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51
p. 207-209
« Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Début :
Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...]
Mots clefs :
Duc de Biren, Magistrat, Garde, Magistrats, Exécution militaire, Régence, Couronne, Troupes russes, Artillerie, Attaque, Lituanie, Noblesse, Armée, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : « Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Le Duc de Biren eſt arrivé avec . La famille
""
20
208 MERCURE DE FRANCE.
•
•
à Mittau , & y a fait fon entrée folemnelle k
22 du mois dernier . Le Magiſtrat & les Gardes
de la Bourgeoifie , qui ont d'abord refuſé de
prêter fement de fidélité au nouveau Duc , y
'ont été contraints par des éxécutions militaires.
Le fieur Simolin a même fait menacer les Magiftrats
de les faire enlever. La nuit avant cette
entrée folemnelle , on avoit enlevé de l'arc de
triomphe érigé en 1759 pour l'hommage rendu
au Prince Charles comme Duc de Courlande ,
la Couronne Royale & Ducale de ce Prince , fes
armes & celles de la Couronne de Pologne ,
ainfi que les infcriptions qui avoient été gra
vées fur ce monument. Les Membres de la Régence
Ducale ont été fommés par un Officier
Ruffe envoyé par le fieur Simolin de reconnoître
& de fervir le Duc de Biren comme légitime Duc
de Courlande ; mais ils ont répondu qu'ils ne
pouvoient le faire ; fans manquet à la fidélité
qu'ils doivent au Roi & à la République comme
Seigneurs Suzerains de ces Duchés , & au double
ferment de Vaffaux & de Serviteurs qu'ils ont
prêté au Prince Charles leur légitime Duc. Le
Dimanche fuivant , les troupes Ruffes ont forcé
la porte de la Tribune Ducale dans la principale
Eglife Luthérienne de Mittau. Le Duc de Biren
s'y est rendu ; & le Sur-Intendant Luthérien a
été forcé de le haranguer en qualité de Souverain
du pays , & d'entonner le Te Deum , qui
a été chanté au bruit d'une décharge de l'artillerie
Ruffe. La Bourgeoisie a été forcée de nouveau
à illuminer fes maifons le foir. Mais tour cet appareil
& ces actes de violence n'ont pu ébranler
la fermeté du Prince Charles , qui perfifte à refter
dans fon Palais jufqu'à la dernière extrémité.
AVRIL. 1763. 209
Du 17 Février..
Des nouvelles de Lithuanie nous apprennent
que le fieur Zabielo , Grand Veneur de ce Duché
, préfidant à la Diétine qui s'eft affemblée le
de ce mois à Kowno pour l'élection des Députés
au Tribunal annuel de Lithuanie , a haran-.
gué la Nobleffe de ce diftrict , & lui a expoſé d'une
manière G pathétique fes droits & la fituation du.
Duc Charles , qu'il a déterminé tous les Gentilshommes
de ce canton , au nombre de près de
cinq cens , à marcher avec leur fuité à Mittau ,
qui n'eft qu'à deux petites journées de Kowno ,
pour y foutenir la caufe du fils de leur Roi , y
défendre fa perfonne , & fe joindre à la partie
de la Nobleffe Courlandoiſe qui lui eſt reſtée fidelle.
Toute cette troupe s'eft mife en marche le 8 ,
accompagnée de quelques Dragons de l'armée de
Lithuanie , & elle a du être rendue le lendemain
à Mittau. On ignore encore quel effet cet événement
aura produit parmi les Partifans du Duc
de Biren , & ce qui s'eft paffé dans l'affemblée
de la Nobleife qu'il avoit indiquée pour le ro..
""
20
208 MERCURE DE FRANCE.
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•
à Mittau , & y a fait fon entrée folemnelle k
22 du mois dernier . Le Magiſtrat & les Gardes
de la Bourgeoifie , qui ont d'abord refuſé de
prêter fement de fidélité au nouveau Duc , y
'ont été contraints par des éxécutions militaires.
Le fieur Simolin a même fait menacer les Magiftrats
de les faire enlever. La nuit avant cette
entrée folemnelle , on avoit enlevé de l'arc de
triomphe érigé en 1759 pour l'hommage rendu
au Prince Charles comme Duc de Courlande ,
la Couronne Royale & Ducale de ce Prince , fes
armes & celles de la Couronne de Pologne ,
ainfi que les infcriptions qui avoient été gra
vées fur ce monument. Les Membres de la Régence
Ducale ont été fommés par un Officier
Ruffe envoyé par le fieur Simolin de reconnoître
& de fervir le Duc de Biren comme légitime Duc
de Courlande ; mais ils ont répondu qu'ils ne
pouvoient le faire ; fans manquet à la fidélité
qu'ils doivent au Roi & à la République comme
Seigneurs Suzerains de ces Duchés , & au double
ferment de Vaffaux & de Serviteurs qu'ils ont
prêté au Prince Charles leur légitime Duc. Le
Dimanche fuivant , les troupes Ruffes ont forcé
la porte de la Tribune Ducale dans la principale
Eglife Luthérienne de Mittau. Le Duc de Biren
s'y est rendu ; & le Sur-Intendant Luthérien a
été forcé de le haranguer en qualité de Souverain
du pays , & d'entonner le Te Deum , qui
a été chanté au bruit d'une décharge de l'artillerie
Ruffe. La Bourgeoisie a été forcée de nouveau
à illuminer fes maifons le foir. Mais tour cet appareil
& ces actes de violence n'ont pu ébranler
la fermeté du Prince Charles , qui perfifte à refter
dans fon Palais jufqu'à la dernière extrémité.
AVRIL. 1763. 209
Du 17 Février..
Des nouvelles de Lithuanie nous apprennent
que le fieur Zabielo , Grand Veneur de ce Duché
, préfidant à la Diétine qui s'eft affemblée le
de ce mois à Kowno pour l'élection des Députés
au Tribunal annuel de Lithuanie , a haran-.
gué la Nobleffe de ce diftrict , & lui a expoſé d'une
manière G pathétique fes droits & la fituation du.
Duc Charles , qu'il a déterminé tous les Gentilshommes
de ce canton , au nombre de près de
cinq cens , à marcher avec leur fuité à Mittau ,
qui n'eft qu'à deux petites journées de Kowno ,
pour y foutenir la caufe du fils de leur Roi , y
défendre fa perfonne , & fe joindre à la partie
de la Nobleffe Courlandoiſe qui lui eſt reſtée fidelle.
Toute cette troupe s'eft mife en marche le 8 ,
accompagnée de quelques Dragons de l'armée de
Lithuanie , & elle a du être rendue le lendemain
à Mittau. On ignore encore quel effet cet événement
aura produit parmi les Partifans du Duc
de Biren , & ce qui s'eft paffé dans l'affemblée
de la Nobleife qu'il avoit indiquée pour le ro..
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Résumé : « Le Duc de Biren est arrivé avec sa famille à Mittau, & y a fait son entrée [...] »
Le Duc de Biren a fait une entrée solennelle à Mittau le 22 du mois dernier. Initialement, le magistrat et les gardes bourgeois avaient refusé de prêter serment de fidélité au nouveau duc, mais ils y ont été contraints par des exécutions militaires. La nuit précédant cette entrée, des éléments symboliques, tels que la couronne royale et ducale du Prince Charles, ont été enlevés d'un arc de triomphe. Les membres de la régence ducale ont refusé de reconnaître le Duc de Biren comme légitime duc de Courlande, invoquant leur fidélité au Roi et à la République. Les troupes russes ont forcé l'accès à la tribune ducale dans la principale église luthérienne de Mittau, où le Duc de Biren a été acclamé par le sur-intendant luthérien. Malgré ces actes de violence, le Prince Charles persiste à rester dans son palais. En Lituanie, le sieur Zabielo, Grand Veneur, a harangué la noblesse lors d'une diétine à Kowno, les incitant à soutenir le Duc Charles. Près de cinq cents gentilshommes se sont mis en marche vers Mittau pour défendre le Duc Charles, accompagnés de quelques dragons de l'armée de Lituanie.
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52
p. 198-200
De NUREMBERG le 1 Mars 1763.
Début :
Le 27 Janvier dernier, Antoine-Ulric, Duc Régent de Saxe-Meinungen, est mort [...]
Mots clefs :
Duc de Meinungen, Décès, Empereur Charles VI, Prince, Décret, Testament, Assemblée, Général, Infanterie, Cavalerie, Chevalier, Électeurs, Mariage, Princesse, Successeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De NUREMBERG le 1 Mars 1763.
De NUREMBERG le Mars 1763.
Le 27 Janvier dernier , Antoine-Ulric , Duc
Régent de Saxe- Meinungen , eft mort à Francfort
, dans la foixante-dix- feptiéme année de fon
âge , étant né le 22 Octobre 1687. Il avoit été
marié deux fois , la première en 1713 avec Philippine
Elifabeth Cefarin Schurmann , morte au
mois d'Août 1744 , & la feconde le 26 Septembre
1750 avec Charlotte- Amélie de Helle - Philipfthat,
actuellement vivante . "
".
L'Empereur Charles VI avoit élevé en 1,727
la dignité de Princes , la première femme du Duc
de Meinungen & les enfans ; mais les Ducs de
Saxe de la branche Erneftine
, ayant conftamment
protefté contre cette élévation , obtinrent
en 1744 un Décret du Confeil Aulique de l'Empire
, portant que le Diplome de 1727 ne rendroit
pas lefdits enfans habiles à fuccéder au Duché
de Meinungen , & ce Décret a été confirmé
en 1747 par la Diete de l'Empire , à laquelle le
Duc de Saxe-Meinungen avoit eu recours.
Il s'élève aujourd'hui une nouvelle conteftation
à l'occafion de la mort ce Prince il avoit nommé
par fon teftament la Ducheffe , fa veuve , tutrice
MA I. 1763. Icg
de fes enfans & Régente du Pays. Les Ducs de
Saxe , de la branche Erneftine , qui prétendent ,
· en qualité d'Agnats , participer à cette adminif
eration en vertu des Pactes de Famille de leur
Maiſon , fe font oppofés à l'exécution du teſtament
du Duc de Meinungen , & ont nommé une
commiffion pour l'adminiftration du Pays. En
même-temps , ils y ont envoyé des Troupes pour
foutenir à main armée leur droit d'Agnation . La
Régence de Meinungen s'eft adreffée à l'Affemblée
du Cercle de Franconie pour demander ſon aſſiftance
, & celle- ci a écrit aux Ducs de Saxe pour
des engager à le défifter des voies de fait , & à
laifler le cours libre à la Justice .
>
Le Margrave Frédéric de Brandebourg-Culmbach
, Lieutenant-Feld- Maréchal de l'Empire ,
Lieutenant Général de Cavalerie du Roi de Pruffe ,
Général- Feld - Maréchal du Cercle de Franconie ,
Colonel de trois Régimens d'Infanterie & de Cavalerie
, Chevalier des Ordres de l'Eléphant
de l'Aigle blanc , de l'Aigle noire , & de l'Union
parfaite , & Grand Maître de l'Ordre de l'Aigle
rouge , eft mort le 26 Février à Bareith , où il
faifoit la réfidence ordinaire , dans la cinquantedeuxième
année de fon âge . Il étoit fils du Margrave
George Frédéric- Charles , & petit - fils de
Chrétien- Henri , dont l'Ayeul étoit Chrétien , auteur
de la branche de Culmbach , & le bifayeul
Jean - George , Electeur de Brandebourg , tige
commune de tous les Margraves de Brandebourg ,
actuellement vivans .
Le feu Margrave avoit épousé en 1731 , une
Princeffe de Pruffe , Fille du Roi Frédéric- Guillaume
, & Soeur aînée du Roi régnant , & en
1759 une Princeffe de Brunſwick , Fille du Duc
-Charles de Brunswick Wolfembutel . Comme il
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
e laiffe qu'une Princeffe née de foh premier
mariage , & mariée au Duc régnant de Wur
temberg , le Prince Frédéric- Chrétien , réfidam
à Wansbeck près de Hambourg , devient fon fuc
ceffeur.
Le 27 Janvier dernier , Antoine-Ulric , Duc
Régent de Saxe- Meinungen , eft mort à Francfort
, dans la foixante-dix- feptiéme année de fon
âge , étant né le 22 Octobre 1687. Il avoit été
marié deux fois , la première en 1713 avec Philippine
Elifabeth Cefarin Schurmann , morte au
mois d'Août 1744 , & la feconde le 26 Septembre
1750 avec Charlotte- Amélie de Helle - Philipfthat,
actuellement vivante . "
".
L'Empereur Charles VI avoit élevé en 1,727
la dignité de Princes , la première femme du Duc
de Meinungen & les enfans ; mais les Ducs de
Saxe de la branche Erneftine
, ayant conftamment
protefté contre cette élévation , obtinrent
en 1744 un Décret du Confeil Aulique de l'Empire
, portant que le Diplome de 1727 ne rendroit
pas lefdits enfans habiles à fuccéder au Duché
de Meinungen , & ce Décret a été confirmé
en 1747 par la Diete de l'Empire , à laquelle le
Duc de Saxe-Meinungen avoit eu recours.
Il s'élève aujourd'hui une nouvelle conteftation
à l'occafion de la mort ce Prince il avoit nommé
par fon teftament la Ducheffe , fa veuve , tutrice
MA I. 1763. Icg
de fes enfans & Régente du Pays. Les Ducs de
Saxe , de la branche Erneftine , qui prétendent ,
· en qualité d'Agnats , participer à cette adminif
eration en vertu des Pactes de Famille de leur
Maiſon , fe font oppofés à l'exécution du teſtament
du Duc de Meinungen , & ont nommé une
commiffion pour l'adminiftration du Pays. En
même-temps , ils y ont envoyé des Troupes pour
foutenir à main armée leur droit d'Agnation . La
Régence de Meinungen s'eft adreffée à l'Affemblée
du Cercle de Franconie pour demander ſon aſſiftance
, & celle- ci a écrit aux Ducs de Saxe pour
des engager à le défifter des voies de fait , & à
laifler le cours libre à la Justice .
>
Le Margrave Frédéric de Brandebourg-Culmbach
, Lieutenant-Feld- Maréchal de l'Empire ,
Lieutenant Général de Cavalerie du Roi de Pruffe ,
Général- Feld - Maréchal du Cercle de Franconie ,
Colonel de trois Régimens d'Infanterie & de Cavalerie
, Chevalier des Ordres de l'Eléphant
de l'Aigle blanc , de l'Aigle noire , & de l'Union
parfaite , & Grand Maître de l'Ordre de l'Aigle
rouge , eft mort le 26 Février à Bareith , où il
faifoit la réfidence ordinaire , dans la cinquantedeuxième
année de fon âge . Il étoit fils du Margrave
George Frédéric- Charles , & petit - fils de
Chrétien- Henri , dont l'Ayeul étoit Chrétien , auteur
de la branche de Culmbach , & le bifayeul
Jean - George , Electeur de Brandebourg , tige
commune de tous les Margraves de Brandebourg ,
actuellement vivans .
Le feu Margrave avoit épousé en 1731 , une
Princeffe de Pruffe , Fille du Roi Frédéric- Guillaume
, & Soeur aînée du Roi régnant , & en
1759 une Princeffe de Brunſwick , Fille du Duc
-Charles de Brunswick Wolfembutel . Comme il
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
e laiffe qu'une Princeffe née de foh premier
mariage , & mariée au Duc régnant de Wur
temberg , le Prince Frédéric- Chrétien , réfidam
à Wansbeck près de Hambourg , devient fon fuc
ceffeur.
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Résumé : De NUREMBERG le 1 Mars 1763.
Le 27 janvier 1763, Antoine-Ulric, Duc Régent de Saxe-Meiningen, est décédé à Francfort à l'âge de 75 ans. Il avait été marié deux fois : en 1713 avec Philippine Élisabeth Charin Schurmann, décédée en 1744, et en 1750 avec Charlotte-Amélie de Hesse-Philippsthal. En 1727, l'Empereur Charles VI avait élevé la première épouse du Duc et leurs enfants au rang de Princes. Cependant, les Ducs de Saxe de la branche Ernestine avaient contesté cette élévation, obtenant en 1744 un décret du Conseil Aulique de l'Empire, confirmé en 1747 par la Diète de l'Empire, stipulant que les enfants n'étaient pas habilités à succéder au Duché de Saxe-Meiningen. À la mort du Duc, une nouvelle contestation a surgi concernant la tutelle de leurs enfants et la Régence du Pays. Les Ducs de Saxe de la branche Ernestine ont nommé une commission pour l'administration du Pays et envoyé des troupes. La Régence de Saxe-Meiningen a sollicité l'assistance de l'Assemblée du Cercle de Franconie. Par ailleurs, le Margrave Frédéric de Brandebourg-Culmbach est décédé le 26 février 1763 à Bareith à l'âge de 52 ans. Il laisse une fille issue de son premier mariage et son successeur est le Prince Frédéric-Chrétien.
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53
p. 201-202
D'UTRECHT, le 11 Mars 1763.
Début :
Le Prince de Nassau est entré le 8 de ce mois dans sa seiziéme année, [...]
Mots clefs :
Prince de Nassau, Ministres, Anniversaire, Assemblée, États, Président, Serment, Stathouder, Alger, Esclaves chrétiens, Soulèvement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : D'UTRECHT, le 11 Mars 1763.
D'UTRECHT, le 11 Mars 1763.
Le Prince de Naflau eft entré le 8 de ce mois
dans ſa ſeizième année , & à reçu à cette occafion
les complimens des Miniftres Etrangers , des
Membres du Gouvernement & de toutes les autres
perfonnes de diftinction . Le lendemain , il a été
introduit à l'affemblée des Etats- Généraux & au
Confeil d'Etat, fuivant le cérémonial établi . Deux
Députés , l'un de la Province de Zélande , l'autre
de la Province d'Utrecht , font allés prendre le
Prince , & l'ont conduit de l'appartement du Stathouder
dans la falle où s'affemblent les Etats- Généraux
. Le Préfident dès Etats lui a adreffé un
diſcours de félicitation , & lui a demandé s'il étoit
dilpolé à prêter ferment du fecret. Le Prince lui
répondit qu'il y étoit difpofé , & ayant prêté ce
ferment en mettant la main dans celle du Préfident
, il a été conduit par les deux Députés vers
le fiége deftiné pour les Stathouders , & fur le
quel il s'eft placé . Il a été enfuite introduit aue
Confeil d'Etat par trois autres députés qui , en
préfentant le Prince , ont déclaré qu'il avoit prêté
le ferment du fecret fuivant la forme ordinaire.
On mande d'Alger que les eíclaves Chrétiens ,
au nombre de plus de quatre mille , réduits au défefpoir
par les mauvais traitemens qu'on leur fait …..
éprouver , fe font foulevés le 13 Janvier , & on
Ly.
202 MERCURE DE FRANCE.
maffacrés ceux qui les gardoient : l'allarme s'eft
répandue dans la Ville , dont on a fait fermer les
portes , toutes les troupes ont pris les armes &
ont remis les esclaves à la chaîne. Il y a eu beaucoup
de fang répandu dans ce tumulte dont on
ignore les fuites.
Le Prince de Naflau eft entré le 8 de ce mois
dans ſa ſeizième année , & à reçu à cette occafion
les complimens des Miniftres Etrangers , des
Membres du Gouvernement & de toutes les autres
perfonnes de diftinction . Le lendemain , il a été
introduit à l'affemblée des Etats- Généraux & au
Confeil d'Etat, fuivant le cérémonial établi . Deux
Députés , l'un de la Province de Zélande , l'autre
de la Province d'Utrecht , font allés prendre le
Prince , & l'ont conduit de l'appartement du Stathouder
dans la falle où s'affemblent les Etats- Généraux
. Le Préfident dès Etats lui a adreffé un
diſcours de félicitation , & lui a demandé s'il étoit
dilpolé à prêter ferment du fecret. Le Prince lui
répondit qu'il y étoit difpofé , & ayant prêté ce
ferment en mettant la main dans celle du Préfident
, il a été conduit par les deux Députés vers
le fiége deftiné pour les Stathouders , & fur le
quel il s'eft placé . Il a été enfuite introduit aue
Confeil d'Etat par trois autres députés qui , en
préfentant le Prince , ont déclaré qu'il avoit prêté
le ferment du fecret fuivant la forme ordinaire.
On mande d'Alger que les eíclaves Chrétiens ,
au nombre de plus de quatre mille , réduits au défefpoir
par les mauvais traitemens qu'on leur fait …..
éprouver , fe font foulevés le 13 Janvier , & on
Ly.
202 MERCURE DE FRANCE.
maffacrés ceux qui les gardoient : l'allarme s'eft
répandue dans la Ville , dont on a fait fermer les
portes , toutes les troupes ont pris les armes &
ont remis les esclaves à la chaîne. Il y a eu beaucoup
de fang répandu dans ce tumulte dont on
ignore les fuites.
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Résumé : D'UTRECHT, le 11 Mars 1763.
Le 11 mars 1763, à Utrecht, le Prince de Naflau a fêté ses seize ans. Il a reçu les félicitations des ministres étrangers, des membres du gouvernement et des personnalités distinguées. Le lendemain, il a été introduit à l'assemblée des États-Généraux et au Conseil d'État selon le protocole. Deux députés, l'un de Zélande et l'autre d'Utrecht, l'ont conduit à la salle des États-Généraux, où le Président lui a adressé un discours de félicitation et lui a demandé de prêter serment de secret, ce qu'il a fait en mettant la main dans celle du Président. Ensuite, trois autres députés l'ont introduit au Conseil d'État, confirmant qu'il avait prêté serment. Par ailleurs, des nouvelles d'Alger rapportent qu'environ quatre mille esclaves chrétiens se sont révoltés le 13 janvier, massacrant leurs gardiens et provoquant une alarme dans la ville. Les autorités ont fermé les portes et mobilisé les troupes pour réprimer la révolte, causant de nombreux morts. Les causes de cette révolte restent inconnues.
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54
p. 214-222
TRAITÉ de paix conclu entre sa Majesté le Roi de POLOGNE, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de PRUSSE, au Château de Hubertzbourg, le 15 Février 1763.
Début :
Sa Majesté le Roi de Pologne, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de Prusse, [...]
Mots clefs :
Roi de Pologne, Électeur de Saxe, Roi de Prusse, Guerre, Paix, États, Assemblée, Conseiller, Traité de paix, Articles, Voisinage, Amitié, Amnistie générale, Harmonie, Contributions, Troupes, Évacuation, Règlement, Officiers, Soldats, Artillerie, Fortifications, Obligation, Justice, Accords, Intérêts, Diète, Paiements
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : TRAITÉ de paix conclu entre sa Majesté le Roi de POLOGNE, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de PRUSSE, au Château de Hubertzbourg, le 15 Février 1763.
TRAITÉ de paix conclu entre Sa Majesté le Roi
de POLOGNE , Electeur de Saxe , & Sa Majesté
le Roi de PRUSSE , au Château de Hubertzbourg
,le 15 Février 1763 .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , & Sa Majesté le Roi de Pruſſe , animés du
defir réciproque de mettre fin aux calamités de
la guerre , & de rétablir l'union , la bonne intelligence&
le bon voiſinage entre eux & leurs Etats
reſpectifs , ayant réfléchi ſur les moyens les plus
propres pour parvenir à un but ſi ſalutaire , & le
Prince Royal de Pologne & Electoral Héréditaire
de Saxe s'étant employé à concerter une aſſemblée
de Plénipotentiaires , qui fut ſuivie d'une négociation:
pour en avancer le ſuccès , & pour écarter
les retardemens que l'éloignement auroit pû faire
naître, Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , a confié à Son Alteſſe Royale le ſoin d'y
ménager ſes intérêts : on eſt convenu de faire tenir
au château de Huberzbourg des conférences
depaix.
En conféquence de quoi Leurs Majeſtés ont
nommé & autoriſé des Plénipotentiaires , ſavoir :
Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
le ſieur Thomas , Baron de Fritſch , ſon Conſeiller
Privé ; & Sa Majeſté le Roi de Pruſſe, le ſieur
Ewald- Frederic de Hertzberg , ſon conſeiller Privé
d'Ambaſſade, leſquels , après s'etre duement
communiqué & avoir échangé leurs pleins pouvoirs
en bonne forme, ont arrêté , conclu & figné
les Articles ſuivans d'un Traité de paix.
JUIN. 1763 . 215
ARTICLE I. Il y aura une paix ſolide , une
amitié ſincère & un bon voifinage entre S. M. le
Roi de Pologne , Electeur de Saxe , & S. M. le
Roi de Pruſie & leurs Héritiers , Etats , Pays &
Sujets : & en conféquence , il y aura une amnif
tie générale & un oubli éternel de tout ce qui eſt
arrivé entre les hautes Parties contractantes , à
l'occaſion de la préſente guerre , de quelque nature
que cela puiſſe avoir été , & il ne ſera point
demandé de dédommagement de part& d'autre ;
ſous quelque prétexte ou nom que ce puiſſe être ,
mais toutes les prétentions réciproques , occafionnées
par cette guerre , demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties .
Les hautes Parties contractantes & leurs Héritiers
cultiveront à l'avenir entr'elles une bonne
harmonie & parfaite intelligence, en tâchant d'avancer
leurs intérêts réciproques , & d'écarter
tout ce qui pourroity nuire ou y donner la moindreatteinte
.
Sa Majeſté le Roi de Pruſſe promet en particulier
que , dans les occaſions qui ſe préſenteront de
pouvoir procurer des convenances à Sa Majefté
le Roi de Pologne , Electeur de Saxe , ou à la
Maiſon , ſans que ce ſoit aux dépens de Sadite
Majesté Pruſienne. Elle y contribuera avec le
plus grand zéle , & ſe concertera à cet effet avec
Sa Majesté Polonoiſe & avec leurs Amis communs
.
ART . II . Toutes les hoftilités ceſſeront entiérement
à compter du II Février incluſivement ;
&depűis le même jour Sa Majesté Pruſſienne fera
ceffer entiérement & pleinement toutes contributions
ordinaires & extraordinaires , toutes livraiſons
de proviſions de bouche , fourrages , chevaux
& autre bérail ou autres effets ; toutes demandes
216 MERCURE DE FRANCE.
1
de recrues , valets , travailleurs & voitures , &
généralement toutes fortes de preſtations , de
quelque nature & dénomination qu'elles puiffent
être , & fous quelque titre ou prétexte qu'elles
foient demandées & éxigées , comme auſſi toute
coupe de bois & autres endommagemens dans
tout l'Electorat de Saxe & toutes les parties &
dépendances , y compris la Haute & Balle- Luface.
Si les ordres que Sa Majeſté le Roi de Pruſſe a
donnés là-deſſus, n'étoient pas parvenus leditjour
en tous les endroits occupés par les Troupes de
Sa Majesté Pruſſienne , & que par cette raiſon ,
ou fous d'autres prétextes , il dût arriver qu'on
eût encore pris ou éxigé des caiſſes ou des Sujets
de Sa Majeſté Polonoiſe quelque argent ou quelque
autre preſtation de quelque nature ou valeur
qu'elle pût être , ou qu'on eût cauſé d'autres
dommages , Sa Majesté Pruſſienne fera reſtituer
ſans délai tout ce qui auroit été pris ou éxigé ,
& bonifier toutdommage & perte. En conféquence
de cette ceſſation générale de toute forte de
preſtations , Sa Majesté Pruſſienne renonce également
à tous les arrérages des contributions , livraiſons
& autres preſtations antérieurement demandées
& éxigées , & déclare que toutes les
prétentions y relatives ſeront & demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties , de
forte qu'il n'en ſera jamais plus fait mention.
ART. III . Sa Majefté le Roi de Pruſſe promet
de commencer les diſpoſitions néceſſaires pour
une prompte évacuation de la Saxe , dès que le
préfent Traité ſera ſigné , & d'effectuer & achever
l'évacuation & la reſtitution de tous les Etats
& Pays , Villes , Places & Forts de S. M.Polonoiſe,
&généralement de toutes parties & dépen' ances
deldirs Etats que S. M. Polonoiſe a poſlédés avant
la
JUIN. 1763. 217
la préſente guerre , dans l'eſpace de trois ſemai
nes , à compter du jour de l'échange des ratificasions;
bien entendu que les Troupes de S. M.
l'Impératrice-Reine de Hongrie & de Bohême
évacueront toute la Saxe dans le même eſpace de
temps. Y
Dès le de Février , Sa Majeſté le Roi de
Pruffe fera nourrir ſes Troupes de ſes propres
magaſins ſans qu'elles foient à charge au pays ,
&on procédera inceſſamment au réglement des
routes que leſdites Troupes prendront en quittant
les Etats de Sa Majesté le Roi de Pologne ,
dans leſquelles elles ſeront conduites & logées
par les Commiſſaires nommés par Sa' Majeſté
Polonoile, qui auront pareillement ſoin des Vorfpanndont
les Troupes auront beſoin pour leurs
marches , &qui leur feront fournisgratuitement ,
à condition que ces Vorſpann ne feront obligés
depafler les frontières de Saxe , quejuſqu'au premier
gîte.
ART. IV. Sa Majesté le Roi de Pruſſe renverra
fans rançon & ſans délai tous lesGénéraux , Officiers
& Soldats de Sa Majesté le Roi de Pologne
, Electeur de Saxe , qui font encore priſonniers
de guerre , & les autres Sujets de Sa lite
Majesté Polonoiſe qui ne voudront pas reſter
dans le ſervice & dans les Etats de Sa Majeſté
Pruſſienne , bien entendu que chacun payera
préalablement les dettes qu'il aura contractées. I
Sadite Majeſté le Roi de Pruſſe rendra auffe
toute l'artillerie , appartenante à Sa Majeſté le
Roi de Pologne , qui ſe trouve encore en Saxe ,
&qui eft marquée aux armes de, Sadire Majesté
Polonoiſe.
En particulier les Villes de Léipfic , Torgau
&Wittemberg feront reftituées par rapport aux
K
218 MERCURE DE FRANCE.
fortifications , dans le même état où elles ſont à
préſent & avec l'artillerie qui s'y trouve marquée
aux armes de Sa Majesté Polonoife.
Sa Majesté Pruſſienne mettra auſſi en liberté
les otages& autres perſonnes qui ont été arrêtées
àl'occaſion de la préſente guerre , & fera rendre
tous les papiers qui appartiennent aux archives
de Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , ou aux autres bureaux du Pays , & à l'avenir
il n'en ſera rien allégué ou inféré contre
Sa Majeftéie Roi de Pologne , ni contre ſes Héritiers
& Etats.
ART . V. Le Traité de paix conclu à Dreſde le
25 Décembre 1745 eſt expreſſement renouvellé
&confirmé dans la meilleure forme & dans toute
fa teneur autant que le préſent Traité n'y dérogera
pas , & que les obligations y contenues ſeront
de nature à pouvoir encore avoir lieu .
ART . VI . Pour redreſſer réciproquement tous
les abus qui ſe ſont gliffés dans le commerce au
préjudice des Pays , Etats & Sujets reſpectifs des
hautesParties contractantes , on eft convenu que ,
d'abord après la paix conclue on nommera de
part & d'autre des Commiſlaires qui régleront
les affaires de Commerce fur des principes équitables
& réciproquement utiles.
ILferacaufli réciproquement adminiſtré bonne
& prompte juſtice à ceux des Sujets reſpectifs qui
aurontdesprocès&des prétentions liquides dans
1s Etats de l'une ou de l'autre Partie , & quand
il y en aura qui auront change ou voudrontencore
changer de domicile & paffer de la domination
de l'une fous celle de l'autre des hautes. Parties
contractantes , on ne leur fera point de difficulté
à cet égard.
ART. VII. Sa Majesté le Roi de Pruſſe conſent
1
JUIN. 1763 . 219
d'accéder & fera accéder ſes Sujets créanciers de
la Steuer de Saxe aux arrangemens qu'on prendra
inceſſamment par rapport aux intérêts à payer ,
& pour l'établiſſement d'un fonds d'amortiſſement
folide & durable ſans aucune préférence .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , affure & promet d'un autre côté que ,
conformément auxdits arrangemens , tous les
Sujets de Sa Majeſté Pruſſienne , qui ont ou auront
des capitaux dans la Steuer de Saxe , recevront
leurs intérêts exactement , & que les capitaux
leur feront auſſi rembourſés en entier , ſans
la moindre réduction ni diminution , & dans un
eſpacede temps raiſonnable.
ART . VIII . L'échange de la Ville & du Péage
de Furstenberg & du Village de Schildlo contre
un equivalent an Land und Leuten , ſtipulé dans
l'Article VII de la paix de Dreſde , ayant rencontré
beaucoup de difficultés dans l'éxécution , on
eſt ultérieurement convenu que pour le faciliter
la Ville de Furstenberg , avec ſes dépendances ſituées
en-deçà de l'Oder , ne ſera pas compriſe
dans ce troc & reſtera à Sa Majesté Polonoiſe
mais que d'un autre côté Sadite Majesté le Roi
de Pologne , Électeur de Saxe , cédera à S. M.
Pruſſienne non- ſeulement le Péage de l'Oder ,
qu'Elle a perçu juſqu'ici à Furstenberg , & le
Village de Schildlo avec ſes appartenances au-delà
de l'Oder , maisauſſi généralement tout ce qu'Elle
a poſſédé juſqu'ici des bords & rives de l'Oder ,
tant du côté de la Luſace que de celui de la Marche
, de forte que la rivière de l'Oder faſſe la limite
territoriale , & que la ſupériorité des deux
rives & bords de l'Oder , & de tout ce qui eſt audelà
de l'Oder du côté de la Marche , appartienne
déſormais en entier & excluſivement à Sa Majeſté
le Roi de Pruſſe , ſes Succeſſeurs & Héritiers à
perpétuité. Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Il eſt auſſi convenu que l'équivalent à donner à
Sa Majefté Polonoiſe ne pourra être évalué qu'à
proportion du revenu réel qu'Elle a tiré juſqu'ici
des poffeflions qu'Elle cédera àSa Majesté Pruffienne
, en conféquence de quoi Sa Majesté Polonoiſe
ſe contentera d'un équivalent an Landund
Leuten , dont le revenu réel ſeroit égal au revenu
réel des poſſeſſions qu'Eile cédera à Sa Majeſté
Brufſienne.
Au reſte dans tous les autres points relatifs à cet
échange , l'Article VII de la paix de Dreſde ſera
éxactement obſervé & éxécuté.
ART. IX. Sa Majeſté le Roi de Pruffe accorde
à Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , le libre paſſage en tout temps par la Siléfie
en Pologne , & renouvelle en particulier ce
qui a été ſtipulé là- deſſus dans l'Article X du Traitéde
paix conclu à Dreſde en 1745 .
ART. X. Les hautes Parties contractantes ſe gas
rantiſſent réciproquement l'abſervation & l'éx
cution du préſent Traité de paix , & tâcheront
d'en obtenir la garantie des Puillances avec lefquellesElles
font en amitié.
ART . XI . Le préſent Traité de paix ſera ratifié
de part & d'autre , & les ratifications feront expédiées
en bonne & due forme ,& échangéesdans
F'eſpace de quinze jours , ou plutôt fi faire ſe
peut , àcompter du jour de leur ſignature.
En foi de quoi , les ſouſſignés Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe, & de Sa Majesté le Roi de Pruſſe , en vertu
de leurs pleins pouvoirs , ont ſigné le préſent
Traité de paix , & y ont fait appoſer les cachets
de leurs armes.
Fait au Château de Hubertzbourg , le is Février
1763.
THOMAS, BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD-FREDERIC DE HERTZBERG .
JUI N. 1763 . 221
ARTICLES SÉPARÉS.
ART. I. On est convenu que dans les arrérages
ou autres preſtations arriérées , qui devront
ceffer du II Février 1763 , ne ſera pascompris ce
qui eſt encore dû fur les lettres de change & autres
engagemens par écrit , énoncés dans la ſpécification
ci -jointe ,que Sa Majeſté le Roide Pruſſe
ſe réſerve expreffément , & que Sa Majesté le Roi
dePologne promet de faire acquitter éxactement ,
&ſelon la teneur deſdites lettres de change &
autres engagemens par écrit donnés là-deſſus ,
ſans le moindre rabais ou défalcation , & dans
les monnoiesy promiſes.
ART. II . Pour ne laiſſer aucun doute ſur la
rrature& la ſolidité des arrangemens à prendre
fur les affaires de la Steuer , dont il a été fait
mention dans l'Article VII du Traité de paix ,
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
déclare qu'Elle prendra des arrangemens pour
qu'aucun des créanciers de la Steuer ne perde
riende ſon capital.
Qu'il eſt impoſſible de leur payer les intérêts
arriérés après que tous les revenus du pays ont
été notoirement abſorbés par les calamités de
laguerre.
Que la même raiſon doit valoir pour l'année
préſente après toutes les charges auxquelles le
pays a déja été obligé de fournir.
Mais qu'à l'avenir Sa Majeſté prendra inceſſam.
ment avec les Etats de la Saxe , aſſemblés en
Diéte , les arrangemens néceſſaires pour établir
un fonds prélevable ſur les revenus les plus clairs
du pays , lequel ſera , 10. principalement employé
pour payer éxactement les intérêts qui ne
pourront pas être fixés au-deſſous de trois pour
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
cent , tout comme ils ne pourront pas paffer lefdits
trois pour cent. 2°. Que le reſte fera le fonds
d'amortiſſement pour l'acquit ſucceſſif des capitaux
, qui augmentera à proportion de l'acquit
des capitaux & de la diminution des intérêts , &
dont la diſtribution ſe fera annuellement par le
fort , ſans aucune préférence pour perſonne à
quelque titre que ce ſoit. 30. Que l'adminiſtration
dudit fonds total deſtiné au payement des
intérêts & au rembourſement des capitaux ſera
fixée en la ſuſmentionnée Diete prochaine des
Etats de Saxe , de façon qu'il s'y trouve pleine
sûreté , Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , promettant de donner là-deſſus
toutes les aſſurances convenables.
ART. III. Il a été convenu & arrêté que les
titres employés ou omis de part & d'autre à
l'occaſion de la préſente négociation dans les
pleins pouvoirs & autres actes , ou partout ailleurs
, ne pourront être cités ou tirés à conféquence
, & qu'il ne pourra jamais en réſulter
aucun préjudice pour aucune des Parties intéreffées.
Les trois préſens Articles ſéparés auront la
même force que s'ils étoient mot à mot inférés
dans le Traité principal , & ils ſeront également
ratifiés des deux hautes Parties contractantes .
En foi de quoi les ſouſſignés , Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Électeur de
Saxe , & de Sa Majeſte le Roi de Pruſſe , ont
ſigné ces préſens Articles ſéparés , & y ont fait
appoſer les cachets de leurs armes.
• Fait au Château de Huberzbourg le is Février
1763.
THOMAS , BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD- FRÉDÉRIC DE HERTZBERG ,
de POLOGNE , Electeur de Saxe , & Sa Majesté
le Roi de PRUSSE , au Château de Hubertzbourg
,le 15 Février 1763 .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , & Sa Majesté le Roi de Pruſſe , animés du
defir réciproque de mettre fin aux calamités de
la guerre , & de rétablir l'union , la bonne intelligence&
le bon voiſinage entre eux & leurs Etats
reſpectifs , ayant réfléchi ſur les moyens les plus
propres pour parvenir à un but ſi ſalutaire , & le
Prince Royal de Pologne & Electoral Héréditaire
de Saxe s'étant employé à concerter une aſſemblée
de Plénipotentiaires , qui fut ſuivie d'une négociation:
pour en avancer le ſuccès , & pour écarter
les retardemens que l'éloignement auroit pû faire
naître, Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , a confié à Son Alteſſe Royale le ſoin d'y
ménager ſes intérêts : on eſt convenu de faire tenir
au château de Huberzbourg des conférences
depaix.
En conféquence de quoi Leurs Majeſtés ont
nommé & autoriſé des Plénipotentiaires , ſavoir :
Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
le ſieur Thomas , Baron de Fritſch , ſon Conſeiller
Privé ; & Sa Majeſté le Roi de Pruſſe, le ſieur
Ewald- Frederic de Hertzberg , ſon conſeiller Privé
d'Ambaſſade, leſquels , après s'etre duement
communiqué & avoir échangé leurs pleins pouvoirs
en bonne forme, ont arrêté , conclu & figné
les Articles ſuivans d'un Traité de paix.
JUIN. 1763 . 215
ARTICLE I. Il y aura une paix ſolide , une
amitié ſincère & un bon voifinage entre S. M. le
Roi de Pologne , Electeur de Saxe , & S. M. le
Roi de Pruſie & leurs Héritiers , Etats , Pays &
Sujets : & en conféquence , il y aura une amnif
tie générale & un oubli éternel de tout ce qui eſt
arrivé entre les hautes Parties contractantes , à
l'occaſion de la préſente guerre , de quelque nature
que cela puiſſe avoir été , & il ne ſera point
demandé de dédommagement de part& d'autre ;
ſous quelque prétexte ou nom que ce puiſſe être ,
mais toutes les prétentions réciproques , occafionnées
par cette guerre , demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties .
Les hautes Parties contractantes & leurs Héritiers
cultiveront à l'avenir entr'elles une bonne
harmonie & parfaite intelligence, en tâchant d'avancer
leurs intérêts réciproques , & d'écarter
tout ce qui pourroity nuire ou y donner la moindreatteinte
.
Sa Majeſté le Roi de Pruſſe promet en particulier
que , dans les occaſions qui ſe préſenteront de
pouvoir procurer des convenances à Sa Majefté
le Roi de Pologne , Electeur de Saxe , ou à la
Maiſon , ſans que ce ſoit aux dépens de Sadite
Majesté Pruſienne. Elle y contribuera avec le
plus grand zéle , & ſe concertera à cet effet avec
Sa Majesté Polonoiſe & avec leurs Amis communs
.
ART . II . Toutes les hoftilités ceſſeront entiérement
à compter du II Février incluſivement ;
&depűis le même jour Sa Majesté Pruſſienne fera
ceffer entiérement & pleinement toutes contributions
ordinaires & extraordinaires , toutes livraiſons
de proviſions de bouche , fourrages , chevaux
& autre bérail ou autres effets ; toutes demandes
216 MERCURE DE FRANCE.
1
de recrues , valets , travailleurs & voitures , &
généralement toutes fortes de preſtations , de
quelque nature & dénomination qu'elles puiffent
être , & fous quelque titre ou prétexte qu'elles
foient demandées & éxigées , comme auſſi toute
coupe de bois & autres endommagemens dans
tout l'Electorat de Saxe & toutes les parties &
dépendances , y compris la Haute & Balle- Luface.
Si les ordres que Sa Majeſté le Roi de Pruſſe a
donnés là-deſſus, n'étoient pas parvenus leditjour
en tous les endroits occupés par les Troupes de
Sa Majesté Pruſſienne , & que par cette raiſon ,
ou fous d'autres prétextes , il dût arriver qu'on
eût encore pris ou éxigé des caiſſes ou des Sujets
de Sa Majeſté Polonoiſe quelque argent ou quelque
autre preſtation de quelque nature ou valeur
qu'elle pût être , ou qu'on eût cauſé d'autres
dommages , Sa Majesté Pruſſienne fera reſtituer
ſans délai tout ce qui auroit été pris ou éxigé ,
& bonifier toutdommage & perte. En conféquence
de cette ceſſation générale de toute forte de
preſtations , Sa Majesté Pruſſienne renonce également
à tous les arrérages des contributions , livraiſons
& autres preſtations antérieurement demandées
& éxigées , & déclare que toutes les
prétentions y relatives ſeront & demeureront entiérement
éteintes , annullées & anéanties , de
forte qu'il n'en ſera jamais plus fait mention.
ART. III . Sa Majefté le Roi de Pruſſe promet
de commencer les diſpoſitions néceſſaires pour
une prompte évacuation de la Saxe , dès que le
préfent Traité ſera ſigné , & d'effectuer & achever
l'évacuation & la reſtitution de tous les Etats
& Pays , Villes , Places & Forts de S. M.Polonoiſe,
&généralement de toutes parties & dépen' ances
deldirs Etats que S. M. Polonoiſe a poſlédés avant
la
JUIN. 1763. 217
la préſente guerre , dans l'eſpace de trois ſemai
nes , à compter du jour de l'échange des ratificasions;
bien entendu que les Troupes de S. M.
l'Impératrice-Reine de Hongrie & de Bohême
évacueront toute la Saxe dans le même eſpace de
temps. Y
Dès le de Février , Sa Majeſté le Roi de
Pruffe fera nourrir ſes Troupes de ſes propres
magaſins ſans qu'elles foient à charge au pays ,
&on procédera inceſſamment au réglement des
routes que leſdites Troupes prendront en quittant
les Etats de Sa Majesté le Roi de Pologne ,
dans leſquelles elles ſeront conduites & logées
par les Commiſſaires nommés par Sa' Majeſté
Polonoile, qui auront pareillement ſoin des Vorfpanndont
les Troupes auront beſoin pour leurs
marches , &qui leur feront fournisgratuitement ,
à condition que ces Vorſpann ne feront obligés
depafler les frontières de Saxe , quejuſqu'au premier
gîte.
ART. IV. Sa Majesté le Roi de Pruſſe renverra
fans rançon & ſans délai tous lesGénéraux , Officiers
& Soldats de Sa Majesté le Roi de Pologne
, Electeur de Saxe , qui font encore priſonniers
de guerre , & les autres Sujets de Sa lite
Majesté Polonoiſe qui ne voudront pas reſter
dans le ſervice & dans les Etats de Sa Majeſté
Pruſſienne , bien entendu que chacun payera
préalablement les dettes qu'il aura contractées. I
Sadite Majeſté le Roi de Pruſſe rendra auffe
toute l'artillerie , appartenante à Sa Majeſté le
Roi de Pologne , qui ſe trouve encore en Saxe ,
&qui eft marquée aux armes de, Sadire Majesté
Polonoiſe.
En particulier les Villes de Léipfic , Torgau
&Wittemberg feront reftituées par rapport aux
K
218 MERCURE DE FRANCE.
fortifications , dans le même état où elles ſont à
préſent & avec l'artillerie qui s'y trouve marquée
aux armes de Sa Majesté Polonoife.
Sa Majesté Pruſſienne mettra auſſi en liberté
les otages& autres perſonnes qui ont été arrêtées
àl'occaſion de la préſente guerre , & fera rendre
tous les papiers qui appartiennent aux archives
de Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , ou aux autres bureaux du Pays , & à l'avenir
il n'en ſera rien allégué ou inféré contre
Sa Majeftéie Roi de Pologne , ni contre ſes Héritiers
& Etats.
ART . V. Le Traité de paix conclu à Dreſde le
25 Décembre 1745 eſt expreſſement renouvellé
&confirmé dans la meilleure forme & dans toute
fa teneur autant que le préſent Traité n'y dérogera
pas , & que les obligations y contenues ſeront
de nature à pouvoir encore avoir lieu .
ART . VI . Pour redreſſer réciproquement tous
les abus qui ſe ſont gliffés dans le commerce au
préjudice des Pays , Etats & Sujets reſpectifs des
hautesParties contractantes , on eft convenu que ,
d'abord après la paix conclue on nommera de
part & d'autre des Commiſlaires qui régleront
les affaires de Commerce fur des principes équitables
& réciproquement utiles.
ILferacaufli réciproquement adminiſtré bonne
& prompte juſtice à ceux des Sujets reſpectifs qui
aurontdesprocès&des prétentions liquides dans
1s Etats de l'une ou de l'autre Partie , & quand
il y en aura qui auront change ou voudrontencore
changer de domicile & paffer de la domination
de l'une fous celle de l'autre des hautes. Parties
contractantes , on ne leur fera point de difficulté
à cet égard.
ART. VII. Sa Majesté le Roi de Pruſſe conſent
1
JUIN. 1763 . 219
d'accéder & fera accéder ſes Sujets créanciers de
la Steuer de Saxe aux arrangemens qu'on prendra
inceſſamment par rapport aux intérêts à payer ,
& pour l'établiſſement d'un fonds d'amortiſſement
folide & durable ſans aucune préférence .
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , affure & promet d'un autre côté que ,
conformément auxdits arrangemens , tous les
Sujets de Sa Majeſté Pruſſienne , qui ont ou auront
des capitaux dans la Steuer de Saxe , recevront
leurs intérêts exactement , & que les capitaux
leur feront auſſi rembourſés en entier , ſans
la moindre réduction ni diminution , & dans un
eſpacede temps raiſonnable.
ART . VIII . L'échange de la Ville & du Péage
de Furstenberg & du Village de Schildlo contre
un equivalent an Land und Leuten , ſtipulé dans
l'Article VII de la paix de Dreſde , ayant rencontré
beaucoup de difficultés dans l'éxécution , on
eſt ultérieurement convenu que pour le faciliter
la Ville de Furstenberg , avec ſes dépendances ſituées
en-deçà de l'Oder , ne ſera pas compriſe
dans ce troc & reſtera à Sa Majesté Polonoiſe
mais que d'un autre côté Sadite Majesté le Roi
de Pologne , Électeur de Saxe , cédera à S. M.
Pruſſienne non- ſeulement le Péage de l'Oder ,
qu'Elle a perçu juſqu'ici à Furstenberg , & le
Village de Schildlo avec ſes appartenances au-delà
de l'Oder , maisauſſi généralement tout ce qu'Elle
a poſſédé juſqu'ici des bords & rives de l'Oder ,
tant du côté de la Luſace que de celui de la Marche
, de forte que la rivière de l'Oder faſſe la limite
territoriale , & que la ſupériorité des deux
rives & bords de l'Oder , & de tout ce qui eſt audelà
de l'Oder du côté de la Marche , appartienne
déſormais en entier & excluſivement à Sa Majeſté
le Roi de Pruſſe , ſes Succeſſeurs & Héritiers à
perpétuité. Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
Il eſt auſſi convenu que l'équivalent à donner à
Sa Majefté Polonoiſe ne pourra être évalué qu'à
proportion du revenu réel qu'Elle a tiré juſqu'ici
des poffeflions qu'Elle cédera àSa Majesté Pruffienne
, en conféquence de quoi Sa Majesté Polonoiſe
ſe contentera d'un équivalent an Landund
Leuten , dont le revenu réel ſeroit égal au revenu
réel des poſſeſſions qu'Eile cédera à Sa Majeſté
Brufſienne.
Au reſte dans tous les autres points relatifs à cet
échange , l'Article VII de la paix de Dreſde ſera
éxactement obſervé & éxécuté.
ART. IX. Sa Majeſté le Roi de Pruffe accorde
à Sa Majeſté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe , le libre paſſage en tout temps par la Siléfie
en Pologne , & renouvelle en particulier ce
qui a été ſtipulé là- deſſus dans l'Article X du Traitéde
paix conclu à Dreſde en 1745 .
ART. X. Les hautes Parties contractantes ſe gas
rantiſſent réciproquement l'abſervation & l'éx
cution du préſent Traité de paix , & tâcheront
d'en obtenir la garantie des Puillances avec lefquellesElles
font en amitié.
ART . XI . Le préſent Traité de paix ſera ratifié
de part & d'autre , & les ratifications feront expédiées
en bonne & due forme ,& échangéesdans
F'eſpace de quinze jours , ou plutôt fi faire ſe
peut , àcompter du jour de leur ſignature.
En foi de quoi , les ſouſſignés Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de
Saxe, & de Sa Majesté le Roi de Pruſſe , en vertu
de leurs pleins pouvoirs , ont ſigné le préſent
Traité de paix , & y ont fait appoſer les cachets
de leurs armes.
Fait au Château de Hubertzbourg , le is Février
1763.
THOMAS, BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD-FREDERIC DE HERTZBERG .
JUI N. 1763 . 221
ARTICLES SÉPARÉS.
ART. I. On est convenu que dans les arrérages
ou autres preſtations arriérées , qui devront
ceffer du II Février 1763 , ne ſera pascompris ce
qui eſt encore dû fur les lettres de change & autres
engagemens par écrit , énoncés dans la ſpécification
ci -jointe ,que Sa Majeſté le Roide Pruſſe
ſe réſerve expreffément , & que Sa Majesté le Roi
dePologne promet de faire acquitter éxactement ,
&ſelon la teneur deſdites lettres de change &
autres engagemens par écrit donnés là-deſſus ,
ſans le moindre rabais ou défalcation , & dans
les monnoiesy promiſes.
ART. II . Pour ne laiſſer aucun doute ſur la
rrature& la ſolidité des arrangemens à prendre
fur les affaires de la Steuer , dont il a été fait
mention dans l'Article VII du Traité de paix ,
Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur de Saxe ,
déclare qu'Elle prendra des arrangemens pour
qu'aucun des créanciers de la Steuer ne perde
riende ſon capital.
Qu'il eſt impoſſible de leur payer les intérêts
arriérés après que tous les revenus du pays ont
été notoirement abſorbés par les calamités de
laguerre.
Que la même raiſon doit valoir pour l'année
préſente après toutes les charges auxquelles le
pays a déja été obligé de fournir.
Mais qu'à l'avenir Sa Majeſté prendra inceſſam.
ment avec les Etats de la Saxe , aſſemblés en
Diéte , les arrangemens néceſſaires pour établir
un fonds prélevable ſur les revenus les plus clairs
du pays , lequel ſera , 10. principalement employé
pour payer éxactement les intérêts qui ne
pourront pas être fixés au-deſſous de trois pour
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE .
cent , tout comme ils ne pourront pas paffer lefdits
trois pour cent. 2°. Que le reſte fera le fonds
d'amortiſſement pour l'acquit ſucceſſif des capitaux
, qui augmentera à proportion de l'acquit
des capitaux & de la diminution des intérêts , &
dont la diſtribution ſe fera annuellement par le
fort , ſans aucune préférence pour perſonne à
quelque titre que ce ſoit. 30. Que l'adminiſtration
dudit fonds total deſtiné au payement des
intérêts & au rembourſement des capitaux ſera
fixée en la ſuſmentionnée Diete prochaine des
Etats de Saxe , de façon qu'il s'y trouve pleine
sûreté , Sa Majesté le Roi de Pologne , Electeur
de Saxe , promettant de donner là-deſſus
toutes les aſſurances convenables.
ART. III. Il a été convenu & arrêté que les
titres employés ou omis de part & d'autre à
l'occaſion de la préſente négociation dans les
pleins pouvoirs & autres actes , ou partout ailleurs
, ne pourront être cités ou tirés à conféquence
, & qu'il ne pourra jamais en réſulter
aucun préjudice pour aucune des Parties intéreffées.
Les trois préſens Articles ſéparés auront la
même force que s'ils étoient mot à mot inférés
dans le Traité principal , & ils ſeront également
ratifiés des deux hautes Parties contractantes .
En foi de quoi les ſouſſignés , Plénipotentiaires
de Sa Majesté le Roi de Pologne , Électeur de
Saxe , & de Sa Majeſte le Roi de Pruſſe , ont
ſigné ces préſens Articles ſéparés , & y ont fait
appoſer les cachets de leurs armes.
• Fait au Château de Huberzbourg le is Février
1763.
THOMAS , BARON DE FRITSCH .
( Signé ) EWALD- FRÉDÉRIC DE HERTZBERG ,
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Résumé : TRAITÉ de paix conclu entre sa Majesté le Roi de POLOGNE, Electeur de Saxe, & Sa Majesté le Roi de PRUSSE, au Château de Hubertzbourg, le 15 Février 1763.
Le traité de paix de Hubertusbourg, signé le 15 février 1763 entre le Roi de Pologne, Électeur de Saxe, et le Roi de Prusse, vise à mettre fin aux conflits et à rétablir la paix et l'amitié entre les deux monarchies. Les points essentiels du traité incluent : 1. **Paix et amitié** : Une paix durable et une amitié sincère doivent prévaloir entre les deux souverains et leurs héritiers, avec une amnistie générale et un oubli des événements de la guerre. Aucune demande de dédommagement ne sera faite. 2. **Cessation des hostilités** : Toutes les hostilités doivent cesser à partir du 11 février 1763. La Prusse cessera toutes contributions et prestations en Saxe et restituera les sommes prises ou exigées. 3. **Évacuation de la Saxe** : La Prusse doit commencer les dispositions pour évacuer la Saxe dans les trois semaines suivant la ratification du traité. Les troupes prussiennes et celles de l'Impératrice-Reine de Hongrie et de Bohême doivent quitter la Saxe dans le même délai. 4. **Restitution des prisonniers et des biens** : La Prusse doit libérer sans rançon tous les prisonniers de guerre saxons et restituer l'artillerie saxonne. Les villes de Leipzig, Torgau et Wittenberg doivent être restituées avec leurs fortifications. 5. **Renouvellement des traités antérieurs** : Le traité de paix de Dresde de 1745 est renouvelé et confirmé, sauf en ce qui concerne les dispositions contraires au présent traité. 6. **Commerce et justice** : Des commissaires seront nommés pour régler les abus dans le commerce et administrer justice aux sujets des deux parties. Les sujets qui changent de domicile ne rencontreront pas de difficultés. 7. **Affaires de la Steuer** : La Prusse accepte les arrangements concernant les créanciers de la Steuer de Saxe, et la Saxe assure le remboursement des capitaux sans réduction. 8. **Échange territorial** : La ville de Fürstenberg reste à la Pologne, mais la Saxe cède le péage de l'Oder, le village de Schildlo et ses possessions sur les rives de l'Oder à la Prusse. Un équivalent en terres et en sujets sera donné à la Saxe. 9. **Passage en Silésie** : La Prusse accorde à la Pologne le libre passage en Silésie. 10. **Garantie du traité** : Les deux parties se garantissent réciproquement l'observation et l'exécution du traité et chercheront la garantie des puissances amies. Le traité doit être ratifié et les ratifications échangées dans les quinze jours suivant la signature.
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55
p. 225-229
De PARIS, le 18 Avril 1763.
Début :
Le 14 du mois dernier, l'Académie Françoise a élu l'Abbé de [...]
Mots clefs :
Académie française, Élection, Comte, Assemblée, Cardinal, Cérémonie, Ordonnance du roi, Régiments, Compagnie, Légion royale, Dragons, Grenadiers, Capitaine, Pensions militaires, Soldats, Guerre, Paix, Colonels, Infanterie, Procureur du roi, Académie royale, Bibliothèque
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 18 Avril 1763.
De PARIS, le 18 Avril 1763.
Le 14 du mois dernier , l'Académie Françoiſe
a élu l'Abbé de Radonvilliers , Sous- Précepteur
de Mgr le Duc de Berri & de Mgr le Comte de
Provence, pour remplir la place vacante par la
mort du ſieur Carlet de Marivaux. Le 26 , certe
Académie tint une aſſemblée publique dans la-
Kv
226 MERCURE DE FRANCE .
1
quelle il prononcé ſon diſcours de réception,
Le Cardinalde Luynės a répondu au remerciment
de ce nouvel Académicien .
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſolemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
enmémoire de la réduction de cette Capitale
ſous l'obéillance de Henri IV. Le Corps de Ville
aſſiſta , ſelon l'uſage , à cette cérémonie.
,
:
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du
1 Mars 1763 concernant les troupes légéres ,
par laquelle Sa Majesté conſerve ſur pied quatre
légions de ces troupes , indépendamment
des Régimens des Volontaires de Clermont & de
Soubiſe , & fupprime le Régiment des Volontaires
Etrangers de Wurmſer & la Compagnie de
ChaffeursdePoncet. La Légion Royale ſera la premièredes
quatre que S. M. entretiendra,&elle conſervera
fon nom. La ſeconde ſera compoſée du Régimentdes
Volontaires de Flandres & de celui des
Volontaires du Dauphiné qui ſeront incorporés
enſemble: cette Légion ſera ſous la dénomination
de Légion de Flandre , & commandée par
le Chevalier de Jaucourt. La troiſſéme , ſous la
dénomination de Légion du Haynaut , & commandée
par le ſieur de Grandmaiſon , ſera
compoſéedu Régiment des Volontaires du Haynaut
& de celui des Volontaires d'Auſtraſie qui
feront incorporés enſemble. Le Régiment de Dragons
chaſſeurs de Conflans ſera à l'avenir ſous
la dénomintion de Légion de Conflans , & formera
la quatriéme Légion. Ces Légions ou Régimens
continueront de marcher entr'eux ſuivant
le rang dont ils jouiſſent actuellement.
Chaque Légion ſera compoſée en tout temps de
dix-ſept compagnies , dont une de Grenadiers ,
huisde Fufiliers & huit de Dragons ; & chacun
JUIN. 1763 . 227
des Régimens des Volontaires de Clermont St.
de Soubiſe de neuf Compagnies , dont une de
Grenadiers , quatre de Fuſiliers & quatre de Dragons.
Indépendamment de pluſieurs autres difpoſitions
contenues dans cetteOrdonnance , relativement
à la ſuppreſſion de certaines places &
àla créationde quelques autres , à l'ordre quidoit
être obſervé dans chaque Compagnie , au choix
des Officiers , à la manutention de la caiffe
terme des engagemens , &c. Sa Majesté a réglé
une paye de paix & une paye de guerre de
la manière ſuivante .
,
au
COMPAGNIES DE GRENADIERS. A chaque
Capitaine , 2000 1. par an enpaix , & 3000l. en
guerre, à chaque Lieutenant , 900l . en paix, &
1200 1. en guerre , à chaque Sous- Lieutenant ,
600 l. en paix , & 900 1. en guerre , à chaque
Sergent , 222 1. en paix , & 228 1. en guerre ; à
chaque Fourrier, 180 1. en paix, & 186 1. en guerre
; à chaque Caporal , 156 1. en paix , & 162 1.
en guerre ; à chaque appointé , 1381, en paix , &
144 1. en guerre ; à chaque Grenadier & au Tambour
, 120 1. en paix , & 126 1. en guerre. Сом-
PAGNIES DE FUSILIERS . A chaque Capitaine ,
1500 1. en paix , & 2400 l. en guerre , à chaque
Lieutenant , 600.1. en paix , & 1000 l. en guerre;
à chaque Sous - Lieutenant , 5401. en paix , & 800
1. en guerre ; à chaque Sergent , 204 1. en paix ,
& 210 1. en guerre ; à chaque Fourrier , 162 l. en
paix , & 168 1. en guerre ; à chaque Caporal, 138
1. en paix,& 144 1. en guerres à chaqueAppointé,
120 1. en paix & 126 1. en guerre , à chaque Fufilier
& Tambour, 102 1. en paix , & 108 1. en
guerre. COMPAGNIES DE DRAGONS. A chaque
Capitaine , 1800 1. en paix , & 3600 l . en guerre;.
à chaque Lieutenant , 800 1. en paix , & 10001.
en guerre , à chaque Sous - Lieutenant , soul. en
228 MERCURE DE FRANCE,
paix , & 800 1. en guerre ; à chaque Maréchaldes
Logis, 216 1. en paix , & 252 1. en guerre ; à
-chaque Fourrier , 189 1. en paix,& 225 l. enguerre;
à chaque Brigadier , 135 1. en paix, & 171 1.
en guerre, àchaque Dragon ou Tambour , 117
1. en paix , & 1.53 1. en guerre. ETAT- MAJOR. AU
Colonel de Chaque Légion & au Colonel-Lieutenant
du Réglement des Volontaires de Clermont
, 4500 l . en paix , & 6000 l. en guerre; au
Colonel du Régiment des Volontaires de Soubiſe ,
2400 1. en tout temps , au Colonel en ſeconddudit
Régiment , 2100 1. en paix, & 3600 l. en guerre
; au Colonel-Commandant de chaque Légion
3600 1. en paix, 5400.1. en guerre; à chaque Lieutenant-
Colonel , 35001. en paix, & 5400 l. en
guerre,à chaque Major , 2880 1. en paix , & 4000
I. en guerre, à chaque Aide- Major d'Infanterie ,
avec commiffion de Capitaine , 1500 1. en prix , &
2400 l. en guerresà chaque Aide- Major d'Infanterie,
ſans commiſſion de Capitaine , 900 l . en paix ,
&1800 1. enguerre , à chaque Aide - Major de
-Dragons , avec commiſſion de Capitaine , 18001.
en paix, & 3000l . en guerre , à chaque Aide- Ma
jor de Dragons , ſans commiſſion de Capitaine',
1500 1. en paix , & 2000l. en guerre ; au Sous-Aide-
Major d'Infanterie , qui ſera créé en tempsde
guerre, 1200l.au Sous-Aide Major deDragonsqui
fera créé en tempsde guerre 12001. au Tréſorier ,
en temps deguerre ſeulement , 3000 l . au Quartier
Maître , en tems de guerre ſeulement 800 L.
àl'Aumônier&au Chirurgien en temps de guerre
feulement, sool.
Suivant la même Ordonnance , les Officiers réformés
jouïront annuellement en appointemens,
ſçavoir , les Colonels , de 3600 1. les Colonels-
Commandans , de 2000 l. les Lieutenans-Colo
JUI N. 1763 . 229
nels , de 1200 l . les Majors & les Commandansde
l'Infanterie , de 800 1. les Capitaines des Grenadiers
, de 600 l. ceux de Fuſiliers , de soo 1. les
Capitaines en ſecond , & les Aides - Majors d'Infanterie
, de 4001, les Capitaines des Dragons ,
de soo l . les Capitaines en ſecond , & les Aides-
Majors de Dragons , de 4501. , les Lieutenans--
Colonels réformés ala ſuitedeſdits Corps, de 1200
1. les Capitaines réformés des Dragons , de so०
1. & ceux d'infanterie , de 400 l. Les Lieutenans
qui ont paflé par les grades de Sergent ou de
Maréchal des Logis , de 300 1. Les Sous- Lieutenans
, qui auront paſſé par les mêmes gardes , de
270 1. A l'égard des Lieutenans & Sous-Lieutenans
, qui n'auront point pallé par ces grades ,
mais qui ſe trouveront avoir ſervi au moins dıx
ans , ils jouiront auſſi en appointemens , ſçavoir ,
les Lieutenans , de 200 l.& les Sous- Lieutenans ,
de 150 l . Cette Ordonnance eſt terminée par l'état
de l'uniforme réglé par Sa Majeſté pour l'habillement&
l'équipementde ces troupes.
LE FEU SR MORIAU , Procureur du Roi &de
laVille , ayant légué par teſtament ſa Bibliothéque
à la Ville de Paris , à condition qu'elle ſeroit
publique , le ſieur de Viarmes , Prévôt des
Marchands & les Echevins ont accepté le legs ,
&en conféquence ont nommé pour Bibliothécaire
, le ſieur de Bonamy, de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , & pour Sous-
Bibliothécaire l'Abbé Ameithon . Ainfi cette Bibliotheque
, qui eſt placée à l'Hôtel de Lamoignon,
rue Pavée au Marais , a été ouverte au
Public pour la première fois le 13 de ce mois
après midi , & elle continuera de l'être tous les
Mercredis & Samedis de l'année juſqu'aux Vacances.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
prochain.
Le 14 du mois dernier , l'Académie Françoiſe
a élu l'Abbé de Radonvilliers , Sous- Précepteur
de Mgr le Duc de Berri & de Mgr le Comte de
Provence, pour remplir la place vacante par la
mort du ſieur Carlet de Marivaux. Le 26 , certe
Académie tint une aſſemblée publique dans la-
Kv
226 MERCURE DE FRANCE .
1
quelle il prononcé ſon diſcours de réception,
Le Cardinalde Luynės a répondu au remerciment
de ce nouvel Académicien .
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſolemnelle
qu'on a coutume de faire tous les ans
enmémoire de la réduction de cette Capitale
ſous l'obéillance de Henri IV. Le Corps de Ville
aſſiſta , ſelon l'uſage , à cette cérémonie.
,
:
Il paroît une Ordonnance du Roi , datée du
1 Mars 1763 concernant les troupes légéres ,
par laquelle Sa Majesté conſerve ſur pied quatre
légions de ces troupes , indépendamment
des Régimens des Volontaires de Clermont & de
Soubiſe , & fupprime le Régiment des Volontaires
Etrangers de Wurmſer & la Compagnie de
ChaffeursdePoncet. La Légion Royale ſera la premièredes
quatre que S. M. entretiendra,&elle conſervera
fon nom. La ſeconde ſera compoſée du Régimentdes
Volontaires de Flandres & de celui des
Volontaires du Dauphiné qui ſeront incorporés
enſemble: cette Légion ſera ſous la dénomination
de Légion de Flandre , & commandée par
le Chevalier de Jaucourt. La troiſſéme , ſous la
dénomination de Légion du Haynaut , & commandée
par le ſieur de Grandmaiſon , ſera
compoſéedu Régiment des Volontaires du Haynaut
& de celui des Volontaires d'Auſtraſie qui
feront incorporés enſemble. Le Régiment de Dragons
chaſſeurs de Conflans ſera à l'avenir ſous
la dénomintion de Légion de Conflans , & formera
la quatriéme Légion. Ces Légions ou Régimens
continueront de marcher entr'eux ſuivant
le rang dont ils jouiſſent actuellement.
Chaque Légion ſera compoſée en tout temps de
dix-ſept compagnies , dont une de Grenadiers ,
huisde Fufiliers & huit de Dragons ; & chacun
JUIN. 1763 . 227
des Régimens des Volontaires de Clermont St.
de Soubiſe de neuf Compagnies , dont une de
Grenadiers , quatre de Fuſiliers & quatre de Dragons.
Indépendamment de pluſieurs autres difpoſitions
contenues dans cetteOrdonnance , relativement
à la ſuppreſſion de certaines places &
àla créationde quelques autres , à l'ordre quidoit
être obſervé dans chaque Compagnie , au choix
des Officiers , à la manutention de la caiffe
terme des engagemens , &c. Sa Majesté a réglé
une paye de paix & une paye de guerre de
la manière ſuivante .
,
au
COMPAGNIES DE GRENADIERS. A chaque
Capitaine , 2000 1. par an enpaix , & 3000l. en
guerre, à chaque Lieutenant , 900l . en paix, &
1200 1. en guerre , à chaque Sous- Lieutenant ,
600 l. en paix , & 900 1. en guerre , à chaque
Sergent , 222 1. en paix , & 228 1. en guerre ; à
chaque Fourrier, 180 1. en paix, & 186 1. en guerre
; à chaque Caporal , 156 1. en paix , & 162 1.
en guerre ; à chaque appointé , 1381, en paix , &
144 1. en guerre ; à chaque Grenadier & au Tambour
, 120 1. en paix , & 126 1. en guerre. Сом-
PAGNIES DE FUSILIERS . A chaque Capitaine ,
1500 1. en paix , & 2400 l. en guerre , à chaque
Lieutenant , 600.1. en paix , & 1000 l. en guerre;
à chaque Sous - Lieutenant , 5401. en paix , & 800
1. en guerre ; à chaque Sergent , 204 1. en paix ,
& 210 1. en guerre ; à chaque Fourrier , 162 l. en
paix , & 168 1. en guerre ; à chaque Caporal, 138
1. en paix,& 144 1. en guerres à chaqueAppointé,
120 1. en paix & 126 1. en guerre , à chaque Fufilier
& Tambour, 102 1. en paix , & 108 1. en
guerre. COMPAGNIES DE DRAGONS. A chaque
Capitaine , 1800 1. en paix , & 3600 l . en guerre;.
à chaque Lieutenant , 800 1. en paix , & 10001.
en guerre , à chaque Sous - Lieutenant , soul. en
228 MERCURE DE FRANCE,
paix , & 800 1. en guerre ; à chaque Maréchaldes
Logis, 216 1. en paix , & 252 1. en guerre ; à
-chaque Fourrier , 189 1. en paix,& 225 l. enguerre;
à chaque Brigadier , 135 1. en paix, & 171 1.
en guerre, àchaque Dragon ou Tambour , 117
1. en paix , & 1.53 1. en guerre. ETAT- MAJOR. AU
Colonel de Chaque Légion & au Colonel-Lieutenant
du Réglement des Volontaires de Clermont
, 4500 l . en paix , & 6000 l. en guerre; au
Colonel du Régiment des Volontaires de Soubiſe ,
2400 1. en tout temps , au Colonel en ſeconddudit
Régiment , 2100 1. en paix, & 3600 l. en guerre
; au Colonel-Commandant de chaque Légion
3600 1. en paix, 5400.1. en guerre; à chaque Lieutenant-
Colonel , 35001. en paix, & 5400 l. en
guerre,à chaque Major , 2880 1. en paix , & 4000
I. en guerre, à chaque Aide- Major d'Infanterie ,
avec commiffion de Capitaine , 1500 1. en prix , &
2400 l. en guerresà chaque Aide- Major d'Infanterie,
ſans commiſſion de Capitaine , 900 l . en paix ,
&1800 1. enguerre , à chaque Aide - Major de
-Dragons , avec commiſſion de Capitaine , 18001.
en paix, & 3000l . en guerre , à chaque Aide- Ma
jor de Dragons , ſans commiſſion de Capitaine',
1500 1. en paix , & 2000l. en guerre ; au Sous-Aide-
Major d'Infanterie , qui ſera créé en tempsde
guerre, 1200l.au Sous-Aide Major deDragonsqui
fera créé en tempsde guerre 12001. au Tréſorier ,
en temps deguerre ſeulement , 3000 l . au Quartier
Maître , en tems de guerre ſeulement 800 L.
àl'Aumônier&au Chirurgien en temps de guerre
feulement, sool.
Suivant la même Ordonnance , les Officiers réformés
jouïront annuellement en appointemens,
ſçavoir , les Colonels , de 3600 1. les Colonels-
Commandans , de 2000 l. les Lieutenans-Colo
JUI N. 1763 . 229
nels , de 1200 l . les Majors & les Commandansde
l'Infanterie , de 800 1. les Capitaines des Grenadiers
, de 600 l. ceux de Fuſiliers , de soo 1. les
Capitaines en ſecond , & les Aides - Majors d'Infanterie
, de 4001, les Capitaines des Dragons ,
de soo l . les Capitaines en ſecond , & les Aides-
Majors de Dragons , de 4501. , les Lieutenans--
Colonels réformés ala ſuitedeſdits Corps, de 1200
1. les Capitaines réformés des Dragons , de so०
1. & ceux d'infanterie , de 400 l. Les Lieutenans
qui ont paflé par les grades de Sergent ou de
Maréchal des Logis , de 300 1. Les Sous- Lieutenans
, qui auront paſſé par les mêmes gardes , de
270 1. A l'égard des Lieutenans & Sous-Lieutenans
, qui n'auront point pallé par ces grades ,
mais qui ſe trouveront avoir ſervi au moins dıx
ans , ils jouiront auſſi en appointemens , ſçavoir ,
les Lieutenans , de 200 l.& les Sous- Lieutenans ,
de 150 l . Cette Ordonnance eſt terminée par l'état
de l'uniforme réglé par Sa Majeſté pour l'habillement&
l'équipementde ces troupes.
LE FEU SR MORIAU , Procureur du Roi &de
laVille , ayant légué par teſtament ſa Bibliothéque
à la Ville de Paris , à condition qu'elle ſeroit
publique , le ſieur de Viarmes , Prévôt des
Marchands & les Echevins ont accepté le legs ,
&en conféquence ont nommé pour Bibliothécaire
, le ſieur de Bonamy, de l'Académie Royale
des Inſcriptions & Belles- Lettres , & pour Sous-
Bibliothécaire l'Abbé Ameithon . Ainfi cette Bibliotheque
, qui eſt placée à l'Hôtel de Lamoignon,
rue Pavée au Marais , a été ouverte au
Public pour la première fois le 13 de ce mois
après midi , & elle continuera de l'être tous les
Mercredis & Samedis de l'année juſqu'aux Vacances.
La fuite des Nouvelles Politiques au Mercure
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Résumé : De PARIS, le 18 Avril 1763.
En avril 1763, l'Académie Françoise a élu l'Abbé de Radonvilliers pour succéder à Marivaux. Le 26 avril, l'Abbé a prononcé son discours de réception lors d'une assemblée publique, auquel le Cardinal de Luynes a répondu. Le 22 avril, une procession solennelle a commémoré la réduction de Paris sous l'obéissance de Henri IV, en présence du Corps de Ville. Le 1er mars 1763, une ordonnance royale a réorganisé les troupes légères. Le roi a décidé de maintenir quatre légions de troupes légères, en plus des régiments des Volontaires de Clermont et de Soubise, et de supprimer le régiment des Volontaires Étrangers de Wurmser et la compagnie des Chauffeurs de Poncet. Les légions sont nommées Légion Royale, Légion de Flandre, Légion du Hainaut et Légion de Conflans. Chaque légion est composée de dix-sept compagnies, incluant des grenadiers, fusiliers et dragons. Les régiments des Volontaires de Clermont et de Soubise comptent neuf compagnies chacun. L'ordonnance régit également les soldes de paix et de guerre pour les différents grades des compagnies de grenadiers, fusiliers et dragons, ainsi que pour l'état-major. Les officiers réformés recevront des appointements annuels en fonction de leur grade. L'ordonnance précise aussi l'uniforme des troupes. Par ailleurs, le sieur Moriau, ancien Procureur du Roi et de la Ville, a légué sa bibliothèque à la Ville de Paris à condition qu'elle soit publique. La bibliothèque, placée à l'Hôtel de Lamoignon, a été ouverte au public le 13 avril et le sera tous les mercredis et samedis jusqu'aux vacances. Le sieur de Bonamy et l'Abbé Ameithon ont été nommés bibliothécaire et sous-bibliothécaire respectivement.
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56
p. 5-15
LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
Début :
LES exemples dignes d'être imités, Monsieur, ne peuvent être ni trop tôt [...]
Mots clefs :
Manière, Élèves, Spectateurs, Guerriers, Assemblée, Exercice, Théâtre
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. DE LA DIXMERIE à M. DE LA PLACE, à l'occasion de la Fête du ROI, célébrée le jour de S. LOUIS par les Éléves de M. l'Abbé CHOCQUART, rue & Brarière S. Dominique.
LETTRE de M. DE LA DIXMERIB
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
à M. DE LA PLACE , à l'occafion
de la Fête du ROI , célébrée le jour
de S. LOUIS par les Élèves de M.
l'Abbé CHOCQUART , rue & Brarière
S. Dominique.
LES
ES exemples dignes d'être imités ,
Monfieur , ne peuvent être ni trop tôt ,
A iij II.Vol.
6 MERCURE DE FRANCE.
ni trop généralement répandus. Vous
daignâtes faire mention dans un de
vos Mercures de l'année dernière d'une
Fête donnée en l'honneur du Roi le
jour de S. Louis par une Société de
jeunes Gentilshommes confiés aux foins
de M. l'Abbé Chocquart . Ces Meffieurs
viennent de renouveller d'une manière
très -éclatante cette louable preuve de
leur zéle. Peu de fêtes ont réuni plus amplement
les fuffrages des Spectateurs, &
ont eu des Spectateurs mieux choifis .
Celle dont il eft ici queftion commença
vers les quatre heures de l'aprèsmidi
par la repréfentation des Originaux
de M. Fagan , Piéce à laquelle M. l'Abbé
Chocquart avoit fait plufieurs additions
très-agréables . Elle fut fuivie du
Mahomet de M. de Voltaire. Il eft inutile
de prévenir que les rôles de femmes
avoient été retranchés de l'une &
de l'autre Piéce. A cela près elles parurent
généralement fatisfaire l'Affemblée.
D'ailleurs elles ne fervoient que de prélude
à la fête ; elles formoient en même
temps une forte d'exercice pour les
Eléves qui en repréfenterent les différens
rôles , & qui s'en acquitterent avec
une intelligence bien rare dans ces fortes
d'occafions. Il n'y eut pas jufqu'au ·
OCTOBRE 1763. 7
Coſtume qui n'y fût obfervé avec autant
de précifion que de magnificence.
Le Théâtre placé au fond d'une cour
très-étendue & bien couverte , étoit lui .
même très- vafte & noblement décoré. A
peine la feconde Piéce venoit de finir ,que
toute cetre jeune Nobleffe parut en armes
fur la Scène . Chaque Eléve étoit
en habit uniforme très -élégant, & ceint
d'une écharpe blanche . Un d'entre ces
Meffieurs s'étant avancé au bord du
Théâtre , prononça , au nom de tous ,
un difcours en vers françois à la louange
de Sa Majesté. Il me parut être généralement
applaudi . C'est tout ce que
j'en dirai , & c'en eft peut- être déja
trop : car enfin , fi comme le dit la Fontaine
, il n'eft pas permis de louer fes
amis , il doit l'être encore moins de fe
louer foi-même. Je joins ce difcours à
cette lettre , & j'efpére , Monfieur
qu'en faveur du fujet de l'un & du motifde
l'autre , vous leur donnerez entrée
dans votre prochain Mercure. Je pourfuis.
Une falve d'environ cent boëtes, entrêmêlées
de petards , fuccéda au difcours,
qui fut lui- même fuivi de l'Exercice
Militaire fait par vingt- quatre de
fans autre commande- ces Meffieurs
A iv
8 MERCURE DE FRANČE.
ment que le coup de tambour
. On admira
univerfellement
la grace & la précifion
qu'ils mirent
dans tous leurs mouvemens
. Vers la fin de cet Exercice
une
Symphonie
guerrière
fe fit entendre
. Elle
annonçoit
l'ouverture
d'un Ballet Militaire
qui fut exécuté
par une partie des
premiers
Sujets de l'Opéra
. Voici quel
étoit le fond de ce divertiffement
.
,
Mars paroît tout-à-coup fur la Scène
accompagné d'une troupe de Guerriers
anciens & modernes , parmi lesquels
on diftingue Hercule & Théfée du
Guefclin & Bayard. Le Dieu de la
Guerre vient prendre part à la fête que
de jeunes Eléves , dévoués á fuivre fes
étendarts , célébrent en l'honneur d'un
Roi qui leur eft cher , & que lui-même
a rendu victorieux dans tous les combats
où ce Monarque a préfidé en Perfonne.
A l'arrivée de Mars & de fa fuite
, la jeune troupe s'ouvrit fur deux lignes,
& continua encore quelques mouvemens
d'exercice très - heureufement
combinés . Ils furent fuivis d'une marche
de Guerriers fuivie elle - même
d'un pas de Cinq danfé par Mars &
les quatre héros déja nommés . Après
quoi un des Suivans de Mars chanta
une Ariette en rondeau & relative à
>
OCTOBRE. 1763 . 9
l'objet de la Fête. En voici le troifiéme
couplet.
Louis du feu de fes regards
Doit enflammer un jour votre audace guerrière.
Cent tonnèrres grondans fur d'orgueilleux rem -1
parts
Voudroient fufpendre en vain fa brillante carrière
,
Lorfque Louis paroît , il commande aux haſards.
le
La Mufique de cette Ariette eft dans
genre le plus mâle , & toutefois d'un
chant très-agréable. Hercule & Thésée
danferent enfuite un pas de Lutteurs
qui fervoit en même temps à donner
aux jeunes Eléves une idée de l'ancienne
manière de combattre ; ce Pas fit un
plaifir infini tant par l'exécution que
par la variété des attitudes . Elles étoient
ménagées de manière que l'on remarquoit
dans Hercule plus de force & dans
Théfée plus de foupleffe. L'inftant où
le premier terraffa le fecond offroit
un tableau digne d'être faifi par le
crayon du plus grand Peintre. Mars ,
après avoir féparé les Combattans
danfa lui -même une loure du genre .
le plus noble. Il arracha enfuite de deux
faifceaux d'armes que portoient deux
>
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Guerriers , quatre drapeaux qu'il diſtri→
bua à Hercule , Théfée , du Guefelin &
Bayard , pour en faire don aux quatre
anciens des Eléves . Ceux- ci après avoir
falué Mars , exécuterent un Pas combiné
de manière que les Spectateurs purent
lire ce qui étoit écrit fur les dra-,
peaux . Il y avoit en tout quatre mots
qui feuls préfentent l'idée d'un parfait
Militaire : force , prudence , courage ,
activité. De là ces quatre Eléves allerent
en chercher douze beaucoup plus.
jeunes & les mirent fous les drapeaux
de Mars ; ce qu'ils effectuerent dans un
pas très-figuré & du deffein le plus ingénieux
. Ce Morceau fut fuivi d'une
entrée martiale que danfa du Guefclin.
Une grande Chaconne dont la Mufique
& la Danfe étoient abfolument neuves,
termina le Ballet , & renfermoit ellemême
différentes parties ; d'abord un
Pas de Quatre exécuté par Hercule
Théfée , du Guefclin & Bayard. Ce
Pas fut d'une beauté qui enleva tous les
fuffrages ; mais ce qui acheva d'étonner
les Spectateurs , fut de voir dans un moment
grave de la Chaconne , Mars &
les quatre Héros exécuter un début qui
ne s'eft encore vu nulle part , & que
chacun a dû regretter de ne voir qu'une
OCTOBRE. 1763. II
fois. Mars enfuite danfa feul , après
quoi , fur un bruit de guerre qui terminoit
la Chaconne , on vit les fix-
Guerriers , les quatre Héros & tous les
Eléves fe réunir à Mars & mettre fin
à ce divertiffement de la manière la
plus brillante ; mais les applaudiffemens
des Spectateurs duroient encore longtemps
après.
Ce Ballet eft de la compofition de
M. Gardel Père , dont les talens ont
brillé dans prèfque toutes les Cours
de l'Europe . M. Gardel Fils danfa Mars
avec cette dignité, cette précifion , cette
vigueur impérieuſe qu'éxigeoit ce grand
caractère , & qui fembla épuifer les
applaudiffemens de l'affemblée . Ce jeune
Danfeur , qui atteint le fublime de fon
art dans un âge où de très -grands Sujets
ne donnoient encore que des efpérances
, joint à des talens fi diftingués
ceux du vrai Muficien. La Mufique
de la Chaconne eft de lui ; &
mérite les plus grandes éloges. C'eſt lui
également qui a compofé toute la danfe
de cette Chaconne , ainfi que le
Pas de Quatre & celui des Lutteurs . Ce
dernier Pas fut éxécuté par MM . Ro
gier & Groffet dont les talens font gé
néralement connus , M, Campioni dan-
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
fa avec beaucoup d'applaudiffemens
une entrée de Guerrier. Il repréfentoit
du Guefclin. M. Trupti qui repréfentoit
Bayard feconda parfaitement fes
Confrères dans tous les morceaux où
il parut avec eux . Les fix autres Guerriers
de la fuite de Mars , remplirent
auffi très-bien leur partie. Ils étoient repréſentés
par MM . Lani le jeune , Lieffe,
Armerie, Doffion, Defnoyers, & Linard.
Pardonnez , Monfieur , tout ce détail
. Il est bien naturel de rendre juftice
à des hommes de talent qui ont
contribué avec autant de zéle que de
fuccès à embellir cette Fête . J'avoue
qu'elle avoit pour objet un Monarque.
auquel la plupart d'entre eux font attachés
à double titre ; mais c'est une
raifon de plus pour que leur empreffement
ne foit point ignoré. Au furplus
l'Orchestre répondoit parfaitement
au mérite des Danfeurs. C'étoit l'Orcheftre
de l'Opéra même. L'Ariette
fut chantée par M. Vaudémont , ordidinaire
de cette Académie . La Mufique
de cette Ariette eft de M. Prudent
Profeffeur de compofition.
Je ne dois pas oublier , Monfieur
un article qui fir beaucoup de plaifir à
ceux des Spectateurs qui en furent les
témoins. Le Théâtre mafquoit la vue
OCTOBRE. 1763. 13
du Jardin qui eft très - vafte & termi
né par un Boulaingrin des plus agréables
& de même étendue . On avoit
cependant ménagé une entrée latérale
dans ce Jardin . Un grand nombre d'af
fiftans y pénétrerent après le Spectacle
& y en trouverent un d'une autre efpéce.
C'étoit une illumination des plus
brillantes qui accompagnoit tout le deffein
du parterre & décoroit de Girandoles
& de Guirlandes de feu toute
la façade du bois. Ce bois lui -même
étoit artiſtement illuminé d'un bout
jufqu'à l'autre ; ce qui formoit un de
ces tableaux dont Rembrant auroit fçû
profiter.
Ce n'eft pas tout ; la façade de la
maifon , qui fut autrefois l'Hôtel de Ségur
, offroit outre plufieurs cordons de
de lumières , un Portique de feu confidérable
& très - ingénieufement deffiné.
En un mot rien ne fut épargné
de ce qui pouvoit rendre cette Fête
intéreffante , & autant qu'il etoit poffible
, digne de fon objet. L'affemblée
compofée de plus de mille perfonnes
choifies , dont plus d'un tiers étoient
de la premiere diftin& ion , l'affemblée ,
dis-je , marqua fa fatisfaction de la
manière la plus éclatante , la plus una14
MERCURE DE FRANCE.
nime ; une chofe bien digne de remarque
, c'eft l'extrême tranquillité qui
régna parmi les affiftans durant le
long cours de ces différens Spectacles,
Rien n'en troubla l'ordre , ni n'interrompit
l'attention des Auditeurs . Il
fembla en un mot que chacun voulût
contribuer pour fa part au plaifir de
cette Journée & participer au zéle qui
animoit les Auteurs même de la Fête.
› Il faut l'avouer Monfieur , il eft
bien furprenant que chez une Nation
qui adore fes Rois , l'ufage de célébrer
la Fête du Monarque puiffe être envifagé
comme une nouveauté parmi un
Corps de Citoyens , fur-tout parmi des
Éléves. C'en eft une en effet qu'on peut
attribuer à M. l'Abbé Chocquart ; mais il
eft beau d'innover ainfi. Il n'eft pas
moins beau à l'Inftituteur qui préfide à
leur éducation , de nourrir en eux l'efprit
qui fe manifefte par des preuves
de cette nature . Ces preuves en améneront
avec l'âge de plus effentielles à
la Patrie . Ce font de jeunes arbres qui
ne donnent encore que des fleurs : les
fruits auront leur tour . Je parle de toutes
ces chofes en fpectateur défintéreſſé ;
je n'y fuis abfolument pour rien , excepté
pour avoir une feconde fois fervi
OCTOBRE. 1763. IS
d'interpréte au zéle de ces Meffieurs,
Je voudrois avoir fait des vers auffi excellens
que la matière m'étoit précieufe ;
tels qu'ils font , je les avoue. Il ne m'en
coutera jamais rien pour garder l'Ano :
nyme en fait de contes , de dialogues ,
ou de telles autres bagatelles. C'eft tout
autre chofe , lorfqu'il s'agira d'un Roi
que j'ai éffaié de louer dès mon enfance.
J'avoue que c'eft au nom d'autrui que
j'ai répandu ce nouvel encens ; mais il
me fera toujours flateur de tenir un bout
de l'encenfoir.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fermer
57
p. 188-190
DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
Début :
Le Roi a nommé l'Évêque de Comminges à l'Évêché de Châlons-sur-Marne, l'Abbé d'Osmond, [...]
Mots clefs :
Évêque, Nominations, Comte, Abbaye, Diocèse, Messe, Baptême, Prince, Ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, Audience du roi, Duc, Démission, Plaisirs, Fêtes, Opéra, Décorations, Assemblée, Famille royale
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
DE FONTAINEBLEAU , le 16 Novembre 1763 .
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .
•
Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
LE a
E Roi a nommé l'Evêque de Comminges à
l'Evêché de Châlons-fur- Marne , l'Abbé d'Ofmond,
Comte de Lyon , Vicaire Général du Diocèle
d'Auxerre , à l'Evêché de Comminges ; l'Abbé
de la Chataigneraye , Comte de Lyon , Aumônier
du Roi , à l'Evêché de Saintes , & l'Abbé de
Narbonne - Lara , Vicaire Général du Diocèfe
d'Agen , à l'Evêché de Gap . Sa Majesté a donné
en même temps l'Abbaye de Montier , à l'Evêque
de Châlons ; l'Abbaye de Saint Gildas des Bois ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Nantes , à
l'Abbé de Valory , Prévôt de l'Eglife Collégiale
de Saint Pierre à Lille ; l'Abbaye de l'Ile -Chauvet,
Ordre de Saint Benoît , Diocèle de Luçon
à l'Abbé de Menou , Vicaire Général du Diocèle
de la Rochelle ; l'Abbaye de Neauffe le Vieux ,
Ordre de Saint Benoît , Diocèſe de Chartres , à
l'Abbé de Radonvilliers , Sous - Précepteur des Enfans
de France ; l'Abbaye de Saint Jean en Val
lée , Ordre de Saint Auguftin , Diocèfe de Char
JANVIER. 1764. 189
tres , à l'Abbé Dromgheld ; l'Abbaye de Mont-de-
Sion , Ordre de Citeaux , Diocèle de Marſeille ,
à la Dame de Gafparis , Religieufe au Monaſtere
des Bernardines d'Aubagne , même Diocèle ; l'Abbaye
de Saint Bernard lès-Bayonne , Ordre de
Citeaux , Diocèle d'Acqs , à la Dame de Membrede
, Religieufe de la même Abbaye ; l'Abbaye de
la Bourdilliere , Diocèle de Tours , à la Dame de
la Roche - Menou , Religieufe de la même Abbaye.
Le 30 du mois dernier , le Roi , après avoir entendu
la Meffe , tint avec Madame Victoire , fur
les fonts de Baptême , Louis-Victoire- Hippolyte-
Luce de Montmorin de Saint- Herem , fils du
Marquis de Montmorin , Lieutenant Général des
Armées du Roi , & Gouverneur de Fontainebleau.
Le Baptême fut adminiftré par l'Archevêque de
Rheims , Grand Aumônier de France , en préfence
du fieur Magniere , Curé de la Paroiffe , & du
Pere Poinfignon , Docteur de Sorbonne , & Miniftre
des Religieux du Château . Sa Majefté , précédée
des Huiffiers de fa Chambre portant leurs
Mafles , fut conduite à cette cérémonie par le
Marquis de Dreux , Grand- Maître des Cérémonies.
2
Le 6 de ce mois , le Prince Mitrix de Gallitzin ,
Miniftre Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruf
fie , eut une audience particuliere du Roi , à qui il
remit fes Lettres de créance. Le 8 , le Général de
Fontenay , Envoyé Extraordinaire de l'Electeur
de Saxe eut auffi une audience particuliere
de Sa Majefté , & lui remit fa Lettre de
créance . Ces deux Miniftres furent conduits à ces
Audiences , ainfi qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur
le Dauphin ,de Madame & de Meldames,
par le fieur de la Live , Introducteur des Ambal
Ladeurs.j
go MERCURE DE FRANCE.
Le Duc de Villeroy , Capitaine de la premiere
Compagnie des Gardes du Roi , ayant donné la
démillion du Gouvernement de Lyon , Sa Majefté
en a difpofé en faveur du Marquis de Villeroy ;
& la place de Lieutenant Général de la Province ,
dont ce dernier étoit pourvu , a été donnée au
Duc de Villeroy .
•
Depuis que le Roi eft arrivé ici , les plaiſirs &
les fêtes fe font fuccédées fans interruption , & ont
rendu la Cour auffi brillante que nombreuſe.
Parmi les différens Spectacles qui ont été donnés ,
on a exécuté avec le plus grand fuccès les Opéra
de Dardanus , de Scanderberg , & de Caftor & Pollux.
La richeffe des décorations & des habits ,
jointe au mérite de l'exécution , a donné à ces repréfentations
tout l'éclat & l'intérêt dont elles
font fufceptibles, & Sa Majeſté en a paru fatisfaite.
Le 29 Octobre & le 6 de ce mois , il y a eu Bal
dans la Salle du Spectacle , qui avoit été ornée
pour cet effet avec autant de goût que de magnificence.
Le Duc de Chartres & le Prince de Condé
, avec plufieurs Seigneurs de la Cour, y ont
formé différens Quadrilles ingénieufement imaginés
, & très bien exécutés . Le Roi , la Reine ,
les Princes & Princelles du Sang , ont honoré de
leurs préfences ces Affemblées auxquelles avoient
été invités les Amballadeurs & les Miniftres Etrangers.
Les Fêtes ont été ordonnées par le Duc de
Duras , premier Gentilhomme de la Chambre du
Roi en exercice , & dirigées par le fieur de la Ferté ,
Intendant des Menus - Plaiſirs de Sa Majeſté.
Le 14 de ce mois , le Roi eft parti d'ici pour
Choify , d'où Sa Majefté s'eft rendue le 16 à
Verſailles. La Reine & Mefdames font authi parties
le 14 pour le rendre à Versailles.
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Résumé : DE FONTAINEBLEAU, le 16 Novembre 1763.
Le 16 novembre 1763, à Fontainebleau, le Roi a procédé à plusieurs nominations ecclésiastiques. L'Évêque de Comminges a été nommé à l'Évêché de Châlons-sur-Marne, l'Abbé d'Ofmond à l'Évêché de Comminges, l'Abbé de la Chataigneraye à l'Évêché de Saintes, et l'Abbé de Narbonne-Lara à l'Évêché de Gap. Par ailleurs, le Roi a attribué diverses abbayes à plusieurs abbés et religieuses. Le 30 octobre 1763, le Roi a organisé une cérémonie de baptême pour Louis-Victoire-Hippolyte-Luce de Montmorin de Saint-Herem, fils du Marquis de Montmorin. Cette cérémonie a été dirigée par l'Archevêque de Reims et s'est déroulée en présence de nombreux dignitaires. Le 6 janvier 1764, le Prince Mikhaïl de Gallitzin, ministre plénipotentiaire de l'Impératrice de Russie, et le Général de Fontenay, envoyé extraordinaire de l'Électeur de Saxe, ont eu des audiences privées avec le Roi. Le Duc de Villeroy a reçu le Gouvernement de Lyon et la place de Lieutenant Général de la Province. Depuis l'arrivée du Roi à Fontainebleau, diverses fêtes et spectacles ont été organisés, incluant des représentations d'opéras et des bals. Le Roi, la Reine, et les Princes du Sang ont assisté à ces événements. Le 14 janvier 1764, le Roi a quitté Fontainebleau pour se rendre à Choisy, puis à Versailles, accompagné de la Reine et de Mesdames.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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58
p. 200-205
De PARIS, le 23 Janvier 1764.
Début :
Le 29 du mois dernier, les Princes & les Pairs sont venus pour prendre leurs [...]
Mots clefs :
Princes, Pairs, Assemblée, Parlement, Duc d'Orléans, Arrêt, Cour, Remontrances, Commissaires, Missions, Canada, Procès, Observatoire, Mouvement des astres, Comète, Loterie de l'école royale militaire, Tirage, Numéros
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 23 Janvier 1764.
De PARIS , le 23 Janvier 1764 .
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
Le 29 du mois dernier , les Princes & les Pairs
font venus pour prendre leurs places à l'Aſſemblée
des Chambres du Parlement. Le Duc d'Orléans
a propoſé de mettre en délibération ce qu'il conviendroit
de faire , relativement aux droits & prérogatives
de la Pairie , ſur la validité du Décret
AVRIL. 1764 . 201
de priſe de corps décerné par le Parlement de
Toulouſe contre le Duc de Fitz James.
On a rendu un Arrêt portant que les Princes
& les Pairs ſeroient convoqués pour le lendemain
à huit heures du matin , & que le Premier Préſident
ſe retireroit pardevers le Roi pour lui rendre
compte de cet Arrêt & ſçavoir de Sa Majesté
ſi ſa volonté étoit de venir en ſon Parlement & fi
le jour lui convenoit.
Le lendemain 30 , le Premier Préſident ayant
rendu compte de ſa miſſion & ayant dit que le
Roi ne viendroit point en ſon Parlement , la délibération
a été repriſe au ſujet de la propoſition
faite par le Duc d'Orléans, & il a été rendu l'Arrêt
quifuit.
>>> LOUIS , par la grace de Dieu , Roi de
>> France & de Navarre : au premier Huiſſier de
>>> notre Cour de Parlement , ou autre notre Huif-
>> ſier ou Sergent ſur ce requis : ſçavoir faiſons;
>> que vû par notredite Cour , toutes les Cham-
>> bres aſſemblées, le récit fait par le Duc d'Or
>> léans le 29 Décembre de la préſente année
>> 1763 , les Extraits des Regiſtres des Délibéra-
>> tions du Parlement de Toulouſe des 13 , 15 &
>> 16 Septembre audit an , le Procès-Verbal fait
>>> audit Parlement de Toulouſe le 14 Décembre
>>> audit an , le Décret contre le Duc de Firz- Ja-
>> mes , Pair de France , décerné audit Parlement
>> de Toulouſe par Arrêt du 17 Décembre audit
>> an , le Procès-Verbal fait par Antoine Gailhard
>> & Bernard Garlene , Huiſſiers au Parlement de
>>T>oulouſe , du 19 deſdits mois & an leſdites
>> Pieces communiquées à notre Procureur Géné
>>> ral en exécution de l'Arrêt de notredite Cour
>> dudit jour 29 Décembre : autre Arrêt de no-
>> credite Cour dudit jour 29 Décembre qui or-
:
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
>> donne que les Princes & Pairs ſeront convoqués
>> pour le lendemain 30 dudit mois de Décem-
>>bre, huit heures du matin , & que le Premier
→→ Préſident nous ſera député , à l'effet de nous
>> inſtruire de ladite convocation & de ſçavoir s'il
>> eſt de notre volonté de venir à notre Parlement,
>>>& fi le jour nous convient:Concluſions de notre
>> Procureur Général : oui le rapport de MM.
>> Joſeph-Marie Terray & Leonard de Sahuguet,
>> Conſeillers : tout conſidéré.
» NOTREDITE COUR , toutes les Chambres
> aſſemblées , ſuffiſamment garnies de Pairs , en
>> vertu de la convocation ordonnée par l'Arrêt
>> du jour d'hier , toujours exiſtante , & eſſentiel-
•• lement & uniquement notre Cour des Pairs , a
dit& déclaré que , par l'Arrêt du Parlement de
>> Toulouſe du 17 Décembre de la préſente an-
» née 1763 , il a été incompétemment décrété con-
>> tre le Duc de Fitz - James , Pair de France , &
>> en cette qualité juſticiable de notre Cour des
>> Pairs ſeulement ; en conféquence déclare ledit
>> Décret , & tout ce qui s'en eſt enſuivi ou pourroit
s'en ſuivre , nul : fait défenſes à tous Huiffiers
ou Porteurs dudit Décret ou de toutes au-
> tres contraintes,d'en faire ſuite ſous telles peines
>> qu'il appartiendra . SI MANDONS mettre le pré-
>> ſent Arrêt à exécution ſuivant la forme&teneur ,
>> de ce faire te donnons pouvoir. Donné en notredite
Cour de Parlement , toutes les Cham-
>>bres aſſemblées , le trente Décembre , l'an de
>> grace mil ſept cent ſoixante- trois , & de notre
Régne le quarante-neuvième. Collationné ,
REGNAULT.
30 Signé , MAUPASSANT.
Le 31 , il a été arrêté qu'il ſeroit fait au Roi de
AVRIL . 1764 . 203
r
très-humbles & très-reſpectueuſes remontrances
fur les faits contenus dans les Procès-Verbaux que
le Parlement de Toulouſe a envoyés au Greffier
du Parlement de Paris , & qui avoient été dépoſés
au Greffe du Parlement ; & que pour fixer les objets
de ces remontrances , il feroit nommé des
Commiſſaires , leſquels ſe ſont aſſemblés le 4 de
cemois.
Les Commiſſaires ayant fini leur travail en ont
rendu compte le 16 aux Chambres aſſemblées. Les
objets ont été fixés & les Gens du Roi ont été chargés
de demander à Sa Majefté le lieu , le jour &
T'heure où il lui plairoit de recevoir leſdites remontrances
.
Le 18 , les Gens du Roi , rendant compte de
leur miſſion aux Chambres aſſemblées , ont dit
que Sa Majeſté recevroit les remontrances de ſon
Parlement , & que ſon intention étoit qu'elles lui
fuſſent préſentées Jeudi à fix heures du ſoir à Verfailles
par le Premier Préſident & deux Préſidens
du Parlement ; en conféquence , leſdites remontrances
ont été lues & fignées.
Le Procès qui s'inſtruiſoit depuis long-temps con
tre les Particuliers accuſés de malverſations dans
le Canada , a été jugé le 10 Décembre dernier : le
jugement eſt imprimé & paroît actuellement dans
lePublic. Il paroît auſſi un Arrêt duConſeil d'Etat
du Roi, daté du 31 du mois dernier , par lequel
Sa Majeſté évoque à ſon Conſeil toutes les conteſtations
, nées ou à naître , relatives à ce jugement
définitif & les renvoye pardevant les
Commiſſaires nommés par les Arrêts du Conſeil
du 15 Octobre 1758 , & du 29 Novembre 1761 ,
pour la liquidation des dettes de la Marine & des
Colonies , contractées en Canada.
,
La Princeſſe de Guémenée accoucha , le 18 de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
ce mois , d'un fils qui portera le nom de Duc
de Monbazon .
Leſieur Meſſier , Aſtronome , attaché au dépôt
des Plans de la Marine , a découvert de l'Obfervatoire
de la Marine à l'Hôtel de Clugny , le 3
de ce mois ſur les huit heures da ſoir , une nouvelle
Comete : c'eſt la ſeptiéme que cet Aſtronome
découvre depuis fix ans. Le Ciel étoit très ferein ;
elle paroiſſoit alors près de l'Etoile Theta , de la
conſtellation du Dragon . A 9. heures 24 minutes
33 ſecondes du ſoir , elle avoit d'aſcenſion droite
236 degrés 29 minutes 16 ſecondes , & 58 degrés
52 minutes 58 ſecondes de déclinaiſons boréale :
le lendemain à fix heures 48 minutes ss ſecondes
du matin , ſon aſcenſion droite étoit de 241 degrés
56 minutes une ſeconde , & ſa déclinaiſon de s
degrés 2 minutes 54 ſecondes. On voit par ces
obſervations que cette Cométe a parcourus degrés
26 minutes 45 ſecondes d'aſcenſion droite
dans l'eſpacede 9 heures 24 minutes 22 ſecondes ,
&qu'elle s'eſt avancée vers le Pole de 29 minutes
56 ſecondes. Cette Cométe eſt conſidérable ; on
l'apperçoit à la vue ſimple , & elle égale en grandeur
les Etoiles de la troiſiéme claſſe ; le noyau
eſt environné d'une nébuloſité de 13 à 14 minutes
dediametre, & elle a une queue de deux degrés &
demi de longueur: elle ne ſe couche point & reſte
viſible toute la nuit on peut l'obſerver le ſoir au
Méridien ſous le Pole. Son mouvement eſt direct,
allant ſuivant l'ordre des ſignes .
Le fieur Montaigne , de la Société Royale d'Agriculture
de la Ville de Limoges , y a apperçu
cette Cométe le même jour que le ſieur Meſſier l'a
découverte à Paris. Le ſieur Montaigne l'a obſervée
le 4 , les & le 6 ſuivant ; il a trouvé que ſa lumiere
avoit un peu augmenté depuis la premiere
obſervation , & qu'elle devoit avoir un mouve
AVRIL. 1764. 205
ment d'environ huit degrés en vingt-quatre heures
ſur un arc de grand cercle. Le 7 , il a encore
obſervé la même Cométe às heures 45 minutes
du ſoir. Suivant cette derniere obſervation , la
Cométe avoit 285 degrés d'aſcenſion droite & 54
degrés 30 minutes de déclinaiſon boréale ; doù il
réíulte , d'après les obſervations antérieures , que
dans l'intervalle de 3 jours 1 sheures,elle a avancé de
4.5 degrés en aſcenſion droite , & que ſa déclinaiſon
boréale n'a diminué que de4 degrés.
Les , on a tiré la Loterie de l'Ecole Royale
Militaire. Les numéros ſortis de la roue de fortune,
font 84 87,82,86 , 23. Le prochain tirage
ſe fera le 6 Février.
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Résumé : De PARIS, le 23 Janvier 1764.
Le 23 janvier 1764, le Parlement de Paris a délibéré sur les droits et prérogatives de la Pairie concernant un décret du Parlement de Toulouse. Le 29 décembre 1763, les Princes et Pairs avaient été convoqués pour discuter de la validité d'un décret de prise de corps contre le Duc de Fitz James. Le Premier Président avait été envoyé au Roi pour connaître sa volonté de se rendre au Parlement, mais le Roi avait refusé. La délibération a repris le lendemain, aboutissant à un arrêt. L'arrêt du Parlement de Paris a déclaré que le décret du Parlement de Toulouse était incompétent, car le Duc de Fitz James, en tant que Pair de France, était justiciable uniquement de la Cour des Pairs. Tout ce qui avait été fait ou pourrait être fait en vertu de ce décret a été déclaré nul. Des remontrances ont été préparées pour le Roi concernant les faits contenus dans les procès-verbaux du Parlement de Toulouse. Par ailleurs, un procès concernant des malversations au Canada a été jugé le 10 décembre 1763, et un arrêt du Conseil d'État du Roi a évoqué toutes les contestations relatives à ce jugement. La Princesse de Guémenée a accouché d'un fils le 18 janvier. L'astronome Messier a découvert une nouvelle comète le 3 janvier, observée également par le sieur Montaigne à Limoges. Enfin, la loterie de l'École Royale Militaire a été tirée, avec les numéros 84, 87, 82, 86 et 23.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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59
p. 198-205
De PARIS, le 2 Avril 1764.
Début :
Sa Majesté, par des Lettres-Patentes, datées du 2 Septembre 1763, & enregistrées [...]
Mots clefs :
Lettres patentes, Sa Majesté, Règlements, Ordonnance, Recrues, Colonels, Lieutenants, Négociants, Navires, Commerce, Princes, Chambre des pairs, Assemblée, Arrêts, Registres, Parlement, Cour, Jésuites, Serment, Officiers, Remontrances, Procession
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 2 Avril 1764.
De PARIs, le 2 Avril 1764.
Sa Majeſté, par des Lettres-Patentes, datées du
2 Septembre 1763 , & enregiſtrées au Parlement
le 12 Décembre ſuivant, voulant contribuer à la
perfection de l'Ecole Royale de Chirurgie qu'Elle
a établie à Orléans, par Lettres-Patentes du 23
juin 1759 , fixe des Réglemens relatifs aux obli
gations de ceux qui prétendront à la Maîtriſe, &
aux droits & prérogatives attachés aux Places de
Profeſſeurs,
Par une Ordonnance du premier Septembre
dernier, Sa Majeſté crée & établit dans le Régi
ment des Recrues de la Ville de Paris, un Colonel,
un Lieutenant-Colonel & un Major, leſquels joui
ront de tous les droits & prérogatives dont jouiſ
ſent les autres Colonels, Lieutenans-Colonels &
Majors de ſon Infanterie Françoiſe. Sa Majeſté fixe
en même temps les appointemens du Colonel à
36oo liv. par an, ceux du Lieutenant-Colonel à
24oo liv. & ceux du Major à 18oo liv,
M A I. 1764. Iq
Les Négocians & Armateurs de Grandville,
ayant repréſenté au Roi que leur Port eſt aſſez
ſpacieux, pour y contenir beaucoup de Navires,
& qu'il eſt ſitué dans un pays où l'on peut ſe pro
curer aiſément tout ce qui eſt propre à l'avitaille
ment des Navires, & qui peut ſervir à étendre la
Navigation, par la facilité § l'on a de faire ve
' nir de Paris & de plufieurs autres Villes toutes ſor
tes ſortes de Marchandiſes; Sa Majeſté, par un
Arrêt de ſon Conſeil d'Etat, du 29 Décembre der
nier, leur permet de faire directement par le Port
de ladite Ville le Commerce des Iſles & Colonies
Françoiſes de l'Amérique, & ordonne en conſé
quence qu'ils jouiſſent du privilége de l'entrepôt &
des autres priviléges & exemptions portés par les
Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717 , ainſi qu'en
jouiſſent les Négocians des Ports admis à Com
11162fC6º,
La Société Royale de Londres a reçu, le 26
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres le
ſieur Camus, de l'Académie Royale des Sciences,
Examinateur des Ecoles du Corps Royal de l'Artit
lerie & du Génie, Profeſſeur & Secrétaire de l'Aca
démie Royale d'Architecture, & Honoraire de
celle de Marine. -
-
Les Princes & Pairs ayant reçu avis que les
Chambres ſeroient aſſemblées le Mercredi 22
pour fixer les objets des Remontrances arrêtées
le 23 Janvier à l'occaſion de l'exil de l'Archevêque
de Paris , ſe ſont rendus au Parlement ledit jour
22 & dans cette ſéance les objets ont été fixés, &
l'aſſemblée a été remiſe au Mercredi 29 du mois•
on a auſſi dénoncé à l'aſſemblée des Chambres
différens faits & pluſieurs Ecrits ſur le Réquiſitoire
I iv
2OO MERCURE DE FRANCE.
des Gens du Roi, les Ecrits ont été condamnés à
être lacérés & brûlés par l'Exécuteur de la Haute
Juſtice; & il a été rendu Arrêt dont l'Extrait vient
dêtre imprimé dans la forme ſuivante.
ExTRAIT DEs REGIsTREs DU PARLEMENT.
- Du 22 Février 1763.
» APPERT, entr'autres diſpoſitions, avoir été
» ordonné par Arrêt rendu ledit jour par la
-» Cour , toutes les Chambres aſſemblées, que
» dans huitaine, à compter du jour de la pu
» blication dudit Arrêt , même par l'extrait ,
» tous ceux qui étoient Membres de la Société
» ſe diſant de Jeſus, au 6 Août 1761 , étant
, » actuellement dans le reſſort de la Cour, prête
» ront ſerment , de ne point vivre déſormais en
» commun, ou ſéparément, ſous l'empire de l'Inſ
» titut & des Conſtitutions de la ci-devant So
» ciété ſe diſant de Jeſus, de n'entretenir aucune
» correſpondance directe ou indirecte , par lettres ,
, º ou par perſonnes interpoſées, ou autrement, en
• • quelques forme & maniere que ce puiſſe être ,
. » avec le Général, le Régime & les Supérieurs
, » de ladite ci-devant Société, ou autres perſon
* nes pas eux propoſées, ni avec aucuns Mem
* bres d'icelle réſidans en Pays étrangers, & de
:** tenir pour impie la Doctrine contenue dans le
* Recueil des Aſſertions, tendante à compromettre
, » la ſüreté de la Perſonne ſacrée des Rois ; leſ
» quels ſermens, à l'égard de tous ceux deſdits ci
» devant ſoi diſans Jéſuites, qui ſont actuelle
» ment dans la Ville, Prévôté & Vicomté de
. » Paris, ſeront reçus pardevant Me Joſeph-Marie
, ºº Terray, Conſeiller-Rapporteur , que la Cour
, » a commis à cet effet : & qu'à l'égard de tous les
2º autres ci devant ſoi-diſans Jéſuites demeurans
M A I. 1764. 2.OI
a» actuellement hors de la Ville , Prévôté &
» Vicomté de Paris & dans le reſſort de la Cour,
» leſdits ſermens ſeront reçus dans les Bailliages
» & Sénéchauſſées du reſſort, dans le diſtrict deſ
» quels ils ſe trouveront lors de la ſuſdite publica
» tion dudit Arrêt, par le Lieutenant-Général ou
» autre Officier , ſuivant l'ordre du Tableau ; deſ
2» quels ſermens ſera donné acte, qui ſera ſouſcrit
» par celui qui aura fait ledit ſerment, & dépoſé
» au Greffe de la Cour ou aux Greffes des Baillia -
» ges & Sénéchauſſées du Reſſort, dont expédition
» en forme ſera envoyée au Procureur-Général
» du Roi, pour être pareillement par lui dépoſée
» au Greffe de la Cour, pour, ſur le compte quî
» ſera par lui rendu, être par la Cour, toutes les
» Chambres aſſemblées, ftatué ce qu'il appartien
» dra , le tout ſans préjudice du ſerment preſcrit
» par l'Arrêt du 6 Août 1726 , à l'égard de ceux
» qui voudroient remplir des grades dans les
» Univerſités du Reſſort, poſſéder Canonicats ou
» Bénéfices à charge d'âmes, Vicariats, emplois
» ou fonctions ayant même charge, Chaires ou
» Enſeignement public, Offices de Judicature ou
» Municipaux, & généralement remplir aucunes
» fonctions publiques, comme auſſi ſans préjudice
» de l'exécution de l'Arrêt du 7 Septembre ſuivant
• rendu en conſéquence. Ordonne que ledit Arrêt
» ſera imprimé, lû, publié & affiché par-tout oû
» beſoin ſera , que l'Affiche d'icelui, même par
» Extrait , vaudra ſignification & injonction à
» chacun de ceux qui audit jour 6 Août 1761 ,
» étoient Membres de ladite ci-devant Société ,
» & qu'Extraits collationnés d'icelui ſerontenvoyés
» aux Bailliages & Sénéchauſſées du Reſſort, en
» ſemble aux Conſeil Provincial d'Artois, Baillia
» ges, Gouvernances & Officiers Municipaux de
L,v.
2 o2 MERCURE DE FRANCE.
» l'Artois, pour y être pareillement lû, publié &
» regiſtré. Enjoint aux Subſtituts du Procureur
» Général du Roi d'y tenir la main, & d'en certi
» fier la Cour. Collationné. REGNAULT.
» Signé, DUFRANC. »
Le 29, les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement ; il y a été fait lecture des Remontran
ces rédigées d'après les Articles qui avoient été
précédemment agrées ; les Gens du Roi ont été
chargés de ſe retirer pardevers Sa Majeſté pour
ſçavoir le lieu, le jour & l'heure où il lui plaira de .
recevoir ces Remontrances & de rendre compte le
Samedi 3 Mars, de l'éxécution de cette Miſſion.
Ils ont été chargés auſſi de prendre communica
tion du Procez-Verbal de la vérification des Aſſer
tions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, & de prendre leurs Conclu
fions ſur cet objet le 3 Mars. Enfin ils ont été char
gé ſde prendre communication d'un Imprimé in
titulé : Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de
Langres au Clergé Séculier & Régulier de ſon
Diocèſe, lequel a été dépoſé au Greffe, enſemble
du récit fait à ce ſujet par un de MM. & de prendre
des Concluſions ſur le tout le même jour 3 Mars.
Le 3 Mars, les Princes & les Pairs ſe ſont
rendus au Parlement, Les Gens du Roi, rendant
compte de la Miſſion dont ils avoient été chargés,
le 29 du mois dernier, ont dit que le Roi recevroit
à Verſailles, Dimanche 4 du même mois à midi ,
les Remontrances de ſon Parlement, & que ſon
* intention étoit qu'elles lui fuſſent préſentées par le
Premier Préſident & deux Préſidens. Le Prince de
Condé ayant propoſé de mettre en délibération ce
qu'il convenoit de faire au ſujet de ce qui ſe trouve
dans les Remontrances du Parlement de Bretagne
M A I. 1764. 2o3
concernant la Cour des Pairs, il a été arrêté qu'il
ſeroit nommé des Commiſſaires qui s'aſſemble
roient Jeudi 8 , à l'effet d'examiner ces Remon
trances & de recueillir les principes & les faits ſur
cette matiére, pour rendre compte du tout au
Parlement. Enſuite les Gens du Roi ont rendu
compte du Procès-Verbal de la vérification des Aſ
ſertions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, ainſi que de l'Imprimé intitulé;
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres au Clergé Séculier & Régulier de ſon Diocèſe,
& ils ont laiſſé concernant ces deux objets leurs
concluſions par écrit, ſur leſquelles il a été rendu
deux Arrêts. Par le premier, il eſt ordonné que
pour remplir de plus en plus les vues que le Par
lement s'étoit propoſées par ſon Arrêt du 5 Mars
1762 , des copies collationnées du Procès-Verbal
dépoſé au Greffe par Arrêt du 29 Février dernier ,
feroient envoyées ſans délai par le Procureur-Gé
néral du Roi à tous les Archevêques & Evêques du
Reſſort & à tous les Bailliages & Sénéchauſſées ;il
a été arrêté de plus que le premier Préſident, en
préſentant au Roi les très-humbles & très-reſpec
tueuſes Remontrances de ſon Parlement arrêtées
le 23 Février dernier, remettra à Sa Majefté co
pie collationnée du Procès-Verbal de vérification,
& on a ordonné que, pour que le Procès-Verbal
foit plus promptement & plus facilement envoyé
aux Archevêques & Evêques & aux Bailliages &
Sénéchauſſées du Reſſort, il ſera imprimé & que le
préſent Arrêt ſera imprimé en tête du Procès-Ver
bal. Il a été fait enſuite un Arrêté portant qu'un
exemplaire imprimé du Procès-Verbal de la véri
fication des Extraits das Aſſertions, collationné
par un Secrétaire du Parlement, ſera envoyé aux
Parlemens & Conſeils Supérieurs auxquels ont été
I vj
2o4 MERCURE DE FRANCE.
adreſſés des exemplaires des Aſſertions. Dans le
cours des opinions, un des Membres du Parle
ment s'étant réſervé de faire mettre en délibéra
tion ce qu'il convenoit de faire au ſujet du nom
bre d'Evêques qui ſe trouvoient à Paris, il a été
arrêté qué le Procureur Général du Roi ſeroit
chargé de veiller à l'exécution des Ordonnances &
Arrêts en ce quiconcerne la réſidence des Archevê
, ques & Evêques dans leur Diocèſe , & qu'il ren
droit compte dans la quinzaine aux Chambres aſ
ſemblées des diligences qu'il aura faites. Il a été
rendu enfin au ſujet de l'Imprimé ayant pour titre :
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres, & c. un ſecond Arrêt qui ordonne que cet
Imprimé ſera lacéré & brûlé par l'Exécuteur de
la Haute-Juſtice, & que l'Arrêt ſera imprimé &
affiché tant à Paris qu'a Langres & par-tout où
, beſoin ſera.
Le 9 les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement. Le Premier Préſident ayant rendu
compte de la réponſe faite par le Roi aux Remon
, trances de ſon Parlement , on a arrêté qu'il ſeroit
fait Procès-Verbal du récit fait par le Premier Pré
ſident; &, quant au fond de l'affaire de l'Archevê
que de Paris, il a été arrêté que la délibération
, ſeroit continuée au premier jour avec les Princes
& les Pairs, en vertu de la convocation du 2 1 Jan
vier dernier, & ſans qu'il en ſoit beſoin d'autre.
Les Gens du Roi ayant enſuite rendu compte des
Inform ations faites au ſujet de la diſtribution de
Il'nſtruction Paſtorale de l'Archevêque de Paris,
& des différens Actes de ſerment faits en exécution
de l'Arrêt du 21 Février, & ayant pris des conclu
· ſions ſur le tout, le Parlement a rendu un Arrêt
par lequel il eſt enjoint aux ci-devant ſoi-diſant
Jéſuites, qui n'ont pas prêté ſerment dans le terme
M A I. 1764. , 2o5
preſcrit par l'Arrêt du 22 Février, de ſe retirer du
Royaume dans un mois , à compter du jour de la
publication du préſent Arrêt, tant dans cette Ville
| que dans les Bailliages & Sénéchauſſées du Reſ
ſort, ſauf a ceux qui par leur grand âge ou pour
cauſe d'infirmité ne pourroient ſatisfaire au pré
· ſent Arrêt, à préſenter leurs requêtes en la Cour,
tontes les Chambres aſſemblées, dans le ſuſdit dé
lai, pour être ſur leſdites requêtes & ſur les con
, cluſions du Procureur-Général du Roi ſtatué ce
qu'il appartiendra. Les Gens du Roi étant rentrés
en l'aſſemblée des Chambres, ont rendu compte
d'un Ecrit intitulé Adhéſion de Monſeigneur l'Evê
que d'Amiens a l'Inſtruction Paſtorale de Mon
ſeigneur l'Archevêque de Paris, & ont pris leurs
concluſions tendantes a ce que cet Ecrit fût lacéré
& brûlé : ſur quoi eſt intervenu Arrêt conforme
aux concluſions. -
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſo
lemnelle qu'on a coutume de faire tous les ans
en mémoire de la ré*uction de cette Capitale
ſous l'obédience de HENRY IV. Le Corps de
Ville aſſiſta , ſelon l'uſage, a cette Cérémonie,
La Société Royale de Londres reçut, le 13
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres,
le ſieur Ferdinand Berthoud, habile Horloger
de cette Capitale. Cet Artiſte fut choiſi l'année
dernière par l'Académie Royale des Sciences &
, envoyé a Londres par Sa Majeſté, pour aſſiſter,
- conjointement avec M le Camus, à l'examen
de l'Horloge de M. Harriſſon. Il eſt Auteur du
Livre de l'Art de régier les Pendules & les Mon
tres, de l'Eſſai ſur l'Horlogerie , & de pluſieurs
- ouvrages relatifs à ſon Art, qu'il a préſentés à
. l'Académie, entr'autres de trois différentes hor
: loges de Marine pour la découverte des longi2
tudes en mer,
Sa Majeſté, par des Lettres-Patentes, datées du
2 Septembre 1763 , & enregiſtrées au Parlement
le 12 Décembre ſuivant, voulant contribuer à la
perfection de l'Ecole Royale de Chirurgie qu'Elle
a établie à Orléans, par Lettres-Patentes du 23
juin 1759 , fixe des Réglemens relatifs aux obli
gations de ceux qui prétendront à la Maîtriſe, &
aux droits & prérogatives attachés aux Places de
Profeſſeurs,
Par une Ordonnance du premier Septembre
dernier, Sa Majeſté crée & établit dans le Régi
ment des Recrues de la Ville de Paris, un Colonel,
un Lieutenant-Colonel & un Major, leſquels joui
ront de tous les droits & prérogatives dont jouiſ
ſent les autres Colonels, Lieutenans-Colonels &
Majors de ſon Infanterie Françoiſe. Sa Majeſté fixe
en même temps les appointemens du Colonel à
36oo liv. par an, ceux du Lieutenant-Colonel à
24oo liv. & ceux du Major à 18oo liv,
M A I. 1764. Iq
Les Négocians & Armateurs de Grandville,
ayant repréſenté au Roi que leur Port eſt aſſez
ſpacieux, pour y contenir beaucoup de Navires,
& qu'il eſt ſitué dans un pays où l'on peut ſe pro
curer aiſément tout ce qui eſt propre à l'avitaille
ment des Navires, & qui peut ſervir à étendre la
Navigation, par la facilité § l'on a de faire ve
' nir de Paris & de plufieurs autres Villes toutes ſor
tes ſortes de Marchandiſes; Sa Majeſté, par un
Arrêt de ſon Conſeil d'Etat, du 29 Décembre der
nier, leur permet de faire directement par le Port
de ladite Ville le Commerce des Iſles & Colonies
Françoiſes de l'Amérique, & ordonne en conſé
quence qu'ils jouiſſent du privilége de l'entrepôt &
des autres priviléges & exemptions portés par les
Lettres-Patentes du mois d'Avril 1717 , ainſi qu'en
jouiſſent les Négocians des Ports admis à Com
11162fC6º,
La Société Royale de Londres a reçu, le 26
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres le
ſieur Camus, de l'Académie Royale des Sciences,
Examinateur des Ecoles du Corps Royal de l'Artit
lerie & du Génie, Profeſſeur & Secrétaire de l'Aca
démie Royale d'Architecture, & Honoraire de
celle de Marine. -
-
Les Princes & Pairs ayant reçu avis que les
Chambres ſeroient aſſemblées le Mercredi 22
pour fixer les objets des Remontrances arrêtées
le 23 Janvier à l'occaſion de l'exil de l'Archevêque
de Paris , ſe ſont rendus au Parlement ledit jour
22 & dans cette ſéance les objets ont été fixés, &
l'aſſemblée a été remiſe au Mercredi 29 du mois•
on a auſſi dénoncé à l'aſſemblée des Chambres
différens faits & pluſieurs Ecrits ſur le Réquiſitoire
I iv
2OO MERCURE DE FRANCE.
des Gens du Roi, les Ecrits ont été condamnés à
être lacérés & brûlés par l'Exécuteur de la Haute
Juſtice; & il a été rendu Arrêt dont l'Extrait vient
dêtre imprimé dans la forme ſuivante.
ExTRAIT DEs REGIsTREs DU PARLEMENT.
- Du 22 Février 1763.
» APPERT, entr'autres diſpoſitions, avoir été
» ordonné par Arrêt rendu ledit jour par la
-» Cour , toutes les Chambres aſſemblées, que
» dans huitaine, à compter du jour de la pu
» blication dudit Arrêt , même par l'extrait ,
» tous ceux qui étoient Membres de la Société
» ſe diſant de Jeſus, au 6 Août 1761 , étant
, » actuellement dans le reſſort de la Cour, prête
» ront ſerment , de ne point vivre déſormais en
» commun, ou ſéparément, ſous l'empire de l'Inſ
» titut & des Conſtitutions de la ci-devant So
» ciété ſe diſant de Jeſus, de n'entretenir aucune
» correſpondance directe ou indirecte , par lettres ,
, º ou par perſonnes interpoſées, ou autrement, en
• • quelques forme & maniere que ce puiſſe être ,
. » avec le Général, le Régime & les Supérieurs
, » de ladite ci-devant Société, ou autres perſon
* nes pas eux propoſées, ni avec aucuns Mem
* bres d'icelle réſidans en Pays étrangers, & de
:** tenir pour impie la Doctrine contenue dans le
* Recueil des Aſſertions, tendante à compromettre
, » la ſüreté de la Perſonne ſacrée des Rois ; leſ
» quels ſermens, à l'égard de tous ceux deſdits ci
» devant ſoi diſans Jéſuites, qui ſont actuelle
» ment dans la Ville, Prévôté & Vicomté de
. » Paris, ſeront reçus pardevant Me Joſeph-Marie
, ºº Terray, Conſeiller-Rapporteur , que la Cour
, » a commis à cet effet : & qu'à l'égard de tous les
2º autres ci devant ſoi-diſans Jéſuites demeurans
M A I. 1764. 2.OI
a» actuellement hors de la Ville , Prévôté &
» Vicomté de Paris & dans le reſſort de la Cour,
» leſdits ſermens ſeront reçus dans les Bailliages
» & Sénéchauſſées du reſſort, dans le diſtrict deſ
» quels ils ſe trouveront lors de la ſuſdite publica
» tion dudit Arrêt, par le Lieutenant-Général ou
» autre Officier , ſuivant l'ordre du Tableau ; deſ
2» quels ſermens ſera donné acte, qui ſera ſouſcrit
» par celui qui aura fait ledit ſerment, & dépoſé
» au Greffe de la Cour ou aux Greffes des Baillia -
» ges & Sénéchauſſées du Reſſort, dont expédition
» en forme ſera envoyée au Procureur-Général
» du Roi, pour être pareillement par lui dépoſée
» au Greffe de la Cour, pour, ſur le compte quî
» ſera par lui rendu, être par la Cour, toutes les
» Chambres aſſemblées, ftatué ce qu'il appartien
» dra , le tout ſans préjudice du ſerment preſcrit
» par l'Arrêt du 6 Août 1726 , à l'égard de ceux
» qui voudroient remplir des grades dans les
» Univerſités du Reſſort, poſſéder Canonicats ou
» Bénéfices à charge d'âmes, Vicariats, emplois
» ou fonctions ayant même charge, Chaires ou
» Enſeignement public, Offices de Judicature ou
» Municipaux, & généralement remplir aucunes
» fonctions publiques, comme auſſi ſans préjudice
» de l'exécution de l'Arrêt du 7 Septembre ſuivant
• rendu en conſéquence. Ordonne que ledit Arrêt
» ſera imprimé, lû, publié & affiché par-tout oû
» beſoin ſera , que l'Affiche d'icelui, même par
» Extrait , vaudra ſignification & injonction à
» chacun de ceux qui audit jour 6 Août 1761 ,
» étoient Membres de ladite ci-devant Société ,
» & qu'Extraits collationnés d'icelui ſerontenvoyés
» aux Bailliages & Sénéchauſſées du Reſſort, en
» ſemble aux Conſeil Provincial d'Artois, Baillia
» ges, Gouvernances & Officiers Municipaux de
L,v.
2 o2 MERCURE DE FRANCE.
» l'Artois, pour y être pareillement lû, publié &
» regiſtré. Enjoint aux Subſtituts du Procureur
» Général du Roi d'y tenir la main, & d'en certi
» fier la Cour. Collationné. REGNAULT.
» Signé, DUFRANC. »
Le 29, les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement ; il y a été fait lecture des Remontran
ces rédigées d'après les Articles qui avoient été
précédemment agrées ; les Gens du Roi ont été
chargés de ſe retirer pardevers Sa Majeſté pour
ſçavoir le lieu, le jour & l'heure où il lui plaira de .
recevoir ces Remontrances & de rendre compte le
Samedi 3 Mars, de l'éxécution de cette Miſſion.
Ils ont été chargés auſſi de prendre communica
tion du Procez-Verbal de la vérification des Aſſer
tions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, & de prendre leurs Conclu
fions ſur cet objet le 3 Mars. Enfin ils ont été char
gé ſde prendre communication d'un Imprimé in
titulé : Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de
Langres au Clergé Séculier & Régulier de ſon
Diocèſe, lequel a été dépoſé au Greffe, enſemble
du récit fait à ce ſujet par un de MM. & de prendre
des Concluſions ſur le tout le même jour 3 Mars.
Le 3 Mars, les Princes & les Pairs ſe ſont
rendus au Parlement, Les Gens du Roi, rendant
compte de la Miſſion dont ils avoient été chargés,
le 29 du mois dernier, ont dit que le Roi recevroit
à Verſailles, Dimanche 4 du même mois à midi ,
les Remontrances de ſon Parlement, & que ſon
* intention étoit qu'elles lui fuſſent préſentées par le
Premier Préſident & deux Préſidens. Le Prince de
Condé ayant propoſé de mettre en délibération ce
qu'il convenoit de faire au ſujet de ce qui ſe trouve
dans les Remontrances du Parlement de Bretagne
M A I. 1764. 2o3
concernant la Cour des Pairs, il a été arrêté qu'il
ſeroit nommé des Commiſſaires qui s'aſſemble
roient Jeudi 8 , à l'effet d'examiner ces Remon
trances & de recueillir les principes & les faits ſur
cette matiére, pour rendre compte du tout au
Parlement. Enſuite les Gens du Roi ont rendu
compte du Procès-Verbal de la vérification des Aſ
ſertions citées dans l'Inſtruction Paſtorale de l'Ar
chevêque de Paris, ainſi que de l'Imprimé intitulé;
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres au Clergé Séculier & Régulier de ſon Diocèſe,
& ils ont laiſſé concernant ces deux objets leurs
concluſions par écrit, ſur leſquelles il a été rendu
deux Arrêts. Par le premier, il eſt ordonné que
pour remplir de plus en plus les vues que le Par
lement s'étoit propoſées par ſon Arrêt du 5 Mars
1762 , des copies collationnées du Procès-Verbal
dépoſé au Greffe par Arrêt du 29 Février dernier ,
feroient envoyées ſans délai par le Procureur-Gé
néral du Roi à tous les Archevêques & Evêques du
Reſſort & à tous les Bailliages & Sénéchauſſées ;il
a été arrêté de plus que le premier Préſident, en
préſentant au Roi les très-humbles & très-reſpec
tueuſes Remontrances de ſon Parlement arrêtées
le 23 Février dernier, remettra à Sa Majefté co
pie collationnée du Procès-Verbal de vérification,
& on a ordonné que, pour que le Procès-Verbal
foit plus promptement & plus facilement envoyé
aux Archevêques & Evêques & aux Bailliages &
Sénéchauſſées du Reſſort, il ſera imprimé & que le
préſent Arrêt ſera imprimé en tête du Procès-Ver
bal. Il a été fait enſuite un Arrêté portant qu'un
exemplaire imprimé du Procès-Verbal de la véri
fication des Extraits das Aſſertions, collationné
par un Secrétaire du Parlement, ſera envoyé aux
Parlemens & Conſeils Supérieurs auxquels ont été
I vj
2o4 MERCURE DE FRANCE.
adreſſés des exemplaires des Aſſertions. Dans le
cours des opinions, un des Membres du Parle
ment s'étant réſervé de faire mettre en délibéra
tion ce qu'il convenoit de faire au ſujet du nom
bre d'Evêques qui ſe trouvoient à Paris, il a été
arrêté qué le Procureur Général du Roi ſeroit
chargé de veiller à l'exécution des Ordonnances &
Arrêts en ce quiconcerne la réſidence des Archevê
, ques & Evêques dans leur Diocèſe , & qu'il ren
droit compte dans la quinzaine aux Chambres aſ
ſemblées des diligences qu'il aura faites. Il a été
rendu enfin au ſujet de l'Imprimé ayant pour titre :
Lettre Paſtorale de Monſeigneur l'Evêque de Lan
gres, & c. un ſecond Arrêt qui ordonne que cet
Imprimé ſera lacéré & brûlé par l'Exécuteur de
la Haute-Juſtice, & que l'Arrêt ſera imprimé &
affiché tant à Paris qu'a Langres & par-tout où
, beſoin ſera.
Le 9 les Princes & les Pairs ſe ſont rendus au
Parlement. Le Premier Préſident ayant rendu
compte de la réponſe faite par le Roi aux Remon
, trances de ſon Parlement , on a arrêté qu'il ſeroit
fait Procès-Verbal du récit fait par le Premier Pré
ſident; &, quant au fond de l'affaire de l'Archevê
que de Paris, il a été arrêté que la délibération
, ſeroit continuée au premier jour avec les Princes
& les Pairs, en vertu de la convocation du 2 1 Jan
vier dernier, & ſans qu'il en ſoit beſoin d'autre.
Les Gens du Roi ayant enſuite rendu compte des
Inform ations faites au ſujet de la diſtribution de
Il'nſtruction Paſtorale de l'Archevêque de Paris,
& des différens Actes de ſerment faits en exécution
de l'Arrêt du 21 Février, & ayant pris des conclu
· ſions ſur le tout, le Parlement a rendu un Arrêt
par lequel il eſt enjoint aux ci-devant ſoi-diſant
Jéſuites, qui n'ont pas prêté ſerment dans le terme
M A I. 1764. , 2o5
preſcrit par l'Arrêt du 22 Février, de ſe retirer du
Royaume dans un mois , à compter du jour de la
publication du préſent Arrêt, tant dans cette Ville
| que dans les Bailliages & Sénéchauſſées du Reſ
ſort, ſauf a ceux qui par leur grand âge ou pour
cauſe d'infirmité ne pourroient ſatisfaire au pré
· ſent Arrêt, à préſenter leurs requêtes en la Cour,
tontes les Chambres aſſemblées, dans le ſuſdit dé
lai, pour être ſur leſdites requêtes & ſur les con
, cluſions du Procureur-Général du Roi ſtatué ce
qu'il appartiendra. Les Gens du Roi étant rentrés
en l'aſſemblée des Chambres, ont rendu compte
d'un Ecrit intitulé Adhéſion de Monſeigneur l'Evê
que d'Amiens a l'Inſtruction Paſtorale de Mon
ſeigneur l'Archevêque de Paris, & ont pris leurs
concluſions tendantes a ce que cet Ecrit fût lacéré
& brûlé : ſur quoi eſt intervenu Arrêt conforme
aux concluſions. -
Le 22 du même mois , on fit la Proceſſion ſo
lemnelle qu'on a coutume de faire tous les ans
en mémoire de la ré*uction de cette Capitale
ſous l'obédience de HENRY IV. Le Corps de
Ville aſſiſta , ſelon l'uſage, a cette Cérémonie,
La Société Royale de Londres reçut, le 13
Janvier dernier, au nombre de ſes Membres,
le ſieur Ferdinand Berthoud, habile Horloger
de cette Capitale. Cet Artiſte fut choiſi l'année
dernière par l'Académie Royale des Sciences &
, envoyé a Londres par Sa Majeſté, pour aſſiſter,
- conjointement avec M le Camus, à l'examen
de l'Horloge de M. Harriſſon. Il eſt Auteur du
Livre de l'Art de régier les Pendules & les Mon
tres, de l'Eſſai ſur l'Horlogerie , & de pluſieurs
- ouvrages relatifs à ſon Art, qu'il a préſentés à
. l'Académie, entr'autres de trois différentes hor
: loges de Marine pour la découverte des longi2
tudes en mer,
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Résumé : De PARIS, le 2 Avril 1764.
Le document du 2 avril 1764 relate plusieurs décisions royales et événements parlementaires. Le roi Louis XV a établi des règlements pour l'École Royale de Chirurgie à Orléans et créé des postes de Colonel, Lieutenant-Colonel et Major dans le régiment des recrues de Paris, avec des salaires annuels respectifs de 3600, 2400 et 1800 livres. Les négociants de Grandville ont reçu l'autorisation de commercer directement avec les colonies françaises d'Amérique via leur port. La Société Royale de Londres a accueilli deux nouveaux membres : le sieur Camus et Ferdinand Berthoud, un horloger. Au Parlement, les Princes et Pairs ont discuté des remontrances concernant l'exil de l'Archevêque de Paris et ont pris des mesures contre les Jésuites. Ces derniers ont été contraints de prêter serment de ne plus vivre sous les constitutions de leur ordre et de ne pas correspondre avec leurs supérieurs. Les écrits jugés contraires à ces décisions ont été condamnés à être lacérés et brûlés. Le Parlement a également ordonné la distribution d'un procès-verbal de vérification des assertions contenues dans l'instruction pastorale de l'Archevêque de Paris et a pris des mesures contre les évêques ne résidant pas dans leur diocèse. Par ailleurs, le texte mentionne l'existence de l'Académie, qui comprend trois types distincts de loges de Marine. Ces loges sont spécifiquement dédiées à la découverte des longitudes en mer.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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60
p. 195-200
« Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Début :
Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Assemblée, Ouvrages, Régiments, Gardes françaises, Services, Honneur, Officiers, Soldats, Ordonnance, Compagnies, Bataillons, Capitaines, Soldes, Uniforme, Règlement, Commandant, Loterie de l'école royale militaire, Loterie de l'Hôtel-de-ville, Tirage, Numéros
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texteReconnaissance textuelle : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
L, 24 Février, l'Académie Royale de Peinture ,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
& de Sculpture tint une Aſſem blée & reçut au
nombre des Aggrégés le ſieur Prince, Peintre
de l'Impératrice de Ruſſie, connu par différens
Onvrages qui lui ont acquis de la r lutation
I ij -
196 MERCURE DE FRANCE.
|
dans cette Cour , ainſi que dans celle de
Vienne & de Warſovie. Il a préſenté a l'Aca
démie quatre Tableaux & plufieurs deſſeins qui
ont mérité les ſuffrages de tous les Membres.
Le ſieur Briſſon, dc l'Académie Royale des
Sciences , commencera , le 14 de ce mois, un
cours de phyſique expérimentale , dans la Salie
des Machines au Collége de Navarre, & le
continuera les Lundis, Mercredis & Vendredis
de chaque ſemaine.
Sa Majeſté voulant donner au Régiment des
Gardes Françoiſes des marques de la ſatisfac
tion qu'Elle a des ſervices diſtingués que ce
Corps a rendus dans tous les temps & dans tou
tes les circonſtances , & lui régler en même
temps un traitement qui réponde à l'honneur
qu'il a d'être affecté d'une manière particulière
à la garde de ſa Perſonne, a réſolu de lui fi
xer une conſtitution ſolide & invariable, & d'ac
corder, tant aux Officiers qu'aux Soldats une
· augmentation de traitement. En conſéquence,
Sà Majeſté a rendu une Ordonnance, en date
du 29 Janvier dernier, ſuivant laquelle ce Ré
· giment continuera d'être compoſé de trois com
pagnies de Grenadiers & de trente compagnies de
Fuſiliers, leſquelles formeront ſix bataillons,
compoſé chacun d'une demie-compagnie de Gre
nadiers & de cinq compagnies de Fuſiliers.Chaque
compagnie de Grenadiers ſera commandée en
tout temps par un Capitaine , deux Lieutenans,
deux Sous-Lieutenans, & deux Enſeignes à Pique ;
& compoſée de quatre Sergens, d'un Sergent
d'Armes, d'un Sergent-Fourrier, de huit Capo
raux, d'un Caporal Aide-Fourrier, d'un Caporal
Aide-Magaſinier , de huit Appointés, d'un Ap
pointé-Aide-Magaſinier , d'un Appointé-Chirur
gien, de quatre-vingt Grenadiers & de quatre
J U I N. 1764. 1q7
Tambours. Chaque compagnie de Fuſiliers ſera
commandée en tout temps par un Capitaine, un
Lieutenant, deux Sous-Lieutenans, un Enſeigne
à Picque & une Enſeigne à Drapeau, & compoſée
en temps de paix, de quatre Sergens, d'un Sér
gent-d'Armes, d'un Sergent-Fourier, de huit Ca
poraux, d'un Caporal-Porte-Drapeau , d'un Ca
poral-Magaſinier , d'un Caporal-aide-Fourrier ,
d'un Caporal-Canonnier, de huit Appointés, d'un
Appointé-Aide-Magaſinier, d'un Appointé-Chi
rurgien , de denx Appointés-Apprentifs Canon
niers, de ſoixante - ſeize Fuſiliers & de quatre
Tambours: l'Etat-Major ſera compoſé d'un Colo
nel, d'un Lieutenant-Colonel, d'un Major, de
ſept Aides-Major , de ſept Sous-Aides Major, de
deux Sergens d'Ordre, dun Tambour-Major, de
deux Sous-Tambours-Majors, de deux Commiſ
ſaires, d'un Maréchal-des-Logis, d'un Aumônier,
de deux Chirurgiens Majors, d'un Prevôt, d'un
Lieutenant de Prévôt, d'un Greffier, d'un Juge-Au
diteur des Bandes, d'un Médecin, d'un Aide-Mé
decin, d'un Apothicaire, de douze Archers, d'un
Exécuteur & de ſeize Muſiciens.La même Ordon
nance aſſigne les fonctions de chacun des Officiers
& Bas-Officiers, & porte divers Réglemens ſur le
choix des Sergens & autres. Le terme des engage
mens ſera fixé à huit ans. Les Soldats qui, après
avoir ſetvi ſeize ans, ſe retireront chez eux & non
ailleurs, y toucheront la moitié de leur ſolde,
indépendamment d'un habit de l'uniforme qui
leur ſera délivré tous les huit ans : ceux qui
auront ſervi vingt-quatre ans auront le choix, ou
d'être reçus à l'Hôtel des Invalides ou de ſe retirer
chez eux & non ailleurs, avec leur ſolde entiere &
il leur ſera délivré tous les ſix ans un habit de l'uniforme.
Les appointemens & ſolde ſeront payés à
I iij
r98 MERCURE DE FRANCE.
fp
l'avenir aux Officiers & Soldats de la maniere ſui
vante. CoMPAGNIE DE GRENADIERs. Capitaine,
12 , ooo , liv. par an en tout temps ; Lieutenant ,
4, ooo : Sous-Lieutenant, 2 , ooo ; Enſeigne, r ,
zoe ; Sergent d'Armes, 85o ; Sergent-Fourrier ,
75 o ; Sergent, 6oo ; Caporal , 2 16 , Appointé,
Aide-Magafinier & Chirurgien, 19 3 ; Tambour,
2 1 6 ; Grenadiers, 18o. CoMPAGNIEs DE FUs1
LIERs. Capitaine, 11 ooo liv. Lieutenant, 3 , ooo ;
premier Sous-Lieutenant, 1 , 5oo; ſecond Sous
Lieutenant, 1 , 2oe ; Enſeigne à Pique, 8oo ;
Fnſeigne à Drapeau, 66o ;Sergent d'Armes, 8oo,
Sergent Fourrier, 7oo; Sergent, 54o ; Caporal,
Porte-Drapeau, Magaſinier , Aide-Fourrier &
Canonnier, 198 ; Appointé, Aide-Magaſinier,
Chirurgien & Apprentif-Canonnier, 18o ; Tam
bour, 193; Fuſilier, 162. ETAT-MAJoR. Colonel,
7o, coe liv. Lieutenant-Colonel, indépendam
ment de ſes appointemens de Capitaine, 11,75o ;
Major, 18, ooo ; premier Aide-Major, 5 , eoo ;
Aide Major,4 , 5oo; Sous-Aide-Major, 2 , 5oo,
Capitaine-Appointé, 1, 5oo; Sergent d'Ordre, 1,
2 oc;Tambour-Major, 8oo Sous-Tambour Major,
36o. Aumônier, 1 , ooo; Chirurgien Major, 1, ooo
Commifſaire des Guerres ayant la Police, 1 o,
287 ; ſecond Commiſſaire, 6 , 35 o ; Maréchal
des-Logis, 3 , ooo , Prevôt, 3 , 639 , Lieutenant
de Prevôt, 8oo , Greffier, 45 ° ; Juge-Auditeur
des Bandes, 6oo ; Archer, zoo , Exécuteur, 1 5o ;
Médecin, 8oo, Aide-Médecin, 5co; Apothicaire,
6oo ; Muſicien , 1 , 5oo. Les Capitaines ſeront à
l'avenir déchargés du ſoin de faire des recrues :
l'Etat-Major en ſera chargé pour toutes les com
pagnies moyennant 12oliv. par homme,les hom
mes ne ſeront agréés qu'autant qu'ils auront
moins de vingt-cinq ans & cinq pieds quatre pou
ces de taille , & qu'ils produiront un certificat
J U I N. 1764. 199
de bonnes moeurs & de domicile : ils prêteront
ſerment entre les mains du Major à la tête du Ré
giment en bataille ſur les Drapeaux qui ſeront
réunis à cet effet: là ils jureront d'obéir aux or
dre de leurs Officiers & Bas-Officiers, de ne jamais
déſerter, de ne jamais quitter leurs Drapeaux ſous
quelque prétexte que ce ſoit, & étant particuliere
ment deſtinés à l'honneur de garder Sa Majeſté,
ils promettront de la fervir avec zéle & fidélité,
& de veiller à ſa conſervation au péril de leur vie
Le Colonel ſeul ſera chargé de donner les congés
abſolus. Au moyen du nouveau traitement, les
penſions d'ancienneté & les gratifications atta
chées aux charges ſeront ſupprimées. En temps
de guerre ſeulement, la ſomme de 4 , ooo liv.
continuera d'être payée au Commandant du
Régiment, lorſqu'il fera la campagne en qualité
de Commandant de la brigade , ainſi que la ſom
me de, 1 , 5oo liv. à chacun de quatre Capitaines
Appointés dans la colonne des Capitaines. Le Ré
giment ſera caſerné dans trois ou ſix corps de
caſernes. A commencer du 1 Avril prochain , jour
fixé pour la nouvelle compoſition, les Capitaines
ſeront déchargés du ſoin des logemens dans les
différens quartiers de Paris : le Colonel en de
meurera ſeul chargé, ainſi que de la Police & de
la diſcipline des caſernes & de l'habillement &
uniforme du Régiment. Le Roi donne au Colonel
ſeul le pouvoir d'accorder aux Soldats de leur
compagnie la permiſſion de travailler dans Paris,
de ſe marier & de s'abſenter par congé ou autre
ment : le Régiment continuera de jouir de tous
ſes anciens Priviléges & prérogatives.
Le trente - huitiéme tirage de la Loterie de
l'Hôtel de Ville s'eſt fait le 24 Mars, en la
manière accoutumée. Le lot de cinquante mille
I iv .
2oo MERCURE DE FRANCE.
livres eſt échu au numéro 13765, celui de vingr
mille livres au numéro 13 573 , & les deux de
dix mille livres aux numéres 1891 & 12 694.
Le 5 du même mois , on a tiré la Loterie
de l'Ecole Royale Militaire, les numéros ſortis
de la roue de fortune ſont 48 , 5 , 3o , 46, 36,
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Résumé : « Le 24 Février, l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture tint [...] »
Le 24 février, l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture a accueilli le sieur Prince, peintre de l'Impératrice de Russie, parmi les agrégés. Il a présenté quatre tableaux et plusieurs dessins, appréciés par les membres de l'Académie. Le sieur Brisson, de l'Académie Royale des Sciences, débutera un cours de physique expérimentale le 14 du mois suivant, les lundis, mercredis et vendredis au Collège de Navarre. Sa Majesté a exprimé sa satisfaction envers le Régiment des Gardes Françaises pour ses services distingués. Elle a décidé d'accorder une augmentation de traitement aux officiers et soldats, et a rendu une ordonnance le 29 janvier pour réorganiser le régiment. Ce dernier sera composé de trois compagnies de grenadiers et de trente compagnies de fusiliers, formant six bataillons. L'ordonnance précise la composition et les fonctions de chaque grade, ainsi que les conditions de service et les retraites. Les soldats ayant servi seize ans recevront la moitié de leur solde s'ils se retirent chez eux, tandis que ceux ayant servi vingt-quatre ans pourront choisir entre l'Hôtel des Invalides ou une retraite avec solde complète. Les traitements des officiers et soldats sont détaillés, et les capitaines seront déchargés du recrutement, remplacé par l'État-Major. Les nouvelles recrues devront avoir moins de vingt-cinq ans et une taille minimale de cinq pieds quatre pouces, avec un certificat de bonnes mœurs et de domicile. Le régiment continuera de jouir de ses anciens privilèges et prérogatives. Le 24 mars, le trente-huitième tirage de la Loterie de l'Hôtel de Ville a attribué un lot de cinquante mille livres au numéro 13765, un lot de vingt mille livres au numéro 13573, et deux lots de dix mille livres aux numéros 1891 et 12694. Le 5 mars, la Loterie de l'École Royale Militaire a également eu lieu.
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61
p. 193-194
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Début :
Le Roi vient de nommer quatre Commissaires à l'effet d'examiner [...]
Mots clefs :
Nomination, Commissaires, Ouvrage, Académie royale des belles-lettres, Membres, Censeur royal, Assemblée, Jugement, Public
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texteReconnaissance textuelle : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
Littéraires .
De Compiegne , le 17 Juillet 1764.
LE Rol vient de nommer quatre
Commiſſaires à l'effet d'examiner un
Ouvrage immenfe auquel travaille depuis
long-temps M. Barletti de Saint-
Paul * , & dont voici le titre.
Inſtitutions néceſſaires , ou Corps com
plet d'éducation pratique & relative
dans lequel on trouve la vraie méthode
d'étudier & d'enſeigner les différentes
Sciences convenables aux deux ſexes ,
à tous les âges & à tous les états.
Les Commiſſaires choiſis font MM.
Bonamy , Hiſtoriographe & Bibliothécaire
de la ville de Paris , Membre de
l'Académie Royale des Belles-Lettres ,
&c.
DeGuignes, de la même Académie ,
Profeſſeur Royal de la Société Royale de
*Ancien Secrétaire du Protectorat de France
en Cour de Rome , & Membre de pluſieurs Académies
.
I
194 MERCURE DE FRANCE.
Londres , Interprète à la Bibliothéque
du Roi pour les Langues Orientales ,
&c.
De Montcarville , Cenſeur Royal
pour les Mathématiques.
De Paffe , Cenfeur Royal pour l'Hiftoire
ancienne , Gouverneur de M. de
S. Farjeau .
V
La première Aſſemblée ſe tiendra
Lundi 30 de ce mois , chez M. de Montcarville.
On fera paffer également dans le Public
le Jugement qu'auront rendu MM.
les Commiffaires .
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Résumé : SUPPLÉMENT à l'Art. des Nouvelles Littéraires. De Compiegne, le 17 Juillet 1764.
Le 17 juillet 1764, à Compiègne, le Roi a nommé quatre commissaires pour examiner l'ouvrage de M. Barletti de Saint-Paul intitulé 'Institutions nécessaires, ou Corps complet d'éducation pratique & relative'. Cet ouvrage propose une méthode d'étude et d'enseignement des sciences adaptée aux deux sexes, à tous les âges et à tous les états. Les commissaires désignés sont M. Bonamy, historiographe et bibliothécaire de Paris, membre de l'Académie Royale des Belles-Lettres, M. DeGuignes, membre de cette académie et professeur royal, M. Londres, interprète à la Bibliothèque du Roi pour les langues orientales, M. De Montcarville, censeur royal pour les mathématiques, et M. De Passe, censeur royal pour l'histoire ancienne et gouverneur de M. de Saint-Farjeau. La première assemblée des commissaires est prévue pour le lundi 30 juillet chez M. De Montcarville. Le jugement des commissaires sera également rendu public.
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62
p. 107-114
De PARIS, le 30 Juillet.
Début :
L'attention générale est fixée sur les affaires maritimes, depuis le départ de l'escadre de [...]
Mots clefs :
Frégate, Escadre, Brest, Bord, Vaisseau, Vaisseaux, Assemblée, Armand de Kersaint, Augustus Keppel, Ordres, Officiers, Assemblée, Administration, Jean-Jacques Rousseau
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texteReconnaissance textuelle : De PARIS, le 30 Juillet.
De PARIS , le 30 Juillet.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
L'ATTENTION générale eft fixée fur les affaires
maritimes , depuis le départ de l'efcadre de
Breft ; en attendant qu'on reçoive des Louvelles de
La campagne , on lit avec curiofité & avec intérêt ,
toutes les lettres qui viennent de nos côtes. On écrit
de Guincamp en Bretagne , en date du 18 Juillet :
La frégate l'Iphigénie , commandée par M. de
Kerfaint , a pris une frégate Angloife , qui étoit la
frégate d'obfervation de la flotte de l'Amiral Keppel.
Le combat n'a pas été long ; on prétend que l'équi
page s'eft jetté à fond de cale. M. de Kerlaint a
pris à fon bord l'Etat- Major de l'Anglois ; le Capi
taine Y a monté de fort bonne grace. Il a été étonné ,
de la propofition que lui a faite M. de Kerfaint
de le mener à bord de M. d'Orvilliers , pour rece
voir fes ordres. Il a paffé au milieu de la flotte ; il
a été furpris de fa beauté , & du nombre de hos
vaiffeaux; ilen a pâli , & a penſé fe trouver mal. I
a avoué qu'il croyoit que l'on avoit exagéré dans
les Papiers Publics le nombre de nos vaiffeaux &
de nos équipages. M. de Kerfaint a conduit la fré,
gate Angloife a Breft. On a envoyé ici dix Officiers
qui ont la ville pour prifon ; MM. les Officiers du
régiment de Condé , dragons , ont été les voir , &
leur faire des offres de fervice . Ils leur donnèrent à
dîner avant-hier , ils ne mangèrent pas ; ils font très
triftes. Il n'y a qu'un garde de la marine qui parle
François. On dit que le Capitaine n'a pas jetté fes
paquets à la mer M. de Kerfaint s'en eft
faifi , & qu'on y a trouvé tous les fignaux de fon
efcadre. Si le fait eft vrai , comme on l'affure , cela
2
, que
E. 6.
( ' ro8 )
eft bien fuffifant pour le rendre trifte. A l'arrivée
de cette frégate à Breft , on a envoyé un courier à
la Cour. Ce courier a apporté l'ordre de faire partir
la frégate l'Oiseau , de 32 canons , commandée par
M. le Chevalier de Kergaris , qui partitier. Ses
ordres portent , de n'attaquer ni frégate , ni aucun
bâtiment , quand il auroit la certitude de le prendre ,
de ne point s'arrêter en route , & d'aller joindre
l'efcadre.
Le Prothée , vaiffeau de 64 canons , commandé
par M. le Chevalier d'Ampierre , qui étoit à Saint- Domingue
il y a plus d'un an , en revenant en France
a rencontré , dit-on , notre eſcadre. Il a propofé à
M. d'Orvilliers de l'accompagner , & de le joindre
à la flotte ; comme il lui manquoit 40 hommes ,
il les a demandés , en difant qu'en prenant un matelot
fur chaque vaiffeau , aucun ne s'en reffentiroit. Il
avoit auffi befoin de vivres , chaque vaiffeau lui en
a fourni auffi. Au moyen de cet arrangement, fon
vaiffeau fait le 33 ° de l'efcadre.
» Il vient d'arriver ici , écrit-on de Breft en date
du 17 , un vaiffeau de Rouen qui avoit été arrêté
par les Anglois & conduit à Plimouth. Il a été res
lâché , & fes expéditions lui ont été rendues , fcellées
par l'Amirauté , ce qui l'a empêché d'être pris par
d'autres vaiffeaux de guerre de cette nation , dont il
a encore fait la rencontre en fe rendant ici . Il eſt
chargé pour plufieurs particuliers de cette ville ; il
dit que Keppel a mis à la voile le 9 de ce mois . Nous
armons la prife appellée la Lively ; le Comman.
dant de la Marine en a reçu l'ordre «.
La même lettre en a apporté une écrite le 12 ,
par un Officier à bord d'un des vaiffeaux de l'ef
cadre , pár 47 dégrés 51 minutes de latitude , & 9 d.
& 17 min. de longitude , comptée de Paris . » Nous.
ne doutons pas que notre Commandant n'ait ordre
d'attaquer. Nous le defirons trop vivement pour ne
pas le croire , & nous jurons contre les vents de
nord- nord- eft , qui nous jettent dans le fud & dans
( 109 )
Poueft , pendant que nous avons que Keppel eft &
l'entrée de la Manche. L'Iphigénie a conduit à Breft
une frégate Angloife , qui s'eft rendue fans ripofter,
celle-ci a eu 10 hommes tués , & 20 bleffés. Nous
avons eu de fort belles mers , & du beau tems. Depuis
le départ de Breft , il n'eft arrivé aucun évènement.
La publication de l'Ordonnance des priſes ,
produit le meilleur effet. Nos équipages font pleins
d'ardeur , & nous voudrions bien être à portée d'en
profiter «.
Une autre lettre de Breft , en date du 20 de ce mois ,
contient les détails fuivans : » La frégate la Junon,
vient d'amener en ce port le cutter Anglois qui
pris notre lougre. C'est un petit bâtiment du Roi
d'Angleterre , d'une marche fupérieure , doublé de
cuivre , & qui étoit monté de 14 canons. Le Capitaine
eft encore tout étourdi d'avoir été pris ; il ne
peut concevoir comment il n'a pas pu éviter notre
frégate ; il a jetté fes canons à l'eau . Il prétend
que c'étoit pour s'alléger ; mais il en a été jetté après
qu'il a eu amené , & qu'il étoit lui- même à bord de
la frégate ; ce procédé n'eft pas honnête. Le 120de
ce mois , notre efcadre étoit à 43 lieues au fud-oueft
d'Queffant , & l'Amiral Keppel eft actuellement à la
hauteur de cette ifle «.
On doit tout attendre du foldat François ; parmi
le grand nombre de traits qui caractérilent fa bravoure
& fon efprit , en voici un qui mérite d'être
recueilli . Deux Officiers réformés , allèrent prier M.
le Duc de Chartres , peu de jours avant le départ de
l'efcadre , de leur permettre de fervir fur fon bord
ou fur la divifion en qualité de volontaires. Il ne
put leur accorder cette faveur , parce que tous les
équipages étoient complets , & il témoigna à ces
braves gens toute l'eftime qu'ils méritoient , & le
regret qu'il avoit de ne pouvoir les fatisfaire . Le
lendemain , ils allèrent trouver deux grenadiers qui
étoient embarqués avec leurs corps ; mes amis , leur
dirent-ils , il y a long- tems que vous fervez ; les
( ITO))
braves ont besoin de repos ; voici votre congé , nous
prendrons votre place : les grenadiers les refuserent.
On pourroit demander s'il y a plus d'héroïfme du
côté des Officiers ou des foldats ; nous nous contenterons
d'admirer la conduite des uns & des
autres.
Ces difpofitions font générales fur toute la fottes
on raconte que M. de la Mothe- Piquet , en recevant
M. le Duc de Chartres fur fon bord , lui dit •
» J'ai coutume de me battre comme un diable ; mais
à vos côtés , Monſeigneur , je me battrai comme
quatre c
Selon les lettres de Toulon , l'efcadre qu'on y a
armée eft en rade & prête à partir au premier ordres
on croit que fa deftination eft pour quelque licu
éloigné ; on en juge ainfi par les provifions qu'elle
a embarquées. M. le Prince de Monbazon , arrivé
de 9 dans ce port , a vifité tous les jours les différens
vaiffeaux de l'efcadre. M. de la Marthonie , Capi
taine de vaiffeau , & directeur de l'artillerie , a été
nommé directeur général de l'arfenal , pendant l'ab
fenfe du Chevalier de Fabry , qui s'eft démis le 12
du commandement de la marine , entre les mains
de M de Saint -Aignan. On arme la frégate l'Aurore,
qui étoit en radonb , & fon commandement a été
donné à M. de Bompar , Lieutenant de vailleau. Les
deux frégares , la Magicienne & la Précieuſe , doi
vent être lancées à l'eau dans le courant de ce
mois , & armées tout de fuite ; les trois vaiſſeaux
de ligne en conftruction , avancent plus qu'on ne
Paroit cru , & on efpère de les mettre en état d'être
armés à la fin de l'année
1
On connoît les Ordonnances rendues depuis quel
que tems fur le fait des carrières , les précautions que
Je Gouvernement a prifes, & les dépenfes confidé
rables qu'il ne ceffe de faire pour prévenir les acci¹
dens & pour y remédier. Il en eft arrivé quelquesuns
, qui ont juftifié fa prévoyance & fes foins , fans
lefquels ils feroient bien plus fréquens . On vient
( 111 )
d'en voir un nouveau , qui fait dans ce moment la
plus grande fenfation , par le nombre des per
fonnes qui ont eu le malheur de périr. Le 27 de ce
mois , à 11 heures du matin , une carrière peu éloignée
du chemin de Ménil Montant , vis - à- vis la
maifon dite du Bel- Air , s'eft écroulée tout- a-coup
Lept perfonnes qui fe promenoient fur le bord de
cette carrière , ont été englouties fous les terres qui
fe font éboulées dans un efpace affez confidérable ;
ces perfonnes font , dit on , MM. Favier , frères ,
l'un Architecte , l'autre Procureur , M. & Mme. le
Gris , Mme. Desprez , qui étoit enceinte de 7 mois ,
& fa petite fille de 9 ans avec la mere. 200 ouvriers
accourus auffi- tôt , u'ont ceflé depuis ce tems
de travailler pour débarraffer ce gouffre , & on leur
a diftribué des vivres & du vin , pour qu'ils ne
quittent pas un inftant l'ouvrage. Ils n'étoient pas
encore parvenus hier à déblayer les décombres , &
retrouver les infortunés qui y ont été ensevelis
On a fait defcendre des Ingénieurs dans les vaftes
carrières de ce canton , pour les examiner , s'affu ,
rer de leur état , & faire faire à celles qui en au
ront befoin , tous les travaux néceffaires
pour pré
venir de femblables accidens , & railurer le public.
La mort de J. J. Rouſſeau , attribuée généra
lement dans prefque tous les Papiers Publics à une
violente colique , a eu une autre caufe ; on lit dans
le procès-verbal de l'ouverture de fon corps , en
préſence de M. Louis Blondel , Lieutenant du Bail
liage & Vicomté d'Ermenonville , affifté du Procu
reur-Fifcal & d'un Huitlier , que les Chirurgiens qui
y ont procédé , après vifité faite du corps & l'a
voir vu & examiné dans fon entier , ont tous
deux rapporté d'une commune voix , que ledit fieur
Rouffeau eft mort d'une appoplexie féreufe , ce qu'ils
ont affirmé véritable. Le public , empreffé de jouir
des ouvrages qu'il peut avoir laifiés dans fon portefeuille
, craint qu'ils ne s'y retrouvent pas tous , fur
tout depuis qu'on dit qu'il a brûlé plufieurs papiers
( 112 )
quelque tems avant fa mort. Parmi les manuſcrits
qu'on fait qu'il avoit laiffés , on compte le JuifIbrahim,
ou les Benjamites , poëme ; la Législature
de Pologne , l'Opéra des Mufes , qui n'a jamais
été joué ; le Devin du Village , dont il avoit refait
la mufique ; plufieurs recueils de romances
avec la mufique , qu'on dit être charmante ; une
fuite à l'Emile en deux volumes , & les Mémoires
de fa Vie. Ce dernier ouvrage eft celui qui pique
le plus la curiofité. On nous affure qu'il commence
par le morceau fuivant , que nous nous empreffons de
tranfcrire, en regrettant qu'il n'ait pas plus d'étendue.
Je forme une entrepriſe qui n'eut jamais d'exemple
, & dont l'exécution n'aura point d'imitateurs
; je vais montrer à mes ſemblables , un homme
dans toute la vérité de la nature ; & cet homme
c'est moi.
» Moi feul , je fens mon coeur , & je connois les
hommes ; je ne fuis fait comme aucun de ceux que
j'ai vus ; j'ofe croire n'être fait comme aucun de
ceux qui exiftent ; je ne vaux pas mieux ou moins ,
je fuis autre. Si la Nature a bien ou mal fait de briſer
le moule dans lequel elle m'a jetré , c'eſt ce dont on
ne peut juger qu'après m'avoir lu . Que la trompette
du Jugement dernier fonne quand elle voudra , je
viendrai , ce livre à la main , me préſenter devant
le fouverain Juge. Je dirai hautement. Voilà ce que
j'ai fait , ce que j'ai pensé , ce que je fuis ; j'ai dit le
bien & le mal avec la même franchiſe ; je n'ai rien
tu , rien déguifé , rien pallié ; je me ſuis montré coupable
& vil quand je l'ai été; j'ai montré mon intérieur
, comme tu l'as vu toi- même , être éternel !
Raffemble autour de moi , l'innombrable foule de
mes femblables ; qu'ils écoutent mes confeffions ,
qu'ils rougiffent de mes indignités , qu'ils gémiffent
de mes miferes ; que chacun dévoile à fon tour fon
coeur aux pieds de ton trône , & qu'un feul te dife
enfuite , s'il l'ofe : je fus meilleur que cet homme-là «e.
Arrêt du Confeil d'Etat du 12 Juillet , portant
( 113 )
établiffement d'une Adminiſtration Provinciale dans
le Berry.
*
Le Roi , au milieu des évènemens politiques les
plus dignes de fon attention , ne perd point de vue:
les grands objets d'adminiſtration intérieure qui
peuvent concourir au bonheur de fes Sujets ; & fi
des dépenses extraordinaires , dont S. M. ne peut encore
affigner le terme , ne permettent pas de dimi
nuer la fomme des impofitions ; Elle defire du moins
préparer dès à préfent les moyens propres à en adou
cir le fardeau , foit par les modifications raisonnables
dont elles font fufceptibles , foit plus particulièrement
par la fagefle & l'égalité des répartitions . Sa
M. , en examinant les avantages qui pourroient réful
ter pour les Sujets de l'établiffement des adminiftra
tions provinciales , a vu avec ſatisfaction que fi les
befoins de l'Etat écartoient pour un tems plufieurs
projets falutaires , il étoit au moins un genre de
bienfaits envers fes Peuples , auquel les circonftances
les plus difficiles n'apporteroient aucun obftacle......
Elle a obfervé que la diverfité des fols , des caractères
& des habitudes , devant nuire à l'exécution
& quelquefois même à l'utilité des meilleures Loix
d'impofition , lar qu'elles font uniformes & géné
rales , Elle pourroit mieux connoître ce qui convient
à chaque province , à l'aide du zèle éclairé d'admis
niftrations partielles , & parvenir airfi par dégré ,
aux améliorations générales dont Elle eft occupée....
Voulant d'ailleurs réferver dans tous les tems à fes
Commiffaires départis , l'importante fonction d'éclairer
le Confeil fur les projets & les délibérations
des Affemblées , & la furveillance étant remiſe entre
des mains différentes de celles de l'exécution , S. M.
procurera des garans multipliés du bonheur & de
la confiance de fes Peuples . Parmi ces diverfes confidérations
, & autres qui ont toutes la félicité publique
pour objet , S. M. defirant être éclairée par l'expé- .
rience, a réfolu de n'établir cette adminiſtration pro
fe
N
(/ 114 )*
vinciale que dans une feule Généralité; & le Berry
depuis long-tems dans un état de langueur , quoiqu'avec
des moyens naturels de profpérité , lui a paru
mériter la préférence de l'effai qu'elle veut faire d'une
adminiftration qui forme depuis long- tems l'objet
des voeux de fes Provinces , & dont tous les avantages
tourneront en entier à leur foulagement.
&
S. M. règle , 1º. le nombre & la qualité des Membres
des trois Ordres qui compoferont l'Affemblée ,
qui fous fon bon plaifir répartira les impofitions , ent
fera la levée , dirigera la confection des grands chemins
, &c.; 20. l'Affemblée n'aura lieu que tous les
deux ans , & durera un mois : on comptera les fuf
frages par tête , & non par diftinction d'ordre ,
S. M. fera connoître fes volontés par un ou deux.
Commiffaires chargés de fes inftructions : 30. Il y
aura un bureau d'adminiftration dans l'intervalle des
Affemblées ; 40. & 5o . , il ne fera verfé au Tréſor-
Royal ,, que la même fomme qui y entre maintenant.
Toute dépenfe déterminée par les Affemblées , devra
être autorisée par S. M. , fauf les frais ordinaires de
l'Adminiſtration , dont le montant fera fixé . 69. l'AG
femblée & le Bureau intermédiaire, pourront faire des
repréſentations , & propofer des Règlemens juftes
& utiles , fans que , fous prétexte de ces repréſen
tations , la répartition & le recouvrement des impofitions
, puiffent éprouver le moindre délai. 70. Le
Commiffaire départi de S. M. , prendra connoiffance
des délibérations de l'Affemblée & du Bureau d'adminiftration
, lorfqu'il le croira convenable pour le
fervice de S. M. & le bien de fes Peuples. 80. La
forme des élections & nominations , fera réglée après
la première Affemblée. 90. Pour la compofer , 16
propriétaires s'affembleront à Bourges les Octobre ,
ils en indiqueront 2 autres , pour former enſemble
Ja première Affemblée à l'époque qui fera fixée par
S. M.
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Résumé : De PARIS, le 30 Juillet.
Le 30 juillet, l'attention publique se porte sur les affaires maritimes suite au départ de l'escadre de Brest. Une lettre de Guincamp datée du 18 juillet rapporte que la frégate française 'l'Iphigénie', sous le commandement de M. de Kerfaint, a capturé une frégate anglaise servant d'observateur pour la flotte de l'amiral Keppel. Le combat a été rapide, et l'équipage anglais s'est réfugié à fond de cale. M. de Kerfaint a capturé l'état-major anglais, et le capitaine anglais a été impressionné par la taille et la puissance de la flotte française. La frégate anglaise a été conduite à Brest, et dix officiers ont été envoyés à Paris en tant que prisonniers. Un vaisseau de Rouen, précédemment arrêté par les Anglais, a été relâché et a continué son voyage jusqu'à Brest, rapportant que Keppel avait mis à la voile le 9 juillet. La frégate 'Prothée', commandée par M. le Chevalier d'Ampierre, a rejoint l'escadre après avoir demandé des hommes et des vivres. Une lettre de Brest du 17 juillet mentionne également la capture d'un cutter anglais par la frégate 'la Junon'. L'escadre française était positionnée à 43 lieues au sud-ouest de Quessant, tandis que Keppel se trouvait à la hauteur de cette île. Par ailleurs, l'escadre à Toulon se prépare à partir pour une destination éloignée. M. de la Mothe-Piquet exprime sa détermination à se battre aux côtés du Duc de Chartres. Plusieurs navires sont en cours de construction ou de réparation, et des mesures sont prises pour renforcer la sécurité des carrières après un accident mortel. Jean-Jacques Rousseau est décédé d'une apoplexie foudroyante, laissant des manuscrits incluant des poèmes, des opéras, des recueils de romances, et des mémoires de sa vie. Enfin, un arrêt du Conseil d'État du 12 juillet établit une administration provinciale dans le Berry, soulignant l'attention du roi aux affaires intérieures malgré les événements politiques.
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63
p. 30-34
Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
Début :
Le Tribunal domestique, Comédie en trois actes & en prose. Castigat ridendo mores. [...]
Mots clefs :
Femme, Zerbine, Pandolphe, Sénat, Venise, Comédie, Pasquin, Femmes, Lucrèce, Assemblée
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texteReconnaissance textuelle : Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
Le Tribunal domestique , Comédie en trois
actes & en profe.
profe. Caftigat ridendo mores.
A Amfterdam ; & à Paris , chez Lambert,
Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme , & Efprit , Libraire , au
Palais Royal.
>
LA fcène eft à Venife. Un vieux Sénateur ,
nommé Pandolphe , las de la mauvaiſe conduite
de fa femme , qui court fans ceffe le
bal , & fait la nuit du jour , & du jour la
nuit , imagine de rétablir l'ancien Tribunal
domeftique , en ufage chez les Romains ,
où un mari , mécontent de fa femme , la faifoit
juger par fes parens affemblés , qui
prononçoient le divorce ou telle autre peine
qu'on croyoit légitime . Il a communiqué
fon projet au Sénat , & le bruit fe répand
dans Venife que cet avis doit paffer. Pan--
dolphe lui - même confie fon fecret à fon
valet Pafquin , qui n'eft pas plus fatisfait
de Zerbine fa femme , que Pandolphe ne
l'eft de la fienne . Laure ( c'eft le nom de
cette dernière ) eft fort alarmée des bruits
DE FRANCE. 31
qui fe répandent , & en parle à fa fuivante
Zerbine. Celle- ci tâche de faire parler Pafquin
, qui d'abord lui donne le change , &
s'amufe à lui faire coire que l'Édit dont il
eſt queſtion au Sénat , porte la caffation de
tous les mariages de la République. Mais
bientôt Laure & Zerbine ont de meilleures
informations , & favent enfin de quoi il
s'agit. Elles ne manquent pas de fonner
l'alarme dans Venife, & le foulèvement eft
général parmi les femmes. Cependant Pandolphe
, amoureux de Zerbine , donne luimêine
fujet à fa femme & à la fuivante de
fe moquer de lui , & tombe dans le piège
qu'elles lui tendent. Il a donné un rendezvous
pour le foir à Zerbine , qui eft d'accord
avec fa maîtreffe. Il ne manque pas de
s'y trouver , & Zerbine le traite précifèment
comme le Philofophe Gridelin , dans le
charmant Conte de M. Marmontel, intitulé
le Philofophe foit- difant. Elle lui attache
un ruban au col , l'appelle favori comme
fon petit chien , le fait marcher à quatre
pattes , japper , &c.; & au moment convenu
, elle le livre dans cet état à Laure ,
qui paroît fuivie de toute fa famille , que
Pandolphe a mandée pour le jugement domeftique.
Pandolphe eft hué , comme on
peut fe l'imaginer , & l'on apprend en
même-temps que le Sénat s'eft moqué de
Biv
32 MERCURE
fon ridicule projet. Lucrèce , mère de
Laure , raconte ainfi ce qui s'eft paffé.
A peine vous quittiez l'Affemblée , que
le nombre des femmes qui inveftiffoient le
Sénat , s'eft accru prodigieufement , accou
rant de toutes parts , furieufes , échevelées ,
criant comme les oyes du Capitole , & non
moins intrépides que les Soldats qui l'affiégeoient
; fe précipitant les unes fur les autres
, & s'agitant comme les flots de la mer ;
elles ont donné aux portes des fecouffes fi
violentes , qu'elles les ont foudain enfoncées.
PASQUIN.
Les forcières des portes qui ne s'ou
vrent qu'avec la clef d'or !
LUCREC E.
A l'afpect de ces femmes en fureur , les
Sénateurs ont pâli . Les Huiffiers ont pris la
fuite.
PASQUIN.
Les Poltronś !
LUCRÈCE.
Mais plein d'une noble affurance , celui
qui préfidoit l'Affemblée , tranquille au
milieu du tumulte , l'air riant & ferein , à
l'inftant s'eft levé . Les féditions , a- t- il dit ,
DE FRANCE.
33
ont caufé de grands meaux ; évitons - les :
que chacun vive avec fa femme comme je
vis avec la mienne . Elle aime la danfe , &
je ne hais pas le vin ; je l'envoie au bal , &
je refte à boire avec mes amis . L'Affemblée
à ces mots applaudit , bat des mains :
le projet eft unanimement profcrit ; la fédition
s'appaife . On en plaifante , on s'en
amuſe , & la ſéance finit par un grand éclat
de rire ".
Pandolphe demande grace à Laure &
Pafquin à Zerbine , & la Pièce finit par une
réconciliation générale , & par cet axiome
de Lucrèce , que de toutes les prétentions
d'un mari , la plus ridicule eft celle de vouloir
juger fa femme .
Cette Pièce eft un badinage agréable ,
plus fait pour la fociété que pour le théâtre.
Il y a peu d'action & d'intrigue ; mais le
dialogue en eft facile & gai. C'eft une ef
pèce de proverbe , dont le mot eft ce vers
de Voltaire :
Femme toujours eft maîtreffe au logis.
L'Auteur a joint à cette Comédie des
Odes anacrécntiques , dont plufieurs of
frent des idées ingénieufes . Nous citerons"
les dux fuivantes qui nous ont paru les
plus jolies.
By
34
MERCURE
L'AMOUR PRISONNIER
QUAND Vénus , par jaloufie ,
Bannit Pfiché de fa Cour ,
Dans les bofquets d'Idalie ,2
Elle emprifonna l'Amour.
It gémit , fe déſeſpère ,
Et voudroit bien s'envoler :
Demeurez , lui dit fa mère
Où voulez-vous donc aller ?
CES retraites font fi belles !
Oui , répond le tendre enfant ,
Mais pourquoi vous perdent-elles ,
Lorfqu'Adonis eft abfent ?
DIANE SURPRISE PAR L'AMOUR
DE Cupidon Diane évitoit la pourſuite ;
Un jour furprife dans le bain ,
Elle laiffa tomber fon voile dans fa fuite
Ce Dieu le releva foudain.
IL court, en fouriant , le porter à fa mère
Qui s'en pare d'un air vainqueur ,
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
actes & en profe.
profe. Caftigat ridendo mores.
A Amfterdam ; & à Paris , chez Lambert,
Imprimeur-Libraire , rue de la Harpe
près S. Côme , & Efprit , Libraire , au
Palais Royal.
>
LA fcène eft à Venife. Un vieux Sénateur ,
nommé Pandolphe , las de la mauvaiſe conduite
de fa femme , qui court fans ceffe le
bal , & fait la nuit du jour , & du jour la
nuit , imagine de rétablir l'ancien Tribunal
domeftique , en ufage chez les Romains ,
où un mari , mécontent de fa femme , la faifoit
juger par fes parens affemblés , qui
prononçoient le divorce ou telle autre peine
qu'on croyoit légitime . Il a communiqué
fon projet au Sénat , & le bruit fe répand
dans Venife que cet avis doit paffer. Pan--
dolphe lui - même confie fon fecret à fon
valet Pafquin , qui n'eft pas plus fatisfait
de Zerbine fa femme , que Pandolphe ne
l'eft de la fienne . Laure ( c'eft le nom de
cette dernière ) eft fort alarmée des bruits
DE FRANCE. 31
qui fe répandent , & en parle à fa fuivante
Zerbine. Celle- ci tâche de faire parler Pafquin
, qui d'abord lui donne le change , &
s'amufe à lui faire coire que l'Édit dont il
eſt queſtion au Sénat , porte la caffation de
tous les mariages de la République. Mais
bientôt Laure & Zerbine ont de meilleures
informations , & favent enfin de quoi il
s'agit. Elles ne manquent pas de fonner
l'alarme dans Venife, & le foulèvement eft
général parmi les femmes. Cependant Pandolphe
, amoureux de Zerbine , donne luimêine
fujet à fa femme & à la fuivante de
fe moquer de lui , & tombe dans le piège
qu'elles lui tendent. Il a donné un rendezvous
pour le foir à Zerbine , qui eft d'accord
avec fa maîtreffe. Il ne manque pas de
s'y trouver , & Zerbine le traite précifèment
comme le Philofophe Gridelin , dans le
charmant Conte de M. Marmontel, intitulé
le Philofophe foit- difant. Elle lui attache
un ruban au col , l'appelle favori comme
fon petit chien , le fait marcher à quatre
pattes , japper , &c.; & au moment convenu
, elle le livre dans cet état à Laure ,
qui paroît fuivie de toute fa famille , que
Pandolphe a mandée pour le jugement domeftique.
Pandolphe eft hué , comme on
peut fe l'imaginer , & l'on apprend en
même-temps que le Sénat s'eft moqué de
Biv
32 MERCURE
fon ridicule projet. Lucrèce , mère de
Laure , raconte ainfi ce qui s'eft paffé.
A peine vous quittiez l'Affemblée , que
le nombre des femmes qui inveftiffoient le
Sénat , s'eft accru prodigieufement , accou
rant de toutes parts , furieufes , échevelées ,
criant comme les oyes du Capitole , & non
moins intrépides que les Soldats qui l'affiégeoient
; fe précipitant les unes fur les autres
, & s'agitant comme les flots de la mer ;
elles ont donné aux portes des fecouffes fi
violentes , qu'elles les ont foudain enfoncées.
PASQUIN.
Les forcières des portes qui ne s'ou
vrent qu'avec la clef d'or !
LUCREC E.
A l'afpect de ces femmes en fureur , les
Sénateurs ont pâli . Les Huiffiers ont pris la
fuite.
PASQUIN.
Les Poltronś !
LUCRÈCE.
Mais plein d'une noble affurance , celui
qui préfidoit l'Affemblée , tranquille au
milieu du tumulte , l'air riant & ferein , à
l'inftant s'eft levé . Les féditions , a- t- il dit ,
DE FRANCE.
33
ont caufé de grands meaux ; évitons - les :
que chacun vive avec fa femme comme je
vis avec la mienne . Elle aime la danfe , &
je ne hais pas le vin ; je l'envoie au bal , &
je refte à boire avec mes amis . L'Affemblée
à ces mots applaudit , bat des mains :
le projet eft unanimement profcrit ; la fédition
s'appaife . On en plaifante , on s'en
amuſe , & la ſéance finit par un grand éclat
de rire ".
Pandolphe demande grace à Laure &
Pafquin à Zerbine , & la Pièce finit par une
réconciliation générale , & par cet axiome
de Lucrèce , que de toutes les prétentions
d'un mari , la plus ridicule eft celle de vouloir
juger fa femme .
Cette Pièce eft un badinage agréable ,
plus fait pour la fociété que pour le théâtre.
Il y a peu d'action & d'intrigue ; mais le
dialogue en eft facile & gai. C'eft une ef
pèce de proverbe , dont le mot eft ce vers
de Voltaire :
Femme toujours eft maîtreffe au logis.
L'Auteur a joint à cette Comédie des
Odes anacrécntiques , dont plufieurs of
frent des idées ingénieufes . Nous citerons"
les dux fuivantes qui nous ont paru les
plus jolies.
By
34
MERCURE
L'AMOUR PRISONNIER
QUAND Vénus , par jaloufie ,
Bannit Pfiché de fa Cour ,
Dans les bofquets d'Idalie ,2
Elle emprifonna l'Amour.
It gémit , fe déſeſpère ,
Et voudroit bien s'envoler :
Demeurez , lui dit fa mère
Où voulez-vous donc aller ?
CES retraites font fi belles !
Oui , répond le tendre enfant ,
Mais pourquoi vous perdent-elles ,
Lorfqu'Adonis eft abfent ?
DIANE SURPRISE PAR L'AMOUR
DE Cupidon Diane évitoit la pourſuite ;
Un jour furprife dans le bain ,
Elle laiffa tomber fon voile dans fa fuite
Ce Dieu le releva foudain.
IL court, en fouriant , le porter à fa mère
Qui s'en pare d'un air vainqueur ,
Sûre que la beauté ne peut manquer de plaire
Sous le voile de la pudeur.
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Résumé : Le Tribunal Domestiq. [titre d'après la table]
La pièce 'Le Tribunal domestique' est une comédie en trois actes se déroulant à Venise. Le sénateur Pandolphe, exaspéré par le comportement nocturne de son épouse, propose de rétablir un ancien tribunal domestique romain permettant aux maris mécontents de faire juger leurs épouses par leurs parents. Cette initiative suscite des inquiétudes parmi les femmes vénitiennes, notamment Laure, l'épouse de Pandolphe, et Zerbine, la servante de Laure. Informées de la véritable intention de Pandolphe, elles alertent les autres femmes de la ville, déclenchant un soulèvement général. Pandolphe, amoureux de Zerbine, se retrouve pris au piège par les deux femmes et est humilié publiquement. Le Sénat rejette alors son projet jugé ridicule. La pièce se conclut par une réconciliation générale et l'affirmation de l'axiome de Lucrèce sur la vanité des maris voulant juger leurs épouses. La pièce est qualifiée de badinage agréable, mieux adapté à la société qu'au théâtre, avec un dialogue léger et joyeux. L'auteur inclut également des odes anacréontiques, dont deux sont mentionnées dans le texte.
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