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p. 25-41
APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
Début :
APOLOGUE PREMIER. Sourdin & Zaraïne. SOURDIN, Grand-Visir de la [...]
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texteReconnaissance textuelle : APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
APOLOGUES ORIENTAUX,
Par M. de S ***.
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN, Grand-Visir de la Reine
Zaraine , avant qu'elle arrivât au Con
ſeil , diſoit en lui-même : je ne veux
point que le Prince Roſey ſoit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eſt ſous preſſ , &
fait pour inſpirer l'amour de la vertu & l'an,our
de la Patrie.
B
•\
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eſt tombé ſur un autre. Oui, mon petit
Seigneur, je dirai tant de mal de vous,
que la Reine Zaraine, toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eſt , ne vous
| voudra ni pour amant, ni même pour
époux. Auſſi- tôt qu'il fut en préſence de
Sa Majeſté :
-
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Roſey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir, eſt Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend deſcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très-vain. Il ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine : en un
mot, il n'eſt bon que pour donner des
1oix dans un Serrail, préſider à la Toilet
te & à la Table, & juger des modes &
des ragoûts.
ZA R A ï N E , l'interrompant.
Vous ne me dites rien de ſa perſonne. .
Eſt-ce un beau Prince ?
S O U R D I N.
Vous allez en juger, Madame; c'eſt
un homme de trente ans, qui a vécu de
bonne heure, Il eſt d'une taille un peu
au-deſſous de la médiocre , extrême
ment fluet. Le temps qu'il devroit em
ployer à régir ſes Etats, il le paſſe de
-
M A I. 1764.
27
vant ſon miroir , à ſe barbouiller de
blanc & de rouge, à ſe noircîr les ſour
cils & s'arracher la barbe.
Z A R A ï N E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de ſi inutile , de ſi laid, de ſi hi
deux que cette vilaine barbe rude , qui
ne ſert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraſſe. Le Prince Roſey eſt préciſé
ment comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Roſey ! Il a ſûrement des grâces,
de la phyſionomie. Donne-t-il beau
coup de fêtes ? Aime-t-il la danſe , le
jeu ?
. S O U R D I N.
-
Le jeu ? .... trop, Madame, pour le
bien de l'Etat.... ſes malheureux Sujets...
ZA R A ï N E, l'interrompant.
Ah ! c'eſt un Prince accompli.
S O U R D I N.
Mais, Madame , ſongez donc que
c'eſt ( permettez-moi le terme) le plus
grand fat.. ..
Z A R A ï N E.
Bon : il en eſt plus aimé.
S O U R D I N.
Le plus indiſcret. ...
· B ij
| 4
28 MERCURE DE FRANCE.
Z A R A i N E.
Tant mieux ; je hais les avantures
ſecrettes.
-
S O U R D I N.
Et même le plus inconſtant. .. .
Z A R A I N E.
Le plus inconſtant ? à merveille ! Il
eſt inconſtant; c'eſt que les femmes ſe
l'arrachent :
c'eſt qu'il eſt charmant.
Au reſte, il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je ſuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Roſey !
Que vous me faites plaiſir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
choſe de vous, mon cher Sourdin.
S O U R D I N.
| Que vous plaît-il, Madame ?
·
Z A R A ï N E.
Que vous faſſiez accélérer les prépa
ratifs de mes nôces, & que vous alliez
vous-même au-devant du Prince Roſey.
Faites qu'il arrive bientôt : je l'épouſe
rai auſſitôt qu'il ſera ici.
"
*
A
S o U R D I N , prenant un viſage riant.
Je me conformerai à vos ordres, Ma
dame ; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter ,
combien ils me ſont agréables. Souf
frez maintenant que je ſois le premier à
vous complimenter. Vous ne pouviez
M A I. 1764.
29
effectivement faire un choix meilleur,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perſonnes du Conſeil, qui
avoient écouté Sourdin & Zaraine avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sottrdin & Zaraine avoient raiſon.
A P o L o G U E
I I.
Le pouvoir de la Religion.
LE KALIFE Huſſain (a), fils du grand
Ali, étoit à table ;- un de ſes Eſclaves
, ( a) Huſſain, cinquième Kalifedes Muſulmans,
ſuccéda à ſon père Ali, qui avoit épouſé la fille de
Mahomet ; il fut ainſi que ſon père, un modèle de
ſageſſe & de vertu.
-
Qu'un homme de la lie du Peuple, après avoir
épouſé une femme dont il a été le valet, lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocre
ment ſurpris : mais que, ne ſçachant ni lire, ni écri
re, il ait compté au nombre de ſes premiers Diſci
- ples, Ali, l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de ſon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire, il ait fait marcher, ſous ſes dra
peaux, le plus grand Capitainé des Arabes, le fa -
meux Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une choſe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiſtoire, on voit la force
opprimer la foibleſſe, & plier les genoux devant
· la fourberie.
-
B iij
,
3o MERCURE DE FRANCE.
laiſſe tomber un plat de riz bouillant ſur
ſa tête : Huſſain jette ſur l'Eſclave un
regard ſévère; celui-ci, tout tremblant,
ſe proſterne devant lui, & dit ces paro-.
les tirées du ſublime Alcoran :
, Le Paradis eſt fait pour ceux qui re
aiennent & domptent leur colère.
H U s s A I N froidement.
Je ne ſuis point en colère.
L'Es C LA v E , continuant le Verſet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenſés.
H U s s A I N, ſans le regarder ,
Je te pardonne.
-
L'E s CL A v E , continuant le Verſet.
Et Dieu chérit pardeſſus tous ceux qui
font le bien pour le mal.
H U S S A IN , lui tendant la main avec
bonté.
, Eh bien l lève-toi : je te donne la li
berté, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots, l'Eſclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits; il prête ſon ombre, il donne ſes
fruits à celui-là même dont le bras au
dacieux lance des pierres contre lui.
-
M A I. 1764.
A P o L o G U E
Quel eſt-il ?
F o D A H I L.
I I I.
Les Déſintéreſſés.
3E
ParscEs , qui vous écartez des voies
de la juſtice, tremblez d'interroger l'hom
me juſte : la vérité réſide ſur ſes lévres.
Le ſage Fodahil (b) avoit diſſipé ſes
biens au ſervice du Kalife Haroun Ra
chid; & ce Monarque, noyé dans les dé
lices, lui diſoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faſſe profeſſion d'un
plus grand détachement que toi ?
F O D A H I L.
- Oui, Seigneur.
| H A R o U N.
Vous : je n'ai ſacrifié que ma fortune;
vous ſacrifiez votre gloire.
-
(b) Fodahil , voyant que ſa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife, & inutile au bien des
Peuples, ſe retira dans une ſolitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auſtè
res. On rapporte de lui un trait ſingulier : on l'a
vu rire une ſeule fois dans ſa vîe; ce fut le jour
qu'il perdit ſon fils unique,qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre, ainſi que l'ont fait la
plupart des Hiſtoriens, ce Fodahil avec un autre
qui vivoit ſous le même Kalife ; & qui changea ſa
profeſſion de Voleur pour celle de Derviche.
B iv
3
' .
.
32 MERCURE DE FRANCE.
A P O L O G U E
I V.
Salaeddin & Fatmé.
O MALHEUREUx Salaeddin ! ſans
amis, ſans eſpérance, que te reſte-t-il
maintenant de tous les grands biens
que tu poſſédois ? Un peu de riz & de
poiſon !... Eh bien , faiſons-les bouillir
enſemble, & que ce ſoit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poiſon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainſi.
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore, à l'amour de
Fatmé ! Fatmé qui m'aime, alloit s'u-
nir à moi, par les nœuds les plus ſaints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui, ſans doute ; iras-tu, prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeſſes de tes
pères , après avoir abuſé des bontés
de Fatmé , iras-tu lui ravir le peu qui
lui reſte ! Voudrois-tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périſſent juſqu'aux cen
dres de tes osl.... Etois-tu fait pour t'unir
\
M A I. 1764.
33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas! je l'ai
cent fois penſé; cent fois je l'ai dit à mon
cœur embrâſé : jette de l'eau ſur le feu qui
te conſume : mais toujours mes paroles
ſe ſont évaporées dans les airs.
· C'en eſt fait ? je vais mourir... Hon
neur , ta voix ſe fait entendre ; ton
ordre ſera ſuivi ..... Je devois chan
ger de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Fatmé. J'ai trahi mes ſermens !
Après un ſi grand crime , j'oſerai plu- .
tôt enviſager la mort que Fatmé.
De quels
biens cependant moi
même je vais me priver ! Chaque jour
je voyois, j'entretenois, j'écoutois Fat
mé ; qu'elle étoit chère à mon cœur !
uel bonheur, ô Ciel ! je goûtois près
d'elle. Quel plaiſir j'éprouvois en en
tendant ſeulement le bruit de ſes pas !
Ce plaiſir qui plongeoit mes ſens
dans l'ivrèſſe , laiſſoit échapper mon
cœur ſur les prunelles de mes yeux ,
& faiſoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille.
-
O Fatmé ! tu m'aimois auſſi ! la cou
leur des roſes printanieres étoit moins
vive que celle de tes jouès , quand
ton Amant venoit te ſaluer d'un doux
baiſer, & quand, de ſes bras amou
reux, il te preſſoit contre † ſein.
V.
34 MERCURE PE FRANCE.
Ah ! quelles ſeront les plaies de ton
cœur, trop ſenſible , trop infortunée
Fatmé, lorſque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le viſage pâle & l'œil en feu,
de tes mains délicates arracher tes che
veux , déchirer tes vêtemens , & frap
per ton ſein qui palpite.
.
-
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort, il ne ſeroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment ſur les bords
de l'abîme : liée à mon ſort , bientôt
mon fatal aſcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi, & j'emporte
rois au tombeau le regret affreux d'a-
voir cauſé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoiſonné. Pour n'être point troublé
dans ſon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouſſant, il voit Fatmé.
Il recule en frémiſſant, & Fatmé prend
la parcle , & dit :
| Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin / mais je ſuis ac
cablée de fatigue, & j'ai beſoin de
,nourriture : procure-moi quelque ali
• Ament:
-
S A L A E D D I N.
Fatmé, je n'en ai point
. "
'
•
·
M A I. 1764.
F A T M É.
plus cher que Fatmé ?
S A L A E D D I N.
crois pas ?
offert ? ...
F A T M É.
S A L A E L D I N interdit. .
3 5
Cependant tu viens d'apprêter ce riz...
le deſtines-tu à quelqu'un qui te ſoit
O Ciel ! quelqu'un me ſeroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatmé ! tu ne le
Mais, pourquoi ne me l'as-tu pas.
de Salaeddin.
-
-
Pourquoi ? .... doutes-tu du cœur
F A T M É.
Non, cher Amant; mais il m'avoit
ſemblé d'abord que tu me refuſois.
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin,.
le plat de riz, ſans qu'il ait la force
de s'y oppoſer ; & Fatmé qui a les
yeux ſur lui , s'écrie ;
Que vois-je ? O Ciel !' dans quel
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes ſur moi des re
gards effrayans ! tes mains tremblent !
Tes cheveux ſe dreſſent ſur ton front !
T'eſt-il ſurvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle, hâte-toi..
Salaeddin ſe précipite aux pieds de
-
·
B vi.
36 MERCURE DE FRANCE.
Fatmé , & lui retient la main , dans
le moment que Fatmé porte le riz à
ſes lévres. .. .
Pourquoi ?
S A L A E D D I N.
Eh bien ?
F A T M É.
F A T M É.
-
Arrête, Fatmé ! que fais-tu ? Garde
toi d'y toucher.
Ce riz .. ..
F A T MÉ.
Il eſt empoiſonné.
-
S A L A E D D I N. .
Ciel l Et c'eſt toi qui l'as apprêté !
quel uſage en voulois-tu faire ? Je fré
mis... cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
-
S A L A E D D I. N.
Il eſt vrai..
F A T M É.
S A L A E D D I N.
L'honneur .. ..
F A T M É.
-
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
la miſére affreuſe
· dans laquelle je ſuis réduit par ma
· faute : la honte d'avoir dérangé ta for
tune ; la crainte de te rendre auſſi mal
heureuſe que moi.
-
-
Eſt-il. un plus grand malheur pour
M A I. 1764.
37
moi, que de te perdre ? Mais ton ſort
eſt changé : je n'ai plus rien à crain
dre ;
j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas ren
trer dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppoſe plus à notre bonheur.
O mon cher Salaeddin / une autre
fois, né déſeſpere plus de la Providen
ce. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs ſoient portés à leur comble,
c'eſt, ſans doute, pour nous faire mé
riter notre bonheur.
A P o L o G U E
Abuzei & Thair.
V.
D A N s cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei diſoit à .
Thair : félicitez - moi , mon Père , ie
ſuis Favori du Sultan, l'Amant de ſa
Sœur : & demain Sa Hauteſſe & moi,
nous allons ſeuls enſemble à la chaſſe.
O mon Fils !
répondit Thair ;. il
y a trois choſes ſur leſquelles il faut peu
compter : la faveur des Rois ; les ca
reſſes des femmes ; & les beaux jours
de l'hyver,
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thair avoit raiſon.
Le lendemain, la phuie fit mantguer
la partie de chaſſe ; un caprice fit chan
ger la Princeſſe ; & la Princeſſe fit chan
ger le Sultan.
A P o L o G U E V I.
La préſence d'Eſprit.
DIEU juſte 1 ſi tu permets que
les Tyrans jouiſſent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur ſort de
celui des bons Rois ?
-
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples, par ſes cruautés inouies, erroit
paiſiblement dans les vaſtes campagnes,
ſans ſuite & ſans marque de diſtinction :
il rencontre un Arabe du Déſert, &
- lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois ſçavoir de vous
quel homme eſt cet Hégiage dont on
parle tant ?
L' A R A B E.
Hégiage n'eſt point un homme; c'eſt
, un Tigre; c'eſt un Monſtre.
H É G 1 A G E.
Que lui reproche-t-on ?
L' A R A B E. .
-
Une foule de çrimes :il s'eſt abbreu
M A I. 1764.
39
vé du ſang de plus d'un million de ſes
Sujets.
-
. H É G I A G E.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
que tu parles.
L' A R A B E.
H É G I A G E.
Eh bien ! léve les yeux c'eſt à lui
-
L'Arabe , ſans témoigner la moindre
ſurpriſe, le regard d'un œil fixe, & lui
dit fiérement :
A°
|
Mais , vous ; ſçavez-vous qui je ſuis ?
Non .
-
d'hui.
H É G I A G E.
L' A R A B E.
Je ſuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Deſcendans devient fol un
jour de l'année. Mon jour eſt aujour
-
Hégiage lui pardonna. La préſence
d'eſprit peut tout, puiſque celle de l'A-
rabe du Déſert força Hégiage au pardon.
A P O L o G U E V I I.
Le Borgne.
AvANT d'enchaîner un Peuple par
une Loi, ce n'eſt pas aſſez qu'elle pa
*.
4o MERCURE DE FRANCE.
roiſſe juſte, il faut encore ſe la repré
ſenter ſous toutes les faces poſſibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiſla
teur ; il avoit aſſemblé les vieillards de :
ſa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République, de ne jamais rien
changer à ſes loix. Nantéou lui ſeul s'y
oppoſoit ; mais Nandiskar ſe défendit
ſi adroitement qu'il aigrit tous les eſprits
contre Nantéou. Celui-ci deſeſpérant de
ramener ſes Compatriotes par des diſ
cours, s'approcha de Nandiskar, & lui
dit : tu veux que tes Loix ſoient ſtricte
ment obſervées, le Peuple y conſent ;&
moi je demande à être puni ſuivant tes
Loix : en proférant ces dernières paroles,
d'un coup de poing, il lui creva l'œil
qui lui reſtoit.
-
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
· en ces termes : Quiconque crevera un
aeil, qu'il en perde un.
Tu vois par-là , reprit Nantéou, com
bien ta Loi eſt défectueuſe , puiſqu'il
· ne m'en coûte qu'un œil, pour te priver
de la vue.
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir, je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps, tu
m'as ouvert les yeux de l'eſprit. Et vous,
ſages Vieillards, ne rougiſſez point d'a-
-
M A I. 1764.
41
vouer , avec moi, que nous avons eu
1EO rt.
Par M. de S ***.
APOLOGUE PREMIER.
Sourdin & Zaraïne.
SOURDIN, Grand-Visir de la Reine
Zaraine , avant qu'elle arrivât au Con
ſeil , diſoit en lui-même : je ne veux
point que le Prince Roſey ſoit notre Roi.
* Extraits d'un Ouvrage qui eſt ſous preſſ , &
fait pour inſpirer l'amour de la vertu & l'an,our
de la Patrie.
B
•\
26 MERCURE DE FRANCE.
Il ne me convient point , & mon choix
eſt tombé ſur un autre. Oui, mon petit
Seigneur, je dirai tant de mal de vous,
que la Reine Zaraine, toute coquette &
toute capricieuſe qu'elle eſt , ne vous
| voudra ni pour amant, ni même pour
époux. Auſſi- tôt qu'il fut en préſence de
Sa Majeſté :
-
Grande Reine , lui dit-il , le Prince
Roſey, dont vous m'avez ordonné de
vous entretenir, eſt Souverain d'un bon
pays qu'il s'efforce de rendre mauvais.
Il prétend deſcendre de la Lune en ligne
directe ; ce qui le rend très-vain. Il ſe
croit obligé d'être plus magnifique qu'un
autre Prince ; ce qui le ruine : en un
mot, il n'eſt bon que pour donner des
1oix dans un Serrail, préſider à la Toilet
te & à la Table, & juger des modes &
des ragoûts.
ZA R A ï N E , l'interrompant.
Vous ne me dites rien de ſa perſonne. .
Eſt-ce un beau Prince ?
S O U R D I N.
Vous allez en juger, Madame; c'eſt
un homme de trente ans, qui a vécu de
bonne heure, Il eſt d'une taille un peu
au-deſſous de la médiocre , extrême
ment fluet. Le temps qu'il devroit em
ployer à régir ſes Etats, il le paſſe de
-
M A I. 1764.
27
vant ſon miroir , à ſe barbouiller de
blanc & de rouge, à ſe noircîr les ſour
cils & s'arracher la barbe.
Z A R A ï N E.
Il a raiſon ; je ne connois rien au
monde de ſi inutile , de ſi laid, de ſi hi
deux que cette vilaine barbe rude , qui
ne ſert qu'à vous incommoder & qu'à
nous piquer les joues quand on nous
embraſſe. Le Prince Roſey eſt préciſé
ment comme un joli homme doit être.
Qu'on doit aimer un mari comme le
Prince Roſey ! Il a ſûrement des grâces,
de la phyſionomie. Donne-t-il beau
coup de fêtes ? Aime-t-il la danſe , le
jeu ?
. S O U R D I N.
-
Le jeu ? .... trop, Madame, pour le
bien de l'Etat.... ſes malheureux Sujets...
ZA R A ï N E, l'interrompant.
Ah ! c'eſt un Prince accompli.
S O U R D I N.
Mais, Madame , ſongez donc que
c'eſt ( permettez-moi le terme) le plus
grand fat.. ..
Z A R A ï N E.
Bon : il en eſt plus aimé.
S O U R D I N.
Le plus indiſcret. ...
· B ij
| 4
28 MERCURE DE FRANCE.
Z A R A i N E.
Tant mieux ; je hais les avantures
ſecrettes.
-
S O U R D I N.
Et même le plus inconſtant. .. .
Z A R A I N E.
Le plus inconſtant ? à merveille ! Il
eſt inconſtant; c'eſt que les femmes ſe
l'arrachent :
c'eſt qu'il eſt charmant.
Au reſte, il y aura plus de mérite à le
captiver. Que je ſuis enchantée de ce
que vous me dites du Prince Roſey !
Que vous me faites plaiſir ! Que je vous
ai d'obligation ! .... J'exige encore une
choſe de vous, mon cher Sourdin.
S O U R D I N.
| Que vous plaît-il, Madame ?
·
Z A R A ï N E.
Que vous faſſiez accélérer les prépa
ratifs de mes nôces, & que vous alliez
vous-même au-devant du Prince Roſey.
Faites qu'il arrive bientôt : je l'épouſe
rai auſſitôt qu'il ſera ici.
"
*
A
S o U R D I N , prenant un viſage riant.
Je me conformerai à vos ordres, Ma
dame ; & vous jugerez par la diligence
que je vais apporter à les éxécuter ,
combien ils me ſont agréables. Souf
frez maintenant que je ſois le premier à
vous complimenter. Vous ne pouviez
M A I. 1764.
29
effectivement faire un choix meilleur,
ni qui fût plus utile à vos Sujets.
Les autres perſonnes du Conſeil, qui
avoient écouté Sourdin & Zaraine avec
une très-grande attention , décidèrent
que Sottrdin & Zaraine avoient raiſon.
A P o L o G U E
I I.
Le pouvoir de la Religion.
LE KALIFE Huſſain (a), fils du grand
Ali, étoit à table ;- un de ſes Eſclaves
, ( a) Huſſain, cinquième Kalifedes Muſulmans,
ſuccéda à ſon père Ali, qui avoit épouſé la fille de
Mahomet ; il fut ainſi que ſon père, un modèle de
ſageſſe & de vertu.
-
Qu'un homme de la lie du Peuple, après avoir
épouſé une femme dont il a été le valet, lui ait
fait accroire qu'il étoit inſpiré ; j'en ſuis médiocre
ment ſurpris : mais que, ne ſçachant ni lire, ni écri
re, il ait compté au nombre de ſes premiers Diſci
- ples, Ali, l'homme le plus vertueux & le plus éclairé
de ſon temps ; qu'ignorant les premiers élémens
de l'Art Militaire, il ait fait marcher, ſous ſes dra
peaux, le plus grand Capitainé des Arabes, le fa -
meux Omar dont la vertu égaloit la valeur ; c'eſt
une choſe que j'ai peine à concevoir.... A chaque
pas que l'on fait dans l'Hiſtoire, on voit la force
opprimer la foibleſſe, & plier les genoux devant
· la fourberie.
-
B iij
,
3o MERCURE DE FRANCE.
laiſſe tomber un plat de riz bouillant ſur
ſa tête : Huſſain jette ſur l'Eſclave un
regard ſévère; celui-ci, tout tremblant,
ſe proſterne devant lui, & dit ces paro-.
les tirées du ſublime Alcoran :
, Le Paradis eſt fait pour ceux qui re
aiennent & domptent leur colère.
H U s s A I N froidement.
Je ne ſuis point en colère.
L'Es C LA v E , continuant le Verſet.
Et qui pardonnent à ceux qui les ont
offenſés.
H U s s A I N, ſans le regarder ,
Je te pardonne.
-
L'E s CL A v E , continuant le Verſet.
Et Dieu chérit pardeſſus tous ceux qui
font le bien pour le mal.
H U S S A IN , lui tendant la main avec
bonté.
, Eh bien l lève-toi : je te donne la li
berté, & quatre cens dragmes d'argent.
A ces mots, l'Eſclave rendit mille
actions de grâces à ce vertueux Kalife.
O mon Prince ! s'écria-t-il après, vous
imitez l'arbre chargé de feuilles & de
fruits; il prête ſon ombre, il donne ſes
fruits à celui-là même dont le bras au
dacieux lance des pierres contre lui.
-
M A I. 1764.
A P o L o G U E
Quel eſt-il ?
F o D A H I L.
I I I.
Les Déſintéreſſés.
3E
ParscEs , qui vous écartez des voies
de la juſtice, tremblez d'interroger l'hom
me juſte : la vérité réſide ſur ſes lévres.
Le ſage Fodahil (b) avoit diſſipé ſes
biens au ſervice du Kalife Haroun Ra
chid; & ce Monarque, noyé dans les dé
lices, lui diſoit ironiquement : connois
tu quelqu'un qui faſſe profeſſion d'un
plus grand détachement que toi ?
F O D A H I L.
- Oui, Seigneur.
| H A R o U N.
Vous : je n'ai ſacrifié que ma fortune;
vous ſacrifiez votre gloire.
-
(b) Fodahil , voyant que ſa préſence à la Cour
étoit à charge au Kalife, & inutile au bien des
Peuples, ſe retira dans une ſolitude pour y vivre
en Anachorette : il avoit les moeurs les plus auſtè
res. On rapporte de lui un trait ſingulier : on l'a
vu rire une ſeule fois dans ſa vîe; ce fut le jour
qu'il perdit ſon fils unique,qu'il aimoit tendrement.
Il ne faut pas confondre, ainſi que l'ont fait la
plupart des Hiſtoriens, ce Fodahil avec un autre
qui vivoit ſous le même Kalife ; & qui changea ſa
profeſſion de Voleur pour celle de Derviche.
B iv
3
' .
.
32 MERCURE DE FRANCE.
A P O L O G U E
I V.
Salaeddin & Fatmé.
O MALHEUREUx Salaeddin ! ſans
amis, ſans eſpérance, que te reſte-t-il
maintenant de tous les grands biens
que tu poſſédois ? Un peu de riz & de
poiſon !... Eh bien , faiſons-les bouillir
enſemble, & que ce ſoit le dernier de
mes repas.
Salaeddin délaye le riz & le poiſon
dans un pot qu'il met devant le feu ,
puis il continue ainſi.
Je vais donc renoncer à la vie ! à une
choſe plus chère encore, à l'amour de
Fatmé ! Fatmé qui m'aime, alloit s'u-
nir à moi, par les nœuds les plus ſaints.
O Mahomet ! je vais donc y renoncer.
Oui, ſans doute ; iras-tu, prodigue
Salaeddin, après avoir vû s'écouler dans
tes mains toutes les richeſſes de tes
pères , après avoir abuſé des bontés
de Fatmé , iras-tu lui ravir le peu qui
lui reſte ! Voudrois-tu l'entraîner avec
toi dans l'abîme profond des malheurs ?
Que plutôt périſſent juſqu'aux cen
dres de tes osl.... Etois-tu fait pour t'unir
\
M A I. 1764.
33
à la vertu la plus pure ! ... Hélas! je l'ai
cent fois penſé; cent fois je l'ai dit à mon
cœur embrâſé : jette de l'eau ſur le feu qui
te conſume : mais toujours mes paroles
ſe ſont évaporées dans les airs.
· C'en eſt fait ? je vais mourir... Hon
neur , ta voix ſe fait entendre ; ton
ordre ſera ſuivi ..... Je devois chan
ger de conduite : ma bouche l'avoit
juré à Fatmé. J'ai trahi mes ſermens !
Après un ſi grand crime , j'oſerai plu- .
tôt enviſager la mort que Fatmé.
De quels
biens cependant moi
même je vais me priver ! Chaque jour
je voyois, j'entretenois, j'écoutois Fat
mé ; qu'elle étoit chère à mon cœur !
uel bonheur, ô Ciel ! je goûtois près
d'elle. Quel plaiſir j'éprouvois en en
tendant ſeulement le bruit de ſes pas !
Ce plaiſir qui plongeoit mes ſens
dans l'ivrèſſe , laiſſoit échapper mon
cœur ſur les prunelles de mes yeux ,
& faiſoit courir toute mon âme à la
porte de mon oreille.
-
O Fatmé ! tu m'aimois auſſi ! la cou
leur des roſes printanieres étoit moins
vive que celle de tes jouès , quand
ton Amant venoit te ſaluer d'un doux
baiſer, & quand, de ſes bras amou
reux, il te preſſoit contre † ſein.
V.
34 MERCURE PE FRANCE.
Ah ! quelles ſeront les plaies de ton
cœur, trop ſenſible , trop infortunée
Fatmé, lorſque le bruit de ma mort
viendra retentir à ton oreille ! Déja je
te vois , le viſage pâle & l'œil en feu,
de tes mains délicates arracher tes che
veux , déchirer tes vêtemens , & frap
per ton ſein qui palpite.
.
-
Mais quand je voudrois t'épargner le
chagrin de ma mort, il ne ſeroit que
differé. Que dis-je ? malheureux ! tu
me retiendrois un moment ſur les bords
de l'abîme : liée à mon ſort , bientôt
mon fatal aſcendant t'entraîneroit , te
précipiteroit avec moi, & j'emporte
rois au tombeau le regret affreux d'a-
voir cauſé tes malheurs & ta mort.
Salaeddin s'apprête à manger les mets
empoiſonné. Pour n'être point troublé
dans ſon dernier moment , il va fermer
la porte ; en la pouſſant, il voit Fatmé.
Il recule en frémiſſant, & Fatmé prend
la parcle , & dit :
| Avec quelle joie je te revois , ô
mon cher Salaeddin / mais je ſuis ac
cablée de fatigue, & j'ai beſoin de
,nourriture : procure-moi quelque ali
• Ament:
-
S A L A E D D I N.
Fatmé, je n'en ai point
. "
'
•
·
M A I. 1764.
F A T M É.
plus cher que Fatmé ?
S A L A E D D I N.
crois pas ?
offert ? ...
F A T M É.
S A L A E L D I N interdit. .
3 5
Cependant tu viens d'apprêter ce riz...
le deſtines-tu à quelqu'un qui te ſoit
O Ciel ! quelqu'un me ſeroit plus
chèr que toi ! Ah ! Fatmé ! tu ne le
Mais, pourquoi ne me l'as-tu pas.
de Salaeddin.
-
-
Pourquoi ? .... doutes-tu du cœur
F A T M É.
Non, cher Amant; mais il m'avoit
ſemblé d'abord que tu me refuſois.
Pardonne.
Fatmé prend des mains de Salaeddin,.
le plat de riz, ſans qu'il ait la force
de s'y oppoſer ; & Fatmé qui a les
yeux ſur lui , s'écrie ;
Que vois-je ? O Ciel !' dans quel
trouble tu me jettes ! Tu changes de
couleur ! Tu portes ſur moi des re
gards effrayans ! tes mains tremblent !
Tes cheveux ſe dreſſent ſur ton front !
T'eſt-il ſurvenu quelque nouveau mal--
heur ? Parle, hâte-toi..
Salaeddin ſe précipite aux pieds de
-
·
B vi.
36 MERCURE DE FRANCE.
Fatmé , & lui retient la main , dans
le moment que Fatmé porte le riz à
ſes lévres. .. .
Pourquoi ?
S A L A E D D I N.
Eh bien ?
F A T M É.
F A T M É.
-
Arrête, Fatmé ! que fais-tu ? Garde
toi d'y toucher.
Ce riz .. ..
F A T MÉ.
Il eſt empoiſonné.
-
S A L A E D D I N. .
Ciel l Et c'eſt toi qui l'as apprêté !
quel uſage en voulois-tu faire ? Je fré
mis... cruel ! tu voulois attenter à tes
jours ; je le vois..
-
S A L A E D D I. N.
Il eſt vrai..
F A T M É.
S A L A E D D I N.
L'honneur .. ..
F A T M É.
-
Malheureux ! qui pouvoit t'y forcer ?
la miſére affreuſe
· dans laquelle je ſuis réduit par ma
· faute : la honte d'avoir dérangé ta for
tune ; la crainte de te rendre auſſi mal
heureuſe que moi.
-
-
Eſt-il. un plus grand malheur pour
M A I. 1764.
37
moi, que de te perdre ? Mais ton ſort
eſt changé : je n'ai plus rien à crain
dre ;
j'ai vu le Kadileski ; j'ai prouvé
les vols qui t'ont été faits : tu vas ren
trer dans tous tes biens ; & rien ne
s'oppoſe plus à notre bonheur.
O mon cher Salaeddin / une autre
fois, né déſeſpere plus de la Providen
ce. Si quelquefois elle permet que nos
malheurs ſoient portés à leur comble,
c'eſt, ſans doute, pour nous faire mé
riter notre bonheur.
A P o L o G U E
Abuzei & Thair.
V.
D A N s cet hyver célébre par les
grandes révolutions qui arriverent à la
Cour de Nouraddin , Abuzei diſoit à .
Thair : félicitez - moi , mon Père , ie
ſuis Favori du Sultan, l'Amant de ſa
Sœur : & demain Sa Hauteſſe & moi,
nous allons ſeuls enſemble à la chaſſe.
O mon Fils !
répondit Thair ;. il
y a trois choſes ſur leſquelles il faut peu
compter : la faveur des Rois ; les ca
reſſes des femmes ; & les beaux jours
de l'hyver,
38 MERCURE DE FRANCE.
Le vieux Thair avoit raiſon.
Le lendemain, la phuie fit mantguer
la partie de chaſſe ; un caprice fit chan
ger la Princeſſe ; & la Princeſſe fit chan
ger le Sultan.
A P o L o G U E V I.
La préſence d'Eſprit.
DIEU juſte 1 ſi tu permets que
les Tyrans jouiſſent de la tranquillité
de l'âme ; en quoi différera leur ſort de
celui des bons Rois ?
-
Hégiage , l'horreur & l'effroi des
Peuples, par ſes cruautés inouies, erroit
paiſiblement dans les vaſtes campagnes,
ſans ſuite & ſans marque de diſtinction :
il rencontre un Arabe du Déſert, &
- lui parle en ces termes :
Ami , je voudrois ſçavoir de vous
quel homme eſt cet Hégiage dont on
parle tant ?
L' A R A B E.
Hégiage n'eſt point un homme; c'eſt
, un Tigre; c'eſt un Monſtre.
H É G 1 A G E.
Que lui reproche-t-on ?
L' A R A B E. .
-
Une foule de çrimes :il s'eſt abbreu
M A I. 1764.
39
vé du ſang de plus d'un million de ſes
Sujets.
-
. H É G I A G E.
Ne l'avez-vous jamais vu ?
Non.
que tu parles.
L' A R A B E.
H É G I A G E.
Eh bien ! léve les yeux c'eſt à lui
-
L'Arabe , ſans témoigner la moindre
ſurpriſe, le regard d'un œil fixe, & lui
dit fiérement :
A°
|
Mais , vous ; ſçavez-vous qui je ſuis ?
Non .
-
d'hui.
H É G I A G E.
L' A R A B E.
Je ſuis de la famille de Zobair, dont
chacun des Deſcendans devient fol un
jour de l'année. Mon jour eſt aujour
-
Hégiage lui pardonna. La préſence
d'eſprit peut tout, puiſque celle de l'A-
rabe du Déſert força Hégiage au pardon.
A P O L o G U E V I I.
Le Borgne.
AvANT d'enchaîner un Peuple par
une Loi, ce n'eſt pas aſſez qu'elle pa
*.
4o MERCURE DE FRANCE.
roiſſe juſte, il faut encore ſe la repré
ſenter ſous toutes les faces poſſibles.
Nandiskar étoit Borgne & Légiſla
teur ; il avoit aſſemblé les vieillards de :
ſa nation , pour leur faire jurer, au nom
de la République, de ne jamais rien
changer à ſes loix. Nantéou lui ſeul s'y
oppoſoit ; mais Nandiskar ſe défendit
ſi adroitement qu'il aigrit tous les eſprits
contre Nantéou. Celui-ci deſeſpérant de
ramener ſes Compatriotes par des diſ
cours, s'approcha de Nandiskar, & lui
dit : tu veux que tes Loix ſoient ſtricte
ment obſervées, le Peuple y conſent ;&
moi je demande à être puni ſuivant tes
Loix : en proférant ces dernières paroles,
d'un coup de poing, il lui creva l'œil
qui lui reſtoit.
-
Nandiskar avoit fait une Loi conçue
· en ces termes : Quiconque crevera un
aeil, qu'il en perde un.
Tu vois par-là , reprit Nantéou, com
bien ta Loi eſt défectueuſe , puiſqu'il
· ne m'en coûte qu'un œil, pour te priver
de la vue.
Nandiskar lui répondit : loin de t'en
vouloir, je te dois de la reconnoiſſance ;
en me privant des yeux du corps, tu
m'as ouvert les yeux de l'eſprit. Et vous,
ſages Vieillards, ne rougiſſez point d'a-
-
M A I. 1764.
41
vouer , avec moi, que nous avons eu
1EO rt.
Fermer
Résumé : APOLOGUES ORIENTAUX, Par M. de S ***.
Le texte présente plusieurs apologues et récits orientaux illustrant des leçons de vie et des réflexions morales. Dans un premier apologue, Sourdin, Grand-Visir de la Reine Zaraine, tente de dissuader la reine de choisir le Prince Rosey comme roi, le décrivant comme vain et ruiné par sa magnificence. Malgré les avertissements, Zaraine décide de l'épouser. Un autre apologue relate comment le Kalife Hussain, connu pour sa sagesse, pardonne un esclave ayant renversé un plat de riz bouillant sur lui, ce qui impressionne l'esclave. Un récit concerne Fodahil, un sage ayant dilapidé ses biens au service du calife Haroun al-Rachid. Ce dernier, ironique, lui demande s'il connaît quelqu'un plus détaché des biens matériels. Fodahil répond qu'il sacrifie sa gloire et se retire dans la solitude pour vivre en anachorète. Un autre récit raconte l'histoire de Salaeddin, désespéré et ruiné, qui décide de se suicider en mangeant du riz empoisonné. Il est interrompu par Fatmé, qu'il aime, et avoue son geste. Fatmé, choquée, lui demande pourquoi il voulait se tuer, et Salaeddin explique que c'était par honneur, à cause de sa misère et de la honte d'avoir ruiné sa fortune. Le texte inclut également divers dialogues et récits. Un personnage exprime sa honte et sa crainte d'avoir causé du tort, mais annonce que les biens volés seront récupérés, montrant sa foi en la Providence. Un dialogue entre Abuzei et Thair met en garde contre la fragilité des faveurs royales, des caresses des femmes et des beaux jours d'hiver. Un autre récit montre un tyran, Hégiage, qui pardonne grâce à la présence d'esprit d'un Arabe du désert. Enfin, un législateur borgne, Nandiskar, apprend une leçon d'humilité et de sagesse lorsque Nantéou lui creve son dernier œil pour démontrer l'injustice de ses lois.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1152
p. 107-119
« INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
Début :
INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
INSTRUCTIONS pour la premiere
Communion, distribuées en cinq desseins,
par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe : Evangeliſare
pauperibus miſit me Dominus. Luc. 4.
A Paris, chez Prault, quai de Geſ
vres, au Paradis, 1764 ; avec appro
bation & privilége du Roi. Brochure
in - 12 de 12o
M. Voile de #moz , Curé de la
Paroiſſe de Bouhi , eſt l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à propos
dans le temps préſent. On ne doit y
chercher que de la ſimplicité & de l'onc
tion, On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
# o8 MERCURE DE FRANCE.
faut donc que le langage que l'on em
ploye, non ſeulement ſoit accommodé
à leur portée, mais encore qu'il aille
à leur cœur & les touche. C'eſt à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique
IIlCI)t,
TRAITÉ des Miracles , dans leque !
on examine 1°. leur nature , & les
moyens de les diſcerner d'avec les pro
diges de l'Enfer. 2°. leur fin. 3°. leur
uſage : à Paris , chez d'Eſpilly , Li
braire, rue S. Jacques, à la Croix d'or,
vis-à-vis de la vieille Poſte, 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in-12. Prix 5 liv. reliés.
-
, Le titre de ce Livre en annonce la
diviſion générale ; nous y ajouterons
quelques ſubdiviſions particulières qui
achéveront de faire connoître le deſſein
& le plan de ce Traité. La première Par
tie eſt ſoudiviſée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguſtin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de diſcerner les vrais miracles. Les fins
,our leſquelles Dieu accorde des miracles,
nt la confirmation de la foi, la mani
feſtation de ſa gloire & celle de la ſain
teté de ſes ſerviteurs. Il y a encore des
sniracles qui ont pour fin d'éprouver &
.
-- M A I. 1764.
, - 1 og
de révéler le fond des cœurs. Dieu en
a ſait auſſi, dit l'Auteur, pour aveugler
& endurcir les cœurs ſuperbes. Ces di
vers points ſont traités en pluſieurs cha
pitres qui forment la ſeconde diviſion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quel
† · des miracles par des hommes
lont la foi n'eſt pas pure, par des Hé
rétiques, des Schiſmatiques , &c; mais
la Religion même ſçait en tirer avanta
ge; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons ſurnaturels ſont
dans l'Egliſe, & celle dont ils ſe trou
vent dans de fauſſes communions. Enfin
la troiſiéme Partie traite des motifs par
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles
qui ſe ſont
faits à l'établiſſement de la doctrine ré
vélée. Ces motifs ſont en grand nom
bre, & c'eſt ce qu'il faut lire dans l'Ou
\vrage, ainſi que pluſieurs autres cha
pitres, dans leſquels l'Auteur achéve de
traiter à fond cette matière importante.
· EssAI de navigation Lorraine, trai
tée relativement à la politique , au
militaire , au commerce intérieur ou
extérieur, à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour ſervir de Suite à
l'eſſai ſur les Duchés de Lorraine & de
11o MERCURE DE FRANCE.
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par le
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enſuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lor
raine, l'Alſace ,
l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice, Reine de Hon
rie ; par Charles-Leopold Andreu de
# ; à Amſterdam , chez H. Con
ſtapel, Libraire ; 1764. Brochure in-12.
de 184 pages.
Ce titre explique ſuffiſamment l'ob
jet de cet écrit, & nous diſpenſe d'en
trer dans d'autres détails.
MÉTAHHYsIQUE de l'âme , ou
théorie des ſentimens moraux, traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith, Pro
feſſeur de Philoſophie morale dans l'U-
niverſité de Glaſcow; par M.... à Paris,
chez Briaſſon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764, avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol. petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand ſuc
cès en Angleterre ; & il y a lieu de croi
re qu'il ne ſera pas accueilli moins favo
rablement en France. Nous avons été
ſatisfaits de la manière dont on y ex
plique nos affections & nos jugemens ;
& on ſera peut-être ſurpris d'y voir les
matières métaphyſiques les plus abſtrai
, M A I. 1764..
Lecteurs.
11,
tes, miſes à la portée du commun des
TRADUCTIoN du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sar
tine; par le ſieur L ***; à Paris, chez
Debure, père , quai des Auguſtins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot, près
la rue Gît-le cœur ; avec approbation &
permiſſion ; 1764. Brochure in-12. de
266 pages ; prix, 1 liv. 4 ſ,
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru très
bien faite. Il ſeroit à ſouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISToIRE d'Ecoſſe ſous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV, juſ
qu'a l'avénement de ce Prince à la Cou
ronne d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiſtoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guil
laume Robertſon, Do8teur, Miniſtre de
- Ladyyeſter, à Edimboarg; traduite de
l'Anglois ;'à Londres , 1764 ; 3 vol.
in-12. !
>
|
º | |
|
| ' : ,
,
.
J'
M. Robertſon, fans cheicher à recu
fer & à illuſtrer l'origine de fà Nation,
la repréfente d'abord dansiºn état de
2
|
# 12 MERCURE DE FRANCE.
barbarie, & livrée à tous les imconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie aſſervie à l'Angleterre par l'in
fidélité d'Edouard I, qui enléve à l'E-
coſſe les titres de ſa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné ſi long
temps entre les deux Nations. Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obſervant toujours de rapporter les faits
principaux, & de tracer avec des traits
hardis le caractère des Princes & des
Perſonnages les plus remarquables, il
commence ſon ſecond Livre : par la
naiſſance de Marie Stuart, par ſon avé
nement au Trône , & par les troubles
de ſa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette cataſtrophe
ſingulière qui conduiſit du Trône à l'é-
chaffaut une Princeſſe accomplie. Il
cherche la ſource de cette funeſte riva
lité entre Eliſabeth & Marie ; il la trou
ve dans une jalouſie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien ſouvent que des cauſes fri
voles. Nous ne faiſons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiſtoire curieuſe & intéreſſante..
M A I. 1764.
1 13
: GRAMMAIRE des Sciences Philoſo
† , ou Analyſe abrégée de la Phi
'oſophie moderne , appuyée ſur les ex
périences : traduit de l'Anglois de Benj.
Martin; nouvelle Edition, corrigée &
àugmentée; à Paris, chez Briaſſon ,
rue S. Jacques, à la Science & à l'Ange
| Gardien; 1764; avec approbation & pri
vilége du Roi ; un vol. in-8°. avec beau
· coup de planches gravées.
, Cet Ouvrage déja connu, eſt, com
fme on ſçair, par demandes & par ré
onſes, & traite de la Science de la Phi
oſophie en général , de la Philoſophie
naturelle en particulier, de ſes parties, de
ſon ſujet, & des différens ufàges dont
elle eft dans la vie, Il eft queſtion,dans la
première partie, de la nature commune
# de la propriété de tous les corps na
turels ; de l'extenfion, de la grandeur
& des dimenſions des corps ; de la divi
fibilité de la matière ; de ſon infinité,de
la ſolidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouve
ment & du repos ; de la lumière , des
couleurs, des odeurs ; du ſon, de la pe
ſanteur , de la tranſparence, de l'opa
cité, de la dureté , de la moleſſe , de la
roideur, de la fléxibilité, de la chaleur,
de la froidure , &c , &c. La ſeconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la coſmologie en géné
ral, de l'eſpace du monde, du vuide ,
de la durée & du temps; des corps cé
leſtes, de la théorie du Soleil, de la
Lune, des Planétes, des Cométes, des .
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troiſiéme
Partie, de la théorie de l'air , des vents,
des météores, de l'arc-en-ciel, des par
hélies, &c. Enfin la dernière Partie pré
ſente la doctrine générale concernant
le globe terreſtre, les foſſiles, les miné
raux, les métaux, les eaux # la rner a
des fleuves, des lacs, des fontaines s
des bains; les plantes, les végétaux, les
animaux de toutes eſpéces , &c , &c«
Les remarques de pluſieurs perſonnes
ſçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition,des change
mens & des additions. Il y a traité plu
ſieurs Sujets nouveaux & curieux, & a
cité, dans les Notes, les Auteurs les plus
eſtimés qui ont écrit ſur les mêmes ma
tières.e
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool, devenu Ministre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amſterdam, chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris, chez Durand, neveu, rue S.
Jacques. 3 vol.in-12. Prix, 7 liv. 1o ſ.
M A I. 1764.
115
Ce n'eſt point ici une Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. » Je me donnerai bien de gar
» de , dit l'Auteur, d'adopter la partia
» lité de celui qui me fournit la plus
» grande partie de mes matériaux. Il
» paroît trop animé de l'eſprit républi
» cain. ... On jugera de M. Walpool,
» non par ce que j'en dirai, mais par
» ſes opérations. On n'aura point à me
» reprocher que je me ſuis trop livré
» aux portraits ; tout ſera en action. Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniſtre ; aucune de ſes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.. .. J'oſe dire que le Lecteur ſe
» trouvera intéreſſé par les harangues,
» les raiſonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés ſous le miniſtère du Chevalier
» Walpool ont occaſionnés.. ... J'ai a
» douci, autant † m'a été poſſible,
» les expreſſions dures & libres qui ſe
» trouvene dans certaines harangues où
» il eſt queſtion de la France. .. j'ai
» mis tous mes ſoins à écarter les dou
» tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloiſe donne le droit de
» rendre publics; l'original que je con
116 MERCURE DE FRANCE.
» ſulte, mais que je ne ſuis point entiè
» rement, avertit lui-même qu'il a été
» obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuſtice, &c.
RosE & Colas , Comédie en un
Acte, Proſe & Muſique , repréſentée
pour la premiere fois par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi, le 8
Mars 1764 La Comédie eſt de M.
Sedaine, & la Muſique de M. Mon
cigny. Prix
1 liv. 4 ſols. A Paris ,
chez Claude Heriſſant , Imprimeur-Li
braire , rue Neuve Notre-Dame, à la
Croix d'or , avec approbation & pri
vilége du Roi ; 1764; in-8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs dé
tachés : prix, 1
partition. .
liv, 16 f On grave la
-
-
-
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles,
· PRosPECTUS d'un Livre intitulé,
Etat préſent de l'Orléannois, ou Eſſai
hiſtorique & typographique de cette Pro
vince, diviſé en trois parties ; avec cette
Epigraphe : Ille terrarum mihi prœter
•mnes angulus ridet; Hor. Avec addition.
de notes ſingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
,
M A I. 1764.
117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Conſeil d'un de nos Princes, con
tient Orléans, ce qui s'y eſt paſſé de plus
remarquable, les meilleurs crus de vin ,
les Sçavans, les Rois, les Ducs, la Mai
ſon entière de Monſeigneur le Duc
d'Orléans, l'Evêché, les Evêques, l'E-
dit de 1758 soncernant la délivrance des
priſonniers , la Cathédrale, les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèſe, les
Abbayes de la Ville & du Diocèſe , les
Collateurs des Cures, les Paroiſſes d'Or
- léans, les deux Commanderies , les Sé
minaires, la Juriſdiction Eccléſiaſtique,
les Bureaux , le Gouvernement, les Tri
bunaux, un Traité honorable de la Ma
giſtrature, de MM. les Avocats, Notai
res & autres Compagnies, l'Univerſité,
la Médecine, la Chirurgie, la nouvelle
Société d'Agriculture, les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences, la Butte, l'A-
cadémie de Muſique, le Spectacle, &c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Ap
panage, ſuivant le rôle des Aſſiſes, com
me Pithiviers, Meun, Jargeau, Arte
nay, Toury, Saint-Benoît, Donnery,
Cléry, Monpuipeau , Saint-Denis-de
Jargeau, Rebrechien , la Ferté, Sue
vre, &c. Jenville, Baugency , Bois
I 18 MERCURE DE FRANCE.
commun, Sully, Château-neuf, Gien ,
Montargis, &c. Chartres, ce qu'il y a
de remarquable ſur cette Ville; les Ab
bayes, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèſe. Blois, ce que l'Hiſtoire nous
en apprend de plus intéreſſant; ſa Cham
bre des Comptes,les Abbayes, Villes &
principaux endroits de ce Pays & Dio
cèſe ; le tout accompagné d'Edits, Ar
rêts , Traits d'Hiſtoire, faits & Anec
dotes utiles & de ſentimens.Cet Ouvra
ge ſera ſuivi d'une ſuite concernant les
Villes Epiſcopales, les Cours Souverai
nes, les Gouvernemens, &c. Si quel
qu'un a quelques Notes à faire paſſer à
l'Auteur, il eſt prié de le faire au plutôt,
chez M. Valleyre fils, Imprimeur & Li
braire à Paris, rue de la vieille Boucle
rie, & d'affranchir les lettres. Cet Ou
vrage ſera de format in-12. de 3 liv. &
de 4o ſ.
-
. ZÉLIs au bain , Poëme en quatre
Chants; à Genéve, & ſe trouve à Paris,
chez Jorry, Imprimeur-Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
iu-8°. 1763 ; en tres-beau papier, orné
de quatre Eſtampes, quatre Vignettes,
quatre culs-de-lampes & d'un Frontiſ
pice, le tout deſſiné & gravé par de
très-habiles Maîtres.
» ſes plus
M A I. 1764.
I I3
Outre tous ces ornemens typogra
phiques, qui font rechercher cette Bro
chure par les Connoiſſeurs, on doit
encore compter pour beaucoup le mé
rite littéraire de cette agréable produc
tion , où régne ce que la Poëſie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreſſions, en ſentimens
& en images.
Communion, distribuées en cinq desseins,
par un Curé de la Campagne ;
avec cette Epigraphe : Evangeliſare
pauperibus miſit me Dominus. Luc. 4.
A Paris, chez Prault, quai de Geſ
vres, au Paradis, 1764 ; avec appro
bation & privilége du Roi. Brochure
in - 12 de 12o
M. Voile de #moz , Curé de la
Paroiſſe de Bouhi , eſt l'Auteur de ce
petit Livre édifiant , qui vient à propos
dans le temps préſent. On ne doit y
chercher que de la ſimplicité & de l'onc
tion, On n'a à parler qu'à des enfans; il
E vj
# o8 MERCURE DE FRANCE.
faut donc que le langage que l'on em
ploye, non ſeulement ſoit accommodé
à leur portée, mais encore qu'il aille
à leur cœur & les touche. C'eſt à quoi
l'Auteur paroît s'être appliqué unique
IIlCI)t,
TRAITÉ des Miracles , dans leque !
on examine 1°. leur nature , & les
moyens de les diſcerner d'avec les pro
diges de l'Enfer. 2°. leur fin. 3°. leur
uſage : à Paris , chez d'Eſpilly , Li
braire, rue S. Jacques, à la Croix d'or,
vis-à-vis de la vieille Poſte, 1764 ; avec
approbation & privilége du Roi ; 2
vol. in-12. Prix 5 liv. reliés.
-
, Le titre de ce Livre en annonce la
diviſion générale ; nous y ajouterons
quelques ſubdiviſions particulières qui
achéveront de faire connoître le deſſein
& le plan de ce Traité. La première Par
tie eſt ſoudiviſée en 26 Chapitres où l'on
donne, d'après S. Auguſtin, S.Thomas ,
les Pères & les Théologiens, des moyens
de diſcerner les vrais miracles. Les fins
,our leſquelles Dieu accorde des miracles,
nt la confirmation de la foi, la mani
feſtation de ſa gloire & celle de la ſain
teté de ſes ſerviteurs. Il y a encore des
sniracles qui ont pour fin d'éprouver &
.
-- M A I. 1764.
, - 1 og
de révéler le fond des cœurs. Dieu en
a ſait auſſi, dit l'Auteur, pour aveugler
& endurcir les cœurs ſuperbes. Ces di
vers points ſont traités en pluſieurs cha
pitres qui forment la ſeconde diviſion.
On y fait voir encore qu'il s'opére quel
† · des miracles par des hommes
lont la foi n'eſt pas pure, par des Hé
rétiques, des Schiſmatiques , &c; mais
la Religion même ſçait en tirer avanta
ge; & il y a de la différence entre la
manière dont les dons ſurnaturels ſont
dans l'Egliſe, & celle dont ils ſe trou
vent dans de fauſſes communions. Enfin
la troiſiéme Partie traite des motifs par
ticuliers qui ont engagé les hommes à
ajoûter foi aux miracles
qui ſe ſont
faits à l'établiſſement de la doctrine ré
vélée. Ces motifs ſont en grand nom
bre, & c'eſt ce qu'il faut lire dans l'Ou
\vrage, ainſi que pluſieurs autres cha
pitres, dans leſquels l'Auteur achéve de
traiter à fond cette matière importante.
· EssAI de navigation Lorraine, trai
tée relativement à la politique , au
militaire , au commerce intérieur ou
extérieur, à la Marine & aux Colonies
de la France ; pour ſervir de Suite à
l'eſſai ſur les Duchés de Lorraine & de
11o MERCURE DE FRANCE.
Bar ; par lequel Plan on établit la jonc
tion de la Méditerranée à l'Océan par le
centre du Royaume & par la Capitale ;
& enſuite la communication entre les
deux Mers & la Mer Noire par la Lor
raine, l'Alſace ,
l'Allemagne , & les
Etats de l'Impératrice, Reine de Hon
rie ; par Charles-Leopold Andreu de
# ; à Amſterdam , chez H. Con
ſtapel, Libraire ; 1764. Brochure in-12.
de 184 pages.
Ce titre explique ſuffiſamment l'ob
jet de cet écrit, & nous diſpenſe d'en
trer dans d'autres détails.
MÉTAHHYsIQUE de l'âme , ou
théorie des ſentimens moraux, traduite
de l'Anglois de M. Adam Smith, Pro
feſſeur de Philoſophie morale dans l'U-
niverſité de Glaſcow; par M.... à Paris,
chez Briaſſon , rue S. Jacques , à la
Science ; 1764, avec Approbation &
Privilége du Roi. 2 vol. petit in-8°.
Cet Ouvrage a eu le plus grand ſuc
cès en Angleterre ; & il y a lieu de croi
re qu'il ne ſera pas accueilli moins favo
rablement en France. Nous avons été
ſatisfaits de la manière dont on y ex
plique nos affections & nos jugemens ;
& on ſera peut-être ſurpris d'y voir les
matières métaphyſiques les plus abſtrai
, M A I. 1764..
Lecteurs.
11,
tes, miſes à la portée du commun des
TRADUCTIoN du Traité de l'Amitié
de Cicéron ; dédiée à Madame de Sar
tine; par le ſieur L ***; à Paris, chez
Debure, père , quai des Auguſtins , à
l'Image S. Paul , & chez Mérigot, près
la rue Gît-le cœur ; avec approbation &
permiſſion ; 1764. Brochure in-12. de
266 pages ; prix, 1 liv. 4 ſ,
Cette Traduction d'un des meilleurs
Ouvrages de Cicéron nous a paru très
bien faite. Il ſeroit à ſouhaiter que celle
du Traité de la vieilleſſe du même Auteur
nous eût été donnée par la même main.
HISToIRE d'Ecoſſe ſous les régnes
de Marie Stuart & de Jacques IV, juſ
qu'a l'avénement de ce Prince à la Cou
ronne d'Angleterre , avec un Abrégé
de l'Hiſtoire d'Ecoffe dans les temps qui
ont précédé ces époques ; par M. Guil
laume Robertſon, Do8teur, Miniſtre de
- Ladyyeſter, à Edimboarg; traduite de
l'Anglois ;'à Londres , 1764 ; 3 vol.
in-12. !
>
|
º | |
|
| ' : ,
,
.
J'
M. Robertſon, fans cheicher à recu
fer & à illuſtrer l'origine de fà Nation,
la repréfente d'abord dansiºn état de
2
|
# 12 MERCURE DE FRANCE.
barbarie, & livrée à tous les imconvé
niens du gouvernement féodal. Il peint
fa patrie aſſervie à l'Angleterre par l'in
fidélité d'Edouard I, qui enléve à l'E-
coſſe les titres de ſa liberté ; qui veut
lui donner des Souverains & lui dicter
des loix ; & qui jette les fondemens de
cette antipathie qui a régné ſi long
temps entre les deux Nations. Après
avoir parcouru les premiers régnes , en
obſervant toujours de rapporter les faits
principaux, & de tracer avec des traits
hardis le caractère des Princes & des
Perſonnages les plus remarquables, il
commence ſon ſecond Livre : par la
naiſſance de Marie Stuart, par ſon avé
nement au Trône , & par les troubles
de ſa minorité. Il annonce de loin cette
étrange révolution , cette cataſtrophe
ſingulière qui conduiſit du Trône à l'é-
chaffaut une Princeſſe accomplie. Il
cherche la ſource de cette funeſte riva
lité entre Eliſabeth & Marie ; il la trou
ve dans une jalouſie de femme ; & il
fait voir que les plus grands événemens
n'ont bien ſouvent que des cauſes fri
voles. Nous ne faiſons que citer une
très-petite partie de la Préface , où le
Traducteur donne la plus haute idée de
cette Hiſtoire curieuſe & intéreſſante..
M A I. 1764.
1 13
: GRAMMAIRE des Sciences Philoſo
† , ou Analyſe abrégée de la Phi
'oſophie moderne , appuyée ſur les ex
périences : traduit de l'Anglois de Benj.
Martin; nouvelle Edition, corrigée &
àugmentée; à Paris, chez Briaſſon ,
rue S. Jacques, à la Science & à l'Ange
| Gardien; 1764; avec approbation & pri
vilége du Roi ; un vol. in-8°. avec beau
· coup de planches gravées.
, Cet Ouvrage déja connu, eſt, com
fme on ſçair, par demandes & par ré
onſes, & traite de la Science de la Phi
oſophie en général , de la Philoſophie
naturelle en particulier, de ſes parties, de
ſon ſujet, & des différens ufàges dont
elle eft dans la vie, Il eft queſtion,dans la
première partie, de la nature commune
# de la propriété de tous les corps na
turels ; de l'extenfion, de la grandeur
& des dimenſions des corps ; de la divi
fibilité de la matière ; de ſon infinité,de
la ſolidité & de la figurabilité des corps ;
de la mobilité , de la nature du mouve
ment & du repos ; de la lumière , des
couleurs, des odeurs ; du ſon, de la pe
ſanteur , de la tranſparence, de l'opa
cité, de la dureté , de la moleſſe , de la
roideur, de la fléxibilité, de la chaleur,
de la froidure , &c , &c. La ſeconde
114 MERCURE DE FRANCE.
Partie traite de la coſmologie en géné
ral, de l'eſpace du monde, du vuide ,
de la durée & du temps; des corps cé
leſtes, de la théorie du Soleil, de la
Lune, des Planétes, des Cométes, des .
Etoiles fixes. Il s'agit dans la troiſiéme
Partie, de la théorie de l'air , des vents,
des météores, de l'arc-en-ciel, des par
hélies, &c. Enfin la dernière Partie pré
ſente la doctrine générale concernant
le globe terreſtre, les foſſiles, les miné
raux, les métaux, les eaux # la rner a
des fleuves, des lacs, des fontaines s
des bains; les plantes, les végétaux, les
animaux de toutes eſpéces , &c , &c«
Les remarques de pluſieurs perſonnes
ſçavantes ont déterminé l'Auteur à faire
dans cette nouvelle Edition,des change
mens & des additions. Il y a traité plu
ſieurs Sujets nouveaux & curieux, & a
cité, dans les Notes, les Auteurs les plus
eſtimés qui ont écrit ſur les mêmes ma
tières.e
HISTOIRE du Ministère du Chevalier
Robert Walpool, devenu Ministre
d'Angleterre & Comte d'Oxford ; à
Amſterdam, chez Marc Rey ; 1764 ;
& à Paris, chez Durand, neveu, rue S.
Jacques. 3 vol.in-12. Prix, 7 liv. 1o ſ.
M A I. 1764.
115
Ce n'eſt point ici une Traduction ; on
en jugera par quelques endroits de la
Préface. » Je me donnerai bien de gar
» de , dit l'Auteur, d'adopter la partia
» lité de celui qui me fournit la plus
» grande partie de mes matériaux. Il
» paroît trop animé de l'eſprit républi
» cain. ... On jugera de M. Walpool,
» non par ce que j'en dirai, mais par
» ſes opérations. On n'aura point à me
» reprocher que je me ſuis trop livré
» aux portraits ; tout ſera en action. Je
» ferai toujours marcher mon Lecteur
» à côté du Miniſtre ; aucune de ſes
» démarches ne lui échappera ; par ce
» moyen je le mettrai en état de le ju
» ger.. .. J'oſe dire que le Lecteur ſe
» trouvera intéreſſé par les harangues,
» les raiſonnemens , la politique & les
» réfléxions que les divers événemens
» arrivés ſous le miniſtère du Chevalier
» Walpool ont occaſionnés.. ... J'ai a
» douci, autant † m'a été poſſible,
» les expreſſions dures & libres qui ſe
» trouvene dans certaines harangues où
» il eſt queſtion de la France. .. j'ai
» mis tous mes ſoins à écarter les dou
» tes que contiennent les écrits que la
» liberté Angloiſe donne le droit de
» rendre publics; l'original que je con
116 MERCURE DE FRANCE.
» ſulte, mais que je ne ſuis point entiè
» rement, avertit lui-même qu'il a été
» obligé de faire un choix , pour ne
» pas commettre d'injuſtice, &c.
RosE & Colas , Comédie en un
Acte, Proſe & Muſique , repréſentée
pour la premiere fois par les Comé
diens Italiens ordinaires du Roi, le 8
Mars 1764 La Comédie eſt de M.
Sedaine, & la Muſique de M. Mon
cigny. Prix
1 liv. 4 ſols. A Paris ,
chez Claude Heriſſant , Imprimeur-Li
braire , rue Neuve Notre-Dame, à la
Croix d'or , avec approbation & pri
vilége du Roi ; 1764; in-8°. On trou
ve chez le même Libraire les airs dé
tachés : prix, 1
partition. .
liv, 16 f On grave la
-
-
-
On parlera plus au long de cette
Piéce dans l'Article des Spectacles,
· PRosPECTUS d'un Livre intitulé,
Etat préſent de l'Orléannois, ou Eſſai
hiſtorique & typographique de cette Pro
vince, diviſé en trois parties ; avec cette
Epigraphe : Ille terrarum mihi prœter
•mnes angulus ridet; Hor. Avec addition.
de notes ſingulières.
Cet Ouvrage auquel M. Recullé de
,
M A I. 1764.
117
Saint-Laurent travaille depuis trois ans ,
& auquel il a été encouragé par le Chef
du Conſeil d'un de nos Princes, con
tient Orléans, ce qui s'y eſt paſſé de plus
remarquable, les meilleurs crus de vin ,
les Sçavans, les Rois, les Ducs, la Mai
ſon entière de Monſeigneur le Duc
d'Orléans, l'Evêché, les Evêques, l'E-
dit de 1758 soncernant la délivrance des
priſonniers , la Cathédrale, les autres
Chapitres de la Ville & du Diocèſe, les
Abbayes de la Ville & du Diocèſe , les
Collateurs des Cures, les Paroiſſes d'Or
- léans, les deux Commanderies , les Sé
minaires, la Juriſdiction Eccléſiaſtique,
les Bureaux , le Gouvernement, les Tri
bunaux, un Traité honorable de la Ma
giſtrature, de MM. les Avocats, Notai
res & autres Compagnies, l'Univerſité,
la Médecine, la Chirurgie, la nouvelle
Société d'Agriculture, les Bibliothéques,
l'Académie des Sciences, la Butte, l'A-
cadémie de Muſique, le Spectacle, &c.
Les principales Villes & Bourgs de l'Ap
panage, ſuivant le rôle des Aſſiſes, com
me Pithiviers, Meun, Jargeau, Arte
nay, Toury, Saint-Benoît, Donnery,
Cléry, Monpuipeau , Saint-Denis-de
Jargeau, Rebrechien , la Ferté, Sue
vre, &c. Jenville, Baugency , Bois
I 18 MERCURE DE FRANCE.
commun, Sully, Château-neuf, Gien ,
Montargis, &c. Chartres, ce qu'il y a
de remarquable ſur cette Ville; les Ab
bayes, Villes & principaux Bourgs de
ce diocèſe. Blois, ce que l'Hiſtoire nous
en apprend de plus intéreſſant; ſa Cham
bre des Comptes,les Abbayes, Villes &
principaux endroits de ce Pays & Dio
cèſe ; le tout accompagné d'Edits, Ar
rêts , Traits d'Hiſtoire, faits & Anec
dotes utiles & de ſentimens.Cet Ouvra
ge ſera ſuivi d'une ſuite concernant les
Villes Epiſcopales, les Cours Souverai
nes, les Gouvernemens, &c. Si quel
qu'un a quelques Notes à faire paſſer à
l'Auteur, il eſt prié de le faire au plutôt,
chez M. Valleyre fils, Imprimeur & Li
braire à Paris, rue de la vieille Boucle
rie, & d'affranchir les lettres. Cet Ou
vrage ſera de format in-12. de 3 liv. &
de 4o ſ.
-
. ZÉLIs au bain , Poëme en quatre
Chants; à Genéve, & ſe trouve à Paris,
chez Jorry, Imprimeur-Libraire , rue
& vis-à-vis de la Comédie Françoiſe ;
iu-8°. 1763 ; en tres-beau papier, orné
de quatre Eſtampes, quatre Vignettes,
quatre culs-de-lampes & d'un Frontiſ
pice, le tout deſſiné & gravé par de
très-habiles Maîtres.
» ſes plus
M A I. 1764.
I I3
Outre tous ces ornemens typogra
phiques, qui font rechercher cette Bro
chure par les Connoiſſeurs, on doit
encore compter pour beaucoup le mé
rite littéraire de cette agréable produc
tion , où régne ce que la Poëſie a de
plus riche , de plus tendre & de plus
gracieux en expreſſions, en ſentimens
& en images.
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Résumé : « INSTRUCTIONS pour la premiere Communion, distribuées en cinq desseins, par [...] »
En 1764, plusieurs ouvrages notables ont été publiés. Parmi eux, 'Instructions pour la première Communion' de M. Voile de Moz, curé de Bouhi, est un livre destiné aux enfants. Le 'Traité des Miracles' explore la nature, les fins et l'usage des miracles, en se basant sur les écrits de Saint Augustin et Saint Thomas, et est structuré en trois parties. L''Essai de navigation Lorraine' aborde les aspects politiques, militaires, commerciaux et maritimes de la navigation en Lorraine. La 'Métaphysique de l'âme' est une traduction de l'œuvre de M. Adam Smith sur les sentiments moraux. La 'Traduction du Traité de l'Amitié' de Cicéron est appréciée pour sa qualité. L''Histoire d'Écosse' de M. Guillaume Robertson couvre les règnes de Marie Stuart et Jacques VI jusqu'à son accession au trône d'Angleterre. Le texte évoque également une œuvre sur la rivalité entre Élisabeth et Marie, attribuant leur conflit à une jalousie féminine. La 'Grammare des Sciences Philosophiques' de Benjamin Martin traite divers aspects de la philosophie naturelle. L''Histoire du Ministère du Chevalier Robert Walpool' est publiée à Amsterdam et à Paris, sans jugement personnel de l'auteur. La pièce de théâtre 'Rose et Colas' de Sedaine, mise en musique par Moncigny, a été représentée en mars 1764. Un prospectus annonce un livre sur l'Orléannois, détaillant l'histoire et les aspects notables de la province d'Orléans. Deux autres ouvrages sont mentionnés : le 'Traité honorable de la Magistrature', qui contient des informations sur diverses professions et institutions, et le poème 'Zélis au bain', composé de quatre chants, publié à Genève et disponible à Paris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1153
p. 152-164
SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Début :
LE 25 du mois d'Août dernier, 1763, l'Académie célébra le matin la [...]
Mots clefs :
Femmes, Sein, Mort, Discours, Gangrène, Utérus, Sciences, Abbé Gros, Traité, Mauvais, Voyages, Voyageur, Histoire, Couches
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
SÉANCE publique de l'Académie des
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
LE 25 du mois d'Août dernier,
1763, l'Académie célébra le matin la
Fête de Saint Louis, par une Meſſe
M A I. 1764.
I 53
qu'elle fit dire , & après laquelle M.
l'Abbé de Baſtard Prêtre , Sacriſtain
de la Cathédrale & l'un de nos Confrè
res, lut le Panégyrique du Saint, qui
eut l'applaudiſſement d'une nombreuſe
aſſemblée.
Le même jour, vers les cinq heures
après midi, l'Académie ſe rendit à l'Hô
tel-de-Ville, où en préſence de MM.
les Maire & Conſuls, d'un grand nom
bre d'Officiers , & d'autres perſonnes
de diſtinction, M. Brouzet, Directeur ,
ouvrit la ſéance par un diſcours, où il
parla de la Paix ; & des circonſtances
qui l'ont précédée, & à la fin du quel il
fit l'Eloge du RoI, de M. le Comte. de
· S. Florentin notre Protecteur , de M.
notre Evêque & de M. de Mairan. En
ſuite il s'étendit beaucoup ſur l'éduca
tion morale des Enfans : c'étoit la ſe
conde partie de ſes réfléxions ſur ce ſu
jet. Il en avoit lu la première dans la
ſéance publique précédente.
M. l'Abbé de Manſe, qui avoit été
chargé par la Compagnie de faire le
précis du diſcours ſur l'utilité des Voya
ges, que notre Aſſocié M. l'Abbé Gros
de-Beſplas de la Maiſon & Société de
Sorbonne, vient de faire imprimer,
lut ce qui ſuit,
.
"
G v
*
-
.
^.
154 MERCURE DE FRANCE.
M. l'Abbé Gros, après une courte
Préface , où il rend compte des motifs
qui l'ont engagé à choiſir le Sujet qu'il
a traité, commence ſon diſcours par
un remercîment de la grace qu'il dit
avoir reçue , en ſe voyant admis par
mi nous. La modeſtie & la reconnoiſſan
ce ſemblent lui avoir dicté les expreſ
ſions dont il ſe ſert à cette occaſion ;
il paſſe tout de ſuite à l'utilité des voya
ges, relativement aux Sciences & aux
mœurs :
il
fait voir que les voyages
éclairent les Sciences & qu'ils forment
les mœurs : voilà les deux parties de
ſon diſcours.
-
, Les voyages, dit-il, après M. Piga
miol de la Force, on été les premières
écoles du monde , & les Voyageurs
les premiers Sçavans. Rempli de l'idée
de cet Auteur , M. l'Abbé Gros regar
de l'Univers comme un cabinet , & un
Voyageur comme un Sçavant qui par
court tous les Livres qui y ſont conte
nus; avec cette différence, que le Voya
geur en interrogeant les hommes de
tous les pays , en eſt bien autrement
· affecté , que le Sçavant qui n'interroge
que les Livres : tout eſt froid pour
celui - ci ; tout s'anime pour celui-là.
L'hiſtoire des Nations policées , & de
M A I. 1754.
-
1 55
celles qui ne le ſont pas, l'hiſtoire des
Empires & des Peuples, l'hiſtoire natu
relle, l'hiſtoire même de la Religion ,
tout eſt à découvert pour celui qui
voyage ; les Sciences proprement dites,
Philoſophie, Théologie, Aſtronomie ,
Géographie, Tactique, Médecine, Bota
nique , tout eſt dévoilé au voyageur. Il
juge de tout , parce qu'il voit tout, qu'il
écoute tout.
-
C'eſt le tableau que nous préſente
l'Auteur dans la première
partie de
ſon Diſcours ; & ce tableau eſt un
tableau mouvant, qui fait paſſer l'objet
dans le cœur du Spectateur.
La ſeconde partie , dit M. de Manſe,
eſt d'autant plus agréable à lire, que
l'Auteur combat victorieuſement par
les faits le préjugé que l'Abbé Regnier
a réduit en maxime : rarement à courir
le monde , on devient plus homme de
bien. On ne peut ſe refuſer à tout ce
que M. Gros dit pour prouver que les
voyages ſont profitables aux mœurs ;
premierement, en corrigeant les défauts
qui peuvent ſe trouver dans les caracté
res nationaux & perſonnels.
Il y a
des vices , dit-il , auxquels on ne peut
échapper que par la fuite ; le voyageur
fait toujours. Secondement , en ſubſti
G vj
/
156 MERCURE DE FRANCE.
tuant à ces défauts les qualités qui don
nent de l'éclat aux Nations que l'on va
viſiter. La vertu ſe montre au voyageur
ſous tant d'images, qu'il ſent redoubler
pour elle ſon inclination. D'ailleurs il a
des motifs bien puiſſans pour devenir
vertueux ; la gloire de ſa Nation, & ſà
gloire perſonnelle.
-
| Parmi nous un Citoyen ſe montre-t-il
léger ? c'eſt le vice de la perſonne : chez
l'Etranger , il fait accuſer la Nation ;
· c'eſt le vice des François. Parmi nous
le Citoyen jouit d'une confidération ,
qui peut-être n'eſt due qu'à ſes Pères :
chez l'Etranger, il n'a d'autre reſſource
que ſon propre mérite pour ſe concilier
les ſuffrages de ceux avec qui il vit.
M. l'Abbé Gros finit ſon Ouvrage par
I'Eloge du RoI,de M.le Comte de S. Flo
rentin notre Protecteur, de M. Béſiers
notre Chef, de M. de Mairan notre Fon
dateur, de Mde Lepaute notre Aſſociée;
& tous ces Eloges font ſortir le mérite
de celui qui loue , de même que le mé
rite de ceux qui ſont loués.
Après le Diſcours dont je viens , dit
M. de Manſe, de donner le précis, M.
Gros ajoute des réfléxions ſur les Voya
ges; & ce n'eſt pas l'endroit le moins
piquant , ni le moins utile de ſon écrit.
M A I. 1764.
157
Il étoit ſi plein de ſa matière , que ne
pouvant pas faire entrer tout ce qu'il
avoit médité la-deſſus, dans un diſcours
de demi-heure de lecture, il a été obligé
de la ciſailler, pour ainſi dire, afin de ne
rien omettre de ce qui devoit perſuader
ſon Sujet, & pour en faire retirer les
avantages qu'il en a retirés lui - même.
Comme Orateur, ſon éloquence déter
mine à voyager : comme penſeur, ſes
maximes apprennent à voyager : la mé
fiance, dit-il, eſt un vice dans le com
merce de la Société : elle eſt indipenſa
ble dans les voyages, & devient une
prudence; c'eſt en ce ſens, qu'on a tou
jours dit que la méfiance étoit mère,
de ſureté.
L'
-
Si l'on croit les gens du Païs , on
accourcit ſon chemin par les ſentiers ;
& j'aſſure , dit-il, qu'on l'abrège par
les grandes routes. Cette maxime a l'air
d'un paradoxe ; mais en l'éxaminant ,
on en découvre aiſément la vérité.
Les autres réfléxions que l'on trouve
en aſſez grand nombre dans l'ouvrage
de M. l'Abbé Gros , ſont très - judi
cieuſes, & d'une pratique ſûre & avan
tageuſe. Il ſeroit à ſouhaiter qu'on les
gravât dans l'eſprit & dans le cœur des
jeunes gens qu'on deſtine à voyager.
158 MERCURE DE FRANCE:
M. Bouillet le Père parla enſuite ſur
la mort prompte de quelques femmes
en couche , & ſur les moyens de pré
venir cette mort. Il n'en détailla pas
toutes les cauſes : il réſerva pour une
autre occaſion la ſyncope, la ſuffoca
tion utérine , l'apopléxie laiteuſe ; &
pour l'hémorrhagie exceſſive , il ren
voya à M. Levret, habile Accoucheur
de Paris , qui en a très-bien diſſerté
dans un de ſes ouvrages. Il ſe borna à la
gangrène de l'utérus, ſuite de l'inflam
mation de cette partie , & la cauſe la
plus ordinaire de la mort prompte de ces
accouchées : Sujet qui ne paroît pas
avoir été traité en particulier * & avec
toute l'attention qu'il mérite.
Mais à quoi attribuer cette inflam
mation, & la gangrène qui lui ſuccède
ſi promptement ? Le commun des hom
mes en rapporte ordinairement la cauſe
à quelque coup extérieur , à quelque
chute , ou à quelque déchirure, a quel
que contuſion dans l'intérieur du ſein ;
& l'on ne peut pas nier qu'a l'égard de
" M. Aſtruc a parlé de l'inflammation de la
ma trice hors le temps des couches ; mais il n'a
pas encore traité ex profeſſo de celle qui ſurvient
d'abord après l'accouchement. V. Traité des ma
ladies des Femmes imprimé en 176 I.
,
M A I. 1764.
159
certaines femmes qui ont péri bruſque
ment , ces cauſes n'aient eu quelque
part à leur mort. On ne manque guères
auſſi de ſoupçonner quelque faute dans
le traitement de l'accouchée ,
ſi ſa
mort a été précédée d'une maladie de
quelques jours.
Cependant, on voit 1°. mourir des
accouchées , qui n'avoient fait aucune
chute , & qui n'avoient reçu aucun
coup ſur le ventre.
2°. Il en meurt auſſi ſans qu'il y ait
eu aucune écorchure ou contuſion dans
leur ſein ; & l'on en voit réchapper dont
le ſein n'a pû qu'être furieuſement mal
traité. Car ſans parler de celles qui ont
ſurvécu
à l'Opération Céſarienne ,
combien d'exemples n'a-t-on pas, de
femmes à qui on a arraché de force .
ou tiré par des crochets des enfans
morts, ou des têtes ſeparées de leur
tronc , ou enclavées entre les os du
baſſin, ſans que la mort s'en ſoit tou
jours enſuivie ?
Il y a plus : on a vu revenir en ſanté
des femmes à qui les enfans pourris dans
leur ſein, avoient percé l'abdomen, s'é-
toient frayés une iſſue à travers les
membranes de l'utérus & de l'inteſtin
-
•
•
• •
• à
7 6- MERCURE DE FRANCE.
rectu n,"d'où ils ſortoient par piéces : ce
qui prouve évidemment, que, quoique
la ſubſtance de l'utérus ſoit très-délicate,
très-ſuſceptible des impreſſions ſoit ex
térieures , ſoit intérieures , & qu'il faille
la ménager avec toute l'attention poſ
ſible , ce n'eſt pas pourtant toujours
à raiſon de ſa délicateſſe , ni à raiſon
des incifions qui ont pu y être faites,
ou des meurtriſſures qu'elle a pu rece
voir , ou des inflammations & des
abſcès qui ont pu s'y former, que la
gangrène de cette partie enléve ſi bruſ
quement la femme en couche.
3°. Enfin il meurt des accouchées
entre les mains des plus habiles Mé
decins, quoiqu'elles ſe fuſſent délivrées
naturellement, & que dans leur mala
die elles euſſent été traitées ſelon toutes
les régles de l'Art.
A quoi donc attribuer le triſte ſort
de ces femmes ? C'eſt, répond M. B. à
la nature de la fiévre qui les attaque
d'abord après l'accouchement, & à la
quelle ſuccédent promptement l'inflam
mation & la gangrène de leur ſein.
* V. Joann. Langii Epiſt. Mad. Lib. 2. Epiſt.
39. Mém. de l'Acad. Royale des Sciences, année
17o2. p. 234. Obſerv. de Médecine de la Société
d'Edimbourg. Tom, V, Art, 39° &c.
M A I. 1744.
161 .
Après avoir expliqué en peu de mots
Ia diſpoſition de l'utérus après l'en
fantement, & avoir rapporté les cauſes
générales de la gangrène & du ſphacèle,
· M. B. ajoute qu'il eſt viſible que ſi une
femme avant ſes couches n'a pas ob
ſervé les régles d'une ſage diéte, ſi elle a
uſé de mauvais alimens, d'alimens capa
bles de fournir une grande quantité de
ſucs de mauvaiſe qualité,ou que par quel
que cauſe que ce ſoit ces mauvais ſucs ſe
ſoient formés dans ſon corps , que
d'abord après l'accouchement ils vien
nent à ſe développer, & qu'ils occa
ſionnent une fiévre de mauvais ca
ractère avec de violens redoublemens ,
ſon ſein doit s'engorger à un extrême
degré , ſe gangrener , ſe ſphacéler,
d'où s'enſuivra une prompte mort.
On ne ſera pas ſurpris de ce funeſte
accident, ſi on conſidére d'un côté !'état
où ſe trouve le ſein des femmes d'abord
après l'accouchement, & de l'autre, ſi
on examine les effets que doivent pro
duire ſur ce viſcére les violens pa
roxiſmes d'une fiévre putride maligne.
On s'imagine bien qu'il faut un peu
de temps pour que les parois de l'utérus
énormément diſtendus vers la fin de la
groſſeſſe, ſe rapprochent; que leurs vaiſ
ſeaux extrêmement gonflés ſe vuident
1 62 MERCURE DE FRANCE.
des liqueurs qu'ils contiennent, & que
tout le corps de ce viſcére revienne à
ſon premier état ; d'où il eſt aiſé de
comprendre que s'il arrive de violens
redoublemens de fiévre , avant que
l'utérus ſoit réduit à ſon premier volu
me ; ſes vaiſſeaux déjà gorgés & dé
pourvus d'élaſticité céderont aiſément à
l'impétuoſité des humeurs qui y abor
deront; les extrémités capillaires de leurs
rameaux artériels ſe rempliront outre
meſure; les liqueurs qui y ſont accumu-'
lées ne pourront plus rouler; les tuni
ques de quelques rameaux trop dilatées
fe rompront ; & il ſurviendra une ceſſà
tion totale du cours des liquides, & du
mouvement ſyſtaltique des ſolides : en
un mot la gangrène & le ſphacéle ou
la mort de ce viſcére qui entraîne
promptement celle de l'accouchée.
Ajoutons que plus les femmes auront
· manqué dans leur régime pendant leur
groſſeſſe, plus elles ſeront expoſées à
ce ſiniſtre événement après leurs cou
ches , & beaucoup davantage celles
dont le ſein n'étoit pas originairement
bien conſtitué.
M. B. rend raiſon du mauvais ſuccès
des remédes dans le cas dont il s'agit; &
il ajoute qu'on ne doit accuſer ici ni
M A I. 1764.
163
Médecin , ni Accoucheur. Il prétend
qu'ils ne ſont point alors comptables de
la mort de ces infortunées ; & que c'eſt
uniquement à la mauvaiſe diſpoſition
de leur ſein , & à la fiévre putride
-maligne qui les ſaiſit d'abord après leurs
couches , qu'il faut s'en prendre.
D'où il conclut que pour éviter une
ſi bruſque & ſi fâcheuſe cataſtrophe, le
· ſeul moyen ſeroit de prévenir la fiévre
putride maligne qui fait périr les femmes
en couche en occaſionnant prompte
ment l'inflammation & la gangrène de
leur ſein. Et ce moyen conſiſte , dit-il,
en un régime très-rigoureux , en une
privation abſolue d'alimens indigeſtes,
ou aiſés à ſe corrompre, ſur-tout de
ragoûts , de pâtiſſeries , de liqueurs ar
dentes ou faciles à s'enflammer, en un
ſommeil tranquille , en un exercice
modéré, & en une ſuſpenſion prèſque
totale des paſſions de l'âme : en un
mot, en une manière de vivre frugale ,
priſe principalement des végétaux , &
réglée de telle ſorte,que les femmes pen
dant leur groſſeſſe n'ayent aucune in
digeſtion à craindre, & qu'elles puiſſent
ſe flatter de ne porter aucun mauvais
levain dans leur corps , ou ce qui revient
au même , de n'avoir aucun foyer de
\
1 o4 MERCURE DE FRANCE.
maladie lors de leur enfantement.
Avec de telles précautions, auxquelles
vraiſemblablement peu de femmes groſ
ſes voudront entièrement s'aſſujettir ,
quelque néceſſaires qu'elles leur ſoient,
ou du moins en y ſuppléant ſuffiſam
ment, s'il eſt poſſible, par le ſecours
de l'Art , elles préviendront infaillible
ment la fiévre putride maligne , dont
, quelques-unes ſont menacées après leurs
couches, & dont les effets leur ſont ſi
funeſtes.
-
-
-
A BESIERS, le 15 Septembre 1763.
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Résumé : SÉANCE publique de l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de BÉSIERS.
Le 25 août 1763, l'Académie des Sciences & Belles-Lettres de Béziers célébra la fête de Saint Louis avec une messe et un panégyrique. Dans l'après-midi, l'Académie se réunit à l'Hôtel-de-Ville. M. Brouzet, Directeur, ouvrit la séance en évoquant la paix récente et en rendant hommage au Roi, au Comte de Saint-Florentin, à l'Évêque et à M. de Mairan. Il aborda ensuite la question de l'éducation morale des enfants. L'Abbé de Manse présenta un résumé du discours de l'Abbé Gros de-Besplas sur l'utilité des voyages, soulignant leur rôle dans l'acquisition de connaissances variées et la formation des mœurs. L'Abbé Gros réfuta le préjugé selon lequel voyager ne rend pas nécessairement meilleur, affirmant que les voyages corrigent les défauts nationaux et personnels et encouragent la vertu. Le texte traite également des réflexions de l'Abbé Gros et de M. Bouillet sur la mortalité maternelle. M. Bouillet examina les causes de la mort rapide de certaines femmes en couches, notamment la gangrène de l'utérus due à des traumatismes ou des erreurs de traitement. Il identifia une fièvre maligne post-partum comme principale cause, aggravée par une mauvaise alimentation pendant la grossesse. Cette fièvre entraîne une inflammation et une gangrène de l'utérus, menant à la mort. Pour prévenir cette condition, M. Bouillet recommanda un régime strict durant la grossesse, évitant les aliments indigestes et les boissons alcoolisées, ainsi qu'un mode de vie frugal et modéré.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1154
p. 19
VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans la Semaine Sainte.
Début :
PARTEZ, partez, belle Quêteuse. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans la Semaine Sainte.
VERS à Mde D. S. qui quêtoit dans la Semaine Sainte.
PARTEZ, partez, belle Quêteuse.
De votre quête heureuſe
On pourroit racheter
Les captifs de plus d'un Corſaire .. ..
Mais hélas ! qui pourroit compter
Tous ceux que vos beaux yeux font faire ?
Par M. S. C.
PARTEZ, partez, belle Quêteuse.
De votre quête heureuſe
On pourroit racheter
Les captifs de plus d'un Corſaire .. ..
Mais hélas ! qui pourroit compter
Tous ceux que vos beaux yeux font faire ?
Par M. S. C.
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1155
p. 93-104
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
MÉMOIRES sur les Matières domaniales, ou Traité du Domaine, Ouvrage [...]
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
MÉMOIRES sur les Matières domaniales,
ou Traité du Domaine, Ouvrage
poſthume de feu M. le Fevre de laPlanche,
Avocat du Roi au Bureau des Finan
ccs, ordinaire en la Chambre du Do
maine ; avec une Préface & des Notes
de l'Editeur.A Paris, chez Deſaint &
o4 MERCURE DE FRANCE.
Saillant , rue S. Jean de Beauvais , &
chez Vincent , rue S. Severin ; avec
Approbation & Privilége du Roi, 1764,
Tome premier in-4°.
Voici le premier Tome d'un Ouvra
ge qui ſera ſuivi de deux autres volu
mes que l'on imprime préſentement,
& qui ſeront délivrés dans le courant
de l'année. Le prix total eſt de 3o liv.
c'eſt-à-dire de 1o liv. chaque volume
en feuille. Les Libraires reçoivent 15
livres en délivrant le premier volume,
& donnent leur engagement de remet
tre à la fin de l'année, pour pareilie
ſomme, les Tomes 2. & 3. Aucun Au
teur n'avoit encore donné ſur les Ma
tières Domaniales des ſecours qui ré
pondiſſent aux deſirs des Juriſconſultes ;
on a lieu de croire par conſéquent que
ce Livre recevra de leur part un ac
cueil favorable. Il contient une érudi
tion abondante; & l'Editeur y a joint
une Préface & des Notes dans leſquel
les il s'eſt propoſé de ſuppléer à ce qui
manquoit pour donner à l'Ouvrage
§ la perfection dont il eſt ſuſcep
tlble.
| INsTRUCTIoNs pour les jeunes Da
mes qui entrent dans le monde ; ſe mar
J U I N. 1764.
95
rient ; leurs devoirs dans cet état & en
vers leurs enfans ; pour ſervir de ſui e
, au magazin des adoleſcentes ; par Ma
dame Leprince de Beaumont ; à Lon
dres , chez Jean Nourſe , libraire du
Roi ; & à Paris , chez Deſaint & Sail
|
lant , rue S. Jean de Beauvais , vis-à-
vis le K ol'ége ; 1764 ; quatre volumes
in-12. petit fcrmat.
·
Madame Leprince de Beaumont tra
vaille depuis douze ans a inſtruire les
enfans & les adoleſcentes ; & tout le
monde ſçait le ſuccès de ſes I ivres auſ
quels elle a toujours donné le titre de
· Magazin. Celui ci qui eſt fait dans le
· même goût, nourroit être intitulé le Ma
gaſin des filles à marier , & ne mérite
pas moins oue les précédens , l'ac
·cueil favorable du Public.
.
, LETTREs d'un A8ionnaire ſur le
Commerce de la Con p gnie des In
des ; à Avignon , 17b4 ; Brochure in
12. de 64 pages.
-
,-
,
-
Ces Lettres traitent 1 °. de l'utilité du
Commerce de la Cempagnie des In
des. 2°. Du parti qu'ont pris quelques
A8tionnaires d'en demander la diſſolu
tion. 3°. De la queſtion s'il ne ſeroit pas
plus avantageux de rendre le Commer
/
-
-
96 MERCURE DE FRANCE.
ce libre, que d'en accorder le privilége
excluſif à une Compagnie. 4°: Sur la
poſſibilité de remonter ce commerce
pour le rendre avantageux à l'Etat &
utile aux citoyens.
LEs Métamorphoſes, Poëme héroï
comique , traduit de l'Allemand de
M. Zacharie. A Paris , chez Four
nier, Libraire , rue de Hurepoix , à
la Providence , 1764; brochure in-12 ,
petit format.
On lit dans la Préface, que le Poëme
dont on donne la traduction, eſt le coup
d'eſſai d'un Auteur que l'Allemagne
met au nombre de ceux qui lui font le
· plus d'honneur. M. Zacharie avoit à
peine dix-huit ans , lorſqu'il publia ces
Métamorphoſes ; & elles furent reçues
avec un applaudiſſement univerſel. C'eſt
une ſatyre enjouée & délicate contre les
Coquettes & les Petits-Maîtres. L'Au
teur a ſçu y répandre le badinage le plus
ingénieux, des alluſions hardies, mais
qui plaiſent par leur vérité , & un co
mique riant, que reléve le contraſte ſin
gulier de ſes comparaiſons.
· LETTRE de Valcour, Officier Fran
gois, à Zetla, jeune Sauvage eſclave à
Conſtantinople ,
(
|
l
J U I N. 1764..
97
Conſtantinople, précédée d'une Lettre
à Madame ***. en France ; 1764, bro
chure in-8°. de 24 p. avec deux petites
vignettes, chez Cailleau , Libraire, rue
Saint Jacques.
-
Nous avons annoncé dans un de nos
Mercures précédens une Lettre de Zéila à
Valcour, par M. Dorat. Un jeune Au
teur qui n'écrit pas encore en proſe &
en vers auſſi-bien que M Dorat, a fait
une réponſe à cette Lettre : mais il n'é-
gale ſon modèle ni par le mérite litté
raire, ni par la dépenſe faite pour l'exé
cution typographique.
PRoSPEcTUs de trois Ouvrages pro
poſés par ſouſcription, dont l'un eſt in
titulé Guide du Commerce : le ſecond ,
Meppemondes , ou Tables pour trouver
la correſpondance des poids , des au
nages & des meſures de continence, qui
ſont en uſage dans l'Europe, l'Aſie ,
l'Afrique & l'Amérique. Le troiſiéme ,
l'Arithmétique démontrée, opérée & ex
pliquée, par M. G*** de L***, né
gociant à Nantes, avec approbation &
privilége du Roi. Le premier formera
deux volumes, l'un in folio & l'autre
in-4°. Le ſecond ſera un volume in-8°,
ainſi que le troiſiéme.
E
93 MERCURE DE FRANCE.
| On aura une connoiſſance exacte de
ce que contiennent ces trois Ouvrages,
en liſant le Proſpectus qui ſe diſtribue à
Paris chez Deſpilly, Libraire , rue S.
Jacques, à la Croix d'or; & à Nantes,
chez la veuve Vatar, haute grande rue.
Nous dirons ſeulement ici, qu'ils nous
paroiſſent devoir intéreſſer tous les Com
merçans,les Banquiers & les Financiers :
ils liront dans le Proſpectus les condi
tions propoſées aux Souſcripteurs, le
prix des Livres, & le tems où ils pour
.ront être délivrés , &c.
HIsToIRE de la Maiſon de Montmo
rency, par M. Déſormeaux ; à Paris ,
. chez Deſaint & Saillant, Libraires, rue
S. Jean de Beauvais, & chez Ducheſne,
rue S. Jacques , 1764, avec approba
tion & privilége du Roi, cinq volumes
, In - I 2.
En attendant que nous faſſions un
ou pluſieurs extraits de cette Hiſtoire
curieuſe , intéreſſante & bien écrite,
nous ne ferons qu'indiquer aujourd'hui
ce que contient chacun des volumes
dont elle eſt compoſée. Le premier ren
ferme la Généalogie de la Maiſon de
Montntcrency, & ſon Hiſtoire depuis
l'année 96o , juſqu'en 1531. Le ſe
cond, la vie du Connétable Anne , &
-
, J U I N. 1764:
99
celle de François, Maréchal de France,
depuis 1494, juſqu'en 1579. Le troi
ſiéme, la Vie de Henri I, Connétable
de France , celle de Charles , Duc d'Am
ville, grand Amiral de France, & celle
de Henri II , Duc de Montmorenci ,
depuis 1 547, juſqu'en 1632. Le qua
· triéme, la Vie de François-Henri de
Montmorenci , Maréchal , Duc de
Luxembourg, depuis 1628 , juſqu'en
1679. Le cinquiéme, la ſuite de cette
-Vie, juſqu'en 1695.
DE l'exportation & de l'inportation
des grains , Mémoire lû à la Société
-Royale d'Agriculture de Soiſſons, par
M. Dupont, l'un des Aſſociés , avec
cette épigraphe : fluunt imbres , naſci
turaurum. F. Q. A Soiſſons, & ſe trouve
à Paris , chez P. G. Simon , Imprimeur
du Parlement, rue de la Harpe, à l'Her
cule ; avec approbation & privilége du
Roi, 1764; brochure in-8°. de 175
pages.
Il s'agit de prouver les avantages im
menſes que la Nation trouveroit dans
la liberté générale, abſolue & irrévo
cable du commerce extérieur des grains.
Cet écrit nous paroît auſſi ſolide & auſſi
convainquant, que nous le trouvons
E ij
1oo MERCURE DE FRANCE,
clair , précis & méthodique. Par-tout
l'Auteur s'y montre comme un citoyen
zélé, dont toutes les vues n'ont pour
objet que le bien public.
HIsToIRE d'Angleterre, depuis la
deſcente de Jules-Céſar, juſqu'au Trai
té d'Aix-la-Chapelle en 1748, par M.
T. Smolett, M. D. traduite de l'Anglois
par M. Targe, Correſpondant de l'Aca
démie Royale de Marine, & Profeſſeur
de Mathématique à l'Ecole Royale mili
taire; à Orléans, chez J. Rouzeau-Mon- .
taut, & à Paris , chez Deſaint & Sail
lant, rue S. Jean de Beauvais, & chez
Deſpilly , rue S. Jacques, dix-neuf vo
lumes in-12 , avec approbation & pri
vilége du Roi.
On a rendu compte dans le Mercure
du mois de Décembre 176o des quatre
premiers volumes de cet Ouvrage, ce
qu'on auroit continué de faire, ſi on en
avoit eu plutôt la ſuite : il a eu le ſuccès
le plus étonnant dans ſa langue origi
nale. Après pluſieurs éditions qui ont
conſommé plus de dou7e mille exem
plaires , les Libraires de Londres en
annoncent deux nouvelles ſous diffé
rens formats. Cette Hiſtoire eſt la ſeule
qui conduiſe les événemens juſqu'à
J U I N. 1764.
- IO I
notre temps. On continuera à la don
ner pour le prix de quarante-huit livres
reliée, juſqu'à la fin de la préſente an
née , après lequel temps elle ſe vendra
trois livres le volume. On en trouve
des exemplaires à Lyon , chez Bruiſet
Ponthus , & à Rouen , chez la veuve
Dumeſnil.
VIE de Michel de L'Hôpital, Chan
celier de France , à Londres, chez Da
vid Wilſon , & à Paris, chez Debure,
pere, quai des Auguſtins, à l'image S.
Paul , avec permiſſion, 1764, un vol.
in-12. prix , 2 liv. 8 ſols broché.
A juger par l'impreſſion qu'a fait ſur
nous la lecture de cet Ouvrage, nous
croyons qu'on le lira avec le † grand
intérêt. L'Auteur nous repréſente le
Chancelier de L'Hôpital comme un des
perſonnages les plus eſtimables qu'ait
roduit la Nation. Le bien public fut
† qui occupa tous les inſtans de ſa
vie; & pour rendre ſes concitoyens plus
heureux, il ne voulut que les rendre
plus raiſonnables. C'eſt ſous ce point de
vue que l'Hiſtorien enviſage ſon Héros ;
& les détails qu'il offre à ſes Lecteurs
ſont également curieux & inſtructifs.
E iij
',
no2 MERCURE DE FRANCE.
D1ssERTATION adreſſée à nos Sei
gneurs les Evêques, où les jeunes Ex
Jéſuites prouvent qu'ils peuvent en hon
rieur & en ſûreté de conſcience, prêter
les ſermens que les Parlemens exigent
d'eux, brochure in-12 de ſoixante-huit
pages, dont on trouve quelques exem
plaires à Lyon, chez les Libraires aſſo
ciés, & à Paris chez Bauche, quai des
Auguſtins , 1764.
On expoſe d'abord la formule du ſer
ment; on la partage enſuite en pluſieurs
articles ; on fait voir qu'il n'y en a aucun
que les jeunes Jéſuites , c'eſt-à-dire,
ceux qui n'ont pas fait les derniers vœux,
ne puiſſent ſigner. On propoſe les diffé
rentes objections que l'on peut faire
contre cette opinion ; & il nous a paru
qu'on les réfutoit aſſez bien.
RÉFLExIoNs générales ſur l'iſle de
Minorque, ſur ſon climat, ſur la ma
nière de vivre de ſes habitans , & ſur
les maladies qui y regnent , par M.
Claude-François Paſſerat de la Cha
pelle , Conſeiller du Roi, Medecin ci
devant de l'Armée de France dans cette
iſle, Aſſocié-Correſpondant de la So
ciété Royale des Sciences de Montpel
lier , à Paris, chez la veuve d'Houry ,
J U I N. 1764.
: c3
Imprimeur-Libraire de Mgr le Duc d'Or
léans, rue S. Severin, près la rue S.
Jacques , avec approbation & permiſ
fion , 1764 , brochure in-12 de 139
pages.
-
A
L'Auteur n'avoit d'abord fait ces ob
ſervations que pour ſa propre inſtruc
· tion ; mais les avantages qu'il en retira
pour fa pratique, lui perſuaderent qu'el
les pourroient être utiles à ceux qui lui
· ſuccéderoient dans la place qu'il occu
poit. Il les rédigea donc par écrit : il y
joignit les réfléxions qu'il avoit faites
ſur les maladies qui lui avoient paru
régner plus particuliérement dans ce
pays, & dépendre de l'expoſition des
lieux, de la nature du ſol & de la ma
nière de vivre de ſes habitans. Il forma
de tout cela l'Ouvrage que nous an
nonçons, & que nous croyons très
utile.
TARIF de la réduction des mon
noies de France & de Lorraine; à Nan
cy, chez Charlot, fils, Imprimeur des
Cours Souveraines , rue S. Nicolas ,
1763 , & à Paris, chez Brocas & Hum
blot, rue S. Jacques , au ChefS. Jean,
petit in-32 de 4o pages.
Ce Livret peut convenir aux Négo
E iv
1o4 MERCURE DE FRANCE.
cians de France qui ſont dans le cas de
faire le commerce avec les Lorrains.
DIssERTATIoN ſur les dépôts du
ſinus maxillaire , par M. Bourdet, Den
tiſte du Roi , Chirurgien ordinaire ,
Opérateur de Sa Majeſté, &c. A Paris,
de l'imprimerie de Jean-Thomas Hériſ
ſant, Imprimeur du Cabinet du Roi,
avec approbation & permiſſion, 1764,
brochure in-12 de quarante-huit†
M. Sue ,
Chirurgien & Cenſeur
Royal, dit dans ſon Approbation , que
l'Ecrit de M. Bourdet , ſon confrère ,
contient pluſieurs obſervations qui lui
ont paru intéreſſantes & utiles au Pu
blic. Nous nous en tenons à cette déci
ſion d'un homme de l'Art.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juin 1764, le Mercure de France présente divers ouvrages. Parmi eux, les 'Mémoires sur les Matières domaniales' de M. le Fevre de la Planche, un traité juridique en trois volumes destiné aux jurisconsultes, complété par des notes et une préface de l'éditeur. 'Instructions pour les jeunes Dames qui entrent dans le monde' de Madame Leprince de Beaumont est un guide en quatre volumes pour les adolescentes. Les 'Lettres d'un Actionnaire sur le Commerce de la Compagnie des Indes' abordent l'utilité du commerce de la compagnie et la liberté du commerce. Le poème 'Les Métamorphoses' de M. Zacharie est une satire traduite de l'allemand. La 'Lettre de Valcour' répond à une lettre de M. Dorat mais ne atteint pas son mérite littéraire. Trois ouvrages à paraître sont également annoncés : 'Guide du Commerce', 'Mappemondes', et 'l'Arithmétique démontrée'. L''Histoire de la Maison de Montmorency' par M. Désormeaux, en cinq volumes, couvre la généalogie et l'histoire de cette famille de 960 au XVIe siècle. D'autres publications incluent une histoire des connétables de France de 1494 à 1695, ainsi que des biographies de personnalités telles que Henri Ier, Charles d'Amville, et François-Henri de Montmorency. Un mémoire sur l'exportation et l'importation des grains plaide pour la liberté du commerce extérieur des grains. Une histoire de l'Angleterre, traduite par M. Targe, couvre la période de Jules César au traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. La vie de Michel de L'Hôpital, chancelier de France, est présentée comme un ouvrage intéressant. Une dissertation des jeunes Jésuites s'adresse aux évêques pour prouver qu'ils peuvent prêter les serments exigés par les Parlements sans compromettre leur honneur. Enfin, des réflexions sur l'île de Minorque, son climat et les maladies y régnant, rédigées par M. Claude-François Passerat de la Chapelle, sont jugées utiles pour les praticiens médicaux.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1156
p. 38-54
LE JUIF DE VENISE, EXTRAIT.
Début :
ANTONIO, riche Marchand Vénitien, a toute sa fortune sur différens [...]
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texteReconnaissance textuelle : LE JUIF DE VENISE, EXTRAIT.
LE JUIF DE VENISE,
EXTRAIT.
ANTONIO, riche Marchand Vénitien,
a toute sa fortune sur différens
vaiſſeaux qui ſont en mer ; lorſqu'un
ancien ami , Baſſanio, vient lui deman
der trois mille ducats à emprunter. Il s'a
git d'un mariage conſidérable que Baſ
ſanio a en vue, & cette ſomme lui eſt
abſolument néceſſaire pour y parvenir.
Antonio n'a d'autre reſſource pour obli
ger ſon ami que de l'emprunter lui-même
d'un Juif, fameux uſurier , qu'il avoit
toujours déteſté juſqu'alors, & qui, ſous
une condition ſingulière, lui compte les
trois mille ducats. Il fait ſigner à Anto
nio un acte, par lequel ce dernier s'en
gage, au cas que la ſomme ne ſoit pas
acquittée dans deux mois, à ſe laiſſer
couper une livre de chair ſur tel endroit
de ſon corps qu'il plaira au Juif de choi
ſir. Baſſanio, muni de cet argent, ſe
met en équipage & part pour Belmont,
où demeure Portia, jeune & riche hé
ritière dont il eſt amoureux. Cette jeune
perſonne , par une clauſe biſarre du teſ
-
JUILLE T. 1764.
tament de ſon père , ne peut diſpoſer
d'elle-même : c'eſt le ſort qui doit lui
donner un époux. Quiconque prétend
à ſa main doit être introduit dans un
cabinet , où l'on voit trois caſſettes ;
l'une d'or, l'autre d'argent, la dernière
de plomb. Il peut ouvrir celle qu'il choi
ſira ; & ſi le portrait de Portia s'y trou
ve, elle eſt à lui avec toutes ſes richeſſes.
Mais il doit jurer auparavant, qu'il re
nonce pour jamais à tout autre mariage
fi la fortune ne le favoriſe pas dans cette
occaſion, & de garder un ſecret invio
lable ſur celle des trois caſſettes qu'il aura
ouverte. Un Prince Maure vient de
choiſir la caſſette d'or , dans laquelle il
n'a trouvé qu'un ſquelette; & un Prince
d'Arragon celle d'argent, où il n'a vu
qu'un marmouſet. Baſſanio, qui étoit
depuis long-tems cher à Portia, choiſit
celle de plomb, où il trouve le portrait
de ſon amante. Leur joie eſt extrême :
mais elle eſt bientôt troublée par une
| Lettre que reçoit Baſſanio : ſon malheu
reux ami Antonio , dont la mer a en
glouti toute la fortune , s'eſt trouvé
hors d'état d'acquitter , au jour de l'é
chéance, les trois mille ducats. Il eſt dans
les priſons de Veniſe, & le Juif Shylock
exige que la peine à laquelle Antonio
4o MERCURE DE FRANCE.
s'eſt ſoumis, ſoit exécutée à la rigueur.
Portia, qui partage le chagrin de ſon
mari, le fait partir avec tout l'or qu'elle
imagine néceſſaire pour calmer l'avide
cruauté du Juif. Mais ce dernier eſt
infléxible, & ne peut renoncer à une
vengeance après laquelle il aſpiroit de
puis long-tems.
-
Tels ſont les événemens qui rem
pliſſent les trois premiers Actes de cette
Pièce, auſſi intéreſſante que ſingulière.
ACTE IV. *
S C E N E P R E M 1 E R E.
Le Théâtre repréſente une Cour de Juſ
tice, où ſiége le Duc de Veniſe avec plu
ſieurs Sénateurs. Antonio y arrive char
gé de chaînes, accompagné de ſon ami
Baſſanio & autres.
LE DUC, à Antonio.
Je compâtis à votre ſituation : votre
adverſaire eſt implacable, & j'en vois
tout à craindre. Procédons cependant
au jugement de cette affaire.. .. Qu'on
* Cette Traduction eſt d'après la Piéce revue
& corrigée par George Grandville , Lord Lans
downe.
J U IL LE T. 1754.
41
faſſe entrer le Juif... (Shylock paroît.)
que l'on s'écarte & qu'il paroiſſe devant
IlOllS . . . . . Shylock ; le monde & moi de
même , croyons que ta malignité n'a
d'autre but que de pouſſer à bout cette
cruelle plaiſanterie, & l'on eſpére enfin
trouver en toi autant d'humanité que tu
as juſqu'à préſent montré de barbarie.
Conſidere, ſur-tout, combien cet hon
nête Négociant eſt à plaindre, les pertes
immenſes qu'il a faites, les malheurs
imprévus qui l'ont tout-à-coup accablé,
ſon état en un mot digne d'inſpirer la
pitié aux âmes les plus féroces. Après
cela parle, & ſonge que la Cour n'at
tend de toi, qu'une réponſe favorable.
S H Y L O C K.
J'ai fait part à votre grandeur de mes
prétentions, & j'ai juré par le Sabbath,
de ne jamais m'en déſiſter : ſi vous me
refuſez juſtice , puiſſe le blâme en re
tomber ſur vous & ſur les Loix de votre
République l On me demande en vain
pourquoi je préfére aujourd'hui à trois
mille ducats une livre de chair humai
ne ? C'eſt à quoi je n'ai qu'un ſeul mot
à répondre : telle eſt ma fantaiſie.
L E DU C.
Ah cruel l.....cette réponſe en eſt-elle
une ?
42 MERCURE DE FRANCE.
A N T o N 1 O , au Duc.
Seigneur, oubliez-vous que c'eſt un
Juif que vous voulez attendrir...Hélas !
vous humaniſeriez plutôt les animaux
les plus ſauvages...Ainſi, diſpenſez-vous
de grace de lui renouveller mes offres
& de vous abaiſſer plus long-tems juſ
ques à la prière. Prononcez mon Arrêt,
& que ce Vautour ait ſa proie.
B A S S A N I o.
Tiens , Shylock , au lieu de trois
mille ducats, en voilà ſix.
S H Y L O C K.
Quand même chaque Ducat des ſix
mille que tu m'offres en vaudroit ſix ,
je les refuſerois ... je m'en tiens à l'acte
que ton ami a ſigné.
L E D U C.
Quel pardon attends-tu de la Divini
té, toi qui te montres infléxible ?
S H Y L O C K,
Qu'en puis-je craindre, en ne recla- .
mant que mon droit ?....Suis-je plus cou
pable que vous ?... Avec quelle rigueur
ne traitez-vous pas vos eſclaves ; &
quelle eſt votre excuſe ? Ils ſont à vous,
vous les avez payés. De quel œil me
regarderiez-vous, ſi je vous demandois
leur liberté; de les donner pour époux .
à vos Filles; de les loger dans des Palais
J U I L L E T. 1764.
43,
auſſi ſomptueux que les vôtres ? Nos
eſclaves , me diriez-vous , font partie
de nos biens , & ſont faits pour ſubir
nos Loix .... C'eſt dicter ma réponſe.
Ce que j'éxige de cet homme me coûte,
• aſſez cher : c'eſt mon bien; je le reclame ;
je l'éxige.Si vous me refuſez,que la honte
encore un coupen retombe ſur vos Loix,
ſur la foibleſſe des décrets de votre Ré
publique ... Je demande juſtice ;parlez :
me la refuſez-vous ?
L E D U C.
C'eſt ſur quoi la Cour va délibérer....
-
(aux Sénateurs.) Voici une Lettre du .
fameux Juriſconſulte Bellario, qui nous
recommande un jeune & ſçavant Avo
cat , dont la
ſagacité pourra, dit-il ,
nous être de quelque ſecours..... Où eſt
il ?...Qu'on l'appelle.
-
B A s s A N I o , à Antonio.
Ne crains rien , cher ami , mon ſang
eſt le garant du tien.... (à Shylock.) A
quoi deſtines-tu ce couteau ?
S H Y L O C K.
A me payer de ma créance.
B A S S A N I O.
S H Y L o C K.
-
Eh quoi, rien ne peut t'attendrir ?
^
Rien de tout ce que tu peux imaginer.
44 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Impitoyable Juif! ton exiſtence feroit
prèſque accuſer l'Etre ſuprême. ..
S H Y L O C K.
-
Regarde ce contrat : vois le ſceau qui
le confirme ! .....Tant qu'il ſubſiſtera ,
ton éloquence & tes injures ſont per
dues. N'accuſes que toi ſeul d'avoir
conduit ton ami dans ce piége. C'eſt par
toi ſeul que ſon ſang va couler.....Qu'il
retombe ſur ta tête.
B A S S A N I o.
Ah barbare !
U N O F F I C I E R.
Que l'on ſe range...place à la Cour.
S C E N E
I I.
Ponrra * & Nériſſa , déguiſées ;
l'une en Avocat, l'autre en Clerc, avec
· un ſac & des papiers. Les Acteurs pré
cédens.
-
L E D U C , à Portia.
Avocat, prenez place.....Etes-vous in
formé de l'affaire qui occupe la Cour ?
* Cette jeune Epouſe, après le départ de Baſ -
ſanio, a pris le parti de le ſuivre & de tout haſar
der pour ſauver l'ami de ſon mari.
J U IL L E T. 1764.
P O R T I A.
Lequel eſt le Juif ?
l'autre.
L E D U C,
nu par Antonio ?
A N T O N I O.
Je ne puis le déſavouer.
P O R T I A.
.
45
Oui, Seigneur...Lequel eſt Antonio?
Antonio, Shylock... approchezl'un &
P o R T I A à Shylock.
-
Votre prétention eſt bien étrangel...
L'Acte eſt-il authentique ? Eſt-il recon
C'eſt donc au Juifà faire grace.
S H Y L O C K.
Grace !.....Pourquoi ?
P o R T 1 A.
Parce que la miſéricorde eſt par elle
même ſans bornes; ainſi que la roſée,
elle tombe des Cieux pour conſoler
ſans prédilection tous les mortels. Elle
eſt doublement chère : à celui qui l'exer
ce, à celui qui en eſt l'objet. C'eſt l'at
tribut le plus précieux de la puiſſance ;
il ſied aux plus grands Monarques ; il
les illuſtre plus que leur couronne même;
il en fait des Dieux ſur la terre , ſur-tout
quand il eſt joint à la juſtice .... Je ne
te dis ces grandes vérités, que pour te
faire mieux ſentir toute l'horreur de ta
·
46 MERCURE DE FRANCE.
demande : car ſi tu perſiſtes à t'en tenir à
la rigueur de la loi, elle prononce con
tre le malheureux Antonio.
S H Y L O C K.
· C'eſt élle ſeule que j'invoque.
P O R T I A.
-
Antonio ne peut-il acquitter ſa dette ?
-
B A S S A N I O.
J'offre de la payer , non pas deux,
mais trois & quatre fois. Que dis je ?
Que le Juif parle ; toute ma fortune ,
mon ſang même eſt à lui......S'il refuſe
mes offres : jugez, Seigneurs, de quelle
juſtice il eſt digne !
P O R T I A.
Nul pouvoir dans Veniſe n'a droit
d'éluder un Décret porté par la Répu
blique : un pareil exemple ſeroit trop
dangereux. Les Loix doivent être ſa
crées.
)
S H Y L O C K.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux....
C'eſt ſon âge : c'eſt ſa ſcience : c'eſt Sa
lomon lui-même !
P o R T I A.
Je voudrois pourtant voir votre Acte.
S H Y L O C K.
Le voici , reſpectable Docteur.
P o R T 1 A , ( après avoir lu.)
· Recevez, croyez-moi , le triple de
A
| J U IL L E T. 1764.
47
ce qui vous eſt dû , puiſqu'on vous
l'offre. .
' S H Y L O C K.
J'ai juré de n'en rien faire. Mon ſer
ment eſt ſacré . ... dût-on m'offrir
Veniſe même , je refuſerois de l'en
freindre,
· P o R T I A.
Sois généreux ; prens l'or qui t'eſt
offert ; & laiſſe-moi déchirer l'Acte.
S H Y L O C K.
-
Vous vous êtes montré bon Juge ;
les Loix vous ſont connues ;- vous avez
diſcuté l'affaire en conſéquence : c'eſt
au nom de la Juſtice même que je
vous ſomme de procéder au jugement.
Je jure ſur mon âme que toute l'élo
quence humaine n'obtiendra rien de
moi. Je demande mon dû ; le terme
eſt expiré : que le Conſeil prononce.
A N T O N I O.
Je me joins de grand cœur à ſa de
mande.
P O R T I A.
En ce cas, préparez-vous à vous ſou
. mettre à ſes deſirs.
, S H Y L O C K.
O Juge auſſi intégre que lumineux !
P O R T I A.
-
Etes - vous prêt , Antonio?....Qu'on
--
48 MERCURE DE FRANCE.
le dépouille juſqu'à la ceinture.
".
S H Y L O C K.
Fort bien ! ... c'eſt au plus près du
cœur, que je prétends prendre mon dû...
Telles ſont nos conventions.
P o R T 1 A, à Shylock.
venir la mort d'Antonio.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
P O R T I A.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
/
Où eſt votre Chirurgien ? .... Il en
faut un, pour arrêter le ſang 4 & pré
N'importe : la charité l'exige.
P o R T I A.
En ce cas, prens ta dette.
L E D U C.
Un moment..... Antonio , n'avez
vous rien à objecter contre la Sentence ?
A N T O N I O.
Seigneur, je me ſoumets à mon ſort...
Adieu, mon cher Baſſanio ! retiens tes
pleurs ; il m'eſt doux de ſouffrir pour
toi.... La fortune, du moins, ne permet
pas que je ſurvive à ma ruine , pour
traîner ma vieilleſſe dans les ennuis &
tous les autres maux attachés à la pau
vreté. .. Encore un coup , adieu l Ne
pleure pas ſur ton ami,qui n'a rempli que
*-
ſon
JUIL L E T. 1764.
49
ſon devoir en s'expoſant pour toi , &
qui ne peut en avoir de regret.... Satiſ
fais-toi maintenant, Shylock; ne laiſſe
rien à deſirer à ta vangeance ; montre
mon cœur à découvert à mon ami.... Il
eſt digne de lui ſans doute.
S H Y L O C K.
N'en doutes pas, Chrétien... Vous ſe
rez tous les deux contens. ..
B A s s A N I o, à Shylock.
Barbare, arrête ! ... Puiſque rien ne
peut attendrir ce Monſtre, je dois, je
veux & corps pour corps , payer pour
mon ami. .. Il ne te doit qu'une livre
de chair : prens la mienne en entier ;
coupe, déchire, elle eſt à toi : je me
ſoumets à tout, pourvu qu'Antonio vive
& ſoit libre... Es-tu content, Shylock ?
A N T O N I O.
Je ne le ſerois pas.
B A S S A N I O.
Cruel Antonio !
·
A N T o N I o.
Injuſte Baſſanio !
A
B A s s A N I o, à Shylock.
Malheureux ! de quoi peux tu rire ?
S H Y L o C K.
De votre ſimplicité mutuélle.. .. :
Oſez-vous bien penſer, Chrétiens, que
je ſois homme à prendre ainſi le chan
I, Vol.
.
5o MERCURE DE FRANcE.
ge ? Je te connois aſſez, Baſſanio , pour
tout attendre de ton déſeſpoir, ſi ton
ami périt pour toi. Ainſi je ſuis ſûr de
tous deux .. ... Procédons à l'exécution
du premier.
BA s S A N I o, l'épée à la main.
Approches, ſi tu l'oſes. ..
A N T o N I o.
Que fais-tu, mon ami?... Ah ! ſonge
que ta mort & la mienne, eſt le prix de
ton imprudence.
B A s s A N I o.
L E D U C.
-
La mort de l'un eſt celle de l'autre....
Qu'importe quel en ſoit le genre ?
Quel excès d'inſolence ! ... ici! dans le
Palais ? Qu'on le déſarme ...... Qu'on
l'arrête. '
-
P o R T I A , au Duc.
Daignez , Seigneur, le regarder en pi
tié. ... j'ai de quoi le ramener à la
raiſon.. .. ordonnez ſeulement que l'on
m'entende.
-
teur . • . .
:
, •
,
-
S H Y L O C K.
-
: P O R T I A.
-
-
-
•
-
' Silence , Silence ! Ecoutez le Doc
Shylock, en reliſant plus attentivement
, »
ton acte, je ne vois pas qu'Antonio t'y
accorde une ſeule goute de ſon ſang .,'
-
-
>
J U IL L E T. 1764..
51
il porte expreſſément une livre de chair,
& rien de plus. Cette chair eſt à toi : on
te l'accorde...Mais prens garde,Shylock !
Sileſangd'un Chrétien s'imprime ſeule
ment ſur tcn couteau , apprens que par
les Loix de la République, toutes tes
terres & tes biens ſont confiſqués au
profit de l'Etat.
S H Y L O C K, avec émotion.
Qu'entens-je t ....
-
B A s s A N I O , avec tranſport. "
Ciel ! Quel coup de lumière ! .... O
Juge en effet céleſte ! .... ( à Shylock, )
entens-tu ton arrêt ? .... ( au Duc )
Seigneur, pardonnez à l'amitié réduite
au déſeſpoir , ſi ....
L E D U C.
Sois tranquille ; nous admirons bien
plus ta vertu, que nous ne condam
nons ta faute .... Mais achevons.
P O R T I A.
.
Shylock , regarde ; lis toi-même. La
voici cette Loi dont tu implores l'exé
cution à la lettre. .. Elle t'eſt due, on
te l'accorde.
.
S H Y L O C K.
^
,
· Je m'en déſiſte , & me contente.des
offres qu'on m'a faites. .. Que le Chré
tien me paye le triple de la ſomme ſti
pulée , & qu'on briſe ſes fers.
C ij
'
,
-
52 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Voici l'argent.
P O R T I A.
Un moment , Seigneur : il faut que
le Juif ait juſtice entière.... Shylock,
en montrant Antonio.) voici ton ſeul
ébiteur : exerce à la rigueur les droits
qu'il t'a donnés ſur lui-même.
|
G R A T I A N O.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux.....
Eh bièn , perfide Juif! te ſens-tu tom
bé dans ton propre piége ? ...
S H Y L o C K.
Qu'on me donne la ſomme princi
pale, & qu'il n'en ſoit plus §
P O R T I A. ,
Tu l'as refuſée autentiquement de
vant la Cour , en te bornant aux ter
mes du Contrat. .. Contente-toi de ta
demande , puiſque tu l'as obtenue.
S H Y L O C K.
Ah, Ciel ! ... Eh bien que l'on me
laiſſe aller. .. & que le diable. ..
P O R T I A.
Non pas, Shylock. ... , Si la Juſtice
eſt quitte envers toi, tu ne l'es pas en
vers la Juſtice. Les Statuts de Veniſe
portent que ſi un Etranger eſt convain
cu d'avoir ſoit direétement , ſoit indi
vectement attenté à la vie d'un Citoyen ,
'
-
J U I L L E T. 1764.
53
la partie offenſée a un droit acquis ſur
la moitié de ſes biens, la République
ſur le reſte, & que le Duc ſeul peut fai
re grace de la vie au coupable. ... Fais
toi-même, l'application de cette Loi; &
juge ſi le Sénat & le Duc même, ſont
dans le cas de t'épargner.
L E D U C.
Shylock, pour te prouver la différen
ce de nos ſentimens avec les tiens , je
t'accorde la vie avant même que tu la
demandes. Mais que la moitié de ta
fortune ſoit pour Antonio , & l'autre,
pour la République.
S H Y L O C K.
Prenez auſſi ma vie. Qu'en ai je af
faire, ſi vous m'ôtez les moyens de la
ſoutenir ? Ma fortune eſt ma vie : vous
ne pouvez me ravir l'une ſans l'autre.
L E D U C.
-
Voyez, Antonio , quelle grace il a
droit d'attendre de vous.
A N T O N I O. .
Je ſuis très-ſatisfait , ſi votre Gran
deur y conſent, de partager avec lui ce
qui pourra me revenir de la moitié de
ſa fortune, pour en jouir uniquement
durant le peu de temps qui me reſte à
vivre, ſaufà en aſſurant leretouraprès ma
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
mort, à ſa fille unique, qui vient, ſans
qu'il le ſçache, d'épouſer Loerazo , &
qu'il déshériteroit ſans doute. .
-
-
,
L E D U C.
Que le Juif y conſente, ſans quoi je
révoque la grace que je lui ai faite, &
' l'abandonne à la rigueur des Loix.
P O E T I A.
-
Eh bien , Shylock, es-tu content ?
S H Y L O C K.
-
Qu'on me laiſſe ſortir.. .. Je ſuis ma
lade... Dreſſez vos Actes ; envoyez-les
chez moi.. .. je les ſignerai.
L E D U C, en levant le ſiége. .
Antonio , ma vie ſe joint à celle de
votre ami. .. Il eſt inutile, je penſe, de
vous recommander cet aimable & digne
Avocat.
·
-
N. B. Ce n'eſt qu'au cinquiéme Acte
& à ſon retour à Belmont, avec An
tonio, que Baſſanio découvre que c'eſt
Portia à qui il doit la vie de ſon ami.
On peut juger des tranſports de leur
joie , & de tout ce que produit un dé
' noûment de cette eſpéce.
EXTRAIT.
ANTONIO, riche Marchand Vénitien,
a toute sa fortune sur différens
vaiſſeaux qui ſont en mer ; lorſqu'un
ancien ami , Baſſanio, vient lui deman
der trois mille ducats à emprunter. Il s'a
git d'un mariage conſidérable que Baſ
ſanio a en vue, & cette ſomme lui eſt
abſolument néceſſaire pour y parvenir.
Antonio n'a d'autre reſſource pour obli
ger ſon ami que de l'emprunter lui-même
d'un Juif, fameux uſurier , qu'il avoit
toujours déteſté juſqu'alors, & qui, ſous
une condition ſingulière, lui compte les
trois mille ducats. Il fait ſigner à Anto
nio un acte, par lequel ce dernier s'en
gage, au cas que la ſomme ne ſoit pas
acquittée dans deux mois, à ſe laiſſer
couper une livre de chair ſur tel endroit
de ſon corps qu'il plaira au Juif de choi
ſir. Baſſanio, muni de cet argent, ſe
met en équipage & part pour Belmont,
où demeure Portia, jeune & riche hé
ritière dont il eſt amoureux. Cette jeune
perſonne , par une clauſe biſarre du teſ
-
JUILLE T. 1764.
tament de ſon père , ne peut diſpoſer
d'elle-même : c'eſt le ſort qui doit lui
donner un époux. Quiconque prétend
à ſa main doit être introduit dans un
cabinet , où l'on voit trois caſſettes ;
l'une d'or, l'autre d'argent, la dernière
de plomb. Il peut ouvrir celle qu'il choi
ſira ; & ſi le portrait de Portia s'y trou
ve, elle eſt à lui avec toutes ſes richeſſes.
Mais il doit jurer auparavant, qu'il re
nonce pour jamais à tout autre mariage
fi la fortune ne le favoriſe pas dans cette
occaſion, & de garder un ſecret invio
lable ſur celle des trois caſſettes qu'il aura
ouverte. Un Prince Maure vient de
choiſir la caſſette d'or , dans laquelle il
n'a trouvé qu'un ſquelette; & un Prince
d'Arragon celle d'argent, où il n'a vu
qu'un marmouſet. Baſſanio, qui étoit
depuis long-tems cher à Portia, choiſit
celle de plomb, où il trouve le portrait
de ſon amante. Leur joie eſt extrême :
mais elle eſt bientôt troublée par une
| Lettre que reçoit Baſſanio : ſon malheu
reux ami Antonio , dont la mer a en
glouti toute la fortune , s'eſt trouvé
hors d'état d'acquitter , au jour de l'é
chéance, les trois mille ducats. Il eſt dans
les priſons de Veniſe, & le Juif Shylock
exige que la peine à laquelle Antonio
4o MERCURE DE FRANCE.
s'eſt ſoumis, ſoit exécutée à la rigueur.
Portia, qui partage le chagrin de ſon
mari, le fait partir avec tout l'or qu'elle
imagine néceſſaire pour calmer l'avide
cruauté du Juif. Mais ce dernier eſt
infléxible, & ne peut renoncer à une
vengeance après laquelle il aſpiroit de
puis long-tems.
-
Tels ſont les événemens qui rem
pliſſent les trois premiers Actes de cette
Pièce, auſſi intéreſſante que ſingulière.
ACTE IV. *
S C E N E P R E M 1 E R E.
Le Théâtre repréſente une Cour de Juſ
tice, où ſiége le Duc de Veniſe avec plu
ſieurs Sénateurs. Antonio y arrive char
gé de chaînes, accompagné de ſon ami
Baſſanio & autres.
LE DUC, à Antonio.
Je compâtis à votre ſituation : votre
adverſaire eſt implacable, & j'en vois
tout à craindre. Procédons cependant
au jugement de cette affaire.. .. Qu'on
* Cette Traduction eſt d'après la Piéce revue
& corrigée par George Grandville , Lord Lans
downe.
J U IL LE T. 1754.
41
faſſe entrer le Juif... (Shylock paroît.)
que l'on s'écarte & qu'il paroiſſe devant
IlOllS . . . . . Shylock ; le monde & moi de
même , croyons que ta malignité n'a
d'autre but que de pouſſer à bout cette
cruelle plaiſanterie, & l'on eſpére enfin
trouver en toi autant d'humanité que tu
as juſqu'à préſent montré de barbarie.
Conſidere, ſur-tout, combien cet hon
nête Négociant eſt à plaindre, les pertes
immenſes qu'il a faites, les malheurs
imprévus qui l'ont tout-à-coup accablé,
ſon état en un mot digne d'inſpirer la
pitié aux âmes les plus féroces. Après
cela parle, & ſonge que la Cour n'at
tend de toi, qu'une réponſe favorable.
S H Y L O C K.
J'ai fait part à votre grandeur de mes
prétentions, & j'ai juré par le Sabbath,
de ne jamais m'en déſiſter : ſi vous me
refuſez juſtice , puiſſe le blâme en re
tomber ſur vous & ſur les Loix de votre
République l On me demande en vain
pourquoi je préfére aujourd'hui à trois
mille ducats une livre de chair humai
ne ? C'eſt à quoi je n'ai qu'un ſeul mot
à répondre : telle eſt ma fantaiſie.
L E DU C.
Ah cruel l.....cette réponſe en eſt-elle
une ?
42 MERCURE DE FRANCE.
A N T o N 1 O , au Duc.
Seigneur, oubliez-vous que c'eſt un
Juif que vous voulez attendrir...Hélas !
vous humaniſeriez plutôt les animaux
les plus ſauvages...Ainſi, diſpenſez-vous
de grace de lui renouveller mes offres
& de vous abaiſſer plus long-tems juſ
ques à la prière. Prononcez mon Arrêt,
& que ce Vautour ait ſa proie.
B A S S A N I o.
Tiens , Shylock , au lieu de trois
mille ducats, en voilà ſix.
S H Y L O C K.
Quand même chaque Ducat des ſix
mille que tu m'offres en vaudroit ſix ,
je les refuſerois ... je m'en tiens à l'acte
que ton ami a ſigné.
L E D U C.
Quel pardon attends-tu de la Divini
té, toi qui te montres infléxible ?
S H Y L O C K,
Qu'en puis-je craindre, en ne recla- .
mant que mon droit ?....Suis-je plus cou
pable que vous ?... Avec quelle rigueur
ne traitez-vous pas vos eſclaves ; &
quelle eſt votre excuſe ? Ils ſont à vous,
vous les avez payés. De quel œil me
regarderiez-vous, ſi je vous demandois
leur liberté; de les donner pour époux .
à vos Filles; de les loger dans des Palais
J U I L L E T. 1764.
43,
auſſi ſomptueux que les vôtres ? Nos
eſclaves , me diriez-vous , font partie
de nos biens , & ſont faits pour ſubir
nos Loix .... C'eſt dicter ma réponſe.
Ce que j'éxige de cet homme me coûte,
• aſſez cher : c'eſt mon bien; je le reclame ;
je l'éxige.Si vous me refuſez,que la honte
encore un coupen retombe ſur vos Loix,
ſur la foibleſſe des décrets de votre Ré
publique ... Je demande juſtice ;parlez :
me la refuſez-vous ?
L E D U C.
C'eſt ſur quoi la Cour va délibérer....
-
(aux Sénateurs.) Voici une Lettre du .
fameux Juriſconſulte Bellario, qui nous
recommande un jeune & ſçavant Avo
cat , dont la
ſagacité pourra, dit-il ,
nous être de quelque ſecours..... Où eſt
il ?...Qu'on l'appelle.
-
B A s s A N I o , à Antonio.
Ne crains rien , cher ami , mon ſang
eſt le garant du tien.... (à Shylock.) A
quoi deſtines-tu ce couteau ?
S H Y L O C K.
A me payer de ma créance.
B A S S A N I O.
S H Y L o C K.
-
Eh quoi, rien ne peut t'attendrir ?
^
Rien de tout ce que tu peux imaginer.
44 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Impitoyable Juif! ton exiſtence feroit
prèſque accuſer l'Etre ſuprême. ..
S H Y L O C K.
-
Regarde ce contrat : vois le ſceau qui
le confirme ! .....Tant qu'il ſubſiſtera ,
ton éloquence & tes injures ſont per
dues. N'accuſes que toi ſeul d'avoir
conduit ton ami dans ce piége. C'eſt par
toi ſeul que ſon ſang va couler.....Qu'il
retombe ſur ta tête.
B A S S A N I o.
Ah barbare !
U N O F F I C I E R.
Que l'on ſe range...place à la Cour.
S C E N E
I I.
Ponrra * & Nériſſa , déguiſées ;
l'une en Avocat, l'autre en Clerc, avec
· un ſac & des papiers. Les Acteurs pré
cédens.
-
L E D U C , à Portia.
Avocat, prenez place.....Etes-vous in
formé de l'affaire qui occupe la Cour ?
* Cette jeune Epouſe, après le départ de Baſ -
ſanio, a pris le parti de le ſuivre & de tout haſar
der pour ſauver l'ami de ſon mari.
J U IL L E T. 1764.
P O R T I A.
Lequel eſt le Juif ?
l'autre.
L E D U C,
nu par Antonio ?
A N T O N I O.
Je ne puis le déſavouer.
P O R T I A.
.
45
Oui, Seigneur...Lequel eſt Antonio?
Antonio, Shylock... approchezl'un &
P o R T I A à Shylock.
-
Votre prétention eſt bien étrangel...
L'Acte eſt-il authentique ? Eſt-il recon
C'eſt donc au Juifà faire grace.
S H Y L O C K.
Grace !.....Pourquoi ?
P o R T 1 A.
Parce que la miſéricorde eſt par elle
même ſans bornes; ainſi que la roſée,
elle tombe des Cieux pour conſoler
ſans prédilection tous les mortels. Elle
eſt doublement chère : à celui qui l'exer
ce, à celui qui en eſt l'objet. C'eſt l'at
tribut le plus précieux de la puiſſance ;
il ſied aux plus grands Monarques ; il
les illuſtre plus que leur couronne même;
il en fait des Dieux ſur la terre , ſur-tout
quand il eſt joint à la juſtice .... Je ne
te dis ces grandes vérités, que pour te
faire mieux ſentir toute l'horreur de ta
·
46 MERCURE DE FRANCE.
demande : car ſi tu perſiſtes à t'en tenir à
la rigueur de la loi, elle prononce con
tre le malheureux Antonio.
S H Y L O C K.
· C'eſt élle ſeule que j'invoque.
P O R T I A.
-
Antonio ne peut-il acquitter ſa dette ?
-
B A S S A N I O.
J'offre de la payer , non pas deux,
mais trois & quatre fois. Que dis je ?
Que le Juif parle ; toute ma fortune ,
mon ſang même eſt à lui......S'il refuſe
mes offres : jugez, Seigneurs, de quelle
juſtice il eſt digne !
P O R T I A.
Nul pouvoir dans Veniſe n'a droit
d'éluder un Décret porté par la Répu
blique : un pareil exemple ſeroit trop
dangereux. Les Loix doivent être ſa
crées.
)
S H Y L O C K.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux....
C'eſt ſon âge : c'eſt ſa ſcience : c'eſt Sa
lomon lui-même !
P o R T I A.
Je voudrois pourtant voir votre Acte.
S H Y L O C K.
Le voici , reſpectable Docteur.
P o R T 1 A , ( après avoir lu.)
· Recevez, croyez-moi , le triple de
A
| J U IL L E T. 1764.
47
ce qui vous eſt dû , puiſqu'on vous
l'offre. .
' S H Y L O C K.
J'ai juré de n'en rien faire. Mon ſer
ment eſt ſacré . ... dût-on m'offrir
Veniſe même , je refuſerois de l'en
freindre,
· P o R T I A.
Sois généreux ; prens l'or qui t'eſt
offert ; & laiſſe-moi déchirer l'Acte.
S H Y L O C K.
-
Vous vous êtes montré bon Juge ;
les Loix vous ſont connues ;- vous avez
diſcuté l'affaire en conſéquence : c'eſt
au nom de la Juſtice même que je
vous ſomme de procéder au jugement.
Je jure ſur mon âme que toute l'élo
quence humaine n'obtiendra rien de
moi. Je demande mon dû ; le terme
eſt expiré : que le Conſeil prononce.
A N T O N I O.
Je me joins de grand cœur à ſa de
mande.
P O R T I A.
En ce cas, préparez-vous à vous ſou
. mettre à ſes deſirs.
, S H Y L O C K.
O Juge auſſi intégre que lumineux !
P O R T I A.
-
Etes - vous prêt , Antonio?....Qu'on
--
48 MERCURE DE FRANCE.
le dépouille juſqu'à la ceinture.
".
S H Y L O C K.
Fort bien ! ... c'eſt au plus près du
cœur, que je prétends prendre mon dû...
Telles ſont nos conventions.
P o R T 1 A, à Shylock.
venir la mort d'Antonio.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
P O R T I A.
S H Y L O C K.
Notre Acte n'en dit rien.
/
Où eſt votre Chirurgien ? .... Il en
faut un, pour arrêter le ſang 4 & pré
N'importe : la charité l'exige.
P o R T I A.
En ce cas, prens ta dette.
L E D U C.
Un moment..... Antonio , n'avez
vous rien à objecter contre la Sentence ?
A N T O N I O.
Seigneur, je me ſoumets à mon ſort...
Adieu, mon cher Baſſanio ! retiens tes
pleurs ; il m'eſt doux de ſouffrir pour
toi.... La fortune, du moins, ne permet
pas que je ſurvive à ma ruine , pour
traîner ma vieilleſſe dans les ennuis &
tous les autres maux attachés à la pau
vreté. .. Encore un coup , adieu l Ne
pleure pas ſur ton ami,qui n'a rempli que
*-
ſon
JUIL L E T. 1764.
49
ſon devoir en s'expoſant pour toi , &
qui ne peut en avoir de regret.... Satiſ
fais-toi maintenant, Shylock; ne laiſſe
rien à deſirer à ta vangeance ; montre
mon cœur à découvert à mon ami.... Il
eſt digne de lui ſans doute.
S H Y L O C K.
N'en doutes pas, Chrétien... Vous ſe
rez tous les deux contens. ..
B A s s A N I o, à Shylock.
Barbare, arrête ! ... Puiſque rien ne
peut attendrir ce Monſtre, je dois, je
veux & corps pour corps , payer pour
mon ami. .. Il ne te doit qu'une livre
de chair : prens la mienne en entier ;
coupe, déchire, elle eſt à toi : je me
ſoumets à tout, pourvu qu'Antonio vive
& ſoit libre... Es-tu content, Shylock ?
A N T O N I O.
Je ne le ſerois pas.
B A S S A N I O.
Cruel Antonio !
·
A N T o N I o.
Injuſte Baſſanio !
A
B A s s A N I o, à Shylock.
Malheureux ! de quoi peux tu rire ?
S H Y L o C K.
De votre ſimplicité mutuélle.. .. :
Oſez-vous bien penſer, Chrétiens, que
je ſois homme à prendre ainſi le chan
I, Vol.
.
5o MERCURE DE FRANcE.
ge ? Je te connois aſſez, Baſſanio , pour
tout attendre de ton déſeſpoir, ſi ton
ami périt pour toi. Ainſi je ſuis ſûr de
tous deux .. ... Procédons à l'exécution
du premier.
BA s S A N I o, l'épée à la main.
Approches, ſi tu l'oſes. ..
A N T o N I o.
Que fais-tu, mon ami?... Ah ! ſonge
que ta mort & la mienne, eſt le prix de
ton imprudence.
B A s s A N I o.
L E D U C.
-
La mort de l'un eſt celle de l'autre....
Qu'importe quel en ſoit le genre ?
Quel excès d'inſolence ! ... ici! dans le
Palais ? Qu'on le déſarme ...... Qu'on
l'arrête. '
-
P o R T I A , au Duc.
Daignez , Seigneur, le regarder en pi
tié. ... j'ai de quoi le ramener à la
raiſon.. .. ordonnez ſeulement que l'on
m'entende.
-
teur . • . .
:
, •
,
-
S H Y L O C K.
-
: P O R T I A.
-
-
-
•
-
' Silence , Silence ! Ecoutez le Doc
Shylock, en reliſant plus attentivement
, »
ton acte, je ne vois pas qu'Antonio t'y
accorde une ſeule goute de ſon ſang .,'
-
-
>
J U IL L E T. 1764..
51
il porte expreſſément une livre de chair,
& rien de plus. Cette chair eſt à toi : on
te l'accorde...Mais prens garde,Shylock !
Sileſangd'un Chrétien s'imprime ſeule
ment ſur tcn couteau , apprens que par
les Loix de la République, toutes tes
terres & tes biens ſont confiſqués au
profit de l'Etat.
S H Y L O C K, avec émotion.
Qu'entens-je t ....
-
B A s s A N I O , avec tranſport. "
Ciel ! Quel coup de lumière ! .... O
Juge en effet céleſte ! .... ( à Shylock, )
entens-tu ton arrêt ? .... ( au Duc )
Seigneur, pardonnez à l'amitié réduite
au déſeſpoir , ſi ....
L E D U C.
Sois tranquille ; nous admirons bien
plus ta vertu, que nous ne condam
nons ta faute .... Mais achevons.
P O R T I A.
.
Shylock , regarde ; lis toi-même. La
voici cette Loi dont tu implores l'exé
cution à la lettre. .. Elle t'eſt due, on
te l'accorde.
.
S H Y L O C K.
^
,
· Je m'en déſiſte , & me contente.des
offres qu'on m'a faites. .. Que le Chré
tien me paye le triple de la ſomme ſti
pulée , & qu'on briſe ſes fers.
C ij
'
,
-
52 MERCURE DE FRANCE.
B A S S A N I O.
Voici l'argent.
P O R T I A.
Un moment , Seigneur : il faut que
le Juif ait juſtice entière.... Shylock,
en montrant Antonio.) voici ton ſeul
ébiteur : exerce à la rigueur les droits
qu'il t'a donnés ſur lui-même.
|
G R A T I A N O.
O Daniel ! tu revis dans ces lieux.....
Eh bièn , perfide Juif! te ſens-tu tom
bé dans ton propre piége ? ...
S H Y L o C K.
Qu'on me donne la ſomme princi
pale, & qu'il n'en ſoit plus §
P O R T I A. ,
Tu l'as refuſée autentiquement de
vant la Cour , en te bornant aux ter
mes du Contrat. .. Contente-toi de ta
demande , puiſque tu l'as obtenue.
S H Y L O C K.
Ah, Ciel ! ... Eh bien que l'on me
laiſſe aller. .. & que le diable. ..
P O R T I A.
Non pas, Shylock. ... , Si la Juſtice
eſt quitte envers toi, tu ne l'es pas en
vers la Juſtice. Les Statuts de Veniſe
portent que ſi un Etranger eſt convain
cu d'avoir ſoit direétement , ſoit indi
vectement attenté à la vie d'un Citoyen ,
'
-
J U I L L E T. 1764.
53
la partie offenſée a un droit acquis ſur
la moitié de ſes biens, la République
ſur le reſte, & que le Duc ſeul peut fai
re grace de la vie au coupable. ... Fais
toi-même, l'application de cette Loi; &
juge ſi le Sénat & le Duc même, ſont
dans le cas de t'épargner.
L E D U C.
Shylock, pour te prouver la différen
ce de nos ſentimens avec les tiens , je
t'accorde la vie avant même que tu la
demandes. Mais que la moitié de ta
fortune ſoit pour Antonio , & l'autre,
pour la République.
S H Y L O C K.
Prenez auſſi ma vie. Qu'en ai je af
faire, ſi vous m'ôtez les moyens de la
ſoutenir ? Ma fortune eſt ma vie : vous
ne pouvez me ravir l'une ſans l'autre.
L E D U C.
-
Voyez, Antonio , quelle grace il a
droit d'attendre de vous.
A N T O N I O. .
Je ſuis très-ſatisfait , ſi votre Gran
deur y conſent, de partager avec lui ce
qui pourra me revenir de la moitié de
ſa fortune, pour en jouir uniquement
durant le peu de temps qui me reſte à
vivre, ſaufà en aſſurant leretouraprès ma
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
mort, à ſa fille unique, qui vient, ſans
qu'il le ſçache, d'épouſer Loerazo , &
qu'il déshériteroit ſans doute. .
-
-
,
L E D U C.
Que le Juif y conſente, ſans quoi je
révoque la grace que je lui ai faite, &
' l'abandonne à la rigueur des Loix.
P O E T I A.
-
Eh bien , Shylock, es-tu content ?
S H Y L O C K.
-
Qu'on me laiſſe ſortir.. .. Je ſuis ma
lade... Dreſſez vos Actes ; envoyez-les
chez moi.. .. je les ſignerai.
L E D U C, en levant le ſiége. .
Antonio , ma vie ſe joint à celle de
votre ami. .. Il eſt inutile, je penſe, de
vous recommander cet aimable & digne
Avocat.
·
-
N. B. Ce n'eſt qu'au cinquiéme Acte
& à ſon retour à Belmont, avec An
tonio, que Baſſanio découvre que c'eſt
Portia à qui il doit la vie de ſon ami.
On peut juger des tranſports de leur
joie , & de tout ce que produit un dé
' noûment de cette eſpéce.
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1157
p. 211-212
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
Du Jeudi 31 Mai, Fête de l'Ascension. POUR premier Motet à grand-choeur, on donna [...]
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texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
Du Jeudi 31 Mai, Fête de l'Ascension.
POUR premier Motet à grand-choeur, on donna
le Dixit Dominus, del ſignor LEo. MM. du Port
& Kohault, éxecuterent des Duo ſur le violoncelle
& ſur le Luth. Quoique l'on connût déjà le mérite
de ces talens réunis, ils n'en firent pas moins de
plaiſir ; d'autant plus qu'ils n'éxécuterent que
des choſes agréables qui, quoiqu'auſſi ſçavantes,
-
2 12 MERCURE DE FRANCE.
dans le fond, que les compoſitions bizarres, ont
toujours l'avantage d'intéreſſer & de plaire par
ſentiment, ſans le ſecours des diſcuſſions de l'Arts
M. LoL1, de la Muſique de S. A. le Duc Regnant
de Wirtemberg, exécuta un concerto de ſa com
poſition. Devenu célébre ici depuis les Concerts
de Pâques, au ſuccès deſquels il a tant contribué,
M. LoL1 ſoutint très-bien la réputation qu'il s'eſt
acquiſe & juſtifia par le plaiſir qu'il fit, générale
ment les motifs des applaudiſſemens dont il a
été comblé. Dans le même Concert, Mlle RozET
chanta un petit Motet de la compoſition de M.
DAUvERGNE & M. LE GRos un autre de la com
† de ſeu M. LEFEvR B. On finit par Salve
egina , Motet à grand Choeur de M. KoHAUT ,
dans lequel M. DuPoRT accompagna.
,
Il y a eu beaucoup plus de Monde à ce Con
cert qu'il n'y en a ordinairement à cette Fête,
quoiqu'elle ſe ſoit trouvée cette année très-avan
| cée dans la belle ſaiſon. On ne peut refuſer
aux ſoins des Dirccteurs pour rendre les Concerts
intéreſſans le mérite de ce ſuccès. .
Du Jeudi 2t Juin, Fête du S. Sacrement.
Après une ſymphonie, M. l'Ecuyer a chanté un
Motet à voix ſeule. M. Rodolphe & M. Lolli, l'un
& l'autre de la Muſique de S. A. le Duc Re
gnant de Wirtemberg, ont exécuté des Concerts
de leurs conmpoſitions , l'un de cors de chaſſe,
& l'autre de violon, avec les mêmes applaudiſſe
mens qu'on a toujours donnés à leurs rares talens»
M. le Gros & Mlle Fel ont chanté chacun un
petit Motet; le Concert a fini par Exaltabote Deus
meus Rex, nouveau Motet à grand chœur de la
compoſition de M. Leſcot, Maître de Muſique de
la Cathédrale d'Auſch ; ce Motet a été applaudi,
Du Jeudi 31 Mai, Fête de l'Ascension.
POUR premier Motet à grand-choeur, on donna
le Dixit Dominus, del ſignor LEo. MM. du Port
& Kohault, éxecuterent des Duo ſur le violoncelle
& ſur le Luth. Quoique l'on connût déjà le mérite
de ces talens réunis, ils n'en firent pas moins de
plaiſir ; d'autant plus qu'ils n'éxécuterent que
des choſes agréables qui, quoiqu'auſſi ſçavantes,
-
2 12 MERCURE DE FRANCE.
dans le fond, que les compoſitions bizarres, ont
toujours l'avantage d'intéreſſer & de plaire par
ſentiment, ſans le ſecours des diſcuſſions de l'Arts
M. LoL1, de la Muſique de S. A. le Duc Regnant
de Wirtemberg, exécuta un concerto de ſa com
poſition. Devenu célébre ici depuis les Concerts
de Pâques, au ſuccès deſquels il a tant contribué,
M. LoL1 ſoutint très-bien la réputation qu'il s'eſt
acquiſe & juſtifia par le plaiſir qu'il fit, générale
ment les motifs des applaudiſſemens dont il a
été comblé. Dans le même Concert, Mlle RozET
chanta un petit Motet de la compoſition de M.
DAUvERGNE & M. LE GRos un autre de la com
† de ſeu M. LEFEvR B. On finit par Salve
egina , Motet à grand Choeur de M. KoHAUT ,
dans lequel M. DuPoRT accompagna.
,
Il y a eu beaucoup plus de Monde à ce Con
cert qu'il n'y en a ordinairement à cette Fête,
quoiqu'elle ſe ſoit trouvée cette année très-avan
| cée dans la belle ſaiſon. On ne peut refuſer
aux ſoins des Dirccteurs pour rendre les Concerts
intéreſſans le mérite de ce ſuccès. .
Du Jeudi 2t Juin, Fête du S. Sacrement.
Après une ſymphonie, M. l'Ecuyer a chanté un
Motet à voix ſeule. M. Rodolphe & M. Lolli, l'un
& l'autre de la Muſique de S. A. le Duc Re
gnant de Wirtemberg, ont exécuté des Concerts
de leurs conmpoſitions , l'un de cors de chaſſe,
& l'autre de violon, avec les mêmes applaudiſſe
mens qu'on a toujours donnés à leurs rares talens»
M. le Gros & Mlle Fel ont chanté chacun un
petit Motet; le Concert a fini par Exaltabote Deus
meus Rex, nouveau Motet à grand chœur de la
compoſition de M. Leſcot, Maître de Muſique de
la Cathédrale d'Auſch ; ce Motet a été applaudi,
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1158
p. 213-214
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
Début :
LES avantages considérables que les Sçavans & les Gens de Lettres peuvent retirer de l'Avis [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
SUPPLÉMENT à l'Annonce des Livres.
LES avantages considérables que les Sçavans
& les Gens de Lettres peuvent retirer de l'Avis
ſuivant & l'expiration prochaine du terme propo
ſé par le Libraire, nous engagent à pub ier un
précis très-ſommaire de l'Avis diſtribué à ce ſu
jet par le ſieur Jean-Thomas Hériſſant, rue S.
Jacques, Imprimeur du Cabinèt du RoI, Acqué
reur des fonds du Sr CoLoMBAT. Il conſiſte 1°.
en un Grammaire Hébraique & Chaldéenne en 2
vol. in-4°. très-inſtructive , & un Lexion des mê
mes Langues en 2 vol. in-4°. Dans la vue de
faciles & moins couteux de faire des progrès dans
-
procurer aux Gens de Lettres des moyens plus
les Sciences, le Libraire, ſe trouvant par l'acqui
ſition des fonds du ſieur CoLoMBAT, en état de
faire une diminution ſur le prix, il offre de don
ner ces deux Ouvrages à 48 livres chacun , mais
ſeulement juſqu'au
1. Août prochain, lequel .
terme paſſé il ſeront remis à leur prix ordinaire
de 64 livres en feuilles.
·
2°. Divinitas Domini Noſtri Jeſu-Chriſli , &c;
manifeſta in ſcripturis & traditione. Opera & ſtudio
( D. Prudentii Maran ) Congrégationis SanctiMau
ri. Vol. in-fol. offert juſqu'au même terme, à
6 livres en feuilles, enſuite remis à ſon prix de
12 livres.
'
-
-
3°. La Divinité de N. S. J. C. prouveé contre les
Hérétiques & les Déiſtes, 3 volumes in-12. Traité
qui doit le jour à la protection particulière de M.
Dagueſſeau, offert à 3 liv. en feuilles , enſuita
remis au prix ordinaire de 6 livres,
-
-
214 MERCURE DE FRANCE.
4°. L'Edition d'une Bible Latine en 2 vol. in
fol. de 13 co pages, les deux enrichies de Notes &
Commentaires qui donnent les plus grands ſecours
pour l'intelligence duTexteSacré,&qui renferment
des richeſſes auſſi utiles aux gens de Lettres qu'aux
# On offre juſqu'au même terme du
1.Aouſt prochain, 1oo exemplaires de cette Bi
ble à 8 livres les 2 volumes en feuilles, lequel
temps paſſé , ils ſeront remis au prix de 16 liv.
, On exhorte pour ſe procurer plus de détails ſur
ces Ouvrages de voir l'avis imprimé qu'on diſtri
bue chez le Sr Heriſſant, rue Saint Jacques , ainſi
que le Proſpectus pour la ſouſcription du CoRPs
DE DRoIT CIVIL , &c. Par M. Hulot, Avocat
au Parlement, Ouvrage le plus important qui ait
été imprimé ſur cette matière.Ce Proſpectus ſe
diſtribue chez le même Libraire, rue Saint Jacques.
On en parlera plus amplement dans ſon lieu.
LES avantages considérables que les Sçavans
& les Gens de Lettres peuvent retirer de l'Avis
ſuivant & l'expiration prochaine du terme propo
ſé par le Libraire, nous engagent à pub ier un
précis très-ſommaire de l'Avis diſtribué à ce ſu
jet par le ſieur Jean-Thomas Hériſſant, rue S.
Jacques, Imprimeur du Cabinèt du RoI, Acqué
reur des fonds du Sr CoLoMBAT. Il conſiſte 1°.
en un Grammaire Hébraique & Chaldéenne en 2
vol. in-4°. très-inſtructive , & un Lexion des mê
mes Langues en 2 vol. in-4°. Dans la vue de
faciles & moins couteux de faire des progrès dans
-
procurer aux Gens de Lettres des moyens plus
les Sciences, le Libraire, ſe trouvant par l'acqui
ſition des fonds du ſieur CoLoMBAT, en état de
faire une diminution ſur le prix, il offre de don
ner ces deux Ouvrages à 48 livres chacun , mais
ſeulement juſqu'au
1. Août prochain, lequel .
terme paſſé il ſeront remis à leur prix ordinaire
de 64 livres en feuilles.
·
2°. Divinitas Domini Noſtri Jeſu-Chriſli , &c;
manifeſta in ſcripturis & traditione. Opera & ſtudio
( D. Prudentii Maran ) Congrégationis SanctiMau
ri. Vol. in-fol. offert juſqu'au même terme, à
6 livres en feuilles, enſuite remis à ſon prix de
12 livres.
'
-
-
3°. La Divinité de N. S. J. C. prouveé contre les
Hérétiques & les Déiſtes, 3 volumes in-12. Traité
qui doit le jour à la protection particulière de M.
Dagueſſeau, offert à 3 liv. en feuilles , enſuita
remis au prix ordinaire de 6 livres,
-
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214 MERCURE DE FRANCE.
4°. L'Edition d'une Bible Latine en 2 vol. in
fol. de 13 co pages, les deux enrichies de Notes &
Commentaires qui donnent les plus grands ſecours
pour l'intelligence duTexteSacré,&qui renferment
des richeſſes auſſi utiles aux gens de Lettres qu'aux
# On offre juſqu'au même terme du
1.Aouſt prochain, 1oo exemplaires de cette Bi
ble à 8 livres les 2 volumes en feuilles, lequel
temps paſſé , ils ſeront remis au prix de 16 liv.
, On exhorte pour ſe procurer plus de détails ſur
ces Ouvrages de voir l'avis imprimé qu'on diſtri
bue chez le Sr Heriſſant, rue Saint Jacques , ainſi
que le Proſpectus pour la ſouſcription du CoRPs
DE DRoIT CIVIL , &c. Par M. Hulot, Avocat
au Parlement, Ouvrage le plus important qui ait
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1159
p. 66-82
SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN, sur l'introduction à la Science des Médailles, par D. MANGEART.
Début :
LA seconde Partie de cet Ouvrage renferme tout ce qui regarde les Types [...]
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texteReconnaissance textuelle : SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN, sur l'introduction à la Science des Médailles, par D. MANGEART.
SUITE de la Lettre de M. l'Abbé JACQUIN,
sur l'introduction à la Science
des Médailles, par D. MANGEART.
LA seconde Partie de cet Ouvrage
renferme tout ce qui regarde les Types
des Médailles.
Les Médailles ont deux côtés ; l'un
;
s'appelle la face ; l'autre le revers. Sur
chacun de ces côtés font ordinairement
gravés un type & une légende.
Les types doivent être confidérés comme
faifani le corps de la Médailles : les lé-
gendes en font l'âme & la langue : ce
font elles qui nous apprennent ce que les
types fignifient. Sans elles ils refferoient
fouvent muets. Il ne faut pas cependant
s'en repoſer toujours fur les légendes
pour connoître les Médailles : au con-
traire , il eft abfolument néceffaire de
fe mettre au fait des types , afin de pou-
voir les expliquer, foit que les légendes
JUILLET. 1764.
67
manquent tout-à-fait , foit que les Mé-
dailles foient fruftes & difficiles à lire
foit enfin que les légendes ne foient
compofées que de lettres initiales. C'eſt
pour faciliter cette connoiffance que
Ï'Auteur a traité ces deux parties d'une
·
manière fort étendue. Suivons le rapi-
dement dans ce qui regarde les types ;
la variété feule des objets qu'ils nous
préfentent fera aifément fentir combien
cette partie eft curieufe & inftructive
+
pour l'Hiftoire , & combien elle peut
fervir aux Artistes pour faifir , avec le
goût de l'Antiquité , les traits des Prin-
ces & des Perfonnages illuftres , & le
Coftume de chaque fiècle.
On trouve fur les Médailles tout ce
qui regarde la religion des Payens , leurs
Divinités avec leurs habillemens , attri-
buts , fymboles ; leurs Temples , Au-
tels , Sacrifices : les Fêtes confacrées
pour embellir le culte qu'on leur ren-
doit; les Prêtres & les Prêtreffes chargés
des cérémonies de ce culte ; les Apo-
théofes & les Confécrations , & c. & c.
Après avoir expofé l'origine de l'ido-
lâtrie , l'Auteur divife les Divinités ent
deux claffes : il place dans la première
les perfonnages réels ou chimériques ,
que l'Hiftoire ou la Fable ont élevés
68 MERCURE DE FRANCE.
par oubli ou par mépris de la Divinité
effentiellement une , aux honneurs di-
vins. En parlant de chacune de ces Di-
vinités, il rapporte dans des articles fé-
parés ce qu'elles étoient felon l'Ecriture
Sacrée ou hieroglyphique desEgyptiens,
felon l'Hiftoire & felon la Fable : il les
confidére enfuite dans la numifmatique,
& décrit d'une manière précife & claire
les différens attributs fous lefquels on
peut les réconnoître fur les Médailles ;
des exemples tirés des piéces les plus
rares & les plus curieufes , gravées dans
les planches qui ornent cet Ouvrage
mettent l'inftruction fous les yeux.
Les Divinités de la feconde claffefont
les fymboles & les attributs des pre-
mières & des Etres moraux où allégo-
riques , tels que les vertus , les paffions ,
les vices mêmés. L'Auteur les confidére
particuliérement par rapport à la nu-
mifmatique. En parlant de l'Honneur &
de la Vertu ( Sect. XV. de l'Art. II du
Chap. V. ) « Voici , dit-il , deux Déeffes
allégoriques , que l'on trouve quel-
quefois repréſentées enfemble fur les
Médailles
elles eurent chacune un
Temple à Rome bâti
,
par Caius-
» Marius , ou plutôt elles n'eurent qu'un
» même Temple, dont la partie anté-
JUILLET. 1764.
69
rieure fut confacrée à la Vertu , & la
» fuivante à l'Honneur ; en forte qu'il
» falloit paffer par le Temple de la Vertu
» pour arriver à celui de l'Honneur
$
".
Quelle gloire pour le Paganifme , s'il
n'avoit eu que de pareilles Divinités !
" La Vertu prife pour cette qualité de
» l'âme qui rend les hommes eſtima-
» bles , & dont l'honneur eft la récom-
» penfe , fut perfonifiée & déïfiée ſous
» différentes figures d'homme. L'Hon-
neur , au contraire , fut adoré fous la
» figure d'une femme.
On les trouve enfemble parmi les
» Médailles de la famille Cornelia , de
» Galba , de Vitellius , & c. Sur celles de
» la famille Cornélia , ce font deux têtes
" accolées , dont l'une d'homme , cou-
» verte d'un cafque , & l'autre de fem-
» me , couronnée de laurier....L'une ou
» l'autre de ces deux Divinités fe trouve
"
» feule fur d'autres Médailles , la Vertu
» y étant confidérée tantôt comme une
" Y
» Divinité , tantôt comme une bonne
» qualité qui porte au bien en général ;
» tantôt enfin comme force , courage &
» valeur militaire. Les formes & les lé-
"
gendes qu'on a données à ces piéces ,
» qui font en affez grand nombre , ont
1
to MERCURE DE FRANCE.
" toujours quelque rapport à ce qu'on a
» voulu leur faire fignifier.
Après avoir expofé ces différens rap-
ports & attributs , Dom Mangeart paffe
à la feconde Divinité. « Quant à l'Hon-
neur , ajoute-t- il , nous ne voyons
» cette Divinité repréſentée que de trois
» façons ; ſavoir , par une tête de fem-
» me avec le cafque , couronnée de lau-
» rier & feule , comme dans la famille
» Volteia ; ou par une tête accolée avec
celle de la Vertu fans cafque , mais
couronnée de laurier , comme dans
les Médailles de la famille Cornelia ;
» & en troifiéme lieu , par la figure
» d'un jeune homme ou d'un autre qui ,
» habillé de long , fans cafque & fans
» couronne , tient une pique , un ra-
meau d'olivier ou une branche de lau-
" rier d'une main , avec une corne d'a-
" bondance de l'autre , comme pour
» marquer que la Paix , dont l'olivier eft
»
le fymbole , & que l'Abondance ac-
» compagnent la Vertu & la Valeur
» auffi-bien que l'Honneur & la Gloire ,
"
» & qu'elles en font la récompenfe. Les
légendes portent ou Honos , l'Hon-
" neur , fans rien ajouter ; ou Honos
honori Augufti , l'Honneur , ou à
JUILLET. 1764.
71
» l'honneur de l'Augufte ; ou Honos &
Virtus , l'Honneur & la Vertu ».
A la fin de cette Section on renvoie
à la Planche XIII , depuis le n°. 22 juf-
qu'au 35 , où l'on trouve quatorze Mé-
dailles différentes de l'Honneur & de la
Vertu.
Après les Divinités , & ce qui regarde
leur culte , on trouve dans les types
des Médailles les Rois , les Confuls , les
Empereurs , les Princes , les Reines , les
Impératrices , les Princeffes , les Hé-
ros , les Fondateurs , les Légiflateurs ,
& tous les Perfonnages célébres qui fe
font diftingués par leur naiffance , leur
rang, leurs mérites ou les grands événe-
mens auxquels ils ont eu part. On y
remarque même jufqu'à leurs habits ,
leurs coëffures , les différentes marques
de leurs dignités & emplois , &c. Ici on
voit le Ciel avec fes fignes , fes étoiles
& fes planettes : là , c'eft la Terre avec
fes Parties , fes Empires , fes Royaumes,
fes Provinces , fes Villes , fes Edifices ,
les Eaux
les Plantes , les Animaux ,
&c. Le Temps & les Saifons paroiffent
auffi dans quelques- uns de ces types :
dans d'autres ce font des Batailles de
terre & de mer , des Victoires , des
Trophées , des Récompenfes , & tout
72 MERCURE DE FRANCE.
ce qui concerne le Militaire. Les Jeux
les Courfes , les Spectacles & les Chaffes
y font repréſentés : enfin les Alliances
les Confédérations , les Bienfaits , les
Grâces & les Punitions y font figurés.
Quel tableau ! tous les objets fenfibles
s'y retrouvent. Que de lumières ! que
d'inftruction pour l'Histoire & pour les
Arts !
3°. Avant de paffer aux légendes , il
eft bon d'obſerver ici que l'Auteur fe
borne aux Médailles Grecques & La-
tines , comme à celles dont il eft plus
important d'étudier les types & de con-
noître les légendes.
» La plupart des Médailles n'ont qu'une
»légende fur chacune des deux faces :
» cette légende eft ordinairement placée
au contour du grénetis , dont fouvent
» elle n'occupe que la partie fupérieure .
» Cependant il y en a qui ont deux lé-
» gendes fur le contour, & une troi-
» fiéme fur le champ , ou bien dans
» l'exergue , au bas 'de la pièce. Quel-
» ques-unes n'ont qu'une légende à la
» face ou au revers. Sur d'autres , la
légende eft au milieu du champ , en
» forme d'infcription . On en trouve qui
font placées comme en pal & en fau
≫toir. Celles-ci font placées fur un bou-
clier ,
כן
JUILLET. 1764.
73
clier , ou au frontifpice de quelque
» édifice : celles-là font gravées de droit
» à gauche , contre l'ufage , ce qui eft
» rare. Enfin il y a apparence qu'il a
» dépendu des Graveurs ou des Officiers
monnétaires de placer les légendes à
leur fantaisie & fuivant leur goût ,
puifqu'on les voit pofées tantôt d'une
»façon & tantôt d'une autre , quelque-
fois même d'une façon bien bizarre ».
Les légendes font encore pour un
Amateur qui aime à s'inftruire de l'An-
tiquité , une fource prèfque inépuiſable
deconnoiffances : elles nous apprennent
les différens noms & les différens titres
⚫ des dignités en ufage chez les Grecs &
les Romains. Elles nous rappellent les
titres que les Villes Grecques ont pris
fur leurs Médailles. Enfin elles nous
font remarquer tout ce qui regarde les
Colonies
K9
les Municipes , les Royau-
mes , les Provinces & les Villes con-
quifes par les Romains .
Pour faciliter l'intelligence de ces Mé-
dailles , l'Auteur donne une ample Table
alphabétique des lettres initiales & des
principales abréviations qu'on trouve
fur les Médailles. Cette Table forme
trois colonnes ; la première renferme les
lettres initiales ou les abrégés ; la fecons
II. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de , l'explication latine ; la troifiéme ;
la traduction françoiſe : elle eft fuivie de
l'explication des lettres grecques prifes
arithmétiquement , & de la combinai
fon des lettres numérales de l'Alphabet
Grec.
Les légendes des Médailles grecques
font en grec ; celles des Médailles latines
font en latin . On trouve cependant des
légendes partie grecques & partie latines
fur les Médailles du Bas-Empire , juf-
qu'à l'époque de la deftruction de l'Em-
pire d'Orient. La fureur des Romains
après les beaux jours de la Latinité
pour
les Littérateurs Grecs & la déca-
dence du goût , furent les caufes de
cette bifarrerie , qui annonçoit les fiécles
de ténébres & d'ignorance,
D'après cette réfléxion , confidérons
l'état de la Numifmatique en France.
Dans les beaux fiécles de la Gréce & de
Rome , les types des Médailles repré-
fentoient non-feulement le bufte ou la
tête des Rois , des Empereurs & des
grands hommes , mais tous les objets
fenfibles & tous les événemens remar-
quables : c'étoit , pour ainfi dire , un
Corps d'Histoire chronologique , où la
Religion , les Moeurs , les Sciences ,
les
Arts , la Géographie , fur-tout l'Hiſtoire
JUILLET. 1764.
75
Naturelle & l'Art militaire , fe retra-
çoient aux yeux du Public. Chez nous ,
la monnoye fixée pour revers aux armes
de nos Princes , ne nous préfentent fur la
face que leur effigie. Si de temps en
temps on frappe des Médailles pour cé-
lébrer les avénemens de nos Princes à la
Couronne , les Cérémonies de leurs Ma-
riages , l'inauguration de leurs Statues ,
&c, leurs matières précieufes , l'étendue
de leur module & le petit nombre qu'on
en diftribue , les rendent fi rares , qu'il
eft difficile d'en former des collections
>
même fous les règnes fous lefquels on
les fabrique. Une Médaille d'or de 800
€
à 900 livres , telle que celle
l'on
que
frappa l'année dernière pour la confécra-
tion de la Place de Louis- le- Bien- aimé
paffe bientôt des mains du Poffeffeur
chez l'Orfévre. C'est parce qu'on con-
fignoit chez les Anciens tous les événe-
mens remarquables fur les monnoyes
qui avoient cours dans le commerce ,
que nous fommes en état , après bien
des fiécles , & malgré l'ignorance &
l'avarice , de ramaffer les plus riches &
les plus précieuſes collections des Mé-
dailles antiques.
Pourquoi , d'un autre côté , s'entêter
de repréfenter nos Princes tant fur les
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Médailles que dans leurs Statues , fous
le Costume Grec ou Romain ? Les
Grecs avoient reçu les Science & les
Arts des Egyptiens : cependant calque-
rent-ils leurs Princes & leurs Héros d'a-
près l'habillement des Egyptiens ? Les
Romains , après avoir puifé le goût chez
les Grecs, prefcrivirent-ils à leurs Artiſtes
de faire revivre leurs Empereurs & leurs
Hommes illuftres fous des ornemens
Grecs ? Pourquoi ne pas offrir au Fran-
çois les Princes à la Françoife? Que ne
créons-nous un Coftume , fous lequel
nous puiffions paffer chez nos neveux &
en être reconnus ? Quand oferons- nous
voler de nos propres ailes ? Notre Na-
tion n'aura-t- elle donc jamais affez de
conftance pour éffayer à connoître ce
qu'elle vaut?
Les Grecs n'employèrent pour les lé-
gendes de leurs Médailles & pour les
infcriptions des Monumens publics , que
leur Langue. Les Romains eux-mêmes
ne fe fervirent jufqu'à la décadence du
goût pour les leurs , que du Latin . Nous
dont la Langue épurée dès le fiécle de
Louis XIV eft devenue pour ainfi dire
celle de toute l'Europe , nous continuons
à employer celle des Romains pour les
infcriptions de nos Monumens & pour
-
JUILLET. 1764
77
les légendes de nos Médailles & de nos
monnoyes. Servons -nous de notre Lan-
gue fur la pierre , le marbre & les mér
taux ; c'eft le vrai moyen de la fixer , &
de la rendre à jamais refpectable à nos
defcendans. Quelle fatisfaction d'ailleurs
pour le Peuple François de pouvoir lire
dans fon Idiômé l'éloge abrégé d'un
Prince , à qui chaque cœur éleve un
Monument d'amour & de dévouement
Les jettons des différens Corps & des
Communautés ont les défauts des mon-
noyes du Bas-Empire , dont nous ve-
nons de parler : outre que leur relief eft
trop mince , leur légende eft ordinaire-
ment partie en Latin & partie en Fran-
çois celle de l'exergue fur-tout eft en
langue vulgaire. Donnons plus d'épaif-
•
feur à la gravure : mettons dans notre
Langue toutes les légendes , & nous en
ferons des Médailles intéreffantes pour
l'Hiftoire des différentes Compagnies &
des Arts.
Le droit de frapper là monnove a tou
jours été celui du Souverain. En Grèce
les Rois , les Chefs des Républiques &
les Officiers' municipaux des villes libres
en ont toujours joui. A Rome , les Rois
* La Statue de Louis XV , dit le Bien- Aimé
élevée en 1763 dans la nouvelle Place.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
furent les feuls maîtres de la Monnoye.
Du temps de la République , le Sénat
eut feul le même droit ; ce qui paroît
par le S. C. Senatus Confult. qu'on
trouve fur toutes les Médailles frappées
fous ce gouvernement. Après avoir don
né fon Décret , fans confulter le Peu-
ple ,, pour déterminer le métal , le mo-
dule , les types , les légendes , le poids
& le prix des monnoyes nouvelles , il
confioir le foin de l'exécution aux Trium-
virs monnétaires , dont l'Office eft ainfi
défigné fur les Médailles ; III-VIR A.
A. A. F. F ; Trium-vir-auro, argento, are
flando feriundo. Sous le règne des Em-
pereurs , le Sénat conferva encore pen-
dant quelques fiécles beaucoup d'auto-
rité fur la Fabrique de la Monnoye. L'or
& l'argent furent entièrement réservés
aux Empereurs : alors le S. C. n'y parus
plus....Le Sénat demeura en poffeffion de
fairefrapper la monnoye de bronze , dans
les trois modules que nous appellons
grand , moyen & petit. Le S. C. y fu
toujours marqué.
Le droit de frapper la monnoye fur
le bronze , que les Empereurs abandon-
nèrent au Sénat , ne regarde que Rome
& l'Italie. Ils accordèrent cette permif-
fion aux Colonies & aux Villes muni-
JUILLET. 1764.
79
cipes de l'Empire , dans les cas de be-
foin , comme le Sénat lui-même la don-
noit aux Provinces & aux Villes qui lui
étoient échues dans le partage fait avec
les Empereurs. Voilà pourquoi on trou-
ve fur quelques Médailles de Colonies ' ;
Permiffu Augufti ; Indulgentia Augufti ,
& fur d'autres S. C. Senatus Confulo ,
ou S. R. Senatus refcripto.
Pour ne rien laiffer à defirer , après
avoir appris dans le Corps de l'Ouvrage
à connoître & à apprécier les Médailles
foit par leur rareté , foit par la quantité
des figures , foit par le nombre & la po-
fition des têtes , foit enfin par leur belle
confervation , on finit par donner les
l'on
moyens que l'on a employés &
que
employe encore tous les jours pour
tromper les Curieux en Médailles . Ces
moyens fe réduifent à huit : leur expofi-
tion eft fuivie de la manière de décou-
vrir ces fraudes & de fe mettre à l'abri
des rufes de la cupidité. On apprend mê-
me à n'adopter qu'avec prudence &
examen certaines décifions trop géné-
ralement reçues. Il s'agit des Médailles
fourrées. On doit fe rappeller ici que
ces fortes de pièces fabriquées par les
faux Monnoyeurs , ne font qu'un mor-
ceau de fer ou de bronze enveloppé de
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
chaque côté d'une feuille d'or ou d'ar-
gent , & frappé en même temps entre
les deux coins , fur l'un defquels étoit
contrefait la face d'une Médaille légi-
time , & fur l'autre fon revers. Comme
on s'eft toujours perfuadé que les fauf-
faires modernes ne pouvoient que très-
difficilement imiter cette fraude , on a
regardé jufqu'à préfent les Médailles
fourrées comme indubitables ; en forte
qu'elles paffent pour véritablement an-
tiques & pour autant de fondemens de
l'Hiftoire
mais ces principes adoptés
par la plupart des Amateurs , ne de-
>> vroient être reçus qu'avec précau
» tion
,
puifqu'il eft certain que les
fauffaires modernes ont eu l'art de
» frapper des Médailles fourrées , à l'imi-
» tation de l'Antique. Un écu de Varin
»& plufieurs autres pièces qui fe trou-
» vent dans le Cabinet de M. d'Ennery
»en font la preuve la plus complette »..
D'après l'efquiffe de ce grand tableau
il eft aifé de prendre une idée des avan-
tages & des agrémens que l'on retire de
l'étude des Médailles. Elle nous retrace
tout ce que la Mythologie , la Cofmo-
graphie , la Géographie , l'Aftronomie ,
I'Hiftoire , la Chronologie & l'Hiftoire
Naturelle , préfentent de curieux par
JUILLET. 1764.
81
rapport à l'Antiquité. Elle offre aux
Peintres , aux Architectes & à une infi-
nité d'autres Artiftes , des leçons utiles
fur le Coſtume de tous les temps , &
des modèles en tout genre. D'un autres
côté , elle remplit agréablement les jours
d'un Amateur , & pique continuelle-
ment fa curiofité à la vue des riches
moiffons qui restent encore à faire dans
ce vafte & fertile champ. >> On décou
» vre tous les jours quelques parties des
» tréfors que la terre renferme dans fon
fein: ce n'eft même que depuis peu
» de temps qu'on a vu entrer dans plu-
·
» fieurs Cabinets des Refcennius d'or
» des Othons de bronze & des Vetranio
» d'or & d'argent , Médailles extraordi-
naires & inconnues jufqu'à préfent.
Les riches Collections de M. Pelerin
» & de M. d'Ennery pourroient nous
» en fournir plufieurs autres exemples.
» Ce dernier vient encore d'acquérir
» une Médaille d'or de Vitalianus , Ty-
» ran peu connu , que
après avoir pris
» la pourpre fous le règne d'Anaftafe
» remporta plufieurs victoires für les Gé
néraux de cet Empereur , s'empara de
„ la Thrace , où il étoit né , de la Mœfie
» & de plufieurs autres Provinces voifi-
nes , & fe foutint fur le Trône contre
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» toutes les forces de l'Empire , juſqu'à
» ce que l'Empereur Juftin le fit affaffi-
» ner dans fon Palais , où ill'avoit attiré
» fous ptétexte d'amitié ». Quelle douce
fenfation pour un Curieux d'imaginer
qu'il peut trouver une pièce rare &
unique ! quelle joie quand il la pofféde !
Ce Cours complet & méthodique de
la fcience des Médailles , dédié au Prince
Charles de Lorraine , l'Ami & le Protec-
teur des Gens de Lettres , eft un témoi
gnage public de la reconnoiffance de
Dom Mangeart pour fon bienfaiteur ,
& ne fait pas moins d'honneur à fon ef-
prit & à fes lumières qu'à fon cœur. La
modeftie avec laquelle il s'exprime dans
fa Préface , annonce l'exactitude de fes
recherches & la vérité de fes affertions.
Sa mort nous fait regretter un Religieux
zélé , un Sçavant éclairé & un Amifen-
fible. Pourquoi n'a-t-il pu finir quelques
autres Ouvrages intéreffans , qu'il avoit
concus , & dont il s'occupoit !
L'introduction à la Science des Mé-
dailles eft une fuite néceffaire de l'Ou-
vrage de Dom Monfaucon : auffi a-t- on
eu foin qu'elle fût imprimée dans les mê
mes formats , & avec les mêmes carac-
tères , que l'Antiquité expliquée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JACQUIN.
sur l'introduction à la Science
des Médailles, par D. MANGEART.
LA seconde Partie de cet Ouvrage
renferme tout ce qui regarde les Types
des Médailles.
Les Médailles ont deux côtés ; l'un
;
s'appelle la face ; l'autre le revers. Sur
chacun de ces côtés font ordinairement
gravés un type & une légende.
Les types doivent être confidérés comme
faifani le corps de la Médailles : les lé-
gendes en font l'âme & la langue : ce
font elles qui nous apprennent ce que les
types fignifient. Sans elles ils refferoient
fouvent muets. Il ne faut pas cependant
s'en repoſer toujours fur les légendes
pour connoître les Médailles : au con-
traire , il eft abfolument néceffaire de
fe mettre au fait des types , afin de pou-
voir les expliquer, foit que les légendes
JUILLET. 1764.
67
manquent tout-à-fait , foit que les Mé-
dailles foient fruftes & difficiles à lire
foit enfin que les légendes ne foient
compofées que de lettres initiales. C'eſt
pour faciliter cette connoiffance que
Ï'Auteur a traité ces deux parties d'une
·
manière fort étendue. Suivons le rapi-
dement dans ce qui regarde les types ;
la variété feule des objets qu'ils nous
préfentent fera aifément fentir combien
cette partie eft curieufe & inftructive
+
pour l'Hiftoire , & combien elle peut
fervir aux Artistes pour faifir , avec le
goût de l'Antiquité , les traits des Prin-
ces & des Perfonnages illuftres , & le
Coftume de chaque fiècle.
On trouve fur les Médailles tout ce
qui regarde la religion des Payens , leurs
Divinités avec leurs habillemens , attri-
buts , fymboles ; leurs Temples , Au-
tels , Sacrifices : les Fêtes confacrées
pour embellir le culte qu'on leur ren-
doit; les Prêtres & les Prêtreffes chargés
des cérémonies de ce culte ; les Apo-
théofes & les Confécrations , & c. & c.
Après avoir expofé l'origine de l'ido-
lâtrie , l'Auteur divife les Divinités ent
deux claffes : il place dans la première
les perfonnages réels ou chimériques ,
que l'Hiftoire ou la Fable ont élevés
68 MERCURE DE FRANCE.
par oubli ou par mépris de la Divinité
effentiellement une , aux honneurs di-
vins. En parlant de chacune de ces Di-
vinités, il rapporte dans des articles fé-
parés ce qu'elles étoient felon l'Ecriture
Sacrée ou hieroglyphique desEgyptiens,
felon l'Hiftoire & felon la Fable : il les
confidére enfuite dans la numifmatique,
& décrit d'une manière précife & claire
les différens attributs fous lefquels on
peut les réconnoître fur les Médailles ;
des exemples tirés des piéces les plus
rares & les plus curieufes , gravées dans
les planches qui ornent cet Ouvrage
mettent l'inftruction fous les yeux.
Les Divinités de la feconde claffefont
les fymboles & les attributs des pre-
mières & des Etres moraux où allégo-
riques , tels que les vertus , les paffions ,
les vices mêmés. L'Auteur les confidére
particuliérement par rapport à la nu-
mifmatique. En parlant de l'Honneur &
de la Vertu ( Sect. XV. de l'Art. II du
Chap. V. ) « Voici , dit-il , deux Déeffes
allégoriques , que l'on trouve quel-
quefois repréſentées enfemble fur les
Médailles
elles eurent chacune un
Temple à Rome bâti
,
par Caius-
» Marius , ou plutôt elles n'eurent qu'un
» même Temple, dont la partie anté-
JUILLET. 1764.
69
rieure fut confacrée à la Vertu , & la
» fuivante à l'Honneur ; en forte qu'il
» falloit paffer par le Temple de la Vertu
» pour arriver à celui de l'Honneur
$
".
Quelle gloire pour le Paganifme , s'il
n'avoit eu que de pareilles Divinités !
" La Vertu prife pour cette qualité de
» l'âme qui rend les hommes eſtima-
» bles , & dont l'honneur eft la récom-
» penfe , fut perfonifiée & déïfiée ſous
» différentes figures d'homme. L'Hon-
neur , au contraire , fut adoré fous la
» figure d'une femme.
On les trouve enfemble parmi les
» Médailles de la famille Cornelia , de
» Galba , de Vitellius , & c. Sur celles de
» la famille Cornélia , ce font deux têtes
" accolées , dont l'une d'homme , cou-
» verte d'un cafque , & l'autre de fem-
» me , couronnée de laurier....L'une ou
» l'autre de ces deux Divinités fe trouve
"
» feule fur d'autres Médailles , la Vertu
» y étant confidérée tantôt comme une
" Y
» Divinité , tantôt comme une bonne
» qualité qui porte au bien en général ;
» tantôt enfin comme force , courage &
» valeur militaire. Les formes & les lé-
"
gendes qu'on a données à ces piéces ,
» qui font en affez grand nombre , ont
1
to MERCURE DE FRANCE.
" toujours quelque rapport à ce qu'on a
» voulu leur faire fignifier.
Après avoir expofé ces différens rap-
ports & attributs , Dom Mangeart paffe
à la feconde Divinité. « Quant à l'Hon-
neur , ajoute-t- il , nous ne voyons
» cette Divinité repréſentée que de trois
» façons ; ſavoir , par une tête de fem-
» me avec le cafque , couronnée de lau-
» rier & feule , comme dans la famille
» Volteia ; ou par une tête accolée avec
celle de la Vertu fans cafque , mais
couronnée de laurier , comme dans
les Médailles de la famille Cornelia ;
» & en troifiéme lieu , par la figure
» d'un jeune homme ou d'un autre qui ,
» habillé de long , fans cafque & fans
» couronne , tient une pique , un ra-
meau d'olivier ou une branche de lau-
" rier d'une main , avec une corne d'a-
" bondance de l'autre , comme pour
» marquer que la Paix , dont l'olivier eft
»
le fymbole , & que l'Abondance ac-
» compagnent la Vertu & la Valeur
» auffi-bien que l'Honneur & la Gloire ,
"
» & qu'elles en font la récompenfe. Les
légendes portent ou Honos , l'Hon-
" neur , fans rien ajouter ; ou Honos
honori Augufti , l'Honneur , ou à
JUILLET. 1764.
71
» l'honneur de l'Augufte ; ou Honos &
Virtus , l'Honneur & la Vertu ».
A la fin de cette Section on renvoie
à la Planche XIII , depuis le n°. 22 juf-
qu'au 35 , où l'on trouve quatorze Mé-
dailles différentes de l'Honneur & de la
Vertu.
Après les Divinités , & ce qui regarde
leur culte , on trouve dans les types
des Médailles les Rois , les Confuls , les
Empereurs , les Princes , les Reines , les
Impératrices , les Princeffes , les Hé-
ros , les Fondateurs , les Légiflateurs ,
& tous les Perfonnages célébres qui fe
font diftingués par leur naiffance , leur
rang, leurs mérites ou les grands événe-
mens auxquels ils ont eu part. On y
remarque même jufqu'à leurs habits ,
leurs coëffures , les différentes marques
de leurs dignités & emplois , &c. Ici on
voit le Ciel avec fes fignes , fes étoiles
& fes planettes : là , c'eft la Terre avec
fes Parties , fes Empires , fes Royaumes,
fes Provinces , fes Villes , fes Edifices ,
les Eaux
les Plantes , les Animaux ,
&c. Le Temps & les Saifons paroiffent
auffi dans quelques- uns de ces types :
dans d'autres ce font des Batailles de
terre & de mer , des Victoires , des
Trophées , des Récompenfes , & tout
72 MERCURE DE FRANCE.
ce qui concerne le Militaire. Les Jeux
les Courfes , les Spectacles & les Chaffes
y font repréſentés : enfin les Alliances
les Confédérations , les Bienfaits , les
Grâces & les Punitions y font figurés.
Quel tableau ! tous les objets fenfibles
s'y retrouvent. Que de lumières ! que
d'inftruction pour l'Histoire & pour les
Arts !
3°. Avant de paffer aux légendes , il
eft bon d'obſerver ici que l'Auteur fe
borne aux Médailles Grecques & La-
tines , comme à celles dont il eft plus
important d'étudier les types & de con-
noître les légendes.
» La plupart des Médailles n'ont qu'une
»légende fur chacune des deux faces :
» cette légende eft ordinairement placée
au contour du grénetis , dont fouvent
» elle n'occupe que la partie fupérieure .
» Cependant il y en a qui ont deux lé-
» gendes fur le contour, & une troi-
» fiéme fur le champ , ou bien dans
» l'exergue , au bas 'de la pièce. Quel-
» ques-unes n'ont qu'une légende à la
» face ou au revers. Sur d'autres , la
légende eft au milieu du champ , en
» forme d'infcription . On en trouve qui
font placées comme en pal & en fau
≫toir. Celles-ci font placées fur un bou-
clier ,
כן
JUILLET. 1764.
73
clier , ou au frontifpice de quelque
» édifice : celles-là font gravées de droit
» à gauche , contre l'ufage , ce qui eft
» rare. Enfin il y a apparence qu'il a
» dépendu des Graveurs ou des Officiers
monnétaires de placer les légendes à
leur fantaisie & fuivant leur goût ,
puifqu'on les voit pofées tantôt d'une
»façon & tantôt d'une autre , quelque-
fois même d'une façon bien bizarre ».
Les légendes font encore pour un
Amateur qui aime à s'inftruire de l'An-
tiquité , une fource prèfque inépuiſable
deconnoiffances : elles nous apprennent
les différens noms & les différens titres
⚫ des dignités en ufage chez les Grecs &
les Romains. Elles nous rappellent les
titres que les Villes Grecques ont pris
fur leurs Médailles. Enfin elles nous
font remarquer tout ce qui regarde les
Colonies
K9
les Municipes , les Royau-
mes , les Provinces & les Villes con-
quifes par les Romains .
Pour faciliter l'intelligence de ces Mé-
dailles , l'Auteur donne une ample Table
alphabétique des lettres initiales & des
principales abréviations qu'on trouve
fur les Médailles. Cette Table forme
trois colonnes ; la première renferme les
lettres initiales ou les abrégés ; la fecons
II. Vol.
D
74 MERCURE DE FRANCE.
de , l'explication latine ; la troifiéme ;
la traduction françoiſe : elle eft fuivie de
l'explication des lettres grecques prifes
arithmétiquement , & de la combinai
fon des lettres numérales de l'Alphabet
Grec.
Les légendes des Médailles grecques
font en grec ; celles des Médailles latines
font en latin . On trouve cependant des
légendes partie grecques & partie latines
fur les Médailles du Bas-Empire , juf-
qu'à l'époque de la deftruction de l'Em-
pire d'Orient. La fureur des Romains
après les beaux jours de la Latinité
pour
les Littérateurs Grecs & la déca-
dence du goût , furent les caufes de
cette bifarrerie , qui annonçoit les fiécles
de ténébres & d'ignorance,
D'après cette réfléxion , confidérons
l'état de la Numifmatique en France.
Dans les beaux fiécles de la Gréce & de
Rome , les types des Médailles repré-
fentoient non-feulement le bufte ou la
tête des Rois , des Empereurs & des
grands hommes , mais tous les objets
fenfibles & tous les événemens remar-
quables : c'étoit , pour ainfi dire , un
Corps d'Histoire chronologique , où la
Religion , les Moeurs , les Sciences ,
les
Arts , la Géographie , fur-tout l'Hiſtoire
JUILLET. 1764.
75
Naturelle & l'Art militaire , fe retra-
çoient aux yeux du Public. Chez nous ,
la monnoye fixée pour revers aux armes
de nos Princes , ne nous préfentent fur la
face que leur effigie. Si de temps en
temps on frappe des Médailles pour cé-
lébrer les avénemens de nos Princes à la
Couronne , les Cérémonies de leurs Ma-
riages , l'inauguration de leurs Statues ,
&c, leurs matières précieufes , l'étendue
de leur module & le petit nombre qu'on
en diftribue , les rendent fi rares , qu'il
eft difficile d'en former des collections
>
même fous les règnes fous lefquels on
les fabrique. Une Médaille d'or de 800
€
à 900 livres , telle que celle
l'on
que
frappa l'année dernière pour la confécra-
tion de la Place de Louis- le- Bien- aimé
paffe bientôt des mains du Poffeffeur
chez l'Orfévre. C'est parce qu'on con-
fignoit chez les Anciens tous les événe-
mens remarquables fur les monnoyes
qui avoient cours dans le commerce ,
que nous fommes en état , après bien
des fiécles , & malgré l'ignorance &
l'avarice , de ramaffer les plus riches &
les plus précieuſes collections des Mé-
dailles antiques.
Pourquoi , d'un autre côté , s'entêter
de repréfenter nos Princes tant fur les
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Médailles que dans leurs Statues , fous
le Costume Grec ou Romain ? Les
Grecs avoient reçu les Science & les
Arts des Egyptiens : cependant calque-
rent-ils leurs Princes & leurs Héros d'a-
près l'habillement des Egyptiens ? Les
Romains , après avoir puifé le goût chez
les Grecs, prefcrivirent-ils à leurs Artiſtes
de faire revivre leurs Empereurs & leurs
Hommes illuftres fous des ornemens
Grecs ? Pourquoi ne pas offrir au Fran-
çois les Princes à la Françoife? Que ne
créons-nous un Coftume , fous lequel
nous puiffions paffer chez nos neveux &
en être reconnus ? Quand oferons- nous
voler de nos propres ailes ? Notre Na-
tion n'aura-t- elle donc jamais affez de
conftance pour éffayer à connoître ce
qu'elle vaut?
Les Grecs n'employèrent pour les lé-
gendes de leurs Médailles & pour les
infcriptions des Monumens publics , que
leur Langue. Les Romains eux-mêmes
ne fe fervirent jufqu'à la décadence du
goût pour les leurs , que du Latin . Nous
dont la Langue épurée dès le fiécle de
Louis XIV eft devenue pour ainfi dire
celle de toute l'Europe , nous continuons
à employer celle des Romains pour les
infcriptions de nos Monumens & pour
-
JUILLET. 1764
77
les légendes de nos Médailles & de nos
monnoyes. Servons -nous de notre Lan-
gue fur la pierre , le marbre & les mér
taux ; c'eft le vrai moyen de la fixer , &
de la rendre à jamais refpectable à nos
defcendans. Quelle fatisfaction d'ailleurs
pour le Peuple François de pouvoir lire
dans fon Idiômé l'éloge abrégé d'un
Prince , à qui chaque cœur éleve un
Monument d'amour & de dévouement
Les jettons des différens Corps & des
Communautés ont les défauts des mon-
noyes du Bas-Empire , dont nous ve-
nons de parler : outre que leur relief eft
trop mince , leur légende eft ordinaire-
ment partie en Latin & partie en Fran-
çois celle de l'exergue fur-tout eft en
langue vulgaire. Donnons plus d'épaif-
•
feur à la gravure : mettons dans notre
Langue toutes les légendes , & nous en
ferons des Médailles intéreffantes pour
l'Hiftoire des différentes Compagnies &
des Arts.
Le droit de frapper là monnove a tou
jours été celui du Souverain. En Grèce
les Rois , les Chefs des Républiques &
les Officiers' municipaux des villes libres
en ont toujours joui. A Rome , les Rois
* La Statue de Louis XV , dit le Bien- Aimé
élevée en 1763 dans la nouvelle Place.
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
furent les feuls maîtres de la Monnoye.
Du temps de la République , le Sénat
eut feul le même droit ; ce qui paroît
par le S. C. Senatus Confult. qu'on
trouve fur toutes les Médailles frappées
fous ce gouvernement. Après avoir don
né fon Décret , fans confulter le Peu-
ple ,, pour déterminer le métal , le mo-
dule , les types , les légendes , le poids
& le prix des monnoyes nouvelles , il
confioir le foin de l'exécution aux Trium-
virs monnétaires , dont l'Office eft ainfi
défigné fur les Médailles ; III-VIR A.
A. A. F. F ; Trium-vir-auro, argento, are
flando feriundo. Sous le règne des Em-
pereurs , le Sénat conferva encore pen-
dant quelques fiécles beaucoup d'auto-
rité fur la Fabrique de la Monnoye. L'or
& l'argent furent entièrement réservés
aux Empereurs : alors le S. C. n'y parus
plus....Le Sénat demeura en poffeffion de
fairefrapper la monnoye de bronze , dans
les trois modules que nous appellons
grand , moyen & petit. Le S. C. y fu
toujours marqué.
Le droit de frapper la monnoye fur
le bronze , que les Empereurs abandon-
nèrent au Sénat , ne regarde que Rome
& l'Italie. Ils accordèrent cette permif-
fion aux Colonies & aux Villes muni-
JUILLET. 1764.
79
cipes de l'Empire , dans les cas de be-
foin , comme le Sénat lui-même la don-
noit aux Provinces & aux Villes qui lui
étoient échues dans le partage fait avec
les Empereurs. Voilà pourquoi on trou-
ve fur quelques Médailles de Colonies ' ;
Permiffu Augufti ; Indulgentia Augufti ,
& fur d'autres S. C. Senatus Confulo ,
ou S. R. Senatus refcripto.
Pour ne rien laiffer à defirer , après
avoir appris dans le Corps de l'Ouvrage
à connoître & à apprécier les Médailles
foit par leur rareté , foit par la quantité
des figures , foit par le nombre & la po-
fition des têtes , foit enfin par leur belle
confervation , on finit par donner les
l'on
moyens que l'on a employés &
que
employe encore tous les jours pour
tromper les Curieux en Médailles . Ces
moyens fe réduifent à huit : leur expofi-
tion eft fuivie de la manière de décou-
vrir ces fraudes & de fe mettre à l'abri
des rufes de la cupidité. On apprend mê-
me à n'adopter qu'avec prudence &
examen certaines décifions trop géné-
ralement reçues. Il s'agit des Médailles
fourrées. On doit fe rappeller ici que
ces fortes de pièces fabriquées par les
faux Monnoyeurs , ne font qu'un mor-
ceau de fer ou de bronze enveloppé de
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
chaque côté d'une feuille d'or ou d'ar-
gent , & frappé en même temps entre
les deux coins , fur l'un defquels étoit
contrefait la face d'une Médaille légi-
time , & fur l'autre fon revers. Comme
on s'eft toujours perfuadé que les fauf-
faires modernes ne pouvoient que très-
difficilement imiter cette fraude , on a
regardé jufqu'à préfent les Médailles
fourrées comme indubitables ; en forte
qu'elles paffent pour véritablement an-
tiques & pour autant de fondemens de
l'Hiftoire
mais ces principes adoptés
par la plupart des Amateurs , ne de-
>> vroient être reçus qu'avec précau
» tion
,
puifqu'il eft certain que les
fauffaires modernes ont eu l'art de
» frapper des Médailles fourrées , à l'imi-
» tation de l'Antique. Un écu de Varin
»& plufieurs autres pièces qui fe trou-
» vent dans le Cabinet de M. d'Ennery
»en font la preuve la plus complette »..
D'après l'efquiffe de ce grand tableau
il eft aifé de prendre une idée des avan-
tages & des agrémens que l'on retire de
l'étude des Médailles. Elle nous retrace
tout ce que la Mythologie , la Cofmo-
graphie , la Géographie , l'Aftronomie ,
I'Hiftoire , la Chronologie & l'Hiftoire
Naturelle , préfentent de curieux par
JUILLET. 1764.
81
rapport à l'Antiquité. Elle offre aux
Peintres , aux Architectes & à une infi-
nité d'autres Artiftes , des leçons utiles
fur le Coſtume de tous les temps , &
des modèles en tout genre. D'un autres
côté , elle remplit agréablement les jours
d'un Amateur , & pique continuelle-
ment fa curiofité à la vue des riches
moiffons qui restent encore à faire dans
ce vafte & fertile champ. >> On décou
» vre tous les jours quelques parties des
» tréfors que la terre renferme dans fon
fein: ce n'eft même que depuis peu
» de temps qu'on a vu entrer dans plu-
·
» fieurs Cabinets des Refcennius d'or
» des Othons de bronze & des Vetranio
» d'or & d'argent , Médailles extraordi-
naires & inconnues jufqu'à préfent.
Les riches Collections de M. Pelerin
» & de M. d'Ennery pourroient nous
» en fournir plufieurs autres exemples.
» Ce dernier vient encore d'acquérir
» une Médaille d'or de Vitalianus , Ty-
» ran peu connu , que
après avoir pris
» la pourpre fous le règne d'Anaftafe
» remporta plufieurs victoires für les Gé
néraux de cet Empereur , s'empara de
„ la Thrace , où il étoit né , de la Mœfie
» & de plufieurs autres Provinces voifi-
nes , & fe foutint fur le Trône contre
Dy
82 MERCURE DE FRANCE.
» toutes les forces de l'Empire , juſqu'à
» ce que l'Empereur Juftin le fit affaffi-
» ner dans fon Palais , où ill'avoit attiré
» fous ptétexte d'amitié ». Quelle douce
fenfation pour un Curieux d'imaginer
qu'il peut trouver une pièce rare &
unique ! quelle joie quand il la pofféde !
Ce Cours complet & méthodique de
la fcience des Médailles , dédié au Prince
Charles de Lorraine , l'Ami & le Protec-
teur des Gens de Lettres , eft un témoi
gnage public de la reconnoiffance de
Dom Mangeart pour fon bienfaiteur ,
& ne fait pas moins d'honneur à fon ef-
prit & à fes lumières qu'à fon cœur. La
modeftie avec laquelle il s'exprime dans
fa Préface , annonce l'exactitude de fes
recherches & la vérité de fes affertions.
Sa mort nous fait regretter un Religieux
zélé , un Sçavant éclairé & un Amifen-
fible. Pourquoi n'a-t-il pu finir quelques
autres Ouvrages intéreffans , qu'il avoit
concus , & dont il s'occupoit !
L'introduction à la Science des Mé-
dailles eft une fuite néceffaire de l'Ou-
vrage de Dom Monfaucon : auffi a-t- on
eu foin qu'elle fût imprimée dans les mê
mes formats , & avec les mêmes carac-
tères , que l'Antiquité expliquée.
J'ai l'honneur d'être , &c.
JACQUIN.
Fermer
1160
p. *154-154
CONCERT SPIRITUEL.
Début :
ON a obmis, par inadvertance, dans le premier Mercure de ce mois, de faire mention du Concert [...]
Mots clefs :
Dixit Dominus, Exaudi Deus orationem meam
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CONCERT SPIRITUEL.
CONCERT SPIRITUEL.
ON a obmis, par inadvertance, dans le premier
Mercure de ce mois, de faire mention du Concert
exécuté le 10 Juin , jour de la Pentecôte. On y a
exécuté le Dixit Dominus , del Signor LEO , &
Exaudi Deus orationem meam, autre Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GIROUST , Maître de Mufi-
que de la Cathédrale d'Orléans. Entre ces deux
Motets , M. RODOLPHE & M. LOLLI , éxecu-
terent des Concerto l'un de Cors de Chaffe &
l'autre de Violon . Leurs talens & leur célébrité
font aujourd'hui trop connus pour en répéter
l'éloge. M. le GROS & Mlle FEL , chanterent
chacun un petit Motet à voix seule.
ON a obmis, par inadvertance, dans le premier
Mercure de ce mois, de faire mention du Concert
exécuté le 10 Juin , jour de la Pentecôte. On y a
exécuté le Dixit Dominus , del Signor LEO , &
Exaudi Deus orationem meam, autre Motet à grand
choeur de M. l'Abbé GIROUST , Maître de Mufi-
que de la Cathédrale d'Orléans. Entre ces deux
Motets , M. RODOLPHE & M. LOLLI , éxecu-
terent des Concerto l'un de Cors de Chaffe &
l'autre de Violon . Leurs talens & leur célébrité
font aujourd'hui trop connus pour en répéter
l'éloge. M. le GROS & Mlle FEL , chanterent
chacun un petit Motet à voix seule.
Fermer
1161
p. 150-151
De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
Début :
Hier, Fête de l'Assomption de la Ste Vierge, Leurs Majestés, [...]
Mots clefs :
Assomption de la Sainte Vierge, Fête, Famille royale, Abbaye royale, Vêpres, Procession, Voeux, Grand prieur, Religieux, Sanctuaires, Officiers, Éducation, Monseigneur le Comte d'Artois, Nominations
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
De COMPIEGNE , le 16 Août 1764.
HIER , Fête de l'Affomption de la Ste Vierge ,
Leurs Majeftés , accompagnées de Mgr le Dauphin
, de Madame la Dauphine , de Madame
Adélaïde , & de Meldames Victoire , Sophie &
Louife , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye Royale
de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifterent aux
Vêpres & enfuite à la Proceffion qui fe fait
chaque année le même jour dans tout le Royaume
pour l'accompliffement du vou de Louis XIII .
Dom Devis , Grand- Prieur de l'Abbaye , y officia.
Le Chapitre de S. Clément , le Clergé
des deux Paroifles & tout le Clergé Régulier s'y
NOVEMBRE. 1754. 151
trouverent , ainfi que le Bailliage & le Corps de
Ville , qui eurent leur place dans le Choeur ; le
Chapitre de S. Clément & le Clergé des deux
Paroiffes furent placés dans leSanctuaire . Après
la Proceffion qui fe fit dans l'Eglife , Leurs Majeftés
entendirent le Salut ; Elles furent reçues
& reconduites , avec les Cérémonies ordinaires
par le Grand-Prieur de l'Abbaye accompagné de
Les Religieux.
Le Roi, ayant fait choix des Officiers qui doivent
compofer la Maiſon , & être chargés de l'éducation
de Monfeigneur le Comte d'Artois , a nommé
le Duc de la Vauguyon , Gouverneur de la Perfonne
de ce Prince , premier Gentilhomme de fa
Chambre , Grand- Maître de la Garde- Robe , &
Surintendant de fa Maifon ; l'ancien Evêque de
Limoges , Précepteur ; le Chevalier de la Ferrieres
, le Chevalier de Beaujeu , le Marquis de
Sineti & le Marquis de Fougieres , Sous - Gouverneurs
; l'Abbé de Radonvilliers , l'Abbé de Mofrueges
& l'Abbé Gafton , Sous- Précepteurs ; l'Abbé
d'Argentré , Lecteur ; le Comte de Luppé ,
le Marquis de Montefquiou , le Marquis de
Marbeuf , le Comte d'Angivillé , le Comte de
Montaut , le Vicomte de Boifgelin le Baron de
Lieurrai, & le Marquis de Baglion, Gentilshommes
dela Manche.
HIER , Fête de l'Affomption de la Ste Vierge ,
Leurs Majeftés , accompagnées de Mgr le Dauphin
, de Madame la Dauphine , de Madame
Adélaïde , & de Meldames Victoire , Sophie &
Louife , fe rendirent à l'Eglife de l'Abbaye Royale
de S. Corneille . Leurs Majeftés y affifterent aux
Vêpres & enfuite à la Proceffion qui fe fait
chaque année le même jour dans tout le Royaume
pour l'accompliffement du vou de Louis XIII .
Dom Devis , Grand- Prieur de l'Abbaye , y officia.
Le Chapitre de S. Clément , le Clergé
des deux Paroifles & tout le Clergé Régulier s'y
NOVEMBRE. 1754. 151
trouverent , ainfi que le Bailliage & le Corps de
Ville , qui eurent leur place dans le Choeur ; le
Chapitre de S. Clément & le Clergé des deux
Paroiffes furent placés dans leSanctuaire . Après
la Proceffion qui fe fit dans l'Eglife , Leurs Majeftés
entendirent le Salut ; Elles furent reçues
& reconduites , avec les Cérémonies ordinaires
par le Grand-Prieur de l'Abbaye accompagné de
Les Religieux.
Le Roi, ayant fait choix des Officiers qui doivent
compofer la Maiſon , & être chargés de l'éducation
de Monfeigneur le Comte d'Artois , a nommé
le Duc de la Vauguyon , Gouverneur de la Perfonne
de ce Prince , premier Gentilhomme de fa
Chambre , Grand- Maître de la Garde- Robe , &
Surintendant de fa Maifon ; l'ancien Evêque de
Limoges , Précepteur ; le Chevalier de la Ferrieres
, le Chevalier de Beaujeu , le Marquis de
Sineti & le Marquis de Fougieres , Sous - Gouverneurs
; l'Abbé de Radonvilliers , l'Abbé de Mofrueges
& l'Abbé Gafton , Sous- Précepteurs ; l'Abbé
d'Argentré , Lecteur ; le Comte de Luppé ,
le Marquis de Montefquiou , le Marquis de
Marbeuf , le Comte d'Angivillé , le Comte de
Montaut , le Vicomte de Boifgelin le Baron de
Lieurrai, & le Marquis de Baglion, Gentilshommes
dela Manche.
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Résumé : De COMPIEGNE, le 16 Août 1764.
Le 16 août 1764, à Compiègne, les souverains français, accompagnés du Dauphin, de la Dauphine et des princesses Madame Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise, se rendirent à l'église de l'Abbaye Royale de Saint-Corneille. Ils assistèrent aux vêpres et à la procession annuelle en accomplissement du vœu de Louis XIII. Dom Devis, Grand-Prieur de l'Abbaye, officia la cérémonie en présence du Chapitre de Saint-Clément, du clergé des deux paroisses, du clergé régulier, ainsi que du bailliage et du corps de ville. Après la procession, les souverains écoutèrent le salut et furent reçus et reconduits par le Grand-Prieur et les religieux. Par ailleurs, le Roi nomma les officiers chargés de l'éducation du Comte d'Artois. Le Duc de la Vauguyon fut désigné Gouverneur, premier Gentilhomme de la Chambre, Grand-Maître de la Garde-Robe et Surintendant de la Maison. L'ancien Évêque de Limoges devint Précepteur, et les Chevaliers de la Ferrières et de Beaujeu, ainsi que les Marquis de Sineti et de Fougieres, Sous-Gouverneurs. Les Abbés de Radonvilliers, de Mofrueges et Gaston furent nommés Sous-Précepteurs, et l'Abbé d'Argentré, Lecteur. Plusieurs gentilshommes, dont le Comte de Luppé, le Marquis de Montefquiou et le Marquis de Marbeuf, furent désignés Gentilshommes de la Manche.
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1162
p. 65-66
LOGOGRYPHE.
Début :
Quoiqu'en divers pays je naisse en même-temps, [...]
Mots clefs :
Carême
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGO GRYPH E.
QUOIQU'EN divers
pays je naiffe en mêmetemps
,
Dans la feule Judée on met mon origine.
Je fuis d'extraction divine ,
Et dois pourtant mon être à mes propres enfans
Dont le nombre moins quatre eſt égal à cinquante.
Pour réprimer l'avidité ſanglante
D'un Peuple immolateur d'animaux innocens ,
Six de mes fils , encor qu'illégitimes ,
Ne font pas moins que leurs frères ardens
A fouftraire au couteau quantité de victimes .
Par l'atteinte d'un farcofage ,
Avec mon dernier fils je reçois le trépas .
A ce portrait , Lecteur, ne me connois - tu pas ?
Dans fix traits cherche mon image .
Par cinq , je fais de faintes onctions
66. MERCURE DE FRANCE.
Et fuis doux entremets , dont aux repas on uſè :
De plus , fils a loptif d'une troupe recluſe ,
Mon nom jadis donnoit trois notions ,
D'un bois , d'un vers , d'un mont connu d'Elie
Par quatre , en moi l'âme eft unie ;
Je fuis aux champs un amas d'eau ;
Des familles la , fouche ; un aîle de bateau ș
Et fous un nom d'Evangélifte ,
Je fuis des fruits preffés ce qui folide éxiſte :
D'autre part , aux combats j'attaque & je défends ;
Je fuis double faveur au goût deſagréable ,
Et les terres partage au pays des Normans.
Par trois enfin , route eft chez moi peu ſtable ; -
Je fais mouvoir tous les êtres vivans ,
Et dans les airs lance un trait redoutable
Mais c'eft affez de ce tableau ,
Lecteur , pour que tu me devines :
A me fuivre toujours fi pourtant tu t'obtines ,
Crains d'en altérer ton cerveau .
DE PIVAL..
QUOIQU'EN divers
pays je naiffe en mêmetemps
,
Dans la feule Judée on met mon origine.
Je fuis d'extraction divine ,
Et dois pourtant mon être à mes propres enfans
Dont le nombre moins quatre eſt égal à cinquante.
Pour réprimer l'avidité ſanglante
D'un Peuple immolateur d'animaux innocens ,
Six de mes fils , encor qu'illégitimes ,
Ne font pas moins que leurs frères ardens
A fouftraire au couteau quantité de victimes .
Par l'atteinte d'un farcofage ,
Avec mon dernier fils je reçois le trépas .
A ce portrait , Lecteur, ne me connois - tu pas ?
Dans fix traits cherche mon image .
Par cinq , je fais de faintes onctions
66. MERCURE DE FRANCE.
Et fuis doux entremets , dont aux repas on uſè :
De plus , fils a loptif d'une troupe recluſe ,
Mon nom jadis donnoit trois notions ,
D'un bois , d'un vers , d'un mont connu d'Elie
Par quatre , en moi l'âme eft unie ;
Je fuis aux champs un amas d'eau ;
Des familles la , fouche ; un aîle de bateau ș
Et fous un nom d'Evangélifte ,
Je fuis des fruits preffés ce qui folide éxiſte :
D'autre part , aux combats j'attaque & je défends ;
Je fuis double faveur au goût deſagréable ,
Et les terres partage au pays des Normans.
Par trois enfin , route eft chez moi peu ſtable ; -
Je fais mouvoir tous les êtres vivans ,
Et dans les airs lance un trait redoutable
Mais c'eft affez de ce tableau ,
Lecteur , pour que tu me devines :
A me fuivre toujours fi pourtant tu t'obtines ,
Crains d'en altérer ton cerveau .
DE PIVAL..
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1163
p. 115-116
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
Le déisme réfuté par lui-même, ou examen des principes d'incrédulité répandus [...]
Mots clefs :
M. Rousseau, Incrédulité, Déisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES,
-
LE déiſme réfuté par lui - même , ou
examen des principes d'incrédulité répandus
dans les divers ouvrages dé Monheur
Rouffeau ; en forme de lettres , par
M. Bergier , Docteur en Théologie
Curé dans le Diocèfe de Befançon ; à Paris
, chez Humblot , Libraire , rue S. Jac116
MERCURE DE FRANCE.
ques , entre la rue du Plâtre & la rue des
Noyers près de St.Yves ; 1765 ; avec approbation
& privilege du Roi , en deux parties
in-12 , qui forment enfemble environ
600 pages.
De toutes les critiques qui ont paru con
tre les écrits de M. Rouffeau , nous n'en
connoiffons pas de plus folide , & en même
temps de plus ingénieufe & de plus
élégante , que l'ouvrage que nous annonçons.
M. Bergier , déja connu par quelques
productions eftimables , rend juſtice
aux talens de fon adverfaire ; il respecte
les vertus dont il fait profeffion , il applaudit
à fon zèle pour les vérités de la religion
naturelle ; mais il n'a aucun ménagement
pour fes opinions , lorſqu'elles attaquent
les vérités révélées : il en démontre la fauffeté
avec toute la force , toute l'énergio
qu'inſpire un zèle ardent & éclairé.
-
LE déiſme réfuté par lui - même , ou
examen des principes d'incrédulité répandus
dans les divers ouvrages dé Monheur
Rouffeau ; en forme de lettres , par
M. Bergier , Docteur en Théologie
Curé dans le Diocèfe de Befançon ; à Paris
, chez Humblot , Libraire , rue S. Jac116
MERCURE DE FRANCE.
ques , entre la rue du Plâtre & la rue des
Noyers près de St.Yves ; 1765 ; avec approbation
& privilege du Roi , en deux parties
in-12 , qui forment enfemble environ
600 pages.
De toutes les critiques qui ont paru con
tre les écrits de M. Rouffeau , nous n'en
connoiffons pas de plus folide , & en même
temps de plus ingénieufe & de plus
élégante , que l'ouvrage que nous annonçons.
M. Bergier , déja connu par quelques
productions eftimables , rend juſtice
aux talens de fon adverfaire ; il respecte
les vertus dont il fait profeffion , il applaudit
à fon zèle pour les vérités de la religion
naturelle ; mais il n'a aucun ménagement
pour fes opinions , lorſqu'elles attaquent
les vérités révélées : il en démontre la fauffeté
avec toute la force , toute l'énergio
qu'inſpire un zèle ardent & éclairé.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
L'ouvrage 'Le déisme réfuté par lui-même, ou examen des principes d'incrédulité répandus dans les divers ouvrages de Jean-Jacques Rousseau' est une critique des écrits de Rousseau, rédigée par M. Bergier, docteur en théologie et curé du diocèse de Besançon. Publié en 1765 à Paris chez Humblot, ce livre compte environ 600 pages et se divise en deux parties. Bergier reconnaît les talents et les vertus de Rousseau ainsi que son engagement pour les vérités de la religion naturelle. Toutefois, il conteste fermement les opinions de Rousseau qui contestent les vérités révélées, en démontrant leur fausseté avec vigueur. Cet ouvrage est apprécié pour sa critique solide, ingénieuse et élégante parmi celles visant les écrits de Rousseau.
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1164
p. 75
Quatriéme.
Début :
Lecteur, veux-tu me voir ? Je t'offre pour dévise, [...]
Mots clefs :
Mitre
1165
p. 98-99
AUTRE.
Début :
Qui que tu sois, Lecteur, crains mes appas, [...]
Mots clefs :
Diable
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AUTRE.
AUTRE,
ur que tu fois , Lecteur , crains mes appas,
Devine moi , mais ne me cherche pas.
Sans corps en mon entier j'enferme un corps
folide
Que l'homme ofe employer pour perdre les
humains ;
Une aſſemblée où le plaifir préfide ,
Où le fage fouvent court avec des pantins ;
Une ville jadis rivale des Romains ;
Ce qu'une femme craint d'avoir pour épithète ;
Ge que le pauvre a rarement chez lui ;
JANVIER 1766. 22
Une humeur qui produit l'ennui ;
De Mahomet le gendre & l'interprète ;
Ce qu'un buveur craint de voir dans fon broc
Une ville de Languedoci
D'un des fils d'Ifaac l'époufe & la parente.
Mais pourquoi te gêner , Lecteur , outre raifon ?
Ote trois de mes pieds , je ne fuis qu'une plante :
Plufieurs , en le cherchant , ont prononcé mon
nom .
Par M. l'Abbé LE JEUNE , Profeffeur
à Sées en Normandie.
ur que tu fois , Lecteur , crains mes appas,
Devine moi , mais ne me cherche pas.
Sans corps en mon entier j'enferme un corps
folide
Que l'homme ofe employer pour perdre les
humains ;
Une aſſemblée où le plaifir préfide ,
Où le fage fouvent court avec des pantins ;
Une ville jadis rivale des Romains ;
Ce qu'une femme craint d'avoir pour épithète ;
Ge que le pauvre a rarement chez lui ;
JANVIER 1766. 22
Une humeur qui produit l'ennui ;
De Mahomet le gendre & l'interprète ;
Ce qu'un buveur craint de voir dans fon broc
Une ville de Languedoci
D'un des fils d'Ifaac l'époufe & la parente.
Mais pourquoi te gêner , Lecteur , outre raifon ?
Ote trois de mes pieds , je ne fuis qu'une plante :
Plufieurs , en le cherchant , ont prononcé mon
nom .
Par M. l'Abbé LE JEUNE , Profeffeur
à Sées en Normandie.
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1166
p. 135
« LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
Début :
LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne
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texteReconnaissance textuelle : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
LA Religion Chrétienne prouvée par
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
un feul fait , ou Differtation où l'on démontre
que des Catholiques à qui Hunneric
, Roi des Vendales , fit couper la langue ,
parlèrent miraculeufement le refte de leur
vie ; & où l'on déduit les conféquences
de ce miracle contre les Ariens , les Sociniens
& les Déiftes , & en particulier contre
l'Auteur d'Emile , en répondant à leurs
principales difficultés . A Paris , chez Barbou,
rue & vis-à-vis de la grille des Mathurins
, & à Villefranche - de- Rouergue , chez
Pierre Videlhié , Imprimeur ; 1766 : avec
approbation & privilége du Roi ; in 12.
Le titre de cet ouvrage fera fentir de
quelle importance peut être un pareil écrit ,
& l'impreffion qu'il doit faire fur l'efprit
des lecteurs. Le miracle dont il eft ici
queftion eft appuyé de toutes les preuves
qu'il a été poffible de raffembler ; & il eft
difficile de fe refufer aux témoignages des
plus graves hiftoriens.
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Résumé : « LA Religion Chrétienne prouvée par un seul fait, ou Dissertation où l'on démontre [...] »
L'ouvrage 'La Religion Chrétienne prouvée par un seul fait', publié en 1766, relate un miracle où des catholiques persécutés par Hunneric, roi des Vandales, conservèrent miraculeusement leur capacité à parler après avoir eu la langue coupée. L'auteur utilise ce miracle pour réfuter les Ariens, Sociniens et Déistes, et répondre aux objections de l'auteur d'Émile. Le livre compile des preuves et témoignages d'historiens sérieux.
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1167
p. 5-10
LETTRE à Madame DE B..... sur la Dissimulation.
Début :
Nous ne nous entendons pas, Madame, & nous sommes cependant d'accord. Vous [...]
Mots clefs :
Vertus, Dissimulation, Prudence, Vérité, Coeur, Société
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à Madame DE B..... sur la Dissimulation.
LETTRE à Madame DE B.....fur la
Diffimulation.
2 Août 1766.
Nous nenousentendonspas, Madame,
&nousfommes cependantd'accord. Vous
voulez qu'on ne foit pas toujours obligé
de dire fa penfée, & moi je prétends
que l'on ne doit jamais altérer la vérité:
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
encore un coup ! nous avons raiſon l'un
& l'autre. Il ne s'agit entre nous que
de
bannir la diffimulation du commerce de
la fociété , & c'eft ce que nous faifons
tous les deux ; vous , en vous taifant par
difcrétion ou par prudence; & moi enne
parlant, fi je parle , que conformément à
la vérité.
Neconfondez point, Madame, la dif
crétion & la circonfpection avec la diffi
mulation, & nous n'aurons plus de diffi
culté fur l'idée jufte qu'il faut avoir de
celle-ci. La diffimulation eft un vice du
cœur & de l'efprit , qui a quelque chofe
de bas & d'indigne d'une belle âme : la
difcrétion , au contraire , & la circonf
pection , font des vertus, dont il eft glo
rieux à un honnête homme de faire pro
feffion. Celle-là eft une fage retenue dans
nos difcours, qui nous fait taire ce que
nous ne devons pas dire , & qui ne con
fifte pas feulement à ne rien dire , mais
auffi à ne rien laiffer voir ni dans notre
ton ni dans nos manières qui puiffe trahir
notre fecret. Celle-ci a lieu principale
ment dans le difcours , conféquemment
aux circonftances préfentes & acciden
telles , pour ne parler qu'à propos & ne
rien laiffer échapper qui puiffe nuire ou
déplaire : elle eft l'effet d'une prudence
OCTOBRE 1766. ༡
qui ne rifque rien. Perfonne n'eft dif
penfé de pratiquer ces deux vertus , fi
capables de concourir au bien général de
la fociété & à la tranquillité de chaque
particulier. Mais nulle raifon légitime ne
peut excufer l'ufage de la diffimulation,
parce qu'il n'y a aucune circonftance où
il foit permis de feindre pour tromper
quelqu'un. L'âme fe déshonore , difoit le
fage Empereur Marc-Aurele , lorfqu'elle
ufe dediffimulation , & que dansfesparoles
oudansfes actions , elle emploie lafeinte
ou le menfonge. Lá morale chrétienne eſt
plus délicate encore fur cet article , &
vous en avez une preuve bien expreffe
dans l'épître deS. PaulauxGalates.Vousy
avez lu, Madame, queS. Pierrecroyoitde
voir diffimuler avec les Juifs , en paroif
fant fe féparer des Gentils , & cet Apôtre,
ainfi que S. Barnabé qui l'imitoit , avoit
certainement une bonne intention ; mais
S. Paul le reprit & lui réfifta en face ,
parce, dit-il , qu'il étoit repréhenfible; &
les Pères remarquent que S. Pierre l'étoit
en effet.
Il y a toujours plus ou moins de fauf
feté dans la diffimulation , & cela fuffit
pour qu'un honnête homme s'en interdiſe
l'ufage , même dans les cas indifférens.
C'eft en vain qu'on la décore quelque
A iv
MERCURE DE FRANCE.
fois du nom de politique, elle n'en eft
ni moins vicieufe , ni plus refpectable.
D'ailleurs , ce nom lui eft toujours mal
adapté; car la vraie politique , dont le
but eft d'entretenir parmi les hommes la
fûreté, la tranquillité , & l'honnêteté des
mœurs, bien loin de feindre ou d'em
ployer larufe, n'agit jamais, au contraire,
que felon les regles de la bonne foi , de
la probité & les lumières d'une raifon
épurée. S'il eft queftion de la fauffe poli
tique, alors toute diffimulation qui lui
reflemble , mérite le même mépris & la
même indignation.
Appellerez-vous politique cette fauf
feté de caractere qui déguife fans celle
un cœur, qui lui fait arborer à tout inf
tant des fentimens qu'il n'a pas, qui ha
bille fa perfidie , fes noirceurs , & fes
menfonges perpétuels , des couleurs de
la vérité , de l'amitié , de l'eftime & de la
confiance?Teile eft cependant, Madame,
cettepolitique, dont ladiffimulationprend
le nom & les titres pour réuffir plus aifé
mentà tromper lafociété. Ce quife paffe
tous les jours fous vos yeux', à la Cour, à
la ville , & dans les différens états de la
vie, vousprouvebien fenfiblement à quel
point une âme diffimulée eft dangereufe,
& combien le vice de la diffimulation
OCTOBRE 1766.
nourrit d'autres vices dans le cœur qu'
pofféde.
Mais , dira- t-on encore, la diffimu
lation ne peut- elle pas être regardée
quelquefois comme une prudence , &
en avoir en effet les principes & tous les
traits ? Non, Madame. Er pourquoi ?
Parce que la prudence eft une vertu , &
que les vertus ne nous apprennent point
ànous tromper nous- mêmes, ni à trom
per les autres. On eft prudent quand on
évite ce qui peut nuire , & qu'on ne fait
que ce que l'on doit faire felon les loix
divines & humaines. Or, on peut aifé
ment, fans feindre ni en impofer à per
fonne , fuivre le bien & s'éloigner du
mal.
Quandvousne dites pas toujours votre
penſée , c'eſt fans doute un effet , ou de
votre prudence, ou de votre circonfpec
tion , & vous êtes très-louable ; cela ne
;
s'appelle pas diffimuler , mais avoir de la
retenue & de lafageffe. Si je dis que l'on
ne doit jamais parler que felon fa pen
fée , ou ne jamais altérer la vérité, je
n'entends pas que l'on doive toujours dire
ce que l'on penfe ; ce feroit être indif
cret ou imprudent je crois feulement
qu'il faut dans la fociété , ou fe taire
quand on ne veut pas dire fa penſée, ou
Av
#
10 MERCURE DE FRANCE.
ne parler que pour la direàpropos. Voilà,
ce mefemble, le moyen d'être prudent ,
difcret & circonfpect , fans être diffimulé.
Avec vous , Madame , je fuis dans
l'heureufe & douce,habitude de parler
felon mon cœur, & vous êtes bien per
fuadée que je vous dis exactement ce
que je penfe , lorfque je vous affure que
perfonne au monde ne vous eft attaché
avec un refpect plus fincère & plus tendre
que le mien, &c.
DUP... R. B.
Diffimulation.
2 Août 1766.
Nous nenousentendonspas, Madame,
&nousfommes cependantd'accord. Vous
voulez qu'on ne foit pas toujours obligé
de dire fa penfée, & moi je prétends
que l'on ne doit jamais altérer la vérité:
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
encore un coup ! nous avons raiſon l'un
& l'autre. Il ne s'agit entre nous que
de
bannir la diffimulation du commerce de
la fociété , & c'eft ce que nous faifons
tous les deux ; vous , en vous taifant par
difcrétion ou par prudence; & moi enne
parlant, fi je parle , que conformément à
la vérité.
Neconfondez point, Madame, la dif
crétion & la circonfpection avec la diffi
mulation, & nous n'aurons plus de diffi
culté fur l'idée jufte qu'il faut avoir de
celle-ci. La diffimulation eft un vice du
cœur & de l'efprit , qui a quelque chofe
de bas & d'indigne d'une belle âme : la
difcrétion , au contraire , & la circonf
pection , font des vertus, dont il eft glo
rieux à un honnête homme de faire pro
feffion. Celle-là eft une fage retenue dans
nos difcours, qui nous fait taire ce que
nous ne devons pas dire , & qui ne con
fifte pas feulement à ne rien dire , mais
auffi à ne rien laiffer voir ni dans notre
ton ni dans nos manières qui puiffe trahir
notre fecret. Celle-ci a lieu principale
ment dans le difcours , conféquemment
aux circonftances préfentes & acciden
telles , pour ne parler qu'à propos & ne
rien laiffer échapper qui puiffe nuire ou
déplaire : elle eft l'effet d'une prudence
OCTOBRE 1766. ༡
qui ne rifque rien. Perfonne n'eft dif
penfé de pratiquer ces deux vertus , fi
capables de concourir au bien général de
la fociété & à la tranquillité de chaque
particulier. Mais nulle raifon légitime ne
peut excufer l'ufage de la diffimulation,
parce qu'il n'y a aucune circonftance où
il foit permis de feindre pour tromper
quelqu'un. L'âme fe déshonore , difoit le
fage Empereur Marc-Aurele , lorfqu'elle
ufe dediffimulation , & que dansfesparoles
oudansfes actions , elle emploie lafeinte
ou le menfonge. Lá morale chrétienne eſt
plus délicate encore fur cet article , &
vous en avez une preuve bien expreffe
dans l'épître deS. PaulauxGalates.Vousy
avez lu, Madame, queS. Pierrecroyoitde
voir diffimuler avec les Juifs , en paroif
fant fe féparer des Gentils , & cet Apôtre,
ainfi que S. Barnabé qui l'imitoit , avoit
certainement une bonne intention ; mais
S. Paul le reprit & lui réfifta en face ,
parce, dit-il , qu'il étoit repréhenfible; &
les Pères remarquent que S. Pierre l'étoit
en effet.
Il y a toujours plus ou moins de fauf
feté dans la diffimulation , & cela fuffit
pour qu'un honnête homme s'en interdiſe
l'ufage , même dans les cas indifférens.
C'eft en vain qu'on la décore quelque
A iv
MERCURE DE FRANCE.
fois du nom de politique, elle n'en eft
ni moins vicieufe , ni plus refpectable.
D'ailleurs , ce nom lui eft toujours mal
adapté; car la vraie politique , dont le
but eft d'entretenir parmi les hommes la
fûreté, la tranquillité , & l'honnêteté des
mœurs, bien loin de feindre ou d'em
ployer larufe, n'agit jamais, au contraire,
que felon les regles de la bonne foi , de
la probité & les lumières d'une raifon
épurée. S'il eft queftion de la fauffe poli
tique, alors toute diffimulation qui lui
reflemble , mérite le même mépris & la
même indignation.
Appellerez-vous politique cette fauf
feté de caractere qui déguife fans celle
un cœur, qui lui fait arborer à tout inf
tant des fentimens qu'il n'a pas, qui ha
bille fa perfidie , fes noirceurs , & fes
menfonges perpétuels , des couleurs de
la vérité , de l'amitié , de l'eftime & de la
confiance?Teile eft cependant, Madame,
cettepolitique, dont ladiffimulationprend
le nom & les titres pour réuffir plus aifé
mentà tromper lafociété. Ce quife paffe
tous les jours fous vos yeux', à la Cour, à
la ville , & dans les différens états de la
vie, vousprouvebien fenfiblement à quel
point une âme diffimulée eft dangereufe,
& combien le vice de la diffimulation
OCTOBRE 1766.
nourrit d'autres vices dans le cœur qu'
pofféde.
Mais , dira- t-on encore, la diffimu
lation ne peut- elle pas être regardée
quelquefois comme une prudence , &
en avoir en effet les principes & tous les
traits ? Non, Madame. Er pourquoi ?
Parce que la prudence eft une vertu , &
que les vertus ne nous apprennent point
ànous tromper nous- mêmes, ni à trom
per les autres. On eft prudent quand on
évite ce qui peut nuire , & qu'on ne fait
que ce que l'on doit faire felon les loix
divines & humaines. Or, on peut aifé
ment, fans feindre ni en impofer à per
fonne , fuivre le bien & s'éloigner du
mal.
Quandvousne dites pas toujours votre
penſée , c'eſt fans doute un effet , ou de
votre prudence, ou de votre circonfpec
tion , & vous êtes très-louable ; cela ne
;
s'appelle pas diffimuler , mais avoir de la
retenue & de lafageffe. Si je dis que l'on
ne doit jamais parler que felon fa pen
fée , ou ne jamais altérer la vérité, je
n'entends pas que l'on doive toujours dire
ce que l'on penfe ; ce feroit être indif
cret ou imprudent je crois feulement
qu'il faut dans la fociété , ou fe taire
quand on ne veut pas dire fa penſée, ou
Av
#
10 MERCURE DE FRANCE.
ne parler que pour la direàpropos. Voilà,
ce mefemble, le moyen d'être prudent ,
difcret & circonfpect , fans être diffimulé.
Avec vous , Madame , je fuis dans
l'heureufe & douce,habitude de parler
felon mon cœur, & vous êtes bien per
fuadée que je vous dis exactement ce
que je penfe , lorfque je vous affure que
perfonne au monde ne vous eft attaché
avec un refpect plus fincère & plus tendre
que le mien, &c.
DUP... R. B.
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Résumé : LETTRE à Madame DE B..... sur la Dissimulation.
La lettre du 2 août 1766 traite de la distinction entre discrétion, circonspection et dissimulation. L'auteur et Madame de B... s'accordent sur la nécessité d'éliminer la dissimulation de la société. Cette dernière est qualifiée de vice du cœur et de l'esprit, à l'inverse de la discrétion et de la circonspection, considérées comme des vertus. La discrétion se manifeste par une sage retenue dans les discours, tandis que la circonspection consiste à adapter ses paroles aux circonstances pour éviter de nuire ou de déplaire. L'auteur cite l'empereur Marc-Aurèle et l'apôtre Paul pour illustrer que la dissimulation déshonore l'âme et est moralement répréhensible. Il insiste sur le fait que la véritable politique, visant la sûreté, la tranquillité et l'honnêteté des mœurs, doit suivre les principes de la bonne foi et de la probité. La lettre se conclut en affirmant que la prudence et la discrétion peuvent être pratiquées sans recourir à la dissimulation, et que parler selon son cœur est la meilleure conduite à adopter en société.
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1168
p. 67-68
AUTRE. Air : Ne vla-t-il pas que j'aime.
Début :
Pour peu de gens j'ai des appas ; [...]
Mots clefs :
Carême
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texteReconnaissance textuelle : AUTRE. Air : Ne vla-t-il pas que j'aime.
AUTR E.
Air : Ne vla- t- il pas que j'aime.
POUR
OUR peu de gens j'ai des appas
Dur eft mon caractère :
Qui me méprife ne plaît pas
A la meilleure mère.
Je fuis de ces grands orateurs
Qui n'épargnent perſonne ;
J'exerce mes droits , mes rigueurs
Jufques fur la couronne,
68 MERCURE DE FRANCE.
De ma mère eft beau le deffein ;
A tout fage il fait plaire :
La réfurrection met fin
A ce que je fais faire.
Par M. B. à Montdidier.
Air : Ne vla- t- il pas que j'aime.
POUR
OUR peu de gens j'ai des appas
Dur eft mon caractère :
Qui me méprife ne plaît pas
A la meilleure mère.
Je fuis de ces grands orateurs
Qui n'épargnent perſonne ;
J'exerce mes droits , mes rigueurs
Jufques fur la couronne,
68 MERCURE DE FRANCE.
De ma mère eft beau le deffein ;
A tout fage il fait plaire :
La réfurrection met fin
A ce que je fais faire.
Par M. B. à Montdidier.
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1169
p. 50
LOGOGRYPHES. Air : Ne v'la-t-il pas que j'aime.
Début :
Deux êtres, l'un dans l'autre entrans, [...]
Mots clefs :
Croix
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHES. Air : Ne v'la-t-il pas que j'aime.
LOGOGRYPHES.
Air : Ne v'la- t- il pas que j'aime.
DEUX êtres , l'un dans l'autre entrans ,.
Compoſent ma nature.
J'en impoſe aux petits , aux grands ,
Par ma ſeule figure.
Je parois un puiſſant ſeigneur ,
En m'otant queue & tête ;
Et de lui plaire le bonheur
Doit être un jour de fête.
Par le même.
Air : Ne v'la- t- il pas que j'aime.
DEUX êtres , l'un dans l'autre entrans ,.
Compoſent ma nature.
J'en impoſe aux petits , aux grands ,
Par ma ſeule figure.
Je parois un puiſſant ſeigneur ,
En m'otant queue & tête ;
Et de lui plaire le bonheur
Doit être un jour de fête.
Par le même.
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1170
p. 73-75
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
Début :
CET ouvrage est nécessaire à un chrétien qui veut s'affermir dans les vrais principes [...]
Mots clefs :
Chrétien, Religion chrétienne, Preuves, Homme, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
EXAMEN des faits qui fervent de fondement
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
à la Religion Chrétienne , précédée
d'un court traité contre les athées , les
matérialistes & les fatalistes ; par M.
Abbé François . A Paris , chez
LACOMBE , Libraire : quai de Conti
1767 : avec approbation & privilége du
Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 liv.
10fols .
CET ET ouvrage eſt néceſſaire àun chrétien
qui veut s'affermir dans les vrais principesde
la religion , qui veut ſe prémunir
contre les attaques de l'impiété , & s'armer
pour combattre l'incrédulité.
M. l'Abbé François a rempli avec fuccès
le plan d'un traité complet de la religion.
Il commence par expofer les preuves
les plus fimples & les plus faciles de l'exifrence
deDieu. Il fait enſuite des réflexions
fur les attributs eſſentiels de la Divinité. II
défend la liberté de l'homme contre les chicanes
des fataliſtes , de même que l'iminorcalité
de l'âme contre les doutes des matérialiſtes
. L'auteur fait enfuite fentir la
Vol. I. D
74 MERCURE DE FRANCE.
*
néceſſité d'une religion révélée. Il indique
les caractères de cette religion , les
preuves dont elle doit être appuyée , la
•certitude que doivent avoir ces preuves ,
les moyens pour les eſprits capables de
réflexions , de parvenir à cette certitude ;
puis il expoſe en général les preuves de la
religion chrétienne : mais , comme la plupart
de ces preuves font des faits conſignés
dans les livres ſacrés des Juifs & des
Chrétiens , M. l'Abbé François s'eſt attaché
d'abord à démontrer l'authenticité &
l'inſpiration de ces livres. Les preuves ſe
préſentent alors d'elles - mêmes. Jéſus-
Chriſt promis au premier homme après ſa
chûte , comme libérateur dugenre humain ,
figuré par la loi donnée au peuple Juif ,
annoncé par les prophétes de la même
nation , ſes miracles , ſes prophéties , ou
plutôt ſes promeſſes touchant les Juifs &
les Gentils , les miracles de ſes apôtres &
de ſes diſciples , les lumières & la ſageſſe
qu'il a répandues ſur la terre , les moyens
qu'il a établis pour les ſimples & pour les
favants de s'inſtruire &de ſe ſanctifier. Ces
preuves forment un tout fi lié , ſi convaincant,
que l'eſprit le plus rebelle à la vérité,
ne peut s'y refuſer.
M. l'Abbé François ne s'eſt pas diſſimulé
les objections les plus fortes & les plus
AVRIL 1767. 75
nombreuſes des incrédules contre les faits
qui fervent de fondement à la religion
chrétienne , perfuadés que ces faits ne
peuvent paroître dans tout leur jour que
par cette voie ; & c'eſt la raiſon du titre
donné à cet ouvrage.
M. l'Abbé François répond avec avantage
aux difficultés que M. Jean- Jacques
Rouffeau a propoſées dans ſon Emile ;
au Cathéchisme de l'honnête homme , à la
critique des preuves employées par les apologistes
de la religion chrétienne , à la lettre
deTraſibule à Leucippe, à l'auteur du Defpotiſme
Oriental , &c. & c. Il ne diſſimule
aucunes des objections qui lui ont été
connues ; & il les réfute d'une manière
claire , préciſe , lumineuſe , & avec les
preuves que la religion fournit elle-même,
Il fait voirque c'eſt faute de l'avoir étudiée
& de la connoître , que l'on peut ſe laiffer
furprendre par les piéges de l'incrédulité.
Nous nous promettons de donner des
extraits particuliers de cet excellent traité ,
biencapable d'aſſurer & d'étendre le triomphe
de la vérité & de la religion chrétienne.
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Résumé : EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
L'ouvrage 'Examen des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne' de l'Abbé François, publié en 1767, a pour but de fortifier la foi chrétienne face aux critiques de l'impiété et de l'incrédulité. L'auteur commence par présenter des preuves de l'existence de Dieu, puis traite des attributs divins, de la liberté humaine contre le fatalisme, et de l'immortalité de l'âme contre le matérialisme. Il insiste sur la nécessité d'une religion révélée et expose les caractéristiques et les preuves de la religion chrétienne. Pour cela, il démontre l'authenticité et l'inspiration des livres sacrés juifs et chrétiens, et présente les preuves de la religion chrétienne, telles que les promesses messianiques, les miracles de Jésus-Christ et de ses disciples, ainsi que les enseignements et les moyens de sanctification établis par Jésus. L'Abbé François répond également aux objections des incrédules, notamment celles de Jean-Jacques Rousseau, en utilisant les preuves fournies par la religion elle-même. Il conclut que l'incrédulité découle souvent d'une méconnaissance de la religion. L'ouvrage est apprécié pour sa clarté et son efficacité à renforcer la foi chrétienne.
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1170
EXAMEN des faits qui servent de fondement à la Religion Chrétienne, précédée d'un court traité contre les athées, les matérialistes & les fatalistes ; par M. l'Abbé FRANÇOIS. A Paris, chez LACOMBE, Libraire : quai de Conti ; 1767 : avec approbation & privilége du Roi ; trois vol. in-12 reliés. Prix 7 livres. 10 sols.
1171
p. 100-101
« LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
Début :
LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...]
Mots clefs :
Religion chrétienne, Réfutation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
La certitude des preuves du Chriftiq-
L
AVRIL 1767 . JOI
niſme , ou réfutation de l'examen critique
des apologistes de la religion chrétienne ;
par M. Bergier , Docteur en Théologie ,
Principal du collège de Besançon , affocié
à l'académie des ſciences , belles - lettres &
arts de la même ville. AParis, chez Humblot
, Libraire , rue Saint Jacques , entre la
rue du Plâtre & celle des Noyers , près Saint
Yves ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; 2 vol. in- 12 .
La réfutation de M. J. J. Rouſſeau , intitulée
le déïsme réfuté par lui même , a été
ſi généralement bien accueillie , qu'on ne
peut que tirer un augure très-avantageux ,
en faveur de cette nouvelle production du
même auteur. L'ouvrage qu'il combat étoit
connu en manufcrit depuis long- temps ;
& peu d'écrits étoient plus capables de féduire
les lecteurs. L'honneur& le bien de
la religion exigeoit qu'un livre fi dangereux
ne demeurât pas long-temps fans
réponſe. Celle de M. Bergier a tous les
caractères propres pour opérer une entière
& parfaite conviction.
L
AVRIL 1767 . JOI
niſme , ou réfutation de l'examen critique
des apologistes de la religion chrétienne ;
par M. Bergier , Docteur en Théologie ,
Principal du collège de Besançon , affocié
à l'académie des ſciences , belles - lettres &
arts de la même ville. AParis, chez Humblot
, Libraire , rue Saint Jacques , entre la
rue du Plâtre & celle des Noyers , près Saint
Yves ; 1767 : avec approbation & privilége
du Roi ; 2 vol. in- 12 .
La réfutation de M. J. J. Rouſſeau , intitulée
le déïsme réfuté par lui même , a été
ſi généralement bien accueillie , qu'on ne
peut que tirer un augure très-avantageux ,
en faveur de cette nouvelle production du
même auteur. L'ouvrage qu'il combat étoit
connu en manufcrit depuis long- temps ;
& peu d'écrits étoient plus capables de féduire
les lecteurs. L'honneur& le bien de
la religion exigeoit qu'un livre fi dangereux
ne demeurât pas long-temps fans
réponſe. Celle de M. Bergier a tous les
caractères propres pour opérer une entière
& parfaite conviction.
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Résumé : « LA certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique [...] »
Le texte présente 'La certitude des preuves du Christianisme, ou réfutation de l'examen critique des apologistes de la religion chrétienne', un ouvrage en deux volumes écrit par M. Bergier, Docteur en Théologie et Principal du collège de Besançon, ainsi qu'associé à l'académie des sciences, belles-lettres et arts de cette ville. Publié à Paris en 1767 par Humblot, cet ouvrage répond à 'Le déisme réfuté par lui-même' de Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier texte avait été favorablement reçu, mais Bergier juge nécessaire de le contrer en raison de son influence dangereuse pour la religion. L'objectif de Bergier est de fournir une réfutation convaincante pour les lecteurs.
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1172
p. 52
ÉPITAPHE-ÉNIGMATIQUE.
Début :
Ecce virum, lector, furto qui furta redemit : [...]
Mots clefs :
Latro poenitens
1173
p. 52
Traduction.
Début :
Un vol a fait mon crime, un vol a fait ma gloire. [...]
Mots clefs :
Bon larron
1175
p. 14-16
LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
Début :
Il m'est impossible, Monsieur, de répondre à toutes vos questions touchant [...]
Mots clefs :
Irminsul, Divinité des Germains, Statue, Montagne, Saxons, Germains, Caveau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
LETTRE fur la ftatue de l'Irmen - Sul
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
ancienne divinité des Germains.
Iz m'eft impoffible , Monſieur , de répondre
à toutes vos queftions touchant
la montagne fur laquelle l'Irmen- Sul à
reçu , pendant fi long-temps , les hommages
des Saxons . Voici les éclairciffemens
que j'ai pris par mes propres yeux ,
& ceux qu'un Bénédictin de Marsberg
même à bien voulu me communiquer...
Dans le Duché de Weftphalie , & près de
la petite ville de Statberg , eft une montagne
ifolée fur laquelle on trouve un bourg
qui n'a rien de remarquable , non plus
que le couvent des Bénédictins mitigés
qui en occupe la partie feptentrionale . Au
nord de l'églife conventuelle eſt une
pierre brute , ou peu s'en faut , qui , dit- on ,
JUIN 1768.
fervoit jadis de piédeftal à l'idole des
Saxons. Sa forme eft des plus triviales ,
& reffemble à une meule de moulin . Charlemagne
, qui fit dans ce pays de fréquentes
miffions , plaça fur cette bâfe informe la
ftatue de la Vierge tenant entre fes bras
l'Enfant Jéfus , auquel elle femble indiquer,
avec le doigt , le caveau où les Germains
facrifioient des victimes humaines.
Ce caveau qui me paroît , ainfi que la
ftatue de la Vierge , un ouvrage trèsmoderne
, quoi qu'en difent MM. les Religieux
) ne préfente ni hyérogliphe , ni
infcription , & n'eft par conféquent d'aucune
reffource pour un differtateur. Au
moyen de quoi tout fe réduit à dire que
la fameufe ftatue d'Herman , d'Irmen , ott
d'Irmen- Sul , n'eft plus dans l'endroit où
elle a reçu les adorations des Saxons ; que
Charlemagne , après de fanglantes guerres ,
eft venu à bout de la renverfer , mais non
pas de la détruire , puifqu'on la voit encore
à Hildesheim , & qu'elle repréfente , fuivant
la tradition , un guerrier qu'on fuppofe
être Arminius , vainqueur des Romains,
ou le dieu Mars adoré des Germains !
Cette dernière opinion tire fa vraisemblance
du nom de la montagne où étoit le temple
de cette divinité , qu'on appelle encore
Marsberg; c'est-à- dire , la montagne de
16 MERCURE DE FRANCE.
Mars. Quant au caveau , on doit convenir ,
quelque envie qu'on ait de differter , qu'il
n'y a aucun veftige de paganifme , & qu'au
contraire , tout nous y retrace la loi nouvelle
, puifque l'oeil y remarque avec plaifir
plufieurs tonneaux de vin , &c .
و
On trouve encore , fur le cimetière des
Moines , la ftatue de Roland que les
Bénédictins confervent avec foin , parce
qu'ils affurent qu'elle fuffit pour prouver
que leur couvent eft un fief immédiat de
l'Empire ; auffi prétendent - ils être fouverains
dans leur clôture , & ne reconnoître
d'autre jurifdiction que celle du Prince de
Corwei , leur Abbé.
Une infcription latine que l'on voit fur
une petite porte , dans la baffe- cour du
monastère , m'a frappé par fa fingularité.
La voici mot pour mot. In honorem beati
Donati , Epifcopi & Martiris , hoc equile
conftruxit R. R. D. de Wens , Prapofitus
Marsbergenfis , anno , & c. Bâtir une écurie
à l'honneur d'un faint me paroît une dévo
tion des plus fingulières.
Voilà , Monfieur , tout ce que j'ai lu ,
vu & entendu à Marsberg. Je fuis fâché
de n'avoir pas le talent de l'amplification
pour vous en faire accroire un peu , &
pour m'entretenir plus long- temps avec
vous. J'ai l'honneur d'être , & c.
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Résumé : LETTRE sur la statue de l'Irmen-Sul, ancienne divinité des Germains.
La lettre évoque la statue de l'Irmin-Sul, ancienne divinité germaine, située dans le Duché de Westphalie près de Stadtberg. Sur une montagne isolée abritant un bourg et un couvent bénédictin, une pierre brute servait autrefois de socle à une idole saxonne. Charlemagne y a placé une statue de la Vierge avec l'Enfant Jésus, marquant un caveau où les Germains pratiquaient des sacrifices humains. Ce caveau et la statue actuelle ne portent ni hiéroglyphe ni inscription. La statue originale d'Herman, ou Irmin-Sul, se trouve désormais à Hildesheim et représente probablement Arminius ou le dieu Mars. La montagne, nommée Marsberg, renforce cette association avec Mars. Le caveau ne montre aucun vestige païen, mais contient des tonneaux de vin. Le cimetière des moines abrite une statue de Roland, utilisée par les Bénédictins pour affirmer leur souveraineté sous la juridiction du Prince de Corwei. Une inscription latine mentionne la construction d'une écurie en l'honneur de saint Donat, détail que l'auteur juge singulier.
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1176
p. 131-133
La fausseté de l'état sauvage des anciens hommes, livre italien, [titre d'après la table]
Début :
LA FALSITA DELLO STATO FERINO DEGLI ANTICHI UOMINI DIMOSTRATA COLLA [...]
Mots clefs :
Giambattista Vico, Jean-Jacques Rousseau, Hommes, Sauvage, Manière, Ecriture Sainte
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : La fausseté de l'état sauvage des anciens hommes, livre italien, [titre d'après la table]
LA FALSITA DELLO STATO FERINO
DEGLI ANTICHT UOMINI DIMOSTRATA
COLLA SACRA SCRIT-
1
TURA , &c. La faufferé de l'etar fauvage
des anciens hommes , démontrée
par l'écriture fainte : ouvrage qui peut
fervir d'appendix au livre des principes
du droit de la nature & des gens , de Finetti.
Venife , in-4° . 44 pag. , 1768 .
C'eft Jean- Baptiſte Vico qui , le premier
, a imaginé que les premiers hommes
avoient vécu long-tems dans un état
brat & groffier qui ne les diftinguoit en
aucune maniere des bêtes. M. Rouſſeau,
dans fon difcours fur l'origine & les fondemens
de l'inégalité parmi les hommes,
voulut prouver que c'étoit l'état naturel
de l'homme ; plufieurs écrivains , en France
& en Italie , fe font élevés contre cette
opinion , ce qui n'a pas empêché qu'elle
n'ait été adoptée par quelques perfonnes
en Italie , on compte , parmi les dernieres
, M. Emmanuel Duni , à préfent profeffeur
au collège de la Sapience à Rome;
il a foutenu le fyftême de Vico comme
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
certain , indubitable , & au - deſſus de toutes
les objections. Un anonyme s'eft propofé
de combattre ce fyftême dans une
differtation , que des raifons particulieres
l'ont empêché de faire imprimer ; il s'eft
borné à publier la brochure que nous annonçons
& qui peut marcher à la fuitedu
livre de principiis juris naturæ & gensium
, dans lequel l'Auteur a répondu
d'une maniere très - longue & très- diffuſe
à Vico. On ne trouve dans cet appendix
qu'un fommaire des propofitions de Vico
, oppofées à l'écriture fainte. Il foutenoit
, par exemple , que les hommes s'étoient
difperfés fur la terre un an après le
déluge ; que la confufion de Babel avoit
caufé la diverfité des langues chez les
peuples de l'Orient , mais que dans le
refte du monde cette diverfité avoit eu
une autre caufe. Il prétend que la religion
fur oubliée , & que ce ne fut que deux,
fiécles après que la terreur pannique
qu'infpiroient le bruit & les effets du tonerre,
en firent naître une nouvelle ; il
attribue la croyance univerfelle de l'immortalité
de l'ame à l'ufage d'enterrer les
morts ; la puanteur qui s'en exhaloit donna
feule lieu à cet ufage , &c. L'Auteur ne
fait que rappeller les propofitions de Vico
, auxquelles il en joint de contraiOCTOB
R E. 1768. 133
res , qu'il ne fait qu'extraire de la bible,
fe contentant de préfenter celles - ci
fans réflexions ; cette maniere de répondre
eft bien fimple , bien facile , mais
elle ne fatisfera pas fans doute les partifans
de cette opinion ; elle eſt fi abfurde,
qu'il étoit inutile de la combattre ; mais
puifqu'on l'entreprenoit il falloit le faire
autrement.
DEGLI ANTICHT UOMINI DIMOSTRATA
COLLA SACRA SCRIT-
1
TURA , &c. La faufferé de l'etar fauvage
des anciens hommes , démontrée
par l'écriture fainte : ouvrage qui peut
fervir d'appendix au livre des principes
du droit de la nature & des gens , de Finetti.
Venife , in-4° . 44 pag. , 1768 .
C'eft Jean- Baptiſte Vico qui , le premier
, a imaginé que les premiers hommes
avoient vécu long-tems dans un état
brat & groffier qui ne les diftinguoit en
aucune maniere des bêtes. M. Rouſſeau,
dans fon difcours fur l'origine & les fondemens
de l'inégalité parmi les hommes,
voulut prouver que c'étoit l'état naturel
de l'homme ; plufieurs écrivains , en France
& en Italie , fe font élevés contre cette
opinion , ce qui n'a pas empêché qu'elle
n'ait été adoptée par quelques perfonnes
en Italie , on compte , parmi les dernieres
, M. Emmanuel Duni , à préfent profeffeur
au collège de la Sapience à Rome;
il a foutenu le fyftême de Vico comme
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
certain , indubitable , & au - deſſus de toutes
les objections. Un anonyme s'eft propofé
de combattre ce fyftême dans une
differtation , que des raifons particulieres
l'ont empêché de faire imprimer ; il s'eft
borné à publier la brochure que nous annonçons
& qui peut marcher à la fuitedu
livre de principiis juris naturæ & gensium
, dans lequel l'Auteur a répondu
d'une maniere très - longue & très- diffuſe
à Vico. On ne trouve dans cet appendix
qu'un fommaire des propofitions de Vico
, oppofées à l'écriture fainte. Il foutenoit
, par exemple , que les hommes s'étoient
difperfés fur la terre un an après le
déluge ; que la confufion de Babel avoit
caufé la diverfité des langues chez les
peuples de l'Orient , mais que dans le
refte du monde cette diverfité avoit eu
une autre caufe. Il prétend que la religion
fur oubliée , & que ce ne fut que deux,
fiécles après que la terreur pannique
qu'infpiroient le bruit & les effets du tonerre,
en firent naître une nouvelle ; il
attribue la croyance univerfelle de l'immortalité
de l'ame à l'ufage d'enterrer les
morts ; la puanteur qui s'en exhaloit donna
feule lieu à cet ufage , &c. L'Auteur ne
fait que rappeller les propofitions de Vico
, auxquelles il en joint de contraiOCTOB
R E. 1768. 133
res , qu'il ne fait qu'extraire de la bible,
fe contentant de préfenter celles - ci
fans réflexions ; cette maniere de répondre
eft bien fimple , bien facile , mais
elle ne fatisfera pas fans doute les partifans
de cette opinion ; elle eſt fi abfurde,
qu'il étoit inutile de la combattre ; mais
puifqu'on l'entreprenoit il falloit le faire
autrement.
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Résumé : La fausseté de l'état sauvage des anciens hommes, livre italien, [titre d'après la table]
En 1768, à Venise, est publié 'La falsità dello stato ferino degli antichi uomini dimostrata colla sacra scrittura'. Cet ouvrage conteste l'idée, avancée par Jean-Baptiste Vico et soutenue par Jean-Jacques Rousseau, selon laquelle les premiers hommes vivaient dans un état sauvage et brutal. Malgré les critiques de plusieurs écrivains français et italiens, cette théorie a gagné en popularité, notamment grâce à Emmanuel Duni, professeur au Collège de la Sapienza à Rome. Un auteur anonyme a tenté de réfuter cette théorie dans une dissertation non publiée, se contentant de publier une brochure en appendice au livre 'Principiis juris naturæ & gentium' de Finetti. Cette brochure résume les thèses de Vico, telles que la dispersion des hommes après le déluge, la diversité des langues issue de la confusion de Babel, et la réapparition de la religion due à la peur du tonnerre. L'auteur oppose ces propositions à des extraits bibliques sans ajouter de commentaires personnels. Cependant, cette méthode est jugée insuffisante pour convaincre les partisans de Vico.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1177
p. 67-68
LOGOGRYPHE.
Début :
Ces riches bâtimens, ces superbes palais [...]
Mots clefs :
Cimetière
1180
p. 116-121
Le Nécrologe des hommes célèbres, [titre d'après la table]
Début :
Le Nécrologe des hommes célèbres de France ; par une société de gens de lettres. [...]
Mots clefs :
Éloges, Genève, Jean-Jacques Rousseau, Pierre Le Guay de Prémontval, Firmin Abauzit, Genève, Lettres, Mérite, Histoire, Berlin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Le Nécrologe des hommes célèbres, [titre d'après la table]
Le Nécrologe des hommes célèbresde Fran
ce ; par une ſociété de gens de lettres.
AParis , de l'imprimerie de G. Defprez
, imprimeur du Roi , 1770 ; avec
privilége du Roi ; brochure in- 12. de
415 pag.
Les gens de lettres , les artiſtes, les ac
teurs célèbres , tous ceux enfin qui , pendant
leur vie , auront mérité la reconnoiſſance
ou l'attention de leur fiécle, recevront
dans cet ouvrage , entrepris depuis
fix ans , un tribut d'éloges & de regrets.
On s'arrêtera moins aux anecdotes
communes de leur vie privée qu'à l'hiſtoire
de leur génie &de leurs talens. "La
>>vie d'un grand général eſt dans ſes cam
AVRIL. 1770. 117
pagnes ; celle d'un homme de lettres
>> ou d'un artiſte fameux eſt dans ſes ou-
» vrages. » Ce recueil pourroit contenir
les faſtes de la littérature &des arts, li les
perſonnes qui doivent s'intéreſſer à la
gloire des hommes célèbres , vouloient
bien concourir au but louable de noszélés
nécrologues , en leur procurant les mémoires
& les inſtructions qu'ils ne ceſſent
de folliciter..
Ce volume renferme vingt- quatre éloges.
Nous avons déjà jeté quelques fleurs
fur les tombeaux de pluſieurs écrivains
loués dans ce nécrologe d'une maniere
plus digne d'eux. Les noms des de l'Iſle,
des Sauvages, Ménard , d'Olivet , de Parcieux
, &c. feront encore conſacrés dans
l'hiſtoire des académies . Nous nous arrêterons
principalement aux éloges de deux
ſavans qui s'étoient retirés dans les pays
étrangers , MM. de Prémontval & Abauzit.
André-Pierre le Guay , de Prémontval,
né à Charenton en 1716 , donna un cours
gratuit de mathématiques à Paris vers
l'année 1740. Son mérite , ſon amour
propre & ſa hardieſſe lui attirerent des
ennemis. Il alla rechercherdes récompenſes
hors de ſa patrie , & après avoir erré
118 MERCURE DE FRANCE.
en Suifle & en Allemagne , il ſe fixa à
Berlin où il fut favorablement accueilli
par l'académie des ſciences , & honoré
des bienfaits du Roi de Pruffe. En 1751,
ilpublia un très-ſavant& très- fingulier
ouvrage , en 3 vol. in 8°. ſous le titre de
Monogamie ou l'unité dans le mariage.
Le mauvais ſuccès de ce livre l'engagea
à en brûler la fuite qu'il avoit annoncée
avec la plus douce confiance. Il nous apprendque
tel a été le ført de pluſieurs autres
productions de ſa plume. La fingu
larité eſt le caractere distinctif des ouvrages
de ce ſavant. " Je ne fais pourtant ,
>>dit l'auteur de ſon éloge , ſi l'on doit
>> appeler fingularité ce qui tend à être
>>bizarre. Ce petit mérite a été ſi fort re-
>> cherché de nos jours ; tant d'auteurs ,
>> ſinges les uns des autres , ont cru ſe
>> rendre originaux , en heurtant de front
>> les opinions générales , que ce n'eſt plus
»une fingularité, &que c'en ſera bientôt
>> une au contraire , que de vouloir ſerap-
>> procher des idées communes.>>
M. de Prémontval , né avec un caracteretrop
difficile & trop emporté , eut , à
Berlin , des procédés extraordinaires envers
M. Formey , fecrétaire perpétuel de
l'académie , qui ne les repouſſa jamais
AVRIL. 1770 . 119
qu'avec la douceur & la modération , &
qui a même conſacré la mémoire de M.
de P. par un éloge inſéré dans le 25º vol .
des mémoires de l'académie de Berlin .
Entr'autres livres de métaphyfique , il
publia la Théologie de l'Etre , eſpéce de
Lêverie philoſophique dans laquelle il rejette
les preuves ordinaires de l'existence
de Dieu , pour yſubſtituer des preuvesde
fon imagination . Vanini , accuſé d'athéif.
me , ſe baiſſa , ramaſſa un fétu , & dit :
Je n'ai besoin que de ce fétu pour me prouver
invinciblement ce qu'on m'accuse de
nier.
M. de P. eſt mort à Berlin en 1767 .
L'Allemagne lui doit un écrit très- utile:
ce ſont ſes préſervatifs contre la corruptionde
la langue françoiſe enAllemagne.
>> Si le mauvais goût , l'amour des folles
>> innovations & l'oubli dédaigneux de
>> tous les anciens principes , continuent
>> à s'accréditer parmi nous , on aura bien-
>> tôt beſoin d'un pareil ouvrage en Fran-
>> ce& au ſein même de la capitale.>>
Firmin Abauzit naquit à Uzès , ſur la
fin du ſiècle paſſé. Ses parens l'emmenerentdebonne
heure à Genève , où on lui
confia , dès ſa jeuneſſe , la bibliotheque
de la ville. Jouiſſant de l'état de citoyen,
420 MERCURE DE FRANCE.
il conſacra ſes travaux à ſa patrie nouvelle
: il donna , en 1730 , une édition de
l'hiſtoire de cetteVille &de l'Etat,que Jacob
Spon avoit publiée en 2 vol. in- 12 .
vers le dernier ſiècle. Dans des notes
pleines d'une érudition vaſte & choifie
il éclaircit , il développe , il rectifie le
texte : quelques differtations&des remarques
ſur l'hiſtoire naturelle des environs
de Genève , lui appartiennent en entier ;
on lit ces morceaux avec plaifir & avec
fruit. Les auteurs de fon éloge regrettent
que la modeftie de ce ſcavant nous aie
privés de les autres écrits : nous en jouirons
bientôt. Il s'en fait actuellement
deux éditions , l'une à Genève & l'autre
à Londres deſtinée pour Amſterdam ; la
premiere , ſur les manufcrits trouvés dans
les papiers de M. Abauzit par fon exécuteur
teftamentaire , & la ſeconde ſur des
copies que les libraires de Genève ſe ſont
procurées. M. Abauzit eſt mort en 1768
dans une petite folitude où il s'étoit retiré
près de Genève . Il étoit preſqu'inconnu
en France , avant que M. Rouffeau
eût publié ſa lettre ſur les ſpectacles, dans
laquelle le philoſophe ſenſible parle de
fon ancien concitoyen , avec une admiration
& une vénération dont on a été furpris
AVRIL. 1770. 121
pris , parce qu'on ne connoiſſoit point
M.Abauzit.
Mde Bontems , MM. Denelle , Malfilâtre
, de la Grange , Macquart , l'abbé
Roger , le Fort de la Moriniere , Léonard
desMalpeines , de Montdorge , Maucomble
, de la Marche , l'abbé Laugier, Poinfinet
, de Saint-Maur, font les autres gens
de lettres loués dans ce recueil. Avec
leurs éloges , font mêlés ceux de MM.
Fournier le jeune , Blavet & François.
L'ouvrage eſt terminé par des obſervations
, &c. fur les deuils.
Le mérite de ce recueil eſt connu. On
pourroit appeler ces éloges des morts la
cenſure des vivans.
ce ; par une ſociété de gens de lettres.
AParis , de l'imprimerie de G. Defprez
, imprimeur du Roi , 1770 ; avec
privilége du Roi ; brochure in- 12. de
415 pag.
Les gens de lettres , les artiſtes, les ac
teurs célèbres , tous ceux enfin qui , pendant
leur vie , auront mérité la reconnoiſſance
ou l'attention de leur fiécle, recevront
dans cet ouvrage , entrepris depuis
fix ans , un tribut d'éloges & de regrets.
On s'arrêtera moins aux anecdotes
communes de leur vie privée qu'à l'hiſtoire
de leur génie &de leurs talens. "La
>>vie d'un grand général eſt dans ſes cam
AVRIL. 1770. 117
pagnes ; celle d'un homme de lettres
>> ou d'un artiſte fameux eſt dans ſes ou-
» vrages. » Ce recueil pourroit contenir
les faſtes de la littérature &des arts, li les
perſonnes qui doivent s'intéreſſer à la
gloire des hommes célèbres , vouloient
bien concourir au but louable de noszélés
nécrologues , en leur procurant les mémoires
& les inſtructions qu'ils ne ceſſent
de folliciter..
Ce volume renferme vingt- quatre éloges.
Nous avons déjà jeté quelques fleurs
fur les tombeaux de pluſieurs écrivains
loués dans ce nécrologe d'une maniere
plus digne d'eux. Les noms des de l'Iſle,
des Sauvages, Ménard , d'Olivet , de Parcieux
, &c. feront encore conſacrés dans
l'hiſtoire des académies . Nous nous arrêterons
principalement aux éloges de deux
ſavans qui s'étoient retirés dans les pays
étrangers , MM. de Prémontval & Abauzit.
André-Pierre le Guay , de Prémontval,
né à Charenton en 1716 , donna un cours
gratuit de mathématiques à Paris vers
l'année 1740. Son mérite , ſon amour
propre & ſa hardieſſe lui attirerent des
ennemis. Il alla rechercherdes récompenſes
hors de ſa patrie , & après avoir erré
118 MERCURE DE FRANCE.
en Suifle & en Allemagne , il ſe fixa à
Berlin où il fut favorablement accueilli
par l'académie des ſciences , & honoré
des bienfaits du Roi de Pruffe. En 1751,
ilpublia un très-ſavant& très- fingulier
ouvrage , en 3 vol. in 8°. ſous le titre de
Monogamie ou l'unité dans le mariage.
Le mauvais ſuccès de ce livre l'engagea
à en brûler la fuite qu'il avoit annoncée
avec la plus douce confiance. Il nous apprendque
tel a été le ført de pluſieurs autres
productions de ſa plume. La fingu
larité eſt le caractere distinctif des ouvrages
de ce ſavant. " Je ne fais pourtant ,
>>dit l'auteur de ſon éloge , ſi l'on doit
>> appeler fingularité ce qui tend à être
>>bizarre. Ce petit mérite a été ſi fort re-
>> cherché de nos jours ; tant d'auteurs ,
>> ſinges les uns des autres , ont cru ſe
>> rendre originaux , en heurtant de front
>> les opinions générales , que ce n'eſt plus
»une fingularité, &que c'en ſera bientôt
>> une au contraire , que de vouloir ſerap-
>> procher des idées communes.>>
M. de Prémontval , né avec un caracteretrop
difficile & trop emporté , eut , à
Berlin , des procédés extraordinaires envers
M. Formey , fecrétaire perpétuel de
l'académie , qui ne les repouſſa jamais
AVRIL. 1770 . 119
qu'avec la douceur & la modération , &
qui a même conſacré la mémoire de M.
de P. par un éloge inſéré dans le 25º vol .
des mémoires de l'académie de Berlin .
Entr'autres livres de métaphyfique , il
publia la Théologie de l'Etre , eſpéce de
Lêverie philoſophique dans laquelle il rejette
les preuves ordinaires de l'existence
de Dieu , pour yſubſtituer des preuvesde
fon imagination . Vanini , accuſé d'athéif.
me , ſe baiſſa , ramaſſa un fétu , & dit :
Je n'ai besoin que de ce fétu pour me prouver
invinciblement ce qu'on m'accuse de
nier.
M. de P. eſt mort à Berlin en 1767 .
L'Allemagne lui doit un écrit très- utile:
ce ſont ſes préſervatifs contre la corruptionde
la langue françoiſe enAllemagne.
>> Si le mauvais goût , l'amour des folles
>> innovations & l'oubli dédaigneux de
>> tous les anciens principes , continuent
>> à s'accréditer parmi nous , on aura bien-
>> tôt beſoin d'un pareil ouvrage en Fran-
>> ce& au ſein même de la capitale.>>
Firmin Abauzit naquit à Uzès , ſur la
fin du ſiècle paſſé. Ses parens l'emmenerentdebonne
heure à Genève , où on lui
confia , dès ſa jeuneſſe , la bibliotheque
de la ville. Jouiſſant de l'état de citoyen,
420 MERCURE DE FRANCE.
il conſacra ſes travaux à ſa patrie nouvelle
: il donna , en 1730 , une édition de
l'hiſtoire de cetteVille &de l'Etat,que Jacob
Spon avoit publiée en 2 vol. in- 12 .
vers le dernier ſiècle. Dans des notes
pleines d'une érudition vaſte & choifie
il éclaircit , il développe , il rectifie le
texte : quelques differtations&des remarques
ſur l'hiſtoire naturelle des environs
de Genève , lui appartiennent en entier ;
on lit ces morceaux avec plaifir & avec
fruit. Les auteurs de fon éloge regrettent
que la modeftie de ce ſcavant nous aie
privés de les autres écrits : nous en jouirons
bientôt. Il s'en fait actuellement
deux éditions , l'une à Genève & l'autre
à Londres deſtinée pour Amſterdam ; la
premiere , ſur les manufcrits trouvés dans
les papiers de M. Abauzit par fon exécuteur
teftamentaire , & la ſeconde ſur des
copies que les libraires de Genève ſe ſont
procurées. M. Abauzit eſt mort en 1768
dans une petite folitude où il s'étoit retiré
près de Genève . Il étoit preſqu'inconnu
en France , avant que M. Rouffeau
eût publié ſa lettre ſur les ſpectacles, dans
laquelle le philoſophe ſenſible parle de
fon ancien concitoyen , avec une admiration
& une vénération dont on a été furpris
AVRIL. 1770. 121
pris , parce qu'on ne connoiſſoit point
M.Abauzit.
Mde Bontems , MM. Denelle , Malfilâtre
, de la Grange , Macquart , l'abbé
Roger , le Fort de la Moriniere , Léonard
desMalpeines , de Montdorge , Maucomble
, de la Marche , l'abbé Laugier, Poinfinet
, de Saint-Maur, font les autres gens
de lettres loués dans ce recueil. Avec
leurs éloges , font mêlés ceux de MM.
Fournier le jeune , Blavet & François.
L'ouvrage eſt terminé par des obſervations
, &c. fur les deuils.
Le mérite de ce recueil eſt connu. On
pourroit appeler ces éloges des morts la
cenſure des vivans.
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Résumé : Le Nécrologe des hommes célèbres, [titre d'après la table]
Le 'Nécrologe des hommes célèbres de France' a été publié en 1770 à Paris par G. Defprez, imprimeur du Roi. Ce recueil, commencé six ans plus tôt, honore les gens de lettres, artistes et acteurs ayant marqué leur époque. Il met l'accent sur l'histoire de leur génie et de leurs talents plutôt que sur les détails de leur vie privée. L'ouvrage comprend vingt-quatre éloges, parmi lesquels ceux de de l'Isle, des Sauvages, Ménard, d'Olivet et Parcieux. Deux savants ayant vécu à l'étranger sont particulièrement distingués : MM. de Prémontval et Abauzit. André-Pierre le Guay de Prémontval, né en 1716, enseigna les mathématiques à Paris avant de s'exiler en Suisse et en Allemagne. Il publia plusieurs ouvrages, dont 'Monogamie ou l'unité dans le mariage'. Malgré un caractère difficile et des comportements extraordinaires à Berlin, il fut honoré par l'académie des sciences. Il décéda en 1767. Firmin Abauzit, né à Uzès, s'installa à Genève où il devint bibliothécaire. Il édita l'histoire de Genève et publia des notes érudites. Modeste, il laissa plusieurs écrits inédits qui furent publiés à Genève et Londres après sa mort en 1768. D'autres personnalités telles que Mme Bontems, MM. Denelle et Malfilâtre sont également louées dans ce recueil. L'ouvrage se conclut par des observations sur les deuils et est perçu comme une censure des vivants.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1188
p. 71-92
Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Début :
Relation des voyages au tour du monde, entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique [...]
Mots clefs :
Pays, Capitaine, Joseph Banks, James Cook, Voyage, Tahiti, Homme, Nouvelle-Zélande, Anglais, Navigateurs, Europe, Île, Îles, Voyages, Continent, Habitants, Indiens , Peuples, Monde, Daniel Solander, Mer, Côtes, Sud, Equipage, Vaisseau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Relation des voyages au tour du monde ,
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
entrepris par ordre de Sa Majefté Britannique
actuellement régnante , pour
faire des découvertes dans l'hémifphère
méridional , & fucceffivement
exécutés par le Commodore Byron ,
le Capitaine Carteret , le Capitaine.
Wallis & le Capitaine Cook , dans
les vaiffeaux le Dauphin le Swallow
& l'Endeavour ; rédigée d'après les
Journaux tenus par les différens Commandans
& les papiers de M. Banks ;
& enrichie de figures & d'un grand
nombre de plans & de cartes relatives
aux pays qui ont été nouvellement découverts
, ou qui n'étoient qu'imparfaitement
connus .
Oavrage traduit de l'Anglois , 4 vol .
in+4° . A Paris , chez Saillant & Nyon ,
rue St Jean - de-Beauvais , & Panckoucke
, Hôtel de Thou rue des
Poitevins.
DEPUIS la découverte entière de l'Amérique
, l'efprit des Navigateurs a dirigé
fes recherches vers cette pofition du
72 MERCURE DE FRANCE .
globe , qui eft entre la pointe méridionale
du nouveau monde , le Cap de bonne-
Efpérance , & le pole Auftral . Les diffétentes
expéditions qu'on a faites pour
reconnoître le continent qu'on fuppofoit
dans ces parages , n'ont pas acquis
toute la célébrité qu'elles auroient pu mériter
, & la géographie n'en a pas retiré
beaucoup de lumières. La Nation qui domine
fur les mers vient de fuivre les
mêmes vues avec plus de fuccès ; & les
quatre voyages autour du monde , qu'ont
exécutés les Anglois en fix ans , annoncent
d'une manière bien frappante les progrès
de la navigation .
Les trois premiers ont été fort utiles ;
mais le quatrième , qu'on peut appeler
une expédition vraiment philofophique ,
fera très mémorable aux yeux de la poftérité.
Les noms de Cook , de Banks &
de Solander feront fameux dans l'hiftoire
des voyages , & l'on dira peut- être qu'il
étoit plus facile de découvrir l'Amérique
fituée au bout de notre Europe , que d'aller
examiner les immenfes pays qu'ils ont
parcourus.
Il n'eft pas poffible de dire dans un extrait
, combien ils ont enrichi la philofophie
morale , l'hiftoire naturelle & la
géographie. La préface des traducteurs
expofe
MAI .
1774- 73
expofe quel étoit l'état de cette dernière
fcience avant les voyages que nous annoncons
, & jufqu'où ils l'ont perfectionnée
.
"
» Les Navigateurs qui avoient parcou-
» ru la mer du Sud , n'avoient pas pu
» déterminer fi la Nouvelle Guinée & la
» Nouv. Hollande ( * ) ne formoient qu'un
feul Pays , ou fi c'étoient deux contrées
féparées . On croyoit que la Nouv. Bretagne
étoit une feule île. La côte orien-
" tale de la Nouv. Hollande étoit abſo-
» lument inconnue . On ne connoiffoit
» guères de la Nouv. Zelande , que le
»petit canton où débarqua Tafman ,
» & qu'il appela baye des affaffins , &
» l'on fuppofoit d'ailleurs , que cette ré-
» gion faifoit partie du continent méri-
» dional. Les cartes plaçoient dans l'O-
» céan pacifique des îles imaginaires
"
39
"
qu'on n'a point trouvées , & elles repré
» fentoient, comme n'étant occupés que
» par la mer , de grands efpaces où
»l'on a découvert plufieurs îles . Enfin ,
les Phyficiens penfoient que depuis le
» degré de latitude fud , auquel les Na-
* Au lieu de Nouvelle Zelande , il faut lire
Nouvelle Hollande,
D
74 MERCURE
DE FRANCE.
"
vigateurs s'étoient arrêtés , il pouvoir
» y avoir jufqu'au pole auftral un conti-
» nent fort étendu .
و د
» Les Anglois , dans les quatre voyages.
qu'ils viennent de faire , ont reconnu
» que la côte orientale de la Nouv. Hol-
» lande , appelée par eux Nouv . Galles
» méridionale , étoit un pays beaucoup
» plus grand que l'Europe ; & le Capitaine
Cook a déterminé avec précifion le
gifement des côtes . La Nouv. Bretagne
» eft compofée de deux îles , & ces deux
îles font féparées par un canal nommé
canal St George . On a fait le tour de
la Nouv . Zelande , & la carte qu'on en a
dreffée , ne peut être plus exacte que
» celle de certaines côtes d'Europe. Quel-
» ques Auteurs avoient penfé que de
» l'ifle de George III à la Nouv . Zelande ,
» il pouvoit y avoir un continent:le Capi-
» taine Cook affure qu'ils fe fonttrompés,
"
"
מ
mais on y a découvert un grand nom-
» bre de petites îles. Quant au continent
méridional , it eft démontré qu'il n'y
en a point au Nord du quarantième de
gré de latitude fud ; nos Navigateurs
» n'ofent affurer également qu'iln'y
» en ait pas un au fud de ce quarantième
fans avoir degré. Le dernier voyage ,
n
"
pas
MAI 17746 75
و د
ود
» entièrement réfolu la queftion , a réduit
à un fi petit efpace l'unique portion de
» l'hémifphère méridional ou pourroit
» fe trouver ce continent , qu'il feroit
» fâcheux qu'on ne fit pas une nouvelle
» tentative pour s'aflurer de la vérité. "
Nous ne parlerons ici que du dernier
voyage , le plus intéreffant de la collec
tion.
L'Endeavour , monté par le Capitaine
Cook , MM. Banks & Solander , & les
autres Obfervateurs qui les accompa
gnoient , partit de Plimouth le 26 Août
1768. Comme ils avoient ordre d'abor
der promptement à l'île d'Otahiti , pour
y obferver le paffage de Vénus au deffus
du difque du faleil , & faire enfuite des
découvertes dans la mer du fud , ils fe
hâtèrent d'arriver à leur deftination . Nous
ne devons pas omettre deux faits qui feront
une preuve des obftacles fans nombre
& de toute efpèce , qu'ont eu à combattre
nos philofophes dans leur expédition.
Lorfqu'ils furent fur les côtes du
Brefil , ils voulurent relâcher à Rio - Janeiro
, pour y prendre des rafraîchiffemens
, & examiner l'état du pays &
fes productions naturelles. Le Vice- Roi
permit au capitaine d'acheter des pro-
Dij
766 MERCURE DE FRANCE,
vifions pour fon équipage
; mais il dé
fendit à MM. Banks & Solander & aux
autres Anglois, de débarquer. Ils parlèrent
en vain du motif de leur voyage , le Portugais
fut inflexible ; il les regardoic
comme des efpions , & il s'embarraffoit
fort peu du progrès des ſciences . MM.
Banks & Solander voulurent employer
des ftratagêmes & des déguifemens pour
pénétrer dans la campagne ; mais ils apprirent
bientôt qu'ils étoient pourfuivis
par les patrouilles du pays , & qu'on
avoit faifi quelques - uns de leurs compagnons
de voyage.
Au lieu de paffer le détroit de Magellan
, ils doublèrent le Cap de Horn
& pendant qu'ils étoient fur les côtes de
la terre de feu, il leur arriva un accident ,
trifte préfage des maux qui les atten
doient dans le courant de leur voyage,
MM. Banks & Solander virent une montagne
dans l'intérieur des terres , & ils
réfolurent d'y aller chercher des plantes,
Ils fe mirent en route , fuivis du Chirurgien
de l'équipage , de M. Gréen
l'Aftronome , de deux Deffinateurs , de
leursDomestiques & de deux Matelots.Ils
trouvèrent un terrein marécageux couvert
de buiffons fi bien entrelacés les uns
M A 1. 17746 77
dans les autres , qu'il étoit impoffible de
les écartér pour s'y frayer un paffage . Le
temps devint très- froid tout- à- coup ; il
tomba de la neige , & la nuit les furprit.
Il leur étoit impoffible de retourner au
vaiffeau , & ils n'eurent plus d'efpoic
que de trouver un abri où ils puflent allumer
du feu & attendre le lendemain
dans cet état cruel . Ils crurent apperce
voir un lieu convenable pour cela , &
chacun s'efforça de s'y traîner. La plupart
tombèrent bientôt fur la neige fans ponvoir
fe relever , ceux qui étoient les moins
engourdis prirent les devants , afin de préparer
le feu , & d'autres s'empreffèrent de
donner du fecours aux malades . Enfin ,
deux hommes furent trouvés morts le
lendemain , & ils couturent tous le plus
grand danger de périr de faim & de froid
dans cette forêt.
Nos voyageurs arrivèrent à Otahiti le
10 Avril 1769. Ils y ont féjourné trois
mois , & ils ont employé tout ce temps
à faire des obfervations fur les moeurs
& les ufages du peuple qui l'habite..Ces
Infulaires vivent dans un climat & fur
un fol qui les met au - deffus du befoin
des arts , & d'après tout ce qu'on en a
rapporté , on eft forcé de penfer que c'eft
*
D iij
78
MERCURE DE FRANCE.
le peuple le plus fortuné de la terre. La
tuation où ils fe trouvent eft véritablement
l'état de nature tel qu'il peut exifter
fur le globe ; & fi nous avions paffé
par cet état avant de nous policer , on auroit
lieu de regretter avec M. Rouffeau
notre ancienne barbarie. Les partifans de
cet eloquent Philofophe ne manqueront
pas de citer les Otahitiens pour appuyer
Leur fyftême ; mais on peut répondre d'avance
, que les circonflances réunies en
leur faveur , ne pourront prefque jamais
s'appliquer à une autre peuplade . Ils naiffent
fous un ciel doux & agréable , & la
même caufe les a rendus aimables , doux
& pacifiques par caractère. Leur pays eft
enchanteur , la terre y produit prefque
fans culture les fruits les plus délicieux ;
ils rencontrent rarement des obftacles à
leurs defirs , & ils fuivent toujours le
pur inftinct de la nature , qui les porte
rarement au mal. La defcription de cette
île & de fes habitans paroîtra romanefque
à pluGeurs lecteurs ; cependant
elle eft de la plus exacte vérité , & conforme
d'ailleurs à ce qu'en dit M. de
Bougainville qui a eu l'art d'y acquérir
tant de connoiffances en fi peu de
temps.
MAI. 17740 79
La moitié du fecond volume de cette
collection rapporte les aventures curieufes
furvenues aux Anglois pendant leur
féjour à Otahiti , & l'on ne trouve aucun
morceau d'hiftoire fur lequel l'ame s'arrête
avec plus de complaifance.
Voici le titre des trois derniers chapitnes
.
Chapitre 17. Defcription particulière
de l'île d'Otahiti , de fes productions &
de fes habitans . Habillemens , habitations
, nourriture , vie domeftique &
amuſemens.
Chapitre 18. Des manufactures , des
Pirogues & de la navigation des Otahitiens.
Chapitre 19. De la divifion du temps
à Orahiti ; manière de compter & de
calculer les diftances ; langue , maladie ,
funérailles & enterremens ; religion
guerres , armes & gouvernement.
Nous allons en citer quelques traits
curieux. Nos philofophes voulant s'inftruire
de la religion du pays , le Capitaine
fit célébrer un dimanche le fervice
divin au fort qu'ils avoient bâti.
M. Banks y invita un des Chefs du
pays , fa femme & quelques autres Otahitiens
; il efpéroit que ces cérémonies
Bccafionneroient quelques queftions de
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
leur part , &lui procureroient quelque inftruction.
Les Indiens s'affirent , fe tin-
» rent debout , ou fe mirent à genoux ,
"
lorfque M. Banks faifoit de même ;
» mais après que le fervice fut fini , ils
» ne firent aucune queftion , & ils ne
vouloient pas nous écouter , lorfque
nous tâchions de leur expliquer ce qui
» venoit de fe paffer.
a
» Les Otahitiens , après avoir vu nos
» cérémonies religieufes , jugèrent à pro-
" pos de nous montrer dans l'après - midi
» les leurs qui étoient très différentes . Ua
» jeune homme de fix pieds & une jeune
» fille de 1 à 12 ans , facrifièrent à Vénus
devant toute l'affemblée , fans paroître
attacher aucune idée d'indécence
» à leur action & avec la liberté qu'on
prend lorfqu'on fe conforme aux ufages
» du pays . La Reine Obéréa préfidoit à
» la cérémonie ; elle donnoit à la fille
» des inftructions fur la manière dont elle
» devoit jouer fon tôle.
"
Cette Obéréa eft la même qui devint
amoureufe du Capitaine Wallis quelques
années auparavant , & dont les adieux
font fi touchans dans leur naïveté , qu'ils
arrachent prefque autant de larmes , que
ceux de Didon à Enée .
M. Bancks , dont on ne peut affez
MAI. 1774. 81
"
»
louer le courage & le zèle infatigable ,
fut fi curieux un jour de voir un convoi
funéraire , qu'il réfolut de s'y charger d'un
emploi , après qu'on lui eut dit qu'il ne
pouvoit pas y affifter fans cette condition.
Il alla donc le foir dans l'endroit
» où étoit dépoté le corps , & il fut reçu
» par la fille de la défunte , quelques au-
» tres perfonnes & un jeune homme qui
» fe préparoient à la cérémonie. On le
» dépouilla de fes vêtemens à l'Européenne
; les Indiens nouèrent au tour
de fes reins une petite pièce d'étoffe
» & ils lui barbouillèrent tout le corps
jufqu'aux épaules avec du charbon &
» de l'eau , de manière qu'il étoit auffi
» noir qu'un nègre . Ils firent la même
» opération à plufieurs perfonnes , & en-
» tr'autres, à quelques femmes qu'on mit
» dans le même état de nudité
que lui ;
» le jeune homme fut noirci par - tout ,
» & enfuite le convoi fe mit en mar-
» che.
"
ກ
M. Banks faifoit une fonction qu'ils
appellent Nineveh ; il étoit chargé , ainfi
que deux Otahitiens , d'examiner s'il Y
avoit du monde dans les lieux où devoit
paffer le convoi , & il allojt dire au princi
pal perfonnage du deuil : imatata , il n'y
a perfonne.
Dy
B2 MERCURE
DE FRANCE
.
Voici un fait qu'on voudroit pouvoir
révoquer en doute , mais qui malheureufement
eft inconteftable.
» Un nombre très - confidérable d'O-
» tahitiens des deux fexes , forment des
» fociétés fingulières appelées arrcoy ,
» où toutes les femmes font communes
499
"
à tous les hommes; cet arrangement met
» dans leurs plaifirs une variété perpé-
» tuelle , dont ils ont tellement befoin
» que le même homme & la même fem-
"
me n'habitent guères plus de deux à
» trois jours enfemble. Les hommes s'y
» divertiffent par des combats de lutte ,
» & les femmes y danfent en liberté la
» Timorodée , ( * ) afin d'excites en elles
des defirs qu'elles fatisfont fur le
» champ.
» Les Otahitiens , loin de regarder
comme un déshonneur d'être aggrégés
» à cette fociété , en tirent au contraire
» vanité , comme d'une grande diftinc-
» tion. Lorfqu'on nous a indiqué quel-
» ques perfonnes qui étoient membre
و د
d'un Arreoy , nous leur avons fait M.
Bancks & moi , des queftions fur cette
» matière , & nous avons reçu de leus
* Efpèce de danfe lubrique du pays.
MAI. 1774. 83
propre bouche les témoignages que
» je viens de rapporter ".
On auroit tort d'imaginer que ce peuple
n'a point de maître , & qu'il jouir
de la chimérique liberté de la nature fi
vantée par des Ecrivains qui ne voient
pas qu'elle ne peut plus exifter dès que
les hommes fe raffembleront en troupes ;.
mais il est étonnant qu'il foit aflervi au
gouvernement féodal '; d'où il eft permis
de conclure que la plupart des peuples
fubiffent ce premier efclavage avant de
parvenir au dernier degré de civiliſation .
Il y a quatre claffes d'hommes à Otahiti
, le Roi , le Baron , le Vaffal & le
Paylan .
Le commerce des Otahitiens avec les
habitans de l'Europe , les a dejà infectés.
de la maladie vénérienne. » Ils la diftin-.
" guent par un mot qui revient à celui
» de pourriture , & ils lui donnent une fi
gnification beaucoup plus étendue ; ils
» nous décrivirent dans les termes les :
plus pathétiques , les fouffrances des :
premiers infortunés qui en furent les:
» victimes ; ils ajoutèrent qu'elle faifoit
"tomber les poils & les ongles , & pour .
riffoit la chair jufqu'aux os ; qu'elle
répandit parmi eux une terreur & une:
» confternation univerfelles; que les ma
"
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
» lades étoient abandonnés par leurs plus
» proches parens , qui craignoient que
» cette maladie ne fe communiquât par
contagion , & qu'on les laitoit péric
>> feuls dans des tourmens qu'ils n'avoient
jamais connus auparavant.
"
39
La Nature plaça en vain ce peuple au
milieu des mers ; deux vaiffeaux d'Europe
franchiffent cet intervalle immenſe ,
& ils portent à ces hommes heureux cette
maladie terrible , capable d'anéantir entièrement
leur race .
Nos Navigateurs , après un long lẻ-
jour avec les Otahitiens , fe préparèrent
à les quitter , & le Capitaine ordonna
que chacun fe rendît au vaideau . Deux
foldats de Marine , touchés du bonheur.
dout jouiffent les Infulaires dont ils alloient
fe féparer , & ne trouvant pas dans
nos fociétés policées le contentement
qu'ils efpéroient goûrer parmi eux , défertèrent
le fort, la nuit du jour où l'on devoit
mettre à la voile , & s'enfuirent dans
l'intérieur de l'île pour vivre avec les
Otahitiens. Le Capitaine voulut abfolement
recouvrer fes deux hommes : il
fit faifir quelques chefs & il leur fit des
menaces fi on ne renvoyoit pas les deux
foldats. Les Infulaires tâcherent de fe
défendre , & difoient que les deux EuMAI.
1774. 85
»
ropéens « avoient pris chacun une fem-
» me , & qu'ils étoient devenus habitans
du pays. Cependant , les gens
de l'équipage qu'on avoit envoyés après
eux , vinrent à bout de les ramener
de force..
"
Les déferteurs confirmèrent le rap-
» port des Indiens ; ils étoient devenus
» fort amoureux de deux filles , & ils
» avoient formé le projet de fe cacher
jufqu'à ce que le vaiffeau eût mis à la
voile , & de fixer leur réfidence à Ota-
» hitii »»..
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ce fait intéreffant ; mais on ne peut s'empêcher
de regretter que les deux foldats
n'ayent pas accompli leur projet. Leur
conduite & leur vie auroient fourni bien
des lumières pour comparer l'état des
peuples fauvages avec celui des nations
civilifées , & à moins que le Capitaine
Cook n'eût befoin de ces deux hommes
pour le fervice du vailleau , il auroit
peut-être dû les laiffer à Otahiti , d'où
quelques bâtimens auroient pu dans la
fuite les ramener en Europe.
Un des Otahitiens nommé Tupia ,
qui avoit été premier Miniftre de la
Reine Obéréa , & principal Prêtre de
l'île , abandonna fa patrie pour 's'embar.
86 MERCURE DE FRANCE.
"
quer avec les Anglois. La vue de nos na
vigateurs & de leur vaiffeau lui avoit
donné l'idée d'un nouveau monde , & ,,
entraîné par l'inquiétude naturelle qui
tourmente l'ame du Sauvage comme celled'un
homme policé, il céda à l'invincible.
curiofité qui le portoit à voir d'autres
peuples & d'autres pays.
» Le 13 Juillet , jour du départ , le
vaiffeau fut rempli des Otahitiens nos
» amis. Dès le point du jour nous levâ-
" mes l'ancre , & dès que le bâtiment
« fut fous voiles , les Naturels du pays.
prirent congé de nous , & versèrent
» des larmes , pénétrés d'une trifteffe qui
avoit quelque chofe de bien tendre &
» de bien intéreffant . Tupia foutint cette:
» fcène avec une fermeté & une tranquillité
vraiment admirables ; il eft
» vrai qu'il pleura , mais les efforts qu'il
fit pour cacher fes larmes , faifoient
encore plus d'honneur à fon caractère :
" Il envoya une chemife pour dernier
39 préfent à Potomai , maîtreffe favo-
» rite de Tootahah , un des Chefs du
" pays ; il alla enfuite fur la grande hune
» avec M. Banks , & il fit des fignes
aux Pirogues tant qu'il continua de les
30%
» voir
Ce Tupia a été d'une très-grande utilité
MA I 1774. 87
aux Anglois pendant le refte du voyage ;
il leur donna fans ceffe des preuves de
fon jugement & de fa pénétration ; mais
malheureuſement il eft mort à Batavia
ainfi que le valet Indien qui l'avoit fuivi.
Nos Navigateurs , en appareillant d'Otahiti
, cherchèrent des îles nouvelles ,
& ils en ont découvert un très- grand
nombre dans les environs. Les moeurs
des peuples qui les habitent , & les incidens
qui leur furvinrent ne font pas
moins curieux . Après avoir paffé un mois
dans ces parages , le Capitaine Cook di
rigea fa route plus au fud , dans le deffein
de rencontrer le continent que des
Géographes y plaçoient. Il partit de l'île
d'Otéroah le 15 Août 1769 , & le 7·
Octobre , ils découvrirent une terre qu'ils
reconnurent par la fuite pour la Nouv.
Zelande : ils ont côtoyé ces deux grandes
îles jufqu'au premier Avril 1770. Ils
ont débarqué dans un très grand nombre
d'endroits , & ils ont prefque toujours
été attaqués par les féroces habitans da
pays.
Le fait fuivant eft fort extraordinaire..
En arrivant fur la côte de la Nouv. Zelande,
Tupia , Infulaire d'Otahiti , enten୫
. MERCURE DE FRANCE.
dit la langue des habitans du pays . Puifque
le langage de ces contrées fi eloignées
l'une de l'autre , eft à- peu- près le
même , il eft fûr que ces deux Nations
tirent leur fource d'une commune origine.
Après la defcription d'Otahiti , celle
de la Nouv. Zelande eft la plus curieufe
du voyage. L'exiftence des peuples antropophages
, conteftée fi mal - à -propos
par quelques Ecrivains , eft déformais hors
de doute , & il eft prouvé par cette relation
,, que les Zélandois mangent des
hommes.
»
" Pendant notre féjour dans le canal
» de la Reine Charlotte , nous trouvâ-
» mes des Indiens occupés à apprêter les
» alimens , & ils faifoient cuire alors un
» chien dans leur four ; il y avoit près
de là plufieurs paniers de provifion .
» En jetant par hafard les yeux fur un
» de ces paniers , à mefure que nous paffions
, nous apperçûmes deux os en-
» tièrement rongés qui ne nous parurent
» pas être des os de chiens , & que nous
reconnûmes pour des os humains , après
» les avoir examinés de plus près . Ce
fpectacle nous frappa d'horreur , quoiqu'il
ne fît que confirmer ce que nous
»
39
7
MAI. 1774. S
19
» avions oui dire plufieurs fois depuis
notre arrivée fur la côte . Comine il
» étoit fûr que c'étoit véritablement des
» os humains , il ne nous fut pas poffble
de douter que la chair qui les cou-
» vroit n'eût été mangée .... Nous char-
» geâmes Tupia de demander ce que c'étoient
que ces os , & les Indiens répondirent
fans héfiter en aucune manière
, que c'étoient des os d'hommes.
» Il leur demanda enfuite ce qu'étoit de
» venu la chair , & ils répliquèrent qu'ils
» l'avoient mangée . .. En nous infor-
» mant qui étoit l'homine dont nous
» avions trouvé les os , ils nous dirent
qu'environ cinq jours auparavant , une
Pirogue montée par fept de leurs en-
» nemis , étoit venue dans la Baye , &
» que cet homme étoit un des fept qu'ils
avoient tués ....
К
"
19
»
.....
Quelques jours après , Tupia reprit
» de nouveau la converfation fur l'ufage
» de manger la chair humaine , & les
Indiens répétèrent ce qu'ils avoient
déjà dit ; mais , dit Tupia , mangezvous
auffi les têtes ? Nous ne mangeons
» que la cervelle , répondit un vieillard
» & demain , je vous apporterai quelques
» têtes , pour vous convaincre que noust
» avons dit la vérité.
n
90% MERCURE
DE FRANCE.
On trouve dans le voyage beaucoup
d'autres preuves de cette horrible coutume.
Vingt jours de navigation s'écoulèrent
depuis leur départ de la Nouv . Zelande ,
jufqu'à la Nouv . Hollande. Ils découvrirent
enfuite la Nouv . Galles méridionale
, pays beaucoup plus grand que l'Europe.
Ils ont paffé trois mois & demi a
viliter les côtes de ce pays ; pendant cet
intervalle , il leur arriva un accident qui
mit tout l'équipage dans le plus grand
danger de périr . Le vaiffeau toucha fur
un banc de rochers , & y refta 48 heures ,
fans que tous les efforts de nos Navigateurs
puffent le remettre en pleine mer ..
On eft faifi d'attendriffement & d'effroi
en lifant la defcription de l'état où ils
fe trouvoient. Enfin , ils fortirent de dan
ger , & ils dûrent leur délivrance à une
circonftance bien fingulière . « Le rocher
» fur lequel échoua le bâtiment , fit plu-
» fieurs trous dans la calle , & un autre
» affez large pour nous couler à fond ;
» mais par bonheur , il fe trouva en
grande partie bouché par un morceau
» de rocher, qui ,après avoir fait l'ouver
»ture , y étoit reſté engagé,
"
Nos voyageurs touchent enfuite à la
Nouv. Guinée , & reprennent le chémin
MAI. 1774. 91
de l'Europpe à Batavia ; ils portent partout
leur efprit obfervateur , & ils nous
apprennent fur cette ville un grand
nombre de particularités qu'on ignoroit
abfolument .
L'homme paroît bien méchant & bien
vil , lorfqu'on le voit commettre des actions
telles que celle- ci , dont nos phi-
Fofophes ont été temoins ..
»
n
"
Depuis un temps immémorial , la
pratique , appelée courir un Muck
eft établie chez ces peuples . Après s'être
» enivrés d'opium , un homme le préci
pite dans les rues une arme à la main ,
tuant toutes les perfonnes qu'il rencontre
. jufqu'à ce qu'il foit tué lui- même
ou arrêté. Nous en avons vu plufieurs
» exemples pendant notre féjour à Batavia
, & un des Officiers chargés de
faifir ces furieux , nous dit qu'il fe paf
» foit rarement une femaine fans que lui
» ou fes confrères fuffent appelés pour
» en arrêter quelqu'un . Dans un des cas
" dont nous avons été témoins , l'homme
" avoit eu plufieurs fois à fe plaindre de
» la perfidie des femmes, & étoit de--
» venu fou de jaloufie avant de s'enivrer
"
d'opium ... Ceux qu'on prend en vie ,
font ordinairement bleйés ; mais ils
n'en font pas moins rompus vifs "..
92 MERCURE DE FRANCE.
L'équipage contracta à Batavia des gers
mes de maladie qui fe
développèrent dès
qu'ils furent en route. Nous avions , dit
le Capitaine , prefque tous les jours un
mort à´jeter à la mer , & dans l'efpace.
d'un mois & demi , nous perdîmes trente
hommes.
Enfin , nos Navigateurs relâchent au
Cap & à Ste Hélene , & ils mouillent
aux Dunes te 2 Mai 1771 , après un
voyage de trois ans.
que
Il eft fur que jamais on ne fera une
expédition au tour du globe auffi célèbre
celle dont on vient de parler ; &
dans la multitude infinie de voyages que
nous avions déjà , on n'en trouve aucun
dont la lecture foit auffi intéreffante &
auffi inftructive.
Fermer
Résumé : Relation des voyages au tour du Monde, [titre d'après la table]
Entre 1768 et 1771, plusieurs expéditions britanniques explorèrent l'hémisphère méridional sous la direction de Byron, Carteret, Wallis et Cook. Ces missions avaient pour objectif d'explorer des régions peu connues telles que la Nouvelle-Guinée, la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Zélande. Le quatrième voyage de Cook, à bord de l'Endeavour, fut particulièrement notable. Il clarifia des incertitudes géographiques, découvrit que la Nouvelle-Bretagne était composée de deux îles et dressa une carte précise de la Nouvelle-Zélande. L'expédition démontra également l'absence de continent au nord du 40e parallèle sud. Cook était accompagné de naturalistes comme Banks et Solander. Ils observèrent le passage de Vénus à Tahiti et explorèrent la mer du Sud. Malgré des obstacles au Brésil, ils contournèrent le cap Horn et firent naufrage près de la Terre de Feu. À Tahiti, ils décrivirent les habitants comme pacifiques et aimables, vivant dans un état de nature idyllique, avec une société structurée en quatre classes. Ils notèrent des pratiques culturelles spécifiques, comme les 'arreoy' et les cérémonies funéraires. Les explorateurs découvrirent plusieurs îles, atteignant la Nouvelle-Zélande en octobre 1769. Ils y restèrent jusqu'en avril 1770, affrontant des attaques des habitants et confirmant la pratique du cannibalisme. Ils explorèrent ensuite la Nouvelle-Hollande pendant trois mois et demi, avant de continuer vers la Nouvelle-Guinée et Batavia. À Batavia, ils observèrent une pratique locale violente appelée 'courir un Muck'. L'équipage contracta des maladies à Batavia, entraînant de nombreuses morts durant le retour. Le capitaine rapporta trente décès en un mois et demi. Le voyage se conclut par des escales au Cap et à Sainte-Hélène, avant d'atteindre les Dunes le 2 mai 1771. Cette expédition est considérée comme l'une des plus célèbres et instructives.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
1189
p. 56-57
LOGOGRYPHE.
Début :
N'attendez pas, Lecteurs, pour savoir qui je suis, [...]
Mots clefs :
Chapelet
1191
p. 93-99
Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Début :
Discours sur l'Education, prononcés au Collége Royal de Rouen, suivis de [...]
Mots clefs :
Éducation, Lois, Élève, Mémoire, Dieu, Discours, Réflexions, Professeur, Jean-Jacques Rousseau, Corps
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
Difcours fur l'Education , prononcés au
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
College Royal de Rouen , fuivis de
notes tirées des meilleurs Auteurs anciens
& modernes ; auxquels on a joint
des réflexions fur l'amitié . Par M. Auger
, Prêtre , Profeffeur d'Eloquence
au Collège de Rouen , de l'Académie
des Sciences , Belles Lettres & Arts de
la même ville. A Paris , chez Durand ,
Libraire , rue Galande.
Cet Ouvrage ne peut être que fort
utile aux pères & aux mères qui font
jaloux de bien élever leurs enfans . La
faine morale qu'il refpire , & les notes
excellentes qui font tirées de Platon
Plutarque , Montaigne , Locke , Fénélon ,
Rollin , M. Rouffeau , rendent ces Difcours
très- intéreffans . Ce Profeffeur , que
le zèle feul du bien public anime , ſe
fait un devoir & un plaifir d'avouer que
l'Emile de M. Rouffeau eft un riche tréfor
où l'on trouve fur l'éducation une
foule de vérités neuves & lumineufes ,
les réflexions les plus juftes & les plus
fenfées , la morale la plus pure & la plus
94 MERCURE DE FRANCE.
févère. Ce Philofophe , également profond
& éloquent , s'eft déclaré pour l'éducation
Lacédémoniene , qui s'occupoit
fur- tout à fortifier le corps & à perfectionner
les organes ; il a foutenu que jufqu'à
un âge affez avancé on ne doit former
l'efprit & le coeur que par occafion
& par forme de converfation . Il veut
qu'on n'exerce le jugement de fon Elève
que de vive voir , & qu'on laiffe fa mémoire
oifive ; éloignant de lui toute ef
pèce de livres , it ne l'applique jamais à
l'étude. Quant à la Religion , l'Auteur
d'Emile veut qu'on lui en parle tard , &
qu'on préfère la Religion purement naturelle.
La jufte admiration que notre Profefleur
à conçue pour M. Rouffeau , ne
l'empêche pas de modifier & de corriger
ce nouveau fyftême d'éducation . Il convient
qu'on doit ménager les forces d'un
jeune Élève en ne l'appliquant pas trop
tôt à l'étude : il ne regarde pas comme
une chofe moins effentielle d'exercer de
bonne heure fa mémoire fur des objets
agréables & utiles , comme fables , hiftoires
, & c. parce que c'eft dans la première
jeuneffe que la mémoire eft bonne
& qu'on peut la plier à faire d'heureux
efforts. Il ne fuffit pas de prendre garde
AVRIL.
1775 .
d'y introduire des idées fauffes , mais on
95
doit encore la remplir d'excellens matériaux
, que le jugement trouvera & mettra
en oeuvre quand il fera formé . Le
Profeffeur refpecte trop la
Religion pour
ne pas regarder comme le devoir le plus
effentiel de faire connoître au plutôt à
fon Elève l'Être dont il tient
l'existence ,
& de lui bien inculquer que tout vient
de Dieu par fon amour , & que tout doit
lui être rapporté par le nôtre. Ne doit- on
pas prévoir que ce jeune homme en entrant
dans le monde , fera environné des
ténèbres les plus épaiffes & des maximes
les plus fauffes , & qu'il ne
manquera
pas de marcher dans ces fentiers ténébreux
, fi l'on ne lui a pas appris à ſe
fervir du flambeau célefte que Dieu nous
met en main pour nous éclairer & nous
empêcher de nous égarer. Les Livres
Saints qui renferment les vérités révélées ,
nous font repréfentés comme un cabinet
précieux dont Dieu nous donne l'uſage ,
& dans lequel il a mis en réſerve toutes
fortes de
remèdes propres à guér'r nos
maladies
fpirituelles. Le jeune Elève ,
fentant les propres défauts , pourra trouver
dans ce trésor de la parole de Dieu ,
l'efpèce particulière de remède qui con96
MERCURE DE FRANCE.
vient à fon mal . Comme Dieu aà donné
à la terre la vertu de porter toutes fortes
d'herbes , de plantes & de fucs deftinés
à guérir les plaies du corps ; il a de
même rempli les Livres Saints de préceptes
falutaires pour remédier aux maladies
de notre âme. Qu'on le rappelle le
bel éloge que M. Rouffeau fait de ces
Livres , & l'on fera furpris qu'il n'inſiſte
pas fur la néceffité de les mettre entre
les mains des jeunes gens , en les dirigeant
dans cette lecture.
Le Profeffeur d'Eloquence obferve judicieufeinent
qu'un des plus précieuxavantages
de l'éducation , doit être de
faire contracter l'habitude de travailler
feul & de lutter feul contre les difficultés
fans le fecours d'autrui . C'eſt fans doute
une excellente méthode d'inftruire les
enfans en les amufant , en converfant
avec eux , en leur faifant faire de vive
voix des réflexions qui foient à la portéede
leur âge , fur tout ce qu'ils lifent ,
voyent ou entendent , en arrachant pour
eux & avec eux les épines de la fcience.
Mais l'expérience nous apprend que nous
ne favons bien que ce que nous avons
appris avec quelque peine , ce dont nous
nous fommes efforcés de trouver feuls ,
de
AVRIL. 1775 . 97
de réfoudre feuls les difficultés . En effet ,
on doit craindre qu'un enfant qu'on n'a
inftruit que par la converfation , ne s'ennuie
& ne fe morfonde dès qu'il fera
livré au filence & à la folitude da cabinet.
Quant à l'inconvénient de commencer
tard à étudier , on ne peut fe refuſer
à cette vérité d'expérience , qu'il y a un
temps après lequel on ceffe d'apprendre ;
ou l'on n'apprend que difficilement. Le
jugement a beau être formé , fi le cerveau
, fiége de la mémoire , n'eft rempli
ai de mots ni de faits , fur quoi opérerat-
il? Comment manifeftera- t- il aux autres
fes opérations , fi l'on ne l'a pas accoutumé
de bonne heure à recevoir mille
impreffions différentes , à fe plier & fe
replier de mille manières diverfes , lorfqu'il
étoit comme une cire molle ? Si on
a attendu que les fibres fe foient durcies ,
rien n'y pourra plus entrer , ou n'y entrera
qu'avec peine. Rien ne feroit plus
effentiel au Profefleur que de remplir la
mémoire de fon Elève d'une infinité de
mots , de faits & d'idées qu'il retrouve
au befoin , & de rendre plus facile , par
l'habitude , l'application de l'efprit.
On trouve dans ces Difcours l'éloge
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
du Souverain en qui la fagefle a devancé
les années , & qui eft convaincu que
pour affermir fon pouvoir , il doit le
fonder fur les Loix & fur l'amour de fes
Sujets , & que les Loix font l'ornement
& le foutien de la puiflance fouveraine.
En effet l'intérêt invariable du Trône eft
fi visiblement attaché à l'empire des
Loix , qu'il eft rare de voir les Princes
fe porter d'eux -mêmes à les détruire . Cette
corruption vient toujours des Sujets ,
dont les uns veulent fe fouftraire aux
Loix , & les autres afpirent à dominer
fur elles , Mais pour faire honorer ces
Loix , fur lesquelles repofe la gloire du
Souverain & le bonheur des Peuples , il
faut honorer leurs Miniftres , & fur- tout
ces Compagnies utiles , & dépofitaires
des Loix & des formes , que l'Auteur
compare à de fortes chaînes , toutes attachées
au Trône , qui uniffent étroitement
toutes les parties d'un vaſte Empire
; qui lient à la perfonne facrée du
Souverain tous les Membres du Corps
politique , par des noeuds indiffolubles.
L'Auteur a joint aux deux Difcours
fur l'Education , relativement au corps ,
à l'efprit & au coeur , l'extrait d'un plan
d'éducation par Platon , celui de l'éducaAVRIL.
1775 : 99
tion des anciens Perfes , & celui de l'inftitution
Lacédémonienne ; & l'Ouvrage
eft terminé par des réflexions judicieufes
fur la véritable amitié.
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Résumé : Discours sur l'éducation, [titre d'après la table]
L'ouvrage 'Discours sur l'Éducation' de M. Auger, professeur d'éloquence au Collège de Rouen et membre de l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Rouen, vise à guider les parents dans l'éducation de leurs enfants. M. Auger s'inspire de divers auteurs, dont Jean-Jacques Rousseau, dont il apprécie l'œuvre 'Émile'. Rousseau préconise une éducation lacédémonienne axée sur le renforcement physique et l'apprentissage par la conversation. Cependant, M. Auger recommande de développer la mémoire des jeunes élèves dès leur plus jeune âge avec des sujets agréables et utiles, et d'enseigner tôt les principes religieux, contrairement à Rousseau. M. Auger met en avant l'importance de l'autonomie des élèves, capables de travailler seuls et de surmonter les obstacles sans aide extérieure. Il critique l'idée de n'instruire les enfants que par la conversation, estimant nécessaire de remplir leur mémoire de mots, de faits et d'idées dès le jeune âge pour faciliter l'application de l'esprit plus tard. Le texte aborde également la figure du souverain, dont le pouvoir repose sur les lois et l'amour de ses sujets. Les lois sont essentielles pour affirmer la puissance souveraine, et les princes rares sont ceux qui cherchent à les détruire. La corruption des lois provient souvent des sujets, certains voulant s'y soustraire, d'autres aspirant à dominer par leur biais. Pour que les lois soient respectées, il est crucial d'honorer les ministres et les compagnies utiles, comparées à des chaînes solides attachées au trône, unissant toutes les parties d'un vaste empire et liant les membres du corps politique au souverain. Le texte inclut aussi des extraits sur divers plans d'éducation, notamment ceux de Platon, des anciens Perses et de l'institution lacédémonienne, ainsi que des réflexions sur l'amitié.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1193
p. 83-88
Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Début :
Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ, depuis son incarnation jusqu'à [...]
Mots clefs :
Jésus-Christ, Histoire, Vie, Étonner, Dieu, Évangélistes, Morale chrétienne, Charité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
Hiftoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
Chrift , depuis fon incarnation jufqu'à
fon afcenfion ; dans laquelle on a confervé
& diftingué les paroles du texte
facré , felon la Vulgate ; par le Père
de Ligny. A Avignon , chez Domergue.
Sous quelque face & de quelque côté .
qu'on envifage le chef & le fondateurde
la Religion Chrétienne , on trouve,
en lui la vertu du Très - Haut ; en lui font
cachés tous les tréfors de la fageffe &
de la fcience ; en lui réfide corporelle ..
ment toute la plénitude de la Divinité.
Non-feulement le ciel eft attentif à lui
rendre témoignagne par une foule de
)
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
1
merveilles , qui fe répètent ou qui fe
diverfifient dans l'hiftoire de fa vie : mais
il opère lui même les plus grands miracles
avec une facilité toute puiffante.
Dans la majestueufe fimplicité de fes
moeurs & de fa conduite , on n'apperçoit
aucun foible de l'humanité. Quand il
ouvre la bouche pour inftruire ceux
qui s'attachent à fes pas , les Peuples
s'écrient que jamais homme n'a parlé
comme lui. Quelle doctrine eft plus fublime
& moins faftueufe que la fienne ?
On fent qu'il n'a pas befoin de s'élever
pour atteindre à la hauteur des plus
grands mystères , & qu'engendré dans la
Splendeur des Saints , il voit fans étonne .
nement les profondeurs de Dieu . Que fon
langage eft différent de celui des Prophètes
! Ils font prefque toujours dans
l'enthoufiafime , parce que les vérités
qu'une vifion célefte leur découvre , font
pour eux d'admirables nouveautés , audeffus
de leurs expreffions & de leurs
penfées . La noble fimplicité des difcours.
les plus fublimes de Jéfus Chrift , nous
fait juger au contraire qu'il est né dans
le fein des merveilles dont il nous entre.
tient , & qu'il eft véritablement le fils.
pour qui il n'y a rien de caché dans la
JUILLE T. 1776. 85
maifon de fon père . Auffi connoît -il à
fond tous les ravages que le péché à faits
dans l'homme ; & il renferme conféquemment
dans quelques maximes cour .
tes , mais décifives , la morale la plus
propre à les réparer . Où trouver ailleurs
qu'à fon école , les reflources qui nous
font néceffaires ? On voit en lui un augufte
mélange de grandeur & de bonté ,
qui nous humilie & qui nous enlève ,
qui nous étonne & qui nous raffure . S'il
a toute l'autorité du Fils unique de Dieu ,
il est le plus doux des enfans des hom .
mes. Voilà comme les dignes Interprètes
des Livres Saints nous parlent de Jéfus-
Chrift . L'hiftoire qui renferme les actions
de fa vie & les préceptes de fa morale ,
eft le feul livre néceffaire à un Chrétien ,
& le plus utile de tous à quiconque
même ne le feroit pas . On ne peut fe
livrer à cette lecture fans defirer de devenir
meilleur. La majefté des Ecritures
m'étonne , la fainteté de l'Evangile parle.
à mon coeur , dit l'éloquent Rouffeau ;
voyez les livres des Philofophes avec
toute leur pompe : qu'ils font petits près
de celui -là ?
* L'Auteur de l'Ouvrage que nous annonçons
a joint , au récit puifé dans les
88 MERCURE DE FRANCE.
» que font les autres. Elle a toujours
devant les yeux le précepte de Saint
» Paul : Qu'il n'y ait point de fchifme ,
ni de divifion dans le corps : mais que
n tous les membres confpirent mutuellement
» à s'entraider les uns les autres . Elle ne
" voit dans cette multitude de Paſteurs
» & de Fidèles répandus par tout l'Uni-
" vers , qu'une feule & même famille ,
où les biens & les maux font com-
" muns , où l'on partage les fouffrances
» de fes frères , le foin de leur pauvreté ,
la crainte de leurs périls , l'inquiétude
23
"
de leurs combats , la reconnoiffance de
» leurs victoires , la douleur & l'hu-
» miliation de leurs chûtes , la joie de
leur retour. Voilà ce qu'eft l'Eglife
aux yeux de la charité ; voilà ce qu'elle
» a été pendant plufieurs fiécles , & ce
qu'elle doit être toujours dans le plan
» de fon divin Fondateur ».
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Résumé : Hist. de la vie de N. S. Jésus-Christ, [titre d'après la table]
L'œuvre 'Histoire de la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ' est rédigée par le Père de Ligny et publiée à Avignon chez Domergue. Elle retrace la vie de Jésus-Christ de son incarnation à son ascension, en s'appuyant sur la Vulgate. Jésus y est présenté comme incarnant la vertu divine, détenteur des trésors de la sagesse et de la science, et contenant toute la plénitude de la Divinité. Sa vie est marquée par des miracles et une conduite exemplaire. Sa doctrine, à la fois sublime et simple, révèle une connaissance approfondie des mystères divins. Contrairement aux prophètes, souvent inspirés par l'enthousiasme, Jésus se distingue par sa simplicité noble et sa maîtrise des sujets abordés. Connaissant les ravages du péché, il propose une morale efficace pour les réparer. Sa personnalité allie grandeur et bonté, inspirant humilité et admiration. Le texte insiste sur l'importance de l'Évangile, qui relate les actions et les préceptes de Jésus, essentiel pour tout chrétien. L'auteur souligne l'unité et la solidarité au sein de l'Église, conformément au précepte de Saint Paul sur l'entraide et la communauté des biens et des maux parmi les fidèles.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1194
p. 134-139
Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Début :
Observations sur un Ouvrage intitulé : Le Systême de la Nature, divisées en 2 [...]
Mots clefs :
Nature, Humain, Hommes, Dieu, Auteur, Système, Genre, Vertu, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Obfervationsfur un Ouvrage intitulé : Le
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
Systéme de la Nature , diviſées en 2
parties ; par M. de B.... A Paris,
OCTOBRE. 1776 . 139
chez Debure père , Lib. quai des Auguftins
.
:
Notre fiécle doit rougir plus qu'aucun
autre d'avoir enfanté un ſyſtème qui
dégrade la raiſon & l'eſprit humain.
L'athéïſme paroiſſoit ne devoir être que
le fruit de la ſtupidité & de l'ignorance ;
& cependant , qui l'auroit cru ! cette erreur
ſemble devenir l'opinion favorite
de certains hommes , à qui on ne peut
refuſer des lumières & du talent ; on ne
vit jamais un ſyſtême également abſurde
& impie , défendu avec plus d'obſtination
& d'enthouſiaſme. Spinofa & ſes Prédécefleurs
étoient lus de peu de gens , &
n'étoient entendus de perſonne. Les Modernes
, par un preſtige de ſtyle & par
une phyſique ſuperficielle & curieuſe
ont tâché d'inſinuer le venin dans les
eſprits foibles & les demi- Savans , dont
le nombre augmente malheureuſement
tous les jours. Du fond de leur corrupzion
s'élève une vapeur noire & maligne
qui , en les aveuglant ſur tous les témoignages
que l'Étre- Suprême a donnés de
ſa préſence & de ſa majesté , leur cache.
en même temps les maux effrayans qu'ils
préparent au genre humain, en répan
136 MERCURE DE FRANCE.
dant dans le public leurs déteſtables principes
. Quand même ces principes ſeroient
auſſi vrais qu'ils font faux & abfurdes ,
ils devroient les enfevelir dans un éternel
oubli , s'ils ſe piquoient de vertu &
de probité. Mais quand on a le malheur
d'être aveuglé , on ne connoît point les
fuites malheureuſes des ténèbres. En effet
il ſuffit de n'être pas tout-à fait frappé
d'aveuglement pour avouer avec l'Auteur
de laſage critique du ſyſtême de la nature,
que l'homme a beſoin d'un Maître qui
le faffe matcher d'un pas fûr dans le
chemin de la vertu , & que nulle ſociété
ne peut ſubſiſter avec cette liberté ſans
bornes qu'on oſe réclamer. L'intérêt pera
fonnel , le choc des paffions & la diverſité
des opinions , ajoute l'Auteur des
obſervations folides & intéreſſantes , font
une ſource intariſſable de guerres & de
difcordes , qui , ſi elles n'entraînoient
pas la ruine entière du genre humain ,
feroient au moins de la ſociété un vaſte
théâtre , où les mortels , ſemblables à des
lions féroces , feroient occupés ſans ceffe
à s'entre-déchirer & à ſe détruire. Il faut
donc à la malignité de la nature humaine
un frein capable d'en prévenir les fuites ;
& quel frein plus propre à en impofer
OCTOBRE. 1776. 137
aux hommes que celui d'une divinité
toujours préſente par tout, quoiqu'inviſible
, qui pourſuit les coupables juſques
dans la nuitdu tombeau , & qui les immole
pour jamais à ſa juſtice ? A quoi
ſert de multiplier des ſophifmes pour
ôter aux hommes la plus grande confolation
qu'ils peuvent deſirer au milieu
des maux intéparables de la vie ? Les
terreurs de l'avenir , que l'on prétend
diffiper , ne balancent pas ce déſeſpoir &
ce néant que tout le monde abhorre.
C'eſt envain qu'on fait l'éloge de la morale.
La règle des moeurs n'eſt point ime
muable ſi Dieu n'existe pas, « C'eſt lui ,
>>dit ſi bien l'éloquent Rouſſeau , qui
>donne un but à la justice , une baſe à
» la vertu , un prix à cette courte vie
» employée à lui plaire. C'eſt lui qui
> ne ceſſe de crier aux coupables que
» leurs crimes ſecrets ont été vus , & qui
>> fait dire au juſte oublié , tes vertus ont
>> un témoin ; c'eſt lui , c'eſt ſa ſubſtance
>> inaltérable qui eſt le vrai modèle des
> perfections dont nous portons une
» image en nous-mêmes. Nos paffions
>> ont beau la défigurer : tous ſes traits
>> liés à l'eſſence infinie , ſe repréſentent
>> toujours à la raiſon , & lui fervent à
138 MERCURE DE FRANCE.
>> rétablir ce que l'imposture & l'erreur
>> en ont altéré ». Voilà comme la ſaine
philofophie nous parle de lÊtre Suprême.
Son existence étant antérieure à la
révélation , l'Auteur a cru qu'il falloit
préférer les preuves indépendantes de
cette révélation , afin que ceux qui ont
le malheur de ne pas croire à la Religion
révélée , ne puiffent pas éluder la force
des argumens philoſophiques. Les Ecri
vains ſacrés ne nous aſſurent- ils pas euxmêmes
, qu'indépendamment de l'autorité
de la Religion , tous ceux qui nient
l'existence de la divinité ſont inexcufables
, puiſque Dieu s'eſt manifeſté aux
hommes par les merveilles de la nature ,
puiſque les cieux annoncent la gloire de
Dieu& publient hautement fa puiſſance?
« Je ne fais , dit M. de Voltaire , s'il y a
>> une preuve métaphysique plus frap-
>> pante & qui parle plus fortement à
>> l'homme que cet ordre admirable qui
> règne dans le monde , & fi jamais il y
a eu un plus bel argument que ce ver-
>>fet : Cæli enarrant gloriam Dei. Les
>> Phyſiciens ſont devenus les Hérauts
>> de la Providence ; un Cathéchiſte annonce
Dieu à des enfans , & un New
>> ton le démontre aux Sages2.
L'Auteur des obſervations également
folides & lumineuſes , ne ſe borne pas
à diſſiper tous les nuages que le fophifte
moderne a cherché à accumuler , pour
obfcurcir la vérité la plus confolante &
la plus utile au genre humain; mais il
prouve auſſi d'une manière claire & perſuafive
la ſpiritualité de l'ame & les conſéquences
qui en dérivent.
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Résumé : Observations sur un ouvrage intitulé le Systême de la Nature, [titre d'après la table]
Le texte 'Observations fur un Ouvrage intitulé: Le Système de la Nature' critique durement l'athéisme, le qualifiant d'erreur absurde et impie. Malgré les talents des défenseurs modernes de cette idéologie, leur style captivant et leur connaissance superficielle de la physique permettent de propager cette idée parmi les esprits faibles et les demi-savants. Cette diffusion est comparée à une vapeur maligne qui aveugle les individus sur la présence divine et les maux qu'ils préparent à l'humanité. Le texte insiste sur la nécessité d'un maître moral pour guider l'homme vers la vertu et éviter les conflits et les discordes. Il soutient que la moralité requiert l'existence de Dieu, qui sert de modèle de perfection et de garant de justice. L'auteur privilégie les preuves philosophiques indépendantes de la révélation pour convaincre même ceux qui ne croient pas en la religion révélée. Il cite Voltaire pour souligner l'ordre admirable de la nature comme preuve de l'existence divine. Enfin, le texte démontre la spiritualité de l'âme et ses conséquences, dissipant les obscurcissements apportés par les sophistes modernes.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1196
p. 230-233
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Début :
Le 30 du mois de Janvier, les sieurs Lemoine, ancien Directeur de l'Académie Royale de Peinture [...]
Mots clefs :
Roi, Monseigneur le Comte d'Artois, Médecin, Monument, Jean-Baptiste Lemoyne
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texteReconnaissance textuelle : PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
2
Le 30 du mois de Janvier , les heurs Lemoine,
ancien Directeur de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , Dhués , Sculpteur du Roi
Adjoint à Profeffeur de la même Académie , &
Delarche , Sculpteur - Cifeleur , ont préſenté a Sa
Majefté trois monumens en bronze , dont chaque
figure a dix huit pouces environ de haule
piédeſtal en marbre à proportion. Ces
trois Ouvrages avoient été demandés par le feu
Roi , & Sa Majefte - Louis XVI , par un fentiment
de refp . & pour fon aïeul, en avoit ordonné
l'entière exécution .
teur
>
Le premier de ces monumens eft la réduction
en petit de celui que la Province de Bretagne , au
milieu de la joie univerfelle qu'excita la convalef
cence du Roi Louis XV, après la maladie à Metz,
airêta d'ériger pour tranfmettre a la poftérité la
mémoire de cette ivceffe patriotique . Le célèbre
Lemoine y reprefente le Roi le montrant à fes
Peuples environné de trophées . La Déefle de la
Santé eft d'un côté du piédeſtal avec l'emblême
qui la caractériſe ; elle porte fur fon bras un ferpent
auquel elle donne à manger dans une patere
; de l'autre côté , la Province de Bretagne
montre à la Nation le Prince qui fait l'objet de
fa jote & de fon refpect ; les fruits & autres
attributs qui font au bas , indiquent les hommages
des Peuples.
MARS. 1777. 231
Le fecond monument eft celui que le Roi
Staniflas fit élever à Nancy , à la gioire de fon
gendre. Le Roiy eft repréfenté en habit Romain
de Triomphateur. La Prudence , la Juftice , la
Valeur & la Clémence , caractérisées par leurs
emblêmes , font affifes au bas du piédeltal , qui
préfente fur ces quatre faces des Médaillons al-
Egoriques , dont les fujets font le mariage de
Louis XV , la paix conclue à Vienne , la prife
de poffeffion de la Lorraine , & l'établiffement de
l'Académie des Sciences de Nancy. C'eft le
fieur Dhués qui à exécuté ce monument d'après
l'objet en grand , dont le feur Gaibal , Sculp
teur de Nancy , eft l'Auteur .
›
Le troisième est un monument projetté pour
la ville de Rouen & repréfentant Louis XV
avec l'ancien habit des Chevaliers François , élevé
fur un pavois à la vue du peuple & de l'armée ,
par trois des principaux Officiers , felon l'ufage
établi au commencement de la monarchie françoi
fe , pour la proclamation du Prince. Il a été compofé
, comme le premier , par le fieur Lemoine ,
& exécuté en bronze dans la proportion des deux
autres par le fieur Delarche ,fculpteur- cifeleur.
Sa Majefté , par la manière obligeante avec
laquelle elle a reçu ces trois morceaux de fculpture
, a donné des preuves de fon goût & de fa
pro ection pour les arts.
, Le 8 Février le P. Chri oftôme Faucher
religieux de Saint François , de la maifon de Nazareth
à Paris , auteur de l'hiftoire de Photius &
des obfervations fur le Fanatifime , a cu l'honneur
232
MERCURE
DE FRANCE
.
de préfenter à Leurs Majeftés l'hiſtoire du cardinal
de Polignac.
Le même jour , les fieurs de Horne , médecin
ordinaire de madame la comteffe d'Artois & du
duc d'Orléans , & Lafervolle , médecin confultant
de monfeigneur le comte d'Artois , ont eu
l'honneur de préfenter au Roi, à la Reine , à Monfieur
, à Madame , à monfeigneur le comte d'Artois
& à madame la comteffe d'Artois , l'Etat de
la Médecine , Chirurgie & Pharmacie en Europe,
& principalement en France , pour l'année 1777.
Le même jour , les fieurs Saillant & Nyon ,
Libraires , rue Saint- Jean - de -Beauvais , ont eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté les OEuvres du
Chancelier d'Agueffeau , tome IX , in -4 °. & le
Traité des Coutumes Anglo - Normandes , par
le fieur Houard , tome II , in- 4°.
Le to du même mois , le fieur Moreau , confeiller
en la cour des Aides de Provence , premier
confeiller de Monfieur , hiſtoriographe de France
& bibliothécaire de la Reine , a eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeſtés & à la famille royale
, le premer volume imprimé de Jes Difcours
fur l'Hiftoire de France. Il a eu en même- temps
celui de remettre au Roile manufcrit du XXI de
ees Difcours .
Le 16 du même mois , le marquis de Pezay a
eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale , l'Atlas complet des campagnes du
maréchal de Maillebois en Italie. Il a en mêmetemps
remercié Sa Majefté de la place d'Infpecteur-
Général des Milices Gardes-Côtes.
MARS. 1777. 233
Le 19 du même mois , le fieur Lieutaud ,
confeiller d'état , premier médecin du Roi ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi , à Monfieur ,
& à Monfeigneur le comte d'Artois , une nouvelle
édition du Précis de la Médecine pratique
& de la Matière médicale.
Le même jour, le fieur Portal , lecteur du Roi ,
profeffeur de médecine au Collége royal de France,
médecin confult , de Monfieur, de l'Acad. R.
des Sciences de Paris , a auffi eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfieur , & à Monfeigneur
le comte d'Artois , la nouvelle édition de l'Anatomie
hiftorique & pratique du fieur Lieutaud , que
le fieur Portal a augmentée de diverfes remarques
hiftoriques & critiques , & de plufieurs nouvelles
defcriptions.
2
Le 30 du mois de Janvier , les heurs Lemoine,
ancien Directeur de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , Dhués , Sculpteur du Roi
Adjoint à Profeffeur de la même Académie , &
Delarche , Sculpteur - Cifeleur , ont préſenté a Sa
Majefté trois monumens en bronze , dont chaque
figure a dix huit pouces environ de haule
piédeſtal en marbre à proportion. Ces
trois Ouvrages avoient été demandés par le feu
Roi , & Sa Majefte - Louis XVI , par un fentiment
de refp . & pour fon aïeul, en avoit ordonné
l'entière exécution .
teur
>
Le premier de ces monumens eft la réduction
en petit de celui que la Province de Bretagne , au
milieu de la joie univerfelle qu'excita la convalef
cence du Roi Louis XV, après la maladie à Metz,
airêta d'ériger pour tranfmettre a la poftérité la
mémoire de cette ivceffe patriotique . Le célèbre
Lemoine y reprefente le Roi le montrant à fes
Peuples environné de trophées . La Déefle de la
Santé eft d'un côté du piédeſtal avec l'emblême
qui la caractériſe ; elle porte fur fon bras un ferpent
auquel elle donne à manger dans une patere
; de l'autre côté , la Province de Bretagne
montre à la Nation le Prince qui fait l'objet de
fa jote & de fon refpect ; les fruits & autres
attributs qui font au bas , indiquent les hommages
des Peuples.
MARS. 1777. 231
Le fecond monument eft celui que le Roi
Staniflas fit élever à Nancy , à la gioire de fon
gendre. Le Roiy eft repréfenté en habit Romain
de Triomphateur. La Prudence , la Juftice , la
Valeur & la Clémence , caractérisées par leurs
emblêmes , font affifes au bas du piédeltal , qui
préfente fur ces quatre faces des Médaillons al-
Egoriques , dont les fujets font le mariage de
Louis XV , la paix conclue à Vienne , la prife
de poffeffion de la Lorraine , & l'établiffement de
l'Académie des Sciences de Nancy. C'eft le
fieur Dhués qui à exécuté ce monument d'après
l'objet en grand , dont le feur Gaibal , Sculp
teur de Nancy , eft l'Auteur .
›
Le troisième est un monument projetté pour
la ville de Rouen & repréfentant Louis XV
avec l'ancien habit des Chevaliers François , élevé
fur un pavois à la vue du peuple & de l'armée ,
par trois des principaux Officiers , felon l'ufage
établi au commencement de la monarchie françoi
fe , pour la proclamation du Prince. Il a été compofé
, comme le premier , par le fieur Lemoine ,
& exécuté en bronze dans la proportion des deux
autres par le fieur Delarche ,fculpteur- cifeleur.
Sa Majefté , par la manière obligeante avec
laquelle elle a reçu ces trois morceaux de fculpture
, a donné des preuves de fon goût & de fa
pro ection pour les arts.
, Le 8 Février le P. Chri oftôme Faucher
religieux de Saint François , de la maifon de Nazareth
à Paris , auteur de l'hiftoire de Photius &
des obfervations fur le Fanatifime , a cu l'honneur
232
MERCURE
DE FRANCE
.
de préfenter à Leurs Majeftés l'hiſtoire du cardinal
de Polignac.
Le même jour , les fieurs de Horne , médecin
ordinaire de madame la comteffe d'Artois & du
duc d'Orléans , & Lafervolle , médecin confultant
de monfeigneur le comte d'Artois , ont eu
l'honneur de préfenter au Roi, à la Reine , à Monfieur
, à Madame , à monfeigneur le comte d'Artois
& à madame la comteffe d'Artois , l'Etat de
la Médecine , Chirurgie & Pharmacie en Europe,
& principalement en France , pour l'année 1777.
Le même jour , les fieurs Saillant & Nyon ,
Libraires , rue Saint- Jean - de -Beauvais , ont eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté les OEuvres du
Chancelier d'Agueffeau , tome IX , in -4 °. & le
Traité des Coutumes Anglo - Normandes , par
le fieur Houard , tome II , in- 4°.
Le to du même mois , le fieur Moreau , confeiller
en la cour des Aides de Provence , premier
confeiller de Monfieur , hiſtoriographe de France
& bibliothécaire de la Reine , a eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeſtés & à la famille royale
, le premer volume imprimé de Jes Difcours
fur l'Hiftoire de France. Il a eu en même- temps
celui de remettre au Roile manufcrit du XXI de
ees Difcours .
Le 16 du même mois , le marquis de Pezay a
eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale , l'Atlas complet des campagnes du
maréchal de Maillebois en Italie. Il a en mêmetemps
remercié Sa Majefté de la place d'Infpecteur-
Général des Milices Gardes-Côtes.
MARS. 1777. 233
Le 19 du même mois , le fieur Lieutaud ,
confeiller d'état , premier médecin du Roi ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi , à Monfieur ,
& à Monfeigneur le comte d'Artois , une nouvelle
édition du Précis de la Médecine pratique
& de la Matière médicale.
Le même jour, le fieur Portal , lecteur du Roi ,
profeffeur de médecine au Collége royal de France,
médecin confult , de Monfieur, de l'Acad. R.
des Sciences de Paris , a auffi eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfieur , & à Monfeigneur
le comte d'Artois , la nouvelle édition de l'Anatomie
hiftorique & pratique du fieur Lieutaud , que
le fieur Portal a augmentée de diverfes remarques
hiftoriques & critiques , & de plufieurs nouvelles
defcriptions.
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Résumé : PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 30 janvier, les sculpteurs Lemoine, Dhués et Delarche ont présenté à Louis XVI trois monuments en bronze représentant Louis XV. Ces œuvres avaient été commandées par le roi défunt et ordonnées par Louis XVI en signe de respect pour son aïeul. Le premier monument est une réduction de celui érigé par la Province de Bretagne après la convalescence de Louis XV à Metz. Il montre le roi entouré de trophées, avec la Déesse de la Santé et la Province de Bretagne sur le piédestal. Le second monument s'inspire de celui élevé par le roi Stanislas à Nancy. Il représente Louis XV en habit romain triomphal, entouré des vertus Prudence, Justice, Valeur et Clémence, ainsi que de médaillons allégoriques. Le troisième monument, destiné à Rouen, montre Louis XV en habit de chevalier français, élevé sur un pavois. Louis XVI a accueilli favorablement ces œuvres, démontrant ainsi son goût et sa protection des arts. En février, plusieurs personnalités ont présenté divers ouvrages aux souverains, incluant des travaux historiques, médicaux et littéraires.
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1197
p. 145-156
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Début :
Discours choisis sur divers sujets de Religion & de Littérature, par M. l'Abbé [...]
Mots clefs :
Jean-Sifrein Maury, Grands hommes, Henri-François d'Aguesseau, Religion, Saint Louis, Gloire, Orateur, Fénelon, Amour, Illustre, Public, Discours, Morale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Difcours choifis fur divers fujets de Religion
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
& de Littérature , par M. l'Abbé
Mauri , Abbé commendataire de la
Frenade , Chanoine , Vicaire -Général
& Official de Lombez , & Prédicateur
ordinaire du Roi . A Paris , chez le
Jay, Libr. rue S. Jacques.
Ce Recueil renferme le Panégyrique de
S.Louis, prononcé en préfence de l'Acadé
mie Françoife . Les applaudiffemens d'un
pareil auditoire , font le plus bel éloge
qu'on puiffe recevoir , & font en mêmetemps
les garans les plus fùrs de la bonté
d'un Ouvrage oratoire . Ainfi la gloire du
Panégyrifte ne peut plus recevoir la plus
légère atteinte . Malgré la multitude de
Difcours fur ce même fujet , on trouve
dans celui - ci des idées neuves , & des
traits hiftoriques bien choifis & bien
II. Vol. G
146 MERCURE DE FRANCE.
approchés. Saint Louis , créateur de for
fiécle , Saint Louis bienfaiteur de tous
les fiécles qui l'ont fuivi . Cette divifion.
embraffe toute l'étendue du fujet ; l'Orateur
ne le perd pas un inftant de vue ,
& ne reffemble point à ces prolixes Rhétheurs
qui , au lieu d'entrer d'abord en
matière , & de tout approprier à leur
but , fe tournent & fe retournent dans
tous les fens , & laiffent l'Auditoire incertain
fur la matière qu'ils ont traitée,
Le Panégyrifte ramène tout fon Difcours
à la fin principale que doit fe propofer
un digne Miniftre de l'Eglife. C'eſt le
riomphe de la Religion Chrétienne
qu'il cherche à établir , en louant les vertus
qu'elle feule peut produire. « Par fes
» loix contre le blafphême, & fur- tout
» par fes exemples de piété , Saint Louis
$9
વ
confacra le refpect dû à la Religion .
» Le Chriftianiſine , qui a eu la gloire
» de réclamer , avant la raifon même
» en faveur des ferfs , la liberté qui eſt
» la vie civile de l'homme , comme la
» verta eft fa vie morale ; le Chriftia-
» niſme qui , en déclarant par la bouche
de fes Pontifes dans le Concile de
Latran , ne vouloir point d'Efclaves
» dans ſon ſein , a enfin aboli l'efclavage
6.
AVRIL 1777. 147
$
» en Europe : le Chriftianiſine étoit né-
» ceffaire à Louis pour policer un Peuple ,
» en faveur duquel on auroit pu répéter
» cette énergique prière de David : Seigneur
, faites naître un Légiflateur par-
» mi ces Barbares , afin que les Nations
les mettent au rang des hommes :
» Conftitue, Domine , Legiflatorem fupereos
» ut fciant gentes quoniam homines funt.
Non , il n'appartient qu'au Chriſtianifine
d'opérer une fi étonnante révolution.
L'amour-propre peut déterminer
aux plus généreux facrifices ; cependant
le plus fublime effort de la
» vertu , n'eft pas d'être vertueux avec
danger , mais fans témoins : c'eft le
» devoir du Chrétien , c'eft auffi fon
privilége . Saint Louis avoit befoin
» d'accréditer cette morale pour adoucir
& former les moeurs dans un gouver
nement dénué de principes ; & il fer-
» voit utilement fes fuccefleurs , en ci-
» mentant l'obéiffance des Sujets par les
» liens de la Religion . En effet , la Religion
Chrétienne jette fes racines dans
» le coeur humain ; & après avoir affermi
» les Trônes par l'amour , elle les appuie
"
32
39
•
encore fur les confciences ; elle détruit
» ce penchant funefte vers l'intérêt perfonnel
, qui n'auroit dû naître que
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
"
>> parmi des Sauvages , & qui nous eft
cependant venu des vices de la fociétés
» elle est la bafe des vertus fociales ,
» civiles & domeftiques : il en eft plu-
» tieurs qu'elle feule commande , & il
» n'en eft aucun qu'elle ne perfectionne,
» Eh ! quoi de plus utile aux Peuples &
» aux Rois que le Chriftianifme ! Quoi
» de plus propre à unir les hommes , à
» les faire vivre dans la paix & dans
» l'abondance , que la charité ! Eh ! Mef-
» fieurs , c'est tout l'art de la politique ,
» de ramener les Peuples , par les Loix ,
» vers les préceptes de l'Evangile ! »
"
L'Orateur , en faifant un fi bel éloge
de la morale du Chriftianifme , a l'avantage
de parler , non- feulement d'après
les Miniftres de l'Evangile , mais encore
d'après des Philofophes célèbres , dont
le témoignage ne doit point être fufpect.
Les Montefquieu , les Maupertuis , les
Rouffeau , les d'Alembert , ont tenu le
même langage , & nous ont laiffé des
armes pour repouffer les Détracteurs
d'une Religion qui , pour me fervir des
propres expreffions d'un de ces Philofofophes
, fait notre bonheur dans cette
vie , en paroiffant n'avoir d'objet que la
* Montefquieu,
AVRIL. 1777 149
félicité future , & devient le meilleur
garant que l'on puiffe avoir des moeurs &
de la probité des hommes .
Nous voudrions pouvoir extraire plufieurs
autres morceaux éloquens qui font
répandus dans le Panégyrique de Saint
Auguftin , cet efprit fublime , qui , après
avoir été abandonné à l'erreur , reçut ,
avec tant d'abondance , les plus vifs
raïons de la vérité divine , & qui devint
un des plus précieux vafes du faint
amour , après avoir été près de la moitié
de fa vie , la proie de l'amour impur.
Après une telle expérience , pouvoit- il
n'être pas le plus illuftre Prédicateur &
l'Apôtre le plus ardent de la grace de
Jéfus Chrift , qui , feule , fait fortir la
lumière des ténèbres . Cet illuftre Docteur
de l'Eglife avoit remarqué que la
plupart des Panégyriftes de fon temps
ne fembloient fe propofer d'autre but ,
que de perfuader qu'ils favoient parler
agréablement & avec élégance . M. l'Abbé
Mauri a fu éviter cet écueil , en cherchant
plus à inftruire qu'à plaire , & a prouvé ,
par fa compofition , qu'on peut einployer
avec fuccès & à propos , dans des éloges ,
ce qu'on appelle , dans l'art oratoire , les
'grands mouvemens.
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
L'Éloge de M. Fénélon qui s
obtenu l'acceffit au jugement de l'Académie
Françoife , fournit matière à la
même réflexion , & prouve bien que
ce genre de compofition tire tout fon
éclat du choix judicieux des actions
du Héros qu'on loue , & de l'art avec
lequel on fait les rendre intéreffantes ,
par la manière de les préfenter. M.
T'Abbé Mauri n'a pas cru devoir fe
borner à fournir des exemples de l'élaquence
de la Chaire ; il développe , dans
fon Difcours préliminaire , & dans fes
réflexions fur les Sermons de Boffuet ,
les préceptes les plus propres à perpétuer
le bon goût de la vraie éloquence , &
appelle à fon tribunal les Ecrivains les
plus célèbres. C'eft avec la plus grande
impartialité qu'il prétend les apprécier.
Ce n'eft ni le Maître , ni Patru , dit-il ,
qui occupent le premier rang au barreau
François ; cet honneur eft réservé
à Péliffon , qui a mérité une gloire
»immortelle , en compofant fix Mémoires
pour le Sur-Intendant Fouquet ,
» & fur-tout à Arnaud , qui a furpallé
» tous les Avocats dans l'Apologie des
Catholiques d'Angleterre , accufés
» d'une confpiration contre le Roi Char,.
» les II , en 1678. Lifez cette éloquente
"
AVRIL. 1777. 1st
3
difcuffion ; que de larmes Arnaud vous
»fera répandre fur la mort du vertueux
Vicomte de Stafford ! Orateur fans
» chercher à l'être , il ne paroît pas fe
propofer de vous émouvoir ; mais
par le fimple récit des faits , par la
» feule dialectique , par les dépofitions
» des témoins fur lefquels les Catholi-
» ques furent condamnés , il prouve
» invinciblement leur innocence ; il vous
» attendrit fur le fort des infortunés dont
" il raconte les malheurs , & il rend
» exécrable pour toujours la mémoire du
» fameux Ouatès , qui inventa cette
» abfurde calomnie . Jamais on n'a porté
plus loin la démonftration morale ».
L'Auteur a cru devoir obferver à ce fujet,
que M. Arnaud juftifioit, dans cette occa
fion , des hommes qu'il haïffoit . Nous
obferverons à notre tour , qué le zèle
même trop vif contre des opinions
qu'on regarde comme dangereufes , ne
doit point fe confondre avec la haine ,
cette paffion vile des ames foibles . Dirat-
on que Boffuet haiffoit les Proteftans ,
& que Fénélon , cette ame douce &
compatiffante , ne chériffoit pas les
Théologiens dont il attaque les opinions
avec tant de zèle , dans plufieurs
Giv
12 MERCURE DE FRANCE.
de fes Inftructions Paftorales ? Ces deux
Prélats , auffi recommandables leurs
par
vertus que par leurs talens , favoient bien
que le fouvent zèle ne bleffe que pour
guérir , & que l'amour de la vérité & de
la juftice n'eft point incompatible avec la
charité chrétienne , qui aime toujours
ceux mêmes dont elle attaque les opinions
ou les erreurs : Diligite homines, interficite
errores . Voilà la devife des grands hommes,
& fur-tout de ceux qui favoient
joindre , comme le grand Arnaud , la
philofophie avec la ſcience théologique.
Ecoutons ce que dit avec tant d'éloquence
, & fans reſtriction , le Chancelier
d'Agueffeau , fur cet illuftre Auteur.
« La logique la plus exacte , con-
» duite & dirigée par un efprit naturellement
géomètre , eft l'ame de tous
» fes ouvrages : mais ce n'eft
pas une
» dialectique sèche & décharnée , qui
» ne fe préfente que comme un fquelette
» de raifonnement ; elle eft accompagnée
» d'une éloquence mâle & robufte, d'une
» abondance & d'une variété d'images
qui femblent naître d'elles- mêmes fous
» fa plume , & d'une heureufe fécondité
d'expreffion. C'eft un corps plein de
» fuc & de vigueur , qui tire toute fa
و د
">
»
AVRIL 1777. 153
beauté de fa force, & qui fait fervir
» fes ornemens mêmes à la victoire. Il
» a d'ailleurs combattu pendant toute fa
» vie . Il n'a preſque fait que des Ouvrapeut
» ges polémiques , & l'on dire que
» ce font autant de plaidoyers , où il a
eu toujours en vue d'établir ou de
» réfuter , d'édifier ou de détruire , &
de gagner fa caufe la feule fupériorité
du raifonnement. On trouve
» donc dans les écrits d'un génie fi fort
» & fi puiffant , tout ce qui peut appren-
» dre l'art d'inftruire , de prouver & de
ود
> convaincre » .
par
M. l'Abbé Mauri ne fe borne pas à
apprécier le mérite des Orateurs qui ont
illuftré la chaire , & à nous apprendre
que le célèbre Miffionnaire , M. Bridaine
, poffédoit au plus haut degré le
talent de s'emparer d'une multitude affemblée.
Il appelle encore à fon tribunal
les Orateurs qui fe font diftingués dans le
barreau , & croit nous donner une preuve
de fon goût & de fon impartialité , en
tempérant , par un correctif , les éloges
donnés de toutes parts à M. le Chancelier
d'Agueffeau , confidéré comme Orateur.
Ce Magiftrat , malgré toutes les
belles qualités que M. l'Abbé Mauri lui
donne , n'avoit pas eu affez de vigueur ,
Gv
154 MERCURE
DE FRANCE
.
s'il faut l'en croire , pour s'élever jufqu'à
la hauteur des fujets que le miniftère
public , dans le fanctuaire des loix ,
l'avoit obligé de traiter. Ainfi M. d'Agueffeau
, comme Orateur , n'a point , felon
M. l'A. M. , cette fupériorité
qu'il s'eft
acquife dans les autres genres . Cette
manière de penfer du nouveau Panégyrifte,
ne l'empêche point d'affurer que de
tous les hommes célèbres qui , depuis
le commencement
du fiécle , ont parcouru
la même carrière , M. le Chancelier
d'Agueffeau
eft celui qui s'eft acquis le
plus de gloire en exerçant les fonctions du
miniftère public. Ainfi , quoique placé
fuivant l'opinion de M. l'Abbé Mauri ,
au- deffus des grands hommes qui ont
exercé , & qui exercent encore aujourd'hui
avec tant de gloire les fonctions du
miniſtère public , le Chancelier d'Agueffeau
n'en feroit pas moins , malgré cette
prééminence
fi glorieufe , qu'un foible &
médiocre Orateur. Perfonne ne croira
que M. l'Abbé Mauri ait vouln fe rehaufer
& attirer les regards du Public , en
cherchant à diminuer , s'il étoit poffible ,
la gloire de ces grands hommes , & à
s'efforcer , par cette opinion fingulière ,
d'échapper à l'obfcurité & à l'oubli , dont
médiocrité eft digne , & que la vanité
AVRIL. 1777. 155
ne peut fouffrir. Ses Ouvrages & fa ré
putation le mettent trop au-deffus de pareilles
imputations. Cette nouvelle manière
d'apprécier le mérite du Chancelier
d'Agueffeau , ne peut être que l'effet
de la trop grande docilité d'un Écrivain
qui ne peut pas tout examiner , & qui
eft fouvent obligé de juger fur parole .
Nous fommes intimement perfuadés
qu'il ne fuffifoit à M. l'Abbé Maury.
pour apprécier avec plus d'équité & de
difcernement , les qualités littéraires de
M. le Chancelier d'Agueffeau , que d'avoir
lu , avec la plus légère attention ,
les Plaidoyers dans les caufes de M. le
Prince de Conty & de Madame la Ducheffe
de Nemours , de M. le Duc de
Luxembourg , & des autres Ducs & Pairs
Laïcs , du fieur de la Pivardière „ de M.
& Made la Comteffe de Boffur , & des
héritiers de M. le Duc de Guife , & c.....
י
Au refte , ce feroit faire injure à la mémoire
de cet illuftre Magiftrat , que d'entreprendre
ici fon apologie . Ce n'eft point
par des opinions fingulières & des para
doxes qu'on parvient à dégrader les grands
hommes , de cette haute élévation où le
jugement de la faine partie du public , &
Fadmiration de leurs contemporains s
Gvjj
156 MERCURE DE FRANCE.
ont placés . Tant que le bon goût régnera
parmi nous , le Chancelier d'Agueffeau
Occupera un rang diftingué parmi les
Orateurs du Barreau ; & s'il arrivoit jamais
qu'on ne lui rendît point la même
juftice , ce feroit une preuve que les Écrivains
, qui ont fubftitué l'enflure à l'élévation
& le bel efprit au génie , ont enfin
opéré , dans la littérature , la révolution
dont elle étoit menacée . Mais rien n'eft
plus propre à éloigner cette trifte époque
, que les préceptes excellens & les
morceaux éloquents qu'on admire dans
l'Ouvrage que nous annonçons
.
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Résumé : Discours choisis sur divers sujets de Religion & de littérature, [titre d'après la table]
Le texte présente un recueil de discours religieux et littéraires de l'Abbé Mauri, incluant un panégyrique de Saint Louis, acclamé par l'Académie Française. Ce discours met en lumière Saint Louis comme un créateur de siècle et un bienfaiteur, respectueux de la religion et promoteur de la liberté et de la dignité humaine. Le christianisme est loué pour son rôle dans la civilisation des peuples et l'adoucissement des mœurs. L'orateur cite des philosophes comme Montesquieu et Rousseau pour appuyer son argumentation. Le recueil inclut également des panégyriques de Saint Augustin et de Fénélon, soulignant leur transformation spirituelle et leur rôle de prédicateurs. L'abbé Mauri développe des préceptes pour maintenir le bon goût de l'éloquence et évalue des écrivains célèbres, attribuant la première place au barreau français à Arnaud pour son 'Apologie des Catholiques d'Angleterre'. L'auteur distingue le zèle contre les opinions dangereuses de la haine, citant Bossuet et Fénelon comme exemples de prélats combinant zèle et charité. Il apprécie les talents des orateurs comme Bridaine et critique les éloges excessifs envers le chancelier d'Aguesseau, tout en reconnaissant sa gloire ministérielle. Le texte discute de la réputation du chancelier, suggérant que l'Abbé Mauri devrait lire ses plaidoyers célèbres pour mieux apprécier ses qualités littéraires. Le texte défend la mémoire du chancelier d'Aguesseau, dont les mérites sont reconnus, et met en garde contre les tentatives de dénigrement. Il souligne que les préceptes et les morceaux éloquents de l'œuvre contribuent à préserver la qualité littéraire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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1200
p. 63
LOGOGRYPHE.
Début :
Baton, barbe & bissac, voilà mon armement. [...]
Mots clefs :
Pèlerin