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301
p. 106-111
LETTRE sur la Paix à M. le Comte de *** avec cette Epigraphe : Spes discite vestras. Virg. Eneïde 3. A Lyon 1763 ; brochure in-12. de 45. pages.
Début :
IL est peu question de la Paix dans cette Lettre, dont la Paix a cependant [...]
Mots clefs :
Point, Auteur, Nation, Lettre, Paix, Gloire, Caractère
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur la Paix à M. le Comte de *** avec cette Epigraphe : Spes discite vestras. Virg. Eneïde 3. A Lyon 1763 ; brochure in-12. de 45. pages.
LETTRE fur la Paix à M. le Comte
de **
cette Epigraphe ; Spes
·
difcite veftras. Virg . Eneide 3. A
Lyon 1763 ; brochure in- 12. de 45.
pages.
IL eft peu queftion de la Paix dans
cette Lettre , dont la Paix a cependant
été l'occafion , & où l'Auteur fe propofe
de faire voir que fi la gloire de la
MA I. 1763. 107
France a diminué , c'eſt l'effet du changement
arrivé dans les moeurs publiques.
Il ne s'agit pas ici des moeurs
dans le rapport qu'elles ont avec l'ordre
focial , mais avec le caractère dominant
de la nation ce qui deviendra plus
clair par cette image.
"
"
» Voyez fortir
» de fa cabane cet homme à la fleur
» de fon âge , qui ne pouvant fuppor-
» ter le repos , brûle d'effayer fes forces.
» La douceur eft dans fes yeux ; mais
» l'audace eft fur fon front , & fa dé-
» marche fière annonce l'intrépidité de
» fon âme. Il part , il va parcourir la
» terre ; il dit, elle eft à moi ; & la nature
» en me donnant le courage , m'a indiqué
ma deftination . Ma maffue n'é-
» crafera point le foible. J'irai, au fe-
» cours de quiconque ne pourra ſe dé-
» fendre lui-même; mais malheur à celui
» qui voudra borner mes droits ou en-
» chaîner mon bras : je viendrai mettre
29 fes dépouilles aux pieds de mon père ,
» & je me juftifierai de mes victoires ,
devant celle qui m'a donné le jour .
» Ainfi à l'honnêteté du fentiment qui le
» pénétre, & qui lui indique fes premiers
devoirs , fe joint une forte idée de fa
» fupériorité fur tout ce qui l'environne,
» Aucune entreprife ne l'épouvante, au-
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
>
cun projet ne l'étonne ; & loin de
» prévoir la mort , il n'imagine pas même
» la défaite . Eft - il terraffé par un rival
» plus robuſte ? La honte qu'il ne con-
» noiffoit point encore s'empare de fon
» âme. Il fe roule par terre ; il pouffe des
" cris de rage & de douleur , & jure en
» fe relevant, de ne point revoir le lieu de
» fa naiffance , qu'il n'ait vengé fon in-
» jure. Tel doit être , dit l'Auteur
le caractère d'une Nation qui afpire
à la gloire de mériter les regards de
l'Univers . Tel étoit le caractère de la
Nation Françoife ; & en lui montrant
ce qu'elle a ééttéé , l'Auteur aime à lui
faire appercevoir ce qu'elle peut être
encore . Autrefois , & fans remonter
plus haut que le dernier Siécle , ,, la
» joie ou la confternation qui naifſoit
" des fuccès ou des revers , étoit un
» fentiment profond qui affectoit l'âme
» & qui ne la rendoit que plus active.
» Lorfque Louis- le-Grand puniffoit Génes
ou Alger, il n'y avoit point de
» François qui ne crût que fa propre injure
étoit vengée. Si les Généraux
» ne méritoient pas toujours les ap-
» plaudiffemens des Peuples , au moins
, ils étoient fürs de leurs voeux. La
>» mort de Turenne fut amérement pleu
MA I. 1763. 109
rée par les rivaux de fa gloire. La
» baffe jaloufie qui quelquefois n'épar-
" gnoit pas la réputation des Grands
» Hommes , refpectoit au moins la
» fortune & l'état ; & elle eût entre-
» pris en vain de fupplanter un Héros
» lorfque fes victoires l'avoient rendu.
célébre , & fes talens néceffaires . Les
intrigues de laCour ne pénétroient pas
» encore dans les Camps ; & récipro-
» quement les méfintelligences des Ar-
» mées ne venoient point former des
» partis juſqu'aux pieds du Trône.
ود
A ce portrait l'Auteur en oppofe un
autre , où il peint les François tels
qu'il les fuppofe actuellement. » Depuis
bien des années , dit- il , j'ai enten-
» du beaucoup de belles paroles , &
» je n'ai prèfque point vû de grandes
» actions. J'ai vu nos Guerriers s'im-
» puter mutuellement des erreurs & des
» torts ; & ces malheureufes difputes ,
» tantôt le principe , & tantôt la fuite
» de nos revers , affliger la Patrie fans
» l'éclairer & ajouter à la fenfation
» du mal , l'incertitude de fa caufe qui
en éloignoit le reméde. J'ai vu cet
honneur national , qui repofe peutête
dans les antiques demeures de
cette pauvre & brave nobleffe , ca
MO MERCURE DE FRANCE.
chée dans nos campagnes , abandon
» ner infenfiblement cette partie de la
» Nation Françoife , qui fe montre ,
» qui s'agite , qui communique le mou-
" vement au corps politique , & qui
» malheureuſement éblouit les Peuples
» par fon éclat , & les entraîne par
» fon exemple. J'ai vu le François pu-
" blier lui- même fes difgrâces & n'en
plus rougir ; & ce qui eft peut - être le
» dernier période du mal , forcer fa
» raifon à juftifier par des fophifmes
» l'indifférence qu'il a témoignée pour
→ fon Pays.
Nous ne déciderons point de la vérité
de cet éloquent & ingénieux parallèle
; nous dirons feulement qu'il y
a eu peu de Siécles , où la Nation Fran
çoife ait donné plus de marques d'at
tachement pour fon Souverain , & de
zéle pour fa Patrie , que dans le nôtre.
La confternation générale de la France
pendant la maladie du Roi à Metz ; l'e mpreffement
univerfel à contribuer au rétabliffement
de la Marine , font des
faits que l'on pourroit oppofer aux plus
beaux parallèles . Quoiqu'il en foit , en
fuppofant le mal auffi grand qu'on nous
le repréfente , l'Auteur nous offre les
remédes qu'on peut y apporter ; &
M& A I. 1763.
HE
cette partie de fa lettre demande à être
lue dans l'Ouvrage même. Je n'en citerai
qu'un feul trait qui regarde les gens
de Finance . L'Auteur veut qu'on leur
dife : » ayez un fallon de moins , & éle-
» vez au milieu de cette Capitale une
» Statue au Grand Maurice. La ma-
" gnificence de ce Palais , les eaux de ce
» Parc vous.coûteront un million ; vous
pouvez épargner la moitié de cette
»dépenfe , & en relevant les ruines de cet
» établiffement qui s'écroule , vous ſe-
» rez le bienfaîteur d'une Province. Un
» jeune Gentilhomme plein de coura-
» ge & d'honneur s'eft fignalé dans nos
armées ; il eft inconnu à la Cour , &
» fa fortune ne lui laiffe que fon bras :
» allez lui offrir votre fille ; s'il l'accepte ,
vous aurez fait & pour l'Etat & pour
» vous , la plus importante des acquifi-.
» tions.
Cette lettre , quoique peut- être dictée
par un peu d'enthoufiafme, mérite néanmoins
d'être accueillie & confervée
comme l'ouvrage d'un homme d'efprit ,
d'un Ecrivain éloquent , & d'un excellent
Citoyen.
de **
cette Epigraphe ; Spes
·
difcite veftras. Virg . Eneide 3. A
Lyon 1763 ; brochure in- 12. de 45.
pages.
IL eft peu queftion de la Paix dans
cette Lettre , dont la Paix a cependant
été l'occafion , & où l'Auteur fe propofe
de faire voir que fi la gloire de la
MA I. 1763. 107
France a diminué , c'eſt l'effet du changement
arrivé dans les moeurs publiques.
Il ne s'agit pas ici des moeurs
dans le rapport qu'elles ont avec l'ordre
focial , mais avec le caractère dominant
de la nation ce qui deviendra plus
clair par cette image.
"
"
» Voyez fortir
» de fa cabane cet homme à la fleur
» de fon âge , qui ne pouvant fuppor-
» ter le repos , brûle d'effayer fes forces.
» La douceur eft dans fes yeux ; mais
» l'audace eft fur fon front , & fa dé-
» marche fière annonce l'intrépidité de
» fon âme. Il part , il va parcourir la
» terre ; il dit, elle eft à moi ; & la nature
» en me donnant le courage , m'a indiqué
ma deftination . Ma maffue n'é-
» crafera point le foible. J'irai, au fe-
» cours de quiconque ne pourra ſe dé-
» fendre lui-même; mais malheur à celui
» qui voudra borner mes droits ou en-
» chaîner mon bras : je viendrai mettre
29 fes dépouilles aux pieds de mon père ,
» & je me juftifierai de mes victoires ,
devant celle qui m'a donné le jour .
» Ainfi à l'honnêteté du fentiment qui le
» pénétre, & qui lui indique fes premiers
devoirs , fe joint une forte idée de fa
» fupériorité fur tout ce qui l'environne,
» Aucune entreprife ne l'épouvante, au-
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
>
cun projet ne l'étonne ; & loin de
» prévoir la mort , il n'imagine pas même
» la défaite . Eft - il terraffé par un rival
» plus robuſte ? La honte qu'il ne con-
» noiffoit point encore s'empare de fon
» âme. Il fe roule par terre ; il pouffe des
" cris de rage & de douleur , & jure en
» fe relevant, de ne point revoir le lieu de
» fa naiffance , qu'il n'ait vengé fon in-
» jure. Tel doit être , dit l'Auteur
le caractère d'une Nation qui afpire
à la gloire de mériter les regards de
l'Univers . Tel étoit le caractère de la
Nation Françoife ; & en lui montrant
ce qu'elle a ééttéé , l'Auteur aime à lui
faire appercevoir ce qu'elle peut être
encore . Autrefois , & fans remonter
plus haut que le dernier Siécle , ,, la
» joie ou la confternation qui naifſoit
" des fuccès ou des revers , étoit un
» fentiment profond qui affectoit l'âme
» & qui ne la rendoit que plus active.
» Lorfque Louis- le-Grand puniffoit Génes
ou Alger, il n'y avoit point de
» François qui ne crût que fa propre injure
étoit vengée. Si les Généraux
» ne méritoient pas toujours les ap-
» plaudiffemens des Peuples , au moins
, ils étoient fürs de leurs voeux. La
>» mort de Turenne fut amérement pleu
MA I. 1763. 109
rée par les rivaux de fa gloire. La
» baffe jaloufie qui quelquefois n'épar-
" gnoit pas la réputation des Grands
» Hommes , refpectoit au moins la
» fortune & l'état ; & elle eût entre-
» pris en vain de fupplanter un Héros
» lorfque fes victoires l'avoient rendu.
célébre , & fes talens néceffaires . Les
intrigues de laCour ne pénétroient pas
» encore dans les Camps ; & récipro-
» quement les méfintelligences des Ar-
» mées ne venoient point former des
» partis juſqu'aux pieds du Trône.
ود
A ce portrait l'Auteur en oppofe un
autre , où il peint les François tels
qu'il les fuppofe actuellement. » Depuis
bien des années , dit- il , j'ai enten-
» du beaucoup de belles paroles , &
» je n'ai prèfque point vû de grandes
» actions. J'ai vu nos Guerriers s'im-
» puter mutuellement des erreurs & des
» torts ; & ces malheureufes difputes ,
» tantôt le principe , & tantôt la fuite
» de nos revers , affliger la Patrie fans
» l'éclairer & ajouter à la fenfation
» du mal , l'incertitude de fa caufe qui
en éloignoit le reméde. J'ai vu cet
honneur national , qui repofe peutête
dans les antiques demeures de
cette pauvre & brave nobleffe , ca
MO MERCURE DE FRANCE.
chée dans nos campagnes , abandon
» ner infenfiblement cette partie de la
» Nation Françoife , qui fe montre ,
» qui s'agite , qui communique le mou-
" vement au corps politique , & qui
» malheureuſement éblouit les Peuples
» par fon éclat , & les entraîne par
» fon exemple. J'ai vu le François pu-
" blier lui- même fes difgrâces & n'en
plus rougir ; & ce qui eft peut - être le
» dernier période du mal , forcer fa
» raifon à juftifier par des fophifmes
» l'indifférence qu'il a témoignée pour
→ fon Pays.
Nous ne déciderons point de la vérité
de cet éloquent & ingénieux parallèle
; nous dirons feulement qu'il y
a eu peu de Siécles , où la Nation Fran
çoife ait donné plus de marques d'at
tachement pour fon Souverain , & de
zéle pour fa Patrie , que dans le nôtre.
La confternation générale de la France
pendant la maladie du Roi à Metz ; l'e mpreffement
univerfel à contribuer au rétabliffement
de la Marine , font des
faits que l'on pourroit oppofer aux plus
beaux parallèles . Quoiqu'il en foit , en
fuppofant le mal auffi grand qu'on nous
le repréfente , l'Auteur nous offre les
remédes qu'on peut y apporter ; &
M& A I. 1763.
HE
cette partie de fa lettre demande à être
lue dans l'Ouvrage même. Je n'en citerai
qu'un feul trait qui regarde les gens
de Finance . L'Auteur veut qu'on leur
dife : » ayez un fallon de moins , & éle-
» vez au milieu de cette Capitale une
» Statue au Grand Maurice. La ma-
" gnificence de ce Palais , les eaux de ce
» Parc vous.coûteront un million ; vous
pouvez épargner la moitié de cette
»dépenfe , & en relevant les ruines de cet
» établiffement qui s'écroule , vous ſe-
» rez le bienfaîteur d'une Province. Un
» jeune Gentilhomme plein de coura-
» ge & d'honneur s'eft fignalé dans nos
armées ; il eft inconnu à la Cour , &
» fa fortune ne lui laiffe que fon bras :
» allez lui offrir votre fille ; s'il l'accepte ,
vous aurez fait & pour l'Etat & pour
» vous , la plus importante des acquifi-.
» tions.
Cette lettre , quoique peut- être dictée
par un peu d'enthoufiafme, mérite néanmoins
d'être accueillie & confervée
comme l'ouvrage d'un homme d'efprit ,
d'un Ecrivain éloquent , & d'un excellent
Citoyen.
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Résumé : LETTRE sur la Paix à M. le Comte de *** avec cette Epigraphe : Spes discite vestras. Virg. Eneïde 3. A Lyon 1763 ; brochure in-12. de 45. pages.
La 'Lettre fur la Paix à M. le Comte' est une brochure publiée à Lyon en 1763, contenant 45 pages. L'auteur y traite de la paix en France et de la diminution de la gloire nationale, qu'il attribue à un changement dans les mœurs publiques. Il utilise la métaphore d'un homme jeune et audacieux pour symboliser l'esprit de conquête et de supériorité du caractère national français. L'auteur compare ce caractère passé à la situation actuelle, où il observe une absence de grandes actions malgré de belles paroles. Il déplore les disputes entre guerriers, l'abandon de l'honneur national et l'indifférence des Français envers leur pays. Cependant, il oppose ce tableau à des exemples récents de l'attachement des Français à leur souverain et à leur patrie, comme la consternation générale lors de la maladie du roi à Metz et l'effort collectif pour rétablir la marine. L'auteur propose des remèdes, notamment pour les gens de finance, en suggérant des économies et des actions en faveur de la province. Il conclut en louant l'auteur pour son esprit, son éloquence et son patriotisme.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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302
p. 112-116
DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE ; avec cette Epigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. 4. A Amsterdam, 1763, volume in-12. d'environ 250 pages.
Début :
IL faut une éducation publique ; l'affaire est de voir si la nôtre est bonne, pour [...]
Mots clefs :
Auteur, Connaissances, École, Éducation, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE ; avec cette Epigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. 4. A Amsterdam, 1763, volume in-12. d'environ 250 pages.
DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE; avec
cette Epigraphe : Populus fapiens ,gens
magna. Deut. 4. A Amfterdam, 1763,
volume in- 12. d'environ 250 pages.
IL faut une éducation publique ; l'affaire
eft de voir fi la nôtre eft bonne, pour
la foutenir ; ou fi elle est défectueuſe ,
pour la corriger : & il paroît que c'eft
là le but que s'eft propofé l'Auteur de
la brochure que nous annonçons. Il la
divife en trois parties précédées de quelques
obfervations fur l'éducation en général.
La première partie offre un tableau
méthodique des connoiffances humaines.
La feconde , qui dérive de la première
, contient une diftribution graduelle
des études fcholaftiques . Enfin ,
cherchant les moyens d'étendre & d'affurer
l'éducation publique , il établit
l'ordre & la difcipline des écoles.
Une fous-divifion de ces trois parties
donne lieu à plufieurs paragraphes que
nous ne devons qu'indiquer & percourir.
Dans le tableau des connoiffances
humaines , qui fait le fujet de la pre-
"
MA I. 1763. 113
mière partie de cet Ouvrage philofophique
, on diftingue trois fortes de connoiffances
; les unes font fimplement
inftrumentales ; il y en a d'effentielles ,
& d'autres de convenance. Les premières.
ne font que des moyens d'apprendre ou
de produire ce qu'on fait , tels font la
Grammaire , l'Arithmétique , la Logique
, la Géométrie , & c. L'Auteur définit
ces différentes Sciences , & en fait
voir l'utilité ; les connoiffances effentielles
font la Religion , la Morale & la
Phyfique ; celles de convenances ne font
que les mêmes chofes , mais pouffées
plus loin , & plus ou moins approfondies
, fuivant les états ou les perfonnes.
Toutes les vraies Sciences ont chacu
ne trois parties bien diftinctes , dont la
première eft le fondement de la feconde
, & celle- ci le principe de la troifiéme
, fçavoir l'Hiftoire , c'est- à - dire
le recueil des faits relatifs à la chofe ;
la Théorie qui combine les faits & en
cherche les raifons ; la pratique qui ,
munie des ces fecours , opère avec lumière
, & doit être le principal but de
toute étude .
Cette première partie ainfi divifée &
fous-divifée , forme une espéce d'Encyclopédie
abrégée , où toutes les Sciences
114 MERCURE DE FRANCE.
fontrangées dans l'ordre leplus naturel, ou
du moins dans celui qui s'ajuste le mieux
avec le plan général de l'Auteur. On
fent aisément que la feconde partie
n'entraîne pas dans moins de détails que
la première. L'Auteur prend à huit ou
neuf ans l'enfant qu'il veut élever ; &
revenant fur toutes les connoiffances
dont il a parlé plus haut , il enfeigne la
manière de les apprendre à fon éleve
jufqu'à l'âge de feize ans. Il marque
pour chaque année les livres qu'il lui convient
de lire pour s'inftruire dans chacune
des Sciences indiquées , & le temps qu'il
doit y employer.
Dans la partie qui traite de la difcipline
des écoles , on en diftingue de
plufieurs efpéces. Les unes font pour les
habitans des campagnes , auxquels il
fuffira d'apprendre à lire & à écrire , un
peu d'Arithmétique vulgaire , le Cathéchifme
& un petit Code ruftique , qui
contiendra ce qu'il eft effentiel que des
payfans connoiffent. Les autres font
pour les Bourgs , d'autres pour les petites
Villes , pour les Villes moyennes , pour
les grandes Villes , pour les Capitales ,
De là l'Auteur paffe aux bâtimens des
écoles qu'il veut que l'on place dans des
jours favorables , un air pur , & que.
M. A I. 1763. 115
l'on y entretienne la plus foigneufe
propreté. » Si ce font des maifons de
penfion , il me paroît indifpenfable
» qu'il y ait des couverts d'arbres pour
les récréations des beaux jours , affez
fpacieux pour s'y exercer à l'aife ,
affez bornés pour y être vus de pár
" tout , fans bofquets , fans eaux , fans
» réduits ; & pour les mauvais temps ,
des
» falles fuffifamment vaftes , élevées
» bien percées , accompagnées de quel-
» ques cabinets pour les exercices qui.
» ne fe font pas en commun. Combien
» d'écoles reffemblent à de miférables.
» prifons ! On est étonné furtout à Pa-
" ris de voir prèfque tous les Colléges .
» entaffés parmi des Hôpitaux énormes,
» dans le quartier le plus ferré de cette
» vafte Capitale ; & l'élite de notre jeune
Nobleffe , enfermée pour tout plaifir ,
» entre quatre murs hauts & étroits , &
» obligée au premier rayon de foleil
» ainfi qu'à la première goute de pluie ,
» de fe réfugier dans des chambres fou-
2 vent obfcures & infectes. "
23
La direction des écoles , le choix des
Maîtres , la conduite des éléves donnent
encore bien de détails qui fuppofent,
dans l'Auteur , des vues utiles qu'il feroit
à defirer qu'on exécutât dans toute
116 MERCURE DE FRANCE.
l'étendue du Royaume. L'Ouvrage entier
eft d'un homine inftruit , & qui paroit
defirer bien fincèrement que les autres
hommes le fuffent également.
cette Epigraphe : Populus fapiens ,gens
magna. Deut. 4. A Amfterdam, 1763,
volume in- 12. d'environ 250 pages.
IL faut une éducation publique ; l'affaire
eft de voir fi la nôtre eft bonne, pour
la foutenir ; ou fi elle est défectueuſe ,
pour la corriger : & il paroît que c'eft
là le but que s'eft propofé l'Auteur de
la brochure que nous annonçons. Il la
divife en trois parties précédées de quelques
obfervations fur l'éducation en général.
La première partie offre un tableau
méthodique des connoiffances humaines.
La feconde , qui dérive de la première
, contient une diftribution graduelle
des études fcholaftiques . Enfin ,
cherchant les moyens d'étendre & d'affurer
l'éducation publique , il établit
l'ordre & la difcipline des écoles.
Une fous-divifion de ces trois parties
donne lieu à plufieurs paragraphes que
nous ne devons qu'indiquer & percourir.
Dans le tableau des connoiffances
humaines , qui fait le fujet de la pre-
"
MA I. 1763. 113
mière partie de cet Ouvrage philofophique
, on diftingue trois fortes de connoiffances
; les unes font fimplement
inftrumentales ; il y en a d'effentielles ,
& d'autres de convenance. Les premières.
ne font que des moyens d'apprendre ou
de produire ce qu'on fait , tels font la
Grammaire , l'Arithmétique , la Logique
, la Géométrie , & c. L'Auteur définit
ces différentes Sciences , & en fait
voir l'utilité ; les connoiffances effentielles
font la Religion , la Morale & la
Phyfique ; celles de convenances ne font
que les mêmes chofes , mais pouffées
plus loin , & plus ou moins approfondies
, fuivant les états ou les perfonnes.
Toutes les vraies Sciences ont chacu
ne trois parties bien diftinctes , dont la
première eft le fondement de la feconde
, & celle- ci le principe de la troifiéme
, fçavoir l'Hiftoire , c'est- à - dire
le recueil des faits relatifs à la chofe ;
la Théorie qui combine les faits & en
cherche les raifons ; la pratique qui ,
munie des ces fecours , opère avec lumière
, & doit être le principal but de
toute étude .
Cette première partie ainfi divifée &
fous-divifée , forme une espéce d'Encyclopédie
abrégée , où toutes les Sciences
114 MERCURE DE FRANCE.
fontrangées dans l'ordre leplus naturel, ou
du moins dans celui qui s'ajuste le mieux
avec le plan général de l'Auteur. On
fent aisément que la feconde partie
n'entraîne pas dans moins de détails que
la première. L'Auteur prend à huit ou
neuf ans l'enfant qu'il veut élever ; &
revenant fur toutes les connoiffances
dont il a parlé plus haut , il enfeigne la
manière de les apprendre à fon éleve
jufqu'à l'âge de feize ans. Il marque
pour chaque année les livres qu'il lui convient
de lire pour s'inftruire dans chacune
des Sciences indiquées , & le temps qu'il
doit y employer.
Dans la partie qui traite de la difcipline
des écoles , on en diftingue de
plufieurs efpéces. Les unes font pour les
habitans des campagnes , auxquels il
fuffira d'apprendre à lire & à écrire , un
peu d'Arithmétique vulgaire , le Cathéchifme
& un petit Code ruftique , qui
contiendra ce qu'il eft effentiel que des
payfans connoiffent. Les autres font
pour les Bourgs , d'autres pour les petites
Villes , pour les Villes moyennes , pour
les grandes Villes , pour les Capitales ,
De là l'Auteur paffe aux bâtimens des
écoles qu'il veut que l'on place dans des
jours favorables , un air pur , & que.
M. A I. 1763. 115
l'on y entretienne la plus foigneufe
propreté. » Si ce font des maifons de
penfion , il me paroît indifpenfable
» qu'il y ait des couverts d'arbres pour
les récréations des beaux jours , affez
fpacieux pour s'y exercer à l'aife ,
affez bornés pour y être vus de pár
" tout , fans bofquets , fans eaux , fans
» réduits ; & pour les mauvais temps ,
des
» falles fuffifamment vaftes , élevées
» bien percées , accompagnées de quel-
» ques cabinets pour les exercices qui.
» ne fe font pas en commun. Combien
» d'écoles reffemblent à de miférables.
» prifons ! On est étonné furtout à Pa-
" ris de voir prèfque tous les Colléges .
» entaffés parmi des Hôpitaux énormes,
» dans le quartier le plus ferré de cette
» vafte Capitale ; & l'élite de notre jeune
Nobleffe , enfermée pour tout plaifir ,
» entre quatre murs hauts & étroits , &
» obligée au premier rayon de foleil
» ainfi qu'à la première goute de pluie ,
» de fe réfugier dans des chambres fou-
2 vent obfcures & infectes. "
23
La direction des écoles , le choix des
Maîtres , la conduite des éléves donnent
encore bien de détails qui fuppofent,
dans l'Auteur , des vues utiles qu'il feroit
à defirer qu'on exécutât dans toute
116 MERCURE DE FRANCE.
l'étendue du Royaume. L'Ouvrage entier
eft d'un homine inftruit , & qui paroit
defirer bien fincèrement que les autres
hommes le fuffent également.
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Résumé : DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE ; avec cette Epigraphe : Populus sapiens, gens magna. Deut. 4. A Amsterdam, 1763, volume in-12. d'environ 250 pages.
La brochure 'De l'éducation publique', publiée à Amsterdam en 1763, vise à évaluer et améliorer l'éducation publique. Elle est structurée en trois parties, précédées d'observations générales sur l'éducation. La première partie propose un tableau méthodique des connaissances humaines, distinguant trois types de connaissances : instrumentales (comme la grammaire et l'arithmétique), essentielles (comme la religion et la morale) et de convenance (approfondissements selon les états ou personnes). Chaque science est structurée en trois parties : histoire, théorie et pratique. La seconde partie décrit une distribution graduelle des études scolaires de huit à seize ans, avec des livres et des temps d'étude spécifiques pour chaque année. La troisième partie traite de l'organisation et de la discipline des écoles, adaptées aux différents types de populations (campagnes, bourgs, villes, capitales). L'auteur insiste sur l'importance des bâtiments scolaires, recommandant des lieux sains et propres, avec des espaces pour les récréations. Le texte mentionne également la direction des écoles, le choix des maîtres et la conduite des élèves, soulignant des vues utiles pour l'ensemble du royaume. L'auteur apparaît comme une personne instruite, désirant sincèrement l'amélioration de l'éducation.
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303
p. 116-118
L'ART de s'enrichir promptement par l'Agriculture, prouvé par des expériences ; par le Sr DES POMMIERS. Nouvelle Edition, corrigée & considérablement augmentée de plusieurs expériences, & de la manière de cultiver les bois pour la construction des vaisseaux. A Paris, chez GUILLYN, Libraire, quai des Augustins, au Lys d'or, du côté du pont S. Michel 1763 ; avec approbation & privilége du Roi, vol. in-12 , d'environ 200 pages.
Début :
LORSQUE cet Ouvrage utile partit pour la première fois, toute l'Edition [...]
Mots clefs :
Expériences, Agriculture, Terres
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texteReconnaissance textuelle : L'ART de s'enrichir promptement par l'Agriculture, prouvé par des expériences ; par le Sr DES POMMIERS. Nouvelle Edition, corrigée & considérablement augmentée de plusieurs expériences, & de la manière de cultiver les bois pour la construction des vaisseaux. A Paris, chez GUILLYN, Libraire, quai des Augustins, au Lys d'or, du côté du pont S. Michel 1763 ; avec approbation & privilége du Roi, vol. in-12 , d'environ 200 pages.
L'ART de s'enrichir promptement par
l'Agriculture , prouvé par des expériences
; parle Sr DES POMMIERS .
Nouvelle Edition , corrigée & confi
dérablement augmentée de plufieurs
expériences , & de la manière de cultiver
les bois pour la conftruction des
vaiffeaux. A Paris , chez GUILLYN,
Libraire , quai des Auguftins , au
Lys d'or , du côté dupont S. Michel
2763 ; avec approbation & privilége
du Roi , vol. in - 12 , d'environ 200
pages.
LORSQUE cet Ouvrage utile partit
pour la première fois , toute l'Edition
fut enlevée en très - peu de temps ; &
l'Auteur fentit la néceffité d'en faire une
feconde , à laquelle il'a fait des augmen
tations qui la rendent fort fupérieure à
la première . Ces augmentations font étaM
A I. 1763. 117
blies fur des expériences nouvelles , qui
ont eu tout le fuccès qu'on pouvoit defirer
, & ces expériences font rapportées
dans l'Ouvrage même. Il a pour objet
tout ce qui peut contribuer à rendre les
terres plus fertiles , & les Cultivateurs
plus riches. C'eft la matière de vingtneuf
Chapitres très-intéreffans pour les
poffeffeurs des terres , & très - inftructifs
pour quiconque a du goût pour l'Agriculture.
On y recherche d'abord les
caufes de l'état malheureux des Cultivateurs
; & l'on expofe les moyens de
rendre le Royaume plus floriffant. On
traite enfuite de différentes productions ,
comme la luzerne , le treffe , le fainfoin
, les troupeaux , la laine , le miel ,
le beurre , le fuif, les arbres fruitiers
les prairies artificielles , & enfin tout ce
qui peut être l'objet de l'attention duCultivateur.
On y trouve des inftructions:
très utiles fur les défrichemens , fur les
pays montagneux , fur les enclos , fur
le fervice des boeufs & des chevaux , & c,
& c. On a ajouté à tout cela , comme if
eft annoncé dans le titre , la manière de
cultiver les bois pour la conftruction
des vaiffeaux ; ce qui fera d'une grande
utilité pour la France , qui eft obligée
de faire de gros frais pour fe les procurer.
118 MERCURE DE FRANCE.
Il réſulte de ce livre , que la culture des
terres ou négligée ou peu entendue , eft
l'unique caufe de la mifère ; que nous
poffédons les vraies richeffes , mais que
nous l'ignorons ; que nous voyons dans
nos Provinces une forte envie de perfectionner
l'Agriculture , mais que les
principes de la fécondité manquent ;
que les fourrages ne font pas fuffifans
pour élever des beftiaux , & c ; mais
qu'avec les moyens propofés par l'Auteur
, ils trouveront en peu de temps
une nourriture abondante , & c . Toutes
ces affertions ne font établies que fur
des faits qui marquent dans M. Des Pommiers
, un obfervateur exact & un bon
citoyen.
l'Agriculture , prouvé par des expériences
; parle Sr DES POMMIERS .
Nouvelle Edition , corrigée & confi
dérablement augmentée de plufieurs
expériences , & de la manière de cultiver
les bois pour la conftruction des
vaiffeaux. A Paris , chez GUILLYN,
Libraire , quai des Auguftins , au
Lys d'or , du côté dupont S. Michel
2763 ; avec approbation & privilége
du Roi , vol. in - 12 , d'environ 200
pages.
LORSQUE cet Ouvrage utile partit
pour la première fois , toute l'Edition
fut enlevée en très - peu de temps ; &
l'Auteur fentit la néceffité d'en faire une
feconde , à laquelle il'a fait des augmen
tations qui la rendent fort fupérieure à
la première . Ces augmentations font étaM
A I. 1763. 117
blies fur des expériences nouvelles , qui
ont eu tout le fuccès qu'on pouvoit defirer
, & ces expériences font rapportées
dans l'Ouvrage même. Il a pour objet
tout ce qui peut contribuer à rendre les
terres plus fertiles , & les Cultivateurs
plus riches. C'eft la matière de vingtneuf
Chapitres très-intéreffans pour les
poffeffeurs des terres , & très - inftructifs
pour quiconque a du goût pour l'Agriculture.
On y recherche d'abord les
caufes de l'état malheureux des Cultivateurs
; & l'on expofe les moyens de
rendre le Royaume plus floriffant. On
traite enfuite de différentes productions ,
comme la luzerne , le treffe , le fainfoin
, les troupeaux , la laine , le miel ,
le beurre , le fuif, les arbres fruitiers
les prairies artificielles , & enfin tout ce
qui peut être l'objet de l'attention duCultivateur.
On y trouve des inftructions:
très utiles fur les défrichemens , fur les
pays montagneux , fur les enclos , fur
le fervice des boeufs & des chevaux , & c,
& c. On a ajouté à tout cela , comme if
eft annoncé dans le titre , la manière de
cultiver les bois pour la conftruction
des vaiffeaux ; ce qui fera d'une grande
utilité pour la France , qui eft obligée
de faire de gros frais pour fe les procurer.
118 MERCURE DE FRANCE.
Il réſulte de ce livre , que la culture des
terres ou négligée ou peu entendue , eft
l'unique caufe de la mifère ; que nous
poffédons les vraies richeffes , mais que
nous l'ignorons ; que nous voyons dans
nos Provinces une forte envie de perfectionner
l'Agriculture , mais que les
principes de la fécondité manquent ;
que les fourrages ne font pas fuffifans
pour élever des beftiaux , & c ; mais
qu'avec les moyens propofés par l'Auteur
, ils trouveront en peu de temps
une nourriture abondante , & c . Toutes
ces affertions ne font établies que fur
des faits qui marquent dans M. Des Pommiers
, un obfervateur exact & un bon
citoyen.
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Résumé : L'ART de s'enrichir promptement par l'Agriculture, prouvé par des expériences ; par le Sr DES POMMIERS. Nouvelle Edition, corrigée & considérablement augmentée de plusieurs expériences, & de la manière de cultiver les bois pour la construction des vaisseaux. A Paris, chez GUILLYN, Libraire, quai des Augustins, au Lys d'or, du côté du pont S. Michel 1763 ; avec approbation & privilége du Roi, vol. in-12 , d'environ 200 pages.
L'ouvrage 'L'ART de s'enrichir promptement par l'Agriculture' du Sr Des Pommiers, publié à Paris chez Guillyn, est une nouvelle édition corrigée et augmentée de méthodes pour cultiver les bois destinés à la construction de vaisseaux. La première édition s'étant rapidement épuisée, une seconde édition enrichie d'expériences nouvelles et réussies a été nécessaire. Le livre, d'environ 200 pages, est structuré en vingt-neuf chapitres couvrant divers aspects de l'agriculture pour améliorer la fertilité des terres et enrichir les cultivateurs. Les sujets abordés incluent les causes de la misère des cultivateurs, les moyens de rendre le royaume plus florissant, et des instructions sur diverses productions agricoles telles que la luzerne, le trèfle, le foin, les troupeaux, la laine, le miel, le beurre, le suif, les arbres fruitiers, et les prairies artificielles. Des conseils pratiques sont également fournis sur le défrichage, la gestion des terres montagneuses, les enclos, et le service des bovins et des chevaux. L'ouvrage souligne que la négligence ou la mauvaise gestion de la culture des terres est la principale cause de la misère. Il met en avant l'existence de richesses potentielles ignorées et une envie de perfectionner l'agriculture, mais manque de principes de fécondité. Des solutions sont proposées pour améliorer la production de fourrages et nourrir abondamment le bétail. Les affirmations du livre sont basées sur des observations précises et un engagement citoyen de l'auteur.
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303
L'ART de s'enrichir promptement par l'Agriculture, prouvé par des expériences ; par le Sr DES POMMIERS. Nouvelle Edition, corrigée & considérablement augmentée de plusieurs expériences, & de la manière de cultiver les bois pour la construction des vaisseaux. A Paris, chez GUILLYN, Libraire, quai des Augustins, au Lys d'or, du côté du pont S. Michel 1763 ; avec approbation & privilége du Roi, vol. in-12 , d'environ 200 pages.
304
p. 119-120
TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
Début :
CE Livre qui aura une suite, n'est encore qu'au premier volume. On y [...]
Mots clefs :
Plante, Médecine, Volume, Ouvrage
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texteReconnaissance textuelle : TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
TRAITE hiftorique des Plantes qui croif
fent dans la Lorraine & les 3 Evêchés ,
contenant leur defcription , leurfigu
re , leur nom , l'endroit où elles croif--
fent , leur culture , leur analyfe &
leurs propriétés , tant pour la Médecine
, quepour les arts & métiers , par
M. P. J. BUCHOZ , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie
& en Médecine , Agrégé du Collége
Royal des Médecins dé Nancy.
A Nancy chez MESSIN , Marchand
Libraire , rue de la Hache ; 1762. in-
12 , ou petit in-8° .
CEE Livre qui aura une fuite , n'eſt
encore qu'au premier volume. On y
traite des Plantes en général, de leur anatomie
, de leur végétation , de leur générati
on , & des différens fyftêmes de
Botanique ; ce qui fait le fujet de fix difcours
qui fervent d'introduction à tout
l'Ouvrage. Mais comme ces notions préliminaires
ne fuffifoient pas pour former
un volume , l'Auteur y a joint deux
120 MERCURE DE FRANCE .
·
théfes qu'il a foutenues dans la Faculté
de Médecine de Pont -à-Mouffon , & dont
la première traite de l'inoculation de la
petite vérole ; la feconde , de la manière
de connoître le pouls par la mufique . Ces
deux théfes font en latin & en françois.
M. Buchoz, promet que les volumes
fuivans feront plus étendus , & ornés
de beaucoup de Planches en taille- douce
, qui repréfenteront les figures des
plantes au naturel . L'Ouvrage ne fe diftribuera
toujours que par foufcription ,
ainfi qu'il a été annoncé.
fent dans la Lorraine & les 3 Evêchés ,
contenant leur defcription , leurfigu
re , leur nom , l'endroit où elles croif--
fent , leur culture , leur analyfe &
leurs propriétés , tant pour la Médecine
, quepour les arts & métiers , par
M. P. J. BUCHOZ , Avocat au Parlement
de Metz , Docteur en Philofophie
& en Médecine , Agrégé du Collége
Royal des Médecins dé Nancy.
A Nancy chez MESSIN , Marchand
Libraire , rue de la Hache ; 1762. in-
12 , ou petit in-8° .
CEE Livre qui aura une fuite , n'eſt
encore qu'au premier volume. On y
traite des Plantes en général, de leur anatomie
, de leur végétation , de leur générati
on , & des différens fyftêmes de
Botanique ; ce qui fait le fujet de fix difcours
qui fervent d'introduction à tout
l'Ouvrage. Mais comme ces notions préliminaires
ne fuffifoient pas pour former
un volume , l'Auteur y a joint deux
120 MERCURE DE FRANCE .
·
théfes qu'il a foutenues dans la Faculté
de Médecine de Pont -à-Mouffon , & dont
la première traite de l'inoculation de la
petite vérole ; la feconde , de la manière
de connoître le pouls par la mufique . Ces
deux théfes font en latin & en françois.
M. Buchoz, promet que les volumes
fuivans feront plus étendus , & ornés
de beaucoup de Planches en taille- douce
, qui repréfenteront les figures des
plantes au naturel . L'Ouvrage ne fe diftribuera
toujours que par foufcription ,
ainfi qu'il a été annoncé.
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Résumé : TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
Le texte présente un ouvrage intitulé 'Traité historique des Plantes qui croissent en Lorraine & les 3 Evêchés', rédigé par M. P. J. Buchoz, avocat au Parlement de Metz, docteur en philosophie et en médecine, et agrégé du Collège Royal des Médecins de Nancy. Publié à Nancy en 1762, ce livre est le premier volume d'une série dédiée aux plantes. Il couvre leur description, leur figure, leur nom, leur habitat, leur culture, leur analyse et leurs propriétés médicinales, ainsi que leurs usages dans les arts et métiers. Le premier volume traite des plantes en général, de leur anatomie, de leur végétation, de leur génération et des différents systèmes de botanique. L'auteur a ajouté deux thèses soutenues à la Faculté de Médecine de Pont-à-Mousson : l'une sur l'inoculation de la petite vérole et l'autre sur la manière de connaître le pouls par la musique, rédigées en latin et en français. Buchoz prévoit que les volumes suivants seront plus étendus et illustrés de planches en taille-douce représentant les plantes au naturel. L'ouvrage sera distribué uniquement par souscription.
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304
TRAITE historique des Plantes qui croissent dans la Lorraine & les 3 Evêchés, contenant leur description, leur figure, leur nom, l'endroit où elles croissent, leur culture, leur analyse & leurs propriétés, tant pour la Médecine, que pour les arts & métiers, par M. P. J. BUCHOZ, Avocat au Parlement de Metz, Docteur en Philosophie & en Médecine, Agrégé du Collége Royal des Médecins dé Nancy. A Nancy chez MESSIN, Marchand Libraire, rue de la Hache ; 1762. in-12 , ou petit in-8°.
305
p. 120-127
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ÉTAT Militaire de France, pour l'année 1763 ; sixiéme édition, par MM. [...]
Mots clefs :
Libraire, Académie, Sciences, Militaire
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texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
ÉTAT Militaire de France, pour l'année
1763 ; fixiéme édition , par MM.
de Montandre- Lonchamps , Chevalier
de Montandre , & de Rouffel. Prix , 3
livres relié . A Paris , chez Guillyn
Libraire , quai des Auguftins , du côté
du Pont- Saint-Michel , au Lys d'cr.
Avec approbation , & privilége du Roi .
Avertiffement des Auteurs.
De toutes les éditions que nous avons
données jufqu'ici , celle- ci n'eft pas
la moins curieufe ni la moins intéreffante.
On y trouve la compofition nouvelle
M A I. 1763.
Ι2Ι
4
$
velle de toutes les Troupes Françoifes
ou Etrangères au fervice de France ;
les quartiers des Régimens tels qu'ils
étoient au premier Avril ; leur uniforme,
lès marques diftinctives de chaque grade
, un précis du fervice de l'Officier
des devoirs du Soldat , des appointemens
& folde de l'un & de l'autre ;
en un mot , c'eft un Code complet
qui peut feul donner une idée exacte
de la forme actuelle du Militaire , dont
la conftitution ne doit plus éprouver
de révolutions . L'Ordonnance portant
création de Régimens Provinciaux ,
mérite entr'autres l'admiration & la reconnoiffance
du vrai Citoyen ; en défendant
fa liberté contre les piéges trop
multipliés des Enrôleurs , elle affure à
l'Etat une fource féconde d'hommes
youés à fon fervice par les diftinctions
& le bien - être qu'elle leur procure.
Nous nous fommes propofé de donner
un tableau racourçi , mais fidéle de tous
ces fages établiffemens : nous nous eftimerons
heureux , fi le Public , & particuliérement
les perfonnes intéreffées
dont nous reclamons l'indulgence , nous
jugent fur notre zéle & fur les efforts
que nous avons faits pour remplir nore
objet.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
•
Nous aurions fouhaité de joindre ici.
les Ordonnances qui regleront l'état de
la Gendarmerie & des Régimens Suiffes ;
mais l'on nous preffe de donner notre
Ouvrage , afin d'avoir une idée du Militaire
, telle qu'il eft aujourd'hui . Cependant
nous nous engageons , aufſitôt
que ces Ordonnances paroîtront ,
de les faire imprimer dans le même format
, de façon qu'elles puiffent être inférées
à la fin du Code Militaire que
nous donnons. On en diftribuera à toutes
les perfonnes qui en demanderont ,
en repréfentant le livre.
EXPERIENCES & Obfervations fur
l'ufage interne de la Pomme épineufe ,
de la Jufquiame , & de l'Aconit ; par
lefquelles il eft démontré qu'on peut
faire prendre aux hommes ces Plantes
avec fécurité , & qu'elles font très-falutaires
dans beaucoup de maladies qui
ne cédent point à d'autres remédes.
Traduites du Latin d'Antoine Storck ;
Médecin de la Cour de Vienne . Avec
figures en Taille -douce . A Vienne ; &
fe trouve à Paris , chez P. Fr. Didot le
jeune , Libraire , quai des Auguftins ,
près le Pont S. Michel. 1763.
LE CONSERVATEUR de la Santé ,
MA I. 1763. 123
ou avis fur les dangers qu'il importe à
chacun d'éviter , pour fe conferver en
bonne fanté & prolonger fa vie. Par
M. le Begue de Prefle , Docteur-Régent
de la Faculté de Médecine de Paris
& Cenfeur Royal.
Medicina fuit , res fcire nocentes
Quo fibi mortales à re lædente caverent.
Hebenstreit.
In- 12. La Haye , 1763 ; & fe trouve à
Paris , chez P. Fr. Didot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , près le Pont
S. Michel , à S. Auguftin .
JOURNAL hiftorique du voyage fait
au Cap de Bonne-Efpérance , par fen
M. l'Abbé de la Caille , de l'Académic
des Sciences ; précédé d'un diſcours fur
la vie de l'Auteur , fuivi de remarques
& de réfléxions fur les coutumes des
Hottentots & des habitans du Cap,avec
figures. In- 12 . Paris , 1763. Chez Guillyn
, Libraire , quai des Auguftins, près
le Pont S. Michel , au Lys d'or.
AMBASSADES de MM. de Noailles
en Angleterre. Rédigées par feu M.ÞÄ¿-
bé de Vertot. In- 12 . Leyde , 5 volumes ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
& fe trouve à Paris chez Defaint &
Saillant
, Libraires , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à- vis le Collége , & chez
Durand , Libraire , rue du Foin .
Nous parlerons plus amplement de
cet Ouvrage , qui mérite toute l'attention
des Amateurs de notre Hiftoire .
ÉLÉMENS de Jurifprudence , par M.
R *** In- 12. Paris , 1762. Chez Delormel
, rue du Foin , à l'Image Ste Géneviéve
, Cellot , Imprimeur-Libraire ,
Grande- Salle du Palais , près l'Escalier
de la Cour des Aydes.
,
LE DANGER des liaiſons , ou Mémoires
de la Baronne de Blemon . Par
Madame la M.... de S. A.... Tome 3 &
dernier. In- 12 . Genéve 1763 ; & fe
trouve à Paris chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés. Nous avons
promis l'Extrait de cet Ouvrage des
qu'il feroit fini. C'eft un engagement
que nous remplirons avec plaifir.
OEUVRES diverfes de M. l'Abbé
Delamarre. In - 12 . Paris , 1763. Se
trouvent chez les mêmes Libraires.
ALMANACH des Beaux-Arts Ou
M A I. 1763. 125
Defcription d'Architecture , Peinture ,
Sculpture , Gravure , Hiftoire Natureile ,
Antiquités , & dates des Etabliffemens
de Paris , pour l'année 1763. Dédié à
M. le Marquis de Marigny. 1 liv. 4 f.
broché . A Paris , chez Grangé & Dufour
, au Magafin Littéraire de la Nouveauté
, Pont Notre-Dame , proche la
Pompe.
L'ANTI-URANIE , ou le Déifme
comparé au Chriftianiſme , Epîtres à
M. de Voltaire ; fuivies de Réfléxions
critiques fur plufieurs Ouvrages de ce.
célébre Auteur ; Par L. P. B. C. In- 12.
Avignon , 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez la veuve Valleyre , à l'entrée du
quai de Gêvres , à la Nouveauté ; &
chez Cailleau , rue S. Jacques , près les
Mathurins , à S. André,
LA BONNE FILLE , ou le Mort vivant
; Piéce à Spectacle , en façon de
Tragédie. Parodie de Zelmire. Amfterdam
, 1763 ; & fe trouve à Paris chez
les mêmes Libraires. Prix , 1 liv . 4 f.
PREDICTIONS Philofophiques , pour
l'année 1763. Envoyées à Mde de ****
Par M. F.... Brochure in- 12 , Londres
1763. Chez les mêmes.
Fin
126 MERCURE DE FRANCE.
LE JARDINIER d'Artois , ou les
Elémens de la culture des Jardins Potagers
& fruitiers par F. Bonnelle , de
l'Ordre des Chanoines Réguliers de la
Ste Trinité dits Mathurins, pour la Rédemption
des Captifs . Volume in- 8 °.
Prix , 50 f. broché. Ce volume contient
deux parties. Dans la première il donne
la defcription , la culture & la propriété
de chaque légume. Dans la feconde il
traite des meilleures efpéces de fruits ,
de la taille des arbres & de la manière
de les planter. Il donne un Traité fur la
manière d'élever des couches pour avoir
des champignons pendant l'hyver &
pendant l'été. Il fait enfuite une longue
& fçavante differtation fur le figuier.
Il parle en connoiffeur de la façon de
cultiver l'oranger , de la manière d'élever:
les orangers de grains du tems de les écuffonner
, des terres qui leur font propres
, de la defcription des caiffes , des
arrofemens particuliers , des inconvéniens
qui leur arrivent , de la conftru-
Etion d'une bonne fèrre , & c . On trou
ve à la fin de ce Volume un Traité fur
la giroflée & un autre fur l'oeillet. Cet
Ouvrage a paru mériter l'attention du
Public. Il fe vend à Arras chez Michel
Nicolas , Imprimeur- Libraire , vis -à -vis
M A I. 1763.
1127
C
les Etats ; chez Laureau , Libraire , rue
des Jéfuites , près le Marché aux Poiffons
; & à Paris , chez Leclerc , Libraire
, quai des Auguſtins.
29
DESCRIPTION hiftorique & naturelle
du Groenland , par Edge , traduite
du Danois , avec la Carte & 11 figures,
8°. fous preffe , papier fin.- dit .
pap. moyen collé. dit. pap. non-collé.
*
-
DICTIONNAIRE de Commerce , par
Savary , avec beaucoup d'additions
&c. 4 vol. in fol . G. P. - Tome 5º , qui
contiendra le commerce de chaque
Pays , & les Compagnies de Commerce,
avec beaucoup d'additions. On payera
pour les 5 volumes , jufqu'à ce qu'ils
foient finis en 1763 , 54 liv. enfuite
67 liv. 10 f. Petit Dictionnaire portatif
, ou abrégé de Savary , 8°. 7 vol.
G. P. 18. liv.
ทาย Ces Ouvrages font fous preffe chez
les Frères C. & A. Philibert , Imprimeurs-
Libraires , à Coppenhague & à
Genève. On peut foufcrire à Paris chez
MM. Defaint & Saillant , Libraires , rue
S. Jean de Beauvais.
ÉTAT Militaire de France, pour l'année
1763 ; fixiéme édition , par MM.
de Montandre- Lonchamps , Chevalier
de Montandre , & de Rouffel. Prix , 3
livres relié . A Paris , chez Guillyn
Libraire , quai des Auguftins , du côté
du Pont- Saint-Michel , au Lys d'cr.
Avec approbation , & privilége du Roi .
Avertiffement des Auteurs.
De toutes les éditions que nous avons
données jufqu'ici , celle- ci n'eft pas
la moins curieufe ni la moins intéreffante.
On y trouve la compofition nouvelle
M A I. 1763.
Ι2Ι
4
$
velle de toutes les Troupes Françoifes
ou Etrangères au fervice de France ;
les quartiers des Régimens tels qu'ils
étoient au premier Avril ; leur uniforme,
lès marques diftinctives de chaque grade
, un précis du fervice de l'Officier
des devoirs du Soldat , des appointemens
& folde de l'un & de l'autre ;
en un mot , c'eft un Code complet
qui peut feul donner une idée exacte
de la forme actuelle du Militaire , dont
la conftitution ne doit plus éprouver
de révolutions . L'Ordonnance portant
création de Régimens Provinciaux ,
mérite entr'autres l'admiration & la reconnoiffance
du vrai Citoyen ; en défendant
fa liberté contre les piéges trop
multipliés des Enrôleurs , elle affure à
l'Etat une fource féconde d'hommes
youés à fon fervice par les diftinctions
& le bien - être qu'elle leur procure.
Nous nous fommes propofé de donner
un tableau racourçi , mais fidéle de tous
ces fages établiffemens : nous nous eftimerons
heureux , fi le Public , & particuliérement
les perfonnes intéreffées
dont nous reclamons l'indulgence , nous
jugent fur notre zéle & fur les efforts
que nous avons faits pour remplir nore
objet.
F
122 MERCURE DE FRANCE .
•
Nous aurions fouhaité de joindre ici.
les Ordonnances qui regleront l'état de
la Gendarmerie & des Régimens Suiffes ;
mais l'on nous preffe de donner notre
Ouvrage , afin d'avoir une idée du Militaire
, telle qu'il eft aujourd'hui . Cependant
nous nous engageons , aufſitôt
que ces Ordonnances paroîtront ,
de les faire imprimer dans le même format
, de façon qu'elles puiffent être inférées
à la fin du Code Militaire que
nous donnons. On en diftribuera à toutes
les perfonnes qui en demanderont ,
en repréfentant le livre.
EXPERIENCES & Obfervations fur
l'ufage interne de la Pomme épineufe ,
de la Jufquiame , & de l'Aconit ; par
lefquelles il eft démontré qu'on peut
faire prendre aux hommes ces Plantes
avec fécurité , & qu'elles font très-falutaires
dans beaucoup de maladies qui
ne cédent point à d'autres remédes.
Traduites du Latin d'Antoine Storck ;
Médecin de la Cour de Vienne . Avec
figures en Taille -douce . A Vienne ; &
fe trouve à Paris , chez P. Fr. Didot le
jeune , Libraire , quai des Auguftins ,
près le Pont S. Michel. 1763.
LE CONSERVATEUR de la Santé ,
MA I. 1763. 123
ou avis fur les dangers qu'il importe à
chacun d'éviter , pour fe conferver en
bonne fanté & prolonger fa vie. Par
M. le Begue de Prefle , Docteur-Régent
de la Faculté de Médecine de Paris
& Cenfeur Royal.
Medicina fuit , res fcire nocentes
Quo fibi mortales à re lædente caverent.
Hebenstreit.
In- 12. La Haye , 1763 ; & fe trouve à
Paris , chez P. Fr. Didot le jeune , Libraire
, quai des Auguftins , près le Pont
S. Michel , à S. Auguftin .
JOURNAL hiftorique du voyage fait
au Cap de Bonne-Efpérance , par fen
M. l'Abbé de la Caille , de l'Académic
des Sciences ; précédé d'un diſcours fur
la vie de l'Auteur , fuivi de remarques
& de réfléxions fur les coutumes des
Hottentots & des habitans du Cap,avec
figures. In- 12 . Paris , 1763. Chez Guillyn
, Libraire , quai des Auguftins, près
le Pont S. Michel , au Lys d'or.
AMBASSADES de MM. de Noailles
en Angleterre. Rédigées par feu M.ÞÄ¿-
bé de Vertot. In- 12 . Leyde , 5 volumes ;
Fij
124 MERCURE DE FRANCE .
& fe trouve à Paris chez Defaint &
Saillant
, Libraires , rue S. Jean de
Beauvais , vis - à- vis le Collége , & chez
Durand , Libraire , rue du Foin .
Nous parlerons plus amplement de
cet Ouvrage , qui mérite toute l'attention
des Amateurs de notre Hiftoire .
ÉLÉMENS de Jurifprudence , par M.
R *** In- 12. Paris , 1762. Chez Delormel
, rue du Foin , à l'Image Ste Géneviéve
, Cellot , Imprimeur-Libraire ,
Grande- Salle du Palais , près l'Escalier
de la Cour des Aydes.
,
LE DANGER des liaiſons , ou Mémoires
de la Baronne de Blemon . Par
Madame la M.... de S. A.... Tome 3 &
dernier. In- 12 . Genéve 1763 ; & fe
trouve à Paris chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés. Nous avons
promis l'Extrait de cet Ouvrage des
qu'il feroit fini. C'eft un engagement
que nous remplirons avec plaifir.
OEUVRES diverfes de M. l'Abbé
Delamarre. In - 12 . Paris , 1763. Se
trouvent chez les mêmes Libraires.
ALMANACH des Beaux-Arts Ou
M A I. 1763. 125
Defcription d'Architecture , Peinture ,
Sculpture , Gravure , Hiftoire Natureile ,
Antiquités , & dates des Etabliffemens
de Paris , pour l'année 1763. Dédié à
M. le Marquis de Marigny. 1 liv. 4 f.
broché . A Paris , chez Grangé & Dufour
, au Magafin Littéraire de la Nouveauté
, Pont Notre-Dame , proche la
Pompe.
L'ANTI-URANIE , ou le Déifme
comparé au Chriftianiſme , Epîtres à
M. de Voltaire ; fuivies de Réfléxions
critiques fur plufieurs Ouvrages de ce.
célébre Auteur ; Par L. P. B. C. In- 12.
Avignon , 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez la veuve Valleyre , à l'entrée du
quai de Gêvres , à la Nouveauté ; &
chez Cailleau , rue S. Jacques , près les
Mathurins , à S. André,
LA BONNE FILLE , ou le Mort vivant
; Piéce à Spectacle , en façon de
Tragédie. Parodie de Zelmire. Amfterdam
, 1763 ; & fe trouve à Paris chez
les mêmes Libraires. Prix , 1 liv . 4 f.
PREDICTIONS Philofophiques , pour
l'année 1763. Envoyées à Mde de ****
Par M. F.... Brochure in- 12 , Londres
1763. Chez les mêmes.
Fin
126 MERCURE DE FRANCE.
LE JARDINIER d'Artois , ou les
Elémens de la culture des Jardins Potagers
& fruitiers par F. Bonnelle , de
l'Ordre des Chanoines Réguliers de la
Ste Trinité dits Mathurins, pour la Rédemption
des Captifs . Volume in- 8 °.
Prix , 50 f. broché. Ce volume contient
deux parties. Dans la première il donne
la defcription , la culture & la propriété
de chaque légume. Dans la feconde il
traite des meilleures efpéces de fruits ,
de la taille des arbres & de la manière
de les planter. Il donne un Traité fur la
manière d'élever des couches pour avoir
des champignons pendant l'hyver &
pendant l'été. Il fait enfuite une longue
& fçavante differtation fur le figuier.
Il parle en connoiffeur de la façon de
cultiver l'oranger , de la manière d'élever:
les orangers de grains du tems de les écuffonner
, des terres qui leur font propres
, de la defcription des caiffes , des
arrofemens particuliers , des inconvéniens
qui leur arrivent , de la conftru-
Etion d'une bonne fèrre , & c . On trou
ve à la fin de ce Volume un Traité fur
la giroflée & un autre fur l'oeillet. Cet
Ouvrage a paru mériter l'attention du
Public. Il fe vend à Arras chez Michel
Nicolas , Imprimeur- Libraire , vis -à -vis
M A I. 1763.
1127
C
les Etats ; chez Laureau , Libraire , rue
des Jéfuites , près le Marché aux Poiffons
; & à Paris , chez Leclerc , Libraire
, quai des Auguſtins.
29
DESCRIPTION hiftorique & naturelle
du Groenland , par Edge , traduite
du Danois , avec la Carte & 11 figures,
8°. fous preffe , papier fin.- dit .
pap. moyen collé. dit. pap. non-collé.
*
-
DICTIONNAIRE de Commerce , par
Savary , avec beaucoup d'additions
&c. 4 vol. in fol . G. P. - Tome 5º , qui
contiendra le commerce de chaque
Pays , & les Compagnies de Commerce,
avec beaucoup d'additions. On payera
pour les 5 volumes , jufqu'à ce qu'ils
foient finis en 1763 , 54 liv. enfuite
67 liv. 10 f. Petit Dictionnaire portatif
, ou abrégé de Savary , 8°. 7 vol.
G. P. 18. liv.
ทาย Ces Ouvrages font fous preffe chez
les Frères C. & A. Philibert , Imprimeurs-
Libraires , à Coppenhague & à
Genève. On peut foufcrire à Paris chez
MM. Defaint & Saillant , Libraires , rue
S. Jean de Beauvais.
Fermer
Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
Le document de 1763 présente diverses annonces de livres. Parmi les ouvrages mentionnés, l'« État Militaire de France » pour l'année 1763 est une édition révisée qui détaille la composition des troupes françaises et étrangères au service de la France. Elle inclut les quartiers des régiments, les uniformes, les marques distinctives des grades, ainsi qu'un précis des devoirs des officiers et des soldats. Cette édition met également en avant l'ordonnance sur la création des régiments provinciaux, visant à protéger la liberté des citoyens contre les enrôleurs et à assurer une force d'hommes dévoués au service de l'État. Les auteurs expriment leur intention de publier prochainement les ordonnances régissant la gendarmerie et les régiments suisses. Le document mentionne également des travaux médicaux, tels que les « Expériences & Observations » sur l'usage de plantes comme la pomme épineuse, la jusquiame et l'aconit, traduites du latin par Antoine Storck. Un autre ouvrage médical notable est « Le Conservateur de la Santé » par le Begue de Presle, qui offre des conseils pour éviter les dangers et préserver la santé. Des ouvrages historiques et de voyage sont également listés, comme le « Journal historique du voyage fait au Cap de Bonne-Espérance » par l'Abbé de la Caille, et les « Ambassades de MM. de Noailles en Angleterre » rédigées par l'abbé de Vertot. Enfin, le texte liste divers autres ouvrages, allant des éléments de jurisprudence aux almanachs des beaux-arts, en passant par des œuvres littéraires et des traités sur la culture des jardins.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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306
p. 54-68
HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
Début :
L'HISTOIRE simple des faits peut intéresser la curiosité des gens oisifs ; l'Histoire [...]
Mots clefs :
Divorce, Réflexions, Droits des nations, Historien, Déclamateur, Roi d'Angleterre, Alliances, Reine, Intérêts, Impétuosité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
HISTOIRE du divorce d'HENRI
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE
D'ARRAGON. Par M.
l'Abbé RAYNAL. A Amſterdam &
ſe trouve àParis chez Durand , rue du
Foin, 1763 , un Vol. in- 12.
L'HISTOIRE fimple des faits peut intéreſſer
la curiofité des gens oififs ; l'Hiftoire
raiſonnée des motifs pique celle
des Philoſophes. On aime à voir les mobiles
des grands événemens , à comparer
les effets aux cauſes , à développer à
combien de petites circonſtances , d'incidens
légers , de minucies puériles tiennent
& les révolutions des Empires & les
variations des choſes qui opérent ces révolutions.
Auſſi ne ſeroit-ce que par
des hommes profonds dans la ſcience de
la Politique , que l'Hiſtoire devroit être
écrite. Alors , non-ſeulement l'Hiftoire
préſenteroit le tableau des événemens
JUIN. 1763 . 55
paſſés , mais elle ſerviroit de régle pour
les conjonctures préſentes & de guide
pour l'avenir. Car , il ne faut pas s'y tromper,
les réfléxions ſont l'âme de l'Hiftoire.
Si elle en eſt dénuée , l'Hiſtoire
n'eſt plus que le ſquelette froid& inanimé
d'un corps qu'on s'attend à trouver
plein de chaleur &de vie. Mais aufſi , ſi
les réfléxions de l'Hiſtorien ne naiſſent
du Sujet , s'il ceſſe d'être Politique pour
devenir Moraliſte , c'est-à-dire , s'il veut
juger les droits des Nations d'après les
principes qui décident de ceux des Particuliers
, fans fonger que les idées de la
justice conſidérée de Nation à Nation ,
différent infiniment des idées de la juftice
confidérée de Particuliers à Particuliers
; fi , enfin les réflexions dont il nourrit
ſon récit , ſont applicables à divers
faits , ſans que la nuance qui les rend
propres à l'un plutôt qu'à l'autre,ſoit marquée
ſcrupuleuſement ; alors l'Hiſtorien
dégénére en Déclamateur , & fon Ouvrage
n'est qu'une amplification d'Ecolier
de Rhétorique.
,
ne
Ces défauts , trop remarquables dans
la plupart des Hiſtoriens modernes
ſe trouvent point ici ; les qualités oppofées
y brillent au contraire avec éclat ,
&fi la réputation de M. l'Abbé R .....
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
n'étoit pas faite depuis longtemps , cet
Ouvrage feul fuffiroit pour l'établir.
Henri VII, Roi d'Angleterre, croyant
qu'il étoit de la bonne politique de former
dans le continent des alliances qui
puffent redonner à ſa Couronne l'éclat
que les guèrres civiles lui avoient fait
perdre , demanda & obtint en mariage
pour ſon fils Arthur , Catherine d'Arragon,
fille des Rois Catholiques Ferdinand
& Isabelle. Peu de temps après la
célébration , le jeune Prince mourut.
Cet événement pouvoit rompre les liens
qui uniſſoient l'Eſpagne à l'Angleterre.
Or comme il étoit de l'intérêt des deux
Puiſſances de les reſſerrer , on réfolut de
marier la veuve d'Arthur à Henri fon
frère. Sous tout autre Pape , il y auroit
eu peut-être des difficultés pour obtenir
la diſpenſe néceſſaire ; mais elle fut accordée
avec joie par Jules II. La haine
de cePontife pour laFrance lui fit trouver
du plaiſir à favoriſer l'unionde deux Puifſances
qui ne cherchoient qu'à humilier
cette Couronne. La diſpenſe eut les
fuites qu'elle devoit avoir. Le nouveau
Prince de Galles fiança la veuve de fon
frère ; mais après avoir fait une proteſtation
ſecrette contre le conſentement qu'il
donnoit à cette alliance , le mariage fut
JUIN. 1763 . 57
confommédel'aveu du Conſeil d'Etat ,
lorſque ce jeune Prince monta ſur leTrône
ſous le nom d'Henri VIII. Ces noeuds
formés par la Politique , furent bientôt
ſuivis de dégoûts, qu'aucune beauté dans
la Reine ne pouvoit empêcher de naître,
Anne de Boulen , jeune Angloiſe , qui
avoit été élevée dans la Cour la plus galante
de l'Europe , furprit le jeune Monarque.
La coquetterie ordinaire à fon
fexe lui avoit d'abord fait voir du plaifir
à donner de l'amour à ſon Roi; unecoquetterie
plus adroite , lui fit defirer de
tirer de cet amour tout le parti poſſible.
Elle n'eut pas plutôt connu tout l'excès
de la foliede Henri , que forçant fon caractère
& ſe parant des dehors de la retenue&
de la ſageſſe , elle lui fit ſentir
que ne pouvant être ſa femme , elle avoit
tropde vertu pour être ſa maîtreffe.Henri
dès-lors fongea à ſe ſéparer de Catherine
; & quoique les Hiſtoriens ne foient
pas d'accord fur la date de cet étrange
deffein , & que notre Auteur lui-même
n'oſe en marquer l'époque , il eſt naturel
de penser que le defir de faire caffer
fon mariagevint à Henri à l'inſtant qu'il
ſcut la réſolution de fa maîtreſſe . Mais
il falloit colorer ce projet & en rendre
l'idée moins révoltante pour l'Angleterre
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
& pour l'Europe. Les intérêts du Prince
étoient changés , il falloit bien que ſes
liaiſons changeafſent auffi. Les Ambaſſadeurs
de France arrivent , concluent un
Traité de Paix entre les deux Couronnes
& propoſent de la part de leur Maître
de cimenter ce Traité, en uniſſant les
deux Maiſons par le mariage de Marie ,
fille de Henri & de Catherine avec François
I. Tout applaudiſſoit à cette alliance,
lorſque l'Evêque de Tarbes , l'un des
Ambaſſadeurs de François I. laiſſe entrevoir
des doutes ſur la légitimité de
Marie; & preffé de s'expliquer , il déclare
qu'il croyoit nul le mariage de
Henri & de Catherine , & que les plus
habiles Théologiens penſoient de même.
Aces mots Henri paroît étonné , affligé
même ; mais ne voulant pas vivre
dans une union illicite , il s'empreſſe à
demander la diffolution du mariage inceſtueux
qu'il avoit contracté. Il députe
fur le champ un Miniſtre en Italie , pour
obtenir du Pape une Bulle qui l'autoriſe
au divorce qu'il médite , & que tout lui
faifoit defirer.
Clément VIIavoit fuccédé à Jules II.
Rien de plus oppoſé que ces deux dontifes.
L'impétuofité , la marche rapide
dans ſes projets caractériſoient celui- ci.
JUI N. 1763 . 59
L'irréſolution , la défiance en ſoi-même
&en autrui , conftituoient celui - là. Un
tel homme étoit peu propre à plaire à
Henri. Il falloit pourtant que l'impatience
du Prince cédât & ſe modérât fur
les tergiverſations du Pontife. Ici M.
l'Abbé R ... développe les intrigues de
la Cour de Rome , & les intérêts qui
la font agir. L'hiſtoire des négociations
des Miniftres de Henri pour obtenir le
divorce , des obstacles & des retardemens
que mirent à cette affaire les Légats
de Clément , est trop chargée de
circonſtances pour être fufceptible d'extrait.
C'eſt dans l'Ouvrage même qu'il
faut voir les différens manéges des uns
& des autres , manéges dont l'unique
fruit fut d'aigrir les eſprits des deux
côtés , & d'amener enfin la rupture
éclatante qui ſépara à jamais non ſeulement
Henri & Catherine mais qui
rompit les liens ſpirituels par leſquels
l'Angleterre tenoit à Rome,& fit de cette
Ifle une Province chrétienne qui n'étoit
plus catholique.
,
Henri parvenu au comble de ſes voeux
épousa Anne de Boulen , dont il ſe dégoûta
bientôt. Le divorce l'avoit féparé
de Catherine ; la hache du Bourreau
de Londres le délivra d'Anne. Jeanne
Gvj
60 MERCURE DE FRANCE
Seymour , Anne de Cleves , Catherine
Howard & Catherine Parr fuccéderent
à ſes amours & à ſes fureurs ; & fon lit
tour-à-tour rempli par le caprice ou par
la débauche , tour-a-tour avili ou enfanglanté
par la jalouſie ou la tyrannie,
rendit ce Prince l'objet des regards de
l'Europe, celui du mépris des honnêtes
gens & de la compaffion des ſages.
Il faut maintenant pour juftifier ce
que nous avons dit de la manière de
M. l'Abbé R ... tranfcrire deux ou trois
(morceaux de fon Livre que nous allons
choifir parmi ceux qu'on peut iſoler ;
&comme le premier mérite d'un Hiftorien
eſt de ſçavoir peindre & furtout
de faire reſſembler , nous mettrons ſous
les yeux des Lecteurs les portraits de
Jules II , de Clément VII & deHenri
VIII.
>> Jules II étoit parvenu à la Thiare,
» quoiqu'il y eût publiquement afpiré
>> pendant dix ans. Les voyes qu'il avoit
>>priſes pour aſſurer ſon élévation , n'a-
>>voient pas fait eſpérer un Pontife fort
>>religieux , ni le nom du premier
>>Empereur Romain qu'il avoit choiſi ,
>> un Prince pacifique. Son caractère
>> ſe trouva tel qu'on l'avoit imaginé.
>> Tout entier à la guèrre & à la politiJUIN.
1763 . 61
» que , il abandonna le ſoin de la foi
»& des moeurs à ſes Miniſtres les plus
fubalternes. L'Italie le vit plus d'une
>> fois à la tête des armées ; & l'Europe
>> entière fut bouleversée par ſes intri-
>> gues. On remarquoit dans ſon carac-
>> tère un fond d'inquiétude qui ne lui
>>perm ettoit pas d'être fans projets , &
>> une certaine audace qui lui en faifoit
→ préférer les plus hardis. Il meſuroit fes
>>>entrepriſes plutôt ſur ſon ambition ,
>> que ſur ſes forces ; & les prétentions
>>les plus chimériques de quelques-uns de
>> ſes Prédéceſſeurs étoient à ſes yeux
>> des droits inſéparables de ſa place.
>> Comme il avoit l'âme plus fière qu'é-
>> levée , il étoit plus jaloux de l'empire
>>que donne le rang , que de celui que
>>>donne le génie ; il aimoit mieux régler
>> les actions des hommes que leurs fen-
>>>timens. S'il eut l'enthouſiaſme propre
» à communiquer ſespaſſions à d'autres
>> Puiſſances , il manqua de l'eſprit de
>>conciliation qui les rend durables ....
>>Les difficultés qui découragent les foi-
» bles , qui éclairent les ſages , & qui
> affermiſſent les âmes élevées, l'aigrif-
>> foient ordinairement : mais il avoit
» alors le vice de cette fituation; il ne
>>voyoit rien ou il voyoit mal.
62 MERCURE DE FRANCE .
1
A ce portrait , oppofons celui de Clément
VII. » Inquiet , irréſolu , alterna-
>> tivement foible & opiniâtre , il met-
>>toit la gravité a la place de la dignité ;
» & il avoit plus d'empire ſur ſon exté-
>>>rieur que ſur ſon imagination. Ce ra-
>> finement de diffimulation, qui caracté-
>>riſoit fon fiécle & principalement ſa
>> Nation , formoit le fond de fon carac-
>>rère. Il mettoit beaucoup plus d'eſprit
>>à conduire une fauſſeté, qu'il ne lui en
>> auroit fallu pour s'en paffer. La crain-
>>te étoit le principe deprèſque toutes ſes
>> démarches , & cette foibleſſe perçoit
» à travers les apparences de vue & de
>>politique qu'il affe&oit pour juſtifier ſes
>> fréquens changemens de parti ou de
>>ſyſtême. Il fut ſouvent malheureux, &
>>il fut toujours au-deſſous de ſes mal-
» heurs.En un mot, c'étoit une âme com-
>> mune qu'il étoit poſſible de ſéduire, &
» facile de'corrompre ou d'intimider.
Il n'eſt pas bien difficile de concevoir
comment une affaire auſſi ſimple en elle-
même , que celle du divorce de Henri
VIII , auffi aiſée à décider dans quelque
ſyſtême qu'on eût puiſé la décifion ,
ait été l'objet de tant d'infructueuſes négociations.
Charles V, François I, tour
àt our l'objet des voeux & des craintes
JUIN. 1763 . 63
de Clément VII , qu'il falloit offenfer
l'un ou l'autre par lejugement de cette
affaire , étoient des motifs plus que ſuffifans
pour engager ce Pontife foible &
lâché à traîner la choſe en longueur.
L'idée qu'on ſe forme ordinairement
de Henri VIII , eſt ſi fauſſe ou fi confuſe
, qu'il a paru néceſſaire à notre Auteur
d'en tracer le portrait d'après les
faits qui peuvent ſervir à le faire connoître
; & comme ce portrait nous paroît
exactement conforme à l'idée que
ſa vie donnera de lui , lorſqu'on l'examinera
avec des yeux philofophiques
& politiques , nous terminerons notre
extrait par ſon caractère.
>> La Nature lui avoit donné beaucoup
>>de pénétration, mais de cette pénétration
>>qui fait plutôtla fortune des particuliers ,
>>que la gloire d'un Souverain. Son goût
> particulier& celui de fon fiécle le tour-
>>>nerent vers les ſciences abſtraites , &
>>il perdit à l'étude de la Scholaftique
>>un temps qui pouvoit être utilement
>> employé à approfondir les principes
» du Gouvernement. Par un malheur
» qui a prèſque toujours des ſuites fa-
>> cheuſes , il fut Théologien & enthou-
>> ſiaſte : l'amour de ſes opinions le ren
64 MERCURE DE FRANCE.
>> ditd'abord Controverfiſte * , & enfin
>>tyran . La libéralité qui eſt prèſque tou-
>>jours un crime dans les Rois , parce
>> que ce n'eſt pas leur bien, mais ce-
>> lui de l'Etat qu'ils prodiguent , fut
>> pouffée à l'excès fous fon régne ; il
>> ruina ſes Sujets par des profufions
>> criminelles & extravagantes. Une
> confiance aveugle en ſes Miniſtres , le
>> réduifit à être durant la moitié de fon
>> regne le jouet de leurs paffions , ou
la victime de leurs intérêts ; l'autre
>>partie fut employée à troubler le re-
» pos du Royaume , & à l'inonder de
>>fang. L'opinion qu'il avoit que l'An-
>> gleterre étoit le balancier ** de l'Eu-
*Tout le monde ſçait que Henri VIII écrivic
en 1121 , contre Luther un Livre , intitulé des
Sept Sacremens. Quoiqu'il y ait apparence que
Wolfey , Gardiner & Morus ayent eu beaucoup
de part à la compoſition de cet Ouvrage , il valut
au Monarque Anglois le titre de Défenseur de la
Foi. Fuller dit à cette occaſion dans ſon Hiftoire
de l'Egliſe , que Patch,le fou de la Cour , voyant
unjour le Princede bonne humeur , lui en avoit
demandé la railon , & que le Prince lui avoit répondu
que c'étoit à cauſe du titre de défenſeur
de la Foi. Sur quoi le fou lui repliqua : Je t'en
prie ,mon cherHenri , défendons-nous nous-mêmes ,
&laiffons la Foise défendre feule . Faller .
** Quod illic , de æquilibrio Galliæ & Hifpania
feritur, Angliam effe examen Europe,staterasque
JUIN. 1763 . 65
» rope , l'empêcha de faire les efforts
>>néceſſaires pour que cela fût; & il ſe
>>vit forcé plus d'une fois à recevoir les
>>impreſſions des Puiſſances qu'il au-
>>roit dû conduire par les ſiennes. Com-
>>me ſa politique n'étoit ordinairement
> ni ſçavante ni ſuivie , il formoit fou-
>> vent des entrepriſes pernicieuſes , ou
>>abandonnoit celles qui avoient été fa-
>> gement formées : on ne le trouvoit
>> appliqué& ferme que dans les affai-
>>res qu'il regardoit comme perſonnelles.
>>Ceux qui lui ont accordé des talens
>>ſupérieurs en voyant l'afcendant
>>qu'il avoit pris ſur ſes Peuples , nous
>>paroiſſent avoir confondu l'effet qui
>>étoit frappant avec la cauſe qui étoit
>> cachée : plus d'attention leur auroit
>>fait voir que la ſoumiſſion des Sujets
>>fut, par un pur hafard , le fruit du fy-
>>ſtême de Religion que le dépit ſeul
>>avoit inſpiré au Monarque : les Ca-
>>>tholiques & les Luthériens convaincus
>>que le Prince ne pouvoit pas reſter
>>dans l'eſpéce de milieu qu'il avoit pris
>> entr'eux ſe déterminerent à une
>>complaiſance aveugle , les uns pour
,
و
illa duo regna ejufdem Europa, non omninò rejiciendum
eft à prudenti viro . Antonio Perez. Lettre au
Comted'Effex.
1
66 MERCURE DE FRANCE.
>>le ramener à ſes premiers principes ,
>>& les autres pour l'atrirer à eux. On
>> ne peut nier que Henri n'ait connu
>>les hommes , & qu'il ne les ait mis
> ſouvent à leur place ; mais il lui man-
>> qua le talent de s'en ſervir : ou il les
>>négligeoit par caprice , ou il les aban-
>> donnoit par foibleſſe , ou il les humi-
>>> lioit par fierté & pour faire tomber
>> les ſoupçons qu'on pouvoit avoir ,
>>qu'il laiſſoit prendre trop d'empire
>> fur lui à ſes favoris. Il donna dans tous
>>les écueils des Rois qui n'ont ni prin-
>> cipes fixes ni probité: les loix chan-
>> geoient tous les jours ſous ſon regne ;
»& ce qui étoit plus affreux & plus or-
>>dinaire encore , le Citoyen étoit jugé
>>par la volonté du Prince & non par
>>>l'autorité de la Loi. Ses paffions , ſes
>>>defirs , ſes moindres fantaisies étoient
>> des or ' res pour ce même Parlement ,
>>qui , habile depuis à faire naître ou à
>>ſaiſir des conjonctures favorables , a
> afſuré la liberté de la Nation ſur des
>> fondemens qui paroiſſent inébranla -
>>bles. * Tous ceux qui l'ont étudié
*
>> Le Parlement étoit fi fort ſubjugué qu'il or-
>> donna que ceux qui auroient prêté de l'argent
>> a Henri , feroient obligés de l'en tenir quitte.
>> Quelque injuſte que fût cet acte , les Chambres
JUI N. 1763 . 67
:
» avec quelque ſoin , n'ont vu en lui
» qu'un ami foible , un allié inconſtant ,
>> un amant groffier , un mari jaloux ,
>>un père barbare , un maître impérieux,
>>unRoi cruel. * Quoiqu'en montant
>> ſur le Trône , il trouvat une Nation
>> entiere , prévenue en ſa faveur , des
>>tréſors immenfes , un état paiſible ,
>> des voiſins diviſés , il ne fit rien pour
>> le bonheur de ſes Sujets , & fort
>> peu pour ſa gloire. Pour peindre
» Henri d'un trait il fuffit de ,
>> ne furent point fâchées que le Roi le deſirat ,
>>afin de faire ceſſer l'uſage des emprunts qui
> avec le temps auroient rendu les Parlemens
>>i>nutiles. Mylord Herbert.
* Henri mécontent de François I , lui envoya
pour Ambaſſadeur un Evêque Anglois , qu'il voulut
charger de quelques diſcours fiers & menaçans.
Ce Prélat qui ſentit tout le danger de ſa
commiſſion , chercha à s'en faire diſpenſer. Ne
craignez rien , lui dit le Prince : ſi le Roi de France
vous faiſoit mourir , je ferois abbattre bien des
têtes à quantité de François qui ſont en ma puiſfance.
Je le crois , répondit l'Évêque ; mais de toutes
ces têtes , ajoûta- t- il en riant , iln'y en apas
une qui vint fi bienfur mon corps que celle qui y est.
Sans cette agréable réponſe qui divertit le Roi ,
l'Ambaſſadeur auroit été obligé de ſuivre , au péril
de ſa vie,des inſtructions pleines d'orgueil & de
fiel . M. Herbert.
68 MERCURE DE FRANCE.
>> répéter ce qu'il dit à ſa mort : Qu'il
» n'avoit jamais refusé la vie d'un hom-
»me à ſa haine , ni l'honneur d'une
"femme à ses defirs. *
*On n'appelloit autrefois les Rois d'Angleterre
queVotre Grace. Henri VIII fut le premier qui ſe
fit appeller Alteſſe , puis Majesté. Ce fut François 1
qui commença a lui donner ce dernier titre dans
leur célébre entrevue de 1520. La magnificence
decette aſſemblée connue ſous le nom de camp
dedrap d'or ,fut telle , dit du Bellai , que plusieurs
yporterent leurs moulins , leurs forêts & leurs prés
fur leurs épaules .
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Résumé : HISTOIRE du divorce d'HENRI VIII. Roi d'Angleterre avec CATHERINE D'ARRAGON. Par M. l'Abbé RAYNAL. A Amsterdam & se trouve à Paris chez Durand, rue du Foin, 1763 , un Vol. in-12.
L'ouvrage 'Histoire du divorce d'Henri VIII, roi d'Angleterre, avec Catherine d'Aragon' de l'abbé Raynal met en lumière l'importance de comprendre les motivations derrière les événements historiques et la maîtrise de la politique par les historiens. L'histoire débute avec le mariage entre Arthur, fils d'Henri VII, et Catherine d'Aragon, visant à renforcer les alliances européennes. À la mort d'Arthur, Henri VIII épousa Catherine avec la dispense papale de Jules II. Influencé par Anne Boleyn, Henri VIII chercha à divorcer, utilisant les doutes de l'évêque de Tarbes sur la légitimité de son mariage. Les négociations avec le pape Clément VII furent longues et complexes, menant à une rupture entre l'Angleterre et Rome. Henri VIII épousa ensuite Anne Boleyn, qu'il fit exécuter, avant de se remarier successivement avec Jeanne Seymour, Anne de Clèves, Catherine Howard et Catherine Parr. Les portraits des papes Jules II et Clément VII sont esquissés : Jules II était ambitieux et orienté vers la guerre et la politique, tandis que Clément VII était inquiet et influençable. Henri VIII est décrit comme intelligent mais mal avisé, ce qui compliqua son règne marqué par la tyrannie, la libéralité excessive et la manipulation par ses ministres. Son règne fut caractérisé par des changements fréquents de lois et des décisions judiciaires dictées par ses passions. Henri VIII fut le premier roi d'Angleterre à porter le titre de 'Majesté', accordé par François Ier lors de la rencontre du Camp du Drap d'Or en 1520.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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307
p. 68-84
LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
Début :
Le but de votre Journal, Monsieur, étant d'annoncer les productions nouvelles [...]
Mots clefs :
Physique systématique, Abrégé, Solidité de la matière, Physique expérimentale, Opinion, Système, Révolutions célestes , Éclipses, Électricité, Attraction
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
LETTRE A L'AUTEUR DU
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
MERCURE.
SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE
à l'usage des Ecoliers. Par M. DE
SAINTIGNON , de la Société Royale
des Sciences & Arts de Metz , &c.
Le but de votre Journal , Monfieur ,
étant d'annoncer les productions nouvelles
des Sciences & des Arts , & ce
qui n'eſt pas moins utile , de les préfenter
d'une manière qui puiſſe fixer le cas
que le Public en doit faire , j'eſpére que
vous voudrez bien inférer dans le MerJUIN.
1763 . 69
cure prochain l'Analyſe ſuivante d'une
partie du Traité abrégé de Physique à
l'usage des Ecoliers , par M. de Saintignon
, de la Congrégation de Notre Sauveur
, de la Société Royale des Sciences
& Arts de Metz , &c. Si cet Ouvrage
convient à ceux à qui M. de Saintignon
le deſtine , c'eſt un travail précieux
qu'on ne peut trop ſe hater de
faire connoître : dans le cas contraire il
eſt important de leur épargner la perte
d'un temps qu'ils peuvent employer plus
utilement , & de prévenir le tort que
peuvent faire à des têtes neuves, les traces
que laiſſe toujours après foi un
ouvrage élémentaire qui manque d'exa-
Ctitude. Dans l'un & l'autre cas , les remarques
que j'ai l'honneur de vous
adreſſer feront utiles , fi elles font bornées
à ce que renferme véritablement
le Livre de M. de Saintignon. Afin que
le Lecteur n'héſite point à m'accorder.
ſa confiance fur ce point, j'aurai ſoin
de tranfcrire l'ouvrage même le plus
ſouvent que je pourrai.
En lifant dans la Préface du Traité
abrégé de Phyfique la déclaration qu'y
fait M. de Saintignon , qu'il ne prétend
pas fe donner pour Auteur , il n'eſt aucun
Lecteur ſans doute qui ne ſe ſente
70 MERCURE DE FRANCE.
diſpoſé à lui accorder le mérite de la
modeſtie ; on ne ſuppoſe pas volontiers
que quelqu'un entreprenne d'écrire en
fix volumes un abrégé fur cette matière
fans avoir rien de nouveau à donner.
Nous accordons cependant à M. de
Saintignon la vérité de ſa déclaration
dans ce ſens qu'il a copié comme il
l'avoue lui-même , des Ouvrages de
ce genre que tout le monde a entre les
mains ; mais on verra par la ſuite , qu'il
y a hazardé de fon chef beaucoup de
choſes qu'il n'a trouvées nulle-part ,
mais qui auront peine à être reçues.
Parmi les Ouvrages que M. de Saintignona
incorporés dans ſon Livre , l'excellent
traité de Phyſique expérimentale
de M. l'Abbé Nollet eſt celui dont
il paroît avoir tiré plus que de tout autre.
Nous applaudirions à ce choix , fi M.
de Saintignon eût obſervé partout la
même marche qu'il a ſuivie dans un
très-grand nombre d'endroits , celle de
s'en tenir aux expreffions de l'Auteur ;
mais les changemens qu'il s'eſt permis
d'y faire en quelques occaſions ,ne nous
ont point paru avoir ni l'exactitude ni
la clarté qu'on eſt en droit d'éxiger
dans un Ouvrage élémentaire. Par exemple
, M. de Saintignon après avoir penJUIN.
1763 . 71
dant quelques lignes ſuivi M. l'Abbé
Nollet mot à mot ſur les idées qu'il
donne de la ſolidité , au lieu d'adopter
ces expreffions ſi claires & fi exactes
de l'Auteur qu'il copie... » Etre ſolide
>> eſt une propriété non ſeulement com-
» munee, mais même éſſentielle à tous
>>les corps ; c'eſt le ſigne le moins équi-
>>voque de leur éxiſtence , &c. M. de
Saintignon ,dis-je, y ſubſtitue les ſuivantes
, il paroît qu'on peut confondre la
folidité de la matière avec la matière
méme ... La ſolidité eſt une ſuite de l'étendue
folide.
L'uſage des Planches dans les Livres
foit de Mathématique, ſoit de Phyſique ,
eſt d'une utilité généralement reconnue.
Le ſeul motif qui puiſſe engager un
Auteur à s'en paſſer , eſt celui de diminuer
les frais. Mais ce motif eſt il--
luſoire lorſqu'on veut écrire ſur ces
matières pour des commençans. En effet
il eſt aiſéde ſe convaincre queles planches
véritablement néceſſaires n'augmententque
très-médiocrement le prix,
& que leur fuppreffion au contraire
rend le Livre abſolument inutile à ceux
à qui on le deſtine. M. de Saintignon
qui a pris ce dernier parti , a néanmoins
ſenti l'impoffibilité de ſe paſſer entière
72 MERCURE DE FRANCE.
ment de figures ; mais malheureuſement
outre qu'il n'en a employé qu'un trèspetit
nombre , elles manquent d'ailleurs
dans les endroits où elles étoient bien
plus néceſſaires , par exemple dans la
defcription des machines , ou dans l'expoſition
des Phénomènes un peu compofés.
,
M. de Saintignon a tâché de faire
marcher enfemble la Phyſique ſyſtématique
& la Phyſique expérimentale .
Sous ce dernier titre on s'attend à
trouver dans cet ouvrage des expériences
décrites avec netteté & avec
exactitude : elles n'y font cependant
qu'indiquées ou imparfaitement décrites
: nous dirions plutôt que c'eſt une
hiſtoire abrégée de la Phyfique expérimentale.
Quant à la partie fyſtématique,
on la trouve expoſée dans le premier
volume , ſous ce titre : Systéme de M.
de la Periere.
J'avoue que je ne connoiſſois pas le
ſyſtême de M. de la Periere ; ainfi je
ne fuis pas en état de juger fi ce dernier
a lieu d'être content de la manière
dont M. de Saintignon a rendu
ſes idées ; mais ce que je puis afſurer ,
c'eſt que , quoique je ne fois pas neuf
en cette matière , je n'ai pû juſqu'ici
parvenir
JUIN. 1763 . 73
parvenir à entendre ce ſyſtême , je veux
dire à le concilier avec les principes de
la faine méchanique. On en verra par la
fuite quelques échantillons ; obſervons
ſeulement que c'eſt de ce ſyſtême , que
M. de Saintignon entreprend de déduire
l'explication de différens Phénomènes
que la Phyſique conſidére .
C'eſt ſans doute par égard pour la
réputation de Newton , que M. de Saintignon
, après avoir expoſé les avantages
qu'il croit voir dans le ſyſtème de M.
de la Periere , accorde quelques pages
à la réfutation de ce qu'il appelle le
ſyſtême de Newton , qu'il paroît confondre
avec les inepties de quelquesuns
des Sectateurs de ce grand homme .
Nous ne raporterons pas ici cette réfutation
, parce qu'elle eſt longue , &
qu'elle ne plairoit pas même aux Anti-
Newtoniens ; car elle n'intéreſſe aucunement
l'opinion de Newton ; nous
rapporterons cependant la conclufion :
Enfin , dit M. de Saintignon , quand
tout auroit répondu à l'attente des calculateurs
, même pour l'explication des
phénomènes terrestres , on pourroit encore.
n'avoir pas deviné le vrai mechaniſme
du monde , puisqu'il eft incontestable
que le Créateur a été libre dans le choix
D
74 MERCURE DE FRANCE.
des moyens & dans l'exécution.
Si ces raiſons ſont concluantes , elles
le font indifféremment contre tout fyftême
; & M. de Saintignon n'a cependant
pas eu intention , je penſe ,
d'y comprendre celui qu'il adopte. Si
M. de Saintignon avoit moins de dégoût
pour le calcul & les Calculateurs ,
qu'il ne le témoigne dans ſon Livre ,
il auroit trouvé dans la Doctrine des
probabilités , qu'il y a infiniment plus
à parier pour un ſyſtême qui rempliroit
ces conditions , que pour tout autre.
Pour traiter les Newtoniens avec
cette ſévérité , il ne faudroit pas ſe permettre
d'avancer que la matière peut
être réfléchie par le néant. C'eſt cependant
la manière dont M. de Saintignon
ſe tire , dans ſon Ouvrage , de quelques
difficultés qui l'embarraſſent.
M. de Saintignon nous aſſure qu'on
va donner les derniers coups auSystéme
Newtonien , en démontrant que les révolutions
célestes nefont pas des éclipses.
Il ne nomme pas l'Auteur , & cela eft
fort fage , car l'expreſſion ne lui feroit
pas honneur. Mais en attendant que
cette redoutable menace , priſe dans le
ſens que M. de Saintignon avoit deffein
d'exprimer , arrive à l'exécution , paffons
JUIN. 1763 . 75
1
àd'autres choses ; car fans doute le Lecteur
ne nous ſçauroit pas gré de nous appeſantir
ſur toutes les inadvertances qui
échappentà M. de Sain tignon dans cette
prétendue réfutation. Ce feroit affez inutilement
, qu'en tranſcrivant M. de Saintignon
, nous rappellerions les vains efforts
qui ont été faits par ceux qui ont
mieux aimé entreprendre de réfuter
Newton, que de ſe mettre en état de l'entendre.
L'Électricité entre les mains de M.
l'Abbé Nollet , n'a pas un meilleur fort
chez M. de Saintignon que l'Attraction
entre celles de Newton : elle y eft attaquée
de la même manière , c'est-à- dire ,
par la répétition des objections faites par
d'autres. L'équité demandoit que l'on
fit ſuivre les réponſes quiy ont été faites.
Il ſemble qu'on n'a fait mention de ces
deux Sçavans , que pour avoir occafion
de ſubſtituer à leurs raisonnemens , les
idées de M. De la Périere.
J'ai paffé ſous filence les notions que
M. de Saintignon donne de la matière
& de ſes propriétés générales : cela va
quelquefois affez bien quand il tranſcrit;
mais quand il marche ſeul , alors , propriétés
& qualités font la même chose.....
les couleurs , les odeurs , & c , n'existent
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
qu'en apparence.... On ne doit point rai-
Jonner contre l'expérience .... Laifferonsnousà
nos arrières - neveux la commiſſion
de raifonner ?..... Nous ne concluons cependant
pas que l'étendue foit effentielle
aux corps , &c.
On a penfé jufqu'ici en Phyſique que
le feu& la lumière étoient très-élaſtiques
; M. de Saintignon les croit trèscompreffibles
: fans doute , il veut dire
très -élastiques ; mais cette inattention
peut induire en erreur un Ecolier , qui
croit qu'on a ſoin d'employer les mots
felon leur fignification.
Perfonne aujourd'hui ne s'aviſeroit
de confondre l'inertie avec la pefanteur ;
l'expérience & le raiſonnement ont féparé
ces deux propriétés. Quoi qu'il en
foit , M. de Saintignon , nonobſtant le
principe qu'il a porté ci-deſſus , qu'on ne
doit point raifonner contre l'expérience ,
nous affure que l'inertie est la même cho-
Se que la pesanteur , & dans un autre
endroit , que les corps en mouvement
n'ont pas d'inertie. Ceci n'eſt cependant
pas une affaire d'opinions. Voyons quelques-
uns des raiſonnemens de M. de
Saintignon.
L'Attraction , dit M. de Saintignon ,
n'est pas la cause de la force d'inertie.
JUIN. 1763.. 77
On en convient , mais on ne conviendra
pas , je penſe , que le raiſonnement ,
que M. de Saintignon emploie pour le
prouver ,foit concluant ; car , continuet-
il , cette qualité merveilleuse qui agiroitfi
puiſſamment ſur les corps , devroit
empêcher toute évaporation , toute tranfpiration
des corpsſolides ou fluides ; elle
empêcheroit la lune d'attirer les eaux de
l'océan , ou elle ne l'empêcheroit pas d'attirerjusqu'à
elle tous les nuages de notre
Atmosphère.
Non-feulement ce raiſonnement ne
prouve rien de ce qui eft en queſtion ,
mais il paroît qu'en écrivant ceci , M.
de Saintignon a perdu de vue les principes
de la Méchanique. Comment ne
s'est- il pas rappellé , par exemple , qu'une
aiguille ſoumiſe à l'action de deux aimans
prend toujours une fituation telle
que les actions de cesdeuxaimans ſur elle,
ſe font mutuellement équilibre. Si M.
de Saintignon avoit eu moins de répugnance
pour le calcul & les calculateurs
, il auroit vu que la lune peut élever
les eaux de l'Océan , agir fur l'Atmofphère
, & cependant , en vertu de
cette action même , les chofes demeurer
en l'état où elles font actuellement ;
mais malheureuſement tout cela a été
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
prouvé par des Calculateurs , & ne peut
par conféquent contribuer en rien àdégoûter
M. de Saintignon de ces déclamations
, qui d'ailleurs font , ce me femble
, très-déplacées dans un Ouvrage
élémentaire.
La cauſe de la dureté des corps fait
depuis longtemps l'objetdes méditations
des Phyſiciens. M. de Saintignon ſe.
tire aifément de cette queſtion en y
appliquant le prétendu ſyſtême de M.
De la Périere : il est vrai que dans un
endroit , les élémens de la matière ont
une dureté radicale , & dans un autre
, ils ne font points durs par leur nature
, parce qu'ils font matière ; mais
à ces petites contradictions près , il n'y
aplus rien d'obfcur dans la cauſe de la
dureté des corps ; cela eſt évident , car
la cohésion des parties d'un corps eft occafionnéeparla
preſſion extérieure d'une
maſſe prodigieuse de fluides quelconques
plus déliés que l'air que nous ref.
pirons , qui environne tous les corps en
les preſſantplus ou moins perpendiculairement
à leursfurfaces dans la direction
de leur centre parfon reffort , que rien
ne gêne & ne dégrade au-dehors , tandis
que les portions des mémesfluides
*
en-
* Nous avons pris la liberté de mettre engaJUI
N. 1763 . 79
gagées dans les corps y font affoiblies
&plus ou moins dégradées par les chocs ,
les réfléctions, les réfractions que leur oc
fionnent le mélange & la fréquente rencontre
des parties non-élastiques de ces
corps dont il arrive , &c. Combien de
ſuppoſitions dans ce paſſage ? Combien
dedifcours il faudroit pour y répandre
la clarté ? On croira , peut-être , que ce
n'eſt qu'un énoncé dont l'explication &
ladémonstration viendront enſuite ; mais
M. de Saintignon ne les promet & ne
les donne point. Il ne feroit pas voir ,
par exemple , que les corps ſont preffés
tout à la fois perpendiculairement à leurs
furfaces & dans la direction de leurs
centres , ſurtout après avoir attribué aux
parties de la matière une forme non-ſphérique.
La cauſe de la fléxibilité , de la moleffe
, &c, n'eſt pas expliquée plus clairement
, & l'on peut àjuſte titre ſe plaindre
du défaut de méthode ſenſible à chaque
pas , foit dans la ſucceſſion des
matières, ſoit dans le choix des exemples,
gées , affoiblies , dégradées , &c , quoique dans le
Texte de M. de Saintignon tout cela ſoit au mafculin
; cependant comme nous ne nous flatons
pas d'entendre ce Paſſage , ſi M. de Saintignon
penſe que nous avons eu tort , nous conviendrons
que c'eſt pour n'y avoir rien entendu.
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
foit enfin dans les définitions même qui
fort ſouvent n'arrivent qu'après qu'on a
fait longtemps uſage des expreffions
qu'elles doivent éclaircir. Il y auroit encore
beaucoup d'autres choſes à remarquer
fur tous ces objets ; tels ſeroient ,
par exemple , un grand nombre de pafſages
de la nature de celui-ci. Lafléxibilité
ne paroît différer de la molleſſe que
du plus au moins , elle peut s'allier avec
une grande dureté.
L'expoſition des loix de l'union de
l'âme & du corps , ainſi que plufieurs
autres queſtions de Métaphyfique ſur lef
quelles Mde Saintignon s'arrête trop ,
& qu'il eſt dangereux d'entreprendre
apres M. de Buffon , n'est pas dans l'Ouvrage
de M. de Saintignon , un tableau
intéreſſant pour les Lecteurs de bon
goût; & nous ne croyons pas qu'ils y
voyent avec plaifir que le cerveau ou le
fiége de l'âme , eft le bureau d'adreſſe où
doivent aboutir les dépêches du dehors.
Que l'âme ſoit là ou ailleurs , cela eſt
fort indifférent; mais nous ne penſons pas
que les dépéches qui arrivent à ce bureau
d'adreſſe de la part des corps odorans ,
s'y annoncent ſelon la raiſon inverſe du
quarré des diſtances. Avec beaucoup
d'abſtractions , cela est vrai , & fe déJUIN.
1763 . 81
montre même d'une manière beaucoup
plus courte que ne l'a fait M. de Saintignon.
Mais eu égard à tout , il n'en eft
pas ainfi , & il eût été bon d'en prévenir
les Ecoliers. Les odeurs & les faveurs
ont encore donné lieu à M. de Saintignon
de joindre à ſa Differtation un
difcours contre la cuiſine moderne que
bien des gens n'approuveront pas .
La plus grande partie de ce qui vient
enfuite fur les fons renferme encore un
grand nombre d'expreffions & d'affertions
de la nature des précédentes .....
La vitesse dufon dépend de la vitelſſfe des
parties founantes , &c. Ceci ſemble fuppofer
un déplacement ſenſible dans les
partiesfonnantes. Ce qu'on ne croit pas
communément en Phyfiques: cette propofition
eſt au moins mal fonnante . Il
en eft de même de cette autre-ci.... Une
pendule de trois pieds huit lignes & demie ,
éxécute une vibration à chaquefeconde
depuis la plus grandejusqu'à la plus petite.
On ne dit point dans le cas préfent
une pendule mais un pendule : & pour
parler plus clairement & plus exactement
, on doit dire un pendule de trois
pieds huit lignes & demie , acheve chacune
de ſes ofcillations en une ſeconde ,
foit que ees ofcillations foient ou ne
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
foient pas d'une égale érendue , pourvu
que cette étendue foit médiocre. Paffons
au mouvement.
Pour faire entendre clairement à ſes
Ecoliers * , que la quantité de mouvement
ſe meſure en multipliant la maffe
par la vîteſſe , M. de Saintignon choiſit
l'exemple ſuivant. Si un homme peut
faire une lieue en une heure , dix hommes
qui marcheroient dix fois moins víte ,
ne laiſſeroient pas de faire entr'eux
une lieue en une heure de temps , car
chacun d'eux feroit la dixième partie
d'une heure.
On voit bien que M. de Saintignon
a voulu dire la dixiéme partie d'une
lieue ; mais approuvera- t-on cette manière
de prouver la propoſition dont il
s'agit ? Pour moi il me semble qu'elle
ne prouve rien. Quand on voit un Auteur
expliquer ainſi les chofes les plus
élémentaires , on ſe ſent de la défiance
pour celles qui exigent de ſa part un
raiſonnement plus fuivi ; ne nous y arrêtons
pas , mais terminons cet Ecrit
par quelques Remarques fur la Pefanteur&
fur la Méchanique.
M. de Saintignon entreprend d'af-
*M. de Saintignon a été Profeſſeur de Philo-
Sophie.
JUI N. 1763 . 83
figner la cauſe de la peſanteur ; il regarde
d'abord avec lesAuteurs qu'il tranfcrit
, cette force comme appliquée à
chacune des parties de la matière ; mais
comme cette manière de conſidérer la
peſanteur ne cadre pas exactement avec
le ſyſtême qu'il a embraffe , quelques
pages après , M. de Saintignon ne la
regarde que comme appliquée à certaines
parties : on ſent bien à quelles conſéquences
cette marche conduit , ſans
compter l'inconféquence à laquelle M.
de Saintignon ſe laiſſe aller. Ce n'eſt
pas que M. de Saintignon ne ſente
bien que cela n'est pas régulier , mais
il répond .... Il n'y a pas de ſyſtême qui
n'aitses défauts , ce qui ne s'explique
pas aujourd'hui , s'expliquera peut- être .
par lafuite.
En parlant de l'Accélération dans la
chûte des graves M. de Saintignon dit ,
puisque la viteffe compenfe la masse , ur
corps d'une livre quitombe de vingtpieds
aura autant de mouvement qu'un corps
de cinq livres qui tomberoit de quatre
pieds feulement. Cette propofition eſt
contraire aux notions les plus communes
de laMéchanique. M. de Saintignon
appelle Phénomène la loi des eſpaces que
décrivent les corps graves. Paffons le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
terme , mais c'eſt un Phénomène dont
M. de Saintignon n'étoit pas bien frappé
quand il avancé cette propoſition.
Terminons par une Remarque qui
nous diſpenſe évidemment d'aller plus
loin , & diſons que Mde Saintignon
confond à chaque inſtant le ſinus d'un
angle avec l'angle même, en employant
ce dernier au lieu du premier dans l'eſtimation
du rapport des puiſſances dans
l'équilibre .
Je ne puis croire que M. de Saintignon
, qui a profeſſé longtemps , à ce
qu'il dit , la Philofophie , ait fait avec
réfléxions les fautes que ſes expreffions
mettent en droit de lui repréſenter , & je
defire qu'on penſe avec moi , que ſes
inadvertances , ſon peu de méthode &
de clarté viennent du peu de loiſir qu'il
a eu & des affaires étrangères à la Phyfique
, dont il eſt occupé ; mais il n'en
eſt pas moins vrai que fon Livre a beſoin
de beaucoup de corrections avant que
d'être appliquable à l'uſage auquel il
l'a deſtiné.
J'ai l'honneur d'être , &c.
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Résumé : LETTRE A L'AUTEUR DU MERCURE. SUR le Traité abrégé de PHYSIQUE à l'usage des Écoliers. Par M. DE SAINTIGNON, de la Société Royale des Sciences & Arts de Metz, &c.
La lettre critique le 'Traité abrégé de Physique à l'usage des Écoliers' de M. de Saintignon, membre de la Société Royale des Sciences et Arts de Metz. L'auteur évalue la qualité de cet ouvrage destiné aux élèves, en vérifiant s'il est précis et utile ou s'il risque de nuire aux étudiants par ses inexactitudes. L'auteur reconnaît que M. de Saintignon a principalement copié des œuvres existantes, notamment le traité de physique expérimentale de l'Abbé Nollet, mais critique les modifications apportées, jugées inexactes et peu claires. La lettre déplore l'absence de planches illustratives et note que les expériences sont mal décrites. Le traité combine la physique systématique et expérimentale, mais l'auteur trouve le système de M. de la Perière, utilisé par M. de Saintignon, difficile à comprendre et incompatible avec les principes de la mécanique. La lettre mentionne également une réfutation du système de Newton, jugée inintéressante et non pertinente. M. de Saintignon critique les théories de Newton sur le mécanisme du monde et les phénomènes célestes, affirmant que les calculs n'expliquent pas nécessairement le mécanisme exact du monde. Il attaque l'électricité et l'attraction sans proposer de solutions alternatives solides, répétant des objections déjà formulées. Le texte souligne l'incohérence de M. de Saintignon, qui commet des erreurs conceptuelles comme confondre inertie et pesanteur, et ignore les principes de la mécanique. L'ouvrage contient des explications obscures et mal démontrées sur la dureté des corps et des digressions sur des sujets comme les odeurs et la cuisine moderne. Les explications sur des concepts physiques élémentaires, comme la mesure de la quantité de mouvement et la pesanteur, sont jugées imprécises et incohérentes. L'auteur conclut que l'ouvrage nécessite de nombreuses corrections avant de pouvoir être utilisé de manière appropriée.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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308
p. 85-95
THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
Début :
ON voit par le titre de ce Recueil, qu'il contient à la fois, & des Piéces de [...]
Mots clefs :
Recueil, Théâtre, Satire, Jeunes Écrivains, Gens de lettres, Gens du monde, Protectrice, Dialogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
THEATRE & OEuvres diverſes de M.
PALISSOT de MONTENOY , de la
Société Royale & Littéraire de Lorraine,&
c ; avec cette Epigraphe : Principibus
placuiffe viris non ultima laus
eft . A Londres , & se trouve à Paris
chez Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques au Temple du Goût , 1763 ;
3 Vol. in-12.
N voit par le titre de ce Recueil ,
qu'il contient à la fois , & des Piéces de
Théâtre & d'autres productions de différens
genres . Nous renvoyons les premières
à l Article des Spectacles , ainſi
queles Préfaces & les Avertiſſemens qui
les précédent ou qui les ſuivent ; & nous
nous bornerons dans cet extrait , à parcourir
les divers morceaux qui forment
le reſte du Recueil. Les uns , déja connus
, reparoiſſent ici avec des corrections
, des changemens & des additions
conſidérables. L'attention avec laquelle
l'Auteur les a revus , eſt une preuve de
ſon reſpect pour le Public éclairé. Il y a
joint un affez grand nombre de Piéces
86 MERCURE DE FRANCE.
qui n'avoient point encore vu le jour.
Les unes & les autres méritent de fixer
l'attention , & font dignes de l'eſtime
de nos Lecteurs . :
Nous trouvons d'abord à la tête de
cette Edition , un Avertiſſement où il
eſt dit , que par l'examen de ces Ouvrages
réunis , dont aucun n'a été imprimé
dans les ténébres & fans l'aveu du Gouvernement
, on verra combien l'Auteur
a toujours reſpecté la décence, les moeurs
& les égards dûs à la Société ; combien
fon eſprit eſt éloigné de ce goût condamnable
pour la fatyre , dont il a été
accufé par les Auteurs de quelques li
belles.
Ce premier Avertifſfement eſt ſuivi
d'un Avant-propos très- bien écrit , dans
lequel on applaudira ſurtout à ce que
dit M. Paliſſot ſur l'encouragement dû
aux jeunes Ecrivains ; il a eu lui- même
lebonheur de trouver des conſeils par
mi les Gens de Lettres , & des Protecteurs
dans le Gens du monde ; & c'eſt
ſans doute là le ſens de fon Epigraphe :
il étoit encore bien jeune , lorſqu'à l'oc
cafion de fon premier ouvrage pourle
Théâtre >> il eut l'honneur d'être connu
>>d'un des plus reſpectables appuis que
>> les Lettres ayent jamais eus parmi
و
JUIN. 1763 . 87
>>nous. Il ne le nomme point , de peur
>> d'éveiller l'envie ; mais il oppoſera tou-
>> jours les bienfaits de Mécene aux ca-
>> lomnies des Mévius.
C'eſt par le même ſentiment de reconnoiſſance
, qu'il a voulu que l'hommage ,
qu'il croit devoir aux cendres d'une Protectrice
puiſſante & éclairée , fût à jamais
confervé dans ces vers pathétiques
&touchans.
Moment du déſeſpoir ! ſouvenir trop funeſte !
Ojour à nos regrets pour jamais conſacré !
Il eſt donc vrai ! .....
nous refte
cette urne eſt tout ce qui
D'un objet adoré.
Muſes , vous la perdez ; vos lyres ſuſpendues
Ne rendront déſormais que des fons de douleurs
A vos triftes accens les graces éperdues
Viendront mêler des pleurs .
Ah ! fi de ſes deſtins , ſurmontant l'inclémence ,
Elle eût franchi l'inſtant marqué par leur courroux
,
Vos fublimes accords dont l'honoroit la Francé ,
Revivroient parmi nous.
Au matin de ſesjours la mort nous l'a ravie :
Les talens , la beauté la ſuivent au cercueil ;
Et l'ennemi des Arts , le démon de l'envie
Triomphe avec orgueil .
Mais j'oferai chanter ſes vertus immortelles ;
88 MERCURE DE FRANCE .
Je veux dans tous les coeurs conſacrer ſes bienfaits
Son nom vainqueur du tems & des Parques cruelles
,
Ne périra jamais.
Plaignons cet Univers ; hélas ! il l'a perdue ,
Sans connoître le prix d'un ſi rare tréſor !
Mais plaignons bien plutôt qui peut l'avoir connue
Et lui ſurvivre encor.
:
C'eſt à cette même Protectrice que ,
même après ſa mort , M. Paliffot a dédié
un des Ouvrages qui lui ont fait le
plus de réputation , & du même genre
qu'un autre qu'il lui avoit déja dédié
pendant la vie. Ce qui marque de ſa part
une reconnoiffance également conftante
&défintéreffée.
Pour achever de faire connoître le
caractère & la façon de penſer de cet
Auteur , on lit dans un Epilogue qui
termine cette Edition , » avec quels
» égards il a parlé des hommes célébres
>>qui font honneur à leur fiécle & à la
>> Nation , tels que les Montesquieu ,
>» les Voltaire , les Crébillon , les d'Alem-
»e rt, les Buffon , les Piron , les Gref-
» fet , les Saintfoix , &c. On voit donc
dans ce Recueil, non-feulement l'ex
preffion de fa reconnoiffance envers fes
JUIN. 1763 . 89
bienfaiteurs , mais encore une fortede
vénération pour la ſupériorité des talens,
& pour les grands hommes qui les pof
fédent.
En ſuivant toujours l'ordre de cette
Édition
nous trouvons à la fin dupremier
Volume , un Dialogue entre l'Auteur
de Turcaret & un Traitant. Ce dernier
paroît courroucé à la vue d'un homme
qui l'a joué fur le Théâtre : mais lorf
qu'il apprendqu'il n'étoit pas même connu
de l'Auteurde la Comédie, ſon amour
propre en eſt offenfé , croyant qu'un
homme de ſa ſorte eſt un Perſonnage
qui doit attirer tous les regards.
>> C'eſt , dit l'Auteur de Turcaret ,
>>un ridicule commun à la plupart des
>> hommes , de prendre leur petite focié-
>>>té pour l'Univers , de regarder leur
» éxiſtence comme très- importante ; &
>>fi quelquefois leur confcience les aver-
>>tit de leurs travers , bientôt la vanité
>> leur fait accroire que ces travers mê-
> me ont un certain éclat qui les rend
>>>dignes de l'attention publique. Le
Traitant voudroit qu'on prît à la Cour ,
plutôt que dans la Finance , des Sujets
de Comédie . L'Auteur répond : » pour
>>les ridicules à grands traits , tels que
>>la Scène les éxige , & tels qu'ils de90
MERCURE DE FRANCE.
> vroient être pour préſenter des leçons
>> utiles à la fois & piquantes , croyez
> que l'eſpéce en eſt encore moins com-
>>mune à la Cour que partout ailleurs.
>> Elle a ſon peuple auſſi-bien que la ville;
»& parmi ce peuple , combien d'âmes
>> vulgaires ſans vices ni vertus , fans
>>phyfionomie , ſans caractère ? joignez
» à cela la difficulté de rendre ces Mef-
>> ſieurs plaiſans ; & convenez qu'un
» pauvre Auteur comique eſt ſouvent
>> bien embarraffé.
Nous interrompons ici l'ordre de ce
Recueil , pour parler de deux autres Dialogues
Hiftoriques,placés vers la fin du ſecond
Tome. Le premier de ces Dialogues
eſt intitulé Socrate & Erafme. On
fçait la vénération qu'Eraſme a eue pour
ce Philoſophe Grec ; vénération que lui
avoit inſpirée la lecture de Platon. Pour
détruire cette idée avantageuſe au Philoſophe
Athénien , M. Paliſſot entreprend
de faire voir que le divin Socrate n'étoit
peut-être pas fort différent du Socrate
joué dans une des Comédies d'Arifto
phane.
SOCRATE .
» Penſez- vous qu'il y ait ſur la terre
>> un Peuple capable d'honorer un CaJUIN.
1763 . 91
>> lomniateur public? Jugez donc fi dans
» une petite ville comme Athènes , dont
>> tous les Citoyens ſe connoiffoient ,
» Ariftophane qui me jouoit ſous mon
» propre nom , eût ofé en impofer
>> fur mes moeurs , au point que vous
>> l'imaginez. On peut fans doute por-
>>ter quelque atteinte à la vertu la plus
>> pure , l'environner de quelques ridi-
>>cules , peut-être même la rendre ſuf-
>> pecte d'hypocrifie : oui , la malignité
>>humaine peut aller juſques-là ; mais
>> en aucun temps elle n'applaudira un
>>Auteur qui repréſenteroit un homme
>> de bien , reconnu pour tel , comme
» un ſcélérat capable de tous les vices.
> On ſe révolteroit dès les premières
>> Scènes ; toute attention lui feroit re-
>> fuſée. Ce n'eſt point là Socrate , au-
>> roit- on dit tout d'une voix ; & d'ail-
>>leurs chez le Peuple de Solon, il y avoit
>>>une loi contre les colomniateurs,
ERASME..
» Vous confondez toutes mes idées.
» Comment , divin Socrate , vous au-
>> riez reſſemblé au Socrate de la Co-
» médie des Nuées?
Socrate convient qu'Ariftophane a un
peu outré la critique ; mais fans croire:
92 MERCURE DE FRANCE.
Socrate auffi coupable qu'on le repréſen
te dans ce dialogue , nous ne pouvons
nous diſpenſer d'avancer qu'il feroit difficile
d'employer plus d'eſprit & de fineſſe
qu'il y en a dans l'Ouvrage de M.
Paliffot. Il en falloit beaucoup en effet,
pour rendre au moins vrai-ſemblable
une opinion qui contredit les idées reçues
au ſujet du -Philofophe Grec.
Nous ſommes fachés que les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail.
Le dialogue ſuivant eft entre le Père
Brumoy & Ariftophane. Ce dernier en
parlant de la Comédie de ſon temps ,
prétend que le Père Brumoy ne lui a
pas rendu justice , en difant qu'elle ſe
reſſentoit de la groffiéreté du fiécle de
Thefpis. L'objet de cet écrit eſt, comme
l'on voit , de juſtifier le genre de comique
employé par Ariftophane. » La Co-
>> médie , dit-il , telle que j'en avois don-
>>né le plan , étoit liée à la conftitution
» même de l'Etat ; elle étoit un des
>> principaux refforts du Gouvernement.
>>Et lorſque je medonnai tant de liberté
>> contre Cléon & beaucoup d'autres qui
>>avoient part à l'adminiſtration , je me
>> conformois à l'eſprit , & fuivois les
>> ordres fecrets de la République.
JUIN. 1763 . 93
Le reſte du Dialogue eſt employé à
prouver qu'en effetles Comédies d'Aritophane
entroient dans les vues du Gouvernement
fondé fur la nature de la Démocratie.
Toutes ces preuves font appuyées
ſur des faits qui marquent dans
l'Auteur une érudition éclairée , & une
manière de voir les choſes peu communes,
nous ofons même dire absolument
neuves. C'eſt ce qui diftingue ſpéciale
ment ces deux derniers Dialogues.
On a lu dans le temps des lettres de M,
de Voltaire à M. Paliſſot, avec les réponſes
On les retrouve avec plaifir dans cette
Edition , où elles ſerviront à l'Hiſtoire
Littéraire de notre fiécle. Elles font
en même temps un exemple de la modération
avec laquelle on devroit ſe conduire
dans les diſputes de Littérature.
Les piéces fugitives terminent le ſecond
Volume. Elles commencent par
une Épitre au Roi , que l'Auteur eut
l'honneur de préſenter à Sa Majesté en
1749. C'eſt n'est pas l'unique occafion
qu'ait eu M. Paliſſot , de donner des
preuves publiques qu'il eſt également
bon Sujet & bon Poëte. On peut en
voir d'autres preuves dans le Prologue
& le Difcours qu'il a mis à la tête de ſa
Comédie des Originaux.
94 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le troifiéme Tome de ce Recueil
contient l'Histoire des premiers
fiècles de Rome , dédiée au Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. Elle
avoit déja eu deux Editions. Cette troifiéme
a été revue & corrigée avec ſoin.
Nous invitons ceux qui pourroient condamner
le choix du Sujet , à lire le Difcours
préliminaire ; ou plutôt nous conſeillons
de lire l'Hiſtoire même , qui
porte partout l'empreinte d'un homme
d'eſprit , également verſé dans l'art d'écrire
& dans la connoiſſance de la Politique
& du coeur humain.
Il y a d'autres piéces dans ce recueil
fur leſquelles le temps ne nous promet
pas de nous arrêter : telles font en particulier
, des Epitres , des Odes , des
Chanfons , des Epigrammes , des Difcours
en profe ,& d'autres Ecrits de peu
d'étendue. L'Auteur n'a fait choix que
de ceux qu'il a cru dignes des regards du
Public ; & fa ſévérité a fait exclurre de
cette Edition pluſieurs piéces qui peutêtre
ne l'euffent pas déparée. Quoi qu'il
en ſoit , celles qu'il a conſervées ne peuvent
que lui faire honneur. On peut
voir par le nombre & la variété de fes
Ouvrages , qu'il y a peu de genres dans
leſquels il ne ſe ſoit éxercé ; & il eſt rare
JUIN. 1763. 95
qu'à 33 ans , on ait parcouru une carrière
auffi vaſte & auſſi brillante.
PALISSOT de MONTENOY , de la
Société Royale & Littéraire de Lorraine,&
c ; avec cette Epigraphe : Principibus
placuiffe viris non ultima laus
eft . A Londres , & se trouve à Paris
chez Duchesne , Libraire , rue Saint
Jacques au Temple du Goût , 1763 ;
3 Vol. in-12.
N voit par le titre de ce Recueil ,
qu'il contient à la fois , & des Piéces de
Théâtre & d'autres productions de différens
genres . Nous renvoyons les premières
à l Article des Spectacles , ainſi
queles Préfaces & les Avertiſſemens qui
les précédent ou qui les ſuivent ; & nous
nous bornerons dans cet extrait , à parcourir
les divers morceaux qui forment
le reſte du Recueil. Les uns , déja connus
, reparoiſſent ici avec des corrections
, des changemens & des additions
conſidérables. L'attention avec laquelle
l'Auteur les a revus , eſt une preuve de
ſon reſpect pour le Public éclairé. Il y a
joint un affez grand nombre de Piéces
86 MERCURE DE FRANCE.
qui n'avoient point encore vu le jour.
Les unes & les autres méritent de fixer
l'attention , & font dignes de l'eſtime
de nos Lecteurs . :
Nous trouvons d'abord à la tête de
cette Edition , un Avertiſſement où il
eſt dit , que par l'examen de ces Ouvrages
réunis , dont aucun n'a été imprimé
dans les ténébres & fans l'aveu du Gouvernement
, on verra combien l'Auteur
a toujours reſpecté la décence, les moeurs
& les égards dûs à la Société ; combien
fon eſprit eſt éloigné de ce goût condamnable
pour la fatyre , dont il a été
accufé par les Auteurs de quelques li
belles.
Ce premier Avertifſfement eſt ſuivi
d'un Avant-propos très- bien écrit , dans
lequel on applaudira ſurtout à ce que
dit M. Paliſſot ſur l'encouragement dû
aux jeunes Ecrivains ; il a eu lui- même
lebonheur de trouver des conſeils par
mi les Gens de Lettres , & des Protecteurs
dans le Gens du monde ; & c'eſt
ſans doute là le ſens de fon Epigraphe :
il étoit encore bien jeune , lorſqu'à l'oc
cafion de fon premier ouvrage pourle
Théâtre >> il eut l'honneur d'être connu
>>d'un des plus reſpectables appuis que
>> les Lettres ayent jamais eus parmi
و
JUIN. 1763 . 87
>>nous. Il ne le nomme point , de peur
>> d'éveiller l'envie ; mais il oppoſera tou-
>> jours les bienfaits de Mécene aux ca-
>> lomnies des Mévius.
C'eſt par le même ſentiment de reconnoiſſance
, qu'il a voulu que l'hommage ,
qu'il croit devoir aux cendres d'une Protectrice
puiſſante & éclairée , fût à jamais
confervé dans ces vers pathétiques
&touchans.
Moment du déſeſpoir ! ſouvenir trop funeſte !
Ojour à nos regrets pour jamais conſacré !
Il eſt donc vrai ! .....
nous refte
cette urne eſt tout ce qui
D'un objet adoré.
Muſes , vous la perdez ; vos lyres ſuſpendues
Ne rendront déſormais que des fons de douleurs
A vos triftes accens les graces éperdues
Viendront mêler des pleurs .
Ah ! fi de ſes deſtins , ſurmontant l'inclémence ,
Elle eût franchi l'inſtant marqué par leur courroux
,
Vos fublimes accords dont l'honoroit la Francé ,
Revivroient parmi nous.
Au matin de ſesjours la mort nous l'a ravie :
Les talens , la beauté la ſuivent au cercueil ;
Et l'ennemi des Arts , le démon de l'envie
Triomphe avec orgueil .
Mais j'oferai chanter ſes vertus immortelles ;
88 MERCURE DE FRANCE .
Je veux dans tous les coeurs conſacrer ſes bienfaits
Son nom vainqueur du tems & des Parques cruelles
,
Ne périra jamais.
Plaignons cet Univers ; hélas ! il l'a perdue ,
Sans connoître le prix d'un ſi rare tréſor !
Mais plaignons bien plutôt qui peut l'avoir connue
Et lui ſurvivre encor.
:
C'eſt à cette même Protectrice que ,
même après ſa mort , M. Paliffot a dédié
un des Ouvrages qui lui ont fait le
plus de réputation , & du même genre
qu'un autre qu'il lui avoit déja dédié
pendant la vie. Ce qui marque de ſa part
une reconnoiffance également conftante
&défintéreffée.
Pour achever de faire connoître le
caractère & la façon de penſer de cet
Auteur , on lit dans un Epilogue qui
termine cette Edition , » avec quels
» égards il a parlé des hommes célébres
>>qui font honneur à leur fiécle & à la
>> Nation , tels que les Montesquieu ,
>» les Voltaire , les Crébillon , les d'Alem-
»e rt, les Buffon , les Piron , les Gref-
» fet , les Saintfoix , &c. On voit donc
dans ce Recueil, non-feulement l'ex
preffion de fa reconnoiffance envers fes
JUIN. 1763 . 89
bienfaiteurs , mais encore une fortede
vénération pour la ſupériorité des talens,
& pour les grands hommes qui les pof
fédent.
En ſuivant toujours l'ordre de cette
Édition
nous trouvons à la fin dupremier
Volume , un Dialogue entre l'Auteur
de Turcaret & un Traitant. Ce dernier
paroît courroucé à la vue d'un homme
qui l'a joué fur le Théâtre : mais lorf
qu'il apprendqu'il n'étoit pas même connu
de l'Auteurde la Comédie, ſon amour
propre en eſt offenfé , croyant qu'un
homme de ſa ſorte eſt un Perſonnage
qui doit attirer tous les regards.
>> C'eſt , dit l'Auteur de Turcaret ,
>>un ridicule commun à la plupart des
>> hommes , de prendre leur petite focié-
>>>té pour l'Univers , de regarder leur
» éxiſtence comme très- importante ; &
>>fi quelquefois leur confcience les aver-
>>tit de leurs travers , bientôt la vanité
>> leur fait accroire que ces travers mê-
> me ont un certain éclat qui les rend
>>>dignes de l'attention publique. Le
Traitant voudroit qu'on prît à la Cour ,
plutôt que dans la Finance , des Sujets
de Comédie . L'Auteur répond : » pour
>>les ridicules à grands traits , tels que
>>la Scène les éxige , & tels qu'ils de90
MERCURE DE FRANCE.
> vroient être pour préſenter des leçons
>> utiles à la fois & piquantes , croyez
> que l'eſpéce en eſt encore moins com-
>>mune à la Cour que partout ailleurs.
>> Elle a ſon peuple auſſi-bien que la ville;
»& parmi ce peuple , combien d'âmes
>> vulgaires ſans vices ni vertus , fans
>>phyfionomie , ſans caractère ? joignez
» à cela la difficulté de rendre ces Mef-
>> ſieurs plaiſans ; & convenez qu'un
» pauvre Auteur comique eſt ſouvent
>> bien embarraffé.
Nous interrompons ici l'ordre de ce
Recueil , pour parler de deux autres Dialogues
Hiftoriques,placés vers la fin du ſecond
Tome. Le premier de ces Dialogues
eſt intitulé Socrate & Erafme. On
fçait la vénération qu'Eraſme a eue pour
ce Philoſophe Grec ; vénération que lui
avoit inſpirée la lecture de Platon. Pour
détruire cette idée avantageuſe au Philoſophe
Athénien , M. Paliſſot entreprend
de faire voir que le divin Socrate n'étoit
peut-être pas fort différent du Socrate
joué dans une des Comédies d'Arifto
phane.
SOCRATE .
» Penſez- vous qu'il y ait ſur la terre
>> un Peuple capable d'honorer un CaJUIN.
1763 . 91
>> lomniateur public? Jugez donc fi dans
» une petite ville comme Athènes , dont
>> tous les Citoyens ſe connoiffoient ,
» Ariftophane qui me jouoit ſous mon
» propre nom , eût ofé en impofer
>> fur mes moeurs , au point que vous
>> l'imaginez. On peut fans doute por-
>>ter quelque atteinte à la vertu la plus
>> pure , l'environner de quelques ridi-
>>cules , peut-être même la rendre ſuf-
>> pecte d'hypocrifie : oui , la malignité
>>humaine peut aller juſques-là ; mais
>> en aucun temps elle n'applaudira un
>>Auteur qui repréſenteroit un homme
>> de bien , reconnu pour tel , comme
» un ſcélérat capable de tous les vices.
> On ſe révolteroit dès les premières
>> Scènes ; toute attention lui feroit re-
>> fuſée. Ce n'eſt point là Socrate , au-
>> roit- on dit tout d'une voix ; & d'ail-
>>leurs chez le Peuple de Solon, il y avoit
>>>une loi contre les colomniateurs,
ERASME..
» Vous confondez toutes mes idées.
» Comment , divin Socrate , vous au-
>> riez reſſemblé au Socrate de la Co-
» médie des Nuées?
Socrate convient qu'Ariftophane a un
peu outré la critique ; mais fans croire:
92 MERCURE DE FRANCE.
Socrate auffi coupable qu'on le repréſen
te dans ce dialogue , nous ne pouvons
nous diſpenſer d'avancer qu'il feroit difficile
d'employer plus d'eſprit & de fineſſe
qu'il y en a dans l'Ouvrage de M.
Paliffot. Il en falloit beaucoup en effet,
pour rendre au moins vrai-ſemblable
une opinion qui contredit les idées reçues
au ſujet du -Philofophe Grec.
Nous ſommes fachés que les bornes
d'un Extrait ne nous permettent pas
d'entrer dans un plus grand détail.
Le dialogue ſuivant eft entre le Père
Brumoy & Ariftophane. Ce dernier en
parlant de la Comédie de ſon temps ,
prétend que le Père Brumoy ne lui a
pas rendu justice , en difant qu'elle ſe
reſſentoit de la groffiéreté du fiécle de
Thefpis. L'objet de cet écrit eſt, comme
l'on voit , de juſtifier le genre de comique
employé par Ariftophane. » La Co-
>> médie , dit-il , telle que j'en avois don-
>>né le plan , étoit liée à la conftitution
» même de l'Etat ; elle étoit un des
>> principaux refforts du Gouvernement.
>>Et lorſque je medonnai tant de liberté
>> contre Cléon & beaucoup d'autres qui
>>avoient part à l'adminiſtration , je me
>> conformois à l'eſprit , & fuivois les
>> ordres fecrets de la République.
JUIN. 1763 . 93
Le reſte du Dialogue eſt employé à
prouver qu'en effetles Comédies d'Aritophane
entroient dans les vues du Gouvernement
fondé fur la nature de la Démocratie.
Toutes ces preuves font appuyées
ſur des faits qui marquent dans
l'Auteur une érudition éclairée , & une
manière de voir les choſes peu communes,
nous ofons même dire absolument
neuves. C'eſt ce qui diftingue ſpéciale
ment ces deux derniers Dialogues.
On a lu dans le temps des lettres de M,
de Voltaire à M. Paliſſot, avec les réponſes
On les retrouve avec plaifir dans cette
Edition , où elles ſerviront à l'Hiſtoire
Littéraire de notre fiécle. Elles font
en même temps un exemple de la modération
avec laquelle on devroit ſe conduire
dans les diſputes de Littérature.
Les piéces fugitives terminent le ſecond
Volume. Elles commencent par
une Épitre au Roi , que l'Auteur eut
l'honneur de préſenter à Sa Majesté en
1749. C'eſt n'est pas l'unique occafion
qu'ait eu M. Paliſſot , de donner des
preuves publiques qu'il eſt également
bon Sujet & bon Poëte. On peut en
voir d'autres preuves dans le Prologue
& le Difcours qu'il a mis à la tête de ſa
Comédie des Originaux.
94 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le troifiéme Tome de ce Recueil
contient l'Histoire des premiers
fiècles de Rome , dédiée au Roi de Pologne
, Duc de Lorraine & de Bar. Elle
avoit déja eu deux Editions. Cette troifiéme
a été revue & corrigée avec ſoin.
Nous invitons ceux qui pourroient condamner
le choix du Sujet , à lire le Difcours
préliminaire ; ou plutôt nous conſeillons
de lire l'Hiſtoire même , qui
porte partout l'empreinte d'un homme
d'eſprit , également verſé dans l'art d'écrire
& dans la connoiſſance de la Politique
& du coeur humain.
Il y a d'autres piéces dans ce recueil
fur leſquelles le temps ne nous promet
pas de nous arrêter : telles font en particulier
, des Epitres , des Odes , des
Chanfons , des Epigrammes , des Difcours
en profe ,& d'autres Ecrits de peu
d'étendue. L'Auteur n'a fait choix que
de ceux qu'il a cru dignes des regards du
Public ; & fa ſévérité a fait exclurre de
cette Edition pluſieurs piéces qui peutêtre
ne l'euffent pas déparée. Quoi qu'il
en ſoit , celles qu'il a conſervées ne peuvent
que lui faire honneur. On peut
voir par le nombre & la variété de fes
Ouvrages , qu'il y a peu de genres dans
leſquels il ne ſe ſoit éxercé ; & il eſt rare
JUIN. 1763. 95
qu'à 33 ans , on ait parcouru une carrière
auffi vaſte & auſſi brillante.
Fermer
Résumé : THEATRE & Œuvres diverses de M. PALISSOT de MONTENOY, de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, &c ; avec cette Epigraphe : Principibus placuisse viris non ultima laus est. A Londres, & se trouve à Paris chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques au Temple du Goût, 1763 ; 3 Vol. in-12.
Le texte présente un recueil d'œuvres de Charles Palissot de Montenoy, membre de la Société Royale & Littéraire de Lorraine, publié à Londres en 1763 et disponible à Paris chez Duchesne. Ce recueil rassemble des pièces de théâtre et diverses productions littéraires, certaines révisées et enrichies, d'autres inédites. Palissot y exprime son respect pour le public éclairé et se distancie de la satire condamnable. L'ouvrage s'ouvre par un avertissement sur l'importance du respect de la décence, des mœurs et de la société, suivi d'un avant-propos encourageant le soutien aux jeunes écrivains. Palissot remercie ses protecteurs et dédie des vers à une protectrice décédée. Le recueil rend hommage à des figures célèbres telles que Montesquieu, Voltaire, Crébillon, d'Alembert, Buffon, Piron, Gresset et Saint-Foix. Le texte discute deux dialogues historiques : 'Socrate & Erasme', où Socrate reconnaît la critique d'Aristophane, et un autre dialogue impliquant le Père Brumoy et Aristophane, qui défend son style comique. Il mentionne également des lettres échangées entre Voltaire et Palissot, illustrant la modération dans les disputes littéraires. Le recueil inclut divers genres littéraires, tels que des épîtres, des odes, des chansons, des épigrammes et des discours, ainsi qu'une histoire des premiers siècles de Rome dédiée au roi de Pologne. À 33 ans, Palissot démontre une grande diversité et maîtrise dans ses écrits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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308
309
p. 95-103
LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
Début :
MONSIEUR, En lisant le Mercure du mois de Mai de cette année, nous y avons vu l'annonce [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Commerce, Édition étrangère, Public, Inexactitudes
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
LETTRE , au sujet du Dictionnaire de
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
Commerce DE SAVARY.
MONSIEUR ,
En lifant le Mercure du mois de Mai
de cette année , nous y avons vù l'annonce
que vous faites d'une nouvelle
édition du Dictionnaire de Commerce
de Savary , à Copenhague , renfermant
beaucoup d'additions , & dont on trouve
, dites-vous , des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires ,
rue S. Jean de Beauvais. Comme nous
jouiſſons du Privilège de l'Ouvrage de
Savary , & que nous ſommes occupés
depuis pluſieurs années à en préparer
une édition nouvelle , nous prenons
la liberté de vous adreſſer à ce
ſujet quelques réflexions que
vous prions d'inférer dans le Mercure
du mois prochain .
nous
Permettez-nous d'abord de vous faire
remarquer que l'annonce d'une édition
étrangère pour un Ouvrage françois ,
96 MERCURE DE FRANCE.
dont le Privilège appartient à un Libraire
du Royaume , eſt contraire aux
uſages conftamment ſuivis dans la
Librairie depuis ſon inſtitution. Vous
êtes trop équitable , Monfieur , pour
que nous penfions que vous ayez voulu
par vous-même donner atteinte à un
bien qui nous appartient , & dans la
jouiſſance duquel nous fommes maintenus
fans trouble par les Lettres de
Privilège que le ministère nous donne,
leſquelles ferment l'entrée du Royaume
à toute édition étrangère. Vous
avez pû ignorer que le Privilége du
Dictionnaire de Commerce nous appartenoit;
mais les perſonnes qui vous
ont fourni cet avis , ne l'ignoroient probablement
pas , & auroient dû vous le
faire ſçavoir. Ces mêmes perſonnes vous
ont trompé encore , en vous diſant
qu'on trouvoit des ſouſcriptions chez
MM. Deffaint & Saillant , Libraires
à Paris . Ces MM. nous ont afſuré qu'ils
n'avoient point de ſouſcriptions à fournir
, & qu'ils n'étoient point dans l'intention
de s'en charger ; & ils nous ont
même permis de rendre public le défaveu
qu'ils font de cette partie de l'Avis
inféré au Mercure.
Cependant , Monfieur , nous ofons
vous
JUIN. 1763 . 97
vous affurer que dans la crainte de priver
la Nation d'un Ouvrage utile , nous
ne réclamerions pas nos droits , fi les
éditions étrangères du Dictionnaire de
Savary étoient faites avec le ſoin que
paroît mériter un ouvrage de cette importance
, & fi nous ne travaillions pas
depuis plufieurs années à le rendre plus
digne d'être préſenté au Public.
On croira que le Dictionnaire de
Commerce ayant été commencé en
France & fous les yeux du Ministère ,
ne pouvoit guères prendre d'accroiffement
que dans le lieu où il avoit pris
naiſſance , & à l'aide des mêmes ſoins
auxquels on en avoit été redevable.
Le Dictionnaire de M. de Savary ,
a été fait ſous la protection & avec
le fecours du Gouvernement , d'aprés
des Mémoires nombreux, communiqués
par Meſſieurs les Intendans , par les
Inſpecteurs du Commerce , par les
Chefs de nos principales Manufactures ,
par nos Confuls dans les principales villes
de Commerce de l'Europe &c. Comment
des Etrangers dépourvus de tous
ces fecours , auroient- ils pu fuivre le
même travail avec ſuccès , corriger les
fautes qu'on a dû faire , remplir les vuides
qu'on a dû laiſſer néceſſairement
dans un premier éffai ?
E
98 MERCURE DE FRANCE .
Quoique le Dictionnaire de Commerce
foit utile à des Négocians étrangers
, & qu'on puiffe à certains égards
le regarder comme Univerſel , il faut
cependant convenir qu'il eſt encore plus
national qu'étranger , & plus fait pour
l'inſtruction de nos Concitoyens , que
pour celle des autres Nations. Or eft- ce
à des Etrangers à nous inſtruire de ce
qui ſe paſſe chez nous , des loix par
leſquelles le Commerce eſt conduit en
France , de l'état de nos Manufactures,
de la nature & de la quantité de nos
importations & exportations , & c , &
de cette multitude immenſe d'autres
détails relatifs à la France , & qui ne
peuvent être bien connus que parmi
nous ?
Mais cette préſomption peu favorable
aux Editions étrangères ſe change en
une entiere certitude , lorſqu'on voit
combien les Editions de Genève & celle
de Coppenhague que vous annoncez
font défectueuſes & peu propres à remplir
l'attente du Public.
Dans l'Edition de Genève , le petit
nombre d'additions & de corrections
qu'on y a faites ne ſont relatives qu'à
elle l'Hiſtoire Naturelle : à cela près ,
ne contient que le Texte de Savary
JUI N. 1763 . 99
avec toutes les fautes qu'on y a remarquées
dès l'origine. On y a confervé
tous les détails que Savary donne
de l'état du Commerce , malgré les
changemens furvenus depuis l'époque
à laquelle écrivoit cet Auteur , c'eſt-àdire
,depuis le commencement du Siécle.
On n'y a fait entrer aucun de ces
Articles généraux concernant l'adminiftration
du Commerce , comme Manufactures
, Liberté du Commerce, Luxe,
Crédit , Circulations Colonies , &c.
&c. &c. En un mot , toutes les raiſons
qui peuvent faire regarder l'ancien Savary
comme inſuffifant , ſont exactement
applicables à l'Edition de Genêve,
qui ne différe que fort peu de l'ancienne
, & dans des choſes tout-à-fait étrangères
à l'objet du Commerce.
,
On ne peut pas juger l'Edition de
Coppenhague plus favorablement : on
y retrouve toutes les omiffions , toutes
les inéxactitudes de l'ancien Savary .
Quant aux additions , elles confiftent
1º. dans les détails d'Hiſtoire Naturelle
dont on avoit groſſi l'Edition de Genêve
, & qui font ſi étrangers au Commerce
: 2 °. Dans les Articles tranfcrits
mot à mot de l'Encyclopédie , & dans
un petit nombre d'autres copiés du
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
Journal de Commerce , du Journal economique
, de la Matière médicale de
M. Geoffroi , & de la Minéralogie de
Wallerius & d'Henctiel.
Nous n'avançons rien ici dont nous
ne ſoyons afſurés d'après un relevé &
une comparaiſon exacte des Editions
de Paris 1748 , de Genève & de Coppenhague.
Et pour en donner une preuve
complette , nous allons préſenter aux
Lecteurs un tableau plus détaillé de ces
additions .
Les changemens & les additions du
Dictionnaire de Coppenhague comparé
à l'Edition de Genève , confiftent en
deux mille articles environ . De ces deux
mille articles , près de quinze cent font
tirés des ſept premiers volumes de l'Encyclopédie
, & ſe trouvent dans les
deux premiers volumes , & dans une
partie du troifiéme de l'Edition de Cop
penhague. Il eſt affez étrange qu'on aille
copier fervilement un Ouvrage auffi
connu & auffi répandu.
Mais il y a plus. 1º. Ces articles empruntés
de l'Encyclopédie font pour la
plupart abfolument étrangers au Dictionnaite
de Commerce , comme des
articles concernant le méchaniſme des
Arts & l'Histoire Naturelle . 2°. Une
JUIN. 1763 . 101
grande partie de ces articles étoient tirés
de Savary même , placés dans l'Encyclopédie
avec des changemens trèslégers.
3°. Ce plagiat des Editeurs de
Coppenhague rend leur Ouvrage inégal
depuis l'A juſqu'au G incluſivement ,
c'est-à-dire en ſept lettres , il y a quinze
cens articles ajoutés ou changés,& deux
volumes & demi ; tandis que depuis l'H
juſqu'auZ, c'est-à-dire en ſeize lettres de
l'Alphabet , il n'y a que cinq cent Articles
environ , & un volume & demi
feulement. 4°. L'Encyclopédie d'où l'on
a tiré ces additions n'étant pas achevée,
les Articles que les Editeurs de Coppenhague
en ont empruntés ne forment
pas à beaucoup près un corps complet
de doctrine & de principes .
5°. Ces mêmes Articles ſont continuellement
en contradiction avec ceux
d'après leſquels le reſte du Dictionnaire
eſt fait. Par exemple : on lit à l'Article
COMMUNAUTÉS , que ces corps ont des
loix particulieres qui ſont prèſque toutes
opposées au bien général ; que leur
établiſſement affoiblit la concurrence, le
premier principe du Commerce
Dans l'Article COMPAGNIES DE Cом-
,
&c.
MERCE , on dit d'après M. Child , que
les Compagnies nefont pa capables
pas
de
1
Elij
102 MERCURE DE FRANCE.
conferver ou d'accroître une branche de
Commerce ; qu'elles cauſent ſouvent des
pertes à la Nation ; qu'on peut s'en
paffer pour étendre le Commerce , &c.
Tandis qu'en d'autres endroits on trouve
que les octrois que reçoivent les Compagnies
des Princes leurs Souverains
font la bafe & l'appui des plus grands
Commerces , & fontfleurir les Etats , & c .
(Voyez la Préface & une infinité d'autres
endroits. )
6°. On a négligé de confulter les
meilleures ſources : Melon , Cantillon ,
Hume , Child , Jean de With , le Négociant
Anglois , & les Ouvrages Anglois.
7°. Dans les additions qu'on a tirées
de quelques autres Ouvrages , les Editeurs
de Coppenhague ont recueilli pref
que toujours des morceaux étrangers
au Commerce.C'eſt ainſi qu'ils ont tranfcrit
beaucoup d'endroits de la Minéralogie
de Walerius & de celle de
Henctiel.
Tel eſt , Monfieur , le jugement que
portent des perſonnes inſtruites des éditions
étrangeres du Dictionnaire de
Commerce, & en particulier de celle que
vous annoncez. Si nous avions voulu
imiter les Editeurs de Genêve & de Cop
JUIN. 1763 . 103
penhague , & ne donner comme eux
que l'ancien Ouvrage avec quelques
additions peu importantes ou étrangères
à l'objet du Commerce , fi nous ne
nous étions pas propoſé de donner une
édition véritablement corrigée & augmentée
, d'y répandre les vrais principes
du Commerce que Savary n'a pas connus
, & de rendre en un mot cet Ouvrage
digne d'être offert au Public, nous
ne nous ferions pas laiſſé prévenir par
les Libraires étrangers. Mais pour remplir
nos vues à cet égard, il nous a fallu
des foins , de la dépenſe , & furtout
du temps.
Nous nous flatons que le Public
attendra avec un peu de patience la
fin d'un travail néceſſairement long ,
mais dont nous voyons le terme s'approcher.
Nous comptons publier le
Profpectus de notre nouvelle édition
dans le courant de l'année prochaine ,
& mettre tout de ſuite ſous preffe.
Nous avons l'honneur d'être &c .
Les Frères ESTIENNE ,
Libraires , rue S. Jacques.
A Paris ce 10 Mai 1763 .
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Résumé : LETTRE, au sujet du Dictionnaire de Commerce DE SAVARY.
La lettre traite de la publication d'une nouvelle édition du 'Dictionnaire de Commerce' de Savary à Copenhague, annoncée dans le Mercure de mai 1763. Les auteurs, détenteurs du privilège en France, expriment leur préoccupation face à cette édition étrangère, estimant qu'elle contredit les usages de la librairie française. Ils précisent que les libraires parisiens mentionnés, MM. Deffaint & Saillant, n'ont pas de souscriptions à fournir pour cette édition et désapprouvent l'annonce. Les auteurs soulignent que les éditions étrangères risquent de manquer de qualité et de précision, car le dictionnaire a été créé en France avec le soutien du gouvernement et des contributions de diverses autorités françaises. Ils critiquent les éditions existantes de Genève et de Copenhague, les jugeant défectueuses et inadaptées. L'édition de Genève contient peu d'ajouts pertinents et conserve des erreurs anciennes, tandis que celle de Copenhague ajoute des informations superficielles sur l'histoire naturelle et des extraits d'autres ouvrages sans rapport direct avec le commerce. L'édition de Copenhague comprend environ deux mille articles supplémentaires, dont près de quinze cents proviennent des sept premiers volumes de l'Encyclopédie. Ces ajouts sont souvent étrangers au sujet principal du dictionnaire et proviennent parfois des œuvres de Savary avec des modifications mineures. Cette pratique de plagiat rend l'ouvrage inégal et incohérent. Les éditeurs de Copenhague ont également négligé de consulter des sources majeures comme Melon, Cantillon, Hume, et Child. Les auteurs concluent en affirmant leur intention de publier une édition corrigée et augmentée du dictionnaire, intégrant les vrais principes du commerce, et annoncent la publication prochaine du prospectus de cette nouvelle édition.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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310
p. 104-106
LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
Début :
CES Lettres contiennent une Histoire intéressante, dont les principaux Acteurs [...]
Mots clefs :
Bonté du caractère , Financier, Singe, Militaire, Abbé, Liberté sans indécence, Savoir sans pédanterie, Philosophie sans préjugés , Grâces sans prétentions, Bonheur sans amertume, Lettres, Fabulistes
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texteReconnaissance textuelle : LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
LE Nouvel ABAILLARD , ou Lettres
d'un Singe au Docteur ABADOLFS ,
traduites de l'Allemand Se trouve
à Paris chez Dufour & Grangé , Libraires
, fur le Pont Notre-Dame. 2
Volumes in- 12.
CESES Lettres contiennent une Hiſtoire
intéreſſante , dont les principaux Acteurs
, font un homme qui joint à un
efprit cultivé & orné des plus belles connoiſſances
, la bonté du caractère &
l'amour de l'humanité ; une jeune perſonne
aimable & ſenſible , un Financier
modelé fur l'ancien moule , un Militaire
vicieux & capable de toute forte
d'excès , un Abbé plein de prétentions
& qui eſt parvenu à ne rougir de rien
une fille , dont la fingulière façon de
penfer &d'agir , ſe ſoutient dans tout le
cours de l'Ouvrage. L'intrigue s'ouvre
dans la 7 Lettre. Après avoir crayonné
le tableau de la maiſon du Financier , de
ceux qui la fréquentent, & du premier
Perſonnage , dont nous venons de parler
, ( M. d'Armilli ) voici comme l'Auteur
s'exprime .
,
M. d'Armilli pourroit jouir d'une con
JUIN. 1763 .. 105
fidération diftinguée dans le grand monde
, mais fon humeur mélancolique
l'en éloigne , & depuis qu'il a vu Theréſe
, je comprends par ſon affiduité à
fréquenter notre maiſon , qu'il n'en fréquente
plus d'autres. Theréſe voit M.
d'Armilli avec plaifir : ſon âme eſt douée
d'une vertu magnétique. Ils ſe parloient
il y a quelques jours ſur le ton de la confance
& de l'amitié. On les gênoit
quand on vouloit entrer dans leurs converſations
quoiqu'elles ne roulaffent que
furdes choſes indifférentes ; ils ſe fixoient
avec complaifance , ils ſourioient prèſque
en même-temps , ils devinoient leurs
penſées , je n'ai jamais remarqué de ſympathie
plus parfaite. Ils offroient le touchant
aſſemblage de la liberté ſans indécence
, du ſçavoir fans pédanterie , de
la philoſophie fans préjugés , des grâces
fans prétentions , du bonheur ſans amer
tume. Qu'ils me paroiffent changés !
Leurs yeux ne ſe parlent plus , parce
qu'ils craignent ſans doute d'en comprendre
le langage. Hélas ! ils ne font
point changés. Ils ſe craignent , donc
ils s'aiment. Tant mieux , diras-tu peutêtre
; ce vertueux jeune homme ſemble
formé pour ma fille.... Reviens , vénérable
Abadolfs , de cette erreur funeſte.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Frémis , mon cher Maître . Dans quel
lieu as-tu envoyé le fruit d'un amour cher
à ton coeur ? .... Tâche plutôt d'étouffer
par les meilleurs avis une paffion dont
les fuites feroient terribles. Apprends
que d'Armilli eſt marié.
Cet amour malheureux eſt la cauſe
de la variété des événemens qu'on trouve
dans cette Hiſtoire. Le récit en eft
ſouvent coupé par de petitesDiffertations
fur différens Sujets. On rend compte
dans la Préface de la manière dont ces
Lettres , qu'on attribue à un Singe , ont
été trouvées. On établit,en plaiſantant,
la poſſibilité de cette fiction que l'exemple
des Fabuliſtes ſemble juſtifier. L'abondance
des matières ne nous permet
pas de nous étendre davantage ſur cet
Ouvrage. On l'attribue à M. de Campigneulles
, qui a déja publié pluſieurs
Ecrits , qui ont reçu un accueil favorable.
d'un Singe au Docteur ABADOLFS ,
traduites de l'Allemand Se trouve
à Paris chez Dufour & Grangé , Libraires
, fur le Pont Notre-Dame. 2
Volumes in- 12.
CESES Lettres contiennent une Hiſtoire
intéreſſante , dont les principaux Acteurs
, font un homme qui joint à un
efprit cultivé & orné des plus belles connoiſſances
, la bonté du caractère &
l'amour de l'humanité ; une jeune perſonne
aimable & ſenſible , un Financier
modelé fur l'ancien moule , un Militaire
vicieux & capable de toute forte
d'excès , un Abbé plein de prétentions
& qui eſt parvenu à ne rougir de rien
une fille , dont la fingulière façon de
penfer &d'agir , ſe ſoutient dans tout le
cours de l'Ouvrage. L'intrigue s'ouvre
dans la 7 Lettre. Après avoir crayonné
le tableau de la maiſon du Financier , de
ceux qui la fréquentent, & du premier
Perſonnage , dont nous venons de parler
, ( M. d'Armilli ) voici comme l'Auteur
s'exprime .
,
M. d'Armilli pourroit jouir d'une con
JUIN. 1763 .. 105
fidération diftinguée dans le grand monde
, mais fon humeur mélancolique
l'en éloigne , & depuis qu'il a vu Theréſe
, je comprends par ſon affiduité à
fréquenter notre maiſon , qu'il n'en fréquente
plus d'autres. Theréſe voit M.
d'Armilli avec plaifir : ſon âme eſt douée
d'une vertu magnétique. Ils ſe parloient
il y a quelques jours ſur le ton de la confance
& de l'amitié. On les gênoit
quand on vouloit entrer dans leurs converſations
quoiqu'elles ne roulaffent que
furdes choſes indifférentes ; ils ſe fixoient
avec complaifance , ils ſourioient prèſque
en même-temps , ils devinoient leurs
penſées , je n'ai jamais remarqué de ſympathie
plus parfaite. Ils offroient le touchant
aſſemblage de la liberté ſans indécence
, du ſçavoir fans pédanterie , de
la philoſophie fans préjugés , des grâces
fans prétentions , du bonheur ſans amer
tume. Qu'ils me paroiffent changés !
Leurs yeux ne ſe parlent plus , parce
qu'ils craignent ſans doute d'en comprendre
le langage. Hélas ! ils ne font
point changés. Ils ſe craignent , donc
ils s'aiment. Tant mieux , diras-tu peutêtre
; ce vertueux jeune homme ſemble
formé pour ma fille.... Reviens , vénérable
Abadolfs , de cette erreur funeſte.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE .
Frémis , mon cher Maître . Dans quel
lieu as-tu envoyé le fruit d'un amour cher
à ton coeur ? .... Tâche plutôt d'étouffer
par les meilleurs avis une paffion dont
les fuites feroient terribles. Apprends
que d'Armilli eſt marié.
Cet amour malheureux eſt la cauſe
de la variété des événemens qu'on trouve
dans cette Hiſtoire. Le récit en eft
ſouvent coupé par de petitesDiffertations
fur différens Sujets. On rend compte
dans la Préface de la manière dont ces
Lettres , qu'on attribue à un Singe , ont
été trouvées. On établit,en plaiſantant,
la poſſibilité de cette fiction que l'exemple
des Fabuliſtes ſemble juſtifier. L'abondance
des matières ne nous permet
pas de nous étendre davantage ſur cet
Ouvrage. On l'attribue à M. de Campigneulles
, qui a déja publié pluſieurs
Ecrits , qui ont reçu un accueil favorable.
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Résumé : LE Nouvel ABAILLARD, ou Lettres d'un Singe au Docteur ABADOLFS, traduites de l'Allemand, se trouve à Paris chez Dufour & Grangé, Libraires, sur le Pont Notre-Dame. 2 Volumes in-12.
'Le Nouvel Abaillard, ou Lettres d'un Singe au Docteur Abadolfs' est un ouvrage traduit de l'allemand, publié à Paris chez Dufour & Grangé. Composé de deux volumes, il relate une histoire impliquant plusieurs personnages : un homme cultivé, une jeune femme sensible, un financier, un militaire, un abbé prétentieux et une fille au comportement singulier. L'intrigue commence dans la septième lettre, décrivant la maison du financier et les interactions entre M. d'Armilli et Thérèse. Leur relation passe de la sympathie à la crainte réciproque, révélant un amour impossible car M. d'Armilli est marié. Cet amour influence les événements du récit, ponctué de discussions variées. La préface explique que les lettres sont attribuées à un singe, une fiction justifiée par les fabulistes. L'ouvrage est attribué à M. de Campigneulles, auteur de plusieurs écrits bien accueillis.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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311
p. 106-108
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ÉSSAIS historiques sur Paris, de M. de Saintfoix, troisiéme édition, revue, [...]
Mots clefs :
Essais historiques, Succès, Consolateur, Impôt, Économie politique, Histoire militaire, Langage de la religion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES .
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
ÉSSAIS hiſtoriques fur Paris , de M.
de Saintfoix , troifiéme édition , revue ,
corrigée & augmentée , 4 vol. in- 12 .
Londres , 1763 ; & ſe trouvent à Paris ,
chez Duchesne , Libraire , rue S. Jac
JUI N. 1763. 107
ques , au-deſſous de la Fontaine S. Benoît
, au Temple du Goût.
Le ſuccès des premières Editions de
cet Ouvrage où l'utile & l'agréable ſe
trouvent également répandus , eſt un
fùr garant de l'accueil que doit attendre
celle-ci de la part du Public. On vend
à part un Supplément pour les perfonnes
qui ont l'Edition en trois volumes.
Nous en donnerons l'Extrait dans le
Mercure prochain.
1
LE CONSOLATEUR , pour ſervir de
réponſe à la théorie de l'Impôt , & autres
écrits fur FEconomie Politique.
Par M. E B. de S. S... in- 12 . Bruxelles,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez. Valleyre
Père , rue S. Severin , vis-à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
Tout bon Citoyen jugera ce Livre
digne de ſon titre ;& nous ne tarderons
pas d'en rendre compte,
RECUEIL de Lettres , pour fervir
d'éclairciſſement à l'Histoire Militaire
du régne de Louis XIV. Tomes 5 &
6. in-12. La Haye, 1763; & ſe trouve à
Paris, chez Antoine Boudet, Imprimeur
du Roi , rue S. Jacques , à la Bible d'or.
Les Amateurs de notre hiſtoire , &
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
furtout ceux qui connoiffent le mérite
de cette collection , ne pourront qu'applaudir
au zéle très-louable des Continuateurs
de cet Ouvrage.
LE LANGAGE de la Religion , par
l'Auteur du Langage de la Raifon.
Intonuit de Calo Dominus , & Altiffimus
dedit vocem fuam. Pl. 17. v. 15 .
In - 12 . Paris , 1763. Chez Nyon , Libraire
, quai des Auguſtins,à l'Occafion.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En 1763, plusieurs ouvrages ont été annoncés. 'Essais historiques sur Paris' de M. de Saintfoix est en troisième édition, revue, corrigée et augmentée, disponible à Londres et à Paris chez Duchesne. Le succès des précédentes éditions assure une réception positive. Un supplément est prévu pour les possesseurs de l'édition en trois volumes, avec un extrait à paraître dans le prochain Mercure. 'Le Consolateur', traitant de la théorie de l'impôt et d'autres sujets économiques, est écrit par M. E B. de S. S. et publié à Bruxelles, disponible à Paris chez Valleyre Père. Cet ouvrage est considéré comme méritant son titre. Le 'Recueil de Lettres' visant à éclaircir l'histoire militaire du règne de Louis XIV, tomes 5 et 6, est publié à La Haye et disponible à Paris chez Antoine Boudet. Les passionnés d'histoire apprécieront l'effort des continuateurs de cette œuvre. Enfin, 'Le Langage de la Religion' par l'auteur du 'Langage de la Raison' est publié à Paris chez Nyon.
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312
p. 108
« LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...] »
Début :
LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LES PENSÉES de J. J. Rousseau, Citoyen de Genève. In-12 Amsterdam, [...] »
LES PENSÉES de J. J. Rousseau ,
Citoyen de Genève. In-12. Amſterdam,
1763 ; & fe trouvent à Paris , chez
Prault petit -fils , Libraire , quai desAuguſtins.
Citoyen de Genève. In-12. Amſterdam,
1763 ; & fe trouvent à Paris , chez
Prault petit -fils , Libraire , quai desAuguſtins.
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313
p. 108-113
« HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
Début :
HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...]
Mots clefs :
Empire de Russie, Chasse aux chiens courants
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
HISTOIRE de l'Empire de Ruffie
fous Pierre le- Grand , par l'Auteur de
l'hiſtoire de Charles XII. Tome 2. &
dernier, in-8°. 1763. On en trouve des
exemplaires chez Panckoucke , Libraire,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe.
La célébrité de l'Auteur & celle du
Héros dont il vient d'achever l'hiſtoire,
faifoient attendre avec impatience le
volume que nous annonçons , avec autant
de p'aiſir que nous nous propoſons
d'en donner bientôt l'Extrait .
JUIN. 1763 . 109
1
L'ÉCOLE de la Chaſſe aux Chiens
courans , par M. le Verrier de la Conterie
, Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les
Aulnets , &c . précédée d'une Bibliothéque
hiſtorique & critique des Thereuticographes
. In 8. 2 vol . Rouen , 1763 .
De l'Imprimerie de MM. Nicolas &Richard
Lallemant.
N. B. Ce qui ajoute au mérite de cet
Ouvrage , c'eſt que la première partie
pleine de recherches auſſi ſçavantes
qu'agréables , eſt de MM. Lallemant ,
auffi connus par leur érudition que par
leur naiſſance.
LA VOIX de la Nature , ou lesAvantures
de Madame la Marquiſe de ***.
Par Madame de R. R. Auteur de la
Paysanne Philofophe. 5 parties in - 16 .
Amsterdam , 1763 ; & fe trouve à Paris
chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés . Nous en rendrons compte
plus amplement.
PROJET d'Etabliſſement d'un Bureau
de Confultations d'Avocats pour les
Pauvres ; ou Lettre d'un Citoyen à M.
Marin , Cenfeur Royal , en réponſe à
celle par lui écrite à Madame la P ***
de*****, fur un Projet intéreſſant pour
l'humanité. Brochure in-12 . 1763. Se
trouve chez les mêmes Libraires .
1
110 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur ce qu'il convient
de faire pour diminuer ou fupprimer
le lait des femmes,&c. Ouvrage
couronné par la Société Hollandoiſe
des Sciences , à Harlem , le 21 Mai
1762 , par M. David , Docteur en Médecine.
Brochure , in- 12. Paris , 1763.
Chez Vallat la Chapelle , Libraire , au
Palais , fur le Perron de la Sainte-Chapelle.
SATYRES nouvelles , par M. de V ***
Brochure in- 12 . Amsterdam, 1763. Et fe
vend à Paris, chez Cuiffart , Pont-au-
Change, à la Harpe. Nous comptons en
donner l'Extrait.
DISCOURS quia remporté le Prix d'Eloquence
, au jugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres de
Nancy , pour l'année 1763. Par M. Billecard,
Avocat à la Cour. In- 8°. Nancy,
1763. Chez la Veuve & Claude Lefeure ,
Imprimeur ordinaire du Roi.
L'Auteur de ce Difcours touche à
peine à ſa vingtiéme année ; & nous ne
tarderons pas à lui rendre toute la justice
qu'il nous paroît mériter.
ÉTAT des Livres nouveaux qui fe
trouvent chez BRIASSON , Libraire
JUIN . 1763 . JIT
à Paris , rue S. Jacques , à la Science
; 1763 .
TRAITÉ des réparations des Egliſes
& des Economats , par M. Piales ,
Avocat en Parlement , in- 12 , 4. vol.
1762.
C'est la suite des Traités de cet Auteur
fur la Matière Bénéficiale , dont
il a dejà paru chez le même Libraire.
Le Traité de la collation des Bénéfices
, du Visa , &c. in- 12 , 8 vol.
Le Traité de la Prévention & Provifion
, in- 12 , 2 vol.
Le Traité de l'Expectative & du
Droit des Gradués , in-12 , 6 vol.
Le Traité de la Dévolution & du
Dévolut , in- 12 , 3 vol.
Le Traité des Commendes , in-12 ,
3 vol.
Obſervations fur les Scavans incrédules
, & fur quelques -uns de leurs
Ecrits , par M. de Luc , in- 8°. Genéve ,
1762.
Differtation ſur les Celtes Brigantes ,
in-12. Breghente , 1762 .
Les mêlanges de Philofophie & de
Mathématique de la Société de Turin
ou Miscellanea Taurinenfia , in-4°. 2
vol. Turin , 1759 & 1762.
112 MERCURE DE FRANCE
,
Les Planches du Dictionnaire des
Sciences , des Arts & Manufactures
feconde & troifiéme livraiſon , in-fol.
Traité des nombres trigonaux , de
leur valeur & uſage , par M. Joncourt ,
in-4° . A la Haye. 1762 .
Le Calendrier des Laboureurs & Fermiers
, traduit de Bradley , nouvelle
Edition , in- 12. 1762.
Phyſique occulte , ou la Baguette divinatoire
, nouvelle Edition , in- 12 , 2
vol . fig. A la Haye , 1762.
Plus, on trouve chezle même Libraire
les fuivans , dont il a acquis les impreffions
depuis peu.
Dalembert : Traité de Dynamique ,
in-4° , fig. Nouvelle Edition augmentée
, 1758.
-Suite ou Traité de l'Equilibre & du
Mouvement des Fluides in-4°. fig.
1744.
-Effai d'une nouvelle Théorie de la
réſiſtance des Fluides, in-4 °. fig . 1752 .
Nota. Les trois Traités ci-deſſus ont
une extrême liaiſon l'un avec l'autre ;
cependant ils continueront à se vendre
toujours séparément.
-Réflexions ſur la cauſe générale
des Vents , in-4° . fig . 1747.
JUIN. 1763. 113
Recherches ſur la préceſſion des
Equinoxes & fur la nutation de l'axe
de la Terre , in- 4° . fig . 1759 .
-Recherches ſur divers points importans
du Syſtême du Monde , in-4° .
3. vol . fig . 1754 & 1756 .
Nota. Le troiſième volume continuera
àfe vendre séparément.
-Opufcules Mathématiques , ou Mémoires
fur différens ſujets de Géométrie
, de Méchanique , d'Optique ,
d'Aſtronomie , &c. in-4°. 2 vol .
fig. 1761 .
L'Auteur prépare un troisième Volume
, qui paroitra dans cette année
2763.
- Nouvelles tables de la Lune , in-4°.
-Les mêmes en Latin , in-4°.
Recherche de la Vérité , par le Pere
Malebranche , in- 12. 4. vol. 1761 .
Les OEuvres de M. Renuffon , contenant
les Traités de la Communauté ,
du Douaire , de la Garde- noble &
bourgeoife , des Propres , & de la Subrogation
, avec des Queſtions de Droit
les plus difficiles : nouvelle Edition
augmentée , in-fol. 1760.
Lettres Philoſophiques ſur la formation
des Sels & des Cryſtaux , par M.
Bourguet , in- 12 . Amsterdam , 1762.
fous Pierre le- Grand , par l'Auteur de
l'hiſtoire de Charles XII. Tome 2. &
dernier, in-8°. 1763. On en trouve des
exemplaires chez Panckoucke , Libraire,
rue & à côté de la Comédie Françoiſe.
La célébrité de l'Auteur & celle du
Héros dont il vient d'achever l'hiſtoire,
faifoient attendre avec impatience le
volume que nous annonçons , avec autant
de p'aiſir que nous nous propoſons
d'en donner bientôt l'Extrait .
JUIN. 1763 . 109
1
L'ÉCOLE de la Chaſſe aux Chiens
courans , par M. le Verrier de la Conterie
, Ecuyer , Seigneur d'Amigny , les
Aulnets , &c . précédée d'une Bibliothéque
hiſtorique & critique des Thereuticographes
. In 8. 2 vol . Rouen , 1763 .
De l'Imprimerie de MM. Nicolas &Richard
Lallemant.
N. B. Ce qui ajoute au mérite de cet
Ouvrage , c'eſt que la première partie
pleine de recherches auſſi ſçavantes
qu'agréables , eſt de MM. Lallemant ,
auffi connus par leur érudition que par
leur naiſſance.
LA VOIX de la Nature , ou lesAvantures
de Madame la Marquiſe de ***.
Par Madame de R. R. Auteur de la
Paysanne Philofophe. 5 parties in - 16 .
Amsterdam , 1763 ; & fe trouve à Paris
chez les Libraires qui vendent les
Nouveautés . Nous en rendrons compte
plus amplement.
PROJET d'Etabliſſement d'un Bureau
de Confultations d'Avocats pour les
Pauvres ; ou Lettre d'un Citoyen à M.
Marin , Cenfeur Royal , en réponſe à
celle par lui écrite à Madame la P ***
de*****, fur un Projet intéreſſant pour
l'humanité. Brochure in-12 . 1763. Se
trouve chez les mêmes Libraires .
1
110 MERCURE DE FRANCE.
DISSERTATION fur ce qu'il convient
de faire pour diminuer ou fupprimer
le lait des femmes,&c. Ouvrage
couronné par la Société Hollandoiſe
des Sciences , à Harlem , le 21 Mai
1762 , par M. David , Docteur en Médecine.
Brochure , in- 12. Paris , 1763.
Chez Vallat la Chapelle , Libraire , au
Palais , fur le Perron de la Sainte-Chapelle.
SATYRES nouvelles , par M. de V ***
Brochure in- 12 . Amsterdam, 1763. Et fe
vend à Paris, chez Cuiffart , Pont-au-
Change, à la Harpe. Nous comptons en
donner l'Extrait.
DISCOURS quia remporté le Prix d'Eloquence
, au jugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres de
Nancy , pour l'année 1763. Par M. Billecard,
Avocat à la Cour. In- 8°. Nancy,
1763. Chez la Veuve & Claude Lefeure ,
Imprimeur ordinaire du Roi.
L'Auteur de ce Difcours touche à
peine à ſa vingtiéme année ; & nous ne
tarderons pas à lui rendre toute la justice
qu'il nous paroît mériter.
ÉTAT des Livres nouveaux qui fe
trouvent chez BRIASSON , Libraire
JUIN . 1763 . JIT
à Paris , rue S. Jacques , à la Science
; 1763 .
TRAITÉ des réparations des Egliſes
& des Economats , par M. Piales ,
Avocat en Parlement , in- 12 , 4. vol.
1762.
C'est la suite des Traités de cet Auteur
fur la Matière Bénéficiale , dont
il a dejà paru chez le même Libraire.
Le Traité de la collation des Bénéfices
, du Visa , &c. in- 12 , 8 vol.
Le Traité de la Prévention & Provifion
, in- 12 , 2 vol.
Le Traité de l'Expectative & du
Droit des Gradués , in-12 , 6 vol.
Le Traité de la Dévolution & du
Dévolut , in- 12 , 3 vol.
Le Traité des Commendes , in-12 ,
3 vol.
Obſervations fur les Scavans incrédules
, & fur quelques -uns de leurs
Ecrits , par M. de Luc , in- 8°. Genéve ,
1762.
Differtation ſur les Celtes Brigantes ,
in-12. Breghente , 1762 .
Les mêlanges de Philofophie & de
Mathématique de la Société de Turin
ou Miscellanea Taurinenfia , in-4°. 2
vol. Turin , 1759 & 1762.
112 MERCURE DE FRANCE
,
Les Planches du Dictionnaire des
Sciences , des Arts & Manufactures
feconde & troifiéme livraiſon , in-fol.
Traité des nombres trigonaux , de
leur valeur & uſage , par M. Joncourt ,
in-4° . A la Haye. 1762 .
Le Calendrier des Laboureurs & Fermiers
, traduit de Bradley , nouvelle
Edition , in- 12. 1762.
Phyſique occulte , ou la Baguette divinatoire
, nouvelle Edition , in- 12 , 2
vol . fig. A la Haye , 1762.
Plus, on trouve chezle même Libraire
les fuivans , dont il a acquis les impreffions
depuis peu.
Dalembert : Traité de Dynamique ,
in-4° , fig. Nouvelle Edition augmentée
, 1758.
-Suite ou Traité de l'Equilibre & du
Mouvement des Fluides in-4°. fig.
1744.
-Effai d'une nouvelle Théorie de la
réſiſtance des Fluides, in-4 °. fig . 1752 .
Nota. Les trois Traités ci-deſſus ont
une extrême liaiſon l'un avec l'autre ;
cependant ils continueront à se vendre
toujours séparément.
-Réflexions ſur la cauſe générale
des Vents , in-4° . fig . 1747.
JUIN. 1763. 113
Recherches ſur la préceſſion des
Equinoxes & fur la nutation de l'axe
de la Terre , in- 4° . fig . 1759 .
-Recherches ſur divers points importans
du Syſtême du Monde , in-4° .
3. vol . fig . 1754 & 1756 .
Nota. Le troiſième volume continuera
àfe vendre séparément.
-Opufcules Mathématiques , ou Mémoires
fur différens ſujets de Géométrie
, de Méchanique , d'Optique ,
d'Aſtronomie , &c. in-4°. 2 vol .
fig. 1761 .
L'Auteur prépare un troisième Volume
, qui paroitra dans cette année
2763.
- Nouvelles tables de la Lune , in-4°.
-Les mêmes en Latin , in-4°.
Recherche de la Vérité , par le Pere
Malebranche , in- 12. 4. vol. 1761 .
Les OEuvres de M. Renuffon , contenant
les Traités de la Communauté ,
du Douaire , de la Garde- noble &
bourgeoife , des Propres , & de la Subrogation
, avec des Queſtions de Droit
les plus difficiles : nouvelle Edition
augmentée , in-fol. 1760.
Lettres Philoſophiques ſur la formation
des Sels & des Cryſtaux , par M.
Bourguet , in- 12 . Amsterdam , 1762.
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Résumé : « HISTOIRE de l'Empire de Russie sous Pierre le-Grand, par l'Auteur de [...] »
Le document présente une liste d'ouvrages publiés en 1763 et dans les années précédentes. Parmi les œuvres mentionnées, figure 'Histoire de l'Empire de Russie sous Pierre le Grand' par l'auteur de 'l'histoire de Charles XII', disponible chez Panckoucke. Le texte annonce également plusieurs autres publications, telles que 'L'École de la Chasse aux Chiens' par M. le Verrier de la Conterie, 'La Voix de la Nature' par Madame de R., et un 'Projet d'Établissement d'un Bureau de Consultations d'Avocats pour les Pauvres'. D'autres ouvrages notables incluent une dissertation sur la diminution du lait maternel par M. David, des 'Satires nouvelles' par M. de V***, et un discours primé par M. Billecard. Le document liste également divers traités juridiques et scientifiques, ainsi que des travaux philosophiques et mathématiques, notamment ceux de D'Alembert et Malebranche. Plusieurs de ces ouvrages sont disponibles chez différents libraires à Paris et ailleurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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314
p. 80-103
LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Début :
TOUTES les fois, Monsieur, que je parle de Lucain avec un peu de vivacité [...]
Mots clefs :
Guerre, Dieux, Tête, Sang, Monde, Peuple, Malheurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
LETTRE de M. MARMONTEL
à M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
TOUTES OUTES les fois , Monfieur , que je
parle de Lucain avec un peu de vivacité
, j'entens dire , c'eft fa folie : il adore
Corneille ; Corneille aimoit Lucain ; &
fa vénération pour l'un , fait qu'il s'eft
pris d'amour pour l'autre. Je m'examine
encore , & pour me confulter , je relis
quelque chant de la Pharfale. Qu'arrivet-
il ? J'y trouve les mêmes beautés , je
m'afflige qu'elles ne foient pas connues ,
& d'impatience , je prens la plume , pour
tâcher de les rendre comme je les fens.
C'eft ainfi Monfieur , que j'ai traduit
une bonne partie de ce Poëme. Vous
avez bien voulu inférer un chant de ma
Traduction , dansle Merc . d'Avril 1761 .
II vol . & il m'a femblé , qu'on étoit furpris
d'y trouver parmi tant de belles chofes
, fi peu de cette enflure & de cette déJUILLET.
1763 .
81
clamation , que l'on reproche à Lucain :"
il m'a femblé qu'on me favoit gré , d'avoir
rendu fimplement des beautés frappantes
par elles -mêmes ; & fi j'en croyois
ce qu'on a bien voulu me dire de cette
premiere tentative , je n'aurois pas befoin
pour achever , d'un nouvel encouragement.
Mais comme je ne me diffimule
, ni ce que mon Auteur a de
défectueux , ni l'impoffibilité ou je fuis
de l'égaler dans ce qu'il a de grand &
de fublime , je ne veux me hafarder
que pas à pas , & d'effai en effai. J'ai
eu l'honneur de vous propofer un fecond
chant , vous l'avez accepté avec
une politeffe à laquelle je fuis très - ſenfible
; le voici . Je vous ferai bien obligé ,
fi vous voulez mettre à la tête , ce précis
du premier chant , pour le rappeller aux
Lecteurs.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PRECIS du premier Chant
de la PHARSALE .
Caufes de la guèrre civile : l'exceffive
grandeur de Rome , la jaloufie &
la rivalité de Pompée & de Céfar , la
corruption des moeurs & le mépris des
Loix . Cefarde retour des Gaules , contre
Jes défenfes du Sénat , paffe le Rubicon
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
à la tête de fon armée. Il marche à
Rome. Il s'empare d'Ariminum. Les
Tribuns chaffés de Rome par le Sénat ,
fe réfugient fous les drapeaux de Céfar;
Curion les accompagne. Il annonce à
Céfar, qu'on eft réfolu à lui refufer le
Triomphe , & que l'on arme contre
lui. Harangue de Céfar à fes troupes ,
pour les engager à la révolte. Les
troupes balancent à fe déclarer ; le Centurion
Lélius prend la parole , & les
détermine . César raffemble autour de
lui les cohortes qu'il a laiffées dans la
Gaule. A fon approche , la terreur fe
répand dans Rome . Pompée & le Sénat
prennent la fuite ; le Peuple épouvanté
les fuit. Des prodiges effrayans redoublent
encore l'allarme publique . Les
Devins d'Hétrurie font confultés . Arons
le plus vieux de ces Devins , ordonne
des facrifices , des expiations , & prédit
vaguement des malheurs fans nombre.
Figulus, homme verfé dans l'Aftrologie
, confirme les préfages du Devin ,
& annonce la guèrre Civile .
LIVRE SECOND .
Déja la colère des Dieux s'eft manifeftée
la nature a donné le fignal de la
difcorde ; elle a interrompu fon cours ;
JUILLET. 1763. 83
& par un preffentiment de l'avenir , elle
s'eft plongée elle- même dans ce tumulte
qui engendre les monftres. C'eſt le préfage
de nos forfaits. Pourquoi donc
ô Souverain des Dieux , avoir ajoûté
aux malheurs des hommes , cette prévoyance
accablante ? Soit que dans le
développement du Cahos , ta main féconde
ait lié les caufes par des noeuds
indiffolubles , que tu te fois impofé à
toi-même une première loi , & que
tout foit foumis à cet ordre immuable ;
foit qu'il n'y ait rien de prefcrit , &
qu'un hafard aveugle & vagabond
opére feul dans la nature , ce flux &
ce reflux d'événemens , qui changent
la face du monde ; fais que nos maux
arrivent foudain ; que l'avenir foit
inconnu à l'homme ; qu'il puiffe du
moins , eſpérer en tremblant.
9
Dès qu'on fut averti par ces prodiges
, des malheurs dont Rome étoit
menacée , le ministère de la Juſtice fut
fufpendu ; les Loix gardérent un lugubre
filence ; les dignités fe cachérent fous
le plus humble vêtement ; on ne vit
plus la pourpre entourée de faiſceaux ;
les citoyens étoufférent leurs plaintes ;
la douleur morne & fans voix , erra
dans cette Ville immenfe.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi dans le moment qu'un jeune
homme , l'efpoir d'une famille , expire ;
avant que les premiers accens de la défolation
ayent éclaté ; avant qu'une Mère
les cheveux épars , jette de lamentables
cris , dans les bras de ce fils que la chaleur
de la vie abandonne ; tandis qu'elle
baife cette face livide , & ces yeux plongés
dans le fommeil de la mort ; ce n'eft
pas encore de la douleur , c'eft de l'effroi :
attachée à ce corps expirant , interdite
& comme infenfible , elle contemple ,
dans un étonnement ftupide , toute
l'étendue de fon malheur.
Telle eft dans les premiers inftans ,
la confternation répandue dans Rome..
Les femmes ont dépouillé leur parure ;
leur foule éplorée affiége les Temples
ce n'eft plus par des voeux timides , c'eft
par des longs heurlemens qu'elles invoquent
le Ciel. Le Temple de Jupiter
n'eft pas le feul qu'elles rempliffent ; elles
fe partagent les Dieux.
C'eſt à préfent ( s'écria l'une d'entre
elles , en fe déchirant le vifage baigné
de pleurs ) c'eſt à préfent , ô miférables
Mères ! qu'il eft permis de fe frapper le
fein & de s'arracher les cheveux n'attendez
pas pour vous défoler , que nos
malheurs foient à leur comble ; pleurez
:
JUILLET. 1763. 85
tandis que la fortune eft encore incertaine
entre nos deux Tyrans. Dès que
l'un d'eux fera vainqueur , il faudra
marquer de la joie.
,
Les hommes eux-mêmes , en allant fe
ranger fous les Drapeaux des deux partis
, accufoient les Dieux de les forcer
au crime. Malheureux ( difoient- ils )
que n'avons- nous plûtôt vécu dans les
tems de Cannes & de Trébie ! Dieux ,
ce n'eſt point la Paix que nous vous
demandons ; foulevez contre nous les
Nations barbares ; que le monde conjuré
fe réuniffe ; que les peuples de
l'Orient & du Nord , les Médes , les
Scythes , les Germains fondent fur nous;
que Rome n'ait pas un feul bras qui ne
combatte : rendez - nous , grands Dieux,
tous nos ennemis à la fois , & fauveznous
de la guerre civile . Ou fi vous
avez réfolu d'anéantir le nom Romain ,
faites tomber en pluye de feu , les airs
embrafés par la foudré ; frappez en même
temps & les deux Chefs & les deux
Partis ; n'attendez pas qu'ils méritent
vos coups. Eft-ce pour décider lequel
des deux nous opprimera , qu'il en doit
coûter tant de crimes ? A peine hélas !
eût-il fallu s'y réfoudre pour nous affranchir
de tous les deux. C'eft ainfi
86 MERCURE DE FRANCE.
que leur piété fe répandoit en inutiles
plaintes. Les Vieillards accablés de douleur
fe plaignoient d'avoir trop vécu.
L'un d'eux pour donner un exemple
récent des maux que l'on avoit à craindre.
O mes Amis ( dit-il à fes compagnons
) l'orage qui nous menace , eft
le même qui s'éleva fur Rome , lorfque
Marius , Vainqueur des Teutons & des
Numides , fe réfugia dans des Marais ,
que
les rofeaux de Minturne couvrirent
fa tête triomphante , cette tête , dont
la fortune leur confioit le dépôt fatal.
Découvert & chargé de chaînes , il
gémit longtems enfeveli dans les horreurs
d'un noir cachot . Deſtiné à mou--
rir Conful , à mourir tranquille au milieu
des ruines de fa Patrie , il porto t
d'avance la peine de fes crimes ; mais la
mort fembloit l'éviter. En vain fes ennemis
tiennent fa vie en leur pouvoir ;
le premier qui veut le frapper , recule
faifi de frayeur. Sa main tremblante
laiffe tomber le glaive . Il a vu à travers
les ténébres de la Prifon , une lumière
refplendiffante: il a vu les Dieux vengeurs
le menacer ; il a vu Marius dans tout
l'éclat de fa grandeur future ; il l'a entendu
, & il a tremblé . Retire - toi , lâche
ennemi : ce n'eft pas à toi de frapper
JUILLET. 1763. 87.
cette tête le cruel doit au deftin , des
morts fans nombre avant la fienne. Cimbres,
confervez avec foin les jours de ce
Vieillard, fi vous voulez être vengés . Ce
n'eft point la faveur des Dieux , c'eft
leur colère qui veille fur lui. Marius
fuffit au deffein qu'ils ont formé de per-,
dre Rome. En vain l'océan furieux le
jette fur une plage ennemie ; errant
fut les bords inhabités de ces Numides
qu'il a vaincus , des cabanes défertes lui
fervent d'afyle. Carthage & Marius , fe
confolent mutuellement à la vue de
leur ruine , & couchés fur le même
fable , tous les deux pardonnent aux
Dieux. Mais au premier retour de la
fortune , il rallume la haine des Afriquains
; il affemble des armées d'efcla
ves , & brife les fers dont ils font chargés
aucun n'eft admis fous fes Drapeaux
qui n'ait fait l'apprentiffage du
crime , & qui n'apporte dans fon Camp
l'exemple de quelques forfaits.
O Deftin ! quel jour , quel horrible
jour , que celui où Marius entra victorieux
dans Rome ! avec quelle rapidité
la mort étendit fon ravage ! la nobleffe
tombe confondue axec le peuple ; le
glaive deftructeur vole au hazard , &
frappe fans choix : le fang ruiffelle dans
88 MERCURE DE FRANCE.
les Temples , les pavés des voies pu
bliques en font inondés & gliffans. Nulle
pitié , nul égard pour l'âge : on n'a
pas honte de hater la mort des vieillards
courbés fous le poids des ans , ni de
trancher la vie des enfans qui viennent
d'ouvrir les yeux à la lumière . Hélas !
& par quel crime ont - ils mérité de
mourir ? ils font mortels ; c'en eft affez :
l'impétueufe fureur les rencontre & les
moiffonne fur fon paffage . Sans perdre
le tems à chercher les criminels , on
égorge en foule tout ce qui fe préfente.
La main du meurtrier , plutôt que de
refter oifive , fait tomber des têtes ,
dont les traits mêmes lui font inconnus,
Il n'eft qu'un espoir de falut : c'eſt d'attacher
fes lévres tremblantes , à cette
main prête à frapper. Ah ! Peuple indigne
de tes Ancêtres , devrois - tu , même
à l'aspect de ces mille glaives qui s'avancent
fous les étendarts de la mort ,
devrois -tu confentir à racheter des fiécles
de vie à ce prix ? & tu fubis cette
indigne loi , pour traîner dans l'opprobre
le peu de jours que Marius te laiffe
, & que Svlla vient t'arracher !
Dans le maffacre d'un Peuple innombrable
, comment donner des larmes à
chaques Citoyens ? reçois mes regrets
JUILLET. 1763 . 89
Bébius ! ô toi,dont une foule d'affaffins
déchirent les entrailles , & fe difputent
les membres fumans : & toi , l'augure
éloquent de nos malheurs , Antoine
dont la tête ruiffelante encore , & couverte
de cheveux blancs , eft apportée
dans un feftin , fur la table de Marius.
Les deux Craffus font égorgés ; Licinius
périt dans la tribune ; le Vieillard Scévola
, que le facerdoce auroit dû rendre
inviolable , tombe au pied des Autels
de Vefta : fon fang rejaillit fur le
feu facré ; mais, fes veines épuifées par
l'âge n'en rendent pas affez pour l'éteirdre.
A tant d'horreurs , fuccéda le feptiéme
confulat de Marius, & par là finit
cet homme , accablé de toutes les rigueurs
de la mauvaiſe fortune , comblé
de toutes les faveurs de la bonne , &
qui avoit mefuré dans l'une & dans
l'autre , jufqu'où peut aller le fort d'un
Mortel.
Sylla qui voulut nous vanger , mit
le comble à nos pertes immenfes : il
épuifa le peu de fang qui reftoit à la
patrie en coupant des membres corrompus
, il fuivit trop loin les progrès
du mal il ne périt que des coupables
, mais dans un tems où il n'y avoit
plus que des coupables à fauver.
90 MERCURE DE FRANCE
Sous lui les haines font déchaînées ; la
colère fe livre à fes emportemens , dégagée
du frein des loix . On ne facrifioit pas
tout à Sylla : chacun s'immoloit fes
victimes. Un mot du vainqueur , avoit
ouvert la barrière à tous les forfaits ; on
vit l'efclave affaffiner le Maître , le frère
vendre le fang du frère , les fils degoutans
du meurtre de leur Père , fe difputer
fa tête qu'ils venoient de trancher.
Les tombeaux font remplis de fugitifs ;
les vivans y font confondus avec les
morts les repaires des bêtes féroces
ne peuvent contenir la foule des tranffuges
; les uns , pour dérober leur mort
au vainqueur , ont recours au lien fatal ;
les autres fe précipitent du haut d'un
rocher ; celui-ci éléve fon bucher luimême
, il fe donne le coup mortel , &
fe jette dans les flames , avant que la
force l'ait abandonné. Rome confternée
& tremblante , reconnoît les têtes
de fes plus illuftres Citoyens , portées
au bout des lances , & entaffées dans
la Place publique : là fe révélent tous
les crimes cachés .
Les Pères vont dérober d'une main
tremblante , les corps livides & fanglans
de leurs fils , que leurs yeux feuls reconnoiffent
encore . Moi-même il me
JUILLET. 1763. 91
fouvient , qu'impatient de rendre aux
mânes de mon frère , les devoirs de la
fépulture dont le Tyran nous faifoit un
crime , il me fouvient , qu'avant de porter
fa tête fur le bucher , je parcourus
ce champ de carnage , digne monument
de la paix de Sylla , pour tâcher de découvrir
parmi tant de corps mutilés
celui auquel s'adapteroit cette tête défigurée.
O Dieux par quelles cruautés
la mort de Catulus fut vengée fur le
frère de Marius ; & quels maux fouffrit
avant d'expirer , cette malheureufe victime
? Mânes qu'on voulut appaifer ,
vous en futes effrayés vous-mêmes. Nous
l'avons vu , ce corps déchiré , dont chaque
membre étoit une playe : percé de
coups, dépouillé par lambeaux, il n'avoit
pas encore reçu le coup mortel , & par
un excès inoui de cruauté , l'on prenoit
foin de ménager fa vie. Ses mains tombant
fous le tranchantdu glaive,fa langue
arrâchée , palpite encore , il ne refpire ,
il n'entend plus que par des organes inutiles
.Un ongle meurtrier extirpe fes yeux
qui ont vu difperfer tous fes membres.
On ne croira jamais , qu'une feule tête
ait pu fuffire à tant de tourmens. Les
débris de ce cadavre ne forment plus
qu'un horrible monceau de chair &
92 MERCURE DE FRANCE.
d'offemens écrafés fous leur chûte : les
corps des malheureux qui ont péri dans
un naufrage , & que la vague a brifés
contre les écueils , arrivent moins défigurés
fur le fable. Et quel foin prenezvous
, cruels , de rendre Marius méconnoiffable
aux yeux de Sylla ? pour fe
repaître de Yon fupplice , il eût fallu ,
qu'il reconnût fes traits . Prénefte voit
tous fes habitans moiffonnés par le glaive
, tout un peuple tombe comme d'un
feul coup . Alors , la fleur de l'Italie , la
feule jeuneffe qui lui reftoit , fut maffacrée
dans le champ de Mars , au fein
de cette malheureufe Rome , qu'elle
inonda de fon fang. Que tant de victimes
périffent à la fois par la famine ,
par un naufrage , fous les ruines d'une
Ville fubitement écrafée , dans les horreurs
de la pefte ou de la guèrre , il y
en eut des exemples ; mais d'une exécution
auffi fanglante , il n'en fut jamais. A
peine àtravers les flotsde ce peuple qu'on
égorge , les mains parricides peuvent fe
mouvoir; à peine ceux qui reçoivent le
coup mortel peuvent tomber leurs
corps preffés fe foutiennent l'un l'autre ,
& dans leur chûte , ils deviennent euxmêmes
les inftrumens du carnage : les
morts étouffent les vivans.
JUILLET. 1763 . 93
Sylla du haut du Capitole , tranquille
fpectateur de cette fanglante fcène
n'a pas même le remors d'avoir profcrit
tant de milliers de Citoyens. Cependant
le lit du Tybre ne peut contenir
les cadavres qu'on y entaffe . Les
premiers tombent dans le fleuve , les
derniers s'élevent au- deffus des eaux :
les barques rapides s'y arrêtent ; le fleuve
coupé par cette digue fanglante ,
d'un côté s'écoule dans la mer , de l'autre
il s'enfle & refte fufpendu. Les flots
de fang que l'on verfe de toutes parts ,
fe font un paffage à travers la campagne
, & viennent en Iongs ruiffeaux
groffir les ondes amoncelées. Déja
le fleuve furmonte fes bords & y
rejette les cadavres . Enfin fe précipitant
avec violence dans la mer de Tirrhêne
, il fend les eaux par un torrent
de fang .
C'est ainsi que Sylla a merité d'être
appellé le falut de la patrie , l'heureux
Sylla ; c'eft ainfi qu'il s'eft fait élever
un tombeau dans Rome. Voilà , mes
amis , ce qui nous refte à éprouver une
feconde fois : tel fera le cours de cette
guerre & tel en fera le fuccès. Que disje
? & plût aux Dieux n'avoir que de
tels maux à craindre. Hélas ! il y va de
94 MERCURE DE FRANCE .
bien plus & pour Rome & pour l'Univers,
Marius & les fiens éxilés de leur
patrie ne demandoient que leur retour.
Svlla ne vouloit qu'anéantir les factions.
Céfar & Pompée ont d'autres deffeins.
Non contens d'un pouvoir partagé , ils
combattent pour le rang fuprême ; aucun
d'eux ne daigneroit fufciter la guerre
civile , pour être ce qu'a été Sylla.
Ainfi la vieilleffe confternée pleuroit
fur le paffé & trembloit pour l'avenir .
Mais cette frayeur n'eut point d'accès
dans la grande âme de Brutus , Bru
tus au milieu de la défolation publique
ne mêla point fes larmes aux larmes du
Peuple. Dans le filence de la nuit , il va
frapper au feuil de l'humble demeure
de Caton ; il le trouve veillant & l'âme
agitée des dangers de Rome & du fort
du monde . Brutus l'aborde & lui dit :
» vous l'unique refuge de la vertu
» dès longtemps banic de la terre , vous
» fon ami , vous que le tourbillon de la
» fortune ne peut détacher de fon parti ,
" fage Caton , foyez mon guide , affer-
» miffez mon efprit chancelant ; donnez
» votre force à mon âme. Que d'autres
» fervent Pompée ou Céfar ; Caton eft
» le Chef que Brutus veut fuivre . Ref-
» terez-vous au ſein de la paix , feul im-
1
JUILLET. 1763. 95
29
» mobile au milieu des fecouffes qui
» ébranlent le monde ? ou voulez- vous
» abfoudre la guerre en vous affociant
» aux forfaits & aux malheurs qu'elle
» produira Chacun dans cette guerre
» fatale ne prend les armes que pourfoi ;
» l'un pour éviter la peine due à fes
» crimes , & fe fouftraire aux loix re-
» doutables pendant la paix ; l'autre
» pour écarter le fer à la main , l'indi-
» gence qui le preffe , & s'enrichir
» des dépouilles du monde lorfque tout
» fera confondu . Vous feul aimerez -vous
la guerre pour elle - même ? & que
» vous fervira d'avoir été fi longtemps
» incorruptible au milieu d'un monde
» corrompu ? Est - ce là le prix de tant
» de conftance ? Dans l'un & l'autre
» camp tout ce Peuple arrivera coupa-
" ble ; Caton lui feul va le devenir.
» Dieux,ne permettez pas que des armes
» parricides fouillent ces mains pures ,
» & qu'une fi haute vertu jafques-là fe
» dégrade & fe déshonore . Sur vous ,
» ſeul ami , n'en doutez pas , retom-
» beroient la honte & le crime de cette
» guerre & qui ne fe vanteroit de
» mourir de la main de Caton , quoi-
» que frappé d'une autre main ? qui ne
» fe croiroit pas vengé en vous laiſſant
"
96 MERCURE DE FRANCE.
»le reproche de fa mort ? Non , le calme
" eft votre partage comme il eft le par-
» tage des Aftres : inébranlables dans
» leurs cours ils rempliffent leur vafte
» carrière , tandis que les régions de
» l'air font embrafés par la foudre. La
» terre eft en bute au choc des tempê-
» tes , l'Olympe repofe au-deffus des
» nuages. Te!
"
» régne au plus bas
degré ; mais la paix occupe la cime.
» Quelle joie pour Céfar d'apprendre
» qu'un Citoyen tel que vous auroit
» pris les armes ? rangez-vous du parti
» de fon rival ; peu lui importe. Caton
» fe déclare affez pour lui s'il fe déclare
»pour la guerre civile. Déja une partie
» du Sénat , les Patriciens , les Confuls
» eux-mêmes demandent à fervir fous
Pompée. Qu'on voye Caton fubir le
» même joug , il n'y a plus au monde
que Céfar qui foit libre. Ah ! fi c'eft
" pour les loix, pour la patrie que vous
» voulez combattre , difpofez de moi ;
» mais il n'eft pas temps. Vous voyez
» dans Brutus , non l'ennemi de Céfar,
» non l'ennemi de Pompée ; mais après
» la guerre , l'ennemi déclaré de celui
» des deux qui fera vainqueur. Il dit ,
» & du fein de Caton comme du fond
chofes : le tro.. ordre
immuable des
"
"
"
» d'un
JUILLET. 1763. 97
d'un Sanctuaire fe firent entendre ces
paroles facrées.
"
» Oui , Brutus , la guerre civile eſt
» le plus grand des maux ; mais ma ver-
» tu fuit d'un pas afſuré la fatalité qui
» m'entraîne . Si les Dieux me rendent
» coupable ce fera le crime des Dieux.
» Et qui peut voir , exempt de péril , la
» ruine de fa patrie ? Quoi des Nations
» inconnues s'engagent dans nos querel-
» les ; des Rois , nés fous d'autres étoi-
» les , féparés de nous par de vaftes mers
» fuivent l'aigle romaine aux combats ;
& moi Romain , je refterois feul
plongé dans un honteux repos ! Loin
» de moi,grands Dieux, cette cruelle in-
» différence : ne fouffrez pas que Ro-
» me , dont la chute ébranlera le Dace
» & le Gête , que Rome tombe fans
» m'écrafer. Un père , à qui la mort
» vient d'enlever fes enfans , les accom-
» pagne jufqu'à la fépulture. Sa dou-
» leur même fe plaît à fe nourrir du
long appareil de leur pompe funébre ;
» fes mains portent les noirs flambeaux
» qui vont embrafer leur bucher , &
» l'on voit fes bras paternels s'étendre
» encore à travers les flammes. Non
» Rome je ne me détacherai de toi
» qu'après t'avoir embraffée mourante ,
I. Vol.
"
,
E
98 MERCURE
DE FRANCE .
» & avoir reçu ton dernier foupir : li-
» berté , je fuivrai ton nom , quand
» tu ne feras plus qu'un ombre. Sou-
» mettons- nous : les Dieux inexorables
» demandent Rome entière en facrifice ;
» qu'ils foient contens : ne leur dérobons
" pas une feule de leurs victimes. Ah !
» que ne puis-je offrir au Ciel & aux
» Enfers cette tête chargée de tous les
» crimes de ma patrie , & condamnée à
» les expier ! Décius fe dévoua & périt
» au milieu d'une armée ennemie ; que
» ces deux armées de Romains me per-
» cent de même ; qu'elles épuifent fur
» moi leurs traits. J'irai le fein décou-
» vert , au devant de toutes les lances
» & au milieu du champ de bataille
» je recevrai feul tous les coups de la
» guerre ; heureux fi mon fang eft la
» rançon du monde & fi mon trépas appaife
les Dieux ! Eh pourquoi feroit-on
périr des Peuples dociles au joug &
» difpofés à fléchir fous un Maître ?
» C'est moi qu'il faut perdre , moi qui
» m'obftine feul à défendre inutilement
" nos Loix & notre liberté. Mon fang
» verfé rendra la paix & le repos à l'Ita-
» lie. Après moi, qui voudra régner n'au-
" ra pas befoin de recourir aux armes .
» Mais je fais là d'inutiles voeux al-
»
»
·
JUILLET. 1763. 99
» lons , Brutus , rangeons - nous du-
» moins du parti que Rome autorife .
» Si la fortune feconde Pompée , il n'eft
» pas sûr qu'il en abuſe pour ufurper
» l'Empire du monde. Combattons fous
» lui , de peur qu'il n'ofe croire que c'eft
» pour lui que l'on va combattre . Caton,
» foldat dans fon armée lui apprendra
» s'il eft vainqueur , que c'est pour
» Rome qu'il aura vaincu .
33
Telle fut la réponſe de Caton , &
l'âme du jeune Brutus embrâfée d'un
feu nouveau , ne refpira plus que la
guerre civile,
Alors , comme le foleil chaffoit les ténébres
, on entendit frapper à la porte :
c'étoit la pieufe Marcie qui venoit de
rendre à Hortentius fon époux les devoirs
de la fépulture . Dans la fleur de
l'âge & de la beauté un lien plus cher
l'avoit unie au vertueux Caton ; &
Caton après avoir eu d'elle trois gages
d'un faint hyménée , l'avoit cédée à fon
ami , afin qu'elle ornât une maiſon nouvelle
des fruits de fa fécondité , & que
fon fang maternel fût le lien des deux
familles. Mais à peine a-t-elle recueilli
les cendres d'Hortentius , qu'elle revient,
la pâleur fur le vifage , les cheveux épars
& fouillés de fang , le fein meurtri
E ij
336320
100 MERCURE DE FRANCE.
la tête couverte de la pouffière du tombeau
. Elle eût vainement employé d'autres
charmes pour plaire aux yeux du
févère Caton ; elle fe préfente & dans
fa douleur elle lui parle en ces mots .
"
» Tant que mon âge & mes forces
» m'ont fait un devoit d'être mè
» re , ô Caton , j'ai fait ce que vous avez
» voulu ; j'ai fubi la Loi d'un fecond
» hyménée. A préfent que mes en-
» trailles font épuifées , que la nature &
la patrie n'ont plus rien à exiger de
» moi , je reviens à vous dans l'eſpoir
» de n'être plus livrée à perfonne. Ren-
» dez-moi les chaftes noeuds de mon
» premier hymen ; rendez- moi le nom ,
» le feul nom de votre époufe : qu'on
puiffe écrire fur mon tombeau Marcie
femme de Caton , & que l'avenir n'ait
» pas lieu de douter fi vous m'aviez cé-
» dée ou bannie. Ce n'eft point à vos
» profpérités que je viens m'affocier ;
» c'eft de vos peines , de vos travaux
» que je veux être la compagne . Laiffez-
» moi vous fuivre dans les camps , par-
» tager , adoucir vos fatigues. Eh pour-
» quoi refterois -je en fûreté au fein de
la paix ? Pourquoi Cornélie verroit-
» elle de plus près que moi les dangers
» de la guerre civile ?
>>
JUILLET. 1763. ΙΟΙ
Ces paroles fléchirent Caton ; &
quoique le moment de courir aux
armes fût peu favorable aux voeux de
fon époufe, il confentit à renouveller
avec elle la fainteté de leurs premiers:
fermens , mais feulement à la face du
Ciel , & fans l'appareil d'une pompe
vaine.
Le veftibule de fa maifon n'eft point
couronné de guirlandes , ni éclairé des
flambeaux de l'Hymen : le lit nuptial
n'eft point élevé fur des marches d'y
voire ; une trame d'or ne brille pas dans
les tapis dont il eft couvert : on ne voit
point Marcie dans la parure d'une nouvelle
époufe , relever par le feu des
diamans les riches couleurs d'une robe
éclatante , & foutenue par fes compagnes
, franchir , fans y toucher , le
feuil de la porte confacré à Vefta : la
tête n'eft point ornée de ce tiffu de
pourpre qui tombe fur les yeux timides
d'une jeune vierge dévouée à l'hymen
& qui fert de voile à la tendre pudeur.
Mais telle qu'elle eft , & fans dépofer
le deuil lugubre qui la couvre , elle embraffe
fon époux , comme elle embrafferoit
les enfans . Les jeux profanes , la
folle ivreffe ne font point appellés à ce
grave hyménée : Marcie & Caton
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
.
fe réuniffent dans le filence & fous l'aufpice
de Brutus.
Caton , dès le premier fignal de la
guerre avoit laiffé croître fa barbe touffue,
& fes cheveux blancs ombrageoient
fon front. Ce front févère n'admit point
la joie Caton ne daigna pas même écarter
fes longs cheveux de fon vifage auftère
& vénérable. Egalement infenfible
à l'amour & à la haine , tout occupé à
gémir fur les malheurs de l'humanité, il
s'interdit le lit nuptial & la févérité de fa
vertu réfifta même aux plaifirs légitimes.
Telles furent les moeurs de Caton,telle
fut fa Secte rigide : fuivre les loix de la
nature ; vivre & mourir pour fon
pays ;
fe croire fait , non pour foi-même , mais
pour le bien du monde entier ; n'avoir ,
au lieu de feftins, que l'aliment néceffaire
à la vie , au lieu de palais , qu'un abri
contre les hyvers , au lieu de riches vêtemens
que l'étoffe groffiere dont fe couvroit
le Peuple borner l'ufage de l'amour
aufoin de perpétuer fon efpéce ; être à la
fois le père & l'époux de fa patrie ; fe faire
un culte de la juftice , de l'honnêteté
une infléxible loi , du bien général un intérêt
unique ; tel fut , dis- je , cet homme
auftère ; & dans tout le cours de fa vie
jamais la volupté , cette idole d'elleJUILLET.
1763.
103
même , ne furprit un feul mouvement
de fon âme , n'eur part dans aucune de
fes actions.
Le refté au Mercure prochain.
à M. DE LA PLACE , Auteur du
Mercure.
TOUTES OUTES les fois , Monfieur , que je
parle de Lucain avec un peu de vivacité
, j'entens dire , c'eft fa folie : il adore
Corneille ; Corneille aimoit Lucain ; &
fa vénération pour l'un , fait qu'il s'eft
pris d'amour pour l'autre. Je m'examine
encore , & pour me confulter , je relis
quelque chant de la Pharfale. Qu'arrivet-
il ? J'y trouve les mêmes beautés , je
m'afflige qu'elles ne foient pas connues ,
& d'impatience , je prens la plume , pour
tâcher de les rendre comme je les fens.
C'eft ainfi Monfieur , que j'ai traduit
une bonne partie de ce Poëme. Vous
avez bien voulu inférer un chant de ma
Traduction , dansle Merc . d'Avril 1761 .
II vol . & il m'a femblé , qu'on étoit furpris
d'y trouver parmi tant de belles chofes
, fi peu de cette enflure & de cette déJUILLET.
1763 .
81
clamation , que l'on reproche à Lucain :"
il m'a femblé qu'on me favoit gré , d'avoir
rendu fimplement des beautés frappantes
par elles -mêmes ; & fi j'en croyois
ce qu'on a bien voulu me dire de cette
premiere tentative , je n'aurois pas befoin
pour achever , d'un nouvel encouragement.
Mais comme je ne me diffimule
, ni ce que mon Auteur a de
défectueux , ni l'impoffibilité ou je fuis
de l'égaler dans ce qu'il a de grand &
de fublime , je ne veux me hafarder
que pas à pas , & d'effai en effai. J'ai
eu l'honneur de vous propofer un fecond
chant , vous l'avez accepté avec
une politeffe à laquelle je fuis très - ſenfible
; le voici . Je vous ferai bien obligé ,
fi vous voulez mettre à la tête , ce précis
du premier chant , pour le rappeller aux
Lecteurs.
J'ai l'honneur d'être , & c.
PRECIS du premier Chant
de la PHARSALE .
Caufes de la guèrre civile : l'exceffive
grandeur de Rome , la jaloufie &
la rivalité de Pompée & de Céfar , la
corruption des moeurs & le mépris des
Loix . Cefarde retour des Gaules , contre
Jes défenfes du Sénat , paffe le Rubicon
D v
82 MERCURE DE FRANCE.
à la tête de fon armée. Il marche à
Rome. Il s'empare d'Ariminum. Les
Tribuns chaffés de Rome par le Sénat ,
fe réfugient fous les drapeaux de Céfar;
Curion les accompagne. Il annonce à
Céfar, qu'on eft réfolu à lui refufer le
Triomphe , & que l'on arme contre
lui. Harangue de Céfar à fes troupes ,
pour les engager à la révolte. Les
troupes balancent à fe déclarer ; le Centurion
Lélius prend la parole , & les
détermine . César raffemble autour de
lui les cohortes qu'il a laiffées dans la
Gaule. A fon approche , la terreur fe
répand dans Rome . Pompée & le Sénat
prennent la fuite ; le Peuple épouvanté
les fuit. Des prodiges effrayans redoublent
encore l'allarme publique . Les
Devins d'Hétrurie font confultés . Arons
le plus vieux de ces Devins , ordonne
des facrifices , des expiations , & prédit
vaguement des malheurs fans nombre.
Figulus, homme verfé dans l'Aftrologie
, confirme les préfages du Devin ,
& annonce la guèrre Civile .
LIVRE SECOND .
Déja la colère des Dieux s'eft manifeftée
la nature a donné le fignal de la
difcorde ; elle a interrompu fon cours ;
JUILLET. 1763. 83
& par un preffentiment de l'avenir , elle
s'eft plongée elle- même dans ce tumulte
qui engendre les monftres. C'eſt le préfage
de nos forfaits. Pourquoi donc
ô Souverain des Dieux , avoir ajoûté
aux malheurs des hommes , cette prévoyance
accablante ? Soit que dans le
développement du Cahos , ta main féconde
ait lié les caufes par des noeuds
indiffolubles , que tu te fois impofé à
toi-même une première loi , & que
tout foit foumis à cet ordre immuable ;
foit qu'il n'y ait rien de prefcrit , &
qu'un hafard aveugle & vagabond
opére feul dans la nature , ce flux &
ce reflux d'événemens , qui changent
la face du monde ; fais que nos maux
arrivent foudain ; que l'avenir foit
inconnu à l'homme ; qu'il puiffe du
moins , eſpérer en tremblant.
9
Dès qu'on fut averti par ces prodiges
, des malheurs dont Rome étoit
menacée , le ministère de la Juſtice fut
fufpendu ; les Loix gardérent un lugubre
filence ; les dignités fe cachérent fous
le plus humble vêtement ; on ne vit
plus la pourpre entourée de faiſceaux ;
les citoyens étoufférent leurs plaintes ;
la douleur morne & fans voix , erra
dans cette Ville immenfe.
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Ainfi dans le moment qu'un jeune
homme , l'efpoir d'une famille , expire ;
avant que les premiers accens de la défolation
ayent éclaté ; avant qu'une Mère
les cheveux épars , jette de lamentables
cris , dans les bras de ce fils que la chaleur
de la vie abandonne ; tandis qu'elle
baife cette face livide , & ces yeux plongés
dans le fommeil de la mort ; ce n'eft
pas encore de la douleur , c'eft de l'effroi :
attachée à ce corps expirant , interdite
& comme infenfible , elle contemple ,
dans un étonnement ftupide , toute
l'étendue de fon malheur.
Telle eft dans les premiers inftans ,
la confternation répandue dans Rome..
Les femmes ont dépouillé leur parure ;
leur foule éplorée affiége les Temples
ce n'eft plus par des voeux timides , c'eft
par des longs heurlemens qu'elles invoquent
le Ciel. Le Temple de Jupiter
n'eft pas le feul qu'elles rempliffent ; elles
fe partagent les Dieux.
C'eſt à préfent ( s'écria l'une d'entre
elles , en fe déchirant le vifage baigné
de pleurs ) c'eſt à préfent , ô miférables
Mères ! qu'il eft permis de fe frapper le
fein & de s'arracher les cheveux n'attendez
pas pour vous défoler , que nos
malheurs foient à leur comble ; pleurez
:
JUILLET. 1763. 85
tandis que la fortune eft encore incertaine
entre nos deux Tyrans. Dès que
l'un d'eux fera vainqueur , il faudra
marquer de la joie.
,
Les hommes eux-mêmes , en allant fe
ranger fous les Drapeaux des deux partis
, accufoient les Dieux de les forcer
au crime. Malheureux ( difoient- ils )
que n'avons- nous plûtôt vécu dans les
tems de Cannes & de Trébie ! Dieux ,
ce n'eſt point la Paix que nous vous
demandons ; foulevez contre nous les
Nations barbares ; que le monde conjuré
fe réuniffe ; que les peuples de
l'Orient & du Nord , les Médes , les
Scythes , les Germains fondent fur nous;
que Rome n'ait pas un feul bras qui ne
combatte : rendez - nous , grands Dieux,
tous nos ennemis à la fois , & fauveznous
de la guerre civile . Ou fi vous
avez réfolu d'anéantir le nom Romain ,
faites tomber en pluye de feu , les airs
embrafés par la foudré ; frappez en même
temps & les deux Chefs & les deux
Partis ; n'attendez pas qu'ils méritent
vos coups. Eft-ce pour décider lequel
des deux nous opprimera , qu'il en doit
coûter tant de crimes ? A peine hélas !
eût-il fallu s'y réfoudre pour nous affranchir
de tous les deux. C'eft ainfi
86 MERCURE DE FRANCE.
que leur piété fe répandoit en inutiles
plaintes. Les Vieillards accablés de douleur
fe plaignoient d'avoir trop vécu.
L'un d'eux pour donner un exemple
récent des maux que l'on avoit à craindre.
O mes Amis ( dit-il à fes compagnons
) l'orage qui nous menace , eft
le même qui s'éleva fur Rome , lorfque
Marius , Vainqueur des Teutons & des
Numides , fe réfugia dans des Marais ,
que
les rofeaux de Minturne couvrirent
fa tête triomphante , cette tête , dont
la fortune leur confioit le dépôt fatal.
Découvert & chargé de chaînes , il
gémit longtems enfeveli dans les horreurs
d'un noir cachot . Deſtiné à mou--
rir Conful , à mourir tranquille au milieu
des ruines de fa Patrie , il porto t
d'avance la peine de fes crimes ; mais la
mort fembloit l'éviter. En vain fes ennemis
tiennent fa vie en leur pouvoir ;
le premier qui veut le frapper , recule
faifi de frayeur. Sa main tremblante
laiffe tomber le glaive . Il a vu à travers
les ténébres de la Prifon , une lumière
refplendiffante: il a vu les Dieux vengeurs
le menacer ; il a vu Marius dans tout
l'éclat de fa grandeur future ; il l'a entendu
, & il a tremblé . Retire - toi , lâche
ennemi : ce n'eft pas à toi de frapper
JUILLET. 1763. 87.
cette tête le cruel doit au deftin , des
morts fans nombre avant la fienne. Cimbres,
confervez avec foin les jours de ce
Vieillard, fi vous voulez être vengés . Ce
n'eft point la faveur des Dieux , c'eft
leur colère qui veille fur lui. Marius
fuffit au deffein qu'ils ont formé de per-,
dre Rome. En vain l'océan furieux le
jette fur une plage ennemie ; errant
fut les bords inhabités de ces Numides
qu'il a vaincus , des cabanes défertes lui
fervent d'afyle. Carthage & Marius , fe
confolent mutuellement à la vue de
leur ruine , & couchés fur le même
fable , tous les deux pardonnent aux
Dieux. Mais au premier retour de la
fortune , il rallume la haine des Afriquains
; il affemble des armées d'efcla
ves , & brife les fers dont ils font chargés
aucun n'eft admis fous fes Drapeaux
qui n'ait fait l'apprentiffage du
crime , & qui n'apporte dans fon Camp
l'exemple de quelques forfaits.
O Deftin ! quel jour , quel horrible
jour , que celui où Marius entra victorieux
dans Rome ! avec quelle rapidité
la mort étendit fon ravage ! la nobleffe
tombe confondue axec le peuple ; le
glaive deftructeur vole au hazard , &
frappe fans choix : le fang ruiffelle dans
88 MERCURE DE FRANCE.
les Temples , les pavés des voies pu
bliques en font inondés & gliffans. Nulle
pitié , nul égard pour l'âge : on n'a
pas honte de hater la mort des vieillards
courbés fous le poids des ans , ni de
trancher la vie des enfans qui viennent
d'ouvrir les yeux à la lumière . Hélas !
& par quel crime ont - ils mérité de
mourir ? ils font mortels ; c'en eft affez :
l'impétueufe fureur les rencontre & les
moiffonne fur fon paffage . Sans perdre
le tems à chercher les criminels , on
égorge en foule tout ce qui fe préfente.
La main du meurtrier , plutôt que de
refter oifive , fait tomber des têtes ,
dont les traits mêmes lui font inconnus,
Il n'eft qu'un espoir de falut : c'eſt d'attacher
fes lévres tremblantes , à cette
main prête à frapper. Ah ! Peuple indigne
de tes Ancêtres , devrois - tu , même
à l'aspect de ces mille glaives qui s'avancent
fous les étendarts de la mort ,
devrois -tu confentir à racheter des fiécles
de vie à ce prix ? & tu fubis cette
indigne loi , pour traîner dans l'opprobre
le peu de jours que Marius te laiffe
, & que Svlla vient t'arracher !
Dans le maffacre d'un Peuple innombrable
, comment donner des larmes à
chaques Citoyens ? reçois mes regrets
JUILLET. 1763 . 89
Bébius ! ô toi,dont une foule d'affaffins
déchirent les entrailles , & fe difputent
les membres fumans : & toi , l'augure
éloquent de nos malheurs , Antoine
dont la tête ruiffelante encore , & couverte
de cheveux blancs , eft apportée
dans un feftin , fur la table de Marius.
Les deux Craffus font égorgés ; Licinius
périt dans la tribune ; le Vieillard Scévola
, que le facerdoce auroit dû rendre
inviolable , tombe au pied des Autels
de Vefta : fon fang rejaillit fur le
feu facré ; mais, fes veines épuifées par
l'âge n'en rendent pas affez pour l'éteirdre.
A tant d'horreurs , fuccéda le feptiéme
confulat de Marius, & par là finit
cet homme , accablé de toutes les rigueurs
de la mauvaiſe fortune , comblé
de toutes les faveurs de la bonne , &
qui avoit mefuré dans l'une & dans
l'autre , jufqu'où peut aller le fort d'un
Mortel.
Sylla qui voulut nous vanger , mit
le comble à nos pertes immenfes : il
épuifa le peu de fang qui reftoit à la
patrie en coupant des membres corrompus
, il fuivit trop loin les progrès
du mal il ne périt que des coupables
, mais dans un tems où il n'y avoit
plus que des coupables à fauver.
90 MERCURE DE FRANCE
Sous lui les haines font déchaînées ; la
colère fe livre à fes emportemens , dégagée
du frein des loix . On ne facrifioit pas
tout à Sylla : chacun s'immoloit fes
victimes. Un mot du vainqueur , avoit
ouvert la barrière à tous les forfaits ; on
vit l'efclave affaffiner le Maître , le frère
vendre le fang du frère , les fils degoutans
du meurtre de leur Père , fe difputer
fa tête qu'ils venoient de trancher.
Les tombeaux font remplis de fugitifs ;
les vivans y font confondus avec les
morts les repaires des bêtes féroces
ne peuvent contenir la foule des tranffuges
; les uns , pour dérober leur mort
au vainqueur , ont recours au lien fatal ;
les autres fe précipitent du haut d'un
rocher ; celui-ci éléve fon bucher luimême
, il fe donne le coup mortel , &
fe jette dans les flames , avant que la
force l'ait abandonné. Rome confternée
& tremblante , reconnoît les têtes
de fes plus illuftres Citoyens , portées
au bout des lances , & entaffées dans
la Place publique : là fe révélent tous
les crimes cachés .
Les Pères vont dérober d'une main
tremblante , les corps livides & fanglans
de leurs fils , que leurs yeux feuls reconnoiffent
encore . Moi-même il me
JUILLET. 1763. 91
fouvient , qu'impatient de rendre aux
mânes de mon frère , les devoirs de la
fépulture dont le Tyran nous faifoit un
crime , il me fouvient , qu'avant de porter
fa tête fur le bucher , je parcourus
ce champ de carnage , digne monument
de la paix de Sylla , pour tâcher de découvrir
parmi tant de corps mutilés
celui auquel s'adapteroit cette tête défigurée.
O Dieux par quelles cruautés
la mort de Catulus fut vengée fur le
frère de Marius ; & quels maux fouffrit
avant d'expirer , cette malheureufe victime
? Mânes qu'on voulut appaifer ,
vous en futes effrayés vous-mêmes. Nous
l'avons vu , ce corps déchiré , dont chaque
membre étoit une playe : percé de
coups, dépouillé par lambeaux, il n'avoit
pas encore reçu le coup mortel , & par
un excès inoui de cruauté , l'on prenoit
foin de ménager fa vie. Ses mains tombant
fous le tranchantdu glaive,fa langue
arrâchée , palpite encore , il ne refpire ,
il n'entend plus que par des organes inutiles
.Un ongle meurtrier extirpe fes yeux
qui ont vu difperfer tous fes membres.
On ne croira jamais , qu'une feule tête
ait pu fuffire à tant de tourmens. Les
débris de ce cadavre ne forment plus
qu'un horrible monceau de chair &
92 MERCURE DE FRANCE.
d'offemens écrafés fous leur chûte : les
corps des malheureux qui ont péri dans
un naufrage , & que la vague a brifés
contre les écueils , arrivent moins défigurés
fur le fable. Et quel foin prenezvous
, cruels , de rendre Marius méconnoiffable
aux yeux de Sylla ? pour fe
repaître de Yon fupplice , il eût fallu ,
qu'il reconnût fes traits . Prénefte voit
tous fes habitans moiffonnés par le glaive
, tout un peuple tombe comme d'un
feul coup . Alors , la fleur de l'Italie , la
feule jeuneffe qui lui reftoit , fut maffacrée
dans le champ de Mars , au fein
de cette malheureufe Rome , qu'elle
inonda de fon fang. Que tant de victimes
périffent à la fois par la famine ,
par un naufrage , fous les ruines d'une
Ville fubitement écrafée , dans les horreurs
de la pefte ou de la guèrre , il y
en eut des exemples ; mais d'une exécution
auffi fanglante , il n'en fut jamais. A
peine àtravers les flotsde ce peuple qu'on
égorge , les mains parricides peuvent fe
mouvoir; à peine ceux qui reçoivent le
coup mortel peuvent tomber leurs
corps preffés fe foutiennent l'un l'autre ,
& dans leur chûte , ils deviennent euxmêmes
les inftrumens du carnage : les
morts étouffent les vivans.
JUILLET. 1763 . 93
Sylla du haut du Capitole , tranquille
fpectateur de cette fanglante fcène
n'a pas même le remors d'avoir profcrit
tant de milliers de Citoyens. Cependant
le lit du Tybre ne peut contenir
les cadavres qu'on y entaffe . Les
premiers tombent dans le fleuve , les
derniers s'élevent au- deffus des eaux :
les barques rapides s'y arrêtent ; le fleuve
coupé par cette digue fanglante ,
d'un côté s'écoule dans la mer , de l'autre
il s'enfle & refte fufpendu. Les flots
de fang que l'on verfe de toutes parts ,
fe font un paffage à travers la campagne
, & viennent en Iongs ruiffeaux
groffir les ondes amoncelées. Déja
le fleuve furmonte fes bords & y
rejette les cadavres . Enfin fe précipitant
avec violence dans la mer de Tirrhêne
, il fend les eaux par un torrent
de fang .
C'est ainsi que Sylla a merité d'être
appellé le falut de la patrie , l'heureux
Sylla ; c'eft ainfi qu'il s'eft fait élever
un tombeau dans Rome. Voilà , mes
amis , ce qui nous refte à éprouver une
feconde fois : tel fera le cours de cette
guerre & tel en fera le fuccès. Que disje
? & plût aux Dieux n'avoir que de
tels maux à craindre. Hélas ! il y va de
94 MERCURE DE FRANCE .
bien plus & pour Rome & pour l'Univers,
Marius & les fiens éxilés de leur
patrie ne demandoient que leur retour.
Svlla ne vouloit qu'anéantir les factions.
Céfar & Pompée ont d'autres deffeins.
Non contens d'un pouvoir partagé , ils
combattent pour le rang fuprême ; aucun
d'eux ne daigneroit fufciter la guerre
civile , pour être ce qu'a été Sylla.
Ainfi la vieilleffe confternée pleuroit
fur le paffé & trembloit pour l'avenir .
Mais cette frayeur n'eut point d'accès
dans la grande âme de Brutus , Bru
tus au milieu de la défolation publique
ne mêla point fes larmes aux larmes du
Peuple. Dans le filence de la nuit , il va
frapper au feuil de l'humble demeure
de Caton ; il le trouve veillant & l'âme
agitée des dangers de Rome & du fort
du monde . Brutus l'aborde & lui dit :
» vous l'unique refuge de la vertu
» dès longtemps banic de la terre , vous
» fon ami , vous que le tourbillon de la
» fortune ne peut détacher de fon parti ,
" fage Caton , foyez mon guide , affer-
» miffez mon efprit chancelant ; donnez
» votre force à mon âme. Que d'autres
» fervent Pompée ou Céfar ; Caton eft
» le Chef que Brutus veut fuivre . Ref-
» terez-vous au ſein de la paix , feul im-
1
JUILLET. 1763. 95
29
» mobile au milieu des fecouffes qui
» ébranlent le monde ? ou voulez- vous
» abfoudre la guerre en vous affociant
» aux forfaits & aux malheurs qu'elle
» produira Chacun dans cette guerre
» fatale ne prend les armes que pourfoi ;
» l'un pour éviter la peine due à fes
» crimes , & fe fouftraire aux loix re-
» doutables pendant la paix ; l'autre
» pour écarter le fer à la main , l'indi-
» gence qui le preffe , & s'enrichir
» des dépouilles du monde lorfque tout
» fera confondu . Vous feul aimerez -vous
la guerre pour elle - même ? & que
» vous fervira d'avoir été fi longtemps
» incorruptible au milieu d'un monde
» corrompu ? Est - ce là le prix de tant
» de conftance ? Dans l'un & l'autre
» camp tout ce Peuple arrivera coupa-
" ble ; Caton lui feul va le devenir.
» Dieux,ne permettez pas que des armes
» parricides fouillent ces mains pures ,
» & qu'une fi haute vertu jafques-là fe
» dégrade & fe déshonore . Sur vous ,
» ſeul ami , n'en doutez pas , retom-
» beroient la honte & le crime de cette
» guerre & qui ne fe vanteroit de
» mourir de la main de Caton , quoi-
» que frappé d'une autre main ? qui ne
» fe croiroit pas vengé en vous laiſſant
"
96 MERCURE DE FRANCE.
»le reproche de fa mort ? Non , le calme
" eft votre partage comme il eft le par-
» tage des Aftres : inébranlables dans
» leurs cours ils rempliffent leur vafte
» carrière , tandis que les régions de
» l'air font embrafés par la foudre. La
» terre eft en bute au choc des tempê-
» tes , l'Olympe repofe au-deffus des
» nuages. Te!
"
» régne au plus bas
degré ; mais la paix occupe la cime.
» Quelle joie pour Céfar d'apprendre
» qu'un Citoyen tel que vous auroit
» pris les armes ? rangez-vous du parti
» de fon rival ; peu lui importe. Caton
» fe déclare affez pour lui s'il fe déclare
»pour la guerre civile. Déja une partie
» du Sénat , les Patriciens , les Confuls
» eux-mêmes demandent à fervir fous
Pompée. Qu'on voye Caton fubir le
» même joug , il n'y a plus au monde
que Céfar qui foit libre. Ah ! fi c'eft
" pour les loix, pour la patrie que vous
» voulez combattre , difpofez de moi ;
» mais il n'eft pas temps. Vous voyez
» dans Brutus , non l'ennemi de Céfar,
» non l'ennemi de Pompée ; mais après
» la guerre , l'ennemi déclaré de celui
» des deux qui fera vainqueur. Il dit ,
» & du fein de Caton comme du fond
chofes : le tro.. ordre
immuable des
"
"
"
» d'un
JUILLET. 1763. 97
d'un Sanctuaire fe firent entendre ces
paroles facrées.
"
» Oui , Brutus , la guerre civile eſt
» le plus grand des maux ; mais ma ver-
» tu fuit d'un pas afſuré la fatalité qui
» m'entraîne . Si les Dieux me rendent
» coupable ce fera le crime des Dieux.
» Et qui peut voir , exempt de péril , la
» ruine de fa patrie ? Quoi des Nations
» inconnues s'engagent dans nos querel-
» les ; des Rois , nés fous d'autres étoi-
» les , féparés de nous par de vaftes mers
» fuivent l'aigle romaine aux combats ;
& moi Romain , je refterois feul
plongé dans un honteux repos ! Loin
» de moi,grands Dieux, cette cruelle in-
» différence : ne fouffrez pas que Ro-
» me , dont la chute ébranlera le Dace
» & le Gête , que Rome tombe fans
» m'écrafer. Un père , à qui la mort
» vient d'enlever fes enfans , les accom-
» pagne jufqu'à la fépulture. Sa dou-
» leur même fe plaît à fe nourrir du
long appareil de leur pompe funébre ;
» fes mains portent les noirs flambeaux
» qui vont embrafer leur bucher , &
» l'on voit fes bras paternels s'étendre
» encore à travers les flammes. Non
» Rome je ne me détacherai de toi
» qu'après t'avoir embraffée mourante ,
I. Vol.
"
,
E
98 MERCURE
DE FRANCE .
» & avoir reçu ton dernier foupir : li-
» berté , je fuivrai ton nom , quand
» tu ne feras plus qu'un ombre. Sou-
» mettons- nous : les Dieux inexorables
» demandent Rome entière en facrifice ;
» qu'ils foient contens : ne leur dérobons
" pas une feule de leurs victimes. Ah !
» que ne puis-je offrir au Ciel & aux
» Enfers cette tête chargée de tous les
» crimes de ma patrie , & condamnée à
» les expier ! Décius fe dévoua & périt
» au milieu d'une armée ennemie ; que
» ces deux armées de Romains me per-
» cent de même ; qu'elles épuifent fur
» moi leurs traits. J'irai le fein décou-
» vert , au devant de toutes les lances
» & au milieu du champ de bataille
» je recevrai feul tous les coups de la
» guerre ; heureux fi mon fang eft la
» rançon du monde & fi mon trépas appaife
les Dieux ! Eh pourquoi feroit-on
périr des Peuples dociles au joug &
» difpofés à fléchir fous un Maître ?
» C'est moi qu'il faut perdre , moi qui
» m'obftine feul à défendre inutilement
" nos Loix & notre liberté. Mon fang
» verfé rendra la paix & le repos à l'Ita-
» lie. Après moi, qui voudra régner n'au-
" ra pas befoin de recourir aux armes .
» Mais je fais là d'inutiles voeux al-
»
»
·
JUILLET. 1763. 99
» lons , Brutus , rangeons - nous du-
» moins du parti que Rome autorife .
» Si la fortune feconde Pompée , il n'eft
» pas sûr qu'il en abuſe pour ufurper
» l'Empire du monde. Combattons fous
» lui , de peur qu'il n'ofe croire que c'eft
» pour lui que l'on va combattre . Caton,
» foldat dans fon armée lui apprendra
» s'il eft vainqueur , que c'est pour
» Rome qu'il aura vaincu .
33
Telle fut la réponſe de Caton , &
l'âme du jeune Brutus embrâfée d'un
feu nouveau , ne refpira plus que la
guerre civile,
Alors , comme le foleil chaffoit les ténébres
, on entendit frapper à la porte :
c'étoit la pieufe Marcie qui venoit de
rendre à Hortentius fon époux les devoirs
de la fépulture . Dans la fleur de
l'âge & de la beauté un lien plus cher
l'avoit unie au vertueux Caton ; &
Caton après avoir eu d'elle trois gages
d'un faint hyménée , l'avoit cédée à fon
ami , afin qu'elle ornât une maiſon nouvelle
des fruits de fa fécondité , & que
fon fang maternel fût le lien des deux
familles. Mais à peine a-t-elle recueilli
les cendres d'Hortentius , qu'elle revient,
la pâleur fur le vifage , les cheveux épars
& fouillés de fang , le fein meurtri
E ij
336320
100 MERCURE DE FRANCE.
la tête couverte de la pouffière du tombeau
. Elle eût vainement employé d'autres
charmes pour plaire aux yeux du
févère Caton ; elle fe préfente & dans
fa douleur elle lui parle en ces mots .
"
» Tant que mon âge & mes forces
» m'ont fait un devoit d'être mè
» re , ô Caton , j'ai fait ce que vous avez
» voulu ; j'ai fubi la Loi d'un fecond
» hyménée. A préfent que mes en-
» trailles font épuifées , que la nature &
la patrie n'ont plus rien à exiger de
» moi , je reviens à vous dans l'eſpoir
» de n'être plus livrée à perfonne. Ren-
» dez-moi les chaftes noeuds de mon
» premier hymen ; rendez- moi le nom ,
» le feul nom de votre époufe : qu'on
puiffe écrire fur mon tombeau Marcie
femme de Caton , & que l'avenir n'ait
» pas lieu de douter fi vous m'aviez cé-
» dée ou bannie. Ce n'eft point à vos
» profpérités que je viens m'affocier ;
» c'eft de vos peines , de vos travaux
» que je veux être la compagne . Laiffez-
» moi vous fuivre dans les camps , par-
» tager , adoucir vos fatigues. Eh pour-
» quoi refterois -je en fûreté au fein de
la paix ? Pourquoi Cornélie verroit-
» elle de plus près que moi les dangers
» de la guerre civile ?
>>
JUILLET. 1763. ΙΟΙ
Ces paroles fléchirent Caton ; &
quoique le moment de courir aux
armes fût peu favorable aux voeux de
fon époufe, il confentit à renouveller
avec elle la fainteté de leurs premiers:
fermens , mais feulement à la face du
Ciel , & fans l'appareil d'une pompe
vaine.
Le veftibule de fa maifon n'eft point
couronné de guirlandes , ni éclairé des
flambeaux de l'Hymen : le lit nuptial
n'eft point élevé fur des marches d'y
voire ; une trame d'or ne brille pas dans
les tapis dont il eft couvert : on ne voit
point Marcie dans la parure d'une nouvelle
époufe , relever par le feu des
diamans les riches couleurs d'une robe
éclatante , & foutenue par fes compagnes
, franchir , fans y toucher , le
feuil de la porte confacré à Vefta : la
tête n'eft point ornée de ce tiffu de
pourpre qui tombe fur les yeux timides
d'une jeune vierge dévouée à l'hymen
& qui fert de voile à la tendre pudeur.
Mais telle qu'elle eft , & fans dépofer
le deuil lugubre qui la couvre , elle embraffe
fon époux , comme elle embrafferoit
les enfans . Les jeux profanes , la
folle ivreffe ne font point appellés à ce
grave hyménée : Marcie & Caton
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
.
fe réuniffent dans le filence & fous l'aufpice
de Brutus.
Caton , dès le premier fignal de la
guerre avoit laiffé croître fa barbe touffue,
& fes cheveux blancs ombrageoient
fon front. Ce front févère n'admit point
la joie Caton ne daigna pas même écarter
fes longs cheveux de fon vifage auftère
& vénérable. Egalement infenfible
à l'amour & à la haine , tout occupé à
gémir fur les malheurs de l'humanité, il
s'interdit le lit nuptial & la févérité de fa
vertu réfifta même aux plaifirs légitimes.
Telles furent les moeurs de Caton,telle
fut fa Secte rigide : fuivre les loix de la
nature ; vivre & mourir pour fon
pays ;
fe croire fait , non pour foi-même , mais
pour le bien du monde entier ; n'avoir ,
au lieu de feftins, que l'aliment néceffaire
à la vie , au lieu de palais , qu'un abri
contre les hyvers , au lieu de riches vêtemens
que l'étoffe groffiere dont fe couvroit
le Peuple borner l'ufage de l'amour
aufoin de perpétuer fon efpéce ; être à la
fois le père & l'époux de fa patrie ; fe faire
un culte de la juftice , de l'honnêteté
une infléxible loi , du bien général un intérêt
unique ; tel fut , dis- je , cet homme
auftère ; & dans tout le cours de fa vie
jamais la volupté , cette idole d'elleJUILLET.
1763.
103
même , ne furprit un feul mouvement
de fon âme , n'eur part dans aucune de
fes actions.
Le refté au Mercure prochain.
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Résumé : LETTRE de M. MARMONTEL à M. DE LA PLACE, Auteur du Mercure.
Dans sa lettre à M. de La Place, Marmontel exprime son admiration pour Lucain et sa traduction de la 'Pharsale', tout en reconnaissant les qualités et les défauts de l'œuvre. Le résumé du premier chant de la 'Pharsale' expose les causes de la guerre civile à Rome : la grandeur excessive de Rome, la rivalité entre Pompée et César, la corruption des mœurs et le mépris des lois. César traverse le Rubicon, s'empare d'Ariminum et rallie les troupes, tandis que Pompée et le Sénat fuient. Des prodiges annoncent des malheurs. Le second livre décrit des signes divins annonçant la discorde et la terreur à Rome. Les lois sont suspendues, et la ville est plongée dans la consternation. Les femmes pleurent et invoquent les dieux, tandis que les hommes se préparent à la guerre. Le narrateur compare la situation tragique de Rome à celle après les victoires de Marius. Marius, malgré ses crimes, semble protégé par une force divine. Le texte décrit les horreurs commises par Marius lors de son retour à Rome, où la mort frappe sans discernement. Sylla, cherchant à venger Rome, aggrave les pertes, laissant libre cours aux haines et aux crimes. Les scènes de violence sont intenses : des esclaves tuent leurs maîtres, des frères se disputent la tête de leur père décapité, et les fugitifs se cachent ou se suicident. Rome est remplie de cadavres, y compris ceux des citoyens illustres. Les massacres sont si violents que les cadavres obstruent le Tibre. Sylla observe la scène sans remords. Le texte compare les ambitions de César et Pompée à celles de Sylla, soulignant que ces nouveaux conflits pourraient être encore plus dévastateurs. Brutus cherche le soutien de Caton pour résister aux factions en guerre. Un dialogue entre Brutus et Caton révèle les préoccupations de Brutus concernant les motivations des combattants. Caton affirme son dévouement à Rome et son désir de mourir pour rétablir la paix. La réponse de Caton enflamme Brutus, qui aspire désormais à la guerre civile. Après la mort d'Hortensius, Marcie demande à Caton de renouer leur premier mariage pour éviter d'être livrée à un autre. Ému, Caton accepte de renouveler leurs vœux de manière simple et discrète, sans cérémonie. Caton, préoccupé par les malheurs de l'humanité, refuse les plaisirs légitimes et maintient une rigueur morale inflexible.
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315
p. 103-104
DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
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NOUS nous contenterons aujourd'hui de donner le titre de cet Ouvrage utile, [...]
Mots clefs :
Pièces, Ouvrages, Chronologie, Dictionnaire portatif
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DICTIONNAIRE portatif hiftorique
& Littéraire des Théâtres ; contenant
l'origine des différens Théâtres de Paris
; leur état actuel ; le nom de toutes
les Piéces qui y ont été repréſentées
depuis leur établiſſement , & celui des
Piéces jouées en Province , ou qui ont
fimplement paru par la voie de l'impreffion
depuis plus de trois fiécles ;
avec des anecdotes & des remarques
fur la plupart : le nom & les particularités
intéreffantes de la vie des Auteurs
, Muficiens & Acteurs ; avec le
catalogue de leurs ouvrages & l'expofé
de leurs talens ; une chronologie des
Auteurs & des Muficiens ; avec une
Table chronologique de tous les Opéra
& des Piéces qui ont paru depuis
trente - trois ans ; par M. de Léris .
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Seconde édition revue, corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris, chez
C. A. Jombert , rue Dauphine , &
chez Bauche , quai & auprès des Auguftins
; 1763. Avec Approbation &
Privilége du Roi. Un vol. in-8 ° .Prix,
5 liv. 10 f. broché.
NOUouSs nous contenterons aujourd'hui
de donner le titre de cet Ouvrage utile ,
curieux & agréable. Nous le ferons
mieux connoître dans le volume du 15
de ce mois , où nous marquerons d'une
manière détaillée le plan , l'ordre , &
l'objet de cette nouvelle édition , avec
les augmentations & les corrections qui
la rendent fupérieure à tous les ouvrages
que nous avons en ce genre. Nous dirons
feulement aujourd'hui , que le titre
ne promet rien qui ne foit parfaitement
exécuté dans le corps du Livre .
& Littéraire des Théâtres ; contenant
l'origine des différens Théâtres de Paris
; leur état actuel ; le nom de toutes
les Piéces qui y ont été repréſentées
depuis leur établiſſement , & celui des
Piéces jouées en Province , ou qui ont
fimplement paru par la voie de l'impreffion
depuis plus de trois fiécles ;
avec des anecdotes & des remarques
fur la plupart : le nom & les particularités
intéreffantes de la vie des Auteurs
, Muficiens & Acteurs ; avec le
catalogue de leurs ouvrages & l'expofé
de leurs talens ; une chronologie des
Auteurs & des Muficiens ; avec une
Table chronologique de tous les Opéra
& des Piéces qui ont paru depuis
trente - trois ans ; par M. de Léris .
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
Seconde édition revue, corrigée & confidérablement
augmentée . A Paris, chez
C. A. Jombert , rue Dauphine , &
chez Bauche , quai & auprès des Auguftins
; 1763. Avec Approbation &
Privilége du Roi. Un vol. in-8 ° .Prix,
5 liv. 10 f. broché.
NOUouSs nous contenterons aujourd'hui
de donner le titre de cet Ouvrage utile ,
curieux & agréable. Nous le ferons
mieux connoître dans le volume du 15
de ce mois , où nous marquerons d'une
manière détaillée le plan , l'ordre , &
l'objet de cette nouvelle édition , avec
les augmentations & les corrections qui
la rendent fupérieure à tous les ouvrages
que nous avons en ce genre. Nous dirons
feulement aujourd'hui , que le titre
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Résumé : DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
Le 'Dictionnaire portatif historique et littéraire des Théâtres' est une œuvre de M. de Léris, publiée en 1763 à Paris. Cet ouvrage traite de l'origine et de l'état actuel des différents théâtres parisiens, ainsi que des pièces représentées depuis leur création. Il inclut également les pièces jouées en province ou publiées au cours des trois derniers siècles. Le dictionnaire contient des anecdotes et des remarques sur la plupart des pièces, ainsi que des informations sur la vie des auteurs, musiciens et acteurs, avec un catalogue de leurs œuvres et une exposition de leurs talents. Une chronologie des auteurs et des musiciens est présente, accompagnée d'une table chronologique des opéras et des pièces parus au cours des trente-trois dernières années. La seconde édition, revue, corrigée et augmentée, est disponible chez C. A. Jombert et Bauche au prix de cinq livres dix sols broché. Le Mercure de France annoncera le détail du plan et de l'objet de cette nouvelle édition dans son volume du 15 du mois.
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315
DICTIONNAIRE portatif historique & Littéraire des Théâtres ; contenant l'origine des différens Théâtres de Paris ; leur état actuel ; le nom de toutes les Piéces qui y ont été représentées depuis leur établissement, & celui des Piéces jouées en Province, ou qui ont simplement paru par la voie de l'impression depuis plus de trois siécles ; avec des anecdotes & des remarques sur la plupart : le nom & les particularités intéressantes de la vie des Auteurs, Musiciens & Acteurs ; avec le catalogue de leurs ouvrages & l'exposé de leurs talens ; une chronologie des Auteurs & des Musiciens ; avec une Table chronologique de tous les Opéra & des Piéces qui ont paru depuis trente-trois ans ; par M. de Léris. Seconde édition revue, corrigée & considérablement augmentée. A Paris, chez C. A. Jombert, rue Dauphine, & chez Bauche, quai & auprès des Augustins ; 1763. Avec Approbation & Privilége du Roi. Un vol. in-8°.Prix, 5 liv. 20 s. broché.
316
p. 104-110
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
BIBLIOGRAPHIE instructive ; ou Traité de la connoissance des Livres rares [...]
Mots clefs :
Paris, Libraire, Comédie, Édition, Imprimeurs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
BIBLIOGRAPHIE inftructive ; ou
Traité de la connoiffance des Livres rares
& finguliers , contenant un Catalogue
raiſonné de la plus grande partie de
JUILLET. 1763. 109
ces Livres précieux qui ont paru fucceffivement
dans la République des Lettres
depuis l'invention de l'Imprimerie ,
jufques à nos jours ; avec des notes fur
la différence & la rareté de leurs éditions
& des remarques fur l'origine de
cette rareté actuelle , & fon degré plus
ou moins confidérable : la manière de
diftinguer les Editions originales , d'avec
les contrefaites , avec une defcription
typographique particulière du compofé
de ces rares volumes , au moyen
de laquelle il fera aifé de reconnoître
facilement les exemplaires , ou mutilés
en partie , ou abfolument imparfaits ,
qui fe rencontrent journellement dans
le Commerce , & de les diftinguer für
rement de ceux qui feront exactement
complets dans toutes leurs parties. Dif
pofé par ordre de matières & de facul
tés , fuivant le fyftême bibliographique
généralement adopté ; avec une Table
générale des Auteurs , & un fyftême
complet de Bibliographie choifie. Par
Guillaume- François Debure le jeune ,
Libraire de Paris. Volume de Théologie.
In-8°. Paris , 1763. Chez l'Auteur ,
quai des Auguftins. Prix , cinq liv. en
feuilles , & 6 liv . relié.
I
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
2
FRINCIPES généraux & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec des
obfervations fur l'Ortographe , les accens
, la ponctuation , & la prononciation
; & un Abrégé des régles de la Verfification
Françoife , dédiés à Mgr le
Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
Par M. Reftaut , Avocat au Parlement ,
& aux Confeils du Roi. Neuviéme Edition
,
revue & corrigée par l'Auteur.
In-8°. Paris , 1763. Chez Defaint &
Saillant, Libraires , rue S. Jean de Beauvais
, & Butard , rue S. Jacques , à la
Vérité.
N. B. En annonçant de nouveau cet
Ouvrage auffi utile que connu , nous
nous contenterons d'obferver qu'il y a
eu plufieurs Editions contrefaites , mal
exécutées & pleines de fautes ; & que
pour diftinguer celle de Paris d'avec les
autres , on y a mis un paraphe derrière
le feuillet du frontifpice . Cette Edition
fe trouve non feulement chez les Libraires
de Paris , mais encoré chez J. Félix
Faucon , Imprimeur du Clergé à
Poitiers.
ABREGE de la Grammaire Françoi
fe. Par M. de Wailly. Nouvelle Edition
in- 12 . Prix , 1 liv. 4 f. On trouve chez
JUILLET. 1763. 107
les mêmes Libraires la Grammaire Françoiſe
, in- 12 du même Auteur , dont le
Prix eft de 2 liv. 10 f. Paris , 1763.
Chez J. Barbou , Libraire- Imprimeur ,
rue S. Jacques , aux Cigognes. Cet Ouvrage
, ainfi que le précédent , eft eftimé
des Grammairiens connus.
par
L'ESPRIT de la Mothe le Vayer , par
M. de M. C. D. S. P. D. L. in - 8°.
1763. On en trouve des Exemplaires
chez Pankouke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
HISTOIRE des Drufes , Peuples du
Liban , formé par une Colonie de François
, avec des Notes Politiques & Géographiques
. Par M. Puget de S. Pierre,
avec figures. In- 12. Paris , 1763. Chez
Cailleau , Libraire , rue S. Jacques, près
les Mathurins , à S. André.
Nous nous propofons de rendre com
pte de cet Ouvrage .
ÉSSAI de Poëfies diverfes
M. V ***
, par
Carmina quæ vultis , cognofcite : carmina vobis
Huic aliud mercedis erit. ·
Virgil. Egl . VI.
1
In-8°. Genêve , 1763. Et fe vend à Pa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
ris , chez Charpentier , Libraire , quai
des Auguftins , à l'entrée de la rue du
Hurpoix , à S. Chryfoftôme.
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy , Par M. l'Abbé Coyer ,
à fa réception , le Dimanche 8 Mai
1763. A Ñancy , chez Barbin , Imprimeur-
Libraire . Et fe trouve à Paris ,
chez Duchefne , Libraire , rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
Ce difcours ne fait qu'ajouter à la réputation
juftement acquife de fonAuteur.
> LA NOUVELLE SUIVANTE Comédie
en deux Actes & en Vers. Par
M. Beliard. La Haye , 1763. Et fe
trouve à Paris , chez Mérigot , Père ,
quai des Auguftins , près la rue Gît - lecoeur.
La Manie dES ARTS , ou la Matinée
à la mode , Comédie en un Acte
& en Profe ; par M. Rochon de Chabannes.
Paris , 1763. Chez Sébastien
Jorry , rue & vis - à - vis la Comédie
Françoife , au Grand Monarque & aux
Cigognes.
Nous donnerons dans l'Aricle des
JUILLET. 1763. 109
Spectacles , l'Extrait de cette Piéce , digne
du fuccès qu'elle a eu au Théâtre
François.
› THÉATRE de M. Favart ou Recueil
des Comédies , Parodies , & Opéra-
comiques qu'il a données jufqu'à ce
jour , 8 volumes in- 8°. Paris 1763 .
Chez Duchefne , Libraire rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
>
L'abondance des matières nous force
à regret de remettre à parler plus au
long de cette Edition foigneufement
exécutée , ornée des portraits de M. & de
Mde Favart, avec des frontifpices & des
vignettes très-bien gravés.
,
N. B. Nous avons annoncé dans le
Mercure de Mai , un Ouvrage intitulé
le Jardinier d'Artois ou Elémens de
la culture des Jardins potagers & fruitiers.
Nombre de perfonnes fe font
adreffées au fieur le Clerc , Libraire
quai des Auguftins , pour s'en procurer
des Exemplaires , qui ne lui étoient
point encore parvenus. Il nous prie
d'informer le Public qu'il vient d'en recevoir
une caiffe qu'il débitera au prix
ci-devant indiqué.
M. DOUCHET , Avocat en Parlement
110 MERCURE DE FRANCE
,
& ancien Profeffeur Royal en Langue
Latine , a propofé par foufcription des
Conférences fur la Langue & fur la
Littérature Françoife . Ces Conférences
fe tiendront les Mardi , Jeudi & Samedi
de chaque femaine , depuis trois
heures & demie de l'après- midijufqu'à
cinq heures du foir , rue de Condé,dans
le paffage du riche Laboureur. chez
M. l'Abbé de la Pouyade fon Collégue.
Le cours entier fera de fix mois.
Il a dû ouvrir le 31 Mai , & continuera
jufqu'au premier Septembre. La feconde
partie du cours commencera le premier
Décembre , & s'étendra jufqu'au
premier Mars de l'année prochaine. La
foufcription fera de 36 liv. pour chaque
demi-cours , à raifon de 12 liv . par
mois. Ceux qui ne voudront pas foufcrire
, payeront 18 liv. au commencement
de chaque mois.
,
ZELIS au bain Poëme en quatre
Chants. Geneve , 1763. Et fe trouve à
Paris , chez Jorry , rue & vis- à -vis la
Comédie Françoife .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet agréable Ouvrage.
BIBLIOGRAPHIE inftructive ; ou
Traité de la connoiffance des Livres rares
& finguliers , contenant un Catalogue
raiſonné de la plus grande partie de
JUILLET. 1763. 109
ces Livres précieux qui ont paru fucceffivement
dans la République des Lettres
depuis l'invention de l'Imprimerie ,
jufques à nos jours ; avec des notes fur
la différence & la rareté de leurs éditions
& des remarques fur l'origine de
cette rareté actuelle , & fon degré plus
ou moins confidérable : la manière de
diftinguer les Editions originales , d'avec
les contrefaites , avec une defcription
typographique particulière du compofé
de ces rares volumes , au moyen
de laquelle il fera aifé de reconnoître
facilement les exemplaires , ou mutilés
en partie , ou abfolument imparfaits ,
qui fe rencontrent journellement dans
le Commerce , & de les diftinguer für
rement de ceux qui feront exactement
complets dans toutes leurs parties. Dif
pofé par ordre de matières & de facul
tés , fuivant le fyftême bibliographique
généralement adopté ; avec une Table
générale des Auteurs , & un fyftême
complet de Bibliographie choifie. Par
Guillaume- François Debure le jeune ,
Libraire de Paris. Volume de Théologie.
In-8°. Paris , 1763. Chez l'Auteur ,
quai des Auguftins. Prix , cinq liv. en
feuilles , & 6 liv . relié.
I
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
1
2
FRINCIPES généraux & raifonnés
de la Grammaire Françoife , avec des
obfervations fur l'Ortographe , les accens
, la ponctuation , & la prononciation
; & un Abrégé des régles de la Verfification
Françoife , dédiés à Mgr le
Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
Par M. Reftaut , Avocat au Parlement ,
& aux Confeils du Roi. Neuviéme Edition
,
revue & corrigée par l'Auteur.
In-8°. Paris , 1763. Chez Defaint &
Saillant, Libraires , rue S. Jean de Beauvais
, & Butard , rue S. Jacques , à la
Vérité.
N. B. En annonçant de nouveau cet
Ouvrage auffi utile que connu , nous
nous contenterons d'obferver qu'il y a
eu plufieurs Editions contrefaites , mal
exécutées & pleines de fautes ; & que
pour diftinguer celle de Paris d'avec les
autres , on y a mis un paraphe derrière
le feuillet du frontifpice . Cette Edition
fe trouve non feulement chez les Libraires
de Paris , mais encoré chez J. Félix
Faucon , Imprimeur du Clergé à
Poitiers.
ABREGE de la Grammaire Françoi
fe. Par M. de Wailly. Nouvelle Edition
in- 12 . Prix , 1 liv. 4 f. On trouve chez
JUILLET. 1763. 107
les mêmes Libraires la Grammaire Françoiſe
, in- 12 du même Auteur , dont le
Prix eft de 2 liv. 10 f. Paris , 1763.
Chez J. Barbou , Libraire- Imprimeur ,
rue S. Jacques , aux Cigognes. Cet Ouvrage
, ainfi que le précédent , eft eftimé
des Grammairiens connus.
par
L'ESPRIT de la Mothe le Vayer , par
M. de M. C. D. S. P. D. L. in - 8°.
1763. On en trouve des Exemplaires
chez Pankouke , rue & à côté de la
Comédie Françoife.
HISTOIRE des Drufes , Peuples du
Liban , formé par une Colonie de François
, avec des Notes Politiques & Géographiques
. Par M. Puget de S. Pierre,
avec figures. In- 12. Paris , 1763. Chez
Cailleau , Libraire , rue S. Jacques, près
les Mathurins , à S. André.
Nous nous propofons de rendre com
pte de cet Ouvrage .
ÉSSAI de Poëfies diverfes
M. V ***
, par
Carmina quæ vultis , cognofcite : carmina vobis
Huic aliud mercedis erit. ·
Virgil. Egl . VI.
1
In-8°. Genêve , 1763. Et fe vend à Pa-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE .
ris , chez Charpentier , Libraire , quai
des Auguftins , à l'entrée de la rue du
Hurpoix , à S. Chryfoftôme.
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nancy , Par M. l'Abbé Coyer ,
à fa réception , le Dimanche 8 Mai
1763. A Ñancy , chez Barbin , Imprimeur-
Libraire . Et fe trouve à Paris ,
chez Duchefne , Libraire , rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
Ce difcours ne fait qu'ajouter à la réputation
juftement acquife de fonAuteur.
> LA NOUVELLE SUIVANTE Comédie
en deux Actes & en Vers. Par
M. Beliard. La Haye , 1763. Et fe
trouve à Paris , chez Mérigot , Père ,
quai des Auguftins , près la rue Gît - lecoeur.
La Manie dES ARTS , ou la Matinée
à la mode , Comédie en un Acte
& en Profe ; par M. Rochon de Chabannes.
Paris , 1763. Chez Sébastien
Jorry , rue & vis - à - vis la Comédie
Françoife , au Grand Monarque & aux
Cigognes.
Nous donnerons dans l'Aricle des
JUILLET. 1763. 109
Spectacles , l'Extrait de cette Piéce , digne
du fuccès qu'elle a eu au Théâtre
François.
› THÉATRE de M. Favart ou Recueil
des Comédies , Parodies , & Opéra-
comiques qu'il a données jufqu'à ce
jour , 8 volumes in- 8°. Paris 1763 .
Chez Duchefne , Libraire rue S. Jacques
, au Temple du Goût.
>
L'abondance des matières nous force
à regret de remettre à parler plus au
long de cette Edition foigneufement
exécutée , ornée des portraits de M. & de
Mde Favart, avec des frontifpices & des
vignettes très-bien gravés.
,
N. B. Nous avons annoncé dans le
Mercure de Mai , un Ouvrage intitulé
le Jardinier d'Artois ou Elémens de
la culture des Jardins potagers & fruitiers.
Nombre de perfonnes fe font
adreffées au fieur le Clerc , Libraire
quai des Auguftins , pour s'en procurer
des Exemplaires , qui ne lui étoient
point encore parvenus. Il nous prie
d'informer le Public qu'il vient d'en recevoir
une caiffe qu'il débitera au prix
ci-devant indiqué.
M. DOUCHET , Avocat en Parlement
110 MERCURE DE FRANCE
,
& ancien Profeffeur Royal en Langue
Latine , a propofé par foufcription des
Conférences fur la Langue & fur la
Littérature Françoife . Ces Conférences
fe tiendront les Mardi , Jeudi & Samedi
de chaque femaine , depuis trois
heures & demie de l'après- midijufqu'à
cinq heures du foir , rue de Condé,dans
le paffage du riche Laboureur. chez
M. l'Abbé de la Pouyade fon Collégue.
Le cours entier fera de fix mois.
Il a dû ouvrir le 31 Mai , & continuera
jufqu'au premier Septembre. La feconde
partie du cours commencera le premier
Décembre , & s'étendra jufqu'au
premier Mars de l'année prochaine. La
foufcription fera de 36 liv. pour chaque
demi-cours , à raifon de 12 liv . par
mois. Ceux qui ne voudront pas foufcrire
, payeront 18 liv. au commencement
de chaque mois.
,
ZELIS au bain Poëme en quatre
Chants. Geneve , 1763. Et fe trouve à
Paris , chez Jorry , rue & vis- à -vis la
Comédie Françoife .
Nous rendrons compte avec plaifir
de cet agréable Ouvrage.
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Résumé : ANNONCES DE LIVRES.
En juillet 1763, plusieurs ouvrages ont été publiés, notamment 'Bibliographie instructive' de Guillaume-François Debure, qui traite des livres rares et précieux. Parmi les autres publications, on trouve des ouvrages grammaticaux tels que les 'Principes généraux & raisonnés de la Grammaire Française' de M. Restaut et un abrégé de grammaire de M. de Wailly. Le document mentionne également 'L'Esprit de la Mothe le Vayer', 'Histoire des Drufes' de M. Puget de Saint-Pierre, ainsi que divers essais poétiques et discours académiques. Des pièces de théâtre comme 'La Nouvelle Suivante' de M. Beliard et 'La Manie des Arts' de M. Rochon de Chabannes ont été annoncées, ainsi qu'un recueil de comédies et opéras-comiques intitulé 'Théâtre de M. Favart'. Le texte informe également des conférences de M. Douchet sur la langue et la littérature française et de la disponibilité du livre 'Le Jardinier d'Artois'. Une deuxième partie de cours débutera le 1er décembre et se prolongera jusqu'au 1er mars suivant. La souscription pour chaque demi-cours est fixée à 36 livres, soit 12 livres par mois, tandis que le paiement mensuel sans souscription est de 18 livres. Enfin, le poème 'Zélis au bain' en quatre chants, édité à Genève en 1763, est disponible à Paris chez Jorry, près de la Comédie Française.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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317
p. 68-84
SUITE du second Livre de la PHARSALE.
Début :
Tandis que ces choses se passoient dans Rome, Pompée à la tête d'une multitude [...]
Mots clefs :
Guerre, Fortune, Guerre, Flots, Fleuves, Passage, Livre, Cote, Rochers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : SUITE du second Livre de la PHARSALE.
SUITE du fecond Livre de la
PHARSALE.
Tandis que ces chofes fe paffoient dans
Rome , Pompée à la tête d'une multitude
tremblante avoit gagné les murs de
Capoue : il y établit le fiége de la guerre ;
& pour s'oppofer aux entrepriſes de
Céfar , il envoya des Corps détachés
vers ces collines d'où l'Apennin s'éleve
& commande le vafte horizon .
D'un côté l'Apennin - touche aux Alpes
& domine la Gaule ; c'eft là qu'il
eft le plus voifin des Cieux : de l'autre
il s'étendoit autrefois jufques dans la
*Sicile ; mais depuis que les flots ont rompu
la chaîne , il fe termine au détroit de ·
Scylla. Ainfi la croupe de cette montagne
chargée de noires forêts de pins ,
fe prolonge à travers les contrées du
Latium , entre la mer de Tirrhene &
le golfe Adriatique ; & des flancs de
JUILLET: 1763. 69
fes rochers coulent ces fleuves majeftueux
qui fe répandent dans l'Italie &
vont fe perdre dans les deux mers .
D'un côté fe précipitent le Metaure
fugitif, & l'impétueux Cruftume , & la
Senna , & le Sapis que l'Ifaure enfle de
fes eaux , & l'Aufidus dont la rapidité.
fend les ondes Adriatiques ; & Eridan
celui de tous les fleuves dont la
fource eft la plus féconde , l'Eridan
qui roule au fond des mers les forêts brifées
fur fon paffage , l'Eridan , qui femble
épuifer toutes les eaux de l'Italie .
Ce fleuve égaleroit le Nil , fi comme le
Nil, il pouvoit s'étendre & fe repofer
fur de vaftes plaines ; il égaleroit le Danube
, fi le Danube en parcourant le
monde , ne fe groffiffoit des torrens qu'il
rencontre , & qu'il entraine avec lui dans
Euxin. L'Eridan fut le premier des
fleuves , dit la fable , dont le Peuplier
couronna les bords. Ce fut dans fon
fein que tomba Phaëton , lorfqu'ayant
pris en main les rênes brûlantes des courfiers
du jour , il s'écarta de la route prefcrite.
La terre étoit embrafée jufques.
dans fes entrailles ; tous les fleuves étoient
défféchés ; l'Eridan lui feul fut capable
d'éteindre les flammes du char du Soleil.
70 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux qui coulent fur la pente oppofée
, forment le Vulturne rapide , &
le Sarné nébuleux , & le Liris , qui coulé
à l'ombre des forets de Marice , &
le Siler , qui arrofe les fertiles champs de
Salerne , & le Macre , qui roule fur des
écueils jufqu'au port de Lune voifin
de fa fource , fans pouvoir porter une
barque légère ; & le Rutube aux bords
efcarpés , & le Tibre qui donne la loi
à tous les fleuves de l'Univers. Céfar
qui refpire la guerre , & qui ne fe plaît
à marcher que par des chemins arrofés
de fang , gémit de trouver l'Italie ouverte.
Il fe flatoit que Pompée lui difputeroit
le paffage & que des débris
marqueroient fes pas. On lui ouvre les
portes ; il voudroit les rompre le laboureur
tremblant lui laiffe envahir fes
campagnes ; c'eft par le fer , c'eft par
la flamme qu'il eut voulu les ravager
if rougit de fuivre une route permife ,
& de paroître encore. Citoyen .
Les Villes d'Italie incertaines &
chancelantes entre la crainte & le devoir
, n'attendent pour fe livrer à lui
que les approches de la guerre ; cependant
leur frayeur fe déguiſe fous l'appareil
d'une longue défenfe . On éléve
des remparts , on creufe des foffés , on
JUILLET. 1763. 71
prépare fur le haut des tours de lourdes
maffes de rochers & des machines à
lancer les traits pour accabler les affiégeans
. Le peuple penche du côté de
Pompée , & la fidélité qu'il lui doit
balance l'effroi que Céfar infpire.
Ainfi lor que le bruyant Aufter s'eft
emparé de l'Océan , toutes les vagues
lui obéiffent . Si la terre alors entr'ouverte
d'un fecond coup du trident d'Eole
, lance l'Aquilon fur les flots agités ,
quoique pouffés par un vent nouveau ,
c'eft au premier qu'ils cédent encore ;
& tandis que l'Aquilon domine au Ciel
& commande aux nuages , le feul Aufter
régne fur les eaux.
,
Mais il étoit facile à la terreur de changer
les efprits
& la foi qu'ils gardoient
à Pompée étoit flottante comme
fa fortune. Bientôt la fuite de Libon
laiffa l'Hétrurie fans défenſe : Thermon
abandonna l'Ombrie : Sylla qui
n'eut dans les guerres civiles ni le courage
ni le bonheur de fon père , prit
la fuite au nom de Céfar : à peine quelquesTroupes
légères menacent les murs.
d'Auximon , Varus en fort épouvanté ,
jette l'allarme dans les Villes voifines
& s'échape à travers les forêts : Lentu- .
lus chaffé & Afculum , & fuivi de près
72 MERCURE DE FRANCE .
dans fa fuite , voit fes cohortes difperfées
le laiffer feul avec fes drapeaux ,
& fe tourner du côté du vainqueur :
tói , Scipion , tu vas bientôt livrer les
murs de Lucère confiés à tes foins , ces
murs défendus par la plus vaillante jeureffe.
Pompée a furtout mis fon efpoir
dans la réfiftance de Corfinium que Domitius
défend avec dix cohortes. Céfar
y
L
marche , & Domitius voyant à travers
un nuage immenfe de pouffière ,
les rayons du foleil réfléchis par le brillant
acier des armées, » A moi , compa-
" gnons , s'écria-t- il , courez au fleuve ,
coupez le pont. Dieux , faites que ce-
» torrent lui-même enfle fes eaux pour
» le brifer. Que ce foit ici le terme de
» la guerre ; qu'ici du moins l'ardeur
» de l'ennemi fe ralentiffe , & fe con-
» fume en longs efforts : retardons fes
progrès rapides : ce fera pour nous
une victoire que d'avoir les premiers
arrêté Céfar. Il n'en dit pas davantage,
& les cohortes à fa voix accourent au
fleuve ; il n'eft plus temps . Cefar qui
s'avance & qui voit de loin qu'on veut
lui couper le paffage , s'écrie enflammé
de colère : » Hé quoi , lâches , ce n'eſt
» pas affez des murs ténébreux qui vous
a couvrent fi des fleuves ne nous féparent
,
t
JUILLET. 1763. 73
,
parent , vous tremblez ! vos efforts
font vains. Le Gange même , le Gan-
» ge débordé feroit une foible bar-
» rière. Céfar a paffé le Rubicon il
» n'eft plus de fleuve qui l'arrête. Mar-
» chez amis que la Cavalerie s'élance ,
» que l'Infanterie fe précipite fur ce pont
» qui va s'écrouler «. A peine il a donné
l'ordre , on lache la bride aux courfiers
la plaine fuit fous leurs pas rapides ; les
bras nerveux des archers font voler audelà
du fleuve une grêle de dards ; le
pont eft abandonné ; Céfar s'en empare
, il le traverfe , & chaffe l'ennemi
jufques dans fes murs. Il fait conftruite
des tours affez fortes pour porter d'énormes
fardeaux , & des toits fous lefquels
fes foldats foient à couvert au
pied des murailles . Mais tandis que l'affaut
fe prépare , ô crimel â trahifon !
?
les portes s'ouvrent, & les foldats de Domitius
le traînent captif aux pieds de Céfar,
aux pieds d'un Citoyen fuperbe.
Domitius loin de laiffer abattre par le
malheur la noble fierté de fon âme
préfente à la mort un front menaçant.
Céfar fçait bien qu'il la defire , & qu'il
ne craint que le pardon, a Vis , malgré
» toi , lui dit-il , & vois le jour que
" Céfør te hilfe. Sois pour les nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
" vaincues l'exemple & le gage de ma
» clémence. Tu es libre , tu peux ten-
» ter de nouveau contre moi le fort des
» armes , & s'il me livre jamais en tes
mains , je te difpenfe du retour. « A
ces mots , il ordonna que fes liens fuffent
rompus.
Quelle honte la fortune eût épargnée
à ce Romain s'il eût obtenu le
trépas ! Sans doute le dernier fupplice
pour un Citoyen fut de s'entendre pardonner
d'avoir fuivi Pompée & le Sénat
, fous les drapeaux de la patrie .
Domitius cependant diffimule & renferme
fa rage ; mais bientôt livré à luimême
, " Malheureux ! dit- il , irai-je
" cacher ma honte au fein de Rome , à
» l'ombre de la paix ? fuirai-je les dan-
»gers de la guerre , moi qui rougis de
»voir le jour ? précipitons-nous à tra-
» vers mille morts courons au terme
» d'une vie odieufe & rejettons ce bien-
»" fait de Céfar.
Pompée qui n'étoit pas inftruit du
malheur de Domitius fe preparoient à
le foutenir. Réfolu de marcher le jour
fuivant , il crut devoir éprouver le zéle
de fes Troupes , & d'une voix qui imprimoit
le refpect , » Vengeurs des forfaits
, leur dit-il , défenfeurs de la caufe
JUILLET. 1763. 75
publique , feule armée de vrais Ro-
» mains , vous à qui le Sénat donne à
foutenir , non l'ambition d'un feul
» homme , mais les droits , la liberté
» de tous ; faites des voeux pour le combat.
Le fer & le feu ravagent l'Hef-
» perie , les Gaulois defcendent comme
» un torrent du fommet des Alpes , le
fang Remain à déja fouillé le glaive
» de Cefar graces aux Dieux , c'eſt
» nous qui avons reçu les premiers ou-
" trages de la guerre ; c'eft fur l'agref
feur que le cime en retombe ; & Rome
qui daigne me confier fes droits
nous en demande le châtiment. Ce
n'eft point un jufte ennemi que nous
allons combattre ; c'eft un Citoyen
rebelle & perfide que nous allons pu-
» nir ; & fon attentat mérite auffi peu
» le nom de guerre que le complot
» de Catilina , lorfqu'avec Lentulus &
» Cethegus fes conjurés , il réfolut d'em-
» brafer Rome. O Céfar , quelle rage
»
t'aveugle toi , que le deftin appel-
» loit au rang des Metellus & des Ca-
» milles , tu préferes de groffir le nom-
" bre des Marius & des Cinna ! Viens
» donc périr comme Lepide , Carbon ,
» Sertorius ont péri . Encore eft- ce
» m'avilir que de tourner contre toi mes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
armes je rougis que Rome occupe
» mes mains à terraffer un furieux, Que
» n'est-il revenu vainqueur des Partes
» ce Craffus qui nous délivra de Spar-
» tacus & de les complices ! ce feroit à
» lui de nous venger de tai, Mais puif-
»que les Dieux daignent l'accorder
» l'honneur de tomber fous mes coups ,
» tu vas éprouver fi les ans ont énervé
» mon bras , ou glasé le fang qui coule
» dans mes veines ; fi pour avoir fouf
» fert la paix , nous fommes effrayés
de la guerre. Laiffez , Romains , laif-
» fez croire à Céfar que Pompée et
» amoli par le repos ou abattu fous le
» poids des années : l'âge n'a rien déf
» frayant dans un Chef: marchez fans
» crainte fous un vieux guerrier contre
» une armée qu'un Soldat commande . Fe
» fuis arrivé au plus haut point de gran
» deur auquel un fimple Giroyen puiffe
» être élevé par un
» an, deffus de moi que
» la place d'un Tyran. Gelui qui dans
me na laiff
Peuple libre. Roat
veut me furpaffer n'afpire dong.
plus sau rang d'un Citoyen mais d'un
» Monarque, Auffi voyez-vous dans
» mon armée tout ce que Rome a de
plus illuftre , les Pères de la Patrie ,
» les Confuls eux- mêmes fous les drae
JUILLET. 1763. 77
" peaux de la liberté . Lequel des deux
» fera vainqueur ou de Céfar ou du Sé-
» nat ? J'ofe craite que la fortune auroit
» honte de balancer. Et de quoi s'en-
» orgueillit ce jeune audacieux ? Eft-ce
» d'avoir employé dix ans à conquérir
" la Gaule Effce d'avoit abandonné
» honteufement les bords du Rhin ?
» Eft- ce d'avoir été chaffé du rivage Bri-
» tannique, & d'avoir attribué le mauvais
» fuccès de fa folle entreprife aux obf-
» tacles d'une mer inconftante & pleine
» d'écueils ? fon audace tiompheroit- elle
» de voir Rome entière fous les armes ,
» s'éloigner du fein de fes Dieux? Ahjeu-
» ne infenfe , connois mieux ce peuple :
» il ne te fuit pas , il me fuit ; il me fuit ,
» moi qui dans deux mois ai purgé la
» mer de pirates , moi qui plus heureux
» que Sylla , ai vu ce Mitridate qu'on
» ne pouvoit d'ompter , & qui depuis fi
longtems retardoit les deftins de Ro-
» me , errant dans les déferts du Bofpho-
" re & de la Scithie , réduit à fe don-
» ner la mort. Oui Romains , j'afe le
» dire pour juftifier votre confiance & la
» mienne . Fat porté la gloire de nos ar-
» mes dans tous les climats que le Soleif
» éclaire ; & la guerre civile eft la feule
» que j'aye laiffée à faire à Céfar.
"
D iij
78. MERCURE DE FRANCE.
Cette harangue ne fut point fuivie
de l'acclamation des Cohortes : elles ne
demanderent point le fignal du combat
qu'on leur annonçoit. Pompée luimême
intimidé par ce filence , crut .
devoir s'éloigner , plutôt que de courir .
les rifques d'un combat d'où dépendoit
le fort du monde , avec une armée .
déja vaincue au feul bruit du nom de
Céfar.
*
Tel qu'un Taureau chaffé des pâturages
par un Taureau plus vigoureux ,
va fe cacher au fond des forêts , & ne
revient tenter le combat que lorfque
fon front, que l'âge affermit , fe fent armé
de toutes fes forces. Tel Pompée.
trop foible encore pour réfifter & Céfar
, lui abandonne l'Italie , & fe retire
à travers les campagnes de la Pouille
dans les murs de Brundufium.
a
Cette Ville fut jadis habitée par
des
Crétois , qui s'étoient embarqués avec
Théfée , vainqueur du Minautore , &
que les Vaiffeaux Athéniens avoient
dépofés fur nos bords. Elle eft fituée
vers la pointe de l'Italie , au bord de la
mer Adriatique , fur une langue de terre
qui s'avance & fe courbe en croiffant
, comme pour embraffer les flots.
Ce feroit un port mal affuré, s'il n'étoit
JUILLET. 1763. 79
couvert par une Ifle dont les rochers
brifent l'effort des vents & des ondes .
Des deux côtés du port , la Nature a
élevé deux chaînes de montagnes qui
repouffent la mer , & qui défendent aux
vents orageux de troubler l'afyle des
Vaiffeaux que des cables tremblans y
retiennent. De-là , on gagne la pleine
mer, foit qu'on faffe voile vers l'Ifle
de Corcyre , foit que du côté de l'Illyrie
, on veuille arriver au Port d'Epidaure.
C'eſt le réfuge des Nochers, lorfque
tous les flots de la mer Adriatique
font foulévés ; que les nuages enveloppent
les montagnes de l'Epire , &
que l'Ifle de Safon difparoît fous les
vagues écumantes. Là , Pompée , qui
ne pouvoit plus compter fur l'Italie , ni
tranfporter la guerre en Efpagne , dont
il étoit féparé par la chaîne immenſe
des Alpes , dit à l'aîné de fes enfans :
» Allez , mon fils , parcourez le mon-
» de ; foulevez le Nil & l'Euphrate ;
» armez tous les Peuples à qui le nom
» de Pompée eft connu , toutes les Villes
où mes exploits ont rendu Rome
» recommandable ; que les Pirates de
" Cilicie abandonnent les champs que
» jeje leur ai donnés en partage , & fe
répandent de nouveau fur les mers
ค
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'où je les ai chaffés : appellez à mon
» fecours Ptolomée , dont je fus l'appui,
» & Tigrane , qui me doit fa Couron-
» ne , & Pharnace , que j'ai revêtu de
» la dépouille de fon père n'oubliez
» ni les habitans vagabonds de l'une &
» de l'autre Arménie , ni les Nations
" féroces qui occupent les bords de
» l'Euxin , ni celles qui couvrent les
» fommets du Riphée , ni celles qui
» voyagent fur les glaces du Palus Méo-
» tide : que vous dirai-je enfin ? Allu-
» mez la guerre dans tout l'Orient ;
» que tout ce que j'ai vaincu fur laterre
» embraffe ma défenfe , & que mes
»triomphes viennent groffir mon camp.
» Vous , Confuls , au premier fouffle
» de Borée , paffez en Epire ; allez
» amaffer de nouvelles forces dans les
» champs de la Grèce & de la Macé-
» deine , tandis que l'Hyver nous laif
» fe refpiter . Il commande ; on met
à la voile & on s'empreffe de lui
obéir.
Cependant Cefar qui ne peut laiffer
repofer les armes , pour ne pas donner
au fort le tems de changer , preffe Pompée,&
le fuit pas-à-pas.Tout autre quelui
feroit content d'avoir d'une première
courſe réduit tans de Villes, forcé tant de
JUILLET. 1763.
81
&
remparts , conquis fans obftacle certe
Reine du monde , cette Rome , le plus
haur prix que la Victoire ait jamais offert.
Mais Ceferqui ne perd jamais un inflanr ,
& qui ne compte avoir rien fait , tant
qu'il lui refte encore à faire ; Céfar s'attache
avec fureur à la pourfuite de fon
rival . Quoiqu'il pofféde route l'Tralie , fi
Pompée en occupe le rivage , il lui
femble qu'elle leur foit commune
fon chagrin ne peut ly fouffrir. C'eſt
peu de le chaffer de Italie , il veur lui
interdire les Mers ; & pour Nur couper
le paffage , il entreprend d'élever devant
le port , une barrière de rochers . Ces
immenfes travaux fent perdus ; les rochers
tombent , la mer les dévore , &
des montagnes entaffées font englouties
fous le fable . Cefarvoyant que ces
maffés énormes ne trouvoient pas de
fond qui les fourint , prit le parti de
faire abattre des forêts , & de lier les
arbres l'un à l'autre par des longues chat
nes. Xerxès autrefois , dit- on , fe fit
fur les flots une route femblable ; il joignit
l'Europe avec l'Afie par un pont
de vaiffeaux , & fur ce pont , it traverfa
le Bofphore à la tête de fon armée
lorfqu'il força la mer de porter fes voiles
autour du mont Athos. Ainfi les forêts
2
Dv
82. MERCURE DE FRANCE.
enchaînées & flottantes , ferment l'embouchure
du port où Céfar affiége Pompée.
Les travaux s'avancent , des remparts
s'élévent , & des tours mouvantes
femblent fortir des eaux.
Le
Pompée éffrayé de voir une terre nouvelle
s'éleverentre la mer & lui , cherche
avec une frayeur mortelle le moyen de
s'ouvrir un paffage, & d'affoiblir fon ennemi
en difperfant la guèrre fur des bords
éloignés. Il fait avancer contre la digue :
des navires armés que les vents pouffent ,
à pleines voiles ; les pierres , les dards ,
les torches allumées volent au milieu
des ténébres ; les ouvrages s'écroulent ,
& la mer eft ouverte. Pompée à la faveur
de la nuit , faifit enfin le moment de ,
s'échapper ; il défend que le fon de la,
trompette , le cri des matelots faffent
retentir le rivage , & que l'on donne le
fignal du départ . On n'entendit pas une
feule voix dans le moment qu'on dreffa
les mats , qu'on leva l'ancre , & qu'on
mit à la voile. Les Pilotes glacés de crain
te gardérent un profond filence ; les
Matelots fufpendus aux cordages , furent
même attentifs à ne pas les agiter , de
peur que le bruit excité dans l'air net
décelât l'évafion de la flotte. Emphol
Le Soleil entroit dans le figne, de las
JUILLET. 1763. 83
Balance lorfque Pompée partit de ces
bords. O Fortune il te demande
comme une faveur , de lui permettre
d'abandonner l'Italie puifque tu lui
défends de la conferver. A peine en-,
core les deftins y confentent : l'onde
entrouverte & refoulée par tant de vaiffeaux
qui la fillonnoient , fit entendre
un - long mugiffement . Alors les foldats'
de Céfar , à qui cette ville infidelle , &
qui changeoit avec la fortune , avoit ouvert
fes portes & livré fes murs , courent
à l'entrée du port par les deux ances qui
en forment l'enceinte , & ils frémiffent
de voir la flotté ennemie gagner la mer.
O comble d'orguei !! la fuite de Pompée
eft pour Cefar une foible victoire.
Le paffage étoit plus étroit que cefur
qui fépare l'Eubée de laBéorie :deux vaif
feaux s'y arrêtent , on les attire au bord ,
& là , pour la première fois , les flots de
la mer font rougis du fang de la guerre
civile. Le reste de la flotte s'échappe
& abandonne ces deux vaiffeaux.
Déja les couleurs dont brille l'Orient
annoncent le retour de l'aurore ; fa lu
mière eft teinte d'un rouge vermeil
fon éclat naiffant efface les étoiles voifines
la Pléyade commence à pâlir ,
l'Ourfe languiffante fe plonge dans l'azur
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
du Ciel , & Lucifer lui -même ſe dérobe
à l'éclat du jour. Toi Pompée, tu vogues
à voiles déployées ; mais tu n'as
plus avec toi cette fortune qui t'accompagnoir
, lonfque tu forçois les Pirates
à te céder l'empire des mers. Chaffé du
feir de ta patrie avec ton Epoufe & tes
Enfans, chargé de tes Dieux domeftiques,
& traînant la guèrre après toi ,
mais grand encore dans ton exil , tu
vois les peuples marcher à ta fuite : le
deftin femble chercher des régions
éloignées , pour y confommer l'horreur
de ta ruine : non que les Dieux veuillent
te refufer un tombeau dans les murs
qui t'ont vû naître ; mais en condamnant
l'Egypte à porter l'opprobre de ta
mort , ils ont fait grace à l'Italie. Ils
ordonnent à la fortune d'aller cacher
fon crime fous un Ciel étranger : ils
veulent épargner à Rome la douleur de
voir fes campagnes fouillées du fang de
fon Héros
PHARSALE.
Tandis que ces chofes fe paffoient dans
Rome , Pompée à la tête d'une multitude
tremblante avoit gagné les murs de
Capoue : il y établit le fiége de la guerre ;
& pour s'oppofer aux entrepriſes de
Céfar , il envoya des Corps détachés
vers ces collines d'où l'Apennin s'éleve
& commande le vafte horizon .
D'un côté l'Apennin - touche aux Alpes
& domine la Gaule ; c'eft là qu'il
eft le plus voifin des Cieux : de l'autre
il s'étendoit autrefois jufques dans la
*Sicile ; mais depuis que les flots ont rompu
la chaîne , il fe termine au détroit de ·
Scylla. Ainfi la croupe de cette montagne
chargée de noires forêts de pins ,
fe prolonge à travers les contrées du
Latium , entre la mer de Tirrhene &
le golfe Adriatique ; & des flancs de
JUILLET: 1763. 69
fes rochers coulent ces fleuves majeftueux
qui fe répandent dans l'Italie &
vont fe perdre dans les deux mers .
D'un côté fe précipitent le Metaure
fugitif, & l'impétueux Cruftume , & la
Senna , & le Sapis que l'Ifaure enfle de
fes eaux , & l'Aufidus dont la rapidité.
fend les ondes Adriatiques ; & Eridan
celui de tous les fleuves dont la
fource eft la plus féconde , l'Eridan
qui roule au fond des mers les forêts brifées
fur fon paffage , l'Eridan , qui femble
épuifer toutes les eaux de l'Italie .
Ce fleuve égaleroit le Nil , fi comme le
Nil, il pouvoit s'étendre & fe repofer
fur de vaftes plaines ; il égaleroit le Danube
, fi le Danube en parcourant le
monde , ne fe groffiffoit des torrens qu'il
rencontre , & qu'il entraine avec lui dans
Euxin. L'Eridan fut le premier des
fleuves , dit la fable , dont le Peuplier
couronna les bords. Ce fut dans fon
fein que tomba Phaëton , lorfqu'ayant
pris en main les rênes brûlantes des courfiers
du jour , il s'écarta de la route prefcrite.
La terre étoit embrafée jufques.
dans fes entrailles ; tous les fleuves étoient
défféchés ; l'Eridan lui feul fut capable
d'éteindre les flammes du char du Soleil.
70 MERCURE DE FRANCE.
Les eaux qui coulent fur la pente oppofée
, forment le Vulturne rapide , &
le Sarné nébuleux , & le Liris , qui coulé
à l'ombre des forets de Marice , &
le Siler , qui arrofe les fertiles champs de
Salerne , & le Macre , qui roule fur des
écueils jufqu'au port de Lune voifin
de fa fource , fans pouvoir porter une
barque légère ; & le Rutube aux bords
efcarpés , & le Tibre qui donne la loi
à tous les fleuves de l'Univers. Céfar
qui refpire la guerre , & qui ne fe plaît
à marcher que par des chemins arrofés
de fang , gémit de trouver l'Italie ouverte.
Il fe flatoit que Pompée lui difputeroit
le paffage & que des débris
marqueroient fes pas. On lui ouvre les
portes ; il voudroit les rompre le laboureur
tremblant lui laiffe envahir fes
campagnes ; c'eft par le fer , c'eft par
la flamme qu'il eut voulu les ravager
if rougit de fuivre une route permife ,
& de paroître encore. Citoyen .
Les Villes d'Italie incertaines &
chancelantes entre la crainte & le devoir
, n'attendent pour fe livrer à lui
que les approches de la guerre ; cependant
leur frayeur fe déguiſe fous l'appareil
d'une longue défenfe . On éléve
des remparts , on creufe des foffés , on
JUILLET. 1763. 71
prépare fur le haut des tours de lourdes
maffes de rochers & des machines à
lancer les traits pour accabler les affiégeans
. Le peuple penche du côté de
Pompée , & la fidélité qu'il lui doit
balance l'effroi que Céfar infpire.
Ainfi lor que le bruyant Aufter s'eft
emparé de l'Océan , toutes les vagues
lui obéiffent . Si la terre alors entr'ouverte
d'un fecond coup du trident d'Eole
, lance l'Aquilon fur les flots agités ,
quoique pouffés par un vent nouveau ,
c'eft au premier qu'ils cédent encore ;
& tandis que l'Aquilon domine au Ciel
& commande aux nuages , le feul Aufter
régne fur les eaux.
,
Mais il étoit facile à la terreur de changer
les efprits
& la foi qu'ils gardoient
à Pompée étoit flottante comme
fa fortune. Bientôt la fuite de Libon
laiffa l'Hétrurie fans défenſe : Thermon
abandonna l'Ombrie : Sylla qui
n'eut dans les guerres civiles ni le courage
ni le bonheur de fon père , prit
la fuite au nom de Céfar : à peine quelquesTroupes
légères menacent les murs.
d'Auximon , Varus en fort épouvanté ,
jette l'allarme dans les Villes voifines
& s'échape à travers les forêts : Lentu- .
lus chaffé & Afculum , & fuivi de près
72 MERCURE DE FRANCE .
dans fa fuite , voit fes cohortes difperfées
le laiffer feul avec fes drapeaux ,
& fe tourner du côté du vainqueur :
tói , Scipion , tu vas bientôt livrer les
murs de Lucère confiés à tes foins , ces
murs défendus par la plus vaillante jeureffe.
Pompée a furtout mis fon efpoir
dans la réfiftance de Corfinium que Domitius
défend avec dix cohortes. Céfar
y
L
marche , & Domitius voyant à travers
un nuage immenfe de pouffière ,
les rayons du foleil réfléchis par le brillant
acier des armées, » A moi , compa-
" gnons , s'écria-t- il , courez au fleuve ,
coupez le pont. Dieux , faites que ce-
» torrent lui-même enfle fes eaux pour
» le brifer. Que ce foit ici le terme de
» la guerre ; qu'ici du moins l'ardeur
» de l'ennemi fe ralentiffe , & fe con-
» fume en longs efforts : retardons fes
progrès rapides : ce fera pour nous
une victoire que d'avoir les premiers
arrêté Céfar. Il n'en dit pas davantage,
& les cohortes à fa voix accourent au
fleuve ; il n'eft plus temps . Cefar qui
s'avance & qui voit de loin qu'on veut
lui couper le paffage , s'écrie enflammé
de colère : » Hé quoi , lâches , ce n'eſt
» pas affez des murs ténébreux qui vous
a couvrent fi des fleuves ne nous féparent
,
t
JUILLET. 1763. 73
,
parent , vous tremblez ! vos efforts
font vains. Le Gange même , le Gan-
» ge débordé feroit une foible bar-
» rière. Céfar a paffé le Rubicon il
» n'eft plus de fleuve qui l'arrête. Mar-
» chez amis que la Cavalerie s'élance ,
» que l'Infanterie fe précipite fur ce pont
» qui va s'écrouler «. A peine il a donné
l'ordre , on lache la bride aux courfiers
la plaine fuit fous leurs pas rapides ; les
bras nerveux des archers font voler audelà
du fleuve une grêle de dards ; le
pont eft abandonné ; Céfar s'en empare
, il le traverfe , & chaffe l'ennemi
jufques dans fes murs. Il fait conftruite
des tours affez fortes pour porter d'énormes
fardeaux , & des toits fous lefquels
fes foldats foient à couvert au
pied des murailles . Mais tandis que l'affaut
fe prépare , ô crimel â trahifon !
?
les portes s'ouvrent, & les foldats de Domitius
le traînent captif aux pieds de Céfar,
aux pieds d'un Citoyen fuperbe.
Domitius loin de laiffer abattre par le
malheur la noble fierté de fon âme
préfente à la mort un front menaçant.
Céfar fçait bien qu'il la defire , & qu'il
ne craint que le pardon, a Vis , malgré
» toi , lui dit-il , & vois le jour que
" Céfør te hilfe. Sois pour les nations
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
" vaincues l'exemple & le gage de ma
» clémence. Tu es libre , tu peux ten-
» ter de nouveau contre moi le fort des
» armes , & s'il me livre jamais en tes
mains , je te difpenfe du retour. « A
ces mots , il ordonna que fes liens fuffent
rompus.
Quelle honte la fortune eût épargnée
à ce Romain s'il eût obtenu le
trépas ! Sans doute le dernier fupplice
pour un Citoyen fut de s'entendre pardonner
d'avoir fuivi Pompée & le Sénat
, fous les drapeaux de la patrie .
Domitius cependant diffimule & renferme
fa rage ; mais bientôt livré à luimême
, " Malheureux ! dit- il , irai-je
" cacher ma honte au fein de Rome , à
» l'ombre de la paix ? fuirai-je les dan-
»gers de la guerre , moi qui rougis de
»voir le jour ? précipitons-nous à tra-
» vers mille morts courons au terme
» d'une vie odieufe & rejettons ce bien-
»" fait de Céfar.
Pompée qui n'étoit pas inftruit du
malheur de Domitius fe preparoient à
le foutenir. Réfolu de marcher le jour
fuivant , il crut devoir éprouver le zéle
de fes Troupes , & d'une voix qui imprimoit
le refpect , » Vengeurs des forfaits
, leur dit-il , défenfeurs de la caufe
JUILLET. 1763. 75
publique , feule armée de vrais Ro-
» mains , vous à qui le Sénat donne à
foutenir , non l'ambition d'un feul
» homme , mais les droits , la liberté
» de tous ; faites des voeux pour le combat.
Le fer & le feu ravagent l'Hef-
» perie , les Gaulois defcendent comme
» un torrent du fommet des Alpes , le
fang Remain à déja fouillé le glaive
» de Cefar graces aux Dieux , c'eſt
» nous qui avons reçu les premiers ou-
" trages de la guerre ; c'eft fur l'agref
feur que le cime en retombe ; & Rome
qui daigne me confier fes droits
nous en demande le châtiment. Ce
n'eft point un jufte ennemi que nous
allons combattre ; c'eft un Citoyen
rebelle & perfide que nous allons pu-
» nir ; & fon attentat mérite auffi peu
» le nom de guerre que le complot
» de Catilina , lorfqu'avec Lentulus &
» Cethegus fes conjurés , il réfolut d'em-
» brafer Rome. O Céfar , quelle rage
»
t'aveugle toi , que le deftin appel-
» loit au rang des Metellus & des Ca-
» milles , tu préferes de groffir le nom-
" bre des Marius & des Cinna ! Viens
» donc périr comme Lepide , Carbon ,
» Sertorius ont péri . Encore eft- ce
» m'avilir que de tourner contre toi mes
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
armes je rougis que Rome occupe
» mes mains à terraffer un furieux, Que
» n'est-il revenu vainqueur des Partes
» ce Craffus qui nous délivra de Spar-
» tacus & de les complices ! ce feroit à
» lui de nous venger de tai, Mais puif-
»que les Dieux daignent l'accorder
» l'honneur de tomber fous mes coups ,
» tu vas éprouver fi les ans ont énervé
» mon bras , ou glasé le fang qui coule
» dans mes veines ; fi pour avoir fouf
» fert la paix , nous fommes effrayés
de la guerre. Laiffez , Romains , laif-
» fez croire à Céfar que Pompée et
» amoli par le repos ou abattu fous le
» poids des années : l'âge n'a rien déf
» frayant dans un Chef: marchez fans
» crainte fous un vieux guerrier contre
» une armée qu'un Soldat commande . Fe
» fuis arrivé au plus haut point de gran
» deur auquel un fimple Giroyen puiffe
» être élevé par un
» an, deffus de moi que
» la place d'un Tyran. Gelui qui dans
me na laiff
Peuple libre. Roat
veut me furpaffer n'afpire dong.
plus sau rang d'un Citoyen mais d'un
» Monarque, Auffi voyez-vous dans
» mon armée tout ce que Rome a de
plus illuftre , les Pères de la Patrie ,
» les Confuls eux- mêmes fous les drae
JUILLET. 1763. 77
" peaux de la liberté . Lequel des deux
» fera vainqueur ou de Céfar ou du Sé-
» nat ? J'ofe craite que la fortune auroit
» honte de balancer. Et de quoi s'en-
» orgueillit ce jeune audacieux ? Eft-ce
» d'avoir employé dix ans à conquérir
" la Gaule Effce d'avoit abandonné
» honteufement les bords du Rhin ?
» Eft- ce d'avoir été chaffé du rivage Bri-
» tannique, & d'avoir attribué le mauvais
» fuccès de fa folle entreprife aux obf-
» tacles d'une mer inconftante & pleine
» d'écueils ? fon audace tiompheroit- elle
» de voir Rome entière fous les armes ,
» s'éloigner du fein de fes Dieux? Ahjeu-
» ne infenfe , connois mieux ce peuple :
» il ne te fuit pas , il me fuit ; il me fuit ,
» moi qui dans deux mois ai purgé la
» mer de pirates , moi qui plus heureux
» que Sylla , ai vu ce Mitridate qu'on
» ne pouvoit d'ompter , & qui depuis fi
longtems retardoit les deftins de Ro-
» me , errant dans les déferts du Bofpho-
" re & de la Scithie , réduit à fe don-
» ner la mort. Oui Romains , j'afe le
» dire pour juftifier votre confiance & la
» mienne . Fat porté la gloire de nos ar-
» mes dans tous les climats que le Soleif
» éclaire ; & la guerre civile eft la feule
» que j'aye laiffée à faire à Céfar.
"
D iij
78. MERCURE DE FRANCE.
Cette harangue ne fut point fuivie
de l'acclamation des Cohortes : elles ne
demanderent point le fignal du combat
qu'on leur annonçoit. Pompée luimême
intimidé par ce filence , crut .
devoir s'éloigner , plutôt que de courir .
les rifques d'un combat d'où dépendoit
le fort du monde , avec une armée .
déja vaincue au feul bruit du nom de
Céfar.
*
Tel qu'un Taureau chaffé des pâturages
par un Taureau plus vigoureux ,
va fe cacher au fond des forêts , & ne
revient tenter le combat que lorfque
fon front, que l'âge affermit , fe fent armé
de toutes fes forces. Tel Pompée.
trop foible encore pour réfifter & Céfar
, lui abandonne l'Italie , & fe retire
à travers les campagnes de la Pouille
dans les murs de Brundufium.
a
Cette Ville fut jadis habitée par
des
Crétois , qui s'étoient embarqués avec
Théfée , vainqueur du Minautore , &
que les Vaiffeaux Athéniens avoient
dépofés fur nos bords. Elle eft fituée
vers la pointe de l'Italie , au bord de la
mer Adriatique , fur une langue de terre
qui s'avance & fe courbe en croiffant
, comme pour embraffer les flots.
Ce feroit un port mal affuré, s'il n'étoit
JUILLET. 1763. 79
couvert par une Ifle dont les rochers
brifent l'effort des vents & des ondes .
Des deux côtés du port , la Nature a
élevé deux chaînes de montagnes qui
repouffent la mer , & qui défendent aux
vents orageux de troubler l'afyle des
Vaiffeaux que des cables tremblans y
retiennent. De-là , on gagne la pleine
mer, foit qu'on faffe voile vers l'Ifle
de Corcyre , foit que du côté de l'Illyrie
, on veuille arriver au Port d'Epidaure.
C'eſt le réfuge des Nochers, lorfque
tous les flots de la mer Adriatique
font foulévés ; que les nuages enveloppent
les montagnes de l'Epire , &
que l'Ifle de Safon difparoît fous les
vagues écumantes. Là , Pompée , qui
ne pouvoit plus compter fur l'Italie , ni
tranfporter la guerre en Efpagne , dont
il étoit féparé par la chaîne immenſe
des Alpes , dit à l'aîné de fes enfans :
» Allez , mon fils , parcourez le mon-
» de ; foulevez le Nil & l'Euphrate ;
» armez tous les Peuples à qui le nom
» de Pompée eft connu , toutes les Villes
où mes exploits ont rendu Rome
» recommandable ; que les Pirates de
" Cilicie abandonnent les champs que
» jeje leur ai donnés en partage , & fe
répandent de nouveau fur les mers
ค
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
d'où je les ai chaffés : appellez à mon
» fecours Ptolomée , dont je fus l'appui,
» & Tigrane , qui me doit fa Couron-
» ne , & Pharnace , que j'ai revêtu de
» la dépouille de fon père n'oubliez
» ni les habitans vagabonds de l'une &
» de l'autre Arménie , ni les Nations
" féroces qui occupent les bords de
» l'Euxin , ni celles qui couvrent les
» fommets du Riphée , ni celles qui
» voyagent fur les glaces du Palus Méo-
» tide : que vous dirai-je enfin ? Allu-
» mez la guerre dans tout l'Orient ;
» que tout ce que j'ai vaincu fur laterre
» embraffe ma défenfe , & que mes
»triomphes viennent groffir mon camp.
» Vous , Confuls , au premier fouffle
» de Borée , paffez en Epire ; allez
» amaffer de nouvelles forces dans les
» champs de la Grèce & de la Macé-
» deine , tandis que l'Hyver nous laif
» fe refpiter . Il commande ; on met
à la voile & on s'empreffe de lui
obéir.
Cependant Cefar qui ne peut laiffer
repofer les armes , pour ne pas donner
au fort le tems de changer , preffe Pompée,&
le fuit pas-à-pas.Tout autre quelui
feroit content d'avoir d'une première
courſe réduit tans de Villes, forcé tant de
JUILLET. 1763.
81
&
remparts , conquis fans obftacle certe
Reine du monde , cette Rome , le plus
haur prix que la Victoire ait jamais offert.
Mais Ceferqui ne perd jamais un inflanr ,
& qui ne compte avoir rien fait , tant
qu'il lui refte encore à faire ; Céfar s'attache
avec fureur à la pourfuite de fon
rival . Quoiqu'il pofféde route l'Tralie , fi
Pompée en occupe le rivage , il lui
femble qu'elle leur foit commune
fon chagrin ne peut ly fouffrir. C'eſt
peu de le chaffer de Italie , il veur lui
interdire les Mers ; & pour Nur couper
le paffage , il entreprend d'élever devant
le port , une barrière de rochers . Ces
immenfes travaux fent perdus ; les rochers
tombent , la mer les dévore , &
des montagnes entaffées font englouties
fous le fable . Cefarvoyant que ces
maffés énormes ne trouvoient pas de
fond qui les fourint , prit le parti de
faire abattre des forêts , & de lier les
arbres l'un à l'autre par des longues chat
nes. Xerxès autrefois , dit- on , fe fit
fur les flots une route femblable ; il joignit
l'Europe avec l'Afie par un pont
de vaiffeaux , & fur ce pont , it traverfa
le Bofphore à la tête de fon armée
lorfqu'il força la mer de porter fes voiles
autour du mont Athos. Ainfi les forêts
2
Dv
82. MERCURE DE FRANCE.
enchaînées & flottantes , ferment l'embouchure
du port où Céfar affiége Pompée.
Les travaux s'avancent , des remparts
s'élévent , & des tours mouvantes
femblent fortir des eaux.
Le
Pompée éffrayé de voir une terre nouvelle
s'éleverentre la mer & lui , cherche
avec une frayeur mortelle le moyen de
s'ouvrir un paffage, & d'affoiblir fon ennemi
en difperfant la guèrre fur des bords
éloignés. Il fait avancer contre la digue :
des navires armés que les vents pouffent ,
à pleines voiles ; les pierres , les dards ,
les torches allumées volent au milieu
des ténébres ; les ouvrages s'écroulent ,
& la mer eft ouverte. Pompée à la faveur
de la nuit , faifit enfin le moment de ,
s'échapper ; il défend que le fon de la,
trompette , le cri des matelots faffent
retentir le rivage , & que l'on donne le
fignal du départ . On n'entendit pas une
feule voix dans le moment qu'on dreffa
les mats , qu'on leva l'ancre , & qu'on
mit à la voile. Les Pilotes glacés de crain
te gardérent un profond filence ; les
Matelots fufpendus aux cordages , furent
même attentifs à ne pas les agiter , de
peur que le bruit excité dans l'air net
décelât l'évafion de la flotte. Emphol
Le Soleil entroit dans le figne, de las
JUILLET. 1763. 83
Balance lorfque Pompée partit de ces
bords. O Fortune il te demande
comme une faveur , de lui permettre
d'abandonner l'Italie puifque tu lui
défends de la conferver. A peine en-,
core les deftins y confentent : l'onde
entrouverte & refoulée par tant de vaiffeaux
qui la fillonnoient , fit entendre
un - long mugiffement . Alors les foldats'
de Céfar , à qui cette ville infidelle , &
qui changeoit avec la fortune , avoit ouvert
fes portes & livré fes murs , courent
à l'entrée du port par les deux ances qui
en forment l'enceinte , & ils frémiffent
de voir la flotté ennemie gagner la mer.
O comble d'orguei !! la fuite de Pompée
eft pour Cefar une foible victoire.
Le paffage étoit plus étroit que cefur
qui fépare l'Eubée de laBéorie :deux vaif
feaux s'y arrêtent , on les attire au bord ,
& là , pour la première fois , les flots de
la mer font rougis du fang de la guerre
civile. Le reste de la flotte s'échappe
& abandonne ces deux vaiffeaux.
Déja les couleurs dont brille l'Orient
annoncent le retour de l'aurore ; fa lu
mière eft teinte d'un rouge vermeil
fon éclat naiffant efface les étoiles voifines
la Pléyade commence à pâlir ,
l'Ourfe languiffante fe plonge dans l'azur
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
du Ciel , & Lucifer lui -même ſe dérobe
à l'éclat du jour. Toi Pompée, tu vogues
à voiles déployées ; mais tu n'as
plus avec toi cette fortune qui t'accompagnoir
, lonfque tu forçois les Pirates
à te céder l'empire des mers. Chaffé du
feir de ta patrie avec ton Epoufe & tes
Enfans, chargé de tes Dieux domeftiques,
& traînant la guèrre après toi ,
mais grand encore dans ton exil , tu
vois les peuples marcher à ta fuite : le
deftin femble chercher des régions
éloignées , pour y confommer l'horreur
de ta ruine : non que les Dieux veuillent
te refufer un tombeau dans les murs
qui t'ont vû naître ; mais en condamnant
l'Egypte à porter l'opprobre de ta
mort , ils ont fait grace à l'Italie. Ils
ordonnent à la fortune d'aller cacher
fon crime fous un Ciel étranger : ils
veulent épargner à Rome la douleur de
voir fes campagnes fouillées du fang de
fon Héros
Fermer
318
p. 85-90
EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
Début :
LE 31 Mai, on célébrera dans le Collége de la Fléche, l'anniversaire de Henri [...]
Mots clefs :
Tombeau, Discours, Terre, Mémoire, Débris, Poète, Dieux, Collège de La Flèche
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de La Fléche à M. V ***
EXTRAIT d'une Leure écrite de
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
La Flèche à M. V ***
LE3r Mai , on célébrá dans le Collége
de la Flèche, anniverfaire de Henri
le Grandqui en eft le Fondateur . M. de
Pechmėja , Profeffeur de Rhétorique ,
prononça dans la Grand Salle , un Difcours
fur la Cérémonie du jour , après
lequel il récita une Ode intitulée le
Tombeau de Henri IV.
*
On connoîtle Difcours latin qu'il prononça
à la rentrée des Claffes , & les
vues profondes qu'il y développa. Nous
connoiffions fa façon d'écrire dans une
langue qu'il eft fi difficile de bien parler.
On l'a entendu avec un nouveau plai
fir dans cette circonftance ; c'est toujours
la même chaleur dans le ftyle , la même
vérité dans les portraits. Vaici le commencement
de fon Difcours.
»Les jours deffinés à renouveller la
» mémoire des Grands Hommes ne font
» pour le vulgaire, qu'une fource de
* Le Sujet étoit Quantum ad Pacem, in Eua
ropa ,ftabiliendam & propagandam confeire valeas
Litterarum Juntes.
86 MERCURE DE FRANCE.
réfléxions affligeantes & lugubres fur
» les ravages du temps & la fragilité de
» notre exiſtence. Le Sage les regarde
» au contraire comme des jours de
» triomphe & de fêtes confacrés à l'im--
» mortalité des Héros . Ondiroit que les
» hommes pénétrés de reconnoiffance
" envers ceux qui ont fait du bien à leurs
Pères , ont ofé fufpendre par inter
» valles , la rapidité des fiécles , & arrê
» ter le torrent des âges pour contem-
» pler , pendant quelques; inftans , ces !
» Ombres immortelles qui refpirent en-
" core dans les bras même de la mort ,
,, & dans le filence du tombeau Ler
» temps, ce deftructeur rapide des Etres,
» entaffe tous les jours de nouveaux
38
nuages fur les âmes vulgaires qu'il a
» déjà plongées dans ces abîmes ; il)
multiplie , pour ainfi die , leur def
" truction ; tandis qu'il renouvelle fans
» ceffe , pour les Grands Hommes , leur
» exiftence & leur gloire , & s'empreffe
» de ramener , fous nos yeux , le fpecta-
» cle augufte qui doit perpétuer le fou-
» venir de leurs vertus.
Le Ciel qui a placé l'Auteur de las
» Henriade à côtéd'Homere & deVirgile,
mit à côté d'Enée & & Achille le vainqueur
de Mayenne , le Héros quiaffura,
JUILLET. 1763 . 87
Ti
aux Bourbons un Trône ébranlé par
» mille fecouffes , & fubjugua fes propres
» Enfans , par les efforts de fon courage
» & par la bonté de fon coeur. Henri vivra
toujours dans la mémoire des Hommes
, puifque fous le régne de LOUIS
» le BIEN- AIMÉ , nous nous reffouve-
» mons encore avec attendriffément de
»fes vertus paternelles. Henri n'a pu faire!
» oublier Trajan & Titus, Louis ne fera
» point oublier Henri. Le nombre des) -
» bienfaiteurs de l'humanité ne fera ja-
» mais affez grand pour faire perdre let
» fouvenir des Princes bienfaifans que
» le Ciel a accordés à la Terre .
3
Il finit par ce morceau qui prépare les
Auditeurs à l'Ode fuivante , & qui eft
très-bien lié avec la fuite du difcours .
» C'est dans le tumulte des armes
» parmi les clameurs confufes des vain-
» queurs & des vaincus , c'eft dans ces
plaines couvertes du débris de leurs
" Habitans ; cleft dans les ravages du
» monde que les Arts vont quelquefois.
chercher ce délire fublime qui nous
» éléve au-deffus de l'humanité , & fou
» tient notre vol ambitieux jufques aux
» voutes éternelles. Le Poëte, alors ,
» emporté par une impulfion puiffante ,
» eft forcé de peindre & de produire
au dehors , les fentimens qui l'ani
88 MERCURE DE FRANCE.
» ment. Il s'agite , il fe confume en
efforts redoublés , pour fe délivrer
» de l'enthoufiafme qui l'obféde. C'eft
» à la mémoire des travaux de Henri
» que je dois le feu puiffant qui m'en-
» flamme.
Un Dieu m'a tranſporté dans le contredu monde,
De l'implacable mort c'eft l'éternel féjour ;
Pour éclairer l'horreur de cette nuit profonde
Quelle importune main a fak entrer lejour?]
L'Ange exterminateur dans ces vaftes abirres
Entallé à tous momens un Peuple de victimes
Que letorrent de Fage entraîne avec fureur.
Non ; files Elémens recommençoient lear gaerre,
Sur les bords du calos les débris de la Terre
N'offriroient jamais tant d'horreur.
Lamort dans ce féjour fait régner le filences
Er prêve à dévorer tout ce vafte Univers ,
Sur les ailes de temps s'agire & fe balance ,
Parmi d'affreux monceaux de cendres & de vers.
Le cridu défeſpoir des Spectres & des Ombres
Seperd dans le néant de ces demeures fombres ,
Océan de foupirs vainement répétés.
Un fleuve de poiſons dans ces gouffres rerribles
Entraine lentement des offemens horribles
C
Et des crânes enfanglantes.
Le Poëte oit enfuite le tombeau
JUILLET. 1763 . 89
d'Henri , il veut y defcendre pour effacer
l'oppobre de la Terre qui a enfanté
fon affaffin . Mais tout- à-coup il fort
du tombeau une voix qui l'arrête .
Pròfanes, arrêtez ! fur cette urne fatale
Gardez-vous de porter de facriléges mains ;
Ignorez-vous encor le terrible intervalle
Qui fépare les Rois du refte des humains ?
Favoris & rivaux des Maires du Tonnerre ,
Les Princes bienfaifans n'abandonnent la Terre;
Que pourjouir comme eux de l'immortalité.
Dans ces riftes débris que la tombe dévore
A travers ce tombeau reconnoiſſez encore
Le fceau de la Divinité.
Elle donne des leçons aux Peuples fur
la foumiffion qu'ils doivent à leurs Rois,
condamne leurs murmures & finiraihfi.
Si des rigueurs du fort vos âmes étonnées
Ne peuvent plus fuffire au poids de vos malheurs ;
Thémis fçaura pour vous fléchir les deſtinées
Au fidéle récit de vos longues douleurs.
Vénus fcut écarter le vafe redoarable
De revers & de maux que le fort implacable
Verfoit comme un torrent far fon fils malhen
reux .
-Jupiter approuva fa tendrelle & fon zéle :
Il ne fallut pas moins qu'une voix immortelle
Pour parler au Maître des Dieux.
90 MERCURE DE FRANCE.
Enfin le Poëte exige de fes Auditeurs
un ferment de fidélité.
Raffemblez-vous autour de cette urne plaintive,
Citoyens , à fes pieds accourez vous jetter ;
Et prêtant à ma voix une oreille attentive
Répétez les fermens que je vais vous dicter.
» Grands Dieux , qui de nos Roit affurez la puif
>> fance !
פכ
» Entre mon Prince & moi , fi jamais je balance ,
Qu'au glaive dévorant e fois abandonné ;
» Trop heureux fi je puis fidéle à ma patrie ,
Acheter de mon fang le bonheur & la vie
>> Du Roi que les Dieux m'ont donné. "
Le lendemain , il y eut un Service fofemnel
auquel affifterent tous les Corps
de Ville. M. l'Abbé Donjon , principal
du follége, prononça l'Oraifon funébre .
Il célébra les vertus militaires & morales
d'Henri-le-Grand.
Fermer
319
p. 90-95
DICTIONNAIRE portatif des Théâtres, par M. de LÉRIS.
Début :
NOUS avons promis quelques détails sur ce Dictionnaire portatif, que [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Recherches, Ordre, Volume, Ouvrages, Pièces, Ordre chronologique, Journalistes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DICTIONNAIRE portatif des Théâtres, par M. de LÉRIS.
DICTIONNAIRE portatif des
Théâtres , par M. de LÉRIS .
NOUS
Ous avons promis quelques détails
fur ce Dictionnaire portatif, que
JUILLET: 1763. 9t
nous n'avons fait qu'annoncer dans le
Mercure précédent , où nous avons rapporté
le titre entier de l'Ouvrage.
On fent bien qu'un pareil Livre n'eft
pas fufceptible d'une Analyſe fuivie ; il
fuffira de quelques Remarques que nous
fournira l'Avertiffement de l'Auteur fur
l'objet & l'utilité de fon , travail , & fur
la forme de Dictionnaire qu'il a cru devoir
préférer à toute autre.
En effet , s'il eft quelque Ouvrage
naturellement fufceptible de cette forme
, & pour lequel elle puiffe être regardée
comme abfolument effentielle , c'eſt
fans contredit un Recueil de recherches
fur les Piéces de Théâtre . L'ordre chronologique
n'a ni l'avantage , ni la faci-
Tité de l'ordre alphabétique pour indiquer
au premier coup d'oeil , la Piéce que l'on
cherche , le nom de fon Auteur , le
temps de fa repréfentation , fa réuffite ,
& enfin tout ce qui peut être un objet
dé curiofité pour les Amateurs de la
Scène Françoife.
On fent aifément combien il eût été
facile de rendre ce Livre plus volumineux.
La matière étoit abondante ; il
ne s'agiffeit que d'analyfer chaque Piéce
, oude copier même les Extraits qu'en
ont donné les Journaliſtes ; & , à l'égard
92 MERCURE DE FRANCE.
des Auteurs , de puifer dans les Dictionnaires
hiſtoriques , dans les Préfaces de
leurs OEuvres , dans la France Littérai
res , & c, des détails hiftoriques de leurs
vies . Mais comme un Dictionnaire n'eft
jamais plus commode que lorfqu'il peut
être renfermé dans un feul volume , &
furtout dans un volume portatif , il paroît
que M. de Léris a eu principalement
en vue de fimplifier les objets , d'éviter
les doubles emplois , les répétitions inutiles
; & en difant tout ce qu'il y a
d'effentiel & de curieux fur les Spectacles
, de ne point paffer certaines bornes.
Pour avoir la facilité d'employer plus
de matière qu'un volume feul ne paroiffoit
naturellement devoir en contenir
on s'eft fervi d'un caractère moyen
& l'on a fouvent mis en ufage des abréviations
qui ne nuifent ni à la clarté de
l'Ouvrage , ni à l'agrément du coup
d'oeil
Afin de moins confondre les objets ,
& de faciliter l'ufage de fon Dictionnaire
, l'Auteur , en y mettant tout d'ordre
dont un femblable travail peut être
fufceptible , a divifé fon Livre en deux
parties. La première contient la lifte alphabétique
de toutes les les Piéces de
JUILLET. 1763 .
93
Théâtre , avec ce qui les concerne . La
feconde renferme , auffi dans le même
ordre , un Abrégé de la vie des Auteurs ,
des Muficiens & des Acteurs , avec le
Catalogue de leurs Ouvrages Dramatiques
; & , lorfque ce font des Acteurs ,
le genre dans lequel ils fe font fignalés.
*
"
La première de ces parties eft précédée
d'une hiftoire fommaire de tous les'
Théâtres établis à Paris , leurs divers
changemens , & leur état actuel . On
trouve à la tête de la feconde , une
Table Chronologique des Auteurs &
une autre des Muficiens ; & elle eft fui
vie de celle de tous les Opéra qui ont
été repréfentés depuis le commencement
de ce Spectacle jufqu'à préfent. Plufieurs
perfonnes defirant qu'on pût voir
d'un coup d'oeil les piéces jouées depuis
un certain nombre d'années , M. de
Léris , pour leur faire plaifir , a donné
une autre table chronologique qui contient
le nom de toutes ces Piéces , &
l'a placée à la fin de fon Livre après celle
de l'Opéra,
Cequi ête à ce Dictionnaire la féchereffe
dont les Ouvrages de ce genre font
ordinairement fufceptibles , ce font des
Anecdotes curieufes dont c Recueil est
rempli , & qui y jettent beaucoup d'an
4 MERCURE DE FRANCE.
1
grément. Il eft rare qu'à l'ouverture du
livre , on ne trouve pas toujours quelque
trait amufant qu'on eft charmé d'ap--
prendre & de retenir. Cela feul , indépendamment
de tous les avantages
qu'à ce Dictionnaire fur les autres livres
de cette nature , le mettroit audeffus
de quantité de recueils que nous
avons déja fur le même objet.
Enfin nous ne craignons pas de dire
que cette Edition fera plaifir au Public
dont elle mérite l'eftime , par les recherches
, l'exactitude & la correction. Cependant
, comme ces fortes d'ouvrages
peuvent devenir toujours plus parfaits ,
l'Auteur invite les gens de Lettres à vouloir
bien leur communiquer leurs avis ,
fur les fautes qui peuvent lui être échap
pées , afin de faire encore mieux dans
une nouvelle Edition. Satisfaire la curiofité
du Lecteur , ll''iinnffttrruuiirree par des
détails & des faits fùrs , l'amufer par
des anecdotes , rendre juftice aux Auteurs
& aux Acteurs vivans , fans flaterie
, & aux morts fans partialité ; voilà
ce qu'il déclare avoir été fon but , &
nous ofons affurer qu'il ne s'en eft
point écarté, Les perfonnes qui font au
fait de ce travail , peuvent feules connoître
combien il faut d'attention
JUILLET. 1763. 95
de conftance & .de recherches pour compour.
com ,
pofer un pareil Dictionnaire , le fimpli
fier & le rendre complet & exact . La
matière eft féche & difficile , & les Auteurs
qui en ont traité , he font pas tou
jours d'accord fur le même Sujet. D'après
cela in mot , un nom , une date
occafionnent des lectures de plufieurs
jours, & dans différens genres fouvent
fort éloignés de celui qui femble faire
l'objet du Théâtre . Ces recherches , ces
vétifications demandent un efprit patient
, laborieux , exact & toujours plein
de fon objet pour ne rien négliger.de
ce qui peut y fervir tôt ou tard ; &
ce font toutes ces qualités que poffédé
fupérieurement l'Auteur de cet excellent
Dictionnaire.
Théâtres , par M. de LÉRIS .
NOUS
Ous avons promis quelques détails
fur ce Dictionnaire portatif, que
JUILLET: 1763. 9t
nous n'avons fait qu'annoncer dans le
Mercure précédent , où nous avons rapporté
le titre entier de l'Ouvrage.
On fent bien qu'un pareil Livre n'eft
pas fufceptible d'une Analyſe fuivie ; il
fuffira de quelques Remarques que nous
fournira l'Avertiffement de l'Auteur fur
l'objet & l'utilité de fon , travail , & fur
la forme de Dictionnaire qu'il a cru devoir
préférer à toute autre.
En effet , s'il eft quelque Ouvrage
naturellement fufceptible de cette forme
, & pour lequel elle puiffe être regardée
comme abfolument effentielle , c'eſt
fans contredit un Recueil de recherches
fur les Piéces de Théâtre . L'ordre chronologique
n'a ni l'avantage , ni la faci-
Tité de l'ordre alphabétique pour indiquer
au premier coup d'oeil , la Piéce que l'on
cherche , le nom de fon Auteur , le
temps de fa repréfentation , fa réuffite ,
& enfin tout ce qui peut être un objet
dé curiofité pour les Amateurs de la
Scène Françoife.
On fent aifément combien il eût été
facile de rendre ce Livre plus volumineux.
La matière étoit abondante ; il
ne s'agiffeit que d'analyfer chaque Piéce
, oude copier même les Extraits qu'en
ont donné les Journaliſtes ; & , à l'égard
92 MERCURE DE FRANCE.
des Auteurs , de puifer dans les Dictionnaires
hiſtoriques , dans les Préfaces de
leurs OEuvres , dans la France Littérai
res , & c, des détails hiftoriques de leurs
vies . Mais comme un Dictionnaire n'eft
jamais plus commode que lorfqu'il peut
être renfermé dans un feul volume , &
furtout dans un volume portatif , il paroît
que M. de Léris a eu principalement
en vue de fimplifier les objets , d'éviter
les doubles emplois , les répétitions inutiles
; & en difant tout ce qu'il y a
d'effentiel & de curieux fur les Spectacles
, de ne point paffer certaines bornes.
Pour avoir la facilité d'employer plus
de matière qu'un volume feul ne paroiffoit
naturellement devoir en contenir
on s'eft fervi d'un caractère moyen
& l'on a fouvent mis en ufage des abréviations
qui ne nuifent ni à la clarté de
l'Ouvrage , ni à l'agrément du coup
d'oeil
Afin de moins confondre les objets ,
& de faciliter l'ufage de fon Dictionnaire
, l'Auteur , en y mettant tout d'ordre
dont un femblable travail peut être
fufceptible , a divifé fon Livre en deux
parties. La première contient la lifte alphabétique
de toutes les les Piéces de
JUILLET. 1763 .
93
Théâtre , avec ce qui les concerne . La
feconde renferme , auffi dans le même
ordre , un Abrégé de la vie des Auteurs ,
des Muficiens & des Acteurs , avec le
Catalogue de leurs Ouvrages Dramatiques
; & , lorfque ce font des Acteurs ,
le genre dans lequel ils fe font fignalés.
*
"
La première de ces parties eft précédée
d'une hiftoire fommaire de tous les'
Théâtres établis à Paris , leurs divers
changemens , & leur état actuel . On
trouve à la tête de la feconde , une
Table Chronologique des Auteurs &
une autre des Muficiens ; & elle eft fui
vie de celle de tous les Opéra qui ont
été repréfentés depuis le commencement
de ce Spectacle jufqu'à préfent. Plufieurs
perfonnes defirant qu'on pût voir
d'un coup d'oeil les piéces jouées depuis
un certain nombre d'années , M. de
Léris , pour leur faire plaifir , a donné
une autre table chronologique qui contient
le nom de toutes ces Piéces , &
l'a placée à la fin de fon Livre après celle
de l'Opéra,
Cequi ête à ce Dictionnaire la féchereffe
dont les Ouvrages de ce genre font
ordinairement fufceptibles , ce font des
Anecdotes curieufes dont c Recueil est
rempli , & qui y jettent beaucoup d'an
4 MERCURE DE FRANCE.
1
grément. Il eft rare qu'à l'ouverture du
livre , on ne trouve pas toujours quelque
trait amufant qu'on eft charmé d'ap--
prendre & de retenir. Cela feul , indépendamment
de tous les avantages
qu'à ce Dictionnaire fur les autres livres
de cette nature , le mettroit audeffus
de quantité de recueils que nous
avons déja fur le même objet.
Enfin nous ne craignons pas de dire
que cette Edition fera plaifir au Public
dont elle mérite l'eftime , par les recherches
, l'exactitude & la correction. Cependant
, comme ces fortes d'ouvrages
peuvent devenir toujours plus parfaits ,
l'Auteur invite les gens de Lettres à vouloir
bien leur communiquer leurs avis ,
fur les fautes qui peuvent lui être échap
pées , afin de faire encore mieux dans
une nouvelle Edition. Satisfaire la curiofité
du Lecteur , ll''iinnffttrruuiirree par des
détails & des faits fùrs , l'amufer par
des anecdotes , rendre juftice aux Auteurs
& aux Acteurs vivans , fans flaterie
, & aux morts fans partialité ; voilà
ce qu'il déclare avoir été fon but , &
nous ofons affurer qu'il ne s'en eft
point écarté, Les perfonnes qui font au
fait de ce travail , peuvent feules connoître
combien il faut d'attention
JUILLET. 1763. 95
de conftance & .de recherches pour compour.
com ,
pofer un pareil Dictionnaire , le fimpli
fier & le rendre complet & exact . La
matière eft féche & difficile , & les Auteurs
qui en ont traité , he font pas tou
jours d'accord fur le même Sujet. D'après
cela in mot , un nom , une date
occafionnent des lectures de plufieurs
jours, & dans différens genres fouvent
fort éloignés de celui qui femble faire
l'objet du Théâtre . Ces recherches , ces
vétifications demandent un efprit patient
, laborieux , exact & toujours plein
de fon objet pour ne rien négliger.de
ce qui peut y fervir tôt ou tard ; &
ce font toutes ces qualités que poffédé
fupérieurement l'Auteur de cet excellent
Dictionnaire.
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320
p. 95-99
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
OFFICE DIVIN abrégé pour tous les temps de l'année, à l'usage des [...]
Mots clefs :
Villes, Libraire, Généralité, Villages, Imprimeur, Bourgs
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OFFICE DIVIN abrégé pour
tous les temps de l'année , à l'ufage des
Perfonnes pieufes qui defirent de s'unir
aux Priéres générales qui fe font dans
l'Eglife aux différentes heures du jour.
Imprimé par ordre de Son Eminence ,
Monfeigneur le Cardinal de LUYNES ,
Archevêque , Vicomte de Sens Primac
96 MERCURE DE FRANCE .
des Gaules , &c. in 8°. à Sens , chez
P. Hardouin Tarbé,Imprimeur-Libraire
de Son Eminence , 1763 ; & fe trouve
à Paris , chez la Veuve Pierres , rue
St Jacques , à St Ambroife.
Nous obfervons feulement que le
calendrier de ce livre , dont l'impreffion
a été foignée , eft fait de façon qu'il
peut fervir dans tous les Diocèfes. Le
prix eft de 2 liv. 2 f. broché,
•
•
LA GÉOGRAPHIE , ou Defcription
générale du Royaume de France ,
divifé en fes Généralités , contenant toutes
les Provinces , Villes , Bourgs &
Villages de ce Royaume ; la diftance
de Paris aux Villes principales &
celle des Villages aux Villes dont ils
dépendent ; ce que chaque Généralité a
payé au Roi en 1749 ; le rapport annuel
de chaque Archevêché , Evêché &
Abbaye , & leur taxe en Cour de Rome ;
le nombre des feux que contiennent les
Villes , Bourgs & Villages , avec des
Anecdotes curieufes tirées des Annales
de chaque endroit ;le cours des Riviè
res , les routes & grands chemins ; les
Caroffes , Coches d'eau & autres Voirures
publiques ; les curiofités d'Hiftoire
Naturelle qui fe trouvent dans chaque
Généralité ;
JUILLET. 1763. 99
Généralité ; enfin , les Foires des Villes ,
Bourgs & Villages. Le tout enrichi
d'une collection choifie d'un nombre
confidérable de Cartes copiées d'après les
originaux , avec les Plans de toutes les
Villes de Guerre , & du Chef- Lieu des
Généralités , & une petite Carte Topographique
des environs de ces Villes.
Par M. D ** * & gravée par & fous
la direction de J. Vander Shley , tome
premier , qui contient la Généralité de
Paris. in 8°. Amfterdam , 1763 , chez
Marc- Michel Rey , & fe trouve à Paris ,
chez le Clerc , Libraire , Quai des Auguftins.
Prix , 6 liv. broché.
TRAITÉ fur l'Agriculture des Meuriers
blancs , la manière d'élever les Versà-
Soie , & l'ufage qu'on doit faire des
Cocons. Avec figures. Par M. Pomier ,
Ingénieur des Ponts & Chauffées. in 8°.
Orléans , 1763 , de l'Imprimerie de
Couret-de-Ville- Neuve , Imprimeur du
Roi & de l'Evêché, & fe trouve à Paris,
chez Defpilly , Libraire , Rue S. Jac-
: ques ,
à la Croix-d'Or.
PRÉCIS fur l'éducation des Vers- à-
Soie...
Auricomo pretiofa tument præcordia filo ,
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Fataque in exhauftas fuggerit alvus opes.
Saut. B. L.
In 8° . à Tours , chez Fr. Lambert
Imprimeur du Roi , & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Tours ; & fe trouve à Paris , chez le
même Libraire.
L'ESPRIT de la Religion Chrétienne
oppofé aux moeurs des Chrétiens de nos
jours. Par M. Compan.
Spiritus eft qui vivificat, caro non prodeft quidquam.
Joann.
In- 12. Paris , 1763. Chez F. G. Merigot
Père , Libraire , Quai des Auguf
tins , près la rue du Hurepoix .
RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté
le prix à l'Académie des Jeux Flo
raux , en 1761 , 1762 & 1763. Par M.
le Chevalier de la Tremblaye.
(
Parvum parva decent.
Horat.
Brochure in-8° . à Londres ; & fe vend
à Paris , chez Vallat- la - Chapelle , au
Palais , fur le Perron de la Sainte- Chapelle
, au Château de Champlâtreux .
Nous donnerons l'extrait de ce Recueil
JUILLET. 1763. 99
MÉMOIRE du Chevalier de Berville ,
oules deux Amis retirés du monde , in-
16. 2 vol. à Cologne ; & fe vend à Paris ,
chez Charpentier , Libraire , Quai des
Auguftins , à l'entrée de la rue du Hurepoix
, à Saint Chryfoftôme.
Nous comptons parler plus au long de
ce petit Roman , oùl'on trouve , dit- on ,
de l'intérêt.
OFFICE DIVIN abrégé pour
tous les temps de l'année , à l'ufage des
Perfonnes pieufes qui defirent de s'unir
aux Priéres générales qui fe font dans
l'Eglife aux différentes heures du jour.
Imprimé par ordre de Son Eminence ,
Monfeigneur le Cardinal de LUYNES ,
Archevêque , Vicomte de Sens Primac
96 MERCURE DE FRANCE .
des Gaules , &c. in 8°. à Sens , chez
P. Hardouin Tarbé,Imprimeur-Libraire
de Son Eminence , 1763 ; & fe trouve
à Paris , chez la Veuve Pierres , rue
St Jacques , à St Ambroife.
Nous obfervons feulement que le
calendrier de ce livre , dont l'impreffion
a été foignée , eft fait de façon qu'il
peut fervir dans tous les Diocèfes. Le
prix eft de 2 liv. 2 f. broché,
•
•
LA GÉOGRAPHIE , ou Defcription
générale du Royaume de France ,
divifé en fes Généralités , contenant toutes
les Provinces , Villes , Bourgs &
Villages de ce Royaume ; la diftance
de Paris aux Villes principales &
celle des Villages aux Villes dont ils
dépendent ; ce que chaque Généralité a
payé au Roi en 1749 ; le rapport annuel
de chaque Archevêché , Evêché &
Abbaye , & leur taxe en Cour de Rome ;
le nombre des feux que contiennent les
Villes , Bourgs & Villages , avec des
Anecdotes curieufes tirées des Annales
de chaque endroit ;le cours des Riviè
res , les routes & grands chemins ; les
Caroffes , Coches d'eau & autres Voirures
publiques ; les curiofités d'Hiftoire
Naturelle qui fe trouvent dans chaque
Généralité ;
JUILLET. 1763. 99
Généralité ; enfin , les Foires des Villes ,
Bourgs & Villages. Le tout enrichi
d'une collection choifie d'un nombre
confidérable de Cartes copiées d'après les
originaux , avec les Plans de toutes les
Villes de Guerre , & du Chef- Lieu des
Généralités , & une petite Carte Topographique
des environs de ces Villes.
Par M. D ** * & gravée par & fous
la direction de J. Vander Shley , tome
premier , qui contient la Généralité de
Paris. in 8°. Amfterdam , 1763 , chez
Marc- Michel Rey , & fe trouve à Paris ,
chez le Clerc , Libraire , Quai des Auguftins.
Prix , 6 liv. broché.
TRAITÉ fur l'Agriculture des Meuriers
blancs , la manière d'élever les Versà-
Soie , & l'ufage qu'on doit faire des
Cocons. Avec figures. Par M. Pomier ,
Ingénieur des Ponts & Chauffées. in 8°.
Orléans , 1763 , de l'Imprimerie de
Couret-de-Ville- Neuve , Imprimeur du
Roi & de l'Evêché, & fe trouve à Paris,
chez Defpilly , Libraire , Rue S. Jac-
: ques ,
à la Croix-d'Or.
PRÉCIS fur l'éducation des Vers- à-
Soie...
Auricomo pretiofa tument præcordia filo ,
II. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
Fataque in exhauftas fuggerit alvus opes.
Saut. B. L.
In 8° . à Tours , chez Fr. Lambert
Imprimeur du Roi , & de la Société
Royale d'Agriculture de la Généralité
de Tours ; & fe trouve à Paris , chez le
même Libraire.
L'ESPRIT de la Religion Chrétienne
oppofé aux moeurs des Chrétiens de nos
jours. Par M. Compan.
Spiritus eft qui vivificat, caro non prodeft quidquam.
Joann.
In- 12. Paris , 1763. Chez F. G. Merigot
Père , Libraire , Quai des Auguf
tins , près la rue du Hurepoix .
RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté
le prix à l'Académie des Jeux Flo
raux , en 1761 , 1762 & 1763. Par M.
le Chevalier de la Tremblaye.
(
Parvum parva decent.
Horat.
Brochure in-8° . à Londres ; & fe vend
à Paris , chez Vallat- la - Chapelle , au
Palais , fur le Perron de la Sainte- Chapelle
, au Château de Champlâtreux .
Nous donnerons l'extrait de ce Recueil
JUILLET. 1763. 99
MÉMOIRE du Chevalier de Berville ,
oules deux Amis retirés du monde , in-
16. 2 vol. à Cologne ; & fe vend à Paris ,
chez Charpentier , Libraire , Quai des
Auguftins , à l'entrée de la rue du Hurepoix
, à Saint Chryfoftôme.
Nous comptons parler plus au long de
ce petit Roman , oùl'on trouve , dit- on ,
de l'intérêt.
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321
p. 74-75
RÉPONSE de M. DE SAINTFOIX, à M. L. C. D. L. V. ****
Début :
Vous mécrivez, Monsieur, que vous venez de lire dans l'histoire de [...]
Mots clefs :
Éclaircissements, Tombeaux, Ducs, Princesse de Bretagne, Collier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : RÉPONSE de M. DE SAINTFOIX, à M. L. C. D. L. V. ****
RÉPONSE de M. DE SAINTFOIX,
à M. L. C. D. L. V. ****
Vous mécrivez , Monfieur , que
vous venez de lire dans l'hiftoire de
d'Aubigné , T.3 , L. 1 , pag. 33 , que
Mademoiſelle de Rieux , Princeffe de
Bretagne, penfa devenirReine de France ,
le Duc d'Anjou , depuis Henri III, ayant
voulu l'époufer. Vous me demandez des
éclairciffemens
fur ce titre de Princeffe
de Bretagne, & de Princes qu'on voit
fur des tombeaux de la Maifon de Rieux ,
Les éclairciffemens que je puis vous donner
quant à préfent , ne feront pas longs ,
mais pofitifs. Les Sires de Rieux fe
qualifioient Seigneurs du Sang , & l'on
voit dans les regiftres des tenues des
Etats de Bretagne en 1576 & 1582 ,
que cette qualification fut confirmée
même à leurs cadets , par l'affemblée des
Etats , Pourquoi cette qualification ?
parce qu'ils defcendoient de nos anciens
Ducs par Rodald de Rieux , petit-fils
AOUST. 1763. 75
*
d'Alain dit le Grand , Duc de Bretagne
.
Les Colliers de l'Ordre de l'Hermine
felon la qualité des perfonnes à qui nos
Ducs les donnoient, étoient d'or, de vermeil
, ou fimplement d'argent; ils ne donnoient
fans doute le Collier d'or qu'à
leurs très -proches parens, ou aux Princes,
ou à ceux qui en deſcendoient. Dans les
comptes de Guillaume de Boigier , Tréforier
de l'épargne , années 1453 , 1454
& 1455 , on lit que le Duc a fait faire
un Collier d'or pour lui , au lieu du fien
qu'il avoit donné au beau confin de Rieux.
On lit encore dans d'autres articles , la
Ducheffe Ifabeau d'Ecoffe , Collier d'or.
Le beau corfin de Rieux , Collier d'or.
Le frere de la Reine de Bohême , Collier
d'or.
Renée de Rieux , que Henri III voulut
'époufer , étoit niéce de Claude de Rieux
qui avoit époufé le 13 Décembre 1529 ,
Sufanne de Bourbon , Fils unique de
Louis de Bourbon , Prince de la Rochefur-
yon , & de Louis de Bourbon Montpenfier.
J'ai l'honneur d'être , &c.
* Alain , petit-fils de Nominoë Roi de toute
L'Armorique , commença de régner en 879.
à M. L. C. D. L. V. ****
Vous mécrivez , Monfieur , que
vous venez de lire dans l'hiftoire de
d'Aubigné , T.3 , L. 1 , pag. 33 , que
Mademoiſelle de Rieux , Princeffe de
Bretagne, penfa devenirReine de France ,
le Duc d'Anjou , depuis Henri III, ayant
voulu l'époufer. Vous me demandez des
éclairciffemens
fur ce titre de Princeffe
de Bretagne, & de Princes qu'on voit
fur des tombeaux de la Maifon de Rieux ,
Les éclairciffemens que je puis vous donner
quant à préfent , ne feront pas longs ,
mais pofitifs. Les Sires de Rieux fe
qualifioient Seigneurs du Sang , & l'on
voit dans les regiftres des tenues des
Etats de Bretagne en 1576 & 1582 ,
que cette qualification fut confirmée
même à leurs cadets , par l'affemblée des
Etats , Pourquoi cette qualification ?
parce qu'ils defcendoient de nos anciens
Ducs par Rodald de Rieux , petit-fils
AOUST. 1763. 75
*
d'Alain dit le Grand , Duc de Bretagne
.
Les Colliers de l'Ordre de l'Hermine
felon la qualité des perfonnes à qui nos
Ducs les donnoient, étoient d'or, de vermeil
, ou fimplement d'argent; ils ne donnoient
fans doute le Collier d'or qu'à
leurs très -proches parens, ou aux Princes,
ou à ceux qui en deſcendoient. Dans les
comptes de Guillaume de Boigier , Tréforier
de l'épargne , années 1453 , 1454
& 1455 , on lit que le Duc a fait faire
un Collier d'or pour lui , au lieu du fien
qu'il avoit donné au beau confin de Rieux.
On lit encore dans d'autres articles , la
Ducheffe Ifabeau d'Ecoffe , Collier d'or.
Le beau corfin de Rieux , Collier d'or.
Le frere de la Reine de Bohême , Collier
d'or.
Renée de Rieux , que Henri III voulut
'époufer , étoit niéce de Claude de Rieux
qui avoit époufé le 13 Décembre 1529 ,
Sufanne de Bourbon , Fils unique de
Louis de Bourbon , Prince de la Rochefur-
yon , & de Louis de Bourbon Montpenfier.
J'ai l'honneur d'être , &c.
* Alain , petit-fils de Nominoë Roi de toute
L'Armorique , commença de régner en 879.
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322
p. 76-78
LETTRE à M. DE LA PLACE, sur la mort de M. DE BULLIOUD, Capitaine de Carabiniers, Chevalier de S. Louis, qu'une maladie de poitrine vient d'enlever à 22 ans.
Début :
MONSIEUR, J'aurois continué à gémir seul de la mort de M. de Bullioud [...]
Mots clefs :
Tranquillité, Amitié, Mort, Lauriers, Honneur, Nation
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. DE LA PLACE, sur la mort de M. DE BULLIOUD, Capitaine de Carabiniers, Chevalier de S. Louis, qu'une maladie de poitrine vient d'enlever à 22 ans.
LETTRE à M. DE LA PLACE , fur
la mort de M. DE BULLIOUD
Capitaine de Carabiniers , Chevalier
de S. Louis , qu'une maladie de
poitrine vient d'enleyer à 22 ans.
"
MONSIEUR,
J'aurois continué à gémir feul de la
mort de M. de Bullioud , fi voyant le
filence qu'ont obfervé tous les papiers
publics fur cet événement , je ne me
croyois obligé de l'annoncer. Ce n'eſt
pas fimplement le devoir de l'amitié que
je remplis , ma douleur eût fuffi, Mais il
étoit dans cette claffe d'hommes , dont
-les tombeaux doivent être couronnés
de lauriers , & qui méritent autant d'encens
que de pleurs. Il s'eft fait connoître
à l'âge de 16 ans par une de
ces actions éclatantes , qui font honneur
à la Nation qui les produit , &
que l'on fait ordinairement paffer à la
-postérité. Tout le monde à lû dans les
Gazettes le fait fingulier qui lui a valu
à la Bataille de Crevelt la Croix de
Saint Louis , & le grade de Capitaine de
Carabiniers , dans un âge , ou à peine
les mères ofent expofer leurs enfans aux
AOUST. 1763. 77
dangers & aux fatigues de la guerre . Il
joignoit à ces qualités héroïques , toutes
ceiles de la fociété. Son éffai dans la
Littérature * , malgré fon incorrection ,
annonçoit de grandes difpofitions &
beaucoup de facilité. Je regarde fa mort
comme un malheur , & fa vie comme
un exemple. Les récompenfes qu'il a
reçues d'un gouvernement jufte , font
un encouragement de plus , pour les
jeunes gens qui marcheront fur fes traces.
Vous jugez , Monfieur , qu'avec
l'idée que j'avois de ce refpectable ami ,
j'ai éprouvé la plus vive douleur en le
voyant pendant deux ans miné par une
maladie qui ne lui pouvoit laiffer attendre
que la mort. C'eft dans cette cruelle
fituation qu'il s'eft livré à l'étude avec
cette noble tranquillité , qui caractériſe
une âme auffi pure & auffi élevée que
la fienne. Je plains toutes les perfonnes
qui s'étoient attachées à lui . Je fuis heureux
cependant d'avoir eu avec lui des
relations qui me laiffent des exemples à
fuivre.
Bullioud eft mort au Printems de fonâge
Comme une fleur , il n'a duré qu'un jour ;
De Mars il avoit le courage ,
Et l'air féduifant de l'amour.
La Pétriffée
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
La gloire en Lettres d'or a gravé dans fon Temple
Un trait de la prudence & de fa fermeté ,
Pour qu'aux plus vieux Guerriers il pûc fervir
d'exemple ,
Et lui valoir l'honneur de l'immortalité.
la mort de M. DE BULLIOUD
Capitaine de Carabiniers , Chevalier
de S. Louis , qu'une maladie de
poitrine vient d'enleyer à 22 ans.
"
MONSIEUR,
J'aurois continué à gémir feul de la
mort de M. de Bullioud , fi voyant le
filence qu'ont obfervé tous les papiers
publics fur cet événement , je ne me
croyois obligé de l'annoncer. Ce n'eſt
pas fimplement le devoir de l'amitié que
je remplis , ma douleur eût fuffi, Mais il
étoit dans cette claffe d'hommes , dont
-les tombeaux doivent être couronnés
de lauriers , & qui méritent autant d'encens
que de pleurs. Il s'eft fait connoître
à l'âge de 16 ans par une de
ces actions éclatantes , qui font honneur
à la Nation qui les produit , &
que l'on fait ordinairement paffer à la
-postérité. Tout le monde à lû dans les
Gazettes le fait fingulier qui lui a valu
à la Bataille de Crevelt la Croix de
Saint Louis , & le grade de Capitaine de
Carabiniers , dans un âge , ou à peine
les mères ofent expofer leurs enfans aux
AOUST. 1763. 77
dangers & aux fatigues de la guerre . Il
joignoit à ces qualités héroïques , toutes
ceiles de la fociété. Son éffai dans la
Littérature * , malgré fon incorrection ,
annonçoit de grandes difpofitions &
beaucoup de facilité. Je regarde fa mort
comme un malheur , & fa vie comme
un exemple. Les récompenfes qu'il a
reçues d'un gouvernement jufte , font
un encouragement de plus , pour les
jeunes gens qui marcheront fur fes traces.
Vous jugez , Monfieur , qu'avec
l'idée que j'avois de ce refpectable ami ,
j'ai éprouvé la plus vive douleur en le
voyant pendant deux ans miné par une
maladie qui ne lui pouvoit laiffer attendre
que la mort. C'eft dans cette cruelle
fituation qu'il s'eft livré à l'étude avec
cette noble tranquillité , qui caractériſe
une âme auffi pure & auffi élevée que
la fienne. Je plains toutes les perfonnes
qui s'étoient attachées à lui . Je fuis heureux
cependant d'avoir eu avec lui des
relations qui me laiffent des exemples à
fuivre.
Bullioud eft mort au Printems de fonâge
Comme une fleur , il n'a duré qu'un jour ;
De Mars il avoit le courage ,
Et l'air féduifant de l'amour.
La Pétriffée
Dij
78 MERCURE DE FRANCE.
La gloire en Lettres d'or a gravé dans fon Temple
Un trait de la prudence & de fa fermeté ,
Pour qu'aux plus vieux Guerriers il pûc fervir
d'exemple ,
Et lui valoir l'honneur de l'immortalité.
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323
p. 78-84
REMARQUES sur le véritable sens de deux Vers de MARTIAL, & sur la meilleure manière de les traduire.
Début :
EN m'amusant à parcourir les Lettres de Bussy, je me suis arrêté quelque [...]
Mots clefs :
Vers, Épigramme, Traductions, Distique, Véritable sens, Nature, Jalousie
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texteReconnaissance textuelle : REMARQUES sur le véritable sens de deux Vers de MARTIAL, & sur la meilleure manière de les traduire.
REMARQUES fur le véritable fens de
deux Vers de MARTIAL, & fur la
meilleure manièrede les traduire .
E
N m'amufant à parcourir les Lettres
de Buffy , je me fuis arrêté quelque
temps à la CLXI. Tome V. de l'édition
d'Amfterdam , 1738 , page 171. Ily eft
queftion de ces deux Vers de Martial :
Immodicis brevis eft ætas , & rara fenectus .
Quidquid ames , cupias non placuiſſe nimis.
Buffy rapporte diverſes manières de
traduire ces vers ; mais il me femble .
qu'il n'y en a aucune qui foit heureuſe,
D'abord, en confidérant ces vers comme
ifolés , on pourroit les appliquer à ceux
qui font des excès , ou de trop grands
efforts dans quelque genre que ce foit ,
& qui ne peuvent manquer d'abréger
par là leur carrière . D'après ce fens , j'ai
effayé de rendre ce Diftique de la manière
fuivante :
On ne peut marcher vire , & faire longue route ;
Des plaifirs trop ardens font bientôt en déroute.
AOUST. 1763. 79
Ou de celle- ci :
Tout excès fait périt , ou hâte les années.
Aimons les voluptés , mais douces & bornées.
Si ces deux traductions n'ont pas le
mérite de la Poëfie , dont je n'ai garde
de me piquer , elles ont au moins celui
de la précifion , en rendant l'une &
l'autre le Distique de Martial par un
autre Diftique , au lieu que les traductions
de Buffy & de,fes contemporains
font plûtôt des paraphrafes , ayant chacune
quatre vers.
Mais avant que de les rapporter , il
faut revenir au véritable fens des paroles
de Martial. Il n'a point en vue ceux
qui fortent eux-mêmes des bornes ordinaires
de la Nature, foit par leur génie
& leurs talens , foit par un goût immodéré
pour les plaifirs . Non : il s'agit de
ceux que la Nature elle-même a diftingués
, privilégiés , mis hors du pair , pardes
qualités rares , tant du corps que de
l'efprit , de ces jeunes gens qui , par l'un
ou l'autre de ces endroits , font regardés
comme des prodiges , ou même qui les
réuniffent , comme le faifoit celui dont
Martial déplore la perte. De tels phénomènes
, felon lui , difparoiffent bientôt
ces jeunes gens font immanqua-
Div '
80 MERCURE DE FRANCE.
blement enlevés au Monde avant que
d'avoir atteint la confiftance de l'âge viril.
Les Commentateurs prétendent que
cette opinion tient à un préjugé du Paganifme,
fuivant lequel les Dieux étoient
fufceptibles de jaloufie , & faifoient périr
les objets trop parfaits que cette Terre
produit de temps en temps. Quoiqu'it
en foit , il faut lire l'Epigramme entière
que les deux vers en queftion terminent.
Cette Épigramme , auffi bien auffi bien que celle
qui la précéde ( Lib. VI . Epigr. xxvIIF
& XXIX.)roule fur Glaucias . Ce jeune
affranchi d'un Seigneur Romain , nommé
Relior Atedius , étoit mort dans fa
treiziéme année , & fes rares qualités
excitoient les plus douloureux regrets ;
c'eft pour les adoucir que le Poëte conclut
par une réfléxion morale, en exhor
tant à ne pas s'attacher à des objets charmans
à la vérité , mais dont la durée
eft pour l'ordinaire fi courte .
Ecoutons à préfent Buffy. Il traduit
d'abord ces deux vers dans la profe
fuivante. Les gens au-deffus du commun
rarement vivent long -temps ; ainfije vous
confeille de fouhaiter que ce que vous
aimerez, ne vous plaife point trop . Tout
cela ne me paroît pas trop bien exprimé.
Les gens au-deffus du commun rendent
fort imparfaitement le mot immodici
AOUST. 1763.
2r
pour lequel , à la vérité , il feroit difficile
de trouver dans notre Langue un terme
propre. Je ne fçais fi celui d'extraordinaire
ne vaudroit pas du moins un peu
mieux. Les hommes extraordinaires font
de courte vie , & vieilliffent rarement.
Buffy dit rarement vivent long-temps ;
ce qui , outre l'inconvénient de la cacophonie
, ne répond pas à l'original ,
où il y a deux idées , fynonymes. à la
vérité , mais féparément énoncées , vivre
peu, & vieillir rarement. Continuons
Ainfi je vous confeille eft une longueur
mutile . Il s'agit feulement de bien rendre
2
Quidquid ames , cupias non placuiffe nimis ..
J'avoue que cela n'eft pas aife ; it
y a d'abord une efpèce d'équivoque qui
naît de la conftruction Latine , car cela
peut également fignifier , illud non placuiffe
tibi , ou te non placuiffe illi : en
François , qu'il vous plaife , ou que vous
lui plaifiez. Le but de Martial raraène
pour tant au premier de ces deux fens
Il ne refte qu'à faire .fortir l'idée renfermée
dans ces termes ; ce fera ,
ne me trompe , en difant : Quel que
foit l'objet de votre attachement , ne defirez
pas qu'il ait trop de charmes. Et
pourquoi ? C'eft que plus cet objet fera.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
effectivement doué d'avantages rares ,
de qualités merveilleufes , plus vous
courrez rifque de le perdre , & de fentir
vivement fa perte. Il s'agit à préfent de
voir quel est le meilleur tour qu'on pour
roit donner à cette penſée , en la mettant
en vers François.
Voici les trois Traductions rapportées
dans la Lettre de Buffy.
La première eft de Pellion.
Telle eft la loi du Ciel : nul excès n'eft durable,
S'il paffe le commun , il paffe promptement.
Voulez -vous être heureux ? Souhaitez en aimant
Que ce que vous aimez ne foit point trop aimable.
La feconde eft d'un Religieux défigné
par les lettres S. C.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Tout fentiment outré le détruit promptement.
Voulez -vous éviter des chagrins en aimant ?
Evitez d'aimer trop un objet très - aimable .
La troifiéme enfin eft celle de Buffy
même.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Ce qui n'eſt pas commun , paffe fort promptement
;
Ainfi , pour éviter des chagrins en aimant ,
Il faudroit n'aimer rien d'extrêmement aimable.
Indépendamment de la fidélité , j'ofe
AOUST. 1763 . 83
"
dire que la verfification de ces trois
Traductions me paroît tout-à-fait profaïque
; mais revenons à l'idée formelle ,
à l'intention pofitive de Martial. Buffy
déclare & foutient à plufieurs repriſes
qu'il n'y a pas de bon fens dans cette
Epigramme. La raifon qu'il en allégue,
» c'eft que perfonne n'aime jamais , foit
» en amour , foit en amitié , qu'il ne
» fouhaite que l'objet auquel il s'attache
»foit parfaitement aimable. » Mais je
crois que Buffy fait tort à Martial, &
que celui ci a penfé très -jufte. Il exige ,
non que nous fouhaitions de ne pas
trouver trop aimable ce que nous aimons
, mais qu'avant de nous attacher ,
nous prenions la précaution de ne pas
faire choix de ces objets extraordinaires ,
immodici , que nous perdons bien- tôt.
Il y a peut-être un peu trop de concifion
dans le vers qui exprime cette penfée ;
mais il me femble que le fens n'eft point
énigmatique , & furtout qu'il n'eft point
vrai que cette fin d'Epigramme manque
de bon fens. Je ne fais fi je ferai mieux
connoître la vérité de mon affertion ,
en produifant les quatre vers que j'emploie
à traduire ceux de Martial.
De ceux à qui le Ciel prodigue fes faveurs ,
La mort toujours trop tôt nous arrache des
pleurs, D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
N'aimons point ces objets dont les charme
raviffent.
Il en coûte , hélas ! trop lorſqu'ils s'évanouiffent.
Voilà , fi je ne me trompe , & le
fonds de la penfée de Martial , & l'équivalent
de fes expreffions . Peut-être
que ces deux petits vers de Quinault
vaudroient encore mieux .
N'aimons jamais , ou n'aimons guères ;
Il est dangereux d'aimer tant.
Par M. Formey, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale de Pruffe,
deux Vers de MARTIAL, & fur la
meilleure manièrede les traduire .
E
N m'amufant à parcourir les Lettres
de Buffy , je me fuis arrêté quelque
temps à la CLXI. Tome V. de l'édition
d'Amfterdam , 1738 , page 171. Ily eft
queftion de ces deux Vers de Martial :
Immodicis brevis eft ætas , & rara fenectus .
Quidquid ames , cupias non placuiſſe nimis.
Buffy rapporte diverſes manières de
traduire ces vers ; mais il me femble .
qu'il n'y en a aucune qui foit heureuſe,
D'abord, en confidérant ces vers comme
ifolés , on pourroit les appliquer à ceux
qui font des excès , ou de trop grands
efforts dans quelque genre que ce foit ,
& qui ne peuvent manquer d'abréger
par là leur carrière . D'après ce fens , j'ai
effayé de rendre ce Diftique de la manière
fuivante :
On ne peut marcher vire , & faire longue route ;
Des plaifirs trop ardens font bientôt en déroute.
AOUST. 1763. 79
Ou de celle- ci :
Tout excès fait périt , ou hâte les années.
Aimons les voluptés , mais douces & bornées.
Si ces deux traductions n'ont pas le
mérite de la Poëfie , dont je n'ai garde
de me piquer , elles ont au moins celui
de la précifion , en rendant l'une &
l'autre le Distique de Martial par un
autre Diftique , au lieu que les traductions
de Buffy & de,fes contemporains
font plûtôt des paraphrafes , ayant chacune
quatre vers.
Mais avant que de les rapporter , il
faut revenir au véritable fens des paroles
de Martial. Il n'a point en vue ceux
qui fortent eux-mêmes des bornes ordinaires
de la Nature, foit par leur génie
& leurs talens , foit par un goût immodéré
pour les plaifirs . Non : il s'agit de
ceux que la Nature elle-même a diftingués
, privilégiés , mis hors du pair , pardes
qualités rares , tant du corps que de
l'efprit , de ces jeunes gens qui , par l'un
ou l'autre de ces endroits , font regardés
comme des prodiges , ou même qui les
réuniffent , comme le faifoit celui dont
Martial déplore la perte. De tels phénomènes
, felon lui , difparoiffent bientôt
ces jeunes gens font immanqua-
Div '
80 MERCURE DE FRANCE.
blement enlevés au Monde avant que
d'avoir atteint la confiftance de l'âge viril.
Les Commentateurs prétendent que
cette opinion tient à un préjugé du Paganifme,
fuivant lequel les Dieux étoient
fufceptibles de jaloufie , & faifoient périr
les objets trop parfaits que cette Terre
produit de temps en temps. Quoiqu'it
en foit , il faut lire l'Epigramme entière
que les deux vers en queftion terminent.
Cette Épigramme , auffi bien auffi bien que celle
qui la précéde ( Lib. VI . Epigr. xxvIIF
& XXIX.)roule fur Glaucias . Ce jeune
affranchi d'un Seigneur Romain , nommé
Relior Atedius , étoit mort dans fa
treiziéme année , & fes rares qualités
excitoient les plus douloureux regrets ;
c'eft pour les adoucir que le Poëte conclut
par une réfléxion morale, en exhor
tant à ne pas s'attacher à des objets charmans
à la vérité , mais dont la durée
eft pour l'ordinaire fi courte .
Ecoutons à préfent Buffy. Il traduit
d'abord ces deux vers dans la profe
fuivante. Les gens au-deffus du commun
rarement vivent long -temps ; ainfije vous
confeille de fouhaiter que ce que vous
aimerez, ne vous plaife point trop . Tout
cela ne me paroît pas trop bien exprimé.
Les gens au-deffus du commun rendent
fort imparfaitement le mot immodici
AOUST. 1763.
2r
pour lequel , à la vérité , il feroit difficile
de trouver dans notre Langue un terme
propre. Je ne fçais fi celui d'extraordinaire
ne vaudroit pas du moins un peu
mieux. Les hommes extraordinaires font
de courte vie , & vieilliffent rarement.
Buffy dit rarement vivent long-temps ;
ce qui , outre l'inconvénient de la cacophonie
, ne répond pas à l'original ,
où il y a deux idées , fynonymes. à la
vérité , mais féparément énoncées , vivre
peu, & vieillir rarement. Continuons
Ainfi je vous confeille eft une longueur
mutile . Il s'agit feulement de bien rendre
2
Quidquid ames , cupias non placuiffe nimis ..
J'avoue que cela n'eft pas aife ; it
y a d'abord une efpèce d'équivoque qui
naît de la conftruction Latine , car cela
peut également fignifier , illud non placuiffe
tibi , ou te non placuiffe illi : en
François , qu'il vous plaife , ou que vous
lui plaifiez. Le but de Martial raraène
pour tant au premier de ces deux fens
Il ne refte qu'à faire .fortir l'idée renfermée
dans ces termes ; ce fera ,
ne me trompe , en difant : Quel que
foit l'objet de votre attachement , ne defirez
pas qu'il ait trop de charmes. Et
pourquoi ? C'eft que plus cet objet fera.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
effectivement doué d'avantages rares ,
de qualités merveilleufes , plus vous
courrez rifque de le perdre , & de fentir
vivement fa perte. Il s'agit à préfent de
voir quel est le meilleur tour qu'on pour
roit donner à cette penſée , en la mettant
en vers François.
Voici les trois Traductions rapportées
dans la Lettre de Buffy.
La première eft de Pellion.
Telle eft la loi du Ciel : nul excès n'eft durable,
S'il paffe le commun , il paffe promptement.
Voulez -vous être heureux ? Souhaitez en aimant
Que ce que vous aimez ne foit point trop aimable.
La feconde eft d'un Religieux défigné
par les lettres S. C.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Tout fentiment outré le détruit promptement.
Voulez -vous éviter des chagrins en aimant ?
Evitez d'aimer trop un objet très - aimable .
La troifiéme enfin eft celle de Buffy
même.
Telle eft la loi du Ciel ; nul excès n'eft durable.
Ce qui n'eſt pas commun , paffe fort promptement
;
Ainfi , pour éviter des chagrins en aimant ,
Il faudroit n'aimer rien d'extrêmement aimable.
Indépendamment de la fidélité , j'ofe
AOUST. 1763 . 83
"
dire que la verfification de ces trois
Traductions me paroît tout-à-fait profaïque
; mais revenons à l'idée formelle ,
à l'intention pofitive de Martial. Buffy
déclare & foutient à plufieurs repriſes
qu'il n'y a pas de bon fens dans cette
Epigramme. La raifon qu'il en allégue,
» c'eft que perfonne n'aime jamais , foit
» en amour , foit en amitié , qu'il ne
» fouhaite que l'objet auquel il s'attache
»foit parfaitement aimable. » Mais je
crois que Buffy fait tort à Martial, &
que celui ci a penfé très -jufte. Il exige ,
non que nous fouhaitions de ne pas
trouver trop aimable ce que nous aimons
, mais qu'avant de nous attacher ,
nous prenions la précaution de ne pas
faire choix de ces objets extraordinaires ,
immodici , que nous perdons bien- tôt.
Il y a peut-être un peu trop de concifion
dans le vers qui exprime cette penfée ;
mais il me femble que le fens n'eft point
énigmatique , & furtout qu'il n'eft point
vrai que cette fin d'Epigramme manque
de bon fens. Je ne fais fi je ferai mieux
connoître la vérité de mon affertion ,
en produifant les quatre vers que j'emploie
à traduire ceux de Martial.
De ceux à qui le Ciel prodigue fes faveurs ,
La mort toujours trop tôt nous arrache des
pleurs, D vi
84 MERCURE DE FRANCE.
N'aimons point ces objets dont les charme
raviffent.
Il en coûte , hélas ! trop lorſqu'ils s'évanouiffent.
Voilà , fi je ne me trompe , & le
fonds de la penfée de Martial , & l'équivalent
de fes expreffions . Peut-être
que ces deux petits vers de Quinault
vaudroient encore mieux .
N'aimons jamais , ou n'aimons guères ;
Il est dangereux d'aimer tant.
Par M. Formey, Secrétaire perpétuel de
l'Académie Royale de Pruffe,
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324
p. 84-111
THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
Début :
LE Théâtre de M. Favart, si piquant par sa singularité, par la variété des compositions [...]
Mots clefs :
Opéra, Parodie, Pièce, Théâtre, Comique, Vaudevilles, Succès, Couplets
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : THÉATRE de M. FAVART, Ou Recueil des Comédies, Parodies & Opéra-Comiques, qu'il a donnés jusqu'à ce jour, avec les Airs, Rondes & Vaudevilles notés dans chaque Pièce. Nouvelle édition ; en huit Volumes in-8° Paris, 1763, chez Duchesne, Libraire, rue Saint-Jacques, au Temple du Goût.
THEATRE de M. FAVART , Ou
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Recueil des Comédies , Parodies &
Opéra - Comiques , qu'il a donnés
jufqu'à ce jour , avec les Airs, Rondes
& Vaudevilles notés dans chaque
Pièce. Nouvelle édition ; en huit Vo-
Lumes in-8 ° Paris , 1763 , chez Duchefne
, Libraire , rue Saint-Jacques,
au Temple du Goût..
LE Théâtre de M. Favart, fi piquant
par fa fingularité , par la variété des com
'AQUST. 1763. 85
pofitions , & par les agrémens répandus
dans toutes celles qu'il nous préſente ,
réunit prèfque tous les genres qui , depuis
trente ans , ont fait l'objet des
Spe&acles. Opéra-Comiques , Parodies ,
Comédies Lyriques , Paftorales , Piéces
de fentimens, & c, tout ce que le Théâtre
Italien & celui de la Foire ont produit
de plus ingénieux dans les nouveaux
genres qui s'y font introduits fucceffivement
, fe trouve ici raffemblé. Ainfi
ceux qui voudront connoître les divers.
génies de ces deux Théâtres , dans la
durée du temps qu'embraffe la collection
de fes Ouvrages , les y reconnoîtront
fans peine , parce qu'il leur a
fouvent donné le ton , au lieu de le prendre
; ce qui montre , dans cet agréable
Écrivain , une ſupériorité de talens qu'on
ne met plus en queftion . L'hiftoire des
productions de M. Favart , eft donc en
quelque forte celle des deux Théâtres
auxquels il s'eft le plus attaché , & l'on
verra qu'aucun Auteur n'a mieux réuffi
à varier nos amufemens à ces deux
Spectacies.
De ces genres de compofition fi différens
, fi difparates , & qui fans doute
demandoient une grande foupleffe d'ef
prit , conclura-t-on qu'il a déféré à l'inſ86
MERCURE DE FRANCE.
tabilité de nos goûts , à l'inconftance
naturelle qui nous emporte rapidement
vers tous les objets où nous croyons voir
quelque lueur de nouveauté ? Il nous
femble au moins qu'on doit faire une
diftinction , que nous laifferons développer
à ceux qui en auront le loiſir. Il
y a un Goût indépendant de nos moeurs
& de notre génie , une forte de fentiment
général qui fixe par- tout les idées du
beau , du bon , du mauvais , fous quelque
forme qu'ils fe produifent ; & c'eftlà
le Goût , abfolument dit , Goût uniforme
& invariable chez tous les Peuples
où font cultivés les Lettres & les Arts.
Il y a un Goût national , qui tient entièrement
à nos moeurs , au caractère général
, à nos préjugés , & dont toutes
nos productions , tous nos jugemens
ont plus ou moins l'empreinte. Ce Goût
national peut fe modifier , & fe modifie
en effet chez nous plus que chez tous les
autres Peuples. De- là tous ces goûts
paffagers , dont les viciffitudes , courtes
& foudaines , influent d'une manière fi
fenfible fur nos amufemens en tout
genre.
M. Favart eft venu , fi on l'ofe dire
dans le temps critique de la plus grande
effervefcence , de la plus grande mobiAOUST.
1763. 87
lité de ce goût fi léger , fi fugitif , A
difficile à fixer , & il s'eft voué aux deux
Théâtres où fon inconftance eſt le plus
marquée. Il a commencé par celui de
la Foire , connu fous le nom d'Opéra-
Comique , & c'eft-là qu'il a fait fes premieres
armes. Mais voyons en quel état
étoit alors ce Spectacle .
*
Le Théâtre de la Foire , formé en
partie des débris de l'ancien Théâtre
Italien qui fut fupprimé en 1697 , s'établit
fous différens noms , vers le commencement
du fiécle ; mais ce fut
fous la Régence ( en 1719 ou 1720 )
qu'il prit , avec une forme plus conſtante
& plus régulière , le nom d'Opéra-Comique.
On pourroit cependant lui trouver
une origine bien plus ancienne ,
fondée fur deux Piéces peu connues , &
qui font dans le cabinet de M. Favart.
L'une eft intitulée la Comédie des Chan
fons , & imprimée à Paris , chez Touffaint
Quinet , au Palais en 1640. L'au
tre, qui a pour titre l'Inconftant Vaincu,
* La réunion de l'Opéra-Comique à la Comédie
Italienne , l'a fait revenir en quelque forte à
fes premiers élémens ; & l'on n'a guères fait autre
chofe que reftituer à celle- ci ce qui en avoit été
démembré . La fente comparaifon du Théâtre de
Gherardi avec celui dela Foire , fuffira pour juftifier
cette réfléxion .
88 MERCURE DE FRANCE.
eft une Paftorale en chanfons : elle parut
environ vingt ans après la première , &
elle eft imprimée à Paris , chez Etienne
Loyfon , en 1661 .
» n'a
-
» La Comédie des Chanfons ( aux
» termes de l'Avertiffement qu'on y
» lit ) , faite de piéces rapportées où l'on
pas ajouté un mot , eft une efpéce
» de Mofaïque compofée de Vaudevilles
» & d'Airs de Cour , comme on diſoit
alors ». Voilà donc bien formellement
l'Opéra- Comique tenté dès 1640 , & en
même temps la Parodie. Car ( au moins
fuivant l'Editeur ) , autre que dans
» cette Comédie il n'y a pas un mot qui
» ne foit un vers ou un couplet de quel-
» que chanfon tel en eft l'artifice
» qu'une chanfon ridicule répond fou-
» vent à une des plus férieuſes , & une
» vieille à une nouvelle ». Au refte ,
cette Piéce , quoiqu'imprimée avec privilége
du Roi , eft extrêmement licencieuſe
, fans moeurs , fans intérêt , fans
intrigue. On y peint des amours földatefques
, une jeune fille très-libertine
qui fe trouve groffe , & qui eft toujours
dans le cas d'une occafion prochaine..
Enfin , elle n'a d'autre mérite que de
dater de plus d'un fiécle , & de nous.
avoir confervé quelques couplets paffa
bles pour le temps..
AOUST. 1763. 89
, L'Inconftant Vaincu malgré les
grands Airs dont cette Piéce eft compofée
, malgré le férieux des amours
qu'elle repréfente , vaut encore moins
que la premiére. On a voulu l'égayer ,
en y introduifant une forte de Goinfre
ou d'ivrogne toujours cloué au cabaret
, & une eſpèce d'amant tranfi , qui ,
pour fe dépiquer du mauvais fuccès de
fes très-froides amours , prend le même
parti : mais tout cela du plus bas comique
& fans aucun fel.
Quelle que foit l'origine de l'Opéra-
Comique , il s'accrédita dans ces tems
de vertige , où le fyftême ayant confondu
tous les états , par dès fortunes
auffi étranges que rapides , entraînoit
néceffairement la corrupsion du goût
& des moeurs. Ce Spectacle , alors
très - licentieux , ne faifoit que par
* Cé SpeЯacle , fi analogue au fond de gaie
té , au génie chantant qui caractérisent la Nation
, a fûrement précédé les Opéra Bouffons
d'Italie. La Pomone de l'Abbé Perrin , ( où
les Satyres de la fuite de Priape voulant embraffer
les Filles de Lamfaque , celles - ci fe
changent en autant de buiffons d'épines ; les
premiers Opéra de Quinaut , Cadmus & Al
cefte , mêlés de Seénes (comiques , le Pourceaugnac
de Moliere , & quelques ; divertiffemens du
même, fembloient avoir indiqué ce genre.
90 MERCURE DE FRANCE.
ler à- peu-près le langage des fociétés :
fa licence , par conféquent , devoit moins
être imputée aux Auteurs qui en fouilloient
leurs écrits , qu'au Public même
dont il falloit malheureufement flater la
dépravation , pour l'attirer & obtenir
fon fuffrage.
Le Sage , Dorneval , Fufelier, & quelques
autres bons Ecrivains , tenterent
d'annoblir l'Opéra - Comique. Ils commencerent
à le purger des obfcénités
les plus groffières , ou du moins à y
introduire , avec plus de fineffe & plus
d'art , le goût de la bonne plaifanterie .
S'ils ne purent pas remplir entierement
leur objet , c'eft que l'on étoit prévenu
qu'une liberté cynique conftituoit ce
genre , & qu'elle en devoit être le
caractère diftin &tif. Le vice étoit trop
enraciné ; il falloit du temps pour le
détruire , & ce n'eft que par degrés
qu'on eft parvenu à rendre ce Spectacle
digne des honnêtes gens. Cependant il
fut dès les premiers temps l'Ecole de nos
meilleurs Comiques , qui tous s'effay erent
dans ce genre. Mais pour en bien
diftinguer les caractères , il faut le divifer
en quatre Ages.
Un Greffier de la Ville , aidé de quelAOUST.
1763. 91
ques amis , commença à mêler des couplets
dans des Scènes empruntées du
Théâtre Italien , ou compofées dans le
goût de ce Théâtre. L'Abbé Pelegrin,
qui n'avoit encore fait que des Cantiques
Spirituels , qu'on pouvoit eftimer, mais
qu'on payoit mal , crut être mieux récompenfé
en confacrant fes talens Lyriques
au genre profane . Il fit le premier
pour la Foire quelques Pièces en
Vaudevilles ; & comme ce Spectacle
étoit livré à toute la licence que les
moeurs toléroient alors , il n'y épargna
pas le gros fel . C'eft à ce temps qu'on
peut rapporter le premier Age de l'Opéra-
Comique. Le Sage , Dorneval , Fufelier,
la Font , le Grand , & l'Auteur de la
Métromanie, qui foutinrent affez longtemps
fa fortune , appartiennent à ce
premier âge. Quelques - unes de leurs
productions fe reffentoient peut - être
encore de la liberté des chanfons de
Blot , & des groffes gaietés de Dancourt,
qui femble avoir auffi contribué à donner
le ton au Théâtre de la Foire ; mais
on vit du moins percer l'efprit , le bon
goût dans ce qu'ils hafarderent de plus
libre. La Philofophie même s'en mêla :
le Sage en fit entrer des traits dans les
92 MERCURE DE FRANCE .
Pèlerins de la Mecque , & dans quelques
autres Piéces .
Nous fixerons le fecond Age de l'Opera-
Comique au premier temps de M.
Pannard , qui eft celui de Fagan , de
Boiffi , de Carolet , & du début de M.
Favart. M. Pannard , à ce Théâtre , fit
principalement rire la Morale , & perfonne
ne l'a fi bien préfentée fous le
mafque de l'amufant Vaudeville . Caro
let auffi mince Ecrivain qu'obfcène
Comique,ne doit jamais être cité. Quant
aux fieurs Fagan & Boiffy , ils ne prélu→
derent à ce Spectacle que pour s'élever
aux compofitions agréables qu'ils donnerent
depuis aux deux autres. Les premières
Pièces de M. Favart déceloient
déjà fon goût pour le Sentiment , & c'eſt-
,
* Ce Couplet de la Pièce intitulée l'Espéranse
, quoiqu'un peu tourné au fophifme , a més
rité d'être retenu..
Demain eft un jour qui fuit ;
Dont on ne voit point l'exiſtence ;
Au milieu de chaque nuit ,
Il' perd fon nom dans fa naiſſance ;
Quand on croit s'afflurer de lui ,
On trouve que c'eſt Aujourd'hui.
Jüfqu'à préfent aucun Humain.
N'a pu voir arriver demain...
A O UST. 1763. 93
là proprement le genre qu'il a introduit
dans un Spectacle où l'on n'en voyoir
prèfque aucune trace.
2
Le troifiéme Age de l'Opéra - Comique
ne s'étend guères au-delà des deux
principaux Auteurs qui l'ont feuls , àpeu-
près , rempli. M. Favard & le fieur
Vadé fembloient s'être partagé le Spectacle.
Le dernier eft communément regardé
comme l'Inventeur du Genre
Poiffard , & il en eft du moins le Coryphée.
Mais comme le génie ou le talent
particulier d'un Acteur détermine affez
fouvent le goût des compofitions , M.
Favart avoit éffayé ce genre dans les
Bateliers de Saint Cloud , où le Sr
Leclufe rendoit fi naïvement le langage
& le maintien des gens de rivière . On
pourroit même le faire remonter juſqu'à
'Impromptu du Pont -Neuf, donné par
M. Pannard en 1729 , à l'occafion de
la Naiffance de Mgr le Dauphin *.
Dans le quatriéme & dernier Age de
L'Impromptu du Pont-Neufnous rappelle un
fait intérellant , dont il eft bien jufte de faire honneur
à M. Pannard. C'eft lui qui a été le premier
l'organe d'un fentiment imprimé dans tous les
coeurs des François , qui , dans le Vaudeville des
Fêtes Sincères , repréſentées à la Cour en 1744
devant la Reine , a nommé le Roi LOUIS LE
BIEN-AIMÉ,
94 MERCURE DE FRANCE .
l'Opéra-Comique , on voit encore figurer
M. -Favart , & commencer M. Sedaine
, qui par le choix fingulier de fes
fujets , par la conduite de fes Drames &
l'efprit naturel qu'il y fait entrer , a le
mérite , aujourd'hui f rare , d'avoir un
genre à lui , d'être original. Cet Age eſt
celui des Pièces à Ariettes , dont on
peut fixer la première époque à la Parodie
de Raton & Rofette , donnée au
Théâtre Italien par M. Favart en 1753.
Les Troqueurs, de Vadé, mis en Mufique
par M. Dauvergne , font le premier éffai
dans ce genre fait au Théâtre de la Foíre ,
& cet éffai fut trop heureux pour n'être
pas très - promptement imité , comme
on imite parmi nous,avec une espéce de
fureur. De là toutes ces mauvaiſes rapfodies
que leur charivari mufical fait
aujourd'hui paffer dans la foule , mais
qui ne font point illufion à ceux dont
tout l'efprit n'eft pas dans l'oreille.
Si M. Favart , en entrant dans la carrière
, trouva l'Opera - Comique en train
de s'épurer quant au goût & aux moeurs,
il y avoit encore bien de l'ouvrage à
faire , & il a plus contribué que perfonne
à y attacher la décence fi néceffaire
dans tous les amuſemens publics , qui
ne peuvent qu'y gagner de toutes faAOUST.
1762 . 95
cons * . Car quoiqu'en difent les liber
tins , on l'a décidé depuis long- temps:
* Puifque l'occafion fe préfente , rendons au
Sieur Monnet la juftice qu'on ne fçauroit lui
refufer. C'eft à lui que l'Opéra- Comique a dû
le bon ordre , la décence extérieure , & même
l'éclat qui dans les derniers temps l'avoit
élevé au rang des Spectacles réglés . Il obtine
en 1743 , pour fix ans , le Privilége de l'Opé
ra-Comique , & commença par folliciter une
Ordonnance du Roi pour en écarter la Livrée ,
qui de tous temps étoit en polleflion du Parterre.
Il décora très proprement la Salle , n'épargna
rien pour former un bon Orqueftre ,
changea toute la face du Spectacle , & porta
dans toutes fes parties cette intelligence & ce
goût dont il a donné tant de preuves . Tour Paris
vint en foule applaudir aux nouveaux agrémens
d'un Théâtre qui s'annobliffoit de jour en jour,
C'eft dans l'Ambigu de la Folie , ( Parodie des Indes
Galantes , de M. Favart ) qu'il donna à la
Foire S. Laurent même année 1743 ) qu'on vit
éclorre les ralens de trois grands Sujets , Mlle Pu
vigné , Mlle Lany & M. Noverre ;ils danferent le
Pas-de-Trois de l'Acte des Fleurs. La Foire S.
Germain fuivante fut encore plus brillante que
la
premiere. L'Acajou de M. Favart joué d'original
par de bons Acteurs formés au goût du nouveau
Théâtre , eut un fuccès étonnant , & le fieur Monnet
y contribua beaucoup par la dépense qu'il fit
pour cette Pièce. Enfin tel fut le fuccès des deux
Foires , qu'il excita la jaloufie . On infpira à M.
Berger, alors Directeur de l'Opéra , de faire réfi
lier le bail du fieur Monnet, & celui- ci n'eut que
l'honneur d'avoir bien monté le Spectacle qui fit
96 MERCURE DE FRANCE.
ce neft jamais que faute d'efprit , & furtout
d'imagination , quon ne fçait rien
voiler , que l'on voile mal , que l'on defcend
même à ces froides équivoques ,
beaucoup plus méprifables fans doute ,
que toutes les nudités Gauloifes dont
notre délicateffe rougit.
M. Favart étoit fort jeune alors ; car ce
fut en 1734 , à la foire S. Germain , qu'il
donna fa premiere Pièce intitulée les
Deux Jumelles. Cette Pièce en enfanta
plufieurs autres , & prèfque toutes les
années , depuis cette époque , ont été
marquées par de nouvelles productions.
Le Génie de l'Opéra-Comique , & l'Enlévement
Précipité ( 2 Actes ) donné en
1735 ; le nouveau Parnaffe ( 1 Ace ) ,
la Dragonne (2 A&tes ) , l'Amour& l'Innocence
, Ballet entremêlé de Scènes dont
l'idée eft de M. de Verriere , en 1736 ;
le Vaudeville , Prologue , la Pièce fans
titre ou le Prince Nocturne ( 1 Acte ) ,
& Mariane ( 1 A&te ) , en fociété avec
pendant quelques années l'amufement le plus pi
quant de la Capitale. En 1752 , le fieur Monnet
reprit le bail de l'Opéra- Comique , qu'il a continué
jufques & compris 1757. Dans cette même
année 1752, il fit conftruire à fes frais à la Foire
S. Laurent le plus joli Théâtre , & le mieux entendu
peut-être, qu'il y ait en France.
M.
AOUST. 1763 . 97
*
M. Pannard, en 1737 ; * le Bal Bourgeois
( 1 Ade ) , en 1738 ; * Moulinet
Premier , les Réjouiffances Publiques ,
Pièce mêlée d'Intermédes , Harmonide,
Parodie de l'Opéra de Zaïde , ( 3 A&tes) ,
& les Fêtes Villageoifes , ( 2 Actes ) avec
un Prologue , en 1739 ; Pyrame &
Thifbé , Parodie de l'Opéra du même
titre , la Servante Juftifiée , la Barriere
du Parnaffe ou la Mufe Chanfon
niere , les Recrues de l'Opéra- Comique ,
les Epoux , fur un fond procuré par M.
Parmentier , & * les Jeunes Mariés ( 5
Actes ) , en 1740 : voilà vingt Pièces
qui précéderent la Chercheufe d'Esprit ,
& dont on n'a confervé que les quatre
Pièces marquées d'une étoile.
en
LA CHERCHEUSE D'ESPRIT
1741 , développa tous les talens de l'Auteur
, & lui affura le premier rang dans
ce genre de compofition . Cette Pièce
fut fuive dans la même année ( 1741 )
de la Joye , 1 A&te ; de Farinette , Parodie
de Proferpine , 1 Acte ; du Bacha
d'Alger , 1 A&te ; * des Bateliers de
Saint Cloud , I A&te ; des Valets , où
M. Valois d'Orville a eu pait , 1 Acte ;
& en 1742 , de la Fauffe Duegne ,
Sujet fourni par M. Parmentier , en 2
Actes. Ce font fix Pièces à ajouter au
E
98 MERCURE DE FRANCE
dénombrement des productions de l'Aas
teur.
Long-temps avant ces Effais de M.
Favart ( on diftinguera bien les Pièces
que nous ne comprenons point fous le
not d'Effais ) , le Théâtre Italien s'étoit
enrichi d'un nouveau genre , de LA PARODIE
* , qui , felon toutes les apparences
, en l'état où nous l'avons au
jourd'hui , ne nous vient pas directe
ment des Grecs qui l'ont inventée , ou
a bien pris le goût de notre terroir.
M. l'Abbé Sallier , qui voyoit ces
Grecs d'affez près , avoit découvert chez
eux quatre efpèces de Parodies , qu'il
réduit à deux principales , à la Parodie
fimple & narrative , & à la Parodie Dramatique
**. Nous nous fommes emparé
de ces deux - là , & il prétend que
la dernière, c'eft- à-dire la Parodie Théâ
* Ce mot , tout Grec , eft compofé de masa &
du fubftantif on chant . Or la prépoſition Para ,
qui modifie tant de mots Grecs , attache à la fois
à celui-ci une idée de reflemblance & une idée
d'oppofition .
L'invention de celle - ci eft attribuée à Hégé
mon, de Thafus , Ifle de la Mer Egée , lequel
dans la 91. Olympiade apporta une Parodie Dramarique
, au lieu d'une Comédie ordinaire , pour
Ja diftribution des prix qui fe faifoit dans les Jeux
publics.
AO UST. 1763. 99
trale , devient entre les mains de la Critique
le flambeau dont on éclaire les défauts
d'un Auteur qui avoit furpris
l'admiration *. La Motte n'étoit pas
de cet avis. A l'occafion de la Parodie
d'Inès , dont il fut beaucoup trop piqué
pour un homme qui entendoit fi
bien raillerie , il fit un Difcours fur les
Parodies , où il les repréfente comme
une Mode Françoife , fille d'un badinage
dangereux , amufement malin des
efprits fuperficiels. Fufelier lui répondit
vivement dans un Difcours ingénieux
fervant de Préface au Recueil des
Parodies de la Comédie Italienne , publié
chez Briaffonen 1738,& il ne manqua
pas de fe prevaloir de l'autorité du
Sçavant contre le Bel- Efprit qui croyoit
peut-être de bonne foi la Parodie née
Françoife.
Quoique la Motte & fes partifans en
puffent dire , on continuoit de goûter
la Parodie Dramatique , & tous les Opéra
anciens ou nouveaux toutes les
Tragédies nouvelles , payoient un tribut
aux Parodistes. M. Favart fe partagea
donc entre ce genre & l'Opéra- Comique
, & il excella dans l'un & dans
** Mémoires de l'Académie des Infcription &
Belles-Lettres , tom.z. pag. 398.
#
E ij
foo MERCURE DE FRANCE.
"
mo
l'autre. Ce font principalement ces deux
genres qui conftituent fon Théâtre , &
nous allons indiquer les Pièces dont les
huit Tomes font compofés.
IL étoit jufte de donner le pas aux
Pièces du Théâtre Italien , & elles rempliffent
quatre volumes, tant de Parodies
que d'autres Pièces Lyriques.
LES Parodies font : 1° . Hyppolite &
Aricie , Parodie de l'Opéra du même
nom , 1 Acte , 1742.
2º. Les Amans inquiets , Parodie de
Thétis & Pélée ; 1 A&te , 1751.-
3°. Les Indes Danfantes , Parodie
des Indes Galantes , font : le Turc généreux
, les Incas du Perou , & la Fête
des Fleurs , 1751 ; avec les Airs & Vaudevilles
notés .
4°. Fanfale , Parodie d'Omphale , &
les Divertiffemens , avec M. de Marcouville
, 1752.
5. Tyrcis & Doriftée, Parodie d'Acis
& Galatée , 1 Acte , 1752.
6°. Baioco & Serpilla , Parodie du
Joueur , Interméde Italien , 3 Actes ,
avec les Ariettes notées , 1753. Le fond
de cette Pièce n'appartient pas à M. Fail
eft de Dominique & Romagnefi
Des Bouffon's Italiens repréfenterent
en 1728 ou 1729 , fur le Théâtre de
l'Opéra , plufieurs Intermédes qui eu .
vart ;
AOUST. 1763.
101
,
Don
7 9
tent du fuccès & entr'autres
Mico e Lefbina , Baioco e Serpilla . Les
deux Auteurs que nous venous de nommer
parodierent ces dernieres Pièces
en faifant un mêlange de François &'
d'Italien . En 1753 , de nouveaux Bouffons
d'Italie s'inftallerent encore fur la
Scène Lyrique , & leurs fuccès ont
fait parmi nous une révolution dans
l'Art Mufical. Les Bouffons profcrits ,
il y eut un déchaînement prefque général
contre la Mufique Italienne ; mais
en s'élevant contre cette Mufique , on
l'imitoit infenfiblement , & fon génie
eft devenu à préfent le nôtre . On peut
auffi rapporter à cette époque la naiffance
des Pièces à Ariettes. M. Sodi , Muficien
Italien , faifit cette circonftance ,
pour faire de la Mufique nouvelle fur.
l'ancienne Parodie de Baioco e Serpilla ;
mais comme les Paroles ne convenoient
plus au goût actuel du Théâtre M.
Favart reprit l'Ouvrage fous oeuvre ,
& le mit dans la forme où il eft dans
ce Recueil .
?
2.
7°. Raton & Rosette ou la Vengeance
Inutile Parodie de Titon &
l'Aurore , avec les Ariettes Italiennes
& les Vaudevilles , 1 A&te , 1753 .
8°. Zéphire & Fleurette , Parodie de
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
l'Acte de Zélindor , avec MM. Pannard
& Laujon , 1754.
9°. Les Chinois , Parodie del Cinefe ,
& les Ariettes notées , 1 Acte , avec M.
Naigeon , 1756.
10°. La Noce Interrompue , Parodie
d'Alcefte , 3 A&tes , 1758.
11 °. Petrine , Parodie de Proferpine,
1 Acte , avec Divertiffement & Vaudevilles
, 1759. M. Sedaine y a fait quelques
couplets.
On n'a point compris dans ce Recueil
une Parodie de Dardanus , faite en
fociété avec M. Pannard,
LES Comédies & Pièces Lyriques , au
nombre de huit, font:
Don Quichotte chez la Ducheffe , Ballet
Comique en 3 Actes , repréfenté par
l'Académie Royale de Mufique en 1743.
La Mufique eft de M. Boifmortier. Mlle
Claironjouoit à l'Opéra dans cette Pièce.
Les Amours Champêtres , Paftorale
r A&te , 1751 .
91
0
La Coquette Trompée , Comédie Lyrique
, repréfentée à Fontainebleau fur
le Théâtre de la Cour , en 1753 , & enfuite
à Paris par l'Académie Royale de
Mufique , en 1758 , 1 A&te. La Mufique
eft de M. Dauvergne.
La Bohemienne Comédie en vers ,
mêlée d'Ariettes , & traduite de la ZinAOUST.
1763. 103
gara , Intermède Italien , 2 Actes , avec
la Mufique des Ariettes , 1755.
Le Caprice Amoureux , ou Ninette à
la Cour , Pièce en 2 Actes , mêlée d'Ariettes
, repréſentée en 1755 , en 3 A&tes ,
& réduite à 2 en 1756. Toutes les Ariettes
notées font jointes ici à la Pièce.
La Soirée des Boulevards , Ambigu
Comique mêlé de Scènes , de Chants
& de Danfes , ( Pièce très-gaie & trèsamufante
, ) 1759 .
Supplément à la Soirée des Boulevards ,
compofé de neuf Scènes , avec Divertiffement
& Vaudeville , 1759 .
Soliman Second , Comédie en 3 Actes
en vers , très- bien écrite , & dont
le fuccès a été fi foutenu , fi marqué .
Le cinquiéme Tome de ce Recueil
contient les Ouvrages de Madame Fa
vart. On fent bien qu'en la nommant ,
c'eft nommer auffi fon mari , dont il
eft aifé de reconnoître le ftyle ; mais
entre époux de bonne intelligence , les
talens & les agrémens de l'efprit doivent
entrer dans la communauté. Madame
Favart , à portée de puifer à la
fource le goût des fentimens délicats
avec l'art de les exprimer , réunit danc
le talent de la compofition à ceux de
l'action . De là les fix Piéces qui rem-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
pliffent ce Volume . Ces Piéces confiftent
1 ° . en quatre Parodies , qui font :
Les Amours de Baftien & Baftienne ,
où M. Harny a eu part . C'eſt une Parodie
du Devin de Village , fur laquelle il
fuffira d'obferver qu'aucune Piéce n'a
été jouée fi long-temps , ni fi conftamment
redemandée; en forte que les Co.
médiens fe font plutôt laffés de la redonner
fi fouvent , que les Spectateurs de la
revoir après une infinité de repréſentations
, Acte , 1753.
Les Enforcelés , ou Jeannot & Jeannette
, Pièce à laquelle ont travaillé MM.
Guerin & Harny. C'eft une espèce de
Parodie de la Surprife de l'Amours
1 Acte , 1757.
La Fille malgardée
ou le Pédans
Amoureux
, Parodie de la Provençale
,
1 A&te , 1758.
La Fortune au Village , Parodie de
l'A&e d'Eglé, 1 Acte , 1760.
2º . En deux Pièces Lyriques , chacune
d'un A&te , fçavoir :
La Fête d'Amour, ou Lucas & Colinette,
efpéce de Paftorale , précédée d'un
Prologue , & augmentée ici de la Mufique.
Annette & Lubin , Comédie en vers ,
dont le Sujet est tiré des Contes Moraux
A O UST. 1763 . 105
de M. Marmontel. Le Théâtre retentit ,
encore des applaudiffemens qu'a reçu
cette derniere Piéce , & la plupart des
Couplets , ou des petits Airs ont paffé
des plus agréables bouches dans celles
du Peuple : c'eft , je crois , tout dire.
LES 6e , 7e. & 8° . Tome. comprennent
le Théâtre de la Foire. On y trouve
trois Parodies.
Moulinet Premier , Parodie de Mahomet
Second , Tragédie du fieur de la
Noue , 1 A&te , 1739.
Théfée , nouvelle Parodie de l'Opéra
de ce nom , faite en fociété avec MM.
Laujon & Parvi , 1 A&te , 1745. On lit.
dans le Calendrier des Théâtres , ( qui
fe vend chez Duchefne , rue S. Jacques ).
fixiéme partie , année 1757 , p. 110. une
anecdote affez plaifante , arrivée à l'occafion
de cette Pièce .
L'Amour Impromptu , Parodie de
l'Acte d'Eglé des Talens Lyriques , &
Acte , 1756.
LES Opéra- Comiques , au nombre,
de 20 , font :
La Servante Juftifiée , Sujet tiré des
Contes de la Fontaine , & très- bien rendu
; en fociété avec le fieur Fagan,
1 A&te , 1740.
La Chercheufe d'Esprit , Pièce char-
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
mante , bien faite en tous points , &
felon nous le chef- d'oeuvre de ce
Théâtre , 1 A&te , 1741 .
,
Le Prix de Cythère , avec un Protogue
, en fociété avec M. le Marquis de
P. 1 Acte , 1742.
Le Coq de Village , 1 Acte , 1743 .
C'eft le ftratagême dont on prétend
qu'ufa le Syndic d'un Village , pour
fouftraire à l'événement du fort un garçon
qui tiroit à la Milice . Ce Sujet eft
ingénieufement accommodé au Théâtre ,
& l'on n'oubliera jamais le charmant
couplet des Fleurs. Mlle Beaumenard ,
parut pour la première fois dans cette .
Pièce , fous le rôle de Gogo , qui fut fait
pour elle.
Les Bateliers de Saint Cloud , 1 Acte ,
1741 & 1744 .
La Coquette fans le fçavoir , avec M.
Rouffeau de Touloufe , 1 Acte , 1750.
Acajou , 3 Actes , 1752 & 1753. Cette
Pièce , tirée du Conte d'Acajou de M.
Duclos , eft pleine d'efprit & affaifonnée
de bon fel Attique. Elle fut d'abord
jouée en profe mêlée de couplets , en
1744 , à la Foire S. Germain . Après la
défenfe faite à l'Opéra- Comique de parler
, on la redonna toute en Vaudevilles
à la Foire S. Laurent , & fur le Théâtre
de l'Opera . Acajou , dans la nouveauté,
AQUST. 1763. 107
attira un concours fi prodigieux qué , le
jour de la Clôture du Théâtre , la bar
rière qui féparoit le Parquet du Parter
re fut brifée.
Les Amours Grivois , ou l'Ecole des
'Amours Grivois , Divertiffement Flamand
en 1 Ace , 1744 , en fociété avec
MM. de la Garde & le Seurre. C'eſt dans
cette Pièce , qui eft d'une grande gaiete,
que la Dlle Darimath rendoit fi naïvement
cette Ronde : Mon p'tit coeur , vous
n' m'aimez guères , &c. Le fieur Dourdet
, & la Dlie Sauvage ( ma Mie Babichony
firent aufli beaucoup de
plaifir fous les caractères de Niais &
de Niaife.
Le Bal de Strasbourg , Divertiffement
Allemand par la même fociété
1 A&te , 1744. Cette Pièce donnée à
l'cccafion du rétabliffement de la fanté
du Roi , ne pouvoit manquer dans les
circonftances , d'être fort agréablement
reçue. Mais ce qui en fit le principal
fuccès , c'eft le Vaudeville touchant de
la Scène du Courier , dont les ppaarroles
& l'air font de M. Favart , & que
toute l'Affemblée chantoit du plus grand
zéle avec les Acteurs. Il lui valut une
députation des Dames de la Halle
avec un préfent de fleurs & de fruits.
i
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
L'Amour au Village , 1 A&e , 17451
C'eſt le fond d'un Opéra -Comique du
fieur Carolet , qui avoit pour titre, l'A
mour Payfan. M. Favart n'avoue point
cette Pièce , quoiqu'il l'ait refondue , &
qu'il y ait mis plufieurs Vaudevilles &
des Scènes nouvelles .
Cythère Affiégée, 1 Acte. Cette Pièce
fut d'abord faite en profe & couplets paz
l'Auteur , en fociété avec M. Fagan , &
repréſentée à Paris à l'ouverture de la
Foire Saint Laurent 1738. Depuis elle
fut entierement refondue par M. Favars
pour la Troupe des Comédiens de Bruxelles
, & repréſentée en 1748. Enfin elle
a été donnée à Paris fur le Théâtre de
la Foire en 1754.
Les Jeunes Maries I Acte . Cette
Pièce parut dès 1740 ;. & elle a été
reprife à toutes les époques de l'Opéra-
Comique
Les Nymphes de Diane , 1 A&te . Cet
Opéra-Comique fut joué d'abord en
vers & couplets , & même imprimé en
Flandres , en 1748. L'Auteur l'ayant
remis tout en Vaudevilles pour le Théâtre
de la Foire , il y fut repréfenté en
1755.
Le Mariage par Efcalade , 1 Acte
1756. Cette Pièce fut faite à l'occafion
A O UST. 1763. 100
de la Prife de Port- Mahon , & d'une.
Fête particuliere qui avoit été préparée
pour le retour de M. le Maréchal Duc
de Richelieu .
La Répétition Interrompue , en fociété
avec M. Pannard , 1 A&te , 1735 .
M. Favart fit une nouvelle intrigue à
cette Pièce lorfqu'elle fut remife au
Théâtre , fous le titre du Petit - Maître
malgré lui , en 1757 .
La Parodie au Parnaffe , 1 A&te ,
1759 , Satyre ingénieufe & très - fine.
M. Favart n'avoue point cette Pièce ,
telle qu'elle eft imprimée ici , quoique
le fond , le quadre , la plus grande partie
des couplets , & prèfque tous les
détails lui appartiennent. Un Anonyme
ayant eu , on ne fçait comment , une
copie de cet Opéra - Comique ; repréfenté
en 1740 fous le titre de la Barrière
du Parnaffe ou de la Mufe Chanfonniere
, & ne fçachant pas que M..
Favart en étoit l'Auteur , crut pouvoir
fe l'approprier. Il inféra la critique des
Ouvrages Dramatiques qui paroiffoient
alors, critique un peu trop vive , &
qu'affurément M. Favart , qui n'y eſt
pas ménagé lui -même au fujet de Petrine
, ne fe feroit pas permife . La Scène
de Diogene eft une Perfonnalité , &
110 MERCURE DE FRANCE.
l'on n'en trouvera dans aucune des pro
ductions de notre Auteur. On avoit
judicieufement retranché cette Scène à
la Repréſentation : elle n'auroit pas dû
reparoître ici .
Le Retour de l'Opéra - Comique , I
A&te , 1759.
Le Départ de l'Opéra- Comique ; Compliment
, 1 A&te , 1759.
La Refource des Théâtres , 1 Acte ,
1760. Il n'appartient dans cette Pièce à
M. Favart que le Vaudeville des Portraits
à la Mode , dont il a fait l'Air &
les Paroles ; mais ce Vaudeville a fait
prèfque feul tout le fuccès de la Pièce .
Le Bal Bourgeois , Pièce mêlée d'Afiettes
, en 1 Acte , représentée en 1738,
& imprimée avec quelques changemens
en 1762 .
On peut ajouter à cette Lifte cinq
Pièces qui n'ont pas été imprimées ,
fçavoir :
Les Vendanges d'Argenteuil , Opéra-
Comique , joué en 1742 ; les Vendanges
de Tempe ; l'Ile d'Anticyre , la
Folie , Médecin de l'efprit , & l' Aftrologue
de Village , repréfentés en 1744.
Et que nous pourrions encore la groffir
de beaucoup d'autres productions !
telles que la Cour de Marbre , Diver
AO UST. 1763 .
117
tiffement en 1 A &te , fait pour les Petits
Appartemens , en fociété avec M. de la
Garde ; les Nouveaux Intermédes , &
les Divertiffemens de l'Inconnu , exécutés
à Fontainebleau ; un Prologue fur
les Victoires du Roi , & les Comédiens en
Flandres , Comédie en 3 Actes & c. &c.
M. Favart a certainement fait plus de
150 Drames, donnés tant fous fon nom ,
que fous des noms étrangers. Il a encore
tenté heureufement d'autres genres
, & fes effais dans la Poëfie Héroïque
lui ont fait remporter des prix aux Jeux
Floraux en 1734. Un de ces Poëmes , a
pour titre , la France délivrée par la
Pucelle d'Orléans ; il le fit à l'âge au
plus de vingt ans.
Fermer
325
p. 111-115
FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
Début :
LA première Partie n'a point paru ; elle n'est pas entiérement imprimée. [...]
Mots clefs :
Familles, Plantes, Genres, Auteur, Sciences
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FAMILLES des Plantes, par M. ADANSON, de l'Académie des Sciences, de la Société Royale de Londres, Censeur Royal. IIe Partie. A Paris in-8°. Chez Vincent, 1763.
FAMILLES des Plantes , par M.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
ADANSON , de l'Académie des Sciences
de la Société Royale de Londres ,
Cenfeur Royal. II Partie. A Paris
in- 8 °. Chez Vincent , 1763.
LAA première Partie n'a point paru ;
elle n'eft pas entiérement imprimée.
Elle contiendra la théorie de la Science
de la Botanique , l'hiftoire de fes proLIZ
MERCURE DE FRANCE.
grès , fon état actuel , un plan fommaire
de toutes les méthodes , un Jugement'
fur les Ouvrages les plus néceffaires à.
connoître , enfin le plan raifonné de
celui qu'il donne au Public.
En publiant d'abord cette feconde.
Partie , M. Adanfon a cru devoir fe
prêter à l'empreffement qu'on lui a té-`
moigné d'avoir au moins , pendant le
cours de Botanique du Jardin du Roi,
ce qu'on peut appeller la partie pratique
de la Science , c'eft-à- dire l'ordre & les
caractères généraux de fes familles ,ainfi
que la fuite & le caractère de chacun
des genres qui les compofent.
Le Titre fimple de l'Ouvrage annonce
affez que l'Auteur n'a fuivi aucun
fyftême , & n'a point voulu en faire de
nouveau par le tableau qu'il donne
des 58 familles , on voit qu'il range les
plantes pár ordre d'affinités , en fuivant
la gradation que la Nature montre dans
Les productions végétales , gradation
qui paroît interrompue dans 58 endroits
plus marqués qu'il diftingue par
autant de familles. Les autres interrup
tions moins marquées , & au nombre
de 1615 indiquent les genres dans la
férie de 1800 efpéces de plantes con
nues.
AOUST. 1763. 113
Cette manière de confidérer les familles
ou claffes , les genres & les efpéces
, n'eft nullement fyftématique ;
elle eft priſe dans la nature même des
chofes & entièrement différente de ce
qui avoit été penfé & dit jufqu'à préfent.
C'est une nouvelle route qui femble
devoir mener à la méthode naturelle
que tant d'Auteurs ont cherché
en vain .
Sans entrer dans une plus grande
difcuffion fur le mérite de l'Ouvrage ,
dont on ne pourra bien juger que quand
il aura paru en entier , nous nous contenterons
de faire quelques réfléxions
générales fur ce qui eft actuellement
Tous nos yeux.
Nous avons remarqué de la précifion
, de l'ordre & de la liaifon dans
tout ce qui doit concourir pour faire
l'enſemble.
A la tête de chaque Famille on trou
ve le détail circonftancié de toutes les
parties qui font communes aux genres
qui doivent y entrer , telles
que la Figure,
la Racine, la Tige , les Bourgeons,
les Feuilles , le Feuillage les Stiles
Epines , Voiles ou Poils , les Fleurs , le
Calice , la Corolle , les Etamines , le
Piftis , le Fruit , les Graines : l'Auteur
>
114 MERCURE DE FRANCE.
ý a joint les qualités , les vertus & les
ufages.
L'avantage de voir d'un coup d'oeil
dans des colonnes féparées , les carac
tères des genres de la même famille ,
nous a frappés , par la facilité qui en
téfulte pour les comparer.
Il y a fans doute du mérite d'avoir
raffemblé dans un auffi petit efpace ,
une fi grande quantité de faits conftatés
ou d'après les plus fameux Botaniftes
, ou d'après les propres obfervations
de l'Auteur . C'eft en quelque forte
l'extrait de toutes les connoiffances Botaniques
jufqu'à ce jour ; & ce travail
qui confifte à négliger ce qui eft
acceffoire ou inutile pour ne préſenter
que l'effentiel , exige une connoiffance
profonde , & le véritable efprit de la
Science.
Cette table fi ample qui fuppofe tant
de lectures & de recherches , nous a
paru mériter attention & prévenir le
reproche qu'on auroit pû faire à l'Auteur
d'avoir changé des noms connus
& adoptés par rapport à de certaines
plantes. On verra que ces noms nouveaux
appartenoient déja à une plante
décrite par les Anciens ; il n'y a pas
même , juſqu'à la table raifonnée des
AOUST. 1763. 115
vertus des plantes dont il ne foit facile
de connoître l'utilité.
Nous fufpendrons nos réfléxions fur
l'ortographe que l'Auteur a adoptée :
dans l'avertiffement qui précéde fa table
il dit fimplement qu'il a fait des
changemens à cet égard , & qu'il en
donnera quelque jour les raifons. Il
eft jufte d'attendre qu'il les ait données
pour en rendre compte.
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326
p. 115-121
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
DICTIONNAIRE Géographique Historique & Politique des Gaules & de la France. [...]
Mots clefs :
Libraires, Discours, Édition, Imprimeur, Poème
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
DICTIONNAIRE Géographique
Hiftorique & Politique des Gaules &
de la France. Par M. l'Abbé Expilly ,
Chanoine-Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte Marie de Tarafcon
, de la Société Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , & c . Tome
I. in -folio , de 880 pages . A Avignon ,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
; Nyon , quai des Auguftins , à l'Occafion
, Hériant , rue S. Jacques , à
S. Paul & à S. Hilaire ; Bauche , quai
des Auguſtins , à Ste Géneviéve & a
S. Jean dans le Défert ; Defpilly , rue
S. Jacques , à la Croix d'or. Le pre16
MERCURE DE FRANCE.
mier volume , qui paroît actuellement,
fe vend broché , 24 liv. Le fecond paroîtra
en Février 1764. Les autres volumes
paroîtront réguliérement tous les
huit mois . Chaque volume fe vendra
également 24 liv. broché , & fera de
8 à 900 pages d'impreffion , même
format , papier & caractère que le
premier.
Nous parlerons plus amplement de
ce grand & très-utile Ouvrage.
LE GENTILHOMME Cultivateur , où
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
Art. Par M. Dupuy d'Emportes , de l'Académie
de Florence.
Omnium rerum ex quibus acquiritur , nihil eſt
agriculturâ meliùs , nihil uberiùs , nihil
homine libero digniùs.
Cicer. L. 2. de Offic.
In-4°. Paris , 1763. Tome 6. Chez P.
G. Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue de la Harpe ; la veuve Durand , Libraire
, rue du Foin ; & Bauche , Libraire
, quai des Auguftins .
Nous avons déja rendu compte de cet
Ouvrage qui continue de fe débiter
avec fuccès.
AOUST. 1763. 117
TRAITÉ DES PRISES , ou principes
de la Jurifprudence Françoife concernant
les Prifes qui fe font fur mer , relativement
aux difpofitions tant de l'Ordonnance
de la Marine du mois d'Août
1681 , que des Arrêts du Confeil , Ordonnances
& Réglemens antérieurs
& poftérieurs , rendus fur ce fujet.
Avec une notice de la procédure qui
doit être obfervée à cet égard . Par l'Auteur
du Commentaire fur cette même
Ordonnance de la Marine , 2 vol. in-
8. A la Rochelle , 1763. Chez Jérôme
Legier , Imprimeur des Fermes du Roi
au Canton des Flamands ; & fe trouve
à Paris chez Mérigot Père , Libraire
quai des Auguftins.
ORAISON funébre de Très-haute &
très-puiffante Dame Reine de Madaillan
de Lefparre , Marquife de Laffai ,
prononcée dans l'Eglife de l'Hôpital-
Royal de la Charité à Paris , le Jeudi 21
Avril 1763. Par M. l'Abbé Fréfman ,
Prédicateur ordinaire du Roi , & premier
Vicaire de l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache. In-4° . Paris , 1763. Chez
Auguftin-Martin Lottin l'aîné , Libraire
& Imprimeur de Mgr le Duc de Berry,
rue S. Jacques , près S. Yves , à l'Enfeigne
du Coq.
118 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS fur le bonheur des gens
de Lettres.
Homo doctus infe femper divitias habet.
Phædr.
In-8° . Bordeaux, 1763. Chez les Frères
Labottière , Imprimeurs-Libraires, Place
du Palais. Ce difcours eft bien fait , &
part d'une jeune Plume qui mérite d'être
encouragée.
DISCOURS fur l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par M. l'Abbé Fleury , Prêtre
Prieur d'Argenteuil & Confeffeur du
Roi. Nouvelle Edition augmentée des
difcours fur la Poëfie des Hébreux , fur
Ecriture Sainte , fur la Prédication, &
fur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
On y a joint le difcours fur le renouvellement
des Etudes Eccléfiaftiques
depuis le 14 Siécle par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de
P'Hôpital. In-8°. Paris, 1763, Chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à
S. Hilaire . Prix , 3 liv. relié.
DE L'EDUCATION des Filles , par
Meffire François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque de Cambrai.
Nouvelle Edition , augmentée d'une
Lettre du même Auteur à une Dame de
•
AOUST. 1763: 119
qualité fur l'éducation de M *** fa
fille. In- 16. Paris , 1763 , chez le mê
me Libraire ; & chez Guérin & Dela
tour , Libraires -Imprimeurs, rue S. Jacques
, vis-à-vis celle des Mathurins , à
S. Thomas d'Aquin, Prix , I liv. 16 f
relié.
TRAITÉ des devoirs des Gens du
Monde , & furtout des Chefs de famil
le . Par M. Collet , Prêtre de la Congré
gation de la Miffion , & Docteur en
Théologie. In-12. Paris , 1763 ; chez
Jean Debure l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; Jean- Thomas Heriffant
, rue S. Jacques , à S. Paul & à
S. Hilaire ; Jean- Claude- Baptifte Hériffant
, rue Neuve Notre-Dame , à la
Croix d'or ; & Nicolas Tilliard , quai
des Auguftins , à S. Benoît. Prix , 2 liv,
10 f. relié.
INSTRUCTIONS & Prières à l'ufage
des Officiers de maiſon , des domeftiques
& des perfonnes qui travaillent en
Ville , &c. Ouvrage qui peut fervir aux
Confeffeurs. Par le même Auteur , &
chez les mêmes Libraires. Quatriéme
Edition , revue , corrigée & augmentée.
In- 16, Prix , 1 liy, 10 f. relié.
120 MERCURE DE FRANCE.
DEUX EPITRES de S. Clément
Romain , difciple de S. Pierre Apôtre :
tirées pour la première fois d'un Manufcrit
du Nouveau Teftament Syriaque
, & publiées avec la Verfion Latine
à côté , par Jean-Jacques Weftein;
à Leyde , de l'Imprimerie d'Elie Luzac
ke jeune en 1752. Seconde Edition
Françoife & Latine , in8 . 1763 , avec
des Notes.
POEME aux Anglois , à l'occafion
de la Paix univerfelle. Par M. Peyraud
de Beaufol. Brochure in-8°. Paris
1763. Chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés. On trouve du fentiment.
& de la chaleur dans l'Ouvrage de ce
Poëte-Citoyen , & nous en rendrons
compte avec plaifir.
L'INTEREST d'un Ouvrage , Difcours
prononcé par M. *** le jour
de fa réception à l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8
Mai 1763. In-8° . Paris , chez Vallat la-
Chapelle , Libraire au Palais , fur le
Perron de la Ste Chapelle. Nous parlerons
auffi de cet Ouvrage auffi inftructif
qu'intéreffant pour quiconque
aime les Lettres.
LE
AOUST. 1763. 121
LE MONDE pacifié , Poëme. Par
l'Auteur des voeux patriotiques à la
France.
Tros Rutulus vefuat , nullo difcrimine habebo.
Virg. Æn. L. 10.
In-4°. Paris , 1763. De l'Imprimerie de
Prault , quai de Gêvres , au Paradis .
Nous donnerons auffi l'Extrait de ce
Poëme digne de fon Auteur.
DICTIONNAIRE Géographique
Hiftorique & Politique des Gaules &
de la France. Par M. l'Abbé Expilly ,
Chanoine-Tréforier en dignité du Chapitre
Royal de Sainte Marie de Tarafcon
, de la Société Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , & c . Tome
I. in -folio , de 880 pages . A Avignon ,
1763 ; & fe trouve à Paris , chez Defaint
& Saillant , rue S. Jean de Beauvais
; Nyon , quai des Auguftins , à l'Occafion
, Hériant , rue S. Jacques , à
S. Paul & à S. Hilaire ; Bauche , quai
des Auguſtins , à Ste Géneviéve & a
S. Jean dans le Défert ; Defpilly , rue
S. Jacques , à la Croix d'or. Le pre16
MERCURE DE FRANCE.
mier volume , qui paroît actuellement,
fe vend broché , 24 liv. Le fecond paroîtra
en Février 1764. Les autres volumes
paroîtront réguliérement tous les
huit mois . Chaque volume fe vendra
également 24 liv. broché , & fera de
8 à 900 pages d'impreffion , même
format , papier & caractère que le
premier.
Nous parlerons plus amplement de
ce grand & très-utile Ouvrage.
LE GENTILHOMME Cultivateur , où
Corps complet d'Agriculture , traduit
de l'Anglois de M. Hall , & tiré des
Auteurs qui ont le mieux écrit fur cet
Art. Par M. Dupuy d'Emportes , de l'Académie
de Florence.
Omnium rerum ex quibus acquiritur , nihil eſt
agriculturâ meliùs , nihil uberiùs , nihil
homine libero digniùs.
Cicer. L. 2. de Offic.
In-4°. Paris , 1763. Tome 6. Chez P.
G. Simon , Imprimeur du Parlement ,
rue de la Harpe ; la veuve Durand , Libraire
, rue du Foin ; & Bauche , Libraire
, quai des Auguftins .
Nous avons déja rendu compte de cet
Ouvrage qui continue de fe débiter
avec fuccès.
AOUST. 1763. 117
TRAITÉ DES PRISES , ou principes
de la Jurifprudence Françoife concernant
les Prifes qui fe font fur mer , relativement
aux difpofitions tant de l'Ordonnance
de la Marine du mois d'Août
1681 , que des Arrêts du Confeil , Ordonnances
& Réglemens antérieurs
& poftérieurs , rendus fur ce fujet.
Avec une notice de la procédure qui
doit être obfervée à cet égard . Par l'Auteur
du Commentaire fur cette même
Ordonnance de la Marine , 2 vol. in-
8. A la Rochelle , 1763. Chez Jérôme
Legier , Imprimeur des Fermes du Roi
au Canton des Flamands ; & fe trouve
à Paris chez Mérigot Père , Libraire
quai des Auguftins.
ORAISON funébre de Très-haute &
très-puiffante Dame Reine de Madaillan
de Lefparre , Marquife de Laffai ,
prononcée dans l'Eglife de l'Hôpital-
Royal de la Charité à Paris , le Jeudi 21
Avril 1763. Par M. l'Abbé Fréfman ,
Prédicateur ordinaire du Roi , & premier
Vicaire de l'Eglife Paroiffiale de
S. Euftache. In-4° . Paris , 1763. Chez
Auguftin-Martin Lottin l'aîné , Libraire
& Imprimeur de Mgr le Duc de Berry,
rue S. Jacques , près S. Yves , à l'Enfeigne
du Coq.
118 MERCURE DE FRANCE.
DISCOURS fur le bonheur des gens
de Lettres.
Homo doctus infe femper divitias habet.
Phædr.
In-8° . Bordeaux, 1763. Chez les Frères
Labottière , Imprimeurs-Libraires, Place
du Palais. Ce difcours eft bien fait , &
part d'une jeune Plume qui mérite d'être
encouragée.
DISCOURS fur l'Hiftoire Eccléfiaftique
, par M. l'Abbé Fleury , Prêtre
Prieur d'Argenteuil & Confeffeur du
Roi. Nouvelle Edition augmentée des
difcours fur la Poëfie des Hébreux , fur
Ecriture Sainte , fur la Prédication, &
fur les Libertés de l'Eglife Gallicane,
On y a joint le difcours fur le renouvellement
des Etudes Eccléfiaftiques
depuis le 14 Siécle par M. l'Abbé
Goujet , Chanoine de S. Jacques de
P'Hôpital. In-8°. Paris, 1763, Chez Jean-
Thomas Hériffant , rue S. Jacques , à
S. Hilaire . Prix , 3 liv. relié.
DE L'EDUCATION des Filles , par
Meffire François de Salignac de la Mothe
Fenelon , Archevêque de Cambrai.
Nouvelle Edition , augmentée d'une
Lettre du même Auteur à une Dame de
•
AOUST. 1763: 119
qualité fur l'éducation de M *** fa
fille. In- 16. Paris , 1763 , chez le mê
me Libraire ; & chez Guérin & Dela
tour , Libraires -Imprimeurs, rue S. Jacques
, vis-à-vis celle des Mathurins , à
S. Thomas d'Aquin, Prix , I liv. 16 f
relié.
TRAITÉ des devoirs des Gens du
Monde , & furtout des Chefs de famil
le . Par M. Collet , Prêtre de la Congré
gation de la Miffion , & Docteur en
Théologie. In-12. Paris , 1763 ; chez
Jean Debure l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; Jean- Thomas Heriffant
, rue S. Jacques , à S. Paul & à
S. Hilaire ; Jean- Claude- Baptifte Hériffant
, rue Neuve Notre-Dame , à la
Croix d'or ; & Nicolas Tilliard , quai
des Auguftins , à S. Benoît. Prix , 2 liv,
10 f. relié.
INSTRUCTIONS & Prières à l'ufage
des Officiers de maiſon , des domeftiques
& des perfonnes qui travaillent en
Ville , &c. Ouvrage qui peut fervir aux
Confeffeurs. Par le même Auteur , &
chez les mêmes Libraires. Quatriéme
Edition , revue , corrigée & augmentée.
In- 16, Prix , 1 liy, 10 f. relié.
120 MERCURE DE FRANCE.
DEUX EPITRES de S. Clément
Romain , difciple de S. Pierre Apôtre :
tirées pour la première fois d'un Manufcrit
du Nouveau Teftament Syriaque
, & publiées avec la Verfion Latine
à côté , par Jean-Jacques Weftein;
à Leyde , de l'Imprimerie d'Elie Luzac
ke jeune en 1752. Seconde Edition
Françoife & Latine , in8 . 1763 , avec
des Notes.
POEME aux Anglois , à l'occafion
de la Paix univerfelle. Par M. Peyraud
de Beaufol. Brochure in-8°. Paris
1763. Chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés. On trouve du fentiment.
& de la chaleur dans l'Ouvrage de ce
Poëte-Citoyen , & nous en rendrons
compte avec plaifir.
L'INTEREST d'un Ouvrage , Difcours
prononcé par M. *** le jour
de fa réception à l'Académie des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8
Mai 1763. In-8° . Paris , chez Vallat la-
Chapelle , Libraire au Palais , fur le
Perron de la Ste Chapelle. Nous parlerons
auffi de cet Ouvrage auffi inftructif
qu'intéreffant pour quiconque
aime les Lettres.
LE
AOUST. 1763. 121
LE MONDE pacifié , Poëme. Par
l'Auteur des voeux patriotiques à la
France.
Tros Rutulus vefuat , nullo difcrimine habebo.
Virg. Æn. L. 10.
In-4°. Paris , 1763. De l'Imprimerie de
Prault , quai de Gêvres , au Paradis .
Nous donnerons auffi l'Extrait de ce
Poëme digne de fon Auteur.
Fermer
327
p. 69-81
LETTRE sur L'ANDRIENNE de TÉRENCE, adressée à M. L. D. Associé de l'Académie de LA ROCHELLE.
Début :
EST-IL bien vrai, Monsieur, comme le prétend M. Marmontel dans la seconde [...]
Mots clefs :
Scène, Comique, Poème, Genre, Autorité, Caractère, Sentiments
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE sur L'ANDRIENNE de TÉRENCE, adressée à M. L. D. Associé de l'Académie de LA ROCHELLE.
LETTRE fur L'ANDRIENNE de
TÉRENCE , adreffée à M. L. D.
Affocié de l'Académie de LA ROCHELLE,
ESTST-IL bien vrai , Monfieur , comme
le prétend M. Marmontel dans la feconde
partie de fa Poëtique , » qu'il faut n'avoir
jamais lû les Anciens , pour attribuer
» à notre fiécle l'origine du Comique at
» tendriffant , & qu'il eft furprenant que
» cette erreur ait pu fubfifter un inſtant
» chez une Nation accoutumée à voir
» jouer l'Adrienne de Terence , où l'on
» pleure , dès le premier Acte , & c.
Je fçais que quelques Auteurs , dont
je refpecte l'autorité , ont cru voir égaÍement
chez les Anciens le germe du Comique
Larmoyant ; mais comme je me
flatte d'avoir combattu folidement ce fyf
tême dans un écrit qui vient d'être im170
MERCURE DE FRANCE .
7
primé (a) , je ne retournerai point fur
mes traces , & je me bornerai à difcuter
ici l'affertion qui regarde particulièrement
l'Andrienne.
Avant que d'entrer en matière , il eſt à
propos de remarquer qu'il réfulte néceffairement
des expreffions de M.Marmontel
, que cette Comédie fait pleurer nonfeulementdès
lepremier Acte, mais encore
dans tous les A&tes fuivans. Ce n'eft
point ici une chicane de mots. C'eſt
donner fimplement aux paroles de l'Auteur
, le fens qu'elles préfentent naturellement.
Tout le monde a lû Térence & connoît
l'Andrienne ; ainfi tout le monde
eft en état de juger , fi ce Poëme peut
véritablement avoir été la fource où l'on
a puifé le Comique plaintif , tel qu'il
existe depuis trente ans parmi nous. Il
feroit donc inutile d'en faire une exacte
analyfe ; il fuffira d'en parcourir quelques .
endroits qui fembleroient peut- être au
premier coup -d'oeil pouvoir favorifer le
fentiment de M. Marmontel.
D'abord je dois dire que l'expreffion
(a) Dans le troifiéme recueil de l'Académie de
la Rochelle , chez Légier , Imprimeur de l'Académaie,
& qui fe trouve à Paris chez Mérigot , pere.
SEPTEMBRE. 1763. 71
de genre attendriffant , eft trop générale ,
qu'elle ne défigne point fuffi amment
la maniere l'armoyante dont la Chauffée
eft linventeur , & que je n'ai jamais prétendu
attaquer que cette manière- là
dont en effet je ne trouve aucun veftige
dans la Comédie du Poëte latin.
J
Dès fix Scènes qui compofent le premier
Acte , il y en a quatre qui fe paffent
entre Simon , père de Pamphile , Sofie
affranchi de Simon , & Davus , valet de
Pamphile. Or , certainement ces trois
Perfonnages , foit par leur caractère , ſoit
par leurs difcours , ne font ni plaintifs ni
attendriffans . La cinquiéme Scène eft
entre Arquilis & Myfis , l'une fervante
& l'autre garde , ou plutôt confidente de
Glycérion , Héroïne invifible de la Piéce.
Voici un échantillon des propos de
Myfis.
» Mon Dieu ! Arquilis , il y a mille ans
» que je vous entends ; vous voulez que
» j'amène Lesbie ; cependant , il eft cer-
» tain qu'elle eft fujette à boire , qu'elle
» eft imprudente , & quelle n'eft pas ce , &
» qu'il faut , pour qu'on puiffe lui con-
, fier fûrement une femme à fa premiere
groffeffe; je l'aménerai pourtant . Voyez
» un peu l'importunité de cette vieille :
72 MERCURE DE FRANCE.
» & tout cela parce qu'elles ont accoutu
» mé de boire enſemble , &c. (b)
Ce n'eft pas affùrément dans les Scènes
de cette eſpéce qu'on trouvera de l'analogie
entre les caracteres des perfonnages
de l'Andrienne & ceux du nouveau
Comique ; mais parcourons la Scène
fixiéme , nous y découvrirons fans doute
la véritable origine du Comique qui
fait pleurer , puifque c'étoit fi je l'ofe
dire , l'Egide dont fe couvroit la Chauffée
, pour parer les traits de fes critiques.
La moitié de cette Scène eft remplie
des plaintes de Pamphile , contre fon
père , qui veut le marier malgré lui à la
fille de Chrémès , fon ancien ami : il demande
enfuite à Myfis , ce que fait fa
Maîtreffe. Myfis répond , ce qu'elle fait?
elle eſt en travail , laborat è dolore. Je
conviens fans peine que Pamphile raconte
ici d'une maniere très - touchante
, les dernieres paroles que lui a dites en
mourant Chryfis , ami de Clycérion , &
que ce Tableau eft véritablement trèspathétique.
Mais pour quel ordre de
Spectateurs ?
Quand on voudroit fuppofer qu'il
; ( b) Traduction de Madame Dacier.
étoit
SEPTEMBRE. 1763.
73
étoit dans les moeurs Grecques , de s'intéreffer
aux avantures des filles protégées
par les Prêtreffes de Vénus , chez
lefquelles la jeuneffe d'Athènes alloit
fouper & payoit fon écot ; ( c ) dans les
nôtres , quel intérêt peut - on prendre
au fort d'une courtisane que fa confidente
, qui mériteroit un autre nom ,
nous repréfente à la fuite de fes galanteries
, dans les douleurs actuelles de l'enfantement
? Que Pamphile follement
amoureux faffe paroître dans cette occafion
le plus vif attendriffement ; qu'il
foit furieux de douleur ; tous ces mouvemens
font dans la nature ; mais que des
fpectateurs tranquilles & indifférens
foient affez vivement pénétrés pour verfer
des pleurs , cela n'eft point dans l'ordre
des chofes , & je ne connoîs que les
Auditeurs , dans la claffe de Pamphile ,
qui puiffent en pareille circonftance , répandre
véritablement des larmes.
Le deuxième A&te ne fournit aucune
fituation qui tende au plus léger attendriffement.
Il fuffit de le lire , pour s'en
convaincre ; d'ailleurs , il faut des femmes
pour attendrir ; deux beaux yeux en
pleurs ont de puiffans charmes ; c'eſt-là
(c ) Acte 1. Scène L
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le vrai mobile du larmoyant deMélanide ,
mais l'Andrienne n'en a point,
On trouve dans la première Scène du
troifiéme Acte , une pofition à la Grecque
, qui feroit parmi nous d'une indécence
infoutenable Glycérion toujours
en travail , s'écrie derriere le Théâtre ,
Junon , Déeffe Tutélaire des accouchemens
, fecourez-moi , je vous prie ! Juno
Lucina , fer opem , ferva me , obfecro,
Croyez-vous , Monfieur , que le parterre
de Rome ait été beaucoup plus attendri
par cette lamentable invocation , que
nous le fûmes nous-mêmes en 1733, lorfqu'une
très-jolie Actrice de la Foire S.
Laurent, preffée par de pareilles douleurs,
fut forcée d'abandonner la Scène pour
implorer Lucine à fon tour ? Je puis vous
affurer , qu'au lieu d'y voir répandre des
larmes , on entendit parmi ceux des Spectateurs
qui étoient inftruits du fecret de
Péclipfe , (d) des éclats d'un rire immodéré
, qui ne marquoient pas affurément
de fenfibilité douloureufe pour la
velle Glycérion.
nous
La deuxième Scène du quatriéme Afte
offre encore Pamphile , jurant par les
.I
(d) Elle repréfentoit les perfonnages de la Lune
dans l'Opéra de Boiſfy intitulé , la nuit d'Etés
SEPTEMBRE. 1763. 75
-Dieux , de ne jamais abandonner fa maitreffe
& proteftant que la mort feule
pourra la lui ravir. Mais cette fituation
d'un jeune homme amoureux à la rage ,
fût -elle cent fois répétée , ne peut donner
, ni au corps entier du Poëme , ni
aux Scènes particulières , ce caractère
vraiment pitoyable qui attendrit jufqu'aux
larmes. A l'égard des Scènes , le
fait eft prouvé; nous en avons au Théâtre
François , & particulièrement à l'Opéra
d'un coloris encore plus tendre , qui
n'ont jamais fait pleurer perfonne ; &
quant au corps du Poëme , ce ne font
pas deux ou trois morceaux ifolés , graves
ou enjoués , Comiques ou plaintifs qui
peuvent déterminer fon efpéce diftinctive
; c'eft la nature des Sujets qui y font
traités ; c'eft le ton des principaux perfonnages
& fur-tout l'enfemble des fituations
& des fentimens qui y dominent
, qui font feuls capables par leur
réunion de lui imprimer fon véritable
caractère .
Si quelques Scènes ifolées pouvoient
fixer le genre d'une Comédie ; l'Andrienne,
à ce prix , pourroit être mife au nombre
des Pièces les plus rifibles . En effet
nous n'avons peut- être pas de meilleur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Comique de fituation , que deux endroits
de ce même A&te que je vais vous
rappeller. Dans le premier qui forme la
quatriéme Scène , Davus paroît , portant
un enfant dans fes bras , & dit à
Myfis de le prendre & de le mettre
elle-même devant la porte de Pamphile.
Après une légère réfiftance , Myfis obéit ,
refte feule , & Davus difparoît. Dans
l'inftant même arrive le vieux Chrémès.
Sa furpriſe & fon dépit font extrêmes ,
de trouver un enfant expofé à la porte
de fon gendre futur. Il interroge Myfis ,
pour fçavoir fi c'eft elle qui a mis là cet
enfant. Myfis , toute interdite , ne fçait
que répondre & cherche des yeux Ďavus
qu'elle ne retrouve point. Cependant
il revient comme par hazard , & affecte
de méconnoître Myfis , qu'il traite en
avanturiere ; ce qui donne lieu à une difpute
entreux , remplie de traits vraiment
comiques. Je ne fçais point réſiſter à
l'envie de vous en tranfcrire ici , une
partie.
MYSIS , appercevant DAVUS.
Pourquoi , je te prie , m'as-tu laiffée
içi toute feule ?
DAVUS.
Ho , ho ! quelle hiftoire eft- ce donc,
SEPTEMBRE. 1763
77
que ceci ? Dis-moi un peu , Myfis
dou eft cet enfant , & qui l'a apporté ici ?
MY SIS.
Es -tu en ton bon fens de me faire
cette demande
DAVUS.
A qui la pourrois- je donc faire , puif
que je ne vois ici que toi ?
MY SIS..
Tu es fou , n'eft-ce pas toi même qui
las mis là ?
DAVUS.
Si tu me dis un feul mot que pour répondre
à ce que je te demanderai .....
prends- y garde .
MYSIS
Tu me menaces ?
DAVUS.
D'où eft donc cet enfant ? (bas) , dis◄
le fans myſtère.
MY SI'S.
De chez vous.
DAVUS:
Ha , ha , ha ! mais faut-il s'étonner
qu'une femme foit impudente ? Nous
jugez-vous fi propres à être vos dupes ? ..
en un mot , hate - toi vite de m'ôter cet
enfant de cette porte . ( Bas ) , demeure.
MYSIS.
Que les Dieux t'abîment pour la
fraieur que tu me fais ! Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
DAVUS.
Eft - ce à toi que je parte , ou non ?
MYSIS.
Que veux- tu ?
DAVUS.
Quoi tu me demandes ? Dis -moi de
qui eft l'enfant que tu as mis là ? Parle ?
MYSIS.
Eft- ce que tu ne le fçais pas ?
1
DAVUS.
Mon Dieu ! laiffé là ce que je fçai ,
& me dis ce que je te demande & c. &c.
Le furplus de la Scène eft dans le
même goût. L'arrivée d'un certain Criton
de l'ifle d'Andros , vraie machine de
dénouement , termine cet Acte.
En vain chercheroit- on dans le cinquiéme
quelqu'indice du ton pitoyable
ou même fimplement attendriffant ; on
n'y trouvera ni événement ni caractères
qui ayent la moindre tendance au genre
larmoyant. L'homme d'Andros y reparoît
dans la Scène cinquiéme & léve par
fes récits , tous les obftacles qui s'oppofoient
au mariage de Glycérion , qui
eft enfin reconnue Athénienne & fille
de Chrémès. C'eſt ainfi que fe dénoue çe
Poëme célébre , où l'on voit fans doute
des peintures admirables qui appartiennent
à tous les âges , à tous les
SEPTEMBRE. 1763 . 79
fiécles & a toutes les nations , mais où
il me paroît impoffible d'entrevoir des
objets capables d'arracher des larmes
hi dès le premier Acte , ni même dans
aucun de ceux dont ce Poëme eft compofé.
Je devrois peut- être ici oppofer autorité
à autorité , & citer les Auteurs
qui ont nié formellement que les Anciens
ayent pû fournir des modéles au
larmoyant comique ; mais je me contenterai
de rapporter le fentiment de
M. l'Abbé de la Porte , dans fes obfervations
fur la Littérature moderne ( e ) ;
il eft fi perfuadé que Thalie n'a jamais
fait verfer de larmes dans Rome ou
dans Athénes , & il croit cette vérité fi
évidente , qu'on peut , dit-il , le difpenfer
d'en rapporter des preuves.
Enfin je demande qu'on relife Teren
ce ; j'ofe affurer que le Lecteur qui feroit
né avec l'âme la moins fenfible
n'hésitera pas un moment à fe décider
fur la nature des fentimens de joie ou
de trifteffe qu'il devra éprouver, à moins
qu'il ne reffemble à ce Financier ftupide
, qui demandoit , dans une fête
s'il avoit du plaifir ?
( e ) Tom. I. art. 4. 1750.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Quant à moi je déclare que le nou
vel examen que j'ai fait de l'Andrienne
m'a de plus en plus confirmé dans ma
première idée , & que mon aveuglement
eft tel
Quejefuis en danger de n'enjamais guérir.
·
Loin d'y trouver le germe du genre
plaintif & attendriffant , j'y ai vû au
contraire un affez grand nombre de
Scènes du genre le plus bouffon . La
pofition de la fage- femme qui s'enivre;
les cris indécens d'une fille qui accouche
, prèfque publiquement , & l'expofition
rifible d'un enfant nouvellement
né & c. tous ces objets paroîtront toujours
& à tout le monde , infiniment
plus propres à remplir le fond d'un
Opéra-Comique , qu'à être traités fur
un théâtre où la décence doit préfider.
Si je n'avois fait attention qu'à l'Auteur
de la nouvelle Poëtique , &aux applaudiffemens
qu'il a fi fouvent mérités
fans doute que la plume me feroit tombée
des mains ; mais la vérité m'eft
chère ; & comme les ouvrages de M.
Marmontel prouvent , en mille endroits,
qu'il l'aime auffi , j'ofe me flatter qu'il
ne trouvera pas mauvais que jaye lutté
contre fes fentimens dans cette lettre ,
SEPTEMBRE. 1763. 81
"
après avoir eu le courage de combattre
dans ma differtation ceux de Meffieurs
de Fontenelle & de Voltaire..
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ala Rochelle , lê 15 Juin 1763 .
TÉRENCE , adreffée à M. L. D.
Affocié de l'Académie de LA ROCHELLE,
ESTST-IL bien vrai , Monfieur , comme
le prétend M. Marmontel dans la feconde
partie de fa Poëtique , » qu'il faut n'avoir
jamais lû les Anciens , pour attribuer
» à notre fiécle l'origine du Comique at
» tendriffant , & qu'il eft furprenant que
» cette erreur ait pu fubfifter un inſtant
» chez une Nation accoutumée à voir
» jouer l'Adrienne de Terence , où l'on
» pleure , dès le premier Acte , & c.
Je fçais que quelques Auteurs , dont
je refpecte l'autorité , ont cru voir égaÍement
chez les Anciens le germe du Comique
Larmoyant ; mais comme je me
flatte d'avoir combattu folidement ce fyf
tême dans un écrit qui vient d'être im170
MERCURE DE FRANCE .
7
primé (a) , je ne retournerai point fur
mes traces , & je me bornerai à difcuter
ici l'affertion qui regarde particulièrement
l'Andrienne.
Avant que d'entrer en matière , il eſt à
propos de remarquer qu'il réfulte néceffairement
des expreffions de M.Marmontel
, que cette Comédie fait pleurer nonfeulementdès
lepremier Acte, mais encore
dans tous les A&tes fuivans. Ce n'eft
point ici une chicane de mots. C'eſt
donner fimplement aux paroles de l'Auteur
, le fens qu'elles préfentent naturellement.
Tout le monde a lû Térence & connoît
l'Andrienne ; ainfi tout le monde
eft en état de juger , fi ce Poëme peut
véritablement avoir été la fource où l'on
a puifé le Comique plaintif , tel qu'il
existe depuis trente ans parmi nous. Il
feroit donc inutile d'en faire une exacte
analyfe ; il fuffira d'en parcourir quelques .
endroits qui fembleroient peut- être au
premier coup -d'oeil pouvoir favorifer le
fentiment de M. Marmontel.
D'abord je dois dire que l'expreffion
(a) Dans le troifiéme recueil de l'Académie de
la Rochelle , chez Légier , Imprimeur de l'Académaie,
& qui fe trouve à Paris chez Mérigot , pere.
SEPTEMBRE. 1763. 71
de genre attendriffant , eft trop générale ,
qu'elle ne défigne point fuffi amment
la maniere l'armoyante dont la Chauffée
eft linventeur , & que je n'ai jamais prétendu
attaquer que cette manière- là
dont en effet je ne trouve aucun veftige
dans la Comédie du Poëte latin.
J
Dès fix Scènes qui compofent le premier
Acte , il y en a quatre qui fe paffent
entre Simon , père de Pamphile , Sofie
affranchi de Simon , & Davus , valet de
Pamphile. Or , certainement ces trois
Perfonnages , foit par leur caractère , ſoit
par leurs difcours , ne font ni plaintifs ni
attendriffans . La cinquiéme Scène eft
entre Arquilis & Myfis , l'une fervante
& l'autre garde , ou plutôt confidente de
Glycérion , Héroïne invifible de la Piéce.
Voici un échantillon des propos de
Myfis.
» Mon Dieu ! Arquilis , il y a mille ans
» que je vous entends ; vous voulez que
» j'amène Lesbie ; cependant , il eft cer-
» tain qu'elle eft fujette à boire , qu'elle
» eft imprudente , & quelle n'eft pas ce , &
» qu'il faut , pour qu'on puiffe lui con-
, fier fûrement une femme à fa premiere
groffeffe; je l'aménerai pourtant . Voyez
» un peu l'importunité de cette vieille :
72 MERCURE DE FRANCE.
» & tout cela parce qu'elles ont accoutu
» mé de boire enſemble , &c. (b)
Ce n'eft pas affùrément dans les Scènes
de cette eſpéce qu'on trouvera de l'analogie
entre les caracteres des perfonnages
de l'Andrienne & ceux du nouveau
Comique ; mais parcourons la Scène
fixiéme , nous y découvrirons fans doute
la véritable origine du Comique qui
fait pleurer , puifque c'étoit fi je l'ofe
dire , l'Egide dont fe couvroit la Chauffée
, pour parer les traits de fes critiques.
La moitié de cette Scène eft remplie
des plaintes de Pamphile , contre fon
père , qui veut le marier malgré lui à la
fille de Chrémès , fon ancien ami : il demande
enfuite à Myfis , ce que fait fa
Maîtreffe. Myfis répond , ce qu'elle fait?
elle eſt en travail , laborat è dolore. Je
conviens fans peine que Pamphile raconte
ici d'une maniere très - touchante
, les dernieres paroles que lui a dites en
mourant Chryfis , ami de Clycérion , &
que ce Tableau eft véritablement trèspathétique.
Mais pour quel ordre de
Spectateurs ?
Quand on voudroit fuppofer qu'il
; ( b) Traduction de Madame Dacier.
étoit
SEPTEMBRE. 1763.
73
étoit dans les moeurs Grecques , de s'intéreffer
aux avantures des filles protégées
par les Prêtreffes de Vénus , chez
lefquelles la jeuneffe d'Athènes alloit
fouper & payoit fon écot ; ( c ) dans les
nôtres , quel intérêt peut - on prendre
au fort d'une courtisane que fa confidente
, qui mériteroit un autre nom ,
nous repréfente à la fuite de fes galanteries
, dans les douleurs actuelles de l'enfantement
? Que Pamphile follement
amoureux faffe paroître dans cette occafion
le plus vif attendriffement ; qu'il
foit furieux de douleur ; tous ces mouvemens
font dans la nature ; mais que des
fpectateurs tranquilles & indifférens
foient affez vivement pénétrés pour verfer
des pleurs , cela n'eft point dans l'ordre
des chofes , & je ne connoîs que les
Auditeurs , dans la claffe de Pamphile ,
qui puiffent en pareille circonftance , répandre
véritablement des larmes.
Le deuxième A&te ne fournit aucune
fituation qui tende au plus léger attendriffement.
Il fuffit de le lire , pour s'en
convaincre ; d'ailleurs , il faut des femmes
pour attendrir ; deux beaux yeux en
pleurs ont de puiffans charmes ; c'eſt-là
(c ) Acte 1. Scène L
D
74 MERCURE DE FRANCE.
le vrai mobile du larmoyant deMélanide ,
mais l'Andrienne n'en a point,
On trouve dans la première Scène du
troifiéme Acte , une pofition à la Grecque
, qui feroit parmi nous d'une indécence
infoutenable Glycérion toujours
en travail , s'écrie derriere le Théâtre ,
Junon , Déeffe Tutélaire des accouchemens
, fecourez-moi , je vous prie ! Juno
Lucina , fer opem , ferva me , obfecro,
Croyez-vous , Monfieur , que le parterre
de Rome ait été beaucoup plus attendri
par cette lamentable invocation , que
nous le fûmes nous-mêmes en 1733, lorfqu'une
très-jolie Actrice de la Foire S.
Laurent, preffée par de pareilles douleurs,
fut forcée d'abandonner la Scène pour
implorer Lucine à fon tour ? Je puis vous
affurer , qu'au lieu d'y voir répandre des
larmes , on entendit parmi ceux des Spectateurs
qui étoient inftruits du fecret de
Péclipfe , (d) des éclats d'un rire immodéré
, qui ne marquoient pas affurément
de fenfibilité douloureufe pour la
velle Glycérion.
nous
La deuxième Scène du quatriéme Afte
offre encore Pamphile , jurant par les
.I
(d) Elle repréfentoit les perfonnages de la Lune
dans l'Opéra de Boiſfy intitulé , la nuit d'Etés
SEPTEMBRE. 1763. 75
-Dieux , de ne jamais abandonner fa maitreffe
& proteftant que la mort feule
pourra la lui ravir. Mais cette fituation
d'un jeune homme amoureux à la rage ,
fût -elle cent fois répétée , ne peut donner
, ni au corps entier du Poëme , ni
aux Scènes particulières , ce caractère
vraiment pitoyable qui attendrit jufqu'aux
larmes. A l'égard des Scènes , le
fait eft prouvé; nous en avons au Théâtre
François , & particulièrement à l'Opéra
d'un coloris encore plus tendre , qui
n'ont jamais fait pleurer perfonne ; &
quant au corps du Poëme , ce ne font
pas deux ou trois morceaux ifolés , graves
ou enjoués , Comiques ou plaintifs qui
peuvent déterminer fon efpéce diftinctive
; c'eft la nature des Sujets qui y font
traités ; c'eft le ton des principaux perfonnages
& fur-tout l'enfemble des fituations
& des fentimens qui y dominent
, qui font feuls capables par leur
réunion de lui imprimer fon véritable
caractère .
Si quelques Scènes ifolées pouvoient
fixer le genre d'une Comédie ; l'Andrienne,
à ce prix , pourroit être mife au nombre
des Pièces les plus rifibles . En effet
nous n'avons peut- être pas de meilleur
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Comique de fituation , que deux endroits
de ce même A&te que je vais vous
rappeller. Dans le premier qui forme la
quatriéme Scène , Davus paroît , portant
un enfant dans fes bras , & dit à
Myfis de le prendre & de le mettre
elle-même devant la porte de Pamphile.
Après une légère réfiftance , Myfis obéit ,
refte feule , & Davus difparoît. Dans
l'inftant même arrive le vieux Chrémès.
Sa furpriſe & fon dépit font extrêmes ,
de trouver un enfant expofé à la porte
de fon gendre futur. Il interroge Myfis ,
pour fçavoir fi c'eft elle qui a mis là cet
enfant. Myfis , toute interdite , ne fçait
que répondre & cherche des yeux Ďavus
qu'elle ne retrouve point. Cependant
il revient comme par hazard , & affecte
de méconnoître Myfis , qu'il traite en
avanturiere ; ce qui donne lieu à une difpute
entreux , remplie de traits vraiment
comiques. Je ne fçais point réſiſter à
l'envie de vous en tranfcrire ici , une
partie.
MYSIS , appercevant DAVUS.
Pourquoi , je te prie , m'as-tu laiffée
içi toute feule ?
DAVUS.
Ho , ho ! quelle hiftoire eft- ce donc,
SEPTEMBRE. 1763
77
que ceci ? Dis-moi un peu , Myfis
dou eft cet enfant , & qui l'a apporté ici ?
MY SIS.
Es -tu en ton bon fens de me faire
cette demande
DAVUS.
A qui la pourrois- je donc faire , puif
que je ne vois ici que toi ?
MY SIS..
Tu es fou , n'eft-ce pas toi même qui
las mis là ?
DAVUS.
Si tu me dis un feul mot que pour répondre
à ce que je te demanderai .....
prends- y garde .
MYSIS
Tu me menaces ?
DAVUS.
D'où eft donc cet enfant ? (bas) , dis◄
le fans myſtère.
MY SI'S.
De chez vous.
DAVUS:
Ha , ha , ha ! mais faut-il s'étonner
qu'une femme foit impudente ? Nous
jugez-vous fi propres à être vos dupes ? ..
en un mot , hate - toi vite de m'ôter cet
enfant de cette porte . ( Bas ) , demeure.
MYSIS.
Que les Dieux t'abîment pour la
fraieur que tu me fais ! Diij
78 MERCURE DE FRANCE .
DAVUS.
Eft - ce à toi que je parte , ou non ?
MYSIS.
Que veux- tu ?
DAVUS.
Quoi tu me demandes ? Dis -moi de
qui eft l'enfant que tu as mis là ? Parle ?
MYSIS.
Eft- ce que tu ne le fçais pas ?
1
DAVUS.
Mon Dieu ! laiffé là ce que je fçai ,
& me dis ce que je te demande & c. &c.
Le furplus de la Scène eft dans le
même goût. L'arrivée d'un certain Criton
de l'ifle d'Andros , vraie machine de
dénouement , termine cet Acte.
En vain chercheroit- on dans le cinquiéme
quelqu'indice du ton pitoyable
ou même fimplement attendriffant ; on
n'y trouvera ni événement ni caractères
qui ayent la moindre tendance au genre
larmoyant. L'homme d'Andros y reparoît
dans la Scène cinquiéme & léve par
fes récits , tous les obftacles qui s'oppofoient
au mariage de Glycérion , qui
eft enfin reconnue Athénienne & fille
de Chrémès. C'eſt ainfi que fe dénoue çe
Poëme célébre , où l'on voit fans doute
des peintures admirables qui appartiennent
à tous les âges , à tous les
SEPTEMBRE. 1763 . 79
fiécles & a toutes les nations , mais où
il me paroît impoffible d'entrevoir des
objets capables d'arracher des larmes
hi dès le premier Acte , ni même dans
aucun de ceux dont ce Poëme eft compofé.
Je devrois peut- être ici oppofer autorité
à autorité , & citer les Auteurs
qui ont nié formellement que les Anciens
ayent pû fournir des modéles au
larmoyant comique ; mais je me contenterai
de rapporter le fentiment de
M. l'Abbé de la Porte , dans fes obfervations
fur la Littérature moderne ( e ) ;
il eft fi perfuadé que Thalie n'a jamais
fait verfer de larmes dans Rome ou
dans Athénes , & il croit cette vérité fi
évidente , qu'on peut , dit-il , le difpenfer
d'en rapporter des preuves.
Enfin je demande qu'on relife Teren
ce ; j'ofe affurer que le Lecteur qui feroit
né avec l'âme la moins fenfible
n'hésitera pas un moment à fe décider
fur la nature des fentimens de joie ou
de trifteffe qu'il devra éprouver, à moins
qu'il ne reffemble à ce Financier ftupide
, qui demandoit , dans une fête
s'il avoit du plaifir ?
( e ) Tom. I. art. 4. 1750.
D iv
80 MERCURE DE FRANCE.
Quant à moi je déclare que le nou
vel examen que j'ai fait de l'Andrienne
m'a de plus en plus confirmé dans ma
première idée , & que mon aveuglement
eft tel
Quejefuis en danger de n'enjamais guérir.
·
Loin d'y trouver le germe du genre
plaintif & attendriffant , j'y ai vû au
contraire un affez grand nombre de
Scènes du genre le plus bouffon . La
pofition de la fage- femme qui s'enivre;
les cris indécens d'une fille qui accouche
, prèfque publiquement , & l'expofition
rifible d'un enfant nouvellement
né & c. tous ces objets paroîtront toujours
& à tout le monde , infiniment
plus propres à remplir le fond d'un
Opéra-Comique , qu'à être traités fur
un théâtre où la décence doit préfider.
Si je n'avois fait attention qu'à l'Auteur
de la nouvelle Poëtique , &aux applaudiffemens
qu'il a fi fouvent mérités
fans doute que la plume me feroit tombée
des mains ; mais la vérité m'eft
chère ; & comme les ouvrages de M.
Marmontel prouvent , en mille endroits,
qu'il l'aime auffi , j'ofe me flatter qu'il
ne trouvera pas mauvais que jaye lutté
contre fes fentimens dans cette lettre ,
SEPTEMBRE. 1763. 81
"
après avoir eu le courage de combattre
dans ma differtation ceux de Meffieurs
de Fontenelle & de Voltaire..
J'ai l'honneur d'être , & c.
Ala Rochelle , lê 15 Juin 1763 .
Fermer
328
p. 81-82
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
JE viens de lire, Monsieur, dans votre Mercure du mois de Juillet 1763, [...]
Mots clefs :
Maître des requêtes, Hôtel du roi, Réponse, Mention, Copies authentiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure..
E viens de lire , Monfieur , dans vo--
tre Mercute du mois de Juillet 1763 ,
premier Volume , page 130 , que Fran
çois Lalouette avoit été Maître des Re--
quêtes de l'Hôtel du Roi , fuivant unt
Mémoire que M. de Velley a lù le 23 :
Février de cette année à la Séance pu--
blique de la Société Littéraire de Ch--
lons fur Marne .
Comme je travaille depuis longtems »
à l'hiftoire des Maîtres des Requêtes :
depuis le régne de S. Louis jufques à
préfent , que je vais faire imprimer in--
ceffament en 8 Vol. in-4° , je ne trouve ?
point depuis ce tems qu'il foit fait men--
tion de François Lalouette , en qualité :
de Maître des Requêtes ordinaires du
Roi. Si vous pouviez , Monfieur , enga--
D y
82 MERCURE DE FRANCE .
ger M. de Velley ( que je n'ai point
l'honneur de connoître ) de vous faire
fçavoir où il a trouvé que ledit François
Lalouette a été Maître des Requêtes , je
vous ferai obligé de vouloir bien me
faire part de fa réponſe , dont je ferois
mention dans mon Hiftoire , s'il nous
rapportoit copies authentiques des titres
ou des Auteurs qui font mention de ce
Maître des Requêtes. Je fuis , &c .
DE NOINVILLE , Abonné au Mercure , Maitre
des Requêtes , & Préfident Honoraire
au Grand- Confeil.
A Paris , ce 22 Juillet 1763.
E viens de lire , Monfieur , dans vo--
tre Mercute du mois de Juillet 1763 ,
premier Volume , page 130 , que Fran
çois Lalouette avoit été Maître des Re--
quêtes de l'Hôtel du Roi , fuivant unt
Mémoire que M. de Velley a lù le 23 :
Février de cette année à la Séance pu--
blique de la Société Littéraire de Ch--
lons fur Marne .
Comme je travaille depuis longtems »
à l'hiftoire des Maîtres des Requêtes :
depuis le régne de S. Louis jufques à
préfent , que je vais faire imprimer in--
ceffament en 8 Vol. in-4° , je ne trouve ?
point depuis ce tems qu'il foit fait men--
tion de François Lalouette , en qualité :
de Maître des Requêtes ordinaires du
Roi. Si vous pouviez , Monfieur , enga--
D y
82 MERCURE DE FRANCE .
ger M. de Velley ( que je n'ai point
l'honneur de connoître ) de vous faire
fçavoir où il a trouvé que ledit François
Lalouette a été Maître des Requêtes , je
vous ferai obligé de vouloir bien me
faire part de fa réponſe , dont je ferois
mention dans mon Hiftoire , s'il nous
rapportoit copies authentiques des titres
ou des Auteurs qui font mention de ce
Maître des Requêtes. Je fuis , &c .
DE NOINVILLE , Abonné au Mercure , Maitre
des Requêtes , & Préfident Honoraire
au Grand- Confeil.
A Paris , ce 22 Juillet 1763.
Fermer
329
p. 82-87
LE CONSOLATEUR, pour servir de réponse à la Théorie de l'Impôt, & autres Ecrits sur l'Economie politique ; par M. de S. Suplix. A Bruxelles, & se trouve à Paris, chez Valleyre pere, rue S. Severin, vis-à-vis le Portail de l'Eglise, à l'Annonciation, 1763. un volume in-12 .
Début :
QUATORZE Chapitres composent ce Volume, qui est, comme on le voit [...]
Mots clefs :
Auteur, Théorie, Chapitres, Tabac, Agriculture, Économie politique, Théorie de l'impôt
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LE CONSOLATEUR, pour servir de réponse à la Théorie de l'Impôt, & autres Ecrits sur l'Economie politique ; par M. de S. Suplix. A Bruxelles, & se trouve à Paris, chez Valleyre pere, rue S. Severin, vis-à-vis le Portail de l'Eglise, à l'Annonciation, 1763. un volume in-12 .
LE CONSOLATEUR , pour fervir de
réponse à la Théorie de l'Impôt , &
autres Ecrits fur l'Economie politique;
par M. de S. Suplix. A Bruxelles
, & fe trouve à Paris , chez Valleyre
pere , rue S. Severin , vis - à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
1763. un volume in -12 .
Q
JATORZE Chapitres compofent ce
Volume , qui eft , comme on le voit
SEPTEMBRE. 1763. 83
par le titre , une réfutation de plufieurs
Ouvrages qui ont paru dans les derniers
temps fur l'Economie politique ,
& en particulier du Livre fameux de la
Théorie de l'Impôt.
Les deux premiers Chapitres traitent
de l'Agriculture à laquelle, depuis quelques
années , le Public paroît donner
toute fon attention . L'Auteur ne veut
pas qu'on néglige cet Art ; mais il s'éléve
avec force contre les Ecrivains qui
prétendent qu'il n'eft point affez cultivé
en France ; & il fait voir que s'il eft trèsutile
, il n'eft certainement pas le feul
néceffaire.
La population fait la matière des deux
Chapitres fuivans. Un Auteur moderne
a prétendu que l'Agriculture eft la fource
de la population ; & comme il veut que
' Agriculture foit diminuée en France ,
en conféquence il diminue les habitans
du Royaume. Non-feulement on a prouvé
dans les deux premiers Chapitres que
Agriculture étoit toujours la même ,
mais on montre encore que cet Art ,
quoique le plus utile aux hommes , n'eft
cependant pas le plus favorable à la population
, à ne l'envifager que dans la
culture des grains.
Le cinquiéme chapitre préfente des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
calculs fur les revenus de la Nation , dans
lefquels on combat encore fortement les
opinions de l'Auteur de la Théorie de
P'Impôt ; car c'eft à lui qu'on en veut
principalement dans cette nouvelle réfutation
; comme on peur le voir encore
par le Titre du Chapitre fuivant : Tableau
des revenus du territoire du Royaume ,
dans un état de profpérité: Parl'Auteur
de la Théorie de l'Impôt. Et remarques
fur ce Tableau. Ces remarques ont pour
objet de prouver que le Tableau en quef.
tion eft extraordinairement exagéré.
Les prohibitions & privilèges exclufifs
font traités dans deux Chapitres. On
juge bien que M. de Mirabeau s'étant éle--
ve fortement contre ces fortes de privi--
lèges , fon adverfaire en prendra la dé--
fenfe; mais ily met des reftrictions.
La forme des impôts , telle qu'elle eft
établie aujourd'hui en France , eft trèsancienne
. Les abus s'y font gliffés par
gradation, il eft néceffaire de les corriger;
mais pour le faire fans danger , dit notre
Auteur , il faut que ce foit peu -à - peu ;
rien de fi périlleux que les changemens.
fubits ; c'étoit le fentiment de M. Colbert.
l'Auteur de la Théorie de l'impôt veut aller
plus vite , & c'eft encore pour le réfuter
dans cette partie de fon Ouvrage,queSEPTEMBRE
. 1763 . 84
T'on employe ici un Chapitre entier , qui
fait le neuvième du Livre que nous annonçons
..
Le dixiéme eft intitulé : L'Auteur de
la Théorie de l'Impôt veut rendre le fel
& le tabac marchands : projet que l'on
a déja tenté inutilement. Ce Chapitre préfente
des faits curieux ; & l'on fera
peut être bien-aife de trouver ici les
progrès du tabac. Cette plante s'appelloit
originairement Petun , & fut apportée
en France fous le régne de
François Second , par Jean Nicot
Ambaffadeur en Portugal. Infenfiblement
fa vertu féduifit au point que
vers l'an 1629 il en entroit fi confidérablement
dans le Royaume , que cela
at ira l'attention du Gouvernement. On
mit une taxe de trente fals par livre dé
droit à fon entrée dans le Royaume ;
mais en même temps pour favorifer
l'établiffement des Colonies Françoifes ,
tous les tabacs qui en provenoient
étoient exempts de droits. Ce droit fut
enfuite diminué & fixé à vingt fols.
Enfin la vente exclufive en fut accordée
à un Fermier , en 1674 , avec les
droits. fur l'étain , pour la fomme de cinq
cens mille livres pendant les deux premières
années , & pour fix cens mille
86 MERCURE DE FRANCE.
livres pendant les quatre autres. Le prix
du tabac du Royaume fut fixé à vingt
fols en gros , & à vingt- cinq en détail.
Le prix du tabac étranger à quarante fols
en gros , & à cinquante en détail . En
1718 , la Compagnie d'Occident s'en
chargea fur le pied de quatre millions
deux cens mille livres par an ; à condition
de tirer de nos Colonies des tabacs
à fumer & à raper , & d'én favorifer la
culture. Le prix du tabac fut fixé à quarante
fols en gros , & à cinquante fols
en détail , & les qualités à proportion.
En 1719 le droit fur le tabac fut converti
en droits d'entrée , avec défenſe
d'en planter dans le Royaume. Enfin la
trifte révolution du fyftême mina cette
Compagnie , & replongea dans l'anéantiffement
le commerce du Tabac , & la
culture de la Colonie de la Louifiane .La
yente exclufive fut rétablie en faveur
de Duverdier , qui fut obligé de réfilier
fon bail en 1723 à la Compagnie des
Indes , moyennant quatre-vingt millions
qu'elle avança au Roi. Enfin le
privilége fut réuni en 1730 aux Fermes
qui en font restées en poffeffion depuis
ce temps.
Sans entrer dans aucun détail fur les autres
Chapitres qui traitent du droit d'auSEPTEMBRE.
1763. 87
baine, de la Finance, du reverſement & de
la circulation , il eft aifé de voir que
l'Auteur de ce nouvel Ouvrage fe propofe
partout de combattre les opinions
de M. de Mirabeau. Ce n'eft point à
nous à juger des raifons alléguées de
part & d'autre pour défendre leur fyftême.
Nous nous bornerons à dire que
le nouvel Auteur écrit avec méthode ,
clarté , intérêt & précision.
réponse à la Théorie de l'Impôt , &
autres Ecrits fur l'Economie politique;
par M. de S. Suplix. A Bruxelles
, & fe trouve à Paris , chez Valleyre
pere , rue S. Severin , vis - à-vis le
Portail de l'Eglife , à l'Annonciation.
1763. un volume in -12 .
Q
JATORZE Chapitres compofent ce
Volume , qui eft , comme on le voit
SEPTEMBRE. 1763. 83
par le titre , une réfutation de plufieurs
Ouvrages qui ont paru dans les derniers
temps fur l'Economie politique ,
& en particulier du Livre fameux de la
Théorie de l'Impôt.
Les deux premiers Chapitres traitent
de l'Agriculture à laquelle, depuis quelques
années , le Public paroît donner
toute fon attention . L'Auteur ne veut
pas qu'on néglige cet Art ; mais il s'éléve
avec force contre les Ecrivains qui
prétendent qu'il n'eft point affez cultivé
en France ; & il fait voir que s'il eft trèsutile
, il n'eft certainement pas le feul
néceffaire.
La population fait la matière des deux
Chapitres fuivans. Un Auteur moderne
a prétendu que l'Agriculture eft la fource
de la population ; & comme il veut que
' Agriculture foit diminuée en France ,
en conféquence il diminue les habitans
du Royaume. Non-feulement on a prouvé
dans les deux premiers Chapitres que
Agriculture étoit toujours la même ,
mais on montre encore que cet Art ,
quoique le plus utile aux hommes , n'eft
cependant pas le plus favorable à la population
, à ne l'envifager que dans la
culture des grains.
Le cinquiéme chapitre préfente des
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
calculs fur les revenus de la Nation , dans
lefquels on combat encore fortement les
opinions de l'Auteur de la Théorie de
P'Impôt ; car c'eft à lui qu'on en veut
principalement dans cette nouvelle réfutation
; comme on peur le voir encore
par le Titre du Chapitre fuivant : Tableau
des revenus du territoire du Royaume ,
dans un état de profpérité: Parl'Auteur
de la Théorie de l'Impôt. Et remarques
fur ce Tableau. Ces remarques ont pour
objet de prouver que le Tableau en quef.
tion eft extraordinairement exagéré.
Les prohibitions & privilèges exclufifs
font traités dans deux Chapitres. On
juge bien que M. de Mirabeau s'étant éle--
ve fortement contre ces fortes de privi--
lèges , fon adverfaire en prendra la dé--
fenfe; mais ily met des reftrictions.
La forme des impôts , telle qu'elle eft
établie aujourd'hui en France , eft trèsancienne
. Les abus s'y font gliffés par
gradation, il eft néceffaire de les corriger;
mais pour le faire fans danger , dit notre
Auteur , il faut que ce foit peu -à - peu ;
rien de fi périlleux que les changemens.
fubits ; c'étoit le fentiment de M. Colbert.
l'Auteur de la Théorie de l'impôt veut aller
plus vite , & c'eft encore pour le réfuter
dans cette partie de fon Ouvrage,queSEPTEMBRE
. 1763 . 84
T'on employe ici un Chapitre entier , qui
fait le neuvième du Livre que nous annonçons
..
Le dixiéme eft intitulé : L'Auteur de
la Théorie de l'Impôt veut rendre le fel
& le tabac marchands : projet que l'on
a déja tenté inutilement. Ce Chapitre préfente
des faits curieux ; & l'on fera
peut être bien-aife de trouver ici les
progrès du tabac. Cette plante s'appelloit
originairement Petun , & fut apportée
en France fous le régne de
François Second , par Jean Nicot
Ambaffadeur en Portugal. Infenfiblement
fa vertu féduifit au point que
vers l'an 1629 il en entroit fi confidérablement
dans le Royaume , que cela
at ira l'attention du Gouvernement. On
mit une taxe de trente fals par livre dé
droit à fon entrée dans le Royaume ;
mais en même temps pour favorifer
l'établiffement des Colonies Françoifes ,
tous les tabacs qui en provenoient
étoient exempts de droits. Ce droit fut
enfuite diminué & fixé à vingt fols.
Enfin la vente exclufive en fut accordée
à un Fermier , en 1674 , avec les
droits. fur l'étain , pour la fomme de cinq
cens mille livres pendant les deux premières
années , & pour fix cens mille
86 MERCURE DE FRANCE.
livres pendant les quatre autres. Le prix
du tabac du Royaume fut fixé à vingt
fols en gros , & à vingt- cinq en détail.
Le prix du tabac étranger à quarante fols
en gros , & à cinquante en détail . En
1718 , la Compagnie d'Occident s'en
chargea fur le pied de quatre millions
deux cens mille livres par an ; à condition
de tirer de nos Colonies des tabacs
à fumer & à raper , & d'én favorifer la
culture. Le prix du tabac fut fixé à quarante
fols en gros , & à cinquante fols
en détail , & les qualités à proportion.
En 1719 le droit fur le tabac fut converti
en droits d'entrée , avec défenſe
d'en planter dans le Royaume. Enfin la
trifte révolution du fyftême mina cette
Compagnie , & replongea dans l'anéantiffement
le commerce du Tabac , & la
culture de la Colonie de la Louifiane .La
yente exclufive fut rétablie en faveur
de Duverdier , qui fut obligé de réfilier
fon bail en 1723 à la Compagnie des
Indes , moyennant quatre-vingt millions
qu'elle avança au Roi. Enfin le
privilége fut réuni en 1730 aux Fermes
qui en font restées en poffeffion depuis
ce temps.
Sans entrer dans aucun détail fur les autres
Chapitres qui traitent du droit d'auSEPTEMBRE.
1763. 87
baine, de la Finance, du reverſement & de
la circulation , il eft aifé de voir que
l'Auteur de ce nouvel Ouvrage fe propofe
partout de combattre les opinions
de M. de Mirabeau. Ce n'eft point à
nous à juger des raifons alléguées de
part & d'autre pour défendre leur fyftême.
Nous nous bornerons à dire que
le nouvel Auteur écrit avec méthode ,
clarté , intérêt & précision.
Fermer
330
p. 87-89
DISCOURS sur le bonheur des Gens de Lettres ; avec cette Épigraphe : Homo doctus in se semper divitias habet. Phœd. A Bordeaux, chez les Frères Labottiere, Imprimeurs-Libraires, Place du Palais ; avec permission. Brochure in-8°. de 72 pages. 1763.
Début :
APRÉS un Exorde qui marque dans 1'Auteur une admiration pour les Lettres [...]
Mots clefs :
Gens de lettres, Plaisirs, Vulgaire , Liberté
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur le bonheur des Gens de Lettres ; avec cette Épigraphe : Homo doctus in se semper divitias habet. Phœd. A Bordeaux, chez les Frères Labottiere, Imprimeurs-Libraires, Place du Palais ; avec permission. Brochure in-8°. de 72 pages. 1763.
DISCOURS fur le bonheur des Gens
de Lettres ; avec cette Epigraphe : Homo
doctus in fe femper divitias habet.
Phad. A Bordeaux , chez les
Frères Labottiere , Imprimeurs - Libraires
, Place du Palais ; avec permiffion.
Brochure in- 8°. de 72 pages.
1763.
APRÉS un Exorde qui marque dans
1'Auteur une admiration pour les Lettres
, qui va jufqu'à l'enthoufiafme
, il
arrive à la divifion qui forme les deux
parties de fon difcours ; la voici : l'homme
de Lettres vit dans une noble indépendance.
L'homme de Lettres goûte
88 MERCURE DE FRANCE.
des plaifirs inconnus au Vulgaire .
Parmi différens traits qui prouvent
jufqu'à quel point les gens de Lettres
confervent l'extrême liberté que l'Auteur
leur attribue nous ne mettrons
fous les yeux de nos Lecteurs que le
morceau fuivant : » l'Homme de Lettres
» eft ferme & hardi , lorfqu'il s'agit d'ex-
" pofer le vrai c'eft le digne tribut
» qu'il doit à l'humanité. D'une main il
foudroie le vice , de l'autre il dreffe
» des Autels , à la Vertu . Il déploye
" toute l'indignation d'une âme fenfible
» contre d'injuftes tyrans ; il rejette le
❞ cri infenfé de l'opinion pour faire par-
" ler la voix immortelle de la Raifon..
Que tous les hommes fe rangent du
» parti de l'erreur ; que le defpotifme
» emplove fon bras d'airain pour la faire
» triompher , il le défiera de réduire en
» fervitude fa penfée . Il cédera plutôt
» aux clameurs de l'envie ; il fuira fes
» perfécuteurs jufqu'au fond des forêts ,
» & préférera , s'il le faut , le commerce
» des tigres à celui des hommes. Que
» dis-je , il ne les oubliera point ; il les
» fervira tout ingrats qu'ils font , &
» .confumera fes derniers jours à inf-
» truire une Société qui l'a rejetté de
» fon fein. »
SEPTEMBRE. 1763 . 89
Quant aux plaifirs des gens de Lettres on
comprend affez que lAuteur les rend pu
sement intellectuels, tels que les jouiffances
des fyftémes élevés & profonds de la
Métaphyfique, des fublimes préceptes de
la Morale , des immuables vérités de la
Géométrie , des Tableaux attachans
de l'Hiftoire , du charme inexprimable
de l'Eloquence & furtout de la Poëfie.
Tous ces différens objets font préſentés
dans ce difcours d'une manière qui prouve
que ll''AAuutteeuurr,, véritablement homme
de Lettres , jouit dans fon état & de la
liberté & des plaifirs qu'il promet à fes
confrères.
de Lettres ; avec cette Epigraphe : Homo
doctus in fe femper divitias habet.
Phad. A Bordeaux , chez les
Frères Labottiere , Imprimeurs - Libraires
, Place du Palais ; avec permiffion.
Brochure in- 8°. de 72 pages.
1763.
APRÉS un Exorde qui marque dans
1'Auteur une admiration pour les Lettres
, qui va jufqu'à l'enthoufiafme
, il
arrive à la divifion qui forme les deux
parties de fon difcours ; la voici : l'homme
de Lettres vit dans une noble indépendance.
L'homme de Lettres goûte
88 MERCURE DE FRANCE.
des plaifirs inconnus au Vulgaire .
Parmi différens traits qui prouvent
jufqu'à quel point les gens de Lettres
confervent l'extrême liberté que l'Auteur
leur attribue nous ne mettrons
fous les yeux de nos Lecteurs que le
morceau fuivant : » l'Homme de Lettres
» eft ferme & hardi , lorfqu'il s'agit d'ex-
" pofer le vrai c'eft le digne tribut
» qu'il doit à l'humanité. D'une main il
foudroie le vice , de l'autre il dreffe
» des Autels , à la Vertu . Il déploye
" toute l'indignation d'une âme fenfible
» contre d'injuftes tyrans ; il rejette le
❞ cri infenfé de l'opinion pour faire par-
" ler la voix immortelle de la Raifon..
Que tous les hommes fe rangent du
» parti de l'erreur ; que le defpotifme
» emplove fon bras d'airain pour la faire
» triompher , il le défiera de réduire en
» fervitude fa penfée . Il cédera plutôt
» aux clameurs de l'envie ; il fuira fes
» perfécuteurs jufqu'au fond des forêts ,
» & préférera , s'il le faut , le commerce
» des tigres à celui des hommes. Que
» dis-je , il ne les oubliera point ; il les
» fervira tout ingrats qu'ils font , &
» .confumera fes derniers jours à inf-
» truire une Société qui l'a rejetté de
» fon fein. »
SEPTEMBRE. 1763 . 89
Quant aux plaifirs des gens de Lettres on
comprend affez que lAuteur les rend pu
sement intellectuels, tels que les jouiffances
des fyftémes élevés & profonds de la
Métaphyfique, des fublimes préceptes de
la Morale , des immuables vérités de la
Géométrie , des Tableaux attachans
de l'Hiftoire , du charme inexprimable
de l'Eloquence & furtout de la Poëfie.
Tous ces différens objets font préſentés
dans ce difcours d'une manière qui prouve
que ll''AAuutteeuurr,, véritablement homme
de Lettres , jouit dans fon état & de la
liberté & des plaifirs qu'il promet à fes
confrères.
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331
p. 89-90
DISCOURS prononcé dans l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, par M. l'Abbé COYER, & sa réception, le Dimanche 8 Mai 1763. A Nanci, chez Babin, Imprimeur-Libraire ; & se trouve à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-8°. de 40 pages.
Début :
LES devoirs & les avantages d'un homme de Lettres sont ingénieusement [...]
Mots clefs :
Devoirs, Avantages, Hommes de lettres, Éloquence
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS prononcé dans l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, par M. l'Abbé COYER, & sa réception, le Dimanche 8 Mai 1763. A Nanci, chez Babin, Imprimeur-Libraire ; & se trouve à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-8°. de 40 pages.
DISCOURS prononcé dans l'Académie
Royale des Sciences & Belles- Lettres
de Nanci , par M. l'Abbé COYER ,
&fa réception , le Dimanche 8 Mai
1763. A Nanci , chez Babin , Imprimeur-
Libraire ; & fe trouve à Paris ,
chez Duchefne , Libraire , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; avec Approbation
& Permiffion. 1763. Brochure
in-8° . de 40 pages..
LESEs devoirs & les avantages d'um:
do MERCURE DE FRANCE.
homme de Lettres font ingénieufement
expofés dans cet Ouvrage de M. l'Abbé
Coyer. C'eft à - peu près le même fujet
que celui du Difcours précédent ; mais
le premier eft traité avec plus d'éloquence
; celui de M. l'Abbé Coyer eft écrit
avec plus d'efprit.
Royale des Sciences & Belles- Lettres
de Nanci , par M. l'Abbé COYER ,
&fa réception , le Dimanche 8 Mai
1763. A Nanci , chez Babin , Imprimeur-
Libraire ; & fe trouve à Paris ,
chez Duchefne , Libraire , rue S. Jac
ques , au Temple du Goût ; avec Approbation
& Permiffion. 1763. Brochure
in-8° . de 40 pages..
LESEs devoirs & les avantages d'um:
do MERCURE DE FRANCE.
homme de Lettres font ingénieufement
expofés dans cet Ouvrage de M. l'Abbé
Coyer. C'eft à - peu près le même fujet
que celui du Difcours précédent ; mais
le premier eft traité avec plus d'éloquence
; celui de M. l'Abbé Coyer eft écrit
avec plus d'efprit.
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331
DISCOURS prononcé dans l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, par M. l'Abbé COYER, & sa réception, le Dimanche 8 Mai 1763. A Nanci, chez Babin, Imprimeur-Libraire ; & se trouve à Paris, chez Duchesne, Libraire, rue S. Jacques, au Temple du Goût ; avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-8°. de 40 pages.
332
p. 90-91
DISCOURS qui a remporté le Prix d'Eloquence au jugement de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, pour l'année 1763, par M. BELLICARD, Avocat à la Cour. Nancy, chez la Veuve & Claude Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi. Avec permission ; 1762. Brochure in-8° de 48 pages.
Début :
CE discours traite de l'humanité ; & le vœn de l'Auteur dans son Exorde, [...]
Mots clefs :
Discours, Humanité, Exorde, Vertu, Plaisirs, Affection
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS qui a remporté le Prix d'Eloquence au jugement de la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, pour l'année 1763, par M. BELLICARD, Avocat à la Cour. Nancy, chez la Veuve & Claude Leseure, Imprimeur ordinaire du Roi. Avec permission ; 1762. Brochure in-8° de 48 pages.
DISCOURS qui a remporté le Prix
d'Eloquence aujugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nanci , pour l'année 1763 , par
M. BELLICARD , Avocat à la Cour.
Nancy , chez la Veuve & Claude
Lefeure, Imprimeur ordinaire du Roi.
Avecpermiſſion ; 1761. Brochure in-
8° de 48 pages.
CE difcours traite de l'humanité ; &
le voen de l'Auteur dans fon Exorde ,
eft de rendre tous les hommes heureux ,
en leur infpirant une verttu fi aimable.
Pour cela il entreprend de montrer 1 °.
pourquoi l'humanité eft fi peu commune.
2°. combien elle eft aimable &
précieuſe .
Les caufes qui rendent peu commuSEPTEMBRE
. 1763 .
ne la vertu que l'on veut infpirer au
genre humain , font 1 °. la différence
des rangs , des conditions , des fortunes
qui mettent tant d'intervalle entre un
homme & un homme . 2 ° . l'efprit de
luxe, de volupté, d'intérêt qui régne dans
le fiécle ou nous vivons. 3°. le fanatifme
qui s'allume dans les cerveaux échauf
fés , & caufe les plus funeftes effets
dans l'univers. Nous laiffons à nos Lecteurs
le plaifir d'étendre dans leur ima
gination les divers points de vue fous
lefquels M. Bellicard a envifagé fon
objet , & nous paffons à la feconde
partie.
-
L'humanité eft la fource des vertus
& la fource des folides plaifirs ; deux
qualités qui en font une vertu aimable
& précieufe. Les âmes humaines n'auront
pas de peine à concevoir la vérité
de ces deux fous divifions ; & nous
regrettons de ne pouvoir nous arrêter
plus long-temps fur des objets fi confolans
; mais en renvoyant le Lecteur
àl'ouvrage même, il fentira en le lifant ,
accroître fon eftime pour l'Auteur , &
fon affection pour le genre humain.
d'Eloquence aujugement de la Société
Royale des Sciences & Belles-Lettres
de Nanci , pour l'année 1763 , par
M. BELLICARD , Avocat à la Cour.
Nancy , chez la Veuve & Claude
Lefeure, Imprimeur ordinaire du Roi.
Avecpermiſſion ; 1761. Brochure in-
8° de 48 pages.
CE difcours traite de l'humanité ; &
le voen de l'Auteur dans fon Exorde ,
eft de rendre tous les hommes heureux ,
en leur infpirant une verttu fi aimable.
Pour cela il entreprend de montrer 1 °.
pourquoi l'humanité eft fi peu commune.
2°. combien elle eft aimable &
précieuſe .
Les caufes qui rendent peu commuSEPTEMBRE
. 1763 .
ne la vertu que l'on veut infpirer au
genre humain , font 1 °. la différence
des rangs , des conditions , des fortunes
qui mettent tant d'intervalle entre un
homme & un homme . 2 ° . l'efprit de
luxe, de volupté, d'intérêt qui régne dans
le fiécle ou nous vivons. 3°. le fanatifme
qui s'allume dans les cerveaux échauf
fés , & caufe les plus funeftes effets
dans l'univers. Nous laiffons à nos Lecteurs
le plaifir d'étendre dans leur ima
gination les divers points de vue fous
lefquels M. Bellicard a envifagé fon
objet , & nous paffons à la feconde
partie.
-
L'humanité eft la fource des vertus
& la fource des folides plaifirs ; deux
qualités qui en font une vertu aimable
& précieufe. Les âmes humaines n'auront
pas de peine à concevoir la vérité
de ces deux fous divifions ; & nous
regrettons de ne pouvoir nous arrêter
plus long-temps fur des objets fi confolans
; mais en renvoyant le Lecteur
àl'ouvrage même, il fentira en le lifant ,
accroître fon eftime pour l'Auteur , &
fon affection pour le genre humain.
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332
333
p. 92-93
L'INTÉREST d'un ouvrage, Discours prononcé par M*** le jour de sa réception à l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, le 8 Mai 1763. A Paris chez Vallat-la-Chapelle, Libraire au Palais, sur le Perron de la Sainte-Chapelle, au Château de Champlâtreux, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi. Brochure in 8°. de 44 pages.
Début :
TOUS parlent de l'intérêt d'un ouvrage, dit l'Auteur, aucun ne dit en [...]
Mots clefs :
Ouvrage, Style, Charme, Expression, Traité de littérature
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texteReconnaissance textuelle : L'INTÉREST d'un ouvrage, Discours prononcé par M*** le jour de sa réception à l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, le 8 Mai 1763. A Paris chez Vallat-la-Chapelle, Libraire au Palais, sur le Perron de la Sainte-Chapelle, au Château de Champlâtreux, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi. Brochure in 8°. de 44 pages.
L'INTÉREST d'un ouvrage , Difcours
prononcé par M*** le jour de fa récep
tion à l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8 Mai
1763. A Paris chezVallat- la- Chapelle,
Libraire au Palais , fur le Perron de
la Sainte - Chapelle , au Château de
Champlâtreux , 1763 ; avec Approbation
& Privilége du Roi. Brochure
in 8°. de 44 pages .
"
ToTOUS
ous
parlent
de
l'intérêt
d'un
ou-
»
vrage
, dit
l'Auteur
, aucun
ne
dit
en
»
quoi
confifte
cet
intérêt
. Leur
filence
»
fur
cette
matière
a
occafionné
de
ma
»
part
quelques
obfervations
générales
»
que
je
foumets
à votre
jugement
.
Ce font ces objections qui font le fujet
du Difcours du Récipiendaire;& pour
tracer en peu de mots tout fon plan , il
fuffira de rapporter encorequelques-unes
de fes paroles où fon fyftême eft développé.
» Le choix, l'ordre & la repréſentation
de la penfée , voilà le fondement , la
» forme , & la décoration d'un ouvrage..
SEPTEMBRE. 1763. 93
Le choix décide le fujet , l'ordre éta
blit le plan , la repréfentation donne
» le ftyle. Si l'ouvrage affecte par le fujet
, s'il fatisfait par le plan , s'il attache
» par le ftyle , c'eft un ouvrage intéreffant.
D'un fujet qui affecte , naît le
» charme des détails & des applications ;
» d'un plan qui fatisfait , naît le charme
» du développement & de l'enſemble ;
» d'un ftyle qui attache , naît le charme
» du coloris & de l'expreffion . Leftyle
» fans le fujet , n'attache qu'un moment,
» le fujet fans le ftyle, n'attache qu'à de-
» mi ; l'un & l'autre fans le plan , ne
P fatisfont que par intervalles ; réunis
» tous les trois , c'eft alors qu'ils excitent
* par des fecouffes fucceffives & rapides,
» cette impreffion profonde , cette émo-
» tion entiere , ce tranſport continu
» cet enthoufiafme progreffif, le triomphe
de la fenfibilité de l'âme , & le
».comble de l'intérêt d'un ouvrage.
En reprenant tous ces divers membres
& les développant , l'Auteur nous donne
un excellent Traité de Littérature qu'on
gagnera toujours à lire & à confulter,
prononcé par M*** le jour de fa récep
tion à l'Académie Royale des Sciences
& Belles-Lettres de Nanci , le 8 Mai
1763. A Paris chezVallat- la- Chapelle,
Libraire au Palais , fur le Perron de
la Sainte - Chapelle , au Château de
Champlâtreux , 1763 ; avec Approbation
& Privilége du Roi. Brochure
in 8°. de 44 pages .
"
ToTOUS
ous
parlent
de
l'intérêt
d'un
ou-
»
vrage
, dit
l'Auteur
, aucun
ne
dit
en
»
quoi
confifte
cet
intérêt
. Leur
filence
»
fur
cette
matière
a
occafionné
de
ma
»
part
quelques
obfervations
générales
»
que
je
foumets
à votre
jugement
.
Ce font ces objections qui font le fujet
du Difcours du Récipiendaire;& pour
tracer en peu de mots tout fon plan , il
fuffira de rapporter encorequelques-unes
de fes paroles où fon fyftême eft développé.
» Le choix, l'ordre & la repréſentation
de la penfée , voilà le fondement , la
» forme , & la décoration d'un ouvrage..
SEPTEMBRE. 1763. 93
Le choix décide le fujet , l'ordre éta
blit le plan , la repréfentation donne
» le ftyle. Si l'ouvrage affecte par le fujet
, s'il fatisfait par le plan , s'il attache
» par le ftyle , c'eft un ouvrage intéreffant.
D'un fujet qui affecte , naît le
» charme des détails & des applications ;
» d'un plan qui fatisfait , naît le charme
» du développement & de l'enſemble ;
» d'un ftyle qui attache , naît le charme
» du coloris & de l'expreffion . Leftyle
» fans le fujet , n'attache qu'un moment,
» le fujet fans le ftyle, n'attache qu'à de-
» mi ; l'un & l'autre fans le plan , ne
P fatisfont que par intervalles ; réunis
» tous les trois , c'eft alors qu'ils excitent
* par des fecouffes fucceffives & rapides,
» cette impreffion profonde , cette émo-
» tion entiere , ce tranſport continu
» cet enthoufiafme progreffif, le triomphe
de la fenfibilité de l'âme , & le
».comble de l'intérêt d'un ouvrage.
En reprenant tous ces divers membres
& les développant , l'Auteur nous donne
un excellent Traité de Littérature qu'on
gagnera toujours à lire & à confulter,
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333
L'INTÉREST d'un ouvrage, Discours prononcé par M*** le jour de sa réception à l'Académie Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, le 8 Mai 1763. A Paris chez Vallat-la-Chapelle, Libraire au Palais, sur le Perron de la Sainte-Chapelle, au Château de Champlâtreux, 1763 ; avec Approbation & Privilége du Roi. Brochure in 8°. de 44 pages.
334
p. 94
DISCOURS sur l'Émulation, adressé à la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, par M. BOLLIOUD MERMET, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Lyon. A Lyon, chez les Frères Perisse, Libraires, grande rue Merciere ; avec permission, 1763. Brochure in 8 °. de 44 pages.
Début :
C'EST ici un Discours de réception & de remercîment composé par un [...]
Mots clefs :
Émulation, Discours de réception, Récipiendaire, Abondance
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texteReconnaissance textuelle : DISCOURS sur l'Émulation, adressé à la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, par M. BOLLIOUD MERMET, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Lyon. A Lyon, chez les Frères Perisse, Libraires, grande rue Merciere ; avec permission, 1763. Brochure in 8 °. de 44 pages.
DISCOURS fur l'Émulation , adreſſe
à la Société Royale des Sciences &
Belles Lettres de Nanci , par M.
BOLLIOUD MERMET , Secrétaire
perpétuel de l'Académie des Sciences ,
"Belles-Lettres & Arts de Lyon, A
Lyon , chez les Frères Periffe , Libraires
, grande rue Merciere ; avec
permiffion, 1763. Brochure in 8 °. de
44 pages.
C'EST ici un Difcours de réception
& de remercîment compofé par un
Récipiendaire à l'Académie de Nanci .
Après les complimens d'ufage , M. Bolliond
éffaye de découvrir le vrai principe
de l'émulation . Il définit fa nature,
fon objet , fes moyens ; il développe fes
caractères. L'abondance des Ouvrages
que nous devons encore annoncer ne
que
nous permet pas de fuivre l'Auteur dans
toutes les divifions de ce Difcours vraiment
Académique , foit par la matière
qu'on y traite , foit par l'élégance , le
goût & les vues de l'Auteur.
à la Société Royale des Sciences &
Belles Lettres de Nanci , par M.
BOLLIOUD MERMET , Secrétaire
perpétuel de l'Académie des Sciences ,
"Belles-Lettres & Arts de Lyon, A
Lyon , chez les Frères Periffe , Libraires
, grande rue Merciere ; avec
permiffion, 1763. Brochure in 8 °. de
44 pages.
C'EST ici un Difcours de réception
& de remercîment compofé par un
Récipiendaire à l'Académie de Nanci .
Après les complimens d'ufage , M. Bolliond
éffaye de découvrir le vrai principe
de l'émulation . Il définit fa nature,
fon objet , fes moyens ; il développe fes
caractères. L'abondance des Ouvrages
que nous devons encore annoncer ne
que
nous permet pas de fuivre l'Auteur dans
toutes les divifions de ce Difcours vraiment
Académique , foit par la matière
qu'on y traite , foit par l'élégance , le
goût & les vues de l'Auteur.
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334
DISCOURS sur l'Émulation, adressé à la Société Royale des Sciences & Belles-Lettres de Nanci, par M. BOLLIOUD MERMET, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres & Arts de Lyon. A Lyon, chez les Frères Perisse, Libraires, grande rue Merciere ; avec permission, 1763. Brochure in 8 °. de 44 pages.
335
p. 95-96
RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté le Prix à l'Académie des Jeux Floraux en 1761, 1762 & 1763, par M. le Chevalier de la TREMBLAYE, avec cette Epigraphe : Parvum parva decent, Horat. A Londres, & se vend à Paris, chez Vallat-la-Chapelle, au Palais, sur le Perron de la Ste Chapelle, au Château de Champlâtreux ; 1763 ; Brochure in-8°. de 40 pages.
Début :
QUATRE Odes & une Epitre forment ce Recueil. Les Odes sont intitulées [...]
Mots clefs :
Recueil, Jeux floraux, Charmes, Amour conjugal, Ode
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texteReconnaissance textuelle : RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté le Prix à l'Académie des Jeux Floraux en 1761, 1762 & 1763, par M. le Chevalier de la TREMBLAYE, avec cette Epigraphe : Parvum parva decent, Horat. A Londres, & se vend à Paris, chez Vallat-la-Chapelle, au Palais, sur le Perron de la Ste Chapelle, au Château de Champlâtreux ; 1763 ; Brochure in-8°. de 40 pages.
RECUEIL des Ouvrages qui ont rem
porté le Prix à l'Académie des Jeux
Floraux en 1761 , 1762 & 1763 ;
par M. le Chevalier de la TREMBLAYE
, avec cette Epigraphe :
Parvum parva decent, Horat. A Londres
, & fe vend à Paris , chez Vallatla-
Chapelle , au Palais , fur le Perron
de la Ste Chapelle , au Château de
Champlâtreux ; 1763 ; Brochure in-
8°. de 40 pages.
₹
Qu
:
UATRE Odes & une Epitre for-
ATR
ment ce Recueil . Les Odes font intitulées
le Jaloux , les charmes de
l'Amour Conjugal , le Misantrope , l'Imagination.
L'Epitre eft adreffée à une
Fontaine, Nous ne pouvons guères citer
que quelques ftrophes de ces Odes
pour donner une idée légère & du mérite
de l'Ouvrage , & du talent de l'Auteur.
Voici comment , dans la première
Ode le mari jaloux peint à fa femme le
fentiment dont il eft agité.
2
D'ane flamme affreufe imprévue ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Je me fens brûlé près de toi ;
Un nuage
obfcurcit ma vue ;
La fureur s'empare de moi,
A ce Tentiment invincible
Je reconnois un Dieu terrible ,
Un Dieu que je ne comprends pas.
Fuis , dans ce délire effroyable,
Je peux , Amant impitoyable,
Prophaner jufqu'à tes appas.
Pour peindre les charmes de l'Amour
Conjugal , qui font le fujet de la feconde
Ode , le Poëte adreffe à fon Epoufe la
ftrophe qui fuit :
Oui , tendre moitié de moi-même ,
Chère Compagne , objet vainqueur ,
>Oui , tout reçoit de ce qu'on aime
La douce empreinte du bonheur.
Tu fais dans ma cabane obfcure
Levrai Temple de la Nature ,
Le riant féjour du plaifir.
Eft-il un lieu fur ce rivage
Où je n'admire ton image ,
Quù je ne t'adreſſe un ſoupir
Il nous a paru que M. de la Tremblaye
verfifioit aifément , & que fes Poëfies
ne dépareront pas les Recueils des Jeux
Floraux.
porté le Prix à l'Académie des Jeux
Floraux en 1761 , 1762 & 1763 ;
par M. le Chevalier de la TREMBLAYE
, avec cette Epigraphe :
Parvum parva decent, Horat. A Londres
, & fe vend à Paris , chez Vallatla-
Chapelle , au Palais , fur le Perron
de la Ste Chapelle , au Château de
Champlâtreux ; 1763 ; Brochure in-
8°. de 40 pages.
₹
Qu
:
UATRE Odes & une Epitre for-
ATR
ment ce Recueil . Les Odes font intitulées
le Jaloux , les charmes de
l'Amour Conjugal , le Misantrope , l'Imagination.
L'Epitre eft adreffée à une
Fontaine, Nous ne pouvons guères citer
que quelques ftrophes de ces Odes
pour donner une idée légère & du mérite
de l'Ouvrage , & du talent de l'Auteur.
Voici comment , dans la première
Ode le mari jaloux peint à fa femme le
fentiment dont il eft agité.
2
D'ane flamme affreufe imprévue ,
96 MERCURE DE FRANCE.
Je me fens brûlé près de toi ;
Un nuage
obfcurcit ma vue ;
La fureur s'empare de moi,
A ce Tentiment invincible
Je reconnois un Dieu terrible ,
Un Dieu que je ne comprends pas.
Fuis , dans ce délire effroyable,
Je peux , Amant impitoyable,
Prophaner jufqu'à tes appas.
Pour peindre les charmes de l'Amour
Conjugal , qui font le fujet de la feconde
Ode , le Poëte adreffe à fon Epoufe la
ftrophe qui fuit :
Oui , tendre moitié de moi-même ,
Chère Compagne , objet vainqueur ,
>Oui , tout reçoit de ce qu'on aime
La douce empreinte du bonheur.
Tu fais dans ma cabane obfcure
Levrai Temple de la Nature ,
Le riant féjour du plaifir.
Eft-il un lieu fur ce rivage
Où je n'admire ton image ,
Quù je ne t'adreſſe un ſoupir
Il nous a paru que M. de la Tremblaye
verfifioit aifément , & que fes Poëfies
ne dépareront pas les Recueils des Jeux
Floraux.
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335
RECUEIL des Ouvrages qui ont remporté le Prix à l'Académie des Jeux Floraux en 1761, 1762 & 1763, par M. le Chevalier de la TREMBLAYE, avec cette Epigraphe : Parvum parva decent, Horat. A Londres, & se vend à Paris, chez Vallat-la-Chapelle, au Palais, sur le Perron de la Ste Chapelle, au Château de Champlâtreux ; 1763 ; Brochure in-8°. de 40 pages.
336
p. 97-98
POEME aux Anglois à l'occasion de la Paix universelle ; par M. PEYRAUD DE BEAUSSOL ; Brochure in-8°. de 20 pages.
Début :
СЕТ Ouvrage est un trophée poëtique érigé par un François à la gloire [...]
Mots clefs :
Gloire, Politesse, Anglais, Hommages, Versification
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POEME aux Anglois à l'occasion de la Paix universelle ; par M. PEYRAUD DE BEAUSSOL ; Brochure in-8°. de 20 pages.
POEME aux Anglois à l'occafion de la
Paix univerfelle ; par M. PEYRAU D
DE BEAUSSOL ; Brochure in- 8°.
de 20 pages.
СЕТ
ET Ouvrage eft un trophée poëtique
érigé par un François à la gloire
des Anglois qui peut-être feront étonnés
eux-mêmes de cette extrême politeffe
de notre part. Quoiqu'il en foit ,
l'Auteur dit qu'il laiffe à d'autres le foin
de louer le Roi de Pruffe, & l'Impératrice
de Ruffie ; tout occupé des Anglois
c'eſt à eux feuls qu'il adreffe feshommages,
C'est vous feuls que je chante , ennemis magnanimes.
Il eft fi rempli de fon Sujet , qu'il
a trouvé le moyen de faire fur cette
matière près de cinq cens vers , dont
nous ne rapporterons que les quatorze
premiers.
O vous qui prétendez à l'empire des mers !
Qui du fommet glacé du nouvel Univers ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Allez vous enrichir par un heureux échange ,
Des pierres de Golconde & des tréfors du Gange,
Et qui fçavez encor , faftueux fans danger ,
L'art d'acheter ce luxe avec l'or étranger;
Antiques ennemis d'un Peuple qui vous aime ,
Intrépides Anglois , célèbres par nous-même ,
C'est vous feul qu'un François de votre gloire
épris ,
Au fein de vos rivaux , dans les murs de Paris
A travers les clameurs d'une foule égarée ,
Embraffant de Louis l'image révérée ,
Qu'elle ombrage à l'envî d'oliviers encor verds ;
Oui , c'est vous qu'un François veut chanter dans
ces vers.
༢ ;
En voilà affez pour juger de la verfification
de l'Auteur, de fon zéle pour la
Nation Angloife, & du caractère de fon
Ouvrage , où l'on trouve de temps en
temps de la chaleur & de la Poefie.
Paix univerfelle ; par M. PEYRAU D
DE BEAUSSOL ; Brochure in- 8°.
de 20 pages.
СЕТ
ET Ouvrage eft un trophée poëtique
érigé par un François à la gloire
des Anglois qui peut-être feront étonnés
eux-mêmes de cette extrême politeffe
de notre part. Quoiqu'il en foit ,
l'Auteur dit qu'il laiffe à d'autres le foin
de louer le Roi de Pruffe, & l'Impératrice
de Ruffie ; tout occupé des Anglois
c'eſt à eux feuls qu'il adreffe feshommages,
C'est vous feuls que je chante , ennemis magnanimes.
Il eft fi rempli de fon Sujet , qu'il
a trouvé le moyen de faire fur cette
matière près de cinq cens vers , dont
nous ne rapporterons que les quatorze
premiers.
O vous qui prétendez à l'empire des mers !
Qui du fommet glacé du nouvel Univers ,
E
98 MERCURE DE FRANCE.
Allez vous enrichir par un heureux échange ,
Des pierres de Golconde & des tréfors du Gange,
Et qui fçavez encor , faftueux fans danger ,
L'art d'acheter ce luxe avec l'or étranger;
Antiques ennemis d'un Peuple qui vous aime ,
Intrépides Anglois , célèbres par nous-même ,
C'est vous feul qu'un François de votre gloire
épris ,
Au fein de vos rivaux , dans les murs de Paris
A travers les clameurs d'une foule égarée ,
Embraffant de Louis l'image révérée ,
Qu'elle ombrage à l'envî d'oliviers encor verds ;
Oui , c'est vous qu'un François veut chanter dans
ces vers.
༢ ;
En voilà affez pour juger de la verfification
de l'Auteur, de fon zéle pour la
Nation Angloife, & du caractère de fon
Ouvrage , où l'on trouve de temps en
temps de la chaleur & de la Poefie.
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337
p. 99-100
ANALYSE raisonnée de la Sagesse de CHARRON. Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, Libraire ; & se trouve à Paris, chez Panckoucke, rue & côté de la Comédie Françoise ; en deux Parties in-12. petit form. 1763.
Début :
ON lit à la tête de cet Ouvrage un éloge historique de Charron, très-bien [...]
Mots clefs :
Sagesse, Éloge, Philosophes, Superfluités, Cabinets, Éditeur
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texteReconnaissance textuelle : ANALYSE raisonnée de la Sagesse de CHARRON. Amsterdam, chez Marc-Michel Rey, Libraire ; & se trouve à Paris, chez Panckoucke, rue & côté de la Comédie Françoise ; en deux Parties in-12. petit form. 1763.
ANALYSE raifonnée de la Sagefle de
CHARRON. Amfterdam , chez Marc-
Michel Rey , Libraire ; & fe trouve à
Paris , chez Panckoucke , rue & côté
de la Comédie Françoife ; en deux
Parties in-12. petit form. 1763.
O N lit à la tête de cet Ouvrage un
éloge hiftorique de Charron , très- bien
écrit , qui fait connoître cet Auteur ;
& un difcours
préliminaire'très- bien raifonné
, qui donne à la fois l'idée la
plus jufte de la Sageffe de Charron , & de
l'analyfe qu'on nous préfente. Charron
& Montagne font regardés comme les
deux plus grands
Philofophes du feiziéme
fiécle ; & fi Montagne eft plus
connu , parce qu'il eft plus agréable ,
on ne lit pas Charron avec moins de
fruit . Une infinité de
perfonnes y apprennent
leurs devoirs ; mais les vérités
fublimes que fon livre contient
font perdues dans un fatras de
chofes fi communes , qu'il fatigue le
Lecteur le plus patient par des répétitions
inutiles & continuelles. Ce font
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ces répétitions , ces fuperfluités , & tous
les défagrémens d'un ftyle prolixe &
furanné , qui fe trouvent retranchés dans
cette analyfe. Ce travail étoit néceffaire
pour remettre fous nos yeux & faire
lire avec plaifir un livre en lui - même
fort utile , mais que le goût & la délicatefle
de notre fiécle avoit éloigné de
la plupart des cabinets. Il peut y reparoître
avec diftinction dans l'état où il
eft actuellement ; car outre les retranchemens
dont on vient de parler le
ftyle a cette noble fimplicité qui doit
être l'ornement & la parure de tout
ouvrage philofophique. Seulement le
nouvel Editeur a laiffé fubfifter dans
le , vieux langage tous les endroits où il
a cru refter au-deffous de l'original.
CHARRON. Amfterdam , chez Marc-
Michel Rey , Libraire ; & fe trouve à
Paris , chez Panckoucke , rue & côté
de la Comédie Françoife ; en deux
Parties in-12. petit form. 1763.
O N lit à la tête de cet Ouvrage un
éloge hiftorique de Charron , très- bien
écrit , qui fait connoître cet Auteur ;
& un difcours
préliminaire'très- bien raifonné
, qui donne à la fois l'idée la
plus jufte de la Sageffe de Charron , & de
l'analyfe qu'on nous préfente. Charron
& Montagne font regardés comme les
deux plus grands
Philofophes du feiziéme
fiécle ; & fi Montagne eft plus
connu , parce qu'il eft plus agréable ,
on ne lit pas Charron avec moins de
fruit . Une infinité de
perfonnes y apprennent
leurs devoirs ; mais les vérités
fublimes que fon livre contient
font perdues dans un fatras de
chofes fi communes , qu'il fatigue le
Lecteur le plus patient par des répétitions
inutiles & continuelles. Ce font
E ij
100 MERCURE DE FRANCE.
ces répétitions , ces fuperfluités , & tous
les défagrémens d'un ftyle prolixe &
furanné , qui fe trouvent retranchés dans
cette analyfe. Ce travail étoit néceffaire
pour remettre fous nos yeux & faire
lire avec plaifir un livre en lui - même
fort utile , mais que le goût & la délicatefle
de notre fiécle avoit éloigné de
la plupart des cabinets. Il peut y reparoître
avec diftinction dans l'état où il
eft actuellement ; car outre les retranchemens
dont on vient de parler le
ftyle a cette noble fimplicité qui doit
être l'ornement & la parure de tout
ouvrage philofophique. Seulement le
nouvel Editeur a laiffé fubfifter dans
le , vieux langage tous les endroits où il
a cru refter au-deffous de l'original.
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338
p. 101-102
LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
Début :
CETTE Piéce que l'on doit jouer encore, & dont nous parlerons plus amplement [...]
Mots clefs :
Pièce, Talents, Couplets, Scènes, Musique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
LES DEUX TALENS , Comédie en deux
Actes , mêlée d'Ariettes , par M. de
Baftide,repréfentée pour la premièrefois
par les Comédiens Ítaliens Ordinaires
du Roi , le 11 Août 1763 , le prix eft
de 24 f. avec les airs. A Paris , chez
Jean-Baptifte Bauche , Libraire , quai
& auprès des Auguftins , à Ste Geneviéve
& à S. Jean dans le défert . Avec
Approbation & Permiſſion. 1763.
Brochure in- 12 .
CETTE Piéce que l'on doitjouer en-
>
core, & dont nous parle ons plus amplement
, dans un des Mercures fuivans , à
l'Article desSpectacles , vient d'être imprimée
avec cet avis quelques couplets
» perdus dans le Mercure , & quelques
» momens que j'avois à perdre , m'en-
" gagerent à travailler à cette Comédie.
» Je la lus à des perfonnes de goût
» qui m'affurerent que quelques fcènes
ne leur déplaifoient pas. Il y a en
effet dans cette Piéce , des fcènes ingénieufes
qui fe font lire avec plaifir ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
même fans la Mufique , qui eft de M.
le Chevalier d'Herbain.
Actes , mêlée d'Ariettes , par M. de
Baftide,repréfentée pour la premièrefois
par les Comédiens Ítaliens Ordinaires
du Roi , le 11 Août 1763 , le prix eft
de 24 f. avec les airs. A Paris , chez
Jean-Baptifte Bauche , Libraire , quai
& auprès des Auguftins , à Ste Geneviéve
& à S. Jean dans le défert . Avec
Approbation & Permiſſion. 1763.
Brochure in- 12 .
CETTE Piéce que l'on doitjouer en-
>
core, & dont nous parle ons plus amplement
, dans un des Mercures fuivans , à
l'Article desSpectacles , vient d'être imprimée
avec cet avis quelques couplets
» perdus dans le Mercure , & quelques
» momens que j'avois à perdre , m'en-
" gagerent à travailler à cette Comédie.
» Je la lus à des perfonnes de goût
» qui m'affurerent que quelques fcènes
ne leur déplaifoient pas. Il y a en
effet dans cette Piéce , des fcènes ingénieufes
qui fe font lire avec plaifir ,
E iij
102 MERCURE DE FRANCE .
même fans la Mufique , qui eft de M.
le Chevalier d'Herbain.
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338
LES DEUX TALENS, Comédie en deux Actes, mêlée d'Ariettes, par M. de Bastide, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires du Roi, le 11 Août 1763, le prix est de 24 s. avec les airs. A Paris, chez Jean-Baptiste Bauche, Libraire, quai & auprès des Augustins, à Ste Geneviéve & à S. Jean dans le désert. Avec Approbation & Permission. 1763. Brochure in-12.
339
p. 102
Q. HORATII carmina nitori suo restituta. Parisiis, typis J. Barbou, via san-Jacobœa ; sub signo Ciconiarum. in-12. 1763.
Début :
ON a connu dans le tems, les jolies Editions des Poëtes Latins par Coustelier [...]
Mots clefs :
Éditions, Collection, Fonds, Réimpression
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texteReconnaissance textuelle : Q. HORATII carmina nitori suo restituta. Parisiis, typis J. Barbou, via san-Jacobœa ; sub signo Ciconiarum. in-12. 1763.
Q. HORATII carmina nitori fuo reftituta.
Parifiis , typis J. Barbou
via fan-Jacobea ; fub figno Ciconiarum.
in 12. 1763.
ON a connu dans le tems , les jolies
Editions des Poëtes Latins par Couftelier.
On fçait que Barbou ayant acquis
ce riche fonds , l'a confidérablement
augmenté en réimprimant plufieurs autres
Auteurs Latins qui forment la plus
belle collection qu'il y ait en ce genre.
Elle deviendra encore plus nombreuſe
puifque chaque année , elle s'accroît
de plufieurs volumes, Les oeuvres d'Ho
race que nous annonçons ,
font une
réimpreffion de celles de Couftelier, dont
l'édition étant épuifée , eft remplacée
aujourd'hui , & furpaffée même , par
celle qui fait l'objet de cet Article.
Parifiis , typis J. Barbou
via fan-Jacobea ; fub figno Ciconiarum.
in 12. 1763.
ON a connu dans le tems , les jolies
Editions des Poëtes Latins par Couftelier.
On fçait que Barbou ayant acquis
ce riche fonds , l'a confidérablement
augmenté en réimprimant plufieurs autres
Auteurs Latins qui forment la plus
belle collection qu'il y ait en ce genre.
Elle deviendra encore plus nombreuſe
puifque chaque année , elle s'accroît
de plufieurs volumes, Les oeuvres d'Ho
race que nous annonçons ,
font une
réimpreffion de celles de Couftelier, dont
l'édition étant épuifée , eft remplacée
aujourd'hui , & furpaffée même , par
celle qui fait l'objet de cet Article.
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340
p. 103-105
M. T. CICERONIS, Orator & dialogi de Oratore, numeris & capitibus distincti, brevibusque argumentis per singula capita illustrati. Ad usum Collegiorum Universitatis Parisiensis Nova editio accuratior & emendatior. Parisiis, Typis J. Barbou, via san Jacobω, sub Ciconiis, 1763.
Début :
DANS le dessein où est le sieur Barbou, de completter sa magnifique collection [...]
Mots clefs :
Édition, Dictionnaire, Art oratoire, Perfection, Ouvrages
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : M. T. CICERONIS, Orator & dialogi de Oratore, numeris & capitibus distincti, brevibusque argumentis per singula capita illustrati. Ad usum Collegiorum Universitatis Parisiensis Nova editio accuratior & emendatior. Parisiis, Typis J. Barbou, via san Jacobω, sub Ciconiis, 1763.
M. T. CICERONIS , Orator & dialogi
de Oratore , numeris & capitibus diftincti
, brevibusque argumentis per
fingula capita illuftrati. Ad ufum
Collegiorum Univerfitatis Parifienfis
Nova editio accuratior & emendatior.
Parifiis , Typis J. Barbou , via fan-
Jacobad,fub Ciconiis, 1763.
DANS le deffein où eft le fieur Barbou,
de completter fa magnifique collection
des Auteurs latins, il prépare une édition
entière de toutes les OEuvres de Ciceron
, qu'il donnera par volume , à meſure
qu'ils fortiront de deffous la preffe . Celui
qu'il fait paroître aujourd'hui, contient les
préceptes fur l'art oratoire , qui feront
bientôt fuivis des autres ouvrages de cet
Orateur. Nous n'avons rien à ajouter
ici aux éloges donnés tant de fois à cette
fuperbe collection , & aux foins employés
par le Libraire , pour conduire
cette immenfe & difpendieufe entrepriſe
à fa perfection.
Les autres Ouvrages imprimés chez
Barbou , durant cette annéej1763 , font :
E iv
T04 MERCURE DE FRANCE.
Cæfaris , comment, cum notis Gallicis ,
in- 24. il. 4f.
1l. 4 f.
Novum J. C. Teftamentum , avec une
Cartes de la Terre Ste.
Difcours fur l'Education,par M. Vicaire ,
11. 16 f.
8°. broché.
Aventures de Télémaque , 2 vol in- 12 ,
fig. 51.
Oraifons choifies de Ciceron , traduct.
nouv. avec le latin à côté, fur l'Edition
de Grævius , & avec des notes , 3 vol.
71. 10 f.
Le Socrate ruftique , ou defcription
de
la conduite
oeconomique
& morale
d'un Payfan Philofophe
&c. broché.
1 l. 10 f
Le même Libraire vient d'acquérir les
Livres fuivans.
5 1.
Dictionarium Univerfale feu Boudot. 8°.
dernière édition. 5 l. 10 f.
Hiftoire de Saladin, Sultan d'Egypte par
M. Marin , 2 vol . in - 12 .
Rhetorica juxta Ariftolelis Doctrinam
Dialogis explanata , autore Gibert
Eloquentia Profeffore , in 4° . broché.
Il. 4. f.
Dictionn . Italien François , & François
Italien par M. l'Abbé Antonini ,
SEPTEMBRE . 1763. 105
30 1.
nouv . Edition très-augmentée , 2 vol.
in-4° . 1761 .
Journal des Saints par Grofes, 3 vol in- 12
figures. 7 1. 10 f.
Bibliotheca Rhetorum præcepta & exempla
complectens , quæ tam ad oratoriam
Facultatem quam ad Poëticam
pertinent, difcipulis pariter ac Magiftris
perutilis,à P. le Jay 2 vol. in 4°.
24 1.
de Oratore , numeris & capitibus diftincti
, brevibusque argumentis per
fingula capita illuftrati. Ad ufum
Collegiorum Univerfitatis Parifienfis
Nova editio accuratior & emendatior.
Parifiis , Typis J. Barbou , via fan-
Jacobad,fub Ciconiis, 1763.
DANS le deffein où eft le fieur Barbou,
de completter fa magnifique collection
des Auteurs latins, il prépare une édition
entière de toutes les OEuvres de Ciceron
, qu'il donnera par volume , à meſure
qu'ils fortiront de deffous la preffe . Celui
qu'il fait paroître aujourd'hui, contient les
préceptes fur l'art oratoire , qui feront
bientôt fuivis des autres ouvrages de cet
Orateur. Nous n'avons rien à ajouter
ici aux éloges donnés tant de fois à cette
fuperbe collection , & aux foins employés
par le Libraire , pour conduire
cette immenfe & difpendieufe entrepriſe
à fa perfection.
Les autres Ouvrages imprimés chez
Barbou , durant cette annéej1763 , font :
E iv
T04 MERCURE DE FRANCE.
Cæfaris , comment, cum notis Gallicis ,
in- 24. il. 4f.
1l. 4 f.
Novum J. C. Teftamentum , avec une
Cartes de la Terre Ste.
Difcours fur l'Education,par M. Vicaire ,
11. 16 f.
8°. broché.
Aventures de Télémaque , 2 vol in- 12 ,
fig. 51.
Oraifons choifies de Ciceron , traduct.
nouv. avec le latin à côté, fur l'Edition
de Grævius , & avec des notes , 3 vol.
71. 10 f.
Le Socrate ruftique , ou defcription
de
la conduite
oeconomique
& morale
d'un Payfan Philofophe
&c. broché.
1 l. 10 f
Le même Libraire vient d'acquérir les
Livres fuivans.
5 1.
Dictionarium Univerfale feu Boudot. 8°.
dernière édition. 5 l. 10 f.
Hiftoire de Saladin, Sultan d'Egypte par
M. Marin , 2 vol . in - 12 .
Rhetorica juxta Ariftolelis Doctrinam
Dialogis explanata , autore Gibert
Eloquentia Profeffore , in 4° . broché.
Il. 4. f.
Dictionn . Italien François , & François
Italien par M. l'Abbé Antonini ,
SEPTEMBRE . 1763. 105
30 1.
nouv . Edition très-augmentée , 2 vol.
in-4° . 1761 .
Journal des Saints par Grofes, 3 vol in- 12
figures. 7 1. 10 f.
Bibliotheca Rhetorum præcepta & exempla
complectens , quæ tam ad oratoriam
Facultatem quam ad Poëticam
pertinent, difcipulis pariter ac Magiftris
perutilis,à P. le Jay 2 vol. in 4°.
24 1.
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341
p. 105-113
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
POÉSIES SACRÉES & Philosophiques tirées des Livres Saints, par M. le [...]
Mots clefs :
Médecine, Volumes, Ouvrages, Annonces, Édition, Réflexions, Imprimeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
POÉSIES SACRÉES & Philofophiques
tirées des Livres Saints , par M. le
Franc de Pompignan . Nouvelle Edition
, confidérablement augmentée &
enrichie de gravures. In 4°. Paris , 1763.
de l'Imprimerie de Prault .
Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ce bel & édîfiant
Ouvrage.
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE de
la Guienne.
Mille hominum fpecies , & rerum difcolor unus
Velle fuum cuique eft , nec voto vivitur uno.
Perfe , Sat. 5. v. 52 & 53;
E v
106 MERCURE DE FRANCE ,
contenant les poffeffions & les établiffemens
des François , des Efpagnols ,
des Portugais , des Hollandois , dans ce
vafte Pays ; le climat , les productions de
la Terre & les animaux , leurs Habitans ,
leurs moeurs , leurs coutumes , & le commerce
qu'on y peut faire ; avec des remarques
pour la Navigation , & des Cartes
, Plans & Figures ; dreffé au dépôt
des Cartes & Plans de la Marine , par
ordre de M. le Duc de Choifeul , Colonel
général des Suiffes & Grifons , Miniſtre
de la Guerre & de la Marine . Par le Sr.
Bellin , Ingénieur de la Marine & du
dépôt des Plans , Cenfeur Royal de l'Académie
de Marine , & de la Société
Royale de Londres . In -4 °. 1763.
Ce que nous pouvons dire , quant à
préfent, de cet Ouvrage, c'eft qu'il nous
paroît que l'Auteur n'a rien négligé pour
de rendre auffi utile qu'intéreffant.
LA JURISPRUDENCE de la Médecine
en France , ou Traité Hiftorique &
Juridique des Etabliffemens , Réglemens
, Polices , Devoirs , Fonctions ,
Récompenfes , Droits & Priviléges des
ois Corps de Médecine avec les DeSEPTEMBRE.
1763. 107
voirs , Fonctions & Autorités des Juges
à leur égard. Par M. Verdier , Docteur en
Médecine , Aggrégé au Collége Royal
des Médecins de Nanci , & Avocat au
Parlement de Paris. A Paris, chez Didot
le jeune , Quai de la Vallée , & chez
Prault pere , Quai de Gêvres . A Alençon
, chez Malaffis le jeune , & au Mans ,
chez Monnoyer.
Cet Ouvrage dont il paroît un Abrégé
, fous le titre d'ESSAI SUR LA JURISPRUDENCE
de la Médecine en
France , eſt divifé en quatre Parties . La
premiére renferme la Légiflation générale
de la Médecine ; la feconde la Légiflation
particulière de la Médecine : la
troifiéme celle de la Chirurgie ; la quatriéme
enfin , celle de la Pharmacie &
Epicerie . Chaque Partie eft compriſe
dans deux gros Volumes. L'Abrégé &
chaque Partie fe vendront féparément ,
l'Abrégé 30 fols , & les deux Volumes
de chaque Partie 5 1. brochés . Il ne pa
roît encore que l'Abrégé avec la premiè
re Partie. Ceux qui voudront fe procurer
la totalité de l'Ouvrage , pourront
foufcrire chez les Libraires précédens ;
en donnant 16 livres , ils recevront les
trois Volumes imprimés , & les trois aus
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres Parties de quatre en quatre mois.
L'Auteur invite tous ceux qui peuvent
lui être utiles , de lui faire part de
leurs critiques , réflexions & piéces qui
entrent dans fon Plan. Il promet d'en
faire ufage dans le courant de l'impreffion
, ou dans des fupplémens qu'il prévoit
être obligé d'ajouter à chaque Partie
. Il annonce en même temps un Code
médicinal , ou une Table chronologique
de tous les réglemens rendus fur la Médecine
, depuis le commencement de la
Monarchie , & déclare que les Soufcripteurs
des 9 Volumes précédens , feront
feuls admis à foufcrire , pour les
Supplémens & le Code .
L'adreffe de M. Verdier eft à Paris ,
chez M. Porquier, Marchand Vinaigrier,
rue du faubourg S. Jacques , vis-à-vis
de la Vifitation Ste Marie.
TABLETTES CHRONOLOGIQUES de
l'Hiftoire univerfelle , facrée & profane ,
eccléfiaftique & civile , depuis la créa
tion du monde , jufqu'à l'an 1762 ; avec
des ré flexions fur l'ordre qu'on doit tenir
& fur les Ouvrages néceffaires pour
l'étude de l'Hiftoire . Par feu M. l'Abbé
'Lenglet du Frefnoy. Nouvelle Edition ,
SEPTEMBRE. 1763. 109
revue , corrigée & augmentée. In - 8 °.
Paris , 1763 , trois Volumes. Chez de
Bure pere , quai des Auguftins , du côté
du Pont Saint- Michel , à S. Paul ; chez
Ganeau , rue S. Severin , aux armes de
Dombes.
Nous ferons connoître inceffament le
mérite de cette nouvelle Edition, bien fupérieure
à la précédente .
ESSAI SUR LE BEAU nouvelle
Edition augmentée de fix difcours , fur
les Modes , fur le Decorum , fur les Gráces
, fur l'Amour du beau , fur l'Amour
défintéressé. Deux Parties in - 12 . Paris
1763 ; chez Etienne Ganeau , rue faint
Severin , aux armes de Dombes , & à
S. Louis.
Nous parlerons avec plaifir de cet Ouvrage
qui a toujours été regardé comme
un chef- d'oeuvre en ce genre pour l'agrément
du ftyle , la précifion des idées , la
jufteffe & la profondeur des réfléxions.
RECUEIL DES PIECES de Médecine
& de Phyfique , traduit de l'Italien de
M. Cocchi , & autres Auteurs vivans . In-
12. Paris , 1763 , chez D'houry , Imprimeur
Libraire de Monfeigneur le Duc
d'Orléans , rue vieille Bouclerie,
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce Recueil excellent , fera probablement
continué , & il paroît qu'on le ſouhaite.
SECOND DISCOURS fur l'Education ,
dans lequel on expofe tout le vicieux de
l'Inftitution fcolaftique , & le moyen d'y
remédier. Par M. Vanier , Auteur du
cours de Latinité ; in-8° . Paris , 1763 :
Chez Butard, rue S. Jacques , à la Véri
té; & chez Desain junior , quai des Auguftins
, à la Bonne-Foi.
TRAITÉ DU CONTRAT de Conf
titution de Rente , par l'Auteur du Traité
des Obligations , in - 8 ° . Paris , 1763;
chez Debure, l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; & à Orléans , chez
J. Roufeau - Montaut , Imprimeur du
Roi , de la Ville & de l'Univerfité.
INSTRUCTION fur la manière d'élever
& de perfectionner la bonne efpéce
des Bêtes à laine , de Flandre , in- 12.
Paris , 1763 , chez Guyllin , Libraire ,
quai des Auguftins , près du Pont Saint
Michel , au Lys d'or.
REFLEXIONS SUR LA NÉCESSITÉ ,
les Effets & les avantages de la difcrétion
; par l'Auteur de la Journée Sainte
SEPTEMBRE. 1763. TIE
In - 12. au Mans , 1763 ; chez Charles
Monnoyer , Imprimeur du Roi , à l'entrée
du Pont - neuf ; & à Paris , chez
Praultpere , quai de Gêvres.
· DE L'UTILITÉ DES VOYAGES ,
relativement aux fciences & aux moeurs ;
Difcours prononcé par M. l'Abbé Gros
de Befplas , de la Maifon & Société de
Sorbonne , Vicaire général du Diocèfe
de Befançon ; à fa réception , en qualité
d'Affocié à l'Académie de Béziers , au
mais d'Août 1762 , avec des réflexions
fur les vovages ; in- 8 °. Paris , 1763 ,
chez Berthier , Libraire , quai & fous la
porte des grands Auguftins.
CLOVIS , Poëme héroi- comique
avec des remarques hiftoriques & critiques
.
Carmen amat , quifquis carmina digna gerit
Claud. Præf. 1.3 de laud. ftil.
Qui de nos chants fe rend digne , les aime.
In-12. La Haye , 3 Volumes ; & fe
trouve à Paris , chez Fournier , Libraire
, quai des Auguftins.
MÉMOIRE fignifié pour Margue
rie-Agnès- Charles-Marie Huchet de la
.
112 MERCURE DE FRANCE.
Bédoyere , FILS AISNÉ de M. de la
Bédoyere , Procureur général du Parlement
de Bretagne , appellant , contre le
Comte de la Bédoyere , Fils puîné du
même M. de la Bédoyere ; & fe prétend
fon feul & unique héritier, intimé . In-12-
1763 , fe trouve à Paris , chez Defpilly,
rue S. Jacques , à la Croix d'or. Prix , 30
f. broché .
LETTRES D'HENRIETTE & d'Emilie
, traduits de l'Anglois. Par Mde G. D.
D. S. G. In- 16. Londres , 1763 ; & fe
trouvent à Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
LES FESTES DE LA PAIX ; divertiffement
en un Acte à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi , & de la
publication de la Paix. Repréſentées pour
la première fois par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi, le 4 Juillet 1763.
Prix , 1 1. 4 f. I avec la Mufique. A Paris
chez Duchesne , rue S. Jacques au Temple
du Goût.
LES DEUX CHASSEURS & la Laitiere
, Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes
; par M. Anfeaume , repréſentée
pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 21 Juillet
SEPTEMBRE. 1763 113
1763. La Mufique eft de M. Duni. Prix ,
11. 4. f. avec la Mufique. Chez le même
Libraire .
POÉSIES SACRÉES & Philofophiques
tirées des Livres Saints , par M. le
Franc de Pompignan . Nouvelle Edition
, confidérablement augmentée &
enrichie de gravures. In 4°. Paris , 1763.
de l'Imprimerie de Prault .
Nous donnerons , dans le Mercure
prochain , l'Extrait de ce bel & édîfiant
Ouvrage.
DESCRIPTION GÉOGRAPHIQUE de
la Guienne.
Mille hominum fpecies , & rerum difcolor unus
Velle fuum cuique eft , nec voto vivitur uno.
Perfe , Sat. 5. v. 52 & 53;
E v
106 MERCURE DE FRANCE ,
contenant les poffeffions & les établiffemens
des François , des Efpagnols ,
des Portugais , des Hollandois , dans ce
vafte Pays ; le climat , les productions de
la Terre & les animaux , leurs Habitans ,
leurs moeurs , leurs coutumes , & le commerce
qu'on y peut faire ; avec des remarques
pour la Navigation , & des Cartes
, Plans & Figures ; dreffé au dépôt
des Cartes & Plans de la Marine , par
ordre de M. le Duc de Choifeul , Colonel
général des Suiffes & Grifons , Miniſtre
de la Guerre & de la Marine . Par le Sr.
Bellin , Ingénieur de la Marine & du
dépôt des Plans , Cenfeur Royal de l'Académie
de Marine , & de la Société
Royale de Londres . In -4 °. 1763.
Ce que nous pouvons dire , quant à
préfent, de cet Ouvrage, c'eft qu'il nous
paroît que l'Auteur n'a rien négligé pour
de rendre auffi utile qu'intéreffant.
LA JURISPRUDENCE de la Médecine
en France , ou Traité Hiftorique &
Juridique des Etabliffemens , Réglemens
, Polices , Devoirs , Fonctions ,
Récompenfes , Droits & Priviléges des
ois Corps de Médecine avec les DeSEPTEMBRE.
1763. 107
voirs , Fonctions & Autorités des Juges
à leur égard. Par M. Verdier , Docteur en
Médecine , Aggrégé au Collége Royal
des Médecins de Nanci , & Avocat au
Parlement de Paris. A Paris, chez Didot
le jeune , Quai de la Vallée , & chez
Prault pere , Quai de Gêvres . A Alençon
, chez Malaffis le jeune , & au Mans ,
chez Monnoyer.
Cet Ouvrage dont il paroît un Abrégé
, fous le titre d'ESSAI SUR LA JURISPRUDENCE
de la Médecine en
France , eſt divifé en quatre Parties . La
premiére renferme la Légiflation générale
de la Médecine ; la feconde la Légiflation
particulière de la Médecine : la
troifiéme celle de la Chirurgie ; la quatriéme
enfin , celle de la Pharmacie &
Epicerie . Chaque Partie eft compriſe
dans deux gros Volumes. L'Abrégé &
chaque Partie fe vendront féparément ,
l'Abrégé 30 fols , & les deux Volumes
de chaque Partie 5 1. brochés . Il ne pa
roît encore que l'Abrégé avec la premiè
re Partie. Ceux qui voudront fe procurer
la totalité de l'Ouvrage , pourront
foufcrire chez les Libraires précédens ;
en donnant 16 livres , ils recevront les
trois Volumes imprimés , & les trois aus
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
tres Parties de quatre en quatre mois.
L'Auteur invite tous ceux qui peuvent
lui être utiles , de lui faire part de
leurs critiques , réflexions & piéces qui
entrent dans fon Plan. Il promet d'en
faire ufage dans le courant de l'impreffion
, ou dans des fupplémens qu'il prévoit
être obligé d'ajouter à chaque Partie
. Il annonce en même temps un Code
médicinal , ou une Table chronologique
de tous les réglemens rendus fur la Médecine
, depuis le commencement de la
Monarchie , & déclare que les Soufcripteurs
des 9 Volumes précédens , feront
feuls admis à foufcrire , pour les
Supplémens & le Code .
L'adreffe de M. Verdier eft à Paris ,
chez M. Porquier, Marchand Vinaigrier,
rue du faubourg S. Jacques , vis-à-vis
de la Vifitation Ste Marie.
TABLETTES CHRONOLOGIQUES de
l'Hiftoire univerfelle , facrée & profane ,
eccléfiaftique & civile , depuis la créa
tion du monde , jufqu'à l'an 1762 ; avec
des ré flexions fur l'ordre qu'on doit tenir
& fur les Ouvrages néceffaires pour
l'étude de l'Hiftoire . Par feu M. l'Abbé
'Lenglet du Frefnoy. Nouvelle Edition ,
SEPTEMBRE. 1763. 109
revue , corrigée & augmentée. In - 8 °.
Paris , 1763 , trois Volumes. Chez de
Bure pere , quai des Auguftins , du côté
du Pont Saint- Michel , à S. Paul ; chez
Ganeau , rue S. Severin , aux armes de
Dombes.
Nous ferons connoître inceffament le
mérite de cette nouvelle Edition, bien fupérieure
à la précédente .
ESSAI SUR LE BEAU nouvelle
Edition augmentée de fix difcours , fur
les Modes , fur le Decorum , fur les Gráces
, fur l'Amour du beau , fur l'Amour
défintéressé. Deux Parties in - 12 . Paris
1763 ; chez Etienne Ganeau , rue faint
Severin , aux armes de Dombes , & à
S. Louis.
Nous parlerons avec plaifir de cet Ouvrage
qui a toujours été regardé comme
un chef- d'oeuvre en ce genre pour l'agrément
du ftyle , la précifion des idées , la
jufteffe & la profondeur des réfléxions.
RECUEIL DES PIECES de Médecine
& de Phyfique , traduit de l'Italien de
M. Cocchi , & autres Auteurs vivans . In-
12. Paris , 1763 , chez D'houry , Imprimeur
Libraire de Monfeigneur le Duc
d'Orléans , rue vieille Bouclerie,
10 MERCURE DE FRANCE .
Ce Recueil excellent , fera probablement
continué , & il paroît qu'on le ſouhaite.
SECOND DISCOURS fur l'Education ,
dans lequel on expofe tout le vicieux de
l'Inftitution fcolaftique , & le moyen d'y
remédier. Par M. Vanier , Auteur du
cours de Latinité ; in-8° . Paris , 1763 :
Chez Butard, rue S. Jacques , à la Véri
té; & chez Desain junior , quai des Auguftins
, à la Bonne-Foi.
TRAITÉ DU CONTRAT de Conf
titution de Rente , par l'Auteur du Traité
des Obligations , in - 8 ° . Paris , 1763;
chez Debure, l'aîné , quai des Auguftins,
à l'Image S. Paul ; & à Orléans , chez
J. Roufeau - Montaut , Imprimeur du
Roi , de la Ville & de l'Univerfité.
INSTRUCTION fur la manière d'élever
& de perfectionner la bonne efpéce
des Bêtes à laine , de Flandre , in- 12.
Paris , 1763 , chez Guyllin , Libraire ,
quai des Auguftins , près du Pont Saint
Michel , au Lys d'or.
REFLEXIONS SUR LA NÉCESSITÉ ,
les Effets & les avantages de la difcrétion
; par l'Auteur de la Journée Sainte
SEPTEMBRE. 1763. TIE
In - 12. au Mans , 1763 ; chez Charles
Monnoyer , Imprimeur du Roi , à l'entrée
du Pont - neuf ; & à Paris , chez
Praultpere , quai de Gêvres.
· DE L'UTILITÉ DES VOYAGES ,
relativement aux fciences & aux moeurs ;
Difcours prononcé par M. l'Abbé Gros
de Befplas , de la Maifon & Société de
Sorbonne , Vicaire général du Diocèfe
de Befançon ; à fa réception , en qualité
d'Affocié à l'Académie de Béziers , au
mais d'Août 1762 , avec des réflexions
fur les vovages ; in- 8 °. Paris , 1763 ,
chez Berthier , Libraire , quai & fous la
porte des grands Auguftins.
CLOVIS , Poëme héroi- comique
avec des remarques hiftoriques & critiques
.
Carmen amat , quifquis carmina digna gerit
Claud. Præf. 1.3 de laud. ftil.
Qui de nos chants fe rend digne , les aime.
In-12. La Haye , 3 Volumes ; & fe
trouve à Paris , chez Fournier , Libraire
, quai des Auguftins.
MÉMOIRE fignifié pour Margue
rie-Agnès- Charles-Marie Huchet de la
.
112 MERCURE DE FRANCE.
Bédoyere , FILS AISNÉ de M. de la
Bédoyere , Procureur général du Parlement
de Bretagne , appellant , contre le
Comte de la Bédoyere , Fils puîné du
même M. de la Bédoyere ; & fe prétend
fon feul & unique héritier, intimé . In-12-
1763 , fe trouve à Paris , chez Defpilly,
rue S. Jacques , à la Croix d'or. Prix , 30
f. broché .
LETTRES D'HENRIETTE & d'Emilie
, traduits de l'Anglois. Par Mde G. D.
D. S. G. In- 16. Londres , 1763 ; & fe
trouvent à Paris , chez les Libraires qui
vendent les Nouveautés.
LES FESTES DE LA PAIX ; divertiffement
en un Acte à l'occafion de l'Inauguration
de la Statue du Roi , & de la
publication de la Paix. Repréſentées pour
la première fois par les Comédiens Italiens
ordinaires du Roi, le 4 Juillet 1763.
Prix , 1 1. 4 f. I avec la Mufique. A Paris
chez Duchesne , rue S. Jacques au Temple
du Goût.
LES DEUX CHASSEURS & la Laitiere
, Comédie en un Acte , mêlée d'Ariettes
; par M. Anfeaume , repréſentée
pour la première fois par les Comédiens
Italiens ordinaires du Roi , le 21 Juillet
SEPTEMBRE. 1763 113
1763. La Mufique eft de M. Duni. Prix ,
11. 4. f. avec la Mufique. Chez le même
Libraire .
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342
p. 76-92
POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
Début :
C'EST en 1751 que parut la première édition de cet ouvrage. Tous les Journalistes [...]
Mots clefs :
Discours, Vertu, Ouvrage, Peuple, Honneur, Livres, Poésies, Prophéties, Cantiques
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POÉSIES sacrées & Philosophiques, tirées des Livres Saints, par M. LE FRANC DE POMPIGNAN, nouvelle Edition considérablement augmentée & enrichie de gravures, volume in-4°. A Paris, de l'Imprimerie de Prault, quai de Gêvres.
POÉSIES facrées & Philofophiques ,
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
tirées des Livres Saints , par M. LE
FRANC DE POMPIGN AN
velle Edition confidérablement augmentée
& enrichie de gravures, volume
in-4° . A Paris de l'Imprimerie de
Prault , quai de Gévres.
,
C'EST en 1751 que parut la première
édition de cet ouvrage. Tous les Journaliſtes
en rendirent alors le compte le
plus avantageux ; & le Public fouvent
injufte quand il blâme , mais prèfque
toujours équitable quand il applaudit ,
reçut ces Poëfies facrées avec reconnoiffance.
En 1754 , Chaubert en donna une
feconde édition & celle que nous annonçons
eft la troifiéme. Le papier &
le caractère en font beaux ; les gravures
deffiuées par le célébre Cochin & exé-
1
OCTOBRE. 1763. 77
cutées par Prévôt font auffi ingénieufes
qu'agréables.
L'Auteur a fait beaucoup d'additions
à fon ouvrage , & nous avons lieu d'augurer
qu'elles obtiendront les éloges
des vrais Littérateurs , ainfi que les applaudiffemens
des âmes honnêtes, fenfibles
& vertueufès.
Après avoir luce Recueil fans partialité
( & jufqu'ici , nous n'imaginons
pas que l'on nous en foupçonne ) quelques
exemples choifis prefqu'au ha
zard juftifieront le jugement que nous
en portons , en renvoyant à l'Extrait
que le Mercure en donna en 1752 , pour
la partie de ce même Recueil qui parut
alors.
Cet ouvrage eft divifé en cinq livres.
Le premier renferme 19 Pieaumès , le
fecond 20 Cantiques , le troifiéme 7
Prophéties formant 18 Chapitres , le
quatriéme 16 Hymnes , & le cinquiéme
12 Difcours Philofophiques . Tout
cela eft terminé par l'examen qui fut
fait des premières éditions des Poëfies
facrées , & dont il a été rendu compte
en 1756.
Le Difcours Préliminaire est écrit
avec beaucoup de chaleur & d'agrément.
On y trouve des recherches , des
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
vues profondes , des difcuffions fçavantes
, mais parées de toutes les grâces de
la Littérature. Et ce qui eft affez rare
aujourd'hui dans un Auteur , celui - ci
parle toujours modeftement de luimême
& avec beaucoup d'éloges de
tous ceux qui ont parcouru la même
carrière avec quelques fuccès.
Si dans un ouvrage confacré à la
piété & à la religion , il s'éléve quelquefois
contre les incrédules s'il les
combat avec force , c'eft toujours en
ménageant les perfonnes , qu'il ne nomme
pas , qu'il fe garde même de défigner.
On fent qu'il voudroit les convaincre
, mais jamais les outrager.
L'Auteur fe flatte dans ce Difours
qu'on l'approuvera du moins d'avoir
imaginé des Poëmes Philofophiques
d'un caractère nouveau : » c'eft , dit- il ,
» un éffai fufceptible de perfection ,
» une route des plus ouvertes à la Poëfie
; nous avons aujourd'hui des Poë-
» tes Philofophes leurs vers valent
» mieux que les miens , j'en fuis per-
» fuadé ; mais la Philofophie de Salo-
» mon vaut certainement mieux que la
» leur , & c'eft celle- là que j'ai miſe
» en Vers. »
Mais entrons en matière ; il y a neuf
OCTOBRE. 1763 . 79
Pleaumes nouvellement traduits dans
cette édition . Le dernier eft fingulier
par la beauté & la variété des images ,
par le mêlange de douceur & l'élévation
qui y regne.
Dieu n'eft point,dit l'impie, il n'eft point, & la terre
Adore un étre nul par la peur encenſe ;
La peur forgea fon maître au feul bruit d'un tonnerre
Qu'il n'a jamais lancé .
À ce cri de révolte , à ce cri de démence
Dieu jette fur la terre un regard de douleur :
Il la parcourt , il cherche un refte de Prudence ;
Il ne trouve qu'erreur.
Il ne trouvé qu'ingrats armés contre leur père ;
Mais dans ces noirs accès d'un fiécle malheureux ,
Ce n'eft point la Raiſon , c'eſt le coeur qui profére
Ces blafphèmes affreux.
Telle eſt du'vice impur la puiffance empéllée ,
Des moeurs , de la vertu Dieu venge ainfi l'affront .
La doctrine à ſon tour eſt bientôt infectée
Quand le coeur fe corrompt.
Mépriſons , dira - t -il , les pleurs des Miférables ,
Perfécutons la veuve , opprimons l'orphelin ,
Et dans les maux publics prodiguons fur nos tables
Les pafums & le vin .
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Le vice & la vertu font des noms arbitraires.
Le plaifir , l'intérêt , la force fait nos droits.
Laiffons aux malheureux , laiffons aux coeurs vul
gaires
Les autels & les loix.
Quand la mort l'a frappé , que refte - t - il de
l'homme ?
Notre esprit eft un fouffle , & le temps une fleur.
Que ce temps précieux dans les jeux fe confomme
Et mourons fans douleur.
Tu mourras en effet, mais non comme ru penfess
Ce fouffle prétendu furvit à ton trépas.
C'eſt une âme immortelle & leDieu des
Ne l'anéantit pas.
vengeances
Que de poëfie , de force , & de fublime
dans les Cantiques ! qu'on en juge
par le début & la fin du feiziéme . L'Auteur
ou plutôt le Prophéte Ezechiel
peint la magnificence & prédit la ruine
de Tyr.
O Tyr! ferois - tu fatisfaite ,
Toi qui difois à l'Univers :
Je ſuis d'une beauté parfaite ;
Mon trône eft bâti dans les mers?
Tes citoyens pour te conſtruire
Dans ta demeure ont fçu conduire
Les plus hauts cédres du Liban ,
OCTOBRE. 1763 . 81
Les fapins qu'Hernon nous préfente ,
Toutl'ivoire que l'Inde enfante ,
Et les vieux chênes de Bafun.
Après plufieurs Strophes confacrées à
décrire la richeffe & la magnificence
de cette Ville , l'Auteur continue ainfi.
Tyr! o trop fuperbe Reine,
Tes richeffes t'enfloient d'orgueil .
Des mers unique Souveraine
Tu ne redoutcis point l'écueil.
En vain l'orage te menace ,
Tes rameurs pleins de ton audace
Te ménent fur les grandes eaux,
Mais , ô confiance funefte !
Miniftres du courroux célefte
Les vents te brifent fur les flots.
Tes riches magafins , tes temples , tes portiques ,
Tes vaftes arénaux , tes palais magnifiques ,
Tes Prêtres , tes Soldats , les Docteurs de ta Lois
Tes tréfors , tes projets & tes grandeurs fi vaines
Et tes femmes hautaines
Dans les profondes mers tomberont avec toi.
En lifant cette dernière Strophe , ne
croit-on pas voir Tyr elle - même , s'écrouler
, fe perdre & s'abîmer dans les
flots ? & avec quel art l'Auteur nous
retrace en fix vers la ruine d'une ville.
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
qu'il n'a bâtie pour ainfi dire que lentement
& à l'aide de près de quatre-vingt
vers ? M. de Pompignan femble fe furpaffer
encore dans les Prophéties. On en
pourra juger par quelques morceaux
de celle d'Ezechiel qui nous offre un
Tableau fi fidéle & fi frappant de la
réfurrection des morts.
Dans une trifte & vaſte plaine
La main du Seigneur m'a conduit ,
De nombreux offemens la campagne étoit pleine s
L'effroi me précéde & me ſuit.
Je parcours lentement cette affreuſe carrière
Et contemple en filence épars fur la pouffière ,
Ces reftes défléchés d'un peuple entier détruit .
Crois-tu , dit le Seigneur , homme à quije confie
Des fecrets qu'à toi ſeul ma bouche a réſervés ,
Que de leurs cendres relevés
Ces Morts retournent à la vie ?
C'eſt vous feul , ô mon Dieu ! vous feul qui le
fçavez.
Il dit , & je répéte à peine
Les oracles de fon pouvoir ,
Que j'entends partout dans la plaine
Ces os avec bruit fe mouvoir.
Dans leurs liens ils fe replacent
OCTOBRE . 1763 . 83
Leurs nerfs croiffent & s'entrelacent ,
Le fang inonde ſes canaux ,
La chair renaît & fe colore :
L'âme feule' manquoit encore
A ces habitans des tombeaux .
Mais le Seigneur fe firentendre ,
Et je m'écriai plein d'ardeur :
Elprit , hâtez-vous de deſcendre ,
Venez , Esprit réparateur ;
Soufflez des quatre Vents du Monde ,
Soufflez votre chaleur féconde
Sur ces corps prêts d'ouvrir les yeux.
Soudain le prodige s'achève ,
Et ce Peuple de morts ſé léve
Étonné de revoir les Cieux .
Les hymnes de M. de Pompignan
font abfolument à lui ; il y a pris tous
les ftyles afin d'entrer dans l'efprit de
tous les mystères . L'hymne de S. Louis
eft furtout intéreffante pour nous : on
n'ous y retrace en très-beaux vers les
traits les plus glorieux de la vie de ce
faint Roi
François , voici le jour de gloire ,
Le jour où les chants les plus doux
De l'Ayeol des Bourbons célébrent la mémoires
Coeurs François , applaudiffez tous.
D vj
MERCURE DE FRANCE.
Couvrons de fleurs & de feuillages
La demeure paible où Louis tient ſa Cour.
Nos ayeux y portoient les tributs de l'Amour
Portons ý des voeux , des hommages
Qui montentjufqu'à lui dans le divin féjour.
O Vincennes ! Palais champêtre ,
Tes bois antiques , tes vergers ,
Raffembloient autour de leur Maître
Les Grands , le Peuple , & les Bergers .
Quel éclat fur fon front ! quelle majefté fainte !
Qu'il fçavoit inſpirer de reſpect & de crainte
Lorsqu'il étoit aflis dans le Temple des Loix!
Qu'il donnoit de leçons & d'exemples aux Rois
Quand le glaive de fa juftice
Frappoit le faux honneur , le blafphême, & le vice,
Et du Trône infulté vengeoit les juſtes droits.
O miracle , ô Vertu ! Louis eft dans les chaînes
Et fes Vainqueurs fon à fes pieds.
On ne peut s'empêcher de citer la
dernière Strophe . C'eft expreffion des
fentimens & des voeux de tous les bons
François.
Que Louis en ce jour dans la gloire immortelle
De fon Peuple chéri reconnoille la voix,
OCTOBRE. 1763. 84
Qu'il foit de les Enfans à jamais le modéle ;
Et que du haut des Cieux il régne avec nos Rois :
Nous voilà , enfin , parvenus aux difcours
Philofophiques ; ils compofent le
3. Livre où tout eft frappant , le ftyle ,
l'arrangement , les Sujets , la Morale.
Les anciens Philofophes , dit Minutius
Felix , ont puifé la vérité dans les
Prophéties qu'ils ont altérées .
Malheur à moi , ajoute M. de Pompi
guan. » Malheur à ces difcours , s'ils
» étoient dans le même cas ; mais j'ofe
» croire qu'ils font à l'abri de toute
imputation de cette nature . Je dois
feulement prévenir le Lecteur qu'ils
» n'ont pas été travaillés dans le même
» ordre , ni fur le même plan que les
» Pleaumes , les Cantiques & les Pro-
" phéties. Là , je traduis fidélement
» ou j'imite avec exactitude l'original ;
» ici j'accommode le Texte aux Sujets
» que j'ai choifis , fujets tirés néan-
» moins des mêmes livres qui m'ont
» fourni les matériaux de l'ouvrage.
Pour cela j'ai pris dans différens cha-
» pitres tous les verfets relatifs au même
» objet ; je les ai liés enfemble ; j'en
» ai développé le fens & les preuves ,
» je leur ai donné une jufte étendue ;
86 MERCURE DE FRANCE .
» & j'en ai compofé des difcours déta-
» chés & indépendans l'un de l'autre .
» C'est la forme que j'ai obfervée à l'é-
» gard des Proverbes , parce que les
» matières y femblent mêlées & con-
» fondues . Ce Livre eft un tréfor de
» penſées .
Les bornes que nous fommes obligés
de nous préfcrire dans cet Extrait nous
empêchent de rendre un compte détaillé
de chacun de ces difcours ; nous
n'en rapporterons que quelques Morceaux
qui mettront le Lecteur à portée
de juger des autres .
La Sageffe eft le bras , l'oeil & l'âme des Rois .
A fes enfeignemens s'ils conforment leurs loix ,
Si par eux la Juſtice eft toujours révérée ,
Ils font puiffans , chéris , leur mémoire eft facrée.
Un infenfé qui règne eſt un monſtre cruel ;
Un Sage fur le Trône eſt un préſent du Ciel.
Le fecond difcours eft terminé par ces
Vers.
L'homme a dans fes devoirs l'objet de tous fes
voeux ;
Plus il leur eſt fidéle & plus il eſt heureux :
La vertu fut toujours la volupté fuprême.
Interroge le vice , il re dira lui-même
OCTOBRE. 1763. 87
Qu'il connut le plaifir , mais jamais le bonheur :
Il n'en eft point , mon fils , pour qui vit fans
honneur.
La Peinture du riche , dans le troifiéme
difcours mérite auffi d'être rapportée .
Le riche eft le jouet de fa propre fortune ;
C'eſt un tyran cruel dont le joug l'importune.
Tourmenté de defirs , de befoin déchiré ,
De rivaux , de jaloux , d'ennemis entouré ,
Ses biens font au pillage , & fes jours à l'enchère :
Son bonheur eft plus trifte encor que la mifère.
Lui-même il fe déchire & devient tour-à -tour
De fon coeur inquiet , la proie & le vautour.
Plein de fes pathons il ne connoît , il n'aime ,
Que les goûts , fes plaiſirs , la fortune & luimême.
Pofféder , acquérir , c'eſt ſa vertu , ſon art ;
Il fait de les trésors fon Temple & fon rempart.
C'eſt un mur qui l'entoure , où malgré ſon au❤
dace
Le fouffle des revers l'aceable & le terraffe.
Dans le quatriéme difcours qui eft
l'éloge de la vie laborieufe & champêtre,
88 MERCURE DE FRANCE.
de l'Economie , & de la Femme-forl'Auteur
débute ainfi :
te •
Heureux qui de fes mains cultive les fillons ;
Où fon champêtre ayeul planta fes pavillons ,
Qui demande à la terre un tribut légitime ,
Pour nourrir les mortels l'épuife & la ranime ,
Et par l'utile effort d'un foin toujours nouveau
En devient l'Econome , & non pas le fardeau !
•
On ne fera peut -être pas faché de
voir auffi le Portrait de la femme-forte.
Que pour d'autres le marbre entaſſé juſqu'aux
Cieux ,
Apprenne à l'Univers leurs titres glorieux ;
L'Artifan fecouru , la pauvreté bannie ,
Ses ferviteurs heureux , & fa famille unie ,
Des fils dont elle-même a formé la Raiſon ,
C'eſt dans ces monumens qu'elle aime à voir fon
nom :
C'eſt là qu'il ſe conſerve & qu'honoré des Sages
Il triomphe à la fois de l'envie & des âges.
O! crainte du Seigneur , tu régles tous fes pas
Tu repands fes tréfors , tu défens ſes appas
Le monde rend hommage à fa conduite auftére ,
Tout corrompu qu'il eft , c'eft un Juge févére ,
Qui dételte & méprife en dépit des flatteurs,
Les biens fans la vertu , la beauté fans les moeurs
OCTOBRE. 1763 . 89
Le cinquiéme difcours
lomnie , commence ainfi .
Aimer tous les humains d'une charité
fur la Capure
C'eft la Loi du Seigneur , le voeu de la Nature ,
Quelle douceur dans les vers qui terminent
ce difcours !
N'eft- il pas même encor des deferts & des bois ;
Où de la Calomnie on n'entend pas la voix ?
Fuyons avec l'honneur , fuyons dans cet aſyle ;
Oublions loin du monde , en ce féjour tranquile
Tout perfide ennemi , tout indigne rival.
Sur-tout ne diſons point : je lui rendrai le mal.
S'il a faim , que nos mets largement le nour
riffent ;
S'il a foif, que nos eaux foudain le rafraîchiſſent.
Nos foins & nos bienfaits , nos dans fur lui
verfés ,
Sont des charbons de feu fur la tête amaflés.
O Mortel ! c'est ainsi que la vertu ſe venge.
Les coeurs font à Dieu feul , c'eſt lui ſeul qui les
change.
Des bons & des méchans lui feul peut ordonner.
C'eſt à Dieu de punir , à nous de pardonner.
A la page 418 , ligne 7 , il s'eft gliffé
une faute d'impreffion :
Et que feroit-ce encor fi des faits diffamansa
Lifez traits diffamans.
go MERCURE DE FRANCE.
Le difcours fur les devoirs des Rois
& des Sujets , eft plein de force , d'éloquence
& d'agrémens.
Le pouvoir paternel , l'autorité fuprême
Sont des droits émanés du Créateur lui - même.
Dieu für la même tête unit leur double loi ;
Qui fit le premier père , a fait le premier Roi.
Le premier qui du Sceptre exerca la puiſſance ,
N'avoit que fes enfans fous fon obéiffance .
Les enfans à leur tour , dans ce Chef révéré ,
Obéiffoient à Dieu qui l'avoit confacré .
Dans ces noeuds que forma la fageffe divine ,
Du vrai Gouvernement nous trouvons l'origine ;
Sur l'intérêt commun fes titres font fondés.
Vous que régit un Maître & vous qui comman
dez ,
Confervez à jamais de fi doux caractères ;
Rois , voilà vos enfans ; Sujets , voilà vos pères.
Que n'exigeons-nous pas , impérieux Sujets :
Des talens , des vertus , & même des ſuccès ?
Vous dont le coeur eft droit , l'âme tranquille &
faine ,
Parcourez les devoirs de cette vie humaine ,
Obfervez bien les Rois , & vous direz : hélas !
Trop heureux qui fçait l'être , heureux qui ne
l'eft pas .
OCTOBRE. 1763 .
Le feptiéme difcours renferme les deux
premiersChapitres de l'Eccléfiafte . L'Auteur
parcourt tous les âges, toutes les conditions
, & c. il en fait la peinture la plus
vraie , la plus agréable , & conclut avec
le Sage que tout n'eft que vanité.
Depuis que ces objets affiégent mes efprits
Que la vie à mes yeux a pèrdu de fon prix !
Elle m'eft importune , & fon fardeau m'accable.
Ne la furchargeons plus d'un travail milérable.
C'eſt le fort d'un Pécheur d'augmenter fes befoins
,
D'abandonner fon âme à d'inutiles foins ,
De pofféder fans goût , d'acquérir fans meſure.
Savourons fobrement les dons de la Nature ;
Ils viennent de Dieu même , ils font pour les humains
:
Enjouir fans abus c'eft remplir fes deffeins .
L'art de fe modérer naît de l'expérience.
Aux Mortels qu'il chérit Dieu donne la ſcience ,
La fageffe , la paix , & les loisirs heureux ;
Le reste eft fuperflus , s'il n'eſt pas dangereux .
Dans les cinq derniers difcours l'Auteur
fuit le plan de l'Eccléfiafte , &
garde l'ordre des Chapitres. Ils font
dignes des fept premiers. Les différens
morceaux que nous venons de rapporter
nous ont paru propres à faire con- .
92 MERCURE DE FRANCE.
noître le mérite des Poëfies facrées ; &,
l'on ne peut être foupçonné de vouloir
en impofer au Public , quand on met
fous fes yeux dequoi juftifier le jugement
qu'on porte de l'Ouvrage entier
d'un Citoyen qui a toujours fait autant
d'honneur aux Lettres par l'éclat & le
fuccès avec lequel il les a cultivées, que
par la manière diftinguée dont il a rempli
une des premières Places de la Magiftrature.
Fermer
343
p. 92-99
ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de France de M. le Président HÉNAULT.
Début :
ON vient de traduire en Anglois cet excellent Ouvrage ; c'est un honneur [...]
Mots clefs :
Histoire, Ouvrage, Président, Abrégé, Préface, Traducteur, Détails
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de France de M. le Président HÉNAULT.
ABRÉGÉ Chronologique de l'Hiftoire de
France de M. le Préſident HÉN AULT.
O N vient de traduire en Anglois cet
excellent Ouvrage ; c'eft un honneur
qui lui a été déja rendu en plufieurs
Langues , fans compter la filiation de
toutes les Hiftoires de l'Europe qui ont
fuivi dans le même format & dont
les Auteurs lui ont tous reporté l'hommage.
Le Traducteur Anglois a fait une
Préface , dont voici la traduction : on
la lira avec plaifir.
OCTOBRE. 1763. 93
PRÉFACE que le Traducteur Anglois
a mife à la tête de l'Ouvrage
de M. le Préfident HENAULT.
Cet Ouvrage différe beaucoup de
tous les autres abrégés chronologiques ,
qui , deſtinés principalement à éxercer
la mémoire des enfans , ne contiennent
guères que les dates des Naiffances , des
Mariages , des Batailles & des Morts ;
le Préfident Hénault a pris un plan plus
étendu ; non-feulement fon Abrégé eft
utile à ceux qui ne cherchent que les
dates & la fucceffion des événemens
ordinaires , mais encore il indique la
fondation & les progrès de la Monarchie
Françoife , les différentes révolutions
qu'elle a éprouvées dans la forme de
fon Gouvernement , les maximes fondamentales
de l'Etat , la véritable fource
du Droit pubic des François , l'origine
des Ufages & des Coûtumes , la création
& les différens changemens des
Charges de la Couronne , l'établiffement
des différentes Cours de Juſtice ,
la fucceffion des premiers Magiftrats ,
avec les noms des Miniftres , Capitaines
& Gens de Lettres qui fe font rendus
illuftres dans ce Royaume.
94 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft le Plan du Préfident Hénault ;
il n'échappera pas à ceux qui liront fon
Livre avec attention : ils fentiront que
les recherches de l'Hiftorien ont été dirigées
par le Magiftrat & l'Homme d'Etat.
Ils feront frappés particulièrement
des remarques dont cette Hiftoire eſt
embellie . Si je voulois en relever toutes
les beautés , j'excéderois les bornes
d'une Préface ; elles font répandues dans
tout l'Ouvrage , & elles le mettent audeffus
de tous ceux du même genre.
Mais en particulier , fes obfervations
fur l'établiffement des François dans
les Gaules , fur les Minorités , fur l'origine
de la Nobleffe & des Annobliffemens
, fur l'adminiſtration de la Juftice ,
fur la vénalité des charges , fur l'aliénation
des terres de la Couronne, les duels ,
les Tournois , les Croiſades , & c , font
comme des étoiles de la première grandeur
, qui ne peuvent même échapper
à un Obfervateur ordinaire .
>
Il éft vrai qu'il y a dans cet excellent
Auteur, plufieurs beautés cachées .
qui demandent un regard plus fin & plus
perçant pour les découvrir. Il paroît fouventjetter
les fondemens d'un Traité entier
, & laiffe fon Lecteur jouir du plaifir
de le développer ; à peine y a-t-il une
OCTOBRE. 1763. 95
page qui ne contienne quelques paffages
qui mériteroient un Commentaire particulier.
En un mot , il raffemble dans
l'espace d'un petit nombre de lignes autant
d'inftructions que d'autres dans les
differtations les plus étendues. Il eſt évident
par tout ce que nous venons de
dire , que c'est un Ouvrage d'un genre
très- différent de tous ceux qui portent
le même nom. Il est même à remarquer
qu'il contient quelques éclairciffemens
qu'on chercheroit en vain dans les Hif
toires les plus étendues. On ne trouve
nulle-part un détail auffi clair fur le fameux
Traité de Bretigny , fur lequel il
différe beaucoup de M. Rapin . Il a auffi
une opinion qui lui eft propre tou
chant Catherine de Médicis , que tous
les Hiftoriens fuppofent avoir été Régente
de France , & il prouve clairement
que c'eft le premier exemple d'une
minorité fans Régence , & d'un Roi mineur
nommant lui -même fes Miniftres,
Mais ce qu'on ne peut s'empêcher
d'admirer , ce font les Portraits fi bien
deffinés qu'il fait de la plupart des
Rois de France , & des autres perfonnes
confidérables ; celui du Cardinal de
Retz eft un chef-d'oeuvre dans fon genre
, & feroit honneur à l'Hiftorien le
96 MERCURE DE FRANCE.
plus célébre. Pour ce qui eft des détails
hiftoriques, ils deviennent plus confidérables
, à mefure que l'Auteur fe
rapproche de fon temps , parce que le récit
des faits eft toujours plus intéreſſant,
& d'une plus grande utilité , lorfqu'on
peut les appliquer aux coûtumes & aux
moeurs préfentes ; c'eft pourquoi notre
Auteur à traité avec un plus grand détail
les regnes de Louis XIII, & de
Louis XIV. qu'aucune autre partie de
fon Hiftoire .
Quant à la forme de cet ouvrage , elle
eft entierement nouvelle , n'étant ni
une véritable hiftoire , ni une fimple
Chronologie , mais un mêlange judicieux
de l'un & de l'autre.
Notre fçavant Préfident, dit M. Macquer
,
très-bon imitateur de fa manière
d'écrire , parle ainfi dans la préface de
fon Abregé Chronologique de l'Hiftoire
Romaine, je vais rendre compte
» de ce que j'ai fait , pour conformer
" mon plan à celui de M. le Préfident
» Henault , dans fon Abrégé Chrono-
» logique de l'Hiftoire de France , qui ,
» après avoir été le modéle de plufieurs
» autres ouvrages , l'a encore été de
celui-ci. Rendre un très- court abrégé
» prèfqu'auffi intéreffant , auffi inftructif
OCTOBRE. 1763 . 97
tif que les grands corps d'Hiftoire : y
» mettre à la portée de tous les Lecurs ,
» fans affe& ation , fans que Part fe
» faffe fentir , tout ce qu'un homme
» de génie peut recueillir d'une lecture
» longue & réfléchic : faire difparoî.re
» les détails & conferver leurs réful-
» tats : tracer des Portraits reffemblans,
» & n'employer que des touches effen-
» tielles caractérifiques : tout appro-
" fondir & paroî re tout effleurer : tel-
» le eft l'entreprife que M. le Préfident
Hénault a formée , & qu'il a exé-
" cutée avec le brillant fuccès que
» perfonne n'ignore .
Ce genre de compofition , dent nous
fommes redevables à notre célébre Auteur
, a été admiré par les Critiques les
plus éclairés de ce temps , & ils ont
honoré fon Inventeur des plus grands
éloges.
*
Le Roi de Pruffe ( dont le jugement
dans les Arts agréables comme dans
celui de la guerre fera toujours refpecté
par cette Nation ) remarque
abrégé peut être confidéré comme
» la fubftance de toutes les chofes re-
» marquables & dignes d'être retenues ,
que cet
* Préface des Mémoires de Brandebourg.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
» qui fe trouvent dans l'Hiftoire de
» France , que fon judicieux Auteur a
» l'art d'embellir l'étude féche de la
» Chronologie , & que quiconque pof-
» féde bien cet ouvrage peut paffer
» pour fçavoir parfaitement l'Hiftoire
» de France. Un autre bon Juge dont
j'emprunterai les paroles pour terminer
cette Préface dit * " que nous fommes
» redevables à M. le Préfident Hénauls
» de la plus courte & de la meilleure
Hiftoire de France , & peut- être de
la feule manière dont l'Hiftoire de
» tous les grands Royaumes devroit
» être écrite à l'avenir , car les faits &
» les détails fe font tellement multipliés
» que nous nous contenterons bientôt
» de lire feulement des Extraits & des
Dictionnaires.
"
Je dois faire obferver que les notes
de cet Ouvrage ont toutes été ajoutées
par le Traducteur ; fon intention a été
d'expliquer des obfcurités ; de fuppléer
à des omiffions , & même de rectifier
quelques petites méprifes qui fe font
gliffées dans l'original, Ces dernières
font en petit nombre , & font toutes
relatives à l'Hiftoire d'Angleterre . Si
>
* Siécle de Louis XIV. dans le Catalogue des
Aureurs,
OCTOBRE . 1763. 99
l'Auteur a pu s'écarter quelquefois de
fon exactitude ordinaire , le Public , je
l'efpére , me pardonnera d'avoir cherché
à le remettre fur la voie.
On trouvera des exemplaires de l'Abrégé
Chronologique traduit en Anglois,
chez Cavelier , rue S. Jacques.
France de M. le Préſident HÉN AULT.
O N vient de traduire en Anglois cet
excellent Ouvrage ; c'eft un honneur
qui lui a été déja rendu en plufieurs
Langues , fans compter la filiation de
toutes les Hiftoires de l'Europe qui ont
fuivi dans le même format & dont
les Auteurs lui ont tous reporté l'hommage.
Le Traducteur Anglois a fait une
Préface , dont voici la traduction : on
la lira avec plaifir.
OCTOBRE. 1763. 93
PRÉFACE que le Traducteur Anglois
a mife à la tête de l'Ouvrage
de M. le Préfident HENAULT.
Cet Ouvrage différe beaucoup de
tous les autres abrégés chronologiques ,
qui , deſtinés principalement à éxercer
la mémoire des enfans , ne contiennent
guères que les dates des Naiffances , des
Mariages , des Batailles & des Morts ;
le Préfident Hénault a pris un plan plus
étendu ; non-feulement fon Abrégé eft
utile à ceux qui ne cherchent que les
dates & la fucceffion des événemens
ordinaires , mais encore il indique la
fondation & les progrès de la Monarchie
Françoife , les différentes révolutions
qu'elle a éprouvées dans la forme de
fon Gouvernement , les maximes fondamentales
de l'Etat , la véritable fource
du Droit pubic des François , l'origine
des Ufages & des Coûtumes , la création
& les différens changemens des
Charges de la Couronne , l'établiffement
des différentes Cours de Juſtice ,
la fucceffion des premiers Magiftrats ,
avec les noms des Miniftres , Capitaines
& Gens de Lettres qui fe font rendus
illuftres dans ce Royaume.
94 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft le Plan du Préfident Hénault ;
il n'échappera pas à ceux qui liront fon
Livre avec attention : ils fentiront que
les recherches de l'Hiftorien ont été dirigées
par le Magiftrat & l'Homme d'Etat.
Ils feront frappés particulièrement
des remarques dont cette Hiftoire eſt
embellie . Si je voulois en relever toutes
les beautés , j'excéderois les bornes
d'une Préface ; elles font répandues dans
tout l'Ouvrage , & elles le mettent audeffus
de tous ceux du même genre.
Mais en particulier , fes obfervations
fur l'établiffement des François dans
les Gaules , fur les Minorités , fur l'origine
de la Nobleffe & des Annobliffemens
, fur l'adminiſtration de la Juftice ,
fur la vénalité des charges , fur l'aliénation
des terres de la Couronne, les duels ,
les Tournois , les Croiſades , & c , font
comme des étoiles de la première grandeur
, qui ne peuvent même échapper
à un Obfervateur ordinaire .
>
Il éft vrai qu'il y a dans cet excellent
Auteur, plufieurs beautés cachées .
qui demandent un regard plus fin & plus
perçant pour les découvrir. Il paroît fouventjetter
les fondemens d'un Traité entier
, & laiffe fon Lecteur jouir du plaifir
de le développer ; à peine y a-t-il une
OCTOBRE. 1763. 95
page qui ne contienne quelques paffages
qui mériteroient un Commentaire particulier.
En un mot , il raffemble dans
l'espace d'un petit nombre de lignes autant
d'inftructions que d'autres dans les
differtations les plus étendues. Il eſt évident
par tout ce que nous venons de
dire , que c'est un Ouvrage d'un genre
très- différent de tous ceux qui portent
le même nom. Il est même à remarquer
qu'il contient quelques éclairciffemens
qu'on chercheroit en vain dans les Hif
toires les plus étendues. On ne trouve
nulle-part un détail auffi clair fur le fameux
Traité de Bretigny , fur lequel il
différe beaucoup de M. Rapin . Il a auffi
une opinion qui lui eft propre tou
chant Catherine de Médicis , que tous
les Hiftoriens fuppofent avoir été Régente
de France , & il prouve clairement
que c'eft le premier exemple d'une
minorité fans Régence , & d'un Roi mineur
nommant lui -même fes Miniftres,
Mais ce qu'on ne peut s'empêcher
d'admirer , ce font les Portraits fi bien
deffinés qu'il fait de la plupart des
Rois de France , & des autres perfonnes
confidérables ; celui du Cardinal de
Retz eft un chef-d'oeuvre dans fon genre
, & feroit honneur à l'Hiftorien le
96 MERCURE DE FRANCE.
plus célébre. Pour ce qui eft des détails
hiftoriques, ils deviennent plus confidérables
, à mefure que l'Auteur fe
rapproche de fon temps , parce que le récit
des faits eft toujours plus intéreſſant,
& d'une plus grande utilité , lorfqu'on
peut les appliquer aux coûtumes & aux
moeurs préfentes ; c'eft pourquoi notre
Auteur à traité avec un plus grand détail
les regnes de Louis XIII, & de
Louis XIV. qu'aucune autre partie de
fon Hiftoire .
Quant à la forme de cet ouvrage , elle
eft entierement nouvelle , n'étant ni
une véritable hiftoire , ni une fimple
Chronologie , mais un mêlange judicieux
de l'un & de l'autre.
Notre fçavant Préfident, dit M. Macquer
,
très-bon imitateur de fa manière
d'écrire , parle ainfi dans la préface de
fon Abregé Chronologique de l'Hiftoire
Romaine, je vais rendre compte
» de ce que j'ai fait , pour conformer
" mon plan à celui de M. le Préfident
» Henault , dans fon Abrégé Chrono-
» logique de l'Hiftoire de France , qui ,
» après avoir été le modéle de plufieurs
» autres ouvrages , l'a encore été de
celui-ci. Rendre un très- court abrégé
» prèfqu'auffi intéreffant , auffi inftructif
OCTOBRE. 1763 . 97
tif que les grands corps d'Hiftoire : y
» mettre à la portée de tous les Lecurs ,
» fans affe& ation , fans que Part fe
» faffe fentir , tout ce qu'un homme
» de génie peut recueillir d'une lecture
» longue & réfléchic : faire difparoî.re
» les détails & conferver leurs réful-
» tats : tracer des Portraits reffemblans,
» & n'employer que des touches effen-
» tielles caractérifiques : tout appro-
" fondir & paroî re tout effleurer : tel-
» le eft l'entreprife que M. le Préfident
Hénault a formée , & qu'il a exé-
" cutée avec le brillant fuccès que
» perfonne n'ignore .
Ce genre de compofition , dent nous
fommes redevables à notre célébre Auteur
, a été admiré par les Critiques les
plus éclairés de ce temps , & ils ont
honoré fon Inventeur des plus grands
éloges.
*
Le Roi de Pruffe ( dont le jugement
dans les Arts agréables comme dans
celui de la guerre fera toujours refpecté
par cette Nation ) remarque
abrégé peut être confidéré comme
» la fubftance de toutes les chofes re-
» marquables & dignes d'être retenues ,
que cet
* Préface des Mémoires de Brandebourg.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
» qui fe trouvent dans l'Hiftoire de
» France , que fon judicieux Auteur a
» l'art d'embellir l'étude féche de la
» Chronologie , & que quiconque pof-
» féde bien cet ouvrage peut paffer
» pour fçavoir parfaitement l'Hiftoire
» de France. Un autre bon Juge dont
j'emprunterai les paroles pour terminer
cette Préface dit * " que nous fommes
» redevables à M. le Préfident Hénauls
» de la plus courte & de la meilleure
Hiftoire de France , & peut- être de
la feule manière dont l'Hiftoire de
» tous les grands Royaumes devroit
» être écrite à l'avenir , car les faits &
» les détails fe font tellement multipliés
» que nous nous contenterons bientôt
» de lire feulement des Extraits & des
Dictionnaires.
"
Je dois faire obferver que les notes
de cet Ouvrage ont toutes été ajoutées
par le Traducteur ; fon intention a été
d'expliquer des obfcurités ; de fuppléer
à des omiffions , & même de rectifier
quelques petites méprifes qui fe font
gliffées dans l'original, Ces dernières
font en petit nombre , & font toutes
relatives à l'Hiftoire d'Angleterre . Si
>
* Siécle de Louis XIV. dans le Catalogue des
Aureurs,
OCTOBRE . 1763. 99
l'Auteur a pu s'écarter quelquefois de
fon exactitude ordinaire , le Public , je
l'efpére , me pardonnera d'avoir cherché
à le remettre fur la voie.
On trouvera des exemplaires de l'Abrégé
Chronologique traduit en Anglois,
chez Cavelier , rue S. Jacques.
Fermer
344
p. 99-103
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
Début :
COMME M. Pierre Rousseau s'est servi de la voie publique de son Journal [...]
Mots clefs :
Dictionnaire, Théâtre, Journal, Partialité, Ouvrages, Acteurs, Critique, Illusion
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE à l'Auteur du Mercure.
LETTRE à l'Auteur du Mercure.
COMME M. Pierre Rouſſeau s'eft fervi
de la voie publique de fon Journal ,
pour me donner des Avis au fujet de
la nouvelle édition de mon DICTIONNAIRE
des Théâtres , j'efpére que vous
voudrez bien , Monfieur me faire la
grâce d'inférer dans le vôtre une courte
réponse que j'aurois prié M. Rouffeau
lui-même de publier, fi la partialité qu'il
montre à mon égard ne me faifoit trop
voir que je n'ai aucune indulgence à
attendre de ce Journaliste , qui paroît
être à la fois & ma partie & mon juge.
J'ai eu le malheur , quoique très -innocemment
, de déplaire fans doute à M.
Rouffeau il n'a pu s'empêcher de le
faire paroître , & de fe plaindre de ce
que je n'ai peut- être pas affez loué fes
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Piéces de Théâtre . Comme ceci eft perfonnel
à M. Rouffeau , & que je ne veux
abfolument faire de peine à perfonne ,
je viens de changer tous les articles qui
le regardent & les ai rédigés d'une façon
dont il devra certainement être fatisfait
, puifque j'adopte fon propre jugement
fur toutes fes piéces. Venons à
ce qui eft général .
M. Kouleau m'accufe de n'avoir fait
que copier les ouvrages ffuurr lleess IThéatres,
qui ont paru avant le mien : les trois
quarts , & les meilleurs de ceux qu'il
cite , n'ont été publiés qu'après la compofition
de mon dictionnaire ou fa première
édition : qu'on juge par ce feul
mot de la vérité de cette imputation .
,
Si M. Rouffeau n'eût pas voulu me
faire une mauvaife chicane , il auroit vu
que dans l'Article AGAMEMNON , il y
avoit une obmiffion Ou une faute
d'impreffion au fujet des Vers de feize
fyllabes ; il n'auroit pas dit que , dans
une note au bas de la page , j'annonçois
d'Affezan comme le véritable Auteur
de la Piéce attribuée a Boyer ;
ce qui détruit la fau Tété qu'il reproche
à mon anecdote. Au fujet de la première
repréſentation du même Agamemnon
de Briffet , j'ai dit que felon des Auteurs,
OCTOBRE. 1763. ΙΟΙ
elle avoit été donnée en 1584 , & fuivant
d'autres ( termes que M. Rouſſeau
a fouftraits ) en 1589 , eft- ce là manquer
d'exactitude ?
M. Rouſſeau dit auffi qu'il ignore
dans quelle fource j'ai puifé la fable
que je raconte au fujet de l'Agamemnon
de M. d'Affezan ; & cependant à
la fin de l'Article , il écrit que c'est une
mauvaise plaifanterie de M. de Beauchamps
, qui n'eft certainement pas le
feul qui l'ait faite ,
Quelle a été l'intention de M. Rouffeau
, j'ofe le lui demander à lui -même,
quand il rapporte avec affectation ces
mots Soit dans les vies des Auteurs
Dramatiques & l'expofé de leurs talens ,
ainfi qu'il s'exprime ? N'est- ce pas de
faire voir que je ne connois pas la force
des termes ; & que le mot talent ( mot
que M. Rouffeau fouligne & reléve encore
avec complaifance dans un autre
endroit ) ne convenoit pas aux Auteurs .
S'il eût copié fidélement le titre de ce
qu'il appelle ma compilation inutile ,
on auroit vu que j'ai mis : Conte-
NANT LE NOM ET LES PARTICULARITÉS
INTÉRESSANTES DE LA
VIE DES AUTEURS , MUSICIENS ET
ACTEURS , AVEC LE CATALOGUE
~
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DE LEURS OUVRAGES , ET L'EXPOSÉ
DE LEURS TALENS. Eft- il difficile de
connoître que ce dernier mot regarde
les Acteurs ? Et pourquoi avoir retranché
, ainfi que dans plufieurs autres endroits
, ce qui donnoit un fens clair , &
devroit empêcher l'application ridicule
que M. Rouffeau vouloit qu'on en fit ?
Eft-ce en faifant de pareilles critiques
qu'il veut empêcher , comme ille dit ,
que l'Etranger ne foit la dupe de mon
travail ?
Je ne répondrai pas , Monfieur , aux
autres articles de la critique de M.
Rouffeau. Le Public & les journaliſtes
défintéreffés doivent feuls décider fi
j'ai fait un bon Ouvrage , comme M.
Rouffeau prétend que je me l'imagine :
c'eft à eux à qui je rendrai compte , s'il
eft néceffaire , des fources où j'ai puifé
mes articles. M. Rouffeau . me reproche
de n'avoir écrit que d'après les autres :
& que doit faire autre chofe un Hiftorien
, pourvu qu'il ne copie ni les auni
les expreffions de ceux qui
l'ont précédé ? & c'eft ce que j'ai tâché
de faire ; j'ai de plus ajouté à mon Dictionnaire
plus de mille articles qui ne
fe trouvent dans aucuns de mes Prédéceffeurs.
tres ,
OCTOBRE . 1763. 103
Pour répondre à la bonté qu'a M.
Rouffeau de diffiper mon illufion fur.
le mérite de mon Ouvrage , je lui demande
pardon d'avoir dit qu'il étoit à
la tête du Journal Encyclopédique
dont il avoit fait l'entreprife. Je fçai
ainfi que lui que fon Journal n'eft pas
un édifice , ni une entreprise dans les
armées. Je le remercie auffi , de la part
du Prote de l'Imprimeur qui a exécuté
mon Dictionnaire , des louanges qu'il
veut bien lui donner, que ne peut - il fans
abufer le Citoyen & l'Etranger , en faire
de pareils à celui de l'Imprimeur de M.
Roufeau ?
J'ai l'honneur d'être , & c.
LERIS.
COMME M. Pierre Rouſſeau s'eft fervi
de la voie publique de fon Journal ,
pour me donner des Avis au fujet de
la nouvelle édition de mon DICTIONNAIRE
des Théâtres , j'efpére que vous
voudrez bien , Monfieur me faire la
grâce d'inférer dans le vôtre une courte
réponse que j'aurois prié M. Rouffeau
lui-même de publier, fi la partialité qu'il
montre à mon égard ne me faifoit trop
voir que je n'ai aucune indulgence à
attendre de ce Journaliste , qui paroît
être à la fois & ma partie & mon juge.
J'ai eu le malheur , quoique très -innocemment
, de déplaire fans doute à M.
Rouffeau il n'a pu s'empêcher de le
faire paroître , & de fe plaindre de ce
que je n'ai peut- être pas affez loué fes
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
Piéces de Théâtre . Comme ceci eft perfonnel
à M. Rouffeau , & que je ne veux
abfolument faire de peine à perfonne ,
je viens de changer tous les articles qui
le regardent & les ai rédigés d'une façon
dont il devra certainement être fatisfait
, puifque j'adopte fon propre jugement
fur toutes fes piéces. Venons à
ce qui eft général .
M. Kouleau m'accufe de n'avoir fait
que copier les ouvrages ffuurr lleess IThéatres,
qui ont paru avant le mien : les trois
quarts , & les meilleurs de ceux qu'il
cite , n'ont été publiés qu'après la compofition
de mon dictionnaire ou fa première
édition : qu'on juge par ce feul
mot de la vérité de cette imputation .
,
Si M. Rouffeau n'eût pas voulu me
faire une mauvaife chicane , il auroit vu
que dans l'Article AGAMEMNON , il y
avoit une obmiffion Ou une faute
d'impreffion au fujet des Vers de feize
fyllabes ; il n'auroit pas dit que , dans
une note au bas de la page , j'annonçois
d'Affezan comme le véritable Auteur
de la Piéce attribuée a Boyer ;
ce qui détruit la fau Tété qu'il reproche
à mon anecdote. Au fujet de la première
repréſentation du même Agamemnon
de Briffet , j'ai dit que felon des Auteurs,
OCTOBRE. 1763. ΙΟΙ
elle avoit été donnée en 1584 , & fuivant
d'autres ( termes que M. Rouſſeau
a fouftraits ) en 1589 , eft- ce là manquer
d'exactitude ?
M. Rouſſeau dit auffi qu'il ignore
dans quelle fource j'ai puifé la fable
que je raconte au fujet de l'Agamemnon
de M. d'Affezan ; & cependant à
la fin de l'Article , il écrit que c'est une
mauvaise plaifanterie de M. de Beauchamps
, qui n'eft certainement pas le
feul qui l'ait faite ,
Quelle a été l'intention de M. Rouffeau
, j'ofe le lui demander à lui -même,
quand il rapporte avec affectation ces
mots Soit dans les vies des Auteurs
Dramatiques & l'expofé de leurs talens ,
ainfi qu'il s'exprime ? N'est- ce pas de
faire voir que je ne connois pas la force
des termes ; & que le mot talent ( mot
que M. Rouffeau fouligne & reléve encore
avec complaifance dans un autre
endroit ) ne convenoit pas aux Auteurs .
S'il eût copié fidélement le titre de ce
qu'il appelle ma compilation inutile ,
on auroit vu que j'ai mis : Conte-
NANT LE NOM ET LES PARTICULARITÉS
INTÉRESSANTES DE LA
VIE DES AUTEURS , MUSICIENS ET
ACTEURS , AVEC LE CATALOGUE
~
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
DE LEURS OUVRAGES , ET L'EXPOSÉ
DE LEURS TALENS. Eft- il difficile de
connoître que ce dernier mot regarde
les Acteurs ? Et pourquoi avoir retranché
, ainfi que dans plufieurs autres endroits
, ce qui donnoit un fens clair , &
devroit empêcher l'application ridicule
que M. Rouffeau vouloit qu'on en fit ?
Eft-ce en faifant de pareilles critiques
qu'il veut empêcher , comme ille dit ,
que l'Etranger ne foit la dupe de mon
travail ?
Je ne répondrai pas , Monfieur , aux
autres articles de la critique de M.
Rouffeau. Le Public & les journaliſtes
défintéreffés doivent feuls décider fi
j'ai fait un bon Ouvrage , comme M.
Rouffeau prétend que je me l'imagine :
c'eft à eux à qui je rendrai compte , s'il
eft néceffaire , des fources où j'ai puifé
mes articles. M. Rouffeau . me reproche
de n'avoir écrit que d'après les autres :
& que doit faire autre chofe un Hiftorien
, pourvu qu'il ne copie ni les auni
les expreffions de ceux qui
l'ont précédé ? & c'eft ce que j'ai tâché
de faire ; j'ai de plus ajouté à mon Dictionnaire
plus de mille articles qui ne
fe trouvent dans aucuns de mes Prédéceffeurs.
tres ,
OCTOBRE . 1763. 103
Pour répondre à la bonté qu'a M.
Rouffeau de diffiper mon illufion fur.
le mérite de mon Ouvrage , je lui demande
pardon d'avoir dit qu'il étoit à
la tête du Journal Encyclopédique
dont il avoit fait l'entreprife. Je fçai
ainfi que lui que fon Journal n'eft pas
un édifice , ni une entreprise dans les
armées. Je le remercie auffi , de la part
du Prote de l'Imprimeur qui a exécuté
mon Dictionnaire , des louanges qu'il
veut bien lui donner, que ne peut - il fans
abufer le Citoyen & l'Etranger , en faire
de pareils à celui de l'Imprimeur de M.
Roufeau ?
J'ai l'honneur d'être , & c.
LERIS.
Fermer
345
p. 103-111
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
PROFESSION de Foi philosophique, à Amsterdam, chez Marc-Michel [...]
Mots clefs :
Libraire, Brochure, Ouvrage, Lettres, Mémoires, Imprimeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
PROFESSION de Foi philofophique
, à Amfterdam , chez Marc-Michel
Rey, & fe trouve à Lyon , chez les
Frères Periffe , petite Brochure in - 12 . de
36 pages , dont on trouve
quelque
Exemplaires chez Bauche , quai des Auguftins
, à Paris .
MÉMOIRE pour fervir à l'hiſtoire de
l'ufage interne du Mercure fublimé cor-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
rofif; par M. le Bégue de Prefe , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal. On y a joint
un Recueil d'obfervations faites fur l'ufage
interne de ce reméde en Allemagne
, en Angleterre , en Italie , & c .
At prudenter à prudente Medico ufurpetur.
Boerh.
In- 12. La Haye , 1763. Et fe trouve à
Paris chez P. Fr. Didot , Libraire, quai
des Auguftins , près du Pont S. Michel,
à S. Auguftin . Prix , 2 liv . broché.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , de M. Thomas. Nous
nous propofons de parler plus amplement
de cet excellent Ouvrage.
INSTITUTIONS Militaires pour la
France , ou le Végéce François , par
M. Andreu de Biliftein. Première Partie .
MÉMOIRES fur la fubfiftance d'une armée
& fur les contributions , II Partie.
in-8°. 1762. aux dépens de l'Auteur . Se
trouve à Amfterdam chez E, van Harrevelt
, & à Paris chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife. Prix , 3 liv .
ÉSSAI fur la Ville de Nanci , par le
OCTOBRE . 1763. 105
même Auteur. In- 12. Amfterdam, 1762.
Chez H. Conftape!, Libraire , & à Paris
, chez Jorry , rue & vis- à- vis la Comédie
Françoife..Prix , 1 liv. 4 f
LETTRES intéreffantes aux Amis de
la Vérité. In - 18. 1763. *
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
LE POETE malgré les autres , ou
le Méchant malgré lui , Drame en un
Acte de Profe mêlé de Vers . Repréfenté
à l'occafion de la fête de Madame la-
Ducheffe d'Ollone , le 14 Juillet 1763
à Châtillon -fur- Loing. In- 12 . 1763.
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
RECHERCHES fur la nature & l'inoculation
de la petite vérole. Par M. Robert
, Docteur-Régent en la Faculté de
Médecine de l'Univerfité de Paris . In-
12. La Haye , 1763. Et fe trouve à Paris
chez P. Fr. Didot , quai des Auguftins.
PLAIDOYERS & Mémoires contenant
des queſtions intéreffantes tant en
matières civiles , canoniques & crimi
OCTOBRE. 1763. 107
nelles , que de Police & de Commerce ,
avec les jugemens & leurs motifs fommaires
, & plufieurs difcours fur différentes
matières , foit de Droit public ,
foit d'Hiftoire. Par M. Mannory , ancien
Avocat au Parlement . Tome neuviéme.
In- 12 . Paris , 1763. Chez Claude
Hériffant , Libraire -Imprimeur, rue neuve
Notre-Dame , à la Croix d'or.
Cette collection auffi utile & auffi variée
qu'intéreffante , ne fçauroit devenir
trop volumineufe.
LETTRES Phyfiques contenant les
notions les plus néceffaires à ceux qui
veulent fuivre les leçons expérimentales
de cette Science. In - 12 . Paris , 1763.
Chez Louis- Guillaume de Hanfy , Libraire
, Pont- au Change , à S. Nicolas.
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoife , confirmés par
des exemples choifis , inftructifs , agréables
& tirés des bons Auteurs ; avec des
remarques fur les lettres , la prononciation
, les accens , la ponctuation ,
l'ortographe
, & un Abrégé de la verfification
Françoife . Par M. de Wailly. Nouvelle
Edition , revue & confidérable-
E vj
103 MERCURE DE FRANCE.
ment augmentée , avec cette Epigraphe :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours
facrée .
Boileau .
à Paris , chez J. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes ; avec Approbation
& Privilége du Roi. 1763. 1 vol . in- 12.
CORRESPONDANCE fur une Queftion
Politique d'Agriculture. In- 12 . Amfterdam
, 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez Fournier , Libraire , quai des Auguftins.
OBSERVATIONS fur divers moyens
de foutenir & d'encourager l'Agricultu
re , principalement dans la Province de
Guienne , où l'on traite des cultures propres
à cette Province & des obſtacles
qui les empêchent de s'étendre : quatre
parties in 12. qui fe vendent à Bordeaux
, chez les freres Labotiere & à
Paris chez différens Libraires. Il en parut
deux parties en 1756. il en a paru
depuis quelque temps deux autres parties
qui feront, dit-on, fuivies d'une cinquiéme
laquelle contiendra des obfèrvations
Méthéorologiques, faites avec ſoin,
"
OCTOBRE. 1763. 109
pendant vingt ans. Nous avons appris
que l'Auteur de cet excellent Ouvrage
eft M. le Chevalier de Vivens , de Clairac
en Agenois , de l'Académie des Sciences
de Bordeaux , & des Sociétés Royales
de Metz & de Limoges , déjà con-.
nu très avantageufement par fon eſai
fur les principes de la Phyfique, volume
in 8° . 1746 ; fa nouvelle Théorie du
Mouvement auffi in - 8 °. 1749 ,
& par
d'autres productions non moins eftimées.
›
DISCOURS & Mémoires relatifs à.
l'Agriculture par MM . de Mafac &
Sélébran Brochure in 12. 1763 , à
Paris , chez Duchefne , à Bordeaux , chez
les Frères Labotiere , à Limoges chez
Barbou , à Touloufe , chez Robert fils.
L'avertiffement du Libraire eft conçu
en ces termes : » Comme il me paroît
» que les deux Ouvrages réunis dans
» cette Brochure , peuvent être d'au-
" tant plus utiles qu'ils font écrits avec
» la clarté & la précifion convenables
» en pareilles matières , je ne doute pas
» que les vrais Amateurs de l'Agricultu
» re, ne me fçachent quelque gré de les
» avoir mis au jour. » Nous ajouterons
à ce jugement , auquel nous foufcrivons
volontiers , que cet Ouvrage ne
110 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit être trop répandu dans les différentes
Généralités du Royaume.
SELECTA è novo Teftamento Hiftoriæ
, ex Erafini Roterodami paraphrafibus
defumptæ. Opufculum elementarium
, in gratiam Tyronum. Parifiis
apud J. Barbou , viâ fan -Jacobeâ , fub
Ciconiis. 1763. Brochure petit-in- 12 .
ÉLOGE du ROI , prononcé à la publication
de la Paix. Par M l'Abbé Donjon
, Docteur en Théologie , Principal
du College de Henri- le - Grand , avec
cette Epigraphe :
Et nos cedamus amori.
A la Flèche , & fe trouve à Paris chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
. 1763. Brochure in-8° . de 32 pag.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des Actes
originaux & des Monumens les plus
authentiques ; avec des notes hiftoriques
& critiques. Ouvrage traduit de l'Anglois.
Tome I. A Villefranche de Rouergue
, chez Pierre Videillhie , Libraire-
Imprimeur , & à Paris , chez Barbou
ne S. Jacques , aux Cigognes , 1763 .
OCTOBRE. 1763. III .
Ce n'est ici que le Proſpectus in-8 ° . de
huit pages
.
INSTRUCTION Paftorale de Mgr
Evêque du Puy , fur la prétendue Philofophie
des Incrédules Modernes . Au
Puy , chez Clet , Imprimeur de Mgr
l'Evêque. Et fe trouve à Lyon , chez
J. Deville. A Paris , chez Chaubert ,
quai des Auguftins. 1763. Avec Privilége
du Roi.
PROFESSION de Foi philofophique
, à Amfterdam , chez Marc-Michel
Rey, & fe trouve à Lyon , chez les
Frères Periffe , petite Brochure in - 12 . de
36 pages , dont on trouve
quelque
Exemplaires chez Bauche , quai des Auguftins
, à Paris .
MÉMOIRE pour fervir à l'hiſtoire de
l'ufage interne du Mercure fublimé cor-
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
1
rofif; par M. le Bégue de Prefe , Docteur-
Régent de la Faculté de Médecine
de Paris , Cenfeur Royal. On y a joint
un Recueil d'obfervations faites fur l'ufage
interne de ce reméde en Allemagne
, en Angleterre , en Italie , & c .
At prudenter à prudente Medico ufurpetur.
Boerh.
In- 12. La Haye , 1763. Et fe trouve à
Paris chez P. Fr. Didot , Libraire, quai
des Auguftins , près du Pont S. Michel,
à S. Auguftin . Prix , 2 liv . broché.
ÉLOGE de Maximilien de Bethune ,
Duc de Sully , de M. Thomas. Nous
nous propofons de parler plus amplement
de cet excellent Ouvrage.
INSTITUTIONS Militaires pour la
France , ou le Végéce François , par
M. Andreu de Biliftein. Première Partie .
MÉMOIRES fur la fubfiftance d'une armée
& fur les contributions , II Partie.
in-8°. 1762. aux dépens de l'Auteur . Se
trouve à Amfterdam chez E, van Harrevelt
, & à Paris chez Jorry , rue de la
Comédie Françoife. Prix , 3 liv .
ÉSSAI fur la Ville de Nanci , par le
OCTOBRE . 1763. 105
même Auteur. In- 12. Amfterdam, 1762.
Chez H. Conftape!, Libraire , & à Paris
, chez Jorry , rue & vis- à- vis la Comédie
Françoife..Prix , 1 liv. 4 f
LETTRES intéreffantes aux Amis de
la Vérité. In - 18. 1763. *
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
LE POETE malgré les autres , ou
le Méchant malgré lui , Drame en un
Acte de Profe mêlé de Vers . Repréfenté
à l'occafion de la fête de Madame la-
Ducheffe d'Ollone , le 14 Juillet 1763
à Châtillon -fur- Loing. In- 12 . 1763.
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
RECHERCHES fur la nature & l'inoculation
de la petite vérole. Par M. Robert
, Docteur-Régent en la Faculté de
Médecine de l'Univerfité de Paris . In-
12. La Haye , 1763. Et fe trouve à Paris
chez P. Fr. Didot , quai des Auguftins.
PLAIDOYERS & Mémoires contenant
des queſtions intéreffantes tant en
matières civiles , canoniques & crimi
OCTOBRE. 1763. 107
nelles , que de Police & de Commerce ,
avec les jugemens & leurs motifs fommaires
, & plufieurs difcours fur différentes
matières , foit de Droit public ,
foit d'Hiftoire. Par M. Mannory , ancien
Avocat au Parlement . Tome neuviéme.
In- 12 . Paris , 1763. Chez Claude
Hériffant , Libraire -Imprimeur, rue neuve
Notre-Dame , à la Croix d'or.
Cette collection auffi utile & auffi variée
qu'intéreffante , ne fçauroit devenir
trop volumineufe.
LETTRES Phyfiques contenant les
notions les plus néceffaires à ceux qui
veulent fuivre les leçons expérimentales
de cette Science. In - 12 . Paris , 1763.
Chez Louis- Guillaume de Hanfy , Libraire
, Pont- au Change , à S. Nicolas.
PRINCIPES généraux & particuliers
de la Langue Françoife , confirmés par
des exemples choifis , inftructifs , agréables
& tirés des bons Auteurs ; avec des
remarques fur les lettres , la prononciation
, les accens , la ponctuation ,
l'ortographe
, & un Abrégé de la verfification
Françoife . Par M. de Wailly. Nouvelle
Edition , revue & confidérable-
E vj
103 MERCURE DE FRANCE.
ment augmentée , avec cette Epigraphe :
Surtout qu'en vos écrits la langue révérée
Dans vos plus grands excès vous foit toujours
facrée .
Boileau .
à Paris , chez J. Barbou , rue S. Jacques
, aux Cigognes ; avec Approbation
& Privilége du Roi. 1763. 1 vol . in- 12.
CORRESPONDANCE fur une Queftion
Politique d'Agriculture. In- 12 . Amfterdam
, 1763. Et fe trouve à Paris ,
chez Fournier , Libraire , quai des Auguftins.
OBSERVATIONS fur divers moyens
de foutenir & d'encourager l'Agricultu
re , principalement dans la Province de
Guienne , où l'on traite des cultures propres
à cette Province & des obſtacles
qui les empêchent de s'étendre : quatre
parties in 12. qui fe vendent à Bordeaux
, chez les freres Labotiere & à
Paris chez différens Libraires. Il en parut
deux parties en 1756. il en a paru
depuis quelque temps deux autres parties
qui feront, dit-on, fuivies d'une cinquiéme
laquelle contiendra des obfèrvations
Méthéorologiques, faites avec ſoin,
"
OCTOBRE. 1763. 109
pendant vingt ans. Nous avons appris
que l'Auteur de cet excellent Ouvrage
eft M. le Chevalier de Vivens , de Clairac
en Agenois , de l'Académie des Sciences
de Bordeaux , & des Sociétés Royales
de Metz & de Limoges , déjà con-.
nu très avantageufement par fon eſai
fur les principes de la Phyfique, volume
in 8° . 1746 ; fa nouvelle Théorie du
Mouvement auffi in - 8 °. 1749 ,
& par
d'autres productions non moins eftimées.
›
DISCOURS & Mémoires relatifs à.
l'Agriculture par MM . de Mafac &
Sélébran Brochure in 12. 1763 , à
Paris , chez Duchefne , à Bordeaux , chez
les Frères Labotiere , à Limoges chez
Barbou , à Touloufe , chez Robert fils.
L'avertiffement du Libraire eft conçu
en ces termes : » Comme il me paroît
» que les deux Ouvrages réunis dans
» cette Brochure , peuvent être d'au-
" tant plus utiles qu'ils font écrits avec
» la clarté & la précifion convenables
» en pareilles matières , je ne doute pas
» que les vrais Amateurs de l'Agricultu
» re, ne me fçachent quelque gré de les
» avoir mis au jour. » Nous ajouterons
à ce jugement , auquel nous foufcrivons
volontiers , que cet Ouvrage ne
110 MERCURE DE FRANCE.
fçauroit être trop répandu dans les différentes
Généralités du Royaume.
SELECTA è novo Teftamento Hiftoriæ
, ex Erafini Roterodami paraphrafibus
defumptæ. Opufculum elementarium
, in gratiam Tyronum. Parifiis
apud J. Barbou , viâ fan -Jacobeâ , fub
Ciconiis. 1763. Brochure petit-in- 12 .
ÉLOGE du ROI , prononcé à la publication
de la Paix. Par M l'Abbé Donjon
, Docteur en Théologie , Principal
du College de Henri- le - Grand , avec
cette Epigraphe :
Et nos cedamus amori.
A la Flèche , & fe trouve à Paris chez
J. Barbou , rue S. Jacques , aux Cigognes
. 1763. Brochure in-8° . de 32 pag.
VIES des Peres , des Martyrs , & des
autres principaux Saints , tirées des Actes
originaux & des Monumens les plus
authentiques ; avec des notes hiftoriques
& critiques. Ouvrage traduit de l'Anglois.
Tome I. A Villefranche de Rouergue
, chez Pierre Videillhie , Libraire-
Imprimeur , & à Paris , chez Barbou
ne S. Jacques , aux Cigognes , 1763 .
OCTOBRE. 1763. III .
Ce n'est ici que le Proſpectus in-8 ° . de
huit pages
.
INSTRUCTION Paftorale de Mgr
Evêque du Puy , fur la prétendue Philofophie
des Incrédules Modernes . Au
Puy , chez Clet , Imprimeur de Mgr
l'Evêque. Et fe trouve à Lyon , chez
J. Deville. A Paris , chez Chaubert ,
quai des Auguftins. 1763. Avec Privilége
du Roi.
Fermer
346
p. 105
« LETTRE de l'homme civil à l'homme sauvage. Brochure in-12. [...] »
Début :
LETTRE de l'homme civil à l'homme sauvage. Brochure in-12. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRE de l'homme civil à l'homme sauvage. Brochure in-12. [...] »
LETTRE de l'homme civil à l'homme
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
fauvage. Brochure in- 12 .
Eloquio victi re vincimus ipfa ,
Anti-Luc.
On en trouve des Exemplaires chez Duchefne
, rue S. Jacques , au Temple du
Goût , & chez les Libraires qui vendent
les Nouveautés.
Fermer
347
p. 105-106
« LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...] »
Début :
LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...] »
LETTRES à M. Rouſſeau , pour
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
N. B. Les Libraires de Paris qui nous envoyent
les Livres qu'ils imprimeut , fon . priés d'y infcrire
leurs noms & leurs demeures,
E'v
106 MERCURE DE FRANCE .
fervir de réponſe à fa Lettre contre le
Mandement de M. l'Archevêque de
Paris.
Fuerunt quidam Philofophi de Virtutibus
& Vitiis fubtilia multa tractantes ,
dividentes , definientes , libros implentes,
fuam fapientiam , buccis crepantibus
ventilantes , qui etiam dicere auderent
hominibus : nos fequamini , fectam noftram
tenete ,fi vultis beate vivere. Sed
non intrabant per oftium , perdere volebant
, mactare & occidere.
Aug Tract. 45. in. Joan,
A Amfterdam , chez Marc-Michel Rey
& fe trouve chez l'Auteur au Bureau
du Mercure. Prix , 30 f.
Fermer
Résumé : « LETTRES à M. Rousseau, pour servir de réponse à sa Lettre contre le [...] »
Une lettre à Rousseau répond à une critique d'un mandement de l'Archevêque de Paris publiée dans le 'Mercure de France'. Elle cite des philosophes discutant des vertus et des vices, mais les accuse de ne pas agir selon leurs principes. L'ouvrage est disponible à Amsterdam chez Marc-Michel Rey et au Bureau du Mercure, au prix de 30 francs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Fermer
348
p. 68-90
LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
Début :
TANDIS que le vent du midi enfloit la voile, & poussoit la flote sur [...]
Mots clefs :
Guerre, Rome, Peuples, Dieux, Bords, Rivage, Fortune, Drapeaux, Enfers
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LA PHARSALE, Livre 3. Par M. MARMONTEL.
LA PHARSALE , Livre 3.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
T
Par M. MARMONTEL.
ANDIS que le vent du midi enfloit
la voile , & pouffoit la flote fur
l'humide plaine , tous les yeux étoient
tournés du côté de la vafte mér; Pompée
lui feul ne peut détacher fes regards
du rivage de l'Italie qu'il voyoit
pour la derniere fois. Mais bientôt cette
terre chérie difparoît à fa vue , & fes
montagnes couronnées de nuages s'évanouiffent
dans le lointain .
Accablé d'ennuis , épuifé de fatigue
ce héros enfin fuccombe & fe livre
au fommeil. Alors limage de Julie perçant
la terre , fe préfente à lui comme
une furie , fur un tombeau qui vomit
des feux . » Tón crime eft retombé fur
» moi , lui dit - elle : on me traîne de
» l'Elyfée dans le tartare , de l'afyle des
âmes juftes au noir féjour des mânes
OCTOBRE . 1763 . 69
» criminels. J'ai vu les Euménides
s'armer de torches empoifonnées ,
» pour les fecouer au milieu de vous .
» Le nocher du brûlant Achéron pré-
» pare des barques fans nombre . On
» agrandit les cachots des enfers , les
» Furies fuffiront à peine à châtier tant de
» criminels, Les mains des Parques vont
» fe laffer à trancher les jours de tanţ
» de victimes * . Il t'en fouvient , Pompée,
le temps de notre hymen a été ce-
» lui de tes triomphes . Tu as changé de
» fortune en changeant d'époufe : elle
» eft née pour le malheur de tous fes
» maris , cette Cornélie , femme fans pu-
» deur , qui n'a pas rougi d'entrer dans
" mon lit , quand mon bucher fumoit
» encore. Qu'elle foit donc fans ceffe
» attachée à tes pas , & fur les mers
» & dans les camps , pourvu que je
» trouble ton fommeil auprès d'elle , &
» que je dérobe à ton indigne amour
» tous les momens que tu lui deftines .
» Céfar & Julie s'emparent de toi .
» Mon père le jour , & moi la nuit ,
" nous t'occuperons fans relâche . Le
" L'appareil menaçant des flâmes & des fers
Etonne les Démons & laffe les Enfers .
Brébeuf.
70 MERCURE DE FRANCE .
1
» Léthé ne t'a point effacé de ma mé-
" moire. Les Dieux des enfers m'ont
» permis de te pourfuivre & de me
» venger. Tu me verras , au fignal du
» combat , m'élever entre les deux ar-
» mées . Mon ombre ne fouffrira jamais
» que tu ceffes d'être le gendre de Cé-
»far. Tu crois en vain trancher avec
l'épée les noeuds d'une fainte alliance ;
la guerre civile va te rendre à moi. »
A ces mots elle ſe dérobe à ſon époux
qui lui tend les bras.
,
و د
Il s'éveille , & fa frayeur fe diffipe
avec fon fommeil. Les menaces du Ciel
& des enfers , loin de l'abattre l'élévent
au-deffus de lui-même.* * Il voit
fa perte , & il y court. Pourquoi , dit- il,
m'effrayer d'un vain fonge ? Ou la mort
n'eft rien , ou elle ne doit laiffer aucun
reffentiment de la vie ; & ni l'amour
ni la haine ne nous fuivent dans le
tombeau .
Déja le foleil fe plongeoit au ſein
de l'onde , & nous cachoit de fon globe
*Que ce trifte fantôme ou l'inftruife ou l'abuse ,
Afes baffes frayeurs fon âme ſe refuſe ;
Et lorfque tous les Dieux préfagent fon trépas ,
Il comprend leur menace & ne s'en emeur pas.
Brébeuf.
OCTOBRE. 1763 . 71
enflammé ce que la lune nous dérobe
du fien lorfqu'elle approche de fa plé,
nitude ou qu'elle commence à s'en éloigner.
Ce fut alors que la côte d'Illyrie
offrit un afyle fûr , un accès facile aux
vaiffeaux de Pompée. On ploye les voiles
, on baiffe les mats , & l'on aborde
à l'aide des rames.
?
Dès que Céfar , à qui les vents enlevoient
fa proie , & qui l'avoit ſuivie
des yeux , fe trouva feul au bord de
l'Italie loin de fe réjouir d'en avoir
chaffé fon rival , il gémit de voir qu'il
lui eût échapé . Aucun fuccès ne le flatte,
s'il ne décide de l'empire du Monde : la
victoire elle-même eft trop achetée s'il
faut l'attendre.
Mais oubliant pour un temps la guerre,
& tout occupé des foins de la paix , il
cherche à fe concilier la légére faveur
du Peuple : il fçait que la difette ou
l'abondance décide le plus fouvent de
* Pour s'acquérir les coeurs & vaincre leur colère ,
Il fait d'un Factieux un Maître populaire ,
Inftruit que l'abondance en la main des vainqueurs
A des liens fecrets qui captivent les coeurs.
Brébeuf.
72 MERCURE DE FRANCE.
fa haine ou de fon amour ; que celui
qui nourrit fon oifiveté en eft le maître ;
au lieu qu'il n'eft point de crainte qui
retienne un Peuple affamé. Il charge
Curion d'aller enlever les bleds de la
Sicile , & Valérius ceux de la Sardaigne
. Ces deux Ifles font renommées par
la richeffe de leurs moiffons ; nulle autre
contrée de la terre n'a tant de fois
répandu l'abondance dans l'Italie . A
peine la Lybie eft - elle plus fertile , dans
les années mêmes où les vents du midi
permettent à Borée d'affembler les nuages
vers le milieu de l'axe du monde
& d'y verfer des pluies abondantes.
Acquitté de ce premier foin , Céfar
marche à Rome en vainqueur. Ses Légions
le fuivent , mais défarmées , &
portant fur le front le doux préfage de
la paix .
Dieux s'il ne revenoit dans fa patrie
que chargé des dépouilles des Peuples
de la Gaule & du Nord , quel trion
phe pour lui , quelle pompe ! le Rhin ,
Í'Océan lui-même enchaîné à fon char !
la Bretagne & la Gaule captives ! que
de gloire il a perdu en abufant de la
victoire. Les habitans des villes n'accourent
point fur fa route avec une
joie tumultueufe ; ils le voyent paffer
&
COCTOBRE. 1763 . 73
& baiffent les yeux , faifis d'une terteur
muette. En aucun lieu le Feuple
des campagnes ne fe précipite au- devant
de fes pas. Cefar s'applaudit cependant
de leur infpirer tant de crainte:
à peine eût - il préféré leur amour.
Déja il a paffé la forterffe d'Anxur
& la forêt confacrée à la Diane de
Scythie. Déja il découvre d'une éminence
cette Rome qu'il n'avoit pas
vue depuis dix ans qu'avoit duré la
guerre des Gaules. Il s'étonne lui - même
de l'état où il l'a réduite ; & il lui
adreffe ces mots.
• Eft-il poffible , ô féjour des Dieux ,
que l'on abandonne tes murs , fans y
être forcé par la guerre ! & quelle ville
méritera qu'on la défende , fi ce n'eft
Rome ? Heureufement ce n'eft' ni le
Parthe , ni le Dace uni au Géte , ni le
Sarmate fecondé du Pannonien qui te
menace : la fortune n'oppofe qu'un Ci
toyen qui t'aime au chef timide qui
n'ofe te garder.
Bientôt Cefar entre dans Rome où
l'épouvante l'a devancé ; car on s'atend
qu'il va la livrer au pillage comme une
ville prife d'affaut , faccager les murs ,
embrâfer les Temples , enfevelir les
Dieux de la Patrie fous les débris de
II. Vol. D
74 MERCURE DE FRANCE.
leurs Autels . On ne doute pas qu'il ne
veuille tout ce qu'il peut , & comme il
peut tout , il n'eft rien qu'on ne craigne
. On ne feint pas même de le voir
avec joie & de faire des voeux pour lui ;
la haine occupe & remplit tous les
coeurs .
Les Peres de la Patrie du fond de
leur retraite fe rendent au Temple
d'Apollon où Cefar les fait appeller , C'eft
la première fois qu'un Citoyen ofe
convoquer le Sénat, On n'y voit point
des fiéges réfervés pour les Confuls
pour le Préteur , pour les Cenfeurs &
les Ediles. Céfar réunit toutes ces dignités
en lui feul , & c'eft pour enten
dre la volonté d'un homme que le Sénat
eft affemblé. Les Pères confcrits prénnent
place , réfolus de confentir àtout ,
foit qu'il demande un Trône ou des
Autels , l'exil ou la mort du Sénat luimême.
Graces aux Dieux , Céfar eut
Qu'il yeuille des autels , qu'il veuille un dia
dême ,
Qu'il prétende fur Rome un empire fuprême ,
Qu'il demande leur fang , leurs fuffrages font
prêts.
Sa penſée eft leur régle, & fes voeux leurs arrêts.
Breb.
OCTOBRE. 1763. 75
honte d'exiger ce que Rome n'eût pas
eu honte de permettre.
Cependant la liberté indignée ofa ſe
révolter encore & tenter par la voix
d'un Citoyen , fi les loix pouvoient réfifter
à la force ; le Tribun Métellus
voyant qu'on alloit enlever le tréfor du
Temple de Saturne , accourut , fe fit
un paffage à travers le cortége de César,
& fe préfenta fur le feuil du Temple
qu'on alloit ouvrir. L'avarice eft donc
la feule paffion qui brave le fer & la
mort ? Céfar foule aux pieds les loix fans
que perfonne s'arme pour elles ; & le plus
vil de tous les biens , l'or excite un foulévement
! Métellus s'oppofe donc au pillage
du Temple ; & s'adreffant à Céfar : »
» Tu nouvriras ces portes, lui dit- il qu'a-
» près m'avoir percé le fein , & tu n'em-
» porteras les dépouilles du Temple que
fouillé du fang d'un Tribun . Tu fçais
» files Dieux laiffent violer impuné-
» ment cette dignité fainte , & fi les
Euménides l'ont vengée de l'impiété
» de Craffus. Sois facrilege à fon exem-
» ple, tire ce glaive & frappe fans rougir.
» tu n'as point à craindre les yeux du
» Peuple nous fommes feuls ; Rome
» eft déferte. Mais dis-moi , Tyran , que
» veux - tu ? Livrer la Patrie en proie
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
à tes foldats ? Il te refte encore tant
» de Peuples , tant de Villes à ruiner !
qu'as- tu befoin des tréfors de la paix ?
» n'as- tu pas tous ceux de la guerre ? »
Ce difcours alluma la colére du vainqueur.
Tu te flattes en vain, lui dit-il ,
d'obtenir de moi une mort honnorable
: non , Métellus , ma main ne fera
point fouillée d'un fang auffi vil que le
tien. Il n'eft point de marque d'honneur
qui te rende digne de mon ref
fentiment. C'eft donc à toi que Rome
confie la défenſe de ſa liberté ? Certes
le temps a bien changé les chofes , fi
les Loix aiment mieux s'appuyer fur
-Métellus que de fléchir devant Céfar !
Alors impatient , de voir que le Tribun
ne quittoit pas la porte du Temple , il
regardoit fes foldats rangés autour de
lui , & alloit oublier le caractère paci .
fique dont il s'étoit revêtu fi Cotta
n'eût diffuadé Métellus d'une réſiſtance
imprudente.
>
Sous l'autorité d'un feul , lui dit- il
la liberté fe détruit - elle même en s'obftinant
à ne pas fléchir . Vous en conferverez
du moins l'ombre fi en cédant
à la néceffité vous femblez vouloir
tout ce qu'elle exige. Nous avons fubi
tant de Loix injuftes ! une fi lâche
OCTOBRE . 1763 . myday.
obéiffance n'a pour excufe que l'im
puiffance de réfifter. Qu'ils fe hâtent
d'emporter loin de nous ces tréfors pernicieux
, ces fatales femences de guerre ."
La ruine de l'Etat intéreffe un Peuple'
libre ; mais la mifére d'un peuple efclave
lui eft moins onéreufe qu'à fes Tyrans.
Metellus s'éloigna à ces mots , & la
roche tarpeïenne retentiffant du bruit
des portes , annonce à Rome que le
Temple eft ouvert . Du fond de ce Temple
fut allors tiré ce dépôt fi longtemps
inviolable des revenus du Peuple
Romain : le Tribut des Carthaginois celui
de Perfes & de Philippe ; tout l'or:
que Pyrrhus laiffa dans tes mains , ô
Rome , alors vertueufe & libre , cet or
au prix duquel Fabrice avoit refufé de
te trahir ; ce qu'avoit épargné la frugalité
de nos pères ; ce que l'opulente
Afie avoit payé de tribut aux Romains
; ce que Metellus avoit rapporté
de l'Ifle de Crére , & Caton de l'ifle de
Cypre ; enfin les dépouilles de l'Orient
captif & les richeffes de tant de Rois
étalées tout récemment encore dans les
triomphes de Pompée , tout fut envahi ;
le Temple fut livré à la plus affreufe
rapine ; & dès-lors , exemple inoui !
D iij
78 MERCURE DE FRANCE.
Céfar fut plus riche que Rome. * Ce
pendant la fortune de Pompée foulevoit
les Nations , & les attiroit de toutes
parts dans fa querelle & dans fa ruine. **
La Gréce qui voyoit de plus près l'appareil
de la guerre s'empreffa d'y contribuer.
Des campagnes de la Phocide
& des deux fommets du Parnaffe , des
champs de Béotie que borde le Céphife
, des environs de Thébes où coule .
Dircé , de l'Elide qu'arrofe l'Alphée ,
avant de traverfer les mers pour aller
chercher Aréthufe ; on voit les Peuples.
accourir .
>
Ceux d'Arcadie defcendent du Ménale
*** ceux d'Epire abandonnent les
Atamanes , & Dodone qui ne rend plus
d'oracles , & ce rivage autrefois célébre
où régna la veuve d'Hector. L'Illyrie
a pris les armes ; l'Iftrię a fuivi fon
*
Tout eft mis au pillage , & l'on voit un feut
homme
Plus riche que l'Etat & plus puiffant que Rome,
Bréb.
**
Ici , comme dans le premier Livre , le Poëte
a né gligé l'ordre géographique , & j'ai cru devoir
l'y rétablir .
*** Er du mont Pholoé que l'on dit avoir nourri
les Centaures.
* Oricum.
OCTOBRE. 1763. 79
#
exemple. Athénes quoique nouvellement
épuisée de combattans arme encore
quelques vaiffeaux . Cent Villes de
Crete uniffent leurs forces ; la Theffalie
affemble les fiennes : on quitte les
bords du Penée & les forêts du mont
Oëta , & ce golfe d'où fut lancé le
premier Navire qui fendit les mers ,
l'Argo qui mêla fur un même rivage
des Peuples inconnus l'un à l'autre , expofa
la race humaine à la fureur des
vents & des ondes , & lui apporta une
nouvelle mort.
Le Thrace a déferté l'Hémus & les
bords du Strimon , d'où l'on voit ces
oifeaux qui fendent les airs en phalange
fuir aux approches de l'hyver , &
chercher fur le Nil un climat plus doux.
Sur les pas du Thrace s'avancent les ha
bitans de cette Ifle qu'embraffe le Da
nube lorfqu'il fe plonge dans l'Euxin .
De leur côté marchent les Peuples de
Myfie & ceux d'Eolie qu'abreuve le
Caïque , & ceux qui cultivent la ſtérile
Arifbé. La Phrygie affemble les fiens :
Pitané fe voit dépeuplée , & Céléne qui
regrette encore le Satyre émule du Dieu
du chant. L'on quitte les bords du
Méandre & du Marlyas qu'il reçoit dans
fon fein , & du Pactole qui coule à tra-
Diy
80 MERCURE DE FRANCE.
vers des mines d'or , & de l'Hémus
auffi riche que le Pactole par la fertilité
de fes rives . Ceux de la Troade fe rendent
eux-mêmes fous les drapeaux d'un
Chef qui court avec eux à fa perte ; &
la fabuleufe origine de Cefar defcendant
d'Iule ne les empêche pas de s'armer
contre lui.
Les forêts du Taurus font défertes
les murs de Tharfe abandonnés . Les
Ports de Cilicie retentiffent des bruyans
apprêts d'une flotte , & le Cilicien traverfe
les mers guidé par l'étoile de l'Ourfe
, non plus comme autrefois en pirate,
mais en guerrier. Avec lui courent aux
combats les fauvages habitans de la
Cappadoce , & ceux de l'Arménie répandus
fur le mont Amane , & fur les
bords du Niphate qui roule des rochers ,
& ceux des rives de l'Halis que le malheur
de Créfus a rendu célébre. Le Syrien
quitte les bords de l'Oronte , l'Iduméen
fes champs ombragés de palmes
; le Phénicien les murs de Damas
& de Gaza , de Tyr & de Sidon qu'enrichit
la pourpre. Ce Peuple eft le
* C'eft de lui que nous vient cet art ingénieux
De peindre la parole & de parler aux yeux ,
Et par les traits divers de figures tracées ,
Donner de la couleur & du corps aux penfées.
*
Bréb
OCTOBRE . 1763 . 81
premier , fi l'on en croit la Renommée
qui ait éffayé de rendre la parole vifible
& de la fixer fous les yeux . L'Egypte
n'avoit point encore appris à tracer la
penſée fur l'écorce de fes rofeaux : feulement
elle gravoit fur la pierre des figures
d'oifeaux ou de bêtes féroces , &
ces images parloient à la vue un langage
mystérieux.
*
La guerre attire en même temps les
les Peuples heureux qui cultivoient les
riches compagnes de l'Euphrate & du.
Tigre. Ces deux fleuves prennent leur
fource dans la même chaîne de montagnes
; & fi dans leur cours leurs eaux le
confondent , on ne fçait plus quel nom
leur donner. Mais l'Euphrate a l'avan
tage de fe répandre comme le Nil dans
devaſtes plaines que fes eaux fertiliſent,
tandis que le Tigre fe perd au fein de
la terre , où il s'eft fait une route cachée
& ne renaît de fa nouvelle fource
que pour fe jetter dans l'Océan .
* On voit abandonner ces campagnes fécondes
Que le Tigre & l'Euphrate arrofent de leurs on
des .
Nés de la même fource , après de longs détours
Ils n'ont qu'un mème lit en achevant leur cours
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
L'Arabe vient fous un Ciel nouveau
& il s'étonne de n'y voir jamais les ombres
s'étendre du côté du Midi . La fureur
des Romains fe communique juf
ques au fond de l'Afie chez les Orétes
& les Carmanes , d'où l'on découvre à
peine l'Ourfe & le rapide Bootès . Elle
paffe de même en Affrique chez le bru
lant Ethiopien fi éloigné de nos climats .
Ammon , ne ceffe de voir traverſer fes
défert par des légions d'hommes armés ;
& depuis les Syrtes jufqu'au rivage Maure
, la Lybie a raffemblé tout ce qu'elle
a de combattans. Les Peuples qui couvrent
les riches bords du Phafe vont
courir les mêmes dangers. Le Parthe
belliqueux refte feul en balance entre
Céfar & Pompée , & il s'applaudit de
les voir divifés. Mais les Peuples errans
dans les déferts de la Scythie ceux que
le Bactre environne , ceux que l'Hircanie
enferme dans fes forêts ceux
qui vivent au pied du Caucaſe , ſe rangent
du parti de Pompée. Des climats
glacés où le Tanaïs fe précipitant dù
fommet du Riphée fépare l'Europe de
l'Afie ; des bords du Détroit du Palus
Méotide égal au paffage qu'Alcide ouvrit
aux eaux de l'Océan , tous les Peuples
du Nord volent au fecours de ce
héros. Il voit arriver dans fon Camp
OCTOBRE. 1763. 83
le Sarmate voifin du Mofcovite , l'Arimafpe
qui reléve fes cheveux avec des
liens tiffus de l'or que fon fleuve roule ,
le Maffagette qui dans les combats fe
nourrit du fang du Courfier qui le porte
& le Gélon fi rapide à la courfe & le
Coâtre qui vit dans les forêts dont les
chênes touchent aux Cieux . Le fignal
de la guerre a mis en mouvement les
Peuples mêmes de l'Aurore jufques dans
ces régions éloignées où le Gange eſt
adoré,le Gange, le feul des fleuves del'U
nivers qui ofe fuivre un cours oppofé
à celui du Dieu de la lumière , & s'ouvrir
une embouchure en face du foleil
naiffant. C'eſt par le Gange que fut ar
rêté le Héros de la Macédoine fans qu'il
pût arriver aux bords de l'Orient : vainqueur
du monde jufques-là il s'avoua
vaincu par le Gange.
Le même fignal retentit fur l'Indus
cefleuve qui fe jettant au fein des Mers
par deux bouches profondes ne s'apperçoit
pas dans fa rapidité que l'Hidafpe
fe mêle à fes vaftes eaux . Alors
s'uniffent pour marcher aux combats
les Peuples qui boivent fur ces bords
la douce liqueur qu'un rofeau diftile
& ceux qui teignent leur chevelure
dans le fuc doré d'une plante , & qui
D vj
84 MERCURE DE FRANCE .
fement de pierreries le long tiffu dont
ils s'enveloppent , & ceux qui dreffent
eux-mêmes leurs buchers & fe jettent
vivans au milieu des flammes. Ah
quelle gloire n'eft - ce pas pour eux de
difpofer ainfi d'eux-mêmes , & raffafiés
de la vie , d'en donner les reftes aux
Dieux .
*
1
Ni fous les Drapeaux de Cyrus , ni
dans l'Armée de Xercès , ni fous la
Flotte d'Agamemnon, jamais on n'avoit
vû tant de Rois fe réunir fous un même
Chef, ni tant de Peuples différens de
vêtemens , de traits , de langage. Ce
font autant de Compagnons que la
fortune veut que Pompée entraîne dans
fa vafte ruine , & autant de victimes
qu'elle va immoler aux funérailles de
ce grand Homme pour les rendre dignes
de lui. Ou plutot de peur que l'heu
reux Cefar n'ait plus d'un combat à
livrer pour fubjuguer le monde, elle a
voulu le lui.donner à vaincre en un
* Trop heureux dans leurs maux de ne remettre
pas
Aux caprices du Sort le choix de leur trépas ,
De pouvoir faire aux Dieux ce libre facrifice ,
Et de donner leur vie avant qu'on la raviſſe.,
Bréb
OCTOBRE. 1763 . 85
jour dans les Champs de la Theffalie .
Dès que Céfar eft forti des murs
de Rome , que fon afpect faifoit trem
bler , il femble donner à fes Légions des
ailes pour franchir les Alpes à travers
les nuages qui les couronnent. Mais
tandis que les autres Nations frémiffent
au nom de Céfar , Marfeille cette Colonie
des Phocéens , ofe refter fidéle à
fon alliance avec Rome , & préférer
le parti le plus jufte au plus heureux .
Cependant elle veut effayer par un langage
pacifique , de fléchir la fureur indomptable
de Céfar , & la dureté de
cette âme fuperbe . Ses Députés , choifis
parmi la jeuneffe , s'avancent , l'o
live dans les mains , au- devant de Céfar
& de fes Légions.
Romains , dirent- ils , vos Annales at
teftent que dans les Guerres du dehors,
Marſeille a dans tous les temps par
tagé les travaux & les dangers de Rome.
aujourd'hui - même fi tu veux , Céfar
, chercher dans l'Univers de nouveaux
triomphes , nos mains vont s'armer
& te font dévouées ; mais fi dans
les combats où vous courez , Rome
ennemie d'elle - même , va fe baigner
dans fon propre fang , nous n'avons
à vous offrir que des larmes & un afyle ,
86 MERCURE DE FRANCE.
Les coups que Rome va fe porter nous
feront facrés comme ceux de la foudre ,
fi les Dieux s'armoient contre les Dieux
ou fi les Géans leur déclaroient la
Guerre , la pitié des humains feroit infenfée
d'ofer vouloir les fecourir par
des voeux ou par de foibles armes , & ce
ne feroit qu'au bruit du tonnerre que
l'homme aveugle fur le deftin des Dieux ,
s'appercevroit que Jupiter feroit encore
maître de l'Olympe . Ajoutez au reſpect
qui nous retient , que des Peuples fans
nombre accourent dans vos camps , &
que ce monde corrompu n'a pas affez
le crime en horreur , pour que vos guerres
domestiques manquent de glaives
& de miniftres. * Et plût aux Dieux
que la Terre entiere penfat comme
hous , qu'elle refufât de feconder vos
haines & que nul Etranger ne voulût
fe mêler à vos combatans. Que feriezvous
livrés à vous -même ? Eft-il un
fils à qui les armes ne tombaffent des
mains à la rencontre de fon père ?
Eft-il des frères affez barbares pour
croifer leurs lances & fe percer de traits ?
L'injuftice eft illuftre à la fuite des Grands ,
E leurs plus noirs deffeins trouvent des partifans .
Bréb
OCTOBRE. 1763. 87
La guerre eft finie , fi vous êtes privé
du fecours de ceux à qui elle elle eſt
permife . Pour nous , la feule grace que
nous vous demandons , c'eft de laiffer
loin de nos murs ces Drapeaux , ces
Aigles terribles , de daigner vous fier
à nous , & de confentir que nos por
tes foient ouvertes à Céfar & fermées
à la guerre. Permets , Céfar , permets
qu'il refte un afyle inacceffible au crime,
& für également pour les deux partis ,
où Pompée & toi, fi jamais le malheur de
Rome vous touche & vous difpofe à un
accord , vous puiffiez venir des armés .
Du refte qui peut t'engager , quand
la guerre t'appelle en Efpagne , à fuf
prendre ici ta marche rapide ? Eft- ce
de nous que le fuccès dépend ? Nous ne
fommes d'aucun poids dans la balance
des deftins du Monde. Depuis que ce
Peuple éxilé dans fon ancienne Patrie ,
quitté les mers de Phocée livrés aux
flammes , quels ont été nos exploits ?
Enfermés dans d'étroites murailles, & fur
un rivage étranger, notre bonne foi feule
nous rend illuftres. Toutefois fi tu pré
tens affiéger nos murs & brifer nos
Portes , nous fommes réfolus à braver
le fer & la flamme, la foif & la faim . Si tu
mous prives du fecours des eaux , nous
88 MERCURE DE FRANCE.
fi
creuferons , nous lécherons la terre ;
le pain nous manque , nous nous réduirons
aux alimens les plus immondes. Ce
Peuple aura le courage de fouffrir pour
fa liberté tous les maux que fupporta
Sagunte affiégée par Annibal. Les enfans
qui dans les bras de leurs mères
défaillantes prefferont en vain leurs mamelles
taries & defféchées par la faim ,
en feront arrachés & jettés dans les
flammes. L'époufe demandera la mort à
fon époux chéri. Les Frères fe perceront
l'un l'autre pour fe délivrer de la
vie , & cette guerre nous fera moins
d'horreur que la guerre civile où tu veux
nous traîner.
Ainfi parla cette vertueufe jeuneffe ;
& Céfar dont la colère enflammoit les
regards , la laiffe éclater en ces mots.
Ce Peuple transfuge compte yainement
fur la rapidité de ma courſe. Tout impatient
que je fuis de me rendre en Efpagne
, j'aurai le temps de râfer ſes
murs. Réjouiffez - vous , compagnons.
Le fort préfente fur votre paffage dequoi
exercer votre valeur. Nous avons
befoin d'ennemis comme les vents ont
befoin d'obstacles pour ramaffer leurs
forces diffipées & comme la flamme a
befoin d'alimens. Tout ce qui céde ,
OCTOBRE 1763. 89
*
nous dérobe la gloire de vaincre que la
révolte nous offriroit. Marſeille , dit on ,
confent à m'ouvrir fes portes fi j'ai la
baffeffe de vouloir m'y préfenter feul
& fans armes. C'eft donc peu de m'exclure
, elle veut m'enfermer ! ne croitelle
pas fe dérober à la guerre qui embrâfe
le monde ? Lâches, vous ferez punis
d'avoir ofé prétendre à la paix ; &
vous apprendrez qu'il n'y a point d'afyle
plus affuré dans l'Univers que la guerre
même fous mes Drapeaux . Il dit &
marche vers les murs de Marfeille où
rien n'annonce la frayeur. Il trouve les
portes fermées & les remparts couverts
d'une jeuneffe nombreffe réfolue
à s'enfevelir fous fes murs. Ce fera pour
Marſeille un honneur immortel , un fait
mémorable dans tous les âges d'avoir
foutenu fans abattement les approches
de la guerre,d'en avoir fufpendu le cours;
& tandis que l'impéteux Céfar entraînoit
tout furfon paffage , de n'avoir feule
* Mais ce calme honteux en un fiécle d'allarmes
Vous coûtera bientôt & du fang & des larmes ;
Et fi votre falut vous eft un bien fi cher ,
C'étoit fous mes drapeaux qu'il falloit le chercher.
Breb.
go MERCURE DE FRANCE.
été vaincue que par un fiége pénible &
lent. Quelle gloire en effet de réfifter aux
déftinées & de retarder fi long-temps
la fortune impatiente de donner un
Maître à l'Univers ! Non loin de la ville
eft une colline dont le fommer applani
forme un terrein affez. fpacieux . Cette
hauteur où il eft facile de fe retrancher,
par une longue enceinte , lui préfente
un Camp avantageux & fùr. Du côté
oppofé à cette colline & à la même
hauteur s'élève un Fort qui protége la
Ville, & dans l'intervalle font des champs
cultivés.
Céfar trouva digne de lui le vaſte
projet de combler le vallon & de joindre
les deux éminences. D'abord pour
inveftir la Ville du côté de la terre il
fait pratiquer un long retranchement du
haut de fon Camp jufqu'à la Mer. Un
rempart de gazon couronné d'épais crénaux
doit embrâfer la Ville , & lui
couper les eaux & les vivres qui lui
viennent des champs voisins .
Le reste au Mercure prochain.
Fermer
349
p. 91-100
POÉTIQUE Françoise, par M. MARMONTEL. A Paris, chez l'Esclapart, Libraire, quai de Gêvres, 1763. 3 vol. in-8°. Avec Approbation & Privilége du Roi.
Début :
AVANT que M. Marmontel publiât cette nouvelle Poëtique, une infinité [...]
Mots clefs :
Poésie, Poétique, Action, Vaisseau, Sentiment, Couleurs, Écrivains
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : POÉTIQUE Françoise, par M. MARMONTEL. A Paris, chez l'Esclapart, Libraire, quai de Gêvres, 1763. 3 vol. in-8°. Avec Approbation & Privilége du Roi.
POÉTIQUE Françoife , par M. MARMONTEL
. A Paris , chez l'Eſclapart
, Libraire, quai de Gevres, 1763.
3 vol. in-8°. Avec Approbation &
Privilége du Roi,
AVANT VANT que M. Marmontel publiât
cette nouvelle Poëtique , une infinité
d'Ecrivains nous avoient déja donné
des préceptes pour tous les genres de
Littérature , & fpécialement pour les
ouvrages de Poefie . Mais ce qui doir
étonner, c'eft la diverfité d'opinions qui
divife la plupart de ces Auteurs ; à peine
en trouve-ton deux du même fentiment
fur la même matière ; & le Lecteur fur
pris à la vue de cette foule prodigieufe
de principes & de régles qui fe contredifent
& fe combattent , refte dans
l'indécifion , & ne fçait à quoi s'en te →
nir. M. Marmontel ne s'accorde pas
mieux avec les Ecrivains qui ont cous
ru avant lui la même carrière ; & dès
l'Avant-propos on s'apperçoit que ni
leur nombre , ni leur réputation ne font
capables de lui en impofer . Ariftote, Horace
, le Taffe , Vida , Caftelvetro, Gra2
MERCURE DE FRANCE.
vina , Scaliger, d' Aubignac , le Boffu ,
Dacier, Corneille , Boileau , la Mothe
& c ; tous ces grands noms ne l'ont
point ébloui ; il a voulu voir avec fes
yeux , & juger d'après lui - même. La raifon
, le fentiment , la nature , vo là fes
grandes autorités. A l'égard des Ecrivains
que nous venons de nommer , il
n'y en a aucun qu'il ait dû croire infaillible.
Il a donc pu fuivre des fentimens
différens , que nous n'entreprendrons ni
de juftifier ni de combattre. Ce n'eft
point une differtation , mais l'analyſe de
fon Livre que nos Lecteurs attendent
de nous. Nous aurions même à nous
reprocher de l'avoir fait attendre trop
longtemps , fi la foule des Ouvrages an
térieurs n'avoit rempli dans notre Mercure
l'efpace deſtiné aux Extraits des
Livres nouveaux . Nous allons nous occuper
préfentement d'un devoir d'autant
plus agréable , que nous aurons
occafion d'y revenir plus d'une fois , &
que nous espérons d'en tirer pour nousmêmes
beaucoup de fruit.
On a vu par le titre , que la Poëtique
de M. Marmontel eft diftribuée en trois
volumes ; chaque volume eſt diviſé en
plufieurs Chapitres . Dans le premier
l'Auteur traite de la Poëfie en général
OCTOBRE . 1763. 93
C'eft peu , dit-il , de rappeller fon ob-
» jet à l'efprit , comme l'Eloquence &
» l'Hiſtoire ; la Poëfie le préfente à l'imagination
avec fes traits & fes cou-
» leurs , comme feroit un excellent Ta-
» bleau .... La Peinture faifit fon objet
» en action , mais ne le repréfente qu'en
» repos ; au lieu qu'en Poëfie l'imitation
» eft progreffive , & auffi rapide que
» l'action même . La Poëfie n'est donc
» pas le tableau , mais le miroir de la
» Nature . Dans un miroir même , les
» objets fe fuccédent & s'effacent l'un
» l'autre ; la Poëfie eft comme un fleu-
» ve qui ferpente dans les campagnes ,
» & qui dans fon cours répéte à la fois
» tous les objets répandus fur fes bords.
» Il y a plus , cet efpace que parcourt
» la Poëfie eft dans l'étendue fucceffi-
» ve , comme dans l'étendue permanen-
» te. Ainfi le même vers préfente à l'ef-
» prit deux images incompatibles , les
» étoiles & l'aurore, le préfent & le paffé.
"
La pourpre de l'aurore effaçoit les étoiles.
Jamque rubefcebat ftellis aurora fugatis.
» Dans les exemples du tableau , du
miroir & du fleuve on ne voit >
94 MERCURE DE FRANCE,
1.
qu'une furface ; la Poëfie tourne autour
de fon objet comme la Sculpture , &
» le repréſente dans tous les fens . Elle
fait plus que répéter l'image & l'action
des objets. Cette imitation fidé
» le & fervile , quelque talent , quelque
» foin qu'elle exige , eft fa partie la
» moins eftimable . La Poëfie invente &
» compofe ; elle choifit & place fes
» modéles , arrange & combine elle-
» même tous les traits dont elle a fait
choix , ofe corriger la Nature dans
"> les détails & dans l'enſemble , donne
" de la vie & de l'âme aux corps , une
» forme & des couleurs aux pensées ,
» étend les limites des chofes , & fe fait
» un nouvel Univers .
Mais la Poëfie ne peint pas uniquement
des objets matériels & Phyfiques,
Elle pénétre au fond de l'âme , dit M.
Marmontel , & en expofe à nos yeux
tous les replis. Ni les douces gradations
du fentiment , ni les violens accès de la
paffion ne lui échappent, Le degré d'élévation
& de fenfibilité , d'énergie &
de reffort , de chaleur & d'activité qui
varie & diftingue les caractères à l'infini,
toutes ces qualités & ces qualités oppofées
font exprimées par la Poëfie ; elle
à mille couleurs pour diftinguer toutes
1
OCTOBRE. 1763. 95
ces nuances. Elle compofe des âmes ,
comme la Peinture imagine des corps.
Les perfonnages ainfi formés , elle les
oppofe & les met en action ; action plus
vive & plus touchante que la Peinture
ne peut l'exprimer. Action variée dans
fon unité , foutenue dans fa durée , &
fans ceffe animée dans fes progrès par
des obftacles & des combats,
Après avoir ainfi défini ou expliqué,
la Poëfie par fes effets , l'Auteur entre
dans la fameufe queftion , fi l'harmonie
des vers eft une partie effentielle de la
Poëfie ? M. de Voltaire , comme on
fçait, eft pour l'affirmative , & refufe
fur ce fondement le nom de Poëme au
Roman de Télémaque , & à tout Ouyrage
en Profe où , aux vers près , on
trouve d'ailleurs tous les charmes de la
Poefie, M. Marmontel penfe le contraire.
Suppofons , dit- il , que les belles Scènes
d'Euripide & de Sophocle ' , que
» les morceaux fublimes d'Homère &
» de Milton n'ayent jamais été qu'en
" profe éloquente & harmonieufe ; qui
ofera dire que ce n'eft point de la
» Poëfie , & qu'un ouvrage de ce ſtyle,
» rempli de pareilles beautés , ne méri
» teroit pas le nom de Pocme ?
J
Cette queftion agitée autrefois entre
96 MERCURE DE FRANCE .
M. de la Mothe & M. de Voltaire , &
ingénieufement difcutée dans cette Poëtique
par M. Marmontel , ne nous pa
roît pas encore entièrement décidée.
Une autre queftion fur laquelle l'Auteur
paffe plus légèrement , regarde la
fiction. Eft-elle de l'effence de la Poëfie
? C'eft demander , répond M. Marmontel
, fi la nature , dans la réalité
, n'eſt jamais affez belle , affez touchante
, pour être peinte fans ornement
? La queftion réduite à cette fimplicité
, n'eft pas difficile à réfoudre ,
ajoute l'Auteur. Le don de feindre
» eft un talent effentiel au Poëte , par
la raifon qu'il peut à chaque inſtant
avoir befoin d'embellir fon objet.
» Mais la fiction n'eft pas effentielle à
» la Poëfie , par la raifon que l'objet
qu'elle imite peut être affez beau en
» lui-même , pour n'avoir pas befoin
» d'être orné .... Celui qui le premier a
» imaginé que le Soleil en fe plongeant
» dans l'onde , alloit fe plonger dans
» le fein de Thétis après avoir rempli
» fa carrière , a eu fans doute une idée
""
K
très-poëtique. Mais celui qui avec les
» couleurs de la nature auroit peint le
» premier le Soleil couchant , à demi
→ plongé dans des nuages d'or & de
» pourpre ,
OCTOBRE . 1763. 97
" pourpre , & laiffant voir . encore au-
» deffus de fes nuages enflammés la
" moitié de fon globe ; celui qui au-
" roit exprimé les accidens de fa lu-
» mière fur le fommet des montagnes,
» & le jeu de fes rayons à travers le
» feuillage des fôrets , tantôt imitant
» les couleurs de l'Arc-en- Ciel , tan-
» tôt les flammes d'un incendie ; celui
-là , je crois , auroit pû dire auflì :
» je fuis Poëte.
"
Il eft vrai , dit M. Marmontel , qu'un
Poëme dont l'action l'intrigue , les
caractères font de pure invention , fans
être plus beau . que celui qui repréfente
une action réelle & des perfonnages
connus , aura pourtant fur ce dernier ,
l'avantage du génie créateur fur le génie
imitateur ; mais ce mérite , tout recommandable
qu'il eft , n'eft point ef
fentiel à la Poëfie.
L'Auteur fait une troifiéme queſtion
avant que de finir ce premier Article.
Quelle eft la fin de la Poëfie ? En général
c'eft le plaifir ; ce qui n'empêche
pourtant pas que le Poëte ne puiffe s'élever
au rang des bienfaiteurs de l'humanité.
Dans le fecond Chapitre M. Mar
montel parcourt & définit les divers ta◄
II, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
lens du Poëte , les diverfes facultés de
P'âme , telles que l'efprit , l'imagination
& le fentiment ; il indique le parti
qu'on peut tirer de chacune de ces
facultés pour les différens genres de
Poëfie. Quelquefois l'Auteur joint l'exemple
au précepte ; & lorfqu'il entreprend
de faire voir combien le travail
& une méditation profonde peuvent
faire faifir de détails finguliers & intéreffans
dans les fujets les plus rebattus
il donne lui- même la defcription
d'une tempête qu'on verra ici avec
plaifir.
,
» Vous avez à peindre un vaiffeau
» battu par la tempête & fur le point
» de faire naufrage. D'abord ce tableau
» ne fe préfente à votre penfée que dans
» un lointain qui l'efface : mais voulez-
» vous qu'il vous foit plus préfent ?
» parcourez des yeux de l'efprit les par-
» ties qui le compofent. Dans l'air ,
dans les eaux , dans le vaiffeau même
» voyez ce qui doit fe paffer. Dans l'air,
» des vents mutinés qui fe combattent
» des nuages qui éclipfent le jour , qui
» fe confondent , & qui de leurs flancs
» fillonnés d'éclairs , vomiffent la fou-
» dre avec un bruit horrible. Dans les
> eaux , les vagues écumantes qui s'éOCTOBRE.
1763. 99
» lévent juſqu'aux nues , es lames polies
comme des glaces qui réfléchif-
» fent les feux du foleil , des montagnes
» d'eau fufpendues fur les abîmes qui
» les féparent , ces abîmes où le vaif-
» feau paroît s'engloutir , & d'où il s'é-
» lance fur la cime des flots . Vers la
» terre , des rochers aigus où la mer va
» ſe brifer en mugiffant , & qui préfen-
» tent aux yeux des Nochers les débris
» récents d'un naufrage , augure ef-
» frayant de leur fort . Dans le vaiffeau,
» les antènnes qui fléchiffent fous l'ef-
» fort des voiles , les mâts qui crient &
» fe rompent , les flancs même du vaiſ-
» feau qui gémiffent battus par les va-
» gues , & menacent de s'entr'ouvrir.
» Un Pilote éperdu , dont l'art épuisé
fuccombe & fait place au défefpoir ,
» des matelots accablés d'un travail
» inutile , & qui fufpendus aux corda-
» ges , demandent au Ciel avec des cris
» lamentables , de feconder leurs der-
» niers efforts ; un héros qui les en-
» courage , & qui tâche de leur infpirer
la confiance qu'il n'a plus. Vou-
» lez-vous rendre ce tableau plus touw.
chant & plus terrible encore ? Sup-
» pofez dans le vaiffeau un père avec
» fon fils unique , des époux , des amans
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
qui s'adorent , qui s'embraffent & qui
» fe difent nous allons périr. Il dépend
» de vous de faire de ce vaiffeau le
" Théâtre des paffions , & de mouvoir
» avec cette machine tous les refforts
les plus puiffans de la terreur & de la
pitié.
A ce talent de rapprocher ainfi les
circonstances , & de raffembler des détails
qui font épars , M. Marmontel veut
que le Poëte ajoute un autre talent plus
précieux encore'; c'eft celui de s'oublier
foi-même , de fe mettre à la place du
perfonnage que l'on veut peindre, d'en
revêtir le caractère , d'en prendre les
inclinations , les intérêrs , les fentimens ;
de le faire agir comme il agiroit , & de
s'exprimer fous fon nom comme il s'exprimeroit
lui-même. Ce talent fuppofe
une fenfibilité , une foupleffe , une activité
dans l'âme , que la Nature feule
peut donner ; & c'eft ce que l'Auteur
appelle ici le fentiment qui conduit à
l'enthoufiafme . Les autres talens du Poëte
font une oreille délicate & jufte , un
goût für & éclairé. Mais cette dernière.
qualité eft le fruit des études du Poëte ,
qui font la matière du troifiéme Article.
Lafuite au Mercure prochain.
. A Paris , chez l'Eſclapart
, Libraire, quai de Gevres, 1763.
3 vol. in-8°. Avec Approbation &
Privilége du Roi,
AVANT VANT que M. Marmontel publiât
cette nouvelle Poëtique , une infinité
d'Ecrivains nous avoient déja donné
des préceptes pour tous les genres de
Littérature , & fpécialement pour les
ouvrages de Poefie . Mais ce qui doir
étonner, c'eft la diverfité d'opinions qui
divife la plupart de ces Auteurs ; à peine
en trouve-ton deux du même fentiment
fur la même matière ; & le Lecteur fur
pris à la vue de cette foule prodigieufe
de principes & de régles qui fe contredifent
& fe combattent , refte dans
l'indécifion , & ne fçait à quoi s'en te →
nir. M. Marmontel ne s'accorde pas
mieux avec les Ecrivains qui ont cous
ru avant lui la même carrière ; & dès
l'Avant-propos on s'apperçoit que ni
leur nombre , ni leur réputation ne font
capables de lui en impofer . Ariftote, Horace
, le Taffe , Vida , Caftelvetro, Gra2
MERCURE DE FRANCE.
vina , Scaliger, d' Aubignac , le Boffu ,
Dacier, Corneille , Boileau , la Mothe
& c ; tous ces grands noms ne l'ont
point ébloui ; il a voulu voir avec fes
yeux , & juger d'après lui - même. La raifon
, le fentiment , la nature , vo là fes
grandes autorités. A l'égard des Ecrivains
que nous venons de nommer , il
n'y en a aucun qu'il ait dû croire infaillible.
Il a donc pu fuivre des fentimens
différens , que nous n'entreprendrons ni
de juftifier ni de combattre. Ce n'eft
point une differtation , mais l'analyſe de
fon Livre que nos Lecteurs attendent
de nous. Nous aurions même à nous
reprocher de l'avoir fait attendre trop
longtemps , fi la foule des Ouvrages an
térieurs n'avoit rempli dans notre Mercure
l'efpace deſtiné aux Extraits des
Livres nouveaux . Nous allons nous occuper
préfentement d'un devoir d'autant
plus agréable , que nous aurons
occafion d'y revenir plus d'une fois , &
que nous espérons d'en tirer pour nousmêmes
beaucoup de fruit.
On a vu par le titre , que la Poëtique
de M. Marmontel eft diftribuée en trois
volumes ; chaque volume eſt diviſé en
plufieurs Chapitres . Dans le premier
l'Auteur traite de la Poëfie en général
OCTOBRE . 1763. 93
C'eft peu , dit-il , de rappeller fon ob-
» jet à l'efprit , comme l'Eloquence &
» l'Hiſtoire ; la Poëfie le préfente à l'imagination
avec fes traits & fes cou-
» leurs , comme feroit un excellent Ta-
» bleau .... La Peinture faifit fon objet
» en action , mais ne le repréfente qu'en
» repos ; au lieu qu'en Poëfie l'imitation
» eft progreffive , & auffi rapide que
» l'action même . La Poëfie n'est donc
» pas le tableau , mais le miroir de la
» Nature . Dans un miroir même , les
» objets fe fuccédent & s'effacent l'un
» l'autre ; la Poëfie eft comme un fleu-
» ve qui ferpente dans les campagnes ,
» & qui dans fon cours répéte à la fois
» tous les objets répandus fur fes bords.
» Il y a plus , cet efpace que parcourt
» la Poëfie eft dans l'étendue fucceffi-
» ve , comme dans l'étendue permanen-
» te. Ainfi le même vers préfente à l'ef-
» prit deux images incompatibles , les
» étoiles & l'aurore, le préfent & le paffé.
"
La pourpre de l'aurore effaçoit les étoiles.
Jamque rubefcebat ftellis aurora fugatis.
» Dans les exemples du tableau , du
miroir & du fleuve on ne voit >
94 MERCURE DE FRANCE,
1.
qu'une furface ; la Poëfie tourne autour
de fon objet comme la Sculpture , &
» le repréſente dans tous les fens . Elle
fait plus que répéter l'image & l'action
des objets. Cette imitation fidé
» le & fervile , quelque talent , quelque
» foin qu'elle exige , eft fa partie la
» moins eftimable . La Poëfie invente &
» compofe ; elle choifit & place fes
» modéles , arrange & combine elle-
» même tous les traits dont elle a fait
choix , ofe corriger la Nature dans
"> les détails & dans l'enſemble , donne
" de la vie & de l'âme aux corps , une
» forme & des couleurs aux pensées ,
» étend les limites des chofes , & fe fait
» un nouvel Univers .
Mais la Poëfie ne peint pas uniquement
des objets matériels & Phyfiques,
Elle pénétre au fond de l'âme , dit M.
Marmontel , & en expofe à nos yeux
tous les replis. Ni les douces gradations
du fentiment , ni les violens accès de la
paffion ne lui échappent, Le degré d'élévation
& de fenfibilité , d'énergie &
de reffort , de chaleur & d'activité qui
varie & diftingue les caractères à l'infini,
toutes ces qualités & ces qualités oppofées
font exprimées par la Poëfie ; elle
à mille couleurs pour diftinguer toutes
1
OCTOBRE. 1763. 95
ces nuances. Elle compofe des âmes ,
comme la Peinture imagine des corps.
Les perfonnages ainfi formés , elle les
oppofe & les met en action ; action plus
vive & plus touchante que la Peinture
ne peut l'exprimer. Action variée dans
fon unité , foutenue dans fa durée , &
fans ceffe animée dans fes progrès par
des obftacles & des combats,
Après avoir ainfi défini ou expliqué,
la Poëfie par fes effets , l'Auteur entre
dans la fameufe queftion , fi l'harmonie
des vers eft une partie effentielle de la
Poëfie ? M. de Voltaire , comme on
fçait, eft pour l'affirmative , & refufe
fur ce fondement le nom de Poëme au
Roman de Télémaque , & à tout Ouyrage
en Profe où , aux vers près , on
trouve d'ailleurs tous les charmes de la
Poefie, M. Marmontel penfe le contraire.
Suppofons , dit- il , que les belles Scènes
d'Euripide & de Sophocle ' , que
» les morceaux fublimes d'Homère &
» de Milton n'ayent jamais été qu'en
" profe éloquente & harmonieufe ; qui
ofera dire que ce n'eft point de la
» Poëfie , & qu'un ouvrage de ce ſtyle,
» rempli de pareilles beautés , ne méri
» teroit pas le nom de Pocme ?
J
Cette queftion agitée autrefois entre
96 MERCURE DE FRANCE .
M. de la Mothe & M. de Voltaire , &
ingénieufement difcutée dans cette Poëtique
par M. Marmontel , ne nous pa
roît pas encore entièrement décidée.
Une autre queftion fur laquelle l'Auteur
paffe plus légèrement , regarde la
fiction. Eft-elle de l'effence de la Poëfie
? C'eft demander , répond M. Marmontel
, fi la nature , dans la réalité
, n'eſt jamais affez belle , affez touchante
, pour être peinte fans ornement
? La queftion réduite à cette fimplicité
, n'eft pas difficile à réfoudre ,
ajoute l'Auteur. Le don de feindre
» eft un talent effentiel au Poëte , par
la raifon qu'il peut à chaque inſtant
avoir befoin d'embellir fon objet.
» Mais la fiction n'eft pas effentielle à
» la Poëfie , par la raifon que l'objet
qu'elle imite peut être affez beau en
» lui-même , pour n'avoir pas befoin
» d'être orné .... Celui qui le premier a
» imaginé que le Soleil en fe plongeant
» dans l'onde , alloit fe plonger dans
» le fein de Thétis après avoir rempli
» fa carrière , a eu fans doute une idée
""
K
très-poëtique. Mais celui qui avec les
» couleurs de la nature auroit peint le
» premier le Soleil couchant , à demi
→ plongé dans des nuages d'or & de
» pourpre ,
OCTOBRE . 1763. 97
" pourpre , & laiffant voir . encore au-
» deffus de fes nuages enflammés la
" moitié de fon globe ; celui qui au-
" roit exprimé les accidens de fa lu-
» mière fur le fommet des montagnes,
» & le jeu de fes rayons à travers le
» feuillage des fôrets , tantôt imitant
» les couleurs de l'Arc-en- Ciel , tan-
» tôt les flammes d'un incendie ; celui
-là , je crois , auroit pû dire auflì :
» je fuis Poëte.
"
Il eft vrai , dit M. Marmontel , qu'un
Poëme dont l'action l'intrigue , les
caractères font de pure invention , fans
être plus beau . que celui qui repréfente
une action réelle & des perfonnages
connus , aura pourtant fur ce dernier ,
l'avantage du génie créateur fur le génie
imitateur ; mais ce mérite , tout recommandable
qu'il eft , n'eft point ef
fentiel à la Poëfie.
L'Auteur fait une troifiéme queſtion
avant que de finir ce premier Article.
Quelle eft la fin de la Poëfie ? En général
c'eft le plaifir ; ce qui n'empêche
pourtant pas que le Poëte ne puiffe s'élever
au rang des bienfaiteurs de l'humanité.
Dans le fecond Chapitre M. Mar
montel parcourt & définit les divers ta◄
II, Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
lens du Poëte , les diverfes facultés de
P'âme , telles que l'efprit , l'imagination
& le fentiment ; il indique le parti
qu'on peut tirer de chacune de ces
facultés pour les différens genres de
Poëfie. Quelquefois l'Auteur joint l'exemple
au précepte ; & lorfqu'il entreprend
de faire voir combien le travail
& une méditation profonde peuvent
faire faifir de détails finguliers & intéreffans
dans les fujets les plus rebattus
il donne lui- même la defcription
d'une tempête qu'on verra ici avec
plaifir.
,
» Vous avez à peindre un vaiffeau
» battu par la tempête & fur le point
» de faire naufrage. D'abord ce tableau
» ne fe préfente à votre penfée que dans
» un lointain qui l'efface : mais voulez-
» vous qu'il vous foit plus préfent ?
» parcourez des yeux de l'efprit les par-
» ties qui le compofent. Dans l'air ,
dans les eaux , dans le vaiffeau même
» voyez ce qui doit fe paffer. Dans l'air,
» des vents mutinés qui fe combattent
» des nuages qui éclipfent le jour , qui
» fe confondent , & qui de leurs flancs
» fillonnés d'éclairs , vomiffent la fou-
» dre avec un bruit horrible. Dans les
> eaux , les vagues écumantes qui s'éOCTOBRE.
1763. 99
» lévent juſqu'aux nues , es lames polies
comme des glaces qui réfléchif-
» fent les feux du foleil , des montagnes
» d'eau fufpendues fur les abîmes qui
» les féparent , ces abîmes où le vaif-
» feau paroît s'engloutir , & d'où il s'é-
» lance fur la cime des flots . Vers la
» terre , des rochers aigus où la mer va
» ſe brifer en mugiffant , & qui préfen-
» tent aux yeux des Nochers les débris
» récents d'un naufrage , augure ef-
» frayant de leur fort . Dans le vaiffeau,
» les antènnes qui fléchiffent fous l'ef-
» fort des voiles , les mâts qui crient &
» fe rompent , les flancs même du vaiſ-
» feau qui gémiffent battus par les va-
» gues , & menacent de s'entr'ouvrir.
» Un Pilote éperdu , dont l'art épuisé
fuccombe & fait place au défefpoir ,
» des matelots accablés d'un travail
» inutile , & qui fufpendus aux corda-
» ges , demandent au Ciel avec des cris
» lamentables , de feconder leurs der-
» niers efforts ; un héros qui les en-
» courage , & qui tâche de leur infpirer
la confiance qu'il n'a plus. Vou-
» lez-vous rendre ce tableau plus touw.
chant & plus terrible encore ? Sup-
» pofez dans le vaiffeau un père avec
» fon fils unique , des époux , des amans
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
qui s'adorent , qui s'embraffent & qui
» fe difent nous allons périr. Il dépend
» de vous de faire de ce vaiffeau le
" Théâtre des paffions , & de mouvoir
» avec cette machine tous les refforts
les plus puiffans de la terreur & de la
pitié.
A ce talent de rapprocher ainfi les
circonstances , & de raffembler des détails
qui font épars , M. Marmontel veut
que le Poëte ajoute un autre talent plus
précieux encore'; c'eft celui de s'oublier
foi-même , de fe mettre à la place du
perfonnage que l'on veut peindre, d'en
revêtir le caractère , d'en prendre les
inclinations , les intérêrs , les fentimens ;
de le faire agir comme il agiroit , & de
s'exprimer fous fon nom comme il s'exprimeroit
lui-même. Ce talent fuppofe
une fenfibilité , une foupleffe , une activité
dans l'âme , que la Nature feule
peut donner ; & c'eft ce que l'Auteur
appelle ici le fentiment qui conduit à
l'enthoufiafme . Les autres talens du Poëte
font une oreille délicate & jufte , un
goût für & éclairé. Mais cette dernière.
qualité eft le fruit des études du Poëte ,
qui font la matière du troifiéme Article.
Lafuite au Mercure prochain.
Fermer
350
p. 101-105
ANNONCES DE LIVRES.
Début :
ŒUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT. 4. volumes in-8°. Paris, [...]
Mots clefs :
Libraire, Édition, Ouvrage, Annonces
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ANNONCES DE LIVRES.
ANNONCES DE LIVRES.
OEUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT.
4. volumes in - 8 °. Paris
1763. Chez Cailleau , Libraire , rue S.
Jacques. Belle Edition , tant pour le papier
que pour le caractère .
En attendant que nous puiffions entrer
dans un plus grand détail fur un ouvrage
qui fait d'autant plus d'honneur à
l'humanité , que le très-illuftre & en
effet très - bienfaifant Auteur étoit né
pour lui dicter des Loix plutôt que pour
l'inftruire , nous ne pouvons probable
ment mieux faire que de rapporter fur
ce fujet ce que dit l'Editeur au commencement
de fa Préface.
Je me fuis propofé de donner au Public
tout ce que j'ai pû recueillir des ou
vrages du Roi STANISLAS ; j'ofe les
mettre au jour fans fon aveu , mais avec
d'autant plus de confiance , qu'il n'en
eft aucun qui ne puiffe contribuer à fa
gloire & à ce qu'il aime furement plus
que fa gloire , au progrès de la Religion
& des bonnes moeurs. Je regarde tout
ce qui eft forti defa plume , comme un
bien qui appartient à tous les hommes
E jij
102 MERCURE DE FRANCE,
capables de le goûter ; & fi je ne me
trompe , il en doit être des richeffes de
fon coeur & de fon efprit , comme de
celles qu'il ne ceffe de répandre fur tous
les malheureux dont il peut feulement
foupçonner l'indigence. Ces Ouvrages
font d'autant plus précieux qu'ils ne
viennent point de l'éffort obſtiné d'un
Littérateur qui , pour fe faire un nom ,
ou pour donner un foupçon de fon
exiſtence , s'agite péniblement dans le
tourbillon étroit de fa fphère , confond
le travail avec le génie , veut penfer audelà
de fes lumières , & ne peut d'ordinaire
autre chofe , que remplacer la
Nature par l'Art , embellir des riens , &
mettre des mots au lieu de chofès. Ceux
que je donne ici n'ont aucun air de travail
; ce font des plantes qui ont cru d'el
les-mêmes , & qui ne doivent leurs fleurs.
& leurs fruits qu'à la vigueur du terrain
où elles fe font trouvé dépofées. Ces
productions , fi je puis parler ainfi
font venues toutes faites ; elles font
tombées fans éffort du génie qui , fans
le vouloir , les a fait éclore. Aúffi n'y
voit-on ni apprêt , ni fard , ni enluminu⚫
ni prétention. Avec de l'élévation ,
de la force , de l'ordre & du choix , on
n'y apperçoit qu'une prééminence de
2.
OCTOBRE. 1763 . 103
bon fens & de Raiſon , qui fait oublier
celui qui écrit , pour ne ' s'occuper que
de la vérité des objets qu'il expoſe .
VOYAGE à la Martinique , contenant
diverfes obfervations fur la Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle , l'Agriculture
, les moeurs & les ufages de cette
Ifle , faites en 1951 & dans les années
fuivantes. Lu à l'Académie Royale des
Sciences de Paris en 1761. Par M. Thibault
de Chanvalon. In - 4°. Paris, 1763.
Chez Cl. J. B. Bauche , Libraire , quai
des Auguftins , à Ste Géneviéve , & à
S. Jean dans le Défert.
MAISON RUSTIQUE à l'afage des
habitans de la Partie de la France
Equinoxiale , connue fous le nom de
Cayenne. Par M. Préfontaine , ancien
habitant , Chevalier de l'Ordre de S.
Louis , Commandant de la partie du
Nord de la Guyane. In - 8°. Paris
1763. Chez le même Libraire.
DICTIONNAIRE GALIBI ( ou des
Sauvages de la Cayenne ) préfenté fous
deux formes. 1 °. commençant par le
mot François ; 2°. par le mot Galibi.
Précédé d'un Effai de Grammaire. Par
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. D. L. S. in-8 ° . Paris , 1763. Chez
le même.
AMUSEMENS Philofophiques fur diverfes
Parties des Sciences , & principalement
de la Phyfique & des Mathématiques.
Par le Père Bonaventure Abat
Cordelier de l'Obfervance, Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Barcelone . In 8° . Amfterdam, 1763 ;
& fe vend à Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Canebière.
AVIS AU PEUPLE fur fa fanté , ou
Traité des maladies les plus fréquentes.
Par M. Tillot , Médecin , Membre des
Sociétés de Londres & de Bâle , & c . Seconde
Edition augmentée fur la derniè
re de l'Auteur , de la defcription & de la
cure de plufieurs maladies , & principalement
de celles qui demandent de
prompts fecours. Ouvrage composé en
faveur des habitans de la campagne, du
Peuple des Villes , & de tous ceux qui
ne peuvent avoir facilement des Médecins.
2 vol. in - 12 . Paris , 1763. Aux
dépens de P. Fr. Didot le jeune , quai
des Auguftins , à S. Auguftin . Prix
2 liv. 10 f. brochés ; reliés en un feul
volume , 3 liv. Si la première Edition.
OCTOBRE. 1763 , 105
de cet Ouvrage , quoique nombreuſe , a
été enlevée en moins d'un an , que
ne doit-on pas augurer de celle- ci qui
eft en effet revue & confidérablement
augmentée ?
AVIS fur l'inoculation de la petite
Vérole . Brochure in- 12 . Chez Didot le
jeune , quai des Auguſtins . Prix , 12 f.
OEUVRES DU PHILOSOPHE BIENFAISANT.
4. volumes in - 8 °. Paris
1763. Chez Cailleau , Libraire , rue S.
Jacques. Belle Edition , tant pour le papier
que pour le caractère .
En attendant que nous puiffions entrer
dans un plus grand détail fur un ouvrage
qui fait d'autant plus d'honneur à
l'humanité , que le très-illuftre & en
effet très - bienfaifant Auteur étoit né
pour lui dicter des Loix plutôt que pour
l'inftruire , nous ne pouvons probable
ment mieux faire que de rapporter fur
ce fujet ce que dit l'Editeur au commencement
de fa Préface.
Je me fuis propofé de donner au Public
tout ce que j'ai pû recueillir des ou
vrages du Roi STANISLAS ; j'ofe les
mettre au jour fans fon aveu , mais avec
d'autant plus de confiance , qu'il n'en
eft aucun qui ne puiffe contribuer à fa
gloire & à ce qu'il aime furement plus
que fa gloire , au progrès de la Religion
& des bonnes moeurs. Je regarde tout
ce qui eft forti defa plume , comme un
bien qui appartient à tous les hommes
E jij
102 MERCURE DE FRANCE,
capables de le goûter ; & fi je ne me
trompe , il en doit être des richeffes de
fon coeur & de fon efprit , comme de
celles qu'il ne ceffe de répandre fur tous
les malheureux dont il peut feulement
foupçonner l'indigence. Ces Ouvrages
font d'autant plus précieux qu'ils ne
viennent point de l'éffort obſtiné d'un
Littérateur qui , pour fe faire un nom ,
ou pour donner un foupçon de fon
exiſtence , s'agite péniblement dans le
tourbillon étroit de fa fphère , confond
le travail avec le génie , veut penfer audelà
de fes lumières , & ne peut d'ordinaire
autre chofe , que remplacer la
Nature par l'Art , embellir des riens , &
mettre des mots au lieu de chofès. Ceux
que je donne ici n'ont aucun air de travail
; ce font des plantes qui ont cru d'el
les-mêmes , & qui ne doivent leurs fleurs.
& leurs fruits qu'à la vigueur du terrain
où elles fe font trouvé dépofées. Ces
productions , fi je puis parler ainfi
font venues toutes faites ; elles font
tombées fans éffort du génie qui , fans
le vouloir , les a fait éclore. Aúffi n'y
voit-on ni apprêt , ni fard , ni enluminu⚫
ni prétention. Avec de l'élévation ,
de la force , de l'ordre & du choix , on
n'y apperçoit qu'une prééminence de
2.
OCTOBRE. 1763 . 103
bon fens & de Raiſon , qui fait oublier
celui qui écrit , pour ne ' s'occuper que
de la vérité des objets qu'il expoſe .
VOYAGE à la Martinique , contenant
diverfes obfervations fur la Phyfique
, l'Hiftoire Naturelle , l'Agriculture
, les moeurs & les ufages de cette
Ifle , faites en 1951 & dans les années
fuivantes. Lu à l'Académie Royale des
Sciences de Paris en 1761. Par M. Thibault
de Chanvalon. In - 4°. Paris, 1763.
Chez Cl. J. B. Bauche , Libraire , quai
des Auguftins , à Ste Géneviéve , & à
S. Jean dans le Défert.
MAISON RUSTIQUE à l'afage des
habitans de la Partie de la France
Equinoxiale , connue fous le nom de
Cayenne. Par M. Préfontaine , ancien
habitant , Chevalier de l'Ordre de S.
Louis , Commandant de la partie du
Nord de la Guyane. In - 8°. Paris
1763. Chez le même Libraire.
DICTIONNAIRE GALIBI ( ou des
Sauvages de la Cayenne ) préfenté fous
deux formes. 1 °. commençant par le
mot François ; 2°. par le mot Galibi.
Précédé d'un Effai de Grammaire. Par
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
M. D. L. S. in-8 ° . Paris , 1763. Chez
le même.
AMUSEMENS Philofophiques fur diverfes
Parties des Sciences , & principalement
de la Phyfique & des Mathématiques.
Par le Père Bonaventure Abat
Cordelier de l'Obfervance, Affocié de
l'Académie Royale des Belles - Lettres
de Barcelone . In 8° . Amfterdam, 1763 ;
& fe vend à Marſeille , chez Jean Moffy ,
à la Canebière.
AVIS AU PEUPLE fur fa fanté , ou
Traité des maladies les plus fréquentes.
Par M. Tillot , Médecin , Membre des
Sociétés de Londres & de Bâle , & c . Seconde
Edition augmentée fur la derniè
re de l'Auteur , de la defcription & de la
cure de plufieurs maladies , & principalement
de celles qui demandent de
prompts fecours. Ouvrage composé en
faveur des habitans de la campagne, du
Peuple des Villes , & de tous ceux qui
ne peuvent avoir facilement des Médecins.
2 vol. in - 12 . Paris , 1763. Aux
dépens de P. Fr. Didot le jeune , quai
des Auguftins , à S. Auguftin . Prix
2 liv. 10 f. brochés ; reliés en un feul
volume , 3 liv. Si la première Edition.
OCTOBRE. 1763 , 105
de cet Ouvrage , quoique nombreuſe , a
été enlevée en moins d'un an , que
ne doit-on pas augurer de celle- ci qui
eft en effet revue & confidérablement
augmentée ?
AVIS fur l'inoculation de la petite
Vérole . Brochure in- 12 . Chez Didot le
jeune , quai des Auguſtins . Prix , 12 f.
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