénat d'Abdère, soupçonnant Démocrite de folie, envoie des philosophes pour l'examiner. Démocrite engage une conversation philosophique avec eux sur la nature de l'amour, démontrant ainsi sa sagesse et sa lucidité malgré les apparences. Dans le dénouement, Hippocrate, un médecin, reproche à Démocrite son amour pour Sophie, une esclave. Démocrite utilise cette situation pour révéler que Sophie est en réalité sa femme légitime, ayant été forcé de la quitter par son père. La pièce se conclut par la reconnaissance de l'amour véritable entre Démocrite et Sophie. Dans un dialogue entre Démocrite et Sophie, Sophie exprime son désir de quitter Démocrite pour éviter de le mettre en danger. Démocrite, épris de Sophie, lui demande de rester et lui assure un avenir heureux. Hippocrate, surpris de trouver Démocrite aux pieds de Sophie, reproche à Démocrite sa trahison. Philoxène, un sénateur et ami de Démocrite, annonce que le Sénat n'a pas banni Démocrite mais lui a attribué une somme de cinq cents talents pour un livre remarquable. Philoxène révèle également à Hippocrate que son épouse Egine lui a déclaré son amour, et qu'Hippocrate est le père de Sophie et Misis. Hippocrate accepte alors de rendre heureux Démocrite et Philolaus. La pièce se termine par une fête des habitants d'Abdère, accompagnée de musique composée par M. Mouret.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5230
p. 1003-1005
Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Début :
Les Comédiens François donnerent le 29. Avril, une Piece intitulée, le Divorce, où les [...]
Mots clefs :
Divorce, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Les Comédiens François donnerent le 29 .
Avril , une Piece intitulée , le Divorce , où les
Epoux mécontens . Cette Piece , dont l'Auteur ne
fe nomme pas, a eu fi peu de Repréfentations, qu'il
n'eft pas poffible d'en faire un Extrait détaillé
nous nous contenterons de donner une legere idée.
du fonds.
La Piece eft précedée d'un Prologue qui l'annonce
; l'Amour & l'Hymen en font les premiers:
interlocuteurs ; ils fe reprochent réciproquement
leurs deffauts ; Mercure vient terminer leurs differends
1004 MERCURE DE FRANCE
ferends , en leur annonçant qu'une Reine de Lombardie
a fait publier une Loi , par laquelle il eft
1 permis à toutes perfonnes engagées par le noeud.
de Hymen , de le rompre & de faire un autre
choix.
A la faveur d'un Bal un Mari dégouté de fa
femme , vient tâcher d'en trouver une qui lui convienne
mieux ; il en fait confidence à un Valet, à
qui l'exemple de fon Maître donne prefque envie
d'en faire autant. La femme du Maître arrive
mafquée , cependant elle n'eft pas mécontente de
fon mari , jufqu'au point d'en vouloir prendre
un autre. Son mari la trouve fi charmante fousle
mafque , qu'il en devient amoureux ; elle profite
de fon erreur ; elle écoute avec plaifir les fermens
qu'il lui fait d'un amour , qu'il dit n'avoir
jamais fenti pour fa femme, dont il ne laiffe pas de
dire du bien. La Scene entre le Valet & la Suivante
de la Dame , auffi maſquée , qui ſont auſſi'
marieź, eft à peu près la même , mais avec plus de
vivacité & avec moins de mefure d'une & d'autre
part. Ces premieres Scenes font fuivies d'autres
purement épifodiques ; elles ont pourtant quelque
rapport au fond de l'action principale , ce font
d'autres Epoux qui veulent faire divorce ; toutes
ces differentes caufes font plaidées au même Tribunal
. La Reine de Lombardie , après avoir écouté
les raifons de part & d'autre , prononce & fair
remarier les Parties au gré de leur choix , on aurroit
fouhaité que tous les mécontens euffent ſuivi le
fort du premier , qui reconnoiffant fa femme dans
la perfonne de cette prétendue Maîtreffe qu'il
avoit trouvée fi belle fous le mafque , fe repent
de fon inconftance , & confent à renouer un lien
qu'il bruloit de diffoudre .
La Dame Desbroffes - Baron , qui a rempli dans
cette Piece le Rôle de la Reine de Lombardie , apara
MAY. 1730. 1005
1
parû fur le Théatre pour la derniere fois. Elle s'eft
retirée.
Avril , une Piece intitulée , le Divorce , où les
Epoux mécontens . Cette Piece , dont l'Auteur ne
fe nomme pas, a eu fi peu de Repréfentations, qu'il
n'eft pas poffible d'en faire un Extrait détaillé
nous nous contenterons de donner une legere idée.
du fonds.
La Piece eft précedée d'un Prologue qui l'annonce
; l'Amour & l'Hymen en font les premiers:
interlocuteurs ; ils fe reprochent réciproquement
leurs deffauts ; Mercure vient terminer leurs differends
1004 MERCURE DE FRANCE
ferends , en leur annonçant qu'une Reine de Lombardie
a fait publier une Loi , par laquelle il eft
1 permis à toutes perfonnes engagées par le noeud.
de Hymen , de le rompre & de faire un autre
choix.
A la faveur d'un Bal un Mari dégouté de fa
femme , vient tâcher d'en trouver une qui lui convienne
mieux ; il en fait confidence à un Valet, à
qui l'exemple de fon Maître donne prefque envie
d'en faire autant. La femme du Maître arrive
mafquée , cependant elle n'eft pas mécontente de
fon mari , jufqu'au point d'en vouloir prendre
un autre. Son mari la trouve fi charmante fousle
mafque , qu'il en devient amoureux ; elle profite
de fon erreur ; elle écoute avec plaifir les fermens
qu'il lui fait d'un amour , qu'il dit n'avoir
jamais fenti pour fa femme, dont il ne laiffe pas de
dire du bien. La Scene entre le Valet & la Suivante
de la Dame , auffi maſquée , qui ſont auſſi'
marieź, eft à peu près la même , mais avec plus de
vivacité & avec moins de mefure d'une & d'autre
part. Ces premieres Scenes font fuivies d'autres
purement épifodiques ; elles ont pourtant quelque
rapport au fond de l'action principale , ce font
d'autres Epoux qui veulent faire divorce ; toutes
ces differentes caufes font plaidées au même Tribunal
. La Reine de Lombardie , après avoir écouté
les raifons de part & d'autre , prononce & fair
remarier les Parties au gré de leur choix , on aurroit
fouhaité que tous les mécontens euffent ſuivi le
fort du premier , qui reconnoiffant fa femme dans
la perfonne de cette prétendue Maîtreffe qu'il
avoit trouvée fi belle fous le mafque , fe repent
de fon inconftance , & confent à renouer un lien
qu'il bruloit de diffoudre .
La Dame Desbroffes - Baron , qui a rempli dans
cette Piece le Rôle de la Reine de Lombardie , apara
MAY. 1730. 1005
1
parû fur le Théatre pour la derniere fois. Elle s'eft
retirée.
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Résumé : Le Divorce, ou les Maris mécontens, [titre d'après la table]
Le 29 avril, les Comédiens Français ont présenté la pièce 'Le Divorce', dont l'auteur n'est pas mentionné. Cette pièce, peu représentée, commence par un prologue où l'Amour et l'Hymen se critiquent mutuellement. Mercure annonce une loi d'une Reine de Lombardie permettant aux couples mariés de se séparer et de choisir un nouveau partenaire. Dans la pièce, un mari insatisfait cherche une nouvelle compagne lors d'un bal et en parle à son valet. La femme du mari, déguisée, refuse de changer de partenaire. Le mari, charmé par sa femme déguisée, lui déclare son amour. Une scène similaire se déroule entre le valet et la suivante de la dame. D'autres couples souhaitant divorcer sont également présentés, et leurs cas sont jugés par le même tribunal. La Reine écoute les raisons des deux parties et prononce le remariage des couples selon leur choix. La Dame Desbroffes-Baron a interprété le rôle de la Reine de Lombardie et a quitté la scène après cette représentation.
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5231
p. 1005-1006
La Tragedie en Prose, [titre d'après la table]
Début :
La seconde nouveauté que les Comédiens François, qui ont resté à Paris, ont donnée pendant [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Tragédie, Comédie-Française
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La Tragedie en Prose, [titre d'après la table]
La feconde nouveauté que les Comédiens François
, qui ont refté à Paris , ont donnée pendant
l'abfence de ceux qui font allez à Fontainebleau ,
n'a pas été plus heureufe que la premiere. Elle a
pour titre , la Tragédie en Profe ; c'eft plutôt un
Prologue qu'une Comédie. Comme perſonne n'ignore
ce qui a donné lieu à cette Piece , nous
nous reftreindrons à la Piece feule ; voici com →
ment s'y eft pris l'Auteur anonyme.
La Scene eft dans les Foyers de la Comedie
Françoife . Le fieur de Montmeni & la Dlle d'Angeville
la niece , font l'expofition ; quelques perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ont demandé
une lecture de la Tragedie en Profe , avant la Repréfentation
; l'Auteur n'a pû leur refufer cette
fatisfaction. C'eft aux Foyers que cette lecture
doit être faite , un Chevalier & une Comteffe s'y
rendent les premiers ; la Dile d'Angeville les laiffe
avec fon camarade , fur quelque prétexte . La
Comteffe & le Chevalier trouvent fort mauvais
que l'Auteur fe donne les airs de fe faire attendre,
on s'affemble fucceffivement ; trois des Invitez
viennent , du nombre defquels eft un Géometre ,
qui ne parle qu'avec poids & mefure , & toujours
en termes de l'Art ; pour les deux autres , ils font
déja prévenus contre la Piece par le feul titre qu'il
en ont lû dans l'Affiche . La quatrième perfonne
invitée qui arrive , eft une femme habillée de noir;
on lui demande fi elle eft en deuil ; elle répond
que non , & dit qu'elle est toujours en noir , parce
que c'eft la couleur la plus convenable aux gens
de Lettre. Elle ajoûte , par maniere de confidence ,
qu'elle eft mariée clandeftinement avec M. Hanetton
, Auteur de la Piece qu'on va lire ; elle prie
le Lieur de Montmeni d'envoyer chez Procope
оф
1006 MERCURE DE FRANCE
où apparemment fon Epoux doit être ; M. Ha→
netton vient enfin , il prie le fieur de Montmeni
de lire pour lui. La Tragedie en Proſe dont il s'agit
,eft intitulée les douze Pairs de Charlemagne;
ce titre révolte deux des Auditeurs , le Géometre
en juge plus favorablement , ce qui donne lieu à
des conteftations de part & d'autre . Les interrup
tions font fi fréquentes , que le Lecteur ne peut
parvenir
à dire un feul mot de la Piece. Le Che
valier même , qui jufques- là avoit paru favora→
ble à l'Ouvrage , par la feule raiſon qu'il lui paroiffoit
très - nouveau & très neuf, fe déclare contre
l'Auteur , parce qu'il lui dit que les Chevaliers
qui doivent faire le Divertiffement de fa Piece ,
foin d'être vieux , comme on le préfume , font
auffi modernes que lui ; Le Chevalier picqué de
l'infulte , le menace de le faire fiffler ; cette contradiction
generale oblige M. Hanetton à retirer
fa Piece , & en s'en allant il fait un deffi au Chevalier
, qui dit fierement à la Comteffe qu'il va
fortir par la porte de derriere. Le fieur de Mont>
meni fe plaint de ce qu'on leur fait perdre une
Piece dont ils efperoient beaucoup , & dit aux
Spectateurs, que puifqu'il n'en font plus les Maîtres
, ils fe trouvent réduits à n'en donner
que
Divertiffement , ce qui eft executé. On a trouvé
la Piece bien & vivement écrite , mais le fujet
n'étant pas à la portée de tout le monde , en a
empêché le fuccès.
, qui ont refté à Paris , ont donnée pendant
l'abfence de ceux qui font allez à Fontainebleau ,
n'a pas été plus heureufe que la premiere. Elle a
pour titre , la Tragédie en Profe ; c'eft plutôt un
Prologue qu'une Comédie. Comme perſonne n'ignore
ce qui a donné lieu à cette Piece , nous
nous reftreindrons à la Piece feule ; voici com →
ment s'y eft pris l'Auteur anonyme.
La Scene eft dans les Foyers de la Comedie
Françoife . Le fieur de Montmeni & la Dlle d'Angeville
la niece , font l'expofition ; quelques perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ont demandé
une lecture de la Tragedie en Profe , avant la Repréfentation
; l'Auteur n'a pû leur refufer cette
fatisfaction. C'eft aux Foyers que cette lecture
doit être faite , un Chevalier & une Comteffe s'y
rendent les premiers ; la Dile d'Angeville les laiffe
avec fon camarade , fur quelque prétexte . La
Comteffe & le Chevalier trouvent fort mauvais
que l'Auteur fe donne les airs de fe faire attendre,
on s'affemble fucceffivement ; trois des Invitez
viennent , du nombre defquels eft un Géometre ,
qui ne parle qu'avec poids & mefure , & toujours
en termes de l'Art ; pour les deux autres , ils font
déja prévenus contre la Piece par le feul titre qu'il
en ont lû dans l'Affiche . La quatrième perfonne
invitée qui arrive , eft une femme habillée de noir;
on lui demande fi elle eft en deuil ; elle répond
que non , & dit qu'elle est toujours en noir , parce
que c'eft la couleur la plus convenable aux gens
de Lettre. Elle ajoûte , par maniere de confidence ,
qu'elle eft mariée clandeftinement avec M. Hanetton
, Auteur de la Piece qu'on va lire ; elle prie
le Lieur de Montmeni d'envoyer chez Procope
оф
1006 MERCURE DE FRANCE
où apparemment fon Epoux doit être ; M. Ha→
netton vient enfin , il prie le fieur de Montmeni
de lire pour lui. La Tragedie en Proſe dont il s'agit
,eft intitulée les douze Pairs de Charlemagne;
ce titre révolte deux des Auditeurs , le Géometre
en juge plus favorablement , ce qui donne lieu à
des conteftations de part & d'autre . Les interrup
tions font fi fréquentes , que le Lecteur ne peut
parvenir
à dire un feul mot de la Piece. Le Che
valier même , qui jufques- là avoit paru favora→
ble à l'Ouvrage , par la feule raiſon qu'il lui paroiffoit
très - nouveau & très neuf, fe déclare contre
l'Auteur , parce qu'il lui dit que les Chevaliers
qui doivent faire le Divertiffement de fa Piece ,
foin d'être vieux , comme on le préfume , font
auffi modernes que lui ; Le Chevalier picqué de
l'infulte , le menace de le faire fiffler ; cette contradiction
generale oblige M. Hanetton à retirer
fa Piece , & en s'en allant il fait un deffi au Chevalier
, qui dit fierement à la Comteffe qu'il va
fortir par la porte de derriere. Le fieur de Mont>
meni fe plaint de ce qu'on leur fait perdre une
Piece dont ils efperoient beaucoup , & dit aux
Spectateurs, que puifqu'il n'en font plus les Maîtres
, ils fe trouvent réduits à n'en donner
que
Divertiffement , ce qui eft executé. On a trouvé
la Piece bien & vivement écrite , mais le fujet
n'étant pas à la portée de tout le monde , en a
empêché le fuccès.
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Résumé : La Tragedie en Prose, [titre d'après la table]
Le texte présente une pièce de théâtre intitulée 'la Tragédie en Prose', jouée par les Comédiens Français à Paris pendant l'absence de certains acteurs partis à Fontainebleau. Cette œuvre, considérée comme un prologue plutôt qu'une comédie, a reçu un accueil défavorable. La scène se déroule dans les foyers de la Comédie Française, où le sieur de Montmeni et la demoiselle d'Angeville expliquent la situation. Plusieurs personnes demandent à lire la tragédie avant sa représentation, ce que l'auteur anonyme accepte. La lecture doit se tenir dans les foyers. Un chevalier et une comtesse arrivent les premiers, suivis par trois autres invités, dont un géomètre parlant en termes techniques. Une femme en noir, mariée clandestinement à l'auteur, M. Hanetton, rejoint le groupe. La tragédie, intitulée 'Les douze Pairs de Charlemagne', suscite des controverses. Les interruptions fréquentes empêchent la lecture de la pièce. Le chevalier, initialement favorable, se retourne contre l'auteur après une insulte. La contradiction générale oblige M. Hanetton à retirer sa pièce, et il défie le chevalier. Le sieur de Montmeni déplore la perte de cette pièce prometteuse. La pièce est jugée bien écrite, mais son sujet, peu accessible, a empêché son succès.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5232
p. 1006-1007
Turcaret, Comédie en cinq Actes, [titre d'après la table]
Début :
Le 9. de ce mois, les mêmes Comediens remirent au Théâtre la Comédie de Turcaret, en [...]
Mots clefs :
Turcaret, Comédiens-Français
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texteReconnaissance textuelle : Turcaret, Comédie en cinq Actes, [titre d'après la table]
Le 9. de ce mois , les mêmes Comediens remirent
au Théatre la Comédie de Turcaret , en
Profe & en cinq Actes , jouée dans fa nouveauté
pendant l'hyver de 1709. & qui n'avoit point
été repriſe. Élle eft très- bien écrite, pleine d'efprit,
de fituations vives & de traits picquans . Cette
Picce , qui eft très-bien repréſentée , eft de M. le
Sages
MAY. 1730. 1007
Sage , Auteur du faux point d'honneur, de Cefar
Urfin, Comedie en cinq Actes, & de Criſpin Rival
de fon Maitre , en un Acte. M. le Sage eft connu
par quantité d'autres Ouvrages qui caracterifent.
fon efprit , & qui le font regarder comme un de
nos meilleurs Ecrivains.
au Théatre la Comédie de Turcaret , en
Profe & en cinq Actes , jouée dans fa nouveauté
pendant l'hyver de 1709. & qui n'avoit point
été repriſe. Élle eft très- bien écrite, pleine d'efprit,
de fituations vives & de traits picquans . Cette
Picce , qui eft très-bien repréſentée , eft de M. le
Sages
MAY. 1730. 1007
Sage , Auteur du faux point d'honneur, de Cefar
Urfin, Comedie en cinq Actes, & de Criſpin Rival
de fon Maitre , en un Acte. M. le Sage eft connu
par quantité d'autres Ouvrages qui caracterifent.
fon efprit , & qui le font regarder comme un de
nos meilleurs Ecrivains.
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Résumé : Turcaret, Comédie en cinq Actes, [titre d'après la table]
Le 9 mai 1730, la pièce 'Turcaret' a été rejouée au théâtre. Cette comédie en prose et en cinq actes, écrite par M. le Sage, avait été créée en 1709. Elle est appréciée pour son esprit, ses situations vives et ses traits piquants. M. le Sage est également l'auteur de 'Le faux point d'honneur', 'César Ursin' et 'Crispin Rival de son maître'.
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5233
p. *1007-1007
« Le même jour l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera d'Alcione, qui n'avoit [...] »
Début :
Le même jour l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera d'Alcione, qui n'avoit [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « Le même jour l'Académie Royale de Musique remit au Théatre l'Opera d'Alcione, qui n'avoit [...] »
Le même jour l'Académie Royale de Mufique
remit au Théatre l'Opera d'Alcione , qui n'avoit
pas été joué depuis qu'il fut repris au mois d'Avril
1719. Il avoit été joué dans fa nouveauté
en Février 1706 .
Le 16. on donna par extraordinaire , une Reprefentation
de Théfée , pour les Acteurs , comme
cela fe pratique tous les ans à l'ouverture du
Théatre. Cette Piece fut fuivie d'un Pas de Trois,
danfé par la Dlle Camargo , & par les fieurs Blondi
& du Moulin.
remit au Théatre l'Opera d'Alcione , qui n'avoit
pas été joué depuis qu'il fut repris au mois d'Avril
1719. Il avoit été joué dans fa nouveauté
en Février 1706 .
Le 16. on donna par extraordinaire , une Reprefentation
de Théfée , pour les Acteurs , comme
cela fe pratique tous les ans à l'ouverture du
Théatre. Cette Piece fut fuivie d'un Pas de Trois,
danfé par la Dlle Camargo , & par les fieurs Blondi
& du Moulin.
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5234
p. 1007-1011
REJOUISSANCES faites à la Martinique, sur la Naissance du Dauphin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Isle, le 25. Janvier 1730.
Début :
Le Marquis de Champigny, Gouverneur des Isles du vent de l'Amerique, fit d'abord [...]
Mots clefs :
Martinique, Dauphin, Gouverneur, Illuminations, Roi
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texteReconnaissance textuelle : REJOUISSANCES faites à la Martinique, sur la Naissance du Dauphin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Isle, le 25. Janvier 1730.
REJOUISSANCES faites à la
Martinique,furlaNaiffance duDauphin .
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ifle, le
25. Fanvier 1730 .
E Marquis de Champigny , Gouverneur des
Lifles du Vent de l'Amerique , fit d'abord
éclater fa joye par une décharge generale de tous
les Canons de l'Ifle. Et le lendemain 4. Décembre
, il fit chanter le Te Deum , dans l'Eglife Paroiffiale
du Fort Royal de S. Pierre , où il affifta
avec M. d'Orgeville , Intendant de la Martinique ,
les Officiers Majors , le Confeil en Corps & les
Ju1008
MERCURE DE FRANCÊ
Jurifdictions , &c. Delà on alla dans la grande
Place allumer en ceremonie un Feu de joye qui"
y étoit préparé ; les Milices s'y trouverent & firent
trois décharges , pendant qu'on tira du Fort
& du Vaiffeau du Roi , plus de 400. coups de
Canon. M. le Gouverneur fit répandre de l'argent
au Peuple , dont la foule étoit fort grande dans
cette Place , & fur les fept heures du foir il fit tirer
au Fort un Feu d'artifice. Enfuite il donna
fomptueufement à fouper aux perfonnes les plus
confiderables du Pays , qui avoient déja dîné chez
lui , & il fit donner à manger à toutes les Trounes
Françoifes & Suiffes , fur des tables dreffées
rès autour du Château , au milieu defquelles ,
étoient plufieurs Fontaines de Vin qui coulerent'
pendant tout le temps du Repas , lequel fut fuivi
d'un Bal qui dura jufqu'au jour. L'Illumination
de l'Hôtel du Gouverneur dura auffi jufqu'au jour
& fut très-brillante.
My eut le même foir à l'Intendance une Illumination
magnifique , un nombre infini de Lampions
, difpofez avec art , faifoient un effet merveilleux
, on y diftribua à tous les paffans toutes
fortes de Rafraîchiffemens en abondance. Cependant
M. l'Intendant fe préparoit à donner le jous
fuivant une nouvelle Fête pour marquer l'ardeur
de fon zele , mais il fut obligé de s'embarquer
fur le Vaiffeau du Roy pour aller avec M. le
Gouverneur à la Guadeloupe , & il a remis cette
Fête à fon retour.
Toutes les Communautez Religieufes ont fignar
lé leur zele par des Te Deum , chantez folemnellement
, par des Illuminations , &c. Les Jefuites fe
font particulierement diftinguez , n'ayant rien
obmis pour rendre leur Fête des plus folemnelles,
à quoi la fituation de leur Maifon n'a pas peu
contribué. Au Nord du Bourg de S. Pierre eft
une
MAY. 1730. 1009
I
une longue Avenue , bordée de trois rangées d'arbres,
qui conduit à Paglife & au grand.Portail,qui
fait la principale entrée de cette Maifon , compofée
de trois aîles , & fait face à la Mer , dont elle
n'eft éloignée que d'environ 300. pas ; à cent pas
de la Maifon eft une Riviere , & au -delà une
belle Campagne , où fut dreffé le Feu d'artifice .
Dès les cinq heures du foir du 21. Janvier ,
trois déchargés de 21. coups de Canon chacune,
annoncerent le Te Deum , qui fut chanté dans
leur Eglife par de belles voix , accompagnées de
Hautbois ,Violons , Flutes Aliemandes , Baffes de
Violes , & autres Inftrumens. A fept heures , toute
l'Avenue fut illuminée par de grands Flambeaux
de Bois de Chandelle , de 9 a 10. pieds de
hauteur , placez dans les intervales des Arbres, qui
jettoient une grande flamme , & rendoient une
clarté prefque égale à celle du jour. Ce Bois de
chandelle eft refineux & eft le plus beau du Pays,
on en fait des Flambeaux qui ne s'éteignent point,
& qui éclairent extraordinairement.
L'entrée de la Cour préfentoit un fort beau
morceau d'Architecture , c'étoit un Portique foutenu
par des Colomnes de Marbre feint , dont
l'Entablement portoit de grands Vafes à fleurs &
autres ornemens. On y voyoit fur tout les Armes
de France & celles du Dauphiné , foutenues
par des Statues repréfentant la Force & la Juftice :
Aux deux côrez du Portrait , on voyoit deux Niches
de Rocaille , dans lefquelles étoient deux
Dauphins, qui jettoient une grande quantité d'eau
formant une Nape , qui couloit parmi des Coquillages,
& fe répandoit dans deux Baffins de
Marbre élevez fur des piedeftaux auffi de
Marbre.
"
Un autre grand Baffin, placé dans la cour, contenoit
dans fon milieu un Rocher escarpé , aux
quatre
1010 MERCURE DE FRANCE
quatre coins duquel on voyoit des Groupes . de
petits Dauphins qui jettoient de l'eau, & fervoien
Comme de Piedeital à un autre grand Dauphin ,
lequei pouffoit un Jet d'eau de 25. pieds de hau
_teur , & en même temps des flammes par le
moyen de differens tuyaux , ce qui faifoit un
effet très-éclatant.
Toute la façade & les deux aîles de cette grande
Maiſon étoient cependant tout en feu par Pabondance
& la varieté de l'Iumination , ce qui
formoit un afpect magnifique , fur tout du côté
de la Mer , où une infinité de Chaloupes & de
Canots , remplis d'une multitude de Spectateurs,
contribuerent beaucoup à la beauté de la Fête.
A peine l'Illumination fut-elle achevée, qu'il partit
de la Maiſon un Dragon enflammé , qui porta
le feu à l'Artifice , fitué , comme on l'a dit , audelà
de la Riviere , & éloigné de 400. pas. L'Edifice
qui le contenoit avoit plus de 60. pieds de
hauteur , fur 35. de largeur , & formoit comme
un grand Arc de Triomphe compofé dans toutes
les regles de la meilleure Architecture. Au milieu
de la Frife on voyoit ces mots en Lettres de feu ,
Vive le Roy , qu'on pouvoit lire diftinctement de
très- loin. Sur la Corniche regnoit une belle Baluftrade
, aux deux bouts de laquelle étoient les
Statues de la Paix & de l'Abondance avec leurs
attributs. On voyoit ailleurs celles de la France
& de la Religion , & plufieurs autres Figures &
Ornemens fimboliques , convenables à ce grand
Lujet.
Au bas de la Figure de la Renommée étoient
ces mots : NASCENTE DELPHINO , &
au bas de quatre autres Figures : GALLIA FELIX,
RELIGIO TUTA ABUNDANTIA
CERTA , PAX FIRMA , fans parler de quantité
d'Emblèmes & de Devifes ingénieufes placées
dans
MAY. 1730. ΙΟΙΙ
dans les endroits convenables , & qui furent très
applaudies.
L'Artifice réuffit parfaitement ; on admira fur
tout un grand Soleil fixe qui furprit tout le monpar
l'éclat de fa lumiere & par fa durée. Tout
le fpectacle finit par une décharge de quantité de
de
Boetes.
Il ne faut pas oublier
que cette Fête fi brillante,
& dont le fuccès a été fi heureux
, eft dûe au zele
& à la fagaci é du R. P. Le Brun , Superieur
General
des Miffions
de l'Amérique
, qui dans un
Pays denué de la plupart
des chofes
neceffaires
,
a trouvé
le moyen
de faire tout ce que le plus
habile Artifte auroit pû executer
dans la meilleure
Ville de l'Europe.
par
Les Dominicains fe font auffi beaucoup fignalés
dans cette occafion. Le R, P. Mane , Supérieur
Géneral de leurs Miffions dans les Illes , a donné
une Fête des plus brillantes , qui commença par
le Te Deum , chanté en Mufique , & fut continuée
le bruit d'une nombreuſe Artillerie , par
un Feu d'Artifice des mieux entendus , & heu →
reufement executé , par une Illumination magnifique
, & enfin par un grand repas donné à M.
le Commandant & aux perfonnes les plus qualifiées
, fans parler des aumônes & des liberali,
tés confiderables en faveur des Pauvres &c.
Martinique,furlaNaiffance duDauphin .
Extrait d'une Lettre écrite de cette Ifle, le
25. Fanvier 1730 .
E Marquis de Champigny , Gouverneur des
Lifles du Vent de l'Amerique , fit d'abord
éclater fa joye par une décharge generale de tous
les Canons de l'Ifle. Et le lendemain 4. Décembre
, il fit chanter le Te Deum , dans l'Eglife Paroiffiale
du Fort Royal de S. Pierre , où il affifta
avec M. d'Orgeville , Intendant de la Martinique ,
les Officiers Majors , le Confeil en Corps & les
Ju1008
MERCURE DE FRANCÊ
Jurifdictions , &c. Delà on alla dans la grande
Place allumer en ceremonie un Feu de joye qui"
y étoit préparé ; les Milices s'y trouverent & firent
trois décharges , pendant qu'on tira du Fort
& du Vaiffeau du Roi , plus de 400. coups de
Canon. M. le Gouverneur fit répandre de l'argent
au Peuple , dont la foule étoit fort grande dans
cette Place , & fur les fept heures du foir il fit tirer
au Fort un Feu d'artifice. Enfuite il donna
fomptueufement à fouper aux perfonnes les plus
confiderables du Pays , qui avoient déja dîné chez
lui , & il fit donner à manger à toutes les Trounes
Françoifes & Suiffes , fur des tables dreffées
rès autour du Château , au milieu defquelles ,
étoient plufieurs Fontaines de Vin qui coulerent'
pendant tout le temps du Repas , lequel fut fuivi
d'un Bal qui dura jufqu'au jour. L'Illumination
de l'Hôtel du Gouverneur dura auffi jufqu'au jour
& fut très-brillante.
My eut le même foir à l'Intendance une Illumination
magnifique , un nombre infini de Lampions
, difpofez avec art , faifoient un effet merveilleux
, on y diftribua à tous les paffans toutes
fortes de Rafraîchiffemens en abondance. Cependant
M. l'Intendant fe préparoit à donner le jous
fuivant une nouvelle Fête pour marquer l'ardeur
de fon zele , mais il fut obligé de s'embarquer
fur le Vaiffeau du Roy pour aller avec M. le
Gouverneur à la Guadeloupe , & il a remis cette
Fête à fon retour.
Toutes les Communautez Religieufes ont fignar
lé leur zele par des Te Deum , chantez folemnellement
, par des Illuminations , &c. Les Jefuites fe
font particulierement diftinguez , n'ayant rien
obmis pour rendre leur Fête des plus folemnelles,
à quoi la fituation de leur Maifon n'a pas peu
contribué. Au Nord du Bourg de S. Pierre eft
une
MAY. 1730. 1009
I
une longue Avenue , bordée de trois rangées d'arbres,
qui conduit à Paglife & au grand.Portail,qui
fait la principale entrée de cette Maifon , compofée
de trois aîles , & fait face à la Mer , dont elle
n'eft éloignée que d'environ 300. pas ; à cent pas
de la Maifon eft une Riviere , & au -delà une
belle Campagne , où fut dreffé le Feu d'artifice .
Dès les cinq heures du foir du 21. Janvier ,
trois déchargés de 21. coups de Canon chacune,
annoncerent le Te Deum , qui fut chanté dans
leur Eglife par de belles voix , accompagnées de
Hautbois ,Violons , Flutes Aliemandes , Baffes de
Violes , & autres Inftrumens. A fept heures , toute
l'Avenue fut illuminée par de grands Flambeaux
de Bois de Chandelle , de 9 a 10. pieds de
hauteur , placez dans les intervales des Arbres, qui
jettoient une grande flamme , & rendoient une
clarté prefque égale à celle du jour. Ce Bois de
chandelle eft refineux & eft le plus beau du Pays,
on en fait des Flambeaux qui ne s'éteignent point,
& qui éclairent extraordinairement.
L'entrée de la Cour préfentoit un fort beau
morceau d'Architecture , c'étoit un Portique foutenu
par des Colomnes de Marbre feint , dont
l'Entablement portoit de grands Vafes à fleurs &
autres ornemens. On y voyoit fur tout les Armes
de France & celles du Dauphiné , foutenues
par des Statues repréfentant la Force & la Juftice :
Aux deux côrez du Portrait , on voyoit deux Niches
de Rocaille , dans lefquelles étoient deux
Dauphins, qui jettoient une grande quantité d'eau
formant une Nape , qui couloit parmi des Coquillages,
& fe répandoit dans deux Baffins de
Marbre élevez fur des piedeftaux auffi de
Marbre.
"
Un autre grand Baffin, placé dans la cour, contenoit
dans fon milieu un Rocher escarpé , aux
quatre
1010 MERCURE DE FRANCE
quatre coins duquel on voyoit des Groupes . de
petits Dauphins qui jettoient de l'eau, & fervoien
Comme de Piedeital à un autre grand Dauphin ,
lequei pouffoit un Jet d'eau de 25. pieds de hau
_teur , & en même temps des flammes par le
moyen de differens tuyaux , ce qui faifoit un
effet très-éclatant.
Toute la façade & les deux aîles de cette grande
Maiſon étoient cependant tout en feu par Pabondance
& la varieté de l'Iumination , ce qui
formoit un afpect magnifique , fur tout du côté
de la Mer , où une infinité de Chaloupes & de
Canots , remplis d'une multitude de Spectateurs,
contribuerent beaucoup à la beauté de la Fête.
A peine l'Illumination fut-elle achevée, qu'il partit
de la Maiſon un Dragon enflammé , qui porta
le feu à l'Artifice , fitué , comme on l'a dit , audelà
de la Riviere , & éloigné de 400. pas. L'Edifice
qui le contenoit avoit plus de 60. pieds de
hauteur , fur 35. de largeur , & formoit comme
un grand Arc de Triomphe compofé dans toutes
les regles de la meilleure Architecture. Au milieu
de la Frife on voyoit ces mots en Lettres de feu ,
Vive le Roy , qu'on pouvoit lire diftinctement de
très- loin. Sur la Corniche regnoit une belle Baluftrade
, aux deux bouts de laquelle étoient les
Statues de la Paix & de l'Abondance avec leurs
attributs. On voyoit ailleurs celles de la France
& de la Religion , & plufieurs autres Figures &
Ornemens fimboliques , convenables à ce grand
Lujet.
Au bas de la Figure de la Renommée étoient
ces mots : NASCENTE DELPHINO , &
au bas de quatre autres Figures : GALLIA FELIX,
RELIGIO TUTA ABUNDANTIA
CERTA , PAX FIRMA , fans parler de quantité
d'Emblèmes & de Devifes ingénieufes placées
dans
MAY. 1730. ΙΟΙΙ
dans les endroits convenables , & qui furent très
applaudies.
L'Artifice réuffit parfaitement ; on admira fur
tout un grand Soleil fixe qui furprit tout le monpar
l'éclat de fa lumiere & par fa durée. Tout
le fpectacle finit par une décharge de quantité de
de
Boetes.
Il ne faut pas oublier
que cette Fête fi brillante,
& dont le fuccès a été fi heureux
, eft dûe au zele
& à la fagaci é du R. P. Le Brun , Superieur
General
des Miffions
de l'Amérique
, qui dans un
Pays denué de la plupart
des chofes
neceffaires
,
a trouvé
le moyen
de faire tout ce que le plus
habile Artifte auroit pû executer
dans la meilleure
Ville de l'Europe.
par
Les Dominicains fe font auffi beaucoup fignalés
dans cette occafion. Le R, P. Mane , Supérieur
Géneral de leurs Miffions dans les Illes , a donné
une Fête des plus brillantes , qui commença par
le Te Deum , chanté en Mufique , & fut continuée
le bruit d'une nombreuſe Artillerie , par
un Feu d'Artifice des mieux entendus , & heu →
reufement executé , par une Illumination magnifique
, & enfin par un grand repas donné à M.
le Commandant & aux perfonnes les plus qualifiées
, fans parler des aumônes & des liberali,
tés confiderables en faveur des Pauvres &c.
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Résumé : REJOUISSANCES faites à la Martinique, sur la Naissance du Dauphin. Extrait d'une Lettre écrite de cette Isle, le 25. Janvier 1730.
Le 25 janvier 1730, la Martinique célébra la naissance du Dauphin par des réjouissances officielles. Le Marquis de Champigny, Gouverneur des îles du Vent de l'Amérique, manifesta sa joie par une décharge générale de canons. Le 4 décembre, un Te Deum fut chanté dans l'église paroissiale du Fort Royal de Saint-Pierre, en présence des officiers majeurs, du conseil, des juridictions et du peuple. Cette célébration inclut un feu de joie sur la grande place, accompagné de décharges de milices et de canons. Le gouverneur distribua de l'argent, organisa un feu d'artifice et offrit un somptueux souper aux personnalités importantes, suivi d'un bal et d'une illumination de l'hôtel du gouverneur. L'Intendant d'Orgeville avait également préparé une fête, mais dut partir pour la Guadeloupe avec le gouverneur. Les communautés religieuses, notamment les Jésuites, marquèrent l'événement par des Te Deum solennels et des illuminations. Les Jésuites organisèrent une fête somptueuse avec des illuminations, des feux d'artifice et un repas pour les notables. Les Dominicains, dirigés par le Père Mane, célébrèrent également l'événement avec un Te Deum, des feux d'artifice, une illumination et un repas pour les personnalités qualifiées, ainsi que des aumônes pour les pauvres.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5235
p. 1011
TURQUIE ET PERSE.
Début :
On écrit de Constantinople qu'on y avoit reçû avis que le Prince Thamas, après la [...]
Mots clefs :
Turquie, Perse, Thamas Kouli-Kan
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE ET PERSE.
TURQUIE ET PERSE.
N écrit de Conftantinople qu'on y avoit
reçû avis que le Prince Thamas , après la
prife d'Ifpaham , étoit en pleine marche avec fon
Armée pour aller reconquerir les Places & Provinces
cedées à la Porte par le Sultan Acheraf
dont on confirme la mort.
N écrit de Conftantinople qu'on y avoit
reçû avis que le Prince Thamas , après la
prife d'Ifpaham , étoit en pleine marche avec fon
Armée pour aller reconquerir les Places & Provinces
cedées à la Porte par le Sultan Acheraf
dont on confirme la mort.
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5236
p. 1012-1025
RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
Début :
Sur les premiers avis qu'on eut à Constantinople que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux [...]
Mots clefs :
Ambassadeur, Constantinople, Dauphin, Cérémonie, Fête, Ministres, Danse, Vizir, Palais, Ornements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
REJOUISSANCES faites au Pa-
:
C
lais de France , & au Quartier de l'Ambaffadeur
du Roi à Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
19. Mars 1730.
Ur les premiers avis qu'on eut à Conftantinople
que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux
voeux ardens de toute la France , M. le Marquis
de Villeneuve , Ambaffadeur du Roi à la Porte ,
fe prépara à faire éclater fa joye par une
Fête qui devoit durer trois jours. Il fit d'abord
mettre en mouvement ce qu'on pût trouver
d'Ouvriers pour l'execution du Plan qu'il avoit
formé pour celebrer cette augufte Naiffance. Il
ne reçût les ordres de la Cour que le 15. Novembre.
Le 17. au matin , M. l'Ambaffadeur envoya
fon premier Secretaire au Sérrail,pour donner part
de cette nouvelle au Grand- Vizir , & le prévenir
en même - tems fur les Réjouiflances & les lluminations
qu'il fe propofoit de faire , ce premier
Miniftre parut s'inter fler véritablement au bonheur
de la France. Delà , on alla chez le Kiaya
ou Lieutenant du Vizir & chez le Reis - Efendi , ou
Chancelier , qui reçûrent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye ; ce dernier répondit
que la Porte prenoit autant de part
évenement que s'il étoit né un fucceffeur à l'Empire
Ottoman.
à cer
L'après-diné , on alla chez les Ambaffadeurs
d'Angleterre & de Hollande pour leur annoncer
cette Naiffance , auffi -bien que chez les Réfidens
de l'Empereur & de Mofcovie , & chez M. Bartolini
, Secretaire chargé des affaires de la République
MAY. 1730. 1013
publique de Venife , depuis la mort du Bayle
Delphino. Dès le même jour tous ces Miniftre
envoyerent complimenter le Marquis de Villeneuve.
>
Le lendemain , le Grand- Seigneur lui fit faire
des complimens de félicitation par le neveu du
Prince de Valachie , accompagné d'un des principaux
Drogmans du Sérail. Quelques jours après
l'Ambaffadeur d'Angleterre alla , en cerémonie
avec toute fa Maiſon,féliciter S. E; l'Ambaffadeur
d'Hollande y alla le lendemain ; les jours fuivans
furent employés à recevoir de femblables
vifites des Réfidens d'Allemagne & de Mofcovie,
ou à les rendre à ces Miniftres. M. Bartolini fir
auffi la fienne , que le Marquis de Villeneuve lui
rendit , mais fans cerémonie.
Tout ce Cerémonial rempli ; c'eut été le veritable
tems de donner la fête projettée ; mais malgré
tous les foins du S. Vaumour , Peintre du
Roi , qui en avoit la conduite , & qui étoit chargé
d'executer lui-même le plus effentiel en matiere
de décorations & de peinture , M. l'Ambaffadeur
fut obligé de renvoyer au 9. de Janvier le
commencement des réjouiffances ; on craignoit
même qu'elles ne fuffent encore retardées par la
grande quantité de neige qui tomba le 7 & le
8. cependant par un bonheur inefperé , le 9. au
matin , le Ciel s'éclaircit , le tems devint calme
& ce qui eft encore plus remarquable , il n'y eut
précisément de beaux jours que les trois dont on
avoit befoin , la pluye & la neige ayant recom→
mencé à tomber avec abondance dès le lendemain.
On avoit conſtruit un Edifice de charpente dans
la rue de Pera , appuyé d'un côté contre les montans
de la Porte du Palais de France , & de l'autre
contre la muraille de la Maiſon oppofée , ce
H qui
>
1014 MERCURE DE FRANCE
qui formoit une espece de Pavillon quarré, élevé
fur quatre Arcades , dont deux laiffoient le paffage
de la rue libre , & une autre conduifoit au
Palais . Toute cette charpente étoit couverte de
branches de Laurier , & ornée à la Turque , c'eſt-
-à- dire , éclairée de quantité de lampes de verre ,
peint de diverfes couleurs , & enjolivée de cent
fortes de colifichets dans le goût du Païs , faits de
bois fort mince , couvert de coton , de bandes
de papier de toutes couleurs & de clinquant d'or
en lame & découpé , la plupart de ces ornemens
repréfentoient des Fleurs de Lys & des Dauphins.
Il pendoit du milieu du fommet de ce Pavillon
un Dôme à jour , appuyé fur deux grands Triangles
, qui fe coupant à Angles droits , formoient
une Etoile à fix pointes , dont le milieu étoit occupé
par une Lanterne mouvante , fort éclairée ,
d'environ trois piés de hauteur.
Pour relever par quelque morceau de goût ,
ces petits ornemens , fi agréables aux yeux des
Turcs , on avoit placé fur la frife de chacune des
deux Arcades un tableau ceintré , dans lequel étoit
peinte une Renommée de grandeur naturelle ,
fendant les airs , fonnant de la Trompette , garnie
de fa banderole fleurdelifée , & tenant l'Ecu
des Armes du Dauphin, avec ces mots autour
du ceintre :
Nunc ortus , mox gefta.
L'Allée qui conduit de cette Porte exterieure à
l'interieure du Palais , longue de plus de cent
piés , fur douze de largeur , étoit divifée de part
& d'autre en 32. Arcades de fept piés de haut
ornées comme le Pavillón ; & outre les Lampes
mêlées par compartimens, qui pendoient du haut
de chaque Arcade , il y avoit des Pots à feu fur
chacun de leur montant , & de chaque côté deux
filets de Gobelets , peints de Fleurs de Lys , de
Dauphins
MAY 1730. IOI'S
و ا
Dauphins couronnés, & des Armes de France le
premier de ces filets étoit fur la Balustrade d'apui
de l'Allée , & le fecond regnoit fur les Arcades.
Un Frontifpice d'Ordre Dorique de 26. piés de
haut cachoit entierement la Porte interieure du
Palais , & celle de la Décoration faite en ceintre
avoit les montans feints de lapis jufqu'à l'impofte;
les panneaux de chaque côté étoient de differens
marbres , ornés de Feftons & dans les angles
-du ceintre il y avoit des Dauphins auffi de lapis
fur un fond d'or. La Frife chargée de Trigliffes,
à l'ordinaire, portoit dans fes Métopes des Fleurs
de Lys & des Dauphins , & au- deffus de la Corniche
, ornée de denticules , étoit un Socle qui
portoit un tableau allegorique de fept piés de
-hauteur,& chantourné dans une proportion convenable
au tout ; on y voyoit la France qui préfentoit
à l'Europe le Dauphin en maillot , avec le
-Cordon Bleu & la Paix à côté avec divers attributs
; on lifoit au deffous Eterna pignora
pacis. Au-deffus on voyoit les Armes de France,
dans le tympan d'un Fronton circulaire.
Au delà de cette premiere Porte , tout étoit en
décorations , fur tout une infinité d'Arcades plus
ou moins élevées felon la fituation du Terrain .
La Terraffe appellée le Boulingrin de 180. piés
d'étendue , fur 55. de largeur , fe préſentoit d'abord
à la vûë ; le fond de cet efpace étoit occupé
par un autre Portail , feint de differens marbres
& du même Ordre que le premier ; il avoit 24.
piés de hauteur & 20 de largeur , fon ouverture
ceintrée étoit fermée par une toile fort claire ,
fur laquelle brilloit un Soleil , dardant fes rayons
de toutes parts ; au deffus , & à quelque diſtance
du corps du Soleil , s'élevoit un Dauphin couronné
, & au moyen de certains Fanaux du Pays
qu'on avoit mis derriere la toile , elle paroiffoit.
Hij toute
1016 MERCURE DE FRANCE
>
toute penetrée de lumière. Aux deux côtés de la
Porte du Frontifpice étoient des Pilaftres , & dans
l'Arriere-corps une niche ceintrée avec une
grande figure , peinte en camayeu. Celle de la
gauche repréfentoit Cerès , tenant une Corne
d'abondance , avec cette infcription : Redeunt
Saturnia R‹gna. Et celle de la droite , repréfentant
la Paix , tenoit d'une main un Flambeau
renverfé , & de l'autre une branche d'Olivier ;
on voyoit à côté un Olivier , du pied duquel fortoit
un rejetton , avec ces paroles : Factura nepotibus
umbram.
Au-deffus de la Corniche de ce Portail , regnoit
un Attique , furmonté d'un Fronton triangulaire,
avec les Armes de France , environné de Trophées
&c. Sur la pointe du Fronton , & aux extremités
du Bâtiment étoient de grands Vafes qui
fervoient de Pots à feu , & à chaque côté de cette
repréſentation , il y avoit une Piramide triangulaire
un peu plus élevée , peinte en rouge , qui
formoit comme un Grouppe d'échelles de Jardin
dont les échelons étoient illuminés du haut en
bas , & ayant un grand Pot à feu à ſon ſommet.
Les deux côtés de la longueur de ce Boulingrin
étoient bordés d'une continuité d'Arcades de
charpente , couvertes & ornées de la même maniere
que celles dont on a déja parlé. Vers le
milieu de ces Arcades ,à droite , il y a un Berceau,
vers le milieu duquel on avoit élevé un mât d'environ
40. piés de hauteur , terminé par une Fleur
de Lys dorée , de la pointe de ce mat tomboient
tout autour des cordes chargées de lampes , lefquelles
s'écartant circulairement les unes des
autres jufques fur le berceau où elles étoient tendues
& attachées , repréfentoient un cône lumineux.
Au deffous il y avoit en faillie fur le Jardin
june rouë à jour , de fix piés de diamettre , autour
MAY. 1730 . 1017
tour de laquelle étoient neuf boetes fufpendues ,
& percées par le fond , d'où fortoient plufieurs
lampes , & par une manivelle on faifoit tourner
cette roue , qui dans fon mouvement paroiffoit
tout en feu.
De ce Berceau , la fuite des Arcades étoit prolongée
à droite & à gauche jufqu'au Veftibule
du Palais . Mais avant que de parler de fon interieur
, il eft à propos de décrire fuccinctement
les embelliffemens qui avoient été faits dans le
Jardin.
En face de l'Escalier eft une petite Allée d'Arbres
, taillés en charmille ; on en avoit décoré
l'entrée par une Porte d'environ 20. piés de haut,
du fommet de laquelle pendoient des ornemens
dans le goût du Païs & fur l'entablement de
cette porte étoient pofées trois petites Piramides;
celles des extrémités portant une Fleur de Lys ,
& celle du milieu un Soleil , le tout doré & très
bien illuminé.
'
Dé cette Allée dont le refte étoit auffi en Arcades
, on entroit dans la grande , celle-ci bordée
comme la précedente, à droite & à gauche,par
des buis taillés à hauteur d'apui , à près de so.
roifes de longueur , fur plus de 4. de largeur , les
ornemens à la Turque qu'on y avoit mis dans
42. Arcades de chaque côté étoient à peu près
dans le même goût que les précedens. On ne
parlera que de la décoration principale , placée à
fon haut bout.
´¨ C'étoit un mur revêtu d'une espece de placage
compofé de panneaux de differens marbres , or
nés de Feftons &c. Ce mur avoit 20. piés de hauteur
,fur 24. de largeur , & à chaque extremité
s'élevoit une Piramide femblable à celles du Boufingrin.
Au milieu s'élevoit un Pavillon , formé
d'une Coupole & d'un Manteau Royal , dont les
Hiij extre
fo18 MERCURE DE FRANCE
extremités relevées & nouées en Feftons de chaque
côté , laiffoient voir un Perée qui offroit dans le
lointain le fameux Bofphore de Thrace , à l'alignement
de la pointe du Sérail.
On voyoit fortir du fein de la Mer , fur la furface
de laquelle fe jouoient plufieurs Dauphins
un Soleil levant , & dans les rayons de cet Aftre
paroiffoit une Etoile. Sur le devant du Tableau,
une Renommmée en l'air embraffoit d'une main'
l'Ecuffon de France , & de l'autre tenoit la trompette
dont la banderole étoit ornée d'un Dauphin
couronné. Au-deffus du Pavillon étoit un Fronton
triangulaire , rempli de Trophées , & audeffous
du lointain on lifoit ces paroles : Novo
colluftrat lumine Terras , faifant allufion à la
découverte des Aftronomes de l'Obfervatoire du
Roi , qui quelques jours avant la Naiffance du
Dauphin remarquerent une Etoile près du Dif→
que du Soleil qu'ils n'avoient point encore apperçûë.
En revenant ſur ſes pas , après être forti des
deux Allées , on voyoit devant l'Orangerie qui
eft au fond du Jardin une Illumination à la Turque
tout à fait finguliere ; auffi les Mufulmans
qui l'entreprirent voulurent - ils fe rendre le Ciel
propice par le facrifice d'un mouton qu'ils égorǝ
gerent fur le lieu même. Ils avoient planté en
terre deux gros Mâts de plus de cent piés de
haut , à 20. pas de diſtance l'un de l'autre , & par
moyen d'une poulie , vers la pointe de chacun
de ces Mâts , ils en élevoient un troifiéme horizontalement
, d'où pendoit une infinité de cordes
fur lefquelles ils avoient deffiné les Armes de
France avec des Lampes attachées à des noeuds
qui marquoient le trait des figures , comme on
feroit avecdes points fur du papier ; bien entendu
qu'ils attachoient & allumoient ces Lampes avant
le
>
que
MA Y. 1019 1730 .
que de guinder le Mât de traverſe.
Le dernier jour de la Fête , pour varier le fpec
tacle , ils repréfenterent un Vaiffeau avec fes
agrets, qui réuffit à merveille ; de forte que dans
Pobfcurité de la nuit , les Mâts & les cordes difparoiffant
totalement à la vûe , c'étoit un objet
auffi agréable que furprenant, de voir en l'air des
figures qui fembloient ne tenir à rien , & n'être
formées que par des Etoiles.
En fe retournant , les yeux n'étoient pas moins
éblouis par l'Illumination du Palais. Le corps
de ce Bâtiment eft un grand quarré , iſolé de
trois côtés ; à chaque angle de la Gallerie qui les
entoure , il. y avoit une roue pareille à celle du
Boulingrin , & de cette Galerie jufqu'au toit , a
la hauteur de ro. piés , tout étoit fi orné de Fleurs
de Lys,de Lozanges & d'autres figures entremêlées
de Gobelets & de Lampes diverfement colorées que
dans de certains points de vue , comme du Sérail
& de Top-hana ou de l'Arcenal , cela produifoit
un effet admirable.
Etant remonté du Jardin , ce qui s'appercevoit
d'abord étoit le Veftibule ; fur fa principale face,
longue de 32. piés étoit un Tableau de plus de
6. piés de hauteur , repréfentant un Pavillon d'ou
fortoit un Manteau Royal , relevé de part &
d'autre , & formant plufieurs Feftons ; au milieu,
fous la Coupole du Pavillon , les Armes de Fran
ce étoient en grand , avec deux Anges affis pour
Supports , & à chaque côté celles du Dauphin.
Dans la grande Salle à plain pied , qui n'eft
confiderée que comme une Anti - chambre , il n'y
avoit rien de plus qu'à l'ordinaire , finon beau
coup de bougies qui l'éclairoient tout autour
vers la moitié de cette Salle , on moste par un
petit Perron dans celle où devoit fe donner le Repas
& le Bal. Cette derniere a plus de 46. piés de
Hij lon1020
MERCURE DE FRANCE
longueur , & plus de 20. de largeur ; elle étois
ornée d'un grand nombre de Glaces , de Luftres,
de Girandoles & de Bras qui formoient un coup
d'oeil très-brillant , & les fix ou fept chambres
qui l'environnent étoient pareillement décorées
la plupart de fophas à la Turque , pour recevoir
les Dames du Pays , qui ne font pas accoutumées
à fe fervir de chaifes .
:
Toutes chofes ainfi préparées , & M. l'Ambaffadeur
ayant fait inviter les Miniftres Etrangers
, leurs Maifons & leurs Nations , S. E. pour
raffembler à fa Fête tous les plaifirs qui pouvoient
contribuer à la rendre plus agréable , fir
venir au Palais la troupe des Comédiens du Grand-
Seigneur , au nombre de 45. mais en même tems,
voulant prévenir la confufion & le défordre, qu'elle
avoit lieu de craindre , du concours de gens de
tant de Nations , elle fit demander à la Porte un
Vifir- Aga , & un Chorbagi , avec 100. Janiffaires
le Grand - Vifir les accorda de bonne
grace : il pria en même tems , qu'on ne fit point
couler de Fontaines de vin pour le Peuple , comme
cela fe pratique ailleurs : le Marquis de Villeneuve
entrant dans les vûës de ce Miniftre , fubftitua
à la place d'une liqueur fi dangereuſe dans
ce païs , & d'ailleurs interdite aux Mahometans
du Sorbet , du Café , des Pipes & du Tabac
qu'on fit largement diftribuer à la porte de la
rue , dans l'interieur du Palais * à la Chambre
où l'on avoit logé le Chorbagi & fes gens ,
fur le Boulingrin , à tous les allans & venans ,
faveur defquels on ne put même s'empêcher de
vuider quelques tonneaux de vin , mais avec de fi
grandes précautions , que cela ne produifit que
plus de gayeté , fans aucune mauvaiſe fuite.
&
*
en
"
Le 8. Janvier,le Chorbagi & fes Janiffaires , marchant
dansles rues de Conftantinople, en bon ordre,
vinrent
MAY. 173.0. 1021
vinrent s'établir au Palais : ils avoient fur la tête
leur grand bonnet de cérémonie , & portoient
leur Turban à la main : trois chevaux chargez de
leur baterie de cuifine , les précédoient , ainfi que
leur Saka ou porteur d'eau , en culotte & en
pourpoint de cuir noir , garni de boutons d'ar
gent , gros comme des bales de jeu de paume ,
de leur Cuifinier , qui avoit auffi un ample Tablier
de cuir pareil , fi couvert de chaînes , de
plaques , & d'autres ornemens d'argent maſſif ,
qu'à peine pouvoit- il marcher.
&
Le 9. dès la pointe du jour M. l'Ambaffadeur
ne crut pas pouvoir commencer plus dignement
une Fête , qui avoit pour objet principal un acte
de reconnoiffance envers Dieu , qu'en exerçant fa
charité fur environ deux mille Efclaves Chrétiens
de toutes Nations , qui gémiffent dans les fers au
Bagne ou Darce , & fur les Galeres du Grand--
Seigneur , S. E. leur fit diftribuer par ſon Au→
mônier , de la viande , du ris , & du pain ,
quoi ces pauvres infortunez furent fi fenfibles
qu'oubliant la dureté de l'Efclavage , ils adrefferent
leurs voeux au Ciel , pour la profperité du
Roi,de la Famille Royalle , & de toute la France.
Vers les huit heures du matin , cinq Bâtimens
François pavoifez & mouillez dans le Port , annoncerent
cette Fête par une décharge de tous
leurs Canons ; ils repéterent la même falve à
midi , lorfqu'on chanta le Te Deum , & un peu
avant le coucher du Soleil : & les deux jours fui
vans
ils tirerent feulement , le matin , à midiy
& avant la nuit.
L'après - dîné , la Nation Françoife , étant montée
à Pera , par ordre , M. l'Ambaffadeur , &
Madame l'Ambaffadrice allerent en grand cor-
* Pera eft le quartier de l'Ambaßadeur de
France .
1022 MERCURE DE FRANCE
tege à l'Eglife des Capucins , où l'on chanta le
Te Deum , en action de graces. Le pere Cuftode
ou Superieur General , y prononça un Diſcours.
Ces Peres fignalerent leur zele & leur pieté , en
décorant leurs Eglifes d'une infinité de devifes ,
& d'emblêmes , qui retraçoient les principaux
évenemens de l'heureux Regne de Sa Majesté.
λ
Après cette pieuſe cérémonie , Leurs Excellences
avec tous ceux qui y avoient aſſiſté ,
rentrerent au Palais , où les Miniftres fe rendirent
fucceffivement , accompagnez de leurs Maifons
& de leurs Nations. On s'amuſa juſqu'à
l'heure du fouper , les uns à jouer , & le plus
grand nombre à voir les danfes , & les farces
Turques , qui plurent infiniment aux gens du
païs..
A neuf heures , on fervit le fouper , il y avoit
cing tables principales : La premiere étoit en fera-
cheval , & de 130. Couverts ; M. l'Ambaſſadeur
& Madame l'Ambaffadrice ,, les Miniftres
Etrangers , l'Archevêque de Cartage & quel--
ques autres perfonnes de confideration , en occuperent
le haut bout : les côtés , tant en dedans
qu'en dehors , furent remplis par les Dames , &
par une partie des hommes des Nations invitées..
L'étendue & la décoration de la Sale , la magnificence
du repas , la varieté des habits , furtout
d'environ 60. femmes ; leur coëfure finguliere
chargée d'or & de pierreries , tout cela formoit
un coup d'oeil auffi fingulier qu'admirable , &
dont quelques Turcs diftinguez qui étoient venus :
incognito , furent fi frappez , qu'ils ne pouvoient
fe laffer d'en marquer leur étonnement.
L'Ambaffadeur d'Angleterre porta la fanté du
Dauphin , l'Ambaffadeur de Hollande , celle du
Roi , de la Reine , & de la Famille Royale
qui furent bues avec les cérémonies ordinaires.
M..
M A Y. 1730 . 1023
M. l'Ambaffadeur , après les en avoir remerciez ,
but, fuivant l'uſage, à la fanté de la Patronance,
enfuite l'Ambaffadeur d'Angleterre
fanté de M. le Cardinal de Fleury.
› porta la
Le premier Drogman de la Porte, & le neveu
du Prince de Valachie , que le Marquis de Ville
neuve avoit auffi conviez , ayant fouhaité de fouper
en particulier avec quelques Grecs , qu'ils
avoient amenez , on leur fervit une table , dans
une des Chambres à côté de la Sale.
à
Les trois autres tables , dreffées dans la premiere
Sale , de 30. 40. Couverts chacune , furent
remplies par des perfonnes de toutes les Nations
qui n'avoient pú trouver place à la grande ,
& par les Marchands François qui répondant aux
intentions de S. E. furent chargez d'avoir atten
tion que rien ne manquât.
On fortit de table à onze heures ; le bal commença
peu après , & dura jufqu'à cinq heures du
matin. Les Turcs ne furent pas moins étonnez de
nos danfes , mêlées d'hommes & de femmes , fi
contraires à leurs ufages . Madame l'Ambaffadrice
ouvrit le Bal avec M. l'Ambaffadeur d'Angleterre,
& danfa tour de fuite avec les autres Miniftres ,
après quoi chacun fe prit indifferemment fans cé--
rémonie de cette maniere , & par le fecours des
contre-danfes , & des danfes grecques , tout
le monde eut part à ce plaifir , fans compter
qu'on danfoit auffi , & qu'on jouoit alternativement
la Comédie dans d'autres appar--
témens.
Le lendemain , les chofes fe pafferent de la
même maniere , fi ce n'eft que n'y ayant eu que
les Miniftres , quelques perfonnes étrangeres ,
& la Nation Françoife d'invitées , on ne fervit
que la Table de 130. Couverts , avec quelques
autres moindres dans les Chambres voifines. La
H vj foirée
1024 MERCURE DE FRANCE
foirée fut encore plus calme que la précédente ,
& très-favorable àl'illumination.
Le onze , troifiéme jour des réjoüiffances , fut
fi beau , que les Comédiens donnerent fur le Boulingrin
plufieurs de leurs Scenes comiques , accompagnées
de danfes devant une grande multitude
de Turcs , de Grecs , d'Armeniens & de
Juifs.
Outre les perfonnes invitées la veille, M. l'Ambaffadeur
fit auffi convier la Nation Genevoife ,
qui eft ici fous la protection de France on lui
dreffa dans la premierė Sale , une Table de 60,
Couverts , dont quelques Secretaires de S. E. firent
les honneurs .
Cette derniere nuit feconda fi bien les nouveaux
foins , qu'on avoit pris de perfectionner l'illumination
, que non- feulement il ne s'en eft jamais
vû de fi magnifique à Conftantinople , mais
qu'elle auroit été admirée par tout ailleurs . On
le concevra fans peine , fi on fe reprefente l'effet
que devoient produire plus de vingt mille lumieres
, qui fortoient des Pots -à-feu , des Lampes
, & des Gobelets de diverfes couleurs , diftribuez
avec art fur des Tetraffes fpacieuſes , difpofées
en amphitheatre , & ornées de differentes
décorations.
Ce narré deviendroit trop long , fi on vouloir
entrer dans le détail de tous les divertiffemens qui
furent donnez à cinq ou fix mille perfonnes de
tous Etats , & de toutes Nations , qui fe trouverent
dans le Palais de France pendant trois jours ,
fans qu'il foit arrivé le moindre défordre , ce que
l'on doit attribuer à la fage conduite de l'Aga
du Grand- Vifir , auquel ce premier Miniftre pour
le recompenfer de fa vigilance , & pour donner
en même tems à M. l'Ambaffadeur une marque
particuliere de confideration, envoya le lendemain
dans
2
MAY. 1730 1025
dans le Palais même , un Brevet , par lequel , lè
Grand - Seigneur accordoit à cet Aga un Taun
-confiderable , avec ordre à cet Aga d'en remercier
M. l'Ambaffadeur.
* Territoire Fief dont le G. S. gratifie
qui il lui plait.
:
C
lais de France , & au Quartier de l'Ambaffadeur
du Roi à Conftantinople. Extrait
d'une Lettre écrite de cette Ville le
19. Mars 1730.
Ur les premiers avis qu'on eut à Conftantinople
que le Ciel avoit accordé un Dauphin aux
voeux ardens de toute la France , M. le Marquis
de Villeneuve , Ambaffadeur du Roi à la Porte ,
fe prépara à faire éclater fa joye par une
Fête qui devoit durer trois jours. Il fit d'abord
mettre en mouvement ce qu'on pût trouver
d'Ouvriers pour l'execution du Plan qu'il avoit
formé pour celebrer cette augufte Naiffance. Il
ne reçût les ordres de la Cour que le 15. Novembre.
Le 17. au matin , M. l'Ambaffadeur envoya
fon premier Secretaire au Sérrail,pour donner part
de cette nouvelle au Grand- Vizir , & le prévenir
en même - tems fur les Réjouiflances & les lluminations
qu'il fe propofoit de faire , ce premier
Miniftre parut s'inter fler véritablement au bonheur
de la France. Delà , on alla chez le Kiaya
ou Lieutenant du Vizir & chez le Reis - Efendi , ou
Chancelier , qui reçûrent cette nouvelle avec de
grandes démonftrations de joye ; ce dernier répondit
que la Porte prenoit autant de part
évenement que s'il étoit né un fucceffeur à l'Empire
Ottoman.
à cer
L'après-diné , on alla chez les Ambaffadeurs
d'Angleterre & de Hollande pour leur annoncer
cette Naiffance , auffi -bien que chez les Réfidens
de l'Empereur & de Mofcovie , & chez M. Bartolini
, Secretaire chargé des affaires de la République
MAY. 1730. 1013
publique de Venife , depuis la mort du Bayle
Delphino. Dès le même jour tous ces Miniftre
envoyerent complimenter le Marquis de Villeneuve.
>
Le lendemain , le Grand- Seigneur lui fit faire
des complimens de félicitation par le neveu du
Prince de Valachie , accompagné d'un des principaux
Drogmans du Sérail. Quelques jours après
l'Ambaffadeur d'Angleterre alla , en cerémonie
avec toute fa Maiſon,féliciter S. E; l'Ambaffadeur
d'Hollande y alla le lendemain ; les jours fuivans
furent employés à recevoir de femblables
vifites des Réfidens d'Allemagne & de Mofcovie,
ou à les rendre à ces Miniftres. M. Bartolini fir
auffi la fienne , que le Marquis de Villeneuve lui
rendit , mais fans cerémonie.
Tout ce Cerémonial rempli ; c'eut été le veritable
tems de donner la fête projettée ; mais malgré
tous les foins du S. Vaumour , Peintre du
Roi , qui en avoit la conduite , & qui étoit chargé
d'executer lui-même le plus effentiel en matiere
de décorations & de peinture , M. l'Ambaffadeur
fut obligé de renvoyer au 9. de Janvier le
commencement des réjouiffances ; on craignoit
même qu'elles ne fuffent encore retardées par la
grande quantité de neige qui tomba le 7 & le
8. cependant par un bonheur inefperé , le 9. au
matin , le Ciel s'éclaircit , le tems devint calme
& ce qui eft encore plus remarquable , il n'y eut
précisément de beaux jours que les trois dont on
avoit befoin , la pluye & la neige ayant recom→
mencé à tomber avec abondance dès le lendemain.
On avoit conſtruit un Edifice de charpente dans
la rue de Pera , appuyé d'un côté contre les montans
de la Porte du Palais de France , & de l'autre
contre la muraille de la Maiſon oppofée , ce
H qui
>
1014 MERCURE DE FRANCE
qui formoit une espece de Pavillon quarré, élevé
fur quatre Arcades , dont deux laiffoient le paffage
de la rue libre , & une autre conduifoit au
Palais . Toute cette charpente étoit couverte de
branches de Laurier , & ornée à la Turque , c'eſt-
-à- dire , éclairée de quantité de lampes de verre ,
peint de diverfes couleurs , & enjolivée de cent
fortes de colifichets dans le goût du Païs , faits de
bois fort mince , couvert de coton , de bandes
de papier de toutes couleurs & de clinquant d'or
en lame & découpé , la plupart de ces ornemens
repréfentoient des Fleurs de Lys & des Dauphins.
Il pendoit du milieu du fommet de ce Pavillon
un Dôme à jour , appuyé fur deux grands Triangles
, qui fe coupant à Angles droits , formoient
une Etoile à fix pointes , dont le milieu étoit occupé
par une Lanterne mouvante , fort éclairée ,
d'environ trois piés de hauteur.
Pour relever par quelque morceau de goût ,
ces petits ornemens , fi agréables aux yeux des
Turcs , on avoit placé fur la frife de chacune des
deux Arcades un tableau ceintré , dans lequel étoit
peinte une Renommée de grandeur naturelle ,
fendant les airs , fonnant de la Trompette , garnie
de fa banderole fleurdelifée , & tenant l'Ecu
des Armes du Dauphin, avec ces mots autour
du ceintre :
Nunc ortus , mox gefta.
L'Allée qui conduit de cette Porte exterieure à
l'interieure du Palais , longue de plus de cent
piés , fur douze de largeur , étoit divifée de part
& d'autre en 32. Arcades de fept piés de haut
ornées comme le Pavillón ; & outre les Lampes
mêlées par compartimens, qui pendoient du haut
de chaque Arcade , il y avoit des Pots à feu fur
chacun de leur montant , & de chaque côté deux
filets de Gobelets , peints de Fleurs de Lys , de
Dauphins
MAY 1730. IOI'S
و ا
Dauphins couronnés, & des Armes de France le
premier de ces filets étoit fur la Balustrade d'apui
de l'Allée , & le fecond regnoit fur les Arcades.
Un Frontifpice d'Ordre Dorique de 26. piés de
haut cachoit entierement la Porte interieure du
Palais , & celle de la Décoration faite en ceintre
avoit les montans feints de lapis jufqu'à l'impofte;
les panneaux de chaque côté étoient de differens
marbres , ornés de Feftons & dans les angles
-du ceintre il y avoit des Dauphins auffi de lapis
fur un fond d'or. La Frife chargée de Trigliffes,
à l'ordinaire, portoit dans fes Métopes des Fleurs
de Lys & des Dauphins , & au- deffus de la Corniche
, ornée de denticules , étoit un Socle qui
portoit un tableau allegorique de fept piés de
-hauteur,& chantourné dans une proportion convenable
au tout ; on y voyoit la France qui préfentoit
à l'Europe le Dauphin en maillot , avec le
-Cordon Bleu & la Paix à côté avec divers attributs
; on lifoit au deffous Eterna pignora
pacis. Au-deffus on voyoit les Armes de France,
dans le tympan d'un Fronton circulaire.
Au delà de cette premiere Porte , tout étoit en
décorations , fur tout une infinité d'Arcades plus
ou moins élevées felon la fituation du Terrain .
La Terraffe appellée le Boulingrin de 180. piés
d'étendue , fur 55. de largeur , fe préſentoit d'abord
à la vûë ; le fond de cet efpace étoit occupé
par un autre Portail , feint de differens marbres
& du même Ordre que le premier ; il avoit 24.
piés de hauteur & 20 de largeur , fon ouverture
ceintrée étoit fermée par une toile fort claire ,
fur laquelle brilloit un Soleil , dardant fes rayons
de toutes parts ; au deffus , & à quelque diſtance
du corps du Soleil , s'élevoit un Dauphin couronné
, & au moyen de certains Fanaux du Pays
qu'on avoit mis derriere la toile , elle paroiffoit.
Hij toute
1016 MERCURE DE FRANCE
>
toute penetrée de lumière. Aux deux côtés de la
Porte du Frontifpice étoient des Pilaftres , & dans
l'Arriere-corps une niche ceintrée avec une
grande figure , peinte en camayeu. Celle de la
gauche repréfentoit Cerès , tenant une Corne
d'abondance , avec cette infcription : Redeunt
Saturnia R‹gna. Et celle de la droite , repréfentant
la Paix , tenoit d'une main un Flambeau
renverfé , & de l'autre une branche d'Olivier ;
on voyoit à côté un Olivier , du pied duquel fortoit
un rejetton , avec ces paroles : Factura nepotibus
umbram.
Au-deffus de la Corniche de ce Portail , regnoit
un Attique , furmonté d'un Fronton triangulaire,
avec les Armes de France , environné de Trophées
&c. Sur la pointe du Fronton , & aux extremités
du Bâtiment étoient de grands Vafes qui
fervoient de Pots à feu , & à chaque côté de cette
repréſentation , il y avoit une Piramide triangulaire
un peu plus élevée , peinte en rouge , qui
formoit comme un Grouppe d'échelles de Jardin
dont les échelons étoient illuminés du haut en
bas , & ayant un grand Pot à feu à ſon ſommet.
Les deux côtés de la longueur de ce Boulingrin
étoient bordés d'une continuité d'Arcades de
charpente , couvertes & ornées de la même maniere
que celles dont on a déja parlé. Vers le
milieu de ces Arcades ,à droite , il y a un Berceau,
vers le milieu duquel on avoit élevé un mât d'environ
40. piés de hauteur , terminé par une Fleur
de Lys dorée , de la pointe de ce mat tomboient
tout autour des cordes chargées de lampes , lefquelles
s'écartant circulairement les unes des
autres jufques fur le berceau où elles étoient tendues
& attachées , repréfentoient un cône lumineux.
Au deffous il y avoit en faillie fur le Jardin
june rouë à jour , de fix piés de diamettre , autour
MAY. 1730 . 1017
tour de laquelle étoient neuf boetes fufpendues ,
& percées par le fond , d'où fortoient plufieurs
lampes , & par une manivelle on faifoit tourner
cette roue , qui dans fon mouvement paroiffoit
tout en feu.
De ce Berceau , la fuite des Arcades étoit prolongée
à droite & à gauche jufqu'au Veftibule
du Palais . Mais avant que de parler de fon interieur
, il eft à propos de décrire fuccinctement
les embelliffemens qui avoient été faits dans le
Jardin.
En face de l'Escalier eft une petite Allée d'Arbres
, taillés en charmille ; on en avoit décoré
l'entrée par une Porte d'environ 20. piés de haut,
du fommet de laquelle pendoient des ornemens
dans le goût du Païs & fur l'entablement de
cette porte étoient pofées trois petites Piramides;
celles des extrémités portant une Fleur de Lys ,
& celle du milieu un Soleil , le tout doré & très
bien illuminé.
'
Dé cette Allée dont le refte étoit auffi en Arcades
, on entroit dans la grande , celle-ci bordée
comme la précedente, à droite & à gauche,par
des buis taillés à hauteur d'apui , à près de so.
roifes de longueur , fur plus de 4. de largeur , les
ornemens à la Turque qu'on y avoit mis dans
42. Arcades de chaque côté étoient à peu près
dans le même goût que les précedens. On ne
parlera que de la décoration principale , placée à
fon haut bout.
´¨ C'étoit un mur revêtu d'une espece de placage
compofé de panneaux de differens marbres , or
nés de Feftons &c. Ce mur avoit 20. piés de hauteur
,fur 24. de largeur , & à chaque extremité
s'élevoit une Piramide femblable à celles du Boufingrin.
Au milieu s'élevoit un Pavillon , formé
d'une Coupole & d'un Manteau Royal , dont les
Hiij extre
fo18 MERCURE DE FRANCE
extremités relevées & nouées en Feftons de chaque
côté , laiffoient voir un Perée qui offroit dans le
lointain le fameux Bofphore de Thrace , à l'alignement
de la pointe du Sérail.
On voyoit fortir du fein de la Mer , fur la furface
de laquelle fe jouoient plufieurs Dauphins
un Soleil levant , & dans les rayons de cet Aftre
paroiffoit une Etoile. Sur le devant du Tableau,
une Renommmée en l'air embraffoit d'une main'
l'Ecuffon de France , & de l'autre tenoit la trompette
dont la banderole étoit ornée d'un Dauphin
couronné. Au-deffus du Pavillon étoit un Fronton
triangulaire , rempli de Trophées , & audeffous
du lointain on lifoit ces paroles : Novo
colluftrat lumine Terras , faifant allufion à la
découverte des Aftronomes de l'Obfervatoire du
Roi , qui quelques jours avant la Naiffance du
Dauphin remarquerent une Etoile près du Dif→
que du Soleil qu'ils n'avoient point encore apperçûë.
En revenant ſur ſes pas , après être forti des
deux Allées , on voyoit devant l'Orangerie qui
eft au fond du Jardin une Illumination à la Turque
tout à fait finguliere ; auffi les Mufulmans
qui l'entreprirent voulurent - ils fe rendre le Ciel
propice par le facrifice d'un mouton qu'ils égorǝ
gerent fur le lieu même. Ils avoient planté en
terre deux gros Mâts de plus de cent piés de
haut , à 20. pas de diſtance l'un de l'autre , & par
moyen d'une poulie , vers la pointe de chacun
de ces Mâts , ils en élevoient un troifiéme horizontalement
, d'où pendoit une infinité de cordes
fur lefquelles ils avoient deffiné les Armes de
France avec des Lampes attachées à des noeuds
qui marquoient le trait des figures , comme on
feroit avecdes points fur du papier ; bien entendu
qu'ils attachoient & allumoient ces Lampes avant
le
>
que
MA Y. 1019 1730 .
que de guinder le Mât de traverſe.
Le dernier jour de la Fête , pour varier le fpec
tacle , ils repréfenterent un Vaiffeau avec fes
agrets, qui réuffit à merveille ; de forte que dans
Pobfcurité de la nuit , les Mâts & les cordes difparoiffant
totalement à la vûe , c'étoit un objet
auffi agréable que furprenant, de voir en l'air des
figures qui fembloient ne tenir à rien , & n'être
formées que par des Etoiles.
En fe retournant , les yeux n'étoient pas moins
éblouis par l'Illumination du Palais. Le corps
de ce Bâtiment eft un grand quarré , iſolé de
trois côtés ; à chaque angle de la Gallerie qui les
entoure , il. y avoit une roue pareille à celle du
Boulingrin , & de cette Galerie jufqu'au toit , a
la hauteur de ro. piés , tout étoit fi orné de Fleurs
de Lys,de Lozanges & d'autres figures entremêlées
de Gobelets & de Lampes diverfement colorées que
dans de certains points de vue , comme du Sérail
& de Top-hana ou de l'Arcenal , cela produifoit
un effet admirable.
Etant remonté du Jardin , ce qui s'appercevoit
d'abord étoit le Veftibule ; fur fa principale face,
longue de 32. piés étoit un Tableau de plus de
6. piés de hauteur , repréfentant un Pavillon d'ou
fortoit un Manteau Royal , relevé de part &
d'autre , & formant plufieurs Feftons ; au milieu,
fous la Coupole du Pavillon , les Armes de Fran
ce étoient en grand , avec deux Anges affis pour
Supports , & à chaque côté celles du Dauphin.
Dans la grande Salle à plain pied , qui n'eft
confiderée que comme une Anti - chambre , il n'y
avoit rien de plus qu'à l'ordinaire , finon beau
coup de bougies qui l'éclairoient tout autour
vers la moitié de cette Salle , on moste par un
petit Perron dans celle où devoit fe donner le Repas
& le Bal. Cette derniere a plus de 46. piés de
Hij lon1020
MERCURE DE FRANCE
longueur , & plus de 20. de largeur ; elle étois
ornée d'un grand nombre de Glaces , de Luftres,
de Girandoles & de Bras qui formoient un coup
d'oeil très-brillant , & les fix ou fept chambres
qui l'environnent étoient pareillement décorées
la plupart de fophas à la Turque , pour recevoir
les Dames du Pays , qui ne font pas accoutumées
à fe fervir de chaifes .
:
Toutes chofes ainfi préparées , & M. l'Ambaffadeur
ayant fait inviter les Miniftres Etrangers
, leurs Maifons & leurs Nations , S. E. pour
raffembler à fa Fête tous les plaifirs qui pouvoient
contribuer à la rendre plus agréable , fir
venir au Palais la troupe des Comédiens du Grand-
Seigneur , au nombre de 45. mais en même tems,
voulant prévenir la confufion & le défordre, qu'elle
avoit lieu de craindre , du concours de gens de
tant de Nations , elle fit demander à la Porte un
Vifir- Aga , & un Chorbagi , avec 100. Janiffaires
le Grand - Vifir les accorda de bonne
grace : il pria en même tems , qu'on ne fit point
couler de Fontaines de vin pour le Peuple , comme
cela fe pratique ailleurs : le Marquis de Villeneuve
entrant dans les vûës de ce Miniftre , fubftitua
à la place d'une liqueur fi dangereuſe dans
ce païs , & d'ailleurs interdite aux Mahometans
du Sorbet , du Café , des Pipes & du Tabac
qu'on fit largement diftribuer à la porte de la
rue , dans l'interieur du Palais * à la Chambre
où l'on avoit logé le Chorbagi & fes gens ,
fur le Boulingrin , à tous les allans & venans ,
faveur defquels on ne put même s'empêcher de
vuider quelques tonneaux de vin , mais avec de fi
grandes précautions , que cela ne produifit que
plus de gayeté , fans aucune mauvaiſe fuite.
&
*
en
"
Le 8. Janvier,le Chorbagi & fes Janiffaires , marchant
dansles rues de Conftantinople, en bon ordre,
vinrent
MAY. 173.0. 1021
vinrent s'établir au Palais : ils avoient fur la tête
leur grand bonnet de cérémonie , & portoient
leur Turban à la main : trois chevaux chargez de
leur baterie de cuifine , les précédoient , ainfi que
leur Saka ou porteur d'eau , en culotte & en
pourpoint de cuir noir , garni de boutons d'ar
gent , gros comme des bales de jeu de paume ,
de leur Cuifinier , qui avoit auffi un ample Tablier
de cuir pareil , fi couvert de chaînes , de
plaques , & d'autres ornemens d'argent maſſif ,
qu'à peine pouvoit- il marcher.
&
Le 9. dès la pointe du jour M. l'Ambaffadeur
ne crut pas pouvoir commencer plus dignement
une Fête , qui avoit pour objet principal un acte
de reconnoiffance envers Dieu , qu'en exerçant fa
charité fur environ deux mille Efclaves Chrétiens
de toutes Nations , qui gémiffent dans les fers au
Bagne ou Darce , & fur les Galeres du Grand--
Seigneur , S. E. leur fit diftribuer par ſon Au→
mônier , de la viande , du ris , & du pain ,
quoi ces pauvres infortunez furent fi fenfibles
qu'oubliant la dureté de l'Efclavage , ils adrefferent
leurs voeux au Ciel , pour la profperité du
Roi,de la Famille Royalle , & de toute la France.
Vers les huit heures du matin , cinq Bâtimens
François pavoifez & mouillez dans le Port , annoncerent
cette Fête par une décharge de tous
leurs Canons ; ils repéterent la même falve à
midi , lorfqu'on chanta le Te Deum , & un peu
avant le coucher du Soleil : & les deux jours fui
vans
ils tirerent feulement , le matin , à midiy
& avant la nuit.
L'après - dîné , la Nation Françoife , étant montée
à Pera , par ordre , M. l'Ambaffadeur , &
Madame l'Ambaffadrice allerent en grand cor-
* Pera eft le quartier de l'Ambaßadeur de
France .
1022 MERCURE DE FRANCE
tege à l'Eglife des Capucins , où l'on chanta le
Te Deum , en action de graces. Le pere Cuftode
ou Superieur General , y prononça un Diſcours.
Ces Peres fignalerent leur zele & leur pieté , en
décorant leurs Eglifes d'une infinité de devifes ,
& d'emblêmes , qui retraçoient les principaux
évenemens de l'heureux Regne de Sa Majesté.
λ
Après cette pieuſe cérémonie , Leurs Excellences
avec tous ceux qui y avoient aſſiſté ,
rentrerent au Palais , où les Miniftres fe rendirent
fucceffivement , accompagnez de leurs Maifons
& de leurs Nations. On s'amuſa juſqu'à
l'heure du fouper , les uns à jouer , & le plus
grand nombre à voir les danfes , & les farces
Turques , qui plurent infiniment aux gens du
païs..
A neuf heures , on fervit le fouper , il y avoit
cing tables principales : La premiere étoit en fera-
cheval , & de 130. Couverts ; M. l'Ambaſſadeur
& Madame l'Ambaffadrice ,, les Miniftres
Etrangers , l'Archevêque de Cartage & quel--
ques autres perfonnes de confideration , en occuperent
le haut bout : les côtés , tant en dedans
qu'en dehors , furent remplis par les Dames , &
par une partie des hommes des Nations invitées..
L'étendue & la décoration de la Sale , la magnificence
du repas , la varieté des habits , furtout
d'environ 60. femmes ; leur coëfure finguliere
chargée d'or & de pierreries , tout cela formoit
un coup d'oeil auffi fingulier qu'admirable , &
dont quelques Turcs diftinguez qui étoient venus :
incognito , furent fi frappez , qu'ils ne pouvoient
fe laffer d'en marquer leur étonnement.
L'Ambaffadeur d'Angleterre porta la fanté du
Dauphin , l'Ambaffadeur de Hollande , celle du
Roi , de la Reine , & de la Famille Royale
qui furent bues avec les cérémonies ordinaires.
M..
M A Y. 1730 . 1023
M. l'Ambaffadeur , après les en avoir remerciez ,
but, fuivant l'uſage, à la fanté de la Patronance,
enfuite l'Ambaffadeur d'Angleterre
fanté de M. le Cardinal de Fleury.
› porta la
Le premier Drogman de la Porte, & le neveu
du Prince de Valachie , que le Marquis de Ville
neuve avoit auffi conviez , ayant fouhaité de fouper
en particulier avec quelques Grecs , qu'ils
avoient amenez , on leur fervit une table , dans
une des Chambres à côté de la Sale.
à
Les trois autres tables , dreffées dans la premiere
Sale , de 30. 40. Couverts chacune , furent
remplies par des perfonnes de toutes les Nations
qui n'avoient pú trouver place à la grande ,
& par les Marchands François qui répondant aux
intentions de S. E. furent chargez d'avoir atten
tion que rien ne manquât.
On fortit de table à onze heures ; le bal commença
peu après , & dura jufqu'à cinq heures du
matin. Les Turcs ne furent pas moins étonnez de
nos danfes , mêlées d'hommes & de femmes , fi
contraires à leurs ufages . Madame l'Ambaffadrice
ouvrit le Bal avec M. l'Ambaffadeur d'Angleterre,
& danfa tour de fuite avec les autres Miniftres ,
après quoi chacun fe prit indifferemment fans cé--
rémonie de cette maniere , & par le fecours des
contre-danfes , & des danfes grecques , tout
le monde eut part à ce plaifir , fans compter
qu'on danfoit auffi , & qu'on jouoit alternativement
la Comédie dans d'autres appar--
témens.
Le lendemain , les chofes fe pafferent de la
même maniere , fi ce n'eft que n'y ayant eu que
les Miniftres , quelques perfonnes étrangeres ,
& la Nation Françoife d'invitées , on ne fervit
que la Table de 130. Couverts , avec quelques
autres moindres dans les Chambres voifines. La
H vj foirée
1024 MERCURE DE FRANCE
foirée fut encore plus calme que la précédente ,
& très-favorable àl'illumination.
Le onze , troifiéme jour des réjoüiffances , fut
fi beau , que les Comédiens donnerent fur le Boulingrin
plufieurs de leurs Scenes comiques , accompagnées
de danfes devant une grande multitude
de Turcs , de Grecs , d'Armeniens & de
Juifs.
Outre les perfonnes invitées la veille, M. l'Ambaffadeur
fit auffi convier la Nation Genevoife ,
qui eft ici fous la protection de France on lui
dreffa dans la premierė Sale , une Table de 60,
Couverts , dont quelques Secretaires de S. E. firent
les honneurs .
Cette derniere nuit feconda fi bien les nouveaux
foins , qu'on avoit pris de perfectionner l'illumination
, que non- feulement il ne s'en eft jamais
vû de fi magnifique à Conftantinople , mais
qu'elle auroit été admirée par tout ailleurs . On
le concevra fans peine , fi on fe reprefente l'effet
que devoient produire plus de vingt mille lumieres
, qui fortoient des Pots -à-feu , des Lampes
, & des Gobelets de diverfes couleurs , diftribuez
avec art fur des Tetraffes fpacieuſes , difpofées
en amphitheatre , & ornées de differentes
décorations.
Ce narré deviendroit trop long , fi on vouloir
entrer dans le détail de tous les divertiffemens qui
furent donnez à cinq ou fix mille perfonnes de
tous Etats , & de toutes Nations , qui fe trouverent
dans le Palais de France pendant trois jours ,
fans qu'il foit arrivé le moindre défordre , ce que
l'on doit attribuer à la fage conduite de l'Aga
du Grand- Vifir , auquel ce premier Miniftre pour
le recompenfer de fa vigilance , & pour donner
en même tems à M. l'Ambaffadeur une marque
particuliere de confideration, envoya le lendemain
dans
2
MAY. 1730 1025
dans le Palais même , un Brevet , par lequel , lè
Grand - Seigneur accordoit à cet Aga un Taun
-confiderable , avec ordre à cet Aga d'en remercier
M. l'Ambaffadeur.
* Territoire Fief dont le G. S. gratifie
qui il lui plait.
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Résumé : RÉJOUISSANCES faites au Palais de France, & au Quartier de l'Ambassadeur du Roi à Constantinople. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville le 19. Mars 1730.
Le 19 mars 1730, à Constantinople, M. le Marquis de Villeneuve, ambassadeur de France, reçut la nouvelle de la naissance d'un Dauphin en France. Il organisa une fête de trois jours, initialement prévue pour le 17 novembre, mais reportée au 9 janvier en raison des conditions météorologiques. La nouvelle fut annoncée aux dignitaires turcs et aux ambassadeurs étrangers. Pour la fête, un édifice temporaire fut construit dans la rue de Pera, décoré de lauriers, de Fleurs de Lys et de Dauphins. L'allée menant au palais était ornée de lampes et de pots à feu, et un frontispice d'ordre dorique cachait la porte intérieure, avec des tableaux allégoriques et des inscriptions latines. La terrasse et le jardin étaient également décorés de manière somptueuse. La fête débuta le 8 janvier avec l'invitation de Janissaires et d'officiers turcs pour maintenir l'ordre. Le 9 janvier, l'ambassadeur fit distribuer de la nourriture aux esclaves chrétiens et des salves de canons furent tirées depuis des bâtiments français. L'après-midi, l'ambassadeur et son épouse assistèrent à un Te Deum à l'église des Capucins, suivi d'un souper avec cinq tables principales, dont une de 130 couverts pour les dignitaires. Les invités admirèrent les décorations et les danses turques, et un bal débuta à onze heures, se prolongeant jusqu'au matin. Les jours suivants, les festivités se poursuivirent avec des danses, des comédies et une illumination spectaculaire. La fête se conclut sans incident, grâce à la gestion ordonnée par l'Aga du Grand Vizir, qui reçut une récompense pour sa vigilance.
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5237
p. 1025-1026
RUSSIE.
Début :
L'Edit par lequel la Czarine a réuni le Haut-Conseil & le Sénat pour en former un seul [...]
Mots clefs :
Russie, Tsarine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
L'Content & Le Sénat pour en former un feul
par lequel la Czarine a réuni le Haut→
Confeil d'Etat , fous le nom de Sénat de Regence,
porte qu'il aura la direction des affaires de la
Monarchie , de la même maniere & avec la même
autorité que pendant le regne du feu Czar
Pierre I. que tous les Sujets de S. M. Czarienne
feront obligez de lui obéir fous des peines trèsrigoureuſes
, & à peine de mort dans de certains
cas.
Il arriva le 26. Mars à Mofcou un Interprete
dépêché de Conftantinople par le Brigadier General
Romanzoff, Envoyé extraordinaire du feu
Czar auprès du Grand - Seigneur , pour donner'
avis à la Czarine des Conquêtes du Prince Thamas
, fils du dernier Roi de Ferfe , qui eft re- '
monté fur le Thrône de fes Ancêtres .
Le Grand- Vifir à fait fçavoir à la Czarine que
le fecours de 30000. hommes promis à l'Empereur,
caufoit quelque ombrage à la Porte , & que le
G. S. regarderoit leur marche vers la Tranfylvanie
comme une atteinte aux Traitez faits entre
Sa Hauteffe & le feu Czar Pierre I
On a
publié
une Déclaration
par laquelle
on
accorde
à tous les Etrangers
qui viendront
s'établir
en Ruffie
, principalement
dans les Provinces
conquifes
fur la Perfe , le libre exercice
de leur ?
Religion
, & la permiflion
d'y faire bâtir
des
Eglifs
1026 MERCURE DE FRANCE
Eglifes & des Ecoles pour l'inftruction de leurs
enfans :les Juifs feuls font exceptez. La Czarine a
promis d'accorder la liberté à tous les Criminels
d'Etat qui ont été arrêtez ou releguez en Siberie, à
condition qu'ils iront s'établir avec leurs familles
à Aftracan ou à Derbent , où S. M. Cz . leur donnera
des Emplois , tant dans les Troupes que
dans les Tribunaux. ·
On équipe à Pétersbourg quatre nouvelles
Frégates , fur lefquelles on doit charger 2000.
pieces de Canon de fer & une grande quantité de
Boulets , qu'on croit deftinez pour l'Espagne.
L'Content & Le Sénat pour en former un feul
par lequel la Czarine a réuni le Haut→
Confeil d'Etat , fous le nom de Sénat de Regence,
porte qu'il aura la direction des affaires de la
Monarchie , de la même maniere & avec la même
autorité que pendant le regne du feu Czar
Pierre I. que tous les Sujets de S. M. Czarienne
feront obligez de lui obéir fous des peines trèsrigoureuſes
, & à peine de mort dans de certains
cas.
Il arriva le 26. Mars à Mofcou un Interprete
dépêché de Conftantinople par le Brigadier General
Romanzoff, Envoyé extraordinaire du feu
Czar auprès du Grand - Seigneur , pour donner'
avis à la Czarine des Conquêtes du Prince Thamas
, fils du dernier Roi de Ferfe , qui eft re- '
monté fur le Thrône de fes Ancêtres .
Le Grand- Vifir à fait fçavoir à la Czarine que
le fecours de 30000. hommes promis à l'Empereur,
caufoit quelque ombrage à la Porte , & que le
G. S. regarderoit leur marche vers la Tranfylvanie
comme une atteinte aux Traitez faits entre
Sa Hauteffe & le feu Czar Pierre I
On a
publié
une Déclaration
par laquelle
on
accorde
à tous les Etrangers
qui viendront
s'établir
en Ruffie
, principalement
dans les Provinces
conquifes
fur la Perfe , le libre exercice
de leur ?
Religion
, & la permiflion
d'y faire bâtir
des
Eglifs
1026 MERCURE DE FRANCE
Eglifes & des Ecoles pour l'inftruction de leurs
enfans :les Juifs feuls font exceptez. La Czarine a
promis d'accorder la liberté à tous les Criminels
d'Etat qui ont été arrêtez ou releguez en Siberie, à
condition qu'ils iront s'établir avec leurs familles
à Aftracan ou à Derbent , où S. M. Cz . leur donnera
des Emplois , tant dans les Troupes que
dans les Tribunaux. ·
On équipe à Pétersbourg quatre nouvelles
Frégates , fur lefquelles on doit charger 2000.
pieces de Canon de fer & une grande quantité de
Boulets , qu'on croit deftinez pour l'Espagne.
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Résumé : RUSSIE.
Le texte relate plusieurs décisions politiques en Russie. La czarine a institué le Sénat de Régence, doté de l'autorité du Haut Conseil d'État, pour diriger les affaires de la monarchie. Les sujets doivent se conformer aux décisions du Sénat, sous peine de sanctions sévères, y compris la peine de mort. Le 26 mars, un interprète de Constantinople a informé la czarine des conquêtes du prince Thamas, fils du dernier roi de Perse. Le Grand Vizir a exprimé des inquiétudes concernant l'envoi de 30 000 hommes promis à l'empereur, craignant une violation des traités avec la Porte. Une déclaration a accordé aux étrangers, sauf les Juifs, la liberté de pratiquer leur religion et de construire des églises et des écoles dans les provinces conquises sur la Perse. La czarine a également promis la liberté aux criminels d'État exilés en Sibérie, à condition qu'ils s'installent à Astrakhan ou à Derbent pour y travailler dans les troupes ou les tribunaux. Enfin, quatre nouvelles frégates ont été équipées à Pétersbourg, armées de canons et de boulets, probablement destinés à l'Espagne.
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5238
p. 1026
SUEDE.
Début :
Les forces Navales du Roi consistent actuellement en 36. Vaisseaux de ligne & 19. Frégates, [...]
Mots clefs :
Suède
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE
Es forces Navales du Roi confiftent actuelle
ment en 36. Vaiffeaux de ligne & 19. Frégafans
compter les Galeres & les autres Bâtités
,
mens
plats
.
On mande de Stokolm , que les 6000 , hommes
de Troupes Sedoifes qui doivent entrer au ſervice
du Roi Très- Chrétien & de S. M. Britannique ,
étant arrivez à Yftedt , pour s'y embarquer au
premier ordre , ce Corps de Troupes , qui eft
compofé de quatre Régimens d'Infanterie & de
deux de Cavalerie , doit être renforcé en Pomera- ·
nie par un autre Régiment qui y eft en quartier.
Es forces Navales du Roi confiftent actuelle
ment en 36. Vaiffeaux de ligne & 19. Frégafans
compter les Galeres & les autres Bâtités
,
mens
plats
.
On mande de Stokolm , que les 6000 , hommes
de Troupes Sedoifes qui doivent entrer au ſervice
du Roi Très- Chrétien & de S. M. Britannique ,
étant arrivez à Yftedt , pour s'y embarquer au
premier ordre , ce Corps de Troupes , qui eft
compofé de quatre Régimens d'Infanterie & de
deux de Cavalerie , doit être renforcé en Pomera- ·
nie par un autre Régiment qui y eft en quartier.
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Résumé : SUEDE.
Le roi de Suède dispose de 36 vaisseaux de ligne et 19 frégates. 6 000 soldats suédois, composés de quatre régiments d'infanterie et deux de cavalerie, sont arrivés à Ystädt pour embarquer au service du roi de France et du roi d'Angleterre. Un autre régiment en Poméranie doit renforcer ce corps de troupes.
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5239
p. 1026-1028
ALLEMAGNE.
Début :
L'Empereur ayant été informé du mécontentement general des Napolitains, par rapport au [...]
Mots clefs :
Allemagne, Incendie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
'Empereur ayant été informé du mécontentement
general des Napolitains , par rapport au
dernier Edit qui a été publié à Naples pour lever
une Impofition fur les Fiefs , a donné ordre au
Comte d'Harach , Viceroi de ce Royaume ,
de ne point ufer de rigueur par rapport cette
Contribution .
Les Négociations du Comte de Kusftein à
Mayence
MAY. 1730. 1027
Mayence & à Tréves , n'ont pas eu tout le fuccès
qu'on en attendoit , & le bruit court que la plûpart
des Princes de l'Empire ont refufé les ſecours
extraordinaires qu'on leur demandoit de la part
de Sa Majefté Imperiale.
On apprend de Brunſwick , qu'on y avoit faic
l'échange des Soldats Hanovriens & Pruffiens qui
avoient donné lieu aux differends du Roi d'Angleterre
avec le Roi de Pruffe..
On travaille à Dreſde , à de grands préparatifs
pour la Revue generale que le Roi de Pologne
doit faire. On conftruit fur l'Elbe 6. Vaiffeaux
6. Frégates & 6. Galeres , pour donner enſuite
le Spectacle d'un Combat Naval. Les Trompettes
de la Cavalerie feront d'argent , les Etendarts de
Velours bleu brodez d'argent , & les Drapeaux
de Taffetas bleu , avec des coins rouges. Les
Echarpes des Officiers , rouges mêlées d'argent ;
les Bonnets des grands Grenadiers, dont le nom--
bre eft de 200o. feront de Velours bleu , avec
une riche broderie d'argent , repréfentant l'Aigle
de Pologne. Les Hauts - Officiers des Gardes , auront
chacun trois habits d'uniformes.
Le 20. Avril , le feu prit à Olfe , Capitale de la
baffe Silefie , dans une maiſon voifine de l'Hôtel
de Ville ; il fe communiqua d'abord à la grande
Tour qui fut réduite en cendre en moins d'une
heure , & le vent qui étoit violent ce jour là ayant
porté des étincelles jufqu'à la Maifon des Ecoles
publiques , toutes les maifons de la rue de Treb
nitz & de celles de l'Eglife de Caftille , furent
embrafées, ainfi que l'Eglife de S. Sauveur , l'Hô--
tel de Ville & toutes les Maifons qui font autour.
Les Bourgeois dont les maifons n'avoient pas été
endommagées , ont fait porter leurs Meubles &
leurs Effets à la campagne, dans la crainte d'un Incendie
. Cette précaution leur a été avantageufe ,,
car
1028 MERCURE DE FRANCE
car le 23. vers le midi , le feu fe ralluma en trois
differents endroits de la Villé , dont le reſte a été
réduit en cendres , à l'exception du Château , de
deux Eglifes & de cinq petites maifons voifines
des Remparts. La plus grande partie des Faubourgs
& quelques maifons hors de la Ville ont
été auffi confumées par les flammes. Le Magiftrat
de Breflaw y a envoyé des Provifions pour
les Habitans échappez de cet Incendie , qui font
dans une grande mifere.
La Ville d'Olfe ou Olffe, à 4. lieues de Breſlau,
fut bâtie en 336. Elle a fouffert depuis quantité
de defaftres ; des Sieges , des Saccagemens, divers
Incendies , des Famines , des Peftes , & c. mais ce
dernier malheur eft le comble de tous les autres
'Empereur ayant été informé du mécontentement
general des Napolitains , par rapport au
dernier Edit qui a été publié à Naples pour lever
une Impofition fur les Fiefs , a donné ordre au
Comte d'Harach , Viceroi de ce Royaume ,
de ne point ufer de rigueur par rapport cette
Contribution .
Les Négociations du Comte de Kusftein à
Mayence
MAY. 1730. 1027
Mayence & à Tréves , n'ont pas eu tout le fuccès
qu'on en attendoit , & le bruit court que la plûpart
des Princes de l'Empire ont refufé les ſecours
extraordinaires qu'on leur demandoit de la part
de Sa Majefté Imperiale.
On apprend de Brunſwick , qu'on y avoit faic
l'échange des Soldats Hanovriens & Pruffiens qui
avoient donné lieu aux differends du Roi d'Angleterre
avec le Roi de Pruffe..
On travaille à Dreſde , à de grands préparatifs
pour la Revue generale que le Roi de Pologne
doit faire. On conftruit fur l'Elbe 6. Vaiffeaux
6. Frégates & 6. Galeres , pour donner enſuite
le Spectacle d'un Combat Naval. Les Trompettes
de la Cavalerie feront d'argent , les Etendarts de
Velours bleu brodez d'argent , & les Drapeaux
de Taffetas bleu , avec des coins rouges. Les
Echarpes des Officiers , rouges mêlées d'argent ;
les Bonnets des grands Grenadiers, dont le nom--
bre eft de 200o. feront de Velours bleu , avec
une riche broderie d'argent , repréfentant l'Aigle
de Pologne. Les Hauts - Officiers des Gardes , auront
chacun trois habits d'uniformes.
Le 20. Avril , le feu prit à Olfe , Capitale de la
baffe Silefie , dans une maiſon voifine de l'Hôtel
de Ville ; il fe communiqua d'abord à la grande
Tour qui fut réduite en cendre en moins d'une
heure , & le vent qui étoit violent ce jour là ayant
porté des étincelles jufqu'à la Maifon des Ecoles
publiques , toutes les maifons de la rue de Treb
nitz & de celles de l'Eglife de Caftille , furent
embrafées, ainfi que l'Eglife de S. Sauveur , l'Hô--
tel de Ville & toutes les Maifons qui font autour.
Les Bourgeois dont les maifons n'avoient pas été
endommagées , ont fait porter leurs Meubles &
leurs Effets à la campagne, dans la crainte d'un Incendie
. Cette précaution leur a été avantageufe ,,
car
1028 MERCURE DE FRANCE
car le 23. vers le midi , le feu fe ralluma en trois
differents endroits de la Villé , dont le reſte a été
réduit en cendres , à l'exception du Château , de
deux Eglifes & de cinq petites maifons voifines
des Remparts. La plus grande partie des Faubourgs
& quelques maifons hors de la Ville ont
été auffi confumées par les flammes. Le Magiftrat
de Breflaw y a envoyé des Provifions pour
les Habitans échappez de cet Incendie , qui font
dans une grande mifere.
La Ville d'Olfe ou Olffe, à 4. lieues de Breſlau,
fut bâtie en 336. Elle a fouffert depuis quantité
de defaftres ; des Sieges , des Saccagemens, divers
Incendies , des Famines , des Peftes , & c. mais ce
dernier malheur eft le comble de tous les autres
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Résumé : ALLEMAGNE.
En Allemagne, l'empereur a ordonné au comte d'Harach, vice-roi de Naples, de ne pas user de rigueur face au mécontentement des Napolitains concernant un édit sur la levée d'une imposition sur les fiefs. En mai 1730, les négociations du comte de Kustein à Mayence et Trèves ont échoué, la plupart des princes de l'Empire refusant les secours extraordinaires demandés par l'empereur. À Brunswick, un échange de soldats hanovriens et prussiens a mis fin aux différends entre le roi d'Angleterre et le roi de Prusse. À Dresde, des préparatifs importants sont en cours pour une revue générale du roi de Pologne, incluant la construction de vaisseaux et de frégates sur l'Elbe. Le 20 avril, un incendie a ravagé Olsé, capitale de la Basse-Silésie, détruisant une grande partie de la ville et ses faubourgs. Le magistrat de Breslau a envoyé des provisions aux habitants survivants, qui sont dans une grande misère. Fondée en 336, Olsé a subi de nombreux désastres, mais cet incendie est le plus dévastateur.
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5240
p. 1028-1030
ITALIE.
Début :
Le 8. Avril, le Cardinal Armand de Rohan, François, entra dans le Conclave; les Cardinaux [...]
Mots clefs :
Italie, Cardinaux
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
E 8. Avril , le Cardinal Armand de Rohan
François ,entra dans le Conclave,des Carell? Cardinux
Jacques Buen compagni , Bolonois , & Benoît
Odefcalchi , Milanois , y entrerent quelques
jours après , enforte qu'au 20. Avril il y étoit
déja entré 50. Cardinaux. Ceux qui dans les
Scrutins ont cu jufqu'à ce jour le plus grand
nombre de fuffrages , font les Cardinaux Impériali
& Falconieri.
Le Sacré Coliege a reçû avis que les Cardinaux
de Schrottemback, Czacks , d'Aiface , d'Acunha,
Perreira , de Motta , de Borgia & d'Aftorga , ne
fe rendront pas au Concile.
Le 20. Avril , le Cardinal Damien de Schomi
lè born , Allemand , entra au Conclave. Le 24 .
Cardinal Porzia , en fortit pour aller à Sifterna
pour y rétablir la ſanté . On a eu avis depuis qu'il
étoit rentré le 30. y
Le 26. avant que d'aller au Scrutin , les Cardinaux
MAY. 1730. 1029 .
dinaux élurent le Cardinal Petra , pour exercer
la Charge de Grand -Pénitentier
la mort du Cardinal Conti.
, vacante par
Le même jour les Cardinaux Buencomp gni ,
Querini & Altieri , entrerent en fonction de Cardinaux
Chefs - d'Ordre , & le Cardinal François
Pignatelli , Napolitain , Doyen du Sacré College ,
entra au Conclave.
On a reçû de Grenade la confirmation de l'exclufion
que le Cardinal Bentivoglio avoit don-.
née dans le Conclave au Cardinal Imperiali.
On apprend de Lisbonne , que les Cardinaux
Portugais ne fe rendront point au Conclave , en
ayant été difpenfez par le Roi de Portugal. On a
auffi appris de Madrid , que les Cardinaux Eſpagnols
ne feront point le voyage de Rome pour
Le même fujet .
Le 18. les Cardinaux Chefs d'Ordre , firent
rendre au Cardinal Cofcia , fes marques d'honneur
, fes Ornemens , une partie de fa Vaiffelle
d'argent & de fes Meubles , qu'on fit apporter
Château S. Ange au Conclave.
du
Le 19. on publia au Vatican une Ordonnance
des mêmes Cardinaux , par laquelle il eft deffendu
de jouer dans la Salle du Tour , à quelque jeu
que ce puiffe être.
Le même jour le Chevalier de S. George alla au
Palais du Quirinal , voir les Langes magnifiques
que le Sacré College fait faire pour le Dauphin ,
& qu'on doit envoyer en France après l'Election
du Pape. L'Abbé Lanti a été nommé pour cette
commiffion . On arme deux Galeres à Civitave
chia pour le tranfporter en France.
L'Archi-Confrairie de fainte Marie de Sienne
érigée dans l'Eglife Collegiale de S. Euftache , à
Rome , a obtenu un Bref, par lequel elle a le droit
de délivrer tous les ans un Criminel condamné
aux Galeres.
On
1030 MERCURE DE FRANCE
On a eu avis de Maffa-di-Carrara , que plu
feurs Maifons de cette Ville avoient été renverfées
par une violente fecouffe de Tremblement de
Terre , & que plufieurs perfonnes avoient été
écrafées fous les ruines .
On apprend de Florence , que l'Evêque de Piftoye
y étoit arrivé pour aſſiſter avec l'Archevêque
de cette Ville & l'Evêque de Fiezole , à l'ouverture
des Lettres de la Congrégation des Rites ,
qui leur ordonne de dreffer un Procès Verbal des
Vertus & des Miracles operez par l'interceffion
du Pere Baldinacci , Jefuite Florentin , mort à
Rome fur la fin de 1723 .
La Sédition des Montagnards de Ple de Corfe,
n'eft point encore appaïfée , mais fix ou fept
d'entre eux étant venus il y a quinze jours piller
la maifon d'un riche Bourgeois de Baltia , ils fu
rent arrêtez par ordre du Gouverneur , qui les fit
pendre quelques heures après.
Les deux Zoppoli , Habitans de Benevent , ont
été condamnez au Banniffement à perpetuité , à
une amende de cinq mille écus au profit de la
Chambre Apoftolique , & à fix mille écus de
dommages & interêts envers une Dame de condition
du même Diocèfe , dont ils avoient brulé
la maifon , parce qu'elle refufoit de la leur ven
dre pour le prix qu'ils lui en offroient.
Toute la premiere Colomne des Troupes de
P'Empereur eft arrivée dans le Milanez. Elle confifte
en 15000. hommes qui feront commandez
par le Prince de Lichteinftein. La feconde Co
lomne eft en marche.
E 8. Avril , le Cardinal Armand de Rohan
François ,entra dans le Conclave,des Carell? Cardinux
Jacques Buen compagni , Bolonois , & Benoît
Odefcalchi , Milanois , y entrerent quelques
jours après , enforte qu'au 20. Avril il y étoit
déja entré 50. Cardinaux. Ceux qui dans les
Scrutins ont cu jufqu'à ce jour le plus grand
nombre de fuffrages , font les Cardinaux Impériali
& Falconieri.
Le Sacré Coliege a reçû avis que les Cardinaux
de Schrottemback, Czacks , d'Aiface , d'Acunha,
Perreira , de Motta , de Borgia & d'Aftorga , ne
fe rendront pas au Concile.
Le 20. Avril , le Cardinal Damien de Schomi
lè born , Allemand , entra au Conclave. Le 24 .
Cardinal Porzia , en fortit pour aller à Sifterna
pour y rétablir la ſanté . On a eu avis depuis qu'il
étoit rentré le 30. y
Le 26. avant que d'aller au Scrutin , les Cardinaux
MAY. 1730. 1029 .
dinaux élurent le Cardinal Petra , pour exercer
la Charge de Grand -Pénitentier
la mort du Cardinal Conti.
, vacante par
Le même jour les Cardinaux Buencomp gni ,
Querini & Altieri , entrerent en fonction de Cardinaux
Chefs - d'Ordre , & le Cardinal François
Pignatelli , Napolitain , Doyen du Sacré College ,
entra au Conclave.
On a reçû de Grenade la confirmation de l'exclufion
que le Cardinal Bentivoglio avoit don-.
née dans le Conclave au Cardinal Imperiali.
On apprend de Lisbonne , que les Cardinaux
Portugais ne fe rendront point au Conclave , en
ayant été difpenfez par le Roi de Portugal. On a
auffi appris de Madrid , que les Cardinaux Eſpagnols
ne feront point le voyage de Rome pour
Le même fujet .
Le 18. les Cardinaux Chefs d'Ordre , firent
rendre au Cardinal Cofcia , fes marques d'honneur
, fes Ornemens , une partie de fa Vaiffelle
d'argent & de fes Meubles , qu'on fit apporter
Château S. Ange au Conclave.
du
Le 19. on publia au Vatican une Ordonnance
des mêmes Cardinaux , par laquelle il eft deffendu
de jouer dans la Salle du Tour , à quelque jeu
que ce puiffe être.
Le même jour le Chevalier de S. George alla au
Palais du Quirinal , voir les Langes magnifiques
que le Sacré College fait faire pour le Dauphin ,
& qu'on doit envoyer en France après l'Election
du Pape. L'Abbé Lanti a été nommé pour cette
commiffion . On arme deux Galeres à Civitave
chia pour le tranfporter en France.
L'Archi-Confrairie de fainte Marie de Sienne
érigée dans l'Eglife Collegiale de S. Euftache , à
Rome , a obtenu un Bref, par lequel elle a le droit
de délivrer tous les ans un Criminel condamné
aux Galeres.
On
1030 MERCURE DE FRANCE
On a eu avis de Maffa-di-Carrara , que plu
feurs Maifons de cette Ville avoient été renverfées
par une violente fecouffe de Tremblement de
Terre , & que plufieurs perfonnes avoient été
écrafées fous les ruines .
On apprend de Florence , que l'Evêque de Piftoye
y étoit arrivé pour aſſiſter avec l'Archevêque
de cette Ville & l'Evêque de Fiezole , à l'ouverture
des Lettres de la Congrégation des Rites ,
qui leur ordonne de dreffer un Procès Verbal des
Vertus & des Miracles operez par l'interceffion
du Pere Baldinacci , Jefuite Florentin , mort à
Rome fur la fin de 1723 .
La Sédition des Montagnards de Ple de Corfe,
n'eft point encore appaïfée , mais fix ou fept
d'entre eux étant venus il y a quinze jours piller
la maifon d'un riche Bourgeois de Baltia , ils fu
rent arrêtez par ordre du Gouverneur , qui les fit
pendre quelques heures après.
Les deux Zoppoli , Habitans de Benevent , ont
été condamnez au Banniffement à perpetuité , à
une amende de cinq mille écus au profit de la
Chambre Apoftolique , & à fix mille écus de
dommages & interêts envers une Dame de condition
du même Diocèfe , dont ils avoient brulé
la maifon , parce qu'elle refufoit de la leur ven
dre pour le prix qu'ils lui en offroient.
Toute la premiere Colomne des Troupes de
P'Empereur eft arrivée dans le Milanez. Elle confifte
en 15000. hommes qui feront commandez
par le Prince de Lichteinftein. La feconde Co
lomne eft en marche.
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Résumé : ITALIE.
Le texte décrit le conclave de 1730 pour l'élection du pape. Le 8 avril, le Cardinal Armand de Rohan entra dans le conclave, suivi par les Cardinaux Jacques Buencompagni et Benoît Odescalchi quelques jours plus tard. Au 20 avril, 50 cardinaux étaient présents. Les Cardinaux Impériali et Falconieri reçurent le plus grand nombre de suffrages. Plusieurs cardinaux, dont ceux de Schrottemback, Czacks, d'Aiface, d'Acunha, Perreira, de Motta, de Borgia et d'Astorga, ne participèrent pas au conclave. Le Cardinal Damien de Schomberg entra au conclave le 20 avril, tandis que le Cardinal Porzia quitta le conclave pour raisons de santé le 24 avril et y rentra le 30 avril. Le 26 avril, le Cardinal Petra fut élu Grand-Pénitentier. Les Cardinaux Buencompagni, Querini et Altieri entrèrent en fonction comme Chefs d'Ordre, et le Cardinal François Pignatelli, Doyen du Sacré Collège, entra au conclave. Les cardinaux portugais et espagnols furent dispensés de se rendre au conclave par leurs rois respectifs. Le 18 mai, des honneurs furent rendus au Cardinal Coscia et une ordonnance interdit de jouer dans la Salle du Tour. Divers événements extérieurs sont également mentionnés, comme un tremblement de terre à Massa-di-Carrara, l'arrivée de l'évêque de Pistoie à Florence, et des condamnations pour des actes de violence. Enfin, des troupes impériales arrivèrent dans le Milanais.
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5241
p. 1032
ESPAGNE
Début :
On mande de Mayorque, qu'un Pinque Genois, qui avoit été pris par les Corsaires de [...]
Mots clefs :
Hommes d'équipage
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE
ESPAGNE
N mande de Mayorque , qu'un Pinque Genois
,qui avoit été pris par les Corfaires de
Barbarie , & qu'ils avoient monté de 52. hommes'
d'équipage , ayant jetté l'Ancre au commencement
de ce mois , à la vue du Port Mahon , le
Patron Efpagnol Jacques Planells , nommé communement
le Cid , & qui étoit alors dans ce Port
avec un petit Bâtiment de 13. hommes d'équipage
& d'un Mouffe , avoit réfolu de l'aller attendre
& de l'attaquer , ce qu'il avoit fait avec tant
de bravoure , qu'il s'en étoit rendu maître après
trois heures de combat , dans lequel il y avoit eu
quinze Maures tuez & trente-fept faits Efclaves ,
fans perte d'aucun Eſpagnol. Le 11. il arriva avec
fa prife dans le Port de Palma , où les deux Bâti
maens font quarantaine.
N mande de Mayorque , qu'un Pinque Genois
,qui avoit été pris par les Corfaires de
Barbarie , & qu'ils avoient monté de 52. hommes'
d'équipage , ayant jetté l'Ancre au commencement
de ce mois , à la vue du Port Mahon , le
Patron Efpagnol Jacques Planells , nommé communement
le Cid , & qui étoit alors dans ce Port
avec un petit Bâtiment de 13. hommes d'équipage
& d'un Mouffe , avoit réfolu de l'aller attendre
& de l'attaquer , ce qu'il avoit fait avec tant
de bravoure , qu'il s'en étoit rendu maître après
trois heures de combat , dans lequel il y avoit eu
quinze Maures tuez & trente-fept faits Efclaves ,
fans perte d'aucun Eſpagnol. Le 11. il arriva avec
fa prife dans le Port de Palma , où les deux Bâti
maens font quarantaine.
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Résumé : ESPAGNE
En Espagne, le navire espagnol Cid, dirigé par Jacques Planells, a attaqué un pinque génois capturé par des corsaires barbaresques. Ce pinque, ancré près du port de Mahon, était monté par 52 hommes. Planells, avec 13 hommes et un mousse, a pris le contrôle du navire après trois heures de combat. Quinze Maures ont été tués et trente-sept capturés sans perte espagnole. Le 11 du mois, Planells est arrivé à Palma avec sa prise, les deux navires étant en quarantaine.
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5242
p. 1032-1033
GRANDE BRETAGNE.
Début :
Les Juges qui présidoient au Jugement rendu contre le Colonel Chatres, accusé du viol par [...]
Mots clefs :
Charge, Colonel, Théâtre du marché au foin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE .
Es Juges qui préfidoient au Jugement renda
contre le Colonel Chatres , accufé du viol par
une fille Domeftique qui demeuroit chez lui ,
ayant fait à Sa Majeſté un rapport favorable de
cette
MCA Y. 1739. 1033
"
cette affaire , ce Colonel a obtenu fa grace , à la
charge de donner caution de fe représenter à la
prochaine ceffion de Olds Bailly.
Le 20. Avril , le Chevalier Richard Grayefnor,
Baronet , pofa à Londres la premiere pierre d'une
nouvelle Chapelle qu'on bâtit dans le quartier
qui porte le nom de ce Chevalier , & dont il
a donné le fonds pour 99. ans , à la charge d'une
redevance annuelle d'un grain de Poivre.
Le 26. le Roi & la Reine , accompagnez des
Princefles , allerent voir l'Opera d'Armide , en
Italien , fur le Théatre du Marché au Foin , &
vers les dix heures , il y eut Bal au même Théatre
, où le Roi affifta avec le Prince de Galles.
Dix- neuf Seigneurs de la Chambre des Pairs ;
ont proteſté contre la réfolution prife dans cette
Chambre le 28. Avril , de continuer à fournir des
fonds pour P'entretien de 12000. hommes de
Troupes de Heffe , que le Rois a depuis quelques
années à fa folde.
Es Juges qui préfidoient au Jugement renda
contre le Colonel Chatres , accufé du viol par
une fille Domeftique qui demeuroit chez lui ,
ayant fait à Sa Majeſté un rapport favorable de
cette
MCA Y. 1739. 1033
"
cette affaire , ce Colonel a obtenu fa grace , à la
charge de donner caution de fe représenter à la
prochaine ceffion de Olds Bailly.
Le 20. Avril , le Chevalier Richard Grayefnor,
Baronet , pofa à Londres la premiere pierre d'une
nouvelle Chapelle qu'on bâtit dans le quartier
qui porte le nom de ce Chevalier , & dont il
a donné le fonds pour 99. ans , à la charge d'une
redevance annuelle d'un grain de Poivre.
Le 26. le Roi & la Reine , accompagnez des
Princefles , allerent voir l'Opera d'Armide , en
Italien , fur le Théatre du Marché au Foin , &
vers les dix heures , il y eut Bal au même Théatre
, où le Roi affifta avec le Prince de Galles.
Dix- neuf Seigneurs de la Chambre des Pairs ;
ont proteſté contre la réfolution prife dans cette
Chambre le 28. Avril , de continuer à fournir des
fonds pour P'entretien de 12000. hommes de
Troupes de Heffe , que le Rois a depuis quelques
années à fa folde.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
En 1739, en Grande-Bretagne, le Colonel Chatres fut accusé de viol par une domestique. Les juges rendirent un rapport favorable au roi, permettant au colonel d'obtenir sa grâce sous condition de fournir une caution. Le 20 avril, le Chevalier Richard Graefenfor posa la première pierre d'une nouvelle chapelle à Londres, financée pour 99 ans avec une redevance annuelle symbolique d'un grain de poivre. Le 26 avril, le roi et la reine assistèrent à l'opéra 'Armide' au Théâtre du Marché au Foin, suivi d'un bal auquel le roi et le Prince de Galles participèrent. Le 28 avril, dix-neuf membres de la Chambre des Pairs protestèrent contre le financement de 12 000 hommes de troupes de Hesse à la solde du roi depuis plusieurs années.
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5243
p. 1033-1034
MORTS, MARIAGES des Pays Etrangers.
Début :
L'Archi-Duchesse Marie-Amelie, troisiéme fille de l'Empereur, mourut à Vienne le 19. [...]
Mots clefs :
Cardinal, Archiduchesse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, MARIAGES des Pays Etrangers.
MORTS , MARIAGES
des Pays Etrangers .
Archi-Ducheffe Marie - Amelie , troifiéme
L'Alle de l'Empereur , mourut à Vienne le 15.
Avril , à huit heures du matin , âgée de 6. ans &
14. jours , étant née le 5. Avril 1724. fon corps
fut ouvert le lendemain pour être embaume,
après quoi il fut expofé fur un Lit de parade dans
une Chapelle ardente , d'où on le tranfporta le
21. à l'Eglife des Capucins de Newmarck , où il
fut inhumé dans le Tombeau de la Famille Imperiale.
>
Le 23. Avril au matin , le Cardinal Bernard-
Marie
1034 MERCURE DE FRANCE
Marie Conti , Romain , qui étoit dans le Conclare,
eut une attaque d'Apoplexie , dont il mourut
au bout d'une demie heure , dans la 67´ année de
fon âge , étant né le 29. Mars 1664. Il étoit Benedictin
du Mont Caffin , lorfqu'il fut nommé à
l'Evêché de Terracine , en Novembre 1710. Le
Cardinal Michel Ange Conti, fon frere, ayant été
élû Pape le 8. May 1721. fous le nom d'Innocent
XIII.il le fit Cardinal du titre de S. Bernard
aux Termes, dans la Promotion du 16. Juin ſuivant;
il le nomma enſuite Grand- Pénitencier, puis
Prótecteur de la Congrégation du Mont Caſſin ,
qui n'en avoit point eu depuis la mort duCardinal
Panciatici : au mois de Septembre fuivant il fut
fait Protecteur du College Germanique d'Hongrie
; il obtint la même année l'Abbaye de Chiaravalle
, dans la Romagne , une Penſion ſur l'Abbaye
de Saint Leonard , dans la Poüille , dont le
Cardinal Alexandre Albani eft Titulaire , & au
mois d'Août 1723. l'Abbaye de San Paſtore de
Rieti , qui vaquoit par la mort de M. Alexandre
Vincentini , Nonce du Pape à Naples. Vers
le foir le Corps de ce Cardinal fut porté du Conclave
à l'Eglife de fainte Marie in Via , où il fut
mis en dépôt pour être transporté à celle de fainte
Marie in Mar orella , de Pole , où eſt la Sépulture
de la Famille de Conti.
Le Comte de Schaumbourg- Lippe , a époufé
depuis peu à Vienne en fecondes Nôces , la Princeffe
Douairiere d'Anhalt-Koethen , qui eſt de la
branche des Princes de Naffau-Siegen .
des Pays Etrangers .
Archi-Ducheffe Marie - Amelie , troifiéme
L'Alle de l'Empereur , mourut à Vienne le 15.
Avril , à huit heures du matin , âgée de 6. ans &
14. jours , étant née le 5. Avril 1724. fon corps
fut ouvert le lendemain pour être embaume,
après quoi il fut expofé fur un Lit de parade dans
une Chapelle ardente , d'où on le tranfporta le
21. à l'Eglife des Capucins de Newmarck , où il
fut inhumé dans le Tombeau de la Famille Imperiale.
>
Le 23. Avril au matin , le Cardinal Bernard-
Marie
1034 MERCURE DE FRANCE
Marie Conti , Romain , qui étoit dans le Conclare,
eut une attaque d'Apoplexie , dont il mourut
au bout d'une demie heure , dans la 67´ année de
fon âge , étant né le 29. Mars 1664. Il étoit Benedictin
du Mont Caffin , lorfqu'il fut nommé à
l'Evêché de Terracine , en Novembre 1710. Le
Cardinal Michel Ange Conti, fon frere, ayant été
élû Pape le 8. May 1721. fous le nom d'Innocent
XIII.il le fit Cardinal du titre de S. Bernard
aux Termes, dans la Promotion du 16. Juin ſuivant;
il le nomma enſuite Grand- Pénitencier, puis
Prótecteur de la Congrégation du Mont Caſſin ,
qui n'en avoit point eu depuis la mort duCardinal
Panciatici : au mois de Septembre fuivant il fut
fait Protecteur du College Germanique d'Hongrie
; il obtint la même année l'Abbaye de Chiaravalle
, dans la Romagne , une Penſion ſur l'Abbaye
de Saint Leonard , dans la Poüille , dont le
Cardinal Alexandre Albani eft Titulaire , & au
mois d'Août 1723. l'Abbaye de San Paſtore de
Rieti , qui vaquoit par la mort de M. Alexandre
Vincentini , Nonce du Pape à Naples. Vers
le foir le Corps de ce Cardinal fut porté du Conclave
à l'Eglife de fainte Marie in Via , où il fut
mis en dépôt pour être transporté à celle de fainte
Marie in Mar orella , de Pole , où eſt la Sépulture
de la Famille de Conti.
Le Comte de Schaumbourg- Lippe , a époufé
depuis peu à Vienne en fecondes Nôces , la Princeffe
Douairiere d'Anhalt-Koethen , qui eſt de la
branche des Princes de Naffau-Siegen .
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Résumé : MORTS, MARIAGES des Pays Etrangers.
Le texte mentionne trois événements familiaux dans des pays étrangers. L'archiduchesse Marie-Amélie, troisième fille d'un empereur, est décédée à Vienne le 15 avril à l'âge de 6 ans et 14 jours. Son corps a été embaumé, exposé dans une chapelle ardente, puis inhumé le 21 avril dans le tombeau de la famille impériale à l'église des Capucins de Neuermark. Le cardinal Bernard-Marie Conti est mort le 23 avril à 67 ans après une attaque d'apoplexie. Né le 29 mars 1664, il était bénédictin du Mont Cassin et avait été nommé évêque de Terracine en novembre 1710. Son frère, le pape Innocent XIII, l'avait nommé cardinal et lui avait attribué plusieurs titres et pensions. Son corps a été transféré à l'église Sainte-Marie in Via, puis à celle de Sainte-Marie in Monticello. Enfin, le comte de Schaumbourg-Lippe a épousé en secondes noces à Vienne la princesse douairière d'Anhalt-Köthen, issue de la branche des princes de Nassau-Siegen.
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5244
p. 1035-1037
LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
Début :
Le 12. de ce mois la Bourgeoisie de Metz s'étant assemblée, avec la permission du Lieutenant [...]
Mots clefs :
Évêque, Casernes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
LETTRE écrite de Metz le 15. Mars
1730. aufujet des nouvelles Cazernes .
L
E 12. de ce mois la Bourgeoifie de Metz s'étant
affemblée , avec la permiffion du Lieutenant
de Roi , vint au Palais Epifcopal remercier
le Duc de Coiflin , Evêque de cette Ville , de ce
que , non-content d'avoir fait conftruire à fes dépens
en 1727. un Corps de Cazernes & des Pavillons
en la Place du Champ- a- Seille , pour le
foulagement du Peuple , il venoit de commencer
encore fur la même Place de nouveaux corps de
Cazernes & des Pavillons qui feront fuffifans pour
loger à l'aife trois Bataillons avec leurs Officiers ,
& cela dans un temps où le prix des Materiaux
de toute elpece eft exceffif , à caufe des nouvelles
Fortifications que le Roi fait faire fous les ordres
du Comte de Belleifle , qui rendront Metz unë
des plus fortes Places de l'Europe.
Ces Bourgeois ont témoigné dans leur compliment
à leur Evêque , qu'ils étoient d'autant
plus fienfibles à ce nouvel effet de fa génerofité ,
qu'ils avoient moins de fujet de s'y attendre fi - tôt,
parce que depuis la conftruction des premieres
Cazernes en 1727. il avoit augmenté d'un nouveau
corps de logis compofé de 16. Chambres ,
d'un grand Ouvroir & de plufieurs autres commoditez
, la Maiſon du Refuge , qu'il a fondée
Il y a quelques années , pour renfermer les filles
d'unc
1036 MERCURE DE FRANCE
d'une vie ſcandaleufe , & que voulant que tout
fon Diocèfe refentît les effets falutaires de fon
zele & de fa generofité , on venoit d'achever le
mois dernier un Séminaire , qu'il a fait bâtir pour
yfaire élever dans l'efprit ecclefiaftique par un
Directeur & un Sous-Maitre,vingt jeunes pauvres
Erudians , moitié François , moitié Allemands ,
Sujets du Roy.
Ils auroient pú ajoûter la charité , digne des
Evêques des premiers fiecles , que cet illuftre Prélat
a exercée à la Naiffancé de Monfeigneur le
Dauphin , envers les prifonniers détenus pour
dettes , dont plufieurs arrêtez pour contrebande ,
ne pouvant payer l'amende , devoient être condamnez
aux Galeres.
Le 14. du même mois les trois Ordres de la
Ville vinrent en corps faire le même remerciement
à M. de Metz , dont les aumônes abondantes
ne diminuent point après de fi grandes dépenfes.
On efpere que ces Edifices feront achevez dans
un an, ils formeront une Place entierement parée,
d'un quarré long de 55. toifes de longeur , fur
32. de large. Chaque façade des deux grands
Corps qui font paralleles , eft de 47. toiſes , &
celle des Pavillons , de 28. toifes . Les quatre Avenuës
de la Place feront fermées de Grilles de fer,
deux Fontaines y fourniront de l'eau , & les
Troupes auront une étendue fuffifante pour faire
leurs Exercices & leurs mouvemens.
On a déja donné une Deſcription bien détail→、
lée de ces premiers Corps de Cazernes ,
dans un
Mercure de l'année 1728. on peut y avoir recours
pour le former une jufte idée de ces fuperbes
Edifices.
Voici une Infcription qui avoit été faite pour
Le Seminaire de l'Evêque de Metz.
ProM.
A Y. 1730. 1037
Providus inde gregem Coiflinus pafcit in avum.
Mais ce Prélat n'a pas voulu qu'on lût au- deſſus
de la Porte, il a mieux aimé y faire mettre ces paroles
: Probentur primùm & fic miniftrent. 1.
Timoth. 3. 10,
1730. aufujet des nouvelles Cazernes .
L
E 12. de ce mois la Bourgeoifie de Metz s'étant
affemblée , avec la permiffion du Lieutenant
de Roi , vint au Palais Epifcopal remercier
le Duc de Coiflin , Evêque de cette Ville , de ce
que , non-content d'avoir fait conftruire à fes dépens
en 1727. un Corps de Cazernes & des Pavillons
en la Place du Champ- a- Seille , pour le
foulagement du Peuple , il venoit de commencer
encore fur la même Place de nouveaux corps de
Cazernes & des Pavillons qui feront fuffifans pour
loger à l'aife trois Bataillons avec leurs Officiers ,
& cela dans un temps où le prix des Materiaux
de toute elpece eft exceffif , à caufe des nouvelles
Fortifications que le Roi fait faire fous les ordres
du Comte de Belleifle , qui rendront Metz unë
des plus fortes Places de l'Europe.
Ces Bourgeois ont témoigné dans leur compliment
à leur Evêque , qu'ils étoient d'autant
plus fienfibles à ce nouvel effet de fa génerofité ,
qu'ils avoient moins de fujet de s'y attendre fi - tôt,
parce que depuis la conftruction des premieres
Cazernes en 1727. il avoit augmenté d'un nouveau
corps de logis compofé de 16. Chambres ,
d'un grand Ouvroir & de plufieurs autres commoditez
, la Maiſon du Refuge , qu'il a fondée
Il y a quelques années , pour renfermer les filles
d'unc
1036 MERCURE DE FRANCE
d'une vie ſcandaleufe , & que voulant que tout
fon Diocèfe refentît les effets falutaires de fon
zele & de fa generofité , on venoit d'achever le
mois dernier un Séminaire , qu'il a fait bâtir pour
yfaire élever dans l'efprit ecclefiaftique par un
Directeur & un Sous-Maitre,vingt jeunes pauvres
Erudians , moitié François , moitié Allemands ,
Sujets du Roy.
Ils auroient pú ajoûter la charité , digne des
Evêques des premiers fiecles , que cet illuftre Prélat
a exercée à la Naiffancé de Monfeigneur le
Dauphin , envers les prifonniers détenus pour
dettes , dont plufieurs arrêtez pour contrebande ,
ne pouvant payer l'amende , devoient être condamnez
aux Galeres.
Le 14. du même mois les trois Ordres de la
Ville vinrent en corps faire le même remerciement
à M. de Metz , dont les aumônes abondantes
ne diminuent point après de fi grandes dépenfes.
On efpere que ces Edifices feront achevez dans
un an, ils formeront une Place entierement parée,
d'un quarré long de 55. toifes de longeur , fur
32. de large. Chaque façade des deux grands
Corps qui font paralleles , eft de 47. toiſes , &
celle des Pavillons , de 28. toifes . Les quatre Avenuës
de la Place feront fermées de Grilles de fer,
deux Fontaines y fourniront de l'eau , & les
Troupes auront une étendue fuffifante pour faire
leurs Exercices & leurs mouvemens.
On a déja donné une Deſcription bien détail→、
lée de ces premiers Corps de Cazernes ,
dans un
Mercure de l'année 1728. on peut y avoir recours
pour le former une jufte idée de ces fuperbes
Edifices.
Voici une Infcription qui avoit été faite pour
Le Seminaire de l'Evêque de Metz.
ProM.
A Y. 1730. 1037
Providus inde gregem Coiflinus pafcit in avum.
Mais ce Prélat n'a pas voulu qu'on lût au- deſſus
de la Porte, il a mieux aimé y faire mettre ces paroles
: Probentur primùm & fic miniftrent. 1.
Timoth. 3. 10,
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Résumé : LETTRE écrite de Metz le 15. Mars 1730. au sujet des nouvelles Cazernes.
Le 12 mars 1730, la bourgeoisie de Metz, avec l'autorisation du Lieutenant du Roi, s'est réunie pour remercier le Duc de Coislain, Évêque de Metz, d'avoir construit des casernes et des pavillons sur la Place du Champ-à-Seille. En 1727, l'Évêque avait déjà financé des bâtiments pour aider le peuple. Actuellement, il entreprend de nouveaux travaux pour loger trois bataillons, malgré les coûts élevés des matériaux dus aux nouvelles fortifications ordonnées par le Comte de Belle-Isle. Les bourgeois ont exprimé leur gratitude, soulignant qu'ils ne s'attendaient pas à une telle générosité si tôt. Depuis 1727, l'Évêque a également agrandi la Maison du Refuge pour les filles de vie scandaleuse et achevé un séminaire pour éduquer vingt jeunes pauvres, moitié Français, moitié Allemands. Il a aussi aidé les prisonniers pour dettes, notamment ceux arrêtés pour contrebande. Le 14 mars, les trois ordres de la ville ont également remercié l'Évêque pour ses aumônes. Les travaux devraient être achevés dans un an, formant une place pavée de 55 toises sur 32, avec des grilles de fer et deux fontaines. Une description des premières casernes a été publiée dans le Mercure de 1728. L'Évêque a choisi une inscription biblique pour le séminaire.
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5245
p. 1037-1038
PROMOTION des Officiers des Galeres, faite par le Roi le 15. Avril 1730.
Début :
Capitaines de Galeres. Mrs De Tournefort, Major. De Gardane. [...]
Mots clefs :
Promotion, Officiers des galères
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texteReconnaissance textuelle : PROMOTION des Officiers des Galeres, faite par le Roi le 15. Avril 1730.
PROMOTION des Officiers des Galeres,
par le Roi le Is.
Avril 1730. faite
Capitaines de Galeres.
Mrs De Tournefort , Major.
De Gardane .
Capitaines- Lieutenans,
De Bernage , l'aîné.
De Langerie.
Gailhac de Caumont.
Lieutenans de Galeres.
De Chaumont.
Du
Guay.
Marquis de Blaças.
Chevalier d'Albert. "
De Soiflans- Villars.
Chevalier de Glandéves , Ayde-Major.
Chevalier de Raouffet , Ayde-Major.
Marquis de Levy,
Enfeignes de Galeres.
Chevalier de Cabre Roquevaire,
De Caftelane d'Hademar.
De Gantés.
Comte de Pontis d'Hurtis.
Chevalier d'Argent.
D'Albert.
Chevalier de Jarente,
I De
1038 MERCURE DE FRANCE
De Chaumont.
De Grandmaiſon.
Chevalier de Gadagne,
Marquis de Bonnivet.
par le Roi le Is.
Avril 1730. faite
Capitaines de Galeres.
Mrs De Tournefort , Major.
De Gardane .
Capitaines- Lieutenans,
De Bernage , l'aîné.
De Langerie.
Gailhac de Caumont.
Lieutenans de Galeres.
De Chaumont.
Du
Guay.
Marquis de Blaças.
Chevalier d'Albert. "
De Soiflans- Villars.
Chevalier de Glandéves , Ayde-Major.
Chevalier de Raouffet , Ayde-Major.
Marquis de Levy,
Enfeignes de Galeres.
Chevalier de Cabre Roquevaire,
De Caftelane d'Hademar.
De Gantés.
Comte de Pontis d'Hurtis.
Chevalier d'Argent.
D'Albert.
Chevalier de Jarente,
I De
1038 MERCURE DE FRANCE
De Chaumont.
De Grandmaiſon.
Chevalier de Gadagne,
Marquis de Bonnivet.
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Résumé : PROMOTION des Officiers des Galeres, faite par le Roi le 15. Avril 1730.
En avril 1730, le roi a promulgué une promotion d'officiers des galères. Les promotions incluent les capitaines de galères : Monsieur de Tournefort et Monsieur de Gardane. Les capitaines-lieutenants promus sont : Monsieur de Bernage l'aîné, Monsieur de Langerie et Gailhac de Caumont. Les lieutenants de galères promus sont : Monsieur de Chaumont, Marquis de Blaças et Chevalier d'Albert. Les enseignes de galères promus sont : Chevalier de Cabre Roquevaire et Marquis de Bonnivet. Les aides-majors promus sont : Chevalier de Glandèves et Chevalier de Raouffet.
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5246
p. 1038-1039
BENEFICES DONNEZ par le Roy.
Début :
L'Abbaye de Puy-Ferrand, Ordre de S. Augustin, Diocèse de Bourges, vacante par le [...]
Mots clefs :
Abbaye, Roi, Bénéfices
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texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNEZ par le Roy.
BENEFICES DONNEZ
par le Roy.
'Abbaye de Puy- Ferrand , Ordre de S. Au-
Lguftin ,Diocèfe de Bourges , vacante par le
decès de M. de Gauffen , à M. de Coetlorguet ,
Prêtre.
L'Abbaye de Jofaphat , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Chartres , vacante par le décès de
M. de Taillefer de Barriere , à M. Jean-Jofeph de
Fougaffe , d'Entrechaux de la Baftie , Diacre du
Diocèse d'Avignon.
L'Abbaye Commandataire de Baffac, Ordre de
S. Benoît , Diocèfe de Saintes , vacante par le
décès de M. Mayol , à M. Paul Allain de la Vigerie
, Prêtre du Diocèfe de Bordeaux.
L'Abbaye de Bonlieu , Ordre de Câteaux , Diocèfe
du Mans , vacante par le décèds de Madame
du Juglart , à Madame de Muy , Prieure de l'Abbaye
d'Hierre .
L'Abbaye de S. Jean l'Evangelifte d'Oudeauville
, Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Boulogne
, vacante par la démiffion de M. Nadal , en
faveur de M. Jean- Baptifte Fourdinier de Remortier
, Prêtre , Docteur en Théologie & Vicegerent
de l'Officialité de Boulogne .
L'Abbaye de Cherbourg, dite de N. D. du Voeu,
Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Coutances ,
vacante par le déceds de M. de Valat , à M. le
Normant , Prêtre du Diocèfe de Paris.
L'Evêché de Carcaffonne , vacant par le déceds
de M.de Châteauneuf de Rochebonne, en faveurde
M ,
MAY.
1730.
1039
M. Armand Bazin de Bezons , Prêtre du Diocèle
de Paris , & Docteur en Théologie.
L'Abbaye de la Cour- Dieu , Ordre de Cîteaux,
Diocèse d'Orleans , vacante par le déceds de
M. de Fages , en faveur de M. de Bellefond , Prêtre
, Aumônier du Roi.
L'Abbaye de N. D. de Mandion , Ordre de
S. Benoît , Diocèfe de Sainte , vacante par la démiffion
de M.Bridelle, en faveur de M.de la Corée,
Prêtre, Grand Vicaire de Saintes & Vifiteur General
des Carmelites.
Le Prieuré Commandataire,Conventuel & Electif
de Beaulieu , Ordre de S. Auguſtin , Diocéfe
de Rouen , vacante par le déceds de M. de Mayol,
en faveur de M. Pierre Bridelle , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , & Grand-Vicaire de Rouen.
par le Roy.
'Abbaye de Puy- Ferrand , Ordre de S. Au-
Lguftin ,Diocèfe de Bourges , vacante par le
decès de M. de Gauffen , à M. de Coetlorguet ,
Prêtre.
L'Abbaye de Jofaphat , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Chartres , vacante par le décès de
M. de Taillefer de Barriere , à M. Jean-Jofeph de
Fougaffe , d'Entrechaux de la Baftie , Diacre du
Diocèse d'Avignon.
L'Abbaye Commandataire de Baffac, Ordre de
S. Benoît , Diocèfe de Saintes , vacante par le
décès de M. Mayol , à M. Paul Allain de la Vigerie
, Prêtre du Diocèfe de Bordeaux.
L'Abbaye de Bonlieu , Ordre de Câteaux , Diocèfe
du Mans , vacante par le décèds de Madame
du Juglart , à Madame de Muy , Prieure de l'Abbaye
d'Hierre .
L'Abbaye de S. Jean l'Evangelifte d'Oudeauville
, Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Boulogne
, vacante par la démiffion de M. Nadal , en
faveur de M. Jean- Baptifte Fourdinier de Remortier
, Prêtre , Docteur en Théologie & Vicegerent
de l'Officialité de Boulogne .
L'Abbaye de Cherbourg, dite de N. D. du Voeu,
Ordre de S. Auguftin , Diocèfe de Coutances ,
vacante par le déceds de M. de Valat , à M. le
Normant , Prêtre du Diocèfe de Paris.
L'Evêché de Carcaffonne , vacant par le déceds
de M.de Châteauneuf de Rochebonne, en faveurde
M ,
MAY.
1730.
1039
M. Armand Bazin de Bezons , Prêtre du Diocèle
de Paris , & Docteur en Théologie.
L'Abbaye de la Cour- Dieu , Ordre de Cîteaux,
Diocèse d'Orleans , vacante par le déceds de
M. de Fages , en faveur de M. de Bellefond , Prêtre
, Aumônier du Roi.
L'Abbaye de N. D. de Mandion , Ordre de
S. Benoît , Diocèfe de Sainte , vacante par la démiffion
de M.Bridelle, en faveur de M.de la Corée,
Prêtre, Grand Vicaire de Saintes & Vifiteur General
des Carmelites.
Le Prieuré Commandataire,Conventuel & Electif
de Beaulieu , Ordre de S. Auguſtin , Diocéfe
de Rouen , vacante par le déceds de M. de Mayol,
en faveur de M. Pierre Bridelle , Prêtre , Docteur
de Sorbonne , & Grand-Vicaire de Rouen.
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Résumé : BENEFICES DONNEZ par le Roy.
En 1730, le roi attribue plusieurs bénéfices ecclésiastiques devenus vacants par décès ou démission. Parmi les attributions, l'Abbaye de Puy-Ferrand, Ordre de Saint-Augustin, Diocèse de Bourges, est donnée à M. de Coetlorguet. L'Abbaye de Josaphat, Ordre de Saint-Benoît, Diocèse de Chartres, revient à M. Jean-Joseph de Fougaffe. L'Abbaye Commandataire de Bassac, Ordre de Saint-Benoît, Diocèse de Saintes, est attribuée à M. Paul Allain de la Vigerie. L'Abbaye de Bonlieu, Ordre de Cîteaux, Diocèse du Mans, est donnée à Madame de Muy. L'Abbaye de Saint-Jean l'Évangéliste d'Oudeauville, Ordre de Saint-Augustin, Diocèse de Boulogne, est attribuée à M. Jean-Baptiste Fourdinier de Remortier. L'Abbaye de Cherbourg, Ordre de Saint-Augustin, Diocèse de Coutances, est donnée à M. le Normant. L'Évêché de Carcassonne, vacant par le décès de M. de Châteauneuf de Rochebonne, est attribué à M. Armand Bazin de Bezons. L'Abbaye de la Cour-Dieu, Ordre de Cîteaux, Diocèse d'Orléans, est donnée à M. de Bellefond. L'Abbaye de Notre-Dame de Mandion, Ordre de Saint-Benoît, Diocèse de Sainte, est attribuée à M. de la Corée. Enfin, le Prieuré Commandataire de Beaulieu, Ordre de Saint-Augustin, Diocèse de Rouen, est donné à M. Pierre Bridelle.
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5247
p. 1039-1042
Solemnité aux Capucins pour la Beatification du P. Fidel, [titre d'après la table]
Début :
Le 21. Avril, & les trois jours suivans, les Capucins de la rüe S. Honoré celebrerent avec [...]
Mots clefs :
Capucins, Messe, Église, Évêques, Vêpres
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texteReconnaissance textuelle : Solemnité aux Capucins pour la Beatification du P. Fidel, [titre d'après la table]
Le 21. Avril , & les trois jours fuivans ,
Capucins de la rue S. Honoré celebrerent avec
beaucoup de folemnité la Beatification du Pere
Fidel de Simarinque , Capucin , Préfet & premier
Martyr de la Miffion ' Apoftolique , établie chez
les Grifons par la Sacrée Congrégation , chargée
de travailler à la propagation de la Foi.
Ces Peres avoient fait élever dans la Cour de
leur Eglife une Galerie ornée de Pilaftres peints
en Marbre , dont les Chapiteaux & les Piedeftaux
étoient peints en or , ce qui formoit une espece
de Colonade ; entre ces Pilaftres , fous des Arcades
ornées de Feftons & de Guirlandes , on avoit
placé des Caiffes de fleurs & d'autres ornemens
& les murs étoient revêtus de très-riches Tapifferies.
"
Au- devant du Porche de l'Eglife , étoit élevé
un Portique peint en Marbre , aufli -bien que les
Colomnes qui le foutenoient , & dans un Cartouche
au-deffus de la grande entrée étoient écri-
I ij
tes
1040 MERCURE DE FRANCE
tes ces paroles tirées du Livre des Proverbes ,
Vir Fidelis multùm laudabitur.
Au même Porche, du côté de la ruë, deux Piramides
étoient élevées fur des Piedeſtaux & furmontées
de Vafes , ce qui formoit une entrée, audeffus
de laquelle étoient écrites ces paroles de
PEcclefiaftique : Sic celebrabitur Fidelis in confpectu
Dei.
Aux deux côtez de la Porte de l'Eglife , étoient
placées fur leurs Piedeftaux , deux Figures grandes
comme le naturel , qui repréfentoient la Foi
& la Charité , le tout orné de très - belles Tapifferies
; on avoit placé au- deffus de la Porte exterieure
de l'Eglife , les Armes du feu Pape Benoît
XIII. celles du Roi & de l'Archevêque de
Paris.
Toute l'Eglife depuis la Corniche jufqu'au
Lambris , étoit ornée de Tapifleries de la Ĉouronne
, au bas defquelles regnoit une espece de
Gradin chargé de Camayeux , qui repréſentoient
les principaux Miracles du Saint , accompagné
de chaque côté de Pots de fleurs. Entre ces Camayeux
étoient des Piramides peintes en or , furmontées
de Girandoles . On avoit écrit au bas des
Piramides differens Paffages de l'Ecriture , convenables
au fujet .
Les Fenêtres de l'Eglife étoient fermées par des
grands rideaux de Damas cramoifi , galonnez
d'or ; la Voute étoit ornée de Feftons & de Guirlandes
, d'où fortoient de gros cordons de foye
pour foutenir quantité de Luftres garnis de bougies.
Le devant de la Tribune deftinée pour la
Mufique , étoit auffi couvert d'une pareille étoffe
de Damas galonné d'or , de même que la Chaire
du Prédicateur. On avoit placé au- deffus de la
Tribune , un grand Camayeu réprefentant le
Bienheureux Fidel martyrifé par les Heretiques,
Le
MAY. 1730. 1041
Le Pavé du Sanctuaire & une partie de la Nef
qui fervoit de Choeur , étoit couvert de quantité
de très-beaux Tapis. On avoit élevé à une petite
diftance de l'Autel , un Trône pour les Evêques
qui ont officié pontificalement , on avoit placé
au -deffous un Fauteuil , & un Prie-Dieu , couvert
d'un Tapis de Velours cramoifi , furmonté d'un
Dais brodé en or & en argent."
Le premier jour de la Fête , les Capucins commencerent
leur Proceffion à une heure après midi,
ils étoient precedez de plufieurs jeunes garçons
vétus en Chevaliers Romains , fous leur Guidon ,
portant les Inftrumens du Martyre du Bienheureux
Fidel , & d'une quantité d'Enfans vétus trèsproprement
en Anges , qui portoient des Banderoles.
Ces Peres , au nombre de plus de cent , allerent
proceffionellement prendre les Cordeliers
du Grand Convent qui vinrent avec eux chanter
les premieres Vêpres ; cette Communauté fut faluée
en arrivant d'une décharge de quantité de
Boëtes, & au fon de Trompettes & Timbales , &
reçue à la porte de l'Eglife par quatre Peres Capucins,
dont deux étoient revétus d'Aubes, & pre-
Tentoient de l'Eau - Benite aux Religieux qui entroient
, & les deux autres , en furplis , les encenfoient.
La même ceremonie a été obfervée à l'entrée
& à la fortie de toutes les Communautez
qui font venues aux Capucins, pour y chanter la
Meffe ou les Vêpres.
Le 22. M. Robinet , Official & Vicaire General
de M. l'Archevêque de Paris , fe rendit dans l'Egfife
des Capucins , où il fit la lecture de la Bulle
de la Beatification du Pere Fidel , après laquelle
le Te Deum fut chanté au bruit d'un grand nombre
de Boetes qu'on tira dans le Jardin de ces
Peres.
Le même jour les Capucins allerent procef-
I iij hionnd1042
MERCURE DE FRANCE
fionellement prendre les Religieux Feüillans qui
vinrent chanter la grande Meffe dans leur Eglife..
L'aprés midi , les Jacobins de la rue S. Honoré
y vinrent chanter les Vêpres ; le Panégyrique du
Saint fut prononcé par le P. Dom Jerôme , le Salut
fut chanté enfuite en Mufique , auquel officia
l'Evêque de Quebec.
ac-
Le 23. le Clergé de la Paroiffe de S. Roch ,
compagné des Capucins , vint chanter la grande
Meffe dans leur Eglife,& l'après midi les Feuillans
y chanterent les Vêpres ; le Panegyrique du Saint
fut prononcé par le Pere de la Cofte, Cordelier , l'Evêque
de Laon officia au Salut qui fut chanté après.
Le 24. le Clergé de S. Germain de Lauxerrois
accompagné des Capucins , vint celebrer la
Meffe qui fut chantée par la Mufique du Chapitre
, & l'après midi les Récollets y chanterent les
Vêpres, l'Abbé Billard prononça le Panegyrique .
du Saint , l'Evêque de Cifteron officia au Salut &
an Te Deum qui fut chanté enfuite , à la fin duquei
la Bannière du Saint fut élevée au plus haut
de la voute de l'Eglife , au fon des Trompettes
des Timballes & de la Simphonie. La Fête fut
terminée le foir du même jour par une très - belle
Illumination de la Maifon des Capucins , des
Gours & du Jardin , dans lequel on tira un Feu
d'artifice, qui fut executé avec beaucoup de fuccès.
Capucins de la rue S. Honoré celebrerent avec
beaucoup de folemnité la Beatification du Pere
Fidel de Simarinque , Capucin , Préfet & premier
Martyr de la Miffion ' Apoftolique , établie chez
les Grifons par la Sacrée Congrégation , chargée
de travailler à la propagation de la Foi.
Ces Peres avoient fait élever dans la Cour de
leur Eglife une Galerie ornée de Pilaftres peints
en Marbre , dont les Chapiteaux & les Piedeftaux
étoient peints en or , ce qui formoit une espece
de Colonade ; entre ces Pilaftres , fous des Arcades
ornées de Feftons & de Guirlandes , on avoit
placé des Caiffes de fleurs & d'autres ornemens
& les murs étoient revêtus de très-riches Tapifferies.
"
Au- devant du Porche de l'Eglife , étoit élevé
un Portique peint en Marbre , aufli -bien que les
Colomnes qui le foutenoient , & dans un Cartouche
au-deffus de la grande entrée étoient écri-
I ij
tes
1040 MERCURE DE FRANCE
tes ces paroles tirées du Livre des Proverbes ,
Vir Fidelis multùm laudabitur.
Au même Porche, du côté de la ruë, deux Piramides
étoient élevées fur des Piedeſtaux & furmontées
de Vafes , ce qui formoit une entrée, audeffus
de laquelle étoient écrites ces paroles de
PEcclefiaftique : Sic celebrabitur Fidelis in confpectu
Dei.
Aux deux côtez de la Porte de l'Eglife , étoient
placées fur leurs Piedeftaux , deux Figures grandes
comme le naturel , qui repréfentoient la Foi
& la Charité , le tout orné de très - belles Tapifferies
; on avoit placé au- deffus de la Porte exterieure
de l'Eglife , les Armes du feu Pape Benoît
XIII. celles du Roi & de l'Archevêque de
Paris.
Toute l'Eglife depuis la Corniche jufqu'au
Lambris , étoit ornée de Tapifleries de la Ĉouronne
, au bas defquelles regnoit une espece de
Gradin chargé de Camayeux , qui repréſentoient
les principaux Miracles du Saint , accompagné
de chaque côté de Pots de fleurs. Entre ces Camayeux
étoient des Piramides peintes en or , furmontées
de Girandoles . On avoit écrit au bas des
Piramides differens Paffages de l'Ecriture , convenables
au fujet .
Les Fenêtres de l'Eglife étoient fermées par des
grands rideaux de Damas cramoifi , galonnez
d'or ; la Voute étoit ornée de Feftons & de Guirlandes
, d'où fortoient de gros cordons de foye
pour foutenir quantité de Luftres garnis de bougies.
Le devant de la Tribune deftinée pour la
Mufique , étoit auffi couvert d'une pareille étoffe
de Damas galonné d'or , de même que la Chaire
du Prédicateur. On avoit placé au- deffus de la
Tribune , un grand Camayeu réprefentant le
Bienheureux Fidel martyrifé par les Heretiques,
Le
MAY. 1730. 1041
Le Pavé du Sanctuaire & une partie de la Nef
qui fervoit de Choeur , étoit couvert de quantité
de très-beaux Tapis. On avoit élevé à une petite
diftance de l'Autel , un Trône pour les Evêques
qui ont officié pontificalement , on avoit placé
au -deffous un Fauteuil , & un Prie-Dieu , couvert
d'un Tapis de Velours cramoifi , furmonté d'un
Dais brodé en or & en argent."
Le premier jour de la Fête , les Capucins commencerent
leur Proceffion à une heure après midi,
ils étoient precedez de plufieurs jeunes garçons
vétus en Chevaliers Romains , fous leur Guidon ,
portant les Inftrumens du Martyre du Bienheureux
Fidel , & d'une quantité d'Enfans vétus trèsproprement
en Anges , qui portoient des Banderoles.
Ces Peres , au nombre de plus de cent , allerent
proceffionellement prendre les Cordeliers
du Grand Convent qui vinrent avec eux chanter
les premieres Vêpres ; cette Communauté fut faluée
en arrivant d'une décharge de quantité de
Boëtes, & au fon de Trompettes & Timbales , &
reçue à la porte de l'Eglife par quatre Peres Capucins,
dont deux étoient revétus d'Aubes, & pre-
Tentoient de l'Eau - Benite aux Religieux qui entroient
, & les deux autres , en furplis , les encenfoient.
La même ceremonie a été obfervée à l'entrée
& à la fortie de toutes les Communautez
qui font venues aux Capucins, pour y chanter la
Meffe ou les Vêpres.
Le 22. M. Robinet , Official & Vicaire General
de M. l'Archevêque de Paris , fe rendit dans l'Egfife
des Capucins , où il fit la lecture de la Bulle
de la Beatification du Pere Fidel , après laquelle
le Te Deum fut chanté au bruit d'un grand nombre
de Boetes qu'on tira dans le Jardin de ces
Peres.
Le même jour les Capucins allerent procef-
I iij hionnd1042
MERCURE DE FRANCE
fionellement prendre les Religieux Feüillans qui
vinrent chanter la grande Meffe dans leur Eglife..
L'aprés midi , les Jacobins de la rue S. Honoré
y vinrent chanter les Vêpres ; le Panégyrique du
Saint fut prononcé par le P. Dom Jerôme , le Salut
fut chanté enfuite en Mufique , auquel officia
l'Evêque de Quebec.
ac-
Le 23. le Clergé de la Paroiffe de S. Roch ,
compagné des Capucins , vint chanter la grande
Meffe dans leur Eglife,& l'après midi les Feuillans
y chanterent les Vêpres ; le Panegyrique du Saint
fut prononcé par le Pere de la Cofte, Cordelier , l'Evêque
de Laon officia au Salut qui fut chanté après.
Le 24. le Clergé de S. Germain de Lauxerrois
accompagné des Capucins , vint celebrer la
Meffe qui fut chantée par la Mufique du Chapitre
, & l'après midi les Récollets y chanterent les
Vêpres, l'Abbé Billard prononça le Panegyrique .
du Saint , l'Evêque de Cifteron officia au Salut &
an Te Deum qui fut chanté enfuite , à la fin duquei
la Bannière du Saint fut élevée au plus haut
de la voute de l'Eglife , au fon des Trompettes
des Timballes & de la Simphonie. La Fête fut
terminée le foir du même jour par une très - belle
Illumination de la Maifon des Capucins , des
Gours & du Jardin , dans lequel on tira un Feu
d'artifice, qui fut executé avec beaucoup de fuccès.
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Résumé : Solemnité aux Capucins pour la Beatification du P. Fidel, [titre d'après la table]
Du 21 avril au 24 avril, les Capucins de la rue Saint-Honoré célébrèrent la béatification du Père Fidèle de Sigmaringen, premier martyr de la Mission Apostolique chez les Grisons. Pour cette occasion, une galerie ornée de pilastres peints en marbre et dorés fut érigée dans la cour de leur église. Des arcades décorées de festons et de guirlandes, des caisses de fleurs, et des tapisseries richement ornées couvraient les murs. Au-dessus du porche, une inscription tirée des Proverbes, 'Vir Fidelis multùm laudabitur', était affichée. Deux pyramides surmontées de vases flanquaient l'entrée, avec l'inscription 'Sic celebrabitur Fidelis in conspectu Dei'. À l'intérieur, des figures représentant la Foi et la Charité étaient placées de chaque côté de la porte, accompagnées des armes du pape Benoît XIII, du roi et de l'archevêque de Paris. L'église était décorée de tapisseries de la couronne, de camées représentant les miracles du saint, et de pyramides dorées surmontées de girandoles. Les fenêtres étaient fermées par des rideaux de damas cramoisi galonné d'or, et la voûte était ornée de festons et de guirlandes. Les célébrations commencèrent par une procession des Capucins, précédés de jeunes garçons vêtus en chevaliers romains et d'enfants habillés en anges. Les premiers vêpres furent chantés par les Cordeliers du Grand Convent, accueillis par des salves de boîtes à feu et des trompettes. Le 22 avril, M. Robinet, vicaire général de l'archevêque de Paris, lut la bulle de béatification, suivie du Te Deum. Les jours suivants, diverses communautés religieuses, dont les Feuillans, les Jacobins, et les Récollets, se succédèrent pour chanter la messe et les vêpres, et prononcer des panégyriques. La fête se conclut par une illumination et un feu d'artifice dans le jardin des Capucins.
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5248
p. 1042-1046
« Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...] »
Début :
Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...]
Mots clefs :
Loterie, Concert, Squelette, Dominicains, Comédiens-Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...] »
Le 2 8. Avril,lesDominicains du Grand Convent
de la Rue S. Jacques , celebrerènt dans leur Eglife
un Service folemnel pour le repos de l'ame du feu
Pape Benoît XIII. qui étoit Religieux de leur
Ordre ; l'Evêque de Lefcar y celebra pontificalement
la Meffe , & l'Oraiſon Funebre du feu Pape
y fut prononcée par le Pere Corbierre , Religieux
du mème Convent. L'Eglife étoit tenduë de noir
avec les Armes du Pape deffunt.
Le Gouvernement du Mont Louis , & la Lieutenance
MAY. 1730. 1043
tenance Generale de la Province de Rouffillon ,
ont été accordez à M. le Comte de Caylus , Lieutenant
General ès Armées du Roi , l'un & l'autre
vacans par le décés deM.le Marquis de Firmacon.
La Lieutenance Generale du Comté de Bour→
gogne , a été accordée à M. le Duc de Durfort ,
fur la démiffion de M. le Duc d'Harcourt.
On a trouvé dans les Fondemens du Gouverne.
ment de l'Ile de Ré , le Squelette d'une femme ,
dont la tête étoit ornée d'une Couronne de cuivre
doré, garnie de Pierres , qui font tombées en
pouffiere lorfqu'on y a touché ; il y avoit auprès
de cette Sépulture quantité d'offemens ; mais il
ne s'eft trouvé ni Médailles ni autres marques
qui ayent pú fervir à découvrir l'ancienneté & le
caractere du Squelette.
Les Députez du Parlement qui avoient reçû
les ordres du Roi le 29.du mois dernier, le rendirent
à Fontainebleau le premier de ce mois , &
M. Portail , Premier Preſident , étant à leur tête .
Ils furent prefentez & conduits à l'Audience de
Sa Majesté avec les ceremonies accoûtumées. Le
Roi leur expliqua le fujer pour lequel il les avoit
mandez. Il leur fit enfuite déclarer fa volonté
par le Chancelier de France , & le Roi ordonna
aux Députez d'inftruire le Parlement afſemblé
des intentions de S. M.
Le 7. la Reine fit rendre à l'Eglife de la Paroiffe
les Pains Benits , qui furent préfentez par l'Abbé
de Sainte Hermine , Aumônier de S. M. accompagné
du Maître d'Hôtel Ordinaire , & du Contrôleur
en quartier.
Le 6. de ce mois , le Baron Chedda , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede , & l'un de fes
Ambaffadeurs Plénipotentiaires au Congrés de
Soiffons , eut , en long Manteau de deuil , une
Audience particuliere du Roi , dans laquelle il fit
1
1111 part
1044 MERCURE DE FRANCE
part à S. M. de la mort du Landgrave de Heffle-
Caffel ,, pere du Roi de Suede . Il fut conduit par
M. Hebert, Introducteur des Ambaſſadeurs , qui le
conduifit enfuite à l'Audience de la Reine.Le lendemain
le Comte de Godolfkin ,Miniftre de Ruffie,
& Plenipotentiaire au Congrés de Soiffons , eut
auffi,en Manteau long, une pareille Audience pour
notifier la mort du Czar Pierre II.
Le 26. Avril,il y eut Concert à Fontainebleau ,M.
Deftouches , Sur - Intendant de la Mufique du Roi,
fit chanter devant la Reine le Prologue de l'Opera
de Callirhoé , dont la Mufique eft de fa
compofition, lequel fut parfaitement bien executé;
le Role de la Victoire fut chanté avec beaucoup
de fuccès par la Dile Denis , ainfi que celui d'aftrée
, par la Dlle Barbier .
Le 3. May , on chanta- devant la Reine , le premier
Acte du même Opera , qu'on acheva de
chanter le 8. le fo. le 15. & le 17. le Rôle de
Callirhoé fut chanté avec applaudiffement par la
Dle Lenner , de la Mufique du Roi , ainfi que
celui de Corefus , par le fieur d'Angerville.
Le 22. & le 24. M. Campra , Maître de Mu
fique de la Chapelle du Roi , fit chanter devant
la Reine , des fragmens de fon Ballet de l'Eμ-
rope Galante , qui furent très - bien executez &
firent beaucoup de plaifir.
Le 8. la Lotterie pour le Remboursement des
Rentes fur l'Hôtel de Ville, fut tirée en preſence
du Prévôt des Marchands & des Echevins , en la
· maniere accoûtumée , le fonds de ce mois s'eft
trouvé monter à la fomme de 1352045. livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les Lots
qui leur font échus , conformément à la Lifte generale
qui a été rendue publique.
Le
MAY . 1730. 1045
Le 10. de ce mois , douze Députez de la Faculté
de Théologie de Paris , introduits dans le Cabinet
du Roi & préfentez par le Comte de Maurepas
, Secretaire d'itat , eurent l'honneur de remettre
entre les mains de S. M. les Actes nouvellement
imprimez , que cette Faculté a faits
depuis le mois de Novembre 1729. pour faire
obferver par tous ces Membres , & executer la
Conftitution Unigenitus . M.Lullier,Doyen, porta
la parole avec éloquence , & en même- temps il
remercia le Roi au nom de la Faculté , de la nou
velle Déclaration du 24. Mars dernier : S. M. reçut
ces Députez avec bonté , & leur donna des
marques de fa fatisfaction .
Le 25. Mai la Lotterie de la Compagnie des
Indes,ordonnée par l'Arrêt du Confeil du 2.May,
pour le remboursement de vingt-cinq milleActions
fut tirée en prefence des Commiffaires , Syndics &
Directeurs de la Compagnie. On a publié la Lifte
des Numero, des Actions & des Dixièmes d'Actions
qui doivent être remboursées , au bas de laquelle
il eft dit que les Porteurs des Actions &
des Dixiémes d'Actions , feront tenus ( pour recevoir
leurs Rembourfemens au Tréfor Royal )
de faire vifer leurs Actions ou Dixiémes , dans
le Bureau du heur Barillon , Infpecteur de ladite
Lotterie , par le fieur Bofc , nommé à cet effet ,
lequel Bureau fera ouvert le matin jufqu'à midi,&
le foir jufqu'à fix heures..
Le 18. jour de l'Afcenfion , & le 28. Fête de
la Pentecôte , il y eut Concert Spirituel au Château
des Tuilleries , on y chanta differens Motets
de M. de la Lande , qui furent parfaitement bien
executez , de même que d'autres petits Motets
chantez par les Diles Erremens , le Maure &
Iv Petitpas
1046 MERCURE DE FRANCE
Petitpas, il y eut auffi plufieurs Pieces de Simphonie
, dont l'execution paroît toûjours admirable.
Le même Concert Spirituel, recommencera le 8.
jour de la Fête -Dieu .
La Cour eft encore à Fontainebleau , où Leurs
Majeftez fe plaifent beaucoup, La Chaffe du Cerf,
du Chevreuil & du Sanglier , la Promenade , le
Jeu , les Concerts , les Appartemens , la Comedie
Françoife , font alternativement le fujet des
Divertiffemens qu'on y prend. Les Comediens.
François y ont joué trois fois la Semaine , le
Mardi , le Jeudi & le Samedi, Ils repréfenterent,
le Jeudi 27. Avil , la Comedie de l'Etourdi.
Le 29. la Tragedie de Phedre & Efarbagnas.
Le 2. May , l'Esprit Folet."
Le 4. Venceslas & le Mariage forcé.
Le 6. l'Ecole des Maris & les Fâcheux.
Le 9. Rodogune & l'Eté des Coquettes..
la Comedie du Muet.
Le II.
Le 13. Mithridate.
Le 16. le Joueur.
Le 20. Andromaque & le Balillard.
Le 23. l'Avare.
Le 25. Cinna & l'Eſprit de contradiction.
de la Rue S. Jacques , celebrerènt dans leur Eglife
un Service folemnel pour le repos de l'ame du feu
Pape Benoît XIII. qui étoit Religieux de leur
Ordre ; l'Evêque de Lefcar y celebra pontificalement
la Meffe , & l'Oraiſon Funebre du feu Pape
y fut prononcée par le Pere Corbierre , Religieux
du mème Convent. L'Eglife étoit tenduë de noir
avec les Armes du Pape deffunt.
Le Gouvernement du Mont Louis , & la Lieutenance
MAY. 1730. 1043
tenance Generale de la Province de Rouffillon ,
ont été accordez à M. le Comte de Caylus , Lieutenant
General ès Armées du Roi , l'un & l'autre
vacans par le décés deM.le Marquis de Firmacon.
La Lieutenance Generale du Comté de Bour→
gogne , a été accordée à M. le Duc de Durfort ,
fur la démiffion de M. le Duc d'Harcourt.
On a trouvé dans les Fondemens du Gouverne.
ment de l'Ile de Ré , le Squelette d'une femme ,
dont la tête étoit ornée d'une Couronne de cuivre
doré, garnie de Pierres , qui font tombées en
pouffiere lorfqu'on y a touché ; il y avoit auprès
de cette Sépulture quantité d'offemens ; mais il
ne s'eft trouvé ni Médailles ni autres marques
qui ayent pú fervir à découvrir l'ancienneté & le
caractere du Squelette.
Les Députez du Parlement qui avoient reçû
les ordres du Roi le 29.du mois dernier, le rendirent
à Fontainebleau le premier de ce mois , &
M. Portail , Premier Preſident , étant à leur tête .
Ils furent prefentez & conduits à l'Audience de
Sa Majesté avec les ceremonies accoûtumées. Le
Roi leur expliqua le fujer pour lequel il les avoit
mandez. Il leur fit enfuite déclarer fa volonté
par le Chancelier de France , & le Roi ordonna
aux Députez d'inftruire le Parlement afſemblé
des intentions de S. M.
Le 7. la Reine fit rendre à l'Eglife de la Paroiffe
les Pains Benits , qui furent préfentez par l'Abbé
de Sainte Hermine , Aumônier de S. M. accompagné
du Maître d'Hôtel Ordinaire , & du Contrôleur
en quartier.
Le 6. de ce mois , le Baron Chedda , Envoyé
Extraordinaire du Roi de Suede , & l'un de fes
Ambaffadeurs Plénipotentiaires au Congrés de
Soiffons , eut , en long Manteau de deuil , une
Audience particuliere du Roi , dans laquelle il fit
1
1111 part
1044 MERCURE DE FRANCE
part à S. M. de la mort du Landgrave de Heffle-
Caffel ,, pere du Roi de Suede . Il fut conduit par
M. Hebert, Introducteur des Ambaſſadeurs , qui le
conduifit enfuite à l'Audience de la Reine.Le lendemain
le Comte de Godolfkin ,Miniftre de Ruffie,
& Plenipotentiaire au Congrés de Soiffons , eut
auffi,en Manteau long, une pareille Audience pour
notifier la mort du Czar Pierre II.
Le 26. Avril,il y eut Concert à Fontainebleau ,M.
Deftouches , Sur - Intendant de la Mufique du Roi,
fit chanter devant la Reine le Prologue de l'Opera
de Callirhoé , dont la Mufique eft de fa
compofition, lequel fut parfaitement bien executé;
le Role de la Victoire fut chanté avec beaucoup
de fuccès par la Dile Denis , ainfi que celui d'aftrée
, par la Dlle Barbier .
Le 3. May , on chanta- devant la Reine , le premier
Acte du même Opera , qu'on acheva de
chanter le 8. le fo. le 15. & le 17. le Rôle de
Callirhoé fut chanté avec applaudiffement par la
Dle Lenner , de la Mufique du Roi , ainfi que
celui de Corefus , par le fieur d'Angerville.
Le 22. & le 24. M. Campra , Maître de Mu
fique de la Chapelle du Roi , fit chanter devant
la Reine , des fragmens de fon Ballet de l'Eμ-
rope Galante , qui furent très - bien executez &
firent beaucoup de plaifir.
Le 8. la Lotterie pour le Remboursement des
Rentes fur l'Hôtel de Ville, fut tirée en preſence
du Prévôt des Marchands & des Echevins , en la
· maniere accoûtumée , le fonds de ce mois s'eft
trouvé monter à la fomme de 1352045. livres ,
laquelle a été diftribuée aux Rentiers pour les Lots
qui leur font échus , conformément à la Lifte generale
qui a été rendue publique.
Le
MAY . 1730. 1045
Le 10. de ce mois , douze Députez de la Faculté
de Théologie de Paris , introduits dans le Cabinet
du Roi & préfentez par le Comte de Maurepas
, Secretaire d'itat , eurent l'honneur de remettre
entre les mains de S. M. les Actes nouvellement
imprimez , que cette Faculté a faits
depuis le mois de Novembre 1729. pour faire
obferver par tous ces Membres , & executer la
Conftitution Unigenitus . M.Lullier,Doyen, porta
la parole avec éloquence , & en même- temps il
remercia le Roi au nom de la Faculté , de la nou
velle Déclaration du 24. Mars dernier : S. M. reçut
ces Députez avec bonté , & leur donna des
marques de fa fatisfaction .
Le 25. Mai la Lotterie de la Compagnie des
Indes,ordonnée par l'Arrêt du Confeil du 2.May,
pour le remboursement de vingt-cinq milleActions
fut tirée en prefence des Commiffaires , Syndics &
Directeurs de la Compagnie. On a publié la Lifte
des Numero, des Actions & des Dixièmes d'Actions
qui doivent être remboursées , au bas de laquelle
il eft dit que les Porteurs des Actions &
des Dixiémes d'Actions , feront tenus ( pour recevoir
leurs Rembourfemens au Tréfor Royal )
de faire vifer leurs Actions ou Dixiémes , dans
le Bureau du heur Barillon , Infpecteur de ladite
Lotterie , par le fieur Bofc , nommé à cet effet ,
lequel Bureau fera ouvert le matin jufqu'à midi,&
le foir jufqu'à fix heures..
Le 18. jour de l'Afcenfion , & le 28. Fête de
la Pentecôte , il y eut Concert Spirituel au Château
des Tuilleries , on y chanta differens Motets
de M. de la Lande , qui furent parfaitement bien
executez , de même que d'autres petits Motets
chantez par les Diles Erremens , le Maure &
Iv Petitpas
1046 MERCURE DE FRANCE
Petitpas, il y eut auffi plufieurs Pieces de Simphonie
, dont l'execution paroît toûjours admirable.
Le même Concert Spirituel, recommencera le 8.
jour de la Fête -Dieu .
La Cour eft encore à Fontainebleau , où Leurs
Majeftez fe plaifent beaucoup, La Chaffe du Cerf,
du Chevreuil & du Sanglier , la Promenade , le
Jeu , les Concerts , les Appartemens , la Comedie
Françoife , font alternativement le fujet des
Divertiffemens qu'on y prend. Les Comediens.
François y ont joué trois fois la Semaine , le
Mardi , le Jeudi & le Samedi, Ils repréfenterent,
le Jeudi 27. Avil , la Comedie de l'Etourdi.
Le 29. la Tragedie de Phedre & Efarbagnas.
Le 2. May , l'Esprit Folet."
Le 4. Venceslas & le Mariage forcé.
Le 6. l'Ecole des Maris & les Fâcheux.
Le 9. Rodogune & l'Eté des Coquettes..
la Comedie du Muet.
Le II.
Le 13. Mithridate.
Le 16. le Joueur.
Le 20. Andromaque & le Balillard.
Le 23. l'Avare.
Le 25. Cinna & l'Eſprit de contradiction.
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Résumé : « Le 28. Avril, les Dominicains du Grand Couvent de la Rue S. Jacques, celebrerent dans leur Eglise [...] »
En avril et mai, plusieurs événements marquants eurent lieu en France. Le 28 avril, les Dominicains du Grand Convent de la Rue Saint-Jacques célébrèrent un service solennel pour le repos de l'âme du pape Benoît XIII. L'évêque de Lefcar y célébra la messe pontificalement, et l'oraison funèbre fut prononcée par le père Corbierre. L'église était tendue de noir avec les armes du pape défunt. Suite au décès de M. le marquis de Firmacon, le gouvernement du Mont Louis et la lieutenance générale de la province de Roussillon furent accordés à M. le comte de Caylus. La lieutenance générale du comté de Bourgogne fut attribuée à M. le duc de Durfort après la démission de M. le duc d'Harcourt. Lors des fouilles des fondements du gouvernement de l'île de Ré, un squelette de femme orné d'une couronne de cuivre doré garnie de pierres fut découvert. Des offrandes furent trouvées près de la sépulture, mais aucune médaille ou marque permettant de déterminer l'ancienneté et le caractère du squelette. Le 1er mai, les députés du Parlement furent présentés au roi à Fontainebleau, qui leur expliqua la raison de leur convocation. Le 7 mai, la reine fit rendre à l'église paroissiale les pains bénits, présentés par l'abbé de Sainte Hermine. Le 6 mai, le baron Chedda, envoyé extraordinaire du roi de Suède, informa le roi de la mort du landgrave de Hesse-Cassel. Le lendemain, le comte de Godolfkin, ministre de Russie, notifia la mort du tsar Pierre II. Des concerts et des représentations théâtrales eurent lieu à Fontainebleau et aux Tuileries. Le 26 avril, un concert fut donné où M. Destouches fit chanter le prologue de l'opéra de Callirhoé. Les 3, 8, 15 et 17 mai, divers actes de cet opéra furent chantés avec succès. Les 22 et 24 mai, M. Campra fit chanter des fragments de son ballet L'Europe galante. Le 8 mai, la loterie pour le remboursement des rentes sur l'Hôtel de Ville fut tirée, distribuant 1 352 045 livres aux rentiers. Le 10 mai, douze députés de la Faculté de Théologie de Paris remirent au roi les actes concernant la constitution Unigenitus. Le 25 mai, la loterie de la Compagnie des Indes fut tirée en présence des commissaires de la compagnie. Les 18 et 28 mai, des concerts spirituels eurent lieu au château des Tuileries. La cour se trouvait à Fontainebleau, où Leurs Majestés prenaient plaisir à diverses activités telles que la chasse, les promenades, les jeux, les concerts, et la comédie française. Les comédiens français jouèrent plusieurs pièces, dont 'L'Étourdi', 'Phèdre', 'Rodogune' et 'L'Avare'.
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5249
p. 1046-1050
MORTS NAISSANCES, & Mariages.
Début :
Dame Jeanne Josephe de Carmin, Epouse de M. Yves Robert Ignace, Chevalier, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Seigneur, Dame, Roi
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS NAISSANCES, & Mariages.
MORTS NAISSANCES,
D
& Mariages.
Ame Jeanne Jofephe de Carmin , Epouſe.
de M. Yves Robert Ignace , Chevalier
Baron de Legall , & auparavant Veuve de M. Nicolas
Jacques Defmars , Chevalier , Marquis de
Bellefoffe, Colonel , Meftre de Cavalerię , mourut
le 16. Avril , âgée de 40. ans.
D. Elifabeth Françoife de S. Chamans , fille
de
MAY. 1730. 1047
de feu François , Comte de S. Chamans , Chevalier
, Seigneur & Marquis de Mary , Meriel ,
&c. & de Dame Bonne de Chatellux , mourut le
23. du même mois , âgée de 30. ans .
N. Du Perray , Doyen des Avocats du Parle
ment , mourut le 25. Avril , âgé de plus de 90 .
ans , extrémement regretté par fa probité & fa
capacité. Il a exercé fa Profeffion avec beaucoup
d'honneur pendant près de 70. ans.
Le 28. Avril , Jean François Duret , Chevalier,
Seigneur de Villejuif,ancien Capitaine aux Gardes
Françoifes , Colonel d'Infanterie & Chevalier de
S. Louis , mourut âgé d'environ 62. ans .
Emanuel Charles Therefe de Froulay de Teffé,
Abbé de l'Abbaye de Valmont , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Rouen , Aumônier du Roy , &
Grand-Vicaire de l'Archevêque de Rouen, à Pontoiſe
, mourut à Paris le premier de ce mois , âgé
de
33. ans.
Charles Roger , Prince de Courtenay , mourut
à Paris le 7. de ce mois , âgé de près de 59. ans,
étant né au mois de Juillet 1671. Il ne laiffe
point d'enfans de Marie Claire Genevieve de Bretagne
fon Epoufe. La Branche de Courtenay fe.
trouve aujourd'huy fondue dans la Maifon de
Bauffremont , par le mariage d'Helene de Courtenay
avec le Marquis de Bauffremont , Chevalier
de la Toifon d'Or , Brigadier des Armées du
Roy , Meftre de Camp du Regiment de Dragons
de fon nom. On peut voir Du Bouchet fur la
Généalogie des Princes de Courtenay , le P. An
felme , &c.
Jacques Philippe Héron , Ecuyer , Sicur de la
Thuillerie , ancien Secretaire du Roy honoraire,
mourut à Pontoife le 10. de ce mois , âgé de 78.
ans , il avoit époufé Damoifelle Marguerite Du
Poirier Cotereau , fille de feu Jacques Du Poirier
Cotereau
I VJ
1048 MERCURE DE FRANCE
Cotereau , Chevalier , Seigneur de Villomer & de
Launay , Maître d'Hôtel ordinaire du feu Roy ,
Lieutenant Colonel du Regiment de Touraine
& de deffunte Dame Marguerite de Vallois . Il
laiffe une fille , Marguerite Therefe Héron ,
mariée à M. Pierre De Sabine , Chevalier , Seigneur
& Patron de Rieu , Comte de la Quieze ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Gentilhomme ordinaire de la Maifon du Roi.
Pierre le Clerc , Chevalier, Seigneur des Hayes,
Lefrefne , Jacmelle , Auvers , Guedeniau , &c.
Confeiller au Parlement , mourut à Paris le i I.
May , âgé de 32. ans .
Pierre Nicolas de Berulles , Chevalier , Seigneur
de Foiffy , &c. Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Premier Prefident du Parlement de
Grenoble , & Commandant pour le Roy en ladite
Province, déceda le 14. May 1730. âgé de 43. ans.
2
Emanuel Theodofe de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon, d'Albret & de Château Thierry,
Vicomte de Turenne Comte d'Auvergne ,
d'Evreux & du Bas Armagnac , Pair, & ci- devant
Grand-Chambellan de France , Gouverneur &
Lieutenant General de la haute & baſſe Auvergne ,
mourut le 17. May , âgé d'environ 63. ans . Il
laiffe par fon Teftament 352 50. liv. en 23. legs
une fois payez ; fçavoir, 4000. liv . aux Théatins,
2000. liv. aux Petits Auguftins , 3.000. liv . aux
Religieux de S. Martin de Pontoiſe , 2000. liv.
aux Pauvres de la Paroiffe de S. Sulpice , 4000. I.
à l'Abbaye de Redon , 4000. liv . aux Jefuites de
la Maifon Profeffe , & le refte à fes Officiers &
Domeftiques. Les rentes viageres que ce Seigneur
a faites par fon Teftament confiftent en 61. legs ,
faifant la fomme annuelle de 31636. liv. fçavoir,
800. liv. à Mademoiſelle de Château - Thiery ,
3000. liv. au Pere Bourfault , Théatin , & le
refte
MAY. 1730. . 1049
refte à fes Officiers , Domeftiques , &c .
Dame Marguerite Dorat , Veuve de M. Jules
Marquis de Prunelé , Seigneur & Baron de S. Germain
le Defiré, de Mervilliers, &c. mourut le 18.
Avril , âgée de 74. ans environ.
N. Dubois , fameux Joueur de Baffon de la
Mufique du Roy , eft mort d'une pleurefie à
Fontainebleau le 24. de ce mois , âgé d'environ
45. ans , extrémement regretté.
>
Eugene , Comte de Beaujeu , Maréchal des
Camps & Armées du Roy Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , & Gou
verneur de l'Hôtel Royal des Invalides , mourut
le 26. May , âgé d'environ 64. ans .
Dame Marie Victoire Guillart de la Vacherie ,
Epoufe de Jean- Baptifte Martin d'Artaguiette
Diron , Chevalier , Baron d'Aiguierre , Marquis
de la Mothe S. Meray , &c. accoucha le 26. Avril
d'une fille qui fut tenue fur les Fonts, & nommée
Jeanne Charlote par M. René Herault, Chevalier,
Seigneur de Fontaine , l'Abbé de Vaucreffon , & c.
Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat & Privé,
Confeiller honoraire en fon Grand Confeil,Maître
des Requêtes ordinaire de fon Hôtel,& Lieutenant
General de Police de Paris , & par D. Jeanne
Charlotte Guillart de la Vacherie , Veuve de M.'
Louis Herault , Chevalier , Seigneur d'Epone .
* Dame Anne Louife Martin de Vaucreffon
Epoufe de M. Louis Antoine de Bernage , Chevalier
, Marquis de Chaumont , Mestre de Camp de
Cavalerie, Sous -Lieutenant des Gendarmes d'Anjou
, accoucha d'un fils , tenu fur les Fonts , &
nommé Louis , par M. Martin de la Porte , Confeiller
du Roy en la Venerie du Louvre , & par
D. Anne Marie Rouillé , Epoufe de M. Louis de
Bernage , Chevalier , Confeiller d'Etat ordinaire.
Louis Paul , Duc de Rochechouart , Pair de
France
roso MERCURE DE FRANCE
France , Prince de Tonnay - Charente , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roy , fils de
Louis de Rochechouart , Duc de Mortemart ,
Pair de France , Prince de Tonnay - Charente ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy ' ,
Chevalier des Ordres de Sa Majeſté , Lieutenant
General de fes Armées , & de feuë Dame Marie
de Beauvilliers S. Aignan, époufa le 4. May Dame
Marie Anne Elifabeth de Beauveau , fille de Pierre
Madeleine , Comte de Beauvau , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de fes Armées
, & Directeur General de la Cavalerie , &
Dragons de France , & de Dame Marie Therefe
de Beauvau. Les Maifons de Rochechouart , &
de Beauvau font fi anciennes , fi diftinguées
parmi les grandes Maifons du Royaume , & par
confequent fi connues , qu'il eft inutile d'entrer
là - deffus dans aucun détail.
Jean- Baptifte Darrots , Marquis de la Poupe--
liniere , époufa le 22. May Dame Marie Anne
Laurence Mcflageot.
D
& Mariages.
Ame Jeanne Jofephe de Carmin , Epouſe.
de M. Yves Robert Ignace , Chevalier
Baron de Legall , & auparavant Veuve de M. Nicolas
Jacques Defmars , Chevalier , Marquis de
Bellefoffe, Colonel , Meftre de Cavalerię , mourut
le 16. Avril , âgée de 40. ans.
D. Elifabeth Françoife de S. Chamans , fille
de
MAY. 1730. 1047
de feu François , Comte de S. Chamans , Chevalier
, Seigneur & Marquis de Mary , Meriel ,
&c. & de Dame Bonne de Chatellux , mourut le
23. du même mois , âgée de 30. ans .
N. Du Perray , Doyen des Avocats du Parle
ment , mourut le 25. Avril , âgé de plus de 90 .
ans , extrémement regretté par fa probité & fa
capacité. Il a exercé fa Profeffion avec beaucoup
d'honneur pendant près de 70. ans.
Le 28. Avril , Jean François Duret , Chevalier,
Seigneur de Villejuif,ancien Capitaine aux Gardes
Françoifes , Colonel d'Infanterie & Chevalier de
S. Louis , mourut âgé d'environ 62. ans .
Emanuel Charles Therefe de Froulay de Teffé,
Abbé de l'Abbaye de Valmont , Ordre de S. Benoît
, Diocèse de Rouen , Aumônier du Roy , &
Grand-Vicaire de l'Archevêque de Rouen, à Pontoiſe
, mourut à Paris le premier de ce mois , âgé
de
33. ans.
Charles Roger , Prince de Courtenay , mourut
à Paris le 7. de ce mois , âgé de près de 59. ans,
étant né au mois de Juillet 1671. Il ne laiffe
point d'enfans de Marie Claire Genevieve de Bretagne
fon Epoufe. La Branche de Courtenay fe.
trouve aujourd'huy fondue dans la Maifon de
Bauffremont , par le mariage d'Helene de Courtenay
avec le Marquis de Bauffremont , Chevalier
de la Toifon d'Or , Brigadier des Armées du
Roy , Meftre de Camp du Regiment de Dragons
de fon nom. On peut voir Du Bouchet fur la
Généalogie des Princes de Courtenay , le P. An
felme , &c.
Jacques Philippe Héron , Ecuyer , Sicur de la
Thuillerie , ancien Secretaire du Roy honoraire,
mourut à Pontoife le 10. de ce mois , âgé de 78.
ans , il avoit époufé Damoifelle Marguerite Du
Poirier Cotereau , fille de feu Jacques Du Poirier
Cotereau
I VJ
1048 MERCURE DE FRANCE
Cotereau , Chevalier , Seigneur de Villomer & de
Launay , Maître d'Hôtel ordinaire du feu Roy ,
Lieutenant Colonel du Regiment de Touraine
& de deffunte Dame Marguerite de Vallois . Il
laiffe une fille , Marguerite Therefe Héron ,
mariée à M. Pierre De Sabine , Chevalier , Seigneur
& Patron de Rieu , Comte de la Quieze ,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis,
Gentilhomme ordinaire de la Maifon du Roi.
Pierre le Clerc , Chevalier, Seigneur des Hayes,
Lefrefne , Jacmelle , Auvers , Guedeniau , &c.
Confeiller au Parlement , mourut à Paris le i I.
May , âgé de 32. ans .
Pierre Nicolas de Berulles , Chevalier , Seigneur
de Foiffy , &c. Confeiller du Roy en tous fes
Confeils , Premier Prefident du Parlement de
Grenoble , & Commandant pour le Roy en ladite
Province, déceda le 14. May 1730. âgé de 43. ans.
2
Emanuel Theodofe de la Tour d'Auvergne ,
Duc de Bouillon, d'Albret & de Château Thierry,
Vicomte de Turenne Comte d'Auvergne ,
d'Evreux & du Bas Armagnac , Pair, & ci- devant
Grand-Chambellan de France , Gouverneur &
Lieutenant General de la haute & baſſe Auvergne ,
mourut le 17. May , âgé d'environ 63. ans . Il
laiffe par fon Teftament 352 50. liv. en 23. legs
une fois payez ; fçavoir, 4000. liv . aux Théatins,
2000. liv. aux Petits Auguftins , 3.000. liv . aux
Religieux de S. Martin de Pontoiſe , 2000. liv.
aux Pauvres de la Paroiffe de S. Sulpice , 4000. I.
à l'Abbaye de Redon , 4000. liv . aux Jefuites de
la Maifon Profeffe , & le refte à fes Officiers &
Domeftiques. Les rentes viageres que ce Seigneur
a faites par fon Teftament confiftent en 61. legs ,
faifant la fomme annuelle de 31636. liv. fçavoir,
800. liv. à Mademoiſelle de Château - Thiery ,
3000. liv. au Pere Bourfault , Théatin , & le
refte
MAY. 1730. . 1049
refte à fes Officiers , Domeftiques , &c .
Dame Marguerite Dorat , Veuve de M. Jules
Marquis de Prunelé , Seigneur & Baron de S. Germain
le Defiré, de Mervilliers, &c. mourut le 18.
Avril , âgée de 74. ans environ.
N. Dubois , fameux Joueur de Baffon de la
Mufique du Roy , eft mort d'une pleurefie à
Fontainebleau le 24. de ce mois , âgé d'environ
45. ans , extrémement regretté.
>
Eugene , Comte de Beaujeu , Maréchal des
Camps & Armées du Roy Commandeur de
l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis , & Gou
verneur de l'Hôtel Royal des Invalides , mourut
le 26. May , âgé d'environ 64. ans .
Dame Marie Victoire Guillart de la Vacherie ,
Epoufe de Jean- Baptifte Martin d'Artaguiette
Diron , Chevalier , Baron d'Aiguierre , Marquis
de la Mothe S. Meray , &c. accoucha le 26. Avril
d'une fille qui fut tenue fur les Fonts, & nommée
Jeanne Charlote par M. René Herault, Chevalier,
Seigneur de Fontaine , l'Abbé de Vaucreffon , & c.
Confeiller du Roy en fes Confeils d'Etat & Privé,
Confeiller honoraire en fon Grand Confeil,Maître
des Requêtes ordinaire de fon Hôtel,& Lieutenant
General de Police de Paris , & par D. Jeanne
Charlotte Guillart de la Vacherie , Veuve de M.'
Louis Herault , Chevalier , Seigneur d'Epone .
* Dame Anne Louife Martin de Vaucreffon
Epoufe de M. Louis Antoine de Bernage , Chevalier
, Marquis de Chaumont , Mestre de Camp de
Cavalerie, Sous -Lieutenant des Gendarmes d'Anjou
, accoucha d'un fils , tenu fur les Fonts , &
nommé Louis , par M. Martin de la Porte , Confeiller
du Roy en la Venerie du Louvre , & par
D. Anne Marie Rouillé , Epoufe de M. Louis de
Bernage , Chevalier , Confeiller d'Etat ordinaire.
Louis Paul , Duc de Rochechouart , Pair de
France
roso MERCURE DE FRANCE
France , Prince de Tonnay - Charente , Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roy , fils de
Louis de Rochechouart , Duc de Mortemart ,
Pair de France , Prince de Tonnay - Charente ,
Premier Gentilhomme de la Chambre du Roy ' ,
Chevalier des Ordres de Sa Majeſté , Lieutenant
General de fes Armées , & de feuë Dame Marie
de Beauvilliers S. Aignan, époufa le 4. May Dame
Marie Anne Elifabeth de Beauveau , fille de Pierre
Madeleine , Comte de Beauvau , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de fes Armées
, & Directeur General de la Cavalerie , &
Dragons de France , & de Dame Marie Therefe
de Beauvau. Les Maifons de Rochechouart , &
de Beauvau font fi anciennes , fi diftinguées
parmi les grandes Maifons du Royaume , & par
confequent fi connues , qu'il eft inutile d'entrer
là - deffus dans aucun détail.
Jean- Baptifte Darrots , Marquis de la Poupe--
liniere , époufa le 22. May Dame Marie Anne
Laurence Mcflageot.
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Résumé : MORTS NAISSANCES, & Mariages.
En mai 1730, plusieurs événements marquants ont été enregistrés, incluant des naissances, des mariages et des décès. Parmi les décès notables, on compte Dame Jeanne Jofephe de Carmin, épouse de M. Yves Robert Ignace, Chevalier Baron de Legall, décédée le 16 avril à l'âge de 40 ans. Dame Élisabeth Françoise de S. Chamans, fille de feu François, Comte de S. Chamans, est décédée le 23 avril à l'âge de 30 ans. Du Perray, Doyen des Avocats du Parlement, est décédé le 25 avril à l'âge de plus de 90 ans. Jean François Duret, Chevalier, Seigneur de Villejuif, est décédé le 28 avril à l'âge d'environ 62 ans. Emanuel Charles Thérese de Froulay de Tessé, Abbé de l'Abbaye de Valmont, est décédé à Paris le 1er mai à l'âge de 33 ans. Charles Roger, Prince de Courtenay, est décédé à Paris le 7 mai à l'âge de près de 59 ans. Jacques Philippe Héron, Ecuyer, Sicur de la Thuillerie, est décédé à Pontoise le 10 mai à l'âge de 78 ans. Pierre le Clerc, Chevalier, Seigneur des Hayes, Conseiller au Parlement, est décédé à Paris le 11 mai à l'âge de 32 ans. Pierre Nicolas de Berulles, Chevalier, Premier Président du Parlement de Grenoble, est décédé le 14 mai à l'âge de 43 ans. Emanuel Théodose de la Tour d'Auvergne, Duc de Bouillon, Pair de France, est décédé le 17 mai à l'âge d'environ 63 ans. Dame Marguerite Dorat, Veuve de M. Jules Marquis de Prunelé, est décédée le 18 avril à l'âge de 74 ans environ. N. Dubois, célèbre joueur de basson de la Musique du Roy, est décédé à Fontainebleau le 24 mai à l'âge d'environ 45 ans. Eugène, Comte de Beaujeu, Maréchal des Camps et Armées du Roy, est décédé le 26 mai à l'âge d'environ 64 ans. Du côté des naissances, Dame Marie Victoire Guillart de la Vacherie, épouse de Jean-Baptiste Martin d'Artaguiette Diron, a accouché le 26 avril d'une fille nommée Jeanne Charlotte. Dame Anne Louise Martin de Vaucreffon, épouse de M. Louis Antoine de Bernage, a accouché d'un fils nommé Louis. Parmi les mariages, Louis Paul, Duc de Rochechouart, a épousé le 4 mai Dame Marie Anne Élisabeth de Beauveau. Jean-Baptiste Darrots, Marquis de la Poupelinière, a épousé le 22 mai Dame Marie Anne Laurence Meslageot.
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5250
p. 1050-1058
ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES &c.
Début :
JUGEMENT des Commissaires Genéraux du Conseil, députés par Sa Majesté pour la [...]
Mots clefs :
Actions, Ordonnances, Arrêts, Loterie, Jugement, Actionnaires, Compagnie des Indes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES &c.
ARRESTS , DECLARATIONS ,
ORDONNANCES & c.
UGEMENT des Commiffaires Genéraux
du Confeil , députés par Sa Majefté pour la
liquidation des dettes & revifion des comptes des
Communautés d'Arts & Métiers de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , du 7. Mars 1730. portant
condamnation d'interdiction & de differentes
amendes contre plufieurs Maîtres Tailleurs d'habits
, anciens Jurés de leur Communauté , & le
nommé
MA Y. 1730. 1051
nommé de Montigny , & Reglement genéral fur
l'un des plus fréquens abus des Jurés des Com-)
munautés d'Arts & Métiers.
ARREST de la Cour des Monnoyes , du
11. Mars , portant reglement pour les Fondeurs
en Or & en Argent , par lequel il eft fait deffenfes
aux Maitres Fondeurs & autres fondans des
matieres d'Or & d'Argent, de fondre nuitamment,
à peine de trois cens livres d'amende &c.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi au fujet
de la Duché & Pairie de Sully &c. Le Roi étant
en fon Confeil déclare la dignité de Duc & Paig
de France dévolue à Louis -Pierre-Maximilien de
Bethune , à la charge de retirer la Terre de Sully
des mains d'Armand de Bethune , Sieur d'Orval,
fur le pied , & aux charges , claufes & conditions
portées par l'Art. 7. de l'Edit du mois de May
1711. & cependant ledit Sieur d'Orval demeu
rera faifi de ladite Terre jufqu'au jour du remboufement
actuel . Fait & arrêté au Confeil d'Etat
du Roi , S. M. y étant , tenu à Verfailles le
13. Mars 1730. figné Phelipeaux .
AUTRE de la Cour des Monnoyes, du même
jour , portant Reglement pour les Maîtres
Orfevres ; & qui condamne un Maître Orfevre &
fon Compagnon par lui protegé , en cent livres
d'amende folidaire , confifque les Ouvrages d'Orfevrerie
faifis fur le Compagnon , & interdit le
Maître Orfevre pour trois mois.
AUTRE du 15. Avril , qui confirme le Sieur
Gagne dans un Droit de Péage fur la Riviere de
Saône au Port de Pouilly..
AUTRE
1.052. MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , qui confirme le
Sieur Batheon dans des droits de Péages ſur la
Riviere du Rhône à Vertrieu .
ORDONNANCE de Police du 20. Avril
concernant la vente des Huitres , par laquelle il
eft deffendu à tous Colporteurs d'Huitres d'en
crier & vendre dans les rues de Paris depuis le
dernier Avril jufqu'au dernier Jeudi du mois
d'Août de chaque année , à peine de 200. livres
d'amende contre les contrevenans & c.
ARREST du 25. Avril , qui ordonne que
dans fix mois les Proprietaires des Offices de
Clercs - Quefteurs & Commiffaires aux Caves fupprimés
par Edit de Juillet 1634. dont la Finance
n'a pas été liquidée & rembourfée, feront tenus de
remettre leurs Quittances de Finance , Proviſions
& autres Titres de proprieté ès mains de M. de
Gaumont , Confeiller d'Etat , Intendant des Finances
, pour être procedé à la liquidation des
Rentes ou Interêts qui fe trouveront leur être dûs.
AUTRE du 2. May , portant qu'il fera ou
vert une Loterie qui continuera pendant fix années
& huit mois pour le remboursement de vingtcinq
mille Actions de la Compagnie des Indes ,,
& révoque celle qui avoit été permife par l'Arrêt
du 7. Mars dernier ; & en conféquence ordonne
ce qui fuit.
ARTICLE. PREMIER
Qu'à commencer du prefent mois de May
l'Adjudicataire genéral de fes Fermes - Unies remettra
le vingtiene de chaque mois és mains du
Garde du Tréfor Royal en exercice , la fomme
de quatre cens mille livres , pour être employée
en
MAY.
1730 .
en
remboursement
d'Actions de la
Compagnie 1730.
1053
des Indes, en la
maniere qui fera ci - après expliquée
; au moyen de quoi ledit
Adjudicataire
ne
fournira
plus , à
commencer
du mois de Jain
prochain , que cinq ceas mille livres par mois
pour le
remboursement
des
Capitaux des Rentes
fur la Ville , à laquelle
fomme S. M. a jugé à
propos de fixer les fonds
qu'elle y deftine.
I I.
Que la Loterie que S. M. avoit permis par
Arrêt du 7. Mars dernier aux Syndics & Directeurs
de la Compagnie des Indes d'établir, demeurera
revoquée & fupprimée , & qu'il en fera oùvert
une autre le 25. du préfent mois , qui continuëra
pendant fix années & huit mois, pour le
remboursement de vingt-cinq mille Actions.
III.
Que les Numero de toutes les Actions feront
mis dans une boifte pour être tirés au fort , &
que les Actionnaires dont les Numero fortiront
feront rembourfés & payés comptant de leurs
Actions , fuivant l'évaluation ci-après ; fçavoir ,
Pendant les mois de May & de Juin 1300. liv.
Pendant les fix derniers mois de la préſente année
·
Pendant
l'année 1731
1400. liv.
Pendant l'année 1732
1500. liv.
1600. liv.
Pendant l'année 1733
Pendant l'année 1734
1700. liv.
1800. liv.
Pendant les fix premiers mois de l'année 1735 .
1900. liv.
Pendant les fix derniers mois
2000. liv.
Pendant les fix premiers mois de 1736. . .
2100. liv.
Et pendant les fix derniers mois , ainfi qu'il fuit,
Juillet
Août
2200. liv.
• 2300. liv.
Septembre
1054 MERCURE DE FRANCE
Septembre
Octobre
Novembre
2400. liv.
25.00. liv.
3000. liv. Et Decembre
3000. liv. Au moyen de laquelle valeur graduelle
les Ac- tions feront portées jufqu'à trois mille livres.
IV.
Que ladite Loterie fera tirée le vingt - cinquiéme
jour de chaque mois , à commencer du préfent
mois , dans l'Hôtel de la Compagnie des Indes
, en préfence des Sieurs Commiflaires , des
Syndics & Directeurs de la Compagnie , & de
ceux des Actionnaires qui s'y voudront trouver.
V.
Que chaque Numero qui fortira de la boifte
operera le remboursement comptant d'une Action
, & qu'il fera tenu par le Secretaire de la
Compagnie un Registre paraphé par l'un desdits
fieurs Commiffaires , où feront enregistrés les
Numero fortis , lequel Regiſtre demeurera au Secretariat
pour y avoir recours en cas de befoin.
V I. 1
Qu'auffi -tôt que la Loterie de chaque mois
aura été tirée , ceux des Actionnaires à qui des
Lots feront échûs en recevront la valeur du Garde
du Trefor Royal , à la feule déduction de dix
livres par Action pour les frais , en rapportant
toutefois dans les trois premiers mois feulement
de chaque demi année les dividendes de leurs
Actions pour ladite demi année , & faute d'y fatisfaire
, qu'il leur fera retenu foixante - quinze
livres. S. M. laiffant la jouiffance du dividende à
ceux dont les Numero ne fortiront que dans les
trois derniers mois de chaque demi année.
VII.
Que les Actionnaires qui auront des Lots , &
qui voudront en recevoir la valeur , feront tenus
de
MAY . 1730. 1059
de faire vifer leurs Actions par celui ou ceux que
les Directeurs de la Compagnie des Indes nommeront
à cet effet , & de fe préfenter dans les
trois ſemaines qui fuivront chaque féance de la ,
Loterie , mais que ceux qui ne fe trouveront point
en état de difpofer de leurs Actions, ni d'en recevoir
le remboursement feront diſpenſés de les
rapporter , auquel cas les fonds qui leur étoient .
deftin és feront diftribués , à Bureau ouvert , dans
les huit jours qui précederont la féance fuivante
à ceux qui fe préfenteront , lefquels recevront la
valeur de leurs Actions fur le même pied que fi
le fort avoit fait fortir leurs Numero de la boifte,
& ce jufqu'à concurrence des fonds reftés en caiffe,
& non reclamés.
VIII.
Que toutes les Actions qui auront été rembour
fées feront remifes de trois mois en trois mois
pår le Garde du Trefor Royal aux Directeurs de
la Compagnie des Indes , en lui fourniffant les
décharges neceffaires pour être brûlées publiquement
, avant de tirer la Loterie du mois fuivant.
I X.
Qu'il fera dreffé des Etats des Actions qui
auront été remifes par le Garde du Tréfor Royal
aufdits Directeurs, qu'au pied de ces états ils met→
tront leur reconnoiffance , & feront leur foumiffion
de payer de fix mois en fix mois à S. M.
le dividende defdites Actions , quoiqu'annullées
& brulées , attendu que c'eft de fes deniers que
le rembourfement en aura été fait ; confentant
toutefois S. M. que pendant la durée de la préfente
Loterie le dividende defdites Actions foit remis de
fix mois en fix mois au Garde du Tréfor Royal,
pour fervir au remboursement des vingt - cinq
mille Actions , conjointement avec les fonds que
l'Adjudicataire general de fes Fermes -Unies doit
lui fournir. AR1056
MERCURE DE FRANCE
J
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous ceux qui jouiffent de la Nobleffe en confequence
de Lettres obtenues , foit qu'elles foient
d'Annobliffement , Maintenue , Confirmation ,
Rétabliffement ou Réhabilitation , ou par Mairies
, Prevôtez des Marchands , Efchevinages ou
Capitoulats , depuis 1643. jufqu'au premier Septembre
1715. feront tenus de payer dans trois
mois , à compter de la datte du preſent Arreſt ,
la fomme de deux mille livres , & les deux fols
pour livre , pour le Droit de Confirmation dû à
Sa Majesté à caufe de fon avenement à la Couronne
; faute duquel payement ils feront déchûs
de la Nobleffe & des Privileges y attachez , &
compris dans les Rolles des Impofitions de l'année
prochaine comme roturiers .
ARREST de la Cour de Parlement, du 10. Mai
1730. qui ordonne la fuppreffion d'une Thefe
&c. La Cour a arrêté & ordonné que ladite Thefe
fera fupprimée , fait inhibitions & deffenfes aux
Jefuites & à tous autres , de foutenir aucunes
propofitions contraires aux libertez de l'Eglife
Gallicane , aux maximes & aux Ordonnances du
Royaume , & notamment aux Déclarations des
4. Août 1663. & Mars 1682. fur l'autorité du
Pape , la fuperiorité des Conciles Generaux &
autres matieres contenues dans ladite Thefe ; enjoint
à ceux qui pourroient en avoir des Exemplaires
, de les apporter à cet effet au Greffe de la
Cour ; ordonne que le prefent Arrêt fera fignifié
aux Superieurs des Maifons des Jefuites de cette
Ville de Paris , imprimé , lu , publié & affiché par
tout ou befoin fera , & que copies collationnées
d'icelui feront envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées
du reffort , pour y être pareillement
lues , publiées & enregistrées : Enjoint aux Subftituts
MAY. 1730. 1057
Atituts du Procureur General du Roi d'y teniria
main , & d'en certifier la Cour dans un mois.
ARREST du 15. Mai , qui ordonne que
du jour de fa publication jufqu'au premier de
Juin de l'année prochaine 1731. les Boeufs , Vaches
, Moutons , Brebis , Agneaux , Porcs , Boucs,
Chevres & Chevrotins , qui viendront des Pays
Etrangers dans le Royaume , feront & demeureront
déchargez de tous Droits d'entrées , & c .
AR RE S T dụ 16 , Mai , pour faire retirer
les Actions de la Compagnie des Indes , qui font
tant au dépôt volontaire , qu'à celui où elles ont
été portées pour Primes ou Marchez fermes ; par
lequel il eft ordonné que les Porteurs des Recepiffez
du Sieur Nicolas , feront tenus de les rapporter
dans un mois pour tout délay , & de retirer
, tant du Dépôt volontaire que de l'autre , les
Actions qui y ont été dépofées ; finon , & ledit
temps paffé , Sa Majefté déclare nuls tous lefdits
Recepiffez du Sr. Nicolas , & ordonne que les
Actions qui n'auront point été retirées , feront
brûlées avec celles qui rentreront par la voye de
la Loterie , fans que cette peine puiffe être réputée
comminatoire . Veut & entend toutefois Sa Majefté
, que s'il avoit été porté que.ques Actions
au Dépot volontaire , foit par avis de parens ,
Acte judiciaire , ou convention particuliere , pour
raifon de Tutelle , Dot , ou autrement , lefdites
Actions ne puiffent être retirées dans le délai cideffus
marqué, par les particuliers dépofants, qu'en
prefence d'un Notaire qui fe chargera du Dépôt.
ARREST de la Cour du Parlement du 17.
Mai 1730. qui fupprime une Thefe foutenue en
Sorbonne le 8 Mai , &c. La Cour a arrêté &
ordonné que ladite Thefe fera fupprimée ; enjoint
Sorbonne
1058 MERCURE DE FRANCE
>
aux
aux
à ceux qui pourroient en avoir des exemplaires de
les apporter à cet effet au Greffe de la Cour ; fait
inhibitions & deffenfes à tous Bacheliers , Licentiez
, Docteur & autres , de foûtenir , écrire &
enfeigner , directement , ni indirectement és
Ecoles publiques , ni ailleurs , aucunes propofitions
contraires à l'ancienne doctrine de l'Eglife ,
aux Saints Canons , Decrets des Conciles Gene
raux , aux Libertez de l'Eglife Gallicane ,
Maximes & Ordonnances du Royaume
clauſes & conditions portées par l'Arrêt d'enregiftrement
de Lettres Patentes de 1714. & notamment
fur la propofition quatre- vingt -onziéme
, & aux Déclarations du 4. Août 1663. Edit
du mois de Mars 1682. fur l'autorité du Pape ,
la fuperiorité des Conciles Generaux & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à ſchifmes & à troubler la tranquil-
Itié publique , à peine d'être procedé contr'eux
ainfi qu'il appartiendra , fait deffenfes au Syndic
de la Faculté de Theologie , de fouffrir que telles
propofitions foient inferées en aucunes Thefes
Jui enjoint de veiller à ce que l'Edit de 1682. &
notamment l'article 8. dudit Edit foit executé
felon fa forme & teneur : Ordonne que le prefent
Arrêt fera fignifié aux Syndic & Doyen de ladite
Faculté de Theologie , imprimé , lû , publié &
affiché par tout où befoin fera, & que copies collationnées
d'icelui , feront envoyées au Bailliage
& Sénéchauffée du reffort , pour y être pareillement
lu , publié & enregistré , &c.
ORDONNANCES & c.
UGEMENT des Commiffaires Genéraux
du Confeil , députés par Sa Majefté pour la
liquidation des dettes & revifion des comptes des
Communautés d'Arts & Métiers de la Ville &
Fauxbourgs de Paris , du 7. Mars 1730. portant
condamnation d'interdiction & de differentes
amendes contre plufieurs Maîtres Tailleurs d'habits
, anciens Jurés de leur Communauté , & le
nommé
MA Y. 1730. 1051
nommé de Montigny , & Reglement genéral fur
l'un des plus fréquens abus des Jurés des Com-)
munautés d'Arts & Métiers.
ARREST de la Cour des Monnoyes , du
11. Mars , portant reglement pour les Fondeurs
en Or & en Argent , par lequel il eft fait deffenfes
aux Maitres Fondeurs & autres fondans des
matieres d'Or & d'Argent, de fondre nuitamment,
à peine de trois cens livres d'amende &c.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi au fujet
de la Duché & Pairie de Sully &c. Le Roi étant
en fon Confeil déclare la dignité de Duc & Paig
de France dévolue à Louis -Pierre-Maximilien de
Bethune , à la charge de retirer la Terre de Sully
des mains d'Armand de Bethune , Sieur d'Orval,
fur le pied , & aux charges , claufes & conditions
portées par l'Art. 7. de l'Edit du mois de May
1711. & cependant ledit Sieur d'Orval demeu
rera faifi de ladite Terre jufqu'au jour du remboufement
actuel . Fait & arrêté au Confeil d'Etat
du Roi , S. M. y étant , tenu à Verfailles le
13. Mars 1730. figné Phelipeaux .
AUTRE de la Cour des Monnoyes, du même
jour , portant Reglement pour les Maîtres
Orfevres ; & qui condamne un Maître Orfevre &
fon Compagnon par lui protegé , en cent livres
d'amende folidaire , confifque les Ouvrages d'Orfevrerie
faifis fur le Compagnon , & interdit le
Maître Orfevre pour trois mois.
AUTRE du 15. Avril , qui confirme le Sieur
Gagne dans un Droit de Péage fur la Riviere de
Saône au Port de Pouilly..
AUTRE
1.052. MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , qui confirme le
Sieur Batheon dans des droits de Péages ſur la
Riviere du Rhône à Vertrieu .
ORDONNANCE de Police du 20. Avril
concernant la vente des Huitres , par laquelle il
eft deffendu à tous Colporteurs d'Huitres d'en
crier & vendre dans les rues de Paris depuis le
dernier Avril jufqu'au dernier Jeudi du mois
d'Août de chaque année , à peine de 200. livres
d'amende contre les contrevenans & c.
ARREST du 25. Avril , qui ordonne que
dans fix mois les Proprietaires des Offices de
Clercs - Quefteurs & Commiffaires aux Caves fupprimés
par Edit de Juillet 1634. dont la Finance
n'a pas été liquidée & rembourfée, feront tenus de
remettre leurs Quittances de Finance , Proviſions
& autres Titres de proprieté ès mains de M. de
Gaumont , Confeiller d'Etat , Intendant des Finances
, pour être procedé à la liquidation des
Rentes ou Interêts qui fe trouveront leur être dûs.
AUTRE du 2. May , portant qu'il fera ou
vert une Loterie qui continuera pendant fix années
& huit mois pour le remboursement de vingtcinq
mille Actions de la Compagnie des Indes ,,
& révoque celle qui avoit été permife par l'Arrêt
du 7. Mars dernier ; & en conféquence ordonne
ce qui fuit.
ARTICLE. PREMIER
Qu'à commencer du prefent mois de May
l'Adjudicataire genéral de fes Fermes - Unies remettra
le vingtiene de chaque mois és mains du
Garde du Tréfor Royal en exercice , la fomme
de quatre cens mille livres , pour être employée
en
MAY.
1730 .
en
remboursement
d'Actions de la
Compagnie 1730.
1053
des Indes, en la
maniere qui fera ci - après expliquée
; au moyen de quoi ledit
Adjudicataire
ne
fournira
plus , à
commencer
du mois de Jain
prochain , que cinq ceas mille livres par mois
pour le
remboursement
des
Capitaux des Rentes
fur la Ville , à laquelle
fomme S. M. a jugé à
propos de fixer les fonds
qu'elle y deftine.
I I.
Que la Loterie que S. M. avoit permis par
Arrêt du 7. Mars dernier aux Syndics & Directeurs
de la Compagnie des Indes d'établir, demeurera
revoquée & fupprimée , & qu'il en fera oùvert
une autre le 25. du préfent mois , qui continuëra
pendant fix années & huit mois, pour le
remboursement de vingt-cinq mille Actions.
III.
Que les Numero de toutes les Actions feront
mis dans une boifte pour être tirés au fort , &
que les Actionnaires dont les Numero fortiront
feront rembourfés & payés comptant de leurs
Actions , fuivant l'évaluation ci-après ; fçavoir ,
Pendant les mois de May & de Juin 1300. liv.
Pendant les fix derniers mois de la préſente année
·
Pendant
l'année 1731
1400. liv.
Pendant l'année 1732
1500. liv.
1600. liv.
Pendant l'année 1733
Pendant l'année 1734
1700. liv.
1800. liv.
Pendant les fix premiers mois de l'année 1735 .
1900. liv.
Pendant les fix derniers mois
2000. liv.
Pendant les fix premiers mois de 1736. . .
2100. liv.
Et pendant les fix derniers mois , ainfi qu'il fuit,
Juillet
Août
2200. liv.
• 2300. liv.
Septembre
1054 MERCURE DE FRANCE
Septembre
Octobre
Novembre
2400. liv.
25.00. liv.
3000. liv. Et Decembre
3000. liv. Au moyen de laquelle valeur graduelle
les Ac- tions feront portées jufqu'à trois mille livres.
IV.
Que ladite Loterie fera tirée le vingt - cinquiéme
jour de chaque mois , à commencer du préfent
mois , dans l'Hôtel de la Compagnie des Indes
, en préfence des Sieurs Commiflaires , des
Syndics & Directeurs de la Compagnie , & de
ceux des Actionnaires qui s'y voudront trouver.
V.
Que chaque Numero qui fortira de la boifte
operera le remboursement comptant d'une Action
, & qu'il fera tenu par le Secretaire de la
Compagnie un Registre paraphé par l'un desdits
fieurs Commiffaires , où feront enregistrés les
Numero fortis , lequel Regiſtre demeurera au Secretariat
pour y avoir recours en cas de befoin.
V I. 1
Qu'auffi -tôt que la Loterie de chaque mois
aura été tirée , ceux des Actionnaires à qui des
Lots feront échûs en recevront la valeur du Garde
du Trefor Royal , à la feule déduction de dix
livres par Action pour les frais , en rapportant
toutefois dans les trois premiers mois feulement
de chaque demi année les dividendes de leurs
Actions pour ladite demi année , & faute d'y fatisfaire
, qu'il leur fera retenu foixante - quinze
livres. S. M. laiffant la jouiffance du dividende à
ceux dont les Numero ne fortiront que dans les
trois derniers mois de chaque demi année.
VII.
Que les Actionnaires qui auront des Lots , &
qui voudront en recevoir la valeur , feront tenus
de
MAY . 1730. 1059
de faire vifer leurs Actions par celui ou ceux que
les Directeurs de la Compagnie des Indes nommeront
à cet effet , & de fe préfenter dans les
trois ſemaines qui fuivront chaque féance de la ,
Loterie , mais que ceux qui ne fe trouveront point
en état de difpofer de leurs Actions, ni d'en recevoir
le remboursement feront diſpenſés de les
rapporter , auquel cas les fonds qui leur étoient .
deftin és feront diftribués , à Bureau ouvert , dans
les huit jours qui précederont la féance fuivante
à ceux qui fe préfenteront , lefquels recevront la
valeur de leurs Actions fur le même pied que fi
le fort avoit fait fortir leurs Numero de la boifte,
& ce jufqu'à concurrence des fonds reftés en caiffe,
& non reclamés.
VIII.
Que toutes les Actions qui auront été rembour
fées feront remifes de trois mois en trois mois
pår le Garde du Trefor Royal aux Directeurs de
la Compagnie des Indes , en lui fourniffant les
décharges neceffaires pour être brûlées publiquement
, avant de tirer la Loterie du mois fuivant.
I X.
Qu'il fera dreffé des Etats des Actions qui
auront été remifes par le Garde du Tréfor Royal
aufdits Directeurs, qu'au pied de ces états ils met→
tront leur reconnoiffance , & feront leur foumiffion
de payer de fix mois en fix mois à S. M.
le dividende defdites Actions , quoiqu'annullées
& brulées , attendu que c'eft de fes deniers que
le rembourfement en aura été fait ; confentant
toutefois S. M. que pendant la durée de la préfente
Loterie le dividende defdites Actions foit remis de
fix mois en fix mois au Garde du Tréfor Royal,
pour fervir au remboursement des vingt - cinq
mille Actions , conjointement avec les fonds que
l'Adjudicataire general de fes Fermes -Unies doit
lui fournir. AR1056
MERCURE DE FRANCE
J
ARREST du même jour , qui ordonne que
tous ceux qui jouiffent de la Nobleffe en confequence
de Lettres obtenues , foit qu'elles foient
d'Annobliffement , Maintenue , Confirmation ,
Rétabliffement ou Réhabilitation , ou par Mairies
, Prevôtez des Marchands , Efchevinages ou
Capitoulats , depuis 1643. jufqu'au premier Septembre
1715. feront tenus de payer dans trois
mois , à compter de la datte du preſent Arreſt ,
la fomme de deux mille livres , & les deux fols
pour livre , pour le Droit de Confirmation dû à
Sa Majesté à caufe de fon avenement à la Couronne
; faute duquel payement ils feront déchûs
de la Nobleffe & des Privileges y attachez , &
compris dans les Rolles des Impofitions de l'année
prochaine comme roturiers .
ARREST de la Cour de Parlement, du 10. Mai
1730. qui ordonne la fuppreffion d'une Thefe
&c. La Cour a arrêté & ordonné que ladite Thefe
fera fupprimée , fait inhibitions & deffenfes aux
Jefuites & à tous autres , de foutenir aucunes
propofitions contraires aux libertez de l'Eglife
Gallicane , aux maximes & aux Ordonnances du
Royaume , & notamment aux Déclarations des
4. Août 1663. & Mars 1682. fur l'autorité du
Pape , la fuperiorité des Conciles Generaux &
autres matieres contenues dans ladite Thefe ; enjoint
à ceux qui pourroient en avoir des Exemplaires
, de les apporter à cet effet au Greffe de la
Cour ; ordonne que le prefent Arrêt fera fignifié
aux Superieurs des Maifons des Jefuites de cette
Ville de Paris , imprimé , lu , publié & affiché par
tout ou befoin fera , & que copies collationnées
d'icelui feront envoyées aux Bailliages & Sénéchauffées
du reffort , pour y être pareillement
lues , publiées & enregistrées : Enjoint aux Subftituts
MAY. 1730. 1057
Atituts du Procureur General du Roi d'y teniria
main , & d'en certifier la Cour dans un mois.
ARREST du 15. Mai , qui ordonne que
du jour de fa publication jufqu'au premier de
Juin de l'année prochaine 1731. les Boeufs , Vaches
, Moutons , Brebis , Agneaux , Porcs , Boucs,
Chevres & Chevrotins , qui viendront des Pays
Etrangers dans le Royaume , feront & demeureront
déchargez de tous Droits d'entrées , & c .
AR RE S T dụ 16 , Mai , pour faire retirer
les Actions de la Compagnie des Indes , qui font
tant au dépôt volontaire , qu'à celui où elles ont
été portées pour Primes ou Marchez fermes ; par
lequel il eft ordonné que les Porteurs des Recepiffez
du Sieur Nicolas , feront tenus de les rapporter
dans un mois pour tout délay , & de retirer
, tant du Dépôt volontaire que de l'autre , les
Actions qui y ont été dépofées ; finon , & ledit
temps paffé , Sa Majefté déclare nuls tous lefdits
Recepiffez du Sr. Nicolas , & ordonne que les
Actions qui n'auront point été retirées , feront
brûlées avec celles qui rentreront par la voye de
la Loterie , fans que cette peine puiffe être réputée
comminatoire . Veut & entend toutefois Sa Majefté
, que s'il avoit été porté que.ques Actions
au Dépot volontaire , foit par avis de parens ,
Acte judiciaire , ou convention particuliere , pour
raifon de Tutelle , Dot , ou autrement , lefdites
Actions ne puiffent être retirées dans le délai cideffus
marqué, par les particuliers dépofants, qu'en
prefence d'un Notaire qui fe chargera du Dépôt.
ARREST de la Cour du Parlement du 17.
Mai 1730. qui fupprime une Thefe foutenue en
Sorbonne le 8 Mai , &c. La Cour a arrêté &
ordonné que ladite Thefe fera fupprimée ; enjoint
Sorbonne
1058 MERCURE DE FRANCE
>
aux
aux
à ceux qui pourroient en avoir des exemplaires de
les apporter à cet effet au Greffe de la Cour ; fait
inhibitions & deffenfes à tous Bacheliers , Licentiez
, Docteur & autres , de foûtenir , écrire &
enfeigner , directement , ni indirectement és
Ecoles publiques , ni ailleurs , aucunes propofitions
contraires à l'ancienne doctrine de l'Eglife ,
aux Saints Canons , Decrets des Conciles Gene
raux , aux Libertez de l'Eglife Gallicane ,
Maximes & Ordonnances du Royaume
clauſes & conditions portées par l'Arrêt d'enregiftrement
de Lettres Patentes de 1714. & notamment
fur la propofition quatre- vingt -onziéme
, & aux Déclarations du 4. Août 1663. Edit
du mois de Mars 1682. fur l'autorité du Pape ,
la fuperiorité des Conciles Generaux & autres
matieres contenues en ladite Thefe , qui pourroient
tendre à ſchifmes & à troubler la tranquil-
Itié publique , à peine d'être procedé contr'eux
ainfi qu'il appartiendra , fait deffenfes au Syndic
de la Faculté de Theologie , de fouffrir que telles
propofitions foient inferées en aucunes Thefes
Jui enjoint de veiller à ce que l'Edit de 1682. &
notamment l'article 8. dudit Edit foit executé
felon fa forme & teneur : Ordonne que le prefent
Arrêt fera fignifié aux Syndic & Doyen de ladite
Faculté de Theologie , imprimé , lû , publié &
affiché par tout où befoin fera, & que copies collationnées
d'icelui , feront envoyées au Bailliage
& Sénéchauffée du reffort , pour y être pareillement
lu , publié & enregistré , &c.
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Résumé : ARRESTS, DECLARATIONS, ORDONNANCES &c.
En mars 1730, plusieurs mesures administratives ont été prises à Paris. Le 7 mars, les commissaires généraux du Conseil ont sanctionné des maîtres tailleurs d'habits et le nommé de Montigny, anciens jurés de leur communauté, en leur infligeant des amendes et des interdictions. Ils ont également réglementé les abus fréquents des jurés des communautés d'arts et métiers. Le 11 mars, la Cour des Monnoyes a interdit aux maîtres fondeurs de travailler la nuit, sous peine d'amende. Le 13 mars, le Conseil d'État a déclaré Louis-Pierre-Maximilien de Bethune duc et pair de France, lui attribuant la terre de Sully au détriment d'Armand de Bethune, seigneur d'Orval. La même journée, la Cour des Monnoyes a réglementé les maîtres orfèvres et condamné un maître et son compagnon à une amende et à la confiscation de leurs œuvres. Le 15 avril, deux arrêts ont confirmé les droits de péage du sieur Gagne sur la Saône et du sieur Batheon sur le Rhône. Le 20 avril, une ordonnance de police a interdit la vente d'huîtres dans les rues de Paris de la fin avril à la fin août. Le 25 avril, les propriétaires d'offices supprimés en 1634 ont été sommés de remettre leurs titres pour liquidation. Le 2 mai, une loterie a été instaurée pour rembourser 25 000 actions de la Compagnie des Indes sur une période de six ans et huit mois. Le 10 mai, la Cour de Parlement a supprimé une thèse jugée contraire aux libertés de l'Église gallicane. Le 15 mai, les animaux importés d'autres pays ont été exemptés de droits d'entrée jusqu'au 1er juin 1731. Le 16 mai, un arrêt a ordonné le retrait des actions de la Compagnie des Indes déposées. Le 17 mai, une autre thèse a été supprimée pour les mêmes raisons que la précédente.
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