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1
p. 126-138
Nouvelles Pandore, ou des Femmes illustres du Siecle de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Début :
Vous avez lû sans doute, Madame, les Satires & les [...]
Mots clefs :
Femmes, Femmes savantes, Précieuses, Discours, Mérite, Recueil, Femmes illustres, Pandore, Académies, Académie des Ricovrati de Padoue, Égalité
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texteReconnaissance textuelle : Nouvelles Pandore, ou des Femmes illustres du Siecle de Louis le Grand. [titre d'après la table]
Vous avez lû fans doute ,
Madame , les Satires & les
Pieces differentes qui ont efte
faites depuis quelques années
contre le Mariage & contre
บ
GALANT. 127
1
les Femmes , non feulement
Contre lesFemmes en general,
mais encore contre les Dames
Sçavantes en particulier. Cela
n'empêche pas que l'on ne fe
marie toujours , & que les
beaux efprits de voſtre Sexe
ne travaillent pour la gloire',
& à fe rendre recommandables
par leur fçavoir autant
que par leur fageffe. Elles
peuvent le vanter d'avoir remporte
des Prix d'Eloquence &
de Poëfie dans toutes les Academies
du Royaume , témoins
J'illuftre Mademoifelle de Stu
dery , Deshoullieres & Bernard,
Lilij
128 MERCURE
dans l'Academie Françoife.
Cette derniere a gagné auffi
toutes les Fleurs de l'Acade
mie Royale des Joux Floraux
de Touloufe, & Mademoiſelle
Lheritier a fouvent efté cou
ronnée par M's les Lanterniftes
de la même Ville . Je ne
vous parle point des Ouvra
ges admirables de Madame
Le Fevre Dacier , des Poëfies
charmantes de Mademoiſelle
Cheron , ny des agréables Productions,
d'efprit de Madame
le Camus , de Mademoiſelle
de la Force, ny d'un grand nom .
bre d'autres , que M ' de Vertron
GALANT 129
a pris foin de loüer d'une ma
niere delicate & nouvelle ,
dans un Recueil qui paroift
depuis quelque temps fous le
titre de Nouvelle Pandore , ou
des Femmes illuftres du Siecle de
Louis le Grand. lly fait les Eloges
des Mortes & des Vivantés
, & pour prouver la préfe
rence de voftre Sexe au noftre ,
iby foutient le Pour & le Contre
, ce qui a donné matiere à
plufieurs Orateurs & Poëtes
d'exercer leur genie fur les dis
vers partis qu'il a embraf
fez dans fes fix Difcours Academiques.
130 MERCURE
Le premier , Du merite des
Dames , eft appuyé fur les té
moignages des Ecritures Sain
tes , où l'on voit le Pas gyri
que des Femmes illuftres de
l'Ancien & du Nouveau Te.
ftament.
b
Le fecond traite du Merite
des Hommes , où raffemblant
les perfections des Heros de
l'Antiquité , il trouve moyen
de faire l'Eloge du Roy
Le troifiéme Difcours , qui
eft de l'Egalité des Sexes , eft
une curieuſe recherche de la
Fable & de l'Hiftoire ancien
ne , tant facrée que profane,
GALANT.
qui fait voir que comme l'efprit
n'a point de Sexe , il n'y
a nulle difference entre les
Ames & les Genies des Hom
mes & des Femmes
Le quatriéme Difcours eft
contre l'Egalité des Sexés , & en
faveur des Hommes . C'eftune
efpece de Critique honnefte
contre les defauts de quelques
Femmes , qui ont fait du bruit
dans l'Antiquité. Il touche
pourtant finement ceux des
noftres , c'eft à dire des Coqueres
d'éclat , & des Plai
deufes de profeffion , fans
oublier les Précieufes ridicu132
MERCURE
les , ny les fauffes Sçavantes .
Le cinquiéme Difcours con
tre les Hommes , eft une peintu
re fidelle & en racourci des
defauts des grands Hommes
de l'Antiquité, & de quelques
Empereurs Romains , de certains
Heros , & des Dieux
Payens.
Le fixiéme , qui eft de la
preéminence du beau Sexe , eſt
une retractation par laquelle
il montre que tout ce qu'il a
dit contre les Femmes, n'a efté.
que pour mieux établir leurs
avantages fur les Hommes . b
En parlanr des Heroïnes de
GALANT 133
l'Antiquité , il parle comme il
faut, & comme il doit ,de celles
de noftre Siecle ; & il fait voir
qu'il ya des Heroïnes de plus
d'une maniere. Celle dont il
s'eft fervi pour convaincre les
Hommes du merite des Femmes
, en eft une preuve indus
bitable, puis qu'il fait voir leur
efprit par leurs Ouvrages
rempliffant , ou pour mieux
dire , ornant ( c'eft ainfi qu'il
s'en explique luy même dans
fa Préface ) les deux Volumes
de la Nouvelle Pandore , de ce
qu'elles ont fait de plus beau.
Parmy ces oeuvres mélées il à
134 MERCURE
choifi celles qui regardoient
la ø
gloire du Roy. On trouve
dans le même recueil le juge
ment qu'il fait des Ouvrages
que ces Dames Sçavantes lay
ont fait l'honneur de luy
adreffer ce qui peut paffer
pour des Eloges en racourci ,
la matiere en eftant inépuifa .
ble. Il nous promet encore
quelque chofe de nouveau en
faveur des Dames , qui luy ont
donné avec juftice le furnom
de Protecteur du bean Sexe.C'eft
auffi en cette qualité qu'il a
proclamé , & dans les Academies
du Royaume , & dans
GALANT. 135
t celles d'Italie , le merite de
celles qui fe font fait diftin .
guer par leur fage conduire ,
par leurs vertus éclarantes , &
par leurs excellens Ouvrages.
Enfin , fur fon témoignage ,
Meffieurs de la docte Academie
des Ricovrati de Padouë,
fes Confreres , le 10, de Février
dernier , receurent les Dames
illuftres , dont voicy la Lifte
qu'il m'a envoyée.
Madame la Prefidente de
Bretonvilliers .
Madamele Camus de Melfon.
co
Mademoiselle.de la Force.
136 MERCURE
Madame la Comteffe de d
Barneville Daulnoy.
Mademoiſelle des Houlie
res.
Mademoiſelle Cheron .
Mademoiſelle Bernard .
Mademoiſelle Lheritier.
Il doit ces jours- cy , en
qualité de Député , leur porter
les Lettres Patentes d'Academiciennes
, prefent qu'il ac
compagnera
fans doute , de.
Complimens
Italiens & François
.
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame le Fevre Dacier , &
Madame de Saliez , Viguiere
GALANT.
137
d'Albi , ont efté receues dans
la même Academie de Rico .
i vrati il y a déja quelques anpées
.
Je ne vous dis rien dayan
tage de la nouvelle Pandore , où
la modeftie de M de Vertron
luy fait dire qu'il y a la moindre
part, & que ce qu'il y a de
= meilleur , eft des Dames qui
ont enrichi ce Recueil par
leurs Ouvrages . Ce Livre compofé
de deux Tomes , en attendant
le troifiéme , qui fera
་
de Pieces galantes , fe vend
chez la Veuve Claude Mazuel,
Septembre 1699.
M
18 MERCURE
fur le Pont Saint Michel ,
Levrette.
Madame , les Satires & les
Pieces differentes qui ont efte
faites depuis quelques années
contre le Mariage & contre
บ
GALANT. 127
1
les Femmes , non feulement
Contre lesFemmes en general,
mais encore contre les Dames
Sçavantes en particulier. Cela
n'empêche pas que l'on ne fe
marie toujours , & que les
beaux efprits de voſtre Sexe
ne travaillent pour la gloire',
& à fe rendre recommandables
par leur fçavoir autant
que par leur fageffe. Elles
peuvent le vanter d'avoir remporte
des Prix d'Eloquence &
de Poëfie dans toutes les Academies
du Royaume , témoins
J'illuftre Mademoifelle de Stu
dery , Deshoullieres & Bernard,
Lilij
128 MERCURE
dans l'Academie Françoife.
Cette derniere a gagné auffi
toutes les Fleurs de l'Acade
mie Royale des Joux Floraux
de Touloufe, & Mademoiſelle
Lheritier a fouvent efté cou
ronnée par M's les Lanterniftes
de la même Ville . Je ne
vous parle point des Ouvra
ges admirables de Madame
Le Fevre Dacier , des Poëfies
charmantes de Mademoiſelle
Cheron , ny des agréables Productions,
d'efprit de Madame
le Camus , de Mademoiſelle
de la Force, ny d'un grand nom .
bre d'autres , que M ' de Vertron
GALANT 129
a pris foin de loüer d'une ma
niere delicate & nouvelle ,
dans un Recueil qui paroift
depuis quelque temps fous le
titre de Nouvelle Pandore , ou
des Femmes illuftres du Siecle de
Louis le Grand. lly fait les Eloges
des Mortes & des Vivantés
, & pour prouver la préfe
rence de voftre Sexe au noftre ,
iby foutient le Pour & le Contre
, ce qui a donné matiere à
plufieurs Orateurs & Poëtes
d'exercer leur genie fur les dis
vers partis qu'il a embraf
fez dans fes fix Difcours Academiques.
130 MERCURE
Le premier , Du merite des
Dames , eft appuyé fur les té
moignages des Ecritures Sain
tes , où l'on voit le Pas gyri
que des Femmes illuftres de
l'Ancien & du Nouveau Te.
ftament.
b
Le fecond traite du Merite
des Hommes , où raffemblant
les perfections des Heros de
l'Antiquité , il trouve moyen
de faire l'Eloge du Roy
Le troifiéme Difcours , qui
eft de l'Egalité des Sexes , eft
une curieuſe recherche de la
Fable & de l'Hiftoire ancien
ne , tant facrée que profane,
GALANT.
qui fait voir que comme l'efprit
n'a point de Sexe , il n'y
a nulle difference entre les
Ames & les Genies des Hom
mes & des Femmes
Le quatriéme Difcours eft
contre l'Egalité des Sexés , & en
faveur des Hommes . C'eftune
efpece de Critique honnefte
contre les defauts de quelques
Femmes , qui ont fait du bruit
dans l'Antiquité. Il touche
pourtant finement ceux des
noftres , c'eft à dire des Coqueres
d'éclat , & des Plai
deufes de profeffion , fans
oublier les Précieufes ridicu132
MERCURE
les , ny les fauffes Sçavantes .
Le cinquiéme Difcours con
tre les Hommes , eft une peintu
re fidelle & en racourci des
defauts des grands Hommes
de l'Antiquité, & de quelques
Empereurs Romains , de certains
Heros , & des Dieux
Payens.
Le fixiéme , qui eft de la
preéminence du beau Sexe , eſt
une retractation par laquelle
il montre que tout ce qu'il a
dit contre les Femmes, n'a efté.
que pour mieux établir leurs
avantages fur les Hommes . b
En parlanr des Heroïnes de
GALANT 133
l'Antiquité , il parle comme il
faut, & comme il doit ,de celles
de noftre Siecle ; & il fait voir
qu'il ya des Heroïnes de plus
d'une maniere. Celle dont il
s'eft fervi pour convaincre les
Hommes du merite des Femmes
, en eft une preuve indus
bitable, puis qu'il fait voir leur
efprit par leurs Ouvrages
rempliffant , ou pour mieux
dire , ornant ( c'eft ainfi qu'il
s'en explique luy même dans
fa Préface ) les deux Volumes
de la Nouvelle Pandore , de ce
qu'elles ont fait de plus beau.
Parmy ces oeuvres mélées il à
134 MERCURE
choifi celles qui regardoient
la ø
gloire du Roy. On trouve
dans le même recueil le juge
ment qu'il fait des Ouvrages
que ces Dames Sçavantes lay
ont fait l'honneur de luy
adreffer ce qui peut paffer
pour des Eloges en racourci ,
la matiere en eftant inépuifa .
ble. Il nous promet encore
quelque chofe de nouveau en
faveur des Dames , qui luy ont
donné avec juftice le furnom
de Protecteur du bean Sexe.C'eft
auffi en cette qualité qu'il a
proclamé , & dans les Academies
du Royaume , & dans
GALANT. 135
t celles d'Italie , le merite de
celles qui fe font fait diftin .
guer par leur fage conduire ,
par leurs vertus éclarantes , &
par leurs excellens Ouvrages.
Enfin , fur fon témoignage ,
Meffieurs de la docte Academie
des Ricovrati de Padouë,
fes Confreres , le 10, de Février
dernier , receurent les Dames
illuftres , dont voicy la Lifte
qu'il m'a envoyée.
Madame la Prefidente de
Bretonvilliers .
Madamele Camus de Melfon.
co
Mademoiselle.de la Force.
136 MERCURE
Madame la Comteffe de d
Barneville Daulnoy.
Mademoiſelle des Houlie
res.
Mademoiſelle Cheron .
Mademoiſelle Bernard .
Mademoiſelle Lheritier.
Il doit ces jours- cy , en
qualité de Député , leur porter
les Lettres Patentes d'Academiciennes
, prefent qu'il ac
compagnera
fans doute , de.
Complimens
Italiens & François
.
Mademoiſelle de Scudery ,
Madame le Fevre Dacier , &
Madame de Saliez , Viguiere
GALANT.
137
d'Albi , ont efté receues dans
la même Academie de Rico .
i vrati il y a déja quelques anpées
.
Je ne vous dis rien dayan
tage de la nouvelle Pandore , où
la modeftie de M de Vertron
luy fait dire qu'il y a la moindre
part, & que ce qu'il y a de
= meilleur , eft des Dames qui
ont enrichi ce Recueil par
leurs Ouvrages . Ce Livre compofé
de deux Tomes , en attendant
le troifiéme , qui fera
་
de Pieces galantes , fe vend
chez la Veuve Claude Mazuel,
Septembre 1699.
M
18 MERCURE
fur le Pont Saint Michel ,
Levrette.
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2
p. 36-46
PANDORE, OU L'ORIGINE DES PASSIONS ET DES CRIMES. * PAR M. YON.
Début :
Avant que le fils de Japet [...]
Mots clefs :
Homme, Pandore, Dieux, Yeux, Vertu, Esprits, Amour, Coeur
Afficher :
texteReconnaissance textuelle : PANDORE, OU L'ORIGINE DES PASSIONS ET DES CRIMES. * PAR M. YON.
PANDORE ,
OU L'ORIGINE DES PASSIONS .
ET DES CRIME S.
V
PAR M. YO N.
Avant Vant que le fils de Japet
Eut dérobé le feu célefte ,
Et que par un zéle indiſcret
Son audace à l'homme funefte ,
Eût fait éclore fa raiſon ,
En prenant chez les Dieux un dangereux rayon
De leur fuprême intelligence ,
L'homme innocent , dans un heureux filence
Se livroit au penchant du naïf ſentiment ;
Et ne diftinguant point les vertus ni les vices
Sans crainte & fans remords , il fuivoit les ca→
prices
Que le Ciel imprima fur fon tempérament.
On s'entendoit pourtant ; & dans ce premier âge
Le coeur dictoit aux yeux un ingénu langage .
* Cette allégorie excéde un peu les bornes que je
me fuis preferites pour les piéces en vers ; mais j'ai
cru que les beautés dont elle m'a paru remplie , méritoient
une diftinction . J'efpere que ceux qui la liront
, me fauront gré d'avoir franchi la régle en
fa faveur.
JANVIE R. 1755 . 37
On y lifoit fes befoins , fes defirs ,
Et la belle pouvoit ſe fier aux ſoupirs
Qu'elle voyoit fortir du coeur
De l'Amant qu'elle avoit choisi pour fon vain
queur.
Mais l'attentat de Promethée
Alluma bientôt contre nous
Le feu du céleſte couroux ,
Et fa vengeance concertée
Commit le foin aux Cyclopes brulans ,
De rebattre fur leur enclume ,
De la foudre la noire écume ,
Et d'en forger , pour éblouir nos fens ,
Un monftre orné des dons les plus brillans.
L'Olympe entier prit plaifir à répandre
Sur fon vifage féminin
Ces charmes féduifans , cet air piquant & fin
Qui fecondés d'un oeil fubtil & tendre ,
Fournit à ce fexe malin ,
En fe jouant , l'art de tout entreprendre,
Et comme au ciel tout concourut ,
Pour mieux déguifer l'impofture ,
Chaque Divinité tira de ſa nature
Le plus éclatant attribut.
Phébus lui montra fur fon luth ,
Des beaux chants & des vers le flateur affemblage .
Junon lui fouffla fur le front
L'art de rougir pour paroître plus fage ,
Qui , joint au don des pleurs , fait un effet fi
prompt
35 MERCURE DE FRANCE.
Dans les refforts d'un beau vifage ,
Qu'il n'eft point de couroux que ne puiffe fléchir
L'artifice trompeur de ce double avantage.
Pour achaver de l'embellir ,
Hébé compofa fa coëlfure ,
Et la Mere d'amour lui prêta fa ceinture .
Enfin le traître Amour ſe logea dans les yeux ,
Pour la guider dans ces terreftres lieux.
Tel éclata ce brillant météore
Aux regards des mortels , fous le nom de Pandore.
Jufque là le pouvoir du ciel
Avoit décoré ce fantôme ;
Mais il falloit que l'infernal Royaume
Contribuât par un préfent cruel
Qu'Alcalaphe apporta de la part des furies ,
Chef-d'oeuvre de leurs mains impics ,
Ouvrage éblouiffant , compofé d'un métal
Que depuis l'avarice arracha de la terre ,
D'où fortit le germe fatal
De la difcorde & de la guerre.
Peux-tu , miferable univers ,
Réfifter aux efforts des cieux & des enfers ?
Ils ont remis aux mains d'une beauté divine
Le foin de leurs deffeins vengeurs :
La foif de l'or va caufer ta iuine ;
Son éclat & celui de deux yeux enchanteurs
Vont pour jamais caufer tous tes malheurs.
Enfin , Pandore arrive , & fa bouche vermeille
Fit d'abord éclater fur nos fens étonnés ,
JANVIER. 1755 39
De fa touchante voix la fonore merveille .
Soudain les hommes profternés ,
A ce charme prêtent l'oreille.
Les femmes , de la voix admirant les talens ,
Déja cherchent des fons dans leurs bouches béantes
,
Et leurs levres impatientes
Précipitant leurs mouvemens ,
S'efforcent de faifir le don de la parole.
Pendant que tous enchantés & furpris ,
Soupirent aux pieds de l'idole ;
Elle pour s'acquitter de fon perfide rolle ,
Fit briller aux regards des hommes éblouis
Ce métal dangereux , cette boîte infernale ,
Qui frappant leurs efprits de curiofité ,
Se fit des yeux aux coeurs une route fatale
Pour y développer la cauſe initiale
De l'humaine cupidité.
L'effet fut prompt , & l'ardeur de connoître
Soudain bouillonne en leurs coeurs embrafés
Leurs regards pétillans , leurs geftes empreffés
Exigent fans retard que l'on faffe paroître
Ce que contient ce vaſe en fes brillans contours.
Je comprens vos defirs ; écoutez , dit Pandore ,
Jupiter ne veut plus que l'univers ignore
Ce qui doit augmenter le bonheur de vos jours.
Il vous enjoint de déchirer la terre ,
De percer , s'il fe peut , juſqu'aux bords d'Acheron
,
40 MERCURE DE FRANCE .
C'eft par de tels fentiers que votre ambition
Doit découvrir cetterare matiere :
Or eft fon nom ; fouillez , creufez pour en avoir;
Rien n'eft égal à fon pouvoir :
Celui qui plus avide en aura davantage ,
Sur les pareils régnera deformais .
Ce n'est point tout , pour comble de bienfaits
Ouvrez la bouche , & recevez l'ufage
De l'inftrument artifte de la voix.
Cet infatigable mobile ,
De vos plaifirs panégyrifte habile ,
Souinis aux paffions , en défendra les droits :
Et quand d'un fier cenfeur la morale ennemie
D'une vertu bizarre alléguera les loix ,
Qu'un grand nombre de mots étouffe fous leurs
poids
Les noirs accès de fa miſantropie ,
En criant plus que lui vous mettrez aux abois
Sa raifon étourdie .
Enfin , pour exciter les mortels généreux ,
J'ordonne que ce vaſe , objet de votre envie ,
Soit le prix du plus fort ou du plus courageux.
Ainfi parla Pandore à la muette troupe ;
Et de langues foudain un effain bourdonnant ,
En prenant l'air , s'échappe de la coupe.
Chacune au hazard ſe lançant ,
Dans les gofiers ouverts fe greffe & s'enracine,
D'abord les animaux par des cris menaçans ,
JANVIER . 1755.
De leurs foibles tyrans confpirent la ruine ;
Ils ne prétendent plas que l'homme les domine ;
Ils dédaignent déja ſes ordres impuiffans.
Le taureau révolté , briſe fon joug , rumines
Le lion indigné de fon abaiffement ,
Etincelle , rugit , bat fes flancs & s'anime ;
Et pour fignal de fon foulevement ,
Fait de fon maître la victime.
Le ferpent s'applaudit par un fier fifflement ;
Des poiſons dont fa langue s'envenime ;
Et l'homme s'énonçant pour la premiere fois ,
Sur le tien & le mien , fait l'effai de ſa voix.
L'air retentit de cris , écho rompt le filence ;
Mais le fexe fur- tout eft le plus éloquent :
On dit même qu'en débutant
Il inventa la médiſance ,
Et fut prompt à faifir le tour infinuant
D'une mordante & badine élégance ,
Pour décrier plus finement
La plus frivole impertinence ;
Même il trouva dans fon tempérament
Cette cauftique nonchalance ,
Qui prête un faux air d'innocence
Au trait le plus piquant.
Bientôt fon altiere éloquence ,
Organe impérieux de fon reffentiment ,
A l'aveugle bravoure enjoignit la vengeance
D'un mot fur les appas lâché trop hardiment.
Courez , mortels , prenez les armes ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Faites - vous égorger pour l'honneur de fes char
mes ;
Ces mêmes auraits outragés ,
Vont devenir le prix de votre frénéfie ,
Et la pudeur fe facrifie
Au plaifir de les voir vengés.
Lorfque Pandore vit que l'humaine lignée ,
Par le double préfent des langues & de l'or ,
Ne pouvoit éviter de vivre infortunée ,
En fouriant , elle prit fon effor
Vers les céleftes lieux , & fes perfides mains ,
Pour confommer fes noirs deffeins ,
Laifferent échapper ce pernicieux vafe
De nos malheurs l'origine & la bafe.
11 eft à moi , dit l'un , car je fuis le plus fort :
Soumettez- vous aux loix de la Déeffe ;
Qui de le difputer aura la hardieffe ,
De ce bras recevra la mort .
Ce titre feul vous rend tous mes efclaves.
Crois-tu , s'écrie un autre , infpirer de l'effroit
Ta force n'y fait rien , & ce font les plus braves
Qui , maîtres de cet or doivent donner la loi.
Ainfi l'on vit & la force & l'audace
Dans leurs premiers accens exhaler la menace :
L'or en fut le motif , & pour peupler l'enfer
Dès cet inftant l'or éguifa le fer.
Dès lors auffi l'égalité bannie ,
Fit place aux plus noirs attentats ,
JANVIER. 1755. 43.
Et la farouche tyrannie
Se faifant précéder du démon des combats ,
Un poignard à la main , fe traça des Etats. ,
Mais pour faire aux humains refpecter fa furie ,
Elle s'appropria le beau nom de patrie.
Ce nom facré fubjuguant les efprits ,
Cimenta fur l'honneur fon altier defpotifme.
De leurs droits confondus , l'homme de coeur épris,
Par des routes de fang courut à l'héroïſme ,
Et plein d'amour il fut , en barbare appareil ,
A fa chere patrie immoler fon pareil .
Avec moins de fracas , & plus d'adreffe encore
Pour l'ufage commun , les langues font éclore
Du fond des coeurs des vices inconnus.
En politique adroit , l'amour propre à leur tête ,
Les entremêle avec quelques vertus.
L'efprit lui-même eft bientôt fa conquête,
Et vil adulateur , il prête fes talens
2
A la tendreffe opiniâtre
Dont cet orgueilleux idolâtre
Ses plus monftrueux fentimens.
En vain la vérité plaintive & gémiffante ,
S'éleve dans l'intérieur ,
L'indomptable tyran étouffe la lueur
De far emontrance impuiffante.
Déja le menteur effronté
Traite l'homme vrai d'imbécile ,
Et , felon lui , la verité
7
44 MERCURE DE FRANCE.
N'eft qu'une vertu puerile ,
Dont cependant le fourbe habile
Contrefait l'ingénuité ,
Pour fe gliffer en dangereux reptile ,
Dans le fein ouvert & facile
De la naïve probité.
Déja la noire calomnie ,
Pour déployer fes jalouſes fureurs ,
Broye en fecret les affreuſes couleurs
Dont elle va fouiller la plus illuftre vie.
Tel eft le fort d'un mérite éclatant ,
Que fa profpérité la choque & l'importune ,
Et fon inventive rancune
Ne fe taira qu'en le précipitant .
Dans la plus obfcure infortune .
Et vous , qui dans vos traits n'offrez rien de plus
beau
Que le modefte & fincere tableau
D'une ame généreufe & fage ,
Vous , de l'honneur , la plus aimable image ,
Chaftes beautés , tremblez à l'afpect du couteau
Que tient fur vous l'impofteur en fa rage ;
D'un coup il va percer le précieux bandeau
Dont la pudeur vous couvre le viſage.
Hélas ! la playe eft faite ; armez -vous de courage :
Ce ne fera peut- être qu'au tombeau
Que l'humaine équité vous rendra témoignage ;
Mais le crime ici - bas vous devoit eet outrage,
JANVIER . 1755 . 45
Et c'eft en vous plaçant à fon niveau ;
Qu'il vous punit d'ofer dans le bel âge
Porter , de la vertu , l'honorable fardeau.
A voir la langue en fa naiffance
Obfcurcir les vertus , & fervir les forfaits ,
Qui ne croiroit que fa licence
Ne peut pouffer plus loin fes rapides effais !
A peine cependant l'eſprit lui tend l'amorcę .
De l'orgueilleufe impiété ,
Que dès l'iftant elle s'efforce
D'en outrer la témérité ;
Et franchiffant la fphere trop obfcure
Qui la retient dans l'univers ,
Ses facrileges fons exhalent dans les airs ,
Et le blafphême & le parjure .
Ne croyez pas , Dieux immortels ,
Que fon audace épargne vos autels :
Ces monumens facrés , où la reconnoiffance
Brûle un refpectueux encens ,
D'un coeur féditieux choquent la dépendance ,
Et pour les renverfer attaquant votre eflence ,
La langue lui fournit ces rebelles accens.
L'ordre des cieux , le ciron , la lumiere ,
N'émanent point d'un Créateur ;
Un concours fortuit eft l'unique moteur
D'une éternelle & féconde matiere.
Ne craignez point des Dieux , leur culte n'eft
qu'un frein ;
46 MERCURE DE FRANCE.
Némefis , & ce noir Tartare
N'eft qu'une invention bizare
Pour contenir le genre humain
Dans la néceffité des devoirs fociables ;
Et les Législateurs armés d'un vain pouvoir ,
De ces fantômes redoutables ,
'Arrêtent par la crainte , & flatent par l'espoir
Ceux que l'oppreffion rend ici miférables .
Des fens voluptueux écoutez les tranfports ;
Qu'héfitez- vous ? laiffez à des efprits vulgaires
Le foin de fe forger des terreurs , des remords ;
Nos defirs font nos Dieux , & pour des efprits
forts
Le vice & la vertu font des mots arbitraires.
Le corps enfin eft notre unique bien ;
Et cette effence fantaſtique
Indéfiniffable & myſtique ,
Qu'on appelle ame , eft moins que rien.
C'est ainsi que l'impie enyvré d'un fyftême
Dont il voudroit étourdir fes frayeurs ,
D'un avenir affreux écartant les horreurs ,
Avec les Dieux , s'anéantit lui-même.
OU L'ORIGINE DES PASSIONS .
ET DES CRIME S.
V
PAR M. YO N.
Avant Vant que le fils de Japet
Eut dérobé le feu célefte ,
Et que par un zéle indiſcret
Son audace à l'homme funefte ,
Eût fait éclore fa raiſon ,
En prenant chez les Dieux un dangereux rayon
De leur fuprême intelligence ,
L'homme innocent , dans un heureux filence
Se livroit au penchant du naïf ſentiment ;
Et ne diftinguant point les vertus ni les vices
Sans crainte & fans remords , il fuivoit les ca→
prices
Que le Ciel imprima fur fon tempérament.
On s'entendoit pourtant ; & dans ce premier âge
Le coeur dictoit aux yeux un ingénu langage .
* Cette allégorie excéde un peu les bornes que je
me fuis preferites pour les piéces en vers ; mais j'ai
cru que les beautés dont elle m'a paru remplie , méritoient
une diftinction . J'efpere que ceux qui la liront
, me fauront gré d'avoir franchi la régle en
fa faveur.
JANVIE R. 1755 . 37
On y lifoit fes befoins , fes defirs ,
Et la belle pouvoit ſe fier aux ſoupirs
Qu'elle voyoit fortir du coeur
De l'Amant qu'elle avoit choisi pour fon vain
queur.
Mais l'attentat de Promethée
Alluma bientôt contre nous
Le feu du céleſte couroux ,
Et fa vengeance concertée
Commit le foin aux Cyclopes brulans ,
De rebattre fur leur enclume ,
De la foudre la noire écume ,
Et d'en forger , pour éblouir nos fens ,
Un monftre orné des dons les plus brillans.
L'Olympe entier prit plaifir à répandre
Sur fon vifage féminin
Ces charmes féduifans , cet air piquant & fin
Qui fecondés d'un oeil fubtil & tendre ,
Fournit à ce fexe malin ,
En fe jouant , l'art de tout entreprendre,
Et comme au ciel tout concourut ,
Pour mieux déguifer l'impofture ,
Chaque Divinité tira de ſa nature
Le plus éclatant attribut.
Phébus lui montra fur fon luth ,
Des beaux chants & des vers le flateur affemblage .
Junon lui fouffla fur le front
L'art de rougir pour paroître plus fage ,
Qui , joint au don des pleurs , fait un effet fi
prompt
35 MERCURE DE FRANCE.
Dans les refforts d'un beau vifage ,
Qu'il n'eft point de couroux que ne puiffe fléchir
L'artifice trompeur de ce double avantage.
Pour achaver de l'embellir ,
Hébé compofa fa coëlfure ,
Et la Mere d'amour lui prêta fa ceinture .
Enfin le traître Amour ſe logea dans les yeux ,
Pour la guider dans ces terreftres lieux.
Tel éclata ce brillant météore
Aux regards des mortels , fous le nom de Pandore.
Jufque là le pouvoir du ciel
Avoit décoré ce fantôme ;
Mais il falloit que l'infernal Royaume
Contribuât par un préfent cruel
Qu'Alcalaphe apporta de la part des furies ,
Chef-d'oeuvre de leurs mains impics ,
Ouvrage éblouiffant , compofé d'un métal
Que depuis l'avarice arracha de la terre ,
D'où fortit le germe fatal
De la difcorde & de la guerre.
Peux-tu , miferable univers ,
Réfifter aux efforts des cieux & des enfers ?
Ils ont remis aux mains d'une beauté divine
Le foin de leurs deffeins vengeurs :
La foif de l'or va caufer ta iuine ;
Son éclat & celui de deux yeux enchanteurs
Vont pour jamais caufer tous tes malheurs.
Enfin , Pandore arrive , & fa bouche vermeille
Fit d'abord éclater fur nos fens étonnés ,
JANVIER. 1755 39
De fa touchante voix la fonore merveille .
Soudain les hommes profternés ,
A ce charme prêtent l'oreille.
Les femmes , de la voix admirant les talens ,
Déja cherchent des fons dans leurs bouches béantes
,
Et leurs levres impatientes
Précipitant leurs mouvemens ,
S'efforcent de faifir le don de la parole.
Pendant que tous enchantés & furpris ,
Soupirent aux pieds de l'idole ;
Elle pour s'acquitter de fon perfide rolle ,
Fit briller aux regards des hommes éblouis
Ce métal dangereux , cette boîte infernale ,
Qui frappant leurs efprits de curiofité ,
Se fit des yeux aux coeurs une route fatale
Pour y développer la cauſe initiale
De l'humaine cupidité.
L'effet fut prompt , & l'ardeur de connoître
Soudain bouillonne en leurs coeurs embrafés
Leurs regards pétillans , leurs geftes empreffés
Exigent fans retard que l'on faffe paroître
Ce que contient ce vaſe en fes brillans contours.
Je comprens vos defirs ; écoutez , dit Pandore ,
Jupiter ne veut plus que l'univers ignore
Ce qui doit augmenter le bonheur de vos jours.
Il vous enjoint de déchirer la terre ,
De percer , s'il fe peut , juſqu'aux bords d'Acheron
,
40 MERCURE DE FRANCE .
C'eft par de tels fentiers que votre ambition
Doit découvrir cetterare matiere :
Or eft fon nom ; fouillez , creufez pour en avoir;
Rien n'eft égal à fon pouvoir :
Celui qui plus avide en aura davantage ,
Sur les pareils régnera deformais .
Ce n'est point tout , pour comble de bienfaits
Ouvrez la bouche , & recevez l'ufage
De l'inftrument artifte de la voix.
Cet infatigable mobile ,
De vos plaifirs panégyrifte habile ,
Souinis aux paffions , en défendra les droits :
Et quand d'un fier cenfeur la morale ennemie
D'une vertu bizarre alléguera les loix ,
Qu'un grand nombre de mots étouffe fous leurs
poids
Les noirs accès de fa miſantropie ,
En criant plus que lui vous mettrez aux abois
Sa raifon étourdie .
Enfin , pour exciter les mortels généreux ,
J'ordonne que ce vaſe , objet de votre envie ,
Soit le prix du plus fort ou du plus courageux.
Ainfi parla Pandore à la muette troupe ;
Et de langues foudain un effain bourdonnant ,
En prenant l'air , s'échappe de la coupe.
Chacune au hazard ſe lançant ,
Dans les gofiers ouverts fe greffe & s'enracine,
D'abord les animaux par des cris menaçans ,
JANVIER . 1755.
De leurs foibles tyrans confpirent la ruine ;
Ils ne prétendent plas que l'homme les domine ;
Ils dédaignent déja ſes ordres impuiffans.
Le taureau révolté , briſe fon joug , rumines
Le lion indigné de fon abaiffement ,
Etincelle , rugit , bat fes flancs & s'anime ;
Et pour fignal de fon foulevement ,
Fait de fon maître la victime.
Le ferpent s'applaudit par un fier fifflement ;
Des poiſons dont fa langue s'envenime ;
Et l'homme s'énonçant pour la premiere fois ,
Sur le tien & le mien , fait l'effai de ſa voix.
L'air retentit de cris , écho rompt le filence ;
Mais le fexe fur- tout eft le plus éloquent :
On dit même qu'en débutant
Il inventa la médiſance ,
Et fut prompt à faifir le tour infinuant
D'une mordante & badine élégance ,
Pour décrier plus finement
La plus frivole impertinence ;
Même il trouva dans fon tempérament
Cette cauftique nonchalance ,
Qui prête un faux air d'innocence
Au trait le plus piquant.
Bientôt fon altiere éloquence ,
Organe impérieux de fon reffentiment ,
A l'aveugle bravoure enjoignit la vengeance
D'un mot fur les appas lâché trop hardiment.
Courez , mortels , prenez les armes ,
42 MERCURE DE FRANCE.
Faites - vous égorger pour l'honneur de fes char
mes ;
Ces mêmes auraits outragés ,
Vont devenir le prix de votre frénéfie ,
Et la pudeur fe facrifie
Au plaifir de les voir vengés.
Lorfque Pandore vit que l'humaine lignée ,
Par le double préfent des langues & de l'or ,
Ne pouvoit éviter de vivre infortunée ,
En fouriant , elle prit fon effor
Vers les céleftes lieux , & fes perfides mains ,
Pour confommer fes noirs deffeins ,
Laifferent échapper ce pernicieux vafe
De nos malheurs l'origine & la bafe.
11 eft à moi , dit l'un , car je fuis le plus fort :
Soumettez- vous aux loix de la Déeffe ;
Qui de le difputer aura la hardieffe ,
De ce bras recevra la mort .
Ce titre feul vous rend tous mes efclaves.
Crois-tu , s'écrie un autre , infpirer de l'effroit
Ta force n'y fait rien , & ce font les plus braves
Qui , maîtres de cet or doivent donner la loi.
Ainfi l'on vit & la force & l'audace
Dans leurs premiers accens exhaler la menace :
L'or en fut le motif , & pour peupler l'enfer
Dès cet inftant l'or éguifa le fer.
Dès lors auffi l'égalité bannie ,
Fit place aux plus noirs attentats ,
JANVIER. 1755. 43.
Et la farouche tyrannie
Se faifant précéder du démon des combats ,
Un poignard à la main , fe traça des Etats. ,
Mais pour faire aux humains refpecter fa furie ,
Elle s'appropria le beau nom de patrie.
Ce nom facré fubjuguant les efprits ,
Cimenta fur l'honneur fon altier defpotifme.
De leurs droits confondus , l'homme de coeur épris,
Par des routes de fang courut à l'héroïſme ,
Et plein d'amour il fut , en barbare appareil ,
A fa chere patrie immoler fon pareil .
Avec moins de fracas , & plus d'adreffe encore
Pour l'ufage commun , les langues font éclore
Du fond des coeurs des vices inconnus.
En politique adroit , l'amour propre à leur tête ,
Les entremêle avec quelques vertus.
L'efprit lui-même eft bientôt fa conquête,
Et vil adulateur , il prête fes talens
2
A la tendreffe opiniâtre
Dont cet orgueilleux idolâtre
Ses plus monftrueux fentimens.
En vain la vérité plaintive & gémiffante ,
S'éleve dans l'intérieur ,
L'indomptable tyran étouffe la lueur
De far emontrance impuiffante.
Déja le menteur effronté
Traite l'homme vrai d'imbécile ,
Et , felon lui , la verité
7
44 MERCURE DE FRANCE.
N'eft qu'une vertu puerile ,
Dont cependant le fourbe habile
Contrefait l'ingénuité ,
Pour fe gliffer en dangereux reptile ,
Dans le fein ouvert & facile
De la naïve probité.
Déja la noire calomnie ,
Pour déployer fes jalouſes fureurs ,
Broye en fecret les affreuſes couleurs
Dont elle va fouiller la plus illuftre vie.
Tel eft le fort d'un mérite éclatant ,
Que fa profpérité la choque & l'importune ,
Et fon inventive rancune
Ne fe taira qu'en le précipitant .
Dans la plus obfcure infortune .
Et vous , qui dans vos traits n'offrez rien de plus
beau
Que le modefte & fincere tableau
D'une ame généreufe & fage ,
Vous , de l'honneur , la plus aimable image ,
Chaftes beautés , tremblez à l'afpect du couteau
Que tient fur vous l'impofteur en fa rage ;
D'un coup il va percer le précieux bandeau
Dont la pudeur vous couvre le viſage.
Hélas ! la playe eft faite ; armez -vous de courage :
Ce ne fera peut- être qu'au tombeau
Que l'humaine équité vous rendra témoignage ;
Mais le crime ici - bas vous devoit eet outrage,
JANVIER . 1755 . 45
Et c'eft en vous plaçant à fon niveau ;
Qu'il vous punit d'ofer dans le bel âge
Porter , de la vertu , l'honorable fardeau.
A voir la langue en fa naiffance
Obfcurcir les vertus , & fervir les forfaits ,
Qui ne croiroit que fa licence
Ne peut pouffer plus loin fes rapides effais !
A peine cependant l'eſprit lui tend l'amorcę .
De l'orgueilleufe impiété ,
Que dès l'iftant elle s'efforce
D'en outrer la témérité ;
Et franchiffant la fphere trop obfcure
Qui la retient dans l'univers ,
Ses facrileges fons exhalent dans les airs ,
Et le blafphême & le parjure .
Ne croyez pas , Dieux immortels ,
Que fon audace épargne vos autels :
Ces monumens facrés , où la reconnoiffance
Brûle un refpectueux encens ,
D'un coeur féditieux choquent la dépendance ,
Et pour les renverfer attaquant votre eflence ,
La langue lui fournit ces rebelles accens.
L'ordre des cieux , le ciron , la lumiere ,
N'émanent point d'un Créateur ;
Un concours fortuit eft l'unique moteur
D'une éternelle & féconde matiere.
Ne craignez point des Dieux , leur culte n'eft
qu'un frein ;
46 MERCURE DE FRANCE.
Némefis , & ce noir Tartare
N'eft qu'une invention bizare
Pour contenir le genre humain
Dans la néceffité des devoirs fociables ;
Et les Législateurs armés d'un vain pouvoir ,
De ces fantômes redoutables ,
'Arrêtent par la crainte , & flatent par l'espoir
Ceux que l'oppreffion rend ici miférables .
Des fens voluptueux écoutez les tranfports ;
Qu'héfitez- vous ? laiffez à des efprits vulgaires
Le foin de fe forger des terreurs , des remords ;
Nos defirs font nos Dieux , & pour des efprits
forts
Le vice & la vertu font des mots arbitraires.
Le corps enfin eft notre unique bien ;
Et cette effence fantaſtique
Indéfiniffable & myſtique ,
Qu'on appelle ame , eft moins que rien.
C'est ainsi que l'impie enyvré d'un fyftême
Dont il voudroit étourdir fes frayeurs ,
D'un avenir affreux écartant les horreurs ,
Avec les Dieux , s'anéantit lui-même.
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Résumé : PANDORE, OU L'ORIGINE DES PASSIONS ET DES CRIMES. * PAR M. YON.
Le texte 'Pandore, ou l'origine des passions et des crimes' raconte une allégorie sur l'origine des maux humains. Avant que Prométhée ne vole le feu divin, les hommes vivaient innocemment, guidés par leurs sentiments naturels et sans distinction entre vertus et vices. La création de Pandore, un être doté de multiples talents et beautés par les dieux, marque un tournant. Pandore, accompagnée d'une boîte contenant des maux, est envoyée sur Terre. Elle séduit les hommes et leur montre un métal précieux, l'or, éveillant ainsi leur curiosité et leur cupidité. Pandore révèle ensuite que l'or et la parole sont des dons divins, incitant les hommes à creuser la terre pour en obtenir davantage. Cette action provoque la discorde et la guerre. Les animaux, inspirés par les nouvelles capacités humaines, se révoltent contre leurs maîtres. Les hommes, dotés de la parole, inventent la médisance et l'éloquence pour justifier leurs actions. La tyrannie et les conflits naissent, souvent au nom de la patrie. Les langues humaines, libérées par Pandore, révèlent des vices cachés et des vertus mêlées à l'amour-propre. La vérité est étouffée, et la calomnie, la flatterie et l'imposture prospèrent. La langue humaine, dans sa licence, outrepasse ses limites, blasphémant même les dieux et niant leur existence. Les hommes, guidés par leurs désirs, considèrent le vice et la vertu comme des concepts arbitraires, et réduisent leur essence à la matérialité du corps.
Généré par Mistral AI et susceptible de contenir des erreurs.
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