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5001
p. 36-46
PANDORE, OU L'ORIGINE DES PASSIONS ET DES CRIMES. * PAR M. YON.
Début :
Avant que le fils de Japet [...]
Mots clefs :
Homme, Pandore, Dieux, Yeux, Vertu, Esprits, Amour, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : PANDORE, OU L'ORIGINE DES PASSIONS ET DES CRIMES. * PAR M. YON.
PANDORE ,
OU L'ORIGINE DES PASSIONS .
ET DES CRIME S.
V
PAR M. YO N.
Avant Vant que le fils de Japet
Eut dérobé le feu célefte ,
Et que par un zéle indiſcret
Son audace à l'homme funefte ,
Eût fait éclore fa raiſon ,
En prenant chez les Dieux un dangereux rayon
De leur fuprême intelligence ,
L'homme innocent , dans un heureux filence
Se livroit au penchant du naïf ſentiment ;
Et ne diftinguant point les vertus ni les vices
Sans crainte & fans remords , il fuivoit les ca→
prices
Que le Ciel imprima fur fon tempérament.
On s'entendoit pourtant ; & dans ce premier âge
Le coeur dictoit aux yeux un ingénu langage .
* Cette allégorie excéde un peu les bornes que je
me fuis preferites pour les piéces en vers ; mais j'ai
cru que les beautés dont elle m'a paru remplie , méritoient
une diftinction . J'efpere que ceux qui la liront
, me fauront gré d'avoir franchi la régle en
fa faveur.
JANVIE R. 1755 . 37
On y lifoit fes befoins , fes defirs ,
Et la belle pouvoit ſe fier aux ſoupirs
Qu'elle voyoit fortir du coeur
De l'Amant qu'elle avoit choisi pour fon vain
queur.
Mais l'attentat de Promethée
Alluma bientôt contre nous
Le feu du céleſte couroux ,
Et fa vengeance concertée
Commit le foin aux Cyclopes brulans ,
De rebattre fur leur enclume ,
De la foudre la noire écume ,
Et d'en forger , pour éblouir nos fens ,
Un monftre orné des dons les plus brillans.
L'Olympe entier prit plaifir à répandre
Sur fon vifage féminin
Ces charmes féduifans , cet air piquant & fin
Qui fecondés d'un oeil fubtil & tendre ,
Fournit à ce fexe malin ,
En fe jouant , l'art de tout entreprendre,
Et comme au ciel tout concourut ,
Pour mieux déguifer l'impofture ,
Chaque Divinité tira de ſa nature
Le plus éclatant attribut.
Phébus lui montra fur fon luth ,
Des beaux chants & des vers le flateur affemblage .
Junon lui fouffla fur le front
L'art de rougir pour paroître plus fage ,
Qui , joint au don des pleurs , fait un effet fi
prompt
35 MERCURE DE FRANCE.
Dans les refforts d'un beau vifage ,
Qu'il n'eft point de couroux que ne puiffe fléchir
L'artifice trompeur de ce double avantage.
Pour achaver de l'embellir ,
Hébé compofa fa coëlfure ,
Et la Mere d'amour lui prêta fa ceinture .
Enfin le traître Amour ſe logea dans les yeux ,
Pour la guider dans ces terreftres lieux.
Tel éclata ce brillant météore
Aux regards des mortels , fous le nom de Pandore.
Jufque là le pouvoir du ciel
Avoit décoré ce fantôme ;
Mais il falloit que l'infernal Royaume
Contribuât par un préfent cruel
Qu'Alcalaphe apporta de la part des furies ,
Chef-d'oeuvre de leurs mains impics ,
Ouvrage éblouiffant , compofé d'un métal
Que depuis l'avarice arracha de la terre ,
D'où fortit le germe fatal
De la difcorde & de la guerre.
Peux-tu , miferable univers ,
Réfifter aux efforts des cieux & des enfers ?
Ils ont remis aux mains d'une beauté divine
Le foin de leurs deffeins vengeurs :
La foif de l'or va caufer ta iuine ;
Son éclat & celui de deux yeux enchanteurs
Vont pour jamais caufer tous tes malheurs.
Enfin , Pandore arrive , & fa bouche vermeille
Fit d'abord éclater fur nos fens étonnés ,
JANVIER. 1755 39
De fa touchante voix la fonore merveille .
Soudain les hommes profternés ,
A ce charme prêtent l'oreille.
Les femmes , de la voix admirant les talens ,
Déja cherchent des fons dans leurs bouches béantes
,
Et leurs levres impatientes
Précipitant leurs mouvemens ,
S'efforcent de faifir le don de la parole.
Pendant que tous enchantés & furpris ,
Soupirent aux pieds de l'idole ;
Elle pour s'acquitter de fon perfide rolle ,
Fit briller aux regards des hommes éblouis
Ce métal dangereux , cette boîte infernale ,
Qui frappant leurs efprits de curiofité ,
Se fit des yeux aux coeurs une route fatale
Pour y développer la cauſe initiale
De l'humaine cupidité.
L'effet fut prompt , & l'ardeur de connoître
Soudain bouillonne en leurs coeurs embrafés
Leurs regards pétillans , leurs geftes empreffés
Exigent fans retard que l'on faffe paroître
Ce que contient ce vaſe en fes brillans contours.
Je comprens vos defirs ; écoutez , dit Pandore ,
Jupiter ne veut plus que l'univers ignore
Ce qui doit augmenter le bonheur de vos jours.
Il vous enjoint de déchirer la terre ,
De percer , s'il fe peut , juſqu'aux bords d'Acheron
,
40 MERCURE DE FRANCE .
C'eft par de tels fentiers que votre ambition
Doit découvrir cetterare matiere :
Or eft fon nom ; fouillez , creufez pour en avoir;
Rien n'eft égal à fon pouvoir :
Celui qui plus avide en aura davantage ,
Sur les pareils régnera deformais .
Ce n'est point tout , pour comble de bienfaits
Ouvrez la bouche , & recevez l'ufage
De l'inftrument artifte de la voix.
Cet infatigable mobile ,
De vos plaifirs panégyrifte habile ,
Souinis aux paffions , en défendra les droits :
Et quand d'un fier cenfeur la morale ennemie
D'une vertu bizarre alléguera les loix ,
Qu'un grand nombre de mots étouffe fous leurs
poids
Les noirs accès de fa miſantropie ,
En criant plus que lui vous mettrez aux abois
Sa raifon étourdie .
Enfin , pour exciter les mortels généreux ,
J'ordonne que ce vaſe , objet de votre envie ,
Soit le prix du plus fort ou du plus courageux.
Ainfi parla Pandore à la muette troupe ;
Et de langues foudain un effain bourdonnant ,
En prenant l'air , s'échappe de la coupe.
Chacune au hazard ſe lançant ,
Dans les gofiers ouverts fe greffe & s'enracine,
D'abord les animaux par des cris menaçans ,
JANVIER . 1755.
De leurs foibles tyrans confpirent la ruine ;
Ils ne prétendent plas que l'homme les domine ;
Ils dédaignent déja ſes ordres impuiffans.
Le taureau révolté , briſe fon joug , rumines
Le lion indigné de fon abaiffement ,
Etincelle , rugit , bat fes flancs & s'anime ;
Et pour fignal de fon foulevement ,
Fait de fon maître la victime.
Le ferpent s'applaudit par un fier fifflement ;
Des poiſons dont fa langue s'envenime ;
Et l'homme s'énonçant pour la premiere fois ,
Sur le tien & le mien , fait l'effai de ſa voix.
L'air retentit de cris , écho rompt le filence ;
Mais le fexe fur- tout eft le plus éloquent :
On dit même qu'en débutant
Il inventa la médiſance ,
Et fut prompt à faifir le tour infinuant
D'une mordante & badine élégance ,
Pour décrier plus finement
La plus frivole impertinence ;
Même il trouva dans fon tempérament
Cette cauftique nonchalance ,
Qui prête un faux air d'innocence
Au trait le plus piquant.
Bientôt fon altiere éloquence ,
Organe impérieux de fon reffentiment ,
A l'aveugle bravoure enjoignit la vengeance
D'un mot fur les appas lâché trop hardiment.
Courez , mortels , prenez les armes ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Faites - vous égorger pour l'honneur de fes char
mes ;
Ces mêmes auraits outragés ,
Vont devenir le prix de votre frénéfie ,
Et la pudeur fe facrifie
Au plaifir de les voir vengés.
Lorfque Pandore vit que l'humaine lignée ,
Par le double préfent des langues & de l'or ,
Ne pouvoit éviter de vivre infortunée ,
En fouriant , elle prit fon effor
Vers les céleftes lieux , & fes perfides mains ,
Pour confommer fes noirs deffeins ,
Laifferent échapper ce pernicieux vafe
De nos malheurs l'origine & la bafe.
11 eft à moi , dit l'un , car je fuis le plus fort :
Soumettez- vous aux loix de la Déeffe ;
Qui de le difputer aura la hardieffe ,
De ce bras recevra la mort .
Ce titre feul vous rend tous mes efclaves.
Crois-tu , s'écrie un autre , infpirer de l'effroit
Ta force n'y fait rien , & ce font les plus braves
Qui , maîtres de cet or doivent donner la loi.
Ainfi l'on vit & la force & l'audace
Dans leurs premiers accens exhaler la menace :
L'or en fut le motif , & pour peupler l'enfer
Dès cet inftant l'or éguifa le fer.
Dès lors auffi l'égalité bannie ,
Fit place aux plus noirs attentats ,
JANVIER. 1755. 43.
Et la farouche tyrannie
Se faifant précéder du démon des combats ,
Un poignard à la main , fe traça des Etats. ,
Mais pour faire aux humains refpecter fa furie ,
Elle s'appropria le beau nom de patrie.
Ce nom facré fubjuguant les efprits ,
Cimenta fur l'honneur fon altier defpotifme.
De leurs droits confondus , l'homme de coeur épris,
Par des routes de fang courut à l'héroïſme ,
Et plein d'amour il fut , en barbare appareil ,
A fa chere patrie immoler fon pareil .
Avec moins de fracas , & plus d'adreffe encore
Pour l'ufage commun , les langues font éclore
Du fond des coeurs des vices inconnus.
En politique adroit , l'amour propre à leur tête ,
Les entremêle avec quelques vertus.
L'efprit lui-même eft bientôt fa conquête,
Et vil adulateur , il prête fes talens
2
A la tendreffe opiniâtre
Dont cet orgueilleux idolâtre
Ses plus monftrueux fentimens.
En vain la vérité plaintive & gémiffante ,
S'éleve dans l'intérieur ,
L'indomptable tyran étouffe la lueur
De far emontrance impuiffante.
Déja le menteur effronté
Traite l'homme vrai d'imbécile ,
Et , felon lui , la verité
7
44 MERCURE DE FRANCE.
N'eft qu'une vertu puerile ,
Dont cependant le fourbe habile
Contrefait l'ingénuité ,
Pour fe gliffer en dangereux reptile ,
Dans le fein ouvert & facile
De la naïve probité.
Déja la noire calomnie ,
Pour déployer fes jalouſes fureurs ,
Broye en fecret les affreuſes couleurs
Dont elle va fouiller la plus illuftre vie.
Tel eft le fort d'un mérite éclatant ,
Que fa profpérité la choque & l'importune ,
Et fon inventive rancune
Ne fe taira qu'en le précipitant .
Dans la plus obfcure infortune .
Et vous , qui dans vos traits n'offrez rien de plus
beau
Que le modefte & fincere tableau
D'une ame généreufe & fage ,
Vous , de l'honneur , la plus aimable image ,
Chaftes beautés , tremblez à l'afpect du couteau
Que tient fur vous l'impofteur en fa rage ;
D'un coup il va percer le précieux bandeau
Dont la pudeur vous couvre le viſage.
Hélas ! la playe eft faite ; armez -vous de courage :
Ce ne fera peut- être qu'au tombeau
Que l'humaine équité vous rendra témoignage ;
Mais le crime ici - bas vous devoit eet outrage,
JANVIER . 1755 . 45
Et c'eft en vous plaçant à fon niveau ;
Qu'il vous punit d'ofer dans le bel âge
Porter , de la vertu , l'honorable fardeau.
A voir la langue en fa naiffance
Obfcurcir les vertus , & fervir les forfaits ,
Qui ne croiroit que fa licence
Ne peut pouffer plus loin fes rapides effais !
A peine cependant l'eſprit lui tend l'amorcę .
De l'orgueilleufe impiété ,
Que dès l'iftant elle s'efforce
D'en outrer la témérité ;
Et franchiffant la fphere trop obfcure
Qui la retient dans l'univers ,
Ses facrileges fons exhalent dans les airs ,
Et le blafphême & le parjure .
Ne croyez pas , Dieux immortels ,
Que fon audace épargne vos autels :
Ces monumens facrés , où la reconnoiffance
Brûle un refpectueux encens ,
D'un coeur féditieux choquent la dépendance ,
Et pour les renverfer attaquant votre eflence ,
La langue lui fournit ces rebelles accens.
L'ordre des cieux , le ciron , la lumiere ,
N'émanent point d'un Créateur ;
Un concours fortuit eft l'unique moteur
D'une éternelle & féconde matiere.
Ne craignez point des Dieux , leur culte n'eft
qu'un frein ;
46 MERCURE DE FRANCE.
Némefis , & ce noir Tartare
N'eft qu'une invention bizare
Pour contenir le genre humain
Dans la néceffité des devoirs fociables ;
Et les Législateurs armés d'un vain pouvoir ,
De ces fantômes redoutables ,
'Arrêtent par la crainte , & flatent par l'espoir
Ceux que l'oppreffion rend ici miférables .
Des fens voluptueux écoutez les tranfports ;
Qu'héfitez- vous ? laiffez à des efprits vulgaires
Le foin de fe forger des terreurs , des remords ;
Nos defirs font nos Dieux , & pour des efprits
forts
Le vice & la vertu font des mots arbitraires.
Le corps enfin eft notre unique bien ;
Et cette effence fantaſtique
Indéfiniffable & myſtique ,
Qu'on appelle ame , eft moins que rien.
C'est ainsi que l'impie enyvré d'un fyftême
Dont il voudroit étourdir fes frayeurs ,
D'un avenir affreux écartant les horreurs ,
Avec les Dieux , s'anéantit lui-même.
OU L'ORIGINE DES PASSIONS .
ET DES CRIME S.
V
PAR M. YO N.
Avant Vant que le fils de Japet
Eut dérobé le feu célefte ,
Et que par un zéle indiſcret
Son audace à l'homme funefte ,
Eût fait éclore fa raiſon ,
En prenant chez les Dieux un dangereux rayon
De leur fuprême intelligence ,
L'homme innocent , dans un heureux filence
Se livroit au penchant du naïf ſentiment ;
Et ne diftinguant point les vertus ni les vices
Sans crainte & fans remords , il fuivoit les ca→
prices
Que le Ciel imprima fur fon tempérament.
On s'entendoit pourtant ; & dans ce premier âge
Le coeur dictoit aux yeux un ingénu langage .
* Cette allégorie excéde un peu les bornes que je
me fuis preferites pour les piéces en vers ; mais j'ai
cru que les beautés dont elle m'a paru remplie , méritoient
une diftinction . J'efpere que ceux qui la liront
, me fauront gré d'avoir franchi la régle en
fa faveur.
JANVIE R. 1755 . 37
On y lifoit fes befoins , fes defirs ,
Et la belle pouvoit ſe fier aux ſoupirs
Qu'elle voyoit fortir du coeur
De l'Amant qu'elle avoit choisi pour fon vain
queur.
Mais l'attentat de Promethée
Alluma bientôt contre nous
Le feu du céleſte couroux ,
Et fa vengeance concertée
Commit le foin aux Cyclopes brulans ,
De rebattre fur leur enclume ,
De la foudre la noire écume ,
Et d'en forger , pour éblouir nos fens ,
Un monftre orné des dons les plus brillans.
L'Olympe entier prit plaifir à répandre
Sur fon vifage féminin
Ces charmes féduifans , cet air piquant & fin
Qui fecondés d'un oeil fubtil & tendre ,
Fournit à ce fexe malin ,
En fe jouant , l'art de tout entreprendre,
Et comme au ciel tout concourut ,
Pour mieux déguifer l'impofture ,
Chaque Divinité tira de ſa nature
Le plus éclatant attribut.
Phébus lui montra fur fon luth ,
Des beaux chants & des vers le flateur affemblage .
Junon lui fouffla fur le front
L'art de rougir pour paroître plus fage ,
Qui , joint au don des pleurs , fait un effet fi
prompt
35 MERCURE DE FRANCE.
Dans les refforts d'un beau vifage ,
Qu'il n'eft point de couroux que ne puiffe fléchir
L'artifice trompeur de ce double avantage.
Pour achaver de l'embellir ,
Hébé compofa fa coëlfure ,
Et la Mere d'amour lui prêta fa ceinture .
Enfin le traître Amour ſe logea dans les yeux ,
Pour la guider dans ces terreftres lieux.
Tel éclata ce brillant météore
Aux regards des mortels , fous le nom de Pandore.
Jufque là le pouvoir du ciel
Avoit décoré ce fantôme ;
Mais il falloit que l'infernal Royaume
Contribuât par un préfent cruel
Qu'Alcalaphe apporta de la part des furies ,
Chef-d'oeuvre de leurs mains impics ,
Ouvrage éblouiffant , compofé d'un métal
Que depuis l'avarice arracha de la terre ,
D'où fortit le germe fatal
De la difcorde & de la guerre.
Peux-tu , miferable univers ,
Réfifter aux efforts des cieux & des enfers ?
Ils ont remis aux mains d'une beauté divine
Le foin de leurs deffeins vengeurs :
La foif de l'or va caufer ta iuine ;
Son éclat & celui de deux yeux enchanteurs
Vont pour jamais caufer tous tes malheurs.
Enfin , Pandore arrive , & fa bouche vermeille
Fit d'abord éclater fur nos fens étonnés ,
JANVIER. 1755 39
De fa touchante voix la fonore merveille .
Soudain les hommes profternés ,
A ce charme prêtent l'oreille.
Les femmes , de la voix admirant les talens ,
Déja cherchent des fons dans leurs bouches béantes
,
Et leurs levres impatientes
Précipitant leurs mouvemens ,
S'efforcent de faifir le don de la parole.
Pendant que tous enchantés & furpris ,
Soupirent aux pieds de l'idole ;
Elle pour s'acquitter de fon perfide rolle ,
Fit briller aux regards des hommes éblouis
Ce métal dangereux , cette boîte infernale ,
Qui frappant leurs efprits de curiofité ,
Se fit des yeux aux coeurs une route fatale
Pour y développer la cauſe initiale
De l'humaine cupidité.
L'effet fut prompt , & l'ardeur de connoître
Soudain bouillonne en leurs coeurs embrafés
Leurs regards pétillans , leurs geftes empreffés
Exigent fans retard que l'on faffe paroître
Ce que contient ce vaſe en fes brillans contours.
Je comprens vos defirs ; écoutez , dit Pandore ,
Jupiter ne veut plus que l'univers ignore
Ce qui doit augmenter le bonheur de vos jours.
Il vous enjoint de déchirer la terre ,
De percer , s'il fe peut , juſqu'aux bords d'Acheron
,
40 MERCURE DE FRANCE .
C'eft par de tels fentiers que votre ambition
Doit découvrir cetterare matiere :
Or eft fon nom ; fouillez , creufez pour en avoir;
Rien n'eft égal à fon pouvoir :
Celui qui plus avide en aura davantage ,
Sur les pareils régnera deformais .
Ce n'est point tout , pour comble de bienfaits
Ouvrez la bouche , & recevez l'ufage
De l'inftrument artifte de la voix.
Cet infatigable mobile ,
De vos plaifirs panégyrifte habile ,
Souinis aux paffions , en défendra les droits :
Et quand d'un fier cenfeur la morale ennemie
D'une vertu bizarre alléguera les loix ,
Qu'un grand nombre de mots étouffe fous leurs
poids
Les noirs accès de fa miſantropie ,
En criant plus que lui vous mettrez aux abois
Sa raifon étourdie .
Enfin , pour exciter les mortels généreux ,
J'ordonne que ce vaſe , objet de votre envie ,
Soit le prix du plus fort ou du plus courageux.
Ainfi parla Pandore à la muette troupe ;
Et de langues foudain un effain bourdonnant ,
En prenant l'air , s'échappe de la coupe.
Chacune au hazard ſe lançant ,
Dans les gofiers ouverts fe greffe & s'enracine,
D'abord les animaux par des cris menaçans ,
JANVIER . 1755.
De leurs foibles tyrans confpirent la ruine ;
Ils ne prétendent plas que l'homme les domine ;
Ils dédaignent déja ſes ordres impuiffans.
Le taureau révolté , briſe fon joug , rumines
Le lion indigné de fon abaiffement ,
Etincelle , rugit , bat fes flancs & s'anime ;
Et pour fignal de fon foulevement ,
Fait de fon maître la victime.
Le ferpent s'applaudit par un fier fifflement ;
Des poiſons dont fa langue s'envenime ;
Et l'homme s'énonçant pour la premiere fois ,
Sur le tien & le mien , fait l'effai de ſa voix.
L'air retentit de cris , écho rompt le filence ;
Mais le fexe fur- tout eft le plus éloquent :
On dit même qu'en débutant
Il inventa la médiſance ,
Et fut prompt à faifir le tour infinuant
D'une mordante & badine élégance ,
Pour décrier plus finement
La plus frivole impertinence ;
Même il trouva dans fon tempérament
Cette cauftique nonchalance ,
Qui prête un faux air d'innocence
Au trait le plus piquant.
Bientôt fon altiere éloquence ,
Organe impérieux de fon reffentiment ,
A l'aveugle bravoure enjoignit la vengeance
D'un mot fur les appas lâché trop hardiment.
Courez , mortels , prenez les armes ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Faites - vous égorger pour l'honneur de fes char
mes ;
Ces mêmes auraits outragés ,
Vont devenir le prix de votre frénéfie ,
Et la pudeur fe facrifie
Au plaifir de les voir vengés.
Lorfque Pandore vit que l'humaine lignée ,
Par le double préfent des langues & de l'or ,
Ne pouvoit éviter de vivre infortunée ,
En fouriant , elle prit fon effor
Vers les céleftes lieux , & fes perfides mains ,
Pour confommer fes noirs deffeins ,
Laifferent échapper ce pernicieux vafe
De nos malheurs l'origine & la bafe.
11 eft à moi , dit l'un , car je fuis le plus fort :
Soumettez- vous aux loix de la Déeffe ;
Qui de le difputer aura la hardieffe ,
De ce bras recevra la mort .
Ce titre feul vous rend tous mes efclaves.
Crois-tu , s'écrie un autre , infpirer de l'effroit
Ta force n'y fait rien , & ce font les plus braves
Qui , maîtres de cet or doivent donner la loi.
Ainfi l'on vit & la force & l'audace
Dans leurs premiers accens exhaler la menace :
L'or en fut le motif , & pour peupler l'enfer
Dès cet inftant l'or éguifa le fer.
Dès lors auffi l'égalité bannie ,
Fit place aux plus noirs attentats ,
JANVIER. 1755. 43.
Et la farouche tyrannie
Se faifant précéder du démon des combats ,
Un poignard à la main , fe traça des Etats. ,
Mais pour faire aux humains refpecter fa furie ,
Elle s'appropria le beau nom de patrie.
Ce nom facré fubjuguant les efprits ,
Cimenta fur l'honneur fon altier defpotifme.
De leurs droits confondus , l'homme de coeur épris,
Par des routes de fang courut à l'héroïſme ,
Et plein d'amour il fut , en barbare appareil ,
A fa chere patrie immoler fon pareil .
Avec moins de fracas , & plus d'adreffe encore
Pour l'ufage commun , les langues font éclore
Du fond des coeurs des vices inconnus.
En politique adroit , l'amour propre à leur tête ,
Les entremêle avec quelques vertus.
L'efprit lui-même eft bientôt fa conquête,
Et vil adulateur , il prête fes talens
2
A la tendreffe opiniâtre
Dont cet orgueilleux idolâtre
Ses plus monftrueux fentimens.
En vain la vérité plaintive & gémiffante ,
S'éleve dans l'intérieur ,
L'indomptable tyran étouffe la lueur
De far emontrance impuiffante.
Déja le menteur effronté
Traite l'homme vrai d'imbécile ,
Et , felon lui , la verité
7
44 MERCURE DE FRANCE.
N'eft qu'une vertu puerile ,
Dont cependant le fourbe habile
Contrefait l'ingénuité ,
Pour fe gliffer en dangereux reptile ,
Dans le fein ouvert & facile
De la naïve probité.
Déja la noire calomnie ,
Pour déployer fes jalouſes fureurs ,
Broye en fecret les affreuſes couleurs
Dont elle va fouiller la plus illuftre vie.
Tel eft le fort d'un mérite éclatant ,
Que fa profpérité la choque & l'importune ,
Et fon inventive rancune
Ne fe taira qu'en le précipitant .
Dans la plus obfcure infortune .
Et vous , qui dans vos traits n'offrez rien de plus
beau
Que le modefte & fincere tableau
D'une ame généreufe & fage ,
Vous , de l'honneur , la plus aimable image ,
Chaftes beautés , tremblez à l'afpect du couteau
Que tient fur vous l'impofteur en fa rage ;
D'un coup il va percer le précieux bandeau
Dont la pudeur vous couvre le viſage.
Hélas ! la playe eft faite ; armez -vous de courage :
Ce ne fera peut- être qu'au tombeau
Que l'humaine équité vous rendra témoignage ;
Mais le crime ici - bas vous devoit eet outrage,
JANVIER . 1755 . 45
Et c'eft en vous plaçant à fon niveau ;
Qu'il vous punit d'ofer dans le bel âge
Porter , de la vertu , l'honorable fardeau.
A voir la langue en fa naiffance
Obfcurcir les vertus , & fervir les forfaits ,
Qui ne croiroit que fa licence
Ne peut pouffer plus loin fes rapides effais !
A peine cependant l'eſprit lui tend l'amorcę .
De l'orgueilleufe impiété ,
Que dès l'iftant elle s'efforce
D'en outrer la témérité ;
Et franchiffant la fphere trop obfcure
Qui la retient dans l'univers ,
Ses facrileges fons exhalent dans les airs ,
Et le blafphême & le parjure .
Ne croyez pas , Dieux immortels ,
Que fon audace épargne vos autels :
Ces monumens facrés , où la reconnoiffance
Brûle un refpectueux encens ,
D'un coeur féditieux choquent la dépendance ,
Et pour les renverfer attaquant votre eflence ,
La langue lui fournit ces rebelles accens.
L'ordre des cieux , le ciron , la lumiere ,
N'émanent point d'un Créateur ;
Un concours fortuit eft l'unique moteur
D'une éternelle & féconde matiere.
Ne craignez point des Dieux , leur culte n'eft
qu'un frein ;
46 MERCURE DE FRANCE.
Némefis , & ce noir Tartare
N'eft qu'une invention bizare
Pour contenir le genre humain
Dans la néceffité des devoirs fociables ;
Et les Législateurs armés d'un vain pouvoir ,
De ces fantômes redoutables ,
'Arrêtent par la crainte , & flatent par l'espoir
Ceux que l'oppreffion rend ici miférables .
Des fens voluptueux écoutez les tranfports ;
Qu'héfitez- vous ? laiffez à des efprits vulgaires
Le foin de fe forger des terreurs , des remords ;
Nos defirs font nos Dieux , & pour des efprits
forts
Le vice & la vertu font des mots arbitraires.
Le corps enfin eft notre unique bien ;
Et cette effence fantaſtique
Indéfiniffable & myſtique ,
Qu'on appelle ame , eft moins que rien.
C'est ainsi que l'impie enyvré d'un fyftême
Dont il voudroit étourdir fes frayeurs ,
D'un avenir affreux écartant les horreurs ,
Avec les Dieux , s'anéantit lui-même.
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Résumé : PANDORE, OU L'ORIGINE DES PASSIONS ET DES CRIMES. * PAR M. YON.
Le texte 'Pandore, ou l'origine des passions et des crimes' raconte une allégorie sur l'origine des maux humains. Avant que Prométhée ne vole le feu divin, les hommes vivaient innocemment, guidés par leurs sentiments naturels et sans distinction entre vertus et vices. La création de Pandore, un être doté de multiples talents et beautés par les dieux, marque un tournant. Pandore, accompagnée d'une boîte contenant des maux, est envoyée sur Terre. Elle séduit les hommes et leur montre un métal précieux, l'or, éveillant ainsi leur curiosité et leur cupidité. Pandore révèle ensuite que l'or et la parole sont des dons divins, incitant les hommes à creuser la terre pour en obtenir davantage. Cette action provoque la discorde et la guerre. Les animaux, inspirés par les nouvelles capacités humaines, se révoltent contre leurs maîtres. Les hommes, dotés de la parole, inventent la médisance et l'éloquence pour justifier leurs actions. La tyrannie et les conflits naissent, souvent au nom de la patrie. Les langues humaines, libérées par Pandore, révèlent des vices cachés et des vertus mêlées à l'amour-propre. La vérité est étouffée, et la calomnie, la flatterie et l'imposture prospèrent. La langue humaine, dans sa licence, outrepasse ses limites, blasphémant même les dieux et niant leur existence. Les hommes, guidés par leurs désirs, considèrent le vice et la vertu comme des concepts arbitraires, et réduisent leur essence à la matérialité du corps.
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5002
p. 47-48
LE PIGEON ET LE COQ. FABLE.
Début :
Oses-tu comparer à ma bonne fortune [...]
Mots clefs :
Pigeon, Coq
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texteReconnaissance textuelle : LE PIGEON ET LE COQ. FABLE.
LE PIGEON ET LE COQ.
O
FABLE.
LE COQ ,
Ses-tu comparer à ma bonne fortune
Une fauffe profpérité ?
LE PIGEON.
Mais la mienne n'en eft point une ,
Puifque je fuis content de ma félicité.
LE COQ.
Il faut plus de réalité .
LE PIGEON. ނ
Je ménage ma belle .
LE COQ
Et moi je l'importune.
L'amour eft favorable à la témérité.
Quel tourment que l'incertitude !
LE PIGEON.
De quelqu'efpoir je fuis flatté ....
LE COQ..
L'eſpoir tient à l'inquiétude ,
Et le coeur inquiet eſt toujours maltraité.
48 MERCURE DE FRANCE.
=
LE PIGEON.
J'efpere avoir touché la belle qui m'enchante .
LE CO2
Moi , j'en fuis fûr , on me l'a dit ;
Quand j'arrive , ma Poule chante.
LE PIGEON.
Ma Colombe a l'air interdit .
LE CO 2,
Elle veut donc qu'on la devine ,
Ta maîtreffe toute divine !
LE PIGEON.
Il est vrai que fa voix ne m'a point révelé
Le fecret enchanteur auquel j'oſe prétendre :
Mais l'Amour ne perd rien à paroître voilé.
Pour les coeurs délicats qu'il eft doux de s'entendre
Avant même d'avoir parlé.
O
FABLE.
LE COQ ,
Ses-tu comparer à ma bonne fortune
Une fauffe profpérité ?
LE PIGEON.
Mais la mienne n'en eft point une ,
Puifque je fuis content de ma félicité.
LE COQ.
Il faut plus de réalité .
LE PIGEON. ނ
Je ménage ma belle .
LE COQ
Et moi je l'importune.
L'amour eft favorable à la témérité.
Quel tourment que l'incertitude !
LE PIGEON.
De quelqu'efpoir je fuis flatté ....
LE COQ..
L'eſpoir tient à l'inquiétude ,
Et le coeur inquiet eſt toujours maltraité.
48 MERCURE DE FRANCE.
=
LE PIGEON.
J'efpere avoir touché la belle qui m'enchante .
LE CO2
Moi , j'en fuis fûr , on me l'a dit ;
Quand j'arrive , ma Poule chante.
LE PIGEON.
Ma Colombe a l'air interdit .
LE CO 2,
Elle veut donc qu'on la devine ,
Ta maîtreffe toute divine !
LE PIGEON.
Il est vrai que fa voix ne m'a point révelé
Le fecret enchanteur auquel j'oſe prétendre :
Mais l'Amour ne perd rien à paroître voilé.
Pour les coeurs délicats qu'il eft doux de s'entendre
Avant même d'avoir parlé.
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Résumé : LE PIGEON ET LE COQ. FABLE.
La fable 'Le Pigeon et le Coq' met en scène un dialogue entre un pigeon et un coq sur leurs expériences amoureuses. Le coq, confiant, compare sa situation à celle du pigeon, plus réservé. Le pigeon explique qu'il ménage sa compagne, tandis que le coq l'importune. Le coq affirme que l'amour rend téméraire et que l'incertitude est un tourment. Le pigeon, quant à lui, se flatte d'un espoir. Le coq insiste sur le fait que l'espoir est lié à l'inquiétude et que le cœur inquiet est toujours maltraité. Le pigeon espère avoir touché la belle qui l'enchante, tandis que le coq est sûr de son succès, affirmant que sa poule chante à son arrivée. Le pigeon note que sa colombe a l'air interdit, ce à quoi le coq répond qu'elle veut être devinée. Le pigeon reconnaît que la voix de sa compagne ne lui a pas révélé le secret enchanteur auquel il aspire, mais il croit que l'amour ne perd rien à paraître voilé, trouvant doux de s'entendre avant même d'avoir parlé.
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5003
p. 59-60
VERS A PAULINE, En lui envoyant pour étrennes une plume & un porte-crayon d'or, montés sur un bois des Indes.
Début :
Developpez ce petit instrument, [...]
Mots clefs :
Plume, Crayon
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texteReconnaissance textuelle : VERS A PAULINE, En lui envoyant pour étrennes une plume & un porte-crayon d'or, montés sur un bois des Indes.
VERS A PAULINE ,
En lui envojant pour étrennes une plume
& un porte- crayon d'or , montés fur un
bois des Indes.
D'Eveloppez ce petit inftrument ,
Un crayon , une plume en font tout l'ornement ;
Moralifons fur l'affemblage.
L'un étourdi , frivole , & fait pour l'enjouement ,
Ne doit fervir qu'au badinage.
Préfervatif contre l'ennui ,
On lui permet fur les travers d'autrui ,
De blafoner une légere trace ,
Parce qu'en peu de tems fon empreinte s'efface.
Pauline , c'eſt encore lui
Qui peut enregiſtrer les dédains , les caprices
Dont nous affligent les mortels.
Que fes traitsfuperficiels
Vous rappellent leurs injuftices :
Mais pour votre repos , preffez -vous d'effacer
Ce qu'un dépit trop prompt vous permit de tracers
Du crayon pétulant , voilà , je crois , l'ufage.
De la plume à préfent , examinons l'emploi.
Lejugement doit être & fon guide & fa loi ;
Organe du fang froid , mystérieuse & fage ,
Dans des tours refléchis, qu'elle enchaffe les traits55
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Et diffimulant les injures ,
Loin d'ofer confier à fes coups indifcrets ,
De la bile , & du fiel - les durables peintures ,
Son art prudent n'éternife jamais:
Que le fouvenir des bienfaits..
En lui envojant pour étrennes une plume
& un porte- crayon d'or , montés fur un
bois des Indes.
D'Eveloppez ce petit inftrument ,
Un crayon , une plume en font tout l'ornement ;
Moralifons fur l'affemblage.
L'un étourdi , frivole , & fait pour l'enjouement ,
Ne doit fervir qu'au badinage.
Préfervatif contre l'ennui ,
On lui permet fur les travers d'autrui ,
De blafoner une légere trace ,
Parce qu'en peu de tems fon empreinte s'efface.
Pauline , c'eſt encore lui
Qui peut enregiſtrer les dédains , les caprices
Dont nous affligent les mortels.
Que fes traitsfuperficiels
Vous rappellent leurs injuftices :
Mais pour votre repos , preffez -vous d'effacer
Ce qu'un dépit trop prompt vous permit de tracers
Du crayon pétulant , voilà , je crois , l'ufage.
De la plume à préfent , examinons l'emploi.
Lejugement doit être & fon guide & fa loi ;
Organe du fang froid , mystérieuse & fage ,
Dans des tours refléchis, qu'elle enchaffe les traits55
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Et diffimulant les injures ,
Loin d'ofer confier à fes coups indifcrets ,
De la bile , & du fiel - les durables peintures ,
Son art prudent n'éternife jamais:
Que le fouvenir des bienfaits..
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Résumé : VERS A PAULINE, En lui envoyant pour étrennes une plume & un porte-crayon d'or, montés sur un bois des Indes.
Le poème est adressé à Pauline et accompagné d'un crayon et d'une plume en guise de cadeau. Le poète explique les usages moraux de ces instruments. Le crayon, symbole de légèreté et d'enjouement, permet de noter les travers d'autrui de manière éphémère, évitant ainsi des blâmes durables. Il peut aussi enregistrer les dédains et les caprices, mais il est préférable de les effacer pour éviter les ressentiments. La plume, guidée par le jugement et la sagesse, sert à écrire des réflexions profondes et à dissimuler les injures, évitant ainsi des souvenirs amers. Le poète encourage Pauline à privilégier la plume pour des écrits réfléchis et à utiliser le crayon pour des notes superficielles et temporaires.
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5004
p. 60-61
EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Début :
Pourquoi, Philis, dans les ténébres [...]
Mots clefs :
Amour, Ruisseau, Fleur, Dieux
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
E PITRE
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
A UNE VEU V E.
Par M. le Chevalier de Laurèsă-
Pourquoi , Philis , dans fes ténébres
Cacher tant de traits enchanteurs ?
Pourquoi ces images funebres ,
Ces foupirs , ces plaintes , ces pleurs ,,
Dont vous nourriffez vos douleurs ? .
Si l'objet de votre tendreffe
A fermé les yeux pour jamais ,
Faut-il que
la nature ceffe
De s'embellir de vos attraits -
Les Dieux juftes dans leurs bienfaits ,
Pour tous les regards font éclore ,
Et l'émail parfumé de Flore ,.
Et la verdure des forêts.
La fleur de rubis éclatante ,
Qui d'un feul ruiffeau qui l'enchante:
Reçoit la vie & la couleur ,,
JANVIER. 1755 GB
Voit bientôt fa beauté flétrie..
Si du ruiffeau l'onde eft tarie ,
Et fi , conftante en fon ardeur
Pour tout autre dans la prairie
Elle conferve fa rigueur..
Mais , fi d'une fource nouvelle
Son fein eft enfin abreuvé ,
Dieux ! quel jour pur brille fur elle. ??
Le bonheur qu'elle a retrouvé
La rend encor cent fois plus belle..
Fille des Graces , cette fleur
Offre un confeil à votre coeur ;
Vous n'avez reçu tant de charmes ,
Que pour plaire & que pour aimer ::
L'Amour a cauſé vos allarmes ,
C'eft à l'Amour de les calmer..
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Résumé : EPITRE. A UNE VEUVE. Par M. le Chevalier de Laurès.
Le poème 'E PITRE A UNE VEUVE' a été écrit par le Chevalier de Laurès en janvier 1755. L'auteur s'adresse à une veuve nommée Philis, s'interrogeant sur les raisons de sa tristesse et de la dissimulation de ses attraits. Il observe que la nature continue de s'embellir malgré les deuils, comme les fleurs qui refleurissent après la pluie. Le poète compare Philis à une fleur qui retrouve sa beauté après avoir été arrosée. Il l'encourage à ne pas laisser la tristesse l'envahir et à se rappeler que ses charmes sont destinés à plaire et à aimer. L'Amour, qui a causé ses alarmes, doit également les apaiser.
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5005
p. 69
REMERCIMENT A MR. D'AMMON, ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE. Par Madame CURÉ.
Début :
Un étui destiné pour en faire un cachet, [...]
Mots clefs :
Remerciement, Roi de Prusse
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : REMERCIMENT A MR. D'AMMON, ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE. Par Madame CURÉ.
REMERCIMENT A MR. D'AMMON ,
ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE.
U
Par Madame CURE.
N étui deftiné pour en faire un cachet ,
Qui fert à celer un fecret ,
N'étoit pas de ma compétence ;
Car mon coeur eft fi fatisfait
D'un préfent de cette importance ,
Qu'il ne fçauroit être muet ,
Ni cacher les tranfports de fa reconnoiffance
ENVOYÉ DU ROI DE PRUSSE.
U
Par Madame CURE.
N étui deftiné pour en faire un cachet ,
Qui fert à celer un fecret ,
N'étoit pas de ma compétence ;
Car mon coeur eft fi fatisfait
D'un préfent de cette importance ,
Qu'il ne fçauroit être muet ,
Ni cacher les tranfports de fa reconnoiffance
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5006
p. 70
REPROCHES A MENITTE. VERS.
Début :
Il est, mais heureusement [...]
Mots clefs :
Amant, Reproches
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texteReconnaissance textuelle : REPROCHES A MENITTE. VERS.
REPROCHES A MENITTE.
VERS.
IL eft , mais heureufement
Il n'en eft qu'une en la terre ,
Toute autre eft au Firmament.
vraiment
Une eft encor trop ,
Pour livrer durable guerre
A tel qui n'alloit aimant
Que d'amour prompte & légere ,
Sçachant affez dextrement
Chanter , flater la bergere
Qui réfifte foiblement.
Or voyez quel changement !
Amant & bien plus qu'amant
Car c'eft fans efpoir de plaire
Qu'il bénit l'enyvrement
Qui remplit fon ame entiere:
Mais comment faire autrement ?
A qui peut voir conftamment
Ménitte l'enchantereffe ,
Venus diroit vainement ,
» Ça , venez qu'on vous careffe ,
» Quittez Ménitte un moment :
Il répondroit froidement ,
Grand-merci , belle Déeffe.
VERS.
IL eft , mais heureufement
Il n'en eft qu'une en la terre ,
Toute autre eft au Firmament.
vraiment
Une eft encor trop ,
Pour livrer durable guerre
A tel qui n'alloit aimant
Que d'amour prompte & légere ,
Sçachant affez dextrement
Chanter , flater la bergere
Qui réfifte foiblement.
Or voyez quel changement !
Amant & bien plus qu'amant
Car c'eft fans efpoir de plaire
Qu'il bénit l'enyvrement
Qui remplit fon ame entiere:
Mais comment faire autrement ?
A qui peut voir conftamment
Ménitte l'enchantereffe ,
Venus diroit vainement ,
» Ça , venez qu'on vous careffe ,
» Quittez Ménitte un moment :
Il répondroit froidement ,
Grand-merci , belle Déeffe.
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Résumé : REPROCHES A MENITTE. VERS.
Le poème est adressé à Ménitte, unique sur Terre. L'auteur décrit un individu capable de charmer et flatter. Cet individu devient amoureux de Ménitte, incapable de la quitter même pour Vénus. Il bénit l'enivrement qu'elle lui procure, refusant toute autre avance.
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5007
p. 102
ENIGME.
Début :
Je suis de matiere pesante, [...]
Mots clefs :
Épingle
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E fuis de matiere pefante,
Et j'ai de la légereté ;
Il est très-rare qu'on me vante
Malgré ma grande 'utilité.
Je fers & la brune & la blonde ,
Mais il faut deviner en quoi ,
Perfonne ne s'attache à moi ,
Et je m'attache à tout le monde.
} Par M.Varé à Granville.
E fuis de matiere pefante,
Et j'ai de la légereté ;
Il est très-rare qu'on me vante
Malgré ma grande 'utilité.
Je fers & la brune & la blonde ,
Mais il faut deviner en quoi ,
Perfonne ne s'attache à moi ,
Et je m'attache à tout le monde.
} Par M.Varé à Granville.
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5008
p. 103-104
LOGOGRYPHE.
Début :
Certain vieux radoteur, aussi fou qu'incommode, [...]
Mots clefs :
Pyrrhonisme
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Certain Ertain vieux radoteur , auffi fou qu'incon
mode ,
Me fit naître autrefois de fon fougueux cerveau ;
Et par un fyftême nouveau ,
En dépit du bon fens il me mit à la mode.
J'y reftai peu le peuple dégagé
Des abfurdes liens d'un fade préjugé ,
Se délivra bientôt de la fotte manie
Dont je voulois par- tout établir l'harmonie :
Et malgré les excès d'un injufte renom
Je n'ai de mon éclat confervé que le nom .
Pour mieux une deviner , fuis la meilleure route ?
Examine , Lecteur , mes attributs divers ; >
Prens-moi de biais ou de travers ,
Alors je fuis connu , tu le peux ; mais j'en doute.
Afin d'occuper ton loifir ,
4 Et refter plus long- tems à l'ombre ,
A tes yeux , de mes pieds je cacherai le nombre :
De la difficulté vient fouvent le plaifir.
Au pays
Entrons promptement en matiere.
des Germains je t'offre une riviere
Un fleuve renommé dans le même canton ;
Un autre qu'Annibal , aux yeux de Scipion
Traverfa pour aller fubjuguer l'Italie ;
Ce que la femme laide ainfi que la jolie
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Confulte avec plaifir , fouvent avec dépit ;
Un pauvre amant qui fe pendit ;
Le titre vain où peut prétendre
Achille auffi- bien qu'Alexandre ;
La ville qu'autrefois Conftantin délaiffa ;
Le défenfeur de l'Idumée ;
Le nom d'une vaine fumée ;
( Bien fou qui s'en contentera. )
Un petit oifeau dont la plume
Et le ramage font charmans ;
Un remede contre le rhume ;
Une fleur de l'été qu'on voit naître au printems.
Cher Lecteur , c'eſt aſſez ; je me laffe d'écrire :
Je ne finirois pas fi je voulois tout dire.
Ami , pour dernier trait , que nepuis-je à tes yeux
Cacher certain mortel , auffi fourbe qu'habile ,
Qui par un détour odieux
Fit brûler une grande ville.
A Corbeil , Novembre 1754.
L. C. D. V.
Certain Ertain vieux radoteur , auffi fou qu'incon
mode ,
Me fit naître autrefois de fon fougueux cerveau ;
Et par un fyftême nouveau ,
En dépit du bon fens il me mit à la mode.
J'y reftai peu le peuple dégagé
Des abfurdes liens d'un fade préjugé ,
Se délivra bientôt de la fotte manie
Dont je voulois par- tout établir l'harmonie :
Et malgré les excès d'un injufte renom
Je n'ai de mon éclat confervé que le nom .
Pour mieux une deviner , fuis la meilleure route ?
Examine , Lecteur , mes attributs divers ; >
Prens-moi de biais ou de travers ,
Alors je fuis connu , tu le peux ; mais j'en doute.
Afin d'occuper ton loifir ,
4 Et refter plus long- tems à l'ombre ,
A tes yeux , de mes pieds je cacherai le nombre :
De la difficulté vient fouvent le plaifir.
Au pays
Entrons promptement en matiere.
des Germains je t'offre une riviere
Un fleuve renommé dans le même canton ;
Un autre qu'Annibal , aux yeux de Scipion
Traverfa pour aller fubjuguer l'Italie ;
Ce que la femme laide ainfi que la jolie
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
Confulte avec plaifir , fouvent avec dépit ;
Un pauvre amant qui fe pendit ;
Le titre vain où peut prétendre
Achille auffi- bien qu'Alexandre ;
La ville qu'autrefois Conftantin délaiffa ;
Le défenfeur de l'Idumée ;
Le nom d'une vaine fumée ;
( Bien fou qui s'en contentera. )
Un petit oifeau dont la plume
Et le ramage font charmans ;
Un remede contre le rhume ;
Une fleur de l'été qu'on voit naître au printems.
Cher Lecteur , c'eſt aſſez ; je me laffe d'écrire :
Je ne finirois pas fi je voulois tout dire.
Ami , pour dernier trait , que nepuis-je à tes yeux
Cacher certain mortel , auffi fourbe qu'habile ,
Qui par un détour odieux
Fit brûler une grande ville.
A Corbeil , Novembre 1754.
L. C. D. V.
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5009
p. 105-106
CHANSON. ETRENNES.
Début :
Nous voici donc au jour de l'an, [...]
Mots clefs :
Jour de l'an, Étrennes, Amant
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : CHANSON. ETRENNES.
CHANSON.
E TRENNE S.
Ous voici donc au jour de l'an ,
Parent , ami , maîtreffe , amant ,
Va faire quelqu'emplette.
On achete , l'on donne , on prend ,
Et l'on fe préfente un préfent ;
Moi ,je vous en fouhaite.
Defirez-vous perles , bijoux ,
Meubles , diamans & joujoux
D'argent pleine caffette :
Poffedez-en abondamment ;
Vous n'en aurez jamais autant
3.
79.7
250v -za.2
Que je vous en fouhaites
Voudriez -vous un jeune amant
Riche , foumis , difcret , conftant,
De figure parfaite ?
Qui réunit le fentiment
L'efprit , la grace & l'agrément ;
Ah ! je vous en fouhaite.
अं.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Aimeriez-vous mieux un époux
Qui jamais coquet ni jaloux ,
En maît reffevous trait e
Qui prévenant tous vos defirs ,
Vous cherche de nouveaux plaifirs ;
Ah !je vous en fouhaite.
Je vous dirois bien un fecret ,
Ce que pour mon bonheur parfait
Yous pourriez en cachette ....
Mais je crains trop en bonne foi
Que vous ne difiez comme moi ;>
Ah ! je vous en fouhaite.
Accepterez-vous ces couplets ?
Du préfent que je vous en fais
Serez-vous fatisfaite ?
On peut en faire de meilleurs :
Voyez , fourniffez -vous ailleurs;
Moi,je vous en fouhaite.
E TRENNE S.
Ous voici donc au jour de l'an ,
Parent , ami , maîtreffe , amant ,
Va faire quelqu'emplette.
On achete , l'on donne , on prend ,
Et l'on fe préfente un préfent ;
Moi ,je vous en fouhaite.
Defirez-vous perles , bijoux ,
Meubles , diamans & joujoux
D'argent pleine caffette :
Poffedez-en abondamment ;
Vous n'en aurez jamais autant
3.
79.7
250v -za.2
Que je vous en fouhaites
Voudriez -vous un jeune amant
Riche , foumis , difcret , conftant,
De figure parfaite ?
Qui réunit le fentiment
L'efprit , la grace & l'agrément ;
Ah ! je vous en fouhaite.
अं.
Ev
106 MERCURE DE FRANCE.
Aimeriez-vous mieux un époux
Qui jamais coquet ni jaloux ,
En maît reffevous trait e
Qui prévenant tous vos defirs ,
Vous cherche de nouveaux plaifirs ;
Ah !je vous en fouhaite.
Je vous dirois bien un fecret ,
Ce que pour mon bonheur parfait
Yous pourriez en cachette ....
Mais je crains trop en bonne foi
Que vous ne difiez comme moi ;>
Ah ! je vous en fouhaite.
Accepterez-vous ces couplets ?
Du préfent que je vous en fais
Serez-vous fatisfaite ?
On peut en faire de meilleurs :
Voyez , fourniffez -vous ailleurs;
Moi,je vous en fouhaite.
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Résumé : CHANSON. ETRENNES.
Le texte est une chanson dédiée aux échanges de vœux et de présents pour le jour de l'an. Elle s'adresse à divers destinataires, tels que les parents, amis, maîtresses et amants, en leur souhaitant de recevoir des cadeaux tels que des perles, bijoux, meubles, diamants et jouets. La chanson exprime également des vœux pour obtenir un jeune amant riche, soumis, discret, constant et parfait, réunissant sentiment, esprit, grâce et agrément. Elle mentionne aussi un époux idéal, ni coquet ni jaloux, prévenant et cherchant à offrir de nouveaux plaisirs. La chanson évoque un secret pour le bonheur parfait mais craint que le destinataire ne partage les mêmes désillusions. Enfin, elle propose des couplets en guise de présent, tout en reconnaissant qu'il pourrait exister de meilleurs poèmes ailleurs.
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5010
p. 187
PEINTURE. A M. le Comte de Caylus, sur un tableau représentant Minerve, qu'il a fait peindre à la cire & au feu, après avoir découvert un secret perdu de cet ancien genre de peinture, appellée Encaustique.
Début :
AFFULGET vultus, redivivae nuncius artis, [...]
Mots clefs :
Minerve, Peinture à l'encaustique
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PEINTURE. A M. le Comte de Caylus, sur un tableau représentant Minerve, qu'il a fait peindre à la cire & au feu, après avoir découvert un secret perdu de cet ancien genre de peinture, appellée Encaustique.
PEINTURE.
A M. le Comte de Caylus , fur un tableau
repréſentant Minerve , qu'il afait peindre
à la cire aufeu , après avoir découvert
le fecret perdu de cet ancien genre de peinture
, appellée Encaustique.
AFFULGET vultus , rediviva nuncius artis ,
Dignum Pauliacæ dexteritatis opus.
Fallor , & eft hominum præftantior arte tabella ,
Admovitque fuas fors fibi diva manus.
Sin tu fpirantes ceras fic reddis ab igne ,
Furta Promethei te renovaffe probas.
A M. le Comte de Caylus , fur un tableau
repréſentant Minerve , qu'il afait peindre
à la cire aufeu , après avoir découvert
le fecret perdu de cet ancien genre de peinture
, appellée Encaustique.
AFFULGET vultus , rediviva nuncius artis ,
Dignum Pauliacæ dexteritatis opus.
Fallor , & eft hominum præftantior arte tabella ,
Admovitque fuas fors fibi diva manus.
Sin tu fpirantes ceras fic reddis ab igne ,
Furta Promethei te renovaffe probas.
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5011
p. 5-8
EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
Début :
Vous l'avez dit, belle Sophie, [...]
Mots clefs :
Mariage, Plaisirs, Amour
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
EPITRE
A Mme LACOMTESSE DE J **.
V
SUR SON MARIAGE.
PAR M. DE M ***.
Ous l'avez dit , belle Sophie ,
Ce mot décififpour la vie ,
Dont jamais on ne fe dédit,
A iij
6. MERCURE DE FRANCE.
Tout haut l'Hymen s'en glorifie ;
Tout bas l'Amour s'en applaudit.
Votre ame à ces Dieux facrifie !
En vous voyant qui l'eût prédit ,
Modefte & timide Sophie ,
Qu'enfin .... qu'enfin vous l'auriez dit
Trompé par la candeur naïve
De vos regards & de vos traits ,
?
» Non , difois-je , elle eft trop craintive ,
» Elle ne l'ofera jamais.
Amour , ton heure décifive
N'attend ni les fi , ni les mais
Et tout eft dit lorfqu'elle arrive.
Peut-être au moment que j'écris,
Le plus fortuné des maris . ...
Ah ! qui n'envîroit fon partage !
C'eſt lettre clofe ; mais je gage
Qu'il en connoît trop bien le prix
Pour n'en pas tirer avantage .
Avouez que le mariage
Eft plaiſamment imaginé ;
Auriez-vous jamais deviné
Tous les myſteres du ménage ?
La veille tout eft défendu :
On eft avec fon prétendu
D'un maintien plus froid qu'une image.
Le jour arrive , on vous bénic ;
FEVRIER.
17550 7
L'amour s'en mêle & vous unit :
Autre maintien , nouveau langage.
Sans rougir on entend les voeux
De l'amant dont on eft charmée :
La pudeur , loin d'être allarmée ,
Sourit aux plaifirs amoureux :
La nouvelle Eve eft animée ,
Le nouvel Adam eft heureux.
Tout change , & fous de doux aufpices ,
Du fameux jardin des délices
La porte s'ouvre encor pour eux.
Là cette aimable ſympathie
De goûts , d'humeurs & de defirs ;
Là , cette tendre modeftie ,
Voile & parure des plaifirs ;
Là , cette confiance intime ,
Fille & compagne de l'eftime ,
Viennent charmer d'heureux loifirs.
Deux coeurs , d'une paix fortunée ,
Refferrent les noeuds tour à tour ;
Et la volupté dans fa cour
Reçoit la vertu couronnée
Des fleurs que fait naître l'Amour ,
Et que moiffonne l'Hymenée.
Tel eft ce riant paradis
Où vous venez d'être introduite :
Mieux que moi vous êtes inftruite
De tout ce que je vous en dis.
&
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Sur la foi d'autrui j'imagine
Le bonheur que vous refientez ,
Et cette demeure divine ,
Je la décris , vous l'habitez ,
Des plaifirs & de la fortune ,
Les Poëtes parlent fouvent ;
Nous y voyageons en rêvant
Comme Cyrano dans la Lune.
Vous , pour qui ces liens ne
font
pas ,
Comme pour nous , un vain menſonge ,
Goûtez long-tems tous les appas
D'un féjour que je vois en fonge.
Un fruit de cet arbre fatal
Qui l'inftruifit trop bien du mal ,
En a chaffé la premiere Eve.
Hélas ! elle y feroit encor ;
Et pour elle cet âge d'or
N'eût point difparu comme un rêve ,
Si , comme vous , elle avoit eu
Pour guide l'auftere vertu * *
Dont vous êtes la digne éleve.
** Madame H **.
A Mme LACOMTESSE DE J **.
V
SUR SON MARIAGE.
PAR M. DE M ***.
Ous l'avez dit , belle Sophie ,
Ce mot décififpour la vie ,
Dont jamais on ne fe dédit,
A iij
6. MERCURE DE FRANCE.
Tout haut l'Hymen s'en glorifie ;
Tout bas l'Amour s'en applaudit.
Votre ame à ces Dieux facrifie !
En vous voyant qui l'eût prédit ,
Modefte & timide Sophie ,
Qu'enfin .... qu'enfin vous l'auriez dit
Trompé par la candeur naïve
De vos regards & de vos traits ,
?
» Non , difois-je , elle eft trop craintive ,
» Elle ne l'ofera jamais.
Amour , ton heure décifive
N'attend ni les fi , ni les mais
Et tout eft dit lorfqu'elle arrive.
Peut-être au moment que j'écris,
Le plus fortuné des maris . ...
Ah ! qui n'envîroit fon partage !
C'eſt lettre clofe ; mais je gage
Qu'il en connoît trop bien le prix
Pour n'en pas tirer avantage .
Avouez que le mariage
Eft plaiſamment imaginé ;
Auriez-vous jamais deviné
Tous les myſteres du ménage ?
La veille tout eft défendu :
On eft avec fon prétendu
D'un maintien plus froid qu'une image.
Le jour arrive , on vous bénic ;
FEVRIER.
17550 7
L'amour s'en mêle & vous unit :
Autre maintien , nouveau langage.
Sans rougir on entend les voeux
De l'amant dont on eft charmée :
La pudeur , loin d'être allarmée ,
Sourit aux plaifirs amoureux :
La nouvelle Eve eft animée ,
Le nouvel Adam eft heureux.
Tout change , & fous de doux aufpices ,
Du fameux jardin des délices
La porte s'ouvre encor pour eux.
Là cette aimable ſympathie
De goûts , d'humeurs & de defirs ;
Là , cette tendre modeftie ,
Voile & parure des plaifirs ;
Là , cette confiance intime ,
Fille & compagne de l'eftime ,
Viennent charmer d'heureux loifirs.
Deux coeurs , d'une paix fortunée ,
Refferrent les noeuds tour à tour ;
Et la volupté dans fa cour
Reçoit la vertu couronnée
Des fleurs que fait naître l'Amour ,
Et que moiffonne l'Hymenée.
Tel eft ce riant paradis
Où vous venez d'être introduite :
Mieux que moi vous êtes inftruite
De tout ce que je vous en dis.
&
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Sur la foi d'autrui j'imagine
Le bonheur que vous refientez ,
Et cette demeure divine ,
Je la décris , vous l'habitez ,
Des plaifirs & de la fortune ,
Les Poëtes parlent fouvent ;
Nous y voyageons en rêvant
Comme Cyrano dans la Lune.
Vous , pour qui ces liens ne
font
pas ,
Comme pour nous , un vain menſonge ,
Goûtez long-tems tous les appas
D'un féjour que je vois en fonge.
Un fruit de cet arbre fatal
Qui l'inftruifit trop bien du mal ,
En a chaffé la premiere Eve.
Hélas ! elle y feroit encor ;
Et pour elle cet âge d'or
N'eût point difparu comme un rêve ,
Si , comme vous , elle avoit eu
Pour guide l'auftere vertu * *
Dont vous êtes la digne éleve.
** Madame H **.
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Résumé : EPITRE A Mme LA COMTESSE DE J**. SUR SON MARIAGE. PAR M. DE M***.
L'épître célèbre le mariage de Mme Lacomtesse de J** et exprime la surprise de l'auteur face à l'engagement de Sophie, décrite comme modeste et timide. L'auteur imagine Sophie vivant un bonheur partagé avec son époux, qui apprécie la valeur de cet engagement. Le texte explore les mystères du mariage, contrastant la froideur de la veille avec l'amour du jour des noces. La pudeur et la confiance intime accompagnent les plaisirs partagés, unissant les cœurs dans une paix durable et un bonheur fondé sur la volupté et la vertu. L'auteur espère que Sophie savourera longuement les joies de son foyer, comparant cette situation à l'âge d'or perdu par Ève, et souhaitant que Sophie, grâce à sa vertu, évite les erreurs du passé.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5012
p. 21
LA MEMOIRE ET L'OUBLI, FABLE.
Début :
On lit que la Divinité [...]
Mots clefs :
Mémoire, Oubli
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texteReconnaissance textuelle : LA MEMOIRE ET L'OUBLI, FABLE.
LA MEMOIRE ET L'OUBLI ,
O
FABLE.
N lit que la Divinité
Qui préside à notre Mémoire ,
Voyageoit un jour à côté
Du fleuve qu'on nomme Léthé,
Et qui dans l'Oubli nous fait boire.
L'une devoit aller loger chez la Bonté ,
C'étoit la Mémoire obligeante ;
Et l'autre fe fixer chez la Malignité ,
Pour le bien de l'humanité.
Nos voyageurs fe féparerent
Dans certain endroit limité ;
Mais par malheur ils s'égarerent .
Quelque démon , fans doute , en chemin apofté ,
Caufa cette fatalité.
Quoiqu'il en foit , près du Parjure ,
De la Malice & de l'Injure ,
La Mémoire eut bientôt domicile établi ;
Mais par une trifte aventure
Ce furent les Bienfaits qui logerent l'Oubli.
Puiffe un jour la reconnoiffance
Réparer ici-bas ce fatal quiproquo ;
Au fond de tous les coeurs ce defir prend naiffance
Ma Mufe n'en eft que l'écho
O
FABLE.
N lit que la Divinité
Qui préside à notre Mémoire ,
Voyageoit un jour à côté
Du fleuve qu'on nomme Léthé,
Et qui dans l'Oubli nous fait boire.
L'une devoit aller loger chez la Bonté ,
C'étoit la Mémoire obligeante ;
Et l'autre fe fixer chez la Malignité ,
Pour le bien de l'humanité.
Nos voyageurs fe féparerent
Dans certain endroit limité ;
Mais par malheur ils s'égarerent .
Quelque démon , fans doute , en chemin apofté ,
Caufa cette fatalité.
Quoiqu'il en foit , près du Parjure ,
De la Malice & de l'Injure ,
La Mémoire eut bientôt domicile établi ;
Mais par une trifte aventure
Ce furent les Bienfaits qui logerent l'Oubli.
Puiffe un jour la reconnoiffance
Réparer ici-bas ce fatal quiproquo ;
Au fond de tous les coeurs ce defir prend naiffance
Ma Mufe n'en eft que l'écho
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Résumé : LA MEMOIRE ET L'OUBLI, FABLE.
Le poème 'La mémoire et l'oubli' relate la séparation des divinités Mémoire et Oubli, qui se perdent et échangent leurs destinations. La Mémoire réside chez le Parjure, la Malice et l'Injure, tandis que l'Oubli s'installe chez les Bienfaits. Le poète espère que la reconnaissance corrige cette erreur, remplaçant l'oubli des méfaits par la mémoire des bienfaits.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5013
p. 33
VERS.
Début :
Plus n'est le tems où les bords d'Hypocrene [...]
Mots clefs :
Auteurs
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texteReconnaissance textuelle : VERS.
VERS.
PLus n'eft le tems où les bords d'Hypocrene
Etoient peuplés d'Auteurs laborieux ;
Ce qui leur coutoit tant de peine ,
Ne coute rien à leurs neveux .
Merveille n'eft , aucun plan ne les gêne "
Leurs vers font grouppés au hazard ,
C'eft la rime qui les amene ;
Cela ne couté qu'un écart.
Auffi fans méthode & fans art
Nos beaux efprits les font- ils par centaine.
Qu'en advient- il leurs écrits brillantés
Sont des maffifs de karats mal montés ,
Qui ne durent qu'une femaine .
PLus n'eft le tems où les bords d'Hypocrene
Etoient peuplés d'Auteurs laborieux ;
Ce qui leur coutoit tant de peine ,
Ne coute rien à leurs neveux .
Merveille n'eft , aucun plan ne les gêne "
Leurs vers font grouppés au hazard ,
C'eft la rime qui les amene ;
Cela ne couté qu'un écart.
Auffi fans méthode & fans art
Nos beaux efprits les font- ils par centaine.
Qu'en advient- il leurs écrits brillantés
Sont des maffifs de karats mal montés ,
Qui ne durent qu'une femaine .
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5014
p. 34-36
EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
Début :
Pour ce commerce épistolaire, [...]
Mots clefs :
Chevalier, Muse, Goût, Coeur
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
EPITRE
A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux
Floraux de Fouloufe , fur ce qu'il m'en a
envoyé un recueil , & fur ce qu'il y a inferé
unepiece de ma façon , &c.
Pour ce commerce épiftolaire ,
Dont vous flatez l'ambition
De ma Mufe trop téméraire ,
Que l'amour propre doit vous faire
De remercimens en mon nom !
Vous , dont, l'empire littéraire
Vante l'efprit & le renom ;
Vous qui , fans nulle voix contraire ,
Sur le Pinde au facré vallon ,
Fûtes nommés dépofitaires
Des faftes d'Apollon,
Combien ce que vous m'écrivites ;
Sur mon goût naiſſant , eft flateur !
Cependant l'aimable candeur
Paroît dire ce que vous dites .
La politeffe , la douceur ,
Les graces , la naïve humeur ,
Seules qualités favorites
D'un bon naturel , d'un grand coeur ,
FEVRIER. 1755. 35
Semblent chez vous vertus preſcrites
Par goût & par
honneur.
Vous , que le nom diftingue encore ;
Vous , que j'eftime & que j'honore ,
Sçavant , gracieux Chevalier ,
Qui par vos leçons , le premier
Sçutes fi près de mon aurore ,
Développer & faire éclore
Ce précoce & brillant laurier
Dont mon front fe décore.
Dans ce livre enfin fi vanté ,
Qui des Muſes fait les délices ,
Et qui par vous m'eft préfenté
Pour prix de mes heureux caprices ;
Je vois donc mes foibles prémices ,
( Non fans un peu de vanité ) .
Voler , fous vos doctes aufpices ,
A l'immortalité ?
Mais , hélas ! de votre beau zéle ,
De vos rares bontés
pour
elle ,
Si ma Mufe reçut d'abord ,
Avec orgueil , avec tranſport ,
Une marque
fi belle ;
Bientôt elle eut l'humble dépit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
De voir par fon infuffifance ,
A faire ce que lui preſcrit
La plus vive reconnoiffance ,
Combien fa verve & fon efprit
Auroient peu de force & d'aifance
Pour dire ce qu'elle en ſentit ,
Avec cette même éloquence
Dont mon coeur vous le dit ?
A Arc en Barrois.
Par Mlle Thomaffin.
A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ ,
Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux
Floraux de Fouloufe , fur ce qu'il m'en a
envoyé un recueil , & fur ce qu'il y a inferé
unepiece de ma façon , &c.
Pour ce commerce épiftolaire ,
Dont vous flatez l'ambition
De ma Mufe trop téméraire ,
Que l'amour propre doit vous faire
De remercimens en mon nom !
Vous , dont, l'empire littéraire
Vante l'efprit & le renom ;
Vous qui , fans nulle voix contraire ,
Sur le Pinde au facré vallon ,
Fûtes nommés dépofitaires
Des faftes d'Apollon,
Combien ce que vous m'écrivites ;
Sur mon goût naiſſant , eft flateur !
Cependant l'aimable candeur
Paroît dire ce que vous dites .
La politeffe , la douceur ,
Les graces , la naïve humeur ,
Seules qualités favorites
D'un bon naturel , d'un grand coeur ,
FEVRIER. 1755. 35
Semblent chez vous vertus preſcrites
Par goût & par
honneur.
Vous , que le nom diftingue encore ;
Vous , que j'eftime & que j'honore ,
Sçavant , gracieux Chevalier ,
Qui par vos leçons , le premier
Sçutes fi près de mon aurore ,
Développer & faire éclore
Ce précoce & brillant laurier
Dont mon front fe décore.
Dans ce livre enfin fi vanté ,
Qui des Muſes fait les délices ,
Et qui par vous m'eft préfenté
Pour prix de mes heureux caprices ;
Je vois donc mes foibles prémices ,
( Non fans un peu de vanité ) .
Voler , fous vos doctes aufpices ,
A l'immortalité ?
Mais , hélas ! de votre beau zéle ,
De vos rares bontés
pour
elle ,
Si ma Mufe reçut d'abord ,
Avec orgueil , avec tranſport ,
Une marque
fi belle ;
Bientôt elle eut l'humble dépit
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
De voir par fon infuffifance ,
A faire ce que lui preſcrit
La plus vive reconnoiffance ,
Combien fa verve & fon efprit
Auroient peu de force & d'aifance
Pour dire ce qu'elle en ſentit ,
Avec cette même éloquence
Dont mon coeur vous le dit ?
A Arc en Barrois.
Par Mlle Thomaffin.
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Résumé : EPITRE A M. LE CHEVALIER D'ALIEZ, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Toulouse, sur ce qu'il m'en a envoyé un recueil, & sur ce qu'il y a inseré une piece de ma façon, &c.
L'épître est adressée à M. le Chevalier d'Aliez, Secrétaire perpétuel de l'Académie des Jeux Floraux de Fouloufe. L'auteur, Mlle Thomassin à Arc en Barrois, exprime sa gratitude pour l'envoi d'un recueil contenant une de ses œuvres. Elle loue le Chevalier pour son esprit et son renom littéraire, reconnaissant la sincérité de ses compliments sur son goût naissant. L'auteur apprécie les qualités de politesse, douceur, grâce et humeur naïve du Chevalier, qu'elle estime et honore. Elle mentionne que le Chevalier a été le premier à encourager et développer son talent littéraire. L'auteur exprime son humilité face à l'immortalité que pourrait lui conférer la publication de ses œuvres sous la protection du Chevalier. Elle conclut en avouant que sa muse manque d'éloquence pour exprimer pleinement sa reconnaissance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5015
p. 50
LE DANGER DE LA CAMPAGNE, Aux beautés qui se piquent de vertu.
Début :
O vous ! dont le nombre est si rare, [...]
Mots clefs :
Campagne, Danger, Beautés
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texteReconnaissance textuelle : LE DANGER DE LA CAMPAGNE, Aux beautés qui se piquent de vertu.
LE DANGER DE LA CAMPAGNE ,
Aux beautés qui fe piquent de vertu.
yous ! dont le nombre eft fi rare
Beautés que la vertu conduit ,
Quels que foient les attraits dont la ville ſe pare ,
Son faux éclat rarement vous féduit.
Elle aime le tumulte , & vous fuyez le bruit ;
Elle n'offre à vos yeux que des amours volages ;
Que fuivent de folâtres ris :
Leurs regards effrontés , & leurs difcours peu fages
,
Au lieu de vos faveurs attirent vos mépris.
Pour vous plaire la ville a des moeurs trop coquettes.
Mais gardez vous aux champs de vous trouver
feuletes ;
Jardins fleuris , tendres oiſeaux ,
Bois fombres , clairs ruiffeaux ,
Lieux tant chantés , qu'on n'ofe plus décrire ;
Et le repos qu'on y refpire ,
Tout porte doucement aux plaiſirs amoureux.
Sous un dehors refpectueux
Le tendre amour fçait s'y produire ,
Et dans un efprit vertueux
Il trouve l'art de s'introduire .
Pour les coeurs innocens les bois font dangereux s
L'hiſtoire de Doris doit aſſez vous inftruire.
Aux beautés qui fe piquent de vertu.
yous ! dont le nombre eft fi rare
Beautés que la vertu conduit ,
Quels que foient les attraits dont la ville ſe pare ,
Son faux éclat rarement vous féduit.
Elle aime le tumulte , & vous fuyez le bruit ;
Elle n'offre à vos yeux que des amours volages ;
Que fuivent de folâtres ris :
Leurs regards effrontés , & leurs difcours peu fages
,
Au lieu de vos faveurs attirent vos mépris.
Pour vous plaire la ville a des moeurs trop coquettes.
Mais gardez vous aux champs de vous trouver
feuletes ;
Jardins fleuris , tendres oiſeaux ,
Bois fombres , clairs ruiffeaux ,
Lieux tant chantés , qu'on n'ofe plus décrire ;
Et le repos qu'on y refpire ,
Tout porte doucement aux plaiſirs amoureux.
Sous un dehors refpectueux
Le tendre amour fçait s'y produire ,
Et dans un efprit vertueux
Il trouve l'art de s'introduire .
Pour les coeurs innocens les bois font dangereux s
L'hiſtoire de Doris doit aſſez vous inftruire.
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Résumé : LE DANGER DE LA CAMPAGNE, Aux beautés qui se piquent de vertu.
Le texte avertit les femmes vertueuses des dangers de la ville et des campagnes. En ville, les amours sont superficielles et les comportements frivoles. Les campagnes, avec leurs jardins et bois, incitent aux plaisirs amoureux. Les bois, notamment, sont périlleux pour les cœurs innocents, comme le montre l'exemple de Doris.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5016
p. 51-54
VERS DE M. LE PRESIDENT DE RUFFEY, A Messieurs de la Société Royale & Littéraire de Nancy. Sur le traité des dangers de l'esprit, composé par le Roi de Pologne, & inseré dans le tome V de l'Année littéraire, page 262.
Début :
Quel astre, par des traits d'une vive lumiere, [...]
Mots clefs :
Astre, Académie, Coeur, Esprit, Société royale et littéraire de Nancy
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texteReconnaissance textuelle : VERS DE M. LE PRESIDENT DE RUFFEY, A Messieurs de la Société Royale & Littéraire de Nancy. Sur le traité des dangers de l'esprit, composé par le Roi de Pologne, & inseré dans le tome V de l'Année littéraire, page 262.
VERS
DE M. LE PRESIDENT
DE RUFFEY ,
A Meffieurs de la Société Royale &
Littéraire de Nancy.
Sur le traité des dangers de l'efprit , compo-
Se par le Roi de Pologne , & infere dans le
tome V de l'Année littéraire , page 262.
QUel aftre , par, des traits d'une vive lumiere ,
Eclaire de l'efprit l'incertaine carriere ,
Vient montrer aux humains un fentier peu battu ,
Et du ſein de l'erreur les guide à la vertu !
J'apperçois fa fplendeur diffiper les ténebres ,
Découvrir des écueils en naufrages célébres ,
Régler les mouvemens d'un feu féditieux ,
Rendre utile aux mortels le plus beau don des
cieux .
Qu'heureux font les climats foumis à la puiffance
!
Cet aftre y fait fentir fa benigne influence ;
Il fçait les garantir des rigueurs des faiſons ,
Il fait naître leurs fruits , féconde leurs moiffons,
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE
-Un jour pur & ferein conftamment les éclaire :
Quand cet aftre paroît leur fort devient profpere ,
On voit naître avec lui l'abondance & la paix ;
Son éclat l'annoncer bien moins que fes bienfaits.
Vous , Sçavans affemblés , honneur de l'Auftrafie
,
Que dirigent fes loix , qu'infpire fon génie ,
Aux traits de mon pinceau ne connoiffez -vous pas
Votre foutien , votre ame , en un mot , Staniſlas ?
Votre gloire eft la fienne , il en fait fes délices ,
De fon augufte amour vous goûtez les prémices ;
Il anime au combat de paiſibles guerriers ,
*
Il aime , avec les fiens , voir croître vos lauriers.
Quel plaifir pour vos coeurs , de l'entendre fans
ceffe
Dicter à l'univers des leçons de fageffe ;
De voir , par les écrits , le vice combattu ,
Et fon thrône fervir d'autel à la vertu !
Philofophe profond , fa divine morale
Sonde du coeur humain le tortueux dédale ;
De l'efprit , d'un oeil jufte , il faifit les défauts ,
Diftingue habilement le vrai d'avec le faux.
Accordant l'avantage à l'Etat monarchique ,
En maître , Staniſlas parle de politique ;
11 juge fes refforts peu dignes des grands Rois ,
Du bonheur des ſujets fait leurs fuprêmes loix ;
De leurs communs devoirs fçavamment il décide ;
* Prix fondéspar le Roi , que donne annuellement
P'Académie.
FEVRIER. 1755 . 53
Rien n'échappe aux clartés de fon cfprit folide.
Mais bientôt , le crayon & l'équerre à la main ,
De fuperbes palais il trace le deffein ;
Grand , hardi , créateur , il franchit les obftacles ,
Son génie & fon goût enfantent des iniracles ;
Et l'Artifte , en fon art deformais tout nouveau ,
S'étonne à fon aſpect de ſe voir au berceau .
De tous lieux l'étranger vient , le voit & l'admire
,
Son affable bonté dans fon palais l'attire ;
Par un heureux talent , par un charme vainqueur ,
Un feul mot lui fuffit pour conquérir un coeur.
Maisvous feule avez droit , illuftre Académie ,
De chanter dignement le héros d'Auſtraſie ,
Sa gloire , fes bienfaits , fa magnanimité ,
Sa conftance , fa foi , fa haute piété .
Appelles pouvoit feul autrefois entreprendre
De tracer le portrait du fameux Alexandre ;
Nul ne doit avec vous prendre le noble foin
De louer des vertus dont votre ceil eft témoin.
Mais daignez excufer ma Muſe téméraire ;
Admis par votre aveu dans votre fanctuaire ,
J'y puifai tout le feu qui m'anime aujourd'hui ;
A ma timide voix vous fervites d'appui :
J'y bégayai des fons fur la même matiere *
Que traite Staniſlas avec tant de lumiere .
* M. le Président de Ruffey étant à Nanci , lut
dans l'Affemblée de l'Académie du 4 Juillez 1744 ,
unepiece en vers fur l'Eſprit .
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
Vous parutes goûter mon zéle & mes travaux ,
Et pour Fencourager , le portrait du héros ,
Dont la postérité fait l'efpoir de la France ,
Fut , de mes foibles chants , la noble récompenfe.
Mon coeur , en confervant ce gage précieux ,
Garde le fouvenir d'un jour fi glorieux.
DE M. LE PRESIDENT
DE RUFFEY ,
A Meffieurs de la Société Royale &
Littéraire de Nancy.
Sur le traité des dangers de l'efprit , compo-
Se par le Roi de Pologne , & infere dans le
tome V de l'Année littéraire , page 262.
QUel aftre , par, des traits d'une vive lumiere ,
Eclaire de l'efprit l'incertaine carriere ,
Vient montrer aux humains un fentier peu battu ,
Et du ſein de l'erreur les guide à la vertu !
J'apperçois fa fplendeur diffiper les ténebres ,
Découvrir des écueils en naufrages célébres ,
Régler les mouvemens d'un feu féditieux ,
Rendre utile aux mortels le plus beau don des
cieux .
Qu'heureux font les climats foumis à la puiffance
!
Cet aftre y fait fentir fa benigne influence ;
Il fçait les garantir des rigueurs des faiſons ,
Il fait naître leurs fruits , féconde leurs moiffons,
Cij
52 MERCURE
DE FRANCE
-Un jour pur & ferein conftamment les éclaire :
Quand cet aftre paroît leur fort devient profpere ,
On voit naître avec lui l'abondance & la paix ;
Son éclat l'annoncer bien moins que fes bienfaits.
Vous , Sçavans affemblés , honneur de l'Auftrafie
,
Que dirigent fes loix , qu'infpire fon génie ,
Aux traits de mon pinceau ne connoiffez -vous pas
Votre foutien , votre ame , en un mot , Staniſlas ?
Votre gloire eft la fienne , il en fait fes délices ,
De fon augufte amour vous goûtez les prémices ;
Il anime au combat de paiſibles guerriers ,
*
Il aime , avec les fiens , voir croître vos lauriers.
Quel plaifir pour vos coeurs , de l'entendre fans
ceffe
Dicter à l'univers des leçons de fageffe ;
De voir , par les écrits , le vice combattu ,
Et fon thrône fervir d'autel à la vertu !
Philofophe profond , fa divine morale
Sonde du coeur humain le tortueux dédale ;
De l'efprit , d'un oeil jufte , il faifit les défauts ,
Diftingue habilement le vrai d'avec le faux.
Accordant l'avantage à l'Etat monarchique ,
En maître , Staniſlas parle de politique ;
11 juge fes refforts peu dignes des grands Rois ,
Du bonheur des ſujets fait leurs fuprêmes loix ;
De leurs communs devoirs fçavamment il décide ;
* Prix fondéspar le Roi , que donne annuellement
P'Académie.
FEVRIER. 1755 . 53
Rien n'échappe aux clartés de fon cfprit folide.
Mais bientôt , le crayon & l'équerre à la main ,
De fuperbes palais il trace le deffein ;
Grand , hardi , créateur , il franchit les obftacles ,
Son génie & fon goût enfantent des iniracles ;
Et l'Artifte , en fon art deformais tout nouveau ,
S'étonne à fon aſpect de ſe voir au berceau .
De tous lieux l'étranger vient , le voit & l'admire
,
Son affable bonté dans fon palais l'attire ;
Par un heureux talent , par un charme vainqueur ,
Un feul mot lui fuffit pour conquérir un coeur.
Maisvous feule avez droit , illuftre Académie ,
De chanter dignement le héros d'Auſtraſie ,
Sa gloire , fes bienfaits , fa magnanimité ,
Sa conftance , fa foi , fa haute piété .
Appelles pouvoit feul autrefois entreprendre
De tracer le portrait du fameux Alexandre ;
Nul ne doit avec vous prendre le noble foin
De louer des vertus dont votre ceil eft témoin.
Mais daignez excufer ma Muſe téméraire ;
Admis par votre aveu dans votre fanctuaire ,
J'y puifai tout le feu qui m'anime aujourd'hui ;
A ma timide voix vous fervites d'appui :
J'y bégayai des fons fur la même matiere *
Que traite Staniſlas avec tant de lumiere .
* M. le Président de Ruffey étant à Nanci , lut
dans l'Affemblée de l'Académie du 4 Juillez 1744 ,
unepiece en vers fur l'Eſprit .
Cij
54 MERCURE DE FRANCE.
Vous parutes goûter mon zéle & mes travaux ,
Et pour Fencourager , le portrait du héros ,
Dont la postérité fait l'efpoir de la France ,
Fut , de mes foibles chants , la noble récompenfe.
Mon coeur , en confervant ce gage précieux ,
Garde le fouvenir d'un jour fi glorieux.
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Résumé : VERS DE M. LE PRESIDENT DE RUFFEY, A Messieurs de la Société Royale & Littéraire de Nancy. Sur le traité des dangers de l'esprit, composé par le Roi de Pologne, & inseré dans le tome V de l'Année littéraire, page 262.
M. le Président de Ruffey adresse un poème à la Société Royale et Littéraire de Nancy, louant le traité des dangers de l'esprit, œuvre du Roi de Pologne Stanislas, publiée dans le tome V de l'Année littéraire. Le poème compare Stanislas à un astre lumineux guidant les hommes vers la vertu, la prospérité et la paix. Il met en avant les bienfaits de Stanislas pour la société, son amour pour la sagesse, et son rôle de guide moral et politique. Stanislas est décrit comme un philosophe profond, un créateur de monuments, et un homme de grande bonté. Ruffey exprime sa gratitude envers l'Académie pour le soutien et l'encouragement reçus concernant ses propres écrits sur Stanislas.
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5017
p. 68-69
LE TABLEAU ET L'EPONGE. FABLE.
Début :
Dans le cabinet curieux [...]
Mots clefs :
Tableau, Éponge
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texteReconnaissance textuelle : LE TABLEAU ET L'EPONGE. FABLE.
LE TABLEAU ET L'EPONGE.
D
FABLE.
Ans le cabinet curieux
D'un connoiffeur tel que Julienne ,
( Cette Fable , en paffant vaut , bien qu'on la retienne
)
Un vieux Tableau tenoit un rang fort glorieux :
Mais enfin il étoit bien vieux ,
Et du tems , les cruelles traces
Laiffent toujours quelques difgraces
Sur l'objet le plus précieux .
Un jour l'Eponge dit : il faut que je m'attache
A redonner à ce Tableau
Un luftre renaiffant , un éclat tout nouveau ;
FEVRIER. 69
1755 .
J'en puis ôter juſqu'à la moindre tache ,
Il n'en paroîtra que plus beau ;
C'eft , à ce que l'on dit , un excellent morceau ;
Mais tout le monde enfin ne fçait pas s'y connoître
,
Et l'excellence du pinceau
N'eft faite que pour l'oeil du maître :
Les taches frappent l'ignorant ;
Voilà le nombre le plus grand.
Vraiment , je te trouve plaifante ,
( S'écria le Tableau , d'un tel foin irrité )
Quel peut être l'objet de ta témérité ?
Pour guérir un prétendu vice ,
De ton zele aveugle & novice
Les foins feroient trop achetés ,
Tu ne me rendrois pas ſervice ,
Et tu profanerois mes auguftes beautés.
Ainfi les orgueilleux ignorent
Le prix d'un bon ami qui veut les diriger.
Eft- ce offenfer les gens que de les corriger
Des défauts qui les deshonorent ?
D
FABLE.
Ans le cabinet curieux
D'un connoiffeur tel que Julienne ,
( Cette Fable , en paffant vaut , bien qu'on la retienne
)
Un vieux Tableau tenoit un rang fort glorieux :
Mais enfin il étoit bien vieux ,
Et du tems , les cruelles traces
Laiffent toujours quelques difgraces
Sur l'objet le plus précieux .
Un jour l'Eponge dit : il faut que je m'attache
A redonner à ce Tableau
Un luftre renaiffant , un éclat tout nouveau ;
FEVRIER. 69
1755 .
J'en puis ôter juſqu'à la moindre tache ,
Il n'en paroîtra que plus beau ;
C'eft , à ce que l'on dit , un excellent morceau ;
Mais tout le monde enfin ne fçait pas s'y connoître
,
Et l'excellence du pinceau
N'eft faite que pour l'oeil du maître :
Les taches frappent l'ignorant ;
Voilà le nombre le plus grand.
Vraiment , je te trouve plaifante ,
( S'écria le Tableau , d'un tel foin irrité )
Quel peut être l'objet de ta témérité ?
Pour guérir un prétendu vice ,
De ton zele aveugle & novice
Les foins feroient trop achetés ,
Tu ne me rendrois pas ſervice ,
Et tu profanerois mes auguftes beautés.
Ainfi les orgueilleux ignorent
Le prix d'un bon ami qui veut les diriger.
Eft- ce offenfer les gens que de les corriger
Des défauts qui les deshonorent ?
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Résumé : LE TABLEAU ET L'EPONGE. FABLE.
La fable 'Le Tableau et l'Éponge' se déroule dans le cabinet d'un connaisseur nommé Julienne. Un vieux tableau y occupe une place prestigieuse. Une Éponge propose de nettoyer le tableau pour lui redonner éclat et lustre, affirmant pouvoir effacer toutes les taches. Le Tableau refuse, craignant que l'Éponge, par son zèle aveugle et novice, n'endommage ses beautés augustes. Le Tableau estime que les taches sont perçues par les ignorants, tandis que les connaisseurs apprécient l'excellence du pinceau. La fable illustre l'orgueil de ceux qui ignorent la valeur des conseils bienveillants et la nécessité de corriger les défauts qui les déshonorent.
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5018
p. 70-73
EPITRE AUX BELLES.
Début :
Jeunes beautés, que la nature [...]
Mots clefs :
Belles, Coeurs, Appas
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE AUX BELLES.
EPITRE AUX BELLES.
JEund Eunes beautés , que la nature
Fit naître pour troubler le repos des mortels ,
De l'univers vous êtes la parure ,
Et vos appas méritent des autels.
L'homme fimple éclairé par les feules lumieres ,
Cherchant dans le cahos l'obfcure vérité ,
N'eût pas fubi le joug de tant d'erreurs groffieres ,
S'il eût fçu vous choiſir pour fa divinité.
Vous charmez tout ; que fert de vous le dire
L'ignorez -vous : hélas ! de vos attraits
Vous ne croyez jamais
Pouvoir fixer l'empire .
Non non,fans doute , il n'eft rien fous les cieux
Qui puiffe réfifter au pouvoir de vos yeux ;
Mais bien fouvent vos tyranniques charmes
Pour défendre nos coeurs
Nous fourniffent des armes.
Voilez avec des fleurs
Les fers de l'esclavage
Si vous voulez long- tems conferver notre hommage
:
L'esclave révolté
Juge mieux du poids de fa chaîne
Par le prix de la liberté.
Votre fierté l'éloigne , un autre efpoir l'entraîne
FEVRIER. 1755 71
Je gémis quelquefois
Quand je vois un minois
Formé par le pinceau des Graces ,
Dont un regard , un fouris dédaigneux ,
Un air impérieux
Viennent défigurer les traces.
L'art féduit fans charmer.
Ne croyez point embellir la natu re :
De la fimplicité la route eft la plus fûre ,
Par d'innocens appas on fe laiffe enflammer.
Si la coquette infpire une ardeur paffagere ,
C'eft un jeu de l'amour ;
C'eft une flamme fi légere
Qu'on la voit naître & mourir en un jour,
Un gefte étudié n'offre rien qui nous flate ,
D'une belle harmonie , il trouble les accords :
Le coeur n'eft point fenfible à l'effet des refforts
Du plus bel automate.
Ah ! qu'un fateur eſt dangereux !
Vous verroit-on courir à de vains artifices ;
Si tant d'adorateurs aveuglés par leurs feux
N'encenfoient pas juſques à vos caprices ?
Je fens que la beauté
Mérite notre hommage ,
C'eſt un des attributs de la divinité ,
*
" Elle en eft la vivante image.
Mais à chérir les dieux nos coeurs font animés
Par cet attrait vainqueur que leur bonté fait naî
tre ;
72 MERCURE DE FRANCE.
Si le tonnerre feul nous les faifoit connoître ,
Ils feroient craints fans être aimés.
Un heureux caractere
N'a point l'éclat brillant des appas féducteurs ;
Par un effet moins prompt il trouve l'art de plaire,
Sa douceur enchaîne les coeurs.
Quel feroit votre empire
Si vous réuniffiez tant de dons à la fois ?
L'inconftance & le tems ne pourroient le détruire,
Et vos defirs feroient des loix.
Mais du génie encor la puiffance plus grande
De votre fort rendroit les dieux jaloux ,
Ils verroient leurs autels fans culte & fans offrande,
Et l'univers à vos genoux.
Non , ils ont prévenu leur honte & votre gloire ;
Et pour mieux triompher , fouvent ils vous font
croire
Que le talent entraîne une frivolité
Qui deshonore la beauté :
Ou plutôt à vos yeux , d'un miroir infidele ,
Ils préfentent l'art impofteur.
Vous y lifez que quand on eft fi belle ,
On a les agrémens de l'efprit & du coeur .
Qu'il eft aifé de croire
Tout ce qui flate notre gloire !
La louange eft l'écueil des coeurs ambitieux.
D'un piége dangereux
Pénétrez l'artifice ;
Redoutez l'art d'un difcours trop flateur ,
Dont
FEVRIER.
1755 . 73
Dont le poifon agréable & trompeur
Plus aisément ſe gliffe.
L'éclat d'un trop grand jour affoiblit les couleurs,
Et n'éclaire que trop l'oeil de la jaloufie ;
Plus vos attraits vous font d'admirateurs ,
Plus vous devez craindre l'envie..
Le beau ſexe , dit- on , contre moi s'armera :
Quelle erreur ! je me ris d'une folle menace ;
Aucune ici ne fe reconnoîtra
Au portrait que je trace .
Par M. ***
JEund Eunes beautés , que la nature
Fit naître pour troubler le repos des mortels ,
De l'univers vous êtes la parure ,
Et vos appas méritent des autels.
L'homme fimple éclairé par les feules lumieres ,
Cherchant dans le cahos l'obfcure vérité ,
N'eût pas fubi le joug de tant d'erreurs groffieres ,
S'il eût fçu vous choiſir pour fa divinité.
Vous charmez tout ; que fert de vous le dire
L'ignorez -vous : hélas ! de vos attraits
Vous ne croyez jamais
Pouvoir fixer l'empire .
Non non,fans doute , il n'eft rien fous les cieux
Qui puiffe réfifter au pouvoir de vos yeux ;
Mais bien fouvent vos tyranniques charmes
Pour défendre nos coeurs
Nous fourniffent des armes.
Voilez avec des fleurs
Les fers de l'esclavage
Si vous voulez long- tems conferver notre hommage
:
L'esclave révolté
Juge mieux du poids de fa chaîne
Par le prix de la liberté.
Votre fierté l'éloigne , un autre efpoir l'entraîne
FEVRIER. 1755 71
Je gémis quelquefois
Quand je vois un minois
Formé par le pinceau des Graces ,
Dont un regard , un fouris dédaigneux ,
Un air impérieux
Viennent défigurer les traces.
L'art féduit fans charmer.
Ne croyez point embellir la natu re :
De la fimplicité la route eft la plus fûre ,
Par d'innocens appas on fe laiffe enflammer.
Si la coquette infpire une ardeur paffagere ,
C'eft un jeu de l'amour ;
C'eft une flamme fi légere
Qu'on la voit naître & mourir en un jour,
Un gefte étudié n'offre rien qui nous flate ,
D'une belle harmonie , il trouble les accords :
Le coeur n'eft point fenfible à l'effet des refforts
Du plus bel automate.
Ah ! qu'un fateur eſt dangereux !
Vous verroit-on courir à de vains artifices ;
Si tant d'adorateurs aveuglés par leurs feux
N'encenfoient pas juſques à vos caprices ?
Je fens que la beauté
Mérite notre hommage ,
C'eſt un des attributs de la divinité ,
*
" Elle en eft la vivante image.
Mais à chérir les dieux nos coeurs font animés
Par cet attrait vainqueur que leur bonté fait naî
tre ;
72 MERCURE DE FRANCE.
Si le tonnerre feul nous les faifoit connoître ,
Ils feroient craints fans être aimés.
Un heureux caractere
N'a point l'éclat brillant des appas féducteurs ;
Par un effet moins prompt il trouve l'art de plaire,
Sa douceur enchaîne les coeurs.
Quel feroit votre empire
Si vous réuniffiez tant de dons à la fois ?
L'inconftance & le tems ne pourroient le détruire,
Et vos defirs feroient des loix.
Mais du génie encor la puiffance plus grande
De votre fort rendroit les dieux jaloux ,
Ils verroient leurs autels fans culte & fans offrande,
Et l'univers à vos genoux.
Non , ils ont prévenu leur honte & votre gloire ;
Et pour mieux triompher , fouvent ils vous font
croire
Que le talent entraîne une frivolité
Qui deshonore la beauté :
Ou plutôt à vos yeux , d'un miroir infidele ,
Ils préfentent l'art impofteur.
Vous y lifez que quand on eft fi belle ,
On a les agrémens de l'efprit & du coeur .
Qu'il eft aifé de croire
Tout ce qui flate notre gloire !
La louange eft l'écueil des coeurs ambitieux.
D'un piége dangereux
Pénétrez l'artifice ;
Redoutez l'art d'un difcours trop flateur ,
Dont
FEVRIER.
1755 . 73
Dont le poifon agréable & trompeur
Plus aisément ſe gliffe.
L'éclat d'un trop grand jour affoiblit les couleurs,
Et n'éclaire que trop l'oeil de la jaloufie ;
Plus vos attraits vous font d'admirateurs ,
Plus vous devez craindre l'envie..
Le beau ſexe , dit- on , contre moi s'armera :
Quelle erreur ! je me ris d'une folle menace ;
Aucune ici ne fe reconnoîtra
Au portrait que je trace .
Par M. ***
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Résumé : EPITRE AUX BELLES.
L'épître 'Aux Belles' exalte la beauté féminine, présentée comme une parure de l'univers et digne de vénération. Les beautés sont capables de guider les hommes vers la vérité et de les détourner des erreurs. Leur pouvoir peut charmer et fournir des armes pour défendre les cœurs. Cependant, elles sont mises en garde contre l'orgueil et les artifices, qui peuvent défigurer leur nature. La simplicité et l'innocence sont recommandées comme les voies les plus sûres pour séduire. La beauté est vue comme un attribut divin, mais elle doit être accompagnée de bonté pour être aimée. Un caractère heureux, bien que moins éclatant, peut également plaire par sa douceur. Les beautés sont averties des dangers de la flatterie et de l'envie, qui peuvent surgir avec l'admiration. Le texte se conclut par une mise en garde contre les discours flatteurs et les artifices, soulignant que la véritable beauté doit être accompagnée de vertus intérieures.
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5019
p. 74-77
ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
Début :
Quel Dieu, de mon réduit, troublant l'heureux silence, [...]
Mots clefs :
Statue, Louis XV, Héros, Coeur, Roi
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texteReconnaissance textuelle : ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
ODE
A M. LE DUC D'AIGUILLON ,
Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis
XV, dans une des places de Rennes.
Q
Uel Dieu , de mon réduit , troublant Pheureux
filence ,
Au paifible fommeil d'une chere indolence ,
Par un magique effort, vient arracher mes fens! ...
N'en doutons point , du Dieu ( de la docte manie }
C'eſt le rédoutable génie :
Puis-je le méconnoître aux tranſports que je fens
Mais loin des bords pompeux de la Seine orgueilleuſe
,
Dans quelles régions fon aîle perilleuſe ,
Entraîne malgré moi mon efprit allarmé ? ...
Que vois-je ? ... ô tendre erreur ! dans ma douce
patrie ,
Au gré de mon ame attendrie ,
Soudain je me revois , moins furpris que charmé.
O théatre chéri des jeux de mon enfance !
Quel Dieu femble fur toi déployer fa puiſſance ?
O fpectacle enchanteur dont tu frappes mes yeux !
FEVRIER.
75 1755.
Quels feux ! quels doux feftins ! quels concerts
d'allégreffe t
Bacchus , la joie & la tendreffe
Te rempliffent au loin d'un trouble précieux .
Arrête , ô peuple heureux ! que la gaité tranfporte
,
Et dont la foule aimable & m'entraîne & m'emporte
;
Apprens-moi ton bonheur , dont mon coeur fait le
fien.
Mais quel beau monument s'éleve en ton enceinte
?
J'y reconnois l'image empreinte
D'un heros pacifique & d'un Roi citoyen.
C'eft donc ce monument & d'amour & de zele ,
Que confacre à ton Roi ta franchiſe fidele ,
Qui fait naitre en ton fein l'ivreffe & les tranfports
:
Si ce bronze muet , où manque fa grandeame ,
D'une fi vive ardeur t'enflamme ,
Que feroit la préſence embelliffant tes bords
Vous , à qui les talens , la vertu généreuſe ,
Plutôt que la faveur volage & dangereuſe
Ont mis entre les mains la pleine autorité ,
Et qui ne l'exercez au fein de ma province
Que pour y faire aimer un Prince
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Dont elle adore en vous l'héroïque bonté :
Apprenez , d'Aiguillon , à ce Monarque fage
Quels furent , à l'afpect de fon augufte image ,
De nos coeurs enflaminés & l'ivreffe & les voeux.
O! que d'un tel amour la peinture fidele ,
Dans une ame fenfible & belle ,
Doit enfanter foudain de tranfports généreux
Mais cette aimable fête eft à peine paſſée ,
Et déja fecondant votre ardeur empreſſée ,
Louis verfe fur nous fes dons multipliés ,
Alors même qu'il fçait que d'utiles fervices
Et d'honorables facrifices
D'un feul de fes regards feroient affez payés .
Quand , fur fon char de fang , Bellone échevelée ,
Parcourant en fureur l'Europe defolée ,
De fon fouffle homicide , eut embrafé les coeurs ;;
Partageant d'un heros les dangers & les peines ,
On vous a vû dérober Genes
Au barbare pouvoir de fes tyrans vainqueurs.
A préfent qu'un ciel pur rayonne fur nos têtes ,
Un foin pour nous plus cher que d'illuftres conquêtes
,
Remplit votre loifir fécond & glorieux ;
La guerre offroit en vous un heros formidable ,
La paix offre un heros aimable
Qui nous affujettit en nous rendant heureux,
FEVRIER. 1755 . 77
Non , ne nous croyez pas tels que nous peirt
l'envie ,
Qu'elle s'efforce en vain de noircir notre vie ; . . .
Conftamment , du devoir , nous écoutons la voix :
Chacun de nous en fait fa plus chere fcience ,
Et nous n'apprenons dans l'enfance
Qu'à refpecter les Dieux , & qu'à chérir nos Ro
Nos coeurs , quoiqu'un peu fiers , ne font pas inflexibles
,
La gloire & la vertu les trouverent ſenſibles ,
Et jamais on n'en vit plus jaloux de l'honneur.
Mais oùregne une vile & baffe flatterie ,
On doit traiter de barbarie
Une franchiſe mâle , une noble candeur.
D'une épouse , par vous juftement adorée ,
La modefte vertu par les Graces parées ,
Les talens , la douceur , le caractere heureux ,
Prouvent que parmi nous la nature difpenfe
Ses faveurs avec abondance ,
Et qu'il y naît des coeurs nobles & généreux.
A M. LE DUC D'AIGUILLON ,
Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis
XV, dans une des places de Rennes.
Q
Uel Dieu , de mon réduit , troublant Pheureux
filence ,
Au paifible fommeil d'une chere indolence ,
Par un magique effort, vient arracher mes fens! ...
N'en doutons point , du Dieu ( de la docte manie }
C'eſt le rédoutable génie :
Puis-je le méconnoître aux tranſports que je fens
Mais loin des bords pompeux de la Seine orgueilleuſe
,
Dans quelles régions fon aîle perilleuſe ,
Entraîne malgré moi mon efprit allarmé ? ...
Que vois-je ? ... ô tendre erreur ! dans ma douce
patrie ,
Au gré de mon ame attendrie ,
Soudain je me revois , moins furpris que charmé.
O théatre chéri des jeux de mon enfance !
Quel Dieu femble fur toi déployer fa puiſſance ?
O fpectacle enchanteur dont tu frappes mes yeux !
FEVRIER.
75 1755.
Quels feux ! quels doux feftins ! quels concerts
d'allégreffe t
Bacchus , la joie & la tendreffe
Te rempliffent au loin d'un trouble précieux .
Arrête , ô peuple heureux ! que la gaité tranfporte
,
Et dont la foule aimable & m'entraîne & m'emporte
;
Apprens-moi ton bonheur , dont mon coeur fait le
fien.
Mais quel beau monument s'éleve en ton enceinte
?
J'y reconnois l'image empreinte
D'un heros pacifique & d'un Roi citoyen.
C'eft donc ce monument & d'amour & de zele ,
Que confacre à ton Roi ta franchiſe fidele ,
Qui fait naitre en ton fein l'ivreffe & les tranfports
:
Si ce bronze muet , où manque fa grandeame ,
D'une fi vive ardeur t'enflamme ,
Que feroit la préſence embelliffant tes bords
Vous , à qui les talens , la vertu généreuſe ,
Plutôt que la faveur volage & dangereuſe
Ont mis entre les mains la pleine autorité ,
Et qui ne l'exercez au fein de ma province
Que pour y faire aimer un Prince
Dij
76 MERCURE DE FRANCE ,
Dont elle adore en vous l'héroïque bonté :
Apprenez , d'Aiguillon , à ce Monarque fage
Quels furent , à l'afpect de fon augufte image ,
De nos coeurs enflaminés & l'ivreffe & les voeux.
O! que d'un tel amour la peinture fidele ,
Dans une ame fenfible & belle ,
Doit enfanter foudain de tranfports généreux
Mais cette aimable fête eft à peine paſſée ,
Et déja fecondant votre ardeur empreſſée ,
Louis verfe fur nous fes dons multipliés ,
Alors même qu'il fçait que d'utiles fervices
Et d'honorables facrifices
D'un feul de fes regards feroient affez payés .
Quand , fur fon char de fang , Bellone échevelée ,
Parcourant en fureur l'Europe defolée ,
De fon fouffle homicide , eut embrafé les coeurs ;;
Partageant d'un heros les dangers & les peines ,
On vous a vû dérober Genes
Au barbare pouvoir de fes tyrans vainqueurs.
A préfent qu'un ciel pur rayonne fur nos têtes ,
Un foin pour nous plus cher que d'illuftres conquêtes
,
Remplit votre loifir fécond & glorieux ;
La guerre offroit en vous un heros formidable ,
La paix offre un heros aimable
Qui nous affujettit en nous rendant heureux,
FEVRIER. 1755 . 77
Non , ne nous croyez pas tels que nous peirt
l'envie ,
Qu'elle s'efforce en vain de noircir notre vie ; . . .
Conftamment , du devoir , nous écoutons la voix :
Chacun de nous en fait fa plus chere fcience ,
Et nous n'apprenons dans l'enfance
Qu'à refpecter les Dieux , & qu'à chérir nos Ro
Nos coeurs , quoiqu'un peu fiers , ne font pas inflexibles
,
La gloire & la vertu les trouverent ſenſibles ,
Et jamais on n'en vit plus jaloux de l'honneur.
Mais oùregne une vile & baffe flatterie ,
On doit traiter de barbarie
Une franchiſe mâle , une noble candeur.
D'une épouse , par vous juftement adorée ,
La modefte vertu par les Graces parées ,
Les talens , la douceur , le caractere heureux ,
Prouvent que parmi nous la nature difpenfe
Ses faveurs avec abondance ,
Et qu'il y naît des coeurs nobles & généreux.
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Résumé : ODE A M. LE DUC D'AIGUILLON, Sur la dédicace de la Statue érigée à Louis XV, dans une des places de Rennes.
L'ode célèbre l'érection d'une statue de Louis XV sur une place de Rennes, dédiée à M. le Duc d'Aiguillon. Le poète exprime son admiration pour cette statue, symbole d'un roi pacifique et citoyen. Il décrit la joie et la fierté du peuple rennais face à ce monument. Le texte loue le duc d'Aiguillon pour ses talents et sa vertu, soulignant qu'il exerce son autorité pour faire aimer le prince. La statue est vue comme un témoignage de l'amour et du zèle du peuple. Le poète mentionne les services rendus par le duc, notamment la libération de Gênes des tyrans, et son rôle bénéfique durant la paix. Il conclut en affirmant la loyauté et le sens du devoir du peuple, tout en critiquant la flatterie et en valorisant la franchise et la noblesse des cœurs.
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5020
p. 78
ENIGME.
Début :
Dans mes filets je tiens presque toutes les belles ; [...]
Mots clefs :
Corps de baleine
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
DANs mes filets je tiens prefque toutes les
belles;
Mais à ton grand étonnement ,
Lecteur , j'ai beau les traiter durement ,
Je n'en fuis pas plus haï d'elles.
Quand je montre moins de rudeffe ,
On me quitte dans le moment ;
Point de quartier , fur-tout à la jeuneffe.
Et fipour de beaux yeux j'euffe eude la foibleffe ,
Combien de gens dans l'univers ,
Qui vont droit , iroient de travers ,
Mlle A. M..
DANs mes filets je tiens prefque toutes les
belles;
Mais à ton grand étonnement ,
Lecteur , j'ai beau les traiter durement ,
Je n'en fuis pas plus haï d'elles.
Quand je montre moins de rudeffe ,
On me quitte dans le moment ;
Point de quartier , fur-tout à la jeuneffe.
Et fipour de beaux yeux j'euffe eude la foibleffe ,
Combien de gens dans l'univers ,
Qui vont droit , iroient de travers ,
Mlle A. M..
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5021
p. 79-80
LOGOGRYPHE.
Début :
Quoique je sois fort & méchant, [...]
Mots clefs :
Poivre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Uoique je fois fort & méchant , Joique
On m'aime ; je ne fçais comment.
Je fuis petit de ma nature ,
Je porte avec moi la brûlure ;
Je mets le feu dans les palais ,
Et malgré mes vilains forfaits ,
(Ce qui doit paroître incroyable )
Oh me demande à chaque table.
On craint de toucher un ragoût
Sans avoir confulté mon goût.
Lecteur , je dois mon exiſtence
A fix lettres de conféquence.
Compofes , décompoſes-moi ,
Bientôt tu trouveras de quoi
Soulager l'humaine mifere ;
C'est ce métal fi précieux ;
Ah ! j'en dis plus que je ne veux.
Un fruit dont le goût flate l'homme ,
Qui va de pair avec la pomme
Ce qu'on regrette de quitter.
Ce qui nous fert pour tranfpirer.
J'offre un oifeau , dont le plumage
Fait l'ornement & l'avantage.
Un des fept pechés capitaux ,
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Ce qu'il faut craindre dans fes maux.“
Enfin ce mortel , dont l'image
Paroît peu néceffaire au fage ;
Qui content de fon petit train
Refuſe l'or . Un fac à vin ;
Une note de conféquence.
Une... Je fais ma révérence.
L'Abbé Ren *
Uoique je fois fort & méchant , Joique
On m'aime ; je ne fçais comment.
Je fuis petit de ma nature ,
Je porte avec moi la brûlure ;
Je mets le feu dans les palais ,
Et malgré mes vilains forfaits ,
(Ce qui doit paroître incroyable )
Oh me demande à chaque table.
On craint de toucher un ragoût
Sans avoir confulté mon goût.
Lecteur , je dois mon exiſtence
A fix lettres de conféquence.
Compofes , décompoſes-moi ,
Bientôt tu trouveras de quoi
Soulager l'humaine mifere ;
C'est ce métal fi précieux ;
Ah ! j'en dis plus que je ne veux.
Un fruit dont le goût flate l'homme ,
Qui va de pair avec la pomme
Ce qu'on regrette de quitter.
Ce qui nous fert pour tranfpirer.
J'offre un oifeau , dont le plumage
Fait l'ornement & l'avantage.
Un des fept pechés capitaux ,
D iiij
So MERCURE DE FRANCE.
Ce qu'il faut craindre dans fes maux.“
Enfin ce mortel , dont l'image
Paroît peu néceffaire au fage ;
Qui content de fon petit train
Refuſe l'or . Un fac à vin ;
Une note de conféquence.
Une... Je fais ma révérence.
L'Abbé Ren *
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5022
p. 81-82
VAUDEVILLE PASTORAL.
Début :
Sur un thrône de fougere, [...]
Mots clefs :
Coeur, Dieu, Pouvoir, Aimer
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE PASTORAL.
VAUDEVILLE PASTORAL.
U R un throne de fougere , UR
Chez nous regne le plaifir ,
Et de fleurs , fa main légere
Y couronne le defir..
Le pouvoir & le bien fuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime
On eft Dieu , quand on eft aimé.
J'égale , en aimant Colette
Les Rois & les immortels ;
Un gazon , une houlette ,
Sont mon fceptre & mes autels.
Le pouvoir , & c.
Je lui plais , elle m'enflamme ;
Quel fort eft plus glorieux !
Mes tréfors font dans fon ame ,
Et ma gloire eft dans fes
Le pouvoir , & c .
yeux .
;
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Eft-il un plus doux empire
Que celui d'un tendre coeur !
On regne , quand on reſpire
Pour un aimable vainqueur.
Le pouvoir , & c.
D'une fi douce victoire ,
Que l'amour ait tout l'honneur :
Le chanter , c'eft une gloire ;
Le fentir , c'eft un bonheur.
Le pouvoir & le bien ſuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime ;
On eft Dieu , quand on eft aimé.
U R un throne de fougere , UR
Chez nous regne le plaifir ,
Et de fleurs , fa main légere
Y couronne le defir..
Le pouvoir & le bien fuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime
On eft Dieu , quand on eft aimé.
J'égale , en aimant Colette
Les Rois & les immortels ;
Un gazon , une houlette ,
Sont mon fceptre & mes autels.
Le pouvoir , & c.
Je lui plais , elle m'enflamme ;
Quel fort eft plus glorieux !
Mes tréfors font dans fon ame ,
Et ma gloire eft dans fes
Le pouvoir , & c .
yeux .
;
Dv
82 MERCURE DE FRANCE .
Eft-il un plus doux empire
Que celui d'un tendre coeur !
On regne , quand on reſpire
Pour un aimable vainqueur.
Le pouvoir , & c.
D'une fi douce victoire ,
Que l'amour ait tout l'honneur :
Le chanter , c'eft une gloire ;
Le fentir , c'eft un bonheur.
Le pouvoir & le bien ſuprême
Sont pour un coeur enflammé :
On eft Roi , quand on aime ;
On eft Dieu , quand on eft aimé.
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Résumé : VAUDEVILLE PASTORAL.
Le texte 'Vaudeville Pastoral' célèbre l'amour et ses effets sur le cœur humain. Être aimé confère une divinité, aimer fait de quelqu'un un roi. Le poète, en aimant Colette, trouve bonheur et pouvoir dans l'amour. L'empire le plus doux est celui d'un cœur tendre, où l'on règne en respirant pour un vainqueur aimable. L'amour est une douce victoire et un bonheur.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5023
p. 176-192
COMEDIE FRANÇOISE.
Début :
Les Comédiens François ont donné le 13 de ce mois la dixiéme représentation [...]
Mots clefs :
Cicéron, Sextus, César, Comédiens-Français, Père, Mécène, Yeux, Pompée, Fille, Mourir, Dieux, Octave
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texteReconnaissance textuelle : COMEDIE FRANÇOISE.
COMEDIE FRANÇOISE.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
Lis
Es Comédiens François ont donné le
13 de ce mois la dixiéme repréfentation
du Triumvirat. On peut dire qu'il a
eu ce fuccès d'estime que l'ouvrage &
l'auteur ont fi bien mérité , & qu'on refuſe
fouvent à des pieces plus heureufes , qui
comptent plus de repréfentations que de
fuffrages. Cette Tragédie eft imprimée
fous ce double titre : Le Triumvirat , ou la
mort de Ciceron , avec une épitre dédicatoire
à Mme Bignon , & une préface . Elle
fe vend chez Hochereau , quai de Conti , au
Phénix ; le prix eft de 30 f. en voici l'extrait .
EXTRAIT DU TRIUMVIRÁT.
Tullie , fille de Ciceron , ouvre feule
la fcene qui eft au Capitole , par un début
digne d'elle & du fujet. Elle s'écrie ,
Effroyable féjour des horreurs de la guerre ,
Lieux inondés du fang des maîtres de la terre ,
Lieux , dont le feul afpect fit trembler tant de
Rois ,
Palais où Ciceron triompha tant de fois ;
Deformais trop heureux de cacher ce grand homme
,
Sauvez le feul Romain qui foit encor dans Rome.
FEVRIER. 1755. 177
A
Elle ajoûte avec effroi , en jettant les
yeux fur le tableau des profcrits :
Que vois-je , à la lueur de ce cruel flambeau !
Ah ! que de noms facrés profcrits fur ce tableau !
Rome , il ne manque plus , pour combler ta mifere
,
Que d'y tracer le nom de mon malheureux pere.
Enfuite elle apoftrophe ainfi la ftatue de
Céfar.
Toi , qui fis en naiffant honneur à la nature ,
Sans avoir , des vertus , que l'heureufe impofture ,
Trop aimable tyran , illuftre ambitieux ,
Qui triomphas du fort , de Caton & des Dieux...
Sous un joug ennobli par l'éclat de tes armes ,
Nous refpirions du moins fans honte & fans allármes
:
Loin de rougir des fers qu'illuftroit ta valeur ,
On fe croyoit paré des lauriers du vainqueur.
Mais fous le joug honteux & d'Antoine & d'Octave
>
Rome , arbitre des Rois , va gémir en eſclave.
Se tournant après vers la ftatue de Pompée
, elle lui adreffe ces triftes paroles .
Ah ! Pompée , eft -ce là ce qui refte de toi
Miférables débris de la grandeur . humaine ,
Hy
178 MERCURE DE FRANCE.
Douloureux monument de vengeance & de haine !
6
Pour nous venger d'Octave ,, accours , vaillant
Sextus ,,
A ce nouveau Céfar , fois un nouveau. Brutus.
Ce monologue me paroît admirable ; il
égale , à mon gré , celui d'Electre , s'il ne
le furpaffe pas , & forme la plus belle expofition
. Il eft terminé par l'arrivée de
Sextus , qui fe cache même aux yeux de
Tullie qu'il aime , fous le nom de Clodomir
, chef des Gaulois . Il lui fait un récit
affreux des horreurs du Triumvirat dont il
vient d'être le témoin , & finit un fi noir
tableau par ces beaux vers , qu'on croiroit
d'un auteur de trente ans , à la force du
coloris.
Un fils , prefque à mes yeux , vient de livrer fon
Le
pere ;
J'ai vu ce même fils égorgé par fa mere :
On ne voit que des corps mutilés & fanglans ,
Des efclaves traîner leurs maîtres expirans ;
affouvi réchauffe le carnage ;
carnage
J'ai vu des furieux dont la haine & la rage
Se difputoient des cours encor tout palpitans:
On diroit à les voir l'un l'autre s'excitans ,
Déployer à l'envi leur fureur meurtrière ,
Que c'est le derniér jour de la nature entiere. {
FEVRIER. , 1755. 179
que
Dans ce péril preffant il offre à Tullie une
retraite dans Oftie pour fon pere & pour
elle . Elle la refufe ; il frémit du danger
Ciceron va courir , fi près de Fulvie
qui a juré fa perte. Il exprime en même
tems la douleur qu'il a de la perdre & de
la voir près d'être unie aux jours d'Octave
qui l'aime , ajoutant que fon fang fcellera
cet hymen. Tullie le raffure fur cette crain--
te , en lui difant :
Un tyran à
Ne craignez rien d'Octave' :
mes yeux ne vaut pas un esclave.
Un rival plus heureux va caufer vos allarmes ...
Le fils du grand Pompée . Hélas ! que n'est- ce vous !!
Que j'euffe avec plaifir accepté mon époux !
Ces deux amans font interrompus par
Lepide qui entre : Clodomir fe retire . Le
Triumvir fait entendre à Tullie , que ne
pouvant chaffer de Rome fes collegues impies
, il prend le parti de s'en exiler luimême
, & qu'il va chercher un afyle en
Efpagne pour y fauver fa vertu. Tullie l'interrompt
par cette noble réponſe , qui a
toujours été fi juftement applaudie :
Ah ! la vertu quifuit ne vaut pas le courage
Du crime audacieux qui fçait braver l'orage .
Que peut craindre un Romain des,caprices.du fort,
Tant qu'il lui refte un bras pour fe donner la mort
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Avez-vous oublié que Rome eft votre mere
Demeurez , imitez l'exemple de mon pere ,
Et de votre vertu në nous vantez l'éclat
Qu'après une victoire , ou du moins un combat.
On n'encenfa jamais la vertu fugitive ,
Et celle d'un Romain doit être plus active.
On ne le reconnoît qu'à fon dernier foupir ;
Son honneur eft de vaincre , & vaincu de mourir.
ger
Elle fort.
Ciceron arrive. Lapide tâche de l'engaà
le fuivre pour fe dérober à la fureur
d'Antoine & de Fulvie , qui veulent le profcrire.
Ciceron rejette cette offre. Lepide le
quitte , en lui déclarant qu'il vient de rencontrer
Sextus , & qu'il l'a reconnu . Ce
Triumvir l'avertit d'en craindre la fuite ,
& de prendre garde à lui. Ciceron reſté
feul , dit qu'il eft tems qu'il apprenne
ce fecret à fa fille , que Clodomir devenu
le fils du grand Pompée , ne pourra l'en
blâmer , qu'il veut les unir & donner à Céfar
un rival , dont le nom feul pourra lui
devenir funefte.
Octave commence avec Mecene le fecond
acte. Après avoir d'abord tâché d'excufer
fes cruautés , il lui marque fon
amour pour Tullie , & fon eftime pour fon
pere , ajoûtant qu'il veut le fauver & fe
l'attacher. Mecene l'affermit dans ce defFEVRIER.
1755. 181
fein , & le laiffe avec Ciceron qui paroît ,
& qui lui témoigne ainfi fa furpriſe :
Céſar , en quel état vous offrez-vous à moi ?
Ah ! ce n'eft ni fon fils , ni Céfar que je vois.
O! Céfar , ce n'eft pas ton fang qui l'a fait naître :
Brutus qui l'a verfé , méritoit mieux d'en être.
Le meurtre des vaincus ne fouilloit point tes pas ;
Ta valeur fubjuguoit , mais ne profcrivoit pas.
Octave, pour fe juftifier , répond qu'il
pourfuit les meurtriers du grand Céfar , &
que fa vengeance eft légitime. Ciceron l'interrompt
pour lui reprocher l'abus affreux
qu'il fait de ce prétexte , & lui dit :
Rendre le glaive feul l'interprête des loix ,
Employer pour venger le meurtre de fon pere
Des flammes & du fer l'odieux miniftere ;
Donner à fes profcrits pour juges fes foldats ,
Du neveu de Céfar voilà les magiftrats.
Octave lui réplique que c'eft une néceffité
, que l'univers demande une forme
nouvelle , qu'il lui faut un Empereur , que
Ciceron doit le choifir , qu'ils doivent s'allier
pour mieux détruire Antoine ; il le
conjure enfin de l'aimer , & de devenir
fon
pere.
Abdique, je t'adopte , & ma fille eft à toi,
382 MERCURE DE FRANCE.
repart Ciceron. Des oreilles trop délicates
ont trouvé ce vers dur ; pour moi je ne le
trouve que fort ;je crois qu'un Romain ne
peut pas mieux répondre ni en moins de
mots . Tullie paroît , & fon pere fort eix
difant à Octave , qu'il la confulte ; & que
s'il l'aime , il la prenne pour modele .
Tullie traite Octave encore avec plus.
de fierté que n'a fait fon pere. Céfar , luis
dit-elle :
Regnez , fi vous l'ofez; mais croyez que Tullie
Sçaura bien ſe ſoustraire à votre tyrannie :
Si du fort des tyrans vous bravez les hazards
Il naîtra des Brutus autant que des Céfars.
Sur ce qu'il infifte , elle lui déclare fierement
qu'elle ne l'aime point , qu'elle eft
cependant prête à l'époufer , pourvû qu'il
renonce à l'Empire ; mais que s'il veut ufurper
l'autorité fuprême , il peut teindre le
diadême de fon fang. Cette hauteur romaine
oblige Octave de la quitter & de la
menacer de livrer fon pere à Fulvie. Sextus
, qu'elle reconnoît alors pour le fils de
Pompée , entre fur la fcéne , & demande à
Tullie le fujer de fa douleur. Elle l'inftruit
du danger preffant où font les jours de
fon pere , qui veut les unir avant fa mort.
Sextus finit le fecond acte , en la preffant
d'engager Ciceron à fuir fur fes vaiffeaux
FEVRIER. 1755. 183
-il eft honteux pour lui , ajoute-t- il , de fe
laiffer profcrire.
S'il veut m'accompagner je répons de fa vie,
El'amour couronné répondra de Tullie..
Il faut convenir que cet acte eft un peu
vuide d'action .
Ciceron , Tullie & Sextus ouvrent le troifieme.
Ciceron veut unir le fils de Pompée:
à fa fille ; mais elle s'y oppofe dans ce cruel
moment & le conjure de la fuivre en
Sicile avec Sextus il s'écrie ::
>-
Pour braver mes tyrans je veux mourir dáns Ro
me ;
En implorant les Dieux , c'eft moi fenl qu'elles
nomme:
Sextus lui parle alors en vrai fils de Pompée
, & lui dit :
Rome n'eft plus qu'un ſpectre , une ombre en Ita
lie ,
Dont le corps tout entier eft paffé dans l'Afie :
C'est là que noure honneur nous appelle aujour
d'hui ,
Rendons- nous à ſa voix , & marchons avec lui.
Ce n'eft pas le climat qui lui donna la vie;
C'eſt le coeur du Romain qui forme fa patrie.
184 MERCURE DE FRANCE.
2
Il vaut mieux fe flater d'un eſpoir téméraire
Que de céder au fort dès qu'il nous eft contraire.
Il faut du moins mourir les armes à la main ,
Le feul gente de mort digne d'un vrai Romain,
Mais mourir pour mourir n'eft qu'une folle
yvreffe ,
Trifte enfant de l'orgueil , que nourrit la pareffe.
où
Ciceron fort en leur difant qu'il ne
peut fe réfoudre à quitter l'Italie , mais
qu'il confent de fe rendre à Tufculum ,
il ira les joindre pour les unir enfemble ,
& qu'avant tout il veut revoir Mecene. A
peine eft- il parti qu'Octave entre ; & jaloux
de Sextus qu'il prend pour un chef
des Gaulois , il adreffe ainfi la parole à
Tullie .
Qu'il retourne en fon camp ,
C'eft parmi fes foldats qu'il trouvera fon rang,
Le faux Clodomir lui répond , avec une
fierté plus que Gauloife ,
Le fort de mes pareils ne dépend point de toi
Je ne releve ici que des Dieux & de moi.
Aux loix du grand Céfar nous rendîmes hommage
,
Mais ce ne fut jamais à titre d'efclavage.
Comme de la valeur il connoiffoit le prix ,
Il cftimoit en nous ce qui manque à ſon fils.
FEVRIER. 1755. 185
Octave à ces mots appelle les Licteurs ,
& il faut avouer que fon emportement
paroît fondé.
Tullie s'oppofe à fa rigueur , & prend
vivement la défenſe de Sextus . Le courroux
d'Octave en redouble ; il . lui répond
que ce Gaulois brave l'autorité des Triumvirs
, qu'il a fauvé plufieurs profcrits , &
qu'il mérite d'être puni comme un traître .
Sextus lui réplique :
Toi-même , applaudifſant à mes foins magnanimes
,
Tu devrois me louer de t'épargner des crimes ,
Et rougir , quand tu crois être au- deffus de moi ,
Qu'un Gaulois à tes yeux foit plus Romain que
toi,
Tullie lui demande fa vie. Octave forcé
par fon amour de la lui accorder , fe retire
en déguifant fon dépit. Sextus raffure Tullie
fur la crainte qu'elle a que fon rival
ne l'immole , & lui fait entendre qu'Octave
eft un tyran encore mal affermi, qu'il
le croit Gaulois , & qu'ayant beſoin du ſecours
de cette nation , il eft trop bon politique
pour ne la pas ménager. La frayeur
de Tullie s'accroît à l'afpect de Philippe ,
qu'elle prend pour un miniftre des vengeances
d'Octave. Philippe reconnoît Sex186
MERCURE DE FRANCE.
tus qu'il a élevé , & marque autant de
douleur que de furprife. Le fils de Pompée
reconnoît Philippe à fon tour , & lui
reproche d'avoir dégénéré de fa premiere
vertu. Cet affranchi fe jette à fes genoux ,
& lui dit qu'il ne les quittera pas qu'il n'ait
obtenu de lui la grace d'être écouté . Sextuş
le force de fe lever. Philippe lui raconte
qu'Octave inftruit de fa fidélité l'a pris
à fon fervice , mais qu'il n'a jamais trempé
dans fes forfaits. Il ajoute que ce Triumvir
ne croit plus que Sextus foit un Gaulois
, mais un ami de Brutus , & qu'il l'a
chargé du cruel emploi de l'affaffiner dans
la nuit . Il vient , continue- t-il , de paffer
chez Fulvie : je crains qu'il n'en coute la
vie à Ciceron .
Les momens nous font chers , & c'eſt fait de vos
jours ,
Și de ceux du tyran , je n'abrege le cours,
Choififfez du trépas de Célar , ou du vôtre ;-
Rien n'eft facré pour moi quand il s'agit de vous..
Sextus lui répond
L'affafinat , Philippe , eft indigne de nous
Avant que d'éclater il falloit l'entreprendre
Mais inftruit du projet je dois te le défendre .
Ce trait eft hiſtorique , & M. de Cré
FEVRIER. 1755. 187
billon s'en est heureufement fervi . Tullie
approuve Sextus , & termine l'acte en difant
:
Allons trouver mon pere , & remettons aux Dieux
Le foin de nous fauver de ces funeftes lieux.
Le quatrieme acte s'ouvre par un monologue
de Ciceron , qui jette les yeux fur
le tableau des profcriptions , & qui dit
avec tranſport , lorfqu'il y voir fon nom
Enfin je fuis profcrit , que mon ame eft ravie !
Je renais au moment qu'on m'arrache ma vie.
Mecene furvient , & le preffe de s'allier
à Céfar. Ciceron lui demande s'il lui fait
efperer que l'inftant de leur alliance fera la
fin de la profeription . Mecene lui répond
qu'Octave l'a fufpendue pour lui . Ciceron
pour réplique , lui montre fon nom écrit
fur le tableau.
Mecene fe récrie : ...
Dieux quelle trahison
S'il eft vrai que Céfar ait voulu vous proferire ,
Sur ce même tableau je vais me faire inferire.
Adieu : fi je ne puis vous fauver de fes coups ,
Vous me verrez combattre & mourir avec vous.
Octave paroît. Ciceron veut lui faire
189 MERCURE DE FRANCE.
de nouveaux reproches ; mais Octave lui
répond qu'il n'eft pas venu pour fe faire
juger , & qu'il lui demande Tullie pour
la derniere fois. Ciceron lui réplique que
c'eft moins fon amour que fa politique qui
lui fait fouhaiter la main de fa fille , &
qu'il veut par ce noeud les affocier à fes
fureurs. Octave offenfé , lui repart :
Ingrat , fi tu jouis de la clarté du jour ,
Apprens que tu ne dois ce bien qu'à mon amour .
Vois ton nom.
Ciceron lui dit avec un phlegme vraiment
Romain :
Je l'ai vû . Céfar , je t'en rends graces.
Octave alors fe dévoile tout entier , &
lui reproche qu'il protége Clodomir , &
qu'il veut l'unir à Tullie. Ciceron ne s'en
défend pas , & Céfar tranfporté de colere ,
fort en lui déclarant qu'il l'abandonne à
fon inimitié. Ciceron refté feul , dit qu'il
la préfere à une pitié qui deshonore celui
qu'elle épargne , & celui qui l'invoque. Il
eft inquiet fur le fort de fa fille & fur celui
de Sextus , mais il eft raffuré par leur
préfence ; il leur apprend qu'il eft profcrit.
Tous deux le conjurent de partir &
de profiter du moment qu'Octave lui laiſſe ;
FEVRIER. 1755.. 159
mais il s'obſtine à mourir . Philippe vient
avertir Sextus que fes amis font déja loin
des portes , & preffe Tullie de fuivre les
pas du fils de Pompée , en l'affurant qu'elle
n'a rien à craindre pour Ciceron , qu'il eft
chargé de veiller für fes jours , & qu'il va
le conduire à Tufculum. Ciceron quitte
Sextus & Tullie , en leur difant :
i
Adieu , triftes témoins de més voeux fuperflus.
Palais infortuné , je ne vous verrai plus.
Octave qui vient d'apprendre que le faux
Clodomir eft Sextus , fait éclater toute fa
colere , & jure d'immoler le fils de Pompée
, & Tullie même. Mecene entre tout
éploré. Octave effrayé , lui demande quel
eft le fujet de fa douleur. Mecene lui répond
, les yeux baignés de larmes :
Ingrat ! qu'avez-vous fait ?
Hélas ! hier encore il exiſtoit un homme
Qui fit par fes vertus les délices de Rome ;
Mémorable à jamais par fes talens divers ,
Dont le génie heureux éclairoit l'univers.
Il n'eft plus .... fon falut vous eût couvert de
gloire ,
Et de vos cruautés , effacé la mémoire.
Qu'ai -je beſoin encor de vous dire fon nom ?
Ahlaillez-moi vous fuir , & pleurer Ciceron.
190 MERCURE DE FRANCE.
Octave témoigne fa furprife , & rejette
ce crime fur Antoine. Mecene continue
ainfi :
L'intrepide Orateur a vu fans s'ébranler ,
Lever fur lui lebras qui l'alloit immoler :
C'eſt toi , Lena , dit-il ; que rien ne te retienne ;
J'ai défendu ta vie , atrache-moi la mienne.
Je ne me repens point d'avoir ſauvé tes jours ,
Puifque des miens , c'est toi qui dois trancher le
cours.
que
A ces mots , Ciceron lui préfente la tête ,
En s'écriant , Lena , frappe , la voilà prête.
Lena , tandis Pair retentiffoit de cris ,
L'abbat , court chez Fulvie en demander le prix.
Un objet fi touchant , loin d'attendrir ſon ame ,
N'a fait que redoubler le courroux qui l'enflam
me :
Les yeux étincelans de rage & de fureur ,
Elle embraffe Lena fans honte & fans pudeur ,
Saifit avec tranſport cette tête divine ,
Qui femble avec les Dieux difputer d'origine ,
En arrache . ... Epargnez à ma vive douleur
La fuite d'un récit qui vous feroit horreur.
Nous ne l'entendrons plus , du feu de fon génie ,
Répandre dans nos coeurs le charme & l'harmonie
:
Fulvie a déchiré de fes indignes mains
Cet objet précieux , l'oracle des humains.
Ce récit m'a paru trop beau pour en rien
FEVRIER. 1755. 191
retrancher. L'acteur * qui a joué le rolle de
Mecene , en a fenti tout le pathétique , &
l'a très-bien rendu. Tullie qui n'eft pas encore
inftruite de la mort de fon pere , vient
implorer pour lui la puiffance d'Octave ;
elle paroît un peu defcendre de fon caractere
, elle s'humilie même au point d'offrir ſa
main à Céfar, pourvû qu'elle foit le prix des
jours de Ciceron . Comme Octave ne peut
cacher fon embarras , & qu'il veut fortir ,
Tullie l'arrête ; & tournant fes regards
vers la tribune , elle s'écrie avec terreur :
Plus je l'ofe obferver , plus ma frayeur augmente.
Mecene ! la Tribune ... elle eſt toute fanglante.
Ce voile encor fumant cache quelque forfait.
N'importe , je veux voir. Dieux ! quel affreux
objet !
La tête de mon pere ! .. Ah! monftre impitoyable ,
A quels yeux offres- tu ce fpectacle effroyable ?
Elle fe tue , & tombe en expirant auprès
d'une tête fi chere.
Je n'ai point vû au théatre de dénoument
plus frappant ; je ne me laffe point
de le répéter . Ce tableau rendu par l'action
admirable de Mlle Clairon , infpire la terreur
la plus forte , & la pitié la plus tendre
. Ces deux fentimens réunis enfemble .
font la perfection du genre. La beauté du
M. de Bellecour
192 MERCURE DE FRANCE.
cinquiéme acte répond à celle du premier
& la catastrophe remplit tout ce que l'expofition
a promis ; elle a toute la force
Angloife , fans en avoir la licence. Pour
en convaincre le lecteur , je veux lui comparer
le dénouement de Philoclée , dont je
vais donner le programme , d'après l'extrait
inferé dans le Journal Etranger du
mois de Janvier.
Fermer
Résumé : COMEDIE FRANÇOISE.
Le texte critique la dixième représentation de la tragédie 'Le Triumvirat, ou la mort de Cicéron' par les Comédiens Français, qui a connu un succès mérité. La pièce, disponible chez Hochereau, raconte l'histoire de Tullie, fille de Cicéron, qui cherche à protéger son père des persécutions du Triumvirat. Tullie exprime son désespoir face aux horreurs de cette période et reproche à César et Pompée leurs actions. Elle révèle également la menace que représente Octave. Sextus, déguisé en Clodomir, propose une retraite à Tullie, mais elle refuse. Lepide suggère à Cicéron de s'exiler, mais Tullie l'encourage à rester et à affronter ses ennemis. Octave, accompagné de Mécène, tente de gagner la faveur de Cicéron en lui offrant de l'adopter et de protéger Tullie, mais ils rejettent ces propositions avec fierté. Sextus, reconnu comme le fils de Pompée, presse Cicéron de fuir. La pièce se poursuit avec des confrontations entre les personnages, chacun défendant ses valeurs et loyautés. Cicéron refuse de quitter Rome et exprime son désir de mourir en héros. Octave, jaloux de Sextus, menace de le punir, mais finit par lui accorder la vie. Philippe, un affranchi, révèle un complot contre Cicéron, et Sextus décide de le protéger. Tullie et Sextus se préparent à trouver Cicéron pour le sauver des dangers qui le menacent. La pièce se poursuit avec une confrontation dramatique entre Octave, Cicéron et d'autres personnages. Octave demande la main de Tullie, mais Cicéron refuse, accusant Octave de motivations politiques. Octave, offensé, rappelle à Cicéron qu'il lui doit la vie. Cicéron, imperturbable, avoue protéger Clodomir et vouloir l'unir à Tullie. Octave, furieux, déclare abandonner Cicéron à son inimitié. Cicéron, inquiet pour ses enfants, apprend qu'il est proscrit mais refuse de partir. Philippe avertit Sextus et Tullie de partir, assurant qu'il veillera sur Cicéron. Cicéron dit adieu à ses enfants et quitte le palais. Octave, apprenant que Sextus est le faux Clodomir, jure de les immoler. Mécène révèle à Octave la mort de Cicéron, tué par Lena sur ordre de Fulvie. Tullie, découvrant la tête de son père, meurt de chagrin. La pièce se conclut par un dénouement tragique, soulignant la terreur et la pitié inspirées par la mort de Cicéron.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5024
p. 199-200
A Mme FAVARD.
Début :
Aimable Auteur, te falloit-il encore [...]
Mots clefs :
Actrice de l'opéra
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : A Mme FAVARD.
A Mme FA VAR D.
AImable Auteur , te falloit- il encore
Ce titre , pour charmer & la Ville & la Cour
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE .
On trouve en toi Thalie & Terpfico re ,
Sous un maintien deffiné par l'Amour.
De ton art , la douce impoſture
Offre à mon efprit abuſe
Des images d'après nature ,
De maint caractere oppofé.
Mon coeur fe livre à chaque perſonnage
Qu'à mes yeux tu fais admirer ,
Et tu fçais le rendre volage ,
Sans qu'il cefle de t'adorer .
>
Cette penſée n'eft pas abfolument nouvelle
, mais elle eftrajeunie par l'expreffion.
On avoit donné autrefois la même
louange à une célébre actrice de l'Opera ;
mais je doute qu'elle l'eut mieux mérités
que Mme Favard.
AImable Auteur , te falloit- il encore
Ce titre , pour charmer & la Ville & la Cour
Iiv
200 MERCURE DE FRANCE .
On trouve en toi Thalie & Terpfico re ,
Sous un maintien deffiné par l'Amour.
De ton art , la douce impoſture
Offre à mon efprit abuſe
Des images d'après nature ,
De maint caractere oppofé.
Mon coeur fe livre à chaque perſonnage
Qu'à mes yeux tu fais admirer ,
Et tu fçais le rendre volage ,
Sans qu'il cefle de t'adorer .
>
Cette penſée n'eft pas abfolument nouvelle
, mais elle eftrajeunie par l'expreffion.
On avoit donné autrefois la même
louange à une célébre actrice de l'Opera ;
mais je doute qu'elle l'eut mieux mérités
que Mme Favard.
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Résumé : A Mme FAVARD.
L'auteur adresse une lettre à Mme Favard, actrice, pour louer ses talents. Il admire sa capacité à incarner divers personnages et à captiver le public. Son art crée des 'images d'après nature' et des 'caractères opposés'. L'auteur reconnaît avoir déjà exprimé cette pensée à une autre actrice célèbre de l'Opéra, mais estime que Mme Favard mérite davantage cette louange.
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5025
p. 5
VERS Pour mettre au dessous du portrait de M. de Seychelles, Contrôleur Général, Secrétaire & Ministre d'Etat.
Début :
Tel est ce Ministre fidele, [...]
Mots clefs :
Jean Moreau de Séchelles, Ministre
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : VERS Pour mettre au dessous du portrait de M. de Seychelles, Contrôleur Général, Secrétaire & Ministre d'Etat.
VERS
Pour mettre au deffous du portrait de M. de
Seychelles , Contrôleur Général , Sécrétaire
& Miniftre d'Etat.
T EL eft ce Miniftre fidelé ;
Placé par la vertu dans le confeil des Rois :
Son zéle , de Louis , juftifiera le choix :
C'eft Colbert qui revit fous les traits de Seychelle,
Pour mettre au deffous du portrait de M. de
Seychelles , Contrôleur Général , Sécrétaire
& Miniftre d'Etat.
T EL eft ce Miniftre fidelé ;
Placé par la vertu dans le confeil des Rois :
Son zéle , de Louis , juftifiera le choix :
C'eft Colbert qui revit fous les traits de Seychelle,
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5026
p. 6
MADRIGAL.
Début :
Au tems heureux où regnoit l'innocence, [...]
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : MADRIGAL.
MADRIGAL.
U tems heureux où regnoit l'innocence ,
On goûtoit en aimant mille & mille douceurs ;
Et les amours ne faifoient de dépenſe
Qu'en foins & qu'en tendres ardeurs.
Mais aujourd'hui , fans l'opulence
Il faut renoncer aux plaifirs ;
Un amant qui ne peut dépenfer qu'en foupirs
N'eft plus payé qu'en eſpérance.
U tems heureux où regnoit l'innocence ,
On goûtoit en aimant mille & mille douceurs ;
Et les amours ne faifoient de dépenſe
Qu'en foins & qu'en tendres ardeurs.
Mais aujourd'hui , fans l'opulence
Il faut renoncer aux plaifirs ;
Un amant qui ne peut dépenfer qu'en foupirs
N'eft plus payé qu'en eſpérance.
Fermer
5027
p. 6
A MADAME LA M. DE S....
Début :
Je crains l'Amour, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : A MADAME LA M. DE S....
A MADAME LA M. DE S ....
J E crains l'Amour ,
Je fuirai fon empire ,
Me difoit l'autre jour
La charmante Thémire.
Eh! pourquoi donc le redouter ainfi ?
Ses avantages font fans nombre ;
Raffurez-vous , ce n'eft pas un efprit ,
Vous vous effrayez de votre ombre.
Par M. de C. D.
J E crains l'Amour ,
Je fuirai fon empire ,
Me difoit l'autre jour
La charmante Thémire.
Eh! pourquoi donc le redouter ainfi ?
Ses avantages font fans nombre ;
Raffurez-vous , ce n'eft pas un efprit ,
Vous vous effrayez de votre ombre.
Par M. de C. D.
Fermer
5028
p. 7-26
L'ORIGINE DES EVENTAILS, A MADEMOISELLE .....
Début :
J'ai cru long tems, avec vous, Mademoiselle, que les éventails n'étoient [...]
Mots clefs :
Éventail, Éventails, Amour, Flore, Dame, Déesse, Dieux, Homme, Bosquet, Nymphe, Origine, Zéphyr
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : L'ORIGINE DES EVENTAILS, A MADEMOISELLE .....
L'ORIGINE
DES EVENTAILS
A MADEMOISELLE ....
•
J'ai cru long moiſelle , qu-teemlses, aévveenctaviolussn,'éMtaodieen-t
autre chofe que l'invention de quelque artifan
affez habile pour avoir fçu (paffez- moi
la métamorphofe ) renfermer des zéphirs
dans un morceau de papier ou de taffetas.
Je n'y vois point d'autre avantage
Pour les Dames , que l'agrément
D'avoir à leur commandement
Le fouffle que zéphir avoit feul en partage
Avant que l'on eut l'art de captiver le vent.
Vous penfiez la même chofe , Mademoifelle
, mais nous ne connoiffions gueres
, ni l'un ni l'autre , la véritable origine
& les magnifiques propriétés des éventails .
J'ai été tiré d'erreur par l'aventure dont je
vous ai promis la narration ; elle vous paroîtra
merveilleufe , mais fongez que la
vérité même a fes merveilles , & que cette
hiftoire peut être vraie , quoiqu'elle ne
paroiffe pas tout-à-fait vraisemblable .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
J'aime mieux , après tout , une plaifante fable ,
Qui peut mener l'efprit à quelque vérité ,
Que quelque hiftoire véritable ,
Sans but & fans moralité.
y aura un an l'été prochain , qu'après
m'être promené feul dans le Luxembourg
pendant un affez long tems , je fus me repofer
dans un bofquet de cet agréable jardin
, l'un des ornemens de Paris , quoique
la nature feule en faffe les frais , & que
l'art ne fe mette point en peine de le cultiver.
Il étoit près de huit heures du foir ; je
ne m'apperçus point en entrant dans le
bofquet que je marchois fur quelque chofe
; une efpéce de cri me fit regarder à
terre : un éventail fort joli étoit à mes
pieds ; je le ramaffai ; je ne fçais quel mouvement
fecret me fit defirer alors de connoître
la perfonne à qui cet éventail appartenoit.
Peut-être alors mon coeur étoit- il entraîné
Par ce doux inſtinct qui nous guide ,
Quand , par le moindre objet , l'homme eft déter
miné
A voler d'une aîle rapide
Wers le fexe enchanteur pour lequel il eft né.
Quoiqu'il en foit , je m'écriai fur le
MARS.
champ , & fans y penfer : à qui l'éventail ?
perfonne ne m'ayant répondu , j'allois le
mettre dans ma poche , lorfqu'une voix
me cria ; ami , que ne daignes-tu me demander
à moi -même à qui j'appartiens ?
Vous jugez bien , Mademoifelle , que
cette voix me furprit étrangement. Je regardai
de tous côtés , je ne découvris perfonne
l'épouvante commença à fuccéder
à l'étonnement : étoit- ce un démon ? étoitce
un génie ? les uns & les autres habitent
les bofquets. Cette voix n'avoit point un
corps , ou ce corps étoit invifible : dans
cette étrange conjoncture , je me rappellai
le fens du difcours , & mon étonnement
redoubla ; il paroiffoit même que l'éventail
m'avoit apoftrophé : nouveau fujet d'inquiétude
.
» Je vois ta ſurpriſe ( continua la voix ) ;
» c'eſt une preuve de ton ignorance.
Ami , tulanguis , je le voi ,
Dans les préjugés du vulgaire ;
Ton efprit ne recherche & ne découvre en moi
Qu'un inftrument fort ordinaire.
Je fçais qu'un éventail , pour un eſprit borné ,
N'eft qu'un morceau d'ivoire , un taffetas orné
D'une peinture inanimée :
Tandis qu'aux Dames deſtiné
Ce bijou , d'un zéphif , tient l'ame renfermée.
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ainfi donc , ô mortels ! à l'écorce attachés ,
Vous voyez tout le refte avec indifférence ;
Etfous nombre d'objets fimples en apparence
Vous ne pénétrez pas quels tréfors font cachés .
La voix pourfuivit , affis -toi fur ce ga
zon , approches l'éventail de ton oreille
& redoubles d'attention .
L'éventail que tu tiens n'eft autre chofe
qu'un malheureux zéphir , à qui fon inconftance
a couté cher.
J'aimois Flore , & j'en étois aimé , lorfque
ma légereté naturelle me fit voler vers
Pomone ; je trouvai fon coeur occupé ,
Vertumne étoit heureux .
Après avoir parcouru les états de quelques
autres divinités , je revins à Flore ;
elle m'aimoit toujours , & elle me pardonna
ma petite infidélité.
En amour la défertion
Nous infpire fouvent une ferveur nouvelle
Pour le premier objet de notre paffion.
Ne craignons point l'impreffion
Qu'une infidelité fera fur une belle ,
Pourvû que le bon goût & la réflexion,
Sçache nous ramener à propos auprès d'elle :
De ne faire jamais qu'un choix ,
Belles, fi vos amans fe faifoient une affaire ;
MARS. II 1755.
Votre gloire y perdroit , c'eft une choſe claire ;
De quatre amans , foumis tour à tour à vos loix ,
Il faudroit en retrancher trois.
Il faut bien , pour vous fatisfaire ,
Que notre coeur ait quelquefois
Des facrifices à vous faire.
Suivant cette maxime , mon retour vers
La Déeffe ne me guérit point de l'inconftance
; on eût dit que j'étois né François .
Lorfque je revins à la cour de Flore , j'y
trouvai une jeune nymphe fort aimable ,
& que je n'avois pas encore vûe ; on la
nommoit Aglaé : la voir & l'aimer fut mon
premier mouvement ; le fecond fut de
chercher à lui plaire. Aglaé avoit un coeur
neuf : conquête flatteufe ! je n'épargnai
rien pour me la procurer ; mais ce n'étoit
pas fans précautions : mon humeur volage
avoit rendu Flore clairvoyante.
Ce n'étoit pas une merveille.
Un amour trop certain de fa félicité ,
S'affoupit dans les bras de la fécurité ;
Mais il s'agite & ſe réveille ,
Dès qu'il entend la voix de l'infidelité .
J'étois obfervé de fi près que je fus
bien huit jours entiers à brûler conftamment
fans pouvoir le déclarer à l'aimable
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abſence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeffe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé .
Elle fe promenoit dans les jardins del
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons -nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS. 1755 : 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai -je auffitôt
en prenant une de fes belles mains :
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes - vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut- être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie . t.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eſt parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
-vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
le
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abfence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeſſe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé.
Élle ſe promenoit dans les jardins de
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons-nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS . 1755: 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui
juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai-je auffitôt
en prenant une de fes belles mains
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes- vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut-être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eft parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
- vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
le
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Flore ..... que je ferois à plaindre fi vous
changiez une feconde fois ! A ces mots
elle difparut.
Depuis ce moment elle m'évitoit , elle
s'obfervoit elle - même , elle fembloit fe repentir
d'une indifcrétion ; enforte que je
fus quelques jours fans pouvoir m'affurer
plus pofitivement de fes difpofitions à mon
égard : peut-être , me répondrez - vous ,
qu'elle m'en avoit affez dit à
Mais quel eft l'aveu favorable
Qui foit , je ne dis pas égal , mais comparable
A ce je vous aime charmant
Que l'on trouve fi defirable ?
Ces trois mots échappés d'une bouche adorable ,
Peuvent feuls contenter la maîtreffe & l'amant .
L'attente d'un aveu fi cher m'avoit rendu
rêveur contre mon ordinaire . Ma rêverie
me conduifit un jour dans une allée
fombre où le promenoit Aglaé. Dès qu'elle
me vit , elle entra , pour m'éviter , dans un
cabinet de rofiers , voifin d'un bofquet de
myrtes , où Flore alloit quelquefois fe repofer.
La jeune Nymphe ne foupçonnoit
pas que je l'euffe apperçue : j'étois à fes
genoux avant qu'elle eût fongé à m'ordonner
de me retirer . Elle voulut fortir ; je
Parrêtai : Ne craignez rien , lui dis-je , belle
Aglaé !
MARS . 1755.
Que mon empreffement ne vous foit point fufpect
:
Ma tendreffe pour vous eft pure & légitime ;
Le véritable amour est fondé fur l'eftime ,
Et l'eftime eft fuivie en tout tems du reſpect.
- Elle parut fe raffurer : une défiance affectée
eft fouvent plus dangereufe dans ces
occafions qu'une noble confiance mêlée
d'une fierté qui en impoſe à l'amant le plus
empreffé.
Je me défierois d'une prude
Qui me quitteroit brufquement ,
Ou me chafferoit d'un air rude ;
La vertu bien fincere agit tout fimplement.
4
Nous nous mîmes à caufer tranquillement.
Aglaé continua de cueillir des rofes
pour s'en faire un bouquet. J'en avois apperçu
une , la plus belle du monde , dans
un coin du cabinet : j'allois la cueillir
lorfqu'une épine me piqua fi vivement
qu'il m'échappa une plainte que la tendre
Aglaé accompagna d'un cri,: tous deux
nous trahirent .
Hélas ! les rofes les plus belles ,
Et qui par leur éclat charment le plus nos yeux ,
Cachent aux regards curieux
Les épines les plus cruelles.
16 MERCURE DE FRANCE.
Le plus fage feroit de n'en point approcher.
Mais , quoi ! de tant d'attraits le ciel les a pour
vûes ,
Que du moment qu'on les a vûes
On rifque tout pour les toucher .
Flore dormoit dans le bofquet demyrte ;
le cri d'Aglaé la réveilla ; elle accourut dans
le cabinet des rofiers : Dieux ! quel fut fon
étonnement ! Aglaé étoit affife fur un banc
de gazon , j'étois à genoux devant elle ,
tandis qu'avec un mouchoir de mouffeline
, l'aimable Nymphe fe hâtoit d'étancher
le fang qui fortoit de la piquûre que
je m'étois faire : la bleffure en elle-même
étoit peu de chofe ; mais eft - il de légers
accidens en amour ? Aglaé découvroit dans
fon action cet empreffement mêlé de crainte
que l'on a dans ces fortes d'occafions
pour les perfonnes que l'on aime.
En amour , le péril eft la pierre de touche :
Alors , quoiqu'une belle ait formé le projet
De tenir en filence & fes yeux & fa bouche ;
Dans le moindre accident qui frappe un cher ob
jet ,
L'ame fe réunit à celle qui la touche , :
Et la beauté la plus farouche
De fes craintes bientôt découvre le fujet.
Cette entrevûe auffi fatale pour nous
MARS. 1755. 17
que pour la Déeffe , ne fit que juftifier des
foupçons qu'elle avoit déja conçus : elle
diffimula cependant , & parut même plus
tranquille fur mon compte ; mais elle méditoit
une vengeance qui devoir m'ôter
pour toujours le defir , ou , fi vous voulez
, le plaifir de changer .
Quelques jours après cet incident , Flore
fit avertir Aglaé de venir lui parler en
particulier la pauvre Nymphe obéit en
tremblant. Raffurez- vous , lui dit -elle , je
ne veux point vous faire de mal ; je fuis
charmée , puifque Zéphir m'abandonne
que ce foit du moins pour une perfonne
qui le mérite. Mais , Aglaé , quand vous
lui avez permis quelque efpérance , avez .
vous bien refléchi fur le caractere de votre
amant ? les fermens qu'il vous a faits fans
doute , ne me les avoit- il pas faits à moi
même ? que dis-je ? ne me les avoit- il pas
mille fois réitérés ? avez - vous plus d'em
pire fur lui que je crois en avoir ? & s'il
change encore quelle fera votre deftinée
?
>
Au commencement de ce difcours
Aglaé n'avoit reffenti que de la confufion :
ces derniers mots lui firent répandre des
larmes ; elles furent fa réponſe.
Je vous plains d'autant plus , continua
la Déeffe , que vous aimez de bonne foi
18 MERCURE DE FRANCE.
le plus volage de tous les amans ; il eft cependant
pour vous un moyen de prévenir
fon infidélité. On vient de me faire préfent
d'une petite baguette d'ivoire qui a
la vertu de fixer les inconftans : je vous
la donne , j'en aurois fait ufage pour moimême
, fi Zéphir ne m'eût point quittée
pour vous : il n'eft plus tems , & peut-être
même que demain il feroit trop tard pour
vous.
Incapable de trahisons ;
La fincere vertu l'eft auffi de foupçons.
Aglaé ne vit dans cette offre de Flore
qu'une marque de protection . Elle fortit
après avoir baifé la main de la Déeffe
avec le témoignage de la plus vive reconnoiſſance
. Hélas ! elle ne prévoyoit pas
combien ce préfent alloit nous être fatal
à tous les deux .
Elle accourut d'un air gai me faire part de
la prétendue clémence de Flore ; mais elle
ne me dit rien de la fatale baguette, dans la
crainte apparemment d'en empêcher l'effet .
Je ne me défiois de rien : la gaité d'Aglaé
me charmoit ; je me mis à folâtrer avec
elle : j'apperçus la petite baguette d'ivoire ,
je la trouvai jolie : je voulus la dérober ' ;
Aglaé la retint , elle m'en donna en badiMARS.
1755 . 19
nant de petits coups fur les ailes : funefte
badinage !
A peine cus-je été frappé du fatal préfent
de Flore , qu'il fe fit en moi une métamorphofe
auffi prompte que prodigieufe.
La baguette enchantée fe fendit en plu
fieurs petites languettes minces qui forment
les bâtons que vous tenez : mes aîles
s'étant réunies auffi - tôt , fe colerent fur
l'ivoire , & formerent ce que l'on appelle
vulgairement un éventail fuis toujours
Zéphir , quoique j'aie perdu mon ancienne
forme.
En fuis-je donc moins eftimable
N'ai- je pas confervé l'heureufe faculté
De répandre dans l'air cette fraîcheur aimable
Qui défend la beauté
Contre les chaleurs de l'été ?
En vain l'aftre du jour veut lui faire la guerre ,
J'ai l'art de l'en débarraffer.
Ce font toujours les fleurs que j'aime à careffer ;
Non celles qu'autrefois j'aimois dans un parterre ,
Mais celles que les Dieux ont pris foin de verfer
Sur le teint éclatant des Reines de la terre.
Mon changement en éventail fut pour
Aglaé le coup le plus terrible . J'ai fçu depuis
qu'elle n'avoit pû furvivre à mon
malheur , & j'ofe ajouter au fien . Pou
20 MERCURE DE FRANCE.
voit elle defirer de me fixer à ce prix ?
J'ai paffé en différentes mains depuis ma
métamorphofe ; les Dieux m'ont laiffé l'ufage
de la parole pour inftruire l'univers
de mon origine & de mes différentes propriétés.
Comment ( dis- je au Zéphir métamor
phofé ) , vous fervez donc à plus d'une
chofe ?
Que tu es novice , me répondit-il , Â
tu ignores en combien de manieres je puiš
être utile au beau fexe !
Vas , crois- moi , ce feroit trop peu pour
les Dames de n'avoir en moi qu'un zéphir
à leurs ordres , il eft des occafions où je
leur fuis d'une toute autre utilité.
Croirois-tu , par exemple , que j'ai bonne
part à certaines converfations ? Il y a
quelque tems que j'appartenois à une jeune
veuve , qui dans ces fortes de cas
fe fervoit de moi merveilleufement bien.
Comme elle a de la beauté , mais peu
d'efprit ,
S'entend-elle agacer par quelque compliment
Elle répond fuccintement ;
Mais elle fçait en récompenſe
Badiner fort éloquemment
Avec fon éventail , dont le jeu la difpenfe
De s'énoncer plus clairement :
MARS. 1755. 21
O! l'agréable truchement !
Sans faire plus grande dépenſe
Et d'efprit & de jugement ,
Dans un cercle , Cloris fe donne adroitement
L'air d'une perfonne qui penſe ;
Et l'évantail alors fert admirablement.
Elle le tient appuyé fur fes levres , à peu
près dans l'attitude du Dieu du filence repréfenté
tenant un cachet ou fon doigt fur
fa bouche. C'eft ainfi qu'une fotte rêverie
paffe pour une fpirituelle méditation .
Que de Dames fort eftimables d'ailleurs , à
qui il n'en a jamais coûté qu'une femblable
attitude , pour fe donner dans le monde
la réputation d'êtres penfans !
yeut-on de l'éventail faire quelqu'autre ufage ?
Que l'on me tienne déployé ,
Et qu'alors je fois employé
A cacher , de côté , la moitié du viſage :
Voilà dans un monde poli-,
Et le voile le plus modeſte ,
Et le mafque le plus joli
Pour en faire accroire de refte ,
Aux oncles , aux tuteurs , aux papas , aux ma
mans ,
Aux maris , & même aux amans, -
C'eft ainfi qu'à fa confidente ,
Ou bien à fon héros , une fille prudente
22 MERCURE DE FRANCE.
Parle à l'abri de l'éventail ;
Car on n'affiche plus l'amour à fon de trompe ,
Et ce n'eft plus en gros , meres , que l'on vous
trompe :
On aime à petit bruit , & l'on dupe en détail.
Cette façon de mafque eft encore à l'ufage
des Dames , qui fe difent à l'oreille
de jolis riens ; elles leur donnent par là
un air d'importance & de myftere. Autre
avantage que l'on retire de l'éventail,
Sur l'objet de fa paſſion ,
L'éloquence d'un homme aimable
Fait-elle quelque impreffion ?
On cache une rougeur ou fauffe ou véritable
Avec un éventail , dont on fçait ſe couvrir ;
Et quelquefois auffi c'eft un tour plein d'adrefle
Pour faire deviner des fignes de tendreffe
Que la bouche balance encore à découvrir.
Un jeune Cavalier , moins fage qu'amoureux ¿
Qu'un tendre aveu rend téméraire ,
Ofe-t-il hazarder quelque gefte contraire
A ce que la décence exige de fes feux
Mieux que par une réprimande ,
Par un coup d'éventail , le tendron irrité
En impofe au galant , qui s'étoit écarté
la raifon commande .
De ce que
Mais j'entends que l'on me demande
Si le coup d'éventail eft donné des plus lourds ;
MARS.
23 1755 .
Je réponds : des amans faifons la différence ,
On bat ceux que l'on voit avec indifférence
Mais on fait patte de velours
Sur le galant de préférence ,
Au furplus , cette partie de mon exer
cice eft celle qui demande le plus de précifion
l'amour eft un enfant bien malin ;
fouvent on l'agace en croyant le rebuter ;
c'eſt aux Dames à ne pas s'y méprendre .
:
Que vous dirai-je encore ? je connois
une vieille Marquife , dont la foibleſſe eſt
de vouloir être regardée : elle y réuffic
quelquefois par la fingularité de fon ajuſtement.
Il y a quelque tems qu'elle fe faufila
dans une compagnie de jeunes perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ; elle quête
des regards , à peine y fait- on attention :
la pauvre
Marquife
étoit
ifolée
au milieu
de douze
perfonnes
. Pour
derniere
reffource
, elle laiſſe
tomber
fon éventail
;
un jeune
homme
le ramaffe
, le rend poliment
à la Marquife
, & fe tourne
de l'autre
côté. La formalité
remplie
, il ne fut
pas feulement
queſtion
d'un clin d'oeil
, il
fallut
fortir
fans avoir
eu le bonheur
de fe
faire
regarder.
Une jeune Agnès fe fert plus heureuſement
du même ſtratagême ; fon amant lui
écrit , elle fait une réponse ; l'embarras eft
24 MERCURE DE FRANCE.
de la donner fans que l'on s'en apperçoive
; on attend l'occafion que l'on foit à
côté l'un de l'autre : l'Agnès laiffe adroitement
tomber l'éventail , le jeune Cavalier
le ramaffe , le préfente à fa maîtreffe , qui
faifit l'inftant pour lui gliffer dans la main
le billet qu'elle tehoit tout prêt dans la
fienne .
Eh ! que d'autres beautés en uferoient
ainfi !
Quelquefois
il arrive auffi
Qu'avec un air diftrait & fimple en apparence ,
Mais au fond , avec un air fin ,
En fe mettant au jeu , l'on donne à ſon voiſin
L'éventail à garder : aimable préférence !
Enfuite on feint de l'oublier
Lorfqu'à s'expliquer on héfite ,
Et cet heureux oubli fournit au cavalier
Un pretexte innocent de premiere vifite..
En un mot , je n'aurois jamais fait fi je
voulois vous développer dans toutes fes
parties le fublime exercice de l'éventail :
il répond à ceux du chapeau , de la canne ,
& de la tabatiere ; c'eft tout dire.
Et je ne vous parle que de ce que je
fçais , fans compter les méthodes que je
puis ignorer , mes confreres les ayant imaginées
fans moi . Car il eft bon de vous
dire que plufieurs zéphirs ont été tentés ,
fur
MARS . 1755. 25
fur mon exemple d'être métamorphofés en
éventails ; quelques uns par malice , d'autres
pour réparer de bonne foi la réputation
de légereté qui les avoient perdus
auprès des Dames , par les fervices continuels
qu'ils leur rendent ; & les Dames ,
à leur tour , par un motif de reconnoiffance
ou d'intérêt , ne nous abandonnent
pas même dans la faifon où les zéphyrs
font de trop preuve remarquable de toutes
nos autres propriétés,
Que d'éventails grands & petits ,
Pourroient vous raconter la choſe ;
Si tous les inconftans étoient affujettis
A la même métamorphofe ?
On affure même , continua le zéphyr ,
que les Cavaliers François , & fur-tout les
petits-maîtres , ont imaginé depuis peu
de porter en été des éventails de poche .
Après avoir partagé avec les Dames les .
mouches , le rouge , & les ponpons , je ne
crois pas que ces Meffieurs rifquent de
paroître plus ridicules en partageant auffi
l'exercice de l'éventail.
A peine mon zéphyr hiftorien eut - il
achevé ces mots , que je fus abordé par
un grand jeune homme , qu'il me dit être
de robe : il me demanda fi dans ce même
endroit je n'avois pas trouvé par hazard
B
26 MERCURE DE FRANCE .
l'éventail qu'une Dame avoit égaré. Pendant
qu'il me faifoit une longue defcription
de l'éventail , le zéphyr me dit
à l'oreille : voilà le favori de ma maîtreffe ;
c'est une actrice fort aimable : ce jeune
Confeiller l'avoit accompagnée dans ce
bofquet ; mais dès qu'ils ont apperçu certain
plumet , concurrent redoutable pour
un homme de robe , ils fe font levés avec
tant de précipitation que l'éventail eft reſté
fur la place. Cela m'arrive fouvent dans les
tête-à-têtes. Adieu .
Je rendis au Confeiller l'éventail de fa
Déefle , & je me retirai plein de réflexions
qu'une matiere auffi intéreffante ne doit
pas manquer d'infpirer .
Voilà , Mademoiſelle , l'Origine des éventails.
Et voilà , foit dit entre nous •
Ce que je n'aurois point griffonné pour toute autre.
A propos d'éventail , fi l'Amour d'un air doux
Venoit fe mettre à vos genoux ,
Croyez-moi , fervez - vous du vôtre
Pour le repouffer loin de vous ;
Je le connois , le bon apôtre ,
Le plus fage fait bien des fous.
DES EVENTAILS
A MADEMOISELLE ....
•
J'ai cru long moiſelle , qu-teemlses, aévveenctaviolussn,'éMtaodieen-t
autre chofe que l'invention de quelque artifan
affez habile pour avoir fçu (paffez- moi
la métamorphofe ) renfermer des zéphirs
dans un morceau de papier ou de taffetas.
Je n'y vois point d'autre avantage
Pour les Dames , que l'agrément
D'avoir à leur commandement
Le fouffle que zéphir avoit feul en partage
Avant que l'on eut l'art de captiver le vent.
Vous penfiez la même chofe , Mademoifelle
, mais nous ne connoiffions gueres
, ni l'un ni l'autre , la véritable origine
& les magnifiques propriétés des éventails .
J'ai été tiré d'erreur par l'aventure dont je
vous ai promis la narration ; elle vous paroîtra
merveilleufe , mais fongez que la
vérité même a fes merveilles , & que cette
hiftoire peut être vraie , quoiqu'elle ne
paroiffe pas tout-à-fait vraisemblable .
A iv
8 MERCURE DE FRANCE.
J'aime mieux , après tout , une plaifante fable ,
Qui peut mener l'efprit à quelque vérité ,
Que quelque hiftoire véritable ,
Sans but & fans moralité.
y aura un an l'été prochain , qu'après
m'être promené feul dans le Luxembourg
pendant un affez long tems , je fus me repofer
dans un bofquet de cet agréable jardin
, l'un des ornemens de Paris , quoique
la nature feule en faffe les frais , & que
l'art ne fe mette point en peine de le cultiver.
Il étoit près de huit heures du foir ; je
ne m'apperçus point en entrant dans le
bofquet que je marchois fur quelque chofe
; une efpéce de cri me fit regarder à
terre : un éventail fort joli étoit à mes
pieds ; je le ramaffai ; je ne fçais quel mouvement
fecret me fit defirer alors de connoître
la perfonne à qui cet éventail appartenoit.
Peut-être alors mon coeur étoit- il entraîné
Par ce doux inſtinct qui nous guide ,
Quand , par le moindre objet , l'homme eft déter
miné
A voler d'une aîle rapide
Wers le fexe enchanteur pour lequel il eft né.
Quoiqu'il en foit , je m'écriai fur le
MARS.
champ , & fans y penfer : à qui l'éventail ?
perfonne ne m'ayant répondu , j'allois le
mettre dans ma poche , lorfqu'une voix
me cria ; ami , que ne daignes-tu me demander
à moi -même à qui j'appartiens ?
Vous jugez bien , Mademoifelle , que
cette voix me furprit étrangement. Je regardai
de tous côtés , je ne découvris perfonne
l'épouvante commença à fuccéder
à l'étonnement : étoit- ce un démon ? étoitce
un génie ? les uns & les autres habitent
les bofquets. Cette voix n'avoit point un
corps , ou ce corps étoit invifible : dans
cette étrange conjoncture , je me rappellai
le fens du difcours , & mon étonnement
redoubla ; il paroiffoit même que l'éventail
m'avoit apoftrophé : nouveau fujet d'inquiétude
.
» Je vois ta ſurpriſe ( continua la voix ) ;
» c'eſt une preuve de ton ignorance.
Ami , tulanguis , je le voi ,
Dans les préjugés du vulgaire ;
Ton efprit ne recherche & ne découvre en moi
Qu'un inftrument fort ordinaire.
Je fçais qu'un éventail , pour un eſprit borné ,
N'eft qu'un morceau d'ivoire , un taffetas orné
D'une peinture inanimée :
Tandis qu'aux Dames deſtiné
Ce bijou , d'un zéphif , tient l'ame renfermée.
A v
10 MERCURE DE FRANCE .
Ainfi donc , ô mortels ! à l'écorce attachés ,
Vous voyez tout le refte avec indifférence ;
Etfous nombre d'objets fimples en apparence
Vous ne pénétrez pas quels tréfors font cachés .
La voix pourfuivit , affis -toi fur ce ga
zon , approches l'éventail de ton oreille
& redoubles d'attention .
L'éventail que tu tiens n'eft autre chofe
qu'un malheureux zéphir , à qui fon inconftance
a couté cher.
J'aimois Flore , & j'en étois aimé , lorfque
ma légereté naturelle me fit voler vers
Pomone ; je trouvai fon coeur occupé ,
Vertumne étoit heureux .
Après avoir parcouru les états de quelques
autres divinités , je revins à Flore ;
elle m'aimoit toujours , & elle me pardonna
ma petite infidélité.
En amour la défertion
Nous infpire fouvent une ferveur nouvelle
Pour le premier objet de notre paffion.
Ne craignons point l'impreffion
Qu'une infidelité fera fur une belle ,
Pourvû que le bon goût & la réflexion,
Sçache nous ramener à propos auprès d'elle :
De ne faire jamais qu'un choix ,
Belles, fi vos amans fe faifoient une affaire ;
MARS. II 1755.
Votre gloire y perdroit , c'eft une choſe claire ;
De quatre amans , foumis tour à tour à vos loix ,
Il faudroit en retrancher trois.
Il faut bien , pour vous fatisfaire ,
Que notre coeur ait quelquefois
Des facrifices à vous faire.
Suivant cette maxime , mon retour vers
La Déeffe ne me guérit point de l'inconftance
; on eût dit que j'étois né François .
Lorfque je revins à la cour de Flore , j'y
trouvai une jeune nymphe fort aimable ,
& que je n'avois pas encore vûe ; on la
nommoit Aglaé : la voir & l'aimer fut mon
premier mouvement ; le fecond fut de
chercher à lui plaire. Aglaé avoit un coeur
neuf : conquête flatteufe ! je n'épargnai
rien pour me la procurer ; mais ce n'étoit
pas fans précautions : mon humeur volage
avoit rendu Flore clairvoyante.
Ce n'étoit pas une merveille.
Un amour trop certain de fa félicité ,
S'affoupit dans les bras de la fécurité ;
Mais il s'agite & ſe réveille ,
Dès qu'il entend la voix de l'infidelité .
J'étois obfervé de fi près que je fus
bien huit jours entiers à brûler conftamment
fans pouvoir le déclarer à l'aimable
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abſence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeffe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé .
Elle fe promenoit dans les jardins del
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons -nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS. 1755 : 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai -je auffitôt
en prenant une de fes belles mains :
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes - vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut- être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie . t.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eſt parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
-vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
le
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
12 MERCURE DE FRANCE.
Aglaé ; cependant au bout de ce long ter
me , Flore ayant été appellée au confeil
des Dieux , pour l'ornement d'une fête que
Jupiter vouloit donner , fon abfence me
laiffa la liberté d'entretenir mon adorable
nymphe : je ne fçais fi elle avoit deviné
que j'aurois à lui parler ; elle fe difpenfa ,
fur quelque prétexte , de fuivre la Déeſſe.
Quant à moi je trouvai le fecret de m'échapper
de la falle du confeil olympique ,
& je volai vers Aglaé.
Élle ſe promenoit dans les jardins de
Flore : eh quoi ! me dit- elle d'un air tout
charmant , vous n'êtes donc pas refté avec
la Déeffe ? croyez- vous , lui dis- je , ô mon
aimable Aglaé , qu'il y ait des fêtes pour
moi où vous n'êtes pas ? alors je me jettai
à fes genoux , & je lui déclarai avec tranfport
l'amour qu'elle m'avoit infpirée.
Que faites-vous ? s'écria-t elle , que deviendrois-
je fi Flore nous furprenoit enfemble
? Ne craignez rien , chere Aglaé ,
Flore eft retenue dans les cieux ; n'ayez
d'attention que pour un amant qui ne voit
que vous.
Ah ! par une crainte frivole
Pourquoi troublerons-nous ces momens fortunés ?
Déja cet heureux tems s'envole ,
Cruelle , & vous l'empoifonnez.
MARS . 1755: 13
Hélas ! me répondit Aglaé , avec une
fimplicité trifte & naïve , je vous écoutois
il y a quelques jours parler à Flore , vous
fui
juriez un amour éternel , & vous m'aimez
, dites-vous ? Oui , répliquai-je auffitôt
en prenant une de fes belles mains
oui , belle Aglaé , je vous adore , & je
n'adore que vous feule ; êtes- vous déterminée
à m'ôter tout eſpoir , à moi , l'amant
le plus tendre & le plus fidele qui fut
jamais ?
Sur ces fermens , continua l'Eventail ,
en s'interrompant lui - même , vous me
croyez peut-être le plus traître de tous
les zéphirs , vous m'accufez de perfidie.
Mais ce feroit me faire injure ;
L'inconftance eft l'effet d'une invincible loi :
Et l'amant volage eft parjure
Sans être de mauvaiſe foi.
Cependant le ceeur rempli de ma nouvelle
paffion , j'attendois aux pieds d'Aglaé
qu'elle daignât prononcer mon arrêt : Levez
- vous , me dit - elle , je tremble que
Flore ne furvienne . Eh ! quoi , lui répliquai-
je , toujours des craintes , & pas
moindre efpoir ! Que voulez- vous que je
vous dife , me répondit Aglaé , en tourmant
vers moi les plus beaux yeux du monde
? .... Ah ! Zephir , vous avez aimé
le
14 MERCURE DE FRANCE.
1
Flore ..... que je ferois à plaindre fi vous
changiez une feconde fois ! A ces mots
elle difparut.
Depuis ce moment elle m'évitoit , elle
s'obfervoit elle - même , elle fembloit fe repentir
d'une indifcrétion ; enforte que je
fus quelques jours fans pouvoir m'affurer
plus pofitivement de fes difpofitions à mon
égard : peut-être , me répondrez - vous ,
qu'elle m'en avoit affez dit à
Mais quel eft l'aveu favorable
Qui foit , je ne dis pas égal , mais comparable
A ce je vous aime charmant
Que l'on trouve fi defirable ?
Ces trois mots échappés d'une bouche adorable ,
Peuvent feuls contenter la maîtreffe & l'amant .
L'attente d'un aveu fi cher m'avoit rendu
rêveur contre mon ordinaire . Ma rêverie
me conduifit un jour dans une allée
fombre où le promenoit Aglaé. Dès qu'elle
me vit , elle entra , pour m'éviter , dans un
cabinet de rofiers , voifin d'un bofquet de
myrtes , où Flore alloit quelquefois fe repofer.
La jeune Nymphe ne foupçonnoit
pas que je l'euffe apperçue : j'étois à fes
genoux avant qu'elle eût fongé à m'ordonner
de me retirer . Elle voulut fortir ; je
Parrêtai : Ne craignez rien , lui dis-je , belle
Aglaé !
MARS . 1755.
Que mon empreffement ne vous foit point fufpect
:
Ma tendreffe pour vous eft pure & légitime ;
Le véritable amour est fondé fur l'eftime ,
Et l'eftime eft fuivie en tout tems du reſpect.
- Elle parut fe raffurer : une défiance affectée
eft fouvent plus dangereufe dans ces
occafions qu'une noble confiance mêlée
d'une fierté qui en impoſe à l'amant le plus
empreffé.
Je me défierois d'une prude
Qui me quitteroit brufquement ,
Ou me chafferoit d'un air rude ;
La vertu bien fincere agit tout fimplement.
4
Nous nous mîmes à caufer tranquillement.
Aglaé continua de cueillir des rofes
pour s'en faire un bouquet. J'en avois apperçu
une , la plus belle du monde , dans
un coin du cabinet : j'allois la cueillir
lorfqu'une épine me piqua fi vivement
qu'il m'échappa une plainte que la tendre
Aglaé accompagna d'un cri,: tous deux
nous trahirent .
Hélas ! les rofes les plus belles ,
Et qui par leur éclat charment le plus nos yeux ,
Cachent aux regards curieux
Les épines les plus cruelles.
16 MERCURE DE FRANCE.
Le plus fage feroit de n'en point approcher.
Mais , quoi ! de tant d'attraits le ciel les a pour
vûes ,
Que du moment qu'on les a vûes
On rifque tout pour les toucher .
Flore dormoit dans le bofquet demyrte ;
le cri d'Aglaé la réveilla ; elle accourut dans
le cabinet des rofiers : Dieux ! quel fut fon
étonnement ! Aglaé étoit affife fur un banc
de gazon , j'étois à genoux devant elle ,
tandis qu'avec un mouchoir de mouffeline
, l'aimable Nymphe fe hâtoit d'étancher
le fang qui fortoit de la piquûre que
je m'étois faire : la bleffure en elle-même
étoit peu de chofe ; mais eft - il de légers
accidens en amour ? Aglaé découvroit dans
fon action cet empreffement mêlé de crainte
que l'on a dans ces fortes d'occafions
pour les perfonnes que l'on aime.
En amour , le péril eft la pierre de touche :
Alors , quoiqu'une belle ait formé le projet
De tenir en filence & fes yeux & fa bouche ;
Dans le moindre accident qui frappe un cher ob
jet ,
L'ame fe réunit à celle qui la touche , :
Et la beauté la plus farouche
De fes craintes bientôt découvre le fujet.
Cette entrevûe auffi fatale pour nous
MARS. 1755. 17
que pour la Déeffe , ne fit que juftifier des
foupçons qu'elle avoit déja conçus : elle
diffimula cependant , & parut même plus
tranquille fur mon compte ; mais elle méditoit
une vengeance qui devoir m'ôter
pour toujours le defir , ou , fi vous voulez
, le plaifir de changer .
Quelques jours après cet incident , Flore
fit avertir Aglaé de venir lui parler en
particulier la pauvre Nymphe obéit en
tremblant. Raffurez- vous , lui dit -elle , je
ne veux point vous faire de mal ; je fuis
charmée , puifque Zéphir m'abandonne
que ce foit du moins pour une perfonne
qui le mérite. Mais , Aglaé , quand vous
lui avez permis quelque efpérance , avez .
vous bien refléchi fur le caractere de votre
amant ? les fermens qu'il vous a faits fans
doute , ne me les avoit- il pas faits à moi
même ? que dis-je ? ne me les avoit- il pas
mille fois réitérés ? avez - vous plus d'em
pire fur lui que je crois en avoir ? & s'il
change encore quelle fera votre deftinée
?
>
Au commencement de ce difcours
Aglaé n'avoit reffenti que de la confufion :
ces derniers mots lui firent répandre des
larmes ; elles furent fa réponſe.
Je vous plains d'autant plus , continua
la Déeffe , que vous aimez de bonne foi
18 MERCURE DE FRANCE.
le plus volage de tous les amans ; il eft cependant
pour vous un moyen de prévenir
fon infidélité. On vient de me faire préfent
d'une petite baguette d'ivoire qui a
la vertu de fixer les inconftans : je vous
la donne , j'en aurois fait ufage pour moimême
, fi Zéphir ne m'eût point quittée
pour vous : il n'eft plus tems , & peut-être
même que demain il feroit trop tard pour
vous.
Incapable de trahisons ;
La fincere vertu l'eft auffi de foupçons.
Aglaé ne vit dans cette offre de Flore
qu'une marque de protection . Elle fortit
après avoir baifé la main de la Déeffe
avec le témoignage de la plus vive reconnoiſſance
. Hélas ! elle ne prévoyoit pas
combien ce préfent alloit nous être fatal
à tous les deux .
Elle accourut d'un air gai me faire part de
la prétendue clémence de Flore ; mais elle
ne me dit rien de la fatale baguette, dans la
crainte apparemment d'en empêcher l'effet .
Je ne me défiois de rien : la gaité d'Aglaé
me charmoit ; je me mis à folâtrer avec
elle : j'apperçus la petite baguette d'ivoire ,
je la trouvai jolie : je voulus la dérober ' ;
Aglaé la retint , elle m'en donna en badiMARS.
1755 . 19
nant de petits coups fur les ailes : funefte
badinage !
A peine cus-je été frappé du fatal préfent
de Flore , qu'il fe fit en moi une métamorphofe
auffi prompte que prodigieufe.
La baguette enchantée fe fendit en plu
fieurs petites languettes minces qui forment
les bâtons que vous tenez : mes aîles
s'étant réunies auffi - tôt , fe colerent fur
l'ivoire , & formerent ce que l'on appelle
vulgairement un éventail fuis toujours
Zéphir , quoique j'aie perdu mon ancienne
forme.
En fuis-je donc moins eftimable
N'ai- je pas confervé l'heureufe faculté
De répandre dans l'air cette fraîcheur aimable
Qui défend la beauté
Contre les chaleurs de l'été ?
En vain l'aftre du jour veut lui faire la guerre ,
J'ai l'art de l'en débarraffer.
Ce font toujours les fleurs que j'aime à careffer ;
Non celles qu'autrefois j'aimois dans un parterre ,
Mais celles que les Dieux ont pris foin de verfer
Sur le teint éclatant des Reines de la terre.
Mon changement en éventail fut pour
Aglaé le coup le plus terrible . J'ai fçu depuis
qu'elle n'avoit pû furvivre à mon
malheur , & j'ofe ajouter au fien . Pou
20 MERCURE DE FRANCE.
voit elle defirer de me fixer à ce prix ?
J'ai paffé en différentes mains depuis ma
métamorphofe ; les Dieux m'ont laiffé l'ufage
de la parole pour inftruire l'univers
de mon origine & de mes différentes propriétés.
Comment ( dis- je au Zéphir métamor
phofé ) , vous fervez donc à plus d'une
chofe ?
Que tu es novice , me répondit-il , Â
tu ignores en combien de manieres je puiš
être utile au beau fexe !
Vas , crois- moi , ce feroit trop peu pour
les Dames de n'avoir en moi qu'un zéphir
à leurs ordres , il eft des occafions où je
leur fuis d'une toute autre utilité.
Croirois-tu , par exemple , que j'ai bonne
part à certaines converfations ? Il y a
quelque tems que j'appartenois à une jeune
veuve , qui dans ces fortes de cas
fe fervoit de moi merveilleufement bien.
Comme elle a de la beauté , mais peu
d'efprit ,
S'entend-elle agacer par quelque compliment
Elle répond fuccintement ;
Mais elle fçait en récompenſe
Badiner fort éloquemment
Avec fon éventail , dont le jeu la difpenfe
De s'énoncer plus clairement :
MARS. 1755. 21
O! l'agréable truchement !
Sans faire plus grande dépenſe
Et d'efprit & de jugement ,
Dans un cercle , Cloris fe donne adroitement
L'air d'une perfonne qui penſe ;
Et l'évantail alors fert admirablement.
Elle le tient appuyé fur fes levres , à peu
près dans l'attitude du Dieu du filence repréfenté
tenant un cachet ou fon doigt fur
fa bouche. C'eft ainfi qu'une fotte rêverie
paffe pour une fpirituelle méditation .
Que de Dames fort eftimables d'ailleurs , à
qui il n'en a jamais coûté qu'une femblable
attitude , pour fe donner dans le monde
la réputation d'êtres penfans !
yeut-on de l'éventail faire quelqu'autre ufage ?
Que l'on me tienne déployé ,
Et qu'alors je fois employé
A cacher , de côté , la moitié du viſage :
Voilà dans un monde poli-,
Et le voile le plus modeſte ,
Et le mafque le plus joli
Pour en faire accroire de refte ,
Aux oncles , aux tuteurs , aux papas , aux ma
mans ,
Aux maris , & même aux amans, -
C'eft ainfi qu'à fa confidente ,
Ou bien à fon héros , une fille prudente
22 MERCURE DE FRANCE.
Parle à l'abri de l'éventail ;
Car on n'affiche plus l'amour à fon de trompe ,
Et ce n'eft plus en gros , meres , que l'on vous
trompe :
On aime à petit bruit , & l'on dupe en détail.
Cette façon de mafque eft encore à l'ufage
des Dames , qui fe difent à l'oreille
de jolis riens ; elles leur donnent par là
un air d'importance & de myftere. Autre
avantage que l'on retire de l'éventail,
Sur l'objet de fa paſſion ,
L'éloquence d'un homme aimable
Fait-elle quelque impreffion ?
On cache une rougeur ou fauffe ou véritable
Avec un éventail , dont on fçait ſe couvrir ;
Et quelquefois auffi c'eft un tour plein d'adrefle
Pour faire deviner des fignes de tendreffe
Que la bouche balance encore à découvrir.
Un jeune Cavalier , moins fage qu'amoureux ¿
Qu'un tendre aveu rend téméraire ,
Ofe-t-il hazarder quelque gefte contraire
A ce que la décence exige de fes feux
Mieux que par une réprimande ,
Par un coup d'éventail , le tendron irrité
En impofe au galant , qui s'étoit écarté
la raifon commande .
De ce que
Mais j'entends que l'on me demande
Si le coup d'éventail eft donné des plus lourds ;
MARS.
23 1755 .
Je réponds : des amans faifons la différence ,
On bat ceux que l'on voit avec indifférence
Mais on fait patte de velours
Sur le galant de préférence ,
Au furplus , cette partie de mon exer
cice eft celle qui demande le plus de précifion
l'amour eft un enfant bien malin ;
fouvent on l'agace en croyant le rebuter ;
c'eſt aux Dames à ne pas s'y méprendre .
:
Que vous dirai-je encore ? je connois
une vieille Marquife , dont la foibleſſe eſt
de vouloir être regardée : elle y réuffic
quelquefois par la fingularité de fon ajuſtement.
Il y a quelque tems qu'elle fe faufila
dans une compagnie de jeunes perfonnes
de l'un & de l'autre fexe ; elle quête
des regards , à peine y fait- on attention :
la pauvre
Marquife
étoit
ifolée
au milieu
de douze
perfonnes
. Pour
derniere
reffource
, elle laiſſe
tomber
fon éventail
;
un jeune
homme
le ramaffe
, le rend poliment
à la Marquife
, & fe tourne
de l'autre
côté. La formalité
remplie
, il ne fut
pas feulement
queſtion
d'un clin d'oeil
, il
fallut
fortir
fans avoir
eu le bonheur
de fe
faire
regarder.
Une jeune Agnès fe fert plus heureuſement
du même ſtratagême ; fon amant lui
écrit , elle fait une réponse ; l'embarras eft
24 MERCURE DE FRANCE.
de la donner fans que l'on s'en apperçoive
; on attend l'occafion que l'on foit à
côté l'un de l'autre : l'Agnès laiffe adroitement
tomber l'éventail , le jeune Cavalier
le ramaffe , le préfente à fa maîtreffe , qui
faifit l'inftant pour lui gliffer dans la main
le billet qu'elle tehoit tout prêt dans la
fienne .
Eh ! que d'autres beautés en uferoient
ainfi !
Quelquefois
il arrive auffi
Qu'avec un air diftrait & fimple en apparence ,
Mais au fond , avec un air fin ,
En fe mettant au jeu , l'on donne à ſon voiſin
L'éventail à garder : aimable préférence !
Enfuite on feint de l'oublier
Lorfqu'à s'expliquer on héfite ,
Et cet heureux oubli fournit au cavalier
Un pretexte innocent de premiere vifite..
En un mot , je n'aurois jamais fait fi je
voulois vous développer dans toutes fes
parties le fublime exercice de l'éventail :
il répond à ceux du chapeau , de la canne ,
& de la tabatiere ; c'eft tout dire.
Et je ne vous parle que de ce que je
fçais , fans compter les méthodes que je
puis ignorer , mes confreres les ayant imaginées
fans moi . Car il eft bon de vous
dire que plufieurs zéphirs ont été tentés ,
fur
MARS . 1755. 25
fur mon exemple d'être métamorphofés en
éventails ; quelques uns par malice , d'autres
pour réparer de bonne foi la réputation
de légereté qui les avoient perdus
auprès des Dames , par les fervices continuels
qu'ils leur rendent ; & les Dames ,
à leur tour , par un motif de reconnoiffance
ou d'intérêt , ne nous abandonnent
pas même dans la faifon où les zéphyrs
font de trop preuve remarquable de toutes
nos autres propriétés,
Que d'éventails grands & petits ,
Pourroient vous raconter la choſe ;
Si tous les inconftans étoient affujettis
A la même métamorphofe ?
On affure même , continua le zéphyr ,
que les Cavaliers François , & fur-tout les
petits-maîtres , ont imaginé depuis peu
de porter en été des éventails de poche .
Après avoir partagé avec les Dames les .
mouches , le rouge , & les ponpons , je ne
crois pas que ces Meffieurs rifquent de
paroître plus ridicules en partageant auffi
l'exercice de l'éventail.
A peine mon zéphyr hiftorien eut - il
achevé ces mots , que je fus abordé par
un grand jeune homme , qu'il me dit être
de robe : il me demanda fi dans ce même
endroit je n'avois pas trouvé par hazard
B
26 MERCURE DE FRANCE .
l'éventail qu'une Dame avoit égaré. Pendant
qu'il me faifoit une longue defcription
de l'éventail , le zéphyr me dit
à l'oreille : voilà le favori de ma maîtreffe ;
c'est une actrice fort aimable : ce jeune
Confeiller l'avoit accompagnée dans ce
bofquet ; mais dès qu'ils ont apperçu certain
plumet , concurrent redoutable pour
un homme de robe , ils fe font levés avec
tant de précipitation que l'éventail eft reſté
fur la place. Cela m'arrive fouvent dans les
tête-à-têtes. Adieu .
Je rendis au Confeiller l'éventail de fa
Déefle , & je me retirai plein de réflexions
qu'une matiere auffi intéreffante ne doit
pas manquer d'infpirer .
Voilà , Mademoiſelle , l'Origine des éventails.
Et voilà , foit dit entre nous •
Ce que je n'aurois point griffonné pour toute autre.
A propos d'éventail , fi l'Amour d'un air doux
Venoit fe mettre à vos genoux ,
Croyez-moi , fervez - vous du vôtre
Pour le repouffer loin de vous ;
Je le connois , le bon apôtre ,
Le plus fage fait bien des fous.
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Résumé : L'ORIGINE DES EVENTAILS, A MADEMOISELLE .....
Le texte narre l'origine des éventails, racontée par un homme à une demoiselle. Initialement, l'homme pensait que les éventails servaient uniquement à capturer le vent pour le plaisir des dames. Cependant, il découvre la véritable origine des éventails à travers une aventure merveilleuse mais vraisemblable. Un jour, l'homme trouve un éventail dans un bosquet du Luxembourg. Une voix invisible, celle de l'éventail lui-même, lui raconte son histoire. L'éventail était autrefois un zéphyr, un vent léger, qui aimait la déesse Flore. Par inconstance, il tomba amoureux de Pomone, mais revint ensuite à Flore. Plus tard, il s'éprit de la nymphe Aglaé, ce qui provoqua la jalousie de Flore. Lors d'une fête des dieux, le zéphyr déclara son amour à Aglaé, mais celle-ci, craignant la colère de Flore, hésita. Finalement, Aglaé disparut, laissant le zéphyr malheureux. Pour punir son inconstance, le zéphyr fut transformé en éventail, emprisonnant ainsi son esprit volage dans un objet. La déesse Flore, jalouse, découvrit la relation entre Aglaé et Zéphir. Pour se venger, elle offrit à Aglaé une baguette d'ivoire enchantée, censée fixer les inconstants. Aglaé, ignorante des intentions malveillantes de Flore, accepta le présent. Zéphir, attiré par la baguette, la toucha et se métamorphosa en éventail. Cette transformation fut fatale pour Aglaé, qui ne survécut pas à la perte de Zéphir. L'éventail, doté de la parole, explique ses multiples usages et utilités. Il sert à dissimuler des émotions, à communiquer discrètement, et à jouer divers rôles dans les interactions sociales. Les dames l'utilisent pour se protéger des regards indiscrets et pour envoyer des signaux subtils. Le texte se termine par une réflexion sur les éventails et leurs rôles dans la société, illustrée par des anecdotes et des observations sur leur usage.
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5029
p. 27-29
A MADEMOISELLE D. L. R.
Début :
Le tendre Dieu qu'on adore à Cythere, [...]
Mots clefs :
Traits, Yeux, Dieu, Amour
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texteReconnaissance textuelle : A MADEMOISELLE D. L. R.
A MADEMOISELLE D. L. R.
LE tendte Dieu qu'on adore à Cythere ,
Des foins du trône un jour ſe trouva las :
Car fur le trône , en dépit du vulgaire ,
Le vrai bonheur ne fe rencontre pas.
L'Amour voyoit de fon heureux empire ,
De jour en jour les bornes s'élargir :
Le pauvre Dieu n'y pouvoit plus fuffire ,
Et ne fçavoit fur quel pied fe tenir.
On dit qu'enfin il fut trouver la mere ,
Qui repofoit , non pas entre deux draps ,
Mais fur un lit de naiffante fougere ;
En larmoyant il lui conte le cas .
Dans les beaux yeux la trifteffe étoit peinte ,
Il ne pouvoit en fupporter le poids.
Il termina fa touchante complainte
En dépofant & fleches & carquois.
Il eſpéroit , dans un rang plus modefte ,
Trouver enfin la fource du bonheur.
Vénus fourit , & fon fouris céleſte
De Cupidon allégea la douleur.
Allez , mon fils , retournez à Cythere ,
Dit la Déeffe , & dans peu mes bienfaits_
Vous apprendront que je fuis votre mere.
En d'autres mains je remettrai vos traits ;
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces traits vainqueurs , dont la trifte puiffance
A de foucis empoisonné vos jours .
2
2
Le Dieu content applaudit en filence ;
Puis embraffant la Reine des amours
Les yeux baiffés , s'envole à tire d'aîle ,
Rempli d'efpoir & de férénité ,
Se repofant fur bonté maternelle,
Vénus alors , avec tranquillité ,
Fit l'examen de l'affaire nouvelle ;
Et tôt après convoqua fon confeil..
Les ris , lesjeux , fon cortege fidele ,
Vinrent en foule en fuperbe appareil .
Enfuite on vit les trois Graces paroître ;
Sur leurs appas on les complimenta :
De la fleurette on eût paflé peut - être
A d'autres faits , quand Vénus arrêta
Les complimens . On fait un grand filence ;
Et la Déeffe expofe en abrégé
Le cas fufdit à toute l'affiftance .
Le fentiment ſe trouve partagé.
1
Nul n'eft d'accord ; on raifonne , on opine ;
Et le defordre alloit toujours croiffant :
Quand tout-à- coup , la fçavante Euphrofine
deux mots ceffer le différend .
Fit
par
Tel on nous peint le Mentor pacifique ,
Qui defarma la rage des foldats ,
Et fit enfin , par un trait politique ,
Naître la paix au milieu des combats.
Donnez , dit- elle , à la jeune Thémire ,
MARS . 29 1755.
De Cup idon les redoutables traits .
De fes beaux yeux , de fon tendre fourire ,
Ja plus d'un coeur a fenti les effets ;
Mais quand ces traits feront en ſa puiſſance ,
L'Amour fera de foins débarraffé .
Sur ce fujet ( foit dit fans conféquence )
C'eſt le parti , je crois , le plus fenfé.
Ainfi finit fon difcours laconique ,
Et de bon coeur tout le monde applaudit ;
Car en ce tems la jaloufe critique
Chez les Amours n'avoit aucun crédit.
On donna donc à l'aimable Thémire
Les traits d'Amour , & bientôt les mortels ,
Soumis aux loix de fon nouvel empire ,
Vinrent en foule encenfer fes autels.
LE tendte Dieu qu'on adore à Cythere ,
Des foins du trône un jour ſe trouva las :
Car fur le trône , en dépit du vulgaire ,
Le vrai bonheur ne fe rencontre pas.
L'Amour voyoit de fon heureux empire ,
De jour en jour les bornes s'élargir :
Le pauvre Dieu n'y pouvoit plus fuffire ,
Et ne fçavoit fur quel pied fe tenir.
On dit qu'enfin il fut trouver la mere ,
Qui repofoit , non pas entre deux draps ,
Mais fur un lit de naiffante fougere ;
En larmoyant il lui conte le cas .
Dans les beaux yeux la trifteffe étoit peinte ,
Il ne pouvoit en fupporter le poids.
Il termina fa touchante complainte
En dépofant & fleches & carquois.
Il eſpéroit , dans un rang plus modefte ,
Trouver enfin la fource du bonheur.
Vénus fourit , & fon fouris céleſte
De Cupidon allégea la douleur.
Allez , mon fils , retournez à Cythere ,
Dit la Déeffe , & dans peu mes bienfaits_
Vous apprendront que je fuis votre mere.
En d'autres mains je remettrai vos traits ;
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
Ces traits vainqueurs , dont la trifte puiffance
A de foucis empoisonné vos jours .
2
2
Le Dieu content applaudit en filence ;
Puis embraffant la Reine des amours
Les yeux baiffés , s'envole à tire d'aîle ,
Rempli d'efpoir & de férénité ,
Se repofant fur bonté maternelle,
Vénus alors , avec tranquillité ,
Fit l'examen de l'affaire nouvelle ;
Et tôt après convoqua fon confeil..
Les ris , lesjeux , fon cortege fidele ,
Vinrent en foule en fuperbe appareil .
Enfuite on vit les trois Graces paroître ;
Sur leurs appas on les complimenta :
De la fleurette on eût paflé peut - être
A d'autres faits , quand Vénus arrêta
Les complimens . On fait un grand filence ;
Et la Déeffe expofe en abrégé
Le cas fufdit à toute l'affiftance .
Le fentiment ſe trouve partagé.
1
Nul n'eft d'accord ; on raifonne , on opine ;
Et le defordre alloit toujours croiffant :
Quand tout-à- coup , la fçavante Euphrofine
deux mots ceffer le différend .
Fit
par
Tel on nous peint le Mentor pacifique ,
Qui defarma la rage des foldats ,
Et fit enfin , par un trait politique ,
Naître la paix au milieu des combats.
Donnez , dit- elle , à la jeune Thémire ,
MARS . 29 1755.
De Cup idon les redoutables traits .
De fes beaux yeux , de fon tendre fourire ,
Ja plus d'un coeur a fenti les effets ;
Mais quand ces traits feront en ſa puiſſance ,
L'Amour fera de foins débarraffé .
Sur ce fujet ( foit dit fans conféquence )
C'eſt le parti , je crois , le plus fenfé.
Ainfi finit fon difcours laconique ,
Et de bon coeur tout le monde applaudit ;
Car en ce tems la jaloufe critique
Chez les Amours n'avoit aucun crédit.
On donna donc à l'aimable Thémire
Les traits d'Amour , & bientôt les mortels ,
Soumis aux loix de fon nouvel empire ,
Vinrent en foule encenfer fes autels.
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Résumé : A MADEMOISELLE D. L. R.
Le texte décrit une conversation entre Cupidon et Vénus. Cupidon, las de son rôle sur le trône de Cythère, exprime son désir de trouver le bonheur et remet ses flèches et son carquois à sa mère. Vénus, compréhensive, lui conseille de retourner à Cythère et lui promet des bienfaits. Elle décide de confier les traits de Cupidon à une jeune femme nommée Thémire, reconnue pour son influence sur les cœurs. Après un débat au sein du conseil de Vénus, la sage Euphrosine propose cette solution, qui est approuvée par tous. Thémire reçoit donc les traits de Cupidon, et les mortels se soumettent à son nouvel empire.
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5030
p. 29
ENVOI.
Début :
Beauté pour qui ces vers sont faits, [...]
Mots clefs :
Amant, Beauté
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texteReconnaissance textuelle : ENVOI.
E NVO I.
Eauté pour qui ces vers font faits ;
Et que mon coeur connoît pour fouveraine ;
Marquez vos jours par vos bienfaits ,
N'affectez point d'être inhumaine.
Couronnez un fincere amant ,
Qui dès long- tems pour vous foupire ,
Et que de votre aimable empire ,
La bonté foit le fondement.
De Rouen , ce 26 Juin 1754.
Eauté pour qui ces vers font faits ;
Et que mon coeur connoît pour fouveraine ;
Marquez vos jours par vos bienfaits ,
N'affectez point d'être inhumaine.
Couronnez un fincere amant ,
Qui dès long- tems pour vous foupire ,
Et que de votre aimable empire ,
La bonté foit le fondement.
De Rouen , ce 26 Juin 1754.
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5031
p. 30-31
PORTRAITS DES QUATRE PREMIERS PEINTRES D'ITALIE.
Début :
Du vol qu'au ciel fit Promethée, [...]
Mots clefs :
Raphaël, Michel-Ange, L'Albane, Le Corrège, Peintres d'Italie
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texteReconnaissance textuelle : PORTRAITS DES QUATRE PREMIERS PEINTRES D'ITALIE.
PORTRAITS
DES QUATRE PREMIERS PEINTRES
D'ITALIE.
Raphaël d'Urbin.
U vol qu'au ciel fit Promethée ,
Voici le receleur ; c'eft le grand Raphaël.
Des objets qu'il nous peint la vûe eſt enchantée ,
Ils femblent animés par un fouffle immortel.
La nature qui les admire ,
De fes graces y voit le tableau raviffant :
Elle rêve ; auffi- tôt la jaloufe foupire
De trouver un rival dans fon fidele amant.
Michel- Ange des Batailles.
La couleur vigoureuſe , une touche légere ;
Animent ces marchés , ces foires , ces troupeaux
Par tout je fens , du goût , l'empreinte finguliere ;
Le jovial auffi perce dans ces tableaux .
En ce champ la valeur de lauriers fe couronne :
Quel carnage ! quel feu ! je vois le fang couler !
Mars applaudit Michel ; il femble l'appeller
Du nom que l'amateur lui donne.
L'Albane.
Les amours par effains naiffent fous tes pinceaux:
MAR S. 1755. 31
Les Nymphes , Cypris même ont par toi plus de
charmes :
Je préfere à Paphos l'aſpect de tes tableaux ,
Mon coeur vaincu par eux eélebre enfin ces armes .
La nudité s'y montre avec un air décent ,
Et rend plus délicat le plaifir qu'elle inſpire .
L'Albane , je te dois mon unique élement ;
Tes travaux font que je refpire .
Le Correge.
Sur les aîles de ton génie ,
Tu t'élevas à l'immortalité :
La figure , par ta magie ,
Plane au fein de l'air agité."
Un fouffle femble'avoir fait ce miracle ;
Les maîtres même en font furpris ;
Raphaël * n'ofa point hazarder ce ſpectacle ,
Lui feul pouvoit te difputer le prix.
* Raphaël , pour éviter le raccourci des figures
qu'il n'entendoit point parfaitement , feignit de
peindrefes fujets fur des tapifferies attachées au mur.
C'est ainsi que font exécutés les deux morceaux de
Pfiché qui font au petit Farnese , la bataille de
Conftantin , les trois autres traits de la vie de cet
Empereur , enfin les quatre fujets du plafond de la
premiere chambre de la fignature au Vatican. Le
Correge fut plus hardi , fon fuccès mérite les plus
grands éloges : c'est ce qu'en général on ignore en
France, où ce maître n'eft gueres connu que par fes
belles métamorphofes , & par de féduifans tableaux
de chevalet.
DES QUATRE PREMIERS PEINTRES
D'ITALIE.
Raphaël d'Urbin.
U vol qu'au ciel fit Promethée ,
Voici le receleur ; c'eft le grand Raphaël.
Des objets qu'il nous peint la vûe eſt enchantée ,
Ils femblent animés par un fouffle immortel.
La nature qui les admire ,
De fes graces y voit le tableau raviffant :
Elle rêve ; auffi- tôt la jaloufe foupire
De trouver un rival dans fon fidele amant.
Michel- Ange des Batailles.
La couleur vigoureuſe , une touche légere ;
Animent ces marchés , ces foires , ces troupeaux
Par tout je fens , du goût , l'empreinte finguliere ;
Le jovial auffi perce dans ces tableaux .
En ce champ la valeur de lauriers fe couronne :
Quel carnage ! quel feu ! je vois le fang couler !
Mars applaudit Michel ; il femble l'appeller
Du nom que l'amateur lui donne.
L'Albane.
Les amours par effains naiffent fous tes pinceaux:
MAR S. 1755. 31
Les Nymphes , Cypris même ont par toi plus de
charmes :
Je préfere à Paphos l'aſpect de tes tableaux ,
Mon coeur vaincu par eux eélebre enfin ces armes .
La nudité s'y montre avec un air décent ,
Et rend plus délicat le plaifir qu'elle inſpire .
L'Albane , je te dois mon unique élement ;
Tes travaux font que je refpire .
Le Correge.
Sur les aîles de ton génie ,
Tu t'élevas à l'immortalité :
La figure , par ta magie ,
Plane au fein de l'air agité."
Un fouffle femble'avoir fait ce miracle ;
Les maîtres même en font furpris ;
Raphaël * n'ofa point hazarder ce ſpectacle ,
Lui feul pouvoit te difputer le prix.
* Raphaël , pour éviter le raccourci des figures
qu'il n'entendoit point parfaitement , feignit de
peindrefes fujets fur des tapifferies attachées au mur.
C'est ainsi que font exécutés les deux morceaux de
Pfiché qui font au petit Farnese , la bataille de
Conftantin , les trois autres traits de la vie de cet
Empereur , enfin les quatre fujets du plafond de la
premiere chambre de la fignature au Vatican. Le
Correge fut plus hardi , fon fuccès mérite les plus
grands éloges : c'est ce qu'en général on ignore en
France, où ce maître n'eft gueres connu que par fes
belles métamorphofes , & par de féduifans tableaux
de chevalet.
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Résumé : PORTRAITS DES QUATRE PREMIERS PEINTRES D'ITALIE.
Le texte décrit les caractéristiques des quatre premiers peintres d'Italie : Raphaël, Michel-Ange, L'Albane et Le Correge. Raphaël est reconnu pour son talent à animer les objets peints avec un souffle immortel, admiré même par la nature. Michel-Ange se distingue par ses couleurs vigoureuses et sa touche légère, illustrant des scènes variées avec une intensité rappelant Mars. L'Albane est apprécié pour ses représentations des amours et des nymphes, montrant la nudité avec décence et inspirant un plaisir délicat. Le Correge est loué pour son génie qui l'a conduit à l'immortalité. Ses figures semblent planer dans l'air, créant des miracles artistiques. Contrairement à Raphaël, Le Correge a osé des perspectives audacieuses, méritant ainsi de grands éloges. En France, Le Correge est surtout connu pour ses métamorphoses et ses tableaux de chevalet, bien que son succès et son audace restent méconnus.
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5032
p. 41-43
LA NOBLESSE DE L'ÉCOLE MILITAIRE. A M. DU VERNEY. 1755.
Début :
Quel pouvoir créateur nous donne un nouvel être, [...]
Mots clefs :
Zèle, Lauriers
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texteReconnaissance textuelle : LA NOBLESSE DE L'ÉCOLE MILITAIRE. A M. DU VERNEY. 1755.
LA NOBLESSE
DE L'ÉCOLE MILITAIRE.
A M. DU VERNEY. 1755 .
Quel pouvoir créateur nous donne un nouvel
être ,
Et nous fait un berceau de l'école de Mars ?
Sous les traits de Louis , un pere , un Dieu peutêtre
,
Daigne y fixer fur nous les plus tendres regards.
Ses travaux , fes exploits , tracés par la victoire ,
L'éclat des lys & des lauriers ,
Tout développe ici le germe des guerriers ,
Et tout nous annonce fa gloire.
D'un fang pur, toujours prêt à couler pour les Rois,
I ranime l'ardeur & lui fert de modele :
Comblés de fes bienfaits , brûlant du plus beau
zéle ,
Puifions-nous le verfer pour défendre ſes droits !
Couverts d'une noble pouffiere ,
Exercés dans l'art des combats ,
Quand volerons- nous fur les pas
Dans cette brillante carriere ,
Où l'immortalité , qui nous eft déja chere
Fait revivre après le trépas ?
42 MERCURE DE FRANCE.
Applaudis aux tranſports d'une jeune nobleſſe
O paix délices des mortels ,
Louis nous les infpire , & ce trait de fageffe
T'affure de nouveaux autels .
Tu fçais que fon grand coeur , pour te rendre à la
terre
Eût formé d'inutiles voeux ,
Si fon bras , cet appui que t'ont donné les Dieux ;
N'eût jamais lancé le tonnerre.
Eft- ce à nous de chanter la paix ou les combats ?
Sans.crainte à quel écueil s'expofe notre enfance !
Mais eft- il des écueils que ne franchiffent pas
L'amour & la reconnoiffance ?
Tu le fçais , du Verney , toi du meilleur des Rois ;
Sujet le plus rempli de zéle ,
Le plus digne , le plus fidele ,
Dont fa faveur pût faire choix.
Ces champs , en lauriers fi fertiles ;
Ou Louis confondit les projets inutiles
Que forma tant de fois la difcorde en fureur ;
Par tes foins , par ta vigilance ,
Virent toujours une heureufe abondance
Sous les drapeaux de ce vainqueur .
Citoyen , tu n'as pour bouffole
Que les befoins du peuple & le bien de l'Etat ;
Tes travaux dans leur fein font couler en Pactole
Les thréfors de chaque climat ,
Non loin de cet afyle où des héros fans nombre ;
MARS. 1755. 43
Dans le fein des vertus , de gloire environnés ,
Au déclin de leurs jours , fe repofent à l'ombre ,
Des lauriers qu'ils ont moiſſonnés .
Louis , à la Valeur , notre unique déeffe ,
Confacre un nouveau temple , augufte monument
Et chef- d'oeuvre de ſa ſageſſe ;
Sa grandeur , fes bontés en font le fondement.
Il est devenu ton ouvrage ;
Il fuffit pour t'éternifer.
De ton zéle il fera l'image ;
D'un Miniftre que tout doit immortaliſer ,
Et d'un Roi que nos coeurs voudroient divinifer ,
Ce zéle a mérité le glorieux fuffrage .
DE L'ÉCOLE MILITAIRE.
A M. DU VERNEY. 1755 .
Quel pouvoir créateur nous donne un nouvel
être ,
Et nous fait un berceau de l'école de Mars ?
Sous les traits de Louis , un pere , un Dieu peutêtre
,
Daigne y fixer fur nous les plus tendres regards.
Ses travaux , fes exploits , tracés par la victoire ,
L'éclat des lys & des lauriers ,
Tout développe ici le germe des guerriers ,
Et tout nous annonce fa gloire.
D'un fang pur, toujours prêt à couler pour les Rois,
I ranime l'ardeur & lui fert de modele :
Comblés de fes bienfaits , brûlant du plus beau
zéle ,
Puifions-nous le verfer pour défendre ſes droits !
Couverts d'une noble pouffiere ,
Exercés dans l'art des combats ,
Quand volerons- nous fur les pas
Dans cette brillante carriere ,
Où l'immortalité , qui nous eft déja chere
Fait revivre après le trépas ?
42 MERCURE DE FRANCE.
Applaudis aux tranſports d'une jeune nobleſſe
O paix délices des mortels ,
Louis nous les infpire , & ce trait de fageffe
T'affure de nouveaux autels .
Tu fçais que fon grand coeur , pour te rendre à la
terre
Eût formé d'inutiles voeux ,
Si fon bras , cet appui que t'ont donné les Dieux ;
N'eût jamais lancé le tonnerre.
Eft- ce à nous de chanter la paix ou les combats ?
Sans.crainte à quel écueil s'expofe notre enfance !
Mais eft- il des écueils que ne franchiffent pas
L'amour & la reconnoiffance ?
Tu le fçais , du Verney , toi du meilleur des Rois ;
Sujet le plus rempli de zéle ,
Le plus digne , le plus fidele ,
Dont fa faveur pût faire choix.
Ces champs , en lauriers fi fertiles ;
Ou Louis confondit les projets inutiles
Que forma tant de fois la difcorde en fureur ;
Par tes foins , par ta vigilance ,
Virent toujours une heureufe abondance
Sous les drapeaux de ce vainqueur .
Citoyen , tu n'as pour bouffole
Que les befoins du peuple & le bien de l'Etat ;
Tes travaux dans leur fein font couler en Pactole
Les thréfors de chaque climat ,
Non loin de cet afyle où des héros fans nombre ;
MARS. 1755. 43
Dans le fein des vertus , de gloire environnés ,
Au déclin de leurs jours , fe repofent à l'ombre ,
Des lauriers qu'ils ont moiſſonnés .
Louis , à la Valeur , notre unique déeffe ,
Confacre un nouveau temple , augufte monument
Et chef- d'oeuvre de ſa ſageſſe ;
Sa grandeur , fes bontés en font le fondement.
Il est devenu ton ouvrage ;
Il fuffit pour t'éternifer.
De ton zéle il fera l'image ;
D'un Miniftre que tout doit immortaliſer ,
Et d'un Roi que nos coeurs voudroient divinifer ,
Ce zéle a mérité le glorieux fuffrage .
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Résumé : LA NOBLESSE DE L'ÉCOLE MILITAIRE. A M. DU VERNEY. 1755.
Le poème de 1755 dédié à M. Du Verney célèbre la noblesse et l'école militaire. Il met en avant le rôle de l'école militaire dans la formation de futurs guerriers sous la protection de Louis, décrit comme un père et presque un dieu. Les exploits des élèves sont guidés par la victoire, cultivant en eux l'esprit guerrier et annonçant leur future gloire. Le texte exalte l'ardeur des élèves, prêts à se battre pour les rois et à défendre leurs droits. La jeune noblesse est encouragée à embrasser une carrière militaire, où l'immortalité est accessible. Le poème évoque également la paix inspirée par Louis et la sagesse de ne pas former de vœux inutiles. Il souligne l'amour et la reconnaissance comme forces capables de surmonter les obstacles. Du Verney est loué pour son zèle, sa fidélité et son dévouement au roi et à l'État. Les victoires, symbolisées par des champs de lauriers, sont le fruit de ses soins et de sa vigilance. Le poème se conclut par la consécration d'un temple à la Valeur, œuvre de la sagesse et de la grandeur de Louis, et par l'éloge du zèle de Du Verney, digne d'immortaliser un ministre et de diviniser un roi.
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5033
p. 44
ENIGME.
Début :
Je goûtois en secret les charmes du repos, [...]
Mots clefs :
Triangle
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
E goûtois en fecret les charmes du repos ,
Révéré des mortels , adoré des héros ;
Un aſyle facré m'offroit en apparence
D'un bonheur éternel la flateufe efpérance.
Mais bravant le couroux du fouverain des Rois ,
Un mortel me foumit à de nouvelles loix.
Par une facrilege offenſe ,
Le nom du Tout- puiffant , arraché des autels
Doit-il fe voir aftreint au compas des mortels ?
Mais c'étoit encor peu dégrader ma nobleſſe
Du Géometre à peine une indigne careffe
Eut en vain effayé d'adoucir mon malheur ,
Qu'un affreux cuifinier combla mon deshonneur ,
Sans daigner me toucher me prit dans ſa pincette ;
Sur les fourneaux étincelans
11 m'établit une retraite .
Mais à des traits fi reffemblans ,
Lecteur , peux-tu me méconnoître ?
Je ne t'en dis pas plus , cherche qui je puis être.
Par M.D. L. G.
E goûtois en fecret les charmes du repos ,
Révéré des mortels , adoré des héros ;
Un aſyle facré m'offroit en apparence
D'un bonheur éternel la flateufe efpérance.
Mais bravant le couroux du fouverain des Rois ,
Un mortel me foumit à de nouvelles loix.
Par une facrilege offenſe ,
Le nom du Tout- puiffant , arraché des autels
Doit-il fe voir aftreint au compas des mortels ?
Mais c'étoit encor peu dégrader ma nobleſſe
Du Géometre à peine une indigne careffe
Eut en vain effayé d'adoucir mon malheur ,
Qu'un affreux cuifinier combla mon deshonneur ,
Sans daigner me toucher me prit dans ſa pincette ;
Sur les fourneaux étincelans
11 m'établit une retraite .
Mais à des traits fi reffemblans ,
Lecteur , peux-tu me méconnoître ?
Je ne t'en dis pas plus , cherche qui je puis être.
Par M.D. L. G.
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5034
p. 45
LOGOGRYPHE.
Début :
Sous les pieds délicats d'une jeune bergere [...]
Mots clefs :
Poésie
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
SoOuuss les pieds délicats d'une jeune bergere
J'ai fouvent opprimé l'innocente fougere ;
Je dois ma naiffance aux Dieux ;
Et mes peintures légeres
Ont fait briller à tes yeux
Mille beautés menfongeres .
Laiffant aujourd'hui l'erreur ;
Vérité , c'est ma devife .
Je vais faire l'analyſe
Des fix pieds d'un tout menteur,
Après un Pape , un Prophéte ,
S'offre un corps tout contrefait ,
Muni d'un efprit bienfait
Dont on ne fait point la fête ,
Ce qui d'un infecte adroit
Fait le domicile étroit.
Un oiſeau dont le plumago
Eft utile aux Ecrivains ,
Et celui dont le ramage
Etourdit tous les humains.
Jeunes mortels , dont le délire
Afpire à l'immortalité ,
Brûlez fur les autels dreffés dans mon empire
Un encens agréable à ma divinité,
SoOuuss les pieds délicats d'une jeune bergere
J'ai fouvent opprimé l'innocente fougere ;
Je dois ma naiffance aux Dieux ;
Et mes peintures légeres
Ont fait briller à tes yeux
Mille beautés menfongeres .
Laiffant aujourd'hui l'erreur ;
Vérité , c'est ma devife .
Je vais faire l'analyſe
Des fix pieds d'un tout menteur,
Après un Pape , un Prophéte ,
S'offre un corps tout contrefait ,
Muni d'un efprit bienfait
Dont on ne fait point la fête ,
Ce qui d'un infecte adroit
Fait le domicile étroit.
Un oiſeau dont le plumago
Eft utile aux Ecrivains ,
Et celui dont le ramage
Etourdit tous les humains.
Jeunes mortels , dont le délire
Afpire à l'immortalité ,
Brûlez fur les autels dreffés dans mon empire
Un encens agréable à ma divinité,
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5035
p. 46
ENIGME.
Début :
Nous sommes deux freres jumeaux, [...]
Mots clefs :
Étriers
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Nous fommes deux freres jumeaux ;
Souvent plus utiles que beaux ;
Pour voyager ou pour combattre ,
De nous l'uſage eſt très-commun :
Nous ne portons qu'un pied chacun ;
Nous fomines cependant toujours portés fur quatre
.
Nous fommes deux freres jumeaux ;
Souvent plus utiles que beaux ;
Pour voyager ou pour combattre ,
De nous l'uſage eſt très-commun :
Nous ne portons qu'un pied chacun ;
Nous fomines cependant toujours portés fur quatre
.
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5036
p. 46-47
LOGOGRYPHE.
Début :
Sans être un animal, j'ai des cornes, Lecteur, [...]
Mots clefs :
Lanterne
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texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYPHE.
Sans être un animal , j'ai des cornes , Lecteur;
Et mes cornes fouvent guériffent de la peur.
Ce début fingulier fera rire peut- être ,
Et fera fuffifant pour me faire connoître.
Quoiqu'il en foit , je veux te dire encor ,
Qu'au lieu d'être à ma tête elles font à mon
corps.
Cela ne fuffit point : je fuis encore obſcure ,
N'eft- ce pas ? Eh bien , vois , dérange ma ftructure
,
En moi tu trouveras ce que font douze mois ,
L'animal qui jadis porta le Roi des Rois ,
Des bêtes aujourd'hui la demeure ordinaire ,
Mais où s'eft retiré plus d'un faint folitaire .
Ce qu'ici-bas un chacun aime bien ,
Et qui pour un chrétien doit être moins que rien ;
que nous tenons tous de la bonté fuprême ,
Comme un figne certain de fa puiffance extrême.
L'endroit de la maiſon qui me plaît en hyver
La montagne ou Vulcain fait fabriquer le fer ;
Ce qui de tous les tems fit briller la nature ,
Celle à qui Dieu donna la fille la plus puré .
Plus le nom d'une ville , & celui d'un Prélat
Que la ville d'Angers révere avec éclat.
Sans être un animal , j'ai des cornes , Lecteur;
Et mes cornes fouvent guériffent de la peur.
Ce début fingulier fera rire peut- être ,
Et fera fuffifant pour me faire connoître.
Quoiqu'il en foit , je veux te dire encor ,
Qu'au lieu d'être à ma tête elles font à mon
corps.
Cela ne fuffit point : je fuis encore obſcure ,
N'eft- ce pas ? Eh bien , vois , dérange ma ftructure
,
En moi tu trouveras ce que font douze mois ,
L'animal qui jadis porta le Roi des Rois ,
Des bêtes aujourd'hui la demeure ordinaire ,
Mais où s'eft retiré plus d'un faint folitaire .
Ce qu'ici-bas un chacun aime bien ,
Et qui pour un chrétien doit être moins que rien ;
que nous tenons tous de la bonté fuprême ,
Comme un figne certain de fa puiffance extrême.
L'endroit de la maiſon qui me plaît en hyver
La montagne ou Vulcain fait fabriquer le fer ;
Ce qui de tous les tems fit briller la nature ,
Celle à qui Dieu donna la fille la plus puré .
Plus le nom d'une ville , & celui d'un Prélat
Que la ville d'Angers révere avec éclat.
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5037
p. 47-48
VAUDEVILLE DE TABLE.
Début :
Aux Dieux les plus charmans, [...]
Mots clefs :
Boire, Aimer
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texteReconnaissance textuelle : VAUDEVILLE DE TABLE.
VAUDEVILLE DE TABLE.
AUx Dieux les plus charmans ,
Amis , rendons hommage ;
Notre bonheur eft leur ouyrage :
Chantons- les dans ces doux inftans.
Et pour mieux celébrer leur gloire
Au gré de nos plus chers dehrs ;
A longs traits goûtons les plaifirs
De bien aimer & de bien boire.
A Bacchus , à l'Amour
Vrais charmes de la vie ,
Que notre ame foit affervie ;
Qu'ils regnent fur nous tour à tour.
De les fuivre , c'eft être fage ;
48 MERCURE DE FRANCE.
Ex le prétendu fage eft fou ,
Qui d'une Iris & du glou glou
Méconnoît le prix & l'ufage,
粥
Nectar , cours en nos coeurs
Te joindre à la tendreffe ,
Tous deux dans une aimable ivreffe
Comblez - nous de mille douceurs.
Des cieux , c'eft là le bien fuprême ,
Et pour en jouir , chacun doit
Sçavoir aimer autant qu'il boit ,
Et fçavoir boire autant qu'il aime.
La musique eft de M. Charriere.
Les parolesfont de M. M....
AUx Dieux les plus charmans ,
Amis , rendons hommage ;
Notre bonheur eft leur ouyrage :
Chantons- les dans ces doux inftans.
Et pour mieux celébrer leur gloire
Au gré de nos plus chers dehrs ;
A longs traits goûtons les plaifirs
De bien aimer & de bien boire.
A Bacchus , à l'Amour
Vrais charmes de la vie ,
Que notre ame foit affervie ;
Qu'ils regnent fur nous tour à tour.
De les fuivre , c'eft être fage ;
48 MERCURE DE FRANCE.
Ex le prétendu fage eft fou ,
Qui d'une Iris & du glou glou
Méconnoît le prix & l'ufage,
粥
Nectar , cours en nos coeurs
Te joindre à la tendreffe ,
Tous deux dans une aimable ivreffe
Comblez - nous de mille douceurs.
Des cieux , c'eft là le bien fuprême ,
Et pour en jouir , chacun doit
Sçavoir aimer autant qu'il boit ,
Et fçavoir boire autant qu'il aime.
La musique eft de M. Charriere.
Les parolesfont de M. M....
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Résumé : VAUDEVILLE DE TABLE.
Le texte est un vaudeville dédié aux dieux et à la célébration du bonheur. Il invite à chanter et à honorer les plaisirs de la vie, notamment l'amour et le vin. Les vers exaltent Bacchus et l'Amour, considérés comme les véritables charmes de l'existence. Le poème souligne que suivre ces plaisirs est sage et que celui qui ignore leur valeur est fou. Il appelle à savourer le nectar et la tendresse, combinés dans une ivresse douce, pour atteindre le bien suprême des cieux. La musique est composée par M. Charrière, tandis que les paroles sont de M. M.
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5038
p. 5-7
EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
Début :
Quittez la palette légere, [...]
Mots clefs :
Amour
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
EPITRE
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
A M. DES MAHIS ,
Qu
Par M. ***
Uittez la palette légere ,
Où l'amour broye encor vos plus belles couleurs;
Appellé par Thalie à de plus grands honneurs ,
Il eft tems qu'aujourd'hui d'une main plus févere,
A iij
6 MERCURE DE FRANCE .
Pour achever la peinture des moeurs
Vous repreniez le pinceau de Moliere.
Laiffez - moi des amans le tendre caractere ;
C'eſt à moi qu'il convient de chanter leurs douceurs
,
Moi qui toute la vie auprès d'une bergere
Ai porté la houlette & le chapeau de fleurs.
Tandis qu'au fein de la molleffe ,
Fuyant la table ouverte & le fouper prié ,
Vous accordez vos jours à l'amitié ,
Et confacrez vos nuits à la tendreffe ,
L'honnête homme en tous lieux ſe voit humilié
Par mille fots de toute espece.
Effain fâcheux qui , trop multiplié ,
Abuſe de votre pareſſe ,
Et qui par fes fuccès fe croit juftifié.
Voyez paffer Cléon , fa fuperbe voiture
Le mene avec fracas chez Life , chez T ....
C'eft , à l'entendre , encore une aventure ;
Sa vifite eft un rendez - vous ...
Et c'eft enfin pour lui qu'on les a quitté tous.
Regardez la jeune Glycere ,
Qui dans la crainte des jaloux ,
Ecoute en même tems l'Abbé , le Militaire ,
Le Magiftrat , l'homme d'affaire ,
Quelquefois même ſon époux ,
Sans les aimer & fans leur plaire.
Par cette efquifle trop légere
D'originaux qu'on ne peut corriger ,
AVRI L.
7: ∙1755.
Ami charmant , c'eft à vous de juger
Des portraits qu'il vous reſte à faire ,
Pour les punir & nous venger.
Peignez auffi l'infenfible coquette
Qui veut plaire toujours fans jamais s'engager ,
La dédaigneufe & l'indifcrette ,
L'ami trompeur , avec l'amant léger.
Si pourtant quelquefois , pour toucher une belle
Vous voulez peindre encor le tendre ſentiment ,
L'amour heureux avec l'amour fidele ,
-Venez chez moi , mon Eglé vous appelle ;
Vousy verrez avec quel agrément
Cette jeune beauté , toujours vive & nouvelle ,
Entre le goût & l'enjouement ,
Sçait enchanter les jours que je paffe auprès
d'elle .....
Mais je vois qu'infenfiblement
Je vous ramene à la tendreffe .
Ah ! pardonnez ce mouvement
D'un amant trop épris qui , plein de fon yvreffe ,
Vous écrit même en ce moment
Sur les genoux de fa maîtreffe.
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Résumé : EPITRE A M. DESMAHIS, Par M. ***
L'épître est adressée à M. Des Mahis, l'incitant à abandonner les thèmes légers de l'amour pour se tourner vers des sujets plus nobles, tels que les mœurs, en s'inspirant de Molière. L'auteur se réserve le droit de traiter des douceurs des amants, ayant vécu auprès d'une bergère. Il décrit ensuite divers comportements des honnêtes gens, humiliés par leurs défauts, comme Cléon qui se vante de ses visites, et Glycère qui écoute plusieurs hommes sans les aimer. L'auteur suggère à Des Mahis de peindre ces portraits pour les punir et se venger. Il propose également de représenter des personnages tels que la coquette, la dédaigneuse, l'indifférente, l'ami trompeur et l'amant léger. Pour illustrer l'amour heureux et fidèle, l'auteur invite Des Mahis à observer Églé, une jeune beauté qui l'enchante. Enfin, l'auteur s'excuse de revenir à la tendresse, expliquant qu'il écrit sous l'influence de sa maîtresse.
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5039
p. 14-15
LES PROGRÈS DE LA MUSIQUE FRANÇOISE. CANTATILLE.
Début :
Ces italiques chants, torrens impétueux, [...]
Mots clefs :
Progrès, Musique française, Cantate, Sonate
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texteReconnaissance textuelle : LES PROGRÈS DE LA MUSIQUE FRANÇOISE. CANTATILLE.
LES PROGRES
DE LA MUSIQUE FRANÇOISE.
C
CANTA TILLE..
Es italiques chants , torrens impétueux ,
Rentrés au lieu de leur naiffance ,
Reffemblent au Nil orageux ,
Qui fe retire , & laiffe après lui l'abondance.
Déja de nos nouveaux tréfors
Nous fçavons faire un doux ufage ;
Que le fuccès nous encourage
A tenter de plus grands efforts.
Le plaifant même eſt agréable ,
Semé de traits ingénieux ;
AVRIL.
1755. 15
Des Dieux le cercle refpectable ,
De Momus applaudit les jeux.
L'Ariette légere & la vive Cantate ,
Par leur doux badinage ont égayé ces lieux ;
A de fçavans écarts la rapide Sonate
A formé par degré notre oreille & nos yeux ;
Et ce burleſque harmonieux
Dont l'enſemble nous bleffe , & dont le chant
nous flate ,
Sur la fcene autoriſe un vol audacieux.
Confervons ce noble lyrique
Qui fut l'ame de nos accords ;
Mais de la faillie italique
Adoptons les brillans tranſports.
Du nocher qui craint le naufrage ,
Fuyons fur-tout le trifte fort ;,
Il n'ofe quitter le rivage ,
Et l'ennui le conſume au port.
DE LA MUSIQUE FRANÇOISE.
C
CANTA TILLE..
Es italiques chants , torrens impétueux ,
Rentrés au lieu de leur naiffance ,
Reffemblent au Nil orageux ,
Qui fe retire , & laiffe après lui l'abondance.
Déja de nos nouveaux tréfors
Nous fçavons faire un doux ufage ;
Que le fuccès nous encourage
A tenter de plus grands efforts.
Le plaifant même eſt agréable ,
Semé de traits ingénieux ;
AVRIL.
1755. 15
Des Dieux le cercle refpectable ,
De Momus applaudit les jeux.
L'Ariette légere & la vive Cantate ,
Par leur doux badinage ont égayé ces lieux ;
A de fçavans écarts la rapide Sonate
A formé par degré notre oreille & nos yeux ;
Et ce burleſque harmonieux
Dont l'enſemble nous bleffe , & dont le chant
nous flate ,
Sur la fcene autoriſe un vol audacieux.
Confervons ce noble lyrique
Qui fut l'ame de nos accords ;
Mais de la faillie italique
Adoptons les brillans tranſports.
Du nocher qui craint le naufrage ,
Fuyons fur-tout le trifte fort ;,
Il n'ofe quitter le rivage ,
Et l'ennui le conſume au port.
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Résumé : LES PROGRÈS DE LA MUSIQUE FRANÇOISE. CANTATILLE.
En 1755, le texte 'Les Progrès de la Musique Françoise' examine l'évolution de la musique française. Il compare les chants italiens à un fleuve impétueux qui, après s'être retiré, laisse une abondance derrière lui. Les nouvelles créations musicales françaises gagnent en popularité et encouragent à poursuivre les efforts pour atteindre de plus grands succès. Même les plaisanteries musicales sont appréciées lorsqu'elles sont ingénieuses. Le texte décrit divers genres musicaux comme l'ariette légère, la cantate vive, la sonate rapide et l'harmonie burlesque, qui enrichissent l'oreille et l'œil des auditeurs. Il recommande de conserver le lyrique noble, âme des accords, tout en adoptant les transports brillants de la musique italienne. Enfin, il met en garde contre le triste sort de celui qui, par peur du naufrage, préfère rester au port et se consume d'ennui.
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5040
p. 16
VERS A IRIS*. Par M. Maurel de Draguignan, Avocat.
Début :
Iris, quand tu fais mon tourment, [...]
Mots clefs :
Amant
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texteReconnaissance textuelle : VERS A IRIS*. Par M. Maurel de Draguignan, Avocat.
VERS A IRIS *.
Par M. Maurel de Draguignan , Avocat .
I Ris , quand tu fais mon tourment ,
Avec un maître mercenaire ,
Tu perds plus d'un heureux moment ;
Sçache qu'il faut , à qui fçait plaire ,
Bien moins un maître qu'un amant.
Là , dans l'ardeur qui le confume ,
Trop flatté de tenir ta main ,
Il prendroit plaifir , fous ta plume ,
A fe plaindre de ſon deſtin .
Pour effai , dans l'art de Barreme ,
Que les foins t'auroient applani ,
Ici , nombrant combien il t'aime ,
Tu te perdrois dans l'infini.
Bientôt fur un papier volage ,
Il te dépeindroit l'esclavage
Où le fait gémir ta rigueur;
Et bientôt tu fçaurois lui peindre
Que fon deftin n'eft plus à plaindre ,
Et qu'il connoît mal fon bonheur.
* Mlle . . . . avoit un maître à écrire & d'arithmétique
, & cette circonftance fournit le ſujet de
ces vers.
Par M. Maurel de Draguignan , Avocat .
I Ris , quand tu fais mon tourment ,
Avec un maître mercenaire ,
Tu perds plus d'un heureux moment ;
Sçache qu'il faut , à qui fçait plaire ,
Bien moins un maître qu'un amant.
Là , dans l'ardeur qui le confume ,
Trop flatté de tenir ta main ,
Il prendroit plaifir , fous ta plume ,
A fe plaindre de ſon deſtin .
Pour effai , dans l'art de Barreme ,
Que les foins t'auroient applani ,
Ici , nombrant combien il t'aime ,
Tu te perdrois dans l'infini.
Bientôt fur un papier volage ,
Il te dépeindroit l'esclavage
Où le fait gémir ta rigueur;
Et bientôt tu fçaurois lui peindre
Que fon deftin n'eft plus à plaindre ,
Et qu'il connoît mal fon bonheur.
* Mlle . . . . avoit un maître à écrire & d'arithmétique
, & cette circonftance fournit le ſujet de
ces vers.
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Résumé : VERS A IRIS*. Par M. Maurel de Draguignan, Avocat.
Le poème 'Vers à Iris' de M. Maurel de Draguignan, avocat, s'adresse à Iris, tourmentée par un maître mercenaire, probablement son professeur de calligraphie et d'arithmétique. Le poète suggère qu'Iris devrait préférer un amant, qui prendrait plaisir à tenir sa main. Il évoque l'art de Barème et l'amour infini. L'amant décrirait son esclavage sous la rigueur d'Iris, mais elle lui montrerait son bonheur.
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5041
p. 23-27
EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
Début :
Damon, le parti que j'ai pris [...]
Mots clefs :
Plaisirs, Aimer, Lieutenant général de l'artillerie
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
EPITRE
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
A M. DE SAINT- AUBAN ,
Lieutenant -Général de l'Artillerie.
Damon , le parti que j'ai pris
N'eft point guidé par le caprice.
Des plaifirs je connois le prix ;
Mais je me rends trop de juftice
Pour les attendre de Paris.
Avec la déplorable Automne
Les ris ne font plus de concert ;
Ce n'eft que le Printems qui donne
Ce que l'on refufe aux hyvers.
Je fçais que l'homme vraiment fage ,
Qui joint le talent à l'eſprit ,
Avec difcernement choisit
Les gens dont il veut faire ufage ;
Et que communément on dit ,
Qu'il eft des plaifirs de tout âge,
D'accord : j'en conviens avec toi ;
Mais je n'ai pas tant de ſageſſe ,
Et j'avouerai de bonne foi ,
Qu'un refte d'antique foibleffe
M'aiguillonne encor malgré moi ,
Que diroit-on de mon délire ,
24 MERCURE DE FRANCE .
Si , tout couvert de cheveux gris ,
J'allois encore à quelque Iris
Conter mon amoureux martyre ?"
J'apprêterois fans doute à rire ,
Sans ofer en être furpris.
Je connoîtrois mon ridicule
Et ne pourrois m'en garantir ;
Souvent le coeur fe diffimule
Ce que la raifon fait fentir..
Son pouvoir auroit peu de force
Contre ce qui me paroît beau ,
Et je fens que la moindre amorce
Me replongeroit de nouveau
Dans un danger que je m'efforce
A regarder comme un fléau .
C'est donc , ami , fur ce principe
Que dans un champêtre féjour ,
Mon tendre penchant pour l'amour ,
Faute d'aliment fe diffipe.
Je vis heureux dans mon réduit ,
Loin du tumulte , loin du bruit ;
Je me fuis fait une habitude
De partager le tems qui fuit
Entre les plaifirs de l'étude
Et la raifon qui les conduit.
Loin de moi tout fâcheux fyftême ,
Dont les détours trop tortueux ,
Me fatiguent par un problème
Qu'un grave auteur , à cerveau creux ,
A
AVRIL.
1755.. 25
A peine à comprendre lui-même.
Je cherche dans l'hiftorien
Du beau , du clair & du folide ;
Je veux dans un grammairien ,
Que le vrai fans ceffe préfide ,
Et dans l'auteur homme de bien ,
Une vertu qui me décide.
A ce détail , on me croira
Un philoſophe d'importance ;
Mais , Damon , l'on fe trompera ,
A peine en ai -je l'apparence.
J'aime à lire , à la vérité ;
Mais ce doux plaifir ne m'occupe.
Qu'autant que l'aimable gaité
Chez moi n'en peut être la dupe.
Je partage tous mes momens ;
Après une étude févere ,
Une muſe folle & légere
Se rend maîtreffe de mon tems ;
Et franchement je la préfere
A mes autres amuſemens.
De cette yvreffe de mes fens
La raiſon en eft fimple & claire.
Sans fortir de mon cabinet
t
Je dépeins , dans une élégie
Le tendre & fenfible regret
D'une malheureuſe Silvie ,
Qui fans caufe ni fans fujet ,
Se voit indignement trahie.
B
}
26 MERCURE DE FRANCE.
Veux- je d'un berger amoureux
Faire enfler la douce mufette :
Je fais fi bien qu'elle répéte
La certitude de fes feux ;
Et dans une églogue touchante
J'engage à la fin cette amante
A répondre à ſes tendres voeux.
Faut-il du grand , du pathétique ?
Mon Apollon ſe prête à tout ,
Et quelques vers que je fabrique ,
La rime fe rencontre au bout.
Fort bien , me dira le critique ;
Mais eft- il fûr que le bon gout
Réponde à ce feu poëtique ?
Non , vraiment , m'écrirai -je alors :
Mais que m'importe , je vous prie.
Je n'eus jamais l'effronterie-
De faire éclater les tranſports
De ma féconde rêverie .
Que mes vers foient bons ou mauvais ,
Seul je décide leur procès :
En juge équitable & fevere
Je les renferme pour jamais ;
Et fans fonger que j'en fuis pere ,
La juftice que je leur fais
Prévient celle qu'on peut leur faire.
Aprés ce décifif aveu ,
Que fans rougir je t'abandonne ;
Fourras-tu condamner un jeu
AVRIL. 1755. 27
•
Qui ne rejaillit fur perſonne ?
Je mets à profit mes loiſirs,
Je ris , je bois , je me promene ,
Et pour combler tous mes defirs ,
Dans la fource de l'hypocrêne
Je puife mes plus doux plaifirs.
C'eſt dans cette aimable manie ,
Dont je me fuis preferit la loi
Que je vois couler fans effroi
Les triftes débris de ma vie ;
Et je te jure fur ma foi ,
Qu'il ne me refte plus d'envie
Que de me faire aimer de toi.
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Résumé : EPITRE A M. DE SAINT-AUBAN, Lieutenant-Général de l'Artillerie.
L'épître est adressée à M. de Saint-Auban, lieutenant-général de l'artillerie. Damon, l'auteur, justifie son choix de retraite loin de Paris, privilégiant la tranquillité de la campagne. Il apprécie les plaisirs de chaque âge mais voit l'amour comme un danger. Damon vit heureux dans sa retraite, partageant son temps entre l'étude et la raison. Il évite les systèmes compliqués et recherche dans ses lectures du beau, du clair et du solide. Damon se décrit comme un lecteur et un poète, alternant entre des études sérieuses et des moments de légèreté poétique. Il écrit des élégies et des églogues sans se soucier du jugement des critiques, jugeant lui-même ses vers et les conservant sans chercher de reconnaissance. Damon conclut en affirmant qu'il profite de ses loisirs en riant, buvant et se promenant, trouvant ses plus doux plaisirs dans l'hypocrisie. Il souhaite se faire aimer de son destinataire.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5042
p. 27-30
ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
Début :
Aux destins d'ici bas si ton coeur s'intéresse, [...]
Mots clefs :
Mort de Montesquieu, Montesquieu, Mort
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
ODE
SUR LA MORT
DE M. DE MONTESQUIEU,
Aux deftins d'ici bas fiton coeur s'intéreffe ,
Ux
S'il eft encor fenfible à d'illuftres malheurs :
Rouffeau , du haut des cieux viens fervir ma trif
teffe ,
Et feconder mes pleurs.
Ce n'eft point un guerrier mort au ſein du carnage
,
Ce n'eft point un grand Roi fous fon trône abbattu
: Bij
•
28 MERCURE DE FRANCE,
Le héros que je pleure eft un citoyen fage
Mort avec fa vertu .
Montefquieu n'eft plus. D'une trop belle vie ,
Votre main , Dieux jaloux , a terminé le cours ;
Immortel comme vous , fi l'éclat du génie
Eternifoit les jours.
En vain dans les fentiers d'un ténébreux Dédale ,
De la raifon fragile il dirigea les pas ;
Son efprit lumineux , de la loi générale
Ne le garantit pas.
C'eft lui , qui du flambeau de la vérité pure ,
Eclairant fûrement nos efprits & nos coeurs
Sçut apprécier l'homme , & charger la nature
De les propres erreurs .
Philofophe fans fafte , à l'humaine foiblefle
Son front n'oppofa point un ftoïque mépris ,
Et nouvel Ariſtipe , il trouva la ſageſfe
Dans les jeux & les ris .
Mais , quel art ingénu ! quel heureux badinage !
Quand du pinceau d'Afie empruntant les couleurs
,
Il fe plaît à tracer d'une main libre & ſage ,
Le tableau de nos moeurs ?
Tantôt , charmant Rica , fur nos erreurs légeres
Il verfe en fejouant un fel ingénieux ;
11
AVRIL. 29 1755 .
Tantôt , fublime Ufbek , il perce les mysteres
De la terre & des cieux.
Au pied du Capitole a- t -il pris la naiſſance ›
Ce juge fouverain , qui du peuple de Mars
Interroge la cendre , & met dans la balance
La gloire des Céfars.
L'immenfe antiquité n'a point de traits célébres
Qui ne femblent renaître en fes doctes difcours ;
Son efprit créateur fait fortir des ténébres.
• L'éclat des plus beaux jours.
Ami de l'univers , ce fagê politique
Fut toujours l'orateur de la fociété ,
Et bláma fortement toute loi tyrannique
Contre l'humanité .
Sa main marqua les' noeuds d'une chaîne durable ,
Entre le fier monarque & le peuple jaloux ,
Et plaça dans nos coeurs le lien refpectable
Qui nous enchaîne tous.
Tel que l'oifeau facré , miniftre du tonnerre
Parcourt en fon effor cent climats différens :
Tel dans fon vol hardi , cet aigle de la terre
Embraffe tous les tems.
Maintenant , trifte objet des larmes de la France ,
S'il eſt encor des rangs dans l'éternel repos ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Daignes nous dire au moins quelle eft la récompenfe
De tes rares travaux .
Sous des berceaux jonchés de myrtes & de roſes
,
Vas-tu joindre tes pas
à ceux d'Anacréon ?
Et traitant librement du principe des chofes ,
Entretenir Platon ?
Au feul bruit de ton nom , l'école du Portique ,
Au-devant de tes pas s'empreffe avec reſpect ;
L'Elifée applaudit , & le héros d'Utique
Se taît à ton afpect.
Déja pour mériter l'honneur de ton fuffrage
Lycurgue a de fon front banni l'auſtérité :
E préfente à tes yeux, fous un pur affemblage ,
L'homme & l'humanité.
SUR LA MORT
DE M. DE MONTESQUIEU,
Aux deftins d'ici bas fiton coeur s'intéreffe ,
Ux
S'il eft encor fenfible à d'illuftres malheurs :
Rouffeau , du haut des cieux viens fervir ma trif
teffe ,
Et feconder mes pleurs.
Ce n'eft point un guerrier mort au ſein du carnage
,
Ce n'eft point un grand Roi fous fon trône abbattu
: Bij
•
28 MERCURE DE FRANCE,
Le héros que je pleure eft un citoyen fage
Mort avec fa vertu .
Montefquieu n'eft plus. D'une trop belle vie ,
Votre main , Dieux jaloux , a terminé le cours ;
Immortel comme vous , fi l'éclat du génie
Eternifoit les jours.
En vain dans les fentiers d'un ténébreux Dédale ,
De la raifon fragile il dirigea les pas ;
Son efprit lumineux , de la loi générale
Ne le garantit pas.
C'eft lui , qui du flambeau de la vérité pure ,
Eclairant fûrement nos efprits & nos coeurs
Sçut apprécier l'homme , & charger la nature
De les propres erreurs .
Philofophe fans fafte , à l'humaine foiblefle
Son front n'oppofa point un ftoïque mépris ,
Et nouvel Ariſtipe , il trouva la ſageſfe
Dans les jeux & les ris .
Mais , quel art ingénu ! quel heureux badinage !
Quand du pinceau d'Afie empruntant les couleurs
,
Il fe plaît à tracer d'une main libre & ſage ,
Le tableau de nos moeurs ?
Tantôt , charmant Rica , fur nos erreurs légeres
Il verfe en fejouant un fel ingénieux ;
11
AVRIL. 29 1755 .
Tantôt , fublime Ufbek , il perce les mysteres
De la terre & des cieux.
Au pied du Capitole a- t -il pris la naiſſance ›
Ce juge fouverain , qui du peuple de Mars
Interroge la cendre , & met dans la balance
La gloire des Céfars.
L'immenfe antiquité n'a point de traits célébres
Qui ne femblent renaître en fes doctes difcours ;
Son efprit créateur fait fortir des ténébres.
• L'éclat des plus beaux jours.
Ami de l'univers , ce fagê politique
Fut toujours l'orateur de la fociété ,
Et bláma fortement toute loi tyrannique
Contre l'humanité .
Sa main marqua les' noeuds d'une chaîne durable ,
Entre le fier monarque & le peuple jaloux ,
Et plaça dans nos coeurs le lien refpectable
Qui nous enchaîne tous.
Tel que l'oifeau facré , miniftre du tonnerre
Parcourt en fon effor cent climats différens :
Tel dans fon vol hardi , cet aigle de la terre
Embraffe tous les tems.
Maintenant , trifte objet des larmes de la France ,
S'il eſt encor des rangs dans l'éternel repos ;
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
Daignes nous dire au moins quelle eft la récompenfe
De tes rares travaux .
Sous des berceaux jonchés de myrtes & de roſes
,
Vas-tu joindre tes pas
à ceux d'Anacréon ?
Et traitant librement du principe des chofes ,
Entretenir Platon ?
Au feul bruit de ton nom , l'école du Portique ,
Au-devant de tes pas s'empreffe avec reſpect ;
L'Elifée applaudit , & le héros d'Utique
Se taît à ton afpect.
Déja pour mériter l'honneur de ton fuffrage
Lycurgue a de fon front banni l'auſtérité :
E préfente à tes yeux, fous un pur affemblage ,
L'homme & l'humanité.
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Résumé : ODE SUR LA MORT DE M. DE MONTESQUIEU.
L'ode rend hommage à Montesquieu, récemment décédé. L'auteur exprime sa tristesse et appelle Rousseau à partager sa douleur. Montesquieu, décrit comme un sage citoyen, est mort avec ses vertus. Les dieux ont mis fin à sa vie trop belle et brillante. Malgré son génie, il n'a pas échappé à la mort. Il a éclairé les esprits et les cœurs avec la vérité, appréciant l'homme et révélant les erreurs de la nature. Philosophe sans faste, il a trouvé la sagesse dans les jeux et les rires. Son œuvre, comme les 'Lettres persanes' et 'L'Esprit des lois', a exploré les mœurs humaines et les mystères de l'univers. Montesquieu a été un juge souverain, un politique sage, et un ami de l'univers, blâmant les lois tyranniques. Il a lié le monarque et le peuple par un lien respectueux. Son esprit créateur a illuminé l'antiquité et embrassé tous les temps. L'auteur se demande quelle est la récompense des travaux de Montesquieu dans l'au-delà, imaginant qu'il pourrait se joindre à Anacréon ou entretenir Platon. Les philosophes grecs, comme Lycurgue et le stoïcien de Utique, respectent Montesquieu et présentent l'homme et l'humanité sous leur meilleur jour.
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5043
p. 45-46
EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
Début :
Philosophe éloquent, dont les nouveaux écrits [...]
Mots clefs :
Maître d'hôtel, Duc d'Orléans, Humanité, Coeur, Génie
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texteReconnaissance textuelle : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
EPITRE
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
A M. DE CHATEAUBRUN ,
Maître-d'Hôtel de S. 4. S. Mgr , le Duc
d'Orléans .
PHilofophe cloquent , dont les nouveaux écrits
Charment nos coeurs & nos oreilles ,
Des Sophocles & des Corneilles ,
Ramenent les beaux jours dans le fein de Paris.
Toi , dont la fimple modeftie ,
Plus rare encor que ton génie ,
Seule a pú durant quarante ans
Se fouftraire à la renommée
Et nous priver de tes talens .
Que d'un rayon divin ta grande ame eft formée !..
Le fceptre du théatre eft pénible à gagner :
C'estun prix bien flateur ; mais un effort fuprême
C'eft de s'en rendre digne & de le dédaigner.
Tu l'as fait. Ah ! c'eft dans toi-même
Que tu fçais les trouver ces fentimens fi grands
Qu'applaudit le vulgaire , & que le fage admire.
D'autres ont fur la fcene épuifé les romans ,.
Ont tracé les fureurs , l'yvreffe , le délire
Et les querelles des amans :
Ils laiffoient à ta veine une fource plus pure ,
Ou ton génie ofa puiſer.
46 MERCURE DE FRANCE .
Tu viens de peindre la nature ;
C'est d'après toi : ton coeur n'a pû ſe déguiſer
A l'humanité qui t'inſpire :
Donne à tes vers ce charme & ces attraits vain
queurs ,
Qui portent à ton gré la pitié dans les coeurs
Et confervent fur eux leur immuable empire.
Que de hautes leçons ! & quelle vérité !
Quels tableaux ! ta mufe rivale
De la naïve antiquité
Semble rapprocher l'intervalle
Des fuprêmes grandeurs & de l'humanité.
Que fes droits font puiffans , quand tu parles pour
elle !
Et qu'un héros humain devient grand dans tes
vers !
Ah ! je reconnois ton modele :
C'est le grand Prince que tu fers.
Ce 4 Mars 1755.
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Résumé : EPITRE A M. DE CHATEAUBRUN, Maître-d'Hôtel de S. A. S. Mgr. le Duc d'Orléans.
L'épître est adressée à M. de Chateaubrun, Maître-d'Hôtel du Duc d'Orléans. Le texte loue Chateaubrun pour ses écrits philosophiques et ses talents dramatiques, comparés à ceux de Sophocle et Corneille. Il souligne la modestie de Chateaubrun, qui a évité la renommée pendant quarante ans, et admire sa capacité à mériter et à dédaigner le sceptre du théâtre. Chateaubrun est félicité pour avoir peint la nature avec authenticité, inspirée par l'humanité. Ses vers sont décrits comme ayant un charme et des attraits capables de susciter la pitié et de conserver leur empire sur les cœurs. Le texte met en avant les hautes leçons et la vérité de ses œuvres, ainsi que sa capacité à rapprocher les grandeurs suprêmes de l'humanité. Enfin, il reconnaît que Chateaubrun prend pour modèle un grand prince. L'épître est datée du 4 mars 1755.
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5044
p. 47-48
L'AVARE ET L'INDIGENT. CONTE MORAL. Par M. BAILLET de Saint-Julien.
Début :
Au fond d'un bois, certain riche usuraire [...]
Mots clefs :
Bonheur, Joie, Avare, Indigent
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texteReconnaissance textuelle : L'AVARE ET L'INDIGENT. CONTE MORAL. Par M. BAILLET de Saint-Julien.
L'AVARE ET L'INDIGENT.
CONTE MORA L.
Par M. BAILLET de Saint- Julien .
Au fond d'un bois , certain riche ufuraire
Avoit un foir enterré fon argent ;
Un malheureux qu'obſédoit ſa miſere
Y fut conduit par le fort indulgent :
Il terminoit fon deſtin outrageant ,
Il s'alloit pendre , & la barque étoit prête
A le paffer ; quand tout à coup l'arrête
Certain éclat qui vient frapper fes yeux :
Il fouille , il trouve un tréfor précieux.
Ravi , Dieu fçait ! vous le charge , & l'emporte.
L'inftant d'après arrive fans eſcorte
Feffe-Mathieu , mais c'étoit un peu tard;
De tréfor plus. Comment plus ! pas un liard
N'étoit refté ; complette étoit la proie
Du laronneau ; rien n'étoit excepté
De fon butin. Qu'on juge de fa joie !
Uniquement à l'arbre étoit refté
Un bout de corde en guiſe de monnoie.
Matthieu Feffard voulut bien s'en payer ,
Et haut & court fe pendit fans quartier.
48 MERCURE DE FRANCE.
Souvent le fort a plus d'un bon caprice ,
Et pour changer , fe mêle de juftice :
Le mérite eft par lui récompenſé ;
Lorfque fon bras s'abuſe ou s'eſt laffè,
Si notre joie enfin n'eft pas durable ,
Nul n'eft auffi conftamment miférable .
Sans nous laffer à chercher des témoins ;
Voyez celui dont parle cette Fable :
Le bonheur vient quand on l'attend le moins,
C'est là fon tic . O bonheur ſecourable !
Nous t'éloignons fouvent par trop de ſoins .
CONTE MORA L.
Par M. BAILLET de Saint- Julien .
Au fond d'un bois , certain riche ufuraire
Avoit un foir enterré fon argent ;
Un malheureux qu'obſédoit ſa miſere
Y fut conduit par le fort indulgent :
Il terminoit fon deſtin outrageant ,
Il s'alloit pendre , & la barque étoit prête
A le paffer ; quand tout à coup l'arrête
Certain éclat qui vient frapper fes yeux :
Il fouille , il trouve un tréfor précieux.
Ravi , Dieu fçait ! vous le charge , & l'emporte.
L'inftant d'après arrive fans eſcorte
Feffe-Mathieu , mais c'étoit un peu tard;
De tréfor plus. Comment plus ! pas un liard
N'étoit refté ; complette étoit la proie
Du laronneau ; rien n'étoit excepté
De fon butin. Qu'on juge de fa joie !
Uniquement à l'arbre étoit refté
Un bout de corde en guiſe de monnoie.
Matthieu Feffard voulut bien s'en payer ,
Et haut & court fe pendit fans quartier.
48 MERCURE DE FRANCE.
Souvent le fort a plus d'un bon caprice ,
Et pour changer , fe mêle de juftice :
Le mérite eft par lui récompenſé ;
Lorfque fon bras s'abuſe ou s'eſt laffè,
Si notre joie enfin n'eft pas durable ,
Nul n'eft auffi conftamment miférable .
Sans nous laffer à chercher des témoins ;
Voyez celui dont parle cette Fable :
Le bonheur vient quand on l'attend le moins,
C'est là fon tic . O bonheur ſecourable !
Nous t'éloignons fouvent par trop de ſoins .
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Résumé : L'AVARE ET L'INDIGENT. CONTE MORAL. Par M. BAILLET de Saint-Julien.
Le conte 'L'Avare et l'Indigent' de M. Baillet de Saint-Julien relate l'histoire de Mathieu Feffard, un riche avare qui a caché son argent dans un bois. Un indigente, désespéré par sa pauvreté, se rend au même endroit pour se pendre et découvre par hasard le trésor enterré. Il s'en empare. Peu après, Mathieu Feffard arrive mais ne trouve plus rien, sauf un bout de corde. Désespéré, il se pend avec cette corde. Le conte met en lumière la justice imprévisible du sort, où le mérite est parfois récompensé de manière inattendue. Le bonheur survient souvent lorsque l'on s'y attend le moins, et les excès de prudence peuvent éloigner cette chance.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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5045
p. 49
ENIGME.
Début :
Fils de l'amour & de l'adversité, [...]
Mots clefs :
Soupir
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
FILs de l'amour & de l'adverfité ,
Ma mort fuit de près ma naiffance ,
Quelquefois impofteur , fous un air emprunté ,
De la naïve vérité
Je fçais prendre la reffemblance.
On m'entend exprimer en profe ainfi qu'en vers.
Je réuffis fur -tout dans le ftyle tragique ,
Et quoique muet en musique ,
Je fuis l'ame des beaux concerts.
FILs de l'amour & de l'adverfité ,
Ma mort fuit de près ma naiffance ,
Quelquefois impofteur , fous un air emprunté ,
De la naïve vérité
Je fçais prendre la reffemblance.
On m'entend exprimer en profe ainfi qu'en vers.
Je réuffis fur -tout dans le ftyle tragique ,
Et quoique muet en musique ,
Je fuis l'ame des beaux concerts.
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5046
p. 49-50
LOGOGRYPHE. PAR P. L. F. PHILAGATHE, de Dunkerque.
Début :
Neuf membres réunis forment mon existence : [...]
Mots clefs :
Parchemin
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE. PAR P. L. F. PHILAGATHE, de Dunkerque.
LOGOGRYPHE.
PAR P. L. F. PHILAGATHE ,
de Dunkerque.
Neuf membres, réunis forment mon exiftence
:
Combine-les bien , cher Lecteur ,
Tu trouveras d'abord titre d'honneur en France ,
Ce que doit bien fçavoir tout voyageur ;
Un animal que l'on n'eftime gueres ;
Le fils infortuné d'un trop habile pere ,
Qui périt pour avoir négligé fes avis .
Deux notes de mufique ; aliment néceffaire
C
so MERCURE DE FRANCE.
Aux peuples comme aux rois , aux grands comme
aux petits ;
L'un des bienfaits que l'abeille nous donne,
Et ce qui fert à la couronne
De la Déeffe des moiffons.
Un élément , un Pape , deux poiffons ;
Certain canton en Italie ;
Empire fameux en Aſie.
4, 3 , 8 , je t'offre un figne de douleur ,
I 8 & 6 , oifeau babillard & voleur ; >
4 , I 8 ,
6 le
' " ,
royaume ou bien l'ifle
Où Vénus fit jadis choix de fon domicile.
Cherche encor avec foin , tu dois trouver en moi
Des Troyens le malheureux Roi ;
Un Poëte François , fameux dans le tragique ;
Nom de Prince jadis puiſſant en Amérique ;
Un coquillage , un péché déteſté ;
Le temple de la vérité .
Du corps une partie , une armure ſauvage ,
Chez nos peres jadis pourtant fort en ufage ;
Inftrument utile au marin , A
Que doit craindre tout libertin ...
J'en dirois encor davantage ,
Mais il eft tems de finir mon ouvrage.
Ami Lecteur , veux- tu me découvrir ?
Chez un Notaire il faudra me faifir.
A Dunkerque , le 4 Janvier 1755
PAR P. L. F. PHILAGATHE ,
de Dunkerque.
Neuf membres, réunis forment mon exiftence
:
Combine-les bien , cher Lecteur ,
Tu trouveras d'abord titre d'honneur en France ,
Ce que doit bien fçavoir tout voyageur ;
Un animal que l'on n'eftime gueres ;
Le fils infortuné d'un trop habile pere ,
Qui périt pour avoir négligé fes avis .
Deux notes de mufique ; aliment néceffaire
C
so MERCURE DE FRANCE.
Aux peuples comme aux rois , aux grands comme
aux petits ;
L'un des bienfaits que l'abeille nous donne,
Et ce qui fert à la couronne
De la Déeffe des moiffons.
Un élément , un Pape , deux poiffons ;
Certain canton en Italie ;
Empire fameux en Aſie.
4, 3 , 8 , je t'offre un figne de douleur ,
I 8 & 6 , oifeau babillard & voleur ; >
4 , I 8 ,
6 le
' " ,
royaume ou bien l'ifle
Où Vénus fit jadis choix de fon domicile.
Cherche encor avec foin , tu dois trouver en moi
Des Troyens le malheureux Roi ;
Un Poëte François , fameux dans le tragique ;
Nom de Prince jadis puiſſant en Amérique ;
Un coquillage , un péché déteſté ;
Le temple de la vérité .
Du corps une partie , une armure ſauvage ,
Chez nos peres jadis pourtant fort en ufage ;
Inftrument utile au marin , A
Que doit craindre tout libertin ...
J'en dirois encor davantage ,
Mais il eft tems de finir mon ouvrage.
Ami Lecteur , veux- tu me découvrir ?
Chez un Notaire il faudra me faifir.
A Dunkerque , le 4 Janvier 1755
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5047
p. 51
ENIGME.
Début :
Dans le monde je suis tellement nécessaire, [...]
Mots clefs :
Lettre M
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texteReconnaissance textuelle : ENIGME.
ENIGM E.
Dans le monde je fuis tellement néceſſaire ,
Qu'une fille fans moi ne peut devenir mere.
A ce trait , cher Lecteur , ne vas pas penfer mal.
Je forme l'homme & même l'animal ,
Et quelle que foit la nature ,
Tout membre me doit ſa ſtructure ;
Je plais au fexe feminin ,
Sur- tout lorfque j'entre en ménage .
Bref , je fers dans le mariage
Et j'aide à foutenir par- tout le genre humain.
Du Château de Marvies
en Champagne.
Cij
Dans le monde je fuis tellement néceſſaire ,
Qu'une fille fans moi ne peut devenir mere.
A ce trait , cher Lecteur , ne vas pas penfer mal.
Je forme l'homme & même l'animal ,
Et quelle que foit la nature ,
Tout membre me doit ſa ſtructure ;
Je plais au fexe feminin ,
Sur- tout lorfque j'entre en ménage .
Bref , je fers dans le mariage
Et j'aide à foutenir par- tout le genre humain.
Du Château de Marvies
en Champagne.
Cij
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5048
p. 52-53
LOGOGRYPHE.
Début :
Quel trouble agite mon cerveau ? [...]
Mots clefs :
Marguillier
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : LOGOGRYPHE.
LOGOGRYP HE.
Uel trouble agite mon cerveau ?
Ma dignité n'eft qu'un fardeau ;
Je me ruine pour l'Eglife ,
Saintement on m'y dévalife ;
On ne me parle que d'argent ,
Pour l'infirme ou pour l'indigent.
A l'Offrande , nouvelle aubaine :
Ilfaut , pour baifer la
patene
Tirer ...Je n'aurois point fini
Si je.... tu diras à ceci
Eh ! mais , chaque fête on t'encenfe.
Hélas ! je m'en pafferois bien .
C'eſt plutôt ma bourſe , je penſe :
Encenfe t'on ceux qui n'ont rien ?
Lecteur , tu peux me reconnoître .
Onze pieds foutiennent mon être ;
Si tu fçais la combinaiſon ,
Je renferme ce trifte fon
Qu'on rend à la fin de la vie :
Un chien fait à la venerie.
Trois tons. Un Saint . Un mal honteux.
Le nom d'un affaffin fameux ;
L'inftrument dont jadis Orphée
Charma le Styx & l'Elifée .
AVRIL.
1755. 53
Un terrein que bat l'océan ,
Le lit où fouffrit Saint Laurent ;
Un outil de menuiferie ,
Un autre pour la broderie.
Un vice ennemi du repos ,
Un endroit connu pour les eaux ,
Pour fes jardins , & fa machine.
La fubftance fimple & divine ,
Dont nous empruntons les refforts .
Une eau croupie , un jeu d'efforts
A qui l'on donne une étendue
Sablée , unie , entretenue.
Cette fenêtre où le pécheur
Se découvre à fon Confeffeur .
Une terre molle & fragile.
Ce qui rend un navire agile.
Un outil qui ronge fans dents.
La ville où fut élu Pontife
Le patron des petits enfans.
Lecteur , voilà mon Logogryphe.
X
L'Abbé Renaudor.
Uel trouble agite mon cerveau ?
Ma dignité n'eft qu'un fardeau ;
Je me ruine pour l'Eglife ,
Saintement on m'y dévalife ;
On ne me parle que d'argent ,
Pour l'infirme ou pour l'indigent.
A l'Offrande , nouvelle aubaine :
Ilfaut , pour baifer la
patene
Tirer ...Je n'aurois point fini
Si je.... tu diras à ceci
Eh ! mais , chaque fête on t'encenfe.
Hélas ! je m'en pafferois bien .
C'eſt plutôt ma bourſe , je penſe :
Encenfe t'on ceux qui n'ont rien ?
Lecteur , tu peux me reconnoître .
Onze pieds foutiennent mon être ;
Si tu fçais la combinaiſon ,
Je renferme ce trifte fon
Qu'on rend à la fin de la vie :
Un chien fait à la venerie.
Trois tons. Un Saint . Un mal honteux.
Le nom d'un affaffin fameux ;
L'inftrument dont jadis Orphée
Charma le Styx & l'Elifée .
AVRIL.
1755. 53
Un terrein que bat l'océan ,
Le lit où fouffrit Saint Laurent ;
Un outil de menuiferie ,
Un autre pour la broderie.
Un vice ennemi du repos ,
Un endroit connu pour les eaux ,
Pour fes jardins , & fa machine.
La fubftance fimple & divine ,
Dont nous empruntons les refforts .
Une eau croupie , un jeu d'efforts
A qui l'on donne une étendue
Sablée , unie , entretenue.
Cette fenêtre où le pécheur
Se découvre à fon Confeffeur .
Une terre molle & fragile.
Ce qui rend un navire agile.
Un outil qui ronge fans dents.
La ville où fut élu Pontife
Le patron des petits enfans.
Lecteur , voilà mon Logogryphe.
X
L'Abbé Renaudor.
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5049
p. 54
CHANSON.
Début :
Ah ! c'est tout de bon ; [...]
Mots clefs :
Jambon
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texteReconnaissance textuelle : CHANSON.
CHANSON.
mod 36 dired tas
A Heft tout de bon ;
J'apperçois un jambon , ————
Dont la couleur, vermeille
Affortit à merveille
Au jus de mon flacon.
Amis , que vous en fembles
Ne les féparons plus ;
olliame
Au fond de nos gofiers goulus
Marions-les enfemble.
mod 36 dired tas
A Heft tout de bon ;
J'apperçois un jambon , ————
Dont la couleur, vermeille
Affortit à merveille
Au jus de mon flacon.
Amis , que vous en fembles
Ne les féparons plus ;
olliame
Au fond de nos gofiers goulus
Marions-les enfemble.
Fermer
5050
p. 64-79
« LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
Début :
LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...]
Mots clefs :
Genre, Poème, Genre nouveau, Serin, Amour, Auteur, Gloire, Époux
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texteReconnaissance textuelle : « LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
LE SERIN DE CANARIE , Poëme ;
ouvrage dans un genre nouveau pour la
Poësie françoife , qui , à l'aide de quelques
notes , forme un traité complet & très- fûr
AVRIL. 1755. 65
pour élever les ferins . A Londres , 1755.
Cet effai m'a paru mériter l'approbation
du public , par le fond qui eft agréable , &
par la forme qui he l'eft pas moins . Il me
femble que l'auteur qui a la modeftie de ne
pas fe nommer , a bien faifi le ton de verfification
convenable au genre de poëme
qu'il a entrepris ; c'eft cette élégante fimplicité
fi propre à peindre les petites chofes
, & qui feule à l'art de les ennoblir :
les anciens y excelloient ; il les a pris pour
modeles , & je trouve qu'il y a fouvent
réuffi . Pour juftifier mon fentiment , je vais
citer quelques endroits de fon poëme : je
commence par fon début .
a
Toi , dont les doux accens divertiffent ma Muſe ,
Dont l'organe enchanteur & l'infpire & l'amufe ,
Et qui montes ma lyre au fon de tes concerts ,
C'eſt toi , charmant ferin , que célébrent mes vers.
Mufe , chante avec moi fon port plein de nobleffe
,
Son air plein de candeur & mêlé de fineffe ,
Le doux feu de fes yeux ennemis du fommeil ,
Son plumage ſemblable au plus brillant vermeil ;
L'éclat de la blancheur à propos ménagée ,
Ses pannaches pompeux , fa taille dégagée :
Peux-tu trouver ailleurs un plus charmant plaifir
Mais fur toute l'efpéce , égayant ton loiſir ,
Apprens-moi le fecret d'étendre leur lignage ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Enſeignes comment l'art embellit leur ramage ,
Comment leurs petits jeux peuvent dédommager
La main qui tous les jours leur préfente à manger ;
Et dans les tems obfcurs portant un oeil critique ,
Chante leur origine auffi noble qu'antique.
Voilà le plan de l'ouvrage heureusement
détaillé.
L'auteur fait ainfi l'éloge du mâle , qui
ne tourne pas à la gloire du beau fexe.
C'eſt du mâle fur-tout que l'humeur eft aimable.
Son épouſe fantafque & fouvent intraitable ,
Dans les mornes accès d'un bizarre courroux ,
Eteindroit les ardeurs d'un moins fidèle époux.
Tel que bien des maris , commodes par prudence ,
Il ronge fes chagrins dans un fage filence ;
Mais ce trouble finit quand les feux du printems
Excitent dans leur fein des tranfports plus conftans.
Ainfipour tous les coeurs engagés dans les chafnes
,
L'amour a fes plaiſirs , & l'amour a fes peines.
La femelle parmi les ferins commande
en reine , & l'époux eft chargé du ſoin de
tous les détails.
Les travaux affidus , les foucis du ménage ,
Suivent des premiers feux le leger badinage.
AVRI L.'
1755. 67
On pense à l'avenir , on prépare , on conftruit
L'aire où d'un chafte amour on doit loger le fruit.
De l'époux complaifant , l'épouſe induſtrieuſe ,
Habile à prévenir la voix impérieuſe
Qui lui marque le tems de décharger fon fein ,
D'une maiſon commode ordonne le deffein ;
Et fans bruit enfoncée au milieu du feuillage
D'un if propre à fixer une tête volage ,
Ou dans l'étroit contour du plus petit panier ,
Tranquille , & l'air rêveur , médite fur l'ofier.
Le mari travaille pendant ce tems là .
Il tranfporte , il fournit ; fa compagne y préſide ,
Et fuivant les confeils de l'inſtinct qui la guide
Les racines , la mouffe entourent la maiſon
Et l'on met au- dedans le duvet à foifon.
a
>
Mais jamais cette ardeur n'enfante le defordre.
S'ils s'entr'aident plufieurs , feule elle donne l'or
dre ....
L'un choifit le duvet , l'autre du coton fec ,
L'on donne , l'on reçoit : ainfi de bec en bec
Tout paffe au lieu marqué par l'inſtinct unanime ;
Le mur croît , l'oeuvre monte , & parvient à la
cime.
Tel que des ouvriers , par étage rangés ,
Entre deux longs fapins , en dégré , partagés ,
Reçoivent à leurs pieds ; élevent à leur tête
68 MERCURE DE FRANCE.
La pierre , le ciment qui montent juſqu'au faîte :
Tels nos ferins unis dès l'heure du réveil ,
Confomment leurs travaux fous le même foleil
A moins qu'un feu jaloux , enfanglantant la ferre ,
Ne porte dans l'état les horreurs de la guerre..
Le Poëte prudent nous avertit de ne pas
unir trop tôt les jeunes ferins. Ces mariages
précoces font , dit-il, funeftes , fur- tout
à la femelle. Il nous en apporte un exemple
tragique en vers touchans , par lefquels
je finirai ce précis.
Jonquille , encor trop jeune , époufe , & bientôt
mere ,
Victime de tendreffe , épuife en fon réduit
Un refte de chaleur , pour animer fon fruit.
Cinq citoyens nouveaux , donnés à la voliere , `
N'ont pas ouvert encor les yeux à la lumiere ,
Que dans fon fein flétri s'amortit la chaleur.
Ses petits languiffans augmentent fa douleur :
Elle çéde à fon mal ; tremblante , elle foupire ,
Palpite , ouvre le bec , ferme les yeux , expire ;
Et fous elle , glacés par le froid de la mort
Ses petits en un jour ont tous le même fort.
>
CONSIDERATIONS SUR LES
REVOLUTIONS DES ARTS , dédiées à Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
AVRIL. 1755. 69
A Paris , chez Brocas , Libraire , rue faint
Jacques , au chef S. Jean . 1755 .
Les principaux objets de ces confidérations
font la liaifon des Empires avec les
arts , & les influences réciproques des uns
& des autres , les caufes qui les ont donnés
à un peuple , & celles qui les lui ont ravis ;
les fources de leur renouvellement chez
quelques-uns , les dégrés où ils ont été
élevés ou abaiffés chez tous ; l'exacte connoiffance
des hommes puiffans qui les ont
protégés ; la jufte eftimation des hommes
de génie qui y ont excellé ; quelques traits
légers propres à caractériſer les hommes
d'efprit qui y ont réuffi ; enfin un examen
rapide de la nature des différens genres de
littérature , un petit nombre d'obfervations
fur les défauts qui pourroient nuire
aux progrès de nos jours , & quelques confeils
pour remédier à ces vices & augmenter
les fuccès. Voilà le précis ou le programme
que M. l'Abbé Mehegan donne luimême
de fon ouvrage dans la préface qu'il
a mis à la tête, je n'ai fait que le tranferire.
L'auteur divife ces confidérations par âge ;
il entend par ce mot une fuite non interrompue
de protecteurs & d'artistes , pendant
laquelle les arts font reftés à peu près
dans le même point. Il me paroît mériter
de la part du public beaucoup d'encoura-
(
70 MERCURE DE FRANCE.
gement. Son imagination pleine de feu
annonce un talent facile , peut - être même
fon plus grand défaut eft un excès en bien.
Il répand l'efprit avec profufion , & je ſuis
perfuadé qu'il plairoit encore davantage
s'il vouloit bien s'épargner la peine d'en
trop avoir.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie jufqu'au regne de
Louis XIV , par M. l'Abbé Velly . A Paris
, chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais , vis-à- vis le Collége. 1755 .
Il faut , dit l'auteur dans fa préface ,
que l'hiftoire écrite pour l'utilité commune
foit en même tems celle du Prince &
de l'Etat , de la politique & de la religion ,
des armes & des fciences , des exploits &
des inventions utiles & agréables , celle
enfin des moeurs & de l'efprit de la nation .
Cette hiſtoire nous manquoit , & nous aurons
l'obligation à M. l'Abbé Velly de
de nous enrichir d'un tréfor fi utile ; fes
deux premiers volumes qui ont déja paru ,
nous en font de fûrs garans . Il a eu l'art
de répandre le jour & l'intérêt fur les premieres
races de nos Rois , qui font la par
tie la plus obfcure & la plus feche de nos
faftes que ne devons - nous pas attendre
de la fuite ?
AVRIL. 1755. 71
LE FINANCIER ; par M. le Chevalier
de Mouhy , de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon , en fix parties. 1755. Se
trouve à Paris , chez Jorry , quai des Auguftins
, près le pont S. Michel , aux Cigognes.
C'eſt un Roman épifodique , dont le financier
, qui en eft le héros , répand fes libéralités
à pleine main fur tous les malheureux
que le hazard lui préfente , &
dont l'auteur raconte l'hiftoire en paffant.
Ce magnanime favori de Plutus va plus
loin ; quand la foule diverfe des indigens
ne s'offre pas à lui dans fon chemin , il
va les déterrer lui-même dans les réduits les
plus obfcurs , & monte jufqu'au cinquieme
étage pour exercer les devoirs de l'humanité
, & pour réparer fur-tout les torts
que la fortune aveugle a fait au mérite
plongé dans la mifere. C'eft un vrai Dom
Quichotte en générofité , ou plutôt le Titus
de la finance : il compte chaque heure
du jour par des bienfaits . Le ciel l'en récompenfe
; car il trouve au milieu de fa
courfe une femme digne de lui , & qui lui
apporte pour dot une beauté égale à fa
naiffance , avec un caractere auffi bienfaifant
que le fien . Tous les pauvres honteux
dont Paris abonde , feroient trop heureux
fi l'exemple de ce couple refpectable fai72
MERCURE DE FRANCE.
foit des imitateurs ; mais je doute qu'il
prenne dans le monde.
VOYAGE PITTORESQUE DES ENVIRONS
DE PARIS , ou Deſcription des maifons
royales , châteaux , & autres lieux de plaifance
fitués à quinze lieues aux environs de
cette, ville . Par M. D *** A Paris , chez
Debure l'aîné, Libraire, quai des Auguftins,
à S. Paul. 1755. Prix 3 livres relié.
Cet ouvrage m'a paru bien fait & bienécrit.
Voici quatre jolis vers , felon moi ,
fur la fontaine d'Hieres , près de Gros- bois.
La nymphe de cette fource les adreſſe à
ceux qui vont la viſiter.
Toujours vive , abondante & pure ,
Un doux penchant regle mon cours ;
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainfi couler les jours.
LES AMANS PHILOSOPHES , ou le Triomphe
de la raifon. A Paris , chez Hochereau
l'aîné , Libraire , quai de Conti , au
Phénix . 1755.
Ce roman eft de Mlle Brohon. Trois
fortes de recommendations parlent pour
elle ; une grande jeuneffe , elle n'a que
dix- huit ans ; une figure charmante , &
une douceur modefte qui prévient d'abord
en
AVRIL.
1755. 7%
.
en fa faveur tous ceux qui la voyent. Le
titre feul de fon ouvrage annonce fa fageffe
, & l'épigraphe dont elle a fait choix ,
Amare & fapere vix diis conceffum ) montre
qu'elle a refléchi de bonne heure , &
qu'elle connoît avant le tems tout le danger
d'une paffion qu'elle eft faite pour
infpirer & pour reffentir.
La demande qu'elle fait au public dans
un court avertiffement , eft fi raifonnable
qu'il ne peut la refufer fans injuftice. Une
critique outrée , dit-elle , abbar le courage ;
une cenfure jufte & menagée eft quelquefois
la mere du fuccès , fur-tout par rapport à
moi , dont le fexe augmente la timidité naturelle
à mon âge. Après une telle repréſentation
, il y auroit de la cruauté à juger
fon livre avec trop de rigueur ; j'en donnerai
l'extrait le mois prochain. Un auteur
fi aimable mérite d'être encouragé.
RECUEIL GÉNÉRAL HISTORIQUE
& critique de tout ce qui a été publié de
plus rare fur la ville d'Herculane , depuis
fa premiere découverte jufqu'à nos jours ,
tiré des auteurs les plus célébres d'Italie ,
tels que Venuti , Mafei , Quirini , Bellegrade
, Gori , & autres . A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques
au Temple du goût. 1755 .
D
74 MERCURE DE FRANCE.
"
Suivant l'avertiffement , on ne trouvera
rien dans cet ouvrage qui n'ait été fidelement
traduit des auteurs cités au titre. Si
l'on eft curieux de lire leurs écrits , on les
trouvera chez Tilliard , Libraire , quai des
Auguftins.
HISTOIRE D'UNE JEUNE FILLE SAUVAGE
trouvée dans les bois à l'âge de dix ans ;
publiée par Madame H.... T. A Paris ,
1755.
M. de la Condamine n'eft point l'auteur
de cette petite brochure , comme le bruit
s'en étoit répandu . Il m'écrit à ce fujet la
-lettre fuivante.
A M.de Boiffy, de l'Académie Françoise.
A Marfeille , le 15 Février 1755-
J'apprends , Monfieur , qu'on m'attribue
une brochure qui paroît à Paris depuis
peu , fous le titre d'Hiftoire d'une jeune fille
Sauvage ( aujourd'hui Mlle le Blanc ) trouvée
dans les bois à l'âge de dix ans . Get
ouvrage eft d'une Dame , veuve , qui demeure
près de Saint Marceau , & qui ayant
connu & pris cette fille en affection depuis
la mort de Mgr le Duc d'Orléans qui la
protégeoit , a pris la peine de rédiger fon
hiftoire , comme il eft dit dans l'ouvrage
C
AVRIL. 1755. 75
Ja
même , fur les queftions qu'elles lui a faites
en diverfes converfations , & à plufieurs
perfonnes qui l'ont connue peu de
tems après fon arrivée en France. Cette
Dame a feulement permis que l'on mît au
titre la premiere lettre de fon nom. Toute
part que j'ai à cette production eft d'avoir
fait quelques changemens au manuf
crit dont j'ai encore l'original , d'en avoir
retranché quelques faits qui n'étoient fondés
que fur des oui- dire , & dénués de vraifemblance
; d'avoir ajouté , à la fin furtout
, quelques conjectures à celles de Madame
H.... fur la maniere dont la jeune
fauvage & fa compagne ont pû fe trouver
tranfportées en France , & d'avoir facilité
l'impreffion de l'ouvrage au profit de la
Demoiſelle Le Blanc , dans la vûe de lui
procurer une fituation plus heureuſe , en
intéreffant à fon fort ceux qui liroient fon
aventure. Je vous prie , Monfieur , de
rendre cette déclaration publique , pour
defabufer ceux qui me feroient honneur
de ce qui ne m'appartient pas. J'ai celui
d'être , & c.
La Condamine.
L'ART DU CHANT , dédié à Madame
de Pompadour; par M. Berard. A Paris ,
-chez Deffaint & Saillant , rue Saint Jean de
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Beauvais ; chez Prault fils , quai de Conti ;
& chez Lambert , à côté de la Comédie
Françoife. 1755.
L'Auteur s'étonne avec raifon qu'on lui
ait laiffé la gloire de traiter le premier de
cet art , fur-tout dans un fiécle où le chant
eſt l'art à la mode , & domine au point
qu'il fait des enthouſiaftes , & forme des
fectes. M. Berard n'a rien épargné pour
s'en inftruire à fond , il ne ſe contente
pas d'en parler en maître de muſique , il
en raiſonne en Phyficien ; il a fait même
exprès un cours d'anatomie pour porter
l'analyfe dans tous les organes de nos fons :
ce font fes propres termes . Pour traiter
l'ouvrage méthodiquement , il le divife en
trois parties ; dans la premiere il confidere
la voix par rapport au chant ; dans
la deuxième il regarde la prononciation &
l'articulation , eu égard au chant ; & dans
la troifiéme il a pour objet la perfection
du chant. J'attendrai que les vrais connoiffeurs
en ce genre ayent prononcé , pour
m'en expliquer plus furement d'après eux ;
je m'étendrai particulierement fur la prononciation
& l'articulation : cette partie
eft un peu plus de ma compétence ; elle
ne fe borne point à la mufique , elle intéreffe
la chaire & le barreau , ainfi que le
théatre ; elle s'étend jufques fur la converAVRIL.
1755. 77
"
fation ; il n'eft prefque point d'état , il
n'eft point d'homme du monde , qui ne
doive ou qui ne veuille en être inſtruit.
M. Berard n'eût- il fait qu'ébaucher la matiere
, le public doit lui être obligé de
l'avoir mife en queftion : le premier qui
parle d'un art a toujours un grand mérite..
OBSERVATIONS SUR LE THEATRE , dans :
lefquelles on examine avec impartialité
l'état actuel des Spectacles de Paris ; par
M. de Chevrier. A Paris , chez Debure le
jeune , quai des Auguftins , à l'image S.
Germain . 1755.
Souvent l'auteur obſerve très - bien , mais
quelquefois il eft mal informé. Par exemple
, j'ouvre fa brochure , je tombe fur un
endroit qui regarde Dancourt , & j'y lis
ces mots Dancourt a joui des plus grands
fuccès ; ramené tous les jours fur la fcene , on
l'applaudit encore : ni fes comtemporains , ni
nos fâcheux n'ont écrit contre lui. Il me permettra
de lui dire que jamais auteur dramatique
n'a été de fon vivant plus traverfé
que Dancourt. Si l'on n'a pas écrit
contre lui , c'eft moins par eftime que par
un, fentiment contraire. Ses piéces étoient
non- feulement décriées par fes camarades ,
qui les jouoient à regret , mais encore
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
méprifées du public , même en réuffiffant ;
on les mettoit alors au - deffous de leur prix ,
on les défignoit par le titre peu flateur
de Dancourades. Quoiqu'on les revoye
aujourd'hui volontiers , on les apprécie à
peu près ce qu'elles valent : on convient
affez généralement que les Bourgeoifes à la
mode , les Bourgeoifes de qualité , & le
Chevalier à la mode , font les feules qui
méritent le nom de Comédie ; les autres ne
font que des farces bien dialoguées , qui fe
reffemblent prefque toutes ; on les reconnoît
à l'indécence , c'eſt leur air de famille.
Je remercie M. de Chevrier du bien
qu'il dit de moi , mais je fuis moins allarmé
que lui des décifions tranchantes de
M. R...... Il n'appartient ni à lui , ni
à aucun particulier de regler le rang des
auteurs ; le public a lui feul ce droit : ils
doivent s'en repofer fur,fes lumieres &
fur fon équité. Il met , quoique fouvent
un peu tard , chacun à fa place. Je confeille
, en qualité d'ancien , à M. de Chevrier
& à mes autres jeunes confreres ,
d'employer plutôt leur loifir à faire des
piéces pour le théatre , qui en a beſoin ,
que des obfervations dont Paris n'a que
faire ; il n'eft que trop éclairé fur les fpectacles
, & trop initié dans nos myfteres.
Pour fon amufement & pour leur gloire ,
AVRIL. 11755 79
qu'ils étudient fon goût pour le faifir , &,
s'ils fe difputent entr'eux , que ce foit de
talent & d'envie de lui plaire.
PINOLET , ou l'Aveugle parvenu , hif
toire véritable compofée fur les faits fournis
par Pinolet lui -même , actuellement
exiftant à Paris ; en quatre parties . 1755 .
Cetet ouvrage eft d'un genre qui me dif-,
penſe d'en faire l'extrait.
ÉLÉMENS DE CHYMIE , par Herman
Boerhaave , traduit du latin , en fix volumes
in- 12 . A Paris , chez Briaffon , rue
Saint Jacques ; & chez Guillyn , quai des
Auguftins .
C'eſt un vrai préfent que le Traducteur
nous a fait. Dire que Boerhaave en eft
l'auteur , peut-on faire un plus grand éloge
de l'ouvrage ?
On trouve auffi chez Briaffon la Ma
tiere Médicale , traduite du Latin de Cartheufer
, augmentée d'une table raiſonnée,
& d'une introduction ; quatre volumes
in-1 2. ainfi que la fuite des Conſultations
de médecine , traduites du latin de M.
Hoffman : elle contient quatre volumes in-
12. les 5 , 6 , 7 & 8.
ouvrage dans un genre nouveau pour la
Poësie françoife , qui , à l'aide de quelques
notes , forme un traité complet & très- fûr
AVRIL. 1755. 65
pour élever les ferins . A Londres , 1755.
Cet effai m'a paru mériter l'approbation
du public , par le fond qui eft agréable , &
par la forme qui he l'eft pas moins . Il me
femble que l'auteur qui a la modeftie de ne
pas fe nommer , a bien faifi le ton de verfification
convenable au genre de poëme
qu'il a entrepris ; c'eft cette élégante fimplicité
fi propre à peindre les petites chofes
, & qui feule à l'art de les ennoblir :
les anciens y excelloient ; il les a pris pour
modeles , & je trouve qu'il y a fouvent
réuffi . Pour juftifier mon fentiment , je vais
citer quelques endroits de fon poëme : je
commence par fon début .
a
Toi , dont les doux accens divertiffent ma Muſe ,
Dont l'organe enchanteur & l'infpire & l'amufe ,
Et qui montes ma lyre au fon de tes concerts ,
C'eſt toi , charmant ferin , que célébrent mes vers.
Mufe , chante avec moi fon port plein de nobleffe
,
Son air plein de candeur & mêlé de fineffe ,
Le doux feu de fes yeux ennemis du fommeil ,
Son plumage ſemblable au plus brillant vermeil ;
L'éclat de la blancheur à propos ménagée ,
Ses pannaches pompeux , fa taille dégagée :
Peux-tu trouver ailleurs un plus charmant plaifir
Mais fur toute l'efpéce , égayant ton loiſir ,
Apprens-moi le fecret d'étendre leur lignage ;
66 MERCURE DE FRANCE.
Enſeignes comment l'art embellit leur ramage ,
Comment leurs petits jeux peuvent dédommager
La main qui tous les jours leur préfente à manger ;
Et dans les tems obfcurs portant un oeil critique ,
Chante leur origine auffi noble qu'antique.
Voilà le plan de l'ouvrage heureusement
détaillé.
L'auteur fait ainfi l'éloge du mâle , qui
ne tourne pas à la gloire du beau fexe.
C'eſt du mâle fur-tout que l'humeur eft aimable.
Son épouſe fantafque & fouvent intraitable ,
Dans les mornes accès d'un bizarre courroux ,
Eteindroit les ardeurs d'un moins fidèle époux.
Tel que bien des maris , commodes par prudence ,
Il ronge fes chagrins dans un fage filence ;
Mais ce trouble finit quand les feux du printems
Excitent dans leur fein des tranfports plus conftans.
Ainfipour tous les coeurs engagés dans les chafnes
,
L'amour a fes plaiſirs , & l'amour a fes peines.
La femelle parmi les ferins commande
en reine , & l'époux eft chargé du ſoin de
tous les détails.
Les travaux affidus , les foucis du ménage ,
Suivent des premiers feux le leger badinage.
AVRI L.'
1755. 67
On pense à l'avenir , on prépare , on conftruit
L'aire où d'un chafte amour on doit loger le fruit.
De l'époux complaifant , l'épouſe induſtrieuſe ,
Habile à prévenir la voix impérieuſe
Qui lui marque le tems de décharger fon fein ,
D'une maiſon commode ordonne le deffein ;
Et fans bruit enfoncée au milieu du feuillage
D'un if propre à fixer une tête volage ,
Ou dans l'étroit contour du plus petit panier ,
Tranquille , & l'air rêveur , médite fur l'ofier.
Le mari travaille pendant ce tems là .
Il tranfporte , il fournit ; fa compagne y préſide ,
Et fuivant les confeils de l'inſtinct qui la guide
Les racines , la mouffe entourent la maiſon
Et l'on met au- dedans le duvet à foifon.
a
>
Mais jamais cette ardeur n'enfante le defordre.
S'ils s'entr'aident plufieurs , feule elle donne l'or
dre ....
L'un choifit le duvet , l'autre du coton fec ,
L'on donne , l'on reçoit : ainfi de bec en bec
Tout paffe au lieu marqué par l'inſtinct unanime ;
Le mur croît , l'oeuvre monte , & parvient à la
cime.
Tel que des ouvriers , par étage rangés ,
Entre deux longs fapins , en dégré , partagés ,
Reçoivent à leurs pieds ; élevent à leur tête
68 MERCURE DE FRANCE.
La pierre , le ciment qui montent juſqu'au faîte :
Tels nos ferins unis dès l'heure du réveil ,
Confomment leurs travaux fous le même foleil
A moins qu'un feu jaloux , enfanglantant la ferre ,
Ne porte dans l'état les horreurs de la guerre..
Le Poëte prudent nous avertit de ne pas
unir trop tôt les jeunes ferins. Ces mariages
précoces font , dit-il, funeftes , fur- tout
à la femelle. Il nous en apporte un exemple
tragique en vers touchans , par lefquels
je finirai ce précis.
Jonquille , encor trop jeune , époufe , & bientôt
mere ,
Victime de tendreffe , épuife en fon réduit
Un refte de chaleur , pour animer fon fruit.
Cinq citoyens nouveaux , donnés à la voliere , `
N'ont pas ouvert encor les yeux à la lumiere ,
Que dans fon fein flétri s'amortit la chaleur.
Ses petits languiffans augmentent fa douleur :
Elle çéde à fon mal ; tremblante , elle foupire ,
Palpite , ouvre le bec , ferme les yeux , expire ;
Et fous elle , glacés par le froid de la mort
Ses petits en un jour ont tous le même fort.
>
CONSIDERATIONS SUR LES
REVOLUTIONS DES ARTS , dédiées à Mgr
le Duc d'Orléans , premier Prince du Sang.
AVRIL. 1755. 69
A Paris , chez Brocas , Libraire , rue faint
Jacques , au chef S. Jean . 1755 .
Les principaux objets de ces confidérations
font la liaifon des Empires avec les
arts , & les influences réciproques des uns
& des autres , les caufes qui les ont donnés
à un peuple , & celles qui les lui ont ravis ;
les fources de leur renouvellement chez
quelques-uns , les dégrés où ils ont été
élevés ou abaiffés chez tous ; l'exacte connoiffance
des hommes puiffans qui les ont
protégés ; la jufte eftimation des hommes
de génie qui y ont excellé ; quelques traits
légers propres à caractériſer les hommes
d'efprit qui y ont réuffi ; enfin un examen
rapide de la nature des différens genres de
littérature , un petit nombre d'obfervations
fur les défauts qui pourroient nuire
aux progrès de nos jours , & quelques confeils
pour remédier à ces vices & augmenter
les fuccès. Voilà le précis ou le programme
que M. l'Abbé Mehegan donne luimême
de fon ouvrage dans la préface qu'il
a mis à la tête, je n'ai fait que le tranferire.
L'auteur divife ces confidérations par âge ;
il entend par ce mot une fuite non interrompue
de protecteurs & d'artistes , pendant
laquelle les arts font reftés à peu près
dans le même point. Il me paroît mériter
de la part du public beaucoup d'encoura-
(
70 MERCURE DE FRANCE.
gement. Son imagination pleine de feu
annonce un talent facile , peut - être même
fon plus grand défaut eft un excès en bien.
Il répand l'efprit avec profufion , & je ſuis
perfuadé qu'il plairoit encore davantage
s'il vouloit bien s'épargner la peine d'en
trop avoir.
HISTOIRE DE FRANCE , depuis l'établiffement
de la Monarchie jufqu'au regne de
Louis XIV , par M. l'Abbé Velly . A Paris
, chez Defaint & Saillant , rue S. Jean
de Beauvais , vis-à- vis le Collége. 1755 .
Il faut , dit l'auteur dans fa préface ,
que l'hiftoire écrite pour l'utilité commune
foit en même tems celle du Prince &
de l'Etat , de la politique & de la religion ,
des armes & des fciences , des exploits &
des inventions utiles & agréables , celle
enfin des moeurs & de l'efprit de la nation .
Cette hiſtoire nous manquoit , & nous aurons
l'obligation à M. l'Abbé Velly de
de nous enrichir d'un tréfor fi utile ; fes
deux premiers volumes qui ont déja paru ,
nous en font de fûrs garans . Il a eu l'art
de répandre le jour & l'intérêt fur les premieres
races de nos Rois , qui font la par
tie la plus obfcure & la plus feche de nos
faftes que ne devons - nous pas attendre
de la fuite ?
AVRIL. 1755. 71
LE FINANCIER ; par M. le Chevalier
de Mouhy , de l'Académie des Belles-
Lettres de Dijon , en fix parties. 1755. Se
trouve à Paris , chez Jorry , quai des Auguftins
, près le pont S. Michel , aux Cigognes.
C'eſt un Roman épifodique , dont le financier
, qui en eft le héros , répand fes libéralités
à pleine main fur tous les malheureux
que le hazard lui préfente , &
dont l'auteur raconte l'hiftoire en paffant.
Ce magnanime favori de Plutus va plus
loin ; quand la foule diverfe des indigens
ne s'offre pas à lui dans fon chemin , il
va les déterrer lui-même dans les réduits les
plus obfcurs , & monte jufqu'au cinquieme
étage pour exercer les devoirs de l'humanité
, & pour réparer fur-tout les torts
que la fortune aveugle a fait au mérite
plongé dans la mifere. C'eft un vrai Dom
Quichotte en générofité , ou plutôt le Titus
de la finance : il compte chaque heure
du jour par des bienfaits . Le ciel l'en récompenfe
; car il trouve au milieu de fa
courfe une femme digne de lui , & qui lui
apporte pour dot une beauté égale à fa
naiffance , avec un caractere auffi bienfaifant
que le fien . Tous les pauvres honteux
dont Paris abonde , feroient trop heureux
fi l'exemple de ce couple refpectable fai72
MERCURE DE FRANCE.
foit des imitateurs ; mais je doute qu'il
prenne dans le monde.
VOYAGE PITTORESQUE DES ENVIRONS
DE PARIS , ou Deſcription des maifons
royales , châteaux , & autres lieux de plaifance
fitués à quinze lieues aux environs de
cette, ville . Par M. D *** A Paris , chez
Debure l'aîné, Libraire, quai des Auguftins,
à S. Paul. 1755. Prix 3 livres relié.
Cet ouvrage m'a paru bien fait & bienécrit.
Voici quatre jolis vers , felon moi ,
fur la fontaine d'Hieres , près de Gros- bois.
La nymphe de cette fource les adreſſe à
ceux qui vont la viſiter.
Toujours vive , abondante & pure ,
Un doux penchant regle mon cours ;
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainfi couler les jours.
LES AMANS PHILOSOPHES , ou le Triomphe
de la raifon. A Paris , chez Hochereau
l'aîné , Libraire , quai de Conti , au
Phénix . 1755.
Ce roman eft de Mlle Brohon. Trois
fortes de recommendations parlent pour
elle ; une grande jeuneffe , elle n'a que
dix- huit ans ; une figure charmante , &
une douceur modefte qui prévient d'abord
en
AVRIL.
1755. 7%
.
en fa faveur tous ceux qui la voyent. Le
titre feul de fon ouvrage annonce fa fageffe
, & l'épigraphe dont elle a fait choix ,
Amare & fapere vix diis conceffum ) montre
qu'elle a refléchi de bonne heure , &
qu'elle connoît avant le tems tout le danger
d'une paffion qu'elle eft faite pour
infpirer & pour reffentir.
La demande qu'elle fait au public dans
un court avertiffement , eft fi raifonnable
qu'il ne peut la refufer fans injuftice. Une
critique outrée , dit-elle , abbar le courage ;
une cenfure jufte & menagée eft quelquefois
la mere du fuccès , fur-tout par rapport à
moi , dont le fexe augmente la timidité naturelle
à mon âge. Après une telle repréſentation
, il y auroit de la cruauté à juger
fon livre avec trop de rigueur ; j'en donnerai
l'extrait le mois prochain. Un auteur
fi aimable mérite d'être encouragé.
RECUEIL GÉNÉRAL HISTORIQUE
& critique de tout ce qui a été publié de
plus rare fur la ville d'Herculane , depuis
fa premiere découverte jufqu'à nos jours ,
tiré des auteurs les plus célébres d'Italie ,
tels que Venuti , Mafei , Quirini , Bellegrade
, Gori , & autres . A Paris , chez
Duchefne , Libraire , rue Saint Jacques
au Temple du goût. 1755 .
D
74 MERCURE DE FRANCE.
"
Suivant l'avertiffement , on ne trouvera
rien dans cet ouvrage qui n'ait été fidelement
traduit des auteurs cités au titre. Si
l'on eft curieux de lire leurs écrits , on les
trouvera chez Tilliard , Libraire , quai des
Auguftins.
HISTOIRE D'UNE JEUNE FILLE SAUVAGE
trouvée dans les bois à l'âge de dix ans ;
publiée par Madame H.... T. A Paris ,
1755.
M. de la Condamine n'eft point l'auteur
de cette petite brochure , comme le bruit
s'en étoit répandu . Il m'écrit à ce fujet la
-lettre fuivante.
A M.de Boiffy, de l'Académie Françoise.
A Marfeille , le 15 Février 1755-
J'apprends , Monfieur , qu'on m'attribue
une brochure qui paroît à Paris depuis
peu , fous le titre d'Hiftoire d'une jeune fille
Sauvage ( aujourd'hui Mlle le Blanc ) trouvée
dans les bois à l'âge de dix ans . Get
ouvrage eft d'une Dame , veuve , qui demeure
près de Saint Marceau , & qui ayant
connu & pris cette fille en affection depuis
la mort de Mgr le Duc d'Orléans qui la
protégeoit , a pris la peine de rédiger fon
hiftoire , comme il eft dit dans l'ouvrage
C
AVRIL. 1755. 75
Ja
même , fur les queftions qu'elles lui a faites
en diverfes converfations , & à plufieurs
perfonnes qui l'ont connue peu de
tems après fon arrivée en France. Cette
Dame a feulement permis que l'on mît au
titre la premiere lettre de fon nom. Toute
part que j'ai à cette production eft d'avoir
fait quelques changemens au manuf
crit dont j'ai encore l'original , d'en avoir
retranché quelques faits qui n'étoient fondés
que fur des oui- dire , & dénués de vraifemblance
; d'avoir ajouté , à la fin furtout
, quelques conjectures à celles de Madame
H.... fur la maniere dont la jeune
fauvage & fa compagne ont pû fe trouver
tranfportées en France , & d'avoir facilité
l'impreffion de l'ouvrage au profit de la
Demoiſelle Le Blanc , dans la vûe de lui
procurer une fituation plus heureuſe , en
intéreffant à fon fort ceux qui liroient fon
aventure. Je vous prie , Monfieur , de
rendre cette déclaration publique , pour
defabufer ceux qui me feroient honneur
de ce qui ne m'appartient pas. J'ai celui
d'être , & c.
La Condamine.
L'ART DU CHANT , dédié à Madame
de Pompadour; par M. Berard. A Paris ,
-chez Deffaint & Saillant , rue Saint Jean de
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Beauvais ; chez Prault fils , quai de Conti ;
& chez Lambert , à côté de la Comédie
Françoife. 1755.
L'Auteur s'étonne avec raifon qu'on lui
ait laiffé la gloire de traiter le premier de
cet art , fur-tout dans un fiécle où le chant
eſt l'art à la mode , & domine au point
qu'il fait des enthouſiaftes , & forme des
fectes. M. Berard n'a rien épargné pour
s'en inftruire à fond , il ne ſe contente
pas d'en parler en maître de muſique , il
en raiſonne en Phyficien ; il a fait même
exprès un cours d'anatomie pour porter
l'analyfe dans tous les organes de nos fons :
ce font fes propres termes . Pour traiter
l'ouvrage méthodiquement , il le divife en
trois parties ; dans la premiere il confidere
la voix par rapport au chant ; dans
la deuxième il regarde la prononciation &
l'articulation , eu égard au chant ; & dans
la troifiéme il a pour objet la perfection
du chant. J'attendrai que les vrais connoiffeurs
en ce genre ayent prononcé , pour
m'en expliquer plus furement d'après eux ;
je m'étendrai particulierement fur la prononciation
& l'articulation : cette partie
eft un peu plus de ma compétence ; elle
ne fe borne point à la mufique , elle intéreffe
la chaire & le barreau , ainfi que le
théatre ; elle s'étend jufques fur la converAVRIL.
1755. 77
"
fation ; il n'eft prefque point d'état , il
n'eft point d'homme du monde , qui ne
doive ou qui ne veuille en être inſtruit.
M. Berard n'eût- il fait qu'ébaucher la matiere
, le public doit lui être obligé de
l'avoir mife en queftion : le premier qui
parle d'un art a toujours un grand mérite..
OBSERVATIONS SUR LE THEATRE , dans :
lefquelles on examine avec impartialité
l'état actuel des Spectacles de Paris ; par
M. de Chevrier. A Paris , chez Debure le
jeune , quai des Auguftins , à l'image S.
Germain . 1755.
Souvent l'auteur obſerve très - bien , mais
quelquefois il eft mal informé. Par exemple
, j'ouvre fa brochure , je tombe fur un
endroit qui regarde Dancourt , & j'y lis
ces mots Dancourt a joui des plus grands
fuccès ; ramené tous les jours fur la fcene , on
l'applaudit encore : ni fes comtemporains , ni
nos fâcheux n'ont écrit contre lui. Il me permettra
de lui dire que jamais auteur dramatique
n'a été de fon vivant plus traverfé
que Dancourt. Si l'on n'a pas écrit
contre lui , c'eft moins par eftime que par
un, fentiment contraire. Ses piéces étoient
non- feulement décriées par fes camarades ,
qui les jouoient à regret , mais encore
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
méprifées du public , même en réuffiffant ;
on les mettoit alors au - deffous de leur prix ,
on les défignoit par le titre peu flateur
de Dancourades. Quoiqu'on les revoye
aujourd'hui volontiers , on les apprécie à
peu près ce qu'elles valent : on convient
affez généralement que les Bourgeoifes à la
mode , les Bourgeoifes de qualité , & le
Chevalier à la mode , font les feules qui
méritent le nom de Comédie ; les autres ne
font que des farces bien dialoguées , qui fe
reffemblent prefque toutes ; on les reconnoît
à l'indécence , c'eſt leur air de famille.
Je remercie M. de Chevrier du bien
qu'il dit de moi , mais je fuis moins allarmé
que lui des décifions tranchantes de
M. R...... Il n'appartient ni à lui , ni
à aucun particulier de regler le rang des
auteurs ; le public a lui feul ce droit : ils
doivent s'en repofer fur,fes lumieres &
fur fon équité. Il met , quoique fouvent
un peu tard , chacun à fa place. Je confeille
, en qualité d'ancien , à M. de Chevrier
& à mes autres jeunes confreres ,
d'employer plutôt leur loifir à faire des
piéces pour le théatre , qui en a beſoin ,
que des obfervations dont Paris n'a que
faire ; il n'eft que trop éclairé fur les fpectacles
, & trop initié dans nos myfteres.
Pour fon amufement & pour leur gloire ,
AVRIL. 11755 79
qu'ils étudient fon goût pour le faifir , &,
s'ils fe difputent entr'eux , que ce foit de
talent & d'envie de lui plaire.
PINOLET , ou l'Aveugle parvenu , hif
toire véritable compofée fur les faits fournis
par Pinolet lui -même , actuellement
exiftant à Paris ; en quatre parties . 1755 .
Cetet ouvrage eft d'un genre qui me dif-,
penſe d'en faire l'extrait.
ÉLÉMENS DE CHYMIE , par Herman
Boerhaave , traduit du latin , en fix volumes
in- 12 . A Paris , chez Briaffon , rue
Saint Jacques ; & chez Guillyn , quai des
Auguftins .
C'eſt un vrai préfent que le Traducteur
nous a fait. Dire que Boerhaave en eft
l'auteur , peut-on faire un plus grand éloge
de l'ouvrage ?
On trouve auffi chez Briaffon la Ma
tiere Médicale , traduite du Latin de Cartheufer
, augmentée d'une table raiſonnée,
& d'une introduction ; quatre volumes
in-1 2. ainfi que la fuite des Conſultations
de médecine , traduites du latin de M.
Hoffman : elle contient quatre volumes in-
12. les 5 , 6 , 7 & 8.
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Résumé : « LE SERIN DE CANARIE, Poëme, ouvrage dans un genre nouveau pour la [...] »
En avril 1755, plusieurs ouvrages ont été publiés, couvrant divers sujets littéraires et artistiques. 'Le Serin de Canarie' est un poème anonyme qui offre un traité complet sur l'élevage des serins. Il décrit les rôles distincts du mâle et de la femelle, mettant en garde contre les mariages précoces chez ces oiseaux. 'Considérations sur les révolutions des arts', dédié au Duc d'Orléans, explore les liens entre les empires et les arts, ainsi que les causes de leur développement ou déclin. L'Abbé Mehegan divise les arts en âges et propose des conseils pour améliorer leur progression. L''Histoire de France' par l'Abbé Velly couvre la monarchie jusqu'au règne de Louis XIV, intégrant des aspects politiques, religieux, militaires et scientifiques. 'Le Financier' est un roman épistolaire où le héros, un financier généreux, aide les malheureux et trouve une femme digne de lui. 'Voyage pittoresque des environs de Paris' décrit les maisons royales et châteaux à proximité de Paris, incluant des vers sur une fontaine. 'Les Amants philosophes' est un roman de Mlle Brohon, une jeune auteure de dix-huit ans, qui demande une critique juste et encourageante pour son œuvre. Le 'Recueil général historique et critique' compile des informations sur la ville d'Herculane, traduites fidèlement des auteurs italiens. 'Histoire d'une jeune fille sauvage' raconte l'histoire d'une fille trouvée dans les bois à l'âge de dix ans, rédigée par une dame veuve avec des contributions de M. de la Condamine. 'L'Art du chant', dédié à Madame de Pompadour, est écrit par M. Berard, qui combine des connaissances en musique et en physique pour approfondir l'étude du chant. L'ouvrage est divisé en trois parties : la voix par rapport au chant, la prononciation et l'articulation, et la perfection du chant. Le texte mentionne également des observations sur le théâtre par M. de Chevrier, qui examine l'état actuel des spectacles à Paris. L'auteur critique certaines affirmations de M. de Chevrier, notamment sur le succès de Dancourt, un dramaturge souvent décrié. Il conseille aux jeunes auteurs de se concentrer sur la création de pièces pour le théâtre plutôt que sur des observations critiques. Enfin, le texte cite des ouvrages comme 'Pinolet, ou l'Aveugle parvenu' et des traductions en français d'ouvrages scientifiques, tels que les 'Éléments de Chimie' de Herman Boerhaave.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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