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1
p. 192-195
Avis au Public.
Début :
L'Auteur du Mercure reconnoît tous les jours de plus [...]
Mots clefs :
Lecteur, Auteur, Matières, Mémoire, Réflexions politiques, Annonce, Roman de chevalerie, Chants, Traducteur, Poème
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texteReconnaissance textuelle : Avis au Public.
Avis au Public.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.
L'Auteur du Mercure reconnoît
tous les jours de plus en plus , qu'il
a befin neceffairement des bontez
du Public , pour la continuation de fon
Journal : c'eft un ouvrage qui ne peut
fe fûtenir, que par quelque forte
d'indulgence pour fon travail. Il la
MERCURE. 193
lui demande donc tres -humblement,
& prie en même temps les perfonnes
curieufes de ne lui point refufer les
fecours de leur Porte-feüille ; fi elles
fouhaitent , qu'il n'abandonne pas un
livre qui deviendroit infailliblement
à charge , autant au Lecteur qu'à
l'Auteur. On adreffera les pacquets
deſtinez pour le Mercure , affranchis
de port, à M. Pierre Ribou , Quay des
Auguftins, à l'Image S. Louis ; finon
ils resteront au rebut.
On a efté obligé par l'abondance
des ma:ieres du temps , de renvoyer
differentes Pieces au mois d'Avril.
Entr'autres ,unMemoire trés - curieux
de feu M. le Maréchal de Rofen ;
l'Extrait des Reflexions Politiques &
Morales ; la fuite des Tables de l'extinction
des Rentes amorties,depuis
l'impofition des Taxes fur les Gens
d'affaires ; le précis des Edits &
Declarations , &c . l'Annonce des Livres
nouveaux ; le Compliment de
Meffieurs de la Bafoche , & c.
On vend chez Pierre Ribou , fur
le Quay des Auguftins , à l'Image
S.,Loüis, un Livre nouvellement imprimé
lous le Titre de Roland l'A194
LE NOUVEAU
moureux de Matheo Maria Boyardo,
Conte di Scandiano , en deux vol.
In douze , ornez de figures , le prix
eft de 5. liv .
tes y
Cet ouvrage eft un de ces Romans
de Chevalerie, qui ne plaifent que
par la varieté & la fingularité des
Avantures , mais où l'on ne doit
point efpérer de vrai - femblance
d'ordre , ni de liaifon ; les Hiftoriefont
contées naivement , les
Fictions galantes font heureufement
imaginées. Le fublime cependant
ne s'y rencontre que rarement : ce
n'eft pas à la verité manque de
Heros ; car on pouroit prefque en
conter dans ce Poëme , autant qu'il
y a de Chants ; mais quoique Pairs
de France , ils font par fois brutaux
& groffiers : pour s'en convaincre ,
qu'on fe donne la peine de lire le
Combat de Renaud & de Roland
devantAlbraque, on y verra le Comte
d'Angers , traiter le Seigneur de
Montauban,de Voleur de grand chemin
, & celui-ci, reprocher à l'autre ,
d'avoir employé la trahifon contre
tous les Guerriers qu'il avoit vaincu .
Le nouveau Traducteur avoit trop
MER CURE. 195
de difcernement pour ne pas fentir
qu'une querelle digne des Achilles
& des Agamemnon , ne feroit nullement
de nôtre goût . auffi l'a-t'il judicieufement
retranchée & adoucie :
il en a fait autant de la converfation
de ces deux Paladins à leur fortie de
chez la Fée Morgagne , du combat
d'Agrican fuivi de fa converfion &
quelques chants après de fa Canonization
; enfin dans plufieurs endroits
, il a fçu réformer avec difcernement,
la plupart des Avantures
qui , dans l'Original , ne font quelquesfois
ni ammenées , ni finies . De
forte que par tous les petits changements
que le Traducteur a fait à
propos ; ce Poëme Italien eft devenu
très amuſant dans nôtre Langue :
car quoique le ftile du Boyard pêche
par la baffeffe : on ne s'en aperçoit
point du tout dans la nouvelle Traduction,
d'où je conclus que l'Auteur
s'eft fait du moins autant d'honneur,
qu'auPoëte, qu'il nous a fait conoître
On trouve chez Pierre Prault , à
l'entrée du Quay de Gêvres , tous
les Edits , Déclarations , Arrefts & c ,
tant anciens , que nouveaux.
FIN.
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2
p. 2834-2842
Géographie d'Abulfeda, &c. [titre d'après la table]
Début :
ISMAELIS ABULFEDE Principis Hamah, Geographia Universalis, &c. C'est le titre abregé [...]
Mots clefs :
Syrie, Géographie, Califes, Texte arabe, Traduction latine, Traducteur, Religion, Hamah
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Géographie d'Abulfeda, &c. [titre d'après la table]
ISMAELIS ABULFEDE Principis Hamah ,
Geographia Universalis , &c. C'est le titre
abregé d'un Ouvrage important , qui
'imprime actuellement à Londres et
I.Vol.
dont
,
(
DECEMBRE. 1731. 2835-
dont on vient de réimprimer le Prospectus.
Abulfeda étoit non - seulement Prince
dans une Partie de la Syrie , mais c'étoit
un Prince sçavant. Il avoit tourné particulierement
ses Etudes du côté de l'Histoire
et de la Géographie , inclination
qui a donné le jour au grand Ouvrage
dont il s'agit ici , et qui est dans une estime
singuliere dans tout l'Orient. Il l'acheva
vers l'an 1 321. de J. C. et on croit
qu'il a vécû jusqu'en 1345. sur quoi nous
remarquerons en passant l'erreur de quelques
Sçavans Européens qui ont placé ce
personnage dans le IV . siécle , erreur dont
Moreri et ses premiers Editeurs ne se
sont pas apperçus , et qui saute aux yeux,
puisque , de leur aveu , Abulfeda étoit
Mahometan , et que le Mahometisme
étoit inconnu ayant le VII. siecle . Remarquons
aussi en passant qu'il est échappé
quelque chose à l'exactitude de M. Bayle,
sur le Chapitre de notre Géographe
quoiqu'il releve plusieurs bévûes dePostel,
de Pocok et d'Erpenius, sur le même sujet.
Jean Grave , Professeur d'Astronomię
en l'Université d'Oxford , et qui avoit
appris l'Arabe dans l'Orient même , avoit
traduit en Latin toute la Geographie d'Abulfeda
, comme il le dit lui-même dans
I. Vol. la
2836 MERCURE DE FRANCE
la Préface d'une petite Partie de cet Ouvrage
, qu'il publia à Londres en 1650.
par maniere d'Essay. Le reste, à ce qu'on
dit dans le Prospectus , périt malheureusement
dans les desordres des Guerres
Civiles , tems auquel la Maison du sçavant
Anglois fut entierement pillée .
Pour réparer cette perte , M. Jean Gagnier
, François , Professeur des Laugues
Orientales à Oxford , s'est donné des soins
dont peu de Sçavans sont capables , et dont
la République des Lettres va bien - tôt recueillir
les fruits. 1 °.Ila lû avec la plus scrupuleuse
attention , tous les Manuscrits de
1'Auteur Arabe, qui sont conservez dans la
fameuse Bibliotheque de Bodley , les mêmes
dont Grave s'étoit servi dans son
travail . 2 ° . Il a mis à profit tout ce que
d'autres Sçavans avoient fait sur le même
Auteur avant et après Graves sçavoir ,
Erpenius , Golius , le Clerc , Wilde , &c .
entre lesquels on distingue particulierement
Guill. de Guise , homme aussi r´-
commandable par l'éclat de sa naissance
que par la superiorité de son érudition .
3º. Enfin après avoir encore exactement
collationné les differens Exemplaires
manuscrits , il a écrit de nouveau tout
le Texte Arabe , qu'il a traduit en Latin ,
il a orné tout l'Ouvrage de Cartes Geographiques
,
1. Vol.
་
DECEMBRE 1731 2837
graphiques , et l'a éclaircie par des Notes
critiques de sa façon.C'est le même M.Gagner
, qui en 1723. fit imprimer à Oxford
la Vie de Mahomet par Abulfeda ,
avec sa Traduction Latine à côté duTexte
Arabe , et qui nous promet de la même
maniere et du même Auteur , la Vie des
premiers Califes , successeurs de Mahomet.
Il paroît par le Programme que Guill.
Guise auroit donné lui-même l'Edition
d'Abulfeda de son propre fonds , si la
mort ne l'eût prévenu . Il paroît aussi que
tout ce qu'il avoit travaillé et préparé
sur ce sujet a été mis en dépôt par son
illustre Epouse , dans les Archives du
College des Ames à Oxford ' , comme un
Monument de son érudition et d'un tra
vail infatigable
Le Programme finit par un bel Eloge
de G. Guise,adressé à M. Narcisse Marsh,
Evêque de Ferne en Irlande. Episcops
Fernensi , par E. Bernard. Il mérite d'être
lû , parce qu'on y trouve un détail
curieux de toute l'Erudition Orientale
de cet habile Anglois.
Le sçavant Editeur nous permettra , s'il
lui plait,deux ou trois Remarques au sujet
de l'Auteur Arabe et de Jean Graves
son premier Traducteur , qui naissent de
1. Vol.
Gla
2838 MERCURE DE FRANC
la lecture du Prospectus , dont nous ve¬
nons de rendre compte au Public.
Il semble d'abord par son exposé qu'il
ne soit absolument rien resté du travail
de J. Grave , sur Abulfeda , que les deux
Tables Géographiques , l'une du Persan
Nassir Eddin , l'autre d'Ulugbeg , Prince
Tartare , petit- fils de Tamerlan , publiées
en 1650. Or , nous sçavons qu'à peu près
dans le même- temps Grave avoit aussi
fait imprimer en Angleterre une Version
Latine avec l'Arabe à côté de la Descrip
tion que fait Abulfeda dans son Ouvrage
de deux vastes Pays , nommez en Arabe
Khuaresme , et Mawara Inhar, autrement
la Transoxiane , parce qu'ils sont situez
au- delà du Fleuve Oxus. Ce Livre est devenu
très-rare.
De plus , le sçavant Anglois après avoir
travaillé sur l'Arabie de Ptolomée avoit
aussi traduit en Latin l'Arabie de notre
Abulfeda , mais il n'eut pas le temps dé
publier cette autre partie de son travail,
qui est dans un sens la plus considerable.
La République des Lettres n'y a rien.
perdu , car M. Hudson , si connu par son
erudition Orientale , ayant déterré le
Texte Arabe , sur lequel Grave avoit fait
sa Version , fit imprimer à Oxford en
1712. dans le III. volume in 4. des Petits
Géo- 1 Vol.
*
DECEMBRE 1731. 2839
O
Géographes Grecs , non seulement la
Description de la Transoxiane , et les
deux Tables Géographiques dont nous
avons parlé , mais encore la Description
entiere de l'Arabie de la Traduction de
Grave , placée au dessous du Texte Arabe.
Ce Livre , alors encore peu connu en
France , et très - obligeamment commu
niqué par M. l'Abbé Bignon , à un Homme
de Lettres , donna lieu à celui - cy de
faire sur ce Texte Arabe , nouvellement
imprimé , et sur celui de deux Manuscrits
du même Auteur , l'un de la Bibliothé
que du Roy , l'autre de feu M. Petis- dela
Croix , une Traduction Françoise de
la Déscription de l'Arabie d'Abulfeda ,
Description dont on peut dire ce qu'a
dit Etienne de Byzance , de l'Arabie de
Prolomée , que c'est ce qu'il nous a donné
de plus exact et de meilleur en matiere
de Géographie ; car l'Auteur Arabe y
épuise son sujet en mêlant , comme il
a fait , agréablement l'Histoire à la Géographic
, et en n'oubliant rien de tout ce
qui peut interesser un Lecteur curieux.
›
Cette Traduction accompagnée de Notes
, fut imprimée à Paris , chez A. Cailleau
, à la suite d'un autre ouvrage , inti
tulé , Voyage fait par ordre du Roy Louis
XIV. dans la Palestine , vers le Grand
I.Vol.
Gij Emir,
2840 MERCURE DE FRANCE
•
Emir , Chef des Princes Arabes du désert¸
c. vol. in 12. 1717. lequel fut réimprimé
la même Année à Amsterdam , et
l'Année suivante à Londres , traduit en
Anglois par M. Stroder Medecin de
cette Ville.
>
Pour derniere Remarque , on ne voir
dans ce Prospectus , qu'un Abregé des
qualités du Sultan Abulfeda , qui a été
mis en Latin , de la main de G. Guise ,
et de Thomas Smith , à la tête des Manuscrits
qu'ils ont vûss si l'Editeur s'en
tient à cet Abregé , il privera les Lecteurs
d'une connoissance que l'exactitude
demande de ne pas ômettre. Le nom entier
et les qualitez d'Abulfeda > qu'on
voit dans le Manuscrit de la Bibliothé
que du Roy , et ailleurs , sont Almalic,
Almuayd, Amaddin , Aboulfeda , Ismaël
Ebn Maliç Alafdal Nouraddin Aly , Ebn
Fumaladdin Mahmoud , Ebn Omar , Ebn
Schahinschah , Ebn Ayoub , Saheb Hamah
, c'est-à- dire , le Roy aidé de Dieu ,
J'appuy de la Religion , le Pere du Ra
chapt , Ismaël , fils du très- excellent Roi,
Lumiere de la Foy , Aly , fils de Mahmoud
beauté de la Religion , Fils d'Omar
, Fils de Schah , Inschah , ou Empereur
des Empereurs , Fils d'Ayoub , Prince
eu Sultan de Hamah.
1.Vol. Op
DECEMBRE. 1731 . 284
>
On voit par cette maniere fastueuse des
Orientaux , d'exprimer les qualitez , et
une partie de la Généalogie des Grands ,
dans leurs Titres , qu'Abulfeda étoit de
la Maison des Ajoubites , ou Jobites
dont Ayoub a été le Chef, Maison qui a
donné naissance au grand Saladin , et à
d'autres fameux Capitaines . Il est appellé
Roy , Prince et Sultan , parcequ'il étoit
de Race Royale , et qu'il a lui-même regné
en Syrie après son Pere et son Frere
aîné , dans une étenduë de Pays dont la
Ville de Hamah , que plusieurs Auteurs
troyent être Hammoth dans la Galilée ,
de la Tribu de Nephtali , étoit la Capitale.
Le Programe qui a donné lieu à cès ob.
servations , finit par un court Avertissement
en faveur de ceux qui voudront
souscrire en France pour la nouvelle Edition
d'Abulfeda , qui s'imprime actuellement
à Londres , in fol. ils n'auront qu'à
s'adresser pour cela à Pierre - Fean Meviette
, Imprimeur et Libraire , à Paris.
Le prix pour les souscripteurs est réduit
à 48. livres , dont moitié en prenant la
souscription , et l'autre moitié en rece
vant le Livre . Ceux qui voudront des
Exemplaires en plus grand Papier , payeront
72. livres , sçavoir , 48. d'avance ,
et 24. lorsque l'Edition sera achevée.
I.Vel. G iij On
2842 MERCURE DE FRANCE
›
On vend des Ecrans pareils à ceux qui
ont été présentez à la Reine , chez le
Sr. Rigaud , Professeur de Mathématiques
, et Graveur , ruë S. Jacques , visà
- vis le Sr. Du Change , Graveur du Roi;
et chez le Sr. Blondel neveu Architecte
et Graveur , à l'entrée de la rue des
Mathurins , du côté de la ruë de la Harpe.
Ces Ecrans sont ornez d'Estampes , ou
sont représentées les Scenes principales !
d'une Piece intitulée les petits Comédiens
qui a eu à l'Opera Comique un fort grand
succès. La Cour en a vû , avec plaisir
la répresentation.
On a joint à ces Estampes des ornemens
d'un très - bon goût , et des Vers qui donnent
une entiere explication du sujet. Ces
Ecrans ont donné lieu aux Vers qu'on va
lire.
Geographia Universalis , &c. C'est le titre
abregé d'un Ouvrage important , qui
'imprime actuellement à Londres et
I.Vol.
dont
,
(
DECEMBRE. 1731. 2835-
dont on vient de réimprimer le Prospectus.
Abulfeda étoit non - seulement Prince
dans une Partie de la Syrie , mais c'étoit
un Prince sçavant. Il avoit tourné particulierement
ses Etudes du côté de l'Histoire
et de la Géographie , inclination
qui a donné le jour au grand Ouvrage
dont il s'agit ici , et qui est dans une estime
singuliere dans tout l'Orient. Il l'acheva
vers l'an 1 321. de J. C. et on croit
qu'il a vécû jusqu'en 1345. sur quoi nous
remarquerons en passant l'erreur de quelques
Sçavans Européens qui ont placé ce
personnage dans le IV . siécle , erreur dont
Moreri et ses premiers Editeurs ne se
sont pas apperçus , et qui saute aux yeux,
puisque , de leur aveu , Abulfeda étoit
Mahometan , et que le Mahometisme
étoit inconnu ayant le VII. siecle . Remarquons
aussi en passant qu'il est échappé
quelque chose à l'exactitude de M. Bayle,
sur le Chapitre de notre Géographe
quoiqu'il releve plusieurs bévûes dePostel,
de Pocok et d'Erpenius, sur le même sujet.
Jean Grave , Professeur d'Astronomię
en l'Université d'Oxford , et qui avoit
appris l'Arabe dans l'Orient même , avoit
traduit en Latin toute la Geographie d'Abulfeda
, comme il le dit lui-même dans
I. Vol. la
2836 MERCURE DE FRANCE
la Préface d'une petite Partie de cet Ouvrage
, qu'il publia à Londres en 1650.
par maniere d'Essay. Le reste, à ce qu'on
dit dans le Prospectus , périt malheureusement
dans les desordres des Guerres
Civiles , tems auquel la Maison du sçavant
Anglois fut entierement pillée .
Pour réparer cette perte , M. Jean Gagnier
, François , Professeur des Laugues
Orientales à Oxford , s'est donné des soins
dont peu de Sçavans sont capables , et dont
la République des Lettres va bien - tôt recueillir
les fruits. 1 °.Ila lû avec la plus scrupuleuse
attention , tous les Manuscrits de
1'Auteur Arabe, qui sont conservez dans la
fameuse Bibliotheque de Bodley , les mêmes
dont Grave s'étoit servi dans son
travail . 2 ° . Il a mis à profit tout ce que
d'autres Sçavans avoient fait sur le même
Auteur avant et après Graves sçavoir ,
Erpenius , Golius , le Clerc , Wilde , &c .
entre lesquels on distingue particulierement
Guill. de Guise , homme aussi r´-
commandable par l'éclat de sa naissance
que par la superiorité de son érudition .
3º. Enfin après avoir encore exactement
collationné les differens Exemplaires
manuscrits , il a écrit de nouveau tout
le Texte Arabe , qu'il a traduit en Latin ,
il a orné tout l'Ouvrage de Cartes Geographiques
,
1. Vol.
་
DECEMBRE 1731 2837
graphiques , et l'a éclaircie par des Notes
critiques de sa façon.C'est le même M.Gagner
, qui en 1723. fit imprimer à Oxford
la Vie de Mahomet par Abulfeda ,
avec sa Traduction Latine à côté duTexte
Arabe , et qui nous promet de la même
maniere et du même Auteur , la Vie des
premiers Califes , successeurs de Mahomet.
Il paroît par le Programme que Guill.
Guise auroit donné lui-même l'Edition
d'Abulfeda de son propre fonds , si la
mort ne l'eût prévenu . Il paroît aussi que
tout ce qu'il avoit travaillé et préparé
sur ce sujet a été mis en dépôt par son
illustre Epouse , dans les Archives du
College des Ames à Oxford ' , comme un
Monument de son érudition et d'un tra
vail infatigable
Le Programme finit par un bel Eloge
de G. Guise,adressé à M. Narcisse Marsh,
Evêque de Ferne en Irlande. Episcops
Fernensi , par E. Bernard. Il mérite d'être
lû , parce qu'on y trouve un détail
curieux de toute l'Erudition Orientale
de cet habile Anglois.
Le sçavant Editeur nous permettra , s'il
lui plait,deux ou trois Remarques au sujet
de l'Auteur Arabe et de Jean Graves
son premier Traducteur , qui naissent de
1. Vol.
Gla
2838 MERCURE DE FRANC
la lecture du Prospectus , dont nous ve¬
nons de rendre compte au Public.
Il semble d'abord par son exposé qu'il
ne soit absolument rien resté du travail
de J. Grave , sur Abulfeda , que les deux
Tables Géographiques , l'une du Persan
Nassir Eddin , l'autre d'Ulugbeg , Prince
Tartare , petit- fils de Tamerlan , publiées
en 1650. Or , nous sçavons qu'à peu près
dans le même- temps Grave avoit aussi
fait imprimer en Angleterre une Version
Latine avec l'Arabe à côté de la Descrip
tion que fait Abulfeda dans son Ouvrage
de deux vastes Pays , nommez en Arabe
Khuaresme , et Mawara Inhar, autrement
la Transoxiane , parce qu'ils sont situez
au- delà du Fleuve Oxus. Ce Livre est devenu
très-rare.
De plus , le sçavant Anglois après avoir
travaillé sur l'Arabie de Ptolomée avoit
aussi traduit en Latin l'Arabie de notre
Abulfeda , mais il n'eut pas le temps dé
publier cette autre partie de son travail,
qui est dans un sens la plus considerable.
La République des Lettres n'y a rien.
perdu , car M. Hudson , si connu par son
erudition Orientale , ayant déterré le
Texte Arabe , sur lequel Grave avoit fait
sa Version , fit imprimer à Oxford en
1712. dans le III. volume in 4. des Petits
Géo- 1 Vol.
*
DECEMBRE 1731. 2839
O
Géographes Grecs , non seulement la
Description de la Transoxiane , et les
deux Tables Géographiques dont nous
avons parlé , mais encore la Description
entiere de l'Arabie de la Traduction de
Grave , placée au dessous du Texte Arabe.
Ce Livre , alors encore peu connu en
France , et très - obligeamment commu
niqué par M. l'Abbé Bignon , à un Homme
de Lettres , donna lieu à celui - cy de
faire sur ce Texte Arabe , nouvellement
imprimé , et sur celui de deux Manuscrits
du même Auteur , l'un de la Bibliothé
que du Roy , l'autre de feu M. Petis- dela
Croix , une Traduction Françoise de
la Déscription de l'Arabie d'Abulfeda ,
Description dont on peut dire ce qu'a
dit Etienne de Byzance , de l'Arabie de
Prolomée , que c'est ce qu'il nous a donné
de plus exact et de meilleur en matiere
de Géographie ; car l'Auteur Arabe y
épuise son sujet en mêlant , comme il
a fait , agréablement l'Histoire à la Géographic
, et en n'oubliant rien de tout ce
qui peut interesser un Lecteur curieux.
›
Cette Traduction accompagnée de Notes
, fut imprimée à Paris , chez A. Cailleau
, à la suite d'un autre ouvrage , inti
tulé , Voyage fait par ordre du Roy Louis
XIV. dans la Palestine , vers le Grand
I.Vol.
Gij Emir,
2840 MERCURE DE FRANCE
•
Emir , Chef des Princes Arabes du désert¸
c. vol. in 12. 1717. lequel fut réimprimé
la même Année à Amsterdam , et
l'Année suivante à Londres , traduit en
Anglois par M. Stroder Medecin de
cette Ville.
>
Pour derniere Remarque , on ne voir
dans ce Prospectus , qu'un Abregé des
qualités du Sultan Abulfeda , qui a été
mis en Latin , de la main de G. Guise ,
et de Thomas Smith , à la tête des Manuscrits
qu'ils ont vûss si l'Editeur s'en
tient à cet Abregé , il privera les Lecteurs
d'une connoissance que l'exactitude
demande de ne pas ômettre. Le nom entier
et les qualitez d'Abulfeda > qu'on
voit dans le Manuscrit de la Bibliothé
que du Roy , et ailleurs , sont Almalic,
Almuayd, Amaddin , Aboulfeda , Ismaël
Ebn Maliç Alafdal Nouraddin Aly , Ebn
Fumaladdin Mahmoud , Ebn Omar , Ebn
Schahinschah , Ebn Ayoub , Saheb Hamah
, c'est-à- dire , le Roy aidé de Dieu ,
J'appuy de la Religion , le Pere du Ra
chapt , Ismaël , fils du très- excellent Roi,
Lumiere de la Foy , Aly , fils de Mahmoud
beauté de la Religion , Fils d'Omar
, Fils de Schah , Inschah , ou Empereur
des Empereurs , Fils d'Ayoub , Prince
eu Sultan de Hamah.
1.Vol. Op
DECEMBRE. 1731 . 284
>
On voit par cette maniere fastueuse des
Orientaux , d'exprimer les qualitez , et
une partie de la Généalogie des Grands ,
dans leurs Titres , qu'Abulfeda étoit de
la Maison des Ajoubites , ou Jobites
dont Ayoub a été le Chef, Maison qui a
donné naissance au grand Saladin , et à
d'autres fameux Capitaines . Il est appellé
Roy , Prince et Sultan , parcequ'il étoit
de Race Royale , et qu'il a lui-même regné
en Syrie après son Pere et son Frere
aîné , dans une étenduë de Pays dont la
Ville de Hamah , que plusieurs Auteurs
troyent être Hammoth dans la Galilée ,
de la Tribu de Nephtali , étoit la Capitale.
Le Programe qui a donné lieu à cès ob.
servations , finit par un court Avertissement
en faveur de ceux qui voudront
souscrire en France pour la nouvelle Edition
d'Abulfeda , qui s'imprime actuellement
à Londres , in fol. ils n'auront qu'à
s'adresser pour cela à Pierre - Fean Meviette
, Imprimeur et Libraire , à Paris.
Le prix pour les souscripteurs est réduit
à 48. livres , dont moitié en prenant la
souscription , et l'autre moitié en rece
vant le Livre . Ceux qui voudront des
Exemplaires en plus grand Papier , payeront
72. livres , sçavoir , 48. d'avance ,
et 24. lorsque l'Edition sera achevée.
I.Vel. G iij On
2842 MERCURE DE FRANCE
›
On vend des Ecrans pareils à ceux qui
ont été présentez à la Reine , chez le
Sr. Rigaud , Professeur de Mathématiques
, et Graveur , ruë S. Jacques , visà
- vis le Sr. Du Change , Graveur du Roi;
et chez le Sr. Blondel neveu Architecte
et Graveur , à l'entrée de la rue des
Mathurins , du côté de la ruë de la Harpe.
Ces Ecrans sont ornez d'Estampes , ou
sont représentées les Scenes principales !
d'une Piece intitulée les petits Comédiens
qui a eu à l'Opera Comique un fort grand
succès. La Cour en a vû , avec plaisir
la répresentation.
On a joint à ces Estampes des ornemens
d'un très - bon goût , et des Vers qui donnent
une entiere explication du sujet. Ces
Ecrans ont donné lieu aux Vers qu'on va
lire.
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Résumé : Géographie d'Abulfeda, &c. [titre d'après la table]
Le texte présente l'ouvrage 'Geographia Universalis' d'Ismaël Abulfeda, un prince et savant syrien du XIVe siècle. Abulfeda, reconnu pour ses contributions en histoire et en géographie, acheva son œuvre majeure vers 1321 et vécut jusqu'en 1345. Son travail est très respecté dans l'Orient. Une erreur courante parmi certains savants européens a été de situer Abulfeda au IVe siècle, alors qu'il était musulman, une religion apparue au VIIe siècle. Jean Grave, professeur d'astronomie à Oxford, traduisit la géographie d'Abulfeda en latin en 1650. Cependant, une grande partie de son travail fut perdue lors des guerres civiles. Pour pallier cette perte, Jean Gagnier, professeur des langues orientales à Oxford, étudia les manuscrits d'Abulfeda conservés à la bibliothèque de Bodley et utilisa les travaux d'autres savants. Il traduisit et commenta l'œuvre, ajoutant des cartes géographiques et des notes critiques. Le texte mentionne également Guillaume de Guise, un érudit qui avait prévu publier l'œuvre d'Abulfeda, mais décéda avant de pouvoir le faire. Son épouse déposa ses travaux au College des Ames à Oxford. Le programme de l'édition inclut un éloge de Guillaume de Guise par E. Bernard. Des remarques sur les travaux de Jean Grave et d'Abulfeda ont été publiées, ainsi que des traductions et des descriptions de l'Arabie d'Abulfeda en France et en Angleterre. Le texte détaille les qualités et l'origine d'Abulfeda, révélant qu'il appartenait à la maison des Ajoubites et régna en Syrie après son père et son frère aîné. Enfin, des informations sur la souscription à la nouvelle édition de l'ouvrage d'Abulfeda à Londres sont fournies.
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3
p. 2144-2147
LETTRE d'un Particulier à l'Auteur de la Traduction de MONTAIGNE, annoncée dans le Mercure de Juin, second vol.
Début :
La déférence que vous voulez bien avoir pour le goût du Public, Monsieur, [...]
Mots clefs :
Montaigne, Langue, Ouvrage, Public, Traduction, Auteur, Traducteur, Essais, Auteurs, Goût du public
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE d'un Particulier à l'Auteur de la Traduction de MONTAIGNE, annoncée dans le Mercure de Juin, second vol.
LETTRE d'un Particulier à l'Auteur de
la Traduction de MONTAIGNE , annoncée
dans le Mercure de Juin , second vol.
LAVO
A déférence que vous voulez bien
avoir pour le goût du Public , Monsieur
, me fait esperer que vous voudrez
me parmettre d'emprunter son nom pour
vous faire part des difficultez que j'ai
trouvées dans votre Projet de la Traduction
de Montaigne . Si le Titre de votre
Ouvrage attire dabord l'attention par sa
nouveauté , permettez- moi de vous dire
qu'il révolte par sa singularité ; car au
bout du compte les Essais de Montaigne
ne sont point écrits dans un Gaulois assez
obscur et assez intelligibles pour qu'on
prétende en donner une traduction ; ainsi
si vous m'en croiez , premierement vous
ne donner: z point votre Ouvrage au Pu
blic ; mais au cas que vous vouliez absolument
le donner , vous tâcherez de
mettre à la tête de votre Livre un Titre
plus convenable.
Je conviendrai aisément avec vous que
depuis 150 ans ou environ que Montaigne
a donné ses Essais au Public , notre
Langue
OCTOBRE. 1733.
2145
-
Langue a fait de grands progrez dans la
politesse et dans l'amoenité du stile ;
mais j'aurai en même temps l'honneur
de vous representer que le Livre des Essais
de Montaigne est de telle nature que
tout son but étant plutôt de toucher le
coeur en instruisant , que de plaire à l'esprit
; on lui passe aisément cette dureté
de stile, inséparable du siécle où il a vécu .
-
Vous voulez , dites vous par votre
traduction , engager à lire Montaigne
bien des gens rebutez par la difficulté
qu'ils trouvent à l'entendre , la traduction
que vous proposez n'étant point
d'une langue en une autre , comme les
traductions ordinaires , mais simplement
d'un langage un peu grossier en un stile
plus policé tous ceux qui liront une
telle traduction qui sera surement remplie
d'agrémens et de beautez , seront toujours
tentez de recourir à Montaigne
pour la vérification du fond des pensées ,
et j'ai bien peur qu'ils ne s'en tiennent à
l'Auteur , tout grossier qu'il est, et qu'ils
n'abandonnent le Traducteur.
-
Vous prétendez , dites vous , retrancher
à votre gré les Endroits que vous
croyez deffectueux dans Montaigne , ou
du moins les corriger ; ajouter dans ceux
que vous ne croirez pas assez étendus ;
B v
le
2146 MERCURE DE FRANCE
le Projet marque plus de hardiesse que
de réfléxion premierement Montaigne
s'est acquis par son Ouvrage une réputa
tion à l'abri de la censure , du moins jusqu'à
present : il est bien triste pour lui
que vous entrepieniez en le traduisant
de dévoiler ses défectuositez ; j'ai peur
que vous n'y réüssissiez pas ; tout supplement
ou retranchement à l'égard d'un
Auteur aussi accrédité que lui révoltera
d'abord le Public.
En effet , le bon de votre Ouvrage ne
peut pas être de vous , il faudra absolument
que vous l'empruntiez de Montaigne,
vous avez prévu qu'on pourroit vous :
appeller le fade traducteur du François
de Montaigne , et vous n'avez peut être :
pas eu grand tort ; car puisque , comme
vous en convenez vous- même , les Auteurs
Grecs et Latins traduits en notre
Langue par les meilleures plumes perdent
infiniment , et que la traduction ne
rend jamais avec la même force les beautezde
l'Original ; comment pouvez vous házarder
de tomber non- seulement dans le :
même inconvenient , mais encore d'y
joindre celui de rendre l'Auteur que vous
prétendez traduire dans la Langue où ili
est déja écrits que diriez vous d'un hom--
me qui voudroit mettre Sénéque en unelati
OCTOBRE. 1733. 2147
latinité moderne , il ne passeroit jamais
pour traducteur ; ainsi si vous ambitionnez
ce titre , mettez donc Montaigne en
latin ; emploiez les talens que le ciel vous
donnez en partage , à quelque chose de
plus utile au public et de plus honorable .
pour vous.
Si tous les Auteurs avoient autant d'égard
que vous , Monsieur , pour pressentir
le goût du public sur tous les Ou
vrages qu'ils veulent lui donner ; les Livres
nouveaux seroient plus rares ; mais
ceux qui paroîtroient auroient plus de
succès ; je suis persuadé qu'outre la reconnoissance
qu'il aura du sacrifice que
vous voulez bien lui faire de votre Ouvrage
, il vous aura encore obligation du
bon exemple que vous donnerez à cette
foule d'Auteurs que le seul désir de se faire
imprimer , engage à faire un nombre
infini d'Ouvrages médiocres , pour
ne pas dire-mauvais , &c.
la Traduction de MONTAIGNE , annoncée
dans le Mercure de Juin , second vol.
LAVO
A déférence que vous voulez bien
avoir pour le goût du Public , Monsieur
, me fait esperer que vous voudrez
me parmettre d'emprunter son nom pour
vous faire part des difficultez que j'ai
trouvées dans votre Projet de la Traduction
de Montaigne . Si le Titre de votre
Ouvrage attire dabord l'attention par sa
nouveauté , permettez- moi de vous dire
qu'il révolte par sa singularité ; car au
bout du compte les Essais de Montaigne
ne sont point écrits dans un Gaulois assez
obscur et assez intelligibles pour qu'on
prétende en donner une traduction ; ainsi
si vous m'en croiez , premierement vous
ne donner: z point votre Ouvrage au Pu
blic ; mais au cas que vous vouliez absolument
le donner , vous tâcherez de
mettre à la tête de votre Livre un Titre
plus convenable.
Je conviendrai aisément avec vous que
depuis 150 ans ou environ que Montaigne
a donné ses Essais au Public , notre
Langue
OCTOBRE. 1733.
2145
-
Langue a fait de grands progrez dans la
politesse et dans l'amoenité du stile ;
mais j'aurai en même temps l'honneur
de vous representer que le Livre des Essais
de Montaigne est de telle nature que
tout son but étant plutôt de toucher le
coeur en instruisant , que de plaire à l'esprit
; on lui passe aisément cette dureté
de stile, inséparable du siécle où il a vécu .
-
Vous voulez , dites vous par votre
traduction , engager à lire Montaigne
bien des gens rebutez par la difficulté
qu'ils trouvent à l'entendre , la traduction
que vous proposez n'étant point
d'une langue en une autre , comme les
traductions ordinaires , mais simplement
d'un langage un peu grossier en un stile
plus policé tous ceux qui liront une
telle traduction qui sera surement remplie
d'agrémens et de beautez , seront toujours
tentez de recourir à Montaigne
pour la vérification du fond des pensées ,
et j'ai bien peur qu'ils ne s'en tiennent à
l'Auteur , tout grossier qu'il est, et qu'ils
n'abandonnent le Traducteur.
-
Vous prétendez , dites vous , retrancher
à votre gré les Endroits que vous
croyez deffectueux dans Montaigne , ou
du moins les corriger ; ajouter dans ceux
que vous ne croirez pas assez étendus ;
B v
le
2146 MERCURE DE FRANCE
le Projet marque plus de hardiesse que
de réfléxion premierement Montaigne
s'est acquis par son Ouvrage une réputa
tion à l'abri de la censure , du moins jusqu'à
present : il est bien triste pour lui
que vous entrepieniez en le traduisant
de dévoiler ses défectuositez ; j'ai peur
que vous n'y réüssissiez pas ; tout supplement
ou retranchement à l'égard d'un
Auteur aussi accrédité que lui révoltera
d'abord le Public.
En effet , le bon de votre Ouvrage ne
peut pas être de vous , il faudra absolument
que vous l'empruntiez de Montaigne,
vous avez prévu qu'on pourroit vous :
appeller le fade traducteur du François
de Montaigne , et vous n'avez peut être :
pas eu grand tort ; car puisque , comme
vous en convenez vous- même , les Auteurs
Grecs et Latins traduits en notre
Langue par les meilleures plumes perdent
infiniment , et que la traduction ne
rend jamais avec la même force les beautezde
l'Original ; comment pouvez vous házarder
de tomber non- seulement dans le :
même inconvenient , mais encore d'y
joindre celui de rendre l'Auteur que vous
prétendez traduire dans la Langue où ili
est déja écrits que diriez vous d'un hom--
me qui voudroit mettre Sénéque en unelati
OCTOBRE. 1733. 2147
latinité moderne , il ne passeroit jamais
pour traducteur ; ainsi si vous ambitionnez
ce titre , mettez donc Montaigne en
latin ; emploiez les talens que le ciel vous
donnez en partage , à quelque chose de
plus utile au public et de plus honorable .
pour vous.
Si tous les Auteurs avoient autant d'égard
que vous , Monsieur , pour pressentir
le goût du public sur tous les Ou
vrages qu'ils veulent lui donner ; les Livres
nouveaux seroient plus rares ; mais
ceux qui paroîtroient auroient plus de
succès ; je suis persuadé qu'outre la reconnoissance
qu'il aura du sacrifice que
vous voulez bien lui faire de votre Ouvrage
, il vous aura encore obligation du
bon exemple que vous donnerez à cette
foule d'Auteurs que le seul désir de se faire
imprimer , engage à faire un nombre
infini d'Ouvrages médiocres , pour
ne pas dire-mauvais , &c.
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Résumé : LETTRE d'un Particulier à l'Auteur de la Traduction de MONTAIGNE, annoncée dans le Mercure de Juin, second vol.
La lettre critique un projet de traduction des Essais de Montaigne, annoncé dans le Mercure de Juin. L'auteur, restant anonyme, exprime des réserves sur cette initiative. Il considère que les Essais, bien que rédigés dans un français ancien, restent compréhensibles et ne nécessitent pas de traduction. Il reconnaît l'évolution de la langue française depuis Montaigne, mais défend le style brut de Montaigne, qui vise à toucher le cœur plutôt qu'à plaire à l'esprit. Le traducteur souhaite rendre Montaigne plus accessible, mais l'auteur de la lettre craint que les lecteurs, après avoir lu la traduction, ne préfèrent lire l'original. Il critique l'idée de retrancher ou corriger des passages, estimant que cela pourrait révolter le public et nuire à la réputation de Montaigne. Il met en garde contre les dangers de la traduction, soulignant que même les meilleures traductions des auteurs grecs et latins perdent en force et en beauté. L'auteur conseille au traducteur de se concentrer sur des œuvres plus utiles et honorables. Il loue cependant le souci du traducteur de pressentir le goût du public, ce qui pourrait réduire le nombre d'ouvrages médiocres publiés.
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4
p. 128-135
« TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
Début :
TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...]
Mots clefs :
Vers, Traduction, Poème, Chant, Traducteur, Notes, Louis Racine, Religion, Étienne Bréard, Menuisier, Vers latins
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « TRADUCTION du Poëme de la Religion de M. Racine. On [...] »
TRADUCTION du Poëme de la Religion
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
de M. Racine .
On nous a communiqué une traduction
manufcrite en vers Latins des fix Chants
du Poëme de la Religion de M. Racine ,
& cette traduction a excité notre curiofité,
parce qu'elle eft faite par un Menuifier de
la Ville du Mans , qui fe nomme Etienne
Bréard. Il paroît fort éloigné de l'ambition
de faire connoître au Public . fon nom &
fon ouvrage , & même il ignore qu'on
nous en ait fait part. Edifiés de fa moDECEMBRE.
1748. 129
deftie & de la maniere dont il fe délaffe de
fes trayaux ordinaires , nous rapporterons
quelques endroits de fa traduction .
M. Racine a dit , Chant I.
Des chagrins dévorans , attachés fur Tibere ,
La Cour de ſes flateurs veut envain le diftraire ;
Maître du monde entier , qui peut l'inquietter
Quel Juge fur la terre a -t'il à redouter ?
Cependant il fe plaint , il gémit , & fes vices
Sont fes accufateurs , fes juges , fes fupplices.
Toujours yvre de fang , & toujours altéré ,
Il cede au defeſpoir dont il eft dévoré ,
Et lui -même il envoye au Sénat , qui l'outrage ,
De fon coeur déchiré la déplorable image ;
I périt chaque jour , confumé de regrêts ,
Tyran plus malheureux que les triftes ſujets .
Le Menuifier du Mans a rendu ainfi
ces vers.
Horrida Tiberium cruciant tormenta doloris
Quærit adulator fruftra diffolvere caufas.
Anxius unde timor ? Terræ moderator habenas
Solus in orbe regit , folus fine judice judex :
Ingemit attonitus , lachrymas effundit , & ipfum
Arguit impietas , dijudicat , increpat , urget.
Ebrius , & fitiens humano fanguine , tandem
Territus , & fremitu percuffus criminis ipfe ,
·
F v
130 MERCURE DE FRANCE.
Patribus infultans , accenfus & ora furore ,
Sordida dinumerat lacerati vulnera cordis.
Quolibet inftanti contritus membra dolore ;
Deteriore perit miferorum forte Tyrannus..
M. Racine , Chant V. ( nous choififfons:
à deffein un endroit qui a dû coûter du
travail au Traducteur ) parle ainfi de la
digeftion & de la fiévre.
'Au fortir d'un repas , dans notre ſein paifible-
Quel ordre renouvelle un combat inviſible ,
Et quel heureux vainqueur a pû fi promptement:
Chercher , faifir , dompter , broyer cet aliment ,
Qui bien-tôt , liqueur douce, ira de veine en veine,
Se confondre en fon cours dans le fang qui l'entraîne
?
Dans un autre combat , non moins cher à nos
voeux ,
Comment peut une écorce, efpoir d'un malheureur,
Attaquer , conquérir , enchaîner l'ennemie ,
Qui tantôt en fureur , & tantôt endormie ,
A fait tréve avec nous le jour de fon fommeil ,
Mais au jour de colere, exacte à fon réveil ,
Bientôt rallume un feu qui dans nos yeux pétille,
Tous nos efprits fubtils , vagabonde famille ,
S'égarent dans leur courfe : en défordre comme
eux.
DECEMBRE.
1748. 13
*
L'ame même s'oublie , & dans ce trouble affreux,
La mort prête à frapper , déja leve fa foudre ;
Que d'allarmes , quels maux appaile un peu de
poudre !
Ces vers font ainfi rendus par notre Traducteur.
Expletis de more epulis , in ventre quieto ,
Quis jubet occultas renovans fignacula pugnas ;
Aut quibus armorum bellator viribus audax ,
Corripuit , fubitoque terens alimenta , redegit
Lactea , quæ , fuaves fluido de fonte liquores ,
Inflatura ruunt rapido cum fanguine venas !
Altera pugna datur noftris cariffima votis.
Dic , quibus auxiliis miferi fpes ultima , cortex
Pulvureus domitor frænatam diruit hoftem ,
Quæ dum vixit ovans , vigili mox læfa furore ,
Interdumque brevi filuit placata ſopore.
Dura fed evigilans , fomni ceffantibus horis ,
Duplicat accenfos oculis crepitantibus ignes.
Spirituum turbata fugit concordia curfu ;
Nulla datur tremulis requies , mens fracta dolore
Immemor ipfa , dolet moribunda in fede fepulta.
Qui motus , qui terrores , quantique dolores ,
Pulveris exigui fubitò virtute quiefcunt !
Cette traduction nous donne occafion
de parler d'une autre traduction en vers
F vj
132 MERCURE DE FRANCE.
Allemands du même Poëme , imprimée
l'année derniere à Francfort , avec la
traduction du Poëme de la Grace du même
Auteur . Ces deux Ouvrages réunis
font un volume in- 12 , dans lequel les
vers François font imprimés à côté des vers
Allemands , & qu'on a orné d'un frontif
pice à chaque Poëme , & d'une vignette à
chaque Chant.
Le Traducteur du Poëme de la Religion
a ajouté plufieurs notes , dans lefquelles
on trouve des réflexions curicuſes ;
nous nous contenterons de donner ici la
traduction de quelques endroits de fa
Préface fur ce Poëme.
>>
On voit peu d'ouvrages qui raffem-
» blent dans un fi petit volume un auffi
» grand nombre de vérités folides & tou-
» chantes , qu'on en trouve dans ce Traité
» de la Religion. La lecture en feroit éga-
»lement agréable & fatisfaifante , quand
» il feroit dépourvû des ornemens de la
» Poefic. Mais les expreffions de M. Racine
font tellement conformes à l'im-
»portance de fon fujet , que la vivacité
» des images touche autant , que la force
>> des raifonnemens perfuade. On trouve
» le vrai beau dans fa diction , & dans fes
»argumens la précifion & la clarté. Ce
n'eft pas que fon ouvrage foit fans dé-
»
DECEMBRE . 1748. 139
» fauts ; l'efprit poëtique eft un volatil
qui s'exhale & s'évapore aifément , &
» comme dit M. Halles , le bon fens fe nove
quelquefois dans les ornemens de la Poëfie :
mais le lecteur ébloui de l'éclat de tant
» de beautés , dont eft rempli le Poëme de
» M. Racine , peut à peine en appercevoir
» les petites imperfections.
"
>>
moi
» J'ai toujours aimé la Poëfie. Quelques
Cantiques furent les fruits de ma jeuneffe ,
» mais lorsque j'entendis d'autres que
chanter fur un ton plus fublime , ne fongeant
plus qu'à les écouter , je pris le
parti du filence. A la lecture de la belle
Poëfie de M. Racine , j'ai été faifi d'une
» eſpèce d'entoufiaſme , qui m'a entraîné
à rimer d'après lui . Je ne me fuis pas
toujours attaché fervilement à mon tex-
- te . Certains endroits m'ont tellement
» échauffé l'imagination , que je n'ai pâ
» me retenir d'y ajouter quelque chofe du
» mien... Je conviens que tout ce qu'il y
» a de beau dans ma traduction appartient
à M. Racine , & fi j'y ai inferé quelques
penfées , bonnes à ce que j'efpére , je les
» dois à fes propres réflexions.
:
»
» J'ai ajouté des notes , dans lesquelles
on verra que je ne pense pas toujours
» comme lui. C'eft une imperfection attachée
à l'humanité , de ne pas tous voir
134 MERCURE DE FRANCE .
»de même les mêmes vérités ; le préjugé ,
» la Patrie , l'éducation , & l'Eglife dans
laquelle on a reçu fes premieres inftruc-
» tions , en font la caufe.
33
29
» J'ai retranché quelques vers de mon
original , & en voici la raifon . J'écris
pour mes compatriotes , prefque tous
»Proteftans , & l'attachement que , M. Ra
>> cine fait paroître pour fon Eglife , pourroit
en quelques endroits faire auprès
>> d'eux beaucoup de tort à fon excellente
» Poëfic. Il pouvoit fe difpenfer de parler
» de la difference des Sectes , puifque
" l'Eglife Chrétienne eft par tout , où le
» Chrift eft regardé comme le vrai & uni-
» que Grand Prêtre , & c .
Le même Poëme de M. Racine a été
traduit en vers Italiens par M. l'Abbé Venuti
, Correfpondant Honoraire de l'Académie
Royale des Belles Lettres , Membre
de celle de Bordeaux , & de plufieurs
Académies d'Italie. Aux notes de M. Racine,
qu'il a toutes traduites , il en a ajouté
plufieurs , dans lesquelles on reconnoît fon
érudition. Cet ouvrage , imprimé à Avignon
cette année , & dédié à Monfeigneur
le Dauphin , fut préfenté , il y a quelque
tems , au Pape qui le reçut très- favorablément.
On admire l'exactitude avec laquelle
L.V.a rendu les vers de fon original ,
DECEMBRE. 174S. r35
& l'harmonie des fiens ; elle eft fenfible à
tous ceux qui connoiffent l'harmonie de
ces vers , appellés par les Italiens verfi
fciolti. M. Antonini , qui eftime beauconp
cette traduction , en confeille la lectureà
ceux qui veulent apprendre la Langue
Italienne.
M. l'Abbé Venuti dit à la fin de fa Préface
qu'il eût mieux fait , s'il eût travaillé
cet ouvrage dans fa Patrie , fur les bords:
de ce fleuve fi favorifé des Mufes ; mais
que pouvois-je faire , ajoute-t'il , exilé „
comme je lefuis depuis huit ans , & affis fur.
les rives de la Garonne ? Il s'applique ces.
vers du Dante ,
Se mai continga che il Poëma facro ;
Al quale fià pofto mano e Cielo e Terra ,
Sieche m'ha fatto per più anni macro ,
Vinca la crudelta che fuor mi ferra
Del bel ovile , ove i dormi agnello
Nemico ai lupi che gli danno guerra ,
Con altra voce omai , con altro vello
Ritornerò Poëta , &c.
Il eft trifte pour les Mufes , & pour
les Lettres , que M. l'Abbé Venuti n'ait
pas un fort auffi heureux qu'il le mé
xite..
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5
p. 118-120
« HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...] »
Début :
HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...]
Mots clefs :
Histoire, Traducteur, Tableaux
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texteReconnaissance textuelle : « HISTOIRE du petit Pompée traduite de l'Anglois par M. Toussaint. 1752. [...] »
HISTOIRE du petit Pompée traduite
de l'Anglois par M. Toussaint. 1752.
Ce petit livre est, comme l'a dit le
Traducteur dans la Préface, une espéce
de lanterne magique, on si l'on veut, un
cabinet garni de disferens tableaus, où di-
verses scenes de la vie sont exprimées
fort au naturel. Le chien dont le nom
sert de titre à l'Ouvrage est l'objet dont
l'Auteur paroît s'ette ie moins occupé;
il ne l'a fait servir que comme une ma-
chine imaginée aniquement pour mettre
en jeu tons ses tableaux. Quelques
Lecteurs trouvent à redire que le petit
animal joue un si mince rôle dans une
Histoire qui est annoncée comme la sien-
ne: mais je ne sçais si ce n est pas em-
ployer de la critique hors de propos,
que de faire séricusement un pareil re-
proche à un Ecrivain qui, traitant un
sujet aussi frivole, a pu s'en jouer à son
gré. Aimeroit on mieux qu'il eût né-
gligé ses tableaux, dont plusieurs sont
agréables, bien peints, & aussi interes-
sans qu'ils pouvoient l'être, pour des-
MARS. 1752.
119
cendre dans les particularités basses &
minucieuses, où s'auroit mené l'Histoite
ibien circonstanciée du Chien?
Au reste, le Traducteur a de beancoup
enchéri sur l'Ouvrage Anglois, & l'a con-
sidérablement enjolivé. L'Auteur original
n'a guéres en propte que les faits. La
tournure du récit, les propos des per-
sonnages, les maximes, les réslexiom
sérieuses & badines, & le coloris des
tableaux, sont de la main du Traducteur.
On lui connoissoit déja le talent de
peindre: mais il s'est montré dans ce pe-
tit Ouvrage par de nouveaux côntés; il
7 fait vor qu'il sçait narrer & plaisan-
ter agréablement: témoin l'Histoire des
deux Lords, la généalogie de Mopsa,
le Nouvelliste, les portraits des Amans
d'Aglaé, le bel esprit de Londres, les
vapeurs, & la dissertation sur rien, qui
est, au titre prés, toute entiere de sa
façon.
Quelques Lecteurs, peut. etre trop dé-
licats, relevent dans cet Ouvrage bon
nombte d'expressions qu'ils appellent tri-
viales: mais si ces pretendues triviali-
tés sont de nature à pouvoir être sup-
portées dans la bouche d'un honnête
nomme qui raconteroit les mêmes histo-
riettes en bonnae compagnie: le Tra-
Digines vO
120 MERCURE DE FRANCE.
ducteur n'a fait qu'assortir son ton à su
matiere; & peut-être que des gens
moins entêtés du style nople, loin de
l'en blâmer, lui en sçauroient gré. Il
est au moins sur, s'il a employé des ex-
pressions tirant un peu sur le burlesque
qu'il l'a fait en connoissance de cause;
& parce qu'il a cru le devoit.
de l'Anglois par M. Toussaint. 1752.
Ce petit livre est, comme l'a dit le
Traducteur dans la Préface, une espéce
de lanterne magique, on si l'on veut, un
cabinet garni de disferens tableaus, où di-
verses scenes de la vie sont exprimées
fort au naturel. Le chien dont le nom
sert de titre à l'Ouvrage est l'objet dont
l'Auteur paroît s'ette ie moins occupé;
il ne l'a fait servir que comme une ma-
chine imaginée aniquement pour mettre
en jeu tons ses tableaux. Quelques
Lecteurs trouvent à redire que le petit
animal joue un si mince rôle dans une
Histoire qui est annoncée comme la sien-
ne: mais je ne sçais si ce n est pas em-
ployer de la critique hors de propos,
que de faire séricusement un pareil re-
proche à un Ecrivain qui, traitant un
sujet aussi frivole, a pu s'en jouer à son
gré. Aimeroit on mieux qu'il eût né-
gligé ses tableaux, dont plusieurs sont
agréables, bien peints, & aussi interes-
sans qu'ils pouvoient l'être, pour des-
MARS. 1752.
119
cendre dans les particularités basses &
minucieuses, où s'auroit mené l'Histoite
ibien circonstanciée du Chien?
Au reste, le Traducteur a de beancoup
enchéri sur l'Ouvrage Anglois, & l'a con-
sidérablement enjolivé. L'Auteur original
n'a guéres en propte que les faits. La
tournure du récit, les propos des per-
sonnages, les maximes, les réslexiom
sérieuses & badines, & le coloris des
tableaux, sont de la main du Traducteur.
On lui connoissoit déja le talent de
peindre: mais il s'est montré dans ce pe-
tit Ouvrage par de nouveaux côntés; il
7 fait vor qu'il sçait narrer & plaisan-
ter agréablement: témoin l'Histoire des
deux Lords, la généalogie de Mopsa,
le Nouvelliste, les portraits des Amans
d'Aglaé, le bel esprit de Londres, les
vapeurs, & la dissertation sur rien, qui
est, au titre prés, toute entiere de sa
façon.
Quelques Lecteurs, peut. etre trop dé-
licats, relevent dans cet Ouvrage bon
nombte d'expressions qu'ils appellent tri-
viales: mais si ces pretendues triviali-
tés sont de nature à pouvoir être sup-
portées dans la bouche d'un honnête
nomme qui raconteroit les mêmes histo-
riettes en bonnae compagnie: le Tra-
Digines vO
120 MERCURE DE FRANCE.
ducteur n'a fait qu'assortir son ton à su
matiere; & peut-être que des gens
moins entêtés du style nople, loin de
l'en blâmer, lui en sçauroient gré. Il
est au moins sur, s'il a employé des ex-
pressions tirant un peu sur le burlesque
qu'il l'a fait en connoissance de cause;
& parce qu'il a cru le devoit.
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6
p. 92-99
ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de France de M. le Président HÉNAULT.
Début :
ON vient de traduire en Anglois cet excellent Ouvrage ; c'est un honneur [...]
Mots clefs :
Histoire, Ouvrage, Président, Abrégé, Préface, Traducteur, Détails
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texteReconnaissance textuelle : ABRÉGÉ Chronologique de l'Histoire de France de M. le Président HÉNAULT.
ABRÉGÉ Chronologique de l'Hiftoire de
France de M. le Préſident HÉN AULT.
O N vient de traduire en Anglois cet
excellent Ouvrage ; c'eft un honneur
qui lui a été déja rendu en plufieurs
Langues , fans compter la filiation de
toutes les Hiftoires de l'Europe qui ont
fuivi dans le même format & dont
les Auteurs lui ont tous reporté l'hommage.
Le Traducteur Anglois a fait une
Préface , dont voici la traduction : on
la lira avec plaifir.
OCTOBRE. 1763. 93
PRÉFACE que le Traducteur Anglois
a mife à la tête de l'Ouvrage
de M. le Préfident HENAULT.
Cet Ouvrage différe beaucoup de
tous les autres abrégés chronologiques ,
qui , deſtinés principalement à éxercer
la mémoire des enfans , ne contiennent
guères que les dates des Naiffances , des
Mariages , des Batailles & des Morts ;
le Préfident Hénault a pris un plan plus
étendu ; non-feulement fon Abrégé eft
utile à ceux qui ne cherchent que les
dates & la fucceffion des événemens
ordinaires , mais encore il indique la
fondation & les progrès de la Monarchie
Françoife , les différentes révolutions
qu'elle a éprouvées dans la forme de
fon Gouvernement , les maximes fondamentales
de l'Etat , la véritable fource
du Droit pubic des François , l'origine
des Ufages & des Coûtumes , la création
& les différens changemens des
Charges de la Couronne , l'établiffement
des différentes Cours de Juſtice ,
la fucceffion des premiers Magiftrats ,
avec les noms des Miniftres , Capitaines
& Gens de Lettres qui fe font rendus
illuftres dans ce Royaume.
94 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft le Plan du Préfident Hénault ;
il n'échappera pas à ceux qui liront fon
Livre avec attention : ils fentiront que
les recherches de l'Hiftorien ont été dirigées
par le Magiftrat & l'Homme d'Etat.
Ils feront frappés particulièrement
des remarques dont cette Hiftoire eſt
embellie . Si je voulois en relever toutes
les beautés , j'excéderois les bornes
d'une Préface ; elles font répandues dans
tout l'Ouvrage , & elles le mettent audeffus
de tous ceux du même genre.
Mais en particulier , fes obfervations
fur l'établiffement des François dans
les Gaules , fur les Minorités , fur l'origine
de la Nobleffe & des Annobliffemens
, fur l'adminiſtration de la Juftice ,
fur la vénalité des charges , fur l'aliénation
des terres de la Couronne, les duels ,
les Tournois , les Croiſades , & c , font
comme des étoiles de la première grandeur
, qui ne peuvent même échapper
à un Obfervateur ordinaire .
>
Il éft vrai qu'il y a dans cet excellent
Auteur, plufieurs beautés cachées .
qui demandent un regard plus fin & plus
perçant pour les découvrir. Il paroît fouventjetter
les fondemens d'un Traité entier
, & laiffe fon Lecteur jouir du plaifir
de le développer ; à peine y a-t-il une
OCTOBRE. 1763. 95
page qui ne contienne quelques paffages
qui mériteroient un Commentaire particulier.
En un mot , il raffemble dans
l'espace d'un petit nombre de lignes autant
d'inftructions que d'autres dans les
differtations les plus étendues. Il eſt évident
par tout ce que nous venons de
dire , que c'est un Ouvrage d'un genre
très- différent de tous ceux qui portent
le même nom. Il est même à remarquer
qu'il contient quelques éclairciffemens
qu'on chercheroit en vain dans les Hif
toires les plus étendues. On ne trouve
nulle-part un détail auffi clair fur le fameux
Traité de Bretigny , fur lequel il
différe beaucoup de M. Rapin . Il a auffi
une opinion qui lui eft propre tou
chant Catherine de Médicis , que tous
les Hiftoriens fuppofent avoir été Régente
de France , & il prouve clairement
que c'eft le premier exemple d'une
minorité fans Régence , & d'un Roi mineur
nommant lui -même fes Miniftres,
Mais ce qu'on ne peut s'empêcher
d'admirer , ce font les Portraits fi bien
deffinés qu'il fait de la plupart des
Rois de France , & des autres perfonnes
confidérables ; celui du Cardinal de
Retz eft un chef-d'oeuvre dans fon genre
, & feroit honneur à l'Hiftorien le
96 MERCURE DE FRANCE.
plus célébre. Pour ce qui eft des détails
hiftoriques, ils deviennent plus confidérables
, à mefure que l'Auteur fe
rapproche de fon temps , parce que le récit
des faits eft toujours plus intéreſſant,
& d'une plus grande utilité , lorfqu'on
peut les appliquer aux coûtumes & aux
moeurs préfentes ; c'eft pourquoi notre
Auteur à traité avec un plus grand détail
les regnes de Louis XIII, & de
Louis XIV. qu'aucune autre partie de
fon Hiftoire .
Quant à la forme de cet ouvrage , elle
eft entierement nouvelle , n'étant ni
une véritable hiftoire , ni une fimple
Chronologie , mais un mêlange judicieux
de l'un & de l'autre.
Notre fçavant Préfident, dit M. Macquer
,
très-bon imitateur de fa manière
d'écrire , parle ainfi dans la préface de
fon Abregé Chronologique de l'Hiftoire
Romaine, je vais rendre compte
» de ce que j'ai fait , pour conformer
" mon plan à celui de M. le Préfident
» Henault , dans fon Abrégé Chrono-
» logique de l'Hiftoire de France , qui ,
» après avoir été le modéle de plufieurs
» autres ouvrages , l'a encore été de
celui-ci. Rendre un très- court abrégé
» prèfqu'auffi intéreffant , auffi inftructif
OCTOBRE. 1763 . 97
tif que les grands corps d'Hiftoire : y
» mettre à la portée de tous les Lecurs ,
» fans affe& ation , fans que Part fe
» faffe fentir , tout ce qu'un homme
» de génie peut recueillir d'une lecture
» longue & réfléchic : faire difparoî.re
» les détails & conferver leurs réful-
» tats : tracer des Portraits reffemblans,
» & n'employer que des touches effen-
» tielles caractérifiques : tout appro-
" fondir & paroî re tout effleurer : tel-
» le eft l'entreprife que M. le Préfident
Hénault a formée , & qu'il a exé-
" cutée avec le brillant fuccès que
» perfonne n'ignore .
Ce genre de compofition , dent nous
fommes redevables à notre célébre Auteur
, a été admiré par les Critiques les
plus éclairés de ce temps , & ils ont
honoré fon Inventeur des plus grands
éloges.
*
Le Roi de Pruffe ( dont le jugement
dans les Arts agréables comme dans
celui de la guerre fera toujours refpecté
par cette Nation ) remarque
abrégé peut être confidéré comme
» la fubftance de toutes les chofes re-
» marquables & dignes d'être retenues ,
que cet
* Préface des Mémoires de Brandebourg.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
» qui fe trouvent dans l'Hiftoire de
» France , que fon judicieux Auteur a
» l'art d'embellir l'étude féche de la
» Chronologie , & que quiconque pof-
» féde bien cet ouvrage peut paffer
» pour fçavoir parfaitement l'Hiftoire
» de France. Un autre bon Juge dont
j'emprunterai les paroles pour terminer
cette Préface dit * " que nous fommes
» redevables à M. le Préfident Hénauls
» de la plus courte & de la meilleure
Hiftoire de France , & peut- être de
la feule manière dont l'Hiftoire de
» tous les grands Royaumes devroit
» être écrite à l'avenir , car les faits &
» les détails fe font tellement multipliés
» que nous nous contenterons bientôt
» de lire feulement des Extraits & des
Dictionnaires.
"
Je dois faire obferver que les notes
de cet Ouvrage ont toutes été ajoutées
par le Traducteur ; fon intention a été
d'expliquer des obfcurités ; de fuppléer
à des omiffions , & même de rectifier
quelques petites méprifes qui fe font
gliffées dans l'original, Ces dernières
font en petit nombre , & font toutes
relatives à l'Hiftoire d'Angleterre . Si
>
* Siécle de Louis XIV. dans le Catalogue des
Aureurs,
OCTOBRE . 1763. 99
l'Auteur a pu s'écarter quelquefois de
fon exactitude ordinaire , le Public , je
l'efpére , me pardonnera d'avoir cherché
à le remettre fur la voie.
On trouvera des exemplaires de l'Abrégé
Chronologique traduit en Anglois,
chez Cavelier , rue S. Jacques.
France de M. le Préſident HÉN AULT.
O N vient de traduire en Anglois cet
excellent Ouvrage ; c'eft un honneur
qui lui a été déja rendu en plufieurs
Langues , fans compter la filiation de
toutes les Hiftoires de l'Europe qui ont
fuivi dans le même format & dont
les Auteurs lui ont tous reporté l'hommage.
Le Traducteur Anglois a fait une
Préface , dont voici la traduction : on
la lira avec plaifir.
OCTOBRE. 1763. 93
PRÉFACE que le Traducteur Anglois
a mife à la tête de l'Ouvrage
de M. le Préfident HENAULT.
Cet Ouvrage différe beaucoup de
tous les autres abrégés chronologiques ,
qui , deſtinés principalement à éxercer
la mémoire des enfans , ne contiennent
guères que les dates des Naiffances , des
Mariages , des Batailles & des Morts ;
le Préfident Hénault a pris un plan plus
étendu ; non-feulement fon Abrégé eft
utile à ceux qui ne cherchent que les
dates & la fucceffion des événemens
ordinaires , mais encore il indique la
fondation & les progrès de la Monarchie
Françoife , les différentes révolutions
qu'elle a éprouvées dans la forme de
fon Gouvernement , les maximes fondamentales
de l'Etat , la véritable fource
du Droit pubic des François , l'origine
des Ufages & des Coûtumes , la création
& les différens changemens des
Charges de la Couronne , l'établiffement
des différentes Cours de Juſtice ,
la fucceffion des premiers Magiftrats ,
avec les noms des Miniftres , Capitaines
& Gens de Lettres qui fe font rendus
illuftres dans ce Royaume.
94 MERCURE DE FRANCE.
Tel eft le Plan du Préfident Hénault ;
il n'échappera pas à ceux qui liront fon
Livre avec attention : ils fentiront que
les recherches de l'Hiftorien ont été dirigées
par le Magiftrat & l'Homme d'Etat.
Ils feront frappés particulièrement
des remarques dont cette Hiftoire eſt
embellie . Si je voulois en relever toutes
les beautés , j'excéderois les bornes
d'une Préface ; elles font répandues dans
tout l'Ouvrage , & elles le mettent audeffus
de tous ceux du même genre.
Mais en particulier , fes obfervations
fur l'établiffement des François dans
les Gaules , fur les Minorités , fur l'origine
de la Nobleffe & des Annobliffemens
, fur l'adminiſtration de la Juftice ,
fur la vénalité des charges , fur l'aliénation
des terres de la Couronne, les duels ,
les Tournois , les Croiſades , & c , font
comme des étoiles de la première grandeur
, qui ne peuvent même échapper
à un Obfervateur ordinaire .
>
Il éft vrai qu'il y a dans cet excellent
Auteur, plufieurs beautés cachées .
qui demandent un regard plus fin & plus
perçant pour les découvrir. Il paroît fouventjetter
les fondemens d'un Traité entier
, & laiffe fon Lecteur jouir du plaifir
de le développer ; à peine y a-t-il une
OCTOBRE. 1763. 95
page qui ne contienne quelques paffages
qui mériteroient un Commentaire particulier.
En un mot , il raffemble dans
l'espace d'un petit nombre de lignes autant
d'inftructions que d'autres dans les
differtations les plus étendues. Il eſt évident
par tout ce que nous venons de
dire , que c'est un Ouvrage d'un genre
très- différent de tous ceux qui portent
le même nom. Il est même à remarquer
qu'il contient quelques éclairciffemens
qu'on chercheroit en vain dans les Hif
toires les plus étendues. On ne trouve
nulle-part un détail auffi clair fur le fameux
Traité de Bretigny , fur lequel il
différe beaucoup de M. Rapin . Il a auffi
une opinion qui lui eft propre tou
chant Catherine de Médicis , que tous
les Hiftoriens fuppofent avoir été Régente
de France , & il prouve clairement
que c'eft le premier exemple d'une
minorité fans Régence , & d'un Roi mineur
nommant lui -même fes Miniftres,
Mais ce qu'on ne peut s'empêcher
d'admirer , ce font les Portraits fi bien
deffinés qu'il fait de la plupart des
Rois de France , & des autres perfonnes
confidérables ; celui du Cardinal de
Retz eft un chef-d'oeuvre dans fon genre
, & feroit honneur à l'Hiftorien le
96 MERCURE DE FRANCE.
plus célébre. Pour ce qui eft des détails
hiftoriques, ils deviennent plus confidérables
, à mefure que l'Auteur fe
rapproche de fon temps , parce que le récit
des faits eft toujours plus intéreſſant,
& d'une plus grande utilité , lorfqu'on
peut les appliquer aux coûtumes & aux
moeurs préfentes ; c'eft pourquoi notre
Auteur à traité avec un plus grand détail
les regnes de Louis XIII, & de
Louis XIV. qu'aucune autre partie de
fon Hiftoire .
Quant à la forme de cet ouvrage , elle
eft entierement nouvelle , n'étant ni
une véritable hiftoire , ni une fimple
Chronologie , mais un mêlange judicieux
de l'un & de l'autre.
Notre fçavant Préfident, dit M. Macquer
,
très-bon imitateur de fa manière
d'écrire , parle ainfi dans la préface de
fon Abregé Chronologique de l'Hiftoire
Romaine, je vais rendre compte
» de ce que j'ai fait , pour conformer
" mon plan à celui de M. le Préfident
» Henault , dans fon Abrégé Chrono-
» logique de l'Hiftoire de France , qui ,
» après avoir été le modéle de plufieurs
» autres ouvrages , l'a encore été de
celui-ci. Rendre un très- court abrégé
» prèfqu'auffi intéreffant , auffi inftructif
OCTOBRE. 1763 . 97
tif que les grands corps d'Hiftoire : y
» mettre à la portée de tous les Lecurs ,
» fans affe& ation , fans que Part fe
» faffe fentir , tout ce qu'un homme
» de génie peut recueillir d'une lecture
» longue & réfléchic : faire difparoî.re
» les détails & conferver leurs réful-
» tats : tracer des Portraits reffemblans,
» & n'employer que des touches effen-
» tielles caractérifiques : tout appro-
" fondir & paroî re tout effleurer : tel-
» le eft l'entreprife que M. le Préfident
Hénault a formée , & qu'il a exé-
" cutée avec le brillant fuccès que
» perfonne n'ignore .
Ce genre de compofition , dent nous
fommes redevables à notre célébre Auteur
, a été admiré par les Critiques les
plus éclairés de ce temps , & ils ont
honoré fon Inventeur des plus grands
éloges.
*
Le Roi de Pruffe ( dont le jugement
dans les Arts agréables comme dans
celui de la guerre fera toujours refpecté
par cette Nation ) remarque
abrégé peut être confidéré comme
» la fubftance de toutes les chofes re-
» marquables & dignes d'être retenues ,
que cet
* Préface des Mémoires de Brandebourg.
I. Vol. E
98 MERCURE DE FRANCE.
» qui fe trouvent dans l'Hiftoire de
» France , que fon judicieux Auteur a
» l'art d'embellir l'étude féche de la
» Chronologie , & que quiconque pof-
» féde bien cet ouvrage peut paffer
» pour fçavoir parfaitement l'Hiftoire
» de France. Un autre bon Juge dont
j'emprunterai les paroles pour terminer
cette Préface dit * " que nous fommes
» redevables à M. le Préfident Hénauls
» de la plus courte & de la meilleure
Hiftoire de France , & peut- être de
la feule manière dont l'Hiftoire de
» tous les grands Royaumes devroit
» être écrite à l'avenir , car les faits &
» les détails fe font tellement multipliés
» que nous nous contenterons bientôt
» de lire feulement des Extraits & des
Dictionnaires.
"
Je dois faire obferver que les notes
de cet Ouvrage ont toutes été ajoutées
par le Traducteur ; fon intention a été
d'expliquer des obfcurités ; de fuppléer
à des omiffions , & même de rectifier
quelques petites méprifes qui fe font
gliffées dans l'original, Ces dernières
font en petit nombre , & font toutes
relatives à l'Hiftoire d'Angleterre . Si
>
* Siécle de Louis XIV. dans le Catalogue des
Aureurs,
OCTOBRE . 1763. 99
l'Auteur a pu s'écarter quelquefois de
fon exactitude ordinaire , le Public , je
l'efpére , me pardonnera d'avoir cherché
à le remettre fur la voie.
On trouvera des exemplaires de l'Abrégé
Chronologique traduit en Anglois,
chez Cavelier , rue S. Jacques.
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