On a appris de Berlin du 9 de ce mois , que le
Roi de Pruffe a envoyé à tous fes Miniftres dans
les Cours Etrangeres un Manifefte , qu'ils doivent
communiquer aux Puiffances , auprès defquelles ils
réfident.
S. M. expofe dans ce Manifefte , les motifs qui
l'obligent de donner des troupes auxiliaires à l'Empereur
, & elle y déclare , que ne pouvant plus voir
avec indifference les troubles qui défolent l'Alle
magne , elle a réfolu , après avoir inutilement tenté
toutes les voyes de conciliation , de fe fervir des
forces que Dieu lui a données , pour rétablir la paix
& l'ordre, pour remettre les Loix dans leur vigueur,
& le Chefde l'Empire dans fon autorité.
Elle ajoute que la Reine de Hongrie a conçû des
deffeins démesurés d'ambition , & que ne perdant
point de vue ce qui a fait depuis plus d'un fiécle
l'objet de fa Maifon , elle a pour but d'enchaîner
pour jamais la liberté Germanique ; que pour juger
des intentions de cette Princeffe , il fuffit d'examiner
les faits qui fe font paffés ; que l'Allemagne
s'eft vûë inondée de troupes Etrangeres ; qu'on les
a fait fubfifter aux dépens des Princes neutres de
l'Empire , & marcher , fans envoyer préalablement
au
A OUST. 1744. 1871
Aucunes Lettres Requifitoriales ; que les dédommagemens
, accordés par la Reine de Hongrie à
certains Princes pour les fécours extraordinaires
qu'ils lui ont fournis , ont confifté dans des Fiefs de
PEmpire , ou dans des efperances de leur en faire
obtenir d'autres ; que les Généraux de cette Princeffe
ont voulu s'emparer par force de plufieurs
Villes Impériales , & que fes Miniftres ont ofé menacer
des Electeurs ; qu'elle s'eft jouée de la Foi
publique , en violant la Capitulation de Braunau ,
& en attaquant les troupes Impériales , retranchées
fous les Fortereffes de l'Empire ; que dans les Proteftations
, remiſes à la Dictature , elle a porté le
mépris de la Majefté de l'Empire , juſqu'à déclarer
l'Election de l'Empereur nulle , & la Diette de
Francfort illégitime ; que tant de démarches , ouvertement
contraires à la gloire & aux Conftitutions
du Corps Germanique , dénotent affés clairement
que la Cour de Vienne fe propofe de faire paffer à
un Prince Etranger , & non poffeffionné en Allemagne
, la Dignité Impériale ; qu'il eft contre
Phonneur de tout Electeur & de tout Prince de
l'Empire , de tolerer de pareils attentats , & que ce
feroit une lâcheté de fouffrir plus long- tems le Defpotifme
& les violences de S. M. H. que le Roi ne
forme aucune prétention à la charge de cette Prin
ceffe , mais que la guerre ouverte , qu'elle vient de
déclarer à l'Allemagne par les hoftilités que fes
troupes y ont commiſes , autorife fuffifamment S.
M. à entrer , en qualité d'auxiliaire ,
dans une querelle
qui intéreffe la liberté de l'Empire ; que fi S.
M. prend un parti violent , ce n'eft qu'à regret ;
qu'elle a fait inutilement plufieurs tentatives auprès
des Cours de Londres & de Vienne , pour procurer
un accommodement ; que l'Empereur lui - même a
offert en vain de renoncer à toutes fes prétentions
fur
1872 MERCURE DE FRANCE.
fur la Succeffion de la Maifon d'Autriche , & à facrifier
les propres intérêts à la tranquillité de l'Allemagne
, par une générofité qui juftifie à jamais le
choix que l'Empire a fait de lui ; que plus S. M. I.
a montré de modération , plus la Reine de Hongrie
a fait voir une fierté infléxible .
Il eſt dit à la fin du même Manifefte , que fi cette
Princeffe attaque les libertés du Corps Germanique,
elle en réveille les défenfeurs ; que la race de ces
anciens Germains , qui ont défendu leur Patrie &
leur liberté contre l'Empire Romain , fubfifte toujours
, & qu'elle les défendra encore contre ceux
qui veulent y donner atteinte ; que c'eſt dans cette
vue , que les Princes les plus refpectables de l'Allemagne
fe font unis par la Ligue de Francfort , pour
s'oppofer au bouleversement de l'Empire , & que
S. M. s'eft jointe à ces Princes , jugeant qu'il eft du
devoir & de l'intérêt de tout Membre du Corps
Germanique , d'en foutenir le Syftême , & que l'u-
Lage le plus noble qu'elle puiffe faire de fes forces ,
eft de les employer à empêcher l'oppreffion de fa
Patrie , à laquelle la Reine de Hongrie veutdonner
des fers ; à venger l'honneur & les droits des Electeurs
, à qui cette Princeffe veut ravir leurs prérogatives
, & à donner des fécours puiffans à l'Empereur
, pour le maintenir dans toute fa Dignité &
fur ce Trône , dont S. M. H. veut le faire defcendre.