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10101
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Abonnés
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
6.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy ›
Auteur du Mercure .
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
lenverra par la pofte , payeront 31 livres
10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'eft- à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires .
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreffe ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , en payant le droit , le prix
deleur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut .
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
On peut fe procurer par la voie du Merles
autres Journaux , ainfi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent,
6.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreſſer , francs
de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boiſſy ›
Auteur du Mercure .
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raifon de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
l'année qui les fuivra.
Les perfonnes de province auxquelles on
lenverra par la pofte , payeront 31 livres
10 fols d'avance en s'abonnant , & elles le
recevront franc de port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du port fur
leur compte , ne payeront qu'à raison de 30
fols par volume , c'eft- à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires .
Les Libraires des provinces ou des
A ij
pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreffe ci- deffus.
On Supplie les perfonnes des provinces d'envoyerpar
la pofte , en payant le droit , le prix
deleur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau .
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
resteront au rebut .
L'on trouvera toujours quelqu'un en état
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine , aprèsmidi.
On peut fe procurer par la voie du Merles
autres Journaux , ainfi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent,
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le Mercure est une publication périodique dont l'abonnement et la distribution sont organisés par M. Lutton, avocat et greffier-commis au Greffe Civil du Parlement, situé rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les abonnés paient 21 livres d'avance pour l'année, couvrant quatorze volumes, et 36 sols par volume. Les volumes extraordinaires coûtent 30 sols et sont payés avec l'année suivante. Les résidents de province paient 31 livres 10 sols d'avance et reçoivent le Mercure franc de port. Ceux qui prennent en charge les frais de port paient 30 sols par volume, soit 21 livres d'avance pour l'année, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent contacter le Bureau pour obtenir le Mercure. Les paiements doivent être envoyés par la poste ou ordonnés à l'avance. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible les mardi, mercredi et jeudi après-midi. D'autres journaux, livres, estampes et musique annoncés dans le Mercure sont également disponibles.
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10102
p. 5-6
L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
Début :
Nous possedons, Dieux de la terre ! [...]
Mots clefs :
Bonheur, Richesse, Embarras
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texteReconnaissance textuelle : L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
L'EMBARRAS DES RICHESSES,
CANTA TILL E.
Nous poffedons , Dieux de la rerre !
Vous , les tréfors , moi , les plaifirs :
A l'abondance je préfere
L'attente qui naît des défirs.
Plus vous nagez dans la richeffe ,
Moins vous goûtez la volupté
Vous êtes plongés dans l'yvreffe ,
J'en ai la pointe & la gaieté,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
De loin votre bonheur nous féduit, nous étonne ;
Il difparoît de près ; fitôt qu'on peut vous voir
L'ennui vous fuit partout , l'effroi vous environne:
Semblables à la feuille à la fin de l'Automne ,
Du faîte des grandeurs un vent vous fait décheoir :
Mon partage eft plus doux ; quand Iris me cou-
Des fleurs
ronne
que dans nos prés fans choix fa main
moiffonne ,
Je fuis Roi le matin , fûr de l'être le foir.
Au bord d'un ruiffeau qui murmure ,
J'éprouve un tranquille fommeil.
Je ne crains point qu'à mon réveil
Contre moi s'arme la nature.
D'elle & d'Iris je fuis la loi ,
Sur leurs dons mon bonheur fe fonde :
Le foleil luit pour tout le monde ,
Mon Iris ne vit que pour moi .
CANTA TILL E.
Nous poffedons , Dieux de la rerre !
Vous , les tréfors , moi , les plaifirs :
A l'abondance je préfere
L'attente qui naît des défirs.
Plus vous nagez dans la richeffe ,
Moins vous goûtez la volupté
Vous êtes plongés dans l'yvreffe ,
J'en ai la pointe & la gaieté,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
De loin votre bonheur nous féduit, nous étonne ;
Il difparoît de près ; fitôt qu'on peut vous voir
L'ennui vous fuit partout , l'effroi vous environne:
Semblables à la feuille à la fin de l'Automne ,
Du faîte des grandeurs un vent vous fait décheoir :
Mon partage eft plus doux ; quand Iris me cou-
Des fleurs
ronne
que dans nos prés fans choix fa main
moiffonne ,
Je fuis Roi le matin , fûr de l'être le foir.
Au bord d'un ruiffeau qui murmure ,
J'éprouve un tranquille fommeil.
Je ne crains point qu'à mon réveil
Contre moi s'arme la nature.
D'elle & d'Iris je fuis la loi ,
Sur leurs dons mon bonheur fe fonde :
Le foleil luit pour tout le monde ,
Mon Iris ne vit que pour moi .
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Résumé : L'EMBARRAS DES RICHESSES, CANTATILLE.
Le poème 'L'EMBARRAS DES RICHESSES' de Cantat Till E. met en lumière la contradiction entre l'abondance matérielle et le bonheur véritable. Le poète exprime une préférence pour l'attente des désirs plutôt que pour l'abondance, estimant que la richesse excessive empêche de savourer la volupté. Les riches, malgré leur ivresse, ne connaissent pas la véritable gaieté. Leur bonheur, admiré de loin, se transforme en ennui et en peur de près. Ils sont comparés à une feuille d'automne, délogée par le vent des grandeurs. En contraste, le poète se réjouit de sa condition plus douce, se comparant à un roi le matin et à un simple mortel le soir. Il trouve un sommeil tranquille au bord d'un ruisseau murmurant. Il ne craint ni la nature ni Iris, car son bonheur repose sur leurs dons. Le soleil luit pour tous, mais son Iris ne vit que pour lui.
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10103
p. 6-9
FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
Début :
Tu vas quitter Paris, cher D***, & le cloître [...]
Mots clefs :
Arbrisseau, Couvent, Bonheur
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texteReconnaissance textuelle : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
FABLE
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
A un Ami qui veut fe reléguer en Province ;
prendre le parti du Couvent .
L'AR BRISSE A U.
Tuvas quitter Paris , cher D*** , & le cloftre U
A pour toi des appas que je ne puis connoître à
NOVEMBRE. 1755 7
Oui , pour t'en détourner mes foins font fuperflus.
Mais tu te flattes donc qu'en ton couvent reclus ,
Tu goûteras en paix les douceurs de la vie ;
Qu'un bonheur fans mêlange , exemt de toute
envie ,
Contentera tes voeux , remplira tes deffeins ,
Et fera fur toi feul lever des jours fereins ?
Cependant on le dit : la raifon d'ordinaire
N'habite pas longtems chez la gent folitaire.
Tel qui trop tôt du monde veut fortir ,
Souvent trop tard pourra s'en repentir.
J'avance pour preuve une fable ,
Rends- là pour toi moins applicable.
Un arbriffeau planté par la nature ,
Déja fort , & riche en verdure ,
Voyoit dans un jardin d'autres arbres rangés ,
Elagués avec art , très-bien fymétriſés :
Pourquoi , dit-il , fous les yeux d'un bon maître,
D'être foigné comme eux , n'ai-je pas le bonheur ?
Profiterois-je moins ? que fçait -on è mieux peutêtre.
Hélas ! un tronc touffu , des branches fans honneur
,
De la feve qui m'a fait naître
Vont épuifer tout le meilleur.
En lieu bien clos , à l'abri des tempêtes ,
Sans crainte ils élevent leurs têtes.
Sont-ils trop altérés ; on leur rend la fraîcheur :
Bref, à chaque maladie
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
En tout tems on rémédie.
Pour moi , je languis de maigreur ;
Les faifons , les vents , les chaleurs ,
Cent & cent maux me font à craindre ;
Oui , toujours le pauvre arbre alloit encor fe .....
plaindre ,
Des pores de l'écorce il couloit quelques pleurs :"
Le fort trompa bien ſon attente.
Chemin faifant , le voifin jardinier
Le voit , l'admire , & le tranfplante ,
L'arrofe , comme il faut , l'engraiffe de fumier.
Quinze jours écoulés , notre arbre avoit pris terre,
S'eftimant fort heureux . Il fallut le tailler.
De fes rameaux fourchus il ſe voit dépouiller ;
Et pour le redreffer , on lui livre la guerre :
Bientôt ce n'est plus qu'un tronc nu .
Il avoit defiré de tous fes maux le pire ;
Plein de regret il gémit , il foupire ,
Et maudit un bonheur qu'il n'avoit point connu .
Ami , tu fçais à quoi mon recit fe termine.
Le Monaftere eft ce verger charmant ,
Ou , fous la fage difcipline ,
Un béat vit tranquillement.
Il eft content , dis- tu : certes , je le veux croire ;
Dans fa condition on a mille agrémens.
Mais s'il l'a pris fans choix , la robe blanche ou
noire
Ne change point les fentimens.
Le tendre arbriffeau , c'eft toi- même ;
NOVEMBRE . 1755 .
Tu hais le monde , & tu fuis fes plaifirs :
Le froc te femble un bien fuprême.
Ah ! je t'arrête trop ; cours , vole à tes défirs.
Mais quand fous un dur eſclavage
Tu fentiras enfin gémir ta liberté ;
Quand une obéiffance aveugle & fans partage ,
Condamnera ta moindre volonté ;
Alors ..... mais je veux taire un trifte & vain préfage
;
Suis ta vocation : c'eft l'avis le plus fage.
Si Dieu te parle , il veut être écouté ;
Mais il ne parle pas , s'il n'eft bien confulté.
L'Abbé BOUCHE .
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Résumé : FABLE A un Ami qui veut se reléguer en Province, & prendre le parti du Couvent. L'ARBRISSEAU.
L'Abbé Bouche adresse une fable à un ami envisageant de quitter Paris pour entrer dans un couvent. Il utilise l'allégorie d'un arbrisseau envieux des arbres bien soignés dans un jardin voisin. Cet arbrisseau, après avoir été transplanté et taillé, regrette son sort. L'auteur compare cette situation à celle de son ami, qui pourrait regretter sa décision de rejoindre un couvent. Il souligne que la vie monastique, bien que paisible, ne modifie pas les sentiments et les aspirations d'une personne. L'auteur conseille à son ami de suivre sa véritable vocation, mais de bien réfléchir avant de prendre une telle décision.
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10104
p. 41-46
TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
Début :
Des pleurs précieux de l'Aurore [...]
Mots clefs :
Bergère, Chaleur, Amour
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
TRADUCTION
De l'Eté de M. l'Abbé Métaftaze.
DEs pleurs précieux de l'Aurore
Nos champs ne font plus pénétrés ;
brillantes couleurs de Flore ,
Njardins ne font plus parés.
L Eté , qu'un blond épic couronne ,
Amene déja la moiffon :
Et la chaleur qui l'environne ,
A terni l'éclat du
gazon.
#
L'air appéfanti nous accable ,
Sitôt que le foleil s'enfuit :
Son feu déposé dans le ſable ,
S'éleve & réchauffe la nuit.
Ces prez voifins d'une fontaine
N'ont plus de ruiffeau bienfaicteurs.
L'autan , fous fa brulante haleine ,
Voit plier la tige des fleurs.
42 MERCURE DE FRANCE:
Des nuages , la terre aride
Ne reçoit aucun aliment :
De leurs dons fa furface avide
Partout fe fillonne & fe fend.
L'arbre que le printems décore ,
N'a plus fa premiere verdeur :
Et le rayon qui le dévore .
Paroît y laiffer fa couleur.
Le faule ingrat fur le rivage ;
A ce ruiffeau qui le nourrit
Ceffant de porter fon ombrage ;
Le livre au chaud qui le tarit.
3
On voit ,fans en craindre l'outrage ,
Le moiffonneur , fous le foleil ,
Accablé du poids de l'ouvrage ,
Gouter la douceur du fommeil .
串
Près de lui la Bergere aimable ,
Courant d'un pas rapide & prompt ,
Ote d'une ma n fécourable
La fueur qui baigne fon front.
NOVEMBRE. 1755. 43
Nos guèrets couverts de pouffiere
Du timide gibier qui fuit
N'offrent plus la piste légere
A l'ennemi qui le pourfuit.
Vainement le chaffeur tourmente
Le chien bientôt las d'aboyer ;
Son haleine courte & fréquente
Paffe & repaffe à ſon gofier.
Ce taureau bondiffant fur l'herbe ,
Dont le Berger a vu l'ardeur,
Et qui furieux & fuperbe
Porta fa flamme dans fon coeur •
Cédant au chaud qui l'extenue ,
Mugit , fe couche lentement ,
Tandis que la géniffe émue
Répond à fon mugiffement.
8
Du roffignol , que rien n'égale ,
Quand les accens charment nos bois ,
Le fon aigu de la cigale
A remplacé la douce voix.
44 MERCURE DE FRANCE.
Le ferpent qui fe renouvelle ,
Siffle , épouvante les pafteurs ;
Fier , au rayon qui le décele ,
Il oppofe mille couleurs.
Au fond de l'élement humide
Qu'attiédit la chaleur du jour ,
Sous l'algue le poiffon timide ,
Cherche à tempérer fon féjour.
D'une faiſon auſſi terrible
Je fupporterois la rigueur ;
Si Life à mes foupirs fenfible ;
S'attendriffoit en ma faveur .
Qu'Amour aux déferts de Lybie ,
Ou dans les climats les plus froids ,
Me mene au gré de fon envie ,
J'y fuis heureux , fi je t'y vois.
Quoique la, cime en foit brulée ;
Ce mont , par fon dos recourbé
Par cette ombrageufe vallée )
A la chaleur eft dérobé,
NOVEMBRE. 1755. 45
De ce côteau coule une fource ,
Dont la chute épure fes eaux
Et qui partagée en la courſe ,
Se répand en mille ruiffeaux,
Jamais la Bergere n'y mene
L'importun troupeau qui la fuit ;
La lune y paroît incertaine ,
Foiblement le foleil y luit.
Qu'en ces beaux lieux la nuit nous trompe ;
Qu'elle nous preſſe de jouir ;
Et qu'aucun fouci n'interrompe
Le moment heureux du plaifir.
Pourquoi chercher dans le nuage
Du fombre & douteux avenir ;
Il n'eft qu'un tems pour le bel âge ,
Life , l'amour doit le remplir,
Si le Dieu du Pinde m'inſpire ,
Si l'amour m'affure ta foi ,
Que le fort contre mor confpire ,
Je l'attends fans aucun effroi.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ni le luxe de la richeſſe ,
Ni le faux éclat de l'honneur ,
Ni les glaces de la vieilleffe
Ne changeront jamais mon coeur.
Tout courbé , la tête chenue ,
Mon luth fléchira fous mes doigts ;
A fa corde alors mal tendue
J'accorderai ma foible voix.
Je chercherai l'amour encore
Dans ces beaux yeux moins empreffés ;
Et fur cette main que j'adore ,
Mes froids baifers feront tracés,
Grands Dieux , qu'aucun trouble n'altere ,
De nos maux , paiſibles témoins ,
Souffrez que mon luth , ma Bergere ,
Soient toujours l'objet de mes foins.
#
i
Que pour nous la parque moitis dure ,
D'un long fil couvre ſon fuſeau ,
Life , d'une flamme auffi pure
Je brulerai jufqu'au tombeau.
Pallu , de Poitiers.
De l'Eté de M. l'Abbé Métaftaze.
DEs pleurs précieux de l'Aurore
Nos champs ne font plus pénétrés ;
brillantes couleurs de Flore ,
Njardins ne font plus parés.
L Eté , qu'un blond épic couronne ,
Amene déja la moiffon :
Et la chaleur qui l'environne ,
A terni l'éclat du
gazon.
#
L'air appéfanti nous accable ,
Sitôt que le foleil s'enfuit :
Son feu déposé dans le ſable ,
S'éleve & réchauffe la nuit.
Ces prez voifins d'une fontaine
N'ont plus de ruiffeau bienfaicteurs.
L'autan , fous fa brulante haleine ,
Voit plier la tige des fleurs.
42 MERCURE DE FRANCE:
Des nuages , la terre aride
Ne reçoit aucun aliment :
De leurs dons fa furface avide
Partout fe fillonne & fe fend.
L'arbre que le printems décore ,
N'a plus fa premiere verdeur :
Et le rayon qui le dévore .
Paroît y laiffer fa couleur.
Le faule ingrat fur le rivage ;
A ce ruiffeau qui le nourrit
Ceffant de porter fon ombrage ;
Le livre au chaud qui le tarit.
3
On voit ,fans en craindre l'outrage ,
Le moiffonneur , fous le foleil ,
Accablé du poids de l'ouvrage ,
Gouter la douceur du fommeil .
串
Près de lui la Bergere aimable ,
Courant d'un pas rapide & prompt ,
Ote d'une ma n fécourable
La fueur qui baigne fon front.
NOVEMBRE. 1755. 43
Nos guèrets couverts de pouffiere
Du timide gibier qui fuit
N'offrent plus la piste légere
A l'ennemi qui le pourfuit.
Vainement le chaffeur tourmente
Le chien bientôt las d'aboyer ;
Son haleine courte & fréquente
Paffe & repaffe à ſon gofier.
Ce taureau bondiffant fur l'herbe ,
Dont le Berger a vu l'ardeur,
Et qui furieux & fuperbe
Porta fa flamme dans fon coeur •
Cédant au chaud qui l'extenue ,
Mugit , fe couche lentement ,
Tandis que la géniffe émue
Répond à fon mugiffement.
8
Du roffignol , que rien n'égale ,
Quand les accens charment nos bois ,
Le fon aigu de la cigale
A remplacé la douce voix.
44 MERCURE DE FRANCE.
Le ferpent qui fe renouvelle ,
Siffle , épouvante les pafteurs ;
Fier , au rayon qui le décele ,
Il oppofe mille couleurs.
Au fond de l'élement humide
Qu'attiédit la chaleur du jour ,
Sous l'algue le poiffon timide ,
Cherche à tempérer fon féjour.
D'une faiſon auſſi terrible
Je fupporterois la rigueur ;
Si Life à mes foupirs fenfible ;
S'attendriffoit en ma faveur .
Qu'Amour aux déferts de Lybie ,
Ou dans les climats les plus froids ,
Me mene au gré de fon envie ,
J'y fuis heureux , fi je t'y vois.
Quoique la, cime en foit brulée ;
Ce mont , par fon dos recourbé
Par cette ombrageufe vallée )
A la chaleur eft dérobé,
NOVEMBRE. 1755. 45
De ce côteau coule une fource ,
Dont la chute épure fes eaux
Et qui partagée en la courſe ,
Se répand en mille ruiffeaux,
Jamais la Bergere n'y mene
L'importun troupeau qui la fuit ;
La lune y paroît incertaine ,
Foiblement le foleil y luit.
Qu'en ces beaux lieux la nuit nous trompe ;
Qu'elle nous preſſe de jouir ;
Et qu'aucun fouci n'interrompe
Le moment heureux du plaifir.
Pourquoi chercher dans le nuage
Du fombre & douteux avenir ;
Il n'eft qu'un tems pour le bel âge ,
Life , l'amour doit le remplir,
Si le Dieu du Pinde m'inſpire ,
Si l'amour m'affure ta foi ,
Que le fort contre mor confpire ,
Je l'attends fans aucun effroi.
46 MERCURE DE FRANCE.
Ni le luxe de la richeſſe ,
Ni le faux éclat de l'honneur ,
Ni les glaces de la vieilleffe
Ne changeront jamais mon coeur.
Tout courbé , la tête chenue ,
Mon luth fléchira fous mes doigts ;
A fa corde alors mal tendue
J'accorderai ma foible voix.
Je chercherai l'amour encore
Dans ces beaux yeux moins empreffés ;
Et fur cette main que j'adore ,
Mes froids baifers feront tracés,
Grands Dieux , qu'aucun trouble n'altere ,
De nos maux , paiſibles témoins ,
Souffrez que mon luth , ma Bergere ,
Soient toujours l'objet de mes foins.
#
i
Que pour nous la parque moitis dure ,
D'un long fil couvre ſon fuſeau ,
Life , d'une flamme auffi pure
Je brulerai jufqu'au tombeau.
Pallu , de Poitiers.
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Résumé : TRADUCTION De l'Eté de M. l'Abbé Métastaze.
Le poème 'Des pleurs précieux de l'Aurore' de l'Abbé Métafaze, publié dans le Mercure de France en novembre 1755, décrit les effets dévastateurs de la chaleur estivale sur la nature. Les champs et les jardins ont perdu leur éclat, et les arbres ont perdu leur verdure. La chaleur intense rend les nuits étouffantes et les sources d'eau sont taries. Les animaux, tels que les taureaux et les chiens, souffrent de la chaleur. Les bergers et les moissonneurs cherchent refuge dans le sommeil. Le poète exprime son amour inconditionnel pour une personne, affirmant qu'il serait heureux en sa compagnie même dans les conditions les plus difficiles. Il souhaite que son amour reste pur et constant jusqu'à la fin de sa vie, malgré les épreuves.
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10105
p. 47
PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
Début :
L'Amour est un enfant, mais l'amour sçait tout faire. [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Graveur
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
PORTRAIT DE Mlle D ...
O U
L'AMOUR GRAVEUR.
L'Amour eft un enfant , mais l'amour ſçait tout
faire.
Je fuis , dit-il un jour excellent Orateur ,
Bon Muficien , bon Peintre , bon rimeur ;
Un ſeul talent me manque , & c'eſt une miſere ;
Je n'ai jamais gravé : je veux être graveur.
L'Artiſte ingénieux prend une flèche , un coeur ,
Et d'une main délicate & légere ,
Il y deffine un front où regne la candeur ,
Un oeil vif & charmant où brille la douceur
Une bouche ſemblable à celle de fa mere.
L'amour dans ce qu'il fait ignore la lenteur.
L'ouvrage en peu de tems fut tel qu'il devoit
être ,
Et le petit deffinateur
Dit en s'applaudiffant : j'ai fait un coup de maî
tre !
Voilà le plus joli minois ,
L'air le plus fin , les plus beaux traits du monde ;
Mais feroit-ce une erreur ? & qu'est -ce que je vois?
C'eft le portrait de Life , & le coeur de L... ois !
Le pauvre coeur en tient ;la gravure eft profonde.
O U
L'AMOUR GRAVEUR.
L'Amour eft un enfant , mais l'amour ſçait tout
faire.
Je fuis , dit-il un jour excellent Orateur ,
Bon Muficien , bon Peintre , bon rimeur ;
Un ſeul talent me manque , & c'eſt une miſere ;
Je n'ai jamais gravé : je veux être graveur.
L'Artiſte ingénieux prend une flèche , un coeur ,
Et d'une main délicate & légere ,
Il y deffine un front où regne la candeur ,
Un oeil vif & charmant où brille la douceur
Une bouche ſemblable à celle de fa mere.
L'amour dans ce qu'il fait ignore la lenteur.
L'ouvrage en peu de tems fut tel qu'il devoit
être ,
Et le petit deffinateur
Dit en s'applaudiffant : j'ai fait un coup de maî
tre !
Voilà le plus joli minois ,
L'air le plus fin , les plus beaux traits du monde ;
Mais feroit-ce une erreur ? & qu'est -ce que je vois?
C'eft le portrait de Life , & le coeur de L... ois !
Le pauvre coeur en tient ;la gravure eft profonde.
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Résumé : PORTRAIT DE Mlle D... OU L'AMOUR GRAVEUR.
Le texte 'Portrait de Mlle D...' utilise la métaphore artistique pour décrire l'amour comme un enfant doué voulant maîtriser la gravure. Un artiste crée une gravure représentant Mlle de S..., mais l'amour découvre qu'elle touche le cœur de M. de L...ois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10106
p. 48
Le mauvais livre bien payé.
Début :
Le fait enfin n'est plus douteux ; [...]
Mots clefs :
Livre
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texteReconnaissance textuelle : Le mauvais livre bien payé.
Le mauvais livre bien payé.
LE fait enfin n'eft plus douteux ;
Par fois une mauvaiſe plante
Porte du fruit délicieux.
J'en ai la preuve fous les yeux ,
Puifque l'ouvrage de Dorante
A produit cent écus de rente.
LE fait enfin n'eft plus douteux ;
Par fois une mauvaiſe plante
Porte du fruit délicieux.
J'en ai la preuve fous les yeux ,
Puifque l'ouvrage de Dorante
A produit cent écus de rente.
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10107
p. 49-54
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE, Au sujet du projet d'un nouveau Dictionnaire plus utile que tous les autres, inseré dans le Mercure du mois de Juillet de cette année.
Début :
MONSIEUR, il est bien douloureux pour toute la Nation Françoise qui [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Auteur, Goût, Promenade
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE, Au sujet du projet d'un nouveau Dictionnaire plus utile que tous les autres, inseré dans le Mercure du mois de Juillet de cette année.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE,
Au fujet du projet d'un nouveau Dictionnaire
plus utile que tous les autres , inforé dans le
Mercure du mois de Juillet de cette année.
M
ONSIEUR , il eft bien douloureux
pour toute la Nation Françoife qui
fait à votre livre l'accueil le plus flatteur ,
de voir que vous y infériez journellement
une critique de fes moeurs , de fes goûts ,
de fes ufages , & de fes plaifirs ; la reconnoiffance
devroit au moins agir autant fur
vous , Monfieur , que l'amour de la patrie
le fait fur moi , je vais donc attaquer fans
ménagement l'homme de Province qui s'avife
de donner des projets de nouveaux
dictionnaires , & de s'ériger en Ariftarque
de ce qu'il y a de plus aimable dans Paris .
L'Auteur de la Lettre devroit être regardé
comme perturbateur des amufemens publics
, & comme contraire à la circulation
générale des efpeces , d'où naît l'abondance
dans un Etat.
Un Etranger , qui n'auroit pas de Paris
une idée jufte , croiroit avec raifon qu'il
n'y a pas deux perfonnes du monde en
état de parler bon fens ; il eft à croire ,
C
so MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , que l'Auteur étoit lui - même
un élégant Provincial auquel il ne manquoit
plus que le poli de Paris , & qui étoit
venu pour le prendre dans les cercles des
géns comme il faut, c'est-à- dire , chez ceux ,
qu'il critique avec tant d'animofité .
paru-
Je conviendrai avec lui que notre maniere
de vivre differe en tout de celle de
nos peres , mais j'obferverai que nos peres
vivoient auffi différemment de nos ayeux ;
ces variations font l'ouvrage du tems, les fiécles
à venir en éprouveront de femblables .
Il me paroît tout fimple qu'une jeune
femme s'occupe de fes diamans, de fa
re , d'une partie de campagne , des fpectacles.
Veut- on que depuis 15 jufqu'à25 ans ,
elle foit occupée des affaires de fa maifon
pour fe donner des ridicules , ou qu'elle
paroille aimer fon mari pour le faire montrer
au doigt ? Non ; il faut fuivre le torrent
, l'ufage eft de s'amufer de ponpons ,
il faut le faire ; le bon ton veut qu'elles
aient des amans , elles font très - bien d'en
avoir ; il eft reçu de faire du jour la nuit ,
& de la nuit le jour , en dépit de la fanté ,
il faut encore en paffer par- là .
L'Auteur de la critique veut- il donc
réformer des chofes que l'ufage cimente encore
tous les jours à imagine-t- il qu'après la
lecture de fa lettre , tout va prendre une
NOVEMBRE. 1755. 51
nouvelle forme veut-il , dis-je , qu'un
jeune abbé fe prive des amuſemens d'un
homme de qualité ? croit- il que le jeune
magiftrat réformera une heure de toilette ,
fuira les fpectacles & les promenades ? a-t- il
pu fe perfuader que le jeune feigneur négligera
la tenue de fes chevaux , l'élégance
de fes habits , la gloire d'en avoir un
d'un goût nouveau , & celle d'enlever une
actrice au meilleur de fes amis en apparence?
Non ; c'eft perdre fon tems que de travailler
à la métamorphofe de tous ces Meffieurs.
On pourroit croire que je m'érige moimême
en critique ; il n'en eft rien . Le
goût changeant du François me paroît auffi
naturel que la conftance du Hollandois à
fumer fa pipe & à boire fa bierre . Je ne
trouve pas plus extraordinaire que l'on
coure une parodie , que de voir tout Londres
s'affembler pour un combat de coas ,
ou pour une courfe de chevaux ; j'aime autant
voir un jeune homme , afficher une
femme en la fuivant partout , qu'un Efpa
gnol paffer toutes les nuits , la guittare à la
main , fous les fenêtres de fa maîtreffe , &
je préfere l'humeur docile des maris François
, à la noire jaloufie des Italiens . * Le
goût changeant de la Nation ne trouble en
Les Italiens fe francifent tous les jours fur ce
-point.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
fien la tranquillité de l'Etat ; on ne voit
pas les partifans des culs de finges s'affembler
& recourir à l'autorité fuprême pour
demander le banniffement des cabriolets ;
chacun fe fait voiturer fuivant fon goût.
Le Philofophe préfére la défobligeante à la
diligence pour n'être pas dans la néceffité
de placer un ennuyeux à fes côtés : l'homme
à bonnes fortunes fait ufage du vis - àvis
, la voiture feule le caractériſe .
Pourquoi donc faire un crime à l'induftrie
des jolis riens qu'elle met au jour , s'il
fe trouve des gens de goût pour les payer ?
Eft - on en droit de trouver mauvais qu'un
homme fenfé faffe mettre fur fa voiture
un vernis de Martin , pendant qu'une fimple
peinture fuffiroit pour le voiturer auffi
commodément.
Je fuis convaincu , Monfieur , que l'Auteur
que je fronde , a été payé par les habitans
du Palais Royal , par le Suiffe ou la
Cafferiere des Tuilleries , pour tourner les
partifans du boulevard en ridicule , N'y at-
il pas de l'équité à laiffer jouir ceux qui
ont des maifons & des jardins fur cette
promenade , d'un avantage auffi inattendu?
cette même inconftance de la Nation
ne leur caufe-t- elle pas les plus vives allarmes,
parla certitude où ils font d'être délaiffés
avant peu, puifque la nouvelle place que
NOVEMBRE. 1755. 55
l'on fait aujourd'hui , affure au Cours un
regne plus brillant qu'aucun qu'il ait
déja eu ?
C'eft à tort que l'Auteur attaque le boulevard
fur fon irrégularité ; il s'enfuivroit
donc de-là qu'on ne devroit jamais quitter
les Tuilleries ; l'on voit cependant tous
les jours préférer une promenade champêtre
, qui doit tous fes agrémens à la feule
nature , aux jardins délicieux de Verſailles .
Je pourrois , Monfieur , entreprendre
Papologie des bourgeoifes du Marais , en
difant que l'Auteur les connoît mal , s'il
attribue le reproche qu'il leur fait de refter
jufqu'à la nuit fermée , à la vanité de ne
vouloir pas paroître s'en retourner à pied :
il n'eft pas du tout ridicule en province ,
d'aller à la promenade de cette maniere ,
& d'en revenir de même ; & ce n'eft pas
une néceffité que les habitans du Marais
fuivent les ufages , & fe modelent fur
Paris.
L'Auteur paroît avoir d'affez heureuſes
difpofitions pour être nommé controlleur
des modes & ufages , des habits & coëffures
tant d'hommes que de femmes , des voitures
grandes , petites , & de toute espece
tombereaux , & c. Les fonctions de cette
place ne font pas plus difficiles à remplir ,
que celle du Fâcheux de Moliere qui folli-
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
citoit l'infpection de toutes les enfeignes ,
& le projet de fon nouveau dictionnaire ,
équivaut bien à celui de mettre toutes les
côtes du Royaume en ports de mer.
Je ne crains pas , Monfieur , que vous
refufiez d'inférer cette lettre dans votre
Mercure , c'eſt le moyen de vous diſculper
auprès des gens comme il faut , de faire
connoître la pureté de vos intentions , &
de vous attirer les remerciemens du public
élégant.
Quant à moi , dont la modeftie auroit
trop à fouffrir , fi mon nom étoit connu ,
je veux , en le taifant , m'éviter l'importunité
de la reconnoiffance générale.
J'ai l'honneur d'être , &c.
C. D.
A L'AUTEUR DU MERCURE,
Au fujet du projet d'un nouveau Dictionnaire
plus utile que tous les autres , inforé dans le
Mercure du mois de Juillet de cette année.
M
ONSIEUR , il eft bien douloureux
pour toute la Nation Françoife qui
fait à votre livre l'accueil le plus flatteur ,
de voir que vous y infériez journellement
une critique de fes moeurs , de fes goûts ,
de fes ufages , & de fes plaifirs ; la reconnoiffance
devroit au moins agir autant fur
vous , Monfieur , que l'amour de la patrie
le fait fur moi , je vais donc attaquer fans
ménagement l'homme de Province qui s'avife
de donner des projets de nouveaux
dictionnaires , & de s'ériger en Ariftarque
de ce qu'il y a de plus aimable dans Paris .
L'Auteur de la Lettre devroit être regardé
comme perturbateur des amufemens publics
, & comme contraire à la circulation
générale des efpeces , d'où naît l'abondance
dans un Etat.
Un Etranger , qui n'auroit pas de Paris
une idée jufte , croiroit avec raifon qu'il
n'y a pas deux perfonnes du monde en
état de parler bon fens ; il eft à croire ,
C
so MERCURE DE FRANCE.
Monfieur , que l'Auteur étoit lui - même
un élégant Provincial auquel il ne manquoit
plus que le poli de Paris , & qui étoit
venu pour le prendre dans les cercles des
géns comme il faut, c'est-à- dire , chez ceux ,
qu'il critique avec tant d'animofité .
paru-
Je conviendrai avec lui que notre maniere
de vivre differe en tout de celle de
nos peres , mais j'obferverai que nos peres
vivoient auffi différemment de nos ayeux ;
ces variations font l'ouvrage du tems, les fiécles
à venir en éprouveront de femblables .
Il me paroît tout fimple qu'une jeune
femme s'occupe de fes diamans, de fa
re , d'une partie de campagne , des fpectacles.
Veut- on que depuis 15 jufqu'à25 ans ,
elle foit occupée des affaires de fa maifon
pour fe donner des ridicules , ou qu'elle
paroille aimer fon mari pour le faire montrer
au doigt ? Non ; il faut fuivre le torrent
, l'ufage eft de s'amufer de ponpons ,
il faut le faire ; le bon ton veut qu'elles
aient des amans , elles font très - bien d'en
avoir ; il eft reçu de faire du jour la nuit ,
& de la nuit le jour , en dépit de la fanté ,
il faut encore en paffer par- là .
L'Auteur de la critique veut- il donc
réformer des chofes que l'ufage cimente encore
tous les jours à imagine-t- il qu'après la
lecture de fa lettre , tout va prendre une
NOVEMBRE. 1755. 51
nouvelle forme veut-il , dis-je , qu'un
jeune abbé fe prive des amuſemens d'un
homme de qualité ? croit- il que le jeune
magiftrat réformera une heure de toilette ,
fuira les fpectacles & les promenades ? a-t- il
pu fe perfuader que le jeune feigneur négligera
la tenue de fes chevaux , l'élégance
de fes habits , la gloire d'en avoir un
d'un goût nouveau , & celle d'enlever une
actrice au meilleur de fes amis en apparence?
Non ; c'eft perdre fon tems que de travailler
à la métamorphofe de tous ces Meffieurs.
On pourroit croire que je m'érige moimême
en critique ; il n'en eft rien . Le
goût changeant du François me paroît auffi
naturel que la conftance du Hollandois à
fumer fa pipe & à boire fa bierre . Je ne
trouve pas plus extraordinaire que l'on
coure une parodie , que de voir tout Londres
s'affembler pour un combat de coas ,
ou pour une courfe de chevaux ; j'aime autant
voir un jeune homme , afficher une
femme en la fuivant partout , qu'un Efpa
gnol paffer toutes les nuits , la guittare à la
main , fous les fenêtres de fa maîtreffe , &
je préfere l'humeur docile des maris François
, à la noire jaloufie des Italiens . * Le
goût changeant de la Nation ne trouble en
Les Italiens fe francifent tous les jours fur ce
-point.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
fien la tranquillité de l'Etat ; on ne voit
pas les partifans des culs de finges s'affembler
& recourir à l'autorité fuprême pour
demander le banniffement des cabriolets ;
chacun fe fait voiturer fuivant fon goût.
Le Philofophe préfére la défobligeante à la
diligence pour n'être pas dans la néceffité
de placer un ennuyeux à fes côtés : l'homme
à bonnes fortunes fait ufage du vis - àvis
, la voiture feule le caractériſe .
Pourquoi donc faire un crime à l'induftrie
des jolis riens qu'elle met au jour , s'il
fe trouve des gens de goût pour les payer ?
Eft - on en droit de trouver mauvais qu'un
homme fenfé faffe mettre fur fa voiture
un vernis de Martin , pendant qu'une fimple
peinture fuffiroit pour le voiturer auffi
commodément.
Je fuis convaincu , Monfieur , que l'Auteur
que je fronde , a été payé par les habitans
du Palais Royal , par le Suiffe ou la
Cafferiere des Tuilleries , pour tourner les
partifans du boulevard en ridicule , N'y at-
il pas de l'équité à laiffer jouir ceux qui
ont des maifons & des jardins fur cette
promenade , d'un avantage auffi inattendu?
cette même inconftance de la Nation
ne leur caufe-t- elle pas les plus vives allarmes,
parla certitude où ils font d'être délaiffés
avant peu, puifque la nouvelle place que
NOVEMBRE. 1755. 55
l'on fait aujourd'hui , affure au Cours un
regne plus brillant qu'aucun qu'il ait
déja eu ?
C'eft à tort que l'Auteur attaque le boulevard
fur fon irrégularité ; il s'enfuivroit
donc de-là qu'on ne devroit jamais quitter
les Tuilleries ; l'on voit cependant tous
les jours préférer une promenade champêtre
, qui doit tous fes agrémens à la feule
nature , aux jardins délicieux de Verſailles .
Je pourrois , Monfieur , entreprendre
Papologie des bourgeoifes du Marais , en
difant que l'Auteur les connoît mal , s'il
attribue le reproche qu'il leur fait de refter
jufqu'à la nuit fermée , à la vanité de ne
vouloir pas paroître s'en retourner à pied :
il n'eft pas du tout ridicule en province ,
d'aller à la promenade de cette maniere ,
& d'en revenir de même ; & ce n'eft pas
une néceffité que les habitans du Marais
fuivent les ufages , & fe modelent fur
Paris.
L'Auteur paroît avoir d'affez heureuſes
difpofitions pour être nommé controlleur
des modes & ufages , des habits & coëffures
tant d'hommes que de femmes , des voitures
grandes , petites , & de toute espece
tombereaux , & c. Les fonctions de cette
place ne font pas plus difficiles à remplir ,
que celle du Fâcheux de Moliere qui folli-
Ciij
34 MERCURE DE FRANCE.
citoit l'infpection de toutes les enfeignes ,
& le projet de fon nouveau dictionnaire ,
équivaut bien à celui de mettre toutes les
côtes du Royaume en ports de mer.
Je ne crains pas , Monfieur , que vous
refufiez d'inférer cette lettre dans votre
Mercure , c'eſt le moyen de vous diſculper
auprès des gens comme il faut , de faire
connoître la pureté de vos intentions , &
de vous attirer les remerciemens du public
élégant.
Quant à moi , dont la modeftie auroit
trop à fouffrir , fi mon nom étoit connu ,
je veux , en le taifant , m'éviter l'importunité
de la reconnoiffance générale.
J'ai l'honneur d'être , &c.
C. D.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE, Au sujet du projet d'un nouveau Dictionnaire plus utile que tous les autres, inseré dans le Mercure du mois de Juillet de cette année.
Une lettre critique un projet de nouveau dictionnaire présenté dans le Mercure de juillet. L'auteur de la lettre reproche à ce projet de critiquer les mœurs, goûts, usages et plaisirs de la Nation française, et d'entraver les amusements publics ainsi que la circulation des espèces, cruciale pour l'abondance dans un État. L'auteur de la lettre suggère que le critique pourrait être un élégant provincial installé à Paris pour adopter les manières parisiennes. Il reconnaît l'évolution des modes de vie au fil du temps, mais estime que les jeunes femmes doivent se consacrer à leurs loisirs et suivre les usages en vogue, tels que prendre des amants ou fréquenter les spectacles. Il considère que toute tentative de réformer ces habitudes est vaine, car elles sont solidement ancrées par l'usage. Il compare les goûts changeants des Français à la constance des Hollandais et trouve naturel que chaque nation ait ses propres divertissements. Il défend également l'industrie des 'jolis riens' et l'inconstance de la Nation, affirmant que cela ne perturbe pas la tranquillité de l'État. L'auteur accuse le critique d'avoir été rémunéré par les habitants du Palais Royal ou des Tuileries pour tourner en ridicule les partisans du boulevard. Il espère que sa lettre sera publiée dans le Mercure pour disculper l'auteur du projet et attirer les remerciements du public élégant, tout en restant anonyme pour éviter les importunités liées à la reconnaissance générale.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10108
p. 55-56
COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
Début :
Ah ! que l'Amour est agréable, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
COUPLETS.
Air: Loin de la Cour , loin de la
AH ! que l'Amour eft agréable ,
Quand Bacchus en dicte les loix !
Il n'eft point d'esclaves à table ,
Tous les buveurs y font des Rois-
L'amant , de fon cruel martyre ,
Y perd le fâcheux ſouvenir ;
Et fi fon coeur encor foupire ,
C'eft de tendreffe & de plaifir.
Lorfque, la coupe en main , Fatime
Porte à la ronde une fanté ,
Sur fon front que la joie anime ,
Se peint la douce volupté ;
Son gefte eſt tendre & moins timide ,
Son fourire eft plus gracieux ,
Et des defirs le feu rapide
S'allume au feu de fes beaux yeux.
33
Jadis , au fein de l'onde amere ,
Près des bords heureux de Paphos ,
L'aimable Reine de Cythere
Naquit de l'écume des flots ;
guerre.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Mais de cette mouffe légere ,
Que forme un fumeux champenois ,
Nous voyons , Iris , dans ton verre ,
Naître l'amour lorfque tu bois.
Lemarie.
Air: Loin de la Cour , loin de la
AH ! que l'Amour eft agréable ,
Quand Bacchus en dicte les loix !
Il n'eft point d'esclaves à table ,
Tous les buveurs y font des Rois-
L'amant , de fon cruel martyre ,
Y perd le fâcheux ſouvenir ;
Et fi fon coeur encor foupire ,
C'eft de tendreffe & de plaifir.
Lorfque, la coupe en main , Fatime
Porte à la ronde une fanté ,
Sur fon front que la joie anime ,
Se peint la douce volupté ;
Son gefte eſt tendre & moins timide ,
Son fourire eft plus gracieux ,
Et des defirs le feu rapide
S'allume au feu de fes beaux yeux.
33
Jadis , au fein de l'onde amere ,
Près des bords heureux de Paphos ,
L'aimable Reine de Cythere
Naquit de l'écume des flots ;
guerre.
Civ
36 MERCURE DE FRANCE.
Mais de cette mouffe légere ,
Que forme un fumeux champenois ,
Nous voyons , Iris , dans ton verre ,
Naître l'amour lorfque tu bois.
Lemarie.
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Résumé : COUPLETS. Air : Loin de la Cour, loin de la guerre.
Le poème 'Couplets' célèbre l'amour et le vin. Bacchus guide les buveurs, transformés en rois, oubliant leurs souffrances. Fatime, avec une coupe, anime la scène de joie et de volupté. Vénus naît près de Paphos. L'amour dans le champagne est comparé à l'arc-en-ciel d'Iris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10109
p. 74
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure d'Octobre, [titre d'après la table]
Début :
Le mot de l'Enigme du Mercure d'Octobre est les Dez. Celui du Logogryphe, [...]
Mots clefs :
Dés, Escarmouche
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texteReconnaissance textuelle : Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure d'Octobre, [titre d'après la table]
Le mot de l'Enigme du Mercure d'Oc-
E
> tobre eft les Dez. Celui du Logogryphe
Efcarmouche dans lequel on trouve Mars ,
Céfar , rufe , Rome , mouche , rofe , Hus
(Jean ) , Horace , Héros , Erafme , ac
E
> tobre eft les Dez. Celui du Logogryphe
Efcarmouche dans lequel on trouve Mars ,
Céfar , rufe , Rome , mouche , rofe , Hus
(Jean ) , Horace , Héros , Erafme , ac
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10110
p. 74-76
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans moi, Lecteur, nul agrément, [...]
Mots clefs :
Lumière
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Sans moi, Lecteur , nul agrément ,
Nul plaifir , nul contentement ,
Adieu fafte pompeux , éclat , magnificence
Traits enchanteurs ',
Appas vainqueurs
Qui décorez l'aimable Hortenfe ,
NOVEMBRE. 1755. 75
Privés de mon fecours , vous êtes fans pouvoir.
Pour vous connoître il faut me voir.
Mais c'eft trop préluder. Parlons certain langage
Qu'entre Logogrypheurs on fçait être d'ufage :
De mes fept pieds mainte combinaiſon
Va te produire , ami , richeſſes à foifon.
Deux notes de muſique ;
Un élément fougueux ;
Le fond d'un grand vaiffeau bachique
Un cardinal fameux.
Une plante qui croit fouvent fur les murailles :
Certain oifeau parleur ;
Ce qu'après le bon fens cherche tout bon rimeur.
Ce qui mord , ronge acier , fer & férailles,
Un infecte ; un pronom ;
L'appui de ta maiſon ;
Une ville en Afie ,
Une autre en Normandie,
Du grand Romulus , le cadet .
La femme d'un mulet ;
Un mot latin qui veut dire homme ;
Celle qui nous a tous perdus pour une pomme.
Ce fruit tout noir , jadis tout blanc ,
Que Pyrame & Thiſbé teignirent de leur fang.
Un parfum arabique ;
Ce mal pire que la colique ,
Dont les rudes efforts
Dilloquent tout le corps.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui ..... Mais alte -là. Tu me connois , fans
doute ?
Non ; non ! Oh , pour le coup , ami , tu ne vois
goutte.
Par M. L. E. à Pontoife , ce 13 Juillet
1755.
Sans moi, Lecteur , nul agrément ,
Nul plaifir , nul contentement ,
Adieu fafte pompeux , éclat , magnificence
Traits enchanteurs ',
Appas vainqueurs
Qui décorez l'aimable Hortenfe ,
NOVEMBRE. 1755. 75
Privés de mon fecours , vous êtes fans pouvoir.
Pour vous connoître il faut me voir.
Mais c'eft trop préluder. Parlons certain langage
Qu'entre Logogrypheurs on fçait être d'ufage :
De mes fept pieds mainte combinaiſon
Va te produire , ami , richeſſes à foifon.
Deux notes de muſique ;
Un élément fougueux ;
Le fond d'un grand vaiffeau bachique
Un cardinal fameux.
Une plante qui croit fouvent fur les murailles :
Certain oifeau parleur ;
Ce qu'après le bon fens cherche tout bon rimeur.
Ce qui mord , ronge acier , fer & férailles,
Un infecte ; un pronom ;
L'appui de ta maiſon ;
Une ville en Afie ,
Une autre en Normandie,
Du grand Romulus , le cadet .
La femme d'un mulet ;
Un mot latin qui veut dire homme ;
Celle qui nous a tous perdus pour une pomme.
Ce fruit tout noir , jadis tout blanc ,
Que Pyrame & Thiſbé teignirent de leur fang.
Un parfum arabique ;
Ce mal pire que la colique ,
Dont les rudes efforts
Dilloquent tout le corps.
Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Ce qui ..... Mais alte -là. Tu me connois , fans
doute ?
Non ; non ! Oh , pour le coup , ami , tu ne vois
goutte.
Par M. L. E. à Pontoife , ce 13 Juillet
1755.
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10111
p. 76
AIR A BOIRE. Récit de Basse-Taille.
Début :
De quel bruit effrayant retentissent les airs, [...]
Mots clefs :
Boire
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texteReconnaissance textuelle : AIR A BOIRE. Récit de Basse-Taille.
AIR A BOIRE.
Récit de Baffe-Taille .
De quel bruit effrayant retentiſſent les airs ;
Et quel affreux défordre étonne la nature ?
Allez-vous , dieux cruels ! par une loi trop dure ,
Dans fon premier cahos replonger l'Univers
Le Ciel gronde , les Vents nous déclarent la
guerre ;
L'éclair brille , fon feu nous va tous embrafer.
Arrête , Dieu vengeur , arrête ton tonnerre :
Sufpends le coup qui doit nous écrafer ;
Philis en ce moment me cede la victoire ,
Sa main verfe ce jus divin :
Accorde moi le temps de boire.
On boit.
Tonne , frappe : jai bu mon vin
De Marconville,
Récit de Baffe-Taille .
De quel bruit effrayant retentiſſent les airs ;
Et quel affreux défordre étonne la nature ?
Allez-vous , dieux cruels ! par une loi trop dure ,
Dans fon premier cahos replonger l'Univers
Le Ciel gronde , les Vents nous déclarent la
guerre ;
L'éclair brille , fon feu nous va tous embrafer.
Arrête , Dieu vengeur , arrête ton tonnerre :
Sufpends le coup qui doit nous écrafer ;
Philis en ce moment me cede la victoire ,
Sa main verfe ce jus divin :
Accorde moi le temps de boire.
On boit.
Tonne , frappe : jai bu mon vin
De Marconville,
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Résumé : AIR A BOIRE. Récit de Basse-Taille.
Le récit 'Baffe-Taille' décrit une tempête avec tonnerre, vents et éclairs. Le narrateur, après une victoire sur Philis, boit du vin et défie les dieux de continuer leur colère. Le texte mentionne 'De Marconville'.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10112
p. 124-129
« LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...] »
Début :
LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...]
Mots clefs :
Médecine, Chimie médicinale
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texteReconnaissance textuelle : « LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...] »
LA CHIMIE MÉDICINALE que nous
avons annoncée en Octobre , eft , comme
nous l'avons dit , à la portée & à l'ufage
de tout le monde : nous devons ajouter à
l'avantage de ce livre , qu'on le lit avec
plaifir , non feulement parce qu'il eft écrit
avec une grande clarté & correctement
mais auffi parce qu'il eft rempli de différentes
réflexions fur les erreurs du public
envers les Médecins , & fur celles des Médecins
envers le public ; erreurs que M.
Malouin ne releve qu'en bonne intention ,
par zéle pour l'amour des hommes en général
, & pour l'honneur de fa profeffion
en particulier. On ne trouvera pas mauvais
, dit-il , tome 1 , page 6 » , que j'aye
NOVEMBRE . 1755 125
» effayé ici de détruire un préjugé fi pré-
" judiciable au bien public , & à l'art que
j'exerce. Il est du devoir d'un citoyen de
ן כ
faire tous les efforts pour arracher les
» hommes à une prévention qui expofe
» fouvent leur vie , en les privant des fe-
» cours que la fcience & le travail des
» Médecins pourroient leur donner. Com-
» bien d'hommes ont été dans tous les
» tems , & font encore tous les jours les
» victimes de ces préjugés ! &c.
Notre Auteur combat de même ce qui
pourroit être préjudiciable au public
dans les Médecins. » Les Médecins de ca-
» binet , lorsqu'ils ne joignent pas à la
" théorie une grande expérience , font ,
dit - il , page 233 , » fujets à nier ce dont
» ils ne voyent pas la caufe , parce qu'ils
» veulent ordinairement foumettre tout
» dans leur art à leur raifonnement. C'eft
» ce qui fait des incrédules ; car il y a des
☛ incrédules en Médecine parmi les Méde-
» cins même . Rien n'eft fi dangereux pour
» fa vie, que d'avoir confiance en ces Méde-
» cins qui n'en ont pas eux - mêmes en leur
art . Ils font accoutumés à traiter auffi lége-
» rement la vie des hommes, qu'ils ont cou-
" tume de badiner fur l'art de la conferver.
» C'eft abufer de la confiance , que de
»faire une profeffion publique , à laquelle
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
on ne croit pas foi -même. Un homme
» qui fait un métier auquel il n'a pas de
» croyance , ne travaille pas de bonne foi ,
» n'eft pas un honnête homme : de même
» ceux qui pratiquent la Médecine , & n'y
croyent point , font des hommes fans
foi , indignes de la confiance de leurs
» concitoyens , & plus méprifables que les
» Charlatans même , qui communément
» croyent à leurs remedes.
Il y a peu de livres de fcience qui
ayent eu autant de cours que cette Chimie
médicinale. La précedente édition en
a été épuifée fort promptement , & on a
long - tems defiré celle- ci qui eft d'un tiers
plus confidérable. Les objets y font fi utiles
& fi abondans , que nous donnerons
pour en faire l'extrait un nouvel article
dans le Mercure fuivant.
DISSERTATIONS fur les effets que
produit le taux de l'intérêt de l'argent
fur le commerce & l'agriculture , qui a
remporté le prix , au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts
d'Amiens en 1755 ; par M. Chicquor Blervache
, de Reims. Sic vos non vobis mellificatis
apes. A Amiens , chez la veuve Godard
; & fe vend à Paris , chez Ganeau
rue S. Severin ; Chaubert, quai des Auguft.
>
NOVEMBRE. 1755 .
127
& Lambert , rue de la Comédie Françoife.
ESSAI fur les colonies Françoifes , ou
difcours politiques fur la nature du gouvernement
, de la population & du commerce
de S. D. Se vend à Paris , chez
Lambert , à côté de la Comedie Françoiſe.
MÉMOIRE CRITIQUE fur un des
plus confidérables articles de l'Armorial
général de M. d'Ozier de Serigny , dont
on a rendu compte dans prefque tous les
Ouvrages périodiques , fe trouve chez le
même Libraire.
MÉMOIRES de Mathématique & de
Phyfique , rédigés à l'Obfervatoire de
Marſeille , année 1755 , premiere partie.
Vires acquires eundo . A Avignon , chez la
veuve Girard , Imprimeur & Libraire à la
place Saint Didier . Ces mémoires doivent
former un recueil de pieces détachées &
non un corps d'ouvrage lié. La fin feule
qu'on s'eft propofée , ainfi que l'annonce
d'u- la préface , eft de ne rien publier que
tile , d'inftructif , ou rien au moins qui ne
foit digne d'intéreffer les fçavans . Les aureurs
font trois Jéfuites , dont le plus ancien
& le chef s'eft diftingué dans la place
de Profeffeur royal d'Hydrographie . C'eft
le Pere Pezenas , très-connu par plufieurs
Ouvrages généralement eftimés des vrais
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
connoiffeurs , & qui ont mérité en particulier
l'approbation de l'Académie royale
des Sciences.
TRAITÉ des animaux , où après avoir
fait des obfervations critiques fur le fentiment
de Descartes , & fur celui de M. de
Buffon , on entreprend d'expliquer leurs
principales Facultés ; par Monfieur l'Abbé
de Condillac de l'Académie royale de Berlin.
On a joint à cet ouvrage un extrait
raifonné du traité des fenfations. A Amfterdam
, & fe vend à Paris , chez Debure
l'aîné , quai des Auguftins ; & Jombert ,
rue Dauphine. 1755. 1 vol. in- 12 .
MÉMOIRES de l'Académie des Belles-
Lettres de Caën , fe vendent à Caën , chez
Jaques Manoury , Libraire de l'Académie ,
grande rue S. Étienne ; & fe trouvent à
Paris , chez Didot , quai des Auguſtins , à
la Bible d'or. 1754. Če recueil mérite que
nous en, parlions une autrefois plus au
long.
LA VIE du Chancelier François Bacon ,
traduite de l'Anglois , 1 vol . in - 12 . Analyfe
de la Philofophie du Chancelier François
Bacon , 2 vol . in - 12 . A Amfterdam , chez
Arkstée & Merkus , & fe trouve chez
Deffaint & Saillant , rue S. Jean de BeauNOVEMBRE.
1755. 129
vais & Prault fils aîné , quay de Conty.
Cet ouvrage exige au moins un précis.
Nous le donnerons le plutôt qu'il nous
fera poffible.
INDICULUS UNIVERSALIS, ou l'Univers
en abrégé , du P. S. Pomey de la Compagnie
de Jefus , nouvelle édition , corrigée ,
augmentée & mife dans un nouvel ordre
par M. l'abbé Dinouart. A Paris , chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cicognes,
1755.
PHYSIQUE des corps animés in- 1 2. 1 vol.
A Paris, chez Aug. Martin Lottin, rue faint
Jacques, au Coq.
TRAITÉ d'Horlogerie contenant tout ce
qui eft néceffaire pour bien connoître &
pour régler les pendules & les montres ; la
defcription des pieces d'Horlogerie les
plus utiles & les plus nouvelles ; des pendules
à répétition , à une roue , à équation
; des échappemens , & c. par M. le
Paute , Horloger du Roi , au Luxembourg:
chez Chardon pere & fils , rue S. Jacques.
Cet article eft déja fi plein que nous
fommes obligés , roalgré nous de remettre
au prochain Mercure les autres annonces ,
indications & précis de livres .
avons annoncée en Octobre , eft , comme
nous l'avons dit , à la portée & à l'ufage
de tout le monde : nous devons ajouter à
l'avantage de ce livre , qu'on le lit avec
plaifir , non feulement parce qu'il eft écrit
avec une grande clarté & correctement
mais auffi parce qu'il eft rempli de différentes
réflexions fur les erreurs du public
envers les Médecins , & fur celles des Médecins
envers le public ; erreurs que M.
Malouin ne releve qu'en bonne intention ,
par zéle pour l'amour des hommes en général
, & pour l'honneur de fa profeffion
en particulier. On ne trouvera pas mauvais
, dit-il , tome 1 , page 6 » , que j'aye
NOVEMBRE . 1755 125
» effayé ici de détruire un préjugé fi pré-
" judiciable au bien public , & à l'art que
j'exerce. Il est du devoir d'un citoyen de
ן כ
faire tous les efforts pour arracher les
» hommes à une prévention qui expofe
» fouvent leur vie , en les privant des fe-
» cours que la fcience & le travail des
» Médecins pourroient leur donner. Com-
» bien d'hommes ont été dans tous les
» tems , & font encore tous les jours les
» victimes de ces préjugés ! &c.
Notre Auteur combat de même ce qui
pourroit être préjudiciable au public
dans les Médecins. » Les Médecins de ca-
» binet , lorsqu'ils ne joignent pas à la
" théorie une grande expérience , font ,
dit - il , page 233 , » fujets à nier ce dont
» ils ne voyent pas la caufe , parce qu'ils
» veulent ordinairement foumettre tout
» dans leur art à leur raifonnement. C'eft
» ce qui fait des incrédules ; car il y a des
☛ incrédules en Médecine parmi les Méde-
» cins même . Rien n'eft fi dangereux pour
» fa vie, que d'avoir confiance en ces Méde-
» cins qui n'en ont pas eux - mêmes en leur
art . Ils font accoutumés à traiter auffi lége-
» rement la vie des hommes, qu'ils ont cou-
" tume de badiner fur l'art de la conferver.
» C'eft abufer de la confiance , que de
»faire une profeffion publique , à laquelle
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
on ne croit pas foi -même. Un homme
» qui fait un métier auquel il n'a pas de
» croyance , ne travaille pas de bonne foi ,
» n'eft pas un honnête homme : de même
» ceux qui pratiquent la Médecine , & n'y
croyent point , font des hommes fans
foi , indignes de la confiance de leurs
» concitoyens , & plus méprifables que les
» Charlatans même , qui communément
» croyent à leurs remedes.
Il y a peu de livres de fcience qui
ayent eu autant de cours que cette Chimie
médicinale. La précedente édition en
a été épuifée fort promptement , & on a
long - tems defiré celle- ci qui eft d'un tiers
plus confidérable. Les objets y font fi utiles
& fi abondans , que nous donnerons
pour en faire l'extrait un nouvel article
dans le Mercure fuivant.
DISSERTATIONS fur les effets que
produit le taux de l'intérêt de l'argent
fur le commerce & l'agriculture , qui a
remporté le prix , au jugement de l'Académie
des Sciences , Belles- Lettres & Arts
d'Amiens en 1755 ; par M. Chicquor Blervache
, de Reims. Sic vos non vobis mellificatis
apes. A Amiens , chez la veuve Godard
; & fe vend à Paris , chez Ganeau
rue S. Severin ; Chaubert, quai des Auguft.
>
NOVEMBRE. 1755 .
127
& Lambert , rue de la Comédie Françoife.
ESSAI fur les colonies Françoifes , ou
difcours politiques fur la nature du gouvernement
, de la population & du commerce
de S. D. Se vend à Paris , chez
Lambert , à côté de la Comedie Françoiſe.
MÉMOIRE CRITIQUE fur un des
plus confidérables articles de l'Armorial
général de M. d'Ozier de Serigny , dont
on a rendu compte dans prefque tous les
Ouvrages périodiques , fe trouve chez le
même Libraire.
MÉMOIRES de Mathématique & de
Phyfique , rédigés à l'Obfervatoire de
Marſeille , année 1755 , premiere partie.
Vires acquires eundo . A Avignon , chez la
veuve Girard , Imprimeur & Libraire à la
place Saint Didier . Ces mémoires doivent
former un recueil de pieces détachées &
non un corps d'ouvrage lié. La fin feule
qu'on s'eft propofée , ainfi que l'annonce
d'u- la préface , eft de ne rien publier que
tile , d'inftructif , ou rien au moins qui ne
foit digne d'intéreffer les fçavans . Les aureurs
font trois Jéfuites , dont le plus ancien
& le chef s'eft diftingué dans la place
de Profeffeur royal d'Hydrographie . C'eft
le Pere Pezenas , très-connu par plufieurs
Ouvrages généralement eftimés des vrais
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE.
connoiffeurs , & qui ont mérité en particulier
l'approbation de l'Académie royale
des Sciences.
TRAITÉ des animaux , où après avoir
fait des obfervations critiques fur le fentiment
de Descartes , & fur celui de M. de
Buffon , on entreprend d'expliquer leurs
principales Facultés ; par Monfieur l'Abbé
de Condillac de l'Académie royale de Berlin.
On a joint à cet ouvrage un extrait
raifonné du traité des fenfations. A Amfterdam
, & fe vend à Paris , chez Debure
l'aîné , quai des Auguftins ; & Jombert ,
rue Dauphine. 1755. 1 vol. in- 12 .
MÉMOIRES de l'Académie des Belles-
Lettres de Caën , fe vendent à Caën , chez
Jaques Manoury , Libraire de l'Académie ,
grande rue S. Étienne ; & fe trouvent à
Paris , chez Didot , quai des Auguſtins , à
la Bible d'or. 1754. Če recueil mérite que
nous en, parlions une autrefois plus au
long.
LA VIE du Chancelier François Bacon ,
traduite de l'Anglois , 1 vol . in - 12 . Analyfe
de la Philofophie du Chancelier François
Bacon , 2 vol . in - 12 . A Amfterdam , chez
Arkstée & Merkus , & fe trouve chez
Deffaint & Saillant , rue S. Jean de BeauNOVEMBRE.
1755. 129
vais & Prault fils aîné , quay de Conty.
Cet ouvrage exige au moins un précis.
Nous le donnerons le plutôt qu'il nous
fera poffible.
INDICULUS UNIVERSALIS, ou l'Univers
en abrégé , du P. S. Pomey de la Compagnie
de Jefus , nouvelle édition , corrigée ,
augmentée & mife dans un nouvel ordre
par M. l'abbé Dinouart. A Paris , chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cicognes,
1755.
PHYSIQUE des corps animés in- 1 2. 1 vol.
A Paris, chez Aug. Martin Lottin, rue faint
Jacques, au Coq.
TRAITÉ d'Horlogerie contenant tout ce
qui eft néceffaire pour bien connoître &
pour régler les pendules & les montres ; la
defcription des pieces d'Horlogerie les
plus utiles & les plus nouvelles ; des pendules
à répétition , à une roue , à équation
; des échappemens , & c. par M. le
Paute , Horloger du Roi , au Luxembourg:
chez Chardon pere & fils , rue S. Jacques.
Cet article eft déja fi plein que nous
fommes obligés , roalgré nous de remettre
au prochain Mercure les autres annonces ,
indications & précis de livres .
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Résumé : « LA CHIMIE MÉDICINALE que nous avons annoncée en Octobre, est, comme [...] »
Le texte présente la 'Chimie Médicale', un ouvrage rédigé par M. Malouin, qui se distingue par sa clarté et ses réflexions pertinentes sur les erreurs courantes tant du public que des médecins. L'auteur a pour objectif de démanteler les préjugés nuisibles au bien public et à l'art médical. Il critique sévèrement les médecins qui manquent d'expérience et de confiance en leur propre art, les qualifiant de dangereux et indignes de confiance. Le livre a rencontré un grand succès, avec une première édition rapidement épuisée, ce qui a conduit à la publication d'une nouvelle édition plus volumineuse. Le texte mentionne également divers autres ouvrages disponibles, tels qu'une dissertation sur le taux de l'intérêt de l'argent, un essai sur les colonies françaises, des mémoires mathématiques et physiques, un traité des animaux, et des mémoires de l'Académie des Belles-Lettres de Caen. Ces ouvrages sont proposés à la vente chez différents libraires à Paris et dans d'autres villes.
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10113
p. 130-133
SEANCE PUBLIQUE de l'Académie d'Amiens.
Début :
L'Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts d'Amiens, célébra le 25 Août [...]
Mots clefs :
Académie des sciences, belles-lettres et arts d'Amiens, Dissertation, Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie d'Amiens.
SEANCE
L
PUBLIQUE
de l'Académie d'Amiens.
'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts d'Amiens , célébra le 25 Aoûr
la fête de S. Louis , dont le Panégyrique
fut prononcé par M. l'Abbé Morel .
M. Bifer , Directeur , ouvrit la féance
publique par un Difcours dans lequel il
établit combien il feroit avantageux que la
littérature partageât l'Empire qu'elle a fur
le goût avec les autres fciences qui ont un
rapport plus prochain au bien de la fociété.
M. Baron , Secrétaire perpétuel fit l'éloge
de M. de Montefquieu , Académicien
honoraire , mort pendant l'année.
Les autres ouvrages qui remplirent la
féance , furent un difcours préliminaire
pour fervir à un ouvrage fur l'Hiftoire naturelle
, par M. d'Emery : une differtation
fur Urfin , auteur de la Vie de S. Leger ,
par M. l'Abbé Roulleau : un mémoire phyfique
fur la nourriture des Plantes , par
M. Bilet une épître en vers fur l'Homme
raifonnable , par M. le Picart.
Le Prix propofé à une differtation ayant
pour objet , Quel eft l'effet de l'intérêt de l'arNOVEMBRE.
175 5 . 131
gent fur l'Agriculture & fur le Commerce ,
a été donné à M. Clicquot , de Rheims .
L'Académie propofe pour fujers des deux
Prix qu'elle diftribuera le 25 Août 1756 ,
& qui font pour chacun , une médaille
d'or de la valeur de trois cens livres , Quel
a été en France l'Etat du Commerce depuis
Hugues Capet jufqu'à François I ?
L'Economie des matieres combustibles dans
l'ufage des fourneaux , des foyers , & des
poëles ,fans diminuer ni ralentir les effets du
feu ?
Les ouvrages ne feront reçus que jufqu'au
premier Juin exclufivement : ils
feront affranchis de port , & adreffés à
M. Baron , Secrétaire perpétuel de l'Académie.
'Académie Royale des Sciences , Bel-
LlesLettres& Arts de Bordeaux , tint le
25
du mois d'Août , jour de S. Louis , fa
féance publique , dans la falle des RR.
PP. Récollets .
M. le Préfident Loret , Directeur , ouvrit
la féance par une Differtation fur le
fujet que l'Académie avoit propofé pour
le Prix de cette année ; Quelle est l'influence
de l'Air fur les Végétaux ? Et l'on lut
après le Programme fuivant , où cette
Compagnie attentive à ne propofer aux
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
fçavans que des fujets qui puiffent tourner
au bien public , annonce qu'elle n'a
point jugé à propos d'adjuger cette année
le prix , & le réferve pour l'année 1757.
M. l'Abbé Peix , Profeffeur de Philofophie
à Périgueux & correfpondant de l'Académie
, fit enfuite lecture de quelques
obfervations fur les eaux d'un Lac nouvel
lement creufé aux environs de Périgueux,
qui s'enflamment à l'approche d'une torche
allumée.
Cette lecture fut fuivie de celle d'une
differtation de M. Caftet , Docteur en Médecine
& Bibliothécaire de l'Académie ,
fur l'Hydrocéphale , à l'occafion d'une
petite fille , atteinte de cette maladie , née
au mois d'Avril de cette année , dans la paroiffe
de Bégles auprès de Bordeaux.
M. de Lamontaigne , Confeiller au Parlement
, termina la féance par l'éloge de
l'illuftre M. de Montefquieu . M. de L.. an
nonça , en commençant cet éloge , que
l'intérêt que devoient prendre particulierement
la Province & l'Académie , au fujet
qu'il alloit traiter , ayant exigé de lui
qu'il lui donnât toute fon étendue , il s'étoit
vu forcé de divifer fon ouvrage en
deux parties , dont il déclara réferver la
feconde pour une autre féance.
M. le Directeur , en répondant à cette
NOVEMBRE. 1755. T33
derniere piéce , ainfi qu'il avoit fait aux
autres , jetta encore de nouvelles fleurs fut
le tombeau de ce grand homme.
L
PUBLIQUE
de l'Académie d'Amiens.
'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts d'Amiens , célébra le 25 Aoûr
la fête de S. Louis , dont le Panégyrique
fut prononcé par M. l'Abbé Morel .
M. Bifer , Directeur , ouvrit la féance
publique par un Difcours dans lequel il
établit combien il feroit avantageux que la
littérature partageât l'Empire qu'elle a fur
le goût avec les autres fciences qui ont un
rapport plus prochain au bien de la fociété.
M. Baron , Secrétaire perpétuel fit l'éloge
de M. de Montefquieu , Académicien
honoraire , mort pendant l'année.
Les autres ouvrages qui remplirent la
féance , furent un difcours préliminaire
pour fervir à un ouvrage fur l'Hiftoire naturelle
, par M. d'Emery : une differtation
fur Urfin , auteur de la Vie de S. Leger ,
par M. l'Abbé Roulleau : un mémoire phyfique
fur la nourriture des Plantes , par
M. Bilet une épître en vers fur l'Homme
raifonnable , par M. le Picart.
Le Prix propofé à une differtation ayant
pour objet , Quel eft l'effet de l'intérêt de l'arNOVEMBRE.
175 5 . 131
gent fur l'Agriculture & fur le Commerce ,
a été donné à M. Clicquot , de Rheims .
L'Académie propofe pour fujers des deux
Prix qu'elle diftribuera le 25 Août 1756 ,
& qui font pour chacun , une médaille
d'or de la valeur de trois cens livres , Quel
a été en France l'Etat du Commerce depuis
Hugues Capet jufqu'à François I ?
L'Economie des matieres combustibles dans
l'ufage des fourneaux , des foyers , & des
poëles ,fans diminuer ni ralentir les effets du
feu ?
Les ouvrages ne feront reçus que jufqu'au
premier Juin exclufivement : ils
feront affranchis de port , & adreffés à
M. Baron , Secrétaire perpétuel de l'Académie.
'Académie Royale des Sciences , Bel-
LlesLettres& Arts de Bordeaux , tint le
25
du mois d'Août , jour de S. Louis , fa
féance publique , dans la falle des RR.
PP. Récollets .
M. le Préfident Loret , Directeur , ouvrit
la féance par une Differtation fur le
fujet que l'Académie avoit propofé pour
le Prix de cette année ; Quelle est l'influence
de l'Air fur les Végétaux ? Et l'on lut
après le Programme fuivant , où cette
Compagnie attentive à ne propofer aux
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
fçavans que des fujets qui puiffent tourner
au bien public , annonce qu'elle n'a
point jugé à propos d'adjuger cette année
le prix , & le réferve pour l'année 1757.
M. l'Abbé Peix , Profeffeur de Philofophie
à Périgueux & correfpondant de l'Académie
, fit enfuite lecture de quelques
obfervations fur les eaux d'un Lac nouvel
lement creufé aux environs de Périgueux,
qui s'enflamment à l'approche d'une torche
allumée.
Cette lecture fut fuivie de celle d'une
differtation de M. Caftet , Docteur en Médecine
& Bibliothécaire de l'Académie ,
fur l'Hydrocéphale , à l'occafion d'une
petite fille , atteinte de cette maladie , née
au mois d'Avril de cette année , dans la paroiffe
de Bégles auprès de Bordeaux.
M. de Lamontaigne , Confeiller au Parlement
, termina la féance par l'éloge de
l'illuftre M. de Montefquieu . M. de L.. an
nonça , en commençant cet éloge , que
l'intérêt que devoient prendre particulierement
la Province & l'Académie , au fujet
qu'il alloit traiter , ayant exigé de lui
qu'il lui donnât toute fon étendue , il s'étoit
vu forcé de divifer fon ouvrage en
deux parties , dont il déclara réferver la
feconde pour une autre féance.
M. le Directeur , en répondant à cette
NOVEMBRE. 1755. T33
derniere piéce , ainfi qu'il avoit fait aux
autres , jetta encore de nouvelles fleurs fut
le tombeau de ce grand homme.
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Résumé : SEANCE PUBLIQUE de l'Académie d'Amiens.
Le 25 août, l'Académie d'Amiens a célébré la fête de Saint Louis. M. Bifer, Directeur, a ouvert la séance en soulignant l'importance de la littérature pour la société. M. Baron, Secrétaire perpétuel, a rendu hommage à M. de Montesquieu, académicien honoraire décédé. Plusieurs ouvrages ont été présentés, dont un discours sur l'histoire naturelle par M. d'Emery, une dissertation sur Ursin par l'Abbé Roulleau, un mémoire sur la nourriture des plantes par M. Bilet, et une épître en vers par M. le Picart. Le prix pour une dissertation sur l'effet de l'intérêt de l'argent sur l'agriculture et le commerce a été attribué à M. Clicquot de Reims. L'Académie a annoncé deux sujets pour les prix de l'année suivante : l'état du commerce en France de Hugues Capet à François Ier, et l'économie des matières combustibles. Les ouvrages doivent être soumis avant le 1er juin. Par ailleurs, l'Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux a tenu sa séance publique le même jour. M. Loret, Directeur, a ouvert la séance avec une dissertation sur l'influence de l'air sur les végétaux. Aucun prix n'a été attribué cette année, le sujet étant reporté à 1757. M. l'Abbé Peix a présenté des observations sur des eaux inflammables près de Périgueux, et M. Castet a lu une dissertation sur l'hydrocéphalie. M. de Lamontaigne a conclu par un éloge de Montesquieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10114
p. 133-134
PROGRAMME.
Début :
L'ACADÉMIE de Bordeaux distribue toutes les années un Prix de Physique, [...]
Mots clefs :
Académie de Bordeaux, Dissertations , Prix
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PROGRAMME.
PROGRAMME.
'ACADÉMIE de Bordeaux diftribue tou-
L´tes
tes les années un Prix de Phyfique
fondé par feu M. le Duc de la Force . C'eſt
une Médaille d'Or de la valeur de trois
cens livres.
Elle avoit propofé pour le fujet du Prix
de cette année 1755. Quelle eft l'influence
de l'airfur les Végétaux ? Elle defiroit furtout
des Expériences nouvelles. Peut- être le
fujet a-t-il paru trop étendu pour être trai
té d'une maniere qui répondît à fes vues.
Ainfi l'Académie qui a jugé à propos de
réferver ce Prix pour l'année 1757. deman
de que , foit les
par Expériences déja faites
, foit principalement par de nouvelles ;
l'on tâche de determiner Le cours & la
tranſpiration de la Seve relativement aux
différentes qualités de l'air & aux differens
afpects du Soleil & de la Lune.
Elle a déja propofé pour la même année
1757. de déterminer Les meilleurs principes
de la Taille de la Vigne , par rapport à la
difference des efpeces de vignes & à la diverfué
des terroirs pour le Prix réfervé en 1754. :
134 MERCURE DE FRANCE.
Elle propofe pour fujet du Prix de l'année
1758. Quels font les meilleurs moyens
de faire des Prairies dans les lieux fecs , &
quelles Plantes y font les plus propres à
nourrir le gros & le menu Bétail.
y
Le fujer propofé pour l'année 1756,
eft de déterminer La meilleure maniere de
faire les Vins , de les clarifier , & de les conferver
? & l'Académie a annoncé qu'Elle
defiroit que l'on trouvât un moyen de les clarifierfans
oeufs , équivalant à celui des oeufs ,
on meilleur.
Les Differtations fur ce dernier fujet
ne feront reçues que jufqu'au premier Mai
1756. Elles peuvent être en François , ou
en Latin . On demande qu'elles foient
écrites en caracteres bien lifibles.
Au bas des Differtations , il y aura une
Sentence , & l'Auteur mettra dans un billet
féparé & cacheté , la même Sentence ,
avec fon nom , fon adreffe & fes qualités.
Les Paquets feront affranchis de Port , &ª
adreffés à M. le Préfident BARBOT , Secrétaire
de l'Académie , fur les Foffes du Chapeau
-rouge ; ou à la Veuve de P. BRUN ,
Imprimeur Aggrégé de ladite Académie , rue
Saint James.
A Bordeaux , ce 25 Août 1755.
'ACADÉMIE de Bordeaux diftribue tou-
L´tes
tes les années un Prix de Phyfique
fondé par feu M. le Duc de la Force . C'eſt
une Médaille d'Or de la valeur de trois
cens livres.
Elle avoit propofé pour le fujet du Prix
de cette année 1755. Quelle eft l'influence
de l'airfur les Végétaux ? Elle defiroit furtout
des Expériences nouvelles. Peut- être le
fujet a-t-il paru trop étendu pour être trai
té d'une maniere qui répondît à fes vues.
Ainfi l'Académie qui a jugé à propos de
réferver ce Prix pour l'année 1757. deman
de que , foit les
par Expériences déja faites
, foit principalement par de nouvelles ;
l'on tâche de determiner Le cours & la
tranſpiration de la Seve relativement aux
différentes qualités de l'air & aux differens
afpects du Soleil & de la Lune.
Elle a déja propofé pour la même année
1757. de déterminer Les meilleurs principes
de la Taille de la Vigne , par rapport à la
difference des efpeces de vignes & à la diverfué
des terroirs pour le Prix réfervé en 1754. :
134 MERCURE DE FRANCE.
Elle propofe pour fujet du Prix de l'année
1758. Quels font les meilleurs moyens
de faire des Prairies dans les lieux fecs , &
quelles Plantes y font les plus propres à
nourrir le gros & le menu Bétail.
y
Le fujer propofé pour l'année 1756,
eft de déterminer La meilleure maniere de
faire les Vins , de les clarifier , & de les conferver
? & l'Académie a annoncé qu'Elle
defiroit que l'on trouvât un moyen de les clarifierfans
oeufs , équivalant à celui des oeufs ,
on meilleur.
Les Differtations fur ce dernier fujet
ne feront reçues que jufqu'au premier Mai
1756. Elles peuvent être en François , ou
en Latin . On demande qu'elles foient
écrites en caracteres bien lifibles.
Au bas des Differtations , il y aura une
Sentence , & l'Auteur mettra dans un billet
féparé & cacheté , la même Sentence ,
avec fon nom , fon adreffe & fes qualités.
Les Paquets feront affranchis de Port , &ª
adreffés à M. le Préfident BARBOT , Secrétaire
de l'Académie , fur les Foffes du Chapeau
-rouge ; ou à la Veuve de P. BRUN ,
Imprimeur Aggrégé de ladite Académie , rue
Saint James.
A Bordeaux , ce 25 Août 1755.
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Résumé : PROGRAMME.
L'Académie de Bordeaux attribue annuellement un Prix de Physique, doté d'une Médaille d'Or valant trois cents livres, fondé par le Duc de la Force. En 1755, le sujet proposé, l'influence de l'air sur les végétaux, a été jugé trop vaste, reportant le prix à 1757. Pour cette année, l'Académie demande des expériences sur la transpiration de la sève en relation avec les qualités de l'air et les aspects du Soleil et de la Lune, ainsi que des principes de la taille de la vigne en fonction des espèces et des terroirs, sujet reporté de 1754. En 1758, le sujet concerne les meilleurs moyens de créer des prairies dans les lieux secs et les plantes adaptées pour nourrir le bétail. Pour 1756, le sujet porte sur la production, clarification et conservation du vin, avec une préférence pour des méthodes sans œufs. Les dissertations doivent être soumises avant le 1er mai 1756 en français ou en latin, avec une sentence au bas du travail et une copie cachetée contenant le nom, l'adresse et les qualifications de l'auteur. Les paquets doivent être adressés à M. le Président Barbot ou à la Veuve de P. Brun, imprimeur de l'Académie.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10115
p. 135-153
Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Début :
I. Il vient de paroître un ouvrage, qui a pour titre Idée de l'homme physique & [...]
Mots clefs :
Gravité, Force, Fluide, Attraction, Électricité, Mouvement, Phénomènes, Mécanisme, Matière, Fluide éthérien
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Mémoire fur le principe physique de la régénération
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
des Etres , du mouvement , de la
gravité , & de l'attraction .
I
I.
L vient de paroître un ouvrage , qui a
pour titre idée de l'homme physique &
moral. On y propofe , au fujet de la génération
, une conjecture appuyée fur de
grandes probabilités ; cette conjecture eft
que la fécondation de la liqueur féminale
des animaux pourroit bien n'être que l'efquiffe
active qui y eft imprimée par le fluide
éthérien refléchi de toutes les parties
du corps vers les organes de la génération ,
au moment même de l'excrétion de cette
liqueur , & par le même méchanifme qui
fert à déterminer cette excrétion , l'auteur
paroît defirer qu'on remarque avec une
particuliere attention que ces organes deviennent
en ce moment le centre de prefque
tout le mouvement & le fentiment du
136 MERCURE DEFRANCE.
corps , ce qui , felon lui , fournit de trèsgrandes
inductions pour la validité de ſa
conjecture .
Il a afluré d'avance que l'idée qui fubftitue
l'action du fluide éthérien à celle des
prétendus efprits animaux , eft prefque
unanimement reçue , & qu'en effet cette
idée s'accorde parfaitement avec tout ce
qu'il y a à obferver fur l'action des nerfs ,
même fur celle de la végétation , & avec
toutes les expériences faites jufqu'à préſent
fur le fluide qu'on nomme électrique ; au
lieu que l'idée qui fait admettre des efprits
animaux , eft non feulement dénuée de
preuves , mais encore de vraifemblance :
d'ailleurs il paroît porté à croire que la
théorie qu'il propofe fur la fécondation ,
eft applicable à tous les êtres qui fe régénerent
; & en effet , après la maniere dont
il rend raifon des phénomenes les plus remarquables
de la génération , de la plûpart
defquels à peine imaginoit - on de
pouvoir jamais acquerir quelqu'intelligence
, on ne fçauroit raiſonnablement fe
défendre d'adhérer à fon fentiment , au
moins jufqu'à ce qu'on foir parvenu à d'autres
connoiffances fur cette matiere.
L'objet de ce mémoire eft de fournir un
nouvel appui à cette théorie , & de juftifier
de nouveau l'étendue qu'elle paroît
NOVEMBRE. 1755. 137
avoir ; on fe propofe de remplir cet objet
en ramenant fimplement le méchanifme
de la fécondation , de la communication
du mouvement , de la gravité & de l'attraction
à une caufe commune , en montrant
autant qu'il eft poffible , les rapports
de ce méchanifme avec les propriétés reconnues
de cette caufe , & enfuite en les
généralifant l'un par l'autre au moyen des
applications qu'on en fera.
Mais avant que d'entrer en matiere , il
eft à propos de remarquer avec l'auteur de
l'idée de l'homme phyfique & moral que
toutes les expériences qu'on fait pour connoître
les phénomenes de l'électricité ,
dérangent néceffairement les loix naturelles
de l'action du fluide qui la produit ; &
qu'ainfi il reste à fe former des divers réfultats
de ces expériences un point de vue
fous lequel on puiffe confiderer plus généralement
l'ordre naturel de l'action de
ce fluide , & delà les plus effentielles de
fes loix & de fes propriétés.
Ce n'eft que par cette maniere de confiderer
la matiere électrique qu'on peut fe
flatter de la connoître autant qu'il nous
eft donné d'y réuffir ; & en effet c'eft par
là qu'on parvient à écarter les plus fpécieufes
difficultés qu'on puiffe oppofer à
la conjecture dont il s'agit ici ; on objec138
MERCURE DEFRANCE.
teroit , par exemple , que tous les corps ;
fans en excepter aucun , font doués de
gravité & d'attraction , & qu'il y en a qui
ne font pas fufceptibles de l'électricité ; il
eft aifé de répondre à cette objection par
remarque qu'on vient de faire ; qui eſt
que les phénomenes de l'électricité rendue
fenfible par les expériences ufitées ,
ne font que des modifications particulieres
du fluide éthérien , au méchanifme defla
quels certains corps réfiftent par leur conftitution
, c'eft à- dire par les loix que le
fluide qui agit fur ces corps eft contraint
de fuivre; ce qui n'empêche
pas que le mouvement
qu'ils reçoivent
par des moyens
plus effectifs ne foit fimplement
une révolution
arrivée à ce fluide éthérien qui
les pénétre & les environne
; il n'eft pas
difficile de trouver dans cette folution de
quoi répondre d'une maniere fatisfaiſante
à toutes les difficultés
qu'on pourroit faire
; delà on peut préfumer que ce fluide a
été improprement
nommé électrique
; & en effet il n'a été ainfi défigné que par une
de fes propriétés
qui encore n'étoit point
affez connue : ainfi en employant
les mots
d'électricité
ou de fluide électrique nous n'entendrons
que des modifications
particulieres
du fluide éthérien
, preſque toujours
contraires
aux loix générales de l'action de
ce fluide.
NOVEMBRE. 1755. 139
II.
On ne fçauroit nier que la régénération
des êtres , au moins quant à leur organifation
, ne foit produite par une caufe
phyfique , & que cette caufe ne doive
avoir un méchanifme propre à fes effets ;
il ne fera donc pas permis de méconnoître
cette caufe , fi elle fe préfente avec les
propriétés néceffaires pour opérer le méchanifme
que nous cherchons à découvrir,
fur- tout fi ces propriétés fe trouvent manquer
à toutes les autres caufes qu'il feroit
poffible de fe repréſenter.
Après avoir mûrement confideré les diverfes
conjectures qui ont été formées fur
la premiere caufe phyfique de la régénération
des êtres , de la communication du
mouvement , de la gravité & de l'attraction
, & après avoir pefé avec beaucoup
d'attention les difficultés qu'on a oppofées
à ces conjectures , nous avons cru pouvoir
inferer de cet examen que tous ces grands
phénomenes de la nature devoient dépendre
d'une même caufe , qui feroit néceffairement
un agent général , au moins dans
notre orbe planétaire , fi ce n'eft dans tout
l'univers.
Il s'agit d'examiner à préfent , fi le fluide
nommé électrique , tel que des expé140
MERCURE DE FRANCE.
riences certaines l'ont fait connoître , &
d'ailleurs admis prefqu'unanimement pour
la premiere caufe phyfique de l'action des
nerfs , ne pourroit pas paffer pour cet
agent général que nous cherchons à connoître
, & fi on ne lui trouveroit pas les
propriétés néceffaires pour en déduire les
phénomenes que nous croyons pouvoir
lui attribuer.
III.
Il n'eft guere permis de douter d'après
l'ouvrage que nous avons cité , que le
fluide éthérien ne foit le principe de toute
fécondation , & il n'eft pas difficile de
concevoir comment l'action conftante de
ce fluide fur tout corps quelconque, feroit,
felon les divers foyers où il trouve à fe
concentrer , & felon les diverfes maffes
qu'il rencontre , la caufe de la gravité &
de l'attraction , ainfi que de la différente
activité des corps , quels qu'ils foient ,
élémentaires ou compofés ; on verroit en
même tems comment ce même fluide dont
tout corps eft environné , & plus ou moins
pénétré felon fa nature , opéreroit par les
diverfes déterminations qui lui feroientdonnées
, la communication du mouvement
; il n'eſt pas néceffaire de faire appercevoir
que le mouvement communiqué
}
NOVEMBRE. 1755. 141
cefferoit , lors même qu'il ne rencontreroit
point d'autre obftacle ', à mesure que les
déterminations particulieres qui auroient
produit ce nouveau mouvement , viendroient
à fe perdre dans la détermination
générale du fluide environnant .
Mais , dira- t- on , n'eft-il pas plus fage
de fufpendre fon opinion fur des matieres
phyfiques , lorfque cette opinion ne peut
être folidement déterminée : nous fommes
bien éloignés de penfer qu'en général ce
ne foit là une maxime fage , mais on ne
fçauroit difconvenir qu'elle ne fouffre des
exceptions ; car il eft certain que cette
maxime obfervée trop rigoureufement ,
fur- tout dans la recherche des vérités auffi
importantes & auffi inconnues que celles
dont il eft ici queftion , borneroit exceffivement
les progrès qu'on peut efperer de
faire fur les plus grands objets des connoiffances
phyfiques .
D'ailleurs , nous avons en quelque maniere
l'exemple de Newton pour nous ;
on fçait que lorfqu'il trouva le moyen de
foumettre l'univers aux loix de la gravité
& de l'attraction , il n'eut pour baſe de
cette grande découverte qu'une fimple analogie
qui étoit , comme perfonne ne l'ignore
, la comparaifon qu'il fit de la caufe de
la chute d'un fruit qui tomba auprès de lui,
142 MERCURE DE FRANCE.
avec la caufe qu'il imagina dans ce moment
pouvoir entretenir l'harmonie ou
l'action réciproque du monde planétaire :
ayant fait le plan des principaux effets
que ces caufes devoient produire , il regarda
ces effets comme autant de réſultats
qu'il s'agiffoit de vérifier , & c'eft par une
profondeur de calculs , qui a immortalifé
ce grand homme , qu'il parvint à démontrer
la folidité des loix qu'il venoit de
trouver.
C'eſt en fuivant une pareille méthode ,
qui ici ne paroît guere fufceptible de calculs
, que nous allons chercher à établir le
fluide étherien , comme cauſe de la
gra
vité & de l'attraction. Newton moins inf
truit qu'on ne l'eft aujourd'hui fur l'exiftence
des loix & des proprietés du fluide
qu'on a appellé électrique , s'eft fagement
abftenu d'expliquer cette caufe , mais il
paroît qu'il avoit de la répugnance à laiffer
croire qu'il regardât ces proprietés comme
inherentes à la matiere , puifqu'il a
declaré à la fin de fon optique qu'il foupçonnoit
que l'attraction étoit l'effet de
l'action de quelque fluide très délié &
très-élaftique. Ce foupçon doit nous faire
préfumer que s'il eût été inftruit comme
on l'eft aujourd'hui fur l'existence , les
loix & les proprietés du fluide étherien ,
NOVEMBRE . 1755. 143
il ne feroit point resté dans cette incertitude
fur la caufe de ce grand phénomene.
Newton a fait voir auffi dans fon traité
d'optique , qu'il n'étoit pas poffible que les
rayons de lumiere fuffent immédiatement
réflechis de la furface des corps , & il a
prouvé en même tems que cette réflexion
étoit l'effet des proprietés & des loix de la
force de gravité & d'attraction qu'il paroiffoit
fuppofer être inhérente à tous les
corps . Or s'il n'eft pas permis de regarder
comme fufpectes les preuves alleguées
fur ce fait par Newton , & fi d'après les
folides connoiffances qu'on a acquifes fur
l'existence & les proprietés du fluide étherien
, il eft plus que probable que ce fluide
eft un agent univerfel , au moins dans
notre orbe planétaire , il nous paroît difficile
de former des difficultés raifonnables
contre l'idée de fubftituer fon action
à la fuppofition qui a fait regarder la gravité
& l'attraction comme des qualités
propres & inhérentes à tout corps.
Čela pofé , les phénomenes du mouvement
ne dépendroient que des diverfes déterminations
de l'action du fluide étherien,
& ces déterminations fe communiqueroient
par la voie du choc, de l'impulfion , de l'explofion
, de la fermentation , même du
plus leger contact comme on l'obferve
144 MERCURE DE FRANCE.
dans les experiences connues fur l'électricité
ainfi toute augmentation ou diminution
de mouvement ne feroit que des
changemens produits dans les loix naturelles
de l'action de ce fluide ; & par cèt
ordre on ne feroit plus en peine de fçavoir
comment un corps vivant , & même
les corps élastiques , peuvent donner de
l'action à des corps qui n'en ont point ,
ou augmenter celle qu'ils ont ; en un mot ,
on verroit que tous les phénomenes de la
nature ne font dans le fonds que les diverſes
manieres dont l'agent géneral , plus
ou moins concentré dans les différens
corps , ou raffemblé fur leurs furfaces ,
obéit aux loix qu'il doit fuivre , & aux diverfes
déterminations qu'il reçoit.
M. Franklin a prefque demontré que·
le tonnerre n'eft qu'un phénomene d'électricité
, & on en peut aifement conclureque
les trombes qui ne paroiffent être
qu'un prodigieux tourbillon d'air , d'eau´
& de fluide étherien devenu électrique.
par les caufes qui préparent ou excitent
l'orage , ne font en effet produites que
par la même revolution qui difpofe & détermine
les coups de tonnerre ; ce qui eft
affez prouvé par les trombes qu'on a quel-,
quefois vu fe former au mênie inftant de
ces coups de tonnerre : nous ne parlerons
pas
NOVEMBRE. 1755 145
pas d'une infinité d'autres obfervations
qu'on n'ignore point , & que perfonne
ne contefte. Or , s'il n'y a point de phénomenes
extraordinaires de la nature qui
paroiffent s'opérer par une plus grande
quantité & une plus grande vivacité d'action
que les coups de tonnerre & les trombes
, & s'il eft vrai qu'en fait de recherches
phyfiques on doive principalement
chercher à fimplifier tout , autant qu'on
le peut , fur tout les principes , il faut
donc bien loin de vouloir féparer l'idée de
la caufe & du méchanifme de l'électricité,
de celle d'une caufe générale du mouvement
, s'attacher plutôt à confiderer les
phénomenes de l'électricité , comme des
divers modes de cette caufe générale.
Alors on comprendroit , par exemple ,
que la force qui refte à un boulet de cadont
le mouvement paroît prêt à
s'éteindre , & qui a de fi funeftes effets
pour ceux qui entreprennent imprudemment
de le fixer , même de le toucher
avec le pied , n'eft que la prodigieufe
quantité de fluide étherien , dont il fe
trouve encore chargé au moyen du mouve
ment de rotation qui lui refte , & que la
force de l'explofion & ce mouvement de
rotation y avoient accumulé ; le méchaniſme
de ces funeftes effets fe préfente fenfible-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
ment par la prodigieufe difproportion qu'il
y a entre la quantité , la rapidité , & la
détermination du fluide raffemblé fur ce
boulet , & l'état ordinaire du fluide qui
entoure , & pénetre un corps vivant , &
notamment la partie de ce corps approchée
du boulet jufqu'au point de contact.
I V.
Il est reçu qu'en chargeant un corps
d'électricité , on ne fait que raffembler fur
fa furface plus de matiere électrique qu'il
n'y en a naturellement , augmenter à cette
proportion le degré d'activité de ce fluide,
& changer l'ordre naturel de fa détermination
; c'eft ainfi qu'eft produit un tor
rent de matiere électrique qui n'agit principalement
que fur la furface des corps
fur lefquels il eft formé , ou de ceux vers
lefquels il eft dirigé ; ce qui eft bien prou❤
vé par le petit éclat qui fe fait entendre au
moment de la communication de l'électricité
d'un corps à un autre ; car cet éclat
fuppofe néceffairement la rencontre de
deux forces qui font oppofées.
Il eft démontré que tous les corps font
naturellement doués d'une force d'attrac
tion , & il eft probable que l'intenfité de cette
force ne dépend que de la nature des parNOVEMBRE.
1755. 247
ties primitives dont ces corps font formés ,
& que la différence de ces parties élémentaires
ne confifte que dans le plus ou
moins de fluide éthérien qui a pu originairement
s'y concentrer . C'eft de-là , en effet,
qu'on peut le mieux déduire les propriétés
qui différencient effentiellement tous les
corps , même par rapport à leur état de
folidité ou de liquidité ; ce qui eft manifeftement
prouvé par l'obfervation des phénoménes
des congellations artificielles ,
furtout de celui qu'on a nommé le faut de la
congellation , qui eft la vive explofion qui
fe fait au moment que la liqueur va fe congeler
.
Il faut donc confidérer ces parties élémentaires
comme autant de petits foyers
fort acceffibles à l'action du fluide envi
ronnant , & c'eft ainfi que fe forment néceffairement
autour d'eux des petites fpheres
d'activité , qui s'animent & s'électrident
en quelque maniere par leur proximité
& leurs frottemens ; voilà donc une efpece
d'électricité à peu près déterminée
par les loix naturelles de l'action de ce
Aluide ; il eft probable que c'eſt- là le méchanifme
des premiers rapports que ces parties
primitives acquerent entr'elles , & en
même tems l'origine de leurs propriétés
Gij
148 MERCURE DE FRANCE:
générales & particulieres ; ces premiers
phenomenes d'attraction ne paroiffent
point affujettis aux loix d'électricité qu'on
conncît par les expériences faites fur des
maffes defquelles par conféquent on ne
fçauroit conclure aux loix de cette action
entre les parties élémentaires ; confidération
qu'il ne faut point perdre de vue , &
qui fixe la jufte valeur des connoiffances
acquifes fur les propriétés du fluide éthérien
par les expériences ufitées fur l'électricité.
On peut croire que c'eft de ces premieres
loix d'attraction que dépendent principalement
la conftitution & l'activité de toutes
les parties élémentaires ; ces parties
auroient donc entr'elles plus ou moins
d'affinité , felon qu'elles feroient propres
par leur nature à former des tourbillons
de matiere éthérée plus ou moins
égaux ; & par cet ordre celles qui fe trouveroient
être à peu près de même nature
auroient une maniere prefque égale d'obéir
à l'action du fluide environnant , bien
entendu qu'elles fullent également expofées
à l'action libre de ce fluide ; on voit
par là affez clairement comment tous les
corps doivent avoir naturellement plus ou
moins d'activité , & être plus ou moins
NOVEMBRE. 1755. 149
électriques , felon qu'ils font formés de
parties primitives plus ou moins chargées
de fluide éthérien , ou plus ou moins difpofées
à obéir à fon action.
V.
Cela pofé , le méchanifme des diverfes
efpeces de cryftallifation , & des diverfes
affinités chimiques , ne dépendroit-il pas
de certaines difpofitions conftantes de maffe
& de furface par lefquelles les parties
élémentaires de même genre obéiroient de
la même maniere aux loix naturelles de
l'action de ce fluide ; chacune de ces parties
feroit donc par fa nature un foyer
prefque égal pour l'activité de ce même
Auide , & cette activité produiroit dans
toutes ces parties , lorfqu'elle pourroit s'y
exercer librement , le même dégré & les
mêmes phénomenes d'attraction , ou du
moins il n'y auroit d'autre différence que
celle qui réfulteroit des torrens plus ou
moins confidérables qui fe feroient faits
fur ces foyers , felon qu'ils auroient été
plus ou moins expofés à l'action libre du
Auide environnant ; il arriveroit de cette
maniere que lorfque plufieurs de ces petits
foyers feroient livrés à l'action de ce fluide ,
il fe feroit des torrens plus confidérables
G iij
150 MERCURE DE FRANCE.
fur ceux où cette action fe ferott exercée
plus librement , & par conféquent qu'il fe
feroit de moindres torrens fur les foyers
qui s'y trouveroient moins exposés.
Il réfulte de -là que l'action produite
dans les premiers foyers , feroit de beaucoup
fupérieure en force & en étendue à
celle des autres foyers , & que par cette
raiſon ceux - ci feroient , lorfqu'il n'y auroit
point d'obſtacles , entraînés plus ou
moins promtement vers les premiers , felon
la force & l'étendue de l'atmoſphere
de leur activité .
Cette explication prouveroit que les
petites atmoſpheres de fluide éthérien formées
dans les foyers les moins dévelop
pés , feroient néceffairement abforbées
par les atmoſpheres plus confidérables ,
lorfqu'elles en feroient affez près pour pouvoir
y être compriſes ; de maniere donc
que tout foyer qui ne fe trouveroit pas
affez voifin de celui qui attire plus puiffamment
, pour être compris dans fa fphere
d'activité , feroit lui-même un foyer central
propre à attirer les foyers voifins plus
foibles que lui.
Mais comme on obferve en plufieurs
criftallifations que les criftaux qui ont acquis
un certain volume , ne continuent
pas de s'accroître , il en faudroit conclure
NOVEMBRE . 1755. 131
que le premier foyer parvenu à fe charger
d'une certaine quantité de parties analogues
n'auroit plus les mêmes rapports avec
le fluide environnant , & que par conféquent
fon activité devroit s'affoiblir au
point de ne pouvoir plus entraîner de nouvelles
parties.
V I.
Ne feroit-ce pas dans cette théorie des
criftallifations qu'on pourroit trouver à fe
former une idée claire & fimple de l'ordre
d'action qui détermine & maintient les
orbes planétaires dans les efpaces qu'ils
parcourent le foleil feroit le foyer principal
, & les planettes , comme foyers beaucoup
moindres , feroient comprifes dans
fa fphere d'activité ; il en réfulteroit que
ces mafles planetaires obéiroient plus ou
moins au grand foyer felon qu'elles feroient
elles -mêmes un foyer plus ou moins
confidérable , & que par - là elles feroient
en état d'oppofer plus de réfiftance aux
déterminations produites par le grand
foyer.
On peut croire que ces planettes , qui
ont leur tourbillon particulier de matiere
éthérée , doivent en obéiffant à la fupériorité
de celui du grand foyer , s'électrifer
elles-mêmes de plus en plus , foit par
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
les frottemens continuels de leurs tourbillons
, foit par la vive action du grand
foyer qui les entraîne , & prendre ainfi ,
plus ou moins à proportion de leur conftitution
, fur la fupériorité de l'attraction
de ce grand foyer ; ce qui eft affez conforme
aux loix générales de l'attraction
connue par les expériences ufitées , ainfi
qu'aux obfervations faites fur l'électricité
; de cette maniere les planetes parviendroient
à ce point de diſtance du grand
foyer , & en même tems d'équilibre avec
fa fphere d'activité, dont elles ne pourroient
plus être approchées ni éloignées ; à ce
point- là elles prendroient donc néceffairement
une détermination nouvelle , qui
feroit la détermination de leur cours particulier
, c'est -à- dire , leur mouvement projectile
; & c'est à raifon de la conftitution
naturelle , dont nous avons parlé , qui fait
que certains corps font moins propres que
d'autres à un accroiffement d'électricité ,
ainſi qu'à raifon de leur maffe & de leur
volume , qu'elles fe trouveroient plus ou
moins capables de gravitation & d'attraction
, & c'est par là que leur cours ordinaire
feroit déterminé à de plus ou moins
grandes diftances du grand foyer.
les loix de cette
On'tpeur préfumer que
détermination particuliere ne feroient pas
NOVEMBRE . 1755. 153
conftantes au point que par la fuite du
tems les planetes ne puffent acquérir des
forces centrifuges ; on connoît les loix fuivant
lefquelles les corps font repouffés
après avoir été attirés pendant un certain
tems , ce qui n'arrive probablement que
parce que ces corps s'électrifent davantage
à proportion qu'ils font plus attirés , &
que par-là ils parviennent à un complément
d'électricité qui les rend fupérieurs
au moins acceffibles à l'activité du fover
principal ; c'eft par ces loix que les planetes
pouroient enfin échapper totalement
à la fphere d'activité du foleil , & par
devenir des cometes ; comme il pourroit
arriver auffi qu'il fe trouveroit des cometes
moins difpofées par leur nature à s'électrifer
, ou à contracter un certain dégré
d'activité , qui attirées à un certain point
vers le principal foyer , bien loin de tendre
alors à s'en éloigner , y feroient au
contraire rapidement précipitées.
là
Ce mémoire n'a été fait dans d'autre.
vue que d'exciter fur les fondemens de la
conjecture qu'on y propofe , l'attention
des perfonnes verfées dans ces connoillances
, & de mettre ces mêmes perfonnes à
portée de critiquer facilement certe conjeture
ou de l'appuier plus folidement.
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Résumé : Mémoire sur le principe physique de la régénération des Etres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction.
Le texte 'Mémoire sur le principe physique de la régénération des êtres, du mouvement, de la gravité, & de l'attraction' présente une théorie sur la fécondation et les phénomènes naturels. L'auteur propose que la fécondation des animaux pourrait être due à un fluide éthérien actif, reflété vers les organes de la génération au moment de l'excrétion de la liqueur féminine. Ce fluide serait également responsable du mouvement, de la gravité et de l'attraction. L'auteur soutient que cette théorie est appuyée par des observations sur l'action des nerfs et des expériences sur le fluide électrique. Le mémoire vise à renforcer cette théorie en montrant que le mécanisme de la fécondation, du mouvement, de la gravité et de l'attraction peut être ramené à une cause commune : le fluide éthérien. L'auteur affirme que toutes les expériences sur l'électricité perturbent les lois naturelles de ce fluide, et qu'il est nécessaire de considérer ces expériences sous un angle général pour comprendre son action. Le texte souligne que la régénération des êtres, le mouvement, la gravité et l'attraction dépendent d'une même cause physique, un agent général. L'auteur suggère que le fluide électrique, admis comme cause de l'action des nerfs, pourrait être cet agent général. Il compare cette approche à la méthode de Newton, qui a découvert les lois de la gravité et de l'attraction par analogie. Le texte traite également des effets de l'électricité et de la force d'attraction sur divers phénomènes naturels. Il explique que la force de l'explosion et le mouvement de rotation d'un boulet accumulent un fluide électrique sur sa surface, créant une disproportion notable par rapport à l'état ordinaire du fluide entourant un corps vivant. Charger un corps d'électricité augmente la quantité de matière électrique sur sa surface, modifiant ainsi l'ordre naturel de sa détermination. Le texte explore la nature des corps, affirmant que tous les corps possèdent une force d'attraction dont l'intensité dépend de la nature des parties primitives qui les composent. Ces parties élémentaires agissent comme des foyers d'activité électrique, influencées par le fluide environnant. Cette interaction est à l'origine des propriétés générales et particulières des corps, et des phénomènes d'attraction observés. Le texte aborde les processus de cristallisation et les affinités chimiques, suggérant qu'ils dépendent des dispositions constantes de masse et de surface des parties élémentaires. Ces parties obéissent aux lois naturelles de l'action du fluide éthérien, créant des atmosphères d'activité qui peuvent s'absorber mutuellement. Enfin, le texte propose une théorie des mouvements planétaires, où le Soleil agit comme un foyer principal, et les planètes comme des foyers plus petits compris dans sa sphère d'activité. Les planètes s'électrifient en obéissant à l'attraction du Soleil, déterminant ainsi leur mouvement projectile et leur distance par rapport au Soleil. Le texte conclut en mentionnant que les lois de cette détermination particulière ne sont pas constantes, permettant aux planètes d'acquérir des forces centrifuges et de devenir des comètes.
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10116
p. 166-170
Ouverture des Ecoles de Chirurgie de Bordeaux, [titre d'après la table]
Début :
L'ouverture des Ecoles des Maîtres en Chirurgie de Bordeaux, qui avoit [...]
Mots clefs :
Chirurgie, Amphithéâtre, Élèves, Maîtres en chirurgie, Bordeaux
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texteReconnaissance textuelle : Ouverture des Ecoles de Chirurgie de Bordeaux, [titre d'après la table]
'Ouverture des Ecoles des Maîtres en
L Chirurgie de Bordeaux , qui avoit
été annoncée dans les nouvelles publiques
pour le commencement de Mai , n'a pu fo
faire que dans le mois de Juin . Ils ont célébré
cette fête avec beaucoup d'éclat pendant
trois jours confécutifs. Le 18 ils
firent chanter une grand'Meffe folemnelle
du S. Efprit , après laquelle le Célébrant fit
la bénédiction de l'amphithéatre , & en fit
la dédicace à S. Cofme. Le 19 , on fir
depuis fix heures du matin jufqu'au foir
plufieurs décharges des canons qu'on avoit
placés dans la Cour. A trois heures de
l'après -midi , les Maîtres en Chirurgie fe
rendirent dans l'amphithéatre pour entendre
prononcer par le fieur Balai , lieute
nant de Monfieur le premier Chirurgien
du Roi , un difcours très- éloquent , relatif
*au fujer , & qui fat du goût de tout le
monde. Le Parlement , le Corps de Ville ,
l'Univerfité , l'Académie Royale des Sciences
, & un très - grand nombre de perſonnes
de diftinction , honorerent l'affemblée de
leur préfence , & témoignerent par un
applaudiffement général , la fatisfaction
NOVEMBRE. 1755. 167
qu'ils avoient d'un établiſſement auffi précieux
pour la confervation des citoyens.
Après le difcours les Officiers de la compagnie
firent fervir toutes fortes de rafraî
chiffemens qu'ils avoient eu la précaution
de faire préparer dans une falle à caufe de
la chaleur exceffive de la faifon . Le foir ,
il y eut un grand repas pendant lequel on
décora l'Ecole d'une brillante illumina
tion : la principale entrée étoit ornée de
plufieurs pilaftres & panneaux formant
un ordre Ionique ; on avoit pofé au - deffus
plufieurs vafes entre lefquels étoit un fronton
d'un beau deffein, qui couronnoit toute
la façade & en faifoit le principal ornement
: le tout étoit garni de lampions &
I de pots de feu. Dans l'intérieur de la cour,
on voyoit le pleinthe de l'architrave de
l'amphithéatre garni de terrines de feu ;
les pilaftres de fon entrée imitant un ordre
Dorique étoient parfemés d'une infinité
de lampions , & ornés de guirlandes , de
pampres & de lauriers , ce qui offroit le
fpectacle le plus gracieux & le plus amufant
qu'on ait vu depuis longtems dans
cette ville. Vers les onze heures du foir
il y eut un feu d'artifice très-bien exécuté,
avant & après lequel on jetta une trèsgrande
quantité de fufées jufqu'à une
heure après minuit. La férénité de la nuit
168 MERCURE DE FRANCE.
ne contribua pas peu à embellir la décoration.
Beaucoup de perfonnes & plufieurs
dames attirées la curiofité de voir le
par
feu d'artifice , furent régalées de plufieurs
rafraîchiffemens qu'on eut l'honneur de
leur préfenter : le peuple participa auffi à
la joie générale ; on fit couler fans interruption
pendant l'après-midi , deux fonaines
de vin ; tout fe paffa dans le plus
grand ordre , malgré l'affluence & le concours
prodigieux du peuple qui venoit de
routes parts.
Quelque eclatante que fût cette fète ,
elle n'auroit fait dans les efprits qu'une
légere fenfation , fi les Maîtres en Chirurgie
ne s'étoient attachés à en perpétuer
le fouvenir par des exercices plus durables
; ils avoient affigné au lendemain
une fête plus intéreffante pour les Eleves
en Chirurgie ; en effet , le 20 ils affifterent
en foule dans l'amphithéatre , à la
premiere démonftration de l'Oftéologie
qui leur fut faite par le fieur Dubruel , &
qu'il continue avec toute l'efficacité poffible.
Ce n'eft pas le feul cours que cette
compagnie s'eft propofé de faire : elle a
nommé quatre démonftrateurs * pour
remplir fes intentions. Le fieur Lafourcade
fils , trairera des principes de Chirur-
Les quatre Démonftrateurs font Maîtres- ès- arts.
gie ,
NOVEMBRE. 1755. 169
gie , le fieur Larrieu fils démontrera l'anatomie
, le fieur Dupuy fera les opérations
de Chirurgie ; & le fieur Dubruel , après
avoir fait la démonftration des os , traitera
des maladies qui les affectent. On a cru
devoir commencer par ce dernier cours
afin de faciliter aux éleves en Chirurgie
les moyens les plus fûrs de faire de plus
grands progrès , & pour les mettre en état
d'acquerir plus promptement les connoiffances
que doivent leur donner les autres
Démonftrateurs. Le grand nombre des curieux
qui affiftent aux leçons , & l'affiduité
des éleves qui s'y rendent , plutôt par
émulation que par bienféance , font des
fürs garans du fuccès & des avantages
qu'on doit fe promettre de cet établiffement
ordonné par le Roi , ( conformément
aux lettres patentes du 8 Septembre 1752)
' conftruit par la generofité des Maîtres en
Chirurgie , & foutenu par la protection &
les bienfaits de M. de la Martiniere , premier
Chirurgien de Sa Majefté , qui en a
donné des preuves à cette compagnie dans
bien des occafions , notamment l'année
derniere , en lui obtenant des ftaruts follicités
depuis plufieurs années, par lefquels
les Maîtres en Chirurgie lettres jouiront dorénavant
de prérogatives honorables , ainfi
que ceux qui exerceront ou feront exercer
H
170 MERCURE DE FRANCE.
par leurs éleves la Chirurgie , fans aucun
mêlange de barberie .
L Chirurgie de Bordeaux , qui avoit
été annoncée dans les nouvelles publiques
pour le commencement de Mai , n'a pu fo
faire que dans le mois de Juin . Ils ont célébré
cette fête avec beaucoup d'éclat pendant
trois jours confécutifs. Le 18 ils
firent chanter une grand'Meffe folemnelle
du S. Efprit , après laquelle le Célébrant fit
la bénédiction de l'amphithéatre , & en fit
la dédicace à S. Cofme. Le 19 , on fir
depuis fix heures du matin jufqu'au foir
plufieurs décharges des canons qu'on avoit
placés dans la Cour. A trois heures de
l'après -midi , les Maîtres en Chirurgie fe
rendirent dans l'amphithéatre pour entendre
prononcer par le fieur Balai , lieute
nant de Monfieur le premier Chirurgien
du Roi , un difcours très- éloquent , relatif
*au fujer , & qui fat du goût de tout le
monde. Le Parlement , le Corps de Ville ,
l'Univerfité , l'Académie Royale des Sciences
, & un très - grand nombre de perſonnes
de diftinction , honorerent l'affemblée de
leur préfence , & témoignerent par un
applaudiffement général , la fatisfaction
NOVEMBRE. 1755. 167
qu'ils avoient d'un établiſſement auffi précieux
pour la confervation des citoyens.
Après le difcours les Officiers de la compagnie
firent fervir toutes fortes de rafraî
chiffemens qu'ils avoient eu la précaution
de faire préparer dans une falle à caufe de
la chaleur exceffive de la faifon . Le foir ,
il y eut un grand repas pendant lequel on
décora l'Ecole d'une brillante illumina
tion : la principale entrée étoit ornée de
plufieurs pilaftres & panneaux formant
un ordre Ionique ; on avoit pofé au - deffus
plufieurs vafes entre lefquels étoit un fronton
d'un beau deffein, qui couronnoit toute
la façade & en faifoit le principal ornement
: le tout étoit garni de lampions &
I de pots de feu. Dans l'intérieur de la cour,
on voyoit le pleinthe de l'architrave de
l'amphithéatre garni de terrines de feu ;
les pilaftres de fon entrée imitant un ordre
Dorique étoient parfemés d'une infinité
de lampions , & ornés de guirlandes , de
pampres & de lauriers , ce qui offroit le
fpectacle le plus gracieux & le plus amufant
qu'on ait vu depuis longtems dans
cette ville. Vers les onze heures du foir
il y eut un feu d'artifice très-bien exécuté,
avant & après lequel on jetta une trèsgrande
quantité de fufées jufqu'à une
heure après minuit. La férénité de la nuit
168 MERCURE DE FRANCE.
ne contribua pas peu à embellir la décoration.
Beaucoup de perfonnes & plufieurs
dames attirées la curiofité de voir le
par
feu d'artifice , furent régalées de plufieurs
rafraîchiffemens qu'on eut l'honneur de
leur préfenter : le peuple participa auffi à
la joie générale ; on fit couler fans interruption
pendant l'après-midi , deux fonaines
de vin ; tout fe paffa dans le plus
grand ordre , malgré l'affluence & le concours
prodigieux du peuple qui venoit de
routes parts.
Quelque eclatante que fût cette fète ,
elle n'auroit fait dans les efprits qu'une
légere fenfation , fi les Maîtres en Chirurgie
ne s'étoient attachés à en perpétuer
le fouvenir par des exercices plus durables
; ils avoient affigné au lendemain
une fête plus intéreffante pour les Eleves
en Chirurgie ; en effet , le 20 ils affifterent
en foule dans l'amphithéatre , à la
premiere démonftration de l'Oftéologie
qui leur fut faite par le fieur Dubruel , &
qu'il continue avec toute l'efficacité poffible.
Ce n'eft pas le feul cours que cette
compagnie s'eft propofé de faire : elle a
nommé quatre démonftrateurs * pour
remplir fes intentions. Le fieur Lafourcade
fils , trairera des principes de Chirur-
Les quatre Démonftrateurs font Maîtres- ès- arts.
gie ,
NOVEMBRE. 1755. 169
gie , le fieur Larrieu fils démontrera l'anatomie
, le fieur Dupuy fera les opérations
de Chirurgie ; & le fieur Dubruel , après
avoir fait la démonftration des os , traitera
des maladies qui les affectent. On a cru
devoir commencer par ce dernier cours
afin de faciliter aux éleves en Chirurgie
les moyens les plus fûrs de faire de plus
grands progrès , & pour les mettre en état
d'acquerir plus promptement les connoiffances
que doivent leur donner les autres
Démonftrateurs. Le grand nombre des curieux
qui affiftent aux leçons , & l'affiduité
des éleves qui s'y rendent , plutôt par
émulation que par bienféance , font des
fürs garans du fuccès & des avantages
qu'on doit fe promettre de cet établiffement
ordonné par le Roi , ( conformément
aux lettres patentes du 8 Septembre 1752)
' conftruit par la generofité des Maîtres en
Chirurgie , & foutenu par la protection &
les bienfaits de M. de la Martiniere , premier
Chirurgien de Sa Majefté , qui en a
donné des preuves à cette compagnie dans
bien des occafions , notamment l'année
derniere , en lui obtenant des ftaruts follicités
depuis plufieurs années, par lefquels
les Maîtres en Chirurgie lettres jouiront dorénavant
de prérogatives honorables , ainfi
que ceux qui exerceront ou feront exercer
H
170 MERCURE DE FRANCE.
par leurs éleves la Chirurgie , fans aucun
mêlange de barberie .
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Résumé : Ouverture des Ecoles de Chirurgie de Bordeaux, [titre d'après la table]
L'ouverture des Écoles des Maîtres en Chirurgie de Bordeaux, initialement prévue pour mai, a eu lieu en juin sur trois jours. Le 18 juin, une grand-messe solennelle du Saint-Esprit a été chantée, suivie de la bénédiction et de la dédicace de l'amphithéâtre à Saint-Côme. Le 19 juin, des salves de canons ont été tirées et un discours élogieux sur la chirurgie a été prononcé par le sieur Balai. De nombreuses personnalités, dont le Parlement, le Corps de Ville, l'Université, et l'Académie Royale des Sciences, ont assisté à l'événement, exprimant leur satisfaction pour cet établissement bénéfique à la conservation des citoyens. Après le discours, des rafraîchissements et un grand repas ont été offerts, accompagnés d'une illumination brillante de l'école et d'un feu d'artifice. Le peuple a également participé à la joie générale avec des fontaines de vin coulant sans interruption. Le 20 juin, une démonstration d'ostéologie a été faite par le sieur Dubruel, marquant le début des cours. Quatre démonstrateurs ont été nommés pour enseigner divers aspects de la chirurgie : Lafourcade fils pour les principes de chirurgie, Larrieu fils pour l'anatomie, Dupuy pour les opérations de chirurgie, et Dubruel pour les maladies osseuses. L'établissement, ordonné par le Roi et soutenu par la générosité des Maîtres en Chirurgie et la protection de M. de la Martinière, promet un succès et des avantages significatifs.
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10117
p. 177-187
PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
Début :
C'est à l'émulation que les artistes doivent leurs succès, mais c'est des [...]
Mots clefs :
Louvre, Tableaux, Ouvrage, Beauté, Portrait, Succès, Dessin, Composition, Public
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texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
PEINTURE.
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
Réflexionsfommaires fur les ouvrages expofes
C
au Louvre cette année.
EST à l'émulation que les artiſtes
doivent leurs fuccès , mais c'eſt des
connoiffeurs qu'ils en attendent la récompenfe.
Peu flattés des éloges que leur prodigue
l'ignorance , parce qu'elle admire
tout fans choix , & qu'elle confond dans
le tribut injurieux qu'elle offre aux talens ,
le beau & le médiocre , peu touchés des
efforts de la malignité & de l'envie , qui
fufcitent contr'eux des écrivains plus indigens
qu'éclairés , ils méprifent également
les louanges immoderées des panégyriſtes ,
& la licence effrénée de leurs Zoïles . Trop
grands pour être agités par ces petites paffions
qui ne caracterifentque les hommes
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
médiocres , ils n'emploient point un tems
entierement dévoué aux arts , à écouter
ces rumeurs inutiles , ou à y répondre le
génie , le gout enfante leurs travaux ; c'eſt
du genie , c'est du gout qu'ils s'efforcent
de mériter l'hommage. L'encens dont ils
les honorent eft précieux , la critique épurée
à ces rayons eft utile à la perfection
de leur art . L'un leur fert à marcher avec
encore plus de fuccès dans la route heureufe
qu'ils fe font tracée , l'autre leur
fait éviter dans la fuite les écueils où ils
font tombés. Ainfi tout jufqu'à leurs fautes
même leur devient utile. C'est dans cette
vue que fe fait l'expofition des peintures ,
fculptures & gravures . Dans les éloges que
l'on donne ici aux chefs -d'oeuvre en tout
genre qui s'y font faits remarquer , on a
le bonheur d'être à la fois l'interprete du
public & l'organe de la verité.
On a vu avec plaifir dans les tableaux de
M. Reftout ce même feu qui diftingue fi
bien tous fes ouvrages ; cette chaleur dans
la compofition digne de l'illuftre Jouvenet
fon oncle , cette grande ordonnance ,
cette belle difpofition fe font admirer dans
un grand tableau de cet auteur , repréfentant
Jesus-Chrift qui lave les pieds aux
Apôtres. Tout y eft digne de la grandeur
du fujer .
NOVEMBRE. 1755. 179
M. Carlo- Vanloo , déja fi connu par la
beauté de fon pinceau , & la vigueur de fon
coloris , eft digne des plus grands éloges.
Qu'on trouve de dignité dans fes deux
grands tableaux , dont l'an repréfente le
Baptême de S. Auguftin , celui d'Alipe
fon ami , & d'Adeodat fon fils ; l'autre le
même Docteur prechant devant Valere ,
Evêque d'Hyppone ! Le caractere de nobletfe
qui paroît fur le front des deux Evêques
qui font dans ce tableau , eft tel qu'on
fe fent pénetré de refpect & de veneration
à leur vue. Dans le premier de ces tableaux
on a reconnu facilement l'auteur
fous la figure d'un Acolyte , tenant un livre
à la main. Le public , quoiqu'accoutumé
depuis long- tems à ne rien voir que
d'admirable fortir des mains de ce maître ,
n'a vu cependant qu'avec furprife un tableau
de chevalet , réprefentant une converſation
. Il n'eft pas poffible de faire un
tableau mieux peint , plus galant & plus
gracieufement traité . Ce tableau auroit
fait honneur à Wandeik pour la couleur ,
& à Netfcher pour le fini. On peut donner
les mêmes éloges à deux deffus de porte
du même auteur , dont l'un reprefente
deux Sultanes travaillant à la tapifferie , &
l'autre une Sultane prenant du caffé.
MM. Collin de Vermont & Natoire fou-
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
tiennent dignement la réputation qu'ils fe
font acquife par la nobleffe de leur compofition
, & par l'élegance & la préciſion
de leur deffein .
On ne peut donner que
des
applaudiffemens
à M. Jeaurat . Semblable aux
grands Poëtes tragiques, qui ne dédaignent
point de prendre le brodequin après avoir
long- tems chauffé le Cothurne , on l'a vu
avec plaifir remporter la palme dans un
genre moins élevé que le fien , mais qui
n'a cependant pas moins de difficultés . Il
a rendu avec verité ces petits évenemens
qui fe multiplient fi fouvent dans la vie
populaire . Dans l'un de fes tableaux on
voit un Commiffaire vengeur de l'honnêteté
publique violée ; dans l'autre , un demenagement
troublé par des créanciers
importuns ; l'attelier du Peintre n'a pas
été moins applaudi.
M. Halle parcourt fa carriere avec
gloire. Il foutient avec fuccès un nom
déja cher aux amateurs . Le tableau de cet
auteur reprefentant les Difciples d'Emmaüs
eft bien compofé , & fait un bel
effet.
Le merite de M. Vien a peut - être été
encore plutôt connu que fa perfonne A
peine fes premiers ouvrages ont-ils paruque
le fuccès les a couronnés ? La repuNOVEMBRE
. 1755. 181
tation de cet artifte eft déja faite dans un
âge , où il eſt beau de l'avoir commencée.
Chacun de ſes tableaux a réuni les fuftrages
. On a rendu juftice à la beauté du
deffein , & à la fageffe de la compofition
dans le tableau repréfentant S. Germain &
S. Vincent. Sa maniere de traiter l'hiftoire
nous paroît la meilleure : elle eft vraie &
fimple .
L'illufion ne fe diffipe qu'à peine en
touchant le tableau de M. Chardin , imitant
un bas- relief de bronze.
Dans la foule des portaits dont le fallon
étoit decoré , celui de M. Elvetius , par M.
Louis- Michel Vanloo , m'a frappé ainfi que
la multitude . Il a le merite de la reffemblance
; on peut dire qu'il eft bien portrait
. On apperçoit d'ailleurs dans le deffein
une jufteffe qui décele aux yeux des
connoiffeurs le peintre d'hiftoire. Le portrait
de feue Madame Henriette de France
eft auffi parfaitement reffemblant , & fait
honneur au pinceau de M. Nattier. M.
Tocqué a foutenu fa grande réputation par
le portrait de M. le Duc de Chartres &
par celui de M. le Marquis de Marigny.
L'un eft d'une verité exacte , & l'autre
d'une force de pinceau finguliere. M. Jelyotte
peint en Apollon , ajoute un nouveau
rayon à la gloire de ce Maître. M.
182 MERCURE DE FRANCE.
de la Tour dans le portrait de Madame de
Pompadour , a montré la fuperiorité de
fes talens déja tant de fois applaudis . Il a
égalé fon fujet par la maniere habile dont
il l'a traité. Plus on a vu ce portrait, plus
on l'a eftimé. Il forme un tableau de la
plus grande beauté , & qui gagne à l'examen.
Tous les détails & les ornemens en
font finis .
M. Aved ne s'eft pas moins diftingué.
On a trouvé l'ordonnance & la compofition
du portrait de M. l'Evêque de Meaux
noble & belle , l'exécution heureufe , le
coloris vigoureux & la reffemblance parfaite.
Les regards du public fe font auth
arrêtés fur fes autres tableaux auxquels on
a rendu la juftice qu'ils meritoient.
Un grand tableau peint en cire , fuivant
la découverte ou procedé de M. Bachelier
, qu'il appelle inuftion , c'eſt-àdire
cire brulée , a recueilli toutes les voix .
Deja connu par des talens précieux , mais
moins grands, moins developpés que ceux
qu'il préfente aujourd'hui , il rend la perte
de M. Oudry moins amere ; & la peinture
defolée d'avoir perdu fou la Fontaine
féche fes pleurs en trouvant fon fucceffeur
dans M. Bachelier. Ce tableau repréſente
la fable du cheval & du loup.
L'oeil s'eft fixé avec bien de la fatisfacNOVEMBRE.
1755. 183
tion fur cinq tableaux de M. Vernet. Deux
d'entr'eux reprefentent deux différentes
vues du port du Marfeille ; le troiſieme
une vue du port neuf , ou de l'arfenal de
Toulon ; le quatrieme une pêche du thon ;
& le dernier une tempête. Que de beautés
dans tous ces tableaux , & qu'ils font ingénieufement
variés ! Ce n'eft point une
peinture , ce n'eft plus une repréfentation
d'objets , c'eft l'exiftence , c'eft la réalité
même. Vous y voyez ces ouvrages admirables
fi utiles au commerce de la nation .
Vous y voyez les habitans des quatre parties
du monde reunis par l'interêt & le
bien public agir , commercer enſemble. Le
deffein de l'auteur eft digne du Pouffin . Le
fpectateur eft effrayé à la vue de la tempê
te & du naufrage . Les vagues irritées engloutiffent
les débris d'un vaiffeau dont
quelques hommes s'échappent à peine. Les
figures de ce tableau paroiffent être de la
main de Salvator Roze.
L'art de la miniature s'embellit , & devient
un grand talent dans celles de M.
Venevault .
M. de La Grenée , jeune peintre d'hiftoire
, expofe dans une âge où l'on ne donne
guere que de grandes efperances , des
ouvrages qui font deja les fruits de la maturité
du genie.
184 MERCURE DE FRANCE.
MM. Roflin & Dronais le fils , tiennerit
un rang dittingué dans leur genre.
Dans fes payfages M. Juliard rend bien
les effets de la nature .
M. Antoine Le Bel a auffi fon merite.
M. de la Rue marche fur les pas du fameux
Parrocel , dont les connoiffeurs regretteront
long- tems la perte. M. Greuze
nourri par l'étude des Peintres Flamans ,
ces hommes fi habiles à faifir la nature ,
& fi propres à arracher de la bouche du
fpectateur ce cri d'admiration , qu'on ne
peut refufer à la verité de l'expreffion &
de l'imitation , n'eft point inférieur à ces
grands Maîtres. Il eft tout-à- la fois imitateur
heureux , & créateur aimable .
La Sculpture n'a montré que peu d'ouvrages.
Le bufte de M. le Marechal de
Coigny nous a paru d'une grande vérité ,
& digne de M. Confton.
Dans le Milon Crotoniate de M.Falconnet
, on a admiré la beauté du deffein , la
jufteffe des contours & la force du cifeau .
Ce morceau de fculpture repréſente un
lion devorant l'athlete . Il remplit à la fois
de terreur & de compaffion . M. Michel-
Ange Slodiz a expofé l'efquiffe d'un grouppe
de la victoire qui ramene la paix ,
d'une très- belle compofition , ainfi que le
projet d'une chaire de Prédicateur pour S.
NOVEMBRE . 1755. 185
Sulpice , qui en fait fouhaiter l'exécution.
Par quelle fatalité les Bouchardons , les
Pigalles fe refufent- ils à nos applaudiffemens
? Faits pour les obtenir tous , nous
priveront- ils encore long- tems des fruits
de leurs cifeaux ? *
* Nous fommes également fondés à former
cette plainte à l'égard de la peinture . M. Boucher
nous a tenu rigueur à ce fallon , de même que M.
Pierre. La plus belle moitié du public a foupiré de
n'y rien voir de ce Peintre aimable , qui eft le fien ,
puifqu'il eft celui des graces & de la beauté. On
foupçonne que ces petits écrits furtifs , que l'envie
ou le befoin produifent contre le talent à chaque
expofition , en font la caufe fecrete . On craint
même que les autres artiftes du premier ordre
comme lui , ne fuivent fon exemple. Tous fe plaignent
, dit- on , que ces fatyres , quelques méprifables
qu'elles foient, font impreffion dans la province
, & y nuifent à leur gloire , comme à leur
intérêt . On voit bien que les Peintres ne font pas
aguerris ainfi que les auteurs. Il est vrai qu'ils
difent pour leurs raifons que les ouvrages de ces
derniers vont partout en même tems que leurs
critiques , & leur fervent de contre-poifon ; au
lieu que leurs tableaux reſtent dans les cabinets
de la capitale , & que les libelles qui les déchirent
, courent feuls la province. La crainte que
j'ai de nous voir privés par là des nouveaux tréfors
dont ces grands Maîtres peuvent nous enrichir
, m'oblige à leur répondre , pour les raffurer,
que la gravure vient à leur fecours . Elle devient
chaque jour fi parfaite , qu'on peut l'appeller une
traduction auffi fidelle qu'élégante de leurs ta
186, MERCURE DE FRANCE.
Le genie de M. Cochin fait pour les délices
de la nation , l'enchante fans l'étonner.
L'imagination & l'agrément animent
à la fois fon crayon & fon burin .
MM. Cars, Surugue , Le Bas , Tardieu ;
Dupuis, & autres artistes anffi diftingués par
leurs talens , ne laiffent rien à defirer
que
de nouvelles productions de leur part. M.
Guay fait revivre le gout antique dont fes
ouvrages ont toute la beauté. Il excelle
dans un art négligé depuis long-tems, mais
cultivé auparavant avec fuccès par ces
bleaux. Elle en rend l'efprit avec les traits ; les
eftampes que fon burin met au jour d'après leur
pinceau , fe répandent dans toute la France , &
font partout leur apologie. Ces Meffieurs m'objecteront
peut-être que leurs grands tableaux ne
font pas traduits , & que d'ailleurs il refte toujours
une partie effentielle fur laquelle ils ne
font pas juftifiés , qui eft la couleur que la gravure
ne peut jamais rendre. Mais pour y fuppléer
les Journaux publics avertiffent les provinces &
même les pays étrangers où ils parviennent , du
mépris qu'on doit faire de ces critiques informes,
& du difcrédit où elles font à Paris . Tous ces petits
faifeurs de brochures peuvent inquietter un
moment nos Appelles françois , ou leur faire
tout au plus une piquure paflagere ; mais ces infectes
n'exiftent qu'un Automne. Le premier
froid de Phyver les tue heureufement & nous en
délivre , tandis que les chefs - d'oeuvres qu'ils attaquent
font confacrés par les années , & durent
éternellement.
NOVEMBRE . 1755. 187
hommes rares qui confacroient leurs travaux
à immortalifer les traits d'un Cefar ,
d'un Trajan . Il en fait un auffi bel ufage
qu'eux. Il les confacre à retracer à la pofterité
ceux d'un Monarque auffi grand que
ces heros. Siecle heureux , où tout concourt
à la gloire des arts , où il fe trouve
des hommes qui les cultivent , des connoiffeurs
qui les aiment , un Mecene qui
les encourage , & un Prince qui les recompenſe
!
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Résumé : PEINTURE. Réflexions sommaires sur les ouvrages exposés au Louvre cette année.
En 1755, le Louvre a accueilli des expositions de peintures, sculptures et gravures, où les artistes cherchaient l'émulation et la reconnaissance des connaisseurs, valorisant les critiques constructives et les éloges mérités. Plusieurs artistes ont été particulièrement remarqués pour leurs œuvres. M. Restout a été loué pour son tableau représentant Jésus-Christ lavant les pieds des Apôtres. M. Carlo Vanloo a été admiré pour ses tableaux du Baptême de Saint Augustin et de Saint Augustin prêchant devant Valère. M. Jeaurat a été apprécié pour ses scènes de la vie populaire. M. Halle a été salué pour son tableau des Disciples d'Emmaüs. M. Vien a été reconnu pour son tableau de Saint Germain et Saint Vincent. M. Chardin a impressionné avec son imitation de bas-relief en bronze. Les portraits de M. Elvetius par Louis-Michel Vanloo, de Madame Henriette de France par Nattier, et de Madame de Pompadour par La Tour ont également été remarqués pour leur ressemblance et leur qualité. M. Bachelier a été félicité pour son tableau en cire représentant la fable du cheval et du loup. M. Vernet a été acclamé pour ses tableaux de vues maritimes et de tempêtes. En sculpture, les œuvres de M. Falconet et de M. Michel-Ange Slodtz ont été admirées. Le texte déplore l'absence de certaines figures emblématiques comme Boucher et Pigalle, attribuant cela à des critiques malveillantes. La gravure a été saluée pour sa capacité à diffuser les œuvres des peintres et à contrer les critiques provinciales. Enfin, le texte célèbre un siècle où les arts sont cultivés, aimés, encouragés et récompensés.
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10118
p. 187-189
« M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
Début :
M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...]
Mots clefs :
Tableaux, Anatomie, Jacques Gautier d'Agoty, Couleurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. GAUTIER nous affure qu'il eft l'inventeur
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
de l'art d'imprimer les tableaux à
quatre cuivres. Les tentatives infructueufes
qui ont été faites pour y parvenir depuis
plus de foixante ans , prouvent les
difficultés qu'il y a de réuffit dans ce nouveau
genre de gravure. Son origine comme
celle de toutes les autres inventions ,
eſt priſe dans les ſources les plus anciennes;
c'eft des Manufactures d'indiennes de Marfeille
que M. Gautier a conçu l'idée de
frapper des tableaux , comme on frappe
des fleurs fur ces fortes de toiles peintes ,
& il prétend avoir réuffi par la raifon qu'il
poffede la théorie des couleurs. Ces fortes
de tableaux peuvent fervir à l'Hiftoire natarelle
, à l'Anatomie , ainfi qu'à l'ornement
des cabinets. Jean - Baptifte - André
188 MERCURE DE FRANCE..
Gautier fon fils aîné , tient déja le burin ,
& va le feconder dans fes entrepriſes. Il
annonce au public , fous la direction & la
touche de fon pere , deux tableaux dans ce
genre , dont l'un repréfente la Toilette du
Soir , d'apres Arnoldus Boonen ; & l'autre
le Magifter Hollandois & fa jeure Ecoliere ,
d'après Therbourk , tous deux tirés du cabinet
de M. le Comte de Vence , & préfentés
à M. le Marquis de Marigny , avec
l'approbation de plufieurs Académiciens.
M. Gautier nous promet après la fecon-
Cde édition de fon cours d'Anatomie auquel
uel il eft fcrupuleufement attaché , de
donner des fuites de tableaux de plusieurs
genres , & les fuites d'Hiftoire naturelle
qu'il ne difcontinue point.
·
Les deux tableaux que nous venons d'annoncer
font fur toile de buit , c'est- à - dire de
quinze pouces de haut fur douze de large.
Le prix eft de trois livres en feuilles , & quatre
livres collés fur toile & vernis .
M. Gautier avertit les amateurs d'Anatomie
, que l'homme en cire n'eft plus chez
lui. Ce morceau a été moulé fur un fujet
difféqué aux Invalides de Paris , & repréfentant
exactement les vifceres , les mufcles
, les vaiffeaux & les nerfs , comme la
nature même ; il eft beaucoup eftimé des
connoiffeurs dans ce genre , & a été vu
NOVEMBRE. 1755. 189
de bien des perfonnes qui en ont loué le
travail & l'exactitude. C'eſt afin que l'on
ne fe donne plus la peine de l'aller voir
chez lui qu'il donne cet avis ; cependant'
les perfonnes de diftinction aufquelles on
ne peut rien réfufer , apprendront chez
M. Gautier où il eft actuellement , & le'
nom de l'amateur qui en a fait l'acquifi-'
tion ; & fi quelque Seigneur veut avoir une
pareille figure , les moules étant encore
entiers , il aura la bonté d'avertir un an
d'avance. Le prix eft de fix mille livres ,
avec la fuite des parties détachées , en
cire également.
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Résumé : « M. GAUTIER nous assure qu'il est l'inventeur de l'art d'imprimer les tableaux à [...] »
M. Gautier se présente comme l'inventeur de l'impression des tableaux à quatre cuivres, une technique inspirée par les manufactures d'indiennes de Marseille. Cette méthode permet de reproduire des tableaux comme on imprime des fleurs sur des toiles. Gautier attribue son succès à sa maîtrise de la théorie des couleurs. Ces impressions peuvent être utilisées pour l'histoire naturelle, l'anatomie ou l'ornementation de cabinets. Son fils, Jean-Baptiste-André Gautier, collabore avec lui et annonce deux tableaux : 'La Toilette du Soir' d'après Arnoldus Boonen et 'Le Magistre Hollandois et sa jeune Écolière' d'après Therbourk. Ces œuvres, tirées du cabinet de M. le Comte de Vence, ont été présentées à M. le Marquis de Marigny avec l'approbation de plusieurs académiciens. Après la seconde édition de son cours d'anatomie, Gautier prévoit de publier des suites de tableaux de divers genres et des suites d'histoire naturelle. Les deux tableaux annoncés sont sur toile de buit, mesurant quinze pouces de haut sur douze de large, et sont vendus trois livres en feuilles et quatre livres collés sur toile et vernis. Gautier informe également les amateurs d'anatomie que son modèle en cire de l'homme, moulé sur un sujet aux Invalides de Paris, a été acquis par un amateur. Il propose de reproduire le modèle pour ceux intéressés, à condition d'être averti un an à l'avance, pour un prix de six mille livres incluant la suite des parties détachées en cire.
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10119
p. 189-191
GRAVURE.
Début :
L'Académie Royale de peinture & de sculpture, agréa au mois de Septembre [...]
Mots clefs :
Peintre, Graveur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRAVURE.
GRAVURE.
' Académie Royale de peinture & de
dernier le fieur Jean- George Will , Graveur .
Les progrès rapides qu'il a faits dans cet
art difficile , juftifient de plus en plus l'eftime
& l'amitié dont feu M. Rigaud l'avoit
honoré.
Ce grand Peintre jugeoit par les foins
qu'il lui voyoit prendre à fon ouvrage ,
qu'il parviendroit un jour au dégré de
perfection dont il vient de nous donner des
preuves dans les trois morceaux qui lui
190 MERCURE DE FRANCE.
ont mérité le fuffrage unanime de l'Académie
& les applaudiffemens du public ,
lors de leur expofition au fallon.
Les véritables amateurs en ce genre ont
remarqué avec plaifir que par la coupe
hardie de fon burin , fes eftampes n'ont
rien qui fente la fatigue , que les travaux
en font purs & variés , & qu'ils rendent
avec fidélité les caracteres particuliers des
tableaux qu'il a repréfentés ; ce qui eft un
point des plus effentiels de la gravure.
On croit voir dans la Cléopâtre de Netfcher
, la vigueur , la richeffe & furtout le
féduifant des fatins où ce peintre excelloit.
Par le magnifique portrait de M. le
Comte de Saint-Florentin , on reconnoit
dans les objets principaux , comme dans
les acceffoires , tout le fçavoir & toute
Pintelligence qui diftinguent avec tant
d'avantage l'illuftre Tocqué .
Dans celui du fieur Maffé que ce Graveur
vient de finir d'après le même Peintre,
les travaux font plus larges , plus fermes
& plus convenables à la fimplicité du fujet
, qui n'a d'autres richeffes que la beauté
de l'ordonnance , & celle des tons que
le graveur a parfaitement rendus . Čes
fortes de beautés naïves , méritent aux
yeux des connoiffeurs une diftinction particuliere.
Le célebre M. Piron , par fix vers
NOVEMBRE. 1755. 191
qu'il a mis au bas du portrait de M. Maffé,
n'a pas voulu qu'on pût voir cet Artiſte ,
fans fe reffouvenir que c'eft à fes foins &
à fon intelligence que nous devons la fuperbe
collection de la Gallerie de Verfailles
.
Le fieur Will vient d'achever auffi dans
le même tems & avec le même fuccès , une
planche d'après un tableau de Gerard Dow,
repréfentant la mere de ce Peintre en vieille
devideufe ( 1 ) : les qualités éminentes
du fimple , du vrai & du beau fini , qui
diftinguent ce maître fameux, ne pouvoient
jamais être rendues avec plus d'art & plus
de précifion. C'eft fur la vérité de cet expofé
que nous annonçons au Public avec
confiance , que le fieur Will vient de mettre
au jour ces deux dernieres Planches.
Sa demeure eft fur le quai des Auguftins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
(1 ) Ce tableau eft du cabinet de M. le Comte
de Vence , ainsi que la Cléopâtre de Netfcher.
' Académie Royale de peinture & de
dernier le fieur Jean- George Will , Graveur .
Les progrès rapides qu'il a faits dans cet
art difficile , juftifient de plus en plus l'eftime
& l'amitié dont feu M. Rigaud l'avoit
honoré.
Ce grand Peintre jugeoit par les foins
qu'il lui voyoit prendre à fon ouvrage ,
qu'il parviendroit un jour au dégré de
perfection dont il vient de nous donner des
preuves dans les trois morceaux qui lui
190 MERCURE DE FRANCE.
ont mérité le fuffrage unanime de l'Académie
& les applaudiffemens du public ,
lors de leur expofition au fallon.
Les véritables amateurs en ce genre ont
remarqué avec plaifir que par la coupe
hardie de fon burin , fes eftampes n'ont
rien qui fente la fatigue , que les travaux
en font purs & variés , & qu'ils rendent
avec fidélité les caracteres particuliers des
tableaux qu'il a repréfentés ; ce qui eft un
point des plus effentiels de la gravure.
On croit voir dans la Cléopâtre de Netfcher
, la vigueur , la richeffe & furtout le
féduifant des fatins où ce peintre excelloit.
Par le magnifique portrait de M. le
Comte de Saint-Florentin , on reconnoit
dans les objets principaux , comme dans
les acceffoires , tout le fçavoir & toute
Pintelligence qui diftinguent avec tant
d'avantage l'illuftre Tocqué .
Dans celui du fieur Maffé que ce Graveur
vient de finir d'après le même Peintre,
les travaux font plus larges , plus fermes
& plus convenables à la fimplicité du fujet
, qui n'a d'autres richeffes que la beauté
de l'ordonnance , & celle des tons que
le graveur a parfaitement rendus . Čes
fortes de beautés naïves , méritent aux
yeux des connoiffeurs une diftinction particuliere.
Le célebre M. Piron , par fix vers
NOVEMBRE. 1755. 191
qu'il a mis au bas du portrait de M. Maffé,
n'a pas voulu qu'on pût voir cet Artiſte ,
fans fe reffouvenir que c'eft à fes foins &
à fon intelligence que nous devons la fuperbe
collection de la Gallerie de Verfailles
.
Le fieur Will vient d'achever auffi dans
le même tems & avec le même fuccès , une
planche d'après un tableau de Gerard Dow,
repréfentant la mere de ce Peintre en vieille
devideufe ( 1 ) : les qualités éminentes
du fimple , du vrai & du beau fini , qui
diftinguent ce maître fameux, ne pouvoient
jamais être rendues avec plus d'art & plus
de précifion. C'eft fur la vérité de cet expofé
que nous annonçons au Public avec
confiance , que le fieur Will vient de mettre
au jour ces deux dernieres Planches.
Sa demeure eft fur le quai des Auguftins ,
à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
(1 ) Ce tableau eft du cabinet de M. le Comte
de Vence , ainsi que la Cléopâtre de Netfcher.
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Résumé : GRAVURE.
Jean-George Will est un graveur reconnu pour ses progrès rapides dans l'art de la gravure. Il a été soutenu par le défunt peintre Rigaud, qui voyait en lui un potentiel pour atteindre la perfection. Will a récemment exposé trois œuvres à l'Académie Royale de peinture et de sculpture, recevant l'unanimité des suffrages académiques et les applaudissements du public. Ses gravures sont appréciées pour leur coupe hardie, leur pureté, leur variété et leur fidélité aux tableaux originaux. Parmi ses œuvres notables, on trouve la gravure de 'Cléopâtre de Nestor', le portrait du Comte de Saint-Florentin et celui de M. Massé, salué pour ses traits larges et fermes. Le célèbre M. Piron a souligné l'importance de Will dans la création de la collection de la Galerie de Versailles. Will a également achevé une planche d'après un tableau de Gerard Dow, représentant la mère du peintre en vieille dévoteuse. Le texte se conclut par l'annonce de la mise au jour de deux nouvelles planches par Will, dont la demeure est située sur le quai des Augustins, à côté de l'Hôtel d'Auvergne.
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10120
p. 192
DIXAIN.
Début :
Honneur du petit cabinet [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DIXAIN.
DIXAIN.
du petit cabinet
D'un Poëte qui vous encenſe ,
Maffon , Edelinck , & Drevet ,
Vous m'allez bien gronder , je penfe.
Grace au magnifique de V ...
Qui n'a pas de plaifir plus doux
Que de partager avec tous
Ce que le fien a d'admirable ,
Je vais placer Will entre vous ,
C'eft un voifin bien redoutable .
Piron ,
1755.
du petit cabinet
D'un Poëte qui vous encenſe ,
Maffon , Edelinck , & Drevet ,
Vous m'allez bien gronder , je penfe.
Grace au magnifique de V ...
Qui n'a pas de plaifir plus doux
Que de partager avec tous
Ce que le fien a d'admirable ,
Je vais placer Will entre vous ,
C'eft un voifin bien redoutable .
Piron ,
1755.
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10121
p. 192-194
Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Début :
Du célebre le Brun, sous ses riches lambris, [...]
Mots clefs :
Portrait
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
Vers quifont au bas du Portrait de M. Maſſë,
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
gravé par M. Vill.
Du célebre le Brun , fous fes riches lambris , U
Verfailles renfermoit les chefs- d'oeuvres fans prix ,
Qui de Louis le Grand nous ont tracé l'hiftoire.
Secondé du burin Maffé durant trente ans ,
Par
NOVEMBRE. 1755. 193
Par des travaux d'un genre à triompher des tems ,
De la France & du Peintre étend partout la
gloire.
Piron , 1755 .
Le fieur Surugue , Graveur du Roi ,
vient de mettre au jour deux jolies Eftampes
d'après les tableaux originaux de David
Teniers ; l'une fous le titre des Payfans
Hollandois revenans des champs ; & l'autre
fous celui de la Glaneufe Flamande . On
les vend chez l'Auteur , rue des Noyers ,
vis-à- vis S. Yves. On y trouve auffi le
portrait de Mlle Silvia , gravé par Suru-.
gue fils , d'après M. de la Tour. On lit
ces vers au bas de l'Eftampe.
Bu jeu de Silvia , la naïve éloquence
Sçait inftruire , égayer , attendrir tous les coeurs
A l'art de plaire uniflant la décence ,
Elle annoblit fon état par les moeurs.
La fuite d'Odieuvre paroît ; elle confifte
en huit nouveaux portraits. On la
trouve chez lui , cul- de-fac des vignes ,
à Paris. Le troifieme volume de l'Europe
Illuftre doit fe diftribuer inceffamment.
Les huit nouvelles planches du Lutrin ,
fe vendent à Paris , chez Gaillard , Graveur
, rue S. Jacques , au -deffus des Jacobins
, entre un Perruquier & une Lingere.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
LE ST LE ROUGE, Ingénieur, Géographe
du Roi , rue des Auguftins , piès la rue S.
André , vient de publier un recueil , contenant
les plans des principales villes & forts
de l'Amérique feptentrionale; fçavoir, Quebec
, vue de Quebec , Louifbourg , Ville-
Marie , Cayene , Nouvelle Orleans , Fort
Dauphin projetté , Fort S. Fréderic , Ville
de Hallifax , Fort de Hallifax , Fort Weftern
, Fort Francfort , Charles Toun , Port
Royal de Jamaique , Kingſton , Port de
Plaifance , Annapolis Royal , S. Domingo ,
Veracrux , Havanne , & le fameux faut de
Niagara , in-4° . broché , ; liv. 3
On trouve auffi chez le même une collection
des côtes d'Angleterre , qu'on nomme
le Pilote Côtier , par Collins, Impreffion
de Londres. prix 48 livres .
Plus , une carte Topographique de
l'ifthme de l'Acadie avec les Forts de
Beauféjour , Gafpereau , &c. levée fur les
lieux en Juin.
Plus , une très -belle carte de la partie
orientale du Canada , contenant l'Acadie
& le fleuve S. Laurent jufques à Quebec ,
terres que les Anglois nomment la nouvelle
Ecoffe , traduite d'une carte angloife , publiée
en Juin dernier par Jeffery.
Plus , toutes les cartes concernant les
affaires préfentes de l'Amérique .
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Résumé : Vers qui sont au bas du Portrait de M. Massé, gravé par M. Vill.
En novembre 1755, Piron a écrit un poème en l'honneur de Charles Le Brun, peintre et graveur renommé, soulignant ses contributions à l'histoire de Louis XIV et sa collaboration avec Massé. Le poème met en avant les œuvres d'art conservées à Versailles et la renommée de Le Brun. Le graveur Surugue a publié deux estampes d'après les tableaux de David Teniers : 'Les Paysans Hollandais revenant des champs' et 'La Glaneuse Flamande'. Ces œuvres, ainsi qu'un portrait de Mlle Silvia gravé par Surugue fils d'après M. de la Tour, sont disponibles chez l'auteur. La suite d'Odieuvre, composée de huit nouveaux portraits, est également disponible chez l'auteur. Le troisième volume de 'L'Europe Illustre' et les huit nouvelles planches du 'Lutrin' sont en vente chez Gaillard, graveur. Le St Le Rouge, ingénieur et géographe du Roi, a publié un recueil de plans des principales villes et forts de l'Amérique septentrionale, ainsi qu'une collection des côtes d'Angleterre. Parmi les cartes disponibles, on trouve une carte topographique de l'isthme de l'Acadie et une carte de la partie orientale du Canada. Ces publications sont disponibles chez Le St Le Rouge.
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10122
p. 198-213
COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
Début :
LES Comédiens Italiens ont donné neuf représentations du Derviche, / Dans le premier Acte, le théatre représente une place publique. Nise & Brigani [...]
Mots clefs :
Amour, Coeur, Comédie italienne, Comédiens-Italiens, Bohémienne, Acte, Théâtre, Tambour, Rôle
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
COMEDIE ITALIENNE.
ES Comédiens Italiens ont donné
LES neuf repréſentations du Derviche
après lefquelles l'Auteur l'a retiré pour le
faire remettre cet hiver. M. Dehelfe y a
parfaitement rendu fon rôle , & nous ne
doutons pas que la piece & l'Acteur ne
reçoivent toujours les mêmes applaudiffemens.
Nous donnerons l'extrait de cette
Comédie , dès qu'elle fera imprimée .
Les mêmes Comédiens ont repris la Bohémienne
qui n'a rien perdu des graces de
la nouveauté ; en voici l'extrait que nous
avions annoncé.
NOVEMBRE. 1755. 199
Extrait de la Bohémienne.
Dans le premier Acte , le théatre repréfente
une place publique. Nife & Brigani
fon frere , ouvrent la premiere fcene gaiement
par ce duo .
Duo. Colla fpe me del goder.
Dans l'espérance
On
peut
Du plaifir ,
d'avance
Se réjouir ;
Mais les foucis de l'avenir
Sont des tourmens qu'il faut bannir.
Brigani ſe plaint que la faim le preffe ,
& qu'on ne vit pas d'efpoir. Sa four le
confole en l'affurant qu'ils vont être inceffamment
riches. Tu connois bien , ditelle
, Calcante , ce gros Marchand que tu
viens de voir à la foire de Bologne , il
fera notre reffource. Je veux quitter l'état
de fourberies : Mais , lui répond Brigani ,
Si nous fommes adroits , nous fommes indigens.
Comment veux-tu changer de vie ?
Avons-nous le moyen d'être d'honnêtes gens.
Nife.
Mon frere , nous l'aurons par un bon mariage ,
Lorfque l'on a des attraits en partage ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'on a l'art de s'en fervir ,
Tous les coeurs font à nous , on n'a plus qu'à
choifir.
Brigani lui dit que les vieillards ne font
pas foumis à fon pouvoir ; Nife le défabufe
par cette tirade , où il y a une comparaifon
qui paroît hafardée , mais qui eft
excufable dans la bouche d'une Bohémienne.
Quand nous voulons , ils font à nos genoux ,
Et nous fçavons les rendre doux :
Leurs coeurs plus tendres , plus fenfibles ,
Defléchés par les ans , en font plus combuftibles,
Et comme l'amadoue , un feul regard coquet
Leur fait prendre feu crac ; c'eft un coup de
briquet.
Notre homme eft dans le cas , & fitôt qu'il m'a
vue ,
J'ai porté dans fon ame une atteinte imprévue ,
Il avoit fous fon bras un fac rempli d'argent
Qu'il a ferré bien vîte ,
·
Il faut de cet argent que ta main le délivre ..
Calcante vient , ajoute-t-clle , je l'entend's
à fa toux. Songe à jouer ton rôle. Préparons-
nous. Ils fe retirent au fond duthéatre
, où Brigani va ſe déguiſer en ours.
NOVEMBRE. 1755..201
Calcante paroît , & après avoir renvoyé
un valet muet qui le fuit , il dit qu'il
vient chercher la jeune perfonne , dont
la taille & les yeux fripons l'ont frappé.
Nife , qui l'entend , s'approche , fuivie de
fon frere travefti en ours , & démande
à Calcante s'il veut fçavoir fa bonne aventure
, qu'elle la lui dira . Oui - dà , répondt'il
galamment : C'en eft une déja , quand
on vous voit Montrez-moi vos deux mains,
lui réplique-t -elle . Tandis qu'il les préfente
, Brigani s'avance , & tâche de lui
voler fon argent. Le bon homme qui l'apperçoit
, & qui croit voir un ours , fait
un cri de peur. Nife le raffure , en lui
difant que cet ours eft auffi privé que lui ,
qu'il faute , qu'il danfe comme une perfonne.
Calcante redonne les mains à Nife,
qui s'écrie en les examinant ,
Ariete. Ella può credermi.
Ah ! cette ligne
défigne
Longues années ,
Et fortunées ;
Cent ans au-delà` ;
Oui , oui , mon beau Monfieur vivra ,
Calcante.
Oh ! fans grimoire:
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
2º
Couplet.
On peut vous croire :
Cela fera.
Nife.
Certaine fille ,
gentille ,
Pour vous foupire.
De fon
martyre ,
Qui la guérira ?
Hem hem ? Monfieur la guérira.
Calcante.
Oh ! fans grimoire , &c .
3 ° Couplet.
"
Nife.
... Ah ! je vois une .....
fortune .....
Que rien ne borne
Au Capricorne ,
Eft écrit cela !
Oui , oui , Monfieur fe marira.
Calcante.
Oh vraiment voire ,
On ne peut croire
Ce conte - là .
Nife infifte que Calcante deviendra l'époux
d'une jeune beauté , mais il élude le
difcours & dit que l'argent vaut mieux.
NOVEMBRE. 1755. zoz
Nife alors fait fauter fon ours . Il paroît
charmé de fes lazzis , & propofe à la Bohémienne
de s'en défaire en fa faveur :
elle répond qu'elle le donnera pour trente
ducats , & fait danfer l'ours en même
tems qu'elle chante l'Ariete fuivante .
Ariete. Tre giorni.
Examinez fa grace ;
C'est un petit amour ,
Auffi beau que le jour.
(à l'ours. ) Regardez -nous en face ,
Et faites , mon mignon ,
Un pas de Rigodon.
que
Eh ! fautez donc , fautez donc ,
Brunet , fautez pour Javote ,
Tournez pour Charlote ,
Et faites ferviteur ,
Comme un joli Monfieur.
Donnez-moi la menotte ,
La menotte ,
Et faites ferviteur.
Calcante en donne vingt ducats , elle
lui dit que c'eft bien peu. Il lui répond
fon or eft de l'or ; elle lui réplique que
fon ours eft un ours. Il ajoute quatre ducats
à la fomme. Elle les reçoit , en lui
proteftant que fi elle n'étoit pas dans l'indigence
, elle le lui donneroit pour rien ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tant elle a d'attachement pour lui. Il l'af
fure que de fon côté , il l'aime auffi à la
folie , ajoutant qu'elle vienne le voir quel
quefois , & qu'il lui donnera ... des confeils.
Nife après avoir dit tout bas , le
vieux vilain ! chante tout haut cetre
Ariete :
Si caro ben farette.
Oui , vous ferez fans cefle
L'objet de ma tendreffe :
Déja pour vous , mon coeur s'empreffe ;;
Et je le fens fauter ,,
Palpiter.
àpart.. Voyez qu'il eſt aimable ! .
Agréable !
Pour enflâmer mon coeur !
Pour être mon vainqueur !
Elle s'en vas
Pendant l'Ariete , le faux ours vole la
bourfe de Calcante , défait fon collier
s'enfuit , & laiffe fa chaîne dans la main.
du vieux Marchand qui , voulant faire
fauter l'ours , s'apperçoit trop tard de fa
fuite , & court de tous côtés en chantant :
Ariete. Maledetti , quanti fiete..
Ah ! mon ours a pris la fuite !
Courons vite , courons vîte ,
1
NOVEMBRE. 1755. 205
: Miférable !
L'ai - je pu laiffer fauver ?
Mais où diable
Le trouver , & c.
Nife revient , & lui demande ce qui
l'oblige à crier , il répond que c'eft fon
ours qui s'eft échappé. Elle lui dit de ne
fonger qu'à Nife , qu'elle vaut bien un
ours. Il réplique que ce n'eft pas le tems
de rire. Elle dit à part que ce fera bien une
autre crife , quand il s'appercevra qu'on a
volé fa bourfe ; elle ajoute tout haut , em
le regardant tendrement , qu'elle comptoit
fur fon amour. Calcante lui répond
par cette Ariete charmante :
Madam' lafciate mi in liberta.
Oh ! laiffez donc mon coeur par charité ,.
Oh ! laiffez donc mon coeur en liberté .
(à part.) Qu'elle eft pouponne !
Mon coeur fe donne
Malgré ma volonté.
( haut ) Oh ! laiffez donc , & c.
Pefte de mine
Qui me lutine !
Pefte de mine
Qui m'affaffine !!
Fut- on jamais plus tourmenté
Oh ! laiffez donc , &c,
206 MERCURE DE FRANCE.
Quel martyre !
J'expire ,
En vérité .
Oh ! morbleu , c'en eft trop ; prends donc ma
liberté.
Nife s'écrie qu'il a la fienne en échange,
& qu'elle le préfere aux jeunes gens les
plus aimables . Oui , ajoute- elle :
Je les détefte tous. Si vous fçaviez combien
Tous ces Meffieurs m'ont attrapée.
Calcante & Nife terminent le premier
par cet agréable duo . Ace
Nife.
Mon coeur , ô cher Calcante
Dans une forge ardente
Eft battu nuit & jour.
Tous les marteaux d'amour
Le battent nuit & jour.
Calcante.
O Dieux ! qu'elle eſt ma gloire !
En figne de victoire ,
L'Amour bat du tambour.
Mon coeur eft le tambour ,
Eft le tambour d'amour.
NOVEMBRE. 1755. 207
•
Nife.
Tiens , tiens , mets ta main là ;
Sens-tu ? tipeti , tipeta.
Calcante.
Ah ! comme ton coeur va;
Et toi , ma belle enfant ,
Sens-tu ? patapan.
Ensemble.
Tipe , tape ,
Comme il frappe.
Calcante . Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur le tambour.
Nife. Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur nuit & jour.
Nife .
Dis toi-même.
Calcante & Nife.
C'est que j'aime.
Qui fans que j'en diſe rien ,
Tu le devines bien.
Dans le fecond Acte le théatre repréfente
des ruines & des mafures abandonnées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Nife & Brigani en habit de Bohémien ,
ouvrent cet Acte. Elle chante l'Ariete fuivante
en éclatant de rire fi naturellement ,
que tous les fpectateurs rient avec elle..
Si raviva.
Je n'en puis plus , laiffe- moi rire .....
Rien n'eft égal à fon martyre a
Il vient , il va , depuis une heure
Il jure , il pleure ,
Ib en mourra.
Ah ah ah !
Brigani lui fait entendre que l'argent
eft la feule idole du vieillard , & qu'il va
renoncer à l'amour . Non, lui répond Niſe.
L'avarice a beau fe défendre ,.
L'Amour et le tyran des autres paffions.
Elle le preffe en même tems d'aller changer
de figure pour la feconder avec leurs.
camarades dans le rôle de Magicienne
qu'elle va jouer. Nife refte feule . Calcante
paroît défefpéré & chante l'Ariete fuivante
, fans voir Nife .
Che Orror ! che Spavento !
Je perds fans reffource
Ma bourſe, ma bourſe ;
NOVEMBRE. 1755. 209
Vivrai -je fans elle !
Fortune cruelle !
Eft-ce affez m'accabler ?
Puis- je , cruelle ,
Vivre fans elle ?
Fortune cruelle ,
Je vais m'étrangler.
O perte funefte !
La faim , la foif, & la rage , & la pefte
Ont moins de rigueur que mon fort.
L'espoir qui te reſte ,
Calcante , c'est la mort.
Dès qu'il apperçoit Nife , il l'implore
pour retrouver fa bourfe. Elle lui dit
qu'elle va tâcher de le fervir , mais qu'elle
a befoin de fa préfence , & qu'elle
craint qu'il n'ait peur. Il protefte qu'il af
fronteroit le diable pour r'avoir fon argent.
Nife alors conjure l'enfer & particulierement
Griffifer qui en eft le caiffier.
Brigani paroît en longue robe noire ,
avec une grande perruque armée de cornes
, une barbe touffue , & des griffes aux
pieds & aux mains . Nife lui demande s'il
a la bourſe , il répond qu'oui . Calcante
prie le faux diable de la lui rendre ; celuici
lui réplique que fa bourſe lui appartient,
que c'est un argent mal acquis , & lui
propofe un accommodement , c'eft que
210 MERCURE DE FRANCE.
Calcante époufe Nife , & que fa bourſe
lui fervira de dot. Le vieux Marchand ne
veut pas y conſentir. Griffifer appelle fes
camarades pour punir ce refus. Des Bohémiens
déguiſés en diables , beaux , viennent
épouvanter Calcante , qui exprime
fon effroi mortel par l'Ariete qui fuit :
Perfidi perfidi.
Au fecours ! Ah ! je tremble !
Ici l'enfer s'affemble !
O Dieux ! c'eft fait de moi,
Ah ! je meurs d'effroi
De grace .
Mon fang fe glace.
A l'aide , je trépaffe.
à Nife. Daignez me fecourir
Je me fens mourir.
Au fecours , & c.
Nife lui dit avec douceur , m'époufezvous
? Je goûte affez la chofe , répart le
bonhomme que ces Meffieurs fe retirent ;
fais-moi voir ma bourfe , & tu feras contente.
Elle fait éloigner les Bohémiens
& commande à Griffifer de faire briller à
leurs yeux la bourfe , de Calcante . Il accourt
, & montre la bourſe , en diſant :
Lucifer vous ordonne
NOVEMBRE. 1755. 211
D'être époux , & dans le moment ,
Ou redoutez le plus dur châtiment.
Le Diable faire un mariage , le récrie
Calcante , il devroit l'empêcher. Brigani
répond plaifamment :
Il fçait fes intérêts.
C'eſt lui qui préſide au ménage ,
Et ce n'eſt pas à toi de fonder ſes decrets.
Nife alors joue la tendreffe , en difant
qu'elle ne veut pas que Calcante l'épouſe
malgré lui ; qu'elle l'aime trop pour caufer
fon malheur , & qu'elle va lui rendre
la bourfe. Brigani lui déclare , que fi
elle n'eft épousée , il faut qu'elle périffe ;
qu'elle peut rendre la bourſe à ce prix.
Elle la donne à Calcante , & feint de s'évanouir
entre fes bras. Le barbon attendri
, s'écrie : voilà ma main ! Je ne ſouffrirai
pas que tu perdes le jour. Nife revient
de fa fauffe pâmoifon , & le bonhomme
dit :
Allons , figurons - nous que la bourfe eft fa dot.
On n'a du moins rien ôté de la fomme ?
Ce dernier vers prouve que l'avarice ne
veut rien perdre , & qu'elle est toujours la
paffion dominante . Brigani répond que
212 MERCURE DE FRANCE.
la fomme eft entiere , & qu'il eft un
diable honnête homme . Et l'ours , demande
Calcante ? Vous le voyez en moi , répart
le frere de Nife , en fe démafquant , je
fuis le diable , l'ours & Brigani . Vous
m'avez attrapé , s'écrie le vieillard :
Mais Nife eft fi jolie ,
Qu'en la voyant , il n'eſt rien qu'on n'oublie .
Ils s'embraffent & terminent la piece
par ce joli Tiio.
Calcante.
Toujours prefte ,
Toujours lefte
Près de toi l'on me verra ,
>
La , la , la , mon amour s'augmentera.
Nife à Calcante.
Ma chere ame ,
Je me pâme
Du plaifir d'être ta femme ;
Ah ! que Nife t'aimera ,
La , la , la , la , la..
·Brigani à part.
Le bonhomme je l'admirė ;
Et de rire
J'étouffe , en voyant cela.
La, la , la.
NOVEMBRE. 1755. 213
Nife.
Vive l'allégreffe ,
Tu peux croire que fans ceffe ,
Ma tendreffe
Durera.
Ensemble.
Que l'on chante , que l'on fête
Nife. Les douceurs qu'Hymen apprête.
Le bonhomme que j'ai-là !
Calcante. Quel tréfor je trouve - là !
Le bonhomme que voilà .
>
Brigani.
Ta la , la , la.
Nife.
Ta femme t'adorera ,
à part. T'endormira .
Calcante Ma flame s'augmentera ,
Brigani.
Madame t'adorera ,
Te menera .
Cette fin refpire une joie folle qui fe
communique à tous les fpectateurs. On
ne peut la bien rendre qu'au théatre , ni
la bien fentir qu'à la répréſentation.
ES Comédiens Italiens ont donné
LES neuf repréſentations du Derviche
après lefquelles l'Auteur l'a retiré pour le
faire remettre cet hiver. M. Dehelfe y a
parfaitement rendu fon rôle , & nous ne
doutons pas que la piece & l'Acteur ne
reçoivent toujours les mêmes applaudiffemens.
Nous donnerons l'extrait de cette
Comédie , dès qu'elle fera imprimée .
Les mêmes Comédiens ont repris la Bohémienne
qui n'a rien perdu des graces de
la nouveauté ; en voici l'extrait que nous
avions annoncé.
NOVEMBRE. 1755. 199
Extrait de la Bohémienne.
Dans le premier Acte , le théatre repréfente
une place publique. Nife & Brigani
fon frere , ouvrent la premiere fcene gaiement
par ce duo .
Duo. Colla fpe me del goder.
Dans l'espérance
On
peut
Du plaifir ,
d'avance
Se réjouir ;
Mais les foucis de l'avenir
Sont des tourmens qu'il faut bannir.
Brigani ſe plaint que la faim le preffe ,
& qu'on ne vit pas d'efpoir. Sa four le
confole en l'affurant qu'ils vont être inceffamment
riches. Tu connois bien , ditelle
, Calcante , ce gros Marchand que tu
viens de voir à la foire de Bologne , il
fera notre reffource. Je veux quitter l'état
de fourberies : Mais , lui répond Brigani ,
Si nous fommes adroits , nous fommes indigens.
Comment veux-tu changer de vie ?
Avons-nous le moyen d'être d'honnêtes gens.
Nife.
Mon frere , nous l'aurons par un bon mariage ,
Lorfque l'on a des attraits en partage ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Et qu'on a l'art de s'en fervir ,
Tous les coeurs font à nous , on n'a plus qu'à
choifir.
Brigani lui dit que les vieillards ne font
pas foumis à fon pouvoir ; Nife le défabufe
par cette tirade , où il y a une comparaifon
qui paroît hafardée , mais qui eft
excufable dans la bouche d'une Bohémienne.
Quand nous voulons , ils font à nos genoux ,
Et nous fçavons les rendre doux :
Leurs coeurs plus tendres , plus fenfibles ,
Defléchés par les ans , en font plus combuftibles,
Et comme l'amadoue , un feul regard coquet
Leur fait prendre feu crac ; c'eft un coup de
briquet.
Notre homme eft dans le cas , & fitôt qu'il m'a
vue ,
J'ai porté dans fon ame une atteinte imprévue ,
Il avoit fous fon bras un fac rempli d'argent
Qu'il a ferré bien vîte ,
·
Il faut de cet argent que ta main le délivre ..
Calcante vient , ajoute-t-clle , je l'entend's
à fa toux. Songe à jouer ton rôle. Préparons-
nous. Ils fe retirent au fond duthéatre
, où Brigani va ſe déguiſer en ours.
NOVEMBRE. 1755..201
Calcante paroît , & après avoir renvoyé
un valet muet qui le fuit , il dit qu'il
vient chercher la jeune perfonne , dont
la taille & les yeux fripons l'ont frappé.
Nife , qui l'entend , s'approche , fuivie de
fon frere travefti en ours , & démande
à Calcante s'il veut fçavoir fa bonne aventure
, qu'elle la lui dira . Oui - dà , répondt'il
galamment : C'en eft une déja , quand
on vous voit Montrez-moi vos deux mains,
lui réplique-t -elle . Tandis qu'il les préfente
, Brigani s'avance , & tâche de lui
voler fon argent. Le bon homme qui l'apperçoit
, & qui croit voir un ours , fait
un cri de peur. Nife le raffure , en lui
difant que cet ours eft auffi privé que lui ,
qu'il faute , qu'il danfe comme une perfonne.
Calcante redonne les mains à Nife,
qui s'écrie en les examinant ,
Ariete. Ella può credermi.
Ah ! cette ligne
défigne
Longues années ,
Et fortunées ;
Cent ans au-delà` ;
Oui , oui , mon beau Monfieur vivra ,
Calcante.
Oh ! fans grimoire:
I v
202 MERCURE DE FRANCE.
2º
Couplet.
On peut vous croire :
Cela fera.
Nife.
Certaine fille ,
gentille ,
Pour vous foupire.
De fon
martyre ,
Qui la guérira ?
Hem hem ? Monfieur la guérira.
Calcante.
Oh ! fans grimoire , &c .
3 ° Couplet.
"
Nife.
... Ah ! je vois une .....
fortune .....
Que rien ne borne
Au Capricorne ,
Eft écrit cela !
Oui , oui , Monfieur fe marira.
Calcante.
Oh vraiment voire ,
On ne peut croire
Ce conte - là .
Nife infifte que Calcante deviendra l'époux
d'une jeune beauté , mais il élude le
difcours & dit que l'argent vaut mieux.
NOVEMBRE. 1755. zoz
Nife alors fait fauter fon ours . Il paroît
charmé de fes lazzis , & propofe à la Bohémienne
de s'en défaire en fa faveur :
elle répond qu'elle le donnera pour trente
ducats , & fait danfer l'ours en même
tems qu'elle chante l'Ariete fuivante .
Ariete. Tre giorni.
Examinez fa grace ;
C'est un petit amour ,
Auffi beau que le jour.
(à l'ours. ) Regardez -nous en face ,
Et faites , mon mignon ,
Un pas de Rigodon.
que
Eh ! fautez donc , fautez donc ,
Brunet , fautez pour Javote ,
Tournez pour Charlote ,
Et faites ferviteur ,
Comme un joli Monfieur.
Donnez-moi la menotte ,
La menotte ,
Et faites ferviteur.
Calcante en donne vingt ducats , elle
lui dit que c'eft bien peu. Il lui répond
fon or eft de l'or ; elle lui réplique que
fon ours eft un ours. Il ajoute quatre ducats
à la fomme. Elle les reçoit , en lui
proteftant que fi elle n'étoit pas dans l'indigence
, elle le lui donneroit pour rien ,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
tant elle a d'attachement pour lui. Il l'af
fure que de fon côté , il l'aime auffi à la
folie , ajoutant qu'elle vienne le voir quel
quefois , & qu'il lui donnera ... des confeils.
Nife après avoir dit tout bas , le
vieux vilain ! chante tout haut cetre
Ariete :
Si caro ben farette.
Oui , vous ferez fans cefle
L'objet de ma tendreffe :
Déja pour vous , mon coeur s'empreffe ;;
Et je le fens fauter ,,
Palpiter.
àpart.. Voyez qu'il eſt aimable ! .
Agréable !
Pour enflâmer mon coeur !
Pour être mon vainqueur !
Elle s'en vas
Pendant l'Ariete , le faux ours vole la
bourfe de Calcante , défait fon collier
s'enfuit , & laiffe fa chaîne dans la main.
du vieux Marchand qui , voulant faire
fauter l'ours , s'apperçoit trop tard de fa
fuite , & court de tous côtés en chantant :
Ariete. Maledetti , quanti fiete..
Ah ! mon ours a pris la fuite !
Courons vite , courons vîte ,
1
NOVEMBRE. 1755. 205
: Miférable !
L'ai - je pu laiffer fauver ?
Mais où diable
Le trouver , & c.
Nife revient , & lui demande ce qui
l'oblige à crier , il répond que c'eft fon
ours qui s'eft échappé. Elle lui dit de ne
fonger qu'à Nife , qu'elle vaut bien un
ours. Il réplique que ce n'eft pas le tems
de rire. Elle dit à part que ce fera bien une
autre crife , quand il s'appercevra qu'on a
volé fa bourfe ; elle ajoute tout haut , em
le regardant tendrement , qu'elle comptoit
fur fon amour. Calcante lui répond
par cette Ariete charmante :
Madam' lafciate mi in liberta.
Oh ! laiffez donc mon coeur par charité ,.
Oh ! laiffez donc mon coeur en liberté .
(à part.) Qu'elle eft pouponne !
Mon coeur fe donne
Malgré ma volonté.
( haut ) Oh ! laiffez donc , & c.
Pefte de mine
Qui me lutine !
Pefte de mine
Qui m'affaffine !!
Fut- on jamais plus tourmenté
Oh ! laiffez donc , &c,
206 MERCURE DE FRANCE.
Quel martyre !
J'expire ,
En vérité .
Oh ! morbleu , c'en eft trop ; prends donc ma
liberté.
Nife s'écrie qu'il a la fienne en échange,
& qu'elle le préfere aux jeunes gens les
plus aimables . Oui , ajoute- elle :
Je les détefte tous. Si vous fçaviez combien
Tous ces Meffieurs m'ont attrapée.
Calcante & Nife terminent le premier
par cet agréable duo . Ace
Nife.
Mon coeur , ô cher Calcante
Dans une forge ardente
Eft battu nuit & jour.
Tous les marteaux d'amour
Le battent nuit & jour.
Calcante.
O Dieux ! qu'elle eſt ma gloire !
En figne de victoire ,
L'Amour bat du tambour.
Mon coeur eft le tambour ,
Eft le tambour d'amour.
NOVEMBRE. 1755. 207
•
Nife.
Tiens , tiens , mets ta main là ;
Sens-tu ? tipeti , tipeta.
Calcante.
Ah ! comme ton coeur va;
Et toi , ma belle enfant ,
Sens-tu ? patapan.
Ensemble.
Tipe , tape ,
Comme il frappe.
Calcante . Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur le tambour.
Nife. Dis-moi , pour qui l'amour
Bat-il fur mon coeur nuit & jour.
Nife .
Dis toi-même.
Calcante & Nife.
C'est que j'aime.
Qui fans que j'en diſe rien ,
Tu le devines bien.
Dans le fecond Acte le théatre repréfente
des ruines & des mafures abandonnées.
208 MERCURE DE FRANCE.
Nife & Brigani en habit de Bohémien ,
ouvrent cet Acte. Elle chante l'Ariete fuivante
en éclatant de rire fi naturellement ,
que tous les fpectateurs rient avec elle..
Si raviva.
Je n'en puis plus , laiffe- moi rire .....
Rien n'eft égal à fon martyre a
Il vient , il va , depuis une heure
Il jure , il pleure ,
Ib en mourra.
Ah ah ah !
Brigani lui fait entendre que l'argent
eft la feule idole du vieillard , & qu'il va
renoncer à l'amour . Non, lui répond Niſe.
L'avarice a beau fe défendre ,.
L'Amour et le tyran des autres paffions.
Elle le preffe en même tems d'aller changer
de figure pour la feconder avec leurs.
camarades dans le rôle de Magicienne
qu'elle va jouer. Nife refte feule . Calcante
paroît défefpéré & chante l'Ariete fuivante
, fans voir Nife .
Che Orror ! che Spavento !
Je perds fans reffource
Ma bourſe, ma bourſe ;
NOVEMBRE. 1755. 209
Vivrai -je fans elle !
Fortune cruelle !
Eft-ce affez m'accabler ?
Puis- je , cruelle ,
Vivre fans elle ?
Fortune cruelle ,
Je vais m'étrangler.
O perte funefte !
La faim , la foif, & la rage , & la pefte
Ont moins de rigueur que mon fort.
L'espoir qui te reſte ,
Calcante , c'est la mort.
Dès qu'il apperçoit Nife , il l'implore
pour retrouver fa bourfe. Elle lui dit
qu'elle va tâcher de le fervir , mais qu'elle
a befoin de fa préfence , & qu'elle
craint qu'il n'ait peur. Il protefte qu'il af
fronteroit le diable pour r'avoir fon argent.
Nife alors conjure l'enfer & particulierement
Griffifer qui en eft le caiffier.
Brigani paroît en longue robe noire ,
avec une grande perruque armée de cornes
, une barbe touffue , & des griffes aux
pieds & aux mains . Nife lui demande s'il
a la bourſe , il répond qu'oui . Calcante
prie le faux diable de la lui rendre ; celuici
lui réplique que fa bourſe lui appartient,
que c'est un argent mal acquis , & lui
propofe un accommodement , c'eft que
210 MERCURE DE FRANCE.
Calcante époufe Nife , & que fa bourſe
lui fervira de dot. Le vieux Marchand ne
veut pas y conſentir. Griffifer appelle fes
camarades pour punir ce refus. Des Bohémiens
déguiſés en diables , beaux , viennent
épouvanter Calcante , qui exprime
fon effroi mortel par l'Ariete qui fuit :
Perfidi perfidi.
Au fecours ! Ah ! je tremble !
Ici l'enfer s'affemble !
O Dieux ! c'eft fait de moi,
Ah ! je meurs d'effroi
De grace .
Mon fang fe glace.
A l'aide , je trépaffe.
à Nife. Daignez me fecourir
Je me fens mourir.
Au fecours , & c.
Nife lui dit avec douceur , m'époufezvous
? Je goûte affez la chofe , répart le
bonhomme que ces Meffieurs fe retirent ;
fais-moi voir ma bourfe , & tu feras contente.
Elle fait éloigner les Bohémiens
& commande à Griffifer de faire briller à
leurs yeux la bourfe , de Calcante . Il accourt
, & montre la bourſe , en diſant :
Lucifer vous ordonne
NOVEMBRE. 1755. 211
D'être époux , & dans le moment ,
Ou redoutez le plus dur châtiment.
Le Diable faire un mariage , le récrie
Calcante , il devroit l'empêcher. Brigani
répond plaifamment :
Il fçait fes intérêts.
C'eſt lui qui préſide au ménage ,
Et ce n'eſt pas à toi de fonder ſes decrets.
Nife alors joue la tendreffe , en difant
qu'elle ne veut pas que Calcante l'épouſe
malgré lui ; qu'elle l'aime trop pour caufer
fon malheur , & qu'elle va lui rendre
la bourfe. Brigani lui déclare , que fi
elle n'eft épousée , il faut qu'elle périffe ;
qu'elle peut rendre la bourſe à ce prix.
Elle la donne à Calcante , & feint de s'évanouir
entre fes bras. Le barbon attendri
, s'écrie : voilà ma main ! Je ne ſouffrirai
pas que tu perdes le jour. Nife revient
de fa fauffe pâmoifon , & le bonhomme
dit :
Allons , figurons - nous que la bourfe eft fa dot.
On n'a du moins rien ôté de la fomme ?
Ce dernier vers prouve que l'avarice ne
veut rien perdre , & qu'elle est toujours la
paffion dominante . Brigani répond que
212 MERCURE DE FRANCE.
la fomme eft entiere , & qu'il eft un
diable honnête homme . Et l'ours , demande
Calcante ? Vous le voyez en moi , répart
le frere de Nife , en fe démafquant , je
fuis le diable , l'ours & Brigani . Vous
m'avez attrapé , s'écrie le vieillard :
Mais Nife eft fi jolie ,
Qu'en la voyant , il n'eſt rien qu'on n'oublie .
Ils s'embraffent & terminent la piece
par ce joli Tiio.
Calcante.
Toujours prefte ,
Toujours lefte
Près de toi l'on me verra ,
>
La , la , la , mon amour s'augmentera.
Nife à Calcante.
Ma chere ame ,
Je me pâme
Du plaifir d'être ta femme ;
Ah ! que Nife t'aimera ,
La , la , la , la , la..
·Brigani à part.
Le bonhomme je l'admirė ;
Et de rire
J'étouffe , en voyant cela.
La, la , la.
NOVEMBRE. 1755. 213
Nife.
Vive l'allégreffe ,
Tu peux croire que fans ceffe ,
Ma tendreffe
Durera.
Ensemble.
Que l'on chante , que l'on fête
Nife. Les douceurs qu'Hymen apprête.
Le bonhomme que j'ai-là !
Calcante. Quel tréfor je trouve - là !
Le bonhomme que voilà .
>
Brigani.
Ta la , la , la.
Nife.
Ta femme t'adorera ,
à part. T'endormira .
Calcante Ma flame s'augmentera ,
Brigani.
Madame t'adorera ,
Te menera .
Cette fin refpire une joie folle qui fe
communique à tous les fpectateurs. On
ne peut la bien rendre qu'au théatre , ni
la bien fentir qu'à la répréſentation.
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Résumé : COMEDIE ITALIENNE. / Extrait de la Bohémienne.
Le texte traite des représentations théâtrales de comédiens italiens. La pièce 'Le Derviche' a été retirée après neuf représentations pour être reprogrammée l'hiver suivant. L'acteur M. Dehelfe a été particulièrement acclamé dans son rôle, et la pièce ainsi que l'acteur sont attendus avec le même enthousiasme. Un extrait de cette comédie sera publié dès qu'elle sera imprimée. Les mêmes comédiens ont également repris la pièce 'La Bohémienne', qui a conservé toute sa fraîcheur et ses charmes. Le texte fournit un extrait détaillé du premier acte de 'La Bohémienne'. La scène se déroule sur une place publique où Nise et Brigani, frère et sœur, discutent de leur situation. Nise assure Brigani qu'ils seront bientôt riches grâce à un marchand nommé Calcante. Brigani exprime son scepticisme, mais Nise propose de changer de vie par un bon mariage, utilisant ses charmes pour séduire les vieillards. Calcante apparaît, attiré par Nise, et se laisse convaincre par elle de consulter sa bonne aventure. Brigani, déguisé en ours, tente de voler l'argent de Calcante, mais est découvert. Nise rassure Calcante et lui prédit une longue vie et un mariage avec une jeune beauté. Calcante, plus intéressé par l'argent, achète l'ours déguisé. Pendant que Calcante est distrait, Brigani vole la bourse de Calcante et s'enfuit. Dans le second acte, Nise et Brigani, déguisés en bohémiens, continuent leurs ruses. Calcante, désespéré, cherche sa bourse volée. Nise, déguisée en magicienne, conjure l'enfer pour retrouver la bourse. Brigani, déguisé en diable, propose à Calcante d'épouser Nise en échange de la bourse. Après des hésitations, Calcante accepte et épouse Nise. La pièce se termine par une scène joyeuse où les personnages expriment leur allégresse.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10123
p. 214
OPERA COMIQUE.
Début :
Le Lundi 6 Octobre, l'Opera Comique a fermé son Théatre par la Fontaine [...]
Mots clefs :
Opéra-Comique, Théâtre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : OPERA COMIQUE.
OPERA COMIQUE.
6 LE
E Lundi 6 Octobre , l'Opera Comique
a fermé fon Théatre par la Fontaine
de Jouvence , précédée du Confident Heureux
& de Jérôme & Fanchonnette , fans
oublier le Compliment poiffard , alforti au
ton de cette Parodie , & qui a été trèsapplaudi
, ainfi qu'il eft d'ufage.
6 LE
E Lundi 6 Octobre , l'Opera Comique
a fermé fon Théatre par la Fontaine
de Jouvence , précédée du Confident Heureux
& de Jérôme & Fanchonnette , fans
oublier le Compliment poiffard , alforti au
ton de cette Parodie , & qui a été trèsapplaudi
, ainfi qu'il eft d'ufage.
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10124
p. 214-216
CONCERT D'AMIENS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Début :
Monsieur, c'est pour vous rendre un bien qui vous est dû que je vous fais [...]
Mots clefs :
Concert, Opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT D'AMIENS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
CONCERT D'AMIENS.
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Mbienqui vous eft dû , que je vous fais
part d'un phénomene auffi rare qu'honorable
pour notre patrie : c'eft l'Opera de
Daphnis & d'Amalthée , qu'on a exécuté
dans notre Concert ; Opéra dont la mufique
eft de la compofition d'une Demoifelle
de cette ville, nommée Mlle Guerin . Ce
qui vous paroîtra fans doute furprenant ,
Monfieur , c'eft que cette Demoiſelle n'a
que feize ans , & que ce coup d'effai eſt
un coup de maître . Jugez par là de la no-
Onfieur , c'eft pour vous rendre un
NOVEMBRE. 1755. 215
ble carriere que promet un aftre , dont le
lever eft aufli brillant . Tous les connoiffeurs
en musique , même les moins intéreffés
à louer Mile Guenin , conviennent
que ce morceau eft excellent , & qu'il renferme
en particulier des endroits parfaits :
On y admire fur- tout une chaconne , qu'il
faut avoir entendue pour pouvoir fentir
le deffein , la préciſion & la beauté de fon
harmonie , mais qu'il ne fuffit d'avoir
pas
entendue pour pouvoir exprimer le charme
qu'elle produit fur des ames délicatement
organifées. On ne loue ordinairement
les jeunes perfonnes qui commencent
à fe diftinguer , que pour les encourager
& pour piquer leur émulation ;
il n'en eft pas de même , Monfieur , des
éloges dont notre patrie retentit à la gloire
de la nouvelle Mufe . Ce font des actes de
juſtice dont elle ne pourroit fe difpenfer
que par la plus indigne jaloufie. Mlle
Guenin ne fe borne pas , au refte , au feul
gout pour la mufique . Outre des graces
naturelles , on retrouve en elle mille talens
pour les Belles- Lettres , & en particulier
pour l'Hiftoire & la Poëfie , talens infiniment
eftimables dans une jeune perfonne ,
fur-tout quand une modeftie , fimple & aifée
y met le prix . Je vous prie , Monfieur,
de remarquer que cette Demoiſelle n'a ja216
MERCURE DE FRANCE.
mais quitté la maifon paternelle , & que
les voyages qu'elle a faits à Paris avec fes
parens , lui ont à peine laiffé le tems de
contenter fa curiofité. Vous voyez par là
que la province eft fufceptible d'une éducation
folide & brillante , lorfque des parens
fages & éclairés veulent fe donner
la peine de préfider aux exercices de leurs
enfans : Enfin , Monfieur , ce qui établit
la gloire de Mlle Guenin , en faiſant en
même tems le plus parfait éloge des perfonnes
qui compofent notre Concert ( qui
n'eft qu'une affemblée choifie de nos concitoyens
de l'un & l'autre fexe , diftingués
par le mérite & les talens , & dans laquelle
il n'y a aucun gagifte ) c'eft le zele
avec lequel chaque membre de cette illuftre
compagnie a concouru à faire réuffir
cer Opéra. La jaloufie eft un poifon qui
infecte prefque toutes les provinces . Il n'y
a qu'un mérite fupérieur qui puiffe la forcer
de rendre juftice à la vérité .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens ce 8 Août 1755 .
LETTRE
A L'AUTEUR DU MERCURE.
Mbienqui vous eft dû , que je vous fais
part d'un phénomene auffi rare qu'honorable
pour notre patrie : c'eft l'Opera de
Daphnis & d'Amalthée , qu'on a exécuté
dans notre Concert ; Opéra dont la mufique
eft de la compofition d'une Demoifelle
de cette ville, nommée Mlle Guerin . Ce
qui vous paroîtra fans doute furprenant ,
Monfieur , c'eft que cette Demoiſelle n'a
que feize ans , & que ce coup d'effai eſt
un coup de maître . Jugez par là de la no-
Onfieur , c'eft pour vous rendre un
NOVEMBRE. 1755. 215
ble carriere que promet un aftre , dont le
lever eft aufli brillant . Tous les connoiffeurs
en musique , même les moins intéreffés
à louer Mile Guenin , conviennent
que ce morceau eft excellent , & qu'il renferme
en particulier des endroits parfaits :
On y admire fur- tout une chaconne , qu'il
faut avoir entendue pour pouvoir fentir
le deffein , la préciſion & la beauté de fon
harmonie , mais qu'il ne fuffit d'avoir
pas
entendue pour pouvoir exprimer le charme
qu'elle produit fur des ames délicatement
organifées. On ne loue ordinairement
les jeunes perfonnes qui commencent
à fe diftinguer , que pour les encourager
& pour piquer leur émulation ;
il n'en eft pas de même , Monfieur , des
éloges dont notre patrie retentit à la gloire
de la nouvelle Mufe . Ce font des actes de
juſtice dont elle ne pourroit fe difpenfer
que par la plus indigne jaloufie. Mlle
Guenin ne fe borne pas , au refte , au feul
gout pour la mufique . Outre des graces
naturelles , on retrouve en elle mille talens
pour les Belles- Lettres , & en particulier
pour l'Hiftoire & la Poëfie , talens infiniment
eftimables dans une jeune perfonne ,
fur-tout quand une modeftie , fimple & aifée
y met le prix . Je vous prie , Monfieur,
de remarquer que cette Demoiſelle n'a ja216
MERCURE DE FRANCE.
mais quitté la maifon paternelle , & que
les voyages qu'elle a faits à Paris avec fes
parens , lui ont à peine laiffé le tems de
contenter fa curiofité. Vous voyez par là
que la province eft fufceptible d'une éducation
folide & brillante , lorfque des parens
fages & éclairés veulent fe donner
la peine de préfider aux exercices de leurs
enfans : Enfin , Monfieur , ce qui établit
la gloire de Mlle Guenin , en faiſant en
même tems le plus parfait éloge des perfonnes
qui compofent notre Concert ( qui
n'eft qu'une affemblée choifie de nos concitoyens
de l'un & l'autre fexe , diftingués
par le mérite & les talens , & dans laquelle
il n'y a aucun gagifte ) c'eft le zele
avec lequel chaque membre de cette illuftre
compagnie a concouru à faire réuffir
cer Opéra. La jaloufie eft un poifon qui
infecte prefque toutes les provinces . Il n'y
a qu'un mérite fupérieur qui puiffe la forcer
de rendre juftice à la vérité .
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Amiens ce 8 Août 1755 .
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Résumé : CONCERT D'AMIENS. LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE.
Une lettre adressée à l'auteur du Mercure relate un événement musical exceptionnel à Amiens. L'opéra 'Daphnis et Amalthée', composé par Mlle Guerin, une jeune fille de seize ans, a été exécuté lors d'un concert. La musique de l'œuvre a été acclamée par les connaisseurs, notamment pour une chaconne remarquable par son harmonie et son charme. Mlle Guerin est également reconnue pour ses talents en belles-lettres, en histoire et en poésie, ainsi que pour sa modestie. La lettre met en avant la qualité de l'éducation provinciale, grâce à l'engagement des parents. Le concert, organisé par des citoyens distingués par leurs mérites et talents, a vu chaque participant collaborer avec zèle pour le succès de l'opéra, malgré la jalousie souvent présente dans les provinces.
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10125
p. 217
DU LEVANT.
Début :
Le Kiaïa Bey, ou Lieutenant de l'Aga des Janissaires, a [...]
Mots clefs :
Constantinople, Destitutions, Grand vizir, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DU LEVANT.
DU LEVANT.
DE CONSTANTINOPLE , le 2 Septembre.
E Kiaïa Bey , ou Lieutenant de l'Aga des Ja-
LE BeYoudele, & relegué à Brouffa.
"
Le Grand Vifir & le Reis Effendi furent auſſi
dépofés le 24 Août. Ils ont le choix du lieu de
leur exil , pourvu qu'ils fe tiennent à cinquante
lieues de cette capitale . Sa Hauteffe a nommé
premier Miniftre Ali Pacha , ci - devant Selictar
Aga. Elle a conferé à Hekim Oglou le gouvernes
ment de Romelic,
DE CONSTANTINOPLE , le 2 Septembre.
E Kiaïa Bey , ou Lieutenant de l'Aga des Ja-
LE BeYoudele, & relegué à Brouffa.
"
Le Grand Vifir & le Reis Effendi furent auſſi
dépofés le 24 Août. Ils ont le choix du lieu de
leur exil , pourvu qu'ils fe tiennent à cinquante
lieues de cette capitale . Sa Hauteffe a nommé
premier Miniftre Ali Pacha , ci - devant Selictar
Aga. Elle a conferé à Hekim Oglou le gouvernes
ment de Romelic,
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10126
p. 217-218
DU NORD.
Début :
Une troupe de voleurs commettoit depuis quelques tems beaucoup de brigandages [...]
Mots clefs :
Saint-Petersbourg, Stockholm, Drontheim, Brigandage, Commerce, Biorno Stafelgraan, Tempête, Amende, Blessés et morts
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texteReconnaissance textuelle : DU NORD.
DU NOR D.
DE PETERSBOURG , le 5 Septembre.
les
Une troupe de voleurs commettoit depuis quel
que tems beaucoup de brigandages dans les environs
de Mofcou. On a découvert qu'elle avoit
pour chefun ancien Officier d'Artillerie , qui pour
quelques malverfations avoit été privé de fon emploi
. Il a été arrêté , ainfi que plufieurs de fes complices.
Ayant prouvé qu'il étoit Gentilhomme ,
au lieu de recevoir le Knout en public , il l'a reçu
dans une chambre de la Citadelle ; & au lieu
de le marquer fur le front & fur les joues , on
s'eft contenté de le marquer fur une épaule. Enfuite
il a été conduit à Rogerwik , pour y être
employé aux travaux,
K
218 MERCURE DE FRANCE.
DE STOCKHOLM , le 11 Septembre.
Deux navires chargés de bled étant arrivés de
Dantzick , & ayant fait baiffer confidérablement
le prix de cette denrée , un riche négociant , nommé
Borno Stafelgraan , qui en avoit fait de grands
amas , dans l'efpérance de profiter de la difette
s'eft pendu de défe fpoir. Les Magiftrats ont fait
attacher fon cadavre à une potence , & ont confifqué
fon magafin , dont ils ont envoyé les grains
aux Hôpitaux. Sa femme a été condamnée à une
amende de quatorze cens écus .
DE DRONTHEIM , le 2 Septembre.
On effuya le 26 du mois dernier dans le Comté
de Jalfberg une tempête fi terrible , que des per-
Tonnes âgées de quatre- vingt-dix ans , ne fe fouviennent
point d'en avoir vu une pareille. Vers
les dix heures du matin , il ſe forma à l'oueft , au
nord & à l'eft , d'épais nuages qui fe raffemblerent
au mieu de l'horifon , & obfcureirent le
ciel de tous côtés , excepté au fud. Entre midi &
une heure , l'orage commença par une pluie violente
, accompagnée d'affreux coups de tonnerre,
A cette pluie fuccéda une grêle d'une groffeur
prodigieufe. Les fruits de la terre de plus de quarante
métairies , ont été totalement détruits. Toutes
les vitres qui regardoient le couchant , le feptentrion
& le levant , ont été brifées . Plufieurs
perfonnes , dans la campagne , ont été tuées ou
bleflées . Le feu du ciel à réduit en cendres cing
ou fix maiſons.
DE PETERSBOURG , le 5 Septembre.
les
Une troupe de voleurs commettoit depuis quel
que tems beaucoup de brigandages dans les environs
de Mofcou. On a découvert qu'elle avoit
pour chefun ancien Officier d'Artillerie , qui pour
quelques malverfations avoit été privé de fon emploi
. Il a été arrêté , ainfi que plufieurs de fes complices.
Ayant prouvé qu'il étoit Gentilhomme ,
au lieu de recevoir le Knout en public , il l'a reçu
dans une chambre de la Citadelle ; & au lieu
de le marquer fur le front & fur les joues , on
s'eft contenté de le marquer fur une épaule. Enfuite
il a été conduit à Rogerwik , pour y être
employé aux travaux,
K
218 MERCURE DE FRANCE.
DE STOCKHOLM , le 11 Septembre.
Deux navires chargés de bled étant arrivés de
Dantzick , & ayant fait baiffer confidérablement
le prix de cette denrée , un riche négociant , nommé
Borno Stafelgraan , qui en avoit fait de grands
amas , dans l'efpérance de profiter de la difette
s'eft pendu de défe fpoir. Les Magiftrats ont fait
attacher fon cadavre à une potence , & ont confifqué
fon magafin , dont ils ont envoyé les grains
aux Hôpitaux. Sa femme a été condamnée à une
amende de quatorze cens écus .
DE DRONTHEIM , le 2 Septembre.
On effuya le 26 du mois dernier dans le Comté
de Jalfberg une tempête fi terrible , que des per-
Tonnes âgées de quatre- vingt-dix ans , ne fe fouviennent
point d'en avoir vu une pareille. Vers
les dix heures du matin , il ſe forma à l'oueft , au
nord & à l'eft , d'épais nuages qui fe raffemblerent
au mieu de l'horifon , & obfcureirent le
ciel de tous côtés , excepté au fud. Entre midi &
une heure , l'orage commença par une pluie violente
, accompagnée d'affreux coups de tonnerre,
A cette pluie fuccéda une grêle d'une groffeur
prodigieufe. Les fruits de la terre de plus de quarante
métairies , ont été totalement détruits. Toutes
les vitres qui regardoient le couchant , le feptentrion
& le levant , ont été brifées . Plufieurs
perfonnes , dans la campagne , ont été tuées ou
bleflées . Le feu du ciel à réduit en cendres cing
ou fix maiſons.
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Résumé : DU NORD.
En Russie, au début septembre, une bande de voleurs dirigée par un ancien officier d'artillerie, démis pour malversations, a été arrêtée à Moscou. Le chef, en raison de son statut de gentilhomme, a été fouetté en privé et marqué sur l'épaule avant d'être envoyé à Rogervik pour travailler. En Suède, l'arrivée de deux navires de blé à Stockholm a fait chuter les prix, ruinant Borno Stafelgraan, qui s'est pendu. Les autorités ont exposé son cadavre et confisqué ses biens pour les hôpitaux, tandis que sa femme a été condamnée à une amende de quatorze cents écus. À Drontheim, une tempête dévastatrice a frappé le comté de Jalsberg le 26 août, détruisant les récoltes de plus de quarante métairies, blessant ou tuant plusieurs personnes, et incendiant cinq ou six maisons.
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10127
p. 219
ALLEMAGNE.
Début :
Lorsque l'Envoyé de la Porte fit le 30 Août sa visite [...]
Mots clefs :
Vienne, Berlin, Envoyé de la Porte, Comte de Colloredo, Présents, Impératrice-Reine, Sr Remond de St-Albine, Académie royale des sciences et belles-lettres
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE
.
DE VIENNE , les Septembre.
. Lorsque l'Envoyé de la Porte fit le 30 Août
fa vifite d'adieu au Comte de Colloredo ,
les
préfens que leurs Majeftés Impériales avoient -
deftinés pour ce Miniftre , étoient pofés fur deux
tables dans la falle d'audience. Ils confiftoient en
une chaîne & une médaille d'or, deux chandeliers
& deux étriers de même métal , & un harnois de
cheval , relevé d'une riche broderie. Un moment
après que l'Envoyé fut forti , on porta chez lui
ces préfens. Ce Miniftre a repris aujourd'hui la
route de Conftantinople.
L'Impératrice Reine travaille tous les jours
avec beaucoup d'affiduité aux affaires d'Etat. Le
9 de ce mois , le S. Keith , Envoyé du Roi de la
Grande-Bretagne , communiqua aux Miniftres de
Sa Majefté quelques dépêches qu'il avoit reçues
de Hanovre par un courier extraordinaire.
DE BERLIN , le 13 Septembre.
L'Académie royale des Sciences & Belles- Lettres
, dans l'Affemblée qu'elle tint le 4 de ce
mois , élut pour affociés étrangers le Sr Remond
de Sainte Albine , connu par différens ouvrages
& le S. de Caftillon , Profeffeur de Mathématiques
dans l'Univerfité d'Utrecht . Les gazettes étrangeres
difent que le Sr Remond de Sainte Albine a
compofé pendant plufieurs années la gazette de
France. On peut ajouter qu'il a repris ce travail
depuis le premier Juin 1751. Il l'avoit quitté le
18 Mai 1749 , après en avoir été chargé depuis
le commencement de l'année 1733 .
.
DE VIENNE , les Septembre.
. Lorsque l'Envoyé de la Porte fit le 30 Août
fa vifite d'adieu au Comte de Colloredo ,
les
préfens que leurs Majeftés Impériales avoient -
deftinés pour ce Miniftre , étoient pofés fur deux
tables dans la falle d'audience. Ils confiftoient en
une chaîne & une médaille d'or, deux chandeliers
& deux étriers de même métal , & un harnois de
cheval , relevé d'une riche broderie. Un moment
après que l'Envoyé fut forti , on porta chez lui
ces préfens. Ce Miniftre a repris aujourd'hui la
route de Conftantinople.
L'Impératrice Reine travaille tous les jours
avec beaucoup d'affiduité aux affaires d'Etat. Le
9 de ce mois , le S. Keith , Envoyé du Roi de la
Grande-Bretagne , communiqua aux Miniftres de
Sa Majefté quelques dépêches qu'il avoit reçues
de Hanovre par un courier extraordinaire.
DE BERLIN , le 13 Septembre.
L'Académie royale des Sciences & Belles- Lettres
, dans l'Affemblée qu'elle tint le 4 de ce
mois , élut pour affociés étrangers le Sr Remond
de Sainte Albine , connu par différens ouvrages
& le S. de Caftillon , Profeffeur de Mathématiques
dans l'Univerfité d'Utrecht . Les gazettes étrangeres
difent que le Sr Remond de Sainte Albine a
compofé pendant plufieurs années la gazette de
France. On peut ajouter qu'il a repris ce travail
depuis le premier Juin 1751. Il l'avoit quitté le
18 Mai 1749 , après en avoir été chargé depuis
le commencement de l'année 1733 .
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Résumé : ALLEMAGNE.
Le texte décrit des événements diplomatiques et académiques en Allemagne. À Vienne, le 30 août, l'envoyé de la Porte ottomane a rendu visite au Comte de Colloredo pour une visite d'adieu. Des présents, incluant une chaîne et une médaille d'or, des chandeliers, des étriers et un harnois de cheval brodé, ont été exposés et remis à l'envoyé, qui a ensuite repris la route de Constantinople. L'Impératrice Reine gère quotidiennement les affaires d'État avec assiduité. Le 9 septembre, l'envoyé du Roi de Grande-Bretagne, le S. Keith, a transmis des dépêches reçues de Hanovre aux ministres impériaux. À Berlin, le 13 septembre, l'Académie royale des Sciences et Belles-Lettres a élu deux nouveaux associés étrangers : le Sr Remond de Sainte Albine, connu pour ses ouvrages, et le S. de Castillon, professeur de mathématiques à l'Université d'Utrecht. Les gazettes étrangères mentionnent que le Sr Remond de Sainte Albine a composé la gazette de France de 1733 à 1749 et depuis le 1er juin 1751.
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10128
p. 220
ESPAGNE.
Début :
Le Roi, pour augmenter la population dans ses Etats en Amérique, [...]
Mots clefs :
Lisbonne, Madrid, Déclaration du roi, Amérique latine, Mariages mixtes, Démographie, Archevêques, Cérémonie, Parrain
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texteReconnaissance textuelle : ESPAGNE.
ESPAGNE.
DE LISBONNE , le 2 Août.
Le Roi , pour augmenter la population dans fes
Etats en Amérique , vient de donner une déclaration
, par laquelle il eft dit qu'à l'avenir les Portugais
qui épouferont des Indiennes , ou les Por
tugaifés qui prendront des Indiens pour maris,
non feulement n'encoureront aucun deshonneur ,
mais même éprouveront les effets de la bienveillance
de Sa Majefté ; que les enfans nés de ces
mariages feront admis à tous emplois , honneurs
& dignités , fans avoir befoin d'aucune difpenfe ;
que cette grace aura même un effet rétroactif
pour les mariages de cette nature , contractés
avant la publication de la préfente déclaration : &
que toute perfonne affez hardie pour les reprocher
à celles qui les auront contractés , ou à celles
qui en feront provenues , fera condamnée au
banniffement.
DE MADRID , le 30 Septembre.
Le 21 de ce mois , le Sr Jerôme Spinola , Archevêque
de Laodicée , Nonce du Pape auprès da
Roi , fit fon entrée publique en cette ville .
Avant -hier , le Cardinal de Cordoue , Archevêque
de Tolede , fut facré dans l'Eglife des Hieronymites
par l'Archevêque de Pharfale , Inquifiteur
Général , affifté des Evêques de Maxolea &
de Tricomy. Le Roi ayant fait l'honneur à ce
Cardinal de vouloir être fon parrain , le Due
d'Albe a repréſenté Sa Majeſté dans cette cérémonic.
DE LISBONNE , le 2 Août.
Le Roi , pour augmenter la population dans fes
Etats en Amérique , vient de donner une déclaration
, par laquelle il eft dit qu'à l'avenir les Portugais
qui épouferont des Indiennes , ou les Por
tugaifés qui prendront des Indiens pour maris,
non feulement n'encoureront aucun deshonneur ,
mais même éprouveront les effets de la bienveillance
de Sa Majefté ; que les enfans nés de ces
mariages feront admis à tous emplois , honneurs
& dignités , fans avoir befoin d'aucune difpenfe ;
que cette grace aura même un effet rétroactif
pour les mariages de cette nature , contractés
avant la publication de la préfente déclaration : &
que toute perfonne affez hardie pour les reprocher
à celles qui les auront contractés , ou à celles
qui en feront provenues , fera condamnée au
banniffement.
DE MADRID , le 30 Septembre.
Le 21 de ce mois , le Sr Jerôme Spinola , Archevêque
de Laodicée , Nonce du Pape auprès da
Roi , fit fon entrée publique en cette ville .
Avant -hier , le Cardinal de Cordoue , Archevêque
de Tolede , fut facré dans l'Eglife des Hieronymites
par l'Archevêque de Pharfale , Inquifiteur
Général , affifté des Evêques de Maxolea &
de Tricomy. Le Roi ayant fait l'honneur à ce
Cardinal de vouloir être fon parrain , le Due
d'Albe a repréſenté Sa Majeſté dans cette cérémonic.
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Résumé : ESPAGNE.
Le roi d'Espagne a publié une déclaration pour encourager les unions entre Portugais et Indiens en Amérique. Cette déclaration assure que les Portugais épousant des Indiennes ou les Portugaises épousant des Indiens ne subiront aucun déshonneur et bénéficieront de la bienveillance royale. Les enfants de ces unions pourront accéder à tous les emplois, honneurs et dignités sans discrimination. Cette grâce est rétroactive pour les mariages déjà contractés avant la publication de la déclaration. Toute critique de ces unions sera punie par le bannissement. À Madrid, le 21 septembre, Jérôme Spinola, archevêque de Laodicée et nonce du Pape, a fait son entrée publique. Le cardinal de Cordoue, archevêque de Tolède, a été sacré dans l'église des Hiéronymites par l'archevêque de Pharsale, l'inquisiteur général, assisté des évêques de Maxolea et de Tricomy. Le roi, représenté par le duc d'Albe, a été le parrain du cardinal lors de cette cérémonie.
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10129
p. 221-224
ITALIE.
Début :
Selon les avis reçus de Sicile, les deux galeres du Roi [...]
Mots clefs :
Naples, Rome, Gênes, La Bastie, Turin, Comte de Noailles, Vaisseaux, Électeur de Cologne, Ouragan, Pascal de Paoli, Rebelles corses, Esclaves
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALI E.
DE NAPLES , le 16 Septembre.
Selon les avis reçus de Sicile , les deux galeres
du Roi la Saint- Antoine & la Saint-Janvier ayant
débarqué le 16 du mois dernier à Trapani le Régiment
qu'elles y ont conduit , la plupart des
Matelots des deux équipages defcendirent à terre.
On avoit ôté les chaînes aux Turcs de la galere
la Saint-Antoine , parce qu'ils devoient charrier
de l'eau. Ils affommerent les foldats qui les gardoient
, & ils fe rendirent maîtres du bâtiment.
L'équipage de la Galere la Saint - Jean accourut
pour les remettre aux fers. Auffi - tôt les Forçats de
cette feconde galere fuivirent l'exemple que leur
avoit donné la chiourme de la galere la Saint-
Antoine. Ces efclaves révoltés ont pris la fuite
fur ces deux bâtimens , & il n'a pas été poffible
de les atteindre
Un navire Maltois a apporté la nouvelle , que
les Forçats qui fe font emparés de ces deux galeres
du Roi , les ont conduites à Porto-Farina dans
le Royaume de Tunis. Sur cet avis , le Commandeur
Martinez a mis à la voile avec deux vaiffeaux
de guerre & quatre chabecs , dans la réfolution
, s'il ne peut reprendre ces deux bâtimens ,
de les bruler , ou de les couler à fond.
Les Baillis de Fleury , de Combreux & d'Uhegnas
, Ambaffadeurs extraordinaires de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalem , curent le 7 de ce mois
leur premiere audience publique du Roi , & enfuite
de la Reine . Ils furent accompagnés à ces
audiences par vingt Chevaliers de l'Ordre , arrivés
avec eux de Malte ; par quarante autres Che-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
valiers établis en cette Capitale , & par les équipages
des deux vaiffaux de guerre & des quatre
galeres de la Religion . Le Roi a fait remettre à
chaque Ambaffadeur une Croix de Malte , enrichie
de diamans . En fortant du palais , ils trouverent
deux cens trente efclaves , dont Sa Majefté
fait préfent au Grand Maître de l'Ordre.
DE ROME, le 27 Septembre .
L'Electeur de Cologne arriva le 24 en cette
capitale avec une nombreufe fuite . Il eft defcen
du au palais Nunez , que le Baron Scarlatti , Miniftre
de Baviere , avoit fait préparer pour le logement
de ce Prince.
Sa Sainteté a approuvé l'Institut & la Regle de
la nouvelle Congrégation de Saint Jean-Baptifte ,
dont les Prêtres fe deftinent à la converfion des
infidéles . La récolte du bled ayant été fort abondante
dans tout l'Etat Eccléfiaftique , le Gouver
nement a permis la fortie des grains .
DE GENES , le 15 Septembre.
Pendant un ouragan violent qui s'éleva ces
jours derniers , on s'apperçut qu'un bâtiment Anglois
couroit quelque rifque dans le milieu de
ce port . On lui envoya les bateaux de fecours
pour le tirer de péril . Le Capinaine refuſa leur
affiftance , & voulut forcer le vent ; mais le navire
alla ſe brifer contre les écueils , qui font
près de l'Arcenal . Heureufement l'équipage fe
fauva. Deux barques Napolitaines ont beaucoup
fouffert du même ouragan.
DE LA BASTIE , le 19 Septembre .
Mattra n'a point vu fans jaloufie l'élévation
NOVEMBRE. 1755. 223
de Pafcal de Paoli au pofte de Général en chef
des Rebelles. Il s'étoit flatté de partager du moins
avec lui la principale autorité . Déchu de fes efpérances
, il a réfolu la perte de ce rival . Cotoni
, Paganelli & les deux Santucci , font entrés
dans les vues de Mattra , & plufieurs Pieves fe
font déclarées pour lui . Avec leur fecours il s'eft
mis en campagne , faifant entendre à la plupart
de fes adhérens , qu'il n'agiffoit que pour s'oppofer
à certains projets dangereux de la faction
de Paoli. Ce dernier qui avoit des forces fupérieures
à celles de fon adverfaire , l'a défait près
d'Aleria , & l'a contraint de s'y réfugier avec les
débris de fes troupes. Mattra a reclamé la protection
du Marquis Jofeph Doria , offrant de rentrer
lui & fes partifans dans l'obéiffance , & de
défendre Aleria pour la République . Afin d'ôter
toute défiance , il a fait conduire ici dans une barque
fa femme & fes enfans pour gages de fa foumiflion
& de fa fidélité . On lui a envoyé des munitions
de guerre & de bouche. Selon les dernieres
nouvelles , Paoli marche avec un fort détachement
pour l'attaquer. Les Rebelles , voulant
intimider ceux que l'exemple de Mattra pourroit
entraîner , l'ont déclaré traître à la patrie , ainfi
que Cotoni , Paganelli & les Santucci. Les Maifons
de ces cinq chefs viennent d'être brulées ,
leurs biens ont été abandonnés au pillage , &
leurs têtes font miſes à prix. Paoli a fait en même
tems publier une amniftie pour tous les autres
Corfes qui ont pris les armes contre lui , & qui
iront le rejoindre dans un tems marqué.
DE TURIN , le 20 Septembre.
Le Comte de Noailles , Ambaffadeur extraor
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
dinaire du Roi de France , eut le 6 de ce mois
fon audience du Roi. Il y fut conduit dans un des
carroffes de Sa Majefté par le Comte de la Roque
, Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade . Le
carroffe du Roi fut précédé d'uncarroffe du Comte
de la Roque , où le Grand Maître des cérémonies
étoit avec deux Gentilshommes , & fuivi d'un carroffe
du Chevalier Chauvelin , Ambaſſadeur ordinaire
de Sa Majesté Très - Chrétienne , où étoient
deux Gentilshommes du Comte de Noailles. En
arrivant au palais , le Comte de Noailles trouva
la garde fous les armes , qui rappella. Les Gardes
de la porte , les Cent Suiffes , & dans les appartemens
les Gardes du Corps , étoient pareillement
fous les armes. A la defcente du carroffe on conduifit
le Comte de Noailles à la Salle des Ambaffadeurs.
Quelques minutes après on vint l'y prendre
pour le faire monter chez le Roi . Il y fut
introduit par le Comte de la Roque & par le
Grand Maître des cérémonies , qui fe retirerent
auffi-tôt après qu'il fut entré. Le Roi étoit feul
avec le Chevalier Offorio , Miniftre chargé du
département des affaires étrangeres . Après cette
audience , le Comte de Noailles fut conduit à
celles du Duc de Savoye & de toute la Famille
royale. Il fut enfuite reconduit chez lui avec les
mêmes cérémonies .
Aujourd'hui le Comte de Noailles a eu les audiences
de congé du Roi & de la Famille royale.
Ce Seigneur emporte avec lui l'eftime générale.
Il part après-demain pour fe rendre à Parme . En
repaffant ici , il fera encore fa cour à Sa Majesté,
DE NAPLES , le 16 Septembre.
Selon les avis reçus de Sicile , les deux galeres
du Roi la Saint- Antoine & la Saint-Janvier ayant
débarqué le 16 du mois dernier à Trapani le Régiment
qu'elles y ont conduit , la plupart des
Matelots des deux équipages defcendirent à terre.
On avoit ôté les chaînes aux Turcs de la galere
la Saint-Antoine , parce qu'ils devoient charrier
de l'eau. Ils affommerent les foldats qui les gardoient
, & ils fe rendirent maîtres du bâtiment.
L'équipage de la Galere la Saint - Jean accourut
pour les remettre aux fers. Auffi - tôt les Forçats de
cette feconde galere fuivirent l'exemple que leur
avoit donné la chiourme de la galere la Saint-
Antoine. Ces efclaves révoltés ont pris la fuite
fur ces deux bâtimens , & il n'a pas été poffible
de les atteindre
Un navire Maltois a apporté la nouvelle , que
les Forçats qui fe font emparés de ces deux galeres
du Roi , les ont conduites à Porto-Farina dans
le Royaume de Tunis. Sur cet avis , le Commandeur
Martinez a mis à la voile avec deux vaiffeaux
de guerre & quatre chabecs , dans la réfolution
, s'il ne peut reprendre ces deux bâtimens ,
de les bruler , ou de les couler à fond.
Les Baillis de Fleury , de Combreux & d'Uhegnas
, Ambaffadeurs extraordinaires de l'Ordre de
Saint Jean de Jérufalem , curent le 7 de ce mois
leur premiere audience publique du Roi , & enfuite
de la Reine . Ils furent accompagnés à ces
audiences par vingt Chevaliers de l'Ordre , arrivés
avec eux de Malte ; par quarante autres Che-
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
valiers établis en cette Capitale , & par les équipages
des deux vaiffaux de guerre & des quatre
galeres de la Religion . Le Roi a fait remettre à
chaque Ambaffadeur une Croix de Malte , enrichie
de diamans . En fortant du palais , ils trouverent
deux cens trente efclaves , dont Sa Majefté
fait préfent au Grand Maître de l'Ordre.
DE ROME, le 27 Septembre .
L'Electeur de Cologne arriva le 24 en cette
capitale avec une nombreufe fuite . Il eft defcen
du au palais Nunez , que le Baron Scarlatti , Miniftre
de Baviere , avoit fait préparer pour le logement
de ce Prince.
Sa Sainteté a approuvé l'Institut & la Regle de
la nouvelle Congrégation de Saint Jean-Baptifte ,
dont les Prêtres fe deftinent à la converfion des
infidéles . La récolte du bled ayant été fort abondante
dans tout l'Etat Eccléfiaftique , le Gouver
nement a permis la fortie des grains .
DE GENES , le 15 Septembre.
Pendant un ouragan violent qui s'éleva ces
jours derniers , on s'apperçut qu'un bâtiment Anglois
couroit quelque rifque dans le milieu de
ce port . On lui envoya les bateaux de fecours
pour le tirer de péril . Le Capinaine refuſa leur
affiftance , & voulut forcer le vent ; mais le navire
alla ſe brifer contre les écueils , qui font
près de l'Arcenal . Heureufement l'équipage fe
fauva. Deux barques Napolitaines ont beaucoup
fouffert du même ouragan.
DE LA BASTIE , le 19 Septembre .
Mattra n'a point vu fans jaloufie l'élévation
NOVEMBRE. 1755. 223
de Pafcal de Paoli au pofte de Général en chef
des Rebelles. Il s'étoit flatté de partager du moins
avec lui la principale autorité . Déchu de fes efpérances
, il a réfolu la perte de ce rival . Cotoni
, Paganelli & les deux Santucci , font entrés
dans les vues de Mattra , & plufieurs Pieves fe
font déclarées pour lui . Avec leur fecours il s'eft
mis en campagne , faifant entendre à la plupart
de fes adhérens , qu'il n'agiffoit que pour s'oppofer
à certains projets dangereux de la faction
de Paoli. Ce dernier qui avoit des forces fupérieures
à celles de fon adverfaire , l'a défait près
d'Aleria , & l'a contraint de s'y réfugier avec les
débris de fes troupes. Mattra a reclamé la protection
du Marquis Jofeph Doria , offrant de rentrer
lui & fes partifans dans l'obéiffance , & de
défendre Aleria pour la République . Afin d'ôter
toute défiance , il a fait conduire ici dans une barque
fa femme & fes enfans pour gages de fa foumiflion
& de fa fidélité . On lui a envoyé des munitions
de guerre & de bouche. Selon les dernieres
nouvelles , Paoli marche avec un fort détachement
pour l'attaquer. Les Rebelles , voulant
intimider ceux que l'exemple de Mattra pourroit
entraîner , l'ont déclaré traître à la patrie , ainfi
que Cotoni , Paganelli & les Santucci. Les Maifons
de ces cinq chefs viennent d'être brulées ,
leurs biens ont été abandonnés au pillage , &
leurs têtes font miſes à prix. Paoli a fait en même
tems publier une amniftie pour tous les autres
Corfes qui ont pris les armes contre lui , & qui
iront le rejoindre dans un tems marqué.
DE TURIN , le 20 Septembre.
Le Comte de Noailles , Ambaffadeur extraor
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
dinaire du Roi de France , eut le 6 de ce mois
fon audience du Roi. Il y fut conduit dans un des
carroffes de Sa Majefté par le Comte de la Roque
, Chevalier de l'Ordre de l'Annonciade . Le
carroffe du Roi fut précédé d'uncarroffe du Comte
de la Roque , où le Grand Maître des cérémonies
étoit avec deux Gentilshommes , & fuivi d'un carroffe
du Chevalier Chauvelin , Ambaſſadeur ordinaire
de Sa Majesté Très - Chrétienne , où étoient
deux Gentilshommes du Comte de Noailles. En
arrivant au palais , le Comte de Noailles trouva
la garde fous les armes , qui rappella. Les Gardes
de la porte , les Cent Suiffes , & dans les appartemens
les Gardes du Corps , étoient pareillement
fous les armes. A la defcente du carroffe on conduifit
le Comte de Noailles à la Salle des Ambaffadeurs.
Quelques minutes après on vint l'y prendre
pour le faire monter chez le Roi . Il y fut
introduit par le Comte de la Roque & par le
Grand Maître des cérémonies , qui fe retirerent
auffi-tôt après qu'il fut entré. Le Roi étoit feul
avec le Chevalier Offorio , Miniftre chargé du
département des affaires étrangeres . Après cette
audience , le Comte de Noailles fut conduit à
celles du Duc de Savoye & de toute la Famille
royale. Il fut enfuite reconduit chez lui avec les
mêmes cérémonies .
Aujourd'hui le Comte de Noailles a eu les audiences
de congé du Roi & de la Famille royale.
Ce Seigneur emporte avec lui l'eftime générale.
Il part après-demain pour fe rendre à Parme . En
repaffant ici , il fera encore fa cour à Sa Majesté,
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Résumé : ITALIE.
Le 16 septembre à Naples, deux galères royales, la Saint-Antoine et la Saint-Janvier, ont débarqué un régiment à Trapani. Les matelots ayant quitté les navires, les Turcs enchaînés sur la Saint-Antoine se sont révoltés et ont pris le contrôle du bâtiment. Les forçats de la Saint-Janvier ont imité cet exemple, permettant aux esclaves révoltés de s'échapper avec les deux galères. Un navire maltais a signalé que les forçats avaient conduit les galères à Porto-Farina, dans le Royaume de Tunis. En réponse, le Commandeur Martinez a navigué avec deux vaisseaux de guerre et quatre chabecs pour récupérer ou détruire les galères. À Rome, l'Électeur de Cologne est arrivé le 24 septembre et a été logé au palais Nunez. Le pape a approuvé la création de la Congrégation de Saint Jean-Baptiste, dédiée à la conversion des infidèles, et a autorisé l'exportation de grains en raison d'une récolte abondante. À Gênes, un ouragan a endommagé un bâtiment anglais et deux barques napolitaines. En Corse, Pascal Paoli a été nommé général en chef des rebelles, suscitant la jalousie de Mattra. Ce dernier, soutenu par Cotoni, Paganelli et les Santucci, a été défait par Paoli près d'Aleria. Mattra a demandé la protection du Marquis Joseph Doria et a envoyé sa famille en gage de fidélité. Paoli a publié une amnistie pour les rebelles qui se rendraient. À Turin, le Comte de Noailles, ambassadeur extraordinaire du roi de France, a eu son audience avec le roi de Sardaigne le 6 septembre. Il a été reconduit avec les mêmes cérémonies lors de son audience de congé et partira pour Parme.
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10130
p. 225
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Il n'y aura rien de décidé avant l'ouverture du Parlement sur [...]
Mots clefs :
Londres, Parlement, Destitutions, Régiments, Prince héréditaire du Maroc, Menace
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texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE - BRETAGNE.
DE LONDRES , le 9 Octobre.
Il n'y aura rien de décidé avant l'ouverture du
Parlement fur le parti que le Gouvernement pren
dra par rapport à fes différends avec la France.
Le Chevalier Robinfon s'étant démis de la
charge de Secrétaire d'Etat , le Roi en à difpofé
en faveur du fieur Fox , Secrétaire de la guerre.
Ces jours - ci , le Comte de Colloredo & le Knés
Galliczin , Envoyés extraordinaires des Cours de
Vienne & de Petersbourg , ont eu quelques conférences
avec les Miniftres de Sa Majesté.
Tous les Officiers des Régimens qui font en
Angleterre , ont ordre de rejoindre au plutôt leurs
Corps. Les penfionnaires externes de l'hôpital de
Chelſea en état de fervir , feront envoyés en garnifon
dans les places le long des côtes . On y fera
marcher auffi quelques nouvelles troupes. Le
Gouvernement fe propofe d'augmenter de deux
Compagnies plufieurs des Régimens d'Infanterie ,
& d'ajouter quinze hommes à chaque Escadron
des Régimens de Dragons.
Selon des avis reçus d'Afrique , le Prince héré
ditaire de Maroc marchoit à la tête de quarante
mille hommes pour réduire fous fon obéiffance les
villes de Salé , de Tétuan & de Tanger. Ce Prince
paroît être dans le deffein de chaffer les Anglois
de tout le pays où il commande .Il a fait expirer fous
la baftonnide un Gentilhomme de cette nation ,
nommé Montenai . Dès que le chef d'Efcadre Edgecumbe
en a été informé , il a envoyé un vaiffeau
de guerre à Tétuan , pour en retirer le fieur
Pettigrew qui y réfide en qualité de Conful de la
Grande- Bretagne.
DE LONDRES , le 9 Octobre.
Il n'y aura rien de décidé avant l'ouverture du
Parlement fur le parti que le Gouvernement pren
dra par rapport à fes différends avec la France.
Le Chevalier Robinfon s'étant démis de la
charge de Secrétaire d'Etat , le Roi en à difpofé
en faveur du fieur Fox , Secrétaire de la guerre.
Ces jours - ci , le Comte de Colloredo & le Knés
Galliczin , Envoyés extraordinaires des Cours de
Vienne & de Petersbourg , ont eu quelques conférences
avec les Miniftres de Sa Majesté.
Tous les Officiers des Régimens qui font en
Angleterre , ont ordre de rejoindre au plutôt leurs
Corps. Les penfionnaires externes de l'hôpital de
Chelſea en état de fervir , feront envoyés en garnifon
dans les places le long des côtes . On y fera
marcher auffi quelques nouvelles troupes. Le
Gouvernement fe propofe d'augmenter de deux
Compagnies plufieurs des Régimens d'Infanterie ,
& d'ajouter quinze hommes à chaque Escadron
des Régimens de Dragons.
Selon des avis reçus d'Afrique , le Prince héré
ditaire de Maroc marchoit à la tête de quarante
mille hommes pour réduire fous fon obéiffance les
villes de Salé , de Tétuan & de Tanger. Ce Prince
paroît être dans le deffein de chaffer les Anglois
de tout le pays où il commande .Il a fait expirer fous
la baftonnide un Gentilhomme de cette nation ,
nommé Montenai . Dès que le chef d'Efcadre Edgecumbe
en a été informé , il a envoyé un vaiffeau
de guerre à Tétuan , pour en retirer le fieur
Pettigrew qui y réfide en qualité de Conful de la
Grande- Bretagne.
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Résumé : GRANDE-BRETAGNE.
Le 9 octobre à Londres, aucune décision n'est prise concernant les différends avec la France avant l'ouverture du Parlement. Le chevalier Robinfon démissionne de son poste de Secrétaire d'État, remplacé par le sieur Fox, Secrétaire de la guerre. Le comte de Colloredo et le prince Galliczin, envoyés des cours de Vienne et de Petersbourg, ont des conférences avec les ministres britanniques. Les officiers des régiments en Angleterre reçoivent l'ordre de rejoindre leurs corps. Les pensionnaires externes de l'hôpital de Chelsea en état de servir seront envoyés en garnison le long des côtes, accompagnés de nouvelles troupes. Le gouvernement prévoit d'augmenter plusieurs régiments d'infanterie de deux compagnies et d'ajouter quinze hommes à chaque escadron des régiments de dragons. Au Maroc, le prince héritier marche à la tête de quarante mille hommes pour soumettre les villes de Salé, Tétuan et Tanger, cherchant à chasser les Anglais du pays. Il a fait exécuter un gentilhomme anglais nommé Montenai. Informé, le chef d'escadre Edgecumbe envoie un vaisseau de guerre à Tétuan pour retirer le sieur Pettigrew, consul de Grande-Bretagne.
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10131
p. 226-228
« Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...] »
Début :
Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Chevalier, Directeur des monnaies, Arrêt du Conseil d'État, Parlement, Louis-Auguste de Bourbon, Offices des chancelleries, Nominations, Académie royale des sciences, Magistrats, Décès, Famille royale
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texteReconnaissance textuelle : « Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...] »
E Comte Dubois de la Mothe , chef d'Eſcadre
7
rent le 25 d'Août avec les vaiffeaux l'Entrepre→
nant , l'Algonkin , l'Actif, l'Illuftre l'Opiniâtre ,
le Léopard & l'Apollon , eft entré avec quatre de
ces vaiffeaux le 21 Septembre à Breft , les trois
autres y font arrivés quelques jours après.
Le Roi a nommé le Chevalier de Crefnay Vice
-Amiral de France , le Marquis de la Galiffonniere
& le Comte Dubois de la Mothe Lieutenans-
Généraux de fes armées navales ; & M. de la
Clue , le Chevalier de Beauffremont & le Marquis
du Quefne , chefs d'Efcadre.
Sa Majesté a auffi donné la grande Croix de
P'Ordre de Saint Louis au Chevalier de Crefnay ,
& a fait Commandeur de cet Ordre M. Perrier
l'aîné , chef d'Eſcadre des armées navales.
Depuis le premier Septembre , il eft ordonné
aux Directeurs des Monnoies , par un Arrêt du
Confeil d'Etat , de payer , tant aux changeurs
qu'aux commerçans , huir deniers pour livre audelà
du prix fixé par les tarifs , fur toutes les efpeces
& matieres d'or & d'argent qu'on portera aux
Hôtels des Monnoies , à quelques fommes que
puiffent monter lefdites efpeces & matieres.
M. Moreau de Sechelles , Miniftre d'Etat , &
Controlleur Général des Finances , a été nommé
honoraire de l'Académie royale des Sciences .
Le 22 Septembre , l'Académie Françoiſe élut
P'Abbé de Boifmont pour remplir la place vacante
NOVEMBRE. 1755. 227
dans cette Compagnie par la mort de l'ancien
Evêque de Mirepoix.
Le nommé Jacques Bats , dit Moncrabeau , eft
mort dans la Paroiffe de Lauffignan , Sénéchauf
fée de Nerac , âgé de cent douze ans.
Monfeigneur le Dauphin arriva à Fontainebleau
, de Verfailles le 26 Septembre fur les fept
heures du foir.
Le même jour , les Députés du Parlement eurent
audience du Roi. Ils furent préſentés à Sa
Majefté par le Comte d'Argenfon , Miniftre &
Secrétaire d'Etat . La députation étoit compofée
de M.de Maupeou , premier Préfident , qui porta
la parole , & des Préfidens Molé & de Novion.
Louis - Augufte de Bourbon , Prince Souverain
de Dombes , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de fes armées , Colonel - Général
des Suiffes & Grifons , Général des Carabiniers
, Gouverneur & Lieutenant- Général pour Sa
Majefté dans les provinces de haut & bas Languedoc
, mourut à Fontainebleau la nuit du
trente Septembre au premier Octobre entre mi.
nuit & une heure du matin . Ce Prince étoit âgé
de cinquante-cinq ans fix mois & vingt- fix jours ,
étant né le 4 Mars 1700. Il étoit fils de Louis-
Augufte de Bourbon , Duc du Maine , Prince légitimé
de France , Prince Souverain de Dombes ,
Comte d'Eu , Duc d'Aumale , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant- Général des Armées de
Sa Majefté , Gouverneur des provinces de haut &
bas Languedoc , Grand Maître de l'Artillerie de
France , Colonel- Général des Suiffes & Grifons ,
& Général des Carabiniers , mort le 14 Mai 1736 ;
& de Louife- Bénédicte de Bourbon- Condé , Princeffe
du Sang , morte le 23 Janvier 1753.
La nommée Hyppolite le Tullier , yeuve de
K vj
228 MERCURE DE FRANCE:
Guillaume du Hamel qu'elle avoit épousé en fea
condes nôces , eft morte le 19 Septembre , dans
la Paroiffe de Riville , Diocèfe de Rouen , âgée
de cent huit ans . Elle n'avoit eu pendant le cours
de fa vie aucune infirmité. Son fecond mari étoit
dans la cent deuxieme année de fon âge , lorfque
la mort l'enleva. Ils avoient vêcu enſemble foixante
ans.
La Reine & Mefdames de France arriverent de
Fontainebleau à Verſailles le 13 Octobre au foir.
Le Roi revint le 17.
Par Edit du mois de Décembre 1743 , Sa Majefté
avoit fixé à cent dix mille livres la finance
de chacun des Offices des Confeillers - Secrétaires
du Roi , Maiſon & Couronne de France , de la
grande Chancellerie. Mais le prix auquel les attributions
attachées à ces Offices les font monter
de jour en jour , faifant connoître que ladite finance
n'eft nullement proportionnée à leur valeur.
Sa Majesté a réfolu de l'augmenter de quarante
mille livres , pour , avec la fomme ci -deffus
de cent dix mille livres , former la fomme de
cinquante mille écus .
A l'égard des Offices des Chancelleries près les
Parlemens & les Confeils Supérieurs des Provinces
du Royaume , le Roi fixe la finance des Gardes
des Sceaux , des Audienciers , des Controlleurs
& des Payeurs des Gages , à foixante - cinq mille
livres ; & celle des Confeillers- Secrétaires , à cinquante
- cinq mille.
7
rent le 25 d'Août avec les vaiffeaux l'Entrepre→
nant , l'Algonkin , l'Actif, l'Illuftre l'Opiniâtre ,
le Léopard & l'Apollon , eft entré avec quatre de
ces vaiffeaux le 21 Septembre à Breft , les trois
autres y font arrivés quelques jours après.
Le Roi a nommé le Chevalier de Crefnay Vice
-Amiral de France , le Marquis de la Galiffonniere
& le Comte Dubois de la Mothe Lieutenans-
Généraux de fes armées navales ; & M. de la
Clue , le Chevalier de Beauffremont & le Marquis
du Quefne , chefs d'Efcadre.
Sa Majesté a auffi donné la grande Croix de
P'Ordre de Saint Louis au Chevalier de Crefnay ,
& a fait Commandeur de cet Ordre M. Perrier
l'aîné , chef d'Eſcadre des armées navales.
Depuis le premier Septembre , il eft ordonné
aux Directeurs des Monnoies , par un Arrêt du
Confeil d'Etat , de payer , tant aux changeurs
qu'aux commerçans , huir deniers pour livre audelà
du prix fixé par les tarifs , fur toutes les efpeces
& matieres d'or & d'argent qu'on portera aux
Hôtels des Monnoies , à quelques fommes que
puiffent monter lefdites efpeces & matieres.
M. Moreau de Sechelles , Miniftre d'Etat , &
Controlleur Général des Finances , a été nommé
honoraire de l'Académie royale des Sciences .
Le 22 Septembre , l'Académie Françoiſe élut
P'Abbé de Boifmont pour remplir la place vacante
NOVEMBRE. 1755. 227
dans cette Compagnie par la mort de l'ancien
Evêque de Mirepoix.
Le nommé Jacques Bats , dit Moncrabeau , eft
mort dans la Paroiffe de Lauffignan , Sénéchauf
fée de Nerac , âgé de cent douze ans.
Monfeigneur le Dauphin arriva à Fontainebleau
, de Verfailles le 26 Septembre fur les fept
heures du foir.
Le même jour , les Députés du Parlement eurent
audience du Roi. Ils furent préſentés à Sa
Majefté par le Comte d'Argenfon , Miniftre &
Secrétaire d'Etat . La députation étoit compofée
de M.de Maupeou , premier Préfident , qui porta
la parole , & des Préfidens Molé & de Novion.
Louis - Augufte de Bourbon , Prince Souverain
de Dombes , Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant-
Général de fes armées , Colonel - Général
des Suiffes & Grifons , Général des Carabiniers
, Gouverneur & Lieutenant- Général pour Sa
Majefté dans les provinces de haut & bas Languedoc
, mourut à Fontainebleau la nuit du
trente Septembre au premier Octobre entre mi.
nuit & une heure du matin . Ce Prince étoit âgé
de cinquante-cinq ans fix mois & vingt- fix jours ,
étant né le 4 Mars 1700. Il étoit fils de Louis-
Augufte de Bourbon , Duc du Maine , Prince légitimé
de France , Prince Souverain de Dombes ,
Comte d'Eu , Duc d'Aumale , Chevalier des Ordres
du Roi , Lieutenant- Général des Armées de
Sa Majefté , Gouverneur des provinces de haut &
bas Languedoc , Grand Maître de l'Artillerie de
France , Colonel- Général des Suiffes & Grifons ,
& Général des Carabiniers , mort le 14 Mai 1736 ;
& de Louife- Bénédicte de Bourbon- Condé , Princeffe
du Sang , morte le 23 Janvier 1753.
La nommée Hyppolite le Tullier , yeuve de
K vj
228 MERCURE DE FRANCE:
Guillaume du Hamel qu'elle avoit épousé en fea
condes nôces , eft morte le 19 Septembre , dans
la Paroiffe de Riville , Diocèfe de Rouen , âgée
de cent huit ans . Elle n'avoit eu pendant le cours
de fa vie aucune infirmité. Son fecond mari étoit
dans la cent deuxieme année de fon âge , lorfque
la mort l'enleva. Ils avoient vêcu enſemble foixante
ans.
La Reine & Mefdames de France arriverent de
Fontainebleau à Verſailles le 13 Octobre au foir.
Le Roi revint le 17.
Par Edit du mois de Décembre 1743 , Sa Majefté
avoit fixé à cent dix mille livres la finance
de chacun des Offices des Confeillers - Secrétaires
du Roi , Maiſon & Couronne de France , de la
grande Chancellerie. Mais le prix auquel les attributions
attachées à ces Offices les font monter
de jour en jour , faifant connoître que ladite finance
n'eft nullement proportionnée à leur valeur.
Sa Majesté a réfolu de l'augmenter de quarante
mille livres , pour , avec la fomme ci -deffus
de cent dix mille livres , former la fomme de
cinquante mille écus .
A l'égard des Offices des Chancelleries près les
Parlemens & les Confeils Supérieurs des Provinces
du Royaume , le Roi fixe la finance des Gardes
des Sceaux , des Audienciers , des Controlleurs
& des Payeurs des Gages , à foixante - cinq mille
livres ; & celle des Confeillers- Secrétaires , à cinquante
- cinq mille.
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Résumé : « Le Comte Dubois de la Mothe, chef d'Escadre des armées [...] »
En août 1755, le Comte Dubois de la Mothe, chef d'escadre, revint avec plusieurs vaisseaux, dont l'Entreprenant, l'Algonkin, l'Actif, l'Illustre, l'Opiniâtre, le Léopard et l'Apollon. Quatre de ces vaisseaux arrivèrent à Brest le 21 septembre, les trois autres quelques jours plus tard. Le Roi nomma le Chevalier de Crefnay Vice-Amiral de France, le Marquis de la Galissonnière et le Comte Dubois de la Mothe Lieutenants-Généraux des armées navales, et M. de la Clue, le Chevalier de Beauffremont et le Marquis du Quesne chefs d'escadre. Le Chevalier de Crefnay reçut la grande Croix de l'Ordre de Saint Louis, et M. Perrier l'aîné, chef d'escadre, fut fait Commandeur de cet Ordre. Un arrêté du Conseil d'État ordonna aux Directeurs des Monnoies de payer huit deniers pour livre au-delà du prix fixé par les tarifs pour toutes les espèces et matières d'or et d'argent portées aux Hôtels des Monnoies. M. Moreau de Séchelles, Ministre d'État et Contrôleur Général des Finances, fut nommé honoraire de l'Académie royale des Sciences. L'Académie Française élut l'Abbé de Boisfont pour remplacer l'ancien Évêque de Mirepoix. Jacques Bats, dit Moncrabeau, mourut à l'âge de cent douze ans dans la paroisse de Laussignan. Le Dauphin arriva à Fontainebleau le 26 septembre, et les Députés du Parlement eurent audience du Roi le même jour. Louis-Auguste de Bourbon, Prince Souverain de Dombes, mourut à Fontainebleau la nuit du 30 septembre au 1er octobre à l'âge de cinquante-cinq ans. Hyppolite le Tullier, veuve de Guillaume du Hamel, mourut à l'âge de cent huit ans dans la paroisse de Riville. La Reine et Mesdames de France arrivèrent à Versailles le 13 octobre, et le Roi y revint le 17. Un édit de décembre 1743 fixait la finance des Offices des Conseillers-Secrétaires du Roi à cent dix mille livres. En 1755, le Roi décida d'augmenter cette somme de quarante mille livres, portant ainsi la finance à cent cinquante mille livres. Pour les Offices des Chancelleries près les Parlements et les Conseils Supérieurs des Provinces, la finance des Gardes des Sceaux, des Audienciers, des Contrôleurs et des Payeurs des Gages fut fixée à soixante-cinq mille livres, et celle des Conseillers-Secrétaires à cinquante-cinq mille livres.
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10132
p. 228-229
BENEFICES DONNÉS.
Début :
Sa Majesté a accordé l'Abbaye Sécularisée de Saint Gilles, Diocèse [...]
Mots clefs :
Sa Majesté, Diocèses, Abbaye, Ordre religieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : BENEFICES DONNÉS.
BENEFICES DONNÉS.
A Majefté a accordé l'Abbaye Sécularifée de
Saint Gilles , Diocèfe de Nifines , à l'Abbé de
Coriolis , ancien Agent général du Clergé ; celle
NOVEMBRE. 1755. 229
de Mores , Ordre de Câteaux , Diocèse de Langres
, à l'Abbé d'Hélyot , Chapelain ordinaire de
Madame la Dauphine ; l'Abbaye Réguliere &
Elective de Saint Auguftin , Ordre de Prémontré ,
à Dom Charles Marche ; & celle de Saint Airy
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Verdun ,
Dom Urbain Seguin.
A Majefté a accordé l'Abbaye Sécularifée de
Saint Gilles , Diocèfe de Nifines , à l'Abbé de
Coriolis , ancien Agent général du Clergé ; celle
NOVEMBRE. 1755. 229
de Mores , Ordre de Câteaux , Diocèse de Langres
, à l'Abbé d'Hélyot , Chapelain ordinaire de
Madame la Dauphine ; l'Abbaye Réguliere &
Elective de Saint Auguftin , Ordre de Prémontré ,
à Dom Charles Marche ; & celle de Saint Airy
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Verdun ,
Dom Urbain Seguin.
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10133
p. 229-236
MARIAGES ET MORTS.
Début :
Louis-Hubert, Comte de Champagne & de la Roussiere, veuf de Dame [...]
Mots clefs :
Mariages, Morts, Comte de la Suze, Comte de Champagne, Louise Julie Sylvie de Maridort, Magdeleine Françoise de Champagne, Seigneur, Marquis, Louis de Champagne, Evêque de Dijon
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MARIAGES ET MORTS.
MARIAGES ET MORTS.
Louis-Hubert ,
Ouis- Hubert , Comte de Champagne & de la
Rouffiere, veufde Dame Bonne -Judith de Lopriac
de Donges , époufa le 24 Juin Dlle Louife- Julie-
Sylvie de Maridort, fille de Meffire Charles - Louis-
Augufte , Comte de Maridort , Baron du Bourgle-
Roi , Grand Sénéchal de la Province du Maine ;
& de Dame Julie -Hortenfe Colbert de Linieres ,
fille de Louis Comte de Linieres , & de Marie-
Louiſe du Bouchet de Sourches .
La Maiſon du Comte de Champagne eft contée
à jufte titre parmi les plus illuftres du Royaume
, tant par l'ancienneté de fon origine que par
le luftre de fes alliances & de fes dignités. Elle
eft fortie de la Maifon de Mathefelon , connue
dès le onzième fiécle , auquel vivoit Hubert , Seigneur
de Mathefelon & de Duretal . Il reçut cette
derniere Seigneurie l'an 1059 , de la libéralté de
Geoffroi Martel , Comte d'Anjou , qui dans l'Acte
de donation le qualifie fon coulin . Hugues
Seigneur de Mathefelon & de Duretal , fon fils
époufa Jeanne de Sablé , & fut pere de Thibaud
& de Brandelis de Mathefelon. Thibaud continua
la branche de Mathefelon , & Brandelis ayant
eu en partage la Seigneurie de Champagne de
Parcé au Maine , il prit ce dernier nom & le
ds
230 MERCURE DE FRANCE.
tranfmit à fa poftérité . De Brandelis qui vivoit
fous le regne de S. Louis , defcendoit au feptiéme
dégré , Baudouin de Champagne , Seigneur de la
Suze au Maine , Confeiller Chambellan des Rois
Louis XII & François I , pere de Nicolas de
Champagne , créé Comte de la Suze en 1566 ,
tué à la bataille de S. Denis l'année fuivante. Il
avoit épousé Françoife de Laval -Loué ; & de ce
mariage fortirent Louis de Champagne , Comte
de la Suze , & Brandelis , Marquis de Villaines ,
qui furent tous deux Chevaliers des ordres du Roi,
& formerent les deux branches de la Suze & de
Villaines.
Louis de Champagne , Comte de la Suze , fut
Confeiller d'Etat , Capitaine de cinquante hommes
d'armes , reçu Chevalier des ordres du Roi
dans la promotion de 1585 , & mourut à la ba→
taille de Coutras en 1 587. Il avoit époufé , par
contrat du 2 Mars 1572 , Magdeleine de Melun ,
fille de Charles , Seigneur de Normanville , de
laquelle il laila Louis de Champagne , 11 du
nom , Comte de la Suze , Maréchal de camp ès
armées du Roi , mort en 1636 , laiffant de fa
femme Charlotte de Roye de la Rochefoucauld ,
fille de Charles Comte de Rouci , entr'autres enfans
Gafpard de Champagne , Comte de la Suze .
allié à Henriette de Coligny , de laquelle il
fut féparé. 2 ° . A Louife de Clermont- Gallerande.
De ce cernier mariage nâquit Thibaut de
Champagne , Comte de la Suze , mort fans pofté
rité ; & trois filles dont la cadette Magdeleine-
Françoife de Champagne la Suze , étoit mere de
Louis- Hubert Comte de Champagne.
Brandelis de Champagne , Marquis de Villaines
, fecond fils de Nicolas Comte de la Suze
fut Confeiller d'Etat , & Capitaine de cinquante
NOVEMBRE. 1755. 231
hommes d'armes des Ordonnances du Roi , &
honoré en 1599 du collier des Ordres de Sa Majefté
. Il épousa Anne de Fefchal , Dame de Tucé ,
de laquelle il eut Hubert de Champagne , Marquis
de Villaines , marié 1. à Louiſe d'Arconna. 2°.
Par contrat du 29 Décembre 1644 à Catherine
Fouquet de la Varenne , fille de René , Marquis
de laVarenne , & de Jeanne de Girard de la Rouffiere.
Du premier lit vint Louife-Marie de Champagne
, femme de Claude de Talaru , Marquis
de Chalmazel , dont deſcend le Chevalier des Or
dres. Du fecond lit il laiffa deux garçons , René-
Brandelis , & Hubert - Jerôme de Champagne.
René-Brandelis de Champagne , Marquis deVillaines
& de la Varenne , mort le s Avril 1723 ,
n'ayant laiffé de fon mariage avec Catherine-
Thérefe le Royer que deux filles , dont la feconde
nommée Catherine de Champagne qui avoit été
mariée en 17394 Louis- Céfar ( le Tellier ) Comte
d'Eftrées , eft morte fans enfans le 19 Juillet 1742.
Sa foeur aînée , Marie de Champagne , a épousé
le 30 Avril 1732 , Céfar.Gabriel de Choifeul ,
Comte de Chevigni & de la Riviere , dont font
nés un fils & une fille.
Hubert - Jérôme de Champagne , Comte de
Villaines , frere cadet de René- Brandelis , avoit
épousé en 1700 , Magdeleine- Françoife de Champagne-
la-Suze , fille de Gafpard de Champagne ,
Comte de la Suze , & de Louife de Clermont- Gallerande.
Il eft pere de Louis-Hubert , Comte de
Champagne , qui donne lieu à cet article.
Quant à la famille du Comte de Maridort qui
porte pour armes d'azur , à 3 gerbes d'or , elle eft
connue dans le Maine parmi les plus nobles de
cette province depuis près de 400 ans. Jacques de
Maridor qui vivoit au commencement du quin-
{
232 MERCURE DE FRANCE.
zieme fiecle , fut feigneur des terres des Epinays
& de la Freflonniere , du chef de fa femme Françoile
Bocquet. Son fils Jacques de Maridort II . du
nom , feigneur de la Freflonniere , fut pere de
Jacques III. feigneur de la Freflonniere , allié avec
Laurette de Coainon , dame de S. Ouen , fille du ~
feigneur de la Roche-Coainon. De ce mariage
fortit Jean de Maridort , Seigneur de la Freflonniere
, de S. Ouen & de Château - Sénéchal , marié
en 15-10 à Marguerite de Maulay , dame de
Bretefin en Anjou, & de l'Artuzier, fille unique de
Foulques de Maulay & de Jeanne Lenfant de Varennes.
Il en eut Jacqueline de Maridort , alliée à
Guy d'Aflé , feigneur de Montfaucon & de l'Efpinay,
& deux fils qui eurent poftérité : fçavoir , Guillaume
& Hercules. L'aîné , feigneur châtelain de
Vaulx , époufa Renée de Mauny , dame de Verron,
de Vaulx , Courchardie dans le Maine & l'Anjou ,
fille de Pierre de Mauny, feigneur de S. Aiguan , &
de Françoile de Beaumanoir. Il eut de ce mariage
trois enfans : 1 °. Olivier, qui fuit ; 2 °. Radegonde,
mariée à Louis Frefneau , feigneur d'Aviré & de
Créance ; 3 °. Magdeleine de Maridort , alliée en
1561. à Joachim de Caradreux , Vicomte de Neuville,
fire de Chaftenay . Olivier de Maridort , feigneur
de la Freflonniere & de Vaulx , époufa en
1552 , Anne de Matignon , Dame d'honneur de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre , foeur du Maréchal
de Matignon , & fille de Jacques , Comte
de Matignon , & de Françoise de Silly. De cette
alliance il n'eut que trois filles : fçavoir , 1 ° . Françoiſe
de Maridort , Dame de la Freflonniere , mariée
en premieres nôces à Jean de Coefme , Baron
de Lucé- Bonneftable ; duquel elle n'eut point d'enfans
, & en fecondes nôces à Charles de Chambes ,
Comte de Montforcau , Marquis d'Avoir . 2°. AnNOVEMBRE.
1755. 233
I
he de Maridort , qui époufa Antoine de Longueval
, feigneur de Haraucourt . 3º. Philippe de Maridort
alliée à Yves de Lifcouet , feigneur de Lifcouet
& du Bois de la Roche.
Hercules de Maridort , par lequel la postérité
s'eft continuée jufqu'à préfent , fut feigneur de
S. Ouen , Bourg-le- Roi , Doucet , du Breuil , de
Mélangé & les Garnifons , du chef de fa femme ,
Guillelmine de Mauny , qu'il avoit épousée le dernier
Février 1532. Elle étoit niéce de Renée de
Mauny , femme de fon frere , & fille de François
de Mauny & d'Hélène de Villeblanche . Leur fils
Jean de Maridort , feigneur de S. Ouen , Bourgle-
Roi , Doucet , &c . fut marié par contrat du
19 Octobre 1566. à Claude de Tillon , Dame de
Groflé , fille d'Urbain de Tillon , feigneur de Sacé ,
& de Charlotte de Villeblanche . Il en eut David ,
qui fuit , & Jean de Maridort, feigneur du Bourgle-
Roi , Gentilhomme ordinaire de la chambre du
Roi , & Confeiller d'Etat , mort fans enfans de fes
deux femmes Hélene le Grand, & Barbe de S.Denis.
David de Maridort , feigneur de S. Ouen , &c.
décédé le 27 Septembre 1606. avoit épousé le s
Juin 1583 , Germaine de Riant , fille de Gilles de
Riant , Préfident du Parlement de Paris & de Magdeleine
Formel . Leur fils , Gilles de Maridor , feigneur
châtelain de S. Ouen , &c fut Centilhomme
ordinaire de la chambre du Roi , & marié le 13
Octobre 1613 , à Françoife de Vignolles , fille de
Pompée de Vignolles, Ecuyer, Seigneur de la Roche
& du Boudin, & de Louife de Lude. De ce mariage,
fortirent, 1 °. Louis, qui-fuit , 2º. Pompée qui a laiffé
postérité, & Marie de Maridort , femme de Charles
des Guets , feigneur de la Pinardiere.
Louis de Maridort, feigneur châtelain de Saint-
Quen , du Bourg- le-Roi , &c. fe maria en 1663 à
234 MERCURE DE FRANCE.
Sufanne de Crocelai , fille de Michel , feigneur de
Crocelai en Bretagne, & d'Anne Bitaud. De ce mariage
fortit , Louis - Charles de Maridor , feigneur
du Bourg- le- Roi , qui n'ayant point eu d'enfans
de fa femme N. de Riant , fe remaria en 1703. à
Elifabeth-Louife- Charlotte de Perochelle , fille
de Charles - François de Perochelle , feigneur de
Grandchamp , & de Marie- Françoife de Fontenay,
il eft pere de Charles- Louis - Augufte , Comte de
Maridort , & ayeul de Louife -Julie- Sylvie de Maridort
, Comteffe de Champagne.
René-Mans , Sire de Froullay , Comte de Teffé,
Marquis de Lavardin , Baron d'Ambriere , Comte
de Verny , de Froullay , &c , Grand d'Espagne, de
la premiere claffe , Lieutenant-Général pour le
Roi dans les provinces du Maine & du Perche ,
ainfi que dans le Comté de Laval , premier Ecuyer
de la Reine , & Colonel du régiment des Cravates
, fut marié le 26 Juin , dans l'Eglife paroiffiale
de S. Roch , à Adrienne - Catherine de
Noailles , fille de Louis de Noailles , Duc d'Ayen ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant - Général
des armées de Sa Majefté , Capitaine de la
Compagnie Ecofloife des Gardes du Corps ;
Gouverneur de la province de Rouffillon en
furvivance du Maréchal Duc de Noailles , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint Germain-
en- Laye; & de Catherine-Françoiſe - Charlotte
de Coffé - Briffac . La bénédiction nuptiale
leur a été donnée par le Curé de la paroiffe. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 du même
mois par leurs Majeftés & par la Famille royale .
Le Comte de Teffé eft fils de feu René- Mans , Sire
de Froullay , Marquis de Teffé , Grand d'Efpagne
, de la premiere claffe , Brigadier , Colonel
NOVEMBRE. 1755
235
Lieutenant du Régiment de la Reine- Infanterie,
& fon premier Ecuyer ; & de Marie - Charlotte
de Bethune- Charoft .
·
Le 16 Octobre fut célébré par l'Evêque de
Lefcars , dans la Chapelle de l'hôtel de Rothelin ,
rue du Cherche - midi , le mariage entre Meffire
Pons Fréderic de Pierre Chevalier , Seigneur
des Ports en Languedoc , Comte de Bernis , aîné
de la Maifon de Pierre ( en latin Petri ) connue
dès le onzieme fiecle ; fils de feu Meffire André de
Pierre, Chevalier , Seigneur des Ports , & de Dame
Anne- Therefe de Nigry , iffue d'une ancienne &
illuftre race.
Et Damoifelle-Marie- Helene-Elizabeth- Hyacinthe
de Narbonne- Pelet , fille de Meffire Clau
de de Narbonne- Pelet , Chevalier , Seigneur de
Verbron , Salgas , Rouffes , la Carriere , Montaigu
, & autres places ; chef de la quatrieme branche
de la Maifon de Narbonne-Pelet , laquelle
rapporte fon origine aux anciens Vicomtes de
Narbonne ; & de Dame Françoife - Heléne de Pierre
de Bernis , foeur du Marquis de ce nom , & de
l'Abbé de Bernis , Comte de Lyon , Ambaſſadeur
extraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
Roi à la Cour d'Espagne .
En faveur de ce mariage , le Roi a accordé au
Comte de Bernis un bon pour avoir un Régiment.
à fon tour.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des camps & armées du
Roi , & ci-devant Meftre de camp - Lieutenant .
du Régiment des Cuiraffers , mourut à Paris le
17 Juin , âgé de foixante- quatre ans.
Meffire Louis-Antoine de la Roche- Fontenille ,
Marquis de Rambures , auffi Maréchal de camp ,
236 MERCURE DE FRANCE:
eft mort à Paris dans le même mois , dans fa
cinquante-neuvieme année
Meffire Claude Bouhier , Evêque de Dijon , Abbé
de l'Abbaye de Fontaine- Daniel , Ordre de Cîteaux
, Diocèle du Mans , & Prieur de Pontarlier ,
Ordre du Val des Ecoliers , Diocèſe de Langres ,
mourut à Dijon le 21 Juin , dans fa foixante- onzieme
année.
Louis-Hubert ,
Ouis- Hubert , Comte de Champagne & de la
Rouffiere, veufde Dame Bonne -Judith de Lopriac
de Donges , époufa le 24 Juin Dlle Louife- Julie-
Sylvie de Maridort, fille de Meffire Charles - Louis-
Augufte , Comte de Maridort , Baron du Bourgle-
Roi , Grand Sénéchal de la Province du Maine ;
& de Dame Julie -Hortenfe Colbert de Linieres ,
fille de Louis Comte de Linieres , & de Marie-
Louiſe du Bouchet de Sourches .
La Maiſon du Comte de Champagne eft contée
à jufte titre parmi les plus illuftres du Royaume
, tant par l'ancienneté de fon origine que par
le luftre de fes alliances & de fes dignités. Elle
eft fortie de la Maifon de Mathefelon , connue
dès le onzième fiécle , auquel vivoit Hubert , Seigneur
de Mathefelon & de Duretal . Il reçut cette
derniere Seigneurie l'an 1059 , de la libéralté de
Geoffroi Martel , Comte d'Anjou , qui dans l'Acte
de donation le qualifie fon coulin . Hugues
Seigneur de Mathefelon & de Duretal , fon fils
époufa Jeanne de Sablé , & fut pere de Thibaud
& de Brandelis de Mathefelon. Thibaud continua
la branche de Mathefelon , & Brandelis ayant
eu en partage la Seigneurie de Champagne de
Parcé au Maine , il prit ce dernier nom & le
ds
230 MERCURE DE FRANCE.
tranfmit à fa poftérité . De Brandelis qui vivoit
fous le regne de S. Louis , defcendoit au feptiéme
dégré , Baudouin de Champagne , Seigneur de la
Suze au Maine , Confeiller Chambellan des Rois
Louis XII & François I , pere de Nicolas de
Champagne , créé Comte de la Suze en 1566 ,
tué à la bataille de S. Denis l'année fuivante. Il
avoit épousé Françoife de Laval -Loué ; & de ce
mariage fortirent Louis de Champagne , Comte
de la Suze , & Brandelis , Marquis de Villaines ,
qui furent tous deux Chevaliers des ordres du Roi,
& formerent les deux branches de la Suze & de
Villaines.
Louis de Champagne , Comte de la Suze , fut
Confeiller d'Etat , Capitaine de cinquante hommes
d'armes , reçu Chevalier des ordres du Roi
dans la promotion de 1585 , & mourut à la ba→
taille de Coutras en 1 587. Il avoit époufé , par
contrat du 2 Mars 1572 , Magdeleine de Melun ,
fille de Charles , Seigneur de Normanville , de
laquelle il laila Louis de Champagne , 11 du
nom , Comte de la Suze , Maréchal de camp ès
armées du Roi , mort en 1636 , laiffant de fa
femme Charlotte de Roye de la Rochefoucauld ,
fille de Charles Comte de Rouci , entr'autres enfans
Gafpard de Champagne , Comte de la Suze .
allié à Henriette de Coligny , de laquelle il
fut féparé. 2 ° . A Louife de Clermont- Gallerande.
De ce cernier mariage nâquit Thibaut de
Champagne , Comte de la Suze , mort fans pofté
rité ; & trois filles dont la cadette Magdeleine-
Françoife de Champagne la Suze , étoit mere de
Louis- Hubert Comte de Champagne.
Brandelis de Champagne , Marquis de Villaines
, fecond fils de Nicolas Comte de la Suze
fut Confeiller d'Etat , & Capitaine de cinquante
NOVEMBRE. 1755. 231
hommes d'armes des Ordonnances du Roi , &
honoré en 1599 du collier des Ordres de Sa Majefté
. Il épousa Anne de Fefchal , Dame de Tucé ,
de laquelle il eut Hubert de Champagne , Marquis
de Villaines , marié 1. à Louiſe d'Arconna. 2°.
Par contrat du 29 Décembre 1644 à Catherine
Fouquet de la Varenne , fille de René , Marquis
de laVarenne , & de Jeanne de Girard de la Rouffiere.
Du premier lit vint Louife-Marie de Champagne
, femme de Claude de Talaru , Marquis
de Chalmazel , dont deſcend le Chevalier des Or
dres. Du fecond lit il laiffa deux garçons , René-
Brandelis , & Hubert - Jerôme de Champagne.
René-Brandelis de Champagne , Marquis deVillaines
& de la Varenne , mort le s Avril 1723 ,
n'ayant laiffé de fon mariage avec Catherine-
Thérefe le Royer que deux filles , dont la feconde
nommée Catherine de Champagne qui avoit été
mariée en 17394 Louis- Céfar ( le Tellier ) Comte
d'Eftrées , eft morte fans enfans le 19 Juillet 1742.
Sa foeur aînée , Marie de Champagne , a épousé
le 30 Avril 1732 , Céfar.Gabriel de Choifeul ,
Comte de Chevigni & de la Riviere , dont font
nés un fils & une fille.
Hubert - Jérôme de Champagne , Comte de
Villaines , frere cadet de René- Brandelis , avoit
épousé en 1700 , Magdeleine- Françoife de Champagne-
la-Suze , fille de Gafpard de Champagne ,
Comte de la Suze , & de Louife de Clermont- Gallerande.
Il eft pere de Louis-Hubert , Comte de
Champagne , qui donne lieu à cet article.
Quant à la famille du Comte de Maridort qui
porte pour armes d'azur , à 3 gerbes d'or , elle eft
connue dans le Maine parmi les plus nobles de
cette province depuis près de 400 ans. Jacques de
Maridor qui vivoit au commencement du quin-
{
232 MERCURE DE FRANCE.
zieme fiecle , fut feigneur des terres des Epinays
& de la Freflonniere , du chef de fa femme Françoile
Bocquet. Son fils Jacques de Maridort II . du
nom , feigneur de la Freflonniere , fut pere de
Jacques III. feigneur de la Freflonniere , allié avec
Laurette de Coainon , dame de S. Ouen , fille du ~
feigneur de la Roche-Coainon. De ce mariage
fortit Jean de Maridort , Seigneur de la Freflonniere
, de S. Ouen & de Château - Sénéchal , marié
en 15-10 à Marguerite de Maulay , dame de
Bretefin en Anjou, & de l'Artuzier, fille unique de
Foulques de Maulay & de Jeanne Lenfant de Varennes.
Il en eut Jacqueline de Maridort , alliée à
Guy d'Aflé , feigneur de Montfaucon & de l'Efpinay,
& deux fils qui eurent poftérité : fçavoir , Guillaume
& Hercules. L'aîné , feigneur châtelain de
Vaulx , époufa Renée de Mauny , dame de Verron,
de Vaulx , Courchardie dans le Maine & l'Anjou ,
fille de Pierre de Mauny, feigneur de S. Aiguan , &
de Françoile de Beaumanoir. Il eut de ce mariage
trois enfans : 1 °. Olivier, qui fuit ; 2 °. Radegonde,
mariée à Louis Frefneau , feigneur d'Aviré & de
Créance ; 3 °. Magdeleine de Maridort , alliée en
1561. à Joachim de Caradreux , Vicomte de Neuville,
fire de Chaftenay . Olivier de Maridort , feigneur
de la Freflonniere & de Vaulx , époufa en
1552 , Anne de Matignon , Dame d'honneur de
Jeanne d'Albret , Reine de Navarre , foeur du Maréchal
de Matignon , & fille de Jacques , Comte
de Matignon , & de Françoise de Silly. De cette
alliance il n'eut que trois filles : fçavoir , 1 ° . Françoiſe
de Maridort , Dame de la Freflonniere , mariée
en premieres nôces à Jean de Coefme , Baron
de Lucé- Bonneftable ; duquel elle n'eut point d'enfans
, & en fecondes nôces à Charles de Chambes ,
Comte de Montforcau , Marquis d'Avoir . 2°. AnNOVEMBRE.
1755. 233
I
he de Maridort , qui époufa Antoine de Longueval
, feigneur de Haraucourt . 3º. Philippe de Maridort
alliée à Yves de Lifcouet , feigneur de Lifcouet
& du Bois de la Roche.
Hercules de Maridort , par lequel la postérité
s'eft continuée jufqu'à préfent , fut feigneur de
S. Ouen , Bourg-le- Roi , Doucet , du Breuil , de
Mélangé & les Garnifons , du chef de fa femme ,
Guillelmine de Mauny , qu'il avoit épousée le dernier
Février 1532. Elle étoit niéce de Renée de
Mauny , femme de fon frere , & fille de François
de Mauny & d'Hélène de Villeblanche . Leur fils
Jean de Maridort , feigneur de S. Ouen , Bourgle-
Roi , Doucet , &c . fut marié par contrat du
19 Octobre 1566. à Claude de Tillon , Dame de
Groflé , fille d'Urbain de Tillon , feigneur de Sacé ,
& de Charlotte de Villeblanche . Il en eut David ,
qui fuit , & Jean de Maridort, feigneur du Bourgle-
Roi , Gentilhomme ordinaire de la chambre du
Roi , & Confeiller d'Etat , mort fans enfans de fes
deux femmes Hélene le Grand, & Barbe de S.Denis.
David de Maridort , feigneur de S. Ouen , &c.
décédé le 27 Septembre 1606. avoit épousé le s
Juin 1583 , Germaine de Riant , fille de Gilles de
Riant , Préfident du Parlement de Paris & de Magdeleine
Formel . Leur fils , Gilles de Maridor , feigneur
châtelain de S. Ouen , &c fut Centilhomme
ordinaire de la chambre du Roi , & marié le 13
Octobre 1613 , à Françoife de Vignolles , fille de
Pompée de Vignolles, Ecuyer, Seigneur de la Roche
& du Boudin, & de Louife de Lude. De ce mariage,
fortirent, 1 °. Louis, qui-fuit , 2º. Pompée qui a laiffé
postérité, & Marie de Maridort , femme de Charles
des Guets , feigneur de la Pinardiere.
Louis de Maridort, feigneur châtelain de Saint-
Quen , du Bourg- le-Roi , &c. fe maria en 1663 à
234 MERCURE DE FRANCE.
Sufanne de Crocelai , fille de Michel , feigneur de
Crocelai en Bretagne, & d'Anne Bitaud. De ce mariage
fortit , Louis - Charles de Maridor , feigneur
du Bourg- le- Roi , qui n'ayant point eu d'enfans
de fa femme N. de Riant , fe remaria en 1703. à
Elifabeth-Louife- Charlotte de Perochelle , fille
de Charles - François de Perochelle , feigneur de
Grandchamp , & de Marie- Françoife de Fontenay,
il eft pere de Charles- Louis - Augufte , Comte de
Maridort , & ayeul de Louife -Julie- Sylvie de Maridort
, Comteffe de Champagne.
René-Mans , Sire de Froullay , Comte de Teffé,
Marquis de Lavardin , Baron d'Ambriere , Comte
de Verny , de Froullay , &c , Grand d'Espagne, de
la premiere claffe , Lieutenant-Général pour le
Roi dans les provinces du Maine & du Perche ,
ainfi que dans le Comté de Laval , premier Ecuyer
de la Reine , & Colonel du régiment des Cravates
, fut marié le 26 Juin , dans l'Eglife paroiffiale
de S. Roch , à Adrienne - Catherine de
Noailles , fille de Louis de Noailles , Duc d'Ayen ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant - Général
des armées de Sa Majefté , Capitaine de la
Compagnie Ecofloife des Gardes du Corps ;
Gouverneur de la province de Rouffillon en
furvivance du Maréchal Duc de Noailles , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Saint Germain-
en- Laye; & de Catherine-Françoiſe - Charlotte
de Coffé - Briffac . La bénédiction nuptiale
leur a été donnée par le Curé de la paroiffe. Leur
contrat de mariage avoit été figné le 22 du même
mois par leurs Majeftés & par la Famille royale .
Le Comte de Teffé eft fils de feu René- Mans , Sire
de Froullay , Marquis de Teffé , Grand d'Efpagne
, de la premiere claffe , Brigadier , Colonel
NOVEMBRE. 1755
235
Lieutenant du Régiment de la Reine- Infanterie,
& fon premier Ecuyer ; & de Marie - Charlotte
de Bethune- Charoft .
·
Le 16 Octobre fut célébré par l'Evêque de
Lefcars , dans la Chapelle de l'hôtel de Rothelin ,
rue du Cherche - midi , le mariage entre Meffire
Pons Fréderic de Pierre Chevalier , Seigneur
des Ports en Languedoc , Comte de Bernis , aîné
de la Maifon de Pierre ( en latin Petri ) connue
dès le onzieme fiecle ; fils de feu Meffire André de
Pierre, Chevalier , Seigneur des Ports , & de Dame
Anne- Therefe de Nigry , iffue d'une ancienne &
illuftre race.
Et Damoifelle-Marie- Helene-Elizabeth- Hyacinthe
de Narbonne- Pelet , fille de Meffire Clau
de de Narbonne- Pelet , Chevalier , Seigneur de
Verbron , Salgas , Rouffes , la Carriere , Montaigu
, & autres places ; chef de la quatrieme branche
de la Maifon de Narbonne-Pelet , laquelle
rapporte fon origine aux anciens Vicomtes de
Narbonne ; & de Dame Françoife - Heléne de Pierre
de Bernis , foeur du Marquis de ce nom , & de
l'Abbé de Bernis , Comte de Lyon , Ambaſſadeur
extraordinaire , & Miniftre Plénipotentiaire du
Roi à la Cour d'Espagne .
En faveur de ce mariage , le Roi a accordé au
Comte de Bernis un bon pour avoir un Régiment.
à fon tour.
Meffire Céfar-Antoine de la Luzerne , Comte
de Beuzeville , Maréchal des camps & armées du
Roi , & ci-devant Meftre de camp - Lieutenant .
du Régiment des Cuiraffers , mourut à Paris le
17 Juin , âgé de foixante- quatre ans.
Meffire Louis-Antoine de la Roche- Fontenille ,
Marquis de Rambures , auffi Maréchal de camp ,
236 MERCURE DE FRANCE:
eft mort à Paris dans le même mois , dans fa
cinquante-neuvieme année
Meffire Claude Bouhier , Evêque de Dijon , Abbé
de l'Abbaye de Fontaine- Daniel , Ordre de Cîteaux
, Diocèle du Mans , & Prieur de Pontarlier ,
Ordre du Val des Ecoliers , Diocèſe de Langres ,
mourut à Dijon le 21 Juin , dans fa foixante- onzieme
année.
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Résumé : MARIAGES ET MORTS.
Le texte relate plusieurs événements de mariages et de décès au sein de la noblesse française. Louis-Hubert, Comte de Champagne et de la Rouffiere, veuf de Bonne-Judith de Lopriac de Donges, a épousé le 24 juin Louise-Julie-Sylvie de Maridort. Cette dernière est la fille de Charles-Louis-Auguste, Comte de Maridort, Baron du Bourg-Roi, Grand Sénéchal de la Province du Maine, et de Julie-Hortense Colbert de Linieres. La Maison du Comte de Champagne est l'une des plus illustres du Royaume, remontant à la Maison de Mathefelon au onzième siècle. Hubert, Seigneur de Mathefelon et de Duretal, reçut la Seigneurie de Duretal en 1059 de Geoffroi Martel, Comte d'Anjou. La lignée se poursuit avec Hugues, Thibaud et Brandelis de Mathefelon, ce dernier prenant le nom de Champagne et transmettant ce nom à sa postérité. Le texte détaille également les alliances et les dignités de la famille de Champagne, mentionnant des personnages comme Baudouin de Champagne et Nicolas de Champagne, ainsi que leurs descendants, qui ont occupé des postes prestigieux à la cour des rois de France. La famille de Maridort, connue dans le Maine depuis près de 400 ans, est également décrite. Jacques de Maridort, vivant au quinzième siècle, fut seigneur des terres des Epinays et de la Freslonnière. La lignée se poursuit avec Jacques II et III, et leurs descendants, jusqu'à Charles-Louis-Auguste, Comte de Maridort, père de Louise-Julie-Sylvie de Maridort. Le texte mentionne aussi d'autres mariages et décès notables, comme celui de René-Mans, Sire de Froullay, Comte de Tessé, et d'Adrienne-Catherine de Noailles, ainsi que le mariage de Pons Frédéric de Pierre, Chevalier, Seigneur des Ports en Languedoc, Comte de Bernis, et de Marie-Hélène-Élisabeth-Hyacinthe de Narbonne-Pelet. Enfin, le texte rapporte les décès de César-Antoine de la Luzerne, Comte de Beuzeville, Maréchal des camps et armées du Roi, de Louis-Antoine de la Roche-Fontenille, Marquis de Rambures, et de Claude Bouhier, Evêque de Dijon.
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10134
p. 236
AVIS.
Début :
Le sieur le Lievre, Apoticaire, Distillateur, ordinaire du Roi, rue de [...]
Mots clefs :
Baume de vie, Maux d'estomac, Coliques, Hémorroïdes, Guérison, Sieur le Lievre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
Le leLivro , Apo
E fieur le Lievre , Apoticaire , Diftillateur ;
ordinaire du Roi , rue de Seine , fauxbourg
S. Germain , à Paris , fait & vend le véritable Baume
de vie , qui eft le même que celui de M. Leffelter.
On affure qu'il guérit les maux d'eftomac , -
les indigeftions , les coliques , les fleurs blanches,
les hémorroïdes , & c. Nous parlerons une autrefois
plus au long de ce remede dont plufieurs/ perfonnes
de notre connoiffance ont éprouvé l'efficacité
.
Le leLivro , Apo
E fieur le Lievre , Apoticaire , Diftillateur ;
ordinaire du Roi , rue de Seine , fauxbourg
S. Germain , à Paris , fait & vend le véritable Baume
de vie , qui eft le même que celui de M. Leffelter.
On affure qu'il guérit les maux d'eftomac , -
les indigeftions , les coliques , les fleurs blanches,
les hémorroïdes , & c. Nous parlerons une autrefois
plus au long de ce remede dont plufieurs/ perfonnes
de notre connoiffance ont éprouvé l'efficacité
.
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10135
p. 236-237
AUTRE.
Début :
La Dame Mouton, Marchande Apoticaire de Paris, continue avec succès le débit [...]
Mots clefs :
Dame Mouton, Sirop pectoral, Maladies de poitrine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
A Dame Mouton , Marchande Apoticaire de
LADame
Bechique Souverain ou Syrop pectoral , approuvé
par brevet du 24 Aout 1750. pour les maladies de
poitrine , comme rhume , toux invétérés , oppreffion
, foibleffe de poitrine , & afthme humide.
Ce Syrop Bechique ayant la propriété de fondre
& d'atténuer les humeurs engorgées dans le poulmon
, d'adoucir l'acrimonie de la lymphe comme
Balfamique , & de rétablir les forces abbattues ,
comme parfait reſtaurant .
Il ne fe débite que chez elle. Elle demeure rue
S. Denis , entre la rue Thevenot & la rue des
NOVEMBRE. 1755. 237
Filles-Dieu , vis -à- vis le Roi François , à Paris.
Les perfonnes qui écriront font priées d'affran
chir leurs lettres.
A Dame Mouton , Marchande Apoticaire de
LADame
Bechique Souverain ou Syrop pectoral , approuvé
par brevet du 24 Aout 1750. pour les maladies de
poitrine , comme rhume , toux invétérés , oppreffion
, foibleffe de poitrine , & afthme humide.
Ce Syrop Bechique ayant la propriété de fondre
& d'atténuer les humeurs engorgées dans le poulmon
, d'adoucir l'acrimonie de la lymphe comme
Balfamique , & de rétablir les forces abbattues ,
comme parfait reſtaurant .
Il ne fe débite que chez elle. Elle demeure rue
S. Denis , entre la rue Thevenot & la rue des
NOVEMBRE. 1755. 237
Filles-Dieu , vis -à- vis le Roi François , à Paris.
Les perfonnes qui écriront font priées d'affran
chir leurs lettres.
Fermer
Résumé : AUTRE.
Le 'Bechique Souverain' ou 'Syrop pectoral', approuvé le 24 août 1750, traite les maladies de poitrine comme le rhume, la toux et l'asthme. Il fond et atténue les humeurs pulmonaires, adoucit la lymphe et rétablit les forces. Vendu par Dame Mouton, apothicaire à Paris, rue Saint-Denis, entre la rue Thévenot et la rue des Filles-Dieu.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10136
p. 237
AUTRE.
Début :
Petit, successeur du feu sieur Guérard, à l'image Notre-Dame, [...]
Mots clefs :
Magasin, Papier, Écrans, Écrans historiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
Etit , fucceffeur du feu fieur Guérard , à l'i
mage Notre-Dame , rue du Petit - Pont , visà-
vis un Marchand de Draps ; tient magafin de Papier,
& d'Ecrans des plus beaux & des plus à la mode
avec cabriolets ; il vend feul les Ecrans Hiftoriques
pour rafraîchir la mémoire des Lecteurs.
Etit , fucceffeur du feu fieur Guérard , à l'i
mage Notre-Dame , rue du Petit - Pont , visà-
vis un Marchand de Draps ; tient magafin de Papier,
& d'Ecrans des plus beaux & des plus à la mode
avec cabriolets ; il vend feul les Ecrans Hiftoriques
pour rafraîchir la mémoire des Lecteurs.
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10137
p. 237
AUTRE.
Début :
Monsieur Gallonde, Horloger du Roi qui a fait une Lotterie [...]
Mots clefs :
Horloger du roi, Loterie, Pendule
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTR E.
Onfieur Gallonde , Horloger du Roi qui a
fait une Lotterie d'une Pendule finguliere
dans fon genre , & dont les billets font de fix liv .
avertit qu'il ne lui en refte plus qu'environ une
centaine. Comme plufieurs perfonnes fouhaitent
affifter au Tirage de ladite Lotterie , on ne la
tirera qu'après les vacances : on donnera avis du
Tirage par le Mercure fuivant. Son adreffe eft
rue Quincampoix , vis-à- vis le Bureau des Merciers.
Onfieur Gallonde , Horloger du Roi qui a
fait une Lotterie d'une Pendule finguliere
dans fon genre , & dont les billets font de fix liv .
avertit qu'il ne lui en refte plus qu'environ une
centaine. Comme plufieurs perfonnes fouhaitent
affifter au Tirage de ladite Lotterie , on ne la
tirera qu'après les vacances : on donnera avis du
Tirage par le Mercure fuivant. Son adreffe eft
rue Quincampoix , vis-à- vis le Bureau des Merciers.
Fermer
10138
p. 237-238
AUTRE.
Début :
Le sieur Peromet fait une cire épilatoire pour dégarnir les sourcils [...]
Mots clefs :
Cire épilatoire, Sourcils, Bras, Mains, Sieur Peromet
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
E fieur Peromet fait une cire épilatoire pour dé
Lgarnir les fourcils qui font trop couverts , &
pour dégarnir le front , les joues , les bras & les
mains , qui font chargées de poil.
Il a établi fon Bureau chez le fieur Malivoire ,
Marchand Parfumeur , rue Bardubec , près la rue
5. Mery , & chez Madame Legende , Marchande
Parfumeufe , rue Galande , au coin de la rue des
Anglois , Place Maubert. Le prix eft de trois &
238 MERCURE DE FRANCE.
fix livres la douzaine . Il donne par écrit la façon
de s'en fervir.
E fieur Peromet fait une cire épilatoire pour dé
Lgarnir les fourcils qui font trop couverts , &
pour dégarnir le front , les joues , les bras & les
mains , qui font chargées de poil.
Il a établi fon Bureau chez le fieur Malivoire ,
Marchand Parfumeur , rue Bardubec , près la rue
5. Mery , & chez Madame Legende , Marchande
Parfumeufe , rue Galande , au coin de la rue des
Anglois , Place Maubert. Le prix eft de trois &
238 MERCURE DE FRANCE.
fix livres la douzaine . Il donne par écrit la façon
de s'en fervir.
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Résumé : AUTRE.
Le sieur Peromet propose une cire épilatoire pour les sourcils, le front, les joues, les bras et les mains. Elle est disponible chez Malivoire, rue Bardubec, et Madame Legende, rue Galande. Le prix est de trois livres six sols la douzaine. Des instructions d'utilisation sont fournies.
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10139
p. 238-240
TABLES DES ARTICLES.
Début :
Article Premier. Pieces Fugitives en Vers et en Prose. L'Embarras [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLES DES ARTICLES.
TABLE DES ARTICLES.
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
L'Embarras des richeffes , cantatille ,
pages
Fable , à un ami qui veut prendre le parti du
7
couvent ,
Les charmes du caractere , hiftoire vraisemblable ,
fuite de la Promenade de province ,
Traduction de l'Eté de M. l'Abbé Metaſtaze , 41
Portrait de Mlle D ... ou l'Amour Graveur , 47
Le mauvais livre bien payé ,
Vers à Madame A ***
donnoit un Bal ,
48
par M. Fromage qui lui
ibid.
Lettre à l'Auteur du Mercure , au fujet du projet
d'un nouveau Dictionnaire, inféré dans le Mercure
de Juillet ,
L'éloge imparfait , par M. de Beuvry ,
Couplets ,
49
54
55
Lettre de M. de Voltaire à M. Rouffeau de Gene-
E
ve
65
Réponse de M. Rouffeau à M. de Volltaire ,
239
63
Vers de M. de *** , ſur la mort de M. de Montefquieu
,
Les rêves , fable ,
Bouquet à M. le Duc de Gefvres ,
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure
d'octobre ,
Enigme & Logogryphe ,
Air à boire,
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
69
71
73
74
ibid.
76
Eloge de M. le Président de Montefquieu , par
M. Dalembert ,
Extraits , précis , ou indications des livres nouveaux
,
77
124
Séances publiques des Académies d'Amiens & de
Bordeaux ,
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
130
135
Physique. Mémoire fur le principe phyſique de la
régénération des êtres , du mouvement , de la
gravité & de l'attraction ,
Hiftoire. Suite de l'abrégé hiſtorique de la ville
de Paris ,
Chirurgie. Ouverture des Ecoles de Chirurgie de
Bordeaux ,
154
166
Lettre de M. de Vermale à l'Auteur du Mercure ,
fur l'amputation à deux lambeaux ,
ART. IV. BEAUX ARTS.
170
Peinture. Réflexions fommaires fur les ouvrages
expofés au Louvre cette année ,
Gravure.
177
189
240
Comédie Françoiſe ,
ART. V. SPECTACLE S.
Epître à Mlle Clairon , par M. Marmontel , ibid.
195
Comédie Italienne , 198
Extrait de la Bohémienne , 199
Opéra comique ,
214
Concert d'Amiens , ibid
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres , 217
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 226
Bénéfices donnés , 228
Mariages & morts ,
ป 229
Avis.
236
ARTICLE PREMIER.
PIECES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE.
L'Embarras des richeffes , cantatille ,
pages
Fable , à un ami qui veut prendre le parti du
7
couvent ,
Les charmes du caractere , hiftoire vraisemblable ,
fuite de la Promenade de province ,
Traduction de l'Eté de M. l'Abbé Metaſtaze , 41
Portrait de Mlle D ... ou l'Amour Graveur , 47
Le mauvais livre bien payé ,
Vers à Madame A ***
donnoit un Bal ,
48
par M. Fromage qui lui
ibid.
Lettre à l'Auteur du Mercure , au fujet du projet
d'un nouveau Dictionnaire, inféré dans le Mercure
de Juillet ,
L'éloge imparfait , par M. de Beuvry ,
Couplets ,
49
54
55
Lettre de M. de Voltaire à M. Rouffeau de Gene-
E
ve
65
Réponse de M. Rouffeau à M. de Volltaire ,
239
63
Vers de M. de *** , ſur la mort de M. de Montefquieu
,
Les rêves , fable ,
Bouquet à M. le Duc de Gefvres ,
Mots de l'Enigme & du Logogryphe du Mercure
d'octobre ,
Enigme & Logogryphe ,
Air à boire,
ART. II . NOUVELLES LITTERAIRES.
69
71
73
74
ibid.
76
Eloge de M. le Président de Montefquieu , par
M. Dalembert ,
Extraits , précis , ou indications des livres nouveaux
,
77
124
Séances publiques des Académies d'Amiens & de
Bordeaux ,
ART. III. SCIENCES ET BELLES LETTRES.
130
135
Physique. Mémoire fur le principe phyſique de la
régénération des êtres , du mouvement , de la
gravité & de l'attraction ,
Hiftoire. Suite de l'abrégé hiſtorique de la ville
de Paris ,
Chirurgie. Ouverture des Ecoles de Chirurgie de
Bordeaux ,
154
166
Lettre de M. de Vermale à l'Auteur du Mercure ,
fur l'amputation à deux lambeaux ,
ART. IV. BEAUX ARTS.
170
Peinture. Réflexions fommaires fur les ouvrages
expofés au Louvre cette année ,
Gravure.
177
189
240
Comédie Françoiſe ,
ART. V. SPECTACLE S.
Epître à Mlle Clairon , par M. Marmontel , ibid.
195
Comédie Italienne , 198
Extrait de la Bohémienne , 199
Opéra comique ,
214
Concert d'Amiens , ibid
ARTICLE VI.
Nouvelles étrangeres , 217
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 226
Bénéfices donnés , 228
Mariages & morts ,
ป 229
Avis.
236
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Résumé : TABLES DES ARTICLES.
Le document présente une table des articles divisée en six sections principales. L'Article Premier énumère diverses pièces fugitives en vers et en prose, telles que des fables, des traductions, des lettres, des portraits et des poèmes. Parmi les œuvres notables figurent 'L'Embarras des richesses', 'Les charmes du caractère' et la traduction de 'L'Été' de l'Abbé Metastaze. L'Article II aborde les nouvelles littéraires, incluant des éloges, des extraits de livres récents et des comptes rendus des séances des académies d'Amiens et de Bordeaux. L'Article III traite des sciences et des belles-lettres, avec des mémoires sur la physique, l'histoire de Paris et des lettres sur la chirurgie. L'Article IV se concentre sur les beaux-arts, avec des réflexions sur les œuvres exposées au Louvre et des discussions sur la gravure et la comédie française. L'Article V concerne les spectacles, incluant des épîtres, des extraits de pièces et des informations sur les concerts. Enfin, l'Article VI présente des nouvelles étrangères, des nouvelles de la cour et de Paris, ainsi que des annonces de bénéfices, mariages et décès.
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10140
p. 240
« On délivrera le 10 Novembre chez le Chevalier de Beaurain, [...] »
Début :
On délivrera le 10 Novembre chez le Chevalier de Beaurain, [...]
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texteReconnaissance textuelle : « On délivrera le 10 Novembre chez le Chevalier de Beaurain, [...] »
On délivrera le 10 Novembre chez le
Chevalier de Beaurain , Géographe du Roi,
quai des Auguftins ; & chez Poirion &
Jombert , Libraires , les deux premieres
campagnes de M. de Luxembourg , que
l'on imprime fous le titre d'Hiftoire militaire
de Flandre.
Chevalier de Beaurain , Géographe du Roi,
quai des Auguftins ; & chez Poirion &
Jombert , Libraires , les deux premieres
campagnes de M. de Luxembourg , que
l'on imprime fous le titre d'Hiftoire militaire
de Flandre.
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10141
p. 240
« La Chanson notée doit regarder la page 76. [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 76. [...]
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La Chanson notée doit regarder la page 76.
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10142
p. 240
« De l'Imprimerie de Ch. A.Jombert. [...] »
Début :
De l'Imprimerie de Ch. A.Jombert. [...]
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texteReconnaissance textuelle : « De l'Imprimerie de Ch. A.Jombert. [...] »
De l'Imprimerie de Ch, A. JOMBERT.
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10143
s. p.
AVERTISSEMENT.
Début :
Le Bureau du Mercure est chez M. LUTTON, Avocat, & Greffier-Commis [...]
Mots clefs :
Bureau du Mercure, Abonnés
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texteReconnaissance textuelle : AVERTISSEMENT.
AVERTISSEMENT.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreffer , francs
'de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boilly,
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raison de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
L'année qui les fuivra .
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour les quatorze volumes 31 livres 10 fols
d'avance en s'abonnant , & les extraordinaires
à proportion , & elles les recevront francs
de
port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront qu'à raifon de 30
fols par volume , c'est - à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
A iį
Les Libraires des provinces ou des
pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus .
On fupplie lesperfonnes des provinces d'envoyer
par la pofte , en payant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en étai
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine, aprèsmidi.
On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , ainfi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent.
LE Bureau du Mercure eft chez M.
LUTTON , Avocat , & Greffier- Commis
au Greffe Civil du Parlement , Commis au
recouvrement du Mercure , rue Sainte Anne ,
Butte Saint Roch , entre deux Selliers.
C'est à lui qu'on prie d'adreffer , francs
'de port , les paquets & lettres , pour remettre ,
quant à la partie littéraire , à M. de Boilly,
Auteur du Mercure.
Le prix eft de 36 fols , mais l'on ne payera
d'avance , en s'abonnant , que 21 livres pour
l'année , à raison de quatorze volumes . Les
volumes d'extraordinaire feront également de
30 fols pour les Abonnés , & fe payeront avec
L'année qui les fuivra .
Les perfonnes de province auxquelles on
enverra le Mercure par la pofte , payeront
pour les quatorze volumes 31 livres 10 fols
d'avance en s'abonnant , & les extraordinaires
à proportion , & elles les recevront francs
de
port.
Celles qui auront des occafions pour le faire
venir , ou qui prendront les frais du portfur
leur compte , ne payeront qu'à raifon de 30
fols par volume , c'est - à- dire 21 livres d'avance
, en s'abonnant pour l'année , fans les
extraordinaires.
A iį
Les Libraires des provinces ou des
pays
étrangers, qui voudront faire venir le Mercure
, écriront à l'adreſſe ci - deſſus .
On fupplie lesperfonnes des provinces d'envoyer
par la pofte , en payant le droit , le prix
de leur abonnement , ou de donner leurs ordres,
afin que le payement en foit fait d'avance au
Bureau.
Les paquets qui ne feront pas affranchis ,
refteront au rebut.
L'on trouvera toujours quelqu'un en étai
de répondre chez le fieur Lutton ; & il obfervera
de rester à fon Bureau les Mardi ,
Mercredi & Jeudi de chaque femaine, aprèsmidi.
On peut fe procurer par la voie du Mercure
, les autres Journaux , ainfi que les Livres
, Estampes & Mufique qu'ils annoncent.
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Résumé : AVERTISSEMENT.
Le document est un avertissement concernant la distribution du Mercure, une publication. Le Bureau du Mercure est situé chez M. Lutton, avocat et greffier-commis au Greffe Civil du Parlement, rue Sainte Anne, Butte Saint Roch. Les paquets et lettres doivent être adressés à M. Lutton, qui les transmettra à M. de Boilly, l'auteur du Mercure. Le prix d'abonnement est de 36 sols par volume. Pour un abonnement à l'avance, le coût est de 21 livres pour l'année, couvrant quatorze volumes. Les volumes extraordinaires coûtent 30 sols pour les abonnés et seront payés avec l'année suivante. Les personnes de province paient 31 livres 10 sols d'avance pour les quatorze volumes, avec les frais de port inclus. Ceux qui prennent en charge les frais de port paient 30 sols par volume, soit 21 livres d'avance pour l'année, sans les extraordinaires. Les libraires des provinces ou des pays étrangers doivent écrire à l'adresse indiquée pour obtenir le Mercure. Les personnes des provinces doivent envoyer le prix de leur abonnement par la poste ou donner des ordres pour un paiement anticipé. Les paquets non affranchis seront rejetés. M. Lutton est disponible à son bureau les mardi, mercredi et jeudi après-midi. Le Mercure permet également de se procurer d'autres journaux, livres, estampes et musique.
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10144
p. 33-36
LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Début :
GRACE à ta perfidie, un amour malheureux [...]
Mots clefs :
Coeur, Yeux
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texteReconnaissance textuelle : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
LA LIBERTÉ ,
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
O U
LA PARFAITE INDIFFÉRENCE.
Imitation d'une Ode Italienne , de M. l'Abbé
Métaftafe.
GRACE à ta perfidie , un amour malheureux
Ne livre plus mon ame au plus cruel martyre.
Les Dieux ont pris pitié de mon fort rigoureux :
Tes charmes pour mon coeur ne font plus dan
gereux ;
Et libre de ton joug , à la fin je reſpire .
Non , ce n'eft pas un fonge ; un dépit infenfé
Ne me déguiſe point une ardeur mal éteinte :
Vainement devant moi ton nom eft prononcé ;
Je l'entends fans allarme ; & ton afpect , Nicé ,
A ma tranquillité ne porte plus d'atteinte .
Je dors , & le fomineil ne m'offre point tes
traits :
Tu n'es plus cet objet qui m'occupoit fans ceffe ;
Ton abfence à mon coeur ne coute nuls regrets :
Je ne défire point de revoir tes attraits ;
Je les revois fans joie , ainsi que fans trifteffe.
Bv
34
MERCURE DE FRANCE .
D'aucun trouble , à tes yeux , les miens ne font
émus :
J'oppose à tes dédains une froideur extrême .
Tu t'approches de moi , fans me rendre confus :
Je puis , de ta beauté qui ne me touche plus ,
M'entretenir fans rifque avec mon rival même.
Parle- moi fiérement & d'un ton plein d'aigreur
;
Ou daigne m'honorer d'un regard , d'un ſourire :
Tout est égal pour moi , ta haine ou ta douceur.
Tes yeux ne fçavent plus le chemin de mon coeur;
Ta bouche fur mes fens n'a plus aucun empire.
Que je fois fatisfait , ou triſte déſormais ,
Ma joie ou mes ennuis ne font point ton ouvra
ge .
Je ne fuis plus tes pas dans le fond des forêts ;
Sur un côteau riant , loin de toi je me plais :
Je m'ennuie avec toi dans un féjour ſauvage.
1
Je fuis pourtant fincere. Oui , toujours t
verras
Ta beauté juftement attirer mon fuffrage :
Mais j'en fçais dont les yeux brillent de plus
d'appas ;
DECEMBRE . 1755 35
Et même ( que le vrai ne te révolte pas )
Je vois quelques défauts fur ton charmant vifage.
D'abord il m'en couta , je l'avoue ; & la mort
Me parut , en briſant une chaîne auffi rude ,
Devoir être le fruit d'un pénible effort ;
Mais pour redevenir le maître de fon fort ,
Que ne fait point un coeur las de fa fervitude
Pour fe débarraffer , l'oifeau pris au filet
De quelques plumes fait l'utile facrifice :
Bientôt il les recouvre , & rendu plus difcret
Il fçait fe garantir des piéges , qu'en fecret
Lui tend de l'Oifeleur l'impuiffant artifice.
Je jure fi fouvent que je ne t'aime plus ,
Que peut -être , Nicé , ta crois que je t'adore:
Non , ne t'en flate pas , mes liens font rompus ;
Mais après les dangers que le coeur a courus ,
L'efprit avec plaifir fe les retrace encore.
Ainfi par le guerrier fes faits font racontés ;
Des coups qu'il a reçus toujours il fait l'hiſtoire
Et cite les périls par fa valeur domptés :
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Tel l'affranchi , des fers qu'il a long- tems portés
,
Se plaît à rappeller fans ceffe la mémoire .
Si je te parle donc , de ma flamme vainqueur ,
Ce n'eft plus pour te rendre un hommage fervile
;
C'est pour me contenter , pour braver ta rigueur ,
Et même fans daigner m'informer fi ton coeur
Eft , en fongeant au mien , inquiet ou tranquile.
En comparant ma perte à celle que tu fais ,
J'ignore qui des deux , Nicé , perd davantage :
Mais je fçais bien au moins , quelques foient tes
attraits ,
Qu'un amant tel que moi ne fe trouve jamais ,
Et qu'on trouve aifément une amante volage.
Par M ... G ... Dourx ...
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Résumé : LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE. Imitation d'une Ode Italienne, de M. l'Abbé Métastase.
Le poème 'LA LIBERTÉ, OU LA PARFAITE INDIFFÉRENCE' est une imitation d'une ode italienne de l'Abbé Métastase. Le narrateur y exprime sa libération d'un amour malheureux pour une personne nommée Nicé. Il affirme que les charmes de Nicé ne le tourmentent plus et qu'il est désormais libre de son emprise. Il peut entendre le nom de Nicé sans alarme et sa présence ne trouble plus sa tranquillité. Le narrateur reconnaît la beauté de Nicé mais note avoir vu d'autres femmes plus attrayantes et quelques défauts sur son visage. Il compare sa libération à un oiseau se débarrassant de ses plumes pour échapper à un filet. Il jure qu'il ne l'aime plus, bien que les dangers passés du cœur puissent être rappelés avec plaisir. Le narrateur parle de sa victoire sur sa flamme non pour rendre hommage, mais pour se contenter et braver la rigueur de Nicé. Il conclut en se demandant qui des deux perd davantage, tout en sachant que les attraits de Nicé sont rares et qu'il est facile de trouver une amante volage.
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10145
p. 37-41
Lettre à Madame ***.
Début :
Vous voulez une lettre de moi, Madame, je dois vous obéir ; mais je [...]
Mots clefs :
Humeur, Impatience, Femmes, Malheureux, Femme, Plaisirs, Vivacité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre à Madame ***.
Lettre à Madame *** ¸
Ous voulez une lettre de moi , Madame
, je dois vous obéir ; mais je
erains que vous ne vous repentiez bientôt
de me l'avoir demandée. Je me trouve
dans un moment de raifon porté à vous
parler morale , & je fens que je vais fuccomber
à mon penchant fingulier . Au pis
aller , j'écris fur du papier , & votre bougie
vous vengera de mes fages impertinences.
Je prends pour fujet de mon petit
fermon les chagrins , l'impatience & l'humeur.
Commençons.
Diminuer les peines , augmenter les
plaifirs , fe rendre le plus heureux , ou le
moins malheureux qu'il eft poffible , tel
eft mon fyftême. Si vous l'adoptez , Madame
, il faut d'abord vous réfoudre à réduire
les chagrins à leur jufte valeur , à
étudier leurs caufes & leurs effets , à foumettre
le fentiment à la réflexion , & le
coeur à l'efprit.
Un verre caffé , une porcelaine briſée ,
un meuble détruit , une impoliteffe , un
trait de calomnie , voilà quels font ordinairement
les motifs de vos plaintes . Voici
ce qu'ils deviennent aux yeux de la raiſon.
Avec la dixieme partie de la fomme que
38 MERCURE DE FRANCE.
vous employez tous les ans à des fuperfluités
agréables , ou au foulagement des malheureux
, vous réparerez les effets de la
maladreffe de tous ceux que vous querellez.
Cette réflexion feule doit affurément vous
confoler fur cet objet , pour le paffé , le
préfent & l'avenir. Si elle ne fuffic pas ,
imaginez que vos yeux éblouiffent ceux
qui les voyent , & font l'excufe de nos
diftractions or un diftrait eft toujours
maladroit.
Le mauvais procédé d'un fat , le propos
déplacé d'un méchant , l'air dédaigneux
d'une coquette doivent vous affliger encore
moins. Ce font pour ces originaux des
agrémens d'état auxquels il faut fe faire
dans le monde , qui , fans vous nuire , les
caracterifent, & prouvent tout au plus leur
exiftence. Toute femme jeune , belle &
fage doit être perfécutée par le defir , l'envie
& la méchanceté : Après cela ofez vous
plaindre.
Vous m'attendez à l'article des calomnies
, dont vous êtes quelquefois la victi
me. J'aurois tort d'étouffer votre fenfibilité
à cet égard , fi mille femmes qui ne
vous valent pas , ne partageoient votre
infortune , fi les imputations des gens mefestimables
étoient de quelque poids , fi
elles n'étoient au contraire de véritables
DECEMBRE . 1755. 39
éloges , & fi enfin on devoit être furpris
de voir des calomniateurs dans une efpece
où l'on trouve des Corfaires , des Antropophages
, & des Tyrans.
L'impatience eft encore un petit défaut,
dont je voudrois corriger une perfonne
que vous connoiffez mieux que moi . L'impatience
, me direz- vous , eft un effet de
la vivacité , & la vivacité eft un agrément
mais je penfe bien autrement fur
cette qualité vantée , & c'eft fans admiration
que j'entends tous les jours des femmes
m'ailurer qu'elles la poffedent . Il eft
vrai que leur ton nonchalant les dément
& les juftifie .
La vivacité ceffe d'être agréable dès
qu'elle paffe les bornes étroites que lui ont
impofé la politeffe & les convenances ;
dès lors elle commence à nuire au bonheur
. Imaginez ce qu'on peut dire de l'impatience
qui , toujours mécontente d'ellemême
, blâme & tourmente tout ce qui
l'environne. Pour en guérir la meilleure
de vos amies , je la condamne à lire tout
entiers trois Commentateurs de l'autre fiecle
, & deux Romanciers de celui - ci .
L'impatience que je traite fi mal , ceffera
d'être condamnable , & paroîtra prefque
une vertu , fi nous la la comparons à
l'humeur , dont il me reste à vous parler..
40 MERCURE DE FRANCE.
L'humeur plus conftante , plus acariâtre
que le caprice , eft par conféquent encore
plus infupportable. Ses motifs font
toujours de petits mécontentemens groffis
par notre amour- propre , par notre vanité
, & par l'envie trop naturelle de contrarier
& d'affliger nos femblables ; elle
ferme l'efprit à la gaieté & le coeur aux
plaifirs. De tous ceux que nous pourrions
gouter , elle ne nous laiffe que celui de
faire du mal .
La feule définition de cette qualité que
nos jolies femmes ont mife à la mode , va
vous rendre fon ennemie , & doit fans
doute vous effrayer. Si jamais vous en reffentiez
les atteintes , je vais tâcher de
vous fournir un contre-poifon .
Quand de petits malheurs vous rendront
trop fenfible , jettez les yeux fur
l'efpece humaine comptez , fi vous le
pouvez , tous ceux qui font plus malheureux
que vous. Songez auffi que votre ſenfibilité
corrompt vos plaifirs : Soyez en.
fin certaine que les ames , qui fe laiffent
affecter par de petits objets , font bien
peti es elles-mêmes ; & qu'en un mot une
femme qui a de l'humeur , eft un femme
fans efprit.
Si mon fentiment eft vrai , s'il devient
un principe , on n'entendra plus dire aux
DECEMBRE. 1755. 41
femmes du bel air : J'ai de l'humeur comme
un dogue ; elles s'écrieront au contraire :
Je n'ai jamais d'humeur ! & elles en feront
bien plus aimables , fi toutefois elles font
finceres.
J'ai l'honneur d'être , &c .
Ous voulez une lettre de moi , Madame
, je dois vous obéir ; mais je
erains que vous ne vous repentiez bientôt
de me l'avoir demandée. Je me trouve
dans un moment de raifon porté à vous
parler morale , & je fens que je vais fuccomber
à mon penchant fingulier . Au pis
aller , j'écris fur du papier , & votre bougie
vous vengera de mes fages impertinences.
Je prends pour fujet de mon petit
fermon les chagrins , l'impatience & l'humeur.
Commençons.
Diminuer les peines , augmenter les
plaifirs , fe rendre le plus heureux , ou le
moins malheureux qu'il eft poffible , tel
eft mon fyftême. Si vous l'adoptez , Madame
, il faut d'abord vous réfoudre à réduire
les chagrins à leur jufte valeur , à
étudier leurs caufes & leurs effets , à foumettre
le fentiment à la réflexion , & le
coeur à l'efprit.
Un verre caffé , une porcelaine briſée ,
un meuble détruit , une impoliteffe , un
trait de calomnie , voilà quels font ordinairement
les motifs de vos plaintes . Voici
ce qu'ils deviennent aux yeux de la raiſon.
Avec la dixieme partie de la fomme que
38 MERCURE DE FRANCE.
vous employez tous les ans à des fuperfluités
agréables , ou au foulagement des malheureux
, vous réparerez les effets de la
maladreffe de tous ceux que vous querellez.
Cette réflexion feule doit affurément vous
confoler fur cet objet , pour le paffé , le
préfent & l'avenir. Si elle ne fuffic pas ,
imaginez que vos yeux éblouiffent ceux
qui les voyent , & font l'excufe de nos
diftractions or un diftrait eft toujours
maladroit.
Le mauvais procédé d'un fat , le propos
déplacé d'un méchant , l'air dédaigneux
d'une coquette doivent vous affliger encore
moins. Ce font pour ces originaux des
agrémens d'état auxquels il faut fe faire
dans le monde , qui , fans vous nuire , les
caracterifent, & prouvent tout au plus leur
exiftence. Toute femme jeune , belle &
fage doit être perfécutée par le defir , l'envie
& la méchanceté : Après cela ofez vous
plaindre.
Vous m'attendez à l'article des calomnies
, dont vous êtes quelquefois la victi
me. J'aurois tort d'étouffer votre fenfibilité
à cet égard , fi mille femmes qui ne
vous valent pas , ne partageoient votre
infortune , fi les imputations des gens mefestimables
étoient de quelque poids , fi
elles n'étoient au contraire de véritables
DECEMBRE . 1755. 39
éloges , & fi enfin on devoit être furpris
de voir des calomniateurs dans une efpece
où l'on trouve des Corfaires , des Antropophages
, & des Tyrans.
L'impatience eft encore un petit défaut,
dont je voudrois corriger une perfonne
que vous connoiffez mieux que moi . L'impatience
, me direz- vous , eft un effet de
la vivacité , & la vivacité eft un agrément
mais je penfe bien autrement fur
cette qualité vantée , & c'eft fans admiration
que j'entends tous les jours des femmes
m'ailurer qu'elles la poffedent . Il eft
vrai que leur ton nonchalant les dément
& les juftifie .
La vivacité ceffe d'être agréable dès
qu'elle paffe les bornes étroites que lui ont
impofé la politeffe & les convenances ;
dès lors elle commence à nuire au bonheur
. Imaginez ce qu'on peut dire de l'impatience
qui , toujours mécontente d'ellemême
, blâme & tourmente tout ce qui
l'environne. Pour en guérir la meilleure
de vos amies , je la condamne à lire tout
entiers trois Commentateurs de l'autre fiecle
, & deux Romanciers de celui - ci .
L'impatience que je traite fi mal , ceffera
d'être condamnable , & paroîtra prefque
une vertu , fi nous la la comparons à
l'humeur , dont il me reste à vous parler..
40 MERCURE DE FRANCE.
L'humeur plus conftante , plus acariâtre
que le caprice , eft par conféquent encore
plus infupportable. Ses motifs font
toujours de petits mécontentemens groffis
par notre amour- propre , par notre vanité
, & par l'envie trop naturelle de contrarier
& d'affliger nos femblables ; elle
ferme l'efprit à la gaieté & le coeur aux
plaifirs. De tous ceux que nous pourrions
gouter , elle ne nous laiffe que celui de
faire du mal .
La feule définition de cette qualité que
nos jolies femmes ont mife à la mode , va
vous rendre fon ennemie , & doit fans
doute vous effrayer. Si jamais vous en reffentiez
les atteintes , je vais tâcher de
vous fournir un contre-poifon .
Quand de petits malheurs vous rendront
trop fenfible , jettez les yeux fur
l'efpece humaine comptez , fi vous le
pouvez , tous ceux qui font plus malheureux
que vous. Songez auffi que votre ſenfibilité
corrompt vos plaifirs : Soyez en.
fin certaine que les ames , qui fe laiffent
affecter par de petits objets , font bien
peti es elles-mêmes ; & qu'en un mot une
femme qui a de l'humeur , eft un femme
fans efprit.
Si mon fentiment eft vrai , s'il devient
un principe , on n'entendra plus dire aux
DECEMBRE. 1755. 41
femmes du bel air : J'ai de l'humeur comme
un dogue ; elles s'écrieront au contraire :
Je n'ai jamais d'humeur ! & elles en feront
bien plus aimables , fi toutefois elles font
finceres.
J'ai l'honneur d'être , &c .
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Résumé : Lettre à Madame ***.
La lettre est adressée à une dame qui a sollicité une correspondance de l'auteur. Bien que celui-ci exprime des doutes initiaux, il accepte de lui écrire. Il choisit de traiter des sujets tels que les chagrins, l'impatience et l'humeur. L'auteur expose son système pour atténuer les peines et augmenter les plaisirs, qui consiste à réduire les chagrins à leur juste mesure, à en étudier les causes et les effets, et à soumettre le sentiment à la réflexion. Il illustre ses propos avec des exemples concrets, comme un verre cassé ou une impolitesse, suggérant que ces incidents peuvent être réparés ou excusés. L'auteur aborde également la question des calomnies, notant que les femmes jeunes, belles et sages sont souvent victimes de méchanceté et d'envie. Il critique l'impatience, qu'il considère comme nuisible au bonheur, et la distingue de l'humeur, plus constante et insupportable. L'humeur est définie comme un mécontentement exacerbé par l'amour-propre et la vanité, fermant l'esprit à la gaieté et au plaisir. Pour contrer l'humeur, il conseille de comparer ses malheurs à ceux des autres et de ne pas se laisser affecter par des détails insignifiants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10146
p. 41
FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
Début :
Un coq chantoit, puis il grattoit la terre. [...]
Mots clefs :
Coq, Cigale
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texteReconnaissance textuelle : FABLES. FABLE PREMIERE. Le Coq & la Cigale.
FABLE S.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
FABLE PREMIERE.
Le Coq & la Cigale.
UN coq chantoit , puis il gtattoit la terre.
Une cigale dit : Paffe encor de chanter ;
Mais un grand , tel que vous , n'eft pas né
gratter.
Ainfi parle un fot , mais il erre ,
Répond l'animal enplumé.
Eh ! que ferois-je donc fi j'étois enrhumé
pour
Le plus vil des métiers n'a rien qui deshonore ,
Et ne pas s'occuper eft cent fois pis encore.
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10147
p. 41-42
FABLE II. Les deux Chiens.
Début :
Rien n'est plus dangereux qu'une vive dispute ; [...]
Mots clefs :
Chiens
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FABLE II. Les deux Chiens.
FABLE II.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
Les deux Chiens.
Ien n'eft plus dangereux qu'une vive dif
pute ;
L'inimitié la fuit de près :
42 MERCURE DE FRANCE.
Rarement on finit ainsi que l'on débute.
Je cite cet exemple entr'autres que je tais.
Soliman & Pluton , chiens de la même eſpeco ,
De plus amis dès leur tendre jeuneſſe ,
Dans un commun chénil un jour fe difputoient
Pour quel fujet je ne fçaurois le dire ,
Peut-être pour un os , peut- être encor pour gire ;
Bien eft-il vrai que l'an & l'autre étoient
Fort échauffés. On fe plaint , on murmure ?
Aigres propos , hauts tons , maniere dure
Sont employés dans leurs débats.
Je vous laifle à penser quel fut alors le cas
Chacun prétend tirer vengeance
De l'affront fait à fon honneur.
Soliman fe pique de coeur ,
Pluton ne veut furvivre à fon offenſe :
Leurs poils font hériffés , leurs yeux étincélans
Sont animés d'une fureur mortelle ;
Tous les deux de leur queue ils fe battent les
flancs :
De tous côtés le fang ruiffele.
N'importe , rien ne peut appaifer leur courroux.
Le vaincu terraffé ne céde point aux coups :
Il fe releve , il écume de rage .
Vit-il encor il n'eft pas fatisfait.
Je n'outre rien dans ce portrait.
Vous y connoiffez vous , François ? c'eft votre
image.
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Résumé : FABLE II. Les deux Chiens.
La fable 'Les deux Chiens' raconte la dispute violente entre Soliman et Pluton, deux chiens amis depuis leur jeunesse. Un jour, ils se querellent pour une raison inconnue, peut-être un os ou un jeu. Leur dispute s'intensifie rapidement, marquée par des propos aigres et des manières dures. Chacun cherche à venger l'affront fait à son honneur. Soliman et Pluton montrent des signes de fureur, leurs poils se hérissent et leurs yeux étincellent. Ils se battent férocement, sans que l'un des deux ne cède, même après avoir été terrassé. La dispute se termine sans vainqueur, chacun restant insatisfait malgré la violence de leur affrontement. L'auteur compare cette scène à l'image des querelles humaines.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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10148
p. 46-55
Portrait d'un honnête homme.
Début :
C'est moi-même qui me dépeins ici, non pas par ostentation, mais par [...]
Mots clefs :
Coeur, Vertu, Plaisir, Esprit, Homme, Bonté, Bonheur, Société, Amour, Goût
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Portrait d'un honnête homme.
Portrait d'un honnête homme.
' Eft moi - même qui me dépeins ici ,
non pas par oftentation , mais par
franchife : auffi ce n'eft pas l'efprit , mais
le coeur feul , qui a part à ce portrait.
Je commence , où j'ai commencé à être
homme.
Nous apportons tous en naiffant une
efpece de vertu , les uns plus , les autres
moins , fuivant les occurrences. Cette vertu
eft fauvage ; il faut la rectifier par le
goût , & la plier aux moeurs du fiecle , fi
on veut faire membre dans la fociété. La
vertu que le ciel m'a donné en partage , eft
un fonds de bonté inaltérable . Si j'avois eu
une éducation telle que je me fens en état de
la donner , j'aurois connu ce caractere , &
je ne me ferois pas égaré dans ma philofophie.
J'ai eu des paffions que je prenois
fans doute pour des goûts , & des caprices
que j'appellois peut- être vivacité d'efprit
; ajoutons à ces défauts une inconftance
invincible , un dégoût pour ce que j'avois
le plus aimé. Avec de telles imperfections
, je n'étois guere bon à rien de folide
ni d'agréable : avec de la vertu de la bonté,
du génie & de l'efprit , n'être d'aucun
DECEMBRE. 1755. 47
avantage pour la fociété ni pour foi , on
trouvera cela fingulier : auffi mon caractere
eft- il un vrai paradoxe .
Ce que j'avois de bon eft resté en friche :
le mauvais a pris le deffus , & m'a entraîné.
Les ſciences ont eu de l'attrait pour
mon efprit. Je m'y fuis livré fans jugement.
Je les dévorois. Je les ai effleurées prefque
toutes . Mais enfin j'en ai connu le vuide,
Ma raiſon a paru , & a diffipé ce goût
prématuré. A préfent , c'eft dans le fond
de mon coeur que je cherche la nature :
c'eſt- là où fe place le vrai bonheur . J'ai
profcrit mes livres de fciences ; je ne lis
que ceux qui peuvent me former le
coeur & l'efprit.
Je me fuis fait un fiftême de bonheur: aimer
& être aimé. J'ai cru qu'il étoit facile de
fe faire aimer , quand on aimoit facile
ment. J'agiffois en conféquence . J'aimois
dans toute la franchiſe de mon coeur , &
je n'étois pas aimé , parce que j'aimois
trop. C'eft quelquefois un défaut de laiffer
voir le fond de fon coeur , quand il
péche par un excès de bonté.
Comme je n'ai ni ambition , ni pru
dence , ni politique , on me tourne comme
l'on veut . On me trompe fans que je
m'en apperçoive. Je ne fçais pas primer ;
je n'ai jamais pu attraper ce ton d'impor
48 MERCURE DE FRANCE.
tance , ces airs fuffifans , enfans de la fublime
vanité , cet art délicat de fe faire
craindre & défirer tout à la fois.
Cependant ces petits défauts galans , ce
mérite ridicule eft effentiel pour la fociété.
( La belle fociété s'entend ce qu'on appelle
le grand monde. ) J'euſſe brillé , ſi j'avois
voulu ceffer d'être bon , & acquérir un
peu de fauffeté & d'amour-propre ; mais
ce ne pouvoit être qu'aux dépens des
biens que la nature a mis dans mon coeur.
Que le ciel me puniffe , fi jamais je facrifie
ces tréfors précieux ! On m'appellera
bizarre , mifantrope , fauvage , j'aurai
toujours quelques amis qui penferont comme
moi , & à qui je m'ouvrirai fans paroître
ridicule. Je négligerai ma fortune ,
il eft vrai . Hé ! n'eft- on pas affez riche ,
quand on fçait fe contenter ? Je n'ai point
l'art de donner , ni de recevoir , ni de
demander ; cela empêche- t'il que je ne fois
libéral , reconnoiffant ? & c.
Avec un coeur fi tendre , on penſe bien
que j'ai fenti quelquefois les impreffions
de l'amour ; mais on penfe auffi que je
ne fuis pas un homme à bonnes fortunes.
Ce n'eft plus l'amour qui fait les intrigues.
amoureufes. Je penfe trop , pour être aimé
des femmes , & je fuis trop digne d'en être
aimé pour en être haï. Avare de mon tems ,
je
DECEMBRE . 1755 . 49
je néglige l'art des mines , & j'avoue tout
net que je ne fuis pas galant. Je ne laiffe
pourtant pas que d'eflayer la galanterie
avec fuccès , furtout quand l'humeur m'y
porte. Ce n'eft pas par goût , mais le devoir
focial l'exige : il m'eft facré . Ainſi je
fçais me conformer aux ufages les plus frivoles
, fans les adopter.
Je ne fuis pas pédant , mais j'ai du bon
fens ;je ne fuis pas fat ,mais je fçais le copier
; je ne fuis pas bel efprit , mais j'ai
des faillies heureuſes . Tout ce que je dis eft
utile : je ne fçais pas employer les termes
inutilement ; je m'en apperçois , lorfque
je fuis obligé de flatter une femme , & de
lui faire une déclaration d'amour fans
l'aimer.
Ma converfation avec les petits maîtres,
tarit tout de fuite , parce que je ne fçais
pas médire & faifir les ridicules : mon
caractere eft un emblême pour eux ; ils
y voyent une bonté qu'ils ne connoiffent
pas. Au contraire , je me plais avec le
Philofophe , & il fe plaît avec moi : c'eſt
ce qui m'a fait voir que je l'étois moimême.
Je parle également à l'homme de lettres
comme au fat , au riche comme au pauvre
, à l'heureux comme au malheureux :
il n'y a que le fot vraiment fot , & le fou
I. Vol. C
30 MERCURE DE FRANCE.
vraiment fou , que j'évite foigneufement.
Je ne me flatte jamais ; au contraire , il
m'en coute , pour convenir de mon mérite.
Ce n'eft pas par modeftie , mais par
défaut d'amour-propre . Que fçai -je ? Peutêtre
que je vaux bien des gens qui valent
quelque chofe. A l'âge de vingt- deux ans,
on ne s'eft point encore affez connu , on
n'a pas appris tout ce qu'on doit fçavoir ,
la raifon n'a pas atteint fon dégré de vigueur
, on n'a pas encore formě fon caractere.
La trop grande fougue des paffions
, le defir trop violent d'avoir da
plaifir , font qu'on néglige la ſcience de
la raifon , & qu'on court après la perte du
tems . On cherche à s'enlevelir dans la
volupté , non pas dans les réflexions . Ce
n'eft pas à mon âge que Platon réfléchiffoit
fi bien. Il fut peintre & poëte , &
fans doute voluptueux , avant que d'être
philofophe. Je l'imite peut-être, fans m'en
appercevoir. Quand on a des femences
de bonté , qu'on defire la vertu , &
qu'on fuce de bons principes , la fageffe
fe gliffe infenfiblement dans le coeur , &
l'on eft tout furpris de fe fentir embrafé
de ce feu divin .
Cependant je ne fuis pas en tour point
Thomme que j'ai nommé. Le bonheur
qu'il propofe , me paroît équivoque , à
DECEMBRE. 1755. S.E
moins que certains
plaifirs , que je me
permets
, ne foient les grades requis pour
parvenir
à fon bonheur
. En vain je m'abîme
dans l'étude , en vain j'approfondis
mon coeur , & je tâche d'y déchirer
le voile
qui m'en dérobe la connoiffance
, ce coeur
fe refuſe toujours
à mes réflexions
: je me
trouve caché à moi - même dans la profondeur
que j'y creufe. On connoît
la matiere
dont la nature fe fert , pour créer les
différens
êtres , on apperçoit
cette fage
mere, jufques
dans l'infecte
le plus abject;
on découvre
tous les jours des portions
de
notre globe , on découvre
des nouveaux
globes dans le ciel ; notre coeur feul nous
eſt inconnu
, & le fera toujours
, felon
toute apparence
, à moins que la bonté
fouveraine
ne prenne pitié de notre mifere.
La morale que j'avois embraffée , m'entraînoit
dans une mélancolie trop funefte ,
pour ne pas m'en dégager. Mais en fottant
de ce labyrinthe , il falloit craindre un
contraire. Le pas eft gliffant , comme on
fçait . L'homme en quittant un extrême ,
tombe dans un autre extrême. La raifon
qui l'avoit guidé pour fe débarraffer d'une
vertu trop auftere , le quitte dans le beau
chemin ; il craint , s'égare , chancele , tombe
dans le tolérantiſme.
Peut- être fais je là le récit de mon
·
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
crime. Je puis protefter du moins que j'ai
fait mon poffible pour m'aflurer dans ce
fentier étroit , qui fe trouve entre les deux
gouffres. Les amis de la vertu pourront
m'avertir fi j'ai failli : il leur importe
autant qu'à moi que je fois parfait ; à
eux , pour avoir en moi un modele de fageffe
; à moi , pour mon bonheur. Faſſe le
monarque de nos amis , qu'on puiffe dire
de moi , qu'il a exifté un fage en France
comme à Athenes .
Dorénavant je fuivrai volontiers Montagne.
Ce fage voluptueux pénetre mon
ame d'une rofée qui me rend toujours
content. Je puife chez lui , ( du moins je
le crois ) des fentimens élevés , dont le
progrès m'étonne. Voici la maniere d'être.
heureux , qu'il m'a comme infinuée : ni
Stoïcien , ni parfait Epicurien , je regarde
le malheur d'un oeil ftoïque , & le bonheur
d'un oeil épicurien . Plus fenfible au
plaifir qu'à la peine , & plus à la pitié qu'au
plaifir , je fçais jouir de ce dernier , maist
jamais aux dépens de la vertu je fçais
m'en arracher quand mon devoir l'exige .
Je fuis la peine & cherche le plaifir : mais
pour moi , la privation du plaifir n'eft pas
une peine , & l'exemption de la peine eft
un plaifir. Je ne connois que les plaifirs
du coeur & de l'efprit ; je fuis affez EpicuDECEMBRE
. 1755. 53
rien pour les préparer , les compofer , les
étudier , les raffiner. Quelquefois le fens
s'y mêle , mais ce n'eft que comme l'agent
de l'ame : je ne cherche que la tranquillité
de la mienne , & je crois que le plaifir en
eft la compagne inféparable ; il faut en
calculer les dégrés de vivacité , fuivant fa
propre fenfibilité . Quoiqu'extrême , par
rapport à l'imagination , un petit plaifit
varié à propos & avec goût , me tient dans
la douce férénité qui me convient. Pourrendre
un peuple parfaitement heureux ,
il devroit y avoir dans l'Etat une conftitution
fondamentale , qui commît des Philofophes
pour combiner ce rapport du climat
au plaifir , & en difpenfer au peuple
une qualité gratuite. Je fçais par ma propre
expérience , que ce plaifir au lieu d'énerver
l'ame , l'éleve au contraire , & la
rend plus propre à fes devoirs. Suivant.ce
plan , je fuis à l'abri des traits de la fortune.
Sans m'affujettir à la méthode des voluptueux
du fiecle , je trouve le moyen de
diminuer mes peines , & de doubler mes
plaifirs ; & par - là , je me rapproche de la
pureté de la nature . Enfin je refpecte la
vertu , la patrie , la fociété ; j'adore la
juftice , l'égalité , la liberté ; j'aime la fanté
, les plaifirs , mes amis ; je ne hais que
le vice.
' Eft moi - même qui me dépeins ici ,
non pas par oftentation , mais par
franchife : auffi ce n'eft pas l'efprit , mais
le coeur feul , qui a part à ce portrait.
Je commence , où j'ai commencé à être
homme.
Nous apportons tous en naiffant une
efpece de vertu , les uns plus , les autres
moins , fuivant les occurrences. Cette vertu
eft fauvage ; il faut la rectifier par le
goût , & la plier aux moeurs du fiecle , fi
on veut faire membre dans la fociété. La
vertu que le ciel m'a donné en partage , eft
un fonds de bonté inaltérable . Si j'avois eu
une éducation telle que je me fens en état de
la donner , j'aurois connu ce caractere , &
je ne me ferois pas égaré dans ma philofophie.
J'ai eu des paffions que je prenois
fans doute pour des goûts , & des caprices
que j'appellois peut- être vivacité d'efprit
; ajoutons à ces défauts une inconftance
invincible , un dégoût pour ce que j'avois
le plus aimé. Avec de telles imperfections
, je n'étois guere bon à rien de folide
ni d'agréable : avec de la vertu de la bonté,
du génie & de l'efprit , n'être d'aucun
DECEMBRE. 1755. 47
avantage pour la fociété ni pour foi , on
trouvera cela fingulier : auffi mon caractere
eft- il un vrai paradoxe .
Ce que j'avois de bon eft resté en friche :
le mauvais a pris le deffus , & m'a entraîné.
Les ſciences ont eu de l'attrait pour
mon efprit. Je m'y fuis livré fans jugement.
Je les dévorois. Je les ai effleurées prefque
toutes . Mais enfin j'en ai connu le vuide,
Ma raiſon a paru , & a diffipé ce goût
prématuré. A préfent , c'eft dans le fond
de mon coeur que je cherche la nature :
c'eſt- là où fe place le vrai bonheur . J'ai
profcrit mes livres de fciences ; je ne lis
que ceux qui peuvent me former le
coeur & l'efprit.
Je me fuis fait un fiftême de bonheur: aimer
& être aimé. J'ai cru qu'il étoit facile de
fe faire aimer , quand on aimoit facile
ment. J'agiffois en conféquence . J'aimois
dans toute la franchiſe de mon coeur , &
je n'étois pas aimé , parce que j'aimois
trop. C'eft quelquefois un défaut de laiffer
voir le fond de fon coeur , quand il
péche par un excès de bonté.
Comme je n'ai ni ambition , ni pru
dence , ni politique , on me tourne comme
l'on veut . On me trompe fans que je
m'en apperçoive. Je ne fçais pas primer ;
je n'ai jamais pu attraper ce ton d'impor
48 MERCURE DE FRANCE.
tance , ces airs fuffifans , enfans de la fublime
vanité , cet art délicat de fe faire
craindre & défirer tout à la fois.
Cependant ces petits défauts galans , ce
mérite ridicule eft effentiel pour la fociété.
( La belle fociété s'entend ce qu'on appelle
le grand monde. ) J'euſſe brillé , ſi j'avois
voulu ceffer d'être bon , & acquérir un
peu de fauffeté & d'amour-propre ; mais
ce ne pouvoit être qu'aux dépens des
biens que la nature a mis dans mon coeur.
Que le ciel me puniffe , fi jamais je facrifie
ces tréfors précieux ! On m'appellera
bizarre , mifantrope , fauvage , j'aurai
toujours quelques amis qui penferont comme
moi , & à qui je m'ouvrirai fans paroître
ridicule. Je négligerai ma fortune ,
il eft vrai . Hé ! n'eft- on pas affez riche ,
quand on fçait fe contenter ? Je n'ai point
l'art de donner , ni de recevoir , ni de
demander ; cela empêche- t'il que je ne fois
libéral , reconnoiffant ? & c.
Avec un coeur fi tendre , on penſe bien
que j'ai fenti quelquefois les impreffions
de l'amour ; mais on penfe auffi que je
ne fuis pas un homme à bonnes fortunes.
Ce n'eft plus l'amour qui fait les intrigues.
amoureufes. Je penfe trop , pour être aimé
des femmes , & je fuis trop digne d'en être
aimé pour en être haï. Avare de mon tems ,
je
DECEMBRE . 1755 . 49
je néglige l'art des mines , & j'avoue tout
net que je ne fuis pas galant. Je ne laiffe
pourtant pas que d'eflayer la galanterie
avec fuccès , furtout quand l'humeur m'y
porte. Ce n'eft pas par goût , mais le devoir
focial l'exige : il m'eft facré . Ainſi je
fçais me conformer aux ufages les plus frivoles
, fans les adopter.
Je ne fuis pas pédant , mais j'ai du bon
fens ;je ne fuis pas fat ,mais je fçais le copier
; je ne fuis pas bel efprit , mais j'ai
des faillies heureuſes . Tout ce que je dis eft
utile : je ne fçais pas employer les termes
inutilement ; je m'en apperçois , lorfque
je fuis obligé de flatter une femme , & de
lui faire une déclaration d'amour fans
l'aimer.
Ma converfation avec les petits maîtres,
tarit tout de fuite , parce que je ne fçais
pas médire & faifir les ridicules : mon
caractere eft un emblême pour eux ; ils
y voyent une bonté qu'ils ne connoiffent
pas. Au contraire , je me plais avec le
Philofophe , & il fe plaît avec moi : c'eſt
ce qui m'a fait voir que je l'étois moimême.
Je parle également à l'homme de lettres
comme au fat , au riche comme au pauvre
, à l'heureux comme au malheureux :
il n'y a que le fot vraiment fot , & le fou
I. Vol. C
30 MERCURE DE FRANCE.
vraiment fou , que j'évite foigneufement.
Je ne me flatte jamais ; au contraire , il
m'en coute , pour convenir de mon mérite.
Ce n'eft pas par modeftie , mais par
défaut d'amour-propre . Que fçai -je ? Peutêtre
que je vaux bien des gens qui valent
quelque chofe. A l'âge de vingt- deux ans,
on ne s'eft point encore affez connu , on
n'a pas appris tout ce qu'on doit fçavoir ,
la raifon n'a pas atteint fon dégré de vigueur
, on n'a pas encore formě fon caractere.
La trop grande fougue des paffions
, le defir trop violent d'avoir da
plaifir , font qu'on néglige la ſcience de
la raifon , & qu'on court après la perte du
tems . On cherche à s'enlevelir dans la
volupté , non pas dans les réflexions . Ce
n'eft pas à mon âge que Platon réfléchiffoit
fi bien. Il fut peintre & poëte , &
fans doute voluptueux , avant que d'être
philofophe. Je l'imite peut-être, fans m'en
appercevoir. Quand on a des femences
de bonté , qu'on defire la vertu , &
qu'on fuce de bons principes , la fageffe
fe gliffe infenfiblement dans le coeur , &
l'on eft tout furpris de fe fentir embrafé
de ce feu divin .
Cependant je ne fuis pas en tour point
Thomme que j'ai nommé. Le bonheur
qu'il propofe , me paroît équivoque , à
DECEMBRE. 1755. S.E
moins que certains
plaifirs , que je me
permets
, ne foient les grades requis pour
parvenir
à fon bonheur
. En vain je m'abîme
dans l'étude , en vain j'approfondis
mon coeur , & je tâche d'y déchirer
le voile
qui m'en dérobe la connoiffance
, ce coeur
fe refuſe toujours
à mes réflexions
: je me
trouve caché à moi - même dans la profondeur
que j'y creufe. On connoît
la matiere
dont la nature fe fert , pour créer les
différens
êtres , on apperçoit
cette fage
mere, jufques
dans l'infecte
le plus abject;
on découvre
tous les jours des portions
de
notre globe , on découvre
des nouveaux
globes dans le ciel ; notre coeur feul nous
eſt inconnu
, & le fera toujours
, felon
toute apparence
, à moins que la bonté
fouveraine
ne prenne pitié de notre mifere.
La morale que j'avois embraffée , m'entraînoit
dans une mélancolie trop funefte ,
pour ne pas m'en dégager. Mais en fottant
de ce labyrinthe , il falloit craindre un
contraire. Le pas eft gliffant , comme on
fçait . L'homme en quittant un extrême ,
tombe dans un autre extrême. La raifon
qui l'avoit guidé pour fe débarraffer d'une
vertu trop auftere , le quitte dans le beau
chemin ; il craint , s'égare , chancele , tombe
dans le tolérantiſme.
Peut- être fais je là le récit de mon
·
Cij
52 MERCURE DE FRANCE.
crime. Je puis protefter du moins que j'ai
fait mon poffible pour m'aflurer dans ce
fentier étroit , qui fe trouve entre les deux
gouffres. Les amis de la vertu pourront
m'avertir fi j'ai failli : il leur importe
autant qu'à moi que je fois parfait ; à
eux , pour avoir en moi un modele de fageffe
; à moi , pour mon bonheur. Faſſe le
monarque de nos amis , qu'on puiffe dire
de moi , qu'il a exifté un fage en France
comme à Athenes .
Dorénavant je fuivrai volontiers Montagne.
Ce fage voluptueux pénetre mon
ame d'une rofée qui me rend toujours
content. Je puife chez lui , ( du moins je
le crois ) des fentimens élevés , dont le
progrès m'étonne. Voici la maniere d'être.
heureux , qu'il m'a comme infinuée : ni
Stoïcien , ni parfait Epicurien , je regarde
le malheur d'un oeil ftoïque , & le bonheur
d'un oeil épicurien . Plus fenfible au
plaifir qu'à la peine , & plus à la pitié qu'au
plaifir , je fçais jouir de ce dernier , maist
jamais aux dépens de la vertu je fçais
m'en arracher quand mon devoir l'exige .
Je fuis la peine & cherche le plaifir : mais
pour moi , la privation du plaifir n'eft pas
une peine , & l'exemption de la peine eft
un plaifir. Je ne connois que les plaifirs
du coeur & de l'efprit ; je fuis affez EpicuDECEMBRE
. 1755. 53
rien pour les préparer , les compofer , les
étudier , les raffiner. Quelquefois le fens
s'y mêle , mais ce n'eft que comme l'agent
de l'ame : je ne cherche que la tranquillité
de la mienne , & je crois que le plaifir en
eft la compagne inféparable ; il faut en
calculer les dégrés de vivacité , fuivant fa
propre fenfibilité . Quoiqu'extrême , par
rapport à l'imagination , un petit plaifit
varié à propos & avec goût , me tient dans
la douce férénité qui me convient. Pourrendre
un peuple parfaitement heureux ,
il devroit y avoir dans l'Etat une conftitution
fondamentale , qui commît des Philofophes
pour combiner ce rapport du climat
au plaifir , & en difpenfer au peuple
une qualité gratuite. Je fçais par ma propre
expérience , que ce plaifir au lieu d'énerver
l'ame , l'éleve au contraire , & la
rend plus propre à fes devoirs. Suivant.ce
plan , je fuis à l'abri des traits de la fortune.
Sans m'affujettir à la méthode des voluptueux
du fiecle , je trouve le moyen de
diminuer mes peines , & de doubler mes
plaifirs ; & par - là , je me rapproche de la
pureté de la nature . Enfin je refpecte la
vertu , la patrie , la fociété ; j'adore la
juftice , l'égalité , la liberté ; j'aime la fanté
, les plaifirs , mes amis ; je ne hais que
le vice.
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Résumé : Portrait d'un honnête homme.
Le texte présente un portrait introspectif d'un individu qui se décrit avec franchise. Il affirme que son portrait est guidé par le cœur plutôt que par l'esprit. Il reconnaît une vertu innée, sauvage, nécessitant d'être rectifiée par les mœurs du siècle pour s'intégrer à la société. Sa vertu principale est une bonté inaltérable, mais il admet des passions, des caprices et une inconsistance qui l'ont rendu inapte à des rôles solides ou agréables dans la société. L'auteur a été attiré par les sciences, mais les a trouvées vides. Il cherche désormais le bonheur dans le fond de son cœur, préférant les livres qui forment le cœur et l'esprit. Il s'est fixé un système de bonheur basé sur l'amour et le fait d'être aimé, bien qu'il ait souvent été déçu dans ses attentes. Il se décrit comme quelqu'un sans ambition, prudence ou politique, facilement manipulable et trompé. Il ne possède pas les qualités nécessaires pour briller dans la société, préférant rester bon et authentique. Il évite les médisances et les ridicules, se plaisant davantage en compagnie de philosophes. L'auteur reconnaît ses limites et ses défauts, tout en affirmant sa bonté et sa dignité. Il évite les flatteries inutiles et les déclarations d'amour insincères. Il parle à tous avec respect, évitant seulement les fous véritables. Il réfléchit sur sa jeunesse, marquée par la fougue des passions et le désir de plaisir, au détriment de la raison. Il aspire à une sagesse qui se glisse insensiblement dans le cœur. Cependant, il se trouve encore caché à lui-même, son cœur restant inconnu. Il critique la morale austère qui l'a conduit à une mélancolie funeste, et il craint de tomber dans le tolérantisme en cherchant à éviter les extrêmes. Il suit désormais Montaigne, cherchant un bonheur modéré, ni stoïcien ni épicurien extrême. Il privilégie les plaisirs du cœur et de l'esprit, calculant leur vivacité selon sa sensibilité. L'auteur respecte la vertu, la patrie, la société, la justice, l'égalité et la liberté, aimant la santé, les plaisirs et ses amis, tout en haïssant le vice.
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10149
p. 54-57
ODE Tirée du Pseaume 99.
Début :
Foibles enfans de la poussiere ! [...]
Mots clefs :
Dieu, Cieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE Tirée du Pseaume 99.
ODE
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
Tirée du
Pleaume 99 .
Foibles enfans de la pouffiere !
Que celui qui vous fit de rien ,
Dans cette pénible carriere
Soit votre infaillible foutien,
Saifis d'une unanime joie ,
Adorez tous le Roi des Rois ;
Goutez les biens qu'il vous envoie ,
Et n'enfreignez jamais fes loix.
Il nous a fait à fon image ,
Il eft notre vrai Créateur ;
Nous fommes fon plus cher ouvrage :
Lui feul a droit fur notre coeur.
Arrachez , d'une fainte force ,
Les vices en vous combattus :
Du plaifir ils n'ont que l'écorce
La tige en eft dans les vertus .
C.
DECEMBRE, 1755 . $52
» Des Cieux contemplez la ftructure !
» Voyez tous ces êtres divers :
» Ah ! je reconnois la nature ,
C'eft la mere de l'univers .
f
» Nous fommes les Dieux de la terre :
Nous ne dépendons que de nous.
» Mortels ! d'un maître du tonnerre
» Ne craignez point le vain courroux,
» Monftre pieux ! fageffe affreuſe !
» Tu rendrois nos jours languiffans.
» Viens , volupté délicieufe !
Sois la Déeffe de nos fens.
Homme ingrat , qui d'un front impie
Etale ces honteux difcours ,
Bientôt d'une exécrable vie
La mort interrompra le cours,
串
Déja ce corps réduit en poudre !
Par l'ordre d'un Dieu ranimé ,
Se leve , & frappé de la foudre ,
Brule fans être confumé.
Civ
56
MERCURE DE FRANCE .
Rebelle enfant , connois un pere !
Parle , pécheur ! eſt- il un Dieu ?
Oui ! ce juge intégre & févere
Sçait punir le feu par le feu.
Vous , qui d'une coupable flamme ,
Fuyant l'éclat trop féducteur ,
Pour ne point égarer votre ame ,
Marchez fous le facré paſteur .
Reftez donc fes brébis chéries ;
Et de loup bravant les fureurs ,
Paiffez dans fes faintes prairies ;
Vous n'y trouverez que des fleurs.
Le chagrin , le mépris , l'outrage
Viennent troubler votre repos
Souffrez , Chrétiens , avec courage:
Ce font de vrais biens que vos maux.
Chantez le Seigneur dans vos fêtes ;
Les hommes droits font fes amis :
Doux foldats , bornez vos conquêtes
A lui gagner les ennemis.
DECEMBRE . 1755. 57
Que l'or décore les portiques
De vos temples majestueux ;
Et joignez vos divins cantiques
Aux concerts immortels des Cieux.
Seigneur , que tu nous es propice !
Loin par toi d'être rejettés ,
Tu vois croître notre malice ,
Et nous conferves tes bontés.
$3
Adorable pere , à toute heure
Tu veilles fur tes chers enfans ;
Et dans la céleste demeure
Tu les fais entrer triomphans.
Toi , qui partout laiffe des traces ,
Et dont Dieu feul eft respecté ,
Tems , porte de races en races.
Son immuable vérité .
Ad ..... d'Arp....
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Résumé : ODE Tirée du Pseaume 99.
Le texte est une ode religieuse et morale, publiée en décembre 1755 dans le Mercure de France. La première section invite les lecteurs à adorer Dieu, à profiter de ses bienfaits et à respecter ses lois. Elle souligne que l'humanité est créée à l'image divine et que les vices doivent être combattus pour révéler les vertus. La deuxième section encourage la contemplation de la structure des cieux et de la diversité des êtres, reconnaissant la nature comme la mère de l'univers. Elle met en garde contre les dangers de la volupté et de l'ingratitude. La troisième section appelle les pécheurs à reconnaître un père céleste et à suivre les enseignements du pasteur sacré. Elle encourage les chrétiens à souffrir avec courage et à chanter le Seigneur lors des fêtes, tout en limitant leurs conquêtes à gagner les ennemis pour Dieu. La dernière section prie pour que l'or décore les temples et que les cantiques divins se joignent aux concerts célestes. Elle exprime la gratitude envers Dieu pour ses bontés malgré la malice humaine et reconnaît le temps comme porteur de la vérité immuable de Dieu.
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10150
p. 64-67
ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
Début :
Iris, que les graces formerent [...]
Mots clefs :
Goût, Philosophie, Émilie du Châtelet
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
ODE
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
A Mlle...fur fon goût pour la Philofophie.
IRis , que les graces formerent
Sur des modeles fi parfaits ,
Vous , qu'en naiffant , elles parerent
De leurs plus folides attraits ,
Quel nouveau penchant vous infpire
N'est-ce point affez de l'empire
Qu'ont acquis vos yeux fur les coeurs ?
Le mérite d'être fçavante ,
A la gloire d'être charmante ,
Peut-il ajouter des honneurs ?
Du fexe l'ouvrage eft de plaire
Et de cultiver l'art d'aimer :
Les fleurs de l'ifle de Cythere
Seules ont droit de le charmer.
La ſcience eft trop épineufe ,
Et l'étude trop ennuyeuſe ,
Pour qu'il y donne fes momens.
Broder avec délicateffe ,
Deffiner , peindre avec fineſſe
Doivent être fes paffe-tems.
DECEMBRE . 1755. 65
Que dis-je Iris eft indignée
Des limites qu'on lui prefcrit ;
L'étude la plus relevée
Eft au-deffous de fon efprit.
Capable des hautes ſciences ,
Les plus fublimes connoiffances
Pour elle ont des appas Aatteurs.
Tout cede à fon heureux génie ,
Et l'abftraite philofophie
Ne lui préfente que des fleurs.
*
Venez Dilèmes , Sillogifmes ,
Votre nom n'effarouche pas ;
Epichérèmes & Sophifmes ,
On ne vous croit plus fans appas.
Iris de vos regles inftruite ,
Des préjugés & de leur fuite,
Aime à voir la futilité.
Au milieu de votre air fauvage ,
Elle démêle votre ufage ,
Et toute votre utilité.
Décider fur une parure
De Cloris c'est le grand talent.
Louer , blâmer une coëffure
D'Agnès c'eft le goût dominant.
Angélique , non moins frivole ,
66.
MERCURE DE
FRANCE.
De fes bijoux fait fon idole ,
Et ne parle que vanité.
Iris , avec plus
d'avantage ,
Du ciel vout eûtes en partage ,
Le goût feul de la vérité.
D'une (1 ) fçavante
incomparable
Imitant les nobles efforts ,
Comme elle , vous joignez l'aimable
Aux plus héroïques transports.
'Avec zele , fuivant fes traces ,
Vous paffez de la cour des graces
A l'auditoire de Platon ,
Et faites une égale eftime
De l'agréable & du fublime ,
Du Dieu des coeurs & de Newton
Souvent de fes foibles lumieres
Votre guide fe défiant ,
A craint de laiffer aux matieres
Un air obfcur & rebutant ;
Mais grace à votre intelligence ,
Le défaut de fon éloquence
N'a point fait tort à vos progrès ;
A vous feule en revient la gloire.
(1 ) Madame la Marquise du Châtelet.
DECEMBRE. 1755. 67
Il n'ofera jamais le croire
Que le témoin de vos fuccès.
Par D. M.
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Résumé : ODE A Mlle ... sur son goût pour la Philosophie.
L'ode célèbre Mlle..., une jeune femme admirée pour son goût pour la philosophie. L'auteur commence par louer sa beauté et ses charmes naturels, puis s'étonne de son intérêt pour une discipline qu'il considère comme ardue et ennuyeuse pour les hommes. Il admire son esprit élevé et sa capacité à apprécier les sciences les plus élevées. Iris, la jeune femme, est contrastée avec d'autres personnages féminins comme Cloris, Agnès et Angélique, préoccupées par des sujets frivoles tels que les parures et les bijoux. Iris est décrite comme ayant un goût pour la vérité et une intelligence incomparable, comparable à celle de Madame la Marquise du Châtelet. L'auteur reconnaît que grâce à son intelligence et sa persévérance, même les sujets les plus complexes deviennent accessibles et attrayants. Il conclut en soulignant que ses succès sont le fruit de son esprit éclairé et de son zèle pour les études philosophiques.
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