Résultats : 11916 texte(s)
Détail
Liste
7601
p. 2128-2129
Illuminations & rejoüissances à l'Abbaye S. Germain, [titre d'après la table]
Début :
Le 13, le Grand-Prieur & les Religieux de l'Eglise de l'Abbaye de S. Germain des Prez rendirent [...]
Mots clefs :
Religieux, Cour, Palais abbatial, Grand tableau allégorique, Santé, Peuple, Illumination, Façade
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texteReconnaissance textuelle : Illuminations & rejoüissances à l'Abbaye S. Germain, [titre d'après la table]
Le 13 , le Grand- Prieur & les Religieux de l'Eglife
de l'Abbaye de S. Germain des Prez rendirent
à Dieu leurs publiques actions de graces , & il y eut
pendant la journée plufieurs falves de canon . Le foir,
on tira une grande quantité d'Artifice dans la cour
du Palais Abbatial , dont la façade , ainfi que
celle de la maifon des Religieux , fut illuminée
avec beaucoup de magnificence . Les enceintes des
deux cours , dans lefquelles on avoit fufpendu des
Luftres de Criſtal , à la place des Lanternes ordinaires
,
SEPTEMBRE. 1744. 2129
res , le furent pareillement , & un concours extraordinaire
de peuple pr : t part aux réjoüiffances de
cette Abbaye.
On voyoit fous le principal Portique du Palais
Abbatial ,un grand Tableau Allégorique fur le retour
de la fanté du Roi , fanté qui fait le bonheur ,
& pour ainfi-dire , le falut de fon Peuple, ce qui étoit
exprimé par ces mots , SALUS A SALUT 6 .
Dans la cour des Religieux , un autre grand Tableau
Allégorique ornoit le milieu de la façade de
leur Maifon , les Symboles , quoique differens
ávoient le mêine objet , & on y lifoit cette Infcription
REGI REDIVIVO.PIO.VICTORI.PATRI PATRIÆ.
>
On peut dire que le zéle du R.P.René Laneau , Supérieur
Général des Bénédictins de la Congrégation
de S. Maur , qui fait fa réfidence dans cette Abbaye ,
n'a pas peu contribué à rendre cette Fête l'une des
plus brillantes de la Ville,furtout par la magnifique
& ingénieufe Illumination de la cour , dont on vient
de parler , Illumination dont ce R. P. a fait les
frais , ayant d'ailleurs préfidé à tout l'ordre qui a
été obfervé .
de l'Abbaye de S. Germain des Prez rendirent
à Dieu leurs publiques actions de graces , & il y eut
pendant la journée plufieurs falves de canon . Le foir,
on tira une grande quantité d'Artifice dans la cour
du Palais Abbatial , dont la façade , ainfi que
celle de la maifon des Religieux , fut illuminée
avec beaucoup de magnificence . Les enceintes des
deux cours , dans lefquelles on avoit fufpendu des
Luftres de Criſtal , à la place des Lanternes ordinaires
,
SEPTEMBRE. 1744. 2129
res , le furent pareillement , & un concours extraordinaire
de peuple pr : t part aux réjoüiffances de
cette Abbaye.
On voyoit fous le principal Portique du Palais
Abbatial ,un grand Tableau Allégorique fur le retour
de la fanté du Roi , fanté qui fait le bonheur ,
& pour ainfi-dire , le falut de fon Peuple, ce qui étoit
exprimé par ces mots , SALUS A SALUT 6 .
Dans la cour des Religieux , un autre grand Tableau
Allégorique ornoit le milieu de la façade de
leur Maifon , les Symboles , quoique differens
ávoient le mêine objet , & on y lifoit cette Infcription
REGI REDIVIVO.PIO.VICTORI.PATRI PATRIÆ.
>
On peut dire que le zéle du R.P.René Laneau , Supérieur
Général des Bénédictins de la Congrégation
de S. Maur , qui fait fa réfidence dans cette Abbaye ,
n'a pas peu contribué à rendre cette Fête l'une des
plus brillantes de la Ville,furtout par la magnifique
& ingénieufe Illumination de la cour , dont on vient
de parler , Illumination dont ce R. P. a fait les
frais , ayant d'ailleurs préfidé à tout l'ordre qui a
été obfervé .
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7602
p. 2129-2130
Te Deum chanté dans plusieurs Eglises, [titre d'après la table]
Début :
Le 28 du mois dernier, la Chambre des Comptes, en action de graces du rétablissement de la santé du [...]
Mots clefs :
Chanter, Te Deum, Église, Académie
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texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté dans plusieurs Eglises, [titre d'après la table]
Le 28 du mois dernier , la Chambre des Comptes,
en action de graces du rétabliffement de la fanté du
Roi , fit chanter dans la Ste Chapelle le Te Deum
auquel leChantre du Chapitre de cette Eglife officia.
La Cour des Aides & la Cour des Monnoyes ont
montré , en s'acquittant du même devoir , la part
qu'elles prennent à la joye publique.
Les Préfidens Tréforiers de France affifterent auffi
le 29 dans la même Eglife, au Te Deum , qu'ils y firent
chanter à la mème occafion .
Le premier Septembre , la Compagnie des Avocats
aux Confeils du Roi , fit chanter folemnellement
le Te Deum en l'Eglife des Grands Auguftins , en ac
tions de graces de l'heureufe convalefcence de S. M.
I v L'A2130
MERCURE DE FRANCE.
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & celle des Sciences , s'acquitterent le 9
de ce mois , du même devoir dans l'Eglife des Prêtres
de l'Oratoire .
Quelques difficultés ayant empêché l'Académie
Françoife de donner dès les de ce mois, comme elle
l'avoit réfolu , des marques publiques de fon zéle &
de fon attachement pour fon Augufte Protecteur ,
elle n'a pu jouir que le 12 de cette fatisfaction . Elle
fit chanter ce jour- là le Te Deum en Mufique , dans
la Chapelle du Louvre, auquel l'Evêque de Bayeux,
l'un des Quarante de l'Académie , officia .
L'Académie d'Architecture s'en acquitta le 14
dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire , où les fix
Corps des Marchands avoient auffi le 12 fait chanter le
Te Deum,pour remercier Dieu d'avoir confervé Š.M.
en action de graces du rétabliffement de la fanté du
Roi , fit chanter dans la Ste Chapelle le Te Deum
auquel leChantre du Chapitre de cette Eglife officia.
La Cour des Aides & la Cour des Monnoyes ont
montré , en s'acquittant du même devoir , la part
qu'elles prennent à la joye publique.
Les Préfidens Tréforiers de France affifterent auffi
le 29 dans la même Eglife, au Te Deum , qu'ils y firent
chanter à la mème occafion .
Le premier Septembre , la Compagnie des Avocats
aux Confeils du Roi , fit chanter folemnellement
le Te Deum en l'Eglife des Grands Auguftins , en ac
tions de graces de l'heureufe convalefcence de S. M.
I v L'A2130
MERCURE DE FRANCE.
L'Académie Royale des Infcriptions & Belles
Lettres , & celle des Sciences , s'acquitterent le 9
de ce mois , du même devoir dans l'Eglife des Prêtres
de l'Oratoire .
Quelques difficultés ayant empêché l'Académie
Françoife de donner dès les de ce mois, comme elle
l'avoit réfolu , des marques publiques de fon zéle &
de fon attachement pour fon Augufte Protecteur ,
elle n'a pu jouir que le 12 de cette fatisfaction . Elle
fit chanter ce jour- là le Te Deum en Mufique , dans
la Chapelle du Louvre, auquel l'Evêque de Bayeux,
l'un des Quarante de l'Académie , officia .
L'Académie d'Architecture s'en acquitta le 14
dans l'Eglife des Prêtres de l'Oratoire , où les fix
Corps des Marchands avoient auffi le 12 fait chanter le
Te Deum,pour remercier Dieu d'avoir confervé Š.M.
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7603
p. 2131-2132
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
Début :
AU milieu des transports du plus tendre & du plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai passé successivement [...]
Mots clefs :
Roi, Médaillon, Dieu, Voeux, Prince, Convalescence, Portrait
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un Essai de Médaillon sur la convalescence du Roi.
LETTRE à M. L. C. D. L. R. en lui
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
envoyant un Effai de Médaillon fur la
convalefcence du Roi.
D
සා
ce
A
U milieu des tranfports du plus tendre & du
plus fidéle des Peuples, avec lequel j'ai paffé
fucceffivement , ( par le danger où étoit le Roi ,
& par la convalefcence de ce grand Prince , ) de la
plus grande affliction à la joye la plus exceffive ;
j'ai , M. comme fon fidéle Sujet , partagé des fen-
» timens fi juftes , & mon zéle m'a fuggeré cet Effai
» de Médaillon , que je vous envoye . Je fçais bien
que mon Ouvrage eft fort au- deffous de mon ab
jet , mais enfin , c'eft un Enfant de l'amour que
" tous les François ont pour leur Pere & pour le plus
aimable des Rois . J'attends de votre amitié que
vous en ferez l'ufage qu'elle vous dictera ; vous
en trouverez l'Explication au bas de ma Lettre . Je
vous prie de me continuer les bontés dont vous
m'honorez , & de me croire avec tous les fentimens
queje vous dois, M. Votre , & c. GOSMOND.
A Paris , ce 3 Septembre 1744-
30
Explication du Médaillon.
Ce Médaillon repréfente la France à genoux ,
qui a dépofé fon Sceptre & fa Couronne au pied
d'un Autel , fur la face duquel on voit gravé un Anchre
, Symbole de l'Efperance qu'on a toûjours eû
que
la bonté du Tout- Puiffant retireroit le Roi du
danger où il fe trouvoit . Au deffous de cet Autel ,
font deux Enfans , qui caractériſent l'innocence &
la fincérité des voeux de toute la Nation pour le Roi,
& qui levent les mains au Ciel , pour implorer fa
mifericorde en faveur de ce Prince & de nous.
* Dieu , exauçant des voeux fi purs & fi juftes , fair:
I vj defcen2132
MERCURE DE FRANCE.
defcendre la Santé du Giel . Elle porte dans un Mé
daillon le Portrait du Roi , qu'elle remet entre les
mains de la France , pour lui marquer que la Divine
Providence a bien voulu lui rendre fon Monarque :
la France le reçoit avec transport .
La Religion , avec les attributs , paroît au- deffus.
Elle montre le S. Nom de Dieu dans fa gloire , &
nous fait voir par- là que ce n'eft qu'à Dieu feul
qui l'on doit la vie du Roi.
On remarque du côté oppofé , l'Ange du Seigneur
, qui , avec un glaive de feu , précipite la
Mort dans les abîmes .
Dans le fond du Médaillon , on voit plufieurs petits
Autels flamboyans , qui marquent que les voeux
que l'on faifoit pour ce Prince , étoient univerfels.
Au haut du Médaillon , on lit cette Infcription :
CUM DEO OMNIA , SINE DEO NIHIL ,
c'est-à dire , Tout vient de Dieu , fans lui il n'y a rien.
Autour du Portrait du Roi eft cette autre Infcription :
LUDOVICUS QUINDECIMUS ,
REX OPTIMUS
GENTIUM CONSENSU
MAXIMUS.
炒菜
LOUIS QUINZIEME ,
ROI TRE'S- Bon ,
ROI TRE's - GRAND ,
DE L'AVEU DE TOUS LES PEUPLES.
Il y a dans l'Exergue : X V. AUG . M. DCC . XLIV.
Jour à jamais mémorable pour la France , puifque
c'eſt dans ce jour fortuné pour elle , qué Dieu lui a
rendu fon Monarque BIEN - AIM E.
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7604
p. 2136-2139
LETTRE écrite de CHOISI-LE-ROI, le 18 Septembre, par M. G***, au sujet de la Fête qui y a été donnée.
Début :
SI tous les Sujets de S. M. ont donné des marques de la plus vive douleur, en apprenant sa maladie, [...]
Mots clefs :
Roi, Fête, Château, Officiers, Bourgeois, Habitants, Table, Santé, Cour
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texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite de CHOISI-LE-ROI, le 18 Septembre, par M. G***, au sujet de la Fête qui y a été donnée.
LETTRE écrite de CHOISI - LE -ROL,
le 18 Septembre , par M. G *** , au fujer
de la Fête qui y a été donnée .
S
Í tous les sujets de S. M. ont donné des marques
de la plus vive douleur , en apprenant fa maladie
, ceux de Choifi - le-Roi ont été des premiers à
témoigner combien ils y étoient fenfibles ; à peine le
Curé de cette Paroiffe Royale eut-il annoncé les
Prietes que l'on devoit faire pour que Dieu rendir
ce Monarque aux voeux de toute la France, que fon
Eglife fe trouva remplie d'Officiers du Château , de
Bourgeois & d'Habitans , qui par des larmes bien
finceres , faifoient connoître jufqu'à quel point ils
s'intéreffoient à la fanté de S. M. Ce ne fut plus dès
ce moment qu'un concours étonnant ; toutes les
maifons fe trouverent vuides , & l'Eglife n'étant pas
aflés grande , pour contenir tous les Paroiffiens , on
voyoit autant de monde en-dehors qu'en- dedans , &
pendant les neuf jours qu'on a continué les Prieres,
perfonne du Village ne s'eft difpenfé d y affifter.
L'heureufe nouvelle du rétabliffement de la fanté
du Roi ayant été annoncée , & qu'il n'y avoit plus
rien à craindre pour une vie aufli précieuſe, tous les
Officiers du Château , les perfonnes employées dans
les Bâtimens, les Bourgeois , les Habitans de Choifile-
Roi , & tous les Ouvriers qui font occupés aux
differens travaux , donnerent en général & en particulier
, des marques de la joye la plus parfaite.
La veille de la Fête de S. Louis , vers les fept heures
du foir, on tira le canon en préfence du jeuneMarquis
de Coigny & de Mrs fes freres,qui allumerent en mè
me-tems le Feu qu'on avoit placé à la demi -Lune ,
qui donne fur la riviere ; M. Filleul , Concierge du
Château de Choifi , avoit fait illuminer très ingé
nieu-
1
SEPTEMBRE. 1744. 2137
Menfement une grande partie des Jardins de ce cô
à , & toute la façade du Château. A fon exem
ple , Mrs Tiphaine , Gueullette , Guilier de Nonac,
Triperet , & la Dlle Brachet , qui ont leurs maifons
dans ce Village, firent auffi illuminer , à l'envi les uns.
des autres , leurs maiſons , ce qui faifo t un très bel
effet , par l'heureuſe difpofition du Lieu ; tous les
Particuliers , employés dans les Bâtimens du Roi ,
firent à peu près les mêmes Illuminations.M.deJanfon
, qui en eft l'Inspecteur , s'y diftingua par un Feu
particulier , qu'on renouvella depuis huit heures du
foir jufqu'à deux heures du matin. On ne voyoir
partout que des Danfes & des réjouiffances au bas
de fa maiſon , fituée fur le bord de la Seine , & on
préfenta du vin & des rafraîchiffemens à tout le
monde .
Comme les nouvelles qui arrivoient tous les jours
de Metz , confirmoient la convalefcence du Roi , &
que S. M. étoit entierement hors de danger , Mrs
Filleul , Mautuits , le Noble , & Aubry , Officiers
du Château , & M. Bayard , Chirurgien du Roi à
Choifi , réfolurent de témoigner plus particuliere->
ment leur joye par un grand repas & une Fête qu'ils
donnerent le 8 de ce mois, à laquelle les Dames &
les principaux Bourgeois furent invités.
Ce même jour, à dix heures du matin , conformé
ment aux ordres de M. l'Archevêque , on partir de
la Paroiffe en Proceffion , pour aller célébrer la
gtande Meffe à la Chapelle du Château , où le S.
Sacrement fut expoſé juſqu'à ſix heures du foir ; l'a- "
près midi on y chanta les Vêpres , le Salut , le Te-
Deum & l'Exaudiat , au bruit de plufieurs décharges
de canon.
La Dile Filleul , fille aînée du Concierge , fit une
quête abondante pour les Pauvres.
A l'entrée de la nuit , la Cour des Princes fut illuminée
2138 MERCURE DE FRANCE.
luminée par un grand nombre de Terrines , artiſtes
ment diftribuées ; la Colonade qui regne le longde
de la Galerie & de la Sale à manger du Roi , ornée
de Tapifferies de la Couronne , fut éclairée par fix
Luftres , garnis de Bougies.
On n'avoit rien omis pour rendre la Fête des plus
brillantes ; on avoit placé fur des Gradins un nombre
fuffifant de Symphoniftes ; on ouvrit le Bal de
bonne heure , & il , ne finit qu'à 5 heures du natin.
On avoit dreffé au milieu de la cour de la maiſon
une Table de 30 couverts . Cette Table fe trouva directement
au- deffous de la Marquife de la Tente qu'on
yavoit tendue; c'eft la même Tente que l'Ambaffadeur
de la Porte préfenta au Roi de la part du G. S.
A côté , on avoit dreffé un Buffet en ligne circulaire
, fort orné , & garni de tout ce qu'on pouvois
fouhaiter en Vins & en Liqueurs.
Deux autres Tables , l'une de quinze & l'autre de
dix couverts , étoient placées , la premiere à côté de
la grande Table fous la Marquife , & l'autre fous la
Tente du Buffet ; ces Tables étoient occupées par
des jeunes Gens priés de la Fête ; la grande Table
étoit éclairée par un Luftre magnifique & par un
Surtout de Cristal , fur lequel on avoit placé des Girandoles
& des Bras garn's de Bougies.
Le Repas étoit compofé de quatre Services , de
feize plats chacun , & le tout fut fervi abondamment
& avec autant d'ordre que de propreté.
Tous les Convives firent parfaitement bien les
honneurs du Repas . La fanté du Roi ayant été portée
aux Conviés par M. Filleul , on la but debout &
découvert , au bruit du canon & des acclamations
réiterées ; le Souper dura au moins trois grandes
heures , & toujours avec la même gayeté ; on avoit
mis plufieurs banquettes autour de la grande Table,
pour pouvoir y placer plufieurs perfonnes , que la
Fête
SEPTEMBRE. 1744. 2139
Fêre avoit attirées ; &on fit diftribuer généralement
à tout le monde des rafraîchiffemens . Au bout de la
cour , on diftribuoit auffi du Pain , du Vin ,' des Langues
& de la Viande aux Habitans & aux Ouvriers
qui fe préfenterent , & à deux heures du matin on
fervit du Caffé .
Pour maintenir l'ordre & contenir le Peuple , outre
les Suiffes du Château de Choifi, les Brigades des
Maréchauffées de Villejuif & de Charenton étoient
dans la cour , & tout s'y paffa dans la plus grande
tranquillité & fans le moindre défordre . La jeune
Dile Filleul , qui eft remplie d'agrémens , & d'une
très jolie figure , s'y eft fort diftinguée , & fur tour
dans la Danfe , par un grand nombre de differentes
contre-danfes , qu'elle exécuta avec autant de grace
que de vivacité ,lesquelles terminerent la Fête.
le 18 Septembre , par M. G *** , au fujer
de la Fête qui y a été donnée .
S
Í tous les sujets de S. M. ont donné des marques
de la plus vive douleur , en apprenant fa maladie
, ceux de Choifi - le-Roi ont été des premiers à
témoigner combien ils y étoient fenfibles ; à peine le
Curé de cette Paroiffe Royale eut-il annoncé les
Prietes que l'on devoit faire pour que Dieu rendir
ce Monarque aux voeux de toute la France, que fon
Eglife fe trouva remplie d'Officiers du Château , de
Bourgeois & d'Habitans , qui par des larmes bien
finceres , faifoient connoître jufqu'à quel point ils
s'intéreffoient à la fanté de S. M. Ce ne fut plus dès
ce moment qu'un concours étonnant ; toutes les
maifons fe trouverent vuides , & l'Eglife n'étant pas
aflés grande , pour contenir tous les Paroiffiens , on
voyoit autant de monde en-dehors qu'en- dedans , &
pendant les neuf jours qu'on a continué les Prieres,
perfonne du Village ne s'eft difpenfé d y affifter.
L'heureufe nouvelle du rétabliffement de la fanté
du Roi ayant été annoncée , & qu'il n'y avoit plus
rien à craindre pour une vie aufli précieuſe, tous les
Officiers du Château , les perfonnes employées dans
les Bâtimens, les Bourgeois , les Habitans de Choifile-
Roi , & tous les Ouvriers qui font occupés aux
differens travaux , donnerent en général & en particulier
, des marques de la joye la plus parfaite.
La veille de la Fête de S. Louis , vers les fept heures
du foir, on tira le canon en préfence du jeuneMarquis
de Coigny & de Mrs fes freres,qui allumerent en mè
me-tems le Feu qu'on avoit placé à la demi -Lune ,
qui donne fur la riviere ; M. Filleul , Concierge du
Château de Choifi , avoit fait illuminer très ingé
nieu-
1
SEPTEMBRE. 1744. 2137
Menfement une grande partie des Jardins de ce cô
à , & toute la façade du Château. A fon exem
ple , Mrs Tiphaine , Gueullette , Guilier de Nonac,
Triperet , & la Dlle Brachet , qui ont leurs maifons
dans ce Village, firent auffi illuminer , à l'envi les uns.
des autres , leurs maiſons , ce qui faifo t un très bel
effet , par l'heureuſe difpofition du Lieu ; tous les
Particuliers , employés dans les Bâtimens du Roi ,
firent à peu près les mêmes Illuminations.M.deJanfon
, qui en eft l'Inspecteur , s'y diftingua par un Feu
particulier , qu'on renouvella depuis huit heures du
foir jufqu'à deux heures du matin. On ne voyoir
partout que des Danfes & des réjouiffances au bas
de fa maiſon , fituée fur le bord de la Seine , & on
préfenta du vin & des rafraîchiffemens à tout le
monde .
Comme les nouvelles qui arrivoient tous les jours
de Metz , confirmoient la convalefcence du Roi , &
que S. M. étoit entierement hors de danger , Mrs
Filleul , Mautuits , le Noble , & Aubry , Officiers
du Château , & M. Bayard , Chirurgien du Roi à
Choifi , réfolurent de témoigner plus particuliere->
ment leur joye par un grand repas & une Fête qu'ils
donnerent le 8 de ce mois, à laquelle les Dames &
les principaux Bourgeois furent invités.
Ce même jour, à dix heures du matin , conformé
ment aux ordres de M. l'Archevêque , on partir de
la Paroiffe en Proceffion , pour aller célébrer la
gtande Meffe à la Chapelle du Château , où le S.
Sacrement fut expoſé juſqu'à ſix heures du foir ; l'a- "
près midi on y chanta les Vêpres , le Salut , le Te-
Deum & l'Exaudiat , au bruit de plufieurs décharges
de canon.
La Dile Filleul , fille aînée du Concierge , fit une
quête abondante pour les Pauvres.
A l'entrée de la nuit , la Cour des Princes fut illuminée
2138 MERCURE DE FRANCE.
luminée par un grand nombre de Terrines , artiſtes
ment diftribuées ; la Colonade qui regne le longde
de la Galerie & de la Sale à manger du Roi , ornée
de Tapifferies de la Couronne , fut éclairée par fix
Luftres , garnis de Bougies.
On n'avoit rien omis pour rendre la Fête des plus
brillantes ; on avoit placé fur des Gradins un nombre
fuffifant de Symphoniftes ; on ouvrit le Bal de
bonne heure , & il , ne finit qu'à 5 heures du natin.
On avoit dreffé au milieu de la cour de la maiſon
une Table de 30 couverts . Cette Table fe trouva directement
au- deffous de la Marquife de la Tente qu'on
yavoit tendue; c'eft la même Tente que l'Ambaffadeur
de la Porte préfenta au Roi de la part du G. S.
A côté , on avoit dreffé un Buffet en ligne circulaire
, fort orné , & garni de tout ce qu'on pouvois
fouhaiter en Vins & en Liqueurs.
Deux autres Tables , l'une de quinze & l'autre de
dix couverts , étoient placées , la premiere à côté de
la grande Table fous la Marquife , & l'autre fous la
Tente du Buffet ; ces Tables étoient occupées par
des jeunes Gens priés de la Fête ; la grande Table
étoit éclairée par un Luftre magnifique & par un
Surtout de Cristal , fur lequel on avoit placé des Girandoles
& des Bras garn's de Bougies.
Le Repas étoit compofé de quatre Services , de
feize plats chacun , & le tout fut fervi abondamment
& avec autant d'ordre que de propreté.
Tous les Convives firent parfaitement bien les
honneurs du Repas . La fanté du Roi ayant été portée
aux Conviés par M. Filleul , on la but debout &
découvert , au bruit du canon & des acclamations
réiterées ; le Souper dura au moins trois grandes
heures , & toujours avec la même gayeté ; on avoit
mis plufieurs banquettes autour de la grande Table,
pour pouvoir y placer plufieurs perfonnes , que la
Fête
SEPTEMBRE. 1744. 2139
Fêre avoit attirées ; &on fit diftribuer généralement
à tout le monde des rafraîchiffemens . Au bout de la
cour , on diftribuoit auffi du Pain , du Vin ,' des Langues
& de la Viande aux Habitans & aux Ouvriers
qui fe préfenterent , & à deux heures du matin on
fervit du Caffé .
Pour maintenir l'ordre & contenir le Peuple , outre
les Suiffes du Château de Choifi, les Brigades des
Maréchauffées de Villejuif & de Charenton étoient
dans la cour , & tout s'y paffa dans la plus grande
tranquillité & fans le moindre défordre . La jeune
Dile Filleul , qui eft remplie d'agrémens , & d'une
très jolie figure , s'y eft fort diftinguée , & fur tour
dans la Danfe , par un grand nombre de differentes
contre-danfes , qu'elle exécuta avec autant de grace
que de vivacité ,lesquelles terminerent la Fête.
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7605
p. 2139-2140
MORTS.
Début :
LE .... Août, Charles de Tarneau, Lieutenant Général des Armées du Roi du 20 Février 1734, [...]
Mots clefs :
Lieutenant général, Conseiller au Parlement, Armées du roi
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texteReconnaissance textuelle : MORTS.
MORTS.
E .... Août , Charles de Tarnean , Lieutenant
LGénéral des Armées du Roi du 20 Février 1734,
Gouverneur des Ville & Château de Béthune , cidevant
Inspecteur Général de Cavalerie , mourut à
Courbevoye , âgé de 76 ans. Il avoit été reçû Page
du Roi en fa Grande Ecurie en 1684. Il étoit fils de
Jofeph de Tarneau , Confeiller au Parlement de
Bourdaux , & de D. Catherine de Merignac , &
fortoit d'une Famille qui a donné des Confeillers
& des Préfidens à ce Parlement depuis l'an 1573 ,
dont les Armes font d'Azur , à une bande d'or
un Chef auffi d'or, émanché de trois piéces d'Azur.
Les , Robert Machet ( du Canton de Soleure )
Lieutenant Général des armées du Roi du 23 Mars
17362
1140 MERCURE DE FRANCE.
1736 , ci devant Lieutenant Colonel du Régimens
des Gardes Suiffes du mois de Septembre 1726 ,
mourut à Paris , âgé de 80 ans ; il étoit veuf depuis
le 15 Mars 1741 ,de D. Françoife, Gabrielle Macher,
dont la mort eft rapportée dans le Mercure d'Avril
1741 .
Le 8 , D. Marie Louife -Magdeleine de Lamoignon,
veuve depuis le 11 Juillet 1740 de Robert le Peletier
, Seigneur des Foits , Miniftre d'Etat , & ci devant
Contrôleur Général des Finances , avec lequel
elle avoit été mariée le 12 Septembre 1706 , mourut
à Paris , âgée de 57 ans . Elle étoit fille de Nicolas de
Lamoignon Bafville , Comte de Launay Courfon ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & Intendant de la Province
de Languedoc , & de D. Anne Louiſe Bonnin
de Chalucet . Elle avoit eû pour fils unique Anne-
Louis Michel le Peletier , Comte de S. Fargeau ,
Confeiller au Parlement de Paris , mort à l'âge de
26 ans le 4 Juillet 1739 , laiffant des enfans de D.
Maric Charlotte- Marguerite d'Aligre , qu'il avoit
épousée le 21 Février 1735. Voyez pour la Généa
logie de la Famille de Lamoignon , l'Hiftoire da
Parlement de Paris par Blanchard , & le Dictionnai
re Hiftorique de Morery , derniere Edition , dans
lequel fe trouve auffi partie de la Généologie de la
Famille de le Peletier.
E .... Août , Charles de Tarnean , Lieutenant
LGénéral des Armées du Roi du 20 Février 1734,
Gouverneur des Ville & Château de Béthune , cidevant
Inspecteur Général de Cavalerie , mourut à
Courbevoye , âgé de 76 ans. Il avoit été reçû Page
du Roi en fa Grande Ecurie en 1684. Il étoit fils de
Jofeph de Tarneau , Confeiller au Parlement de
Bourdaux , & de D. Catherine de Merignac , &
fortoit d'une Famille qui a donné des Confeillers
& des Préfidens à ce Parlement depuis l'an 1573 ,
dont les Armes font d'Azur , à une bande d'or
un Chef auffi d'or, émanché de trois piéces d'Azur.
Les , Robert Machet ( du Canton de Soleure )
Lieutenant Général des armées du Roi du 23 Mars
17362
1140 MERCURE DE FRANCE.
1736 , ci devant Lieutenant Colonel du Régimens
des Gardes Suiffes du mois de Septembre 1726 ,
mourut à Paris , âgé de 80 ans ; il étoit veuf depuis
le 15 Mars 1741 ,de D. Françoife, Gabrielle Macher,
dont la mort eft rapportée dans le Mercure d'Avril
1741 .
Le 8 , D. Marie Louife -Magdeleine de Lamoignon,
veuve depuis le 11 Juillet 1740 de Robert le Peletier
, Seigneur des Foits , Miniftre d'Etat , & ci devant
Contrôleur Général des Finances , avec lequel
elle avoit été mariée le 12 Septembre 1706 , mourut
à Paris , âgée de 57 ans . Elle étoit fille de Nicolas de
Lamoignon Bafville , Comte de Launay Courfon ,
Confeiller d'Etat ordinaire , & Intendant de la Province
de Languedoc , & de D. Anne Louiſe Bonnin
de Chalucet . Elle avoit eû pour fils unique Anne-
Louis Michel le Peletier , Comte de S. Fargeau ,
Confeiller au Parlement de Paris , mort à l'âge de
26 ans le 4 Juillet 1739 , laiffant des enfans de D.
Maric Charlotte- Marguerite d'Aligre , qu'il avoit
épousée le 21 Février 1735. Voyez pour la Généa
logie de la Famille de Lamoignon , l'Hiftoire da
Parlement de Paris par Blanchard , & le Dictionnai
re Hiftorique de Morery , derniere Edition , dans
lequel fe trouve auffi partie de la Généologie de la
Famille de le Peletier.
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7606
p. 2140
APPROBATION.
Début :
J'AI lû par Ordre de Monseigneur le Chancelier, le Mercure de France du mois de Septembre, & j'ai [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : APPROBATION.
APPROBATION.
'Ai lû par Ordre de Monfeigneur le Chancelier,,
le Mercure de France du mois de Septembre , & j'a¹
crû qu'on pouvoit en permettre l'impreflion . A Paris
, le premier Octobre 1744.
Signé , HARDION.
'Ai lû par Ordre de Monfeigneur le Chancelier,,
le Mercure de France du mois de Septembre , & j'a¹
crû qu'on pouvoit en permettre l'impreflion . A Paris
, le premier Octobre 1744.
Signé , HARDION.
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7607
s. p.
TABLE.
Début :
PIECES FUGITIVES. Les Progrès de la Comédie sous le Regne de LOUIS LE GRAND, Ode, 1931 [...]
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texteReconnaissance textuelle : TABLE.
TABLE.
4141
Placas FUGITIVES. Les Progrès de la Comédie
fous le Regne de LOUIS LE GRAND , Ode, 1931
La Supériorité des Dames fur les Hommes , Extrait
,
1936
Epitre en Vers de M. Nericault Deftouches , 1949
Obfervations fur l'ufage de la Critique ,
Extrait d'une Ode fur les Conquêtes du Roi , 1966
Rondeau à M. B ** C. D. V.
1957
1973
Suite de la Séance publique de l'Académie Royale
de Chirurgie ,
Enigme & Logogryphes ,
1974
2014
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS , & C.
Traité fur l'Aberration apparente des Etoiles ,
Extrait ,
Differtations & Confultations Médicinales de Mis
Chirac & Silva ,
2017
2024
ibid.
Hiftoire de la Conquête du Mexique ,
Nouvelle Edition des Lettres de S. Jérôme , ibid.
La Religion Chrétienne éclairée par le Dogme, ibid,
La Salamandre , nouvelle Allégori -Comique , &
Vers à ce fujet à la Dlle Coraline , 2025
Nouvelle Edition de la Coûtume de la Marche , 2026
Hiftoire du Traité de Weftphalie ,
Mémorial de Paris , nouvelle Edition ,
2027
ibid,
Continuation de l'Hiftoire d'Angleterre , propofée
par foufcription ,
Collection de Livres rares à vendre ,
ibid.
2028
Hora Hebraica , & c. 2029
Nouvelle Edition du Dictionnaire Latin de Robert
Etienne ,
ibid.
Inftitutiones Catholica , 2030
Abregé de la Vie d'une Ste Religieuſe ,
Lettera al Cardinale Quirini ,
Liber tertius de Liturgia Rom. Pontificis ,
ibid.
2038
ibid.
Synopfis
2142
Synopfis Lauretana ;
Obfervations fur la Mérope de M. Maffei ,
ibid:
ibid.
Lettre fur la mort de M. l'Abbé de Rothelin , 2032
Mort de l'Abbé Gédoyn , 2041
Affemblée publique de l'Académie de Marſeille , &
Sujet proposé pour le Prix de 1745 ,
Eftampes nouvelles ,
Remede pour les Dartres ,
Savonnettes de pure Créme de Savon ,
Chanfons notées ,
2042
2043
2046
ibid.
2047
Spectacles, Extrait de la Tragédie des Jéfuites, 2051
Les Comédiens François donnent leur Spectacle
gratis , 2065
L'Algérien , nouvelle Piéce joüée ſur le Théatre
François , 2066
L'Académie Royale de Mufique donne l'Opera
gratis ,
ibid.
Les Comédiens Italiens font la même chofe , &
donnent une très-belle Illumination , 2067
Les mêmes Comédiens repréſentent trois Piéces
nouvelles , intitulées , l'Illumination , la Noce de
Village & les Fêtes finceres ,
2068
L'Opera Comique donne fon Spectacle gratis , &
Illumination dans l'Enceinte de la Foire , 2069
Nouvelles Etrangeres , Suede , Rufſie ,
Pruffe ,
Allemagne ,
Italie ,
Elpagne , Génes & Iſle de Corfe ,
Hollande & Pays - Bas ,
Prife du Fort de Démont ,
Victoires remportées fur les ennemis ,
2070
2671
2074
2078
2081
2082
France , Nouvelles de la Cour , de Paris, &c. 2085
2086
2090
Te Deum chanté à Metz pour la guériſon du Roi ,
2096
Te Deum chanté aux Quinze-Vingt , & exécuté par
les Freres Aveugles ,
2101
Te
4
Te Deum chanté à N. D. 210
Fête donnée à l'Hôtel Royal des Invalides , ibid.
Grande Meffe & Te Deum chantés à S. Jean en
Greve ,
Illuminations dans toutes les rues de Paris ,
Mandemens ,
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris',
Mandement en conféquence ,
2110
ibid.
2114
2122
2123
Illuminations & tejoüiffances à l'Abbaye S. Germain
,
Te Deum chanté dans plufieurs Eglifes ,
Epigramme fur la convalefcence du Roi ,
2128
2129
2130
Lettre à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un
Effai de Médaillon fur le même fujet , & Explication
de ce Médaillon , 2131
La Convalescence du Roi , Ode par M. Roy , 2133
Lettre écrite de Choifi le Roi , fur une Fête qui y a
été donnée pour le même ſujet ,
Morts ,
*
2136
2139
4141
Placas FUGITIVES. Les Progrès de la Comédie
fous le Regne de LOUIS LE GRAND , Ode, 1931
La Supériorité des Dames fur les Hommes , Extrait
,
1936
Epitre en Vers de M. Nericault Deftouches , 1949
Obfervations fur l'ufage de la Critique ,
Extrait d'une Ode fur les Conquêtes du Roi , 1966
Rondeau à M. B ** C. D. V.
1957
1973
Suite de la Séance publique de l'Académie Royale
de Chirurgie ,
Enigme & Logogryphes ,
1974
2014
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX ARTS , & C.
Traité fur l'Aberration apparente des Etoiles ,
Extrait ,
Differtations & Confultations Médicinales de Mis
Chirac & Silva ,
2017
2024
ibid.
Hiftoire de la Conquête du Mexique ,
Nouvelle Edition des Lettres de S. Jérôme , ibid.
La Religion Chrétienne éclairée par le Dogme, ibid,
La Salamandre , nouvelle Allégori -Comique , &
Vers à ce fujet à la Dlle Coraline , 2025
Nouvelle Edition de la Coûtume de la Marche , 2026
Hiftoire du Traité de Weftphalie ,
Mémorial de Paris , nouvelle Edition ,
2027
ibid,
Continuation de l'Hiftoire d'Angleterre , propofée
par foufcription ,
Collection de Livres rares à vendre ,
ibid.
2028
Hora Hebraica , & c. 2029
Nouvelle Edition du Dictionnaire Latin de Robert
Etienne ,
ibid.
Inftitutiones Catholica , 2030
Abregé de la Vie d'une Ste Religieuſe ,
Lettera al Cardinale Quirini ,
Liber tertius de Liturgia Rom. Pontificis ,
ibid.
2038
ibid.
Synopfis
2142
Synopfis Lauretana ;
Obfervations fur la Mérope de M. Maffei ,
ibid:
ibid.
Lettre fur la mort de M. l'Abbé de Rothelin , 2032
Mort de l'Abbé Gédoyn , 2041
Affemblée publique de l'Académie de Marſeille , &
Sujet proposé pour le Prix de 1745 ,
Eftampes nouvelles ,
Remede pour les Dartres ,
Savonnettes de pure Créme de Savon ,
Chanfons notées ,
2042
2043
2046
ibid.
2047
Spectacles, Extrait de la Tragédie des Jéfuites, 2051
Les Comédiens François donnent leur Spectacle
gratis , 2065
L'Algérien , nouvelle Piéce joüée ſur le Théatre
François , 2066
L'Académie Royale de Mufique donne l'Opera
gratis ,
ibid.
Les Comédiens Italiens font la même chofe , &
donnent une très-belle Illumination , 2067
Les mêmes Comédiens repréſentent trois Piéces
nouvelles , intitulées , l'Illumination , la Noce de
Village & les Fêtes finceres ,
2068
L'Opera Comique donne fon Spectacle gratis , &
Illumination dans l'Enceinte de la Foire , 2069
Nouvelles Etrangeres , Suede , Rufſie ,
Pruffe ,
Allemagne ,
Italie ,
Elpagne , Génes & Iſle de Corfe ,
Hollande & Pays - Bas ,
Prife du Fort de Démont ,
Victoires remportées fur les ennemis ,
2070
2671
2074
2078
2081
2082
France , Nouvelles de la Cour , de Paris, &c. 2085
2086
2090
Te Deum chanté à Metz pour la guériſon du Roi ,
2096
Te Deum chanté aux Quinze-Vingt , & exécuté par
les Freres Aveugles ,
2101
Te
4
Te Deum chanté à N. D. 210
Fête donnée à l'Hôtel Royal des Invalides , ibid.
Grande Meffe & Te Deum chantés à S. Jean en
Greve ,
Illuminations dans toutes les rues de Paris ,
Mandemens ,
Lettre du Roi à M. l'Archevêque de Paris',
Mandement en conféquence ,
2110
ibid.
2114
2122
2123
Illuminations & tejoüiffances à l'Abbaye S. Germain
,
Te Deum chanté dans plufieurs Eglifes ,
Epigramme fur la convalefcence du Roi ,
2128
2129
2130
Lettre à M. L. C. D. L. R. en lui envoyant un
Effai de Médaillon fur le même fujet , & Explication
de ce Médaillon , 2131
La Convalescence du Roi , Ode par M. Roy , 2133
Lettre écrite de Choifi le Roi , fur une Fête qui y a
été donnée pour le même ſujet ,
Morts ,
*
2136
2139
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7608
s. p.
Errata de Juillet.
Début :
Page 1545, tumulumque, ôtez que. [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata de Juillet.
Errata de fuillet.
Age 1549 , tumulumque , ôtez que.
Age 1549 , tumulumque , ôtez que.
Fermer
7609
s. p.
Errata d'Août.
Début :
Page 1774, ligne 12, Dauge, lisez, Daugue. Page 1792, l. 20, prix, l. prise [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Errata d'Août.
Errata d'Août.
Age 1774 , ligne 12 , Dauge , lifez , Daugue.
Page 1792 , 1. 20 , prix , l. prife
P. 1855 , à la Chanfon notée , Parodiées , l. Parodiés
.
2
P. 1858 , 1. 26 , Caroline , 1. Coraline.
Page 1925 , 1gne 16 , Bottrant-Nanteüil, lifez &
ajoutez , de Boham , Comteffe de Nanteuil la
Foffe , remariée au Comte de la Roüerre . La
Maiſon
Maifon de Boham eft iffue des anciens Comtes
d'Ardennes ; elle eft éteinte en la perfonne de la
Dame Comteffe de Nanteuil , la Terre de Nanteüil
la Foffe eft un ancien partage de la Maifon
de Chaſtillon furMarne. Confultez Duchefne & le
Procès verbal de Caumartin .
Age 1774 , ligne 12 , Dauge , lifez , Daugue.
Page 1792 , 1. 20 , prix , l. prife
P. 1855 , à la Chanfon notée , Parodiées , l. Parodiés
.
2
P. 1858 , 1. 26 , Caroline , 1. Coraline.
Page 1925 , 1gne 16 , Bottrant-Nanteüil, lifez &
ajoutez , de Boham , Comteffe de Nanteuil la
Foffe , remariée au Comte de la Roüerre . La
Maiſon
Maifon de Boham eft iffue des anciens Comtes
d'Ardennes ; elle eft éteinte en la perfonne de la
Dame Comteffe de Nanteuil , la Terre de Nanteüil
la Foffe eft un ancien partage de la Maifon
de Chaſtillon furMarne. Confultez Duchefne & le
Procès verbal de Caumartin .
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7610
s. p.
Fautes à corriger dans ce Livre.
Début :
Page 1945, lign. 21 & 22, ôtez le point interrogant après Nitocris. [...]
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texteReconnaissance textuelle : Fautes à corriger dans ce Livre.
Fantes à corriger dans ce Livre.
P Age 1945 , lign. 21 & 22 , ôtez le point interrog
P. 1971 1.6 , l'on , l . on ; lign . 7 , mettez un poing
interrogant après Hommes .
P. 1993 , 1. 6 & 7 , regardés , l . regardé.
P. 2013 , 1. 15 , éclairera , l . éclaircira.
P. 2028 , 1. 4 du bas , mais , ôtez ce mot.
P. 2035 , l . 12 , le , ôtez ce mot.
Ibid. 1. 17 , formés , l . formé.
P. 2069 , l . 4 , bein , l . bien .
Ibid, Lantepenultieme , avoir , l, avoit
P Age 1945 , lign. 21 & 22 , ôtez le point interrog
P. 1971 1.6 , l'on , l . on ; lign . 7 , mettez un poing
interrogant après Hommes .
P. 1993 , 1. 6 & 7 , regardés , l . regardé.
P. 2013 , 1. 15 , éclairera , l . éclaircira.
P. 2028 , 1. 4 du bas , mais , ôtez ce mot.
P. 2035 , l . 12 , le , ôtez ce mot.
Ibid. 1. 17 , formés , l . formé.
P. 2069 , l . 4 , bein , l . bien .
Ibid, Lantepenultieme , avoir , l, avoit
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7611
s. p.
« La Chanson notée doit regarder la page 2047 La Planche gravée, la page 2132 [...] »
Début :
La Chanson notée doit regarder la page 2047 La Planche gravée, la page 2132 [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « La Chanson notée doit regarder la page 2047 La Planche gravée, la page 2132 [...] »
La Chanfon notée doit regarder la page
La Planche gravée ,la page
2047
2138
La Planche gravée ,la page
2047
2138
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7612
s. p.
AVIS.
Début :
L'ADRESSE générale est à Monsieur MOREAU, Commis au Mercure, vis-à-vis [...]
Mots clefs :
Paquets, Libraires, Paris
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : AVIS.
AVIS.
ADRESSE générale eft àMonfieur
✓MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoise , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent ſeſervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très- instamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Poſte , d'avoir
ſoin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaisir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non -feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardéde copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir leMercure de France de lapremieremain ,
plus promptement, n'aurontqu'à donner leurs
adreſſes àM.Moreau , qui aura ſoin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , lesfaire
porterſur l'heure à la Pofte, ou aux Meffage
ries qu'on lui indiquera.
de
PRIX XXX. SOLS.
ADRESSE générale eft àMonfieur
✓MOREAU , Commis au Mercure , visà-
vis la Comédie Françoise , à Paris. Ceux qui
pour leur commodité voudront remettre leurs
Paquets cachetés aux Libraires qui vendent le
Mercure à Paris , peuvent ſeſervir de cette
voye pour les faire tenir.
On prie très- instamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Poſte , d'avoir
ſoin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nous le
déplaisir de les rebuter , & à ceux qui les
envoyent , celui , non -feulement de ne pas voir
paroître leurs Ouvrages , mais même de les perdre
, s'ils n'en ont pas gardéde copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui ſouhaiteront
avoir leMercure de France de lapremieremain ,
plus promptement, n'aurontqu'à donner leurs
adreſſes àM.Moreau , qui aura ſoin de faire
leurs Paquets fans perte de tems , lesfaire
porterſur l'heure à la Pofte, ou aux Meffage
ries qu'on lui indiquera.
de
PRIX XXX. SOLS.
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7613
p. 2152-2189
MÉMOIRE pour servir à l'Histoire de la Ville d'Arras, depuis le commencement de l'année 1477, suivant le nouveau Style, jusqu'au mois de Mai 1484 ; lû par M. Harduin, Avocat, à l'Assemblée solemnelle de la Société Litt[é]raire de cette Ville, tenuë le 29 Fevrier 1744.
Début :
Charles le Hardi, Comte d'Artois, & dernier Duc de Bourgogne, fut tué à [...]
Mots clefs :
Arras, Roi, Louis XI, Ville, Marie de Bourgogne, Province d'Artois, Cité, Bourgeois, Philippe de Crèvecoeur, Guerre, Rats, Mariage, Français, Arrageois, 1477, Duc de Bourgogne, Gouverneur, Habitants, Magistrat, Seigneur de Lude, Siège, Flandre, Historiens, Échevins, Archiduc, Province
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MÉMOIRE pour servir à l'Histoire de la Ville d'Arras, depuis le commencement de l'année 1477, suivant le nouveau Style, jusqu'au mois de Mai 1484 ; lû par M. Harduin, Avocat, à l'Assemblée solemnelle de la Société Litt[é]raire de cette Ville, tenuë le 29 Fevrier 1744.
ME' MOIRE pour fervir à l'Histoire de
la Ville d' Arras , depuis le commencement
de l'année 1477 , ſuivant le nouveau Style,
jusqu'au mois de Mai 1484; * lù parM.
Harduin, Avocat , à l' Affemblée folemnelle
de la Societé Litt raire de cette Ville, tenue
le 29 Fevrier 1744.
CHarles le
Hardi , Comte d'Artois , &
dernier Duc de Bourgogne , fut tué à
la Bataille de Nanci les Janvier 1477 , &
laiſſa pour héritiere Marie , ſa fille unique.
Quelques - uns des Pays qui lui appartenoient
, devoient retourner à la Couronne
de France , au défaut de mâles dans la Maifon
de Bourgogne , mais le Comté d'Artois
n'étoit point ſujet à cette regle ; pluſieurs
Femmes en avoient joiii ; Mahaut , fille de
Robert II, l'avoit même poſſedé , à l'excluſion
du fils de ſon frere , parce que la Repréſentation
n'a jamais eu lieu dans cette
Province. MA
Cependant Louis XI , Roi de France ,
profitant du trouble que la mort du Duc répanditdans
tous ſes Etats, ne fongea qu'aux
* Les Faits contenus dans ce Mémoire , font fondés
fur quantité de bonnes preuves , que la forme duMereure
nepermetpas de citer.
2.
moyens
OCTOBRE.
1744. 2153
moyens de s'en emparer. Il fit partir auffi
tôt , pour commencer l'exécution de fon
projet , l'Amiral de Bourbon & Philippe de
Comines , Seigneur d'Argenton , qui ſe
tranſporterent à Abbeville, puis à Dourlens,
d'où ils envoyerent fommer Arras de ſe
foumettre au Roi.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur d'Efquerides
ou des Cordes , étoit alors Gouverneur
de la Cité; la Ville avoit pour le
ſien Adolphe de Cleves , Seigneur de Raveſtein.
Ces deux Officiers , pour répondre
à la ſommation des Envoyés du Roi , demanderent
une entrevûë , qui ſe fit dans
l'Abbaye du Mont S. Eloi , à deux lieuës
d'Arras . Jean de la Vacquerie , Conſeiller-
Penſionnaire de la Ville, y expofa les droits
incontestables de Marie de Bourgogne fur
la Province d'Artois. Il étoit impoflible à
Comines, de réfuter les preuves qu'on lui
objectoir. Lui- même avoue dans ſes Mémoires
, qu'il s'y étoit bien attendu , mais il fai
fit cette occafion,pour gagner pluſieursGentilshommes
, & les attirer au parti du Roi.
Crevecoeur , déja venduà la France , au
roit voulu pouvoir dès ce moment livrer la
Place confiée à la garde;mais la fermeté
des Arrageois , * encouragés par la préfence
de Raveſtein , lui fit remettre à un autre
* Ce motſe trouve dans le Dictionnaire de Trévoux,
Av tems
2154 MERCURE DE FRANCE.
tems l'effet de ſa trahifon. Raveſtein partit
quelques jours après , pour aller trouver à
Gand la Ducheffe de Bourgogne , ſon départ
favorifa le projet de Crevecoeur , dont
la fidélité lui étoit d'autant moins ſuſpecte ,
qu'il l'avoit vû tout récemment prêter un
nouveau ferment à cette Princeſſe .
Louis XI ayant appris que les Négociations
de fes Miniſtres avoient un heureux
fuccès ,& que plus d'une Ville s'étoit déja
renduë , prit lui-même la route des Pays-
Bas. Etant à Pérone , il vit arriver Guillau
me Hugonet , Chancelier de Bourgogne ,
Gui de Brimau , Comte de Mege , &Humbercourt
ou Imbercourt , & d'autres perfonnes
de conféquence , que Marie deBourgogne
avoit députés , pour lui demander la
paix. S'il en faut croire ce que rapporte le
P. Daniel , d'après quelques Ecrivains François
, cette Duchefle , furmontant , pour
fauver ſes Etats , la répugnance qu'elle devoit
fentir à époufer le Dauphin ,Enfant de
huit ans , infirme & contrefait , offrir de lui
donner ſa main , perfuadée que c'étoit une
voye infaillible pour contenter le Roi. Err
effet, diſent les mêmes Auteurs , il avoit
paru ſouhaiter ce mariage , mais comme fon
ſyſtème étoit changé , les Ambaſſadeurs de
la Princeſſe ne reçûrent qu'une réponſe ambiguë
; ſans découvrir ſes véritables inten
tions,
OCTOBRE. 1744. 2155
tions , il leur fit un accueil trés-gracieux, &
employa toute fon adreſſe, pour les faire entrerdans
fes intérêts. Pluſieurs ne voulurent
prendre aucun engagement , mais Humbercourt&
le Chancelier , moins difficiles à
ébranler , promirent au Roi de paſſer à fon
ſervice , dès que le mariage ſeroit conclu.
Ce Prince leur propoſa une choſe , qui les
embarraſſa beaucoup , ce fut qu'ils écriviffent
à Crevecoeur de lui ouvrir la Cité d'Arras.
Il leur fit entendre que l'Artois étant
un Fief de la Couronne , il avoit droit de
le mettre enſa main,juſqu'à- ce que Marie de
Bourgogne lui eût fait hommage. Le Chancelier&
Humbercourt , après avoir confideré
que le Roi étoit près d'Arras , qu'il avoit
une armée nombreuſe , que la Ducheffe , au
contraire , étoit preſque fans troupes ,&
que leur refus pourroit avoir des fuites fatales
, crurent devoir confentir à la propoſition
du Roi , & fur le champ il envoya
prendre poffeffion de la Cité. * Le Peuple
deGand , irrité contre ces deux Seigneurs ,
leur fit couper la tête fur un Echaffaut ,
malgré les follicitations , les prieres & les
larmes de la Ducheffe , dont ces Bourgeois
infolens mépriſoient l'autorité. Le corps
* Le 4Mars 1477 ,suivant la Chroniquefcandaleufe.
A vj d'Hum2156
MERCURE DEFRANCE .
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreſſé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deffas duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Eglife tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reffentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeffe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qut mihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſoſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata , forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enfe virum :
• Il étois Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège & d'Outremuſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2-157
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus ad Atrebates ,fumantibus undique todis
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
Cui Mausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
Cette Proſopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , quia continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, afſſure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit le Gouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
àLouis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujetde ce Mariage.
En effet , s'il m'eft permis de hazarder ici
mes conjectures , je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſon Royaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès ſon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien , &
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras; il foûtient
que Crevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autoriſer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité , & en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville
, fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garnifon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE. 1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
que Marie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les.Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitularion aux autres Villes de la Province
,afin de les porter à fe foûmettre aux mêmes
conditions.
LeRoi , de fon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes
; il les rétablit dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dûdes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés ; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès- lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ;il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chan
celier de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bofchage
, le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné & quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S. Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence.On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lai
inſpiroitune telle injure , partit de la Ciré
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Duchefſe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
ufant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon
feignirent que leur deſſein étoit d'envoyer
د
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffe
port ,
OCTOBRE. 1744. 2168
port , leurs Députés au nombre de vingt ou
environ , prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral,informé du ſtraragême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance ,
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que , parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés ,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince fir mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'é-
-carlate , & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin,
avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniftere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliage d'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion :on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville,mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la ChambreMunicipale.
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux fuffiſoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaſſer les
François , qu'on avoit laiſſés dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffe avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
CeCapitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais , malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers & imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ouBourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués ou faits prifonniers.
L'action ſe paſſa prèsdu Fauxbourg
S.
1
OCTOBRE. 1744. 2165
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufieurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
laCité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites ,Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers ,pour intimider les habitans
de la Ville& le petit nombre de gens
de guerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
6
:
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées . Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siège avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'inſulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ilsplanterent en differens endroits
des potences, où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanchie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion , montroient du haut des murs une
partie de leur corps , qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours diftingués
, c'eſt-à-dire , une affection ſans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malheureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
1
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclara d'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent i-bien le pitoyable état
de la Place& le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tout oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois ,dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Mariede Bourgogne.
Un Anonymedit , que les Portes ayant
été ouvertes , ce Prince refuſa d'y paſſer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans une Brochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats , imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selonune Tradition fort accréditée ,l'Infcription
fut placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien , Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront lesChats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François, quelqu'un dit qu'il falloit effa-
1 cer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettre du mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſionun trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats , avec ces Vers :
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné , au bas de laquelle on
avoitécrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé , qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives duMagiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite & priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de
*Cofmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François , Tome 2 .
vant
2468 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat fanglant , qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lir
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ce que tous vos Ayeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureux Rats.
Avotre barbe enfin ,de cette forte Place
Nous nous rendons les pofſeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.cesMatoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petit Rat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Ils ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
avoit ſignée en faveur des Arrageois . Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiſtrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneur du Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
Ala derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE EFRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers .
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abſens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat&
les principaux d'entre les Bourgeois
. Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné fauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE . 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûté la priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la fituation ."
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyen de les y réſoudre ,
& les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi aſſigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Queue de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes
. Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
2172 MERCURE DE FRANCE.
1
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé. * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1 477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par proviſion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens. Le Magiſtrat complimenta
ce Prince , & lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze ou feize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſe voit àpréſent.
pour
OCTOBRE. A
1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger,qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hôtel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
1
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , & même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impoſé par le feu Duc de Bourgogne ,
& dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établieſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province...
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénechauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
fe
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne ,
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , levoyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 *. Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoftilités. Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voiſinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long-tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête -Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale, qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſeinde
ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines ,&
refermer les Portes , quand elles ſferoient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
: Biiij hors
$
2156 MERCURE DEFRANCE.
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreffé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deſſus-duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Egliſe tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reſſentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeſſe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qutmihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſo ſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata ,forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enſe virum :
• Il étoit Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège d'Outreme ſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2157
'e
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus adAtrebates ,fumantibus undique todis,
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
CuiMausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
.:
Cette Profopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , qui a continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, affure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit leGouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
à Louis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujet de ce Mariage .
En effet , s'il m'eſt permis de hazarder ici
mes conjectures ,je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſonRoyaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès fon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien ,&
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras, il foûtient
queCrevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autorifer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité ,& en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville,
fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garniſon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE.
1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
queMarie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les. Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitulation aux autres Villes de la Provinee
, afin de les porter à fe foûmettre aux memes
conditions.
LeRoi , de ſon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes;
il les rétablir dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dudes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès-lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ; il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chancelier
de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bof.
chage , le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné &quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S.Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence. On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lui
inſpiroit une telle injure, partie de la Cité
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Ducheffe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
uſant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon ,
feignirent que leur deffein étoit d'envoyer
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffeport
,
OCTOBRE. 1744. 2168
,
port, leurs Députés au nombre de vingt ou
environ, prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral, informé du ſtratagême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que, parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince for mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'écarlate
, & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin
, avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniſtere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliaged'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion : on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville, mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la Chambre Municipale.
"
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux ſuffifoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
1
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaffer les
François , qu'on avoit laiſſes dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffle avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
Ce Capitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais ,malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers& imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité ,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ou Bourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués on faits prifonniers.
L'action ſe paſſa près du Fauxbourg
S
1
1
OCTOBRE. 1744. 2163
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufleurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
la Cité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi ,
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites , Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers , pour intimider les habitans
de la Ville & le petit nombre de gens
deguerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées. Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siége avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'infulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ils planterent en differens endroits
des potences,où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanclie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion ,montroient du haut des murs une
partie de leur corps ,qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours dif
tingués , c'est-à-dire , une affection fans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malreureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon ,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclarad'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent -bien le pitoyable état
de la Place&le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tour oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois , dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Marie de Bourgogne.
Un Anonyme dit , que les Portes ayant
étéouvertes , cePrince refuſa d'y paffer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans uneBrochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats, imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selon une Tradition fort accréditée , l'Infcriptionfut
placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien, Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
:
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront les Chats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François , quelqu'un dit qu'il falloit effacer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettredu mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſion un trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats, avec cesVers: ٢٠
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
1
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné au bas de laquelle on
avoit écrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé, qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives du Magiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de-
*Coſmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François, Tome 2 .
vant
2768 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat ſanglant, qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lit
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ceque tous vosAyeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureuxRats.
Avotre barbe enfin , de cette forte Place
Nous nous rendons les poffeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.ces Matoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petitRat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Its ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
2
avoit ſignée en faveur des Arrageois. Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiftrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneurdu Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
A la derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE DE FRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers.
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abfens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat
& les principaux d'entre les Bourgeois.
Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné ſauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE. 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûtéla priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la ſituation .
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyende les y réſoudre ,
&les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi affigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Quenë de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes.
Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
:
2172 MERCUREDE FRANCE.
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé . * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par provifion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens . Le Magiſtrat complimenta
ce Prince ,& lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze oufeize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſevoit àpréſent,
pour
OCTOBRE. 1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger, qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hotel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , &même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impofé par le feu Duc de Bourgogne ,
&dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établie ſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province..
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénéchauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne , fe
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , le voyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 * . Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoſtilités . Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voisinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long- tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête-Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale , qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſein
de ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines , &
refermer les Portes , quand elles ſeroient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
B iiij hors
:
2176 MERCURE DE FRANCE.
hors de la Ville. D'autres Soldats bien armés
s'étoient introduits dans cette Place en habits
de Payſans , & devoient ſeconder ceux
qui s'empareroient des Portes. Quelques
Arrageois, informés du projet des François ,
en avertirent le Magiſtrat de Douai par des
Lettres , qu'ils confierent à une femme ,
dont ils connoiffoient l'attachement pour la
Maiſon de Bourgogne. Le Magistrat porta
fur le champ cette nouvelle aux Chefs de la
garniſon. Comme le nombre des François
étoit trop grand pour riſquer une ſortie, on
réſolut de ne point ouvrir la Porte qui mene
à Arras , mais on plaça en cet endroit de
groffes pièces de canon , qui accablerent les
Soldats mis en embuſcade & une partie de
ceux qui s'étoient avancés vers la Porte. Le
refte fut obligé de prendre la fuite.
On voit dans les Mémoriaux que deux
ans auparavant un nommé de le Ruelle
avoit été banni par les Echevins d'Arras ,
parce qu'il étoit ſoupçonné d'écrire ſouvent
auxHabitans de Douai , pour leur communiquer
ce qu'on faiſoit & ce qu'on diſoit
dans la Ville.
Louis XI apprit que des Arrageois avoient
fait échoüer l'entrepriſe de ſes gens : il en
reffentit la plus vive colere , & ce fut fans
doute à cette occafion que , confondant l'innocent
avec le coupable , il les chaſſa tous
de
OCTOBRE. 1744 2177 .
de la Ville & de la Cité , ſans diftinguer
ſexe ni condition. Il fixa pour Lieux de leur
exil Paris , Rouen & Tours , & fit venir
pour les remplacer une Colonie Françoiſe.
Les Archers & les Arbalêtriers demeurerent
àArras quelque-tems après les autres , mais
ils furent auſſi bannis avant la fin de l'année
1479. Il n'y eut pas juſqu'aux Religieux de
S. Vaaſt , qui éprouverent les effets de cette
proſcription rigoureuſe. Charles de Bourbon
, Archevêque de Lyon , avoit été gratifiéde
leur Abbaye : voyant que ces Moines
déſaprouvoient ſes maximes & fes
moeurs corrompuës , & fâché de ce qu'ils
refuſoient de lui obéir aveuglément , il obtint
un ordre pour les faire fortir du Monaftere
, où il appella d'autres Moines d'un
caractere plus conforme au ſien ,& qui lui
permirent de diſſiper à ſon gré les revenus
de la Maiſon .
Tous les Hiſtoriens que j'ai lûs ſe ſont
trompés fur les véritables caufes & fur l'époque
de cette révolution :ils ont cru qu'elle
avoit ſuivide fort près les infultes reçuës
par Louis XI au Siége d'Arras , mais les Archives
de la Ville fourniffent mille preuves
de leur erreur. Il ſuffira de joindre ici les
plus frappantes à celles que j'ai déja rap
portéesdans le cours de ce Mémoire.
Le 12 Juin 1479 , cinq jours ſeulement
By avant
2178 MERCURE DE FRANCE.
avant l'Expedition de Douai , le Seigneur
de Baudricourt , qui étoit alors Lieutenant
Général en Artois , exempta les habitans
d'Arras pour un an duſervice de guerre , en
confideration des maux qu'ils avoient foufferts.
D'ailleurs , les Regiſtres de la Ville ne
contiennent aucun veſtige de ce qui arriva
durant l'éxil des Arrageois ,& l'interruption
de ces Journaux ne commence qu'au 14
Juillet 1479. On n'y trouve point de nomination
d'Echevins pour cette année : on y
voit au contraire que le Magiſtrat fut renouvellé
les deux années précédentes la
veille de la Touſſaint , felon la forme ordinaire
, & ceux qu'on élut pour compoſer ce
Corps , furent certainement tirés d'entre les
anciens Habitans ; la plupart même avoient
déja exercé l'Echevinage , avant la mort du
Duc de Bourgogne .
Une preuve encore plus convainquante ,
eſt celle qu'on remarque dans la Chartre
émanée deCharles VIII , fils de Louis XI ,
&dont je parlerai amplement. Ce Prince y
dit expreffément que les habitans d'Arras
furent bannis environ deux ans après qu'ils
eurent fait pleine & entiere obéiffance au Roi
fon Pere. En voilà fans doute affés pour démontrer
l'anachroniſme , où ſont tombés les
Auteurs , qui ont écrit ſur cette matiere.
Après
OCTOBRE . 1744 2179
Après la fameuſe Bataille d'Enguinegate ,
qui ſe donna le 7 Août 1479 , l'Archiduc
Maximilien prit d'aſſaut le Château de Malannoy
, ſitué proche l'Abbaye de Ham , &
en fit pendre leCommandant avec cinquante
de ſes Soldats. Louis uſa de repreſailles ;
il fit choiſir un pareil nombre de Priſonniers
de guerre , ordonna d'en pendre dix à l'endroit
même où les François avoient été exécutés
, dix fur le bord des foſſés d'Arras ,
dix aux Portes de S. Omer , autant à celles
de Douai , & les dix autres à Lille.
Au mois de Juillet 1481 , le Roi fit paroître
une Chartre , qui mit le comble au
châtiment des Arrageois. Il ydéclare que ſa
volonté eſt d'abolir entierement le nom
d'Arras , & défend , ſous peine de punition
exemplaire , que certe Ville ſoit jamais ainſi
appellée de bouche ni par écrit. Franchise ,
fut le nouveau nom qu'il lui impofa , non
pour exprimer le caractere ſincere & naif
des anciens Habitans , puiſqu'il les avoit
déja expulfés de leur Patrie : ce mot ne fignifioit
pas non plus Ville Françoise , comme
divers Auteurs ſe le ſont imaginés. Le
Roi dit lui-même dans ſa Chartre,qu'il donne
à cette Ville & à la Cité le nom de Franchife
, afin qu'on ſe ſouvienne à jamais des
grandes franchiſes & libertés , qu'il accorde
aux nouveaux Citoyens , ce qui introdui-
B vj
fit
2180 MERCURE DE FRANCE.
fit les termes de Civitas Libertinensis , Ee
clefia , Epifcopus , Officialis Libertinenfis ,
qu'on lit dans un Arrêt rendu au Parlement
de Paris en 1482 .
En effet , non content de confirmer en faveur
de la Colonie Françoiſe les Priviléges
octroyés anciennement à la Ville par les
Comtes de Flandre & d'Artois, par lesDucs
de Bourgogne & par les Rois de France ,
Louis en ajouta une infinité d'autres , pour
exciter un grand nombre de François à y
venir habiter volontairement : jedis volontairement
, car il réſulte de ſon Ordonnance
que pluſieurs perſonnes avoient été forcées
d'entrer dans la Colonie. Aufſi-tôt que le
Roi eut réfolu de chaſſer les anciens Habitans
, il fit tenir des aſſemblées à Paris , à
Rouën , à Tours , à Lyon , & en d'autres
Villes de France. Les Officiers de ces Lieux
y élûrent une bonne quantité de Marchands
& d'Artiſans , & les envoyerent à Arras ,
où ils étoient reçûs avec certaines formalités
par les Commiſſaires du Roi , qui leur diftribuoient
des maiſons , ſuivant leur état .
Pluſieurs Négocians , ainſi nommés malgré
eux , pour ſervir au repeuplement de
cette Ville , eurent beaucoup de peine à s'en
diſpenſer. Les uns furent obligés d'alleguer
leur vieilleſſe, ou de prétexter des maladies :
les autres donnerent ou prêterent des ſommes
OCTOBRE. 1744. 2181
mes d'argent à quelques-uns de leurs Com
patriotes , pour les engager à partir en leur
place. Il y a dans cette même Chartre un
article , par où le Roi annulle toutes les
Promeffes & lesObligations contractées par
les nouveaux Habitans,pour les prêts qu'on
leur avoit faits à ce ſujet , & cela attendu
les dépenſes & les embarras qu'ils avoient,
eſſuyés , en formant leur établiſſement à
Franchise.
Il ſe plaint dans un autre article de ce
que nombre d'Arrageois , qu'il appelle fes
adverſaires , rebelles & désobéifſans Sujets ,
après avoir juré de lui demeurer fidéles ,
font pourtant rentrés dans le Parti ennemi .
Il défend au Lieutenant de Roi , au Gouverneur
& aux Echevins de les ſouffrir dans
la Ville & Cité de Franchiſe : il les charge
néanmoins de recevoir ceux qui reviendroient
pour faire un nouveau Serment ,
mais de les releguer auffi- tôt par de-là la
riviere de Somme.
Cette Chartre contient plufieurs Reglemens
pour la Police de la Ville : le Roi y
change la maniere ordinaire de nommer le
Maire & les Echevins ; il accorde à ceux
qu'il avoit déja pourvûs de ces Emplois, ou
qui devoient l'être dans la ſuite,le Privilége
de Nobleſſe , tant pour eux que pour leur
poſterité maſculine & féminine ;il les exémte
1
2182 MERCURE DE FRANCE.
te du droit de Franc-Fief , & leur permet de
commercer , même en détail , ſans déroger
à leur condition .
Ce Monarque ne ſe contenta point d'anéantir
le nom de la Ville d'Arras . Voulant
effacer juſqu'à la plus legere marque de fon
ancien état , il lui donna pour nouvelles
armes un Ecu d'azur, ſemé de fleurs-de-Lys
d'Or , au milieu deſquelles étoit l'image de
S. Denis Apôtre de France , portant ſa tête
entre ſes mains. Ces armoiries ont ſans doute
contribué à la mépriſe des Hiſtoriens ,
qui ont cru que Franchiſe vouloit dire Ville
Françoise. Quoiqu'il en ſoit , le Roi enjoignit
aux Echevins de faire peindre ou ſculpter
cet Ecuflon à toutes les Portes de la Ville
& de la Cité , & à celle de leur Hôtel commun.
Marie de Bourgogne , Archiducheſſe d'Autriche
, mourut d'une chute de cheval le 18
Mars 1482 , & laiſſa deux enfans , Philippe
&Marguerite d'Autriche. Cette mort rendit
les Gantois encore plus infolens qu'ils
ne l'avoient été juſques-là. Ils refuſerent à
l'Archiduc la tutelle de ſes enfans , ce qui
fit naître aux Pays-Bas des guerres longues
&cruelles .
Louis ſçut bien mettre à profit la difpoſition
de ces Bourgeois mutins. Depuis
quelque-tems iltraitoit ſourdement avec eux
fur
OCTOBRE. 1744. 2183
fur les moyens de conclure une Paix entre
la France & la Flandre , bien affûré qu'ils
contraindroient Maximilien d'accepter les
conditions qui leur plairoient. Il leur avoit
déja fait propoſer le Mariage du Dauphin
avec Marguerite fille de l'Archiduc , pourvû
qu'on donnât à cette Princeſſe les deux Provinces
de Bourgogne ,& afin de leur témoigner
qu'il n'avoit nul deſſein d'envahir la
Flandre , il offroit de leur rendre Arras , &
tout ce qu'il avoit pris du côté de l'Artois ,
pour leur fervir de barriere contre la France.
Dès que l'Archiducheſſe fut morte , il redoubla
ſes foins , & mit tout en uſage , pour
venir à bout de ſon entrepriſe. Philippe de
Crevecoeur , Seigneur d'Esquerdes , qui
paſſa en Flandre à cette occafion , négocia
avec beaucoup d'habileté & de ſuccès. Les
Communautés du Pays tinrent des Affemblées
, pour régler les affaires de l'Etat. En
vain les Députés de pluſieurs Villes voulurent
laiffer une autorité légitime à l'Archiduc
; ceux de Gand l'emporterent toûjours,
& même ils obligerent ce Prince de confentir
à la Paix & au Mariage de ſa fille avec le
Dauphin .
Lorſqu'on lui eut arraché ſon acquiefcement
, les Flamans firent demander au Roi
desConférences , pour travailler à un Traité.
Leurs Ambaſſadeurs furent écoutés favora2184
MERCURE DEFRANCE.
,
rablement , & on choiſit Arras pour liett
du Congrès. Louis n'y envoya que quatre
Plénipotentiaires , ſçavoir , le Seigneur
d'Eſquerdes , Olivier de Querman , Lieutenant
de Roi en cette Ville , Jean Guerin
Maître d'Hôtel de S. M. & Jean de la Vacquerie
, qui de Confeiller - Penfionnaire
d'Arras étoit devenu Premier Préſident. au
Parlement de Paris. Il s'y trouva au nom
des Flanians juſqu'à 48 Députés , à qui Maximilien
fut forcé de donner auſſi un pleinpouvoir
, tant pour lui que pour ſes enfans.
Le Traité de Paix , dans lequel cette Ville
eſt toûjours nonmée Franchiſe aliàs Arras ,
fut ſigné le 23 Décembre 1482 , & ratifié
par le Roi au mois de Janvier ſuivant. On
yconvint , entre autres chofes , que le
Dauphin épouſeroit Marguerite d'Autriche
, quand elle feroit en age : qu'après la
publication de la Paix , cette jeune Princeffe
feroit amenée à Arras& miſe entre les mains
d'un Prince du Sang , pour être conduire à
la Cour de France : qu'elle auroit pour dot
les Comtés d'Artois & de Bourgogne , le
Mâconnois , l'Auxerrois , Salins , Bar-fur-
Seine & Noyers : que s'il ne fortoit point
d'Enfans du Mariage , ces Etats retourneroient
au Duc Philippe, frere de Marguerite
ou à ſes héritiers : que la Princeſſe , en arri
vant
OCTOBRE, 1744. * 2185
vant à Arras , feroit déclarée par le Comte
de Beaujeu , Comteſſe d'Artois & de Bourgogne
, & Dame des autres Seigneuries qui
compoſoient ſa dot : que tous ces Pays ſeroient
gouvernés felon leurs droits , uſages,
coûtumes & priviléges ſous la main du Dauphin
, comme futur Mari Bail de Marguerite.
Les Envoyés de Maximilien & des
Etats demanderent que la Ville d'Arras pût
jouir des mêmes avantages , & qu'elle fût
remiſe en ſa premiere ſituation : àquoi l'on
répondit pour le Roi que les anciens Habitans
, même ceux qui s'étoient retirés ſous
ladomination de l'Archiduc , pourroient
rentrer dans leurs héritages , revenir en
cette Ville , & y faire leur Commerce ou
toute autre Profeſſion , de même qu'auparavant.
Du reſte , le Roi s'en remet au Dauphintouchant
la reſtauration de l'ancienne
Police. Il fut auſſi permis par un article ſéparé
aux Religieux de S. Vaaſt de retourner
dans leur Abbaye , & d'en reprendre les
biens.
Une autre clauſe accorde aux Villes & aux
Villages d'Artois , une exemption de l'aide
ordinaire pendant fix ans , & les décharge
de tous les arrérages échus au tems du
Traité.
Les Ambaſſadeurs Flamans prierent ceux
du Roi de ne point laiffer de gens de guerre
dans
4
2186 MERCURE DE FRANCE.
dans les Places frontieres. Il fut dit la-def
fus qu'on feroit fortir la garniſon des petites
Villes , telles que Lens & l'Ecluſe , mais
qu'on diminueroit ſeulement celle des grandes
, comme Arras , Bethune , Aire , Terouane
, S. Pol , Guiſe & S. Quentin .
fe-
Le Traité portoit encore que la Ville ,
Château & Bailliage de S. Omer , ne
roient mis en la poſſeſſion du Dauphin ,
qu'après fon mariage accompli : que juſqu'à
ce tems , ils ſeroient confiés à la garde des
Habitans , qui jureroient de n'y admettre ni
l'Archiduc ou ſon Fils , ni le Roi ou le Dauphin
: que ſi la Princeſſe Marguerite mouroit
avant la conſommation du mariage , S.
Omer & ſes dépendances feroient rendus
à Philippe d'Autriche ou à ſes héritiers : que
cette Ville garderoit une exacte neutralité ,
au cas que la guerre ſe renouvellât entre la
France & l'Archiduc.
Enfin il fut reglé , que ſi le Mariage projetté
ne ſe faiſoit point , les biens aſſignés à
Marguerite d'Autriche rentreroient au Domainede
fon frere , ſauf la Souveraineté
qui appartenoit de tout tems à la Couronne
deFrance.
On furpaſſa les eſperances du Roi, en donnant
tout à la fois à Marguerite les Comtés
d'Artois & de Bourgogne. Ce fut l'Ouvrage
desGantois , qui cherchoient à affoiblir
la
OCTOBRE. 1744. 2187
la puiſſance de leur Prince. Maximilien n'avoit
pas lieu d'être fort ſatisfait du Traité ,
quoiqu'il eût été ſigné en vertu de ſes pouvoirs.
Il fut même tenté d'enlever ſa fille
avant qu'on la mît en chemin pour la Fran-
се , mais les Gantois & les François employerent
de ſi bonnes précautions qu'il
n'oſa l'entreprendre. Cette Princeſſe , âgée
d'environ cinq ans , fut fiancée à Amboiſe
avec le Dauphin, au mois de Juillet 1483 .
Louis XI mourut le 30 Août , après avoir
fait pluſieurs legs pieux , entre leſquels je
n'oublierai pas un Tabernacle & une Image
de la Vierge en Argent, peſant 250 marcs ,
qu'il donna à la Cathédrale d'Arras ; il donna
de plus aux Dominicains de cette Ville ,
un cierge de 152 livres , qui faisoient le
poids de fon corps , pour être allumé devant
l'Autel de la Vierge. L'Egliſe Paroiffiale de
la Ville de S. Pol , fut auffi enrichie d'un
Calice d'or , par le Teftament de ce Prince.
Charles VIII , fon fucceffeur , n'oublia
point les promeſſes faites en faveur des Ar
rageois par le Traité, dont je viens de parler.
Dès le 13 Janvier 1484 , le Roi fit
dreffer une Chartre , par laquelle il permet
que les anciens Habitans d'Arras , de toute
condition , reviennent ydemeurer,& qu'ils
reclament leurs biens immeubles , en l'état
où
1188 MERCURE DE FRANCE.
où ils les trouveront. Cette Ordonnance
fait revivre la Police & la forme deGouvernement
qu'on obſervoit avant les troubles ;
elle ſupprime entierement les nouvelles
Loix établies durant l'exil . Le Roi donne
aux Marchands & Artiſans François le choix
de s'en retourner aux Lieux de leur naiſſance
, ou de reſter à Arras , mais en y louant
des maiſons , de l'aveu des perſonnes à qui
elles appartenoient auparavant.
,
Antoine de Crevecoeur Seigneur de
Thiennes , Sénéchal & Gouverneur d'Artois
, fut nommé par le Roi , pour mettre ſa
Chartre en exécution , avec toute la folemnité
que demandoit un tel événement.
Dès qu'il fut arrivé dans Arras , Pierre de
Ranchicourt , Evêque de cette Ville , ſuivi
de quelques Membres des trois Etats , alla
le prier de remplir inceſſamment limpotante
Commiflion , dont il étoit chargé.
Ce Gouverneur fit appeller à l'Hôtel-de-
Ville tous les Marchans &les Artiſans François
qui ſe trouvoient à Arras , leur notifia
les ordres du Souverain , & ne leur donna
que huit jours pour y fatisfaire volontairement
, avec menace de les y forcer après ce
tems. Enſuite il fit publier la Chartre à tous
les Carrefours de la Ville & de la Cité ,
pour en apprendre le contenu à ceux qui
n'aOCTOBRE.
1744. 2189
n'avoient pû aſſiſter à l'Aſſemblée. Le 4
Mai ſuivant , ce Seigneur choiſit douze
Echevins parmi les anciens Habitans : le
Conſeiller - Penſionnaire , le Procureur de
Ville & l'Argentier furent auſſi changés.
Les Etrangers furent dépoüillés des autres
Charges Municipales , qui font à la difpoſition
du Magiftrat , & on les rendit
aux perſonnes , qui les poſſédoient avant
le banniſſement. Ceux d'entre eux qui
étoient morts pendant l'adminiſtration des
François , furent remplacés par le Gouverneur
, avec le conſentement des Echevins.
Enfin , tout rentra dans l'ordre ancien
, & il ne reſta preſque nulle trace de
la ſévérité de Louis XI,
la Ville d' Arras , depuis le commencement
de l'année 1477 , ſuivant le nouveau Style,
jusqu'au mois de Mai 1484; * lù parM.
Harduin, Avocat , à l' Affemblée folemnelle
de la Societé Litt raire de cette Ville, tenue
le 29 Fevrier 1744.
CHarles le
Hardi , Comte d'Artois , &
dernier Duc de Bourgogne , fut tué à
la Bataille de Nanci les Janvier 1477 , &
laiſſa pour héritiere Marie , ſa fille unique.
Quelques - uns des Pays qui lui appartenoient
, devoient retourner à la Couronne
de France , au défaut de mâles dans la Maifon
de Bourgogne , mais le Comté d'Artois
n'étoit point ſujet à cette regle ; pluſieurs
Femmes en avoient joiii ; Mahaut , fille de
Robert II, l'avoit même poſſedé , à l'excluſion
du fils de ſon frere , parce que la Repréſentation
n'a jamais eu lieu dans cette
Province. MA
Cependant Louis XI , Roi de France ,
profitant du trouble que la mort du Duc répanditdans
tous ſes Etats, ne fongea qu'aux
* Les Faits contenus dans ce Mémoire , font fondés
fur quantité de bonnes preuves , que la forme duMereure
nepermetpas de citer.
2.
moyens
OCTOBRE.
1744. 2153
moyens de s'en emparer. Il fit partir auffi
tôt , pour commencer l'exécution de fon
projet , l'Amiral de Bourbon & Philippe de
Comines , Seigneur d'Argenton , qui ſe
tranſporterent à Abbeville, puis à Dourlens,
d'où ils envoyerent fommer Arras de ſe
foumettre au Roi.
Philippe de Crevecoeur , Seigneur d'Efquerides
ou des Cordes , étoit alors Gouverneur
de la Cité; la Ville avoit pour le
ſien Adolphe de Cleves , Seigneur de Raveſtein.
Ces deux Officiers , pour répondre
à la ſommation des Envoyés du Roi , demanderent
une entrevûë , qui ſe fit dans
l'Abbaye du Mont S. Eloi , à deux lieuës
d'Arras . Jean de la Vacquerie , Conſeiller-
Penſionnaire de la Ville, y expofa les droits
incontestables de Marie de Bourgogne fur
la Province d'Artois. Il étoit impoflible à
Comines, de réfuter les preuves qu'on lui
objectoir. Lui- même avoue dans ſes Mémoires
, qu'il s'y étoit bien attendu , mais il fai
fit cette occafion,pour gagner pluſieursGentilshommes
, & les attirer au parti du Roi.
Crevecoeur , déja venduà la France , au
roit voulu pouvoir dès ce moment livrer la
Place confiée à la garde;mais la fermeté
des Arrageois , * encouragés par la préfence
de Raveſtein , lui fit remettre à un autre
* Ce motſe trouve dans le Dictionnaire de Trévoux,
Av tems
2154 MERCURE DE FRANCE.
tems l'effet de ſa trahifon. Raveſtein partit
quelques jours après , pour aller trouver à
Gand la Ducheffe de Bourgogne , ſon départ
favorifa le projet de Crevecoeur , dont
la fidélité lui étoit d'autant moins ſuſpecte ,
qu'il l'avoit vû tout récemment prêter un
nouveau ferment à cette Princeſſe .
Louis XI ayant appris que les Négociations
de fes Miniſtres avoient un heureux
fuccès ,& que plus d'une Ville s'étoit déja
renduë , prit lui-même la route des Pays-
Bas. Etant à Pérone , il vit arriver Guillau
me Hugonet , Chancelier de Bourgogne ,
Gui de Brimau , Comte de Mege , &Humbercourt
ou Imbercourt , & d'autres perfonnes
de conféquence , que Marie deBourgogne
avoit députés , pour lui demander la
paix. S'il en faut croire ce que rapporte le
P. Daniel , d'après quelques Ecrivains François
, cette Duchefle , furmontant , pour
fauver ſes Etats , la répugnance qu'elle devoit
fentir à époufer le Dauphin ,Enfant de
huit ans , infirme & contrefait , offrir de lui
donner ſa main , perfuadée que c'étoit une
voye infaillible pour contenter le Roi. Err
effet, diſent les mêmes Auteurs , il avoit
paru ſouhaiter ce mariage , mais comme fon
ſyſtème étoit changé , les Ambaſſadeurs de
la Princeſſe ne reçûrent qu'une réponſe ambiguë
; ſans découvrir ſes véritables inten
tions,
OCTOBRE. 1744. 2155
tions , il leur fit un accueil trés-gracieux, &
employa toute fon adreſſe, pour les faire entrerdans
fes intérêts. Pluſieurs ne voulurent
prendre aucun engagement , mais Humbercourt&
le Chancelier , moins difficiles à
ébranler , promirent au Roi de paſſer à fon
ſervice , dès que le mariage ſeroit conclu.
Ce Prince leur propoſa une choſe , qui les
embarraſſa beaucoup , ce fut qu'ils écriviffent
à Crevecoeur de lui ouvrir la Cité d'Arras.
Il leur fit entendre que l'Artois étant
un Fief de la Couronne , il avoit droit de
le mettre enſa main,juſqu'à- ce que Marie de
Bourgogne lui eût fait hommage. Le Chancelier&
Humbercourt , après avoir confideré
que le Roi étoit près d'Arras , qu'il avoit
une armée nombreuſe , que la Ducheffe , au
contraire , étoit preſque fans troupes ,&
que leur refus pourroit avoir des fuites fatales
, crurent devoir confentir à la propoſition
du Roi , & fur le champ il envoya
prendre poffeffion de la Cité. * Le Peuple
deGand , irrité contre ces deux Seigneurs ,
leur fit couper la tête fur un Echaffaut ,
malgré les follicitations , les prieres & les
larmes de la Ducheffe , dont ces Bourgeois
infolens mépriſoient l'autorité. Le corps
* Le 4Mars 1477 ,suivant la Chroniquefcandaleufe.
A vj d'Hum2156
MERCURE DEFRANCE .
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreſſé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deffas duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Eglife tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reffentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeffe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qut mihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſoſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata , forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enfe virum :
• Il étois Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège & d'Outremuſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2-157
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus ad Atrebates ,fumantibus undique todis
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
Cui Mausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
Cette Proſopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , quia continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, afſſure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit le Gouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
àLouis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujetde ce Mariage.
En effet , s'il m'eft permis de hazarder ici
mes conjectures , je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſon Royaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès ſon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien , &
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras; il foûtient
que Crevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autoriſer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité , & en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville
, fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garnifon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE. 1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
que Marie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les.Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitularion aux autres Villes de la Province
,afin de les porter à fe foûmettre aux mêmes
conditions.
LeRoi , de fon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes
; il les rétablit dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dûdes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés ; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès- lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ;il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chan
celier de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bofchage
, le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné & quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S. Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence.On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lai
inſpiroitune telle injure , partit de la Ciré
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Duchefſe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
ufant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon
feignirent que leur deſſein étoit d'envoyer
د
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffe
port ,
OCTOBRE. 1744. 2168
port , leurs Députés au nombre de vingt ou
environ , prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral,informé du ſtraragême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance ,
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que , parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés ,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince fir mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'é-
-carlate , & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin,
avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniftere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliage d'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion :on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville,mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la ChambreMunicipale.
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux fuffiſoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaſſer les
François , qu'on avoit laiſſés dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffe avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
CeCapitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais , malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers & imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ouBourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués ou faits prifonniers.
L'action ſe paſſa prèsdu Fauxbourg
S.
1
OCTOBRE. 1744. 2165
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufieurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
laCité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites ,Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers ,pour intimider les habitans
de la Ville& le petit nombre de gens
de guerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
6
:
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées . Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siège avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'inſulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ilsplanterent en differens endroits
des potences, où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanchie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion , montroient du haut des murs une
partie de leur corps , qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours diftingués
, c'eſt-à-dire , une affection ſans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malheureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
1
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclara d'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent i-bien le pitoyable état
de la Place& le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tout oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois ,dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Mariede Bourgogne.
Un Anonymedit , que les Portes ayant
été ouvertes , ce Prince refuſa d'y paſſer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans une Brochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats , imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selonune Tradition fort accréditée ,l'Infcription
fut placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien , Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront lesChats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François, quelqu'un dit qu'il falloit effa-
1 cer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettre du mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſionun trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats , avec ces Vers :
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné , au bas de laquelle on
avoitécrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé , qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives duMagiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite & priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de
*Cofmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François , Tome 2 .
vant
2468 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat fanglant , qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lir
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ce que tous vos Ayeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureux Rats.
Avotre barbe enfin ,de cette forte Place
Nous nous rendons les pofſeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.cesMatoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petit Rat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Ils ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
avoit ſignée en faveur des Arrageois . Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiſtrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneur du Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
Ala derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE EFRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers .
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abſens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat&
les principaux d'entre les Bourgeois
. Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné fauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE . 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûté la priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la fituation ."
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyen de les y réſoudre ,
& les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi aſſigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Queue de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes
. Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
2172 MERCURE DE FRANCE.
1
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé. * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1 477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par proviſion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens. Le Magiſtrat complimenta
ce Prince , & lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze ou feize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſe voit àpréſent.
pour
OCTOBRE. A
1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger,qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hôtel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
1
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , & même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impoſé par le feu Duc de Bourgogne ,
& dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établieſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province...
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénechauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
fe
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne ,
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , levoyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 *. Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoftilités. Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voiſinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long-tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête -Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale, qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſeinde
ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines ,&
refermer les Portes , quand elles ſferoient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
: Biiij hors
$
2156 MERCURE DEFRANCE.
d'Humbercourt * fut transferé à Arras , où
il eſt inhumé dans la Cathédrale , avec Antoinette
de Mailli-Rambures , fon Epouſe!
On leur a dreffé au côté gauche du Choeur ,
un Tombeau de pierre bleuë , au-deſſus-duquel
eſt une Arcade en pierre blanche , où
brille cette délicateſſe hardie , qui fait la
beauté des Monumens Gothiques.C'eſt pour
le repos de leurs ames qu'on chante encore
un Salut dans cette Egliſe tous les Samedis
& en differens autres jours de l'année.
J'ai pensé qu'il ne ſeroit pas inutile de
rappeller ici des Vers Latins , où l'on exprime
la douleur , que reſſentit Marie de Bourgogne
de la mort de ce Seigneur malheureux
; c'eſt la Princeſſe elle-même qu'on
y faitparler.
Non Imbercurium vinclis educere quivi ,
Inter Magnates qutmihi fidus erat ,
Hunc ubi publicitus curtandum vertice vidi ,
Excelſo ſtantem , plebe fremente , loco ,
Huc illucfupplex Princeps ego tanta cucurri
Per totum , crines irreligata ,forum ;
Obteftataferox , oculis rorantibus imbrem ,
Vulgus , ne tantum perderet enſe virum :
• Il étoit Chevalier de la Toiſon d'Or, Chambellan de
Charles le Hardi , Gouverneur de Namur , Lieutenant
Général aux Pays de Liège d'Outreme ſe. Selon fon
Epitaphe , il mourut le 3 Auril 1476. Vieux style.
At
OCTOBRE.. 1744. 2157
'e
At nihil obtinui ; triſtemſum paſſarepulfam ;
Indignè cecidit nobilis ille Reus.
Funus adAtrebates ,fumantibus undique todis,
Ut tumularetur ,mittere cura fuit ;
CuiMausoleum pofui de marmere ſectum
Virginis augusta Matris in Æde Dei.
.:
Cette Profopopée eſt de Philippe Meyer ,
natif d'Arras , qui a continué les Annales
du célebre Jacques Meyer , ſon Bifayeul ,
depuis 1477 juſqu'en 1610. Son Livre n'eſt
point encore imprimé
La plupart des Hiſtoriens Flamans ne font
point d'accord avec les François touchant
les cauſes qui donnerent lieu à l'exécution
d'Hugonet & d'Humbercourt ,ni par rapport
à la conduite que ces deux Seigneurs
avoient tenuë. L'Auteur des Notes fur Olivier
de la Marche, affure , à la vérité, qu'ils
firent remettre au Roi la Cité d'Arras , &
qu'ils déchargerent par écrit leGouverneur
du ferment , qu'il avoit prêté à la Ducheſſe.
CeCommentateur dit auſſi qu'ils promirent
à Louis XI de ne rien épargner pour engager
cette Princeſſe à épouſer le Dauphin ,
mais il nie , ainſi que la Marche lui-même ,
qu'elle les eût chargés de faire aucune offre
au fujet de ce Mariage .
En effet , s'il m'eſt permis de hazarder ici
mes conjectures ,je ne sçaurois m'imaginer
que
158 MERCURE DE FRANCE.
que Louis ait pû refuſer de marier ſon fils
à la plus riche Héritiere de l'Europe. Une
telle alliance auroit aggrandi conſidérablement
ſonRoyaume,& l'auroit mis en étatde
braver tous les Princes voiſins. Je penſe
donc , malgré l'autorité des Ecrivains de
France , que ce mariage auroit terminé la
guerre , dès fon commencement , Marie
de Bourgogne l'avoit fait propofer au Roi.
PontusHeuterus prétend qu'Humbercourt
&Hugonet n'étoient coupables de rien ,&
qu'ils n'avoient pas contribué à la réception
des François dans la Cité d'Arras, il foûtient
queCrevecoeur leur en donna l'entrée de ſon
propre mouvement , mais que Philippe de
Comines , voulant fauver la réputation de
ce dernier , en rejetta la faute fur deux hommes
innocens , dont le fupplice , tout injufte
qu'il fût , ſembloit autorifer ce reproche.
Quoiqu'il en foit , Crevecoeur admit les
François dans laCité ,& en fortit lui-même,
après avoir congédié les troupes Bourguignonnes.
Le Roi , qui s'y rendit bien- tôt en
perſonne , ayant inutilement ſommé la Ville,
fit dreffer quelques Ouvrages de terre
pour la réduire , & ravagea les Campagnes
voiſines. Les Arrageois , allarmés de ces
hoſtilités , fe trouvant d'ailleurs fans Gouverneur
& fans garniſon , furent contraints
de capituler preſque auſſi tôt. Ils promirent
d'obéïr
OCTOBRE.
1744. 2559
d'obéïr au Roi , mais ſeulement juſqu'à- ce
queMarie de Bourgogne lui eût fait hommage
du Comté d'Artois , à moins qu'elle
ne s'alliût par mariage ou autrement avec les
Anglois ou avec d'autres , qui ne vouluſſent
pas rendre au Roi les devoirs qui lui appartenoient
légitimement , auquel cas les. Habitans
d'Arras demeureroient fidéles à ce
Prince ,& le reconnoîtroient pour ſeul &
unique Maître. De plus, il fut reglé que les
Echevins dénonceroient fur le champ cette
Capitulation aux autres Villes de la Provinee
, afin de les porter à fe foûmettre aux memes
conditions.
LeRoi , de ſon côté , pardonna aux Habitans
tout ce qu'ils pouvoient avoir fait contre
ſes intérêts pendant les guerres précédentes;
il les rétablir dans leurs Biens ; il
leur remit ce qui reſtoit dudes Impoſitions
extraordinaires , dont Charles le Hardi les
avoit chargés; il conſentit que la Princeſſe
•Marie touchât dès-lors par les mains des
Commiſſaires Royaux tous les Droits que la
Ville payoit ordinairement aux Ducs de
Bourgogne ; il exempta les Habitans du Ban
&de l'Arriere- Ban ; il s'engagea de ne leur
point envoyer de gens de guerre, à la charge
qu'ils n'en accepteroient d'aucun autre
Prince; enfin il leur affura la confervation de
leurs Coûtumes & de tous leurs Privileges.
En
2160 MERCURE DE FRANCE.
En conféquence de ces articles , le Roi
députa le Cardinal de Bourbon , le Chancelier
de France , l'Evêque d'Arras , le
Comte de S. Pol , le Seigneur du Bof.
chage , le Seigneur du Lude , Gouverneur
de Dauphiné &quelques autres , qui
reçûrent en l'Egliſe de S.Vaaſt le Serment
des Principaux de la Ville. Ils dînerent le
même jour à l'Abbaye , & pendant qu'ils
étoient à table , une partie de la populace
y courut en armes , à deſſein de leur faire
violence. On entendoit crier de toutes partst
Tuë , tuë , point de quartier.Mais cette émeute
fut bien-tôt appaiſée , & les Envoyés du
Roi en furent quittes pour la peur. Ce
Prince , diffimulant l'indignation que lui
inſpiroit une telle injure, partie de la Cité
d'Arras , où il laiſſa l'Amiral de Bourbon
avec une garniſon convenable.
Peu de tems après , les Bourgeois de la
Ville jugerent à propos de députer à la Ducheffe
un certain nombre de perfonnes ,
pour apprendre ce qu'elle penſoit de leur
Capitulation , & pour lui faire quelques
Remontrances. Suivant les Regiſtres du
Magiſtrat , il n'y avoit rien dans ce projet ,
qui fût préjudiciable au Roi. Néanmoins
plus d'un Hiſtorien dit que les Arrageois ,
uſant d'artifice avec l'Amiral de Bourbon ,
feignirent que leur deffein étoit d'envoyer
vers le Roi . Après avoir obtenu un Paffeport
,
OCTOBRE. 1744. 2168
,
port, leurs Députés au nombre de vingt ou
environ, prirent le chemin de la Flandre ,
mais l'Amiral, informé du ſtratagême par le
Seigneur de Crevecoeur , fit poſter à Lens
des Soldats , qui les arrêterent , & les conduifirent
en la Ville d'Hedin , où le Prévôt
les condamna à perdre la tête. Louis XI arriva
pendant qu'on les faifoit mourir , &
détendit ,par une raiſon de bienséance
qu'on achevât l'exécution. Mais ayant ſçû
que, parmi ceux qu'on avoit déja dépêchés,
il ſe trouvoit un Parifien , nommé Oudard
de Buffi , ce Prince for mettre au haut d'un
chevron ſa tête revêtuë d'un chaperon d'écarlate
, & la fit expoſer ſur la Place d'Hédin
, avec un Ecriteau , qui annonçoit le
prétendu crime de ce Magiſtrat. Il étoit
Procureur Général d'Artois : c'eſt le nom
qu'on donnoit alors à l'Officier chargé du
Miniſtere public au Siége de laGouvernance
ou Bailliaged'Arras. Baudrain de Canlers ,
Echevin d'Arras , fut auſſi décapité en cette
occaſion : on fit mention de ſa mort dans
les Mémoriaux de la Ville, mais cette remarque
fut rayée , environ cent ans après , en
vertu d'une réſolution de la Chambre Municipale.
"
Les Arrageois crurent qu'un traitement
fi rigoureux ſuffifoit pour les dégager du
Serment qu'ils avoient fait au Roi. Enticrement
1
2162 MERCURE DEFRANCE.
1
rement dévoués à la Ducheſſe de Bourgogne
, ils ne fongerent plus qu'à chaffer les
François , qu'on avoit laiſſes dans la Cité.
Ils firent connoître leur diſpoſition à Philippe
de Potiere , Seigneur d'Arſi , que la
Ducheffle avoitnommé depuis peu leurGouverneur
: ils le prierent de venir les joindre
au plûtôt , & de leur amener des troupes.
Ce Capitaine , qui étoit alors à Douai avec
Salezar & le Seigneur de Vergi , forma un
Corps de 1600 Fantaſſins , pour marcher
au ſecours d'Arras. Il ne vouloit ſe mettre
en chemin qu'après le coucher du Soleil ,
mais ,malgré ſes juſtes repréſentations , les
Bourgeois de Douai , également fiers& imprudens
, le forcerent de partir en plein
midi. Le Seigneur du Lude eut le tems d'aller
à ſa rencontre avec la garniſon de la
Cité ,& mit le Détachement en déroute.
Vergi fut pris &conduit en France : Salezar
ſe ſauvadans un Bois , d'où il trouva moyen
de regagner Douai : d'Arſi ſe fit jour au
travers des François avec 600 hommes
d'élite , qu'il introduiſit dans la Ville d'Arras.
Comines prétend que les troupes Flamandes
ou Bourguignonnes ne conſiſtoient
qu'en deux ou trois cent chevaux& environ
600 hommes d'Infanterie , & qu'ils
furent preſque tous tués on faits prifonniers.
L'action ſe paſſa près du Fauxbourg
S
1
1
OCTOBRE. 1744. 2163
S. Sauveur * : l'Egliſe des Carmes , qui étoit
en cet endroit , fut brûlée , ainſi que plufleurs
maiſons voiſines.
D'Arſi arrivé dans la Ville , ne négligea
rien pour la mettre en état de faire une
bonnedéfenſe. Il manquoit dans le Magif
trat quelques Echevins ,dont les uns étoient
morts ; les autres , craignant ſans doute les
embarras d'un Siége , s'étoient réfugiés dans
la Cité. LeGouverneur ſentit la néceſſité
qu'il y avoit de les remplacer. Il créa deux
nouveaux Echevins au nom de Marie de
Bourgogne , & les anciens en choiſirent
deux autres, ſuivant la coûtume. Ces quatre
perſonnes prêterent leur Serment le 21
Avril , en préſence du Seigneur d'Arfi ,
après qu'il eut juré lui-même à l'Hôtel-Commun
de remplir fidélement les devoirs de
faCharge.
Sur ces entrefaites , Louis revint dans la
Cité ** : il commença par faire mourir quelques
priſonniers , pour intimider les habitans
de la Ville & le petit nombre de gens
deguerre , qui reſtoit encore dans le Pays.
Il fit enſuite approcher ſon artillerie , qui
ruina en peu de jours & les anciennes murailles
& les nouvelles fortifications qu'on
* Le 1 Avril , ſuivant un Manuscrit anonyme.
** Comines mal informé,dit que ce fut lelendemain
du combat.
2164 MERCURE DEFRANCE.
y avoit ajoutées. Le Peuple d'Arras fe com
porta pendant ce Siége avec beaucoup d'emportement
: les habitans ſe firent un plaifir
d'infulter fur les Remparts au Roi & à fes
Troupes : ils planterent en differens endroits
des potences,où ils pendirentdesbanderoles
à la Croix Blanclie , qui étoit l'Enſeigne des
François , comme la Croix Rouge étoit celle
des Bourguignons. Il y en eut même qui par
dériſion ,montroient du haut des murs une
partie de leur corps ,qu'il ne convient pas
de nommer ici.
Si cette conduite des Arrageois étoit ridicule
& blamable , on doit les excuſer , en
fongeant au caractere qui les a toûjours dif
tingués , c'est-à-dire , une affection fans bornes
pour leurs Princes légitimes. Tous les
Hiſtoriens , ſans excepter les François ,
avouënt que Louis XI n'avoit aucune raiſon
d'envahir la Province d'Artois , & parlent
avec une forte de compaſſion du malreureux
état où se trouvoit Marie de Bourgogne.
En faut-il davantage pour pardonner
aux Habitans d'Arras les excès aufquels ils
ſe ſont portés dans cette occurrence ? Autant
qu'ils avoient alors de répugnance pour la
domination Françoiſe , autant ils ont témoigné
de penchant à s'y foumettre , quand les
Conquêtes de nos Rois ont été fondées fur
de juſtes prétentions. Depuis plus de cent
ans
OCTOBRE. 1744. 2165
ans qu'ils ont le bonheur d'obéir aux Bourbons,
leur attachement inviolable ſe ſignale
chaque jour par les preuves les moins équivoques
: on ſçait qu'ils ſacrifieroient leurs
biens& leurs vies pour cetteAuguſteMaiſon ,
avec le même zéle , qu'ils ont fait éclater
autrefois pour celle de Bourgogne.
Louis XI , indigné du procédé des Arrageois
, déclarad'abord , que leur Ville ſeroit
miſe au pillage , mais cet orage fur détourné
par l'éloquence de ceux , que le Peuple ,
bien-tôt réduit à la derniere extrêmité , envoya
pour obtenir une compoſition favora
ble. Ils dépeignirent -bien le pitoyable état
de la Place&le répentir des Bourgeois , que
Louis promit de tour oublier , & donna aux
gens de guerre la liberté de fortir avec armes
& bagages , pour aller où bon leur
ſembleroit. Ses Lettres Patentes du 4Mai
ratifierent preſque tous les points qu'il
avoit accordés au mois de Mars précédent ,
même par rapport aux revenus ordinaires
du Comté d'Artois , dont il laiſſa encore la
jouiſſance à Marie de Bourgogne.
Un Anonyme dit , que les Portes ayant
étéouvertes , cePrince refuſa d'y paffer ,
&qu'il voulut entrer à cheval parune bréche
que l'on fit exprès au Rempart.
J'ai lû dans uneBrochure moderne * qu'il
*Hiftoire des Rats, imprimée en 1736 , Lettre 5 .
Y
2166 MERCURE DEFRANCE.
y avoit alors à l'entrée de la Ville ( on ne
dit point de quel côté ) une Inſcription conçuë
en ces termes.
Quand les Rats mangeront lesCas ,
Le Roi ſera Seigneur d'Arras :
Quand la Mer , qui eſt grande & lée
Sera à la Saint Jean gelée ,
On verra pardeſſus la glace
Sortir ceux d'Arras de leur Place.
Mais les deux derniers Vers ſemblent
prouver que ce ſixain n'a été imaginé , que
depuis l'exil& le rappel des Arrageois , événemens
importans ,dont je difcuterai les
circonſtances.
Selon une Tradition fort accréditée , l'Infcriptionfut
placéeſur une des Portes d'Arras
en l'année 1482 , après que la Ville cut été
remiſe àMaximilien, Roi des Romains, par
l'artifice de Jean le Maire , ſurnommé Grifart.
Au reſte , on croit communément que
cette eſpécededéfi ſi injurieux à la France
ne renfermoit que les mots ſuivans :
:
Quand les François prendront Arras ,
Les Souris mangeront les Chats ?
On ajoute que cette Ville étant retombée
long-tems après entre les mains des
François , quelqu'un dit qu'il falloit effacer
OCTOBRE. 1744. 2167
cer la premiere lettredu mot prendront.
Daviti ou ſon Continuateur * avance à
cette occaſion un trait , qui n'a point l'ombre
de la vraiſemblance ; c'eſt que la prédiction
fut remplie au Siége de 1640 , &
qu'on vit des Chats dévorés par une troupe
deRats.
Un autre Ecrivain ** prétend qu'on avoit
repréſenté en pierre , unChat environné de
Rats, avec cesVers: ٢٠
Les François prendront Arras ,
Quand ce Chat prendra ces Rats ?
1
On lit encore ailleurs que le Monument
dont il s'agit , n'offroit que la figure d'un
cheval décharné au bas de laquelle on
avoit écrit :
Quand les François prendrontArras ,
CeCheval maigre deviendra gras.
Mais je n'ai rien trouvé, qui puiſſe ap
puyer aucune de ces Anecdotes , nidans les
Archives du Magiſtrat , ni dans les Hiſtoriens
d'une certaine antiquité.
Il m'eſt tombé entre les mains une Eſtampe
intitulée : La défaite priſe générale des
Chats d'Espagne par les Rats François , de-
*Coſmographie univerſelle, ou Description du monde.
** Batailles mémorables des François, Tome 2 .
vant
2768 MERCUREDE FRANCE.
vant la Ville Citéd'Arras. Cette Eſtampe
repréſente un combat ſanglant, qui ſe donne
ſous les murs d'Arras entre ces deux eſpéces
d'Animaux, armés d'Epées , de Lances & de
Mouſquets. On y remarque entr'autres choſes
des Rats , qui ſe nettent en devoir de
pendre un gros Chat à un arbre , & on lit
cesVers au bas :
C'eſt donc à cette fois que l'on voit accomplie ,
Meſſieurs les Habitans d'Arras ,
Ceque tous vosAyeux tenoient pour Prophétie ,
VosChats étant vaincus par nos valeureuxRats.
Avotre barbe enfin , de cette forte Place
Nous nous rendons les poffeſſeurs ,
Puiſque nos Rats François mépriſant leur grimace ,
Des Chats d'Eſpagne ſont demeurés les vainqueurs,
Vous les voyez ici par leur force & courage ,
Après un ſignalé combat ,
Garoter.ces Matoux , qui frémiſſent de rage
De ſe voir prifonniers d'un ſimple petitRat.
En vain demandent- ils , ayant fait réſiſtance ,
Qu'on leur faſſe quelque quartier :
Its ſe verront branchés tous à cette Potence ,
Pour exemple récent àceux de leur métier.
Revenons à la Capitulation que Louis XI
avoit
OCTOBRE. 1744. 2169
2
avoit ſignée en faveur des Arrageois. Philippe
de Comines eſt forcé de convenir que
ce Prince ne l'obſerva point fort ſcrupuleuſement.
Selon Gaguin , il fit enlever aux
Bourgeois une grande quantité de vaiſſelle
d'argent. Pluſieurs furent punis de mort ,
entre leſquels il s'en rencontra , dit- on
qui aimerent mieux perdre la vie , que de /
prononcer Vive le Roi. Les Echevins mêmes
concoururent avec les Officiers de Louis au
châtiment de ceux qui s'étoient montrés les
plus mutins pendant le Siege. Craignant
enfuite qu'on ne les inquiétât à ce ſujet , &
qu'on ne les accuſât d'avoir violé le Traité ,
ils prierent le Roi d'expliquer là-deſſus ſon
intention. On voit dans les Archives du
Magiftrat , des Lettres du premier Juillet
1477 , par leſquelles il approuve & juftifie
leur conduite.
Le Seigneurdu Lude , qui fut alors nommé
Lieutenant Général de la Province d'Artois
, doit être conſideré comme le principal
auteur des violences , qui furent exercées
en cette conjoncture. Il ſe vanta luimême
à Philippe de Comines , que la dépoüille
des Bourgeois exécutés lui avoit
valu vingt mille écus & deux fourrures de
Martre..
A la derniere réduction de la Ville , Louis
s'étoit engagé de ne pas toucher aux biens
B des
2170 MERCURE DE FRANCE.
des habitans , qui s'étoient retirés ſous la
domination de ſes ennemis , à condition
qu'ils revinſſent dans trois mois , pour faire
ferment de fidelité à lui ou à ſes Officiers.
Le délai fut encore prorogé dans la ſuite
pour l'eſpace d'un mois , mais dès que ce
terme fatal fut expiré , le Roi donna à Philippe
de Crevecoeur une partie des biens de
ceux qui étoient encore abfens. De plus ,
mettant en oubli ſes promeſſes, il fit payer à
ce ſerviteur zélé les arrérages que devoient
les Bourgeois pour lesAides extraordinaires,
établies par le feu Duc de Bourgogne.
Ce Prince voulant auſſi récompenfer les
ſervices du Seigneur de Bours , lui fit préſent
de 55 groffes chaînes de fer , dont on
ſe ſervoit à Arras , pour barrer les ruës dans
les tems de Guerre &de Sédition .
Le 21 de Mai de cette même année 1477,
le Seigneur du Lude , accompagné de pluſieurs
Officiers du Roi , ſe rendit à l'Hôtelde-
Ville , où il avoit fait convoquer le Magiftrat
& les principaux d'entre les Bourgeois.
Ce Seigneur , après avoir promis de
punir ſévérement les exactions & les défordres
commis par les Soldats François , qu'on
pourroit lui nominer , exalta beaucoup la
clémence du Roi , qui avoit daigné ſauver
les habitans du pillage , malgré leur déſobéiſſance
,leur parjure & les outrages qu'ils
lui
OCTOBRE. 1744. 2171
lui avoient faits. Il finit par demander à
l'Aſſemblée un prêt de 60 mille écus d'Or ,
pour dédommager ce Monarque des frais
immenfes , que lui avoit coûtéla priſe de la
Ville. On eut beau remontrer la ſituation .
fâcheuſe des Bourgeois , & l'impoſſibilité de
fournir une ſomme ſi confiderable , le Seigneur
du Lude ne voulut rien écouter , de
forte qu'après bien des repréſentations prefque
inutiles , il fallut avancer au Roi 47
mille écus d'Or , dont la levée fut très-difficile
, & incommoda extrêmement le peuple.
Les Religieux de S. Vaaſt devoient
contribuer à ce prêt pour quatre mille écus ;
mais il n'y eut pas moyende les y réſoudre ,
&les Bourgeois ſe virent obligés de payer
pour eux.
Les 47 mille écus furent certainement
reſtitués peu de tems après. Le Roi affigna
pour ce remboursement l'Impôt d'un écu ,
qu'il levoit fur chaque Quenë de Vin , qui
paſſoit ſur les rivieres de Somme & d'Oife.
Il voulut auſſi qu'on retînt ſur le produit de
cet Impôt dequoi fatisfaire les perſonnes ,
dont on avoit pris les maiſons pour bâtir
deuxChâteaux , l'un au bout de la grande
Place , près de la Porte S. Michel , l'autre
dans la Cité, au-deſſus du Couvent des Clairiffes.
Le Roi avoit crû la conſtruction de
ces Ouvrages néceſſaire , pour tenir les Ar-
Bij rageois
:
2172 MERCUREDE FRANCE.
rageois en reſpect. Il ordonna en mêmetems
la démolition du Rempart , qui fermoit
, de même qu'aujourd'hui , la Ville
contre la Cité ; & il en fit élever un nouveau
ſur l'autre bord du Foffé . * ;
Heuterus & Locrius font entendre que
Louis XI confia le ſoin de ces travaux au
Seigneur d'Arſi , qui avoit embraffé fon
parti , & auquel il avoit donné le Gouvernement
d'Arras , mais je ne ſçais où ces deux
Auteurs ont puiſé un trait ſi contraire à la
vérité, Les Regiſtres du Magiſtrat font voir
que dès le 6 Mai 1477 , Guillaume de Ceriſay
, Greffier du Parlement , fut nommé
Gouverneur d'Arras par provifion , & que
deux mois après , Antoine de Crevecoeur ,
Seigneur de Thiennes , fut inſtallé dans
cette Charge , qu'il poſſeda long-tems.
Louis XI paſſa dans Arras à differentes
repriſes une bonne partie de l'année 1477 :
il s'y trouva le premier de Juillet à l'arrivée
du Roi de Portugal , qu'il alla attendre à la
Porte de Miolens . Le Magiſtrat complimenta
ce Prince ,& lui préſenta les Vins à l'Abbaye
de S. Vaaſt , où il fut logé. On ordonna
de ſonner toutes les cloches des Egliſes ,
& d'allumer des feux dans les ruës , tant
* Quinze oufeize ans après , tous ces Ouvrages furent
démolis , & on rebatit du côté de la Ville la
muraille, quiſevoit àpréſent,
pour
OCTOBRE. 1744. 2175
pour le paſſage du Monarque étranger, qu'à
cauſe de la victoire remportée par les François
entre Tournai & Oudenarde , fur un
Corps de Flamands, commandé par le jeune
Duc de Gueldres , qui perdit la vie à cette
Bataille.
Ce fut auſſi dans la Cité d'Arras que Louis
au mois d'Août ſuivant conclut avec les
Ambaſſadeurs du Duc de Bretagne un Traité
de Paix , qui fut porté à l'Hotel-de-Ville
par le Greffier du Parlement , & publié folemnellement
à la Maison Rouge, par le Prévôt
des Maréchaux.
Pendant que le Roi ſéjourna en cette
Ville , &même après ſon départ , il accorda
diverſes faveurs aux Bourgeois. Ce qu'il y a
de particulier , c'eſt que , touché du triſte
étatde leurs maiſons ,& voulant leur procurer
la facilité de les rétablir , il les exemta
pour fix ans de l'ancienne Compoſition d'Artois
* , tandis qu'il exigeoit d'eux , comme
je l'ai dit plus haut , les arrérages d'un Tribut
impofé par le feu Duc de Bourgogne ,
&dont il avoit promis auparavant de les
décharger.
Dans le cours de cette même année , il
déclara la Ville d'Arras & la Province en-
* L'Aide ordinaire ou ancienne Compoſition d'Artois,
établie ſous le Roi Jean, eft de 1400 livres par an pour
toute la Province..
B iij tiere
2174 MERCURE DE FRANCE.
tiere réunies pour toujours à la Couronne
de France , & en conféquence il inſtitua
dans cette Ville une Sénéchauffée Royale ,
foumiſe immédiatement au Parlement de
Paris , mais il fit connoître en même-tems
que l'érection de ce Tribunal ne donneroit
aucune atteinte à la Jurisdiction ni aux Priviléges
des Echevins.
Peu après la mort du Duc de Gueldres ,
Maximilien Archiduc d'Autriche , qui venoit
d'époufer Marie de Bourgogne , fe
mit en campagne avec une armée , que les
Communautés de Flandre lui fournirent ,
& huit cent chevaux , qu'il avoit amenés
d'Allemagne . Louis , le voyant en étatde ſe
défendre plûtôt qu'il n'avoit cru , lui envoya
propoſer une Tréve de dix jours , qui
fut ſignée à Lens le premier ou le 2 Septembre
1477 * . Dès que cette Tréve légere fut
expirée , on recommença les hoſtilités . Les
Soldats du Roi & les Payſans ravagerent le
Bois de Mofflaines , près de Court- au -Bois ,
&y couperent environ cinq mille chênes .
L'année ſuivante , Maximilien marcha
contre Louis , qui étoit au voisinage de
Condé. Le Roi n'oſa l'attendre , quoiqu'il
fût à la tête d'une armée puiſſante : il aima
mieux faire une retraite précipitée , après
avoir mis le feu à Condé & à Mortagne.
* Le P. Daniel dit que ce fut le 18 Septembre.
L'ArOCTOBRE.
1744. 2175
L'Archiduc le pourſuivit long- tems , mais il
s'arrêta au Pont à Vendin , ayant appris
que ſon Ennemi étoit déja renfermé dans
les murs d'Arras .
Le Roi s'y trouvoit encore le jour de la
Fête-Dieu , & il porta un flambeau à la Proceffion
générale , qui ſe fit autour de la
Ville.
Au mois de Juillet , les deux Princes parurent
diſpoſés à faire la Paix , mais comme
il n'étoit pas facile d'en régler les conditions
, le Roi ayant autant de peine à rendre,
que Maximilien à céder ce qui avoit été
pris , on ſe contenta d'une nouvelle ſuſpenſion
d'armes ; elle fut concluë pour un an
en la Ville d'Arras , où l'Archiduc & les
Communautés de Flandre envoyerent leurs
Députés.
La guerre ſe renouvella avant le terme
fixé pour la fin de cette Tréve. Le 17 Juin
1479 , quatre mille François partirent,pendant
la nuit, d'Arras & des environs, à defſein
de ſurprendre Douai , avec des machines
nouvellement inventées , pour empêcher
qu'on ne pût baiſſer les Sarrafines , &
refermer les Portes , quand elles ſeroient
une fois ouvertes. On avoit caché par avance
dans les bleds & dans des broſſailles pluſieurs
pelotons de Troupes , qui étoient
chargés d'obſerver ce qui ſe paſſoit au-de-
B iiij hors
:
2176 MERCURE DE FRANCE.
hors de la Ville. D'autres Soldats bien armés
s'étoient introduits dans cette Place en habits
de Payſans , & devoient ſeconder ceux
qui s'empareroient des Portes. Quelques
Arrageois, informés du projet des François ,
en avertirent le Magiſtrat de Douai par des
Lettres , qu'ils confierent à une femme ,
dont ils connoiffoient l'attachement pour la
Maiſon de Bourgogne. Le Magistrat porta
fur le champ cette nouvelle aux Chefs de la
garniſon. Comme le nombre des François
étoit trop grand pour riſquer une ſortie, on
réſolut de ne point ouvrir la Porte qui mene
à Arras , mais on plaça en cet endroit de
groffes pièces de canon , qui accablerent les
Soldats mis en embuſcade & une partie de
ceux qui s'étoient avancés vers la Porte. Le
refte fut obligé de prendre la fuite.
On voit dans les Mémoriaux que deux
ans auparavant un nommé de le Ruelle
avoit été banni par les Echevins d'Arras ,
parce qu'il étoit ſoupçonné d'écrire ſouvent
auxHabitans de Douai , pour leur communiquer
ce qu'on faiſoit & ce qu'on diſoit
dans la Ville.
Louis XI apprit que des Arrageois avoient
fait échoüer l'entrepriſe de ſes gens : il en
reffentit la plus vive colere , & ce fut fans
doute à cette occafion que , confondant l'innocent
avec le coupable , il les chaſſa tous
de
OCTOBRE. 1744 2177 .
de la Ville & de la Cité , ſans diftinguer
ſexe ni condition. Il fixa pour Lieux de leur
exil Paris , Rouen & Tours , & fit venir
pour les remplacer une Colonie Françoiſe.
Les Archers & les Arbalêtriers demeurerent
àArras quelque-tems après les autres , mais
ils furent auſſi bannis avant la fin de l'année
1479. Il n'y eut pas juſqu'aux Religieux de
S. Vaaſt , qui éprouverent les effets de cette
proſcription rigoureuſe. Charles de Bourbon
, Archevêque de Lyon , avoit été gratifiéde
leur Abbaye : voyant que ces Moines
déſaprouvoient ſes maximes & fes
moeurs corrompuës , & fâché de ce qu'ils
refuſoient de lui obéir aveuglément , il obtint
un ordre pour les faire fortir du Monaftere
, où il appella d'autres Moines d'un
caractere plus conforme au ſien ,& qui lui
permirent de diſſiper à ſon gré les revenus
de la Maiſon .
Tous les Hiſtoriens que j'ai lûs ſe ſont
trompés fur les véritables caufes & fur l'époque
de cette révolution :ils ont cru qu'elle
avoit ſuivide fort près les infultes reçuës
par Louis XI au Siége d'Arras , mais les Archives
de la Ville fourniffent mille preuves
de leur erreur. Il ſuffira de joindre ici les
plus frappantes à celles que j'ai déja rap
portéesdans le cours de ce Mémoire.
Le 12 Juin 1479 , cinq jours ſeulement
By avant
2178 MERCURE DE FRANCE.
avant l'Expedition de Douai , le Seigneur
de Baudricourt , qui étoit alors Lieutenant
Général en Artois , exempta les habitans
d'Arras pour un an duſervice de guerre , en
confideration des maux qu'ils avoient foufferts.
D'ailleurs , les Regiſtres de la Ville ne
contiennent aucun veſtige de ce qui arriva
durant l'éxil des Arrageois ,& l'interruption
de ces Journaux ne commence qu'au 14
Juillet 1479. On n'y trouve point de nomination
d'Echevins pour cette année : on y
voit au contraire que le Magiſtrat fut renouvellé
les deux années précédentes la
veille de la Touſſaint , felon la forme ordinaire
, & ceux qu'on élut pour compoſer ce
Corps , furent certainement tirés d'entre les
anciens Habitans ; la plupart même avoient
déja exercé l'Echevinage , avant la mort du
Duc de Bourgogne .
Une preuve encore plus convainquante ,
eſt celle qu'on remarque dans la Chartre
émanée deCharles VIII , fils de Louis XI ,
&dont je parlerai amplement. Ce Prince y
dit expreffément que les habitans d'Arras
furent bannis environ deux ans après qu'ils
eurent fait pleine & entiere obéiffance au Roi
fon Pere. En voilà fans doute affés pour démontrer
l'anachroniſme , où ſont tombés les
Auteurs , qui ont écrit ſur cette matiere.
Après
OCTOBRE . 1744 2179
Après la fameuſe Bataille d'Enguinegate ,
qui ſe donna le 7 Août 1479 , l'Archiduc
Maximilien prit d'aſſaut le Château de Malannoy
, ſitué proche l'Abbaye de Ham , &
en fit pendre leCommandant avec cinquante
de ſes Soldats. Louis uſa de repreſailles ;
il fit choiſir un pareil nombre de Priſonniers
de guerre , ordonna d'en pendre dix à l'endroit
même où les François avoient été exécutés
, dix fur le bord des foſſés d'Arras ,
dix aux Portes de S. Omer , autant à celles
de Douai , & les dix autres à Lille.
Au mois de Juillet 1481 , le Roi fit paroître
une Chartre , qui mit le comble au
châtiment des Arrageois. Il ydéclare que ſa
volonté eſt d'abolir entierement le nom
d'Arras , & défend , ſous peine de punition
exemplaire , que certe Ville ſoit jamais ainſi
appellée de bouche ni par écrit. Franchise ,
fut le nouveau nom qu'il lui impofa , non
pour exprimer le caractere ſincere & naif
des anciens Habitans , puiſqu'il les avoit
déja expulfés de leur Patrie : ce mot ne fignifioit
pas non plus Ville Françoise , comme
divers Auteurs ſe le ſont imaginés. Le
Roi dit lui-même dans ſa Chartre,qu'il donne
à cette Ville & à la Cité le nom de Franchife
, afin qu'on ſe ſouvienne à jamais des
grandes franchiſes & libertés , qu'il accorde
aux nouveaux Citoyens , ce qui introdui-
B vj
fit
2180 MERCURE DE FRANCE.
fit les termes de Civitas Libertinensis , Ee
clefia , Epifcopus , Officialis Libertinenfis ,
qu'on lit dans un Arrêt rendu au Parlement
de Paris en 1482 .
En effet , non content de confirmer en faveur
de la Colonie Françoiſe les Priviléges
octroyés anciennement à la Ville par les
Comtes de Flandre & d'Artois, par lesDucs
de Bourgogne & par les Rois de France ,
Louis en ajouta une infinité d'autres , pour
exciter un grand nombre de François à y
venir habiter volontairement : jedis volontairement
, car il réſulte de ſon Ordonnance
que pluſieurs perſonnes avoient été forcées
d'entrer dans la Colonie. Aufſi-tôt que le
Roi eut réfolu de chaſſer les anciens Habitans
, il fit tenir des aſſemblées à Paris , à
Rouën , à Tours , à Lyon , & en d'autres
Villes de France. Les Officiers de ces Lieux
y élûrent une bonne quantité de Marchands
& d'Artiſans , & les envoyerent à Arras ,
où ils étoient reçûs avec certaines formalités
par les Commiſſaires du Roi , qui leur diftribuoient
des maiſons , ſuivant leur état .
Pluſieurs Négocians , ainſi nommés malgré
eux , pour ſervir au repeuplement de
cette Ville , eurent beaucoup de peine à s'en
diſpenſer. Les uns furent obligés d'alleguer
leur vieilleſſe, ou de prétexter des maladies :
les autres donnerent ou prêterent des ſommes
OCTOBRE. 1744. 2181
mes d'argent à quelques-uns de leurs Com
patriotes , pour les engager à partir en leur
place. Il y a dans cette même Chartre un
article , par où le Roi annulle toutes les
Promeffes & lesObligations contractées par
les nouveaux Habitans,pour les prêts qu'on
leur avoit faits à ce ſujet , & cela attendu
les dépenſes & les embarras qu'ils avoient,
eſſuyés , en formant leur établiſſement à
Franchise.
Il ſe plaint dans un autre article de ce
que nombre d'Arrageois , qu'il appelle fes
adverſaires , rebelles & désobéifſans Sujets ,
après avoir juré de lui demeurer fidéles ,
font pourtant rentrés dans le Parti ennemi .
Il défend au Lieutenant de Roi , au Gouverneur
& aux Echevins de les ſouffrir dans
la Ville & Cité de Franchiſe : il les charge
néanmoins de recevoir ceux qui reviendroient
pour faire un nouveau Serment ,
mais de les releguer auffi- tôt par de-là la
riviere de Somme.
Cette Chartre contient plufieurs Reglemens
pour la Police de la Ville : le Roi y
change la maniere ordinaire de nommer le
Maire & les Echevins ; il accorde à ceux
qu'il avoit déja pourvûs de ces Emplois, ou
qui devoient l'être dans la ſuite,le Privilége
de Nobleſſe , tant pour eux que pour leur
poſterité maſculine & féminine ;il les exémte
1
2182 MERCURE DE FRANCE.
te du droit de Franc-Fief , & leur permet de
commercer , même en détail , ſans déroger
à leur condition .
Ce Monarque ne ſe contenta point d'anéantir
le nom de la Ville d'Arras . Voulant
effacer juſqu'à la plus legere marque de fon
ancien état , il lui donna pour nouvelles
armes un Ecu d'azur, ſemé de fleurs-de-Lys
d'Or , au milieu deſquelles étoit l'image de
S. Denis Apôtre de France , portant ſa tête
entre ſes mains. Ces armoiries ont ſans doute
contribué à la mépriſe des Hiſtoriens ,
qui ont cru que Franchiſe vouloit dire Ville
Françoise. Quoiqu'il en ſoit , le Roi enjoignit
aux Echevins de faire peindre ou ſculpter
cet Ecuflon à toutes les Portes de la Ville
& de la Cité , & à celle de leur Hôtel commun.
Marie de Bourgogne , Archiducheſſe d'Autriche
, mourut d'une chute de cheval le 18
Mars 1482 , & laiſſa deux enfans , Philippe
&Marguerite d'Autriche. Cette mort rendit
les Gantois encore plus infolens qu'ils
ne l'avoient été juſques-là. Ils refuſerent à
l'Archiduc la tutelle de ſes enfans , ce qui
fit naître aux Pays-Bas des guerres longues
&cruelles .
Louis ſçut bien mettre à profit la difpoſition
de ces Bourgeois mutins. Depuis
quelque-tems iltraitoit ſourdement avec eux
fur
OCTOBRE. 1744. 2183
fur les moyens de conclure une Paix entre
la France & la Flandre , bien affûré qu'ils
contraindroient Maximilien d'accepter les
conditions qui leur plairoient. Il leur avoit
déja fait propoſer le Mariage du Dauphin
avec Marguerite fille de l'Archiduc , pourvû
qu'on donnât à cette Princeſſe les deux Provinces
de Bourgogne ,& afin de leur témoigner
qu'il n'avoit nul deſſein d'envahir la
Flandre , il offroit de leur rendre Arras , &
tout ce qu'il avoit pris du côté de l'Artois ,
pour leur fervir de barriere contre la France.
Dès que l'Archiducheſſe fut morte , il redoubla
ſes foins , & mit tout en uſage , pour
venir à bout de ſon entrepriſe. Philippe de
Crevecoeur , Seigneur d'Esquerdes , qui
paſſa en Flandre à cette occafion , négocia
avec beaucoup d'habileté & de ſuccès. Les
Communautés du Pays tinrent des Affemblées
, pour régler les affaires de l'Etat. En
vain les Députés de pluſieurs Villes voulurent
laiffer une autorité légitime à l'Archiduc
; ceux de Gand l'emporterent toûjours,
& même ils obligerent ce Prince de confentir
à la Paix & au Mariage de ſa fille avec le
Dauphin .
Lorſqu'on lui eut arraché ſon acquiefcement
, les Flamans firent demander au Roi
desConférences , pour travailler à un Traité.
Leurs Ambaſſadeurs furent écoutés favora2184
MERCURE DEFRANCE.
,
rablement , & on choiſit Arras pour liett
du Congrès. Louis n'y envoya que quatre
Plénipotentiaires , ſçavoir , le Seigneur
d'Eſquerdes , Olivier de Querman , Lieutenant
de Roi en cette Ville , Jean Guerin
Maître d'Hôtel de S. M. & Jean de la Vacquerie
, qui de Confeiller - Penfionnaire
d'Arras étoit devenu Premier Préſident. au
Parlement de Paris. Il s'y trouva au nom
des Flanians juſqu'à 48 Députés , à qui Maximilien
fut forcé de donner auſſi un pleinpouvoir
, tant pour lui que pour ſes enfans.
Le Traité de Paix , dans lequel cette Ville
eſt toûjours nonmée Franchiſe aliàs Arras ,
fut ſigné le 23 Décembre 1482 , & ratifié
par le Roi au mois de Janvier ſuivant. On
yconvint , entre autres chofes , que le
Dauphin épouſeroit Marguerite d'Autriche
, quand elle feroit en age : qu'après la
publication de la Paix , cette jeune Princeffe
feroit amenée à Arras& miſe entre les mains
d'un Prince du Sang , pour être conduire à
la Cour de France : qu'elle auroit pour dot
les Comtés d'Artois & de Bourgogne , le
Mâconnois , l'Auxerrois , Salins , Bar-fur-
Seine & Noyers : que s'il ne fortoit point
d'Enfans du Mariage , ces Etats retourneroient
au Duc Philippe, frere de Marguerite
ou à ſes héritiers : que la Princeſſe , en arri
vant
OCTOBRE, 1744. * 2185
vant à Arras , feroit déclarée par le Comte
de Beaujeu , Comteſſe d'Artois & de Bourgogne
, & Dame des autres Seigneuries qui
compoſoient ſa dot : que tous ces Pays ſeroient
gouvernés felon leurs droits , uſages,
coûtumes & priviléges ſous la main du Dauphin
, comme futur Mari Bail de Marguerite.
Les Envoyés de Maximilien & des
Etats demanderent que la Ville d'Arras pût
jouir des mêmes avantages , & qu'elle fût
remiſe en ſa premiere ſituation : àquoi l'on
répondit pour le Roi que les anciens Habitans
, même ceux qui s'étoient retirés ſous
ladomination de l'Archiduc , pourroient
rentrer dans leurs héritages , revenir en
cette Ville , & y faire leur Commerce ou
toute autre Profeſſion , de même qu'auparavant.
Du reſte , le Roi s'en remet au Dauphintouchant
la reſtauration de l'ancienne
Police. Il fut auſſi permis par un article ſéparé
aux Religieux de S. Vaaſt de retourner
dans leur Abbaye , & d'en reprendre les
biens.
Une autre clauſe accorde aux Villes & aux
Villages d'Artois , une exemption de l'aide
ordinaire pendant fix ans , & les décharge
de tous les arrérages échus au tems du
Traité.
Les Ambaſſadeurs Flamans prierent ceux
du Roi de ne point laiffer de gens de guerre
dans
4
2186 MERCURE DE FRANCE.
dans les Places frontieres. Il fut dit la-def
fus qu'on feroit fortir la garniſon des petites
Villes , telles que Lens & l'Ecluſe , mais
qu'on diminueroit ſeulement celle des grandes
, comme Arras , Bethune , Aire , Terouane
, S. Pol , Guiſe & S. Quentin .
fe-
Le Traité portoit encore que la Ville ,
Château & Bailliage de S. Omer , ne
roient mis en la poſſeſſion du Dauphin ,
qu'après fon mariage accompli : que juſqu'à
ce tems , ils ſeroient confiés à la garde des
Habitans , qui jureroient de n'y admettre ni
l'Archiduc ou ſon Fils , ni le Roi ou le Dauphin
: que ſi la Princeſſe Marguerite mouroit
avant la conſommation du mariage , S.
Omer & ſes dépendances feroient rendus
à Philippe d'Autriche ou à ſes héritiers : que
cette Ville garderoit une exacte neutralité ,
au cas que la guerre ſe renouvellât entre la
France & l'Archiduc.
Enfin il fut reglé , que ſi le Mariage projetté
ne ſe faiſoit point , les biens aſſignés à
Marguerite d'Autriche rentreroient au Domainede
fon frere , ſauf la Souveraineté
qui appartenoit de tout tems à la Couronne
deFrance.
On furpaſſa les eſperances du Roi, en donnant
tout à la fois à Marguerite les Comtés
d'Artois & de Bourgogne. Ce fut l'Ouvrage
desGantois , qui cherchoient à affoiblir
la
OCTOBRE. 1744. 2187
la puiſſance de leur Prince. Maximilien n'avoit
pas lieu d'être fort ſatisfait du Traité ,
quoiqu'il eût été ſigné en vertu de ſes pouvoirs.
Il fut même tenté d'enlever ſa fille
avant qu'on la mît en chemin pour la Fran-
се , mais les Gantois & les François employerent
de ſi bonnes précautions qu'il
n'oſa l'entreprendre. Cette Princeſſe , âgée
d'environ cinq ans , fut fiancée à Amboiſe
avec le Dauphin, au mois de Juillet 1483 .
Louis XI mourut le 30 Août , après avoir
fait pluſieurs legs pieux , entre leſquels je
n'oublierai pas un Tabernacle & une Image
de la Vierge en Argent, peſant 250 marcs ,
qu'il donna à la Cathédrale d'Arras ; il donna
de plus aux Dominicains de cette Ville ,
un cierge de 152 livres , qui faisoient le
poids de fon corps , pour être allumé devant
l'Autel de la Vierge. L'Egliſe Paroiffiale de
la Ville de S. Pol , fut auffi enrichie d'un
Calice d'or , par le Teftament de ce Prince.
Charles VIII , fon fucceffeur , n'oublia
point les promeſſes faites en faveur des Ar
rageois par le Traité, dont je viens de parler.
Dès le 13 Janvier 1484 , le Roi fit
dreffer une Chartre , par laquelle il permet
que les anciens Habitans d'Arras , de toute
condition , reviennent ydemeurer,& qu'ils
reclament leurs biens immeubles , en l'état
où
1188 MERCURE DE FRANCE.
où ils les trouveront. Cette Ordonnance
fait revivre la Police & la forme deGouvernement
qu'on obſervoit avant les troubles ;
elle ſupprime entierement les nouvelles
Loix établies durant l'exil . Le Roi donne
aux Marchands & Artiſans François le choix
de s'en retourner aux Lieux de leur naiſſance
, ou de reſter à Arras , mais en y louant
des maiſons , de l'aveu des perſonnes à qui
elles appartenoient auparavant.
,
Antoine de Crevecoeur Seigneur de
Thiennes , Sénéchal & Gouverneur d'Artois
, fut nommé par le Roi , pour mettre ſa
Chartre en exécution , avec toute la folemnité
que demandoit un tel événement.
Dès qu'il fut arrivé dans Arras , Pierre de
Ranchicourt , Evêque de cette Ville , ſuivi
de quelques Membres des trois Etats , alla
le prier de remplir inceſſamment limpotante
Commiflion , dont il étoit chargé.
Ce Gouverneur fit appeller à l'Hôtel-de-
Ville tous les Marchans &les Artiſans François
qui ſe trouvoient à Arras , leur notifia
les ordres du Souverain , & ne leur donna
que huit jours pour y fatisfaire volontairement
, avec menace de les y forcer après ce
tems. Enſuite il fit publier la Chartre à tous
les Carrefours de la Ville & de la Cité ,
pour en apprendre le contenu à ceux qui
n'aOCTOBRE.
1744. 2189
n'avoient pû aſſiſter à l'Aſſemblée. Le 4
Mai ſuivant , ce Seigneur choiſit douze
Echevins parmi les anciens Habitans : le
Conſeiller - Penſionnaire , le Procureur de
Ville & l'Argentier furent auſſi changés.
Les Etrangers furent dépoüillés des autres
Charges Municipales , qui font à la difpoſition
du Magiftrat , & on les rendit
aux perſonnes , qui les poſſédoient avant
le banniſſement. Ceux d'entre eux qui
étoient morts pendant l'adminiſtration des
François , furent remplacés par le Gouverneur
, avec le conſentement des Echevins.
Enfin , tout rentra dans l'ordre ancien
, & il ne reſta preſque nulle trace de
la ſévérité de Louis XI,
Fermer
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p. 2194-2214
DISSERTATION de M. du Marsais sur la prononciation & sur l'Orthographe de la Langue Françoise, où l'on examine s'il faut écrire Français, au lieu de François. A. M.
Début :
Voici, Monsieur, puisque vous le voulez, ce que je pense sur la maniere [...]
Mots clefs :
Prononciation, Orthographe, Langue, Mots, Écrire, Entendre, Ouvert, Diphtongue, Principes, Usage, Provinces, Syllabe, Français
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DISSERTATION de M. du Marsais sur la prononciation & sur l'Orthographe de la Langue Françoise, où l'on examine s'il faut écrire Français, au lieu de François. A. M.
DISSERTATION de M. du Marſais
fur la prononciation & sur l'Orthographe
de la Langue Françoiſe où l'on examine s'il
faut écrire Français , au lieu de François.
A. M.
Oici , Monfieur , puiſque vous le
Vvoulez ,ce que je penſe ſur la maniere
d'écrire le mot François par la diphthongue
ai Français, au lieu de François par
l'orthographe vulgaire.
Ce font là des minuties , auſquelles il
ſemble que les perſonnes , qui penſent auſſi
grandement que vous , M. ne devroient pas
s'amufer , mais j'ai eu l'honneur de vous
entendre dire plus d'une fois , que l'Art
ingénieux de peindre la parole intéreſſe trop
la Societé , pour traiter de bagatelle ce qui
le concerne; & d'ailleurs il eſt utile d'accoûtumer
ſon eſprit à penſer avec juſteſſe
fur les moindres choſes.
Permettez -moi , M. de rappeller d'abord
quelques principes , qui me mettront en
état de répondre, avec plus d'exactitude ,
votre question.
Il me ſemble qu'il y a bien de la différense
entre une Langue , & la maniere de l'éstire,
Une
OCTOBRE. 1744. 2195
Une Langue eſt l'Ouvrage de la Nature ,
& la maniere de l'écrire eſt l'Ouvrage de
l'Art.
La Nature nous a donné les organes de la
parole ; nous en faifons par imitation , par
inſtinct , le même uſage,que nous en voyons
faire àceux avec qui nous vivons. Le même
intérêt qui nous a appris à entendre ceux
qui nous parloient , nous apprendà les imirer
, afin que comme nous avons connu ce
qu'ils penſoient , nous puiſſions auſſi leur
faire connoître ce que nous penſons.
On ne peut pas dire qu'aucun particulier
ait inventé l'Art de parler , ni même une
ſeule Langue , de toutes celles qui exiſtent ,
ou qui ont été en uſage parmi les Hommes.
Aucune Langue n'eſt donc l'Ouvrage de
l'Art: elles font toutes une ſuite néceffaire
de la conformation des organes de la paro
le ,& d'un nombre preſqu'infini de circonftances
, qui ont concouru à leur établiſſement
, qui en font la varieté , &qui par le
laps de tems y apportent des changemens ,
qui à la fin les détruiſent , & leur font faire
place à d'autres , qui s'introduiſent de la
même maniere que les anciennes s'étoient
établies.
Les Langues n'fuirt point l'Ouvrage d'aucun
particulier ,mais étant un effetde cette
Cij ma2196
MERCURE DE FRANCE.
maniere ſupérieure , ſelon laquelle les cho
ſes ſemblent ſe faire & s'introduire toutes
ſeules , ſans le ſecours de l'Art , ni de l'Autorité
, nous devons les prendre telles que
nous les trouvons , puiſqu'elles ont été faites
indépendemment de nous. Quand une
fois les cauſes , qui forment une Langue ,
ont produit leur effet , & qu'enfin la Langue
eſt établie , la Loi eſt publiée ; tout doit
yêtre foumis , juſqu'à ce que des cauſes pareilles
faſſent ſucceder un nouvel effet au
premier.
Ainfi , lorſqu'il s'agit de l'emploi ou de la
prononciation d'un mot , ou qu'il eſt queftion
de quelque tour de Phrafe , nous devons
nous contenter de conſulter l'uſage de
la plus noble & de la plus éclairée partie de
la Nation , où cette Langue eſt établie ; il
ſuffit que l'on puiſſe nous dire avec vérité ,
c'est ainſi que les perſonnes éclairées de la Nation
parlent ; tel eſt le langage de ceux qui ont
eu de l'éducation à la Cour , ou dans la Capitale.
C'est dans ceſens que les Auteurs de réputation
employent un tel mot ou une telle Phra
ſe : tout est décidé. Nous devons prendre
les mots& les Phrases ,telles que l'uſage le
plus autoriſé nous les préſente, Cet uſage
eſt la ſeule réglede la prononciation , de la
fignification & de l'emploi des mots & des
Phraſes. Il n'y a pas fur ces points d'autres
prin
OCTOBRE. 1744. 2197
principes. Nous ne pouvons qu'obſerver l'ufage
, & conformer notre pratique à ces
Obſervations .
Il n'en eſt pas de même de la Peinture ,
de la Muſique écrite , de l'Orthographe , &
des autres Inventions de l'induſtrie des
Hommes. Nous avons tous droit de révifion.
Nous avons tous intérêt de reconnoître
pour quelle fin , pour quels motifs
pour quels uſages , on a imaginé l'Art ; fi
l'inventeur fuit ſon but , ſi les moyens conduiſent
à la fin. On doit même nous ſçavoir
gré de propoſer ce qui peut ajoûter quelque
degré de perfection à l'Art , & faire
éviter ce qui pourroit le rendre défectueux .
C'eſt ainſi que les Arts ſe ſont perfectionnés.
Tous les Arts ont leurs principes & leurs
régles , indépendemment de tout caprice ,
parce qu'ils ont tous une fin , à laquelle ils
doivent atteindre , pour remplir leur inftitution.
La Peinture d'une bouche doit refſembler
à une bouche , & ne doit pas être
la figure d'un oeil ; le portrait de Louis doit
me rappeller l'image de Louis , & s'il me
rappelle l'idée de quelqu'autre , le Peintre
n'a pas rempli ſon objet.
د
Les Notes de Muſique ont chacune leur
destination & fi vous voulez me faire
chanter mi , fa , fol , il ne faut pas que
Ciij vous
2198 MERCURE DE FRANCE.
vous notiez ſur la portée la , fi , ut .
Mille raiſons d'intérêt , de commodité ,
de vanité , engagerent autrefois les Hommes
àchercher un moyen , pour communiquer
leurs penfées aux abſens ,pour ſe les
rappeller à eux-mêmes ,& pour les tranfmettre
à la Poſterité. Ils inventerent d'abord
des Hiéroglyphes , c'est-à-dire des fignes
, ou ſimboles , qui n'étoient deſtinés
qu'à faire entendre le fond de la penſée , à
peu près comme le chou , pendu à une
porte , indique que c'eſt là que l'on vend
du vin. Enfin , après bien des recherches
ils eurent le bonheur de trouver ces petites
figures que nous appellons Lettres , dont
chacune eſt deſtinée à être le figne de quelqu'un
des fons particuliers , qui entrent
dans la compofition des mots.
L'Art , qui apprend à ſe ſervir de ces ffgnes
, eſt appellé Orthographe , c'est-à-dire
l'Art d'écrire , ſelon le but pour lequel
l'Art à été inventé. L'Orthographe, étant un
Art , elle doit avoir des principes , & des
principes invariables , car tout Art eſt inventé
, pour conduire à une fin ; les principes
de l'Art , ce ſont les Régles , les Obfervations
, qui conduiſent à cette fin ; or
comme la fin ne change point , les principes
doivent aufli être invariables comme
elle.
Quelle
OCTOBRE. 1744. 2199
Quelle eſt la fin de l'Orthographe , &
quels en font les principes ? La fin de l'Orthographe
eſt de peindre la parole par des fignes
, qui , ſelon leur deſtination une fois
fixée & convenuë , deviennent l'image des
ſons particuliers , qui entrent dans la compoſitiondesmots.
A l'égard des principes , c'est-à-dire, des
moyens que l'on doit néceſſairement employer
, pour arriver à cette fin , je me contenterai
de rapporter ici les deux ou trois
principes fondamentaux , dont tous les autres
ne fontque des conféquences.
I. L'Orthographe doit fournir autant de
ſignes particuliers qu'il y ade fons differents
dans une Langue, enſorte que chaque fon
ait ſa Lettre repreſentative.
11. Ces Signes ou Lettres ne doivent jamais
être employés l'un pour l'autre , car
alors le Signe feroit équivoque , ce qui eft
le plus grand défaut qu'un Signe puiſſe
avoir.
111. Enfin l'Orthographe doit faire tout
ce qu'il faut & ne faire que ce qu'il faut ,
pour arriver à ſon but , qui eſt uniquement
de donner les Signes propres & incommutables
de la prononciation , & les Obfervations
néceſſaires pour écrire ces Signes .
Il eſt indubitable , que d'abord on a ſuivi
ces principes. Onn'avoit inventé les Signes
Ciiij des
80000
2200 MERCURE DE FRANCE.
des fons que pour en ſuivre la deſtination .
Si l'on écrivoit Empereur , enfant , entendre ,
par un é , c'eſt qu'on prononçoit émpereur ,
énfant , énténdre. La preuve en eſt bien claire
; c'eſt que cette prononciation s'eſt conſervée
juſqu'aujourd'hui , en pluſieurs Provinces&
furtout en Provence & en Languedoc
, où tous les mots François qu'on écrit
par en & qu'on prononce par an en François,
ſe prononcent par én , même la prépoſition
en in , & c'eſt ainſi que nous prononçons
examén , Hymén , Saducéén , Chaldéén
amén, bién, mién , tién , ancien , &c .
Il y a auſſi en Picardie , en Artois & en
Flandre , pluſieurs fortes de prononciations,
qui par leur conformité avec l'ancienne Orthographe,
justifient que cette Orthographe
fut autrefois conforme à la prononciation ,
comme Paon .
Quand la prononciation change , on
peut afſfürer que l'Orthographe changera ,
maisde loin en loin ; on écrivoit foubs on
n'écrit plus que fous , parce que le b ne s'y
prononce plus. On écrivoit il ha , habet ,
on écrit ſimplement il a, on écrivoit Adrian,
Damian , Valentinian , parce qu'on les prononçoit
ainſi ; aujourd'hui on écrit Adrien
Damien , Valentinien , par la ſeule raiſon de
la prononciation. On écrivoit treuve ; on
écrit trouve , toujours par la raifon de la pro-
,
nonciation , qui , étant la maîtreſſe & l'original
CCTOBRE . 1744. 2201
ginal de l'Orthographe,la ſubjugue enfin &
ſe la rend conforme .
Il n'y a pas bien long- tems qu'on écrivoit
encore il faira , parce que d'abord on l'avoit
prononcé ainsi , faiſant entendre l'a &
l'i dans la premiere ſyllabe , comme on le
fait encore en Provence & dans les Pays
voiſins , mais la prononciation de l'ai s'étant
perduë en ce mot là , & celle de l'e muet y
ayant été ſubſtituée , le ſigne repreſentatif
de cet e muet , a enfin été mis dans l'écriture
au lieu de l'ai , qui n'avoit plus de rapport
à la prononciation de ce mot , enforte
que les partiſans même de l'ancienne Orthographe
écrivent aujourd'hui ilfera , conformément
à la prononciation préſente. On
commence même à écrire nous fefons , il fefoit
, en fefant. Mais pendant que d'un côté
on révoque avec raiſon le Privilége que
l'on avoit toleré dans l'ai , de repreſenter l'e
muet en ces mots , quelques perſonnes venlent
l'en dédommager , en lui accordant ,
malgré ſon inftitution&fon uſage propre
la prérogative de repréſenter l'e ouvert dans
le mot François qu'ils écrivent par ai , Français.
Il me ſemble , que ſelon les véritables.
principes, il ne faudroit écrire la derniere
ſyllabe de François , ni de l'une ni de l'autre
maniere , puiſqu'on ne prononce ni
Cy Fram2202
MERCURE DE FRANCE.
Franço- is ni França is : car on n'entend ni o
nii ; ni ani z.
Oi eſt une diphthongue repréſentative des
fons de l'o & de l'i , raſſemblés en une ſeule
ſyllabe , ſans divifer la voix , mais qui doit
faire entendre les deux voyelles , comme
on les entend dans la premiere ſyllabe de
voy- ez , voy-age , moy-en.
On fait auſſi ſentir les deux voyelles en
Italien dans noi nous , voi vous. On prononce
no- i , vo-i en raſſemblant les deux
fons en une feule ſyllabe. Quelle difference
entre le fon Italien de noi , voi , & le fon
François moi, toi !
د
Les deux voyelles de ladiphthongue oi
ſe font auffi entendre en Grec Tesia la
Ville de Troye . of , article Grec au pluriel.
Οἱ λόγοι les diſcours , & au datif , τοῖς
λόγοις. Dans ce dernier , les trois Lettres
ess ontun ſon bien different de celui qu'elles
ont dans François , S. François , les Suédois,
c.
Cette diphthongue oi , ois , ſe prononce
dans la plupart de nos mots , ſans que l'on
entende rien de l'oni de l'i , comme dans
foi , moi , toi , ſoi , Loi , voi , Roi , quoi , &c.
On entend ona , oué & nullement o- i.
Ainſi , ſi l'on veut prononcer François
comme on prononce S. François , Lois, Rois,
mois,trois ,&c. il faudroit un caractere particulier,
OCTOBRE . 1744. 2203
ticulier , pour marquer cette forte de prononciation
, qui n'eſt nullement marquée
par o- i , puiſqu'on n'entend ni o ni z.
Que ſi l'on veut prononcer François avec
le ſon de l'e fort ouvert , comme dans procès
, ſuccès , tempête , Abbeſſe , &c. il eſt évident
que pourmarquer cette prononciation
d'une maniere propre & ſans équivoque ,
il faudroit plûtôt ſubſtituer un é ouvert à la
diphthongue o- i , qui n'eſt pas même diphthongue
en ce mot , puiſqu'elle n'y a point
de double fon. Mais comme cette façon
d'écrire ce mot par un é ouvert n'eſt point
autoriſée , & que dans la prononciation
foutenuë , ce mot ne ſe prononce point par
un é ouvert , je crois qu'en attendant une
judicieuſe réforme , il faut écrire François ,
Anglois ,je connois , &c .
Et pourquoi ne pas mettre ai au lieu d'oi ?
N'est-ce pas ainſi qu'on écrit Palais , Marais
, jamais , & tant d'autres où ai n'a que
le ſon ſimple de l'ê ouvert ?
Je répons que c'eſt corriger un abus par
un autre plus grand encore ; c'eſt ôter à un
figne ſa deſtination propre , pour lui faire
fignifier un fon , qui , de ſon côté , a ſon
figne particulier.Car ai eſt une diphthongue
compofée de l'a & de l'i , qui n'eſt deſtinée
qu'à marquer un fon réiini , compofé de ces
deux voyelles , comme dans l'interjection
Cvj 2
2204 MERCURE DEFRANCE.
ai , ai , ai ! & dans bail , mail , qui ne font
que d'une feule fyllabe , Bayonne , Mayance
, Bercail , Camail , Email , Serail , poitrail,
détail , Evantail , travail , Portail , fans
compter tant d'autres mots en aille.
Si vous donnez à ces deux Lettres ai le
ſon de l'e ouvert , vous lui ôtez ſa premiere
deſtination ; vous multipliez les êtres fans
néceſſité. Cette prononciation de l'ê ouvert
n'a-t'elle pas ſon ſigne ê ? accès, procès , fuccès
, &c. Ces mots là s'écrivent- ils par ai ?
Cette vieille innovation , car il y a environ
un Siécle que le Sr de l'Eclache voulut
l'introduire , cette innovation , dis-je , induiroit
en erreur les Etrangers & les jeunes
gens , qui apprennent à lire , car fi vous leur
dites que ai fait ê , auront-ils grand tort de
lire lamên au lieu de la main. Bel , mêl pêle ,
canêlle au lieu de Bail , mail , paille ,
naille & encore Bên , Germén , elleurs au lieu
de Bain , Germain , ailleurs , & enfin Méance
, Beône au lieu de Mayance , Bayonne.
ca-
Mais direz-vous , quoiqu'on écrive
'Maire , Confulaire , Titulaire , &c. ne prononce-
t'on pas Mêre , Confulêre , Titulêre ?
On écrit de même jamais , Palais , & l'on
prononce james, Palês.
Je l'avouë ; mais revenons toujours au
principe. Cette maniere d'écrire ces mots
far di eſt un reſte de l'ancienne pronon
ciaOCTOBRE.
1744. 2205
ciation , felon laquelle on faiſoit fentir l'a
&l'i dans tous ces mots là , comme nous le
faiſons encore dans Bail , Mail , ai , ai , ai !
de l'ail.
Interrogez un Provençal , il vous dira que
dans ſon Pays on prononce encore fai-ré,
faire ; Pala- i , Palais , ainſi généralement &
ſans exception de tous les autres mots, écrits
parai.
Telle étoit d'abord la ſeule & unique
deſtinationde cette diphthongue ; ainfi dans
ces mots là l'Orthographe a été d'abord conforme
à la prononciation. Dans la fuite , la
prononciation de ces mots-là a changé ai
en é dans nos Provinces , en deçà de la Loire,&
l'Orthographe abandonnée par la prononciation
, eſt restée dans les Livres ; les
yeux de ceux qui font venus depuis , & qui
ont appris à lire dans ces Livres , ont été
dreſſés à dire é en ces mots là, quand ils y
voyoient ai , comme on faitdire Pan, Lan ,
lorſque nous voyons Paon , Laon ; il ne s'enfuit
nullement de-là , que pour faire entendre
qu'on doit prononcer Francês comme
Procês , on doive écrire Français. C'eſt vouloir
corriger un mal par un autre ; c'eſt tomber
de Carybde en Scylla .
On a toûjours écrit accés , procês , fuccês ,
par un é ouvert , parce que la prononciation
de ces mots là n'a point varié ; ils ont
tou
2206 MERCURE DE FRANCE.
toujours conſervé , dans la prononciation
&dans l'Orthographe,l'e qu'ils avoient dans
la Langue primitive , dont ils ſont dérivés ;
acceffus , proceffus , ſucceſſus , au lieu que
dans Palais & les autres l'a & l'1 de la Langue
primitive , par exemple , Palatium,après
s'être conſervés long- tems , dans la prononciation
& dans l'Orthographe,ne font reſtés
quedans celle-ci ; en un mot , acceſſus , proceffus
, ſucceſſus , ont amené accès , procès ,
fuccès , de même Palatium a fait dire d'abord
Pala- i, & Francus que l'on prononçoit Francous
a amené François : mais par quelle analogie
arriverons-nous à Français ?
Il y a un Poëme Provençal , qui a pour
Titre : Lou Teftamén de l'Ai , c'est-à-dire ,
Le Testament de l'Aſne ; toutes les perſonnes
de nos Provinces Méridionales , qui liront
ce Titre , diront Teftamén comme on dit
examén , faiſant entendre un é & non un a
dans la derniere ſyllabe .
En ſecond lieu , ils prononceront Ai, faifant
entendre l'a & l'i comme dans l'interjection
ai , ai , ai , & dans Ail , Allium
&c.
Ce que je viens dedire , M. de la diphthongue
ai , eft vrai auſſi de la diphthongue
au , que l'on prononçoit a-ou , réuniſſant
les deux fons en une diphthongue;l'u ſe prononçoit
à l'Italienne on, qui eſt un ſon ſimple
,
OCTOBRE. 1744. 2207
ple , comme ceux des autres voyelles ; nous
avons conſervé cette prononciation dans
loup &dans quelques autres mots , qui ne
s'écrivoient d'abord qu'avec un ſimple u ,
lupus , cuculus , &c.
Tous les mots François qu'on écrit par an,
prononcé par ô long , fe prononcent encore
aujourd'hui par a-ou en Provence , en Languedoc
& en d'autres Provinces , qui ont
confervé pluſieurs reſtes de l'ancienne prononciation
.
Je finis par une derniere Obfervation ,
c'eſt que la négligence , l'entêtement du
préjugé des yeux , ou la difficulté que l'Imprimerie
a apportée à changer l'Orthographe
, à mesure que la prononciation changeoit
, a introduit dans l'Orthographe vulgaire
, cinq uſages differens de la diphthongue
ai.
I. Ai , felon ſa premiere & fon unique
deſtination , réunit le fon de l'a & de l'i
Ail , Bail , Ar - eul , Bai- one , Mai- ance ,
&c.
II . Ai a le ſon de l'é fermé dans le futur
& dans quelques autres tems des verbes ,
j'aimerai ,je ferai , je parlai , j'ai , j'ai en, Oc.
Il n'y a pas long- tems qu'on écrivoit nai ,
natus , ils font nais nati funt ; aujourd'hui on
écrit ils font nés.
Dans les Provinces dont j'ai parlé , où ai
a
2208 MERCUREDE FRANE.
atoujours une prononciation uniforme , ot
prononce l'ai du futur des verbes , comme
le premier ai , qui eſt ouvert , de-là vient ,
que quand les perſonnes de ces Provinces
veulent parler François , elles prononcent
le futur Rai , comme l'imparfait du fubjonctif
Rois.
III . Ai a dans pluſieurs mots le ſon de
l'é , qui n'eſt ni tout-à- fait ouvert , ni toutà-
fait fermé , comme dans affaire, néceſſaire ;
ai eſt long dans Maître , dit M. Reſtaur , &
bref dans parfaite.
IV. Ai , dit encore M. Reſtaut , a le ſon
de l'e muet dans les motsjefaisois , nous faifons
: il n'y a pas long- tems qu'on écrit fera .
Il est vrai qu'on commence à écrire fefons ,
fefant. Mais Danet & Joubert ont toujours
écrit faisons , faisant , & quelques-uns de
nos Auteurs écrivent encore de même. Ils
croiroient faire une faute de ſe conformer
à la prononciation , & de ſeconder l'uſage ,
quand il commence à ſe corriger.
V. Enfin ai,conſervé dans l'Orthographe,
malgré le changement de la prononciation ,
a le fon de l'ê ouvert dans Palais , Marais ,
comme nous l'avons déja remarqué .
Lequel de ces cinq uſages , les Etrangers
& ceux qui font encore novices dans
la lecture , donneront-ils à l'ai qu'ils verront
dans Français ? Ce ſera ſans doute ce
lui
OCTOBRE . 1744. 1209
lui de l'é ouvert , mais à quoi pourront- ils
le connoître ? Faut - il que l'Orthographe ait
des ſignes auffi équivoques ? Et n'aimeroient-
ils pas mieux qu'on leur donnât tour
bonnement cet é ouvert , que de les y mener
par un a & un i , qui par eux-mêmes , n'ont
aucune analogie avec l'ê ouvert ?
Ainſi je ne veux point d'une réforme .
qui doit elle-même être réformée , & j'aime
mieux m'en tenir à la maniere ordinaire
d'écrire François.
Vous m'oppoſez , M. l'autorité d'un grand
Poëte , qui s'eſt déclaré partiſan de la maniere
d'écrire que je condamne.
Je répons d'abord , que comme on peut
être fort honnêre-homme , & faire mal des
Vers , on peut auſſi faire les plus beaux Vers
du monde , & ne s'être pas amuſé à approfondir
les principes de l'Orthographe.Ceux
de Newton font plus fatisfaifans pour les
génies élevés.
En ſecond lieu , je ſuis perfuadé que fi le
Poëte Philoſophe , dont vous parlez , M.
étoit né dans le Pays des anciens Troubadours
, où toutes les fois qu'on écrit ai on
prononce ai , faiſant entendre l'a & l'i , &
ne donnant jamais le ſon de l'é ouvert à cette
diphthongue ; je ſuis perſnadé , dis-je , que
cet Auteur illuſtre ne ſe ſeroit jamais aviſé
d'adopter la réforme de François par Fran-
1
gais
2210 MERCURE DE FRANCE .
çais , & je ſuis même convaincu qu'il aime
trop la vérité, pour perfiſter dans cette pratique
, s'il connoît jamais les raiſons qui la
combattent.
Je ſçais bien plus mauvais gré à l'Auteur
du Traité (a) du Vrai mérite ; il condamne
la pratique d'écrire Français par ai , mais
ſes raiſons ne paroiffent pas marquées au
coin de l'eſprit Philofophique.
Tel eſt nitre malheur , dit il, que l'Orthographe
& la prononciation ſont devenuës prefque
arbitraires , depuis que quelques modernes
Substituent des usages pernicieux à d'excellens
principes .
Les uſages peuvent être ſubſtitués à d'autres
uſages , mais jamais aux principes. Il ſeroit
à ſouhaiter que l'Auteur eût expliqué
ce qu'il entend ici par ces uſages pernicieux
&par ces principes excellens .
Un principe excellent eſt que l'établiſſement
, la prononciation & l'uſage des mots,
ne ſont pas arbitraires , je veux dire que le
concoursdes circonstances , qui font naître
une Langue , ne dépend d'aucun particulier,
&que quand une fois elle eſt établie , perſonne
ne peut ſe ſouſtraire à l'uſage reçû.
(a) Traité du Vrai mérite , T. I. p . 175. Edit. de
1740 .
Reſte
OCTOBRE. 1744. 2217
Reſte enſuite à l'écrire , ſur quoi il eſt li
bre à chacun de propoſer ſes Obſervations ,
en ſuivant leprincipe , qui eſt de prendre
les moyens les plus fimples& les plus propres
, pour arriver au but de l'Art , & rejetter
tout ce qui ſeroit inutile ou équivoque .
Pour moi , ennemi des nouveautés , pourſuitil
,je vous conseille deprononcer Français
d'écrire François.
Ce n'eſt pas par la diphthongue ai que l'on
doit indiquerla véritable prononciation de
François, ſelon d'excellens principes , qui
veulent qu'on indique les fons par leurs
Lettres caractériſtiques , & qu'on rejette
tout ce qui peut induire en erreur.
Tant que ces abus dureront , c'eſt toujours
le même Auteur qui parle , la Langue n'acquerera
jamais le beau titre de Langue morte,
qui fait tant d'honneur à la Latinité.
Une Langue vivante , parvenue à un certain
degré de perfection , ne doit point envier
le prétendubeau titrede Langue morte.
Toute la difference qu'ily a entre une Langue
morte & une Langue vivante , c'eſt
qu'on a ceſſé de parler l'une , & qu'on parle
encore l'autre ; c'eſt même un préjugé favorable
pour une Langue vivante , de ſe
conſerver plus long-tems , & nous devons
ſouhaiter que la nôtre ſe conſerve
vivante
1212 MERCURE DE FRANCE .
vivante juſqu'à la conſommationdes ſiécles.
La nouvell : Orthographe qu'on veut introduire
, ajoûte-t'il , auroit des ſuites bien funestes ,
ſi on écrivoit j'avais pour j'avois . L'Etranger
qui veut apprendre notre Langue , pourroit-il
de lui-même recourir au verbe avoir pour le
bien conjuguer ?
L'Etranger , qui lit fera dans tous nos Livres
, & même dans le Traité du Vrai mérite
, pourra-t'il de lui-même recourir au
verbe faire pour le bien conjuguer ? Quelles
Suites funestes ! tout eſt renverſé ! O tempora !
ô mores ! Faudra- t'il refondre tous les Livres
qu'on a imprimés depuis l'Etabliſſement de la
Monarchie ? dit l'Auteur du Traité du Vrai
mérite.
Il y a plus de mille ans d'intervalle entre
l'Etabliſſement de notre Monarchie & l'Invention
de l'Imprimerie. D'ailleurs , les
Manufcrits & les Livres les plus anciens
font toujours autant de témoins de la prononciation
& des façons de parler de nos
Peres , & ne doivent pas plus ſervir de regle
à notre Orthographe,qu'ils en ſervent à
notre prononciation. Pour les en dédommager
, donnons leur le beau titre de Livres de
Languemorte.
Après tout , l'Auteur lui - même voudroit-
il écrire comme on écrivoit du tems
de
OCTOBRE. 1744. 221
/
de Villehardoüin , ou même du tems de
Marot ?
Ces innovationsfont pitié , s'écrie l'Auteur.
Oüi affürément , tout ce qui n'eſt pas conforme
aux véritables principes ; fait pitié
aux eſprits Philofophiques , qui vont ſaiſir
les chofes dès leurs fources,
Enfin l'Auteur voudroit que l'Académie ,
Tribunal souverain des Belles- Lettres , afſem
blat les Chambres , composât une Aſſemblée da
Députés profonds &polis , pour pouvoir tous
ensemble, &à la pluralité des voix , décider ,
créer , approuver , profcrire. Sur quoi l'Aureur
me permettra de le renvoyer à la ſage
&profonde Differtation de M. de Moncrif,
digneMembre de cette Illuſtre Compagnie,
M. deMoncrif fait voir dans cette Differtation
, que toute Langue vivante est parsa nature
même, &par celle de notre eſprit , ſujette
à varier ſans ceſſfe. Ce qui ne doit s'entendre
que de la Nomenclature , de la Prononcia
tion , & de l'uſage des mots & des Phrafes ,
car pour l'Orthographe , on peut fort bien
obſerver tous les fons d'une Langue , &
donner à chacun un ſigne particulier & invariable
, je veux dire une Lettre caractériſ
tique & incommutable , enſorte que a & i ,
par exemple , ne puiffent jamais être le
figne de quelque autre fon ,& qu'aucune
autre
2214 MERCURE DE FRANCE.
:
autre Lettre ne puiſſe jamais prendre le fon
de l'a ni celui de l'i.
La Diſſertation , dont je viens de parler ,
fut lûë à l'Académie , dans une Aſſemblée
publique le 10 Mars 1742 , & elle a été
imprimée dans les OEuvres mêlées de M. de
Moncrif, à Paris , chés Brunet , 1743. J'ai
Jû ces OEuvres avec beaucoup de plaifir &
d'utiliré. J'y ai obſervé la délicateſſe , la juf
reffe & le bon eſprit de l'Auteur,
Voilà , Monfieur , ce que vous avez défiré
de moi. Je ſerai toujours ravi de vous
marquer le dévoûment fincere avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur ,&c.
AParis, ce 21 Juillet 1744.
fur la prononciation & sur l'Orthographe
de la Langue Françoiſe où l'on examine s'il
faut écrire Français , au lieu de François.
A. M.
Oici , Monfieur , puiſque vous le
Vvoulez ,ce que je penſe ſur la maniere
d'écrire le mot François par la diphthongue
ai Français, au lieu de François par
l'orthographe vulgaire.
Ce font là des minuties , auſquelles il
ſemble que les perſonnes , qui penſent auſſi
grandement que vous , M. ne devroient pas
s'amufer , mais j'ai eu l'honneur de vous
entendre dire plus d'une fois , que l'Art
ingénieux de peindre la parole intéreſſe trop
la Societé , pour traiter de bagatelle ce qui
le concerne; & d'ailleurs il eſt utile d'accoûtumer
ſon eſprit à penſer avec juſteſſe
fur les moindres choſes.
Permettez -moi , M. de rappeller d'abord
quelques principes , qui me mettront en
état de répondre, avec plus d'exactitude ,
votre question.
Il me ſemble qu'il y a bien de la différense
entre une Langue , & la maniere de l'éstire,
Une
OCTOBRE. 1744. 2195
Une Langue eſt l'Ouvrage de la Nature ,
& la maniere de l'écrire eſt l'Ouvrage de
l'Art.
La Nature nous a donné les organes de la
parole ; nous en faifons par imitation , par
inſtinct , le même uſage,que nous en voyons
faire àceux avec qui nous vivons. Le même
intérêt qui nous a appris à entendre ceux
qui nous parloient , nous apprendà les imirer
, afin que comme nous avons connu ce
qu'ils penſoient , nous puiſſions auſſi leur
faire connoître ce que nous penſons.
On ne peut pas dire qu'aucun particulier
ait inventé l'Art de parler , ni même une
ſeule Langue , de toutes celles qui exiſtent ,
ou qui ont été en uſage parmi les Hommes.
Aucune Langue n'eſt donc l'Ouvrage de
l'Art: elles font toutes une ſuite néceffaire
de la conformation des organes de la paro
le ,& d'un nombre preſqu'infini de circonftances
, qui ont concouru à leur établiſſement
, qui en font la varieté , &qui par le
laps de tems y apportent des changemens ,
qui à la fin les détruiſent , & leur font faire
place à d'autres , qui s'introduiſent de la
même maniere que les anciennes s'étoient
établies.
Les Langues n'fuirt point l'Ouvrage d'aucun
particulier ,mais étant un effetde cette
Cij ma2196
MERCURE DE FRANCE.
maniere ſupérieure , ſelon laquelle les cho
ſes ſemblent ſe faire & s'introduire toutes
ſeules , ſans le ſecours de l'Art , ni de l'Autorité
, nous devons les prendre telles que
nous les trouvons , puiſqu'elles ont été faites
indépendemment de nous. Quand une
fois les cauſes , qui forment une Langue ,
ont produit leur effet , & qu'enfin la Langue
eſt établie , la Loi eſt publiée ; tout doit
yêtre foumis , juſqu'à ce que des cauſes pareilles
faſſent ſucceder un nouvel effet au
premier.
Ainfi , lorſqu'il s'agit de l'emploi ou de la
prononciation d'un mot , ou qu'il eſt queftion
de quelque tour de Phrafe , nous devons
nous contenter de conſulter l'uſage de
la plus noble & de la plus éclairée partie de
la Nation , où cette Langue eſt établie ; il
ſuffit que l'on puiſſe nous dire avec vérité ,
c'est ainſi que les perſonnes éclairées de la Nation
parlent ; tel eſt le langage de ceux qui ont
eu de l'éducation à la Cour , ou dans la Capitale.
C'est dans ceſens que les Auteurs de réputation
employent un tel mot ou une telle Phra
ſe : tout est décidé. Nous devons prendre
les mots& les Phrases ,telles que l'uſage le
plus autoriſé nous les préſente, Cet uſage
eſt la ſeule réglede la prononciation , de la
fignification & de l'emploi des mots & des
Phraſes. Il n'y a pas fur ces points d'autres
prin
OCTOBRE. 1744. 2197
principes. Nous ne pouvons qu'obſerver l'ufage
, & conformer notre pratique à ces
Obſervations .
Il n'en eſt pas de même de la Peinture ,
de la Muſique écrite , de l'Orthographe , &
des autres Inventions de l'induſtrie des
Hommes. Nous avons tous droit de révifion.
Nous avons tous intérêt de reconnoître
pour quelle fin , pour quels motifs
pour quels uſages , on a imaginé l'Art ; fi
l'inventeur fuit ſon but , ſi les moyens conduiſent
à la fin. On doit même nous ſçavoir
gré de propoſer ce qui peut ajoûter quelque
degré de perfection à l'Art , & faire
éviter ce qui pourroit le rendre défectueux .
C'eſt ainſi que les Arts ſe ſont perfectionnés.
Tous les Arts ont leurs principes & leurs
régles , indépendemment de tout caprice ,
parce qu'ils ont tous une fin , à laquelle ils
doivent atteindre , pour remplir leur inftitution.
La Peinture d'une bouche doit refſembler
à une bouche , & ne doit pas être
la figure d'un oeil ; le portrait de Louis doit
me rappeller l'image de Louis , & s'il me
rappelle l'idée de quelqu'autre , le Peintre
n'a pas rempli ſon objet.
د
Les Notes de Muſique ont chacune leur
destination & fi vous voulez me faire
chanter mi , fa , fol , il ne faut pas que
Ciij vous
2198 MERCURE DE FRANCE.
vous notiez ſur la portée la , fi , ut .
Mille raiſons d'intérêt , de commodité ,
de vanité , engagerent autrefois les Hommes
àchercher un moyen , pour communiquer
leurs penfées aux abſens ,pour ſe les
rappeller à eux-mêmes ,& pour les tranfmettre
à la Poſterité. Ils inventerent d'abord
des Hiéroglyphes , c'est-à-dire des fignes
, ou ſimboles , qui n'étoient deſtinés
qu'à faire entendre le fond de la penſée , à
peu près comme le chou , pendu à une
porte , indique que c'eſt là que l'on vend
du vin. Enfin , après bien des recherches
ils eurent le bonheur de trouver ces petites
figures que nous appellons Lettres , dont
chacune eſt deſtinée à être le figne de quelqu'un
des fons particuliers , qui entrent
dans la compofition des mots.
L'Art , qui apprend à ſe ſervir de ces ffgnes
, eſt appellé Orthographe , c'est-à-dire
l'Art d'écrire , ſelon le but pour lequel
l'Art à été inventé. L'Orthographe, étant un
Art , elle doit avoir des principes , & des
principes invariables , car tout Art eſt inventé
, pour conduire à une fin ; les principes
de l'Art , ce ſont les Régles , les Obfervations
, qui conduiſent à cette fin ; or
comme la fin ne change point , les principes
doivent aufli être invariables comme
elle.
Quelle
OCTOBRE. 1744. 2199
Quelle eſt la fin de l'Orthographe , &
quels en font les principes ? La fin de l'Orthographe
eſt de peindre la parole par des fignes
, qui , ſelon leur deſtination une fois
fixée & convenuë , deviennent l'image des
ſons particuliers , qui entrent dans la compoſitiondesmots.
A l'égard des principes , c'est-à-dire, des
moyens que l'on doit néceſſairement employer
, pour arriver à cette fin , je me contenterai
de rapporter ici les deux ou trois
principes fondamentaux , dont tous les autres
ne fontque des conféquences.
I. L'Orthographe doit fournir autant de
ſignes particuliers qu'il y ade fons differents
dans une Langue, enſorte que chaque fon
ait ſa Lettre repreſentative.
11. Ces Signes ou Lettres ne doivent jamais
être employés l'un pour l'autre , car
alors le Signe feroit équivoque , ce qui eft
le plus grand défaut qu'un Signe puiſſe
avoir.
111. Enfin l'Orthographe doit faire tout
ce qu'il faut & ne faire que ce qu'il faut ,
pour arriver à ſon but , qui eſt uniquement
de donner les Signes propres & incommutables
de la prononciation , & les Obfervations
néceſſaires pour écrire ces Signes .
Il eſt indubitable , que d'abord on a ſuivi
ces principes. Onn'avoit inventé les Signes
Ciiij des
80000
2200 MERCURE DE FRANCE.
des fons que pour en ſuivre la deſtination .
Si l'on écrivoit Empereur , enfant , entendre ,
par un é , c'eſt qu'on prononçoit émpereur ,
énfant , énténdre. La preuve en eſt bien claire
; c'eſt que cette prononciation s'eſt conſervée
juſqu'aujourd'hui , en pluſieurs Provinces&
furtout en Provence & en Languedoc
, où tous les mots François qu'on écrit
par en & qu'on prononce par an en François,
ſe prononcent par én , même la prépoſition
en in , & c'eſt ainſi que nous prononçons
examén , Hymén , Saducéén , Chaldéén
amén, bién, mién , tién , ancien , &c .
Il y a auſſi en Picardie , en Artois & en
Flandre , pluſieurs fortes de prononciations,
qui par leur conformité avec l'ancienne Orthographe,
justifient que cette Orthographe
fut autrefois conforme à la prononciation ,
comme Paon .
Quand la prononciation change , on
peut afſfürer que l'Orthographe changera ,
maisde loin en loin ; on écrivoit foubs on
n'écrit plus que fous , parce que le b ne s'y
prononce plus. On écrivoit il ha , habet ,
on écrit ſimplement il a, on écrivoit Adrian,
Damian , Valentinian , parce qu'on les prononçoit
ainſi ; aujourd'hui on écrit Adrien
Damien , Valentinien , par la ſeule raiſon de
la prononciation. On écrivoit treuve ; on
écrit trouve , toujours par la raifon de la pro-
,
nonciation , qui , étant la maîtreſſe & l'original
CCTOBRE . 1744. 2201
ginal de l'Orthographe,la ſubjugue enfin &
ſe la rend conforme .
Il n'y a pas bien long- tems qu'on écrivoit
encore il faira , parce que d'abord on l'avoit
prononcé ainsi , faiſant entendre l'a &
l'i dans la premiere ſyllabe , comme on le
fait encore en Provence & dans les Pays
voiſins , mais la prononciation de l'ai s'étant
perduë en ce mot là , & celle de l'e muet y
ayant été ſubſtituée , le ſigne repreſentatif
de cet e muet , a enfin été mis dans l'écriture
au lieu de l'ai , qui n'avoit plus de rapport
à la prononciation de ce mot , enforte
que les partiſans même de l'ancienne Orthographe
écrivent aujourd'hui ilfera , conformément
à la prononciation préſente. On
commence même à écrire nous fefons , il fefoit
, en fefant. Mais pendant que d'un côté
on révoque avec raiſon le Privilége que
l'on avoit toleré dans l'ai , de repreſenter l'e
muet en ces mots , quelques perſonnes venlent
l'en dédommager , en lui accordant ,
malgré ſon inftitution&fon uſage propre
la prérogative de repréſenter l'e ouvert dans
le mot François qu'ils écrivent par ai , Français.
Il me ſemble , que ſelon les véritables.
principes, il ne faudroit écrire la derniere
ſyllabe de François , ni de l'une ni de l'autre
maniere , puiſqu'on ne prononce ni
Cy Fram2202
MERCURE DE FRANCE.
Franço- is ni França is : car on n'entend ni o
nii ; ni ani z.
Oi eſt une diphthongue repréſentative des
fons de l'o & de l'i , raſſemblés en une ſeule
ſyllabe , ſans divifer la voix , mais qui doit
faire entendre les deux voyelles , comme
on les entend dans la premiere ſyllabe de
voy- ez , voy-age , moy-en.
On fait auſſi ſentir les deux voyelles en
Italien dans noi nous , voi vous. On prononce
no- i , vo-i en raſſemblant les deux
fons en une feule ſyllabe. Quelle difference
entre le fon Italien de noi , voi , & le fon
François moi, toi !
د
Les deux voyelles de ladiphthongue oi
ſe font auffi entendre en Grec Tesia la
Ville de Troye . of , article Grec au pluriel.
Οἱ λόγοι les diſcours , & au datif , τοῖς
λόγοις. Dans ce dernier , les trois Lettres
ess ontun ſon bien different de celui qu'elles
ont dans François , S. François , les Suédois,
c.
Cette diphthongue oi , ois , ſe prononce
dans la plupart de nos mots , ſans que l'on
entende rien de l'oni de l'i , comme dans
foi , moi , toi , ſoi , Loi , voi , Roi , quoi , &c.
On entend ona , oué & nullement o- i.
Ainſi , ſi l'on veut prononcer François
comme on prononce S. François , Lois, Rois,
mois,trois ,&c. il faudroit un caractere particulier,
OCTOBRE . 1744. 2203
ticulier , pour marquer cette forte de prononciation
, qui n'eſt nullement marquée
par o- i , puiſqu'on n'entend ni o ni z.
Que ſi l'on veut prononcer François avec
le ſon de l'e fort ouvert , comme dans procès
, ſuccès , tempête , Abbeſſe , &c. il eſt évident
que pourmarquer cette prononciation
d'une maniere propre & ſans équivoque ,
il faudroit plûtôt ſubſtituer un é ouvert à la
diphthongue o- i , qui n'eſt pas même diphthongue
en ce mot , puiſqu'elle n'y a point
de double fon. Mais comme cette façon
d'écrire ce mot par un é ouvert n'eſt point
autoriſée , & que dans la prononciation
foutenuë , ce mot ne ſe prononce point par
un é ouvert , je crois qu'en attendant une
judicieuſe réforme , il faut écrire François ,
Anglois ,je connois , &c .
Et pourquoi ne pas mettre ai au lieu d'oi ?
N'est-ce pas ainſi qu'on écrit Palais , Marais
, jamais , & tant d'autres où ai n'a que
le ſon ſimple de l'ê ouvert ?
Je répons que c'eſt corriger un abus par
un autre plus grand encore ; c'eſt ôter à un
figne ſa deſtination propre , pour lui faire
fignifier un fon , qui , de ſon côté , a ſon
figne particulier.Car ai eſt une diphthongue
compofée de l'a & de l'i , qui n'eſt deſtinée
qu'à marquer un fon réiini , compofé de ces
deux voyelles , comme dans l'interjection
Cvj 2
2204 MERCURE DEFRANCE.
ai , ai , ai ! & dans bail , mail , qui ne font
que d'une feule fyllabe , Bayonne , Mayance
, Bercail , Camail , Email , Serail , poitrail,
détail , Evantail , travail , Portail , fans
compter tant d'autres mots en aille.
Si vous donnez à ces deux Lettres ai le
ſon de l'e ouvert , vous lui ôtez ſa premiere
deſtination ; vous multipliez les êtres fans
néceſſité. Cette prononciation de l'ê ouvert
n'a-t'elle pas ſon ſigne ê ? accès, procès , fuccès
, &c. Ces mots là s'écrivent- ils par ai ?
Cette vieille innovation , car il y a environ
un Siécle que le Sr de l'Eclache voulut
l'introduire , cette innovation , dis-je , induiroit
en erreur les Etrangers & les jeunes
gens , qui apprennent à lire , car fi vous leur
dites que ai fait ê , auront-ils grand tort de
lire lamên au lieu de la main. Bel , mêl pêle ,
canêlle au lieu de Bail , mail , paille ,
naille & encore Bên , Germén , elleurs au lieu
de Bain , Germain , ailleurs , & enfin Méance
, Beône au lieu de Mayance , Bayonne.
ca-
Mais direz-vous , quoiqu'on écrive
'Maire , Confulaire , Titulaire , &c. ne prononce-
t'on pas Mêre , Confulêre , Titulêre ?
On écrit de même jamais , Palais , & l'on
prononce james, Palês.
Je l'avouë ; mais revenons toujours au
principe. Cette maniere d'écrire ces mots
far di eſt un reſte de l'ancienne pronon
ciaOCTOBRE.
1744. 2205
ciation , felon laquelle on faiſoit fentir l'a
&l'i dans tous ces mots là , comme nous le
faiſons encore dans Bail , Mail , ai , ai , ai !
de l'ail.
Interrogez un Provençal , il vous dira que
dans ſon Pays on prononce encore fai-ré,
faire ; Pala- i , Palais , ainſi généralement &
ſans exception de tous les autres mots, écrits
parai.
Telle étoit d'abord la ſeule & unique
deſtinationde cette diphthongue ; ainfi dans
ces mots là l'Orthographe a été d'abord conforme
à la prononciation. Dans la fuite , la
prononciation de ces mots-là a changé ai
en é dans nos Provinces , en deçà de la Loire,&
l'Orthographe abandonnée par la prononciation
, eſt restée dans les Livres ; les
yeux de ceux qui font venus depuis , & qui
ont appris à lire dans ces Livres , ont été
dreſſés à dire é en ces mots là, quand ils y
voyoient ai , comme on faitdire Pan, Lan ,
lorſque nous voyons Paon , Laon ; il ne s'enfuit
nullement de-là , que pour faire entendre
qu'on doit prononcer Francês comme
Procês , on doive écrire Français. C'eſt vouloir
corriger un mal par un autre ; c'eſt tomber
de Carybde en Scylla .
On a toûjours écrit accés , procês , fuccês ,
par un é ouvert , parce que la prononciation
de ces mots là n'a point varié ; ils ont
tou
2206 MERCURE DE FRANCE.
toujours conſervé , dans la prononciation
&dans l'Orthographe,l'e qu'ils avoient dans
la Langue primitive , dont ils ſont dérivés ;
acceffus , proceffus , ſucceſſus , au lieu que
dans Palais & les autres l'a & l'1 de la Langue
primitive , par exemple , Palatium,après
s'être conſervés long- tems , dans la prononciation
& dans l'Orthographe,ne font reſtés
quedans celle-ci ; en un mot , acceſſus , proceffus
, ſucceſſus , ont amené accès , procès ,
fuccès , de même Palatium a fait dire d'abord
Pala- i, & Francus que l'on prononçoit Francous
a amené François : mais par quelle analogie
arriverons-nous à Français ?
Il y a un Poëme Provençal , qui a pour
Titre : Lou Teftamén de l'Ai , c'est-à-dire ,
Le Testament de l'Aſne ; toutes les perſonnes
de nos Provinces Méridionales , qui liront
ce Titre , diront Teftamén comme on dit
examén , faiſant entendre un é & non un a
dans la derniere ſyllabe .
En ſecond lieu , ils prononceront Ai, faifant
entendre l'a & l'i comme dans l'interjection
ai , ai , ai , & dans Ail , Allium
&c.
Ce que je viens dedire , M. de la diphthongue
ai , eft vrai auſſi de la diphthongue
au , que l'on prononçoit a-ou , réuniſſant
les deux fons en une diphthongue;l'u ſe prononçoit
à l'Italienne on, qui eſt un ſon ſimple
,
OCTOBRE. 1744. 2207
ple , comme ceux des autres voyelles ; nous
avons conſervé cette prononciation dans
loup &dans quelques autres mots , qui ne
s'écrivoient d'abord qu'avec un ſimple u ,
lupus , cuculus , &c.
Tous les mots François qu'on écrit par an,
prononcé par ô long , fe prononcent encore
aujourd'hui par a-ou en Provence , en Languedoc
& en d'autres Provinces , qui ont
confervé pluſieurs reſtes de l'ancienne prononciation
.
Je finis par une derniere Obfervation ,
c'eſt que la négligence , l'entêtement du
préjugé des yeux , ou la difficulté que l'Imprimerie
a apportée à changer l'Orthographe
, à mesure que la prononciation changeoit
, a introduit dans l'Orthographe vulgaire
, cinq uſages differens de la diphthongue
ai.
I. Ai , felon ſa premiere & fon unique
deſtination , réunit le fon de l'a & de l'i
Ail , Bail , Ar - eul , Bai- one , Mai- ance ,
&c.
II . Ai a le ſon de l'é fermé dans le futur
& dans quelques autres tems des verbes ,
j'aimerai ,je ferai , je parlai , j'ai , j'ai en, Oc.
Il n'y a pas long- tems qu'on écrivoit nai ,
natus , ils font nais nati funt ; aujourd'hui on
écrit ils font nés.
Dans les Provinces dont j'ai parlé , où ai
a
2208 MERCUREDE FRANE.
atoujours une prononciation uniforme , ot
prononce l'ai du futur des verbes , comme
le premier ai , qui eſt ouvert , de-là vient ,
que quand les perſonnes de ces Provinces
veulent parler François , elles prononcent
le futur Rai , comme l'imparfait du fubjonctif
Rois.
III . Ai a dans pluſieurs mots le ſon de
l'é , qui n'eſt ni tout-à- fait ouvert , ni toutà-
fait fermé , comme dans affaire, néceſſaire ;
ai eſt long dans Maître , dit M. Reſtaur , &
bref dans parfaite.
IV. Ai , dit encore M. Reſtaut , a le ſon
de l'e muet dans les motsjefaisois , nous faifons
: il n'y a pas long- tems qu'on écrit fera .
Il est vrai qu'on commence à écrire fefons ,
fefant. Mais Danet & Joubert ont toujours
écrit faisons , faisant , & quelques-uns de
nos Auteurs écrivent encore de même. Ils
croiroient faire une faute de ſe conformer
à la prononciation , & de ſeconder l'uſage ,
quand il commence à ſe corriger.
V. Enfin ai,conſervé dans l'Orthographe,
malgré le changement de la prononciation ,
a le fon de l'ê ouvert dans Palais , Marais ,
comme nous l'avons déja remarqué .
Lequel de ces cinq uſages , les Etrangers
& ceux qui font encore novices dans
la lecture , donneront-ils à l'ai qu'ils verront
dans Français ? Ce ſera ſans doute ce
lui
OCTOBRE . 1744. 1209
lui de l'é ouvert , mais à quoi pourront- ils
le connoître ? Faut - il que l'Orthographe ait
des ſignes auffi équivoques ? Et n'aimeroient-
ils pas mieux qu'on leur donnât tour
bonnement cet é ouvert , que de les y mener
par un a & un i , qui par eux-mêmes , n'ont
aucune analogie avec l'ê ouvert ?
Ainſi je ne veux point d'une réforme .
qui doit elle-même être réformée , & j'aime
mieux m'en tenir à la maniere ordinaire
d'écrire François.
Vous m'oppoſez , M. l'autorité d'un grand
Poëte , qui s'eſt déclaré partiſan de la maniere
d'écrire que je condamne.
Je répons d'abord , que comme on peut
être fort honnêre-homme , & faire mal des
Vers , on peut auſſi faire les plus beaux Vers
du monde , & ne s'être pas amuſé à approfondir
les principes de l'Orthographe.Ceux
de Newton font plus fatisfaifans pour les
génies élevés.
En ſecond lieu , je ſuis perfuadé que fi le
Poëte Philoſophe , dont vous parlez , M.
étoit né dans le Pays des anciens Troubadours
, où toutes les fois qu'on écrit ai on
prononce ai , faiſant entendre l'a & l'i , &
ne donnant jamais le ſon de l'é ouvert à cette
diphthongue ; je ſuis perſnadé , dis-je , que
cet Auteur illuſtre ne ſe ſeroit jamais aviſé
d'adopter la réforme de François par Fran-
1
gais
2210 MERCURE DE FRANCE .
çais , & je ſuis même convaincu qu'il aime
trop la vérité, pour perfiſter dans cette pratique
, s'il connoît jamais les raiſons qui la
combattent.
Je ſçais bien plus mauvais gré à l'Auteur
du Traité (a) du Vrai mérite ; il condamne
la pratique d'écrire Français par ai , mais
ſes raiſons ne paroiffent pas marquées au
coin de l'eſprit Philofophique.
Tel eſt nitre malheur , dit il, que l'Orthographe
& la prononciation ſont devenuës prefque
arbitraires , depuis que quelques modernes
Substituent des usages pernicieux à d'excellens
principes .
Les uſages peuvent être ſubſtitués à d'autres
uſages , mais jamais aux principes. Il ſeroit
à ſouhaiter que l'Auteur eût expliqué
ce qu'il entend ici par ces uſages pernicieux
&par ces principes excellens .
Un principe excellent eſt que l'établiſſement
, la prononciation & l'uſage des mots,
ne ſont pas arbitraires , je veux dire que le
concoursdes circonstances , qui font naître
une Langue , ne dépend d'aucun particulier,
&que quand une fois elle eſt établie , perſonne
ne peut ſe ſouſtraire à l'uſage reçû.
(a) Traité du Vrai mérite , T. I. p . 175. Edit. de
1740 .
Reſte
OCTOBRE. 1744. 2217
Reſte enſuite à l'écrire , ſur quoi il eſt li
bre à chacun de propoſer ſes Obſervations ,
en ſuivant leprincipe , qui eſt de prendre
les moyens les plus fimples& les plus propres
, pour arriver au but de l'Art , & rejetter
tout ce qui ſeroit inutile ou équivoque .
Pour moi , ennemi des nouveautés , pourſuitil
,je vous conseille deprononcer Français
d'écrire François.
Ce n'eſt pas par la diphthongue ai que l'on
doit indiquerla véritable prononciation de
François, ſelon d'excellens principes , qui
veulent qu'on indique les fons par leurs
Lettres caractériſtiques , & qu'on rejette
tout ce qui peut induire en erreur.
Tant que ces abus dureront , c'eſt toujours
le même Auteur qui parle , la Langue n'acquerera
jamais le beau titre de Langue morte,
qui fait tant d'honneur à la Latinité.
Une Langue vivante , parvenue à un certain
degré de perfection , ne doit point envier
le prétendubeau titrede Langue morte.
Toute la difference qu'ily a entre une Langue
morte & une Langue vivante , c'eſt
qu'on a ceſſé de parler l'une , & qu'on parle
encore l'autre ; c'eſt même un préjugé favorable
pour une Langue vivante , de ſe
conſerver plus long-tems , & nous devons
ſouhaiter que la nôtre ſe conſerve
vivante
1212 MERCURE DE FRANCE .
vivante juſqu'à la conſommationdes ſiécles.
La nouvell : Orthographe qu'on veut introduire
, ajoûte-t'il , auroit des ſuites bien funestes ,
ſi on écrivoit j'avais pour j'avois . L'Etranger
qui veut apprendre notre Langue , pourroit-il
de lui-même recourir au verbe avoir pour le
bien conjuguer ?
L'Etranger , qui lit fera dans tous nos Livres
, & même dans le Traité du Vrai mérite
, pourra-t'il de lui-même recourir au
verbe faire pour le bien conjuguer ? Quelles
Suites funestes ! tout eſt renverſé ! O tempora !
ô mores ! Faudra- t'il refondre tous les Livres
qu'on a imprimés depuis l'Etabliſſement de la
Monarchie ? dit l'Auteur du Traité du Vrai
mérite.
Il y a plus de mille ans d'intervalle entre
l'Etabliſſement de notre Monarchie & l'Invention
de l'Imprimerie. D'ailleurs , les
Manufcrits & les Livres les plus anciens
font toujours autant de témoins de la prononciation
& des façons de parler de nos
Peres , & ne doivent pas plus ſervir de regle
à notre Orthographe,qu'ils en ſervent à
notre prononciation. Pour les en dédommager
, donnons leur le beau titre de Livres de
Languemorte.
Après tout , l'Auteur lui - même voudroit-
il écrire comme on écrivoit du tems
de
OCTOBRE. 1744. 221
/
de Villehardoüin , ou même du tems de
Marot ?
Ces innovationsfont pitié , s'écrie l'Auteur.
Oüi affürément , tout ce qui n'eſt pas conforme
aux véritables principes ; fait pitié
aux eſprits Philofophiques , qui vont ſaiſir
les chofes dès leurs fources,
Enfin l'Auteur voudroit que l'Académie ,
Tribunal souverain des Belles- Lettres , afſem
blat les Chambres , composât une Aſſemblée da
Députés profonds &polis , pour pouvoir tous
ensemble, &à la pluralité des voix , décider ,
créer , approuver , profcrire. Sur quoi l'Aureur
me permettra de le renvoyer à la ſage
&profonde Differtation de M. de Moncrif,
digneMembre de cette Illuſtre Compagnie,
M. deMoncrif fait voir dans cette Differtation
, que toute Langue vivante est parsa nature
même, &par celle de notre eſprit , ſujette
à varier ſans ceſſfe. Ce qui ne doit s'entendre
que de la Nomenclature , de la Prononcia
tion , & de l'uſage des mots & des Phrafes ,
car pour l'Orthographe , on peut fort bien
obſerver tous les fons d'une Langue , &
donner à chacun un ſigne particulier & invariable
, je veux dire une Lettre caractériſ
tique & incommutable , enſorte que a & i ,
par exemple , ne puiffent jamais être le
figne de quelque autre fon ,& qu'aucune
autre
2214 MERCURE DE FRANCE.
:
autre Lettre ne puiſſe jamais prendre le fon
de l'a ni celui de l'i.
La Diſſertation , dont je viens de parler ,
fut lûë à l'Académie , dans une Aſſemblée
publique le 10 Mars 1742 , & elle a été
imprimée dans les OEuvres mêlées de M. de
Moncrif, à Paris , chés Brunet , 1743. J'ai
Jû ces OEuvres avec beaucoup de plaifir &
d'utiliré. J'y ai obſervé la délicateſſe , la juf
reffe & le bon eſprit de l'Auteur,
Voilà , Monfieur , ce que vous avez défiré
de moi. Je ſerai toujours ravi de vous
marquer le dévoûment fincere avec lequel
j'ai l'honneur d'être , Monfieur ,&c.
AParis, ce 21 Juillet 1744.
Fermer
7615
p. 2218-2219
EXPLICATION du Tableau Epithalame, peint à l'Encre de la Chine, dédié à S. A. S. Madame la Duchesse de Chartres, par M. Gosmond.
Début :
LE principal Groupe représente le Mariage d'Hercule avec Hebé, fait par [...]
Mots clefs :
Hercule, Hébé, Jupiter, Sagesse, Grâces, Groupe, Tableau épithalame
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION du Tableau Epithalame, peint à l'Encre de la Chine, dédié à S. A. S. Madame la Duchesse de Chartres, par M. Gosmond.
EXPLICATION du Tablean Epithalame
, peint à l'Encre de la Chine , dédié
à S. A.S.Madame la Ducheſſe de Chartres,
par M. Gofmond.
E principal Groupe repréſente le Ma-
Lriaged'Hercule avec Hebé fait par
Jupiter.
Il y a deux Groupes à droite & à gauche
du premier , qui caractériſent les attributs
desEpoux qui s'uniffent.
Le Groupe à la fuite d'Hebé , repréſente
la Sageſſe & les Graces. LesGracestiennent
des Guirlandes de fleurs , qu'elles ont préparé
pour l'Epouſe. La Sageſſe paroît s'entretenir
avec les Graces , & leur dire , que
les fleurs qu'elles préſentent , pour corner
cette Augufte Epouſe , produiront bien-tôt
des fruits dignes d'elle , &du Héros avec
lequel Jupiter l'unit ; ce qui eft caractériſé
par une Corne d'abondance qui eſt à ſes
pieds.
Le Groupe qui ſuit Hercule , repréſente
Mars & la Liberalité,qui font les vrais attribats
d'un Héros , puiſque Mars figure la
force du courage , & la Libéralité ,les ſentimens
généreux qui doivent l'accompagner.
Sur
OCTOBRE. 1744. 2219
Sur le devant du Tableau , ſont l'Amour
& l'Hymen, qui réiniſſent leurs flambeaux ,
avec des expreffions réciproques de tendrefſe.
On voit entre leurs flambeaux réinis les
Armes d'Orleans & de Conty accolées , qui
caractériſent l'Auguſte Hymenée de leurs
Alteſſes Séréniffimes.
Au bas du Tableau on lit cette Inſcription
:
D'Hercule avec Hebé le Souverain des Dieux
Sur l'Olimpe autrefois unit la deſtinée
Entre CHARTRES & CONTY les Loix de
l'hymenée 1
Du beau Sang des Bourbons refferrent tous les
noeuds ,
Et dans leur chaîne fortunée,
Nous font voir ici bas ce qu'on vit dans les Cieux.
, peint à l'Encre de la Chine , dédié
à S. A.S.Madame la Ducheſſe de Chartres,
par M. Gofmond.
E principal Groupe repréſente le Ma-
Lriaged'Hercule avec Hebé fait par
Jupiter.
Il y a deux Groupes à droite & à gauche
du premier , qui caractériſent les attributs
desEpoux qui s'uniffent.
Le Groupe à la fuite d'Hebé , repréſente
la Sageſſe & les Graces. LesGracestiennent
des Guirlandes de fleurs , qu'elles ont préparé
pour l'Epouſe. La Sageſſe paroît s'entretenir
avec les Graces , & leur dire , que
les fleurs qu'elles préſentent , pour corner
cette Augufte Epouſe , produiront bien-tôt
des fruits dignes d'elle , &du Héros avec
lequel Jupiter l'unit ; ce qui eft caractériſé
par une Corne d'abondance qui eſt à ſes
pieds.
Le Groupe qui ſuit Hercule , repréſente
Mars & la Liberalité,qui font les vrais attribats
d'un Héros , puiſque Mars figure la
force du courage , & la Libéralité ,les ſentimens
généreux qui doivent l'accompagner.
Sur
OCTOBRE. 1744. 2219
Sur le devant du Tableau , ſont l'Amour
& l'Hymen, qui réiniſſent leurs flambeaux ,
avec des expreffions réciproques de tendrefſe.
On voit entre leurs flambeaux réinis les
Armes d'Orleans & de Conty accolées , qui
caractériſent l'Auguſte Hymenée de leurs
Alteſſes Séréniffimes.
Au bas du Tableau on lit cette Inſcription
:
D'Hercule avec Hebé le Souverain des Dieux
Sur l'Olimpe autrefois unit la deſtinée
Entre CHARTRES & CONTY les Loix de
l'hymenée 1
Du beau Sang des Bourbons refferrent tous les
noeuds ,
Et dans leur chaîne fortunée,
Nous font voir ici bas ce qu'on vit dans les Cieux.
Fermer
7616
p. 2222-2235
LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
Début :
A peine, Monsieur, eûs-je achevé la Lettre que je me suis donné l'honneur [...]
Mots clefs :
Témoignage, Bibliothèque, Flavius Josèphe, Manuscrits, Saint Éphrem, Lettre, Croix, Sermon, Doutes, Chrétiens, Juifs, Jésus-Christ, P. Tournemine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE écrite par M. D. L. R. à M. le Marquis de B. sur quelques sujets de Littérature.
LETTRE écrite par M.D. L. R. à M.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
le Marquis de B. ſur quelques sujets de
Littérature.
A
Peine , Monfieur , eûs-je achevé la
Lettre que je me ſuis donné l'honneur
de vous écrire le 15 du mois de Juillet dernier
, & qui est imprimée dans le Mercure
du mois ſuivant , qu'en ouvrant la Bibliothéque
Orientale de M. d'Herbelot , pour
toute autre choſe , je fis une découverte ,
que je crois n'être pas indifferente , au ſujet
qui eſt traité dans cette Lettre.
Vous ſçavez , Monfieur , que le Cardinal
Quirini , Evêque de Breſcia, Bibliothéquaire
du Vatican , Auteur de la nouvelle Edition
des OEuvres de S. Ephrem , publiée à
Rome , affûre dans ſa derniere Lettre à M.
de Boze , Directeur de l'Académie des Infcriptions
& Belles- Lettres , qu'il a vû tous
les Manufcrits Grecs des OEuvres de S.
Ephrem, qui font dans la Bibliothéque du
Vatican ,
OCTOBRE. -1744. 2223
Vatican , & qu'aucun de ces Manufcrits ,
dans le Sermon de la Croix , ne porte la
Leçon Regnavit à ligno ; qu'il en eſt de même
de ceux d'Angleterre ,ſur leſquels a été
faite l'Edition d'Oxford , & de celui de la
Bibliothéque de S. Marc de Veniſe ; qu'à
l'égard de la Verſion Syriaque de l'Eglife.
d'Edeffe , dans laquelle on a prétendu que
S. Ephrem liſoit Regnavit à ligno , il n'a
point connu d'autre Verſion Syriaque que
celle où certainement cette addition ne ſe
trouve pas , qu'au reſte le Texte Syriaque
de ce Sermon ne ſe trouve ni dans la Bibliothéque
Vaticane , ni ailleurs , du moins
de ſa connoiſſance ; qu'enfin les Manufcrits
Grecs , qui repréſentent le même Texte ,
font exempts de cette addition.
Or je trouve , Monfieur , dans la Bibliothéque
Orientale , une Verſion Arabe du
Sermon de la Croix , par S. Ephrem , dont
perſonne , que je ſcache , n'a encore parlé.
Il ne ſeroit peut-être pas inutile de confulter
ce Texte Arabe , pour achever d'épuiſer
le ſujet en queſtion , & pour conftater la
vérité dans un point de critique , qui intéreſſe
la Religion. C'eſt , M. dans cet eſprit
que je vais vous rapporter ici ce qui ſe lit
là deſſus dans la Bibliothéque Orientale ,
pag. 748 .
Il y a dans la Bibliothéque du Roi , nu-
Diiij mero
2224 MERCURE DE FRANCE.
» mero 792 , un Sermon en Langue Arabi-
>> que de Mar Afraim , ou S. Ephrem , qui
>>fût prononcé le 17 jour du mois , que les
>>Egyptiens appellent , Toht , qui répond à
>>>notre mois de Septembre , Fête de la ſain-
>>te Croix , dans lequel ce ſaint Perſonnage
>>d>écrit l'Hiſtoire de Maroun , de Marie la
>> Femme , & de ſes Enfans.
>> Le Titre de ce Sermon eſtfeffir menKethir
» men Agiaib al Salib , alladhi beki Nackdor
» ala edfa bezal alscheitan almebat , ou Partie
>>des Miracles de la Croix , par la Vertu de
>>laquelle nous pouvons nous délivrer des
>> embûches de Sathan le Trompeur.
On apprend , pag. 558 du même Livre ,
que Maroun , dont il eſt parlé ci-deſſus ,
étoit un Emir , ou Seigneur principalde la
Ville d'Antioche , lequel viſita ſoleninellement
la fainte Croix , qui étoit à Jerufa
lem , avec fa femme Marie & ſes Enfans .
S. Ephrem , ajoûte l'Auteur , a fait un Difcours
exprès fur les Miracles qui ſe firent
alors par la préſence de la fainte Croix. 107
Vous ne doutez pas , M. que je ne voye
inceſſamment à quoi m'en tenir ſur ce Manuſcrit
Arabe de la Bibliothéque Royale ,
qui me paroît important ſur le ſujet en
queſtion , & j'aurai foinde vous informer
du ſuccès de mes Recherches. En attendant ,
paſſons à une matiere fur laquelle vous êtes
déja prevenu. J'ai
OCTOBRE. 1744. 2225
•J'ai dit dans la premiere partie de l'Extrait
de la Lettre du Cardinal Quirini à M.
de Boze , que pour donner indirectement
quelque ſatisfaction au Pere Tournemine ,
qui n'avoit pas triomphé dans la Conteftation
dont j'ai eu l'honneur de vous rendre
compte , je m'aviſai de tui propoſer la Défenfe
du fameux Paſſage de l'Hiſtorien Joſephe
, qui rend un témoignage fi remar
quable de JESUS CHRIST ; & cela , parce
que Dom Calmet , dans ſa Lettre,citée dans
monExtrait,ſembloit douter à l'occaſion du
regnavit à ligno , de l'autenticité de ce paffage
de P'Hiſtorien Grec .
J'ai ajouté , que je me dois ſçavoir bon
gré de ma tentative , car elle a donné licu ă
un fort bon Ouvrage du Pere T. qu'il me fit
l'honneur de m'adreſſer peu de tems avant
fa mort ,& dont je ne manquerois pas de
vous rendre compte. C'eſt , M. dequoi
jevais tâcher de m'acquitter , avec le plus
de briéveté qu'il me ſera poſſible.
D'abord il faut vous mettre ſous les yeux
ce célébre témoignage de Joſephe , fidélement
traduit fur le Texte Grec par Dom
Calmet,& tel qu'il le rapporte lui-même, à
la fin de l'un de ſes meilleurs * Ouvrages .
En ce même-tems parût Jesus , homme fage :
*Hiftoire de la Vie & des Miracles de Jeſus- Chriſt ,
&c. I. Vol. in- 12. Paris , 1720.
Dy fi
2226 MERCURE DE FRANCE.
Sitoutefois on doit l'appeller un homme : car
ilfit une infinité de prodiges , & il enfeigna la
Véritéà tous ceux qui la voulurent entendre. Il
eût plusieurs Disciples qui embraſſerentsa Doctrine
, tant desGentils , que des Jurfs. Il étoit le
* CHRIST ; & Pilate poufſſsé par l'envie des
premiers de notre Nation , l'ayant fait crucifier,
cela n'empêcha pas que ceux qui avoient
été attachés à lui , dès le commencement , ne
continuaſſent à l'aimer. Il leur apparut vivant
trois jours après sa mort ; les Prophètes ayant
prédt &sa Résurrection & pluſieurs autres
chofes qui le regardoient. Et encore aujourd'hui
la Secte des Chrétiens ſubſiſte , & porte
fonnom. Jofeph. Antiq. L. 18 , c. 4.
Le P. T. commence ſa Diſſertation par
des politeſſes , qui lui étoient naturelles
au ſujetde la propoſition que je lui avois
faite ,& après quelques préliminaires , venant
au fond de la queſtion , il s'exprime
ainſi. >> Le Chriſtianiſme reçoit à la vérité
>>quelque avantage du témoignage de Jo-
>> ſephe , mais il peut s'en paſſer : la certitu-
>>de des Fairs ſur leſquels il eſt fondé , brille
>>d'une évidence ſi pleine , ſi conſtante , fi
>>autoriſée par les ennemis mêmes de notre
>> fainte Religion , les Juifs , Celſe , Porphyre
, Julien l'Apoſtat , que le témoigna-
* S. Jerôme lit credebatur effe Christus , Lib. de
fcriptorib.
ge
OCTOBRE. 1744. 2227
ge de l'Hiſtorien Juif peut paroître fu-
>>perflu.
Pour bien juger de la Conteſtation , continue-
t'il , tranfportons-nous d'abord au
tems de ſa naiffance. L'Egliſe étoit , après
quatorze fiécles de poſſeſſion tranquille ,
en état de regarder le témoignage de Joſephe
commehors de toute atteinte , quand
au milieu du XVI ſiécle on commença d'en
conteſter la validité. Sebastien Lepusculus ,
Allemand , a écrit que Giphanius, Jurifconfulte
, ſoupçonnoit quelque Chrétien d'avoir
ſuppoſé ce témoignage ; Lepusculus
n'en convient pas ,& refute folidement ce
foupçon. Luc Ofiander s'eſt expliqué plus
nettement dans un Abbregé de l'Histoire
Eccléſiaſtique ; une raiſon bien foible l'a
déterminé. Jofephe , dit-il , auroit profeffé
leChritianiſme , s'il penſoit ce que le paffage
exprime ; le paſſage ne contient cepen
dant rien que Jofephe n'ait pu dire, fans être
Chrétien;nous le montrerons.
Voilà , diril, l'origine des doutes & des
difputes ſur ce témoignage ; & dans quel
temsdevient-il incertain ? Quand Luther ,
quand cette foule de Novateurs , ayant
renverſé toutes les bornes qui gênoient la
témérité ,foumettent à leur examen les Jugemens
de tous les ſiècles paffés , fe livrent
aux conjectures les plus biſarres. C'eſt dans
Dvj ΓΕ-
2228 MERCURE DEFRANCE.
l'Ecole de ces Novateurs , que les Cenſeurs
de Joſephe ſe ſont enhardis à propoſer les
doutes , les moins fondés , contre ſon témoignage.
Le foible de notre eſprit eſt de douter
aiſément , & on s'affectionne aux doutes ,
par l'orgueil ſecret de ne pas penſer comme
le Public ; cette diſtinction flate , & flate
mal- à- propos ; elle flate pourtant. On de
vroit s'appercevoir qu'être different du reſte
des hommes , eſt plus ſouvent un défaut
qu'une perfection.
Enfin , après quatorze fiécles , des Nova
reurs forment , propoſent des doutes fur le
Témoignage de Joſephe en faveurde Jeſus-
Chrift : ce fontdes Chrétiens ; mais ce font
des Chrétiens ſéparés du reſte des Chré
tiens; des Chrétiens révoltés contre l'autorité
qui gouverne lesChrétiens : faut-il les
écouter ? Les écouteroit-on dans un Tribu
nal légitime & fſage ? Ils avoüent que tous
les Manufcrits , ſans exception d'un ſeul,
contiennent le Témoignage conteſté , que
pendant XIV ſiècles , perſonne ne l'a res
voqué en doute ; ils ne viennent propoſer
que des doutes , des ſoupçons , des conjec
tures ; les écouteroit- on dans aucun Tribunal
? Ecoutons-les cependant , & confondons-
les.
Ainſi parle le P. Tournemine ; & je crois ,
M.
OCTOBRE. 1744. 2229
M. fans vouloir anticiper ſur votre jugement
, qu'il ne parle point avec trop de confrance.
Il vient enfuite à ce qu'alléguent ces
Hommes ſuſpects contre le confentement de
tant de ſiécles , contre l'autorité de tous les
Manufcrits. Ces Allégations ſe réduifent à
quatre.
1. Quelques Docteurs de l'Eglife, Juſtin,
Clément , Alexandrin , Origene , n'ont
point apporté ce témoignage en difputant
contre les Juifs. Photius n'en faitpas mention
dans fon Extrait de Joſephe .
2. Il paroît que ce témoignage eſt ajouté,
&qu'il ſuſpend la Narration.
VSD
3. Le ſtyle eft different du ftyle de l'Hiftorien
Juifstoc
T:
4°. Enfin , Jofephe n'a pû parler de Jeſus-
Chriftcomme il en parle , s'il n'étoit Chrétien,
& sûrement il ne l'a jamais éré.
Avant que de réfoudre ces prétendues
difficultes ,leP. Tournentine trouve apropos
de s'arrêterun peu à confiderer l'excès ,
véritablement deralfonnable , des conjectares
de quelques- uns des Adverſaires.
Cloppenbourg , dit- il , & Suellius imaginentce
que Jofephe avoit écrit : ils fuppoſent
qu'il s'exprimoit de la maniere la plus
injurieufe pour Jeſus- Chrift & pour ſa ſainte
Mere ,& ils prefument qu'un Chrétien a
ſubſtituéce que nous lifons; mais fur quelle
こ
preuve
2230 MERCURE DEFRANCE.
preuve appuyent- ils une conjecture ſi hazardée
? Sur aucune ; ils devinent. En véritéun
eſprit entraîné par l'imagination , par la
corruption du coeur , par l'incredulité , s'éloigne
étrangement de la Raifon.
D'autres accufent Euſebe de la ſuppoſition
de ce Témoignage. La plus legere réflexion
leur auroit fait ſentir combien le Projet
qu'ils attribuoient à un homme ſage ſeroit
peu ſage. Eufebe auroit-il ſuppoſé un paffagede
Joſephe ſans néceſſité ,certain d'être
convaincu par tous les Manufcrits qui exiftoient?
Ce ſoupçon a-t'il la moindre ombre
de vrai-ſemblance ?
Notre Auteur fait enfuite une réfléxion
qu'il croit ſuffiſante , pour déterminer tou
tes les Perſonnes ſenſées. Comparons , ditil
, les Cenfeurs du Témoignage avec fes
Deffenſeurs .
Je le vois ,continue-t'il , reçû , cité par
Euſebe , par S. Jerôme , par S. Ambroife ,
par S. Ifidore de Pelufe , par Sozomene ,
par Caffiodore , qui avoit tout lû & affemblé
tous les Manuscrits. Ils l'ont cité fans
être contredits. Chaque ſiècle , pendant
1400 ans , a produit de nouvelles autorités
en faveur du Témoignage.
Quand il eſt attaqué après une ſi longue
& fi paiſible poffeffion , les Auteurs les plus
diftingués par leur érudition , les Critiques
Les
OCTOBRE. 1744. 2231
lesplus ſenſés & les plus ſuivis ſe déclarent
pour l'autenticité du Témoignage : Sixte de
Sienne , Baronius & Cafaubon , ſi oppoſés
l'un & l'autre , & d'accord fur cet article ,
Poſſevin , Bellarmin , Henri Valois , François
de Roye , M. Huet , le Pere Pagi , le
Pere Alexandre , M. de Tillemont , le P.
Bonjour , le P. Honoré de ſainte Marie ,M.
l'Abbé d'Houteville.
Les foupçons nés dans les Sectes Proteftantes
fur ce même Témoignage , ont été
combattus & détruits par les plus doctes
Proteſtans , après les Centuriateurs : par
Munster , Schikard , Cafaubon , Voffius, le
Pere , Alting , Cocceius ,Chriſth. Adam
Rupert , Bofius , Reineſius , Multerus , Virdung
, Vitſius , Videlius , Grabbe. J'omets
plufieurs autres Proteftans , moins célébres ,
qui ont foutenu avec chaleur que ce Témoignage
étoit légitime. j
,
L'Angleterre , ajoûte le Pere T. fi féconde
en opinions ſingulieres , ſi rigoureuſe
dans l'examen des Preuves de la Religion ,
avû ſes Ecrivains les plus ſçavans , fes Critiques
les plus écoutés , Ufferius , Cave ,
Spencer , Parker , Hudfon , s'élever contre
les conjectures hazardées des Cenfeurs audacieux
du Témoignage. Vhiſton , le réméraire
Vhiſton , dont nulle borne n'arrête la
Critique , a entrepris dans une Differtation
im2232
MERCURE DEFRANCE.
imprimée , la défenſe du même Témoi
gnage.
On nedoit pas oublier ni Ifaac Voffius , fi
verſé dans la lecture de Joſephe , ſon Ecrivain
favori , Ifaac Voſlius , qu'on ne peut
foupçonner de credulité ,il s'en faut beaucoup
, ni Charles d'Aubur , Prêtre Anglican,
qui dans un Ouvrage Latin a épuiſe la
Queſtion , & renversé ſur les Cenfeurs du
Témoignage toutes leurs Objections; ni enfin
David Martin , Miniſtre Prétendu Réformé
, réfugié en Hollande , dont la Differtation
, véritablement ſçavante , véritablement
judicieuſe , a paru à Utrech en 1717 .
Je paffe , M. pour abbreger , tout ce que
le docte Deffenfeur du Témoignage en
queſtion , dit encore de ſolide , de curieux
&d'inſtructif , tant au fujet d'autres ſçavans
Apologiſtes du même paſſage qui ſe ſont
trouvés parmi les Proteftans , que de quelques
nouveaux Cenfeurs , qui l'ont attaqué
fans ſuccès ,& qui ont été réfités par dés
Auteurs modernes.
Le P. Tournemine appelte tout ce qu'il a
obſervé juſqu'ici ſur cette matiere , les dehors
de la Queſtion. Je m'y ſuis arrêté , dit.
il,fans craindre d'entrer dans le fond de la
diſpute. Il va en effer tout de ſuite examiner
ſcrupuleuſement les Objections des Adverfaires
,qui en propoſent quatre.
PRE
OCTOBRE. 1744. 2235
PREMIERE OBJECTION.
Si le Témoignage eſt depuis quelques fiecles
dans tous lesManuscrits , il n'y a pas tou ours
été. Clement, Alexandrin , Justin , Tertullien ,
Origene , S. Chriſoſtôme , Theodoret , Photius ,
ne l'ont pas lû dans les Manuscrits de leur
tems ; ils l'auroient cité,ſurtout écrivant contre
lesfuifs.
R'EPONSE.
Pour que l'Objection cut quelque force,
il faudroit que les Anciens ſur leſquels on
s'appuye , euſſent écrit que le Témoignage
n'étoit point dans Joſephe ; ni ces Auteurs ,
ni aucun autre ne l'ont dit. Ils ne l'ont pas
cité,dit-on ,avec complaiſance. Avant que
de prononcer ſi affirmativement , ne faudroit-
il pas avoir ſous les yeux tous leurs
Ouvrages ? Sçait-on s'ils ne l'ont point cité
dans tantde leursEcrits , dont nous regrettons
la perte? Diſons plus ; ont-ils dû le citer
dans ceux qui nous reſtent?
Il ne paroît pas que Clement Alexandrin
ait en occaſion de recourir à ce Témoignage.
Juſtin , Tertullien , Origene , S. Chryſoſtôme
, n'ont pas dû le citer ; ils ſentoient
qu'on retorqueroit contre eux cette citation
imprudente. Vous faites grand fond tous
7 au1234
MERCURE DE FRANCE.
auroit-on dit , ſur les aveux de Joſephe ,
cependant il n'a pas abandonné le Judaïfme.
Son exemple fait fur nous plus d'impreſſion
que ſes diſcours : ainſi le Témoignage n'étoit
pas une preuve pour les Juifs , qui d'ailleurs
ont un grand mépris pour Joſephe.
Origene , dans ſa * Réponſe à Celſe , rapporte
ce que Joſephe a écrit de S. Jean-Baptiſte
& de S. Jacques ; il ne craignoit pas la
rétorſion . Ces aveux de Joſephe étoient
d'autant plus importans , qu'il avoit conſervé
plus d'attachement pour le Judaïsme .
Juif opiniâtre , ne reconnoiffant pas Jefus-
Chrift pour le Meſſie. Il confeſſoit cependantque
ſon Précurſeur,celui qui l'avoit annoncé
aux Juifs , étoit un S. Homme , d'une
morale pure , ſi révéré de la Nation , qu'on
crut communément que Dieu avoit vengé
ſa mort par la défaite entiere d'une armée
d'Herode. Il reconnoiſſoit que S. Jacques
étoit d'une Vertu admirée , & qu'on ſe
ſouleva contre la violence & l'injuſtice de
ſa mort , dont l'Auteur porta bientôt la
peine.
Je paſſe , par la néceſſité d'abbreger , pluſieurs
réflexions folides , qui accompa
gnent cette premiere Réponſe , & qui
ôtent à l'Objection tout ce qui pourroit lui
L. 1. Contre Celſe ,& sur le Chap. XIII de S.
Mathieu αν η θάλα
refter
OCTOBRE . 1744.
2235
refter de force. Elle finit cette Réponſe ,
par obſerver que les Adverſaires citent le
fameux Photius infidélement. Ce Sçavant ,
d'une lecture immenfe , avoit lû ce Témoignage
, cité par Eufebe , par S. Ifidore , par
Sozomene : il l'avoit lû dans les Manufcrits
de Joſephe. Photius ne dit pas qu'aucun
Ecrivain Juif n'ait parlé de Jesus-Christ
il dit ſeulement que l'affectation de n'en
point parler eſt le vice commun de
leur Nation , maniere de s'exprimer qui
n'exclut pas quelque exception.
د
Je ſuis obligé , M. de m'arrêter ici
& de renvoyer à la premiere de mes Lettres
, le compte qui me reſte à vous rendre
de cette ſçavante Differtation.
Je ſuis , M. &c.
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7617
p. 2237-2238
EXPLICATION d'une Pierre Antique, représentant L'IDÉE DU HEROS, gravée en relief.
Début :
Cette Pierre représente Mars, Apollon & les Graces. Ces Déesses lient le redoutable [...]
Mots clefs :
Pierre, Grâces, Mars, Apollon, Gloire
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXPLICATION d'une Pierre Antique, représentant L'IDÉE DU HEROS, gravée en relief.
EXPLICATION d'une Pierre Antique,
représentant L'IDE'E DU HEROS ,
gravée en relief.
CExt
Ette Pierre repréſente Mars , Apollon
& les Graces. Ces Déelles lient le redoutable
Dieu de la Guerre avec des Guirlandes
de fleurs ,&le préſentent au Dieu de
l'Eſprit. Mars donne une main à Apollon ,
&il lui montre de l'autre le Templede la
Gloire, ſitué ſur un rocher eſcarpé. Ce Dieu
paroît convenir par ce geſte , qu'il a beſoin
d'Apollon, c'est- à-dire, pour expliquer cette
allégorie , que la grandeur du courage ne
ſuffit pas pour s'ouvrir l'entrée du Temple
de la Gloire , s'il n'eſt foutenu par les dons
de l'eſprit , par les graces du génie ,& par
l'amour
1
2238 MERCURE DE FRANCE.
:
l'Amour des Sciences & des beaux Arts ,
amour , qui est caracteriſé par le Bouclier
de Minerve , qu'on voit à côté de Mars.
On lit cette Inſcription Grecque dans
l'Exergue :
ΑΙ, ΚΑΡΙΤΕΣ, ΔΗΣΑΣΑΙ . ΑΔΕΛΦΟΥΣ .
ΘΕΙΟΥΣ . Ce qui ſignifie litteralement , que
les Graces enchaînent & réuniſſent ces deux divins
Freres.
On voit dans le Champ de la Pierre , audeſſous
des Graces , ces Lettres FIP.. qui
font croire que cette belle Gravûre eſt de
Pirgoteles ( fameux Graveur , ſi cher à Alexandre
le Grand , que ce Prince deffendit
fous peine de la vie à tout autre que lui , de
graver ſon Portrait ſur les Pierres précieuſes
, ) ces trois Lettres étant les premieres de
fonNom.
On laiſſe aux Sçavans à juger de cette
Explication. Quant à la Pierre gravée Antique
, qui a fervi de modéle , elle eſt inconnuë
juſqu'à préſent. On n'en connoît que le
Deſſein,qui appartient au Duc de Nivernois
de l'Académie Françoiſe. Ce Seigneur l'a acquis
d'un Curieux , qui deſſine & qui a du
goût pour ce genre d'Antiquité.
représentant L'IDE'E DU HEROS ,
gravée en relief.
CExt
Ette Pierre repréſente Mars , Apollon
& les Graces. Ces Déelles lient le redoutable
Dieu de la Guerre avec des Guirlandes
de fleurs ,&le préſentent au Dieu de
l'Eſprit. Mars donne une main à Apollon ,
&il lui montre de l'autre le Templede la
Gloire, ſitué ſur un rocher eſcarpé. Ce Dieu
paroît convenir par ce geſte , qu'il a beſoin
d'Apollon, c'est- à-dire, pour expliquer cette
allégorie , que la grandeur du courage ne
ſuffit pas pour s'ouvrir l'entrée du Temple
de la Gloire , s'il n'eſt foutenu par les dons
de l'eſprit , par les graces du génie ,& par
l'amour
1
2238 MERCURE DE FRANCE.
:
l'Amour des Sciences & des beaux Arts ,
amour , qui est caracteriſé par le Bouclier
de Minerve , qu'on voit à côté de Mars.
On lit cette Inſcription Grecque dans
l'Exergue :
ΑΙ, ΚΑΡΙΤΕΣ, ΔΗΣΑΣΑΙ . ΑΔΕΛΦΟΥΣ .
ΘΕΙΟΥΣ . Ce qui ſignifie litteralement , que
les Graces enchaînent & réuniſſent ces deux divins
Freres.
On voit dans le Champ de la Pierre , audeſſous
des Graces , ces Lettres FIP.. qui
font croire que cette belle Gravûre eſt de
Pirgoteles ( fameux Graveur , ſi cher à Alexandre
le Grand , que ce Prince deffendit
fous peine de la vie à tout autre que lui , de
graver ſon Portrait ſur les Pierres précieuſes
, ) ces trois Lettres étant les premieres de
fonNom.
On laiſſe aux Sçavans à juger de cette
Explication. Quant à la Pierre gravée Antique
, qui a fervi de modéle , elle eſt inconnuë
juſqu'à préſent. On n'en connoît que le
Deſſein,qui appartient au Duc de Nivernois
de l'Académie Françoiſe. Ce Seigneur l'a acquis
d'un Curieux , qui deſſine & qui a du
goût pour ce genre d'Antiquité.
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7618
p. 2239
« On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe du Mercure de Septembre par les [...] »
Début :
On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe du Mercure de Septembre par les [...]
Mots clefs :
Ongles, Mouvement, Courlande
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texteReconnaissance textuelle : « On a dû expliquer les Enigmes & le Logogryphe du Mercure de Septembre par les [...] »
On a dû expliquer les Enigmes& le Lo
gogryphe du Mercure de Septembre par les
Ongles, le Mouvement , & la Courlande. On
trouve dans le Logogryphe Cruel , Ane ,
Vole , Lourd, Col, Lard , Lune, Rade, Corne,
&Nard.
gogryphe du Mercure de Septembre par les
Ongles, le Mouvement , & la Courlande. On
trouve dans le Logogryphe Cruel , Ane ,
Vole , Lourd, Col, Lard , Lune, Rade, Corne,
&Nard.
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7619
p. 2242
Explanatio in Septem Psalmos, [titre d'après la table]
Début :
EXPLANATIO in septem Psalmos Poenitentiales, cum Versione Gallica. Parisiis, [...]
Mots clefs :
Essai, Notes, Psaumes de David
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Explanatio in Septem Psalmos, [titre d'après la table]
PLANATIO in ſeptem Pfalmos Poenitentiales
, cum Verſione Gallica. Parifiis
Typis P. Æ. le Mercier. M. DCC. XLIV.
•L'Auteur de cette Traduction & de cette
Explication des ſept Pſeaumes Pénitentiaux,
ne les donne que comme un Eſſai , avant
que de faire un pareil travail ſur tous les
Pleaumes de David. Le goût du Public le
décidera ; on peut cependant préſumer que
cet Eſſai ſera favorablement reçû. D'habiles
gens ont obſervé que quoique les Notes ,
miſes au bas des pages de cet Eſſai , ſoient
affés claires pour ceux qui entendent tant
ſoit peu le Latin , il ſeroit peut-être d'une
plus grande utilité de mettre ces Notes en
François. C'eſt à quoi l'Auteur fera refléxion.
, cum Verſione Gallica. Parifiis
Typis P. Æ. le Mercier. M. DCC. XLIV.
•L'Auteur de cette Traduction & de cette
Explication des ſept Pſeaumes Pénitentiaux,
ne les donne que comme un Eſſai , avant
que de faire un pareil travail ſur tous les
Pleaumes de David. Le goût du Public le
décidera ; on peut cependant préſumer que
cet Eſſai ſera favorablement reçû. D'habiles
gens ont obſervé que quoique les Notes ,
miſes au bas des pages de cet Eſſai , ſoient
affés claires pour ceux qui entendent tant
ſoit peu le Latin , il ſeroit peut-être d'une
plus grande utilité de mettre ces Notes en
François. C'eſt à quoi l'Auteur fera refléxion.
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7620
p. 2243
Regles nouvelles de la Musique, [titre d'après la table]
Début :
REGLES nouvelles de la Musique, suivant l'ancien principe de Pithagore ; COMPAS [...]
Mots clefs :
Musique, Violon, Feuille volante
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Regles nouvelles de la Musique, [titre d'après la table]
REGLES nouvelles de la Muſique , fuivant
l'ancien principe de Pithagore ; Сом-
PAS de proportion pour tous les Inſtrumens
deMuſique,&pour toutes leurs differentes
cordes ,& Inſtruction particuliere pour le
Violon,&c. le tout fi facile, qu'on peut s'en
ſervir utilement , ſans ſçavoir lire ni écrire.
ParM Tremolet , Curé du Tartre Gaudran ;
àParis , chés Bailleul , le jeune, vis-à-vis la
Ste Chapelle.
C'eſt le titre d'une grande Feüille volante,
contenant pluſieurs Tables , Chiffres , &
autres Opérations concernant la Muſique ,
dans le détail deſquelles il n'eſt pas poſſible
d'entrer ici.
l'ancien principe de Pithagore ; Сом-
PAS de proportion pour tous les Inſtrumens
deMuſique,&pour toutes leurs differentes
cordes ,& Inſtruction particuliere pour le
Violon,&c. le tout fi facile, qu'on peut s'en
ſervir utilement , ſans ſçavoir lire ni écrire.
ParM Tremolet , Curé du Tartre Gaudran ;
àParis , chés Bailleul , le jeune, vis-à-vis la
Ste Chapelle.
C'eſt le titre d'une grande Feüille volante,
contenant pluſieurs Tables , Chiffres , &
autres Opérations concernant la Muſique ,
dans le détail deſquelles il n'eſt pas poſſible
d'entrer ici.
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7621
p. 2243-2253
Recueil d'Arrêts, Extrait, [titre d'après la table]
Début :
RECUEIL d'Arrêts de Reglement, & autres Arrêtes notables, donnés au Parlement [...]
Mots clefs :
Normandie, Parlement, Province, Avocats, Arrêts, Règlement, Droit, Roi, Privilèges, Ordonnances, Vénalité
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Recueil d'Arrêts, Extrait, [titre d'après la table]
RECUEIL d'Arrêts de Reglement , &
autres Arrêts notables, donnés au Parlement
deNormandie ſur toutes fortes de Matieres
Civiles , Bénéficiales & Criminelles , d'autres
Arrêts rendus au Parlement de Paris
au Grand Conſeil , & autres Cours , fur differentes
Queſtions Mixtes,& de Lettres Patantes
, Ordonnances , Edits , Déclarations
& Arrêts du Conſeil, concernant particulierement
la Normandie. Par M. Louis Froland
, ancien Bâtonnier de l'Ordre des Avocats
du Parlement de Paris. Tome I. Α
Rouen , chés la veuve Jore , 1740. Volume
in-4°. de 900 pages.
E ij Quoique
2244 MERCURE DE FRANCE.
Quoique le Frontiſpice de cet Ouvrage
porte qu'il a été imprimé en 1740 , il n'a
néanmoins commencé à paroître publiquement
à Roiien que vers la fin de l'année
1742 , & à Paris l'année ſuivante.
M. Froland, fon Auteur , eſt connu depuis
long-tems , ayant fait la Profeſſion d'Avocat
, d'abord au Parlement de Normandie ,
ſon Pays natal , où il a été reçû au Serment
d'Avocat il y a plus de 66 ans , & enfuite
au Parlement de Paris , depuis 1688 , où il
fut élu Bâtonnier de l'Ordre des Avocats le
9 Mai 1734.
Le Public lui eſt déja redevable de ſept
autres Volumes in-4°. qui ſont des Mémoires
ſur le Velleïen , ſur la prohibition d'évovoquer
les Decrets de Normandie , ſur les
prétendues Coûtumes Locales du Comté
d'Eu , ſur les Statuts , 2 Vol. & fur le Droit
de Tiers & Danger.
Depuis quelquesannées que l'Auteur s'eſt
retiré dans ſa Patrie , il n'a travaillé que
pour le bien de ſes Concitoyens & de ſes
Confreres ; c'eſt dans cette vûë qu'il a donné
ſa Bibliothéque au College des Avocats
du Parlement de Roiien , & qu'il a fait le
Recueil d'Arrêts , dont le premier Volume
paroît , lequel doit être ſuivi de deux autres
Volumes.
Celui-ci eſt dédié au Parlement de Normandie,
OCTOBRE. 1744. 2245
mandie. L'Auteur , dans ſon Epitre Dédicatoire
, obſerve qu'il eſt déja âgé de 84
ans , & le plus ancien des Avocats du Parlement
de Normandie
M. Froland avertit au commencement de
l'Ouvrage , qu'il fera les deux fonctions de
Jurifconfulte & d'Hiſtorien , c'est-à -dire ,
qu'en donnant une idée du Gouvernement
général de la Neuſtrie , il expliquera les
faits qui ont rapport à la Juriſprudence.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Parties.
La premiere contient l'Hiſtoire du Droit
Municipal de la Province ; la ſeconde contient
divers Reglemens concernant les Officiers
de la Province ; la troiſfiéme contient
les Privileges , ſoit de la Province en général
, foit des Corps & Compagnies, Officiers
d'icelles , ou de quelques particuliers.
Chap. I. Il rapporte l'état de la Neuſtrie
du tems des Gaulois , des Romains & des
Francs ; de quelle maniere le Droit Romain
y fut introduit; l'invaſion des Normands ou
Peuples fortis du Nord,qui vinrent ravager
la Neuſtrie,dont ils demeurerent poffeffeurs
par le mariage de Giſelle , fille de Charles le
Chauve,avec Rollo, leur Chef, qui fut premier
Duc de Normandie , où il avoit tout
droit de Souveraineté,à la réſerve de l'hommage
, que lui & ſes ſucceſſeurs en firent au
Roi,
4
: E iij Rollo
2246 MERCURE DEFRANCE.
1
Roilo diviſa à ſes Officiers & à ſes Soldats
toutes les Terres qu'on lui avoit laiſſées , &
M. Froland dit que quelques-uns ont attribué
à cette fubdiviſion des Terres , l'origine
des Fiefs en Normandie.
Dans l'Hiſtoire abregée qu'il donne des
Ducs de Normandie , on trouve pluſieurs
faits finguliers , par exemple , que Hugues
Comte de Châlons , vint nuds pieds , avec
une ſelle de cheval ſur le dos,faire excuſe à
Richard II. Duc de Normandie , dont il
étoit Vaſſal ; que le Comte de Belleſme en
fit autant à Robert II . Duc de Normandie ;
cette cérémonie humiliante étoit alors ufitéede
la part du Vaſſal qui avoit offenſé ſon
Seigneur.
Guillaume II. dit le Bâtard & le Conquérant
, VII . Duc de Normandie , fut déſigné
Roi d'Angleterre par Edoüard , qui n'avoit
point d'enfans , & après la mort de ce Prince
il fut Roi d'Angleterre , laquelle devint
par-là toute Normande , Guillaume ayant
donné toutes les Seigneuries & les Charges
àdes Nor nands,& établi de nouvelles Loix,
qui furent écrites en Langage Normand.
Ces Loix , dit M. Froland , furent portées
par nos Héros dans le Royaume de Naples
, la Poille , la Calabre , la Sicile & autres
Lieux ; & un Preſidentà Mortier , qui
avoit voyagé , certifioit qu'autrefois à Naples
OCTOBRE.
1744. 2247
ples les Avocats plaidoient en LangageNormand.
La même choſe avoit été ordonnée
en Angleterre par Guillaume le Conquérant
, & cet uſage continua juſqu'à Edoüard
III. ſous lequel en 1361 le Parlement , qui
ſe tint à Weſtmunſter , 159 années après la
réinion de la Normandie à la Couronne de
France, qui fut faite en 1204, ordonna que
l'on n'uſeroit plus que de la Langue Angloiſe
dans les Tribunaux & dans les Actes
de Juſtice.
Philippe Auguſte , après avoir chaffé de
Normandie le Duc Jean ſans terre , à cauſe
du meurtre de ſon neveu Artur , Duc de
Bretagne , y établit entre autres Loix, celle
du Talion.
Ch. 2. L'Auteur traite de l'Etabliſſement
de l'Echiquier Souverain de Normandie ,
d'abord ambulatoire , puis rendu ſédentaire
en 1499 , & décoré du titre de Parlement
en 1515 ; quelques Princes & Seigneurs
avoient auſſi leurs Echiquiers particuliers.
Le même Ch. traite auſſi de l'Etabliſſement
de la Cour des Aydes & de la Chambre
des Comptes , de l'union de ces deux
Cours , & de l'établiſſement des differentes
Jurisdictions qui s'exercent dans la Ville de
Roüen &dans les Fauxbourgs ; on y trouve
pluſieurs faits curieux , par exemple , que
Louis XI. ayant donné le Duché de Nor-
E iiij
mandie
2248 MERCURE DE FRANCE.
mandie au Duc de Berry , ſon frere , celui- si
mit à ſon doigt un Anneau , pour marquer
qu'il épouſoit la Province , ( c'étoit une des
manieres de prendre poſſeſſion , per annulum)
& lorſqu'il remit cette Province auRoi
pour le Duché de Guyenne, il renvoya l'Anneau
pour le rompre publiquement , ce qui
fut fait en préſence du Connétable , auquel
on remit les deux piéces de l'Anneau .
En parlant de la Chambre des Requêtes
du Palais de Roüen , créée en 1543 , M.
Froland dit que la création qui fut faite dans
cette année , de pluſieurs Offices de Préſidens
& de Confeillers , eſt le premier veſti-
- ge de la vénalité des Charges , ceux qui y
furent nommés ayant financé chacun deux
mille écus dans les coffres du Roi , ce qui
fut coloré du titre de Prêt pour les beſoins
de l'Etat ; on ne laiſſa pas de leur faire jurer
qu'ils n'avoient rien donné pour leur
Office.
La vénalité des Charges paroît cependant
plus ancienne , car avant S. Louis les Prévôtés
, Vicomtés , Châtellenies & Vigueries
étoient données à ferme , ce que S. Louis
défendit pour la Prévôté de Paris, mais qu'il
autoriſa pour les autres Juſtices ; on tenta la
vénalité des Charges ſous le Roi Jean &
ſous Louis XI , & Louis XII vendit publiquement
les Offices , mais les Particuliers
ne
OCTOBRE. 1744. 2249
ne pouvoient encore les vendre ; ce fur
François I. qui le permit , en lui payant le
quart de l'évaluation de l'Office.
a Pour ce qui eſt du Serment que les Officiers
faifoient de n'avoir rien donné , il
fut aboli en 1597 .
>
A l'ouverture du Parlement de Roiien en
1544 , il fut ordonné , ſur le réquifitoire
du Procureur Général , que les Préſidens
Conſeillers , Gens du Roi , Greffiers , leurs
Commis , Avocats & Procureurs , ſeroient
tenus à l'avenir de ſe faire raſer la barbe .
Le Chapitre 3. traite de l'ancien Coutumier
de Normandie, dont l'Auteur eſt inconnu
; la compilation eſt en Latin & en
François , & on ne ſçait lequel des deux eſt
le Texte ; il fut mis en Vers François par
Dourbaut , & après avoir ſouffert diverſes
altérations , il fut réformé en vertu de Lettres
Patentes de 1577 , & la nouvelle Coûtume
commença d'être obfervée en 1583 .
Les deux Chapitres ſuivans traitent des
uſages Locaux de la Province , & des prétendus
uſages Locaux du Comté d'Eu .
La Clameur de Haro fait la inatiere du
Chapitre 6 ; on ſçait que cette Clameur eſt
une invocation reſpectable du nom de
Raoul ou Rollo , premier Duc de Normandie
, dont la mémoire eſt en ſi grande vénération
par l'amour qu'il avoit pour la juf-
:
Ev tice ,
2250 MERCURE DE FRANCE .
tice , qu'il eſt encore aujourd'hui invoqué
par ceux qui cherchent à ſe garantir de
quelque injure qu'on veut leur faire. Cette
Clameur étoit en uſage dès le tems des Ducs
de Normandie. Paul Emile rapporte qu'après
la mort de Guillaume le Conquérant ,
elle fut miſe en pratique pour empêcher ſa
ſépulture en l'Egliſe de S. Etienne , qu'il
avoit fait bâtir à Caën , & qui avoit été
conſtruite en partie ſur un fond appartenant
au nomme Aſſelin , qui arrêta la pompe
funebre , en interjettant la Clameur de
Haro.
Le Chapitre 7 concerne une Charte fans
date , appellée la Charte au Roi Philippe ,
qui fut inſerée à la fin de la nouvelle Coûtume
, & que quelques-uns croyent être de
Philippe Auguſte , les autres de Philippe le
Hardi.
Le huitiéme traite de laCharte Normande
, c'eſt ainſi qu'on appelle une Charte de
Louis Hutin , du 13 Juillet 1315 , qui
confirme les Priviléges de la Province , &
ordonne , entre autres chofes , que ſes Habitans
ne pourront être traduits dans des
Jurisdictions étrangeres.
Dans les Chapitres ſuivans il donne une
Notion des Articles placités, ou Reglement
de 1666 , du Reglement de 1673 , fur les
Tutelles , des Ordonnances , Edits & Déclarations
OCTOBRE .
1744. 2251
clarations qui forment des Loix générales
pour tout le Royaume , & qui font par
conféquent partie du Droit de la Province
de Normandie , des Ordonnances , Edits ,
Déclarations , Lettres Patentes & autres
Loix particulieres à cette Province; de quelques
Ordonnances , Articles de Coûtume
&du Reglement de 1666 , qui font abrogés
en tout ou partie ; enfin une Notice trèscurieuſe
des Auteurs Anglois qui ont fait
mention de l'ancien Droit de Normandie ;
des Commentateurs de la Coûtume de Normandie
, ancienne & nouvelle , de leurs
Ouvrages , & des autres Auteurs qui ont
écrit fur des matieres concernant le Droit
&les Uſages de cette Province.
Les Reglemens , qui font l'objet de la ſeconde
Partie de cet Ouvrage , concernent
les prérogatives & la compétence du Parlement
, des autres Tribunaux & Officiers de
laProvince.
Le Chapitre 40 , qui eſt dans cette ſecon
de Partie ,contient beaucoup de choſes curieuſes
, par rapport à l'Ordre des Avocats ,
entre autres , qu'ils portoient anciennement
la Robe rouge , enforte que le 4 Novembre
1514 , le Parlement leur fit ſignifier de ſe
trouver à l'Entrée de la Reine ( Anne de
Bretagne ) honnêtement montés & vêtus de Robes
d'écarlate & Chaperons fourés , pour ac-
E vj compa
2252 MERCURE DE FRANCE.
compagner les Préſidens & Conseillers ; ce
n'eſt que depuis la vénalité des Charges que
les Avocats ont ceſſé par modeſtie de porter
la Robe rouge , ſans qu'il y ait jamais eu
aucun Reglement qui leur en ait défendu
l'uſage .
La troifiéme Partie contient un Recueil
des Priviléges particuliers à laProvince de
Normandie , autres que la Clameur de Haro
& la Chartre Normande, tels que celuidu
Comté d'Eu , qui reſſortit au Parlement de
Paris ; la Prohibition d'évoquer les Decrets
de Normandie ; le Reglement de 1673 ,
pour leDroitdeTiers & Danger ſur les Bois;
le Privilége réſultant du Senatus confulce
Velleien , en faveur des femmes ; les Priviléges
particuliers de la Ville de Roiien & de
quelques autres Villes de la Province , ceux
du Parlement & de ſes differentes Chambres;
les Priviléges propres à certaines perſonnes
ſeulement , tel que celui que Louis
XIV accorda en 1667 aux Gentilshommes
& aux Bourgeois des Villes franches de la
Province , qui auroient dix ou douze enfans;
celui qu'on prétend avoir été accordé
aux filles , deſcenduës des freres de la Pucelle
d'Orleans , de pouvoir communiquer
la Nobleſſe à leurs maris , & dont pluſieurs
familles de la Province de Normandie ont
profité ; enfin des Priviléges revendiqués
par
OCTOBRE. 1744. 2253
par quelques Abbayes , Chapitres, Prieurés,
&&& autres Egliſes de la Province , & par quelques
Seigneurs, notamment celuide la Principauté
d'Yvetot , connuë ci-devant ſous le
titre de Royaume. Il n'y a point de Chapitre
qui n'eût fourni pluſieurs traits curieux
à rapporter , ſi cela n'eût paffé les bornes
d'un Extrait.
Les Arrêts de Reglement , & autres Arrêts
, tant du Parlement de Normandie , que
des autres Parlemens, annoncés par le Titre,
ſont répandus dans tout le corps de l'Ouvrage,
& principalement dans la feconde & la
troiſieme Partie , où ils ſont appliqués aux
differentes matieres auſquelles ils ont rapport.
autres Arrêts notables, donnés au Parlement
deNormandie ſur toutes fortes de Matieres
Civiles , Bénéficiales & Criminelles , d'autres
Arrêts rendus au Parlement de Paris
au Grand Conſeil , & autres Cours , fur differentes
Queſtions Mixtes,& de Lettres Patantes
, Ordonnances , Edits , Déclarations
& Arrêts du Conſeil, concernant particulierement
la Normandie. Par M. Louis Froland
, ancien Bâtonnier de l'Ordre des Avocats
du Parlement de Paris. Tome I. Α
Rouen , chés la veuve Jore , 1740. Volume
in-4°. de 900 pages.
E ij Quoique
2244 MERCURE DE FRANCE.
Quoique le Frontiſpice de cet Ouvrage
porte qu'il a été imprimé en 1740 , il n'a
néanmoins commencé à paroître publiquement
à Roiien que vers la fin de l'année
1742 , & à Paris l'année ſuivante.
M. Froland, fon Auteur , eſt connu depuis
long-tems , ayant fait la Profeſſion d'Avocat
, d'abord au Parlement de Normandie ,
ſon Pays natal , où il a été reçû au Serment
d'Avocat il y a plus de 66 ans , & enfuite
au Parlement de Paris , depuis 1688 , où il
fut élu Bâtonnier de l'Ordre des Avocats le
9 Mai 1734.
Le Public lui eſt déja redevable de ſept
autres Volumes in-4°. qui ſont des Mémoires
ſur le Velleïen , ſur la prohibition d'évovoquer
les Decrets de Normandie , ſur les
prétendues Coûtumes Locales du Comté
d'Eu , ſur les Statuts , 2 Vol. & fur le Droit
de Tiers & Danger.
Depuis quelquesannées que l'Auteur s'eſt
retiré dans ſa Patrie , il n'a travaillé que
pour le bien de ſes Concitoyens & de ſes
Confreres ; c'eſt dans cette vûë qu'il a donné
ſa Bibliothéque au College des Avocats
du Parlement de Roiien , & qu'il a fait le
Recueil d'Arrêts , dont le premier Volume
paroît , lequel doit être ſuivi de deux autres
Volumes.
Celui-ci eſt dédié au Parlement de Normandie,
OCTOBRE. 1744. 2245
mandie. L'Auteur , dans ſon Epitre Dédicatoire
, obſerve qu'il eſt déja âgé de 84
ans , & le plus ancien des Avocats du Parlement
de Normandie
M. Froland avertit au commencement de
l'Ouvrage , qu'il fera les deux fonctions de
Jurifconfulte & d'Hiſtorien , c'est-à -dire ,
qu'en donnant une idée du Gouvernement
général de la Neuſtrie , il expliquera les
faits qui ont rapport à la Juriſprudence.
L'Ouvrage eſt diviſé en trois Parties.
La premiere contient l'Hiſtoire du Droit
Municipal de la Province ; la ſeconde contient
divers Reglemens concernant les Officiers
de la Province ; la troiſfiéme contient
les Privileges , ſoit de la Province en général
, foit des Corps & Compagnies, Officiers
d'icelles , ou de quelques particuliers.
Chap. I. Il rapporte l'état de la Neuſtrie
du tems des Gaulois , des Romains & des
Francs ; de quelle maniere le Droit Romain
y fut introduit; l'invaſion des Normands ou
Peuples fortis du Nord,qui vinrent ravager
la Neuſtrie,dont ils demeurerent poffeffeurs
par le mariage de Giſelle , fille de Charles le
Chauve,avec Rollo, leur Chef, qui fut premier
Duc de Normandie , où il avoit tout
droit de Souveraineté,à la réſerve de l'hommage
, que lui & ſes ſucceſſeurs en firent au
Roi,
4
: E iij Rollo
2246 MERCURE DEFRANCE.
1
Roilo diviſa à ſes Officiers & à ſes Soldats
toutes les Terres qu'on lui avoit laiſſées , &
M. Froland dit que quelques-uns ont attribué
à cette fubdiviſion des Terres , l'origine
des Fiefs en Normandie.
Dans l'Hiſtoire abregée qu'il donne des
Ducs de Normandie , on trouve pluſieurs
faits finguliers , par exemple , que Hugues
Comte de Châlons , vint nuds pieds , avec
une ſelle de cheval ſur le dos,faire excuſe à
Richard II. Duc de Normandie , dont il
étoit Vaſſal ; que le Comte de Belleſme en
fit autant à Robert II . Duc de Normandie ;
cette cérémonie humiliante étoit alors ufitéede
la part du Vaſſal qui avoit offenſé ſon
Seigneur.
Guillaume II. dit le Bâtard & le Conquérant
, VII . Duc de Normandie , fut déſigné
Roi d'Angleterre par Edoüard , qui n'avoit
point d'enfans , & après la mort de ce Prince
il fut Roi d'Angleterre , laquelle devint
par-là toute Normande , Guillaume ayant
donné toutes les Seigneuries & les Charges
àdes Nor nands,& établi de nouvelles Loix,
qui furent écrites en Langage Normand.
Ces Loix , dit M. Froland , furent portées
par nos Héros dans le Royaume de Naples
, la Poille , la Calabre , la Sicile & autres
Lieux ; & un Preſidentà Mortier , qui
avoit voyagé , certifioit qu'autrefois à Naples
OCTOBRE.
1744. 2247
ples les Avocats plaidoient en LangageNormand.
La même choſe avoit été ordonnée
en Angleterre par Guillaume le Conquérant
, & cet uſage continua juſqu'à Edoüard
III. ſous lequel en 1361 le Parlement , qui
ſe tint à Weſtmunſter , 159 années après la
réinion de la Normandie à la Couronne de
France, qui fut faite en 1204, ordonna que
l'on n'uſeroit plus que de la Langue Angloiſe
dans les Tribunaux & dans les Actes
de Juſtice.
Philippe Auguſte , après avoir chaffé de
Normandie le Duc Jean ſans terre , à cauſe
du meurtre de ſon neveu Artur , Duc de
Bretagne , y établit entre autres Loix, celle
du Talion.
Ch. 2. L'Auteur traite de l'Etabliſſement
de l'Echiquier Souverain de Normandie ,
d'abord ambulatoire , puis rendu ſédentaire
en 1499 , & décoré du titre de Parlement
en 1515 ; quelques Princes & Seigneurs
avoient auſſi leurs Echiquiers particuliers.
Le même Ch. traite auſſi de l'Etabliſſement
de la Cour des Aydes & de la Chambre
des Comptes , de l'union de ces deux
Cours , & de l'établiſſement des differentes
Jurisdictions qui s'exercent dans la Ville de
Roüen &dans les Fauxbourgs ; on y trouve
pluſieurs faits curieux , par exemple , que
Louis XI. ayant donné le Duché de Nor-
E iiij
mandie
2248 MERCURE DE FRANCE.
mandie au Duc de Berry , ſon frere , celui- si
mit à ſon doigt un Anneau , pour marquer
qu'il épouſoit la Province , ( c'étoit une des
manieres de prendre poſſeſſion , per annulum)
& lorſqu'il remit cette Province auRoi
pour le Duché de Guyenne, il renvoya l'Anneau
pour le rompre publiquement , ce qui
fut fait en préſence du Connétable , auquel
on remit les deux piéces de l'Anneau .
En parlant de la Chambre des Requêtes
du Palais de Roüen , créée en 1543 , M.
Froland dit que la création qui fut faite dans
cette année , de pluſieurs Offices de Préſidens
& de Confeillers , eſt le premier veſti-
- ge de la vénalité des Charges , ceux qui y
furent nommés ayant financé chacun deux
mille écus dans les coffres du Roi , ce qui
fut coloré du titre de Prêt pour les beſoins
de l'Etat ; on ne laiſſa pas de leur faire jurer
qu'ils n'avoient rien donné pour leur
Office.
La vénalité des Charges paroît cependant
plus ancienne , car avant S. Louis les Prévôtés
, Vicomtés , Châtellenies & Vigueries
étoient données à ferme , ce que S. Louis
défendit pour la Prévôté de Paris, mais qu'il
autoriſa pour les autres Juſtices ; on tenta la
vénalité des Charges ſous le Roi Jean &
ſous Louis XI , & Louis XII vendit publiquement
les Offices , mais les Particuliers
ne
OCTOBRE. 1744. 2249
ne pouvoient encore les vendre ; ce fur
François I. qui le permit , en lui payant le
quart de l'évaluation de l'Office.
a Pour ce qui eſt du Serment que les Officiers
faifoient de n'avoir rien donné , il
fut aboli en 1597 .
>
A l'ouverture du Parlement de Roiien en
1544 , il fut ordonné , ſur le réquifitoire
du Procureur Général , que les Préſidens
Conſeillers , Gens du Roi , Greffiers , leurs
Commis , Avocats & Procureurs , ſeroient
tenus à l'avenir de ſe faire raſer la barbe .
Le Chapitre 3. traite de l'ancien Coutumier
de Normandie, dont l'Auteur eſt inconnu
; la compilation eſt en Latin & en
François , & on ne ſçait lequel des deux eſt
le Texte ; il fut mis en Vers François par
Dourbaut , & après avoir ſouffert diverſes
altérations , il fut réformé en vertu de Lettres
Patentes de 1577 , & la nouvelle Coûtume
commença d'être obfervée en 1583 .
Les deux Chapitres ſuivans traitent des
uſages Locaux de la Province , & des prétendus
uſages Locaux du Comté d'Eu .
La Clameur de Haro fait la inatiere du
Chapitre 6 ; on ſçait que cette Clameur eſt
une invocation reſpectable du nom de
Raoul ou Rollo , premier Duc de Normandie
, dont la mémoire eſt en ſi grande vénération
par l'amour qu'il avoit pour la juf-
:
Ev tice ,
2250 MERCURE DE FRANCE .
tice , qu'il eſt encore aujourd'hui invoqué
par ceux qui cherchent à ſe garantir de
quelque injure qu'on veut leur faire. Cette
Clameur étoit en uſage dès le tems des Ducs
de Normandie. Paul Emile rapporte qu'après
la mort de Guillaume le Conquérant ,
elle fut miſe en pratique pour empêcher ſa
ſépulture en l'Egliſe de S. Etienne , qu'il
avoit fait bâtir à Caën , & qui avoit été
conſtruite en partie ſur un fond appartenant
au nomme Aſſelin , qui arrêta la pompe
funebre , en interjettant la Clameur de
Haro.
Le Chapitre 7 concerne une Charte fans
date , appellée la Charte au Roi Philippe ,
qui fut inſerée à la fin de la nouvelle Coûtume
, & que quelques-uns croyent être de
Philippe Auguſte , les autres de Philippe le
Hardi.
Le huitiéme traite de laCharte Normande
, c'eſt ainſi qu'on appelle une Charte de
Louis Hutin , du 13 Juillet 1315 , qui
confirme les Priviléges de la Province , &
ordonne , entre autres chofes , que ſes Habitans
ne pourront être traduits dans des
Jurisdictions étrangeres.
Dans les Chapitres ſuivans il donne une
Notion des Articles placités, ou Reglement
de 1666 , du Reglement de 1673 , fur les
Tutelles , des Ordonnances , Edits & Déclarations
OCTOBRE .
1744. 2251
clarations qui forment des Loix générales
pour tout le Royaume , & qui font par
conféquent partie du Droit de la Province
de Normandie , des Ordonnances , Edits ,
Déclarations , Lettres Patentes & autres
Loix particulieres à cette Province; de quelques
Ordonnances , Articles de Coûtume
&du Reglement de 1666 , qui font abrogés
en tout ou partie ; enfin une Notice trèscurieuſe
des Auteurs Anglois qui ont fait
mention de l'ancien Droit de Normandie ;
des Commentateurs de la Coûtume de Normandie
, ancienne & nouvelle , de leurs
Ouvrages , & des autres Auteurs qui ont
écrit fur des matieres concernant le Droit
&les Uſages de cette Province.
Les Reglemens , qui font l'objet de la ſeconde
Partie de cet Ouvrage , concernent
les prérogatives & la compétence du Parlement
, des autres Tribunaux & Officiers de
laProvince.
Le Chapitre 40 , qui eſt dans cette ſecon
de Partie ,contient beaucoup de choſes curieuſes
, par rapport à l'Ordre des Avocats ,
entre autres , qu'ils portoient anciennement
la Robe rouge , enforte que le 4 Novembre
1514 , le Parlement leur fit ſignifier de ſe
trouver à l'Entrée de la Reine ( Anne de
Bretagne ) honnêtement montés & vêtus de Robes
d'écarlate & Chaperons fourés , pour ac-
E vj compa
2252 MERCURE DE FRANCE.
compagner les Préſidens & Conseillers ; ce
n'eſt que depuis la vénalité des Charges que
les Avocats ont ceſſé par modeſtie de porter
la Robe rouge , ſans qu'il y ait jamais eu
aucun Reglement qui leur en ait défendu
l'uſage .
La troifiéme Partie contient un Recueil
des Priviléges particuliers à laProvince de
Normandie , autres que la Clameur de Haro
& la Chartre Normande, tels que celuidu
Comté d'Eu , qui reſſortit au Parlement de
Paris ; la Prohibition d'évoquer les Decrets
de Normandie ; le Reglement de 1673 ,
pour leDroitdeTiers & Danger ſur les Bois;
le Privilége réſultant du Senatus confulce
Velleien , en faveur des femmes ; les Priviléges
particuliers de la Ville de Roiien & de
quelques autres Villes de la Province , ceux
du Parlement & de ſes differentes Chambres;
les Priviléges propres à certaines perſonnes
ſeulement , tel que celui que Louis
XIV accorda en 1667 aux Gentilshommes
& aux Bourgeois des Villes franches de la
Province , qui auroient dix ou douze enfans;
celui qu'on prétend avoir été accordé
aux filles , deſcenduës des freres de la Pucelle
d'Orleans , de pouvoir communiquer
la Nobleſſe à leurs maris , & dont pluſieurs
familles de la Province de Normandie ont
profité ; enfin des Priviléges revendiqués
par
OCTOBRE. 1744. 2253
par quelques Abbayes , Chapitres, Prieurés,
&&& autres Egliſes de la Province , & par quelques
Seigneurs, notamment celuide la Principauté
d'Yvetot , connuë ci-devant ſous le
titre de Royaume. Il n'y a point de Chapitre
qui n'eût fourni pluſieurs traits curieux
à rapporter , ſi cela n'eût paffé les bornes
d'un Extrait.
Les Arrêts de Reglement , & autres Arrêts
, tant du Parlement de Normandie , que
des autres Parlemens, annoncés par le Titre,
ſont répandus dans tout le corps de l'Ouvrage,
& principalement dans la feconde & la
troiſieme Partie , où ils ſont appliqués aux
differentes matieres auſquelles ils ont rapport.
Fermer
7622
p. 2253
Oraison Funebre, [titre d'après la table]
Début :
ORAISON FUNEBRE de Madame Isabelle de Roye de la Rochefoucauld, Abbesse [...]
Mots clefs :
Isabelle de Roye de La Rochefoucauld, Reims, Église, Abbaye, Oraison funèbre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Oraison Funebre, [titre d'après la table]
ORAISON FUNEBRE de Madame
Iſabelle de Roye de la Rochefoucauld, Abbeſſe
de l'Abbaye Royale de S. Pierre de Rheims,
prononcée dans l'Egliſe de la même Abbaye
le 16 Juin 1744 , par M. de Saulx, Docteur
en Théologie , Chanoine de l'Egliſe de
Rheims , & Principal du Collège de l'Univerſité
, à Rheims , chés François Jeunehomme
, Imprimeur , ruë des deux Anges.
Iſabelle de Roye de la Rochefoucauld, Abbeſſe
de l'Abbaye Royale de S. Pierre de Rheims,
prononcée dans l'Egliſe de la même Abbaye
le 16 Juin 1744 , par M. de Saulx, Docteur
en Théologie , Chanoine de l'Egliſe de
Rheims , & Principal du Collège de l'Univerſité
, à Rheims , chés François Jeunehomme
, Imprimeur , ruë des deux Anges.
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7623
p. 2253-2254
Catalogue de differens Ecrits, [titre d'après la table]
Début :
CATALOGUE des differens Ecrits, contenus dans les VIII Volumes des Ouvrages [...]
Mots clefs :
Charles-Irénée Castel de Saint-Pierre, Catalogue
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Catalogue de differens Ecrits, [titre d'après la table]
CATALOGUE des differens Ecrits, contenus
dans les VIII Volumes des Ouvrages
de M. l'Abbé de S. Pierre , de l'Académie
Françoiſe ,
2254 MERCURE DE FRANCE.
Françoiſe , imprimés à Roterdam , chés Beman
, &qui ſe vendent à Paris , chés Briaffon
, Libraire , ruë S. Jacques. Brochure in-
12. de 24 pages , 1744.
dans les VIII Volumes des Ouvrages
de M. l'Abbé de S. Pierre , de l'Académie
Françoiſe ,
2254 MERCURE DE FRANCE.
Françoiſe , imprimés à Roterdam , chés Beman
, &qui ſe vendent à Paris , chés Briaffon
, Libraire , ruë S. Jacques. Brochure in-
12. de 24 pages , 1744.
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7624
p. 2254-2255
HISTOIRE des Hommes Illustres par les Médailles.
Début :
Pour répondre à l'accueil favorable que le Public continuë de faire à ce Journal, & pour le [...]
Mots clefs :
Médailles, Hommes illustres, Lettres
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : HISTOIRE des Hommes Illustres par les Médailles.
HISTOIRE des Hommes Illustres
par les Médailles.
Our répondre à l'accueil favorable que le Pu
blic continuë de faire à ce Journal , & pour le
rendre encore plus agréablement inſtructif , nous
avons projetté de donner une Hiſtoire ſommaire des
Hommes Illuftres , en l'honneur deſquels on a frappé
des Médailles ,depuis la renaiſſance des Lettres
juſqu'àpréſent.
Par le titre d'Hommes Illuftres , on entend ici
non-ſeulement les Rois, les Souverains & les Princes
les plus diftingués , les Princeſſes , mais encore
les Perſonnes de l'un & l'autre Sexe , qui auront excellé
en quelque genre que ce foit , particulierement
ceux &celles , qui auront cultivé les Sciences
& les Beaux - Arts .
Nous ne ferons graver aucune Médaille en Taille-
douce , dont nous n'aurons pas vu l'original ,
frappé dans le tems même , & dont la certitude ne
foit tout- à- fait incontestable .
Ainfi, on n'empruntera rien des Livres où ſe peuvent
trouver de pareilles gravûres , de Mezeray même
, encore moins du grand Recueil de Jacques de
Bie , où parmi pluſieurs Médailles vraies , il s'en
trouve beaucoup de ſuſpectes , d'autres viſiblement
fauſſes , & fabriquées dans des tems poſtérieurs .
L'exécution de ce Projet nous fera peut-être
moins difficile , par la quantité de Médailles , que
nous poſſedons déja , de la qualité dont il s'agit ici ,
OCTOBRE. 1744. 2255
&par les ſecours que nous nous promettons de la
part de pluſieurs perſonnes Curieuses , qui ont de
pareils Monumens , & dont nous nous ferons un
devoir& un plaiſir de citer les Cabinets
Nous commencerons par une Médaille de Fran
çois I, par la raiſon qui ſe préſente fi naturellement,
ce Grand Prince , outre ſes rares qualités du coeur
& de l'efprit , ayant été le Pere & le Reſtaurateur
des Lettres,& le magnifique Protecteur des Sçavans:
par les Médailles.
Our répondre à l'accueil favorable que le Pu
blic continuë de faire à ce Journal , & pour le
rendre encore plus agréablement inſtructif , nous
avons projetté de donner une Hiſtoire ſommaire des
Hommes Illuftres , en l'honneur deſquels on a frappé
des Médailles ,depuis la renaiſſance des Lettres
juſqu'àpréſent.
Par le titre d'Hommes Illuftres , on entend ici
non-ſeulement les Rois, les Souverains & les Princes
les plus diftingués , les Princeſſes , mais encore
les Perſonnes de l'un & l'autre Sexe , qui auront excellé
en quelque genre que ce foit , particulierement
ceux &celles , qui auront cultivé les Sciences
& les Beaux - Arts .
Nous ne ferons graver aucune Médaille en Taille-
douce , dont nous n'aurons pas vu l'original ,
frappé dans le tems même , & dont la certitude ne
foit tout- à- fait incontestable .
Ainfi, on n'empruntera rien des Livres où ſe peuvent
trouver de pareilles gravûres , de Mezeray même
, encore moins du grand Recueil de Jacques de
Bie , où parmi pluſieurs Médailles vraies , il s'en
trouve beaucoup de ſuſpectes , d'autres viſiblement
fauſſes , & fabriquées dans des tems poſtérieurs .
L'exécution de ce Projet nous fera peut-être
moins difficile , par la quantité de Médailles , que
nous poſſedons déja , de la qualité dont il s'agit ici ,
OCTOBRE. 1744. 2255
&par les ſecours que nous nous promettons de la
part de pluſieurs perſonnes Curieuses , qui ont de
pareils Monumens , & dont nous nous ferons un
devoir& un plaiſir de citer les Cabinets
Nous commencerons par une Médaille de Fran
çois I, par la raiſon qui ſe préſente fi naturellement,
ce Grand Prince , outre ſes rares qualités du coeur
& de l'efprit , ayant été le Pere & le Reſtaurateur
des Lettres,& le magnifique Protecteur des Sçavans:
Fermer
7625
p. 2255
M. Gersaint choisi pour la vente des Cabinets de M. Bonnier de la Mosson, [titre d'après la table]
Début :
Nous nous faisons un plaisir d'apprendre aux Curieux que M. Gersaint, déja connû par differens [...]
Mots clefs :
Cabinets, Curieux, Catalogues de curiosités, Edme-François Gersaint
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texteReconnaissance textuelle : M. Gersaint choisi pour la vente des Cabinets de M. Bonnier de la Mosson, [titre d'après la table]
Nous nous faiſons un plaifir d'apprendre aux
Curieux que M. Gerfaint , déja connú par differens
Catalogues de Curioſités de fa composition , a été
choiſi pour diriger la vente des fameux Cabinets de
feu M. Bonnier de la Moſſon. Le Public l'avoit déja
nommé d'avance , ce qui justifie ce choix Il y a
tout lieu d'eſperer que nous aurons de lui un Catalogue
auſſi exact de toutes les Curiofités dont ces
Cabinets ſont remplis , que le tems qu'on lui donnera
pourra le lui permettre. On affûre que la vente
de toutes ces raretés , qui font immenfes dans leur
quantité , & admirables dans leur variété , pourra
étre commencée dans les premiers jours de l'année
prochaine. Les Catalogues de cette eſpece ſont d'au
tant plus utiles & néceſſaires , qu'ils donnent avis de
l'existence de certains Morceaux rares , que l'on
ignore ſouvent , & avertiſfent en général le Public ,
furtout les Etrangers , de ce qui pourroit leur convenir.
Onne doute point ,, au refte , que M. Gerfaint
ne ſe prête volontiers , ſuivant la louable coutume
, au déſir de certains Curieux diftingués , qui
voudront jouir en partie ou en totalité de la vûë de
ces Cabinets , avant que les Curioſités dont ils font
remplis en ſoient démembrées.
Curieux que M. Gerfaint , déja connú par differens
Catalogues de Curioſités de fa composition , a été
choiſi pour diriger la vente des fameux Cabinets de
feu M. Bonnier de la Moſſon. Le Public l'avoit déja
nommé d'avance , ce qui justifie ce choix Il y a
tout lieu d'eſperer que nous aurons de lui un Catalogue
auſſi exact de toutes les Curiofités dont ces
Cabinets ſont remplis , que le tems qu'on lui donnera
pourra le lui permettre. On affûre que la vente
de toutes ces raretés , qui font immenfes dans leur
quantité , & admirables dans leur variété , pourra
étre commencée dans les premiers jours de l'année
prochaine. Les Catalogues de cette eſpece ſont d'au
tant plus utiles & néceſſaires , qu'ils donnent avis de
l'existence de certains Morceaux rares , que l'on
ignore ſouvent , & avertiſfent en général le Public ,
furtout les Etrangers , de ce qui pourroit leur convenir.
Onne doute point ,, au refte , que M. Gerfaint
ne ſe prête volontiers , ſuivant la louable coutume
, au déſir de certains Curieux diftingués , qui
voudront jouir en partie ou en totalité de la vûë de
ces Cabinets , avant que les Curioſités dont ils font
remplis en ſoient démembrées.
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7626
p. 2256
ESTAMPES NOUVELLES.
Début :
M. Lépicié, Graveur du Roi, & Secretaire de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, vient [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Étienne Jeaurat, Sainte Vierge, Edme Bouchardon
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texteReconnaissance textuelle : ESTAMPES NOUVELLES.
ESTAMPES NOUVELLES .
M. Lépicié , Graveur du Roi, & Secretaire de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture , vient
de graver & de mettre au jour deux Eſtampes fort
ingénieuſes & piquantes , d'après M. Jeaurat , Profeſſeur
de la même Académie. On remarque avec
plaifir dans ces Morceaux une compoſition noble
&naïve , de l'expreſſion &de la fineſſe dans le
Deſſein.
Ces Estampes repréſentent l'Accouchée & la Relevée,
& ſe vendent chés l'Auteur , au coin de l'Abreuvoir
du Quai des Orfèvres , & chés Louis Surugue
, Graveur du Roi , rue des Noyers , vis- à- vis
S. Yves.
:
Autre Eſtampe en hauteur , repréſentant LA STE
VIERGE , d'après la Statue exécutée en argent, pour
être placée dans la Chapelle de la Ste Vierge de l'Egliſe
Paroiffiale de S. Sulpice de Paris , d'après le
Molele d'Edme Bouchardon , Sculpteur du Roi , laquelle
a été peinte par le Sr Chevalier. Cette Eſtampe,
qui est très bien gravée par le Sr Sornique , eft
dédiée à Mre Jean-Baptiste.Joſeph Languet de Gergy
, Docteur de Sorbonne , Curé de S. Sulpice.
Elle ſe vend chés le Sr Chevalier , Peintre , ruë du
Four , Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel d'Allemagne
, & chés Vanbeck , Peintre , rue d'Enfer , Port
S. Landry .
M. Lépicié , Graveur du Roi, & Secretaire de l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture , vient
de graver & de mettre au jour deux Eſtampes fort
ingénieuſes & piquantes , d'après M. Jeaurat , Profeſſeur
de la même Académie. On remarque avec
plaifir dans ces Morceaux une compoſition noble
&naïve , de l'expreſſion &de la fineſſe dans le
Deſſein.
Ces Estampes repréſentent l'Accouchée & la Relevée,
& ſe vendent chés l'Auteur , au coin de l'Abreuvoir
du Quai des Orfèvres , & chés Louis Surugue
, Graveur du Roi , rue des Noyers , vis- à- vis
S. Yves.
:
Autre Eſtampe en hauteur , repréſentant LA STE
VIERGE , d'après la Statue exécutée en argent, pour
être placée dans la Chapelle de la Ste Vierge de l'Egliſe
Paroiffiale de S. Sulpice de Paris , d'après le
Molele d'Edme Bouchardon , Sculpteur du Roi , laquelle
a été peinte par le Sr Chevalier. Cette Eſtampe,
qui est très bien gravée par le Sr Sornique , eft
dédiée à Mre Jean-Baptiste.Joſeph Languet de Gergy
, Docteur de Sorbonne , Curé de S. Sulpice.
Elle ſe vend chés le Sr Chevalier , Peintre , ruë du
Four , Fauxbourg S. Germain , à l'Hôtel d'Allemagne
, & chés Vanbeck , Peintre , rue d'Enfer , Port
S. Landry .
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7627
p. 2256
Nouvelles Cartes, [titre d'après la table]
Début :
Il vient de paroître chés le Sr le Rouge, Géographe du Roi, ruë des grands Augustins, vis-à-vis le [...]
Mots clefs :
Fribourg-en-Brisgau, Château de Démont, Coni, Îles britanniques
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Cartes, [titre d'après la table]
Il vient de paroître chés le Sr le Rouge , Géographe
du Roi, rue des grands Auguftins , vis-à-vis le
Panier fleuri , le Plan de Fribourg , en Brifgaw ; celui
du Château de Demont , celui de Coni , en Pié
mont, & une très -belle Carte des Ifles Britanniques.
du Roi, rue des grands Auguftins , vis-à-vis le
Panier fleuri , le Plan de Fribourg , en Brifgaw ; celui
du Château de Demont , celui de Coni , en Pié
mont, & une très -belle Carte des Ifles Britanniques.
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7628
p. 2257
Remedes, [titre d'après la table]
Début :
Le Public est averti que le véritable Suc de Réglisse & de Guimauve blanc, sans sucre, si estimé [...]
Mots clefs :
Public, Suc de réglisse et guimauve blanc, Maladies du poumon, Académie royale de chirurgie
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texteReconnaissance textuelle : Remedes, [titre d'après la table]
Le Public eft averti que le véritable Suc de Régliſſe
& de Guimauve blanc , fans ſucre , ſi eſtimé
pour toutes les maladies du Poulmon , inflammations
, enroüemens , toux , rhume , asthme , poulmonie
& pituite, continuë à ſe débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu & approbation de M. le Premier
Médecin du Roi , chés Mlle Deſmoulins , qui eſt
la ſeule qui en a'le Secret de défunte Mlle Guy ,
quoique depuis quelques années des particuliers
ayent voulu le contrefaire , lesquels pour mieux
tromper le Public , ſe ſont dits Enfans de M. Guy ,
ce qui est une ſuppoſition ; la difference s'en con
noîtra aiſément par la comparaiſon qu'on en pourra
faire.
On peut s'en ſervir en tout tems , le tranſporter
par tout & le garder fi long-tems que l'on veut ,
ſans qu'il ſe gâte jamais , & perde rien de ſa
qualité.
Mlle Deſmoulins demeure rue Guenegaud , Fauxbourg
S. Germain , du côté de la ruë Mazarine , chés
Mad. Poulin , dans l'Allée du Bourrelier , au deuxiémeAppartement.
Nous avons parlé en ſon tems de la capacité reconnuedu
Sr de Laulnay , Chirurgien Juré à Paris ,
de l'Académie Royale de Chirurgie , &des nouvelles
Découvertes qu'il a faites fur le fait des Deſcen.
tes & autres maux de la même eſpece , au grand
foulagement des Malades. Comme il a changé de
demeure , le Public eſt intéreſſe de ſçavoir que ſa
demeure actuelle eſt ruë des Prouveres , au-deſſus &
du même côté de la ruë des deux Ecus.
& de Guimauve blanc , fans ſucre , ſi eſtimé
pour toutes les maladies du Poulmon , inflammations
, enroüemens , toux , rhume , asthme , poulmonie
& pituite, continuë à ſe débiter depuis plus de
trente ans , de l'aveu & approbation de M. le Premier
Médecin du Roi , chés Mlle Deſmoulins , qui eſt
la ſeule qui en a'le Secret de défunte Mlle Guy ,
quoique depuis quelques années des particuliers
ayent voulu le contrefaire , lesquels pour mieux
tromper le Public , ſe ſont dits Enfans de M. Guy ,
ce qui est une ſuppoſition ; la difference s'en con
noîtra aiſément par la comparaiſon qu'on en pourra
faire.
On peut s'en ſervir en tout tems , le tranſporter
par tout & le garder fi long-tems que l'on veut ,
ſans qu'il ſe gâte jamais , & perde rien de ſa
qualité.
Mlle Deſmoulins demeure rue Guenegaud , Fauxbourg
S. Germain , du côté de la ruë Mazarine , chés
Mad. Poulin , dans l'Allée du Bourrelier , au deuxiémeAppartement.
Nous avons parlé en ſon tems de la capacité reconnuedu
Sr de Laulnay , Chirurgien Juré à Paris ,
de l'Académie Royale de Chirurgie , &des nouvelles
Découvertes qu'il a faites fur le fait des Deſcen.
tes & autres maux de la même eſpece , au grand
foulagement des Malades. Comme il a changé de
demeure , le Public eſt intéreſſe de ſçavoir que ſa
demeure actuelle eſt ruë des Prouveres , au-deſſus &
du même côté de la ruë des deux Ecus.
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7629
p. 2259
« LE 15 Octobre, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre Alcide, ou [...] »
Début :
LE 15 Octobre, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre Alcide, ou [...]
Mots clefs :
Académie royale de musique
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texteReconnaissance textuelle : « LE 15 Octobre, l'Académie Royale de Musique remit au Théatre Alcide, ou [...] »
IMuique remit anTheatre
leTriomphe d' Hercule , dont le Poëme eſt de
M. de Capiſtron,& la Muſique de Mrs Louis
de Lully & Marais .
Le 23 , on reprit la Pastorale Héroïque
d'Acis & Galatée , dont il a été parlé dans
le Mercure du mois d'Août dernier.
leTriomphe d' Hercule , dont le Poëme eſt de
M. de Capiſtron,& la Muſique de Mrs Louis
de Lully & Marais .
Le 23 , on reprit la Pastorale Héroïque
d'Acis & Galatée , dont il a été parlé dans
le Mercure du mois d'Août dernier.
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7630
p. 2259
la Dispute, nouvelle Piéce, représentée sur le Théâtre François, [titre d'après la table]
Début :
Le 19, les Comédiens François donnerent la premiere représentation d'une Comédie [...]
Mots clefs :
Comédiens-Français, Comédie nouvelle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : la Dispute, nouvelle Piéce, représentée sur le Théâtre François, [titre d'après la table]
Le 19 , les Comédiens François donnerent
la premiere repréſentation d'une Comédie
nouvelle , en Profe & en un Acte ,
intitulée la Difpute, Cette nouveauté n'ayant
pas été goûtée du Public , l'Auteur l'a reti
rée après la premiere repréſentation .
la premiere repréſentation d'une Comédie
nouvelle , en Profe & en un Acte ,
intitulée la Difpute, Cette nouveauté n'ayant
pas été goûtée du Public , l'Auteur l'a reti
rée après la premiere repréſentation .
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7631
p. 2259-2260
Coraline Arlequin & Arlequin Coraline, nouvelle Piéce, joüée sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne, [titre d'après la table]
Début :
Le 25, les Comédiens Italiens représenterent le Mari Garçon & les Talens déplacés. [...]
Mots clefs :
Comédiens-Italiens, Coraline, Marie Anne Véronèse, Arlequin
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texteReconnaissance textuelle : Coraline Arlequin & Arlequin Coraline, nouvelle Piéce, joüée sur le Théatre de l'Hôtel de Bourgogne, [titre d'après la table]
Le 25 , les Comédiens Italiens repréſenterent
le Mari Garçon & les Talens déplacés.
Cette Piéce fut ſuivie d'un Divertiſſement,
dans lequel la Dile Coraline exécuta unPas
de Deux avec le Sr Ballety , qui a été fort
applaudi . Le Spectacle finit par un nouveau
Feu d'artifice en Berceau , dont la compofition
a parû très-ingénieufe .
Le
2260 MERCURE DE FRANCE.
Le 26 , ils donnerent la premiere repréſentation
de Coraline Arlequin , & d'Arlequin
Coraline , Piéce Italienne en trois Actes
; elle fut ſuivie d'un nouveau Divertifſement,
de la compoſition du ſieur Deshayes
, lequel a fait beaucoup de plaifir ; il
eft exécuté par les meilleurs Danfeurs &
Danfeuſes de la Troupe , tous habillés en
Arlequins & en Arlequines. La Dile Coraline
y exécute un Pas de Deux avec le Sr Ballety
; la Dlle Veronese , foeur cadette de
Coraline , danſa une Entrée avec beaucoup
de grace.
le Mari Garçon & les Talens déplacés.
Cette Piéce fut ſuivie d'un Divertiſſement,
dans lequel la Dile Coraline exécuta unPas
de Deux avec le Sr Ballety , qui a été fort
applaudi . Le Spectacle finit par un nouveau
Feu d'artifice en Berceau , dont la compofition
a parû très-ingénieufe .
Le
2260 MERCURE DE FRANCE.
Le 26 , ils donnerent la premiere repréſentation
de Coraline Arlequin , & d'Arlequin
Coraline , Piéce Italienne en trois Actes
; elle fut ſuivie d'un nouveau Divertifſement,
de la compoſition du ſieur Deshayes
, lequel a fait beaucoup de plaifir ; il
eft exécuté par les meilleurs Danfeurs &
Danfeuſes de la Troupe , tous habillés en
Arlequins & en Arlequines. La Dile Coraline
y exécute un Pas de Deux avec le Sr Ballety
; la Dlle Veronese , foeur cadette de
Coraline , danſa une Entrée avec beaucoup
de grace.
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7632
p. 2260-2262
Clôture de l'Opera Comique, & Compliment, [titre d'après la table]
Début :
La Foire S. Laurent a été prolongée cette année jusques & compris le 11 de [...]
Mots clefs :
Foire Saint-Laurent, Opéra-Comique, Clôture, Roi, France, Dlle d'Arimath
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texteReconnaissance textuelle : Clôture de l'Opera Comique, & Compliment, [titre d'après la table]
La Foire S. Laurent a été prolongée
cette année juſques & compris le 11 de
ce mois.
Le même jour l'Opera Comique fit la
clôture de ſon Théatre par la Piéce des
Amours Grivois , en Vaudevilles , laquelle a
eû un ſi grand ſuccès pendant le cours de la
Foire ; elle fut ſuivie du Bal de Strasbourg ,
qui n'a pas moins fait de plaiſir. La Dlle
Puvignée s'y eſt fort diftinguée dans les differens
Divertiſſemens , ayant été généralement
applaudie par de nombreuſes Affemblées.
Il y eut avant la derniere Piéce , un
Compliment adreſſé aux Spectateurs, qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
clôture
1
OCTOBRE. 1744. 2261
clôture du Théatre. C'eſt la Dlle d'Arimath
qui le prononça en ces termes .
» Oüi , MESSIEURS , l'empreſſement
> que vous avez témoigné pour notre Spec-
>> tacle , & les applaudiſſemens dont vous
>>l'avez honoré , font plus l'éloge de votre
>> zéle pour le Roi , que du talent de ceux
» qui ont entrepris de le chanter.
30 Nous connoiſſions votre amour pour le
>>plus grand & le meilleur des Rois ; nous
>>jugions de vos ſentimens par les nôtres ;
>>nous n'avons fait ſimplement que les co
" pier. La gloire du Roi,le bonheurde le voir
>>renaître , ont été des objets que nous
» avons crû dignes de vous être offerts.
» Cette matiere , dont nos coeurs ſont pé-
>>nétrés , étoit trop abondante , pour ne
>>>pas ſuffire , ſans les ſecours de l'eſprit.
לכ En effet , où trouveroit-on un ſujet
>>plus fufceptible des éloges de la bonté
• d'un Roi pour ſes Peuples , & de l'atta-
> chement des François pour leur Roi ?
La même Actrice chanta ſur l'Air : Cen'est
qu'en France.
Où trouver un Roi juſte & grand,
Qui loin de regner enTyran ,
Sur l'amour fonde ſa puiſſance ;
no
2262 MERCURE DE FRANCE.
Un Roi qui ne le fut jamais
Que pour le bien de ſes Sujets ?
Ce n'est qu'en France.
Où verra- t'on d'heureux Sujets ,
Dont les plaiſirs les plus parfaits
Se trouvent dans l'obeïſſance ;
Dont le coeur s'eſt fait une loi
De n'aimer rien plus que leur Roi ?
Ce n'est qu'en France,
cette année juſques & compris le 11 de
ce mois.
Le même jour l'Opera Comique fit la
clôture de ſon Théatre par la Piéce des
Amours Grivois , en Vaudevilles , laquelle a
eû un ſi grand ſuccès pendant le cours de la
Foire ; elle fut ſuivie du Bal de Strasbourg ,
qui n'a pas moins fait de plaiſir. La Dlle
Puvignée s'y eſt fort diftinguée dans les differens
Divertiſſemens , ayant été généralement
applaudie par de nombreuſes Affemblées.
Il y eut avant la derniere Piéce , un
Compliment adreſſé aux Spectateurs, qu'on
fait ordinairement toutes les années à la
clôture
1
OCTOBRE. 1744. 2261
clôture du Théatre. C'eſt la Dlle d'Arimath
qui le prononça en ces termes .
» Oüi , MESSIEURS , l'empreſſement
> que vous avez témoigné pour notre Spec-
>> tacle , & les applaudiſſemens dont vous
>>l'avez honoré , font plus l'éloge de votre
>> zéle pour le Roi , que du talent de ceux
» qui ont entrepris de le chanter.
30 Nous connoiſſions votre amour pour le
>>plus grand & le meilleur des Rois ; nous
>>jugions de vos ſentimens par les nôtres ;
>>nous n'avons fait ſimplement que les co
" pier. La gloire du Roi,le bonheurde le voir
>>renaître , ont été des objets que nous
» avons crû dignes de vous être offerts.
» Cette matiere , dont nos coeurs ſont pé-
>>nétrés , étoit trop abondante , pour ne
>>>pas ſuffire , ſans les ſecours de l'eſprit.
לכ En effet , où trouveroit-on un ſujet
>>plus fufceptible des éloges de la bonté
• d'un Roi pour ſes Peuples , & de l'atta-
> chement des François pour leur Roi ?
La même Actrice chanta ſur l'Air : Cen'est
qu'en France.
Où trouver un Roi juſte & grand,
Qui loin de regner enTyran ,
Sur l'amour fonde ſa puiſſance ;
no
2262 MERCURE DE FRANCE.
Un Roi qui ne le fut jamais
Que pour le bien de ſes Sujets ?
Ce n'est qu'en France.
Où verra- t'on d'heureux Sujets ,
Dont les plaiſirs les plus parfaits
Se trouvent dans l'obeïſſance ;
Dont le coeur s'eſt fait une loi
De n'aimer rien plus que leur Roi ?
Ce n'est qu'en France,
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7633
p. 2262
« On a été mal informé quand on a mis dans le Mercure d'Août, que les Airs de [...] »
Début :
On a été mal informé quand on a mis dans le Mercure d'Août, que les Airs de [...]
Mots clefs :
Airs, Charles-Simon Favart
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a été mal informé quand on a mis dans le Mercure d'Août, que les Airs de [...] »
On a été mal informé quand on a mis
dans le Mercure d'Août , que les Airs de
la Ronde & du Branle des Amours Griυοις ,
étoient de la compoſition de M. Boiſmortiers
; ils font de M. Favart , l'un des Auteurs
de la Piéce .
dans le Mercure d'Août , que les Airs de
la Ronde & du Branle des Amours Griυοις ,
étoient de la compoſition de M. Boiſmortiers
; ils font de M. Favart , l'un des Auteurs
de la Piéce .
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7634
p. 2263-2265
PRIERE à S. Louis, à la fin de son Panégyrique, prononcé le jour de sa Fête dans l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé de Gif, près de Versailles.
Début :
Saint Monarque, qui avez changé l'immortalité de vos Lauriers en une vie [...]
Mots clefs :
Religion, Héros, Seigneur, Prières, Ennemis
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PRIERE à S. Louis, à la fin de son Panégyrique, prononcé le jour de sa Fête dans l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé de Gif, près de Versailles.
PRIEREà S. Louis , à la fin de ſon Pa
négyrique , prononcé le jour de ſa Fête dans
l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé do
Gif, près de Versailles.
S
Aint Monarque , qui avez changé l'immortalité
de vos Lauriers en une vie
bienheureuſe : qui n'avez ceſſé d'être Roi
ſur la terre , que pour régner dans leCiel :
préſentez au Seigneur l'Encens de vos prieres
pour l'éternelle durée de nos Lys : que
leTrônedes François qui a brillé aux yeux
de toutes les Nations , par ſes conquêtes &
ſa magnificence , brille aux yeux du Seigneur
par ſes Vertus : qu'il repréſente ſa
Sainteté , comme il repréſente ſa Puiſſance ;
qu'il ſoit redoutable aux ennemis de la Religion
, comme aux ennemis de l'Etat ; que
les gémiſſemens de la Colombe , que les ferventes
prieres des François foient promptement
exaucées !
Une main toute-puiſſante vient de ſécher
nos
2264 MERCURE DEFRANCE.
nos pleurs , en rendant leMonarque à nos
prieres. Dieu vouloit nous inftruire , il ne
vouloit pas nous punir. Il l'avoit preparé à
la plus grande de toutes les Victoires , par
fes rapides conquêtes ſur nos Frontieres , &
ſi l'on a vû le Héros de la Guerre , à Menin ,
à Ypres , à Furnes , on a vû à Metz le Héros
de la Religion. Là les Villes ſoumiſes publient
ſa valeur , ici ſa ſoumiſſion au Très-
Haut publie ſa Religion .
Fermez , Seigneur , pour juſqu'au delà de
ce Siècle , le Tombeau qui s'ouvroit ſous les
yeux de notre Monarque , & qui ſembloit
le demander : qu'il vieilliſſe dans les Lys ,
pour être la terreur de ſes ennemis , le fléau
duvice , les délices de ſes Peuples , l'appui
&la conſolation de l'Eglife !
Accordez les mêmes ſecours à l'héritier de
ſon Trône : que la Sageſſe guide ſes pas , &
préſide à toutes ſes actions : que l'innocence
de ſes premieres années faſſe la gloire d'une
longue vieilleffe , & qu'il ſoit compté un
jour parmi les Héros de la Religion , comme
nous préſumons qu'il ſera compté parmi
les Héros de la Guerre ! que les ſublimes
Vertus , dont la plus ſage de toutes les Reinesdonne
le ſpectacle à toute l'Europe , apprennent
auxGrands du monde que le Salut
n'eſt pas impoffible à la Cour,quandle rang,
où le ſervice du Prince y appelle qu'ils apprennent
OCTOBRE. 1744. 2265
prennent aujourd'hui ces Maîtres du monde
, que c'eſt une choſe bien terrible de
mourir , de ceſſer d'être Grands & de ne pas
être Saints.
négyrique , prononcé le jour de ſa Fête dans
l'Eglise de S. Cyr par M. Ballet Curé do
Gif, près de Versailles.
S
Aint Monarque , qui avez changé l'immortalité
de vos Lauriers en une vie
bienheureuſe : qui n'avez ceſſé d'être Roi
ſur la terre , que pour régner dans leCiel :
préſentez au Seigneur l'Encens de vos prieres
pour l'éternelle durée de nos Lys : que
leTrônedes François qui a brillé aux yeux
de toutes les Nations , par ſes conquêtes &
ſa magnificence , brille aux yeux du Seigneur
par ſes Vertus : qu'il repréſente ſa
Sainteté , comme il repréſente ſa Puiſſance ;
qu'il ſoit redoutable aux ennemis de la Religion
, comme aux ennemis de l'Etat ; que
les gémiſſemens de la Colombe , que les ferventes
prieres des François foient promptement
exaucées !
Une main toute-puiſſante vient de ſécher
nos
2264 MERCURE DEFRANCE.
nos pleurs , en rendant leMonarque à nos
prieres. Dieu vouloit nous inftruire , il ne
vouloit pas nous punir. Il l'avoit preparé à
la plus grande de toutes les Victoires , par
fes rapides conquêtes ſur nos Frontieres , &
ſi l'on a vû le Héros de la Guerre , à Menin ,
à Ypres , à Furnes , on a vû à Metz le Héros
de la Religion. Là les Villes ſoumiſes publient
ſa valeur , ici ſa ſoumiſſion au Très-
Haut publie ſa Religion .
Fermez , Seigneur , pour juſqu'au delà de
ce Siècle , le Tombeau qui s'ouvroit ſous les
yeux de notre Monarque , & qui ſembloit
le demander : qu'il vieilliſſe dans les Lys ,
pour être la terreur de ſes ennemis , le fléau
duvice , les délices de ſes Peuples , l'appui
&la conſolation de l'Eglife !
Accordez les mêmes ſecours à l'héritier de
ſon Trône : que la Sageſſe guide ſes pas , &
préſide à toutes ſes actions : que l'innocence
de ſes premieres années faſſe la gloire d'une
longue vieilleffe , & qu'il ſoit compté un
jour parmi les Héros de la Religion , comme
nous préſumons qu'il ſera compté parmi
les Héros de la Guerre ! que les ſublimes
Vertus , dont la plus ſage de toutes les Reinesdonne
le ſpectacle à toute l'Europe , apprennent
auxGrands du monde que le Salut
n'eſt pas impoffible à la Cour,quandle rang,
où le ſervice du Prince y appelle qu'ils apprennent
OCTOBRE. 1744. 2265
prennent aujourd'hui ces Maîtres du monde
, que c'eſt une choſe bien terrible de
mourir , de ceſſer d'être Grands & de ne pas
être Saints.
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7635
p. 2265
« Les lettres de Flandre marquent, que le 6 du mois dernier, le Détachement, commandé [...] »
Début :
Les lettres de Flandre marquent, que le 6 du mois dernier, le Détachement, commandé [...]
Mots clefs :
Canal de Bruges, Détachement
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les lettres de Flandre marquent, que le 6 du mois dernier, le Détachement, commandé [...] »
Les lettres de Flandre marquent , que le
6du mois dernier , le Détachement , commandé
par le Prince de Pons , ayant paffé le
Canal de Bruges , étoit allé camper à Lovendeghen
; qu'il avoit repaſſé le 8 le même
Canal , pour ſe poſter à Bellem , & qu'il
s'étoit étendu juſques à Deynſe , où il avoit
été renforcé par deux Brigades de Cavalerie.
Les Alliés ſe ſont déterminés , par l'inquiétude
que leur adonné ce mouvement ,
àdétacher de leur armée un Corps d'environ
12000 hommes , qui a marché du côté
deGand& d'Oudenarde.
6du mois dernier , le Détachement , commandé
par le Prince de Pons , ayant paffé le
Canal de Bruges , étoit allé camper à Lovendeghen
; qu'il avoit repaſſé le 8 le même
Canal , pour ſe poſter à Bellem , & qu'il
s'étoit étendu juſques à Deynſe , où il avoit
été renforcé par deux Brigades de Cavalerie.
Les Alliés ſe ſont déterminés , par l'inquiétude
que leur adonné ce mouvement ,
àdétacher de leur armée un Corps d'environ
12000 hommes , qui a marché du côté
deGand& d'Oudenarde.
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7636
p. 2265-2268
« On a appris du Camp devant Prague du 9 du mois dernier, que le premier, le Roi de [...] »
Début :
On a appris du Camp devant Prague du 9 du mois dernier, que le premier, le Roi de [...]
Mots clefs :
Troupes, Roi, Major, Ennemis, Hussards
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On a appris du Camp devant Prague du 9 du mois dernier, que le premier, le Roi de [...] »
On a appris du Camp devant Prague du 9
du mois dernier ,, que le premier , leRoide
Pruſſe paſſa la riviere d'Eger avec la quatriéme
Colonne de ſon armée , & qu'il joigait
le lendemain les troupes qui avoient
commencé l'Inveſtiſſement de la Ville de
Prague.
Le Maréchal de Schwerin & le Prince
Leopold d'Anhalt s'étant rendus devant
cette Place , preſque en même tems que le
Roi , on jetta le 3 ,un pont ſur la Moldaw ,
F
près
2266 MERCURE DE FRANCE.
près du Village de Hollochowitz , pour la
communication de l'armée de S. M. avec les
troupes que ces Généraux commandent.
Les , on conſtruiſit un autre pont ſur la
même riviere , vis-à-vis le Village de Braneck
, & l'on acheva d'inveſtir la Ville. On
ſe ſaiſit en même-tems de quelques portes ,
dont il étoit néceſſaire de ſe rendre maître ,
afin d'empêcher les ſorties de la garniſon .
Le Roi apprit le même jour , qu'un Détachement
des troupes de la Reine de Hongrie
étoit arrivé à Beraun , & S. M. y envoya
d'abord ſous les ordres du Major Général
Hacke cinq Bataillons & quelques
Huſſards , qui y trouverent les ennemis en
beaucoup plus grand nombre que le Roi
n'avoit crû. Le Comte de Bathiany , fur l'avis
du mouvement du MajorGénéralHacke,
avoit marché avec la plus grande partie des
troupes qu'il commande ,& il avoit poſté
1000 Croates en embuſcade.
Les ennemis étant fort ſuperieurs au Corps
détaché par S. M. leur Cavalerie s'avança
ſur quatre Colonnes , & elle attaqua ce
Corps avec beaucoup de vivacité , mais l'Infanterie
Pruſſienne , qui à la vûë des ennemis
s'étoit rangée en bataille des deux côtés
d'un chemin creux , foûtint le choc , ſans
s'ébranler . Les efforts de l'Infanterie , que
le Comte de Bathiany avoit amenée , & qui
fe
- OCTOBRE 1744.126
ſe joignit à ſa Cavalerie , n'enrent pas plus
de ſuccès ,& il ne put entamer d'aucun côté
les Pruffiens. Il retourna trois fois inutilement
à la charge , & après un combat qui
dura ſept heures , il fut repouffé par tout
avec perte. Découragé par icet échec , &
ayant été averti que le Roi avoit détaché
quelques Bataillons & plufieurs Efcadrons ,
pour renforcer le Corps du Major Général
Hacke , il prit la fuite & laiſſa ſes morts &
une partie de ſes bleſſes ſur le champ de bataille.
Les Généraux Feſtetitz & Lucheſi
étoient avec lui àl'action ,indo : 12
En cette occafion , les troupes de la Reine
de Hongrie ont perdu plus de 300 hom
mes, du nombre deſquels font le Comte de
Daun , Colonel , deux Lieutenans Colonels
, trois Capitaines,& pluſieurs autres
Officiers. On a trouvé ſur le champ de bataille
environ 200 bleſſés , & on a fait plufieurs
prifonniers, entre leſquels on compte
un Major , un Capitaine & un Lieutenant
deCavalerie.
Il n'y a eû du côté des Pruſſiens que 60
hommes de tués , & 198 de bleffés. Le Major
GénéralHadke l'a été d'un coup de feu
une main , & areçû sine contufion àune
jambe. Le. ColonelWobſer, ayant été bleffé
-au pied,&s'étant retirédans un bois , pour
fe faire panfer , ita eû de malheur de tom-
Fij ber 5.1
1268 MERCURE DE FRANCE.
ber entre les mains des Huſſards ennemis
& il a été fait priſonnier.
Le Roi , ayant été informé de la fuite des
ennemis , rappella les troupes qu'il avoit
envoyées au ſecours du Major Général
Hacke , & qui n'avoient marché que juſ
ques à Hordelitz.
UnCorps de troupes Pruſſiennes eſt en
tré dans le Duché de Troppau , s'eſt emparé
de la Ville de ce nom&de celle de Freudenthall
, & il a exigé de toutes les Villes
&de tous les Villages , qui font entre Of
mutz & la Frontiere de la Siléfie , des contributions
très-conſidérables de vivres & de
fourage.
:
UnCorps de Huſſards des mêmes troupes
s'eſt avancé juſqu'à Meſericz , & il en a
chaſſé un Détachement de Hanaques , qui
occupoit ce Poſte.
du mois dernier ,, que le premier , leRoide
Pruſſe paſſa la riviere d'Eger avec la quatriéme
Colonne de ſon armée , & qu'il joigait
le lendemain les troupes qui avoient
commencé l'Inveſtiſſement de la Ville de
Prague.
Le Maréchal de Schwerin & le Prince
Leopold d'Anhalt s'étant rendus devant
cette Place , preſque en même tems que le
Roi , on jetta le 3 ,un pont ſur la Moldaw ,
F
près
2266 MERCURE DE FRANCE.
près du Village de Hollochowitz , pour la
communication de l'armée de S. M. avec les
troupes que ces Généraux commandent.
Les , on conſtruiſit un autre pont ſur la
même riviere , vis-à-vis le Village de Braneck
, & l'on acheva d'inveſtir la Ville. On
ſe ſaiſit en même-tems de quelques portes ,
dont il étoit néceſſaire de ſe rendre maître ,
afin d'empêcher les ſorties de la garniſon .
Le Roi apprit le même jour , qu'un Détachement
des troupes de la Reine de Hongrie
étoit arrivé à Beraun , & S. M. y envoya
d'abord ſous les ordres du Major Général
Hacke cinq Bataillons & quelques
Huſſards , qui y trouverent les ennemis en
beaucoup plus grand nombre que le Roi
n'avoit crû. Le Comte de Bathiany , fur l'avis
du mouvement du MajorGénéralHacke,
avoit marché avec la plus grande partie des
troupes qu'il commande ,& il avoit poſté
1000 Croates en embuſcade.
Les ennemis étant fort ſuperieurs au Corps
détaché par S. M. leur Cavalerie s'avança
ſur quatre Colonnes , & elle attaqua ce
Corps avec beaucoup de vivacité , mais l'Infanterie
Pruſſienne , qui à la vûë des ennemis
s'étoit rangée en bataille des deux côtés
d'un chemin creux , foûtint le choc , ſans
s'ébranler . Les efforts de l'Infanterie , que
le Comte de Bathiany avoit amenée , & qui
fe
- OCTOBRE 1744.126
ſe joignit à ſa Cavalerie , n'enrent pas plus
de ſuccès ,& il ne put entamer d'aucun côté
les Pruffiens. Il retourna trois fois inutilement
à la charge , & après un combat qui
dura ſept heures , il fut repouffé par tout
avec perte. Découragé par icet échec , &
ayant été averti que le Roi avoit détaché
quelques Bataillons & plufieurs Efcadrons ,
pour renforcer le Corps du Major Général
Hacke , il prit la fuite & laiſſa ſes morts &
une partie de ſes bleſſes ſur le champ de bataille.
Les Généraux Feſtetitz & Lucheſi
étoient avec lui àl'action ,indo : 12
En cette occafion , les troupes de la Reine
de Hongrie ont perdu plus de 300 hom
mes, du nombre deſquels font le Comte de
Daun , Colonel , deux Lieutenans Colonels
, trois Capitaines,& pluſieurs autres
Officiers. On a trouvé ſur le champ de bataille
environ 200 bleſſés , & on a fait plufieurs
prifonniers, entre leſquels on compte
un Major , un Capitaine & un Lieutenant
deCavalerie.
Il n'y a eû du côté des Pruſſiens que 60
hommes de tués , & 198 de bleffés. Le Major
GénéralHadke l'a été d'un coup de feu
une main , & areçû sine contufion àune
jambe. Le. ColonelWobſer, ayant été bleffé
-au pied,&s'étant retirédans un bois , pour
fe faire panfer , ita eû de malheur de tom-
Fij ber 5.1
1268 MERCURE DE FRANCE.
ber entre les mains des Huſſards ennemis
& il a été fait priſonnier.
Le Roi , ayant été informé de la fuite des
ennemis , rappella les troupes qu'il avoit
envoyées au ſecours du Major Général
Hacke , & qui n'avoient marché que juſ
ques à Hordelitz.
UnCorps de troupes Pruſſiennes eſt en
tré dans le Duché de Troppau , s'eſt emparé
de la Ville de ce nom&de celle de Freudenthall
, & il a exigé de toutes les Villes
&de tous les Villages , qui font entre Of
mutz & la Frontiere de la Siléfie , des contributions
très-conſidérables de vivres & de
fourage.
:
UnCorps de Huſſards des mêmes troupes
s'eſt avancé juſqu'à Meſericz , & il en a
chaſſé un Détachement de Hanaques , qui
occupoit ce Poſte.
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7637
p. 2268-2271
FESTE donnée par M. l'Abbé de la Fare, Extrait d'une Lettre écrite, par M..... le 10 Septembre 1744.
Début :
J'arrivai, il y a quatre jours, Monsieur, chés votre ami M. l'Abbé de la Fare Lopez, [...]
Mots clefs :
Dîner, Roi, Rivière, Fanfares, Jardins, Violons, Lampions, Boîtes
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée par M. l'Abbé de la Fare, Extrait d'une Lettre écrite, par M..... le 10 Septembre 1744.
FESTE donnée parM. l'Abbé de la Fare,
Extrait d'une Lettre écrite , parM..... la
10 Septembre 1744.
J
'Arrivai , il y a quatre jours , Monfieur ;
chés votre ami M. l'Abbé de laFareLopez',
dans ſon Château de Juziers , ſur le
bord du grand chemin de Normandie &de
la riviere de Seine , entre Mante & Meulan,
ſituation encore plus belle que l'on ne
me
OCTOBRE. 1744. 2269
me l'avoit dit ; la maiſon n'eſt pas grande ,
nous y étions pourtant quinze Maîtres tous
bien couchés , & plus de vingt perſonnes à
table ſoir & matin , mais vous connoiffez
ſa façon de penſer ; il ne ſçauroit avoir trop
de monde chés lui : il nous donna une grande
Fête avant-hier ,jour de celle de la Vierge
, en réjouiſſance de la Convalefcence du
Roi. Grande Mefle en Muſique , excellens
inftrumens &belles voix ; le Moter , Tota
pulchra esdeCampra,& unDomineſalvumfac
Regem , au bruit des Fanfares , Trompettes ,
&Ballons excellens , avec une décharge de
mouſqueterie & de trente-fix Boëtes. Après
laMeffe , Concert d'Inſtrumens & des mêmes
voix accompagnées de la Mulette , &
terminées par le Tambourin du fameux M.
Abram de l'Opera , après quoi un grand
dîner ſous l'allée des matonniers , où l'on
avoit mis une table de quarante couverts ,
ſervie avec une abondance , une délicateſſe
&une régularité qui nous étonna tous. Il
avoit invité tous ſes voiſins de la Banlieuë :
fes jardins en terraſſe juſqu'au haut de la
montagne , & fon parterre étoient couverts
de peuple venu de huit lieuës à la ronde
quinous regardoit dîner,&faiſoit un ſpectacle
réjouiſſant. Pendant le dîner , les habitans
précédés de violons , apporterent des
fleurs&des fruits àM. l'Abbé , & les Fani
Fiij fa2270
MERCURE DE FRANCE.
fares ne diſcontinuerent pas ; le repas finic
parun fruit compoſé de vingt-cinq grandes
corbeilles en pyramides, alors l'Abbé ſe leva
&porta à ſes quarante convives armés chacun
d'un verre de vin de Champagne , la
ſanté du Roi Louis le Bien-Aimé; elle fur
célébrée par tout le monde,hommes & femmes
debout , au bruit des Fanfares & d'une
triple décharge de moufqueterie & des
trente- fix Boëtes , après quoi on cria Vive le
Roi, ce qui fut répété par plus de deux mille
perſonnes.
Après le dîner qui fut long , on diſtribua
des violons dans les jardins & dans les
cours pour faire danfer le peuple , auquel
on avoit abandonné le fruit&des tonneaux
de vin ,& on exécuta unConcert magnifi
que dans l'appartement d'en-bas . A l'entrée
de la nuit , on commença l'illumination ,
compoſée de plus de mille gros Lampions ,
ou pots-à-feu , qui faisoient toute l'enceinte
de la Terraffe , & continuoient le long du
grand chemin ſur la riviere de Seine , l'enceinte
des Jardins , Parterres & Baffins
d'eau. :
: Les deux façades de la maifon depuis le
comble , juſqu'au bas , étoient illuminées ,
accompagnées des portiques de feu , &c .
qu'on voyoit de trois lieuës à la ronde des
deux côtés de la riviere. Les Danſes & les
Fan
OCTOBRE. 1744. 227
Fanfares continuerent juſqu'à un grand fouper
, au ſon des violons & le bruit de la
mouſqueterie & des Boëtes , enſuire lesDanſes&
le Concert recommencerent & ne finirent
que vers les cinq heures du matin ,mais
l'illumination fut fi grande & fi heureuſe ,
que les Lampions étoient encore allumés
le lendemain matin à huit heures .
Extrait d'une Lettre écrite , parM..... la
10 Septembre 1744.
J
'Arrivai , il y a quatre jours , Monfieur ;
chés votre ami M. l'Abbé de laFareLopez',
dans ſon Château de Juziers , ſur le
bord du grand chemin de Normandie &de
la riviere de Seine , entre Mante & Meulan,
ſituation encore plus belle que l'on ne
me
OCTOBRE. 1744. 2269
me l'avoit dit ; la maiſon n'eſt pas grande ,
nous y étions pourtant quinze Maîtres tous
bien couchés , & plus de vingt perſonnes à
table ſoir & matin , mais vous connoiffez
ſa façon de penſer ; il ne ſçauroit avoir trop
de monde chés lui : il nous donna une grande
Fête avant-hier ,jour de celle de la Vierge
, en réjouiſſance de la Convalefcence du
Roi. Grande Mefle en Muſique , excellens
inftrumens &belles voix ; le Moter , Tota
pulchra esdeCampra,& unDomineſalvumfac
Regem , au bruit des Fanfares , Trompettes ,
&Ballons excellens , avec une décharge de
mouſqueterie & de trente-fix Boëtes. Après
laMeffe , Concert d'Inſtrumens & des mêmes
voix accompagnées de la Mulette , &
terminées par le Tambourin du fameux M.
Abram de l'Opera , après quoi un grand
dîner ſous l'allée des matonniers , où l'on
avoit mis une table de quarante couverts ,
ſervie avec une abondance , une délicateſſe
&une régularité qui nous étonna tous. Il
avoit invité tous ſes voiſins de la Banlieuë :
fes jardins en terraſſe juſqu'au haut de la
montagne , & fon parterre étoient couverts
de peuple venu de huit lieuës à la ronde
quinous regardoit dîner,&faiſoit un ſpectacle
réjouiſſant. Pendant le dîner , les habitans
précédés de violons , apporterent des
fleurs&des fruits àM. l'Abbé , & les Fani
Fiij fa2270
MERCURE DE FRANCE.
fares ne diſcontinuerent pas ; le repas finic
parun fruit compoſé de vingt-cinq grandes
corbeilles en pyramides, alors l'Abbé ſe leva
&porta à ſes quarante convives armés chacun
d'un verre de vin de Champagne , la
ſanté du Roi Louis le Bien-Aimé; elle fur
célébrée par tout le monde,hommes & femmes
debout , au bruit des Fanfares & d'une
triple décharge de moufqueterie & des
trente- fix Boëtes , après quoi on cria Vive le
Roi, ce qui fut répété par plus de deux mille
perſonnes.
Après le dîner qui fut long , on diſtribua
des violons dans les jardins & dans les
cours pour faire danfer le peuple , auquel
on avoit abandonné le fruit&des tonneaux
de vin ,& on exécuta unConcert magnifi
que dans l'appartement d'en-bas . A l'entrée
de la nuit , on commença l'illumination ,
compoſée de plus de mille gros Lampions ,
ou pots-à-feu , qui faisoient toute l'enceinte
de la Terraffe , & continuoient le long du
grand chemin ſur la riviere de Seine , l'enceinte
des Jardins , Parterres & Baffins
d'eau. :
: Les deux façades de la maifon depuis le
comble , juſqu'au bas , étoient illuminées ,
accompagnées des portiques de feu , &c .
qu'on voyoit de trois lieuës à la ronde des
deux côtés de la riviere. Les Danſes & les
Fan
OCTOBRE. 1744. 227
Fanfares continuerent juſqu'à un grand fouper
, au ſon des violons & le bruit de la
mouſqueterie & des Boëtes , enſuire lesDanſes&
le Concert recommencerent & ne finirent
que vers les cinq heures du matin ,mais
l'illumination fut fi grande & fi heureuſe ,
que les Lampions étoient encore allumés
le lendemain matin à huit heures .
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7638
p. 2271-2274
Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris, [titre d'après la table]
Début :
Le 10, on tira dans la Place de l'Hôtel-de-Ville de Paris, par ordre des Prévôt des [...]
Mots clefs :
Feu d'artifice, Place, Colonnade, Arc de triomphe
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Feu d'artifice tiré à l'Hôtel de Ville de Paris, [titre d'après la table]
Le 10 , on tira dans la Place de l'Hôtelde-
Ville de Paris , par ordre des Prévôt des
Marchands & Echevins , un feu d'artifice ,
ſupérieur à tout ce qu'on avoit vû juſquesici
en ce genre dans cette Capitale.
,
L'Edifice qu'on avoit conſtruit pour cet
effet avoit 78 pieds de haut fur 72
de large , & il repréſentoit un Arc de
Triomphe , au haut duquel on voyoit Apollon
appuyé ſur ſes armes , &foulant aux
pieds le ſerpent Pithon. Des Génies , placés
enpluſieurs endroits de la Décoration , portoient
differentes piéces d'artifice , & des
deux côtés de l'Edifice regnoit une Colonade
, qui enfermoit la plus grande partie de
la Place , & qui en ſauvoit les irrégularités.
Outre les effetsbrillans que cette diſpoſition
a produits , on en a tiré un autre avantage
par l'eſpace conſidérable qu'elle a procuré
au Peuple , l'emplacement , qui avoit été
choiſi pour la conſtruction du feu , ſe trout
F iiij vant
2272 MERCURE DE FRANCE.
vant beaucoup plus reculé qu'à l'ordinaire.
Par-là , toute la Place étoit libre ,&capable
de contenir un plus grand nombre de ſpectateurs
, & l'on pouvoit , même des maifons
de l'autre côté de la riviere , voir aifément
l'artifice bas au travers des Portiques
que formoit la Colonade , & dont l'ouverture
étoit de quinze pieds , & la hauteur
de 22 .
- Le Feu a été exécuté par les Sieurs Rugie
ri , Artificiers Italiens , qui , par les preuves
qu'ils ont données de leur habileté
dans leur Art , fur le Théatre des Comédiens
de leur Nation , y ont attiré un ſi
grand concours de Spectateurs , & qui ſe
font diftingués en cette derniere occafionci
, par pluſieurs nouvelles manieres d'employer
la poudre. Les fufées , qui s'élevoient
àune hauteur extraordinaire, étoient
terminées , tantôt par des Etoiles , tantôt
pardes Soleils tournans.Pluſieurs montoient
en ferpentant , & compofoient une double
ſpirale , qui reſſembloit à une eſpece de
Caducée. Des bombes d'artifice , tirées en
grande quantité , étonnoient par la hauteur
où elles portoient , & par les prodigieuſes
garnitures dont elles étoient remplies. Le
Spectacle étoit varié par des rouës de feu ,
dediverſes couleurs , par des Gerbes de so
pieds , qui faisoient l'effet de Jets-d'Eau , en
: ne
OCTOBRE. 1744. 2273
ne s'élévant que par dégrés , par des Eroiles
,dont tous les angles étoient deffinés
avec la plus grande préciſion. Après ce premier
artifice , toute la Décoration fut en un
inſtant éclairée de Lances à feu ,& un grand
nombre de Caiſſes , qui furent ſervies avec
une promptitude ſurprenante ,tinrent pendantun
tems confiderable le Ciel couvert
de Serpenteaux , d'Etoiles & de Balles luiſantes.
Un Soleil , compofé de 56 Rayons ,
& placé au hant de la Pyramide , qui conronnoit
l'Arc de Triomphe , s'enflamma enfuite
tout-à- coup , & il forma un cercle de
lumiere , dont le feu avoit 80 pieds de diamétre,
Dans le centre de ce Soleil , étoient
écrits en Lettres de Feu ces mots , Vive le
Roi , qui furent prononcés en même-tems à
pluſieurs repriſes avec les plus vifs tranfports
par tous les Spectateurs. L'artifice ,
dont la durée a été preſque de trois quarts
d'heure , a été terminé par une Girande de
800 fufées. Auſfi-tôt que l'artifice eut ceffé ,
on alluma l'Illumination , dont les dix-huit
Portiques , formés par la Colonade , qui
regnoit autour de la Place , avoient été garnis
tant en dedans qu'en dehors , & cette
Illumination , aufli-bien que celle qu'on
avoit placée au Donjon & au troifiéme Ordre
de l'Hôtel-de-Ville , dura toute la nuit.
Les Prévôt des Marchands & Echevins
Fv avoient
2274 MERCURE DE FRANCE.
avoient fait placer en differens Lieux de la
Ville 32 Fontaines de Vin , près deſquelles
on diftribuoit du Pain &des Viandes , & à
côté de chaque Fontaine étoit un Corps de
Symphonistes , pour faire danfer le Peuple.
Le ſuccès de cette Fête a parfaitement répondu
à la grande dépenſe qui a été faite
pour la rendre brillante , & au deſit que la
Ville avoit de donner des témoignages extraordinaires
de fon amour tendre & refpectueux
pour S. M.
Ville de Paris , par ordre des Prévôt des
Marchands & Echevins , un feu d'artifice ,
ſupérieur à tout ce qu'on avoit vû juſquesici
en ce genre dans cette Capitale.
,
L'Edifice qu'on avoit conſtruit pour cet
effet avoit 78 pieds de haut fur 72
de large , & il repréſentoit un Arc de
Triomphe , au haut duquel on voyoit Apollon
appuyé ſur ſes armes , &foulant aux
pieds le ſerpent Pithon. Des Génies , placés
enpluſieurs endroits de la Décoration , portoient
differentes piéces d'artifice , & des
deux côtés de l'Edifice regnoit une Colonade
, qui enfermoit la plus grande partie de
la Place , & qui en ſauvoit les irrégularités.
Outre les effetsbrillans que cette diſpoſition
a produits , on en a tiré un autre avantage
par l'eſpace conſidérable qu'elle a procuré
au Peuple , l'emplacement , qui avoit été
choiſi pour la conſtruction du feu , ſe trout
F iiij vant
2272 MERCURE DE FRANCE.
vant beaucoup plus reculé qu'à l'ordinaire.
Par-là , toute la Place étoit libre ,&capable
de contenir un plus grand nombre de ſpectateurs
, & l'on pouvoit , même des maifons
de l'autre côté de la riviere , voir aifément
l'artifice bas au travers des Portiques
que formoit la Colonade , & dont l'ouverture
étoit de quinze pieds , & la hauteur
de 22 .
- Le Feu a été exécuté par les Sieurs Rugie
ri , Artificiers Italiens , qui , par les preuves
qu'ils ont données de leur habileté
dans leur Art , fur le Théatre des Comédiens
de leur Nation , y ont attiré un ſi
grand concours de Spectateurs , & qui ſe
font diftingués en cette derniere occafionci
, par pluſieurs nouvelles manieres d'employer
la poudre. Les fufées , qui s'élevoient
àune hauteur extraordinaire, étoient
terminées , tantôt par des Etoiles , tantôt
pardes Soleils tournans.Pluſieurs montoient
en ferpentant , & compofoient une double
ſpirale , qui reſſembloit à une eſpece de
Caducée. Des bombes d'artifice , tirées en
grande quantité , étonnoient par la hauteur
où elles portoient , & par les prodigieuſes
garnitures dont elles étoient remplies. Le
Spectacle étoit varié par des rouës de feu ,
dediverſes couleurs , par des Gerbes de so
pieds , qui faisoient l'effet de Jets-d'Eau , en
: ne
OCTOBRE. 1744. 2273
ne s'élévant que par dégrés , par des Eroiles
,dont tous les angles étoient deffinés
avec la plus grande préciſion. Après ce premier
artifice , toute la Décoration fut en un
inſtant éclairée de Lances à feu ,& un grand
nombre de Caiſſes , qui furent ſervies avec
une promptitude ſurprenante ,tinrent pendantun
tems confiderable le Ciel couvert
de Serpenteaux , d'Etoiles & de Balles luiſantes.
Un Soleil , compofé de 56 Rayons ,
& placé au hant de la Pyramide , qui conronnoit
l'Arc de Triomphe , s'enflamma enfuite
tout-à- coup , & il forma un cercle de
lumiere , dont le feu avoit 80 pieds de diamétre,
Dans le centre de ce Soleil , étoient
écrits en Lettres de Feu ces mots , Vive le
Roi , qui furent prononcés en même-tems à
pluſieurs repriſes avec les plus vifs tranfports
par tous les Spectateurs. L'artifice ,
dont la durée a été preſque de trois quarts
d'heure , a été terminé par une Girande de
800 fufées. Auſfi-tôt que l'artifice eut ceffé ,
on alluma l'Illumination , dont les dix-huit
Portiques , formés par la Colonade , qui
regnoit autour de la Place , avoient été garnis
tant en dedans qu'en dehors , & cette
Illumination , aufli-bien que celle qu'on
avoit placée au Donjon & au troifiéme Ordre
de l'Hôtel-de-Ville , dura toute la nuit.
Les Prévôt des Marchands & Echevins
Fv avoient
2274 MERCURE DE FRANCE.
avoient fait placer en differens Lieux de la
Ville 32 Fontaines de Vin , près deſquelles
on diftribuoit du Pain &des Viandes , & à
côté de chaque Fontaine étoit un Corps de
Symphonistes , pour faire danfer le Peuple.
Le ſuccès de cette Fête a parfaitement répondu
à la grande dépenſe qui a été faite
pour la rendre brillante , & au deſit que la
Ville avoit de donner des témoignages extraordinaires
de fon amour tendre & refpectueux
pour S. M.
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7639
p. 2274
« On mande de Strasbourg, que le Maréchal de Coigny, qui étoit le 13 du mois dernier [...] »
Début :
On mande de Strasbourg, que le Maréchal de Coigny, qui étoit le 13 du mois dernier [...]
Mots clefs :
Maréchal de Coigny, Comte de Clermont, Division, Armée
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « On mande de Strasbourg, que le Maréchal de Coigny, qui étoit le 13 du mois dernier [...] »
On mande de Strasbourg,que le Maréchal
de Coigny , qui étoit le 13 du mois dernier
àEllenheim , devoit arriver le lendemain à
Emedingen avec la premiere Diviſion de
l'armée du Roi , & que la Diviſion qui eſt
fous les ordres du Comte de Clermont, Prince
du Sang , a dû camper le 15 à Valdkuik.
Le Duc d'Harcourt eſt entré le 11 dans le
Vieux Briſack, où il a fait établir deux ponts
fur le Rhin , & le Chevalier de Belle- Ifle a
marché de Vilingen dans le Comté de Nullembourg.
Le 13 , l'armée de l'Empereur eſt partie
de Lauffen, pour aller à Dunkelopiel ; elle y
devoit arriver le 18 & le 20 , & l'on comptoit
qu'elle y feroit jointe par les troupes
Hefloifes.
de Coigny , qui étoit le 13 du mois dernier
àEllenheim , devoit arriver le lendemain à
Emedingen avec la premiere Diviſion de
l'armée du Roi , & que la Diviſion qui eſt
fous les ordres du Comte de Clermont, Prince
du Sang , a dû camper le 15 à Valdkuik.
Le Duc d'Harcourt eſt entré le 11 dans le
Vieux Briſack, où il a fait établir deux ponts
fur le Rhin , & le Chevalier de Belle- Ifle a
marché de Vilingen dans le Comté de Nullembourg.
Le 13 , l'armée de l'Empereur eſt partie
de Lauffen, pour aller à Dunkelopiel ; elle y
devoit arriver le 18 & le 20 , & l'on comptoit
qu'elle y feroit jointe par les troupes
Hefloifes.
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7640
p. 2275-2277
Mandement du Recteur de l'Université, [titre d'après la table]
Début :
Le 7 Septembre, le Recteur de l'Université de Paris donna un Mandement, par lequel / Extraordinariae Supplicationes Universitatis. NOS PETRUS FROMENTIN, Universi Studii [...]
Mots clefs :
Procession, Prières, Actions de grâce, Rétablissement de la santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Mandement du Recteur de l'Université, [titre d'après la table]
Le 7 Septembre , le Recteur de l'Univer
fité de Paris donna un Mandement , par lequel
il indiqua une Proceſſion extraordinaire
, & des Prieres en actions de graces
du rétabliſſement de la fanté du Roi. Nous
le rapporterons dans ſon entier , afin de ne
rien perdre de ſon énergie, de la beauté des
ſentimens & de l'expreſſion dont il eſt
rempli .
Extraordinaria Supplicationes Univerfitatis.
OS PETRUS FROMENTIN Univerſi Studii
N
Parifienfis Rector , omnibus &fingulis ejuſ
dem Univerſitatis Doctoribus , Magiftris , Clienti
bus , & Adminiftris , Salutem .
In Regem fuum defixos jamdudum oculos tenebatGallia
, eoque , quo nunquam dulcius ſeſe ipfi
obtulerat , ſpectaculo fuaviffimè fruebatur. Viderat
nempè egregium Principem in campis primanı Belgicis
nobiles colligentem lauros , urbeſque naturâ
& arte munitiſſimas breviffimo temporis ſpatio armis
victricibus fubigentem. Viderat , quod multò majus
eſt ac jucundius ; primo ſuo in urbes& caftra adventu
omnium fibi animos devincientem; ſplendidos
Majeſtatis radios leni Popularitatis luce benè temperantem;
in confiliis capiendis Sapientiam , in pe-
Ficulis adeundis Fortitudinem , Amorem in Suos ,
inHoftes Clementiam & Humanitatem , cæterafque
Regias Virtutes plaudentium ac fibi Regnoque
certatim gratulantium populorum oculis explicantem.
Regem maximum rursus videbat , novæ laudis
defiderio fuccenfum , ac novos meditantem triumphos,
ad hoftem inopinatis ſucceſſibus elatum quantis
poterat itineribus contendentem ; & ab Lisa ad
Fvj Rhenums
2276 MERCURE DE FRANCE.
Rhenum volantem nova admiratione noviſque votis
proſequebatur : cam ecce graviffiano repentè morbo
correptus , curſu in medio gradum fiftere cogitur ,
&in fummum vitæ difcrimen adducitur. Ad ram
ſubitum tamque feralem nuntium cùm omnes Galli,
tum præfertim Regiæ hujus Urbis Cives cohorruêre;
&, cùm in tam acerbo cafu unicum videretur perfugium
Deus , in templa illico incredibili frequentia
confluere, aras dies nocteſque ampl ti , votiſque ardentibus
non fine lacrymis divinam opem expofcere.
Nec fruftra. Preces noſtras ſupremus vitæ ac
mortis Arbiter benignis auribus excepit. Vivit Lu-
DOVICUS , è tanto difcrimine manifeſto ac fingulari
Dei beneficio liberatus , eoſque convalefcendo lætitiæ
ſenſus excitavit , qui vix effent credibiles , nifi
omnia effent credibilia in ejus REGIS periculo , quo
nullus unquam populis carior extitit. In tanto civitatis
fine modo exultantis gaudio , Primogenitæ
REGUM noftrorum Filiæ , quæ optimum Parentem
fibi redditum videt,minimè liberum eft eos quos gerit
animo ſenſus non expromere , & fuperfundenti
ſe lætitiæ temperare. Atque ut ante omnia debitas
Deo Immortali gratias rependamus, omnibus Doctoribus
ac Magiftris mandamus ac præcipimus , ut
die Veneris undecimo Septembris horâ ipsa octava
adfint apud Mathurinenſes ornati ut decet, inde poſt
brevem orationem ad Adem Deo Sacram fub Invo
catione SANCTI LUDOVICI in Collegio Mazarinzo
quanta fieri poterit celebritate & pompa nobifcum
Proceſſuri , as eâque , decantato poſt folemne Sacrum
Hya no Euchariftico Te Deum , eodem ordine
ac frequentiâ redituri .
Ut autem in lætitiæ tam legitimæ partem commiſſa
nobis Juventus veniat , dilatis in dies à nobis
indicendos cùm Ordinariis supplicationibus Univerfitatis
, tum Præclaræ Facultatis Artium Comitiis
Inducias Academicas protrahi volumus ad diem )c
tobris
OCTOBRE . 1744 2277
tobris decimuni -nonum , quo die , pro more , Sas
crum Spiritui Sancto celebrabitur , & folitæ inſtaurandis
Scholis Conciones habebuntur.
Datum in Ædibus noftris Mazarinæis , die Lunæ
feptimo menfis Septembris , anno Domini millefime
ſeptingentefimo quadragefimo- quarto.
fité de Paris donna un Mandement , par lequel
il indiqua une Proceſſion extraordinaire
, & des Prieres en actions de graces
du rétabliſſement de la fanté du Roi. Nous
le rapporterons dans ſon entier , afin de ne
rien perdre de ſon énergie, de la beauté des
ſentimens & de l'expreſſion dont il eſt
rempli .
Extraordinaria Supplicationes Univerfitatis.
OS PETRUS FROMENTIN Univerſi Studii
N
Parifienfis Rector , omnibus &fingulis ejuſ
dem Univerſitatis Doctoribus , Magiftris , Clienti
bus , & Adminiftris , Salutem .
In Regem fuum defixos jamdudum oculos tenebatGallia
, eoque , quo nunquam dulcius ſeſe ipfi
obtulerat , ſpectaculo fuaviffimè fruebatur. Viderat
nempè egregium Principem in campis primanı Belgicis
nobiles colligentem lauros , urbeſque naturâ
& arte munitiſſimas breviffimo temporis ſpatio armis
victricibus fubigentem. Viderat , quod multò majus
eſt ac jucundius ; primo ſuo in urbes& caftra adventu
omnium fibi animos devincientem; ſplendidos
Majeſtatis radios leni Popularitatis luce benè temperantem;
in confiliis capiendis Sapientiam , in pe-
Ficulis adeundis Fortitudinem , Amorem in Suos ,
inHoftes Clementiam & Humanitatem , cæterafque
Regias Virtutes plaudentium ac fibi Regnoque
certatim gratulantium populorum oculis explicantem.
Regem maximum rursus videbat , novæ laudis
defiderio fuccenfum , ac novos meditantem triumphos,
ad hoftem inopinatis ſucceſſibus elatum quantis
poterat itineribus contendentem ; & ab Lisa ad
Fvj Rhenums
2276 MERCURE DE FRANCE.
Rhenum volantem nova admiratione noviſque votis
proſequebatur : cam ecce graviffiano repentè morbo
correptus , curſu in medio gradum fiftere cogitur ,
&in fummum vitæ difcrimen adducitur. Ad ram
ſubitum tamque feralem nuntium cùm omnes Galli,
tum præfertim Regiæ hujus Urbis Cives cohorruêre;
&, cùm in tam acerbo cafu unicum videretur perfugium
Deus , in templa illico incredibili frequentia
confluere, aras dies nocteſque ampl ti , votiſque ardentibus
non fine lacrymis divinam opem expofcere.
Nec fruftra. Preces noſtras ſupremus vitæ ac
mortis Arbiter benignis auribus excepit. Vivit Lu-
DOVICUS , è tanto difcrimine manifeſto ac fingulari
Dei beneficio liberatus , eoſque convalefcendo lætitiæ
ſenſus excitavit , qui vix effent credibiles , nifi
omnia effent credibilia in ejus REGIS periculo , quo
nullus unquam populis carior extitit. In tanto civitatis
fine modo exultantis gaudio , Primogenitæ
REGUM noftrorum Filiæ , quæ optimum Parentem
fibi redditum videt,minimè liberum eft eos quos gerit
animo ſenſus non expromere , & fuperfundenti
ſe lætitiæ temperare. Atque ut ante omnia debitas
Deo Immortali gratias rependamus, omnibus Doctoribus
ac Magiftris mandamus ac præcipimus , ut
die Veneris undecimo Septembris horâ ipsa octava
adfint apud Mathurinenſes ornati ut decet, inde poſt
brevem orationem ad Adem Deo Sacram fub Invo
catione SANCTI LUDOVICI in Collegio Mazarinzo
quanta fieri poterit celebritate & pompa nobifcum
Proceſſuri , as eâque , decantato poſt folemne Sacrum
Hya no Euchariftico Te Deum , eodem ordine
ac frequentiâ redituri .
Ut autem in lætitiæ tam legitimæ partem commiſſa
nobis Juventus veniat , dilatis in dies à nobis
indicendos cùm Ordinariis supplicationibus Univerfitatis
, tum Præclaræ Facultatis Artium Comitiis
Inducias Academicas protrahi volumus ad diem )c
tobris
OCTOBRE . 1744 2277
tobris decimuni -nonum , quo die , pro more , Sas
crum Spiritui Sancto celebrabitur , & folitæ inſtaurandis
Scholis Conciones habebuntur.
Datum in Ædibus noftris Mazarinæis , die Lunæ
feptimo menfis Septembris , anno Domini millefime
ſeptingentefimo quadragefimo- quarto.
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7641
p. 2277
« En conséquence, la Procession fut faite le 11 du même mois, avec beaucoup de pompe [...] »
Début :
En conséquence, la Procession fut faite le 11 du même mois, avec beaucoup de pompe [...]
Mots clefs :
Procession, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « En conséquence, la Procession fut faite le 11 du même mois, avec beaucoup de pompe [...] »
En conféquence, la Proceffion fut faite le
11 du même nois , avec beaucoup de pompe
& en plus grand concours qu'à l'ordinaire.
Elle partit des Mathurins pour ſe rendre
à l'Egliſe du Collége Mazarin. On y chanta
unegrande Meffe,& le TeDeum en Muſique.
11 du même nois , avec beaucoup de pompe
& en plus grand concours qu'à l'ordinaire.
Elle partit des Mathurins pour ſe rendre
à l'Egliſe du Collége Mazarin. On y chanta
unegrande Meffe,& le TeDeum en Muſique.
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7642
p. 2277-2278
LETTRE de M. Lépicié, Sécrétaire de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, à M. le C. D. L. R.
Début :
JE réponds avec bien du plaisir, Monsieur, à l'invitation que vous m'avez fait [...]
Mots clefs :
Académie royale de peinture et de sculpture, Te Deum, Contrôleur général
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LETTRE de M. Lépicié, Sécrétaire de l'Académie Royale de Peinture & de Sculpture, à M. le C. D. L. R.
LETTRE de M. Lépicié , Sécrétaire de
l'Académie Royale de Peinture de Scalpture
, à M. le C. D. L. R.
J
E réponds avec bien du plaiſir , Monfieur,
à l'invitation que vous m'avez fait
faire , de vous communiquer ce qui s'eſt
paífé au ſujet du Te Deum que l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture a fait
chanter pour le rétabliſſement de la ſanté
duRoi.
Afin de m'en acquitter avec ordre , je
crois qu'il convient de vous expoſer la Délibération
de la Compagnie, qui eſt conçûë
en ces termes ; elle eſt du Samedi 29 Août
dernier.
> Plus la maladie de Sa Majefté a causéde
> conſternation à la France , plus l'heureuſe
>>guérifon
#278 MERCURE DE FRANCE.
>> guériſon de ce Prince a répandu de joye
> dans le coeur de ſes Sujets . Cet événement
>> miraculeux , où Dieu a parû écouter ſi fa-
> vorablement nos prieres , en rappellant à
la vie le plus grand & le meilleur de tous
>> les Rois , mérite que nous lui en rendions
>>d'éternelles graces , & c'eſt pour remplir
>> une obligation ſi juſte , que l'Académie a
> réſolu unanimement de faire chanter un
►Te Deum dans l'Egliſe de S. Louis du Lou-
> vre , où M. le Contrôleur Général , Pro-
> tecteur , ſera invité de ſe trouver .
M. le Contrôleur Général étant parti dans
ce tems- là pour Metz , la Compagnie , qui
comptoit ſur un prompt retour , jugea à
propos de différer le Te Deum, mais les affaires
retenant ce Miniſtre à la Cour , l'Académie
, qui craignit que ce retardement ne
parût une négligence , prit la réſolution de
le faire chanter le Jeudi 17 Septembre.
L'Aſſemblée fut nombreuſe. M. de Blamont,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi, chargé
de l'exécution , la rendit très-brillante. Ce
Te Deum, de ſa compoſition, paſſe, avec juftice,
pour un excellent Morceau de Muſique,
frappé au coin des plus grands Maîtres. Le
Verfet, Judex crederis effe venturus, eft admirable,
( ainſi que pluſieurs autres ) pour l'accord
du chant , de l'expreffion &du fentithent.
J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris ce 20 Septembre 1744 .
l'Académie Royale de Peinture de Scalpture
, à M. le C. D. L. R.
J
E réponds avec bien du plaiſir , Monfieur,
à l'invitation que vous m'avez fait
faire , de vous communiquer ce qui s'eſt
paífé au ſujet du Te Deum que l'Académie
Royale de Peinture & de Sculpture a fait
chanter pour le rétabliſſement de la ſanté
duRoi.
Afin de m'en acquitter avec ordre , je
crois qu'il convient de vous expoſer la Délibération
de la Compagnie, qui eſt conçûë
en ces termes ; elle eſt du Samedi 29 Août
dernier.
> Plus la maladie de Sa Majefté a causéde
> conſternation à la France , plus l'heureuſe
>>guérifon
#278 MERCURE DE FRANCE.
>> guériſon de ce Prince a répandu de joye
> dans le coeur de ſes Sujets . Cet événement
>> miraculeux , où Dieu a parû écouter ſi fa-
> vorablement nos prieres , en rappellant à
la vie le plus grand & le meilleur de tous
>> les Rois , mérite que nous lui en rendions
>>d'éternelles graces , & c'eſt pour remplir
>> une obligation ſi juſte , que l'Académie a
> réſolu unanimement de faire chanter un
►Te Deum dans l'Egliſe de S. Louis du Lou-
> vre , où M. le Contrôleur Général , Pro-
> tecteur , ſera invité de ſe trouver .
M. le Contrôleur Général étant parti dans
ce tems- là pour Metz , la Compagnie , qui
comptoit ſur un prompt retour , jugea à
propos de différer le Te Deum, mais les affaires
retenant ce Miniſtre à la Cour , l'Académie
, qui craignit que ce retardement ne
parût une négligence , prit la réſolution de
le faire chanter le Jeudi 17 Septembre.
L'Aſſemblée fut nombreuſe. M. de Blamont,
Sur- Intendant de la Muſique du Roi, chargé
de l'exécution , la rendit très-brillante. Ce
Te Deum, de ſa compoſition, paſſe, avec juftice,
pour un excellent Morceau de Muſique,
frappé au coin des plus grands Maîtres. Le
Verfet, Judex crederis effe venturus, eft admirable,
( ainſi que pluſieurs autres ) pour l'accord
du chant , de l'expreffion &du fentithent.
J'ai l'honneur d'être , &c .
A Paris ce 20 Septembre 1744 .
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7643
p. 2279
Les Juges & Consuls font chanter le Te Deum, [titre d'après la table]
Début :
Les Juges & Consuls de cette Ville se sont acquittés du même devoir le 16 dans la Chapelle [...]
Mots clefs :
Juges, Consuls, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les Juges & Consuls font chanter le Te Deum, [titre d'après la table]
Les Juges& Confuls de cette Ville ſe ſont
acquittés du même devoir le 16 dans laChapelle
de leur Jurisdiction , où ils ont entendu
la grande Meſſe ,& enſuite le Te Deum.
acquittés du même devoir le 16 dans laChapelle
de leur Jurisdiction , où ils ont entendu
la grande Meſſe ,& enſuite le Te Deum.
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7644
p. 2279
Les differentes Communautés & les Marchands de Vin font la même chose, [titre d'après la table]
Début :
Toutes les differentes Communautés ont fait paroître le même zèle, en rendant graces [...]
Mots clefs :
Corps des marchands de vin, Te Deum, Illumination
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Les differentes Communautés & les Marchands de Vin font la même chose, [titre d'après la table]
Toutes les differentes Communautés ont
fait paroître le même zéle , en rendant graces
àDieu du rétabliſſement de la ſanté du
Roi , & le Corps des Marchands de Vin
s'eſt diſtingué par une Fête particuliere
qu'il a donnée. Le 16 , les Marchands de
ceCorps firent chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Egliſe de S. Jacques de l'Hôpiral
, qui étoit magnifiquement ornée , &
éclairée d'un grand nombre de lumieres. Il
y eut le foir à leur Bureau une Illumination
,que tout le monde vit avec beaucoup
de plaiſir , & au haut de laquelle étoit cette
Inſcription : Deus nobis hac Gaudia fecit.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent devant
la porte pendant la nuit ,& il y avoit
dans toute la ruë des Luſtres de Criſtal à la
place des Lanternes.
fait paroître le même zéle , en rendant graces
àDieu du rétabliſſement de la ſanté du
Roi , & le Corps des Marchands de Vin
s'eſt diſtingué par une Fête particuliere
qu'il a donnée. Le 16 , les Marchands de
ceCorps firent chanter le Te Deum en Mufique
dans l'Egliſe de S. Jacques de l'Hôpiral
, qui étoit magnifiquement ornée , &
éclairée d'un grand nombre de lumieres. Il
y eut le foir à leur Bureau une Illumination
,que tout le monde vit avec beaucoup
de plaiſir , & au haut de laquelle étoit cette
Inſcription : Deus nobis hac Gaudia fecit.
Pluſieurs Fontaines de Vin coulerent devant
la porte pendant la nuit ,& il y avoit
dans toute la ruë des Luſtres de Criſtal à la
place des Lanternes.
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7645
p. 2279-2281
« Les habitans des Maisons, qui forment tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte [...] »
Début :
Les habitans des Maisons, qui forment tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte [...]
Mots clefs :
Habitants, Place Dauphine, Plinthe, Lampions, Girandoles, Boutiques, Te Deum
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : « Les habitans des Maisons, qui forment tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte [...] »
Les habitans des Maiſons , qui forment
tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte
de la Place Dauphine , ne fe font pas
contentés d'avoirdonné conjointement avec
tous les habitans de cette Ville , le jour des
réjouiſſances publiques pour la guériſon du
Roi , des marques de la part qu'ils prennent
à la joye générale ; ils ont voulu faire
écla280
MERCURE DE FRANCE.
éclater plus particulierement leur attachement
pour S. M. par une Illumination
qu'ils ont faite le 14 , & qui a excité avec
juſtice la curioſité de tout Paris .
Le Pourtour de la Place , compoſé de 71
Arcades , étoit orné de feſtons , qui communiquoient
d'une Arcade à l'autre , étant
tenus par une grande Roſe au milieu de
chaque Ceintre. La premiere Plinte au-defſus
des Arcades portoit alternativement des
Vaſes &des Ifs en forme de Pyramides en-,
tre les croiſées du premier Etage. Les Lampions
poſés fur la faillie de la ſeconde Plinte
, formoient un ſecond fil de lumiere. Au
fond de la Place , du côté du Palais , on
avoit élevé un Portique de 14 toiſes de haut
fur 7 de large , lequel étoit avec Pilaftres
groupés , & au-deſſus duquel s'élevoit un
Socle , où étoit un Chiffre de deux L. Ce
Socle portoit une Pyramide , couronnée par
un Soleil , & aux deux côtés de laquelle
étoient deux Girandoles. Deux grands Piédeſtaux
, portant deux autres Girandoles
d'une grandeur proportionnée , accompagnoient
le Portique. Le Quai des Orfèvres ,
celui de l'Horloge , & la ruë de Harlay ,
étoient éclairés par des Pots-à-feu le long
de la premiere Plinte ,& par des Luftres de:
Lampions au lieu de Lanternes ,& le tout
formoit unſpectacle des plus brillans.
Les
OCTOBRE. 1744. - 2281
Les Apprentifs & les Compagnons , qui
demeurentdans les Boutiques de cette partie
de Paris , ont montré le même empreſſement
que les autres habitans , à ſignaler leur zéle ;
les premiers , en faiſant chanter un TeDeum
dans l'Egliſe de S. Barthelemi , les autres
en faiſant conſtruire , au milieu de la Place ,
une enceinte ornée de dix grands Candelabres
, & deſtinée à former une Sale de Bal.
Ony entroit par trois Portiques , & dans le
centre étoit un Arbre fort élevé , dont le
tronc étoit entouré d'une guirlande de
fleurs &de Lampions dans les intervalles.
Il y avoit dans cette Sale une Orcheſtre ,
remplie d'un grand nombre de Muficiens ,
qui avant le Bal exécuterent avec beaucoup
d'applaudiffement plufieurs Morceaux de
Symphonie.
tant intérieurement qu'exterieurement l'enceinte
de la Place Dauphine , ne fe font pas
contentés d'avoirdonné conjointement avec
tous les habitans de cette Ville , le jour des
réjouiſſances publiques pour la guériſon du
Roi , des marques de la part qu'ils prennent
à la joye générale ; ils ont voulu faire
écla280
MERCURE DE FRANCE.
éclater plus particulierement leur attachement
pour S. M. par une Illumination
qu'ils ont faite le 14 , & qui a excité avec
juſtice la curioſité de tout Paris .
Le Pourtour de la Place , compoſé de 71
Arcades , étoit orné de feſtons , qui communiquoient
d'une Arcade à l'autre , étant
tenus par une grande Roſe au milieu de
chaque Ceintre. La premiere Plinte au-defſus
des Arcades portoit alternativement des
Vaſes &des Ifs en forme de Pyramides en-,
tre les croiſées du premier Etage. Les Lampions
poſés fur la faillie de la ſeconde Plinte
, formoient un ſecond fil de lumiere. Au
fond de la Place , du côté du Palais , on
avoit élevé un Portique de 14 toiſes de haut
fur 7 de large , lequel étoit avec Pilaftres
groupés , & au-deſſus duquel s'élevoit un
Socle , où étoit un Chiffre de deux L. Ce
Socle portoit une Pyramide , couronnée par
un Soleil , & aux deux côtés de laquelle
étoient deux Girandoles. Deux grands Piédeſtaux
, portant deux autres Girandoles
d'une grandeur proportionnée , accompagnoient
le Portique. Le Quai des Orfèvres ,
celui de l'Horloge , & la ruë de Harlay ,
étoient éclairés par des Pots-à-feu le long
de la premiere Plinte ,& par des Luftres de:
Lampions au lieu de Lanternes ,& le tout
formoit unſpectacle des plus brillans.
Les
OCTOBRE. 1744. - 2281
Les Apprentifs & les Compagnons , qui
demeurentdans les Boutiques de cette partie
de Paris , ont montré le même empreſſement
que les autres habitans , à ſignaler leur zéle ;
les premiers , en faiſant chanter un TeDeum
dans l'Egliſe de S. Barthelemi , les autres
en faiſant conſtruire , au milieu de la Place ,
une enceinte ornée de dix grands Candelabres
, & deſtinée à former une Sale de Bal.
Ony entroit par trois Portiques , & dans le
centre étoit un Arbre fort élevé , dont le
tronc étoit entouré d'une guirlande de
fleurs &de Lampions dans les intervalles.
Il y avoit dans cette Sale une Orcheſtre ,
remplie d'un grand nombre de Muficiens ,
qui avant le Bal exécuterent avec beaucoup
d'applaudiffement plufieurs Morceaux de
Symphonie.
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7646
p. 2281-2282
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tours. Fête donnée par M. l'Intendant, &c.
Début :
M. de Lucé, notre Intendant, donna ici le 13 de ce mois une Fête magnifique. [...]
Mots clefs :
Intendant, Fête, Roi, Peuple, Vin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EXTRAIT d'une Lettre écrite de Tours. Fête donnée par M. l'Intendant, &c.
EXTRAIT d'une Lettre écrite deTours
Fête donnée par M. l'Intendant , &c.
Mie
de Lucé, notre Intendant, donna ici
le 13 de ce mois une Fête magnifique.
Samaiſon étoit illuminée en Portiques
avec des Colonades & des Pyramides , qui
formoient une très-belle Décoration ; les
Armes du Roi & les Emblêmes achevoient
de conſacrer cette Fête à l'allegreſſe publique.
Pour la rendre plus complette , M.
l'In
2282 MERCURE DE FRANCE.
l'Intendant ſe fit un plaiſir de donner un
feftin au peuple de Tours & des environs.
Dès cinq heures du foir , on fit couler fix
Fontaines de Vin , & on établit autant de
tables , où l'on diſtribua à tous ceux qui ſe
preſenterent le reſte du jour & pendant la
nuit , des viandes differemment apprêtées ,
du pain& du vin avec une abondance &
une profufion , vraiment dignes de l'événement
que l'on célébroit ; tous les habitans
étoientdans les ruës , foit pour prendre part
nu repas public , foit pour joüir de la joie
univerſelle.
On rentra enſuite chés M. l'Intendant ,
qui donnoit un grand ſouper dans ſa maiſon
; il avoit invité plus de cent perſonnes ,
M. l'Archevêque , la Nobleſſe & les Compagnies
; les Conviés ſe partagerent en cinq
tables , qui furent en même-tems ſervies
avec autant de magnificence que de délicateffe.
Onbut à la ſanté du Roi au fon des
Inſtrumens , & aux acclamations du peuple
&des cris redoublés de Vive le Roi. Après
le ſouper , Mad. l'Intendante ouvrit unBal,
qui dura juſqu'à ſept heures du matin.
Fête donnée par M. l'Intendant , &c.
Mie
de Lucé, notre Intendant, donna ici
le 13 de ce mois une Fête magnifique.
Samaiſon étoit illuminée en Portiques
avec des Colonades & des Pyramides , qui
formoient une très-belle Décoration ; les
Armes du Roi & les Emblêmes achevoient
de conſacrer cette Fête à l'allegreſſe publique.
Pour la rendre plus complette , M.
l'In
2282 MERCURE DE FRANCE.
l'Intendant ſe fit un plaiſir de donner un
feftin au peuple de Tours & des environs.
Dès cinq heures du foir , on fit couler fix
Fontaines de Vin , & on établit autant de
tables , où l'on diſtribua à tous ceux qui ſe
preſenterent le reſte du jour & pendant la
nuit , des viandes differemment apprêtées ,
du pain& du vin avec une abondance &
une profufion , vraiment dignes de l'événement
que l'on célébroit ; tous les habitans
étoientdans les ruës , foit pour prendre part
nu repas public , foit pour joüir de la joie
univerſelle.
On rentra enſuite chés M. l'Intendant ,
qui donnoit un grand ſouper dans ſa maiſon
; il avoit invité plus de cent perſonnes ,
M. l'Archevêque , la Nobleſſe & les Compagnies
; les Conviés ſe partagerent en cinq
tables , qui furent en même-tems ſervies
avec autant de magnificence que de délicateffe.
Onbut à la ſanté du Roi au fon des
Inſtrumens , & aux acclamations du peuple
&des cris redoublés de Vive le Roi. Après
le ſouper , Mad. l'Intendante ouvrit unBal,
qui dura juſqu'à ſept heures du matin.
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7647
p. 2283-2287
DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
Début :
Toute la face de la Maison du côté de la ruë étoit illuminée. Les Lampions [...]
Mots clefs :
Roi, Lampions, Jardin, Lumière, Fanfares, Convalescence, Girandoles, Terrines, Gabriel-Bernard de Rieux
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : DESCRIPTION de la Fête, donnée par M. le Président de Rieux, en sa Maison à Paris, le 13 Septembre 1744, à l'occasion de la Convalescence du Roi.
DESCRIPTION de la Fête , donnéepar
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
M. le Président de Rieux , en fa Maison à
- Paris ,le 13 Septembre 1744 , à l'occafion
de la Convalescence du Roi.
T
Oure
12
la face de la Maiſon du côté de
la ruë étoit illuminée. Les Lampions
ſuivoient l'Ordre de l'Architecture ; il y
avoit de plus , deux rangs de Girandoles
placées ſur lesTrumeaux du premier & du
fecond étage ; le devant de la Porte-Cochere
étoit orné de deux Pilaftres garnis de
grands Lampions , portant un Cintre , dans
lequel étoit placé un Tableau tranſparent
& illuminé , repreſentant le Buſte du Roi ,
au-deſſous duquel étoit placé un Cartouche
orné de Guirlandes avec cette Deviſe :
Salus Publica Rege reviviſcente.
Au-deſſus du Buſte du Roi étoit un Soleil
, dont les rayons étoient ornés d'une
Couronne de Laurier. Achacun des côtés
de la Porte étoient deux Pyramides de lumiere
de trente pieds de hauteur ,terminées
d'une Etoile ; à côté de ces Pyramides étoient
deux Fontaines de vin qui ont coulé pendant
toute la nuit.
Le deſſous de la Porte Cochere étoit éclairé
par huitGirandoles.Dans les quatre coins
de
2284 MERCURE DE FRANCE.
de la cour étoient quatre piédeſtaux , ſur lefquels
étoient placées quatte grandes Giraridoles
, portant chacune cent lumieres.
En entrant , on étoit frappé par le brillant
de la lumiere qui étoit dans le Jardin ,
dont le fond étoit décoré de trois Portiques
, de chacun vingt- cinq pieds de hauteur
, ornés de Guirlandes , garnis de Lampions&
furmontés chacun d'une Girandole.
Sur la même ligne & à chacun des côtés de
ces Portiques étoit placée une grande Pyramide
& un piédeſtal , portant une grande
Girandole de lumiere. Au- deſſous & dans
le fond du Portique , on appercevoit un
très-beau Groupe de marbre blanc , repréſentant
la Terre , implorant le ſecours
d'une Naiade , qui en tenant ſon Urne
panchée , forme une Nappe d'eau , & pardeſſus
un deſſein de lumiere , placé ſous la
coquille du Groupe , lequel faiſoit un effet
admirable.
La droite & la gauche du Jardin , depuis
la grille juſqu'au fond , étoient garniesde
vingt-quatre piédeſtaux , portant chacun
uneGirandole de differentes hauteurs , aufli
garnies de Lampions. Les allées à droite&
àgauche étoient bordées d'un double filet
de terrines , de ſix pouces de diſtance de
l'une à l'autre .
Le Parterre , qui eſt d'un très-beau defſein,
OCTOBRE. 1744, 2285
ſein , étoit marqué exactement par une
quantité prodigieuſe de Lampions , qui faifoient
un effet admirable , avec les fleurs
dont il eſt décoré , & autour des platesbandes
du Parterre, regnoit auſſi un cordon
degroſſes Terrines .
Toute la face de la Maiſon , qui donne
fur la cour & fur le Jardin, étoit terminée
par un cordon degroſſes Terrines , qui éclai
roit deux Morceaux de Peinture , d'une trèsbelle
exécution , dont un repréſente le Palais
du Soleil , avec un Méridien ; l'autre un
Cadran àvents. On y voit Eole , qui com
mande aux vents de ſortir avec impétuo-
Γιτέ.
L'Illumination a été inventée & exécutée
par le Sieur Berthelin de Neuville , Illumi
nateur ordinaire des Menus Plaiſirs du Roi,
Le grand Escalier étoit éclairé par un
Luftre & Gx Girandoles , garnis de Bou
gies , ainſi que tous les appartemens & le
Rèsde Chauffée..
L'illuſtre Compagnie , choiſie tant en
Dames qu'en Hommes de la premiere diftinction
, qui avoit été invitée par M. le
Préſident de Rieux , ſe rendit fur les ſept
heures , pour entendre un Concert , où on
chanta deux Morceaux de Muſique , l'un
fur les Conquêtes du Roi , chanté par Mile
Chevalier , & l'Abbé Malines , & l'autre
une
2286 MERCUREDE FRANCE.
une Cantatille ſur la Convalescence de Sa
Majesté , chantée par Mlle de Mets , ſuivie
d'un grand Choeur , & de differens Morceaux
de Muſique , chantés & exécutés par
les plus habiles Muſiciens , le tout précédé
par des Aius de Fanfares , joüés à differentes
repriſes , lorſque chaque Compagnie arrivoit
, par des Haut-bois , Trompettes &
Timbales , placés ſous le Veſtibule du grand
Eſcalier. Le Concert finit à dix heures ; immediatement
après on ſervit deux tables ,
l'une de trente couverts& l'autre de vingtquatre
, qui furent ſervies par 40 Suilles .
H y avoit auffi une table dewingt-quatre
couverts pour les Muſiciens. Au deſſert , on
joüa pluſieurs Fanfares. Si-tôt que le dedans
de la Maiſon & le Jardin furent illuminés ,
M. le Préſident de Rieux donna ſes ordres
pour que toutes les portes fuſſent ouvertes ,
pour donner au Public la ſatisfaction de
voir l'Alumination de fon Jardin, & les Appartemens
où étoit la Compagnie invitée ;
onoffrit toutes fortes de rafraîchiſſemens .
Après le fouper , la Compagnie pafla dans
les Appartemens , au bruit des Fanfares, qui
exciterent tellement lajoye , que lesDames
demanderent àdanſer ,ce qui forma un Bal
qui dura juſqu'à's heures du matin . Tour
fe pafla fans confufion &dans un grand
ordre.
Les
OCTOBRE. 1744. 2287
Les Cantatilles de la Victoire , &la Convalescence
du Roi , avec les Fanfares, font de
la compoſition du Sr le Maire.
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7648
p. 2287-2289
FESTE donnée par M. l'Archevêque de Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
Début :
Un dîner splendide & somptueux, où assisterent les plus notables Personnes [...]
Mots clefs :
Lampions, Inscription, Roi, Jardin, Pots à feu, Guirlandes, Tableau
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTE donnée par M. l'Archevêque de Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une Lettre écrite de cette Ville.
FESTE donnée par M. l'Archevêque de
Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une
Lettre écrite de cette Ville.
U
N dîner ſplendide & fomptueux, οἱ
affifterent les plus notables Perſonnes
de la Ville , & qui fut ſervi avec autant
d'ordre que magnificence , fut le prélude de
cette Fête. On alla enſuite à Vepres , après
leſquelles on chanta ſolemnellement en actions
de graces de la convaleſcence duRoi
un Te Deum en Muſique , ſuivi d'un Motet,
pendant lequel on tira le canon de la Ville ;
la Milice Bourgeoiſe fut toute la journée
ſous les armes ; vers les huit heures du foir ,
on coinmença àl'Archevêché l'Illumination,
qu'on y avoit préparée.
A
Au - deſſus de la principale Porte , or
née de Feſtons &de Guirlandes , on voyoit
trois Tableaux ; celui du milieu repréſen
toit un Soleil ſortant des nuages , avec,
cette Inſcription , Siccat lachrimas ; d'un
côté étoit un autre Tableau repréſentant la
Religion , qui annonçoit au Peuple ( par
cette Inſcription , tirée de l'Ecriture , Dext
tera Domini fecit Virtutem ) la grace que
Dieu leur avoit faite en rendant le Roi à
l'ardeur
288 MERCURE DE FRANCE.
l'ardeur de leurs voeux , & de l'autre côté
un autre Tableau repreſentoit la France ,
qui ſe félicitoit d'apprendre une ſi bonne
nouvelle , avec cette Inſcription , tirée aufli
de l'Ecriture , Hac eft Dies boni nuntii ; on y
voyoit auſſi les Armes du Roi , au bas defquelles
étoit écrit VIVE LE ROI ; des Lampions
en formoient les Lettres , & parmi les
acclamations réïtérées , pluſieurs Fontaines
deVin couloient avec abondance,
Quel Spectacle magnifique , de voir en
entrant , tout ce ſuperbe Corps de Logis illuminé
par un nombre infini de Lampions
&de Pots à feu ! on avoit exactement ſuivi
l'ordre d'Architecture , ce qui formoit un
coup d'oeil des plus gracieux. Vis-à- vis la
la grande Porte d'entrée , on avoit élevé un
Trône , accompagné de tous les ornemens
&Symboles de la Royauté.
On n'étoit pas moins agréablement ſurpris
de voir en entrant dans le Jardin , un Parterre
, dont les Pots à feu imitoient parfaitement
le deſſein. La façade du Palais , du
côté du Jardin , étoit auffi illuminée par un
nombre infini de Lampions.
• Si les yeux étoient fatisfaits , les oreilles
ne l'étoient pas moins par le ſon mélodieux
d'Inſtrumens de toute eſpece , qu'on avoit
placés ſur une eſpece de Tour , attenant le
Parterre.
Au
OCTOBRE. 1744. 228
Auboutd'une allée de Tilleuls à double
rang d'Arbres , garnis de Lampions , ainſi
que tous les Arbres du Jardin , régne
un Terraſſe ſur laquelle on avoit élevéun
Edifice de Charpente , ſoûtenuë par des Pilaſtres
de Marbre feint , avec des Portiques,
chargés de Guirlandes & de Lampions. Le
haut de l'Edifice,orné d'une Balustrade, portoit
une Pyramide embellie par des Trophées
, au deſſus de laquelle étoit un Globe
d'Azur fleurdeliſé . Ce fut-là le Théatre d'un
Feu d'artifice , dont l'exécution étonna tous
les Spectateurs ; pendant toute la Fête , les
rafraîchiſſemens , fruits & glaces de toute
eſpece , furent diftribués avec profuſion.
Bourges, le 13 Septembre. Extrait d'une
Lettre écrite de cette Ville.
U
N dîner ſplendide & fomptueux, οἱ
affifterent les plus notables Perſonnes
de la Ville , & qui fut ſervi avec autant
d'ordre que magnificence , fut le prélude de
cette Fête. On alla enſuite à Vepres , après
leſquelles on chanta ſolemnellement en actions
de graces de la convaleſcence duRoi
un Te Deum en Muſique , ſuivi d'un Motet,
pendant lequel on tira le canon de la Ville ;
la Milice Bourgeoiſe fut toute la journée
ſous les armes ; vers les huit heures du foir ,
on coinmença àl'Archevêché l'Illumination,
qu'on y avoit préparée.
A
Au - deſſus de la principale Porte , or
née de Feſtons &de Guirlandes , on voyoit
trois Tableaux ; celui du milieu repréſen
toit un Soleil ſortant des nuages , avec,
cette Inſcription , Siccat lachrimas ; d'un
côté étoit un autre Tableau repréſentant la
Religion , qui annonçoit au Peuple ( par
cette Inſcription , tirée de l'Ecriture , Dext
tera Domini fecit Virtutem ) la grace que
Dieu leur avoit faite en rendant le Roi à
l'ardeur
288 MERCURE DE FRANCE.
l'ardeur de leurs voeux , & de l'autre côté
un autre Tableau repreſentoit la France ,
qui ſe félicitoit d'apprendre une ſi bonne
nouvelle , avec cette Inſcription , tirée aufli
de l'Ecriture , Hac eft Dies boni nuntii ; on y
voyoit auſſi les Armes du Roi , au bas defquelles
étoit écrit VIVE LE ROI ; des Lampions
en formoient les Lettres , & parmi les
acclamations réïtérées , pluſieurs Fontaines
deVin couloient avec abondance,
Quel Spectacle magnifique , de voir en
entrant , tout ce ſuperbe Corps de Logis illuminé
par un nombre infini de Lampions
&de Pots à feu ! on avoit exactement ſuivi
l'ordre d'Architecture , ce qui formoit un
coup d'oeil des plus gracieux. Vis-à- vis la
la grande Porte d'entrée , on avoit élevé un
Trône , accompagné de tous les ornemens
&Symboles de la Royauté.
On n'étoit pas moins agréablement ſurpris
de voir en entrant dans le Jardin , un Parterre
, dont les Pots à feu imitoient parfaitement
le deſſein. La façade du Palais , du
côté du Jardin , étoit auffi illuminée par un
nombre infini de Lampions.
• Si les yeux étoient fatisfaits , les oreilles
ne l'étoient pas moins par le ſon mélodieux
d'Inſtrumens de toute eſpece , qu'on avoit
placés ſur une eſpece de Tour , attenant le
Parterre.
Au
OCTOBRE. 1744. 228
Auboutd'une allée de Tilleuls à double
rang d'Arbres , garnis de Lampions , ainſi
que tous les Arbres du Jardin , régne
un Terraſſe ſur laquelle on avoit élevéun
Edifice de Charpente , ſoûtenuë par des Pilaſtres
de Marbre feint , avec des Portiques,
chargés de Guirlandes & de Lampions. Le
haut de l'Edifice,orné d'une Balustrade, portoit
une Pyramide embellie par des Trophées
, au deſſus de laquelle étoit un Globe
d'Azur fleurdeliſé . Ce fut-là le Théatre d'un
Feu d'artifice , dont l'exécution étonna tous
les Spectateurs ; pendant toute la Fête , les
rafraîchiſſemens , fruits & glaces de toute
eſpece , furent diftribués avec profuſion.
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7649
p. 2289-2290
Te Deum chanté à Arras, [titre d'après la table]
Début :
Le Dimanche 13. Septembre, on chanta dans l'Eglise Cathédrale d'Arras un Te Deum [...]
Mots clefs :
Église, Te Deum, Roi, Joie, Société littéraire d'Arras
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : Te Deum chanté à Arras, [titre d'après la table]
Le Dimanche 13. Septembre , on chanta
dans l'Egliſe Cathédrale d'Arras un Te Deum
ſolemnel en actions de graces de la guériſon
du Roi, auquel aſſiſterent tous les Corps qui
ont coûtume de ſe trouver à de ſemblables
Cérémonies. Le ſoir on tira des Fuſées , &
on alluma un Feu de joye vis- à-vis l'Hôtel
de Ville , dont la façade & la Tour étoient
entierement illuminées. Parmi les Inſcriptions
dont cet Hôtel étoit orné , on liſoit les
Chronographes ſuivans.
MæſtVs eXVLtet popVLVs
reDIVIVO prInCIpe.
G In
2290 MERCURE DE FRANCE.
In två ſaLVte , reX LODOIX ,
oMnIs popVLI ſalVs .
Il y eut auſſi ce jour-là des Feux & des
Illuminations dans toutes les rues de la
Ville. Les Echevins & le Peuple de la Cité
firent paroître les mêmes ſignes de réjoüiffance,
Outre cette Fête générale , pluſieurs Compagnies
ont voulu témoigner leur zéle &
leur joye par des ſolemnités particulieres,
Entre autres , le Conſeil Provincial & Supérieur
d'Artois a fait chanter dans ſa Chapelle
un Te Deum en Muſique. La Societé
Littéraire en a auſſi fait exécuter un dans
l'Egliſe des Jacobins , & elle a tenu à cette
occafion une Affemblée publique au Gouvernement.
M. le Directeur ouvrit la Séance
par un Diſcours touchant le rétabliſſement
de la ſantédu Roi , aprés quoi on recita
deux Piéces de Poëſie ſur le même ſujet
, qui furent ſuivies de deux Diſſertations
concernant l'Hiſto re de la Province d'Ar
tois.
dans l'Egliſe Cathédrale d'Arras un Te Deum
ſolemnel en actions de graces de la guériſon
du Roi, auquel aſſiſterent tous les Corps qui
ont coûtume de ſe trouver à de ſemblables
Cérémonies. Le ſoir on tira des Fuſées , &
on alluma un Feu de joye vis- à-vis l'Hôtel
de Ville , dont la façade & la Tour étoient
entierement illuminées. Parmi les Inſcriptions
dont cet Hôtel étoit orné , on liſoit les
Chronographes ſuivans.
MæſtVs eXVLtet popVLVs
reDIVIVO prInCIpe.
G In
2290 MERCURE DE FRANCE.
In två ſaLVte , reX LODOIX ,
oMnIs popVLI ſalVs .
Il y eut auſſi ce jour-là des Feux & des
Illuminations dans toutes les rues de la
Ville. Les Echevins & le Peuple de la Cité
firent paroître les mêmes ſignes de réjoüiffance,
Outre cette Fête générale , pluſieurs Compagnies
ont voulu témoigner leur zéle &
leur joye par des ſolemnités particulieres,
Entre autres , le Conſeil Provincial & Supérieur
d'Artois a fait chanter dans ſa Chapelle
un Te Deum en Muſique. La Societé
Littéraire en a auſſi fait exécuter un dans
l'Egliſe des Jacobins , & elle a tenu à cette
occafion une Affemblée publique au Gouvernement.
M. le Directeur ouvrit la Séance
par un Diſcours touchant le rétabliſſement
de la ſantédu Roi , aprés quoi on recita
deux Piéces de Poëſie ſur le même ſujet
, qui furent ſuivies de deux Diſſertations
concernant l'Hiſto re de la Province d'Ar
tois.
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7650
p. 2291-2300
FESTES données par la Cour des Aides & Finances de Provence, au sujet du Rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M. de .... à Paris.
Début :
Vous sçavez, Monsieur, comme étant du Pays, que la Cour des Comptes &c. [...]
Mots clefs :
Roi, Place, Comptes, Compagnie, Peuple, Joie, Feu, Palais, Pays, Zèle, Santé
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : FESTES données par la Cour des Aides & Finances de Provence, au sujet du Rétablissement de la santé du Roi. Extrait d'une Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M. de .... à Paris.
FESTES données par la Cour des Aides
Finances de Provence , ausujet du Rétabliſſement
de la ſanté du Roi. Extrait d'une
Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M.
de .... à Paris.
V C
Ous ſçavez , Monfieur , comme étant
du Pays , que la Cour des Comptes &c,
s'eſt dans tous les tems fignalée par les preuves
de zéle & d'amour pour fon.Roi. Elle
vient d'en donner de nouveaux témoignages
publics & éclatans , au ſujet de la Convaleſcence
de Sa Majefté. La Fête ne pouvoit
être que magnifique cette Compagnie
étant compoſée , comme vous le ſçavez, des
familles les plus diſtinguées de la Province ,
& qui s'eſt conftamment foutenue , depuis
fon Etabliſſement , fi ancien , que notre
Hiſtoire n'en a pû trouver l'origine.
,
Voici un détail de ces ſuperbes réjouifſances
, dont je penſe que vous trouverez
le projet ( auquel. l'exécution a répondu )
ſi noble , & fi neuf , que je ne crois pas
qu'il puiſſe être effacé par ce que vous avez
vû en ce genre dans la Capitale même dự
Royaume.
Le jour fut fixé au 13 Septembre , & annoncé
la veille par le ſon des Cloches de
l'Egliſe Métropolitaine , par le bruit des
Gij Tim
2291 MERCURE DE FRANCE.
Tymbales , Trompettes , & Tambours. Les
cours , & les avenuës du Palais étoient ornées
de tapiſſeries , chargées de Fleurs-de-
Lis , & de differens Emblêmes . Le Portrait
du Roi à cheval , étoit placé ſous un Arc de
Triomphe très- élevé , en face de la grande
porte. Au-deſſus étoit cette Inſcription ;
( Ludovico XV , vita Gallia reddito ) &
on liſoit au bas : Regiarum Rationum Vectigaliumque
Senatus. Aux deux côtés étoient
deux très-belles Repréſentations , qui exprimoient
d'une maniere allégorique les
Conquêtes du Roi . D'un côté une nuée ,
chargée de foudres , avec ces mots : Juffa
volant, De l'autre côté la Déeſſe de la Paix ,
tenant un Rameau d'Olivier d'une main , &
de l'autre une Corne d'Abondance , avec
cette Deviſe : Properat fuccurrere terris. La
grande Sale , & la Chapelle qui eſt au fond ,
étoient fuperbement ornées , & éclairées
par quantité de Bougies , portées par un
très-grand nombre de Luſtres en troisrangs.
Les fiéges couverts de tapis fleurdeliſés, qui
venoient ſe joindre au Dais de M. l'Archevêque
, étoient deſtinés pour le Chapitre de
la Métropole , pour les Confuls , & pour
les Officiers de la Cour des Comptes ,
c.
On avoit élevé dans le fond de la Sale ,
vis-à-vis de l'Autel , une Orchestre , pour
conOCTOBRE.
1744. 2293
contenir une grande Muſique , & on avoit
placé au-deſſus , ſur le milieu , le Portrait
du Roi , ſous un Dais de velours bleu , à
Fleurs-de-Lis d'Or. Il y avoit une grande
Tribune pour les Dames ; au Frontiſpice de
la Chapelle étoit cette Inſcription , qu'on
voyoit auſſi ſur la grande porte du Palais.
DEO OPTIΜΟ ΜΑΧΙΜΟ ,
PRO RESTITUTA SALUTE LUDOVICI XV.
VOTUM
REGIARUM RATIONUM VECTIGALIUMQU
:
SENATUS PROVINCIA.
La Compagnie ſe rendit au Palais à
heures dumatin , les Préſidens en Robes de
velours noir , les Conſeillers , & les Gens
du Roi , en Robes rouges. Les Confuls ,
Procureurs du Pays , s'y rendirent auſſi avec
tout le Corps de Ville .
M. le Marquis de Mirepoix , Commandant
dans la Province , avoit donné ordre
aux troupes reglées de recevoir les ordres
des Officiers de la Compagnie . Le Clergé
de la Métropole y vint folemnellement en
Proceffion. Les Soldats préſenterent d'abord
leurs armes. Tous les Tambours , accompaguésdetous
les Fifres, battirent aux champs ,
:
Giij &
1294 MERCURE DEFRANCE .
&lesTambourins répondirent de leur côté
ils avoient tous la Cocarde uniforme à celle
des troupes du Roi , de même que toute la
Milice , employée en très-grand nombre à
cette Fête.
Mrs de la Chambre des Comptes , qui
vouloient fournir au Peuple tous les moyens
poſſibles de faire éclater ſa joie , mais plus
encore d'exciter les coeurs à rendre à Dieu
des actions de graces pour le rétabliſſement
de la ſanté du Roi , prierent M. l'Archevêque
d'Aix d'officier pontificalement , mais
ce Prélat s'étant trouvé incommodé , M.
l'Abbé de Valbonnette , l'ancien du Chapitre
, officia à ſa place. Dès que la Meffe
commença , on tira une grande quantité de
Boëtes : on en tira auſſi pendant le Te
Deum , qui fut chanté après la Meffe. La
Mufique étoit parfaite , & la Symplionie
étoit mêlée de Tymbales , Trompettes , &
Corsde Chaffe .
Sur les cinq heures du foir , la Compagnie
fe rendit au Palais , dans le même ordre &
la même folemnité que le matin. Le Pſeaume
Exaudiat y fut chanté , enfuite le
Motet de M. de la Lande , Deus in virtute
tua letabitur Rex.
On fortit enſuite pour aller en Cérémonie
allumer un feu de joie magnifique,élevé
dans la Place des Prêcheurs , au bruit des
Trom
OCTOBRE . 1744. 2295
Trompettes , Tymbales , Tambours , Fifres ,
&Tambourins. Grand nombre de pauvres ,
vêtus de drap bleu , portoient un cierge allumé.
Les troupes reglées marchoient aux
côtés de Mrs de la Chambre des Comptes ,
fur deux lignes. Cette grande Place & la façade
du Palais étoient ornées de riches tapiſſeries.
Des cris de Vive le Roi , redoublés
de toutes parts , faifoient éclater la joie publique.
L'endroit , quoique fort vaſte , pouvoit
à peine contenir les ſpectateurs , &
chacun s'empreſſoit , à l'envi , à témoigner
fon zéle fur un événement ſi intéreſſant.
L'Edifice du feu étoit prodigieuſement
élevé , & en forme d'Arc de Triomphe ;
huit Portiques , foûtenus par des Colomnes
d'Ordre Corinthien , ornées d'Emblêmes ,
formoient un grand Corps octogone ; fur
l'Entablement& à l'aplomb de chaque Colonne
étoit une urne , d'où fortoient des
Guidons de taffetas blanc à languettes , avec
des bordures en or. Au milieu de la face de
l'Edifice étoit un Piédeſtal , fur lequel s'élevoit
une Pyramide terminée par une grande
Fleur-de- Lis d'Or , portée ſur un Globe à
fond bleu , au-deſſous duquel étoit un
Etendard de taffetas blanc , aux armes du
Roi ; tout cet Edifice étoit d'un excellent
goût.
- Dès qu'on cut allumé le feu , des gerbes
Giiij
de
2296 MERCURE DE FRANCE.
de fufées , qui partirent du haut des Chapiteaux
& des Colomnes , formerent dans
l'air une eſpéce de Dôme de feu. Le bruit
des Tambours , Tymbales , Trompettes ,
Corsde Chaffe , & de tous les autres Inſtrumens
de guerre redoubla ; celui des Boëtes
s'y joignit à pluſieurs repriſes , & la Compagnie
de Mrs des Comptes revint au Palais
dans le même ordre qu'elle en étoit fortie.
Les troupes firent trois ſalves de Mouſqueterie
, en paſſant devant le feu.
M. d'Albertas , Premier Préſident , quoiqu'attaqué
depuis près d'une année d'une
maladie dangereufe , ne voulut pas laiffer
paffer cette occaſion de donner ,
comme il a fait dans toutes les autres , des
marques de la vivacité de ſon zéle. Cet Illuſtre
Chef oublia ſes infirmités , pour ne
s'occuper que du même objet qui excitoit
la joie de tout le Royaume.
Il avoit fait élever un grand feu dans la
Place qui eſt devant ſon Hôtel , lequel fut
allumé par M. le Marquis d'Albertas , fon
fils , Conſeiller en cette Cour , généralement
reconnu pour l'héritier des qualités &
des ſentimens d'un ſi digne Pere ; il étoit
accompagné de pluſieurs de ſes Collegues.
L'artifice fut tiré au bruit de tous les Inſtrumens
de guerre , & réuffit parfaitement.
M. le P. Préſident donna enſuite un fouper
OCTOBRE. 1744. 2297
per aux Officiers de ſa Compagnie , au Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale , aux Confuls ,
&au Corps de Ville. La délicateffe des mets
y répondoit à l'abondance. Il ſe fit conduire
de ſon appartement dans la Sale du repas
pour porter aux convives la ſanté du Roi.
Dans l'inſtant , on entendit le bruit de toute
la Mouſqueterie & de toutes les Boëtes ; il
fut tiré de la Place devant l'Hôtel ,un nombre
prodigieux de fuſées. Toute la Place ,
le dehors & le dedans de l'Hôtel étoient
illuminés d'une maniere ſuperbe & ingénieuſe.
Ce grand Magiſtrat , l'amour du
peuple , ſe fit porter enſuite ſur ſon balcon ,
pour animer par ſa préſence les tranſports
de joie , qui ſe renouvellerent, dès qu'il ſe
montra. Il mêla ſes cris de Vive le Roi , avec
ceux du Peuple ; il jetta de l'argent en abondance.
La Compagnie de Mrs des Comptes
fit auffi aux Soldats de grandes largeſſes.
De ſi brillans ſpectacles ſembloient de
voir terminer une Fête , qui ſe renouvella
cependant avec beaucoup plus de ſplendeur.
Les Magiſtrats & tous les convives
diſtingués du ſouper , allerent à la Place
des Carmelites , pour y faire tirer un nouveau
feu d'artifice , d'un goût different des
deux autres. L'illumination , ce qui l'accompagnoit&
toute l'exécution,eſt au-defſus
de cequ'on avoit encore vû.
Gv Les
2298 MERCURE DE FRANCE.
Les ſentimens de ſurpriſe &d'admiration
paroiſſoient épuiſés , lorſqu'ils recommencerent.
Ce fut en entrant de cette Place
dans le Cours de la Ville d'Aix , que vous
ſçavez être le plus vaſte ,& le plus beau du
Royaume. On fut d'abord étonné de voir
l'illumination de la Place , qui faifoit comme
le prélude d'un Bal , qui alloit commencer
; on avoit formé une grande Sale dans le
milieu de la grande allée du Cours , couverte
par des Tentes, ſous leſquelles étoient
quantité de Luftres ,& un nombre prodigieux
de Bougies. Il y avoit un Amphithéatre
pour la Symphonie , entouré de Soldats.
On y avoit élevé un Buffet, à pluſieurs
érages , pour les confitures , les fruits , les
liqueurs , & rafraîchiſſemens de toutes efpeces
, & en ſi grande abondance , qu'ils ne
furent refuſés àperſonne ,&donnés , même
avec profufion , à tous ceux qui n'entroient
pas dans l'enceinte de la Sale.
M. de Limaye , ſecond Préſident , qui
avoit déja donné chés lui un ſomptueux repas
, fit l'ouverture du Bal avec Madame de
la Tour , Premiere Préſidente du Parlement
& Intendante. Il y eut en même-tems , &
dans cette même Place , differens Bals pour
le Peuple , qui ne fairent , comme le premier
, qu'à cinq heures du marin. Les Officiers
de la Chambre des Comptes en firent
les
OCTOBRE. 1744. 2299
les honneurs , & prirent le plaiſir de partager
avec le Peuple , la joie publique. Pluſieurs
Chars , ornés de verdure , traînés par
des chevaux richement caparaçonnés , portoient
de nos excellens vins de Provence ,
des viandes , des milliers de biſcuits , des
gâteaux de pluſieurs efpeces &c. qu'on donnoit
ſans meſure . Sur ces Chars étoit une
Symphonie ambulante , accompagnée de
cesTambourins nommés en Provence Gallaubez
, qui font très-réjoüiſſans , & s'accordent
parfaitement au Génie des Gens du
Pays , toujours prêts à danfer , & à fauter :
aufli font-ils les deſcendans des Saliens,ainſi
nommés à Saliendo. Ces Tambourins , ou
Gallaubez , nous viennent , felon les Hiftoriens
de Provence ,des Anciens Troubadours
,dont les Ouvrages font la premiere
& vraye origine de la Poësie Françoiſe.
Enfin ,nos Fêtes ( car je vous en ai rapporté
imparfaitement pluſieurs dans une
ſeule ) ſe ſont paſſées avec autant de décence&
d'ordre , que de magnificence & de dignité.
Quoique le concours du Peuple fut
extraordinaire , augmenté par les Etrangers,
&qu'on ſe livrât à tous les ſentimens & les
tranſports de la joie , fans parler de la vivacité
du Pays ,cette journée fut tout- à-fait
tranquille& paiſible , ſans être troublée par
aucun accident. Le fuccès a répondu parfai-
Gvj τς-
2300 MERCURE DE FRANCE.
tement aux voeux de l'illuſtre Compagnie ,
& au grand objet qui l'animoit , qui étoit
de marquer ſon empreſſement , ſon ardeur ,
fon zéle , & fon amour pour la perſonne du
Roi , d'inſpirer les mêmes ſentimens au Peuple
, & de graver , dans tous les coeurs le
nom de LOUIS LE BIEN-AIME'.
Je ſuis , c.
Finances de Provence , ausujet du Rétabliſſement
de la ſanté du Roi. Extrait d'une
Lettre écrite d'Aix par M. de ..... à M.
de .... à Paris.
V C
Ous ſçavez , Monfieur , comme étant
du Pays , que la Cour des Comptes &c,
s'eſt dans tous les tems fignalée par les preuves
de zéle & d'amour pour fon.Roi. Elle
vient d'en donner de nouveaux témoignages
publics & éclatans , au ſujet de la Convaleſcence
de Sa Majefté. La Fête ne pouvoit
être que magnifique cette Compagnie
étant compoſée , comme vous le ſçavez, des
familles les plus diſtinguées de la Province ,
& qui s'eſt conftamment foutenue , depuis
fon Etabliſſement , fi ancien , que notre
Hiſtoire n'en a pû trouver l'origine.
,
Voici un détail de ces ſuperbes réjouifſances
, dont je penſe que vous trouverez
le projet ( auquel. l'exécution a répondu )
ſi noble , & fi neuf , que je ne crois pas
qu'il puiſſe être effacé par ce que vous avez
vû en ce genre dans la Capitale même dự
Royaume.
Le jour fut fixé au 13 Septembre , & annoncé
la veille par le ſon des Cloches de
l'Egliſe Métropolitaine , par le bruit des
Gij Tim
2291 MERCURE DE FRANCE.
Tymbales , Trompettes , & Tambours. Les
cours , & les avenuës du Palais étoient ornées
de tapiſſeries , chargées de Fleurs-de-
Lis , & de differens Emblêmes . Le Portrait
du Roi à cheval , étoit placé ſous un Arc de
Triomphe très- élevé , en face de la grande
porte. Au-deſſus étoit cette Inſcription ;
( Ludovico XV , vita Gallia reddito ) &
on liſoit au bas : Regiarum Rationum Vectigaliumque
Senatus. Aux deux côtés étoient
deux très-belles Repréſentations , qui exprimoient
d'une maniere allégorique les
Conquêtes du Roi . D'un côté une nuée ,
chargée de foudres , avec ces mots : Juffa
volant, De l'autre côté la Déeſſe de la Paix ,
tenant un Rameau d'Olivier d'une main , &
de l'autre une Corne d'Abondance , avec
cette Deviſe : Properat fuccurrere terris. La
grande Sale , & la Chapelle qui eſt au fond ,
étoient fuperbement ornées , & éclairées
par quantité de Bougies , portées par un
très-grand nombre de Luſtres en troisrangs.
Les fiéges couverts de tapis fleurdeliſés, qui
venoient ſe joindre au Dais de M. l'Archevêque
, étoient deſtinés pour le Chapitre de
la Métropole , pour les Confuls , & pour
les Officiers de la Cour des Comptes ,
c.
On avoit élevé dans le fond de la Sale ,
vis-à-vis de l'Autel , une Orchestre , pour
conOCTOBRE.
1744. 2293
contenir une grande Muſique , & on avoit
placé au-deſſus , ſur le milieu , le Portrait
du Roi , ſous un Dais de velours bleu , à
Fleurs-de-Lis d'Or. Il y avoit une grande
Tribune pour les Dames ; au Frontiſpice de
la Chapelle étoit cette Inſcription , qu'on
voyoit auſſi ſur la grande porte du Palais.
DEO OPTIΜΟ ΜΑΧΙΜΟ ,
PRO RESTITUTA SALUTE LUDOVICI XV.
VOTUM
REGIARUM RATIONUM VECTIGALIUMQU
:
SENATUS PROVINCIA.
La Compagnie ſe rendit au Palais à
heures dumatin , les Préſidens en Robes de
velours noir , les Conſeillers , & les Gens
du Roi , en Robes rouges. Les Confuls ,
Procureurs du Pays , s'y rendirent auſſi avec
tout le Corps de Ville .
M. le Marquis de Mirepoix , Commandant
dans la Province , avoit donné ordre
aux troupes reglées de recevoir les ordres
des Officiers de la Compagnie . Le Clergé
de la Métropole y vint folemnellement en
Proceffion. Les Soldats préſenterent d'abord
leurs armes. Tous les Tambours , accompaguésdetous
les Fifres, battirent aux champs ,
:
Giij &
1294 MERCURE DEFRANCE .
&lesTambourins répondirent de leur côté
ils avoient tous la Cocarde uniforme à celle
des troupes du Roi , de même que toute la
Milice , employée en très-grand nombre à
cette Fête.
Mrs de la Chambre des Comptes , qui
vouloient fournir au Peuple tous les moyens
poſſibles de faire éclater ſa joie , mais plus
encore d'exciter les coeurs à rendre à Dieu
des actions de graces pour le rétabliſſement
de la ſanté du Roi , prierent M. l'Archevêque
d'Aix d'officier pontificalement , mais
ce Prélat s'étant trouvé incommodé , M.
l'Abbé de Valbonnette , l'ancien du Chapitre
, officia à ſa place. Dès que la Meffe
commença , on tira une grande quantité de
Boëtes : on en tira auſſi pendant le Te
Deum , qui fut chanté après la Meffe. La
Mufique étoit parfaite , & la Symplionie
étoit mêlée de Tymbales , Trompettes , &
Corsde Chaffe .
Sur les cinq heures du foir , la Compagnie
fe rendit au Palais , dans le même ordre &
la même folemnité que le matin. Le Pſeaume
Exaudiat y fut chanté , enfuite le
Motet de M. de la Lande , Deus in virtute
tua letabitur Rex.
On fortit enſuite pour aller en Cérémonie
allumer un feu de joie magnifique,élevé
dans la Place des Prêcheurs , au bruit des
Trom
OCTOBRE . 1744. 2295
Trompettes , Tymbales , Tambours , Fifres ,
&Tambourins. Grand nombre de pauvres ,
vêtus de drap bleu , portoient un cierge allumé.
Les troupes reglées marchoient aux
côtés de Mrs de la Chambre des Comptes ,
fur deux lignes. Cette grande Place & la façade
du Palais étoient ornées de riches tapiſſeries.
Des cris de Vive le Roi , redoublés
de toutes parts , faifoient éclater la joie publique.
L'endroit , quoique fort vaſte , pouvoit
à peine contenir les ſpectateurs , &
chacun s'empreſſoit , à l'envi , à témoigner
fon zéle fur un événement ſi intéreſſant.
L'Edifice du feu étoit prodigieuſement
élevé , & en forme d'Arc de Triomphe ;
huit Portiques , foûtenus par des Colomnes
d'Ordre Corinthien , ornées d'Emblêmes ,
formoient un grand Corps octogone ; fur
l'Entablement& à l'aplomb de chaque Colonne
étoit une urne , d'où fortoient des
Guidons de taffetas blanc à languettes , avec
des bordures en or. Au milieu de la face de
l'Edifice étoit un Piédeſtal , fur lequel s'élevoit
une Pyramide terminée par une grande
Fleur-de- Lis d'Or , portée ſur un Globe à
fond bleu , au-deſſous duquel étoit un
Etendard de taffetas blanc , aux armes du
Roi ; tout cet Edifice étoit d'un excellent
goût.
- Dès qu'on cut allumé le feu , des gerbes
Giiij
de
2296 MERCURE DE FRANCE.
de fufées , qui partirent du haut des Chapiteaux
& des Colomnes , formerent dans
l'air une eſpéce de Dôme de feu. Le bruit
des Tambours , Tymbales , Trompettes ,
Corsde Chaffe , & de tous les autres Inſtrumens
de guerre redoubla ; celui des Boëtes
s'y joignit à pluſieurs repriſes , & la Compagnie
de Mrs des Comptes revint au Palais
dans le même ordre qu'elle en étoit fortie.
Les troupes firent trois ſalves de Mouſqueterie
, en paſſant devant le feu.
M. d'Albertas , Premier Préſident , quoiqu'attaqué
depuis près d'une année d'une
maladie dangereufe , ne voulut pas laiffer
paffer cette occaſion de donner ,
comme il a fait dans toutes les autres , des
marques de la vivacité de ſon zéle. Cet Illuſtre
Chef oublia ſes infirmités , pour ne
s'occuper que du même objet qui excitoit
la joie de tout le Royaume.
Il avoit fait élever un grand feu dans la
Place qui eſt devant ſon Hôtel , lequel fut
allumé par M. le Marquis d'Albertas , fon
fils , Conſeiller en cette Cour , généralement
reconnu pour l'héritier des qualités &
des ſentimens d'un ſi digne Pere ; il étoit
accompagné de pluſieurs de ſes Collegues.
L'artifice fut tiré au bruit de tous les Inſtrumens
de guerre , & réuffit parfaitement.
M. le P. Préſident donna enſuite un fouper
OCTOBRE. 1744. 2297
per aux Officiers de ſa Compagnie , au Chapitre
de l'Egliſe Cathédrale , aux Confuls ,
&au Corps de Ville. La délicateffe des mets
y répondoit à l'abondance. Il ſe fit conduire
de ſon appartement dans la Sale du repas
pour porter aux convives la ſanté du Roi.
Dans l'inſtant , on entendit le bruit de toute
la Mouſqueterie & de toutes les Boëtes ; il
fut tiré de la Place devant l'Hôtel ,un nombre
prodigieux de fuſées. Toute la Place ,
le dehors & le dedans de l'Hôtel étoient
illuminés d'une maniere ſuperbe & ingénieuſe.
Ce grand Magiſtrat , l'amour du
peuple , ſe fit porter enſuite ſur ſon balcon ,
pour animer par ſa préſence les tranſports
de joie , qui ſe renouvellerent, dès qu'il ſe
montra. Il mêla ſes cris de Vive le Roi , avec
ceux du Peuple ; il jetta de l'argent en abondance.
La Compagnie de Mrs des Comptes
fit auffi aux Soldats de grandes largeſſes.
De ſi brillans ſpectacles ſembloient de
voir terminer une Fête , qui ſe renouvella
cependant avec beaucoup plus de ſplendeur.
Les Magiſtrats & tous les convives
diſtingués du ſouper , allerent à la Place
des Carmelites , pour y faire tirer un nouveau
feu d'artifice , d'un goût different des
deux autres. L'illumination , ce qui l'accompagnoit&
toute l'exécution,eſt au-defſus
de cequ'on avoit encore vû.
Gv Les
2298 MERCURE DE FRANCE.
Les ſentimens de ſurpriſe &d'admiration
paroiſſoient épuiſés , lorſqu'ils recommencerent.
Ce fut en entrant de cette Place
dans le Cours de la Ville d'Aix , que vous
ſçavez être le plus vaſte ,& le plus beau du
Royaume. On fut d'abord étonné de voir
l'illumination de la Place , qui faifoit comme
le prélude d'un Bal , qui alloit commencer
; on avoit formé une grande Sale dans le
milieu de la grande allée du Cours , couverte
par des Tentes, ſous leſquelles étoient
quantité de Luftres ,& un nombre prodigieux
de Bougies. Il y avoit un Amphithéatre
pour la Symphonie , entouré de Soldats.
On y avoit élevé un Buffet, à pluſieurs
érages , pour les confitures , les fruits , les
liqueurs , & rafraîchiſſemens de toutes efpeces
, & en ſi grande abondance , qu'ils ne
furent refuſés àperſonne ,&donnés , même
avec profufion , à tous ceux qui n'entroient
pas dans l'enceinte de la Sale.
M. de Limaye , ſecond Préſident , qui
avoit déja donné chés lui un ſomptueux repas
, fit l'ouverture du Bal avec Madame de
la Tour , Premiere Préſidente du Parlement
& Intendante. Il y eut en même-tems , &
dans cette même Place , differens Bals pour
le Peuple , qui ne fairent , comme le premier
, qu'à cinq heures du marin. Les Officiers
de la Chambre des Comptes en firent
les
OCTOBRE. 1744. 2299
les honneurs , & prirent le plaiſir de partager
avec le Peuple , la joie publique. Pluſieurs
Chars , ornés de verdure , traînés par
des chevaux richement caparaçonnés , portoient
de nos excellens vins de Provence ,
des viandes , des milliers de biſcuits , des
gâteaux de pluſieurs efpeces &c. qu'on donnoit
ſans meſure . Sur ces Chars étoit une
Symphonie ambulante , accompagnée de
cesTambourins nommés en Provence Gallaubez
, qui font très-réjoüiſſans , & s'accordent
parfaitement au Génie des Gens du
Pays , toujours prêts à danfer , & à fauter :
aufli font-ils les deſcendans des Saliens,ainſi
nommés à Saliendo. Ces Tambourins , ou
Gallaubez , nous viennent , felon les Hiftoriens
de Provence ,des Anciens Troubadours
,dont les Ouvrages font la premiere
& vraye origine de la Poësie Françoiſe.
Enfin ,nos Fêtes ( car je vous en ai rapporté
imparfaitement pluſieurs dans une
ſeule ) ſe ſont paſſées avec autant de décence&
d'ordre , que de magnificence & de dignité.
Quoique le concours du Peuple fut
extraordinaire , augmenté par les Etrangers,
&qu'on ſe livrât à tous les ſentimens & les
tranſports de la joie , fans parler de la vivacité
du Pays ,cette journée fut tout- à-fait
tranquille& paiſible , ſans être troublée par
aucun accident. Le fuccès a répondu parfai-
Gvj τς-
2300 MERCURE DE FRANCE.
tement aux voeux de l'illuſtre Compagnie ,
& au grand objet qui l'animoit , qui étoit
de marquer ſon empreſſement , ſon ardeur ,
fon zéle , & fon amour pour la perſonne du
Roi , d'inſpirer les mêmes ſentimens au Peuple
, & de graver , dans tous les coeurs le
nom de LOUIS LE BIEN-AIME'.
Je ſuis , c.
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