Résultats : 11646 texte(s)
Détail
Liste
351
p. 107-108
« Voyez, Madame, si je n'ay pas eu raison de ne [...] »
Début :
Voyez, Madame, si je n'ay pas eu raison de ne [...]
Mots clefs :
Énigmes, Dames, Suscription
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texteReconnaissance textuelle : « Voyez, Madame, si je n'ay pas eu raison de ne [...] »
Voyez,Madame , ſi je n'aypas eu
68 LEMERCVRE
raiſon de ne vouloir rien changer à la Lettre qui vous apprend l'Avanture des Vendangeurs. Mais à propos dE- nigmes, vous ne ſçauriez croire com- bien j'ay reçeu deBillets ſur celle du Trictrac, depuis que j'ay commencé à vous écrire. Les uns y ont fait venir unſens forcé jene ſçay comment ;les autres m'ont demandé fi ce n'eſtoit pointunplaiſir que je me donnois ſans avoir deſſein de rien éclaircir , & voi- cy ce que m'écrivent preſentement des Dames qui me feront l'honneur
de ſe nommer quand il leur plaira,
La Suſcription eſt obl
68 LEMERCVRE
raiſon de ne vouloir rien changer à la Lettre qui vous apprend l'Avanture des Vendangeurs. Mais à propos dE- nigmes, vous ne ſçauriez croire com- bien j'ay reçeu deBillets ſur celle du Trictrac, depuis que j'ay commencé à vous écrire. Les uns y ont fait venir unſens forcé jene ſçay comment ;les autres m'ont demandé fi ce n'eſtoit pointunplaiſir que je me donnois ſans avoir deſſein de rien éclaircir , & voi- cy ce que m'écrivent preſentement des Dames qui me feront l'honneur
de ſe nommer quand il leur plaira,
La Suſcription eſt obl
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Résumé : « Voyez, Madame, si je n'ay pas eu raison de ne [...] »
L'auteur d'une lettre explique pourquoi il n'a pas modifié un récit sur des vendangeurs. Il a reçu de nombreuses réponses à une énigme sur le jeu de trictrac, certaines proposant des solutions forcées, d'autres demandant des éclaircissements. Des dames anonymes écrivent à l'auteur, promettant de se nommer plus tard. La lettre commence par une suscription.
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352
p. 112-113
« On me fait bien de l'honneur, Madame, comme vous le [...] »
Début :
On me fait bien de l'honneur, Madame, comme vous le [...]
Mots clefs :
Auteur, Inconnu, nommer
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texteReconnaissance textuelle : « On me fait bien de l'honneur, Madame, comme vous le [...] »
Onme fait biende l'honneur,
Madame, comme vous le voyez
par le commencement de ce Billet , & cela , grace à un In- connu qui ne s'eſt point encor vouludeclarer Autheur de l'Enigme , car je me ſens obligé de vous dire qu'elle n'est pas de moy ,& de refuſer une gloire qui nem'eſt pointdeuë. le croy qu'apres la fincerité de cet aveu , vous ne douterez pas que je n'aye toûjours beaucoup de
GALANT. 71
joye à rendrejustice aux Gens d'eſprit, &que je ne me fafle un fort grand plaifir de les nommer quand je les connoy. l'ay enfin découvert que celuy qui a fait le Panegyrique des Alliez que vous avez tant eſtimé, s'appel- loit Mde Maſſeville.
Madame, comme vous le voyez
par le commencement de ce Billet , & cela , grace à un In- connu qui ne s'eſt point encor vouludeclarer Autheur de l'Enigme , car je me ſens obligé de vous dire qu'elle n'est pas de moy ,& de refuſer une gloire qui nem'eſt pointdeuë. le croy qu'apres la fincerité de cet aveu , vous ne douterez pas que je n'aye toûjours beaucoup de
GALANT. 71
joye à rendrejustice aux Gens d'eſprit, &que je ne me fafle un fort grand plaifir de les nommer quand je les connoy. l'ay enfin découvert que celuy qui a fait le Panegyrique des Alliez que vous avez tant eſtimé, s'appel- loit Mde Maſſeville.
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Résumé : « On me fait bien de l'honneur, Madame, comme vous le [...] »
L'auteur d'une lettre nie être l'auteur d'une énigme et refuse la gloire qui ne lui revient pas. Il apprécie rendre justice aux talents connus. Il révèle que M. Masseville est l'auteur d'un panégyrique des alliés apprécié par la destinataire.
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353
p. 116-118
L'HYPOCRITE, SONNET.
Début :
Encor un Sonnet, Madame. Il m'a esté envoyé de / Le Bigot en ce temps, pour bien faire son compte, [...]
Mots clefs :
Bigot, Faux dévots, Compter, Hypocrite, Église
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'HYPOCRITE, SONNET.
Encor un Sonnet , Madame.
Il m'a eſté envoyé de Poitou , &
vous n'avez jamais rien veu de plus fingulier. Il roule ſur deux ſeules rimes, & vous ne le trou- verez pas favorable à vos bons Amisles faux Devots.
L
L'HYPOCRITES
SONNET.
HEQUE DE
BIBLIO
LYON
EBigot en ce temps, pourbienfaire Soncompte,
Compte iusqu'à ses pas , & mesure le
temps;
Maisà le voir long-temps onn'en fait
point de conte,
Tome VIII. D
74 LE MERCVRE Et l'on comptepour rien tout l'employ defon temps.
Cen'estpaspour ce temps, nous dit- il,
queje compte,
Mon compteferoitfaux, &bien àcon.
tre-temps;
Mais le temps àvenir est leſeul que je
compte,
Et vivant bien,jefais moncomptepour
cetemps.
7
Jegardetous les temps quel'Egliſe now
- compte ,
Iecompteun Chapelet àtoute heure , en : tout temps,
Etnul temps ne m'en peut faire oublier
Lecompte.
Hypocrite , tupers &ton corfte &ton
temps,
Dieuconnoît qu'en tout temps tu ne vas qu'àton compte ,
Et que c'est pour tromperque tu comptes Letemps,
Il m'a eſté envoyé de Poitou , &
vous n'avez jamais rien veu de plus fingulier. Il roule ſur deux ſeules rimes, & vous ne le trou- verez pas favorable à vos bons Amisles faux Devots.
L
L'HYPOCRITES
SONNET.
HEQUE DE
BIBLIO
LYON
EBigot en ce temps, pourbienfaire Soncompte,
Compte iusqu'à ses pas , & mesure le
temps;
Maisà le voir long-temps onn'en fait
point de conte,
Tome VIII. D
74 LE MERCVRE Et l'on comptepour rien tout l'employ defon temps.
Cen'estpaspour ce temps, nous dit- il,
queje compte,
Mon compteferoitfaux, &bien àcon.
tre-temps;
Mais le temps àvenir est leſeul que je
compte,
Et vivant bien,jefais moncomptepour
cetemps.
7
Jegardetous les temps quel'Egliſe now
- compte ,
Iecompteun Chapelet àtoute heure , en : tout temps,
Etnul temps ne m'en peut faire oublier
Lecompte.
Hypocrite , tupers &ton corfte &ton
temps,
Dieuconnoît qu'en tout temps tu ne vas qu'àton compte ,
Et que c'est pour tromperque tu comptes Letemps,
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Résumé : L'HYPOCRITE, SONNET.
Le texte présente un sonnet intitulé 'L'HYPOCRITES' envoyé de Poitou. Ce sonnet critique les faux dévots et met en scène un hypocrite obsédé par la mesure du temps. Il valorise le futur, néglige le présent et compte prières et chapelets pour tromper autrui. Dieu connaît ses véritables intentions.
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354
p. 123-130
Régal donné à Messieurs de l'Académie Françoise, par Monsieur Colbert. [titre d'après la table]
Début :
Ces Vers ont paru fort nets & fort aisez à [...]
Mots clefs :
M. Colbert, Flatterie, Éloge, Académie française, Livre
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texteReconnaissance textuelle : Régal donné à Messieurs de l'Académie Françoise, par Monsieur Colbert. [titre d'après la table]
Ces Vers ont paru fort nets & fort aiſez à tous ceuxquiles ont veus , & c'eſt une loüange où la flaterie n'a point de part.
Elle ena beaucoup à celles qui ſe donnent ordinairement aux
Grands. Les diferentes manieres dont ils peuvent faire du bien, ſont cauſe qu'on les en-
GALAN T. 79 cenſe de toutes parts. Il ſuffit qu'on ait des prétentions pour trouver matiere de loüer ; &
pour venir à fon bur, il eſt des vertus generales qui s'accom- modent ſans peine à toute for- te de ſujets. A dire vray , ces éloges vagues qui ne marquent rien de poſitif, devroient eſtre un peu ſuſpects à ceux qui ſe font honneur de les recevoir;
mais lors qu'en loüant des cho- fes de fait , on s'attache plus à
rendre juſtice à l'honeſte . Hom- me , qu'à ſe ſoûmettre ſervilement à la faveur , il n'y a point d'envie aſſez noire pour ofer blâmer ce qui ſe dit à l'avantage de ceux qui pouvant donner à leurs plaiſirs les heures où les foins de l'Etat leur permettent de ſe relâcher , prennent une conduite toute oppoſée , & ne
Diiij
80 LE MERCVRE
ſe ſervent du pouvoir qu'ils ont de faire tout ce qui leur plaiſt ,
que pour ſe rendre encor plus dignes de l'élevation où le veri- table merite les a mis. C'eſt par là qu'on a beau donner des loüanges à M' Colbert , elles ne feront jamais éclater qu'impar- faitement les rares qualitez qui les luy attirent. Tout le monde ſçait que les grandes Affaires l'occupent jour & nuit; & fon délaſſement eſtant dans l'Etude,
on peut dire qu'il fait ſon plai- fir , de ce qui feroit le travail des autres. Il aime tellement les
Gens de Lettres , qu'il ne ſe dé- robe aux foucis de ſon Miniſtere , que pour s'entretenir avec eux. Jugez par là , Madame , fi ce n'eſt pas à ſon Eſprit , plûtôt qu'à la conſideration de ſon Rang , qu'il doit la Place que
;
GALAN T. 81
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe le prierent il ya quelques annéesde vouloir accepter dans leur Corps. Il a pour eux une eſtime ſi particuliere , que leur en voulantdonner d'autres marques que celles qu'ils en reçoi- vet lorſqu'il peut aſſiſter à leurs Séances, il leur fit dernierement
l'honneur à tous de les regaler dans ſa belle Maiſon de Sceaux.
Il les avoit conviez le jour pré- cedét par un Billet qu'ils trouve- rent chacun chez eux. M. l'Archevêque de Paris,qui cófidere
infiniment cette Illuſtre Compagnie dont il eſt , ne manqua pas à s'y rendre , & il faudroit amaffer bien du monde pour fournir autant d'Eſprit qu'ils'en trouva en peu de temps chez l'Illuſtre Miniſtre qui les atten- doit. Me l'Abbé Regnier luy Dv
82 LE MERCVRE
preſenta en arrivant, un tres- beau Livre qu'il a compofé de la Perfection du Chreftien. On
ſe mit à table. Il y en eut deux fervies en meſme temps, & le Repas fut digne de celuy qui le donnoit. Il ſe dit mille choſe
agreables pendant le Diſner,qui ne finit que pour mettre ces Meſſieurs dans une liberté plus entiere de faire paroiſtre qu'ils n'eſtoientqu'Eſprit. Aufortirde table , toute la Compagnie fut dans une autre Salle , où il ſe fit:
une agreable Converſation. Mr Quinauty lût un fort beau Son- net qu'il avoit fait en venant à
Sceaux, &M Colbertdemanda
àM l'Abbé Furetiere s'il n'avoit
rien faitde nouveau.
Elle ena beaucoup à celles qui ſe donnent ordinairement aux
Grands. Les diferentes manieres dont ils peuvent faire du bien, ſont cauſe qu'on les en-
GALAN T. 79 cenſe de toutes parts. Il ſuffit qu'on ait des prétentions pour trouver matiere de loüer ; &
pour venir à fon bur, il eſt des vertus generales qui s'accom- modent ſans peine à toute for- te de ſujets. A dire vray , ces éloges vagues qui ne marquent rien de poſitif, devroient eſtre un peu ſuſpects à ceux qui ſe font honneur de les recevoir;
mais lors qu'en loüant des cho- fes de fait , on s'attache plus à
rendre juſtice à l'honeſte . Hom- me , qu'à ſe ſoûmettre ſervilement à la faveur , il n'y a point d'envie aſſez noire pour ofer blâmer ce qui ſe dit à l'avantage de ceux qui pouvant donner à leurs plaiſirs les heures où les foins de l'Etat leur permettent de ſe relâcher , prennent une conduite toute oppoſée , & ne
Diiij
80 LE MERCVRE
ſe ſervent du pouvoir qu'ils ont de faire tout ce qui leur plaiſt ,
que pour ſe rendre encor plus dignes de l'élevation où le veri- table merite les a mis. C'eſt par là qu'on a beau donner des loüanges à M' Colbert , elles ne feront jamais éclater qu'impar- faitement les rares qualitez qui les luy attirent. Tout le monde ſçait que les grandes Affaires l'occupent jour & nuit; & fon délaſſement eſtant dans l'Etude,
on peut dire qu'il fait ſon plai- fir , de ce qui feroit le travail des autres. Il aime tellement les
Gens de Lettres , qu'il ne ſe dé- robe aux foucis de ſon Miniſtere , que pour s'entretenir avec eux. Jugez par là , Madame , fi ce n'eſt pas à ſon Eſprit , plûtôt qu'à la conſideration de ſon Rang , qu'il doit la Place que
;
GALAN T. 81
Meſſieurs de l'Académie Françoiſe le prierent il ya quelques annéesde vouloir accepter dans leur Corps. Il a pour eux une eſtime ſi particuliere , que leur en voulantdonner d'autres marques que celles qu'ils en reçoi- vet lorſqu'il peut aſſiſter à leurs Séances, il leur fit dernierement
l'honneur à tous de les regaler dans ſa belle Maiſon de Sceaux.
Il les avoit conviez le jour pré- cedét par un Billet qu'ils trouve- rent chacun chez eux. M. l'Archevêque de Paris,qui cófidere
infiniment cette Illuſtre Compagnie dont il eſt , ne manqua pas à s'y rendre , & il faudroit amaffer bien du monde pour fournir autant d'Eſprit qu'ils'en trouva en peu de temps chez l'Illuſtre Miniſtre qui les atten- doit. Me l'Abbé Regnier luy Dv
82 LE MERCVRE
preſenta en arrivant, un tres- beau Livre qu'il a compofé de la Perfection du Chreftien. On
ſe mit à table. Il y en eut deux fervies en meſme temps, & le Repas fut digne de celuy qui le donnoit. Il ſe dit mille choſe
agreables pendant le Diſner,qui ne finit que pour mettre ces Meſſieurs dans une liberté plus entiere de faire paroiſtre qu'ils n'eſtoientqu'Eſprit. Aufortirde table , toute la Compagnie fut dans une autre Salle , où il ſe fit:
une agreable Converſation. Mr Quinauty lût un fort beau Son- net qu'il avoit fait en venant à
Sceaux, &M Colbertdemanda
àM l'Abbé Furetiere s'il n'avoit
rien faitde nouveau.
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Résumé : Régal donné à Messieurs de l'Académie Françoise, par Monsieur Colbert. [titre d'après la table]
Le texte rend hommage à Jean-Baptiste Colbert, ministre français, pour ses qualités et son dévouement. Les éloges qu'il reçoit sont authentiques et non motivés par la flatterie. Colbert est admiré pour sa capacité à concilier ses devoirs d'État avec une conduite exemplaire, même dans ses moments de loisir. Il est constamment absorbé par les affaires d'État et trouve du plaisir dans l'étude et la compagnie des gens de lettres. Colbert a été invité à rejoindre l'Académie française en raison de son esprit, et non de son rang. Il montre une grande estime pour les membres de l'Académie en les invitant à sa résidence de Sceaux pour un repas et une conversation agréable. Lors de cette réunion, l'abbé Regnier a présenté un livre, et Quinault a lu un sonnet. Colbert a également demandé à l'abbé Furetière s'il avait écrit quelque chose de nouveau.
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355
p. 139-145
« Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...] »
Début :
Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...]
Mots clefs :
Cabinet de l'Aurore, Assemblée, Abbé Tallement, M. Perrault, Esprit, Éloges, Livres, M. Colbert
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...] »
Apres la lecture ces Vers
LYON
90 LE MERCVRE
Fon paſſa de la Salle où l'on eſtoitdans un lieu apellé le Ca- binet de l'Aurore. Ce fut là que
Monfieur Quinaut recita cinq ou fix cens Vers ſur les Peintures de cette charmante Maiſon.
M. l'Abbé Tallemant le jeune enloüa les Eaux par un Poëme dont il fit part à l'Aſſemblée. II eſt fort à lagloire deM. leJon- gleur,qui a trouvé le ſecretd'en faire venir où il n'y en a point ,
&où il n'y a pas meſime d'appa- rence qu'il y ait moyen de les conduire. M. Perraut Intendant
des Baſtimens , parla ledernier.
Il ne dit que peu de Stances ,
mais qui réveillerent les atten- tions. Les fréquens applaudiffe- mensqu'elles reçeurent, fontune preuve incontestable de leur beauté. Il n'y a point lieu d'ené- tre furpris..M² Perraut eſt ce qui
GALANT. 91
.
s'appelle unEſprit de bon gouft,
qui ne donne jamais dans le faux brillant. Il écrit , &ſçait comme on doit écrire. Il poſſe- de toutes les belles Connoiſſances , & fes Ouvrages ont toû- jours eu un fort grand fuccés.
Il ſeroit àſouhaiter que nous en cuſſions davantage, mais ſes oc- cupations ne luy permettent pas de travailler. Au fortir du
Cabinet , on alla voir les Ap- partemens,& on ſe promena en- fuite de tous côtez dans le Jardin. Ces Meſſicurs eurent par tout ſujet d'admirer ; mais quel- ques beautez qu'il découvrif- fent , rien ne leur parut fi digne de leurs éloges , que celuy qui les avoit reçeus fi obligeam- ment. Avoüez-le, Madame.Pour aimer ainſi les Gens d'eſprit , il faut eſtre parfaitement honne
92 LE MERCVRE
ſte Homme. Il faut ſe détacher
de la grandeur &dubien , pour fe regarder en Philofophe , &
chercher la veritable ſolidité
dans les Sciences. Il eſt certain
qu'on ne peut les aimer davan- tages que fait Me Colbert. Hne ſe contente pas d'eſtre de l'A- cadémie Françoiſe , il y a un nombre de ces Meſſieurs qui compoſe une autre perite Aca- démie qui s'aſſemble toutes les Semaines fous ſon Nom. C'eſt
avec eux qu'il s'entretient fort
fouvent fur les plus hautes ma- tieres.. On aveu de tout temps la plupart de ceux qui ont fait une figure conſidérable dans le monde , avoir de grandes Bi- blioteques, &donner même des Penſions à pluſieurs Perſonnes d'eſprit , mais c'eſtoient d'igno- Fans Ambitieux qui ne fai
GALANT. 93 foient l'un & l'autre que par oftentation , & qui ſe mettoient
peu en peine de voir les Livres &les Sçavans. M' Colbertn'en uſe pas de cette forte. Il ne dé- daigne point de ſe familiarifer
avec les Gens de Lettres , de
s'abaiſſer juſqu'à ceux qui ſont fort éloignez de fonRang, &de ſe dépoüiller de la Grandeur qui l'environne , pour ſe rendre en quelque façon leur égal.
Comme il a toutes les lumieres
qui peuvent luy en faire aimer l'entretien , doit on s'étonner fi
ſe rendant le Pere & le Protecteur des Sciences &des beaux
Arts , il ſeconde ſi bien le Roy qui les fait fleurir, &qui n'a pas merité le Nom de LoürsLE
GRAND par ſa ſeule valeur ,
mais encore par toutes les
actions de ſa vie
LYON
90 LE MERCVRE
Fon paſſa de la Salle où l'on eſtoitdans un lieu apellé le Ca- binet de l'Aurore. Ce fut là que
Monfieur Quinaut recita cinq ou fix cens Vers ſur les Peintures de cette charmante Maiſon.
M. l'Abbé Tallemant le jeune enloüa les Eaux par un Poëme dont il fit part à l'Aſſemblée. II eſt fort à lagloire deM. leJon- gleur,qui a trouvé le ſecretd'en faire venir où il n'y en a point ,
&où il n'y a pas meſime d'appa- rence qu'il y ait moyen de les conduire. M. Perraut Intendant
des Baſtimens , parla ledernier.
Il ne dit que peu de Stances ,
mais qui réveillerent les atten- tions. Les fréquens applaudiffe- mensqu'elles reçeurent, fontune preuve incontestable de leur beauté. Il n'y a point lieu d'ené- tre furpris..M² Perraut eſt ce qui
GALANT. 91
.
s'appelle unEſprit de bon gouft,
qui ne donne jamais dans le faux brillant. Il écrit , &ſçait comme on doit écrire. Il poſſe- de toutes les belles Connoiſſances , & fes Ouvrages ont toû- jours eu un fort grand fuccés.
Il ſeroit àſouhaiter que nous en cuſſions davantage, mais ſes oc- cupations ne luy permettent pas de travailler. Au fortir du
Cabinet , on alla voir les Ap- partemens,& on ſe promena en- fuite de tous côtez dans le Jardin. Ces Meſſicurs eurent par tout ſujet d'admirer ; mais quel- ques beautez qu'il découvrif- fent , rien ne leur parut fi digne de leurs éloges , que celuy qui les avoit reçeus fi obligeam- ment. Avoüez-le, Madame.Pour aimer ainſi les Gens d'eſprit , il faut eſtre parfaitement honne
92 LE MERCVRE
ſte Homme. Il faut ſe détacher
de la grandeur &dubien , pour fe regarder en Philofophe , &
chercher la veritable ſolidité
dans les Sciences. Il eſt certain
qu'on ne peut les aimer davan- tages que fait Me Colbert. Hne ſe contente pas d'eſtre de l'A- cadémie Françoiſe , il y a un nombre de ces Meſſieurs qui compoſe une autre perite Aca- démie qui s'aſſemble toutes les Semaines fous ſon Nom. C'eſt
avec eux qu'il s'entretient fort
fouvent fur les plus hautes ma- tieres.. On aveu de tout temps la plupart de ceux qui ont fait une figure conſidérable dans le monde , avoir de grandes Bi- blioteques, &donner même des Penſions à pluſieurs Perſonnes d'eſprit , mais c'eſtoient d'igno- Fans Ambitieux qui ne fai
GALANT. 93 foient l'un & l'autre que par oftentation , & qui ſe mettoient
peu en peine de voir les Livres &les Sçavans. M' Colbertn'en uſe pas de cette forte. Il ne dé- daigne point de ſe familiarifer
avec les Gens de Lettres , de
s'abaiſſer juſqu'à ceux qui ſont fort éloignez de fonRang, &de ſe dépoüiller de la Grandeur qui l'environne , pour ſe rendre en quelque façon leur égal.
Comme il a toutes les lumieres
qui peuvent luy en faire aimer l'entretien , doit on s'étonner fi
ſe rendant le Pere & le Protecteur des Sciences &des beaux
Arts , il ſeconde ſi bien le Roy qui les fait fleurir, &qui n'a pas merité le Nom de LoürsLE
GRAND par ſa ſeule valeur ,
mais encore par toutes les
actions de ſa vie
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Résumé : « Apres la lecture de ces Vers l'on passa de la [...] »
À Lyon, une réunion rassemble plusieurs personnalités qui récitent des poèmes et des vers. Monsieur Quinaut présente des vers sur les peintures d'une maison, tandis que l'abbé Tallemant le Jeune enchante l'assemblée avec un poème sur les eaux. Monsieur Perraut, Intendant des Bastiments, prononce des stances acclamées par l'audience, démontrant son esprit et son talent littéraire. Après la réunion, les participants visitent les appartements et le jardin, admirant les beautés des lieux. Le texte loue particulièrement Monsieur Colbert pour son amour des gens d'esprit et des sciences. Colbert, membre de l'Académie Française, se distingue par son intérêt authentique pour les lettres et les savants, contrairement à d'autres mécènes motivés par l'ostentation. Il se familiarise avec les gens de lettres, indépendamment de leur rang, et soutient les sciences et les beaux-arts, secondant ainsi le roi Louis XIV.
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356
p. 146-150
Deux Illustres Autheurs quittent leur occupation ordinaire pour travailler à l'Histoire. [titre d'après la table]
Début :
Le nom de Mr Boyer qui nous a donné tant [...]
Mots clefs :
Théâtre, Histoire, Auteurs, Grands hommes, Matière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Deux Illustres Autheurs quittent leur occupation ordinaire pour travailler à l'Histoire. [titre d'après la table]
Le nom de M Boyer qui nous a donné tant de belles
Tragédies , me fait ſouvenir que le Theatre eſt menacé d'une
grande perte. On tient ( &c'eſt un bruit qui ſe confirme de toutes parts ) qu'un de nos plus
GALANT. 95 Illuftres Autheurs y renonce ,
pour s'appliquer entierement à
travailler à l'Hiſtoire. Il ſemble
qu'il ne ſe ſoit attaché quelque
temps à faire les Portraits de quelques Héros de l'Antiqui- té , que pour eſſayer ſon Pin- ceau , & préparer ſes couleurs, dans le deſſein de peindre ceux d'aujourd'huy avec une plus vive reffemblance. Lagloi- re qu'ils ont de paſſer déja les Alexandres &les Achilles , réponddel admiration qui redou- blerapour eux quand le temps aura fait vieillir leurs actions.
Elles font comme ces Tableaux
des grands Maiſtres , qui de- viennent plus confiderables apres que de longues années en ont conſacré le nom. On met
parmy les Grads Hommesqua- tité de Princes, dont àles regar-
96 LE MERCVRE
der de pres , on n'a ſujetde par- ler que parce qu'ils ont veſcu avant nous. Il n'en ſera pas de meſme de noſtre incomparable Monarque. Comme il merite les plus fortes loüanges de ſon vi- vant, laplus éloignée Pofterité le regardera comme un Modele parfait de ſageſſe , de valeur , &
de vertu. Iamais Regne n'ofrit ny de fi grandes choſes , ny en fi grand nombre. Celuy qui en va écrire l'Hiſtoire , eft capable d'en foûtenir le merite. Lamatiere ne peut eſtre plus belle, ny le Conducteur plus éclairé , &
onatout ſujet de n'en rien at- tendre que de merveilleux.
Heureux celuy qui doit y travailler avec luy ! & heureux en
meſme temps les froids Ecri- vains , les méchans Poëtes , &
les ridicules , dont ce redoutable
GALAN T. 97 ble & fameux Autheur n'aura
plus le temps d'attaquer les de- fauts dans ſes charmantes Sati .
res !
Tragédies , me fait ſouvenir que le Theatre eſt menacé d'une
grande perte. On tient ( &c'eſt un bruit qui ſe confirme de toutes parts ) qu'un de nos plus
GALANT. 95 Illuftres Autheurs y renonce ,
pour s'appliquer entierement à
travailler à l'Hiſtoire. Il ſemble
qu'il ne ſe ſoit attaché quelque
temps à faire les Portraits de quelques Héros de l'Antiqui- té , que pour eſſayer ſon Pin- ceau , & préparer ſes couleurs, dans le deſſein de peindre ceux d'aujourd'huy avec une plus vive reffemblance. Lagloi- re qu'ils ont de paſſer déja les Alexandres &les Achilles , réponddel admiration qui redou- blerapour eux quand le temps aura fait vieillir leurs actions.
Elles font comme ces Tableaux
des grands Maiſtres , qui de- viennent plus confiderables apres que de longues années en ont conſacré le nom. On met
parmy les Grads Hommesqua- tité de Princes, dont àles regar-
96 LE MERCVRE
der de pres , on n'a ſujetde par- ler que parce qu'ils ont veſcu avant nous. Il n'en ſera pas de meſme de noſtre incomparable Monarque. Comme il merite les plus fortes loüanges de ſon vi- vant, laplus éloignée Pofterité le regardera comme un Modele parfait de ſageſſe , de valeur , &
de vertu. Iamais Regne n'ofrit ny de fi grandes choſes , ny en fi grand nombre. Celuy qui en va écrire l'Hiſtoire , eft capable d'en foûtenir le merite. Lamatiere ne peut eſtre plus belle, ny le Conducteur plus éclairé , &
onatout ſujet de n'en rien at- tendre que de merveilleux.
Heureux celuy qui doit y travailler avec luy ! & heureux en
meſme temps les froids Ecri- vains , les méchans Poëtes , &
les ridicules , dont ce redoutable
GALAN T. 97 ble & fameux Autheur n'aura
plus le temps d'attaquer les de- fauts dans ſes charmantes Sati .
res !
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Résumé : Deux Illustres Autheurs quittent leur occupation ordinaire pour travailler à l'Histoire. [titre d'après la table]
Le texte traite de la menace pesant sur le théâtre à cause du renoncement d'un éminent auteur dramatique, décrit comme un galant homme, qui se consacre désormais à l'écriture de l'histoire. Cet auteur, après avoir illustré des héros de l'Antiquité, se prépare à dépeindre les héros contemporains avec plus de réalisme. Ses portraits sont comparés à des tableaux de maîtres qui gagnent en valeur avec le temps. Le texte mentionne également des princes dont la réputation repose sur leur existence passée, contrastant avec le monarque contemporain, loué pour sa sagesse, sa valeur et sa vertu. Son règne est marqué par de grandes réalisations. L'auteur de cette histoire est salué pour sa capacité à en souligner le mérite. Le texte se conclut par une allusion à la fin des attaques satiriques de cet auteur contre les écrivains froids, les poètes méchants et les ridicules, désormais absorbé par son travail historique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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357
p. 150-153
« J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...] »
Début :
J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...]
Mots clefs :
Lettre, Paquet, Bataille
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texteReconnaissance textuelle : « J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...] »
l'apprens dans cet endroitde ma Lettre , qu'on vient de ſe batre vigoureuſement en Alle- magne , que la Maiſon duRoyy
a glorieuſement foûtenu la ré- putation où elle eſtde ne pou- voir faireque des miracles , &
que Monfieur le Mareſchal de Créquy a fait paroiſtre dans cette occafion , comme il a déja fait enpluſieurs autres , toute la prudence d'un General con- ſommé. Je ne fermeray point mon Paquet ſans vous en écrire ledétail ; mais en attendantque j'en aye appris les particulari- tez ,je ne puis m'empefcher de vous dire qu'on ne peut affez admirer la France qui abonde
Tome VIII. E
98 LE MERCVRE
tellement en Braves , que comme elle en a toûjours de reſte,les Mouſquetaires arrivoient à Pa- ris dans le temps meſme qu'on eſtoit aux mains avec les plus fortes Troupes de l'Empereur.
Qu'euffent fait les Ennemis , fi
outre les Gardes du Corps &
les Gens d'armesqui les ontba- tus , ils euffent eu en teſte ces
Preneurs de Villes & ces Gagneurs deBatailles, qui ſont en- trez par affaut dans Valencien- nes ,&qui ont tant contribué à
la fameufe Victoire que Son Al- teſſe Royale a remportéeàCaf- fel ? Vous vous en ſouvenez ,
Madame , mes Lettres vous en
ont inſtruite,&je croy que vous avez leu avec plaifir les mar- ques d'intrépidité qu'ils y ont données.
a glorieuſement foûtenu la ré- putation où elle eſtde ne pou- voir faireque des miracles , &
que Monfieur le Mareſchal de Créquy a fait paroiſtre dans cette occafion , comme il a déja fait enpluſieurs autres , toute la prudence d'un General con- ſommé. Je ne fermeray point mon Paquet ſans vous en écrire ledétail ; mais en attendantque j'en aye appris les particulari- tez ,je ne puis m'empefcher de vous dire qu'on ne peut affez admirer la France qui abonde
Tome VIII. E
98 LE MERCVRE
tellement en Braves , que comme elle en a toûjours de reſte,les Mouſquetaires arrivoient à Pa- ris dans le temps meſme qu'on eſtoit aux mains avec les plus fortes Troupes de l'Empereur.
Qu'euffent fait les Ennemis , fi
outre les Gardes du Corps &
les Gens d'armesqui les ontba- tus , ils euffent eu en teſte ces
Preneurs de Villes & ces Gagneurs deBatailles, qui ſont en- trez par affaut dans Valencien- nes ,&qui ont tant contribué à
la fameufe Victoire que Son Al- teſſe Royale a remportéeàCaf- fel ? Vous vous en ſouvenez ,
Madame , mes Lettres vous en
ont inſtruite,&je croy que vous avez leu avec plaifir les mar- ques d'intrépidité qu'ils y ont données.
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Résumé : « J'apprens dans cet endroit de ma Lettre, qu'on vient [...] »
Le texte décrit une bataille récente en Allemagne où la Maison du Roi a maintenu sa réputation grâce à des exploits remarquables. Le Maréchal de Créquy a montré sa prudence et son habileté en tant que général expérimenté. L'auteur exprime son admiration pour la France et ses braves soldats. Il mentionne l'arrivée des Mousquetaires à Paris au moment où les combats contre les troupes de l'Empereur étaient intenses. L'auteur se demande ce qu'il serait advenu des ennemis s'ils avaient dû affronter non seulement les Gardes du Corps et les Gens d'armes, mais aussi les Mousquetaires, célèbres pour leurs exploits comme la prise de Valenciennes et la victoire à Cassel. Il rappelle à Madame les lettres précédentes détaillant l'intrépidité des Mousquetaires lors de cette victoire.
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358
p. 153-159
Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy. [titre d'après la table]
Début :
Il n'y avoit autrefois que le temps qui pust faire [...]
Mots clefs :
Académies, Armée, M. de Bernardi, Madame, Académistes, Attaque du fort, Place, Défendre
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texteReconnaissance textuelle : Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy. [titre d'après la table]
Il n'y avoit autrefois que le temps qui puſt faire de
GALANT. 99 veritables Guerriers, les premie- res occaſions ne ſervoient en
quelque façon que d'eſſay à l'a- dreſſe &àla valeur , & il eſtoit
rare qu'on montraſt tout d'un coup ce qu'on eſtoit. On pré- vient aujourd'huy les années; &
la manieredontles Gentilshommes ſont élevez dans les Académies , a quelque choſe de ſi martial , qu'on peut dire qu'ils y
font leurs premieres Campa- gnes. Du moins ils en ſortent tellement aguerris , que dés qu'ils paroiffent à l'Armée, tous jeunes qu'ils font, on diroit qu'ils n'ont fait toute leur vie autre
choſe que de combatre. Il eſt vray que l'exactitude avec la- quelle M.de Bernardy leurdon- ne ſes ſoins , contribuë beaucoup aux avantages qu'ils en re- çoivent. Onne luy en peutdon Eij
100 LE MERCVRE
ner trop de loüanges. Il ne ſe contente pas de leur enſeigner leurs Exercices; il leurfait pren- dre dans tout ce qu'ils font un air noble,qui perfuade aiſément de leur naiſſance, & c'eſt ce qui luy attire non ſeulement tout ce qu'il y a de grand &d'illuſtre en France , mais auſſi quantité de jeunes Seigneurs qui luy font envoyez des Royaumes étran- gers. La maniere d'attaquer &
de défendre les Places, eſt une
Leçonqu'il n'oublie point à leur donner. C'eſt pour cela qu'il fit bâtiril y a quelques années un Fort au boutdu Palais de Luxembourg. LesAcademiſtes s'y vontexercer tous les Samedis; &
le bruit de leur adreſſe qui a
ſouvent pour témoin ungrand nombre de Perſonnes de quali- té, s'eſt tellement répandu, que
GALANT. ΙΟΙ
Madame n'a pas dédaigné de les honorer de ſa preſence. Elle avoit choiſy un jour extraordi- naire pour leur venir voir faire l'attaquedu Fort. Ils s'y prépa- rerent avec joye. Monfieur le Duc de Valentinois , Fils de Monfieur le Prince de Monaco,
l'attaqua avec beaucoup de vi gueur; & la maniere dont il fut ſecondé,eut un je-ne-ſçay quel air de bravoure qui plut fi fort à Son Alteſſe Royale, qu'elle en congratula Monfieur de Bernardy, &luy ditobligeamment,
qu'elle viendroit admirerplus d'u ne fois les jeunes Guerriers qu'il avoitfaits. Elle estoit ſuivie d'une partie de ſa Cour ; & leur bonne mine jointe àl'air relevé qui accompagna tout ce qu'ils firent , leur ayant acquis des Maiſtreſſes , donna lieu à quel
E iij
102 LE MERCVRE
ques Avantures galantes dont je vous entretiendray le Mois prochain. Je tâcheray de me trouver moy - meſme à l'at- taque de leur Fort , afin de vous en mander quelque cho- ſe de plus particulier , & je vous feray ſçavoir en meſme temps les Noms de ces Braves Fortunez, qui ſçaventde ſibon- ne heure conquérir des Places
& gagner des Cœurs.
GALANT. 99 veritables Guerriers, les premie- res occaſions ne ſervoient en
quelque façon que d'eſſay à l'a- dreſſe &àla valeur , & il eſtoit
rare qu'on montraſt tout d'un coup ce qu'on eſtoit. On pré- vient aujourd'huy les années; &
la manieredontles Gentilshommes ſont élevez dans les Académies , a quelque choſe de ſi martial , qu'on peut dire qu'ils y
font leurs premieres Campa- gnes. Du moins ils en ſortent tellement aguerris , que dés qu'ils paroiffent à l'Armée, tous jeunes qu'ils font, on diroit qu'ils n'ont fait toute leur vie autre
choſe que de combatre. Il eſt vray que l'exactitude avec la- quelle M.de Bernardy leurdon- ne ſes ſoins , contribuë beaucoup aux avantages qu'ils en re- çoivent. Onne luy en peutdon Eij
100 LE MERCVRE
ner trop de loüanges. Il ne ſe contente pas de leur enſeigner leurs Exercices; il leurfait pren- dre dans tout ce qu'ils font un air noble,qui perfuade aiſément de leur naiſſance, & c'eſt ce qui luy attire non ſeulement tout ce qu'il y a de grand &d'illuſtre en France , mais auſſi quantité de jeunes Seigneurs qui luy font envoyez des Royaumes étran- gers. La maniere d'attaquer &
de défendre les Places, eſt une
Leçonqu'il n'oublie point à leur donner. C'eſt pour cela qu'il fit bâtiril y a quelques années un Fort au boutdu Palais de Luxembourg. LesAcademiſtes s'y vontexercer tous les Samedis; &
le bruit de leur adreſſe qui a
ſouvent pour témoin ungrand nombre de Perſonnes de quali- té, s'eſt tellement répandu, que
GALANT. ΙΟΙ
Madame n'a pas dédaigné de les honorer de ſa preſence. Elle avoit choiſy un jour extraordi- naire pour leur venir voir faire l'attaquedu Fort. Ils s'y prépa- rerent avec joye. Monfieur le Duc de Valentinois , Fils de Monfieur le Prince de Monaco,
l'attaqua avec beaucoup de vi gueur; & la maniere dont il fut ſecondé,eut un je-ne-ſçay quel air de bravoure qui plut fi fort à Son Alteſſe Royale, qu'elle en congratula Monfieur de Bernardy, &luy ditobligeamment,
qu'elle viendroit admirerplus d'u ne fois les jeunes Guerriers qu'il avoitfaits. Elle estoit ſuivie d'une partie de ſa Cour ; & leur bonne mine jointe àl'air relevé qui accompagna tout ce qu'ils firent , leur ayant acquis des Maiſtreſſes , donna lieu à quel
E iij
102 LE MERCVRE
ques Avantures galantes dont je vous entretiendray le Mois prochain. Je tâcheray de me trouver moy - meſme à l'at- taque de leur Fort , afin de vous en mander quelque cho- ſe de plus particulier , & je vous feray ſçavoir en meſme temps les Noms de ces Braves Fortunez, qui ſçaventde ſibon- ne heure conquérir des Places
& gagner des Cœurs.
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Résumé : Madame va voir prendre un Fort attaqué & defendu par Messieurs les Academistes de l'Academie de Bernardy. [titre d'après la table]
Le texte relate l'évolution de la formation des guerriers en France. Autrefois, les premiers combats servaient de tests pour évaluer l'adresse et la valeur des combattants. Aujourd'hui, les jeunes gentilshommes sont formés dans des académies, où ils acquièrent une expérience martiale telle qu'ils semblent vétérans dès leur arrivée à l'armée. Cette formation est supervisée par M. de Bernardy, dont les soins et l'exactitude contribuent aux succès des élèves. Il leur enseigne les exercices militaires ainsi qu'une noblesse d'attitude révélant leur naissance. Cette réputation attire des jeunes seigneurs de France et de royaumes étrangers. L'académie inclut des leçons sur l'attaque et la défense des places fortes. Un fort a été construit au bout du Palais du Luxembourg pour les exercices des académistes, qui se déroulent chaque samedi. Leur adresse a été remarquée par Madame, qui a assisté à une attaque du fort. Le Duc de Valentinois, fils du Prince de Monaco, a mené l'attaque avec vigueur, impressionnant Madame. Elle a félicité M. de Bernardy et exprimé son désir de revenir admirer les jeunes guerriers. La bonne mine et l'air relevé des académistes leur ont valu des maîtresses et des aventures galantes. L'auteur prévoit de se rendre à l'attaque du fort pour en rapporter des détails et les noms des braves fortunés.
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359
p. 159-160
REPROCHE AMOUREUX.
Début :
Il faut choisir bien heureusement, pour se pouvoir assurer du / Lors que nous sommes seuls, quelquefois ma soufrance [...]
Mots clefs :
Souffrance, Coeur, Tendresse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REPROCHE AMOUREUX.
Il faut choifir bienheureuſement,pour ſe pouvoir affurer du dernier ,
car le cœurdes Belles eft quel- quefois un peu fugitif, & telle qui affure unAmantde ſa ten- dreſſe quand elle n'a que luy à
qui parler, nes'en ſouvientgué- re dans le temps qu'elle voit groffir ſa Cour. Jugez - en par la Plainte qui a eſté faite là- deffus.
GALANT. 103
REPROСНЕ
AMOUREUX.
LorsquenousSommesſeuls, quelque.
foismaſouffrance
Rappelle dans ton cœur ta tendreſſe
tafoy ;
Maisapres cela j'apperçoy ,
Infidelle, que mapréſence
Fait le mesme effet que l'absence
Quandlafoule est aupres de toy.
car le cœurdes Belles eft quel- quefois un peu fugitif, & telle qui affure unAmantde ſa ten- dreſſe quand elle n'a que luy à
qui parler, nes'en ſouvientgué- re dans le temps qu'elle voit groffir ſa Cour. Jugez - en par la Plainte qui a eſté faite là- deffus.
GALANT. 103
REPROСНЕ
AMOUREUX.
LorsquenousSommesſeuls, quelque.
foismaſouffrance
Rappelle dans ton cœur ta tendreſſe
tafoy ;
Maisapres cela j'apperçoy ,
Infidelle, que mapréſence
Fait le mesme effet que l'absence
Quandlafoule est aupres de toy.
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Résumé : REPROCHE AMOUREUX.
Le texte explore l'inconstance des sentiments amoureux. Les femmes peuvent manifester leur tendresse en privé, mais l'oublient en public. Un poème exprime la douleur d'un amant face à cette volatilité. La présence de l'amant est équivalente à son absence lorsqu'elle est entourée.
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360
p. 161-163
Mort de M. Boisvin du Vauroüy Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Début :
Je ne doute point,. Madame, que je ne vous oblige [...]
Mots clefs :
Mr. de Boisvin du Vaurouy, Conseiller au Parlement, Violence
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de M. Boisvin du Vauroüy Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
Je ne doute point , Madame,
que je ne vous oblige en vous envoyant ces Madrigaux. Ils marquent une vaine aiſée ; &
quand j'en recevray de pareils,
j'auray ſoinde vous enfaire part.
Le dernier nous fait connoiſtre
qu'il n'y a qu'à ſe faire violence pour venir à bout de l'Amour.
Il eſt certain qu'on en guérit en ceſſant de voir; mais contre la
mort , point de remede. Elle nous a enlevé depuis peu M' de Boiſvin-de-Vauroüy , Conſeiller au Parlement. Il eſtoit de la Quatrième des Enqueſtes , fort
confideré dans fa Chambre ,
plein de feu & de capacité , &
auffi bon Juge qu'experimenté dans les Affaires. Madame de
GALANT. JOS Longueville avoit en luy une entiere confiance , & fon zele
pour cette Princeſſe luy avoit fait recevoir avec plaifir la pro- poſition de ſe faire Chefde fon Conſeil. C'eſt une perte pour le Public , pour ſes Amis , &
pour toute fa Famille , qui eſt une des plus conſidérables de Normandie..
que je ne vous oblige en vous envoyant ces Madrigaux. Ils marquent une vaine aiſée ; &
quand j'en recevray de pareils,
j'auray ſoinde vous enfaire part.
Le dernier nous fait connoiſtre
qu'il n'y a qu'à ſe faire violence pour venir à bout de l'Amour.
Il eſt certain qu'on en guérit en ceſſant de voir; mais contre la
mort , point de remede. Elle nous a enlevé depuis peu M' de Boiſvin-de-Vauroüy , Conſeiller au Parlement. Il eſtoit de la Quatrième des Enqueſtes , fort
confideré dans fa Chambre ,
plein de feu & de capacité , &
auffi bon Juge qu'experimenté dans les Affaires. Madame de
GALANT. JOS Longueville avoit en luy une entiere confiance , & fon zele
pour cette Princeſſe luy avoit fait recevoir avec plaifir la pro- poſition de ſe faire Chefde fon Conſeil. C'eſt une perte pour le Public , pour ſes Amis , &
pour toute fa Famille , qui eſt une des plus conſidérables de Normandie..
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Résumé : Mort de M. Boisvin du Vauroüy Conseiller au Parlement. [titre d'après la table]
L'auteur remercie pour les madrigaux reçus et en envoie en retour. Il discute de l'amour et de la mort. Il déplore le décès de Monsieur de Boisvin-de-Vauroüy, Conseiller au Parlement, respecté pour sa compétence et son expérience. Sa perte est perçue comme une grande tragédie pour le public, ses amis et sa famille.
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361
p. 163-153
Mort de M. le Maye de la Couraudiere Conseiller de la Cour des Aydes. [titre d'après la table]
Début :
Mr le Maye de la Couraudiere, Conseiller de la Cour [...]
Mots clefs :
M. le Maye de la Couraudiere
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texteReconnaissance textuelle : Mort de M. le Maye de la Couraudiere Conseiller de la Cour des Aydes. [titre d'après la table]
M le Maye de la Couraudiere, Conſeiller de la Courdes
Aydes , eſt mort auffy. Il avoit de l'eſprit , & eſtoit tres -digne de ſa Charge.
Aydes , eſt mort auffy. Il avoit de l'eſprit , & eſtoit tres -digne de ſa Charge.
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362
p. 164-181
Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Début :
Comme mes Lettres que vous avez bien voulu laisser devenir [...]
Mots clefs :
Mercure galant, Devenir publique, Lettres, Tuileries, Livres, Lire, Femme, Curiosité, Public, Auteur, Louer, Galanterie, Guerre, France, Aventure, Nouvelles, Vers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Comme mes Lettres que vous avez bien voulu laifferdevenir
publiques , ont donné cours au Mercure , je croy vous devoir rendre compte d'un commencement d'Avanture qu'il a caus ſé dans les premiers jours de eeMois. Ils ont eſte ſi beaux,
i
Ev
106 LE MERCVRE
que jamais on n'a veu tant de monde aux Thuilleries. Un
Gentil - homme s'y promenoit ſeul un foir , reſvant peut-eſtre à quelque affaire de cœur,
quand il apperçeut ce quieſtoit fort capable de luy en faireune.
C'eſtoitune jeune Perſonne d'u- ne beauté ſurprenante. Elle eſtoit avec un Homme de Robe qu'il luy entendit nommer fon Coufin , en la ſuivant d'af- fez prés, comme il fit tant qu'el--- le marcha. Apres quelques tours d'Allée , elle alla s'aſſeoir
fur un Banc; & le Gentilhomme impatient de ſçavoir fi elle eſtoit auſſi ſpirituelle que belle,
ſe coula le plus promptement qu'il pût derriere une Paliſſade,
qui luy donna moyend'écouter fans eſtre apperçeu. Je vous l'a-e
voue, diſait-elle quand ils'ap
GALANT. 107
procha , la lecture a tant de charmes pour moy , qu'on ne me ſçauroit obliger plus ſenſi blement, que de me fournir de- quoy lire. J'y paſſe trois &qua- tre heures , de ſuite ſans m'en- nuyer , & les Livres ſont mon entretien ordinaire au defaut
de la Converſation. Et quels Livres , luy dit le Parent , vous divertiſſent leplus?Toutm'eft
propre, reprit elle. Hiſtoires ,
Voyages , Romans , Comédies,
je lis tout; &je vous diray mê- me, au hazard de paffer pour ri- dicule aupres de vous, qu'ilm'a pris fantaiſie depuis peu de parcourir cette Philofophie nou- velle qui fait tant debruit dans le monde. Je ſuis Femme , &
par conſequent curieuſe. Dés qu'on me parle d'une nouveau- té, je brûle d'envie de la voir,
Evj
108 LEMERCVRE
&tandis que mon Pere & ma Mere iront ſolliciter leur Procés, je prétens bien me fatisfai- re l'eſprit ſur toutes les agreables Bagatelles qui s'impriment tous les jours à Paris, car je ne croy pas que nous retournions en Bretagne avant le Careſme. Je m'imagine mabelle Parente, luy dit le Coufin, que vous ne manquerez pas à commencer par le Mercure Galant. Il n'y a point de Livre qui ſoit plus en vogue,
& il feroit honteux qu'il vous échapaſt , puis que vous faites profeffion de rout lire. Et de- quoy traite ce Mercure,luy de- manda - t-elle avec précipita- tion ?De toute forte de matieres , répondit-il. Il parle de la Guerre, &il ne ſe paſſe rien en France , & particulierement à
Paris, qui ſoit unpeu remarqua
GALANT. Log
ble, dont il n'informe le Public.
L'Autheur y meſle ce qu'il apprend de petites Avantures cauſées parl'Amour ; le tout eft diverſifié par des Pieces galan- tes de Vers & de Profe , & ce
mélange a quelque choſe d'a- greable qui fait que ceux qui approuvent le moins fon Livre,
ont toûjours la curiofité de le voir. Pour moy,j'en fuisfi fa- tisfait , que je ferois tres-faché,
qu'il ne le continuaſt pas ; ce.
qui divertit, l'emporte de beau- coup fur ce qui feroit capable d'ennuyer, & fij'y trouve quel- que choſe à redire , c'eſt qu'il louë avec profuſion, &qu'il s'é- tendunpeu trop fur les Articles de Guerre , car il perd plus de temps à décrire la priſe des Vil- les , que le Roy n'en a employé à les conquérir. Vous allez,
IIO LE MERCVRE
loin , répondit l'aimable Coufi- ne , & je ne ſçay ce que vous entendez par ce terme de pro- fuſion. Eft- ce qu'en loiiant les Gens ,l'Autheur du Mercure
neparticulariſe rien,& que fon- dant le bien qu'il en dit fur des expreſſions generales , il affure feulement qu'ils font tous d'un merite achevé , qu'aucune belle qualité ne leur manque , &
qu'il s'y trouve un affemblage de vertus ſi parfait , qu'il eſt im- poſſible d'aller au dela ? Voila ,
ce me ſemble, ce qui s'appelle- roit loüer avec profufion , quoy qu'en effet ce ne fuſt point du tout louer. Je ne ſuis point affez injuſte , repliqua- t- il , pour ac- cuſer l'Autheur dont je vous parle de loüer indiféremment tout le monde. Il éleve plus ou moins ceux qu'il a occaſion de
GALANT. III
nommer ſelon les choſes par leſquelles ils meritent d'eſtre loüez; il cite leurs Actions , fait
connoiſtre les Emplois qui leur ontdonné lieu de ſe rendre confiderables : mais comme je n'ay aucu interêt àcequi les touche,
j'aimerois mieux qu'il m'apprift quelque nouvelle agreable ,
que de me dire ce qu'ilne m'im- porte point de ſçavoir. C'eſt à
dire , mon cher Cousin , reprit la Belle en fiant , que ſi vous ou vos Amis vous aviez de longs Articles dans le Mercure , vous ne trouveriez point qu'il louaſt exceſſivement. Voila l'injustice de beaucoup de Gens. Ils vou- droient qu'il ne ſe fift rienque pour eux , & ils ne confidérent pas , quand on donne quelque ehoſe au Public,que ce Public eftantun Tout composé de di
112 LE MERCVRE
ferentes parties , il faut s'il ſe peut , trouver le moyen de con- tenter toutes fortes d'Eſprits. Je ne ſçay ceque c'eſt quele Mer- cure , mais peut-eſtre n'a- t- il
aucun Article qui ne rencontre ſes Partiſans , quand il auroit meſme quelque chose d'effecti- vement ennuyeux. Les tins s'at- tacherontaux Nouvelles ſerieuſes , les autres aux Avantures d'amour ; ceux cy cherche- ront les Vers ,ceux - là quelqu'autre Galanterie ; & com- me yous m'avez dit que c'eſt un Livre où tout cela eſt
ramaffé , j'ay peine à croire qu'on puſt former un deſſein plus capable de réüiffir. Quant auxloüanges, vouspouvez paf- fer par deſſus ſi vous enſou- frez; mais mille &mille honneſtes Gens qui font en France >
-
r
4 GALANT. 113
ne meritent-ils pas qu'on parle d'eux ? & le defir de ſe rendre
digne d'eſtre loüé, ſervantquel.- quefois d'aiguillon à la Vertu ,
doit-on envierà tant de Braves
qui hazardent tous les jours leur viepour ſervir l'Etat , une récompenſe ſi legitimement deuë à leurs grandes actions ?
La Juſtice qu'aparemment leur rend le Mercure , redouble la
curioſitéque j'ay de le voir, &
je ne crains pointque le trop de Guerre m'importune. La prife de Valenciennes a couſté ſi peu de temps , que je ne m'étonne pas qu'il en faille employer da- vantageà la décrire ; mais outre que dans les Caffandres & les Cyrus j'ay tout lû juſqu'aux plus longues deſcriptions des Barailles , je ſuis perfuadéeque nous ne pouvons ſçavoir trop
114 LE MERCVRE exactementce qui ſe faitde nos jours. Les Relations les plus fi- delles oublient toûjours quel- ques circonstances, &nousn'en
voyons aucune qui n'ait ſa nou- veauté ,du moins par quel- que endroit particulier qui n'a point eſté touché dans les autres.
La nuit s'avançoit , la Belle ſe retira , & le Gentilhomme
que fon eſprit n'avoitpasmoins furpris que fa beauté , la fit fui- vre parun Laquais. Il luy envo- yades le lendemain les ſept pre- miers Tomes du Mercure Galant , avec ces Vers.
LE
MERCVRE GALANT ,
A LA BELLE INCONNUE
qui a dela curioſité pour luy.
AMyde Cupidon , Galant de Rea1.
Je parle également & d'Amour &
d'Armée,
Etviens,mais en tremblant vous conter en cejour Des Nouvelles d'amour.
Si vous me recevezſans vous mettre en
couroux ,
১
Si jeſuispar hazardle bien venu chez
vous,
Rienne peut égaler le bonheur &la
joye Deceluyqui m'envoye.
Vous l'avez avoñé,vous aimez la leEture
116 LE MERCVRE
Vous vous divertiſſez àlire une Avanture;
Mesme dans les Romans ,jeſçay que les Combats
Nevous déplaiſentpas.
Pourquoy vous déplairoy-je en mafincerité ?
Ie nedis jamais rien contre la verité;
Maissur tout aujourd'huy , sans que
l'on me renvoye ,
Ieprétensqu'on le croye.
Cette impréveuë Galanterie embaraſſaunmoment la Belle.
Elle vit bien que la converſa- tion qu'elle avoit euële ſoir pré- cedent aux Thuilleries , eſtoit
cauſedu Préſent qu'on luy fai- foit. Il ne luy déplaiſoit pas,puis qu'il fatisfaifoit l'impatience où elle eftoit de voir le Mercure. Je
ne vous puis dire ce qu'elle pen- ſa , ny par quel motif de curio- fité ou d'intrigue elle fit la Ré
E
GALANT 117 .
ponſe que yous allez voir , car je n'ay point ſceu quelle ſuite a
eul'Avanture , mais il eſt certain qu'elle ne reçeut point le Meſſage en Provinciale façon- niere , & qu'eſtant entrée dans #fon Cabinet , elle écrivit ces
deux Vers qu'elle revint donner au Porteur.
Les Nouvelles d'amourdeceluy qui t'envoye
Ne medéplairont pas,jeprétensqu'il le
croye.
publiques , ont donné cours au Mercure , je croy vous devoir rendre compte d'un commencement d'Avanture qu'il a caus ſé dans les premiers jours de eeMois. Ils ont eſte ſi beaux,
i
Ev
106 LE MERCVRE
que jamais on n'a veu tant de monde aux Thuilleries. Un
Gentil - homme s'y promenoit ſeul un foir , reſvant peut-eſtre à quelque affaire de cœur,
quand il apperçeut ce quieſtoit fort capable de luy en faireune.
C'eſtoitune jeune Perſonne d'u- ne beauté ſurprenante. Elle eſtoit avec un Homme de Robe qu'il luy entendit nommer fon Coufin , en la ſuivant d'af- fez prés, comme il fit tant qu'el--- le marcha. Apres quelques tours d'Allée , elle alla s'aſſeoir
fur un Banc; & le Gentilhomme impatient de ſçavoir fi elle eſtoit auſſi ſpirituelle que belle,
ſe coula le plus promptement qu'il pût derriere une Paliſſade,
qui luy donna moyend'écouter fans eſtre apperçeu. Je vous l'a-e
voue, diſait-elle quand ils'ap
GALANT. 107
procha , la lecture a tant de charmes pour moy , qu'on ne me ſçauroit obliger plus ſenſi blement, que de me fournir de- quoy lire. J'y paſſe trois &qua- tre heures , de ſuite ſans m'en- nuyer , & les Livres ſont mon entretien ordinaire au defaut
de la Converſation. Et quels Livres , luy dit le Parent , vous divertiſſent leplus?Toutm'eft
propre, reprit elle. Hiſtoires ,
Voyages , Romans , Comédies,
je lis tout; &je vous diray mê- me, au hazard de paffer pour ri- dicule aupres de vous, qu'ilm'a pris fantaiſie depuis peu de parcourir cette Philofophie nou- velle qui fait tant debruit dans le monde. Je ſuis Femme , &
par conſequent curieuſe. Dés qu'on me parle d'une nouveau- té, je brûle d'envie de la voir,
Evj
108 LEMERCVRE
&tandis que mon Pere & ma Mere iront ſolliciter leur Procés, je prétens bien me fatisfai- re l'eſprit ſur toutes les agreables Bagatelles qui s'impriment tous les jours à Paris, car je ne croy pas que nous retournions en Bretagne avant le Careſme. Je m'imagine mabelle Parente, luy dit le Coufin, que vous ne manquerez pas à commencer par le Mercure Galant. Il n'y a point de Livre qui ſoit plus en vogue,
& il feroit honteux qu'il vous échapaſt , puis que vous faites profeffion de rout lire. Et de- quoy traite ce Mercure,luy de- manda - t-elle avec précipita- tion ?De toute forte de matieres , répondit-il. Il parle de la Guerre, &il ne ſe paſſe rien en France , & particulierement à
Paris, qui ſoit unpeu remarqua
GALANT. Log
ble, dont il n'informe le Public.
L'Autheur y meſle ce qu'il apprend de petites Avantures cauſées parl'Amour ; le tout eft diverſifié par des Pieces galan- tes de Vers & de Profe , & ce
mélange a quelque choſe d'a- greable qui fait que ceux qui approuvent le moins fon Livre,
ont toûjours la curiofité de le voir. Pour moy,j'en fuisfi fa- tisfait , que je ferois tres-faché,
qu'il ne le continuaſt pas ; ce.
qui divertit, l'emporte de beau- coup fur ce qui feroit capable d'ennuyer, & fij'y trouve quel- que choſe à redire , c'eſt qu'il louë avec profuſion, &qu'il s'é- tendunpeu trop fur les Articles de Guerre , car il perd plus de temps à décrire la priſe des Vil- les , que le Roy n'en a employé à les conquérir. Vous allez,
IIO LE MERCVRE
loin , répondit l'aimable Coufi- ne , & je ne ſçay ce que vous entendez par ce terme de pro- fuſion. Eft- ce qu'en loiiant les Gens ,l'Autheur du Mercure
neparticulariſe rien,& que fon- dant le bien qu'il en dit fur des expreſſions generales , il affure feulement qu'ils font tous d'un merite achevé , qu'aucune belle qualité ne leur manque , &
qu'il s'y trouve un affemblage de vertus ſi parfait , qu'il eſt im- poſſible d'aller au dela ? Voila ,
ce me ſemble, ce qui s'appelle- roit loüer avec profufion , quoy qu'en effet ce ne fuſt point du tout louer. Je ne ſuis point affez injuſte , repliqua- t- il , pour ac- cuſer l'Autheur dont je vous parle de loüer indiféremment tout le monde. Il éleve plus ou moins ceux qu'il a occaſion de
GALANT. III
nommer ſelon les choſes par leſquelles ils meritent d'eſtre loüez; il cite leurs Actions , fait
connoiſtre les Emplois qui leur ontdonné lieu de ſe rendre confiderables : mais comme je n'ay aucu interêt àcequi les touche,
j'aimerois mieux qu'il m'apprift quelque nouvelle agreable ,
que de me dire ce qu'ilne m'im- porte point de ſçavoir. C'eſt à
dire , mon cher Cousin , reprit la Belle en fiant , que ſi vous ou vos Amis vous aviez de longs Articles dans le Mercure , vous ne trouveriez point qu'il louaſt exceſſivement. Voila l'injustice de beaucoup de Gens. Ils vou- droient qu'il ne ſe fift rienque pour eux , & ils ne confidérent pas , quand on donne quelque ehoſe au Public,que ce Public eftantun Tout composé de di
112 LE MERCVRE
ferentes parties , il faut s'il ſe peut , trouver le moyen de con- tenter toutes fortes d'Eſprits. Je ne ſçay ceque c'eſt quele Mer- cure , mais peut-eſtre n'a- t- il
aucun Article qui ne rencontre ſes Partiſans , quand il auroit meſme quelque chose d'effecti- vement ennuyeux. Les tins s'at- tacherontaux Nouvelles ſerieuſes , les autres aux Avantures d'amour ; ceux cy cherche- ront les Vers ,ceux - là quelqu'autre Galanterie ; & com- me yous m'avez dit que c'eſt un Livre où tout cela eſt
ramaffé , j'ay peine à croire qu'on puſt former un deſſein plus capable de réüiffir. Quant auxloüanges, vouspouvez paf- fer par deſſus ſi vous enſou- frez; mais mille &mille honneſtes Gens qui font en France >
-
r
4 GALANT. 113
ne meritent-ils pas qu'on parle d'eux ? & le defir de ſe rendre
digne d'eſtre loüé, ſervantquel.- quefois d'aiguillon à la Vertu ,
doit-on envierà tant de Braves
qui hazardent tous les jours leur viepour ſervir l'Etat , une récompenſe ſi legitimement deuë à leurs grandes actions ?
La Juſtice qu'aparemment leur rend le Mercure , redouble la
curioſitéque j'ay de le voir, &
je ne crains pointque le trop de Guerre m'importune. La prife de Valenciennes a couſté ſi peu de temps , que je ne m'étonne pas qu'il en faille employer da- vantageà la décrire ; mais outre que dans les Caffandres & les Cyrus j'ay tout lû juſqu'aux plus longues deſcriptions des Barailles , je ſuis perfuadéeque nous ne pouvons ſçavoir trop
114 LE MERCVRE exactementce qui ſe faitde nos jours. Les Relations les plus fi- delles oublient toûjours quel- ques circonstances, &nousn'en
voyons aucune qui n'ait ſa nou- veauté ,du moins par quel- que endroit particulier qui n'a point eſté touché dans les autres.
La nuit s'avançoit , la Belle ſe retira , & le Gentilhomme
que fon eſprit n'avoitpasmoins furpris que fa beauté , la fit fui- vre parun Laquais. Il luy envo- yades le lendemain les ſept pre- miers Tomes du Mercure Galant , avec ces Vers.
LE
MERCVRE GALANT ,
A LA BELLE INCONNUE
qui a dela curioſité pour luy.
AMyde Cupidon , Galant de Rea1.
Je parle également & d'Amour &
d'Armée,
Etviens,mais en tremblant vous conter en cejour Des Nouvelles d'amour.
Si vous me recevezſans vous mettre en
couroux ,
১
Si jeſuispar hazardle bien venu chez
vous,
Rienne peut égaler le bonheur &la
joye Deceluyqui m'envoye.
Vous l'avez avoñé,vous aimez la leEture
116 LE MERCVRE
Vous vous divertiſſez àlire une Avanture;
Mesme dans les Romans ,jeſçay que les Combats
Nevous déplaiſentpas.
Pourquoy vous déplairoy-je en mafincerité ?
Ie nedis jamais rien contre la verité;
Maissur tout aujourd'huy , sans que
l'on me renvoye ,
Ieprétensqu'on le croye.
Cette impréveuë Galanterie embaraſſaunmoment la Belle.
Elle vit bien que la converſa- tion qu'elle avoit euële ſoir pré- cedent aux Thuilleries , eſtoit
cauſedu Préſent qu'on luy fai- foit. Il ne luy déplaiſoit pas,puis qu'il fatisfaifoit l'impatience où elle eftoit de voir le Mercure. Je
ne vous puis dire ce qu'elle pen- ſa , ny par quel motif de curio- fité ou d'intrigue elle fit la Ré
E
GALANT 117 .
ponſe que yous allez voir , car je n'ay point ſceu quelle ſuite a
eul'Avanture , mais il eſt certain qu'elle ne reçeut point le Meſſage en Provinciale façon- niere , & qu'eſtant entrée dans #fon Cabinet , elle écrivit ces
deux Vers qu'elle revint donner au Porteur.
Les Nouvelles d'amourdeceluy qui t'envoye
Ne medéplairont pas,jeprétensqu'il le
croye.
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Résumé : Avantures des Thuilleries. [titre d'après la table]
Le texte décrit une aventure aux Tuileries où un gentilhomme remarque une jeune femme d'une beauté exceptionnelle en compagnie d'un homme de robe, qu'elle appelle son cousin. Intrigué, le gentilhomme se cache pour écouter leur conversation. La jeune femme exprime son amour pour la lecture, mentionnant divers genres, y compris la philosophie nouvelle. Son cousin lui suggère de lire le Mercure Galant, un journal populaire qui traite de sujets variés comme la guerre et les aventures amoureuses, apprécié pour son mélange de nouvelles et de pièces galantes. La jeune femme montre de l'intérêt pour le Mercure Galant. Son cousin explique que le journal loue souvent les gens avec profusion mais distingue les mérites de chacun. La jeune femme défend le journal, affirmant qu'il contient quelque chose pour tous les goûts et que ses louanges peuvent encourager la vertu. Elle souhaite également lire des nouvelles exactes sur les événements contemporains. Impressionné par la beauté et l'esprit de la jeune femme, le gentilhomme la fait suivre par un laquais et lui envoie les sept premiers tomes du Mercure Galant accompagnés d'un poème. La jeune femme, flattée par ce geste, répond de manière élégante, exprimant son intérêt pour les nouvelles d'amour contenues dans le journal.
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363
p. 182-184
« Si j'apprens à quoy auront abouty ces premieres dispositions [...] »
Début :
Si j'apprens à quoy auront abouty ces premieres dispositions [...]
Mots clefs :
Louanges, Mercure, Paris, Nom
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texteReconnaissance textuelle : « Si j'apprens à quoy auront abouty ces premieres dispositions [...] »
Si j'apprens à quoy auront abouty ces premieres diſpoſi- tions à faire une agreable con- noiſſance , je vous le feray ſça- voir. Cependant, Madame,vous voyez qu'on me fait un crime des loüanges queje ne croyja- mais donnerque fort juſtement;
&comme dans voſtre Campa- gne il ſe peut trover des Cen-
118 LE MERCVRE
ſeurs auffi -bien qu'icy , je vous prie de vouloir prendre mon party contre eux , & d'ajoûter aux raiſons de l'aimable Perfenne qui a défendu le Mercure ſans l'avoir veu , qu'il ne faut pas s'étonner ſi laFrance qui eſt fi peuplée , fournit tous les Mois quinze ou vingt Sujets loüables , fur toutdans un temps oùpar la force de ſes Armes elle
triomphe de la plusgrande par- tie de l'Europe liguée contre el- le ; que fila Cour & la moitié de Paris connoît ceux dont je
vous marque les Actions & les Familles , ily a une infinité de Perſonnes dans les Provinces
qui n'en ont jamais connu que le Nom , &qui me ſçavent bon gré du ſoin queje prensde leur apprendre ce qu'ils auroient peut-eſtre toûjours ignoré.
&comme dans voſtre Campa- gne il ſe peut trover des Cen-
118 LE MERCVRE
ſeurs auffi -bien qu'icy , je vous prie de vouloir prendre mon party contre eux , & d'ajoûter aux raiſons de l'aimable Perfenne qui a défendu le Mercure ſans l'avoir veu , qu'il ne faut pas s'étonner ſi laFrance qui eſt fi peuplée , fournit tous les Mois quinze ou vingt Sujets loüables , fur toutdans un temps oùpar la force de ſes Armes elle
triomphe de la plusgrande par- tie de l'Europe liguée contre el- le ; que fila Cour & la moitié de Paris connoît ceux dont je
vous marque les Actions & les Familles , ily a une infinité de Perſonnes dans les Provinces
qui n'en ont jamais connu que le Nom , &qui me ſçavent bon gré du ſoin queje prensde leur apprendre ce qu'ils auroient peut-eſtre toûjours ignoré.
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Résumé : « Si j'apprens à quoy auront abouty ces premieres dispositions [...] »
Dans une correspondance, l'auteur aborde les louanges et critiques qu'il a reçues. Il mentionne des initiatives prises pour faire connaître certaines personnes et souhaite partager les résultats. L'auteur se défend contre des accusations concernant les éloges qu'il a adressés, comparant ses censeurs à ceux qu'il pourrait rencontrer ailleurs. Il demande le soutien de son interlocutrice. L'auteur souligne que la France, en raison de sa population nombreuse et de ses succès militaires, produit chaque mois de nombreux sujets dignes d'éloges. Il note que, bien que la cour et une partie de Paris connaissent les personnes dont il parle, beaucoup de gens dans les provinces n'ont connaissance que de leurs noms. L'auteur se félicite de l'intérêt suscité en informant ces personnes sur des sujets qu'elles auraient pu ignorer.
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364
p. 186-189
Vers envoyez dans un Tome du Mercure Galant. [titre d'après la table]
Début :
Je suprime le reste, parce qu'il est trop à mon [...]
Mots clefs :
Mercure, Nouvelles, Quatrain, Vers
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texteReconnaissance textuelle : Vers envoyez dans un Tome du Mercure Galant. [titre d'après la table]
Je ſuprime le reſte,parce qu'il eſt trop à mon avantage , mais enfin , Madame , vous voyez par là que tout le monde ne ſe chagrine pas de ce que je rens juſtice au merite. Si ce qu'il ya de plus honneſtes Gens dans les Provinces , ſe fait un
plaifir d'apprendre les Nouvel- les duMercure, je dois eſtre ſa- tisfait du ſoin qu'on prend de l'y envoyer. Une belle Dame à
qui un Homme de qualité &
d'un grand merite a donné le
nom
GALANT. 121 -
nom de Princeſſe , en fait tous
les Mois un de ſes divertiſſe
mens dans une Maiſon deCampagne où elle s'eſt retirée. Ileſt régulier àluy enfaire tenirtous les Volumes àmeſure qu'ils pa- roiſſent ; & comme il a eſtéun
des Hommes de France le
mieuxfait ,&que ſa bonne mi- ne rend encor témoignage de ce qu'il eſtoit dans ſa jeuneffe ,
l'habitude qu'il a priſe à eſtre
galant ne s'eſt pû perdre,&vous Pallez voir par ce Quatrain qu'il écrivit dans la premiere page du dernier Tome qu'il luy envoya.
Princeſſe , du Galant Mercure
Vouspouvez prendre la lecture;
Ieneforoispas malheureux ,
S'ilparloitunjour de nou's deux
Ces quatre Vers d'un Homme
Tome VIII. F
122 LE MERCVRE
conſidérable , qui ne ſe pique pointd'enfaire, ont je-ne-ſçay- quoy d'aifé & de fin qui vaut mieux que de longues Pieces où la Nature n'a point depart.
plaifir d'apprendre les Nouvel- les duMercure, je dois eſtre ſa- tisfait du ſoin qu'on prend de l'y envoyer. Une belle Dame à
qui un Homme de qualité &
d'un grand merite a donné le
nom
GALANT. 121 -
nom de Princeſſe , en fait tous
les Mois un de ſes divertiſſe
mens dans une Maiſon deCampagne où elle s'eſt retirée. Ileſt régulier àluy enfaire tenirtous les Volumes àmeſure qu'ils pa- roiſſent ; & comme il a eſtéun
des Hommes de France le
mieuxfait ,&que ſa bonne mi- ne rend encor témoignage de ce qu'il eſtoit dans ſa jeuneffe ,
l'habitude qu'il a priſe à eſtre
galant ne s'eſt pû perdre,&vous Pallez voir par ce Quatrain qu'il écrivit dans la premiere page du dernier Tome qu'il luy envoya.
Princeſſe , du Galant Mercure
Vouspouvez prendre la lecture;
Ieneforoispas malheureux ,
S'ilparloitunjour de nou's deux
Ces quatre Vers d'un Homme
Tome VIII. F
122 LE MERCVRE
conſidérable , qui ne ſe pique pointd'enfaire, ont je-ne-ſçay- quoy d'aifé & de fin qui vaut mieux que de longues Pieces où la Nature n'a point depart.
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Résumé : Vers envoyez dans un Tome du Mercure Galant. [titre d'après la table]
Le texte relate l'envoi du Mercure, une publication de nouvelles, à une dame honorable résidant dans les provinces. Cette dame, surnommée 'Princesse' par un homme de qualité, organise des divertissements mensuels dans sa maison de campagne. Cet homme, reconnu pour sa galanterie et ses bonnes mœurs, reçoit régulièrement les volumes du Mercure et a composé un quatrain pour la dame, exprimant son plaisir de lui envoyer cette lecture. Le quatrain assure que la dame peut lire le Mercure sans crainte, même si la publication parlait un jour d'eux deux. L'auteur du quatrain est décrit comme un homme considérable qui préfère des vers sincères à des pièces longues et artificielles.
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365
p. 189-191
Le Roy donne à M. Faucon de Ris l'Intendance du Bourbonnois. [titre d'après la table]
Début :
Le merite en a eu beaucoup au choix que le [...]
Mots clefs :
Monsieur de Faucon de Ris, Maître des requêtes, Intendance du Bourbonnois, Sceau
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne à M. Faucon de Ris l'Intendance du Bourbonnois. [titre d'après la table]
Le merite en a eu beaucoup au choix que le Roy a fait deMon- fieur de Faucon de Ris , MaiAredes Requeſtes,pour l'Inten- dance du Bourbonnois à laquel- le il a eſté nommé. Il eſt tresentendu dans les Affaires ,&
Fon nedouta point qu'on ne le deſtinaſt aux grands Emplois ,
quand le Roy diferant à faire un Garde des Sceaux apres la mortde M' le Chancelier ,il fur
un des Six que Sa Majeſté vou- lut qui affiſtaſſent au Sceau. Sa capacité eſt accompagnée d'une
probi probite fort reconnue ,, & il y
joint une honneſteté qui ne pent eftre affez eſtimée, Je ne
GALANT. 123 vous dis rien de ſon Eſprit, il l'a tres - éclairé & tres-agreable ,
mais on n'en doit pas eſtre ſur- pris, puisqu'il fortd'une Famil- pris, P
le qui est tout Eſprit. Mª de Charleval, & M² l'Abbé deMareüil , ſes Oncles , qui en ont infiniment , ſont affez connus
pourjuſtifier ceque je dis. Il eſt Fils de feu M² de Ris , quieſt mort Premier Preſidentdu Parlement de Normandie , & dont
l'oncle & le Pere avoient pof- ſedé avant luy cette grande Charge avec autant de gloire qu'ilafait
Fon nedouta point qu'on ne le deſtinaſt aux grands Emplois ,
quand le Roy diferant à faire un Garde des Sceaux apres la mortde M' le Chancelier ,il fur
un des Six que Sa Majeſté vou- lut qui affiſtaſſent au Sceau. Sa capacité eſt accompagnée d'une
probi probite fort reconnue ,, & il y
joint une honneſteté qui ne pent eftre affez eſtimée, Je ne
GALANT. 123 vous dis rien de ſon Eſprit, il l'a tres - éclairé & tres-agreable ,
mais on n'en doit pas eſtre ſur- pris, puisqu'il fortd'une Famil- pris, P
le qui est tout Eſprit. Mª de Charleval, & M² l'Abbé deMareüil , ſes Oncles , qui en ont infiniment , ſont affez connus
pourjuſtifier ceque je dis. Il eſt Fils de feu M² de Ris , quieſt mort Premier Preſidentdu Parlement de Normandie , & dont
l'oncle & le Pere avoient pof- ſedé avant luy cette grande Charge avec autant de gloire qu'ilafait
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Résumé : Le Roy donne à M. Faucon de Ris l'Intendance du Bourbonnois. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination de Monsieur de Faucon de Ris, Maire des Requestes, au poste d'Intendant du Bourbonnais par le Roi. Sa compétence et son intégrité sont particulièrement mises en avant. Il a été sélectionné parmi six candidats pour assister au Sceau après le décès du Chancelier. Sa probité et son honnêteté sont largement reconnues. Monsieur de Faucon de Ris possède également un esprit éclairé et agréable, hérité de sa famille, notamment de ses oncles, Madame de Charleval et l'Abbé de Mareuil, connus pour leur intelligence. Il est le fils de feu Monsieur de Ris, ancien Premier Président du Parlement de Normandie, une charge que son oncle et son père avaient également occupée avec distinction.
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366
p. 191-193
Mort de Madame de Montauglan. [titre d'après la table]
Début :
Cette gloire dont nos Descendans heritent, est la plus forte [...]
Mots clefs :
Madame de Montauglan, Conseiller, Mari
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texteReconnaissance textuelle : Mort de Madame de Montauglan. [titre d'après la table]
Cettegloiredont nos - Deſcendans heritent , eſt la plus forte conſolation qui puiſſe les ſoulager dans degrandes pertes.
Cellede Madame de Montauglan a eſté fort ſenſible à ſes Amis. Elle eſt mortedepuis peu de jours , &n'a laiſſe qu'une
Fij
124 LE MERCVRE Fille âgée de fix ans , qu'on tient qui ſera un Party de plus de huit censmille livres. Elle eſtoit
Fille de Monfieur de la Barde
qui a eſté Ambaſſadeur en Suif- fe , &Sœur de M l'Abbé de la
Barde Conſeiller en la Cour, &
de Madame de Brion , dont le Mary eſt auſſi Confeiller. Feu M. le Comte fon Mary , vivant Conſeiller du Parlement , eſtoit
Fils de M'le Comte Seigneurde Montauglan & deGermonvil- le , qui eft mort Conſeiller de laGrandChambre, apres s'eſtre allié dans la Maiſon deM. Bou- langer , ancienne Famille de la Robe , Mrs le Comte ontauſſi eu alliance dans la Maiſon de Longueval , tres-ancienne &confi- dérable enPicardie, &dans cel le deRupierre , qui ne l'eſt pas moins en Normandie.
Cellede Madame de Montauglan a eſté fort ſenſible à ſes Amis. Elle eſt mortedepuis peu de jours , &n'a laiſſe qu'une
Fij
124 LE MERCVRE Fille âgée de fix ans , qu'on tient qui ſera un Party de plus de huit censmille livres. Elle eſtoit
Fille de Monfieur de la Barde
qui a eſté Ambaſſadeur en Suif- fe , &Sœur de M l'Abbé de la
Barde Conſeiller en la Cour, &
de Madame de Brion , dont le Mary eſt auſſi Confeiller. Feu M. le Comte fon Mary , vivant Conſeiller du Parlement , eſtoit
Fils de M'le Comte Seigneurde Montauglan & deGermonvil- le , qui eft mort Conſeiller de laGrandChambre, apres s'eſtre allié dans la Maiſon deM. Bou- langer , ancienne Famille de la Robe , Mrs le Comte ontauſſi eu alliance dans la Maiſon de Longueval , tres-ancienne &confi- dérable enPicardie, &dans cel le deRupierre , qui ne l'eſt pas moins en Normandie.
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Résumé : Mort de Madame de Montauglan. [titre d'après la table]
Madame de Montauglan est décédée, laissant une fille de six ans et une fortune de plus de huit cent mille livres. Elle était la fille de Monsieur de la Barde, ancien ambassadeur en Suède, et la sœur de l'abbé de la Barde et de Madame de Brion. Son mari, le défunt Comte de Montauglan, était conseiller au Parlement. Les Comtes de Montauglan sont alliés aux familles Boulanger, Longueval et Rupierre.
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367
p. 193-243
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Début :
Enfin, Madame, je passe à un Article dont je n'aurois [...]
Mots clefs :
Pierreries, Fontainebleau, Plaisirs, Cour, Habits, Roi, Château, Comédie, Hôtel de Bourgogone, Opéra, Musique, Reine, Habillement, Dames, Bals, Divertissement, Dauphin, Chasse
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texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Enfin , Madame , je paſſe à
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
tin Article dont je n'aurois pas manqué à vous entretenir dés l'autre Mois , fi le Roy n'euft paffé que quinze jours à Fon- tainebleau , comme on l'avoit crû d'abord. Vous ſçavez qu'il n'en eſt party que le dernier de Septembre, &il nefaut pass'é- tonner s'il n'a pûquitter ſi toſt un ſi agreable ſejour. Ce fu- perbe &fpacieux Chaſteau qui en pourroit compoſer pluſieurs,
eſt une Maiſon vrayment Roya le. On ſe perd dans le grand nombre de Courts , d'Apartes mens , de Galeries , & de Jardins qui s'y rencontrent de tous coſtez ; & comme on y trouve par tout ſujet d'admirer , on a
dequoy exercer long-temps l'ad- miration. Ce fut dans ce magnifique Lieu , où le Chaſteau
!
2
Fiij
126 LE MERCVRE
ſeul pourroit eſtre pris pour une Ville ,qu'il plûr au Royd'aller paffer quelques - uns des der- niers beaux jours de l'Eté. Il avoit fait de grandes Conque- ſtes pendant l'Hyver. Sa pru- dence aidée de ſon Conſeil, à
qui nous n'avons jamais veu predrede fauſſes meſures, avoir diffipé les defſeins de toute l'Eu- rope , fait lever le Siege de Charleroy, & obligé les Impé- riaux à retourner ſur les bords.
du Rhin.. Il eſtoit bien juſte qu'apres des ſoins de cette im.
portance, cegrand Prince cher- chaſt à ſe delaffer , & il auroit
eu peine à le faire plus agrea- blement qu'à Fontainebleau.
Tout le temps qu'il réſolut d'y demeurer, fut deſtiné aux Plaifirs. On en prépara de toutes les fortes, & on ne chercha à
GALANT.. 127 - fenvy qu'à paroiſtre magnifique dans une Cour que la magnifi cence ne quite jamais.Monfieur le Prince de Marfillac Grand
Maiſtre de la Garderobe , ſça
chant qu'on devoit changer de Divertiſſemens chaque jour, &
quetoutlemonde ſongeoit à ſe mettre en étatde ſe faire remarquer , fit faire fans en rien dire auRoy, une douzaine d'Habits extraordinaires , outre ceux qui avoient eſté ordonnez. Sa Majeſté ayant veu le premier , les voulut voir tous , & les trouva
_auſſi beaux que galamment imaginez. Le Roy en eut encor d'autres qui auroient peur-eftre contribué quelque choſe à la bonne mine de l'Homme du
monde le mieux fait , mais qui ne pûrent augmenter l'admira-.
tion qu'on a pour un Monarque
Fij
128 LE MERCVRE
7
qui tire de luy-meſme tout fon eclat. Je croy , Madame , que vous n'attendez rien demoy fur ce qui regarde M' le Princede Marfillac, & que n'ignorantpas qu'il eſt Fils deMale Duc de la Rochefoucaut vous fçavez
qu'une fi glorieuſe naifſance ne luya pû inſpirer que des ſenti- mens dignes de luy. Onnepeut la mieux foûtenir qu'il a toû- jours fait. Iln'a pointeud'occa- fion de fignaler ſon courage &
de faire paroiſtre ſon eſprit, qu'il n'ait donné d'avantageuſes mar- quesde l'un &de l'autre,& il n'y a guére de Dames qui ne l'ayết trouvé auffi Galant que nosEn- nemis l'ont connu Brave. Jugez combien d'Avantures agreables nous ſçaurions de luy , s'il eſtoit auſſi peu difcret qu'il eſt favo- rablement reçeu du beau Sexe.
GALANT. 129 SesAmis ne l'employentjamais,
qu'il ne leur donne ſujer de ſe loüer de ſes ſoins ; &toutes ſes
belles qualitez ſont devenuës publiques &incontestables par l'eſtime qu'en fait un Roy ,qui ne voyant rien dans toute la Terre que la naiſſance puiſſe mettre au deſſus de luy , trouve tout au deſſous de la penetra- tionde fon eſprit &de la force de fon difcernement. Le pre- mierdes Divertiſſemens que Sa Majesté a voulu ſe donner à
Fontainebleau , fut celuy de la Comédie. Elle y fut jouée tous les jours alternativement avec l'Opéra. Voicy les Pieces qu'y reprefenta l'Hoſtel de Bourgogne.
Iphigénie , avec Criſpin Me-.. decin.
Le Menteur.
Ev
230 LE MERCVRE
Mariane , avec l'Apres-Son- pédes Auberges.
L'Avare..
Pompée ,avec les Nican- dres.
Mitridate..
Le Miſantrope..
Horace , avec le Deüil.
Bajazer, avec les Fragmens deMoliere.. 2
Phedre & Hippolyte.. Oedipe, avec les Plaideurs.. Jodelet Maiſtre..
Venceflas , avec le Baron de
laCraffe.
1
Cinna , avec l'Ombrede Moliere.
L'Ecole desFemmes..
Nicomede , avec le Soupé mal-apprefté.
Parmy tant de Comédies , on n'a repreſenté que trois Opéra,
àſçavoir, Alceste , Thesée &
GALANT. 131 Athis. Ils ont eſté chantez par la ſeule Muſique du Roy , aug- mentée exprés de plufieurs Per- fonnes, &entr'autres de Mademoiſelle de la Garde & deMa..
demoiselle Ferdinand. Elles ont
fait connoiſtre en peu dejours,
qu'on leur avoit rendu juſtice en les choiſiſſant pour en eſtre,
&on peut dire à leur avantage que c'eſt de plus d'unemaniere qu'elles ont plû. On.ne peut rien ajoûter aux applaudiffe- mens qu'a reçeuş M. de Saint Chriftophle , non ſeulement pour avoir bien chanté , mais poureſtreentrée dans la paffion rantoſt de la plus forte maniere,
&tantoft de la plus totichante,
felon que la diverfité du ſujet le demandoit. Le reſte de la
Muſique du Roy a fait àfon or- dinaire. Il eſt impoſſible qu'el Fvj
13.2 LE MERCVRE le faſſe mal. Elle eft compoſée des meilleures Voix de France,
&fous un Maiſtre tel que Mr de Lully , les moins habiles le deviennent en peu de temps.. Les Danfeurs qui s'y font fait admirer , ont extraordinairement fatisfait dans leurs Entrees; & ce qui n'en laiſſe pas douter , c'eſt que les SieursFa- vier,Letang, Faure, Magny , &
cinq autres , ont eu de grandes.
gratifications , outre leurs pen- fions ordinaires. De pareilsEco-- liers à qui de Beauchamp a
donné &donne encor tous les
jours des Leçons , quoy qu'ils foientdéja grands Maiſtres,font voir qu'il eſt dans ſon Art un
des plus habiles Hommes du
monde. Aufſi a -t- il eul'honneur de montrer autrefois à Sa
Majeſté. Les trois Maſcarades
GALANT. 133
remplies d'Entrées croteſques
qui ont paru parmy ces Diver- tiſſemens , estoient de fon in- vention. Elles furent ajoûtées pour nouveau Plaifir aux Re- préſentations des dernieres Co- médies qu'on joua ; &ceux qui en furent, ayant eu l'avantage de divertir le Royd'une manie- re auffi plaiſante qu'agreable,
reçeurent. beaucoup de louan- ges. M. Philibertdans le Recit d'un Suiffe qui veurparler Fra- çois ſans le ſçavoir, fitfort rire les plus ſérieux & par ces po- ſtures , & par ſon langage Suif- ſe Franciſé. Les Plaiſirs n'ont
pas eſté bornez à tout ce que je viens de vous dire. Il y a eu deux Bals où toute la Cour a
paru dans unéclat merveilleux.
LesPierreries ontbrille de tou
134 LE MERCVRE
ves parts , &jamais on n'ena
tant ver..
Le Roy s'y fir voir avec un Habitde lames d'or, fur lequel il y avoitune broderie or &ar- gent, l'arrangement de ſes Pier- reries eſtoit enboucles de Baudrier. Vous aurez de la peine à
bien concevoirles brillans effets
qu'elles produiſentainſi arran- gées. La beauté en redouble d'autant plus , que cette maniere donne lieu de les meſſer ſelonlesgroffeurs;&quelque prix qu'ayent les choſesd'elles-mefmes, vous ſçavez que l'induſtrie desHommes nelaiffe pas quel quesfois d'y contribuer. Outre
toutes ces Pierreries , le Roy portoitune Epée ſur laquelleil y en avoit pour plus de quinze censmille livres..
GALANT. 135 La Reyne en ſembloit eſtre toute couverte. Elle en avoit
d'une groffeur extraordinaire.
Son Habit eſtoit noir , & fon
Etofe ne ſervantqu'àenrelever Héclat , on peut dire qu'elle ébloüiffoit..
L'ajustementde Monſeigneur leDauphin eſtoitd'une grande magnificence. Rien ne pouvoit eftre mieux imaginé ; & ce qu'il y avoitd'avantageux pour luy ,
e'eſt qu'il'en effaçoit l'éclat par la vivacité de ſon teint, &par les autres charmes de fa Per--
fonne..
Monfieur, qui réüffit entou- tes choſes , &àqui la galanterie eſt naturelle , ſe met toûjours d'un fi bon air , qu'il ne faut pas eſtre ſurpris s'il ſe fit admi rerde tout le monde. Son Habit eftoit tout couvert de Pier
136 LE MERCVRE reries arrangées , comme le font les longues Boutonnieres des Caſaques à la Brandebourg.
r. On ne peut eftre mieuxqu'e- ſtoient Madame & Mademoifelle. Tout brilloit en elles , tout
yeſtoit riche & bien enten.
du.
Je me fuis fervy juſqu'icydes termes de magnifique , de bril- lant, &d'éclatant, &j'encher- che inutilement quelqu'un qui fignifie plus que tout cela pour exprimer cequ'eſtoitMademoi- felle de Blois dans l'ün & dans
l'autre Bal. Jamais parure ne fit de fi grands effets. Vous n'en douterez point , quand vous ſçaurez que cette jeune Prin- ceffe, quoy qu'elle foit une des plus belles Perſonnes du mon- de , laiſſa perdre des regards qu'attiroient de temps en temp's
GALANT. 137 la richeffe de ſon Habillement,
&l'air tout particulier dont elle
eftoit miſe. Ce fut un amas de
Pierreries le premier jour , qui ne ſe peut concevoir qu'en le voyant;&elle en eſtoit fi cou
verte , que lebas de ſa Robe en eſtoit chargé tout autour. Elle
parut en gris de lin dans le ſe- cond Bal , & toûjours avec
avantage.
Vous pouvez juger que les Dames en general n'avoient rien épargnépourparoiftrema- gnifiques. Elles eſtoient toutes coifées avec une groſſe nate fort large , ou avec une corde, ayant les cheveuxfriſez juſqu'au mi- lieu de la teſte , qui paroif- foit toute en boucles. Elles en
avoient deux ou trois grandes inégales qui leur pendoient de chaque coſté avec une autre ex
138 LE MERCVRE trémement longue. Toute la coifure eſtoit accompagnée de Poinçons de Pierreries , &d'au- tres faits de Perles. Des nœuds
de toutes fortes de Pierreries &
de Perles qui tenoient lieu de Rubans, en garnifſfoient les co- ſtez. D'autres y faifoient des Bouquets , & le Rond de quel- ques-unes eſtoit garny comme le devant. Celles dont les cheveux pouvoient s'accommoder de la poudre , en avoient beau- coup. Pour leurs Habits , comme en Campagne elles enpeu- vent porter de couleur à la Cour ,elles en avoient preſque toutes de gris , qui ne laiſſoient -pourtant pas d'eſtre diferens.Les uns eſtoient d'un gris perlé , &
les autres d'un gris cendré , avec de petites Broderies fines &des plus belles , ou de petits Bou
GALAN T. 139 quetsde broderie appliquez par leBrodeur, ou brodez ſur l'E
tofe mefme.Ces Habits estoient
tous chamarrezde Pierreries fur
- les Echarpes ouTailles , &elles en avoient de gros nœuds de- vant. Des Attaches de Pierre
ries , des Chatons , &des Boutons , ornoient leurs manches
de diférentes manieres.Toutle
devantde leurs Jupes eſtoit auſſi chamarré , & de groſſes Atta- ches de Diamans les retrouf
foient enquelques endroits.Plu- fieurs Pierreries formoient le
nœud de derriere , &il y avoit quelques Robes quien estoient chamarrées par demy lez Les manches de deſſous eſtoient de
Point de France , tailladées en
long , & relevées par le basavec un Point de France godronné.
Ily avoit des Pierreries entre les
140 LEMERCVRE
godrons , &des noœuds de Pier- reries deſſous les mancheres. La
plûpart enavoientdes Bracelets tout autour,&toutes des Co
lerêtes comme on enmet quand on eſt en Habitgris. Si ce mot deColerete n'eſt pas remis en vſage , corrigez-moy je vous prie. Jetraite une matiere où vous devez eſtre plus ſçavante que je ne fuis , &je ne répons pas que ce ſoit leſeul terme que jaye mal appliqué. LesDames n'ont pas eſte ſeulement ainfi parées pour les deux grands Bals , qui ont faitparoiſtre avec tant d'éclat la magnificence &
la galanterie de la premiere Courdu monde; elles ſe ſont
trouvées tous les ſoirs à la Co- médie , ou à l'Opéra , dans le meſme ajustement où je viens de vous les dépeindre , & il
GALAN T. 141
1
1
redoubla dans les jours de la Naiſſance duRoy &dela Rey- : ne , qui ſe rencontrerent le ( meſme Mois , ſur tout à l'égard des Pierreries. Le nombre en
eſtoitpreſque infiny ; &comme il n'y en avoit que de fines , on peut jugerdu merveilleux effet qu'elles firent toutes enſemble,
quand tous ceux qui s'eſtoient parez pourdanſer furent aſſemblez ; car vous remarquerez ,
Madame , que chez le Roy il n'yaperſonne de nommé pour le Bal , & qu'il ſuffit d'eſtre d'une Qualité conſidérable pour avoir la libertéd'y danſer.
Le Roy mena la Reyne ; mon- ſeigneur leDauphin , мадетоі- felle ; Monfieur , мадате ; м. le
Prince de Conty , Mademoiselle de Blois ; M. de мопmouth, маdame la Comteſſe de Gramont;
142 LE MERCVRE M. le Comte d'Armagnac , ма- dame la Princeſſe d'Elbeuf; м.
le Comte de Brionne , madame
la marquiſe de la Ferté ; M. de Tilladet, Madamede Soubiſe'; м.
le Comtede Louvigny,Madame de Louvois ; M' de Beaumont,
Madame de Ventadour ; м² le
Chevalier de Chaſtillon , Madame de S. Valier; & M. le
Comte de Fieſque , Mademoi- ſelle de Grance. Il ſeroit difficile de ſçavoir les noms de tous ceux qui furent de ces deux Bals , & le rang qu'ils eurent à
danſer. Les uns ſe trouverent
au premier,les autres au ſecond,
&beaucoup àtous les deux.On y vit Madame la Ducheſſe de Chevreuſe , Mademoiselle de
Thiange , Mademoiſelle des
Adrets , & Mademoiselle de
Beauvais. Ces deux dernieres
{ GALANT. 143
ſont Filles d'Honneurde Madame. Onyvit encor M. le Duc de Vermandois , Monfieur le Chevalier de Lorraine M.
de Vendoſme , M. le marquis de мігероїх, м.Ле marquis de Rho- des , & quelques autres. Vous ſerez aiſément perfuadée que le Roy s'y fit diftinguer. Son grand air ,& la grace qui l'ac- compagne entoutes chofes, font des avantages qui ne ſont com- muns à perſonne; & quand il ne ſeroit point ce qu'il eſt , je vous jure , madame, que je ne m'empeſcherois point de vous dire qu'il donna ſujet de l'admi- rer au deſſus de tous les autres.
La Colation du premier Bal fut
fuperbe , la France augmente tous les jours en magnificence,
&peut- eſtre ne s'eſt-il jamais tien veude pareil. Comme je
144 LE MERCVRE ſçay que vous aimez tout ce qui marque de la grandeur, j'ay crû que vous me ſçauriez bon gré du Plan quejevous ay fait graver de cette Royale Cola-.
tion. Prenez la peine de jetter les yeux deſſus , le voicy; vous comprendrez plus aisément en le regardant, ce que j'ay àvous en dire. Les grands Quarrez qui font marquez Gradins, por- toient par le bas huit grandes Corbeilles de Fruit cru. Il y
avoit de petits Ronds de Con- fitures ſeches dans les encognures. Le ſecond rang portoit en- cor quatre Corbeilles , & les encognures eſtoient remplies comme celles du premier. Un grand Quarré de Fruit portant deux pieds de hauteur, faiſoit le deffus. Tous les Ronds &
Ovales marquez estoient de
Fruit
GALANT. 145 Fruit cru , &des Confitures ſe- ches rempliſſoient tous les
Quarrez qui font le tour de la Table. Par tout où vous voyez
de petits &de grāds Ronds noirs ( c ) maginez-vous des Flam- beaux dans les premiers , &des Girandoles dans les autres. La
meſime choſe des petits & des grands Ronds qui font blancs,
( OO ) Des Soucoupes de cri- ſtal garnies de quantité deGo- belets pleins d'Eaux glacées,te- noient la place des grands ; &
les petits que vous remarquez dans tout le tour de la Table ,
eſtoient des Porcelaines fines
en hors d'œuvre , remplies de toutes fortes de Compotes. Je puis abufer de quelques termes,
pardonnez- le moy. Une Balu- ſtrade un peu éloignée de la Table , la tenoit comme enferTome VIII. G
146 LE MERCVRE mée , &il y avoit des Bufets au delà. Je voudrois bien ſçavoir ce que voſtre imagination vous repreſente de toutes ces cho- ſes. Les yeux en devoient eſtre charmez , & je ne ſçay s'ils les pouvoient long-temps ſuporter.
Peignez-vous bien cet ébloüif- fant amas de Lumieres qui s'ai- doient les unes les autres,quand celles des Flambeaux donnant
fur le criftal des Girandoles, &
celles desGirandoles fur l'or des
Flambeaux, elles trouvoient encor à s'augmenter par ce qui réjallifſoit d'éclat des Caramels déja brillans d'eux-meſmes , &
du candy des Confitures per- lées. Adjoûtez - y ce que les Fruits diverſement colorez , les Rubans des Corbeilles , & le
Criftal des Soucoupes , en pou- voient avoir , &àtout cela joi
GALANT. 147
gnez l'effet que produiſoient les Pierreries de Leurs Maje- ſtez , & celles de quarante Da- mes qui estoient à table , &
qu'on en voyoit toutes couver- tes , il eſt impoſſible que vous ne conceviezquelque choſe au delà de tout ce qu'on a jamais veu de plus éclatant. LesHom- mes qui s'eſtoient mis tous en Juft-au-corps , ne brilloient pas moins de leur coſté. On n'en
pouvoit aſſez admirer la brode- rie , qui paroiſſoit d'autant plus,
que ce n'eſtoit que lumiere par tout. Ils eſtoient derriere les
Dames , & elles leur faifoient
partde tout ce qu'il y avoit fur laTable. Il faut rendre juſtice àM' BigotControlleur ordinai- redelaMaiſon du Roy. Il n'y a point d'Homme plus ineelli- gent, ny qui ſçache mieux re Gij
148 LE MERCVRE
gler ces fortes de choſes. Tout le temps qu'on a paffé à Fon- tainebleau, atellement eſté don- né aux Plaiſirs , que les jour de Media noche , quand l'Opéra ou la Comédie finiſſoit trop toſt , il y avoit de petits Bals particu- liers juſqu'à minuit. Vous ſca- vez , madame, ceque veut dire Medianoche,&que c'eſtunemo- dequinous eſt venuëd'Eſpagne,
où l'on attend àSouper en vian- de , que le Samedy ou un au -
tre jour d'abſtinence , s'il ſe ren- contre das quelque Semaine, ſoit expiré. Parmy tant de Divertif- ſemens , la Chaſſe n'a pas eſté oubliée. Ily en a eu tour à tour de pluſieurs fortes. Un jour apres que le Roy fut arrivé à
Fontainebleau , il les commen- ça par celle du Lievre avec la Meute deMonſeigneurleDau-
GALANT. 149 phin , commandée par M. de Selincourt. Sa Majeſté témoi- gna eſtre fort fatisfaite del'équi- page. Le lendemain Elle courut le Cerf avec une Meute nouvelle qu'Elle avoit faite Elle- meſme des trois meilleures
qu'on luy avoit pû choiſir. La Chaffe du Sanglier ſuivit. Le Roy entua trois à coupsd'Epée;
&ces diferentes Chaſſes ſuccederent pendant quelques jours .
lune à l'autre , tantoſt avec les
Chiens deMonfeigneurle Dau- phin , tantoſt avec les Chiens de Monfieur , & quelquefois ;
avec ceux de M. l'Abbé de
Sainte-Croix. En ſuite il ne fe
paſſa point de jour où l'on ne couruft le Cerf. Le's Chiens de
Sa majeſté on eu l'avantage. Ils en ont pris quinze; les Chiens de Monfieur , neuf; ceux de M.
Giij
IJO LE MERCVRE de Vendoſme , neuf; &ceux de
M. l'Abbé de Sainte-Croix,dix.
Le Roy a eſté tirerdes Faifans,
&couru une fois leChevreüil.
Il arriva unjour aux Toiles dans le temps qu'un Cerf que les Chiens de M. de Sainte-Croix
couroient fort loin de là , vint
s'y mettre , comme s'il euſt eu deſſeindedonnerle plaifir de ſa fin àSa Majefté. C'eſtoitle plus grand qui euſt eſté pris à Fon- minebleau. La teſte en a eſté
trouvée ſi belle , que le Roy l'a fait mettre dans la Galerie des
Cerfs. Je vous ay trop de fois nommé M. l'Abbé de SainteCroix, pourne vous le faire pas connoiftre. Il eſt Fils de feu M.
le Premier Prefident molé ,Garde des Sceaux , Frere de M. le
Prefident de Champlaſtreux ,
& maiſtre des Requeſtes. On ne
GALAN Τ. 151I
R
peut voir un plus honneſte- Homme, ny un meilleur Amy.
Toutes ſes manieres font enga- geantes , & ſes dépenſes d'un grand Seigneur. Dans la dernie- re Chaſſe le Roy laiſſa courre un Cerf à ſa troiſiéme teſte ,
qui dura preſque tout le jour. Il yen a eu detres-méchans &qui ont tuébien des Chiens. Il s'eſt
fait encor une Chafſe extraordinaire à l'occafion de Monfieur
deVerneüil, qui eſtantvenu au Leverdu Roy, eut l'honneurde
luydonner ſa Chemiſe. Sa Majeſté s'eſtant divertie àluy par- ler de pluſieurs choſes , tomba fur la Chaffe , & luy dit qu'Elle luy en vouloit donner le plaifir le lendemain. Monfieur deSoye- courGrand-Veneurde France,
reçeut l'ordre , & fit préparer
deux Cerfs au lieu d'un. La
Giiij
152 LE MERCVRE Reyne a veu une fois la Chaf- ſe en Carroffe , &Monſeigneur leDauphin les a fait toutes avec leRoy. Il n'y a rien de ſi ſurpre- nant que l'adreſſe &la vigueur qu'a fait paroiſtre cejeunePrin- ceau delà de ce que ſon âge luy devroit permettre. Mada- me s'est fait admirer à ſon ordinaire. C'eſt un Charme que de la voir à cheval. Rien ne
l'étonne , elle fait ſon plaifirde la fatigue ; & fon Sexe ne luy permettant pas d'aller àlaGuer- re , elle en va voir les Images ,
comme je l'ay déja marqué. Ce n'eſt pas ſeulementpar làqu'el- le merite d'eſtre estimée Tous
les Ouvrages d'eſprit la tou- chent. Elle carreſſe les Autheurs, &juge mieux que per- fonne de tout ce qu'on voit de
beau au Theatre. Madame la
GALANT. 153 Ducheffe de Toſcane s'eſt auſſi
trouvée à ces Parties. On ne
peutmontrer plus d'eſprit qu'el- le en fait paroiſtre. Elle fait tout avec grace , eft bonne , gené- reuſe , & fidelle Amie , &n'oublie jamais dans l'éloignement ceux qu'elle hon ore de ſa bien- veillance. Il n'est pas beſoin de vous dire qu'elle eft.Fille de feu
M. le Duc d'Orleans , Oncle du
Roy. Monfieur le Prince de Conty , quoy que jeune encor ,
n'a pas eſté un des moins ardens
pour cet Exercice.J'aurois peine àvous exprimer combien M.
le Duede Monmouth y amontré de vigueur. C'eſtoit quelque choſe de fi bouillant , qu'on l'en a veu quelquefois emporté juf- que parmy les Rochers. Il a
beaucoup paru au Bal , & on lny a trouvé un air tout-à-fair- G
154 LE MERCVRE digne de ce qu'il eſt. Vous pou- vez croire que Madame la Du- cheſſe de Boüillon aimant autant laChaffe qu'elle fait ,laiſſa échaper peu d'occaſionsd'y fui- vre le Roy. Elle a une adreſſe merveilleuſe en tout ce qu'elle
veut faire , & jamais on n'a mieux tiré en volant. Vous avez
eſté charmée des agrémens de ſa Perſonne , & de la vivacité
de ſon teint ; mais vous la ſeriez
encor davantage , fi vous con- noiſliez parfaitement la force &
la délicateſſe de ſon Eſprit. Elle l'a penetrant ; & comme il eſt
capablede toutes les belles con- noiffances , elle a un attachement inconcevable pourles Li- vres ,&va juſqu'à ce qui s'ap- pelle ſçavoir les chofes profon- dement. Mademoiſelle deGrancé a eſtédu nombre de ces Il-
GALANT. 155
:
:
Huſtres Chaſſereſſes. Elle eſt belle , ade la bonté , & un Efprit qui répond à ſa Naiſſance. Ma- demoiſelle des Adrets a fait auſſi
voir que la fatigue qui fuit ces fortes de Plaiſirs , ne l'étonne
pas. Je n'ay point ſçeu le nom des autres. J'ay apris feulement que les Dames ont eſté à la Chaſſe en Jupes , Juſt-au-corps de broderie , &Coifures de Plumes. Jenepuis m'empeſcherde vous dire encor que Mademoi- felle dança tres-bien , & fe fir admirer au Bal. Quelques autres , tant Hommes que Femmes , s'y firent auſſi diſtinguer.
Mais ma Lettre eſt déja ſi lon- gue , que je paſſe au Te-Deum de M. Lully , qui peut eſtre compté parmy les Plaiſirs de Fontainebleau. Ille fit chanter
devant le Roy le jour que Sa Gvj
136 LE MERCVRE Majesté luy fit l'honneur de nommer fon Fils. Toutes fortes
d'Inftrumens l'acompagnerent ;
les Tymbales & les Trompetes n'y furent point oubliez. Il eſtoit deMonfieur Luvy, c'eſt tout di-- re. Ce qu'on y admira particu- lierement , c'eſt que chaque Couplet eſtoit de diferente Mu- fique. Le Roy le trouva fi beau,
qu'il voulut l'entendre plus d'une fois.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendant le Sejour que Leurs Majestez y ont fait. Cet Article contient ceux des Comedies, Opéra, Bals, Plan d'une Collation, Chasses, & la maniere dont les Dames ont esté parées dans tous ces Divertissemens. [titre d'après la table]
Le texte relate le séjour prolongé du roi à Fontainebleau, initialement prévu pour quinze jours et étendu jusqu'au 30 septembre. Le château, vaste et somptueux, impressionne par ses nombreuses cours, appartements, galeries et jardins. Après des conquêtes hivernales et des décisions stratégiques, le roi cherchait à se détendre. Son séjour fut marqué par divers divertissements préparés avec magnificence. Le Prince de Marillac, Grand Maître de la Garderobe, fit confectionner des habits extraordinaires pour le roi, qui les apprécia. Les divertissements incluaient des représentations théâtrales et des opéras à l'Hôtel de Bourgogne, avec des pièces comme 'Iphigénie', 'Le Menteur' et 'L'Avare'. La musique du roi, augmentée de nouvelles voix, fut particulièrement applaudie. Les danseurs reçurent des gratifications pour leurs performances. Des mascarades et des spectacles comiques, comme celui de M. Philibert, ajoutèrent à l'ambiance festive. Deux bals magnifiques furent organisés, où la cour apparut dans des tenues somptueuses ornées de pierreries. Le roi, la reine, le Dauphin, Monseigneur, Madame et Mademoiselle portèrent des habits richement décorés. Les dames se parèrent de nattes, de boucles et de pierreries, avec des habits gris brodés. Les bals furent l'occasion de montrer l'éclat et la magnificence de la cour, avec une participation libre pour ceux de qualité considérable. Le roi se distingua par son air et sa grâce. La collation du premier bal à Fontainebleau fut particulièrement somptueuse, soulignant la magnificence croissante de la France. La table était ornée de fruits frais et de confitures, avec des flambeaux et des girandoles illuminant l'ensemble. Les convives, y compris le roi et quarante dames, étaient parés de pierreries, et les hommes en justaucorps brodé admiraient la broderie. M. Bigot, contrôleur ordinaire de la Maison du Roi, est loué pour son intelligence et son savoir-faire dans l'organisation de ces événements. Pendant le séjour à Fontainebleau, les plaisirs étaient nombreux, avec des bals jusqu'à minuit et diverses chasses, notamment celles du lièvre, du cerf et du sanglier. Le roi et plusieurs nobles, dont le Dauphin et Madame, participèrent activement à ces activités. La présence de Madame la Duchesse de Toscane et de Monsieur le Prince de Conti, ainsi que la vigueur de Monsieur le Duc de Monmouth, furent notées. La Duchesse de Bouillon et Mademoiselle de Grancey se distinguèrent par leur adresse et leur esprit. Le Te Deum de Monsieur Lully, composé pour l'occasion, fut particulièrement apprécié par le roi.
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368
p. 243-250
M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
Début :
Avant qu'on quitast Fontainebleau, Monsieur l'Evesque de Marseille [...]
Mots clefs :
Evêque de Marseille, Pologne, Roi, Cardinalat, Maison
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
Avant qu'on quitaſt Fontai nebleau , Monfieur l'Evefque de Marſeille qui arrivoit de Po- logne, y vint ſalüer Sa Majesté ,
&en fut reçeu avec des témoi- gnages d'eftime & de fatisfa- dion , dignes des importans fer- vicesqu'il luy a rendus dans cet- te Cour. Il y avoit eſté envo ye Ambaſfadeur Extraordinaire pouraffilter à la Diete qui ſete
GALANT. 157
noit à Varſovie pour l'Election de celuy qui devoit remplir la place du Roy Michel , mort en 1673. &il tourna fi bien les Eſprits par ſa prudence & par fon habileté , que malgré les engagemens que toute la. No- bleffe du Grand Duché de Lithuanie , & la plus grande par- tie de celle de Pologne, avoient pris avec la Maiſon d'Autriche,
le Grand Mareſchal Sobieski
fut proclamé Roy d'un confen- tement unanime, ſous le nomde
Jean III . Comme on ne peut- douter que le merite de ce nou- veau Prince n'ait contribué à le
faire élever au Trône , on ne
peut douter auffi que la confi- dération du plus Grand Mo->
narque du monde qui luy don- noit fa protection , & la fage &
vigilanteconduite de fon Mini
158 LE MERCVRE ſtre , n'ayent eu la plus grande part en cette Election fi glorieu- ſe à la France , fi neceſſaire àla
Pologne , & fi avantageuſe à
toute la Chrétienté. C'eſt une
verité dont ce nouveau Roy,
incontinent apres qu'il fut éleu,
fit gloire de demeurer d'accord luy-meſme, en donnant à M' de Marſeille ſa Nomination au Cardinalat , comme une premiere marque de ſa reconnoiffance envers le Roy, &de ſon eſtime envers fon Miniſtre. Ce n'eſt
pas le ſeul ſervice que cet Illu- ſtre Prélat ait rendu alors à Sa
Majesté. Le Roy qu'on venoit d'élire avoitune cruelle Guerre
fur les bras. Toutes les forces
de l'Empire Otoman eſtoient jointes contre luy à celles des Tartares , & la Paix ne devenoit pas ſeulement neceſſaire à
GALANT. 159 la Pologne , elle ne pouvoit qu'eſtre avantageuſe à la Fran- ce & à ſes Alliez. M de Marfeille ydonna toute fon applica- tion pendant trois ans, &le fuc- cés fit connoiftre qu'il ne l'avoit pas inutilement donnée. Il eſt difficile de ne pas réüffir quand on a autant d'intelligence &de penétration qu'il ena dans les Affaires. Il foûtient fon rang &les Emplois qu'on luy donne,
parune magnificence qui en eft digne ; & ce qui eft remarqua- ble, il apporte par ſes ſoins au- tant d'ordre dans ſon Dioceſe
pendant ſon abſence , que s'il demeuroit toûjours préſent. Je ne vous parle pointde fa Mai- fon , qui eft grande , illuftre , &
fort ancienne , & dont il y a des choſes tres-glorieuſes àdire. Le temps me preſſe ,&lemeritede
TON
160 LE MERCVRE
M. de Marseille me donnera fi
fouvent occaſion de vous entretenir de tout ce qui le regarde ,
que ie ne vous en laiſſeray rien ignorer. Je vousdiray ſeulement aujourd'huy qu'il eſt de la Mai-- fon de Fourbin , & de la Branchedes marquis de Janſon.
&en fut reçeu avec des témoi- gnages d'eftime & de fatisfa- dion , dignes des importans fer- vicesqu'il luy a rendus dans cet- te Cour. Il y avoit eſté envo ye Ambaſfadeur Extraordinaire pouraffilter à la Diete qui ſete
GALANT. 157
noit à Varſovie pour l'Election de celuy qui devoit remplir la place du Roy Michel , mort en 1673. &il tourna fi bien les Eſprits par ſa prudence & par fon habileté , que malgré les engagemens que toute la. No- bleffe du Grand Duché de Lithuanie , & la plus grande par- tie de celle de Pologne, avoient pris avec la Maiſon d'Autriche,
le Grand Mareſchal Sobieski
fut proclamé Roy d'un confen- tement unanime, ſous le nomde
Jean III . Comme on ne peut- douter que le merite de ce nou- veau Prince n'ait contribué à le
faire élever au Trône , on ne
peut douter auffi que la confi- dération du plus Grand Mo->
narque du monde qui luy don- noit fa protection , & la fage &
vigilanteconduite de fon Mini
158 LE MERCVRE ſtre , n'ayent eu la plus grande part en cette Election fi glorieu- ſe à la France , fi neceſſaire àla
Pologne , & fi avantageuſe à
toute la Chrétienté. C'eſt une
verité dont ce nouveau Roy,
incontinent apres qu'il fut éleu,
fit gloire de demeurer d'accord luy-meſme, en donnant à M' de Marſeille ſa Nomination au Cardinalat , comme une premiere marque de ſa reconnoiffance envers le Roy, &de ſon eſtime envers fon Miniſtre. Ce n'eſt
pas le ſeul ſervice que cet Illu- ſtre Prélat ait rendu alors à Sa
Majesté. Le Roy qu'on venoit d'élire avoitune cruelle Guerre
fur les bras. Toutes les forces
de l'Empire Otoman eſtoient jointes contre luy à celles des Tartares , & la Paix ne devenoit pas ſeulement neceſſaire à
GALANT. 159 la Pologne , elle ne pouvoit qu'eſtre avantageuſe à la Fran- ce & à ſes Alliez. M de Marfeille ydonna toute fon applica- tion pendant trois ans, &le fuc- cés fit connoiftre qu'il ne l'avoit pas inutilement donnée. Il eſt difficile de ne pas réüffir quand on a autant d'intelligence &de penétration qu'il ena dans les Affaires. Il foûtient fon rang &les Emplois qu'on luy donne,
parune magnificence qui en eft digne ; & ce qui eft remarqua- ble, il apporte par ſes ſoins au- tant d'ordre dans ſon Dioceſe
pendant ſon abſence , que s'il demeuroit toûjours préſent. Je ne vous parle pointde fa Mai- fon , qui eft grande , illuftre , &
fort ancienne , & dont il y a des choſes tres-glorieuſes àdire. Le temps me preſſe ,&lemeritede
TON
160 LE MERCVRE
M. de Marseille me donnera fi
fouvent occaſion de vous entretenir de tout ce qui le regarde ,
que ie ne vous en laiſſeray rien ignorer. Je vousdiray ſeulement aujourd'huy qu'il eſt de la Mai-- fon de Fourbin , & de la Branchedes marquis de Janſon.
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Résumé : M. l'Evesque de Marseille saluë le Roy apres son retour de Pologne. [titre d'après la table]
L'évêque de Marseille se rendit à Fontainebleau pour saluer le roi après une mission en Pologne. En 1673, il participa à la Diète de Varsovie pour l'élection du nouveau roi de Pologne, suite au décès du roi Michel. Grâce à sa prudence et son habileté, il contribua à l'élection de Jean III Sobieski, malgré les engagements de la noblesse polonaise et lituanienne avec la Maison d'Autriche. Le soutien du roi de France, via l'évêque, fut déterminant. En reconnaissance, Sobieski nomma l'évêque au cardinalat. L'évêque joua également un rôle crucial dans la négociation de la paix entre la Pologne, l'Empire ottoman et les Tartares pendant trois ans. Il est reconnu pour sa magnificence et l'ordre qu'il maintient dans son diocèse, même en son absence. L'évêque est issu de la maison de Fourbin et de la branche des marquis de Janson.
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369
p. 250-254
Reception faite à Essone à Monsieur le Duc de Vermandois, & à Mademoiselle de Blois, par M. du Pin. [titre d'après la table]
Début :
Enfin le Mois de Septembre s'écoula, & apres avoir gousté [...]
Mots clefs :
Duc de Vermandois, Divertissements, Fontainebleau, Dames, Opéra
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texteReconnaissance textuelle : Reception faite à Essone à Monsieur le Duc de Vermandois, & à Mademoiselle de Blois, par M. du Pin. [titre d'après la table]
Enfin le Mois de Septembre s'écoula , & apres avoir gouſté tantde diférens Plaiſirs , &joüy de la Promenade dans quelques
Maiſons de plaisance des en- virons de Fontainebleau , la
Couren partitauffi groſſe que fi leRoyn'euſt pas eu quatre Ar- mees fur terre , &une cinquiéme fur mer. Mile Duc de Ver
mandois , & Mademoiſelle de
Blois , qui retournoient à Ver- failles , s'arreſterent à Effone,&
difnerent dans la Maiſon de M
duPin. C'eſt cette belle Maifon
GALANT. 161
२
qui estoit à feu Mr.Heſſelin , &
dont on ne peut trop admirer les Avenuës , les Caſcades , &
les Jets d'eauquiyfont preſque infinis. Les Dames que les Ven- danges y avoient attirées ,fe rendirent dans le Jardin , où el les falüerent ces deux jeunes &
Illuftres Perſonnes , qui furent
reçeuës par Me du Pin à la def cente du Carroſſe. Il avoit eu
l'ordre de M Colbert , &il l'e
xecuta avec tout l'empreſſement & toute la joye que luy devoit cauſer un honneur auffi
grand que celuy qu'il recevoit.
Ondiſna dans la Salle Italienne. Le Prince & la Princeſſe ſe
mirent à table avec Madame
Colbert; & pendant le Repas,
les Violons & les Hautbois de
Paris joüerent les plus beaux Airs de l'Opéra.Apresqu'on cut
161 LE MERCVRE
diſne , les Divertiſſemens ne
manquerent pas. Le jeune Prin- ce voulut prendre celuy d'aller à l'Eſcarpolete ſur l'eau,&il en obtint la permiffion de Me Gé- doüin ſon Gouverneur , qui connoiffant fon adreſſe , fut af- ſuré qu'il n'avoit aucun péril à
courir. Tout le monde fut charmé de ſa hardieſſe , &de la gra- çe avec laquelle il ſoûtint l'é- branlement de l'Eſcarpolete.
D'autres qui crûrent la choſe aiſée , s'y hazarderent apres luy,
&divertirent la Compagnie en tombant dans l'eau. L'heure du
depart approchoit, &pour der- nier Divertiſſement , M. le Duc
de Vermandois , & Mademoi- ſelle de Blois', allerent voir la Court des Machines , d'où ils
furent enlevez dans un Aparte- ment ſurprenant. Ils n'en forti-
E GALANT 1
. 163
7
rent que pour ſe remettre en Carroffe, apres que M. du Pin leur eut preſentéde tres-beaux Fruits pourla Colation pendant ( le chemin.
Vous ſça
Maiſons de plaisance des en- virons de Fontainebleau , la
Couren partitauffi groſſe que fi leRoyn'euſt pas eu quatre Ar- mees fur terre , &une cinquiéme fur mer. Mile Duc de Ver
mandois , & Mademoiſelle de
Blois , qui retournoient à Ver- failles , s'arreſterent à Effone,&
difnerent dans la Maiſon de M
duPin. C'eſt cette belle Maifon
GALANT. 161
२
qui estoit à feu Mr.Heſſelin , &
dont on ne peut trop admirer les Avenuës , les Caſcades , &
les Jets d'eauquiyfont preſque infinis. Les Dames que les Ven- danges y avoient attirées ,fe rendirent dans le Jardin , où el les falüerent ces deux jeunes &
Illuftres Perſonnes , qui furent
reçeuës par Me du Pin à la def cente du Carroſſe. Il avoit eu
l'ordre de M Colbert , &il l'e
xecuta avec tout l'empreſſement & toute la joye que luy devoit cauſer un honneur auffi
grand que celuy qu'il recevoit.
Ondiſna dans la Salle Italienne. Le Prince & la Princeſſe ſe
mirent à table avec Madame
Colbert; & pendant le Repas,
les Violons & les Hautbois de
Paris joüerent les plus beaux Airs de l'Opéra.Apresqu'on cut
161 LE MERCVRE
diſne , les Divertiſſemens ne
manquerent pas. Le jeune Prin- ce voulut prendre celuy d'aller à l'Eſcarpolete ſur l'eau,&il en obtint la permiffion de Me Gé- doüin ſon Gouverneur , qui connoiffant fon adreſſe , fut af- ſuré qu'il n'avoit aucun péril à
courir. Tout le monde fut charmé de ſa hardieſſe , &de la gra- çe avec laquelle il ſoûtint l'é- branlement de l'Eſcarpolete.
D'autres qui crûrent la choſe aiſée , s'y hazarderent apres luy,
&divertirent la Compagnie en tombant dans l'eau. L'heure du
depart approchoit, &pour der- nier Divertiſſement , M. le Duc
de Vermandois , & Mademoi- ſelle de Blois', allerent voir la Court des Machines , d'où ils
furent enlevez dans un Aparte- ment ſurprenant. Ils n'en forti-
E GALANT 1
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rent que pour ſe remettre en Carroffe, apres que M. du Pin leur eut preſentéde tres-beaux Fruits pourla Colation pendant ( le chemin.
Vous ſça
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Résumé : Reception faite à Essone à Monsieur le Duc de Vermandois, & à Mademoiselle de Blois, par M. du Pin. [titre d'après la table]
En septembre, la cour quitta Fontainebleau pour Versailles, escortée par une nombreuse troupe. Le duc de Vermandois et Mademoiselle de Blois s'arrêtèrent à Effone, où ils dînèrent chez M. du Pin dans une maison célèbre pour ses avenues, cascades et jets d'eau. Les dames présentes se rendirent dans le jardin pour saluer les jeunes invités. Le dîner se déroula dans la Salle Italienne, accompagné par des musiciens jouant des airs d'opéra. Après le repas, les divertissements continuèrent. Le duc de Vermandois, autorisé par son gouverneur, tenta une escarpolette sur l'eau, impressionnant l'assemblée par sa hardiesse et sa grâce. D'autres tentèrent l'expérience et tombèrent à l'eau, amusant ainsi la compagnie. Avant de partir, les invités visitèrent la cour des Machines et un appartement surprenant, puis reprirent leur route après avoir reçu des fruits offerts par M. du Pin.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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370
p. 254-255
Retour de M. Courtin de son Ambassade d'Angleterre. [titre d'après la table]
Début :
Vous sçavez sans doute, Madame, que Monsieur Courtin est de [...]
Mots clefs :
Monsieur Courtin, Ambassade d'Angleterre, Retour
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texteReconnaissance textuelle : Retour de M. Courtin de son Ambassade d'Angleterre. [titre d'après la table]
ous ſçavez ſans-doute,Ma- dame , que M. Courtin eſt de
retourde fon Ambaſſade d'Anterre. Sa Majesté Britannique ne s'eſt pas contentée de luy marquer l'estime qu'elle faifoit de luy , il en a reçeuunPréſent beaucoupplus confidérable que ceux que l'on donne ordinaire- ment aux Ambaſſadeurs apres leur AudiancedeCongé.
retourde fon Ambaſſade d'Anterre. Sa Majesté Britannique ne s'eſt pas contentée de luy marquer l'estime qu'elle faifoit de luy , il en a reçeuunPréſent beaucoupplus confidérable que ceux que l'on donne ordinaire- ment aux Ambaſſadeurs apres leur AudiancedeCongé.
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371
p. 255-257
M. le Cardinal d'Estrées est envoyé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. [titre d'après la table]
Début :
Ceux qui sont choisi pour ces grands Emplois, comme ils [...]
Mots clefs :
Cardinal d'Estrées, Ambassadeur, Rome
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texteReconnaissance textuelle : M. le Cardinal d'Estrées est envoyé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. [titre d'après la table]
Ceux qui font choiſis pour ces grands Emplois , comme ils le font par un Roy qui connoît parfaitement le vray mérite ont biendequoy s'applaudir de cet avantage, &c'eſt ce qui re- double la gloire de M. le Cardi2
164 LE MERCVRE nal d'Eſtrées , qu'on envoye Ambaſſadeur Extraordinaire à
Rome. Il a l'eſprit profond ,
beaucoup de doctrine , & tout ce qui eft neceffaire auxGrands Hommes pour bien conduire les plus importantes Affaires. II fortd'une Maiſon fr conſidéra
ble , que pour vous en marquer la grandeur , il ſuffir de vous dire qu'il eſt allié de deux Sou- veraines moins illuftres encor
par le haut Rang qu'elles tien- nent , que par leur merite &
par leur efprit.
164 LE MERCVRE nal d'Eſtrées , qu'on envoye Ambaſſadeur Extraordinaire à
Rome. Il a l'eſprit profond ,
beaucoup de doctrine , & tout ce qui eft neceffaire auxGrands Hommes pour bien conduire les plus importantes Affaires. II fortd'une Maiſon fr conſidéra
ble , que pour vous en marquer la grandeur , il ſuffir de vous dire qu'il eſt allié de deux Sou- veraines moins illuftres encor
par le haut Rang qu'elles tien- nent , que par leur merite &
par leur efprit.
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Résumé : M. le Cardinal d'Estrées est envoyé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. [titre d'après la table]
Le Cardinal d'Estrées est nommé Ambassadeur Extraordinaire à Rome. Cette nomination est vue comme un honneur, soulignant son esprit profond et sa vaste connaissance. Il appartient à une famille noble alliée à deux souveraines remarquables par leur rang et leur mérite.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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372
p. 257-274
Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Début :
Je quite la Cour pour la Cour. En effet, Madame, [...]
Mots clefs :
Mademoiselle d'Aumont, Marquis de Beringhen, Cour, Mariage, Ordre, Chevalier de Malthe, Maison, Boulogne, Parure, Souper, Table, Dames, Opéra, Monsieur Le Tellier
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texteReconnaissance textuelle : Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Je quite la Cour pour la Cour.. En effet , Madame , je croy ne m'en éloigner pas , en vous par- lant d'un Mariage qui a donné lieu icy depuis peu à une Feſte tres-magnifique. M. le Marquis de Beringhen a épousé Made- moifelled'Aumont. Je croy,Ma
GALANT. 165 dame , que vous ne demanderez pas d'autres preuves de ſa No- bleſſe , que celles qu'il a don- nées en ſe faiſant recevoir Chevalier de Malte; elles font affez
rigoureuſes pour tenir lieu de Titre de Nobleſſe. Peut- eftre
ferez-vous ſurpriſe qu'un Che- valier de Malte ſe marie ; mais
les Chevaliers de cet Ordre ne
font leurs Vœux qu'à vingt- cinq ans , & il ne les avoit pas.
Ce Marquis eſt d'une des plus anciennes Familles des Païs- Bas .
Son Grand-Pere eſtoit fort conſideré de Henry I V. qui l'em- -ploya en pluſieurs Négotiations .importantes aupres des Princes d'Allemagne. M. le Comte de Beringhen ſon Pereeſt Premier Ecuyer du Roy ( dont ilala fur- vivance)Gouverneur des Citadelles de Marseille, & Chevalier
166 LE MERCVRE
د
une
des Ordres du Roy. C'eſt un parfaitement honneſte - Hom- me , à qui une grande modeſtie en toutes chofes , une fidelité éprouvée , une exactitude de probité qui ne ſe rencontre pas en tout le monde prudence reconnuë , &une fa- geſſe qu'on admire , ont acquis l'eſtime de toute la Cour. Madame de Beringhen ſa Fem- me eſtoit Fille de feu Monfieur
le marquis d'Uxelles , Gouver- neurde Châlons. Cette Famille
originaire de Bourgogne , eſt affez connuë par ſes ſervices &
fon ancienneté. Le nomd'Uxelles afaitbruit dansles Armées.
Pluſieurs qui le portoient , en ont commandé , &pluſieurs y
font morts l'Epée àlamain pour le ſervice de leur Prince. Le
Marié eſt bien fait , de belle
GALAN T. 167
taille , il a de l'eſprit & du me- rite ;&dans pluſieurs rencon-- tres qui ont fait paroiſtre ſon courage, il s'eſt montré digne Heritierde celuy de feu M. le Marquisde Beringhen fon Fre- re , qui fut tué devant Beſan- çon. Comme il eſt demeuré Chefde ſa Famille , le Roy qui le confidere , luy a défendu de s'expoſer davantage , & par cet- te marque d'eſtime il a voulu faire connoiſtre à Monfieur le
Premier la bienveillance parti- culiere dont il l'honore. La Mariée eſt Fillede M. le Ducd'Aumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur
de Boulogne & du Païs Boulo- nois. Il avoit épousé enpremie- res Nopces une Fille de Mon- fieur le Tellier , Chevalier &
Tréſorier des Ordres duRoy,
168 LE MERCVRE
Marquis de Louvois , Seigneur de Chaville , Miniſtre & Secretaire d'Etat ; & c'eſt de ce Mariage qu'eſt mademoiselled'Au- mont dont je vous parle. Elle
eſt bien faite , a une fortgran- de jeuneſſe , &c'eſt un Charme qu'elle ſoûtient par beaucoup d'autres qui la rendent toute ai- mable. J'aurois beaucoup àvous
dire , madame , fur ce qui regar- de la Maiſon d'Aumont. Elle eſt
remplie d'un nombre infiny de grands Perſonnages , Cheva- liers des Ordres , mareſchaux
de France , Gouverneurs de
Provinces , & autres qui ont *poffedé les plus belles Charges del'Etat. Avant l'an 1381.Pier- re d'Aumont fut Chambellan
des Roys Jean & CharlesV. Et Pierre II. fi renommé dans l'Hiſtoire , le fut de Charles VI. &
Garde
GALANT. 169
Garde de l'Oriflame de France.
Jean Sire d'Aumont , qui vivoit - avant l'an 1595. reçeut le Ba- ſton de Mareſchal , qu'il merita par quantité degrandes Actions qu'il fit à une infinité de Sieges &de Batailles. Je ne vousdiray
rien de celles de feu M. le Ма-
_reſchal d'Aumont , Pere du
Duc qui porte aujourd'huy ce nom. Comme ila veſcu de nos
jours , il n'y a perſonne qui ne les ſcache. Il eſt mort Gouver neurde Paris , & l'eſtoit encor
de Boulogne &du Païs Boulonois. C'eſt un Gouvernement
attaché des lõgtemps à leur Fa- mille , qui eſt entrée dans les plusgrandes Alliaces.Vous n'en douterez pas , quand je vous ✓ auray dit que Jean VI. d'Au- mont avoit épousé Antoinette Chabot ſeconde Fille de Philip- Tome VIII. H
170 LE MERCVRE
pe Chabot Comte de Garny &
de Buzançois , Sieur de Brion ,
Admiral de France , & Gouverneur de Bourgogne , & de Françoiſe LonguyDamedePai- gny , Sœur aifnée de Jaqueline de Longuy Ducheſſe de Mont- penfier , Trifayeule maternelle d'Anne Marie Loüiſe d'Orleans,
Souveraine de Dombes , Princeffe de la Roche-fur-Yon, &
Ducheſſe de Montpenfier. Le jourdu mariage eſtant arreſté ,
on prit les ordres de Monfieur le
Ducd'Aumont. Comme il s'entend admirablement àtout, c'eſt
un des premiers Hommes du monde à n'en donner quede ju- ſtes ſur les grandes choſes. Sa prévoyance en facilite l'execu- tion , &il explique toûjours ſi.
bien ce qu'il penſe , qu'on entre ans peinedans tout ce qu'ils'eſt
GALAN T. 171
imaginé. La Nopce ſe fit dans fon Hoſtel. Il eſt d'une beauté
ſurprenante ; rien n'égale celle des Apartemens, ils font &di- féremment conſtruits , & diféremment ornez. Touty eſt d'u- ne magnificence achevée ; la propreté ſemble y difputer de prix avec la ſomptuoſité des Meubles ; Raretez partout , par tout Tableaux admirables &des
plusgrands maiſtres ; & ce qui frape furtoutes choſes, ce font pluſieurs Portraits antiques des Deſcendans de cette maiſon,qui marquentje ne-ſçay-quoy de fi noble &de fi grand , qu'il fuf- firoient preſque pour en perfua- derl'ancienneté.Vousvous imaginez aſſez la joyequiéclata fur le viſage detous les Intereſſez ſans que je m'arreſte à vous la dépeindre. Le marié parut l'air
د
Hij
172 LE MERCVRE
content , d'une parure magnifi- que, propre&bien entenduë ,
&foûtint cettegrade feſte avec un agrément toutparticulier.La Mariéequi demeuroit chezM
leTellierdepuis qu'elle eſt for- tiedu Convent, & qui a beau- coup profité de l'exemple de Madamele Tellier,dont chacun connoiſt le bon ſens &la piete,
arriva ſur les huit heures du
foir. Quoyqu'elle brillaſt d'une infinité de Pierreries, ſa Perſon- ne la paroit encor plus que tou- te autre chofe. Ellevint avecun
petit air ſérieux&nonchalant,
qui luy donnoitune gracemer- veilleufe , & jamais à quatorze ans onne s'eſt mieux tiré d'une
illuftre & grande Compagnie affembléepourelle feule, &das unjour où les Filles font le plus ſeverement critiquées. La Salle
2
GALAN T. 173 du Souper eſtoit éclairée d'un nombre infiny de Luftres. Il y
en avoitſur la Table de toutes
fortesde manieres, c'eſtoit commeun Theatrequi regnoitdans le milieu, maisdont la longueur ne caufoit aucunembarras.Tout
futfervy avec une propreté &
aune magnificence inconceva- ble. De chaque coſté de laTa- ble il y avoit deux rangs de vingt - cinq Plats chacun , qui faiſoiet centPlats en tout,& ces
centPlats furent relevez quatre fois. Le Fruit , & tout ce qu'il y a deplus delicat &de plus dé- licieux pour compoſer le plus ſuperbe Deſſert , eſtoit ſervy aumilieu de toute la longueur de la Table , dans des Baffins
de vermeil cizelé de diferentes
formes , &garnis en Pyramides tres-hautes de tout cequ'on ſe
Hiij
174 LE MERCVRE
peut imaginer de propre à ſatiſ- faire le gouft ; le tout dans des Porcelaines fines qui estoient là de toutes les fortes. Cette efpe- cede Montagne queformoit ce magnifique Deſſert , &qui fut trouvéeſur la Table en s'y met- tant , ne fatisfaifoit pas moins
les yeux. Quoyqu'il euſt de la fimetrie , il y avoit des endroits irréguliers , la juſteſſe ſe trou- voitdans leur inégalité , &on voyoit partout une agreabledi- verſité de couleurs. A chaque coſté du Fruit il y avoit des Flambeaux de vermeil du haut
de la Tablejuſqu'au bas,& com- me il eſtoit difficile qu'on pût ſervirfans confufion les quatre cens Plats quifurent mis àdou- ble rang des deux coſtez en quatre diférens Services , le Maistre -d'Hoſtel ſe ſervit de
GALANT. 175
aquelqu'un AUE DE LAVILL
1893
précaution. Il ranga tous ceux qui portoient leurs Plats, vis-à- vis des endroits où ils devoient
eſtreplacez , de forte qu'enpaf- fant entre leurs rangs , il les po- foit en unmoment ſur la Table
fans aucundeſordre. Cela fitdiz
re agreablement cauſe des rangs , qu'il croyoit voin N
un Exercice de Gens de Guerre. Si
la ſuite n'en eſtoit pas plus dan gereuſe , les Recruës ſe feroient facilement. Laricheſſe du Buffet ſurpaſſe l'imagination ; il eſtoit toutdevermeil , & on ne
vitjamais une ſi grande quanti- téde Vaſes cizelez. Pendant le
Souper,les Violons du Royjoüe- rent dans un grand Sallon qui répondoit à la Salle. Les Dames qui en furent eſtoient ( ſouvenez- vous je vous prie que je ne leurdonne aucun rang )Mefda Hiiij
176 LE MERCVRE
mes le Tellier , d'Aumont , de
Louvois , de Flez , dela Mote ,
dUxelles, de Frontenac,de Soubiſe , de Foix , de Coaquin , de Chaſteauneuf , de la Ferté , &
Mademoiselle d'Aumont, Fille
du feu Marquis de ce nom. Ces
dernieres eſtoient magnifique- mentparées. Au fortir de laTa- ble , on montadans des Aparte- mens enchantez. Les belles
Voix del'Opéra s'y trouverents Ia Symphonie les ſeconda , & à
minuit le Mariage fut celebré.
Je ne vous parle pointdes riches & brillans Préfens qui ont eſté faits à la Mariće parMonfieur le Tellier & Mr le Premier, je vous diray ſeulement que ceux de M'le Marquis de Louvois , &de M. l'Archeveſque de Rheims ,
fes Oncles, ont fort paru. Jugez ſi luy ayant donné unAmeuble
GALANT. 177
ment de Chambre d'argent , &
tout ce qui peut ſervir à l'orner,
il peut y avoir eu rien de plus magnifique.Je tiens ces Particu- laritez d'une belle Damequi a
plus de part que moy à cette Deſcription. Comme elle a infiniment de l'eſprit , je n'ay fait que ſuivre fidellementſes idées.
GALANT. 165 dame , que vous ne demanderez pas d'autres preuves de ſa No- bleſſe , que celles qu'il a don- nées en ſe faiſant recevoir Chevalier de Malte; elles font affez
rigoureuſes pour tenir lieu de Titre de Nobleſſe. Peut- eftre
ferez-vous ſurpriſe qu'un Che- valier de Malte ſe marie ; mais
les Chevaliers de cet Ordre ne
font leurs Vœux qu'à vingt- cinq ans , & il ne les avoit pas.
Ce Marquis eſt d'une des plus anciennes Familles des Païs- Bas .
Son Grand-Pere eſtoit fort conſideré de Henry I V. qui l'em- -ploya en pluſieurs Négotiations .importantes aupres des Princes d'Allemagne. M. le Comte de Beringhen ſon Pereeſt Premier Ecuyer du Roy ( dont ilala fur- vivance)Gouverneur des Citadelles de Marseille, & Chevalier
166 LE MERCVRE
د
une
des Ordres du Roy. C'eſt un parfaitement honneſte - Hom- me , à qui une grande modeſtie en toutes chofes , une fidelité éprouvée , une exactitude de probité qui ne ſe rencontre pas en tout le monde prudence reconnuë , &une fa- geſſe qu'on admire , ont acquis l'eſtime de toute la Cour. Madame de Beringhen ſa Fem- me eſtoit Fille de feu Monfieur
le marquis d'Uxelles , Gouver- neurde Châlons. Cette Famille
originaire de Bourgogne , eſt affez connuë par ſes ſervices &
fon ancienneté. Le nomd'Uxelles afaitbruit dansles Armées.
Pluſieurs qui le portoient , en ont commandé , &pluſieurs y
font morts l'Epée àlamain pour le ſervice de leur Prince. Le
Marié eſt bien fait , de belle
GALAN T. 167
taille , il a de l'eſprit & du me- rite ;&dans pluſieurs rencon-- tres qui ont fait paroiſtre ſon courage, il s'eſt montré digne Heritierde celuy de feu M. le Marquisde Beringhen fon Fre- re , qui fut tué devant Beſan- çon. Comme il eſt demeuré Chefde ſa Famille , le Roy qui le confidere , luy a défendu de s'expoſer davantage , & par cet- te marque d'eſtime il a voulu faire connoiſtre à Monfieur le
Premier la bienveillance parti- culiere dont il l'honore. La Mariée eſt Fillede M. le Ducd'Aumont , Premier Gentilhomme
de la Chambre , Gouverneur
de Boulogne & du Païs Boulo- nois. Il avoit épousé enpremie- res Nopces une Fille de Mon- fieur le Tellier , Chevalier &
Tréſorier des Ordres duRoy,
168 LE MERCVRE
Marquis de Louvois , Seigneur de Chaville , Miniſtre & Secretaire d'Etat ; & c'eſt de ce Mariage qu'eſt mademoiselled'Au- mont dont je vous parle. Elle
eſt bien faite , a une fortgran- de jeuneſſe , &c'eſt un Charme qu'elle ſoûtient par beaucoup d'autres qui la rendent toute ai- mable. J'aurois beaucoup àvous
dire , madame , fur ce qui regar- de la Maiſon d'Aumont. Elle eſt
remplie d'un nombre infiny de grands Perſonnages , Cheva- liers des Ordres , mareſchaux
de France , Gouverneurs de
Provinces , & autres qui ont *poffedé les plus belles Charges del'Etat. Avant l'an 1381.Pier- re d'Aumont fut Chambellan
des Roys Jean & CharlesV. Et Pierre II. fi renommé dans l'Hiſtoire , le fut de Charles VI. &
Garde
GALANT. 169
Garde de l'Oriflame de France.
Jean Sire d'Aumont , qui vivoit - avant l'an 1595. reçeut le Ba- ſton de Mareſchal , qu'il merita par quantité degrandes Actions qu'il fit à une infinité de Sieges &de Batailles. Je ne vousdiray
rien de celles de feu M. le Ма-
_reſchal d'Aumont , Pere du
Duc qui porte aujourd'huy ce nom. Comme ila veſcu de nos
jours , il n'y a perſonne qui ne les ſcache. Il eſt mort Gouver neurde Paris , & l'eſtoit encor
de Boulogne &du Païs Boulonois. C'eſt un Gouvernement
attaché des lõgtemps à leur Fa- mille , qui eſt entrée dans les plusgrandes Alliaces.Vous n'en douterez pas , quand je vous ✓ auray dit que Jean VI. d'Au- mont avoit épousé Antoinette Chabot ſeconde Fille de Philip- Tome VIII. H
170 LE MERCVRE
pe Chabot Comte de Garny &
de Buzançois , Sieur de Brion ,
Admiral de France , & Gouverneur de Bourgogne , & de Françoiſe LonguyDamedePai- gny , Sœur aifnée de Jaqueline de Longuy Ducheſſe de Mont- penfier , Trifayeule maternelle d'Anne Marie Loüiſe d'Orleans,
Souveraine de Dombes , Princeffe de la Roche-fur-Yon, &
Ducheſſe de Montpenfier. Le jourdu mariage eſtant arreſté ,
on prit les ordres de Monfieur le
Ducd'Aumont. Comme il s'entend admirablement àtout, c'eſt
un des premiers Hommes du monde à n'en donner quede ju- ſtes ſur les grandes choſes. Sa prévoyance en facilite l'execu- tion , &il explique toûjours ſi.
bien ce qu'il penſe , qu'on entre ans peinedans tout ce qu'ils'eſt
GALAN T. 171
imaginé. La Nopce ſe fit dans fon Hoſtel. Il eſt d'une beauté
ſurprenante ; rien n'égale celle des Apartemens, ils font &di- féremment conſtruits , & diféremment ornez. Touty eſt d'u- ne magnificence achevée ; la propreté ſemble y difputer de prix avec la ſomptuoſité des Meubles ; Raretez partout , par tout Tableaux admirables &des
plusgrands maiſtres ; & ce qui frape furtoutes choſes, ce font pluſieurs Portraits antiques des Deſcendans de cette maiſon,qui marquentje ne-ſçay-quoy de fi noble &de fi grand , qu'il fuf- firoient preſque pour en perfua- derl'ancienneté.Vousvous imaginez aſſez la joyequiéclata fur le viſage detous les Intereſſez ſans que je m'arreſte à vous la dépeindre. Le marié parut l'air
د
Hij
172 LE MERCVRE
content , d'une parure magnifi- que, propre&bien entenduë ,
&foûtint cettegrade feſte avec un agrément toutparticulier.La Mariéequi demeuroit chezM
leTellierdepuis qu'elle eſt for- tiedu Convent, & qui a beau- coup profité de l'exemple de Madamele Tellier,dont chacun connoiſt le bon ſens &la piete,
arriva ſur les huit heures du
foir. Quoyqu'elle brillaſt d'une infinité de Pierreries, ſa Perſon- ne la paroit encor plus que tou- te autre chofe. Ellevint avecun
petit air ſérieux&nonchalant,
qui luy donnoitune gracemer- veilleufe , & jamais à quatorze ans onne s'eſt mieux tiré d'une
illuftre & grande Compagnie affembléepourelle feule, &das unjour où les Filles font le plus ſeverement critiquées. La Salle
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GALAN T. 173 du Souper eſtoit éclairée d'un nombre infiny de Luftres. Il y
en avoitſur la Table de toutes
fortesde manieres, c'eſtoit commeun Theatrequi regnoitdans le milieu, maisdont la longueur ne caufoit aucunembarras.Tout
futfervy avec une propreté &
aune magnificence inconceva- ble. De chaque coſté de laTa- ble il y avoit deux rangs de vingt - cinq Plats chacun , qui faiſoiet centPlats en tout,& ces
centPlats furent relevez quatre fois. Le Fruit , & tout ce qu'il y a deplus delicat &de plus dé- licieux pour compoſer le plus ſuperbe Deſſert , eſtoit ſervy aumilieu de toute la longueur de la Table , dans des Baffins
de vermeil cizelé de diferentes
formes , &garnis en Pyramides tres-hautes de tout cequ'on ſe
Hiij
174 LE MERCVRE
peut imaginer de propre à ſatiſ- faire le gouft ; le tout dans des Porcelaines fines qui estoient là de toutes les fortes. Cette efpe- cede Montagne queformoit ce magnifique Deſſert , &qui fut trouvéeſur la Table en s'y met- tant , ne fatisfaifoit pas moins
les yeux. Quoyqu'il euſt de la fimetrie , il y avoit des endroits irréguliers , la juſteſſe ſe trou- voitdans leur inégalité , &on voyoit partout une agreabledi- verſité de couleurs. A chaque coſté du Fruit il y avoit des Flambeaux de vermeil du haut
de la Tablejuſqu'au bas,& com- me il eſtoit difficile qu'on pût ſervirfans confufion les quatre cens Plats quifurent mis àdou- ble rang des deux coſtez en quatre diférens Services , le Maistre -d'Hoſtel ſe ſervit de
GALANT. 175
aquelqu'un AUE DE LAVILL
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précaution. Il ranga tous ceux qui portoient leurs Plats, vis-à- vis des endroits où ils devoient
eſtreplacez , de forte qu'enpaf- fant entre leurs rangs , il les po- foit en unmoment ſur la Table
fans aucundeſordre. Cela fitdiz
re agreablement cauſe des rangs , qu'il croyoit voin N
un Exercice de Gens de Guerre. Si
la ſuite n'en eſtoit pas plus dan gereuſe , les Recruës ſe feroient facilement. Laricheſſe du Buffet ſurpaſſe l'imagination ; il eſtoit toutdevermeil , & on ne
vitjamais une ſi grande quanti- téde Vaſes cizelez. Pendant le
Souper,les Violons du Royjoüe- rent dans un grand Sallon qui répondoit à la Salle. Les Dames qui en furent eſtoient ( ſouvenez- vous je vous prie que je ne leurdonne aucun rang )Mefda Hiiij
176 LE MERCVRE
mes le Tellier , d'Aumont , de
Louvois , de Flez , dela Mote ,
dUxelles, de Frontenac,de Soubiſe , de Foix , de Coaquin , de Chaſteauneuf , de la Ferté , &
Mademoiselle d'Aumont, Fille
du feu Marquis de ce nom. Ces
dernieres eſtoient magnifique- mentparées. Au fortir de laTa- ble , on montadans des Aparte- mens enchantez. Les belles
Voix del'Opéra s'y trouverents Ia Symphonie les ſeconda , & à
minuit le Mariage fut celebré.
Je ne vous parle pointdes riches & brillans Préfens qui ont eſté faits à la Mariće parMonfieur le Tellier & Mr le Premier, je vous diray ſeulement que ceux de M'le Marquis de Louvois , &de M. l'Archeveſque de Rheims ,
fes Oncles, ont fort paru. Jugez ſi luy ayant donné unAmeuble
GALANT. 177
ment de Chambre d'argent , &
tout ce qui peut ſervir à l'orner,
il peut y avoir eu rien de plus magnifique.Je tiens ces Particu- laritez d'une belle Damequi a
plus de part que moy à cette Deſcription. Comme elle a infiniment de l'eſprit , je n'ay fait que ſuivre fidellementſes idées.
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Résumé : Mariage de M. le Marquis de Beringhen, & de Mademoiselle d'Aumont. [titre d'après la table]
Le texte relate le mariage récent entre le Marquis de Beringhen et Mademoiselle d'Aumont. Le Marquis de Beringhen provient d'une des plus anciennes familles des Pays-Bas et a été reçu Chevalier de Malte, bien qu'il n'ait pas encore prononcé ses vœux. Son grand-père était considéré par Henri IV, et son père était Premier Écuyer du Roi et Gouverneur des citadelles de Marseille. La mariée, Mademoiselle d'Aumont, est la fille du Duc d'Aumont, Premier Gentilhomme de la Chambre et Gouverneur de Boulogne. La famille d'Aumont est connue pour ses services militaires et ses hautes charges à la cour. Le mariage a été célébré avec une grande magnificence. La fête s'est déroulée dans l'hôtel du Duc d'Aumont, décoré somptueusement avec des meubles rares et des tableaux de maîtres. La mariée, âgée de quatorze ans, a impressionné par sa grâce et son aisance. Le souper était somptueux, avec cent plats relevés quatre fois et un dessert luxueux. La soirée a été animée par les violons du Roi et des voix de l'Opéra. Des présents magnifiques ont été offerts à la mariée, notamment un ameublement de chambre en argent par le Marquis de Louvois et l'Archevêque de Reims.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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373
p. 274-299
Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Début :
J'en aurois de grandes pour m'étendre sur la Campagne [...]
Mots clefs :
Baron de Monclar, Troupes, Cercles, Saxe, Maréchal de Créquy, Officiers allemands, Ennemis, Bataille, Armée, Strasbourg, Camp, Campagne, Eisenach, Combat
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texteReconnaissance textuelle : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
J'en auroisde grades pour m'é- tendre ſur la Campagne de M. le Baron de Monclar, fi l'accablementde la matiere qui m'a fait attendre juſqu'à aujour- d'huy à vous en parler , nem'o- bligeoit à la reſſerrer en peu de mots. Vousſcavez que l'Armée qu'il commande eſtoit oppoſée à celle Cercles , compoſée des Troupes de tantd'Etats , qu'elle
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
Y
GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
pourroit ſeule tenir teſte à un Roy moins puiſſant que celuy deFrance. Il y a plufieursCer-
-
Hv
178 LE MERCVRE
cles , comme ceux de la Baffe
Saxe , de Franconie , de Suabe,
de Baviere , juſqu'au nombre de dix, &pluſieurs Provinces font
ſous chaque Cercle. Le Prince
de Bade-Dourlach fut leurdernier General. Apres ſa mort il
en falut nommer un nouveau.
L'Affaire fut miſe en déliberation àla Diete de Ratiſbonne..
Pluſieurs grands Generauxdes plus Illuftres Maiſons d'Alle- magne y pretendoient ; mais enfin le choix tomba fur le
Prince de Saxe-Eyfenach, de la Maiſon de Saxe. Le voilà donc
ſaiſi du Commandement de
cette Armée. Le ſeul Nom en
prometbeaucoup. Lesuns l'ap- pellent l'Armée des Cercles de 'Empire ,les autres l'Armée de l'Empire , &la plupart l'Armée des Cercles duHautRhin.Pl
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GALANT. 179
fieurs Officiers Generaux , en
grande confideration chez les
Allemands , font nommez pour y fervir. Le Comte de Dune- vald , Officier d'un fort grand merite , eſt du nombre. Ondeſtine fon Regiment pour groffir les Troupes de cette Armée ,
auſquelles pour reconnoiſſance du Generalat , le Prince d'Eyſe- nach en joint beaucoup , auffi bien que les Ducs de Saxe- Gotha, & de Vveïmar. Toutes
ces Troupes ſe mettent en mar- che vers Strasbourg. A leur
approche le Magiſtrat proteſte qu'il ne les laiſſera point paſſer fur fon Pont ; mais on reconnoît l'intelligence fi -toſt qu'el- les font en veuë , il feint qu'il ne peut refifter , &leurpermet le paſſage. Cette Armée étant au delà du Rhin , & ayant eu
Hvj
180 LE MERCVRE
grande peine à y ſubſiſter quel- que temps , elle prenddu Pain pour dix jours, s'avance vers les Montagnes , vient juſqu'à une lieuë de Scheleftat ; & appre- nant qu'il eſt fortifié , qu'il y a
onze Redoutes de pierre,&que Mle Baronde Monclareft derriere avec des Troupes , elle noſe prendre la réſolution de l'attaquer. Dans cet embarras,
le Prince d'Eyfenach marche vers Colmar , où le bon ordre
que les François mettent par tout à leurs affaires le réduit à
faire demander une ſomme aux
Etats de Suabe pour la fubfi- ſtance de ſes Troupes. Il eſt contraint de tirer des Munitions de Philifbourg que le Ma- giſtrat de Strasbourg luienvoye querir avec une Eſcorte.Pendat
se tempsMr de Monclar couvre
GALANT. 181
fi bien toutes ſes Places , qu'à peine les Ennemis voyent - ils jour à ſurprendre le moindre Chaſteau. Ils veulent prendre celuyde Sainte Croix auprés de Colmar. M' du Fay Comman- dantde Briſac y envoyequatre- vingt-hommes. Ils le font ſommer , le Gouverneur ne veut
point ſe rendre. M de Vifſac Lieutenant de Roy de Briſac,
trouve moyen de ſe jetter de- dans avec quatre cens hommes,
malgré toute l'Armée ennemie,
& ce Chaſteau n'eſt point pris.
Enfin le Prince d'Eyſenach voyant qu'il n'avoit encor pû réüffir de ce coſté ,fait venir de
Fribourg dequoy faire un Pont de Bateaux vers Bafle. M. de
Monclar paſſe dans le Briſgau pour obſerver ſes mouvemens,
&apprend qu'il s'eſt allé cam
182 LE MERCVRE
per pres de Bafle , apres avoir fait ravager les Bleds des envi- rons de Colmar, contre ce qu'il avoit promis aux Habitans qui luy avoient donné de l'argent pour s'en garantir. C'eſt le ſeul Exploit deſa Campagne , encor ne l'auroit-il pas fait s'il n'euſt manqué de parole. Il campe ſous Bafle à Hunninguen, fait achever fon Pont de Bateaux ,
&ſe retire à Bafle ſurpris d'une Fiévre-tierce que ſes mauvais fuccés ont pûluy cauſer. M.de Monclar reçoit un renfort qui luy eſt envoyé par M. le maref- chal deCréquy, &fait repentir ceux qui ont fourny quelque ſubſiſtance aux Ennemis. Ils
font travailler àdes Retranchemens aux deux coſtez de leur
Pont. Les Noſtres favoriſent
un Convoy d'argent qui va à
GALANT. 183 Brifac, fans qu'un Détachement du Prince d'Eyſenach entre- prennede s'y oppoſer. CePrin- ce fait baſtir une Redoute dans
une Iſle pour maintenir ſon Pont, &perſonne n'oſe ſortirde fon Camp, On leur rend dans leBriſgau les violences qu'ils ont exercé autour de Ruffac.
M. de monclar avance à trois
lieuës d'eux; ils ſont venus nous
chercher , & on les cherche.
Les Païfans ſont employez àdes Redoutes pour couvrir leur Pont. Onvoit par là qu'ils fu- yent le Combat. On ſe retran- che auſſi . Cependant les Gene- raux & les Offciers ſe traitent
les uns les autres àBafle. мебſieurs les marquis de Lambert,
de Nefle & de Feuquiere, y ré- galent le Baron de Noſtits- Schirein , & d'autres Officiers
184 LE MERCVRE Allemans. En ſortant de la
Ville les Partis s'entrechargent les uns les autres. Pendant
qu'on a ainſi occafion de ſe voir
àBafle, le Comte deDunevald
pratique un Officier François nommé M de la Madelaine ,
Major du Chaſteau de Lanf- cron, qui luy doit livrer la Place moyennantdix mille eſcus. Ce Major en avertit M. de Siffredy quiy commandoit. Le Comte de Dunevald vient à l'heure
marquée avec le Neveu du Prince de Saxe,le Colonel Rofe,&des Troupes. Il s'apper- çoit qu'il eſt découvert , prend la fuite , & reçoit un coup de Mouſquet qui luy emporte fon Chapeau & fa Perruque. Plu- ſieurs y perdent la vie. Ceux qui ontpaffe la Herſe ſont faits Pri- fonniers , & il en couſte dix
GALANT. 185 mille eſcus aux Allemans. Le
Prince d'Eyſenach comméçant à ſe mieux porter, &les Trou- pes des Cercles &celles que j'ay marquées ne luy fuffiſant pas , trois nouveaux Regimens le viennent joindre. Il eſt har- celé de la Garniſon de Brifac.
Apres unemarche de huit heu- res Me deMonclar ſurprend un des Quartiers des Ennemis ,
fait quatre cens Priſonniers,
prend cinq cens Chevaux, fe rend maiſtre du Chaſteau de
Plotzeim , ſe poſte avantageu- ſement pour obſerverles Enne- mis, ſe ſaiſit d'une Hauteur, fait travailler à une Redoute qui
voit dans leur Camp & y met duCanon. Monfieur le Comte
de la Mote- Moudancourt Meftre de Camp de Cavalerie ,Ne- veu du Marefchal de ce nom,
186 LE MERCVRE
ayant l'avantgarde compoſée de quatre cens Chevaux , ren- contre un pareil nombre des Ennemis qui en couvroient un fort grand de Fourrageurs fans avoir eſté avertis de fa marche.
Il les défait, &prend ſept à huit cens Fourrageurs ou Cavaliers.
Le reſte fuit. On leur envoye huit censChevaux pourles foû- tenir. M. le Comte de la Mote
avec une vigueur incroyable ,
pouffe & défait encor ces huit
cens Chevaux, &demeure fer- me fur le champ de Bataille ,
éloigné feulement d'une demy lieuë duCampdes Ennemisfans qu'il en forte depuis aucun ſe- cours , c'eſt à dire qu'avec qua- tre cens Chevaux ilen renverſe
douze cens , ſans compter les Fourrageurs. Ce font d'illuftres commencemens , & ce jeune
GALAN T. 187 Comte ne ſçauroit marcher plus dignement ſur les pas du fameux Mareſchal dont il eſt
Neveu. Depuis cette Action on a toûjours coupé tous les Fourrages aux Ennemis , pour les obliger à repaffer tout-à-fait le Rhin, ou àſebattre. Onleur attaque en ſuite une Redoute paliſſadée &un Logement dont on ſe rend maiſtre , & on les
oblige à fe refferrer dans leur Camp. M. le Marquis de Noailles Colonel de Cavalerie
défait leur grande Garde. II fait conftruire une Redoute
pour les incommoder , & foû- tient les Travailleurs. M. de
Monclar en fait élever deux autres. M. de Caumont major de Cavalerie bat deux de leurs
Eſcadrons aux enviros deBafle.
Les Ennemis commencent à
188 LE MERCVRE
fonger à leur Retraite. Noftre Arméeeſt à la portéedu Canon de la leur. On voit tout cequi ſe paſſe dans leur Camp, fans quils puiffent voir ce qui ſe fait dans le noftre. On les
oblige de tirer du Fourrage par leur Pont, noftreCanon les defole. Onpouſſe leur Garde , on leur tuë beaucoup de monde,
&on fait quartier au Baronde Noſtits. Ils prennent toutes les précautions imaginables pour nous cacher leur Retraite. Ils
font d'abord repaſſer leur gros Bagage,& repaffent eux-mémes quelque temps apres à la faveur d'un grand Brouillard qui les empeſche d'eſtre apperceus.
Ondécouvre le matin qu'ils ont abandonné leur Redoute ; &
comme on les voit qui ſe reti- rent encor , favoriſez d'un Ca
GALAN T. 189
non qu'ils ont poſté de l'autre coſte du Rhin , M² de Monclar enfait poſter du fien ,&les oblige par là à ſe retirer avec une précipitation qui eſt cauſe que beaucoup d'entr'eux ſont noyez. Ils nous laiſſent tout les Bateaux du gros bras du Rhin ,
&s'échapent apres avoir brûlé tous ceux qui estoient par delà- 1 Ifle , auffi-bien que quelques piles de Foin , mais nous profi- tons du Fourrage qui eſt dans leur Champ. Les Ennemis ne repaſſent chez eux que pour y
eſtre battus , & c'eſt par ce Combatque finit la Campagne de l'Armée des Cercles , avant
que d'eſtre incorporée à celle du Prince Charles. Le Pont
qu'avoit fait conſtruire le Prin- ced'Eyfenach ne luy ayant fer- vy qu'aſe retirer apres enavoir
190 LE MERCVRE perdu la moitié , Monfieur de Monclar paſſe ſur celuy de Bri- fac , & entre dans le Briſgau.
M.le Marquis de la Valette le joint auſſi-toſt apres avec ſa Bri- gade. leGeneral ennemy en eſt • furpris , &plus encor d'apren- dre queM' le MareſchaldeCréquy fait conſtruire un Pont à
Rhenau pour paſſer le Rhin. II réſout de s'y oppoſer. M. de Monclar qui obferve ſes mou- vemens,envoye M.de Caumont,
Capitaine & major du Regi.. ment de Belport, avecdeux Ef- cadrons , pourſe ſaiſir d'unPaf- ſage. Ils font pouſſez par ſept des Ennemis , &ſe tirent pour- tant d'affaires ſans perdre qu'un ſeul Capitaine. Le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Poſte de Capelqui eſt vis-à-vis de Rhe- nau ,mais il eſt embaraſſé par
GALANT. 191
L
un nouveau General. Il croit
que M. de monclar fonge à ſe faifir d'Offembourg. Cette pen- ſée luy fait diviſer ſes forces. Il y
envoye du monde , & à Fribourg ; & pendant ce temps ,
Monfieur de Créquy ſe rend maiſtre du Poſte que le Prince d'Eyſenach avoit eu deſſein d'occuper. C'eſt ce que beau- coup de Relations n'ont pas aſſez ny marqué , ny éclaircy.
M. de Créquy voulant donner de l'inquietude au Ennemis ,
- laiſſe ſes Ordres à Monfieur le
Comtede Maulevrier - Colbert
- Lieutenant General , pour faire paffer l'Armée ſur le Pont du Rhin,&fait marcher les Briga- - des de la Valete & de Dugas ,
avec les Regimens de Dragons de Liſtenay & de Theſſe, entre Strafbourg & Offembourg. Il
192 LE MERCVRE
s'avance pres de Vilſtet. Il ap- prend que les Ennemis y vien- nent camper , & juge à propos d'y attendre un plus grand CorpsdeTroupes pour paſſerla Riviere devant eux. Il n'a pas le temps de le faire. Un Party lui rapporte que le Prince d'Ey- fenach veut gagner le Fort de Kill , ce qui luy eſt bien-toſt apres confirmé par une grande pouffiere. Il croit qu'il faut ten- ter le Paſſage par des guez,quoy que difficiles, m' le marquis de Genlis fait les Détachemens de
la premiere Colomne , Monfieur le Comte de Roye ceux de la
ſeconde , & M. de monclar ſoûtient ces deux Lignes. м. lе маг- quis de Riverolles ſe met à la
teſte des Gens detachez , paffe l'eau , & tâche d'ébranler les Ennemis. Ils font grand feu fur
luy ,
Y
GALANT. 193 193
4
luy , il retourne à la charge , il eſt bleſſé ,&M. de Monteſquiou Capitainedans ſon Regiment ,
tué. Les Dragons de Liſtenay s'aprochent des hayes , mettent pied à terre , & rendent les abords de la Riviere plus faciles. M'les marquis de Ranes
de Lambert , & de Bouflairs ,
pouffent quelques Troupes , &
apres les premieres eſcarmou- ches , ébranlent les Ennemis ,
qui à la faveurd'une Digue ſe placent aſſez prés des Noſtres.
Monfieur le mareſchal de Créquy fait auſſitôt avancerlesRe- gimensde la Valete, deCayeux,
&de Villars. Le marquis de ce nom , qui en eſt Colonel , ſe met àla teſte des premiersEſca- drons , montre une vigueur ex- traordinaire , & les anime par ſon exemple. IldéfaitunegranTome VIII. I
194 LE MERCVRE deGarde des Ennemis , &pouf- ſe pluſieurs Efcadrons deCui- raffiers. M les marquis deRa- nes , de Lambert , & de Bouflairs , placent les Dragons de Theſſe & de Liſtenay le long de la Digue. Ils font voir une activité ſurprenante , & char- gent les Enriemis avec tant de vigueur&de courage , que les ayant mis en deſordre , ils les auroient entierement défaits ,
ſansl'arrivée de la nuitqui fa- voriſa leur Retraite. Pluſieurs
de leursOfficies furent tuez ,&
ils laiſſferent plus de fix cens Hommesſur la place , ſans plus de fix- vingt Chariots qu'ils abandonnerent. Cette occafion
nenouscouſtapas vingtHom- mes. M. de Roquefeüille Corne- te desGardes de M. le marefchal deCréquy ,&M. deBriail
GALANT. 195 le l'un de ſes Pages , y furent bleſſez , le dernier à la jambe ,
&l'autre au bras d'un coup de Piſtolet qu'il y reçeut. Avant le Combat , M. deGaſſion cher- chantàreconnoiſtre les Ennemis , tomba dans la Colomne de
leur premiere Ligne , &foûtint toute leur Cavalerie qui le pouſſa.Il neperditque fixHom- mes , & s'en eſtant glorieuſe- ment retiré , on peut dire que c'eſt preſque contre toute une Armée qu'il acombatu. On n'a peut-eſtre pas reflechy ſur une choſe qui fait en deux mots I'Eloge de M. le Mareſchal de Créquy. L'Armée de l'Empe- reur eftant venuë juſqu'àMou- zon ,a eſté obligée de s'en re- tourner ſans avoir rien fait ; &
M.de Créquy faitune fi extra- ordinaire diligence , qu'il eſt I ij
196 LE MERCVRE
dans les Terres de l'Empire plûtoſt qu'elle , &bat l'Armée des Cercles avantqu'aucune de ſes Troupes ſoit arrivée. C'eſt
tout ceque peutfaire &la plus ſage conduite ,& la plus exacte prévoyance. Cette déroute fut doublement ſenſible au Prince
deSaxe-Eyfenach. Meſſieurs de Strasbourg qui craignent &
cherchent àménager les Vain- queurs qui ne font pas éloi- nez n'oferent recevoir des
Troupes batuës, &celles- cy fu- rent contraintes de ſe refugier dans une Iſle appellée l'Iſle du Pont de Strasbourg. Elles s'y trouverent fort incommodées.
Elles nepouvoient aller au fou- rage, & elles eſtoient encor ſi épouvantéesdela manieredont elles avoient veu combatre les
François, qu'elles nevouloient
,
GALANT. 197 point fortir de cette Ifle ſans Sauf - conduit. Le ſeul expe- dient que le Prince d'Eyſenach trouva pourſe dégager, fut de prier M'de Strasbourg d'aller enCorps chez le Refident du
Roy, &de l'engager à joindre K
-ſes prieres aux leurs pour obte -nir unPaſſeport de Monfieurle Mareſchal de Créquy. L'ex- pedient eft nouveau , &ne pa- roiſtroit pas croyable dans un Roman. Monfieurdu Pré Réſident de France écrivit. La Lettre fut envoyée par un Trom- pete au nom de la Republique de Strasbourg , & ce qu'onde- mandoit fut accordé. Les François ſont auffi honneſtes que braves , & ne refuſent rien
quand on ſe ſoûmet. Vous avez veu lePaſſeport , il eſt imprimé dans la Gazete. Le lendemain
4
I iij
198 LE MERCVRE
du Combat , Monfieur de Créquy ſçachant que les Ennemis ayoient fait un grand amas de Fourrages dans Vilſtet , crût qu'il eſtoit de conſequence d'envoyer brûler les Magaſins & toutes les Maiſons dans lefquelles il y en avoir. M le Comte de la mothe fut détaché avec trois cens Chevaux
pour faire cette Expédition.
Apres avoir pouffé quelques Troupes qu'il rencontra en chemin , il ſe rendit à Vilſtet & fut fupris de trouver Gar- niſon dans le Chafteau. C'eſt
une Tour de grandes pierres quarrés , & environnées d'un bon Foffe. Il envoya un Trom- pete fommer laGarniſon de ſe rendre , & fur le refus qu'elle en fit, il donna ordre qu'ondiſt au Commandant , que s'il ſe
6
GALANT. 199 défendoit , il le feroit pendre à
la Porte , fans aucun quartier pour les Soldats. Ils voulurent
compofer , &ayant inutilement demandé à fortir avec armes &
bagages, ils ne furét reçeus qu'à difcretion. Il avoit fait mettre
pied àterre à ſes Cavaliers , &
quand ils le virent en reſolution de les attaquer , ils ſe rendirent.
Il envoya la Garniſon à M. de Créquy , fit mettre le feu au Chaſteau , & àtoutes les maіſons oùil y avoit du Fourrage ,
& enſuite aux magaſins de Foin qui estoient fort conſidérables.
C'eſt l'uſage de la Guerre , &
il n'y a point de voye plus prompte pour chaffer un En- nemy , quede luy oſterles mo- yens de fubfifter. Cette raiſon a
obligé Monfieur le mareſchal de Créquy à faire brûler beau I iij
200 LE MERCVRE
coup de Fourrages &de mou- linsen deçadu Rhin , & M. de Monclar a fait la meſme choſe
dans le marquiſat de Bade ,
dans les Bourgs du Briſgau, &
dans tous les Lieux où les Ennemis pouvoient prendre des Quartiers d'Hyver. C'eſt par où il a finy la Campagne , l'Ar- mée qu'il commandoit en Chef ayant eu ordre de ſe joindre à
celle de M. de Créquy , pour n'en plus compoſer qu'une fous le Commandement de се ма
refchal.
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Résumé : Ce qui s'est passé pendant toute la Campagne entre l'Armée du Roy commandée par M. le Baron de Monclar, & celle des Cercles. [titre d'après la table]
Le texte relate la campagne militaire du Baron de Monclar contre l'Armée des Cercles, composée de troupes de divers États allemands. Cette armée, initialement dirigée par le Prince de Bade-Dourlach, est ensuite commandée par le Prince de Saxe-Eyfenach après la mort du premier. L'Armée des Cercles, également appelée Armée de l'Empire ou Armée des Cercles du Haut-Rhin, se dirige vers Strasbourg mais est empêchée de traverser le Rhin par le magistrat local. Après avoir traversé, elle se dirige vers Schelestat mais recule face aux fortifications. Le Prince de Saxe-Eyfenach se rend ensuite à Colmar, où il demande des fonds aux États de Suabe pour subvenir aux besoins de ses troupes. Pendant ce temps, le Baron de Monclar défend efficacement les places françaises, empêchant les ennemis de prendre des châteaux stratégiques comme celui de Sainte-Croix près de Colmar. L'armée des Cercles, après avoir ravagé les environs de Colmar, se retire à Bâle en raison de la maladie du Prince de Saxe-Eyfenach. Les deux armées s'affrontent près de Bâle, avec des escarmouches et des constructions de retranchements. Plusieurs officiers français et allemands se rencontrent à Bâle, mais les combats continuent. Une tentative de trahison par un officier français est déjouée. Les troupes françaises, sous le commandement du Baron de Monclar et du Maréchal de Créquy, harcèlent et battent les ennemis, les forçant à se retirer. Les Français construisent des redoutes et harcèlent les ennemis, les obligeant à se retirer précipitamment et à abandonner leurs positions. Le texte décrit également plusieurs affrontements où les troupes françaises, dirigées par des officiers comme le Marquis de Noailles et le Comte de la Mote, infligent des pertes significatives aux ennemis. La campagne se conclut par la retraite des troupes des Cercles, qui repassent le Rhin en laissant derrière eux des pertes humaines et matérielles. Par ailleurs, l'Armée de l'Empereur, arrivée à Mouzon, dut se retirer sans action notable. Le maréchal de Créquy, par une diligence exceptionnelle, battit l'Armée des Cercles avant l'arrivée de ses propres troupes. Cette défaite fut particulièrement dure pour le Prince de Saxe-Eyfenach. Les habitants de Strasbourg, craignant les vainqueurs, refusèrent d'accueillir les troupes battues, qui se réfugièrent sur l'Île du Pont de Strasbourg, où elles furent très inconfortables et refusèrent de quitter l'île sans sauf-conduit. Le Prince d'Eysenach demanda au représentant de France à Strasbourg d'obtenir un passeport du maréchal de Créquy, ce qui fut accordé. Le lendemain de la bataille, le maréchal de Créquy envoya le comte de la Mothe brûler les magasins de fourrage et les maisons à Vilstet. Après avoir repoussé quelques troupes ennemies, le comte de la Mothe surprit une garnison dans le château de Vilstet. Après une négociation, la garnison se rendit et fut envoyée au maréchal de Créquy. Le château et les magasins de fourrage furent incendiés. Cette stratégie, visant à priver l'ennemi des moyens de subsistance, fut également appliquée par le maréchal de Créquy et le marquis de Monclar dans diverses régions. La campagne se termina par la jonction des armées sous le commandement du maréchal de Créquy.
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374
p. 299-304
Tout ce qui s'est fait en Flandre depuis le Mois dernier. [titre d'après la table]
Début :
Je la quite pour vous entretenir de ce qui s'est [...]
Mots clefs :
Flandre, Longueval, Guerre, Prince d'Orange, Prisonniers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est fait en Flandre depuis le Mois dernier. [titre d'après la table]
Je la quite pour vous entretenirde ce qui s'eſt paffe dans celle de Flandre depuis
ma derniere Lettre. Les Ennemis n'ont fongé qu'à s'y éta- plir une communication libre entre Bruxelles & Mons , & à
faire des Redoutes. Il ne nous
faudra qu'un moment pour de-
GALANT. 201
truire leurs Ouvrages. Qui prend Valenciennes d'affaut ,
&force Cambray àſe rendre ,
forcera des Redoutes quand il voudra. Aufſi les avons - nous
laiſſe faire. Puis qu'ils fongent à ſe defendre, ils ne ſe croyent plus en état de nous attaquer.
Cependant toutes leurs pré- cautions ne les peuvent mettre à couvert de nos entrepriſes.
On a étably des Contribu- tions ; & comme la Guerre a
ſes Loix pour faire payer ceux quionttrop de lenteur à y fa- tisfaire , Monfieur le mareſchal
deHumieres a puny ce retar- dementpar quelques vifites un peu chagrinantes pour les né- gligens. Outre le Camp volant de Monfieur le Baron de Quin- cy il eſtoit accompagné de Meſſieurs de Joyeufe &d'Al
i i
202 LE MERCVRE
bret , qui commandoient de grands Détachemens. Ils ont eſté ſur le bord du Canal de Bruges, où la Chaſtellenie d'Y- pres les envoya prier d'attendre trois jours. M. le marefchal de Humieres paſſa le Canal , affura les Contributions , s'approcha
de, Gand , & revint joindre
Monfieur le Duc de Luxem- bourg. Le Prince d'Orange quita l'Armée , & en laiſſa le Commandement au Comte de
Valdec , qui craignant la fa- mine ,ou du moins voulant faire meilleure chere que les
autres , envoya auffitoftdeman- der des Paſſeports à Monfieur de Luxembourg pour fes Pour- voyeurs. Il ne me reſte plus à
vousparlerque de deux Actions particulieres trop remarqua- bles pour me difpenfer de leur
GALANT. 203 donner les loñanges qui leur font deües. Elles ſont de deux
Parens du meſine nom. La pre- miere eſt de Monfieurle Comte
de Longueval qui commande les Dragons Dauphins. Il fut détaché pour aller dans l'Iſle de Bierutick , à deux lieuës de
Fleſſingue , & ayant paffé à la faveur d'une marée baffe , &
fous la Mouſqueterie d'une Re- douted'un Fort&d'un longParapet qui estoit garny d'Infan- terie, ilymit le feu enplein mi- dy , & ſe retira avec plus de foixante Priſonniers . Quelque hardiequefoit cetteAction, on pouvoit tout attendre d'un
Homme qui a pris le Fort aux Vaches. Ce qui fuit ne vous
paroiſtra pas moins digne d'e- ftre admire , & vous yverrezde lapreſence d'efprit meſlée avec
(
I vj
204 LE MERCVRE
beaucoup de courage. M² de Longueval Capitaine de Ca- valerie , ayant eſté détaché avec cinquante Maiſtres pour quelque Expédition , prit un Guide qui connoiſſoit fi mal les lieux , que s'eſtant égarez ,
ils ſe trouverent au milieu du
Campdes Ennemis,à trente pas dela Tente du Prince de Naffau. M de Longuéval ayant adroitement découvert qu'il n'y eſtoit pas , entra dans la Tente , le demanda, &dit qu'il luy venoit rendre compte d'une Commiſſion dont ill'avoit chargé. Il ajoûta qu'il avoit eu beaucoup de fatigue , & pria qu'on luy fiſt donner quelques rafraichiſſemens. On luy ap- porta des Eauxglacéesde tou- res fortes ,& pendant le repos qu'il feignoit de prendre, il exa-
GALANT. 205 minatous ceux qui estoientdas
la Tente ,& les ayantjugez in- capables de luy refifter , il s'en faiſit , fit prendre tout ce qu'il rencontra de meilleur , & traverſa le Camp Ennemy avec fon butin , &fes Priſonniers.
Cette vigoureuſe Action y mit Falarme , & il s'en apperçeut lors qu'il en fortoit.
ma derniere Lettre. Les Ennemis n'ont fongé qu'à s'y éta- plir une communication libre entre Bruxelles & Mons , & à
faire des Redoutes. Il ne nous
faudra qu'un moment pour de-
GALANT. 201
truire leurs Ouvrages. Qui prend Valenciennes d'affaut ,
&force Cambray àſe rendre ,
forcera des Redoutes quand il voudra. Aufſi les avons - nous
laiſſe faire. Puis qu'ils fongent à ſe defendre, ils ne ſe croyent plus en état de nous attaquer.
Cependant toutes leurs pré- cautions ne les peuvent mettre à couvert de nos entrepriſes.
On a étably des Contribu- tions ; & comme la Guerre a
ſes Loix pour faire payer ceux quionttrop de lenteur à y fa- tisfaire , Monfieur le mareſchal
deHumieres a puny ce retar- dementpar quelques vifites un peu chagrinantes pour les né- gligens. Outre le Camp volant de Monfieur le Baron de Quin- cy il eſtoit accompagné de Meſſieurs de Joyeufe &d'Al
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202 LE MERCVRE
bret , qui commandoient de grands Détachemens. Ils ont eſté ſur le bord du Canal de Bruges, où la Chaſtellenie d'Y- pres les envoya prier d'attendre trois jours. M. le marefchal de Humieres paſſa le Canal , affura les Contributions , s'approcha
de, Gand , & revint joindre
Monfieur le Duc de Luxem- bourg. Le Prince d'Orange quita l'Armée , & en laiſſa le Commandement au Comte de
Valdec , qui craignant la fa- mine ,ou du moins voulant faire meilleure chere que les
autres , envoya auffitoftdeman- der des Paſſeports à Monfieur de Luxembourg pour fes Pour- voyeurs. Il ne me reſte plus à
vousparlerque de deux Actions particulieres trop remarqua- bles pour me difpenfer de leur
GALANT. 203 donner les loñanges qui leur font deües. Elles ſont de deux
Parens du meſine nom. La pre- miere eſt de Monfieurle Comte
de Longueval qui commande les Dragons Dauphins. Il fut détaché pour aller dans l'Iſle de Bierutick , à deux lieuës de
Fleſſingue , & ayant paffé à la faveur d'une marée baffe , &
fous la Mouſqueterie d'une Re- douted'un Fort&d'un longParapet qui estoit garny d'Infan- terie, ilymit le feu enplein mi- dy , & ſe retira avec plus de foixante Priſonniers . Quelque hardiequefoit cetteAction, on pouvoit tout attendre d'un
Homme qui a pris le Fort aux Vaches. Ce qui fuit ne vous
paroiſtra pas moins digne d'e- ftre admire , & vous yverrezde lapreſence d'efprit meſlée avec
(
I vj
204 LE MERCVRE
beaucoup de courage. M² de Longueval Capitaine de Ca- valerie , ayant eſté détaché avec cinquante Maiſtres pour quelque Expédition , prit un Guide qui connoiſſoit fi mal les lieux , que s'eſtant égarez ,
ils ſe trouverent au milieu du
Campdes Ennemis,à trente pas dela Tente du Prince de Naffau. M de Longuéval ayant adroitement découvert qu'il n'y eſtoit pas , entra dans la Tente , le demanda, &dit qu'il luy venoit rendre compte d'une Commiſſion dont ill'avoit chargé. Il ajoûta qu'il avoit eu beaucoup de fatigue , & pria qu'on luy fiſt donner quelques rafraichiſſemens. On luy ap- porta des Eauxglacéesde tou- res fortes ,& pendant le repos qu'il feignoit de prendre, il exa-
GALANT. 205 minatous ceux qui estoientdas
la Tente ,& les ayantjugez in- capables de luy refifter , il s'en faiſit , fit prendre tout ce qu'il rencontra de meilleur , & traverſa le Camp Ennemy avec fon butin , &fes Priſonniers.
Cette vigoureuſe Action y mit Falarme , & il s'en apperçeut lors qu'il en fortoit.
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Résumé : Tout ce qui s'est fait en Flandre depuis le Mois dernier. [titre d'après la table]
Le texte relate les récents événements en Flandre. Les ennemis ont tenté d'établir une communication entre Bruxelles et Mons et de construire des redoutes. Les forces françaises ont choisi de laisser les ennemis se fortifier, sachant qu'elles pourront détruire ces ouvrages facilement. Occupés à se défendre, les ennemis ne peuvent plus attaquer. Les opérations françaises continuent malgré tout. Des contributions ont été établies, et le maréchal de Humieres a puni les retards de paiement par des visites punitives. Accompagné de plusieurs officiers, il a traversé le canal de Bruges, assuré les contributions, approché Gand, et rejoint le duc de Luxembourg. Le prince d'Orange a quitté l'armée, laissant le commandement au comte de Valdec, qui a demandé des passeports pour ses pourvoyeurs. Deux actions remarquables sont mises en avant. Le comte de Longueval, commandant des dragons Dauphins, a capturé plus de soixante prisonniers lors d'une mission dans l'île de Bierutick. Ensuite, en tant que capitaine de cavalerie, il a infiltré le camp ennemi, volé des provisions et capturé des prisonniers après avoir feint de rendre compte d'une commission au prince de Nassau.
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375
p. 304-307
POUR LE ROY.
Début :
Avoüez, Madame, qu'il ne se peut rien voir de / Grand Roy, quels rapides Exploits [...]
Mots clefs :
Danse, Desforges, Victoires, Conquérir
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POUR LE ROY.
peut rien voir de plus hardy;
mais qui n'entreprendroit pas degrandes choſes ſur l'exem- ple d'unRoyqui n'en fait jamais d'extraordinaires ? Si vous
voulez voir ſes Conqueſtes en racourcy ( car on en parle de toutes manieres ) lifez ce Couplet quiaefté fait fur l'Ait d'u- ne Danſe nouvelle dediée à
Madame la Grand Ducheffe
de Florence. On la nomme la
206 LE MERCVRE
Desforges , du nom de celuy qui l'a inventée. Toutes les Perſonnes de qualité qui l'ont veuë dancer en ont eſté fatisfaites. Elles a trois mouvemens
diférens, eftant compoſée de la Courante, du Paffepied , &de la Bourée.
POVR LE ROY.
COURANTE.
CRand Roy, quels rapides Ex- ploits De jour en jour augmentent veftre
gloire?
LaVictoire
Obeït àvos Loix..
PASSE-PIED.
Dansle tempsdes Glaces ,
Conquerir trois Places!
Cefont descoups Quin'estoient dens qu'àvous.
bis
7
bist
১
GALANT. 207 BOUREE.
Et tout l'Univers
Ales yeux ouverts Surun Conquérant
Si grand.
Al'ombre devos Palmes
Tous vosEtatsfont calmes,
Etjamais
LaPaix
Nepeut plus àpropos Couronner un Héros.
bis
bis.
mais qui n'entreprendroit pas degrandes choſes ſur l'exem- ple d'unRoyqui n'en fait jamais d'extraordinaires ? Si vous
voulez voir ſes Conqueſtes en racourcy ( car on en parle de toutes manieres ) lifez ce Couplet quiaefté fait fur l'Ait d'u- ne Danſe nouvelle dediée à
Madame la Grand Ducheffe
de Florence. On la nomme la
206 LE MERCVRE
Desforges , du nom de celuy qui l'a inventée. Toutes les Perſonnes de qualité qui l'ont veuë dancer en ont eſté fatisfaites. Elles a trois mouvemens
diférens, eftant compoſée de la Courante, du Paffepied , &de la Bourée.
POVR LE ROY.
COURANTE.
CRand Roy, quels rapides Ex- ploits De jour en jour augmentent veftre
gloire?
LaVictoire
Obeït àvos Loix..
PASSE-PIED.
Dansle tempsdes Glaces ,
Conquerir trois Places!
Cefont descoups Quin'estoient dens qu'àvous.
bis
7
bist
১
GALANT. 207 BOUREE.
Et tout l'Univers
Ales yeux ouverts Surun Conquérant
Si grand.
Al'ombre devos Palmes
Tous vosEtatsfont calmes,
Etjamais
LaPaix
Nepeut plus àpropos Couronner un Héros.
bis
bis.
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Résumé : POUR LE ROY.
Le texte décrit une nouvelle danse dédiée à Madame la Grand-Duchesse de Florence, nommée 'Desforges' en l'honneur de son inventeur. Cette danse, appréciée par les personnes de qualité, se compose de trois mouvements distincts : la courante, le passe-pied et la bourrée. La courante célèbre les exploits rapides du roi et sa victoire. Le passe-pied évoque les conquêtes réalisées durant les guerres. La bourrée exalte la paix et la tranquillité instaurées par le roi, le présentant comme un héros digne d'être couronné. Le texte inclut également un couplet célébrant les exploits et la gloire croissante du roi.
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376
p. 307-330
Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Début :
Il ne faut pas que le plaisir de la Danse [...]
Mots clefs :
Guerre, Ennemis, Troupes, Gardes, Escadrons, Armée, Mr de Monclar, Maréchal de Créquy, Camp, Rhin, Prince Charles, Distinguer, Action, Généraux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Il ne faut pas que le plaifir de la Danſe nous faffle renoncer à la Guerre. Retournons
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
aux bords du Rhin. Nous y
avons laiſſe Mr le Mareſchalde
Créquy vainqueur du Prince d'Eyſenach , qui ne peut trou ver moyen de fortir de l'Iſle où it s'eft caché apres avoir efté batu , qu'en faiſant demander un Paffeport. Il luy eſtaccor- dé,mais il a hontedes'en fervir, &cependant il en tire fa
108 LE MERCVRE
ſeûreté malgré luy , puis qu'il eft cauſe qu'on s'éloigne fans l'attaquer, &qu'il a le temps d'attendre l'Armée du Prince
Charles pour le dégager. Ce Prince paſſe enfin à Philif- bourg, &vient ouvrir un paf- fage au reſte des Troupes trem- blantes du Prince de Saxe , qui croyent toûjours voir des François. Ils ſe joignent. Ce n'eſt pas tout ,&ce que je vay vous dire vous ſurprendra. On ne l'a point ſçeu , ou du moins on n'en a point parlé. L'Empire & l'Eſpagne au deſeſpoir de voir toute une Campagne per- duë, &que tant de Troupes ayent péry fans avoirofé tenter aucune entrepriſe,prennent de grandesmeſures pour en rendre La fin glorieuſe , & furprendre les François, comme fi leRoy,
GALANT. 209
ſes Miniftres, & ſes Generaux,
eſtoient capables de manquer de prévoyance , & ne pené- troient pas leurs deſſeins. Le Miniſtre d'Eſpagne qui eſt dans l'Armée du PrinceCharles pour luy ſervir de Conſeil , &répon- drede ſa conduite, uſe de toutes les précautions poffibles pour fournir ou faire fournir à
ſes beſoins. Il luy fait tirer de Vienne, de Ratisbonne , & de
toute l'Allemagne , des ſecours d'argent , de proviſions , & de monde. Il groffit ſon Armée des Garniſons &des Milices de
l'Alface , du Briſgau , du Palatinat,&de Philifbourg. Vorms,
Spire , & Treves , le ſecourent auffi de leur coſté.Ainfi fortifié
de Troupes , appuyé de Con- feil, rafraiſchy,& ne manquant point d'argent , il affure la Mai
210 LE MERCVRE
fon d'Auſtriche qu'il prendra Scheleftat cette Campagne ,
batra les François , & fera le Blocus de Brifac. Avectous ces
avantages diférens ', il a encor la liberté de paſſer ſur le Pont de Strasbourg. Il ypaſſe. Mon- ſieur de Créquy plus diligent que ce Prince, ſe trouve de l'autre coſté avant luy , for- tifié des ſeules Troupes que commandoit Mr de Monclar.
Il en envoye quelques - unes pour ſe ſaiſir du Chaſteau de
Kokberg , qui eſt une vieille
Mafure,maisuntres-bonPoſte.
Ces Troupes occuperent en meſme temps les autres Poſtes des environs. Ellesy arriverent quelques heures avant les Ennemis qui marchoient dans le mefme deffein. Ils avoient envoyé leurs meilleures Troupes
GALAN T. 211
de Cavalerie , qui eftoient des
vieux Regimens de l'Empire &
des Creates.Cinquante Gardes
du Roy qui s'eſtoient avancez pour tâcher à découvrir leur marche, furent rencontrez d'un fort gros Eſcadron , qu'il char- gerent avec autant de réſolu- tion que fi leurs forces avoient efté égales. L'Exempt qui les commandoit fut tué. LesGardes s'opiniâtrerent à le retirer,
& le remporterent apres avoir vange ſa mort fur un grand nombred'Ennemis qui leur laif- ferent quelques Cuiraffes &des Sacs de Grain. Les Ennemis
firentenfuite quelques mouve- mens pour ſurprendre M. de Créquy. Il penetraleur deſſein,
&ne les voulant point laiffer paſſer du coſté de Saverne , il eut la prévoyance d'aller choi
212 LE MERCVRE
il eut la prévoyance d'aller choiſir unterrain propre pour mettre ſon Armée en bataille;
&apres avoir laiſſé dans le Vil- lage qui estoit à la gauché de noftre Camp , trois Bataillons commandez par M. de Feuquieres, &trois cens Hommescommandez par Monfieur deRef- nel, il fit décamper, rangealuy- meſme fon Armée en bataille
àmeſure qu'elle avancoit , &
mit des Troupes dans les Villages des environs , qui ſe re- trancherent , &qui auroient ar- reſté longtemps les Ennemis s'ils euſſent voulu donner une
Bataille generale. M. deVaube- cour Capitaine des Chevaux
Legers; revint,& ramena vingt- fept Chevaux , & douze Cui- raffiers pris à l'Arrieregarde des Ennemis , qui parurent ſur une
5
GALAN T. 213
Hauteur preſque vis-à-vis de Kokberg, où ils mirentdesDra- gons. On detacha vingt Cara- biniers des Gardesdu Roy , qui firent teſte aux petites Troupes qui s'étoient avancées.lls furent ſoûtenus par un Eſcadronde la grand'Garde , &par les Gardes ordinaires , qui eſtant montez ſur la Hauteur , chargerent les Ennemis , qui s'approcherent ,
&les poufferent affez loing à la veuë du Prince Charles. Un
Rendu afſura qu'il avoit empef- ché que ſes Gens ne retournaf- ſent à la charge. M. de Soulffe qui avoit fait avancer pluſieurs Troupes par derriere , chargea les Noftres ,&leur fit deſcen- dre la Hauteur. Mrs de Choiſeüil&de Renty qui étoientde jour , ayant fait avancer deux Eſcadrons de la Brigade de la
214 LE MERCVRE Valete , pour ſoûtenir leurDé- tachement , firent remonter les
Carabiniers & les Gardes ordinaire , qui reprirent leur pre- mier Poſte , & quand tout fut biendiſpoſé , ils chargerent l'un & l'autre par l'ordre de Mon- ſieur le Marefchal de Créquy.
Cette charge fut vigoureuſe.
On repouſſa les Ennemis fort loin , &l'on ſe tint longtemps en preſence. Monfieur le Ma- reſchal qui vit arriver beaucoup d'Eſcadrons aux Ennemis , envoya ordre à la Brigade des Gardes du Corps du Roy de monter ſur la Hauteur avec
toute la Brigade de la Valete.
Ellesſe mirent ſurdeuxLignes,
ayant deux Efcadrons de Dra- gons à leur droite. La Brigade des Gardes du Roy foûtint avec une fermeté incroyable untres
GALANT. 215 grand nombre de Cavalerie.
Elle ſe meſla , & entra l'Epée à
la main dans tous les Eſcadrons
avancez.Ce fut en ce tempsque łaCompagniedes Chevaux-Le- gers s'eſtant ſeparée en deux ,
chargea&tailla enpieces deux gros Eſcadrons. Lagauche des Ennemis plia. La droite en fit de meſme, & leur trenteEfca- drons furent mis en deſordre ,
& pouffez juſque dans leur Camp. M. deCréquy fit fonner la Retraite , mais ce ne fut que pour remettre nos Eſcadrons en
Bataille. Ce ſoin fut inutile. Les
Ennemis n'oferent revenir à la
charge , & firent ſeulement avancerdu Canon fur les ſept heures du foir pour dépoſter nos Gardes ordinaires qui eſtoiet demeurez ſur la Hauteur.
Ontiraquelquescoupsfansnul
,
216 LE MERCVRE
effet ; &voyant que nos Trou- pes ne s'ébranloient point , ils fe retirerent avec leur Canon.
Comme la nuit approchoit , M. leMarefchal fit auſſi retirer les
Troupes qui estoient en batail- le, & les renvoya dans leurs Poſtes. Elles paſſerent la nuit auBiovac. Onvit dans ce momentles Ennemis étendredeux
Lignes de Cavalerie à la portée denoftregros Canon. Ils s'éloi- gnerent à la pointe dujour. Sur Ieshuit heures, Mr le Maréchal
fit avancer quatre Pieces de Canonàcinqcens pas de Kok- berg,pour faire retirer lesEſca- drons des Ennemis qui estoient
poſtez ſur une Hauteur ; &
M. le Marquis de la Freſeliere les pointa ſi juſte , qu'illes força à la retraite , & tua pluſieurs Cavaliers. Le Colonel Mortagne
GALANT. 217
tagneen fut tué à la teſtede ſon Batail- lon. Voilà tout ce qui s'eſt paſſe à la grande Affaire de Korberg le jour qui l'a précedé &le lendemain. J'ay fait une Liſte de trente ou quarante Noms
des principauxAllemans qui ont efte tuez oubleſſez , que je vous envoye- raylapremiere fois , fi vous m'aſſurez que la rudeſſe de leur prononciation nepeut rien avoir qui vous effarouche.
Je vous diray en attendant , qu'on ga- gne ſouvent des Batailles , ſans queles avantages en ſoient plus grands que ceux que cette occafion nous a fait avoir. Des Timbales , des Etendarts,
desPriſonniers de confideration , celuy qui commandoittué, pluſieurs bleffez,
&ce qui eſt ſurprenant , aucun des Noſtres au pouvoir des Ennemis. La
plûpart avoient des Cuiraffes , &il eſt àcroire que ſans cela il en ſeroit peu reſté. Iamais on n'a fait voir tantde valeur , &jamais tant deGens neſe ſont fignalez dans une meſme occafion. Ils meritent de grandes loüanges , & je puis leur endonner qui n'auront rien de ſuſpect. Elles ſont de leur General.
Tome VIII K
218 LE MERCVRE
CegrandCapitaine avoulurendreju- ſtice àleur valeur , & fa modeſtie a
eſté telle ,que quoyqu'il ait eſté l'ame de tout , il n'a parlé que de ce qu'ils ontfait. Voicy enquels termesil écrit &desBraves &desCorps qui fe font fignalez.
M. de S.Eſteſve s'y conduifit en bon brave Chevau Leger. M. Bastiment fit auffi parfaitement , & M. Marin fut affez beureux pourfaireunecharge fi à propos , qu'elle contribua beaucoир aufuccés de l'Action. M. dela Serre de Neufchelle firentbien temanége deGensquisçaventse conduire parfai.
tement &M. de la Fitte avec l'altivité qu'on luy connoiſt , ſe porta par tout avec beaucoup de vigueur &de conduite ; mais lors que lameſlée estoit plusforte,&quele General Major Haran marchoit pour prendre enflanc nos Troupes qui estoient attachées au Combat ,M. deBuzanvalqui comman- doit les Gens-d'armes , M. de Nonan
faisant les fonctions de Brigadier ce jour-là , & M. de Valbelle &de Va lancé,avec les Chevaux-Legers , fi-
GALAΝΤ. 219 rent une charge d'autantplus admira- ble ,qu'ellefut opiniatrée &menée avec toute lavigueurpoſſible. Les Chevaux Legers de laGardeſeſurpaſſerent , &
je croyquedepuis long-temps on n'a ven une Action faite avec tant de vigueur tant d'ordre. 3
Dansunautreendroit parlantdel'a- &ion de cette grande Journée , il ajoû- te, &à laquelle Monsieurde Vendof- me,& Monsieur le Comte de Schom- bergſeſont trouvez , donnant par leur exempleune grande chaleur au Combat.
M. le Chevalier d'Estrades àqui j'a- vois ordonné de prendre les Gardes or- dinaires,les mena avec une vigueurin- concevable. Le fuis obligé de faire re- marquerauRoy la valeur de la Brigade de la Falete , & de fon Regiment en particulier anffi-bien que de celuy de M. de Cayeux , &fingulierement ce qu'a fait M. de Villars dans le cours
decetteAction. Il fut avec ſon Regi- ment souvent meſté avecles Ennemis,
&toûjours avec l'avantage qui estdeû àsa valeur & àſa conduite. M. de Choifewil dans tout ecCombat amerité
Kij
220 LE MERCVRE
eaubcoup de loüanges , &que Sa Ма- jesté luy sçache bongré de son zele &
defon application en tout rencontre.
Il marque encor dans un autre en- droit , que M. de Choiſeüil & M. de Renty, menerent cette Affaire avec beaucoup de vigueur &de capacité.
Si leGeneral eſt content de tous ces
Braves , ils ont bien ſujetde l'eſtre de luy. On combat pour la gloire , &en leur rendant à chacun celle qui leur eſt deuë , il fait que la loüange de l'un eſt diférente de celle de l'autre , en ſorte
qu'elle ſe donne toute à la maniere donton s'eſt diſtingué ,ſans qu'il y ait rien de general. Mais s'il a renduju- ſticeaux autres, on apris ſoinde repa- rer l'injuſtice qu'il s'eſt faite , en ne diſant riendeluy. Voicy de quellema- niere enparle la Relation d'un Officier General , qui a autant de cœur &de conduite , que d'intelligence dans le Meſtier de laGuerre..
Ie n'ose rien dire de Monsieur le
Mareschal , parce que je peindrois mal Sa Valeur&Sa capacité; maisles ordres qu'il a donnez à son ordinaire , &la
GALANT. 22-1
diſpoſition qu'il apporta,fit le gain de ce grand chaud Combat , &je puis dire avec tous les Témoins de cette
Action, qu'il ne faloit pas moins qu'un Homme comme luy pour la mener à une,
fin glorieuse.
Vousvoyez , Madame , que toutes ces loüanges ne ſont point de moy;
mais quand par modeſtie Monfieur le Mareſchal de Créquy oublie M. le Marquis fon Fils, je dois vous dire qu'il eutunChevalbleſſé fous luy,&
qu'il fit par ſa valeur &par ſa conduite des choſes fort au dela de ce qu'on
pouvoit attendre d'un jeune Guerrier dequinze ans , car il rallia des Trou- pes,& les temena au Combat avec beaucoup de fermeté. M. le Marquis dela Ferté fit paroiſtre un courage di- gne de luy ; & à la maniere dont il ſe fignala , on auroit deviné ſans le con- noiſtre ,de quel ſang il eſt ſorty. M. leMarquis de Luzerne fit des merveil- les. Son Cheval fut bleſſé , & il eut
cinqcoups dans ſes Habits. M.leCom- te de Schomberg dont j'ay déja parlé.
en receutun dans ſes Armes. M.le
Kiij
222 LE MERCVRE
Marquis de Neſle ſe fit fort diftinguer,
auſſi-bien que M. le MarquisdeMon- teffon&M. de Boleſme. Ce furent M.s
de Valbelle &deBérange, qui firent cettebelle Action de ſéparer les Che- vaux Legers en deux Troupes pour s'oppoſer à deux Escadrons , ce qui contribua fort au gain de cette Jour- née. M. Marin que je vous ay déja nommé, avec ſon Eſcadron desGardes du Corps , en batit un de Cuiraf- fiers , &deux deMontecuculi. Il eut
deuxEtendarts ,&avoit pris unTimbalier, mais le Cheval du Timbalier
ayant eſté tué , il fut contraint d'abandonner les Timbales. Un Garde de ſa
Brigade prit leGeneralMajordelaCa- valerie de l'Empereur, &un autre le Lieutenant Colonel de Montecuculi,
fort conſidérable dans l'Armée , puis
qu'ilrecevoit les Ordres de ceGrand
Generalqu'il donnoit au Prince Char- les. Dans mapremiere Lettreje feray àmon ordinaire , & vous parleray en peu delignes de la Maiſon &du meri- te particulier de chacundes Braves qui ſe ſont faits remarquer. L'oubliois
GALANT. 123 vous dire que Monfieur de Saint Eſteſve fut undes premiers qui fit pa- roiſtre l'impatience qu'ilavoit de combatre, en courant reconnoiſtre les Ennemis , fuivy de M. de la Meſſiliere
Cadet dans les Gardes , qui eut ſon
Cheval bleffé. Il eſt de la Compagnie deNoailles , &l'on ne peut rien ajoû- terà ce qu'elle afait. Nous pouvons dire que nous n'avons rien perdu dans cette grande Action , ſi on compare noftre perte à celle des Ennemis. M. deHaubourg&de Dunefort Exempts,
onteſté tuez; & Mrs de S. Vians,Montaſeau & Guillon , auſſi Exempts ,
b'effez. M. de Valencél'a eſté pareillement.
Quoyque je vous ayedéja nommé Mrle Duc de Vendoſme parmy les Braves , ce ſeroit luy faire tort que de ne vous en rien dire de plus. Iln'eſt pas des Amis du Prince Charles qui s'eſt plaint hautement de luy , mais cesplaintes font les plus grādes loüan- gesque nous luy puiſſions donner ,
puis qu'il avoue que ce jeune Prince a beaucoup contribué à luy dérober la
King
224 LE MERCVRE Victoire qu'il s'eſtoit promiſe par toutes les raiſons que j'aymarquées.
Il eſt certain qu'on ne peutaffez ad mirer l'intrepiditéde M.de Vendoſme.
Voyantdeux de nos Eſcadrons pouf- ſez par cinqdes Ennemis , il y courut à toute bride l'Epée àlamain, les ral lia , ſe mit à leur teſte avec les Officiers,&poufla & vivement les Trou- pesoppoſées, qu'elles furent contraintes d'abandonner le Comte de Naſſau
&d'autres Commandans,qui onttous eſté pris ou tuez. Cette Action ſe fit enpreſencedepluſieurs Officiers Ge- neraux &de M. le Mareſchal de Créquy meſme , qui furent ſurpris de le voir revenir fans eſtre bleſſe , quoy qu'iln'euſtiny Cuiraffe ny Pot en te- ſte. Ils luy firent un Compliment dea &à ſa Perſonne &àſon merite , &le prierent en meſme temps de ne vou- Loir plus s'expoſer de la forte, pour ne pasmépriſer tout--à-fait les faveurs du Ciel.
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Résumé : Tout ce qui s'est passé à la Iournée de Kokberg, avec les Noms de tous ceux qui s'y sont signalez, & leurs actions les plus remarquables. [titre d'après la table]
Le texte décrit des événements militaires autour du Rhin, impliquant les forces françaises et leurs adversaires. Le maréchal de Créquy, après sa victoire sur le prince d'Eysenach, est laissé en poste près du Rhin. Le prince d'Eysenach, réfugié sur une île, obtient un passeport mais hésite à l'utiliser, ce qui lui assure une sécurité relative. Pendant ce temps, le prince Charles rejoint les troupes du prince de Saxe à Philippsbourg. L'Empire et l'Espagne, désespérés par la campagne perdue, prennent des mesures pour renforcer leurs troupes. Le ministre d'Espagne, conseillant le prince Charles, organise des secours en argent, provisions et renforts de diverses régions allemandes. Le maréchal de Créquy, diligent, se prépare à défendre la région. Il occupe des postes stratégiques, dont le château de Kokberg. Les Gardes du Roi affrontent un escadron ennemi, subissant des pertes mais réussissant à récupérer leur commandant tué. Créquy dispose ses troupes en bataille et repousse plusieurs attaques ennemies. Les Français, bien organisés et déterminés, repoussent les assauts ennemis et maintiennent leurs positions. La bataille de Kokberg se solde par une victoire française, avec des pertes ennemies significatives et aucun prisonnier français. Le maréchal de Créquy et plusieurs officiers sont loués pour leur bravoure et leur conduite stratégique. Le texte mentionne également la valeur des jeunes officiers, comme le fils du maréchal de Créquy, et d'autres nobles qui se sont distingués par leur courage. Parallèlement, le texte relate une action militaire impliquant la Compagnie de Noailles, qui a réussi à minimiser ses pertes par rapport à celles des ennemis. Parmi les pertes notables, on compte la mort de plusieurs exempts, dont M. de Haubourg, de Dunefort, de S. Vians, Montaseau, Guillon et M. de Valencé. Le Duc de Vendosme est particulièrement mis en avant pour son courage. Bien que le Prince Charles ait critiqué le Duc, ses plaintes sont interprétées comme des éloges, reconnaissant la contribution du Duc à la victoire. Le Duc de Vendosme a montré une grande intrépidité en chargeant des escadrons ennemis, ralliant les troupes et forçant les opposants à battre en retraite. Cette action a eu lieu sous les yeux de plusieurs officiers généraux et du Maréchal de Créquy, qui ont salué son courage et l'ont prié de ne plus s'exposer autant.
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377
p. 330
« Je pourrois encor vous dire quelque chose de ce qui [...] »
Début :
Je pourrois encor vous dire quelque chose de ce qui [...]
Mots clefs :
Lettre, Énigme, Spirituelles amies
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texteReconnaissance textuelle : « Je pourrois encor vous dire quelque chose de ce qui [...] »
le pourrois encor vous dire quel- que choſe de ce qui s'eſt paffédepuis le Combat , mais l'endroit eſt beau
pour finir , vous ſçaurez le reſte une
2
GALANT 225 autre fois. Ie reſerve auſſi à vous par- ler du merite de ceux à qui le Roy a
donné depuis peu des Eveſchez &des Abbayes. Mais quelque preffé que jeſois de fermer ma Lettre , vous ne me pardonneriez pas lije nevous en- voyois une Enigme pour vos fpiri- tuelles Amies. Celle que vous allez lire aeſté faite exprés pour elles , &
doit les embarraffer , par une raiſon que je vous diray quand nous parle- ronsduMot. Elle est d'une Perſonne
du premier Rang.
pour finir , vous ſçaurez le reſte une
2
GALANT 225 autre fois. Ie reſerve auſſi à vous par- ler du merite de ceux à qui le Roy a
donné depuis peu des Eveſchez &des Abbayes. Mais quelque preffé que jeſois de fermer ma Lettre , vous ne me pardonneriez pas lije nevous en- voyois une Enigme pour vos fpiri- tuelles Amies. Celle que vous allez lire aeſté faite exprés pour elles , &
doit les embarraffer , par une raiſon que je vous diray quand nous parle- ronsduMot. Elle est d'une Perſonne
du premier Rang.
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Résumé : « Je pourrois encor vous dire quelque chose de ce qui [...] »
Dans une lettre, l'auteur évoque la beauté d'un lieu après un combat et promet des détails ultérieurs. Il mentionne des nominations ecclésiastiques par le roi. Il partage également une énigme destinée à des amies spirituelles, créée par une personne de haut rang, et explique qu'il en révélera la raison plus tard.
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378
p. 331
ENIGME.
Début :
Ie suis dans le travail sans estre en exercice, [...]
Mots clefs :
Lettre V
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGME.
le travail fans estre en Jesuis exercice dans,le
Toûjours dans les vertus , &ne fors point duvice ;
Onme trouve au Barreau fans entrer
au Palais,
Fort avant dans la Cour &parmy les
Valets..
Jem'érige en Vaillant , puis on mevoit
enfuite.. Iévis en étourdy ſans manquerdeconduite.. Kv
€
226 LE MERCVRE
En Voleur ,puis en Pauvre on mevoit pluſieursfois ,
Le ſuis toûjours en Gaule &ne fuis point François.
Lenesuispointen perte &toûjours en
ruine ,
Etje fais le Devin ſans que l'on me devine
le travail fans estre en Jesuis exercice dans,le
Toûjours dans les vertus , &ne fors point duvice ;
Onme trouve au Barreau fans entrer
au Palais,
Fort avant dans la Cour &parmy les
Valets..
Jem'érige en Vaillant , puis on mevoit
enfuite.. Iévis en étourdy ſans manquerdeconduite.. Kv
€
226 LE MERCVRE
En Voleur ,puis en Pauvre on mevoit pluſieursfois ,
Le ſuis toûjours en Gaule &ne fuis point François.
Lenesuispointen perte &toûjours en
ruine ,
Etje fais le Devin ſans que l'on me devine
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379
p. 335-336
Mort de Monsieur Daligre, Chancelier & Garde des Sceaux de France. [titre d'après la table]
Début :
Quelle que soit la puissance de ce Dieu, il a [...]
Mots clefs :
M. d'Aligre, Honneurs funèbres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mort de Monsieur Daligre, Chancelier & Garde des Sceaux de France. [titre d'après la table]
Quelle que ſoit la puiſſance de ce Dieu , il a trouvé des cœurs qui n'ont jamais reconnu ſon empire. Iln'en eft pasdemémede la Mort,elle triomphe toſt ou tard, &vient de nous ravir M.
d'Aligre àquatre- vingt cinq ans.Tout ſe prépare pour rendre les honneurs funebres deûs à ſa mémoire ; &quand ceux qui ont pris le ſoin d'y faire fon Eloge s'en feront acquitez , je vous apprendray àmon tour ce que je ſçay de cet Illuſtre Défunt.
d'Aligre àquatre- vingt cinq ans.Tout ſe prépare pour rendre les honneurs funebres deûs à ſa mémoire ; &quand ceux qui ont pris le ſoin d'y faire fon Eloge s'en feront acquitez , je vous apprendray àmon tour ce que je ſçay de cet Illuſtre Défunt.
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380
p. 336-341
Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Début :
Cependant je ne puis m'empescher de parler de Monsieur [...]
Mots clefs :
Monsieur Le Tellier, Ministre, Charge, Chancelier, Garde des sceaux, Mérite
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Cependant je ne puism'empécher de parler de M. le Tellier, pour apprendre da bonneheu- re à la France les avantages qu'elle doit tirer du choix que Sa Majefté.
vient de faire de ce Miniſtre pour la Charge de Chancelier &Garde des Sceaux de France. Me le Tellier, apres avoir paſſe pluſieurs années dans les Charges de Procureur du Roy au Chaſtelet &de Conſeiller au Grand
Conſeil , où il eut pluſieurs Commif
130 LE MERCVRE fions importantes, fut fait Maiſtre des Requeſtes , &en ſuite Intendant du Roy dans ſon Armée en Piémont,
puis ſon Amabaſſadeur aupres de Leurs Alteſſes Royales de Savoye ;
d'où eſtant revenu ,la Cour eftant per- fuadéedeſon merite par les Services importans qu'il avoit rendus à la Cou- ronne dans ces diférens Emplois,il fut choiſypar la ReyneMeredu Roypen- dant ſa Régence , pour eftre l'un des Secretaires d'Etat. Le Département de laGuerre luy eſtant échû, il ſervitdans cette Charge d'une maniere ſi utile à
l'Etat , & fi agreable aux Gens de Guerre , qu'on luy remit bientoſt le foindetoutes les Affaires qui la regar- doient. Il entra quelque temps apres dans le Conſeil enqualitéde Miniſtre.
Sa prudence y atoûjours paru ,& fon zele y a toûjours éclaté pour le Servi ce duRoy. Il a ſervy ce Prince pens dant les temps les plus difficiles ,avec une fidelité à l'épreuve de toutes cho- fes;&lamaniere dont il a veſcu avec
ceux qui s'écartoientde ce qu'ils de voient à leur Souverain ,leur a tou
GALANT. 213.F
B
F
1
jours fait appréhender ſes remontran- ées,& lors qu'ils ont voulu rentrer dans leur devoir, ils ont tenté pluſieurs foisd'obtenir leur pardon pat fon mo- yen ,ne connoiffant perſonne en qui l'on pût mettre plus ſeûrement en dé- poſt ſon honneur&ſa vie. De fi gran- des qualitez luy ontacquisenpluſieurs temps de grands honneurs , & luy avoient donné la confidence entiere de
la Reyne Mere ,dont il a reçeu des marques éclatantes par ſonTeftament &par les dernieres actions de ſa vie.. Tantde choſes avantageuſes luy ont attiréune conſidération particuliere du Grand Prince qu'il ſert aujourd'huy.
Onatoûjours admiréen luy une mo- dération ſans exemple, quela Fortune &les Honneurs n'ont jamais pu cor rompre ; mais parmy ces avantages il doit compter celuy d'avoir un Fils qui fert ſi bien & le Roy & l'Etat. Ie ne m'étendray point davantage ſur les grandesqualitez de ces deuxMiniſtres,
ils font tous deux imcomparables, &je dirayſeulement encorune fois ce que toute laTerre doit publier avec moys
232 LE MERCVRE CeChancelierchoiſy par le plusgrand des Roys pour remplir la premiere Chargede ſon Royaume , adonné un Homme à SaMajesté qui ſçait parfai- tement executer toutes les volontez de
cepuiſſantMonarque,&qui faitreüif- firdes chofer quin'ont jamais eſté me- ditées que par un ſi grand Roy , ny executées que par un ſi grandMini- Are.
ALyon ce 6. Novembre 1677.
vient de faire de ce Miniſtre pour la Charge de Chancelier &Garde des Sceaux de France. Me le Tellier, apres avoir paſſe pluſieurs années dans les Charges de Procureur du Roy au Chaſtelet &de Conſeiller au Grand
Conſeil , où il eut pluſieurs Commif
130 LE MERCVRE fions importantes, fut fait Maiſtre des Requeſtes , &en ſuite Intendant du Roy dans ſon Armée en Piémont,
puis ſon Amabaſſadeur aupres de Leurs Alteſſes Royales de Savoye ;
d'où eſtant revenu ,la Cour eftant per- fuadéedeſon merite par les Services importans qu'il avoit rendus à la Cou- ronne dans ces diférens Emplois,il fut choiſypar la ReyneMeredu Roypen- dant ſa Régence , pour eftre l'un des Secretaires d'Etat. Le Département de laGuerre luy eſtant échû, il ſervitdans cette Charge d'une maniere ſi utile à
l'Etat , & fi agreable aux Gens de Guerre , qu'on luy remit bientoſt le foindetoutes les Affaires qui la regar- doient. Il entra quelque temps apres dans le Conſeil enqualitéde Miniſtre.
Sa prudence y atoûjours paru ,& fon zele y a toûjours éclaté pour le Servi ce duRoy. Il a ſervy ce Prince pens dant les temps les plus difficiles ,avec une fidelité à l'épreuve de toutes cho- fes;&lamaniere dont il a veſcu avec
ceux qui s'écartoientde ce qu'ils de voient à leur Souverain ,leur a tou
GALANT. 213.F
B
F
1
jours fait appréhender ſes remontran- ées,& lors qu'ils ont voulu rentrer dans leur devoir, ils ont tenté pluſieurs foisd'obtenir leur pardon pat fon mo- yen ,ne connoiffant perſonne en qui l'on pût mettre plus ſeûrement en dé- poſt ſon honneur&ſa vie. De fi gran- des qualitez luy ontacquisenpluſieurs temps de grands honneurs , & luy avoient donné la confidence entiere de
la Reyne Mere ,dont il a reçeu des marques éclatantes par ſonTeftament &par les dernieres actions de ſa vie.. Tantde choſes avantageuſes luy ont attiréune conſidération particuliere du Grand Prince qu'il ſert aujourd'huy.
Onatoûjours admiréen luy une mo- dération ſans exemple, quela Fortune &les Honneurs n'ont jamais pu cor rompre ; mais parmy ces avantages il doit compter celuy d'avoir un Fils qui fert ſi bien & le Roy & l'Etat. Ie ne m'étendray point davantage ſur les grandesqualitez de ces deuxMiniſtres,
ils font tous deux imcomparables, &je dirayſeulement encorune fois ce que toute laTerre doit publier avec moys
232 LE MERCVRE CeChancelierchoiſy par le plusgrand des Roys pour remplir la premiere Chargede ſon Royaume , adonné un Homme à SaMajesté qui ſçait parfai- tement executer toutes les volontez de
cepuiſſantMonarque,&qui faitreüif- firdes chofer quin'ont jamais eſté me- ditées que par un ſi grand Roy , ny executées que par un ſi grandMini- Are.
ALyon ce 6. Novembre 1677.
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Résumé : Le Roy donne la mesme Charge à Monsieur le Tellier. [titre d'après la table]
Le texte relate la nomination de Michel Le Tellier au poste de Chancelier et Garde des Sceaux de France par le Roi. Le Tellier a occupé plusieurs fonctions prestigieuses, telles que Procureur du Roi au Châtelet, Conseiller au Grand Conseil, Maître des Requêtes, Intendant de l'Armée en Piémont et Ambassadeur auprès des Altesses Royales de Savoie. Il a ensuite été choisi par la Reine Mère pour devenir Secrétaire d'État, où il a dirigé le Département de la Guerre avec succès. Sa prudence et son dévouement au service du Roi ont été reconnus, même dans les périodes difficiles. Sa réputation d'intégrité et de loyauté lui a valu la confiance de la Reine Mère et du Roi. Le Tellier est décrit comme un homme capable d'exécuter parfaitement les volontés du monarque. Le document souligne également les qualités exceptionnelles de son fils, qui sert également le Roi et l'État. Le texte est daté du 6 novembre 1677.
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381
p. 341
« On donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier [...] »
Début :
On donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier [...]
Mots clefs :
Tome, Distribuer
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texteReconnaissance textuelle : « On donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier [...] »
cutf retardement. Il fe diftribuëra toû*
O
N donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois sans aucun retardement. Il se distribuera
toujours en blanc chez le Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire, Rue S.Jacques,
à rentrée de la Rue du Plaftre. Et au
Palais, où on le vendra vingt fols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin—
O
N donnera un Tome du Nouveau Mercure Galant, le premier jour de chaque Mois sans aucun retardement. Il se distribuera
toujours en blanc chez le Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire, Rue S.Jacques,
à rentrée de la Rue du Plaftre. Et au
Palais, où on le vendra vingt fols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin—
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382
s. p.
AVIS.
Début :
Je prie ceux qui m'ont fait la grace de [...]
Mots clefs :
Envoyer, Recevoir, Exemplaires contrefaits
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
B prie ceux qui m'ont fait la grace de m'envoyer desHiſtorietes , desVers , &
d'autres Pieces Galantes , de ne ſe point impatienter s'ils ne les trouvent pas dans ceVolume. Comme j'en reçois detous cô- tez , il m'eſt impoſſible de mettre toutdans lemeſme temps , &je fuis obligéde préfe- rer cequi a le plus de rapport aux nouevl- lesdu Moisdans lequel j'écris ; mais enfin tout le monde aura fontour , &je n'ofte- ray àperfonne lagloire qu'on doit atten- dredes agreables choles qu'on me donne pourembellir le Mercure.
Ceux qui l'acheteront , doivent prendre garde qu'il ne ſoit pas d'une Impreffion contrefaite. On l'imprime dans pluſieurs VillehorsduRoyaume,ſur tout à Nimégue &à Bruxelles , & l'on envoye des Exem- plaires contrefaits dans quelques Provin- cesde France. Us ſont remplis de quantité defautes , comme le ſont ordinairement tous les Livres que l'on contrefait avec précipitation.Maisce n'eſt pas le ſeuldefaut qu'ils ayent ; &fi l'on prend la peine de les examiner , on les trouvera moinsamples que les veritables , parce que les Etrangers ſupriment la plus grandepartiede cequi eſt defavantageux à leur Nation , &glorieux à
laFrance
B prie ceux qui m'ont fait la grace de m'envoyer desHiſtorietes , desVers , &
d'autres Pieces Galantes , de ne ſe point impatienter s'ils ne les trouvent pas dans ceVolume. Comme j'en reçois detous cô- tez , il m'eſt impoſſible de mettre toutdans lemeſme temps , &je fuis obligéde préfe- rer cequi a le plus de rapport aux nouevl- lesdu Moisdans lequel j'écris ; mais enfin tout le monde aura fontour , &je n'ofte- ray àperfonne lagloire qu'on doit atten- dredes agreables choles qu'on me donne pourembellir le Mercure.
Ceux qui l'acheteront , doivent prendre garde qu'il ne ſoit pas d'une Impreffion contrefaite. On l'imprime dans pluſieurs VillehorsduRoyaume,ſur tout à Nimégue &à Bruxelles , & l'on envoye des Exem- plaires contrefaits dans quelques Provin- cesde France. Us ſont remplis de quantité defautes , comme le ſont ordinairement tous les Livres que l'on contrefait avec précipitation.Maisce n'eſt pas le ſeuldefaut qu'ils ayent ; &fi l'on prend la peine de les examiner , on les trouvera moinsamples que les veritables , parce que les Etrangers ſupriment la plus grandepartiede cequi eſt defavantageux à leur Nation , &glorieux à
laFrance
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Résumé : AVIS.
L'auteur d'un avis informe les contributeurs que toutes les pièces reçues ne seront pas publiées immédiatement en raison du volume des contributions et de la priorité donnée aux contenus pertinents aux actualités du mois en cours. Il assure toutefois que toutes les contributions seront éventuellement publiées et exprime sa gratitude pour les œuvres envoyées. L'avis met également en garde les acheteurs contre les éditions contrefaites du volume, imprimées dans diverses villes hors du Royaume, notamment Nimègue et Bruxelles. Ces contrefaçons sont envoyées dans certaines provinces françaises et contiennent de nombreuses erreurs dues à une impression précipitée. Elles sont souvent moins complètes que les éditions authentiques, car les étrangers suppriment les passages défavorables à leur nation et glorieux pour la France.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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383
s. p.
Table des Matieres contenuës en ce Volume.
Début :
Explication de l'Enigme du VII. Tome du Mercure Galant. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Table des Matieres contenuës en ce Volume.
able des Matieres contenuës.
en ceVolume.
Explication Tome deMercure l'EnigmeGalant duVII. .
Les Flechesd' Amour.
HRADE DE
Les ApparencesTrompenses,Hitairdo
Rupture. *1893
Imitation de la GalatéedeVirgile.
Divers Détachemens de l'Armée de
Flandre..
SonnetfurlaCampagnedes Ennemis en Flandre.
}
Confolation àM.de Montalſurla Le vée du Siege deCharleroy.
Epitaphe deCitron tué devant Char- Leroy:
Angmentation d'un Lieutenant &d'un Enseigne dans lesquatre Compagnies desGardes du Corps.
Prérogativesdela Lettre L. Régaldonné à SonAlteſſe Royale.
L'Adieu aux Muses.
MortdeM. Charpentier , Doyen du GrandConfeil,
N
سمع
TABLE.
LeBaldeCampagne , ou les Illustres Vendangeuſes ,Histoire.
Lettreàl'Auteur du Mercure Galant
touchant l'Explication de l'Enigme du VII. Volume.
LePhilosophe Amant , Sonnet.
L'Hypocrite, Sonnet.
Vers Irreguliers fur les Rimes de l'i
dylle des Moutons.
RégaldonnéàMeſſicurs del'Academie Françoise,parMonsieur Colbert.
Versde M.l'AbbéFuretiere.
InpromptudeM. Boyer.
Deux Illustres Autheursquittent leur
occupation ordinaire pour travailler àl'Histoire.
MadamevavoirprendreunFort atta qué & defendu par Meſſieurs les Academistes de l' Academiede Bernardy.
Reproche amoureux.
Reſolutionde ne plus aimer.
MortdeM. Boifvin du Vaurony Con- feillerauParlement.
MortdeM. leMayedelaCouraudie- re Conseiller de la Cour des Aydes.
Avanturedes Thuilleries.
DABLE.
Extrait de la Lettre d'un Solitaire.
Vers envoyez dansunTome duMercu
reGalant.
LeRoydonne àM.Faucon de Ris l'In- tendance du Bourbonnois.
MortdeMadamede Montauglan.
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendantle Sejourque Leurs Maje- ſtezyontfait. Cét Article contient ceux des Comedies , Opéra , Bals ,
Pland'une Collation, Chaffes , &la manieredont les Dames ont estépa réesdanstous ces Divertiſſemens.
M.l'Evesquede MarseilleſalueleRoy apresſon retourde Pologne.
Receptionfaite à EffoneàMonfieur le Ducde Vermandois, &àMademoi- felledeBlois,parM.du Pin.
RetourdeM. Courtin defon Ambaſſa- de d'Angleterre.
M. le Cardinat d'Estrée est envoyé Ambassadeur Extraordinaire àRome.
MariagedeM.le Marquisde Berin- ghen,&de Mademoiselled'Aumont.
Cequi s'estpasffépendant toute la Cam- pagne entre l'Armée du Roy com
TABLE.
mandéepar M.le Baron deMon- olar,&celle des Cercles
Tout cequi s'estfait en Flandre depuis leMoisdernier
Airsfur la Danse nouvelle appellée la Desforges.
Tout ce qui s'est passé àla lournée de Kokberg,avec les Nomsde tous ceux quis'yfontfingnalez,& leursactions les plus remarquables.
Enigme.
Sonnetfur les Amours d'Apollon &de Daphné.
AirdeM. Lambert.
MortdeMonfieur Daligre, Chancelier Garde des Sceaux de France.
LeRoydonnelamefme Chargeà Mon- fieurleTellier..
Fin de la Table
en ceVolume.
Explication Tome deMercure l'EnigmeGalant duVII. .
Les Flechesd' Amour.
HRADE DE
Les ApparencesTrompenses,Hitairdo
Rupture. *1893
Imitation de la GalatéedeVirgile.
Divers Détachemens de l'Armée de
Flandre..
SonnetfurlaCampagnedes Ennemis en Flandre.
}
Confolation àM.de Montalſurla Le vée du Siege deCharleroy.
Epitaphe deCitron tué devant Char- Leroy:
Angmentation d'un Lieutenant &d'un Enseigne dans lesquatre Compagnies desGardes du Corps.
Prérogativesdela Lettre L. Régaldonné à SonAlteſſe Royale.
L'Adieu aux Muses.
MortdeM. Charpentier , Doyen du GrandConfeil,
N
سمع
TABLE.
LeBaldeCampagne , ou les Illustres Vendangeuſes ,Histoire.
Lettreàl'Auteur du Mercure Galant
touchant l'Explication de l'Enigme du VII. Volume.
LePhilosophe Amant , Sonnet.
L'Hypocrite, Sonnet.
Vers Irreguliers fur les Rimes de l'i
dylle des Moutons.
RégaldonnéàMeſſicurs del'Academie Françoise,parMonsieur Colbert.
Versde M.l'AbbéFuretiere.
InpromptudeM. Boyer.
Deux Illustres Autheursquittent leur
occupation ordinaire pour travailler àl'Histoire.
MadamevavoirprendreunFort atta qué & defendu par Meſſieurs les Academistes de l' Academiede Bernardy.
Reproche amoureux.
Reſolutionde ne plus aimer.
MortdeM. Boifvin du Vaurony Con- feillerauParlement.
MortdeM. leMayedelaCouraudie- re Conseiller de la Cour des Aydes.
Avanturedes Thuilleries.
DABLE.
Extrait de la Lettre d'un Solitaire.
Vers envoyez dansunTome duMercu
reGalant.
LeRoydonne àM.Faucon de Ris l'In- tendance du Bourbonnois.
MortdeMadamede Montauglan.
Tout ce qui s'est passé à Fontainebleau pendantle Sejourque Leurs Maje- ſtezyontfait. Cét Article contient ceux des Comedies , Opéra , Bals ,
Pland'une Collation, Chaffes , &la manieredont les Dames ont estépa réesdanstous ces Divertiſſemens.
M.l'Evesquede MarseilleſalueleRoy apresſon retourde Pologne.
Receptionfaite à EffoneàMonfieur le Ducde Vermandois, &àMademoi- felledeBlois,parM.du Pin.
RetourdeM. Courtin defon Ambaſſa- de d'Angleterre.
M. le Cardinat d'Estrée est envoyé Ambassadeur Extraordinaire àRome.
MariagedeM.le Marquisde Berin- ghen,&de Mademoiselled'Aumont.
Cequi s'estpasffépendant toute la Cam- pagne entre l'Armée du Roy com
TABLE.
mandéepar M.le Baron deMon- olar,&celle des Cercles
Tout cequi s'estfait en Flandre depuis leMoisdernier
Airsfur la Danse nouvelle appellée la Desforges.
Tout ce qui s'est passé àla lournée de Kokberg,avec les Nomsde tous ceux quis'yfontfingnalez,& leursactions les plus remarquables.
Enigme.
Sonnetfur les Amours d'Apollon &de Daphné.
AirdeM. Lambert.
MortdeMonfieur Daligre, Chancelier Garde des Sceaux de France.
LeRoydonnelamefme Chargeà Mon- fieurleTellier..
Fin de la Table
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Résumé : Table des Matieres contenuës en ce Volume.
Le document est une table des matières d'un volume du Mercure Galant, un périodique du XVIIe siècle. Il comprend divers textes littéraires et historiques, tels que des poèmes, des sonnets, des épitaphes et des récits historiques. Les sujets abordés incluent des descriptions de campagnes militaires en Flandre, des événements à la cour, des décès notables et des divertissements à Fontainebleau. Le volume contient également des lettres, des explications d'énigmes et des régalades accordées par le roi. Des événements marquants comme des mariages, des nominations et des retours d'ambassadeurs sont mentionnés. Le texte se termine par une liste d'airs de danse et une énigme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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384
s. p.
« Ledit Sieur DAM a cedé son droit de Privilege à [...] »
Début :
Ledit Sieur DAM a cedé son droit de Privilege à [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Ledit Sieur DAM a cedé son droit de Privilege à [...] »
Ledit Sieur Dam a cedé ſon droit de
Privilege à THOMAS AMAULRY , Libraire,
ſuivant l'accord fait entr'eux.
Privilege à THOMAS AMAULRY , Libraire,
ſuivant l'accord fait entr'eux.
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385
s. p.
« Achevé d'imprimer pour la premiere fois le premier Novembre [...] »
Début :
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le premier Novembre [...]
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texteReconnaissance textuelle : « Achevé d'imprimer pour la premiere fois le premier Novembre [...] »
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le premier Novembre 1677.
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386
s. p.
« Parmy beaucoup de choses que vous me dites qui vous [...] »
Début :
Parmy beaucoup de choses que vous me dites qui vous [...]
Mots clefs :
Lettre, Retraite, Provinciale, Estimer
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texteReconnaissance textuelle : « Parmy beaucoup de choses que vous me dites qui vous [...] »
ARMY beaucoup de choſes que vous me dites qui vous ont plû
dans ma Lettre du
Mois paſſé, je ſuis bien aife, Mar dame , que vous approuviez l'Adieuaux Muſes. Onl'a telle- ment estimé icy , que j'aurois eſté faché si vous ne m'en euffiez rien dit , & je ne ſçay ſi je n'aurois point eu peine à ne Aij
4. LE MERCVRE
vous pas traiter de Provinciale,
vous qui avez le gouſt ſi fin pour toutes chofes , &qui dans voſtre Retraite décidez avec tant d'eſprit de cequi eſt verita- blementbonoumauvais. Quoy que l'Autheur de cette inge nieuſe Satyre me ſoit encor in- connu , je me réjoüis d'autant plusde lajustice qu'on'or luyrend,
que les loüanges qu'elle luy fait recevoir de tous coſtez , l'enga- geront malgré luy ( fi pourtant il eſt auſſi fâchéqu'il le fait pa- roiſtre ) à n'abandonner pas fi- toſt ungenred'écrire , aimé par- ticulierementde tout le monde,
&qui mefle plus qu'aucun au- tre l'utile avec l'agreable , puis qu'il eſt mal-aisé d'entendrebla merdes defauts qu'on ſe repro- che à ſoy-meſme, ſans faire ef fort pour s'en corriger
dans ma Lettre du
Mois paſſé, je ſuis bien aife, Mar dame , que vous approuviez l'Adieuaux Muſes. Onl'a telle- ment estimé icy , que j'aurois eſté faché si vous ne m'en euffiez rien dit , & je ne ſçay ſi je n'aurois point eu peine à ne Aij
4. LE MERCVRE
vous pas traiter de Provinciale,
vous qui avez le gouſt ſi fin pour toutes chofes , &qui dans voſtre Retraite décidez avec tant d'eſprit de cequi eſt verita- blementbonoumauvais. Quoy que l'Autheur de cette inge nieuſe Satyre me ſoit encor in- connu , je me réjoüis d'autant plusde lajustice qu'on'or luyrend,
que les loüanges qu'elle luy fait recevoir de tous coſtez , l'enga- geront malgré luy ( fi pourtant il eſt auſſi fâchéqu'il le fait pa- roiſtre ) à n'abandonner pas fi- toſt ungenred'écrire , aimé par- ticulierementde tout le monde,
&qui mefle plus qu'aucun au- tre l'utile avec l'agreable , puis qu'il eſt mal-aisé d'entendrebla merdes defauts qu'on ſe repro- che à ſoy-meſme, ſans faire ef fort pour s'en corriger
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Résumé : « Parmy beaucoup de choses que vous me dites qui vous [...] »
L'auteur exprime sa satisfaction que la destinataire ait apprécié son 'Adieu aux Muses', une œuvre très estimée dans son entourage. Il aurait été déçu si elle n'en avait rien dit. Il admire son goût raffiné et son esprit critique, même dans sa retraite. Bien que l'auteur d'une satire ingénieuse lui soit inconnu, il se réjouit de la reconnaissance qu'elle reçoit. Il espère que cet auteur continuera à écrire, car son genre littéraire, qui combine l'utile et l'agréable, est particulièrement apprécié. Il note également qu'il est difficile d'entendre les défauts que l'on se reproche sans essayer de s'en corriger.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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387
p. 15-16
« Le Génie de Mr de Fontenelle paroist si fort dans [...] »
Début :
Le Génie de Mr de Fontenelle paroist si fort dans [...]
Mots clefs :
Fontenelle, Chien, Matière
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texteReconnaissance textuelle : « Le Génie de Mr de Fontenelle paroist si fort dans [...] »
LeGéniedeM' de Fontenel
leparoiſt fi fortdans toute cette Piece , qu'il n'eſt pas beſoin de vous dire qu'il en eſt l'Au- theur. Il a cela de particulier,
quepreſquedans toutes les cho- ſes qu'ilfait , iljoint la nouveau- té de la matiere àl'agrémentde ſes Vers; & comme perſonne avant luy n'avoitfongé à com- parer un petitChien à l'Amour,
il eſt le premier qui ait donné à
unRuiffeaudelaſenſibilité pour
une Prairie. I
leparoiſt fi fortdans toute cette Piece , qu'il n'eſt pas beſoin de vous dire qu'il en eſt l'Au- theur. Il a cela de particulier,
quepreſquedans toutes les cho- ſes qu'ilfait , iljoint la nouveau- té de la matiere àl'agrémentde ſes Vers; & comme perſonne avant luy n'avoitfongé à com- parer un petitChien à l'Amour,
il eſt le premier qui ait donné à
unRuiffeaudelaſenſibilité pour
une Prairie. I
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388
p. 16-40
Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Début :
Il faudroit n'estre pas Homme pour n'en point avoir [...]
Mots clefs :
Rouen, Chevalier, Mort, Maîtresse, Surprise, Château, Conseiller, Amour, Procès, Fantôme, Abbé, Ombre, Mariages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Il faudroit n'eſtre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
4
quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
20 LE MERCVRE
I
autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
pas Homme pour n'en point avoir ; mais elle a quelquefois des effets bien dangereux , &
vous l'allez voir par ce qui eft arrivé depuis peu de temps à
une aimable Heritiere d'une des
meilleures Familles de Roüen.
Elle avoit pris de la tendreſſe
pour un jeune Chevalier qui
GALANT. 1.3
Laimoit avec paffion. Soit pour la naiſſance , foit pour le bien,
ils eſtoient aſſez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en
meſloit , il n'auroit pas eſté dif- ficile au Chevalier de ſe rendre
heureux, fi l'employ qu'il avoit à l'Armée ne l'euft obligé d'at- tendre à demander. l'agrément de ſes Parens au retour de la
Campagne , qu'il ne ſe pouvoit diſpenſer de faire. Il ſervoit en Allemagne fous Monfieur le Mareſchal de Créquy , &ayant eſté commandé dans une oсcaſion où nous perdîmes quel- que monde, il fut compte au nombre des Morts, La nouvelle
s'en répandit dans la Province.
Elle vint aux oreilles de laDemoifelle qui en fut inconfolable.
Elle pleura , foûpira, parla con- tinuellement de ſes bonnes qua
14 LE MERCVRE
litez , & ſe le mit ſi fortement dans l'eſprit, qu'elle croyoit le voir paroiſtre devant elle à tous
momens. Pour divertir un peu ſa douleur , on l'envoya chez une Dame de ſes Parentes qui avoit un Chaſteau au Païs de
Caux. C'eſtoitune Veuve d'un
eſprit fort agreable , &qui ayant encorde la jeuneffe & de la beauté , attiroit chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes Gens
dansſon voiſinage. LabelleAf- Aigée ytrouva quelquefoulage- ment à ſes déplaiſirs , elle n'en pût oublier la cauſe , &elle ſe déroboit tous les jours pour ve- nir reſver ſolitairement dans le
Jardin à la perte qu'elle avoit faite. Cependant le Chevalier n'eſtoit pas ſi bienmort, qu'il ne fit connoiſtre preſque auffi-toft qu'il avoit encor part àla vie.On
GALAN T. 15 viſita ſes bleſſures. Elles furent
trouvées dangereuſes , mais non pas de telle forte qu'il n'en puſt guerir. On en prit ſoin , &il fut eneſtat de quiter l'Armée dans
le temps que les Troupes entroient en Quartier d'Hyver. II
revient en Normandie. Grande
joye pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort. Il s'informe de ſa Maiſtreſſe. On luy apprend où elle eft, &à quelles extremitez ſa douleur l'avoit portée. Son amour redouble par la connoif- fancequ'onluydonne deſes dé- plaiſirs. Il meurt d'impatience de la revoir , &luy veut porter luy-meſme la nouvelle de ſon retour à la vie. Comme il s'en
connoiſt fortement aimé , il ſe
faitunejoyeſenſiblede l'agrea- ble ſurpriſe que ſa veuëluy doit caufer,& fans la faire tirer de
16 LE MERCVRE
l'erreur où le bruit de ſa fauffe
mort l'a miſe , il part de Roüen avec un Confeiller &un Abbé
de ſes Amis. Aucun d'eux ne
connoiſſoit la Dame chez qui elle eſtoit , &ceła faciliteledeffein qu'ils ont de faire paſſer pour une rencontre du hazard ce qui est une occafion recher- chée. Il pouvoiteſtre onze heu- res du foir. Ils arriventau Chaſteau , feignent d'ignorer à qui il eft , le demandent au Portier
qui leur vient ouvrir; &ſur ſa -réponſe , ils le prient de fairedi- re àla Dame , qu'un Conſeiller duParlementqui s'eſt égaré en allant à Dieppe , la ſupplie de luy vouloir donner une Cham- bre à luy & à deuxde ſes Amis,
..poury attendre le jour. La Dame avoit un Procés ,& le cre
dit d'un Conſeiller qui peut ou
GALANT. I17 eſtre fon Juge , ou folliciter pour elle , luy paroiſt un ſecours en- voyéduCiel. Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eſtant déja coit- chée,elle est contrainte d'attendre juſqu'au lendemain à les voir. Cependant les ordres ſe donnent , & on n'oublie rien
pourles recevoir obligeamment.
La nuit ſe paffe. Ils demandent à quelle heure ils pourront re- mercier la Dame de ſes bontez..
On leur répond qu'elle s'habil- le; &pendant ce temps,le Con feiller & l'Abbé defcendent à
l'Ecurie pour ſçavoir ſi on a en ſoinde leurs Chevaux. Le Chevalier qui ne fonge qu'à fon amour , obferve la ſituationdes
lieux qui font habitez , & ayant pris garde qu'ils donnent fur le Jardin , il y entre dans l'eſperan- ce que faMaiſtreſſe paroiſtra à
18 LE MERCVRE
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quelque feneftre. Iln'y apas fait trente pas qu'il lavoit fortird'u- ne Allée couverte. Elley eftoit venuë comme elle avoit accouſtumé de le faire tous les matins,&dans ce momentelle effuyoit quelques larmes qu'elle avoit encor données au ſouvenirde ſa mort. Il s'avance. Elle
l'apperçoit ; &comme elle en avoit l'imagination toute rem- plie , elle le prend pour fon Phantoſme, fait des cris épou- vantables , & s'enfuit vers une
Salle qu'elle avoit laiſſée ouver- te. Il court apres elle pour taf- cher de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine. Elle redouble fes cris , & a plûtoſt fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action est remarquée d'un Domeſtique qui entroit dans le
Jardin. Il enva donneravis àla
GALANT. 19
Dame. Elle deſcend dans la
Salle , trouve ſa belle Parente
- évanoüie; & comme elle estoit
Heritiere , & qu'on avoit déja fait courir le bruit de quelque projet pour l'enlever , elle ne doute point qu'on n'ait voulu enveniràl'execution ,&que ce qu'on luy eſt venu dire le jour precedent du Conſeiller égaré,
n'ait efté un artifice pour don- ner une entrée aux Raviſſeurs.
Tout la confirme dans cette
croyance. On a ven courir un
Homme apres la Demoiselle quine s'en eſt ſauvée qu'en s'en- fermant , & on la trouve évanoüie de frayeurs. Ses deux A- mis qui s'arreſtent à voir leurs
Chevaux , femblent avoir eu deſſein de ſe tenir preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout de
fon entrepriſe , & il n'y a rien
-
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autre choſe àpenſer de ce qui s'eſt fait. Tandis qu'on prend foin de la belle Evanoüie , la
Dame envoye chercher du Se- cours , fait armer ſes Gens , &
enmoins de rien vingt. Hom- mes , avec des Moufquetons &
des Halebardes vont àl'Ecurie,
oùle Chevalier eſtoit venu ren
de compte à ſes deuxAmísde la rencontre qu'ilavoit faite. Ils font ſurpris de ſe voir coucher enjouë,&d'entendre dire qu'il n'y a pointde quartier pour eux s'ils neſe laiſſent conduire dans
-un Cabinet grillé oùla Dame a
-donnéordre qu'on les enferme.
Ils ont beau demander la cauſe
de l'infulte qu'on leur fait , & fe
plaindre du peu dereſpect qu'on apourunConſeiller.Ce nomde
Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arrive-
GALANT. 21
rent,n'eſt plus d'aucune confi- deration ,&ils font à peine dans leCabineroù cette Troupe mu- tine les garde , que la Dame leur vient dire qu'apres les avoir fait recevoir chez elle de la maniere la plus obligeante , elle n'auroit jamais creu qu'ils euf- ſent voulu luy faire l'outrage dont elle prétend reparation. Le Conſeiller prend la parole , &
s'eſtant plaint ſans trop d'ai- greur de la violence qu'on luy a
faite , il adjoûte qu'il ne voit pas de quel mauvais deſſein on a pû le tenir ſuſpect , quand il vient avecunAbbé dont le caractere le doit faire croire incapable d'y preſter la main. La Dame répond que la partie ef- toit bien- faite , &qu'on ne vou- loit pas aller loin ſans mettre les choſes en estat deſe pacifier par
22 LE MERCVRE
le Mariage. Cette réponſe &
quelques autres paroles luy font comprendre qu'on les ſoupçon- nede n'eſtre venusau Chaſteau
quepour enlever ſa Parente. Le Chevalier qui ne devine point pourquoy on leurimpute cedef- fein ſur la frayeur qu'il ſçait que ſa veuë a cauſée àſaMaiſtreſſe,
dit qu'il eſt vray qu'une Demoi- ſelle a pris la fuite toute effrayée de l'avoir trouvé dans le Jardin,
mais qu'on la luy faſſe voir , &
qu'il eſt fort aſſuré qu'elle ne le reconnoiſtra point pour un Ra- viſſeur. Il conjure la Dame avee tant d'inſtance de luy accorder cette grace , qu'elle les quitte pour aller ſçavoir ſi ſa Parente eſt enestatde venir.Elle la trouve revenuë de fon Evanoüiffement , mais ſi interdite de ce
qu'elle a veu , quele troublede
GALANT. 23
ſon ameparoiſt encorpeintdans ſes regards. Cette belle Perſon- ne la prévient , &d'abord qu'el- le lavoit entrer elle luy dit qu'el- le ne ſçait comme elle eſt de- meurée vivante apres quel'Om- bre du Chevalier qu'elle a tant aimé luy eſt apparuë. LaDame perfuadéeque la frayeur qu'elle a euë de la pourſuite d'un Ra- viſſeur afait égarer ſa raiſon , la prie dela fuivre , &l'affurequ'- elle luy fera faire entiere ſatis- faction de l'injure qu'elle a re- çeuë. Elle entre dans leCabinet ſans ſçavoir pourquoyſa prefen- ce yeft neceſſaire , & elle n'a pas plûtoſt jetté les yeux fur leChe- valier qu'elle pouffe de nouveaux cris , & retombe preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vientd'eſtre retirée. LeChevaliers'approche, & ſe plaint d'u-
,
24 LE MERCVRE
ne maniere fi tendredu malheur
qu'il a de ne pouvoir paroiſtre devat elle fans l'éfrayer,qu'enfin quoy qu'avec beaucoupde pei- ne , elle trouve affez de voix
pourluydemanders'il peuteſtre vray qu'il ne ſoit pas mort. Il répond qu'il ne ſçait ſi elle a
donné un ordre abſolu de le tuer à ceux qui l'ont amené dans le Cabinet avecdes Halebardes &
des Mousquetons , mais que fi elle veut bien conſentir qu'il vi- ve , il vivra tout à elle comme il
a fait juſque là , &toûjours dans les ſentimens paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas avant qu'il la quittât pour l'Armée. Il n'en fallut pas davantage pour faire connoiſtre àla Dame ce qu'elle n'avoit pû démeſler d'abord. Ju- gez de ſa ſurpriſe. Elle entend nommerle Chevalier, & voyantla
GALANT. 25 joye éclater ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe dans une
confufion dont elle ne fort que par les choſes agreables que le Conſeiller commence à luydire fur cettemépriſe. Elle luy en fait mille excuſes , &ſe ſertpource- la de termes ſi obligeans , que commeelle eſtoit tres-bien faite
de ſa perſonne, le Conſeiller s'en laiſſe toucher. Elle le prie de re- mettre ſon Voyage de Dieppe,
& de demeurer quelques jours chez elle pour luy donner lieu dereparer ce que fon inconfide- rée précipitation luy avoit fait faire d'injuſte. Outre que c'ef- toit ce que le Conſeiller avoit pretendu , il trouvoit tant d'ef- prit & d'agrément dans l'aima- ble Veuve , qu'il ne fut pas fa- ché de faire pour elle ce qu'un commencement d'amour luy
Tome IX. B
26 LE MERCVRE
faiſoit déja ſecrettement ſouhai- ter. Il paſſa donctrois ou quatre jours dans le Chaſteau , & l'en- tretiende cette aimable Perſonne eurde fi doux charmes pour luy, qu'iln'yparoiffoit pasmoins attaché que le Chevalier l'eſtoit àrenouveller àſa Maiſtreſſe les
proteſtations du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut de l'engagement que le Confeiller prenoit pour la Dame ; & com- me il ne pouvoitſemettredela converfation d'aucun coſté fans
troubler un teſte-a-teſte , il leur dit enfin en riant qu'il s'ennu- yoit d'eſtre ſans employ , tandis qu'il les voyoit tousquatre ff agreablement occupez. Je ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeillerde s'expliquer ſerien- ſement , mais l'intelligence con- tinua ,les affaires ſe conclurent,
GALAINT.
27 & l'Abbé fut appellé quelque temps apres pour la Ceremonie des deux Mariages. Le grand oüy qu'il a fait prononcer à ces quatresAmans, les amisdans un eftat fi heureux , quepourl'en récompenfer il luy ſouhaitent tous les jours une Mitre
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Résumé : Histoire de Roüen. [titre d'après la table]
Le texte relate l'histoire d'une jeune héritière de Rouen qui sombre dans le désespoir après avoir appris la mort de son amant, un jeune chevalier. Pour la distraire, on l'envoie chez une parente veuve, réputée pour son esprit agréable et sa beauté, qui attire de nombreuses personnes honorables. Malgré les efforts pour la divertir, la jeune femme continue de pleurer la perte de son amant. Cependant, le chevalier n'est pas mort et, après avoir guéri de ses blessures, il revient en Normandie. Apprenant la douleur de sa maîtresse, il décide de lui annoncer son retour en personne. Accompagné d'un conseiller et d'un abbé, il se rend au château de la parente, se faisant passer pour un conseiller égaré. La dame, pensant qu'il s'agit d'un ravisseur, les enferme après que la jeune femme, en voyant le chevalier, s'évanouit de frayeur. Le chevalier explique la situation, et la dame, comprenant la méprise, s'excuse. La jeune femme, revenue à elle, reconnaît son amant et se réjouit. Le conseiller, charmé par la veuve, décide de rester et finit par se marier avec elle. L'abbé, témoin de la situation, suggère une solution qui aboutit à deux mariages. Par ailleurs, le texte mentionne une cérémonie organisée par une personne pour quatre amoureux, qui prononcent des vœux. Ces amoureux se trouvent dans un état de bonheur extrême. En guise de récompense pour cet acte, ils expriment chaque jour le souhait que cette personne obtienne une mitre, un couvre-chef ecclésiastique symbolisant une haute dignité religieuse.
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389
p. 40-44
Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Début :
Comme il a tout le merite qu'il faut pour la [...]
Mots clefs :
Abbé Poudens, Abbé de Suse, Évêque de Tarbes, Évêché de S. Omer, Mr Tellier, Évêché de Dignes
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texteReconnaissance textuelle : Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Comme il a tout le merite qu'il faut pour la porter dignement , on doit croireque son temps vien- dra , comme il eſt venu depuis quelques jours pour Me l'Abbé Poudens, que le RoyafaitEvef
que de Tarbes. Il'eſt Docteur
de Sorbonne , &Fils d'un Prefidentdu Parlement de Pau. On
ne peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire du Clergé qu'il a
fait dans laderniere Aſſemblée:
Il s'y eſtoit montré fi digne d'e- Are du nombre des Prelats qui la compofoient , que fa Nomi Bij
28. LE MERCVRE
nation a eſte ſçeuë avec un ap- plaudiſſementgeneral. Elleafui- vy celle de Ml'Abbé de Suſe à
l'Éveſché de S.Omer. Vous ſca- vez , Madame , qu'il avoit eſté facré depuis peu Eveſque de Tarbes. Il eſt Fils de M'leComte de Suſe , Homme de grande naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours rendu confidera- ble. Monfieur l'Eveſquede Vi- viers fon Oncle eſt undes plus anciens Prelats du Royaume. Celuy dont je vous parle en a
quantité pourAmisqui fontde la premierequalité , &qu'il s'eſt acquis par la probité & par ſa franchiſe. Son merite n'a pas moins paru dans pluſieurs Af- ſemblées duClergé, que faDo- ctrinedans l'Univerſité de Paris.
Sa phiſionomie est heureuſe ;&
fi dans le rangoùnous le voyons
GALANT. 29 élevé , on pouvoit tirer quelque gloire des avantages exterieurs,
il auroit dequoy eftre fatisfait de ceux qu'il a reçeus dela Nature.
Onpeutdire à l'honneur de Meſſieurs les Curez de Paris ( &
cen'eſtqueleur rendre la juſti- cequileur eſt deuë ) qu'ils don- nent tous des preuves fi édifian- tes , &de Doctrine &de Pieté,
que leRoychoifit ſouvent parmyeux dedignes Sujets pour les Eveſchez. C'eſt ce que SaMa- jeſté vient encor de faire , en nommantM Tellier Curé de S.
Severinàceluy de Dignes. Il a
eſté Aumônier de la Reyne , &
atoûjoursmenéunevieſi exem- plaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'e- ſtoit travailler au biende l'Egli- fe, que de luy enconfierun plus grand. Il eſt Beaufrere de M
Bij11
30 LE MERCVRE
Langlois Maiſtre-d'Hoſtel du Roy. Lemerite de ce dernier eſt connu,& l'avantage qu'il a de n'eftre pas mal aupres de fon Maiſtre, en eſt une marque tres- glorieufe pour luy.
que de Tarbes. Il'eſt Docteur
de Sorbonne , &Fils d'un Prefidentdu Parlement de Pau. On
ne peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire du Clergé qu'il a
fait dans laderniere Aſſemblée:
Il s'y eſtoit montré fi digne d'e- Are du nombre des Prelats qui la compofoient , que fa Nomi Bij
28. LE MERCVRE
nation a eſte ſçeuë avec un ap- plaudiſſementgeneral. Elleafui- vy celle de Ml'Abbé de Suſe à
l'Éveſché de S.Omer. Vous ſca- vez , Madame , qu'il avoit eſté facré depuis peu Eveſque de Tarbes. Il eſt Fils de M'leComte de Suſe , Homme de grande naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours rendu confidera- ble. Monfieur l'Eveſquede Vi- viers fon Oncle eſt undes plus anciens Prelats du Royaume. Celuy dont je vous parle en a
quantité pourAmisqui fontde la premierequalité , &qu'il s'eſt acquis par la probité & par ſa franchiſe. Son merite n'a pas moins paru dans pluſieurs Af- ſemblées duClergé, que faDo- ctrinedans l'Univerſité de Paris.
Sa phiſionomie est heureuſe ;&
fi dans le rangoùnous le voyons
GALANT. 29 élevé , on pouvoit tirer quelque gloire des avantages exterieurs,
il auroit dequoy eftre fatisfait de ceux qu'il a reçeus dela Nature.
Onpeutdire à l'honneur de Meſſieurs les Curez de Paris ( &
cen'eſtqueleur rendre la juſti- cequileur eſt deuë ) qu'ils don- nent tous des preuves fi édifian- tes , &de Doctrine &de Pieté,
que leRoychoifit ſouvent parmyeux dedignes Sujets pour les Eveſchez. C'eſt ce que SaMa- jeſté vient encor de faire , en nommantM Tellier Curé de S.
Severinàceluy de Dignes. Il a
eſté Aumônier de la Reyne , &
atoûjoursmenéunevieſi exem- plaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'e- ſtoit travailler au biende l'Egli- fe, que de luy enconfierun plus grand. Il eſt Beaufrere de M
Bij11
30 LE MERCVRE
Langlois Maiſtre-d'Hoſtel du Roy. Lemerite de ce dernier eſt connu,& l'avantage qu'il a de n'eftre pas mal aupres de fon Maiſtre, en eſt une marque tres- glorieufe pour luy.
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Résumé : Monsieur l'Abbé Poudens est nommé à l'Evesché de Tarbes, Monsieur l'bbé de Sufe à celuy de S. Omer, & Monsieur Tellier Curé de S. Severin, à celuy de Dignes. [titre d'après la table]
Le texte relate plusieurs nominations et distinctions au sein de l'Église et de la cour royale. L'abbé Poudens, docteur de Sorbonne et fils d'un président du Parlement de Pau, a été nommé évêque de Tarbes par le roi. Il a également été secrétaire du Clergé lors de la dernière assemblée, où il s'est distingué par ses compétences et a été acclamé par ses pairs. L'abbé de Suse, fils du comte de Suse, a été nommé évêque de Saint-Omer après avoir été récemment nommé évêque de Tarbes. Il est reconnu pour ses services et ses qualités personnelles, telles que la probité et la franchise. Son oncle, l'évêque de Viviers, est l'un des prélats les plus anciens du royaume. L'abbé de Suse a également des amis influents et a démontré son mérite dans diverses assemblées du Clergé et à l'Université de Paris. Le roi a récemment nommé le curé Tellier à l'évêché de Dignes, après avoir été aumônier de la reine et avoir mené une vie exemplaire. Tellier est le beau-frère de Langlois, maître d'hôtel du roi, dont le mérite et l'influence sont également reconnus. Les curés de Paris sont souvent choisis pour des postes d'évêques en raison de leur doctrine et de leur piété.
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390
p. 51-53
« Mr Petit qui a fait ces Vers, n'a pas seulement [...] »
Début :
Mr Petit qui a fait ces Vers, n'a pas seulement [...]
Mots clefs :
Mr Petit, Poésie, Maison de Rambouillet
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texteReconnaissance textuelle : « Mr Petit qui a fait ces Vers, n'a pas seulement [...] »
Mr Petit qui a fait ces Vers,
'n'a pas ſeulement un génie ad- mirable pour la Poëfie , mais un je neſçay quel feu quibrille toû- jours ,&qui fait connoiſtre qu'il
a l'eſprit naturellement galans.
GALANT. 35 Il ſeroit difficile de l'avoir plus delicat. Sa converſation eſt tresagreable. Il dit les choſes d'une maniere qui donne de la grace àce qui n'en auroit point dans une autre bouche , & il eſt ce qui s'appelle un veritable hon- neſte - Homme. Vous jugez bien , Madame qu'avec ces qua- litez il n'a pas manqué de ſe fai- re d'illuſtres Amis qu'il a en grand nombre. Auſſi quoy qu'il foit de Roüen, &qu'ily faffe fon ordinaire demeure , il eſt fort
connu à Paris , & on ne peut
entretenir de plus longues cor- reſpondances qu'il en a euës avec la Maiſon de Ramboüillet,
qui a toûjours eſté tout eſprit.
Monfieur le Duc de Montaufier
qui eſt Gouverneur de fa Pro- vince , luy a ſouvent donné des marques avantageuſes de la con .
:-
Bvj
36 LE MERCVRE fideration qu'il a pour luy ,& il alhonneurd'eſtre allie de Perfonnes qui ont part au Mini- ftere
'n'a pas ſeulement un génie ad- mirable pour la Poëfie , mais un je neſçay quel feu quibrille toû- jours ,&qui fait connoiſtre qu'il
a l'eſprit naturellement galans.
GALANT. 35 Il ſeroit difficile de l'avoir plus delicat. Sa converſation eſt tresagreable. Il dit les choſes d'une maniere qui donne de la grace àce qui n'en auroit point dans une autre bouche , & il eſt ce qui s'appelle un veritable hon- neſte - Homme. Vous jugez bien , Madame qu'avec ces qua- litez il n'a pas manqué de ſe fai- re d'illuſtres Amis qu'il a en grand nombre. Auſſi quoy qu'il foit de Roüen, &qu'ily faffe fon ordinaire demeure , il eſt fort
connu à Paris , & on ne peut
entretenir de plus longues cor- reſpondances qu'il en a euës avec la Maiſon de Ramboüillet,
qui a toûjours eſté tout eſprit.
Monfieur le Duc de Montaufier
qui eſt Gouverneur de fa Pro- vince , luy a ſouvent donné des marques avantageuſes de la con .
:-
Bvj
36 LE MERCVRE fideration qu'il a pour luy ,& il alhonneurd'eſtre allie de Perfonnes qui ont part au Mini- ftere
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Résumé : « Mr Petit qui a fait ces Vers, n'a pas seulement [...] »
Le texte décrit Mr Petit comme un poète au génie remarquable et à l'esprit naturellement galant. Sa conversation est agréable et délicate, et il se distingue par une grâce unique dans son expression. Considéré comme un véritable honnête homme, il a acquis de nombreux amis illustres. Bien qu'il réside à Rouen, il est bien connu à Paris et entretient des correspondances prolongées avec la Maison de Rambouillet, célèbre pour son esprit. Le Duc de Montaufier, gouverneur de sa province, lui a témoigné une grande considération et honneur, l'associant à des personnes influentes dans le ministère.
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391
p. 53-55
La Reyne vient visiter Madame la Duchesse de Crussol pendant ses Couches. [titre d'après la table]
Début :
A propos de Monsieur le Duc de Montausier, Madame la [...]
Mots clefs :
Duc de Montausier, Accoucher, Duchesse de Crussol
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texteReconnaissance textuelle : La Reyne vient visiter Madame la Duchesse de Crussol pendant ses Couches. [titre d'après la table]
Aproposde Monfieur leDuc deMontaufier , Madame la Du- cheffe de Cruffol fa Fille eſtant
accouchée àParis , la Reyne luy afait l'honneur de l'y venir viſi- rer. Onpeut dire qu'elle aherité de tout l'Eſprit de feu Madame deMontaufier , fi celebre des fa
jeuneſſe , &par le Nomde l'in- comparable Julie , & par les.
Galantes Lettres que luy écri- voit Voiture , lors qu'elle n'e- ſtoit encor que Mademoisellede Ramboüillet. Madame la Ducheffe de Cruffol joint à beau- -coup dedélicateſſe &de vivaci- té d'eſprit , une vertu d'autant plus louable, qu'elle eſt éloignée de toute forte d'eſtentation. Je
GALAN T. 37 nevous dis rien de Monfieur le
Duc de Crufſol. Il eſt brave autant qu'on peut l'eſtre , & auſſi bien fait qu'il y ait perfonneàla Cour. L'anciennere de ſa Maifon eft connuë , & il y en a fi peudans le Royaume qui ayent les avantages qu'elle a , que je ne croirois pas tropdire , quand jevous affurerois qu'il peut pre- tendre à celuy d'eſtre Premier Duc. Vous jugez bien , Mada- me , que j'excepte les Princes du Sang, à qui les Privileges de leur naiſſance donnent toûjours des Titres qui ne ſçauroient eſtre conteftez.
accouchée àParis , la Reyne luy afait l'honneur de l'y venir viſi- rer. Onpeut dire qu'elle aherité de tout l'Eſprit de feu Madame deMontaufier , fi celebre des fa
jeuneſſe , &par le Nomde l'in- comparable Julie , & par les.
Galantes Lettres que luy écri- voit Voiture , lors qu'elle n'e- ſtoit encor que Mademoisellede Ramboüillet. Madame la Ducheffe de Cruffol joint à beau- -coup dedélicateſſe &de vivaci- té d'eſprit , une vertu d'autant plus louable, qu'elle eſt éloignée de toute forte d'eſtentation. Je
GALAN T. 37 nevous dis rien de Monfieur le
Duc de Crufſol. Il eſt brave autant qu'on peut l'eſtre , & auſſi bien fait qu'il y ait perfonneàla Cour. L'anciennere de ſa Maifon eft connuë , & il y en a fi peudans le Royaume qui ayent les avantages qu'elle a , que je ne croirois pas tropdire , quand jevous affurerois qu'il peut pre- tendre à celuy d'eſtre Premier Duc. Vous jugez bien , Mada- me , que j'excepte les Princes du Sang, à qui les Privileges de leur naiſſance donnent toûjours des Titres qui ne ſçauroient eſtre conteftez.
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Résumé : La Reyne vient visiter Madame la Duchesse de Crussol pendant ses Couches. [titre d'après la table]
Le texte évoque la naissance de l'enfant de Madame la Duchesse de Cruffol à Paris, à laquelle la Reine a rendu visite. Madame la Duchesse de Cruffol est décrite comme ayant hérité de l'esprit de Madame de Montaufier, connue sous le nom de Julie, célèbre pour ses lettres échangées avec Voiture. Elle est louée pour sa délicatesse, sa vivacité d'esprit et sa vertu, sans ostentation. Le Duc de Cruffol est présenté comme brave et bien fait, issu d'une maison ancienne et prestigieuse, pouvant prétendre à la dignité de Premier Duc, à l'exception des Princes du Sang dont les privilèges de naissance sont incontestables.
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392
p. 55-57
Retour de Monsieur le Duc de Luxembourg de l'Armée de Flandres. [titre d'après la table]
Début :
Quand on contestera quelque chose, ce ne sera point assurément [...]
Mots clefs :
Duc de Luxembourg, Armée de Flandres, Bataille de Cassel
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texteReconnaissance textuelle : Retour de Monsieur le Duc de Luxembourg de l'Armée de Flandres. [titre d'après la table]
Quand on conteſtera quel- que choſe , ce ne ſera point affu- rément la gloire que Monfieur le Duc de Luxembourg a fi le- gitimement acquiſe dans le
-38 LE MERCVRE
Commandement qu'il a eu de l'Armée de Flandre. Il eneft de
retour, &a eu l'honneur de falüer le Royqui l'a reçeu avecdes témoignages d'affection dignes de la grandeur de ſes ſervices.
On ne peut montrer plus de cœur , plus de zele & plus de prudence qu'il en a fait paroiſtre pendant tout le temps de la Campagne. Il s'eſt trouvé à la BatailledeCaffel, &il a toûjours eſté de jour lors que les Places qui ont eſté priſes par le Roy ſe ſont renduës. Je ne doute
point , Madame , que vous ne foyez affez inſtruite de l'uſage -de la Guerre , pour ſçavoir que -ce fontdes jours où les Gene- Traux ne peuvents'empeſcherde -s'expoſer comme les moindrės Soldats ; & c'eſt danscesocca
GALANT. 39 ſions où l'on particulierement éclaterleur courage &leur conduite.
-38 LE MERCVRE
Commandement qu'il a eu de l'Armée de Flandre. Il eneft de
retour, &a eu l'honneur de falüer le Royqui l'a reçeu avecdes témoignages d'affection dignes de la grandeur de ſes ſervices.
On ne peut montrer plus de cœur , plus de zele & plus de prudence qu'il en a fait paroiſtre pendant tout le temps de la Campagne. Il s'eſt trouvé à la BatailledeCaffel, &il a toûjours eſté de jour lors que les Places qui ont eſté priſes par le Roy ſe ſont renduës. Je ne doute
point , Madame , que vous ne foyez affez inſtruite de l'uſage -de la Guerre , pour ſçavoir que -ce fontdes jours où les Gene- Traux ne peuvents'empeſcherde -s'expoſer comme les moindrės Soldats ; & c'eſt danscesocca
GALANT. 39 ſions où l'on particulierement éclaterleur courage &leur conduite.
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Résumé : Retour de Monsieur le Duc de Luxembourg de l'Armée de Flandres. [titre d'après la table]
Le Duc de Luxembourg, commandant de l'Armée de Flandre, a été accueilli par le roi avec honneur pour ses exploits militaires. Il a montré courage, zèle et prudence lors de la bataille de Caffel et la reddition de plusieurs places. Les généraux doivent s'exposer comme les soldats pour démontrer leur courage.
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393
p. 57-62
Quartiers d'Hyver donnez aux Troupes du Roy. [titre d'après la table]
Début :
C'est peu que le Roy ait triomphé par tout de [...]
Mots clefs :
Quartiers d'Hiver, Troupes, Lieutenant général, Marquis
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texteReconnaissance textuelle : Quartiers d'Hyver donnez aux Troupes du Roy. [titre d'après la table]
C'eſt peuquele Roy ait triom- phé par tout de ſes Ennemis,
qu'il ait aſſuré laPicardie contre
leurs infultes , &qu'en ſe ren- dantmaiſtredes trois importan- tes Places qu'il a conquiſes de nouveau fur eux , il les ait mis en eſtat de ne pouvoir eſperer la fin de leurs diſgraces , que par la Paix; Sa Majeſté qui veille continuellement au bien & au
foulagement de ſes Peuples , les -avouludéchargerdes Quartiers d'Hyver, &dans ce deſſein, Elle afait entrer la plus grande par- tie de ſes Troupes dans les Païs de ſes Conqueſtes. Celles qu'on -a envoyées en Quartier dans Dunkerque , Bergue , Calais, &
dans les autres Villes maritimes:
40 LE MERCVRE
L
font commandées par M le Marquis de la Trouffe , LieutenantGeneral , &Capitaine des Gensd'armes de Monſeigneur le Dauphin ; & cellesqui font en- tre Sambre &Meuſe , prennent leurs ordres de Mr le Comte de
Montal, auffi LieutenantGene- ral & Gouverneur de Charleroy. On a fait demeurer cinq Bataillons dans Caffel ſous le
commandement de M' le Marquis d'Uxelles , Brigadier d'In -
fanterie ;&toutes les Troupes
qui hyvernent dans la Flandre Françoiſe&dans les Païs adja- cens , obeïffent à Monfieur le Mareſchalde Humieres. M le
Marquis de Rannes, Lieutenant.
General , & Colonel General
des Dragons , & M. de Sainſandoux Mareſchal de Camp &
Gouverneur de Tournay , ont
GALAN Τ. 41
eſté choiſis pour ſervir ſous luy.
M. le Marquis de Chaſeron Lieutenant General commande
fur la Meuſe ; M. le Comte de
Biſſy en Lorraine ; M. le Baron deMonclaren Alface , &Monfieur le Mareſchal Duc de Navailles demeure en Roufſillon,
ayant ſous luy M. de Gaffion Lieutenant General, & M. de
laRabliere Mareſchalde Camp.
Voila de quelle maniere les Quartiers d'Hyver ont eſté dif- tribuez, fortglorieuſement pour tous ceux que je vous viens de nommer, puis que chacun d'eux commande en chef, & que ces fortes de Commandemens ne ſe
donnent qu'à des Perſonnes
tres-confiderables , & dont la
prudence , la valeur &la con- duite ayent eſté éprouvées dans les plus grandes Occaſions.
qu'il ait aſſuré laPicardie contre
leurs infultes , &qu'en ſe ren- dantmaiſtredes trois importan- tes Places qu'il a conquiſes de nouveau fur eux , il les ait mis en eſtat de ne pouvoir eſperer la fin de leurs diſgraces , que par la Paix; Sa Majeſté qui veille continuellement au bien & au
foulagement de ſes Peuples , les -avouludéchargerdes Quartiers d'Hyver, &dans ce deſſein, Elle afait entrer la plus grande par- tie de ſes Troupes dans les Païs de ſes Conqueſtes. Celles qu'on -a envoyées en Quartier dans Dunkerque , Bergue , Calais, &
dans les autres Villes maritimes:
40 LE MERCVRE
L
font commandées par M le Marquis de la Trouffe , LieutenantGeneral , &Capitaine des Gensd'armes de Monſeigneur le Dauphin ; & cellesqui font en- tre Sambre &Meuſe , prennent leurs ordres de Mr le Comte de
Montal, auffi LieutenantGene- ral & Gouverneur de Charleroy. On a fait demeurer cinq Bataillons dans Caffel ſous le
commandement de M' le Marquis d'Uxelles , Brigadier d'In -
fanterie ;&toutes les Troupes
qui hyvernent dans la Flandre Françoiſe&dans les Païs adja- cens , obeïffent à Monfieur le Mareſchalde Humieres. M le
Marquis de Rannes, Lieutenant.
General , & Colonel General
des Dragons , & M. de Sainſandoux Mareſchal de Camp &
Gouverneur de Tournay , ont
GALAN Τ. 41
eſté choiſis pour ſervir ſous luy.
M. le Marquis de Chaſeron Lieutenant General commande
fur la Meuſe ; M. le Comte de
Biſſy en Lorraine ; M. le Baron deMonclaren Alface , &Monfieur le Mareſchal Duc de Navailles demeure en Roufſillon,
ayant ſous luy M. de Gaffion Lieutenant General, & M. de
laRabliere Mareſchalde Camp.
Voila de quelle maniere les Quartiers d'Hyver ont eſté dif- tribuez, fortglorieuſement pour tous ceux que je vous viens de nommer, puis que chacun d'eux commande en chef, & que ces fortes de Commandemens ne ſe
donnent qu'à des Perſonnes
tres-confiderables , & dont la
prudence , la valeur &la con- duite ayent eſté éprouvées dans les plus grandes Occaſions.
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Résumé : Quartiers d'Hyver donnez aux Troupes du Roy. [titre d'après la table]
Le texte décrit les succès militaires du roi, qui a vaincu ses ennemis et sécurisé la Picardie. En reprenant trois places stratégiques, il a placé ses adversaires dans une situation où ils ne peuvent espérer la fin de leurs malheurs qu'à travers la paix. Le roi a décidé de décharger ses peuples des quartiers d'hiver en déplaçant une grande partie de ses troupes dans les pays conquis. Les troupes à Dunkerque, Bergue, Calais et autres villes maritimes sont sous le commandement du Marquis de la Trouffe. Celles entre la Sambre et la Meuse sont dirigées par le Comte de Montal. Cinq bataillons restent à Cassel sous les ordres du Marquis d'Uxelles. Toutes les troupes hivernant en Flandre française et dans les pays adjacents obéissent au Maréchal de Humieres, assisté par les Marquis de Rannes et de Sainsandoux. Le Marquis de Chaseron commande sur la Meuse, le Comte de Bissy en Lorraine, et le Baron de Monclar en Alsace. Le Maréchal Duc de Navailles reste en Roussillon, avec sous ses ordres le Lieutenant Général de Gassion et le Maréchal de Camp de la Rablière. Ces postes de commandement sont réservés à des personnes de grande considération, reconnues pour leur prudence, leur valeur et leur conduite éprouvée.
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394
p. 62-64
Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de Roy dans la Haute Guyenne à Monsieur le Comte de la Serre. [titre d'après la table]
Début :
Le Roy qui trouve toûjours celles de récompenser les Services [...]
Mots clefs :
Comte de la Serre, Lieutenant général des armées du roi, Haute Guyenne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de Roy dans la Haute Guyenne à Monsieur le Comte de la Serre. [titre d'après la table]
Le Roy qui trouve toûjours celles de récompenſer les Ser- vices qu'on luy rend , a honoré depuis peu M. le Comte de la Serre, Fils de feu M. le Marefchal d'Aubetere Lieutenant
-General des Arméesdu Roy , &
Gouverneur des Provinces d'Agenois & de Condomois,de la Charge de fon Lieutenant dans la HauteGuyenne, dont M. le Duc de Bellegarde s'eſtoit dé- mis enſa faveur. Toute la Cour
qui connoiſt M. le Comte de la Serre pourun des meilleurs Of- ficiers du Royaume , luy en a
témoigné ſa joye lors qu'il a
preſtéle Serment entre lesmains de Sa Majesté. Il eſtd'une Mai- fon tres-confiderable.M.leChevalierd'Aubeterre eſt ſon Frere,
&M. le Comte de Jonſac dont
les belles qualitez vous ont fait
GALANT. 43 plaindre la mort , eſtoit ſon Neveu. Songrand merite , ſon ex- perience,& fes longs& impor- tans ſervices pendant plus de trente Campagnes , le rendoient digne de cet Employ qui luy donne de commandement dans
da HauteGuyenne ,en l'abfen.- cede M. le Duc de Roquelaure Gouverneurde toute la Provin- we, & de M.le Marquis d'Am- bre Lieutenant General de Sa
Majeſté dans cette meſme Hau
-General des Arméesdu Roy , &
Gouverneur des Provinces d'Agenois & de Condomois,de la Charge de fon Lieutenant dans la HauteGuyenne, dont M. le Duc de Bellegarde s'eſtoit dé- mis enſa faveur. Toute la Cour
qui connoiſt M. le Comte de la Serre pourun des meilleurs Of- ficiers du Royaume , luy en a
témoigné ſa joye lors qu'il a
preſtéle Serment entre lesmains de Sa Majesté. Il eſtd'une Mai- fon tres-confiderable.M.leChevalierd'Aubeterre eſt ſon Frere,
&M. le Comte de Jonſac dont
les belles qualitez vous ont fait
GALANT. 43 plaindre la mort , eſtoit ſon Neveu. Songrand merite , ſon ex- perience,& fes longs& impor- tans ſervices pendant plus de trente Campagnes , le rendoient digne de cet Employ qui luy donne de commandement dans
da HauteGuyenne ,en l'abfen.- cede M. le Duc de Roquelaure Gouverneurde toute la Provin- we, & de M.le Marquis d'Am- bre Lieutenant General de Sa
Majeſté dans cette meſme Hau
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Résumé : Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de Roy dans la Haute Guyenne à Monsieur le Comte de la Serre. [titre d'après la table]
Le roi a récemment nommé M. le Comte de la Serre, fils du défunt M. le Maréchal d'Aubeterre, au poste de lieutenant dans la Haute-Guyenne, succédant à M. le Duc de Bellegarde. La cour a salué cette décision, reconnaissant en M. le Comte de la Serre l'un des meilleurs officiers du royaume. Sa nomination a été officialisée par son serment devant le roi. Le comte appartient à une famille influente, son frère étant M. le Chevalier d'Aubeterre et son neveu M. le Comte de Jonsac, connu pour ses qualités remarquables. La nomination du comte de la Serre est justifiée par son mérite, son expérience et ses services rendus lors de plus de trente campagnes. Cette décision intervient en l'absence de M. le Duc de Roquelaure, gouverneur de la province, et de M. le Marquis d'Ambre, lieutenant général du roi dans la région.
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395
p. 64-65
Retour de Monsieur le Duc du Maine des Eaux de Barrége. [titre d'après la table]
Début :
Je vous ay mandé les Honneurs que Monsieur le Duc [...]
Mots clefs :
Duc du Maine, Eaux de Barrège
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texteReconnaissance textuelle : Retour de Monsieur le Duc du Maine des Eaux de Barrége. [titre d'après la table]
Je vous ay mandé les Hon- neurs que Monfieur le Ducdu Mayne y avoit reçeus en allant aux Eaux de Barrége. Il en eft revenu & vous ne ſçauriez
croire combien la Coura montré de joyedu rétabliſſement de ſa Santé. Ce jeune Prince ſoû- tient ſa naiſſance par tant d'ef-
,
44 LEMERCVRE
prit & par de fi grandes qua- litez, qu'il eſt rare de les faire éclater auffi avantageuſement qu'il fait dans un âge fi peu avancé.
croire combien la Coura montré de joyedu rétabliſſement de ſa Santé. Ce jeune Prince ſoû- tient ſa naiſſance par tant d'ef-
,
44 LEMERCVRE
prit & par de fi grandes qua- litez, qu'il eſt rare de les faire éclater auffi avantageuſement qu'il fait dans un âge fi peu avancé.
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396
p. 81-84
Concert donné à Nimégue chez Monsieur le Mareschal d'Estrades, avec quelques Instrumens novueaux. [titre d'après la table]
Début :
Si les Maux dont on a esté chercher le remede [...]
Mots clefs :
Maréchal d'Estrades, Concert, Instruments, M. de Soleyzel
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texteReconnaissance textuelle : Concert donné à Nimégue chez Monsieur le Mareschal d'Estrades, avec quelques Instrumens novueaux. [titre d'après la table]
Si les Maux dont on a efte
chercher le remede dans les
Lieux où l'on boit des Eaux,
n'ont point empefché qu'on ne s'y foit agreablement diverty , il en eſt de meſme des grandes Affaires qu'on traite à Nimé- gue,&qui n'en ont point banny fes Plaiſirs. Monfieur le Marefchal d'Eſtrades ayant reçeu chez luy avec ſa politeffe ordi- naire , des Dames Hollandoifes
que la curiofité de voir l'Affemblée avoit attirées de la Haye,
les a régalée d'un excellent Concert , compoſé de Luths,
de Claveſſins , &de quelques
NOY 1730
Ciij
54 LE MERCVRE
Inſtrumens nouvellement inventez , &qui reſſemblent àun Deffus de Violon , mais qui font infiniment plus propres à ac- compagner le Luth , parce que leur ſon qui imite celuy de la Flute douce fait beaucoup
moins de bruit que celuy du Violon , de forte qu'il ne couvre pas le jeu du Luth , & n'a rien qui crie nyqui ſoit aigre comme le fon de la Poche. Peut- eftre
que ces fortes d'Inſtrumens pa- roîtront bientoft en France. Le
Concert avoit eſté compoſé &
foûtenu par M. de Soleyzel.
C'eſt un jeune Gentilhomme qui a fait le Voyagede Nimegue avec M. d'Avaux , &qui parmy cent belles. qualitez , a celles d'eſtre fort bon Muſicien &fort
bon Hommede cheval.Il eſt Fils
de M. de Soleyzel , qui eſt un
GALANT. 55 des Chefs de l'Académie Royale proche l'Hoſtel de Condé , &
qui a mis au jour pluſieurs Li- vres ſur les Matieres qui regar- dent ſa Profeſſion.
chercher le remede dans les
Lieux où l'on boit des Eaux,
n'ont point empefché qu'on ne s'y foit agreablement diverty , il en eſt de meſme des grandes Affaires qu'on traite à Nimé- gue,&qui n'en ont point banny fes Plaiſirs. Monfieur le Marefchal d'Eſtrades ayant reçeu chez luy avec ſa politeffe ordi- naire , des Dames Hollandoifes
que la curiofité de voir l'Affemblée avoit attirées de la Haye,
les a régalée d'un excellent Concert , compoſé de Luths,
de Claveſſins , &de quelques
NOY 1730
Ciij
54 LE MERCVRE
Inſtrumens nouvellement inventez , &qui reſſemblent àun Deffus de Violon , mais qui font infiniment plus propres à ac- compagner le Luth , parce que leur ſon qui imite celuy de la Flute douce fait beaucoup
moins de bruit que celuy du Violon , de forte qu'il ne couvre pas le jeu du Luth , & n'a rien qui crie nyqui ſoit aigre comme le fon de la Poche. Peut- eftre
que ces fortes d'Inſtrumens pa- roîtront bientoft en France. Le
Concert avoit eſté compoſé &
foûtenu par M. de Soleyzel.
C'eſt un jeune Gentilhomme qui a fait le Voyagede Nimegue avec M. d'Avaux , &qui parmy cent belles. qualitez , a celles d'eſtre fort bon Muſicien &fort
bon Hommede cheval.Il eſt Fils
de M. de Soleyzel , qui eſt un
GALANT. 55 des Chefs de l'Académie Royale proche l'Hoſtel de Condé , &
qui a mis au jour pluſieurs Li- vres ſur les Matieres qui regar- dent ſa Profeſſion.
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Résumé : Concert donné à Nimégue chez Monsieur le Mareschal d'Estrades, avec quelques Instrumens novueaux. [titre d'après la table]
En 1730, le Maréchal d'Estrades organisa une réception à Nimègue où des dames hollandaises de La Haye furent accueillies. Elles assistèrent à un concert exceptionnel composé de luths, de clavessins et d'instruments récemment inventés, similaires à des dés de violon. Ce concert fut dirigé par M. de Soleyzel, un jeune gentilhomme aux multiples talents musicaux et à l'esprit chevaleresque. Il avait accompagné M. d'Avaux lors de son voyage à Nimègue. Les nouveaux instruments étaient particulièrement adaptés pour accompagner le luth, car leur son, similaire à celui de la flûte douce, ne couvrait pas le jeu du luth et n'était ni criard ni aigu comme le son de la poche. Le père de M. de Soleyzel, également nommé M. de Soleyzel, était un membre éminent de l'Académie Royale proche de l'Hôtel de Condé et avait publié plusieurs ouvrages sur des sujets liés à sa profession.
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397
p. 84-86
SONNET.
Début :
Si ce qui regarde la part que j'ay au Mercure / Digne & galant Autheur du celebre Mercure, [...]
Mots clefs :
Mercure, Auteur, Lecture, Livre
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texteReconnaissance textuelle : SONNET.
Si ce quire- garde la part que j'ay au Mer- cure, pouvoit eſtre ſuprimé fans faire injustice aux Spirituels In- connus qui m'envoyent leurs Pieces fans ſe nommer, la crainte de me faire accuſer de vanité
m'empeſcheroit de vous faire voir le Sonnetqui ſuit, mais il eſt trop agreablement tournépour ne luy pas donner place icy. II m'eſt venu de Caën. Vous ſça- vez comme tout le mondey eſt poly, &vous ne ferez peut-eftre pas fâchée de connoiſtre qu'on
y eſtime les Lettres que je vous écris.
Cij
36 LE MERCVRE
SONNET.
Digne&galant Autheurdu celebre Mercure ,
De nos Belles de Caënredoutez le cou
roux ;
Elles brûlent ce Livre en peſtant contre
Vous
Pour les maux qu'a produits ſafatale
lecture.
De la Guerre, dit-on , vousfaites la
peinture Avec de certains traitsfi charmans &
fi doux,
Que l'on y voit courir les Amans , les
Ероих ;
Etc'est làlesujetqui caufe le murmure.
Quoy, direz- vous , jy mets tant de Traitez d'Amour ,
Des Madrigaux galans, les Festesde la
Cour
GALANT. 57
Tout cela nefaitrien pourſauver vostre
Livre.
Car quand un Brave y trouve un Roy d'un fi grand Cœur ,
Il ahonte d'aimer , il a honte de vivre,
S'il n'accompagnepas cet Auguste Vainqueur.
m'empeſcheroit de vous faire voir le Sonnetqui ſuit, mais il eſt trop agreablement tournépour ne luy pas donner place icy. II m'eſt venu de Caën. Vous ſça- vez comme tout le mondey eſt poly, &vous ne ferez peut-eftre pas fâchée de connoiſtre qu'on
y eſtime les Lettres que je vous écris.
Cij
36 LE MERCVRE
SONNET.
Digne&galant Autheurdu celebre Mercure ,
De nos Belles de Caënredoutez le cou
roux ;
Elles brûlent ce Livre en peſtant contre
Vous
Pour les maux qu'a produits ſafatale
lecture.
De la Guerre, dit-on , vousfaites la
peinture Avec de certains traitsfi charmans &
fi doux,
Que l'on y voit courir les Amans , les
Ероих ;
Etc'est làlesujetqui caufe le murmure.
Quoy, direz- vous , jy mets tant de Traitez d'Amour ,
Des Madrigaux galans, les Festesde la
Cour
GALANT. 57
Tout cela nefaitrien pourſauver vostre
Livre.
Car quand un Brave y trouve un Roy d'un fi grand Cœur ,
Il ahonte d'aimer , il a honte de vivre,
S'il n'accompagnepas cet Auguste Vainqueur.
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Résumé : SONNET.
L'auteur d'une lettre exprime sa crainte d'être accusé de vanité en publiant des pièces anonymes reçues de spirituels inconnus. Il décide néanmoins de partager un sonnet provenant de Caen, ville connue pour sa polyvalence et l'appréciation des lettres qu'il y écrit. Le sonnet est adressé à l'auteur du célèbre Mercure, critiquant les effets de ses écrits sur les femmes de Caen, qui brûlent son livre en raison des maux causés par sa lecture. Le sonnet souligne que l'auteur du Mercure décrit la guerre avec des traits charmants et doux, attirant ainsi les amants et les héros. Cependant, cela provoque des murmures, car les traités d'amour, les madrigaux galants et les fêtes de la cour ne suffisent pas à sauver son livre. Un lecteur brave, en trouvant un roi au grand cœur, se sent honteux d'aimer et de vivre s'il ne suit pas ce vainqueur auguste.
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398
p. 116-118
Amours de Thiton & de l'Aurore, petit Opéra representé chez un grand Ministre. [titre d'après la table]
Début :
Ces Lettres portent leur recommandation par le Nom de Mr [...]
Mots clefs :
Opéra, Concerts, M. Oudot
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texteReconnaissance textuelle : Amours de Thiton & de l'Aurore, petit Opéra representé chez un grand Ministre. [titre d'après la table]
Ces Lettres portent leur re- commandation par le nom de M le Pays. Il a un génie mer- veilleux pour écrire galamment,
& il feroit àſouhaiter que les Affaires ne luy oſtaſſent pas
tout
GALANT. 73 tout le temps qu'il eſt obligé de leur donner. Nous verrions
peut-eſtre quelque agreable Opéra de ſa façon. Ils font de- venus fi fort à la mode , qu'on en repreſente beaucoup de pe- tits dans des Maiſons particulie- res. Comme ils n'ont beſoin ny de Theatre , ny de Décorations,
ils peuventpaſſer pour des Con- certs , mais ce ſont des Concerts
fort dignes de l'empreſſement detout ce qu'il y a de Gens cu- rieux. Le dernier qu'on a veu paroiſtre a pour titre les Amours deTiton &de l'Aurore. Les Vers
en ont eſté fort eſtimez. M. Oudot qui les a mis en Muſique en a reçen beaucoup de loüanges.
Je vous ay déja parlé de luy. II a beaucoup de talent, & tra- vaillant ſur une belle matiere, il
eſtoit difficile qu'il ne réüſſit
Tome IX. D
74 LE MERCVRE
auſſi avantageuſement qu'il a
fait. Un grandMiniſtre chez qui ce petitChef-d'œuvre a efté re- preſenté en a témoigné une fa- tisfaction entiere , &fon appro- bation a efté ſuivie des applau- diſſemens de tous ceux qui ont jouy de ce charmantDivertif- fement.
& il feroit àſouhaiter que les Affaires ne luy oſtaſſent pas
tout
GALANT. 73 tout le temps qu'il eſt obligé de leur donner. Nous verrions
peut-eſtre quelque agreable Opéra de ſa façon. Ils font de- venus fi fort à la mode , qu'on en repreſente beaucoup de pe- tits dans des Maiſons particulie- res. Comme ils n'ont beſoin ny de Theatre , ny de Décorations,
ils peuventpaſſer pour des Con- certs , mais ce ſont des Concerts
fort dignes de l'empreſſement detout ce qu'il y a de Gens cu- rieux. Le dernier qu'on a veu paroiſtre a pour titre les Amours deTiton &de l'Aurore. Les Vers
en ont eſté fort eſtimez. M. Oudot qui les a mis en Muſique en a reçen beaucoup de loüanges.
Je vous ay déja parlé de luy. II a beaucoup de talent, & tra- vaillant ſur une belle matiere, il
eſtoit difficile qu'il ne réüſſit
Tome IX. D
74 LE MERCVRE
auſſi avantageuſement qu'il a
fait. Un grandMiniſtre chez qui ce petitChef-d'œuvre a efté re- preſenté en a témoigné une fa- tisfaction entiere , &fon appro- bation a efté ſuivie des applau- diſſemens de tous ceux qui ont jouy de ce charmantDivertif- fement.
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Résumé : Amours de Thiton & de l'Aurore, petit Opéra representé chez un grand Ministre. [titre d'après la table]
Le texte évoque les Lettres recommandées par M. le Pays, reconnu pour son talent en écriture galante. Ses occupations l'empêchent de se consacrer pleinement à cette activité, privant ainsi les lecteurs de potentiels ouvrages agréables. Les opéras sont très en vogue, et des représentations de petits opéras se tiennent dans des maisons particulières, sans nécessiter de théâtre ou de décorations, et sont comparés à des concerts. L'opéra 'Les Amours de Titon et de l'Aurore' a été particulièrement apprécié pour ses vers. M. Ou-dot, le compositeur de la musique, a reçu de nombreuses louanges pour son talent et son travail acharné. Un grand ministre a exprimé sa satisfaction après la représentation de cet opéra, et son approbation a été suivie d'applaudissements de la part de tous les spectateurs.
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399
p. 118-120
Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
Début :
On en a donné beaucoup au choix que le Roy [...]
Mots clefs :
Abbesse de Sainte Menehoult, Madame de Boulay, Abbaye, Madame de Vaudetart de Bournonville Persan
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texteReconnaissance textuelle : Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
On en a donné beaucoup au choixque le Roya fait deMa- dame l'Abbeſſe de Sainte Menehoud , pour la gratifier de l'Abbaye Royale de Farmonſtier
enBrie. C'eſt une Dame d'un fort grand merite & d'une
exacte vertu. Elle est de la Maifon d'Uxelles ,& Belle-Sœur de
M. le Comte de Beringhen.
,
L'Abbaye de Sainte Mene- houd a eſté donnée àMadame
du Boulay , Religieuſe de la Croix , & Belle-Sœur de M.
GALANT. 75 l'Avocat General Talon. On
pourroit prendre cette occafion pour parler d'un autre ; mais outre que lagloire qu'il s'eſt ac- quiſe dans cette importante Charge l'a fait connoiſtre à tou- te la France , ſon merite me
fournira d'aſſez amplesſujets de vous en entretenir ſouvent.
1
Sa Majesté a auſſi donné l'Ab- bayede Saint JacquespresBour- bon , à Madame de Vaudetart
de Bournonville Perfan. Elle eft
d'une grandeMaiſon, &le Nom de Perfan a fait bruit ailleurs
quedansdesConvents
enBrie. C'eſt une Dame d'un fort grand merite & d'une
exacte vertu. Elle est de la Maifon d'Uxelles ,& Belle-Sœur de
M. le Comte de Beringhen.
,
L'Abbaye de Sainte Mene- houd a eſté donnée àMadame
du Boulay , Religieuſe de la Croix , & Belle-Sœur de M.
GALANT. 75 l'Avocat General Talon. On
pourroit prendre cette occafion pour parler d'un autre ; mais outre que lagloire qu'il s'eſt ac- quiſe dans cette importante Charge l'a fait connoiſtre à tou- te la France , ſon merite me
fournira d'aſſez amplesſujets de vous en entretenir ſouvent.
1
Sa Majesté a auſſi donné l'Ab- bayede Saint JacquespresBour- bon , à Madame de Vaudetart
de Bournonville Perfan. Elle eft
d'une grandeMaiſon, &le Nom de Perfan a fait bruit ailleurs
quedansdesConvents
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Résumé : Le Roy donne l'Abbaye de Farmontier à Madame l'Abbesse de Sainte Menehoult, celle de Sainte Menehoult à Madame du Boulay, & celle de S. Iacques prés Bourbon à Madame de Vaudetart-Bournonville Persan. [titre d'après la table]
Le roi a nommé Madame l'Abbesse de Sainte Menéhoud à l'Abbaye Royale de Faremoutiers, une dame de grand mérite et de vertu exacte, de la maison d'Uxelles. Madame du Boulay a reçu l'Abbaye de Sainte Menéhoud. Madame de Vaudetart de Bournonville Perfan a été désignée pour l'Abbaye de Saint Jacques près de Bourbon.
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400
p. 120-126
Description d'un Present fait au Roy par Monsieur l'Abbé le Houx. [titre d'après la table]
Début :
S'il est glorieux d'avoir part aux Graces que [...]
Mots clefs :
Portrait, Présent, Abbé le Houx, Mignature, Coq
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Description d'un Present fait au Roy par Monsieur l'Abbé le Houx. [titre d'après la table]
S'il eſt glorieux d'avoir part aux Graces que le Roy ſe plaiſt àrépandre continuellement fur ceux de ſes Sujetsqu'ilen trou- ve dignes , il ne l'eſt pas moins de luy pouvoir fairedesPreſens quine foient pas indignes de luy Dij
76 LE MERCVRE eſtre offerts. C'eſt un avantage qu'eut dernierement M. l'Abbé
le Houx , qui heritant du zele que ſa Famille a toûjours fait pa- roiſtre pourſon ſervice , & dont elle a donné des preuves & dans les Armées & ailleurs , luy pre- ſenta ſon Portrait en mignature.
Le Roy le reçeut avec ces té- moignages de bonté qui luy gagnent les cœursde tous ceux qui ont l'honneur de l'appro- cher. Ce Portrait eſt delamain
de M. Benard. Le Roy eſt peint dans un Ovale. Au deſſous de
luy font quantité de Trophées,
qui marquent les Conqueſtes qu'ila faites , tant fur la Hollan- de, que fur l'Eſpagne & l'Em- pire. Aumilieu de ces Trophées onvoit unGlobed'azur & trois
Fleurs de Lys. A l'un des coſtez duRoy il y aune Palme , &un
GALAN T. 77 Olivier à l'autre , avec une Inſcription Latine dans une Ban- derole volante . Le ſens de cette
Inſcription , eſt que tandis que Sa Majefté s'occupe à orner fes Lys de Palmes , elle ne dédaigne pas de cultiver l'Olivier qui eſt le Simbole de la Paix. La Bordure a ſes miſteres auſſi -bien que les embelliſſemens du Portrait.
Elle a eſté faite par un Orfévre nommé Germain , qui travaille ordinairement pour le Roy. Le deſſein , la cizelure & l'art en
font admirables. Dans le haut
eſt la Renommée toute de relief.
Elle montre le Royd'une main,
& tient une trompette del'au- tre. Un Lambeau d'argenty eſt attaché avec des mots Latins
qui font connoiſtre que fi cet Auguſte Monarque eft grand par la gloire que ſes belles qua Biij
78. LE MERCVRE
litez luy ont acquiſe , il l'eſt en- cor davantage par ſa Valeur &
par ſesConqueſtes. Aux coſtez de la Bordure font deux Enfans
qui tiennent des Fleurs & des Fruits. Iln'y a rien de mieux def- finé. On voit la Triple Alliance aubas. Elle paroiſt ſoûmiſe à la France , qui eſt repreſentée par un grand Coq. D'un coſte il tient l'Aigle de l'Empire enchaî- né , & de l'autre deux Lyons fuyans le Coq. L'Eſpagne eft marquée par l'un , & la Hollan- de parl'autreſous la forme d'un Lyon Marin. Ce Preſent ne pouvoit eftre plus beau , puis qu'il n'y a rien de plus grand que le Roy, & que c'eſt ſon Portraitqui le compoſe. Il eſtoit accompagné d'un Poëme fur les Conqueftes de ce Prince
76 LE MERCVRE eſtre offerts. C'eſt un avantage qu'eut dernierement M. l'Abbé
le Houx , qui heritant du zele que ſa Famille a toûjours fait pa- roiſtre pourſon ſervice , & dont elle a donné des preuves & dans les Armées & ailleurs , luy pre- ſenta ſon Portrait en mignature.
Le Roy le reçeut avec ces té- moignages de bonté qui luy gagnent les cœursde tous ceux qui ont l'honneur de l'appro- cher. Ce Portrait eſt delamain
de M. Benard. Le Roy eſt peint dans un Ovale. Au deſſous de
luy font quantité de Trophées,
qui marquent les Conqueſtes qu'ila faites , tant fur la Hollan- de, que fur l'Eſpagne & l'Em- pire. Aumilieu de ces Trophées onvoit unGlobed'azur & trois
Fleurs de Lys. A l'un des coſtez duRoy il y aune Palme , &un
GALAN T. 77 Olivier à l'autre , avec une Inſcription Latine dans une Ban- derole volante . Le ſens de cette
Inſcription , eſt que tandis que Sa Majefté s'occupe à orner fes Lys de Palmes , elle ne dédaigne pas de cultiver l'Olivier qui eſt le Simbole de la Paix. La Bordure a ſes miſteres auſſi -bien que les embelliſſemens du Portrait.
Elle a eſté faite par un Orfévre nommé Germain , qui travaille ordinairement pour le Roy. Le deſſein , la cizelure & l'art en
font admirables. Dans le haut
eſt la Renommée toute de relief.
Elle montre le Royd'une main,
& tient une trompette del'au- tre. Un Lambeau d'argenty eſt attaché avec des mots Latins
qui font connoiſtre que fi cet Auguſte Monarque eft grand par la gloire que ſes belles qua Biij
78. LE MERCVRE
litez luy ont acquiſe , il l'eſt en- cor davantage par ſa Valeur &
par ſesConqueſtes. Aux coſtez de la Bordure font deux Enfans
qui tiennent des Fleurs & des Fruits. Iln'y a rien de mieux def- finé. On voit la Triple Alliance aubas. Elle paroiſt ſoûmiſe à la France , qui eſt repreſentée par un grand Coq. D'un coſte il tient l'Aigle de l'Empire enchaî- né , & de l'autre deux Lyons fuyans le Coq. L'Eſpagne eft marquée par l'un , & la Hollan- de parl'autreſous la forme d'un Lyon Marin. Ce Preſent ne pouvoit eftre plus beau , puis qu'il n'y a rien de plus grand que le Roy, & que c'eſt ſon Portraitqui le compoſe. Il eſtoit accompagné d'un Poëme fur les Conqueftes de ce Prince
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Résumé : Description d'un Present fait au Roy par Monsieur l'Abbé le Houx. [titre d'après la table]
M. l'Abbé le Houx, fidèle à la tradition familiale de servir le roi, offrit à ce dernier un portrait en miniature réalisé par M. Benard. Le portrait représente le roi dans un ovale entouré de trophées symbolisant ses conquêtes sur la Hollande, l'Espagne et l'Empire. Il inclut un globe azur, trois fleurs de lys, une palme et un olivier, symbolisant respectivement la victoire et la paix. Une inscription latine souligne que le roi célèbre ses victoires tout en cultivant la paix. La bordure, œuvre de l'orfèvre Germain, est ornée de la Renommée tenant une trompette et de deux enfants offrant des fleurs et des fruits. Elle illustre également la Triple Alliance, avec la France représentée par un coq dominant l'aigle de l'Empire et deux lions symbolisant l'Espagne et la Hollande. Ce présent, accompagné d'un poème sur les conquêtes du roi, fut jugé particulièrement beau et digne du souverain.
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