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Détail
Liste
1751
p. 1255-1258
ARRESTS NOTABLES.
Début :
DECLARATION du Roy, pour le Droit de Septennium des Professeurs ez Arts de [...]
Mots clefs :
Ordre de saint Antoine, Subdivisions, Rentes, Évêque d'Auxerre, Religieux, Arrêt, Déclaration, Ville, Abbé supérieur général, Tontine
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texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES.
ARRESTS NOTABLES.
Dde Septentum des Professeurs ez Arts de
ECLARATION du Roy , pour le Droit
l'Université de Rheims , du 24. Mars 1734. Registrée
au Parlement le 5. Avril,
ARREST de la Chambre des Comptes , du 20
Mars , en Interpretation de la Déclaration du
premier Juiller 1710 concernant la reddition des
comptes des Payeurs des Rentes de l'Hôtel de
Ville , et les débets des parties des Rentes viage
res non reclamées .
ARREST du Conseil d'Etat du Roy , du 28.
Mars , qui ordonne la suppression d'un Ecrit
intitulé , Mandement de M. l'Evêque d'Auxerre ,
c. par lequel S. M. ordonne que ledit Imprimé
ayant pour titre , Mandement de M. l'Evêque
d'Auxerre , à l'occasion du Miracle opere dans la
I. Vol. Ville
125 MERCURE DE FRANCE
६.
Ville de Seignelay de ce Diocèse , le 6. Janvier
1733. jour de l'Epiphanie , M. DCC. XXXIV.
sera et demeurera supprimé , comme contraire à
PArrêt du 5. Septembre 1731. et contenant des
principes capables de révolter les esprits contre
Pauthorité légitime , et de troubler la tranquilli
té publique. Enjoint à tous ceux qui en ont des
Exemplaires , de les remettre incessamment au
Greffe du Conseil , pour y être supprimer. Fait
deffenses à tous Inprimeurs , Libraires , Colporteurs
et autres , de quelque état , qualité et con.
dition qu'ils soient , d'en imprimer , vendre , ou
autrement distribuer , à peine de punition exem
plaire.
EDIT DU ROI , donné en Mars 1734. concernant
les Chanoines Reguliers de S. Augustin,
de l'Ordre de S. Antoine ; au sujet des Beneffces
à charge d'ames , ou exigeans résidence. Par
lequel il est dit que les Religieux dudit Ordre de
S. Antoine , actuellement pourvûs ou qui se fe
ront pourvoir à l'avenir des Cures , Vicairies
perpetuelles ou Pricures Cures qui dépendent
dudit Ordre de S. Antoine , ou qui peuvent être
possedés en general par tous Chanoines Reguliers
de l'Ordre de S. Augustin , puissent sans
aucune monition précedente et sans forme ni fi
gure de procès , être revoqués et rappel és de
leurs Benefices et envoyés en des Maisons de leur ,
Ordre par le Chapitre general , ou par l'Abbé Superieur
general , et le Définitoire d'icelui , pour
fautes par eux commises et scan lale connu à l'Evêque
et audit Abbe Superieur General , ou mê
me pour le seul bien et avantage de l'Ordre , s'il
y échet , du consentement toutefois des Archevêques
ou Evêques , dans les Diocèses desquels les
I.Vol.
Benc
JUIN, 1714. 1257
Benefices sont situés et non autrement , et ce
nonobstant la disposition generale de la Déclaration
du mois de Janvier 1686. portant que toutes
les Cures seront à l'avenir desservies par des
Curés ou Vicaires perpetuels en titre , laquelle
disposition ne pourra empêcher la revocabilité
desdits Religieux pourvûs des Benefices ci - dessus
marqués. A l'effet dequoi avons dérogé et déro
geons par ces présentes à ladite Déclaration pour
ce regard seulement ; Voulons en outre et nous
plaît qu'aucun Religieux ou Chanoine Regulier
dudit Ordre de S. Antoine ne puisse accepter la
provision d'une Cure , Vicairie perpetuelle on
Prieuré Cure , ni d'aucun autre Benefice exigeant
résidence , qu'il n'ait fait apparoir à l'Evêque
de l'attestation de vie et moeurs , et du consentement
par écrit de l'Abbé Superieur general , et
du Definitoire dudit Ordre de S. Antome , faute
dequoi le Religieux pourvû demeurera déchû de
tout droit ausdits Benefices : Faisons défenses à
nos Juges d'avoir égard à ses provisions , et permettons
aux Patrons et Collateurs desdits Bene
fices d'y pourvoir. Si donnons , & c.
A
ARREST , concernant la Tontine établie par
Edit du mois de Novembre 1733. par lequel
S. M. ordonné que la premiere classe de ladite
Tontine , sera et demeurera composée de douze
subdivisons ; la deuxième ,de quinze subdivisions;
la troisiéme,de vingt - cinq subdivisions ; la qua
triéme,de trente-une subdivisions , la cinquième,
de quarante- sept subdivisions ; la sixième , de
quaranse-une subdivisions ; et la séptiéme , de
trente- neuf subdivisions ; toutes lesdites subdivisions
de cinq mille livres de rentes chacune ,
Produisant ensemble un million cinquante mille
Į. Vol.
ct
livres
1258 MERCURE DE FRANCE
livres de rente , ainsi qu'il est prescrit par ledit
Edit du mois de Novembre dernier . Veut Sa Majesté
que ceux qui , acquereront ce qui reste des
rentes à lever dans lesdites classes , soient tenus
de remettre leurs fonds ès mains du Garde
du Trésor Royal , avant le 16. Mai prochain ,
afin qu'il y ait un terme suffisant pour l'expedi
tion des contrats , et pour la confection des lis
tes de ladite Tontine , de maniere que l'ouverture
du payement puisse se faire au premier Juillet
suivant , concurremment avec celui des trois
autres Tontines ; au moyen de quoi lesdits acquereurs
jouiront des arrerages , à commencer
du premier Janvier de la presente année.
Dde Septentum des Professeurs ez Arts de
ECLARATION du Roy , pour le Droit
l'Université de Rheims , du 24. Mars 1734. Registrée
au Parlement le 5. Avril,
ARREST de la Chambre des Comptes , du 20
Mars , en Interpretation de la Déclaration du
premier Juiller 1710 concernant la reddition des
comptes des Payeurs des Rentes de l'Hôtel de
Ville , et les débets des parties des Rentes viage
res non reclamées .
ARREST du Conseil d'Etat du Roy , du 28.
Mars , qui ordonne la suppression d'un Ecrit
intitulé , Mandement de M. l'Evêque d'Auxerre ,
c. par lequel S. M. ordonne que ledit Imprimé
ayant pour titre , Mandement de M. l'Evêque
d'Auxerre , à l'occasion du Miracle opere dans la
I. Vol. Ville
125 MERCURE DE FRANCE
६.
Ville de Seignelay de ce Diocèse , le 6. Janvier
1733. jour de l'Epiphanie , M. DCC. XXXIV.
sera et demeurera supprimé , comme contraire à
PArrêt du 5. Septembre 1731. et contenant des
principes capables de révolter les esprits contre
Pauthorité légitime , et de troubler la tranquilli
té publique. Enjoint à tous ceux qui en ont des
Exemplaires , de les remettre incessamment au
Greffe du Conseil , pour y être supprimer. Fait
deffenses à tous Inprimeurs , Libraires , Colporteurs
et autres , de quelque état , qualité et con.
dition qu'ils soient , d'en imprimer , vendre , ou
autrement distribuer , à peine de punition exem
plaire.
EDIT DU ROI , donné en Mars 1734. concernant
les Chanoines Reguliers de S. Augustin,
de l'Ordre de S. Antoine ; au sujet des Beneffces
à charge d'ames , ou exigeans résidence. Par
lequel il est dit que les Religieux dudit Ordre de
S. Antoine , actuellement pourvûs ou qui se fe
ront pourvoir à l'avenir des Cures , Vicairies
perpetuelles ou Pricures Cures qui dépendent
dudit Ordre de S. Antoine , ou qui peuvent être
possedés en general par tous Chanoines Reguliers
de l'Ordre de S. Augustin , puissent sans
aucune monition précedente et sans forme ni fi
gure de procès , être revoqués et rappel és de
leurs Benefices et envoyés en des Maisons de leur ,
Ordre par le Chapitre general , ou par l'Abbé Superieur
general , et le Définitoire d'icelui , pour
fautes par eux commises et scan lale connu à l'Evêque
et audit Abbe Superieur General , ou mê
me pour le seul bien et avantage de l'Ordre , s'il
y échet , du consentement toutefois des Archevêques
ou Evêques , dans les Diocèses desquels les
I.Vol.
Benc
JUIN, 1714. 1257
Benefices sont situés et non autrement , et ce
nonobstant la disposition generale de la Déclaration
du mois de Janvier 1686. portant que toutes
les Cures seront à l'avenir desservies par des
Curés ou Vicaires perpetuels en titre , laquelle
disposition ne pourra empêcher la revocabilité
desdits Religieux pourvûs des Benefices ci - dessus
marqués. A l'effet dequoi avons dérogé et déro
geons par ces présentes à ladite Déclaration pour
ce regard seulement ; Voulons en outre et nous
plaît qu'aucun Religieux ou Chanoine Regulier
dudit Ordre de S. Antoine ne puisse accepter la
provision d'une Cure , Vicairie perpetuelle on
Prieuré Cure , ni d'aucun autre Benefice exigeant
résidence , qu'il n'ait fait apparoir à l'Evêque
de l'attestation de vie et moeurs , et du consentement
par écrit de l'Abbé Superieur general , et
du Definitoire dudit Ordre de S. Antome , faute
dequoi le Religieux pourvû demeurera déchû de
tout droit ausdits Benefices : Faisons défenses à
nos Juges d'avoir égard à ses provisions , et permettons
aux Patrons et Collateurs desdits Bene
fices d'y pourvoir. Si donnons , & c.
A
ARREST , concernant la Tontine établie par
Edit du mois de Novembre 1733. par lequel
S. M. ordonné que la premiere classe de ladite
Tontine , sera et demeurera composée de douze
subdivisons ; la deuxième ,de quinze subdivisions;
la troisiéme,de vingt - cinq subdivisions ; la qua
triéme,de trente-une subdivisions , la cinquième,
de quarante- sept subdivisions ; la sixième , de
quaranse-une subdivisions ; et la séptiéme , de
trente- neuf subdivisions ; toutes lesdites subdivisions
de cinq mille livres de rentes chacune ,
Produisant ensemble un million cinquante mille
Į. Vol.
ct
livres
1258 MERCURE DE FRANCE
livres de rente , ainsi qu'il est prescrit par ledit
Edit du mois de Novembre dernier . Veut Sa Majesté
que ceux qui , acquereront ce qui reste des
rentes à lever dans lesdites classes , soient tenus
de remettre leurs fonds ès mains du Garde
du Trésor Royal , avant le 16. Mai prochain ,
afin qu'il y ait un terme suffisant pour l'expedi
tion des contrats , et pour la confection des lis
tes de ladite Tontine , de maniere que l'ouverture
du payement puisse se faire au premier Juillet
suivant , concurremment avec celui des trois
autres Tontines ; au moyen de quoi lesdits acquereurs
jouiront des arrerages , à commencer
du premier Janvier de la presente année.
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Résumé : ARRESTS NOTABLES.
En 1734, plusieurs arrêtés et édits royaux ont été promulgués. Le 24 mars, une déclaration royale relative à l'Université de Reims a été enregistrée au Parlement le 5 avril. La Chambre des Comptes a interprété, le 20 mars, une déclaration du 1er juillet 1710 concernant la reddition des comptes des payeurs des rentes de l'Hôtel de Ville et des rentes viagères non réclamées. Le Conseil d'État a ordonné, le 28 mars, la suppression d'un écrit intitulé 'Mandement de M. l'Évêque d'Auxerre', jugé contraire à l'autorité légitime et perturbateur de l'ordre public. Un édit royal de mars 1734 concerne les Chanoines Réguliers de Saint-Augustin de l'Ordre de Saint-Antoine, stipulant que les religieux pourvus de cures ou vicariats perpétuels peuvent être révoqués par leur chapitre général ou abbé supérieur pour fautes ou pour le bien de l'ordre, avec le consentement des archevêques ou évêques. Enfin, un arrêt concernant la tontine établie par édit de novembre 1733 précise la composition des classes de subdivisions et les modalités de paiement des rentes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1752
p. 1339-1349
PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Début :
La Ville de Paris ayant demandé au Roy la permission de présenter [...]
Mots clefs :
Dauphin, Armes, Ville de Paris, Main, Vertus, Couronne, France, Palmes, Pieds, Guerre, Fleurs, Boucliers, Épée
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texteReconnaissance textuelle : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
PREMIERES ARMES
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
présentées à Monseigneur la Dauphin.
L
A Ville de Paris ayant demandé
au Roy la permission de présenter
à Monseigneur le Dauphin ses premieres
Armes , conformément à un ancien usage
interrompu depuis que que temps ,
le Corps de Ville , en Robbe de ceremonie
, se rendit à Versailles le 6. de
ce moi ; et le Duc de Gesvres , Gouverneur
de Paris étant à la tête , il fut
conduit avec lès ceremoni s ordinaires
à l'Audience de Monseigneur le Dauphin
. Le Corps de Ville eut l'honneur
de présenter à ce Prince une Epée , un
Fusil et dux Pistolets d'un travail par
fait . Le Président Turgot , Prévô: des
Mirchinds , porta la prole cr complimenta
Monseigneur le Dauphin , qui
reçut avec beauco 'P de bonté cet e marque
que la Ville d Paris et empressée
de donner à ce Prince de son resp ce
et de son z le
C'est un droit aussi ancien que glorieux
pour la Ville de Paris , de présenter aux
Dauphins France leurs premi res Ar-
D vj mes
II. Vol.
1340 MERCURE DE FRANCE
mes ; soit récompense de son zéle et de
son affection envers ses Princes , soit prérogatives
flateuses pour la Capitale du
Royaume , soit l'un et l'autre ensemble,
elle a toujours joui de ce privilége et a fait
de cet avantage le premier de ses Titres.
Aujourd'hui que dans la joye commune
à toute la France elle voit croître sous
de si heureux auspices Monseigneur le
Dauphin , elle a encore en particulier
celle de lui pouvoir rendre cet hommage,
et elle a crû ne devoir rien oublier pour
s'acquiter d'un devoir aussi flateur et aussi
honorable pour elle.
Tout FOuvrage des Pistolets, est d'acier,
enrichi partie de reliefet de ciselure , dont
tous les fonds sont d'or perlé, partie d'or en
raport et en bosse , dont les fonds sont
d'acier ce qui fait un contraste aussi
agréable qu'il est riche . Les bois sont or
nez de figures en or gravées en Tailledouce
, et de filigrames d'or qui en font
les accompagnements , et laissent à peine
appercevoir les fonds.
Sur l'un des canons de Pistolets on a
representé en ciselure un Point du Jour,
ou un Soleil naissant : c'est un jeune en
fant sur la pente d'une coline , couché
sur un gazon fleuri , au pied d'un arbre
zoefu . Il semble se réveiller et sortir d'un
IL Vola
doux
JUIN. 1734. 1348
doux sommeil . Derriere la coline sort un
Soleil , dont on n'apperçoit encore que
les premiers raïons. Des deux côtez on
voit des Palmes et des Lauriers qui se
joignent , et s'entrelassent à leurs extré
mitez , soutiennent une Couronne de
Dauphin.
"
L'autre canon représente un jeune
Hercule qui écrase , encore au berceau ,
les deux Dragons qui vouloient le dévo
rer. Sa force montre son origine ; des
Lauriers et des Palmes ainsi que sur l'au
tre canon , mais par des contours differens
, vont se mêler ensemble par leurs
sommitez, et sont terminez par une Cou
ronne d'Etoiles. L'immortalité est la récompense
de ses vertus .
La cizelure n'occupe que la moitié des
canons ; le reste est travaillé en or de
rapport on y a representé les quatre
Parties du Monde , que ce Soleil Levant
va parcourir et éclairer dans sa course
brillante , et que ce jeune Héros doit
remplir du bruit de ses exploits et de ses
vertus. Ily a deux symboles de vertus sur
chaque canon. Elles sont assises sur une
Sphere du monde et representées sous les
attributs et avec les caractéres qui leur
sont propres. AAuu--ddeessssuuss , sont deux
cornes d'abondance renversées, qui répan-
11. Vola dent
342 MERCURE DE FRANCE
dent toutes les richesses et les fruits que
produit chacune des Parties de l'Univers
On voit aussi divers animaux selon la
natute de ces diférentes contrées . Du côté
de l'Europe on n'a pas oublié l'oyseau
avant- coureur du Soleil : il tient un Lys
en son bec.
Sur chacune des deux ovales des calottes
, on a representé un jeune Héros
sur l'une il est debout , un arc à la main,
sur lequel il s'appuye ; un Lion et une
massuë d'Hercule à ses pieds ; derriere
lui s'éleve un Palmier dont les branches
se recourbent au - dessus de sa tête , er lui
servent de Couronne . Sur l'autre il est
appuyé sur un casque , et tient un javelot
à la main .
,
2 Autour des calottes des Pistolets
voit Vulcain dans son antre for
geant des armes pour ce jeune Héros ;
le Dieu Mars les lui présente ; Minerve
paroît avec les instruments , et les Symbols
des differents Arts qu'elle met sous
sa protection , et Mercure aîlé , le ca
ducée à la main , est prêt à exécuter ses
or tres . Chacune de ces Divinitez a ses
trophées et ses attribute.
L'un des Porre vis , représente
le jeune Apollon qui tue le Serpent
Pithon Ce monstre déjà percé d'une
$… ]II. Vol. Altche
JUIN. 1734 7343
Béche mortelle , semble se rouler sur
la poussiere , mordant le dard qui l'a
blessé à l'autre on voit Eole , assis sur
un rocher , qui commande aux vents et
aux tempêtes de se calmer ; sous ses pieds
est la caverne où ils sont renfermez.
Les sous gardes sont ornées par deux
Zephirs aîlez qui portent sur leurs têtes
une corbeille de fleurs. Les pontets sont
soutenus d'un côté sur un Dragon aîlé ,
vuidé à jour , dont la queüe va , en se perdant
par dessous , servir à l'autre côté
de soutien et de base . Sur les pontets sont
deux jeunes Cupidons , dont l'un renverse
des cornes d'abondance l'autre
terrasse un Lion qu'il est prêt de percer
d'un javelot. Le reste des sous- gardes est
enrichi de differents trophées de guerre
et autres ornements.
Sur les corps des platines sont deux
Génies guerriers , dont l'un assis sur un
tas de trophées, porte un faisceau d'armes,
l'autre aussi au milieu de plusieurs instru
ments de guerre s'exerce à battre des
timbales .
Sur le canon du fusil paroît un Dauphin
, entouré de cornes d'abondance
et de guirlandes de fleurs qui vont par
differents contours se joindre par le haut
à une Couronne de Laurier et de Chêne
.. II. Vol.
entre344
MERCURE DE FRANCE
entrelassez. Au - dessous est un jeune Achìle
qui court aux armes ; il tient d'une
main une épée , et de l'autre il arrache
un bouclier d'un Palmier où sont attachées
toutes les armes qui lui sont nécessaires
pour combattre ; un riche tro
phée de guerre sert de Couronnement.
Tout cet Ouvrage est en relief ; le fond
en est d'or perlé et occupe environ la
moitié du canon. La visiere est composée
de plusieurs coquilles accolées , la plupart
à jour et attachées les unes aux autres par
des guirlandes de fleurs. Le reste est en or
de raport avec une suite d'ornements et
d'attributs convenables au sujet.
La plaque est à huit oreilles , toutes
terminées par des coquilles de formes
differentes ; sur le devant est un retour
de chasse un jeune Chasseur assis à
Fombre sur le gazon , foulant aux pieds
un Sanglier qu'il a tué , tenant un fuzil
à la main et entouré de ses chiens , se re
pose des fatigues de la chasse . Sous la
plaque on a mis un Dauphin avec des
palmes autour où sont attachées des arnes
, des ancres , des gouvernails , et au
milieu un trident d'où pend une Couronne
rostrale:
La platine représente un Triton sur le
rivage de la mer , un Dauphin attiré par
IL Vel. la
JUIN. 1734. 8343
la douceur du chant , se joue sur les ondes
d'où il semble sortir.
:
Sur chacun des côtez de la crosse dur
fusil est un Dauphin en or , gravé en
Taille - douce , accompagné de quatre
Génies de même ouvrage et de pareille
matiere l'un porte une Couronne de
Dauphin ; l'autre une corbeille des plus
belles fleurs ; le troisiéme , une Palme
ornée de toutes les differentes Couronnes
dont on récompensoit chez les anciens
les differentes vertus ; enfin le dernier lui
présente un gouvernail et un trident
comme des symboles de son Empire.
On n'entre pas dans un plus grand
'détail sur le reste des ornements de ces
précieux Ouvrages , tels que sont les coquillages
, rocailles , feüillages , architectures
, frises &c. qui servent comme d'accompagnements
et de bordures à tous ces
differents tableaux , et qui , outre la ri
chesse et la magnificence de l'ouvrage ,
sont encore nécessaires pour le contour
et la forme des differentes piéces.
Le Sieur Laroche , Armutier du Roy,
demeurant à Paris sur le Pont Marie
est l'Auteur de ces trois morceaux , dont
l'exécution est admirable.
Toute l'épée est d'or et compose dans son
11. Vol
ensem1346
MERCURE DE FRANCE
ensemble , un seul trophée d'armes , sans
que cette idée exactement suivie dans
toutes les differentes parties. de cet Ouvrage
, en change en rien la forme et les
proportions ordinaires.
La Garde est composée de deux Boucliers,
appellez dans l'antiquité, des Pettes,
comme ils étoient d'usage sous le Regne
et dans les Armées d'Alexandre le Grand:
c'est une époque qu'on a crû devoir choisir
entre plusieurs autres ; ces Boucliers
étoient ornez de bas reliefs et représentoient
des fruits heroïques. Ils avoient
pour la plupart des têtes de Lions aux
deux extrémitez ; on en a suivi en tout
exactement la forme et le dessein . Dans
les quatre bas - reliefs on a representé
les vertus attachées à Monseigneur le
Dauphin dès sa naissance.
L'un de ces Boucliers , du côté de la
Lame , représente les vertus heroïques * ;
c'est un Hercule avec sa massue et cɔuvert
de la peau de Lion ; il terrasse sous
ses pieds l'Hydre qu'il a domptée et tient
en sa main trois pommes du jardin
des Hesperides ; à l'entour sont ses differents
trophées et les divers travaux qui
ont exercé sa valeur et illustré son nom.
Sur l'autre Bouclier et du même côté ,
est la gloire des Princes, accompagnée de
II. Vol.
leurs
i 1347 JUIN. 1734.
leurs victoires , et le prix de leurs vertus :
c'est une femme richement vetuë , ayant
ure Couronne d'or sur sa tête et en sa
main droite une Couronne de Laurier ;
elle soutient de la gauche une forte et rithe
piramide ; à ses pieds est un corner
d'abondance , symbole de la magnificence
et de la generosité des grands Princes.
ve ,
et
De l'autre côté et en dedans de l'un
des Boucliers est representé une Miner-
Deèsse des Sciences militaires et des
Beaux Arts , le Compas à la main ; elle
trace et mesure sur un Globe , un terrain
convenable à fortifier une place de
guerre ; à ses pieds paroît sur un rouleau
déployé , un Plan de fortifications
dans le lointain on voit les dehors d'une
forteresse entourée de palissades . Sur l'autre
Bouclier parallele est une Pallas
Deèsse de la guerre : elle tient une lance
d'une main comme sur le point de combattre
et de l'autre son Egide , elle est
entourée de plusieurs instruments de
guerre au - dessus desquels on voit
flotter dans les airs des Drapeaux et des
Etendarts.
›
A l'endroit où se joignent les deux
Boucliers on a placé un Globe terrestre
qui sera un jour le théatre des vertus et
des exploits de nôtre jeune Prince. Sur
¿ II. Vol. ce
1348 MERCURE DE FRANCE
,
ce Globe , malgré sa petitesse , on a régulierement
tracé en relief les differentes
parties de l'Univers ; ce Globe est surmonté
par une massuë d'Hercule du
bas de laquelle s'éleve un faisceau de
Palmes , qui , en l'entourant jusqu'au
haut et la laissant cependant entrevoir
par les differents jours et les differents
vuides , forme la poignée de l'épée ; ce
qui fait un ouvrage des plus légers et des
plus délicats. Au haut de cette massuë, est
un Casque françois , et c'est ce qui fornic
le pomeau . Ce Casque est enrichi d'un
mufle de Lion et d'autres ornemens
relief ; la visiere en est levée.
sà
Une Palme gracieusement recourbée ,
se détachant par le bas des autres Palmes,
va ensuite en remontant et en s'éloignant
de la poignée , former la branche ; elle
n'en forme cependant que la moitié . De
la pointe sort une fleur de Lys à quatre
faces , production plus belle que toutes
les dattes fleuries dont elle est chargée
ainsi que les autres Palmes. Une autre
Palme qui déscend d'en haut et de dessus
le Casque , vient par un même contour
la rejoindre et s'entrelasser , de telle sorte
que couvrant toute la fleur de Lys , elle
n'en cache rien .
Du bas de la poignée, sort un Dauphin
II. Vol. des
JUIN. 7734
134
و
des mêmes Palmes , au milieu desquelles
il semble se jouer , et forme le tillon dans
le même contour à l'usage des Epées
qui se font à présent. La Lame est aussi
d'or , enrichie de moulures : elle a le
même ressort qu'une Lame d'acier. Le
Fourreau est d'écaille noire, incrustée sur
un fond qui lui donne de la solidité et
arrêté par deux moulures d'or très déli-"
cates ; toute l'écaille est piqué en or d'un
dessein très -riche.
La Chappe , le Crochet et le bout de
l'Epée sont des piéces si petites et qui
la sent si peu de champ ,qu'il n'a pas été
possible de représenter des attributs , ni
rien de symbolique. On a taché par des
petits morceaux d'architectures , des palmettes
des entrelas , des filets des
canneaux de feüillages , et autres ornemens
qui ont raport au sujet, d'y supléer,
et on les a parse mez de plusieurs fleurs
de Lys radieuses et vuidées à jour.
,ر <
Ce beau morceau est de la main de
M. Germain , Orfévre du Roy , si connu
par la perfection de ses Ouvrages et par
la délicatesse de son goût.
Fermer
Résumé : PREMIERES ARMES présentées à Monseigneur l[e] Dauphin.
Le 6 juin 1734, la Ville de Paris a reçu l'autorisation du roi de présenter au Dauphin ses premières armes, suivant un ancien usage interrompu. Le Corps de Ville, en robe de cérémonie, s'est rendu à Versailles où le Duc de Gesvres, Gouverneur de Paris, a conduit la délégation à l'audience du Dauphin. Le Président Turgot, Prévôt des Marchands, a porté les compliments et présenté une épée, un fusil et deux pistolets d'un travail parfait. Ce privilège permet à la Ville de Paris de présenter aux Dauphins de France leurs premières armes, soit en récompense de son zèle et de son affection envers les Princes, soit comme prérogative flatteuse pour la capitale du Royaume. La Ville de Paris a donc saisi cette occasion pour honorer le Dauphin et s'acquitter de ce devoir flateur et honorable. Les pistolets, entièrement en acier enrichi de reliefs et de ciselures, présentent des fonds d'or perlé et des bois ornés de figures en or gravées en taille-douce et de filigranes. Les canons des pistolets représentent des scènes symboliques : l'un montre un jeune enfant sur une colline au lever du soleil, l'autre un jeune Hercule écrasant des dragons. Les symboles de vertus et les cornes d'abondance sont également présents, ainsi que des représentations des quatre parties du monde. Le fusil arbore un Dauphin entouré de cornes d'abondance et de guirlandes de fleurs, ainsi que des scènes de chasse et des symboles maritimes. Les ornements incluent des génies guerriers, des trophées de guerre et des attributs divers. L'épée, entièrement en or, est composée d'un seul trophée d'armes. La garde est inspirée des boucliers utilisés sous le règne d'Alexandre le Grand et représente les vertus héroïques et la gloire des Princes. Les bas-reliefs montrent Hercule terrassant l'Hydre et une femme symbolisant la victoire et la générosité. La poignée de l'épée est ornée de palmes et de lys, et le fourreau est en écaille noire incrustée d'or. Ces œuvres, réalisées par le Sieur Laroche pour les pistolets et le fusil, et par M. Germain pour l'épée, témoignent d'une exécution admirable et d'une grande richesse artistique.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1753
p. 1352-1361
RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Début :
M. le Duc de Valentinois ayant mandé qu'il partiroit de Paris le troisiéme [...]
Mots clefs :
Monaco, Honoré III, Prince de Monaco, Duc de Valentinois, Prince, Place, Ville, Palais, Principauté, Église, Joie, Peuple, Garnison, Cure
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
RELATION de ce qui s'est passé
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
à Monaco à l'occasion de l'arrivée de
S. A. Honoré III. Princ: de Monaco ,
et de son Avenement à la Souveraineté,
sous l'Administration de M. le Duc de
Valentinois , Pair de France , son Pere,
M
le Duc de Valentinois ayant mandé
qu'il partiroit de Paris le troisiéme
du mois de May pour se rendre
à Monaco avec M. le Prince son fils ,
M. le Chevalier de Grimaldi , Gouverneur
General de la Principauté , envoya
le 21 May à Cannes , Ville Maritime de
Provence , les deux Chalouppes de S. A.
magnifiquement équippées , avec son
Capitaine des Gardes pour les y recevoir;
il fit embarq er aussi quelques Musiciens
et Symphonistes pour amuser le
I k Vol. jeune
JUIN. 1734 1353
Jeune Prince , pendant le petit trajet de
Mer qu'il avoit à faire pour la premiere
fois.
Le treizième , les Chalouppes ayant
paru à la hauteur de la Place , le Canon
commença à tirer et continua par une
salve de 130 coups , au bruit de laquelle
S. A. entra dans les Appartemens de son
Palais.
Tous les Bâtimens qui se trouverent
dans le Port , firent aussi une décharge
de leur Artillerie, lorsque les Chalouppes
y entrérent.
Le Corps qui compo e le Magistrat
et les Principaux de la Ville , suivis d'un
nombre infini d'autres personnes , accoururent
en foule pour se trouver au débarquement
: il se fit aux acclamations de
tout le Peuple qui marquoit son contentement
par les démonstrations de la joye
la plus parfaite.
A la premiere Barriere de la Ville le
Prince trouva M. de Mongremier , Lieutenant
pour le Roy dans la Place , avec
le Comte d'Aunay , Colonel du Regiment
de Vexin , et les Officiers de la
Garnison qui s'étoient avancez pour le
recevoir , et qui le complimenterent sur
son arrivée. On entra ensuite dans la
Place où toute la Garnison
II. Vol.
و
E
qui étoit
Sous
· 1354 MERCURE DE FRANCE
sous les armes , rendit les honneurs dûs
au Souverain de Monaco .
,
Le soir du même jour il y eut dans
toute la Ville de grandes illuminations ,
des feux de joye , beaucoup de déchar
ges d'Artillerie , et de feu d'artifice ;
tout le Peuple accourut en même tems
sur la Place d'Armes au - dessous des
fenêtres du Palais , applaudissant par de
nouvelles acclamations, mêlées de danses,
à l'heureuse arrivée de son Prince.
>
Le lendemain 14. le Magistrat s'étant
rendu à l'heure marquée au Palais en
habit de cérémonie eut l'honneur de
haranguer S. A , au nom de la Ville . Le
Curé de l'Eglise principale , à la tête de
son Clergé, fic la même chose . Toutes les
Dames se présentérent ensuite pour saluer
le Prince .
Pendant la journée ce ne furent que
Fêtes , Danses et continuelles acclamations
de la part du peuple assemblé
dans la grande Place,vis à - vis les Appartemens
du Prince. Les feux , les illuminations
et les réjouissances continuerent
tout le Samedy 15. jusqu'à minuit.
Le 16 , jour destiné pour l'Entrée publique
, S. A. sortit de la Ville sur les
cinq heures du soir ; et après avoir fait
un tour de promenade , il revint sur ses
pas. PenJUIN.
1734 1355
Pendant ce tems- là M. le Chevalier
de Grimaldi , Gouverneur General de la
Principauté , le Magistrat avec tout le
Clergé précedé par la Croix , les Prêtres
en surplis , le Curé et ses deux Assi tans
revêtus de Chappes , allerent à la rencontre
de S. A. ju ques à la premiere
Barriere . Dès qu'el.e y fat arrivée, le Che
valier de G.inaldi , en a qualité , lui présenta
les Clefs de la Ville dans un bassin
de vermeil . M. l'Auditeur , Juge Principal
et Chef du Magis rat , la complimenta
sur son Avénement à la Principauré.
Après ce cérémonial S. A. se mit
genoux sur un Prie Dieu préparé ;
M. le Curé s'étant avancé avec ses Assistans
lui présenta la Croix à baiser ; et
après qu'il eut recité les prieres prescrites
par le Rituel Romain , S. A. se leva
et se mit sous le Diis , porté par les Officiers
de la Magistrature .
à
·
Dans le même tems le Clergé entonna
le Pseaume Benedictus Dominu Deus meus
&c. et S. A. se mit en marche , entourée
de ses Gardes duCorps et des Gens de sa
Cour , pour se rendre à la grande Eglise.
Toutes les Maisons des Rues par où
se faisoit la marche ; étoient ornées de
tapisseries Il y avoit aussi trois gran.is
Arcs de triomphe à des di tance pro-
Eij por II. Vol.
135 MERCURE DE FRANCE
portionnées , ornez de figures Allegoriques
, d'Emblêmes, de Festons &c . éclairez
de quantité de flambeaux , et d'une
infinité de bougies. La Garnison sous les
armes étoit en haye , à droite et à gauche,
de puisle premier Corps de Garde jusques
aux Portes de la grande Eglise.
Cette Eglise étoit richement ornée par
des Tapisseries de brocard d'or, de damas
et de velours cramoisy qui alloient jusqu'à
la voûte. Les illuminations répondoient à
tout le reste ; outre les Lustres de cristal
et la quantité de cierges dont toutes les
Chapelles étoient illuminées , on en avoit
placé trois cent sur le grand Autel .
S. A. étant entrée dans l'Eglise s'avança
jusqu'au milieu du choeur et se mit à genoux
sur un Prie - Dieu , placé sous un
Dais qui étoit suspendu . Le Pseaume
Benedictus étant achevé, le Curé officiant
chanta le verset , O Salutaris Hostia ;
et dans le même temps on fit l'Exposition
du Saint Sacrement ; il entonna
ensuite le Te Deum , et la Place fit aussitôt
une nouvelle salve de 24 piéces de
canon. Après le Te Deum le même Officiant
donna la Bénédiction par laquelle
la cérémonie Ecclesiastique fut terminée.
Le Prince ayant alors quitté son Prie-
Dieu , se mit de nouveau sous le Dais
II Vol
porté
JUIN. 1734 1357
porté par les Magistrats et marcha ainsi
jusqu'aux Portes de l'Eglise précedé par
tout le Clergé , et après avoir reçu un
autre compliment de M. le Curé , il se
rendit au Palais , entouré de ses Gardes du
Corps et suivi par les Gens de sa Cour ,
aux acclamations réïterées de tout le Peuple.
Il passa au milieu des Troupes de
la Garnison qui continuoient à border la
haye à droite et à gauche , et il reçut le
salut accoutumé de la part des Offi
ciers.
Dans ce tems- là , Mrs de la Ville firent
couler quatre fontaines de vin deux
sur la Place et deux à chaque côté du
premier Arc de triomphe. S. A. fit jetter
de l'argent au Peuple , et en fit en
même tems distribuer aux Troupes et aux
Pauvres de la Ville.
Le soir du même jour , les illuminations
, les feux de joye et d'artifice furent
renouvellez dans toute la Ville
fit une autre salve de canon . La Fête
et on
finit par un grand repas donné au Palais ,
où les Officiers Majors de la Place et ceux
de la Garnison furent invitez , ainsi que
les principaux Habitans de Monaco . Ce
jour- là se trouvoit heureusement celui
de la Fête de S. Honoré , dont le Prince
porte le nom.
II. Vol.
E iij Le
1358 MERCURE DE FRANCE
Le 17 , sur les cinq heures du soir
S. A. assise sous un Dais reçut dans la
grande Sale de son Palais le serment de
fidelité de la part de ses sujets de la Principauté
de Monaco .
Le soir toute la jeunesse de la Ville,
pour marquer plus particulierement sa
joye , fit dresser trois tables sur la grande
Place au de sous des fenêtres des Appartemens
du Prince , et donna un grand
souper qui fut accompagné de salves
réïterées , de boëtes , de concerts , de voix
d'instruments , de danses , avec un concours
extraordinaire de Peuple.
Le 18 au soir , il y eut pareillement
une grande réjouissance au Port . Le Bâtiment
armé qui sert de Garde- côte parut
tout illuminé, tant le longde son bord,
que sur ses vergues , ornées de flammes
et de banderoles : plusieurs autres moin
dres Batimens , Chaloupes , Bâteaux & c.
illuminez par des feux godronnez , firent
entr'eux une espece de combat naval par
des décharges de leur Mousqueterie, tandis
que le gros Vaisseau répondoit de
son Artillerie. Les fux de joye et d'artifices
et les décharges de quantité de boëtes
continuerent une grande partie de la nuit,
le tout par un tems calme et à souhait.
Le 19 au soir le Prince donna un .
II. Vol. grand
JUIN. £734. 1359
grand Bal au Palais , accompagné d'une
magnifique colation .
Il se propose
de faire également son
Entrée publique à Menton , autre Ville
de la même Principauté . Par les préparatif
qui s'y font , il est à présumer que
S. A. n'aura pas moins lieu d'être satisfaite
de sa réception , qu'elle vient de
l'être à Monaco.
INSCRIPTIONS
des Arcs de
Triomphe , érigez dans Monaco à
l'occasion de cette Entrée.
HONORATO III.
Monaci Principi optimo,
In ipso adolescentiaflore
Maturo, augusti genitoris judicio,
Supremi Principatûs gubernaculis admoto ,
Populus Monacensis
·Paterna providentia applaudens
In signum grati animi dulcisque sui amor
Hunc triumphalem Arcum
Erexit.
Die xxvi. Maii M. DCC. XXXIV.
HONORATUS.
Tertius Nomine ,
Sed nobilitate , ingenio , ac animi dotibus,
Nemini secundus
II. Vol. E iilj
Prin
1360 MERCURE DE FRANCE
Principatus dignitatempaternâ liberalitate collatan
Prematurè adeptus
Longam Populorum felicitatem promittit ,
Si justa magnarum rerum spei
Ab egregia ejus indole in omnibus excitata ,
Anni juxtà communem votum
Respondeant.
HONORATUS III.
Primitias amoris Paterni
Non tam natura beneficio ,
Quam excelsis animi Dotibus
Et corporis formá imperio digná
Promeritus
Supremam Principis dignitatem
Ab optimo piissimoque Parente ,
Antè diem ultrò sibi delatam ,
·Populorum felicitati ac gaudio ante diem
Studens
Triumphali pompâ non invitus
Ostentat.
TRADUCTION.
Les Habitans de Monaco applaudissant à la
sage prévoyance paternelle , ont érigé cet Arc
de Triomphe en l'honneur du très- excellent
Prince de Monaco , HONORE' III. qui par
le jugement reflechi d'un illustre Pere , est parvenu
à la souveraine Principauté à la fleur de son
âge , le 16. May, 1734 .
II. Vol. Honoré
JUIN.
1261 1734.
Honoré III. du nom , mais qui ne le cede.
à personne en noblesse , en esprit et par les
belles qualitez de son coeur , parvenu avant le
temps à la Principauté , par la pure liberalité
d'un aimable Pere , promet à ses Peuples un
bonheur constant et durable , si les années répondent
aux grandes esperances que la beauté de
son caractere a fait concevoir à tout le monde.
Honoré III. qui a mérité les prémices de
P'amour paternel , moins par un bienfait de la
Nature , que par les belles qualitez de son coeur ,
et par celles du corps , dignes du Trône , travaillant
au bonheur des Peuples et occupé de
leur prosperité , fair remarquer avec joye dans
sa marche triomphale la dignité de Prince dont
il est revétu , par la faveur et la grace du meilleur
et du plus tendre de tous les Peres.
Fermer
Résumé : RELATION de ce qui s'est passé à Monaco à l'occasion de l'arrivée de S. A. Honoré III. Prince de Monaco, et de son Avenement à la Souveraineté, sous l'Administration de M. le Duc de Valentinois, Pair de France, son Pere.
Le texte décrit l'arrivée et l'accession au trône d'Honoré III, Prince de Monaco, sous la régence de son père, le Duc de Valentinois. Le 21 mai, le Chevalier de Grimaldi, Gouverneur Général de la Principauté, envoya des chaloupes à Cannes pour accueillir le Duc de Valentinois et le jeune Prince. Le 13 juin, à l'arrivée des chaloupes à Monaco, une salve de 130 coups de canon fut tirée, et le Prince fut accueilli par des acclamations et des démonstrations de joie du peuple. Ce soir-là, des illuminations, des feux de joie et des feux d'artifice furent allumés dans toute la ville. Le lendemain, le Magistrat et le Clergé haranguèrent le Prince, et des fêtes et des danses continuèrent toute la journée. Le 16 juin, jour de l'entrée publique, le Prince fut accueilli par le Chevalier de Grimaldi et le Magistrat, qui lui présentèrent les clefs de la ville. Après une cérémonie religieuse à l'église, le Prince distribua de l'argent au peuple et aux troupes. Les célébrations inclurent des fontaines de vin, des illuminations et un grand repas au Palais. Le 17 juin, le Prince reçut le serment de fidélité de ses sujets. Les réjouissances se poursuivirent avec des bals, des concerts et des feux d'artifice. Le Prince prévoyait également une entrée publique à Menton. Des arcs de triomphe furent érigés à Monaco, portant des inscriptions en latin célébrant les qualités et l'accession au trône d'Honoré III.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1754
p. 1378-1384
CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
Début :
Nous avons été instruits un peu tard de cette cérémonie ; mais [...]
Mots clefs :
Cérémonie, Bordeaux, Statue du roi, Roi, Ville, Place royale, Écuyer, Statue, Sous-maire, Médailles
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
CEREMONIE faite à Bordeaux ;
lors de la Position de la premiere Pierre
du Piedestal , sur lequel doit être élevée
une Statue du Roy &c.
Ntard de cette cérémonie ; mais
Ous avons été instruits un peu
nous l'avons été avec exactitude , puisque
c'est par
le Procès verbal qui en a été
dressé le même jour , et qui est conservé
dans les Archives de l'Hôtel de Ville, dont
une copie vient de nous être envoyée.
Personne n'ignore que la Ville de Bordeaux
est une des plus importantes et des
plus considerables Villes du Royaume, et
que son Port , situé sur l'embouchure de
la Garonne , est un des plus beaux de l'Europe
, formant par sa disposition un point
de veuë qui frape et un spectacle charmant
Cetre Ville , en profitant d'une si
heureuse situation , a voulu faire deux
choses dans ces derniers temps. Donner
au Roy une marque éclatante de son
zele , et se procurer en même tems un
surcroît d'embellissement , qui répondit
à celui qu'elle a receu de la nature. Elle
fait construire une grande Place Royale
ornée de Bâtimens magnifiques, prise dans
II. Vol. unc
JUIN. 1734 1379
ne bonne partie du terrain , occupé cydevant
par le Fauxbourg ,ou Quartier du
Chapeau Rouge . Et c'est au milieu de
cette grande Place que doit être érigéo
la Statue équestre du Roy , en bronze ,
de 14 à 15 pieds d'élevation , sans le
Piedestal , à laquelle travaille actuelle .
ment M. Lemoine de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , dont tout le
monde connoît la capacité La Ville de
Bordeaux en fait aussi la dépense .
Lorsque cet auguste Monument sera
posé et que la Place Royale sera dans
son entiere perfection , nous ne manquerons
pas de donner la Description de l'un
et de l'autre , et d'apprendre au Public
tout ce qui se sera passé à cette occasion .
Nous nous bornons aujourd'hui à ce qui
concerne la cérémonie préliminaire contenuëdans
le Procès verbal dont nous avons
parlé , et dont voici les propres termes.
L'AN mil sept cent trente- trois et le
huitièmejour du mois d'Août , Mrs Joseph
deSegur Chevalier, Vicomte de Cabannac ,
Baron d'Arsac et de Belfort & c. Sous-
Maire :: François Joseph de Galatheau ,
Chevalier, Baron de l'Isle de la Lande &c.
Joseph Dupin , Ecuyer , Avocat en Parlement
, Seigneur de la Maison Noble
du Bauquet &c . Pierre Noël de Saincrit,
II. Vole Fij Ecuyer
1380 MERCURE DE FRANCE
Ecuyer , Seigneur de la Maison Noble de
Rouffiac: Pierre Borie , Ecuyer , Seigneur
des Maisons Nobles de Poumarede
Fleury & c. Ecuyer , Avocat en Parlement
, Pierre de Kater , Ecuyer , Jurats ,
Jean- Baptiste Maignol , Ecuyer Citoyen ,
Seigneur de la Maison Noble de Mataplane
, Procureur Syndic , et Guillaume
du Boscq , Ecuyer , Conseiller du Roy ,
Clerc et Sécretaire ordinaire de la Ville ,
revêtus d'une Robe de satin rouge et
blanc , celle de M. le Sous - Maire doublée
d'un drap d'argent , faites au sujet
de la présente Céremonie , étant partis
de l'Hôtel de Ville environ sur les six
heures du soir , M. Claude Boucher
Chevalier , Seigneur des Gouttes Hebecourt
& c. Conseiller d'Honneur au Par
lemont de Bourdeaux , Président Honoraire
en la Cour des Aydes de Paris , Intendant
de Justice , Police et Finances
de la Generalité de Guyenne , à leur tête ,
se sont rendus avec leur Cortége ordipaire
sur la Place Royale et dans le lieu
où se bâtit le Piedestal destiné pour
placer la Statuë équestre de Sa Majesté ,
que cette Ville doit faire élever à son
honneur et gloire ; comme un précieux
Monument de son amour , de son respect
et de sa soumission ; ayant fait leur mar-
II Vol, che
JUI N. 1734: 1381
the par la rue Saint James , par celles
des Ayres , Poisson Sallé , Saint Pojet ,
Sainte Catherine et par le Chapeau Rouges
les Troupes Bourgeoises au nombre de
12000 hommes , tous Chefs de Familles ,
étint sous les Armes , partie rangez en
haye sur lesdites rues , partie en Bataille
sur la Place Royale : et après plusieurs
décharges de Mousqueterie et de canon ,
tant de la Ville , que des Vaisseaux , qui
avoient reçu pour cela les ordres de
Mrs les Jurats , il a été placé au milieu du
fondement du Piedestal de la Statue, dans
une Pierre creusée exprès , un coffre de
plomb , dans lequel étoit un autre petit
coffre de bois de cedre , garri en dedans
de Satin bleu , orné d'un Galon d'or et
dans icelui on a mis six Médailles , l'une
d'or et les autres d'argent , représentant
d'un côté l'Edifice de la Place Royale
et de l'autre , la Statue équestre de S. M.
sur lesquelles Médailles il a été mis un
petit coussin de la même étoffe , aussi
orné de Galons d'or , et au- dessus on a
posé une Plaque de cuivre , sur laquelle
sont gravez les noms de M. Boucher ,
Intendant , ceux de Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic , et Clerc de
Ville , et celui de M. Gabriël , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , Contrôleur
II Vol.
,
Fiij
Ge382
MERCURE DE FRANCE
,
General des Bâtimens du Roy ,, son
Architecte ordinaire , et Premier Ingénieur
des Ponts et Chaussées de France ,
qui a donné les Desseins et conduit les
Travaux de la Place Royale , laquelle se
construit actuellement sur le Port de cette
Ville. M. Boucher , Mrs les Sous- Maire,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville , ayant mis , chacun selòn son rang,
un peu de mortier sut la premiere Pierre,
et donné quelques coups de marteau ,
tout cela au bruit des Tambours , des
Trompettes et des décharges deMousqueterie
et de canon , souvent réïterées , ils
ont mis le feu à un grand Bucher , qui
avoit été dressé sur la même Place , les
habitans ayant marqué une grande joye
et un contenrement parfait de ce premier
Monument , qui doit annoncer à la Posterité
la plus reculée les sinceres mouvements
de leur coeur , leur amour , et leur
respect pour S. M. Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville ont pendant leur marche , et étant
sur ladite Place , fait jetter abondamment
de l'argent au Peuple , et ensuite ils ont
fait tirer avec beaucoup de succès un Feu
d'artifice pour la clôture de laCérémonie;
après quoi ils se sont retirez ayant laissé à
la Garde des Bourgeois de laVille, qui ont
II. Vol. SouTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MDCCXXXIII
OPTIMO
PRINCIPI
PRÆSID
ET
DECUS
BURDIGAL
CIVITAS
JUIN. 1734. 1383
souhaité chacun à leur tour de participer
à cethonneur,la conservation du précieux
Dépôt des Medailles jusques à ce que l'Edifice
fut assez élevé pour le mettre à cou
vert des atteintes qu'on pourroit y donner.
FAIT sur ladite Place Royale , lesdits
jour , mois , et an que dessus , ainsi
signé Boucher , Segur Sous- Maire , de Galatheau
Jurat , Dupin Jurat , Saincrit
Jurat, Poumarede Jurat , Dessudres Jurat,
de Kater Jurat , Maignol Procureur Syndic
de la Ville , de Boscq Clerc et Sécretaire
de la Ville , et Gabriël.
On nous sçaura , sans doute, bon gré
de trouver ici la gravure du Type des six
Médailles qui ont été mises dans les fondemens
du Piedestal, et qui est le même
sur chaque Médaille . D'un côté on voit
la Représentation de la nouvelle Place
Royale , avec tous les accompagnemens
qu'elle doit avoir , et cette Legende
PRESIDIUM, ET DECU s . Et de l'autre
la Statue Equestre du Roy sur son
Piedestal avec ces mots CIVITAS BURDIGAL
OPTIMO PRINCIPI , dans
l'Exergue M. DCC. XXXIII.
Cette Medaille qui est de la grandeur
du Dessein gravé a paru d'un grand gout
et d'une belle exécution à tous les connoisseurs
, c'est M. Duvivier , de l'Aca-
11 Vol. Fiiij démie
384 MERCURE DE FRANCE
démie Royale , qui en a gravé les coins
avec son habilité ordinaire.
་
Les accidents survenus à l'un de
ces coins , qui est celui de la figure
Equestre , ont été la cause qu'elle n'a
pas paru dans le tems.LeGraveur a été obligé
de le recommencer trois fois,le coin s'étant
cassé autant de fois, tant à la trempe
que sous le Balancier : ce dernier se ressent
encore beaucoup de l'effort du Balancier,
par le grand nombre de Medailles qu'on
a frappées , qui ont élargi les fentes , et
qui causent la confusion que l'on apperçoit
dans l'ouvrage.
Le Sr Duvivier grave actuellement an
nouveau coin de la Tête du Roy , pour les
Medailles dont il fit le modele en cire ,
dans les mois de Fevrier et Mars dernier ,
-S. M. ayant bien voulu se prêter à plusieurs
reprises. Ce modele a été trouvé
très ressemblant.
lors de la Position de la premiere Pierre
du Piedestal , sur lequel doit être élevée
une Statue du Roy &c.
Ntard de cette cérémonie ; mais
Ous avons été instruits un peu
nous l'avons été avec exactitude , puisque
c'est par
le Procès verbal qui en a été
dressé le même jour , et qui est conservé
dans les Archives de l'Hôtel de Ville, dont
une copie vient de nous être envoyée.
Personne n'ignore que la Ville de Bordeaux
est une des plus importantes et des
plus considerables Villes du Royaume, et
que son Port , situé sur l'embouchure de
la Garonne , est un des plus beaux de l'Europe
, formant par sa disposition un point
de veuë qui frape et un spectacle charmant
Cetre Ville , en profitant d'une si
heureuse situation , a voulu faire deux
choses dans ces derniers temps. Donner
au Roy une marque éclatante de son
zele , et se procurer en même tems un
surcroît d'embellissement , qui répondit
à celui qu'elle a receu de la nature. Elle
fait construire une grande Place Royale
ornée de Bâtimens magnifiques, prise dans
II. Vol. unc
JUIN. 1734 1379
ne bonne partie du terrain , occupé cydevant
par le Fauxbourg ,ou Quartier du
Chapeau Rouge . Et c'est au milieu de
cette grande Place que doit être érigéo
la Statue équestre du Roy , en bronze ,
de 14 à 15 pieds d'élevation , sans le
Piedestal , à laquelle travaille actuelle .
ment M. Lemoine de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture , dont tout le
monde connoît la capacité La Ville de
Bordeaux en fait aussi la dépense .
Lorsque cet auguste Monument sera
posé et que la Place Royale sera dans
son entiere perfection , nous ne manquerons
pas de donner la Description de l'un
et de l'autre , et d'apprendre au Public
tout ce qui se sera passé à cette occasion .
Nous nous bornons aujourd'hui à ce qui
concerne la cérémonie préliminaire contenuëdans
le Procès verbal dont nous avons
parlé , et dont voici les propres termes.
L'AN mil sept cent trente- trois et le
huitièmejour du mois d'Août , Mrs Joseph
deSegur Chevalier, Vicomte de Cabannac ,
Baron d'Arsac et de Belfort & c. Sous-
Maire :: François Joseph de Galatheau ,
Chevalier, Baron de l'Isle de la Lande &c.
Joseph Dupin , Ecuyer , Avocat en Parlement
, Seigneur de la Maison Noble
du Bauquet &c . Pierre Noël de Saincrit,
II. Vole Fij Ecuyer
1380 MERCURE DE FRANCE
Ecuyer , Seigneur de la Maison Noble de
Rouffiac: Pierre Borie , Ecuyer , Seigneur
des Maisons Nobles de Poumarede
Fleury & c. Ecuyer , Avocat en Parlement
, Pierre de Kater , Ecuyer , Jurats ,
Jean- Baptiste Maignol , Ecuyer Citoyen ,
Seigneur de la Maison Noble de Mataplane
, Procureur Syndic , et Guillaume
du Boscq , Ecuyer , Conseiller du Roy ,
Clerc et Sécretaire ordinaire de la Ville ,
revêtus d'une Robe de satin rouge et
blanc , celle de M. le Sous - Maire doublée
d'un drap d'argent , faites au sujet
de la présente Céremonie , étant partis
de l'Hôtel de Ville environ sur les six
heures du soir , M. Claude Boucher
Chevalier , Seigneur des Gouttes Hebecourt
& c. Conseiller d'Honneur au Par
lemont de Bourdeaux , Président Honoraire
en la Cour des Aydes de Paris , Intendant
de Justice , Police et Finances
de la Generalité de Guyenne , à leur tête ,
se sont rendus avec leur Cortége ordipaire
sur la Place Royale et dans le lieu
où se bâtit le Piedestal destiné pour
placer la Statuë équestre de Sa Majesté ,
que cette Ville doit faire élever à son
honneur et gloire ; comme un précieux
Monument de son amour , de son respect
et de sa soumission ; ayant fait leur mar-
II Vol, che
JUI N. 1734: 1381
the par la rue Saint James , par celles
des Ayres , Poisson Sallé , Saint Pojet ,
Sainte Catherine et par le Chapeau Rouges
les Troupes Bourgeoises au nombre de
12000 hommes , tous Chefs de Familles ,
étint sous les Armes , partie rangez en
haye sur lesdites rues , partie en Bataille
sur la Place Royale : et après plusieurs
décharges de Mousqueterie et de canon ,
tant de la Ville , que des Vaisseaux , qui
avoient reçu pour cela les ordres de
Mrs les Jurats , il a été placé au milieu du
fondement du Piedestal de la Statue, dans
une Pierre creusée exprès , un coffre de
plomb , dans lequel étoit un autre petit
coffre de bois de cedre , garri en dedans
de Satin bleu , orné d'un Galon d'or et
dans icelui on a mis six Médailles , l'une
d'or et les autres d'argent , représentant
d'un côté l'Edifice de la Place Royale
et de l'autre , la Statue équestre de S. M.
sur lesquelles Médailles il a été mis un
petit coussin de la même étoffe , aussi
orné de Galons d'or , et au- dessus on a
posé une Plaque de cuivre , sur laquelle
sont gravez les noms de M. Boucher ,
Intendant , ceux de Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic , et Clerc de
Ville , et celui de M. Gabriël , Chevalier
de l'Ordre de Saint Michel , Contrôleur
II Vol.
,
Fiij
Ge382
MERCURE DE FRANCE
,
General des Bâtimens du Roy ,, son
Architecte ordinaire , et Premier Ingénieur
des Ponts et Chaussées de France ,
qui a donné les Desseins et conduit les
Travaux de la Place Royale , laquelle se
construit actuellement sur le Port de cette
Ville. M. Boucher , Mrs les Sous- Maire,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville , ayant mis , chacun selòn son rang,
un peu de mortier sut la premiere Pierre,
et donné quelques coups de marteau ,
tout cela au bruit des Tambours , des
Trompettes et des décharges deMousqueterie
et de canon , souvent réïterées , ils
ont mis le feu à un grand Bucher , qui
avoit été dressé sur la même Place , les
habitans ayant marqué une grande joye
et un contenrement parfait de ce premier
Monument , qui doit annoncer à la Posterité
la plus reculée les sinceres mouvements
de leur coeur , leur amour , et leur
respect pour S. M. Mrs les Sous- Maire ,
Jurats , Procureur Syndic et Clerc de
Ville ont pendant leur marche , et étant
sur ladite Place , fait jetter abondamment
de l'argent au Peuple , et ensuite ils ont
fait tirer avec beaucoup de succès un Feu
d'artifice pour la clôture de laCérémonie;
après quoi ils se sont retirez ayant laissé à
la Garde des Bourgeois de laVille, qui ont
II. Vol. SouTHE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
MDCCXXXIII
OPTIMO
PRINCIPI
PRÆSID
ET
DECUS
BURDIGAL
CIVITAS
JUIN. 1734. 1383
souhaité chacun à leur tour de participer
à cethonneur,la conservation du précieux
Dépôt des Medailles jusques à ce que l'Edifice
fut assez élevé pour le mettre à cou
vert des atteintes qu'on pourroit y donner.
FAIT sur ladite Place Royale , lesdits
jour , mois , et an que dessus , ainsi
signé Boucher , Segur Sous- Maire , de Galatheau
Jurat , Dupin Jurat , Saincrit
Jurat, Poumarede Jurat , Dessudres Jurat,
de Kater Jurat , Maignol Procureur Syndic
de la Ville , de Boscq Clerc et Sécretaire
de la Ville , et Gabriël.
On nous sçaura , sans doute, bon gré
de trouver ici la gravure du Type des six
Médailles qui ont été mises dans les fondemens
du Piedestal, et qui est le même
sur chaque Médaille . D'un côté on voit
la Représentation de la nouvelle Place
Royale , avec tous les accompagnemens
qu'elle doit avoir , et cette Legende
PRESIDIUM, ET DECU s . Et de l'autre
la Statue Equestre du Roy sur son
Piedestal avec ces mots CIVITAS BURDIGAL
OPTIMO PRINCIPI , dans
l'Exergue M. DCC. XXXIII.
Cette Medaille qui est de la grandeur
du Dessein gravé a paru d'un grand gout
et d'une belle exécution à tous les connoisseurs
, c'est M. Duvivier , de l'Aca-
11 Vol. Fiiij démie
384 MERCURE DE FRANCE
démie Royale , qui en a gravé les coins
avec son habilité ordinaire.
་
Les accidents survenus à l'un de
ces coins , qui est celui de la figure
Equestre , ont été la cause qu'elle n'a
pas paru dans le tems.LeGraveur a été obligé
de le recommencer trois fois,le coin s'étant
cassé autant de fois, tant à la trempe
que sous le Balancier : ce dernier se ressent
encore beaucoup de l'effort du Balancier,
par le grand nombre de Medailles qu'on
a frappées , qui ont élargi les fentes , et
qui causent la confusion que l'on apperçoit
dans l'ouvrage.
Le Sr Duvivier grave actuellement an
nouveau coin de la Tête du Roy , pour les
Medailles dont il fit le modele en cire ,
dans les mois de Fevrier et Mars dernier ,
-S. M. ayant bien voulu se prêter à plusieurs
reprises. Ce modele a été trouvé
très ressemblant.
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Résumé : CEREMONIE faite à Bordeaux, lors de la Position de la premiere Pierre du Piedestal, sur lequel doit être élevée une Statuë du Roy &c.
En 1733, une cérémonie a été organisée à Bordeaux pour la pose de la première pierre du piédestal d'une statue équestre du roi. Cette cérémonie, dont le procès-verbal est conservé aux archives de l'Hôtel de Ville, a été orchestrée par plusieurs dignitaires, notamment le sous-maire Joseph de Segur et l'intendant Claude Boucher. La ville de Bordeaux, située à l'embouchure de la Garonne, a entrepris cette construction pour honorer le roi et embellir la ville. La statue, en bronze, a été réalisée par M. Lemoine de l'Académie Royale de Peinture et Sculpture. La cérémonie a commencé par une procession suivie de salves d'artillerie. Un coffre contenant des médailles commémoratives a été enterré sous la première pierre. Ces médailles, gravées par M. Duvivier, représentent la nouvelle Place Royale et la statue équestre du roi. La cérémonie s'est conclue par un feu d'artifice et des distributions d'argent au peuple. Cette initiative visait à célébrer la royauté et à marquer l'importance de Bordeaux dans le royaume.
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1755
p. 1389-1390
Traité des Benefices Ecclesiastiques, [titre d'après la table]
Début :
TRAITÉ DES BENEFICES ECCLESIASTIQUES, dans lequel on concilie la [...]
Mots clefs :
Bénéfices ecclésiastiques, Recueil, Édits, Ordonnances, Déclarations, Matières bénéficiales, Préface
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Traité des Benefices Ecclesiastiques, [titre d'après la table]
ORAITE' DES BENEFICES ECCLESIASTI
QUES dans lequel on concilie la
discipline de l'Eglise avec les usages du
Royaume de France , et le Recueil des
Edits , Ordonnances , Déclarations et
Arrêts de Reglement, concernant les matieres
Beneficiales et autres , qui y ont
raport. Par M. P... G.... trois tomes
in 4 le premier 700 pag. sans la Préface.
Le second 720. Le troisiéme 650. A Pa-.
ris chez Langlois , la veuve Mazieres , et
J. B. Garnier. 1734.
Cet Ouvrage n'est pas trop susceptible
d'un Extrait , et d'ailleurs la matiere,
II. Vol.
dont
1390 MERCURE DE FRANCE
dont il traite , n'est pas de notre compé
tence. Mais en attendant que les Journaux
des Sçavans en rendent compte au
Public , nous avertissons qu'on trouvera
dans la Préface de l'Auteur des Remarques
fort judicieuses sur les Casuistes et
les Jurisconsultes , qui ont écrit sur lë
même sujet que ce Traité est une compilation
très méthodique et très - bien
faite des dix - sept volumes de M. du
Perray , et d'un Traité imprimé à Paris
en 1721. auxquels on a ajouté cinq ou
six Questions , qui sont presque toutes
neuves un court Supplément et une
Table fort ample : Que le Recueil des
Edits , Ordonnances , Declarations . &c .
tient la moitié du second volume et tout
le troisiéme ร
que c'est la plus grande
Collection , qui ait encore paru sur cette
matiere ; qu'elle est terminée par deux
Tables très - commodes pour trouver d'abord
les pièces , dont on aura besoin .
Enfin si l'utilité , le bon style , l'exactitude
, la méthode et les recherches sçavantes
sont un pronostic sûr pour un
Ouvrage , on doit certainement très bien
augurer du succès de celui - ci , qui nous
paroît même nécessaire à tous ceux , qui
ont besoin d'étudier les matieres Beneficiales.
QUES dans lequel on concilie la
discipline de l'Eglise avec les usages du
Royaume de France , et le Recueil des
Edits , Ordonnances , Déclarations et
Arrêts de Reglement, concernant les matieres
Beneficiales et autres , qui y ont
raport. Par M. P... G.... trois tomes
in 4 le premier 700 pag. sans la Préface.
Le second 720. Le troisiéme 650. A Pa-.
ris chez Langlois , la veuve Mazieres , et
J. B. Garnier. 1734.
Cet Ouvrage n'est pas trop susceptible
d'un Extrait , et d'ailleurs la matiere,
II. Vol.
dont
1390 MERCURE DE FRANCE
dont il traite , n'est pas de notre compé
tence. Mais en attendant que les Journaux
des Sçavans en rendent compte au
Public , nous avertissons qu'on trouvera
dans la Préface de l'Auteur des Remarques
fort judicieuses sur les Casuistes et
les Jurisconsultes , qui ont écrit sur lë
même sujet que ce Traité est une compilation
très méthodique et très - bien
faite des dix - sept volumes de M. du
Perray , et d'un Traité imprimé à Paris
en 1721. auxquels on a ajouté cinq ou
six Questions , qui sont presque toutes
neuves un court Supplément et une
Table fort ample : Que le Recueil des
Edits , Ordonnances , Declarations . &c .
tient la moitié du second volume et tout
le troisiéme ร
que c'est la plus grande
Collection , qui ait encore paru sur cette
matiere ; qu'elle est terminée par deux
Tables très - commodes pour trouver d'abord
les pièces , dont on aura besoin .
Enfin si l'utilité , le bon style , l'exactitude
, la méthode et les recherches sçavantes
sont un pronostic sûr pour un
Ouvrage , on doit certainement très bien
augurer du succès de celui - ci , qui nous
paroît même nécessaire à tous ceux , qui
ont besoin d'étudier les matieres Beneficiales.
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Résumé : Traité des Benefices Ecclesiastiques, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Oraité des bénéfices ecclésiastiques' compile les disciplines de l'Église et les usages du Royaume de France en trois tomes : 700, 720 et 650 pages. Publié à Paris en 1734 par Langlois, la veuve Mazieres et J. B. Garnier, il n'est pas destiné à être extrait. La préface contient des remarques sur les casuistes et les jurisconsultes ayant traité du même sujet. L'ouvrage synthétise les dix-sept volumes de M. du Perray et un traité de 1721, enrichis de nouvelles questions, d'un supplément et d'une table ample. Le second tome et le troisième sont dédiés aux édits, ordonnances, déclarations et arrêts concernant les matières bénéficiales. Cette collection est présentée comme la plus complète publiée à ce jour, facilitée par deux tables pour retrouver les pièces nécessaires. L'ouvrage est loué pour son utilité, son style, son exactitude, sa méthode et ses recherches savantes, en faisant une référence essentielle pour l'étude des bénéfices ecclésiastiques.
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1756
p. 1391
« CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...] »
Début :
CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...]
Mots clefs :
Nomination royale, Évêchés
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...] »
CATALOGUE des Archevêchez
Evêch z , Abbayes et Prieurez de Nomination
Royale , leur revenu , charges
déduites ; la Taxe de Rome , les Evêchez
situez en pays d'obédience ceux qui
sont du ressort de la Legation d'Avignon ;
le nom des Titulaires , et la date de leur
Nomination en l'état qu'ils se trouvent
au 15 de May 1734. A Paris , chez Langlois
, Imprimeur Libraire , rue S. Etienne
d'Egrès , au Bon Pasteur. 1734. in 8 .
Ce Recueil , dont voici la seconde Fdition
considerablement augmentée et plus
correcte , est très secourable pour avoir
la connoissance la plus juste des Benefices
que l'on ait cüe jusqu'à présent.
Evêch z , Abbayes et Prieurez de Nomination
Royale , leur revenu , charges
déduites ; la Taxe de Rome , les Evêchez
situez en pays d'obédience ceux qui
sont du ressort de la Legation d'Avignon ;
le nom des Titulaires , et la date de leur
Nomination en l'état qu'ils se trouvent
au 15 de May 1734. A Paris , chez Langlois
, Imprimeur Libraire , rue S. Etienne
d'Egrès , au Bon Pasteur. 1734. in 8 .
Ce Recueil , dont voici la seconde Fdition
considerablement augmentée et plus
correcte , est très secourable pour avoir
la connoissance la plus juste des Benefices
que l'on ait cüe jusqu'à présent.
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Résumé : « CATALOGUE des Archevêchez, Evêchez, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale, [...] »
Le document 'CATALOGUE des Archevêchez, Evêch z, Abbayes et Prieurez de Nomination Royale' du 15 mai 1734 détaille les revenus et charges des évêchés, abbayes et prieurés en France. Il inclut la taxe de Rome et distingue les évêchés en fonction de leur obédience. Il liste les titulaires et leurs dates de nomination. Publié à Paris par Langlois, il vise à fournir une connaissance précise des bénéfices ecclésiastiques.
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1757
p. 1419-1421
ITALIE.
Début :
Le 14. Juin, le Prince de Sainte-Croix se rendit au Palais du Quirinal, pour informer le [...]
Mots clefs :
Prince de Sainte-Croix, Roi de Naples, Cour de Vienne, Entretiens secrets, Haquenée
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITA LIE.
E 14. Juin, le Prince de Sainte- Croix se ren
Ldit au Palais du Quirinal , pour informer le
Pape qu'il lui avoit été ordonné par la Cour de
Vienne , de s'aquitter de présenter la Haquenée
pour l'hommage du Royaume de Napies , au
nom de l'Empereur , à la place du Connétable
Colomne , qui s'en est excusé , mais on ne sçait
pas quelle réponse il a reçû de S. S.
Le Vicaire General de l'Abruzze , que le Comte
de Visconti avoit envoyé à Rome de Pescara ,
n'a rendu, pendant qu'il y est resté , aucune visite
au Cardinal Cienfuegos , ni aux autres personnes
attachées à la Cour de Vienne , et après avoir eû
II. Vol. quel-
3.J
1410 MERCURE DE FRANCE
quelques entretiens secrets avec M. Ratto , Ministre
de S. M. C. il est parti pour aller rendre
hommage au Roy de Naples .
Le Cardinal Petra , le Connétable Colonne ,
le Prince Borghese , le Duc de Caserte , les Ducs
Paganica , d'Altemps et Cafarelli , ont fait ô: er
de dessus les portes de leurs Palais les Armes de
Empereur , pour y mettre celles du Roy d'Espagne
, et ils sont allez chez M. Ratto , pour le
prier d'assurer le Roy, de Naples de leur soumis.
sion et de leur fidélité.
Le Comte de Visconti , qui s'étoit retiré précipitamment
à Fermo , est actuellement à Macerata
, d'où on l'attend à Rome.
Le Comte Porta a reçû ordre du Roy de Naples
, de lui envoyer les Meubles du Palais Farneze
, avec les Pierreries et la ,Vaisselle que S. M.
avoit en cette Ville ; une escorte de Soldats Espagnols
doit conduire incessamment ces Effets à
→ Fiumicino , d'où quelques Félouques armées en
guerre , les transporteront à Naples.
On a appris en dernier lieu de Rome , que le
Prince de Sainte- Croix se disposoit à présenter
incessamment la Haquenée au Pape au nom de
l'Empereur , et qu'il faisoit beaucoup de dépense
pour cette ceremonie.
On a appris aussi que ce Prince alla il y a
quelques jours chez le Cardinal Aldovrandi , qui
s'excusa sur quelque prétexte de recevoir sa visite .
On a appris de Genes , que les nouvelles impositions
que le Gouvernement a établies dans
la Ville de Final , y ont excité une sédition , et
que la plupart des Habitans ayant pris les armes,
ont tué plusieurs Commis et chassé les autres .
Le Sénat y a fait marcher quelques Troupes
pour faire rentrer les mutins dans le devoir,mais
II. Vol.
On
JUIN. 1734. 142r
on craint que la Bourgeoisie ne refuse de les recevoir
dans la Ville.
Le Commandant des Troupes qui sont dans
l'Ile de Corse , a demandé qu'on lui envoyát de
nouveaux secours pour l'aider à soumettre les
Rebelles , qui continuent de commettre beaucoup
de désordres dans cette Ile.
E 14. Juin, le Prince de Sainte- Croix se ren
Ldit au Palais du Quirinal , pour informer le
Pape qu'il lui avoit été ordonné par la Cour de
Vienne , de s'aquitter de présenter la Haquenée
pour l'hommage du Royaume de Napies , au
nom de l'Empereur , à la place du Connétable
Colomne , qui s'en est excusé , mais on ne sçait
pas quelle réponse il a reçû de S. S.
Le Vicaire General de l'Abruzze , que le Comte
de Visconti avoit envoyé à Rome de Pescara ,
n'a rendu, pendant qu'il y est resté , aucune visite
au Cardinal Cienfuegos , ni aux autres personnes
attachées à la Cour de Vienne , et après avoir eû
II. Vol. quel-
3.J
1410 MERCURE DE FRANCE
quelques entretiens secrets avec M. Ratto , Ministre
de S. M. C. il est parti pour aller rendre
hommage au Roy de Naples .
Le Cardinal Petra , le Connétable Colonne ,
le Prince Borghese , le Duc de Caserte , les Ducs
Paganica , d'Altemps et Cafarelli , ont fait ô: er
de dessus les portes de leurs Palais les Armes de
Empereur , pour y mettre celles du Roy d'Espagne
, et ils sont allez chez M. Ratto , pour le
prier d'assurer le Roy, de Naples de leur soumis.
sion et de leur fidélité.
Le Comte de Visconti , qui s'étoit retiré précipitamment
à Fermo , est actuellement à Macerata
, d'où on l'attend à Rome.
Le Comte Porta a reçû ordre du Roy de Naples
, de lui envoyer les Meubles du Palais Farneze
, avec les Pierreries et la ,Vaisselle que S. M.
avoit en cette Ville ; une escorte de Soldats Espagnols
doit conduire incessamment ces Effets à
→ Fiumicino , d'où quelques Félouques armées en
guerre , les transporteront à Naples.
On a appris en dernier lieu de Rome , que le
Prince de Sainte- Croix se disposoit à présenter
incessamment la Haquenée au Pape au nom de
l'Empereur , et qu'il faisoit beaucoup de dépense
pour cette ceremonie.
On a appris aussi que ce Prince alla il y a
quelques jours chez le Cardinal Aldovrandi , qui
s'excusa sur quelque prétexte de recevoir sa visite .
On a appris de Genes , que les nouvelles impositions
que le Gouvernement a établies dans
la Ville de Final , y ont excité une sédition , et
que la plupart des Habitans ayant pris les armes,
ont tué plusieurs Commis et chassé les autres .
Le Sénat y a fait marcher quelques Troupes
pour faire rentrer les mutins dans le devoir,mais
II. Vol.
On
JUIN. 1734. 142r
on craint que la Bourgeoisie ne refuse de les recevoir
dans la Ville.
Le Commandant des Troupes qui sont dans
l'Ile de Corse , a demandé qu'on lui envoyát de
nouveaux secours pour l'aider à soumettre les
Rebelles , qui continuent de commettre beaucoup
de désordres dans cette Ile.
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Résumé : ITALIE.
Le 14 juin, le Prince de Sainte-Croix a informé le Pape qu'il devait offrir une haquenée au nom de l'Empereur, remplaçant le Connétable Colonne. Le Vicaire Général de l'Abruzze, envoyé par le Comte de Visconti, n'a pas rencontré le Cardinal Cienfuegos ou les proches de la Cour de Vienne à Rome. Il a eu des entretiens secrets avec M. Ratto, Ministre du Roi de Naples, avant de partir rendre hommage au Roi de Naples. Plusieurs nobles, dont le Cardinal Petra, le Connétable Colonne, le Prince Borghese et divers Ducs, ont retiré les armes de l'Empereur de leurs palais pour y mettre celles du Roi d'Espagne, exprimant leur fidélité au Roi de Naples via M. Ratto. Le Comte de Visconti, initialement à Fermo, est maintenant à Macerata et attendu à Rome. Le Comte Porta a reçu l'ordre du Roi de Naples de lui envoyer les meubles du Palais Farnèse, ainsi que les pierreries et la vaisselle, escortés par des soldats espagnols jusqu'à Fiumicino, d'où ils seront transportés à Naples. À Gênes, de nouvelles impositions ont provoqué une sédition, avec des habitants armés tuant plusieurs commis. Le Sénat a envoyé des troupes, mais craint un refus de la bourgeoisie. En Corse, le commandant des troupes a demandé des renforts pour soumettre les rebelles.
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1758
p. 1423-1424
GRANDE BRETAGNE.
Début :
L'Election des seize Pairs Ecossois qui doivent avoir séance dans le Parlement de la Grande [...]
Mots clefs :
Grande-Bretagne, Élection, Parlement, Duc, Marquis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE BRETAGNE.
GRANDE BRETAGNE.
L'Election des seize Pairs Ecossois qui doivent
avoir séance dans le Parlement de la GranH*- Bretagne, se fit le 1f. Juin à Edimbourg pluralité des suffrages et la se déclara poulie Duc
d Athol, le Marquis de Lothian
.
les Comteç
À.JEioptoun
, d'Ilay
,
de Cra\vford
,
d'Orknevr
1424 MERCURE DE FRANCE
de Selkirck , de Moreton et de Dunmore , qui
étoient du dernier Parlement et pour le Duc
de Buccleugh , les Comtes de Finlater , de Portmore
, de Balcarras , de Loudown et de Sowtherlard
et le ord Cathéart. Les Ducs d'Hamilton,
de Queensbury , de Montrose , de Roxburgh , le
Marquis de Twedale et vingt autres Seigneurs
du Royaume d'Ecosse , ont protesté contre cette
Election , qu'ils prétendent n'avoir pas été faite
selon les Loix.
Le feu prit le 25. au matin à la maison que
M. de Chavigni , Ministre du Roy de France en
cette Cour , occupoit à Twickenham , qui fut
entierement brulée , on n'a pû sauver aucun des
Meubles et des autres Effets qui y étoient.
L'Election des seize Pairs Ecossois qui doivent
avoir séance dans le Parlement de la GranH*- Bretagne, se fit le 1f. Juin à Edimbourg pluralité des suffrages et la se déclara poulie Duc
d Athol, le Marquis de Lothian
.
les Comteç
À.JEioptoun
, d'Ilay
,
de Cra\vford
,
d'Orknevr
1424 MERCURE DE FRANCE
de Selkirck , de Moreton et de Dunmore , qui
étoient du dernier Parlement et pour le Duc
de Buccleugh , les Comtes de Finlater , de Portmore
, de Balcarras , de Loudown et de Sowtherlard
et le ord Cathéart. Les Ducs d'Hamilton,
de Queensbury , de Montrose , de Roxburgh , le
Marquis de Twedale et vingt autres Seigneurs
du Royaume d'Ecosse , ont protesté contre cette
Election , qu'ils prétendent n'avoir pas été faite
selon les Loix.
Le feu prit le 25. au matin à la maison que
M. de Chavigni , Ministre du Roy de France en
cette Cour , occupoit à Twickenham , qui fut
entierement brulée , on n'a pû sauver aucun des
Meubles et des autres Effets qui y étoient.
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Résumé : GRANDE BRETAGNE.
Le 1er juin, seize pairs écossais, dont le Duc d'Athol et le Marquis de Lothian, ont été élus pour le Parlement de Grande-Bretagne à Édimbourg. Plusieurs Ducs et Marquis ont protesté, estimant l'élection illégale. Le 25 juin, un incendie a détruit la maison de M. de Chavigni, ministre français à Twickenham, sans sauver aucun bien.
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1759
p. 1438-1440
« La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...] »
Début :
La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...]
Mots clefs :
Georges-Jacques de Clermont d'Amboise, Régiment, Infanterie, Capitaine, Flandres, Régiment d'Auvergne
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...] »
A Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant
par la mort de Georges -Jacques
de Clermont d'Amboise Marquis de
Saint Aignan , a été donnée à Louis d.s
Moulins Marquis de l'Ifle , successivement
Capitaine dans le Régiment de
Barrois , Colonel de celui de la Fere au
mois d'Août 1704 , fait Brigadier le 2
Juillet 1710 , et Maréchat de Camp en
Décembre 1731 .
Le Régiment d'Auvergne Infanterie , le
troisiéme des six Régimens appellés Petits
vieux , vacant par la mort du même
Comte de Clermont- d'Amboise , a été
donné à M. de Contade fils , Colonel de
celui de Flandres depuis le mois de Mars
dernier , et auparavant Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises .
Et celui de Flandres , à M. de Co-
II Vol. ninghaa
JUIN. 1734. 7439
"
ninghan Gentilhomme de Bourgogne
d'une famille originaire d'Ecosse , Lieutenant-
Colonel du Régiment Dauphin Infanterie
, dont il a été Capitaine , et ensuite
Major.
Le 28 de ce mois , Monseigneur le
Dauphin accompagné de Mesdames de
France , alla pour la premiere fois , à
l'Eglise de la Parroisse du Château , et il
y assista au Salut.
Le Roi a accordé au Prince de Rohan
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire du
Roi , la permission de se démettre de
cette Charge en faveur du Prince de Soubise
son petit fils , qui étoit Guidon de
cette Compagnie .
François de Crussol , né le 24 Janvier
1702 , Prêtre , Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Charroux , Ordre S. Benoît,
Diocese de Poitiers , depuis le mois d'Aout
1727 , fils puîné de feu Alexandre Galliot
de Crussol Saint- Sulpice , Seigneur
de Velan en Auvergne , Valmaison , Montmaur
, &c. et appellé le Comté d'Amboise
, mort le 7 Avril 1703 , et de Charlotte-
Gabrielle de Timbrune de Valence ,
II. Vol
fuc
1440 MERCURE DE FRANCE
fut nommé le 29 Juin à l'Evêché de Blois,
vacant en dernier lieu du 24 par le décès
de Charles Henri Phelypeaux de Pontchartrain
, qui y avoit été nommé le 23
Mai dernier.
par la mort de Georges -Jacques
de Clermont d'Amboise Marquis de
Saint Aignan , a été donnée à Louis d.s
Moulins Marquis de l'Ifle , successivement
Capitaine dans le Régiment de
Barrois , Colonel de celui de la Fere au
mois d'Août 1704 , fait Brigadier le 2
Juillet 1710 , et Maréchat de Camp en
Décembre 1731 .
Le Régiment d'Auvergne Infanterie , le
troisiéme des six Régimens appellés Petits
vieux , vacant par la mort du même
Comte de Clermont- d'Amboise , a été
donné à M. de Contade fils , Colonel de
celui de Flandres depuis le mois de Mars
dernier , et auparavant Capitaine au Régiment
des Gardes Françoises .
Et celui de Flandres , à M. de Co-
II Vol. ninghaa
JUIN. 1734. 7439
"
ninghan Gentilhomme de Bourgogne
d'une famille originaire d'Ecosse , Lieutenant-
Colonel du Régiment Dauphin Infanterie
, dont il a été Capitaine , et ensuite
Major.
Le 28 de ce mois , Monseigneur le
Dauphin accompagné de Mesdames de
France , alla pour la premiere fois , à
l'Eglise de la Parroisse du Château , et il
y assista au Salut.
Le Roi a accordé au Prince de Rohan
Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire du
Roi , la permission de se démettre de
cette Charge en faveur du Prince de Soubise
son petit fils , qui étoit Guidon de
cette Compagnie .
François de Crussol , né le 24 Janvier
1702 , Prêtre , Abbé Commandataire de
l'Abbaye de Charroux , Ordre S. Benoît,
Diocese de Poitiers , depuis le mois d'Aout
1727 , fils puîné de feu Alexandre Galliot
de Crussol Saint- Sulpice , Seigneur
de Velan en Auvergne , Valmaison , Montmaur
, &c. et appellé le Comté d'Amboise
, mort le 7 Avril 1703 , et de Charlotte-
Gabrielle de Timbrune de Valence ,
II. Vol
fuc
1440 MERCURE DE FRANCE
fut nommé le 29 Juin à l'Evêché de Blois,
vacant en dernier lieu du 24 par le décès
de Charles Henri Phelypeaux de Pontchartrain
, qui y avoit été nommé le 23
Mai dernier.
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Résumé : « La Place d'Inspecteur d'Infanterie vacant par la mort de Georges Jacques [...] »
Au début du XVIIIe siècle, plusieurs nominations militaires et ecclésiastiques ont eu lieu en France. Louis de Moulins, Marquis de l'Ifle, a été nommé Inspecteur d'Infanterie après le décès de Georges-Jacques de Clermont d'Amboise, Marquis de Saint Aignan. Moulins avait occupé divers postes, dont Capitaine dans le Régiment de Barrois, Colonel du Régiment de la Fere en août 1704, Brigadier en juillet 1710, et Maréchal de camp en décembre 1731. Le Régiment d'Auvergne Infanterie a été confié à M. de Contade, fils, ancien Colonel du Régiment de Flandres et Capitaine au Régiment des Gardes Françaises. Le Régiment de Flandres a été attribué à M. de Conninghan, Lieutenant-Colonel du Régiment Dauphin Infanterie. Le 28 juin 1734, Monseigneur le Dauphin a assisté au Salut à l'Église de la paroisse du Château. Le Roi a permis au Prince de Rohan de transmettre sa charge de Capitaine Lieutenant des Gendarmes de la Garde ordinaire du Roi à son petit-fils, le Prince de Soubise. François de Crussol, né le 24 janvier 1702 et Abbé Commandataire de l'Abbaye de Charroux depuis août 1727, a été nommé à l'Évêché de Blois le 29 juin 1734, succédant à Charles Henri Phelypeaux de Pontchartrain, décédé.
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1760
p. 1144-1145
AUTRE.
Début :
Je suis de cinq lettres formé ; [...]
Mots clefs :
Maire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE.
G....
E suis de cinq lettres formé ;
Mon nom exprime un caractére
Que le bas peuple considere ,
Mais qui fut chez nos Rois jadis très- renommé;
Si vous en transposés les trois et quatrième ,
Je brille dans les cieux d'une gloire suprême.
Avec une lettre de moins.
D'un Canonier je fais et l'étude et les soins
En cet état transportant la derniere
Pour la placer la premiere ,
Je désigne une qualité
Chez les Orientaux de haute dignité ,
Remis en mon entier , si de ma consistance,
Vous retranchés les deux extrêmités ,
On quite pour moi les Cités ;
Pour goûter ma douceur les champs sont frequentés
,
J'y fournis les plaisirs et la convalescence ;
Joignés deux de ma fin à mon commencement
J'offre à vos yenx un élement ,
f
1. Vol.
JUIN.
1145 1735.
Qui répand par tout l'abondance ,
Retournés , empruntés dans mon tout , aisé
{
ment
Vous trouverés ce que Dieu même
Vous a donné par sa faveur extrême ,
Et sans quoi vous n'auriés raison ni jugement ;
Deux tons de la Musique
ment
un fatal instru-
Destiné pour peine du crime ;
Ce qu'on dit être doux au coeur ,
Ce qui de la terreur imprime
Et sied à la main du vainqueur
Un nom familier dans l'enfance ,
Ce qui chez la fillete excite quelque ardeur ;
Enfin ce qui fait difference
Entre le Poëte et l'Orateur,
Et sur quoi Despreaux , incomparable Autheur ;
Peut-être n'aura point en France ,
De suportable imitateur..
F. D. C.
G....
E suis de cinq lettres formé ;
Mon nom exprime un caractére
Que le bas peuple considere ,
Mais qui fut chez nos Rois jadis très- renommé;
Si vous en transposés les trois et quatrième ,
Je brille dans les cieux d'une gloire suprême.
Avec une lettre de moins.
D'un Canonier je fais et l'étude et les soins
En cet état transportant la derniere
Pour la placer la premiere ,
Je désigne une qualité
Chez les Orientaux de haute dignité ,
Remis en mon entier , si de ma consistance,
Vous retranchés les deux extrêmités ,
On quite pour moi les Cités ;
Pour goûter ma douceur les champs sont frequentés
,
J'y fournis les plaisirs et la convalescence ;
Joignés deux de ma fin à mon commencement
J'offre à vos yenx un élement ,
f
1. Vol.
JUIN.
1145 1735.
Qui répand par tout l'abondance ,
Retournés , empruntés dans mon tout , aisé
{
ment
Vous trouverés ce que Dieu même
Vous a donné par sa faveur extrême ,
Et sans quoi vous n'auriés raison ni jugement ;
Deux tons de la Musique
ment
un fatal instru-
Destiné pour peine du crime ;
Ce qu'on dit être doux au coeur ,
Ce qui de la terreur imprime
Et sied à la main du vainqueur
Un nom familier dans l'enfance ,
Ce qui chez la fillete excite quelque ardeur ;
Enfin ce qui fait difference
Entre le Poëte et l'Orateur,
Et sur quoi Despreaux , incomparable Autheur ;
Peut-être n'aura point en France ,
De suportable imitateur..
F. D. C.
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1762
p. 833-836
ODE SUR LA PAIX.
Début :
Quel est ce Roy puissant que l'Univers contemple ! [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA PAIX.
ODE
SUR LA PAIX.
Quel est ce Roy puissant que l'Univers
contemple !
D'une guerre sanglante il finit les
malheurs :
La Discorde s'enfuit : Janus ferme
son Temple :
Triste Europe , séche tes pleurs.
A ij
Tes
$H.P
834 MERCURE
Tes enfans divisés
DE FRANCE
, ô déplorable
Mere!
Qu'ils semblent mettre tous leurs soins,
!
Dans leur fureur impie ont déchiré ton sein ;
Le frere dans le sang de son malheureux frere
A trempé le fer assassin.
Des Mortels insensés quel est donc le délire e
Unis par la Nature , unis par les besoins ,
Ils sont faits pour s'aimer , et c'est à se détruire
En vain tu leur criois : quel démon vous entraîne
De vos jours passagers , miserables Humains ,
Le temps impitoyable use assés tôt la chaîne
Sans la rompre encor de vos mains.
Ces cruels étoient sourds à tes cris, à tes larmes
Ils te fermoient leurs cœurs à la discorde ouverts;
Mais Louis a parlé ; dissipe tes allarmes ,
LOUIS a calmé l'Univers.
M
Tel , soudain s'élevant sur les ondes émuës ,
Neptune d'un regard enchaîne tous les vents ;
Ason terrible aspect les vagues suspenduës
Retiennent leurs mugissemens.
Douce
naître
Maître ,
course
MAY.
C'est toi qui les rends
1737.
835
Douce Paix , dans ton sein nous allons voir re-
Les Muses et les Arts , les Plaisirs et les Jeux :
FLEURY , digne Conseil , digne ami de ton
nos vœux !
Tes jours que l'on bénit ressemblent dans kur
A ces Fleuves fameux , qui , larges et profonds ,
Croissent à chaque pas qu'ils font loin de leur
source ,
Toujours de plus en plus féconds.
I
Louis douze , d'Amboise , ô noms chers à la
France !
Objets pour nous sacrés de respect et d'amour
Le Ciel dans ses faveurs passant notre esperance
Vous a-t'il rapellés au jour ?
裕
Heureux un Roi quf sage et maître de lui- même
De son ambition sçait étouffer la voix !
Du bonheur de son peuple il fait son bien su→
prême ,
Et ses bienfaits sont ses exploits.
$12
DesDieux Juges des Rois, Ministre debonnaire a
A ij
De
836 MERCURE DE FRANCE
De leurs soins paternels il partage le faix ;
Comme eux , c'est à regret qu'il s'arme du ton-
nerre ,
Toujours prêt à donner la Paix.
Dieux justes ! Dieux vengeurs ! c'est dans votre
colere
Pour panir nos forfaits au comble parvenus ,
Que vous mettez au jour ces monstres de laterre
Du nom de Héros revétus.
Torrens impetueux , leur funeste passage ,
來
D'un déluge de sang inonde l'Univers ,
Et ces fiers destructeurs, tel qu'un feu qui ravage;
Changent les Cités en déserts.
Les bienfaits de Titus consacrent mieux 18
gloire ,
Que tous les grands exploits de ces fameux Vain
queurs ;
Alexandre et César vivent dans la mémoire ,
Les bons Rois vivent dans les cœurs.
SUR LA PAIX.
Quel est ce Roy puissant que l'Univers
contemple !
D'une guerre sanglante il finit les
malheurs :
La Discorde s'enfuit : Janus ferme
son Temple :
Triste Europe , séche tes pleurs.
A ij
Tes
$H.P
834 MERCURE
Tes enfans divisés
DE FRANCE
, ô déplorable
Mere!
Qu'ils semblent mettre tous leurs soins,
!
Dans leur fureur impie ont déchiré ton sein ;
Le frere dans le sang de son malheureux frere
A trempé le fer assassin.
Des Mortels insensés quel est donc le délire e
Unis par la Nature , unis par les besoins ,
Ils sont faits pour s'aimer , et c'est à se détruire
En vain tu leur criois : quel démon vous entraîne
De vos jours passagers , miserables Humains ,
Le temps impitoyable use assés tôt la chaîne
Sans la rompre encor de vos mains.
Ces cruels étoient sourds à tes cris, à tes larmes
Ils te fermoient leurs cœurs à la discorde ouverts;
Mais Louis a parlé ; dissipe tes allarmes ,
LOUIS a calmé l'Univers.
M
Tel , soudain s'élevant sur les ondes émuës ,
Neptune d'un regard enchaîne tous les vents ;
Ason terrible aspect les vagues suspenduës
Retiennent leurs mugissemens.
Douce
naître
Maître ,
course
MAY.
C'est toi qui les rends
1737.
835
Douce Paix , dans ton sein nous allons voir re-
Les Muses et les Arts , les Plaisirs et les Jeux :
FLEURY , digne Conseil , digne ami de ton
nos vœux !
Tes jours que l'on bénit ressemblent dans kur
A ces Fleuves fameux , qui , larges et profonds ,
Croissent à chaque pas qu'ils font loin de leur
source ,
Toujours de plus en plus féconds.
I
Louis douze , d'Amboise , ô noms chers à la
France !
Objets pour nous sacrés de respect et d'amour
Le Ciel dans ses faveurs passant notre esperance
Vous a-t'il rapellés au jour ?
裕
Heureux un Roi quf sage et maître de lui- même
De son ambition sçait étouffer la voix !
Du bonheur de son peuple il fait son bien su→
prême ,
Et ses bienfaits sont ses exploits.
$12
DesDieux Juges des Rois, Ministre debonnaire a
A ij
De
836 MERCURE DE FRANCE
De leurs soins paternels il partage le faix ;
Comme eux , c'est à regret qu'il s'arme du ton-
nerre ,
Toujours prêt à donner la Paix.
Dieux justes ! Dieux vengeurs ! c'est dans votre
colere
Pour panir nos forfaits au comble parvenus ,
Que vous mettez au jour ces monstres de laterre
Du nom de Héros revétus.
Torrens impetueux , leur funeste passage ,
來
D'un déluge de sang inonde l'Univers ,
Et ces fiers destructeurs, tel qu'un feu qui ravage;
Changent les Cités en déserts.
Les bienfaits de Titus consacrent mieux 18
gloire ,
Que tous les grands exploits de ces fameux Vain
queurs ;
Alexandre et César vivent dans la mémoire ,
Les bons Rois vivent dans les cœurs.
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1763
p. 896-900
QUESTIONS DIVERSES sur des Sujets d'économie.
Début :
UN Philosophe économe qui propose les Questions suivantes, se plaint [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : QUESTIONS DIVERSES sur des Sujets d'économie.
QUESTIONS DIVERSES
sur des Sujets d'économie.
UN Philosophe économe qui propose
les Questions suivantes, se
plaint du goût general qu'on a aujour◄
d'hui pour les recherches purement cu-
rieuses ; demande- t'on quelques instruc-
tions sur un Coquillage , une Pierre ins-
crite , un Marbre , &c. une foule de Sça-
vans s'empressent de communiquer leurs
lumieres au contraire , dans la Science
économique , laquelle embrasse tous les
Arts et toutes les Professions utiles , tou-
tes les bonnes découvertes , tout ce qui
tend à diminuer nos peines et à aug-
menter nos aises ; dans cette Science
dis-je , la plupart des Sçavans sont ou
muets ou pen instruits.
L'Auteur de ces Questions voulant faire
naître le goût des Recherches purement
économiques , se propose de faire de
temps en temps des Questions interes-
santes sur differens Sujets , et cela pour
donner
MAY.
1737.
897
donner occasion de vérifier plusieurs faits,
de constater plusieurs verités dont la dis-
cussion doit être avantageuse au Public.
Premiere Question.
Il y a déja long-temps qu'on a publié
l'Histoire abregée de toutes les Colonies
Angloises de l'Amérique , sous le titre
d'Amérique Angloise. On y trouve le com-
mencement , la suite et les progrès de
tous les Etablissemens des Anglois dans
le nouveau Monde , le moyen de s'y éta
blir et d'y avoir des fonds
9
avec les
conditions pour le transport des Person .
nes et pour l'achat des Terres ; outre plu-
sieurs autres particularités qui peuvent
faire plaisir à tous ceux qui s'interessent
à ces sortes d'entreprises.
Il seroit à souhaiter que quelque per-
sonne instruite nous donnât pareillement
l'Amérique Françoise , ou l'Histoire exacte
de toutes nos Colonies , Histoire déba-
rassée de tout ce qui n'est que de pure cu-
riosité, et où l'on s'attachât à faire con-
noître ce qu'il y a et ce qu'il peut y avoir
d'avantageux dans ces sortes d'établisse-
mens , tant pour le Public , que pour les
Particuliers de differentes conditions .
En attendant cette Histoire generale ,
en voudroit avoir quelques instructions
sur
898 MERCURE DE FRANCE
sur l'état actuel de nos Colonies de
Cayenne , des Antilles , et sur tout de
la Louisiane et du Canada ; on vou-
droit , dis- je , sçavoir si l'on peut exer-
cer dans tous ces Endroits le Négoce
et les Arts , sans Maîtrise , ni qualité s
s'il y a des servitudes et des Droits
Seigneuriaux comme en France , ou si
chacun y est absolument le maître de
ses fonds.
Sçavoir encore si l'on trouve des Ter-
res à prendre sans débourser , ou suposé
qu'il faille les acheter , sçavoir de qui et
à quelles conditions. Sçavoir de même
la facilité ou la difficulté du transport
pour les Personnes et pour les Marchan-
dises , et quels sont les Lieux où il y a
le plus de ressources et dont le climat
est le plus convenable au temperament
des François. On prie les Personnes qui
sont en état de répondre à ces Ques-
tions , de vouloir bien donner sur cela
un petit Memoire au Mercure.
On voit dans les Voyages de Lahon
tan et dans le Dictionaire de Commerce,
que l'on peut acquérir aisément des Ter-
res au Canada en payant un écu de Cens
par arpent , mais l'expression n'est pas
trop claire. Si c'est un écu de rente an-
nuelle , c'est horriblement cher ; si c'est
UA
MAY.
1737.
899
un écu de fonds , c'est- à-dire trois sols
de Droit Seigneurial tous les ans , c'est
encore un prix honnête pour ces Pays
perdus
quoiqu'il en soit tout cela de
vroit être mieux déterminé.
Seconde Question.
Un Particulier voulant faire executer
une sorte de voiture qu'il a imaginée ,
a besoin de sçavoir pour l'execution de
sa Machine , de combien il est plus fa-
cile de traîner un fardeau que de le por-
ter, en suposant peu de frotement, et su-
posant encore des chemins passablement
unis on invite les Géometres à faire
part de leurs lumieres sur cette Question.
Troisième Question.
On trouve dans la plupart des Livres
d'Agriculture , plusieurs Secrets ou prati-
ques pour procurer une abondante multi-
plication des Grains, Rien ne seroit plus
digne de quelques Membres de l'Acadé
mie des Sciences et de tous autres Particu-
liers qui ont de l'intelligence et qui veu
lent se rendre utiles , que de travailler avec
soin à vérifier ces pratiques et de publier
ensuite leurs Découvertes et leurs pro-
cedés ; ou de désabuser une fois le Public
de tous ces effets imaginaires ; on fait
tous
900 MERCURE DE FRANCE
tous les jours des recherches bien moins
utiles.
En attendant quelque bon Memoire
sur ce sujet , on demande si quelqu'un
sçait dès - à- présent un procedé facile et
confirmé par l'experience , pour produi-
re des récoltes plus abondantes ; s'il est
vrai qu'on distribuë à Lyon , à la Cure
S. Vincent , et dans une Communauté
de Filles , une matiere préparée pour la
même fin , matiere fort vantée dans le
Dictionnaire Economique de Chomel,au
mot Blé.
sur des Sujets d'économie.
UN Philosophe économe qui propose
les Questions suivantes, se
plaint du goût general qu'on a aujour◄
d'hui pour les recherches purement cu-
rieuses ; demande- t'on quelques instruc-
tions sur un Coquillage , une Pierre ins-
crite , un Marbre , &c. une foule de Sça-
vans s'empressent de communiquer leurs
lumieres au contraire , dans la Science
économique , laquelle embrasse tous les
Arts et toutes les Professions utiles , tou-
tes les bonnes découvertes , tout ce qui
tend à diminuer nos peines et à aug-
menter nos aises ; dans cette Science
dis-je , la plupart des Sçavans sont ou
muets ou pen instruits.
L'Auteur de ces Questions voulant faire
naître le goût des Recherches purement
économiques , se propose de faire de
temps en temps des Questions interes-
santes sur differens Sujets , et cela pour
donner
MAY.
1737.
897
donner occasion de vérifier plusieurs faits,
de constater plusieurs verités dont la dis-
cussion doit être avantageuse au Public.
Premiere Question.
Il y a déja long-temps qu'on a publié
l'Histoire abregée de toutes les Colonies
Angloises de l'Amérique , sous le titre
d'Amérique Angloise. On y trouve le com-
mencement , la suite et les progrès de
tous les Etablissemens des Anglois dans
le nouveau Monde , le moyen de s'y éta
blir et d'y avoir des fonds
9
avec les
conditions pour le transport des Person .
nes et pour l'achat des Terres ; outre plu-
sieurs autres particularités qui peuvent
faire plaisir à tous ceux qui s'interessent
à ces sortes d'entreprises.
Il seroit à souhaiter que quelque per-
sonne instruite nous donnât pareillement
l'Amérique Françoise , ou l'Histoire exacte
de toutes nos Colonies , Histoire déba-
rassée de tout ce qui n'est que de pure cu-
riosité, et où l'on s'attachât à faire con-
noître ce qu'il y a et ce qu'il peut y avoir
d'avantageux dans ces sortes d'établisse-
mens , tant pour le Public , que pour les
Particuliers de differentes conditions .
En attendant cette Histoire generale ,
en voudroit avoir quelques instructions
sur
898 MERCURE DE FRANCE
sur l'état actuel de nos Colonies de
Cayenne , des Antilles , et sur tout de
la Louisiane et du Canada ; on vou-
droit , dis- je , sçavoir si l'on peut exer-
cer dans tous ces Endroits le Négoce
et les Arts , sans Maîtrise , ni qualité s
s'il y a des servitudes et des Droits
Seigneuriaux comme en France , ou si
chacun y est absolument le maître de
ses fonds.
Sçavoir encore si l'on trouve des Ter-
res à prendre sans débourser , ou suposé
qu'il faille les acheter , sçavoir de qui et
à quelles conditions. Sçavoir de même
la facilité ou la difficulté du transport
pour les Personnes et pour les Marchan-
dises , et quels sont les Lieux où il y a
le plus de ressources et dont le climat
est le plus convenable au temperament
des François. On prie les Personnes qui
sont en état de répondre à ces Ques-
tions , de vouloir bien donner sur cela
un petit Memoire au Mercure.
On voit dans les Voyages de Lahon
tan et dans le Dictionaire de Commerce,
que l'on peut acquérir aisément des Ter-
res au Canada en payant un écu de Cens
par arpent , mais l'expression n'est pas
trop claire. Si c'est un écu de rente an-
nuelle , c'est horriblement cher ; si c'est
UA
MAY.
1737.
899
un écu de fonds , c'est- à-dire trois sols
de Droit Seigneurial tous les ans , c'est
encore un prix honnête pour ces Pays
perdus
quoiqu'il en soit tout cela de
vroit être mieux déterminé.
Seconde Question.
Un Particulier voulant faire executer
une sorte de voiture qu'il a imaginée ,
a besoin de sçavoir pour l'execution de
sa Machine , de combien il est plus fa-
cile de traîner un fardeau que de le por-
ter, en suposant peu de frotement, et su-
posant encore des chemins passablement
unis on invite les Géometres à faire
part de leurs lumieres sur cette Question.
Troisième Question.
On trouve dans la plupart des Livres
d'Agriculture , plusieurs Secrets ou prati-
ques pour procurer une abondante multi-
plication des Grains, Rien ne seroit plus
digne de quelques Membres de l'Acadé
mie des Sciences et de tous autres Particu-
liers qui ont de l'intelligence et qui veu
lent se rendre utiles , que de travailler avec
soin à vérifier ces pratiques et de publier
ensuite leurs Découvertes et leurs pro-
cedés ; ou de désabuser une fois le Public
de tous ces effets imaginaires ; on fait
tous
900 MERCURE DE FRANCE
tous les jours des recherches bien moins
utiles.
En attendant quelque bon Memoire
sur ce sujet , on demande si quelqu'un
sçait dès - à- présent un procedé facile et
confirmé par l'experience , pour produi-
re des récoltes plus abondantes ; s'il est
vrai qu'on distribuë à Lyon , à la Cure
S. Vincent , et dans une Communauté
de Filles , une matiere préparée pour la
même fin , matiere fort vantée dans le
Dictionnaire Economique de Chomel,au
mot Blé.
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1764
p. 953-954
« CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
Début :
CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « CONFERENCES des Ordonnances de Louis XIV. Roy de France et de Navarre, [...] »
CONFERENCES des Ordonnances de
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
Louis XIV. Roy de France et de Navarre,
avec les anciennes Ordonnances
du Royaume , le Droit, Ecrit et les Ar-i
rêts, enrichies d'Annotations et de Décia
sions importantes. Par M. Philipe Bo
nier, Lieutenant Particulier en la Séné-
Fij.
chaussée
954 MERCURE DE FRANCE
chaussée de Montpellier. Nouvelle Edi-
tion , corrigée et augmenté des Edits ,
Déclarations et Arrêts donnés en inter-
prétation des Ordonnances , de plusieurs
Reglemens du Conseil , et d'un grand
nombre de Notes qui ne sont point dans
l'Edition précedente. Par M.... Avocat
en Parlement. A Paris , chès les Associés
choisis par ordre de S. M. pour l'Impres-
sion de ses Nouvelles Ordonnances.1737*
Deux Volumes in- 4. de plus de 800. pp.
chacun. Prix 15. liv. les deux Volumes.
Fermer
1765
p. 970-982
Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
Début :
LETTRE écrite par M. *** à M. *** au sujet du Passage du Roy et de la Reine de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Lettre sur le Passage du Roy et de la Reine de Pologne, par la Champagne, [titre d'après la table]
LETTRE écrite par M. *** à M. ***
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
au sujet du Passage du Roy et de la Reine de
Pologne par la Champagne , en allant prendre
possession de leurs Etats de Lorraine. A Chaalons
chés
res
MAY.
1737
971
chés Seneuze , 1737. brochure in 4. de 12. pa-
ges. La Lettre est datée du 25. Avril.
L'Ecrivain déclare dabord avec modestie qu'on
ne doit s'atacher qu'à la vérité d.s faits qu'il ra-
porte et non à la délicatesse du stile. Il commen-
ce ainsi sa narration. Le Roy de Pologne partit
de Meudon en poste le premier Avril , ce Prince
n'a séjourné en aucun endroit , il vint coucher à
Mont-Saint- Pere, Terre limitrophe de cette Pro-
vince , qui apartient à M. Paris du Vernay.
De Mont-Saint-Pere,le Roy de Pologne se ren-
dit à Epernay , il fit l'honneur à M. d'Aubigny,
Lieutenant General et Subdelegué de M. l'Inten-
dant , de dîner chés lui.
Le Roy fit aussi l'honneur à M. de Saint Clair,
Chevalier de S. Louis , Exempt des Gardes du
Corps , Gendre de M. d'Aubigni , de le faire
manger à sa table. La Bourgeoisie qui étoit sous
ler Armes , bordoit les rues, et monta la garde
chés le Roy jusqu'au départ de Sa Majesté
Elle fut escortée d'abord par la Maréchaussée ;
une Compagnie du Régiment de Pont , Cavale
rie , qui est en quartier dans le Village d'Athie ,
conduisit ce Prince jusqu'à Jalon , une autre du
mêine Régiment releva cette premiere , ct l'accom-
pagna jusqu'à Aulnay; les Diles de ce Lieu , vétuës
galamment , et M. le Curé ensuite , complimen-
terent S. M. Voici l'un et l'autre de ces Compli
mens , et les Réponses du Roy de Pologne ; Pune
de ces Dlles s'étant avancée , dit avec beaucoup
de grace , en lui présentant le vin d'honneur .
SIRE , nous vous offrons au nom de nos Pe-
>
defoibles marques de leurs respects , nous ac-
compagnons notre offrande de vœux sinceres que
nous faisons pour votre santé puissiez- vous SIRE
Lorsque nous serons ayeules , recevoir de notre pos
terit
972 MERCURE DE FRANCE
terité les mêmes hommages , et voir la vôtre faire
le bonheur de l'Europe.
Le Roy de Pologne aplaudit en souriant à la
saillie de cette jeune personne , il lui souhai
ta l'accomplissement de ses désirs , dans les-
quels il lui dit qu'il se trouvoit fort interessé
ces Dlles s'étant éloignées , M. le Dieu , Curé
d'Aulnay, âgé de près de 80. ans, s'avança et dit.
SIRE , il y a long- temps que je vis, mais dans
le cours de mes années , je n'ai pas eû un jour si
flateur l'ai le bonheur de voir un grand Roy que
son Héroisme fait respecter de toutes les Nations
un Roy tojours égal à lui- même , malgré le concours
des évenemens les plus marqués , c'est le vrai ca-
ractere de la vertu ; nos vœux , SIRE , ont déja
été plusieurs fois portés jusqu'au Trône du Roy des
Rois pour la conservation et la prospérité de V. M.
Les François , SIRE , et moi en particulier , s'y
interessent sincerement et relativement à votre Per
sonne sacrée , et par reconnoissance pour le don que
le Ciel nous a fait de Monseigneur le Dauphin vo-
tre petit-Fils , qui assure le repos de cet Empire
je redoublerai mes prieres , SIRE , pour qu'une
parfaite sécurité pendant une longue suite d'années
vous conduise à la vie éternelle.
Le Roy parut satisfait de ce Compliment , il
en remercia fort gracieusement M. le Curé, et le
conjura de se ressouvenir de la promesse qu'il
lui faisoit de prier Dieu pour lui,
A la sortie du Bac d'Aulnay , de l'autre côté
de la Riviere de Marne, le Roy de Pologne trous
va une Brigade de la Maréchaussée qui l'escorta
jusqu'à Chaalons ; en chemin il trouva une au-
tre Compagnie du même Régiment de Pont, qui
augmenta l'escorte ; S. M. arriva en cette Ville
sur les quatre heures , précedé d'un nouveau dé-
tachement
MAY.
1737.
973
tachement de la Maréchaussée , commandé par
le Prévôt Géneral , et de deux Chaises de poste ,
dans lesquelles il y avoit deux Seigneurs de sa
Maison , plusieurs de ses Officiers suivoient à
cheval , le Carosse de M. de Beaupré , qui étoit
allé au- devant de S. M. venoit après , un troi-
siéme Escadron du Régiment de Pont fermoit la
marche. Le Roy passa au milieu d'une foule de
Peuple accourue de toutes parts pour voir S. M.
laquelle pour répondre à cet empressement,bais-
sa les glaces de sa Chaise et ordonna à son Pos-
tillon d'aller au petit pas.
De Chaalons, S. M. se rendit à Sary, Château
de M. l'Evêque, situé à l'extremité du Jard, pro-
menade la plus belle qu'il y ait dans aucune Vil-
le de France ; ce Château est très -beau et très-
commode ; on le concevra aisément en se rapel-
lant que les Evêques de Chaalons y ont toujours
reçu les Princes et Princesses du Sang, M. le Duc
d'Orleans et M. le Duc y ont été mariés .
M. l'Evêque , accompagné du Marquis de
Choiseul , Lieutenant Général de la Province ,
de l'Abbé de Saint Mémie , ses Freres , et des
Personnes les plus distinguées de Chaalons , re-
çut S. M. à la descente de sa Chaise ; ce Prélat
comptoit que le Roy de Pologne lui feroit l'hon-
neur de souper et coucher chés lui , mais com-
me il étoit encore de bonne heure , ce Prince
jugea à propos de ne s'arrêter qu'environ uns
heure, et d'aller à Saint Dizier
3
après avoir em-
brassé M. l'Evêque et lui avoir témoigné com-
bien il étoit sensible à sa politesse ; S. M. em-
brassa pareillement M. l'Intendant , et lui té-
moigna qu'elle étoit très-contente des attentions
qu'il avoit eues pour lui dans son Département.
L'Evêque de Chaalons présenta au Roy son
Neveu,
974 MERCURE DE FRANCE
Neveu , fils du Marquis de Choiseul , en lui di-
sant ,
qu'étant né en Lorraine il étoit du nom-
bre de ses Sujets , ce jeune Seigneur , qui joint à
une phisionomie des plus heureuses , beaucoup
d'esprit et de graces, servoit alors à boire à S.M.
qui avec cette douce et noble affabilité qui releve
toutes ses actions , dit, en mettant la main sur
l'épaule de cet aimable Enfant , J'en prends pos-
session avec bien du plaisir.
Les Officiers de Ville de Chaalons s'étant ren
dus à Sary , furent introduits auprès de S. M.
par M. l'Evêque , ils présenterent à ce Prince le
vin d'honneur, qu'il accepta ; ces Mrs et les Per
sonnes de consideration qui s'étoient rendus à
Sary , furent invités par M. l'Evêque d'y rester
au soupé, qui étoit destiné pour S. M. De Sary ,
le Roy se rendit à Saint Dizier , & c .
La Reine de Pologne partit de Meudon le 3.
Avril et arriva à 7 heures du soir au Château de
Congy, qui apartient à M,de Chasot , Président
à Mortier au Parlement de Metz ; Ș. A. S. Ma-
demoiselle de Clermont y logea en 1725 , lors-
qu'elle alla à Strasbourg pour le Mariage de la
Reine. M. l'Intendant reçut la Reine de Pologne
à la descente de son Carosse , que tous les Habi-
tans de ce Lieu entouroient ; les femmes offri-
rent leur présent à S. M. qui consistoit en un
Mouton orné d'une infinité de rubans, & c. sur les
huit heures la R. de P. soupa à son petit couverts
on ne fera point le détail des differens mets qui
furent servis avec une délicatesse et une attention
infinies de la part de M.l'Intendant , qui fit aussi
servir à soupé aux Seigneurs et Dames de la sui-
te de S. M.
Le lendemain la Reine de Pol. après avoir en
tendu la Messe , partit pour Sary. Elle alla dîner
au
MAY.
1737.
975
u Château de Reineville , à cinq lieues de Chaa-
lons . M. de Beaupré avoit cû soin que tout y
für en abondance; l'Evêque s'y étant aussi rendu,
i's reçurent S. M. à la descente de son Ca-
rosse ; plusieurs femmes en habit des bonnes Fê.
tes , présenterent à la Reine un Lapin blanc ,
orné de rubans , &c.
La Reine étant partie de Reineville de bonne
heure, arriva à Chaalons vers les 5. heures , et se
rendit ensuite au Château de Sary , où elle a sé-
journé. Son Entrée en cette Ville fut fort belle ,
plusieurs Brigades de Maréchaussées , comman-
dées par le Prévôt Géneral , étoient de la suite ;
deux Compagnies du Régiment de Pont et les
Pages de S. M. environnoient son Carosse ; M.
l'Evêque et M. l'Intendant précedoient , chacun
dans leur Chaise de poste , afin de recevoir S. M.
à Sary , cinq Carosses à six chevaux , dans les-
quels étoient les Dames et Seigneurs de la suite
de la Reine , & c. La Compagnie de l'Arquebuse
de Chaalons étoit sous les Armes à l'entrée de la
Ville , les Milices Bourgeoises bordoient les rues
jusqu'à la porte de la superbe Promenade dont on
a parlé.
S.M. fut reçue à Sary par les mêmes Personnes
qui s'y étoient trouvées lors du passage du Roy;
l'Evêque de Chaalons et le Marquis de Choi-
seul , curent l'honneur de lui présenter la main.
S. M. soupa à son petit couvert et se coucha
de bonne heure.
Le lendemain elle entendit la Messe à 11. heu-
res dans la Chapelle du Château , les Officiers de
Ville furent présentés à S. M. par le Marquis de
Choiseul, ils lui offrirent dans une corbeille très-
galamment ornée toutes sortes de confitures
seches.
G La
976 MERCURE DE FRANCE
La Reine dîna à son petit couvert à midy ;
elle reçut sur les cinq heutes les respects du R.P.
Baltus , Recteur des jésuites de Chaalons , &c.
Lorsque la Reine de Pologne eut fait ses dé-
pêches pour le Roy son Epoux , elle en chargea
le Marquis de Choiseul , et nomma en même-
temps Mad. son Epouse Dame de son Palais ;
M. de Choiseul en remercia S. M. dans des ter-
mes pleins de reconnoissance; il partit à l'instang
pour Luneville.
Le 7. Avril 5. M. entendit la Messe à dix heu
res , dîna une heure après à son petit couvert et
partit à midy.
On ne peut rien dire de plus obligeant que ce
que la Reine dit à l'Evêque , sur la réception
que lui a fait ce Prélat ; il fut remercié aussi par
la Comtesse de Linange et par les autres Sei-
gneurs et Dames de la Cour.
M. de Beaupré monra dans sa Chaise de poste
pour préceder S. M. à Vitry ; elle y arriva à 6.
heures du soir , escortée par un détachement de
la Maréchaussée.
L'élite de la Milice Bourgeoise sous les Armes
avec des cocardes blanches , formoit une double
haye dans les rues , jusqu'au logement de la Rei-
ne; le Marquis de Vilaine , Gouverneur de la
Ville étoit à la tête. S M. fut reçûë à la descen-
te de son Carosse par M. de la Galaiziere , In-
tendant de Lorraine et de Bar , qui lui donna la
main jusques dans son Apartement.
Les Maire et Echevins , qui furent présentés
par M. l'Intendant , offrirent leurs présens à la
Reine , ils furent très - bien reçus
elle admit en-
suite à son Audience plusieurs Officiers des Trou-
pes du Roy , elle en reconnut quelques- uns , et
leur donna des témoignages de son souvenir;le P.
Prieur
MAY.
1737.
977
Brieur de la Charité de cette Ville fut aussi ad-
mis à rendre ses respects à la Reine , il lui pré-
senta un Ananas d'une prodigieuse grosseur.
A huit heures S. M. soupa à son petit couvert,
il y cut cinq autres tables , dont l'une étoit de
30. couverts , et les autres de 25. et 20. qui fu-
sent servies avec une propreté et une délicatessé
qui passe tout ce qu'on peut imaginer.
L'attention de M. l'Intendant ne se borna pas
aux Personnes de distinction , il voulut que gé-
neralement tous les gens de la snite se ressentis-
sent de sa magnificence ; on cur servit un sou◄
pé convenable et force vin de Champagne.
Le lendeman , jour du départ , S. M. alla en-
tendre la Messe à sept heures à la Collégiale, elle
fut reçue à l'entrée de la principale porte par le
Chapitre , qui lui avoit fait préparer un tapis de
pied et un careau sur lequel la Reine se mit à
genoux pour baiser la Croix , qui lui fut présentée
par le Doyen , S. M. s'étant levée elle reçut l'Eau
benite ; ensuite le Doyen prononça ce Discours .
MADAME ,
Le Chapitre de l'Eglise Royale de cette Ville
rend avec un respectueux empressement ses très-
humbles devoirs à V.M.Nous allons , MADAME,
célebrer les saints Misteres pour demander à Dieu
la conservation de V. M. et le bonheur de toute la
Famille Royale , c'est aux seules Prieres que se ter
minent dans le Temple du Seigneur les Camplimens
des Ministres du Roy des Rois.
La Reine salua le Clergé qui l'accompagna
jusqu'à son Prie- Dieu , M. l'Intendant,donnoit
la main à S. M. La Messe finie , le Doyen à la
droite de la Reine , précedé de tout le Chapitre,
la conduisit jusqu'à son Carosse . M. l'Intendant
continua de donner la main à S. M. Au milieu
G ij
.
de
·
978 MERCURE DE FRANCE
de la Nef , elle eut la bonté de se tourner
du côté du Doyen , et lui dit : M. je vous
remercie et toute votre Compagnie , de la réception
gracieuse que vous m'avezfaite. Le Doyen lui ré-
pondit : MADA ME , nous désirons ardemment
que les Prieres que nous venons de faire pour V.M.
soient exaucées, nous avons prié de tout notre cœur.
Ensuite la Reine monta en Carosse pour se
rendre à S. Dizier , escortée par un détachement
de Maréchaussée , un instant après M. l'Inten-
dant partit en paste , afin de préceder S. M.
S. M. arriva le 11. sur les midy à S. Dizier ,
escortée d'un détachement de la Maréchaussée
de l'Arquebuse et les Milices Bourgeoises bor-
doient les rues ; cette Princesse logea au Château
que M. de Beaupré avoit fait meubler. Les Maire.
et Echevins qu'il présenta à la Reine , lui offri
rent leurs présens , et furent reçus très-gracieu-
sement.
S. M. dina à son petit couvert , elle fut servie
comme si elle cût mangé en public ;
il y eug
plusieurs autres tables également bien servies par
les soins de M. de Beaupré , S. M. partit à trois
heures pour aller coucher à Bar. Elle témoigna
à M. de Beaupré combien elle étoit satisfaite de
ses attentions , &c. Tous les Seigneurs et Dames
de sa Cour le complimenterent dans des termes
remplis de reconnoissance. Il a suivi S. M. jus◄
qu'à Bar.
Dès qu'on fut assuré que la Reine de Pologne
étoit arrivée sur la Frontiere de ses nouveaux
Etats, une nombreuse Compagnie de Chevaliers
proprement vétus d'un uniforme blanc avec pa-
remens rouges , alla à sa rencontre et revint le
même jour , marchant devant le Carosse de
S. M. au bruit des Instrumens Militaires,
Sur
MAY.
1737-
979
Sur le chemin , à quelque distance de Bar-le-
Duc , la Reine trouva une Compagnie de jeunes
Gens à pied , qui avoient passé la nuit sous des
Tentes , en attendant son arrivée. Cette Compa-
gnie formée à son honneur , lui servit d'escorte.
Lorsque la Reine arriva aux portes de la Ville,
elle y trouva environ trois mille Bourgeois qui
étoient rangés sous des Drapeaux magnifiques,
et qui la suivirent jusques au Château.
En entrant dans cette Place , elle fut compli-
mentée par M. le Commandant , et en avançant
un peu plus loin , elle parut agréablement sur-
prise d'un Spectacle que présentoit à ses yeux la
Jeunesse du College des Jésuites. Ces jeunes Gens
etoient partie à pied et partie à cheval . Ceux des
Classes inférieures , au nombre de quarante ,
étoient à pied , habillés à la Polonoise , ayans
tous un habit d'écarlate bordé de fourures d'her
mine,et sur l'habillement des écharpes de prix . Hs
avoient des bonnets rouges qui cachoient entie
rement leurs cheveux , et dont la pointe garnie
d'une frange d'argent , s'élevoit au - dessus d'une
fourure très- propre. Devant eux pendoient de
petits coutelas , et ils tenoient à la main des
Etendards très riches , les uns aux Armes de Pos
logne , de Leczinski , les autres aux Armes de
Lorraine et de Bar.
Ceux des Classes supérieures étoient à cheval
au nombre de 24. botés à la Połonoise , habillés
comme les autres d'écarlate , et portant des bon-
nets de même , mais ayant tous le Sabre à la
main.
Ces deux Corps étoient rangés dans la cour inte
rieure du Château sur deux lignes, en demi cercle,
ayant à une extremité leur Tambour , habillé à
la Romaine , et à une autre deux Clercs , dong
Giij
l'un
980 MERCURE DE FRANCE
P'un étoit à cheval , représentant tous les Clercs-
du College , et l'autre à pied , en manteau long,
qui se disposoit à parler. A leurs côtés étoient
Mrs les Militaires de la Garde , présentant les
Armes.
Aussi- tôt que la Reine fut près de ces jeunes:
Gens ainsi disposés , les premiers baisserent leurs
Erendarts pour la saluer ; ce qui se fit avec beau-
coup d'ordre et au grand contentement de S. M.
La Reine inonta ensuite dans son Apartement,
introduite par M. le Chancelier et Garde des
Sceaux , précedée de quelques - uns des Polonois,
qui portoient des Etendarts aux Armes de Bar.
Après que M. le Chancelier eut fait son com-
pliment , un Ecolier eut aussi l'honneur de com
plimenter Sa Majesté au nom du College..
La Reine répondit avec bonté : Je suis très-
sensible à votre Compliment , je vous en remercie ,
mais je veux voir encore une fois la Jeunesse Po-
lonoise.
Sur cela on donna ordre à cette Jeunesse de se
rendre dans l'Apartement de S. M. et là ces jeu-
nes Gens passant tous devant elle , les uns après-
les autres , ils eurent l'honneur de la saluer de
rechef avec l'Etendart.
Ils sortirent ensuite deux à deux et revinrent
avec les Cavaliers Polonois au College. Peu de
temps après le Canon du Château se fit entendre;
on ne doit pas oublier ici la maniere gracieuse
dont S. M. remercia la Noblesse et toutes les
Compagnies de cette Ville , qui étoient dans les
différentes Chambres de son Apartement , &c..
Elle leur témoigna qu'elle étoit très- satisfaite de.
leur zele et de tout ce qu'on faisoit pour elle .
Sur le soir , vers les huit heures , le Château
et toute la Ville étant illuminés , on tira un très-
beau
MAY.
1737.
981
beau Feu d'artifice , qu'on avoit artistement pla
cé sur un bâtiment à deux étages , orné de De-
vises à l'honneur du Roy et de la Reine , et sur-
monté d'une Renommée , qui tenoit d'ung main
les Armes de Pologne et de l'autre sa Trompete .
Après quoi la Reine se mit à table , et comme
elle a un grand fond de pieté et de religion, inal-
gré toutes ses fatigues et la délicatesse de son
tempérament , elle ne prit qu'une simple colla-
tion
Alors les Dames curent l'honneur de lui
faire la réverence, et en furent très gracieusement
reçûës.
Le lendemain 12. Avril , S. M. entendit la
Messe dans la Chapelle du Château , où elle fut
complimentée par le Doyen de certe Eglise.
Après avoir oui la Messe , elle monta dans
son Carosse. Aussi -tôt la Jeunesse Polonoise
qui avoit repris son premier poste , se mit en
marche sur deux lignes , ceux qui étoient à che-
val , marchant immédiatement devant le Caros-
se de la Reine , et ceux qui étoient à pied mar-
chant à la tête avec leurs Etendarts. Les autres
Carosses suivoient , bordés de la nouvelle Com-
pagnie à pied, et suivis d'une partie de la Bour-
geolie , tap iis que l'autre bordoit les rues .
On marcha dans cet ordre jusques hors de la
Ville, &c. La Reine fut de nouveau complimentée
au nom des Ecoliers Elle eur la bonté de dire plus
sieurs fois qu'elle étoit très- contente, et que ceux
qui étoient à pied pouvoient s'en retourner , ce
qu'ils firent à la suite de la Bourgeoisie.
Pour les autres qui étoient à cheval , ils eurent
l'honneur de marcher devant le Carosse de S. M.
jusqu'à la premiere Bourgade. La Compagnie
des Chevaliers qui avoient attendu la Reine ,
continua à l'accompagner jusques vers Ligny au
Giiij
bruig
982 MERCURE DE FRANCE
bruit des Trompettes et des Timbales. Ensuite
S. M. les remercia de la maniere du monde la
plus obligeante.
Fermer
1766
p. 986-991
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Début :
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller au Parlement de Paris, ayant conçu le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
PRIX proposé par l'Académie Royale des Sciences.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
1
MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Feu M. Roüillé de Meslay , ancien Conseiller
au Parlement de Paris, ayant conçu le
noble dessein de contribuer au progrès des Scien--
ces et à l'utilité que le Public en pouvoit retirer,
a legué à l'Académie Royale des Sciences un
fonds
M A Y.
1737.
987
fonds pour deux Prix qui seront distribués à
ceux , qui , au jugement de cette Compagnie ,
auront le mieux réussi sur deux differentes sor-
tes de Sujets , qu'il a indiqués dans son Testa-
ment , et dont il a donné des exemples.
Les Sujets du premier Prix regardent le Sistê-
me general du Monde et l'Astronomie Physique.
Ce Prix devroit être de 2000. livres , aux ter-
mes du Testament , et se distribuer tous les ans.
Mais la diminution des Rentes a obligé de ne le
donner que tous les deux ans , afin de le rendre
plus considérable , et il sera de 2500. livres.
Les Sujets du second Prix regardent la Navi-
gation et le Commerce.
Il ne se donnera que tous les deux ans , et se-
ra
de 2000. livres.
Plusieurs excellentes Pieces que l'Académie a
reçûës cette année sur le sujet des Ancres , sont
le fruit du délai auquel elle se détermina en 1735.
Cependant ayant divisé ce Sujet en trois Parties
differentes qui devoient faire l'objet d'autant de
Prix, elle n'a pas trouvé des Pieces d'un égal mé-
rite pour tous les trois. La figure des Ancres ,
comme plus susceptible de l'aplication de la
Géométrie , est la partie qui en a fourni davan-
tage , et les meilleures, Celle de la Forge et de la
fabrique des Ancres , n'en a donné qu'un petit
nombre ; et l'épreuve dès Ancres n'en a point
procuré que l'Académie ait pû couronner sous
se titre. La Compagnie a donc adjugé le Prix du
Sujet : Quelle est la figure la plus avantageuse
qu'on puisse donner aux Ancres ? à la Piece N°. 5%.
( de 1737. ) qui a pour Devise ,.
Hic teneat nostras Anchora jacta ratés
et qui est de M....
Elle a donné le Prix de la fabrique , Quelle est
988 MERCURE DE FRANCE
la meilleure maniere deforger des Ancres ?`au N °.
7. dont la Devise est , Vis unita fortior , et qui
est de M. Tresaguet , ancien Ingénieur des Ponts
et Chaussées.
A l'égard du troisiéme Snjet , Quelle est la
meilleure maniere d'éprouver les Ancres ? et qui ne
lui a pas parû suffisamment rempli , elle a jugé à ·
propos de distribuer le Prix qu'elle y avoit des-
tiné , en égale part à deux Pieces , où elle a trou-
vé d'ailleurs des Recherches curieuses et utiles
tánt sur la figure des Ancres , que sur les autres
Sujets et sur plusieurs pratiques qu'elle n'a pase ,
voulu qui fussent perdues pour le Public.
L'une , qui est le N°. 9. et qui a pour Devise ,
Omnia conando docilis solertia vincit ,
est de M ....
L'autre N. 11. qui contient trois parties et
qui a trois Devises , par ce Vers ainsi varié ,
Hic teneat nostras Anchora-{
Firma
Ducta
est de M. le Marquis Poleni , Professeur de Ma~~
thématique à Padoüe.
Les deux Pieces qui ont le plus aproché du
Prix , et c'est par raport à la fabrique ou à l'é-
preuve des Ancres , sont le N° . s. ( de 1735. )V
qui a pour Devise , N° 154
Certa } rates ,
Et le N° .13 . ( de 1737. ) qui a pour Devise, Sz
non bene, saltem voluisse decorum est, est de M. le
Comte de Crequi.
L'Académie ayant eu avis par des personnes
habiles et expérimentées dans la Navigation , que
dans les fréquentes manœuvres où l'on se sert du
Cabestan , le cordage attaché au poids qu'on
veut lever ou traîner , se dévide sur l'essieu de
cette machine , de maniere qu'à chaque tour ce
cordage descend de toute sa grosseur , et qu'il
arrive
MAY.
1737.
989
afrive qu'après plusieurs tours il parvient au
bout du Cabestan, et qu'il faut le rehausser ( ou
choquer ) pour éviter qu'il ne s'embarasse ; que
par-là on ne sçauroit se servir du Cabestan
qu'on ne soit obligé de choquer plusieurs fois ,
e qu'à chaque fois qu'on choque , il faut arrêter
le mouvement de la machine , prendre des bosses-
(ou tresses , &c. ) sur le cordage , dévirer le Ca-
bestan , pour mollir ( ou lâcher ) la partie du
cordage qui est sur l'essieu . relever le cordage
le roidir de nouveau ,et enfin ôter les bosses pour
remettre le Cabestan en état ; que cette opération
souvent repetée emporte beaucoup de temps , et
dans plusieurs rencontres un temps précieux , et
qu'elle fait toujours perdre une partie de l'effort
déja fait : Considérant d'ailleurs la liaison de la
manœuvre du Cabestan avec celle des Ancres ,
qu'on ne jette ou qu'on ne leve que par son
moyen , l'Académie a résolu de proposer pour
Sujet du Prix de l'année 1739. La meilleure cons---
truction du Cabestan , ou telle autre Machine équi--
valente , par raport à tous les usages auxquels
on l'aplique dans un Navire , et principalement
pour éviter , en tout ou en partie , les inconvé
niens mentionnés ci- dessus.
Les Sçavans de toutes les Nations sont invi--
tés à travailler sur ce Sujet , et même les Asso-
ciés Etrangers de l'Académie. Elle s'est fait la
Loi d'exclure les Académiciens Regnicoles de
prétendre aux Prix.
Ceux qui composeront sont invités à écrire
en François ou en Latin , mais sans aucune obli
gation. Ils pouront écrire en telle Langue qu'ils
voudront , et l'Académie fera traduire leurs
Ouvrages
On les prie que leurs Ecrits soient fort lisi--
bles ,
990 MERCURE DE FRANCE
bles , sur-tout quand il y aura des Calculs d'Al-
gebre.
Ils ne mettront point leur nom à leurs Ou-
vrages , mais seulement une Sentence ou Devise.
He pouront , s'ils veulent , attacher à leur Ecrit
un Billet séparé et cacheté par eux , où seront
avec cette même Sentence , leur nom , leurs
qualités et leur adresse , et ce Billet ne sera ou
vert par l'Académie qu'en cas que la Piece ait
remporté le Prix.
Ceux qui travailleront pour le Prix , adresse-
ront leurs Ouvrages à Paris au Secretaire per-
pétuel de l'Académie , ou les lui feront remer-
tre entre les mains. Dans ce second cas le Secre
taire en donnera en même temps à celui qui les
lui aura remis , son Recepissé , où sera marquée
la Sentence de l'Ouvrage et son numero , selon
l'ordre ou le temps dans lequel il aura été reçû.
Les Ouvrages ne seront reçûs que jusqu'au pre-
mier Septembre 1738 : exclusivement.
L'Académie à son Assemblée publique d'après
Pâques 1739. proclamera la Piece qui aura ce
Prix.
S'il y a un Recepissé du Secretaire pour la
Picce qui aura remporté le Prix , le Trésorier
de l'Académie délivrera la somme du Prix à ce-
lui qui lui raportera ce Recepissé. Il n'y aura à
cela nulle autre formalité
S'il n'y a pas de Recepissé du Secretaire , le
Trésorier ne délivrera le Prix qu'à l'Auteur mê-
me , qui se fera connoître , ou au Porteur d'une
Procuration de sa part.
L'Académie juge à propos de déclarer encore
que Comme elle ne restreint à macun Sistême les
explications qu'elle demande des Phénomenes , le
sufrage qu'elle donne à ces explications n'est point
une:
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MAY.
1737.
991
une adoption des principes sur lesquels elles sont
fondées, ni de toutes les conséquences qu'on ex
tire.
Fermer
1767
p. 1020-1022
ALLEMAGNE.
Début :
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris
de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu
y ayant pris dernierement à une écurie du Châ-
teau , les flammes avoient gagné en peu de tems
le principal corps de logis , d'où elles s'étoient
communiquées à l'Eglise des Jesuites , qui a été
entierement consumée , ainsi que leur Maison,
leur College et le Convent des Religieux Tri-
nitaires.
Par le Courier de Bender , arrivé à Vienne le
12. du mois , on a apris que M. Dahlman ayane
fait de nouvelles instances pour obtenir une dé-
claration positive de la Porte sur les Articles Pré-
liminaires de Paix proposés par l'Empereur , le
Grand Visir avoit répondu qu'il n'étoit pas en-
core instruit des réfolutions du Grand Seigneur
qu'au refte Sa Hautesse ne risquoit rien à refuser
des conditions aussi désavantageuses que celles
qu'on vouloit sur imposer, et que les Moscovites
ne pourroient porter plus loin leurs prétentions
si les Turcs avoient éprouvé les plus mauvais suc
cès, et s'ils avoient perdu plusieurs Batailles.
Un autre Courier a raporté que le Grand Vi.
sir, quelques jours après la conference dans la
quelle il avoit témoigné à M. Dahlman , que la
Porte étoit peu satisfaite des propositions de S.
M. Imp. lui avoit fait sçavoir par un de ses In
terprétes qu'il avoit dépêché un Aga au Grand
Seigneur ,pour lui donner part de ce que con-
tenoit la seconde Lettre du Comte de Konigseg
et pour suplier Sa Hautesse de lui mander ses
intentions "
MAY.
1 ཏ ; 7 ,
1021
intentions ; et que le Grand Visir avoit ajouté
que le Grand Seigneur, voulant donner des preu
ves du desir sincere qu'il avoit de faire tout son
possible pour lever les difficultés qui pouvoient
retarder le Congrés, consentoit qu'il ne s'assem
blât point à Sorocka , puisque la Czarine trou-
voit que cette Ville étoit trop éloignée des fron
tieres de ses Etats et qu'il offroit d'envoyer ses
Ministres Plenipotentiaires à Oczakow ou à
Kudac.
L'Empereur a envoyé ordre à M. Dahlman
de déclarer au Grand Visir , que si la Porte ne
s'expliquoit pas clairement avant le 15. du mois
de May , sur le projet d'accommodement pro
posé , il ne pouroit se dispenser de remplir les
engagemens qu'il avoit pris avec la Czarine.
Les Lettres de Vienne de la fin du mois der
nier,portent que,quoique le GrandVisir fasse tou-
tes les dispositions nécessaires pour commencer
les actes d'hostilité contre les Moscovites , et
qu'il paroisse être dans le dessein de hasarder une
bataille pour les empêcher d'entreprendre le Siés
ge.d'Oczakow ,
il a renouvel é encore depuis
peu les assurances qu'il a déja données plusieurs
fois à M. Dahlman du desir sincere qu'avoit le
Grand Seigneur de parvenir à un accommode-
ment avec la Czarine. Il lui a même fait dire
quelques jours avant que de partir pour Bender ,
qu'il ne s'y rendoit que pour être plus à portée
du lieu où se tiendroit le Congrés , que sa Hau
tesse souhaiteroit de pouvoir y envoyer dès à
present ses Ministres Plenipotentiaires , mais que
le Bairam , dans lequel on alloit entrer . obli
geoit de differer leur départ ; qu'ils partiroient
certainement de Constantinople aussi - tôt après
que ce temps de devotion seroit passé , et que les
mouvemens
1022 MERCURE DE FRANCE
mouvemens que faisoient les Troupes Ottoma→
nes n'étoient causés que par la necessité de les
faire changer de quartiers pour leur procurer
une plus grande abondance de vivres et de fou-
rages.
L'Aga que le Grand Visir a envoyé à M.
Dablman pour l'assurer que le Grand Seigneur
persistoit à vouloir la paix , a ajouté que quel-
que positive que fût la déclaration contenue dans
la seconde Lettre du Comte de Konigseg au G.
Visir , Sa Hautesse ne pouroit se persuader que
Empereur fût déterminé à lui faire la guerre ,
si les prétentions excessives de la Czarine étoient
le seul obstacle au succès des Négociations , er
que si S. M. Imp. vouloit observer la neutrali-
té, et se conformer au Traité de Passarowitz
elle pouvoit se procurer par-là des avantages
plus certains que ceux qu'elle se promettoit de la
guerre,
Les Lettres de Vienne portent qu'on a apris
de Parak dans la Haute Hongrie , que le feu
y ayant pris dernierement à une écurie du Châ-
teau , les flammes avoient gagné en peu de tems
le principal corps de logis , d'où elles s'étoient
communiquées à l'Eglise des Jesuites , qui a été
entierement consumée , ainsi que leur Maison,
leur College et le Convent des Religieux Tri-
nitaires.
Par le Courier de Bender , arrivé à Vienne le
12. du mois , on a apris que M. Dahlman ayane
fait de nouvelles instances pour obtenir une dé-
claration positive de la Porte sur les Articles Pré-
liminaires de Paix proposés par l'Empereur , le
Grand Visir avoit répondu qu'il n'étoit pas en-
core instruit des réfolutions du Grand Seigneur
qu'au refte Sa Hautesse ne risquoit rien à refuser
des conditions aussi désavantageuses que celles
qu'on vouloit sur imposer, et que les Moscovites
ne pourroient porter plus loin leurs prétentions
si les Turcs avoient éprouvé les plus mauvais suc
cès, et s'ils avoient perdu plusieurs Batailles.
Un autre Courier a raporté que le Grand Vi.
sir, quelques jours après la conference dans la
quelle il avoit témoigné à M. Dahlman , que la
Porte étoit peu satisfaite des propositions de S.
M. Imp. lui avoit fait sçavoir par un de ses In
terprétes qu'il avoit dépêché un Aga au Grand
Seigneur ,pour lui donner part de ce que con-
tenoit la seconde Lettre du Comte de Konigseg
et pour suplier Sa Hautesse de lui mander ses
intentions "
MAY.
1 ཏ ; 7 ,
1021
intentions ; et que le Grand Visir avoit ajouté
que le Grand Seigneur, voulant donner des preu
ves du desir sincere qu'il avoit de faire tout son
possible pour lever les difficultés qui pouvoient
retarder le Congrés, consentoit qu'il ne s'assem
blât point à Sorocka , puisque la Czarine trou-
voit que cette Ville étoit trop éloignée des fron
tieres de ses Etats et qu'il offroit d'envoyer ses
Ministres Plenipotentiaires à Oczakow ou à
Kudac.
L'Empereur a envoyé ordre à M. Dahlman
de déclarer au Grand Visir , que si la Porte ne
s'expliquoit pas clairement avant le 15. du mois
de May , sur le projet d'accommodement pro
posé , il ne pouroit se dispenser de remplir les
engagemens qu'il avoit pris avec la Czarine.
Les Lettres de Vienne de la fin du mois der
nier,portent que,quoique le GrandVisir fasse tou-
tes les dispositions nécessaires pour commencer
les actes d'hostilité contre les Moscovites , et
qu'il paroisse être dans le dessein de hasarder une
bataille pour les empêcher d'entreprendre le Siés
ge.d'Oczakow ,
il a renouvel é encore depuis
peu les assurances qu'il a déja données plusieurs
fois à M. Dahlman du desir sincere qu'avoit le
Grand Seigneur de parvenir à un accommode-
ment avec la Czarine. Il lui a même fait dire
quelques jours avant que de partir pour Bender ,
qu'il ne s'y rendoit que pour être plus à portée
du lieu où se tiendroit le Congrés , que sa Hau
tesse souhaiteroit de pouvoir y envoyer dès à
present ses Ministres Plenipotentiaires , mais que
le Bairam , dans lequel on alloit entrer . obli
geoit de differer leur départ ; qu'ils partiroient
certainement de Constantinople aussi - tôt après
que ce temps de devotion seroit passé , et que les
mouvemens
1022 MERCURE DE FRANCE
mouvemens que faisoient les Troupes Ottoma→
nes n'étoient causés que par la necessité de les
faire changer de quartiers pour leur procurer
une plus grande abondance de vivres et de fou-
rages.
L'Aga que le Grand Visir a envoyé à M.
Dablman pour l'assurer que le Grand Seigneur
persistoit à vouloir la paix , a ajouté que quel-
que positive que fût la déclaration contenue dans
la seconde Lettre du Comte de Konigseg au G.
Visir , Sa Hautesse ne pouroit se persuader que
Empereur fût déterminé à lui faire la guerre ,
si les prétentions excessives de la Czarine étoient
le seul obstacle au succès des Négociations , er
que si S. M. Imp. vouloit observer la neutrali-
té, et se conformer au Traité de Passarowitz
elle pouvoit se procurer par-là des avantages
plus certains que ceux qu'elle se promettoit de la
guerre,
Fermer
1768
p. 1022-1026
ITALIE.
Début :
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour la Canonisation de la Bienheureuse Catherine [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
Le 5. Avril on publia à Rome le Decret pour
la Canonisation de la Bienheureuse Catherine
Tine Fieschi de Genes , dont la Cérémonie a dů
se faire le 28. ainsi que celle de la Canonisation
des Bienheureux Vincent et Regis ; et de la
Bienheureuse Falconieri.
La correspondance étant rétablie entre les
Cours de Vienne et de Madrid , le Cardinal
'Aquaviva , chargé des affaires du Roy d'Espa-
gne auprès du Saint Siege , envoya le 7. Avril
dernier complimenter à cette occasion le Car
dinal del Giudice.
La Congrégation des Rites a décidé que dans
La Cérémonie de la Canonisation des Bienheu-
eux Vincent et Regis , ce premier auroit la
préséance
MAY.
1737.
préséance comme Fondateur d'Ordre.
1023
Le Comte Trivelli, célebre Poëte , et Jean-
Baptiste Jacoboni , Prêtre , Auteurs des Satyres
répandues à Rome depuis quelque temps contre
le S. Siege, et contre les Personnes les plus con-
siderables , ont été condamnés à mort , le pre-
mier eut la tête tranchée dans la Place du Pont
Saint-Ange , le 23. Février dernier. Il reconnue
en mourant le mauvais usage qu'il avoit fait de
ses talens. Le Pere Santo Canale , Jesuite , qui
Pexhorta à la mort , eut bien de la peine à lui
faire entendre raison sur la Religion , voulant
mourir dans les sentimens de libertinage dans
lesquels il avoit vêcu , et il ne se rendit aux vives
instances de son Confesseur que peu de tems
avant qu'on le menât au suplice. It donna des
marques d'un sincere repentir , et mourut avec
beaucoup de fermeté et de résignation , Le Prêtre
Jacoboni fut condamné au même suplice ; on
2 commué sa peine en celle des Galeres , le Car
dinal Guadagni , l'un des plus maltraités dans
ees Satyres , ayant vivement et généreusement
sollicité pour lui sauver la vie.
. En conséquence de l'ordre envoyé par l'Em-
pereur au Comte de Traun , de prendre posses
sion des Duchés de Parme et de Plaisance , au
nom de S. M. Imp. ce Comte se rendit le 16.
du mois passé à Parme. Le Prince de Lobkowitz
qui y commande , alla au devant de lui à quel-
ques mille de la Ville , et les Députés des Ma-
gistrats le reçûrent hors des Portes. Lorsque le
Comte de Traun entra dans la Ville , il fut sa-
lué par une triple décharge de l'Artillerie des
remparts. Ayant été conduit par le Prince de
Lobkowitz et par les Députés des Magistrats au
Palais qu'on avoit préparé pour le racevoir , il
I
yfur
1024 MERCURE DE FRANCE
y fut complimenté par le Clergé , par la No-
blesse et par les Tribunaux, et l'aprèsmidi il re
çût , au nom de l'Empereur , le serment de f
delité des Habitans. Il communiqua aux Magis
trats les résolutions de S. M. Imp. par raport à
l'administration des affaires de ce Duché et au
Gouvernement de cette Ville , dans laquelle elle
se propose d'établir une Junte semblable à celle
qui vient d'être établie à Mantoüe.
On aprend de Turin que le 21. Avril , jour
fixé pour P'Entrée de la Reine dans cette Capi
tale , leurs Majestés étant parties du Château de
Ja Venerie vers les sept heures du soir , trouve-
rent sur leur chemin le Régiment Royal Pié
mont Cavalerie , et les deux Régimens de Dra-
gons du Roy et de la Reine , qui les accompa
gnerent pendant la marche le long de la Rive
du Pô , oposée à celle par laquelle leurs Majes
és passerent pour se rendre à Turiu ; on avoit
allumé des feux de distance en distance , et la
Maison de Plaisance de la Reine , bâtie sur la
Montagne vis à-vis la Porte du Pô, étoit enție-
rement illuminée.
L'arrivée du Roy et de la Reine fut annon-
cée au Peuple par une triple Salve de 150. pic-
ces de Canon , placées sur les remparts de la
Ville et de la Citadelle , et leurs Majestés ayant
été reçûës à la Porte du Pô par les Magistrats ,
et par le Corps de Ville , la marche de l'Entrée
commença par une Troupe de 200. Marchands
à cheval , ayant à leur tête le Vicaire de la Ville.
Cinq Carosses du Roy , attelés de six Chevaux ,
précédoient celui du Corps, qui éton escorté
par un détachement des Gardes , et dans lequel
leurs Majestés étoient seules avec le Duc de
Savoye,
Le
MAY.
1737.
1025
Le Roy et la Reine étoient suivis de cinq au-
tres Carosses attelés aussi de six chevaux , après
lesquels marchoient trois Escadrons des Gardes
du Corps , et les quinze Escadrons de Cavale-
rie et de Dragons qui étoient venus de la Ve-
nerie avec leurs Majestés.
La ruë du Pô étoit bordée des deux côtés jus-
qu'au Palais du Duc de Savoye par la Bourgeoi-
sie qui étoit en haye sous les armes ; chaque
Corps de Métier étant distingué par des unifor-
mes et des Drapeaux differens. Deux Bataillone
du Regiment des Gardes à pied, deux du Regi-
ment de Rhebinder , et deux de celui de Lom."
bardie , bordoient le reste du chemin depuis le
Palais du Duc de Savoye jusqu'au Palais Royal,
lequel étoit illuminé ainsi que celui du Duc de
Savoye , et toutes les Places publiques , selon
l'ordre de leur Architecture. Toutes les ruës
étoient aussi illuminées,et il y avoit aux premier,"
second et troisième étages de toutes les mai-
sons , cinq lumieres à chaque croisée, Cette il-
lumination formoit un spectacle que la seule
Ville de Turin est capable de fournir à cause de
la régularité de ses Bâtimens,
.
tiré vis-à-vis ce Palais.
t.
Leurs Majestés , en arrivant au Palais ,
trouverent les Ministres étrangers , et les Sei
gneurs et Dames de la Cour. La Reine après s'ê- Ÿ
tre reposée quelque temps, alla au Palais du Duc
de Savoye pour voir un feu d'artifice qui fut
Le lendemain S. M. reçut les complimens
des Ministres étrangers , des Ministres d'Etat
et de la principale Noblesse , qui fut admise à
lui baiser la main.
7
Le Palais du Roy , celui du Duc de Savoye ,
les Places publiques , et toutes les Maisons de la
I ij
Ville
1026 MERCURE DE FRANCE
Ville ont été illuminées pendant quatre nuits
consecutives de la même maniere qu'ils l'avoient
été le jour de l'Entrée de la Reine;
Fermer
1769
p. 1027-1030
DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
Début :
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont impénetrables, plus ils exigent nos adorations. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé par M. Toustain de Viray, Avocat Général de Lorraine, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes en forme d'Edit du Roy de Pologne, pour la Prise de Possession des Duchés de Lorraine et de Bar.
DISCOURS prononcé par M. Toustain
de Viray, Avocat Général de
Lorraine, au sujet de l'Enregistrement
des Lettres Patentes en forme
d'Edit du Roy de Pologne, pour la
Prise de Possession des Duchés de Lorraine
et de Bar.
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont
impénetrables, plus ils exigent nos adorations.
Cette profondeur de Conseil que la sagesse
humaine ne peut fonder , et ces dénouëmens sur-
prenans , amenés par des voyes qui en paroifoient
si éloignées , portent le caractere des effets d'une
intelligence suprême , qui n'a pas besoin d'être
justifiée par les acquiescemens de notre foible rai-
son ,
et qui veut néanmoins étre honorée par la
soumission de nos cœurs.
Tel est le grand Evenement qui nous assemble
en cejour , plus vrai que vrai-semblable , qui apor-
te un changement si notable dans l'ordre le plus
immuable des choses humaines ! Respectons ces mys-›
teres , c'est l'hommage dû par notre esprit , à ce
qui lui est superieur , et celui de notre volonté , n'en
sera pas pour cela un mouvement aveugle ; notre
obéissance est éclairée par notre Religion .
C'est à
elle seule qu'il apartient de dissiper les allarmes dè no-
trefidelité étonnée, en la fixant à son veritable objét,
par des réflexions toujours solides et consolantes. Il
est écrit que toute Puissance vient de Dieu , il est
le seul Dispensateur legitime des Couronnes , toute
I iij.
leu
*1028 MERCURE DE FRANCE
leur splendeur n'est qu'un rayon emprunté de sa
Gloire , et ces titres augustes de Majestés humai-
nes seroient autant de blasphêmes , si ceux à qui
`on les attribuë , n'avoient reçu de Dieu le carac
tere sacré, par lequel il se fait représenter sur la
Terre.
C'est à lui seul que se raportent tous les hon-
neurs que nous leurs déférons , et les tributs que
nous portons à leurs pieds, sont autant de sacrifices
qu'on lui immole
en sorte , que dans le plus juste
aspect de notre obéissance
cette nouveauté même
n'est pas pour elle une vicissitude ,
et nous ne de-
vons la considerer que comme une nouvelle déco-
ration qu'il lui plait de donner à son image.
Ce n'est pas que nous veuillions dissimuler , en-
core moins condamner le trouble de notre situation .
On ne se déprend pas sans agitation de ses plus
douces habitudes. Les liens qui tenoient notre
cœur attaché , ont ils pû être brisés sans s'émou-
voir ? et le moyen qu'après une telle révolution
dans le Chef , les Membres soient exempts de criser
Lafidelité ,
cette vertu propre de notre Patrie ,
ce précieux heritage de nos Peres , qui tant defois
les a dépouillés de tout autre heritage , est une de
ces vertus tendres , délicates et scrupuleuses , qui
s'allarmant aisément , et à laquelle conviennent
si bien les reserves ,
>
les saisissemens et les bien-
séantes frayeurs , semblable à la pudeur , dont les
innocentes répugnances envers l'objet même legiti-
me etcheri , n'ont d'autre effet que d'attirer d'au-
tant plus la confiance et l'estime.
Ne rougissons point defaire cet aveu au Prince
Magnanime , sous la domination duquel nous pas,
sons , c'est le gage le plus sûr que nous puissions
lui présenter de l'attachement inviolable que nous
lui voñons dès ce moment, Il est autant de son
interêt
MAY.
1737.
1029
interêt que du nôtre , que nous lui mettions à dém
couvert cet interieur qui vient d'être ulceré, pour
luifaire connoître à fonds la qualité et le prix de
son acquisition pour luifaire voir
que
Les bontés
qu'il nous prépare, ne tomberont point sur une ter-
re ingrate , et sans fruit qui soit à négliger , pour
exposer à sa vûë ce germe de tendresse, de zele , et
de reconnoissance , qui a jetté dans son sein de si
profondes racines , digne production des graces dont
elle a été habituellement arrosée , et des largesses
dont elle est cultivée depuis tant de siecles.
Peuples , bénissez le Seigneur , de ce qu'il afait
pour vous,ce qu'il nefait pas pour toutes les Nations,
en vous donnant des Princes si dignes et si propres à
le representer dans sa clemence , et dans ses bien-
faits ; mais ne lui rendez pas de moindres actions
de graces de ce qu'en retirant de nous cette Famille
vraiment Royale , il n'a pas retiré ses bontés.
C'est dans sa méme misericorde qu'il vous en-
voye aujourd'hui un Roy qu'il a formé selon son
cœur , et pour la possession duquel il vous préfere
même à sa Patrie , Prince de qui la renommée
publie toutes les qualités capables d'honorer le
Diademe , d'accrediter la Religion , de concilier
l'admiration , l'amour , et la gratitude , tout ce
qui rendroit un Particulier respectable , élevé par
la scule vertu à la dignité Royale , sans être re-
devable de rien à la fortune ; à qui la probité est
plus précieuse que le Sceptre , à qui le Paganisme
auroit dréssé des Autels , Prince que le Ciel sem-
ble avoir specialement instruit du bon usage de ses
faveurs , en le dressant à l'humanité , et à la com-
passion dans l'Ecole de ses salutaires adversités.
Remarquez ses premieres expressions , c'est un
langage paternel , voyez cette complaisance qu'il
mise à s'imposer lui-même une sorte de res
I iiij
peot
1030 MERCURE DE FRANCE
pect pour les traces, et les établissemens des Regnes
précedens , qui ont fait nos plus grands.délices.
Considerez ses Ministres , par lesquels il se fait
devancer , Ministres de sa sagesse , de sa douceur,
et de sa modération.
Livrez- vous done , Peuples , livrez- vous à la
joye , que cette Capitale retentisse des cris de votre
allegresse , et de vos empressemens à posseder dans
son enceinte ce présent des Cieux , qu'il vive , que
·la durée de ses jours se mésure sur l'étenduë de sa
réputation, et que leur nombre soit comptépar celui
de ses vertus , qu'il regne pour le triomphe de la
Religion, et pour notre felicité , qu'il soit placédans
vos cœurs ; c'est le Trône ordinaire de vos Mai-
-tres.
C'est dans ces sentimens que Nous requerons
L'Enregistrement des Lettres Patentes en forme
d'Edit,
&c.
de Viray, Avocat Général de
Lorraine, au sujet de l'Enregistrement
des Lettres Patentes en forme
d'Edit du Roy de Pologne, pour la
Prise de Possession des Duchés de Lorraine
et de Bar.
Mrs, Plus les Décrets de la Providence sont
impénetrables, plus ils exigent nos adorations.
Cette profondeur de Conseil que la sagesse
humaine ne peut fonder , et ces dénouëmens sur-
prenans , amenés par des voyes qui en paroifoient
si éloignées , portent le caractere des effets d'une
intelligence suprême , qui n'a pas besoin d'être
justifiée par les acquiescemens de notre foible rai-
son ,
et qui veut néanmoins étre honorée par la
soumission de nos cœurs.
Tel est le grand Evenement qui nous assemble
en cejour , plus vrai que vrai-semblable , qui apor-
te un changement si notable dans l'ordre le plus
immuable des choses humaines ! Respectons ces mys-›
teres , c'est l'hommage dû par notre esprit , à ce
qui lui est superieur , et celui de notre volonté , n'en
sera pas pour cela un mouvement aveugle ; notre
obéissance est éclairée par notre Religion .
C'est à
elle seule qu'il apartient de dissiper les allarmes dè no-
trefidelité étonnée, en la fixant à son veritable objét,
par des réflexions toujours solides et consolantes. Il
est écrit que toute Puissance vient de Dieu , il est
le seul Dispensateur legitime des Couronnes , toute
I iij.
leu
*1028 MERCURE DE FRANCE
leur splendeur n'est qu'un rayon emprunté de sa
Gloire , et ces titres augustes de Majestés humai-
nes seroient autant de blasphêmes , si ceux à qui
`on les attribuë , n'avoient reçu de Dieu le carac
tere sacré, par lequel il se fait représenter sur la
Terre.
C'est à lui seul que se raportent tous les hon-
neurs que nous leurs déférons , et les tributs que
nous portons à leurs pieds, sont autant de sacrifices
qu'on lui immole
en sorte , que dans le plus juste
aspect de notre obéissance
cette nouveauté même
n'est pas pour elle une vicissitude ,
et nous ne de-
vons la considerer que comme une nouvelle déco-
ration qu'il lui plait de donner à son image.
Ce n'est pas que nous veuillions dissimuler , en-
core moins condamner le trouble de notre situation .
On ne se déprend pas sans agitation de ses plus
douces habitudes. Les liens qui tenoient notre
cœur attaché , ont ils pû être brisés sans s'émou-
voir ? et le moyen qu'après une telle révolution
dans le Chef , les Membres soient exempts de criser
Lafidelité ,
cette vertu propre de notre Patrie ,
ce précieux heritage de nos Peres , qui tant defois
les a dépouillés de tout autre heritage , est une de
ces vertus tendres , délicates et scrupuleuses , qui
s'allarmant aisément , et à laquelle conviennent
si bien les reserves ,
>
les saisissemens et les bien-
séantes frayeurs , semblable à la pudeur , dont les
innocentes répugnances envers l'objet même legiti-
me etcheri , n'ont d'autre effet que d'attirer d'au-
tant plus la confiance et l'estime.
Ne rougissons point defaire cet aveu au Prince
Magnanime , sous la domination duquel nous pas,
sons , c'est le gage le plus sûr que nous puissions
lui présenter de l'attachement inviolable que nous
lui voñons dès ce moment, Il est autant de son
interêt
MAY.
1737.
1029
interêt que du nôtre , que nous lui mettions à dém
couvert cet interieur qui vient d'être ulceré, pour
luifaire connoître à fonds la qualité et le prix de
son acquisition pour luifaire voir
que
Les bontés
qu'il nous prépare, ne tomberont point sur une ter-
re ingrate , et sans fruit qui soit à négliger , pour
exposer à sa vûë ce germe de tendresse, de zele , et
de reconnoissance , qui a jetté dans son sein de si
profondes racines , digne production des graces dont
elle a été habituellement arrosée , et des largesses
dont elle est cultivée depuis tant de siecles.
Peuples , bénissez le Seigneur , de ce qu'il afait
pour vous,ce qu'il nefait pas pour toutes les Nations,
en vous donnant des Princes si dignes et si propres à
le representer dans sa clemence , et dans ses bien-
faits ; mais ne lui rendez pas de moindres actions
de graces de ce qu'en retirant de nous cette Famille
vraiment Royale , il n'a pas retiré ses bontés.
C'est dans sa méme misericorde qu'il vous en-
voye aujourd'hui un Roy qu'il a formé selon son
cœur , et pour la possession duquel il vous préfere
même à sa Patrie , Prince de qui la renommée
publie toutes les qualités capables d'honorer le
Diademe , d'accrediter la Religion , de concilier
l'admiration , l'amour , et la gratitude , tout ce
qui rendroit un Particulier respectable , élevé par
la scule vertu à la dignité Royale , sans être re-
devable de rien à la fortune ; à qui la probité est
plus précieuse que le Sceptre , à qui le Paganisme
auroit dréssé des Autels , Prince que le Ciel sem-
ble avoir specialement instruit du bon usage de ses
faveurs , en le dressant à l'humanité , et à la com-
passion dans l'Ecole de ses salutaires adversités.
Remarquez ses premieres expressions , c'est un
langage paternel , voyez cette complaisance qu'il
mise à s'imposer lui-même une sorte de res
I iiij
peot
1030 MERCURE DE FRANCE
pect pour les traces, et les établissemens des Regnes
précedens , qui ont fait nos plus grands.délices.
Considerez ses Ministres , par lesquels il se fait
devancer , Ministres de sa sagesse , de sa douceur,
et de sa modération.
Livrez- vous done , Peuples , livrez- vous à la
joye , que cette Capitale retentisse des cris de votre
allegresse , et de vos empressemens à posseder dans
son enceinte ce présent des Cieux , qu'il vive , que
·la durée de ses jours se mésure sur l'étenduë de sa
réputation, et que leur nombre soit comptépar celui
de ses vertus , qu'il regne pour le triomphe de la
Religion, et pour notre felicité , qu'il soit placédans
vos cœurs ; c'est le Trône ordinaire de vos Mai-
-tres.
C'est dans ces sentimens que Nous requerons
L'Enregistrement des Lettres Patentes en forme
d'Edit,
&c.
Fermer
1770
p. 1030-1031
AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
Début :
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde fois, les vûës encore plus singulieres [...]
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE DISCOURS du même, au sujet de l'Enregistrement des Lettres Patentes du Roy très-Chrétien, pour la Prise de Possession Eventuelle de la Lorraine.
AUTRE DISCOURS du même,
au sujet de l'Enregistrement des Lettres
Patentes du Roy très-Chrétien,
pour
la Prise de Possession Eventuelle
de la Lorraine.
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde
fois, les vûës encore plus singulieres
de la Providence sur nous ? Non contente d'avoir
continué notre bonheur actuel , et celui de nos
Concitoyens ; elle veut encore le perpetuer , et nous
reveler dès à présent l'avenir glorieux qu'elle assu-
re à notre postérité.
Quelle perspective de prosperités pour cette Pro-
vince, et d'abondance pour son Commerce ! Quelle
carriere d'émulation pour nos arrieres Neveux ,
que
M A Y.
1737.
T031
que de dignités à meriter ! que de perfections a
étudier ! que d'agrémens à goûter, d'être associés au
Peuple le plus sociable et le plus poli de l'Univers;
d'être incorpores aù premier Royaume du monde ,
tant d'honneur à l'humanité
a
-ce Royaume que le Ciel a privilegié par dessus tou-
tes les Contrées de la Terre , en richesses , en gran-
deur, et en magnificence A ce Royaume qui est
le centre du bon ordre , du bon goût ,
et des plus
belles connoissances! Dont le genie des Habitansfait
dont les Ministres
semblent concerter leurs desseins avec l'Auteur des
destinées, et dont l'invincible Monarque est l'Arbi-
tre du repos de l'Europe ! Peut- il être une idée d'un
sort plusflateur pour nos Descendans , que d'avoir
droit à sagloire , de partager ses succès , de jouir
de sa Justice , et d'augmenter sa puissance ?
Fixons ici nos réflexions . C'en est bien assés pour
remplir toute la capacité de notre ambition , et
batons-nous de requerir l'Enregistrement, &c.
au sujet de l'Enregistrement des Lettres
Patentes du Roy très-Chrétien,
pour
la Prise de Possession Eventuelle
de la Lorraine.
Mrs, N'avons-nous pas à admirer une seconde
fois, les vûës encore plus singulieres
de la Providence sur nous ? Non contente d'avoir
continué notre bonheur actuel , et celui de nos
Concitoyens ; elle veut encore le perpetuer , et nous
reveler dès à présent l'avenir glorieux qu'elle assu-
re à notre postérité.
Quelle perspective de prosperités pour cette Pro-
vince, et d'abondance pour son Commerce ! Quelle
carriere d'émulation pour nos arrieres Neveux ,
que
M A Y.
1737.
T031
que de dignités à meriter ! que de perfections a
étudier ! que d'agrémens à goûter, d'être associés au
Peuple le plus sociable et le plus poli de l'Univers;
d'être incorpores aù premier Royaume du monde ,
tant d'honneur à l'humanité
a
-ce Royaume que le Ciel a privilegié par dessus tou-
tes les Contrées de la Terre , en richesses , en gran-
deur, et en magnificence A ce Royaume qui est
le centre du bon ordre , du bon goût ,
et des plus
belles connoissances! Dont le genie des Habitansfait
dont les Ministres
semblent concerter leurs desseins avec l'Auteur des
destinées, et dont l'invincible Monarque est l'Arbi-
tre du repos de l'Europe ! Peut- il être une idée d'un
sort plusflateur pour nos Descendans , que d'avoir
droit à sagloire , de partager ses succès , de jouir
de sa Justice , et d'augmenter sa puissance ?
Fixons ici nos réflexions . C'en est bien assés pour
remplir toute la capacité de notre ambition , et
batons-nous de requerir l'Enregistrement, &c.
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1771
p. 1031-1032
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le 4. de ce mois le Roy fit dans la Plaine des Sablons la Revûë du Régiment des Gardes [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le 4. de ce mois le Roy fit dans la Plaine
des Sablons la Revûë du Régiment des Gardes
Françoises et de celui des Gardes Suisses . Ils
firent l'exercice , er'ils défilerent en présence de
S. M. Monseigneur le Dauphin se trouva à cette
Revûë.
Le Roy a donné le Gouvernement de Landres-
cy au Comte de la Marck ; celui de Briançon,
au Marquis de Maulevrier- Langeron, celui d'Ai
re à M. de Ceberes, et celui de Bethune à M. de
Tarneau
Le
1032 MERCURE DE FRANCE
Les de ce mois Monseigneur le Dauphin fir
rendre à l'Eglise de la Paroisse du Château de
Versailles les Pains Benits , qui furent presentés
par l'Abbé de Choiseul , Aumônier du Roy en
quartier.
Dom Etienne Richard , Général de l'Ordre
des Chartreux , étant mort le 3. du mois der-
nier dans la 69. année de son âge , Dom Mi-
chel de Larnage , Prieur de la Chartreuse de S.
Hugon , a été élû Général de cet Ordre.
Le 4. de ce mois le Roy fit dans la Plaine
des Sablons la Revûë du Régiment des Gardes
Françoises et de celui des Gardes Suisses . Ils
firent l'exercice , er'ils défilerent en présence de
S. M. Monseigneur le Dauphin se trouva à cette
Revûë.
Le Roy a donné le Gouvernement de Landres-
cy au Comte de la Marck ; celui de Briançon,
au Marquis de Maulevrier- Langeron, celui d'Ai
re à M. de Ceberes, et celui de Bethune à M. de
Tarneau
Le
1032 MERCURE DE FRANCE
Les de ce mois Monseigneur le Dauphin fir
rendre à l'Eglise de la Paroisse du Château de
Versailles les Pains Benits , qui furent presentés
par l'Abbé de Choiseul , Aumônier du Roy en
quartier.
Dom Etienne Richard , Général de l'Ordre
des Chartreux , étant mort le 3. du mois der-
nier dans la 69. année de son âge , Dom Mi-
chel de Larnage , Prieur de la Chartreuse de S.
Hugon , a été élû Général de cet Ordre.
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1772
p. 1082-1115
DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Début :
Quoique l'établissement du Papier et Parchemin timbré en France ne [...]
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texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION sur l'Origine du Papier et Parchemin timbré, les Lieux où cette Formalité est établie, son Objet, ses Effets, et diverses questions auxquelles elle peut donner lieu. Par M. A. G. Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
DISSERTATION sur l'Origine du
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Papier et Parchemin timbré, les Lieux
où cette Formalité est établie, son Objet,
ses Effets, et diverses questions auxquelles
elle peut donner lieu. Par M. A. G.
Boucher d'Argis, Avocat au Parlement.
Quoique l'établissement du Papier
et Parchemin timbré en France ne
Q
remonte guere qu'à 60. et quelques an
I Vol.
2
nées
JUIN.
1737.
1033
nées, et que cette matiere semble d'abord
être purement de Finance , la formalité
du Timbre en général , ne laisse pas d'ê-
tre fort ancienne , et de faire naître di-
verses questions , dont la décision dé-
pend des principes du Droit et de l'é-
quité naturelle.
C'est sous ce point de vûë que l'on se
propose de discuter ici cette matiere , et
seulement en ce qui est du Ressort de la
Jurisprudence .
19. Il paroîtra peut- être singulier que
l'on fasse remonter l'origine du Papier
timbré jusqu'au temps des Romains : ce-
pendant il est constant que cette forma-
lité ne leur étoit pas totalement incon-
nuë.
En effet , l'Empereur Justinien , con-
siderant le grand nombre d'Actes que les
Tabellions de Constantinople recevoient
journellement , et voulant prévenir cer-
taines faussetés qui pouvoient s'y glis-
ser , par sa Novelle 44. publiée l'an 537.
suivant les Fastes Consulaires ch. 2.
* Novella 44. de Tabellionibus , et ut Protoco-
la dimittant in
chartis. Imperator Justinianus
August. Joanni Prafect.Prator. iterùm Exconsuli et
Patricio. Litem , &c. Cap. II .
Illud quoque prasenti adjicimus Legi , ut Ta-
beliones non in aliâ charta purafcribant documen
ta , nisi in illâ qua in initio ( quod vocatur Proto-
I.Vol.
donna
7084 MERCURE DE FRANCE
donna que ces Tabellions ne pouroient
recevoir les Originaux des Actes de leur
ministere que sur du Papier en tête du-
quel (ce qu'on apelloit le Protocole ) se-
roit marqué le nom de l'Intendant des
Finances qui seroit alors en place , le
temps auquel auroit été fabriqué le pa-
pier, et les autres chosesque l'on avoit coû
tume de mettre en tête de ces papiers des-
colum per tempora gloriosissimi Comitis sacrarum
nostrarum largitionum habeat appellationem , et
tempus quo Charta facta est , et quacumque in ta-
libus scribuntur , et ut Protocolum non incidant
sed insertum relinquant. Novimus enim multas
falsitates ex talibus chartis ostensas et priùs et nunc;
ideóque licet aliqua sit charta ( nam et hoc san-
cimus ) habens Protocolum non ita conscriptum
sed aliam quandam scripturam gerens , neque il-
lam suscipiant , tanquam adulteram , et ad talia'.
non opportunam: sed in sola ali chartâ qualem du-
dum diximus,documenta scribant: hoc itaque qua de
qualitate talium chartarum à nobis decreta sunt ,
et de incisione eorum qua vocantur Protocola ,
lere in hac felicissimâ solùm Civitate volumus, ubi
plurima quidem contrahentium multitudo , multa
quoque chartarum abundantia est ,
modo interesse negotiis ,
X1 x. Kalend. Septembris
1. Vol.
va-
et licet legali´
et non dare occasionem
quibufdam falsitatem committere : cui se obnoxios
existere demonstrabunt , qui prater hac aliquid'
agere prasumpserint : que igitur placuerunt nobis
et per hanc sanctam declarata sunt Legem : tua
eelsitudo operi effectuique tradere festinet. Datum
tinés
1. Vol.
JUIN.
1737.
1085
tinés à écrire les Originaux des Actes que
recevoient les Tabellions de Constanti-
nople , ce que l'on apelloit , suivant la
Glose et les Interprétes , Imbreviaturam
totius contractus; c'est-à dire un Titre qui
annonçoit sommairement la qualité et
substance de l'Acte.
Par cette même Novelle l'Empereur
défendoit aussi aux Tabellions de Cons-
tantinople de couper ces marques et ti-
tres qui devoient être en tête de leurs-
Actes : il leur enjoignoit de les laisser
sans aucune altération , et défendoit aux
Juges d'avoir égard aux Actes écrits sur
du papier qui ne seroit pas revêtu en tê-
te de ces marques , quelques autres ti
tres ou Protocoles qui y fussent écrits.
Cette origine des Papiers et Parche
mins timbrés a été remarquée par M.de
Bâville , Intendant de Languedoc , dans
les Mémoires ( a ) qu'il a fait pour ser-
vir à l'Histoire de cette Province , dans
lesquels , en parlant du Domaine , il dit
que comme il y a deux Généralités (b )
( a )Ces Mémoiresfurent faits pour l'instruction
de M. le Duc de Bourgogne en l'année 1697. On
les a imprimé depuis sous le nom fent d'Amster-
dam 1734. mais le vrai lieu de cette Edition est
Marseille.
( b) Il n'y avoit alors dans le Languedoc que
dans
1086 MERCURE DE FRANCE
dans leLanguedoc, il y a aussi deux Sous-
Fernres du Domaine ; l'une pour la Gé-
néralité de Toulouse , l'autre pour la Gé-
néralité de Montpellier , et que dans ces
Sous-Fermes sont compris le Papier tim-
bré , les Fórmules et le Contrôle des
Exploits , et à ce propos il remarque, en
passant , que le Papier timbré n'a pas été
inconnu aux Romains , puisqu'on voiť
par la Novelle 44. qu'ils avoient une es-
pece particuliere de papier pour écrire
les Originaux des Actes des Notaires ,
lequel portoit la marque que l'Intendant
des Finances vouloit y faire aposer , et
la date du temps auquel il avoit été
fait.
On ne peut donc pas disconvenir que
la formalité du papier timbré étoit déja
en quelque usage chés les Romains , puis-
que les titres,dates et autres marques qui
devoient être aposées en tête du papier des-
tiné à écrire les Actes originaux des Ta-
bellions de Constantinople , étoient une
espece de Timbre qui avoit le même ob-
jet que ceux qui sont aujourd'hui usités
en France et dans plusieurs autres Pays.
II. Mais il est vrai qu'à l'exception
de la Ville de Constantinople , où cette
ces deux Généralités , aujourd'hui il y en a trois
sçavoir , Toulouse , Montpellier et Montauban.
1. Vol.
formalité
JUIN.
1087
1737.
formalité étoit établie , et pour les Actes
des Tabellions seulement , les Grecs , les
Romains et les autres Nations ne se ser-
voient point anciennement de papier et
Parchemin timbré : il n'y avoit alors au-
cune marque sur les Actes publics qui
les distinguât des écritures privées , car
les Grecs et les Romains n'avoient point
de Sceaux publics , ils n'avoient que des
Sceaux particuliers , ou plûtôt de simples
Cachets qu'ils aposoient aux Actes, au
Heu de signature , comme cela s'est pra-
tiqué long- tems dans plusieurs Pays , et
même autrefois en France , à cause qu'il
y avoit alors peu de personnes qui sçûs-
:
lesquels Sccaux particuliers
sent écrire
n'avoient aucun raport avec les Timbres
dont nous parlons.
III. On tient communément que le
Papier et le Parchemin timbré commen-
cerent à être établis en Espagne et en
Hollande vers l'an 1555.
IV. Ils le furent ensuite en Allema-
gne et dans les Pays-Bas de la Domina-
tion Impériale je n'ai pas trouvé l'Epo-
que précise du temps auquel ils com-
mencerent à y être en usage
mais
je puis assurer qu'il y en avoit du-
moins dès 1668. car j'ai vu un Acte reçû
par des Notaires à Bruxelles daté du 20 .
Février
L.Vol.
088 MERCURE DE FRANCE
Février 1668. qui étoit sur du papier
timbré.
J'ai remarqué deux choses particulie
res au Timbre qui est usité dans ces
Pays.
La premiere, est qu'ils ne sont point
frapés avec un Poinçon , comme ceux
qui sont usités en France et dans plusieurs
autres endroits , mais imprimés avec une
planche de cuivre, comme les Estampes.
La seconde , est que lorsqu'un Acte est
composé de plusieurs feuilles , il suffit
que la premiere soit de Papier timbré, les
autres que l'on insere au dedans peuvent
être de papier commun , au lieu qu'en
France et dans la plupart des autres en-
droits , où les Papiers et Parchemins tim-
brés sont établis, il fautque chaque feüil-
le employée aux Actes publics porte son
timbre.
V. On se sert aussi de papiers et par-
chemins timbrés pour les Actes publics
dans toute l'Angleterre , l'Ecosse et l'Ir-
lande : le Timbre que l'on y apose est
frapé avec un Poinçon , mais il n'y a
point d'encre ni aucune autre couleur
dans le Poinçon , ensorte que le Timbre
qu'il imprime ne paroît que parce qu'il
y a un peu de relief.
Ce Timbre d'Angleterre ne contient
I. Vol.
poinc
JUIN.
1737
1089
point les Armes du Roy , comme la plû-
part des autres Timbres : il est composé
de trois especes d'Ecussons accollés , char-
gés chacun d'une Rose , au tour de la-
quelle sont écrits ces mots : Honny soit
qui mal y pense , qui sont le cri des Ar
mes d'Angleterre.
VI. Les Papiers et Parchemins tim-
brés sont aussi en usage en Lorraine et
dans le Barrois , en Italie , dans le Com-
tat d'Avignon , et dans plusieurs autres
Etats de l'Europe.
VII. Pour ce qui est de la France ,
Louis XIV . étant lors à Paris, donna un
Edit au mois de Mars 1655. portant éta-
blissement d'une Marque sur le Papier et
le Parchemin pour la validité de tous les
Actes qui s'expedieroient dans le Royau-
me. Cet Edit fut enregistré en Parlement,
en la Chambre des Comptes , et en la
Cour des Aydes le 20. du même mois . Il
est à la Chambre des Comptes au je Vo-
lume des Ordonnances de Louis XI V.
coté 3. n. folio 69. et il en est fait men-
tion dans le Recueil des Ordonnances
Edits , &c. par M. Blanchart : mais cet
Edit n'eut pour lors aucune execution.
Ce ne fut qu'en 1673. qu'on ordon-
na de nouveau l'usage des Papiers et Par-
chemins timbrés , à l'occasion des For-
1. Vol.
mules
1090 MERCURE DE FRANCE
mules qui devoient être dressées pour
tous les Actes publics ; le Roy ayant re-
glé la forme de la procédure , tant au
Civil qu'au Criminel , par ses Ordon-
nances de 1.667. et 1670. et ordonné que
cette nouvelle forme de proceder seroit
suivie dans tout son Royame , pour faci-
liter l'execution de ses Reglemens , et
faire cesser les divers stiles particuliers
qui s'observoient dans chaque Tribunal ,
donna une Déclaration le 19. Mars 1673 .
par laquelle il ordonna qu'il seroit dres-
sé un Recueil de Formules , tant des Ac-
tes Judiciaires que des Actes des Notai-
res , pour y avoir recours au besoin , et
que sur ces Formules il seroit imprimé
des Exemplaires de chaque nature d'Ac-
tes , lesquels seroient marqués en tête d'u-
ne Fleur-de- lys , et timbrés de la qualité et
substance des Actes , comme aussi du Droit
qui seroit perçu pour chaque Acre , sui-
vant la Taxe qui en seroit faite au Con..
seil.
Les Formules d'Actes ordonnées par
cette Déclaration n'ont jamais eu lieu ,
parce que l'on y trouva trop de difficulté
et d'inconveniens : mais le Roy donna
une autre Déclaration au mois de Juillet
1673. registrée au Parlement le 10. du
même mois , par laquelle , en attendant
I. Vol.
que
JUIN.
1737.
1091
que les Formules fussent perfectionnées,il
ordonna queles Actes publics ne pouroient
être écrits que sur du papier et parche-
min timbré , comme ils devoient l'être
pour les Formules , avec cette difference
seulement , que le corps de l'Acte seroit
entierement écrit à la main.
Depuis ce Reglement on commença
à écrire les Actes publics sur du papier et
parchemin timbré
,
et on a toujours
continué jusqu'à present ; il y a scule-
ment eu des augmentations et diminu-
tions de Droits sur ces papiers , et divers
changemens dans la Formule des Tim-
bres mais l'objet de cette Dissertation
n'est pas de raporter ici tous ces Regle-
mens , encore moins d'entrer dans le dé-
tail des peines pecuniaires pronon-
cées contre ceux qui commettent à cet
égard quelque contravention ; cette pa : 3
tie qui ne concerne que la Finance
a été traitée par le Sr Deniset , Inte-
ressé dans les Fermes du Roy , lequel en
1715. a donné au Public un Volume in-
12. sous le titre de Recueil des Formules
des Papiers et Parchemins timbrés , & c.
dans lequel il a raporté les divers Regle
mens faits sur ce sujet, même les. Tarifs
des Droits , et les Baux faits aux Adju-
›
dicataires de cette Ferme, avec des Ob-
1. Vol.
C servations
1092 MERCURE DE FRANCE
servations sur la perception de ces Droits,
sur les Fonctions des Préposés et Com-
mis , &c. Ceux qui voudront en voir
davantage à cet égard , peuvent avoir re-
cours à ce Recučil.
VIII. J'observerai seulement que
depuis 1715. date de l'Edition de ce Re-
cueil , il est survenu deux Déclarations
au sujet des Papiers et Parchemins tim
brés.
Par la premiere , qui est du 7. Déa
cembre 1723. registrée en Parlement le
22. du même mois, le Roy en suprimant
la Formalité du Controlle des Actes des
Notaires au Châtelet de Paris , avoit éta-
bli divers Timbres particuliers , qui de-
voient être aposés sur les Actes qu'ils
recevroient , outre le Timbre ordinaire
de la Ferme , sçavoir un Timbre parti-
culier pour
les Actes de la premiere classe
qui y étoient détaillés , un pour les Ac-
tes de la seconde classe , un pour les pre-
mieres feuilles d'Expeditions,un autre pour
les secondesfeuilles.
Toutes ces differentes Formules ont
été suprimées par la seconde Déclaration
qui est du 5. Décembre 1730. par la-
quelle il est ordonné qu'à compter du
premier Janvier 1731. les Notaires de
Paris écriront tous leurs Actes sur du
1. Vol.
papier
JUIN.
1737.
103
papier timbré du Timbreord.naire des Fer
mes du Roy et outre cela d'un Timbre
particulier , intitulé Acres des Notaires de
Paris. Laquelle Formule sera uniforme
pour toute sorte d'Actes .
Tel est le dernier état des Reglemens
faits en France sur cette matiere.
IX.
Il y a quelques Provinces qui
n'ayant été réunies à la France qu'à la
charge d'être maintenues dans leurs Im-
munités et Privileges , n'ont point été
assujetties à la formalité des Timbres
parce qu'ils n'y étoient pas établis aupa-
ravant : Telles sont la Flandre, l'Artois,
Charleville et son Territoire , l'Alsace et
le Roussillon.
X. Il y a aussi deux Principautés
clavées dans la France ; sçavoir celle de
Dombes et celle d'Orange , et encore la
Principauté d'Henrichemont et Bois Belle
en Berry, dans lesquelles on ne se sert pas
non plus de papier timbré.
XI. Les Timbres que l'on apose en
France aux papiers et parchemins desti-
nés à écrire les Actes publics , sont im-
primés avec un Poinçon , et representent
les Armes du Prince, ou son Chiffre , ou
quelqu'autre marque par lui ordonnée ,
selon la nature des Actes , car il y a non
seulement un Timbre particulier pour
1.Vo!
ċij
chaque
1094 MERCUREDE FRANCE
chaque Généralité, mais il y a aussi dans
une même Généralité divers Timbres ,
>
selon la nature des Actes. On garde à
Paris dans l'Hôtel de Charny tous les
Poinçons des Timbres de toutes les Gé-
néralités , et c'est là que se timbrent les
papiers et parchemins pour tout
Royaume.
le
XII. Nos Timbres ont quelque ra
port avec les Sceaux publics , en ce que
les uns et les autres sont ordinairement
une empreinte des Armes du Prince , et
qu'ils s'aposent également aux Actes pu-
blics , et les distinguent des Actes sous
signature privée ; il ne faut pourtant pas
confondre ces deux Formalités , y ayant
entr'elles deux differences essentielles.
La premiere est que les Sceaux publics
tels que ceux du Roy, des Chancelleries,
des Jurisdictions , des Villes , des Uni-
versités , et autres semblables s'apliquent
en relief sur une forme de cire , ou
de quelqu'autre matiere propre à en rece-
voir l'empreinte: il y en aque l'on aplique
sur l'Acte même , d'autres qui sont à dou-
ble face , et qui ne sont attachés à l'Acte
que par des Lacs : au lieu que les Tim-
bres ne sont qu'une marque imprimée
au haut du papier ou parchemin ; lequel
nom de Timbre paroît avoir été emprun-
I. Vol.
té
JUIN.
1737.
1055
té du Blazon , & tirer son étimologie de
ce que le Timbre des papiers et parche-
mins s'imprime au haut de chaque feüil-
le , comme le casque ou autre couron-
nement que l'on nomme aussi Timbre ,
en termes de Blazon , se met au dessus
de l'Ecu.
La seconde difference eft que les Sceaux
que l'on apose aux Actes reçûs par des
Officiers publics, sont la marque de l'au
torité dont ils sont revêtus ; non- scule-
ment ils donnent à l'Acte un caractere
de publicité , mais en quelques endroits
comme à Paris , ils lui donnent aussi le
droit d'éxecution parée , tellement que
si un Acte public n'y étoit pas revêtu du
Sceau qu'il doit avoir pour être execu-
toire , il ne pouroit être mis à execu-
tion , quand même il seroit d'ailleurs re-
vêtu de toutes les autres formalités neces-
;
saires au lieu que le Timbre ne sert qu'à
donner à l'Acte une forme publique et
autentique , et ne lui donne en aucun
Pays le droit d'éxecution parée.
XIII. Quoique la formalité du Tim-
bre semble n'avoir été établie que pour
la finance qui en revient au Roy , elle ne
laisse pas d'être utile d'ailleurs.
En effet , le Timbre sert , 19. à distin-
guer à l'inspection seule du haut de la
1. Vol.
Cij fülle
1096 MERCURE DE FRANCE
feuille sur laquelle l'Acte est écrit, si c'est
un Acte émané d'un Officier public , ou
si ce n'est qu'une Ecriture privée.
2°. Le Timbre sert à faire respecter et
conserver les Affiches , Publications et
autres Actes que l'on attache exterieure-
ment aux portes de certaines Maisons ,
ou dans les Places publiques , en cas de
Decret , Licitation , Adjudication , ou
autre Publication : car dans ces sortes
d'Affiches , il n'y a proprement que le
Timbre qui fasse connoître que ce sont
des Actes émanés de l'autorité publique,
et sans cette formalité ils pouroient être
regardés comme des Ecrits privés, d'au-
tant plus que ces sortes d'Actes ne sont
point scellés , et qu'il n'y a que le Tim-
bre qui les distingue des Ecritures pri-
vées..
3. Le Timbre sert aussi à prévenir
certaines antidates et faussetés que l'on
pouroit plus facilement commettre ,
si
cette formalité n'étoit pas établie : car
comme il y a un Timbre particulier pour
chaque Pays , et même en France pour
chaque Province, que ces Timbres ont
été changés en divers temps , et que l'on
ne peut écrire les Actes publics que sur
du papier ou parchemin timbré du Tim-
bre actuellement autorisé dans le temps
I. Vol
et
JUIN.
1737.
1097
et le lieu où se passe l'Acte , ceux qui
écrivent un Acte sur du papier marqué
du Timbre actuel d'un certain Pays , ne
peuvent pas impunément le dater d'un
temps ni d'un lieu auquel il y auroit eut
un autre Timbre , parce que le Timbre
aposé à l'Acte démentiroit ces dates , et
en feroit connoître la fausseté.
4. Le principal effet des Timbres
( du moins que les Reglemens leur ont
attribué ) est qu'ils sont une des forma-
lités nécessaires pour donner l'authenti-
cité et le caractere de publicité aux Actes
reçûs par des Officiers publics : tellement
que sans cette formalité ces Actes ne pro-
duiroient point d'hypoteque , et ne se-
roient pas authentiques ni exécutoires :
ils ne seroient au plus considerés que
comme des Ecritures privées, et dans cer-
tains cas , ils seroient absolument nuls ,
ainsi que nous l'expliquerons dans un
moment ; ce qui a ainsi lieu , quand mê
me ces Actes seroient d'ailleurs revêtus
de toutes les autres formalités nécessaires
pour produire leur effet.
XIV. L'observation de cette forma
lité est d'autant plus importante , que
les Reglemens qui la prescrivent ne sont
pas des Loix seulement comminatoires ,
elles prononcent formellement la peine
I. Vol.
Ciiij.
de
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis.à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV . Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci- de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Of-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question, est que tout ce qui ne concer-
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que
la forme , ne doivent être observés
"
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint aux
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
Suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la formet
extérieure des Actes , et qui par conse
J. Vol
Gy
quent
1098 MERCURE DE FRANCE
de nullité contre les Actes publics qui
ne seront pas sur papier timbré : ensorte
que l'on ne pouroit pas rendre valable
un Acte public écrit sur du papier com-
mun , en le faisant timbrer après coup ,
même en payant aux Fermiers les Droits
et les Amendes , parce que le Fermier ne
peut pas remettre la peine de nullité :
dès qu'elle est encouruë , le droit d'opo-
ser la nullité de l'Acte est acquis à tous
ceux qui pouroient avoir interêt d'en.
contester la validité ; et comme c'est une
maxime certaine que l'on ne peut pré-
judicier au droit acquis à un Tiers , le
Fermier ne peut remettre la peine de
nullité une fois encourue par l'omission
de la formalité du Timbre.
XV. Pour déterminer si un Acte public
doit , pour être valable , être écrit sur
du papier ou parchemin timbré , ou s'il
peut être écrit sur du papier ou parche-
min commun, on ne doit considerer que
l'usage du Lieu où se passe l'Acte. Si les
papiers et parchemins timbrés y sont éta-
blis , on doit s'en servir à peine de nulli-
té de l'Acte : si au contraire ils n'y sont
point établis , comme dans quelques
Pays et Provinces que nous avons ci-de-
vant remarqué , en ce cas , on n'est pas
obligé de s'en servir , quand même l'Òf-
1. Vol.
ficier
JUIN.
17378
formalité des Timbres ést établie.
1099
ficier public , qui reçoit l'Acte , auroit
sa résidence ordinaire dans un lieu où la
Le principe par lequel se décide cette
question , est que tout ce qui ne concer
ne que les formalités extérieures des
Actes, se regle par l'usage du Lieu où ils
se passent , suivant la maxime Locus re-
git actum. Or certainement il n'y a rien
qui soit plus de la forme extérieure des
Actes que le papier ou le parchemin sur
Fequel ils doivent être écrits ,
et le
Timbre qui y doit être aposé ; ainsi les
Ordonnances , Edits et Déclarations qui
ont établi les papiers et parchemins tim-
Brés , n'ayant pour objet que d'assujettir
les Actes publics à une formalité exté-
rieure , et qui ne concerne absolument
que la forme , ne doivent être observés
que pour les Actes qui se passent dans
fes Pays où ces Loix sont établies.
En effet , quoiqu'il soit enjoint au
Officiers publics de se servir de papiers
et parchemins timbrés dans le lieu où ils
sont établis , cette disposition n'est pas
un Statut personnel qui les assujettisse à
suivre sa disposition , en quelque lieu
qu'ils se trouvent ; ce n'est qu'un Statut
réel et local , fait pour regler la forme
extérieure des Actes , et qui par conse
J.Vol
Gy
quent
Troo MERCURE DE FRANCE
quent ne regle que la forme de ceux qui'
se passent dans le lieu où ce Statut est
observé.
Il est vrai qu'il arrive rarement qu'il
se forme un combat sur ce Point entre
deux Statuts oposés , parce qu'il faut
pour cela que l'Officier public , qui a sa
residence dans un lieu dans lequel le pa
pier et le parchemin timbré sont établis,
ait été recevoir un Acte dans un lieu où
les Actes même publics s'écrivent sur du
papier commun , ou bien vice versâ, que
I'Officier public , qui auroit sa residence
dans un lieu où il n'y auroit point de
papier timbré , ait été recevoir un Acte
dans un lieu où la formalité du Timbre
seroit établie, ce qui n'est pas ordinaire,
la plupart des Officiers publics , n'ayant
droit d'instrumenter que dans le lieu de
leur residence:
Néanmoins ces sortes de cas peuvent
arriver , et arrivent en effet quelquefois
Par exemple , les Huissiers au Châte-
let de Paris ont droit d'exploiter par tout
le Royaume. Un de ces Huissiers qui a sa
residence ordinaire à Paris , est obligé de
se servir de papier timbré pour les Ex-
ploits qu'il y feroit , parce que cette for-
malité y est établies mais si , en vertu
du privilege qu'il a d'exploiter par tout
Mr.Vol.
le
JUIN.
1737
ΥΙΟΙ
le Royaume , I alloit faire quelque Ex-
ploit dans une Province où le papier et le
parchemin timbré n'est pas établi , telle
que Charleville , Henrichemont et autres
semblables , il ne seroit pas obligé de se
servir de papier timbré pour les Exploits
qu'il feroit dans ces Provinces , parce
que la Loy particuliere de chaque Pays
regle la forme extérieure des Actes qui
s'y passent , et que dans ce cas le papier
timbré n'est pas nécessaire , puisque la
Loy du Pays ne l'ordonne point.
Il en est de même à l'égard des No-
taires au Châtelet de Paris , qui ont leur
residence à Paris, et y font ordinairement
leurs fonctions ; ils sont obligés pour les
Actes qu'ils y reçoivent de se servir de
papier ou parchemin timbré, selon la na-
ture des Actes ; mais comme ils ont droit
d'instrumenter par tout le Royaume,
Hs peuvent aller recevoir des Actes
dans quelqu'autre Province dans laquelle
le papier timbré n'a pas lieu , et dans cet
cas ils ne seront pas obligés d'écrire leurs
Actes sur du papier ou parchemin tim-
bré , il suffira qu'ils les écrivent sur du
papier commun , suivant l'usage du lieu
où se passent les Actes.
De même encore un Conseiller au Par
lement de Paris , qui seroit commis par
J Vol.
Cvj
sa
Tro2 MERCURE DE FRANCE
sa Compagnie pour aller faire quelque
Enquête , Information , Visite ou autre
Procès verbal dans un lieu du Ressort où
le papier timbré n'est pas établi, comme
en Artois , ne seroit pas obligé de s'en
servir pour écrire les Actes qu'il feroit
dans ce lieu .
Et par une suite nécessaire du même
principe que la Loy du lieu où se passent
les Actes , regle tout ce qui est de la for-
me extérieure , un Officier public , éta-
bli dans un lieu où l'on se sert de papier
timbré , lequel , en vertu de quelque
Privilege ou Commission , iroit instru
menter dans un lieu où le papier timbré
seroit pareillement établi , mais dont le
Timbre seroit different , ne pouroit pas
dans ce lieu se servir de papier marqué
du Timbre autorisé dans le lieu de sa re-
sidence , il seroit tenu de se servir de
papier timbré pour le lieu où il passeroit
Acte
ensorte que les Notaires au Châ-
telet de Paris , qui par la Déclaration du
7. Septembre 1723. ont été affranchis de
la formalité du Controlle , au moyen
d'un Timbre particulier qui a été ajoûté
au papier dont ils se servent , ne pou
roient pas se servir de ce papier dans une
autre Généralité où il y auroit un Tim-
bre different , ils seroient obligés de se:
I.Vol
servig
JUIN.
1737.
F103
servir de papier timbré pour le lieu où
ils passeroient l'Acte , et il y a lieu de
croire que les Actes ainsi reçûs par des
Notaires de Paris , seroient sujets au Con
trolle comme tous les autres Actes qui
se passent dans les lieux où le Roy n'a
point établi le Timbre particulier , au
moyen duquel il a affranchi les Notaires
de Paris de la formalité du Controlle
parce que , comme on l'a déja observé, la
forme des Actes se reglant par la Loy dư
lieu où ils se passent les Actes reçûs par
des Notaires de Paris dans une autre Géné-
ralité , où le Controlle est établi, et où il
il
y a un Timbre different de celui de Pa-
ris , ne doivent point être reçûs selon la
forme usitée à Paris , mais suivant celle
qui est usitée dans le lieu où ils se passent,
et par consequent doivent être controllés
et écrits sur du papier timbré exprès pour
le lieu de la passation , puisque ce sont là
les formalités prescrites pour ce lieu.
XVI. Quoique par plusieurs Ordon
nances , Edits et Déclarations , le Roy
ait distingué les Actes qui doivent être
écrits en parchemin timbré, de ceux qu'il
suffit d'écrire sur du papier timbré ; un
Acte qui doit être en parchemin timbré
ne seroit pas nul , sous prétexte qu'il ne
seroit qu'en papier timbré
Val
parce que
1104 MERCURE DE FRANCE
le Roy a bien ordonné sous peine de nul-
lité d'écrire les Actes publics sur du papier
ou parchemin timbré , mais lorsqu'il a
distingué les Actes qui doivent être en
parchemin d'avec ceux qui doivent être
en papier, il n'a pas prononcé la peine de
nullité contre les Actes où ces distinc-
tions n'auroient pas été observées : en-
sorte qu'en cas de contravention à ces
distinctions, les Officiers publics sont
seulement sujets aux peines pecuniaires
prononcées par les Reglemens.
XVII. Il y auroit seulement plus de
difficulté, si un Acte d'une certaine nature
étoit écrit sur du papier ou parchemin
destiné à des Actes totalement differens:
Par exemple , si un Notaire écrivoit ses
Actes sur du papier ou parchemin des-
tiné pour les Expeditions des Greffiers ,
et vice versa. Dans ces cas la contradic-
tion qui se trouveroit entre l'intitulé du
Timbre, et la qualité de l'Acte, pouroic
faire foupçonner qu'il y auroit eu quel-
que surprise , et qu'on auroit fait signer
aux Parties un Acte pour un autre , ou
dumoins feroit rejeter l'Acte comme
étant absolument informe.
De même s'il arrivoit qu'un Acte pas
sé dans une Généralité fût écrit sur du
I. Vol.
...
papier
JUIN.
1737-
1105
papier ou parchemin timbré du Timbre
d'une autre Généralité , il y a lieu de
croire qu'un tel Acte seroit declaré nul ,
parce que ce seroit aux Parties à s'im-
puter d'avoir fair écrire leur Acte sur du
papier qui ne pouvoit absolument ycon-
venir , et qu'ils ne pouvoient ignorer
être d'une autre Généralité , puisque le
nom de chaque Généralité est gravé dans
chaque Timbre qui lui est particulier.
Mais si un Acte qu'il suffit d'écrire
sur du papier timbré étoit écrit sur du
parchemin timbré ; ou bien si un Acte-
que l'on peut mettre sur du papier ou
parchemin commun étoit écrit sur du
papier ou parchemin timbré , un tel Ac-
re ne seroit pas pour cela nul , parce que
ce qui abonde ne vicie point.
XVIII. En France , depuis quelques.
années , on a établi une Fabrique par-
ticuliere pour lespapiers que l'on destine
à être timbrés , dans le corps desquels au
licu de la Marque ou Enseigne du Fabri
quant , il y a au milieu de chaque feüil-
let une impression du Tinibre qui y doir
être aposé en tête.
Selon l'usage,ce Timbre interieur ne pa
roît pas être absolument de l'essence de la
formalité , et à la rigueur il suffit que le
papiersur lequel est écritl'Acte public soit
LiseVol
timbré
1105 MERCURE DE FRANCE
timbré au haut de chaque feuille du Tim
bre extérieur qui s'imprime avec un
Poinçon et en effet les Officiers publics
écrivent quelquefois leurs Actes sur du
papier commun , et font ensuite timbrer
chaque feuille avant de signer et de faire
signer l'Acte.
Il seroit néanmoins à propos que les
Officiers publics ne pussent se servir que
de papier timbré , tant du Timbre inté-
rieur que du Timbre extérieur ; carloin
que cette repetition du Timbre soit inu-
tile , chacun de ces deux Timbres a son
atilité particuliere.
Le Timbre imprimé au haut de cha-
que
feüille sert à faire connoître à l'ins-
pection seule d'un Acte, s'il est public ou
privé.
Le Timbre qui est dans le corps du
papier et fait en même temps que le pa-
pier , sert à assurer que le papier étoit
timbré lorsque l'Acte y a été écrit , et
qu'il n'a pas été timbré après coup : en
quoi ce dernier Timbre est un garand
plus sûr de la forme de l'Acte que le
Timbre extérieur , qui pouroit être apli
qué après coup , pour faire valoir un Ac-
re auquel manqueroit cette formalité.
Ce Timbre intérieur pouroit aussi ser-
vir à supléer le Timbre imprimé s'il se
J. Fol
trouvoit
JUIN.
1737.
1107
trouvoit effacé , ou si le haut de la page
sur lequel il est aposé étoit déchiré : sur
quoi il faut remarquer , en passant , que
les Officiers publics devroient toûjours
avoir l'attention de disposer leurs Actes
de maniere qu'on ne puisse en suprimer
le Timbre sans alterer le corps de l'Ac-
te, ce que néanmoins quelques uns n'ob-
servent pas, ne commençant à écrire leurs
Actes qu'au-dessous du Timbre.
Pour revenir au double Timbre , je
dis
que le Timbre intérieur qui est fait
avec le papier est utile pour assurer que
l'Acte a été écrit sur du papier qui étoit
déja timbré : ce qui ne laisse pas d'être
important ; car puisqu'il est ordonné à
peine de nullité que les Actes reçûs par
des Officiers publics soient écrits sur du
papier timbré , ceux qui sont Déposi-
taires des Poinçons du Timbre ne doi-
vent pas timbrer un Acte écrit sur du
papier commun , lorsqu'il est déja signé
et parfait comme écriture privée , pour
le faire valoir après coup , comme Ecri-
tare publique :
si on tolere que le Tim-
bre soit aposé sur un Acte déja écrit , ce
ne doit être que sur un Acte qui ne soit
pas encore signé : c'est pourquoi il se-
roit à propos d'assujettir tous les Officiers
publics à n'écrire les Actes qu'ils reçoi-
1. Vol.
vent
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est-à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , er
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feüille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
P'établissement de cette formalité ; et let
Timbre intérieur écarteroit tout soup-
çon , en constatant que
le papier
étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri-
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier ,
dont le Timbre intérieur se fait en mê-
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma-
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes , il se-
roit à souhaiter que l'on ne se servit que
de papier.
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre
les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré, ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas
I. Vol.
absolument
nuls à tous égards , lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
que
1108 MERCURE DE FRANCE
vent que sur du papier timbré des deux
Timbres ; c'est- à-dire , du Timbre qui
est marqué dans le corps du papier , et
fait avec le papier même , et de celui qui
s'imprime au haut de la feuille avec un
Poinçon , parce que le concours de ces
deux Timbres rempliroit tous les objets
que l'on peut avoir eu en vûë dans
l'établissement de cette formalité ; et le
Timbre intérieur écarteroit tout soup
çon , en constatant que le papier étoit
déja timbré lorsque l'Acte y a été écrit.
Mais cette double précaution ne pou-
roit servir que pour les Actes qui s'écri
vent sur du papier , et non pour ceux
qui s'écrivent en parchemin ; parce que
le parchemin n'étant pas fait de miin
d'homme , on ne peut pas y inserer de
Timbre intérieur comme dans le papier,
dont le Timbre intérieur se fait en mê
temps que le papier même. Aussi y a t- il
beaucoup plus d'inconveniens à se servir
de parchemin que de papier , parce que
non seulement la destination du parche-
min ne peut pas être constatée d'une ma
niere aussi sûre que le papier ; mais ou-
tre cela le parchemin est plus facile à al-
térer que le papier , ensorte que pour
mieux assurer la verité des Actes ,
roit à souhaiter que l'on ne se servît que
de papier.
il se-
XIX.
JUIN.
1737.
1109
XIX. Pour entendre quel est l'effet
de la peine de nullité prononcée par les
Edits et Déclarations du Roy contre les
Actes reçûs par des Officiers publics ,
lorsqu'ils ne sont pas écrits sur du papier
ou parchemin timbré , ou qu'ils sont écrits
sur du papier ou parchemin timbré du
Timbre d'un autre lieu que celui où est
passé l'Acte , ou d'un Timbre qui est
d'une destination si oposée à la nature de
l'Acte , qu'il ne peut absolument y con
venir , il faut distinguer entre les Actes
publics ceux qui ne sont obligatoires que'
d'une part , d'avec ceux qui sont sinal-
lagmatiques ; c'est- à-dire, qui sont res-
pectivement obligatoires à l'égard de tou
tes les Parties contractantes.
Les Actes qui ne sont obligatoires que
d'une part , comme une obligation , une
quittance , et les Actes qui ne forment
point de convention , tels que les Décla-
rations , les Certificats et autres Actes
de cette nature , ne sont pas absolument
nuls à tous égards, lorsqu'il leur manque
la formalité du Timbre : toute la peine
de nullité , à l'égard de ces sortes d'Ac-
tes , est qu'ils ne sont pas valables con
me Actes publics , et qu'ils n'ont aucun
des effets attachés à la publicité des Ac-
tes , tels que l'authenticité et l'hypote-
I. Vol.
que
1170 MERCURE DE FRANCE
que mais ils sont quelquefois valables
comme Ecriture privée.
En effet , lorsque l'on y a observé la
forme prescrite pour les Ecritures pri-
vées , ils sont valables en cette derniere
qualité, quoiqu'ils eussent été faits pour
valoir comme Actes publics.
Mais si ayant été faits pour valoir
comme Actes publics , ils ne peuvent va-
loir en cette qualité faute de Timbre , ou
à cause de quelque défaut essentiel dans
l'observation de cette formalité ; et que
d'un autre côté ces Actes ne soient pas
dans une forme telle qu'ils puissent va-
loir comme Ecriture privée, c'est alors un
des cas où ils sont absolument nuls aux
termes des Reglemens.
Par exemple , si un Notaire reçoit un
Testament sur du papier commun dans
un lieu où il devoit l'écrire sur du papier
timbré , ce Testament sera absolument
nul, et ne vaudra pas même comme Tes-
tament Olographe's parce que , pour être
valable en cette qualité , il faudroit qu'il
fût entierement écrit et signé de la main
du Testateur , auau lieu qu'ayant été reçû
par un Notaire , ce sera le Notaire qui
l'aura écrit ,
De même si un Notaire reçoit une
Obligation sur du papier commun , tan-
1. Vol.
dis
JUIN;
1737.
IIII
dis qu'elle devoit être sur du papier tim-
bré , elle ne sera pas valable , même
comme promesse sous signature privée ,
parce qu'aux termes de la Déclaration
du Roy du 22. Septembre 1733. regis-
trée en Parlement le 14. Octobre suivant
et le 20, Janvier 1734. Tous Billets sous
signature privée , au Porteur , à ordre , on
autrement, causés pour valeur en argent, sont
nuls , si le corps du Billet n'est écrit de la
main de celui qui l'a signé , ou du moins si
la somme portée au Billet n'est reconnuë par
une aprobation écrite en toutes lettres aussi
de sa main.
Cette Déclaration excepte seulement
les Billets sous signature privée , faits par
des Banquiers , Négocians , Marchands ,
Manufacturiers , Artisans , Fermiers, La-
boureurs , Vignerons , Manouvriers et au-
tres de pareille qualité , à l'égard desquels
elle n'exige pas que le corps de leurs
Billets soit entierement écrit de leur
main ensorte que les Obligations pas-
sées devant Notaires par ces sortes de
personnes , et reçûës sur du papier com-
mun lorsqu'elles devoient l'être sur pa-
pier timbré , pouroient valoir comme
Billets sous signature privée , pourvû
que l'Acte fût signé de l'Obligé.
Pour ce qui est des Actes que les Par-
1. Vol
ties
112 MERCURE DE FRANCE
ties n'ont pû signer , faute de sçavoir
écrire , ou pour quelqu'autre empêche-
ment , ils sont absolument nuls à tous
égards , lorsque les Officiers publics de-
voient les recevoir sur du papier timbré,
et qu'ils les ont reçûs sur du papier com-
mun , et ne peuvent valoir même com-
me Ecriture privée , parce que les Actes
sous seing privé ne sont parfaits que par
la signature des Parties.
A l'égard des Actes sinallagmatiques
tels que les Contrats de vente , d'échan-
ge , de societé , les baux et autres Actes
semblables , qui obligent respectivement
les Parties contractantes à remplir cha-
cun de leur part certains engagemens ,
lorsqu'ils sont reçûs par des Officiers pu-
blics sur du papier commun , dans un
lieu où ils devoient être sur papier tim-
bré , ils sont aussi absolument nuls à
tous égards, et ne peuvent valoir même
comme Ecriture privée , quand même
les Parties contractantes les auroient si-
gné , parce que pour former un Acte
obligatoire , sinallagmatique , sous seing
privé ,
il faut qu'il soit fait double , tri-
ple ou quadruple , & c. selon le nombre
des Contractans , afin que chacun d'eux
puisse en avoir un pardevers soi , ce que
fon apelle en Bretagne , un autant ; et
1. Vol
qu'il
JUIN
1737.
1113
qu'il soit fait mention dans chaque ex-
pédition que l'Acte a été fait double
triple ou quadruple , ce qui est tellement
de rigueur que l'omission de cette men-
tion suffit seule pour annuller la conven-
tion
cette regle est for dée sur le prin-
cipe qu'une convention ne peut pas être
valable , à moins que chaque Contrac-
tant ne puisse contraindre les autres à
exécuter leurs engagemens , comme il
peut être contraint de remplir les siens:
pour mettre les Contractans en état d'o-
bliger les autres d'executer leurs enga-
gemens , il faut
il faut que chacun d'eux ait en
main , pardevers soi un titre contre les
autres ; car un Acte sinallagmatique sous
seing privé qui seroit simple , ne forme-
roit pas un titre commun , quoiqu'il fût
signé de tous les Contractans , puisque
chacun d'eux ne pouroit pas l'avoir , et
que celui qui l'auroit, pouroit le faire
paroître ou le suprimer , selon son in-
terêt
3
au préjudice des autres Contrac-
tans , qui ne pouroient pas s'en aider.
Or lorsqu'un Acte sinallagmatique a
été reçû par un Officier public , pour
valoir comme Acte public ; et que néan,
moins il ne l'a reçû que sur papier com-
mun , soit par impéritie ou autrement,
quoiqu'il dût le recevoir sur du papier
J Vol.
timbré
1114 MERCURE DE FRANCE
timbré , cet Acte ne peut valoir comme
Ecriture privée , parce qu'il n'a point
été fait double , triple ou quadruple ,
& c. selon le nombre des Contractans , et
que par conséquent il n'y est pas fait
mention qu'il ait été fait double ou tri
ple , &c. d'où il s'ensuit qu'il ne peut
etre sinallagmatique , et qu'il est abso-
lument nul.
En vain prétendroit- on que la minu
te de cet Acte sinallagmatique devient
un titre commun dont chaque Contrac
tant peut ensuite lever des expéditions
et par- là se procurer un titre pour obli-
ger
les autres Parties à executer l'Acte
de leur part : dès que l'Acte sinallagma
tique n'a pas été reçû par l'Officier pu-
blic sur du papier timbré , comme il le
devoit , et que par l'omission de cette
formalité l'Acte ne peut valoir comme
Acte public , l'original de cet Acte que
l'Officier public a retenu pardevers lui ,
ne peut être considéré comme une vraie
minute , qui soit un titre commun dont
on puisse lever des expéditions , qui ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'original n'étant pas un Acte
public , mais seulement un Acte privé
simple, il pouvoit être suprimé par ceux
entre les mains desquels il étoit , et par
1. Vol.
conséquent
JUIN 17370
ITTS
conséquent n'étoit pas obligatoire , le
dépôt qui en a été fait chés un Officier
public , ne peut pas réparer ce vice pri-
mordial , ni faire que les expéditions
qu'en délivreroit l'Officier public , ser-
vent de titre à chacun des Contractans,
parce que l'Acte étant nul dans le prin-
cipe ne peut être réhabilité par la quali-
té du Lieu où il est placé.
Il faut néanmoins excepter de cette
regle certains Actes que les Notaires
peuvent recevoir en Brevet ; car si ces
Actes ont été faits doubles ou triples ,
selon le nombre des Parties contractan-
tes , ainsi que cela se pratique ordinaire-
ment, et que chaque double soit signé de
la Partie qu'il oblige, ces Actes qui ne se-
roient pas valables comme Actes publics,
s'ils étoient écrits sur du papier ou par-
chemin commun , dans un Lieu où ils
devoient l'être sur du papier ou parche-
min timbré , vaudroient du moins com-
me Ecritures privées , parce qu'ils au-
roient en eux toutes les conditions né
cessaires pour valoir en cette qualité.
Fermer
1773
p. 1158-1159
Ordonnances des Rois de France, &c. [titre d'après la table]
Début :
ORDONNANCES des Rois de France, de la troisiéme Race, recueillies par Ordre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Ordonnances des Rois de France, &c. [titre d'après la table]
ORDONNANCES des Rois de France, de
la troisiéme Race, recueillies par Ordre
Chronologique , quatrième Volume , con-
tenant les Ordonnances de CHARLES V.
données depuis le commencement de
l'année 1367. jusqu'à la fin de l'année
1373. par M. SECOUSSE , ancien Avocat
L
au Parlement, et Associé à l'Academie
Is Vol
Royale
JUIN.
1737.
1159
Royale des Inscriptions , et Belles- Let
tres. In folio , à Paris de l'Imprimerie Roya
le M. DCC. XXXVII . pp. 724. sans la
Preface et les Tables.
Le merite de cette grande Compilation
et la capacité de l'Editeur sont si connus
du Public , qu'il est inutile d'ajouter ici
quelque chose à ce qui en a été dit lors-
qu'on a rendu compte des precedents
Volumes. Les matieres principales que
celui- ci embrasse et qui font l'objet des
Ordonnances rapportées , sont les Guer-
res privées , les Etats generaux & particu
liers & les Monnoyes. Par tout il y a à
aprendre et à profiter , sur tout par le
grand nombre de Notes , dont le Texte
des Ordonnances se trouve enrichi.
la troisiéme Race, recueillies par Ordre
Chronologique , quatrième Volume , con-
tenant les Ordonnances de CHARLES V.
données depuis le commencement de
l'année 1367. jusqu'à la fin de l'année
1373. par M. SECOUSSE , ancien Avocat
L
au Parlement, et Associé à l'Academie
Is Vol
Royale
JUIN.
1737.
1159
Royale des Inscriptions , et Belles- Let
tres. In folio , à Paris de l'Imprimerie Roya
le M. DCC. XXXVII . pp. 724. sans la
Preface et les Tables.
Le merite de cette grande Compilation
et la capacité de l'Editeur sont si connus
du Public , qu'il est inutile d'ajouter ici
quelque chose à ce qui en a été dit lors-
qu'on a rendu compte des precedents
Volumes. Les matieres principales que
celui- ci embrasse et qui font l'objet des
Ordonnances rapportées , sont les Guer-
res privées , les Etats generaux & particu
liers & les Monnoyes. Par tout il y a à
aprendre et à profiter , sur tout par le
grand nombre de Notes , dont le Texte
des Ordonnances se trouve enrichi.
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1774
p. 1198-1199
TURQUIE.
Début :
Les Lettres de Constantinople, du commencement d'Avril, portent que les difficultés survenuës [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
Les Lettres de Constantinople, du commencement
d'Avril, portent que les difficultés survenuës
au sujet du lieu du Congrès,ayant été levées,
et que la Czarine qui avoit parû d'abord vouloir ·
exiger qu'il s'assemblât dans une Ville de ses Etats
ou sur les Terres d'une Puissance neutre , ayant
consenti enfin que les Conférences se tinssent à
Kudack , le Grand Seigneur a ordonné que le
Grand. Defterdar et les deux autres Ministres
Plénipotentiaires , chargés par sa Hautesse de
regler avec ceux de S. M. Cz . les conditions de
I. Paix, partissent de Constantinople le 15. Avril.
dernier.
Sa Hautesse a envoyé au Grand Visir les ins-
tructions qui lui sont nécessaires pour conduire
la négociation , et elle lui a mandé de se rendre-
Isaliska aussi- tôt après l'ouverture du Con-
grès , afin d'être à portée de diriger les démar-
ches des Ministres Plénipotentiaires de la Porte ,
at de lever les obstacles qui pouroient retarder
le succès des Conférences .
L'Ambassadeur de la République de Hollande,
lequel étoit resté à . Constantinople en attendant.
ie le Grand Seigneur prêt ses dernieres résolu-
ons par raport au projet d'accommodement
Doposé par l'Empereur, est allé joindre le G.V.
Babadagh.d'où il doit se rendre à Kudack,ainsi
que M. Dahlman , Ambassadeur et Ministre Plé-
1. Vols.
nipoten.
JUIN.
1737.
1199
nipotentiaire de l'Empereur,et lo Chevalier Faul-
kener , Ministre Plénipotentiaire du Roy de la
Grande- Bretagne , dès que les autres Ministres
qui doivent assister au Congrès, y seront arrivés.
Le départ de cet Ambassadeur et l'ordre don-
né
par le Grand Seigneur à ses Ministres Pléni-
potentiaires , ne laissent plus lieu de douter que
Sa Hautesse ne soit disposée à entrer en négo-
ciation avec la Czarine , et l'on assure que l'ou-
verture du Congrès se fera , quand même les
deux Puissances ne pouroient convenir d'aucune
condition préliminaire d'accommodement. On
craint cependant que malgré les dispositions du
Grand Seigneur à la Paix , elle ne soit difficile
à conclure , parce que la Czarine persiste dans le
dessein de ne point restituer Azoph,et que S.H.cn
cedant cette Place , court risque d'exciter le mé-
contentement de ses Sujets , et par cette raison
la Porte continue ses préparatifs de guerre avec
la même ardeur que si elle n'esperoit pas de pou-
voir terminer ses differens avec S. M. Cz.
Toutes les Troupes qui étoient en quartiers
dans la Natolie et dans d'autres Provinces d'A-
sie , sont en marche pour aller renforcer l'Ar-
mée commandée par le Grand Visir , et l'on
comptoit qu'elles arriveroient à Bender vers la
fin du mois passé. La Flore destinée pour la Mer.
Noire est composée de 200. Bâtimens , en y
comprenant six Caravelles et quinze Galeres.
Les Lettres de Constantinople, du commencement
d'Avril, portent que les difficultés survenuës
au sujet du lieu du Congrès,ayant été levées,
et que la Czarine qui avoit parû d'abord vouloir ·
exiger qu'il s'assemblât dans une Ville de ses Etats
ou sur les Terres d'une Puissance neutre , ayant
consenti enfin que les Conférences se tinssent à
Kudack , le Grand Seigneur a ordonné que le
Grand. Defterdar et les deux autres Ministres
Plénipotentiaires , chargés par sa Hautesse de
regler avec ceux de S. M. Cz . les conditions de
I. Paix, partissent de Constantinople le 15. Avril.
dernier.
Sa Hautesse a envoyé au Grand Visir les ins-
tructions qui lui sont nécessaires pour conduire
la négociation , et elle lui a mandé de se rendre-
Isaliska aussi- tôt après l'ouverture du Con-
grès , afin d'être à portée de diriger les démar-
ches des Ministres Plénipotentiaires de la Porte ,
at de lever les obstacles qui pouroient retarder
le succès des Conférences .
L'Ambassadeur de la République de Hollande,
lequel étoit resté à . Constantinople en attendant.
ie le Grand Seigneur prêt ses dernieres résolu-
ons par raport au projet d'accommodement
Doposé par l'Empereur, est allé joindre le G.V.
Babadagh.d'où il doit se rendre à Kudack,ainsi
que M. Dahlman , Ambassadeur et Ministre Plé-
1. Vols.
nipoten.
JUIN.
1737.
1199
nipotentiaire de l'Empereur,et lo Chevalier Faul-
kener , Ministre Plénipotentiaire du Roy de la
Grande- Bretagne , dès que les autres Ministres
qui doivent assister au Congrès, y seront arrivés.
Le départ de cet Ambassadeur et l'ordre don-
né
par le Grand Seigneur à ses Ministres Pléni-
potentiaires , ne laissent plus lieu de douter que
Sa Hautesse ne soit disposée à entrer en négo-
ciation avec la Czarine , et l'on assure que l'ou-
verture du Congrès se fera , quand même les
deux Puissances ne pouroient convenir d'aucune
condition préliminaire d'accommodement. On
craint cependant que malgré les dispositions du
Grand Seigneur à la Paix , elle ne soit difficile
à conclure , parce que la Czarine persiste dans le
dessein de ne point restituer Azoph,et que S.H.cn
cedant cette Place , court risque d'exciter le mé-
contentement de ses Sujets , et par cette raison
la Porte continue ses préparatifs de guerre avec
la même ardeur que si elle n'esperoit pas de pou-
voir terminer ses differens avec S. M. Cz.
Toutes les Troupes qui étoient en quartiers
dans la Natolie et dans d'autres Provinces d'A-
sie , sont en marche pour aller renforcer l'Ar-
mée commandée par le Grand Visir , et l'on
comptoit qu'elles arriveroient à Bender vers la
fin du mois passé. La Flore destinée pour la Mer.
Noire est composée de 200. Bâtimens , en y
comprenant six Caravelles et quinze Galeres.
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1775
p. 1199-1201
A Constantinople le 26. Mars 1737.
Début :
Les Ministres de Suede eurent le 16. Février une Audience du Kaïmakan, et le [...]
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texteReconnaissance textuelle : A Constantinople le 26. Mars 1737.
A Constantinople le 26. Mars 1737.
Les Ministres de Suede eurent le 16. Février
une Audience du Kaïmakan, et le
3
to
>
de ce mois ils furent admis à celle du Grand
Seigneur ; ils firent dans ces Audiences l'échan--
In Fols
gc.
1200 MERCURE DE FRANCE
ge du Traité de Commerce qu'ils ont conclu
entre la Porte et la Suede ; ces mêmes Ministres
eurent encore le 17. de ce mois une Audience
du Kaïmakan.
M. Faulkener , Ambassadeur d'Angleterre ,
partit d'ici le 26. Février pour se rendre au Camp
du Grand- Visir , il avoit cû le 21. une Audience
de congé du Kaïmakan.
M. Kaikoën , Ambassadeur de Hollande , cut
aussi le premier Mars son Audience de congé
du Kaimakan , et le f. celle du Grand Seigneurs
il fut revétu à celle du Kaimakan , d'une Pé-
lisse d'hermine , et à celle du Grand Seigneur ,
d'une Pélisse de Samour ; cet Ambassadeur par-
tit le 18. de ce mois pour Babadagh.
Le Marquis de Villeneuve , Ambassadeur de
France,eut le 11. Mars une Audience du Kaïma→
kan , dans un Palais situé dans le Canal de la
Mer Noire.
Le quatorze et le quinze on fit une déchar
ge de Canon du Serrail , de Top- Hana , & c. en
réjouissance des avantages remportés par les Taɛ-
tares en Ukraine ; voici comme on raconte cet
Evenement. On dit que le Kan des Tartares étant
entré à la tête d'une nombreuse armée dans le
Pays des Cosaques Berabach , dans l'intention
de piller et saccager les Peuples qui sont le
long des Rivieres Erighil , Holtova et Michali➡
ka , qui se jettent dans le Borysthene , les Trou
pes de la Garnison de Preposna , et celles qui
étoient en quartier d'hyver aux environs , sous
le commandement du General Lessin , le même
qui prit et démolit Kilbournou l'année derniere,
vinrent à la rencontre des Tartares en ordre de
bataille et avec de l'Artillerie , qu'il y eut une
action fort vive et fort sanglante, dans laquelle
I. Vol.
L
JUIN.
1737.
T201
le General Moscovite , à la tête de son Armée
2
donna de grandes marques de valeur et d'ha-
bileté , jusqu'à- ce qu'il fut tué par un Tartare
et sa tête portée au Kan , après quoi ce ne fut
plus qu'une déroute generale parmi ses Troupes,
qui furent toutes taillées en pieces ou faites Es-
claves ; les Tartares se sont rendus maîtres de 18
gros Canons et de toutes les munitions de guer-
re et de bouche. On fait monter le Corps de
Troupes Moscovites et Cosaques qui a été battu,
à 18. mille hommes , le nombre des Esclaves ,
parmi lesquels se trouve le fils du General Lessin,
est très-considérable ; on assure aussi que les
Tartares ont enlevé 100 mille Moutons et 125
mille Chevaux ou Bœufs.
L'Ambassadeur de Perse Baky Kan , qui par-
tit d'ici le 24. Novembre est arrivé à Bagdad ;
son Kiaya qui retourne à Constantinople avec les
présens que Thamas Kouli-Kan envoye au Grand
Segneur , est déja en-deçà de Tokat.
Le Capitan- Pacha doit partir après demain
pour la Mer Noire aves 4. Caravelles , 14. Ga◄
keres et zoo. Galiotes ou Brigantins.
Les Ministres de Suede eurent le 16. Février
une Audience du Kaïmakan, et le
3
to
>
de ce mois ils furent admis à celle du Grand
Seigneur ; ils firent dans ces Audiences l'échan--
In Fols
gc.
1200 MERCURE DE FRANCE
ge du Traité de Commerce qu'ils ont conclu
entre la Porte et la Suede ; ces mêmes Ministres
eurent encore le 17. de ce mois une Audience
du Kaïmakan.
M. Faulkener , Ambassadeur d'Angleterre ,
partit d'ici le 26. Février pour se rendre au Camp
du Grand- Visir , il avoit cû le 21. une Audience
de congé du Kaïmakan.
M. Kaikoën , Ambassadeur de Hollande , cut
aussi le premier Mars son Audience de congé
du Kaimakan , et le f. celle du Grand Seigneurs
il fut revétu à celle du Kaimakan , d'une Pé-
lisse d'hermine , et à celle du Grand Seigneur ,
d'une Pélisse de Samour ; cet Ambassadeur par-
tit le 18. de ce mois pour Babadagh.
Le Marquis de Villeneuve , Ambassadeur de
France,eut le 11. Mars une Audience du Kaïma→
kan , dans un Palais situé dans le Canal de la
Mer Noire.
Le quatorze et le quinze on fit une déchar
ge de Canon du Serrail , de Top- Hana , & c. en
réjouissance des avantages remportés par les Taɛ-
tares en Ukraine ; voici comme on raconte cet
Evenement. On dit que le Kan des Tartares étant
entré à la tête d'une nombreuse armée dans le
Pays des Cosaques Berabach , dans l'intention
de piller et saccager les Peuples qui sont le
long des Rivieres Erighil , Holtova et Michali➡
ka , qui se jettent dans le Borysthene , les Trou
pes de la Garnison de Preposna , et celles qui
étoient en quartier d'hyver aux environs , sous
le commandement du General Lessin , le même
qui prit et démolit Kilbournou l'année derniere,
vinrent à la rencontre des Tartares en ordre de
bataille et avec de l'Artillerie , qu'il y eut une
action fort vive et fort sanglante, dans laquelle
I. Vol.
L
JUIN.
1737.
T201
le General Moscovite , à la tête de son Armée
2
donna de grandes marques de valeur et d'ha-
bileté , jusqu'à- ce qu'il fut tué par un Tartare
et sa tête portée au Kan , après quoi ce ne fut
plus qu'une déroute generale parmi ses Troupes,
qui furent toutes taillées en pieces ou faites Es-
claves ; les Tartares se sont rendus maîtres de 18
gros Canons et de toutes les munitions de guer-
re et de bouche. On fait monter le Corps de
Troupes Moscovites et Cosaques qui a été battu,
à 18. mille hommes , le nombre des Esclaves ,
parmi lesquels se trouve le fils du General Lessin,
est très-considérable ; on assure aussi que les
Tartares ont enlevé 100 mille Moutons et 125
mille Chevaux ou Bœufs.
L'Ambassadeur de Perse Baky Kan , qui par-
tit d'ici le 24. Novembre est arrivé à Bagdad ;
son Kiaya qui retourne à Constantinople avec les
présens que Thamas Kouli-Kan envoye au Grand
Segneur , est déja en-deçà de Tokat.
Le Capitan- Pacha doit partir après demain
pour la Mer Noire aves 4. Caravelles , 14. Ga◄
keres et zoo. Galiotes ou Brigantins.
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1776
p. 1201-1202
RUSSIE.
Début :
Le Baron de Schaffirof et M. de Népi[?]f, Ministres Plénipotentiaires, nommés pour [...]
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texteReconnaissance textuelle : RUSSIE.
RUSSIE.
Le Baron de Schaffirof et M. de Népi[?]f,
Ministres Plénipotentiaires, nommés pour
assister au Congrès , sont partis pour Kudack ,
et la Czarine leur a fait délivrer 30 mille Rou-
bles à compte des dépenses qu'ils seront obligés
de faire , mais le Comte Wolinski , Grand-Ve-
neur,qui leur a été donné pourColiegue , ne devoit
se mettre en chemin pour s'y rendre , que quel-
ques jours après la célebration de l'Anniversaire
de la Naissance de S. M. Cz. Le bruit court que
I. l'el
la
T202 MERCURE DE FRANCE
la Czarine a chargé ses Ministres Plénipotentiai-
res de demander que le Congrès s'assemblat à
Bialacerkiew.
Le 30. du mois d'Avril dernier il arriva à Pé-
tersbourg un Courier par lequel le Comte de
Munich a envoyé à S. M. Cz. le projet d'une
Expedition qu'il médite.
Le General Lesci a mandé à la Czarine qu'il
avoit mis à la voile le 12. du même mois avec
la Flotte , dans le dessein d'aller s'emparer de
l'Isle de Tamerow , dont la conquête peut faci-
liter celle de la Crimée. Les dépêches de ce Ge-
neral portent que les fortifications de la Ville
d'Asoph , qui avoient été considérablement en-
dommagées par les bombes , étoient entierement
réparées , et que cette Place étoit à présent en
état de soutenir un long Siege.
Ce General ajoûte dans sa Lettre que la Flotte
Moscovite étoit composée de 160. Bâtimens ,
sans y comprendre les nouvelles Galiotes,et queles
Equipages de deux Frégates, qu'il avoit envoyées
à la découverte , avoient raporté que quelques
Bâtimens Turcs , qu'ils avoient rencontrés sur
les Côtes de la Crimée , s'étoient retirés à leur
aproche.
Le Baron de Schaffirof et M. de Népi[?]f,
Ministres Plénipotentiaires, nommés pour
assister au Congrès , sont partis pour Kudack ,
et la Czarine leur a fait délivrer 30 mille Rou-
bles à compte des dépenses qu'ils seront obligés
de faire , mais le Comte Wolinski , Grand-Ve-
neur,qui leur a été donné pourColiegue , ne devoit
se mettre en chemin pour s'y rendre , que quel-
ques jours après la célebration de l'Anniversaire
de la Naissance de S. M. Cz. Le bruit court que
I. l'el
la
T202 MERCURE DE FRANCE
la Czarine a chargé ses Ministres Plénipotentiai-
res de demander que le Congrès s'assemblat à
Bialacerkiew.
Le 30. du mois d'Avril dernier il arriva à Pé-
tersbourg un Courier par lequel le Comte de
Munich a envoyé à S. M. Cz. le projet d'une
Expedition qu'il médite.
Le General Lesci a mandé à la Czarine qu'il
avoit mis à la voile le 12. du même mois avec
la Flotte , dans le dessein d'aller s'emparer de
l'Isle de Tamerow , dont la conquête peut faci-
liter celle de la Crimée. Les dépêches de ce Ge-
neral portent que les fortifications de la Ville
d'Asoph , qui avoient été considérablement en-
dommagées par les bombes , étoient entierement
réparées , et que cette Place étoit à présent en
état de soutenir un long Siege.
Ce General ajoûte dans sa Lettre que la Flotte
Moscovite étoit composée de 160. Bâtimens ,
sans y comprendre les nouvelles Galiotes,et queles
Equipages de deux Frégates, qu'il avoit envoyées
à la découverte , avoient raporté que quelques
Bâtimens Turcs , qu'ils avoient rencontrés sur
les Côtes de la Crimée , s'étoient retirés à leur
aproche.
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1777
p. 1202-1203
ALLEMAGNE.
Début :
Quoique tout se dispose à l'ouverture du Congrès qui doit se tenir à Kudack, et que [...]
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texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
Quoique tout se dispose à l'ouverture du
Congrès qui doit se tenir à Kudack, et que
l'Empereur persiste dans la résolution d'y en-
voyer ses Ministres Plénipotentiaires , S. M. I.
paroît déterminée à commencer incessamment
les Actes d'Hostilité contre les Turcs , et on pu-
bliera le Manifeste par lequel l'Empereur déclare
la guerre au Grand Seigneur , aussi-tôr après le
retour du Courier qu'on a dépêché à Péters-
I. Vol.
bourg,
JUIN.
17378
7203
Sourg , pour le communiquer à la Czarine.
M. du Theil , Ministre Pléipotentiaire du Roy
de France , partit le 22. du mois passé de Vienne
pour retourner à Paris.
L'Empereur lui a fait présent de son Portrait
enrichi de diamans , et S. M. I, a déclaré qu'elle
avoit nommé son Ambassadeur auprès de S. M.
T. C. le Prince de Lichtenstein , à qui elle a con-
feré en même-temps l'Ordre de la Toison d'or.
Le 30. May l'Empereur déclara le Duc de
Lorraine Generalissime de ses Troupes , et ce
Prince devoit partir quelques jours après pour
se mettre à leur tête. S. M. I. lui a fait présent
e la magnifique Tente du Grand Visir qui com-
mandoit l'Armée Ottomane à la Bataille que les
Turcs perdirent en 1716.près de Peter -Waradin
Quoique tout se dispose à l'ouverture du
Congrès qui doit se tenir à Kudack, et que
l'Empereur persiste dans la résolution d'y en-
voyer ses Ministres Plénipotentiaires , S. M. I.
paroît déterminée à commencer incessamment
les Actes d'Hostilité contre les Turcs , et on pu-
bliera le Manifeste par lequel l'Empereur déclare
la guerre au Grand Seigneur , aussi-tôr après le
retour du Courier qu'on a dépêché à Péters-
I. Vol.
bourg,
JUIN.
17378
7203
Sourg , pour le communiquer à la Czarine.
M. du Theil , Ministre Pléipotentiaire du Roy
de France , partit le 22. du mois passé de Vienne
pour retourner à Paris.
L'Empereur lui a fait présent de son Portrait
enrichi de diamans , et S. M. I, a déclaré qu'elle
avoit nommé son Ambassadeur auprès de S. M.
T. C. le Prince de Lichtenstein , à qui elle a con-
feré en même-temps l'Ordre de la Toison d'or.
Le 30. May l'Empereur déclara le Duc de
Lorraine Generalissime de ses Troupes , et ce
Prince devoit partir quelques jours après pour
se mettre à leur tête. S. M. I. lui a fait présent
e la magnifique Tente du Grand Visir qui com-
mandoit l'Armée Ottomane à la Bataille que les
Turcs perdirent en 1716.près de Peter -Waradin
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1778
p. 1203-1208
ITALIE.
Début :
Le 5 du mois dernier, jour que le Pape avoit marqué pour la prise de possession de la dignité [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Le 5 du mois dernier, jour que le Pape avoit
marqué pour la prise de possession de la dignité
de Sénateur de Rome par le Comte de
Bielk , ce Comte revétu de son habit de Sénateur
qui consiste en une Soutane de Satin cramoisi
et une longue Robe de Brocard d'or , et accom-
pagné de M. Capograssi , son Maître de Cham-
bre , se rendit du Capitole au Palais du Quiri
nal dans un Carosse attelé de six chevaux et
suivi de deux autres Carosses. Ayant été reçu
avec les ceremonies accoûtumées par M. Lazare
Palavicini , Archevêque de Thebes , Maître de
Chambre de Sa Sainteté , il fut introduit dans la
chambre du Pape par Mrs Jean- Baptiste Gam-
barucci , Archevêque d'Amasie , et Ignace Reali ,
premiers Maîtres des Ceremonies ; et après qu'il
cut fait trois génuflexions et baisé les pieds de Sa
I. Vol.
Sainteté
1204 MERCURE DE FRANCE
Sainteté , il prêta le Serment de fidelité. Le Pape
mit ensuite un Sceptre d'yvoire entre les mains
du nouveau Sénateur en disant , Accipe Sceptrum
et esto Senator Urbis.
Le Comte de Bielk reçut la Benediction de Sa
Sainteté, et il se retira , étant reconduit par le
Maître de Chambre. Lorsqu'il fut dans la Cour
du Palais , le Marquis François Ortieri , Grand-
Ecuyer du Pape , lui présenta de la part de Sa
Sainte
un très- beau Cheval blanc , couvert
d'une Housse de velours cramoisi , relevée d'une
riche broderie d'or , avec les étriers d'argent
sur lequel le nouveau Sénateur monta pour
aller
à la Place Barberine , où l'attendoit sous les ar
mes la Milice Bourgeoise , composée de quator-
ze Compagnies chacune de quarante
hom-
mes , et d'où il continua sa marche dans l'ordre
suivant : Le Barigel du Capitole à cheval , à la
tête de ses Sbirres ; M. Felix Gama , Capitaine
des Connétables et des Milices des quartiers de
la Ville, suivi de deux Pages , qui portoient dea
Ecussons aux Armes du Comte de Bielk ; les 14.
Compagnies de la Milice Bourgeoise , précedées
chacune de ses Tambours et de son Enseigne , et
entre les sept premieres Compagnies et les sept
dernieres M. Antoine Gai portant l'Etendart du
Peuple Romain ; le Maître d'Hôtel et l'Ecuyer
du Sénateur ; vingt Mules avec des couvertures
à ses Armes et dix Chevaux de selle avec de ma-
gnifiques Housses , conduits chacun par un Pal-
frenier , portant sur sa Casaque et à son bonnes
les Armes de Bielk ; la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde du Pape. Les Palfreniers des
Cardinaux , montés sur des Mules et portant les
chapeaux de leurs Maîtres attachés sur leurs
épaules ; les 14. Huissiers des Tribunaux Capi
I. Vol.
tolins ;
JUI N.
I. Val.
1737.
1205
tolins ; un grand nombre de Gentilshommes des
Cardinaux ; quatre tambours de la Livrée du
Peuple Romain , laquelle est d'écarlate avec des
galons d'or , et quatre Trompettes à cheval avec
la même Livrée. Ils étoient suivis par deux Pa-
ges , dont l'un portoit la Cornette du Peuple
Romain , et l'autre un Etendart aux Armes de
Bielk. Derriere eux marchoient les Caporioni ou
Chefs des Quartiers, précedés de deux Tambours
aux Livrées du Peuple Romain ; les Suisses de la
Garde du Pape , ayant à leur tête le Chevalier
Jean- François- Leopold Phiffer d'Althissoffen ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
leur Commandant ; deux Pages , dont celui qui
étoit à droite portoit l'épée haute , et celui qui
étoit à gauche avoit sur ses épaules le Chapeau
du Sénateur , couvert de Brocard d'or et doublé
de velours cramoisi ; les Palfreniers du Comte
de Bielk , vétus de Livrées d'écarlate avec des
galons d'or , et ayant des Plumets bleu et or
sur leurs chapeaux et les Serviteurs du Peuple
Romain , tenant en main des Piques dorées.
Le Comte de Bielk venoit ensuite, étant pré-
cedé de M. François Gaëtan Diversini , Maître-
des Céremonies , et suivi des deux Juges Collate-
raux , et de tous les Officiers des Tribunaux Ca-
pitolins. La marche étoit fermée par les trois
Carosses de ce Comte , et par un grand nombre
d'autres Carosses de Cortege , qui avoient été
envoyés par les Cardinaux , et par la plupart
des Personnes de distinction. "
Lorsque la Cavalcade entra dans le Cours , on
At une Salve generale de l'Artillerie du Château
Saint Ange , et en arrivant au Capitole , elle fut
saluée par une décharge generale de la Mous-
queterie de toute la Milice de la Ville : on tira
ausse
1206 MERCURE DE FRANCE
aussi un grand nombre de Boëtes , et les Clo-
ches de toutes les Eglises sonnerent.
Le nouveau Senateur, étant descendu de Che-
val à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara Coeli , qui
apartient au Peuple Romain , fut réçû à ia porte
par les Superieurs de l'Ordre des Freres Mineurs
de l'Observance , et il alla faire sa priere devant
le Saint Sacrement , et baiser le Grand Autel.
Il se rendit ensuite au Capitole , ayant trou-
vé en chemin les Conservateurs
Prieur du Peuple Romain ,
et le
revétus de Robes
de brocard d'or , lesquels , après l'avoir com
plimenté , le conduisirent dans la grande Salle ,
qui étoit ornée avec beaucoup de magnificence.
Le Comte de Biex prit place à son Tribunal
ayant les Conservateurs et le Prieur du Peuple
Romain à ses côtés , et en face les Caporivons
et les autres Officiers du Capitole, et après avoir
remis au Marquis Emile Massimi, Premier Con-
servateur , le Bref de Sa Sainteté , lequel fut l
à haute voix par le Greffier du Senat , il jura de
faire observer les Statuts de Rome.
Il accompagna ensuite les Conservateurs jus-
qu'à la porte de la grand Salle , et quand il fus
tourné dans son Apartement, il reçut les com-
plimens accoûtumés de la part des Cardinaux
ainsi que de celle des Ministres Etrangers et de
la Noblesse.
Le Pape a accordé au Comte de Bielk la per-
mission d'avoir le Dais et la Cloche, même dans
les occasions où il ne sera pas accompagné par
les Conservateurs du Capitole , distinction dont
n'avoient point joüi ses Prédecesseurs.
On aprend de Rome que la corespondance est
entierement retablie entre les Ministres des Cours
de Vienne et de Madrid , et que le Cardinal
I. Vol.
Cienfuegos
JUIN.
ont rendu visite.
1737.
1207
Cienfuegos , ayant envoyé complimenter à ce
sujet les Cardinaux Belluga et Aquaviva , ils lui
On assure que le Roy des deux Siciles a accor
dé l'Exequatur des Bulles des Prelats nommés
par le Pape,ce qui donne lieu de regarder comme
Prochaine ia conclusion de l'accommodement
de leurs Majestés Catholique et Sicilienne avec
le Saint Siege.
Quelques Cardinaux ayant refusé d'accorder
au Comte de Bielk les honneurs du Dais et du
Son de la Cloche , quoiqu'il les eût reçûs chés
le Cardinal Doyen , ce Comte a discontinué de
rendre ses visites au Sacré College.
Le Cardinal Coscia a obtenu la permission
d'aller encore cette année prendre les Bains d'Is-
chia , et il est parti pour s'y rendre.
Le 11. May , le Pere I defonse de la Presenta-
tion , natif de Prague , fut élû Général de l'Or-
dre des Religieux Carmes Déchaussés dans le
Chapitre qu'ils tinrent dans leur Couvent de
Sainte Therese et de S. Jean de la Croix.
Les Clercs Réguliers de la Congregation de
la Divine Providence , ont élû le Pere André
Bolognetti pour leur Général.
Les Lettres de Genes de la fin du mois der-
nier portent que 13. Barques , à bord desquelles
étoient des Troupes et des Munitions , mirent au
même mois à la voile pour l'Isle de Corse
Į. Vol.
>
sous l'escorte de deux Galeres , qui , à leur re-
tour , devoient donner la chasse aux Corsaires
de Barbarie , dont un a enlevé , il y a quelque
temps , un Bâtiment chargé de 100. muids de
Farine
et qui étoit destiné pour la Bastie.
M. Rivarola a mandé au Senat que les Re-
belles ayant été avertis que le Gouverneur de
Calenzano
1208 MERCURE DE FRANCE
Calenzano devoit faire sortir un détachement de
la Garnison de cette Place , pour enlever des
Bestiaux qu'ils faisoient paître dans les prairies
voisines , ils avoient posté en embuscade 300.
Hommes qui avoient surpris ce détachement ,
et qu'il y avoit cu 60. Genois de tués ou faits
prisonniers en cette occasion.
On a apris en même temps qu'il y avoit eu
dans les environs de la Bastie , un violent oura-
gan , accompagné de grêle d'une telle grosseur,
que la plupart des Vignes avoient été ruinées, et
que plusieurs Bestiaux avoient été tués dans la
campagne.
Le 5 du mois dernier, jour que le Pape avoit
marqué pour la prise de possession de la dignité
de Sénateur de Rome par le Comte de
Bielk , ce Comte revétu de son habit de Sénateur
qui consiste en une Soutane de Satin cramoisi
et une longue Robe de Brocard d'or , et accom-
pagné de M. Capograssi , son Maître de Cham-
bre , se rendit du Capitole au Palais du Quiri
nal dans un Carosse attelé de six chevaux et
suivi de deux autres Carosses. Ayant été reçu
avec les ceremonies accoûtumées par M. Lazare
Palavicini , Archevêque de Thebes , Maître de
Chambre de Sa Sainteté , il fut introduit dans la
chambre du Pape par Mrs Jean- Baptiste Gam-
barucci , Archevêque d'Amasie , et Ignace Reali ,
premiers Maîtres des Ceremonies ; et après qu'il
cut fait trois génuflexions et baisé les pieds de Sa
I. Vol.
Sainteté
1204 MERCURE DE FRANCE
Sainteté , il prêta le Serment de fidelité. Le Pape
mit ensuite un Sceptre d'yvoire entre les mains
du nouveau Sénateur en disant , Accipe Sceptrum
et esto Senator Urbis.
Le Comte de Bielk reçut la Benediction de Sa
Sainteté, et il se retira , étant reconduit par le
Maître de Chambre. Lorsqu'il fut dans la Cour
du Palais , le Marquis François Ortieri , Grand-
Ecuyer du Pape , lui présenta de la part de Sa
Sainte
un très- beau Cheval blanc , couvert
d'une Housse de velours cramoisi , relevée d'une
riche broderie d'or , avec les étriers d'argent
sur lequel le nouveau Sénateur monta pour
aller
à la Place Barberine , où l'attendoit sous les ar
mes la Milice Bourgeoise , composée de quator-
ze Compagnies chacune de quarante
hom-
mes , et d'où il continua sa marche dans l'ordre
suivant : Le Barigel du Capitole à cheval , à la
tête de ses Sbirres ; M. Felix Gama , Capitaine
des Connétables et des Milices des quartiers de
la Ville, suivi de deux Pages , qui portoient dea
Ecussons aux Armes du Comte de Bielk ; les 14.
Compagnies de la Milice Bourgeoise , précedées
chacune de ses Tambours et de son Enseigne , et
entre les sept premieres Compagnies et les sept
dernieres M. Antoine Gai portant l'Etendart du
Peuple Romain ; le Maître d'Hôtel et l'Ecuyer
du Sénateur ; vingt Mules avec des couvertures
à ses Armes et dix Chevaux de selle avec de ma-
gnifiques Housses , conduits chacun par un Pal-
frenier , portant sur sa Casaque et à son bonnes
les Armes de Bielk ; la Compagnie des Chevau
Legers de la Garde du Pape. Les Palfreniers des
Cardinaux , montés sur des Mules et portant les
chapeaux de leurs Maîtres attachés sur leurs
épaules ; les 14. Huissiers des Tribunaux Capi
I. Vol.
tolins ;
JUI N.
I. Val.
1737.
1205
tolins ; un grand nombre de Gentilshommes des
Cardinaux ; quatre tambours de la Livrée du
Peuple Romain , laquelle est d'écarlate avec des
galons d'or , et quatre Trompettes à cheval avec
la même Livrée. Ils étoient suivis par deux Pa-
ges , dont l'un portoit la Cornette du Peuple
Romain , et l'autre un Etendart aux Armes de
Bielk. Derriere eux marchoient les Caporioni ou
Chefs des Quartiers, précedés de deux Tambours
aux Livrées du Peuple Romain ; les Suisses de la
Garde du Pape , ayant à leur tête le Chevalier
Jean- François- Leopold Phiffer d'Althissoffen ,
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
leur Commandant ; deux Pages , dont celui qui
étoit à droite portoit l'épée haute , et celui qui
étoit à gauche avoit sur ses épaules le Chapeau
du Sénateur , couvert de Brocard d'or et doublé
de velours cramoisi ; les Palfreniers du Comte
de Bielk , vétus de Livrées d'écarlate avec des
galons d'or , et ayant des Plumets bleu et or
sur leurs chapeaux et les Serviteurs du Peuple
Romain , tenant en main des Piques dorées.
Le Comte de Bielk venoit ensuite, étant pré-
cedé de M. François Gaëtan Diversini , Maître-
des Céremonies , et suivi des deux Juges Collate-
raux , et de tous les Officiers des Tribunaux Ca-
pitolins. La marche étoit fermée par les trois
Carosses de ce Comte , et par un grand nombre
d'autres Carosses de Cortege , qui avoient été
envoyés par les Cardinaux , et par la plupart
des Personnes de distinction. "
Lorsque la Cavalcade entra dans le Cours , on
At une Salve generale de l'Artillerie du Château
Saint Ange , et en arrivant au Capitole , elle fut
saluée par une décharge generale de la Mous-
queterie de toute la Milice de la Ville : on tira
ausse
1206 MERCURE DE FRANCE
aussi un grand nombre de Boëtes , et les Clo-
ches de toutes les Eglises sonnerent.
Le nouveau Senateur, étant descendu de Che-
val à l'Eglise de Sainte Marie d'Ara Coeli , qui
apartient au Peuple Romain , fut réçû à ia porte
par les Superieurs de l'Ordre des Freres Mineurs
de l'Observance , et il alla faire sa priere devant
le Saint Sacrement , et baiser le Grand Autel.
Il se rendit ensuite au Capitole , ayant trou-
vé en chemin les Conservateurs
Prieur du Peuple Romain ,
et le
revétus de Robes
de brocard d'or , lesquels , après l'avoir com
plimenté , le conduisirent dans la grande Salle ,
qui étoit ornée avec beaucoup de magnificence.
Le Comte de Biex prit place à son Tribunal
ayant les Conservateurs et le Prieur du Peuple
Romain à ses côtés , et en face les Caporivons
et les autres Officiers du Capitole, et après avoir
remis au Marquis Emile Massimi, Premier Con-
servateur , le Bref de Sa Sainteté , lequel fut l
à haute voix par le Greffier du Senat , il jura de
faire observer les Statuts de Rome.
Il accompagna ensuite les Conservateurs jus-
qu'à la porte de la grand Salle , et quand il fus
tourné dans son Apartement, il reçut les com-
plimens accoûtumés de la part des Cardinaux
ainsi que de celle des Ministres Etrangers et de
la Noblesse.
Le Pape a accordé au Comte de Bielk la per-
mission d'avoir le Dais et la Cloche, même dans
les occasions où il ne sera pas accompagné par
les Conservateurs du Capitole , distinction dont
n'avoient point joüi ses Prédecesseurs.
On aprend de Rome que la corespondance est
entierement retablie entre les Ministres des Cours
de Vienne et de Madrid , et que le Cardinal
I. Vol.
Cienfuegos
JUIN.
ont rendu visite.
1737.
1207
Cienfuegos , ayant envoyé complimenter à ce
sujet les Cardinaux Belluga et Aquaviva , ils lui
On assure que le Roy des deux Siciles a accor
dé l'Exequatur des Bulles des Prelats nommés
par le Pape,ce qui donne lieu de regarder comme
Prochaine ia conclusion de l'accommodement
de leurs Majestés Catholique et Sicilienne avec
le Saint Siege.
Quelques Cardinaux ayant refusé d'accorder
au Comte de Bielk les honneurs du Dais et du
Son de la Cloche , quoiqu'il les eût reçûs chés
le Cardinal Doyen , ce Comte a discontinué de
rendre ses visites au Sacré College.
Le Cardinal Coscia a obtenu la permission
d'aller encore cette année prendre les Bains d'Is-
chia , et il est parti pour s'y rendre.
Le 11. May , le Pere I defonse de la Presenta-
tion , natif de Prague , fut élû Général de l'Or-
dre des Religieux Carmes Déchaussés dans le
Chapitre qu'ils tinrent dans leur Couvent de
Sainte Therese et de S. Jean de la Croix.
Les Clercs Réguliers de la Congregation de
la Divine Providence , ont élû le Pere André
Bolognetti pour leur Général.
Les Lettres de Genes de la fin du mois der-
nier portent que 13. Barques , à bord desquelles
étoient des Troupes et des Munitions , mirent au
même mois à la voile pour l'Isle de Corse
Į. Vol.
>
sous l'escorte de deux Galeres , qui , à leur re-
tour , devoient donner la chasse aux Corsaires
de Barbarie , dont un a enlevé , il y a quelque
temps , un Bâtiment chargé de 100. muids de
Farine
et qui étoit destiné pour la Bastie.
M. Rivarola a mandé au Senat que les Re-
belles ayant été avertis que le Gouverneur de
Calenzano
1208 MERCURE DE FRANCE
Calenzano devoit faire sortir un détachement de
la Garnison de cette Place , pour enlever des
Bestiaux qu'ils faisoient paître dans les prairies
voisines , ils avoient posté en embuscade 300.
Hommes qui avoient surpris ce détachement ,
et qu'il y avoit cu 60. Genois de tués ou faits
prisonniers en cette occasion.
On a apris en même temps qu'il y avoit eu
dans les environs de la Bastie , un violent oura-
gan , accompagné de grêle d'une telle grosseur,
que la plupart des Vignes avoient été ruinées, et
que plusieurs Bestiaux avoient été tués dans la
campagne.
Fermer
1779
p. 1208-1217
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
SA MAJESTÉ a accordé au Marquis d'Havrincourt , Mestre de Camp-Lieutenant [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
SA MAJESTÉ a accordé au Marquis
d'Havrincourt , Mestre de Camp-Lieutenant
du Régiment des Cuirassiers
du Roy , le Gouvernement d'Hesdin ,
vacant par la démission du Marquis
d'Havrincourt , son Pere.
M. de Chavigny , que le Roy a nom-
mé son Envoyé Extraordinaire auprès
du Roy de Dannemare , a pris congé de
S. M. et il est parti pour se rendre à
Coppenhague.
Le Marquis de Souvré , Maître de la
1. Vol.
Garde-
JUIN.
1737.
1209
Garde-Robe du Roy , et qui a été nom-
mê par S. M. pour aller à Luneville com-
plimenter le Roy de Pologne sur son ar-
rivée en Lorraine , s'est acquitté de cette
commission , et il a eu l'honneur d'en
rendre compte au Roy.
Le 29. Avril,il y eut Concert chés la Reine,M.
Destouches Sur-Intendant de la Musique du Roy,
y fit chanter le Prologue et le premier Acte de
son Opera de Callirhoé, qu'on continua le 6. et
le 8. May ; les principaux Rôlles furent exécu-
tés par les Diles d'Aigremont, Deschamps et Ma-
thieu , et par les sieurs d'Angerville et Jeliot.
Le 13. le 18. et le 20. on concerta l'Opera
d'Iphigenie, dont le premier Rôlle fut chanté par
la Dile d'Aigremont , et celui d'Electre par la
Dile Mathieu ; ceux d'Oreste , de Thoas et de
Pilade , par les sieurs d'Angerville , Petillot et
du Bourg .
Le 22. et le 27. on donna à la Reine l'Opera
d'Armide ; la Dlle Antier remplit parfaitement
bien le premier Rôlle , et les autres furent chan-
tés par les sieurs Petillot et d'Angerville , avec la
même précision.
Le 30. May , Fête de l'Ascension , il y eut
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , ou
l'on chanta un très-beau Motet ( Diligam te )
de feu M. Gillet , Maître de Musique de la Ca-
thedrale de Toulouse ; il fut suivi d'une nou-
velle suite de Symphonie , du sieur Aubert, très-
bien executée et fort aplaudie. Le sieur Buffar-
ì
din de Marseille , Ordinaire de la Musique du
Roy de Pologne ,
pour
la
Electeur de Saxe
executa
premiere fois un Concerto de Flûte qui
1. Vol.
fur
1210 MERCURE DE FRANCE
fut generalement aplaudi. Le Concert fut termi-
né par le Cantate , Motet du sieur Cheron, Or-
dinaire de l'Académie Royale de Musique.
Le 9. Juin , Fête de la Pentecôte , on executa
au même Concert une autre suite de Sympho
nie du sieur Aubert , qui fut suivie d'un Moter
de M. Gervais , Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roy. La Dile Hottererre joûa un Con-
certo avec les mêmes aplaudisssmens dont le Pu-
blic l'a déja honorée. Le Te Deum de M. de la
Lande ter mina le Concert.
Le 20 jour de la Fête Dieu , on chanta le
Pange lingua du même Auteur , qui fut suivi da
petit Motet O Jesu , de M. Destouches , Sur-In-
tendant de la Musique du Roy. Le sieur Angelo
Valoti , nouveau Violon Italien , executa un
Concerto au gré du Public , et la Dile Regnaut
chanta pour la première fois dans le dernier
Moret le Recit Qui annuntiat avec aplaudisse-
ment.
Le 23 , May, les Superieurs des Religieux Be-
nedictins de la Congregation de 5. Maur se ren-
dirent à l'Abbaye de S. Germain -des- Prés pour
l'élection du Superieur Général , et ouvrirent
le matin leur Assemblée par une Messe solem-
nelle du S. Esprit. L'après- dinée , sur les deux
heures , les mêmes Superieurs assemblés élûrent,
au premier Scrutin , pour Général ,
le R. P.
Dom René Laneau. Ce Religieux avoit été con-
secutivement Assistant de trois Généraux´, et
depuis la mort du R. P. Dom Claude Dupré ,
dernier Général , il gouvernoit la Congregation
sous le nom de Vicaire Général. La joye qui
étoit marquée sur tous les visages , pendant la
Cérémonie de la Proclamation ,
fir connoître à
seux du dehors , qui y ont assisté , que ce R,
I. Vol.
Pere
1
JUIN.
tous ses Confreres.
•
1737
1211
Pere a également les cœurs et la véneration de
Le Cardinal de Fleury alla le 3. Juin au Jar-
din Royal, accompagné du Comte de Maurepas
et de M. Orry , Controlleur Général des Finan
ces , pour voir les augmentations et , les repara-
sions faites et à faire. M. Dufay , Intendant de
ce Jardin , reçût S. E. qui parut trés-satisfaite
du bon ordre qu'elle y trouva , de la beauté des
Serres , et du nombre prodigieux de Plantes
étrangeres dont ce Jardin est presentement
xempli.
Le 8. Juin , veille de la Fête de la Pen
tecôte , le Roy revêtu du Grand Collier
de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles , où
S. M. communia par les mains de l'Ar-
chevêque de Vienne , Premier Aumô-
nier de S. M. Le Roy toucha ensuite un
grand nombre de Malades.
Pendant la Messe , que le Roy enten-
dit , après avoir communié , l'Evêque
d'Acqs prêta serment de fidelité entre
les mains de S. M. L'après-midi le Roy
assista aux premieres Vêpres.
Le 9. jour de la Fête , les Chevaliers ,
Commandeurs , et Officiers de l'Ordre
du S. Esprit , s'étant rendus vers les 11.
heures du matin dans le Cabinet du Roy,
S.M. tint un Chapitre,dans lequel le Prin-
ce Vaïny , qui avoit été proposé le 1. du
I.Vol.
H
mois
1212 MERCURE DE FRANCE
mois de Janvier dernier, pour être nom-
mé Chevalier, fut admis après que l'Ab..
bé de Pomponne , Chancelier des Ordres
du Roy , eut raporté qu'il avoit satisfait
à ce qui est porté par les Statuts. Le Cha-
pitre étant fini , le Roy se rendit à la
Chapelle du Château , étant précédé du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon, du
Comte de Clermont , du Prince de Con-
ty , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , et des Chevaliers, Commandeurs
et Officiers de l'Ordre. Le Roy, devant
lequel les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Man-
reau , le Collier de l'Ordre par- dessus ,
ainsi
que
les Chevaliers. Le Cardinal de
Polignac et le Cardinal de Bissy mar-
choient derriere S. M. Le Roy entendi
la Grande Messe , chantée par la Musi-
que , à laquelle l'Archevêque de Vien-
ne ,
Prelat , Commandeur de l'Ordre du
Saint Esprit , officia Pontificalement.
La Reine , Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France , entendirent la
même Messe dans la Tribune.
L'après midi , le Roy entendit le Ser-
mon du Pere Dureau , Cordelier, et en-
suite les Vêpres , qui furent chantées par
la Musique , et auxquelles le même Pre-
lat officia. La Reine assista aux Vêpres
dans la Tribune,
Le
JUIN.
1737.
1213
Le 11. Don Louis d'Acunha, Ambassa
deur du Roy de Portugal, cut sa premiere
Audience particuliere du Roy. Il eut en-
suite Audience de la Reine , de Monsei
gneur le Dauphin et de Mesdames de
France , et il fut conduit à ces Audien-
ces par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le 10. les Députés des Etats de Bour-
gogne eurent Audience du Roy.Ils furent
presentés par le Duc de Bourbon, Gouver
neur de la Province , et par le Comte de
S. Florentin, Secretaire d'Etat, et conduits
en la maniere accoûtumée par le Marquis
de Dreux, Grand Maître des Cérémonies,
et par M.Desgranges Maître des Cérémo-
nies. La Députation étoit composée de
l'Abbé Gagne de Perigny,Abbé de Châtil-
lon sur Seine , pour le Clergé , qui por-
ta la parole; du Comte de la Tournelle, *
pour la Noblesse, de M.Pourcher, Dépu-
té du Tiers- Etat , et de M. Perchet , Sin-
dic Général de la Province. Ces Députés
eurent ensuite Audience de la Reine , de
Monseigneur le Dauphin et de Mesda-
mes de France.
Le 16. le Chevalier Venier , Ambas-
* Son Bisayeul a eu l'honneur de se trouver trois
fois à la tête de la Noblesse de cette Province en la
même qualité.
1. Vol.
Hij
sadeur
1214 MERCURE DE FRANCE
sadeur ordinaire de la Republique de
Venise , fit son Entrée publique en cette
Ville
le Maréchal de Biron et Mon-
sieur de Verneuil, Introducteur des Am-
bassadeurs , allerent le prendre dans les
Carosses de leurs Majestés au Convent
de Picpus , d'où la Marche se fit en cet
ordre. Le Carosse de l'Introducteur ;
ceux du Maréchal de Biron , précédés
de son Ecuyer et de deux Pages à che-
val; un Suisse de l'Ambassadeur à che
val , sa livrée à pied , quatre de ses Offi-
ciers , deux Ecuyers et six Pages à che-
val ; le Carosse du Roy , aux côtés du-
quel marchoient la livrée du Maréchal
de Biron et celle de M. de Verneü ; le
Carosse de la Reine ; celui de Madame
la Duchesse d'Orleans ; ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Prin-
cesse de Conty , seconde Doüairiere , du
Prince de Conty , de la Duchesse du
Maine, du Prince de Dombes, du Com-
te d'Eu , du Comte et de la Comtesse
de Toulouse , et celui de M. Amelot
Ministre et Secretaire d'Etat , ayant le
Département des Affaires étrangeres . Les
1. Vol.
quatro
JUIN.
1737.
1218
quatre Carosses de l'Ambassadeur mar
choient ensuite à une distance de trente
Ou quarante pas. Lorsque l'Ambassadeur
fut arrivé à son Hôtel , il fut compli-
menté de la part du Roy par le Duc de
Rochechouart , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. de la part de la
Reine , par le Comte de Tessé , son pre-
mier Ecuyer , et de la part de Madame la
Duchesse d'Orleans , par le Marquis de
Crevecœur , Premier Ecuyer de S. A. R.
Le 18. le Prince de Lambesc et M, de
Verneuil , Introducteur des Ambassa-
deur , allerent prendre l'Ambassadeur
en son Hôtel dans les Carosses du Roy
et de la Reine , et ils le conduisirent à
Versailles , où il eut sa premiere Au-
dience publique du Roy : il trouva àson
passage, dans l'Avant-cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses sous les Armes , les Tambours
apellant ; dans la Cour les Gardes de la
Porte et ceux de la Prevôté de l'Hôtel
sous les Armes à leurs postes ordinaires
et sur l'Escalier , les Cent - Suisses en ha
bits de cérémonie , la Hallebarde à la
main. Il fut reçû en dedans de la Sale
des Gardes par le Duc de Bethune , Ca
pitaine des Gardes du Corps , qui étoient
en haye et sous les Armes. Après l'Au-
I.Vol.
Hiij
dience
121 MERCURE DE FRANCE
dience du Roy , l'Ambassadeur fut con-
duit à l'Audience de la Reine et à celle
de Monseigneur le Dauphin par le Prin-
ce de Lambèse , et par M. de Verneuil
Introducteur des Ambassadeurs. Il fut
conduit ensuite à celle de Mesdames de
France ; et après avoir été traité par les
Officiers du Roy, il fut reconduit à Pa-
ris dans les Carosses de leurs Majestés
avec les cérémonies accoûtumées.
Le 20. Fête du S. Sacrement , le Roy
se rendit à l'Eglise de la Paroisse du Châ-
teau de Versailles , où S. M. entendit la
Grande Messe , après avoir assisté à la
Procession , qui , suivant l'usage , alla à
La Chapelle.
La Reine s'y rendit lorsque la Proces-
sion y arriva. Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France virent passer la
Procession.
Le 27. May , on chanta au Concert
de la Reine un Divertissement intitulé
le Triomphe de la Paix , dont les Paroles
sont de M. Morand , et la Musique de
M. Mathieu , Ordinaire de la Musique
du Roy. Il fut chanté par les Dlles Ma-
hieu , d'Aigremont et Deschamps , et reçut
beaucoup d'aplaudissement.
Le 29. May et le premier Juin , on
1. Vel.
chanta
JUIN.
1737.
1217
chanta devant la Reine le Ballet du Triom-
phe de l'Harmonie , dont on vient de don-
ner l'Extrait ; les Dlles Pellissier et Erre-
mens, et le sieur Chassé exécuterent avec
succès les Rôles qui les concernoient.
Les. et le 12 Juin S.M. entendit l'Opera
de Telemaque , mis en Musique par M.
Destouches , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , les Diles Antier et Mathieu
chanterent les Rôles de Calypso et d'Eu
charis , avec autant de goût que de pré .
cision . Les sieurs Petillot et d'Angerville
remplirent ceux de Telemaque et d'Adras-
te. Le reste de l'Opera fut exécuté d'une
façon très-brillante. La Reine eut la bonté
d'en marquer sa satisfaction à l'Auteur.
Le 17. S. M. voulut entendre , pour
la seconde fois , le Divertissement du
Triopmhe de la Paix , et en parut aussi
contente que la premiere. On parlera
plus au long de ce Divertissement.
SA MAJESTÉ a accordé au Marquis
d'Havrincourt , Mestre de Camp-Lieutenant
du Régiment des Cuirassiers
du Roy , le Gouvernement d'Hesdin ,
vacant par la démission du Marquis
d'Havrincourt , son Pere.
M. de Chavigny , que le Roy a nom-
mé son Envoyé Extraordinaire auprès
du Roy de Dannemare , a pris congé de
S. M. et il est parti pour se rendre à
Coppenhague.
Le Marquis de Souvré , Maître de la
1. Vol.
Garde-
JUIN.
1737.
1209
Garde-Robe du Roy , et qui a été nom-
mê par S. M. pour aller à Luneville com-
plimenter le Roy de Pologne sur son ar-
rivée en Lorraine , s'est acquitté de cette
commission , et il a eu l'honneur d'en
rendre compte au Roy.
Le 29. Avril,il y eut Concert chés la Reine,M.
Destouches Sur-Intendant de la Musique du Roy,
y fit chanter le Prologue et le premier Acte de
son Opera de Callirhoé, qu'on continua le 6. et
le 8. May ; les principaux Rôlles furent exécu-
tés par les Diles d'Aigremont, Deschamps et Ma-
thieu , et par les sieurs d'Angerville et Jeliot.
Le 13. le 18. et le 20. on concerta l'Opera
d'Iphigenie, dont le premier Rôlle fut chanté par
la Dile d'Aigremont , et celui d'Electre par la
Dile Mathieu ; ceux d'Oreste , de Thoas et de
Pilade , par les sieurs d'Angerville , Petillot et
du Bourg .
Le 22. et le 27. on donna à la Reine l'Opera
d'Armide ; la Dlle Antier remplit parfaitement
bien le premier Rôlle , et les autres furent chan-
tés par les sieurs Petillot et d'Angerville , avec la
même précision.
Le 30. May , Fête de l'Ascension , il y eut
Concert Spirituel au Château des Tuilleries , ou
l'on chanta un très-beau Motet ( Diligam te )
de feu M. Gillet , Maître de Musique de la Ca-
thedrale de Toulouse ; il fut suivi d'une nou-
velle suite de Symphonie , du sieur Aubert, très-
bien executée et fort aplaudie. Le sieur Buffar-
ì
din de Marseille , Ordinaire de la Musique du
Roy de Pologne ,
pour
la
Electeur de Saxe
executa
premiere fois un Concerto de Flûte qui
1. Vol.
fur
1210 MERCURE DE FRANCE
fut generalement aplaudi. Le Concert fut termi-
né par le Cantate , Motet du sieur Cheron, Or-
dinaire de l'Académie Royale de Musique.
Le 9. Juin , Fête de la Pentecôte , on executa
au même Concert une autre suite de Sympho
nie du sieur Aubert , qui fut suivie d'un Moter
de M. Gervais , Maître de Musique de la Cha-
pelle du Roy. La Dile Hottererre joûa un Con-
certo avec les mêmes aplaudisssmens dont le Pu-
blic l'a déja honorée. Le Te Deum de M. de la
Lande ter mina le Concert.
Le 20 jour de la Fête Dieu , on chanta le
Pange lingua du même Auteur , qui fut suivi da
petit Motet O Jesu , de M. Destouches , Sur-In-
tendant de la Musique du Roy. Le sieur Angelo
Valoti , nouveau Violon Italien , executa un
Concerto au gré du Public , et la Dile Regnaut
chanta pour la première fois dans le dernier
Moret le Recit Qui annuntiat avec aplaudisse-
ment.
Le 23 , May, les Superieurs des Religieux Be-
nedictins de la Congregation de 5. Maur se ren-
dirent à l'Abbaye de S. Germain -des- Prés pour
l'élection du Superieur Général , et ouvrirent
le matin leur Assemblée par une Messe solem-
nelle du S. Esprit. L'après- dinée , sur les deux
heures , les mêmes Superieurs assemblés élûrent,
au premier Scrutin , pour Général ,
le R. P.
Dom René Laneau. Ce Religieux avoit été con-
secutivement Assistant de trois Généraux´, et
depuis la mort du R. P. Dom Claude Dupré ,
dernier Général , il gouvernoit la Congregation
sous le nom de Vicaire Général. La joye qui
étoit marquée sur tous les visages , pendant la
Cérémonie de la Proclamation ,
fir connoître à
seux du dehors , qui y ont assisté , que ce R,
I. Vol.
Pere
1
JUIN.
tous ses Confreres.
•
1737
1211
Pere a également les cœurs et la véneration de
Le Cardinal de Fleury alla le 3. Juin au Jar-
din Royal, accompagné du Comte de Maurepas
et de M. Orry , Controlleur Général des Finan
ces , pour voir les augmentations et , les repara-
sions faites et à faire. M. Dufay , Intendant de
ce Jardin , reçût S. E. qui parut trés-satisfaite
du bon ordre qu'elle y trouva , de la beauté des
Serres , et du nombre prodigieux de Plantes
étrangeres dont ce Jardin est presentement
xempli.
Le 8. Juin , veille de la Fête de la Pen
tecôte , le Roy revêtu du Grand Collier
de l'Ordre du S. Esprit , se rendit à la
Chapelle du Château de Versailles , où
S. M. communia par les mains de l'Ar-
chevêque de Vienne , Premier Aumô-
nier de S. M. Le Roy toucha ensuite un
grand nombre de Malades.
Pendant la Messe , que le Roy enten-
dit , après avoir communié , l'Evêque
d'Acqs prêta serment de fidelité entre
les mains de S. M. L'après-midi le Roy
assista aux premieres Vêpres.
Le 9. jour de la Fête , les Chevaliers ,
Commandeurs , et Officiers de l'Ordre
du S. Esprit , s'étant rendus vers les 11.
heures du matin dans le Cabinet du Roy,
S.M. tint un Chapitre,dans lequel le Prin-
ce Vaïny , qui avoit été proposé le 1. du
I.Vol.
H
mois
1212 MERCURE DE FRANCE
mois de Janvier dernier, pour être nom-
mé Chevalier, fut admis après que l'Ab..
bé de Pomponne , Chancelier des Ordres
du Roy , eut raporté qu'il avoit satisfait
à ce qui est porté par les Statuts. Le Cha-
pitre étant fini , le Roy se rendit à la
Chapelle du Château , étant précédé du
Duc d'Orleans , du Duc de Bourbon, du
Comte de Clermont , du Prince de Con-
ty , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu , et des Chevaliers, Commandeurs
et Officiers de l'Ordre. Le Roy, devant
lequel les deux Huissiers de la Chambre
portoient leurs Masses , étoit en Man-
reau , le Collier de l'Ordre par- dessus ,
ainsi
que
les Chevaliers. Le Cardinal de
Polignac et le Cardinal de Bissy mar-
choient derriere S. M. Le Roy entendi
la Grande Messe , chantée par la Musi-
que , à laquelle l'Archevêque de Vien-
ne ,
Prelat , Commandeur de l'Ordre du
Saint Esprit , officia Pontificalement.
La Reine , Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France , entendirent la
même Messe dans la Tribune.
L'après midi , le Roy entendit le Ser-
mon du Pere Dureau , Cordelier, et en-
suite les Vêpres , qui furent chantées par
la Musique , et auxquelles le même Pre-
lat officia. La Reine assista aux Vêpres
dans la Tribune,
Le
JUIN.
1737.
1213
Le 11. Don Louis d'Acunha, Ambassa
deur du Roy de Portugal, cut sa premiere
Audience particuliere du Roy. Il eut en-
suite Audience de la Reine , de Monsei
gneur le Dauphin et de Mesdames de
France , et il fut conduit à ces Audien-
ces par M. de Verneüil , Introducteur
des Ambassadeurs.
Le 10. les Députés des Etats de Bour-
gogne eurent Audience du Roy.Ils furent
presentés par le Duc de Bourbon, Gouver
neur de la Province , et par le Comte de
S. Florentin, Secretaire d'Etat, et conduits
en la maniere accoûtumée par le Marquis
de Dreux, Grand Maître des Cérémonies,
et par M.Desgranges Maître des Cérémo-
nies. La Députation étoit composée de
l'Abbé Gagne de Perigny,Abbé de Châtil-
lon sur Seine , pour le Clergé , qui por-
ta la parole; du Comte de la Tournelle, *
pour la Noblesse, de M.Pourcher, Dépu-
té du Tiers- Etat , et de M. Perchet , Sin-
dic Général de la Province. Ces Députés
eurent ensuite Audience de la Reine , de
Monseigneur le Dauphin et de Mesda-
mes de France.
Le 16. le Chevalier Venier , Ambas-
* Son Bisayeul a eu l'honneur de se trouver trois
fois à la tête de la Noblesse de cette Province en la
même qualité.
1. Vol.
Hij
sadeur
1214 MERCURE DE FRANCE
sadeur ordinaire de la Republique de
Venise , fit son Entrée publique en cette
Ville
le Maréchal de Biron et Mon-
sieur de Verneuil, Introducteur des Am-
bassadeurs , allerent le prendre dans les
Carosses de leurs Majestés au Convent
de Picpus , d'où la Marche se fit en cet
ordre. Le Carosse de l'Introducteur ;
ceux du Maréchal de Biron , précédés
de son Ecuyer et de deux Pages à che-
val; un Suisse de l'Ambassadeur à che
val , sa livrée à pied , quatre de ses Offi-
ciers , deux Ecuyers et six Pages à che-
val ; le Carosse du Roy , aux côtés du-
quel marchoient la livrée du Maréchal
de Biron et celle de M. de Verneü ; le
Carosse de la Reine ; celui de Madame
la Duchesse d'Orleans ; ceux du Duc
d'Orleans , de la Duchesse de Bourbon
Douairiere , du Duc et de la Duchesse de
Bourbon , du Comte de Charolois , du
Comte de Clermont , de la Princesse de
Conty, premiere Doüairiere , de la Prin-
cesse de Conty , seconde Doüairiere , du
Prince de Conty , de la Duchesse du
Maine, du Prince de Dombes, du Com-
te d'Eu , du Comte et de la Comtesse
de Toulouse , et celui de M. Amelot
Ministre et Secretaire d'Etat , ayant le
Département des Affaires étrangeres . Les
1. Vol.
quatro
JUIN.
1737.
1218
quatre Carosses de l'Ambassadeur mar
choient ensuite à une distance de trente
Ou quarante pas. Lorsque l'Ambassadeur
fut arrivé à son Hôtel , il fut compli-
menté de la part du Roy par le Duc de
Rochechouart , Premier Gentilhomme
de la Chambre de S. M. de la part de la
Reine , par le Comte de Tessé , son pre-
mier Ecuyer , et de la part de Madame la
Duchesse d'Orleans , par le Marquis de
Crevecœur , Premier Ecuyer de S. A. R.
Le 18. le Prince de Lambesc et M, de
Verneuil , Introducteur des Ambassa-
deur , allerent prendre l'Ambassadeur
en son Hôtel dans les Carosses du Roy
et de la Reine , et ils le conduisirent à
Versailles , où il eut sa premiere Au-
dience publique du Roy : il trouva àson
passage, dans l'Avant-cour du Château
les Compagnies des Gardes Françoises et
Suisses sous les Armes , les Tambours
apellant ; dans la Cour les Gardes de la
Porte et ceux de la Prevôté de l'Hôtel
sous les Armes à leurs postes ordinaires
et sur l'Escalier , les Cent - Suisses en ha
bits de cérémonie , la Hallebarde à la
main. Il fut reçû en dedans de la Sale
des Gardes par le Duc de Bethune , Ca
pitaine des Gardes du Corps , qui étoient
en haye et sous les Armes. Après l'Au-
I.Vol.
Hiij
dience
121 MERCURE DE FRANCE
dience du Roy , l'Ambassadeur fut con-
duit à l'Audience de la Reine et à celle
de Monseigneur le Dauphin par le Prin-
ce de Lambèse , et par M. de Verneuil
Introducteur des Ambassadeurs. Il fut
conduit ensuite à celle de Mesdames de
France ; et après avoir été traité par les
Officiers du Roy, il fut reconduit à Pa-
ris dans les Carosses de leurs Majestés
avec les cérémonies accoûtumées.
Le 20. Fête du S. Sacrement , le Roy
se rendit à l'Eglise de la Paroisse du Châ-
teau de Versailles , où S. M. entendit la
Grande Messe , après avoir assisté à la
Procession , qui , suivant l'usage , alla à
La Chapelle.
La Reine s'y rendit lorsque la Proces-
sion y arriva. Monseigneur le Dauphin
et Mesdames de France virent passer la
Procession.
Le 27. May , on chanta au Concert
de la Reine un Divertissement intitulé
le Triomphe de la Paix , dont les Paroles
sont de M. Morand , et la Musique de
M. Mathieu , Ordinaire de la Musique
du Roy. Il fut chanté par les Dlles Ma-
hieu , d'Aigremont et Deschamps , et reçut
beaucoup d'aplaudissement.
Le 29. May et le premier Juin , on
1. Vel.
chanta
JUIN.
1737.
1217
chanta devant la Reine le Ballet du Triom-
phe de l'Harmonie , dont on vient de don-
ner l'Extrait ; les Dlles Pellissier et Erre-
mens, et le sieur Chassé exécuterent avec
succès les Rôles qui les concernoient.
Les. et le 12 Juin S.M. entendit l'Opera
de Telemaque , mis en Musique par M.
Destouches , Sur- Intendant de la Musique
du Roy , les Diles Antier et Mathieu
chanterent les Rôles de Calypso et d'Eu
charis , avec autant de goût que de pré .
cision . Les sieurs Petillot et d'Angerville
remplirent ceux de Telemaque et d'Adras-
te. Le reste de l'Opera fut exécuté d'une
façon très-brillante. La Reine eut la bonté
d'en marquer sa satisfaction à l'Auteur.
Le 17. S. M. voulut entendre , pour
la seconde fois , le Divertissement du
Triopmhe de la Paix , et en parut aussi
contente que la premiere. On parlera
plus au long de ce Divertissement.
Fermer
1780
p. 1217-1237
MORTS, NAISSANCES, Et Mariages.
Début :
Le 28. Mars D. Henriette-Louise de Beauvau, veuve depuis le 10. Juin 1727. de Henri [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS, NAISSANCES, Et Mariages.
MORTS, NAISSANCES,
Et Mariages.
Le 28. Mars D. Henriette-Louise de Beauvau, veuve depuis le 10. Juin 1727. de Henri
de Choiseul-la Riviere , apellé le Marquis de
Choiseul , Comte de la Riviere , Chevigny ,
I. Vol .
Hiiij
1218 MERCURE DE FRANCE
et Couloutre , Vicomte de Bouconville , Ba
ron de Lux , Seigneur de Giry , Chassy , Briga-
dier des Armées du Roy, ancien Mestre de Camp
du Regiment de la Reine Cavalerie, avec lequet
elle avoit été mariée le 28. Avril 1711. mou-
rut à Paris , âgée d'environ 51. ans. Elle étoit
Fille puinée de Gabriel - Henri de Beauvau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Crissé ,
ci- devant Capitaine des Gardes de feu Phi-
lipe , Fils de France , Duc d'Orleans , et de feuë
Marie- Angelique de Saint André , sa premiere
Femme. Elle laisse pour Fils unique César - Ga-
briel de Choiseul- la- Riviere, Comte de la Rivie-
re , apellé le Marquis de Choiseul , né le 14.
Août 1712. Mestre de Camp de Cavalerie, Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau Le-
gers Dauphins , du 25. Mars 1734. et aupara➡
vant Cornette de celle des Chevau - Legers de
Berri , dont le mariage avec Marie de Champa-
gne de Villaines est raporté dans le Mercure du
mois de May 1732. p. 1022.
Le 31. D. Louise - Henriette - Françoise de
Lorraine ,Duchesse Douairiere de Bouillon , Fille
aînée d'Anne- Marie- Joseph de Lorraine , Com .
re et Prince de Guise sur Moselle , et de feuë D.
Marie-Louise- Christine de Castille
·
Heritiere de Montjeu , morte le 11.Janv. 1736.
mourut à Paris , après une longue maladie de
poitrine , âgée de 30. ans. Elle avoit été mariée
le 21. Mars 1725. avec Emmanuel - Théodose
de la Tour , Duc de Bouillon , Vicomte de Tu-
renne, Duc d'Albret,et de Châteauthierry, Com-
te d'Auvergne , d'Evreux et du bas Armagnac ,
Baron de la Tour et de Mongaçon , &c. Pair ,
et ci -devant Grand Chambellan de France, Gou-
verneur et Lieutenant General du haut et bas
I. Vel,
Jeannin,
Auvergne
JUIN.
née le 20. Décembre 1728.
1737.
1219
Auvergne , mort le 17. May 1730. Elle étois
sa quatriéme Femme. Elle laisse de lui une Fille,
Le 1. Avril Jean- Luc, de Lauzieres, Marquis
deThemines- Cardailhac, Mestre de Camp de Ca-
valerie, par Brevet du premier Décembre 1718.
Gouverneur des Ville et Château de Dommes
en Perigord , par Provisions du 1. Juin 1721.
et Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Or- .
leans , par autres Provisions du 5. Mars 1724.
mourut à Paris , âgé de 63. ans. Il avoit été
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
dont il quitta la Croix , lorsqu'il se maria le
13. Novembre 1730. avec Angelique - Sophie
d'Hautefort , Fille de feu Charles-Louis d'Hau-
tefort, Marquis de Surville , Lieutenant General
des Armées du Roy , et de Louise de Crevant-
d'Humieres. Le Duc d'Orleans lui accorda alors
une pension de 4000. livres pour le dédomma-
ger de la perte d'une de 3000. livres qui lui
avoit été accordée sur l'Evêché de Perigueux. le
11. Janvier 1721. Il étoit Fils puiné de feu
Henri de Lauzieres , Seigneur de Saint Beaulize,
et du Bosc , et de Marie de Nogaret de Tre-
lans. Le Duc d'Estrées , dernier mort , lui avoit
fait une donation entrevifs de plusieurs Terres
et Seigneuries provenantes de la Maison de Lau-
zieres-Themines , le 11. May 1721. Elles lai
furent disputées par les Soeurs du Donataire ,
mais il fut confirmé dans la proprieté , posses-
sion et jouissance de ces Terres , par Arrêt
contradictoire du Parlement de Toulouse du 29.
May 1728 .
Le 3. D. Cecile- Catherine de Falconis , Dame
d'Auvilliers , Veuve d'Antoine d'Amanzé, Com-
se de Choffailles en Mâconnois , Seigneur d'Ar-
I. Vel
Hr singes
1220 MERCURE DE FRANCE
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris ,
âgée d'environ fr. ans, laissant un Fils âgé de 20.
ans › et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre -Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ouroy , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paul
de Grivel
?
Comte d'Ouroüer , en
1
Berri
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feuë Dame Mar-
guerite-Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
on a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans , et sans avoir été marié.
Le 9: Nicolas-Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci- devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a étés
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau . Il avoit été d'a→
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
anat , et il se distingua à la Bataille de la Staf
I. Voli
-farde
JUIN.
1737.
1221
farde en Piémont le 18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel-
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur- Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699: à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mar
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cap de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
ze ans ; Jean Baptiste - François - Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22% Avril 1713 et Catherine- Cons "
tance-Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
IA-Foto-
H-vj
miques
1220 MERCURE DE FRANCE
"
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris
âgée d'environ fr. ans,laissant un Fils âgé de 20.-
ans , et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre-Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ourey , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paui
de Grivel , Comte d'Ourouer
en
Berri 9
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feue Dame Mar-
guerite -Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
ön a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans, et sans avoir été marié.
Le 9. Nicolas- Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci-devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a été
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau. Il avoit été d'a—
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
nar , et il se distingua à la Bataille de la Staf-
I. Vali
farde
JUIN.
farde en Piémont le
1737.
1221
18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur - Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699 ; à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mara
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre→
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cainp de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
·
ze ans ; Jean Baptiste - François- Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22 Avril 17136 et-Catherine- Cons
tance- Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
Is-Vols-
Hivj
miquet
1222 MERCURE DE FRANCE
unique, mariée le 25 Juin 1715. avec Jean-Joa-i
chim Rouault , Comte de Cayeu , aujourd'hu
Marquis de Gamaches, et Maréchal de Camp des
Armées du Roy.,
Le 12. Philipe Hecquet , Docteur-Regent, an-
cien Professeur , et ancien Doyen de la Faculté
de Médecine de Paris , connu par plusieurs Ou-
vrages de sa Profession , qu'il avoit rendus pu-
blics mourut âgé de 74. ans. Il avoit quité
•
depuis 1o. ans l'exercice de la Medecine , il s'é-
toit retiré dans l'Enclos du Convent des Car-
melites du Fauxbourg S. Jacques. On prétend
qu'il y avoit 30. ans qu'il n'avoit mangé de
viande , ni bû de vin .
Le 13. Nicolas Henin , Conseiller du Roy ea
son Grand Conseil , où il avoit été reçû le s .
May 1688. mourut après avoir été trois jours
entiers en apoplexie létargique.
Il étoit âgé de
82. ans 11. mois 10. jours , étant né le 3. May
1654. Il étoit veuf d'Anne- Henriette Brice
dont il laisse deux Fils et une Fille , ainsi qu'on
l'a raporté en annonçant la mort de cette Da-
me dans le Mercure du mois de Novembre
1734. P. 1530.
Le 26. Louis le Goux de la Berchere , Comte
de la Rochepot , Marquis de Santenay , Baron de
Thoisy, Seigneur de la Berchere , Conseiller d'E-
tat ordinaire , mourut à Paris subitement en alg
lant se mettre à table pour dîner. Il étoit dans la
61. année de son âge , étant né le 10. Octobre
1676. il avoit été successivement Conseiller au
Parlement de Paris le 14.Janvier 1699. Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy le 29
Juillet 1703. et Chancelier et Garde des. Sceaux
de Charles de France , Duc de Berri , le 11. Dé-
sembre 1710. Il perdit cette Charge à la mort de
1. Velo
JUIN.
1737.
1223
ce Prince , et ayant été fait Conseiller d'Etat au
mois de May 1715. il se démit de celle de Maî
tre des Requêtes , et obtint des Lettres d'Hono-
raire le 22. Juin de la même année. Il étoit veuf
sans enfans depuis le 16. Mars 1729. de Magde-
leine-Charlotte Voisin , fille aînée du feu Chan-
celier de France de ce nom , et fils de feu Urbain
le Goux de la Berchere , Marquis de Santenay ,
&c. Maître des RequêtesHonoraire de l'Hôtel du
Roy , ci-devant Intendant successivement à
Moulins , à Riom , à Montauban et à Rouen ,
mort le 30. Août 1721. à l'âge de 79. ans , es
d'Antoinette le Févre d'Eaubonne , morte le 29%
Décembre 1708. âgée de 17. ans.
Le 27. Jean- Baptiste Poncy de Neuville , Prê-
tre, mourut à Paris dans la 39. année de son
âge. Les heureux talens dont il étoit orné , le
font universellement regretter , comme un sujet
également utile à la Religion qu'il a défendue
avec un zele infatigable par ses éloquents et so
lides Sermons ; et à la République des Lettres ,
qu'il a enrichie de plusieurs Ouvrages poëtiques
qui ont mérité plus d'une fois d'être couronnés .
dans l'Académie des Jeux Floraux. Il étoit d'ail
leurs autant estimable par les qualités du cœur
que par celles de l'esprit. Il prononça l'année
derniere avec beaucoup de succès dans l'Eglise
des R R. PP. de l'Oratoire , le Panégyrique de
S. Louis , en présence de deux célebres Acadé
mies. Il a aussi prêché plusieurs Sermons dans
l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice et dans d'autres
Eglises de la Ville . Un redoublement de zele
pour les devoirs de son Ministere dans les cir-
constances de la fin du Carême , lui a causé la
maladie qui l'a enlevé en très-peu de jours.
Le même jour D. Jeanne-Louise d'Herbouville
I. Vd.
épouse
1224 MERCURE DE FRANCE
épouse de Charles de Houdetot , dit le Comte de
Houdetot , Chevalier Seigneur de Fontaines-le-
Châtel , de S. Germain des Essours , des Autieux,
&c. son cousin paternel et maternel du 3. au 4.
mourut après une courte maladie d'un abcès dans
la tête , à Paris dans la 26. année de son âge ,
étant née le s. Décembre 1711. elle étoit fille
d'Adrien , Marquis d'Herbouville , Chevalier-
Seigneur de S. Jean du Cardonnay , la Cour-le-
Comte , la Gaillarde , le Bourgdun , Luneray ,
S Pierre le Vieux , Baron de Longueval , Lagny,
fe Marqué , Bellan , &c. ci - devant premier Ea-
seigne de la Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Roy , Mestre de Camp de Cavalerie ,
er de D. Françoise- Chrétienne Dauvet des Ma-
rets ; elle laisse un garçon et une fille en bas àge,
n'ayant été mariée qu'au mois de Novembre
1731. c'étoit la cinquiéme alliance réciproque
que ces deux Maisons , qui sont d'une ancienne
Noblesse de Normandie , avoient faites entre-el-
les. La Généalogie de celle de Houdetot est rå-
portée dans le Tome VIII.des Grands Officiers de
la Couronne , au Chapitre des Grands-Maîtres
des Arbalêrriers , page 16. Ses Armes sont d'ar-
gent à une bande d'azur , chargée de trois anne
lets d'or remplis , celui du milieu d'un Lion ,
les deux autres d'une Aigle à deux têtes , et Dia-
prée d'or. Herbouville porte de gueules à une
Fleur de Lys d'or.
Le nommé Félix de la Mata , mourut le 28.
Avril à Pampelune , âgé de 125. ans ; il s'étoit
marié à l'âge de 110. ans pour la troisième fois,
et il a eu trois enfans de sa derniere femme.
et.
Le 29. Dile Marie Cousinet , Dame.de Boisro-
ger , fille de Robert Coasinet , Maître ordinaire
en-l Chambre des Compres de Paris , mort le
JUIN.
L. Vol
1737.
1225
36. Août 1701. et de Di Elizabeth-Catherine
Rousselet , morte le premier May 1694. mourut
d'une fluxion de poitrine à Paris , dans un âge
avancé , sans avoir été mariée..
Le même jour François Gacon , ancien Avocat
au Parlement de Paris , où il avoit été immatri-
culé le 4. Février 1698. et l'un des grands Con-
sultans du Palais , mourut âgé d'environ 63 ans.
Le même jour D. Jeanne-Margueritte de Bre-
han , veuve depuis le 27. Mars 1713. de Charles,
Marquis de Sévigné , Seigneur des Rochers ,
Lieutenant pour le Roy de la Ville de Nantes et
Comté Nantois, et auparavant Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins, avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Fevrier
1-684. mourut à Paris, sans enfans , âgée de 69.
ans. Elle étoit sœur de Jean- François Amalrie
de Bréhan , Comte de Mauron et de Plélo , Sei-
gueur de Galinée , ci-devant Conseiller au Par-
fement de Bretagne ; tous deux enfans de Mau-
rille de Breban , aussi Comte de Mauron et de
Plélo , et de D. Louise de Quelen. Feu Charles?
Marquis de Sévigné , étoit frere de feuë Fran-
go:se -Marguerite de Sévigné , troisiéme femme.
de François Adhemar de Monteil de Castelane ,
Comte de Grignan , Chevalier des Ordres du
Roy ,, et seul Lieutenant General au Gouverne
ment de Provence, morte le 13. Août 1705. tous
deux enfans de Henry , Marquis de Sévigné, Sei-
gneur des Rochers , Maréchal des Camps et Ar
mées du Roy, et Gouverneur de la Ville de Fou-
geres en Bretagne , qui fut tué en 1651. dans un
combat singulier contre le Chevalier d'Albret ,,
et de Marie de Rabutin de Chantal , morte au
mois de May 1696. après s'être renduë celebre
par son esprit et par ses Lettres à la Comtesse de
Grignan ,
1226 MERCURE DE FRANCE
Grignan , sa fille , dont on a donné un Recueil
au Public en 1734. en 6. vol. in 12.
Le 2. May Antoine- Simon le Courtois , Ecuyer
Seigneur d'Avery et de Chome , ci-devant Con
trôleur Géneral des Fermes de Languedoc , ze.
Fils de feu Pierre le Courtois , Ecuyer Conseil-
ler au Siege Présidial de Troyes , et de Margue-
ritte Laigneau , mourut à Paris , laissant de D.
Marthe Ricaud, sa femme, Jacques le Courtois
d'Averly , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris , où il a été reçû le 10. May 1735.
Le 3. mourut subitement à Paris à l'Hôtel de
la Bibliotheque du Roy , âgé de 78. ans , Louis
de Targny , Prêtre du Diocèse de Noyon , Doc-
teur en Théologie de la Faculté de Paris , du 22.
Septembre 1688. l'un des Gardes de la Biblio-
theque du Roy , depuis le mois de Janvier 1712.
et Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Lo ,
Ordre de S. Augustin , Diocèse de Coutances
qu'il avoit obtenuë le 13. May 1724. en remet-
tant celle de Sainte Marie d'Obasine , Ordre de
Citeaux , Diocèse de Limoges , qui lui avoit été
accordée le 17. Octobre . 1723. il s'étoit démis il
y avoit environ 18. mois de la Dignité de Chan-
tre de l'Eglise Métropolitaine de Rheims ,et avoit
été autrefois Principal du College de Dainville.
François Sévin , Pensionnaire depuis 1726. de
l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres , dans laquelle il avoit été reçû Eleve dès
1711. et ensuite Associé en 1714. a cû la Place
de Garde de la Bibliotheque du Roy, vacante par
la mort de Louis de Targny ; il en faisoit les
fonctions depuis quelques années.
Le 3. Dom Etienne Richard , General de
l'Ordre des Chartreux , mourut à la grande Char-
treuse en Dauphiné, dans la 69. année de son
I. Val
âge,
JUIN 1737.
I. Vol.
1227
ge , et dans la 6. de son Géneralat , ayant été
élû le 3. Février 1732. il étoit alors Prieur de la
Chartreuse de Castres en Languedoc , et Visiteur
de la Province d'Aquitaine.Dom Michel de Lar-
nage Prieur de la Chartreuse de S. Hugon , a été
élu Géneral en son lieu et place.
Le 4. Ferdinand , Duc de Curlande , et de Se-
migalle , qui depuis deux à trois ans faisoit son
séjour le plus ordinaire à Dantzig , y mourut
dans la 82. année de son âge , étant né le 2. No-
vembre 1655. il étoit 4 fils de Jacques , Duc de
Curlande et de Semigalle , mort le 31. Décembre
1682.et de Louise-Charlotte de Brandebourg,
morte le 29. Août 1676. il avoit embrasse la
Religion Catholique en 1698. et il avoit été au-
trefois Lieutenant d'Artillerie des Troupes de
l'Electeur de Brandebourg et ensuite du Roy de
Pologne. Après la mort du Duc Frederic Casi-
mir , son frere aîné , arrivée le
22. Janvier .
1698. il eut la Régence et l'administration du
Duché de Curlande jusqu'en 1710. pendant la
minorité du Duc Frédéric Guillaume , son ne-
veu , qui mourut le 21. Janvier 1711. il devoit
être son successeur , étant le seul mâle qui restất
de sa Maison , mais Anne Juanowna , veuve de
son neveu , quoique sans enfans , garda ses Etats
jusqu'en 1730. qu'elle fut apellée au Trône de
la Monarchie de Russie ; ensorte qu'il ne reçut
l'investiture du Duché de Curlande et de ses dépen
dances du Roy de Pologne , que le 28. Février
1731. Il s'étoit marié le 25. Septembre 1730.
avec Jeanne- Magdelaine de Saxe , née le 17.
Mars 1708, fille de feu Jean- Georges , Duc de
Saxe-Weissenfels , et de Frederique- Elizabeth de
Saxe-Eysenach. Il n'en a point eû d'enfans , de-
sorte qu'en lui finit la Maison de Ketler , qui
avoit
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Oüen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
.de Paris , mourut dans la 84. année de son âge
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Consciller au Parlement le 6. May 1682. il mon-
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont, Courbevoye, & c. Conseil
ler-Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances ,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feüe Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
L.Voli
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
l'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte- Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit eû d'elle deux enfans ; sçavoir,
Jean-Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese - Gene-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port - Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
1. Val.
nang
*
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Ouen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
de Paris , mourut dans la 84. année de son âge ,
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Conseiller au Parlement le 6. May 1682. il mon
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont , Courbevoye, & c. Conseil
ler- Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feue Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
I Vol
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
P'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte-Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit cû d'elle deux enfans ; sçavoir
"
Jean- Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
Laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese Genc-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar-
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Loüis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port- Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
I. Val.
nang
230 MERCURE DE FRANCE
nant General de ses Armées , Grand-Bailly et
Gouverneur de Peronne , Montdidier et Roye ,
mort au mois de Décembre 1689. et de Dame
Marie Molé de Jusanvigny , morte le 21. Jan-
vier 1694. Il ne lui restoit plus qu'une Fille , qui
est D. Pauline- Corisande de Pas- Feuquieres ,
née le 19. Janvier 1704. et mariée le 30. Jan-
vier 1720. avec Joachim Adolphe de Seigliere
Marquis de Soyecourt , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Brigadier des Armées
du Roy , ci-devant Colonel du Regiment de
Bourgogne.
Le 9. Jean-Jacques du Bergier , Seigneur des
Salles , et de Montaumer , Gentilhomme Ore
dinaire du feu Duc d'Orleans , mourut à Paris
en la Maison des PP. de la Doctrine Chrétien-
ne , dans un âge fort avancé.
Il étoit Fils de
Jean-Jacques Bergier , Seigneur des Salles , et
de Marie de Machaut , et veuf de Marie Gene-
viéve Routtier, morte le 24. Janvier 1731. âgée
de 74. ans, Fille de Michel Routtier Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , et de Ge
nevieve Lalleman.
Le 11. Augustin de la lacquerie de Simphalle,
natif de Beauvais en Picardie , Chanoine-Dia-
cre de l'Eglise Métropolitaine de Paris,mourut âgé
de 84.ans comple:s moins un jour, étant né le 12.
May 1653. Il étoit petit Neveu du célebre Clau-
de Joly , Chantre , Chanoine et Official de Pa-
ris , mort le 16. Janvier 1700. dans la 94 an-
née de son âge , qui lui avoit resigné avant sa
mort son Canonicat , auquel il fut reçû le 25.
du même mois de Janvier. Il étoit auparavant
Chanoine et Théologal de l'Eglise de Tournay.
Claude Joly avoit succedé en 1631. dans ce Ca
nonicat à Gui Loysel , son Oncle ; celui- ci à
I. Vol.
Arnoul
JUIN.
17370
1231
Arnoul du Mesnil , son grand Oncle en 1590.
et ce dernier à Paul du Mesnil , son Frere , en
$ 178 . ainsi il y avoit 159. ans que ce Bénéfice
étoit dans cette Famille.
Le 12. D. Catherine Turgot de Saint Clair ;
Epouse de Claude-Charles Hatte de Chevilly
Brigadier des Armées du Roy , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , et ci-devant Ca-
pitaine au Regiment des Gardes Françoises , et
auparavant veuve de Gilles d'Aligre , Seigneur
de Boislandry et de Beauvoir , Conseiller au
Parlement de Paris , decédé le 12. Avril 1711 .
mourut à Paris après 6, mois d'une maladie de
langueur, âgée d'environ 65. ans , sans laisser
d'enfans. Elle étoit fille de feu Antoine Turgot ,
Seigneur de S, Clair , Lanteuil , le Ménil-Gon-
douin
Belon , Sainte Honorine , &c. mort
Sous-Doïen des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel
du Roy , le 15. Février 1713. et de feuë D,
Jeanne du Tillet , morte le 12 May 1728,
Le 13. Sœur Angelique de Lanfernat , sur
nommée de Tous - les- Saints , Religieuse, Ursuli-
ne du Convent de Crevant , ou Cavant en Au-
xerrois, mourut dans ce Monastere, âgée de plus
d'un Siécle. Elle étoit fille afnée de Charles de
Lanfernat , Ecuyer , Seigneur de la Jaque mi-
niere , et des Bards , et de D. Claude-Marie du
Plessis de la Perrine , Dame d'Asnieres , quifu
rent mariés par Contrat du 28. Décembre 1635,
Elle fur ondoyée au Château de la Jacquemi-
niere au Perche , et baptisée peu de jours après
dans l'Eglise de Moncorbon , le jour de Noël
?
25. Décembre 1636. Elle avoit deux Sœurs ca-
dettes , Religieuses au Convent des Ursulines de
Crevant , où elles sont mortes en reputation de
Sainteté ,
gées de plus de 80. ans, Elle prit à
J. Vol.
Jeug
1232 MERCURE DE FRANCE
leur exemple le même parti ; et après son No-
viciat , elle fut admise à la Profession le s. No-
vembre 1662. Elle a édifié , pendant sa vie
1
toute la Communauté par ses vertus , et par sa
régularité à remplir les Observances de son état,
dont elle ne s'estjamais relâchée , même dans sa
vieillesse la plus avancée. Feu Edme de Lanfer-
nat , son frere , Seigneur de la Jacqueminiere et
d'Asnieres , mort au mois d'Octobre 1718. a
laissé de Catherine Sauvat , qu'il avoit épousée
Je 9. Juin 1676, et du chef de laquelle il étoit
devenu Seigneur de Villars , Paroisse de Cham-
pignelles près de S. Fargeau en Puisaye ; entre
autres Enfans , Jean
·
Baptiste de Lanfernat ,
Seigneur de Villars , marié avec Damoisel
le Guillaume de Marsangis , d'auprès de Sens ,
et Charlote de Lanfernat , mariée avec Joseph
de Montigny , Seigneur de Montigny- les-Has-
tes , Paroisse de Pereux. On a parlé de la Fa-
mille de Lanfernat dans le Mercure du mois
de Février 1731. p. 284 à l'occasion de la mort
de D. Louise- Marie de Lanfernat , Dame de
Courteilles- le-Guerin , du Teil , et de Cham-
moteux , Veuve de François de l'Osmone , Sei-
gneur du Bois-de- la-Pierre , Exempt des Gardes
du Corps du Roy , et Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , laquelle s'étoit fait connoître par son
talent pour la Poësie , et par les Recherches et
Mémoires qu'elle avoit faites sur l'Histoire de
Normandie.
Le 14 May , Louis de Rochechouart, Seigneur
de Montigny et du Monceau , qui avoit servi
dans sa jeunesse en qualité d'Enseigne , et en-
suite de Lieutenant des Galeres , mourut dans
son Château de Montigny , dans la Forêt d'Or-
leans , âgé de 72. ans 10 mois. 11 étoit fils
I. Vol.
d'Isaac
du Roi.
JUIN.
1737.
1233
Isaac- Louis de Rochechouart , Seigneur de
Montigny, de la Brosse et du Monceau , Baron
de Loury dans la Forêt d'Orleans, mort en 1683.
et de Françoise le Conquerant , sa premiere fem-
me , et il avoit épousé en 1692. Elizabeth de
Cugnac , fille de Philipe de Cugnac , Baron de
Jouy en Beauce , et d'Elizabeth de Morain-
ville, Il en laisse Louis-Philipe-Esprit-Juvenal
de Rochechouart, Chevalier des Ordres de N.D.
du Mont Carmel , et de S. Lazare de Jerusalem,
Capitaine dans le Regiment de la Reine Infan-
terie; Pierre-Jules-César de Rochechouart, Evê-
que d'Evreux , sacré le 15. Février 1734. Jo-
seph de Rochechouart , et Louise Elisabeth de
Rochechouart , mariée le 10. Décembre 1731.
avec Henri Lambert d'Herbigny , Marquis de
Thibouville , ci-devant Mestre de Camp du Re-
giment de Dragons de la Reine.
Le 17. D. Marguerite de Lalive , veuve depuis
le 17. Juin 1731. de Jean Martial de Jaucen de
la Perriére, Seigneur de Crosne , et de Noisy sur
Seine,Conseiller-Secretaire du Roi, Maison,Cou-
ronne de France et de ses Finances , ancien Re-
ceveur general des Finances de Flandres , et an-
cien Fermier general , mourut en son Châ-
teau de Crosne , âgée d'environ 84. ans , lais-
sant 2. filles,qui sont D. Marie Anne de Jaucen,
veuve de Pierre Larcher , Marquis d'Arey , et
de Vindici, Seigneur d'Avrilly , Bailli d'Epée de
Vermandois , et Président en la Chambre des
Comptes de Paris , et D. Marguerite Françoise
de Jaucen, épouse de François- Louis - Martial de
Montiers , Comte de Merinville , Vicomte de
Brigueil , Baron de Montrocher , et de Château-
brun, Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , et Brigadier des Armées
Lo
234 MERCURE DE FRANCE
Le 27. La Dlle Lucas , fille aînée de feu An-
toine-Jean Lucas , Seigneur de Romeval , et de
Neuvirelle , Conseiller en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris mort le 7. Décembre 1728.
et de D. Anne Magdelaine Loyseau , sa veuve ,
mourut
>
âgée de 21. ans ou environ .
Le 29. Alexis Paneau , Conseiller-Secretaire da
Roi,Maison,Couronne de France et de ses Finan.
ces, Honoraire , et ancien Directeur general des
Aydes et Entrées de la Ville de Paris, aussi ancien
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville , mourut
dans la 100e. année de son âge , étant né au mois
de Juillet 1637. Il avoit été marié 1º. avec Vic-
toire Elian , Femme de Chambre des Enfans de
France , morte le 22. Septembre 1694. 2 ° avec
Jeanne- Angelique le Vaillant , sœur de François
le Vaillant , Conseiller au Grand Conseil. Il
laisse de celle-ci 2. filles qui ne sont point ma-
riées , et de la premiere un fils apellé le sieur
d'Arty, qui lui a succedé dans l'Emploi de Di-
recteur General des Aydes et Entrées de Paris ,
et qui a épousé une des filles de Louis Guillau-
me , Ecuier , Sieur de Fontaine, Commissaire et
Controlleur de la Marine au Département de
Flandres et de Picardie , et de Marie Armande
Carton.
Le premier Juin , D. Marie- Thérese Colbert ,
veuve depuis le 6. Novembre 1725. de Jacques
Eleonor Rouxel, Comte de Medavy et de Gran-
cey , Maréchal de France , Chevalier des Or-
dres du Roi , Gouverneur de la Ville et Princi-
pauté de Sedan, avec lequel elle avoit été mariée
le 12. Juin 1685. mourut à Paris , âgée de 68 .
ans , sans laisser d'enfans. Elle étoit fille d'E-
douard-François Colbert , Comte de Maulevrier,
Baron de la Frogerie &c. Chevalier des Ordres
da
I. Vol.
JUIN.
1737.
1235
du Roi , Lieutenant General de ses Armées , or
Gouverneur des Ville et Citadelle de Tournay
>
mort le 31. Mai 1693. et de Marie Magdelaine
Bautrude Serrant , morte le 10. Mars 1700.
Le même jour D. Louise - Emilie de la Tour
d'Auvergne, ancienne Abbesse de l'Abbaye Roya
ie de Montmartre-lès- Paris , mourut dans le
Monastere du Prieuré du Cherchemidi , où elle
s'étoit retirée, dans la 70. aunée de son âge . Elle
étoit Professe de l'Abbaye de N. D. de Soissons,
de l'Ordre de S. Benoît, elle fut nommée au mois
de Février 1707. Abbesse de S. Remy de Villers-
Côte-Rets , du même Ordre , Diocèse de Sois-
sons,d'où elle fut transferée au mois de Novem-
bre 1727. à celle de Montmartre , dont elle
donna sa démission au mois de Février 1735.
Elle étoit fille de Frédéric- Maurice de la Tour ,
Comte d'Auvergne et d'Oliergues , Marquis de
Lanquais, Colonel Général de la Cavalerie Lé
gere de France , Lieutenant Général des Armées
du Roy , Gouverneur et Sénéchal du haut et bas
Limosin , mort le 23. Novembre 1707. et de
Henriette- Françoise de Hohen- Zollern , Mar-
quise de Berg-op - Zoom , sa premiere femme
morte le 17. Octobre 1698.
Le 7. Avril , pâquit dans le Château de Wailly
Marie Anne Christiane Josephine, fille premiere
née de Louis Ferdinand Joseph de Croy , Duo
d'Havré , et de Croy , Prince du Saint Empire ,
Grand d'Espagne de la premiere Classe, Châtelain
heréditaire de Mons , Marquis de Thie-le Châ-
teau,&c. Colonel du Régiment de la Couronne,
et de D. Marie- Louise Cunegonde de Montmo-
rency-Luxembourg , mariés le 16. Janvier de
Pannée derniere 1736. elle fut baptisée le lende-
I
main
1236 MERCURE DE FRANCE
main 8. par l'Evêque d'Amiens dans l'Eglise pa,
roissiale de ce lieu au bruit de plusieurs déchar
ges de canon. Les Parain et Maraine furent
Louis Christian de Montmorency - Luxembourg,
Comte Souverain de Luxe , Comte de Beau-
mont , Seigneur de Dollor , Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Gene
ral au Gouvernement de Flandres , et Gouver
neur de Valenciennes
la baptisée.
Ayeul maternel
"
et
D. Marie-Anne Cesarée Lanti, Duchesse Dožiai-
riere d'Havré , et de Croy , Ayeule paternelle de
Quelques semaines après cette cérémonie , il
y eut dans les Jardins du Château de Wailly un
fort -beau feu d'artifice , qui fut tiré entre 9. et
10. heures du soir avec beaucoup de succès. Il
fut accompagné d'une illumination d'environ
3000. lampions dont toutes les fenêtres du Châ-
teau étoient entourées ; quantité de piramides
sur les bords d'un Canal , qui passe au milieu
du jardin , étoient aussi garnies de lampions ,
et formoient par la reverberation de leur lumie
re dans le canal un objet fort charmant à la vûë,
Plusieurs personnes de la premiere distinction
de la Province , se trouverent à cette fête.
Le premier Avril dernier , D. Joachim- An
toine Ximenès , Marquis d'Ariza , et de la Guar-
dia , Amirante heréditaire du Royaume d'Arra-
gon , Grand d'Espagne de la premiere Classe ,
veuf de feie. D. Rose Perez de Gusman Bueno
Sylva et Mendoza , épousa dans la Chapelle
du Château de Wailly à 4. lieues d'Amiens en
Picardie , Dlle Marie Anne. Charlotte de Croy,
âgée d'environ 20. ans, seconde fille de feu Jean-
Baptiste Erançois Joseph.de Croy , Duc d'Ha
J Vol.
γκέ
JU IN.
1737.
1237
ré et de Croy , Marquis de Wailly , Prince de
l'Empire, Grand d'Espagne de la premiere Clas-
se , mort le 24. Mai 1727. et de D. Marie An-
ne Cesarée Lanti , sa veuve , Duchesse Douai-
riere d'Havré et de Croy. La cerémonie des Fian
çailles , et des Epousailles fut faite par Louis-
François d'Orleans de la Mothe , Evêque d'A-
miens.
Et Mariages.
Le 28. Mars D. Henriette-Louise de Beauvau, veuve depuis le 10. Juin 1727. de Henri
de Choiseul-la Riviere , apellé le Marquis de
Choiseul , Comte de la Riviere , Chevigny ,
I. Vol .
Hiiij
1218 MERCURE DE FRANCE
et Couloutre , Vicomte de Bouconville , Ba
ron de Lux , Seigneur de Giry , Chassy , Briga-
dier des Armées du Roy, ancien Mestre de Camp
du Regiment de la Reine Cavalerie, avec lequet
elle avoit été mariée le 28. Avril 1711. mou-
rut à Paris , âgée d'environ 51. ans. Elle étoit
Fille puinée de Gabriel - Henri de Beauvau ,
Marquis de Montgauger , Comte de Crissé ,
ci- devant Capitaine des Gardes de feu Phi-
lipe , Fils de France , Duc d'Orleans , et de feuë
Marie- Angelique de Saint André , sa premiere
Femme. Elle laisse pour Fils unique César - Ga-
briel de Choiseul- la- Riviere, Comte de la Rivie-
re , apellé le Marquis de Choiseul , né le 14.
Août 1712. Mestre de Camp de Cavalerie, Sous-
Lieutenant de la Compagnie des Chevau Le-
gers Dauphins , du 25. Mars 1734. et aupara➡
vant Cornette de celle des Chevau - Legers de
Berri , dont le mariage avec Marie de Champa-
gne de Villaines est raporté dans le Mercure du
mois de May 1732. p. 1022.
Le 31. D. Louise - Henriette - Françoise de
Lorraine ,Duchesse Douairiere de Bouillon , Fille
aînée d'Anne- Marie- Joseph de Lorraine , Com .
re et Prince de Guise sur Moselle , et de feuë D.
Marie-Louise- Christine de Castille
·
Heritiere de Montjeu , morte le 11.Janv. 1736.
mourut à Paris , après une longue maladie de
poitrine , âgée de 30. ans. Elle avoit été mariée
le 21. Mars 1725. avec Emmanuel - Théodose
de la Tour , Duc de Bouillon , Vicomte de Tu-
renne, Duc d'Albret,et de Châteauthierry, Com-
te d'Auvergne , d'Evreux et du bas Armagnac ,
Baron de la Tour et de Mongaçon , &c. Pair ,
et ci -devant Grand Chambellan de France, Gou-
verneur et Lieutenant General du haut et bas
I. Vel,
Jeannin,
Auvergne
JUIN.
née le 20. Décembre 1728.
1737.
1219
Auvergne , mort le 17. May 1730. Elle étois
sa quatriéme Femme. Elle laisse de lui une Fille,
Le 1. Avril Jean- Luc, de Lauzieres, Marquis
deThemines- Cardailhac, Mestre de Camp de Ca-
valerie, par Brevet du premier Décembre 1718.
Gouverneur des Ville et Château de Dommes
en Perigord , par Provisions du 1. Juin 1721.
et Gentilhomme de la Chambre du Duc d'Or- .
leans , par autres Provisions du 5. Mars 1724.
mourut à Paris , âgé de 63. ans. Il avoit été
Chevalier de l'Ordre de S. Jean de Jerusalem ,
dont il quitta la Croix , lorsqu'il se maria le
13. Novembre 1730. avec Angelique - Sophie
d'Hautefort , Fille de feu Charles-Louis d'Hau-
tefort, Marquis de Surville , Lieutenant General
des Armées du Roy , et de Louise de Crevant-
d'Humieres. Le Duc d'Orleans lui accorda alors
une pension de 4000. livres pour le dédomma-
ger de la perte d'une de 3000. livres qui lui
avoit été accordée sur l'Evêché de Perigueux. le
11. Janvier 1721. Il étoit Fils puiné de feu
Henri de Lauzieres , Seigneur de Saint Beaulize,
et du Bosc , et de Marie de Nogaret de Tre-
lans. Le Duc d'Estrées , dernier mort , lui avoit
fait une donation entrevifs de plusieurs Terres
et Seigneuries provenantes de la Maison de Lau-
zieres-Themines , le 11. May 1721. Elles lai
furent disputées par les Soeurs du Donataire ,
mais il fut confirmé dans la proprieté , posses-
sion et jouissance de ces Terres , par Arrêt
contradictoire du Parlement de Toulouse du 29.
May 1728 .
Le 3. D. Cecile- Catherine de Falconis , Dame
d'Auvilliers , Veuve d'Antoine d'Amanzé, Com-
se de Choffailles en Mâconnois , Seigneur d'Ar-
I. Vel
Hr singes
1220 MERCURE DE FRANCE
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris ,
âgée d'environ fr. ans, laissant un Fils âgé de 20.
ans › et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre -Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ouroy , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paul
de Grivel
?
Comte d'Ouroüer , en
1
Berri
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feuë Dame Mar-
guerite-Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
on a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans , et sans avoir été marié.
Le 9: Nicolas-Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci- devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a étés
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau . Il avoit été d'a→
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
anat , et il se distingua à la Bataille de la Staf
I. Voli
-farde
JUIN.
1737.
1221
farde en Piémont le 18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel-
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur- Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699: à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mar
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cap de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
ze ans ; Jean Baptiste - François - Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22% Avril 1713 et Catherine- Cons "
tance-Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
IA-Foto-
H-vj
miques
1220 MERCURE DE FRANCE
"
singes , de Vize , de Ballemont , de Saint Ger-
main de la Montagne, &c. avec lequel elle avoit
été mariée le 17. Juin 1705. mourut à Paris
âgée d'environ fr. ans,laissant un Fils âgé de 20.-
ans , et une Fille plus jeune. Elle étoit Fille de
Pierre-Louis de Falconis , Seigneur d'Auvilliers-
et de Lierval , mort le 17. Mars 1692. et d'Eli-
zabeth de Monthelon , morte au mois de Jan-
vier 1729.
Le 4. Leonor-Hubert de Grivel , Marquis
d'Ourey , Colonel d'un Regiment d'Infanterie
de son nom , ci- devant de Vendôme par Com--
mission du 27. Juin 1726. Fils aîné de Paui
de Grivel , Comte d'Ourouer
en
Berri 9
qu'on prononce Ouroy) de Grossauve, &c..
autrefois Mestre de Camp- Lieutenant du Regi-
ment d'Anjou Cavalerie , et de feue Dame Mar-
guerite -Françoise le Bourgoing de Faulin , dont
ön a annoncé la mort dans le Mercure du mois.
de May 1736. p. 1032. mourut à Paris , âgé
de 28. ans, et sans avoir été marié.
Le 9. Nicolas- Simon Arnauld , Marquis de
Pomponne , de Palaiseau et de Champlant , Bri--
gadier des Armées du Roy , ci-devant Lieute-
nant General , et Commandant pour S. M. au
Gouvernement de l'Isle de France et Soisson-
nois, mourut à Paris âgé de 74. ans ri. mois,
Son Corps fut aporté le 11. au soir de Saint Sul-
pice , sa Paroisse , à Saint Merry , où il a été
inhumé dans la Chapelle de, sa Famille. Son
Coeur a été porté à Palaiseau. Il avoit été d'a—
bord Capitaine dans le Reginent du Roy. Il fut
fait ensuite Colonel de celui de Hainaut au mois
de Septembre 1684. H servit à la tête de ce Re-
giment en Savoye sous le Maréchal de Ca-
nar , et il se distingua à la Bataille de la Staf-
I. Vali
farde
JUIN.
farde en Piémont le
1737.
1221
18. Août 1690. Il eut le
Regiment d'Artois au mois de Septembre 1692
et il fut fait Brigadier d'Infanterie le 30. Mars
1693. Il alla au mois de Mars 1699. à Bruxel
les , avec le caractere d'Envoyé Extraordinaire
du Roy vers le feu Electeur Duc de Baviere ,
pour le complimenter sur la mort du Prince
Electoral , son Fils. Il étoit Fils aîné de feu Si
mon Arnauld , Marquis de Pomponne , Minis-
tre d'Etat , et Sur - Intendant General des Postes
et Relais de France , ci-devant Secretaire d'Etat
ayant le Département des Affaires étrangeres ,
mort le 26. Septembre 1699 ; à l'âge de 81. ans,
et de Catherine- Renée Ladvocat , morte le 31.
Décembre 1711. à l'âge de 75. ans , Sœur aînée
de Charlote- Renée l'Advocat , Veuve du Mara
quis de Vins , actuellement vivante. Le Marquis
de Pomponne , qui vient de mourir , étoit Fre→
re de l'Abbé de Pomponne , Conseiller d'Etat
Ordinaire , et Chancelier des Ordres du Roy ,
et de la Marquise de Torcy-Colbert ; il avoit
été marié le 11. Mars 1694 avec Constance de
Harville de Palaiseau , Fille de feu François de
Harville des Ursins , Marquis de Palaiseau , de
Doué et de Trainel, Chevalier de l'Ordre du Roi,
Maréchal de Cainp de ses Armées, et Gouverneur
des Ville et Citadelle de Charleville,et de Monto-
himpe , mort le 12 Octobre 1701 et de feuë
Anne de Comans d'Astry , sa seconde Femme ,
morte au mois d'Août 1693. Il avoit eu d'elle
Henri Charles Arnauld , Comte de Pomponne ,
mort le trente Juillet 1711. âgé de quator-
·
ze ans ; Jean Baptiste - François- Felix Ar-
nauld de Pomponne, mort dans la 10. année de
son âge , le 22 Avril 17136 et-Catherine- Cons
tance- Emilie Arnauld de Pomponne , restée Fille
Is-Vols-
Hivj
miquet
1222 MERCURE DE FRANCE
unique, mariée le 25 Juin 1715. avec Jean-Joa-i
chim Rouault , Comte de Cayeu , aujourd'hu
Marquis de Gamaches, et Maréchal de Camp des
Armées du Roy.,
Le 12. Philipe Hecquet , Docteur-Regent, an-
cien Professeur , et ancien Doyen de la Faculté
de Médecine de Paris , connu par plusieurs Ou-
vrages de sa Profession , qu'il avoit rendus pu-
blics mourut âgé de 74. ans. Il avoit quité
•
depuis 1o. ans l'exercice de la Medecine , il s'é-
toit retiré dans l'Enclos du Convent des Car-
melites du Fauxbourg S. Jacques. On prétend
qu'il y avoit 30. ans qu'il n'avoit mangé de
viande , ni bû de vin .
Le 13. Nicolas Henin , Conseiller du Roy ea
son Grand Conseil , où il avoit été reçû le s .
May 1688. mourut après avoir été trois jours
entiers en apoplexie létargique.
Il étoit âgé de
82. ans 11. mois 10. jours , étant né le 3. May
1654. Il étoit veuf d'Anne- Henriette Brice
dont il laisse deux Fils et une Fille , ainsi qu'on
l'a raporté en annonçant la mort de cette Da-
me dans le Mercure du mois de Novembre
1734. P. 1530.
Le 26. Louis le Goux de la Berchere , Comte
de la Rochepot , Marquis de Santenay , Baron de
Thoisy, Seigneur de la Berchere , Conseiller d'E-
tat ordinaire , mourut à Paris subitement en alg
lant se mettre à table pour dîner. Il étoit dans la
61. année de son âge , étant né le 10. Octobre
1676. il avoit été successivement Conseiller au
Parlement de Paris le 14.Janvier 1699. Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roy le 29
Juillet 1703. et Chancelier et Garde des. Sceaux
de Charles de France , Duc de Berri , le 11. Dé-
sembre 1710. Il perdit cette Charge à la mort de
1. Velo
JUIN.
1737.
1223
ce Prince , et ayant été fait Conseiller d'Etat au
mois de May 1715. il se démit de celle de Maî
tre des Requêtes , et obtint des Lettres d'Hono-
raire le 22. Juin de la même année. Il étoit veuf
sans enfans depuis le 16. Mars 1729. de Magde-
leine-Charlotte Voisin , fille aînée du feu Chan-
celier de France de ce nom , et fils de feu Urbain
le Goux de la Berchere , Marquis de Santenay ,
&c. Maître des RequêtesHonoraire de l'Hôtel du
Roy , ci-devant Intendant successivement à
Moulins , à Riom , à Montauban et à Rouen ,
mort le 30. Août 1721. à l'âge de 79. ans , es
d'Antoinette le Févre d'Eaubonne , morte le 29%
Décembre 1708. âgée de 17. ans.
Le 27. Jean- Baptiste Poncy de Neuville , Prê-
tre, mourut à Paris dans la 39. année de son
âge. Les heureux talens dont il étoit orné , le
font universellement regretter , comme un sujet
également utile à la Religion qu'il a défendue
avec un zele infatigable par ses éloquents et so
lides Sermons ; et à la République des Lettres ,
qu'il a enrichie de plusieurs Ouvrages poëtiques
qui ont mérité plus d'une fois d'être couronnés .
dans l'Académie des Jeux Floraux. Il étoit d'ail
leurs autant estimable par les qualités du cœur
que par celles de l'esprit. Il prononça l'année
derniere avec beaucoup de succès dans l'Eglise
des R R. PP. de l'Oratoire , le Panégyrique de
S. Louis , en présence de deux célebres Acadé
mies. Il a aussi prêché plusieurs Sermons dans
l'Eglise Paroissiale de S. Sulpice et dans d'autres
Eglises de la Ville . Un redoublement de zele
pour les devoirs de son Ministere dans les cir-
constances de la fin du Carême , lui a causé la
maladie qui l'a enlevé en très-peu de jours.
Le même jour D. Jeanne-Louise d'Herbouville
I. Vd.
épouse
1224 MERCURE DE FRANCE
épouse de Charles de Houdetot , dit le Comte de
Houdetot , Chevalier Seigneur de Fontaines-le-
Châtel , de S. Germain des Essours , des Autieux,
&c. son cousin paternel et maternel du 3. au 4.
mourut après une courte maladie d'un abcès dans
la tête , à Paris dans la 26. année de son âge ,
étant née le s. Décembre 1711. elle étoit fille
d'Adrien , Marquis d'Herbouville , Chevalier-
Seigneur de S. Jean du Cardonnay , la Cour-le-
Comte , la Gaillarde , le Bourgdun , Luneray ,
S Pierre le Vieux , Baron de Longueval , Lagny,
fe Marqué , Bellan , &c. ci - devant premier Ea-
seigne de la Compagnie des Gendarmes de la
Garde du Roy , Mestre de Camp de Cavalerie ,
er de D. Françoise- Chrétienne Dauvet des Ma-
rets ; elle laisse un garçon et une fille en bas àge,
n'ayant été mariée qu'au mois de Novembre
1731. c'étoit la cinquiéme alliance réciproque
que ces deux Maisons , qui sont d'une ancienne
Noblesse de Normandie , avoient faites entre-el-
les. La Généalogie de celle de Houdetot est rå-
portée dans le Tome VIII.des Grands Officiers de
la Couronne , au Chapitre des Grands-Maîtres
des Arbalêrriers , page 16. Ses Armes sont d'ar-
gent à une bande d'azur , chargée de trois anne
lets d'or remplis , celui du milieu d'un Lion ,
les deux autres d'une Aigle à deux têtes , et Dia-
prée d'or. Herbouville porte de gueules à une
Fleur de Lys d'or.
Le nommé Félix de la Mata , mourut le 28.
Avril à Pampelune , âgé de 125. ans ; il s'étoit
marié à l'âge de 110. ans pour la troisième fois,
et il a eu trois enfans de sa derniere femme.
et.
Le 29. Dile Marie Cousinet , Dame.de Boisro-
ger , fille de Robert Coasinet , Maître ordinaire
en-l Chambre des Compres de Paris , mort le
JUIN.
L. Vol
1737.
1225
36. Août 1701. et de Di Elizabeth-Catherine
Rousselet , morte le premier May 1694. mourut
d'une fluxion de poitrine à Paris , dans un âge
avancé , sans avoir été mariée..
Le même jour François Gacon , ancien Avocat
au Parlement de Paris , où il avoit été immatri-
culé le 4. Février 1698. et l'un des grands Con-
sultans du Palais , mourut âgé d'environ 63 ans.
Le même jour D. Jeanne-Margueritte de Bre-
han , veuve depuis le 27. Mars 1713. de Charles,
Marquis de Sévigné , Seigneur des Rochers ,
Lieutenant pour le Roy de la Ville de Nantes et
Comté Nantois, et auparavant Sous-Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes Dauphins, avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Fevrier
1-684. mourut à Paris, sans enfans , âgée de 69.
ans. Elle étoit sœur de Jean- François Amalrie
de Bréhan , Comte de Mauron et de Plélo , Sei-
gueur de Galinée , ci-devant Conseiller au Par-
fement de Bretagne ; tous deux enfans de Mau-
rille de Breban , aussi Comte de Mauron et de
Plélo , et de D. Louise de Quelen. Feu Charles?
Marquis de Sévigné , étoit frere de feuë Fran-
go:se -Marguerite de Sévigné , troisiéme femme.
de François Adhemar de Monteil de Castelane ,
Comte de Grignan , Chevalier des Ordres du
Roy ,, et seul Lieutenant General au Gouverne
ment de Provence, morte le 13. Août 1705. tous
deux enfans de Henry , Marquis de Sévigné, Sei-
gneur des Rochers , Maréchal des Camps et Ar
mées du Roy, et Gouverneur de la Ville de Fou-
geres en Bretagne , qui fut tué en 1651. dans un
combat singulier contre le Chevalier d'Albret ,,
et de Marie de Rabutin de Chantal , morte au
mois de May 1696. après s'être renduë celebre
par son esprit et par ses Lettres à la Comtesse de
Grignan ,
1226 MERCURE DE FRANCE
Grignan , sa fille , dont on a donné un Recueil
au Public en 1734. en 6. vol. in 12.
Le 2. May Antoine- Simon le Courtois , Ecuyer
Seigneur d'Avery et de Chome , ci-devant Con
trôleur Géneral des Fermes de Languedoc , ze.
Fils de feu Pierre le Courtois , Ecuyer Conseil-
ler au Siege Présidial de Troyes , et de Margue-
ritte Laigneau , mourut à Paris , laissant de D.
Marthe Ricaud, sa femme, Jacques le Courtois
d'Averly , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris , où il a été reçû le 10. May 1735.
Le 3. mourut subitement à Paris à l'Hôtel de
la Bibliotheque du Roy , âgé de 78. ans , Louis
de Targny , Prêtre du Diocèse de Noyon , Doc-
teur en Théologie de la Faculté de Paris , du 22.
Septembre 1688. l'un des Gardes de la Biblio-
theque du Roy , depuis le mois de Janvier 1712.
et Abbé Commandataire de l'Abbaye de S. Lo ,
Ordre de S. Augustin , Diocèse de Coutances
qu'il avoit obtenuë le 13. May 1724. en remet-
tant celle de Sainte Marie d'Obasine , Ordre de
Citeaux , Diocèse de Limoges , qui lui avoit été
accordée le 17. Octobre . 1723. il s'étoit démis il
y avoit environ 18. mois de la Dignité de Chan-
tre de l'Eglise Métropolitaine de Rheims ,et avoit
été autrefois Principal du College de Dainville.
François Sévin , Pensionnaire depuis 1726. de
l'Académie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres , dans laquelle il avoit été reçû Eleve dès
1711. et ensuite Associé en 1714. a cû la Place
de Garde de la Bibliotheque du Roy, vacante par
la mort de Louis de Targny ; il en faisoit les
fonctions depuis quelques années.
Le 3. Dom Etienne Richard , General de
l'Ordre des Chartreux , mourut à la grande Char-
treuse en Dauphiné, dans la 69. année de son
I. Val
âge,
JUIN 1737.
I. Vol.
1227
ge , et dans la 6. de son Géneralat , ayant été
élû le 3. Février 1732. il étoit alors Prieur de la
Chartreuse de Castres en Languedoc , et Visiteur
de la Province d'Aquitaine.Dom Michel de Lar-
nage Prieur de la Chartreuse de S. Hugon , a été
élu Géneral en son lieu et place.
Le 4. Ferdinand , Duc de Curlande , et de Se-
migalle , qui depuis deux à trois ans faisoit son
séjour le plus ordinaire à Dantzig , y mourut
dans la 82. année de son âge , étant né le 2. No-
vembre 1655. il étoit 4 fils de Jacques , Duc de
Curlande et de Semigalle , mort le 31. Décembre
1682.et de Louise-Charlotte de Brandebourg,
morte le 29. Août 1676. il avoit embrasse la
Religion Catholique en 1698. et il avoit été au-
trefois Lieutenant d'Artillerie des Troupes de
l'Electeur de Brandebourg et ensuite du Roy de
Pologne. Après la mort du Duc Frederic Casi-
mir , son frere aîné , arrivée le
22. Janvier .
1698. il eut la Régence et l'administration du
Duché de Curlande jusqu'en 1710. pendant la
minorité du Duc Frédéric Guillaume , son ne-
veu , qui mourut le 21. Janvier 1711. il devoit
être son successeur , étant le seul mâle qui restất
de sa Maison , mais Anne Juanowna , veuve de
son neveu , quoique sans enfans , garda ses Etats
jusqu'en 1730. qu'elle fut apellée au Trône de
la Monarchie de Russie ; ensorte qu'il ne reçut
l'investiture du Duché de Curlande et de ses dépen
dances du Roy de Pologne , que le 28. Février
1731. Il s'étoit marié le 25. Septembre 1730.
avec Jeanne- Magdelaine de Saxe , née le 17.
Mars 1708, fille de feu Jean- Georges , Duc de
Saxe-Weissenfels , et de Frederique- Elizabeth de
Saxe-Eysenach. Il n'en a point eû d'enfans , de-
sorte qu'en lui finit la Maison de Ketler , qui
avoit
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Oüen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
.de Paris , mourut dans la 84. année de son âge
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Consciller au Parlement le 6. May 1682. il mon-
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont, Courbevoye, & c. Conseil
ler-Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances ,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feüe Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
L.Voli
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
l'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte- Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit eû d'elle deux enfans ; sçavoir,
Jean-Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese - Gene-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port - Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
1. Val.
nang
*
1228 MERCURE DE FRANCE
avoit été investie du Duché de Curlande et de
Semigalle , le 5. Mars 1562. par Sigismond, Roy
de Pologne , en la personne de Gothard Ketler ,
Gentilhomme du Duché de Bergue , er dernier
Grand-Maître de l'Ordre des Chevaliers de Li-
vonie , Bisayeul du Duc qui vient de mourir.
Les Zacharie Morel, Seigneur de la Brosse en
Brie , et de S. Ouen , Conseiller et Doyen du
Parlement , et Doyen des Conseillers de la Ville
de Paris , mourut dans la 84. année de son âge ,
et la sf . de sa Magistrature , ayant été reçû
Conseiller au Parlement le 6. May 1682. il mon
ta à la Grand'Chambre au mois de Novembre
1714. et en devint Doyen le 25. Avril 1735. I
étoit fils de Daniel Morel , Seigneur de Stain-
ville, Haussignemont , Courbevoye, & c. Conseil
ler- Secretaire du Roy et de ses Finances, et Maître
de la Chambre aux Deniers de S. M. mort le 12
Avril 1697. et d'Elisabeth Henryet, morte le 27
Décembre 1691. et il avoit épousé défunte Mi-
chelle-Angélique Titon , fille de feu Maximi-
lien Titon , Baron de Berre , Seigneur d'Ognon,
&c. aussi Secretaire du Roy , et de ses Finances,
et Directeur General du Magazin des Armes de
S. M. et de feue Marguerite Becaille. Il en laisse
un fils , qui a été ci- devant dans le Service Mi-
litaire , er deux filles , tous trois non mariés.
Le 6. D. Marie- Anne Boileau , veuve depuis le
20. Janvier 1710. de Philipe Gourdon , Consei
ler-Secretaire du Roy , Maison , Couronne de
France et de ses Finances, et Secretaire des Com-
mandemens de feue Dile Marie de Lorraine ,
Duchesse de Guise , mourut d'une fluxion de
poitrine , âgée d'environ 76. ans, laissant un fils.
Le 7. May , Jean-Baptiste-Jacques de Saint
Remy, Marquis de Cossé , Seigneur de la Motte-
I Vol
Fouqué
JUIN.
1737.
1229
Fouqué de Montgoubert , &c. mourut en son
Château de la Motte , en Normandie , âgé d'en-
viron 67. ans. Il avoit épousé en 1700. Marie-
Therese-Nicole de Montgommery, fille de Fran-
çois , Comte de Montgommery , Chevalier de
P'Ordre du Roy, et de Marie- Louise de Grisson,
Dame de la Motte-Villebouzin , près de Long-
jumeau et du Mesnil. Elle mourut le 29. Mars
1733. il avoit cû d'elle deux enfans ; sçavoir
"
Jean- Baptiste-François de S. Remy , mort le 25
Avril 1726. âgé de 23. ans , et Marie- Magde-
Laine de S. Remy , aujourd'hui seule et unique
heritiere de sa Maison , qui fut mariée le 20
Décembre 1725. avec Guy- Antoine de S. Si-
mon, Marquis de Courtomer , Mestre de Camp
de Cavalerie , ci- devant Capitaine des Gardes
du Corps de feue la Duchesse de Berry , qui a été
dans sa jeunesse Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de Jerusalem , et qui devint en 1724. l'aîné de
sa Maison par la mort sans enfans de Jacques-
Antoine de S. Simon , son frere , Marquis de
Courtomer , Comte de Montreuil , Colonel du
Régiment de Soissonnois,
Le 8. D. Marie- Madelaine- Therese Genc-
viéve de Mouchy d'Hocquincourt , Veuve depuis
le 27. Janvier 1711. d'Antoine de Pas , Mar-
quis de Feuquieres , Lieutenant General des Ar-
mées du Roy , Gouverneur des Ville et Cita-
delle de Verdun , et Païs Verdunois , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Loüis , et ancien Che-
valier d'Honneur du Parlement de Metz , avec
lequel elle avoit été mariée au mois de Janvier
1695. mourut à Paris dans le Monastere de
Port- Royal , âgée de 68. ans. Elle étoit Fille
de Georges de Mouchy , Marquis d'Hocquin-
Court , Chevalier des Ordres du Roy , Lieute
I. Val.
nang
230 MERCURE DE FRANCE
nant General de ses Armées , Grand-Bailly et
Gouverneur de Peronne , Montdidier et Roye ,
mort au mois de Décembre 1689. et de Dame
Marie Molé de Jusanvigny , morte le 21. Jan-
vier 1694. Il ne lui restoit plus qu'une Fille , qui
est D. Pauline- Corisande de Pas- Feuquieres ,
née le 19. Janvier 1704. et mariée le 30. Jan-
vier 1720. avec Joachim Adolphe de Seigliere
Marquis de Soyecourt , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Brigadier des Armées
du Roy , ci-devant Colonel du Regiment de
Bourgogne.
Le 9. Jean-Jacques du Bergier , Seigneur des
Salles , et de Montaumer , Gentilhomme Ore
dinaire du feu Duc d'Orleans , mourut à Paris
en la Maison des PP. de la Doctrine Chrétien-
ne , dans un âge fort avancé.
Il étoit Fils de
Jean-Jacques Bergier , Seigneur des Salles , et
de Marie de Machaut , et veuf de Marie Gene-
viéve Routtier, morte le 24. Janvier 1731. âgée
de 74. ans, Fille de Michel Routtier Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , et de Ge
nevieve Lalleman.
Le 11. Augustin de la lacquerie de Simphalle,
natif de Beauvais en Picardie , Chanoine-Dia-
cre de l'Eglise Métropolitaine de Paris,mourut âgé
de 84.ans comple:s moins un jour, étant né le 12.
May 1653. Il étoit petit Neveu du célebre Clau-
de Joly , Chantre , Chanoine et Official de Pa-
ris , mort le 16. Janvier 1700. dans la 94 an-
née de son âge , qui lui avoit resigné avant sa
mort son Canonicat , auquel il fut reçû le 25.
du même mois de Janvier. Il étoit auparavant
Chanoine et Théologal de l'Eglise de Tournay.
Claude Joly avoit succedé en 1631. dans ce Ca
nonicat à Gui Loysel , son Oncle ; celui- ci à
I. Vol.
Arnoul
JUIN.
17370
1231
Arnoul du Mesnil , son grand Oncle en 1590.
et ce dernier à Paul du Mesnil , son Frere , en
$ 178 . ainsi il y avoit 159. ans que ce Bénéfice
étoit dans cette Famille.
Le 12. D. Catherine Turgot de Saint Clair ;
Epouse de Claude-Charles Hatte de Chevilly
Brigadier des Armées du Roy , Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , et ci-devant Ca-
pitaine au Regiment des Gardes Françoises , et
auparavant veuve de Gilles d'Aligre , Seigneur
de Boislandry et de Beauvoir , Conseiller au
Parlement de Paris , decédé le 12. Avril 1711 .
mourut à Paris après 6, mois d'une maladie de
langueur, âgée d'environ 65. ans , sans laisser
d'enfans. Elle étoit fille de feu Antoine Turgot ,
Seigneur de S, Clair , Lanteuil , le Ménil-Gon-
douin
Belon , Sainte Honorine , &c. mort
Sous-Doïen des Maîtres des Requêtes de l'Hôtel
du Roy , le 15. Février 1713. et de feuë D,
Jeanne du Tillet , morte le 12 May 1728,
Le 13. Sœur Angelique de Lanfernat , sur
nommée de Tous - les- Saints , Religieuse, Ursuli-
ne du Convent de Crevant , ou Cavant en Au-
xerrois, mourut dans ce Monastere, âgée de plus
d'un Siécle. Elle étoit fille afnée de Charles de
Lanfernat , Ecuyer , Seigneur de la Jaque mi-
niere , et des Bards , et de D. Claude-Marie du
Plessis de la Perrine , Dame d'Asnieres , quifu
rent mariés par Contrat du 28. Décembre 1635,
Elle fur ondoyée au Château de la Jacquemi-
niere au Perche , et baptisée peu de jours après
dans l'Eglise de Moncorbon , le jour de Noël
?
25. Décembre 1636. Elle avoit deux Sœurs ca-
dettes , Religieuses au Convent des Ursulines de
Crevant , où elles sont mortes en reputation de
Sainteté ,
gées de plus de 80. ans, Elle prit à
J. Vol.
Jeug
1232 MERCURE DE FRANCE
leur exemple le même parti ; et après son No-
viciat , elle fut admise à la Profession le s. No-
vembre 1662. Elle a édifié , pendant sa vie
1
toute la Communauté par ses vertus , et par sa
régularité à remplir les Observances de son état,
dont elle ne s'estjamais relâchée , même dans sa
vieillesse la plus avancée. Feu Edme de Lanfer-
nat , son frere , Seigneur de la Jacqueminiere et
d'Asnieres , mort au mois d'Octobre 1718. a
laissé de Catherine Sauvat , qu'il avoit épousée
Je 9. Juin 1676, et du chef de laquelle il étoit
devenu Seigneur de Villars , Paroisse de Cham-
pignelles près de S. Fargeau en Puisaye ; entre
autres Enfans , Jean
·
Baptiste de Lanfernat ,
Seigneur de Villars , marié avec Damoisel
le Guillaume de Marsangis , d'auprès de Sens ,
et Charlote de Lanfernat , mariée avec Joseph
de Montigny , Seigneur de Montigny- les-Has-
tes , Paroisse de Pereux. On a parlé de la Fa-
mille de Lanfernat dans le Mercure du mois
de Février 1731. p. 284 à l'occasion de la mort
de D. Louise- Marie de Lanfernat , Dame de
Courteilles- le-Guerin , du Teil , et de Cham-
moteux , Veuve de François de l'Osmone , Sei-
gneur du Bois-de- la-Pierre , Exempt des Gardes
du Corps du Roy , et Chevalier de l'Ordre de
S. Louis , laquelle s'étoit fait connoître par son
talent pour la Poësie , et par les Recherches et
Mémoires qu'elle avoit faites sur l'Histoire de
Normandie.
Le 14 May , Louis de Rochechouart, Seigneur
de Montigny et du Monceau , qui avoit servi
dans sa jeunesse en qualité d'Enseigne , et en-
suite de Lieutenant des Galeres , mourut dans
son Château de Montigny , dans la Forêt d'Or-
leans , âgé de 72. ans 10 mois. 11 étoit fils
I. Vol.
d'Isaac
du Roi.
JUIN.
1737.
1233
Isaac- Louis de Rochechouart , Seigneur de
Montigny, de la Brosse et du Monceau , Baron
de Loury dans la Forêt d'Orleans, mort en 1683.
et de Françoise le Conquerant , sa premiere fem-
me , et il avoit épousé en 1692. Elizabeth de
Cugnac , fille de Philipe de Cugnac , Baron de
Jouy en Beauce , et d'Elizabeth de Morain-
ville, Il en laisse Louis-Philipe-Esprit-Juvenal
de Rochechouart, Chevalier des Ordres de N.D.
du Mont Carmel , et de S. Lazare de Jerusalem,
Capitaine dans le Regiment de la Reine Infan-
terie; Pierre-Jules-César de Rochechouart, Evê-
que d'Evreux , sacré le 15. Février 1734. Jo-
seph de Rochechouart , et Louise Elisabeth de
Rochechouart , mariée le 10. Décembre 1731.
avec Henri Lambert d'Herbigny , Marquis de
Thibouville , ci-devant Mestre de Camp du Re-
giment de Dragons de la Reine.
Le 17. D. Marguerite de Lalive , veuve depuis
le 17. Juin 1731. de Jean Martial de Jaucen de
la Perriére, Seigneur de Crosne , et de Noisy sur
Seine,Conseiller-Secretaire du Roi, Maison,Cou-
ronne de France et de ses Finances , ancien Re-
ceveur general des Finances de Flandres , et an-
cien Fermier general , mourut en son Châ-
teau de Crosne , âgée d'environ 84. ans , lais-
sant 2. filles,qui sont D. Marie Anne de Jaucen,
veuve de Pierre Larcher , Marquis d'Arey , et
de Vindici, Seigneur d'Avrilly , Bailli d'Epée de
Vermandois , et Président en la Chambre des
Comptes de Paris , et D. Marguerite Françoise
de Jaucen, épouse de François- Louis - Martial de
Montiers , Comte de Merinville , Vicomte de
Brigueil , Baron de Montrocher , et de Château-
brun, Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de la Reine , et Brigadier des Armées
Lo
234 MERCURE DE FRANCE
Le 27. La Dlle Lucas , fille aînée de feu An-
toine-Jean Lucas , Seigneur de Romeval , et de
Neuvirelle , Conseiller en la Grand'Chambre du
Parlement de Paris mort le 7. Décembre 1728.
et de D. Anne Magdelaine Loyseau , sa veuve ,
mourut
>
âgée de 21. ans ou environ .
Le 29. Alexis Paneau , Conseiller-Secretaire da
Roi,Maison,Couronne de France et de ses Finan.
ces, Honoraire , et ancien Directeur general des
Aydes et Entrées de la Ville de Paris, aussi ancien
Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville , mourut
dans la 100e. année de son âge , étant né au mois
de Juillet 1637. Il avoit été marié 1º. avec Vic-
toire Elian , Femme de Chambre des Enfans de
France , morte le 22. Septembre 1694. 2 ° avec
Jeanne- Angelique le Vaillant , sœur de François
le Vaillant , Conseiller au Grand Conseil. Il
laisse de celle-ci 2. filles qui ne sont point ma-
riées , et de la premiere un fils apellé le sieur
d'Arty, qui lui a succedé dans l'Emploi de Di-
recteur General des Aydes et Entrées de Paris ,
et qui a épousé une des filles de Louis Guillau-
me , Ecuier , Sieur de Fontaine, Commissaire et
Controlleur de la Marine au Département de
Flandres et de Picardie , et de Marie Armande
Carton.
Le premier Juin , D. Marie- Thérese Colbert ,
veuve depuis le 6. Novembre 1725. de Jacques
Eleonor Rouxel, Comte de Medavy et de Gran-
cey , Maréchal de France , Chevalier des Or-
dres du Roi , Gouverneur de la Ville et Princi-
pauté de Sedan, avec lequel elle avoit été mariée
le 12. Juin 1685. mourut à Paris , âgée de 68 .
ans , sans laisser d'enfans. Elle étoit fille d'E-
douard-François Colbert , Comte de Maulevrier,
Baron de la Frogerie &c. Chevalier des Ordres
da
I. Vol.
JUIN.
1737.
1235
du Roi , Lieutenant General de ses Armées , or
Gouverneur des Ville et Citadelle de Tournay
>
mort le 31. Mai 1693. et de Marie Magdelaine
Bautrude Serrant , morte le 10. Mars 1700.
Le même jour D. Louise - Emilie de la Tour
d'Auvergne, ancienne Abbesse de l'Abbaye Roya
ie de Montmartre-lès- Paris , mourut dans le
Monastere du Prieuré du Cherchemidi , où elle
s'étoit retirée, dans la 70. aunée de son âge . Elle
étoit Professe de l'Abbaye de N. D. de Soissons,
de l'Ordre de S. Benoît, elle fut nommée au mois
de Février 1707. Abbesse de S. Remy de Villers-
Côte-Rets , du même Ordre , Diocèse de Sois-
sons,d'où elle fut transferée au mois de Novem-
bre 1727. à celle de Montmartre , dont elle
donna sa démission au mois de Février 1735.
Elle étoit fille de Frédéric- Maurice de la Tour ,
Comte d'Auvergne et d'Oliergues , Marquis de
Lanquais, Colonel Général de la Cavalerie Lé
gere de France , Lieutenant Général des Armées
du Roy , Gouverneur et Sénéchal du haut et bas
Limosin , mort le 23. Novembre 1707. et de
Henriette- Françoise de Hohen- Zollern , Mar-
quise de Berg-op - Zoom , sa premiere femme
morte le 17. Octobre 1698.
Le 7. Avril , pâquit dans le Château de Wailly
Marie Anne Christiane Josephine, fille premiere
née de Louis Ferdinand Joseph de Croy , Duo
d'Havré , et de Croy , Prince du Saint Empire ,
Grand d'Espagne de la premiere Classe, Châtelain
heréditaire de Mons , Marquis de Thie-le Châ-
teau,&c. Colonel du Régiment de la Couronne,
et de D. Marie- Louise Cunegonde de Montmo-
rency-Luxembourg , mariés le 16. Janvier de
Pannée derniere 1736. elle fut baptisée le lende-
I
main
1236 MERCURE DE FRANCE
main 8. par l'Evêque d'Amiens dans l'Eglise pa,
roissiale de ce lieu au bruit de plusieurs déchar
ges de canon. Les Parain et Maraine furent
Louis Christian de Montmorency - Luxembourg,
Comte Souverain de Luxe , Comte de Beau-
mont , Seigneur de Dollor , Maréchal de France ,
Chevalier des Ordres du Roi , Lieutenant Gene
ral au Gouvernement de Flandres , et Gouver
neur de Valenciennes
la baptisée.
Ayeul maternel
"
et
D. Marie-Anne Cesarée Lanti, Duchesse Dožiai-
riere d'Havré , et de Croy , Ayeule paternelle de
Quelques semaines après cette cérémonie , il
y eut dans les Jardins du Château de Wailly un
fort -beau feu d'artifice , qui fut tiré entre 9. et
10. heures du soir avec beaucoup de succès. Il
fut accompagné d'une illumination d'environ
3000. lampions dont toutes les fenêtres du Châ-
teau étoient entourées ; quantité de piramides
sur les bords d'un Canal , qui passe au milieu
du jardin , étoient aussi garnies de lampions ,
et formoient par la reverberation de leur lumie
re dans le canal un objet fort charmant à la vûë,
Plusieurs personnes de la premiere distinction
de la Province , se trouverent à cette fête.
Le premier Avril dernier , D. Joachim- An
toine Ximenès , Marquis d'Ariza , et de la Guar-
dia , Amirante heréditaire du Royaume d'Arra-
gon , Grand d'Espagne de la premiere Classe ,
veuf de feie. D. Rose Perez de Gusman Bueno
Sylva et Mendoza , épousa dans la Chapelle
du Château de Wailly à 4. lieues d'Amiens en
Picardie , Dlle Marie Anne. Charlotte de Croy,
âgée d'environ 20. ans, seconde fille de feu Jean-
Baptiste Erançois Joseph.de Croy , Duc d'Ha
J Vol.
γκέ
JU IN.
1737.
1237
ré et de Croy , Marquis de Wailly , Prince de
l'Empire, Grand d'Espagne de la premiere Clas-
se , mort le 24. Mai 1727. et de D. Marie An-
ne Cesarée Lanti , sa veuve , Duchesse Douai-
riere d'Havré et de Croy. La cerémonie des Fian
çailles , et des Epousailles fut faite par Louis-
François d'Orleans de la Mothe , Evêque d'A-
miens.
Fermer
1781
p. 1237-1256
ARRESTS NOTABLES, EDITS, &c.
Début :
ARREST du 11. Décembre 1736. portant Reglement géneral pour le commerce du [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ARRESTS NOTABLES, EDITS, &c.
ARRESTS NOTABLES,
EDITS, &c.
ARREST du 11. Décembre 1736. portant Reglement géneral pour le commerce du
Tabac au Comté de Bourgogne , par lequel Sa
Majesté ordonne l'exécution des 26. Articles
Contenus audit Arrêt.
ORDONNANCE du Roy , du 8. Janvier sui
vant,portant réduction des Régimens d'Infante-
rie Allemande , par laquelle S. M. ordonne l'exe
cution des dix Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant rétablisse-
ment des Congés d'ancienneté , dont la déli-
vrance avoit été suspenduë par celle du Is. Fé
vrier 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Troupes Suisses et Grisonnes qui sont au Ser-
vice de S. M. et regler leur payement.
1 AUTRE du même jour , portant réduction
dans les Régimens de Hussards , qui ordonne
I. Kol.
I ij , l'execution
1238 MERCURE DE FRANCE
Eexecution des huit Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant réduction
des Compagnies de Cavalerie Françoise et Etrans
gere , et de Carabiniers.
AUTRE du même jour , pour réduire tou-
tes les Compagnies des Régimens d'Infanterie
Françoise , à trente hommes.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens de Dragons à vingt-
cinq , dont quinze à cheval et dix à pied.
AUTRE du même jour , concernant la ré-
duction des quatre Compagnies des Gardes du
Corps , par laquelle S. M. ordonne qu'à com
mencer du 20. du présent mois de Janvier ,
il
sera réformé cinq Gardes par Brigade , à raison
de trente par Compagnie , et au total cent vingt
Gardes, &c.
AUTRE du même jour , pour réduire la
Compagnie des Grenadiers à cheval du Roy , a
cent trente Maîtres , avec quatre Tambours.
AUTRE du même jour , pour retranches
les cinquante Mousquetaires à cheval , dont
chacune des premiere et seconde Compagnies
avoient été augmentées par Ordonnance du pre-
mier Mars 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
trente Compagnies ordinaires du Régiment des
Gardes Françoises , à cent dix hommes chacune ,
Bon compris les Officiers.
I.Vol
AUTRE
JUIN.
1737.
seize Compagnies de la Gendarmerie.
1235
AUTRE du même jour , pour réduire les
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens d'infanterie Iklan-
coise à trente hommes , et composer les Batail-
lons de dix - sept Compagnies , de même que les
Bataillons François,
AUTRE du même jour , contenant 44. pa
ges , portant Reglement pour le payement des
Troupes de Sa Majesté , par laquelle il est dit
que S. M. ayant fait expédier ses ofdres pour le
licenciement et les réductións qu'elle s'est déter-
minée de faire dans ses Troupes , tant Françoises
qu'Etrangeres , à l'occasion de la Paix ; et vou-
Tant expliquer ses intentions sur la composition ,
après la réforme , et l'entretenement de celles
qu'elle a résolu de conserver ; elie a ordonné et
ordonne l'execution de tous les Articles conte-
nus en ladite Ordonnance , &c.
AUTRE du 1o. pour faire
retournee
dans les Provinces et Generalités du Royaumë
Jes Cavaliers , Dragons et Soldats François qui
seront réformés , et leur défendre de commettre
aucun désordre ni de passer dans les Pays Etran-
gers , sur les peines qui y sont contenues.
SENTENCE de Police du 11. qui renouvelle
les défenses à tous Boulangers , Meûniers , Bras-
seurs et autres , d'acheter aucuns Grains et Fa-
rines , et à tous Fermiers , Laboureurs et autres,
d'en vendre par montre , dans l'étenduë de huit
lieues aux environs de Paris..
1. Vol.
I iij
ARREST
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se Itveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sieurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
ge
JUIN 1737.
I iij
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé caillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés eux
aux Jeux de Pair-ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour, les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I. Vol.
Qu'on
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se leveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sicurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece-
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
de
JUIN 1737.
I. Vol.
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé taillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés cux
aux Jeux de Pair -ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour , les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I iiij
Qu'on
•
1242 MERCURE DE FRANCE
Qu'on y lit à la page 7. que la Dame Mar-
quise de Bauffremont est effectivement Heleine
de Courtenay, Princesse du Sang Royal de France
:
et que comme si ce n'étoit pas assés qu'un tel
Mémoire eût été hazardé au fond d'une Pro-
vince à l'extrémité du Royaume ; un Ecrivain
qui met au jour des feuilles successives sous le ti-
tre, d'Observations sur les Ecrits modernes , vient
de lui donner un nouveau degré de publicité à
Paris jusque sous nos yeux , par l'extrait qu'il
en a fait dans ses feuilles du 12. Janvier , dans
lequel il a transcrit les propres termes de l'èn-
droit où est employée cette qualité.
Qu'ils ne s'étendront point sur ce qui se passa
en la Cour au commencement du dernier siecle,
aux premieres tentatives de quelques personnes
de la maison de Courtenay , pour s'arroger
s'il eût été possible , quelque commencement de
possession d'une pareille qualité. Que les mo-
numens qui reposent dans le Greffe de la Cour
en font foy : et que ce qu'on y voit à ce sujet
sera à jamais une preuve mémorable du zele de
ceux qui exerçoient alors le Ministere dont ils
at l'honneur d'être revétus..
Mais que ni la mémoire des choses passées ,
ni l'exemple de leurs Prédécesseurs , ne sont né-
cessaires pour authoriser une démarche qu'ils
ne pouroient obmettre , sans manquer au plus
sacré de leurs devoirs , et sans être responsables
de leur silence , au Roi , à l'Etat et à la Cour.
Qu'on ne peut trop sentir de quelle extrême
conséquence il est , que le caractere auguste qui
distingue en France les Princes du Sang Royal,
ne puisse au gré de l'opinion et des conjectures ,
devenir l'objet d'ambitieuses prétentions Qu'au-
trement , plus une Maison seroit illustre , plus
les
JUIN.
17278
dans la nuit des temps reculés
T243
les traces de son ancienne origine se perdroient
quence pour d'autres Maisons.
et plus il lui
seroit facile de se laisser éblouir aux idées Ala-
teuses , dont la temérité ou l'artifice cheiche-
roient à repaître son ambition , et que lors mê-
me qu'elle viendroit à s'éteindre , son éxemple
demeureroit toujours capable de tirer à consé
Que ce sont ces considérations , dont la Cour
sçaura mieux peser encore toute l'importance ,
qui leur ont dicté les Conclusions qu'ils ont
l'honneur de lui remettre
et le sujet.
Mémoire et lesdites Feuilles.
avec le Mémoire ,
et les Feuilles imprimées qui en font l'occasion:
Lequel Mémoire , et lesquelles Feuilles ils ont
laissé sur le Bureau , avec les Conclusions par
écrit du Procureur Général du Roi contre ledit
:
Eux retirés Vú l'imprimé intitulé : Mémoire
pour Messive Louis Benigne , Marquis de Baufre-
mont , c. contenant quinze pages , ensemble
les Feuilles intitulées: Observations sur les Ecrits
modernes, Lettre quatre vingt-dix-neuf, commen.
çant à la page cent-quatre- vingt- treize , et fi-
nissant à la page deux - cent-seize , dattées à la
fin , le douze Janvier mil sept-cent trente-fept. A
Paris , chés Chaubert : Conclusions du Procu-
1eur Général du Roi, La matiere sur ce mise en
délibération.
La Cour a arrêté et ordonné que les termes
Heleine de Courtenay , Princesse du Sang Royal
de France , étant au bas de la page sept dudit
Mémoire , demeureront rayés et suprimés , et
que les Feuilles intitulées
Observations sur les
Ecrits modernes , Lettre quatre-vingt- dix-neuf ,
lesdites Feuilles commençant à là page cent-qua-
I. Vol.
Ly
tre
244 MERCURE DE FRANCE
tre-vingt-treize , et finissant à la page deux-
cent-seize , dattées à la fin, le douze Janvier mil-
sept-cent-trente-sept. A Paris , chés Chaubert , se-
font et demeureront suprimées ; Fait inhibitions
et défenses , tant audit de Bauffremont qu'à tous
autres , d'employer lesdits titre et qualité pour
ladite Heleine de Courtenay , et notamment à
tous Libraires et Imprimeurs et tous autres , de
les employer dans aucuns Livres ou Imprimés ,,
et pareillement d'imprimer , vendre et cébiter ,
ou autrement distribuer tant lesdites Feuilles que
ledit Mémoire , avec les termes cy- dessus ; le
tout à peine d'être procedé extraordinairement
contre les Contrevenans , Enjoint à tous ceux
qui auroient des Exemplaires dudit Mémoire ,
ou desdites Feuilles , de les aporter au Greffe de
la Cour , pour être lesdites Feuilles suprimées ,
et les termes cy- dessus rayés dudit Mémoire..
Ordonne en outre que Copies collationnées du
présent Arrêt, seront envoyées dans les Baillia-
ges et Sénéchaussées du Ressort pour y être lû ,.
publié et registré : Enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roi, d'y tenir la main , et
en certifier la Cour dans le mois. Fait en Par-
lement le sept Février mil- sept-cent trente-sept .
Signé YSABEAU..
ORDONNANCE du Roi , du 11. au sujet
des Deserteurs des troupes des Isles Françoises.
de l'Amérique , par laquelle il est dit que Sae
Majesté voulant exciter de plus en plus ses Su-
jets des Isles Françoises de l'Amérique à arrê-
ter les Deserteurs des troupes qu'Elle y entre-
tient , E le a ordonné et ordonne que par le Tré-
sorier general de la Marine il sera payé , sut-
les ordonnances des Intendans ou Commissai
I. Vola
IRE
JUIN.
I. Vah
1737.
1245
res ordonnateurs auxdites Isles , la somme de
cent livres pour chaque deserteur desdites trou-
pes , à celui ou à ceux qui en auront fait la cap-
ture , et l'ameneront.
DECLARATION du Rey , qui regle la for
me en laquelle les Procurations pour résigner
les Bénéfices doivent êtres faites. Donnée à Ver-
sailles le 14. Février registrée en Parlement
le 13. Mars.
ARREST du 15. qui commet le sieur de
Saint Contest de la Chataigneraye , Maître des
Requêtes , pour défendre , en qualité de Procu-
reur General , aux demandes en cassation des
jugemens de competence..
AUTRE du 17. par lequel il est dit que le
Roi ayant été informé de ce qui s'est passé dan's
la Ville de Douay , à l'occasion de la mort d'un
Chanoine du Chapitre de S. Amé ; S. M. au-
roit jugé à propos de se faire rendre un compte
éxact de cette affaire , dont l'importance lui a
paru mériter son attention à quoy voulant
pourvoir , Sa Majesté étant en son Conseil , a
ordonné et ordonne que les déliberations capi-
tulaires du Chapitre de S. Amé , concernant le
dit Chanoine, et les Ordonnances 'en Jugement ,
rendues à son égard , ensemble les Apellations
simples ou comme d'abus , si aucunes en ont
été interjettées seront incessamment remises en-
tre les mains du sieur d'Argenvilliers , Secretaire
d'Etat , pour y être pourvû par Sa Majesté
ainsi qu'il apartiendra , sur le compte qui lui
sera rendu desdites pieces. : Sa Majesté réservant
à sa Personne la connoissance de cette affaire,
Evj
cife
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou- .
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis ,
ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre-vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt- six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
né à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par la grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , S -
LUT. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très- cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à ce nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val..
LEB
JUIN.
1. Vol
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettres
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à-présent et à l'avenir , nul et comme´non ave--
au , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes . Si
donnons en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand - Con
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstant
tous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré-
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogeons par ces Pié
sentes , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir
;
et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce}
à cesdites Présentes Donné , &c .
Lu , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud t Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURN A'Y.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars,
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Ports de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
AUTRI
248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires..
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Quvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit:
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément , sous
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains ; et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas c , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
sous silence.
a Cour en jugera comme eux , si elle
seulement ce qui regarde diverses
ont nommées dans cette Feuille,
ent compromises , mais encore
de dangereux pour le Pablic,
n présente des esprits sur les af
Laires
JUIN 1737.
Y249'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre ..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité ses
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne , n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur connoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à cette These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnaissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar--
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être :
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout t
la fermeté inébranlable de la France .
ral dans l'ordre de la Puissance sp
τί
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus susce
´ment à maintenir la supériorité du C
Vole
•
•
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partic
principale et essentielle de l'institution de 1 Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas.
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elie réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi--bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutemë
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31.
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que laditt
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoine
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
I. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
Les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lu , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , et
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal - Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal- Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
POrdonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M: a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
11252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crû des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada er
à l'Isle- Royale..
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du cru des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres
crites.
ORDONNANCE DU ROY du ro. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
gerie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant ,
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
La perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris
Etrangers.
suit.
par
AUTRE du 5. May , dont la tencur
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
u par Sa Majesté le 9. Décembre 1731. par
1. Vol.
les
lequel
JUIN.
I. Fol
+1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus ,
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , et
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, & c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy ajugé à propos de suprimer par son
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain-
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excirent une nouvelle émotion dans les esprits:
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori-
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
ledit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon ,second Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , &c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
et autres.
LETTRES
1254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran-
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
-que
JUIN.
1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
qu'il Nous plairoit regler ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ace Nous mouvans ', de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
erie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me,Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très- expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
ctuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause ,
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
*iaux
7254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
1. Vol.
que
JUIN..1737.
J. Vol.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte : mais
comme ledit sicur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très- humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous p'airoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ice Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
crie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
tuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
tiaux
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné.
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou-.
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis , ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre- vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt-six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
Lé à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par Ia grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , SA-
IU T. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
"du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très-cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à cẹ nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val.
JUIN.
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettreg
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à- présent et à l'avenir , nul et comme non ave--
nu , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes. Si
donuous en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand- Con-
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstanť
fous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogcons par ces Pié
senies , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir , et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce
ă cesdites Présentes Donné , &c.
Lú , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud 1 Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURNAY.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Pòrts de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
1. Vol
AUTRI
T248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires.
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Ouvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, er
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément ,
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains, et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas crû , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
la passer sous silence .
Que la Cour en jugera comme eux , si elle
considere non-seulement ce qui regarde diverses
Personnes qui sont nommées dans cette Feuille,
et qui s'y trouvent compromises , mais encore
plus ce qu'elle a de dangereux pour le Pablic ,
dans la disposition présente des esprits sur les af
L.. Vole
Sous
faires
JUIN 1737.
Le Volo
Y'49'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité sés
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur counoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à certe These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnoissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar-
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être:
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choisi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus suscepti
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout temps
la fermeté inébranlable de la France , non-seule
´ment à maintenir la supériorité du Concile géne
ral dans l'ordre de la Puissance spirituelle , mais
encore
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partie
principale et essentielle de l'institution de l Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi-
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas .
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elle réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi- bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutene
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31-
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que ladit☛
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoint
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
J. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour !
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
Iû , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , er
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal- Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal-Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
l'Ordonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M : a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
1252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crú des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada et
à l'Isle- Royale.
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né-
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du crû des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres.
crites.
ORDONNANCE DU ROY du 10. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
terie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant
7
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
la perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris par les
Etrangers.
AUTRE du 5. May , dont la teneur
suit.
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
du par Sa Majesté le 9. Décembre 1731, par
1. Vol.
lequel
JUIN.
I. Vola
1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , er
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, &c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy a jugé à propos de suprimer parson
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain--
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excitent une nouvelle émotion dans les esprits :
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
edit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon, secon¹ Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , & c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôlle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
ft autres.
LETTRES
2254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren.
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
paisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
que
JUIN.. 1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en Egypte : mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous plairoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter ledit sieur Meiffren , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES , et autres
ace Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vû le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre-Scel de notre Chancel-
lerie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
Cruire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
riaux
1256 MERCURE DE FRANCE
riaux , outils , et ustenciles qui auroient servi à
leur fabrication ,
et de quinze cent livres d'a-
mende , aplicable un tiers à notre profit, un tiers
au profit du Sicur Meiffren , ses Hoirs et ayans
cause, et l'autre tiers au profit de l'Hôpital le
plus prochain du lieu où il sera contrevenu aux
Presentes. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos
amés et feaux Conseillers les Gens tenans nos
Cours de Parlement , et à tous autres nos Of
ciers et Justiciers qu'il apartiendra , que du con-
tenu des Presentes ils fassent jouir et user ledit
sieur Exposant , ses Hoirs et ayans cause , plei-
nement et paisiblement, cessant et faisant cesser
tous troubles et empêchemens contraires. CAR
tel est notre plaisir. DONNE' à Versailles le tren-
tiéme jour d'Avril , l'an de Grace mil sept cent
trente sept , et de notre Regne le vingt- deuxié-
me , Signé , LOUIS , Et plus bas , par le Roy,
PHE PEAUX.
Nous croyons devoir ajoûter que , par les dif
ferens effets de cette Machine , il semble qu'elle
doit être extrémement composée , elle est ce-
pendant très-simple , peu couteuse et de presque
nul entretien. Depuis qu'elle a été vûë et exa-
minée par Messieurs de l'Académie des Sciences,
le sieur Meiffren l'a encore beaucoup perfection-
née , ensorte qu'il n'y a personne qui ne soit
frapé de cette Invention , une des plus utiles
qui ait encore été trouvée en ce genre.
EDITS, &c.
ARREST du 11. Décembre 1736. portant Reglement géneral pour le commerce du
Tabac au Comté de Bourgogne , par lequel Sa
Majesté ordonne l'exécution des 26. Articles
Contenus audit Arrêt.
ORDONNANCE du Roy , du 8. Janvier sui
vant,portant réduction des Régimens d'Infante-
rie Allemande , par laquelle S. M. ordonne l'exe
cution des dix Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant rétablisse-
ment des Congés d'ancienneté , dont la déli-
vrance avoit été suspenduë par celle du Is. Fé
vrier 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Troupes Suisses et Grisonnes qui sont au Ser-
vice de S. M. et regler leur payement.
1 AUTRE du même jour , portant réduction
dans les Régimens de Hussards , qui ordonne
I. Kol.
I ij , l'execution
1238 MERCURE DE FRANCE
Eexecution des huit Articles qui y sont contenus.
AUTRE du même jour , portant réduction
des Compagnies de Cavalerie Françoise et Etrans
gere , et de Carabiniers.
AUTRE du même jour , pour réduire tou-
tes les Compagnies des Régimens d'Infanterie
Françoise , à trente hommes.
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens de Dragons à vingt-
cinq , dont quinze à cheval et dix à pied.
AUTRE du même jour , concernant la ré-
duction des quatre Compagnies des Gardes du
Corps , par laquelle S. M. ordonne qu'à com
mencer du 20. du présent mois de Janvier ,
il
sera réformé cinq Gardes par Brigade , à raison
de trente par Compagnie , et au total cent vingt
Gardes, &c.
AUTRE du même jour , pour réduire la
Compagnie des Grenadiers à cheval du Roy , a
cent trente Maîtres , avec quatre Tambours.
AUTRE du même jour , pour retranches
les cinquante Mousquetaires à cheval , dont
chacune des premiere et seconde Compagnies
avoient été augmentées par Ordonnance du pre-
mier Mars 1734.
AUTRE du même jour , pour réduire les
trente Compagnies ordinaires du Régiment des
Gardes Françoises , à cent dix hommes chacune ,
Bon compris les Officiers.
I.Vol
AUTRE
JUIN.
1737.
seize Compagnies de la Gendarmerie.
1235
AUTRE du même jour , pour réduire les
AUTRE du même jour , pour réduire les
Compagnies des Régimens d'infanterie Iklan-
coise à trente hommes , et composer les Batail-
lons de dix - sept Compagnies , de même que les
Bataillons François,
AUTRE du même jour , contenant 44. pa
ges , portant Reglement pour le payement des
Troupes de Sa Majesté , par laquelle il est dit
que S. M. ayant fait expédier ses ofdres pour le
licenciement et les réductións qu'elle s'est déter-
minée de faire dans ses Troupes , tant Françoises
qu'Etrangeres , à l'occasion de la Paix ; et vou-
Tant expliquer ses intentions sur la composition ,
après la réforme , et l'entretenement de celles
qu'elle a résolu de conserver ; elie a ordonné et
ordonne l'execution de tous les Articles conte-
nus en ladite Ordonnance , &c.
AUTRE du 1o. pour faire
retournee
dans les Provinces et Generalités du Royaumë
Jes Cavaliers , Dragons et Soldats François qui
seront réformés , et leur défendre de commettre
aucun désordre ni de passer dans les Pays Etran-
gers , sur les peines qui y sont contenues.
SENTENCE de Police du 11. qui renouvelle
les défenses à tous Boulangers , Meûniers , Bras-
seurs et autres , d'acheter aucuns Grains et Fa-
rines , et à tous Fermiers , Laboureurs et autres,
d'en vendre par montre , dans l'étenduë de huit
lieues aux environs de Paris..
1. Vol.
I iij
ARREST
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se Itveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sieurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
ge
JUIN 1737.
I iij
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé caillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés eux
aux Jeux de Pair-ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour, les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I. Vol.
Qu'on
1240 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 15. qui proroge jusqu'au
dernier Décembre 1737. le délai accordé par ce-
lui du 17. Janvier 1736. pour la modération des
droits de Marc d'Or , Sceau et autres frais de
Provisions des Offices qui se leveront , vacans
aux Revenus Casuels , pendant le courant de la-
dite année.
AUTRE du 22. qui ordonne que les Ser-
ges de Crevecœur , d'Hardivilliers et des autres
Manufactures , qu'il a été d'usage jusqu'à pré-
sent de vendre à la piece , pouront à l'avenir
être vendues à l'aune et sur le pied de l'auna-
ge que contiendra chaque piece desdites Ser-
ges.
AUTRE du même jour , qui confisque plu-
sieurs Pieces d'Etoffes de Soye de Fabriques
étrangeres ou du Royaume , saisies tant dans
le Magasin des sicurs Viot et Desfossez , Asso-
ciés , que dans celui du sieur Bougier , faute de
marques ou plombs de Fabrique ; et les con-
damne en dix livres d'amende , pour chacune
Piece d'Etoffes saisies.
AUTRE du même jour , portant confisca-
tion de plusieurs Pieces et Coupons d'Etoffes de
Soye de fabriques étrangeres ou du Royaume ,
saisies dans le Magasin du sieur Charles - Louis
Chauvin , Marchand de Soye en gros , faute de
marques ou plombs de Fabrique , et le condam-
ne en dix livres d'amende pour chaque Piece-
d'Etoffes saisies.
SENTENCE de Police du 25. qui condam
me le sieur Menin en trois mille livres d'amen-
I. Vol
de
JUIN 1737.
I. Vol.
1241
de pour avoir donné à jouer dans sa maison au
Jeu de Pharaon , et le sieur de Colmenil en millo
livres d'amende pour y avoir été trouvé taillant
audit Jeu.
LETTRES Patentes du Roy , sur le Re
glement fait et arrêté le 15. Janvier 1737. pour
la Teinture des Etoffes de Laine , et des Laines
servant à leur fabrication , contenant ledit Re-
glement 93 Articles , dont S. M. ordonne l'e-
xecution. Données à Versailles le 29. Janvier
1737. Registrées en Parlement le 12. Mars
suivant.
ORDONNANCE de Police du 30. qui
fait défenses à tous Limonadiers, Marchands de
Vin et autres , de souffrir que l'on joue chés cux
aux Jeux de Pair -ou-non , aux Dés et autres
Jeux de hazard , sous peine de trois mille livres
d'amende , et de mille livres d'amende aussi
contre chaque Particulier qui y sera trouvé jouant
auxdits Jeux.
ARREST du Parlemens , au sujet d'un Mé
moire imprimé & c.
Ce jour , les Gens du Roi sont entrés , et Maî-
tre Pierre Gilbert de Voisins , Avocat dudit Sei-
gneur Roy , portant la parole , ont dit : Qu'il
ne leur est pas permis de se taire sur un Mé-
moire imprimé du sieur Marquis de Bauffre-
mont , qui d'ailleurs leur seroit étranger par son
objet , dont la connoissance est soumise à un
autre Tribunal ; mais dans lequel ils trouvent
ce qui interesse le plus nécessairement leur mi-
sistere , et ce qui apartient le plus immédia
tement à l'autorité de la Cour.
I iiij
Qu'on
•
1242 MERCURE DE FRANCE
Qu'on y lit à la page 7. que la Dame Mar-
quise de Bauffremont est effectivement Heleine
de Courtenay, Princesse du Sang Royal de France
:
et que comme si ce n'étoit pas assés qu'un tel
Mémoire eût été hazardé au fond d'une Pro-
vince à l'extrémité du Royaume ; un Ecrivain
qui met au jour des feuilles successives sous le ti-
tre, d'Observations sur les Ecrits modernes , vient
de lui donner un nouveau degré de publicité à
Paris jusque sous nos yeux , par l'extrait qu'il
en a fait dans ses feuilles du 12. Janvier , dans
lequel il a transcrit les propres termes de l'èn-
droit où est employée cette qualité.
Qu'ils ne s'étendront point sur ce qui se passa
en la Cour au commencement du dernier siecle,
aux premieres tentatives de quelques personnes
de la maison de Courtenay , pour s'arroger
s'il eût été possible , quelque commencement de
possession d'une pareille qualité. Que les mo-
numens qui reposent dans le Greffe de la Cour
en font foy : et que ce qu'on y voit à ce sujet
sera à jamais une preuve mémorable du zele de
ceux qui exerçoient alors le Ministere dont ils
at l'honneur d'être revétus..
Mais que ni la mémoire des choses passées ,
ni l'exemple de leurs Prédécesseurs , ne sont né-
cessaires pour authoriser une démarche qu'ils
ne pouroient obmettre , sans manquer au plus
sacré de leurs devoirs , et sans être responsables
de leur silence , au Roi , à l'Etat et à la Cour.
Qu'on ne peut trop sentir de quelle extrême
conséquence il est , que le caractere auguste qui
distingue en France les Princes du Sang Royal,
ne puisse au gré de l'opinion et des conjectures ,
devenir l'objet d'ambitieuses prétentions Qu'au-
trement , plus une Maison seroit illustre , plus
les
JUIN.
17278
dans la nuit des temps reculés
T243
les traces de son ancienne origine se perdroient
quence pour d'autres Maisons.
et plus il lui
seroit facile de se laisser éblouir aux idées Ala-
teuses , dont la temérité ou l'artifice cheiche-
roient à repaître son ambition , et que lors mê-
me qu'elle viendroit à s'éteindre , son éxemple
demeureroit toujours capable de tirer à consé
Que ce sont ces considérations , dont la Cour
sçaura mieux peser encore toute l'importance ,
qui leur ont dicté les Conclusions qu'ils ont
l'honneur de lui remettre
et le sujet.
Mémoire et lesdites Feuilles.
avec le Mémoire ,
et les Feuilles imprimées qui en font l'occasion:
Lequel Mémoire , et lesquelles Feuilles ils ont
laissé sur le Bureau , avec les Conclusions par
écrit du Procureur Général du Roi contre ledit
:
Eux retirés Vú l'imprimé intitulé : Mémoire
pour Messive Louis Benigne , Marquis de Baufre-
mont , c. contenant quinze pages , ensemble
les Feuilles intitulées: Observations sur les Ecrits
modernes, Lettre quatre vingt-dix-neuf, commen.
çant à la page cent-quatre- vingt- treize , et fi-
nissant à la page deux - cent-seize , dattées à la
fin , le douze Janvier mil sept-cent trente-fept. A
Paris , chés Chaubert : Conclusions du Procu-
1eur Général du Roi, La matiere sur ce mise en
délibération.
La Cour a arrêté et ordonné que les termes
Heleine de Courtenay , Princesse du Sang Royal
de France , étant au bas de la page sept dudit
Mémoire , demeureront rayés et suprimés , et
que les Feuilles intitulées
Observations sur les
Ecrits modernes , Lettre quatre-vingt- dix-neuf ,
lesdites Feuilles commençant à là page cent-qua-
I. Vol.
Ly
tre
244 MERCURE DE FRANCE
tre-vingt-treize , et finissant à la page deux-
cent-seize , dattées à la fin, le douze Janvier mil-
sept-cent-trente-sept. A Paris , chés Chaubert , se-
font et demeureront suprimées ; Fait inhibitions
et défenses , tant audit de Bauffremont qu'à tous
autres , d'employer lesdits titre et qualité pour
ladite Heleine de Courtenay , et notamment à
tous Libraires et Imprimeurs et tous autres , de
les employer dans aucuns Livres ou Imprimés ,,
et pareillement d'imprimer , vendre et cébiter ,
ou autrement distribuer tant lesdites Feuilles que
ledit Mémoire , avec les termes cy- dessus ; le
tout à peine d'être procedé extraordinairement
contre les Contrevenans , Enjoint à tous ceux
qui auroient des Exemplaires dudit Mémoire ,
ou desdites Feuilles , de les aporter au Greffe de
la Cour , pour être lesdites Feuilles suprimées ,
et les termes cy- dessus rayés dudit Mémoire..
Ordonne en outre que Copies collationnées du
présent Arrêt, seront envoyées dans les Baillia-
ges et Sénéchaussées du Ressort pour y être lû ,.
publié et registré : Enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roi, d'y tenir la main , et
en certifier la Cour dans le mois. Fait en Par-
lement le sept Février mil- sept-cent trente-sept .
Signé YSABEAU..
ORDONNANCE du Roi , du 11. au sujet
des Deserteurs des troupes des Isles Françoises.
de l'Amérique , par laquelle il est dit que Sae
Majesté voulant exciter de plus en plus ses Su-
jets des Isles Françoises de l'Amérique à arrê-
ter les Deserteurs des troupes qu'Elle y entre-
tient , E le a ordonné et ordonne que par le Tré-
sorier general de la Marine il sera payé , sut-
les ordonnances des Intendans ou Commissai
I. Vola
IRE
JUIN.
I. Vah
1737.
1245
res ordonnateurs auxdites Isles , la somme de
cent livres pour chaque deserteur desdites trou-
pes , à celui ou à ceux qui en auront fait la cap-
ture , et l'ameneront.
DECLARATION du Rey , qui regle la for
me en laquelle les Procurations pour résigner
les Bénéfices doivent êtres faites. Donnée à Ver-
sailles le 14. Février registrée en Parlement
le 13. Mars.
ARREST du 15. qui commet le sieur de
Saint Contest de la Chataigneraye , Maître des
Requêtes , pour défendre , en qualité de Procu-
reur General , aux demandes en cassation des
jugemens de competence..
AUTRE du 17. par lequel il est dit que le
Roi ayant été informé de ce qui s'est passé dan's
la Ville de Douay , à l'occasion de la mort d'un
Chanoine du Chapitre de S. Amé ; S. M. au-
roit jugé à propos de se faire rendre un compte
éxact de cette affaire , dont l'importance lui a
paru mériter son attention à quoy voulant
pourvoir , Sa Majesté étant en son Conseil , a
ordonné et ordonne que les déliberations capi-
tulaires du Chapitre de S. Amé , concernant le
dit Chanoine, et les Ordonnances 'en Jugement ,
rendues à son égard , ensemble les Apellations
simples ou comme d'abus , si aucunes en ont
été interjettées seront incessamment remises en-
tre les mains du sieur d'Argenvilliers , Secretaire
d'Etat , pour y être pourvû par Sa Majesté
ainsi qu'il apartiendra , sur le compte qui lui
sera rendu desdites pieces. : Sa Majesté réservant
à sa Personne la connoissance de cette affaire,
Evj
cife
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou- .
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis ,
ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre-vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt- six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
né à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par la grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , S -
LUT. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très- cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à ce nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val..
LEB
JUIN.
1. Vol
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettres
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à-présent et à l'avenir , nul et comme´non ave--
au , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes . Si
donnons en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand - Con
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstant
tous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré-
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogeons par ces Pié
sentes , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir
;
et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce}
à cesdites Présentes Donné , &c .
Lu , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud t Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURN A'Y.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars,
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Ports de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
AUTRI
248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires..
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Quvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, et
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit:
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément , sous
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains ; et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas c , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
sous silence.
a Cour en jugera comme eux , si elle
seulement ce qui regarde diverses
ont nommées dans cette Feuille,
ent compromises , mais encore
de dangereux pour le Pablic,
n présente des esprits sur les af
Laires
JUIN 1737.
Y249'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre ..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité ses
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne , n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur connoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à cette These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnaissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar--
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être :
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout t
la fermeté inébranlable de la France .
ral dans l'ordre de la Puissance sp
τί
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus susce
´ment à maintenir la supériorité du C
Vole
•
•
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partic
principale et essentielle de l'institution de 1 Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas.
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elie réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi--bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutemë
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31.
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que laditt
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoine
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
I. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
Les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
lu , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , et
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal - Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal- Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
POrdonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M: a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
11252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crû des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada er
à l'Isle- Royale..
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du cru des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres
crites.
ORDONNANCE DU ROY du ro. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
gerie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant ,
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
La perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris
Etrangers.
suit.
par
AUTRE du 5. May , dont la tencur
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
u par Sa Majesté le 9. Décembre 1731. par
1. Vol.
les
lequel
JUIN.
I. Fol
+1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus ,
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , et
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, & c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy ajugé à propos de suprimer par son
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain-
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excirent une nouvelle émotion dans les esprits:
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori-
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
ledit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon ,second Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , &c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
et autres.
LETTRES
1254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran-
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
-que
JUIN.
1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
qu'il Nous plairoit regler ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ace Nous mouvans ', de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
erie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me,Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très- expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
ctuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause ,
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
*iaux
7254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren .
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
puisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
1. Vol.
que
JUIN..1737.
J. Vol.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en gypte : mais
comme ledit sicur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très- humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous p'airoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter dedit sieur Meiffen , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES ,
et autres
ice Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vu le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre- Scel de notre Chancel-
crie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
tuire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
tiaux
1246 MERCURE DE FRANCE
circonstances et dépendances , et icelle interdi-
sant à toutes ses Cours et autres Juges , jusqu'à
Ce qu'autrement par Elle il en ait été ordonné.
ORDONNANCE du Roi du 25. concernant
la réduction des Compagnies de Grenadiers
en faveur de ceux des Grenadiers qui se trou-.
veront déplacés par le retranchement porté par
l'ordonnance du 8. Janvier dernier , et entrenus
avec leur même paye jusqu'à ce qu'ils rentrent
dans les Compagnies d'où ils seront sortis , ou
qu'ils montent aux grades qui leur seront ac-
cordés suivant leurs talens et bonne conduite.
ARREST du 26. portant qu'Antoine Hog-
guer sera tenu de défendre dans huitaine , à la
demande du Controlleur des bons d'Etats con
tre lui , en restitution de neuf millions deux cent
quatre- vingt-dix mil cinq cent quatre-vingt-six
livres d'une part , en rentes sur les Tailles , et
de neuf cent quarante-quatre mille livres , d'au-
tre , en argent , comme indûement par lui sur-
prises , sinon qu'il sera fait droit.
EDIT DU ROY, portant supression de
la Charge de Garde des Sceaux de France. Don
Lé à Versailles au mois de Février 1737.
LOUIS par Ia grace de Dieu Roy de Fran-
ce et de Navarre ; à tous présens et à venir , SA-
IU T. Les Sceaux de France étant à présent en
nos mains , nous avons crû que rien n'étoit plus
convenable au bien de notre Service et à celui
"du Public , que d'en remettre la garde et l'éxer-
cice à notre très-cher et féal Chevalier Chance-
Tier de France. A ces causes , et autres à cẹ nods
mouvans , de l'avis de notre Conseil , et de no-
I. Val.
JUIN.
1737.
1247
tre certaine science , pleine puissance et autor té
Royale , nous avons éteint et suprimé , étei-
gnons et suprimons par ces Présentes , signées
de notre main , les titre , état et Office de Garde
des Sceaux de France , rétabli par nos Lettreg
Patentes du mois d'Août 1727. Voulons qu'i-
celles et tout leur contenu , soit et demeure dès-
à- présent et à l'avenir , nul et comme non ave--
nu , ainsi que toutes les clauses et dispositions
contenues en icelles en vertu des Présentes. Si
donuous en mandement à nos amés et feaux
Conseillers , les Gens tenans notre Grand- Con-
seil , que ces Présentes il ayent à faire lire et re-
gistrer , pour le contenu en icelles être gardé et
observé selon sa forme et teneur , nonobstanť
fous Edits , Déclarations , Lettres Patentes , Ré
gfemens et autres titres à ce contraires , auxquels
nous avons dérogé et dérogcons par ces Pié
senies , pour ce regard seulement ; car tel est no-
tre plaisir , et afin que ce soit chose ferme et
stable à toujours , nous avons aposé notre Sce
ă cesdites Présentes Donné , &c.
Lú , publié en l'Audience du Grand- Conseil du
Roy et enregistré ès Registres dudit Conseil , pour
être gardé, observé et ex cuté selon sa forme et te-
neur , suivant l'Arrêt dud 1 Conseil de ce jourd'hui
21. Février 1737. Signé , TOURNAY.
Registré au Parlement le 7. Mars suivant.
REGLEMENT signé du Roy, du 2. Mars
Sur ce qui doit êre observé à l'égard des Equi
pages des Navires qui partent des Pòrts de Pro-
vence , et au sujet des Passagers qui s'y embar
quent , par raport aux Expéditions des Patentes
de santé.
1. Vol
AUTRI
T248 MERCURE DE FRANCE
AUTRE du même jour , concernant les
Equipages des Bâteaux et autres Bâtimens qui
naviguent seulement dans le Port et à la Baye
de Marseille.
ARREST du 3 qui ordonne l'èxecution de
celui du 12. Janvier 1734 portant établissement
de la Commission pour le Jugement en dernier
ressort des comptes et affaires concernant l'E-
conomat et les Biens des Religionnaires fugitifs,
avec augmentation de Commissaires.
AUTRE du 18. qui ordonne la supression
de plusieurs Ouvrages saisis chés le nommé
Redé , Imprimeur à Amiens , surpris en contra
vention aux Reglemens de Police , et qui le dé-
clare déchu de la qualité d'Imprimeur.
ARREST du Parlement , au sujet d'une
Feuille imprimée et d'une These de Théologie.
CE JOUR les Gens du Roy sont entrés, er
Maître Pierre Gilbert de Voisins , Avocat du-
dit Seigneur Roy , portant la parole , ont dit :
Qu'une Feuille clandestine , imprimée sans
autre t tre que celui de Suite du Suplément ,
la date du 15. Janvier dernier , est tombée depuis
peu entre leurs mains, et que comme ils ont apris
qu'elle étoit répandue dans le Public , ils n'ont
pas crû , à la vue de ce qu'elle contient , pouvoir
la passer sous silence .
Que la Cour en jugera comme eux , si elle
considere non-seulement ce qui regarde diverses
Personnes qui sont nommées dans cette Feuille,
et qui s'y trouvent compromises , mais encore
plus ce qu'elle a de dangereux pour le Pablic ,
dans la disposition présente des esprits sur les af
L.. Vole
Sous
faires
JUIN 1737.
Le Volo
Y'49'
faires de l'Eglise , et ce qu'elle renferme de faits;,
d'expressions et de discours , capables de porter
à son dernier période un fu qui ne se fait que
trop sen ir , et que l'on ne doit chercher qu'à
éteindre..
Qu'ils croyent donc n'avoir besoin que de la
mettre sous les yeux de la Cour pour l'engager
à la proscrire ; et pour trouver dans son autorité
respectable un préservatif qui fasse sentir au Pa-
blic , combien il doit être en garde contre tout:
ce qui peut tendre à de tels excès.
Que pour ne pas multiplier sans nécessité sés
Arrets , ils auront l'honneur de lui rendre comp-
te en même-temps d'une These soutenue dans
la Faculté de Théologie de Rheims , qui , quoi-
qu'un peu plus ancienne n'est cependant aussi
parvenue que depuis peu à leur counoissance.
Qu'ils n'ont pas lieu de reprocher à certe These
d'être tombée en tout dans un égal oubli de nos
Maximes. Qu'ils y en reconnoissent au contraire
plusieurs exprimées d'une maniere que l'on ne
sçauroit qu'aprouver. Mais qu'il est d'autres ar-
ticles sur lesquels elle s'en écarte trop pour être:
excusée ; et que ce mélange aujourd'hui trop
ordinaire , ne doit pas la mettre à couvert de la
Censure de la Cour.
Que la Cour sçaura mieux le connoître
le
discerner par ses lumieres, que par toute la discus-
sion dans laquelle ils pouroient entrer sur cette
These; qu'ils se bornent à un seul exemple choisi
entre ce qu'ils y ont remarqué de plus suscepti
ble de conséquences dangereuses.
Que la Cour sçait quelle a été de tout temps
la fermeté inébranlable de la France , non-seule
´ment à maintenir la supériorité du Concile géne
ral dans l'ordre de la Puissance spirituelle , mais
encore
1250 MERCURE DE FRANCE
encore à le regarder comme faisant une partie
principale et essentielle de l'institution de l Eglise.
Que la Cour n'a pas sans doute oublié ce qu'elle
a fait à ce sujet en diverses occasions. Que quoi-
que persuadée , comme il est vrai , que les Con-
ciles géneraux ne sont pas toujours nécessaires
pour terminer toute question qui s'éleve , soit
sur la Discipline ou sur la Foi , elle n'en a pas été
moins en garde contre tout ce qui pouvoit insi-
nuer qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas .
Que c'est pour cela qu'en 1663. par un Arrêt
solemnel , elle réprouva cette proposition dans
une These de Théologie : Concilia generalia ad
extirpandas bareses , schismata et alia incommoda
tol enda , admodum sunt utilia , non tamen abso-
lutè necessaria. Que dans la These d'aujourd'hui
la même proposition se trouve en d'autres ter-
mes , mais , qui loin d'en affoiblir le sens , sem-
blent plutôt y donner plus de force et d'énergie :
Congregare Concilia magna utilitatis , nullius ab-
soluta necessitatis En faut-il davantage pour fon-
der les Conclusions qu'ils ont prises pour la su
pression de cette These , aussi- bien que de la
Feuille imprimée , et qu'ils laissent à la Cour ,
avec un Exemplaire de chacun de ces deux Ecrits?
Eux retirés : Vû par la Cour ladite Feuille im
primée sous le titre , Suite du Suplément , 15.
janvier 1737. ensemble ladite These soutene
dans la Faculté de Théologie de Rheims le
31-
Décembre 1736. par Charles Batteux , Pro ma-
jore ordinarii , et les Conclusions par écrit du
Procureur General du Roy sur lesdits Ecrits. La
matiere sur ce mise en Déli eration ,
LA COUR a arrêté et ordonné que ladit☛
Feuille et ladite These seront suprimées , Enjoint
à tous ceux qui en auroient des Exemplaires , de
J. Vol.
jes
JUIN.
1737.
1251
les aporter à cet effet au Greffe de ladite Cour !
Fait inhibitions et défenses à tous Imprimeurs ,
Libraires , Colporteurs et autres de quelque état,
qualité et condition qu'ils soient , de vendre, dé-
biter ou autrement distribuer aucuns Exemplaires'
de ladite Feuille et de ladite These , à peine de
punition exemplaire; et que Copies collationnées
du présent Arrêt seront envoyées dans les Bail-
liges et Sénéchaussées du Ressort , pour y être
Iû , publié et registré , enjoint aux Substituts du
Procureur General du Roy d'y tenir la main , er
d'en certifier la Cour dans un mois. Fait en Par-
lement le 18 Mars 1737. Signé DUFRANC.
ARREST du 19. Mars , qui exempte des
droits de Massicault , et modére à moitié les au-
tres droits dûs à Rouen et au Havre , sur les
Vins du Languedoc et de Roussillon , qui seront
destinés pour la provision de Paris.
ORDONNANCE DU Roy du 30. par la
quelle il est dit que S. M. desirant mettre sous
le Titre de Royal- Pologne , le Regiment de Ca-
valerie qui est sous celui du Roy Stanislas , et
voulant qu'il prenne à l'avenir dans la Cavalerie
un rang convenable à ce Titre , S. M. a ordonné
et ordonne qu'il portera à l'avenir le nom de
Royal-Pologne, et prendra rang dans les Garni
sons,Quartiers Campemens, Armées, et par- tout
ailleurs , après le Regiment Royal de Carabi
niers , et avant tous les autres qui sont actuelle-
ment sur pied ; nonobstant ce qui est porté par
l'Ordonnance du 24. Décembre 1725. qui avoit
fixé le rang de ce Regiment après celui de la
Reine , et toutes autres Ordonnances et Regle
mens à ce contraires , auxquels S. M : a dérogé
et déroge par ladite Ordonnance.
1252 MERCURE DE FRANCE
ARREST du 2. Avril, Portant Exemption
des Droits du Domaine d'Occident , pour les
Marchandises du crú des Isles du Vent de l'A-
merique , qui seront transportées en Canada et
à l'Isle- Royale.
AUTRE du même jour, Qui permet aux Né-
gocians de Marseille d'introduire , pour la con-
sommation du Royaume , les Caffés provenant
du crû des Isles Françoises de l'Amerique , en
payant dix livres du cent pesant , et d'en en-
voyer à Geneve en transit , sans payer aucuns
Droits ; le tout en observant les formalités pres.
crites.
ORDONNANCE DU ROY du 10. Avril,
Qui enjoint aux Officiers des Troupes d'Infan-
terie , Cavalerie et Dragons , de porter l'habit
uniforme pendant le temps qu'ils seront aux
Corps.
AUTRE du 23. Qui permet que les Bâti-
mens François soient adressés aux Négocians
Etrangers établis dans les Echelles du Levant
7
dans le cas où ils auront été fretés en entier par
des Etrangers.
ARREST du même jour , Pour faciliter
la perception des Arrerages des Rentes Viageres
acquises sur l'Hôtel de Ville de Paris par les
Etrangers.
AUTRE du 5. May , dont la teneur
suit.
LE ROY s'étant fait representer l'Arrêt ren-
du par Sa Majesté le 9. Décembre 1731, par
1. Vol.
lequel
JUIN.
I. Vola
1737
1253
lequel elle auroit ordonné la Supression d'une
feuille imprimée commençant par ces mots
Stephanus Josephus de la Fare ..... Episcopus
Dux Laudunensis , avec une Formule ordinaire
de l'Aprobation des Confesseurs , une Explica-
tion des Cas reservés au Pape ou à l'Evêque , er
des Avis adressés aux Confesseurs , Sa Majesté
auroit été informée que , contre le respect qui
est dû à cet Arrêt , on commençoit à répandre
dans le Public un Ouvrage imprimé sans nom
d'Imprimeur , sans Privilege ni Permission, qui
a pour titre , Ordonnance de M. l'Evêque Duc de
Laon,second Pair de France, &c.où il paroît qu'on
veut faire revivre et regarder comme subsistant,
ce que le Roy a jugé à propos de suprimer parson
autorité. Et S. M. s'étant fait rendre un comp-
te plus exact de cet Ouvrage, Elle auroit recon-
nu que l'exemple d'une pareille contravention
doit être d'autant moins toleré, qu'il est à crain--
dre que l'esprit qui regne dans cet Imprimé , et
la dureté des expressions dont il est rempli ,
n'excitent une nouvelle émotion dans les esprits :
à quoi étant nécessaire de pourvoir , pour as-
sûrer l'exécution des Arrêts émanés de l'autori
té du Roy , et éloigner tout ce qui peut troubler
la tranquillité publique , SA MAJESTE' E'TANT
EN SON CONSEIL , a ordonné et ordonne que
edit Ouvrage , imprimé sous le titre d'Ordon-
nance de M.l'Evêque Duc de Laon, secon¹ Pair de
France , &c. sera et demeurera suprimé , & c.
AUTRE du 21. Qui accorde un Délay
jusqu'au dernier Décembre 1737. pour le Con-
trôlle des Actes de Foy et Hommage , Décla-
rations et Reconnoissances aux Papiers Terriers
ft autres.
LETTRES
2254 MERCURE DE FRANCE
LETTRES PATENTES de Privilege exclu-
sif d'une Machine propre à battre les Grains ,
pour le sieur Meiffren.
LOUIS , par la Grace de Dieu, Roy de Fran
ee et de Navarre : A tous ceux qui ces presentes
Lettres verront , SALUT. Notre bien amé le
sieur Jean Baptiste Meiffren , Capitaine Garde-
Côte , et Inspecteur des Haras en Provence ,
Nous a fait exposer qu'il a inventé une Machine
propre à battre les Grains , laquelle a la pro-
prieté de battre beaucoup mieux les Gerbes que
le Fleau , qu'elle en rend la paille plus douce ,
et meilleure pour les Chevaux , en fait sortir tout
le grain , qu'elle crible et qu'elle vanne en même
temps qu'elle bat , & fait plus d'ouvrage avec
un seul homme qu'avec six des plus forts Bar-
teurs en Grange ; Que cette Machine agit par
le moyen d'un arbre vertical qui est mis en
mouvement par un ou plusieurs bras , auquel
an attache un ou plusieurs chevaux , selon l'é
tenduë que l'on veut lui donner ; que cet arbre
porte un rouet qui mene une lanterne , laquelle
fait tourner un arbre horizontal , lequel porte
des levées , qui rencontrant d'un cô é des basse-
cules , de l'autre des mentonieres , font lever des
pilons et facilitent l'écoulement du grain dans
une tremie : Que cette Machine sera très- utile ,
sur-tout en Provence , & dans les autres Pro-
vinces méridionales du Royaume , où on foule
le grain par le moyen d'un grand nombre de
chevaux , qui serviront utilement à d'autres tra-
vaux que d'ailleurs ceux de cette espece fati-
guent presque toutes les Jumens Poulinieres et
les font avorter, gâtent les jambes des Poulains,
les détruisent en partie , et empêchent qu'on
paisse tirer de bons chevaux de cette Province ;
I. Vol.
que
JUIN.. 1737.
1255
que même ce foulage avec des chevaux et des
jumens est défendu depuis long- tems , en Espa-
gne , en Italie , en Barbarie , en Egypte : mais
comme ledit sieur Meiffren perdroit tout le fruit
de ses travaux , et que les dépenses qu'il a faites
pour parvenir à perfectionner cette nouvelle Ma-
chine , tomberoient en pure perte pour lui , s'il
étoit permis d'en faire de pareilles ,
il Nous a
très-humblement suplié de lui en accorder fe
Privilege exclusif, pendant le nombre d'années
qu'il Nous plairoit regler ,
et desirant favora-
blement traiter ledit sieur Meiffren , et le re-
compenser de son aplication, et après avoir fait
examiner en notre Académie Royale des Scien-
ces , ladite Machine : A CES CAUSES , et autres
ace Nous mouvans , de l'avis de notre Conseil,
qui a vû le Certificat de notre Académie des
Sciences , ensemble le plan de ladite Machine cy
attaché sous le Contre-Scel de notre Chancel-
lerie , Nous avons , par ces Presentes signées de
notre main , permis et permettons audit sieur
Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , de faire
construire , vendre , débiter ,
et se servir de la
nouvelle Machine à battre les Gerbes , de son
invention dans toute l'étendue de notre Royau-
me , Pays, Terres, et Seigneuries de notre obéis-
sance , pendant le temps et espace de vingt an-
nées consecutives , à compter du jour et datte
des Presentes ; faisons très-expresses inhibitions
et défenses à toutes Personnes de quelque con-
dition et qualité qu'elles soient, de faire et cons-
Cruire , pendant ledit temps , aucunes Machines
à battre les Gerbes semblables à la presente , ni
de la contrefaire sans la permission par écrit du-
dit sieur Meiffren , ses Hoirs et ayans cause , à
peine de confiscation desd. Machines et des mate-
J. Vol.
riaux
1256 MERCURE DE FRANCE
riaux , outils , et ustenciles qui auroient servi à
leur fabrication ,
et de quinze cent livres d'a-
mende , aplicable un tiers à notre profit, un tiers
au profit du Sicur Meiffren , ses Hoirs et ayans
cause, et l'autre tiers au profit de l'Hôpital le
plus prochain du lieu où il sera contrevenu aux
Presentes. SI DONNONS EN MANDEMENT à nos
amés et feaux Conseillers les Gens tenans nos
Cours de Parlement , et à tous autres nos Of
ciers et Justiciers qu'il apartiendra , que du con-
tenu des Presentes ils fassent jouir et user ledit
sieur Exposant , ses Hoirs et ayans cause , plei-
nement et paisiblement, cessant et faisant cesser
tous troubles et empêchemens contraires. CAR
tel est notre plaisir. DONNE' à Versailles le tren-
tiéme jour d'Avril , l'an de Grace mil sept cent
trente sept , et de notre Regne le vingt- deuxié-
me , Signé , LOUIS , Et plus bas , par le Roy,
PHE PEAUX.
Nous croyons devoir ajoûter que , par les dif
ferens effets de cette Machine , il semble qu'elle
doit être extrémement composée , elle est ce-
pendant très-simple , peu couteuse et de presque
nul entretien. Depuis qu'elle a été vûë et exa-
minée par Messieurs de l'Académie des Sciences,
le sieur Meiffren l'a encore beaucoup perfection-
née , ensorte qu'il n'y a personne qui ne soit
frapé de cette Invention , une des plus utiles
qui ait encore été trouvée en ce genre.
Fermer
1782
p. 1298-1315
VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse et un esprit de curiosité, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VII. LETTRE de M. D. L. R. écrite à M. Maillart, ancien Avocat au Parlement, sur quelques Sujets de Litterature.
VII. LETTRE de M. D. L. R.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
écrite à M. Maillart, ancien Avocat
au Parlement, sur quelques Sujets de
Litterature.
Vous sçavez, Monsieur, que la hardiesse
et un esprit de curiosité,
poussés quelquefois au- delà des bornes ,
II Vol.
for:
JUIN.
1737.
1299 .
font une partie du génie de notre Na-
tion. Les François veulent tout voir ,
tout sçavoir par eux- mêmes , les choses
sur tout qui offrent un grand Spectacle ,
sans s'embarasser du péril , s'il y en a , à
contenter leur curiosité. Jusqu'ici nos
Voyageurs les plus hardis croyoient avoir
beaucoup fait de visiter les principales
Mosquées des grandes Villes de l'Empire
Turc , en prenant les occasions favora-
bles , les précautions nécessaires , dont la
plus indispensable , après la paye de l'In
troducteur , est de ne jamais tenter l'a-
vanture , que lorsque ces Temples sont
déserts,avant ou après le temps de la Prie-
re publique, On sçait ce qui pensa en coû
ter à N. Grelot, Voyageur du Levant des
plusestimables,quand il entreprit de lever
tous les Plans de l'Interieur de sainte So-
phie de Constantinople , et combien il
s'estima heureux d'en être quitte pour
une grêle de coups de Papouches ou Pan-
toufles Turques, et pour un torrent d'in-
jures ; ceremonie avec laquelle il fut re-
reconduit jusqu'à la derniere porte de ce
* Son Livre est intitulé , Relation nouvelle d'un
Voyage de Constantinople , enrichie de Plans , le-
és par l'Auteur , &c. 1. Vol in 4. de 306. pages.
A Paris , chés la veuve de D. Foucault , 1680,
Il est devenu fort rare,
II. Vol.
fameux
1300 MERCURE DE FRANCE
fameux Temple. Il faut lire l'avanture
dans le Livre même , qui est d'ailleurs un
bon Livre.
Mais nous n'avions point encore vû de
François assés hardi , pour ne pas dire
téméraire , pour entreprendre d'entrer
dans le Temple de sainte Sophie , et d'as-
sister à la Priere publique dans une des
plus grandes Solemnités du Mahométis-
me, honorée encore de la présence du G.S.
accompagné de toute sa Cour, &c. C'est
cependant , Monsieur , ce qui est enfin
arrivé , comme vous l'allez voir dans le
Narré qui suit. Je l'ai trouvé parmi les
papiers de feu M. Desroches, qui , com.
me vous sçavez , me sont nouvellement
arrivés de Constantinople. Je n'ai pas be
soin d'autre garant de la vérité du fait ,
étant d'ailleurs déja instruit de ce fait , et
connoissant par moi -même les Acteurs
que je vais mettre sur la Scene. Voici le
Narré en question .
Il y avoit long- temps que nous avions
envie de voir sainte Sophie une des nuits
du Ramazan, Carême des Turcs pendant
qu'on y fait Lakicham Namas , ou la se-
conde Priere du soir. Ce que nous en ra
portoient les Turcs , augmentoit notre
curiosité , et nous n'étions retenus pour
la satisfaire , que par l'impossibilité où
11. Vol.
nous
UIN.
1737.
1301
nous avions été jusqu'ici d'en trouver un
assés hardi pour nous y conduire. Nous
trouvâmes enfin fort heureusement no-
tre fait.Un Jannissaire de nos amis,brave
comme un César , prudent comme un
Ulysse, et sur le tout notre Barbier, s'of-
frit à nous , et nous rendit la chose plus
aisée que nous ne l'avions crû d'abord, en
nous menant souper chés un Grand Sei-
gneur de notre connoissance, qui le prote-
geoit et qui nous donna un homme de
confiance , un Dervich et quatre autres
de ses Gens, afin que nous fussions moins
remarqués dans le nombre.
Après le soupé , et qu'on nous eut don-
né les instructions nécessaires pour faire
la Priere , pour diriger notre marche , en
marchant les pieds cagneux , et pour
quitter , reprendre et porter nos Papou-
ches à l'entrée, à la sortie et pendant que
nous serions dans la Mosquée , nous en
prîmes fort modestement le chemin .
M.... étoit déguisé en habit de Der-
vich , et bien nous en prit. Outre ung
ceinture de cuir
و
relevée d'un gros
bouton de cristal er un prodigieux Čha-
pelet , il affectoit un air de modestie et de
componction qui semble être naturel à
cette espece de Moines. Pour M .... il
avoit caché ses cheveux sous un immense
11. Vol.
Turban
1302 MERCURE DE FRANCE
Turban d'Effendi , et il en avoit pris les
habits ; pour moi , on jugea à ma dé-
marche trop libre que je serois moins
soupçonné , étant habillé en Jannissaire.
Nous nous rendîmes donc en cet équi
page à la Porte de Sainte Sophie.
Il y
avoit ce soir là des Gens du Serrail qui
en défendoient l entrée , parce qu'étant
le dernier Vendredi du Kamazan , et le
Grand Seigneur , et tous les Grands de
l'Empire devant s'y trouver , on y jet-
toit de l'argent au Peuple , de maniere
que le concours y étoit extraordinaire.
Bien nous prit , comme je l'ai déja
dit , que M.... fut habillé en Dervich,
sans cette circonstance nous n'aurions
pas été plus privilegiés que les autres ;
mais comme il étoit à notre tête mar-
motant quelques paroles de l'Alcoran ,
on craignit sans doute de s'attirer la ma-
lediction du Ciel , si on repoussoit un
Dervich si respectable par le sacrifice
qu'il avoit fait à Dieu de sajeunesse. En-
ez , lui dit-on , vous et votre compagnie
dans le Temple de la Sagesse. Le Roy des
Rois est trop juste pour en refuserl'entrée aux
Anges du Seigneur. Il remercia son In-
troducteur en levant les yeux vers le
Ciel, il entra , et nous le suivîmes le plus
modestement qu'il nous fut possible ,
II. Vol.
après
JUIN.
1737.
1303
après avoir quitté nos Papouches à la
Porte ,les avoir prises de la main droite ,
et avoir croisé pardevant nos Pelisses , ou
Robes fourées , de la main gauche.
Nous fumes saisis un instant après
d'admiration et de crainte , car ce ne fut
que lorsque nous nous trouvâmes au mi-
lieu de la Mosquée , exposés à la vûë du
Grand Seigneur , et de tout ce qu'il y a
de plus considerable dans Constantino-
ple , que nous connûmes le peril où no-
tre curiosité nous avoit engagés ; mais
ne pouvant plus reculer , il fallut payer
d'effronterie , et notre Conducteur ayant
commencé de marcher , nous fimes plu-
sieurs tours dans la Mosquée , et dans
les trois Galeries, en quoi, nous nous ex-
posâmes d'autant plus que M..... et
moi , qui n'avions point de moustaches,
étions fort examinés ; nous fûmes ensui-
te nous mettre à genoux les jambes croi-
sées comme les Tailleurs , au milieu de
la Mosquée , où nous eumes le loisir de
satisfaire notre curiosité , et c'est de- là
que je vis les choses que je vais vous ra-
porter.
Le vaste Vaisseau de Sainte Sophie étoit
si fort illuminé qu'il pouvoit y avoir so.
mille Lampions au moins ; mais il n'y
avoit que deux gros Cierges dans le Sanc-
II. Vol.
Ctuaire
1304 MERCURE DE FRANCE
tuaire à côté d'une espece d'Autel, sur
lequel étoit aparamment l'Alcoran , car
j'y vis sur un Pupitre un Livre ouvert ,
écrit à la main , et grand in -folio. La
Chaire du Monfii , ou Premier Ministre
de la Religion , étoit aussi fort illumi
née , et on avoit suspendu vis à vis une
maniere de Lustre dont les Lampions
étoient disposés de maniere qu'ils for-
moient les Caracteres Turcs qui compo-
sent le nom de DIEU. Il y avoit aussi
environ 1000. Tentes , qui contenoient
chacune depuis 3. jusqu'à sept Person-
nes, Elles étoient occupées par des Dé-
vots , entretenus aux dépens de la Mos-
quée , et qui n'en sortoient jamais que
pour des nécessités indispensables. Ils se
relevoient tour à tour pour prier Dieu ;
ce qu'ils faisoient en se dandinant et en
branlant continuellement la tête; ou bien
ils étoient comme ravis en extase ,
en
fixant les yeux sur quelque objer. Outre
ceux-ci , on voyoit encore des Santons
ou especes d'Hermites , distribués en dif-
ferens Endroits , et qui rencherissent par
la bizarrerie de leu.s habits , ou par l'ex-
travagance de leurs postures , sur nos
Arlequins Ici , l'un écumoit à force d'a-
voir prononcé avec vehemence , et du
fond de la poitrine, le mot Allah , DIEU.
11. Vol,
Là
JUIN.
1737.
1305
Là, on en voyoit un autre qui , les bras
aussi étendus qu'il pouvoit , regardoit
vers le Ciel d'un oeil menaçant. Ailleurs,
l'un avoit la tête baissée , les bras croisés
sur sa poitrine , et la vûë fixée à terre ;
Plus loin , un autre apuyé contre une
colonne ,s'occupoit à baiser humblement
les pieds et le bas de la Robe de ceux qui
passoient. Enfin il y avoit tant de pos-
tures et d'attitudes differentes , qu'il fau-
droit un Livre entier pour en décrire la´
varieté et le ridicule , ou pour mieux di-
re , il faut les voit pour s'en faire une
juste idée.
Mais le moment de la Priere étant ve-
nu , le Moufti , du haut de sa Chaire
fut le premier à la commencer. Le Grand
Seigneur , accompagné du Selictar , ou
Grand Ecuyer , du Kislar Agassi , Chef
des Eunuques noirs , et du Kapon Agas-
si, Chef des Eunuques blancs, le suivit,
et tout le Monde se prépara a l'imiter.
Ensuite de quoi un cri terrible de toute
l'Assemblée , qui fit retentir la voûte, et
nous surprit d'autant plus que nous n'y
étions pas préparés , en annonça le com-
mencement.
Alors nous mîmes en pratique les le-
çons qu'on nous avoit données , et nous
nous en acquitâmes si bien , que ceux
11, Vol.
Cap 15
'qu'
11300
qui nous avoient peut-être soupçonnés
de n'être point Turcs , s'en repentirent
interieurement , et quelques-uns même
sortirent de la Mosquée pour s'aller pur-
ger par une ablution du peché , qu'ils
croyoient avoir commis , par ce doute ;
du moins un Effendi , ou Homme de
Loy , à qui nous en avons parlé depuis ,
nous a-t-il confirmés dans cette pensée,
Mais comme nous étions dans le fort
et dans la chaleur de la Priere , que nous
nous prosternions plusieurs fois à terre
nous relevant toujours la face tournée
vers l'Orient , tant de mouvemens , qui
tenoient un peu de la convulsion , firent
délier la Sesse du Turban de M....
il y porta d'abord les mains pour la ra-
commoder , mais tous les differens tours
qu'il faut faire avec cette Mousseline
l'embarassant , il n'en put venir à bout.
D'un autre côté nous n'osions interom-
pre notre prétendue Priere pour l'aider ,
ce qui nous jettoit dans une situation ter-
rible , aprehendant toujours que ses che-
veux , en se découvrant, ne nous décou-
vrissent aussi.Heureusement un Homme
de Loy , qui étoit derriere lui , nous tira
de cet embaras , en la lui racommodant
charitablement. La Sesse est une piece de
Mousseline qui forme le Turban par ses
differens tours &c.
Echapés
JUIN 1737.
1307
Echapés que nous fumes de ce danger,
nous en courûmes un bien plus grand.
Ce fut en sortant de la Mosquée , que
le Grand Visir , sans autre suite que cel-
de quatre Hassekis , ou Chefs d'une Bri
gade de Bostangis , dont deux portoient
de grands fanaux , se trouva , sans que
personne s'en fût aperçu , au milieu de
nous. Cet aspect nous troubla ; les Turcs
même , qui étoient avec nous , en furent
effrayés ; et , pour dire la verité , nous
ne faisions pas trop bonne contenance
lorsque le Grand Visir fit arrêter ses Gens,
et après nous avoir examiné des pieds
jusqu'à la tête ' , mais particulierement
M.... il demanda tout haut à un de
ceux qui le suivoient , s'il ne connoissoit
pas ce Dervich ? Celui- ci lui ayant ré-
pondu que non : Sifait bien moi , repli-
qua le Visir , je le connois , et sa phisiono-
mie ne me trompe pas. Après quoi il con
tinua son chemin , et nous gagnâmes
au plus vite une des Portes de la Mos-
quée.
Le dessein qué nous avions d'abord
projetté d'aller à celle de Sultan Achmet,
n'eut point lieu. Nous étions trop allar-
més pour affronter de nouveaux dangers ;
nous sortimes donc de Sainte Sophie ,
dans la resolution de nous en retourner,
11. Vol.
Cij
et
1308 MERCURE DE FRANCE
et pour cet effet nous prîmes le chemin
de l'Echelle de Bakché Kapoussi, ou Por-
te du Jardin , mais nous n'étions pas
quittes de toutes nos frayeurs. Des Bos-
tangis , Gardes des Maisons Royales
,
que nous trouvions dans tous les coins
des rues où nous passions , et qui nous
suivcient , en observant nos démarches,
les augmentelent. Nous doublâmes pour-
tant si bien le pas , que nous gagnâmes
P'Echelle,et nous nous embarquâmes tous
dans un même Caïque , sans que person-
ne y mit aucune oposition . Nous ordon-
nâmes à nos Bâteliers de nous conduire
à Tophana , ou à l'Arsenal , et nous
étions prêts d'aborder à cette derniere
Echelle , lorsqu'un Bâteau de 7. paires
de rames vint sur nous. Nous n'avions
pas encore eu le temps de nous recon-
noître qu'il nous aborda , et deux Per-
sonnes , l'une desquelles étoit le Reïs, ou
Patron du Bâteau du Grand Visir , et
l'autre un Eunuque de ce Ministre , sau-
terent dans notre Caïque , et penserent
le renverser. Nous ne sçavions ce qu'ils
vouloient , ni de la part de qui ils ve-
noient , mais comme nous étions abîmés
dans nos réflexions , et que nous crai-
gnions d'ailleurs de nous découvrir , si
nous parlions, personne n'en cut le cou
II. Vol.
rage
JUIN.
1737.
tage, et nous les laissâmes faire.
coup d'attention , Mrs ...
1309
Ils examinerent d'abord , avec beau-
mais
quand ils furent venus à moi , ( c'est jus-
tement , dirent-ils , l'Homme que nous
cherchons. ) Comment , Coquin , con-
tinuerent- ils , mener des Femmes dégui-
sées , et en temps de Ramazan , allons ,
il faut venir chés le Grand Visir. A ce
mot de Femmes , qui nous fit connoître
qu'on nous prenoit pour des Turcs ,
nous fumes tout rassurés. Nos Turcs ce-
pendant y regardant de plus près , et
voyant bien que je n'avois point de che-
veux , mais bien du poil au menton
nous firent des excuses de leur méprise ,
et s'en retournerent heureusement pour
eux , car il étoit déja accouru plus de
·500. Topdgis , ou Canoniers , à l'Echelle
de Tophana , qui se seroient jettés à la
la Mer pour nous secourir à la moindre
insulte qu'on nous auroit faire , nous
prenant pour être de leurs Camarades ,
parce que l'Homme de confiance que
nous avions avec nous, et dont ils avoient.
entendu la voix , étoit effectivement un
de leurs Officiers ; ce fut- là , Dieu mer
ci, le dernier des perils que nous coûtu-
mes; nous mîmes pied à terre,et nous nous
retirâmes sains et saufs chacun chés soi ,
II. Vol.
Ciiij
bien
1310 MERCURE DE FRANCE
blen-heureux d'en avoir été quittes pour
la peur, car si on nous eut reconnu quand
nous étions dans Sainte Sophie , ou la
Populace nous auroit assommés sur le
champ , ou si nous étions échapés de ses
mains , il n'y avoit toujours qu'à choisir,
ou de perdre la tête , ou de se faire
Mahometan .
La réflexion qu'il est naturel de faire
sur les differens dangers que nous cou-
rumes , c'est que le Grand Visir
qui
reconnut sans doute M..... comme
ayant été un Drogman , ou Interprete ,
fort employé sous M. le Marquis de …… .
voulut seulement lui faire peur , lors-
qu'il dit tout haut qu'il le connoissoit
bien ; et qu'il passa outre ; et que les
Bostangis , que nous trouvions dans les
ruës , et qui nous examinoient tant ,
avoient effectivement été postés pour em
pêcher qu'il ne se glissât des Femmes dé-
guisées dans la Mosquée , comme cela
arrive quelquefois; et qu'ils ne nous sui-
virent que parce qu'à notre démarche
embarassée , ils crurent qu'il y en avoit
parmi nous , ce qui les engagea à en-
voyer un Caïque après le nôtre , pour
éclaircir leurs soupçons.
A ce recit, qui ne vous aura sans dou
te point ennuyé, trouvez bon, Monsieur,
II. Vol..
que
JUIN.
1737
1312
que j'ajoûte deux ou trois Observations,
La premiere est que M. Desroches n'é-
toit point de cette Partie , et qu'il n'y a
eu d'autre part que celle de la Narration
abregée , et mise dans le stile que vous
venez de voir , d'après un Mémoire plus
ample donné par ces Messieurs.
Ces derniers risquerent assurément
beaucoup , mais ils étoient jeunes , et
curieux. On doit dans la rencontre du
Grand Visir considerer particulierement
la bonté , ou plûtôt la prudence et la po-
litique de ce Premier Ministre , qui re
connut aisément une Personne qu'il
voyoit souvent dans son Palais , mais qui
aima mieux dissimuler que de faire une
affaire d'éclat et de Religion' , dont les
suites pouvoient être fâcheuses , & c.
Passons à un autre sujet.Vous sçavez,
par ma derniere lettre , que sous l'Am-
bassade du Vicomte d'Andrezel , Mon-
sieur Desroches fut chargé d'une Com-
mission importante pour l'Echelle de Sa
lonique , et que cette Ville , autrefois cé-
lebre sous le nom de Tessalonique , est
encore la Capitale de toute la Macedoi-
ne. Notre Ami , en partant de Constan-
tinople , s'étoit bien proposé de profiter
de l'occasion , pour parcourir toute cette
grande Province , à l'avantage de la Lit-
II. Vola
Cv terature,
1312 MERCURE DE FRANCE
terature , et sur tout de l'Antiquariat.
C'est ce qu'il me paroît avoir très bien
execute;car dans le triage et dans l'arran-
gement que j'ai faitde ses Papiers j'ai trou
vé de quoi remplir un Porte- feüille en-
tier de toutes sesObservations &c, surSa
lonique et la Macedoine. J'ai mis à la tête
de tout ce Recueil le Passeport original ,
écrit en Turc du Pacha , Gouverneur de
la Province , qui étoit alors à Constanti-
Rople , et dont M. D. R. trouva à pro-
pos de se munir avant son départ. Com-
me cette Piece peut avoir sa curiosité , et
que je présume que vous n'en avez pas
encore vû de cette espece , en voici une
Traduction exacte:
PASSE PORT du Pacha
de Salonique.
A tous les Docteurs, Grands Etendars
de la Loy, Modeles des Vertus, Seigneurs
Cadis , qui sont en Charge depuis le
Seuil de Félicité jusqu'à Salonique, que
vos vertus soyent multipliées , et vous
la gloire et l'ornement de vos égaux ; les
Commandans des Janissaires , Grands
Officiers des Provinces , et Autres qu'il
apartiendra , qui sont sur la même rou-
te que vos Dignités soyent augmentées..
2
La Cour du Grand Seigneur.
Iilt Vol..
Nous
JUIN.
1737
7313'
Nous vous faisons sçavoir que le Gentil-
homme , Porteur de ce present Ordre ,
nommé Pierre Desroches , l'un des Offi-
Hers de l'Ambassadeur de Francé au même
Seüil de Félicité, étant obligé d'aller à Sa-
lonique pour quelques affaires,après la fin
desquelles il doit revenir ici , ledit Ordre:
lui a été expedié, afin que, lorsqu'il vous
sera presenté,vous aportiez tous vos soins'
à empêcher quesur toute la route, tant en
allant qu'en revenant , personne ne l'in-
quiete ; ni le fasse inquieter, qu'il fut soit
au contraire donné toute liberté d'aller et
de venir en sûreté , ainsi qu'aux trois
Domestiques qui sont à sa suite , et au
Janissaire qui l'accompagne pour sa gare
de. C'est ce que nous esperons de vos.
soins et de vos attentions , qui doivent
contribuer à son heureux voyage. Don-
né le 26. de la Lune de Rebiuleuvel , l'An
1139. C'est-à- dire le zo . Novembre 1726.
Les mots suivans sont écrits dans le
Sceau du Pacha , qui se nomme Maho
met, dont l'empreinte est sur l'Origi
nal : Vous êtes le Dispensateur des secours
que vous accordez à Mahomet dans son
Etat et dans le temps.
Je finirai ma Lettre par un échantil-
lon de la curiosité et de la sagacité de
M. Desroches , en raportant ici l'une des
II. Vol
Cvj
Inscrip
1314 MERCURE DE FRANCE
Inscriptions Grecques qu'il a recueillies
dans ce voyage , telle que je la trouve en
ouvrant au hazard le Porte - feuille en
question , accompagnée d'un petit Cont
mentaire de sa façon.
ΠΟΛΕΙΤΑΡΧΟΥΝΤΩΝ, ΣΩΣΙΠΑΤΡΟΥ,
ΤΟΥ , ΚΛΕΟΠΑΤΡΑΣ , ΚΑΙ , ΛΟΥΚΙΟΥ,
ΠΟΝΤΙΟΥ , ΣΕΚΟ ΔΟΥΙΟΥ , ΑΥΟΥ ,
ΛΟΥΙΟΝ , ΣΑΒΕΙΝΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ
ΤΟΥ , ΦΑΥΣΤΟΥ , ΔΗΜΗΤΡΙΟΥ , ΤΟΥ
ΝΕΙΚΟΠΟΛΕΟΣ , ΖΟΛΟΥ ΤΟΥ , ΠΑΡΜΕ
,
ΝΙΟΝΟΣ, ΤΟΥ , ΚΑΙΜΕΝΙΣΚΟΥ, ΓΑΛΟΥ ,
ΑΤΙΛΛΗΙΟΥ , ΠΟΤΕΙΤΟΥ , ΤΑΜΙΟΥ ,
ΤΗΣ,ΠΟΛΕΟΣ, ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ ΑΜΜΙΑΣ ,
ΤΟΥ , ΚΑΙΡΙΛΟΥ , ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝ
ΤΟΣ , ΤΑΙΡΟΥ , ΤΟΥ , ΚΑΙ ΡΗΓΛΟΥ .
En entrant à Salonique par la Porte
du Verdar, ) c'est M. Desroches qui par
le ) on trouve à droite sur le Jambage
de la seconde Porte , car il y en a deux ,
une grande Pierre avec l'Inscription cy-
dessus , à laquelle il ne manquoit rien ,.
du moins à ce qu'il m'a paru , et que j'at
copiée lettre pour lettre , et ligne pour
ligne. Cette Inscription ne contenant
presque que des noms propres , il est
difficile d'en tirer un sens bien clair :
mais ce que je vais ajoûter servira peut-
être à fonder quelques conjectures. Sur .
II. Vol .
BAG
JUIN
1737.
1315
une autre Pierre de ce même Jambage ,
du côté qui est en face quand on entre
›
il y a unCheval qu'un jeune Garçon tient
par la bride , et un Homme debout qui
paroît s'apuyer du dos contre ce Cheval:
.
et sur l'autre Jambage de cette Porte il
y a précisément les mêmes figures posées
en symétrie, à la même hauteur ; c'est
à - dire , environ à trois pieds de terre :
et toutes ces Figures , quoique mutilées,
font encore voir qu'elles ne sont pas sor-
ties d'une mauvaise main. Peut être y
avoit il autrefois à cette Porte , ou aux
environs , quelque Place , où quelque-
Lieu pour l'exercice des Chevaux com-
me le mot de ΓΥΜΝΑΣΙΑΡΚΟΥΝΤΟΣ
semble l'insinuer , et que tous ceux dont
les noms sont cités dans cette Inscrip
tion s'y étoient distingués , & c.
Je suis , Monsieur , & c.
Fermer
1783
p. 1338-1350
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
Début :
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec plaisir, votre nom à la tête de la Lettre [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte, Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf, Chanoine de L. C. D. imprimée dans le Mercure de Mars 1737. au sujet du Lieu de la Naissance de Saint Louis, Roy de France.
RÉPONSE du R. P. Mathieu Texte,
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Dominicain, à la Lettre de M. le Beuf,
Chanoine de L. C. D. imprimée dans
le Mercure de Mars 1737. au sujet du
Lieu de la Naissance de Saint Louis,
Roy de France.
J'avois vû, Monsieur, d'abord avec
plaisir, votre nom à la tête de la Lettre
à laquelle j'ai l'honneur de répondre;
comme ce qui vient de vous est ordinai-
rement rempli d'érudition et de recher-
ches, je m'attendois à y trouver des
éclaircissemens sur la question agitée en-
tre M. Maillart et moi , d'autant mieux
quejevoyois paroître sur les rangsur Ecri-
vain d'un mérite distingué, sans qu'il eût
aucun interêt au sujet de notre dispute.
Ce n'est donc pas sans raison que j'ai été
surpris de ne voir presque dans certe Let-
tre que les Chartres de la Neuville- en-
11. Vol
Hez ,
JUIN.
1737
1339
Hez , avec quelques avis, dont vous con-
viendrez vous-même que je n'avois pas
besoin , lorsque vous y aurez fait re
Aexion.
1º. Je me suis fait illusion , si on vous
en croit , lorsque j'ai soutenu que M.
Baillet , qui a placé à Poissy la Naissance
de S. Louis , connoissoit les Chartres de
la Neuville , où il étoit né lui- même , et
pour prouver ma prétendue méprise
de cet Ouvrage , à laquelle il présida
>
vous observez que la Note que j'ai copiée
dans les Vies des Saints de ce celebre Cri-
sique , n'est pas dans la premiere Edition
mais seulement dans deux Editions faites
long- temps après sa mort ; sçavoir , en
1715. et en 1724.d'où vous concluez que
cette Note n'est pas de M. Baillet , mais
de l'Editeur.
Comment avez vous pû ignorer, Mon.
sieur , que l'Edition de 1701. qui est la
premiere , ayant été épuisée en très- peu
.de temps , on en fit une seconde , revie
et augmentée par l'Auteur , qui fut mise
en vente dès l'an 1704. chés Jean de
Nully. Baillet étoit alors plein de vie ,
il ne mourut que le 21. Janvier 1706.
Ce fut donc lui-même qui , au Tome II.
de cette Edition p. 379. après avoir écrit
dans le Texte : Louis IX. Roy de France
II. Vol
nâquir
1340 MERCURE DE FRANCE
nâquit à Poissy , ajoûta cette Note. >> On
» voit deux Actes de nos Rois , l'un de
» Louis XI. et l'autre de Henry I V. qui
» portent qu'il est né à Neuville- en-Hez ,
" Bourg du Diocèse de Beauvais, » C'est
lui qui en disant ensuite p. 383. » que
» S. Louis retournoit ordinairement à
» Poissy , non pas tant pour y être né
» que pour y avoir reçû le Baptême »
montre qu'il n'avoit point d'égard à ces
Chartres. De plus on lit au IV. Tome p.
292. qu'il y avoit eu en 1215. trois éve-
nemens remarquables , dont l'un étoit la
Naissance de S. Louis à Poissy.
M. le Gendre a suivi son exemple , et
malgré ces Chartres , il a écrit T. III. P.
120. de l'Histoire de France , imprimée
à Paris, 12. ans après la mort de M. Bail
let : Louis VIII. eut pour enfans , &c .
S. Louis né à Poissy.
2º. La proximité d'une ruë , dites
vous , a empêché de bâtir le Sanctuaire
de l'Eglise des Dames de Poissy vers l'O-
rient ; cela est vrai , mais ce fut pour ac-
corder cette proximité avec l'endroit où
S. Louis étoit né , sur lequel on voulut
placer le Maître Autel.
3 °. L'autorité de Guidonis , Dominicain ,
né en 1260. Evêque de Lodéve en 1324.
quej'ai cité, m'a paru d'autant plus décisi-
II. Vol.
ve
JUIN.
1737.
1347
ve pour prouver la Naissance de S.Louis à
Poissy , qu'un autre Ecrivain , lequel té-
moigne , selon le P. Echard , l'avoir
connu , assure dans l'Abregé qu'il a fait
de sa Vie , qu'il étoit à la suite de la
Cour de France en 1318. envoyé par le
Pape Jean XXII. pour terminer la
Guerre qui étoit entre le Roy Philipe V.
et les Flamans. Ce qui réussit, dit Meze-
ray , le 20. May 1320. Guidonis , alors
Inquisiteur de Toulouze , et Procureur
General de son Ordre ; dum Inquisitionis
et Procurationis officiis fungeretur , obligé
en cette derniere qualité , de veiller à
l'execution de la Fondation d'un Monas-
tere de son Ordre , faite à Poissy , à cinq
petites lieuës de Paris ; Guidonis , dis - je ,
pouvoit-il ignorer , n'étoit- il pas même
obligé de sçavoir le dessein de Philipe le
Bel et des Princes , ses deux fils , Philipe
Vet Charles IV . auxquels il avoit l'hon-
neur de parler , déclarés avec leur Perc
dans le Nécrologe de certe Maison , Au-
teurs de ces grands Edifices ?
J'ai donc suivi les regles d'une saine
critique , lorsque j'ai regardé ce Prélat
comme un bon garant de la verité que
je défends ; il dit nettement que Philipe
le Bel fonda le Monastere de Poissy in
bonorem Avi sui qui apud Pissiacum natës
1 I. Vol.
esis
1342 MERCURE DE FRANCE
ests et c'est en termes aussi exprès , qu'il
assure dans la Relation de cette Fonda-
tion , que le Lieu de Poissy fut choisi
préférablement à tout autre , parce que
S. Louis y étoit né.
Vous ne voulez pourtant point qu'on
s'arrête à ce témoignage
parce que ,
>> dites- vous, les OuvragesHistoriques de
» Guidonis sont remplis d'une inexacti-
» tude qui leur a'attiré le mépris des Sça-
» vans, et qui est la cause qu'ils restent
» oubliés dans la poussiere des Biblio-
> theques , sans que personne ait jamais
» eu le courage de les rendre publics par
» l'impression. Les Sçavans , selon vous,
méprisent ses Ouvrages Historiques , & c.
Mais tous les Sçavans dont vous voulez
parler se réduisent à un des Continua-
teurs de Bollandus , qui même n ' . dit
autre chose , sinon que la Vie de Saint
Justin d'Aquitaine , publiée par Gui-
donis , contient des fables. A quoi le
P. Echard répond : hasfabulas Bernardo
non tribuas » En effet , Guidonis paroît
>> ici un Ecrivain zelé , lequel ayant
» découvert cette Piece en Gascogne,
» n'a eu d'autre dessein' que de la con-
» server en entier , afin que ce qu'il y a
» de fabuleux ne fut pas cause de la per-
se de ce qu'il y a de vrai , sans préten
ᏞᎥᏤ .
dre
JUIN.
1737
7343
dre autoriser également l'un et l'autre.
Donnez-vous la peine , Monsieur , de
lire sa Vie , raportée par les Peres Labbe
et Echard , et vous y trouverez de quoi
vous former l'idée juste que l'on doit
avoir de notre Auteur et de ses Ouvra-
ges: Guido vir magni consilii , sensatus ,
fama , gratiâ , scientiâ et eloquentiâ clarus.
M. Sponde ad annum 1330. et le P. Ale-
xandre Siecle XIV . p . 148. lui donnent
dans leurs Annales les mêmes éloges . Le
P. Lelong , de l'Oratoiré , fait , dans sa
Bibliotheque Historique , le dénombre-
ment des plus célebres Bibliotheques qui
conservent cherement ses Manuscrits , et
il assure p. 78 2. que son Histoire impri-
mée des Comtes de Toulouze , est suivie
generalement de tous ; M. Baluze , le-
quel , au sentiment de M. Dupin , Siécle
XVII. p. 5. et p. 15. et de tout le monde,
étoit mieux versé que personne dans la
connoissance des Manuscrits , parlant de
notre Prélat , a dit dans son Histoire des
Papes d'Avignon , T. I. p. 579. Bernar-
dus Guidonis Auctor omni exceptione ma-
jor. Bernard Guidonis est un des plus cé-
lebres Auteurs ; et il l'a dit à l'occasion
de ses Additions à l'Ouvrage Historique
des nouveaux établissemens de l'Ordre
des Freres Précheurs , De Exordiis Ord.
II. Vol.
Prad
1344 MERCURE DE FRANCE
Prad. Ce scul témoignage autorise tout
ce que notre Ecrivain a dit de celui de
Poissy , qui est du nombre. Tous ces
Scavans , et plusieurs autres que je pou
rois citer, sont autant de témoins du mé-
rite de Guidonis , par les éloges qu'ils
lui donnent.
Vous ajoûtez enfin que personne n'a
jamais eu le courage de faire imprimer
aucun des Ouvrages Historiques de no-
tre Auteur , et le P. Echard T. I. p . 577.
>
en cite six , avec l'année et le lieu de
l'Impression. Historia Inquisitionis , &c.
Vovez aussi ce que Baillet dit en faveur de
Guidonis T. I. p. 36. Edit. de 1704.
4º. Guillaume de Chartres , Chapelain
de S. Louis , a écrit que ce pieux Roy
observoit les jeûnes qui étoient d'obliga
tion dans le Diocèse de Chartres , eò quod
de Carnotensi Diocesi oriundus existebat.
J'ai traduit ces mots : Parce qu'il étoit
né dans le Diocèse de Chartres. Et je
soutiens encore que c'est leur sens veri-
table et naturel.
Ce que j'ai avancé , qu'en cherchant
une autre autorité que celle de Catel ,
qui vous a paru trop foible , pour mon-
trer que j'ai bien expliqué le mot oriun-
dus , je l'ai trouvée sans peine cette au-
torité , et telle qu'elle ne laisse pas om-
II. Vol.
bre
JUIN.
11. Vol.
1737.
1345
bre de difficulté ; c'est la Vie de S. Eloy
par S. Ouen qui me l'a fournie. Elegius,
dit l'Historien, in Villa Catalanensi oriun-
dus fuit. On l'explique en disant que S.
Eloy nâquit à Cataillac près de Limoges,
et S. Olen ne permet pas de l'entendre
autrement , lorsqu'il ajoûte : ex hâc ergo
regione natus est : Il nâquit donc dans ce
Pays-là. Sum enim et ego , si fortè vos nes-
citis , civitate vestrâ oriundus , et à pueritia
nutritus : » Sçachez , disoitCorneille Agrip-
ра
» pa à ceux de Cologne , que je suis né
» et que j'ai été élevé dans votre Ville ,
qu'il apelle sa Patrie. Melchior, Adam
et Bayle citent cet oriundus pour prouver
qu'il y est né.
5º. Mais si le mot oriundus indique le
Lieu de la naissance temporelle , en se-
ra- t- il autrement du mot originis , em-
ployé par Philipe le Bel en 1304. dans
la Chartre de Fondation du Monastere
de Poissy ? M. Maillart les a expliqués
l'un comme l'autre , et vous en avez usé
de mêmesje n'y trouve aussi aucune dif-
ference ; je crois qu'ils ont la même si-
gnification ; cependant comme il vous
reste deux scrupules , je vais tâcher de
les lever.
On lit donc dans cette Chartre de
Fondation ( par laquelle le Roy accorde,
en
1546 MERCURE DE FRANCE
en vûë de la Naissance de S. Louis , in
honorem , &c. des Privileges bien plus
étendus que ceux de Neuville : Villam
ipsa
ORIGINIS SUE locum habebat.Il
avoit le Domaine de cette petite Ville de
Poissy , le Lieu de sa Naissance. Ce ver-
be habebat vous paroît receler quelque
mistere
,
et en vous en reservant l'intel-
ligence , vous avertissez le Public que si
on l'entend bien , il fait contre moi ; j'a-
voiie que je ne vois point cela , mais ce
que je vois fort bien , c'est que ce même
verbe habebat n'est point dans une autre
Chartre que Philipe le Bel accorda au
Monastere de Poissy , et qui est datée de
Chastillon- sur- Yndre , au mois d'Août
1305. In honorem Dei , B. V. M. nen nen
ad celebrem et specialem egregii Confessoris
B. Ludovici , Avi nostri , Monasterium
præteritis diebusfundare decrevimus in Villä
Pissiaci , ORIGINIS locum prefati Confes
soris , & c.
Ce verbe habebat , comme vous voyez,
n'est plus ici un obstacle , et afin que
vous n'ayez rien à désirer là dessus , lisez
un endroit de la Vie de S. Gregoire , Pa-
pe , écrite par un Chartreux du Val-
Dieu , du XV. Siécle , et raportée dans
le T. VI. p. 28. Veter. scrip. de D. Mar-
tenne , Benedictin. B. Gregorius , Papa ,
VI. Vol.
clarissimis
JUIN.
1737.
clarissimis ortus natalibus ;
8347
S. Gregoire ,
Pape , sorti d'une illustre Famille , ea
tempore duxit originem quo à nativitate Ch.
annus DXLI.volvebatur. nâquit en 541.Le
même Chartreux parle de Guidonis p.
70. comme d'un beau génie : Doctor so-
lertissimus edidit egregium opus speculi sanc-
toralis. Ce Docteur subtil est l'Auteur
de l'excellent Traité du Miroir des
Saints.
A l'égard de votre second scrupule ,
qui consiste en ce que vous ne pouvez
pas comprendre qu'on ait été mieux in-
formé du Lieu de la Naissance de Saint
Louis, que de l'année de cette Naissance,
sur laquelle les Historiens ne sont nul-
lement d'accord ; vous me permettrez de
vous dire que la Patrie est une chose sub-
sistante ; la Naissance des Grands Hom-
mes dans un Lieu fait honneur , et sou-
vent même elle lui est utile : il n'en est
pas de même de l'année , et eût- elle été
écrite dans le temps même , les Copistes
ne sont pas également exacts. On sçait
que Philipe le Bel avoit formé le dessein
de fonder un Monastere , non pas pour
rendre célebre l'Année de la Naissance
de S. Louis , son Ayeul ; c'est pour cela
qu'il n'en fut pas parlé , mais le Lieu où
il étoit né , qu'il déclare être la petite
II. Vol.
Ville
1348 MERCURE DE FRANCE
Ville de Poissy , ayant pû l'aprendre de
S. Louis , son Ayeul , auquel il avoit
parlé de Marguerite de Provence , son
Ayeule , avec laquelle il avoit conversé
17. ans , et celle- ci 18. avec la Reine
Blanche.
Que voulez-vous après cela qu'on dia
se de vos Chartres ? Je sçais le respect
que l'on doit avoir pour tout ce qui éma-
ne du Trône de nos Kois : mais la Char-
tre de Louis XII . dont j'ai aporté l'exem-
ple, donnée en 1513. en faveur de la Cour
des Aydes de Montpellier, pour être éga
lement émanée du Trône , ne fut pas
plus infaillible par le défaut de l'Exposé
quoique fait de bonne foy ) vos Char-
tres étant de ce caractere , elles n'en ont
pas aussi plus d'autorité .
Il n'y en a proprement que deux ;
( celle de 1475. se raportant entierement
à celle de 1468. ne doit être comptée
pour rien ) La premiere est de Louis XI.
et de l'an 1468. c'est-à-dire qu'elle a été
accordée aux Habitans de la Neuville-
en-Hez plus de 250.ans après la Naissan-
ce de S. Louis , et 198. après sa mort.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que
Louis XI. ne dit pas absolument dans
certe Chartre que S. Louis est né à la
Neuville ; quand il l'auroit dit , ce seroit
11. Vol.
encore
JUIN.
encore peu
1737.
1349
de chose: car on sçait bien
que
ce ne sont pas les Rois qui redigent les
Chartres ; mais après avoir écrit dans cel-
le-ci que S. Louis avoit pris Naissance à
la Neuville , on a eu soin d'ajoûter au
nom du Roy , ainsi qu'il nous a été af-
firmé. Par qui affirmé ? Ce n'est pas assu
rément par ceux qui étoient du temps de
S.Louis.Si l'on veut donc que cette Char-
tre prouve quelque chose,ce sera unique-
ment,que plus de 250 ans après la Nais-
sance de S. Louis , les Habitans de la
Neuville , ayant trouvé une protection
auprès de Louis XI . lui demanderent
une exemption pour un temps , que leur
pauvreté seule rendoit nécessaire ; que,
pour être écoutés plus favorablement, ils
exposerent que S. Louis étoit né chés eux;
et que Louis XI . leur accorda ce qu'ils
demandoient sur un oui dire , sans avoir
fait examiner la verité de cette partie de
leur Exposé.
Je n'aurai pas de peine à montrer que
la Chartre d'Henry IV. qui vous a pa
ru si curieuse , ne prouve pas davantage.
Le Roy y dit que les Habitans de la Neu-
ville lui ont exposé qu'ils avoient obte-
nu autrefois plusieurs graces , entr'autres
une Chartre de S.Louis , qui la leur avoit
accordée en consideration de ce qu'il
11. Vol.
avoit
1350 MERCUREDE FRANCE
avoit pris Naissance au Château de la
Neuville. Vous voyez , Monsieur, que ce
sont encore ici les Habitans qui parlent ,
et qui parlent d'une Chartre qu'ils n'a-
voient pas , et qu'ils disent que S. Louis
leur avoit accordée , comme l'ayant oüi
dire.
Enfin tout s'opose à vos Chartres , et
rien ne les favorise . Que d'obstacles à
franchir
que de difficultés à résoudre !
et à combien de conjectures n'êtes- vous
pas obligé de recourir pour trouver quel
que Epoque de la Naissance de S. Louis
à Neuville ? On aura beau chercher le
sujet du voyage de la Princesse Blanche,
qui n'étoit pas encore Keine , M. Mail-
lart avoue dans sa Lettre, et vous Mon-
sieur, vous faites connoître, par les beaux
traits
Histoire dont vous avez enrichi
la vôtre , que vous n'avez rien oublié
l'un et l'autre pour le trouver ce sujet ,
mais sans succès. Après de si habiles
cri.
vains , qui osera se flatter d'y réussir ?
Il en faudra donc toujours revenir au
Château de Poissy , le séjour ordinaire
de cette Princesse.
Je suis , Monsieur , &c.
A Paris le 1. Juin 1737.
Fermer
1784
p. 1357-1368
ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré, Superieur General des Benedictins de la Congrégation de S. Maur.
Début :
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit à Bresolles, petite Ville du Perche, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré, Superieur General des Benedictins de la Congrégation de S. Maur.
ELOGE du R. P. Dom Claude Dupré,
Superieur General des Benedictins de la
Congrégation de S. Maur.
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit
à Bresolles, petite Ville du Perche,
dans le Diocèse de Chartres , le 18. No
vembre 1667.d'une fort honnête Famille.
A l'âge d'onze ans ses Parens l'envoyerenɛ
à Paris. Après avoir étudié quelque temps
au College de Montaigu , il alla à Caën
achever ses Humanités , et partout il fit
admirer son amour pour les Lettres , et
son assiduité au travail. C'étoit peu pour
lui que les heures d'étude et les devoirs
de Classe ordinaires. Avare de son temps
II. Vol.
E iiij .
et
1358 MERCURE DE FRANCE
et avide de science , les momens que ses
Condisciples passoient à de vains amu-
semens, notre jeune Ecolier les employoit
à la lecture des bons Livres , ou dans la
compagnie des Personnes qui pouvoient
contribuer à son avancement. Ses pro-
menades et ses récréations se bornoient
à l'Abbaye de S. Etienne de Caën , où il
s'entretenoit de matieres de pieté avec
quelques Religieux , dont il avoit fait
connoissance , et s'édifioit de la retraite ,
du silence et de la régularité de cette
Communauté. Leur genre de vie fatoit
Insensiblement son inclination , et la
grace secondant le penchant naturel qu'il
avoit pour la solitude , il se sentit vive-
ment pressé du désir de se faire Religieux.
Fidele à sa vocation , il quitta le Monde
et sortit de Caën à l'insçû de ses Parens,
pour se retirer dans le Monastere de
Lyre.
Là, revêtu de l'habit Religieux, notre
jeune Novice s'apliquoit tout entier à
étudier et à remplir les devoirs de l'Etat
qu'il vouloit embrasser , lorsque son Pe-
re se rendit à Lyre , et le sollicita par
tout ce que la Nature a de plus tendre ,
de retourner avec lui dans le Monde pour
être sa compagnie et sa consolation . Mais
le Novice , ferme dans sa résolution
II. Vol.
Consomma
JUIN 1737.
11, Ꮴ !
1359
consomma son sacrifice avec joye le 10.
Août 1686. par les vœux solennels de
la Religion.
Après sa Profession , il fut envoyé à
S. Ouën de Roüen , pour y faire son Sé-
minaire. Le P. Dom Simon Bougis , qui
en étoit Prieur , déja prévenu sur les
heureuses dispositions du Frere Dupré ,
le reçut , avec complaisance , au nombre
de ses Eleves , et s'apliqua avec soin à
cultiver cette jeune Plante et à la conduite
à sa perfection. Notre jeune Profès fit de
si grands progrès dans la vertu , qu'il
devint en peu de temps l'exemple et le
modele du Séminaire. Il passa ainsi deux
années dans la pratique la plus exacte de
l'observance Réguliere. Apliqué ensuite
par ses Supérieurs à la Philosophie et à
la Théologie , il reprit son ancien goût
pour l'Etude , mais sans jamais perdre le
but de sa vocation . Les succès répondi
rent parfaitement à l'habileté de ses Maî-
tres , et sa pieté ne souffrir rien des athi-
blissemens que la sécheresse et la dissi
pation des Études causent souvent.
Au sortir de ses Etudes , on l'envoya
à Jumiéges , Maison très retirée er pro-
pre à ses inclinations. Il reçut à la fin de
Fannée l'Ordre de Prêtrise , et peu de
temps après les Supérieurs Ini confierent
E v
iédu-
1360 MERCURE DE FRANCE
l'éducation de la Jeunesse , ils lui firent
>
enseigner successivement les Belles- Let
tres au College de Tyron , la Philosophie
à Fécamp , et la Théologie à Caën. Il
s'étudia à former ses Disciples autant par
ses exemples que par ses leçons ; sa con-
duite leur inspiroit également l'amour
pour la vertu et l'ardeur pour les Sciences.
Le Chapitre General de 1705. le nom-
ma Prieur de Saint- Pere de Chartres.
Toute la Province aprouva ce choix ; il
en fut lui seul consterné ; il fit des re-
montrances , il insista , il gémit , il pleu-
ra , mais inutilement
ร
il fallut se sou-
mettre. A la tête de sa Communauté , il
prit pour regle de conduite l'exemple du
bon Pasteur. Dur à lui même , humain
pour ses freres, prévenant officieusement
les besoins de ses Religieux , portant
tout le poids de la Supériorité , sans en
goûter les douceurs ; il possedoit à un
dégré supérieur le don de la parole. Rien
de plus solide , rien de plus pathétique
que les Exhortations qu'il faisoit à ses
Religieux , ils l'écoutoient toujours avec
plaisir , même dans la censure de leurs
fautes.
Le Chapitre General de 1708. instruit
de ses vertus et de ses bonnes qualités
crut devoir lui confer un poste plus con-
II. Vol.
sidérable.
JUIN.
II. Vol.
1737.
1361
sidérable. Il y fut nommé Abbé de Saint
Martin de Séez. Cette nouvelle dignité ,
soûtenuë de tous les talens qui rendent
un homme recommandable , auroit pû lui
procurer des amis distingués , et le faire
briller au-dehors ; mais se renfermant
dans les bornes de son Etat , il évita , au-
tant qu'il put , de paroître et de se ré-
pandre parmi les Séculiers. Malgré tou
tes ses précautions il fut respecté dans le
Pays et connu pendant six ans qu'il gou-
verna cette Abbaye , pour un saint et
sçavant Religieux , qui joignoir aux bel-
les connoissances un excellent caractere.
Les idées avantageuses qu'on avoit de
lui , loin de flater son amour propre , net
servirent qu'à le rendre encore plus hum-
ble. Il souffroit impatiemment des élo-
ges et des attentions qu'il croyoit ne pas
mériter ; et regardant la supériorité com-
me un écueil , il fit tous ses efforts pour
s'en décharger au Chapitre General de
1714. dont il étoit Membre. Il y étoit
destiné pour remplir un des premiers
postes de la Province de Bretagne ; mais
Il préfera l'Office de Secretaire du R. P.
General aux Supériorités les plus hono-
rables.
Il exerça cet Emploi pendant six ans
avec tout le zele et l'attachement que
E vj
méritoit
1362 MERCURE DE FRANCE
méritoit l'entiere confiance dont l'hono-
roit le R. P. Dom Charles de l'Hostalled
rie. Ce R.P. ayant demandé et obtenu sa
décharge au Chapitre de 1720. son Se-
cretaire sollicita vivement la permission
de rentrer dans la retraite et dans la so-
litude , dont il faisoit ses délices ; mais
on n'eut aucun égard à ses prieres , et
malgré toutes ses repugnances , il fuc
nommé par ce Chapitre Visiteur de Nor-
mandie , et par celui de 1723. Visiteur
de la Province de France.
Devenu le Pere des Religieux de ces
Provinces , il en fit le bonheur et l'ad-
miration: il les gouverna avec toute la
fermeté , la douceur et la modération
qu'on pouvoit attendre de son grand
zele , de son bon cœur et de sa charité
paternelle. Son autorité soûtenuë par
l'exemple de ses vertus , y fut toujours
universellement respectée et aimée. Les
Religieux de France ne le virent sortir
qu'à regret de leur Province : il emporta
leurs cœurs et leurs vœux en les quittant
pour aller en 1726. à Fécamp gouverner
cette Abbaye , la premiere et la plus dis-
tinguée de la Normandie.
En changeant de poste, Dom Dupré
ne changea pas de conduite : même zele
pour la discipline réguliere , même rete-
II. Vol
JUIN.
1737.
1363
#ue pour le dehors. Renfermé dans l'in-
terieur de son Monastere , il se livra tout
entier aux besoins de ses Religieux . Obli-
gé par son Office de Grand Vicaire de
l'Archevêque de Rouen , de communi-
quer avec les Seculiers , pour l'exercice
de la Jurisdiction sur plusieurs Paroisses ,
il s'y prêta , mais toujours en vrai Reli-
gieux , satisfaisant simplement aux de-
voirs de sa Charge-
Député de sa Province , Définiteur et
Secretaire du Chapitre de 1729. il y fut
nommé Prieur de l'Abbaye de S. Ger-
main-des- Prez : mais un orage fâcheux
ayant troublé la paix de la Congrégation ,
il prit le parti de la retraite , et renvoya
son Obedience ; il insista long - temps
pour obtenir sa démission , et ne se ren-
dit à S. Germain qu'aux ordres précis et
réïterés du R. P. Général . Peu accoûtu-
mé au grand Monde, ennemi du tumul-
te et des embaras , il se contenta de lever
les mains au Ciel , tandis que les Supe-
rieurs majeurs travailloient à rétablir le
calme dans la Congrégation.
Ilfutpeu de temps après élû Assistant
du R. P. Général. Telle étoit sa situation
lorsqu'il se vit obligé en 1735. par la
mort inopinée du R. P. Général Dom
Hervé Menard , de présider en qualité
11. Fol.
de
1364 MERCURE DEFRANCE
de Vicaire Général à toute la Congréga-
tion. Il soûtint le poids de cette Charge
avec une constance qui le fit admirer.
Sans rien relâcher de sa régularité , de
son assiduité aux exercices , et de ses
austerités , il s'occupa infatigablement à
chercher les moyens de ramener dans la
Congrégation la subordination et la paix,
que les disputes du temps et les élections
précedentes y avoient extrémement al
Terées.
Son accès libre , aisé et affable , ses
entretiens familiers , agréables et insi-
Huans , ses lettres tendres , affectives et
paternelles, lui attirerent d'abord la con-
fiance des Religieux. Les très-humbles
Remontrances qu'il fit au Roy , de con-
cert avec le P. Assistant et quelques Su-
perieurs , pour la levée des exclusions et
la liberté des suffrages dans le prochain
Chapitre , les ordres pleins de bonté et
de clemence qu'il obtint de S. M. au
mois de Mars 1736. et la lettre qu'il
écrivit à tous les Monasteres le lende
main pour les notifier , acheverent de
concilier les Esprits.
Le 3. May 1736. il fit l'ouverture du
Chapitre par un Discours si éloquent et
si pathetique,qu'il pénétra tous les cœurs
et les réunit tellement , que toutes les
Fl. Vol.
élections
JUIN.
1737.
temps de la Congrégation.
1365
élections s'y firent avec une tranquillité
et une modestie dignes des premiers
Après avoir été élû unanimement Dé-
finiteur et Président de ce Chapitre , il
fut aussi élû d'une voix unanime et pro-
clamé Général de la Congrégation le 27.
du même mois. Cette place étoit dûë à
sa grande régularité et à son zele pour le
bon ordre et pour la discipline. Tous les
Religieux le desiroient et le demandoient
depuis long-temps. Tous aplaudirent à
ce choix; lui seul s'en affligea , et l'abon
dance des larmes qu'il versa, au moment
de son élection , et dans la cérémonie de
son installation , fut une preuve bien
sensible de la peine qu'il en ressentoir.
Ses Religieux ne furent pas les seuls
qui se réjouirent de son élection . Le Pape
l'honora d'un Bref, par lequel il lui mar
quoit la joye qu'il avoit de voir si digne-
ment remplie la premiere Place d'une
Congrégation , qui lui étoit chere et pré-
cieuse, M. le Cardinal de Fleury l'hono
ra d'un accueil très - favorable. S. E. aut
fa bonté de le presenter au Roy et à la
Reine
Elle fit à Leurs Majestés l'Eloge
de la Congrégation et du Général en pre-
sence de toute la Cour , dans les termes
les plus obligeans . Le Public ne prit pas
II.Vab
mcins
"
1366 MERCURE DE FRANCE
moins de part à l'heureux succès du Cha
pitre. Le nouveau Général füt reçû par-
tout avec joye , avec distinction ; et ce-
lui qui , jusqu'alors, n'avoit cherché qu'à
se cacher , se vit, avec étonnement, con-
nu et recherché de tout le Monde. Il re-
çut des marques d'une consideration par
ticuliere du Roy et de la Reine de Polo-
gne, lorsqu'il leur presenta une Relique
de S. Benoît , que L. M. lui avoient de-
mandée avec empressement; la noble sim
plicité avec laquelle il les harangua ,
louée de toute la Cour.
fut
Cependant le Seigneur répandoir ses
graces et ses bénédictions sur son gou-
vernement : la science et la pieté repre-
noient une nouvelle vigueur , lorsqu'une
mort prématurée enleva ce digne Géné-
ral à sa Congrégation . Il avoit prédir ,
au moment de son élection , qu'il ne
verroit pas la fin de l'année. En effet, un
travail dur , continuel et opiniâtre , joint
à une vie extrémement pénitente et aus-
tere, épuisa bien- tôt ses forces ,et le con-
duisit en peu de temps au tombeau.
Dès le mois d'Août il se sentir attaqué
d'une sécheresse de poitrine, qui fit crain-
dre pour sa vie . Son corps s'affoiblissoit
à vûë d'œil , et sa poitrine s'alteroit de
plus en plus.
11 Vol.,
A
JUIN.
II. Vol.
17376
1367
Au commencement de l'Avent il se
Trouva fort opressé. Le Médecin lui pres-
crivit un regime de vie ; mais il ne fut
pas possible de lui faire rompre le jeûne
et l'abstinence , et tout ce qu'on put ga
gner sur lui , fut qu'il ne se leveroit pas
la nuit pour aller à Matines , exercice
auquel il avoit été toujours fort assidu.
Quelques saignées faites à propos , lui
donnerent un peu de relâche , et mesu-
rant ses forces sur son courage , il entre-
prit de dire les trois Messes de Noël : il
célébra encore la Messe le jour de Saint
Etienne , mais avec beaucoup de peine ,
et pour la derniere fois.
Le Dimanche suivant, se trouvant plus
mal , il apella son Confesseur , et se pré-
para par une Confession générale à rece-
voir le S. Viatique et l'Extréme- Onction,
Le P. Assistant se disposoit à les lui apor
ter, le Malade les attendoit avec une sain-
te impatience , mais une violente palpi-
tation de cœur lui ôtant tout à coup la
respiration , sans qu'on pût lui donner
aucun secours , le P. Delville , son Se-
cretaire , qui ne le quittoit point , l'ex-
horta à avoir recours au Seigneur. Je
mets , lui répondit- il , toute ma confiance
en sa misericorde , et en prononçant ces
paroles il expira le 30. Décembre 1736.
à trois
1368 MERCURE DE FRANCE
à 3. heures après midi, âgé d'environ 70.
ans. Il fut inhumé le lendemain avec les
cérémonies accoûtumées auprès de ses
Prédécesseurs , vers le milieu du Chœur
de la grande Chapelle de la Vierge. Les
Généraux d'Ordre qui étoient à Paris ,
un très grand nombre d'Ecclesiastiques
et de Religieux assisterent à ses Obse-
ques , et au Service solemnel qui se fit
le 2. de Janvier. S. E. M. le Cardinal de
Fleury a bien voulu honorer sa Mémoi
re par une de ses Lettres , écrite sur ce
sujer au P. Vicaire Général dans les ter-
mes les plus tendres et les plus consolans.
Cette Mémoire sera toujours précieuse
à une Congrégation dans laquelle il avoit
rétabli la paix et le bon ordre , par les
rares exemples de pieté et de toutes les
Vertus Religieuses dont il l'a édifiée'pen-
dant son gouvernement.
Superieur General des Benedictins de la
Congrégation de S. Maur.
Le R. P. Dom Claude Dupré nâquit
à Bresolles, petite Ville du Perche,
dans le Diocèse de Chartres , le 18. No
vembre 1667.d'une fort honnête Famille.
A l'âge d'onze ans ses Parens l'envoyerenɛ
à Paris. Après avoir étudié quelque temps
au College de Montaigu , il alla à Caën
achever ses Humanités , et partout il fit
admirer son amour pour les Lettres , et
son assiduité au travail. C'étoit peu pour
lui que les heures d'étude et les devoirs
de Classe ordinaires. Avare de son temps
II. Vol.
E iiij .
et
1358 MERCURE DE FRANCE
et avide de science , les momens que ses
Condisciples passoient à de vains amu-
semens, notre jeune Ecolier les employoit
à la lecture des bons Livres , ou dans la
compagnie des Personnes qui pouvoient
contribuer à son avancement. Ses pro-
menades et ses récréations se bornoient
à l'Abbaye de S. Etienne de Caën , où il
s'entretenoit de matieres de pieté avec
quelques Religieux , dont il avoit fait
connoissance , et s'édifioit de la retraite ,
du silence et de la régularité de cette
Communauté. Leur genre de vie fatoit
Insensiblement son inclination , et la
grace secondant le penchant naturel qu'il
avoit pour la solitude , il se sentit vive-
ment pressé du désir de se faire Religieux.
Fidele à sa vocation , il quitta le Monde
et sortit de Caën à l'insçû de ses Parens,
pour se retirer dans le Monastere de
Lyre.
Là, revêtu de l'habit Religieux, notre
jeune Novice s'apliquoit tout entier à
étudier et à remplir les devoirs de l'Etat
qu'il vouloit embrasser , lorsque son Pe-
re se rendit à Lyre , et le sollicita par
tout ce que la Nature a de plus tendre ,
de retourner avec lui dans le Monde pour
être sa compagnie et sa consolation . Mais
le Novice , ferme dans sa résolution
II. Vol.
Consomma
JUIN 1737.
11, Ꮴ !
1359
consomma son sacrifice avec joye le 10.
Août 1686. par les vœux solennels de
la Religion.
Après sa Profession , il fut envoyé à
S. Ouën de Roüen , pour y faire son Sé-
minaire. Le P. Dom Simon Bougis , qui
en étoit Prieur , déja prévenu sur les
heureuses dispositions du Frere Dupré ,
le reçut , avec complaisance , au nombre
de ses Eleves , et s'apliqua avec soin à
cultiver cette jeune Plante et à la conduite
à sa perfection. Notre jeune Profès fit de
si grands progrès dans la vertu , qu'il
devint en peu de temps l'exemple et le
modele du Séminaire. Il passa ainsi deux
années dans la pratique la plus exacte de
l'observance Réguliere. Apliqué ensuite
par ses Supérieurs à la Philosophie et à
la Théologie , il reprit son ancien goût
pour l'Etude , mais sans jamais perdre le
but de sa vocation . Les succès répondi
rent parfaitement à l'habileté de ses Maî-
tres , et sa pieté ne souffrir rien des athi-
blissemens que la sécheresse et la dissi
pation des Études causent souvent.
Au sortir de ses Etudes , on l'envoya
à Jumiéges , Maison très retirée er pro-
pre à ses inclinations. Il reçut à la fin de
Fannée l'Ordre de Prêtrise , et peu de
temps après les Supérieurs Ini confierent
E v
iédu-
1360 MERCURE DE FRANCE
l'éducation de la Jeunesse , ils lui firent
>
enseigner successivement les Belles- Let
tres au College de Tyron , la Philosophie
à Fécamp , et la Théologie à Caën. Il
s'étudia à former ses Disciples autant par
ses exemples que par ses leçons ; sa con-
duite leur inspiroit également l'amour
pour la vertu et l'ardeur pour les Sciences.
Le Chapitre General de 1705. le nom-
ma Prieur de Saint- Pere de Chartres.
Toute la Province aprouva ce choix ; il
en fut lui seul consterné ; il fit des re-
montrances , il insista , il gémit , il pleu-
ra , mais inutilement
ร
il fallut se sou-
mettre. A la tête de sa Communauté , il
prit pour regle de conduite l'exemple du
bon Pasteur. Dur à lui même , humain
pour ses freres, prévenant officieusement
les besoins de ses Religieux , portant
tout le poids de la Supériorité , sans en
goûter les douceurs ; il possedoit à un
dégré supérieur le don de la parole. Rien
de plus solide , rien de plus pathétique
que les Exhortations qu'il faisoit à ses
Religieux , ils l'écoutoient toujours avec
plaisir , même dans la censure de leurs
fautes.
Le Chapitre General de 1708. instruit
de ses vertus et de ses bonnes qualités
crut devoir lui confer un poste plus con-
II. Vol.
sidérable.
JUIN.
II. Vol.
1737.
1361
sidérable. Il y fut nommé Abbé de Saint
Martin de Séez. Cette nouvelle dignité ,
soûtenuë de tous les talens qui rendent
un homme recommandable , auroit pû lui
procurer des amis distingués , et le faire
briller au-dehors ; mais se renfermant
dans les bornes de son Etat , il évita , au-
tant qu'il put , de paroître et de se ré-
pandre parmi les Séculiers. Malgré tou
tes ses précautions il fut respecté dans le
Pays et connu pendant six ans qu'il gou-
verna cette Abbaye , pour un saint et
sçavant Religieux , qui joignoir aux bel-
les connoissances un excellent caractere.
Les idées avantageuses qu'on avoit de
lui , loin de flater son amour propre , net
servirent qu'à le rendre encore plus hum-
ble. Il souffroit impatiemment des élo-
ges et des attentions qu'il croyoit ne pas
mériter ; et regardant la supériorité com-
me un écueil , il fit tous ses efforts pour
s'en décharger au Chapitre General de
1714. dont il étoit Membre. Il y étoit
destiné pour remplir un des premiers
postes de la Province de Bretagne ; mais
Il préfera l'Office de Secretaire du R. P.
General aux Supériorités les plus hono-
rables.
Il exerça cet Emploi pendant six ans
avec tout le zele et l'attachement que
E vj
méritoit
1362 MERCURE DE FRANCE
méritoit l'entiere confiance dont l'hono-
roit le R. P. Dom Charles de l'Hostalled
rie. Ce R.P. ayant demandé et obtenu sa
décharge au Chapitre de 1720. son Se-
cretaire sollicita vivement la permission
de rentrer dans la retraite et dans la so-
litude , dont il faisoit ses délices ; mais
on n'eut aucun égard à ses prieres , et
malgré toutes ses repugnances , il fuc
nommé par ce Chapitre Visiteur de Nor-
mandie , et par celui de 1723. Visiteur
de la Province de France.
Devenu le Pere des Religieux de ces
Provinces , il en fit le bonheur et l'ad-
miration: il les gouverna avec toute la
fermeté , la douceur et la modération
qu'on pouvoit attendre de son grand
zele , de son bon cœur et de sa charité
paternelle. Son autorité soûtenuë par
l'exemple de ses vertus , y fut toujours
universellement respectée et aimée. Les
Religieux de France ne le virent sortir
qu'à regret de leur Province : il emporta
leurs cœurs et leurs vœux en les quittant
pour aller en 1726. à Fécamp gouverner
cette Abbaye , la premiere et la plus dis-
tinguée de la Normandie.
En changeant de poste, Dom Dupré
ne changea pas de conduite : même zele
pour la discipline réguliere , même rete-
II. Vol
JUIN.
1737.
1363
#ue pour le dehors. Renfermé dans l'in-
terieur de son Monastere , il se livra tout
entier aux besoins de ses Religieux . Obli-
gé par son Office de Grand Vicaire de
l'Archevêque de Rouen , de communi-
quer avec les Seculiers , pour l'exercice
de la Jurisdiction sur plusieurs Paroisses ,
il s'y prêta , mais toujours en vrai Reli-
gieux , satisfaisant simplement aux de-
voirs de sa Charge-
Député de sa Province , Définiteur et
Secretaire du Chapitre de 1729. il y fut
nommé Prieur de l'Abbaye de S. Ger-
main-des- Prez : mais un orage fâcheux
ayant troublé la paix de la Congrégation ,
il prit le parti de la retraite , et renvoya
son Obedience ; il insista long - temps
pour obtenir sa démission , et ne se ren-
dit à S. Germain qu'aux ordres précis et
réïterés du R. P. Général . Peu accoûtu-
mé au grand Monde, ennemi du tumul-
te et des embaras , il se contenta de lever
les mains au Ciel , tandis que les Supe-
rieurs majeurs travailloient à rétablir le
calme dans la Congrégation.
Ilfutpeu de temps après élû Assistant
du R. P. Général. Telle étoit sa situation
lorsqu'il se vit obligé en 1735. par la
mort inopinée du R. P. Général Dom
Hervé Menard , de présider en qualité
11. Fol.
de
1364 MERCURE DEFRANCE
de Vicaire Général à toute la Congréga-
tion. Il soûtint le poids de cette Charge
avec une constance qui le fit admirer.
Sans rien relâcher de sa régularité , de
son assiduité aux exercices , et de ses
austerités , il s'occupa infatigablement à
chercher les moyens de ramener dans la
Congrégation la subordination et la paix,
que les disputes du temps et les élections
précedentes y avoient extrémement al
Terées.
Son accès libre , aisé et affable , ses
entretiens familiers , agréables et insi-
Huans , ses lettres tendres , affectives et
paternelles, lui attirerent d'abord la con-
fiance des Religieux. Les très-humbles
Remontrances qu'il fit au Roy , de con-
cert avec le P. Assistant et quelques Su-
perieurs , pour la levée des exclusions et
la liberté des suffrages dans le prochain
Chapitre , les ordres pleins de bonté et
de clemence qu'il obtint de S. M. au
mois de Mars 1736. et la lettre qu'il
écrivit à tous les Monasteres le lende
main pour les notifier , acheverent de
concilier les Esprits.
Le 3. May 1736. il fit l'ouverture du
Chapitre par un Discours si éloquent et
si pathetique,qu'il pénétra tous les cœurs
et les réunit tellement , que toutes les
Fl. Vol.
élections
JUIN.
1737.
temps de la Congrégation.
1365
élections s'y firent avec une tranquillité
et une modestie dignes des premiers
Après avoir été élû unanimement Dé-
finiteur et Président de ce Chapitre , il
fut aussi élû d'une voix unanime et pro-
clamé Général de la Congrégation le 27.
du même mois. Cette place étoit dûë à
sa grande régularité et à son zele pour le
bon ordre et pour la discipline. Tous les
Religieux le desiroient et le demandoient
depuis long-temps. Tous aplaudirent à
ce choix; lui seul s'en affligea , et l'abon
dance des larmes qu'il versa, au moment
de son élection , et dans la cérémonie de
son installation , fut une preuve bien
sensible de la peine qu'il en ressentoir.
Ses Religieux ne furent pas les seuls
qui se réjouirent de son élection . Le Pape
l'honora d'un Bref, par lequel il lui mar
quoit la joye qu'il avoit de voir si digne-
ment remplie la premiere Place d'une
Congrégation , qui lui étoit chere et pré-
cieuse, M. le Cardinal de Fleury l'hono
ra d'un accueil très - favorable. S. E. aut
fa bonté de le presenter au Roy et à la
Reine
Elle fit à Leurs Majestés l'Eloge
de la Congrégation et du Général en pre-
sence de toute la Cour , dans les termes
les plus obligeans . Le Public ne prit pas
II.Vab
mcins
"
1366 MERCURE DE FRANCE
moins de part à l'heureux succès du Cha
pitre. Le nouveau Général füt reçû par-
tout avec joye , avec distinction ; et ce-
lui qui , jusqu'alors, n'avoit cherché qu'à
se cacher , se vit, avec étonnement, con-
nu et recherché de tout le Monde. Il re-
çut des marques d'une consideration par
ticuliere du Roy et de la Reine de Polo-
gne, lorsqu'il leur presenta une Relique
de S. Benoît , que L. M. lui avoient de-
mandée avec empressement; la noble sim
plicité avec laquelle il les harangua ,
louée de toute la Cour.
fut
Cependant le Seigneur répandoir ses
graces et ses bénédictions sur son gou-
vernement : la science et la pieté repre-
noient une nouvelle vigueur , lorsqu'une
mort prématurée enleva ce digne Géné-
ral à sa Congrégation . Il avoit prédir ,
au moment de son élection , qu'il ne
verroit pas la fin de l'année. En effet, un
travail dur , continuel et opiniâtre , joint
à une vie extrémement pénitente et aus-
tere, épuisa bien- tôt ses forces ,et le con-
duisit en peu de temps au tombeau.
Dès le mois d'Août il se sentir attaqué
d'une sécheresse de poitrine, qui fit crain-
dre pour sa vie . Son corps s'affoiblissoit
à vûë d'œil , et sa poitrine s'alteroit de
plus en plus.
11 Vol.,
A
JUIN.
II. Vol.
17376
1367
Au commencement de l'Avent il se
Trouva fort opressé. Le Médecin lui pres-
crivit un regime de vie ; mais il ne fut
pas possible de lui faire rompre le jeûne
et l'abstinence , et tout ce qu'on put ga
gner sur lui , fut qu'il ne se leveroit pas
la nuit pour aller à Matines , exercice
auquel il avoit été toujours fort assidu.
Quelques saignées faites à propos , lui
donnerent un peu de relâche , et mesu-
rant ses forces sur son courage , il entre-
prit de dire les trois Messes de Noël : il
célébra encore la Messe le jour de Saint
Etienne , mais avec beaucoup de peine ,
et pour la derniere fois.
Le Dimanche suivant, se trouvant plus
mal , il apella son Confesseur , et se pré-
para par une Confession générale à rece-
voir le S. Viatique et l'Extréme- Onction,
Le P. Assistant se disposoit à les lui apor
ter, le Malade les attendoit avec une sain-
te impatience , mais une violente palpi-
tation de cœur lui ôtant tout à coup la
respiration , sans qu'on pût lui donner
aucun secours , le P. Delville , son Se-
cretaire , qui ne le quittoit point , l'ex-
horta à avoir recours au Seigneur. Je
mets , lui répondit- il , toute ma confiance
en sa misericorde , et en prononçant ces
paroles il expira le 30. Décembre 1736.
à trois
1368 MERCURE DE FRANCE
à 3. heures après midi, âgé d'environ 70.
ans. Il fut inhumé le lendemain avec les
cérémonies accoûtumées auprès de ses
Prédécesseurs , vers le milieu du Chœur
de la grande Chapelle de la Vierge. Les
Généraux d'Ordre qui étoient à Paris ,
un très grand nombre d'Ecclesiastiques
et de Religieux assisterent à ses Obse-
ques , et au Service solemnel qui se fit
le 2. de Janvier. S. E. M. le Cardinal de
Fleury a bien voulu honorer sa Mémoi
re par une de ses Lettres , écrite sur ce
sujer au P. Vicaire Général dans les ter-
mes les plus tendres et les plus consolans.
Cette Mémoire sera toujours précieuse
à une Congrégation dans laquelle il avoit
rétabli la paix et le bon ordre , par les
rares exemples de pieté et de toutes les
Vertus Religieuses dont il l'a édifiée'pen-
dant son gouvernement.
Fermer
1785
p. 1424-1426
LETTRE écrite de Constantinople le 14. Février 1737.
Début :
Mr Fawkener, Ambassadeur d'Angleterre à la Por[t]e, se prépare à se rendre incessamment [...]
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de Constantinople le 14. Février 1737.
LETTRE écrite de Constantinople le
14. Février 1737.
Mr Fawkener, Ambassadeur d'Angleterre
à la Por[t]e, se prépare à se rendre incessamment
au Camp du Grand Visi , on dit qu'il
sera suivi de près par M. Calkoën , Ambassa-
deur d'Hollande.
11. Vol,
Soliman
simplicité.
JUI N.
1737.
1425
Soliman Pacha fut nommé le 20. Janvier
Capitan Pacha , où Amiral , il étoit ci- devant
Bey , ou Capitaine de Galere.
Le 4. de ce mois les Patriarches Armeniens
de Jerusalem et de Constantinople , et le Noncé
du Patriarche Armenien de Perse , accompa-
gaés d'un nombre de Metropolitains et de plu-
sieurs Personnes des plus notables de leur Na-
tion , vinrent dîner chés M. l'Ambassadeur de
France , qui les traita splendidement ; les deux
Patriarches en s'en retournant entrerent dans la
Chapelle du Palais , où ils firent leurs prieres
qu'ils accompagnerent de beaucoup de génu-
flexions , le Patriarche de Jerusalem alla même
baiser l'Autel. Ils admirerent les differentes Pein
tures dont cette Chapelle est ornée , et sur tout
le Mausolée qui renferme le Cœur de M. le
Comte des Alleurs , Ambassadeur de France a
la Porte , cet Ouvrage qui a été fait à Venise est
veritablement d'un grand goût et d'une noble
1
- Le 7. Février M. le Marquis de Villeneuve ,
Ambassadeur de France , eut une Audience de
Kajmakan dans une Maison de plaisance située,
au Fauxbourg de Youp.
Le 8. un Vaisseau de Guerre de Tripoly de
Barbarie entra dans le Port de Constantinople ,
il aporte au Grand Seigneur le tribut , ou pre-
sent, que cette Republique envoye à sa Hautese.
Le 9. M. l'Ambassadeur de France fit sa pre-
miere visite à Soliman , nouveau Capitan Pacha.
On a apris que M. Dahlman arriva le 21 .
Janvier au Camp du Grand Visir , et qu'il eut
le 26. une audience de ce premier Ministre qui
lui fit present d'une Pelisse de Samour , d'un
Cheval harnaché et d'un Sabre ; Mad. Dahlman .
II. Vel
Hij
qui
1426 MERCURE DE FRANCE
qui avoit pris la route de Vienne , dois , dit-on , a
revenir à Andrinople.
On travaille toujours avec beaucoup d'acti
vité dans l'Arsenal de cette Ville à la construç
tion d'un grand nombre de Galiotes , Brigan
eins et Bateaux plats , destinés à passer dans la
Mer noire dès que la Saison le permettra.
14. Février 1737.
Mr Fawkener, Ambassadeur d'Angleterre
à la Por[t]e, se prépare à se rendre incessamment
au Camp du Grand Visi , on dit qu'il
sera suivi de près par M. Calkoën , Ambassa-
deur d'Hollande.
11. Vol,
Soliman
simplicité.
JUI N.
1737.
1425
Soliman Pacha fut nommé le 20. Janvier
Capitan Pacha , où Amiral , il étoit ci- devant
Bey , ou Capitaine de Galere.
Le 4. de ce mois les Patriarches Armeniens
de Jerusalem et de Constantinople , et le Noncé
du Patriarche Armenien de Perse , accompa-
gaés d'un nombre de Metropolitains et de plu-
sieurs Personnes des plus notables de leur Na-
tion , vinrent dîner chés M. l'Ambassadeur de
France , qui les traita splendidement ; les deux
Patriarches en s'en retournant entrerent dans la
Chapelle du Palais , où ils firent leurs prieres
qu'ils accompagnerent de beaucoup de génu-
flexions , le Patriarche de Jerusalem alla même
baiser l'Autel. Ils admirerent les differentes Pein
tures dont cette Chapelle est ornée , et sur tout
le Mausolée qui renferme le Cœur de M. le
Comte des Alleurs , Ambassadeur de France a
la Porte , cet Ouvrage qui a été fait à Venise est
veritablement d'un grand goût et d'une noble
1
- Le 7. Février M. le Marquis de Villeneuve ,
Ambassadeur de France , eut une Audience de
Kajmakan dans une Maison de plaisance située,
au Fauxbourg de Youp.
Le 8. un Vaisseau de Guerre de Tripoly de
Barbarie entra dans le Port de Constantinople ,
il aporte au Grand Seigneur le tribut , ou pre-
sent, que cette Republique envoye à sa Hautese.
Le 9. M. l'Ambassadeur de France fit sa pre-
miere visite à Soliman , nouveau Capitan Pacha.
On a apris que M. Dahlman arriva le 21 .
Janvier au Camp du Grand Visir , et qu'il eut
le 26. une audience de ce premier Ministre qui
lui fit present d'une Pelisse de Samour , d'un
Cheval harnaché et d'un Sabre ; Mad. Dahlman .
II. Vel
Hij
qui
1426 MERCURE DE FRANCE
qui avoit pris la route de Vienne , dois , dit-on , a
revenir à Andrinople.
On travaille toujours avec beaucoup d'acti
vité dans l'Arsenal de cette Ville à la construç
tion d'un grand nombre de Galiotes , Brigan
eins et Bateaux plats , destinés à passer dans la
Mer noire dès que la Saison le permettra.
Fermer
1786
p. 1426-1428
EXTRAIT d'une autre Lettre écrite de Constantinople du 6. May 1737.
Début :
On a écrit de Babadag du 22. Mars, que le Kan des Tartares après son expedition en [...]
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texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une autre Lettre écrite de Constantinople du 6. May 1737.
EXTRAIT d'une autre Lettre écrite
de Constantinople du 6. May 1737.
On a écrit de Babadag du 22. Mars, que le Kan des Tartares après son expedition en
devoit être de retour à Baccheseraï.
Ukraine avoit repris la roure de Crimée et qu'il
Le 28. Mars l'Armée Navale sortit de ce Port;
elle étoit composée de 15. Galeres , er de 200.
Galiotes , ou Brigantins , et de 6 Fregates.
Le 30. il y eut un Incendie à Constantino-
ple qui causa un grand dommage par une quan-
rité considerable de Ris , d'Huile , de Legumes
et autre provisions , qui ont été consumées par
le feu.
Le 29. le Mektoupgi , ou Secretaire du Grand
Visir arriva à Constantinople. Le 30. il fut te-
nu un grand Divan à la Porte, où assisterent les
Principaux des Gens de Loy et les Chefs des Mi-
lices. On y exposa la necessité de faire la Paix.
Le Mufty donna son Terfa, portant qu'il étoit
permis de faire la Paix avec les Infidéles , lors-
qu'on ne pouvoit continuer la Guerre sans s'ex-
poser à un peril évident ; sur cette décision , il
fut resolu de donner pouvoir aux Plénipoten-
tiaires du Grand Seigneur de faire la Paix aux
meilleures conditions qu'il seroit possible, On
II. Vol,
présume
JUIN.
prix que ce soit.
1737
1427
présumé qu'ils ont l'ordre de la faire à quelque
Le 26. du même mois , l'Ambassadeur d'An-
gleterre , qui étoit parti le 26. Février de Cons-
tantinople , arriva au Camp. On a apris que le
Grand Visir ayant voulu lui donner la Pelisse de
Samour , il l'avoit refusée , alleguant pour rai
son , qu'il ne devoit avoir cette marque de dis-
tinction qu'en qualité de Médiateur , et qu'il
n'auroit cette qualité que lorsque la Médiation
de Sa Majesté Britannique auroit été acceptée par
la Czarine , comme elle l'avoit été par la Porte.
Le s . Avril M. Stanidski alla à l'Audience
du Caïmakan , et le 7. à celle du Grand Sei-
gneur , en qualité d'Internonce , pour notifier à
la Porte Pavenement de l'Electeur de Saxe au
Trône de Pologne.
Le 17. Avril l'Ambassadeur d'Hollande afri
va à Babadag , il fit notifier son arrivée par son
Secretaire aux Ambassadeurs d'Allemagne et
d'Angleterre , ces Ambassadeurs lui envoyerent
leurs Secretaires , mais ils ne l'ont vû , ni l'un ,
ni l'autre.
Le 18. Avril M. Dahlman partit de Babadag
pour se rendre àKudak,qui a été fixé pour le lieu
des Conferences. Saïde- Effendy le suivit deux
jour après ; le Reys- Effendy devoit se mettre en
marche le 15. avec les autres Plenipotentiaires ,
et le Drogman de la Porte. On écrit du 23 Avril
de Babadag que l'Ambassadeur de Hollande
n'avoit pas encore eu audience du Grand Visir ;
que l'on disoit que cet Ambassadeur , ni celui
d'Angleterre n'iroient point à Kudac , et qu'ils
suivroient le Grand Visir , qui devoit partir de
Babadag vers le milieu du mois de May , passer
le Danube et s'avancer jusques à Castal.
Le Kan des Tartares dernier deposé, qui avoit
II. Pol.
Hiij
сн
1428 MERCURE DE FRANCE
eu la permission de resider à Hullipoly , a été
depuis quelques jours relegué de nouveau à
Scio.
On publie que le Kan des Tartares regnant ,
a refusé de se rendre au Camp du Grand Visir ,
et qu'il est occupé à fortifier Precops et Kilbour-
non , dans le soupçon où il est que la Porte ne
soit d'intelligence avec l'Empereur et les Mos-
covites , pour faciliter à ces derniers la Con-
quête de la Crimée.
Le 2. May , la Flote qui étoit encore à l'em-
bouchure de la Mer noire , mit à la Voile. On
a fait revenir dans ce Port deux Fregates , d'où
on a déchargé quantité de Canons de Campa-
gne , qui avoient été destinés pour l'Armée du
Grand Visir , et que l'on s'étoit proposé de faire
passer à Issatchi par la Mer noire et le Danube.
Les Bâtimens qui avoient été fretés pour trans-
porter les Troupes d'Asie à Taman , ont été en-
voyés à la traite du Bled. Toutes ces circonstan
ces semblent annoncer la Paix.
de Constantinople du 6. May 1737.
On a écrit de Babadag du 22. Mars, que le Kan des Tartares après son expedition en
devoit être de retour à Baccheseraï.
Ukraine avoit repris la roure de Crimée et qu'il
Le 28. Mars l'Armée Navale sortit de ce Port;
elle étoit composée de 15. Galeres , er de 200.
Galiotes , ou Brigantins , et de 6 Fregates.
Le 30. il y eut un Incendie à Constantino-
ple qui causa un grand dommage par une quan-
rité considerable de Ris , d'Huile , de Legumes
et autre provisions , qui ont été consumées par
le feu.
Le 29. le Mektoupgi , ou Secretaire du Grand
Visir arriva à Constantinople. Le 30. il fut te-
nu un grand Divan à la Porte, où assisterent les
Principaux des Gens de Loy et les Chefs des Mi-
lices. On y exposa la necessité de faire la Paix.
Le Mufty donna son Terfa, portant qu'il étoit
permis de faire la Paix avec les Infidéles , lors-
qu'on ne pouvoit continuer la Guerre sans s'ex-
poser à un peril évident ; sur cette décision , il
fut resolu de donner pouvoir aux Plénipoten-
tiaires du Grand Seigneur de faire la Paix aux
meilleures conditions qu'il seroit possible, On
II. Vol,
présume
JUIN.
prix que ce soit.
1737
1427
présumé qu'ils ont l'ordre de la faire à quelque
Le 26. du même mois , l'Ambassadeur d'An-
gleterre , qui étoit parti le 26. Février de Cons-
tantinople , arriva au Camp. On a apris que le
Grand Visir ayant voulu lui donner la Pelisse de
Samour , il l'avoit refusée , alleguant pour rai
son , qu'il ne devoit avoir cette marque de dis-
tinction qu'en qualité de Médiateur , et qu'il
n'auroit cette qualité que lorsque la Médiation
de Sa Majesté Britannique auroit été acceptée par
la Czarine , comme elle l'avoit été par la Porte.
Le s . Avril M. Stanidski alla à l'Audience
du Caïmakan , et le 7. à celle du Grand Sei-
gneur , en qualité d'Internonce , pour notifier à
la Porte Pavenement de l'Electeur de Saxe au
Trône de Pologne.
Le 17. Avril l'Ambassadeur d'Hollande afri
va à Babadag , il fit notifier son arrivée par son
Secretaire aux Ambassadeurs d'Allemagne et
d'Angleterre , ces Ambassadeurs lui envoyerent
leurs Secretaires , mais ils ne l'ont vû , ni l'un ,
ni l'autre.
Le 18. Avril M. Dahlman partit de Babadag
pour se rendre àKudak,qui a été fixé pour le lieu
des Conferences. Saïde- Effendy le suivit deux
jour après ; le Reys- Effendy devoit se mettre en
marche le 15. avec les autres Plenipotentiaires ,
et le Drogman de la Porte. On écrit du 23 Avril
de Babadag que l'Ambassadeur de Hollande
n'avoit pas encore eu audience du Grand Visir ;
que l'on disoit que cet Ambassadeur , ni celui
d'Angleterre n'iroient point à Kudac , et qu'ils
suivroient le Grand Visir , qui devoit partir de
Babadag vers le milieu du mois de May , passer
le Danube et s'avancer jusques à Castal.
Le Kan des Tartares dernier deposé, qui avoit
II. Pol.
Hiij
сн
1428 MERCURE DE FRANCE
eu la permission de resider à Hullipoly , a été
depuis quelques jours relegué de nouveau à
Scio.
On publie que le Kan des Tartares regnant ,
a refusé de se rendre au Camp du Grand Visir ,
et qu'il est occupé à fortifier Precops et Kilbour-
non , dans le soupçon où il est que la Porte ne
soit d'intelligence avec l'Empereur et les Mos-
covites , pour faciliter à ces derniers la Con-
quête de la Crimée.
Le 2. May , la Flote qui étoit encore à l'em-
bouchure de la Mer noire , mit à la Voile. On
a fait revenir dans ce Port deux Fregates , d'où
on a déchargé quantité de Canons de Campa-
gne , qui avoient été destinés pour l'Armée du
Grand Visir , et que l'on s'étoit proposé de faire
passer à Issatchi par la Mer noire et le Danube.
Les Bâtimens qui avoient été fretés pour trans-
porter les Troupes d'Asie à Taman , ont été en-
voyés à la traite du Bled. Toutes ces circonstan
ces semblent annoncer la Paix.
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1787
p. 1430
POLOGNE.
Début :
On écrit de Curlande que les Etats du Duché de ce nom, devoient proceder le 11. de ce mois [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POLOGNE.
POLOGNE.
On écrit de Curlande que les Etats du Duché
de ce nom, devoient proceder le 11. de ce mois
à l'Election d'un nouveau Duc , et que quel
ques Troupes de la Czarine sont entrées dans le
Pays , et ont été distribuées par leur Comman
dant dans les Bailliages sur lesquels le Douaire
de la Czarine a été assigné , lorsqu'elle épousa
le Duc Frederic Guillaume, Predecesseur du Duc
Ferdinand.
On a apris de Lithuanie , qu'il y avoit eu de-
puis peu un grand Incendie à Wilna , Capita-
le de ce grand Duché , et que cinq Convents
et plusieurs Palais avoient été reduits en cendres
avec la moitié des Maisons de la Ville.
Le Roy Auguste et la Republique de Polo
gne ayant consenti que le Congrès dans lequel
on doit regler les conditions de l'accommode-
ment proposé entre le Grand Seigneur et la
Czarine , se tint dans une Ville de ce Royaume ,
et Sa Hautesse étant convenue avec S. M. Cz.
que les Ministres Plenipotentiaires s'assemble-
roient à Niemirow , petite Ville située dans la
Podolie , et qui apartient au grand Général de
la Couronne , ce Seigneur a envoyé un Officier
au Grand Visir pour sçavoir de lui quand les
Ministres Plenipotentiaires du Grand Seigneur
partiroient de Kudack pour le lieu destiné aux
Conférences.
On écrit de Curlande que les Etats du Duché
de ce nom, devoient proceder le 11. de ce mois
à l'Election d'un nouveau Duc , et que quel
ques Troupes de la Czarine sont entrées dans le
Pays , et ont été distribuées par leur Comman
dant dans les Bailliages sur lesquels le Douaire
de la Czarine a été assigné , lorsqu'elle épousa
le Duc Frederic Guillaume, Predecesseur du Duc
Ferdinand.
On a apris de Lithuanie , qu'il y avoit eu de-
puis peu un grand Incendie à Wilna , Capita-
le de ce grand Duché , et que cinq Convents
et plusieurs Palais avoient été reduits en cendres
avec la moitié des Maisons de la Ville.
Le Roy Auguste et la Republique de Polo
gne ayant consenti que le Congrès dans lequel
on doit regler les conditions de l'accommode-
ment proposé entre le Grand Seigneur et la
Czarine , se tint dans une Ville de ce Royaume ,
et Sa Hautesse étant convenue avec S. M. Cz.
que les Ministres Plenipotentiaires s'assemble-
roient à Niemirow , petite Ville située dans la
Podolie , et qui apartient au grand Général de
la Couronne , ce Seigneur a envoyé un Officier
au Grand Visir pour sçavoir de lui quand les
Ministres Plenipotentiaires du Grand Seigneur
partiroient de Kudack pour le lieu destiné aux
Conférences.
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1788
p. 1430-1432
ALLEMAGNE.
Début :
On a apris de Vienne que le depart du Duc de Loraine pour l'Armée, étoit fixé au 12. de [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ALLEMAGNE.
ALLEMAGNE.
On a apris de Vienne que le depart du Duc
de Loraine pour l'Armée, étoit fixé au 12. de
ec mois , et que l'Empereur lui a assigné 500000.
II. Vol
Florins
1
JUIN.
1737.
1431
Florins pour les dépenses qu'il sera obligé de
faire pendant la Campagne.
1
L'Empereur a établi a Inspruck une Tonti-
ne , dont le Capital montera à deux millions de
Florins , et dont la Chambre du Commerce dur
Tirol aura la direction . Cette Tontine sera dis-
tribuée en quatre Classes, dans chacune desquel-
les il y aura mille actions , et chaque action sera
de foo. Florins. La premiere Classe doit être
composée d'Actionnaires au dessous de vingt-
cinq ans , qui retireront sept pour cent d'inte
rê ; la seconde de personnes depuis vingt- cinq
ans jusqu'à quarante , auxquelles ont donnera
un pour cent d'interêr ; de plus
la troisiéme
de personnes depuis quarante ans jusqu'à cin-
quante-einq, qui auront neuf pour cent ; et la
quatrième , d'interessés au dessus de cinquante-
cinq ans , qui jouiront du denier dix.
A mesure qu'il mourra des Actionnaires , la
moitié des revenus de leurs actions sera repartie
entre les survivans. Les Etrangers pouront s'in-
teresser dans cette Tontine , et S. M. I. leur
promet que leurs Dividens
seront exempts
dé toute diminution ou imposition , et qu'ils ne
seront saisis sous aucun pretexte , pas même en
cas de Guerre avec les Nations dont seront les
Actionnaires.
Le 18. de ce mois , il arriva à Dresde de Mit-
tau , un Seigneur Curlandois que les Etats du
Duché de Curlande , ont depêché au Roy Au-
guste de Pologne , pour lui donner avis que s'é-
tant assemblés le
2. afin de proceder à l'Elec-
tion d'un nouveau Duc , ils avoient élû pour
Souverain le Comte de Biron , grand Chain-
bellan de la Czarine.
On aprend de Toplitz que le Roy Auguste et
la Reine son Epouse y étoient arrivés au com-
11 Vol.
H v
mencement
1432 MERCURE DE FRANCE
mencement de ce mois , pour y prendre les Eaux
Minerales d'Eger ; que le ro. la Bourgeoisie tira
à l'Oiseau en presence de S. M. qui fit l'honneur
aux Habitans de tirer avec eux , et qui remporta
le prix.
On écrit de Berlin que le 3. de ce mois ,
le
Roy de Prusse , dont la santé est entierement
retablie , fit la revûë generale des Troupes qu'il
avoit fait venir dans les environs de cette Ville.
Ces Troupes qui consistoient en quatorze Ba-
taillons , demeurerent sous les Armes pendant
quatorze heures. Quoique le Prince Royal eût
eu la veille un accès de Fiévre , il ne laissa pas
d'assister à cette revûë , et malgré la chaleur ex-
cessive il fut toujours à la tête de son Regiment,
mais aussitôt après la revûë il fut obligé de se
mettre au lit.
On a apris de Vienne que le depart du Duc
de Loraine pour l'Armée, étoit fixé au 12. de
ec mois , et que l'Empereur lui a assigné 500000.
II. Vol
Florins
1
JUIN.
1737.
1431
Florins pour les dépenses qu'il sera obligé de
faire pendant la Campagne.
1
L'Empereur a établi a Inspruck une Tonti-
ne , dont le Capital montera à deux millions de
Florins , et dont la Chambre du Commerce dur
Tirol aura la direction . Cette Tontine sera dis-
tribuée en quatre Classes, dans chacune desquel-
les il y aura mille actions , et chaque action sera
de foo. Florins. La premiere Classe doit être
composée d'Actionnaires au dessous de vingt-
cinq ans , qui retireront sept pour cent d'inte
rê ; la seconde de personnes depuis vingt- cinq
ans jusqu'à quarante , auxquelles ont donnera
un pour cent d'interêr ; de plus
la troisiéme
de personnes depuis quarante ans jusqu'à cin-
quante-einq, qui auront neuf pour cent ; et la
quatrième , d'interessés au dessus de cinquante-
cinq ans , qui jouiront du denier dix.
A mesure qu'il mourra des Actionnaires , la
moitié des revenus de leurs actions sera repartie
entre les survivans. Les Etrangers pouront s'in-
teresser dans cette Tontine , et S. M. I. leur
promet que leurs Dividens
seront exempts
dé toute diminution ou imposition , et qu'ils ne
seront saisis sous aucun pretexte , pas même en
cas de Guerre avec les Nations dont seront les
Actionnaires.
Le 18. de ce mois , il arriva à Dresde de Mit-
tau , un Seigneur Curlandois que les Etats du
Duché de Curlande , ont depêché au Roy Au-
guste de Pologne , pour lui donner avis que s'é-
tant assemblés le
2. afin de proceder à l'Elec-
tion d'un nouveau Duc , ils avoient élû pour
Souverain le Comte de Biron , grand Chain-
bellan de la Czarine.
On aprend de Toplitz que le Roy Auguste et
la Reine son Epouse y étoient arrivés au com-
11 Vol.
H v
mencement
1432 MERCURE DE FRANCE
mencement de ce mois , pour y prendre les Eaux
Minerales d'Eger ; que le ro. la Bourgeoisie tira
à l'Oiseau en presence de S. M. qui fit l'honneur
aux Habitans de tirer avec eux , et qui remporta
le prix.
On écrit de Berlin que le 3. de ce mois ,
le
Roy de Prusse , dont la santé est entierement
retablie , fit la revûë generale des Troupes qu'il
avoit fait venir dans les environs de cette Ville.
Ces Troupes qui consistoient en quatorze Ba-
taillons , demeurerent sous les Armes pendant
quatorze heures. Quoique le Prince Royal eût
eu la veille un accès de Fiévre , il ne laissa pas
d'assister à cette revûë , et malgré la chaleur ex-
cessive il fut toujours à la tête de son Regiment,
mais aussitôt après la revûë il fut obligé de se
mettre au lit.
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1789
p. 1432-1434
ITALIE.
Début :
Par les Lettres de Rome, on aprend que le 11. de ce mois, les Armes de Stanislas premier, [...]
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texteReconnaissance textuelle : ITALIE.
ITALIE.
Par les Lettres de Rome, on aprend que le
11. de ce mois, les Armes de Stanislas premier,
Roy de Pologne , Duc de Loraine et de
Bar , furent placées sur la porte de l'Eglise de
S. Nicolas des Lorains , où l'on chanta à cette
occasion une Messe solemnelle , et le Te Deum
?
auquel le Duc de Saint Aignan , Ambassadeur
du Roy de France , assista avec un grand nom
bre de Personnes de distinction.
Le Roy Stanislas a nommé le Chevalier Col-
trolini son Agent en cette Cour.
Il s'est commis à Rome depuis peu plusieurs
meurtres , entr'autres celui du Supérieur du
College des Ecossois , lequel a été assassiné par
un jeune Protestant , qui feignoit de vouloir fai-
ze abjuration entre ses mains ; et celui d'une
II. Vol
Tourie re
L
JUIN.
1727.
1433
Touriere des Religieuses Ursulines , qui a été
tuée à coups de coûteau par un Prêtre du Pays
de Liége. L'un et l'autre de ces assassins ont pris
la fuite , mais la diligence avec laquelle on les
a suivis , fait esperer qu'ils seront arrêtés.
On aprend de Naples que depuis le 22. du
mois de May , le Mont Vesuve a cessé de jetter
des flammes et des matieres bitumineuses . Peu
s'en est fallu que le principal des Torrens en-
flammés qui en sortoient , et dont la violence
étoit telle qu'ils parcouroient en une minute l'es-
pace de deux pas Géométriques , n'ait entiere-
ment enseveli le Bourg de la Torre del Greco.
Après avoir rempli une ravine très -profonde ,
il avoit déja gagné le grand chemin et renversé
l'Eglise du Purgatoire , ainsi qu'une partie de
celle des Religieux Carmes , et il eut causé de
plus grands ravages , si l'on n'eût pris le parti
de couper un Pont qui étoit sur la même ravi-
ne. Par ce moyen le Torent prit son cours vers
la Mer , et il ne s'arrêta qu'à une portée de fu-
sil du rivage , de sorte qu'apresent les Voya-
geur sont obligés de marcher tout proche de la
Côte pour aller du côté de Salerne. Ce Torrent
qui étoit large de plus de cinquante pieds , avoit
cinq toises de profondeur , et dans quelques en-
droits creux , cette profondeur étoit de plus de
vingt toises. La matiere dont il étoit composé
ressembloit à de l'écume de Fer , tant pour la
couleur que pour la dureté , et c'est un mélan-
ge de fer , de souffre , de sel commun , de sal-
pêtre et de pierres calcinées.
Pendant que les flammes étoient à leur plus
haut dégré de violence , les Provinces de la Ca
pitanate et de Monte- Fuscoli ont été envelopée
dans d'épaisses tenebres ; on y a senti plusieur
II. Val
H vj
secousse
1434 MERCURE DE FRANCE
secousses de tremblement de Terre assés fortes
et l'on entendoit de toutes parts des bruits sou-
terrains effrayans.
La Bourgade d'Ottaïano sur le penchant de
la Montagne a été fort endommagée par une
pluye continuelle de cendres et de pierres d'une
grosseur énorme ; presque toutes les Maisons y
sont devenues inhabitables , et dans un Convent
de Filles , il y a eu trois Religieuses de tuées et
deux de blessées dangereusement.
Toutes les Fermes des environs de Somma
qui produisent d'excellents Fruits et des Vins re
nominés , ont été ruinées , et on ne compte pas
d'y faire de Recolte cette année.
On attend des nouvelles plus détaillées de ce
qui est arrivé en plusieurs endroits du Royau-
ine de Naples. Cette Ville n'a souffert aucuu
dommage. Le Roy a envoyé un Corps d'infan-
terie pour garder les Maisons qui ont été aban➡
données par les Habitans de la Torre del Greco.
Par les Lettres de Rome, on aprend que le
11. de ce mois, les Armes de Stanislas premier,
Roy de Pologne , Duc de Loraine et de
Bar , furent placées sur la porte de l'Eglise de
S. Nicolas des Lorains , où l'on chanta à cette
occasion une Messe solemnelle , et le Te Deum
?
auquel le Duc de Saint Aignan , Ambassadeur
du Roy de France , assista avec un grand nom
bre de Personnes de distinction.
Le Roy Stanislas a nommé le Chevalier Col-
trolini son Agent en cette Cour.
Il s'est commis à Rome depuis peu plusieurs
meurtres , entr'autres celui du Supérieur du
College des Ecossois , lequel a été assassiné par
un jeune Protestant , qui feignoit de vouloir fai-
ze abjuration entre ses mains ; et celui d'une
II. Vol
Tourie re
L
JUIN.
1727.
1433
Touriere des Religieuses Ursulines , qui a été
tuée à coups de coûteau par un Prêtre du Pays
de Liége. L'un et l'autre de ces assassins ont pris
la fuite , mais la diligence avec laquelle on les
a suivis , fait esperer qu'ils seront arrêtés.
On aprend de Naples que depuis le 22. du
mois de May , le Mont Vesuve a cessé de jetter
des flammes et des matieres bitumineuses . Peu
s'en est fallu que le principal des Torrens en-
flammés qui en sortoient , et dont la violence
étoit telle qu'ils parcouroient en une minute l'es-
pace de deux pas Géométriques , n'ait entiere-
ment enseveli le Bourg de la Torre del Greco.
Après avoir rempli une ravine très -profonde ,
il avoit déja gagné le grand chemin et renversé
l'Eglise du Purgatoire , ainsi qu'une partie de
celle des Religieux Carmes , et il eut causé de
plus grands ravages , si l'on n'eût pris le parti
de couper un Pont qui étoit sur la même ravi-
ne. Par ce moyen le Torent prit son cours vers
la Mer , et il ne s'arrêta qu'à une portée de fu-
sil du rivage , de sorte qu'apresent les Voya-
geur sont obligés de marcher tout proche de la
Côte pour aller du côté de Salerne. Ce Torrent
qui étoit large de plus de cinquante pieds , avoit
cinq toises de profondeur , et dans quelques en-
droits creux , cette profondeur étoit de plus de
vingt toises. La matiere dont il étoit composé
ressembloit à de l'écume de Fer , tant pour la
couleur que pour la dureté , et c'est un mélan-
ge de fer , de souffre , de sel commun , de sal-
pêtre et de pierres calcinées.
Pendant que les flammes étoient à leur plus
haut dégré de violence , les Provinces de la Ca
pitanate et de Monte- Fuscoli ont été envelopée
dans d'épaisses tenebres ; on y a senti plusieur
II. Val
H vj
secousse
1434 MERCURE DE FRANCE
secousses de tremblement de Terre assés fortes
et l'on entendoit de toutes parts des bruits sou-
terrains effrayans.
La Bourgade d'Ottaïano sur le penchant de
la Montagne a été fort endommagée par une
pluye continuelle de cendres et de pierres d'une
grosseur énorme ; presque toutes les Maisons y
sont devenues inhabitables , et dans un Convent
de Filles , il y a eu trois Religieuses de tuées et
deux de blessées dangereusement.
Toutes les Fermes des environs de Somma
qui produisent d'excellents Fruits et des Vins re
nominés , ont été ruinées , et on ne compte pas
d'y faire de Recolte cette année.
On attend des nouvelles plus détaillées de ce
qui est arrivé en plusieurs endroits du Royau-
ine de Naples. Cette Ville n'a souffert aucuu
dommage. Le Roy a envoyé un Corps d'infan-
terie pour garder les Maisons qui ont été aban➡
données par les Habitans de la Torre del Greco.
Fermer
1790
p. 1434-1438
de l'[Is]le de Corse, &c. [titre d'après la table]
Début :
On écrit de la Bastie, Capitale de l'Ile de Corse, que la nouvelle qu'on y avoit reçuë au [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : de l'[Is]le de Corse, &c. [titre d'après la table]
On écrit de la Bastie, Capitale de l'Ile de
Corse, que la nouvelle qu'on y avoit reçuë au
commencement de ce mois , de la détention du
principal Chef des Rebelles en Hollande , don-
noit lieu d'esperer qu'ils ne tarderoient pas à
rentrer dans leur devoir , et que M. Rivarola ,
dès qu'il eut été instruit de la consternation re-
pandue à cette occasion dans leur Camp, leur
fit sçavoir que la Republique leur offroit une
Amnistie generale , et les mêmes conditions qui
leur avoient été accordées ci-devant par la mé-
diation de l'Empereur. Ils auroient peut- être ac-
cepté les propositions de M. Rivarola , si pen
dant qu'ils étoient occupés à déliberer sur le
parti qu'ils prendroient , il n'étoit arrivé à la
Plage d'Aleria deux Officiers , par lesquels leur
II. Vol.
principal
JUIN.
1737.
1435
principal Chef leur donnoit avis qu'à la verité
il étoit arrêté pour dettes à Amsterdam ,
mais
qu'il seroit bientôt mis en liberté , et qu'il ne
tarderoit pas à revenir dans cette Isle. Les assu-
rances données par ces deux Officiers ayant
changé absolument la disposition des Esprits ,
les Rebelles se sont avancés en grand nombre
jusqu'au pied du Glacis de la Bascie malgré le
feu du Canon et de la Mousqueterie , et ils ont
crié aux Sentinelles , qu'ils étoient déterminés à
souffrir plûtôt les dernieres extremités que de
rentrer sous la Domination de la Republique
et que s'ils perdoient leur Chef ,
à recouvrer leur liberté.
•
ils lui trou-
veroient bientôt un Successeur qui les aideroit
Leur aproche a causé une grande allarme
dans cette Ville , mais le grand feu qu'on a fair
sur eux les a obligés de retourner à leur Camp ,
où ils ont emmené sept ou huit Prisonniers qu'ils
ont fait dans un Poste avancé. Quoiqu'ils soient
demeurés dans l'inaction depuis qu'ils se sont
retirés , M. Rivarola a redoublé les Gardes de
tous les principaux Postes , et on travaille avec
d'autant plus de diligence à prendre des mesures
pour s'oposer à leurs entreprises , qu'on a été
informé que leur Chef étoit en chemin pour
revenir les joindre , et que le bruit vient même
de se repandre qu'il est déja arrivé dans cette
Isle.
Les Rebelles ont fait publier par son ordre
un Manifeste , dans lequel il entreprend de ré-
pondre au Decret qui le
II. Vol.
eclare Seducteur des
Peuples , Fauteur des troubles , ennemi de la
Republique , et coupable de haute trahison . Il
dit dans ce Manifeste , qu'il ne merite pas les
diverses denominations qui lui sont données
dans
1436 MERCURE DE FRANCE
dans le Decret de la Republique , puisque ce
n'est pas lui qui a suscité les troubles dont la
Corse est agitée , et qu'ils n'ont d'autre source
que les divers mécontentemens que des Habitans
de l'Isle pretendent avoir reçûs des Genois ; que
si ceux-ci avoient eu veritablement à cœur la
tranquillité de cette Isle , ils auroient fait éprou-
ver d'autres traitemens à un Peuple qui ne s'é-
toit soumis qu'à condition que la Republique
seroit fidelle à des Conventions stipulées sous la
garentie de l'Empereur , que pour lui il n'est
venu en Corse qu'après y avoir été apellé par
les Habitans , et que quand il seroit tel que les
Genois pretendent l'insinuer, la Providence ne
feroit en cette occasion à l'égard d'une Na-
tion oprimée que ce qu'elle a fait ci-devant en
faveur de plusieurs autres Peuples , lorsqu'elle
leur a envoyé des Liberateurs , dont on n'avoit
pas lieu d'attendre , d'abord les grands succès
qu'on a vus dans la suite.
Il ajoûte en finissant , qu'en vertu du pouvoir
que la Nation lui a donné , il défend aux Ge-
nois de demeurer en Corse sous peine de la vie ,
et il declare que les Corses ne conclûront point
La Paix avec la Republique , à moins qu'el
le ne renonce à la Possession de leur Isle , et
qu'elle ne leur restitue tout l'argent qu'elle en a
tiré par les impositions.
Les Lettres de Genes du 11. de ce mois, por
tent qu'on n'y a point encore reçu d'avis cer-
tain du retour du principal Chef des Rebelles
dans l'Isle de Corse , mais la plupart des lettres
de la Bastie marquent qu'on croit qu'il y est arri-
vé , parce que le Chanoine Orticone , et quel-
ques autres de ses Adherans se sont rendus pré-
cipitamment à Aleria
IL. Val
ONE
où l'on dit qu'il a de-
barqué,
JUIN.
1737.
1437
barqué. On a apris , par ces Lettres, qu'un déta-
chement d'environ trente hommes de la Garni-
son de la Place avoit tué quelques uns des Ou-
vriers qui travailloient aux Salines retablies par
les Rebeles , et que ces derniers avoient fait di
re à M. Rivarola qu'ils traiteroient les Sujets de
la Képublique avec la même rigueur qu'on trai-
tait les personnes attachées à leur parti. Les mê
mes avis portent que le bruit couroit que le fa-
meux Louis Ciaferri , un des anciens Chefs des
Rebelles étoit mort dans leur camp.
T
Les Lettres du 18. portent que l'inaction dans
laquelle se tiennent les Rebelles de Corse , don-
ne lieu de conjecturer que leur principal Chef
n'y est pas encore revenu , comme on l'avoit
publié. On a apris en dernier lieu qu'il regne
beaucoup de division parmi eux , que leurs dif-
ferends sont souvent suivis de voyes de fait ,
quelquefois de meurtres, mais que remplis d'ani-
mosité dans leurs querelles particulieres, ils sem
blent être toujouts prêts à les oublier et à se réu-
nir , dès qu'il s'agit de leur interêt commun.
Leur obstination à persister dans leur revolte a
déterminé le Senat à attendre des occasions plus
favorables pour les soumettre , et à se contenter
de songer à la conservation des Places qui sont
demeurées sous la Domination de la Republique..
Les Salines d'Aleria , que les Rebelles ont ré-
tablies , sont si abondantes qu'ils comptent d'en
tirer assés de sel , non seulement pour leur con-
sommation , mais encore pour en fournir aux
Etrangers. Ils ont découvert dans une Mine de
Fer , située aux environs d'Alizani , une Mine
qui leur produit beaucoup de ce Metal . Leurs
Chefs ont établi à Orena une Manufacture de
Cuir, par le moyen de laquelle ils seront en étag
II. Vol.
et
de
T438 MERCURE DE FRANCE
de se procurer plusieurs commodités que les
Etrangers leur faisoient acheter fort cher.
Corse, que la nouvelle qu'on y avoit reçuë au
commencement de ce mois , de la détention du
principal Chef des Rebelles en Hollande , don-
noit lieu d'esperer qu'ils ne tarderoient pas à
rentrer dans leur devoir , et que M. Rivarola ,
dès qu'il eut été instruit de la consternation re-
pandue à cette occasion dans leur Camp, leur
fit sçavoir que la Republique leur offroit une
Amnistie generale , et les mêmes conditions qui
leur avoient été accordées ci-devant par la mé-
diation de l'Empereur. Ils auroient peut- être ac-
cepté les propositions de M. Rivarola , si pen
dant qu'ils étoient occupés à déliberer sur le
parti qu'ils prendroient , il n'étoit arrivé à la
Plage d'Aleria deux Officiers , par lesquels leur
II. Vol.
principal
JUIN.
1737.
1435
principal Chef leur donnoit avis qu'à la verité
il étoit arrêté pour dettes à Amsterdam ,
mais
qu'il seroit bientôt mis en liberté , et qu'il ne
tarderoit pas à revenir dans cette Isle. Les assu-
rances données par ces deux Officiers ayant
changé absolument la disposition des Esprits ,
les Rebelles se sont avancés en grand nombre
jusqu'au pied du Glacis de la Bascie malgré le
feu du Canon et de la Mousqueterie , et ils ont
crié aux Sentinelles , qu'ils étoient déterminés à
souffrir plûtôt les dernieres extremités que de
rentrer sous la Domination de la Republique
et que s'ils perdoient leur Chef ,
à recouvrer leur liberté.
•
ils lui trou-
veroient bientôt un Successeur qui les aideroit
Leur aproche a causé une grande allarme
dans cette Ville , mais le grand feu qu'on a fair
sur eux les a obligés de retourner à leur Camp ,
où ils ont emmené sept ou huit Prisonniers qu'ils
ont fait dans un Poste avancé. Quoiqu'ils soient
demeurés dans l'inaction depuis qu'ils se sont
retirés , M. Rivarola a redoublé les Gardes de
tous les principaux Postes , et on travaille avec
d'autant plus de diligence à prendre des mesures
pour s'oposer à leurs entreprises , qu'on a été
informé que leur Chef étoit en chemin pour
revenir les joindre , et que le bruit vient même
de se repandre qu'il est déja arrivé dans cette
Isle.
Les Rebelles ont fait publier par son ordre
un Manifeste , dans lequel il entreprend de ré-
pondre au Decret qui le
II. Vol.
eclare Seducteur des
Peuples , Fauteur des troubles , ennemi de la
Republique , et coupable de haute trahison . Il
dit dans ce Manifeste , qu'il ne merite pas les
diverses denominations qui lui sont données
dans
1436 MERCURE DE FRANCE
dans le Decret de la Republique , puisque ce
n'est pas lui qui a suscité les troubles dont la
Corse est agitée , et qu'ils n'ont d'autre source
que les divers mécontentemens que des Habitans
de l'Isle pretendent avoir reçûs des Genois ; que
si ceux-ci avoient eu veritablement à cœur la
tranquillité de cette Isle , ils auroient fait éprou-
ver d'autres traitemens à un Peuple qui ne s'é-
toit soumis qu'à condition que la Republique
seroit fidelle à des Conventions stipulées sous la
garentie de l'Empereur , que pour lui il n'est
venu en Corse qu'après y avoir été apellé par
les Habitans , et que quand il seroit tel que les
Genois pretendent l'insinuer, la Providence ne
feroit en cette occasion à l'égard d'une Na-
tion oprimée que ce qu'elle a fait ci-devant en
faveur de plusieurs autres Peuples , lorsqu'elle
leur a envoyé des Liberateurs , dont on n'avoit
pas lieu d'attendre , d'abord les grands succès
qu'on a vus dans la suite.
Il ajoûte en finissant , qu'en vertu du pouvoir
que la Nation lui a donné , il défend aux Ge-
nois de demeurer en Corse sous peine de la vie ,
et il declare que les Corses ne conclûront point
La Paix avec la Republique , à moins qu'el
le ne renonce à la Possession de leur Isle , et
qu'elle ne leur restitue tout l'argent qu'elle en a
tiré par les impositions.
Les Lettres de Genes du 11. de ce mois, por
tent qu'on n'y a point encore reçu d'avis cer-
tain du retour du principal Chef des Rebelles
dans l'Isle de Corse , mais la plupart des lettres
de la Bastie marquent qu'on croit qu'il y est arri-
vé , parce que le Chanoine Orticone , et quel-
ques autres de ses Adherans se sont rendus pré-
cipitamment à Aleria
IL. Val
ONE
où l'on dit qu'il a de-
barqué,
JUIN.
1737.
1437
barqué. On a apris , par ces Lettres, qu'un déta-
chement d'environ trente hommes de la Garni-
son de la Place avoit tué quelques uns des Ou-
vriers qui travailloient aux Salines retablies par
les Rebeles , et que ces derniers avoient fait di
re à M. Rivarola qu'ils traiteroient les Sujets de
la Képublique avec la même rigueur qu'on trai-
tait les personnes attachées à leur parti. Les mê
mes avis portent que le bruit couroit que le fa-
meux Louis Ciaferri , un des anciens Chefs des
Rebelles étoit mort dans leur camp.
T
Les Lettres du 18. portent que l'inaction dans
laquelle se tiennent les Rebelles de Corse , don-
ne lieu de conjecturer que leur principal Chef
n'y est pas encore revenu , comme on l'avoit
publié. On a apris en dernier lieu qu'il regne
beaucoup de division parmi eux , que leurs dif-
ferends sont souvent suivis de voyes de fait ,
quelquefois de meurtres, mais que remplis d'ani-
mosité dans leurs querelles particulieres, ils sem
blent être toujouts prêts à les oublier et à se réu-
nir , dès qu'il s'agit de leur interêt commun.
Leur obstination à persister dans leur revolte a
déterminé le Senat à attendre des occasions plus
favorables pour les soumettre , et à se contenter
de songer à la conservation des Places qui sont
demeurées sous la Domination de la Republique..
Les Salines d'Aleria , que les Rebelles ont ré-
tablies , sont si abondantes qu'ils comptent d'en
tirer assés de sel , non seulement pour leur con-
sommation , mais encore pour en fournir aux
Etrangers. Ils ont découvert dans une Mine de
Fer , située aux environs d'Alizani , une Mine
qui leur produit beaucoup de ce Metal . Leurs
Chefs ont établi à Orena une Manufacture de
Cuir, par le moyen de laquelle ils seront en étag
II. Vol.
et
de
T438 MERCURE DE FRANCE
de se procurer plusieurs commodités que les
Etrangers leur faisoient acheter fort cher.
Fermer
1791
p. 1438-1439
GRANDE-BRETAGNE.
Début :
Le 2. de ce mois le Roy se rendit à la Chambre des Pairs, avec les cérémonies accoûtumées, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : GRANDE-BRETAGNE.
GRANDE-BRETAGNE.
Le 2. de ce mois le Roy se rendit à la Chambre
des Pairs, avec les cérémonies accoûtumées,
et S. M. ayant mandé la Chambre des
Communes , fit aux deux Chambres le discours
suivant.
MY LORDS , ET MESSIEURS ,
Je suis venu ici pour mettrefin à cette Séance
du Parlement , afin que vous ayez la liberté de
vous retirer dans vos Provinces, et de contribuer,
selon vos divers Emplois au maintien de la Paix
et du bien du Royaume. Je vous remercie des mar-
ques particulieres que vous m'avez données de
votre affection et de votre zele pour ma Person-
ne et pour mon honneur , etj'espere que la sagesse et
la justice que vous avez fait paroître à l'occasion
de quelques incidens
extraordinaires , prévien-
dront à l'avenir de pareils ar´entats. La conduite
de ce Parlement a été si égale dans toutes ses dé-
liberations sur les Affaires publiques , qu'il seroit
aussi injuste de n'en point avoir de reconnoissan-
ce, qu'il est inutile d'enraporter toutes lesparticu-
larités..
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES ,
Le soin que vous avez pris de lever les Subsides
nécessaires pour le Service de l'année courante ,
la maniere la moins onereuse à mon Peuple , est
une nouvelle preuve de votre attention toujours
égale à soutenir mon Gouvernement & les interêts
de votre Patrie.
1 MY LORDS ET MESSIEURS ,
Vous ne pouvez ignorer combien les honnêtes
II. Vol.
de
Gens
JUIN.
II. Vol.
1737.
1439
Genset les Personnes de bonnes mœurs se trouvent
justement scandalisés et offensés de la licence qui
regne dans le temps present , sous l'ombre et le pré-
texte de la liberté , et combien il est absolument
nécessaire de reprimer cet abus excessifpar unejus-
te et vigoureuse execution des Loix. C'est un usage
qui n'est devenu que trop général , que de braver
toute autorité , de mépriser la Magistrature, et mê
me de s'oposer à l'execution des Loix, quoi que celar
soit aussipréjudiciable aux libertés du Peuplequ'aux
Prérogatives de la Couronne , le soutien de l'une
étant inséparable de la Protection de l'autre. J'ai
pris les Loix du Pays pour regle constante de mes
actions , etje m'attends aussi que mes Sujets feront
leurprincipal devoir de la soumission que ces me-
mes Loix leur imposent , et qu'il est de leur interêt
d'avoir toujours pour mon Autorité et pour mon
Gouvernement.
Le Lord Chancelier prorogea ensuite le Par-
lement par ordre de S. M. jusqu'au 15.du mois
d'Août,
Le 2. de ce mois le Roy se rendit à la Chambre
des Pairs, avec les cérémonies accoûtumées,
et S. M. ayant mandé la Chambre des
Communes , fit aux deux Chambres le discours
suivant.
MY LORDS , ET MESSIEURS ,
Je suis venu ici pour mettrefin à cette Séance
du Parlement , afin que vous ayez la liberté de
vous retirer dans vos Provinces, et de contribuer,
selon vos divers Emplois au maintien de la Paix
et du bien du Royaume. Je vous remercie des mar-
ques particulieres que vous m'avez données de
votre affection et de votre zele pour ma Person-
ne et pour mon honneur , etj'espere que la sagesse et
la justice que vous avez fait paroître à l'occasion
de quelques incidens
extraordinaires , prévien-
dront à l'avenir de pareils ar´entats. La conduite
de ce Parlement a été si égale dans toutes ses dé-
liberations sur les Affaires publiques , qu'il seroit
aussi injuste de n'en point avoir de reconnoissan-
ce, qu'il est inutile d'enraporter toutes lesparticu-
larités..
MESSIEURS DE LA CHAMBRE DES COMMUNES ,
Le soin que vous avez pris de lever les Subsides
nécessaires pour le Service de l'année courante ,
la maniere la moins onereuse à mon Peuple , est
une nouvelle preuve de votre attention toujours
égale à soutenir mon Gouvernement & les interêts
de votre Patrie.
1 MY LORDS ET MESSIEURS ,
Vous ne pouvez ignorer combien les honnêtes
II. Vol.
de
Gens
JUIN.
II. Vol.
1737.
1439
Genset les Personnes de bonnes mœurs se trouvent
justement scandalisés et offensés de la licence qui
regne dans le temps present , sous l'ombre et le pré-
texte de la liberté , et combien il est absolument
nécessaire de reprimer cet abus excessifpar unejus-
te et vigoureuse execution des Loix. C'est un usage
qui n'est devenu que trop général , que de braver
toute autorité , de mépriser la Magistrature, et mê
me de s'oposer à l'execution des Loix, quoi que celar
soit aussipréjudiciable aux libertés du Peuplequ'aux
Prérogatives de la Couronne , le soutien de l'une
étant inséparable de la Protection de l'autre. J'ai
pris les Loix du Pays pour regle constante de mes
actions , etje m'attends aussi que mes Sujets feront
leurprincipal devoir de la soumission que ces me-
mes Loix leur imposent , et qu'il est de leur interêt
d'avoir toujours pour mon Autorité et pour mon
Gouvernement.
Le Lord Chancelier prorogea ensuite le Par-
lement par ordre de S. M. jusqu'au 15.du mois
d'Août,
Fermer
1792
p. 1440-1444
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Début :
Le Roy a donné au Prince de Nassau, l'agrément du Régiment de la [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Nouvelles de la Cour, de Paris, &c.
Le Roy a donné au Prince de Nassau, l'agrément du Régiment de la
Marine , dont le Marquis de Mirepoix
étoit Colonel.
Le
1
t
JUIN.
1737.
1441
Le 4 de ce mois Madame la jeune Du-
chesse de Bourbon ,dont la santé se retablit
tous les jours , et qui aime beaucoup les
belles Fleurs , alla se promener dans le
Jardin du sieur le Fevre , qu'elle trouva
encore plus fleuri , qu'elle ne l'avoit es-
peré , la Saison étant déja bien avancée
pour les Fleurs du Printemps , dont l'ar-
deur du Soleil avoit précipité la durée
dans presque tous les Jardins feuristes
de Paris. S. A. S. s'y promena agréable
ment , s'y reposa et en sortit satisfaite
d'un Bouquet des plus belles Fleurs que
le sieur le Fevre eut l'honneur de lui
présenter.
On trouve chés ledit sieur le Fevre
toutes sortes de Graines Médicinales
D
Potageres et de Fleurs ; des Oignons ,
des Plantes et des Semences de toutes les
especes , pour l'ornement des Jardins.
Son Jardin est Ruë de Vaugirard at-
tenant le mur du Luxembourget le Cer
ceau d'or , Fauxbourg S. Germain ; mais
sa demeure principale , et plus conmo-
de pour le Public , est au milieu du Quay
de la Mégisserie , à l'Enseigne du Coq
de la bonne Foy. On lit sur son Plafond
cette dévise. Sanat , nutrit, et ornat.
Le 16. les Députés des Etats d'Artois.
curent audience du Roy : ils y furent
11. Vol.
presentés
7442 MERCURE DE FRANCE
présentés par le Duc d'Elbeuf, Gouver-
neur de la Province , et par M. d'Anger
villiers , Ministre et Secretaire d'Etat,
et conduits en la maniere accoûtumée
par le Grand Maître et par le Maître des
Ceremonies. La députation étoit com-
posée de l'Abbé de la Grange , Grand-
Vicaire du Diocèse d'Arras pour le Cler-
gé , qui porta la parole ; du Comte de
la Bussiere pour la Noblesse , et de M.
Ansar , Conseiller et Pensionnaire de la
Ville d'Arras , Deputé du Tiers- Etat.
Le 18. Juin , les Maîtres de Musique
et Musiciens de Paris , firent celebrer
dans l'Eglise des grands Augustins une
Messe solemnelle à plusieurs Choeurs da
Musique ,, pour le repos des Ames da
leurs défunts Confreres.
Le 26. de ce mois , le Roy accompa-
gné de Monseigneur le Dauphin , fit
dans la cour du Château de Versailles la
revûë des deux Compagnies des Mous-
quetaires de la Garde de S. M. Le Roy
passa dans les rangs , et après qu'ils eu-
rent fait l'exercice , S. M. les vit défiler.
La Reine et Mesdames de France virens
cette revûë du Balcon de l'Apartement
du Comte de Clermont.
II. Vol.
Le
JUIN.
1737-
1443
Le 20. Juin, Fête du Saint Sacrement
le Roy et la Reine entendirent les Vê-
pres dans la Chapelle du Château de Ver
sailles , et Leurs Majestés assisterent au
Salut qui fut chanté par la Musique.
Le 27. jour de l'Octave , le Roy ac .
co mpagné du Duc d'Orleans , du Comte
de Clermont , du Prince de Dombes et
du Comte d'Eu , se rendit à l'Eglise de
la Paroisse du Château , et S. M. y en-
tendit la Grand'Messe , après avoir assis
té à la Procession .
Pendant l'Octave , le Roy a assisté
tous les jours au Salut, Le 25. et le 26. la
Reine l'a entendu dans la Chapelle, Le
22. Monseigneur le Dauphin assista aų
Salut dans l'Eglise de la Paroisse du Châ-
teau , et Mesdames de France y assiste-
rent dans l'Eglise de la Paroisse de Saint
Louis.
Le 30. de ce mois , Monseigneur le
Dauphin vint de Versailles à Paris se
promener au Cours et dans dans le Jar
din des Thuilleries.
Le Duc d'Ancenis , Capitaine des
Gardes du Corps en survivance du Duc
de Bethune son Pere , a été nommé par
le Roy , Mestre de Camp du Regiment
II. Vol.
de
#444 MERCURE DE FRANCE
de Cavalerie, dont le Duc de Chevreuse,
Mestre de Camp général de Dragons , a
été Mestre de Camp.
Le Roy a donné au Prince de Nassau, l'agrément du Régiment de la
Marine , dont le Marquis de Mirepoix
étoit Colonel.
Le
1
t
JUIN.
1737.
1441
Le 4 de ce mois Madame la jeune Du-
chesse de Bourbon ,dont la santé se retablit
tous les jours , et qui aime beaucoup les
belles Fleurs , alla se promener dans le
Jardin du sieur le Fevre , qu'elle trouva
encore plus fleuri , qu'elle ne l'avoit es-
peré , la Saison étant déja bien avancée
pour les Fleurs du Printemps , dont l'ar-
deur du Soleil avoit précipité la durée
dans presque tous les Jardins feuristes
de Paris. S. A. S. s'y promena agréable
ment , s'y reposa et en sortit satisfaite
d'un Bouquet des plus belles Fleurs que
le sieur le Fevre eut l'honneur de lui
présenter.
On trouve chés ledit sieur le Fevre
toutes sortes de Graines Médicinales
D
Potageres et de Fleurs ; des Oignons ,
des Plantes et des Semences de toutes les
especes , pour l'ornement des Jardins.
Son Jardin est Ruë de Vaugirard at-
tenant le mur du Luxembourget le Cer
ceau d'or , Fauxbourg S. Germain ; mais
sa demeure principale , et plus conmo-
de pour le Public , est au milieu du Quay
de la Mégisserie , à l'Enseigne du Coq
de la bonne Foy. On lit sur son Plafond
cette dévise. Sanat , nutrit, et ornat.
Le 16. les Députés des Etats d'Artois.
curent audience du Roy : ils y furent
11. Vol.
presentés
7442 MERCURE DE FRANCE
présentés par le Duc d'Elbeuf, Gouver-
neur de la Province , et par M. d'Anger
villiers , Ministre et Secretaire d'Etat,
et conduits en la maniere accoûtumée
par le Grand Maître et par le Maître des
Ceremonies. La députation étoit com-
posée de l'Abbé de la Grange , Grand-
Vicaire du Diocèse d'Arras pour le Cler-
gé , qui porta la parole ; du Comte de
la Bussiere pour la Noblesse , et de M.
Ansar , Conseiller et Pensionnaire de la
Ville d'Arras , Deputé du Tiers- Etat.
Le 18. Juin , les Maîtres de Musique
et Musiciens de Paris , firent celebrer
dans l'Eglise des grands Augustins une
Messe solemnelle à plusieurs Choeurs da
Musique ,, pour le repos des Ames da
leurs défunts Confreres.
Le 26. de ce mois , le Roy accompa-
gné de Monseigneur le Dauphin , fit
dans la cour du Château de Versailles la
revûë des deux Compagnies des Mous-
quetaires de la Garde de S. M. Le Roy
passa dans les rangs , et après qu'ils eu-
rent fait l'exercice , S. M. les vit défiler.
La Reine et Mesdames de France virens
cette revûë du Balcon de l'Apartement
du Comte de Clermont.
II. Vol.
Le
JUIN.
1737-
1443
Le 20. Juin, Fête du Saint Sacrement
le Roy et la Reine entendirent les Vê-
pres dans la Chapelle du Château de Ver
sailles , et Leurs Majestés assisterent au
Salut qui fut chanté par la Musique.
Le 27. jour de l'Octave , le Roy ac .
co mpagné du Duc d'Orleans , du Comte
de Clermont , du Prince de Dombes et
du Comte d'Eu , se rendit à l'Eglise de
la Paroisse du Château , et S. M. y en-
tendit la Grand'Messe , après avoir assis
té à la Procession .
Pendant l'Octave , le Roy a assisté
tous les jours au Salut, Le 25. et le 26. la
Reine l'a entendu dans la Chapelle, Le
22. Monseigneur le Dauphin assista aų
Salut dans l'Eglise de la Paroisse du Châ-
teau , et Mesdames de France y assiste-
rent dans l'Eglise de la Paroisse de Saint
Louis.
Le 30. de ce mois , Monseigneur le
Dauphin vint de Versailles à Paris se
promener au Cours et dans dans le Jar
din des Thuilleries.
Le Duc d'Ancenis , Capitaine des
Gardes du Corps en survivance du Duc
de Bethune son Pere , a été nommé par
le Roy , Mestre de Camp du Regiment
II. Vol.
de
#444 MERCURE DE FRANCE
de Cavalerie, dont le Duc de Chevreuse,
Mestre de Camp général de Dragons , a
été Mestre de Camp.
Fermer
1793
p. 1455-1456
L'AUSTRASIE. Cantatille. Au ROY DE POLOGNE.
Début :
Que les bords de la Meuse, et ceux de la Moselle [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'AUSTRASIE. Cantatille. Au ROY DE POLOGNE.
L'AUSTRASIE. Cantatille. Au ROY DE POLOGNE.
Que les bords de la Meuse, et ceux de la Moselle Et par de lyriques transports ,
Une aimable Cour l'environne ;
Avec plaisir chacun le suit :
C'est la Vertu qui le couronne.
Il prend le Diadême ::
Qu'il veut se rendre heureux lui- même,
Maître.
Ils publiront qu'ils sont heureux ,
* C'est l'Austrasie qui parle.
II. Vol
Iy
1455
Retentissent par tout des plus charmans accords
Formez une Fête nouvelle ,
Peuples , témoignez vôtre zéle
Au Héros queje vois paroître sur ces bords.
C'est la Gloire qui le conduit ,
Pour combler tous les vœux ,
Ce n'est qu'en vous rendant heureux ,
Que STANISLAS reghe en ces Lieux',
Qu'on rende un juste hommage à cet Auguste
Les Peuples vont jouir d'un destin glorieux ;
STANISLAS.Croit déja qu'ils sont dignes de l'être.
Ghantez
1456 MERCURE DE FRANCE
Chantez ; célébrez ce Héros
Par l'éclat bruyant des Trompettes :
Et par la douceur des Musettes ,
Annoncez un charmant repos.
Qu'icy jamais on ne se plaigne
Il comblera tous les desirs :
Et son aimable Regne
Sera le Regne des plaisirs.
Devalois d'Orville.
Que les bords de la Meuse, et ceux de la Moselle Et par de lyriques transports ,
Une aimable Cour l'environne ;
Avec plaisir chacun le suit :
C'est la Vertu qui le couronne.
Il prend le Diadême ::
Qu'il veut se rendre heureux lui- même,
Maître.
Ils publiront qu'ils sont heureux ,
* C'est l'Austrasie qui parle.
II. Vol
Iy
1455
Retentissent par tout des plus charmans accords
Formez une Fête nouvelle ,
Peuples , témoignez vôtre zéle
Au Héros queje vois paroître sur ces bords.
C'est la Gloire qui le conduit ,
Pour combler tous les vœux ,
Ce n'est qu'en vous rendant heureux ,
Que STANISLAS reghe en ces Lieux',
Qu'on rende un juste hommage à cet Auguste
Les Peuples vont jouir d'un destin glorieux ;
STANISLAS.Croit déja qu'ils sont dignes de l'être.
Ghantez
1456 MERCURE DE FRANCE
Chantez ; célébrez ce Héros
Par l'éclat bruyant des Trompettes :
Et par la douceur des Musettes ,
Annoncez un charmant repos.
Qu'icy jamais on ne se plaigne
Il comblera tous les desirs :
Et son aimable Regne
Sera le Regne des plaisirs.
Devalois d'Orville.
Fermer
1794
p. 1456-1466
MORTS ET NAISSANCES.
Début :
Dame N. de Saint Simon, Veuve de N..... Marquis de Courcy, &c. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MORTS ET NAISSANCES.
MORTS ET NAISSANCES.
Dame N. de Saint Simon, Veuve de
N..... Marquis de Courcy, &c.
mourut le 3. May dans son Château de
Plain - Marais , près Carentan en Basse
Normandie , dans un âge avancé , ne
laissant de son mariage avec le Marquis
de Courcy que deux Filles , dont l'Aînée
a épousé le Marquis de Thieuville , des
meilleures Maisons de Normandie ; et la
seconde est mariée au Marquis de Mon-
taigu , aussi d'une Naissance distinguée ,
Commandant pour le Roy à la Hogue,
M. la Marquise de Courcy a été fort re
IL. Vol.
gretée
JUIN.
1737.
1457
gretée à cause de ses grandes et belles
qualités,dont la principale étoit un grand
fonds de Religion ,accompagné d'un goût
naturel pour la vertu et pour les Gens
vertueux , aimant les Lettres et les cul-
tivant , ce qui rendoit son commerce
également utile et agréable.
Le 28. D. Loüise- Magdelaine du Poi-
rier Cottereau , Veuve depuis le 27. Mars
dernier de Loüis de Vivet de Montclus ,
Seigneur de Servesan , mourut à Bagnols
en Languedoc , âgée de 69. ans. Ön a
marqué de qui elle étoit fille en annon-
çant la mort de feu son Mari dans le
Mercure de May dernier p. 1040.
Le 10. Juin , Joseph- Henri , Marquis
de Segur , Sénéchal , Gouverneur et Lieu-
tenant Général pour le Roy des Pays et
Comté de Foix, Capitaine et Gouverneur
des Ville et Château de Foix , Lieutenant
Général au Gouvernement de Champa-
gne et Brie , et Grand- Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , mourut à Paris ,
âgé de 76. ans. Il avoit commencé à ser-
vir en qualité de Mousquetaire du Roy ;
ensuite il fut Capitaine de Cavalerie et
successivement Sous- Lieutenanten 1690,
et Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Chevau- Légers d'Anjou en 1693 .
Il eut le 4. Octobre de la même année
II. Vol
1 vj.
UnG
1453 MERCURE DE FRANCE
une jambe emportée d'un boulet de Ca-
non à la Bataille de la Marsaille en Pié
mont. La Croix de S. Louis lui fut ace
cordée le 6. Février 1694, et le feu Roy
le gratifia au mois d'Avril 1699. de la
Lieutenance Générale de Champagne et
Brie , vacante par la mort du Marquis
d'Escots. Il obtint au mois de Décembre
1701. un Brevet de retenuë de 20000.
livres sur cette Charge ; et il avoit eu au
mois de Juin précédent l'agrément de
S. M. pour traiter avec le Comte de Tal-
lard , depuis Maréchal de France
"
du
Gouvernement Général du Pays de Foix..
Il prêta serment pour cette Charge en-
tre les mains du Roy le 29. May 1703 .
Il fut fait Grand- Croix de l'Ordre de S..
Louis le 1. Janvier 1720. Il étoit Fils de
Jean Isaac de Segur , Seigneur de Pon-
chat et de Fouquerolles en Guyenne ,
dont la mort est raportée dans le Mer-
cure Gilant pour les mois de Novembre:
et Décembre 1707. et d'Anne- Marie de
Taillefer de Roussille et il avoit épousé
Claude Elizabeth Binet, restée Fille uni-
que et seule Héritiore de Henri Binet »
Seigneur de. S. Martin de la Garenne, des
Boullais
>
et de Châtres en Brie , Maître.
Ordinaire en la Chambre des Compres
de Paris, et Procureur Général de la Rei
II.Vol.
ne
JUIN.
1737.
1459
ne Marie-Therese d'Autriche, et de Clau-
de Jolly , sa Femme . Il en laisse Henri..
François , Comte de Segur , Maréchal de
Gamp des Armées du Roy du 20. Fé-
vrier 174. qui lui succede dans ses Gou-
vernemens, et qui a été marié le 12. Sep
tembre 1718. avec D. Philipe Angelique
de Froissy ; Jean Charles de Segur , an-
cien Evêque de Saint Papoul , et Abbé
de N.D. de Vermand ,Diocèse de Noyon;
et D. Marie Anne-Françoise de Segur ,
Abbesse de l'Abbaye de Gif , O. S. B.,
Diocèse de Paris
Le 11. D. Louise- Antonine de Gon-
taut de Biron , Epouse de François Michel-
César le Tellier , Marquis de Montmi
rel , Comte de Tonnerre et de la Ferté-
Gaucher , &c. Capitaine Colonel de la
Compagnie des 100. Suisses de la Garde
Ordinaire du Corps du Roy , avec le
quel elle avoit éré mariée le 25 Février
1732, mourut à Paris au Palais du Lu-
xembourg , âgée de
blo Vol
19. ans , laissant
deux Enfans. Elle étoit Fille de François
Armand de Gontaut, Duc de Biron , Pair
de France, Brigadier des Armées du Roy,
et de D. Mirje Adelaide de Grammont,
Dame du Palais de la Reine,
Le 14. Silvestre Bisc, Conseiller Se-
cretaire du Roy ,, Maison , Couronne de
France
1460 MERCURE DE FRANCE
France et de ses Finances , mourut à Pa
ris , dans un âge avancé. Il étoit Veuf.
de Jeanne le Brun , morte le 19. Juin
1723. Il en avoit eu Marie Marguerite
Bosc , premiere Femme d'Eustache - Fran-
çois le Cousturier , President au Grand-
Conseil , Seigneur de Mauregard , mor
te le 25. Décembre 1727. âgée de 39. ans,
de laquelle il reste un Fils , et une Fille ,
mariée le 4. Novembre 1734. avec Char-
les
-
François de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , Conseiller au Parlement
de Paris ; et Marie- Jeanne Bosc , morte
Femme de Louis - Nicòlas - Guillaume
Maurin , Conseiller en la Cour des Aides
de Paris , au mois de Janvier 1727. de
laquelle il reste trois Filles.
Le même jour,François de Rivoire, Mar
quis du Palais , Seigneur de la Ville de
Feurs,Civin - le-Mazoyer , &c. Brigadier
des Armées du Roy, et ci-devant Lieute-
nant d'une des Compagnies de ses Gardes
du Corps, mourut à Paris , âgé de 67. ans
sans laisser d'enfans. Il avoit été fait Mes-
tre de Camp d'un Regiment de Cavalerie
par Commission du 24. Octobre 1706.et
ce Regiment ayant été licentié en 1714. il
obtint alors sa réforme à la suite du Regi
ment du Maine. Il entra au mois de Mars
1716. dans les Gardes du Corps en qualité
II. Vola
d'Enseigne,
'JU IN.
1737.
1461
d'Enseigne , et monta depuis à une
Lieutenance. Il fut fait Brigadier à la
Promotion du premier Février 1719. On
a parlé de sa Maison , originaire d'Au-
vergne , dans le Mercure du mois de
Juin 1728. Vol. 1. p. 1256. à l'occasion
de son Mariage avec Dame Marie- Ca-
terine Dorotée de Roncherolles de Pont
S. Pierre. Il avoit eu un Frere aîné , dont
la mort est raportée dans le Mercure de
May 1727. p. 1042.
Le 18. Dame Anne- Catherine Brunet ;
Veuve sans Enfans de Charles de Mor-
nay , Marquis de Villarceaux , Chevalier
des Ordres du Roy , Brigadier de ses Ar-
mées , et Capitaine
Lieutenant de la
Compagnie des Chevau Legers Dau-
phins , qui fut tué à la Bataille de Fleu-
rus le premier Juillet 1690. mourut à
Paris dans la 78e année de son âge. Elle
avoit été mariée au mois de Mars 1683 .
et elle étoit Fille de Jean - Baptiste Bru-
net , Seigneur de Chailly , Serigny , & c.
Conseiller du Roy en son Conseil d'Etat ,
Secretaire de S. M. Maison Couronne de
France et de ses Finances , et Garde de
son Tresor Royal , mort le 21. Juillet
1703. et de Marie de Cadolu , morte en
1670. Elle laisse pour Héritiers Pierre
Brunet de Chailly , Comte de Serigny ,
II. Vol
Maître
1462 MERCURE DE FRANCE
Maître des Requêtes Honoraire de l'Hô
tel du Roy , et Président de la Cham-
bre des Comptes de Paris , son Frere , et
Charles- Jean Baptiste du Tillet , Sei-
gneur de la Bussière , et de Noyent , Pré-
sident Honoraire au Parlement de Paris ,
son Neveu.
Le 20. Pierre Delpech , Seigneur de
Cailly en Normandie , Président en la
Cour des Aides de Paris , Charge en la
quelle il avoit été recû le 5. Juin 1733
après avoir été Avocat général en la mê-
me Cour depuis le 27. Mars 1732. mou
Fut dans la 26. année de son âge , étant
né le 16. Septembre 171. Il étoit Fils
unique de Pierre Delpech , Seigneur de
Cailly, premier Avocat Général en la mê-
me Cour des Aides, mort le 9.Mars 1733 .
et de Marie Elizabeth le Fevre de Cau-
martin de Cailly , morte le 27. Août
1717. et il avoit été marié le 11. Février:
1733. avec la Fille de Christophe Alexan-
dre Pajot , Seigneur de Villers , Contrô
leur-Général des Postes et Relais de Fran-
çe , et d'Anne de Mailly- Charneüil . Il en
laisse un Garçon et une Fille.
Le 27. Dame Marguerite de Monchy
Epouse de Louis - François Vireau des
Epoisses , Seigneur de Villeflix et des
Arches , Maître de la Chambre aux De
II. Vols
niers
JUIN.
"
17375
1463
alers du Roy , avec lequel elle avoit été
mariée au mois d'Octobre 1708. mourut
dans la so. année de son âge , étant néé
le 6. Mars 1688. elle laisse deux Filles
تو
dont l'ainée Marie Marguerite Vireau de
Villefix , a été mariée le 29. Mars 1729,
avec Jacques- Marie- Jerôme Michau de
Montaran , Seigneur de Lisse , Beaure
paire , Brazeux , Conseiller au Parlement
de Paris , et Commissaire aux Requêtes
du Palais. La défunte étoir Fille de Phi
lipe de Monchy , Conseiller Secretaire
du Roy, Maison , Couronne de France et
de ses Finances , et ancien Fermier gene-
ral , mort le 18. Août 1731. âgé de 89 .
ans , et de Marguerite Normandeau , et
Seur aînée d'Anne-Magdeleine de Mon-
chy , mariée en 1713. avec Paul Delpech,
Seigneur de Chaumot, Keceveur general
des Finances en Auvergne , et ci devant
Fermier General.
Le 28. Dame Alfonsine Elizabeth de
Guenegand , Veuve depuis le 15. Décem-
bre 1709. de Hardouin de l'Isle , Marquis
de Marivaux , Seigneur d'Anseauvillier
la Koue , Lieutenant Général des Armées
du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , avec lequel elle avoit été
mariée le 27. Mars 1692. mourut à Paris
dans la 80. année de son âge , ayant été
11. Vol.
baptisée
1464 MERCURE DE FRANCE
baptisée le 9. Mars 1658. Elle étoit Fille
de Claude de Guenegaud , Seigneur du
Plessis Belleville , Silly , &c. Conseiller
du Roy en ses Conseils et Trésorier de
P'Epargne , mort le 13. Décembre 1686.
et de D. Catherine- Alfonsine Martel de
Montpinson , morte le 20. Mars 1710.
Elle laisse un Fils , qui est Loüis - Jean-
Jacques de l'isle , Marquis de Marivaux ,
Sous Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de Bretagne.
Le 20. May les Cérémonies du Baptê
me furent supléées à Jean- Baptiste- Joa-
chim Louis , né et ondoyé le 13. prece
dent , Fils de Louis du Plessis- Chastillon,
Marquis dudit lieu et de Nonant , Lieu-
tenant Général des Armées du Roy ,
Gouverneur pour S. M. des Ville et Châ-
teau d'Argentan en Normandie , et de
D. Catherine-Pauline Colbert de Crois-
sy. Le Parain , Jean Baptiste- Joachim
Colbert , Marquis de Croissy , Colonel
du Regiment Royal d'Infanterie , Bri-
gadier des Armées du Roy , et Capitaine
des Gardes de la Porte de S. M. son oncle
maternel. La Maraine D.Marie Brunet de
Rancy , épouse de Louis Henri- François
Colbert , Comte de Croissy , Lieutenant
General des Armées du Roy , et du Com
II. Vol.
té
JUIN.
1737.
1469
té Nantois , grande Tante maternelle.
Le 21. nâquit Marie Françoise , Fille de
Charles-François , Marquis de Sassenage ,
et de Pont en Royans , Sire de Vité et de
Brullon , Seigneur de Vouré et d'Yzeron,
second Baron de Dauphiné , Lieutenant
General pour le Roy dans la même Pro
vince , Brigadier de ses Armées , et Mes
tre de Camp d'un Regiment de Cavale-
rie , et de D. Marie - Françoise Camille de
Sassenage son Epouse.
Le 1. Juin , les Ceremonies du Bapë
tême furent supléées dans la Chapelle du
Palais de Luxembourg , à Marie Louise
Julie , Fille de Joseph - Yves Thibaud ,
Marquis de la Riviere , Comte de Cor
lay , et de D. Julie Louise- Celeste de la
Riviere, Dame du Palais de la Reine , se-
conde Doüairiere d'Espagne , mariés le 6.
Juin 1735. la Maraine fut la Reine secon-
de Douairiere d'Espagne , et le Paráin le
Duc d'Orleans.
Le 19. est né, et a été baptisé le même
jour en la Paroisse de S. Louis en l'Isle ,
Charles-Paul - Nicolas , Fils de Ch. Jean-
"
Pierre Barentin, apellé le Comte de Mont-
chal , Vicomté de la Motte , premier Cor-
nette de la Compagnie des Chevau - Le-
gers Dauphins , et de D. Louise Magde-
leine Bertin de Vaugien , ses Pere et Me-
II. Vol.
se ,
1466 MERCURE DE FRANCE
re , qui ont été mariés le 16. Mars 1735.
Il a eu pour Parain Nicolas Bertin , Sei-
gneur de Vaugien , Maître des Requê
tes Honoraire de l'Hôtel du Roy , son
Bisayeul maternel , et pour Maraine
Dlle Marie
Catherine de Montchal .
sa grande Tante paternelle. Le Pere de
cet enfant est frere puîné de Charles-
Amable Barentin , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , Inten
dant à la Rochelle depuis six mois , et
marié avec Marie - Catherine le Fevre
d'Ormesson , Fille de l'Intendant des
Finances.
Dame N. de Saint Simon, Veuve de
N..... Marquis de Courcy, &c.
mourut le 3. May dans son Château de
Plain - Marais , près Carentan en Basse
Normandie , dans un âge avancé , ne
laissant de son mariage avec le Marquis
de Courcy que deux Filles , dont l'Aînée
a épousé le Marquis de Thieuville , des
meilleures Maisons de Normandie ; et la
seconde est mariée au Marquis de Mon-
taigu , aussi d'une Naissance distinguée ,
Commandant pour le Roy à la Hogue,
M. la Marquise de Courcy a été fort re
IL. Vol.
gretée
JUIN.
1737.
1457
gretée à cause de ses grandes et belles
qualités,dont la principale étoit un grand
fonds de Religion ,accompagné d'un goût
naturel pour la vertu et pour les Gens
vertueux , aimant les Lettres et les cul-
tivant , ce qui rendoit son commerce
également utile et agréable.
Le 28. D. Loüise- Magdelaine du Poi-
rier Cottereau , Veuve depuis le 27. Mars
dernier de Loüis de Vivet de Montclus ,
Seigneur de Servesan , mourut à Bagnols
en Languedoc , âgée de 69. ans. Ön a
marqué de qui elle étoit fille en annon-
çant la mort de feu son Mari dans le
Mercure de May dernier p. 1040.
Le 10. Juin , Joseph- Henri , Marquis
de Segur , Sénéchal , Gouverneur et Lieu-
tenant Général pour le Roy des Pays et
Comté de Foix, Capitaine et Gouverneur
des Ville et Château de Foix , Lieutenant
Général au Gouvernement de Champa-
gne et Brie , et Grand- Croix de l'Ordre
Militaire de S. Louis , mourut à Paris ,
âgé de 76. ans. Il avoit commencé à ser-
vir en qualité de Mousquetaire du Roy ;
ensuite il fut Capitaine de Cavalerie et
successivement Sous- Lieutenanten 1690,
et Capitaine-Lieutenant de la Compagnie
des Chevau- Légers d'Anjou en 1693 .
Il eut le 4. Octobre de la même année
II. Vol
1 vj.
UnG
1453 MERCURE DE FRANCE
une jambe emportée d'un boulet de Ca-
non à la Bataille de la Marsaille en Pié
mont. La Croix de S. Louis lui fut ace
cordée le 6. Février 1694, et le feu Roy
le gratifia au mois d'Avril 1699. de la
Lieutenance Générale de Champagne et
Brie , vacante par la mort du Marquis
d'Escots. Il obtint au mois de Décembre
1701. un Brevet de retenuë de 20000.
livres sur cette Charge ; et il avoit eu au
mois de Juin précédent l'agrément de
S. M. pour traiter avec le Comte de Tal-
lard , depuis Maréchal de France
"
du
Gouvernement Général du Pays de Foix..
Il prêta serment pour cette Charge en-
tre les mains du Roy le 29. May 1703 .
Il fut fait Grand- Croix de l'Ordre de S..
Louis le 1. Janvier 1720. Il étoit Fils de
Jean Isaac de Segur , Seigneur de Pon-
chat et de Fouquerolles en Guyenne ,
dont la mort est raportée dans le Mer-
cure Gilant pour les mois de Novembre:
et Décembre 1707. et d'Anne- Marie de
Taillefer de Roussille et il avoit épousé
Claude Elizabeth Binet, restée Fille uni-
que et seule Héritiore de Henri Binet »
Seigneur de. S. Martin de la Garenne, des
Boullais
>
et de Châtres en Brie , Maître.
Ordinaire en la Chambre des Compres
de Paris, et Procureur Général de la Rei
II.Vol.
ne
JUIN.
1737.
1459
ne Marie-Therese d'Autriche, et de Clau-
de Jolly , sa Femme . Il en laisse Henri..
François , Comte de Segur , Maréchal de
Gamp des Armées du Roy du 20. Fé-
vrier 174. qui lui succede dans ses Gou-
vernemens, et qui a été marié le 12. Sep
tembre 1718. avec D. Philipe Angelique
de Froissy ; Jean Charles de Segur , an-
cien Evêque de Saint Papoul , et Abbé
de N.D. de Vermand ,Diocèse de Noyon;
et D. Marie Anne-Françoise de Segur ,
Abbesse de l'Abbaye de Gif , O. S. B.,
Diocèse de Paris
Le 11. D. Louise- Antonine de Gon-
taut de Biron , Epouse de François Michel-
César le Tellier , Marquis de Montmi
rel , Comte de Tonnerre et de la Ferté-
Gaucher , &c. Capitaine Colonel de la
Compagnie des 100. Suisses de la Garde
Ordinaire du Corps du Roy , avec le
quel elle avoit éré mariée le 25 Février
1732, mourut à Paris au Palais du Lu-
xembourg , âgée de
blo Vol
19. ans , laissant
deux Enfans. Elle étoit Fille de François
Armand de Gontaut, Duc de Biron , Pair
de France, Brigadier des Armées du Roy,
et de D. Mirje Adelaide de Grammont,
Dame du Palais de la Reine,
Le 14. Silvestre Bisc, Conseiller Se-
cretaire du Roy ,, Maison , Couronne de
France
1460 MERCURE DE FRANCE
France et de ses Finances , mourut à Pa
ris , dans un âge avancé. Il étoit Veuf.
de Jeanne le Brun , morte le 19. Juin
1723. Il en avoit eu Marie Marguerite
Bosc , premiere Femme d'Eustache - Fran-
çois le Cousturier , President au Grand-
Conseil , Seigneur de Mauregard , mor
te le 25. Décembre 1727. âgée de 39. ans,
de laquelle il reste un Fils , et une Fille ,
mariée le 4. Novembre 1734. avec Char-
les
-
François de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers , Conseiller au Parlement
de Paris ; et Marie- Jeanne Bosc , morte
Femme de Louis - Nicòlas - Guillaume
Maurin , Conseiller en la Cour des Aides
de Paris , au mois de Janvier 1727. de
laquelle il reste trois Filles.
Le même jour,François de Rivoire, Mar
quis du Palais , Seigneur de la Ville de
Feurs,Civin - le-Mazoyer , &c. Brigadier
des Armées du Roy, et ci-devant Lieute-
nant d'une des Compagnies de ses Gardes
du Corps, mourut à Paris , âgé de 67. ans
sans laisser d'enfans. Il avoit été fait Mes-
tre de Camp d'un Regiment de Cavalerie
par Commission du 24. Octobre 1706.et
ce Regiment ayant été licentié en 1714. il
obtint alors sa réforme à la suite du Regi
ment du Maine. Il entra au mois de Mars
1716. dans les Gardes du Corps en qualité
II. Vola
d'Enseigne,
'JU IN.
1737.
1461
d'Enseigne , et monta depuis à une
Lieutenance. Il fut fait Brigadier à la
Promotion du premier Février 1719. On
a parlé de sa Maison , originaire d'Au-
vergne , dans le Mercure du mois de
Juin 1728. Vol. 1. p. 1256. à l'occasion
de son Mariage avec Dame Marie- Ca-
terine Dorotée de Roncherolles de Pont
S. Pierre. Il avoit eu un Frere aîné , dont
la mort est raportée dans le Mercure de
May 1727. p. 1042.
Le 18. Dame Anne- Catherine Brunet ;
Veuve sans Enfans de Charles de Mor-
nay , Marquis de Villarceaux , Chevalier
des Ordres du Roy , Brigadier de ses Ar-
mées , et Capitaine
Lieutenant de la
Compagnie des Chevau Legers Dau-
phins , qui fut tué à la Bataille de Fleu-
rus le premier Juillet 1690. mourut à
Paris dans la 78e année de son âge. Elle
avoit été mariée au mois de Mars 1683 .
et elle étoit Fille de Jean - Baptiste Bru-
net , Seigneur de Chailly , Serigny , & c.
Conseiller du Roy en son Conseil d'Etat ,
Secretaire de S. M. Maison Couronne de
France et de ses Finances , et Garde de
son Tresor Royal , mort le 21. Juillet
1703. et de Marie de Cadolu , morte en
1670. Elle laisse pour Héritiers Pierre
Brunet de Chailly , Comte de Serigny ,
II. Vol
Maître
1462 MERCURE DE FRANCE
Maître des Requêtes Honoraire de l'Hô
tel du Roy , et Président de la Cham-
bre des Comptes de Paris , son Frere , et
Charles- Jean Baptiste du Tillet , Sei-
gneur de la Bussière , et de Noyent , Pré-
sident Honoraire au Parlement de Paris ,
son Neveu.
Le 20. Pierre Delpech , Seigneur de
Cailly en Normandie , Président en la
Cour des Aides de Paris , Charge en la
quelle il avoit été recû le 5. Juin 1733
après avoir été Avocat général en la mê-
me Cour depuis le 27. Mars 1732. mou
Fut dans la 26. année de son âge , étant
né le 16. Septembre 171. Il étoit Fils
unique de Pierre Delpech , Seigneur de
Cailly, premier Avocat Général en la mê-
me Cour des Aides, mort le 9.Mars 1733 .
et de Marie Elizabeth le Fevre de Cau-
martin de Cailly , morte le 27. Août
1717. et il avoit été marié le 11. Février:
1733. avec la Fille de Christophe Alexan-
dre Pajot , Seigneur de Villers , Contrô
leur-Général des Postes et Relais de Fran-
çe , et d'Anne de Mailly- Charneüil . Il en
laisse un Garçon et une Fille.
Le 27. Dame Marguerite de Monchy
Epouse de Louis - François Vireau des
Epoisses , Seigneur de Villeflix et des
Arches , Maître de la Chambre aux De
II. Vols
niers
JUIN.
"
17375
1463
alers du Roy , avec lequel elle avoit été
mariée au mois d'Octobre 1708. mourut
dans la so. année de son âge , étant néé
le 6. Mars 1688. elle laisse deux Filles
تو
dont l'ainée Marie Marguerite Vireau de
Villefix , a été mariée le 29. Mars 1729,
avec Jacques- Marie- Jerôme Michau de
Montaran , Seigneur de Lisse , Beaure
paire , Brazeux , Conseiller au Parlement
de Paris , et Commissaire aux Requêtes
du Palais. La défunte étoir Fille de Phi
lipe de Monchy , Conseiller Secretaire
du Roy, Maison , Couronne de France et
de ses Finances , et ancien Fermier gene-
ral , mort le 18. Août 1731. âgé de 89 .
ans , et de Marguerite Normandeau , et
Seur aînée d'Anne-Magdeleine de Mon-
chy , mariée en 1713. avec Paul Delpech,
Seigneur de Chaumot, Keceveur general
des Finances en Auvergne , et ci devant
Fermier General.
Le 28. Dame Alfonsine Elizabeth de
Guenegand , Veuve depuis le 15. Décem-
bre 1709. de Hardouin de l'Isle , Marquis
de Marivaux , Seigneur d'Anseauvillier
la Koue , Lieutenant Général des Armées
du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire
de S. Louis , avec lequel elle avoit été
mariée le 27. Mars 1692. mourut à Paris
dans la 80. année de son âge , ayant été
11. Vol.
baptisée
1464 MERCURE DE FRANCE
baptisée le 9. Mars 1658. Elle étoit Fille
de Claude de Guenegaud , Seigneur du
Plessis Belleville , Silly , &c. Conseiller
du Roy en ses Conseils et Trésorier de
P'Epargne , mort le 13. Décembre 1686.
et de D. Catherine- Alfonsine Martel de
Montpinson , morte le 20. Mars 1710.
Elle laisse un Fils , qui est Loüis - Jean-
Jacques de l'isle , Marquis de Marivaux ,
Sous Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes de Bretagne.
Le 20. May les Cérémonies du Baptê
me furent supléées à Jean- Baptiste- Joa-
chim Louis , né et ondoyé le 13. prece
dent , Fils de Louis du Plessis- Chastillon,
Marquis dudit lieu et de Nonant , Lieu-
tenant Général des Armées du Roy ,
Gouverneur pour S. M. des Ville et Châ-
teau d'Argentan en Normandie , et de
D. Catherine-Pauline Colbert de Crois-
sy. Le Parain , Jean Baptiste- Joachim
Colbert , Marquis de Croissy , Colonel
du Regiment Royal d'Infanterie , Bri-
gadier des Armées du Roy , et Capitaine
des Gardes de la Porte de S. M. son oncle
maternel. La Maraine D.Marie Brunet de
Rancy , épouse de Louis Henri- François
Colbert , Comte de Croissy , Lieutenant
General des Armées du Roy , et du Com
II. Vol.
té
JUIN.
1737.
1469
té Nantois , grande Tante maternelle.
Le 21. nâquit Marie Françoise , Fille de
Charles-François , Marquis de Sassenage ,
et de Pont en Royans , Sire de Vité et de
Brullon , Seigneur de Vouré et d'Yzeron,
second Baron de Dauphiné , Lieutenant
General pour le Roy dans la même Pro
vince , Brigadier de ses Armées , et Mes
tre de Camp d'un Regiment de Cavale-
rie , et de D. Marie - Françoise Camille de
Sassenage son Epouse.
Le 1. Juin , les Ceremonies du Bapë
tême furent supléées dans la Chapelle du
Palais de Luxembourg , à Marie Louise
Julie , Fille de Joseph - Yves Thibaud ,
Marquis de la Riviere , Comte de Cor
lay , et de D. Julie Louise- Celeste de la
Riviere, Dame du Palais de la Reine , se-
conde Doüairiere d'Espagne , mariés le 6.
Juin 1735. la Maraine fut la Reine secon-
de Douairiere d'Espagne , et le Paráin le
Duc d'Orleans.
Le 19. est né, et a été baptisé le même
jour en la Paroisse de S. Louis en l'Isle ,
Charles-Paul - Nicolas , Fils de Ch. Jean-
"
Pierre Barentin, apellé le Comte de Mont-
chal , Vicomté de la Motte , premier Cor-
nette de la Compagnie des Chevau - Le-
gers Dauphins , et de D. Louise Magde-
leine Bertin de Vaugien , ses Pere et Me-
II. Vol.
se ,
1466 MERCURE DE FRANCE
re , qui ont été mariés le 16. Mars 1735.
Il a eu pour Parain Nicolas Bertin , Sei-
gneur de Vaugien , Maître des Requê
tes Honoraire de l'Hôtel du Roy , son
Bisayeul maternel , et pour Maraine
Dlle Marie
Catherine de Montchal .
sa grande Tante paternelle. Le Pere de
cet enfant est frere puîné de Charles-
Amable Barentin , Maître des Requêtes
ordinaire de l'Hôtel du Roy , Inten
dant à la Rochelle depuis six mois , et
marié avec Marie - Catherine le Fevre
d'Ormesson , Fille de l'Intendant des
Finances.
Fermer
1795
p. 937-938
LOGOGRYPHE.
Début :
Entier, j'habite plus la Ville, que la Cour ; [...]
Mots clefs :
Bourgeois
1796
p. 132-133
LOGOGRYPHE.
Début :
Pour déguiser ici mon nom, [...]
Mots clefs :
Royaume
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPHE.
Pour déguifer ici mon nom ,
Je vais prendre mainte figure :
Mais ne me quitte pas ; par la combinaiſon
Tu pourras aifément dévoiler ma nature.
Sept pieds compofent ma ſtructure ,
Lecteur , je fuis avec raifon ,
Cette
JANVIER . 1742
133
Cette refpectable partie
2410
Qui fert à diftinguer l'Homme de l'Animal ,
Chofe qu'à rendre exacte , en fait de Poëfie ,
Souvent on a beaucoup de mal ;
Ville célebre en Italie ;
Don du Ciel aux Mortels toûjours très - précieuz
Peuple groffier ; ton de Mufique ;!
Saint fameux ; Oifeau domestique ;
Prince refpe &table à nos yeux ;
Deux Pronoms ; Element bizarre :
Verbe Latin , connu dans l'Empue amoureux ,
Quand aux pieds de Clóris on déclare ſes feux ;
Métal favori de l'Avare ; re
Arbre dont les tendrès rameaux ?
13
Font goûter au Printems un agréable ombrage ;
Endroit qui bordant les ruiffeaux ,
Etale mille Fleurs d'un charmant affemblage .
Sous ces differens traits tu peux m'apercevoir .
Je finis , cher Lecteur ; adieu , jufqu'au revoir.
L'Abbé Gaudet.
Pour déguifer ici mon nom ,
Je vais prendre mainte figure :
Mais ne me quitte pas ; par la combinaiſon
Tu pourras aifément dévoiler ma nature.
Sept pieds compofent ma ſtructure ,
Lecteur , je fuis avec raifon ,
Cette
JANVIER . 1742
133
Cette refpectable partie
2410
Qui fert à diftinguer l'Homme de l'Animal ,
Chofe qu'à rendre exacte , en fait de Poëfie ,
Souvent on a beaucoup de mal ;
Ville célebre en Italie ;
Don du Ciel aux Mortels toûjours très - précieuz
Peuple groffier ; ton de Mufique ;!
Saint fameux ; Oifeau domestique ;
Prince refpe &table à nos yeux ;
Deux Pronoms ; Element bizarre :
Verbe Latin , connu dans l'Empue amoureux ,
Quand aux pieds de Clóris on déclare ſes feux ;
Métal favori de l'Avare ; re
Arbre dont les tendrès rameaux ?
13
Font goûter au Printems un agréable ombrage ;
Endroit qui bordant les ruiffeaux ,
Etale mille Fleurs d'un charmant affemblage .
Sous ces differens traits tu peux m'apercevoir .
Je finis , cher Lecteur ; adieu , jufqu'au revoir.
L'Abbé Gaudet.
Fermer
1797
p. [1715]-1720
ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
Début :
C'est à toi, Muse, que j'adresse [...]
Mots clefs :
Police, Louis, Thémis, Justice
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE, Sur la Police perfectionnée sous le Regne de LOUIS LE GRAND.
ODE ,
Sur la Police perfectionnée fous le Regne
C
de LOUIS LE GRAND.
4
'Eft à toi , Mufe , que j'adreſſe
Aujourd'hui mes nobles tranſports.
Mon Sujet ici t'intéreffe ;
Infpire-moi d'heureux accords ,
Et toi , Police , dont les charmes
Ont cent fois calmé nos allarmes ,
Dis moi quel Prince , aimé des Cieux ,
Tu fis le témoin de tes veilles ,
A ij Et
1716 MERCURE DEFRANCE
Et raconte-moi des merveilles
Qui brillent encore à nos yeux.
+3x+
Ceffez , fameux Aréopage ,
Ceffez de nous vanter vos Loix.
A LOUIS venez rendre hommage ;
Soyez attentif à ſa voix ;
Venez admirer fa prudence ;
De Thémis il tient la balance ;
Admirez fon integrité.
Voyez comme il rend la juftice ,
Et comme il tend un bras propice
A l'indigent perfecuté.
Quel eft ce Héros plein de gloire ?
Quel eft cet Hercule nouveau
Accompagné de la Victoire ,
Qui Pa fuivi dès le berceau ?
?
Ce Vainqueur eft armé de ( a) foudre ,
Pour frapper & réduire en poudre
D'aveugles & cruels Sujets ,
Qui ,fur des riens toûjours en guerre ,
De leur fang arrefent la terre ,
Souvent pour les plus vils objets .
*3**
Fuyez, induftrieux Dédales ;
(a) Edit contre les Duels.
Sortez
A O UST. 1744.
1717
Sortez du Temple de Thémis ;
Bien-tôt vos trames infernales
Sentiront les coups de L O U I S.
Je le vois ; il parle ; il s'avance ;
Il va déployer ſa (b) puiſſance
Sur l'avarice des I'laideurs ;
Et le Démon de la chicane ,
Qui de l'injuftice eft l'organe ,
N'aura plus aucuns défenſeurs,
炒菜
Venez , lumieres éclatantes ;
Venez , célebres Magiftrats ;
Prenez vos armes foudroyantes ,
Pour réprimer les attentats.
C'eft votre éloquence divine ,
C'est elle qui feule ruine
Ea plus noire malignité.
Docte Sénat , (c) c'eft ta prudence
Qui prend fans cele la défenfe
De l'honneur & de l'équité.
O vous , dont l'intérêt renvcrfe
Arts & talens & probité;
Vous , qui du précieux Commerce
Banniffez la fidélité ,
(b) Abus de la Juftice réformés.
(c) Le Parlement de Paris.
!
A iij No
1718 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez -vous point la colere
D'un Roi , qui fut toujours le Pere
Et le vengeur des opprimés ?
Mais fur vous fon ( d) Tonnerre éclate,
Et vous n'avez plus rien qui flate
Les vains projets que vous formez.
L'ordre, par tout fi néceffaire ,
Vient de rentrer dans tous les droits ,
Et la licence Militaire
Se foumet enfin à fes Loix .
Par des Reglemens (e ) très- folides
On retient les mains trop avides
De nos redoutables Soldats.
On leur apprend que les Provinces.
Ne font pas moins cheres aux Princes ,
Que la valeur dans les combats.
Si de plus d'un Roi, dans l'Hiftoire ,
Nous admirons la pieté ;
Dans LOUIS admirons la gloire
De venger la Divinité.
Tantôt , comme un autre Moïle ,
Il foûtient fortement l'Eglife
Contre des Dogmes ( f) odieux ;
(d) Reglemens faits fur le Commerce.
(e) Cole Militaire de Louis XIV.
(f ) L'Hérefic.
Tanta
A O
UST. 1744.
1719
Tantôt il chaffe l'Héréfie ,
Qui tombe avec ignominie
Sous fes efforts victorieux .
**
Que vois- je ? Sont -ce les Etoiles (g)
Qui nous fuivent de toutes parts ?
La nuit , avec les fombres voiles ,
N'ofe approcher de nos remparts.
Il n'eft plus de Monftres perfides ,
Armés de poignards homicides
Pour attaquer tous les paffans.
Une attentive (h) ſentinelle ,
A nous garder toujours fidelle ,
Les défend contre ces Brigans.
炒茶
Triomphe , admirable Police ;
Que chacun fente ton pouvoir ,
Et fais toujours la guerre au vice ,
Pour le ranger à fon devoir.
C'eft par toi , Police charmante ,
Qu'un de tes Favoris ( i ) invente
Mille moyens de nous fervir.
(g) Les Lanternes dans les ruës de Paris .
(h) Le Guet à pied à cheval.
1
i ) M. d'Argenfon , qui fous Louis XIV . exerça
la Charge de Lieutenant Genéral de Police , avec une
intégrité & une application dignes des plus grands
éloges.
A iiij
1720 MERCURE DE FRANCE
11 fçait par un art fecourable ,
Et par un zéle infatigable ,
De tout péril nous garantir.
Sur la Police perfectionnée fous le Regne
C
de LOUIS LE GRAND.
4
'Eft à toi , Mufe , que j'adreſſe
Aujourd'hui mes nobles tranſports.
Mon Sujet ici t'intéreffe ;
Infpire-moi d'heureux accords ,
Et toi , Police , dont les charmes
Ont cent fois calmé nos allarmes ,
Dis moi quel Prince , aimé des Cieux ,
Tu fis le témoin de tes veilles ,
A ij Et
1716 MERCURE DEFRANCE
Et raconte-moi des merveilles
Qui brillent encore à nos yeux.
+3x+
Ceffez , fameux Aréopage ,
Ceffez de nous vanter vos Loix.
A LOUIS venez rendre hommage ;
Soyez attentif à ſa voix ;
Venez admirer fa prudence ;
De Thémis il tient la balance ;
Admirez fon integrité.
Voyez comme il rend la juftice ,
Et comme il tend un bras propice
A l'indigent perfecuté.
Quel eft ce Héros plein de gloire ?
Quel eft cet Hercule nouveau
Accompagné de la Victoire ,
Qui Pa fuivi dès le berceau ?
?
Ce Vainqueur eft armé de ( a) foudre ,
Pour frapper & réduire en poudre
D'aveugles & cruels Sujets ,
Qui ,fur des riens toûjours en guerre ,
De leur fang arrefent la terre ,
Souvent pour les plus vils objets .
*3**
Fuyez, induftrieux Dédales ;
(a) Edit contre les Duels.
Sortez
A O UST. 1744.
1717
Sortez du Temple de Thémis ;
Bien-tôt vos trames infernales
Sentiront les coups de L O U I S.
Je le vois ; il parle ; il s'avance ;
Il va déployer ſa (b) puiſſance
Sur l'avarice des I'laideurs ;
Et le Démon de la chicane ,
Qui de l'injuftice eft l'organe ,
N'aura plus aucuns défenſeurs,
炒菜
Venez , lumieres éclatantes ;
Venez , célebres Magiftrats ;
Prenez vos armes foudroyantes ,
Pour réprimer les attentats.
C'eft votre éloquence divine ,
C'est elle qui feule ruine
Ea plus noire malignité.
Docte Sénat , (c) c'eft ta prudence
Qui prend fans cele la défenfe
De l'honneur & de l'équité.
O vous , dont l'intérêt renvcrfe
Arts & talens & probité;
Vous , qui du précieux Commerce
Banniffez la fidélité ,
(b) Abus de la Juftice réformés.
(c) Le Parlement de Paris.
!
A iij No
1718 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez -vous point la colere
D'un Roi , qui fut toujours le Pere
Et le vengeur des opprimés ?
Mais fur vous fon ( d) Tonnerre éclate,
Et vous n'avez plus rien qui flate
Les vains projets que vous formez.
L'ordre, par tout fi néceffaire ,
Vient de rentrer dans tous les droits ,
Et la licence Militaire
Se foumet enfin à fes Loix .
Par des Reglemens (e ) très- folides
On retient les mains trop avides
De nos redoutables Soldats.
On leur apprend que les Provinces.
Ne font pas moins cheres aux Princes ,
Que la valeur dans les combats.
Si de plus d'un Roi, dans l'Hiftoire ,
Nous admirons la pieté ;
Dans LOUIS admirons la gloire
De venger la Divinité.
Tantôt , comme un autre Moïle ,
Il foûtient fortement l'Eglife
Contre des Dogmes ( f) odieux ;
(d) Reglemens faits fur le Commerce.
(e) Cole Militaire de Louis XIV.
(f ) L'Hérefic.
Tanta
A O
UST. 1744.
1719
Tantôt il chaffe l'Héréfie ,
Qui tombe avec ignominie
Sous fes efforts victorieux .
**
Que vois- je ? Sont -ce les Etoiles (g)
Qui nous fuivent de toutes parts ?
La nuit , avec les fombres voiles ,
N'ofe approcher de nos remparts.
Il n'eft plus de Monftres perfides ,
Armés de poignards homicides
Pour attaquer tous les paffans.
Une attentive (h) ſentinelle ,
A nous garder toujours fidelle ,
Les défend contre ces Brigans.
炒茶
Triomphe , admirable Police ;
Que chacun fente ton pouvoir ,
Et fais toujours la guerre au vice ,
Pour le ranger à fon devoir.
C'eft par toi , Police charmante ,
Qu'un de tes Favoris ( i ) invente
Mille moyens de nous fervir.
(g) Les Lanternes dans les ruës de Paris .
(h) Le Guet à pied à cheval.
1
i ) M. d'Argenfon , qui fous Louis XIV . exerça
la Charge de Lieutenant Genéral de Police , avec une
intégrité & une application dignes des plus grands
éloges.
A iiij
1720 MERCURE DE FRANCE
11 fçait par un art fecourable ,
Et par un zéle infatigable ,
De tout péril nous garantir.
Fermer
1798
p. 1720-1735
DISCOURS Latin sur l'Amour de la Patrie. EXTRAIT.
Début :
CE Discours fut prononcé le 10 Février 1744, par R. P. Geoffroy, de la [...]
Mots clefs :
Orateur, Amour de la patrie, Citoyen, Hommes, Mérite, Nature, Héros, Éloge, Coeur, Membres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISCOURS Latin sur l'Amour de la Patrie. EXTRAIT.
DISCOURS Latin fur l'Amour de la
CE
Patrie.
EXTRAIT.
E Difcours fut prononcé le ro Février
1744 , par le R. P. Geoffroy , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de LOUIS LE GRAND,
L'Orateur répondit parfaitement à l'idée
avantageufe qu'on s'étoit formée de fon mérite
& de fes talens , & parut digne , dès fon
entrée dans la carriere, de marcher àla fuire
de tant d'hommes célebres , qui ont rempli
avec gloire , prefque fans interruption , depuis
plus d'un fiècle , la place qu'il occupe
aujourd'hui. Son Difcours mérita les éloges
d'un Auditoire nombreux & choifi, & il n'a
point démenti à l'impreffion le brillant fuccès
qu'il a eu à la prononciation . Nous en
allons donner , autant qu'il eft poffible , une
analyſe exacte & un précis fidèle , fans prétendre
néanmoins en réunir toutes les beautés
il faudroit copier la Piéce même & la
mettre toute entiere fous les yeux du Lecteur;
AOUST. 1744. 172.1
teur ; c'eft un beau Tableau qu'il faut voir
dans fon jour ; quelques traits repréſentés fidélement
aux yeux du Lecteur éclairé , fuffiront
pour le mettre fur les voyes, & lui faire
juger par analogie , du mérite de tout l'Ouvrage.
ر د
Le Sujet eft vafte , mais intéreffant ,
puifqu'il n'y a point d'homme , qui n'ait des
devoirs à remplir à l'égard de la Patrie . L'E
xorde commence par une précaution' oratoire
, que l'Orateur a jugé néceffaite . » L'a-)
» mour de la Patrie , dit il , étant fi nature
» à tous les hommes , & particulierement
>> aux François , on s'étonnera peut- être de
» me voir traiter un Sujet , qui n'ayant nila
grace de la nouveauté, ni la furprife du Pa
» radoxe, n'offre rien, ce femble, qui doive
» intéreffer ou piquer l'Auditeur .... Il eſt
» vrai , M M. mais n'étant encore recom-
» mandable par aucun endroit auprès de
» vous , au défaut de tout autre mérite , j'ai
» crû que c'en feroit un pour moi, fi l'A-
» mour de la Patrie fignaloit les premiers
» efforts de mon Eloquence , & fr elle en
portoit , pour ainfi dire , l'empreinte &
» les couleurs . Si Eloquentia qualifcumque
» mea primos conatus apud vos per ipfa Patria
» veluti lineamenta effingerem.
Appellé , continue- t'il , dans ce Lycée ,
» pour y former, moins des Orateurs que
dea
A v » Ci
1722 MERCURE DE FRANCE.
» Citoyens, ai -je dû paroître Orateur à vos
» yeux,avant que d'y paroître Citoyen ? N'é-
» toit il pas jufte au contraire , &c. La jeune
Nobleffe élevée dans les Lettres & dans la
Vertu au Collège de Louis LE GRAND ,
n'eſt pas oubliée dans ce morceau .
Suit un Eloge du P. de la Sante , ancien
Maître & prédeceffeur immédiat de notre
Orateur dans l'épineux emploi de Profeffeur
de Rhétorique au Collège de LOUIS LE
GRAND. Cet Eloge eft ingénieux , & ne
fait pas moins d'honneur au Difciple reconnoiffant
, qu'au grand Maître , qui en eft
l'objet. Il mérite d'être lû.
L'Orateur paffe enſuite à ſa diviſion , &
fe propofe d'examiner 1 ° . ce que c'eft que
l'Amour de la Patrie , & combien il eſt digue
du Citoyen.
20. Ce qu'il exige du Citoyen , pour être
digne d'elle.
Il termine fon Exorde , en priant l'Auditeur
de pardonner au Citoyen tout ce qu'il
trouvera de défectueux dans l'Orateur. Orator
quidquid peccaverit condonate Civi.
La force impérieufe de l'Amour de la Patrie
, le courage invincible qu'il infpire ,
Pattrait enchanteur dont il captive & enchaîne
tous les coeurs , font les trois fubdivilions
, qui partagent & rempliffent la premiere
Partie.
» Les
AOUST . 1744.
1723
89
"
Les autres affections du coeur , dit l'O-
>>rateur , doivent bien fouvent leur origine
» à l'Education & au Préjugé , quelquefois
» à l'imagination , & prefque toujours à la
» Paffion ; elles ont leurs viciffitudes , leurs
« révolutions , leur décadence ..... L'Amour
de la Patrie ne connoît point ces
» variations bizarres ; il naît & meurt avec
» nous ... naſcitur nobifcum ... illo præeunte
»infantis cujufque apud fe nati animum tacitè
quodammodo ingreditur, Civemque defignans
» in homine vix delineato , primos fibi vendicat
» vagitus pueri , viri fingultus habitura veľ
" ultimos . Ardet ignis ifte finu nondum calente
»fervidus , vitalis anima praviofpiritu ventilatus
, infantia fafciolis impeditus non cap-
» tivus , immerſus umbris non oppreſſus , rora-
» tus lacrymis non extinctus , nec ceffat inter
» obferatos fenfuum meatus vi quâdam invictâ
obftrepere,donec per depaftos pueritia obicès
» ad rationis ufque facem eluctatus iter , eas ab
» illâ concipiat flammas , quæ fubindè ad imperii
totius fplendorem fulgeant.
"
""
Les Peuples , même les plus barbares &
les plus infenfibles à tout le refte , ne le
font point à l'Amour de la Patrie : » Scytham
fuccendit inter nives , Hircanum fovet
»inter nemora , Perfam & Indum Caucafea
interfaxafubigit, Thracem rapit ad arma,& c .
L'Orateur nous repréfente enfuite l'affec-
A vj
tion
$ 724 MERCURE DE FRANCE.
"
tion pour la Patrie, comme une Reine puif
fante, qui exerce un pouvoir abfolu für tous
les coeurs ; l'Univers eft fon Empire , tous
les Peuples fes Sujets , tous les Tréfors fes
revenus , tous les hommes fes Guerriers.
Voyez-les , dit-il , ces hommes magnani-
»mes , guidés par l'Amour de la Patrie ; ils
bravent les périls & les dangers.... Envain
« leurs Epoufes éplorées s'efforcent- elles de
les retenir ; envain leur offrent - elles les
tendres gages de leur amour ; la Patrie
» parle ; fourds à toute autre voix , à celle
» même de la tendreffe & de l'amour , ils
courent avec joye le précipiter au milieu.
» des hazards.
Vient enfuite le Caractére des differentes
Nations de l'Europe , des Anglois , des Allemands
, des Italiens , des Savoyards . Voici
ceux des Hollandois , des Eſpagnols & des .
François. « In Bataviâ , non aliter ac merca-
» tus quem exercet , intentus fænori , moras lu
»cro novit apponere ; haud tamen culpandus ,
»nifi , ut fit fæpè in mercatu , lateat infidiosa
nocte , luce ut quaftuosâ fulgeat .... In Hifpania
parturit graviter , eventum trulinat,
»&fortunam lentâ quâdamfeſtinatione concis
»liatam ad fe deducit , tunc magis ipfe timendus
cim timere magis ipfe videtur ....In Galliâ
aflu præceps , ingenitâ quâdam alacritate for-
20.1unam pracurrit , eventumque præoccupat ,.
2. bac
B
AOUST. 1744 172
hoc magis cavendus aliis , quod fibi minus
sipfi caveat.
33
La Haine d'Annibal , ce fier ennemi de
Rome , & le courage invincible du Peuple
Romain à défendre la Patrie après les fanglantes
Journées du Tefin , de Trebie & de
Cannes , offrent un beau champ à l'Orateur,
» Odium Romæ jurafti , Annibal ; aderit fua
fed nec omnis nec omni Sacramento fides
» Illam inter Ticini Undas fpectabis prop
» naufragantem , femianimem ad Trafimeni
»Lacus fpoliabis , urgebis ardentem ad Trebia
» Ripus , in agris Cannenfibus habebis propè
funeratam. Plura ne fperaveris
Te ad
» Capitoliumfiftet illa vel undique pervia ,vincet
vel indefenfa , vel attrita conteret ....
» Illa tibi opponet Cives , quos vel ipfo Larium
»fuorum intuitu & igne fuccenfa pairie fax
» ad redimendas clades fuas eo inflammabir
» aftu, qui te vel inter laureatos victoria
multiplicis aggeres clade non reparanda
» obruat , &c.
ל כ
La ruine de Sagonte mérite encore de
trouver place ici . » In Italiam properanti
» ( Annibali) occurrit Sagantus , Orl's quan-
» tula , fed quanta Civitas ! Cedit hac victori
Alpium ; arcem ingredere qua jam tus eft....
» Illam requiris in illa medias ? Rogum hunc
afpice congeftis ædibus ardentem , bic omnis
Saguntus eft.Gentem petis? hac vide hominum
»fimulacra
1726 MERCURE DE FRANCE.
39
»fimulacra fervente buſto pro mortis jure de-
»certantia ; in his ftat tota Gens . Opes repofcis
victori promiffas Militi ? Hunc cinerem oc-
»cupa , nifi hunc etiam defendant funere in
ipfo vivaces anima , & inter incendia pugnaces
umbra tueantur. Quaris hos ignes quis in-
»jecerit ? Civilis Amor .... odio tuo atrocior.
On voit par tous ces traits & par le ſtyle
qui y régne , que Pline & Seneque ne font
pas les Héros de notre Orateur .
Les Républiques Grecques & Romaine
offroient bien d'autres exemples fameux du
courage invincible, qu'infpire l'Amour de la
Patrie , mais l'Orateur , par une fage oeconomie
, n'a fait que les indiquer , & il termine
cette feconde fubdivifion par un parallele
fuivi de nos Héros François avec les Héros
Grecs & Romains. Les Caractéres de du
Guefclin , du Connétable de Montmorenci ,
du Duc de Guife , d'Alexandre, & de Henri
IV , font touchés avec une fineffe & une délicateffe
de Pinceau , peu communes . Voici
ceux de Charles XII , Roi de Suede & du
Czar Pierre le Grand , Ce morceau vientimmédiatement
après le parallele d'Alexandre
& de Henri IV. » Principem utrumque pari
» indole , exitu diffimili propè redivivum ætas
» etiam noftra fufpexit , Alexandrum in Carolo,
Succo Principe , fed fobrium, magis acrem,
» tam animoſum, æquè precipitem, Heroëmfortè
« nimis ,
AOUST. 1744. 1727
nimis , nec fatis Regem Henricum ( IV) in
» Petro , Mofcho Cafare , magis ferocem inge-
» nio , ac ftudio fubactum , humanum cultu ,
» exercitationepropè Gallum, Regem fortè ma-
»gis quam Heroëm , fed nec indigum Heroica
laudis , & laude Regiâ cumulatum : ambo
>
» bellis mutuis exercitati .... Carolus Germa-
» niam armis concufferat , Poloniam praliis
» occupaverat Mofcoviam labefactaverat
» victoriis , Orbem penè totum nominis fui ter-
» rore ità repleverat , ut praviafortitudinis fa-
» ma opera vix quidquam fortitudini relinque-
» ret. Mofchus vero Cafar victus fæpe , num-
» quam fractus , Imperio propè fuperftes Impe-
» rator , ita ftetit in adversâ forte , ut ab ipsâ
»fortunæ pertinacia conftantiam edoceretur que
» illam frangeret. Suecia Rex occidit eo demùm
faro quod Alexandri decebat amulum ....
»populisque nihil fui præter famamfactis pa-
» rem , nec minus famâ ipsâ defiderium reliquit,
» Heros major fi magis Civis. Regnavit Mof
» covia reparator eå dudum fortunâ quam
Henricus meruerat , imperia luftravit plurima
non fpectator otiofus ,fed operofus explorator ;
» Artes in eis varias didicit Tyro , tractavit
» Artifex , in Patriam afportavit redux , fua-
»fit Hortator , Magifter edocuit , illuftravit
"
Princeps , Imperator promovit , & inter illa-
» rum ftudia occumbens , Gentem reliquit inf
» tructam claffibus . ... Litteris perpolitam....
» imbutam
1728 MERCURE DE FRANCE
» imbutam Moribus .... virtutum fucco non-
» dum vegetam , fed jam earumfuffufam colorë
at nexu foederatam , maximus Princeps idem
w & Civis optimus .
L'Exemple d'Ovide , qui foupire avec tant
de grace & d'harmonie après fa Terre natale,
& celui d'Uliffe , qui cherche à travers mille
écueils fa Patrie fugitive , prouvent d'une
maniere fenfible & touchante l'attrait enchanteur
qu'a pour tout homme la Terre
qui l'a vu naître.
»
Echappé , dit le P. Geoffroy , aux fu-
" reurs & aux poifons de Circé , un heureux
» naufrage vous fait aborder , Uliffe ,à l'Iſle
» enchantée de Calypfo;là tout s'empreffe a
vous faire oublier vos malheurs . Le fommeil,
fi long- tems refufé à vos defirs , vient
affoupir fur un lit de fleurs vos fens épui-
"fés , & rendre à vos membres fatigués leur
premiere vigueur ....Tout s'offre à vos
» défirs, tout les prévient ; les ris & les jeux
»vous environnent de toutes parts & volti-
»gent fans ceffe autour de vous; des plaifirs de
» toute efpece, tels que l'imagination riante
» d'un Fenelon peut feule enfanter & décrire,
» s'offrent en foule. Pour comble de faveur,
» une Déeffe aimable vous offre l'immorta-
» lité . Joüiffez , trop heureux Uliffe , d'un
fort fi doux & fi flateur ; fixez votre féjour
dans cette Terre délicieufe ; oubliez la Mer
ל כ
30
» &
A O UST. 17.44 1729
»
'
& les écueils ; oubliez .... non , MM ;
» inſenſible à tout autre bonheur qu'à celui
" de revoir fa Patrie , l'immortalité ne le
» touche point.Ithaque eft toujours préfente
» à fon efprit; elle occupe toutes fes pensées;
elle emporte tous les défirs de fon coeur....
» mais qu'eft-ce que cette Ithaque , direz-
» vous ? Une Terre ingrate & deferte , une
" roche aride & ftérile. N'importe ; c'eft fa
» Patrie ; il aime mieux payer le tribut à la
» Nature fur ce rocher qui l'a vû naître
» que de vivre immortel , mais Etranger
» dans l'Ile fortunée de Calypfo ... Ulyffe ,
» dira - t'on, étoit Roi d'Ithaque ; l'éclat d'u-
>> ne Couronne peut éblouir ....
éblouir .... Voici ,
» continue l'Orateur , ce Sauvage nouvelle-
» ment arrivé des Forêts de l'Amérique.
» Dieux ! quelle figure ! Eft ce un hom-
» me ?... mais pourquoi cet air fombre &
» rêveur ? .... Eh quoi ! lui dit-on , l'allegreffe
de tant d'hommes qui vous envi-
» ronnent ; leurs défirs empreffés ; leurs ca-
» reffes ne peuvent- ils vous diftraire un moment?
Ne prendrez- vous aucune part à la
» joye publique , vous qui en faites la meilleure
partie ... Jettez au moins les yeux
« fur cette Ville fuperbe ; joiiffez du charmant
fpectacle qu'elle vous offre ; voyez
la majefté de fes Edifices , leur nombre ,
> leur grandeur , leur richeffe , leur magni-
» ficence ,
99
3
1730 MERCURE DE FRANCE.
» ficence , leur ftructure , leur fymmétrie ;
»voyez la multitude innombrable de fes ha-
» bitans , la largeur & la beauté de fes ruës ;
» voyez ces Places publiques , couronnées
» de Palais fomptueux ; voyez-y ces Monu-
"mens , chef-d'oeuvres de l'Art & du Goût;
» contemplez , & c ..... Que penfe- t'il de
» tout cela, M M ? Ces maffes énormés frap-
» pent à la vérité ſa vûë errante & étonnée ;
"il les regarde avec furprife ; l'éclat dont
elles brillent l'ébloüit , mais fon coeur les
» dédaigne. Quorfum verò ? Nemorofos Penates,
Lares erraticos , confcios natalium receffus
, & confignata infantia rudimentis antra
cogitat. Sed hæc vix humana ſunt , imờ
»ne humana quidem , fed in his Patria Tellus
» eft. Et que vix habitanda videntur homini ,
» Civem totum loca fibi vendicant.
Les devoirs que l'Amour de la Patrie exige
du Citoyen , ce qui fait la feconde Partie,
fe réduifent à deux. Faites pour elle tout ce
qu'elle mérite que vous faffiez. Ne faites pour
elle que ce qu'elle veut que vous faffiez . Ces
deux fubdivifions , toutes fimples qu'elles
font , fourniffent à l'Orateur l'occafion de
fe déveloper , en quelque forte , lui- même,
& de faire agir les refforts d'une Eloquence,
également ingénieuſe , délicate & enjoüée.
Il compare d'abord le Corps Politique .
avec le Corps Humain. » Les uns , dit-il
« font
AOUST. 1744. 1731
"
»font dans le Corps Politique ce qu'eſt la
» Tête dans le Corps Humain . Elevés aux
≫ premiers rangs , ils exercent un pouvoir
» abfolu fur les Membres qui leur font ſub-
» ordonnés ; fubordination précieuſe ! C'eſt
» à elle que font attachés le fort & la defti-
» née des Empires.....Vous l'avez éprou-
" vé , Rome , Ecole féconde de Vices & de
<< Vertus , en fait de Politique , comme en
» toute autre choſe. Tandis qu'une douce
» union a regné entre les Membres de votre
République , tranquille au- dedans , redou
» tée au déhors , vous avez été la Maîtreffe
» du Monde . L'harmonie a-t'elle été trou-
» blée ? La difcorde , l'ambition , la jaloufie,
» la fureur , ont- elles armé le Citoyen con-
» tre le Citoyen , & défuni les Membres de
» de vafte Corps ? quelles Scénes tragiques
» n'avez - vous pas données au Monde !
Quelles révolutions ! Quelle décadence
» n'avez-vous pas éprouvées ! ...Agité par
» le fouffle féditieux des factions oppofées,
quelles tempêtes n'a pas effuyé le Vaiffeau
» de la République ? A quels écueils n'eft- il
" pas venu fe brifer ? &c. France , tu n'as
» pas un fort pareil à craindre. Eo tenente
Sceptrum Rege, qui varia per obfequia diffufos
Regni ordines Imperio fuo ita colligit , ut te
»fatifecuram tui , alieni arbitram , Orbis par-
»tim amicus gratuletur , partim inimicus ti-
» meat,
و ر
و و
1732 MERCURE DE FRANCE.
و د
meat , Spectator omnis admiretur . Mais quel
lugubre Spectacle ne t'offriront point tes.
propres Faftes, Si ex hoc fublimiorefelicitatis
gradu oculos in eam atatem conjicias , quâ
tuis à te defcifcentibus,ruentibus in te exteris,
utrifque præda & ludibrium ità miferè jacebas
, ut tibi imperaret nemo , fervires omniwbus
, & ipfa Regnum tolleret Regnantum
» multitudo.
L'Orateur peint enfuite les qualités que
doit avoir un vrai Citoyen . Quem appellabo
Civem ? &c. A la tête de ceux qu'il juge dignes
de ce Titre flateur , on voit marcher
M. le Prince de Conty , Général de l'armée
d'Italie. » Civem appello Heroëm , qualem fran-
»genda expectant Alpium culmina , & percuſſa
»jam faxa refonant , quem , fi de ejus praftan-
» tiâ Proceres interrogaveris , dicant animo ut
genere Principem..... St fortitudinem à mi
»litibus repetas , votis efflagitent Ducem; quem
» deniqu : Aula , ut fuas delicias indicet, Civi
stas ut fuos amores exprimat , Caftra utfuam
fpem fignificent gratulatione divisâ , concor
di admiratione , CONTIUM nuncupabunt.
»
M. le Premier Préfident tient auffi un
rang diftingué parmi les vrais Citoyens.
Civem appello virum , qui in eo Senatu conftitutus
, cujus fplendor Gallia ipsâ longiùs
» diffunditur , ità in variis ejus dignitatum gra-
»dibus ftetit , ut primum autingeret excelfitate
» mentis,
A O UST. 1744. 1738
mentis , primum ità occupat , ut omnes labo-
→ rum univerfitate complectatur ; qui munus
» quàmſplendidum tam difficile tunc auſpica-
»tus cum gravia juberet gravior neceffitas , ità
2fe geffit Regi gratus ac Populo , ut alterius
»promoveret jura , alterius fuperaret vota
confuleret utriufque commodis , & amores colligeret
; dignus qui & ab Auguftiffimo Sena-
» tu ftudiorum fuorum interpres , unus præter
» morem electus, mitteretur in Regiam; & beni-
»gnè admitteretur ab eo Rege , qui optima mo-
» neri cùm velit , audire amat optimos .
Cet Eloge , où le coeur * ne parle pas
moins que l'efprit,fut extrêmement applau
di , & excita dans l'Auditoire un murmure
d'approbation , non moins flateur pour
l'illuftre Magiftrat , que pour l'Orateur.
Les Membres illuftres des trois Académies
de Paris font encore mis par le Pere
Geoffroy au nombre des Citoyens utiles .
L'Eloge de l'Académie Françoife eft fort
beau , & digne de cette brillante Societé
Littéraire.
L'Orateur termine cette feconde Partie
par une fuite de Caractéres d'hommes inutiles
à l'Etat , ou peu propres par leur ignorance
, leur peu de lumieres , leur molleffe ,
leur inconftance , leur incapacité de rendre
* M. le Premier Préfident honore l'Orateur de
fon eftime & de fon amitié.
fervice
1734 MERCURE DE FRANCE.
fervice à la Patrie.Cette feconde fubdivifion
n'eft pas la moins intéreflante. Nous en allons
citer quelques morceaux , par lefquels
nous finirons cet Extrait.
Voici ce qu'il dit d'une certaine efpece
d'hommes , qui n'eft malheureuſement que
trop commune aujourd'hui. On verra s'il
les peint d'après nature .... » Homuncio-
» nes polituli , quorum laus eft unica , ftertere
» molliter , blandiri ferociter , ineptire ſuaviter
, & cum pretio quodam vilefcere .
»fero pueri , citò fenes , numquam viri……….
Il peint ainfi ces hommes , » qui faginate
» molis intrà cancellos defidiosè revoluti , na-
» tura pinguis orbe fluenti ac nitido verfant
»fefe cum labore &fine opere , ficque in Patriå
» vrvunt , non ut ejus opes ftudio foecundo reno-
» vent veluti apes induftria , fed inertes fuci
Dvoraci otio abfumant.
"
Et ces Mifantropes , » qui fic apud fe vic-
» titant foli ac fegreges, ut nec aliis vivant nec
»fibi , in Patria Tellure hofpites , in propria
»familiâ exules , alieni apud fuos , apud fe
»ipfos peregrini , raro cum hominibus , vix
» unquam homines.
Nous ne fçavons fi le morceau fuivant
fera fort goûté par une certaine Secte de
Politiques. » Illos ejice Civilium rerum exploratores
faftiofos , qui tunc fibi maximè
m in gente fua fapiunt , cum fapit ipfis nihil
» quod
A O UST. 1744. 1735
»quod gentile fuerit , Philofophi nomine , maledici
officio , alieni ftudio , affectu propè hof-
» tes , Regionis omnis præter quam sua pracones
,fua & omnis imperiti aquè & ofores ,
» laudatores Reipublica , quoniam in Regno
» nati , futuri laudatores Regni , fi in Repu-
» blicâ editi.
Ces Peintures font ingénieufes & de bon
goût. C'est une juftice qu'on doit rendre
au P. Geoffroy ; fon Pinceau eft véridique ;
il caractériſe bien chaque chofe , & la peint
avec les couleurs qui lui font propres. Ses
Héros font tirés d'après nature , & tels que
l'Hiftoire nous les repréfente. Le brillant
du coloris ajoûte encore un nouvel éclat à
fes Portraits , en rehauffe la fineffe , & leur
communique un nouveau luftre ; on peut
dire auffi qu'il s'eft peint lui -même dans ce
Difcours , puifque tout y refpire le grand
Orateur & le bon Citoyen.
CE
Patrie.
EXTRAIT.
E Difcours fut prononcé le ro Février
1744 , par le R. P. Geoffroy , de la
Compagnie de Jefus , Profeffeur de Rhétorique
au Collège de LOUIS LE GRAND,
L'Orateur répondit parfaitement à l'idée
avantageufe qu'on s'étoit formée de fon mérite
& de fes talens , & parut digne , dès fon
entrée dans la carriere, de marcher àla fuire
de tant d'hommes célebres , qui ont rempli
avec gloire , prefque fans interruption , depuis
plus d'un fiècle , la place qu'il occupe
aujourd'hui. Son Difcours mérita les éloges
d'un Auditoire nombreux & choifi, & il n'a
point démenti à l'impreffion le brillant fuccès
qu'il a eu à la prononciation . Nous en
allons donner , autant qu'il eft poffible , une
analyſe exacte & un précis fidèle , fans prétendre
néanmoins en réunir toutes les beautés
il faudroit copier la Piéce même & la
mettre toute entiere fous les yeux du Lecteur;
AOUST. 1744. 172.1
teur ; c'eft un beau Tableau qu'il faut voir
dans fon jour ; quelques traits repréſentés fidélement
aux yeux du Lecteur éclairé , fuffiront
pour le mettre fur les voyes, & lui faire
juger par analogie , du mérite de tout l'Ouvrage.
ر د
Le Sujet eft vafte , mais intéreffant ,
puifqu'il n'y a point d'homme , qui n'ait des
devoirs à remplir à l'égard de la Patrie . L'E
xorde commence par une précaution' oratoire
, que l'Orateur a jugé néceffaite . » L'a-)
» mour de la Patrie , dit il , étant fi nature
» à tous les hommes , & particulierement
>> aux François , on s'étonnera peut- être de
» me voir traiter un Sujet , qui n'ayant nila
grace de la nouveauté, ni la furprife du Pa
» radoxe, n'offre rien, ce femble, qui doive
» intéreffer ou piquer l'Auditeur .... Il eſt
» vrai , M M. mais n'étant encore recom-
» mandable par aucun endroit auprès de
» vous , au défaut de tout autre mérite , j'ai
» crû que c'en feroit un pour moi, fi l'A-
» mour de la Patrie fignaloit les premiers
» efforts de mon Eloquence , & fr elle en
portoit , pour ainfi dire , l'empreinte &
» les couleurs . Si Eloquentia qualifcumque
» mea primos conatus apud vos per ipfa Patria
» veluti lineamenta effingerem.
Appellé , continue- t'il , dans ce Lycée ,
» pour y former, moins des Orateurs que
dea
A v » Ci
1722 MERCURE DE FRANCE.
» Citoyens, ai -je dû paroître Orateur à vos
» yeux,avant que d'y paroître Citoyen ? N'é-
» toit il pas jufte au contraire , &c. La jeune
Nobleffe élevée dans les Lettres & dans la
Vertu au Collège de Louis LE GRAND ,
n'eſt pas oubliée dans ce morceau .
Suit un Eloge du P. de la Sante , ancien
Maître & prédeceffeur immédiat de notre
Orateur dans l'épineux emploi de Profeffeur
de Rhétorique au Collège de LOUIS LE
GRAND. Cet Eloge eft ingénieux , & ne
fait pas moins d'honneur au Difciple reconnoiffant
, qu'au grand Maître , qui en eft
l'objet. Il mérite d'être lû.
L'Orateur paffe enſuite à ſa diviſion , &
fe propofe d'examiner 1 ° . ce que c'eft que
l'Amour de la Patrie , & combien il eſt digue
du Citoyen.
20. Ce qu'il exige du Citoyen , pour être
digne d'elle.
Il termine fon Exorde , en priant l'Auditeur
de pardonner au Citoyen tout ce qu'il
trouvera de défectueux dans l'Orateur. Orator
quidquid peccaverit condonate Civi.
La force impérieufe de l'Amour de la Patrie
, le courage invincible qu'il infpire ,
Pattrait enchanteur dont il captive & enchaîne
tous les coeurs , font les trois fubdivilions
, qui partagent & rempliffent la premiere
Partie.
» Les
AOUST . 1744.
1723
89
"
Les autres affections du coeur , dit l'O-
>>rateur , doivent bien fouvent leur origine
» à l'Education & au Préjugé , quelquefois
» à l'imagination , & prefque toujours à la
» Paffion ; elles ont leurs viciffitudes , leurs
« révolutions , leur décadence ..... L'Amour
de la Patrie ne connoît point ces
» variations bizarres ; il naît & meurt avec
» nous ... naſcitur nobifcum ... illo præeunte
»infantis cujufque apud fe nati animum tacitè
quodammodo ingreditur, Civemque defignans
» in homine vix delineato , primos fibi vendicat
» vagitus pueri , viri fingultus habitura veľ
" ultimos . Ardet ignis ifte finu nondum calente
»fervidus , vitalis anima praviofpiritu ventilatus
, infantia fafciolis impeditus non cap-
» tivus , immerſus umbris non oppreſſus , rora-
» tus lacrymis non extinctus , nec ceffat inter
» obferatos fenfuum meatus vi quâdam invictâ
obftrepere,donec per depaftos pueritia obicès
» ad rationis ufque facem eluctatus iter , eas ab
» illâ concipiat flammas , quæ fubindè ad imperii
totius fplendorem fulgeant.
"
""
Les Peuples , même les plus barbares &
les plus infenfibles à tout le refte , ne le
font point à l'Amour de la Patrie : » Scytham
fuccendit inter nives , Hircanum fovet
»inter nemora , Perfam & Indum Caucafea
interfaxafubigit, Thracem rapit ad arma,& c .
L'Orateur nous repréfente enfuite l'affec-
A vj
tion
$ 724 MERCURE DE FRANCE.
"
tion pour la Patrie, comme une Reine puif
fante, qui exerce un pouvoir abfolu für tous
les coeurs ; l'Univers eft fon Empire , tous
les Peuples fes Sujets , tous les Tréfors fes
revenus , tous les hommes fes Guerriers.
Voyez-les , dit-il , ces hommes magnani-
»mes , guidés par l'Amour de la Patrie ; ils
bravent les périls & les dangers.... Envain
« leurs Epoufes éplorées s'efforcent- elles de
les retenir ; envain leur offrent - elles les
tendres gages de leur amour ; la Patrie
» parle ; fourds à toute autre voix , à celle
» même de la tendreffe & de l'amour , ils
courent avec joye le précipiter au milieu.
» des hazards.
Vient enfuite le Caractére des differentes
Nations de l'Europe , des Anglois , des Allemands
, des Italiens , des Savoyards . Voici
ceux des Hollandois , des Eſpagnols & des .
François. « In Bataviâ , non aliter ac merca-
» tus quem exercet , intentus fænori , moras lu
»cro novit apponere ; haud tamen culpandus ,
»nifi , ut fit fæpè in mercatu , lateat infidiosa
nocte , luce ut quaftuosâ fulgeat .... In Hifpania
parturit graviter , eventum trulinat,
»&fortunam lentâ quâdamfeſtinatione concis
»liatam ad fe deducit , tunc magis ipfe timendus
cim timere magis ipfe videtur ....In Galliâ
aflu præceps , ingenitâ quâdam alacritate for-
20.1unam pracurrit , eventumque præoccupat ,.
2. bac
B
AOUST. 1744 172
hoc magis cavendus aliis , quod fibi minus
sipfi caveat.
33
La Haine d'Annibal , ce fier ennemi de
Rome , & le courage invincible du Peuple
Romain à défendre la Patrie après les fanglantes
Journées du Tefin , de Trebie & de
Cannes , offrent un beau champ à l'Orateur,
» Odium Romæ jurafti , Annibal ; aderit fua
fed nec omnis nec omni Sacramento fides
» Illam inter Ticini Undas fpectabis prop
» naufragantem , femianimem ad Trafimeni
»Lacus fpoliabis , urgebis ardentem ad Trebia
» Ripus , in agris Cannenfibus habebis propè
funeratam. Plura ne fperaveris
Te ad
» Capitoliumfiftet illa vel undique pervia ,vincet
vel indefenfa , vel attrita conteret ....
» Illa tibi opponet Cives , quos vel ipfo Larium
»fuorum intuitu & igne fuccenfa pairie fax
» ad redimendas clades fuas eo inflammabir
» aftu, qui te vel inter laureatos victoria
multiplicis aggeres clade non reparanda
» obruat , &c.
ל כ
La ruine de Sagonte mérite encore de
trouver place ici . » In Italiam properanti
» ( Annibali) occurrit Sagantus , Orl's quan-
» tula , fed quanta Civitas ! Cedit hac victori
Alpium ; arcem ingredere qua jam tus eft....
» Illam requiris in illa medias ? Rogum hunc
afpice congeftis ædibus ardentem , bic omnis
Saguntus eft.Gentem petis? hac vide hominum
»fimulacra
1726 MERCURE DE FRANCE.
39
»fimulacra fervente buſto pro mortis jure de-
»certantia ; in his ftat tota Gens . Opes repofcis
victori promiffas Militi ? Hunc cinerem oc-
»cupa , nifi hunc etiam defendant funere in
ipfo vivaces anima , & inter incendia pugnaces
umbra tueantur. Quaris hos ignes quis in-
»jecerit ? Civilis Amor .... odio tuo atrocior.
On voit par tous ces traits & par le ſtyle
qui y régne , que Pline & Seneque ne font
pas les Héros de notre Orateur .
Les Républiques Grecques & Romaine
offroient bien d'autres exemples fameux du
courage invincible, qu'infpire l'Amour de la
Patrie , mais l'Orateur , par une fage oeconomie
, n'a fait que les indiquer , & il termine
cette feconde fubdivifion par un parallele
fuivi de nos Héros François avec les Héros
Grecs & Romains. Les Caractéres de du
Guefclin , du Connétable de Montmorenci ,
du Duc de Guife , d'Alexandre, & de Henri
IV , font touchés avec une fineffe & une délicateffe
de Pinceau , peu communes . Voici
ceux de Charles XII , Roi de Suede & du
Czar Pierre le Grand , Ce morceau vientimmédiatement
après le parallele d'Alexandre
& de Henri IV. » Principem utrumque pari
» indole , exitu diffimili propè redivivum ætas
» etiam noftra fufpexit , Alexandrum in Carolo,
Succo Principe , fed fobrium, magis acrem,
» tam animoſum, æquè precipitem, Heroëmfortè
« nimis ,
AOUST. 1744. 1727
nimis , nec fatis Regem Henricum ( IV) in
» Petro , Mofcho Cafare , magis ferocem inge-
» nio , ac ftudio fubactum , humanum cultu ,
» exercitationepropè Gallum, Regem fortè ma-
»gis quam Heroëm , fed nec indigum Heroica
laudis , & laude Regiâ cumulatum : ambo
>
» bellis mutuis exercitati .... Carolus Germa-
» niam armis concufferat , Poloniam praliis
» occupaverat Mofcoviam labefactaverat
» victoriis , Orbem penè totum nominis fui ter-
» rore ità repleverat , ut praviafortitudinis fa-
» ma opera vix quidquam fortitudini relinque-
» ret. Mofchus vero Cafar victus fæpe , num-
» quam fractus , Imperio propè fuperftes Impe-
» rator , ita ftetit in adversâ forte , ut ab ipsâ
»fortunæ pertinacia conftantiam edoceretur que
» illam frangeret. Suecia Rex occidit eo demùm
faro quod Alexandri decebat amulum ....
»populisque nihil fui præter famamfactis pa-
» rem , nec minus famâ ipsâ defiderium reliquit,
» Heros major fi magis Civis. Regnavit Mof
» covia reparator eå dudum fortunâ quam
Henricus meruerat , imperia luftravit plurima
non fpectator otiofus ,fed operofus explorator ;
» Artes in eis varias didicit Tyro , tractavit
» Artifex , in Patriam afportavit redux , fua-
»fit Hortator , Magifter edocuit , illuftravit
"
Princeps , Imperator promovit , & inter illa-
» rum ftudia occumbens , Gentem reliquit inf
» tructam claffibus . ... Litteris perpolitam....
» imbutam
1728 MERCURE DE FRANCE
» imbutam Moribus .... virtutum fucco non-
» dum vegetam , fed jam earumfuffufam colorë
at nexu foederatam , maximus Princeps idem
w & Civis optimus .
L'Exemple d'Ovide , qui foupire avec tant
de grace & d'harmonie après fa Terre natale,
& celui d'Uliffe , qui cherche à travers mille
écueils fa Patrie fugitive , prouvent d'une
maniere fenfible & touchante l'attrait enchanteur
qu'a pour tout homme la Terre
qui l'a vu naître.
»
Echappé , dit le P. Geoffroy , aux fu-
" reurs & aux poifons de Circé , un heureux
» naufrage vous fait aborder , Uliffe ,à l'Iſle
» enchantée de Calypfo;là tout s'empreffe a
vous faire oublier vos malheurs . Le fommeil,
fi long- tems refufé à vos defirs , vient
affoupir fur un lit de fleurs vos fens épui-
"fés , & rendre à vos membres fatigués leur
premiere vigueur ....Tout s'offre à vos
» défirs, tout les prévient ; les ris & les jeux
»vous environnent de toutes parts & volti-
»gent fans ceffe autour de vous; des plaifirs de
» toute efpece, tels que l'imagination riante
» d'un Fenelon peut feule enfanter & décrire,
» s'offrent en foule. Pour comble de faveur,
» une Déeffe aimable vous offre l'immorta-
» lité . Joüiffez , trop heureux Uliffe , d'un
fort fi doux & fi flateur ; fixez votre féjour
dans cette Terre délicieufe ; oubliez la Mer
ל כ
30
» &
A O UST. 17.44 1729
»
'
& les écueils ; oubliez .... non , MM ;
» inſenſible à tout autre bonheur qu'à celui
" de revoir fa Patrie , l'immortalité ne le
» touche point.Ithaque eft toujours préfente
» à fon efprit; elle occupe toutes fes pensées;
elle emporte tous les défirs de fon coeur....
» mais qu'eft-ce que cette Ithaque , direz-
» vous ? Une Terre ingrate & deferte , une
" roche aride & ftérile. N'importe ; c'eft fa
» Patrie ; il aime mieux payer le tribut à la
» Nature fur ce rocher qui l'a vû naître
» que de vivre immortel , mais Etranger
» dans l'Ile fortunée de Calypfo ... Ulyffe ,
» dira - t'on, étoit Roi d'Ithaque ; l'éclat d'u-
>> ne Couronne peut éblouir ....
éblouir .... Voici ,
» continue l'Orateur , ce Sauvage nouvelle-
» ment arrivé des Forêts de l'Amérique.
» Dieux ! quelle figure ! Eft ce un hom-
» me ?... mais pourquoi cet air fombre &
» rêveur ? .... Eh quoi ! lui dit-on , l'allegreffe
de tant d'hommes qui vous envi-
» ronnent ; leurs défirs empreffés ; leurs ca-
» reffes ne peuvent- ils vous diftraire un moment?
Ne prendrez- vous aucune part à la
» joye publique , vous qui en faites la meilleure
partie ... Jettez au moins les yeux
« fur cette Ville fuperbe ; joiiffez du charmant
fpectacle qu'elle vous offre ; voyez
la majefté de fes Edifices , leur nombre ,
> leur grandeur , leur richeffe , leur magni-
» ficence ,
99
3
1730 MERCURE DE FRANCE.
» ficence , leur ftructure , leur fymmétrie ;
»voyez la multitude innombrable de fes ha-
» bitans , la largeur & la beauté de fes ruës ;
» voyez ces Places publiques , couronnées
» de Palais fomptueux ; voyez-y ces Monu-
"mens , chef-d'oeuvres de l'Art & du Goût;
» contemplez , & c ..... Que penfe- t'il de
» tout cela, M M ? Ces maffes énormés frap-
» pent à la vérité ſa vûë errante & étonnée ;
"il les regarde avec furprife ; l'éclat dont
elles brillent l'ébloüit , mais fon coeur les
» dédaigne. Quorfum verò ? Nemorofos Penates,
Lares erraticos , confcios natalium receffus
, & confignata infantia rudimentis antra
cogitat. Sed hæc vix humana ſunt , imờ
»ne humana quidem , fed in his Patria Tellus
» eft. Et que vix habitanda videntur homini ,
» Civem totum loca fibi vendicant.
Les devoirs que l'Amour de la Patrie exige
du Citoyen , ce qui fait la feconde Partie,
fe réduifent à deux. Faites pour elle tout ce
qu'elle mérite que vous faffiez. Ne faites pour
elle que ce qu'elle veut que vous faffiez . Ces
deux fubdivifions , toutes fimples qu'elles
font , fourniffent à l'Orateur l'occafion de
fe déveloper , en quelque forte , lui- même,
& de faire agir les refforts d'une Eloquence,
également ingénieuſe , délicate & enjoüée.
Il compare d'abord le Corps Politique .
avec le Corps Humain. » Les uns , dit-il
« font
AOUST. 1744. 1731
"
»font dans le Corps Politique ce qu'eſt la
» Tête dans le Corps Humain . Elevés aux
≫ premiers rangs , ils exercent un pouvoir
» abfolu fur les Membres qui leur font ſub-
» ordonnés ; fubordination précieuſe ! C'eſt
» à elle que font attachés le fort & la defti-
» née des Empires.....Vous l'avez éprou-
" vé , Rome , Ecole féconde de Vices & de
<< Vertus , en fait de Politique , comme en
» toute autre choſe. Tandis qu'une douce
» union a regné entre les Membres de votre
République , tranquille au- dedans , redou
» tée au déhors , vous avez été la Maîtreffe
» du Monde . L'harmonie a-t'elle été trou-
» blée ? La difcorde , l'ambition , la jaloufie,
» la fureur , ont- elles armé le Citoyen con-
» tre le Citoyen , & défuni les Membres de
» de vafte Corps ? quelles Scénes tragiques
» n'avez - vous pas données au Monde !
Quelles révolutions ! Quelle décadence
» n'avez-vous pas éprouvées ! ...Agité par
» le fouffle féditieux des factions oppofées,
quelles tempêtes n'a pas effuyé le Vaiffeau
» de la République ? A quels écueils n'eft- il
" pas venu fe brifer ? &c. France , tu n'as
» pas un fort pareil à craindre. Eo tenente
Sceptrum Rege, qui varia per obfequia diffufos
Regni ordines Imperio fuo ita colligit , ut te
»fatifecuram tui , alieni arbitram , Orbis par-
»tim amicus gratuletur , partim inimicus ti-
» meat,
و ر
و و
1732 MERCURE DE FRANCE.
و د
meat , Spectator omnis admiretur . Mais quel
lugubre Spectacle ne t'offriront point tes.
propres Faftes, Si ex hoc fublimiorefelicitatis
gradu oculos in eam atatem conjicias , quâ
tuis à te defcifcentibus,ruentibus in te exteris,
utrifque præda & ludibrium ità miferè jacebas
, ut tibi imperaret nemo , fervires omniwbus
, & ipfa Regnum tolleret Regnantum
» multitudo.
L'Orateur peint enfuite les qualités que
doit avoir un vrai Citoyen . Quem appellabo
Civem ? &c. A la tête de ceux qu'il juge dignes
de ce Titre flateur , on voit marcher
M. le Prince de Conty , Général de l'armée
d'Italie. » Civem appello Heroëm , qualem fran-
»genda expectant Alpium culmina , & percuſſa
»jam faxa refonant , quem , fi de ejus praftan-
» tiâ Proceres interrogaveris , dicant animo ut
genere Principem..... St fortitudinem à mi
»litibus repetas , votis efflagitent Ducem; quem
» deniqu : Aula , ut fuas delicias indicet, Civi
stas ut fuos amores exprimat , Caftra utfuam
fpem fignificent gratulatione divisâ , concor
di admiratione , CONTIUM nuncupabunt.
»
M. le Premier Préfident tient auffi un
rang diftingué parmi les vrais Citoyens.
Civem appello virum , qui in eo Senatu conftitutus
, cujus fplendor Gallia ipsâ longiùs
» diffunditur , ità in variis ejus dignitatum gra-
»dibus ftetit , ut primum autingeret excelfitate
» mentis,
A O UST. 1744. 1738
mentis , primum ità occupat , ut omnes labo-
→ rum univerfitate complectatur ; qui munus
» quàmſplendidum tam difficile tunc auſpica-
»tus cum gravia juberet gravior neceffitas , ità
2fe geffit Regi gratus ac Populo , ut alterius
»promoveret jura , alterius fuperaret vota
confuleret utriufque commodis , & amores colligeret
; dignus qui & ab Auguftiffimo Sena-
» tu ftudiorum fuorum interpres , unus præter
» morem electus, mitteretur in Regiam; & beni-
»gnè admitteretur ab eo Rege , qui optima mo-
» neri cùm velit , audire amat optimos .
Cet Eloge , où le coeur * ne parle pas
moins que l'efprit,fut extrêmement applau
di , & excita dans l'Auditoire un murmure
d'approbation , non moins flateur pour
l'illuftre Magiftrat , que pour l'Orateur.
Les Membres illuftres des trois Académies
de Paris font encore mis par le Pere
Geoffroy au nombre des Citoyens utiles .
L'Eloge de l'Académie Françoife eft fort
beau , & digne de cette brillante Societé
Littéraire.
L'Orateur termine cette feconde Partie
par une fuite de Caractéres d'hommes inutiles
à l'Etat , ou peu propres par leur ignorance
, leur peu de lumieres , leur molleffe ,
leur inconftance , leur incapacité de rendre
* M. le Premier Préfident honore l'Orateur de
fon eftime & de fon amitié.
fervice
1734 MERCURE DE FRANCE.
fervice à la Patrie.Cette feconde fubdivifion
n'eft pas la moins intéreflante. Nous en allons
citer quelques morceaux , par lefquels
nous finirons cet Extrait.
Voici ce qu'il dit d'une certaine efpece
d'hommes , qui n'eft malheureuſement que
trop commune aujourd'hui. On verra s'il
les peint d'après nature .... » Homuncio-
» nes polituli , quorum laus eft unica , ftertere
» molliter , blandiri ferociter , ineptire ſuaviter
, & cum pretio quodam vilefcere .
»fero pueri , citò fenes , numquam viri……….
Il peint ainfi ces hommes , » qui faginate
» molis intrà cancellos defidiosè revoluti , na-
» tura pinguis orbe fluenti ac nitido verfant
»fefe cum labore &fine opere , ficque in Patriå
» vrvunt , non ut ejus opes ftudio foecundo reno-
» vent veluti apes induftria , fed inertes fuci
Dvoraci otio abfumant.
"
Et ces Mifantropes , » qui fic apud fe vic-
» titant foli ac fegreges, ut nec aliis vivant nec
»fibi , in Patria Tellure hofpites , in propria
»familiâ exules , alieni apud fuos , apud fe
»ipfos peregrini , raro cum hominibus , vix
» unquam homines.
Nous ne fçavons fi le morceau fuivant
fera fort goûté par une certaine Secte de
Politiques. » Illos ejice Civilium rerum exploratores
faftiofos , qui tunc fibi maximè
m in gente fua fapiunt , cum fapit ipfis nihil
» quod
A O UST. 1744. 1735
»quod gentile fuerit , Philofophi nomine , maledici
officio , alieni ftudio , affectu propè hof-
» tes , Regionis omnis præter quam sua pracones
,fua & omnis imperiti aquè & ofores ,
» laudatores Reipublica , quoniam in Regno
» nati , futuri laudatores Regni , fi in Repu-
» blicâ editi.
Ces Peintures font ingénieufes & de bon
goût. C'est une juftice qu'on doit rendre
au P. Geoffroy ; fon Pinceau eft véridique ;
il caractériſe bien chaque chofe , & la peint
avec les couleurs qui lui font propres. Ses
Héros font tirés d'après nature , & tels que
l'Hiftoire nous les repréfente. Le brillant
du coloris ajoûte encore un nouvel éclat à
fes Portraits , en rehauffe la fineffe , & leur
communique un nouveau luftre ; on peut
dire auffi qu'il s'eft peint lui -même dans ce
Difcours , puifque tout y refpire le grand
Orateur & le bon Citoyen.
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1799
p. 1868
TURQUIE.
Début :
ON a appris de Constantinople, que Thamas Kouli-Kan ayant fait de nouvelles propositions [...]
Mots clefs :
Thamas Kouli-Kan, Pacha de Bagdad
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texteReconnaissance textuelle : TURQUIE.
TURQUIE.
Na appris de Conftantinople , que Thamas
Kouli- Kan ayant fait de nouvelles propofitions
d'accommodement au Grand Seigneur , Sa
Hauteffe avoit envoyé des pleins pouvoirs au Pacha
de Bagdad , pour traiter de la paix avec ce
Prince.
Na appris de Conftantinople , que Thamas
Kouli- Kan ayant fait de nouvelles propofitions
d'accommodement au Grand Seigneur , Sa
Hauteffe avoit envoyé des pleins pouvoirs au Pacha
de Bagdad , pour traiter de la paix avec ce
Prince.
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1800
p. 1868
SUEDE.
Début :
ON mande de Stockolm, que le Prince Royal de Suede fit le 15 du mois dernier son entrée [...]
Mots clefs :
Prince royal de Suède, Varberg
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUEDE.
SUEDE.
ONmande de que se per non
N mande de Stockolm , que le Prince Royal
dans la Ville de Warberg , au bruit d'une falve
générale de l'artillerie de la Place , & de la Moufqueterie
de la garnifon qui étoit fous les armes.
ONmande de que se per non
N mande de Stockolm , que le Prince Royal
dans la Ville de Warberg , au bruit d'une falve
générale de l'artillerie de la Place , & de la Moufqueterie
de la garnifon qui étoit fous les armes.
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